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Full text of "De l'intoxication par le sulfure de carbone : thËse pour le doctorat en mÈdecine prÈsentÈe et soutenue le 16 avril 1865 / par Abel Marche."

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FACULTÉ DE iUÉDECllNiî DE PARIS. K» TO. 



THÈSE 



POUR 

LE DOCTORAT EN MÉDECINE, 

Présentée et soutenue le 19 wril 1865, 



Par J.-B. TAVERA, 

né à Ucciani (Corse) , 
ancien Élève des Hôpitaux. 



DE L'Ii^TOXICATION 

PAR LE SULFURE DE CARBONE 



Le Cati lidal répondra aux questions qui lui seront faites surjles divers«s parties 
de' 'enseignement médical 



PARIS 

A PARENT, LMPRIMEUR DE LA FACULTE DE MÉDECINE, 

31 , rue Monsieur - le - Priiice, 3!. 

(865 



FACULTÉ DF MÉDECINE DE PARIS. 



Doyen, M. TAPDIEU 
Professeurs. 

Analoniie 

Physiologie 

Physique médicale 

Chimie organique et chimie minérale 

Hisloire naturelle médicale 

Pathologie et thérapeutique générales 

Pathologie médicale | 

Pathologie chirurgicale I 



Anatomie palhologique. 

Histologie 

Opérations et appareils. 

Pharmacologie 

Thérapeutique et matière médicale 

Hygiène .' 

Médecine légale 

Accouchements, maladiesdes femmes en couches 
et des enfants nouveau-nés 



Clinique médicale. 



Clinique chirurgicale. . . 
Clinique d'accouchemenis 



MM. 
JARJAVAY. 
LONGET. 
GAVARRET. 
WURTZ. 
BAILLON. 
ANDRAL. 
BEHIER. 
MONNERET. 
iDENONVlLLlERS. 

Igosselin. 
cruveilhier. 

ROBIN. 

MALGAIGNE. 

REGNAULD. 

TROUSSEAU. 

BOUCHARDAT. 

TARDIEU. 

PAJOT. 

BOUILLAUD. 

PIORRY. 

N. GUILLOT. 

GRISOLLE. 

VELPEAU. 
ILAUGIER. 
(NËLATON. 

JOBERT DE LAMBALLE. 
DEPAUL. 



Doren hon., M. le Baron Pail DUBOIS. — Pro/". hou., MM. CLOQUET et ROSTAN, 

Ag;rég;és en exercice. 



MM. 



AXENFELD. 

BAUCHET. 

BLOT. 

CHARCOT. 

CHAUFFARD. 

DOLBEAU. 

DUCHAUSSOY. 



MM. 



MM. 



LIÉGEOIS. 

LORAIN. 

LUTZ. 

PARROT. 

POTAIIN. 



REVEIL. 
SÉE. 

TARNIER. 

TRÉLAT. 

VULPIAN, 



EMPIS. 
FANO. 
FOUCHER. 
GUILLEMIN. 
HÉRARD. 
HOUEL. 
LABOULBÈNE. 

Ag;rég;és libres oiiargés de cours compiénientaires. 

Cours clinique des maladies de la peau MM. HARDY. 

— des maladies des enfants ROGER. 

— des maladies mentales et nerveuses LASÈGUE. 

— d'ophthalmologie FOLUN. 

— des maladies des voies urinaires VOILLEMIER. 

Chef des travaux analomiques , M. SAPPEY, agrégé hors cadre. 



Examinateurs de la tiièse. 

TARDIEU, président; TROUSSEAU, POTAIN, BAUCHET. 

M. FORGET, Secrétaire. 



Par délibéra lion du 7 df'cembre 1798, l'École a arrête que les opinions émises dans les dissertations qui 
Idi seront présentéos doivent ître considérées comme propres à îcurs auteurs , et qu'elle n'entend leur d onneir 
aucane approS/atiou ni improbation. 



I 



A MON FRÈRE 

Le meilleur de mes amis. 



A MA FAMILLE 
Affection inaltérable! 



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in 2014 



^^l«4https://archive.org/details/b2163838x 



A MON BEAU-PÈRE: 

LE COLONEL BONELLÏ 
Sincère atlacliement. 



A MtS BEAUX-FRÈRES 

A MES COUSINS : 

JOSEPH, OCTAVE ET JULES TAVERA 
Aimez-moi comme je i ousaime. 



A MON COUSIN : 

LE D" NONCE POGGIOLI 



A M. LE D" POGGÎOLI 

Membre de plusieurs Sociétés savantes, 
Chevalier de la Légion d'Honneur. 



A M. LE CAPITAINE OCTAVE GOLONNA 

Comte de Cinarca, 
Chevalier de la Légion d'Honneur, 



A MON EXCELLANT AMI : 

M. DE FRIESS 



A M. Li: D" POGGIALF 

Inspecteur du Service de Sauté militaire, 
Membre du Conseil de Santé des armées ; membre de l'Académie Impériale de Médecine , 
Officier de la Légion d'Honneur. 



A M. TARDIHU 

Doyen de la Faculté de médecine de Paris, 
Professeur de Médecine légale, 
Membre de l'Académie impériale de Médecine, 
Officier de la Légion d'Honneur, etc. 



A M. GRISOLLE 

Professeur de Clinique médicale à la Faculté de Médecine de Paris, 
Membre de l'Académie impériale de Médecine. 
Officier de la Légi' n d'Honneur, etc. 



A M. TROUSSEAU 

Professeur de Thérapeutique a la Faculté de Médecine de Paris , 
Membre de l'Académie impériale de médecine, 
Commandeur de la Légion d'Honneur, etc. 



A MES AUTRES MAITKES: 

MM. MALGAIGNE, NATALIS GOILLOT, 
DENONVILLIERS, GAVARRET, WURTZ, BAILLON, PAJOT, 
BAUCHET, POTAIN, ROBIN, GOSSELIN, DOLBEAU 

Je les remercie de leurs savantes leçons et de leur bieoveillance à moo égard. 



V 



A MES AMIS 



DE 

L INTOXICATION 

PAR LE SULFURE DE CARBONE 

/ 

■ I II I a I I I 

Le choix de noire sujet peut se justifier par l'importance d'une 
industrie qui , née d'hier, a déjà acquis des proportions considé- 
rables et occupe un Irès-grancî nombre d'ouvriers. Cependant, après 
les travaux si complets de M. !e D"^ Delpech, qui a en quelque sorte 
épuisé la matière, nous n'auriotis pas entrepris de le traiter si des 
faits nouveaux ne s'étaient présentés ;i notre observation ; quel- 
ques-uns do ces faits ont subi le contrôle de l'expérimentation phy- 
siologique, et par cela même n'en sont que plus intéressants. 

Pour rendre cette étude plus commode , voici les divisions que 
nous croyons utile d'adopter. 

Dans une première partie nous donnerons l'historique de la ma- 
ladie, l'histoire chimique, les applications industrielles et le mode 
d'action du sulfure de carbone; dans une deuxième partie, après 
avoir donné nos observations, nous étudierons les symptômes, les 
causes et le pronostic; une troisième partie comprendra le traite- 
ment et la prophylaxie. 



PREMIÈRE PARTIE. 



§ 1''. — Historique. 

L'intoxication par le sulfure de carbone n'a pris rang de cité dans 
la science que depuis les beaux travaux de M, Delpech sur l'action 
toxique de cet agent. 

Ce savant distingué a consigné, dans un a)émoire lu à l'Académie 
de médecine, dans la séance du 15 janvier 1856, ses premières 
études sur les accidents que développe chez les ouvriers en caout- 
chouc l'inhalation du sulfure de carbone en vapeur. Plus tard , 
en 1861 , il compléta celte étude par son Traité de f industrie du 
caoutchouc soufflé. Ce dernier travail , que nous aurons si souvent 
occasion de citer, est orné de (ails nouveaux et de déductions scien- 
tifiques du plus haut intérêt. 

Avant M. Deloech. M. Duchenne (de Boulogne) avait signalé, dans 
un mémoire sur la paralysie générale, la paralysie due à la vulca^ 
nisation du caoutchouc, et M. le professeur Bouchardat, dans ses 
savantes leçons à la Faculté de médecine, avait parlé de la maladie 
des ouvriers en caoutchouc. Mais c'est à M. Delpech que revient 
l'honneur d'avoir bien étudié et classé dans un ordre méthodique 
ces faits nouveaux , et son nom, comme l'a fort bien dit M. le pro- 
fesseur Tardieu , restera attaché à cette intéressante question d'hy- 
giène professionnelle. 

Les accidents qui résultent de l'inhalation des vapeurs sulfo-car- 
bonées étant le fait d'une industrie presque exclusivement pari- 
sienne, et qui ne date que de quelques années, on comprend qu'il 
n'en soit nullement question dans la littérature médicale étrangère, 



pas plus que dans la plupart des ouvrages classiques français. Ce 
n'est que dans la dernière édition de la Pathologie interne de 
M. le professeur Grisolle, et dans le Dictionnaire dliyjiène publi- 
que et de aalubrité de M. le professeur Tardieu , que l'on trouve 
deux chapitres consacrés à cette étude. 

§ II. — Histoire chimique du sulfure de carbone. 

L'histoire du sulfure de carbone date de 1796, époque à laquelle 
Lampadius l'obtint pour la première fois, en distillant une tourbe 
pyrileuse. 

Connu pendant longtemps sous le nom d'alcool de soufre, le sul- 
fure de carbone, dont la composition est exactement la même que 
celle de l'acide carbonique , est un liquide incolore , d'une odeur 
nauséabonde et insupportable qui rappelle assez celle de l'hydro- 
gène sulfuré, d'une densité égale à 1,263, et d'une fluidité compa- 
rable à celle de l'éther. 

Très-peu soluble dans l'eau , il se dissout en toutes proportions 
dans l'alcool et l'éther, et se mêle aisément aux huiles fixes et aux 
huiles volatiles. 

Le froid le plus intense ne peut le solidifier : son point d'ébulli- 
tion est à + 45°, et sa densité de vapeur est 2,67. Il est très-inflam- 
mable, et la flamme bleue et l'odeur d'acide sulfureux qu'il dégage 
servent à le distinguer des autres corps liquides inflammables. 

Son mode de préparation explique comment il peut résister à la 
chaleur la plus intense, sans se décomposer : on l'obtient, en effet, 
en mettant en présence, à une très-haute température, le soufre avec 
le carbone. 

Aujourd'hui on le fabrique en grand , à cause des applications 
importantes qu'il a reçues pour la vulcanisation du caoutchouc, et 
il est livré à l'industrie à des prix minimes. 

Quant à ses propriétés chimiques, la seule importante est son ac- 

1865. - Tavera. 



— lo- 
tion dissolvante : entre autres corps il dissout l'iode, le phosphore, 
le soufre et le caoutchouc. 

Le sulfure de carbone a été aussi employé en médecine, contre 
les rhumatismes, les tumeurs arthritiques, el à l'intérieur comme 
emménagogue à la dose de 1 à 2 gouttes. Mais le dégoût qu'il occa- 
sionne aux nialades, malgré les précautions que l'on prend de mas- 
quer son odeur avec des essences aromatiques, l'a fait rejeter de la 
thérapeutique^ 

§ llï, — Applications industrielles. 

L'importance industrielle du sulfure de carbone a pris, dans ces 
derniers temps, un grand développement. 

M. Delpech résume de la manière suivante les nombreuses appli- 
cations de ce puissant agent : 

«Outre les préparations qui ont pour but la préparation de ce 
corps en quantités énormes, sa distillation, sa revivification lorsqu'il 
a été employé déjà, qu'il me suffise de citer ici le dégraissage des 
laines en suint, l'extraction ou la purification de certains corps, la 
paraffine par exemple, utilisée dans la fabrication des bougies, et 
obtenue de la distillation du boghead et des goudrons de houille. 
J'ajouterai l'épuisement des tourteaux de graines oléagineuses qui 
ne rendent plus de matières grasses par la pression; celui de la 
sciure de bois quia servi ;i l'épuration des huiles par filtralion, 
l'extraction de la graisse des os ou des résidus de cuisine; celle du 
bitume et du soufre que renferment quelques roches, les grès de 
Forcalquier, par exemple. 

«Le sulfure de carbone a encore été utilisé par M. Millon pour la 
séparation des essences aromatiques ou parfums provenant des vé- 
gétaux ; par M. Doyère pour la préservation des graines conservées 
en silos, et par MM. Auberl et Gérard pour la fabrication en grand 
et bien plus économique du collodion employé dans l'industrie. 

«Enfin, sans tenir compte des fabriques qui travaillent ostensible- 



ment le caoutchouc ou la gutta-percha à l'aide de cet agent, il n'en 
est presque aucune qui ne l'emploi pour certains détails de fabri- 
cation dans lesquels il est difficile à remplacer, quelles que soient, 
à ce sujet, les dénégations des fabricants, contredises par les ou- 
vriers. » 

Mais, de toutes les industries qui utilisent le sulfure, la plus im- 
portante est celle qui a pour objet la vulcanisation du caoutchouc. 
C'est aussi la seule qui fournisse aux médecins de fréquentes occa- 
sions de constater ses effets toxiques. 

Voici en quoi elle consiste : 

On sait que le caoutchouc doit ses immenses applications surtout 
à l'élasticité dont il est doué. Cette propriété merveilleuse, il la perd 
lorsqu'il est soumis à un froid vif, ou à une chaleur de 25 à 30 de- 
grés : car, si le froid le rend dur et cassant, la chaleur le rend mou, 
extensible et adhésif. 11 fallait donc trouver un moyen qui, en ren- 
dant permanente à toutes les températures son élasticité naturelle, 
per mit son usage dans les pays froids aussi bien que dans les pays 
chauds. 

Ce problème a été résolu en 1842 par iVl. Goodyear, de New- 
Vork, et Thomas Hancok, de INewington. Ils arrivèrent à ce résul- 
tat en imprégnant le caoutchouc d'une petite quantité de soufre, et 
en l'exposant ensuite à une température de +150°. Ce procédé de 
vulcanisation est complètement abandonné aujourd'hui pour celui 
que Parkes a enseigné en 1846. Ce dernier procédé est plus com- 
mode et plus expéditif : il consiste à immerger les objets confec- 
tionnés dans du sulfure de carbone contenant 1,40 de chlorure de 
soufre; au bout d'une minute, on sèche à +22 ou 25*", puis on 
plonge une seconde fois les objets dans les mêmes liquides pendant 
une minute 1/2; on les fait sécher de nouveau, on les lave avec une 
solution alcaline, puis dans de l'eau pure. Quant aux éléments du 
mélange vulcanisant, ils varient dans les proportions suivantes : 

Sulfure de carbone 1000 grammes. 

Chlorure de soufre de 2, 5 à 10 jjr. et au delà. 



Ainsi préparé, le caoulchoucacquiertune imperméabilité absolue, 
beaucoup de souplesse et une grande facilité à prendre toutes les 
formes. Ses applications, par conséquent, sont autrement nom- 
breuses et variées que celles du caoutchouc ordinaire. On en fait 
des tubes de toute grosseur pour les gaz et les liquides, des appa- 
reils chirurgicaux, des coussins élastiques, des rondelles d'ajus- 
tage, etc., etc. 

Dans ces derniers temps, M. Goodyear a encore agrandi le champ 
de ses applications, en le convertissant en un produit dur et rigide 
comme le marbre, pouvant acquérir un beau poli et se prêter à 
toutes les formes qu'on donne habituellement au buffle et à l'ébène : 
il remplace très-bien le bois dans la confection des meubles et au- 
tres objets artistiques. 

Mais les produits les plus nombreux de cette industrie sont les 
préservatifs spécialement destinés à l'exportation, et les ballons 
qu'on gonfle par l'hydrogène à une certaine pression, pour l'amuse- 
ment des enfants. Avânt de livrer ces ballons à la consommation, 
on les entoure d'un réseau ou on les recouvre d'un enduit à la dex- 
trine. 

Telles sont, en résumé, les applications du caoutchouc vulcanisé 
dont l'importance grandit journellement. 

§ IV. — Mode d'action. 

Les effets toxiques de cet agent sont-ils dus, comme l'ont cru, 
pour les anesthésiques, MM. Goze (de Strasbourg), Back et Pirogoff 
(de Saint-Pétershourg), à une compression mécanique des centres 
nerveux par les vapeurs sulfo-carbonées, ou bien ces vapeurs por- 
tent-elles leur action délétère, comme l'ont avancé MM. Edouard 
Robin et Gruby, dans l'étude des mêmes agents, sur les propriétés 
vivifiantes du sang, en diminuant la propriété stimulante de ce 
liquide par la soustraction d'une notable quantité d'oxygène? ou 
devons-nous croire, d'après M. Brown-Séquart , que le sulfure 



— 13 — 

de carbone, qu'il classe dans la série des poisons convulsivants, dont 
la strychnine est le type, n'agit que sur les parties des centres ner- 
veux capables de produire des naouvemenls sous l'influence des ex- 
citations extérieures, son mode d'action consistant alors, non plus 
en une excitation, mais en une augmentation de l'énergie de l'action 
réflexe de ces parties? 

Quelle que soit la valeur scientifique de ces opinions, reconnais- 
sous que, dans l'état actuel de la science, nous ne pouvons remon- 
ter à la source des actes mystérieux qui s'accomplissent au sein de 
l'organisme, pour voir les rapports qui lient l'effet à la cause, sans 
donner dans le vague de la théorie ou de l'hypothèse. Espérons 
que dans l'avenir, grâce aux progrès que la physiologie expérimen- 
tale pourra encore faire dans cette voie, la vérité se fera jour, et 
que ces grandes questions auront une solution basée sur des preuves 
démonstratives. 

La seule chose que l'on peut affirmer, selon moi, c'est que ce 
corps, de même que les boissons fermenlées et les anesthésiques, 
à côté desquels il se trouve rangé, dans l'ordre thérapeutique, une 
fois qu'il a pénétré dans l'organisme, porte son action sur le prin- 
cipe de l'activité nerveuse. Comme eux, il produit primitivement 
une sorte d'excitation qui se traduit par l'exagération des fonctions 
de certains appareils, et consécutivement une dépression générale 
assez caractéristique; seulement, ces deux périodes ne sont ni aussi 
constantes, ni aussi franchement accentuées que celles de l'éthé- 
risme ou de l'intoxication alcoolique : de plus, les effets sont beau- 
coup plus lents à se produire, et ne deviennent appréciables qu'après 
un temps qui varie entre plusieurs jours et plusieurs semaines. 

L'influence délétère du sulfure se manifeste aussi sur le sang, qui 
perd une partie de ses matériaux plastiques, se décolore et devient 
plus diffluent. Les altérations de ce liquide se révèlent, chez quel- 
ques malades, par la décoloration des muqueuses, la teinte terreuse 
de la peau, des bruits de souffle dans les vaisseaux du cou et au 



_ 14 — 

cœur, la tendance aux hémorrhagies el un étal anémique allant jus- 
qu'à la cachexie. 

Quant à son action locale, elle a été prouvée par de nombreuses 
expériences et paraît s'exercer à la manière des autres anesthésiques. 

« Les observations prises sur les ouvriers en caoutchouc soufHé, 
dit M. Delpech, me paraissent mettre hors de doute une action locale 
directement exercée par le sulfure de carbone. » 

M. Desormeaux a aussi démontré que la douleur déterminée par 
quelques opérations chirurgicales, ouverture d'abcès, cautérisation 
par le fer rouge, etc., etc., est moins vive lorsque plusieurs appli- 
cations de sulfure faites avec un pinceau les ont précédées. 

L'élimination du sulfure de carbone se fait par toutes les sécré- 
tions; elle est marquée, dans la voie pulmonaire, par le crachote- 
ment et la fétidité de l'haleine, et, dans les voies génito-urinaires, 
par un ténesme vésical assez vif, qui doit être rapporté, en partie, 
à la plus grande quantité de sels que l'analyse chimique des urines 
a fait découvrir. • 



SECONDE PARTIE 



§ l*^ — OBSERVATIONS. 



Observation r". 

Louise B..., âgée de 46 ans, est entrée le 2 avril 1862 à i'bô- 
pilal Sainl-Anloiue, dans le service de M. Woillez, salle Sainle- 
Cécile. 

Ouvrière en caoutchouc vulcanisé, pendant six ans elle est restée 
exposée aux vapeurs de sulfure plusieurs heures chaque jour, et a 
été obligée, il y a quelques mois, par les troubles de plus en plus 
considérables qu'elle éprouvait, d'abandonner complètement son 
état. 

Les accidents ont été de la céphalalgie, des espèces de lipothy- 
mies, surtout lorsqu'elle travailiail debout, quelquefois niênie de 
véritables pertes de connaissance, pendant quelques secondes à plu- 
sieurs minutes, un peu d'amnésie, de l'anaphrodisie et un écoule- 
ment menstruel plus adond.mt qu'auparavant. 

Quelques semaines plus tard, il se manifesta du tremblement, 
surtout aux membres inférieurs et à la jambe droite, ce qui lui don- 
nait les allures d'une personne ivre. 

Entrée à l'hôpital quelques jours après avoir abandonné la vulca- 
nisation, on constata un peu de faiblesse musculaire avec une cer- 
taine incoordination des mouvements, tout à fait analogue à celle 
qu'on voit chez les alaxiques. La malade serre mal les petits objets; 
elle est devenue maladroite, mais elle peut soulever une table, par 



^ 16 — 

exemple, et même avec une certaine vigueur; en outre, on peut 
appuyer sur ses épaules sans la faire fléchir. 

Mais le désordre des mouvements est mieux dessiné aux membres 
supérieurs, quoique les efforts de flexion et d'extension soient 
assez bien conservés. Quelques contractions spasmodiques ont lieu 
parfois, à droite surtout. Si la malade ferme les yeux, la marche 
devient embarrassée, chancelante, et la chute est imminente. 

Du côté de la sensibilité, elle accuse des douleurs aux bras, mais 
plus encore aux jambes et aux reins, douleurs profondes qu'elle 
f rapporte aux os et qu'elle qualifie de rongeantes. Ces accès doulou- 
reux durent un ou plusieurs quarts d'heure. 

Les différentes espèces de sensibilité, tactile, de température et 
douloureuse sont diminuées : froid habituel aux pieds, inipression- 
nabililé vive à la lumière. 

Le traitement a consisté en douches froides tous les matins, en 
vin de quinquina, vin de Bagnoles, nourriture substantielle, etc., etc. 
Au bout de trois semaines la marche était plus assurée, sauf lorsque 
la malade marchait sur un sol inégal, et les douleurs considérable- 
ment amendées. La sensation de froid aux extrémités n'a disparu 
qu'en dernier lieu. Après huit semaines, guérison complète. 

Appréciation. — Deux faits surtout sont à noter dans l'histoire 
précédente, à savoir : l'augmentation du flux menstruel et l'incoor- 
dination des mouvements. 

Le premier fait a été constaté dans d'autres cas, et la malade qui 
a fait l'objet de la dix-neuvième observation de M. Delpech disait 
même à ce propos, que « les ouvrières en caoutchouc étaient obligées 
d'interrompre leur travail pendant les époques menstruelles pour 
ne pas exagérer une perte de sang déjà trop considérable. » M. Del- 
pech explique ce fait par l'action excitante du sulfure de carbone sur 
l'utérus, comparable à celle d'un puissant emménagogue. Sans nier 
l'action élective de ce poison sur les organes génitaux, nous pensons 
que l'abondance de la menstruation, dans ces circonstances, trouve 



— 17 _ 

une explication plus rationnelle dans l'altération du sang et la ca- 
chexie consécutive, d'autant mieux que celte action n'est pas tou- 
jours égale ; tantôt elle est excitante, et tantôt elle est dépressive. 

Mais, si l'on peut subordonner à la profession de la malade l'abon- 
dance de la menstruation, en est-il de même de l'incoordination des 
mouvements? C'est là unequeslion obscure, d'abord parce que l'ataxie 
locomotrice n'a été signalée, jusqu'ici, dans aucune autre observa- 
tion, et que, par conséquent, le fait de simple coïncidence peut 
être invoqué; ensuite, parce que, au dire de la malade, plusieurs 
mois se sont écoulés entre l'apparition des premiers accidents et celle 
de l'incoordination locomotrice. Toutefois, si l'on considère que la 
guérison radicale de l'ataxie a été obtenue, ce qui se voit rarement 
dans l'ataxie ordinaire et que sa disparition a coïncidé avec celle des 
accidents sulfo-carboniques , on sera plutôt porté à la regarder 
comme un effet de l'intoxication. 

Quoi qu'il en soit, il était intéressant de ne pas omettre cette partie 
de l'observation. 

Observation II. 

Charles Pourny, âgé de 49 ans, d'une constitution vigoureuse, est 
entré le 10 janvier 1864, à l'hôpital Lariboisière, dans le service de 
M. Pidoux. 

Sorti de l'armée, il a fait l'état de terrassier jusqu'au mois de dé- 
cembre dernier. Habituellement bien portant, il raconte n'avoir eu, 
en Algérie, qu'une fièvre intermittente, dont la durée a été de 
quelques semaines seulement. 

Depuis le 4 décembre jusqu'au 7 janvier, il a travaillé dans un 
petit atelier à la vulcanisation du caoutchouc, pour la confection de 
tubes, blagues à tabac, etc. 

Chargé du trempage, il avait les mains constamment plongées 
dans le sulfure de carbone. Après la première journée de ce travail, 
il éprouva de la lourdeur de tête, des bourdonnements d'oreille 

1865. — Tavera. 3 



— 18 — 

avec tendaSiCe à l'assoupissemeul ; une cerlaine liîubation datis la 
marche, semblable à celle d'un homme ivre, ne tarda pas à se ma- 
nifester. 

Le contact du mélange vulcanisant lui fit éprouver un froid glacial, 
des picotements douloureux et de l'engourdissenîent aux mains ; 
celles-ci devinrent même le siège d'une éruption eczémateuse dont 
il reste encore des vestiges. De fréquentes horripitalions, de vives 
démangeaisons, un ténesine vésical caractérisé par des besoins fré- 
quents et urgents, et par l'émission de deux ou trois gouttes d'urine 
à la fois ; une légère diminution de la contraclilité volontaire, sur- 
tout à droite, des pollutions involontaires pendant quelques jours 
et jusqu'à deux fois dans la même nuit, des douleurs crampoïdes 
atix orteils et dans les cuisses, une heure ou deux chaque fois, voila 
ce que le malade a éprouvé depuis plusieurs jours. 

Lp. dégoût pour les aliments, l'anorexie complète, les renvois 
d'ime saveur acre tout à fait analogue à celle du sulfure de carbone, 
des rêvasseries d'abord, l'insomnie ensuite, les troubles de la vue, 
de l'ouïe et de l'odorat, une céphalalgie constrictive , sont venus 
encore se joindre.aux symptômes précédents. 

A deux reprises, le malade est tombé subitement sans connais- 
sance pendant une heure la première fois, pendant huit heures la 
seconde. ÎNon sujet jusqu'alors aux épistaxis, il a eu deux abondants 
saignements de nez, qui une fois ont précédé l'élourdissement de 
de deux jours, et une autre fois l'ont accompagné. 

État actuel. — Teint peu altéré, embonpoint conservé, sensibilité 
tactile et de température normale , analgésie. La cornée offre un 
degré d'anesthésie assez marqué; elle supporte aisément le contact 
prolongé d'une têle d'épingle et de l'extrémité du doigt. La sensi- 
bilité de la muqueuse nasale paraît aussi amoindrie; les testicules 
conservent leur volume, mais c'est à peine si les plus fortes pressions 
y provoquent de la douleur; frigidité et impuissance complète. 

Ce qui frappe ericore, chez ce malade, c'est une sorte de trem- 



- 19 — 

blemenl de tous les membres, surloiit du côlé droit. Son intensité 
par moments est telle que le lit en est fortement ébranlé. Les muscles 
se contractent actuellement avec une énergie suffisante; la mémoire 
est affaiblie, notamment pour ce qui a trait aux faits récents. Nul 
embarras de la parole, nulle douleur vert:^brale, pas de coiivulsions; 
la titubation dans la marche, qui n'existe qu'à un faible degré, 
n'augmente pas lorsque le malade ferme le yeux; la vue moins 
nette ne laisse voir les objets qu'à travers une sorte de brouillard : 
le goût est émoussé à tel point qu'une solution concentrée de sel 
marin lui a paru tout à fait insipide. 

Les urines, d'une odeur assez forte, ne contiennent ni albumine 
ni sucre. 

Rien à noter du côté des organes thoraciques. 

Le malade a été soumis à un régime tonique et excitant, aux pré- 
parations de quinquina, à l'eau de Vichy, à l'usage de deux ou trois 
gouttes d'huile essentielle de menthe, aux bains sulfureux, et plus 
tard aux préparations de phosphore, 2 milligrammes chaque jour 
en deux pilules. 

Guérison complète cinq semaines après son entrée à l'hôpital. 

Appréciation. — Cette observation offre (!es symptômes qui n'ont 
pas encore été signalés, tels sont l'aneslhésie de la cornée, le trem- 
blement continu et les pollutions involontaires. 

A. Anestliésie de la cornée. — L'aneslhésie cornéenne a coïncidé 
avec une légère lésion fonctionnelle de l'œil, et l'absence complète 
de toute altération maléiielle de cet organe. 

M. Bergercn, interne très-distingué, pour donner à cette notion 
clinique un caractère de certitude incontestable, entreprit une série 
d'expériences physiologiques habilement combinées, et reproduisit 
le même phénomène chez des animaux qu'il soumit aux inhalations 
de la vapeur de sulfure de carbone. 

Mais si l'insensibilité de la cornée était le fait de fa maladie, de- 



— 20 — 

vait-on l'atlribuer, comme cela semblait rationnel, à l'action locale 
et direcle de l'agent toxique? La cinquième expérience de JVl. Ber- 
gerou tendrait à démontrer qu'il faut chercher ailleurs l'explication 
de ce phénomène morbide. 

Voici du reste l'exposé textuel de ces expériences inédites que je 
dois à l'obligeance amicale de son auteur. 

Expériences. 

Dans la plupart des expériences auxquelles nous nous sommes livrés , nous 
avons fait usage de cloches de verre, plus ou moins grandes suivant la taille de 
l'animal, chaque appareil était muni de deux tubulures latérales pour le renou- 
vellement facile de l'air. 

Première expérience. 

Un cochon d'Inde est placé sous la cloche indiquée. 11 est soumis aux vapeurs 
de sulfure de carbone émanant d'une capsule qui renferme 3 grammes environ 
de ce liquide. Nous commençons l'expérience à une heure dix-huit minutes. 

1 h. 20 m. L'animal s'agite considérablement; quelques instants après il se 
pelotonne en quelque sorte sur lui-même, et il parait en repos. 

1 h. 22 m. La période d'agitation est de plus en plus manifeste, l'animal tourne 
plusieurs fois dans l'appareil. 

1 h. 24 m. Après avoir chancelé pendant quelques instants, il tombe sur le côté 
dans une résolution presque complète , et évacue au même moment ses urines 
On place l'animal à l'air libre, loin des vapeurs sulfo-carboniques. 

1 h. 26m. Anesthésie générale et de la cornée, l'ammoniaque portée sur les 
narines et sur la bouche ne provoque aucune réaction. L'animal est immobile, 
mais sans qu'on puisse l'attribuer à un état paralytique. Les battements du cœur 
sont excessivement fréquents. De fortes pressions réveillent quelques mouve- 
ments. 

1 h. 30 m. L'animal paraît avoir de la contracture surtout dans le train posté- 
rieur. 

j h 32 m. Il essaye de marcher et il ne réussit qu'à se traîner très-lentement. 

1 h 34 m. La sensibilité cutanée commence à reparaître, mais l'aneslhésie de 
la cornée persiste encore. 

1 h 37 m. La cornée redevient un peu sensible, de même que le goût et l'o- 
dorat à l'acliou de l'ammoniaque. 



— 21 — 

2 h. 40 m. Tous les troubles vont évidemment en diminuant. 

Le lendemain et le surlendemain l'animal parait être revenu à son état normal, 
seulement si on s'en rapporte à la petite quantité d'aliments ingérés , il resterait 
encore de l'anorexie. 

Deuxième expérience. 

Un cochon d'Inde est soumis dans les conditions précédentes à l'action du sul- 
fure de carbone à deux heures vingt et une minutes. Au bout d'une minute et 
demie, il offre quelques mouvements cloniques. 

2 h. 2i m. Après avoir chancelé pendant quelques instants, il tombe sur le côté 
dans une résolution presque complète, et évacue au moment même ses 
urines. 

2 h. 25 m. Plusieurs gouttes d'ammoniaque jetées sur la peau suffisent pour 
que l'animal se soutienne immédiatement sur ses pattes. 

2 h. 26 m. La respiration est haletante, l'animal offre quelques secousses con- 
vulsives soit diaphragraatiques , soit dans un ou plusieurs membres, la sensibi- 
lité générale paraît amoindrie, celle de la cornée est abolie presque en totalité. 

3 h. Tous les troubles signalés ont beaucoup diminué, il reste seulement un 
certain degré d'abattement et de fatigues. 

II importe de faire ressortir ici qu'une certaine quantité d'ammoniaque ré- 
pandue sur la peau et autour de l'animal a eu pour résultat d'abréger considé- 
rablement la durée des accidents sulfo-carboniques. 

Troisième expérience. 

Sur les trois heures un lapin est soumis dans une vaste cloche à l'influence 
des vapeurs de sulfure de carbone. 

3 h. 3 m. L'animal éprouve des secousses convulsives comparables à celles 
produites par une décharge électrique. 

3 h. 7 m. La respiration s'embarrasse de plus en plus, devient tout à fait hale- 
tante, et on constate des mouvements spasmodiques du diaphragme. 

3 h. 10 m. Après cette période d'excitation, le lapin cesse de se mouvoir et se 
pelotonne en quelque sorte sur lui-même. 

3 h. 14 m. Résolution, il tombe sur le côté, émission d'urine. On place l'animal 
hors de l'atmosphère sulfo-carbonique ; la sensibilité générale paraît assez bien 
conservée, mais celle de la cornée est évidemment diminuée. L'odorat est resté 
sensible à l'action de l'ammoniaque. 



3 h. 21m. L'animal commence à leprenclre un peu, et il évacue de nouveau 
quelques gouttes d'urine, celle-ci ne renFerme pas d'albumine. 

3 h. 40 m. L'anima! est replacé sous l'influence du sulfure de carbone : une 
courte période d'agitation, caractérisée par une espèce de lioquet, par des mou- 
• veraents convulsifs, ne tarde pas à se manifester. 

3 h. 49 m. Il tombe sur le côté et il évacue encore quelques gouttes d'urine, 
on l'éloigné des vapeurs toxiques. L'animal est saisi d'un tremblementcomparable 
à celui du frisson , d'un clignement rapide et fréquent. 

La seusibilité cutanée parait être conservée, celle de la cornée diminuée. Les 
battements du cœur sont petits, irréguliers, de loin en loin quelques contractions 
brusques et rapides d'un ou plusieurs membres. Peu à peu l'animal revient à 
lui, et, au bout de trente-cinq minutes environ , il essaye de marcher en sautil- 
lant. Les jours suivants tout symptôme avait disparu, sauf peut-être l'anorexie. 

Quatrième cxj.cricncc. 

Celle-ci, faite dans les mêmes conditions que la précédente, nous a présenté 
une même succession de phénomènes Le lapin est en proie pendant deux mi- 
nutes environ à une certaine agitation , accompagnée de quelques cris , puis l'a- 
nimal reste immobile, et se ramasse sur lui-même; bientôt après l'animal chan- 
celle et tombe. Éloigné de l'appareil, un certain nombre de gouttes d'ammonia- 
qne sont répandues sur la peau, et l'animal se replace immédiatement sur ses 
quatre extrémités. Trois à quatre minutes après la sensibilité cutanée et de la 
cornée commençait à reparaître. L'animal est soumis une seconde fois dans l'es- 
pace d'une heure aux vapeurs toxiques , et on l'y laisse comme la première fois 
sept à huit minutes. Cette seconde expérience a suffi pour le tuer. 

Cinquième expérience. 

Dans les faits précédents, ayant constaté qu'un certain degré d'aneslhésie cor- 
néenne paraît être un des phénomènes propres à cetle intoxication, nous avons 
eu la pensée de porter directement sur l'œil d'un lapin deux ou trois gouttes à 
la fois de sulfure de carbone. Dans l'espace de deux heures ce contact a été ré- 
pété cinq ou six fois, et néanmoins l'œil est resté sans injection morbide, et il a 
conservé sa sensibilité physiologique. 

Sixième expérience. 

1 h. 15 m. Nous faisons avaler à un lapin une vingtaine de gouttes de sulfure 
de carbone, et l'animal est pris immédiatement de mouvements désordonnés. 



— 23 — 

t h. 40 lu. L'animal paraît être dans uq état de stupeur, il ue bouge pas, la 
sensibilité générale est diminuée, tandis que celle de la cornée paraît encore 
conservée. 

1 h. 55ni. Nous faisons ingérer une autre dose à peu près égale à la première, 
et immédiatement l'animal est pris de roideur, de tressaillement surtout, dans le 
train postérieur, tressaillement suivi de résolution. On constate que la sensibilité 
générale est éteinte, que la îes|)iralioii est haletante, qu'il y a retVoidissemen! 
des extrémités, clignement tiéquent, battements du cieur précipités. 

2 h. 5 m. Il se tient sur ses quatre membres, mais il existe une contracture du 
cou bien manifeste, car la têle est dans une extension exagérée, l'anesthésie per- 
siste, mais les autres troubles vont déjà en diminuant. 

Septième expérience. 

Nous ne signalerions pas cette dernière expérience faite dans les mêmes con- 
ditions que la précédente, si nous n'avions pas à indiquer que l'animal a succombé 
dans la soirée. Peut-être la dose administrée a-t-elle été plus considérable que 
dans le cas relaté. 

B. Tremblement. — Tel qu'il a existé chez le malade, le tremble- 
ment était non-seulemenl peraianeut, ce que n'a jatnais observé 
M. Delpech, mais même comparable, par son intensité, au tremble- 
ment alcoolique ou au tremblement mercuriel. 

C. Pollutions involontaires. — Elles ont eu le début et la marche 
de celles qui se manifestent dans certaines variélés de l'alaxie loco- 
motrice progressive; mais, contrairement à ce qu'on observe dans 
cette dernière affection, elles ont suivi les phases de la maladie et 
ont disparu avec elle, preuve que la spermalorrhée et les autres 
symptômes étaient sous la dépendance de l'intoxication. 

Voici une note prise sur un jeune ouvrier en caoutchouc qui tra- 
vaille dans la fabrique de M.***, à Grenelle. 

Marcel, 20 ans, pas d'excès alcooliques, travaille depuis quatre atis 
à la vulcanisation du caoutchouc, cinq heures par jour. 

A différentes reprises, il a éprouvé de la céphalalgie, du ?rem- 



— 24 — 

blement passager de la lête et des mains, de l'amnésie et une grande 
irritabilité du caractère. 

Nul trouble du côté des voies digestives, si ce n'est une bouche 
toujours pâteuse : l'appétit, si souvent perdu dans l'intoxication 
sulfo-carbonique, a toujours été bien conservé. 

Les fonctions génésiques offrent un dégré de frigidité notable ; le 
développement organique est normal. 

Vers l'âge de 17 ans, les troubles professionnels ont très-rapide- 
ment atteint une assez grande gravité. Ainsi, à la suite de quelques 
étourdissemenls, il a eu les mains paralysées, et il a perdu presque 
complètement la vue. Cet état a duré environ trois mois, au boiit 
desquels la paralysie s'est dissipée. Il n'en est pas de même des 
troubles de la vue qui ont persisté. Le malade voit toujours les 
objets enveloppés d'un brouillard. 

Il est à noter que, depuis plusieurs mois, ce jeune homme est 
sujet à une conjonctivite calarrhale. 

L'examen ophthalmoscopique a montré dans les deux papilles une 
pâleur, très-probablement due à un commencement d'atrophie. 

Appréciation. — La partie intéressante de cette note est la persis- 
tance des troubles de la vue, après la disparition des autres acci- 
dents. Un fait analogue, que nous reproduisons plus loin, a été 
signalé par Marcé, dans sa thèse de concours (troubles de la sen- 
sibilité.) 

5 IL — Description générale. 

La maladie qui nous occupe, comme on a pu le voir par les obser- 
vations précédentes, n'a pas toujours la même régularité dans sa 
marche, ni dans son expression symptomatique ; elle est subordon- 
née à des conditions diverses qui lui impriment un cachet parti- 
culier et ne la rendent pas toujours semblable à elle-même. De là 
l'impossibililé de reproduire dans un seul groupe de symptômes 



— 25 — 

toutes les formes, toutes les nuances, toutes les variétés qu'elle 
peut revêtir. Il était pourtant nécessaire, avant d'aborder l'étude des 
symptômes en particulier, de décrire l'ensemble des phénomènes 
morbides qui la caractérisent. Quelque défectueuse que puisse 
être cette description, elle aura au moins l'avantage de réunir et de 
présenter dans un même cadre tous les symptômes qui constituent 
cet état morbide complexe, en tenant compte de leur ordre d'appa- 
rition et de fréquence, et les rendant ainsi plus saisissables. 

Les accidents qui résultent de l'empoisonnement par le sulfure de 
carbone peuvent avoir un début brusque, ou n'apparaître qu'après 
que les individus ont subi pendant un temps plus ou moins long 
l'influence délétère du poison. ' 

Tout d'abord, les ouvriers sont pris d'un malaise inexprimable, 
de vertiges et de courbature générale; survient ensuite de la céphal- 
algie, qui, d'après M. Bouchardat, occupe en général le sommet de 
la tête, et se présente tantôt sous une forme passagère et ne durant 
que deux ou tr ois minutes, tantôt persistant avec une ténacité déses- 
pérante; d'après M. Delpech, elle a plutôt le caractère compressif, 
et la tète est comme serrée dans un étau. Quel que soit le siège de 
cette douleur, elle ne fait jamais défaut et marque le début des 
accidents. 

L'intelligence ne tarde pas à s'altérer ; la mémoire se trouble et 
le caractère se pervertit : les individus deviennent irascibles et il 
se manifeste quelquefois un délire furieux que I on ne peut expli- 
quer que par l'influence du milieu dans lequel vivent les ouvriers; 
ils sont inquiets, et tourmentés par des insomnies et des rêves 
pénibles. 

Les troubles de la sensibilité spéciale sont constants et caracté- 
ristiques et se manifestent le plus ordinairement par un affaiblisse- 
ment progressif de la vue et de l'ouïe. 

Les fonctions digestives s'altèrent promplement; la bouche est 
pâteuse, l'haleine fétide et l'expuilion fréquente; tantôt il y a ano- 
rexie et même dégoût pour les aliments, tantôt, au contraire, l'ap- 

1865, — Tarera. 4 



— 26 ~ 

péîil est augmenté et les malades sont en proie à une espèce de 
boulimie. Ce dernier cas, qui est de beaucoup le plus rare, a tou- 
jours été observé à !a période d'excitation. A ces symptômes Tiennent 
s'ajouter des nausées, des vomissements verdâtres, de vives coli- 
ques et de la constipation alternant avec la diarrhée. 

l/amaigrissement Pait des progrès rapides et est bientôt suivi de 
la débilité des membres avec tremblement, titubation dans la mar- 
che, difficulté dans la préhension, crampes, roideurs et contractures 
musculaires. 

Du côté des Fonctions génésiques on a constaté, chez tous les ma- 
lades, des troubles plus ou moins marqués, depuis la simple frigi- 
dité jusqu'à l'impuissance la plus absolue. 

Ces troubles ont souvent coïncidé, chez I homme, avec l'arrêt de 
développement ou l'atrophie des testicules; chez la femme, avec 
l'atrophie des seins, l'augmentation du flux menstruel, l'inaptitude 
à concevoir et la tendance à l'avortement. Chez plusieurs nialades, 
la frigidité génitale a été précédée d'une vive excitation de cette 
fonction. 

Si, lorsque la maladie est arrivée à ce degré, elle n'est pas en- 
rayée dans sa marche envahissante par l'éloignement de la cause 
et un traitement approprié, des symptômes autrement graves {)a- 
raissent sur la scène. La paralysie et l'atrophie musculaire, avec 
conservation de la sensibilité et de la contractilité électrique, ne 
tardent pas à se joindre aux symptômes précédents. Les membres 
considérablement amoindris deviennent le siège de vives douleurs, 
et c'est à peine si les malades peuvent se tenir debout ; les mu- 
queuses se décolorent, les chairs deviennent flasques et la peau prend 
une teinte terreuse ; il y a de l'abattement, de l'hébétude, de la 
torpeur intellectuelle et une sensation de vague dans les idées. 
L'auscultation fait entendre des bruits de souffle à la région car- 
diaque et au cou : enfin, sous l'influence d'un état cachectique bien 
caractérisé, toutes les fonctions languissent, et ces malheuieux 
n'ont plus la foice de réagir contre les imprécisions extérieures. 



— 27 — 

Bien que la mort puisse être l'issue d'une pareille inloxicaf ion, 
jusqu'ici il n'en existe aucun exemple bien avéré. Il est même con- 
solant de voir avec quelle rapidité les accidents se dissipent, lorsque 
les individus, après avoir été soustraits à l'influence de l'agent 
toxique, sont soumis à un traitement convenable. «Malheureuse- 
ment, comme le Fait observer M. le professeur Tardieu, les rechutes 
sont fréquentes et faciles, et le retour aux anciens travaux ramène 
promplement des accidents nouveaux de plus en plus répétés et de 
plus en plus graves. » 

§ III. — Des symptômes en particulier. 

Avant d'aborder cette élude, il est bon de faire connaitre que 
l'intoxication sulfo-carbonique, au point de vue de la marche et de 
la durée des symptômes, peut affecter deux formes distinctes, la 
forme aiguë et la forme chronique. 

La première impose brutalement les accidents par l'explosion 
brusque de symptômes violents dont l'examen de détail n'est pas 
toujours facile. Ceux-ci acquièrent rapidement une grande itUen- 
site et se traduisent par la stimulation vive de certains appareils, et 
surtout par une loquacité intarissable, un délire furieux et une ar- 
deur génitale excessive. Mais ces troubles s'amendent bien vite et 
passent rarement à l'état chronique. 

Dans la forme lente, au contraire, les accidents n'apparaissent 
qu'à la longue; ils sont progressifs, plus nuancés, et constituent cette 
série de symptômes que j'ai expo.sés dans ma description générale. 
Cette forme, qui est la plus commune, offre deux périodes : l'une 
d'excitation et l'autre de dépression. Mais les choses ne se passent 
pas toujours de la même manière ; quelquefois les symptômes se 
mêlent et se confondent, et la dépression d'une fonction coïncide 
avec l'excitation d'une autre, à tel point que l'on ne saurait assigner 
sa véritable période à la maladie. D'ailleurs, des faits analogues s'ob- 



— 28 — 

servent dans tous les empoisonnements, et particulièrement dans 
l'anesthésie chirurgicale. 

Ceci posé, je passe à l'étude des symptômes en particulier que je 
classe par série d'appareils anatomo-physiologiques. Dans ce para- 
graphe, j'examinerai successivement les troubles de l'intelligence, 
de la sensibilité générale et spéciale, de la génération, de la moti- 
lité, de la digestion, de la circulation des organes respiratoires et 
sécréteurs. 

1" Intelligence. — Les vapeurs sulfocarbonées influencent d'une 
manière fâcheuse les facultés psychiques dont l'exercice est per- 
verti ou diminué. Les modifications qui en résultent varient suivant 
l'intensité de la cause et les prédispositions individuelles. 

Au début, l'organe de l'entendement est sous l'influence d'une 
excitation comparable à celle de l'ivresse; les idées deviennent inco- 
hérentes, et les malades perdent le souvenir des faits récents; ils 
sont oublieux et constamment occupés à chercher des objets qu'ils 
ont sous la main. L'amnésie, qui est constante et peut persister 
même après la disparition des autres accidents, s'accompagne d'une 
grande loquacité. 

Les changements qui s'opèrent dans le caractère ne sont pas 
moins importants à noter : les uns deviennent violents, très-irrita- 
bles ; d'autres se livrent à des rires ou à des pleurs non motivés, et 
leur esprit s'égare dans des rêves chimériques ou des appréhensions 
absurdes. Chez tous, le caractère est versatile et ne leur permet pas 
de fixer longtemps leurs idées sur le même objet. Ces malheureux 
perdent, en quelque sorte, le bénéfice de la réflexion, et errent à 
l'aventure dans un monde idéal, tantôt en proie à d'injustes persé- 
cutions, tantôt au faite de la gloire et des honneurs. Hâtons-nous 
de dire que ces hallucinations sont rares: quand elles existent, elles 
sont le prélude de l'aliénation mentale qui, fort heureusement, 
disparaît presque toujours après l'amendement des autres sym- 
ptômes. 



— 29 — 

A leur tour, les facultés affectives ne lardent pas à subir l'in- 
fluence du poison. Les malades, devenus très-irritables, tombent 
parfois dans des accès de délire furieux et font du mal même aux 
personnes qu'ils aiment le plus. Nous en avons un exemple frap- 
pant dans la 1"^^ observation du mémoire de M. Delpech, où nous 
voyons l'enfant Delacroix, à la suite d'un accès de délire, se jeter 
sur son père pour le mordre. Heureusement que ces colères n'ont 
pas de suite. 

« Nos'colères, disait le malade de la 4* observation du même au- 
teur, sont superficielles, passagères, et s'éteignent aussitôt dans un 
manque absolu d'énergie. » A part la gravité, ce délire ressemble, à 
s'y méprendre, à celui de l'alcoolisme. 

Chez tous les malades, on a noté une insomnie fatigante, des ré- 
veils en sursaut , des rêvasseries et une agitation extrême. 

Bientôt à la stimulation des facultés intellectuelles succède une 
période de dépression qui se traduit par un abattement profond. 
En proie à une morne tristesse, les malades sont indifférents à tout 
ce qui les concerne ; leur visage exprime le découragement et l'hé- 
bétude , la mémoire est abolie; à ce sentiment de vague de l'intel- 
ligence se joint une somnolence continuelle qui les plonge dans 
l'abrutissement. 

Dans deux circonstances, M. Delpech a noté un accident qu'il a 
produit chez les animaux et qui a consisté dans des convulsions 
épileptiformes. Chez un malade, la perte de connaissance a été com- 
plète et l'accès parfaitement caractérisé; chez l'autre, il n'y a eu 
que le vertige épileptique, et la perte de connaissance a été incom- 
plète : dans les deux cas, les convulsions paraissaient dues à l'in- 
toxication , puisqu'elles ne s'étaient jamais manifestées auparavant 
et qu'elles n'ont plus reparu depuis. 

2° Sensibilité générale. — La première lésion de la sensibilité gé- 
nérale est une céphalalgie plus ou moins vive, intermittente ou con- 
tinue, avec serrements douloureux des tempes; puis des vertiges, 



— 30 - 

des éblouissemenis et des douleurs musculaires s'exacerbant la nuit 
et occupant de prérétetice les membres intérieurs. 

La sensibilité cutanée est pervertie, et les malades sont tour- 
mentés par des démangeaisons siégeant sur certaines parties du té- 
gument externe. Chez Pourny, les démangeaisons se sont accom- 
pagnées de vives horrijjilalions. L'hypereslhésie, outre qu'elle n'est 
pas constante, est limitée à certaines régions du corps et n'a pas la 
netteté de celle qui marque le début de l'éthérisme; sa généralisa- 
tion n'a été observée qu'une seule fois, 

L'anesthésie au contraire est plus fréquente et n'arrive que long- 
temps après. Le plus souvent elle est précédée par l'excitation de 
la sensibilité cutanée et un froid excessif aux pieds et aux mains 
(ce dernier symptôme est constant); elle envahit successivement les 
membres abdominaux, les membres thoraciques , certaines^ parties 
de la face, telles que la cornée et la njuqueuse nasale. 

3" Sensibilité spéciale. — De tous les phénomènes morbides qui 
se produisent du côté de la sensibilité spéciale, les plus importants 
sont ceux qui affectent la vue. 

La première modification a trait à l'affaiblissement de cette fonc- 
tion; les malades ne distinguent les objets qu'à travers un brouil- 
lard plus ou moins épais, ils ne lisent qu'avec peine, voient des mou- 
ches en l'air, des bluettes, des anneaux colorés, etc., etc. Ces trou- 
bles augmentent lorsqu'ils fixent avec une grande attention un 
objet peu volumineux. 

L'examen ophthalmoscopique ne révèle aucune altération orga- 
nique soit superficielle, soit profonde : aussi, d'une manière géné- 
rale, la disparition de ces troubles suit-elle de près la guérison des 
autres accidents. Dans certains cas, ils persistent, comme chez 
Marcel. 

Marcé a observé le cas suivant : 

« ISous connaissons, dit-il , un fait dans lequel une amaurose 
presque complète , développée dans de pareilles conditions (sous 



^ 3f — 

l'influence de l'inhalation de la vapeur de sisifure de carbone), per- 
sistait encore après plusieurs mois de cessation de travail. L'examen 
à l'opîithalmoscope n'a rien fait découvrir; le malade mourut ino- 
pinément de rupture d'anévrysme de l'aorte, et à Tautopsie il fut 
impossible de rattacher la perte de la vue ri une lésion appréciable 
de l'œil, du nerF optique ou de l'encéphale. 11 ne faudrait donc p^s 
compter sur une terminaison constamment heureuse, malgré l'ab- 
sence de toute lésion organique.» 

De rouie, de f odorat et du goût. — Les altérations de ces sens 
sont passagères ; elles ne deviennent appréciables que vers la fin de 
la maladie. 

be troubles de l'ouïe varient depuis la simple dureté d'oreilles 
jusqu'à la surdité complète; ceux de l'odorat se caractérisent par 
l'odeur de sulfure de carbone qui poursuit les malades et s'attache 
à tous les objets qui les entourent 

be goût est souvent perverti ou émous^é : on a vu comment chez 
Louise Bizet une solution concentré de sel marin ne produisit au- 
cune impression. 

5" Fonctions génératrices. — Dans la première période de l'in- 
toxication, l'appareil génital est vivement excité, mais ceîfe stimu- 
lation n'est que passagère et fait place à l'état normal ou à l'ana- 
phrodîsie. Chez quelques-uns, elle a été portée très-loin, e( a pu 
occasionner des érections incessantes et des besoins exagérés. 

La femme parait soumise à la même loi; de plus, le flux menstruel 
est plus abondant et plus précoce. 

Dans la seconde période, le désir des rapprochemenîs sexuels 
s'éteint progressivement jusqu'à l'impuissance la plus complète. 

Cette altération est certainement la plus pénible et caract^Vise 
mieux qu'aucime autre l'action du sulfure sur l'économie. 

Dans quelques cas, l'amoindrissement des facultés génésiques 
s'est développé prirnitiventenl. Les érections persistent alors, mais 



— 32 — 

d'une manière incomplète, et l'accomplissement parfait du coït 
n'est pas possible. 

M. Delpech pense qu'à cette époque la liqueur séminale a perdu 
ses propriétés fécondantes. Des expériences directes n'ayant pas 
encore été faites à ce sujet, nous croyons prudent de nous tenir dans 
les limites d'une sage réserve. Ce qui est vrai, c'est que la profes- 
sion de caoutchouctier ne favorise en aucune façon la propagation 
de l'espèce. 

Les autres troubles sont l'atrophie des testicules, les pollutions 
involontaires, le ténesme vésical, chez l'homme; l'atrophie des seins, 
l'abondance et la précocité des règles, la stérilité chez la femme. 

6° MotUiîé. — Les altérations de la motilité se manifestent d'abord 
par des crampes douloureuses limitées aux membres, de la roideur 
et quelquefois un peu de contracture des fléchisseurs, ensuite par 
une faiblesse musculaire qui peut aller jusqu'à la paralysie. 

L'affaiblissement de !a contractililé musculaire commence par les 
mains et s'étend aux membres inférieurs. Les malades ne peuvent 
pas serrer les objets^ ils leur tombent des mains quand ils veulent 
faire des efforts de striction : la plus légère fatigue les essouffle, et 
leur démarche devient chancelante et pénible. 

Louise B... a présenté des symptômes non équivoques d'ataxie 
locomotrice, et P... un tremblement continu. M. le D' Peter m'a 
parlé, à ce propos, d'un cas très-intéressant qu'il a observé à l'Hôtel- 
Dieu, dans le service de M. le professeur Trousseau , oij primaient 
les accidents choréiformes.f 

A la paralysie, qui peut envahir la langue et les muscles qui con- 
courent à l'articulation de la parole, et déterminer ainsi le bégaie- 
ment, se joint un certain degré d'atrophie musculaire, 

7° Digestion. — Chez quelques malades les troubles se sont an- 
noncés par la stimulation des fonctions digestives. L'excitation a 
été très-marquée dans les T, 4*, 10*, 17*, 19* et 20* observations 



— Sa- 
de M. Delpech. Le malade de la 4^ observation disait, dans son lan- 
gage imagé : «Je dépense 10 francs dans un dîner à manger des 
portions de 6 sous. » 

Chez d'autres, et cela se voit surtout à une époque plus avancée 
delà maladie, l'anorexie est constante; elle s'accompagne de cra- 
chotements, de nausées, de vomissements, quelquefois de douleurs 
gastriques, de coliques, de constipation et de dévoiement : la langue 
est pâteuse, les selles fétides, et les ouvriers se plaignent d'un déve- 
loppement excessif de gaz dans l'intestin, ayant l'odeur de sulfure. 

Sous Tinduence de ces troubles, les malades maigrissent rapide- 
ment et deviennent anémiques. 

Marcel n'a éprouvé aucune altération du côté des organes diges- 
tifs; chez lui, l'appgtit s'est très-bien conservé. 

8° Circiilaiion, respiration et sécrétions. — Le cœur n'offre rien de 
particulier, et le pouls est presque toujours normal; ce n'est que 
vers la fin, lorsque les malades sont débilités, qu'il devient faible 
et lent. A ce moment, on constate des bruits vasculaires, probable- 
ment dus à l'altération du sang. 

L'auscultation ne dénote aucun trouble dans l'appareil respiratoire. 

Les seuls changements qu'oa observe sont un peu d'oppression et 
un essoufflement habituel. 

Les urines ont l'odeurdu sulfure, sont colorées et contiennent en 
abon'dance des carbonates et des sulfates. La miction détermine une 
vive cuisson. 

La sécrétion salivaire est augmentée; rien de particulier du côté 
des autres sécrétions. 

§ IV. — Diagnostic. 

U est à peu près impossible de confondre les accidents sulfocar- 
boniques avec aucune autre maladie. L'étude des antécédents et de 
la cause, les signes spéciaux des fonctions génératrices, l'odeur du 

1865. -- Taveia. â 



sulfure de carbone el ramendemenl ou la disparition des (roubles 
par la cessation de travail, suffiront toujours pour asseoir le dia- 
gnostic. 

11 n'est pourtant pas inutile, au point de vue nosolofjique, de rap- 
procher celle affection de celles qui peuvent la simuler, telles que 
l'alcoolisme chronique, l'intoxication saturnine, l'intoxication mer- 
curielle, l'atrophie musculaire progressive et la paralysie générale 
commeiiçante. 

A. Alcoolisme chronique. — C'est un état de souffrance résultant 
de l'usage immodéré des boissons alcooliques, el se caractérisant 
par des symptômes qui ont quelque analogie avec ceux que nous 
avons décrits; seulement les points de contact entre les deux affec- 
tions ne sont ni assez nombreux ni assez constants pour les con- 
fondre. 

Comme dans l'intoxication sulfocarbonique, les phénomèiies gas- 
triques débutent par l'anorexie, les nausées, les voniissemenis : mais 
les niodificalions des fonctions sensitives, motrices et intellectuelles 
offrent des caractères particuliers qui ne laissent aucun doute dans 
l'esprit du médecin. La démence ébrieuse, le délire constant, les hal- 
lucinations, les altérations de la contraclilité musculaire, qui se ré- 
vèlent plutôt par des convulsions cloniques ou un fren;b!ement 
particulier que par l'affaiblissement ou la paralysie, dans l'alcoo- 
lisme chronique; l'amnésie, la stupeur, le vague de l'esprit, l'odeur 
de sulfure de carbone, l'absence de délire, dans rinloxicalion par 
le sulfure de carbone, suffiront toujours pour faire éviter l'erreur. 
De plus, dans l'alcoolisme chronique, les convulsions épileptiformes 
sont moins rares et mieux dessinées et les altérations génésiques 
plus Ir'gères : L'amoindrissement des facultés génératrices chez les 
buveurs, dit M. Delpech, peut-il être comparé à cette frigidité si ab- 
solue des ouvriers qui manient le sulfure de carbone. 

B. /nioxications saturnine et mercnrielle. — Les d iif( t Cî:ces ne 



sout pas inoitis tranchées avec les intoxications saturnine et mercu- 
rielle 

Dans la première, le liséré bleuâtre des dents, le teint plombé de 
la peau, la conslipation opiniâtre, la violence des coliques, l'encé- 
phalopathie , la préférence de la paralysie pour les extenseurs, 
l'abolition de la contractilité électrique, suffiront toujours pour dif- 
férencier ces deux états morbides. ^ 

Dans la seconde, le ^jonHement ou la destruction des gencives, la 
chute des dents, la carie ou la nécrose des maxillaires, le suintement 
sanguin des muqueuses, la forme convulsive du tremblement, con- 
stituent une série de symptômes palhognomoniques de cette affec- 
tion. 

C. Atrophie musculaire projressii^e. — Celle-ci ne s'accompagne 
jamais de troubles digestifs ni d'accidents cérébraux ; elle débute 
g(?néralemenl [)ar les extrémilés'et affecte de préférence les muscles 
dis éminences ihénar et hypothénar; au lieu de paralysie, il y a 
affaiblissement graduel de la motilité en rapport avec la destruction 
de la fibre musculaire. 

D. Paralysie (générale commençante. — Il n'en est pas de même 
de la paralysie générale commençante qui, par son expression sym- 
ptomatique, se rapproche davantage de l'empoisonnement par le 
sulfure de carbone. Mais la confusion n'aura pas lieu si l'on se rap- 
pelle que cette maladie, dont la terminaison est toujours funeste, se 
caractérise par l'hésitation de la parole, la forme de la paralysie qui 
est continue et progressive au lieu d'être passagère, le cadencement 
de la marche et le délire ambitieux , qui conduit fatalement à l'alié- 
nation mentale. Rien de pareil ne s'observe dans l'intoxication sulfo- 
carbonique. 

Je mentionnerai, avant de terminer cet examen, les empoisonne- 
ments par le chloroforme et la vapeur du charbon, qui, lorsque le 



— 36 — 

retour à !a santé a lieu, peuvent offrir quelque légère ressemblance 
avec la maladie en question. 

g V. — ÉTIOLOGIE. 

M. Delpech a d'abord prouvé que les accidents qui se développent 
chez les ouvriers en caoutchouc sont l'effet de l'inhalation des va- 
peurs du mélange vulcanisant; puis, par d'autres expériences, il a 
nettement établi que l'action toxique est due au sulfure de carbone; 
le chlorure de soufre, quelle qu'en soit la dose, ne prenant aucune 
part à l'intoxication. 

En effet ces deux corps , dont la réunion ne donne lieu à aucune 
combinaison chimique , varient quant à leur point d'ébullition; 
tandis que le sulfure de carbone distille à + 45°, le chlorure ne 
distille qu'à + 139°. Voici du reste ce qui résulte des recherches que 
M. le D"" 0. Réveil a faites à ce sujet. 

« Si l'on mélange 99 parties de sulfure de carbone avec 1 partie 
de chlorure de soufre, et qu'on chauffe le mélange au bain d'huile, 
en ayant soin de plonger le thermomètre dans le liquide, on voit 
que, vers 45 degrés, le sulfure de carbone passe à la distillation, et 
l'on peut obtenir ainsi 96 à 97 centièmes de liquide, sans qu'il y 
ait la moindre variation de température à partir du moment où le 
sulfure de carbone a passé à la distillation ; puis, la température 
s'élève presque à 139°; à ce moment elle reste la même, et c'est du 
chlorure de soufre qui passe à la distillation. 

« En mélangeant parties égales des deux liquides, on ne remar- 
que aucune élévation de température, ce qui démontre qu'il ne se 
produit aucun corps, et la séparation se fait par la distillation, 
comme nous l'avons dit précédemment. 

« Le sulfure de carbone du commerce renferme presque toujours 
de l'hydrogène sulfuré libre, comme on le voit en l'agitant avec du 
nitrate de plomb, qui est précipité en noir ; dans ce cas, lorsqu'on 



4 



— 37 — 

chauffe ie sullure de carbone, c'est Thydiogène sulturé qui se dé- 
gage le premier. » 

Les autres conditions qui facilitent le développement des acci- 
dents sont : l'âge, le sexe et l'hygiène des ouvriers. 

Aux deux extrêmes de la vie, les phénomènes morbides sont plus 
intenses et plus rapides qu'à l'âge adulte. On peut en dire autant 
des femmes dont la susceptibilité pour le poison est des plus mani- 
festes. 

Parmi les mauvaises conditions hygiéniques dont l'influence ne 
saurait être contestée, la plus puissante est l'ivrognerie : aussi tous 
les fabricants s'accordent- ils à dire que les ouvriers adonnés à la 
boisson sont plus facilement atteints que les autres : c'est, du reste, 
ce qui ressort de l'observation clinique. 

«On le comprend, dit M. Delpech, en considérant que les mêmes 
organes sont influencés dans les deux cas, et d'une manière plus 
ou moins analogue. » 

A côté de l'ivrognerie on peut placer les habitations insalubres, 
une constitution faible, une température élevée et le travail en 
chambre. Cette dernière condition est d'autant plus fâcheuse que 
les ouvriers vivent constamment dans une atmosphère de sulfure 
de carbone, qui ne laisse pas que d'exercer son influence délétère 
sur les autres membres de la famille, et même sur les voisins. 



§ VI. — Pronostic. 

Le pronostic de l'empoisonnement par le sulfure de carbone, 
sans être aussi fâcheux que celui de l'intoxication saturnine, n'est 
pas exempt de gravité, si l'on considère que certains troubles peu- 
vent persister pendant un^temps fort long. 

Les rechutes fréquentes auxquelles les ouvriers s'exposent volon- 
tairement en retournant à l atelier, attirés qu'ils sont par un travail 
aussi peu pénible que lucratif, le rendent encore plus fâcheux ; c'est 



— — 

en eCfet, dans ces circonstances, que les accidents se maniî'estenl 
avec plus de violence et de rapidité. 

Les altérations de la vue et de l'ouïe, les troubles de l'inteiiigence, 
l'anaphrodisie, l'affaiblissement de la conlraclilité musculaire et la 
paralysie consécutive, la cachexie et la perte de la volonté, jettent 
les malades dans le découragement et le dégoût de la vie. Cette 
situation est d'autant plus triste que ces malheureux ont la con- 
science parfaite de leur position : « Celui qui a travaillé au sulfure 

de carbone n'est plus un homme, disait P » ( observation 4 de 

M. Delpech ). 

On accordera plus d'importance au pronostic, si l'on songe que, 
dans les cas les plus heureux et sans que l'on puisse invoquer le 
retour à l'atelier, l'aliénation mentale confirmée (observation 14 de 
M. Delpech) et des accès de délire furieux ont été la conséquence 
d'une première atteinte de la maladie. 

Il est à peu près inutile d'ajouter que les rechutes fréquentes, le 
dépérissement des malades, les mauvaises habitudes, la coïncidence 
d'autres états pathologiques, etc., etc., influent d'une manière fâ- 
cheuse sur la marche, la durée et la terminaison des accidents, et 
ajoutent à la gravité du pronostic. 

Les jeunes gens paraissent plus sujets à la paraplégie et aux al- 
térations des organes génitaux, et les vieillards aux troubles céré- 
braux. On doit considérer comme du plus défavorable augure la 
persisiande des troubles de l'intelligence, de la sensibilité spéciale 
et de la paralysie. 



TROISIÈME PARTIE 



g V\ — Traitement. 

Avant de rien entreprendre, en vue de combattre d'une nsanière 
active les accidents qui se sont produits, il convient tout d'abord 
de soustraire les malades à l'influence de la cause, et de les placer 
dans de bonnes conditions hygiéniques. 

On leur conseillera d'abandonner la fabrique, ou tout au moins 
de ne s'y occuper qu'à des travaux qui ne les exposent point à l'in- 
halation des vapeurs, d'habiter des lieux secs et bien aérés, d'é- 
viter toute sorte d'excès, nolammient les excès alcooliques, de 
prendre une nourriture tonique et fortement animalisée, de se 
baigner souvent à l'effet d'activer les fonctions de la peau et faci- 
liter ainsi l'élimination du poison, de se bien couvrir, de ne pas 
s'exposer aux variations atmosphériques et de faire beaucoup 
d'exercîce en plein air. 

Ces seules mesures hygiéniques, rigoureusement appliquées, ont 
souvent suffi pour arrêter la marche des accidents et ramener l'éta! 
normal; elles ont presque toujours réussi chez les ouvriers sobres 
et robustes qui subissaieîit pour la première fois les atteintes du 
poison. Mais il n'en est pas de même chez ceux qui ont eu des re- 
chutes, ou qui, doués d'une constitution faible, mènent une vie 
déréglée. 

Lorsque, malgré l'emploi de ces moyens, les troubles persistent 
et gagnent en intensité; on aura recours aux stimjUnts dont l'u- 
sage a été suffisamment j isfifié pir î'anaiîy'.ie d;es principaux sym- 
ptômes et l'expérimenîalion clinique. 



— 40 — 

Sans parler des symptômes passagers et de courte durée qui cosi- 
siiluent la première période, nous voyons, en effet, que les troubles 
vraiment sérieux et tenaces appartiennent plutôt à la période de 
collapsus, et sont dus à une perturbation nerveuse se caractérisant 
par l'allariguissement de toutes les fonctions et une prostration pro- 
fonde des facultés mentales, sans lésions orgatjaques appréciables. 

Les agents de la médication stimulante, et parmi ceux-ci le genre 
slrychnos (strychnine, brucine, fève de Saint-Ignace, noix vomique), 
tout en réveillant l'action nerveuse, ont pour effet immédiat de 
donner une énergie factice aux organes et d'offrir à l'économie 
entière des moyens de résistance et de réparation. 

La strychnine, qui est la plus généralement employée, se recom- 
mande encore par son action directe sur la fibre contractile et les 
organes de la génération. On l'administre à l'intérieur à la dose de 
1 à 2 centigrammes par jour. 

L'électrothérapie, dans ses formes variées, trouve également une 
sage application contre les troubles de la motilité et du senlimenî, 
particulièrement lorsque ces lésions sont partielles et nettement 
circonscrites. 

L'emploi des toniques (ter, kina, amers, etc., etc.) est formelle- 
ment indiqué dans les cas d'anémie ou de cachexie. On aidera l'ac- 
tion de ces moyens par de doux laxatifs, le régime, des bains sul- 
fureux, les eaux de Vichy, et toutes les mesures hygiéniques pré- 
cédemment exposées. 

Médication rationnelle. — Après avoir posé sur ses véritables 
bases le traitement de l'intoxication sulfocarbonique, M. Delpech 
s'appliqua avec un grand soin à rechercher s'il n'existait pas un 
agent capable de neutraliser les effets du sulfure au sein de l'éco- 
nomie animale. 

Partant d'une idée purement théorique, à savoir : que le sul- 
fure, une fois pas>é dans le torrent de la circulation, en raison 
de sa puissante afnnlté pour les corps gras, devait agir sur les 



graisses phosphorées du sang et spécialement sur les corps ana- 
logues que l'on trouve en grande abondance dans la substance cé- 
rébrale, il fut conduit à préconiser le phosphore. Cette heureuse 
conception de l'intelligence, fondée du reste sur une notion chi- 
mique bien établie, était d'autant mieux applicable que le phos- 
phore, doué d'une action stimulante incontestable, s'il ne remplis- 
sait pas le but désiré en rendant au sang les éléments détruits jiar 
le sulfure de carbone, aurait du moins agi comme névroslhénique. 

Les premiers essais portèrent sur cinq cas et donnèrent des ré- 
sultats importants. Sous son influence, les troubles de la motilité, 
ceux de l'intelligence et des fonctions génératrices s'amendèrent 
assez rapidement. 

Malgré ces succès, l'auteur de cette médication, profondément 
pénétré de cet esprit de réserve qui caractérise le vrai savant dans 
l'appréciation des faits dont la démonstration n'est pas bien évi- 
dente, donnait à ses expériences la conclusion suivante :«Je ne veux 
pas insister sur des résultats trop remarquables pour que je ne 
craigne pas quelque heureuse coïncidence résultant de l'éloignement 
des causes et de l'amélioration déjà marquée de la santé générale 
du malade. » 

Mais depuis, de nouvelles expériences sont venues s'ajouter à 
celles si concluantes de M. Delpech, et les bons effets obtenus avec 
cet agent en ont fait, sinon le spécifique, du moins le médicament 
le plus puissant à opposer aux accidents suifocarboniques. On ad- 
ministre le phosphore en solution ou en pilules, à la dose de 2 mil- 
ligrammes par jour, en deux fois. Voici la formule de Mialhe et 
Gobley : 

Phosphore 0,05 

Sulfure de carboae 20 gouttes. 

Huile 18 id. 

Magoésie q. s. 

Pour 50 pilules gélatinées, dont chacune contient 1 milligramme 
de phosphore et 1/3 de goutte de sulfure de carbone. 

1865. — Tavera. 6 



— 42 

Reste à savoir quel est son mode d'action. Agit-il en modifiant le 
sang altéré par les vapeurs délétères, ou son action s'exerce-t-elle 
exclusivement sur le système nerveux ? Dans l'état actuel de nos 
connaissances, la solution de celte question ne me paraît pas pos- 
sible. 

§ II. — Prophylaxie. 

Pour ce qui a trait à la prophylaxie, je ne saurais mieux faire que 
de reproduire les excellentes idées de M. Delpech. 

Il veut qu'on interdise aux ouvriers travaillant en chambre ou 
dans des logements dépendant de maisons habitées, l'usage du sul- 
fure de carbone. Ces travaux ne peuvent être faits, sans danger 
pour l'ouvrier, que dans des fabriques spéciales soumises au con- 
trôle de l'administration, et où doivent se trouver réunies toutes les 
conditions d'une bonne hygiène. 

Passant ensuite à l'examen des moyens à employer, il s'exprime 
ainsi : 

« Les fabriques à réglementer sont de deux espèces : celles qui 
produisent le sulfure par centaines de kilos chaque jour, et celles 
qui l'emploient à des usages industriels. Il y a peu d'accidents dans 
les premières ; on pourrait cependant exiger des fabricants que 
leurs appareils fussent placés soit en plein air, soit sous de vastes 
hangars, soit dans de grands ateliers ventilés par les procédés que 
la science met à leur disposition. » 

«Les appareils seraient fréquemment inspectés pour qu'on s'assu- 
rât qu'ils fonctionnent régulièrement, et qu'aucune fuite ne com- 
promet la santé des travailleurs. Les vases destinés à contenir le 
sulfure seraient hermétiquement fermés. On arriverait ainsi, sans 
aucun doute, à prévenir les accidents. Mais les fabriques où de 
grandes quantités de solution de caoutchouc sont dépensées pour 
enduire des étoffes, des bâches, pour souder des. jjîèces diverses, ou 
pour fabriquer la pâle nécessaire au moulage d'objets variés, à 



^ 43 ^ 

l'étirage des fils, etc., il n'y a pas possibilité d'empêcher un déga- 
gement considérable de sulfure. Toutefois, on peut en grande par- 
lie, par différents moyens, pallier ou détruire les inconvénients qui 
en résultent. 

«Déjrî plusieurs fabriques ont abandonné, dans la préparation de 
certains objets, la pâle au sulfure. C'est ainsi que les fils ronds, fa- 
briqués par pression à la filiaire, sont remplacés par des fils carrés 
obtenus par section dans de longues plaques de caoutchouc. La 
chaleur est employée pour ramollir la matière première, et l'amener 
sous le laminoir ou sous la presse, à des formes pour lesquelles 
l'emploi du sulfure était autrefois indispensable. 11 y aurait lieu, 
pour l'autorité supérieure, de favoriser par tous les moyens en son 
pouvoir, par des primes ou des récompenses honorifiques, cette 
transformation dont l'importance est si évidente. 

«Là où l'emploi de la solution est indispensable, on arrivera 
peut-être à remplacer le sulfure de carbone par d'autres corps. 
Certains industriels emploient encore l'essence de térébenthine ; la 
benzine pourrait être utilisée ; mais aucun de ces produits ne pos- 
sède au même degré que le sulfure la propriété dissolvante, et des 
recherches nouvelles sont nécessaires pour qu'il puisse être utile- 
ment remplacé. 

«Il faut donc l'accepter en le rendant moins nuisible. On devrait 
exiger d'abord que les cuves de dissolution fussent fermées avec 
soin, au moyen d'une fermeture hydraulique , par exemple, et 
qu'on n'en tirât jamais que la quantité nécessaire au travail im- 
médiat. 

«Mais, il est une propriété curieuse du sulfure de carbone, 
utilisée déjà pour rendre les accidents moins fréquents, et qui peut, 
mise en œuvre d'une manière générale, en éloigner beaucoup la 
menace. 

«ÎNous avons dit que le poids spécifique de sa vapeur est de 2,67; 
aussi, est-ce à la partie inférieure des appartements qu'elle s'accu- 
mule, et, quelque vraie que soit la loi du mélange des vapeurs, 



_ 44 — 

toujours est-il que dans les fabriques, les lieux déclives en sont pé- 
nétrés. 

« Il résulte de son accumulation un danger réel , puisque dans les 
usines les caves laissées ouvertes en sont remplies. Si I on exige 
qu'une précaution déjà indiquée soit prise, que les ateliers à déga- 
gement abondant de sulfure soient élevés au-dessus du sol, et que le 
plancher inférieur soit à claire-voie; il en résultera que presque 
toutes les vapeurs abandonneront l'atelier pour se porter dans les 
points déclives. Mais là un danger nouveau se présenterait, si des 
appareils de ventilation , mus par !a machine à vapeur que toutes 
les usines u<i peu importantes possèdent, n'entraînaient pas puis- 
samment au dehors les vapeurs délétères. Peut-être, portées dans 
les fourneaux avec les précautions bien connues et indispensables 
lorsqu'il s'agit d'une vapeur si facilement inflammable, pourraient- 
elles être à la fois utilisées et détruites? 

M Cette prescription ne ferait d'ailleurs que s'ajouter tout naturel- 
lement à celle qui a pour but de forcer les usines à brûler la 
tumée de leurs foyers, et que des règlements récents ont rendue 
obligatoire. 

« On est d'autant plus fondé à exiger des fabricants ces précau- 
tions, que, dans d'autres industries, l'influence d'une puissante ven- 
tilation s'est fait sentir de la manière la plus heureuse. H suffit de 
citer les ateliers à dégagement de vapeurs mercurielles pour mettre 
hors de doute cette assertion. 

« Ce serait encore entrer dans les vues de la législation qui régit 
l'industrie, que d'interdire absolument d'employer des enfants dans 
les ateliers a dégagement de sulfure de carbone. Leur système ner- 
veux est plus facilement impressionnable aux influences toxiques 
analogues à celles que subissent les ouvriers en caoutchouc, ainsi 
que le prouve l'action plus rapide chez eux des liqueurs alcooliques. 
Il paraît donc important que de salutaires règlements viennent les 
soustraire à cette fâcheuse influence qui peut avoir pour leur avenir 
les plus tristes résultats. 



— 45 — 

«A côté de ces soins généraux, se placent les conseils à donner 
aux ouvriers qui, quoi qu'on fasse, et souvent par leur faute, subi- 
ront toujours, quoique à un bien plus faible degré, l'influence de ces 
vf.peurs. 

«Us devraient être logés à une distance de la fabrique, pour être 
forcés chaque jour, en allant à leur travail et en revenant, de res- 
pirer largement un air non vicié, et de laisser leurs vêtements 
s'aérer et perdre l'odeur du sulfure. Une extrême propreté, des la- 
vages répétés, devraient leur être recommandés. Us ne pourraient 
prendre leurs repas dans les ateliers, et ils passeraient à l'air libre 
les moments de repos ; surtout ils éviteraient de la manière la plus 
complète les excès alcooliques, dont j'ai plusieurs fois signalé l'in- 
fluence sur le développement rapide des accidents. 

«Enfin, malgré l'aptitude plus grande qu'acquiert un ouvrier à 
une fonction qu'il remplit chaque jour, il serait désirable qu'il s'é- 
tablit dans les usines à caoutchouc un roulement tel, que les ateliers 
à dégagement de sulfure ne fussent occupés par les mên)es ouvriers 
que pendant un temps limité, se remplaçant de quinzaine en quin- 
zaine, par exemple, et même à des intervalles plus rapprochés; ils 
contracteraient plus rarement des accidents rendus moins mena- 
çants par les précautions précédemment indiquées, et qu'un repos 
assez long ferait certainement disparaître. » 

Un dernier moyen, imaginé par M. D , qui a fait l'objet de 

l'observation 19 , consiste à isoler l'ouvrier à l'aide d'un appareil 
fort ingénieux, dont la description est consignée dans le dernier 
irravai! de M. Delpech, et à lui permettre de pratiquer les opéra- 
tions de son art, sans être exposé aux vapeurs toxiques que ces 
opérations dégagent. 

Cet appareil a été essayé par son auteur, et les résultats qu'il a 
donnés sont de nature à le recommander à l'attention des fabricants 
et des ouvriers. 



— 46 — 



m. — Nature de la maladie. 

Cet empoisonnemeut, comme nous l'avons vu en traitant du 
diagnostic, s'écarte peu, au point de vue des modifications sym- 
ptomatiques, des empoisonnements par le plomb, le mercure, 
les vapeurs du charbon, etc. Nous devons en outre ajouter que 
l'autopsie des animaux ayant succombé à l'inhalation des vapeurs 
de sulfure n'a donné que des résultats négatifs et insuffisants par 
leur nature, pour expliquer les désordres qu'on observe dans cette 
maladie. 

De tous ces faits, nous concluons, avec la plupart des patholo- 
gistes, que cette affection est sous la dépendance d'une modification 
du système nerveux, produite par la pénétration du sulfure de 
carbone au sein de l'organisme, et que son rang dans le cadre no- 
sologique est marqué parmi les névroses. 



QUESTIONS 

SUR 

LES DIVERSES BRANCHES DES SCIENCES MÉDICALES 



Physique. — Des condeosations électriques ; effets des décharges 
sur les corps organisés. 

Cliimie. — Des oxydes de cuivre et de plomb ; leur préparation. 
Caractères distinctifs de leur dissolution. 

Pharmacologie. — Descérats, des pommades et des onguents; 
leur définition, leur préparation. 

Histoire naturelle. — Des helminthes qui habitent le corps de 
l'homme. 

Anatomie et histologie normales. — Des articulations du genou. 

Physiologie. — Des propriétés de la salive, et du rôle du système 
nerveux sur la sécrétion de la salive. 

Pathologie interne. — De l'ictère grave. 

Pathologie externe. — De l'encéphalocèle. 

Pathologie générale. — Des maladies latentes et des maladies 
larvées. 



48 — 

Analomie et histologie patliofogiques. — De la valeur des divers 
procédés d'amputation de la jambe, sous le rapport de l'applica- 
tion des appareils prothétiques. 

Accouchements. — De la poche des eaux ; notions qu'elle peut 
fournir au diagnostic et au pronostic. 

Thérapeutique. — De la médication substitutive. 

Médecine opératoire. — Des fractures. 

Médecine légale. — Quelles sont les règles à suivre dans les 
cas d'autopsies et d'exhumations relatifs aux empoisonnements ? 

Hygiène. — De l'allaitement artificiel. 



Vu, bon à imprimer. 

TARDIEU, Président. 

Permis d'imprimer. 
Le Vice-Recteur, de l'Académie de Paris, 

A. MOURIER. 



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