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Full text of "Jules Raymond Lame Fleury-Mythologie Greco-romaine:PARTIE 14- Hercule aux Enfers. in La mythologie racontee aux enfants"

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LA 

MYTHOLOGIE 

RACONTÉE AUX ENFANTS 

J Ml LAME FLEUHY 

MUtlVELLË ÉDITION 



■*** 



PARIS 

C, BORfiANï, LIBRAIRE* ÉDITE L T ft 

1S72 
GBORGE H- LftCKWOO* 

MlTT-tOBl* 



170 HERCULE AUX ENFERS. 



HERCULE AUX ENFERS. 



Thésée et Pirithoûs étaient deux Athé- 
niens que ta plus vive amitié unissait de- 
puis leur enfance. Ils avaient tous deux 
passé leur jeunesse, comme Hercule, à 
combattre les monstres et les tyrans qui 
désolaient la Grèce, et leur courage était 
connu de toute la terre. Mais ayant conçu 
la folle pensée de descendre aux enfers 
pour enlever Proserpine à son mari, ces 
deux imprudents furent bien punis de 
leur audace, car Pirithoûs fut dévoré 
par Cerbebe, chien terrible à trois têtes, 
qui gardait la porte des enfers, et Thé- 
sée fut plongé vivant dans le cachot le 
plus sombre de l'empire des morts, où 
il perdit bientôt l'espoir de jamais revoir 
la lumière. 



HERLULE AUX ENFERS. 171 

Or Hercule, qui était l'ami de Thésée, 
apprit dans ses voyages la faute et le châ- 
timent de cet imprudent, et n'écoutant 
que son indomptable valeur et son amitié, 
il résolut de l'arracher au supplice éternel 
qui lui était réservé, et de descendre lui» 
même aux enfers pour le soustraire à la 
colère de Pluton. 

Hercule, comme vous le savez, n'était 
pas homme à reculer devant, un danger; 
mais il ne put s'empêcher de frémir en 
approchant de la caverne qu'on lui avait 
indiquée comme le plus court chemin 
pour descendre dans le royaume de Plu- 
ton. Autour de cette caverne, on ne 
voyait ni fleurs ni verdure ; la terre, des- 
séchée par des vapeurs empestées, y lan- 
guissait sans végétation, et si quelques 
faibles arbrisseaux autres que des cyprès 
s'y montraient de loin en loin, leur tige 
était dépouillée de feuillage. Les oiseaux 
même fuyaient ces tristes campagnes, et 
les troupeaux s'éloignaient avec horreur 
de ces plaines funestes qui ne produisaient 
que des ronces et des épines malfaisantes. 



172 HERCULE AUX ENFERS. 

De temps en temps des tourbillons de 
flamme et de fumée s'échappaient de l'ou- 
verture de la caverne, et Ton eût dit de 
râtelier d'un forgeron, si le plus profond 
silence n'eût régné alentour. Ce fut par 
cette porte sinistre que le héros pénétra 
dans le royaume des morts. 

Comme il n'était pas le premier vi- 
vant qui eût visité cette triste demeure, 
on l'avait prévenu qu'il fallait prendre 
certaines précautions pour se rendre fa- 
vorables les divinités infernales. Plusieurs 
personnes l'avaient engagé à offrir le sa- 
crifice d'un chien noir à Hécate, déesse 
des ombres, et à se munir d'un gâteau 
pour apaiser Cerbère. Mais le héros, qui 
avait déjà vaincu tant de monstres, ne 
crut pas à ces contes de bonnes femmes ; 
et lorsqu'il se trouva en face de ce ter- 
rible animal, qui ouvrant à la fois ses 
trois gueules faisait retentir un triple 
aboiement, il entreprit de le dompter par 
la force, le terrassa, et l'enchaîna avec 
de si fortes chaînes, que Cerbère, étonné, 
se tut en lui léchant les pieds. 



HERCULE AUX ENFERS. 173 

Après cette victoire, Hercule poursui- 
vit, son chemin, et parvint bientôt sur 
les bords d'un fleuve noir et bourbeux, 
qui se nommait TAchéron, et formait 
une première barrière entre le séjour des 
vivants et celui des Mânes : c'était ainsi 
que Ton nommait les âmes des morts 
lorsqu'elles descendaient dans l'empire 
de Pluton. Quelques peuples de l'anti- 
quité en avaient fait des divinités parti- 
culières pour honorer la mémoire de 
leurs ancêtres, et le culte qu'ils leur ren- 
daient dans l'intérieur de leurs maisons 
se confondait quelquefois avec celui des 
dieux Lares, dont je. vous ai parlé dans 
la fable de Janus. 

L'Achéron n'avait pas toujours coulé 
sous ces voûtes funèbres. Autrefois il 
roulait sur la terre des flots clairs et ra- 
pides. Mais lorsque les Titans entrepri- 
rent d'escalader le ciel, il eut le malheur 
de les désaltérer de son eau transparente, 
et Jupiter, pour le punir, le précipita 
dans les enfers, où ses flots dormants et 
fangeux allaient se perdre dans le Styx, 



174 HERCULE AUX ENFERS. 

le plus grand des fleuves souterrains, qui 
faisait neuf fois, dit- on, le tour du séjour 
des morts. 

En arrivant sur les bords du Styx, 
Hercule fut étonné de voir voltiger au- 
tour de lui une multitude d'ombres déso- 
lées, qui ne pouvaient obtenir la faveur 
de traverser ce fleuve, d'un vieux bate- 
lier nommé Caron, dont le devoir était 
de passer dans son bateau tous les mânes 
qui lui remettaient une petite pièce de 
monnaie, que Ton nommait une obole. 

C'était pour cela que les anciens avaient 
coutume de mettre une pièce de monnaie 
dans la bouche des morts, pour qu'ils 
pussent payer le prix de leur passage à 
l'avare Caron, qui n'était jamais d'hu- 
meur à faire crédit à personne. Ces om- 
bres inconsolables, qui erraient ainsi sur 
les bords du Styx, étaient celles des morts 
privés de sépulture, ou qui n'avaient pu 
payer au batelier l'obole qu'il leur de- 
mandait. 

Je vous prie de remarquer à ce pro- 
pos, mes enfants, que le vieux nocher 



HERCULE AUX ENVERS. 175 

n'exigeait jamais de personne plus d'une 
obole, que ce fût un roi ou un esclave 
qui se présentât à sa barque, parce que 
dans le royaume de Pluton il n'y avait 
plus de distinction entre les hommes, que 
la mort rend tous égaux. 

Le farouche Caron fronça le sourcil en 
apercevant Hercule, car il craignit que le 
poids du héros ne fît enfoncer son bateau 
d'écorce d'arbre qui ne portait ordinai- 
rement que des ombres légères; mais 
lorsque le fils de Jupiter se fut nommé, 
il se radoucit et lui permit de prendre 
place à ses côtés. 

Pendant que le héros traverse ainsi le 
Styx, au grand étonnement de tous les 
mânes qui accouraient sur les deux rives 
pour contempler comme une merveille un 
homme vivant, je dois vous rappeler que 
c'est précisément par ce fleuve que les 
dieux craignaient de jurer, et que ceux 
qui violaient ce serment étaient sévère- 
ment punis par Jupiter. 

Aussitôt que la barque eut touehé le 
rivage , Hercule s'avança vers le palais 



176 HERCULE AUX ENtftRa. 

ténébreux de Pluton, où il distingua non 
sans peine, à travers l'obscurité, le dieu 
assis sur son trône d'ébène, à côté de sa. 
chère Proserpine. Pluton n'aimait point 
à voir un homme vivant ; cette vue lui 
était aussi odieuse que la clarté du jour 
l'est aux yeux des animaux qui ne sortent 
que la nuit. Son visage devint encore plus 
pâle et plus sévère que de coutume à l'as- 
pect d'Hercule ; mais, lorsque celui-ci se 
fut fait connaître à lui, il lui accorda la 
permission de parcourir son triste em- 
pire, et consentit même, à sa prière, à 
rendre au coupable Thésée la liberté qu£ 
lui avait été ravie. 

Au pied du trône de Pluton, Hercule 
reconnut la Mort. Elle était vêtue d'une 
robe noire parsemée d'étoiles, et sa main 
décharnée portait une faux tranchante, 
avec laquelle elle était censée moissonner 
les hommes. 

Le héros s'éloigna avec joie de ce palais 
funèbre ; et comme il ignorait encore dans 
quels lieux il devait chercher son ami 
Thésée, il se mit à parcourir les enfers, 



HERCULE AUX ENPËftS. 177 

oii il aperçut beaucoup de personnages 
dont il avait souvent entendu parler sur 
la terre, et avec lesquels il est bon que 
nous fassions aussi connaissance. 

Il y avait déjà quelque temps qu'il 
errait presque au hasard sous ces voûtes 
sinistres, que jamais les rayons du soleil 
n'avaient éclairées, lorsqu'il aperçut dans 
une salle obscure trois vieilles sœurs, 
pâles et amaigries, qui filaient à la lueur 
d'une lampe bleuâtre. C'étaient les Par- 
ques, divinités infernales dont le devoir 
était, dit-on, de filer les jours de tous les 
mortels qui paraissaient sur la terre, ne 
fût-ce que pour un instant. 

Clotho, la plus vieille des trois, tenait 
une quenouille chargée de laine blanche 
et noire, à laquelle étaient mêlés quelques 
brins d'or et de soie. Cette laine gros- 
sière, mes enfants, était l'image de la vie 
des hommes, dans laquelle L'or et la soie 
figuraient les jours heureux, qui s'y trou- 
vent toujours en plus petit nombre que 
les autres. 

Lachésis, la seconde des Parques, 



178 HERCULE AUX ENFERS. 

tournait rapidement de la main gauche 
un fuseau ; tandis que sa droite condui- 
sait un fil léger, que la troisième sœur, 
nommée Atrôpos, était chargée de cou- 
per avec des ciseaux tranchants, lors du 
trépas de chaque mortel. Vous pouvez 
juger, d'après cela, combien ces trois 
sœurs étaient occupées, puisque notre fil 
à tous devait passer entre leurs doigts. 
Hercule avait bien envie de leur deman- 
der si elles fileraient encore longtemps 
pour lui, mais elles n'avaient pas le temps 
de lui répondre, et le héros passa son 
chemin. 

A quelques pas de là, Hercule s'arrêta 
devant trois vieillards vénérables qui, as- 
sis sur un tribunal, paraissaient juger 
un homme nouvellement arrivé dans le 
royaume de Pluton. C'étaient en effet 
Mi nos, Éaque et Rhadamanthe, les trois 
juges des enfers, chargés par ce dieu de 
punir les coupables, en les précipitant 
dans un gouffre nommé leTARTARE, dont 
ils ne devaient jamais sortir, et de récom- 
penser les hommes vertueux, auxquels ils 



HERCULE AUX ENFERS. 179 

ouvraient un lieu de délices appelé les 
Champs Élysées. Ces juges ne pouvaient 
jamais se tromper , parce que Thémis, 
déesse de la justice, tenait auprès d'eux 
une balance dans laquelle elle pesait les 
actions des hommes; et leurs arrêts étaient 
exécutés à l'instant même par une déesse 
impitoyable, armée d'un fouet sanglant, 
que Ton nommait Némésis ou la Ven- 
geance. 

Il est bon de vous rappeler, à l'occa- 
sion de ce tribunal des enfers, cette 
coutume des Egyptiens que rapporte 
l'histoire ancienne, et qui consistait à 
juger publiquement la mémoire de chaque 
homme aussitôt après sa mort, avant de 
lui accorder les honneurs de la sépulture. 
C'était sans doute dans cette sage insti- 
tution des anciens Égyptiens que les 
Grecs avaient puisé l'idée de ces juges 
des enfers, qui assuraient aux bons une 
récompense éternelle, comme aux mé- 
chants un châtiment qui devait être sans 
fin»