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SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

du 

Protestantisme Français 

teconnue d'utilité publique par Décret du IS juillet 1S?§ 



ALLEN COUNTY PUBLIC LIBRARY 




3 1833 01815 4119 

BuUelin \^'^ 

I B8732Z 
î 1920 

PARAISSANT TOUS LES TROIS M0iï5 

Etudes^ Documents j Chronique littéraire 



L.XÏX« ANNEE 

DÏX-SKPTIÈME DE LA 5' S E tl i E 

1. Janvier-Mars 1920 




PARIS 

ÂM Siège de la Société, 54, rue des Saiiits-Pcres 

UBEAIRIE FÎSCHBACHER (Société' anonyme) 
33, rue de Seine, 33 

1920 



Digitized 


by the Internet Archive 






i 


n 2014 







https://archive.org/details/bulletin69soci 



F. PuAUx et N. W. ~ A nos lecteurs, Préface du Balletin de 1920. . 5 
ÉTLDES HISTORIQUES. 

Jules Fabre. — Les processions et les protestants sous la 

fiestauralîon 7 

DOCUMENTS. 

HippOLYTE AuBEBT. — L'opînion de Farel sur Servef, d'après 

un texte inédit 17 

F. PuAux. — Révocation de consentement donné au mariag:e 

d'Alexandre Marze avec Suzanne Puaux . ........ 25 

N. Weiss. — Une lettre inédite de Rabaut de Saint-Étienne 
sur son voyage à Paris et l'ouverture des États Généraux et autres 

textes le concernant (1789-1790) . . . 28 

MÉLANGES. 

N. W. — Un nouveau document sur le massacre de rassem- 
blée du moulin de l'Ag^au, l^r avril 1703 34 

SÉANCES DU Comité. — .9 décembre 4919, 17 février 1920 .37 

CHRONIQUE LITTÉRAIRE ET COMPTES RENDUS CRITIQUES. 

Th. Schoell. — Les frères Barbet. — Un disciple de Marot, 
Enstorg de Beauiieu. — Un historien américain de la 
Réîorme. — Louis de Bils, Flamand réfugié à Rouen . . 37 
CORRESPONDANCE ET NOTES DIVERSES. 

N. W. — Les Églises réformées les plus importantes de 
France en l(5i>9. — A propos de la révision de la traduc- 
tion des Psaumes de Marot et de Bèze en Î700. — Les 
Religionnaîres de Bordeaux del68i5 à 1802 , . 47 

F. P. — Marron, pape des protestante et !e pape Pie VII. 

Question 3i 

N. W. — A propos des nouveaux riches. Réponse à 

M. E. Magne 52 

NÉCROLOGIE. 

N. Weiss. — M. 11. de France. M^^^^ .ï. M. Lawton, M. E. Bost . 35 

ILLUSTRATIONS. 

Un spécimen de récriture de Farel, Fac-aimilé de son jugement sur Servet. 21 



RÉDACTION ET ABONNEMENTS 



Tout ce qui concerne ]a rédaction du Balletin doit être adressé à M. N. Weiss, secrétaire 
delà Société, 54, rue des Saints-Pères, Paris (VII*^), qui rendra compte de tout ouvrage iinlé- 
ressant notre histoire, dont deux exemplaires seront déposés à cette adresse. Un seul 
exemplaire donne droit à une annonce sur cette couverture. 

Le Bulletin paraît tous les trois mois, en caliiers in-8° de 64 à 80 pages avec illustrations. 
On ne s'abonne pas pour moins d'une année. Tous les abonnements datent du janvier 
et doivent être soldés à cette époque. 

Prix de l'abonnement : 15 fr. pour la France, l'Alsace et la Lorraine; — 46 fr pour 
l'étranger; — 10 fr. pour les pasteurs, instituteurs, etc., de France et des colonies françaises; 
42 fr. pour les pasteurs de l'étranger. — Prix d'un numéro isolé de l'année courante et de 
îa précédente, 3 fr. 50 et pour les autres années, selon leur rareté. 

La voie la plus économique et la plus simple pour le payement des abonnements est 
l*envoi d'un mandat-carte au nom de M. Fischbacher, libraire, rue de Seine, 33, à Paris, ou 
de M. N. Weiss, secrétaire trésorier, 54, rue des Saints-Pères, Paris (VI1«), auquel doivent 
aussi être adressés les dons et collectes. 

Nous ne saurions trop engager nos lecteurs à éviter tout intermédiaire ^ même celui des libraires. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 



du 



Protestantisme Français 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

• DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



Bulletin — LXIX« année. — 1920 



A nos lecteurs. 

Ceux d'entre eux qui nous sont restés fidèles, en nombre, 
malheureusement réduit, se sont certainement rendu compte 
que notre modeste Bulletin n'a pu traverser ces cinq dernières 
années qu'en imposent à notre Société de lourds sacrifices. 
Créée et maintenue pour rappeler à ceux qui l'oublient ou la mé- 
connaissent, l'importance et la valeur religieuse et sociale de 
l'histoire authentique de la Réforme, notre Société a cru devoir 
continuer à démontrer combien souvent cette histoire, insépti- 
rable de celle de notre patrie, éclaire et explique les événements 
qui se passent sous nos yeux. 

Nous n'avons pu accomplir ce devoir qu'en réduisant consi- 
dérablement notre périodicité et le nombre de pages de chaque 
livraison. Nous espérions ainsi gagner du temps pour revenir 
peu à i)eu au Bulletin d'avant la guerre. Mais, comme le savent 
tous ceux qui tiennent une plume, la crise de la main-d'œuvre 
multipliée par celle des matières premières, surtout du papier, 
s'est aggravée au delà de tout ce que l'on pouvait prévoir. Les 
frais d'impression sont aujourd'hui plus que quadruplés et les 
plus optimistes, déclarent que nous n'avons pas encore atteint le 
point culminant de la hausse. Dans ces conditions le Comité a dû 
se demander s'il était prudent de continuer à espérer une amé- 
lioration plus que problématique. 

Désireux de mettre notre recueil à la portée des bourses les 
plus modestes, nous l'avons toujours cédé aux pasteurs au- 
dessous du prix de revient. Nous ne demandons pas mieux que 
d'augmenter encore le sacrifice que nous nous imposions bien 
volontiers dans ce but. Est-ce trop leur demander d'en consentir 
un de leur côté? Si nous portons le prix de l'abonnement des 



6 



A NOS LECTEURS 



pasteurs à dix francs et celui des autres abonnés à quinze francs, 
nous ne joindrons certes pas les deux bouts. Mais nous atténue- 
rons, dans une certaine mesure, une perte annuelle qui menace 
l'équilibre de notre modeste budget. Nous espérons fermement 
que ceux qui comprennent et apprécient notre effort, voudront 
bien nous aider aie poursuivre. 

Sans s'interdire les études approfondies et nécessairement 
étendues, le Bulletin s'efforcera de multiplier les communica- 
tions ou documents aussi brefs, variés et intéressants que 
possible. 

N. Weiss. F. PuAux. 



Ceux qui ont déjà payé leur abonnement n'auront qu'à nous 
adresser le léger supplément que nous leur demandons. Si tous 
voulaient bien éviter les intermédiaires et le recouvrement par la 
poste, ils diminueraient notre déficit dans une proportion de 10 
à 15 pour 100. 



Études historiques 



LES PROCESSIONS ET LES PROTESTANTS, 
SOUS LA RESTAURATION 

Le temps est aboli où un protestant pouvait être 
poursuivi devant les tribunaux de répression et condamné 
pour avoir contrevenu à un arrêté municipal ordonnant 
aux habitants d'une commune de tapisser leurs maisons, 
au passage du Saint-Sacrement, le jour de la Fête-Dieu. 

C'est peu après la Terreur blanche et la réunion de la 
Chambre « introuvable » — il est intéressant de le 
noter — que la plus haute juridiction de France a pro- 
clamé, en dernière analyse, et dans des circonstances 
notables, le droit des protestants de se soustraire à des 
manifestations extérieures, prescrites par des maires trop 
ardents. 

En 1817^ un arrêté du maire de Pnylaurens (Tarn) 
en date du 6 juin, avait ordonné aux habitants de sa 
commune de tendre leurs maisons le 8 juin, jour de la 
Fête-Dieu. 

Un sieur Cabrol et une demoiselle Mazère ne s'étaient 
pas conformés aux injonctions de l'arrêté municipal. 

Traduits devant le Tribunal de simple police du 
canton ils alléguèrent, pour leur défense, que, n'apparte- 
nant pas à la religion catholique, les règlements relatifs 
aux cérémonies de la Fête-Dieu, ne pouvaient leur être 
applicables. 

Une sentence du juge de paix, en date du 23 juin, 



<S . ÉTUDES HISTORIQUES 

prononça, contre chacun des contrevenants, une amende 
de six francs. 

Sur appel, le Tribunal de Lavaur confirma, le 24 juil- 
let, la condamnation prononcée, par ce motif, notam- 
ment, qu'il était dans les attributions de l'autorité muni- 
cipale de régler tout ce qui a rapport aux cérémonies 
publiques. 

Cette condamnation soulevait une question de prin- 
cipe trop grave pour qu'on ne décidât pas d'épuiser tous 
les degrés de juridiction — et un pourvoi régulier contre 
le jugement de Lavaur fut porté devant la Cour de 
Cassation. 

Trois moyens furent invoqués a l'appui de ce pourvoi. 

Le principal de ces moyens s'appuyait sur la violation 
de l'art. 5 de la Charte de 1814 ainsi conçu : « Chacun 
professe sa religion avec une égale liberté, et obtient 
pour son culte la même protection. » 

En admettant, était-il dit dans la discussion de ce 
moyen, que l'arrêté du maire ait été fondé sur quelques 
dispositions législatives et, en le réputant obligatoire 
pour les habitants, il est certain que l'ordre de tapisser 
concernait uniquement ceux qui appartenaient à la reli- 
gion catholique, et non ceux qui professaient un autre 
culte. 

On ne pouvait, vraiment, contraindre un protestant à 
honorer la religion catholique par une pratique exté- 
rieure, particulière à cette religion. 

(.( Chacun, et les termes de la Charte étaient rappelés, 
professe sa religion avec une égale liberté... » Or, 
vouloir qu'un protestant observe par une manifestation 
extérieure les cérémonies de la Fête-Dieu, quand cette 
fête est étrangère à son culte, vouloir qu'il tapisse le 
devant de sa maison pour honorer une religion qui n'est 
pas la sienne, c'est refuser à la religion protestante la 
protection et la liberté qui lui sont assurées; c'est violer 
la Charte. 

Peu importe que l'art. 6 de cette charte proclame que 
la (( religion catholique, apostolique et romaine est la 



ÉTUDES HISTORIQUES 9 

religion de TÉtat » ; conclure de cet article que ceux 
qui ne la professent pas sont obligés d'en pratiquer les 
actes extérieurs, c'est anéantir le principe de liberté 
consacré par Fart. 5 ; c'est réduire cette liberté unique- 
ment à la faculté de penser, qui n'a pas besoin d'êtiB 
garantie; c'est prêter à la loi un esprit d'intolérance 
qu'elle n'a pas. 

Examinant ce moyen de cassation, l'avocat général « 
en demanda le rejet. 

La religion catholique, dit-il en substance, étant celle 
de l'État, l'État a le droit de l'environner de toute la 
splendeur qu'il juge nécessaire. 

Tout ce qu'il prescrit dans ce but doit être considéré 
comme une charge publique dont aucun citoyen ne peut 
s'affranchir, à moins que la chose exigée de lui ne soit 
contraire à la religion qu'il professe et dont la Charte 
lui permet l'exercice. 

Or, un protestant, un juif ne peut craindre, en tapis- 
sant le devant de sa maison, de faire un acte contraire à 
sa croyance. Il ne prend, par là, aucune part aux céré- 
monies religieuses, qui sont entièrement indépendantes 
et distinctes des mesures prises par l'autorité pour en 
augmenter la splendèur. 

On peut d'ailleurs être obligé de tapisser le devant de 
sa maison pour un tout autre objet que celui d'une céré- 
monie du culte; c'est une charge publique et générale, 
et nul ne peut s'y soustraire sous prétexte de religion. 

Conformément aux conclusions de l'avocat général^ 
la Cour de Cassation rejeta le pourvoi par arrêt, en date 
du 25 août 1817. 

Attendu, a jugé la Cour, que le règlement municipal du maire 
de Puy Laurens n'a rien de contraire à la liberté de professer sa 
religion, assurée à chacun par les art. 5 ei 6 à la Charte conslitu- 
tionnelle; que ses dispositions n'ont mis aucune entrave à 
l'exercice du culte particulier que peuvent professer les deman- 
deurs ; 

Attendu, d'ailleurs, que l'instruction est régulière; 
Pour ces motifs, rejette... 



10 



ÉTUDES HISTORIQUES 



La question, ainsi tranchée dans un sens contraire à 
la liberté proclamée par la Charte, ne devait pas tarder à 
être posée de nouveau dans des circonstances parfaite- 
ment identiques; et il allait en être appelé de la Cour 
de Cassation mal informée à la même Cour mieux 
informée. 

Le 22 mai 1818, un arrêté du maire de Lourmarin, 
petite commune du département de Vaucluse avait, 
comme celui du maire de Puy Laurens, ordonné aux 
habitants de la commune de tapisser le devant de leurs 
maisons au passage du Saint-Sacrement le jour de la 
Fête-Dieu. 

Un sieur Roman refusa de se soumettre aux prescrip- 
tions de cet arrêté. 

Traduit devant le Tribunal de simple police de 
Cadenet, Roman s'entendit condamner à une amende de 
6 francs ; et, sur appel, le Tribunal correctionnel d'Apt 
confirma la condamnation. 

L'affaire fut^ cette fois encore, portée devant la Cour 
de Cassation. 

Odilon Barrot soutint le pourvoi, dans une plaidoi- 
rie substantielle et soigneusement documentée. 

11 plaida, en résumé, que, comme dans TafTaire précé- 
dente, l'art. 5 de la Charte constitutionnelle, avait été 
violé. 

11 n'est pas, disait le jeune avocat, alors à ses débuts, 
mais à qui était réservée, à la barre et à la tribune, une 
brillante destinée, il n'est pas au pouvoir de l'homme 
d'aliéner rien de ce qui touche à sa croyance religieuse ; 
il ne dépend pas de lui de croire ou de ne pas croire ; et 
la loi n'a pas commandé en matière de religion, 
v Le législateur a toujours dégagé les actes de notre vie 

civile de toute influence religieuse ; tous ces actes sont 
régis par des règles purement civiles. 

L'Assemblée constituante, le Concordat, la Charte, 
tout en rendant hommage à la religion cathohque — 
religion de la majorité des Français — ou religion de 
. l'État — ont mis la religion hors du domaine de la loi. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



11 



Si la loi est neutre, l'autorité doit Têtre. Elle, ne peut 
s'associer aux cérémonies de tel ou tel culte, ou, encore 
moins, intervenir pour forcer un citoyen à y participer, 
contre sa volonté et ses scrupules de conscience. 

L'action de tapisser le devant de sa maison, sur le 
passage du Saint-Sacrement, constitue-elle un fait de 
religion, ou une charge publique? une pratique religieuse, 
ou l'accomplissement d'un devoir de citoyen? 

C'est un fait de religion. 

On dit : c'est un acte extérieur, qui laisse la croyance 
intérieure libre. 

La croyance peut rester libre; mais ma conscience 
ne l'est pas lorsqu'on veut me forcer à faire un acte de 
manifestation extérieure. 

L'action de tapisser sera un acte extérieur, si l'on 
veut, mais un acte de religion, une pratique commandée 
par la religion catholique. 

D'ailleurs, dans l'histoire de nos guerres de religion, 
et dans tous les actes de pacification, depuis Charles IX 
jusqu'à Louis XIV, on trouve l'afîranchissemenl de l'obli- 
gation de tapisser accordé aux protestants. 

L'article premier de la discipline ecclésiastique des 
Églises réformées de France, imprimée à la Haye en 1760, 
dit, dans ses art. 1^'" et 2 : 

(( Article premier. — Aucun ne sera reçu à la commu- 
nion de l'Église qu'il n'ait renoncé publiquement à toutes 
les idolâtries et à toutes les superstitions de l'Église 
romaine. 

(( Art. 2. — il n'est point permis à l'homme fidèle de 
se mêler d'aucune chose où il y ait idolâtrie conjointe. » 

Le synode de Charenton, tenu en 1631, prit la délibé- 
ration suivante : 

Sur ce qui a été représenté qu'en plusieurs lieux le magistrat 
ayant recommandé à ceux de la religion de tendre leurs maisons 
le jour de la iete, appelée du Sacrement, et que plusieurs, par une 
infirmité déplorable, se sont 'tant oubliés que d'exécuter une 
ordonnance qui engage leur conscience et l'honneur qui est dû au 
Créditeur, la Compagnie, ne pouvant assez témoigner la juste 



12 



ÉTUDES HISTORIQUES 



douleur qu'elle reçoit d'une lâcheté aussi inexcusable, interpelle 
les conscience de ceux qui sont tombés dans des fautes si répu- 
gnantes de la vraie piété. 

D'autre part, tous les édits de pacification, depuis 
1569, assuraient aux protestants le libre exercice de leur 
culte; mais il les assujettissaient à garder les fêtes et jours 
chômables de TEglise catholique; on pouvait alors se 
demander s'ils n'étaient pas, par là, tenus de faire 
quelques actes extérieures, comme de tapisser leurs mai- 
sons au passage des processions de la Fête-Dieu. 

La question fut tranchée, en 1580, dans une confé- 
rence, tenue à Fiers, petite commune des environs de 
Sainte-Foy, entre le roi de Navarre — depuis Henri IV — 
et le duc d'Alençon, quatrième fils d'Henri II, qui devint 
plus tard duc d'Anjou. 

L'article 2 des résolutions arrêtées était ainsi conçu : 

Tous ceux de la Sainte religion ne pourront être inquiétés 
pour faits de religion sous quelque couleur que ce soit, et ne 
seront contraints de tendre et parer leurs maisons aux jours 
ordonnés pour ce faire, soit par condamnation de justice ou 
autrement. 

Ainsi signé le 26 novembre 1580, de la propre main du frère 
du roi français et de la propre main du roi de Navarre Henry. 

L'accord conclu reçut la sanction royale en ces 
termes : 

Après que le roi a vu et mûrement considéré, des mots à 
autres, tout le contenu en ces présents articles, Sa Majesté les a 
approuvés, confirmés et ratifiés, veut et entend qu'ils soient 
observés et exécutés. 

En 1598, l'article 3 des articles secrets de l'Édit de 
Nantes s'exprimait en ces termes : 

Ne seront contraints ceux de la religion réformée de tendre et 
parer le devant de leurs maisons aux jours de fêtes ordonnées 
pour ce faire, mais seulement souffrir qu'il soit tendu et paré 
par l'autorité des officiers des lieux, sans que ceux de ladite reli- 
gion contribuent en aucune chose pour ce regard. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



13 



Des déclarations parues sous Louis XHl et Louis XIV 
confirmaieut les mêrues dispositions ; et, à l'avant-veille 
de révoquer l'Édit de Nantes, Louis XIV respectait encore 
le droit accordé aux protestants. 

Une déclaration de 1666 reproduisait les termes de l'ar- 
ticle 3 des articles secrets de l'Édit de 1598, ajoutant 
seulement que lesdits de la religion réformée seront tenus 
de faire nettoyer le devant de leurs portes. 

On pourrait multiplier les citations, disait Odilon Bar- 
rot; de toutes, il résultait, à n'en pas douter, que l'action 
de tapisser les maisons sur le passage du Saint-Sacrement 
a toujours été considérée comme un fait de religion, et 
non comme l'accomplissement d'un devoir civil. 

Et l'avocat concluait à la cassation du jugement du 
Tribunal correctionnel d'Apt. 

L'avocat général s'associait à ces conclusions; et le 
20 novembre 1818, la Cour rendait un arrêt conforme. 

La loi du 18 novembre 1814-, disait la Cour suprême dans ses 
motifs, a fixé les obligations auxquelles doivent être soumis tous 
les citoyens pour la célébration des dimanches et fêtes; dans ces 
obligations, elle n'a pas compris celle de tapisser l'extérieur des 
maisons pour aucune fête, ni pour aucune cérémonie religieuse. 

L'arrêté du maire de Lourmarin imposait donc une obligation 
que la loi n'a pas prescrite; un tel arrêté ne saurait d'ailleurs être 
regardé comme une mesure de poliôe prescrite par l'autorité 
municipale dans le cercle de ses attributions, et, dès lors, légale- 
ment obligatoire. 

Le jugement d'Apt était cassé et l'affaire renvoyée 
devant le tribunal correctionnel d'Aix. 

Celui-ci refusa de se soumettre à la doctrine de la 
Cour régulatrice ; et, le 5 février 1819, il prononçait une 
nouvelle condamnation contre Koman. 

L'autorité municipale, disait le tribunal de renvoi, a 
le droit de prendre des arrêtés sur les objets confiés à la 
vigilance des corps municipaux et pour le maintien du 
bon ordre dans les cérémonies publiques; la procession 
du Saint-Sacrement est une des cérémonies publiques à 
l'occasion desquelles l'autorité municipale peut ordonner 



iA ÉTUDES HISTORIQUES 

toutes les mesures d'ordre jugées nécessaires, les parti- 
culiers ne peuvent s'y soustraire sans encourir les peines 
prévues par la loi. 

La question restait trop grave pour qu'on hésitât à 
revenir devant la Cour de Cassation; mais, cette fois, 
en raison de la résistance du Tribunal d'Aix, qui, saisi 
du renvoi, avait adopté la doctrine du Tribunal d'Apt, 
malgré l'arrêt du 20 novembre 1818, toutes les cham- 
bres de la Cour s'assemblèrent; et l'audience était solen- 
nelle. Le Ministre de la justice. Serre, présidait; le Pro- 
cureur général Mourre occupait son siège. 

Après une nouvelle et pressante plaidoirie d'Odilon 
Barrot, Mourre donna ses conclusions. 

Il examina la question, dit un Recueil de jurispru- 
dence, avec une grande indépendaoce et une bonne foi 
digne des beaux jours de la magistrature française, 

L'obligation de tapisser, dit le Procureur général, 
touche-t-elle à la liberté de conscience? Oui^ incontesta- 
blement; cet acte a toujours été considéré comme un 
acte religieux. Pour le prouver, le magistrat examine les 
différents textes, déjà invoqués par Odilon Barrot. 

Sans doute, quelques ordonnances du lieutenant géné- 
ral de police de Paris, entre autres celles des 10 juin 1702, 
18 mai et 10 juin 1720, enjoignaient « à tous bourgeois 
de tendre ou faire tendre leurs maisons dans les rues par 
lesquelles les processions du Très Saint Sacrement 
devaient passer », mais, fait observer le magistrat, à 
' cette époque on pensait ou on feignait de penser que les 
protestants, qui étaient restés sur le territoire français, 
avaient embrassé la religion catholique. 

C'est ainsi qu'on lit, dans une déclaration du roi, du 
8 mars 1715- 

Le séjour de ceux qui ont été de la religion prétendue réfor- 
mée, ou qui, nés de parents religionnaires, ont fait résidence 
dans notre royaume, depuis que nous avons aboli l'exercice de 
ladite religion, est une preuve, plus que suffisante, qu'ils ont 
. embrassé la religion catholique, apostolique et romaine ; sans 
quoi, ils n'y auraient pas été soufferts ni tolérés. 

j ■ ■ ■ ■ 



Documents 



L'OPîNiON DE FAREL SUR SERVET 
D'APRÈS UN TEXTE INÉDIT 

On connaissait déjà le sentiment de Calvin S de Bèze 
et d'autres théologiens réformés sur le jugement et l'exé- 
cution de Servet. Farel, qui assista le condamné à ses 
derniers moments, a raconté cette scène douloureuse à 
son correspondant Blaurer^. 

J'étais à Genève, écrit-il, au moment où la sentence fut pro- 
noncée et où l'on procéda à l'exécution. 11 n'y eut pas moyen de 
décider ce misérable à confesser que Christ est vraiment de toute 

1. Quelques mois après le supplice de Servet, Cahan publiait sa Déclara- 
tion pour maintenir la vraye foij que tiennent tous chrestiens de La Trinité 
des personnes en un seul Dieu. Contre les erreurs détestables de AJichet 
Seroet Espaignol. Oh il est aussi montré qu'il est licite de punir les héréti- 
ques^ et qu'a droict ce mesc/iant a esté exécuté par justice en la ville de 
Genève. Par Jehan Calvin. (Fleuron de l'ancre). Chez S. Crespin, à Genève, 
M D LUI, petit in-8 de 356 pages. En latin, sous le titre de De/ensio orthodoxa 
fidei de Sacra Trinitate, ^contra prodigiosos errores Micliaelis Serveti His- 
pani : ubi ostenditur hasreticos iure gladii coercendos esse\ el nominalim 
de liomine hoc tam impio iustè el merito sumplum fuisse supplicium. Per 
Joannem Calvinum [Genevœ], Oliva Koberti Stephani, M D LUI, petit in-4 de 
261 pages, lléinipr. dans les Tractatus theologici, dans le t. VIII des Opéra, 
et dans le Corpus Réf. Calvini opéra onnia, Brunswick, ISTO, Vlll, 453-643. 
Dans ce dernier recueil la Defensio est suivie, 64o-T2(), de Michaelis Serveti 
epistolœ Iriginta ad Joannem Calvinum Gebennensium concionatorem. Editio 
nova textum Chr. Theoph. de Murr ad fidem Codicis Parisiensis emendatum 
exhibens; v. ibid. 721-T32, les Actes du procès de Michel Servet, 1553. 

2. Farel n'était pas encore arrivé à Genève le 26 octobre 1553 (cf. la 
lettre que Calvin lui adressait ce jour-là, citée plus loin), mais s'y trouvait 
le lendemain, et accompagna Servet à Cliampel. Cf. la lettre de Musculus à 
Blaurer, Berne, 7 novembre 1553.6'orp. Reform. Calvini opéra omnia, XIV, 663, 
et surtout celle de Farel à Blaurer, Neuchâtel, 10 décembre 1553, ibid., 691- 
696, dans laquelle il fait le récit détaillé de la dernière journée du condamné, 
que nous reproduisons ci-dessus, en le traduisant du latin. 

Janvier-Mars 1920. 2 



18 



DOCUMENTS 



éternité le fils de Dieu. Au cours des débats de sa cause, cet 
infortuné se donna d'abord l'air de faire tout ce qui lui était 
ordonné, parce que certains individus avaient fait naître en lui 
l'espoir qu'il ne courrait aucun danger, et parce qu'il s'était aperçu 
que ses furieuses imprécations contre les pasteurs étaient loin de 
déplaire à quelques personnages. Aussi jamais personne ne s'est 
permis de vomir invectives plus inipudentes et plus insolentes 
contre les pieux pasteurs. Comme il ne trouvait rien à répondre 
à ses accusateurs même pour fnir o illusion, il se borna à crier 
sans arrêter: Tu mens, Gaïphe; tu mens, Simon le Mage! Et 
autres injures du même goût. 

Pourtant quelques pasteurs de la campagne, et moi aussi, 
nous avons abordé cet homme. Nous lui avons représenté que 
c'était son dernier jour, qu'il fallait que ses yeux s'ouvrent, qu'il 
reconnaisse ses erreurs, qu'il se convertisse à Dieu et confesse la 
vérité. Ce malheureux nous demandait de lui indiquer à quel 
endroit il est dit que Christ est fils de Dieu, et si le fait même 
de sa naissance n'indique pas suffisamment que Christ a com- 
mencé à se considérer comme fils de Dieu du jour où il a été fait 
homme. 

Quelque argument que nous lui ayons opposé, il nous a été 
impossible de le détourner de son erreur. Il n'avait rien à répondre, 
mais il persistait. Nous voulions faire venir Calvin, et obtenir que 
Servet se réconcilie avec lui. Servet se montra alors, et dans ses 
paroles et dans sa manière d'être, tout autre que précédemment; 
mais nous n'avons pu obtenir ce que nous souhaitions, c'est-à- 
dire qu'il reconnaisse son erreur et confesse la vérité. Nous 
l'exhortons, nous le conjurons, sans aucun succès. Il se frappe la 
poitrine, il deniande pardon, invoque Dieu et le Christ, confesse 
que le Christ est le Sauveur, et beaucoup d'autres choses; mais il 
ne veut pas reconnaître en Christ le fils de Dieu, si ce n'est qu'en 
tant qu'homme, et seulement pour un temps. 

Après que la condamnation eût été prononcée, il dit que s'il 
avait erré, c'était par ignorance, puisqu'il était persuadé que ses 
écrits étaient conformes à l'Écriture, et il demanda un adoucisse- 
ment de sa peine et du genre de mort. J'insiste avec d'autres pas- 
teurs pour qu'il demande pardon à Dieu et reconnaisse son 
erreur. Il témoigne vouloir faire en apparence quelques conces- 
sions, mais sans aller jusqu'où il fallait. 

Tandis que l'on se rendait au lieu du supplice, quelques 
frères l'exhortaient à reconnaître franchement sa faute et à 
détester ses erreurs. Servet répondait qu'il souffrait injustement, 
et que l'on conduisait une victime innocente ; il suppliait le Sei- 
gneur de pardonner à ses accusateurs. Aussitôt je répliquai : 
Quoi! c'est quand vous commettez le péché le plus grave, que 



ÛOGUMENTè 



19 



vous vous justifiez ainsi? Si vous continuez de la sorte, je vous 
abandonne au jugement de Dieu, et je ne vous accompagnerai pas 
plus loin. J'avais résolu de vous assister et d'exhorter tous les 
assistants à prier pour vous; j'espérais que vous seriez un sujet 
d'édification pour le peuple. Je ne voulais pas vous quitter, avant 
que vous n'ayez rendu le dernier soupir, comme l'on dit. — Alors 
Servet cessa ses récriminations et ne dit plus rien de semblable. 
Il demandait bien pardon de ses erreurs, de son ignorance et de 
ses délits, mais il ne voulut jamais faire pleine confession. A 
plusieurs reprises il pria avec nous, et comme nous l'y encoura- 
gions. Il demanda même aux personnes présentes de prier Dieu 
pour lui. Mais nous n'avons pu obtenir qu'il reconnaisse ouverte- 
ment ses erreurs et confesse que Christ est de toute éternité le fils 
de Dieu. Il ne fut pas permis à Satan de dégorger ses blasphèmes, 
Il demanda à la Compagnie des pasteurs d'élever des prières vers 
Dieu. Et ce misérable avait déclaré auparavant qu'elle était sans 
Dieu et adorait trois diables I En prison, tandis que j'exposais 
au sujet du Père, du Fils et du Saint-Esprit ce que tous les 
hommes pieux croient, et ce que nous enseignons dans les 
Églises, Servet déclara que cela était vrai et juste; mais quand je 
lui remontrais qu'il avait conçu et publié une opinion contraire, 
non pas seulement dans ses derniers écrits, mais depuis plus de 
vingt ans, il prenait des faux-fuyanls. Nous lui fîmes observer 
son inconstance, et lui montrâmes quelle mauvaise cause il pré- 
tendait défendre. Cela dura longtemps. Bref, je ne crois pas pou- 
voir revenir sur tout ce qui fut dit depuis environ sept heures du 
matin jusqu'à midi. En somme, Dieu a empêché que son nom et la 
pure doctrine ne soient souillés par des outrages évidents. 
J'espère que, puisque l'Italie (pour ne rien dire de la France) a 
été fortement contaminée par cette peste, Calvin se décidera à 
réfuter les erreurs de ce méchant hérétique et à raconter sa misé- 
rable fin. De même que les Anabaptistes, Servet condamne par 
dessus tout le baptême des petits enfants : il appelle la Trinité, 
soit le Père, le Fils et le Saint-Esprit, trois diables. Il a écrit que 
toutes les Églises, et principalement celle de Genève, sont sans 
Dieu et adorent le diable. Il tient certains dogmes de Mahomet. 
Sans l'ombre d'un doute, ce qu'il a écrit et confessé est un ra- 
massis d'hérésies. 11 m'a dit qu'il avait reçu certains enseigne- 
ments d'un homme qui a joui d'une grande réputation, mais que 
je sais pertinemment avoir eu et avoir publié dans ses derniers 
écrits des opinions bien difiérentes, encore que je ne doute pas 
qu'à une certaine époque il n'ait été forlement influencé par les 
ouvrages des Rabbins. Et c'est à bon droit que je vois Érasme 
déclarer quelque part qu'il faut éviter ces écrits impies et ne les 
lire qu'avec beaucoup de discernement, da peur que leur venin 



20 



DOCUMENTS 



si nuisible ne cause la perte de qui que ce soit. Il se peut que ce 
malheureux Servet ait trop facilement absorbé quelques idées 
malsaines, et les ait encore exagérées. Mais tandis que l'autre 
revenait au droit chemin et publiait la pure doctrine, ce misé- 
rable n'a pu être guéri. 

De ce récit, quoi qu'en ait Farel, ressortant l'attitude 
admirable et la conviction sans défaillance de Servet dans 
la pureté de sa doctrine. 

Plus tard, Farel a tenu à consigner son opinion sur le 
procès de 1' a hérétique », sa condamnation et les pro- 
testations que celle-ci souleva. C'est ce texte, encore 
inédit, que nous donnons aujourd'hui, il nous livre la 
pensée de Farel sur l'ensemble de la question Servet. 
Elle est tout à fait conforme à celle des autres réforma- 
teurs. Aucun doute n'a effleuré l'esprit de ces hommes 
de bonne foi relativement à l'absolue justice de la 
condamnation de celui qui était à leurs yeux un dange- 
reux hérétique. Pour eux, c'était œuvre non seulement 
salutaire, mais nécessaire, de combattre par tous moyens 
et d'anéantir un suppôt de Satan qui risquait de conta- 
miner la chrétienté. Tous ont pourtant éprouvé le besoin 
de justifier leurs conclusions sur la répression de l'hérésie, 
et Farel abonde dans le même sens. 

Quant à la doctrine même de Servet^ qui nous apparaît 
aujourd'hui d'une orthodoxie presque timorée, aucun 
d'eux ne semble l'avoir vraiment comprise. La liberté, 
inouïe pour les théologiens réformés, avec laquelle l'au- 
teur du De Trinitatis erroribus examinait la question de 
la nature divine du Christ, et surtout certaines expres- 
sions employées par lui, les ont offusqués de prime abord, 
les rendant incapables d'apprécier en toute indépendance 
et sans- prévention l'exposé d'une doctrine qui n'offrait 
au fond rien de subversif ni d'incompatible avec les 
dogmes chrétiens. Servet ne .s'était-il pas efforcé de 
prouver la divinité du Christ, et ne concluait-il pas, au 
sujet de la Trinité, à l'existence d'un Dieu unique en 
trois personnes? Opinion d'une audace assurément bien 
modérée. , 



-f^^. vmM tntjr*-i /W«r {^Mé^i^ |h* ^*V^*f?»> «^v-^^-tl <Mw^<t*-. !>s*<.svJ«5f:' k!.'.-^ 
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Un spécimen (Je l'i'iciiUire di^ l^aiei. F«ic>iiuiie de 
sur Serve!,. 



DOCUMENTS 



C'est sur la page même du titre d'un exemplaire du 
traité de Servet (conservé aujourd'hui à la Bibliothèque 
publique et universitaire de Genève^), que Farel a 
consigné son verdict sur l'affaire Servet. L'écriture du 
réformateur,^ toujours assez difficile à déchiffrer, est 
rendue ici d'une lecture encore plus pénible, parce que 
les caractères sont fort petits, et que l'encre s'est embue 
dans un papier destiné à l'imprimerie et non à la plume. 

Nous faisons précéder le texte original d'une tra- 
duction. 

HiPPOLYTE AUBERT. 

Indépendamment des auteurs anciens, OEcolampade dans ses 
lettres, et d'autres encore, ont écrit contre cette opinion mal- 
same, et montré qu'il faut adorer d'un cœur pur les choses 
sacrées, et non pas les traiter d'une manière aussi impure. Mais 
aucun écrit des auteurs pieux ne put détourner cet hérétique de 
son erreur; il s'y enfonça toujours davantage. Il en arriva enfin à 
écrire contre Dieu les blasphèmes les plus outrageants et à faire 
imprimer ces écrils sacrilèges. Arrêté à Vienne et condamné au 
bûcher sur l'avis d'hommes qui sont des athées, il se sauva de 
prison et se rendit à Genève. Mais ayant été reconnu dans cette 
ville, il fut de nouveau arrêté, et confessa ses dogmes impies, 
qu'il voulut faire passer pour l'expression delà vérité. Convaincu 



Pr^eter antiquos auctores OEcolampadius in suis epistolis ac 
alii m hanc scripserunt non sanam opinionem, sancla pure sunt 
coleuda, non ita impure tractanda. Nullis piorum scriptis hœre- 
ticus abduci potuit, sed semper magis ac magis erravit; demum 
cum maxime in Deum contumeliosa scripsisset, ac typis man- 
daret scripta tam sacrilega, capitur Viennœ et morti et igni adiu- 
dicatus ope et consilio eorum qui athei sunt, carceres evasit et 
Genevam sese contulit, ubi agnitus captus it[erumj fuit sua 
impia dogmata fassus, vera voluit asserere; Scripturis victus 
sese ad contumelias pro rationibus conversus, tanto superior 
fuit convitiis, quanto pii rationibus et Scripturis superiores 
haeretico Serveto fuerunt. Collecta fuere in unum omnia tum a 

^^'^^^ '^Pi^^^ Per Michaelem Serveto, alias 
Rêves ab Aragonia, Ilispanum. Anno MDXXXI, petit in-8 de 119 femHets 

cette note a M N. Weiss, qui a bien voulu me communiquer une pliotoirra- 
phie que la Bibliothèque de Genève en avait fait faire. P^iotogra 



DOCUMENTS 



d'imposture par les textes des Écritures, il eut recours aux 
injures au lieu d'arguments, et l'hérétique Servet fit alors preuve 
d'une aussi grande supériorité dans l'emploi des invectives, que 
ses pieux adversaires en avaient montré dans leur argumenta- 
tion et leurs citations des Écritures. 

On réunit les arguments exposés par les hommes pieux d'un 
côté, et par Servet d'autre part, et le Conseil de Genève adressa 
ce recueil aux Eglises helvétiques*. Celles-ci ayant prononcé sa 
condamnation^, le Conseil de Genève décréta que Servet serait 
brûlé vif, en même temps que ses ouvrages hérétiques. Ce qui 
fut exécuté le 27 octobre 1553. 

Alors Satan, se voyant privé de cet agent d'élite, lança au 
combat ses partisans qui témoignèrent d'autant d'attachement 
pour la république chrétienne et de zèle pour la servir, ([ue jadis 
Satan lui-même en avait montré à l'égard de la première femme, 
et qu'il avait rendu service à celle-ci! Mais bien qu'ils fissent 
autant de cas de Servet que d'eux-mêmes, ils ne purent pas 
embrasser ouvertement sa cause. Ils n'ignoraient pas en effet que 
s'ils dévoilaient leur sentiment, on ne le supporterait en aucune 



piis, tum a Serveto dicla, et per senatum genevensem ad Helve- 
ticas Ecclesias missa, quarum calculis damnatus Servetus cum 
suis hœresibus per Senatum igni iussus est vivus exuri 27 oc- 
tobris 1553. 

Satanastam selecto se videns privatum ministre, suos armavit 
tam amantes reipublicse christianse et tan; bene consulentes, 
quam fuit Satanas ipse primas mulieris, ac quam bene illi coi.su- 
luit. Cum non possent Serveti causam tueri, licet ipsum in eo 
haberent ordine quo seipsos ducunt, cum. satis norint si patefa- 
cerent quai sentiunt, ferri nulla possent ratione, ideo celant, nec 
nisi inter se mussitant, non tamen omnia, et quamvis sibi pla- 
ceant in absurdissimis, tamen ex Deo non credunt, nec iudicant 
D[eum]opem ipsis laturum si proponant quœ norunt, et damnant 
iudicium de Servetô pronunciatum. Scripserunt hsereticos non 
plectendos esse. Sed Calvinus prius ita scripserat de tota causa 
ut constet nihil lequins unquam in sontem pronunciatum fuisse. 
Unde coacti fuere Servetani pro Serveto agere non aperte, nec 
nomine eius doctrinam tam impiam attmgere, sed tantum in 

1. Voir Calvini opéra omnia, t. XXI, Annales 1553, 556. 

2. Cr. la lettre de Calvin à I^'arel, du 26 octobre 1553 {Calvini op. omnia, 
XIV, 1651; en latin) : « Notre rnessa^jer envoyé auprès des Églises helvé- 
tiques est de retour. Toutes déclarent d'un commun accord, que Servet a 
remis en circulation les erreurs impies par lesquelles Satan troubla jadis 
l'Église et que ce monstre ne doit pas être supporté plus longtemps ». 



24 



DOCUMENTS 



façon. Aussi dissimulent-ils et ne chuchotent-ils leurs récrimi- 
nations qu'entre eux, et encore avec des réticences. Et quoiqu'ils 
se plaisent aux opinions les plus absurdes, ils ne se croient pas 
en accord avec Dieu, et n'estiment pas que Dieu leur accordera 
son secours, s'ils proposent ce qu'ils pensent, et s'ils condamnent 
le jugement porté contre Servet. Ils écrivirent donc qu'il ne faut 
pas punir les hérétiques. 

Mais Calvin avait déjà traité toute cette matière et établi que 
jamais sentence plus juste n'avait été rendue contre un coupable. 
Les partisans de Servet se virent donc contraints d'agir par des 
voies détournées, sans émettre une doctrine aussi impie au nom 
de leur chef. Ils se contentèrent de parler d'une manière géné- 
rale en faveur des hérétiques.. Et ils n'ont pas rougi d'avancer 
qu'il n'y a rien au monde de plus innocent qu'un hérétique. Alors 
Bèze^ prenant vigoureusement en mains la défense de la vérité, 
fit à ces perfides l'accueil qu'ils méritaient, et réussit à rendre 
sans aucune portée les faibles traits des adversaires, dont il 
avait complèt'^ment émoussé les pointes. 



génère pro haereticis. Et non sunt veriti scrihere, nihil inno- 
centius haBreticis. Sed tam improbos pro dignitate excepit Beza, 
causam veritatis tutatus potenter. Et futilia tela hostium utcumque 
fusis aculeis vana prorsus reddidit. 

1. De haereticis a civili magislratu puniendis lihel/us, adversus Martini 
Bellii farraginem et novorum Académie orum sectam. Théodore Beza Vezelio 
auctore (Genevse], Oliva Roberti Stephani, MDLIIIT, m-8 de 271 pages. Le 
passage qui traite plus explicitement de l'affaire de Servet et de l'attitude de 
ses défenseurs, se trouve aux pages 3-6. D'après Bèze, les partisans de 
Servet, constatant le peu de succès de leurs eii'orts en faveur de leur chef, 
tournèrent leur colère contre ceux qui l'avaient fait arrêter et convaincre 
d'hérésie, dont ils jalousaient de tous temps la réputation, et qu'ils cher- 
chèrent à ruiner par leurs calomnies. Plus loin, p. 35-36, Bèze défend la 
conduite de Calvin dans cette affaire contre les imputations de Bellius, qui 
prétendait que Calvin n'avait agi que sous Tempire d'une haine privée. 
Enfin, p. 249, Bèze revient encore à Servet, et déclare qu'il a été puni « non 
pas pour avoir exposé sa pensée, mais à cause de l'impiété entachant les 
opinions qu'il avait conçues, et exprimées par la parole et la plume au sujet 
de la Trinité, de la nature humaine du Christ, du baptême des enfants, de la 
foi, de la justice, de toute la religion en un mot; et parce que pendant 
trente années il avait tourné en ridicule la Parole de Dieu, l'Église, le 
Magistrat, à tel point que jamais jusqu à ce jour, monstruosité plus impure 
et plus détestable n'avait paru sur la terre ». 



DOCUMENTS 25 



RÉVOCATION DE CONSENTEKIENT DONNÉ AU iVlARIAGE 
D'ALEXANDRE MARZE AVEC SUZANNE PUAUX, 1714' 

L'an mil sept cent soixante-quatorze et le quinzième jour du 
mois de juillet après midi par devant nous Claude Arnaud Coste, 
nof^ Royal héréditaire de Pierreville soussigné, en présence 
des témoins bas nommés. Établie en personne Catherine Batail 
veuve d'Allexandre Naze ^ habitante du lieu de Ronchon paroisse 
de Saint-Pierreville, laquelle nous a exposé que le contract reçu 
nous no*"* le quatre du mois courant, elle donna son consen- 
tement au mariage de Jean-Louis Narze son lils légitime et dudit 
feu Allexatidre Marze avec Suzanne Puaux, protestante âgée de 
vingt-trois ans fille légitime de Jacques Puaux, sous la promesse 
inserrée audit acte que ledit mariage serait bény conformément 
aux lois civilles et canoniques, qu'elle consent d'autant plus vo- 
lontier à ce mariage, qu'elle s'était persuadée de contribuer par 
ce moyen à la conversion de ladite Suzanne Puaux, ne penssant 
pas que ledit Marze son fils, âgée de trenle un ans, dont les 
ancêtres ont toujours fait profession de la religion catholique 
'apostholique et romaine, eusse concû le détestable dessein d'aban- 
donner la S** religion dans laquelle il a eu le bonheur de naitre, 
d'être baptisé, d'être ellevé et qu'il a jusqu'icy constamment 
professé; que cependant elle vient d'aprendre, à son grand 
regret, que sondit fils a eu la thémérité de s'adresser à un soidi- 
sant ministre de la R. P. R. pour épouser laditle Puaux à la 
manière des protestants, nouvelle qui a accablé l'exposante de la 
plus vive douleur et jetté sa famille dans la désolation. 

A ces causes lad^^ Catherine Batailh a déclaré et protexté pour la 
surreté de sa conscience et pour tenir en régie et sous son obéis- 
sance un autre fils et cinq filles qu'elle a à établir et qui pour vivre 
dans le libertinage et au gré de leurs passions, pourraient suivre 
les mauvais exemple de leur frère ainé et par ce moyen mètre le 
trouble, le désordre, la confusion et la misère dans sa famille ; — 
déclare et protexte en présence dudit, no"^" et témoins, qu elle 
révoque et rétracte de tout son pouvoir le consantement qu'elle 

1. Ce document curieux, dont une copie nous est communiquée par 
notre président, s'explique de lui-même. Mais il ne nous dit pas si le fiancé 
excommunié a passé outre aux menaces de sa mère. 

2. La copie qui ne paraît pas très exacte, porte tantôt N. tantôt M. — 
Mais c'est le nom Marze qui paraît être le yrai nom. 



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DOCUMENTS 



a donné au mariage dudit Jean Louis Marze son fils avec ladite 
Suzanne Puaux, protestante qu'elle entend et veut que ce consan- 
tement soit censé n'avoir pas été donné, qu'il soit regardé 
comme non avenu et de nul effet, faisant deffences à laditte Su- 
zanne Puaux, si elle se marie au désert avec son fils, de ne pas 
la prendre ni la regarder comme sa belle-mère ni de l'appeller 
de ce nom et leur déclare et protexte à l'un et à l'autre qu'elle 
regardera les enfants qui pourront provenir de ce mariage illicite 
et invalide comme illégitimes et incapables de succéder aux 
biens de leur père et mère ny de les recueillir par aucunes dis- 
positions, conformément à l'édit du grand Roy Louis quatorze 
de l'année 1680, à celluy de 1685 et autres ord''^^ édits et décla- 
rations de nos rois. 

Et, en outre, ladite Batailh s'étant faitte instruire que suivant 
nos loix, un enfant catholique apostolique et romain qui se fait 
hérétique, encourt la peine de l'exhérédation par ses père et 
mère, ainsi qu'est marqué dans la novelle 115 chap. 3 rapportée 
par de Boutaric dans ses institutes, livre 2, tit. 1 8, de inof'ficioso 
testamento, a protexté et déclaré, protexte et déclare que si ledit 
Jean Louis Marze son fils épouse ladite Suzanne Puaux autrement 
que selon les rits et les cérémonies de la Sainte Églize catho- 
lique apostolique et romaine, s'il ne vit et ne meurt et s'il 
n'élève les enfans qu'il plaira à Dieu de lui donner dans laditte 
religion qui est celle de son roi et de ses ancêtres, qu'elle l'ex- 
cluéra de la portion de sa succession et en un mot qu'elle l'exhé- 
rédera à cause de sa désobéissance à son Dieu, à son roi et à sa 
mère et à cause du mauvais exemple et de l'escandalle qu'il don- 
nerait aux enfans des autres familles catholiques apostoliques 
et romaines, par la facillité qu'ils auraient à se marier devant un 
soi-disant ministre protextant ce qui serait une source abomi- 
nable de dérèglement des mœurs et d'un désordre le plus affreux, 
très préjudiciable à la religion et à l'État. 

Enfin, elle déclare que si son fils Jean Louis Narze abandonne 
la religion de son roi et de ses ancêtres, elle se réserve d'en por- 
ter plainte à la justice pour le faire punir, selon la rigueur des 
loix, ordonnances, édits et déclarations de nos rois qu'elle a tou- 
jours respectés et qu'elle exige que ses enfans respectent et s'i 
conforment de même. 

De tout quoi lad^® Batailh nous a requis acte que nous lui avons 
octroyé. Fait et recitté dans l'étude à S"^ Pierreville, en présence 
de Jean Antoine et Jean Ghambonuet drapier, habitant audit lieu 
de S^ Pierreville, soussignés avec les autres témoins présents et 
ledit not"^, laditte Batailh ayant déclaré être illeterée de ce 
enquize et requize. 

Cbambonnet, Chambonnet, Chabol, Moyékes, Arnaud Coste no^ 



DOCUMENTS 



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signé à l'original, com°^^ de S- Pierreville par M* Ducrvier (?) qui 
a perçu les droits. — Collationné sur l'original par nous reçu 
et retenu, délivré à ladite Batail. Arnaud Coste notaire signé 

L'an mil sept cent soixante et quatorze et le seize jour du mois 
de Juillet avant et après midi, à la requette de Catherine Batailh 
veuve d'Allexandre Narze habitante du lieu de Ronchon, parroisse 
de Pierreville où elle a domicilie, par nous Jean Pierre Salvi- 
gnon huissier reçu au baillage de Villeneuve de Bert \ résidant 
audit Pierreville soussigné, l'acte reçû M® Arnaud Coste No'^ 
le jour d'hier, contenant révocation et rétractement du consan- 
tement donné par la requérante au mariage de Jean Louis Narze 
son fils légitime et dudit feu AUexandre Narze d'avec Suzanne 
Puaux protextante, fille légitime de Jacques Puaux, a été dûment 
intimé et signifié audit Jean Louis Narze demeurant près ( déchiré 
illisible)moi\\m Poumarat sur la paroisse du Gua, de même qu'au- 
dit Jacques Puaux et à ladite Suzanne Puaux père et fille du lieu 
de Puausson sur la paroisse de S^ Pierreville et de la part de 
la requérante, je leur ay dit et répitérée qu'elle persiste dans la 
révocation, rétractement, protextations et rézervations conte- 
nues dans ledit acte du 15 du mois courant, et affin que ledit 
Jean Louis Marze, ledit Jacques Puaux et lad* Suzanne Puaux 
ne l'ignorent je leur ay, à chacun, laissé copie dudit acte de 
révocation et de mon présent exploit, parlant à eux-mêmes 
trouvés trouvés dans leurs susdits domicilies aux susdits lieux 
et paroisses où j'ai été exprès aujourd'hui dans l'intervalle de 
leurs ^ requise. 

En foy de ce 

Salvignon, huissier, 

Pour Jacques et Suzanne Puaux 
père et fille à Puausson. 



1. Villeneuve de Berg 

2. L'heure 



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DOCUMENTS 



UNE LETTRE INÉDITE DE RABAUT DE SAiNT-ÉTIENNE 
SUR SON VOYAGE A PARIS 
ET L'OUVERTURE DES ÉTATS-GÉNÉRAUX, 
ET AUTRES TEXTES LE CONCERNANT (l789-(790) 

Elle est adressée à Madame de Saint Enne de Pour- 
quier^ à Dur fort, par Sauve. 

Elle fait partie d'un petit dossier auquel nous avons 
déjà emprunté trois lettres que le Bulletin a publiées en 
1897 (p. 542) et la copie du rapport de Fabre d'Églantine 
sur l'arrestation de Rabaut de Saint-Étienne et de Rabaut- 
Pomier (5 déc. 1793. — Bull. 1895, 543). L'original de , 
cette missive, en très mauvais état — un côté du papier a 
été déchiré — a été donné par Mad. Charavay au pasteur 
A. Viguié, et est venu rejoindre le susdit dossier à la 
mort de. ce dernier. On lira avec intérêt les détails que le 
député donne sur son voyage à Paris et ceux qu'il ajoute 
sur les premières séances si mouvementées, si confuses, 
des États généraux ^ Nous avons suppléé quelques mots 
qui manquent. 

Versailles, 9 mai 1789 (2). 

Vous semblera-t-il croyable, chère Cousine, qne nous n'ayons 
pas encore eu le tems de vous écrire en détail la relation de nos 

1. Notre collègue, M. A. Lods a déjà reproduit ces derniers dans son 
article sur Les débute de Rabant de Saint-Étienne aux États-généraux et à 

Constituante {Bull. 1901, 256). 

2. Rabaut de Saint-Étienne se mit en route pour Paris, le 10 avril 1789. 
Son père annonce ce départ dans une lettre du 14 avril à Charles Végobre. 
Voir Dardier, Paul Rabaut. Ses lettres à divers, t. Il, p. 378. Notre collabo- 
rateur, M. Armand Lods a publié, dans la Revue « La Révolution fran- 
çaise ». de juillet-août-septembre 1898, 25 lettres de Rabaut de Saint- 
Étienne, du 6 avril 1789 au 20 juin 1793. 



DOCUMENTS 



aventures depuis notre départ de Nîmes, jusques à ce jour? 
Nous avons été cependant dans une très grande activité et votre 
cousine elle-même, qui vous semblera ne pas avoir les^'mêmes 
excuses ou les mêmes raisons que moi, n'a pas - encore eu le 
tems de vous écrire quelques lignes. 

D'abord, jusqu'au 23 du mois d'avril, nous avons toujours , 
couru les grands chemins. Arrivés ici, nous avons d'abord dû 
nous loger et faire quelques visites, puis nous avons fait deux 
courses à Paris, ensuite les États généraux et leurs cérémonies 
ont commencé, et à présent ils ont commencé le commencement 
de leurs séances; je prends une soirée vacante pour vous écrire 
aussi longtems que je le pourrai, et donner à l'amitié les pre- 
miers instans de loisir. 

De Nîmes à Bordeaux, nous ne nous sommes point arrêtés, 
parce que nous avons préféré de donner deux jours à cette der- 
nière ville, et que nous n'avons pas voulu éparpiller nos heures 
sur la route. Nous avons donc brûlé Toulouse; nous avons vu 
assez à loisir Montauban, l'une des plus jolies villes de France, 
bien bâtie, bien située, au haut d'une colline qui domine sur un 
pays délicieux; et sur la route, les bords de la Garonne, pays fer- 
tile, riant, bien cultivé, d'où il sort plus de fruits que d'aucune 
autre contrée. Les plaines couvertes de blé y sont plantées 
d'arbres qui étaient en fleurs et qui, mêlés avec la verdure et les 
eaux formaient le plus agréable coup d'œil. 

Arrivés à Bordeaux le lundi de Pâques à une heure, nous nous 
mîmes, après un peu de toilette, à courrir la ville tout seuls, et 
nous allâmes tout de suite chez Olivier où nous ne trouvâmes 
personne, et puis chez le vieux M. La Tour qui est inlirme et que 
nous trouvâmes chez lui. Nous parcourûmes cependant les plus 
beaux quartiers de la ville, qui sont superbes et bien bâtis : vous 
avez cntondii parler de cette belle rivière Garonne : elle est tou- 
jours couverte de 1000 ou 1 i200 vaiseaux, et comme elle forme une 
portion de cercle de plus d'une lieue de long, toujours bordée de 
maisons, cela compose un coup d'œil auquel nul autre ne res- 
semble. Je vous ai écrit de cette ville là le bon accueil que nous y 
reçûmes d'Olivier et de plusieurs de ses amis. 

Nous avons été moins vite de Bordeaux à Paris : nous avons 
vu de fort belles, villes entr'autres Tours, Poitiers, Blois, Orléans, 
et surtout Angouiême : il (sic) est placé sur une hauteur, au bas de 
laquelle la Charente fait paisiblement des contours au milieu de 
la verdure et d'un terrain utile et de très grand prix. On fait tout 
le tour de la ville sur un boulevard et le coup d'œil change à 
chaque pas; il semble que les habitans de ce pays doivent être 
plus heureux, plus gais et plus doux que les autres hommes; 
mais je doute que cela soit. De Tours jusqu'à Orléans on voyage 



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DOCUMENTS 



sur une chaussée élevée sur les bords de la Loire qu'on perd 
rarement de vue et qui est d'une largeur et d'une beauté par- 
faites : à droite on voit une autre rivière et des champs immenses 
et très fertiles. Pendant huit liimes on voyage toujours à côté de 
maisons et barraques de pêcheurs qui, étant plus basses que la 
chaussée, n'ôtent rien du coup d'œil. Ces maisons sont, au sortir 
de Tours, creusées dans le roc qui est fort tendre, en sorte que 
vous voyez une suite de rochers percés de porles et de fenêtres, 
avec des cheminées qui sortent des buissons. 

Nous arrivâmes à Versailles le 23 avril. Je ne vous conte pas 
toutes les frayeurs de votre cousine lorsqu'il y avait des rivières 
à passer dans des bateaux. Les mariniers ne manquaient pas de 
lui parler de gens qui y avaient péri, ni elle de le leur demander. 
A Tours dont le pont a été emporté cet hyver, on jetât notre voi- 
ture dans un bateau si frêle que nous n'osâmes pas y entrer et 
que nous en prîmes un autre avec des messieurs de notre compa- 
gnie. Tout cela est passé et nous sommes à Versailles. Nous y 
passâmes les premiers jours à nous loger et nous arranger. 
Nous y trouvâmes des connaissances, M. Seguret de Sauve qui 
nous a fait mille amitiés ainsi que sa femme et M. Vernède de 
Cornillan de Nimes qui a épousé la veuve de M. Cellier l'Hol- 
landois, avec un homme de Nimes de mes amis; il ne tient qu'à 
nous d'en faire d'autres, et cela viendra. Nous avons fait, depuis, 
deux courses à Paris, où votre , cousine à vu les trois principaux 
speclacles, et les plus belles promenades. Ici, les objets de curio- 
sité ne nous ont pas manqué, le Roi et la Reine, le Château, le 
Parc et toutes les autres beautés que nous verrons à potre aise. 

Les États généraux se sont enfin ouverts le 4, il y eut une 
procession solennelle où Ton vit défiler les ordres religieux, les 
Députés des trois ordres successivement, et enfin le Dais porté 
par plusieurs seigneurs et suivi du Roi à pied, de la Reine et des 
Princes : l'or et la pourpre brillaient partout. Il faut vous dire, 
pour vous édifier, que je n'étais pas de la procession et que je la vis 
seulement passer. Les États s'ouvrirent le 5. Le Roi y prononça 
un discours noble et touchant qui fut interrompu par des cris 
multipliés de : Vive le Roi. M. le Garde des Sceaux lut un discours 
inouï, dit-on, car personne ne l'ouït, en effef, et M. Necker lut, 
ou fit lire un discours qui dura près de trois heures. Tout cela 
sera imprimé. La salle, qui est celle de nos assemblées, est 
d'une noble simplicité. Le Roi était sur son trône brillant d'or, 
avec un chapeau à panache, et un superbe manteau ; la Reine à 
côté de lui, sur un siège, inférieur, superbement parée; leurs 
officiers et leurs gardes les entouraient sans les couvrir. Les 
Princes étaient placés à la droite du Roi, le garde des Sceaux à 
ses pieds ; dans le parquet, devant une table, les ministres du 



DOCUMENTS 



31 



Roi, et M. Necker à côté de la table. A droite étaient les bancs du 
Clergé, à gauche ceux de la Noblesse couverte de manteaux à 
revers en or, et avec un chapeau de plumes, en face le Tiers État 
en habit noir, la cravate et les cheveux étalés. Des gradins autour 
de la salle et des tribunes étaient garnis d'hommes et de femmes 
de la Cour, ce qui formait un superbe spectacle. 

Les Etats furent ajournés pour le lendemain et c'est ici que 
[s'ouvrirent] les débats. La Noblesse veut absolument qu'on déli- 
bère par ordres et le Tiers qu'on délibère par têtes. Le lendemain 
il y eut proclamation de l'ordre du Roi pour que les députés 
commençassent leurs séances, et que le local serait [tenu] prêt à 
neuf heures. Au lieu de se rendre dans ce local qui était [celui de] 
l'assemblée de la veille, le Clergé et la Noblesse se rendirent dans 
leurs [salles] séparées. Le Tiers se rendit dans la salle nationale 
et attendit la No(blesse et) le Clergé qui ne vinrent point. Cepen- 
dant, comme on ne peut ouvrir (les) séances sans vérifier les pou- 
voirs et que les pouvoirs doivent être vérifiés [par] les trois 
ordres réunis ou par leurs commissaires réunis, le lendemain 7 
[il y eut] quelques membres du Tiers pour inviter le Clergé et la 
Noblesse à se réunir [au Tieis dans] la salle nationale pour véri- 
fier les pouvoirs. Le Clergé répondit en pro(posant) de nommer 
des commissaires pour la réunion des Ordres. La Noblesse 
[n'était] assemblée qu'en commission. La commission répondit 
qu'elle en [référerait] à son ordre lundi prochain, jour de son 
ajournement. Hier, 8, on [ne s'occupa] nulle part, qu'à causer et 
mettre quelque police. Cette stagnation [peut être] longue, sa 
longueur dépend des dispositions de quelque ordre à [céder |. On 
pense que le Clergé commencera, parce que les curés pourraient 
bien être [d'un autre avis] que les évêques. La Noblesse qui 
montra beaucoup de hauteur sera [hostile], Le Tiers ne sera pas 
moins persévérant; et, comme il faut que quelqu'un cède, nous 
attendons du tems comment tout ceci tinira. Mais,... comptez sur 
le courage de vos défenseurs. 

Bonjour, chère cousine, mille amitiés à tous nos parens. Ma 
femme embrasse Mad. Pascal et Mad. Pourquier. Aimez-les tou- 
jours, aimez-nous, écrivez-nous, si vous le pouvez, en faisant 
passer votre lettre à mon père, ou en l'écrivant à cette adresse : 
A. M. Rabaut de Saint Étienne, député de la Sénéchaussée de 
Nîmes, avenue de Saint-Cloud, n° 66, à Versailles. 

On voit que malgré des expériences peu faites pour 
exciter l'enthousiasme, le député huguenot était plein de 
courage et d'espérance : « Le Tiers ne sera pas moins 
persévérant... Comptez sur le courage de vos défen- 



32 DOCUMENTS 

seiirs ». J'ai en la curiosité de lire le récit qu'il fît plus 
tard de ces évéaements dans son Précis historique de la 
Révolution françoise dont j'ai sous les yeux la seconde 
édition parue en 1792. On voit par les Réflexions poli- 
tiques sur les circonstances présentes qu'il fît imprimer à la 
suite de cette édition, combien étaient grandes les 
illusions de ces hommes qui s'imaginaient qu'en chan- 
geant la Constitution, ils transformaient l'humanité. 
Voici, à titre d'exemple la Réflexion qui porte le n« 58 
et qui peut se passer de commentaire. 



LVIII 



Tout nous annonce un temps où finiront les folies nationales 
appelées guerres. Déjà la raj^e des hordes primitives s'est affoi- 
blie; le besoin des jouissances, les manufactures et. les arls 
rendent les peuples plus sédentaires : les individus voyagent, et 
les nations restent, elles ne se battent que par détachement; 
toutes étant commerçantes, toutes craignent les chocs violents, 
qui dérangent, suspendent les spéculations, et en détournent les 
sources pour les Taire couler ailleurs. L'elfet de ce besoin est 
arrêté, je Tavoue, par la manie de quelques puissances de con- 
quérir, c'est-à-dire de prendre aux autres nations des isles, des 
ports, des colonies, pour leur prendre leur commerce, comme un 
iioiume fort chasse un homme foihle de sa place. Mais cet effet 
est une preuve de la cause, puisqu'ils n'usurpent que pour com- 
mercer, pour jouir et se reposer. Aussi voit-on que les guerres 
sont moins acharnées que chez les peuples sauvages et igno- 
rants; les légions se foudroient avuc politesse; les héros se 
saluent avant de se tuer; les soldats ennemis se visitent avant la 
balaille, comme on soupe ensemble avant de jouer. Ce ne sont 
plus les nations qui se battent, ni même les rois, mais les armées 
et des hommes payés : ce sont des parties de jeu où l'on ne joue 
que sa mise, et non le tout; enfin les guerres, qui étoient jadis 
une fureur, ne sont déjà plus qu'une folie. 

On sait que, le J 5 mars 1790, Habaut de Saint-Etienne 
devait être nommé président de l'Assemblée Consti- 
tuante. A cette occasion il fut tout naturellement chan- 



DOCUMENTS 33 

sonné à Nîmes. Voici comment, d'après une copie du 
temps : 

L'exécrable assemblée a fait un président 
Dont le choix à jamais déshonore la France. 
Au fauteuil est assis Rabaut le prédicant, 
Agent stipendié de l'huguenotte engeance. 
Après avoir détruit et le trône et l'autel, 
Poussé 'l'irréligion jusque au fanatisme, 
Qui mieux que le héros de l'impur calvinisme 
Aurait pu présider ces infâmes mortels. 

La Désolation et la Consolniion des honnêtes citoyens de Nîmes. 

Un seigneur, à force d'argent 
S'est fait nommer maire céans 
C'est ce qui nous désole {his). 
Mais à Paris d'un proleslanl 
On en a fait un président 
C'est ce qui nous console [bis). 
Pour officiers municipaux 
On a choisi seize nigauds 
C'est ce qui nous désole (bis). 
Parmi ces obscurs citoyens 
Je trouve un seul homme de bien 
C'est ce qui nous console (bis). 
Pour autre officier principal 
On a nommé le s'" Vidal 
C'est ce qui nous désole (bis). 
•Gomme sur lui l'on veillera 
De nuire on l'empêchera 
C'est ce qui nous console [bis). 
Pour remplacer le procureur 
On a fait choix d'uQ rédacteur 
C'est ce qui nous désole [bis). 
Le journaliste au journalier 
Ne peut brouiller que du papier 
C'est ce qui nous console (bis). 
Le tribunal est renforcé 
Par 36 ânes bâtés 
• ■ C'est ce qui nous désole (bis). 

Tous ces baudets seront bridés 
Et ne pourront pas regimber, 
C'est ce qui nous console (bis). 

Pour copie conforme : 
IS. W. 



Janvier-Mars 1919. 



3 



Mélanges 



UN NOUVEAU DOCUMENT SUR LE MASSACRE 
DE L'ASSEMBLÉE DU MOULIN DE L'AGAU 
/ 1''^ AVRIL 1703 

En 1893 M. F. Rouvière a publié dans ce Bulletin 
une étude historique sur V Assemblée du moulin de ï Agau 
à Nîmes (1^^ avril 1703), dans laquelle il s'est efforcé de 
démontrer, grâce à des pièces officielles, qu'on avait 
beaucoup exagéré le nombre des victimes de cet acte de 
barbarie; il n'aurait pas été supérieur au chiffre de 21. 
Conclusions irréfutables, semble-t-il, à une condition 
toutefois, à savoir qu'il n'existe pas ou n'ait pas existé 
d'autres pièces officielles ou d'autres témoignages contem- 
porains que ceux qu'il cite et qu'il discute. 

Voici un témoignage qu'il n'a pas connu. Il a paru 
en 1912 parmi les publications de la Société académique 
de r Oise (tome III) un gros volume renfermant les Lettres 
autographes de la collection de Troussures, classées et 
annotées par Dom Paul Denis (xvi-664 p. in-4, Paris, 
Champion) . Parmi ces lettres il y en a quelques-unes adres- 
sées par l'abbé Gilles Begault, archidiacre et chanoine de 
Nîmes, à M™® de Caumartin. Les cinq premières de ces 
lettres, datées de Nîmes^ 9 février, 1^"^ mars, 13 avril, 
4 mai 1703 et 26 avril 1705 sont relatives à la guerre des 
Camisards et reflètent vivement l'impression produite par 
ces événements dans les milieux cléricaux de Nîmes. 
Nul doute que l'abbé Gilles Begault était exactement 



MÉLANGES 



35 



informé et en mesure de l'être. Or voici le récit qu'il 
nous fait, le 13 avril, de l'assemblée du moulin de l'Agau. 

Le dimanche des Rameaux, vers les deux heures après-midi, 
les Phanaliques ayant eu l'audace de s'assembler au nombre 
d'environ cent cinquante dans un moulin à cent pas d'une des 
portes de cette ville pour phanatizer et chanter leurs IPseaumes, 
et leur chant ayant esté entendu des maisons voisines, un officier 
fit investir le lieu par le piquet des cazernes qui n'en étoit pas 
loin. Cependant on alla avertir M. le maréchal de Montrevel, qui 
étoit à table. Il sortit incontinent de sa maison, suivi de vingt- 
cinq ou trente gentilshommes et officiers, ordonna à sa garde de 
marcher et se transporta devant le moulin qu'il fit encore investir 
par les dragons de Fimarcon, et dans l'instant commanda à 
d'autres dragons et à des soldats de la marine d'entrer dans le 
moulin, dont la maison étoit assez grande, et de faire main basse 
sur tous ceux qui étoient à l'assemblée, ce qui fut exécuté, les 
dragons et soldats ayant fait une décharp:e de leurs fusils et mis 
ensuite la bayonnette au bout du fusil. M. le Maréchal fit mettre 
le feu au moulin et le fit démolir en même temps par tous les 
massons qui se trouvèrent dans la ville. Il y en eut, tant hommes 
que femmes soixante ou soixante-dix de tuez, les autres s'estant 
sauvez brusquement, comme ils avoient pu sur le premier bruit 
de l'approche des soldats qui venoient les investir. Le prédicant 
qui prophétisoit blessa un dragon d'un coup de pistolet, mais 
aussi tost il fut tué d'un coup de fusil aussi bien qu'une fille 
qu'on avoit entendu prophétiser des choses vaines et séditieuses. 

Un de ces malheureux se voyant enveloppé dans le massacre, 
s'écria d'une voix lamentable. Ah! Saint Esprit, tu m'as bien 
trompé ! 

Un des valets de pied de M. le Maréchal, des plus grands et 
des mieux faits qu'il soit possible de voir, ayant receu un diamant 
d'une assez jolie lille de l'assemblée et la prenant sous le bras 
pour la sauver, fut déféré par des dragons à son maître qui luy 
donna vingt coups de canne, et commanda qu'on plantast sur le 
champ une potence pour le faire pendre, ce qui auroit esté fait 
si les personnes les plus considérables de la ville, la potence 
étant dressée, n'avoient obtenu grâce pour luy. Cependant on lui 
osta la liv^rée, on le mit dans un cachot, et le lendemain, l'ayant 
fait enroller dans une compagnie de dragons, il fut envoyé au 
Milanez et pour la fille, ayant esté arrachée des mains du valet de 
pied par les dragons, elle subit le triste sort des autres ^ 

1. C'est évidemment le même fait auquel fait allusion Louvreleuil (1868), 
1, 108. 



36 MÉLANGES 

L'exemple a esté terrible; mais on peut dire qu'il estoit néces- 
saire, car tous les jours il se faisoit insolemment plusieurs 
assemblées et dans la ville et aux environs qui portoient à la 
rébellion et où il se pr.enoit des résolutions d'incendie et de mas- 
sacre... 

Assurément l'auteur de cette lettre tenait ses rensei- 
gnements de première main, et ne nous laisse pas d'autre 
mpression que celle d'un narrateur qui désire renseigner 
exactement sa correspondante. L'épisode du valet de pied 
du maréchal qui tenta de sauver une des victimes serait-il 
inventé parce qu'il ne se trouve pas dans les relations 
citées par M. Rouvière? Et pourquoi? — Et les pièces 
officielles me dira M. Rouvière? — Les pièces officielles 
disent-elles toute la vérité? Les enquêtes postérieures à 
l'événement révélèrent-elles, purent-elles même révéler 
tout ce qui s'était passé? — Connaît-on aujourd'hui le 
nombre total des victimes de l'incendie du Bazar de la 
Charité, bien plus rapproché de nous que celui du moulin 
de l'Agau? Ne nous imaginons pas que parce qu'un papier 
sort d'un prétoire, il n'y a pas d'autre vérité que celle 
qu'il renferme — et rappelons-nous, nous qui venons de 
passer par les bombardements, que toutes les fois qu'il 
y eut, surtout dans un incendie', un rassemblement, il a 
été à peu près impossible de savoir le nombre des per- 
sonnes disparus. Je ne vois donc aucune raison qui 
m'empêche d'accorder autant de créance au récit de 
l'abbé Begault qui se défend de vouloir nous apitoyer sur 
les victimes, qu'à la plaidoirie documentée de M. F. Rou- 
vière, surtout préoccupé de démontrer que les protestants 
« exagèrent». 

N. Weiss. 



i. Accompagné, comme ce fut le cas à Nîmes, de démolition de l'im- 
meuble. 



SÉANCES DU COMITÉ 



9 décembre i9i9 

Assistent à la séance, sous la présidence de M. Frank Puaux, 
MM. R. Allier, H. Aubert, F. Buisson, Cornélis de Witt, Jules 
Fabre, A. Lods, J. Pannier, G. de Pourtalès, R. Reuss, E. Rott, 
A. Valès et N. Weiss. M. le professeur E. Denis se fait excuser. 

Après la lecture et l'adoption du procès-verbal, le président 
fait procéder au vote pour l'élection d'un vice-président. M. John 
Vienot est déclaré élu par 8 voix contre 3 à M. Pannier. M. Vienot 
remercie le Comité de la confiance qu'il a bien voulu lui accorder. 
Le [nésident demande à M. F. Buisson s'il ne pourrait en i re- 
prendre des démarches au Ministère de l'Instruction publique en 
vue de l'impression du catalogue de nos manuscrits. Après plu- 
sieurs conversations sur ce sujet, M. Buisson déclare qu'il ne 
pense pas que ces démarches puissent être utilement tentées 
avant l'achèvement définitif du catalogue et un contrôle qui per- 
mette de s'assurer qu'il a été rédigé suivant le même plan que les 
autres catalogues faisant partie de cette série. Le président com- 
munique ensuite la lettre qu'il a adressée à l'Église huguenote de 
Fredericia, à l'occasion de son 2^ centenaire, et la réponse qu'il 
en a reçue, et entretient le Comité de la séance consacrée à 
la mémoire du pasteur de Charenton, Jean Claude, séance convo- 
quée à l'Oratoire pour le 14 décembre à 4 h. 1/2, avec le concours 
de MlM. les pasteurs B. Couve, Roberty et Ch. Vernes. Une lettre 
du pasteur Valès attire l'attention du Comité sur la nécessité de 
fixer pour la fête de la Réformation, une autre date que le 1^^ no- 
vembre, qui devient de plus en plus la fête des morts. On procède 
ensuite à la nomination de nouveaux membres après un entre- 
tien où furent faites plusieurs propositions. 

Sont nommés à l'unanimité MM. Ch. Bost, Raphaël Garreta, 
Émile Morel, Maurice Vernes et Auguste Weber. M. Guy de Pour- 
talès se demande s'il n'y aurait pas utilité à avoir des membres 
correspondants en Écosse. 

Bibliothèque. — On y a déposé un exemplaire à moitié 
consumé du livre de cantiques en usage dans l'Eglise réformée de 
Reims. M™e Bonet-Maury offre de la part de notre regretté col- 
lègue deux collections, celles de la Revue pédagogique et de 
l'Encyclopédie Américaine de Schaff Herzog, ainsi qu'une 



38 



SÉANCES DU COMITÉ 



somme pour le maintien de sa souscription. Le secrétaire 
communique une lettre de M. Lucien Febvre professeur à Stras- 
bourg, qui expose le dénûment de l'Institut d'Histoire moderne, 
au point de vue de livres concernant la Réforme française et 
propose de lui envoyer quelques-uns de nos doubles. 

i7 février 1920. 

Assistent à la séance, sous la présidence de M. Frank Puaux, 
MM. H. Aubert, E. Ghatoney, J. Fabre, R. Garreta, R. Reuss, 
A. Valès, M. Vernes, J. Viénot, A. Weber et N. Weiss. MM. Cor- 
nélis de Witt et E. Morel se font excuser. 

Avant l'ouverture de la séance le président tient à dire com- 
bien il a été touché des marques de sympathie que, dans son 
grand deuil, il a reçues de tous ses collègues. Après la lecture et 
l'adoption du procès-verbal de la dernière séance, il souhaite la 
bienvenue aux nouveaux membres MM. Raphaël Garreta, Maurice 
Yernes et Auguste Weber qui veulent bien nous aider de leur 
intérêt et de leurs conseils. 

Le secrétaire présente ensuite un aperçu détaillé des comptes 
de l'année 1919 lesquels, grâce à une légère avance, se soldent par 
une encaisse de 1 171 francs — ainsi que des recettes et dépenses 
à inscrire au budget de 1920. Les deux postes qui ont déjà grevé 
nos ressources en 1919 et qui défient toute évaluation pour 1920, 
sont le prix du charbon et celui des frais d'imprimerie. Bien que 
nous ayons réduit notre Bulletin à quatre livraisons fort dimi- 
nuées, il nous coûte près de quatre fois ce qu'il nous rapporte. 
Connaissant la situation de ceux auxquels il s'adresse en pre- 
mière ligne, le Comité répugne à augmenter le prix de Tabonne- 
ment qui a, d'ailleurs, toujours été au-dessous de, ce que nous 
coûtait notre publication. S'il espère que certaines Églises qui se 
sont depuis longtemps désintéressées de notre œuvre, voudront 
bien nous aider à atteindre des jours meilleurs, il reconnaît tou- 
tefois qu'il serait plus sage de ne pas escompter cette éventualité. 

Le Comité s'occupe ensuite d'une invitation adressée par la 
Société /luguenote de Charleston au président, au vice-président 
et au secrétaire, d'assister en avril à la -commémoration du qua- 
trième centenaire de la naissance de Coligny — ainsi que d'un 
appol adressé au secrétaire par le doyen de la Faculté de théo- 
logie protestante de Montpellier, de donner aux étudiants de cette 
Faculté une série de conférences sur notre histoire. La distance 
qui nous sépare de Charleston et les frais actuels d'un voyage aux 
États-Unis, nous font regretter de ne pouvoir répondre que par 
des lettres à la convocation de nos collègues d'au delà de 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



39 



l'Océan. Quant à l'appel de Montpellier le secrétaire est auto- 
risé à y donner suite et le président répondra lui-même à la lettre 
du doyen Bois. A ce propos une discussion s'engage sur la ques- 
tion d'organiser pour l'hiver prochain, à l'adresse de notre 
public protestant et en général des intellectuels, des leçons ou 
conférences sur des parties précises où des points discutés de 
notre histoire. M. Viénot et M. Maurice Vernes appuient fort ce 
projet. 

Le président communique pour le Bulletin un document de 
1774, révocation du consentement au mariage d'un des membres 
de la famille Puaux, et le texte de la circulaire de M. Alfred 
Leroux pour la souscription au volume qu'il vient de rédiger sur 
les Religionnaii'es de Bordeaux de 1685 à 1802. Il propose que 
la Société s'inscrive pour dix exemplaires. M. Jules Fabre veut 
bien se renseigner sur le sort du legs Martin, à Meaux. 

Bibliothèque. — M. Garreta dépose une lettre du 10 février 
1689 relative au passage de la chaîne des galériens à Dijon, lettre 
signée Louis et Golbert et deux affiches, l'une rouennaise, Décla- 
ration du 8 mars 1715 et l'autre imprimée à Montpellier, Juge- 
ment du 4 mars 1745, condamnant l'arrondissement d'Arpail- 
largues», à 1000 livres pour assemblée. Le secrétaire a acquis le 
desseing de Ducerceau, représentant le château de Montargis au 
xvi" siècle et une vue de Paris en 1 620. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 

ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 



Les frères Barbet. 

M. L. Alex. Barbet a fait imprimer chez Renouard (rue des 
Saints-Pères), et tirer à 200 exemplaires non mis dans le com- 
merce une, Notice sur les trois frères Barbet {Barbet de Jouy, 
Henry et Aug. Barbet) et sur leurs ancêtres protestants, suivie du 
récit des derniers moments de F. de Lamennais fait -par Aug. Barbet, 
Vun de ses exécuteurs testamentaires (ln-4" de viii-126 p. 1919. Avec 
49 dessins de P. E. Mangeant). 

Ce beau volume est dédié par le grand-père, fils d'Aug. Barbet, 
à ses petits-enfants, dont le père, C. Auguste Barbet, ingénieur, 
tomba le 27 août 1914 à la Marfée, et nous transporte d'abord 
dans la vallée formée par la rivière de Bolbec entre cette ville et 



40 CHROiNlQUE L1TTÉRAIR1<: 

Lillebonne, donc en plein Pays de Caux. Là, sur remplacement 
de l'ancienne forêt de Lillebonne, se trouvent les deux villages de 
Saint-E us tache et de Saint- Antoine, tous deux dénommés-la-forêt, 
où le nom de Barbet se rencontre dès le xm^ siècle. Un Barbet 
possédait, entre les deux villages, stir le territoire de Saint- 
Eustaclie, une ferme construite au bord d'une grande mare natu- 
relle, bien familial qui se transmit d'aîné en aîné jusqu'à sa 
confiscation en 1685, « comme étant la propriété de Louis Barbet, 
réformé sorti du royaume malgré la défense des édits ; le groupe 
de maisons paysannes qui s'est établi sur son emplacement 
s'appelle encore aujourd'hui le hameau de la mare Barbet ». 
Mais les Barbet étaient protestants depuis le milieu du xvi^ siècle. 
A la fm de ce siècle, Jean Barbet, de Saint-Antoine, avait neuf 
enfants, dont Pierre, l'ancêtre de Tauteur, né en 1594, marié au 
temple de Lintot (de l'autre côté de la rivière) en 1615, mort dès 
1629, laissant 4 ûls, dont Thomas, qui, mort en 1684, survécut 
à 8 de ses 12 enfants. L'aîné des 4 survivants, Guillaume, le 
quadrisaïeul, né en 1646, marié en 1670 à Lintot avec une Cauvin 
(la famille de Calvin venait de Pont-Lévêque essaya, avec une 
centaine de personnes, de fuir en Angleterre au début d'août 1 684. 
Mais l'embarquement à Étretat fut/ troublé par l'arrivée de 
4 gardes-côtes à chevalet quelques-uns seulement des fuyards 
réussirent à partir. Guillaume ramena ses parents blessés qui 
moururent au bout d'un mois. Une autre tentative de fuite échoua 
également. Comme il avait rempli pendant quelque temps les 
fonctions de greffier pour inscrire sur les registres de Lintot ce 
que nous appelons les actes de l'état civil (son nom se lit sur la 
couverture de l'un de ces registres), il prêcha aux assemblées qui 
se tinrent dans les bois de Bolbec après la Révocation. En 1698 il 
lui restait 5 de ses 14 enfants, ce qui n'a rien d'anormal, tant 
la mortalité était grande alors par la famine, conséquence, 
en partie, de la Révocation. Il mourut en 1707 sans avoir reçu 
les sacrennents et fut enseveli par ses enfants dans un coin de 
son jardin « sans que le cadavre fût requis par les gens du Roi ». 
Les édits étaient toujours en vigueur, mais les mœurs avaient 
changé. 

Son 2* fils et homonyme, né en 1677, fut le trisaïeul et mourut 
en 1733, laissant 2 enfants mineurs, dont 1 lils, Guillaume aussi, 
né en 1717. Grâce à cette minorité, nous connaissons l'inventaire 
des biens laissés par le défunt et détaillé^ par l'auteur p. 36. 
Le fils loua en 1743, du duc de Luxembourg, comte de Tancar- 
ville, la ferme d'Obermare, qu'il habitera jusqu'à sa mort et près 
de laquelle il trouva plusieurs parents ralliés au catholicisme. 



1. Près de Noyon. L'auteur confond les deux localités. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



41 



Cette belle ferme, « construite à la fin du xvi® siècle sur la lisière 
de l'ancienne forêt de Lillebonne, existe encore dans son état 
ancien » (dessin p. 42). En 1758, le fermier obtint la charge 
d'officier garde-côtes, laissa la ferme à son aîné Guillaume dès 
que celui-ci fut majeur, et mourut bientôt après, en 1766, devan- 
çant de cinq ans sa mère dans la tombe. Son fils quitta la ferme 
en 1776 pour aller habiter les terres de son grand-père à Saint- 
Jean-de-la-Neuville et y mourut sans enfants en 1789. C'est son 
3^ frère, Juste, né en 4 756, qui fut le grand-père de l'auteur. 
Entré à 20 ans dans une fabrique d'indienne de Darnetal, « il y 
introduisit d'ingénieuses modifications d'outillage » et « au bout 
de six ans, il fut en état de monter au même endroit une petite 
usine d'impression ». Il alla se marier au temple de Tournay 
en 1783. Un an après, « le succès de son industrie l'engagea à 
fonder une grande entreprise à Déville-lès-Rouen. Cette usine, 
qui fut exploitée pendant plus d'un siècle, atteignit son plus fort 
rendement à l'époque de la Révolution ». Son fondateur mourut 
en 1813, laissant 2 millions à ses 3 fils : Juste, Henry et Auguste. 
Ceuxrci s'associèrent d'abord ; mais au bout d'un an, l'aîné retira 
ses capitaux pour les placer dans Tindiennerie d'Oberkampf à 
Jouy, et en 1834, Henry resta seul propriétaire. Il joua avec son 
frère Auguste, un rôle important à Rouen pendant la révolution 
de 1830 et devint maire de cette ville aussitôt après. Il fut député, 
président du Conseil général et de la Chambre de Commerce, 
Pair de France et mourut au château de Valmont en 1875. Juste 
acheta au fils d'Oberkampf l'indiennerie de Jouy en 1820 et 
s'appela depuis Barbet de Jouy, désignation qui devint légale 
en 1859. Il mourut à Paris en 1866. Son 2" fils, Henry, né en 
1812, élait conservateur du Louvre au moment de la Commune 
et ce fut sa présence d'esprit et son intrépidité qui sauva le 
Musée. Il devint directeur des Musées nationaux en 1879, mais 
fut victime d'intrigues et mis en disponibilité en 1881. Il mourut 
sans enfants en 1896. Son oncle Auguste, receveur général des 
finances, fut l'un des exécuteurs testamentaires de Lamennais, 
dont il devint le biographe. Son récit, fort instructif, des der- 
niers moments de Lamennais, forme le dernier chapitre du livre. 
Son fils Alexandre devint l'ingénieur en chef des ateliers Cail de 
1884 à 1890. C'est le fils de ce dernier, Charles-Auguste, qui 
tomba à la Marfée le 28 août 1914. 

Alexandre Barbet a publié plusieurs ouvrages relatifs à l'art 
de l'ingénieur et est l'auteur du présent volume, qui, on a pu en 
juger par ce résumé, présente de l'intérêt à diiférents points 
de vue, tant à celui de l'histoire du protestantisme français 
qu'à celui de l'histoire de la ville de Rouen et de l'industrie en 
Normandie. Th. Sch. 



42 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



Un disciple de Marot, Eustorg de Beaulieu 

C'est une Américaine qui nous le révèle dans une thèse de 
rUniversité de Columbia (New-York) ^ M'^^ Hélène Harwitt pense 
fournir ainsi une notable contribution à l'histoire de la première 
moitié du xvi^ siècle. Le fait est que Beaulieu « méritait mieux 
que l'oubli de ses compatriotes et l'indifférence des lettrés » (Ad. 
van Bever, Poètes du Terroir). Il naquit dans le Bas-Limousin, à 
Beaulieu-sur Menoire, entre 1495 et 1500, d'uiie famille proba- 
blement noble, puisque l'une de ses nièces était fille d'une 
Turenne ; le plus jeune de sept enfants, il perdit son père tout 
jeune, et sa mère étant morte aussi bientôt après, il fut la proie 
d'un tuteur malhonnête. En 1522, nous le trouvons à Lectoure en 
Armagnac, organiste de la cathédrale. En 1524, il alla enseigner 
la musique à Tulle. En 1529, il publiait à Bordeaux un poème 
des Gestes des solliciteurs, fruit de ses expériences personnelles, 
recueillies au cours du long procès qu'il dut soutenir pour 
rentrer en possession de sa part d'héritage. Ce fut le premier de 
ses ouvrages qui fut imprimé et le deuxième livre français 
imprimé à Bordeaux. De 1534 à 1537, il habita Lyon, et y donna 
des leçons de musique à Hélène de Gondi, fille de Marie dè Pier- 
revive et s'y joignit au groupe de poètes dont Marguerite de 
Navarre était l'inspiratrice. C'est là aussi qu'il rencontra Marot, 
lorsque celui-ci rentra en France à la fin de 1536. Puis il alla 
chercher fortune à Genève, oii il arriva le l^r mai 1537. Mais il 
n'y resta pas longtemps ; un an plus tard, il étudiait la théologie 
à Lausanne et le 10 mai 1540 il se présentait devant le Consis- 
toire de Berne, qui le faisait nommer pasteur de Thierrens 
(Vaud). Peu après, sa femme l'abandonnait. Il y était encore, 
quand il écrivit à Marot, alors à Genève (mai 1543), p.our l'inviter 
à venir le voir. En 1547, il dut quitter Thierrens pour avoir 
offensé ses collègues, et l'année suivante nous le trouvons imma- 
triculé à l'université de Bâle, oii il publia L'Espinglier des filles. 
Selon Bordier, « il semble avoir tenté, mais vainement, de 
rentrer dans les fonctions pastorales à Strasbourg », et serait 
allé à Bienne en 1550 comme professeur de musique. Le jour- 
nal d'un pasteur de Bâle, Jean Gastius, de Brisach, auteur 
d'une Histoire des Anabaptistes, nous apprend que « l'étudiant 
Hector, appelé aussi Eustorg, mourut le 8 janvier 1552 dans un 

1. Eustorg de Beauliev, A disciple of Marot, ■i495{?)'1552. Lancaster, Pen- 
sylvanie) 1918. X-163 P. , 



CHRONIQUE LTTTÉRATRE i3 

état de grande pauvreté ». Son caractère n'a pas dû être commode. 

Après avoir étudié sa vie d'après ses ouvrages, M'^^ H. leur 
consacre encore quatre chapitres. Un appendice donne la notice 
biographique sur BeauHeu par Guillaume Golletet (publiée par 
Tamizey de Laroque en 1878 d'après le manuscrit autographe de 
la bibliothèque du Louvre). Puis vient encore un chapitre biblio- 
graphique, un Index des chansons de Beaulieu et un autre des 
noms propres. Le travail de M^'* Harwitt, fruit de nombreuses et 
difficiles recherches, complète et rectifie sur plusieurs points 
l'article de la Francz protestante. 

Th. Sch. 



Un historien américain de la Réforme 

C'est M. James J. Good, professeur d'histoire de l'ÉgHse 
Réformée au Central theological Seminary de Dayton (Ohio), 
auteur de toute une série d'ouvrages sur l'histoire de l'Église 
réformée, notamment en Allemagne et aux États-Unis. Ici nous 
n'avons à parler que des deux suivants : 

I. History of the Swiss Reformed Church sine tlie Reformation 
Philadelphie, 1913. XII-504 p. Avec 7 gravures en portraits) ; — 
II. The Reformed Rp formation (The Heideberg press, 1916, 
VIII-U4 p.) 

1 

C'est un bon résumé de l'histoire religieuse des cantons 
protestants (Zurich, Genève, Berne, Bâle, Schaffhouse) depuis 
la fin du xvi^ siècle jusque vers la fin du XIX^ Cette histoire 
n'existait pas on anglais et C(3mble ainsi une importante lacune. 
Elle procède silrtout par biographies, méthode qui, dit la Pré- 
face, rend la suite des événements plus intelligible aux lecteurs 
étrangers et lointains. Le point de vue est orthodoxe, mais avec 
modération. Le récit se partage en six livres : Période de conso- 
lidation — de calvinisme scolastique - de rationalisme — Pié- 
tisme ou Réveil — xix^ siècle où les cas de Wette à Bâle et 
Strauss à Zurich et le mouvement missionnaire sont particu- 
lièrement intéressants. Le volume se ferme sur les noms fami- 
liers de Vinet, Secrétan, Buisson, Godet, Naville, Bridel, etc., et 
se complète par un Index des noms propres, où l'on est frappé 
de trouver ceux d'Erzbcrger, pasteur à Bàle en 1570, et de Robert 
Haldane à Genève en 1816. Mais pourquoi l'auteur dénature-t-il 
les noms propres à inflexion en supprimant cette dernière 



44 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



dans Andrese, ludse, Vœgelin, Rœtel, etc.? pourquoi écrit-il 
Mùhlhausen et dit-il (p. 78) qu'escalade signifie échelle ou 
escalier [ladder)'î Pourquoi encore qualifie-t-il (p. 120) les Tra- 
giques d'Agrippa d'Aubigné de tragédies, dit-il (p. 126) Saint- 
Étienne Rabaut au lieu de Rabaut de Saint- Êtienne et parle-t-il 
constamment d'Einsedeln au lieu d'Einsiedeln ? 

Mentionnons son chapitre (p. 109) sur les Nicodémites d'Arth, 
à cause de l'emploi nouveau et peu connu de ce terme, qui nous 
est familier par l'usage qu'en a fait Calvin. Enfin son histoire des 
troubles des Grisons et du duc de Rohan est remarquable à lire. 
D'ailleurs sa langue est toujours facile et il suffit d'une connais- 
sance sommaire de l'anglais pour le comprendre sans peine. 



II 

Son autre ouvrage (il y écrit toujours Binsedeln, et la cédille 
de Briçonnet devient assez drôlement un accent aigu sur le c) 
n'est guère plus difficile à lire. Mais sa tentative de transformer 
Lefèvre d'Étaples en- réformateur est malheureuse. Jamais 
Lefèvre n'aurait provoqué le schisme, soit dit sans vouloir 
diminuer ses mérites, qui sont grands, surtout étant donné son 
grand âge, fait sur lequel M. Good insiste avec raison. Et le pro- 
fesseur Wyttenbach de Bâle, quelque influence qu'il ait pu avoir 
sur Zwingli, aurait tout aussi peu pu remplacer Luther (p. 37); 
tous deux furent de fidèles, courageux et éminents précurseurs, 
mais sans leurs disciples la Réforme ne serait pas née. D'ailleurs 
la vie assez peu connue de ce Wyttenbach est fort intéressante 
et il faut savoir gré à M. Good de l'avoir mise ainsi en relief. 

L'ouvrage comprend deux parties : Qui fut le premier Réfor- 
mateur ? et La contribution des Réformés à l'esprit du Protestan- 
tisme. 

La première partie est une étude fort réussie du développe- 
ment de Zwingle et aboutit à la conclusion que la pensée réfor- 
matrice de Zwingli fut mûre et achevée avant celle de Luther. La 
deuxième partie constitue également une apologie de l'Église 
réformée et spécialement de la Réforme zwinglienne, mais sans 
parti pris ni exagération et l'exposé est partout très instructif 
parce que consciencieux. Mais ici encore l'absence d'inflexion 
fausse les noms de Stsehelin, Wœllin (p. 32) et l'absence d'accent 
aigu fausse celui de Budé (p. 4). A la même page lire Cardinal 
Lemoine au lieu de Lemorgne. Page précédente, pourquoi un « 
à Vatable et p. 110 que signifie une Église Erastian't 



Th. Sch. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



45 



Louis de Bils, flamand réfugié à Rouen. 

M. Jan Reinier Jansma, né à Amsterdam, lui a consacré sa 
thèse de docteur en médecine à l'Université d'Utrecht : Louis de 
Bils en de Anatomie van zijn Tijd (Hoogeveen, G. Pet, 1919, 
115 p.). Il décrit ses ouvrages avant d'aborder sa biographie, 
parce que, dit l'avant-propos, la vie de ce savant a été complète- 
ment bouleversée par les désillusions que lui ont causées ses 
recherches scientifiques. Dé Bils essaya de vendre son secret 
d'embaumement; mais sa tentative de Rotterdam échoua com- 
plètement en 1649 et celle de Louvain n'eut guère plus de succès. 
11 semble être né en 1623 à Amsterdam, mais d'une famille de 
Rouen, où im de ses frères fut baptisé le 28 mars 1624. Ce qui 
est certain, c'est qu'à ce moment son père Charles de Bils habi- 
tait le quartier Saint-Vincent à Rouen, et était marié avec Suzanne 
Elezine Folet (ou Noblets). Il était noble et se nommait seigneur 
de Goppensdamm etBonem. Il passa probablement ses premières 
années à Rouen. Sorbière écrit de lui (Paris, le 13 juillet 1660) : 
« M. de Bils est un gentilhomme flamand qu'un certain instinct 
a porté dès l'âge de treize ans à la dissection et qui s'y est exercé 
en son particulier à Rouen, en Flandres et à Rotterdam, où il 
s'est retiré ». C'est d'autant plus extraordinaire qu'il semble 
avoir été élevé en vue du métier de commerçant, qui fut proba- 
blement celui de son père. Peut-être subit-il l'influence d'un 
oncle, Jodocus de Bils, qui étudiait à Genève en 1607, habita 
Gand et céda à son neveu, en 1632, son fief de Bonem. S'il fut 
médecin, les goûts précoces de Louis s'expliquent. On ne sait 
quand celui-ci vint en Hollande. Il était à Amsterdam en 1646 et 
épousait Elisabeth van Peene le 2 mai à Gravesand; l'automne 
suivant, le couple se rendait en France, probablement par 
l'AiigleUirre, mais n'y reslail. pas longtemps ; car le 31 mârs sui- 
vant, un lils lui élait baptisé à Amsterdam; puis il alla liabiter 
Sluis, où le registre des baptêmes el celui des décès donnent les 
noms de plusieurs de ses enfants entre 1648 el 1656; et la belle- 
' mère de Louis y fut enterrée le 16 décembre 1652. Jusque-là il 
ne semble pas avoir eu de position stable. Le 2 février 1656 il fut 
nommé tjailli d'Aardenbourg, succédant à .Lacques d'Assignies, 
avec un revenu de 180 francs par an. Mais dès août de l'année 
suivante, il sollicitait des États Généreux l'autorisation de se faire 
remplacer dans ses fonctions de bailli, et l'obtenait le 21 février 
suivant. Dans l'été de 1659, la municipalité de Rotterdam lui 
confiait la mission d'installer un « théâtre anaLomique ». Mais 
bientôt après il se brouilla avec son protecteur, le professeur 



46 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



d'anatomie et de chirurgie à Leyde, Jean de Home, qui, dit 
Samuel Sorbière dans une de ses trois Lettres sur l'état de la 
Hollande en 1660, « estimant que le procédé de M. de Bils tenait 
du visionnaire ou du charlatan, n'a plus voulu en être l'appro- 
bateur, ni permettre qu'il se servît de son nom et de quelques 
bonnes paroles qu'il lui avait données poar l'encourager ». Ce 
même Sorbière, qui eut l'occasion d'examiner lui-môme les 
cadavres embaumés par de Bils (printemps 1660), remarque à ce 
propos 

« Il s'y est pris d'une manière toute contraire à celle dont 
feu M. Descartes se prit au reste de la Physique; car il s'est mis 
à pratiquer la dissection des animaux sans théorie, comme 
l'autre s'appliqua à la théorie sans avoir toutes les expériences 
qui lui étaient nécessaires ». D'autre part, le secrétaire de l'Aca- 
démie Royale d'Angleterre, Henry Oldenburg, ayant visité de 
Bils, écrivait le 3 août 1661, de Rotterdam, à Huygens : « M. de 
Bils me traite ici avec grande humanité et semble entendre très 
bien l'anatomie. Il prélend savoir exactement le secret de la 
nutrition comme aussi de la génération de la semence et de la 
séparation de l'urine et de son passage du foie dans les reins ». 
Et Huygens lui-même écrivait à son frère Louis, le 21 sep- 
tembre 1662 : « Je ne sais si j'aurai du temps pour écrire à mon 
père, parce que M. de Wit (Jean de Witt, le grand pensionnaire 
de Hollande) m'envoie dire si je veux voir anatomiser On chien 
par le sieur de Bils, à quoi je ne dois pas manquer ». 

Le 13 juillet 1663, les Élats Généraux chargeaient de Bils de 
faire l'autopsie du corps de Marie-Marguerite de Valckenisse, 
dite des Anges, fondatrice et première supérieure du couvent des 
Carmélites d'Oirschot (Brabant hollandais). Dans un Dictionnaire 
historique de la Médecine publié à Mons en 1778 par Eloy, il est 
question de François Zypaens (van den Zype), << dépositaire 
royal du secret de de Bils pour l'embaumement des cadavres et 
la méthode de disséquer sans effusion du sang ». Dans ses 
Fundamenta medicinœ, Zypaens parle en effet du secret de de 
Bils. Ce dernier mourut, probablement de la tuberculose, le 
27 août 1669, à Herzogenbosch. 

Tu. ScH., 



CORRESPONDANCE ET NOTES DIVERSES 



Les Églises réformées les plus importantes 
en France en 1659. 

Quelles étaient, environ vingl-cinq ans avant la Révocation, 
les Églises considérées comme les plus importantes, sinon par le 
nombre des fidèles, du moins par leurs ressources ou leur libé- 
ralité? On peut le déduire approximativement d'une résolution du 
dernier synode national tenu à Loudiin en 1659 et 1660. La voici, 
d'après le texte d'Aymon {Synodes nationaux, II, 786). 

« Il fut ordonné que les Églises d'Issoire, de Paillac, de Sirac, 
de la Gazelle et jointes resteroient unies à la province de Bour- 
gogne. Et d'autant que les députés de ladite province et ceux des 
Sevenes avoient représenté que ces Églises n'avoient pas le 
moyen d'entretenir un ministre et que cette assemblée feroit un 
acte de charité très notable, si elle vouloit pourvoir à leurs 
besoins, on fut d'avis qu'on leur donneroit tous les ans trois cens 
livres de gratification pour leur ministre, laquelle somme se 
paierait de cette manière : 50 livres par l'Église de Paris, 40 livres 
par celle de Rouen, 35 par celle de Lion, 30 par celle de Montpel- 
lier, "25 par celle de Bouvdeaux (Bordeaux), 25 par celle de La Ro- 
chelle, 20 par celle de Caen, 20 par celle de Castres, 20 par celle 
de Grenoble, 15 par celle de Nîmes, 15 par celle de Dicpfje et 
10 par celle de Moyitélimar. lit il fut ordonné à toutes ces Églises 
d'envoier, à la fin de mars, chacune leur quote part à l'Église de 
Lion qui se chargeroit de délivrer la susdite somme aux pasteurs 
qui feroient le service dans lesdites Églises d'Issoire, de Paillac, 
de Chirac, de la Gazelle et jointes. Et il fut enjoint à l'Église de 
Lion de rendre compte au synode de Bourgogne de ce qu'elle 
recevroit et du déboursement des sommes qu'elle auroit reçues. 
Et cette ordonnance devoit rester dans toute sa force jusqu'à la 
tenue d'un autre synode national ». 

On sait qu'il n'y eut plus d'autre synode national après celui- 
là au xvii^ siècle. 11 n'y avait pas alors de Caisse centrale. Mais le 



i8 CORRESPONDANCE 

choix de l'Église de Lyon pour s'occuper de sa voisine, l'Église 
d'Issoire, montre qu'on se rendait compte des avantages d'une 
organisation régionale. 

N. W. 



A propos de la revision de la traduction des Psaumes de 
Marot et Béze en 1700. 

Notre président a publié dans ce Bulletin (4 917, p. 50) le texte 
de la lettre adressée aux Églises du Refuge par la Vénérable 
Compagnie de Genève, le 26 novembre 1700, au sujet de la revi- 
sion, par Go'nrart et la Bastide, de la traduction de Marot et de 
Bèze. — Notre Bibliothèque possède une plaquette imprimée qui 
doit avoir été publiée à celte époque (i qui est intitulée Récit de 
la manière dont les Psaumes de David retouchez par M. Conrart ont 
été introduits dans V Eglise de Genève. Un préambule nous apprend 
que c'est une lettre du consistoire de l'Église française de Zurich 
du lO/!20 mai 1668 qui pria l'Église de Genève « d'introduire 
les Psaumes de Conrart dans l'usage public de leur Église pour 
exciter par leur exemple les Églises françaises à exécuter ce 
qu'on aurait fait en France, si elles eussent subsisté ». A la suite 
de cette lettre, on discuta la question pour arriver à « convenir 
de ce qui seroit le plus avantageux aux Églises. Enfin, au bout 
de sept ans, on s'accorda à revoir la version de Conrart, pour en 
connaître la qualité; y faire quelques changements, s'il était 
nécessaire; en faire ensuite une édition, et découvrir les pensées 
des Églises, pai* un avis qu'on y mettroit, qui avertiroit tout le 
monde du dessein d'employer ces nouveaux Psaumes dans le 
service divin, et par lequel on prieroit les habiles gens de com- 
muniquer leurs remarques à Genève, afin de rendre ces Psaumes 
plus utiles aux Églises. Ce projet étant exécuté, on attendit près 
de trois ans les avis qui pouvoient venir. Et pendant cet inter- 
valle, on recevoit bien des lettres d'approbation et d'encourage- 
ment aies établir; mais jamais il n'en vint d'aucun corps, ni 
d'aucun particulier qui marquât le moins du monde qu'on le 
, trouveroit mauvais... Cette considération, jointe aux raisons allé- 
guées dans les délibérations, détermina la Compagnie à s'en servir 
dans les Temples, et à les faire apprendre au paravant aux 
enfans dans toutes les petites écoles publiques et particulières. 
Lorsqu'on fit cette résolution, on délibéra si l'on consulteroit les 
Églises, et on jugea qu'il ne falloit pas le faire ». Ceci pour cinq 
raisons dont les principales étaient que les Églises étaient déjà 



ËORRESPONlDANCE 



49 



informée?, et que d'ailleurs chaque Église était maîtresse des 
modifications qu'elle jugeait à propos de faire dans son culte. 

Après avoir eu l'approbation du Magistrat « on laissa passe?- 
quatorze mois à voir comment ces Psaumes réussissoient dans la 
Ville et dans les Églises de la Campagne. Lorsqu'on eût vu que 
tout le monde s'en louoit et qu'il n'en était arrivé aucun incon- 
vénient, quelques pasteurs représentèrent qu'il étoit temps de 
satisfaire à la lettre de Zurich et au désir d'une infinité d'autres 
gens; qu'il falloit écrire aux autres Églises, pour leur donner 
occasion de faire les mêmes réflexions qu'on avoit faites à Genève. 
Sur quoi la Compagnie ordonna qu'on écriroit une lettre circu- 
laire d'une manière prudente et respectueuse; qu'on prendroit 
garde à ne pas demander avis à personne; à n'exiger rien de per- 
sonne; à n'exhorter personne. Qu'on se contenteroit de faire 
savoir ce qu'on avoit fait, d'en toucher les principales raisons, de 
marquer la bénédiction que Dieu y avoit répandue et qu'on lais- 
serait à chaque Église la liberté de faire, après cela, ce qu'elle 
trouveroit bon. La lettre fut exactement dressée selon cette 
intention, comme on verra en la lisant ». 

On conviendra qu'il était difficile de procéder avec plus de 
prudence et... de lenteur. La lettre de la Vénérable Compagnie 
que le Z/w//ehn a reproduite est datée, dans l'imprimé, du 1 2 jan- 
vier ilOO, ce qui semble prouver qu'après l'avoir rédigée, on ~ 
attendit encore plus G^e<iz.x- mois avant de l'expédier. Elle est suivie 
dans l'imprimé que nous signalons et qui se compose de 31 pages 
in-4°, des réponses des Églises françaises de Berne, Bâle, Berlin, 
Zurich, Erlangen, des Eglises wallonnes du Fais Bas assemblées 
en Synode à Zutphen, puis des Eglises françaises de Zell, Neu- 
châtel, Schaffhouse, Cassel, Londres, Wallonnes des Pais Bas 
assemblées en synode à Rotterdam, enfin de celles de Dublin 
Bâle (qui se félicite de l'introduction de la réforme) et de 
Copenhague. 

La plupart de ces réponses sont approbatives. Mais en les 
lisant on est souvent sous l'impression de la crainte qu'éprou- 
vaient les autorités ecclésiastiques, après trentre-deux années de 
réflexion^ de toucher au recueil consacré par un usage séculaire. 
Tant il est vrai que des traditions religieuses dont les origines, 
la forme et la signification primitives se perdent dans la nuit des 
temps, triomphent aisément, à cause de leur durée même ainsi 
que des souvenirs qu'elles évoquent, des objections que leur 
opposent les faits les moins contestables. 

N. Weiss. 



Janvier-Mars 1919. 



4 



50 



CORRESPONDANCE 



Les Religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802. — Comment ils 
relevèrent leur Église, par Alfred Leroux, Membre de l'Acadé- 
mie des Sciences, Lettres et Arts de Bordeaux, Correspondant 
de V Institut. — Un volume iii-8° d'au moins 350 pages. Prix : 
12 fr. pour les 300 premiers souscripteurs. 

Au cours de ses recherches et de ses études sur Y Histoire de 
Bordeaux, l'auteur s'est familiarisé avec le xviii^ siècle et à 
reconnu entre autres choses que certains groupements autono- 
mes ou dissidents (étrangers de toutes nationalités, Israélites de 
toute provenance, protestants et jansénistes français, francs- 
maçons et philosophes) ont joué un rôle et occupé une place que 
les historiens locaux n'ont pas encore exactement discerné. 

Les Religionnaires protestants spécialement, à partir de 1753, 
réussirent même avec l'appui des Frères moraves du Languedoc, 
à relever leur Église détruite depuis soixante-huit ans, à recons- 
tituer peu à peu leur communauté et à s'imposer finalement au 
respect de leur adversaires. Les documents qui renseignent sur 
ce mouvement abondent dans certains recueils imprimés, tels 
que les Synodes du désert publiés par Edmond Hugues, la Cor- 
respondance de Paul Rabaut éditée par MM. Picheral-Dardier et 
Ch. Dardier, le Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme 
français. Ils surabondent dans les archives du Consistoire de 
Bordeaux,, de la Ville et du Département. C'est cette riche docu- 
mentation trop peu connue que M. Alfred Leroux a mise en 
œuvre, en dix chapitres, avec le même souci de vérité historique 
que dans sa récente histoire de La Colonie germanique de Bor- 
deaux. 

Scrutant consciencieusement tous les recoins de cette histoire, 
il a montré les souffrances endurées, les résistances soutenues et 
l'activité charitable déployée pendant plus d'un siècle par la 
communauté protestante de Bordeaux; il a caractérisé chacune 
des phases de son existence collective, rappelé les noms et les 
titres de ses pasteurs et de ses principaux membres, retrouvé les 
doctrines religieuses, politiques et sociales qui les ont inspirés 
pour donner naissance à un néo-protestantisme oii les traditions 
du passé favorisaient et guidaient la marche vers l'avenir. 

Un pessimiste prétend que « l'heure de cette publication est 
passée, les Protestants bordelais ne s'intéressant plus guère à 
leur histoire ». — Nous avons répondu : « Si la souscription 
échoue, la responsabilité en retombera sur les Protestants bor- 
delais. » — Et nous lançons le présent bulletin. 

Bordeaux, janvier, 1920. 



CORRESPONDANCE 



51 



Table synoptique des Matières 

Période de V ancien Régime. 

Chapitre P"" — Les nouveaux convertis et les religionnaires impé- 
nitents pendant la phase dite du « désert, » de 1685 à 1752. 

Chap. il — Preiiîier relèvement de l'Église « sous la croix » de 
1753 à 1758. 

Chap. IIL — Nouvelle di^sparition de l'Église et nouveau relève- 
ment, de 1758 à 1760. 

Chap. IV. — Statistique. Organisation et fonctionnemenL Le 
Consistoire. Les Synodes, de 1753 à 1789. 

Chap. V. — Les pasteurs de l'Église, de 1753 à 1789. 

Chap. VI. — Les conflits entre l'Église, le Consistoire et le Pas- 
torat, 1755-58, 1761-63, 1769-70. 

Chap. VII. — Le culte en commun. La prédication dominicale. 
La piété individuelle. Les œuvres de charité (charge et res- 
sources afl'érentes), de 1753 à 1789. 

Chap. VIII. — Histoire externe de la communauté protestante, 
de 1753 à 1789. 

Période de la Révolution. 

Chap. IX. — L'Église réformée de Bordeaux, de 1789 à 1794. 
Chap. X. — L'Église réformée de Bordeaux, de 1795 à 1802. 

Nous n'avons pas besoin, nous l'espérons, de recommander 
cette circulaire à nos lecteurs. N. W. 



Marron, pape des protestants et le pape Pie VIL 

M. Marron, que les plaisants appellent le pape des protes- 
tants, est allé visiter Sa Sainteté Pie VII. L'audience était nom- 
breuse et plusieurs dames ont demandé au pape sa bénédiction. 
Il a hésité un moment à cause de la présence de M. Marron. 
Celui-ci, s'en étant aperçu, lui a dit « qu'il la recevrait aussi 
avec plaisir parce que la bénédiction d'un vénérable vieillard ne 
pouvait que porter bonheur ». 

Je ne sais si c'est à ce sujet que M. Marron a adressé un dis- 
tique latin au Saint Père; on n'a pu me le procurer, mais voici 
une réponse qu'on attribue à M. l'abbé Testa, secrétaire des 
brefs. 

Pape des Huguenots j'ai plaisir à vous voir 
Tirer Marron du feu n'est pas en mon pouvoir- 



52 



CORRESPONDANCE 



Je place ce distique ici pour mémoire, car je doute qu'il soit 
authentique et qu'il appartienne à M. l'abbé Testa. 

Cette curieuse anecdote se trouve dans les Souvenirs et Mé- 
langes de M. L. de Rochefort (Paris, Bossange, 1826, t. II p. 165), 
mais quelle valeur historique convient-il de lui donner? 

^ F. P. 



Question 

Quel est l'auteur de cette épigramme? 

Calvin, Bèze et Luther 

Sont tous trois en enfer; 

Luther, Calvin et Bèze 

Sont tous trois dans la fournaise. 

Bèze, Luther et Calvin 

Ont tous trois fait mauvaise fin. 



A propos des nouveaux riches. — Réponse à M. E. Magne. 

Nos lecteurs savent l'usage qu'on a fait et que l'on fait encore, 
dans les milieux cléricaux et ocadémiques de la formule qui dit 
prolestant, dit prussien. Évidemment peu gracieuse pour tant de 
protestants anglais, américains et autres qui se sont battus avec 
et pour nous, cette formule n'a pas réussi à faire oublier les ser- 
vices rendus à nos ennemis par l'attitude du pape, et des catho^ 
lîques allemands, autrichiens, espagnols, irlandais et canadiens. 
Il fallait trouver autre chose. 

Saisissant au bond la balle de l'actualité, M. Émile Magne 
s'imagine avoir trouvé et a communiqué sa trouvaille aux lecteurs, 
du Figaro (22 février 1920). Les nouveaux riches ! Vous ne savez 
donc paSj bonnes gens, à quel milieu appartenait jadis — et peut- 
être appartient encore aujourd'hui — cette 

H sorte de bipède hirsute, sorti de son trou puiiais avec des mœurs 
de gredin profitant de tous et volant avec astuce... C'est au dix-sep- 
seplième siècle, dans les Historiettes de Tallemant^, que l'on rencontre, 
pour la première fois, à noire connaissance, l'appellation de «nouveau 
riche ». Le fin chroniqueur sait bien ce qu'elle signifié. Il l'applique à 

1. Voy. Historiettes. 3° éd, Vl, 313, indication qui manque à la table. 



CORRESPONDANCE 



53 



son beau-père ]e financier Nicolas Rambouillet. Il est né dans ce 
milieu d'enrichis par le vol sans scrupules.' Les nouveaux riches du 
gran'd siècle, avant de former une puissante tribu, étaient dispersés 
auîc quatre coins du royaume, occupant des situations diverses. Les 
Rambouillet, marchands à Rouen, vendaient on ne sait quelles denrées 
et quelles pacotilles; les Yvon tenaient banque à Montauban; les 
Tallemant trafiquaient d'une infinité de marchandises à La Rochelle ; 
les Pw(/e^, apothicaires à Toulouse, s'étaient . installés à Paris après 
avoir acheté quelques petits emplois de l'épargne; les Bigot, enfin, 
fonctionnaires des finances, acquéraient peu à peu les charge;.-; de la 
guerre où les profits sont rapides et sûrs. Tous de religion protestante, 
ils devaient se rencontrer sur les chemins du monde... à La Rochelle, 
ville d'ardent négoce en même temps que de passions violentes... 

Ne dirait-on pas une bande d'escrocs de bas étage qui se serait 
abattue sur la France pour l'exploiter! Or M. E. Magne nous pré- 
sente sa découverte sous le patronage de Gédéon Tallemant des 
Réaux qui était huguenot. Examinons donc d'un peu plus près, 
d'après ce même auteur, les familles qu'on vient de voir défiler 
et qu'il aurait « décrit avec une rancune nuancée de mélancolie, 
après s'en être soigneusement écarté y). Si peu écarté, au, contraire, 
qu'il rechercha en mariage Elisabeth, la fille de celui qu'il appelle 
un franc nouveau riche, mariage qui devait lui permettre à lui- 
même, de vivre de ses rentes. 

* 

■X- ^ 

On va voir que Tallemant ne nous les représente nullement 
comme des roturiers venus on ne sait d'où, qui « spéculèrent sou- 
vent sur la misère publique, raflaient à bas prix, dans les pro- 
vinces peu averties, les récoltes sur pied, ces maroufles aux- 
quels Colbert aurait fait rendre gorge », etc. 

(( La famille des Bigots dit Tallemant (3" éd. V, 454) est une 
assez bonne famille; mais il n'y a point de gens du monde qui 
s'estiment plus les uns les autres que ceux-là ». Ils descen7 
daient de Nicolas, seigneur des Marais, conseiller du roi et pro- 
cureur général au Grand Conseil sous François P' . Nicolas sieur 
de laHonville, contrôleur général des gabelles et son fils Jacques 
sieur de la Ranville, furent toujours considérés comme d'hon 
nôtes serviteurs de l'État. — Les Puget, prétendus apothicaires de 
Toulouse, auxquels surtout on reprocha leur luxe insolent, 
n'étaient pas protestants, puisque Gédéon Tallemant, intendant de 
justice en Languedoc et maître des requêtes, n'épousa la fille 
illégitime de Puget de Montauron qu' « après avoir changé de reli- 
gion » (VI, 229). — Les Tallemant descendaient « d'un Flamand, 
natif de Tournay qui, chassé de son pays pour la religion, du 
temps du duc d'Albe, avait trouvé (à La Rochelle) une jeune 



54 



CORRESPONDANCE 



veuve des meilleures maisons de la ville qui l'avait épousé pour 
sa beauté. On m'a dit que c'estoit un fort bel homme » (VI, 270). 
— « Paul Yvon, d'une honneste famille de Bléré en Touraine fit 
une société avec les frères de sa femme, (fille du susdit Talle- 
mant), sçavoir le père du maître des requêtes et mon père. Ils 
eurent quelque bonheur en leurs affaires; mais dès que Yvon se 
vit du bien, la vanité l'emporta et, ayant esté maire, il voulut 
faire le gentilhomme (ibid). Enfin les Rambouillet étaient « de 
la maison d'Angennes, maison ancienne, mais où je ne voy pas 
qu'il y ayt eu de dignités » (II, 476). 

Ces citations du contemporain bien informé dont M. Magne 
invoque le témoignage montrentque nous sommes loin de la bande 
de «fripons» quecederniernousdécritavecdesprécisionsinventées 
de toutes pièces. Nous sommes loinaussi du Tous de religion protes- 
tante qui laisse entendre charitablement qu'au xvii® siècle, le nou- 
veau riche, c'était le huguenot. On a vu que les Puget, qui en réalité, 
avec le seul Nicolas de Rambouillet, représentent le type décrit 
par M. Magne, n'étaient pas protestants. Quant aux Tallemant et 
Rambouillet qui s'associèrent avec Yvon^ et « firent des affaires » 
à une époque où les honneurs étaient réservés aux bons catho- 
liques dont Gédéon des Réaux nous décrit des spécimens accom- 
plis dans tant d'abbés et d'archevêques qui défilent dans ses 
Historiettes — ils étaient aussi peu huguenots que possible. Outre 
le maître des requêtes (VI, 247), qui épousa la Montauron, un des 
frères de Gédéon, François, s'était fait abbé dès qu'il eut compris, 
ainsi que Paul Yvon, que pour arriver, il fallait « professer la reli- 
gion du prince » {ibid., 275) . Des Réaux lui-même devait abjurer 
plus tard, le 17 juillet 1685, ainsi qu'Antoine, frère de Nicolas 
mort en 1679, et mari de M"*® de la Sablière|qui reçut une pension 
de 2 000 livres. Jacques II, Bigot de la Rainville, contrôleur général 
de l'infanterie française et de l'extraordinaire des guerres avait 
pris le même parti en 1684. 

♦ ♦ 

C'est dans la génération suivante que devait réapparaître 
l'esprit huguenot dont, sous Louis XIII et Louis XIV, quelques 
ambitieux avaient cru pouvoir faire bon marché. 

La fille de l'auteur des Historiettes, enfermée le 27 mars 1686, 
dut être expulsée le 21 mars 1688 comme irréductible, ainsi que 
son cousin François Tallemant qui avait été enfermé au Châtelet 
le l»"" août 1686, puis à Monfort-l'Amaury, au For-L'Évêque, à la 
Bastille, et enfin le 27 janvier 1687 au château de Saumur. — 

1. Dont des Réaux reconnaît d'ailleurs (VI, 275) « qu'il vi voit bien, estoit 
hoçime de biçn et fort charitable ». 



NÉCROLOGIE 



55 



Paul Tallemant, sieur de Lussac, frère de Gédéon, gagna en 1685, 
la Suisse où on le retrouve bourgeois de Vevey en 1695*. 

Nicolas de Rambouillet, conseiller et maître d'hôtel ordinaire 
du roi se retira en Danemark. Sa femme Aimée le Moutonnier, 
veuve de Gilles de Briqueville, marquis de Colombière, fut, le 
5 février 1686, enfermée dans le couvent de Bellechasse puis 
expulsée en 1688 comme opiniâtre. — Des trois enfants d'An- 
toine, mari de M""^ de la Sablière, deux ne suivirent pas son 
exemple. Anne, mariée à Muisson, conseiller au Parlement, 
n'abjura que pour pouvoir passer à l'étranger, — Nicolas de la Sa- 
blière, mis à la Bastille le 12 janvier 1686, fit sans doute de même 
pour rejoindre sa femme à Londres, bien que leurs enfants leur 
fussent enlevés pour être mis dans des couvents. 

Quant aux Bigot, Isaac Bigot de la Honville se réfugia en Hol- 
lande ainsi que Pierre Bigot de la Rainville, et Antoinette Bigot 
de la Honville fut mise, le 11 janvier 1686, aux Nouvelles catho- 
liques. 

Tels sont, n'en déplaise à M. Émile Magne et pour ne pas 
sortir du milieu de prétendus « pêcheurs en eau trouble » qu'il 
nous montre « enrichis par le vol sans scrupule», les vrais riches- 
c( Tous de religion protestante » ils n'hésitèrent pas, pour sauver 
leur conscience, à sacrifier des biens à l'attrait desquels quelques- 
uns de leurs ascendants n'avaient pas toujours su résister. 

N. Weiss. 



NÉCROLOGIE 



M. H. de France. — M"" J.-M. Lawton. — M. E. Bost. 

Au moment de donner le bon à tirer de la dernière livraison, 
j'ai reçu, de notre collègue de Mazamet, M. Gaston Tournier, 
les lignes qui suivent : 

ot J'ai le regret de vous annoncer la mort d'un de mes parents, 
ami et membre de notre Société, M. Henri de France-Mandoul, 
décédé à Montauban le 10 janvier 1920, à soixante-quatorze ans. 
Comme vous le savez, il avait collaboré au Bulletin et à la France 
Protestante^ et avait publié deux ouvrages importants, Les Mon- 

1. Voir pour tous ces noms et ceux qui suivent, 0. Douca, tlisloire de la 
RéoocaLion à Paris^ d'après les indications fie la table du tome III. 



56 



CORRESPONDANCE 



talhanais et le Refuge (1887) et le Le Temple neuf de Montauban, 
ainsi que divers autres opuscules historiques. Hélas! notre région 
est maintenant bien éprouvée, nous n'avons plus, ni M. Pradel, 
ni M. Rey-Lescure, ni M. H. de France. Il ne reste plus guère que 
M. Camille Rabaud, âgé de plus de quatre-vingt-douze ans »! — 
Je ne puis que m'associer, au nom de notre Société, aux regrets 
de notre collègue. J'ai eu le plaisir, il y a bien des années déjà, 
de faire, personnellement la connaissance de M. H. de France, 
j'ai gardé le meilleur souvenir de son aimable accueil et souvent 
regretté que sa modestie l'ait empêché de nous faire profiter 
plus fréquemment de sa connaissance approfondie du passé 
huguenot de la région montalbanaise. 

Nous avons encore perdu, au mois de février, Mme James 
Marsiand Lawton, qui était, depuis un grand nombre d'an- 
nées, la secrétaire bénévole et, en quelque sorte, la cheville 
ouvrière de la Société huguenote de New- York à laquelle elle a 
recruté un nombre important d'adhérents. C'est elle qui y orga- 
nisa (comme je l'ai raconté ici même) en 1898, la célébration 
solennelle du Tricentenaire de l'édit de Nantes, et m'adressa alors 
un dhèque qui me permit d'y représenter notre Société avant de 
prendre part à notre propre commémoration. 

Bien qu'il n'ait pas pris une part directe à nos travaux, 
nous devons mentionner à cette place la mort, au Pouzin, le 
16 février 1920, de M. le pasteur, Élisée Bost, père de notre 
excellent collègue, M. Charles Bost. Il s'est éteint dans sa quatre- 
vingt-cinquième année dans TÉglise où il avait exercé un long 
et fidèle ministère. Il aimait beaucodp notre histoire que deux 
de ses fils devaient étudier de plus près, et, c'est à la requête de 
notre ancien président qu'il mit en musique, pour le deuxième 
centenaire de la Révocation, l'émouvante Complainte de VÉglise 
affligée. Ceux qui, le 22 octobre 1885, ont entendu retentir, sous 
les voûtes de l'Oratoire, les accents pathétiques de cette Com- 
plainte, trop rarement exécutée, seront toujours reconnaissants 
à M. Elisée Bost d'avoir su si admirablement traduire les senti- 
ments des victimes et de ceux qui n'admettent pas qu'on les 
oublie. 

N. W. 



Le gérant : Fiscubachek, 



Paris. — Typ. Ph. Rbnouard, 19, rue des Saints-Pères. — 55226. 



Nous prions ^lés abonnés qui n'ont pas ençoré pay^ Içur abonnement, de 
; nous éviter Jes frais du ree<)uvrement par'>Ia posté. — Les ^hles An Dtillelin . ^ 
^' ; de 1919 actompa V - i ^ 

. Cil. Ikisr A propos (los iisoeiidîiutiii tle Ma<^^^^^^ 

' / Les pjisleihs Soo|ïi<îr ou Kscbnier. : V . ; . . liT 

; ' jACQuÈé Pannier. — l'iK» £>:r;iii(le <*olIer<e on l':«*os^e, en raveui- 
de^ l'];r|iKes rélou'inécs (16 France H>*iî2. . .... . . V 79 

• Y'-ï^ HouRiLLY., — An IcMideniaiii. de la Hévooalioh en Lan- 
■ ;8:nedoe,,; novembre il (îitiîj' ■. v;'*; . ^ ' • 83 • 

^ ^ 11. ÀUBERt. Jeaiibon Sainl-AiiUi'é et le.< protéstanls de ^ 

' : ,^-\lÉLANGlîS^.; ■ ' ^ ' ';.v-.''' '-\"'ï' j''"-:'. 

P.-E.-H. -^^iropos de I all'aire Ilonx-INMiljel ( 1 774) . . : / . -98 

S'K4,iN0Es^»u Comité. — i^/ //mr*; 1920 . . .. . : / . . 102 • • 

;V CllRONlQtyte LlTTÉHAjUE ET COMPTt<S RENDUS CHITIQUES. / 

Lj. A. Tn siècle de 1 l^jflise dv J^i"Uieé (IUbo-lîM>0). par 
^, \' Mjçr: Ha iihî^rd '.^ '. . : ^: . . 103 

g ' ^ Tii. SciiôELi,. — La Colonie i>erni;ihM|ne de Hordeaux, p.'ir ' 
,V. r'-' x V' - ^L.;';A-. Leronx.. . '. ^ ^ \ . \. '. 107-,. .; 

/ N. Wfjss. — La Saini-BarlhéliMny.— Le^ événements de Uome ' 
I V ,\^^ la préméditation dn massacre, par M. L. Itonilér. . .109 

" coiUiESPOKDANCË. ' ' ■ -''''"'^ '/.'À. : 

j; - R. — Familles de \ illeneûve d*Ones(revîlle et de Séronyîile. ' * 
, * W. — Avisi — \eueliîiteL JHI>^^«thè<|vé des pasteurs ; V . ^^^.^ .112 



RÉDACTION ET ABONNEMENTS 

Tout ce qui concerné la rédaction du ifuUetin doit être adressé à Al. N. Weiss, secrétaire 
delà Société, rue des Saints-Pères, Paris (VU'^), qui rendra compte de tout ouvrage inté- 
. ressant notre histoire, dont deux exemplaires seront déposas à cette adresse. Un seul 
«xerriplaire donné droit à une annonce sur cette couverture. 

Le Biillethi paraît tous les trois mois, en cahiers in-8« de 6i à ^0 pages avec illustrations. 
On ne s.'abonne pas pour moins d'uné année* Tous les abonnémerits datent du 1«*" janvier 
:^et doivent être soldés à cette époque. ; . , ;i , /. ' \ 

rr Prix de rébonnement : 15 fr. pour la France, l'Alsace et la Lorraine ; — IG fr poUr 
^ï'élranger ; — lOfr. pour les pasteurs, iristituteurs, e|;t., de France et des, colonies françaises ; 
: i2 fr* pour les pasteurs de l'étranger. — Prix. d'un numéro isolé deJ'anné,e courante çt de 
îa précédente,, 3 fr, 50 et pourries autres années, selon leur rareté; ^ 

La voie - la plus économique et la plus simple pour le^j^ayement des* abonnenlents est 
■ rèatoi d'4jn riiandat<-carte àu nom de M. Fischbachér, lil)râirfe, fue de.Seine, 3j3, à Paris, ou 
de M; N/ Weiss, secrétaire trésorier, 54; rue des Sâintè-Pères, Paris (VII^), auquel doivent 



Études Historiques 



A PROPOS DES ASCENDANTS DE MADAME DE STAËL 



Les pasteurs Scoffier ou Escoffier. 

Après avoir lu dans ce Bulletin les notes que nous 
avons publiées sur les pasteurs du nom d'Astruc (LXVI, 
59, 172), M. le professeur Eug. Ritter nous a demandé 
d'élucider le problème des divers pasteurs du nom de 
Scoffier ou Escoffier, dont Tun se trouve avoir été le 
trisaïeul de M™^ de Staël. 

Nous avons consulté à la Bibliothèque du Protestan- 
tisme les listes de pasteurs dressées par Auzière et com- 
plétées par E. Teissier, et nous nous sommes référé aux 
documents indiqués par ces deux chercheurs. Nous avons 
pu heureusement élargir leur enquête dans certaines 
directions, et les pages qui suivent améliorent considéra- 
blement leur travail. Nous adressons nos remerciements 
très cordiaux à M. le pasteur Poujol, de Nîmes, qui a bien 
voulu copier pour nous de nombreux fragments des 
registres du Consistoire de la ville, - à M. le pasteur 
G, Cadix, de Saint Jean du Gard, qui ayant découvert le 
testament de Robert Escoffior, a vu son obligeance mise 
par nous à une longue épreuve — et M, Ritter enfin, à 
qui nous sommes redevables d'un renseignement qui 
nous fut précieux. 

Avril-Juin d920. ^ Il 



58 



ÉTUDES HISTORIQUES 



I. Guillaume Escoffîer (Sedan). 
Guillaume Escoffîer (Basse-Guyenne). 

On trouve à la fin du xvi" siècle, pasteur à Jamets près 
Sedan, un Guillaume En^offier. il fait office de grelfier 
(secrétaire) dans un synode provincial de Champagne, le 

15 août 1571, de modérateur au colloque de Jamets le 

16 avril 1572, de secrétaire au colloque de Sedan le 
22 avril 1579 [Bull. XXXÎX, 129, 134, 305, 307), et de 
moçlérateur au colloque de Givonne (Ardennes) le 
4 octobre 1581 [BulL XLVl, 240). Ce Guillaume Escoffîer, 
après la prise de Jamets par les Ligueurs, se réfugia à 
Sedan, et baptisa à Sedan et Francheval de 1589 à 1591 K 
Le 27 mars 1591, Robert de Thin, Sieur de Schelandre 
laisse par testament 100 livres tournois aux pauvres pro- 
testants de Sedan, dont 40 livres aux pauvres de Jamets 
réfugiés à Sedan, distribuables à la discrétion de sa 
femme et de « W d'Escoflier, ministre de la Parole de 
Dieu » [BulL LIY, 187). Le même Hobert de Schelandre, 
gouverneur de Jamets, et par conséquent paroissien 
d'Escoffîer, avait deux a^is auparavant, défendu cette 
place contre les ligueurs dans un siège mémorable, et en 
l'année 1690 avait paru un « Véritable discours de la 
guerre et siège de la ville et château de Jamets, le S"" de 
Schelandre y commandant », qui rapportait les événe- 
ments depuis 1585 jusqu'en 1588. Ce volume, dit la 
France protestante [Haag IX, 239), avait pour auteur 

Jeaii de Scoffier », un parent évidemment du pasteur 
Guillaume. 

Il est probable que le pasteur quitta alors la région de 
Sedan pour se transporter dans la Basse Guyenne. Du 
moins on voit en 1597 comme ministre à Mussidan près 
de Bergerac, un Guillaume Escolfier, et à cette date le 

1. Henry, Notice sur les Professeurs el les Pasteurs de Sedan, Sedan 1896, 
p. 64. On lit à la p. 81 que 0. Escol'lier baptisait encore un enfant à Sedan le 
25 mai 1596. Cette dernière date senmble erronée, car la copie des Actes réfor- 
més de Sedan, à la Bihl. du Proi. ne porte aucun baptême célébré ce jour là. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



50 



nom disparaît dans la province de Champagne'. Un 
extrait des procès-verbaux du colloque tenu à Bergerac 
le 4 mars 1598 nous fournit encore la signature d' « Es- 
coftier » qui semble avoir élé modérateur de l'Assemblée 
(Bi/ll. LX!I, 135). Les listes du synode national de Gap, 
1G03, donnent Escoffiei" comme ministre encore à Mus- 
sidan (Aymon, I, 290). En 1020 il ne figure plus parmi 
les pasteurs en exercice (synode nat. d'Alais). 

II. Les Escoffier du Berry. 

Louis Escoffier, originaire du Dauphiné (probable- 
ment du colloque de Die) fut immatriculé à Genève 
en 1602 (Lirre du Recteur, p. 61). Nous ne savons à la 
suite de quelles circonstances il se fit recevoir comme 
pasteur dans la province du Berry, avant 1609. Comme il 
n'avait poursuivi ses études qu'avec le secours de sa pro- 
vince d'origine, celle-ci, selo^i la Discipline, avait des 
droits sur lui. I]lle protesta donc, au synode du Dauphiné 
tenu à Saint-Paul-Trois-Châteaux le 24 mars 1609 : 
(( M. Escoffier, écolier jadis, rendra les deniers qu'il a 
reçus de la province. On exposera au synode National le 
grief fait à cette province de l'emploi dud. Escoffier ès 
Eglises de France [c'est-à-dire qui sont en dehors du 
Dauphiné], au préjudice de l'obligation que led. Escoffier 
avait aux Églises de celte Province. Le colloque du Diois 
est chargé de retirer [de lui] les 'deniers fournis par la 
province » (Copies Auzière). 

Quelques mois plus tard, le synode national de Saint- 
Maixent (25 mai-19 juin 1609) discute l'appel (Aymori, 
1, 385) : 

Los députés du Dauphiné ayaul fait plainte de que le 
S' Scortier. qu'ils ont enlrolouu à (îenéve, a été reru pasieur dans 
une Église du Berry, demandant qu'il soit renvoyé dans une 

1. Syn. (le Masse Guyenne 1.">!)7, ;nix Paj). Aiiziri'e (inscrit par ei'rour : 
l.-jyi, dans les listes An/ière, et à leur suite dans la /•'/■. Vrol. de Bordier, VI, 
62). Nous ne savons <à (lueUe source se réfère Auzière quand il note la pré- 
sence d'Escoffier à Mussidan. comme pasteur, en KîlT. 



\ ' ' ' ' ■ , 

60 KTUDES HISTORIQUES 

Église du Dauphiné, l'affaire sera renvoyée au syii. prov. de 
Bourgogne pour en juger définitivement, soit pour la restitution 
des deniers, soit pour enjoindre aud. Scoflier de retourner dans 
lad. province. 

Le synode du Dauphiné poursuivit l'allaire (syn. de 
Veynes, H avril 1611. copies Auzière). 

Le S' do la Combe verra exactement ce (jueM. Kscoffier a 
reçu de l'argent de la subvention [royale, aux Églises] comme 
écolier de la Province. Le colloque du Viennois est chargé 
d'écrire aud. EscofPier, et de lui intimer la demande que nous 
avons à faire contre lui au prochain synode de Bourgogne, de la 
convocation duquel le colloque s'enquerra, et lui écrira [au 
synode] de cette alTaire, et même à M. Bayle [Esaïe Baille, min. 
à Lyon depuis ItiOiJ, alin de lui recommander, et enverra l'acte 
sur ce fait du synode [nat.J de Saint-Maixent. M. Appais [Pierre 
Appais, pasteur, et premier recteur de l'Académie de Die, alors 
min. à Châtillon-en-Diois J est chargé de savoir qui fut la caution 
du S"" Escoflier, pour le rapporter au consistoire de l'Eglise de 
Die, lequel le poursuivra (Escoftier) en l'autorité de cette 
compagnie. 

Nous n'avons pas la décision du synode de Bour- 
gogne, mais elle nous cst connue par une résolution du 
synode national de Privas (1612. Aymon I, 433K (( Il est 
enjoint sous peine de suspension au S'' Scoffier, pasteur 
de l'Église de La Châtre en Berry, de contenter la pro- 
vince du Dauphiné, touchant la dépense faite pour son 
entretien lors qu'il était écolier. » 

Les actes des synbdes en Dauphiné prouvent que 
rafîaire ne fut pas liquidée promp terne nt. En 1612 
(15 août, Manloules) : a M. de la Colombière est chargé 
de vérifier ce que M. Escoffier a reçu jadis comme écolier, 
pour en avoir remboui^sement. ^) En 1613 (25 avril, Die), 
M. de la Colombière rend compte de sa commission, et 
il est prié de continuer ses démarches. 

Louis Escoffier, ministre de La Châtre en 1612, diri- 
geait cette Église depuis 1609. Il y était encore en 1620, 
En 1626 il est à Saint-Amand. En 1632 il est donné 
pour aide au pasteur G. Vignon à Aubusson, où il passe 
deux ans (les actes le nomment Scoffier. ou Scoppier. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



61 



BulL, XXX, 300, 253). En 1636 il dessert Saint-Amand 
et Blet (ou Beleî). En 1643 il est à Belet^ 

Un second pasteur, portant également le nom de Louis 
Scoftier, servit les Eglises de la même province ecclé- 
siastique du Berry. Celui-là est originaire d'issoudun, et 
tîlsd'un maître apothicaire. Le nom d'Escoffier étant d'ori- 
gine dauphinoise, il y a lieu de penser que ce pasteur est 
issu d'une souche étrangère au Berry, et comme en 1659. 
il est inscrit comme éludiant à TAcadémie de Die i Jhfll., 
V, 307, et 187 : Louis Scoffier d'Issouduni nous croyons 
qu'il est le petit-fils du pasteur précédent. Le souvenir 
de son aïeul, ou des attaches de famille, l'ont ramené 
momentanément dans la région de ses ascendants. 

Le second Louis Scoffier acheva ses études à Snumur. 
En août 1674 if desservit quelques semaines l'Eglise de 
Mer en Orléanais, dont il devint détinitivement le pas- 
teur en 1676. Le 28 février 1677, il épousa à Blois Mai ie 
Papin (sœur du ministre apostat Isaac Papin, et cousine 
germaine de l'inventeur Denis l\apinl. Il cessa ses fonc- 
tions à Mer le 7 juillet 168.^)-. La Bévocation le conduisit 
en Hollande. Le 24 avril 1686 il signait, à ï^a Haye, la 
Confession de foi de Dordrecht [BuIL, Vil, 433). 

Un de ses enfants, Claude Scoffier, qui était né à 
Mer le 20 septembre 1682, devint pasteur du Befnge 
à Londres, d'abord dans l'Église de Leicesterlields 
(? —1706) puis dans TÉgiise de l'Artillerie (1706-1724). 
il passa ensuite en Hollande où il desservit l'hglise de 
Middelbourg. W mourut en 1730 '. 

III. Les Escoffier du Languedoc. 

C'est des Escoffier du Languedoc que M'"" de Slael 
descendait pai' sa mère. \\ nous est possible de suivre 
leur filiation depuis un pasteui* du xvi*' siècle. 

1. Notes Aiizièro rcnvoyanl. h Aymon. U, 22.'{. ; Syn. Orléanais, 1638; 
lUap VI, 104, VIII, 42. 343; Leroux, Egl, de la Marche et du Limousm, 
.^67, 179. 

2. P. de Félice, Eql. de Mer 99,100; VIH, 119: AiiziiMe ivnvoio en- 
core à ; maisoi<< XXXVIII {sic). 

3. P. de Félice, fôuf. et p. 177; Haap IX. 240: Ile;?. Egl. Wall.. 320. 



fî2 ^ ; ÉTUDES HISTORIQUES 

1. Robert Escoffler. — Le L 'wre (hi Becleur ,k Genè\?o, 
porte, à la date de 1567, le nom de Robert Escoflier 
(Robertus Escoferius). Nous ne savons rien do ses ori- 
gines ni des débuts de son ministère. Des diverses pièces 
qu'on va lire, il ressort qu'à la date de 1611 il avait 
desservi de^ Eglises ^ entre autres celle de Gordes-.loucas, 
du colloque de Manosque (près Apt en Provence). Il est 
probable qu'il «t été à Gordes avant ir)(S3, et on peul le 
supposer originaire des confins du Daupbiné et de la 
Provence. Depuis 1590 environ il était, à ce qu'il semble, 
dans les Cévennes. En 1611 il a deux enfants au moins 
fixés à Nîmes, il est âgé de soixante^-quatre ou soixante- 
cinq ans, d'une santé cbancelante, et il souffre aussi de 
la pauvreté, en raison de l'ingratitude de ses Eglises. Au 
milieu de cette année la misère le pousse à s'adresser à 
l'Eglise de Nîmes. Voici ce qu'on lit aux registres du 
consistoire ; 

Du lundi 11« de juillet (161 i). La Compagnie ayant vu et lu la 
lettre de M. Escoffier et la recommandation qu'il fait de ses 
enfants, a accordé deux écus d'assista.ice à son (ils qui est en 
cette ville. 

Aurait été proposé qu'il serait nécessaire d'avoir un pasteur 
à cause de là nécessité de l'Eglise, pour le service d'icelle. Charge 
a été donnée à M. de Chambrun d'écrire à M. Escoffier et le prier 
de venir assister cette Eglise, et charge donnée à M. Dupont 
d'avoir un homme et un cheval pour lui envoyer (Reg. X, 382). 

La mention de l'iiomme et du cbeval prouve qu'Es- 
coffier n'était pas alors très éloigné de Nîmes, et nous 
allons trouver, à son sujet, une mention des Cévennes. 
Le 27 juillet 1611 , Escoffier est à Nîmes en personne. Ce 
jour-là le consistoire est assemblé. 

{. Gordes et Joucas sont deux bourgs séparés par une petite lieue. L'Église 
eut un pasteur tantôt à Gordes, tantôt à Joucas. Ce dernier nom esl ortho- 
graphié Joquas au xvi" siècle [Hist. Eccl., Ed. Baum 111, 452, 453, \')\\). Le 
lestaniont d' Escoffier porte : Jocas. C'est cette dernière orllidgrophc qui 
explique qu Ayinon (U. i30) ail transcril le mot sons la lormo : .loran. Arnaud 
\ l*i'ol. de Provence, 1, 299, 392, 396) donne comme pasteur (h' (Jordes, de lf)S3 
à 1588. Jean Houer, et comme pasteur de Joucas le même lîouer, d<^ 159G à 
1597. Un Ghamforan desservit Gordes de 1598 à 1608. Arnaud ne mentionne 
pas Escoffier parmi les pasteurs de la Provence. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



63 



Sur la proposition faite par M. EscoHier qu'il plût à la 
Compagnie écrire à ses Eglises, et icelles exhorter de lui payer 
ce qu'elles lai doivent du reste de ses gages, et néanmoins tâcher 
de l'aire en sorte qu'il fût logé en quelque Eglis(' de ce colloque, 
attendu son incommodité, et alin qu'il ait moyen de pouvoir être 
près de ses enfants. 

Sur quoi a été délihéré qu'au colloque prochain il sera parlé 
de son affaire, et que la Compagnie y fera Jout son possible, et 
(|ue, attendu In {)auvrelé dud. Rscoffier, qu'il sera assisté de 
1S livres et dont mandement sera expédié sur le icceveur des 
pauvres, et néanmoins remercié de l'assistance \)av lui faite en 
cette Eglise, de ses prr-dications (Heg. 

Le 17 août, le consistoire paie n de Jiolleniimd, 
9 livres pour la dépense qu'a laite eu sa inaisou, duranl 
quin/e jdurs, le ministre ^scoHier (\, '^89). 

A la lin de Tannée l^îll, r^seoflier, qui ne prêche plus 
dans Nîmes, et à qui le collo(|ue de Nîmes, prol)able- 
ment, n'a pu assigner ufie Eglise dans sou l'essort, est 
monté (ou peut-être lemonh') dans l'Eglise' d(^ Saint- 
Etienne YaljVances(]ue, en pleine montagne. Ses forées 
le trahissent encore, sa misère esl loujouis pareille. Il 
se présente à nouveau devant le consistoire de Nîmes : 

Du mercredi 21 mars (1()12). M. Escollier, pasteui' (mi l'Eglise 
de Saint Etienne de Valfiancesque, s'étant j)résenlè en consistoire 
et supplié la Compagnie lui servir d'avis et conseil pour tirer 
payement de ses iilglises, étant-il en extrême nécessité. 

u Sur quoi a été conclu que la Conq)agnie écrira à l'i^glise de 
Manosque | chef-lieu du colloques dont dcpr-ndail (ioi-dcs-Joucas ! 
et Saint-Germain |de Call)erte, chef-lieu du colhxpn^ dont dé()en- 
dait Saint Etienne Vallée frauçaisi^ | pour les [U'ier poursuivre son 
payement. Et néanmoins (jue mandement lui sera ex[)édié de 
trente livres (|ue la Compagnie lui a accorch'^es, lui ayant olîert 
toute faveur et assistance (Ihid.^ i 

Escoflîer retourna encore dans les Cévennes, mais 
iéussit à se lixer en un li(Ui un peu moins froid que 
Saint retienne \'airrauces(|ue. Il clicj-clia à s'employer à 
Saint Jean du Gard, sans èlic d'à il leurs réguhèrement 
déchargé de la paroisse qu'il ne desservait plus. Le registre 



ÉTUDES HISTORIQUES 



du consistoire de Saint Jean du Gard porte A la date du 
25 novembre 1612 (Copies Auzière) : 

M. Fitte [le ministre de Saint Jean] ayant proposé que 
M. Escoffier, pasteur, a l'intention de demeurer quelque temps 
en ce lieu, voudrait savoir ce qu'on lui donnera pour entonner 
les Psaumes. Le consistoire décide qu'on lui donnera par mois, 
à raison de 100 livres par an, la Compagnie ne s'engageant que 
pour six mois. Quant ii sa demande pour le service de cette Eglise 
I comme prédicateur] on n'estime point pouvoir le lui accorder, 
vu l'ordonnance du colloq\ie ». [Saint Jean était du colloque 
d'Anduze. Nous ignorons la teneur du règlement allégué.] 

Le dimanche 9 décembre 1612, une autre délibéra- 
tion nous apprend que le pasteur Fitte, malgré « l'or- 
donnance du colloque » a cru un instant pouvoir s'ac- 
corder avec Escoffier pour <( le service » de Saint Jean 
du Gard et de ses annexes. « MM. Fitte et Escoffier prient 
la Compagnie de se souvenir qu'ayant passé accord entre 
eux il y a quelque temps, led. Fitte lui promettant qu'il 
lui ferait avoir de son Eglise |de Saint Jean] 400 francs 
par an jusqu'au prochain synode, y compris 48 écus 
promis pour l'enseignement de quelques enfants, 100 fr. 
pour Tentonnement des Psaumes et l'argent provenant 
de la libéralité du roi \ à condition que led. Escoffier 
le soulagerait de deux prédications la semaine... » Cette 
entente n'est ici rappelée que parce qu'elle est mainte- 
nant annulée. Les deux pasteurs déclarent « qu'ils ont 
depuis révoqué ledit accord, et le révoquent présente- 
ment Leur attitude s'explique sans doute par le fait 
qu'Escoffier est toujours officiellement ministre de Saint- 
Etienne, qui dépend du colloque voisin. 

Le dimanche 16 décembre, la situation d'Escoffier, 
enfin, est nette. H reprend ses démarches à Saint Jean. 

M. Escoffier, pasteur, a été contraint de demander son 
congé au colloque |de Saint Germain], de l'Eglise de Yalfran- 
cesque -, pour les grandes rigueurs et incommodités insuppor- 

1. Distribué aux Églises locales par les soins du synodo provincial. 

2. Cette indication générale laisserait croire qu'Escoffier avait eu à. des- 
. «îerTir à la fois Saint-Étienne Valfrancesque et Sainte-Croix-Valfrancesque. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



65 



tables qu'il y sonfTrail. Ayant obtenu son congé, il demande la 
permission à l'iîglise de Saint Jean du Gard de faire quelques 
prédications toutes les semaines pour le soulagement de M. Fitle, 
et ce, seulement jusqu'au procbain synode. jAyanl égard à son état 
présent, la Compagnie lui permet, et au S*" Fitte, de s'accorder 
entre eux jusqu'au procbain synode, à condition que l'Eglise n'en- 
trera pour rien dans les frais, et à condition ainsi que MM. du 
colloque d'Andnze y consentent. 

Les pasteurs s'entendirent, et Escoflier desservit avec 
Pitte l'Eglise de Saint Jean du Gard. 

En 1614, Escoflier, malade, dicta un testament qui 
nous fournit des renseignements inléressants sur sa 
famille et sur lui-même. Les formules religieuses qu'on 
y lit sont celles que le notaire employait couramment. 
Nous nous bornerons à résumer l'acte. 

L'an 1614 et le 17 février, M. Robert Escoffier ministre de 
la Parole de Dieu, babilant du lieu de Saint ,lean de Gardon- 
nenque, étarrt, par le vouloir de notre bon Dieu cl Père, soullrant 
de maladie corporelle, et à raison d'iccHle gisant au lit malade, 
sans toutefois être privé de bonne mémoire et entendement..., 
considérant que par le pécbé de nos piemiers parents Adam et 
Ève, tout bumain est sujet à pécber et à décéder et qu'il n'y a rien 
de plus cerlaiii au monde que le décès d'un bomme et ni cbose 
plus incertaine que l'beure d'icelui, par f(uoi il convient à un 
bomme d'être prêt et préparé pour partir de ce monde quand il 
plaira à Dieu nous appeler... a voulu disposer et ordonner son 
testament nuncupatif... » 

Et a recommandé son ànie h noifre Souverain Sei^ineur et 
Créateur, lui suppliant très bunibleuient, après èire séparée de 
son corps la vouloir recevoir en son Uoyanme ('éleste au nombre 
des bienheureux, ordonnant sépulture à son dit corps, après sa 
dite âme en être séparée, aucimetièie de l'Eglise dud. Saint Jean 
de Gardonnenque en la fornu» et manière accoutumée enire tidèles 
chrétiens, donnant et léguant pour aumône et à l'honneur de 
Dieu, aux pauvres dud. Saint .lean la somme de trente sols tour- 
nois payable au Procurateur ou Surveillant desd. pauvres, pour 
la leur distribuer au bout d'un an après son décès. 

...Donne et lègue de ses biens à Jehan Escoflier son fils, tout ce 
qui lui est dû par Pierre liîscollier son frère, de la ville de Bourg 
en Bresse, ou ses hoirs, tant par obligation que autrement, et 
outre ce, la somme de 130 livres tournois qui lui est due par 
M. Louis Ambert, marchand chapelier et bourgeois de Chas- 



ÉTUDES HISTORIQUES 



tillon lez Dombes, par obligation reçue par M*» Alix notaire, du 
2r (l'avril 1609... 

Donne et lègue à Anne Escoffier, sa fille, tout ce qui lui est dû 
par son Eglise de Gordes Jocas pour son gage, du temps qu'il 
avait servi ladite Eglise de son ministère, aussi... lui donne et 
lègue les biens mobiliers que sa dite fille a en son pouvoir en la 
ville de Nîmes, appartenant au testateur, aussi bien que les 
sommes d'argent que le testateur lui aurait baillées... 

Donne et lègue à Claudine blscol'lier son autre (ille... outre ce 
qu'il lui avait constitué en contrat de son mariage, la somme de 
trois livres tournois ^ 

Donne et lègue à Philiberte Escolfier, son autre fille... la 
somme de trois livres tournois... 

Donne et lègue aux enfants de Benoît et Etienne Rscoflier la 
somme de six livres tournois. 

... Ordonne son héritière universelle Jacqueline Escoflier sa 
fille... 

... C'est son dernier testament... Fait publiquement audit lieu 
de Saint-Jean de Gardonnenque, dans la maison de M® Isaac 
Pierre, où habite ledit Robert Escolfier teslatour, en présence de 
M**^ Jean-Jacques et François Dumas père et (ils, Jean Deleuze 
fils, Jacques et Jean Mazel, Antoine Cormier (?) viguier et Jean 
Soubeyran, chapelier, dudit Saint Jean, et Jean Mazel, notaire 
royal ^. 

Nous apprenons, par ce testament, qu'en 1614 donc 
Escoffier était veuf, et qu'il vivait sans doute avec sa fille 
Jacqueline, qu'il désigne comme son héritière universelle. 
Il avait à Nîmes son fils Jean et sa fille Anne. Nous ne 
savons où vivaient ses autres filles, Claudine (veuve sans 
doute) et Philiberte. Le testament mentionne Pierre 
Escoffier, frère du testateur, vivant à Pourg-en-Bresse, et 
aussi Benoît et Etienne Escoffier qui sont probablement 
deux autres frères du pasteur. La mention de Cliâlillon 
de Dombes et de Bourg, d'ailleurs, ne nous révèle rien 
de formel sur les origines de la famille ^ 

1. La lecture Claudine est nettement confirmée par M, G. Garlix à qui nous 
devons cette copie, et qui nous a lui-même signalé ce testament. 

2. Saint Jean du Gard, reg. notariés de l'étude de feu M' Lamarche. 

3. Nous noterons ici un rapprochement intéressant. Le 30 août 1569, à 
Lasalle, près de Saint-Jean-du-Gar d, est enregistré par le notaire Pierre de 
Bagars, le testament de M» Antoine Banens, ancien régent des écoles, qui 
semble avoir habité Béziers, et s'être retiré dans les Cévénnes à la suite des 
troubles qui ont désolé le Bas Languedoc en 1568. Le testament écrit d'abord 



ÉTUDES HISTORIQUES 



67 



Hobert Escoflier releva de sa maladie. Un mois et 
demi plus lard il avait repris? ses fonctions. Le 4 avril 
1614, le consistoire de Saint Jean délibère « qu'il trouve 
bon le voyage de M. Escoflier à Bdnières [un bameau 
voisin] pour baptiser l'enfant de M. de Manières [eiifant 
qu'on aurait du, régulièrement, présenter au temple de 
Saint Jean| . Le 27 décembre de la même année, en raison 
d'un \oyage prochain du pasteur en titre, le même 
consistoire « promet à M. Fitte de se contenter pendant 
son absence du service ordinaire que M. Escoffier a 
accoutumé de rendre i\ cette Eglise ». 

Escoffier avait-il quitté les Cévennes deux ans plus 
tard? La chose est possible. Le 25 mai 1616, nous ne 
savons si c'est de son lils (qui va suivre) ou de lui-même, 
que s'occupe le consistoire de Nîmes : << Sur la propo- 
sition faite, de donner à M. Escoflier quelque chose pour 
le service qu'il a fait en cette ville pendant le synode 
[provincial], conclu qu'il lui sera accordé la somme de 
24 bvres » (Reg. Nîmes, XI, 367). En 1620 les listes du 
synode national d'Alais (l'^' oct. — 20 déc.) inscrivent 
comme « déchargé » dans le colloque de Nîmes, 
Escoffier le père )> (Aymon 11, 229). 

2. Jean Escofder I. — Il y avaiL en effet, en 1620, 
dans le même collo()ue de Nîmes, un '( h^scoflier le fils » 
que nous allons suivre maintenant. A la date de 1610, 
le jeune homme est étudiant en théologie à Genève. Le 
Livre du lievlcur porle son nom : « Joluuincs ScolVerius ». 
Le mot (jui suit, mai'ijuant l'origine de l'étudiant, a élé lu 
par Téiliteur du Livre du Hecteur sous lu forme : Gene- 
vens'is (Genevois). Mais il faut lire, à ce qu'il nous semble : 
SevenensiSy ou Cevmemis (Cévenol) et cette indication 

par le p.isteui- Tourlolon, (|ui avait élé notaire, donno Banons comme natif 
(Je la paroisse de Crusilles en pays de Bresse. Ces derniers mois ont été rem- 
placés par le notaire de |{M<^ars par c(hix-(M : « N.-ilil (\v. Cliàlilloîi de Domhes 
vu ni'fsse ». Ilaiiens l( f,Mir a la Ixuirse des pauvres de l'IC^^Iisr de Cluilillon 
10 livies tournois s il y a Iv^Iise l{(;lormée selon 1 l^vanjiile; que s'il n'y en 
av.iil point, il donne lesd. dix livras à riiô|)ital dudit lieu ». liaiiens men- 
tiorme s.i mère, veuve, Dame Benoiste. Calendral, el son frère Je;m l);inens, 
qui a étudié aux lois, à j»aris et ailleurs. On sait que Cliàtillon de Dombes 
est le lieu d'ori','ine de Sébastien « Castellion ». 



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ÉTUDES HISTORIQUES 



prouverait que le père avait été pasteur dans les Cévennes 
dès la naissance de ce Jean, c'est-à-dire vers 1590 ^ 

En 1611, le jeune homme est venu continuer sesi 
études à l'Académie de Nîmes. Nous l'avons vu recevoir 
du consistoire une assistance de deux écus. En mai 1612 
le même corps accorde au père 30 écus pour le fils qui 
est étudiant en théologie. Le don est renouvelé en novem- 
bre j6l2. En octobre 1611, l'étudiant Jean Escoftier est 
noté comme recevant du consistoire une « pension » de 
30 écus, sur laquelle, au mois de décembre suivant on 
lui avance 45 livres (Reg. de Nîmes X, 467, 469, 509; 
XI 182, 208). 

Lé 1®*^ juillet 1615, Jean Escoffier a probablement fini 
ses études et il est à Nîmes encore, où le consistoire 
l'admet à ses séances mais « l'exhorte à se contenir eu 
silence ». Peut-être est-ce lui qui, le 25 mai 1616, reçoit 
24 livres en raison « du service qu'il a fait » dans la ville 
pendant le synode. Enfin le 26 octobre 1616, le consis- 
toire qui a pris cet « écolier » sous sa tutelle « charge 
les députés au colloque de procurer pour le fils de 
M. Escoffier, aux fins qu'il soit reçu au ministère » (Reg. 
Nîmes, Xt, 275, 367, 406). 

Jean Escoffier fut reçu en efl'et. La liste générale 
dressée au synode d'Alais en 1620, donne cet « Escofier 
le fils » comme minietre, dans le colloque de Nîmes, à 
Aujargues près de Sommières (Aymon, II, 229). En 1624 
il est à Aimargues près de Lunel, en 1626 à Lunel même, 
ïl dessert encore cette Église en 1631, date où le synode 
national de Charenton saisi d'une plainte d'Etienne du 
Mas contre <( M. Scoffier ministre de Lunel », renvoie 
Taffaire au synode de Montpellier, avec charge d'ouïr 
les deux parties et de donner sentence dans le mois 
(Aymon, II, 489). .Un acte notarié de 1635 (notes F. Teis- 
sier) nous apprend qu'à cette date le pasteur était mort, 
et nous donne le nom de sa femme, Isabeau Blanque 

1. Les étudiants des C(5vennes s'inscrivent généralement sous l'adjectif 
Cebennas, correspondant à Delphinas. Mais on lit aussi, pour Cévenol : Ce- 
hennensis (1623), ou Cehenensis (1624), et aussi Sevejiensis (1588). 



ÉTUDES HISTORIQUES 



69 



(Blanc), que nous supposons originaire de Sommières. 

Trois décisions émanées de synodes nationaux con- 
cernent encore Jean Escoflîer et sa famille. Elles se réfè- 
rent (la dernière expressément) au testament du père, 
que nous avons résumé plus haut, à l'occasion du paie- 
ment tardif de sommes dues à Robert Escoffier par la 
province des Cévennes. Nous ne comprenons pas, d'ail- 
leurs, le détail des lignes qui suivent, faute d'avoir en 
mains les procès-verbaux des synodes provinciaux aux- 
quels elles se rapportent, et il faut ajouter que le texte 
imprimé d'Aymon, dans lequel dès le début nous consta- 
tons deux erreurs de lecture, est sans doute défectueux. 
En 1626, il ne reste de la famillê, à ce qu'il semble, que 
Jean Escoffier, sa sœur Claudine et sa sœur Jacqueline 
qui a soin de la précédente. 

Synode national de Castres, 462b ^Aymon, 11, 3G0) : « M. Escof- 
fier*, ministre de Lunel, en appela en son nom ot en celui de sa 
sœur Claudine ^ ScoHier, d'un jugement rendu par la Province 
des Cévennes. Le synode déclara le jugement injuste, et que 
l'opposition faite par la Demoiselle Jacqueline Scoflier était bien 
fondée, et que les receveurs de ladite province délivreraient à 
M. Scoffier 400 livres, 1 sol, 6 deniers, payés |((ui seront payés? 
ou : qui ont été payés, par le consistoire d'Anduzc, autorisé à 
cela par le synode des Cévennes, pour assister sa sœur (Claudine i 
qui était dans la nécessité. 

Le synode national d'Alencon en 16*^7 fut saisi des 
suites de Talfaire. Jean Escofliei' était mort, et s'il avait 
défendu les droits de sa sœur Claudine, sa veuve fut 
moins scrupuleuse, et ne se soucia |)as de i*eniettre à 
celle-ci les versements du synode d(îs Cévennes. L'Eglise 
de Montpellier prit le parti de la sœur lésée. 

L'Eglise de Montpellier ayant informé ((u'on n'a pas suivi le 
dessein et l'intention du synode de Castres, il fut ordonné au 

1. I^e texte d'Aymon porte Iternud, an lien (l'Kscofficr. C ost nne crrenr de 
lianscriplion : dans le paragraphe (pii précède en elfet il esl question du 
pasteur Héraud, de Montauban. 

2. Le texte d'Aynion porte ici : Ulandine, comme plus loin en 11)37. Nou- 
velle erreur que corrige le testament Muttientique du père et un autre fnit 
qui sera noté plus bas. 



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ÉTUDES HISTORIQUES 



consistoire de Nîmes de demander à la veuve de M. [Jean] Scof- 
fier comment elle a eiïiployé l'argent à elle donné par le dernier 
synode national* pour assister M"^ Claudine^ Scoftier sa sœur 
[c'est-à-dire sa belle-sœur], afin que si cet argent était encore 
entre ses mains, on le pût remettre à M^'*' Jac(iueline ScoCfier par 
laquelle lad. Claudine^ était entretenue (Aymon, II, 549). 

• La veuve de Jean Escoffier ne consentit pas cependant 
à rendre les sommes qu'elle avait indûment gardées. Une 
nouvelle plainte fut portée au synode national de Cha- 
renton (déc. 1644-janvier 1645) et cette fois les pièces 
originales furent lues et discutées, à commencer par- le 
testament que nous avons résumé. On lit dans les procès- 
verbaux du synode, aux Remarques mr les Actes du 
Synode d'Alençon (Aymon, 11, 662) : 

D'autant que le testament écrit de M [Robert} Scoffier le père 
qu'on produisait dans cette assemblée [de Charenton] n'avait été 
exécuté dans aucun de ses articles quoique le synode d'Alençon 
eût expressément enjoint à ceux qui en étaient chargés de l'exé- 
cuter, on ordonna derec hef au consistoire de TÉgiise de Nîmes 
de sommer la veuve du défunt Jean Scoffier à comparaître, 
laquelle s'était approprié l'argent qui appartenait à Jacqueline 
Scoffier sœur du défunt [Jean] quoique ladite Jacqueline fût son 
héritière [du père] conjointement avec son fière Jean Scoffier, 
confoimément à la volonté de U'ur père, — afin de lui déclarer 
qu'elle eût à restituer ce dont elle s'était mise injustement en 
possession, et cela après avoir porté une fausse information au 
synode national de Castres et qu'au cas qu'elle refusât de 
décharger sa conscience à cet égard, alors led. consisloire use- 
rait de toutes les censures de l'Église contre elle, conformément 
à notre discipline. 

Nous ignorons comment finit TafTaire. La veuve de 
Jean Escoffier est encore mentionnée dans un synode 

r. Lire ï avant-dernier (le synode de Gasti-es). Rien en effet dans les Actes 
du dernier synode (Charenton 1631) ne se rapporte aux affaires de famille 
d'Esçoffler. La décision que nous avons rapportée plus haut touchant Escof- 
fier et Étienne du Mas est selon toute probabilité une affaire qui concerne 
uniquement l'Église de Lunei. 

2. On lit ici dans Aymon : Blandine, v. l'avant-dernière note. 

3. Il semble qu'on devrait lire ici Alençon, aù lieu de Castres, car à Castres 
c'était Jean Escoffier qui vivait encore, et non sa femme, qui avait mené l'af- 
faire. On remarquera que la 4écision est bien mal rédigée. Il faut sans doute., 
accuser h ce prOpos les mauvaises copies dont s'est servi Aymon. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



71 



du Bas Languedoc de 1654 (Montpellier) pour une de ces 
questions de gages non payés qui reviennent sans cesse 
dans les assemblées prolestantes. « Le Saurin repré- 
sente à la Compagnie comme le colloque de Montpellier 
étant en arrérage de 20 livres à la D"'^ de Scolfier, la 
Compagnie charge l'Église de Montpellier de lui procurer 
au plus tôt son payement ». 11 est probable que la somme 
qui revenait à la veuve lui était accordée pour l'éduca- 
tion de son fils, nommé Jean comme le père, et dont 
nous allons maintenant parler. 

3. Jean Escoffier IL — Ce Jean Escofiier, second du 
nom, est né à Lunel où son père a été pasteur, et il se 
dit de Sommières d'où est sa mère, et où celle-ci habite 
depuis son veuvage. En 1648; le synode du Bas-Lan- 
guedoc lui accorde un secours pour ses études. 11 de- 
viendra pasteur à son tour. En 1653, il est immatriculé 
à Genève : Joannes Sco^erius, Tectomgus Sommedriensis : 
Tectosayus car Lunel est à l'ouest du Yidourle, qui fait 
la limite entre les Volques Arécomiques de Nîmes et les 
Volqiies Tectosages de Toulouse, Narbonne et Béziers; et 
Sommédriensù, car il a des attaches à Sommières. 

En 1655, le colloque de Nîmes, dont il a jusqu'ici 
dépendu, « le représente » au synode du Bas-Languedoc 
(21 avril) « pour être admis à proposer, c'est-à-dire à 
prononcer un sermon d'épreuve, et le synode « lui baille 
texte sur le verset 19 du chap. 5 de l'Épilre aux Ro- 
mains ». Les éludes du jeune homme sont donc ache- 
vées. Mais il faut se représenter très probablement qu'il 
n'a pas pu sortir victorieux de cette dernière épreuve. 
Son échec l'amène à bouder sa province. En 1659, il est 
à l'vNcadémie de Di(^ en Daupliiné (Jean Scoffier de Som- 
mières, en même temps que le Louis Scoffier d'Issoudun 
que nous avons nommé plus haut, Bu/L V, 307, 187) et 
il devient ensiiile pasteur dans les Vallées Vaudui?«es, à 
Pramol. 

Les Vaudois sortaient à peine de l'horrible persécu- 
tion de 1655, et sur quatorze minisires des Vallées, au 
dire d'un écrivain catholique, on n'en comptait- alors 



72 ÉTUDES HISTORIQUES 

que quatre qui fussent du pays. Les conditions de la vie 
étaient très dures dans la région dévastée. Au synode 
qu'ils tinrentà Clos en juillet 1659, les Vaudois députèrent 
en Angleterre, pour obtenir de Charles il le versement des 
sommes destinées par CromvveU aux montagnards oppri- 
més, trois personnes : l'illustre pasteur Léger, et avec 
lui les ministres Bastie (originaire des Vallées) et notre 
Jean Escoflier. Léger était à peine parti que les ennemis 
des Vaudois ameutèrent contre lui quelques mécontents, 
et il dut revenir à Genève, laissant^ ses deux collègues 
aller seuls jusqu'au bout du voyage. Escofiier, que Léger 
nomme « un brave pasteur », était à Londres le H avril 

1660. L'Assemblée des pasteurs fran(;ais de la ville pro- 
fite de son passage pour se l'adjoindre, en même temps 
qu'un ministre écossais, en vue d'entendre et de juger 
une proposition (sermon d'épreuve) en latin, du jeune 
candidat dieppois Jacques Felles. Le H novembre, dans 
l'Église de Threadneedlestreet, il assiste au baptême d'un 
enfant, en même temps qu'une jeune fille, Marie Fou- 
cault, et il épouse cette dernière à Londres, le 10 février 

1661. Marie Foucault, native de Londres, était fille de 
Didier Foucault, de Lorquin en Lorraine et d'Esther Gui- 
selin de Rouen ^ 

Si Escoffier, mnrié, rentra dans les Vallées Vaudoises, 
ce fut pour bien peu de temps, car nous le trouvons à 
Uzès le 25 avril 1663, dans le synode du Bas-Languedoc, 
et sa présence provoque un double incident que soulève 
le Commissaire du Roi. 

Le S"" Escoffier, ci-devant pasleur des Égalises du Piémont, 
ayant supplié la Compagnie de le vouloir agréger au nombre des 
pasteurs de la province et, pour cet effet, ayant remis une lettre 
fermée des pasteurs et anciens desd. Vallées ainsi qu'il a dit, 
avec les attestations de sa bonne vie et mœurs, M. le Commissaire 

1. Bull. d'Hisf. Vaudoise, 1909, p. 74-75 ; Teofilo Gay, IJist. des Vaudois, 
p. 260; De Schickler, ÉgL du Refuge en AngleterrCy M, 203, III, 273. Un écri- 
vain catholique, racontant riiisloire « véritable » des Vaudois prétend qu'Es- 
coffier aurc\it préclié en Angleterre « sur les larcins de Léger » et parlé 
d'autres pasteurs qui auraient voulu aussi « s'enrichir des aumônes des 
pauvres » [Bull. Hist, Vaud., 1909, p. 68). 



ÉTUDES HISTORIQUES 



73 



ayant proleslé qu'il ne pouvait pas souffrir dans l'Assemblée 
radmission d'aucun pasteur étranger*, M. le Modérateur lui 
ayant représenté que le S'" Eschofier était originaire de la pro- 
vince, natif de la ville de Lunel, et qu'il avait présentement son 
domicile et famille dans la ville de Sommières comme il résultait 
d'un cei'tilicat, Al. le Commissaire ayant égard à ces raisons, 
aurait déclaré qu'il n'empêchait pas l'admission du S' Eschofier 
dîins lad. assemblée, — et néanmoins aurait ret(^,nu lad. lettre 
d(îs pasteurs des Vallées... pour l'envoyer sans l ouvrir à S. M., 
ayant i ei)résenté que l'intention du lîoi était qu'il n'y ;iil point de 
communication d'une province à l'autre, et parlicnliérument 
avec les provinces qui sont hors du royaume... " 

Dans le môme syno(l(^ Escoflier Iroiua une Eglise à 
desservir. Il tut envoyé |)our un an à Saint Gilles <( atten- 
danl l'événement de la maladie du S'" liiclieire |min. de 
Saint Gilles] ». Dès 1664 il était définitivement donné à 
Saint Gilles, et il demeura dans cette Eglise, voisine 
d'Arles, jusqu'aux approches de la Révocation. Son nom 
figure dans les procès-verbaux de synodes du Bas Lan- 
guedoc, depuis 1661 jusqu'en 1081. Divers registres 
d'Eglise nous fournissent quelques détails sur sa vie 
privée. Le 12 février l()()8, Jean Escof/ier (c'est ainsi 
qu'il signe), qui est alors veuf de « iMarie Foucaude », 
épouse à Nîmes D"'' lM;tn('ois(^ di* ï^agerid, de Nîmes, 
veuve elle-même du docteur en méd(»cine Toujol, et à 
ce([u'il semble, sans enfanis. Par ce mariage le pasteur 
allait entrei' en alliance avec la famille des Daudan, nom- 
breuse et importante à Nimes, car en l()()8 un .bum 
Baudan S' (l'Ilarcourt, épousait à Nîmiîs également 
D"" Marthe d(^ Lageret (7<V. l'rni. 2" Ed. I, 'Mu). 

Va\ 1070, la femme du pasteui' accouch(i à Saint-fiilles 
d'un enfant moi t. Imi 1071, elle a une fille, IVIartbe, <pii 
est baptisée à Saint-Gilles le 5 juin, et qui a pour mar- 

1. (-onCormcinonl à une jurisprudence ailoplce dès ir)23, et qui élail con- 
troiie aux articles VI des Généraux el I des Parliculiers, de I cdil. de Nantes 
(de Kélicc, Lea Proleshnils d'au/rr/'ois. Conseils crclcsias/iqucs, p. 

2. juris[)rudcnce du (Commissaire est conlonne à celle qu'un aulre 
Counnissaire ap|)lique à (iaslr(!s en ICiiO (de Félice, ihid.). Le li octobre 1()6.{ 
un arrêt lU) règlement du (lonseil sanctionne « eltc défense de correspondre 
de provincîe à province. {IL. Henoit, lU, I)i3.) La déclaration du 2 avril IGCfi 
( irlicle 16) devait donner force de loi à cette mesure d'isolement. 

Avril-Juin 1920. C 



7i ÉTUDES HISTORIQUES 

raine sa tante Martiie de Lageret femme de M. Jean de 
Baudan. Vers mai 1678 il lui naît un fils, Philibert, 
lequel meurt à Saint-Gilles le 16 janvier 1680 <( à l'âge 
de vingt mois ». Le lendemain, le corps est porté à 
Nîmes, « au tombeau de [Foncle de l'enfant] N. Jean de 
Baudan llarcourt ». Il semble que ce Philibert ait été le 
jumeau d'une (ille, Claudine, née à Sommiores, qui a 
vécu longtemps, et dont la naissance, à son propre dire, 
tomberait entre avril et octobre 1678^ On remarquera 
que les noms de IMiilibert et de Claudine sont une rémi- 
niscence de ceux des grand' tantes Philiberte et Claudine, 
tilles deUobert Escoftier-. 

Nous approchons de la Révocation. L'autorité royale 
essaie ses forces contre les temples du Languedoc, qui 
semblent devoir être les plus difficiles à abattre. En 1680 
l'Église de Saint-Gilles est menacée. Son pasteur consulte 
le consistoire de Nîmes (15 mai 1680) : « Sur la demande 
d'avis faite par M. Escoftier, ministre de Saint-Gilles, au 
sujet de certaine assignation donnée devant un subdé- 
légué de M. l'Intendant |d'Aguesseau| pour la remise des 
titres de lad. Église, MM. Icard [min. de Nîmes], 
Defaure, Graverol, Veyret et Pellet ont été nommés pour 
concerter avec MM. Sauriri et Pelalan ). 

On sait que le '< Projet » de résistance pacifique con- 
certé à Toulouse en 1683 dans la maison de Claude 
Brousson, eut des répercussions douloureuses, non seule- 
ment dans le Dauphiné et le Vivarais, mais aussi dans le 
Bas Languedoc. L'agitation se concentra autour du 
temple détruit de Saint Hippolyte dans les Basses 
Cévennes, et plus bas, autour de Nîmes. Dans le consis- 
toire de la métropole huguenote du Midi, les « zélateurs » 
trouvaient en face d'eux un parti obstiné de « Nicodé- 

1. Pap. Herniis {ÏMb\. du Pi'ot.), v. plus loin. Elle se donne, à Lausanne, 
11) ans en avril 1098, et 20 ans le G octobre suivant. D'après son testament 
cependant, il semblerait qu'elle fût née en IGlti. 

2. Ce fait confirmerait notre correction de la lecture Blamline, d'Aymon. 
Pour ce qui précède, voir Bull., LV, 117, et les noies F. Teissier à la 15ilil. du 
Prot. empruntées aux anciens registres protestants de Nîmes, Heauvoisin et 
Saint-Oillcs. 



ÉTUDKS HISTORIQUES 



miles ». Une trentaine de pasteurs de la plaine, réunis 
dans la ville le 15 septembre, demandèrent au consistoire 
divise, de convoquer régulièrement le colloque de Nimes, 
qui seul aurait qualité pour dicter aux Églises et aux 
ministres l'attitude à [)rendre à l'égard du projet. Le 
consisloire éluda la demande, en prétextant qu'il y aurait 
lieu plutôt de réunir les trois colloques dont l'ensemble 
constituait le synode du Bas Languedoc. Il renvoya les 
députés bénévoles au lieutenant du roi. Celui-ci, comme 
on ])ouvait s'y attendre, leur défendit de s'assembler 
sans son ordre et les menaça durement. Escotïier était 
du nombre des zélateurs, qui avaient voulu la réunion 
du colloque. Le 27 juin 1684 un jugement du présidial de 
Nîmes condamna par défaut trois des pasteui's zélateurs 
à la mort et à l'amende, et neuf autres, qui n'avaient pas 
fui, à l'amende, en leur interdisant les fondions pasto- 
rales. Au nombre de ces derniers fut « Escoflié, minisire 
de Saint-Gilles, interdit pour toujours, condamné à 
']00 livres d'amende, et tenu pendant 6 ans de résider à 
six lieues de son Eglise^ ». 

H est possible qu'Escoflier soit alors allé résider à 
Sommières où sa famille avait des attaches et des biens, 
car Sommières se trouve à plus de six lieues de Saint- 
Gilles. Après l'édit de Révocation, il fut de ceux qui 
s'exilèrent. Le dernier jour de novembre 1685 il obtint à 
Montpellier un passeport pour sa femme et lui « allant 
en Suisse, sortant par Genève, passant par Lyon - ». ils 
ne pouvaient emmenei' avec eux aucune de leurs deux 
filles, Martheet Claudine, qui avaient Tune cl l'autre plus 
(le sept ans. 

Le 25 mai's l(>S8, <( Scoflier, min. du Languedoc » 
signait à Lausanne, avec un certain nombre de i-éfugiés, 

1. Co jii<4:(;nieal est rapporlé p.ir Urousson. EI(U des Ixc/'m-nirs... Va\. l(;sr>. 
1>. 1'.):î, el |)ar I!. Ilenoit, V, «iC.i». Les rais(nis de l.i sentence nous ont été don- 
nées p;ir l'.iiileur anonyme <Jii Tahleau .\aïf(/<'s persc.cu/ions... (voir Ch. hosi, 
Ij's !'r('(lica))ls l'ro/esfmils, I. \ix. 12, 17 . 

2. Arch, lU'iaull, (1 2*9. liste dos [i.isscporls ;ic(-t»i(lés, mal recopiée, 
porti- : '< M. Je.iii Scottier, ci-devant juin, (le S.ijiil-iîilles, et sa lenime 

Kcançoisc de Tafjente > 



ÉTUDIAS HISTORIQUES 



pasleurs et nolables, l'adresse qui accréditait le pasteur 
Bernard et M. de Mirinand auprès des États de l' Alle- 
magne, en vue de leur mission de charité ( Bull. ^ IX, 153). 
C'est vers le même temps sans doute qu'Escoffier, avec 
d'autres réfugiés, attesta la fidélité d'un chantre d'Aubais 
(pi'ès Sommièrcs) échappé des prisons de Lyon'. Après 
quoi nous perdons la trace de notre ministre. 11 était 
mort à la lin de 1()98. 

4. Marthe Escoffier. — Les filles d'Escoffier réussirent 
à leur tour à quitter la France. Elles abandonnèrent à la 
Régie les biens que la famille possédait à Sommières". En 
1693, on trouve à Lausanne « les D'^''' Marthe et Clau- 
dine Scoffier ». En 1698, à Lausanne encore, deux men- 
tions nous sont connues de « Claudine Escoffié, dix-neuf 
ans, de Sommières en Languedoc, vivant de ses rentes » 
(avril), et de u Claudine Scoffiei*, vingt ans, fille de 
feu M. Scoffier, ministre à Saint-Gilles en Languedoc 
(26 octobre)^ ». Claudine Scoflier é|)ousa Pierre Meyna- 
dier, marchand bourgeois de Genève, dont elle eut seu- 
lement une fille, mariée en 1723 et morte la même année. 
Le 10 août 1748,1e notaire Reclan, de Genève, enregis- 
trait le testament de Claudine, fille de feu spectable Jean 
Escoffier pasteur de l'Église de Saint-Gilles en Languedoc, 
veuve de Pierre Meynadier. La testatrice, qui mourut le 
27 novembre suivant, à Genève « à Fage de soixante-douze 
ans », instituait son héritière universelle sa sœur Marthe 
Escoffier. Cette dernière qui avait épousé en 1694 à 
Lausanne, ayant alors environ vingt ans, le pasteur Jean 
Fran(;ois Curchod, était veuve. Une de ses filles, Louise 
Claudine Curchod, était sans doute la filleule de Claudine 
Escoffier-Meynadier. M. Eug. Ritler, qui nous fournit 
ces derniers détails sur Claudine Escoffier, nous a appris 
qm^ Mai'the Escoftier-Curchod eut un fils, (|ui devint le 
pasteur Louis Antoine Curchod. La fille de celui-ci, 

1. Fr. Prot.. 2« éd., V, 161. Le livi'e où sont imprimées ces attestations no 
parut qu'en 1697. 

2. Corbière, UisL Egl. Réf. de Montpellier, p. 53u. 

3. Papiers Herniis (Bibl. du Prot.). 



ÉTUDES HISTORIQUES 



77 



Su/an ne Curcliod, épousa Jacques Necker, el eut de lui 
Germaine Necker, la future M'"*" de Staël. 

M. Rilter, après avoir dressé l'arbre généalogique de 
M""^ de Staël fait remarquer que « toutes les branches y 
fourmillent de magistrats, de jurisconsuUes, d'ecclésias- 
tiques^ ». Il nous montre en particulier Jacques Necker 
descendant de quatre Necker dont trois furent [)asteurs. 
il pourra compléter maintenant son tableau, et inscrire 
au-dessus de Suzanne Curcliod non plus trois, mais cinq 
géné?'atio?is de ministres de l'Evangile, dont trois ont vécu 
en France, de 1570 environ, à 1685. 

Pouvons-nous essayer de rattacher à un môme tronc 
les diverses branches des Escoflier? Si nous laissons de 
côté Guillaume, de Sedan et de Mussidau, sur le([uel 
nous ne pourrions formuler que des hypothèses toules 
gratuites, nous constaterons que deux Escoflier, en IG59 
sont venus étudier à Die, l'un d'Issoudun, l'nulre de 
Nîmes. On peut se demander si leur rencontre n'a pas 
été voulue, et si par conséquent il n'y avait pas un lien 
entre leurs familles. Louis, d'Issoudun, était, croyons- 
nous, le petit-lils d'un pasteur originaire du Dauphiné. 
Jean, de Sommieres, était le petit-lils d'un pasieurqui a 
desservi des Eglises de Provence, voisines du Dauphiné, 
Le nom même des Escoflier étant dauf)hinois, il est peut- 
être permis de supposer une parenté entre le premier 
Louis Escoflier, du lîerry, et le Robert Escollier, de la 
la Provence et des Gévennes. 

Les notes qui précèdent corrigent, en la conipiiManl , 
la noli(^e (pie la In'ancc proleshinlo (li' éd. \ I. iVl) consîu re 
aux pasieui's du nom d'I^^scofliei". Le |)r()fesseui' de philo- 
sophie de l'iVcadémie de Die, Isaac Escoflier, était sans 
doute pasteur aussi. Les détails que nous fournit sur lui 
M. Arnaud [Hist, de l' Acacl . prol. de Die, 1(S72, p. ()0) ne 



1. Comptes Rendus de l'Acad. des Se. Mor. el l^oliliques, 1005, p. 21^5. 



78 



ÉTUDES HISTORIQUES 



concernent que les dates de son installation provisoire 
(1620), et définitive (1621), et de sa mort (1634). 

Aux autres personnages du nom d'Escoflier que men- 
tionne la France Protestante, et qui sont de La Baume 
Cornillane ou de Livron (Dauphiné) ou de Ghovas? (Pro- 
vence), on peut ajouter deux noms : 

— Hector Escoffier(/^?'. Prot. 2« éd. VI, 265), de Nyons 
en Dauphiné. Condamné par l'intendant Bouchu aux ga- 
lères le 23 novembre 1689. Pris à Abriès (Hautes-Alpes) 
et conduit d'abord à Briançon, il était coupable de s'être 
uni aux Yaudois dans l'affaire de leur « rentrée ». 11 fut 
libéré après abjuration le 2 février 1701 (notes Fon- 
brune Berbinau). 

— Escoffierde Vinsobres (Dauphiné), traduit dans les 
prisons de Grenoble à la fin de 1751 pour s'être marié 
au Désert en 1744 (Pap. Court LAC, XXIV, H7). 



Ch. Bost. 



Documents 



UNE GRANDE COLLECTE EN ÉCOSSE 
EN FAVEUR DES ÉGLISES RÉFORMÉES DE FRANCE 

EN 1622. 

En 1621 l'assemblée politique de la Uoclielle ehoisil. 
pour vice-piésideni, le pasleur de Sainle-Mère-Eglise el 
('arentaii : Benjamin Basnaj^e, puis elle le ehargea « ainsi 
que Couvrelles^ La (Hiapellière, et la Millelière, d'aller 
(( avertir les païs étrangers de la persécution ». Le but 
réel de cette mission était de recueillir en Angleteire et 
en Hollande quelques argent pour subv enir aux fiais de 
la guerre. Les députés pai'tirent le l*^'" juin. Basnage se 
rendit en Angleterre et en Ecosse où il parait avoir 
obtenu des souscriptions assez considérables ». C'est là 
tout ce que dit la France protestante^ d'une mission sur 
laquelle un savant Ecossais vient de |)ublier d'intéres- 
sants documents 11 ne s'agissait pas de « subvenir aux 
Irais de la guerre », le but m réel » était de secouiir les 
Églises en détresse. 

Le !)'. Hay Fleming rappelle que le pasteur de Saint- 
Jean d'Angély à cette épo(iue, Jobn Welsb, était le pro- 
])re gendre de Jobn Knox^ Après la prise de la ville 

1. 2" édition, l. \*\ col. î)23. VA. A. GAi,i,ANr), Hisloire du proleslantisme en 
Basse-Normandie, Paris, Grassarl, 1898, p. 29. 

2. ScoUish liislonj sociely, MisceUany, 1919, 3» vol. (Ildiinboiirg, Constable) : 
Ihe ScoUish çonlrilndions lo the disiressed cimvcli <>/' France in 16'22, hy Dr. 
Ilay l''lcmin^^ 

3. Cf. Transaclinns of the Franco-Scoll ish Sociely, 1909, p. 232 : Gilberl 
Vrimrose, par (i. Bonet- Maury ; 1912, p. 57 : Noies sur quelques Écossais en 
France, par J. Pannicr. 



80 



DOCUMENTS 



par Louis XllI les magistrats, pasteurs et anciens d'Aber- 
deen ordonnèrent un temps de jeûne et d'humilintion 
qui devait durer plus d'une semaine, depuis la mi-juillet 
1621 jusqu'après le « jour du sabbat » suivant. Et de 
nouveau, le 23 septembre, il y eut un jour déjeune (( en 
raison des persécutions que subissait i figliso de Dieu en 
France » ; (je remarque que le temple de Cbarenton fut 
brûlé le dimanche 26 : fait qui prouve combien on avait 
lieu, dans les Eglises sœurs, de juger grave la situation 
des réformés français). 

Le 18 décembre le Conseil privé d'Edimbourg fut saisi 
d'un message royal, en date du 8 novembre, par lequel 
Jacques Yl invitait à faire des collectes a pour secourir 
les Français ayant à souffrir pour cause de religion » : 
(le mot relie/ est celui qui devait être employé de nouveau, 
trois siècles plus tard, pour désigner de même l'œuvre 
de secours accomplie par de généreux amis d'outre-mer 
dans les départements français envahis). « Un grand 
nombre de gens, écrivait le roi, professant notre religion, 
ont dû abandonner les biens qu'ils possédaient en France, 
et s'enfuir pour sau er leur vie, a^ec leurs femmes, leurs 
petits enfants, leurs familles, jusque dans ce royaume-ci ; 
ils n'ont aucun moyen d'existence en dehors de ceux que 
leur fournira la charité des personnes bien disposées ». 
Saisie d'un « royale commisération », Sa Majesté auto- 
risait une collecte. Elle savait combien l'argent était rare 
en Ecosse; cependant, vu les circonstances si pitoyables, 
celle-ci avait répondu favorablement à la demande qui lui 
avait été présentée par les députés de l'Église de France. 

Le 10 février 1622 l'assemblée de l'Église d'Écosse 
reçut à Aberdeen une lettre des seigneurs de la Haute 
Commission adressée aux pasieurs de chaque diocèse et 
appuyée par l'évêque Forbes, alors à Edimbourg. L'arti- 
cle que nous résumons d'après les travaux de la Société 
d'histoire d'Ecosse donne — en vieil écossais — le texte 
touchant de la décision prise. La solidarité de toutes les 
EgUses réformées y est nettement affirmée. Dans chaque 
paroisse un pasteur et deux ou trois gentilshommes 



DOCUMENTS 



SI 



rocueilloroiit les soiiscri[)tions a pour nos pauvres frères 
malheureux » ; elles seront remises, avec la liste détaillée 
(les dons, à l'évcque de chaque diocèse. Le commissaire 
si)écial centralisera le tout. 

Va\ réalité les collectes semhlent avoir été laites surtout 
(hms l'Kcosse méridionale. Le 4 avril i()22 un régent de 
l'université d'Aberdeen, James lioberton, écrit à Boyd 
de Trochrig : « Monsieur Basnage, le commissaire fran- 
çais chargé de rassembler les dons, vous a écrit. Je ne 
sais ce qui le retient si longtemps à [^](lind)ourg. Il a 
renoncé à aller à Aberdeen, et m'a dit qu'après avoir 
visité Perth et Stirling, il se rendra chez vous... Notre 
ville a donné 5000 « merks », l'évêque en ajoutera encore 
1000 ». Du reçu signé par Basnage le 23 mars 1622, 
actuellement appartenant aux a tru&tees » de sir William 
l'raser, il ressort que les seize Eglises de la circonscrip- 
lion de ILaddington donnèrent 2305 livres écossaises 

L'historiographe Galdervvood i'emar([ue que a les non- 
conformistes donnèrent beaucoup plus libéralement que 
les autres : les domestiques à eux seuls donnèrent 
iOOO merks »... Les pasteurs durent convenir que les 
nonconformistes avaient été les |)lus homirles gens de 
leurs troupeaux ». Lt le IJ' Jlay l'ieming ajoute : « Cal- 
derwood entend par non ronfornùstcs ceux qui avaient 
|)rotesté contre les cinq arlicles votés [)ar l'Assemblée de 
Perl h et ratifiés par le Parlement en août 1021. Leur 
intérêt doit avoir été particulièrement accru par le fait 
que des hommes tels que André Melville et John Welsh 
avaient trouvé asile parmi les Iluguenols ». 

Zachary Boyd écrit de Trochrig en février 1622 qu'à 
r^dimbourg les plus pauvres ouvriers aussi bien que les 
plus grands personnages ont souscrit. Le D' May Fleming 
a collation né la liste des 265 dons dans un registre de 
l'assemblée de Saint-Cuthbert. 

1. Nous reproduisons ci-aprrs le texte Irancais de ce document, dont le 
\y llay l''loininf,f cite c^^.ilenient le texte «'cossais, avec d'autres listes nomi- 
natives de souscriptions. 

2. Sur André Melville, voir P. Mellon, {'Académie de Sedan, Paris, 1913. 



82 



DOCUMEJNTS 



Le 23 avril 1623 une réclamalion est laile an nom do 
Basnage, devant le Conseil privé, par ses mandataires 
W. Dick, W. Speir, J. Mac. Math et Alexandre Colvili, 
contre Alexandre Home, pastenr à Aytoun, qni n'a pas 
encore versé toute la collecle remise entre ses mains. 

Robert Blair, régent à TUnivei'sité de Glasgow, reçut 
à cette époque la visile de Basnage et garda de lui le 
souvenir d'un « grave et gracieux 1^'rançais '). Hasnage lui 
dit que, pendant ce séjour, il n'avait naturellement pas 
voulu prendi'e parti pour l'une ou Taulre des opinions 
alors discutées dans les Églises d'Ecosse, mais que si 
jamais — ce qui arrivera en effet — lui, Blair, avait à 
souffrir pour sa foi, il trouverait bon accueil parmi les 
réformés français. 

La Croix-rouge écossaise et la brancbe écossaise de 
l'Association franco-écossaise ont pendant et après la 
guerre de 1911-1918 donné tant de preuves de leur libé- 
ralité à leurs alliés et amis français, qu'il nous a semblé 
particulièrement à propos de résumer pour ce Bulletin 
l'article du D' Hay Fleming. Trois siècles avant la fon- 
dation du Comité d'Entr'aide on y voit, en ce qui con- 
cerne les Eglises réformées, la même généreuse assistance 
prêtée par l'Ecosse à la France. 

Jacques Pannieh, 

Secrétaire r/énéral de rA^wciation franco-écoi^mise 
[branche française). 

Reçu donné par Benjamin Basnage 
aux représentants de quelques Églises écossaises en 1622 

Je soubsigné recongnois avoir receii, selon le pouvoir et com- 
mission qui m'a esté donnée par l'Assemblée Généralle des 
Eglises Réformées de France, et Souveraineté de Béarn, de Maes- 
ter Jacques Carmichaell, M' George Gréer, pasteurs de l'Église 
d'Adiiiglon, M"^ Jean Ker, pasteur en Preston, M' Robert Ralcan- 
quall pasteur en Tranent, George Hepburn, ballif d'Adington, 
députés du Presbitère d'Adington, la somme de deux mil trois 
cents cinq livres Escossoises tout en bon argent et or courant au 
pais, provenante de la colectc qui a esté faite ès églises dudil 
presbitaire; Assavoir : de Iladington, 1)60 11., 13 s., 4 d. ; de 



DOCUMENTS 



83 



Presloii, 33:i 11., (i s., S d. ; de Tranenl, .IIS 11. ; Keilli Marschall, 
200 IL; Salton, 11., 2 s., 8 d. ; Gullaii, 117 11., 8 s., 0 d. ; 
BoUiens, 113 11., 6 s., 8d.; Aberladie, 101 11., 5 s.; Norberrick, 
88 IL, 11 s., i d.; Pencalland, IL, 15 s., { d.; Hollon, iO IL; 
Keilhunibe, 15 IL, 6 s., S d.; Kl siiiluld, \i IL, U s.; Mon aine, 
13 IL, (î s., S d. ; Hara, 13 IL, 6 s., X d. ; (îaruat, 13 IL, H s., 8 d. 
Par la volunlé el la permission do sa Majesté de la (îrande Breta- 
gne laquelle somme sera (Dieu aydant^ seurement et promp- 
temenl transportée à la Uoclielle, ou eniploiée selon que ladite 
Assemblée Généralle jugiîra i)lus à propos pour le bien des 
alVaires et nécessités de noz églises. Au nom des(juelles (attendant 
un plus ample tesmoignage de recongnoissance de la j^art de 
ladite Assemblée Généralle), je remercie très affectueusement 
les frères et lidelles desdites Eglises de ceste leur cliaritable 
et voluntaire assistance, laquelle, nous eslant un gaige de nostre 
mutuelle communion, nous sera aussy une saincte et eslroicte 
obligation à prier Dieu pour la longue paix et prospérité des 
Eglises de re Uoyauuie, les(|uelles nous sup|)lions très lium- 
blement vouloir continuel' selon les occasions, (H ptuulant <|u'il 
plaira <à Dieu nous (enir soubz res})reuve de la })ersécution 
présente, leur Cbreslienne aflection. Pour on cela avoir ce 
tesmoignage devant Dieu et les hommes d'avoir estô des ulilles 
instruments de sa providence en la délivrance de son Eglise. 
Fait à Edimburtb, le 'J3'" jour de Mars mil six cents vingt deux. 

l^ASMAC.E, dépuli' de r Assemblée Gén('>rnUe 
(les lùjlises /^''/nnni'es de France re)-s 
S(( Majesté d'' la Grande Bretagne. 

N. WouAHT, témoin. 

James Si'Eii?, (rihirs. 

James MAKMArii, /rillnes. 

Jolnu^ IL\Mii;roi n, n'itnes. 



AU LENDEMAIN DE LA RÉVOCATION EN LANGUEDOC 
(Novembre 1685) 

I.e l*) août lOS.'), Nicolas de Laiiioignon de liaville 
i cinpla(;ail, en qiiîjlilé (rinlendaiil en Languedoc, d'A- 
guosseaii jugé trop tiède à l'égard de.s proteslanLs'. La 

I. Sur le r«'»le de Lamoi^'oun Havillc on I..'iii^,nie(l(»«', voir, oulre l'ouvra^'c 
lie .Moriiii, ICsfiai .sur ihisloire a(liinnif<lral ire >/u LtiiH/ucdoc pendant l'nilen- 



8i 



DOCUMENTS 



« manière foiie » que Baville avait employée en Poitou 
avec le succès que l'on connaît, lit merveille à Mont- 
pellier, à Sommières, à Nîmes^ à Uzès. Avec le concours 
du commandant en chef de la province, du duc de 
Noailles, et des « missionnaires bottés », plus eflicaces 
que les deux centaines de missionnaires dépêchés par le 
roi pour instruire les nouveaux convertis, les abjura- 
tions affluèrent, à tel point que le duc de Noailles lui- 
même ne put s'empêcher d'en exprimer son heureuse 
surprise. 

Les conversions qui ont suivi depuis le 15 oclobrc, écrit-il à 
Louvois, ont été avec une si grande vitesse que l'oji n'en sauroit 
assez remercier Dieu, ni songer trop sérieusement aux moyens 
d'achever entièrement cet ouvrage en donnant à ces peuples 
toutes les instructions dont ils ont besoin et qu'ils demandent 
avec instance. Il est certain que vous pouvez ajouter bien près 
d'un tiers au moins à l'état qui vous fut donné des gens de la 
lieligion, du nombre de cent quatre- vingt deux mille hommes. 
Et quand je vous ai demandé jusqu'au '25 du mois prochain pour 
leur entière conversion, j'ai pris un terme trop long, car je crois 
qu'à la fin du mois cela sera expédié. 

On conçoit qu'en présence de |)areils résultats, les 
Etals de la province que le duc de Noailles ouvrit le 
25 octobre ^ à l'Hôtel de Ville de Montpellier, aient mani- 
festé une particulière satisfaction. Le cardinal de Hon/i 
s'en lit l'interprèle, dans la séance du i^l octol)re et 
l'assemblée, en signe de gratitude, vota d'abord un don 
gratuit de 2 200 000 livres et ensuite proposa d'élever au 
roi une statue équestre, dans une ville au choix du sou- 
verain : ce fut Montpellier. — Mais les membres des Etais, 
les prélats, tout au moins -, n'étaient pas assez naïfs pour 

(lance de Basville {U>S-')-l7 1S\ Paris 1881. et les articles de .M. Gaclion, L'œuvre 
de comhal de Baville en UuKjuedoc, dans le Uullel 'ni. 1914. p. 51-Gl et Les biens 
des Églises p}-olesfanles en et les onivres pies, dans Xas Annales du Midi 
— Sur la Révocation eu Languedoc, voir Vllisloire du Lamjncdnc de 
Denis Devic et Vaissète, éd. Privut, 1. XIII, livre III, cliap 

1. Ils furent clôturés seulement le 10 décembre suivant. 

2. i/inlendant lui-inrmc ne se faisait aucune illusion sur la sincérité des 
convertis. Après avoir mandé au (lonlrcdeur f^ciu-ral <• la conversioji de tout 
le Lan^medoc », après s'être félicité quil n"y ail «point do paroisse qui n'ayt 



DOCUMENTS 



85 



croii'e h la solidilé de ces conversions si iioml)reiises et 
surtout si rapides. Il fallait veiller à les rendre durables, 
à maintenir dans le giron de la sainte église callioliqne. 
apostolicjne et romaine, ces nouveaux convertis (|U(' leur 
passé, leur éducation, leurs habitudes, les mille liens de 
la i'îimille, des conditions et de la vie relenaienl ou 
risquai(^nt de faire retomber dans l'ancienne foi. De là 
cetle r('mnion du (S novend)re dans laquelle les chefs des 
diocèses de la province ou leui s repi'éscMdanls se mirent 
d'accord sur un pi'Oi;ramm(^ d'action généralement paci- 
lique, doucereuse, sauf l'ecours, en cas de i'ésis(;nic(^ 
caractérisée, à des mesures de rigueui' : choix des mis- 
sionnaires, emploi de la langue vulgaire, pralique à 
recominander, controverses à éviter, ménagements à 
observer pour ne pas trop ellaroucher les nouveaux 
(idèles, livres à répandre ou à confisciuer, etc., tout r'ela 
fut examiné et, tout en laissant à cha([ue prélat un(* cer- 
taine initiative, recommandé dans une sorte de pro' cs- 
verbal qui constitue une véritable circulaire. J.e jm'ii- 
gramme ainsi adopté fut jugé susceptible d'ètie a|)j)li(jué 
et de |)orter ses fruits ailleurs ([n'en Languedoc; il (hit 
être en particulier envoyé dans la province voisine, en 
Proven« e, où le nombi'e des [)rotestanls était l)eaucoup 
moins considérable ([ue dans h^s C.évennes, mais où les 
foyers vaudois de Lourmarin, Cabrières, Méiindol, etc., 
n'étaient pas encore tout à fait éteints. (Vest sans doute 
ce qui explicpie la préscuuM* de ce docunuMit dans les 
liasses provenant des archives de l'ai'chevèclié d'Aix et 
anjour'd'hni versées aux Archiv(»s (If'partemeidales des 
l)Onebes-du-lîbone. Il nous paraît assez earactiM'isI !(pie de, 
l'étîd, d'esprit du haut chM'g('' languedocien, au lendemain 
même de la révocation de l'édit de Nantes, pour méri- 
ter d'être mis au jour. 

V.-L. nOLIUULI.V. 



esté bien nettoyée », il ajoute : « \ (>il;i un ^nind ouvra<ro; mais en vciil»- il 
ne l'iut pas It; ci'oire eulièrcuuMit consounué. M dtMnnnde bien des soins, 

// ('.s7 iiiicslion dr (/(('jucr /rs l'trurs... d 



86 



DOCUMENTS 



RÉSULTAT DE L ASSEMBLÉE qui s'est tcniie chez Monseigneur le 
cardinal de Bonsy \ archevêque de Narbonne, président, où se 
sont trouvés messeigiieurs l'archevêque de Toulouse et les 
évoques de Gommenge % du Tuy S de Besiers de Lodeve % de 
Montauban^ de Montpellier ^ de Saint-Papoul", de Mende de 
Lavaur d'Usez d'Alet de Mirepoix *'%de Carcassonne 
de Castres *^ et les sieurs vicaires généraux d'Alby, do. Viviers et 
de Nismes^'. A Montpellier, le huictiesme jour de novembre mil 
six- cens quatre-vingt-cinq. 

L'uniformité de la discipline estant ordinairement une 
marque de l'unité de la l'oy, il esl important de la conserver, et 
si on pouvoit moine la garder dans la manière d'instruire les nou- 
veaux convertis elle seroit louable ; mais comme leur propre dis- 
position peut demander dans un diocèse une conduite qui ne 
conviendrait pas aux autres, on ne doit pas exclurre sur cela les 
pratiques particulières quun l']vêque croira propres à son 
diocèse dans la manière d'instruire et de diriger les nouveaux 
convertis; il a esté néanmoins résolu de garder en cela mémo 
l'uniformité autant qu'il sera possible. 

Les Missionnaires que les Evoques y employerontj et qu'ils 
appelleront en part de ce ministère doivent estre choisis avec 
discernement. Il est à désirer fju'ils aient sur toutes choses 
beaucoup de douceur, de charité et de patience, se regardent en 
chaque lieu comme s'ils en estoient les curés, qu'ils aient de la 

1. Pierre do Bonzi. archevêque de ïonlouse (inii!) . cardinal IGlî), avait en 
octobre 161;^, remplacé sur le siège de Narboane François Fouquet, le frère 
du surintendant Fou(iuel. 

2. Joseph de Moutpe/al de Carbon, archevè(|ue de Toulouse depuis 1673. 
Louis de llechigncvoisin de Guron. évêque de (lomniinges (1671-1093). 

4. Arniand de Béihune, évèque du l'uy ! lG(i5-170;i) . 

[). Jean Armand de Rotondis de lUscarras, évèque de Béziers (1671-1702). 

6. Charles Antoine de la (îarde de Chamhonas, évêque de Lodève 
(1671-1690). 

7. J.-U. Micliel-Colherl de Saint-l*ouange de VillecerT, évèque de Mon- 
lauban (1674-1687). 

8. Charles de Pradei, évèque do .Montpellier (1 67(i-l6()6). 

9. François do Rartliélémv de (Iramont do Lanla, évêque de Saint- 
Paponl (167;>-171(r . 

10. François Placide de lUiudry de Plancourt. évèt|ue de Mende (1677-1707). 

11. Charles le Goux de la lîerchôre, évèque de l.avaui- 1677-1685). 

12. Michel Poncel do la Rivière, évêque d't zès (1 677-1 72X). 

13. Victor-Augustin Meliand, évcque d'Alet (168'i-1698). 

14. Pierre de Labroue, évè(juo de .Mirepoix !1679-1720). 

15. Louis-Josepli d'Adhémar do Mouteil de Crignan, évêque de Carcas- 
sonne (1681-1722). 

16. Augustin de Maupeou, évèqu(^ de Castres (1682-170!;). 

17. L'archevêque d'AIbi et les èvè(|ues de Viviers et do Nimes, représentés 
par leurs vicaires généraux, étaient res]>eclivoment : Hyacinthe Serroni 
(4678-1687), Louis-François do la Baume de Suze (1621-1690) et Jean-Jacques 
Seguier do la Verrière 167l-l(îS7). 



documi:nts 



87 



capacité pour respoiidre aux difticultés qui leur seront propo- 
sées ot aux objections qui leur seront faites, qu'ils ne dédaignent 
pas néanmoins de Caire des insiructions familières aux nouveaux 
convertis et qu'ils soient capables de les édifier par la sainteté 
de leur vie. 

Il est nécessaire, pour les lieux de campagne particulièrement, 
qu'ils entendent la langue vulgaire, que leur charité s'estende 
jusqu'à accommoder les procès, et que, dans toute leur conduile, 
ils aient delà docilité et une enlière dépendance de l'Évéque pour 
n'agir ([ue i)ar ses mouvemens, ses avis et ses ordi es. 

On croit que les missions passagères ne leroieni p;is assés de 
li uict et ([u'il seroit pins utile de faire demeurer au moins pen- 
dant quatre ou cinq mois dans chaque lieu le nombre des Mis- 
sionnaires qu'il sera trouvé à i)ropos d'y envoler, afin qu'ils 
paissent s'instruire mieux dans les familles et à accoutumer les 
nouveaux convertis à leurs enlrelions pour leur faire venir la 
confiance. 

(le qu'il faut princi[)alem(Mit leur enseigner est l'importance 
flu salut, ([u'on ne le peut trouver que dans l'Église apostolifjue 
et l'omaine, l'authorilé que Jésus Christ a donné (sic) à cette 
Kglist; et l'infaillibilité qu'il luy a piomis : Calvin l'aiant com- 
baluè principalement i)ai' cet endroit, ses secfat(Mirs ont esté 
l'iévenus (le tant (le fausses maximes sur celle matière (ju'il est 
important dosler aux nouveaux convertis les méchajites im- 
jiressions qu'on leur en a doimé. 

Ou doit encore leur enseigner la pi'ati(|ue des commande- 
n»ens de Dieu et des bonnes (ruvres, leur expli([uer le Symbole 
en leur faisant un parallèle de la lleligion catholi(jue et de la 
prétendue réformée, leur donner l'idée (ju'ils doivent avoir de 
l'une et leur faire voir la fausseté de l'autre. 

Il ne faut pas traiter [)ar dist)ute les matières de controverse 
devant h^s nouveaux convertis : on peut les instruire plus ulile- 
meut [>ar une exposition de la foy catholique, en leur taisant 
voir quenostre créance et nos pi aliques n'ont rien de contraire à 
la Sainte P.sci iture. 

Il (!st bon (lue 1(!S M issionnaiies nn-shMit peu de miiacle^ et 
d'liist(»ires dans leurs instructions, n'eslan-l pas lUM'cssaiie de 
metlie la foy des nouveaux convertis à cette es|)r(Hive, si ce 
n'est qu'on y trouve (|U(;l(|ue chose de convenable aux enfans. à 
Testai des(iuels il faut l aecommoder. 

Mf^sseigneurs h^s lù ("'(|ues pourront (uicore (Iouikm* pour ma- 
tière aux Missionnaires tout ce (ju'ils jiig(M()iil pouvoir i)roduire 
(lu Iruit [)ar rai)orl aux lieux et aux personnes (|u'ils auront à 
inst l'inre. 

On trouve à propos (|ue les .Missionnaires fassent laiie tous les 



88 ^ ' DOCUMENTS 

jours une prière en franrois dans I Rgiiso, le malin el le soir, ù 
laquelle les i)ersoiines qui travaillent puissent assister sans pré- 
judicier à leurs occupations, et (ju'ils demandent particulière- 
ment à Dieu pour les peuples qu'il augmente leur foy, cetle pra- 
tique estant esgalement nécessaire et salutaire aux anciens 
catholi(|ues el aux nouveaux convertis; et parce que ceux-ci ont 
de l'esloignement pour les confrairies et poui' d'autres dévotions 
de celte nature, il est bon de ne leur i)roposer pas encore d'en- 
trer (hms ces exercices de piété cl de leur enseiguer par un préa- 
lable dans quel esprit rKglise les a institués: il faut que les 
Missionnaires s'appli(|uent ii attirer les nouveaux convertis aux 
Eglises et à les engager de faire en y entrant le signe de la croix 
et de prendre de l'eau bénitte en leur enseignant l'ancienetté de 
cette sainte pratique. H faut aussi les porter à communiquer 
leurs doutes à ceux qui seront préposés pour les instruire en 
leur faisant entendre (|ue le Saint Rsprit esclaire toujours ceux 
qui ont cette sollicitude pour leur salut. 

Il faut expliquer aux nouveaux convertis ce que c'est le saint 
sacridce de la Messe, les prières et les cérémonies qui s'y font, 
et cela< est d'autant plus nécessaire que les ministres de la 
R. P. II. leur ont i)récbé que ce sont autant d'abominations; on 
peut faire ces instructions pendant le prosne, le matin, le soir el 
en tout temps commode, autre toutefois que celuy de la cél»!- 
bration de la Messe pendant lequel les lidèles ne doivent point 
estre distiaits et doivent au contraire estre attentifs el eslever 
leurs coMirs et leurs esprits à Dieu, ce ([ui ne pouiroit pas estre 
si pendant que le prestre célèbre la Messe, un second prestre 
répétoit aux peuples mot à mot en francois ce que le célébrant 
dit en latin, et cette explication passagère ne seroit accom{)agnée 
d'aucuuf^ attention de leur part ny suivie d'aucun fruit, joint à 
cela qu'on pourroil donner lieu aux nouveaux convprtis de croire 
qu'une répétition de cette nature seroit une seconde messe célé- 
brée en langue vulgaire contre la discipline de l'Église, laquelle 
veut mesme que le canon de la xMesse soit dict secrètement. 
L'Église ne peut avoir cette condescendence pour les nouveaux 
convertis de cbanger ses mœurs et sa discipline à leur considé- 
ration. C'est aux béréticpies de revenir avec soumission et péni- 
tence au giron de l'Église, elle ne doit pas aller à eux;cbaçun 
sçait qu'un des prétextes de séparation des calvinistes a esté (]ue 
les prestres entretenoint les catboliques dans l'ignorance des 
mystères; TÉglise aima mieux soufïrir cette séparation quoi- 
qu avec douleur que d'accorder aux calvinistes ce que les nou- 
veaux convertis demandent aujourd'hui et quoique dans un fait 
de discipline comme celuy de la traduction ou de la célébration 
de la Messe en langue vulgaire l'Église puisse faire des innova- 



DOCUMENTS 



89 



lions, elle n'a rien vouleu changer à cet esgard en aucun temps et 
elle le doit moins soutïVir en cette conjoncture, puiscjuc ce seroit 
donner la gloire aux calvinistes d'y avoir faict faire cette innova- 
tion, ils prétendroint que de deux religions oij il y avoit quelque 
chose à dire, ils en auroint fait une troisième; leurs instances 
sur cela estant proprement comme la luite [luttej d'une ser- 
vante contre sa maistresse, Agar contre Sara, il faut que la ser- 
vante cède. 

Ayant esté néanmoins proposé d'expliquer une partie de la 
Messe avant que le preslre commence l'Introile, l'h^pistrc et 
l'Évangile, au milieu de la Messe en faisant le prosne, el la Messo 
estant finie, d'expliquer ce.qui est du sacrilice, cette méthode n'a 
pas esté désaprouvée, et il a esté dit que chaque Évècpie en use- 
roit selon que par l'expérience il y trouveroit de succès dans son 
diocèse pour l'instruclion et l'édification des nouveaux convertis. 

Que si les nouveaux convertis se portent avec tiédeur aux 
exercices de piété et s'ils refusenl même d'assister aux offices 
divins et aux instructions et d'observer les commendemens de 
l'Église, les Missionnaires doivent travailler à les y attirer par des 
voyes de charité et de douceur in omni palir.ntia, redoublant leurs 
soins envei'S les [)lus obstinés et leurs prirres à Dieu, afin qu'il 
les éclaire et qu'il les louche par sa miséricorde. 

Si anciins néanmoins refusoini (1(> rccinoir les sacremcns à 
l'heure de la mori, il l'aul les priver de sépulture ecclésiasli(jU(» 
et même des cimetières oîi les prétendus rérornK's entei'roini ey 
devant leurs morts, et que par l'assistance des magistrats les 
corps des nouveaux convertis ainsy décédés soi ni portés en pleine 
campagne, et alin que tant les curés que les magistrats puissent 
estre advertis dans les occasions, le Woy sera très huml)lement 
supplié d'enjoindre aux parens des nouveaux convertis, lorsque 
quel(|u'un d'entre eux sera malade, d'advertir les curés et le ma- 
gistrat que tel nouveau converti leur parent est malade, ou s'il est 
mort, de les adverlir pareillement qu'il est décédé, à peine en l'un 
et l'autre cas de mille livres d'amende contre les contrevenants, el 
que l'on peut demander aussy ((ue pareille chose soit ordonnée 
aux médecins et chirurgiens pour les malades qu'ils liailtent (M 
sous les mômes peines lorsqu'ils auront maïupié d'advertir. 

VA pour ne rien obmeltre de tout ce (jui peut contribuer à 
rinstruction des nouveaux convertis, il faudra avoir soin de 
leur distribuer des livres convenables à leur estât el à leurs 
besoins, comme le A'ouvpnu Tcslammt par le père AmeloM, les 

1. 1.0 j\uur('au TesLamenI KWWi du P. Amclotic l(iOl) l(178). La piupaii des 
ouvraf^cs indifpirs \c'\ (igiireiU dans la liste di's cinipianfe-dciix (pii furent 
désif,nios peu aprùs pour être substitués aux livres protesl.ints. Voir 0. Douen, 
Im lirmca/ion de /'lùlii de Nantes à Paris, t. II. p. \ V.)-\'')2. 



Avril -Juin 1920. 



7 



1)0 



DOCUMENTS 



Confessions de Saint Augustin, le livre de M. Pellisson* intitulé 
Courtes prières pendant la messe, le Catéchisme du concile de 
Trente, V Explication de la messe, par M"^ le Tourneux^, le livre 
du iTiesme autheur qui a pour titre De la meilleure manière d'en- 
tendre la messe, le livre du père SulTren de L'explication de la 
messe, les Œuvres de Bcmulet (?), une version des Pseaumes en 
prose par M. Godeau^, Les prières du soir et du matin à Vusage 
de Versailles, et pour les sçavants V Exposition par M. deMeaux^ 
et le livre des Préjugés^, auxquels Messeigneurs les Èvêques 
adjousteronl ceux qu'ils trouveront à propos selon la diiVérence 
des lieux et des personnes qu'il faudra instruire. 

Ce ne seroit pas assés de distribuer des livres orthodoxes aux 
nouveaux convertis, si on ne retire à même temps de leurs mains 
les livres hérétiques qui peuvent les entretenir dans leurs erreurs, 
ce qui se peut faire par la voye des magistrats, lorsqu'ils procéde- 
ront aux inventaires des meubles des personnes décédées; on 
peut encore demander au Roy qu'il hiy plaise d'enjoindre à tous 
ceux qui ont des livres héréliques de les porter à leur Évêque 
diocésain et leur donner une déclaration fldelle des livres 
qu'ils ont de cette qualité, à peine contre les contrevenants et 
contre ceux qui recèleront frauduleusement lesd. livres de 
l'amende de cinq cens livres applicable au dénonciateur. 

L'augmentation du nombre des catholiques demandant en 
quelques endroits un plus grand nombre de prestres que celuy 
qui y estoit, Messeigneurs les Évêques auront le soin en ce cas là 
d'y pourvoir et cette augmentalion de la despense sera supportée 
par les fruits prenants; en cas d'insuflisance, il semble que l'on 
puisse recourir à ceux qui ont des dixmcs inféodées et subsidiai- 
rement à la conmiunauté, et lorsqu'un secondaire aura assez de 
courage pour entreprendre la charge de maistre d'escholle et 
assez de lemps pour s'en acquiter sans qu'une occupation le 
destourne de l'autre, en ce cas les gages des eschoUes pourront 
suppléera ce qui manqueroit pour sa subsistance, et (|uaud tous 
ces expédiens ne pourront pas réussir ou ne sufliront pas, ou 
aura recours à la bonté du Roy. 

S'il arrive que des nouveaux convertis demandent (ju'ou leur 

1. Il s'agit du renégat, gestionnaire de la Caisse des nouveaux convertis. 

2. Sur Nicolas Le Tourneux (16iO-lG80;. voir le Pori Royal de Sainte- 
Beuve, t. V, p. 210-234. 

3. Antoine Godcau, évêque daA'ence, avait publié en Iti'tS une Paraphrasr 
des Pffeaumes de David, qui eut un grand succès, mais c'est une traduction 
en vers français. L'autorisation de mettre celte traduction entre les mains 
des nouveaux convertis fut retirée au début de l'année suivante. Voir 
(). Doiicn, ()/). (•//., t. Il, |>. l:;()-iri2. 

4. E.i;j)i)silion de la doctrine catftulique, publiée par tJossuet en IGTl. 
fj. Les Préjugés légitimes contre le calvinisme par Nicole, 1671. 



DOCUMENTS 



9l 



laisse la lil)ert(î de faire ensevelir leurs pârèns décédez dans les 
cimetières dont ils se; servoint avant leur conversion, il a esté 
trouvé à propos de le leur refuser, cette aiïectation qu'ils couvrent 
du prétexte de l'aire reposer par un principe de piété leurs 
cendres avec celles de leurs ayeuls dans les niesnies tombeaux 
ne pouvant estre (ju'un ellet de l'esloignement (|u"ils out encore 
de nostre communion et comme il est bon de les divertir des 
objets (jui peuvent entretenir parmi eux l'esprit de séparation et 
du cbisme, et que suivant les règles de l'Église on ne peut pas 
mesler les ossemens des iidelles ralboliques avec ceux des béré- 
li(|ues, il faut faire nmrer les portes desdits cinn^lières, d'autant 
l)lus qu'ils appartiennent aux bôpitaux des lieux par la déclara- 
tiou du Uoy ((ui leur donne tous les biens des consistoires, et les 
Injpitaux en pourront faire l'usage qui leur portera le plus d'uti- 
lité, après que les corps auront esté consumés j)ar le laps de cinq 
ou six années. 

Estant nécessaire de bastir des églises en plusieurs lieux où 
il n'y en avoit point et d'en agrandir d'autres où le nombre des 
catholiques est augmenté considérablement, les diocèses de 
Nismes, Usez, Viviers et Mende dans les(juels cette despense sera 
fort grande, ne pouvant prendre un meilleur moyen d'y j)ourvoir 
que par l'establissement que le Roy leur a permis de faire d'un 
droit de subvention sur la chair qui se consumera dans lesd. dio- 
cèses, Messeigneurs les Évêques qui ne sont pas chargés d'une 
grande despense à la consiruction ou à l'agrandissement des 
églises de leurs diocèses, pour estre obligés de ])rati(iuer ce 
moyen y pourvoiront d'ailleurs on la meilleure manière (ju'ils 
pourront, estant aydés et secourus de la portion qui leur sera 
donnée de la somme de cin(|uante mille livres que la province a 
accordé par délibéralion (b^s b]sl;its du dixième, novembre 1(185 
pour contribuer à la cousti uelion desdiles l'glises 

Lors(|ue les minislriis nouvelliMuent converlisse présentei onl 
à Messeigneurs les lùèques pour estre eniploi(^s à ([uelqui^s 
fondions, Mesdils Seigneurs en usei'onl snr v.v\'à [nw leui' piii- 
denc(i comme ils le jugeront à pi'nj)()s. 

!. Le cardinal de Hon/.i avait demandé au.v lUals, au nom du Wo'i, une 
subvention exlraordinaii-e de l(li) 000 livres destinée, moitié «< à la construc- 
tion d'iî^liscs (ju'on devoit l'aire nu .i^randir d.ins les diocèses, où le noml)rc 
de nouveaux convertis eloit si i;rand (|u'il n'y pouvoit contenir -> et moitic 
à |;i subsistance des missions euïployécs pour les instruire. Les l'U.its dans 
l;i séance du JO novembre votèrent la sonune pour un an seulement et auto- 
risèrent le trésorier de la bourse à donner les tonds sur des mandats signes 
par le cardinal à (pii les évé(pies des divers diocèses rourniraienl l'clal des 
c;ilis.\s à ré|)arcr et d(;s missionnaires à entretenir. Ilis/iiirc </ii La ni/utu/or, 
t. XIII, p. ha délibération des l'.lals \\sOc. ici étant post(îricur(; (b; doux 
jours il l'Assemblée des i)rel;ils, le pai'ngrapbe, au moins dans sa l'edaction 
actuelle, ne put donc être arrêté tiu'après le 10 novembre. 



92 



DOCUMENTS 



Les ministres nouveaux convertis qui seront prévenus d'avoir 
dogmatisé ou enseigné leurs anciennes erreurs, ou fait des 
assemblées, seront poursuivis en justice aux termes des déclara- 
tions du Roy données sur ce sujet. 

On ne doit pas souflYir le chant des Pseaumes en langue vul- 
guaire dans les maisons particulières ny ailleurs, spécialement 
ceux de Marot, ceste pratique n'estant pas en usage dans l'Église 
catholique et le Roy l'aiant deffendu par ses déclarations, consi- 
déré d'ailleurs que quand bien la chose ne seroit pas mauvaise 
en soy, néanmoins comme les calvinistes ont faict consister 
particulièrement en cela leurs exercices, il seroit très désavan- 
tageux d'en soulFrir la continuation et qu'ils eussent la tentation 
de faire pour cela des assemblées. 

On ne trouve pas à propos d'obliger les nouveaux convertis 
mariés au degré prohibé par l'Église de prendre dispense des 
Evéques, parce que cette rigueur produiroit plus de mal que 
d'édification, elle leur osteroit le courage, elle leur donneroil de 
l'esloignement pour nostre TIeligion, et elle jetleroit le trouble 
dans les consciences et dans les familles, et par ces considéra- 
tions, on doit ce semble prendre le pai ty que Saint Grégoire le 
Grand inspiroit en un cas semblable à Félix, évêque de Messine, 
qui est d'user d'indulgence et regarder le silence de l'Église sur 
cela comme un consentement tacite de sa part. 

S'il est trouvé nécessaire d'establir un prédicateur pour le 
Carême en des lieux où le nombre des habitans nouvellement 
convertis sera fort grand, on leur proposera de contribuer i)Our 
son salaire d'une partie de ce qu'ils donnoint cy devant à leurs 
ministres pour leurs gages. 

Messeigneurs les Évêques pourront conférer le sacrement de 
Confirmation aux nouveaux convertis qui se présenteront pour le 
recevoir, s'ils les trouvent dans la disposition requise, et quand à 
celuy de l'Eucharistie on ne croit pas qu'ils y doivent estre receus 
s'ils n'ont eu préalablement celuy de la Confirmation, si ce n'est 
que Messeigneurs les Evêques jugeassent autrement de leur 
disposition 

1. Au dos : Résultat de l'Assemblée de Messeigneurs les archevêques et 
évêques de la province de Lann[ucdoc toucliant les nouveaux convertis. 16,So, 
8 novembre. Archives déparlemeutales des nouchcs-du-Rhùiie, (J . 200. 



DOCUMENTS 



93 



JEANBON SAINT-ANDRÊ ET LES PROTESTANTS 
DE IWAYENCE 

L'occupation du bassin de la Sarre el de la région de 
Mayence, placés pour quinze ans sous radininistration 
de la France donne un intérêt d'actualité à la lettre que 
l'on va lire. 

Jeanbon Saint-André', alors commissaire général du 
gouvernement français dans les quatre nouveaux dépar- 
tements de la rive gauche du Rhin, résidant à Mayence, 
l'adressait] en 1802 au pasteur Mai'i'on, président du 
consistoire de l'Église réformée de Fai'is. Les renseigne- 
ments qu'il donne à son correspondant sur l'état du pro- 
testantisme dans la contrée, ne manquent pas d'inlérét. 
Se souvenant de son passé de pasleur du Déserl, il a pris 
à cœur de favoriser l'établissement d'uni^ h]glise proles- 

1. Cf. Nicolas, Jean1)on S(iiii/.-A)idi'e, sa vie et son œurre, .Mnntanl)aii , 1818, 
iii-8°;.J. I.évy-ScJineidcr, l.e conventionnel Jeanhon Saint-And/'c, n\emt))e(tn 
Comité de sdlul public , oi-fianisdtenr de la ynnrinc de la Terreur, Paris, 1901, 
2 vol. iri-S"; La Grande Jùici/clope'die, article Siiiiil-Andrc. 

André Jeanbon dit Saint-André, était né à Montauban le 25 lévrier nil), 
et mourut à Mayence le 10 décembre 1813. D'une famille |)rotcstanle, il fui 
élevé au collège des Jésuites. Ne pouvant, à cause de sa religion, se destiner 
au barreau, où le portaient ses goûts, mais dont la jirofession était alors 
interdite aux réformés, il cnlra dans la marine marcliande. Il y r(^nonça à la 
suite d'un naufrage qui lui avait fait perdre le fruit de plusieurs années, et 
se consacra au ministère évangélique. Comme pasteur du Désert, à Castres 
dès mi, puis à Montauban dès 1188, il prit le surnom de Sainl-André. Il 
adopta avec enthousiasme les principes de la Révolution qui proclamait la 
liberté des cultes. Député du Lot à la Convention Nationale, il se joignit à la 
Montagne et combattit les (iirondins, trop modérés à son gré; et dans son 
zèle à renverser les obslacles qui s'opposaient à la régénéralion de la France, 
il se montra impitoyable. Après avoir rempli une mission aux îirmées de 
VVlsl, il s'occupa de la réorganisation de la marine, cl s'ac((uitta de celle 
tàcljc avec beaucoup de distinction. Arrêté en 11!).» après la réaction (pii suivit 
l'insurrection de prairial, il resta (lualre mois en i)ris()n, fut alors amnistié 
et nommé par le Directoire ('onsul <'i Alger, puis à Suïyine, en 1T.)8. Lors de 
la rupture des Tuics avec la Franche, il fut emprisonné, et passa trois ans en 
captivité, jus<|u'au 15 septembre; 1801. Honaparlc le nomma, le 20 décembre 
1801, préfet du Mont-Tonnerre, et lui confia jusiju'en se[)tembre 1802 le poste 
de corumissaii-e des rjuatre départements de la l'ive gaucbe du Mliin. ()uand 
celle cliargc lui eût été retirée, il continua jusqu'à sa mort à exercer les fonc- 
tions de préfet du Mont-Tonnerre. 



94 



DOCUMENTS 



tante à Mayençe et demande à Marron de seconder ses 
efforts. Il lui fait part en même temps de ses idées, très 
justes, sur l'opportunité d'une union toujours plus étroite 
entre Luthériens et Héformés. 

Saint-André a laissé dans ce pays le souvenir dïin 
administrateur hors ligne. Si son rôle de montagnard 
implacable, pendant la Terreur, peut être jugé avec sévé- 
rité, il ne faut pas oublier les très grands services qu'il 
rendit en réorganisant la marine républicaine. Il avait 
dès lors fait preuve des remarquables qualités d'organi- 
sation, de clairvoyance et de fermeté unie à la modération 
qui devaient distinguer son administration du Mont-Ton- 
nerre. Sans cesse appli([ué à étudier les besoins de son 
département et à en développer la prospérité par tous les 
moyens*, il réussit à se faire* aimer de la population 
annexée, aussi bien catholique que protestante. Et comme 
a pu le dire un de ses récents biographes^ : « Même de 
nos jours, le souvenir de l'ancien conventionnel est con- 
servé par les populations qu'il avait eu mission d'amener 
à la France, qu'il voulait conserver à leur nouvelle pa- 
trie, au bonheur desquelles il avait voué ses dernières 
années et pour lesquelles il est mort'' ». 

I^n effet les premiers militaires français revenus en 
1918 occuper Mayence ont pu constater que la mémoii'e 
de Saint-André n'y était point oubliée, et que le monu- 
ment élevé sur sa tombe* était encore honort' conime 
celui d'un des bienfaiteurs du pays. 

Hippolyte Aurrut. 

i On a dit, mais le fait n'est pas absolument pi-ouvé, que celle sollicitude 
fut même la cause de la demi-disgrâce qui le frappa en 1802, en le privant 
du poste de commissaire général dans les nouveaux déparlemenls de la rive 
g^auche du llliin, tout en lui conservant la [)réfeclure du Mont-Tonnerre. Le 
motif de cette mesure aurait été son initiative d'entreprendre, à l insu du 
gouvernement de lîonaparte. la construction de la belle chaussée qui relie 
iMayent*e à Coblence, en suivant les bords du Rhin, 

2. J. Lévy-Schneider, op. cit., t. II, p, iHU-1120. 

3. 11 succomba victime d'une maladie contagieuse qu il avait contractée 
en soignant les malades jcvcnus de la campagne de IJussie et les habitant- 
de Mayence atteints par la contagion. 

4. 11 se compose d'un génie tenant une torche renversée, qui s'accoude 
sur une urne funéraire. L'inscription gravée sur le socle porte : Sons ce 



DOCUMENTS 



96 



Lettre de Jean Bon Saint- André au pasteur Marron 

Mayence, le 2i germinal, an 10 de la République française, 
une et indivisible fil avril 1802]. 

Le Commissaire général du Gouvernement dans les nouveaux 
Départemens de la rive gauche du llhin. 

.l'ai reçu mon cher et estimable Pasteur (car il faut désor- 
mais vous reconnaître en la qualité que la loi vous donne), j'ai 

monument, simple comme lui, au milieu de ceux qu'il chérissait, dans iasiie 
consacré par ses soins et sous son administration, repose J. B. Baron de Saint- 
André, préfet du département Mont-Tonnerre, officier de la I.éqion d'hon- 
neur, mort le 10 décembre 1fiU^[lhill., s;{). Ainsi rédinée, colle cjiilaphc 

rappelle bien el les inériles Irès l'tiels île radiniiiistrateur el les petites fai- 
l)lesses (le I cxconventioniiel. Ce litre de haron, dont il aimait à se parer, lui 
avait été accordé le 'J janvier 1810 : il l'avait sollicité. Curieuse contradiction 
ctiez l'ancien régicide, le Montagnard intraitable qui avait combattu avec 
acharnement la noblesse et réclamé l'abolition de toutes les distinctions. 
Malgré son ralliement au régime de Napoléon et son désir de partager les 
honneurs nouveaux, il ne renia pourtant jamais son passé et ses opinions 
i-épublicaines. 

1. Paul-Henri Marron, né à î^cyde le 12 avril n."ii, mort du choléra à l\u'is 
le .30 juillet 1832, fut destiné à la théologie jtar son père, pharmacien à Loyde, 
descendant de réfugiés français de Saint-Paul-Trois-Ch.Ueaux. Il éludii à 
l'Académie de Leyde, et fut nommé pasteur à Dordrecht, en 117(1; il y demeura 
jusqu'en 1782. La protection du Grand Pensionnaire van HIciswyk lui lit 
obtenir alors la place de chapelain de l'ambassade de Hollande à Paris, l'.n 
n<S9, pour avoir blàtïié l'invasion et la conduite des Prussiens en llollai\de, 
il allait être enveloppé dans la disgr.ice du [>arli patriote lu)llan(lais, el privé 
de son posie, (juand Uabaut-Saint-lUiennc le lit agi rtM- pour pasieur par les 
prolestants di^ l\iris. Pendant la Terreur, bien qu il ail afiiclié des o[»inions 
jacobines, il fut à diverses reprises arrêté, puis relâché. Arrêté de nouveau le 
7 juin 17!)i, il n'écha[)pa à la mort (jtie gr.'ice au !) thermidor. Ne pcui- 
vant plus e.xercer pubiiipuMiient son ministère, il en remplil en parliculier 
les devoirs avec le plus grand dévouement. En l'an X, il fut confirmé dans 
sa place (hi pasteur à Paris, et en l'an XI on lui adjoignit deux collèf.;ues; il 
conserva ses fonctions pasloi ah\'- jusqu'à sa mort, et présida le ('onsisloire 
de l'Eglise lêformée de Paiis. Il a laissé la réputation d'un pasteni' /élé et 
fort chai'ilable. ((]f. Ijt l'rance protestante, des frères llaag, N'Il, p. 2S;i-2S6.) 

Manon a beauc()U[) ()ul)lié, une qu.aulilé d'articles, et d'innombrables 
[)0ésies de circonstaïu'e, la plupart en vers latins, destinés à cclébrei les 
événements notables de tous les guiivernenu'nts sous lesquels il a vécu. 

Il semble (pi on {)uisse lui attribuer un opuscule l elalantles excès commib 
l)ar les arniées prussi(;nncs en Hollande, intéressant à ce titre (pi on le dirait 
écrit d hier, et qu'il montre (|iuî les muMirsde la soldales(pie allemande n'ont 
jamais varié. Invasion du j)ays sous un prétexte ci'éé expr('s, massacres de 
la [)o[)ulation civile, [»illages, voilures et fourgons des officiels remplis du 
butin et surtout de l aigenlei ie des localilês occupées, mauvais traitements 
des |nisonniers de guerre, rien n'y manipie. Il est inliliilé : l^es l'russiens 
dénoncés à t' Europe, jtar une Société de téinoins et de victimes de leur inna- 
sion dans la prorince de Hollande. A Paris, chez (iiieffcr jemu\ libraire. 
•MDCGLXXXIX, in-80, 107 pages (cf. Bull., 1919, 8;i). 



96 



DOCUMENTS 



reçu votre lellre du 11 de ce mois. Vous me parlez de Thére- 
min et vous voulez m'eugager à lui faire obtenii' la sous-pré- 
lecture des Deux-Ponts, vacante, nie dites-vous, par la mort du 
titulaire. Assurément, je suis très disposé à faire quelque chose 
pour le cit. Théremin, et à lui prouver le prix de votre recom- 
mandation. Mais il y a ici une difficulté, c'est que le sous- 
préfet des Deux-Ponts n'est pas mort. Cette fausse nouvelle 
semée à Paris, je ne sais comment, m'a été répétée dans dix 
lettres. Et voilà comment on écrit l'histoire chez vous! Thére- 
min m'a écrit directement, et je lui aurais répondu, s'il m'avait 
donné son adresse à Paris. Je ne sais pas môme entièrement la 
vôtre, car j'ai oublié le numéro de votre demeure. 

Je veux pourtant, mon cher Pasteur, vous engager à m'écrire 
quelquefois, surtout dans ces circonstances, où vous pourrez 
sans doute me donner des renseignemens particuliers sur l'es- 
prit et les vues qui 'animent, par rapport au protestantisme, le 
magistrat chargé des affaires ecclésiastiques. 

Obligé de faire exécuter la loi dans ces quatre départemens, 
résolu d'être juste et même bienfaisant envers tous, je n'oublie 
pas pourtant que le principe de mon éducation et ceux de ma 
politique me lient plus particulièrement à l'opinion religieuse la 
plus respectable par sa simplicité, à celle qui donne au gouver- 
nement une garanlie plus assurée de l'obéissance -aux lois, de la 
pratique des vertus morales, et du développement de l'industrie 
et des talens dans tous les genres. 

Les Protestans de Mayence vont me demander un temple. 
Sous le règne des Électeurs, on ne connaissait ici que des moines 
bien vils, et des chapitres très dissolus. Ce qui nous reste de ces 
hommes là ne vaut pas grand chose, à deux ou trois individus 
près. L'établissement d'une Église 'protestante sera utile, et je la 
favoriserai. Peut-être même, quand l'affaire sera officiellement 
engagée, vous prierai-je en leur nom d'être leur avocat plaidant 
auprès du ministre chargé de la feuille des bénéfices. 

Dans le Canton de Simmern (dép* du Rhin-et-Moselle), les 
Luthériens et les Réformés viennent de me donner un de ces 
exemples édifians de concorde qu'il serait si doux de voir se 

1. Il s'agit de Chailes-Guillanme Théremin, descendant d une famille de 
pasteurs français réfugiée à Berlin à la révocation de ledit de Nantes. 
D'abord secrétaire d'ambassade, puis chargé d'affaires de Prusse à Madrid, il 
entra plus tard au service de la France et fut envoyé comme sous-préfet à 
Monaco, puis à Birkenleld. 11 remplissait les fonctions de consul général à 
Leipzig, à la chute de l'Empii e. Louis XVI H le nomma sous-préfet à Savenay, 
mais il fut destitué pendant les Gent-Jours. Il est mort à Worms, laissant 
trois fils qui ont tous trois servi sous le drapeau français. Charles-Guillaume 
Théremin a publié plusieurs ouvrages de droit international, administratif et 
d'histoire. (Cf. La France protestante des frères Ilaag, IX, 368.) 



DOCUMENTS 



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renouvohîr et s'élondrc i)artoiil. Par un nccord spontaiK», ils ont 
ét!il)li une administration confiniiine, lant au spirituel ((u'au 
temporel, et sans touciier aux arlicles de leurs conlessions res- 
pectives, ils ont arrêté qu'au besoin le ministère de leurs 
Pasteurs pourrait Tdre utilement em})loyé et reçu par les mem- 
bres des deux communions. Heureux les protestans s'ils saisis- 
saient l'occasion qui s'oiïre à eux d'opérer celte union désirable. 
Sans leur rien prescrire à cet égard, j'ai pourtant regai'dé 
comme un de mes devoirs de répandre dans toutes les l'élises 
des (luati'c départ emens l'acte lionorable de celles de l'arrondis- 
sement de Simmern. avec une lettre de moi, dont le contenu 
analysé se réduit à leur dire : « Voyez, lisez et réllccliissez s'il ne 
vous convient pas d'en faire autant ». 

J'ai pensé, mon cbcr Pasteur, que ces détails pourraient vous 
être agréables. Qui sait même si votre position ne vous four- 
nira pas les moyens d'en tirer paVti pour accroîtrez et propager 
cet esprit de bienveillance fraternelle (jui, s'il est un devoir reli- 
gieux, est aussi la base la plus assiu'ée de l'ordre social. 

Recevez, mon cber Pasteur, l'assurance des sentimens parti- 
liers d'estime et d'attacliement que je vous ai voués. 

Salut et fraternité, 

.leanbon S' Andiu';'. 

I. i/oii-^in.il de cello lellie se Iroiive clins l.i colloclion d'imlit^i;! plies 
forni»jo pni" le b.iron F. de Scliickler. à l.i l{iljlii>tlièi|iic de l.i Société de I liis- 
toire du Pi'otestantisme français. 



Mélanges 



A PROPOS DE L'AFFAIRE ROUX-ROUBEL (\1U^ 

Peu d'événements ont, sem])le-t-il, autant contribué à 
l'octroi d'un état civil régulier aux protestants, que le 
procès Houx-Uouhel qui eut un si grand retentissement, 
et dont les détails, aujourd'hui bien connus', en impres- 
sionnant fortement les esprits, favorisèrent les progrès 
des idées de lolérance : on sait combien Court de Gebelin 
et Rabaut Saint-I^tienne se préoccupèrent de sa solution; 
on connaît la manière dont Voltaire, sollicité d'inter- 
venir, se déroba; on se souvient aussi que seul l'édit de 
Tolérance, mit un lerme à la situation douloureuse de c(^ 
père séparé de ses enfanls. 

Or voici qu'après tant de document^ intéressants déjà 
publiés, tombe sous nos yeux le témoignage non suspect 
d'un catlioliquc.. En même temps qu'il reflète la passion 
anxieuse avec laquelle toute une population suivait les 
débats de cette all'aire, il résume d'une manière assez 
exacte l'instance d'où dépendait la tranquilliti' des pro- 
testants de toute une province et nous fait saisir pourquoi 
tant d'adversaires, froissés dans leurs sentiments, tel 
l'évêque tiecdelièvre, firent preuv(^ d'une attitude si libé- 
rale. 

C'est dans une phupiette de 91 pages in-32-, qu'un cer- 

1. Ch. Dardicr, U)i procès Kcandàleiix a propos (/'un inn)dage licni au 
Déserl. Genève, 1880. Cf. aussi Uulh'lin, t. XXI, p. 8i s(|.: t. XXIIf. p. TiW- 
280 sq.; t. XXXVf, p. 92; t. XLIIl, p. 73!» n. ; t. I., \k WU. 

2. Voyage (le Lanf/uedoc ; Provence et Comlal dWvujnon, pai- Van de Hrandc, 
1714 (à la Bibliothèque municipale de Montpellier^ 



laiii iVl. Van de Hraiidc;, relatant à son ami M. de Kater, 
écnyer à Bordeaux, les incidents qui marquèrent son 
' Voyage de Languedoc, (N'ovence et Comtat d'Avignon » 
en l'année 1771, note ses impressions sur son séjour à 
.\îmes, où il arrive après avoir visité Toulouse, Béziers 
et Montpellier. Il décrit en particulier une assemblée en 
plein air à laquelle il a eu la curiosité d'assister et où il 
|)araît avoir été fort édifié par l'attitude de ses « frères 
séparés » et ajoute le l écit suivant : 

Pondanl mon séjour à Nisiiies, il se plaidait nu Conseil Sou- 
verain' une affaire fort plaisante. Je crois à la faveur des notes 
que j'ai prises, m'en ressouvenir assez pour me hasarder ;\ t'en 
donner connaissance. Il était question d'une demoiselle nommée 
Jeanne Roubel, qui, luiil ans auparavant, avait épousé le sieur 
lioux, riche néi^ociant protestant; et de ce mariage sont issus 
cinq enfanis. Cette jeune dame, jolie et galante, nourrissait une 
inclination, et menait une vie scandaleuse avec un jeune homme 
de la môme ville. Toutes les sollicitations de son mari n'ayant 
pu l'eniiager à rompre cette houleuse liaison, il se vit forcé à 
porter ses plainles aux parenis de sa femme. Celle-ci, qui tient à 
la liberté dont elle fait un si bon usage, craignant d'être ren- 
fermée, a intenté la première un i)rocès à son mari, prétendant 
(}ue son mari'ige ayant été béni au Désert ^ d'après les lois du 
Iloyaume, elle n'est j)oint validement mariée! Klle ose avancer 
sans rougir, (ju'elle n'a jamais été que la concubine de celui qui 
se dit son mari. I^lle conclul de là l'illégitimité des enfants (|ui 
sont venus de cette union illicite. Elle a fait sommer le sieur 
Itoux par une assignation d'exéculer le contrat de mariage, qui 
porte qu'incessamment el ;i la [)remière réquisition des parlies, 

1. M. l)ar(li(M- iiidi(|nr (|U(' le procrs lut jufic devant le l^iôsidial cl (|ue la 
femme fit appel de la décision rendue dcwinl le Conseil siipéiienr. Il seml)le 
que e'est dircelement. au eonlraire, fjuc l'allaire l'ut portée dcvanl ee 
Conseil, et ce que M. Dardier a|)pelle un « ju^'ement » parait n'avoir été 
tpiun ju^enient avant dire droil ([)en?;ion alimenlaire à l.i ftMinne, f^arde 
provisoire des enfanis"», ne préjugcnnl pas du fond. Et ell'eelivemeni, lout 
« oncouri à faire eroire (pic le jupenieni délinilif ne lut jamais lendu, ce qui 
est caraclerisliipu' de la gène ou se trouvaient les niagisli ;ifs ! 

Le Conseil supérieur ou souverain eut une durée é[)liémèrc : il avait été 
' réé pour faire pièce en quelque sorle au Parlenu-nt de Toulouse et se com- 
posait d une (|uiu/,aine de conseillers. 

Aucune trace de ce dossier ne se retrouve d'aillems dans les Archives 
ilépartementales du (lard où onl été rassemblés tous les documents de 
l ancicn palais de justice. 

2. Par le pasteur Pierre Alèfjre, de llernis, en 176."). 



100 



MÉLANGES 



il sera célébré en l'ace de l'Église romaine demandant qu'en cas 
de refus de sa part, il soit condamné à reslituei' Ips 30000 livres 
de dot- qu'il a reçues, avec les intérêts de ladite somme depuis 
le jour du conirat, demandant en outre des dommages et iniérôts 
à raison de son inexécution ^ 

Cette femme hardie, ajoutant l'hypocrisie à la débauche, s'est 
jetée entre les bras du Curé de sa paroisse, à qui elle a fait 
entendre que Dieu, par un eflct admirable de sa grâce, ayant 
changé son cœur, elle brûle du saint désir d'embrasser notre 
religion. Celui-ci, obligé de se fier aux apparences, l'a fait mettre 
aux Religieuses de l'Instruction chrétienne, où elle est encore, 
et d'où elle sort cependant le jour pour vaquer «à ses alï'aires. 

Quoique Tinconduite de cette femme soit publique, elle a le 
front d'avancer — ou son avocat pônr elle — (jue son mari ne l'a 
flétrie aux yeux de la Cour et du public, ne l'a dénoncée comm»' 
infâme et adultère, hypocrite et parjure envers Dieu, (jue poui' la 
rendre plus odieuse et se dispenser de IT'pouser en face de 
l'Kglise. Elle ajoute encore qu'il n'a vomi contre elle tant d'iioi- 
reurs, que par nn délire impie et un excès de zèle pour la reli- 
gion qu'il professe. 

Les lois du Royaume qu'elle invof|ue et plusieurs arrêts 
rendus par dillerenls tribunaux dans le même cas. semblent 
autoriser sa demande. Cependant les juges sont fort embarrassés, 
attendu qu'il y a dans Nismes plus de dix mille mariages de pro- 
testants, même parmi les plus riches, faits au Désert. D'n})rès 
ces considérations, on pense que cette affaire ne sera pas jugée '. 

...Je ne puis résister à l'envie de te rapporter quelques lam- 
beaux d'une re(|uote fort plaisante que l'avocat du mari a 
répandue dans le public et dans laquelle il couvre de ridicule les 
prétentions de cette femme, en paraissant les adopter ' : 

« Supplient très humblement les maris dégoûtés de leurs 
femmes et les femmes ennuyi'^es de h^irs maris : disant que de 
toutes les chaînes sous le poids desquelles les institutions sociales 
IVmt gémir l'humanité, la plus difiicih) à soutenir est sans doute 

1. Chacun sait, en eiïet, que les notaires dans la rédaction des contrats 
de mariage devaient insérer la danse que les parties promettaient de faire 
bénir leur union par l'Église romaine. Et des instructions la leur rappelant, 
furent à diverses reprises transmises à ces ofliciers ministériels, car toutes 
sortes de difficultés étaient nées de son inobservation. Cf. G. Mercier, Lu 
procédure criminelle contre les nouveaux convertie ni pays caslrais. Nou- 
velle Revue 1907. 

2. Les pièces du procès mentionnent 24 000 livres seulement. 

3. 25 000 livres de dommages. 

4. Tontes les allusions des divers documents conlirment ce point. 

5. Cette « He(|uête à Nosseigneurs » fut répandue par une brochure in-]2 
de 11 paî?es que signale M. Dardier. 



MÉLANGES 



101 



celle (lu mariage, lorsque les ileurs qui la couvraient se sont 
llétries, ce qui n'arrive (jue trop souvent... Qu'on verrait le 
nombre des enfants et celui des citoyens heureux se multiplier à 
l inlini si l'amour, qui préside aux mariages, avait aussi le droit 
de les dissoudre et d'en faire contracter de nouveaux; si, chez 
les deux sexes, les faveurs de la beauté étaient toujours le prix 
de la tendresse et jamais le tribut du devoir... Que, sans doute, 
les législateurs éclairés ne larderont pas de rendre à l'humanité 
la plus belle de ses prérogatives, celle de briser les nu'uds que le 
plaisir a formés, sitôt que le i)laisir ne les resserre plus... Qu'en 
observant de ne point faire bénir par un prêlre catholicjue, les 
unions qu'ils contractent, les prolestants se conservent l'heu- 
reuse liberté de repousser bien loin d'eux les épines de l'hymen, 
sitôt qu'ils cessent de trouver des roses à y cueillir... Qu'en pos- 
session d'un élal aussi doux, aussi libre, les protestants voient 
aujourd'hui avec inquiétude un mari lyrarnique contester à sa 
femme le droit de secouer un jôug qui i)ése à son inconstance, 
comme si, au contraire, elle ne méritai! pas les plus grands 
éloges pour avoir attendu plus de huit ans à jouir de sa liberté, 
comme si cinq enfants n'avaient pas acquitté pleinement le tribut 
que la fécondité doit payer à la Patrie... Que si des préjugés 
d'éducation, si une mauvaise honte retiennent à présent plus 
d'un volage, bientôt, encouragés par le succès d'une femme 
moins timide, des milliers d'époux viendiont en foule vous 
apporter leur chaînes à briser o[ vous goùtei ez à chaque instani 
le doux plaisir de rendre à l'amour les sujets que l'hymen enh^- 
vail il son empire... Que ceux, doue, d'entre les protestants de 
l'un et l'autre sexe qui se (jualilient de maris et de fenunes, ne 
seront tenus de vivre ensembh^ qu'autant ([u'ils eontinueront de 
se convenir, saut à celui dont la constance sera prouvée à se 
pourvoir en dédommagement contre l'inlidèle dont il aura juste- 
menl à se plaiiidi'c »... 



p.-i:. II. 



SÉANCES DU COMITE 



:>.; mars l'J'JO 

Assislciit à la séance sous la présidence de M. Frank Puaiix, 
MM. Cornélis de Wilt, A. F^ods, ,j. Pannier, A. Valos, M. Vernes, 
J. Yiénot et N. Weiss. M. E. Chaloney se lait excuser. 

Après la lecture et l'adoption du procès-verbal delà dernière, 
séance, le président revient sur l'invitation qui lui a été renou- 
velée ainsi qu'au vice-président et au secrétaire, d'assister à 
Charleston dans la Caroline du Sud, à l'assemblée générale de la 
Société luiguenote et à la commémoration du quatrième cente- 
naire de la naissance de Coligny auquel sont dus les premiers 
essais de colonisation française au Brésil et dans l'Amérique du 
Sud. Nous avons dû renouveler nos regrets de ne pouvoir 
répondre par la présence de l'un d'entre nous, à cette invitation. 
Mais le secrétaire lâchera d'envoyer à M. le pasteur Vurpillol, 
sur les services rendus par Coligny à la France, une note qui 
pourra être traduite et insérée dans le Bulletin de la Société 
huguenote de Charleston. Le président dépose ensuite, de la part 
de M'"*' Bonet-Maury, un titre de 12 francs de rente 3 p. 100 en 
souvenir de notre regretté collègue — et une somme de 4-000 fr., 
part d'une somme de 10000 francs envoyée par le I)'' Macferland 
de la part des Fglises presbytériennes de l'Amérique du Nord, en 
souvenir de sa visite à la Bibliothèque et au musée du Désert. 

Il signale ensuite, dans un catalogue d'autographes anglais 
{Maggs /h-os, 34 85 Conduit Sireet, London AV. n° 388)— n" 210 la 
lettre que Coligny adressa, de Caen, le 12 mars 1502, ancienstyle, 
c'est-à-dire 1563, à Calherine du Médicis, au sujet de l'assassinat 
de François de Cuise par Poltrot de Méré. Le catalogue donne de 
cette leltre une traduction qui confirme tout ce que l'amiral lit 
imprimer dans sa réponse h ceux ([ni l'accusaient d'avoir pro- 
voqué cet assassinat (Cf. UlOO, 653 et 1911-15,379). Le même 
catalogue renferme aussi 203, une intéressante lettre française 
d'Elisabeth à Henri IV. Malheureusement les prix auxquels sont 
cotés ces autographes nous interdisent même de songer à les 
acquérir. Enfin, le président dit qu'il a reçu de M. E. Hugues une 



( ; 1 1 n 0 xM Q L E J J T T ÉRXm K 



généalogie de la lamille Clemenceau. J.e secrétaire attire Tatten- 
lion sur une biographie de Samuel Hevnard dont tous les docu- 
ments sans exception ont élé eni})runtés au dossier qu'avait 
lorméjadisM. Charles Kead, provenance qu'on s'est bien garde 
d'indiijuer 11 signnle aussi un article du Figaro laissant entendre 
([u'au xvTi^ siècle les nouveaux riches c'étaient les huguenots — 
article auquel il sera répondu dans le Ihillctin, el, dans un recueil 
d'autographes de la colleclion de 7 voussures publié en l!n2, 
(pielques lettres de l abbé Begault sur les Caiuha7'ds. A propos 
du Bulletin, après une nouvelle discussion, le prix de l'abonne- 
ment est fixé à 10 et 15 francs au lieu de (> et 10. 

Bibliothèque. — Le président dépose des plaquettes en bronze 
représerdant MM. Gabriel Mouod cl Maurice Faure çX le secr(Haire 
une médaille rrapj)ée à Philadelphie pour le quatrième centenaire 
de la lléformation. Il a pu aussi accjuérir à très bon compte un 
exemplaire ieli6,étal de neuf, de rimporlante encycloi)édie alle- 
mande ô'Alherl llaucL 1i volumes in-S" f 1 80(5-1 01 :^). 



CJlllONIQUE LU I lîllAlIlE 

ET COMPTES RENDUS CRlTiOUES 



Un siècle de l'Église de France, 1800-1900, par Mgr Bai naud, 
ancien recteur de l'Université catholique de Lille. 16* mille. 
Paris, J. de Gigord, 1010. (îr. in-S^ vhi-o:58 }). 

Aumouïentoù la (piestion des relations de notre llépubli(|uc 
avec le V^atican redevieni d'une brûlante aciualilé, il n'est point 
mauvais que nous, Piotestanls, sachions dans (juel état d"esi)ri( 
se trouvent encore nombi'c d(^ calh()li(|uos, à en jugei' par le 
succès du livre dont ikuis v(!nons de transcrire \c litre. 

La première édition date de 1901 ; le seizième mille, lire 
en lOiO, semble la reproduire sans le moindre changement de 
fond ni de forme '. 

Notons, pour commencer, (ju(i des rapporis, lantcM corrects, 
tantôt hostiles, entre l'Eglise catholique et l'i'^glise réformée, il 
n'est pas soufflé mot, comme si c'était chose naturellement 
négligeable. Des polèmi(|ues parfois fort vives, fort passionnét^s 



1. Mgr. Uannard n os! < opc(i<lanl dccrdé qu'au cours de l'année passer 



104 



CimOiNlQUE LITTÉRAIRE 



même, (|ui eurent lieu d'un camp à Tautrc, pas le moindre 
ra|)pel. Des infiltrations protestantes dans la théologie catholique 
des cinquante dernières années du dernier siècle, il n'est pas 
même question. Pas la moindre allusion non plus aux essais de 
rapprochement tentés par quelques bonnes âmes sur le terrain 
moral et social. Du reste, l'auteur n'exprime nulle part des sen- 
timents personnels vis-à-vis des « frères sépares », ce qui laisse 
croire qu'il les redoute plus qu'il ne les aime. Cependant Ben- 
jamin Constant, si dénué de consistance relijxieuse et morale, 
nous est présenté comme l'une des personnalités du protestan- 
tisme français sous le Premier empire. De même, Edmond 
Scherer; sous le Second Guizot apparaît deux lois, avec sym- 
pathie, Edmond de Pressensé une fois, comme sénateur, ce qu'il 
n'était cependant, pas encore en 1865, quand il publia sa Vie de 
Jésus. Ni Alex. Vinet, ni Adolphe Monod, ni Eug. Bersier, ni 
Ath. Coquerel ne sont même nommés. 

Disons-le tout de suite : s'il a désiré « faire œuvre de prêtre 
et d'historien », Mgr Baunard abonde surtout dans le premier 
sens et nous présente à beaucoup d'égards un livre d'édification 
par l'exposé triomphant des incontestables progrès accomplis 
et des grands gains obtenus par l'Eglise de France et la f^apauté 
depuis 1801. — Un véritable historien se serait demandé 
s'il n'y avait pas eu, pour Tune et pour l'autre, des défaites qui 
méritaient d'être enregistrées. Tout au contraire, l'auteur atténue 
ces défaites ou même les passe sous silence, ce qui semble d'une 
probité douteuse. Ainsi, racontant le sacre de Napoléon par 
Pie VU, il se garde bien de rappeler que l'empereur saisit lui-même 
sur l'autel la couronne, pour ne pas la recevoir des mains du 
pape. H attribue à la Bestauration le mérite d'avoir rouvert aux 
Jésuites les portes de la France, tout en sachant bien qu'ils 
étaient rentrés dès le Premier empire, sous le nom de Pères 
de la foi, pour y renouer leurs intrigues et préparer l'avenir. 
Il ne fait point la moindre allusion à la campagne vigoureuse 
que mena contre eux un catholique de marque, le coinle 
de Montlosier, et plus tard, sous une autre forme un penseur 
comme Bordas-Demoulins. H réduit à peu do chose l'opposition 
irréductible qui existait entre Yeuillot et Montalembert et les 
profondes divergences qui existaient sur maintes questions au 
sein de l'êpiscoiiat français. A bon droit il nous dénonce en 
Benjamin Constant (dont il méconnaît la valeur intellectuelle) 
un homme sans consistance morale, mais il grandit Chateau- 
briand au delà de toute justice quand il écrit fp. 74) : « Il se 
rendit à Dieu tout entier, de toute son âme, pour toute sa vie ». 
Tel uT'tail [)oint l'avis de Jules Lemaître (|ui nous a montré, il y 
quelques années, jusqu'où était descendu le noble vicomte sur 



CIIHOMUUK IJTTF.KAinK 105 

la poule izlissanlo du libcil iiiaj^e ol de l'i nili IVei cuce i ciij^'KMisf . 
î{a|)|)(danl le lorinidahle coiij) dictai pai- l(Mjuel, eu ISOl.à la 
sLiiii;esl ion de Na{)()lé<)ii, Tie VI! exilée;! la d(Mnission d"inie (;e;i- 
laiiie d'(''vê(nies réi^iilieriMnonl iusiiliK'îs, « pour riimnlo, s'il y 
avîiil lieu, ôti'e reu lus a leurs auci(uis sièges ou pioiuus à des 
sièges nouveaux » sur la préseidal ion du pF-emier (lousiil, noir(» 
auteur ajoule, avec un(^ iueouseieuee qui Irôle rabs(uiee de sens 
moral : « les lrenle-ciu(i ipii rdiisèreul |de donner leur déini-- 
sion] se virent retirer leurs jxuiNoii's par l'aulorile ai)osloli(|ur. 
Les réclamations toml)èr(>nl, car la proleslalion scliismaliiine 
de ce (|u'on api)ela « la P(dil(> l'^.^lise » nf ronip'c j'as ■ ip. 10 . 
— [*ai'lanl des (dïoris lails [)ar le Second empirv" pour niaiiilei! ir 
Pie, IX dans ses Étals, Mgr Haunaid eu cApliipie rf'^cliec par la 
perlidie de Napoléon lll. Ue Cavoui- el de sou iulassahie xolouU' 
à atteindre le but (pTil s'était assigné, il n esl i)as méni<' (pu^slion 
parmi les causes ellici(Uiles (ie la chute du pouvoii' lempnrel. 

Nous pour'rioiis iiudtiplier ces exemples t l laiic éial des juge- 
ments (jue porte 1 auteur snr une l'oule d lioruuu's (|ui u"oul })oiul 
ses syiupalbii^s ou d'événements qui lui paiaisseid. gf'uanls. Il se 
laisse dominer en tout j)ar son point de vue net l(unent ulli arncui- 
tain, et c'est à ce critère qu'il mesur i^ toutes cbos(>s. 

,lVIais jusiemeid c'est par là (pi il nous intcu'esse j)uis(ju"il 
traduit l'étal d>sj)rit d'un gi()U[)e de politiciens d"l\irlis(> avi'c 
lescpiels la llépii bli((ue d(nia pcuInMre "ompler avani piui de 
temps. Demamions-lui donc (pnds soni au viai ses siMilimenls <d 
ses idées dans la gi'(jsse (jiK^stion des icdalioiis luîmes eniri* les 
deux pouvoirs. 

Sui' le chef de la partici|)ation d(^s laï(|U(>s à la (bdense du 
cliristianisuH', Mgi- Haunarri n'a point {\o parti-pris absolu. 11 est 
l'aAOïable (juîrnd les laï(jues se subordonnent au (dergé ; dél'axo- 
rable (pumd ils tout mine de s"(Mi atVraïudni'. Tenons p(uii' certain 
qu'il a vu d un très mauvais oui raiiitation cr(''('e par le « Silbui •> 
cl son essai de di'UH.'crat i(; (dirétienne. 

M n'a [)oint de préléreru'i! non plus, al'lirme-t-il , p(Uii' telle ou 
telle lorme de gouverneuKjiil p(diti(|ii(^ et blâme \o (".bu'ge et 
Louis Veuilloi d'avoir si hàlivenu'nl piis lait v\ cause p(un' le 
régne issu du "2 déccunbi'e (p. hili. S'esl-il senli aussi s(''vei'e 
pour l'appui donm'' |>ai' ce im-me (]lei i:(' aux bomnu'S du i et du 
l() mai? C'est ce dont nous douions. 

Il se met la main devant les veux poui- ne point voir la per- 
p('luite de l'espi it du wiir' siè(de, sous des tormes assagies, (lans 
la société laupuMlu Il m* c(Mnpr(U)d pas eiu'ore (|ue, pour 

un (dirétien digne de ce nom. les \'ir (le Jrsns de SIrauss et d(î 
Renan sont des [»roduils (|u"il tant tolérer, de la jx'usée et d(> la 

Avril -Juin 1920. 8 



106 



crmoMouK littéraîiîe 



science non clirétiennes, sans revendiquer i)our les doctrines 
traditionnelles de l'Église la protection de ]'I^]lal. 

Pour l'ancien recteur des facultés cnftioli'iucs de Lille, la 
France se manifeste da»is l'histoire- comme « le soldat de Dieu » 
l)ar Clovis, Charloinagne, saint Louis, Jeanne d'Arc, {)arce que, 
j^rilce à eux, elle a mis sa vaillance fjuerrv'.re au service de 
ri^^dise. Depuis Jeanne d'Arc, le soldat de Dieu s'est dérobé, 
sans qu'on nous explique pouiquoi. — La France es! la nation 
« élue » enti'c toutes pour faire rogner le catholicisme. C'est là 
une premièie forme de la prétention que l'Allemagne a élevée 
pour d'autres desseins, il y a |)eu de temps, et que nous lui 
avorjs si jusiemeni repro< lié(\ L'aut(Uir ne nous dit jxunt quel 
est, dans récounuiie générale de la Providence, le rôle particu- 
lier réservé à rEsi)agne, à l'Italie, à l'Autriche, qui ont tant fait 
cependant pour la sauvegarde du catholicisme. Il y a dans cette 
suréminence qu'il attribue à la France de quoi les induire à 
jalousie et à protestation. 

D'autre part, Mgr. Baunard nous affirme que l'Église catho- 
lique est à da tête de toutes les grandes initiatives sociales. 
A preuve, les encycliques Nobilissima Gallorura gens qui est 
de iSSi, Immo?'t nie Dei opus qui est de 1885, Rerum novarum qui 
est de 1891, c'est à-dire qui suivent de près d'un siècle l'éclo- 
sion des besoins auxquels elles apportent un remède. . 

"Xe gallicanisnîe est une peste presque égale au jansénisme et 
au protestaMismç. Il n'y a de recommandable dans, le passé, il 
n'y a debon dàns le présent, il n'y a de salutaire pour l'avenir 
que l'ultramontanisme sous toutes ses formes, avec le Syllabus 
pour programmé et le souverain pontife pour interprète. 

Notre historien s'indigne à bon droit du formidable déchaî- 
nement des pouvoirs républicains contre l'Église depuis 1880, 
qui en effet dépassa si souvent ce qu'eussent demandé la sagesse 
politique, la. priidehce sociale, l'esprit de liberté et de justice. 
Mais il ne songe pas un instant à battre la coulpe en dénonçant 
l'erreur des politiciens de droite qui, dès 1871, se placèrent réso- 
lument sur le terrain anticonstitutionnel et menèrent contre la 
Réj)ublique une guerre sans merci. 

A meilleur droit il s'élève contre la décadence morale et reli- 
gieuse des générations nouvelles qui, depuis bientôt un demi- 
siècle, se sont soustraites aux enseignements et aux directions de 
l'Église. Mais l'attitude générale du Clergé à l'égard de la démo- 
cratie — attitude si différente en 1871 et années suivantes de ce 
qu'elle est aujourd'hui, — n'est-elle donc pour rien dans la 
défiance dont ces géné|:'alions ont poursuivi le catholicisme et 
par contre-coup toute religion et toute morale chrétienne? 

Si nous devions relever ici tous les torts de c^ gros livre, 



cil W 0 N 1 0 UE L ri TÉ R AIRE 



107 



''oiilcs SOS faiblesses, toutes ses injustices, ses Iciidnnces aiitihis- 
tori(|iii'S et sa I li(''ol()i;ie l'oncièremenl relardalaire, nous serions 
amené àd'aulies sévc'rilés (Micore. Gontenlons-noiis de regretter 
(|u'il ail Irouvt; tant df lecteurs dans le inoiule callmliqu*^ et justi- 
♦ioiis par là l'attention (|U(î nous avons cru devoir lui prêter dans 
uiu^ IV'vne sérieuse. 

Ainsi doue, par la plume de M<:r' Hauuard le (llerué n'avoue 
aucun de ses torts. Pai' contre il maintient hou nouibre de ses 
[)r(Henli(Uis au nom du '< dr(»it divin ». l'éid ou sup[)os('\ qu'il 
lopréscnle ; au nom de la transcendance de rKiilist^ catlioli(pie, 
au nom do rinlaillibilili'^ de S(m clud". ('ouiummiI ri'llal modtune 
(jui ne connaît i\\\o If « dioit luiitiain », celui (pii s'i'dabore daus 
les ambassades, dans les universités, dans les académies, pour- 
nail-il tiégocier utilement i^t durablement avec nu paiteuaire (pii 
s'attribue de si sui'émiuentes prér ogatives ? Qui ne voit l'anti- 
noQiie qui existe eutre les deux conciq)tious et qui ne comprend 
que, quand les deux pouvoirs veulent traiter de gré à gré, il faut 
pourtant bien que ce soit d'égal à égal? La paix avec le Clergé, 
nous ne l'aurons définitivement que quand il se sera résigné à ne 
plus parler en conducteur providentiel des gouvernements et des 
peuples, mais à discuter un « Concordat de la séparation » sur la 
base du droit tout court. Le livre' que nous venons d'examiner 
ne semble malheureusement pas l'induire h tant de sagesse. Peut- 
être cependant les considérations de politique réalistr» auront- 
ell^s plus de poids que les tradition-s dù passé dans les procihaines 
délibérations du Vatican. 

L. A. . 



La Colonie germanique de Bordeaux. 

Cette Élude historique, juridii/ur, slnlistiqup. (>cotii)m ')(jiu' ^ de 
M. Alfred litu'oux, aichiviste honoraire, mérite amplement les 
épithotes (jui, dès le titre, en annoncent la riclu; diversitt'^ et les 
faces multiples. En effet, l'auteur a su, sans faire de cho(juanles 
digressions, rattacher à son sujet les questions les i)lus variées 
et les plus actuelles, telles que celle du pangermanisme. C'est 
dire que non seulement l'historien proprement dit, mais aussi 
l'etlmologue, le sociologue, le^ folkloriste, le linguiste et même 
le musicien et le commerçant ^ pourront y glaner des faits et des 
remarques intéressant leur spécialité. La nôtre trouvera son 

1. IVaprès les sources allemandes et françaises (Bordeaux, Kerot, 1918 
XII-63Ô p.) en 2 tomes : I, de 1462 ;i 1870, II, de 1871 à 1914. 

2. Surtout le négociant en vins et le viticulteur. 



lOS 



CIIIÎONIOUE LITTÉnAlHK 



coiiiptodës le 1''' ch;ipilre i)ar les .'illusions qu'il iail, ;i la Uéforme, 
aux ^uei res de lleli^ioii, aux effels de la llévocalioii. \jO ^i" cmi- 
' Iribue à éclairer la situation léi^ale des piotestaiils élranj^ers au 
■wiii'' siècle ((). 122), le rôle des Frères nioraves dans notre 
pays, la fondation en IShT de la Mission luthérienne (Mi laveur 
des marins îilleniauds et. Scandinaves (p. ''27). Mais c'est surloul 
le '2*' toine (Pendant l'I^Aitre-deux guerres) (|ui nous olViira une 
abondante moisson, particulièrement le chapitre VII qui est 
pres(jue tout entier consacré à la conununauté protestante, dont 
la « Société civile » demeure i)ropriétair (! du temple rous^ert en 
juin 1873. Les traits ossenticds de l'hisloiri^ externe de cette 
petile K^lisc pendant les 50 années de son pxislence sont résumés 
en ces tei ines (p. 397). « h^réquenle contusion du pouvoir temporel 
et du pouvoir spirituel, renonciation à l'indépendance tradition- 
nelle et acceptation de la tutelle de l'Ëlat ». Les pasteurs furent : 
M. 0. Striedter, de nationalité russe, « qui avait été atlaché pen- 
dant (jnehiue tenjps <à la paroisse des Billettes », membre des 
Parères moiav(^s et qui ne resta qu'un an. Son successeur, M. l^in- 
denbein, né à Stassfurt, resta '28 ans et publin en des 
es<|uisses sur la société franrais(' sous ce liti »^ : A ii.if/rr Gascogne, 
Der hhrr Nnchhar znr Rpj-IUpm. Son pastoral fut marcpié par 
l'abandfui de la Mission dite des njarins (»t par une «grande pros- 
péi'ité matérielle accompagnée d'une sensible dimituilion dans la 
fré(|uentalion du ( ulle. M. B;eumler, de Munich, se montra très 
a<*tif, fonda un home allemand et une conférence annuelle des 
pasteurs t*l vicaires allemands de h'rauce, mais entra en conlHt 
avec le Conseil de l'I^glisf' et se retira après cinq ans (1!)07). 
M. Conrad . de Fribourg en Silésio, quitta Boideaux pour Biele- 
feld eu juin 19U. laissant eu manuscrit une Histoire de son 
Fglise jus(iu'en l!U)7, histoire (ju'il avait déjà esquissée dans son 
Jahreshp.richt de 1909. Vingt-deux candidats demandèrent sa place : 
l'élu, i)asteur allemand d(^ Halatz, ne put plus rejoindre son poste. 

Voilà pour ce qui concerne diieclement notre Ihilletiii. Le 
reste, où nous ne pouvons nous attarder ici, est. nous le réi)é- 
lons, très intéressant et de portée li'ès générale. Le lecteur qui y 
consacrera quelques heures ne b^s regrettera pas. L'auteur a su 
admirablement rattacher son petit sujet au grand courant de 
l'histoire générale; il s'est révélé historien dans toute l'acception 
du terme. 

Pour ne pas grossir démesurément son tome II, il a judicieu- 
semerU supprimé l'Appendice III qui devait donner les Docu- 
ments relatifs à la Colonie de 1769 à 191 i. Ils paraîtront (ou ont 
pai'u) au tome LU des Archines historiques dé la Gironde, dont le 
tome précédent en a déjà livré un certain nombre. 

Un Index des noms propres facilitera beaucoup l'utilisation de 



CHRONIQUE LITTÉHAIIiK 



109 



oiivrai<e, qui a soiivfiiil l'oc^^asion, dans son l'écil, de pré- 
senter des oxeni[)les à suivre aux Français, notamnaent « ù 
rÔLi^ard d(^ leurs coinpah'iotes disséminés dans le inonde » 
'p. noie 1). 

P. lip^ne 9 d'en bas, lire sachions. — P. |;{,S, ponrijuoi 
Doi'otluMi doit-elle r(^pré'senler réNMnenl latin vis-à-vis du 
niain Ilerrnann? llien n'autorise une U^.lle inler(»i(Mal ion. — 
P. I5i, Kréd(^rie It n y peut êtie qu(^ Tenipereur Holienslaiil'en ; 
il aurait été bon de prévenir, la plupai t des lecteurs ne voyant 
dans Frédéi ic II que le giand roi de Prusse. — P 55 5, ce n'est 
pas à Kebl, mîiis à l^àle qu'on lit des l onds dans les eaux du Kliin 
pour inaïquer l'occupation de Slrasi)onrJ^^ A K(dil. c'était inulile, 
|)uis(pron ('lait sui" place. — P. l'oHensive \'u\idri)\iiinlf des 

troupes (Vanco-brilannique, en avril 1917, semble une amcre 
ironie. 

Tu. Scu. 



La Saint-Barthélemy. Les événements de Rome 
et la préméditation du massacre. 

En i!)14, le lînllrJin a reproduit, p. une note de la Ucviir 
d'histoire moderne siiznalant une- comniunication faile par 
M. Lucien llomier, sur ce sujet, à rAcacb'inie des Insciiplions 
et r^elles-Lel Ires en 191,'). File (b'unonlrait, en rnpprocbant les uns 
des autres divei's docunients, en partie inédits, (pic le massacre 
avait été annoncé trois mois à l'avance |>ar le caidinal Cbarles de 
Lorraine. M. Noël Valois dont on se rappelle l'elnde cb^slinée à 
réduire le massacre de Vassy aux proportions d'un vul^aii'c tait- 
divers roîiement exagéré (IhilL, 1914-1915, HSO ss.) contesta la 
valeur de ces documents et en ainion(;u même nut^ léliitalion. Il 
mourut, malbeureusement, avant d'avoir j)U tenir cette pin- 
messe, et M. Romier s'est decidt' à [uibli( r sou travail dans la 
Hemœ du vvr" siècle (1911^, 5"i9-5(i()i oii jv n'ai ipu en prendre 
connaissance ipie tout récemment. 

Après avoir raconti'* avec (juel entliousiasine la Ini^ubiw^ nou- 
velle l'ut accueillie à Home pai' (iréuoii-e Mil declaiant (|ue « cest 
('événement luy a esté plus ai^reable (juc; ciiKiuanle victoires sem- 
blables à celle de Lépante », M. Romier nous dit (jue la première 
personne inlormée à Rome, le H septembre 157^2, par un secré- 
taire qui avait (piitt('', le "2^ août, M. de Maïub^lot, iionverneur de 
Lyon, fut le cardinal de Lorraine. (Vest lui (jiii accomi>agna 
M. de Jou, commandeur de Saint-Antoine^ et rjimbassadeui' de 
Krauce au palais de Saint-Marc, pour transmettre au pape la nou- 
velle (|ui venait d'arriver. (Iréi^oiiM^ Xlll lit remettre cent, d'autres 



tio 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



disent même mille écus au courrier « et voulut ordonner incon- 
tinent des feux de joie ». 

Charles de Lorraine était arrivé à Rome le 13 juin 157^ et il 
résulte de plusieurs lémoigMnij;es que cite M. Romier que dès cette 
époque il avait prédit à quel(|ues inlimes le meurtre de Coligny et 
des chefs huguenots à l'occasion des noces du roi de Navarre. tJn 
de ces quatre témoif^nages se trouve dans la première édition de 
Lo stratagerna... de Camille Capilu{)i, la célèbre relation qui i)arut 
à Rome le 18 septembre 1572, donc dix jours après la procession, 
qui p^loritia le massacre et dont \{\ Bulletin a publié jadis le pro- 
gramme (1890. 411). On y lit, efi ell'et, ces lignes qui ne furent pas 
reproduites dans l'édilioii de 1574- 

Monseigneur le CHrdiiial de Kori-aine, peu de jours ajirès son arrkce 
à Rome, parlant avec le cardinal Serinoneta des affaires de France, lui 
dit qu'il attendait d'un jour à l'anlre, une nouvelle semblable à celle 
qui est venue deftuis. i.e même cardinal de biniaine, lorsqu'arriva le 
premier gentilhomme qu'avait dépêché le duc d'Aumale pour lui 
rendre compte de cet événement, Tinterrogea sur l'exécution de tant 
de faits particuliers (|ue ceux qui assistèrent à l'entretien, virent bien 
qu'il était très informé du plan de tout le stratagème et de ce qui se 
devait faire. 

M. Romier voit la conlirmatioii de ce texte et de ceux qui le 
corroborent dans le lait (|ue, dès qu'il su! la nomination de Gré- 
goire Xni, le 25 mai 1572, le cardinal s'étail hâté de se rendre à 
Ronje, sans mandat ol'liciel, avec une suite nombreuse et que, dès 
la lin d'avril il avait lail i)artir |)Our le Levant son neveu le mar- 
quis du Mainci, fi èie cadet du duc de Cuise. A Venise, le 6 juin, 
alors (|ue, grâce à Coligny. la guerre menaçait d'éclater contî^e 
Philippe H aux Ï^ays-Bas, ce jeune homme répondit aux questions 
qu'on lui posait : c II peut se faire que beaucoup de catholiques 
refusent de preiidre les armes dans cette guei r e parce qu'on pré- 
voit que Ions les huguenots la dirigeront; pour cette raison mes 
oncles et mon frèie désirent (jue je sois forcé de servir sous 
l'un de ces chefs hugnenols ou de me dérober à mon devoir n. 
M. Roniier conclut de cet aveu rap[)roclié de l'abandon de la poli- 
\'n\ne calholi(iue par le mariage de Marguerite, l'alliance avec Eli- 
sabeth et Tappui domu'. aux huguenots des Pays-Bas, (|ue, dès le 
mois d'avril 1572 les Guises |)réparèrenl le complot dont le dm*. 
d'Aumale, le duc de (îuise et le dnc d'Anjou fui ent les principaux 
complices. L'attitude équivoque du cardinal à Home où il contre- 
carra plus ou moins ouvertement la politique de l'ambassadeur de 
France, confirme ces conclusions. 

1. Sans doute parce que l'approbation sur laquelle on comptait ne fut pas 
aussi unanime, dans le monde cattiolique, qu'à liome. 



HORRKSI'ONDANGE 



111 



Elles soinl)l(Mil rnetire liois (l(^ causf^ Callieriiie de Médicis, 
mais on sait par ailleurs (jiie la l'oiiio-mère s tiail depuis lon^- 
l(Mii[>s faniiliarisée avec Tidée de se débarrasser par l'assassinat 
des principaux chefs hu^i^uenots ' et (pi'elle y élait encoura^^ée tant 
par les a\is d'I']spai:ne ipie ceux du pape Pie V. Mali;ré l abun- 
daiice et la jjrécisiun des témoign;iges, ou discutera sans doute 
encore longtemps sur la date où [)rir(Mit délinilivenient corps des 
intentions et des piojels qu'on ne peut plus nier ou uietire en 
doute. 11 faut, en etï'el, mal coiniaitre celte épo(juc troublée pour 
s'imagiuei- que ceux (}ui n'y obéissaient (ju'à leur intérêt ou à 
leur ambition, aient eu le moindre scrupule à recourir à l'assas- 
sinat. Lorsque, d'autre part, on étudie d'un peu i)iès le dévelop- 
pement de la guerre civile décliaîn(''e par l'intransigeance cléri- 
cale, on ne peut échaj)})er a cette constatation : le parti (pii la (it 
sans ('Bsse renaître et ceux qui le dirigeaient ou le soutenaient, 
u'admii ent sous aucun i)rétexte l'existence paisible ou seulement 
tolérée, du protestantisme, ils devaient fatalement aboutir à en 
envisager et poursuivre l'extermination. 

N. Wiass. ' 



CORRESPONDANCE 



Familles Villeneuve d'Ouesti eville et de Sérouville. 

— Abjuration de. datiioiselly Stnannr de Vilhiicnnc, âgée de 
48 ans ou environ, fille de défunct lAizarc de Villeneuve, sei- 
gneur d'Ouestreoille, et de Marie de Sérouville, faite \e. dimanche, 
huitiesme de mars 167,6, en l'église d<; Sainl-lMerre d'Angerville, 
diocèse de Chartres, devant une nombreuse assislanee. Les 
autres membres de sa famille s'étaient conv(M'lis avant elle. 
(Ch. Forteau, Les reffisires j)nr<)issiaiix du eanlon de Mérévilli' 
(Seine-et-Oise). Paris, II. Champion, IDIO, p. ^21, 1 vol. in-i). 

Question. — Dans le /fnpport sur l'e-vamen des yu?/y/Vr.s 
trouvés chez /fohes})>e7're et ses complices, piésenlé à la Convention 
le 16 nivôse de l'an 111 (Paris, an III. iu-S, p. i>3), on lit, non sans 
(|U(d(|Ub surprise, la rhajisodie suivante^ : « line troupe d'igno- 
rants sbii es n(» lit-(dle pas demandiM' pai don au célèbre (îalilée et 
(|uelle dilïerence enti'e ia/)ocali//jii(/iie Jm-ieu, qui fit péri)- de faim 
riinmorlel Ihnjle et l'apocal ypti(|ue Saint-.lust guillotinant le 
pauvre Camille ? Heureusement le temps remet à leur place tous 
les petits hommes; il a flétri les Jurieu et les sbires, qui nous 

1. \oy. entre antres la conversation qu'elle eut le fi avril l.'KJO, avec l'am- 
bassadeur d'Espagne Franres de Alava, P. de Vaissière, De quelques assassins, 
97 ss. 



soraieiU mAine inconnus s'il n'avait pas exislé de Bayie Pt de 
(ialilfie ». 

Y îî-l-il qnel(|ne fondomenl historique à celle sortie de E -H. 
Courtois^ dépulé de l'Aube, auteur dndit raf)port? H. 

Avis. — Il a pnru, de 1859 à 1871 , un journal intitulé: Im 
Cf^oiju, joiirjinl df la Vie chrétienne. Quelqu'un pourrait-il donner 
ou vendre, à la liiblioihèque, les années I870-IS71, ou plus 
exactement i SU) les n"«^ 8, 9, 10 cà IH et 18 à 5*2; et /<S7/, \ M\ 
4i et i6 à 55? 

On demande, en outre, Y Ahnanar.h on Mannel jvninlif '/''■■< 
réformés et prn/eslants de V fi^nipirr fi'nnrais de I SOS et . de /'A Inm- 
nanh protestant, \ei^ nnnOes l<S5i>, 1855,1858 fd \ ; t'Aiinudirc jno- 
testant de I8()0 et VAlinonach du Sou protestant, de 188*2 et isx;. 

On peut oiïrir en échanue, V Almanach de 1809 et 1810, 
y A lin an ar h protestant de 1851 et I8(i0 et VAv}n}ia/rc protestant 
de, 1881. 



Neuchatel, Bibliothèque des Pasteurs. 

I^a Société des Pasteurs et ministres neuchalelois vient de faire 
paraître le CataUnjne de sa Bibliothèque (section des imprimés 
seulement) Ce travail considéi'able a été exécuté par M. le pro- 
fesseui' Louis Aubertel f'oi ine un ^ros volume de .\xviii-904 pages 
in-8". 1/auteur Ta lait précédi^r d'une notice histoi'ifiue (jui nous 
apprend que la Bibliolbèque remonte aux ])remiers temjis de la 
Rél'orme dont il subsiste (juelques inentions de piéts parmi 
lrs(iuelles celle ('2 août 1571) ii un Jean de rL\<;pine, r^^^ent à 
Auvernier, que l'auteur identilie, sans autre preuve d'ailleurs, 
avec le tbéoloi»ien rélornié bien connu *. Celle notice est pleine 
de renseignements intéressants. A la lin de 19 Ib, la BibliotluMpie 
comptait 24 583 volumes et H^iO brochures. — On peut se pro- 
curer cet excellent instrument de travail au prix réduit de 
20 iiancs, plus les Irais de port, en envoyant une carte à le 
professeur L. Aubert, Collégiale, 3, Neuchatel. 

]. il est vrai qu'on ne sait où celui-ci se trouvait entre le 24 juin IDHH, 
date d'une lettre de lui à la ducliesse de Ferrare, écrite de Montevrain (Seine- 
et-iMai-ne) et le 2'taoùl 1572 où il était à t*aris (voy. Encydopédie'de.s sciemu^s 
rclif/ienscs, t. V, l'article du comte Delaborde, (|ui a échappé au dernier bio- 
jkM-aphe de Jean de i'I-^spine, M. llogU;. 



/j' (jérant : Pjs(:muaciii:i{. 

Paris. — Typ. Phii.ihi'b Kenouauo, 19, rue des Saints-Pères. — .55352 



LA FRANCE A REFAIRE 



Tel e>sl le but, si clairement délini par le 
jHésident du conseil en répdnse à la déclara- 
tion des députés Alsaciens-Lorrains, vers 
lequel doivent converger désormais tous nos 
efforts et toutes nos pensées et s'orienter nqs 
:méttiodes d'action et de réflexion. 

Si lourde que soit la tâche, elle n'est pas do 
•celles qu'un peuple patriote et uni ne puisse 
supporter. A cet égard, l'apport incessant des 
économies du public au,x caisses de l'Etal 
sous forme de souscriptions aux Bons et Obli- 
nations de la Défense Nqtionale constitue mieux 
M.fu'un simple- iiidice de confiance. C'est une 
garantie du succès des grands appels au 
"crédit. Fruits productifs des disponibiMtés du 
jHiblic, les Bons et Obligations ne^ cessent ^as 
i\e restfer, sous leur nouvelle forme, de iwri-: 
[tables disponihilités. Ils, ont contribué, on s'en 
souvient, à assurer le siiccès de nos grands 
-emprunts nationaux émis pendant la guerre 
•et, d'après les chiffres authentiques, ils figu- 
raient pour plus de quatorze milliards de 
.fiàncs au dernier emprunt et plus de cin(( 
jnilliards à l'avant-dei nier. 

C'est seulement, ne l'oublions jxis, avec 
loute l'énergie et le Iravail d'un peufdc, et cet 
•instinct de prévoyance auquel le monde 
entier rend hommage, ([ue pouria être refaite 
In France de demain diins sa puissance éco- 
nomique intégrale. 



LiHeure du Rein 




CHEMINS DE FER 
DE PARIS-LYON-MÉDITERRAI 



La Coniitagnic des Chemins de fer P.-li, 
à la ronnai^sance du" Public que les burt 
douane ù la gare de Bercy, quiétaiènil 
12 heures à U heures et ù partir de 171» 
ouverts, dorénavant, chaque jour, à tlli 
<le 9 lieiu'es ù 18 heures, sauf les dim 
jours fériés. 

Les opérations de dédommagement el 
son des marchandises (Messageries, GoK 
et Petite Vitesse) peuvent donc être effeci 
interruption pendant une période de | 
ît heures par jour. " >| 



Les baigneurs désireux de se rendre li !; 
taire apprendront avec plaisir tpie Ità 
Automobile P. -L.- M., entre Issoire, S/iinl 
Muf'ols et' liqsse. d une part (Correspond 
les trains de nuit de et pour Paris), Cleri 
rand et Sainl-Ncctuirc. d'aulrc pari (C 
dance avec les trains de jour de et 
fonctionneront cette année, du 1»*^ juili a 
tembre. 

Des billets directs avec enregistreim 
des bagages seront déîiviés au départ de: 
l*aris. Lyon-Per rathe . Marseille -Sain 
Niums, Saint-Klienue et Vichy pour Saint 
-Murols et Bosse ou vice versa. 

Pour de plus am{>les renseignements, 
te prospectus spécial h 1 .\£îeiice P.-L.-\ 
seignoiuents, 88, rue Sainl-Ljizore, à 
Bureaux de ville, gares du réseau, etc. 



Huiles 

et 

Savons 

Emile CAUZID, à Salon (B 



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^ ' ^ , ' • ^ 3fl<3/0t$' GUe£S - *' ' y ■ v 



; J^tTC. Inspect: U'Cfs.F'inahoes, /ijVtfc^ 

; -. .\f -1 lin OV. r. rtj,.--. ... 1 . • . 



{ffirVulê (5téphape), G.Q. I^résideiit de la Cie deschemins 
î^ij^de feij'âe .Pv-L;--M.,T^é^gent;de !a Banque 'de ^rance, AHm.! 
, 'i-^.de ia GlV'^^XTniv. du G^n^l raar. de Stièzi. ancien i^nesident 
|/' Mù'Trife . aé^-Cbii^ra'çrcè de ta Sèi n^, Présidenty ^ ^ 
Î.ÉCrabâUd{JMJ^èrt^,aela J\îuisoH Miraï>aud et CieV Bariquijîrs,' 
IV* ^dtninislratçïi^ .4e la Conipagnie des phenuns HeTfer de" 
' -/P>L.-M./de, la i Banque Impéii^ié"-^ Ôttomane et déjà 
■^^Coinpàèriîe ASgèil^nç., Vice-Prisid'ent. ' y -- ' j - ', ' 

' b^U^ay BiBUèVllïe (Rnbçrt), ij^," Administrateur général d^ ; 

laj Sôcj. Ationynie d^s Etablissemehts|Delaunay BeUevilIë. 
J^Jfi^^QeàoÙ ,;Robfe;i], ^iï^;,àe maison^ Héitin^uér et .Cie.vBan- 
îji'^.t^ï'Ipf^'^^*^'."'*^'^'''^^^"'^ "1^ Comptoir d'Esœmptè dé' Paris; ' 



MalIet(J.ic ques).dfe]amaison^Ia{lét Frères ei die', Bànqùiersl' 

Nemiizè -;q.. pe;, de la . mais<tn.VQe Neuflize Ci«, twn- v 
. -.qniers.^ ■ \;\ , . ^-i^^. ;■ *: 

^® PeWéril» dé tktouclle '(C.-)i.Çî. 'fesidèiu'dé ' la fcie i3er 
, y^raitf -Tratisatlàihique/ AdmvdélàCiede^C^ de fer 

d« Pans > Lyon 'et à'ia Mé4iti,'dp ia Banque de r.^lgérie.' 
thurneysse^ r OVu^J^te^, Xidé-Pi^sident, : de- Cie \des 

Chemjtis de fer des Landes. ' ' * ' ' ' ' ■ , 
Veifnes;(fé|ix) .de; Ta Maison Vérnè^^t; Cie,; banquiers. " 

Administrateur ^de Ja. Compagnie "dd Chômi»,^* >^fer' du 
, Nord et de la BânqXie Impériale Ottofuané. ' " 



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compris, te Oacon; ,lTaTi(^o''::doiii>cile par i)os(^ 
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"^ifstp VriiP ci I'î"<i 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 



du 



Protestantisme Français 

Reconnue d'utilité publique par Décret du 18 juillet 1870 



DuUeli 



in 

PARAISSANT TOUS LES TROIS MOl-S 

Etudes, Documents, Chronique littéraire 

LXIX^ ANNÉE 

OIX-SKPTIÈME DE LA 5- SÉRIE 

3. Juillet Septembre 1920 




PARIS 

Au Siège de la Soci été, S4, rue des Saints-Pèrcs 
LIBRAIRIE FISCHBACHER (Société anonyme) 

33, rue de Seine, 33 



1920 



SOMMAIRE 



J. ViKNOT. — Pour la Fête de la Réforinatîoii ii'S 

ÉTLDES HISTORIQUES. 

JV. Weiss. — Guillaume 1 arel. La Diisipute de Bâte. Le Con- 
nu avef Erasme (tî><i4), d'après quelques documents îoé- 
dîts 11.') 

DOCUMENTS. 

M. MoREL el N. W. — En mémoire de Mare Alorel. Le Protes- 
tantisme à Cambrai, K^t>2- H>*iîî j 4(5 

]N.-W — La famille Cuny, de lîar-le-Duc, comment elle 
parvînt à se réfugier en Allemagne. Récit inédit, 1G90- 
I6t)*i . = . . . do2 

A. J, Enschkdé. — Requête de Louise de Lescours, veuve de 
Louis de Saini-tieorî*es, seigneur de Marsay, aux États- 
Généraux, 1:3 déc. 1701 156 

Abmand Lons. — Vu jugement du baron de Staël sur Benjamin 

Constant •. . . T 158 

MÉLANGES. 

N. W. — Lieux d'assemblées huguenotes en Bourgogne en 

iî>(î(î : . . . . u>i 

Skances du Comité. — 4 mai 1920 . 167 

CHRONIQUE LITTÉRAIKE ET COMPTES RENDUS CRITIQUES. 

N. W. — Le roi de JVavarre, Henri III, Agrippa d'Aubigné et 
les suites du traité de Fleix, 1 ;>8îl-l oîî4 . — La mort de 
Henri 11 164 

CORRESPONDANCE 

F. PuAux. — A propos d uii catalogue 166 

.1, Pannier. — Troisième «•entenaire,4lu départ'des Pères Pè- 
lerins iCO 

N. 'y. — Une quciiitîon à pi'opos de 15. Pali.ss.v • • . 17 t 

,1. Pa sMEi;, — Les Ruijies de la maison de Calvin à Xoyon 

en l})lî) 174- 

F. P. — Jean Claude, Discours sur le véritable sens de ces 
paroles de .1. t:. Ceci est mon <*orps i70 

ILLUSTKATIONS 

l/cnseiyne de fécu de Ikllc, Id <inc Conrad Rcsch Va fait reproduire sur 
le 2^^ plat dfs paraphras' s d'Erdi^inc mr St-Matthicu et aur les épîtres 
de Paul {1 523), d'après une pfw!of/raphie. J25 

Soyon, La place au Blé en 1920, d'après une photographie 17i^ 



RÉDACTION ET ABONNEMENTS 



Tout ce (lui concerne la lédaclion du Bulletin doit ôtie adressé à M. N, Weiss, secrétaire 
delà Société, 54, rue des Saints-Pères, Paris (VII*^), qui rendra compte de tout ouvrage inté- 
ressant notie histoire, dont deux exemplaires seront déposés à cette adresse. Un seul 
exemplaire donne droit à une annonce sur cette couverture. 

Le Bulletin parait tous les troi.s mois, en caiiiers in-8° de 64 à 80 pages avec illustrations. 
On ne s'abonne pas pour nioins d'une année. Tous les abonnements datent du l^^' janvier 
et doivent être soldî's à cette époque. 

Prix de l'abonnement : 15 fr. pour la France, l'Alsace et la Lorraine; — 1(5 fr. pour 
/'étranger ; — 10 (r. pour les pasteurs, instituteui s, etc.,.de France et des colonies françaises ; 
12 fr. pour les pasteurs de l'étranger. — Prix d'un numéro isolé de l'année courante el de 
la précédente, 3 fr. ^0 et pour les autres années, selon leur rareté. 

La voie la plus économique et la plus simple pour le payement des abia'nneraents est 
l'envoi d'un mandat-carte au nom de M. Fischbacher, libraire, rue de Seine, 33, à Paris, ou 
de M. N. Weiss, secrétaire trésorier, 54, rue- des Saints-Pères, Paris (VII^), auquel doivent 
aussi être adressés les dons et collectes.; 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



Pour la fête de la Réformation. 

A MM. les Pasteurs des Églises protestantes de Frant^e. 

La Société de l'Histoire du Protestantisme français, en vous 
faisant parvenir une fois de plus son numéro d'octobre, a pour 
but essentiel de contribuer de son mieux à la célébration de la 
Fête de la Réformation. Elle y joint cette année un appel plus 
direct à voire appui et à votre collaboration. 

C'est que la situation religieuse et morale de notre peuple, 
vainqueur mais blessé par la guerre^ provoque chez tous les 
esprits Réfléchis un sentiment profond et mélangé de vive inquié- 
tude et de grande espérance. Un monde nouveau se forme sous 
nos yeux. C'est dans ces heures critiques qu'il est le plus néces- 
saire de ne pas oublier l'exemple, l'appel et la leçon de l'histoire. 

Au cours de ce xvi® siècle si fécond et si orageux qui a vu notre 
glorieuse Réforme, un écrivain disait : « L'histoire est le trésor 
de la vie humaine. On peut à cela reconnaître combien nous lui 
sommes obligés, si nous imaginons seulement en quelle horreur 
de ténèbres et quelle fondrière d'ignorance bestiale et pestilante 
nous serions abymés, si la souvenance de tout ce qui s'est faict 
ou qui est advenu avant que nous feussions nés, estoit entièrement 
abolie et esteinte. Bref, il se peut véritablement dire que la lec- 
(ure des histoires est une eschole de prudence ». 

L'histoire du Protestantisme français n'est pas seulement une 
école de prudence, c'est une école de foi et d'héroïsme. 11 suffit 
dans une heure de découragement de prendre un volume de cet 
admirable document qu'est la /^rawce Protestante ou tel ou tel 
volume de notre Bulletin pour se sentir l'âme agrandie par le 
contact de la foi virile de nos héros. 

Guizot, qui ne peut être suspect d'étroitesse sectaire, l'a dit : 
« Partout où la Réforme a pénétré, partout où elle a joué un grand 
rôle, victorieuse ou vaincue, elle a eu pour résultat général, do- 
minant, constant, un immense progrès dans l'activité de la pensée 
vers l'émancipation de l'esprit humain. Elle a rappelé la religion 
au milieu des laïques; jusque là la religion était pour ainsi dire 
le domaine exclusif du clergé. Elle a eu en même temps un second 
résultat, elle a banni ou à peu près, la religion de la politique, 
elle a rendu Tindépendance au pouvoir temporel ». 

Juillet-Septembre 1920. 9 



H4 



POUR LA FÊTE DE LA RÉFORMATION 



La Réforme a été en outre une école de discipline morale, une 
résurrection de la volonté bonne imposant sa loi à la vie de tous 
les jours. 

L'heure est venue de rappeler ces faits à tous ceux qui les 
ignorent ou les oublient. C'est l'histoire qui peut rendre à nos 
coreligionnaires la pleine fierté du nom protestant. Il n'y a pas un 
coin du sol national fécondé par la Réforme qui ne puisse fournir 
aux hommes d'aujourd'hui une leçon ou faire entendre un appel. 
Notre rêve serait que chaque pasteur fût dans son champ de tra- 
vail le témoin de l'Évangile éternel et le témoin du bienfait pro- 
testant. Paul Ferry, nommé pasteur à Metz, se mettait aussitôt à 
l'histoire de Metz et de la région. Étudier l'histoire de sa paroisse, 
c'est s'insérer dans une chaine de fidélité et de courage. Qui dira 
ce que l'histoire du Poitou pourrait faire pour le réveil d'Églises 
ruinées par la persécution, puis par l'indiflerence? 

En 1853, lors de la fondation de notre Société, un beau et grand 
mouvement historique s'était produit. Les fondateurs de notre 
Société s'étaient adressés à « tous ceux qui se rattachent aux 
Églises protestantes, à tous ceux qui s'honorent de porter le nom 
de chrétiens protestants », à « tous ceux qui n'acceptent ni la qua- 
lification de fils des Croisas, ni de fils de Vollaire, mais qui reven- 
diquent celle de Fils de la Réforme et du libre examen ». Toute 
la presse d'alors, V Espérance, les Archives du Christianisme, Le 
lien, Le Semeur les soutint e(, du Midi à l'Alsace, leur a[)pel fut 
entendu. On vit s'unir sur le terrain de l'histoire les hommes les 
plus différents, les Monod et les Coquerel, les Émilien Frossard 
et les Charles Read, les Bonnet et les Haag. C'est cet esprit-là que 
nous voudrions voir se réveiller parmi nous pour « une œuvre 
commime de piété filiale, d'instruction etd'édification mutuelles ». 
Que les pasteurs réveillent l'attention des laïques sur l œuvre de 
notre Société, que les Conseils presbytéraux s'abonnent comme 
autrefois à notre Bulletin, que tous les détenteurs d'un document 
le communiquent. Travaillera étendre ce qui est vivant, à réveiller 
ce qui dort, à relever ce qui est en ruines, tel est le programme 
pour lequel nous demandons leconcours de tous. Nous ne sommes 
pas des archéologues travaillant sur un passé mort, nous sommes 
des ouvriers qui veulent contribuer à établir sur les bases d'un 
[)assc magnili(iue l'édifice du présent et de l'avenir'. 

Au nom de la Société d'histoire, 
Le Vice- Président, 
John ViÉNOT. 

1. Nous raitpelons que le Bulletin sera envoyé à toute Église qui aura 
adressé une collucte au secrétaire-trésorier de la Société, M. N. Weiss, 54, rue 
des Saints-Pères, l^iris, VII*. 



Études Historiques 



GUILLAUME FAREL. LA DISPUTE DE BALE. 
LE CONFLIT AVEC ERASIÏIE' (1524) 

(d'après quelques documents inédits) 

Nous avons laissé Farel à Baie dans les premiers mois 
de 1524. Oecolampade dont il était l'hôte y était rentré 
définitivement le 17 novembre 1522 et y dirigeait, avec 
autant de prudence que de fermeté, le mouvement réfor- 
mateur qui; depuis trois années, y divisait les esprits. 
Le Magistrat qui avait remplacé l'autorité épiscopale 
favorisait, ainsi que je l'ai indiqué [Bull 1919, p. 195), 
en principe et en fait la prédication de l'Évangile, mais 
maintenait en même temps le respect des anciennes 
traditions. 

Le dimanche des Rameaux (13 avril) de l'année 1522 
le prédicateur de l'hôpital, Wolfgang Wissenburger, avait 
pris part à un repas où l'on mangea un porcelet. Cela 
avait créé un très gros scandale qu'accentua l'attitude 
de plus en plus agressive du premier prêtre qui s'était 
marié en Suisse, de Guillaume Roûbli, curé de Saint- 

1, Voy. Bull., 1919, 179-214, l'étude dont celle-ci est la suite. La meilleure 
biographie de Farel, bien que très sommaire, est encore celle de mon ancien 
maître le professeur Charles Schmidt, qui fait partie de la collection alle- 
mande des pères et fondateurs de l'Église réformée, Lehen und ausgewiihlte 
Schriften der Vdter und Begrûnder der reformirten Kirclie, t. IX, supplémen- 
taire, Elberfeld, Friderichs, 1861. Les événements dont je parle ici ont été 
exposés avec le plus de précision, sauf toutefois en ce qui concerne Farel et 
Erasme, par feu M. Emile Egli dans son volume posthume Schweizerische 
Reformationsgeschichte, I (1519-1525), Zurich, Zûrcher 1910. 



116 



ÉTUDES HISTORIQUES 



Alban, qui, dans la procession du Saint Sacrement du 
12 juin, avail remplacé la châsse aux reliques par une 
Bible qu'une inscription désignait comme la relique par 
excellence. Le Magistrat avait expulsé Roiibli le 27 juin* 
et menacé de poursuivre ceux qui renouvelleraient le 
scandale du 13 avril. Lorsqu'à la maladroite insistance 
du provincial des Cordeliers, qui voulait déplacer le gar- 
dien du couvent de Bâle, l'honnête et pieux Conrad 
Pellican accusé de luthéranisme, le Magistrat avait 
répondu en mettant celui-ci, ainsi qu'Oecolampade h la 
place de deux théologiens réactionnaires ^ il avait com- 
pensé cette mesure en interdisant d'ajouter à l'Évangile 
les interprétations des docteurs, même celles de Luther. 
Le 30 août et le 6 septembre 1523 il avait autorisé 
Oecolampade à répondre, en une « dispute » publique, 
à ceux qui l'accusaient de mépriser les docteurs, les 
bonnes œuvres, les saints et la tradition ; mais, lors- 
qu'Élienne Stoer, le curé de Liestal, eut épousé publique- 
ment sa concubine et justifié cet acte dans une confé- 
rence contradictoire dans la grande salle de l'université, 
le 16 février 1524, malgré qu'il eût été unanimément 
approuvé, surtout par ses paroissiens, le Magistrat appli- 
qua la loi en le déposante 

La dispute 

C'est probablement cette discussion du 16 février, 
exposant en public une des plaies les plus honteuses du 
système ecclésiastique par lequel la papauté avait remplacé 
l'Évangile, qui suggéra à Farel, brûlant du désir de parti- 
ciper activement à la libération des consciences, l'idée de 
placer le même public en lace d'une question beaucoup 
plus générale, c'est-à-dire de l'inviter à choisir entre 
l'Évangile du Christ et la tradition ecclésiastique. A cet 

1. Il se rattacha plus tard aux anabaptistes. 

2. Voy. sur cet épisode le diaire de Pellican {Chronicon, ut suprà, p. 92), 
et la traductioQ allemande, Die Jlauschronik Konrad Pellicans, Strasbourg, 
Heitz, 4892. 

3. Il fut obligé de quitter Liestal le 24 juillet. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



117 



effet il rédigea, en latin, un appel suivi de treize thèses 
qu'il offrait de discuter le mardi après Reminiscere , c'est- 
à-dire le 23 février 1524, à huit heures du matin, dans la 
grande salle du collège. Voici une traduction de ce docu- 
ment*, qui ne se trouve nulle part en français, bien qu'il 
constitue le premier manifeste nettement réformateur 
émanant d'un Français pur sang, élève émancipé d'un des 
plus grands et plus pieux savants de son temps : 

Je ne pense pas que rien soit plus digne d'un chrétien que la 
recherche sincère de la vérité dont Christ s'est déclaré le repré- 
sentant. En conséquence j'ai cru convenable, aussi bien pour 
mon édification que pour celle du prochain, que Christ nous a 
Fecommandée par-dessus tout, de présenter quelques proposi- 
tions dont dépend la somme de la liberté chrétienne et qui 
ébranlent la tyrannie des constitutions humaines à laquelle, 
grâce à la puissance de son glaive, personne n'échappe. Venez 
donc, vous tous qui pouvez suggérer ou apporter ce qui peut 
contribuer à l'édification et au salut du prochain, vous aussi, 
pasteurs auxquels est ordonné de prendre soin du troupeau 
chrétien et tous les autres qui avez la charge d'enseigner et qui 
vous êtes eni^agés par serment à être les soutiens de la vérité ou 
qui voulez le maintien des décrets romains. Rendez raison de 
votre foi sur les propositions du requérant et cela en pleine 
lumière, comme fils de la lumière. Que personne ne redoute de 
paraître à la lumière comme s'il faisait le mal et, comme nous 
y exhorte le Seigneur, accourez d'un cœur chrétien, pour que la 
seule parole de Dieu, grâce à votre effort, remporte la victoire. 

je vous le demande et vous en conjure par Jésus-Christ notre 
sauveur qui avec tant d'insistance nous a recommandé d'avoir 
soin du prochain. 

1. Christ nous a prescrit une règle de vie définitive à 
laquelle il n'est permis de rien ajouter ou enlever. 

2. Seules les choses à nous ordonnées par Dieu peuvent être 
mises en pratique par la foi, de sorte qu'il est impie de se 
joindre à un parti ou de vivre sous d'autres préceptes que ceux 
de Christ par lesquels il est ordonné à ceux qui ne peuvent vivre 
dans la continence, de se marier. 

3. 11 est contraire à la lumière de l'Évangile d'observer la 
coutume judaïque de la diversité des vêtements, des aliments et 
des cérémonies. 

4. Les prières composées de beaucoup de paroles et qui ne 



i. Voir le texte latin, Herminj. I, n* 91. 



H8 



ÉTUDES HISTORIQUES 



sont pas conformes à la rèi^le établie par Christ sont contraires 
à ce qu'il a prescrit et ne peuvent être instituées et récitées sans 
péril : il serait donc préférable que ce qui est donné pour elles 
fût distribué aux pauvres et ne contribuât point à alimenter de 
si grands maux. Il serait préférable de s'efforcer de ramener 
toutes choses à l'unité, ce qui arriverait si ceux-ci (sic) étaient 
astreints à l'étude des saintes lettres et non à différer les uns des 
autres par leurs vêtements*. 

5. Le devoir le plus strict des prêtres est d'étudier la parole 
de Dieu et de s'y appliquer au point de n'estimer rien au-dessus 
d'elle et si d'autres occupations les en empêchent, il faut établir 
pour cela des pasteurs. On constate dans l'exercice de ces fonc- 
tions chez beaucoup une indolence condamnable, pour ne pas 
dire très pernicieuse. 

6. Il ne faut pas témérairement transformer les préceptes 
du Christ en conseils ni faire l'inverse, car c'est là l'œuvre du 
diable, comme aussi la cupidité condamnable de ceux qui, pour 
de l'argent, prêchent aux chrétiens d'observer ce qu'ils devraient 
éviter et de se soustraire à ce qu'ils devraient observer. 

7. Celui-là opprime l'Évangile qui le rend incertain et celui- 
là a honte de Christ qui n'enseigne pas son frère sincèrement, 
craignant les hommes plus que Dieu. 

8. Celui qui espère se sauver e,t être justifié par ses propres 
forces et son pouvoir, et non par la foi, s'élevant et se faisant 
Dieu par son libre arbitre, celui-là est aveuglé par l'impiété. 

9. Ce qu'il faut demander par-dessus tout c'est ce que suggère 
le saint esprit ; et les sacrifices des chrétiens ne doivent être 
offerts qu'à Dieu seul. 

10. Ceux qui sont bien portants et dont le service de la parole 
de Dieu ne réclame pas toutes les forces, doivent, selon la parole 
de l'apôtre, travailler de leurs mains. 

11. Le chrétien doit s'abstenir des bacchanales qui se célè- 
brent suivant la coutume des païens, ainsi que de l'hypocrisie 
judaïque dans les jeûnes et autres pratiques qui ne sont pas 
commandées par l'esprit; il doit par-dessus tout se garder des 
idoles. 

12. Ce qui ressemble aux traditions et obligations judaïques, 
et qui répuf?ne à la liberté chrétienne et la foule aux pieds, doit 
être supprimé par le peuple chrétien. 

13. 11 faut prendre soin que Christ, par la seule puissance 
duquel toutes choses, et non par l'inlluence des astres ou d'autres 
éléments, sont gouvernées, apparaisse avec éclat à nos yeux. 

i. Voy. la liste des variétés de l'ordre des frères mineurs qui était lui- 
même une variété de celui des Franciscains, d'après François Lambert, Herm. 
'm, n. 12. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



119 



Nous espérons fermement que cela arrivera si, en chaque chose, 
on se conforme à la règle évangélique, si toutes les dissensions 
quelles qu'elles soient, que les chrétiens doivent redouter par- 
dessus tout, sont supprimées, pour que la paix de Dieu qui sur- 
passe toute intelligence, habite dans nos cœurs. Ainsi soit-il, 
ainsi soit-il. Le mardi après Reminiscere, à huit heures dans la 
grande salle du collège. 

Traduits en allemand par Oecolampade, ces articles 
Furent soumis au Magistrat qui accorda l'autorisation 
demandée. Mais quand le recteur et les régents de l'uni- 
versité en eurent pris connaissance, non seulement ils 
refusèrent de contresigner cette autorisation^ mais ils 
s'empressèrent, avec le vicaire de l'évêque Henri de 
Schœnow, de fulminer, sous peine de bannissement et 
de l'exclusion de Funiversité, l'interdiction à tout prêtre, 
étudiant ou suppôt de Valma mater, de prendre part 
à la dispute. Celle-ci ne put donc avoir lieu au jour 
fixé. Farel en référa au Magistrat qui publia et fit aus- 
sitôt imprimer un mandement en langue allemande, 
suivi du texte des thèses, par lequel il reprochait à l'uni- 
versité, fondée, disait-il, précisément pour que par des 
débats publics et des discussions amicales, on pût 
s'éclairer sur les questions controversées, son attitude 
hostile. En conséquence, il ordonnait à tous ceux qu'on 
avait menacés des foudres rectorales ou épiscopales, et 
principalement aux prédicateurs, prêtres, étudiants et 
suppôts de l'université de prendre part à cette dispute. 
Et, pour que cet ordre ne fiU pas considéré comme 
une simple manifestation verbale, il menaçait quiconque 
s'opposerait à ce qu'on assistât à la discussion ou y prît 
la parole, de le priver de l'entrée et de l'usage des mou- 
lins, fours et marchés publics, ainsi que des bénéfices 
qu'ils lenaient de la ville. Ce mandement énergique et 
caractéristique de l'attitude libérale du Magistrat parut 
le samedi 27 février 1524*, 

1. Un exemplaire de la plaquette originale, datée, par une erreur du ci,»- 
piste ou de l'imprimeur, du 24, se trouve à la bibliothèque de la rue des Saints- 
Pères (B. 1081 in-4<'). La traduction française se trouve dans Herminjard I, 
n° 9-2. 



120 



ÉTUDES HISTORIQUES 



La dispute eut lieu le lundi 29 février ou l'un des 
premiers jours de mars. Bien qu'elle eût de graves con- 
séquences, on n'en possède pas de compte rendu. On 
,sait seulement que les opposants se tinrent cois^ et, grâce 
à un chroniqueur contemporain, qu'il en résulta beau- 
coup de bien et que le parti évangélique en fut singuliè- 
rement fortifié et accrut Dans une lettre postérieure 
Farel écrit lui-même que, grâce sans doute à la réclame 
que lui valurent la résistance de l'université et le mande- 
ment du Magistrat, il put parler devant une nombreuse 
assemblée des hommes les plus illustres et les plus 
savants^. Plus de vingt ans plus tard il en rappela le 
souvenir à son ami Calvin en ces termes : 

A Bâle où étaient Erasme, Ber, Sichard, Chansonnette 
(théologiens experts) nous sommes descendu dans l'arène et 
avons soutenu les arguments de poids d'OecoIampade, de 
Pellican, mais ils étaient si bien corroborés par les Écritures 
qu'ils ne purent être ébranlés, même légèrement, par les adver- 
saires. Quelle crainte pourrait s'emparer de ceux qui sontassurés, 
du moment qu'ils défendent la vérité, d'avoir, selon la promesse 
divine, une bouche et une sagesse auxquelles tous les adversaires 
ne pourront résister, qui cherchent, non leur propre gloire, ni 
k remporter la victoire, mais celle de Christ et de la vérité, et 
qui la demandent dans leurs prières publiques et privées ''^? 

Les hommes qu'il nomme au début de ces souvenirs 
sont certainement ceux qui, s'ils ne prirent pas l'initia- 
tive de rinlerdiction, s'opposèrent à la discussion publique 
des thèses dont ils saisirent fort bien le caractère 
radical et les dangereuses conséquences. Louis Ber, à qui 
l'on a atlribué la mesure que le Magistrat rapporta, était 
un enfant de BCde, élève de la Sorbonne qui lui avait 
conféré le doctorat en héologie, puis successivement 

1. C'est ainsi que je crois devoir interpréter les mots : Soph'islae saepius 
vocati nusquarn comparuere (Ilerni. l, 202). 

2. « Es sei viel gutes davon gckommen, viele Sekten und Zeremonien seien 
abgegangen, chrisliiche Lehrer davon auCerstanden und es habe das Worl 
Gottes setir zugenominen » (Egli, op. c, 398). 

3. Voy. sa lettre du 6 juillet 1525 (//erm. I, 358). 

4. Opéra Calvini XI, 48; cf. Herm. I, 202, n. 7, qui plare en 1545, cette 
lettre que les éditeurs des Opéra avaient placée en 1540. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



121 



professeur, doyen et même recteur de l'université et 
grand ami d'Erasme S ainsi que l'humaniste Sichard et 
tlaude Chansonnette dont je parlerai tout à l'heure. 

Erasme, C. Chansonnette^ 

Erasme était l'idole des Bâlois depuis qu'il s'était 
installé dans l'appartement qui lui rappelait sa patrie et 
que 1 imprimeur Jean Froben avait expressément fait amé- 
nager pour son plus illustre client. De petite taille, tout 
griS; revêtu d'une ample houppelande bleue bordée de ve- 
lours, le vieillard d'apparence chétive y recevait avec di- 
gnité et affabilité les visiteurs qu'attirait à Baie sa réputation 
mondiale^. Si, dans cette circonstance, le Magistrat, jaloux 
de ses droits souverains comme toutes les autorités, agit 
contre son conseil, il n'en tenait pas moins le plus grand 
compte; c'est surtout à l'influence d'Erasme qu'il faut 
attribuer la prudence et la lenteur avec laquelle il procéda 
dans la question religieuse. Or, Erasme avait clairement 
fait connaître son point de vue. En 1522, à l'occasion du 
scandaleux repas du jour des Rameaux^ il avait pris la 
plume et adressé, le lendemain de Pâques, à l'évêque, une 
longue lettre sur l'interdiction des viandes et autres c ins- 
titutions humaines » lettre qui avait aussitôt, bien qu'il 
s'en défendît, été imprimée et réimprimée en latin et en 
allemand. Après y avoir exposé l'utilité du jeûne il ajoute : 

Je reconnais qu'il n'y a pas grand mal dans la chose elle- 
même (qui s'était passée le jour des Rameaux) mais beaucoup 
dans le mépris de celte coutume publiquement observée, que 
d'ailleurs Pierre et Paul ont admise. . . Ils mettent en avant, à ce que 
j'entends, la liberté évangélique, dont ils voient le soutien et le 
défenseur en Luther. Mais ils manquent plutôt de l'esprit vrai- 
ment évangélique, sobre, doux et plein de simplicité mesurée. 
S'ils veulent du mal à la cause de Luther, ils s'y prennent bien, 
mais s'ils la favorisent, ils ne pouvaient trouver un meilleur 
moyen de lui nuire. 

1. Allen, Opus epistolarum B.Erasnd, lï, 381. 

2, Voy. Goetzinger, Kesslers Subhata, 1, 164. 



122 



ÉTUDES HISTORIQUES 



Quant au célibat des prêtres : 

Ni Christ, ni les apôtres n'ont posé de règles dans les écrits 
sacrés... Or le plus grand nombre des prêtres jouit d'une mau- 
vaise réputation, leur travail est à peu près sans résultat parce 
qu'à cause de leur vie dissolue, le peuple méprise leur enseigne- 
ment... Rien ne serait plus plus désirable qu'un clergé libre de 
tout lien conjugal... mais si la chair ne peut être domptée, il 
vaudrait mieux qu'en guise de remède et non pour le plaisir, 
il vive chastement avec une épouse... 

Je n'approuve pas ceux qui ouvertement et outrageusement, 
comme pour se moquer d'une coutume généralement admise, 
ont mangé de la chair. Mais je ne les condamne que comme des 
pécheurs qu'il faut instruire, exhorter, et, si le cas le requiert, 
blâmer, mais non pas traduire devant le Magistrat comme s'ils 
étaient Coupables d'un parricide; la chose devrait être passée 
sous silence plutôt qu'aggravée, quand ce ne serait que pour 
empêcher que cette étincelle ne produise un incendie et ne ren- 
force la haine déjà trop répandue contre le clergé. Je réprouve 
tout ce qui tend à la sédition !... Je n'ai conseille à personne de 
manger de la viande à moins d'y être contraint; au contraire, j'ai 
plutôt recommandé de se conformer aux usages. Quant à moi j'ai 
si peu de goût pour la chair que si je pouvais me maintenir en vie 
et en santé avec des pois chiches et des haricots, je ne me sou- 
cierais ni de poissons, ni de viandes. Bien plus, alors qu'à cause 
de la faiblesse de ma constitution el de mon aversion naturelle 
pour le poisson, je suis presque chaque fois éprouvé en carême, 
et que les médecins m'ont souvent recommandé le régime 
carné, je n'ai jamais suivi leur conseil, sauf une fois en Italie 
alors que le médecin, depuis plusieurs jours, m'avait dit que je 
mourrais si je ne lui obéissais pas. Toutefois je re lui obéis que 
pendant quelques jours en prenant du jus de viande baltu dans 
des jaunes d'œuls et n'absorbant aucune viande proprement dite, 
que mon estomac ne supportait pas, alors même que j'en eusse 
envie, tant était grande ma faiblesse. Et maintenant j'en use de 
même pendant quelques jours en carême et cela par ordre du mé- 
decin, et non sans dispense du pape que j'ai obtenue depuis 
plusieurs années et dont je n'ai jamais jusqu'à présent fait usage 
en ce qui concerne la viande. 

On voit où tend l'argument d'Erasme et avec quel 
soin il se défend de traiter légèrement ces lois ecclésias- 
tiques. Il veut qu'à tout prix on évite le scandale et ce 
qui peut émouvoir le peuple, il était bien trop habile, 
alors que le Magistrat voulait que le peuple fût mis au 



ÉTUDES HISTORIQUES 



123 



courant des opinions controversées et amené à manifester 
la sienne, pourexprinaer sur ce point le fond de sa pensée, 
à savoir que ces questions ne devaient pas être agitées en 
public. Mais il réprouve explicitement les initiatives indi- 
viduelles. Ce sont les évêques qui doivent gouverner 
l'Eglise. « Que l'évêque commande au peuple, mais 
comme un père à ses fils, comme un mari à sa chère 
épouse. Et qu 'il ne 8 imagine pas quil ait le droit de 
se permettre n importe quoi à F égard de son troupeau dont 
il devra rendre compte au vrai et souverain pasteur ^ ». C'est 
donc aux autorités ecclésiastiques qu'il appartient d'in- 
troduire les réformes dont il ne craint pas d'indiquer les 
raisons urgentes. 

La dispute de Farel fournit à Erasme une nouvelle oc- 
casion de faire savoir combien son point de vue était éloi- 
gné de celui des réforniateurs qui voulaient, non point seu- 
lement amender certains usages, supprimer certains abus, 
mais tout ramener à ce que, dans sa première thèse, Farel 
appelait la règle de vie déflnïtive prescrite par le Christ et à 
laquelle il n est permis de rien ajouter ou enlever. En con- 
séquence, dans la deuxième des treize thèses ci-dessus, il 
dénonçait le célibat obligatoire des prêtres comme une im- 
piété; la troisième et la onzième réclamaient Fabolition 
de l'hypocrisie judaïque dans les jeunes; la sixième allait 
jusqu'à dire que ceux qui, dans les préceptes du Christ 
voient, non une loi souveraine, absolue et définitive, 
mais de simples conseils font u l'œuvre du diable », etc. 
— Parmi les pratiques religieuses dont il n'est pas ques- 
tion dans les Evangiles mais qui tiennent une grande 
place dans l'Eglise, figure la confession auriculaire dont 
on parla certainement au cours de la dispute de Farel. 

Erasme songea à la prendre comme sujet d'un nou- 
veau traité et à faire d'une pierre deux coups. Il savait 

î. Ad reverendum in Christo P. et illustrem principem Christ ophorum epis- 
copum Basiliensem epistola apoloqetica Erasmi Roterodami, de interdicto esu 
carmum, deque similiôus hominum constitutionibus, cum aliis nonnullis novis 
quorum titulos repeHes in proxima pagella, Bâle, Frohen, 1522 (6 août), a 4 
et 5, 1"°, c 6^» et T"» (Bibl. prot. K. 1207). Fut réimprimée l'année suivante ù 
Paris chez P. Vidoue aux frais de Conrad Resch. 



124 



ÉTUDES HISTORIQUES 



qu'il était la bête noire de Bédier, le syndic de la Faculté 
de théologie de Paris et qu'on essayait de le faire passer, 
aux yeux du roi, pour un fauteur d'hérésie, car il était 
admirablement renseigné par le grand nombre de cor- 
respondants et d'admirateurs qu'il avait dans tous les 
pays. Déjà antérieurement il avait dédié à François P', 
avec une belle dissertation sur les devoirs des souverains 
de travailler à la paix, sa paraphrase de l'évangile selon 
Saint Marc et il avait envové son secrétaire, Hilaire Ber- 
tolf, présenter au roi, revêtu d'une dédicace de sa main, 
l'exemplaire qui se trouve encore aujourd'hui à la Ré- 
serve de la Bibliothèque nationale [Bail. 1919, p. 214 n.). 
Cet envoi avait été précédé d'une lettre datée du 17 décem- 
bre 1523 \ dans laquelle, après s'être excusé de n'avoir 
pu encore répondre aux bienveillantes intentions de sa 
Majesté, il avait exprimé l'espoir de voir l'esprit évangé- 
lique unir les quatre principaux souverains du monde, de 
même que la quadruple relation évangélique unissait 
déjà leurs noms^ 

\J Exomologesis sive- modus confitendi (Bàle, Fro- 
ben, 1524)'^ c'est-à-dire sa dissertation sur la confession, 
Erasme eut l'idée de la dédier à François du Moulin sieur 
de Rochefort, grand aumônier de François F*^ dont il avait 
dirigé l'éducation. Elle dut paraître avant Pâques, c'est- 
à-dire avant le 27 avril et être communiquée dès lors à ses 
amis. Un de ceux-ci, professeur de droit à l'université de 

1. Elle a été publiée par lloraw t/, (SiJzunf/shenc/i/.e der phll. hisf. Classe 
nier hais. Akademie, Wien, 1879, p 9), mais datée par erreur, ainsi que le 
•démontre la traduction, du \1 mai au lieu de déc. La dédicace autographe, 
sur l'exemplaire de la Nationale, est du 18 décembre. 

2. Oplo aiilein volis ardeiil issiiuis a domino lesu, in cujus manu sunl corda 
ref/um omnium, ut, queinadmodu)n codex evanqelicus jam j anrjit vestra nomîna, 
ila hreuispirilus evangel.icus aeterna concordia juiiget anitnos vestros. Comme 
il l'explique dans cette missive, Erasme avait, en outre, dédié sa paraphrase 
{le Saint Matthieu à Charles -Quint, celle de Saint Luc au roi d'Angleterre el 
celle de Saint Jean au roi Ferdinand. 

W, Voici le titre de la traduction franr.aise dont le seul exemplaire actuel- 
lement connu se trouve à la Hibliothèque de la rue des Saints-Pères (11. 16012) : 
Manière de se confesser par Monsieur Erasrr.e Rnterodame premièrement des- 
*criple en latin puis après translatée en François. Vignette. A Basle le XXVI 
'dapvril Lan M.D.XXllIl, in-8° de 42 if (a. b. c. d. par 8 et e ^par 10). Au 
■verso du dernier feuillet : l-in de là confession. 



ÉTUDES HISTORIQUES 125^ 

Bâle, le Messin Claude Chansonnette — s'était-il entendu 
avec Erasme? — trouva ce livret tellement remarquable 
qu'il le traduisit en français pour l'otl'rir à... Marguerite^ 



ï.'ensei^ne de l'écii de Bâle, tel que Conrad Resch l'a fait reproduire 
sur le 2« plat des paraphrasas d'Erasme sur saint Matthieu (Chan- 
tilly) et sur les épîlres de Paul (Bibl. nat., 1523). 

la sœur du roi, l'amie de Briçonnet et de Lefèvre, sur la 
piété évangélique et l'influence de laquelle comptaient 
tous ceux qui alors travaillaient à réformer l'Église autre- 
ment qu'en paroles. II. s'agissait évidemment de per- 
suader le roi et sa sœur que la Réforme telle que la cpn- 



ÉTUDES HISTORIQUES 



cevait Erasme laisserait subsister — en les purifiant avec 
le concours de leurs hautes puissances — tous les usages 
et toutes les institutions religieuses existantes. 

Voici d'abord, dans la traduction de Chansonnette — 
spécimen intéressant du français tel que le parlait alors 
un Messin — comment Erasme présente son opuscule àson 
correspondant « François Molinois, evesque de Condom ». 

La douleur des rains, jacoit que souvent me seult persécuter 
m'a, le moys de Jullet dernier passé, tellement affli^^é, que, à la 
bon escient, me convint adviser de passer le pas. Icelle douleur 
m'a derechef invadé environ la nativité de Jésuchrist en sorte 
que désespérant de la vie, je désiroye mesmes la mort. En 
vérité le calcule^ est un aigre et agreste moniteur, et plus cruel 
que la mort mesmes, si luy doibs-je toutesfois, ou par l'occa- 
sion d'icelluy, plustost à notre seigneur Jésus, ce que maintenant 
prenons peinne que ne soyons, par mort, soupprinsau despourvu. 
Combien celle maladie ne nous a donnez l'espace soulfisanle à la 
manière de confession que vous envoyons maintenant. 

Et voici comment Claude Chansonnette présente sa 
traduction à (c M'"'' Margueritte de France, sœur unique 
du Roy très chrestien, duchesse Dalençon et de Berry»... 

Très haulte, très illustre, très redoubtée dame et princesse, 
ceste sepmaine saincte, que partie des humains, après s'avoir 
confessé, seullent consumer à courir d'église en aultre partie en 
oysivité, m'a semblez duysant lire quelque matière correspon- 
dente au temps présent. En tre aultres s'a, par com modité, offert ung 
noble livret esi ript puis certains jours ença par le très excellent 
docteur Monsieur Erasme Rolerodame, démonstrant la manière 
de se fructuf^usement pouvoir confesser, et jaçoit que toutes les 
œuvres dudict Erasme soient remplis de telle doctrine, prudence 
et félicité du stil, ([u'il esi, à mon advis, difficile trouver (après 
l'escripture saincte) livres plus élégantz et salutaires, toutesfois 
j'ay trouvé cestui petit livret de la confession estre comme 
l'une des perles et gemmes précieuses d^entre aullrt^s ses lucu- 
brations, non pas seullement pour cause de sa très prompte 
extemporaine élégance (en laquelle est le dict livret), ains aussy 
pour raison du prudent jugement et conseil qu'il donne, en 
matière pesante et par les opinions de plusieurs rendue ambi- 



1. La pierre dont Erasme était travaillé depuis longtemps. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



127 



gueuse au temps qui court. Or sont les héroïques vertus de 
vosire très noble celsitude telles et si prudentement ardentes, en 
désir de suyvre la voye de cil qui est la voye, la vie et la vérité 
rnesmes, que bien tait à présumer, comme vostre très illustre 
grâce cognoistera vouluntiers, le saigie conseil d'ung tel auteur en 
matière de si grande conséquence et qui touche le moyen d'au- 
cunement obvyer à l'acumulation des péchez que l'humaine pro- 
pension, s'elle n'est, par le remède de foy et pénitence, cohibée, 
seult augmenter de jour en jour. A ceste cause... A Basle la 
veille de Pasque l'an de grâce mil cinq cens vingt et quatre. De 
vostre très illustre grâce, 
Le très humble serviteur, 

Claude Chansonnette. 

On ne pouvait plus gracieusement et d'une manière 
plus flatteuse, conseiller à ceux qui s'intéressaient à la 
Réforme, de procéder prudemment en cette matière ; cette 
impression s'accentue dès qu'on aborde le traité lui- 
même, sorte d'élégante dissertation théologique à l'usage 
des gens du monde. Dès le début, Erasme se défend de 
prendre parti entre ceux qui repoussent la confession 
comme n'ayant pas été instituée par Jésus-Christ et ceux 
qui en discutent Futilité ou la nient : 

Nous ne désirons aussi ores, mouvoir ce que ne fait à mou- 
voir, ains plus tost, selon le conseil de Platon, prendre en bonne 
part et bien diriger les choses présentes, car jaçoit que Tune des 
parties maintiengne par tant et si grans argumens, comme elle 
veult, ceste confession non avoir esté instituée par nostre seigneur 
Jésus mesmesetque ung homme pur n'aie peu mettre si grand 
faix sur les hommes, certes si ne peult l'on ce nyer que cil est le 
plus asseuré qui à prestre idoine se aura bien confessé^ ... 

Après avoir énuméré les bienfaits de la confession, il 
en énumère aussi les inconvénients et en cite de tellement 
graves qu'on se demande parfois s'il n'a pas voulu four- 
nir des arguments à ceux qui s'élevaient contre elle. Sa 
thèse est bien simple : La confession est excellente quand 
ni les confesseurs ni les confessants n'en abusent. 

Chansonnette se rendit en France avec la lettre d'Erasme 

1. Ce qui est digne de remarque, c'est qu'Erasme devait mourir sans 
s'être confessé <à un prêtre. 



1^28 



ÉTUDES HISTORIQUES 



à FraQçois I^^ qu'il avait traduite en français, et avec sa 
traduction du traité sur la confession. Il remit celle-ci, 
en même temps que l'original latin, à François de Roche- 
fort à la fin de mai ou au commencement de juillet 1524 
(Herm. I, 224). François accusa réception delà lettre 
d'Erasme par ce billet : 

Cher et bon amy, Nous avons donné charge à notre cher el 
bien aimé messire Claude Cantiuncula, présent porteur, de vou>> 
dire et déclairer aucunes choses de par nous; desquelles vous- 
prions très affectueusement le croyre, et y adjouter entière foy. 
comme feriez à notre propre personne. Cher et bon amy, notre 
Seigneur vous ait en sa garde. 

Escript à St-Germain le VIP jour de Juillet. 

11 y ajouta, de sa main, cette gracieuse invitation : 

Je vous avertys que sy imas voulez venyr, que vowi serez le byen- 
venu. 

Phançoys Kobertet*. 

Parel, son expulsion de Baie. 

Ce livret sur la confession, dont il dut avoir connais- 
sance dès qu'il parut, eut le don d'exaspérer Farel. Dans 
une lettre dont on ignore le destinataire, il s'exprime sur 
ce sujet avec une rare violence : ^< Frasme, ce caméléon, 
cet ennemi le plus pernicieux de l'Evangile, pour lequel 
les hommes pieux devraient demander au ciel qu'il se 
repente ou bien que le Seigneur le rende complètement 
fou, ce que déjà même les aveugles perçoivent dans sa 
brochure sur la confession, inepte au possible et pleine 

1. Ce billet, dont je (iois la comiminication à M. P. S. Allen, a été cité par 
M. A. Kivier, dans son Mémoire sur Claude Cliansonnef te, jurisconsulte mes- 
sin, et ses lettres inédites, Bruxelles, Hayez, imprimeur, 1878, 104 p. in-S" 
(!t imprimé par W. Vischer dans ses Erasmiana, 1876. II est impossible que 
(îctle réponse à une lettre du 17 Dec. 1523 et portant la date du 7 juillet, soit 
de la même année. D'après l'itinéraire de la chancellerie royale {Catal. des 
Actes de François /•', VI II, 442), le roi était, en 1524, à Blois le 5 et le 8 juillet. 
Comme il se déplaçait sans cesse et rapidement, il a pu être à Sl-Germain 
le 7. 



4 



ÉTUDES HISTORIQUES 



129 



d'ordures* ». Nous avons la preuve qu'il se hâta 
d'exprimer les mêmes sentiments à ses correspondants 
de Meaux et Ton ne se trompera guère, en attribuant à 
l'impression qu'ils firent sur eux, le fait que Marguerite 
ne répondit pas aux avances d'Erasme et de son traduc- 
teur ^ 

A Bâle même, ainsi qu'il l'avoue dans la lettre dans 
laquelle, l'année suivante, il s'efforça de justifier sa con- 
duite, Farel continua à polémiser contre ceux qu'il appelait 
les (( ennemis de Dieu et du Magistrat ». Pour témoigner 
de sa reconnaissance à la cité où il avait été si bien reçu 
il fit , 

un cours à la jeunesse, destiné à développer la piété, la paix 
et la tranquillité dans l'Élat. A cet effet je commentai l'apôtre 
Paul, marquant les ennemis de Dieu et du Magistrat, qui ont 
tout bouleversé dans la république des chrétiens. Ces leçons 
augmentèrent l'hostilité contre moi, de ceux qui désirent le ren- 
versement de votre État et de votre cité, s'efforçant par la sup- 
pression de la parole de Dieu, de vous réduire en un dur escla- 
vage. M'en étant aperçu, je cessai ces leçons, malgré les prières 
de beaucoup de personnes pieuses et instruites. (Herm. 1, 360). 

Un écho de l'hostilité qu'il devait aggraver en repré- 
sentant Erasme et ses amis comme des ennemis de l'Etat 
et de la parole de Dieu nous a été conservé dans une 
curieuse lettre du secrétaire d'Erasme Hilaire Bertolph à 
Farel qu'Herminjard a publiée (I, 210). Elle répond à une 

1. Herminjard 1, 224, n. 32. Sans excuser les termes grossiers dont se sert 
Farel., il faut reconnaître que, parmi les inconvénients de la confession, 
qu'Erasme énumère complaisamment, à la suite des avantages, il y en a plu- 
sieurs, de telle nature qu'on pouvait lui répondre : « Vous reconnaissez vous- 
même que le clergé jouit d'une détestable réputation justement méritée; 
comment pouvez-vous recommander pour lui et ceux qu'il confesse une pra- 
tique aussi rarement innocente? Ne vaudrait-il pas mieux s'en tenir à 
i'Évangile »? 

2. Le 15 mai 1524, Le Sueur écrit de Meaux à Farel : « Tu la vois d'un esprit 
si sincère et si avisé qù'elle ne pourra pas aisément être séduite par les arti- 
fices du renard dont tu parles, car elle n'approuve pas et n'a jamais approuvé 
ses écrits ». (Herm. I, 218.) Le 6 juillet, Lefèvre : « Je n'ai pas vu le livre 
d'Erasme sur la confession ; j'ai seulement appris qu'il l'a offert, écrit dans 
les deiix langues, c'est-à-dire en latin et en français, au grand aumônier du 

e même jour, Roussel : « Je n'ai encore pu voir ce Traité de la con- 
fession auriculaire où se trahit ce singe dont tu nous montres si bien les 
plumes. » (Ibid., 224 et 2.38, Cf. lll, 414.) 

Juillet-Septembre 1920. 10 



130 



ÉTUDES HISTORIQUES 



lettre de Farel que nous n'avons plus et dans laquelle il 
a dû essayer de se disculper. Farel s'exprimait ainsi : 

« Plaise au ciel que, de môme qu'aucun homme pieux ne 
souhaite que des paroles amères soient prononcées, de même 
personne ne s'expose jamais à ce reproche ». Mais, je vous le 
demande, mon ami, — ajoute Bertolf, — qui donc y a donné 
prise? Qu'appelez-vous amertume?... Ce que vous appelez ainsi, 
ce n'est pas de l'amertume, mais pure virulence et venin brûlant 
les lèvres. Jamais aucun véritable disciple de Christ n'a semé 
ou répandu aucune amertume que préalablement il ne la fît 
accepter par de douces paroles et ne la tempérât par une expli- 
cation. Et c'est ce que je suppose que vous avez t'ait par charité et 
esprit chrétien et ce quen tout cas vous faites dans votre lettre. 
— Puis, celui qu'on blâme n'a-t-il pas mérité, grâce à son initia- 
tive, up tout autre traitement, comme en convient celui-là même 
qui l'a blâmé le premier? Bien plus, n'est-ce pas lui qui a pro- 
curé le moyen (comme le déclarent tous, même cet homme au- 
jourd'hui si distingué par sa situation et sa réputation) de trou- 
ver et de saisir, non de l'amertume, mais une véritable récolte 
de miel, c'est-à-dire les paroles mêmes du Seigneur qui valent 
mieux que le miel le plus doux*? — Mais aujourd'hui, dites-vous, 
il tend bien plutôt à se rétracter et à se contredire? Je vous le 
demande, mon cher Guillaume, est-ce qué deux hommes ne 
peuvent pas tirer sur le même but avec des arcs et des jlèrhes 
différents? ( ne bête féroce n'est pas toujours abattue, même 
quand elle est criblée de flèches acérées. Il faut le circonvenir 
pour attirer un sanglier tiors de la forêt dans des filets éloignés. 
Eh quoi! S'il plaît à Christ que l'un crie et gronde en temps 
voulu et l'autre hors de temps et que ni l'un ni l'autre ne s'arrête 
comme il est dit dans la prophétie évangélique? Quant à moi je 
sais bien que les arguments qui admettent volontiers et compren- 
nent les objections de l'adversaire frappent bien plus fort que 
ceux qui les évitent, s'en écartent et les fuient... 

Le cours que Farel fit aux étudiants de Baie dut se 
terminer avant la Pentecôte, qui tombait celte année-là 
sur le 15 mai. Ce jour même et la veille, en effet, Oeco- 
lampade écrivit pour lui deux lettres d'introduction, celte 
dernière pour Capiton à Strasbourg, celle du jour de Pen- 
tecôte pour Luther. Ces leltres recommandent chaude- 

1. Allusion à la publication, par Erasme, du texte grec du Nouveau Tes- 
tament de 1516 et à Oôcolampade qui avait été son rollaborateur. 



V 



ÉTUDES HISTORIQUES 131 

ment Farel et ses compagnons, le gentilhomme lyonnais 
Antoine du Blet, qui s'occupait d'affaires de banque, et 
peut-être quelques autres Lyonnais qui se proposaient 
de gagner Wittemberg en passant par Strasbourg. Il 
semblerait donc que, lors de son précédent séjour à Stras- 
bourg, Farel n'eût pas encore eu l'occasion de faire la 
connaissance de Capiton. Oecolampade s'exprime ainsi 
sur Farel dans sa lettre à Luther : « Il s'est bien employé 
au milieu de nous en disputant et faisant un cours public ; 
il est assez bien équipé pour ruiner, si ce n'est détruire 
toute la Sorbonae... Personne n'est plus sincère que lui. 
Quelques-uns préféreraient que son ardeur contre les enne- 
mis de la vérité fût plus tempérée, mais je croirais volon- 
tiers qu'à cette heure ce courage admirable , s'il est de sai- 
son, est aussi nécessaireque la placidité ». Voilà un juge- 
ment qui explique bien ce qu'on vient de lire. (Herm. i, 
214-216.) 

Les voyageurs n'allèrent pas plus loin que Zurich. 
Farel y vit Zwingli, dont il envoya des propositions à 
Lefèvre et dont il n'oublia pas la condescendance à l'égard 
de lui, jeune néophyte [Ibid.\ 215). Vers le 6 juin, ils 
étaient rentrés à Baie* d'où du Blet regagna Lyon (lôid., 
21fi et 361). Laissons maintenant la parole à Farel : 

Ceux qui aiment l'Evangile ne consentirent pas à laisser se 
taire celui qui voulait ainsi (en cessant ses leçons) détourner 
l'hostilité, et me demandèrent d'enseigner selon la parole de 
Dieu, pour la gloire de Christ, les Français qui habitent votre 
cité. Je m'y décidai à contre coeur (je parle selon la chair), non 
toutefois sans avoir, avant de monter en chaire, pris l'avis de 
quelques-uns des principaux de votre Sénat et qu'un local m'eût 
été désigné par celui à qui vous avez prêté une église. J'ensei- 
gnai enfin, mais avec plus de retenue qu'on aurait osé en attendre 
de moi, présentant aussi purement et paisiblement que possible, 
aux âmes affligées, Christ le Sauveur, noire avocat et médiateur 
auprès du Père, ce que personne ne peut nier. 

Mais cette retenue ne me servit de rien, pas plus que ma sin- 



1. Ils avaient passé à Co*nstance avant cette date, d'aprè? une lettre de ce 
jour du chanoine Jean de Botzheim à Erasme, Fuit his diebus Conslantiae 
Guilhelmus Farellus cum quodam consocio, Galli ulrique (Herm. I, 216 n. 5). 



132 



ÉTUDES HISTORIQUES 



cére affection pour votre cité. La veille du dimanche où je devais 
prononcer mon quatrième sermon, je suis appelé' à 10 heures 
parle crieur public. J'accours la conscience tranquille, et arrive 
à l'hôtel de ville si vite que le messager pouvait à peine me 
suivre. Là j'attends assez lonp^temps devant la porte. Enfin le 
sergent à verge m'appelle, et ne pouvant ni me comprendre, ni se 
faire comprendre de moi, me conduit dans le poêle à l'angle de 
l'hôtel de ville. Là quelqu'un qui essayait de me parler latin me 
dit : u Noiis voyons quel est votre Evangile ». — Il savait appa- 
remnient ce qu'il voulait dire, prétendant que l'Evangile pousse 
à la sédition et les sujets à se révolter contre leurs maîtres, 
calomnie répandue par quelques-uns, qui ainsi s'exposent grave- \ 
ment à la vengeance divine. « L'Evangile, répliquai-je, n'est pas 
ce que vous croyez : il est pacifique, donne largement, ne réclame 
pas ce qui a été enlevé, supportant tout outrage pour Christ». 
— « Nous le voyons autrement », dit-il. — Moi : « Pas selon ceux 
qui vivent conformément à l'Evangile et y adhèrent, mais aux 
yeux de ceux qui jamais ne le connurent ni ne l'entendirent ». 
Enfin celui de qui j'attendais tout autre chose me dit : « Mes- 
seigneurs veulent que vous quittiez la ville aujourd'hui ». Je lui 
^répondis : « Je ne voudrais p<'is rester en ville contre la volonté 
de messeigneurs, mais j'aimerais savoir si j'ai péché contre quel- 
qu'un en quelque chose, ou ce que j'ai fait de mal. Je suis tout 
prêt à rendre raison à tous, soit avec ce que je possède, soit avec 
mon corps si le cas exigeait cette réparation; car je ne refuse pas 
de mourir si je l'ai mérité et j'ai encore de quoi satisfaire ceux 
auxquels je seiais redevable ». — Lui : « Messeigneurs veulent 
que vous vous en alliez, et vous vous engagerez par serment à 
ne rien réclamer de la Cité ni d'aucun de ses citoyens çt à ne pas 
la diffamer par vos lettres ». — « Je m'y suis déjà engagé, 
répliquai-je, comme cela sied à chaque chiélien, car nous détes- 
tons les vices, non les hommes, nous en voulons à ceux-là, mais 
nous voulons du bien aux hommes, prêts à faire du bien à ceux 
qui nous persécutent; bien loin de songer à nous venger, nous 
leur souhaitons du bien «.Finalement, il extorqua de moi le ser- 
ment que je prêtai, de peur de le scandaliser, y étant d'ailleurs 
obligé par Tordre du Christ qui est d'aimer, non seulement nos 
amis, mais aussi nos ennemis. 

J'obéis avec le plus grand empressement et Dieu sait que je 
n'ai jamais quitté une ville avec plus de joie : parce que jo cons- 
tatais avec surprise que j'y avais tant d'amis, tant de frères très 
chers. Mais, pour dire la vérité, quand j'eus parcouru une lieue, 
je commençai à me 'demander pour quelle cause j'avais dû m'en 
aller si précipitamment et une sorte de stupeur pénétra mes 
réflexions. Gomment ce Conseil, si prudent, si équitable a-t-il pu 



\ 



ÉTUDES HISTORIQUES 



133 



te condamner avant de t'avoir entendu? Quel crime extraordi- 
naire as-tu commis? Pourquoi ne l'a-t-on pas exposé, si toutefois 
ce quelles juges font contre les coupables a pour but de les cor- 
riger et d'engager les autres à se garder de méfaits analogues ? 
Car tu ne sais pas pourquoi tu as dû te retirer et d'autres, meil- 
leurs que toi, ne pourront éviter de tomber dans la même faute 
puisqu'elle leur est inconnue. 

A ce point de mes réflexions, j'en vins à me convaincre que 
tout cela fut fait à l'instigation de quelqu'ami, à l'insu du Con- 
seil. Bien que la majesté de votre Conseil et la splendeur de votre 
ville comportent que nul ne devrait avoir même l'audace de son- 
ger à prendre une mesure que le Conseil n'aurait pas délibérée 
— cependant les troubles qui avaient éclaté peu auparavant me 
confirmaient dans l'opinion qu'une pareille décision, prise à l'oc- 
casion de ces désordres, était, l'œuvre d'une ou deux personnes 
seulement, persuadées, je n'en doute pas, qu'elles agissaient 
dans l'intérêt de la ville parce qu'étant Français je ne me ren- 
dais pas compte de la portée de ce que je disais et enseignais. 
Quoi qu'il en soit, j'avais résolu d'accepter de bon cœur ce qui 
m'était imposé, comme je l'ai fait d'ailleurs jusqu'à ce jour. Mais, 
voyant qu'on fit un crime à Boniface* d'annoncer la Parole de 
Dieu et que, sous ce prétexte, Satan le fit éloigner de la moisson 
du Seigneur au détriment de béaucoup d'âmes, j'eus soin, dans 
des lettres adressées au grand maître de vos tribus, d'examiner 
à fond la cause de mon départ, demandant que si je vous parais- 
sais innocent, voiis me le confirmiez par lettre. Si, au'contraire, 
ma culpabilité était prouvée, j'étais prêt à toutes les réparations, 
même à livrer mon corps. Bien qu'elles eussent sollicité ce qui 
m'était dû en droit, mes lettres n'eurent aucun résultat ». (Herm. I, 
361.) 

Le Conflit avec Erasme. 

Que s'était-il passé? Tout ce que nous apprend ce 
plaidoyer, dont nous n'avons reproduit qu'une partie, c'est 
que subitement, un samedi, de juillet 1524 ^ veille du 
jour où, pour la quatrième fois, il devait prêcher aux 

1. U semble que Boniface Wolfhard ait été contraint de quitter Bâle après 
vFarei. En août 1524 il répondit, en effet, à un appçl de Montbéliard et Oeco- 
lampade annonça son arrivée à Farel, Mais on lui préféra Jean Gayling qui 
y collabora avec Farel en langue allemande (Voy. J. Viénot, Histoire de la 
Réforme dans le pays de Montbéliard, I, 16). 

2. On verra ci-après, que d'après les documents qu'il a publiés et contrai- 
rement à la note 9 de la page 361 du premier volume d'Herminjard où iJ dit 
que Farel quitta Bâle à la fin de juin, il y était encore en juillet 1524, 



ÉTUDES HISTORIQUES 

vain, de plus infatué, de plus virulent — « il y a là une 
dizaine de lignes où il n'y a pas une syllabe de vraie* » — 
et que j'espérais trouver dans la correspondance de 
Blaurér, semble avoir disparu. Voici comment, quelques 
jours après l'entrevue, c'est-à-dire vers la fin de juillet', 
Erasme la raconte, dans l'énumération de ses écrits, à 
son ami Jean de Botzheim, chanoine de Constance : 

Je ne puis m'empêcher de verser dans le sein d'un ami les 
observations que j'ai faites ces jours derniers. Je désire que vous 
compreniez bien que rien n'est plus éloigné ^e l'esprit évangé- 
lique que l'ardeur avec laquelle certains individus, qui se 
réclament à grands cris du nom de l'Evangile, recherchent et-font 
naître les occasions de troubles. Je vais vous conter la chose. 
Vous devinerez facilement le nom dé^mon interlocuteur. On 
m'avait bien prévenu à plusieurs reprises qu'il parlait de moi en 
termes peu amicaux, mais je n'en avais cure, au point que je ne 
m'en suis même pas plaint dans notre entretien. Mais enfin, 
quand on vint me rapporter qu'il m'avait traité odieusement de 
prophète Balaam, comme si j'avais été gagné à prix d'argent pour 
maudire le peuple de Dieu, j'ai pensé ne pas devoir affecter 
d'ignorer une si atroce imputation. Aussi, ayant rencontré par 
hasard mon homme, je l'emmène à l'écart, je lui demande si ce 
qu'on m'a raconté est vrai. Il bredouille d'abord des explications 
confuses, sans rien nier ni rien avouer. Enfin comme je le pres- 
sais, il me répond que ce propos avait été tenu par un -marchand 
français qui était, depuis, parti d'ici ^ Et il peut bien se faire que 
ce marchand ait parlé de la sorte, mais assurément à l'instigation 
de mon calomniateur. Comme j'insistais pour qu'il exposât les 

1. Dans la même lettre à Mélanchthon, du 6 sept. 1524 (Herm. I, 289) où 
se trouve cette appréciation, il ajoute ces lignes : « Il m'appelle çà et là 
Balaam parce que le pape Adrien m'a invité à lui envoyer un avis motivé 
pour apaiser le différend (entre luthériens et catholiques). J'en ai envoyé un, 
mais il a déplu, il (le pape) m'a offert un décanat, je l'ai simplement refusé; 
il voulut m'envoyer de l'argent, j'ai répondu qu'il n'envoie pas un liard. Voilà 
comme je suis Balaam. Et ceux qui agissent ainsi demandent qu'après avoir 
couvert de mépris tous les docteurs, nous nous fiions à leur esprit, alors qu'ils 
ne s'entendent même pas entre eux ». 

2. M. P. s. Allen, le savant éditeur de la 'correspondance d'Erasme dont 
trois volumes ont déjà paru, m'écrit que la 2' édition de ce Cata agus Lucu- 
brationum fut rédigée par Erasme vers la fin de juillet 1524. Lorsque, parlant 
de Farel, il emploie l'expression « fiisce diebus », cela ne peut signifier que, 
« il y a quelques jours ». C'est ce qui le décide à placer l'entretien que Farel 
eut avec Erasme dans les premiers jours de juillet. Dans ce cas, il faudrait 
placer l'arrivée de Farel à Montbéliard au moins huit ou quinze jours plus 
tard que la fin de juin (cf. Herm. I, 361, note 9). 

3. Antoine du Blet. 



ÉTUDES HISTORIQUES 13T 

motifs qui lui faisaient penser que je méritais ce blâme outra- 
geant, il répli'iua avoir entendu dire que je me vantais de pos- 
séder un plan pour éteindre complètement cet incendie luthérien, 
c'est-à-dire anéantir l'Evangile, car il ajouta de lui-même cette 
explication. Je ne comprenais pas encore d'oîi pouvait être issue 
cette calomnie et je répondis que j'avais promis aux princes de 
leur découvrir un moyen d'apaiser ce dissentiment avec le 
moins de bruit possible et sans faire courir aucun risque à la 
liberté évangélique, à conditiop qu'ils voulussent exécuter mon 
plan secrètement et sûrement, mais qu'en vérité il était de nature 
telle que je craignais que les princes ne consentissent jias à 
l'admettre*. 

Beaucoup plus tard, le 27 octobre, pendant que Farel 
évangélisait Montbéliard, répondant, au retour de 
Besançon, à Antoine Brognard, chanoine de Saint-Maim- 
bœuf à Montbéliard, Erasme songe tout naturellement 
à Farel qu'il affuble maintenant du sobriquet injurieux 
de Phallicus, — le libidineux^. Il écrit ^ 

« Plût à Dieu qu'il fût bien réellement ce qu'il professe. Il' 
déclare qu'il annonce l'Evangile; or je n'ai jamais vu un hornme 
plus consciemment arrogant, plus enragé à maudire, plus impu- 
dent menteur; je l'ai, en un mot, jugé tel que je ne voudrais 
avoir ses semblables ni pour amis, ni pour ennemis. Les Luthé- 
riens eux-ipêmes n'ont pu supporter l'insatiable impudence de 
cet homme. Tl a souvent été blâmé par OeC0lampade^ même 
dans des lettres, ainsi que par Pellican, mais cela n'a servi de^ 
rien, tant est violente sa maladie. 

Je n'ai jamais discuté avec lui, mais 'fai interrompu la dis- 
cussion ou il s'emportait avec quelques autres personnes *. Je voulais, 
en effet, exister qu'il me dise pourquoi il m'avait appelé Balaam. 

Je lui demandai pourquoi il pensait qu'on ne devait pas 
invoquer les saints, si cela n^était pas parce, que l'Ecriture sainte 
n'en parle pas? Il l'admit. Alors je le mis en demeure de me 
prouver qu'il faut invoquer le Saint-Esprit. — « S'il est Dieu, 
dit-il, il faut l'invoquer ». Je le pressai de me le prouver par 

1. Allen, Opus Epistolarum, I, 31. 

2. Ce sobriijuet, jouant sur le nom de Farel [Pliarellus), paraît avoir été 
inspiré par les pages de la Determinatio dans lesquelles Farel avait décrit, 
en termes parfois obscènes, la corruption des couvents et des papes. 

3. Il est certain qu'Oecolampade lui écrivit plusieurs lettres pour lui, 
recommander la modération (Ilerminjard I, n" 111, 3 août, etc.-). 

4. C'est moi qui souligne. 



ÉTUDES HISTORIQUES 

vain, de plus infatué, de plus virulent — « il y a là une 
dizaine de lignes où il n'y a pas une syllabe de vraie* » — - 
et que j'espérais trouver dans la correspondance de 
Blaurer, semble avoir disparu. Voici comment, quelques 
jours après l'entrevue, c'est-à-dire vers la fin de juillet-, 
Erasme la raconte, dans Ténumération de ses écrits, à 
son ami Jean de Botzheim, chanoine de Constance : 

Je ne puis m'empêcher de verser dans le sein d'un ami les 
observations que j'ai faites ces /ottrs derniers. Je désire que vous 
compreniez bien que rien n'est plus éloigné (le l'espril évangé- 
lique. que l'ardeur avec laquelle certains individus, qui se 
réclament à grands cris du nom de l'Evangile, recherchent eVfont 
naîire les occasions de troubles. Je vais vous conter la chose. 
Vous devinerez facilement le nom dé^mon interlocuteur. On 
m'avait bien prévenu à plusieurs reprises qu'il parlait de moi en 
termes peu amicaux, mais je n'en avais cure, au point que je ne 
m'en suis même pas plaint dans notre entretien. Mais enfin, 
quand on vint me rapporter qu'il m'avait traité odieusement de 
prophète Balaam, comme si j'avais été gagné à prix d'argent pour 
maudire le peuple de Dieu, j'ai pensé ne pas devoir affecter 
d'ignorer une si atroce imputation. Aussi, ayant rencontré par 
hasard mon homme, je l'emmène à l'écart, je lui demande si ce 
qu'on m'a raconté est vrai. Il bredouille d'abord des explications 
confuses, sans rien nier ni rien avouer. Enfin comme je le pres- 
sais, il me répond que ce propos avait été tenu par un marchand 
français qui était, depuis, parti d'ici ^ Et il peut bien se faire que 
ce marchandait parlé de la sorte, mais assurément à l'instigation 
de mon calomniateur. Comme j'insistais pour qu'il exposât les 

1. Dans la même lettre à Mélanchtlion, du 6 sept. 1524 (Herm. I, 289) où 
se trouve cette appréciation, il ajoute ces lignes : « Il m'appelle çà et là 
Balaam parce que le pape Adrien m'a invité à lui envoyer un avis motivé 
pour apaiser le différend (entre luthériens et cattioliques). J'en ai envoyé un, 
mais il a déplu, il (le pape) m'a offert un décanat, je l'ai simplement refusé; 
il voulut m'envoyer de l'argent, j'ai répondu qu'il n'envoie pas un liard. Voilà 
comme je suis Balaam. Et ceux qui agissent ainsi demandent qu'après avoir 
couvert de mépris tous les docteurs, nous nous fiions à leur esprit, alors qu'ils 
ne s'entendent même pas entre eux ». 

2. M. P. S. Allen, le savant éditeur de la correspondance d'Krasme dont 
trois volumes ont déjà paru, m'écrit que la 2* édition de ce Cata aqus Lucu- 
bralionum fut rédigée par Erasme vers la fia de juillet 1524. Lorsque, parlant 
de Farel, il emploie l'expression « kisce diebus », cela ne peut signifier que, 
«« il y a quelques jours ». C'est ce qui le décide à placer l'entretien que Farel 
eut avec Erasme dans les premiers jours de juillet. Dans ce cas, il faudrait 
placer l'arrivée de Farel à Montbéliard au moins huit ou quinze jours plus 
tard que la fin de juin (cf. Herm. I, 361, note 9). 

3. Antoine du Hlet. 



f 

ÉTUDES HISTORIQUES 



13T 



motifs qui lui faisaient penser que je méritais ce blâme outra- 
geant, il répliqua avoir entendu dire que je me vantais de pos- 
séderun plan pour éteindre complètementcetincendie luthérien, 
c'est-à-dire anéantir l'Evangile, car il ajouta de lui-même cette 
explication. Je ne comprenais pas encore d'oti pouvait être issue 
cette calomnie et je répondis que j'avais promiïj aux princes de 
leur découvrir un moyen d'apaiser ce dissentiment avec le 
moins de bruit possible et sans faire courir aucun risque à la 
liberté évangélique, à condition qu'ils voulussent exécuter mon 
plan secrètement et sûrement, mais qu'en vérité il était de nature 
telle que je craignais que les princes ne consentissent {ias à: 
l'admettre ^ 

Beaucoup plus tard, le 27 octobre, pendant que Farel 
évangélisait Montbéliard, répondant, au retour de 
Besançon, à Antoine Brognard» chanoine de Saint-Maim- 
bœuf à Montbéliard, Erasme songe tout naturellement 
à Farel qu'il affuble maintenant du sobriquet injurieux 

de Phallicus, — le libidineux^ Il écrit : 

■ ■ f 

« Plût à Dieu qu'il fût bien réellement ce qu'il professe. Il 
déclare qu'il annonce l'Evangile; or je n'ai jamais vu un hornme 
plus consciemment arrogant, plus enragé à maudire, plus impu- 
dent menteur; je l'ai, en un mot, jugé tel que je ne voudrais 
avoir ses semblables ni pour amis, ni pour ennemis. Les Luthé- 
riens eux-ipêmes n'ont pu supporter l'insatiable impudence de 
cet homme. Tl a souvent été blâmé par Oeco^ampade^ même 
dans des lettres, ainsi que par Pellican, mais cela n'a servi de^ 
rien, tant est violente sa maladie. 

Je n'ai jamais discuté avec lui, mais fai interrompu la dis- 
cussion où il s'emportait avec quelques autres personnes'' . Je voulais, 
en effet, exister qu'il me dise pourquoi il m'avait appelé Balaam. 

Je lui demandai pourquoi il pensait qu'on ne devait pas 
invoquer les saints, si cela n'^était pas parce. que l'Ecriture sainte 
n'en parle pas? Il l'admit. Alors je le mis en demeure de me 
prouver qu'il faut invoquer le Saint-Esprit. — « S'il est Dieu, 
dit-il, il laut l'invoquer ». Je le pressai de me le prouver par 

1. Allen, Opus Epistolarum, I, 31. 

2. Ce sobriquet, jouant sur le nom de Farel [Pharellus), paraît avoir été 
inspiré par les pages de la Detenninatio dans lesquelles Farel avait décrit, 
en termes parfois obscènes, la corruption des couvents et des papes. 

3. Il est certain qu'Oecolampade lui écrivit plusieurs lettres pour lui, 
recommander la modération (Ilerrainjard I, a» 111, 3 août, etc.). 

4. C'est moi qui souligne. 



13« 



ÉTUDES HISTORIQUES 



l'Ecriture, l'assurant à plusieurs reprises que je ne parlais que 
pour argumenter, puisqu'au fond il était d'accord avec moi. En 
«ffet, je ne le faisais que pour rétorquer son argument par lequel 
il s'efforçait de prouver que l'on ne doit pas invoquer les saints 
puisque l'Ecriture ne nous l'enseigne pas. — Il cila ce verset de 
l'épître de Jean : « Et ces trois sont un* ». Je répondis que ce 
verset ne se rapportait pas au même sujet, mais à la contormité 
du témoignage^ et que le contexte du sang, de l'eau et de l'esprit^ 
n'admettait pas d'autre interprétation. En outre, le passage do 
Père, du Verbe et de l'Esprit ne se trouvait pas dans les anciens 
manuscrits et n'était pas cité par les plus grands adversaires des 
Ariens, Athanase, Cyrille etHilaire. La discussion s'étant arrêtée 
presqu'aussitôt, car la nuit approchait, j'exposai notre différend 
en m'en allant, mais en peu de mots. 

Voilà de quoi il écrivit à ses amis des lettres pleines de van- 
tardise; l'une d'entre elles m'a été communiquée, de Constance. 
On 5' trouve, par exemple, dix phrases dont pas une syllabe n'est 
vraie. 11 ne put pas prouver que le Saint-Esprit est appelé Dieu, 
ce que néanmoins on peut démontrer par l'apôtre Paul. Si, toute- 
fois, il l'avait prouvé, il ne m'aurait pas convaincu. Je ne crois 
d'ailleurs pas qu'il faille prier les saints, bien que ceux-ci exlra- 
vaguent qui blâment, par leurs exagérations, une coutume qui 
remonte aux premiers temps de l'Eglise et est en elle-même 
pieuse. Si je l'avais connu tel qu'il m'apparut quand je le mis à 
l'épreuve, je ne l'aurais jamais jugé digne d'un entretien et si, 
par hasard, je l'avais rencontré, je me serais détourné de mon 
chemin. Car il y a des êtres si fâcheux que c'est un malheur de 
les avoir rencontrés. Je crains donc que votre cité ne soit me- 
nacée de quelque calamité, puisque cet oiseau de mauvais augure 
s'est envolé vers vous. Il s'est heureusement enfui de la France 
sa patrie, mais il a laissé ici un livre extraordinairement bouffon 
auquel il n'a d'ailleurs pas mis son nom, mais il n'y a personne 
qui ne le déclare de Phallicus. On dit qu'il en a écrit un autre en 
français contre moi, qui se cachp entre les mains des conjurés. 
Le magistrat de Bâle tâche de pincer l'imprimeur. C'est ce que 
déclare publiquement à Lyon un certain Lorrain, sculpteur de 
son métiers Le même a émis quelques apophtegmes de Phallicus, 
entre autres, que la femme de Froben est meilleure théologienne 

1. Il s'agit du passage 1 Jean, V, 7 : « Car il y en a trois qui donnent témoi- 
gnage au ciel, le Père, la Parole et le Saint-Esprit; et ces trois sont un », 
passage dit « des trois témoins », qui manque dans les plus anciens manus- 
crits et qu'Erasme avait supprimé dans la première édition de son N. T., mais 
qu il consentit à rétablir ensuite. 

2. Du verset précédent. 
'). Voy. plus loin. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



139 



que moi, et. cet auire : « J'aimerais mieux, dit Phallicus, mourir 
un jour avec les martyrs, que de ne pas nuire, partout où je le 
pourrai, à la réputation d'Erasme ». Aux yeux de Phallicus je 
serais aisément un grand théologien si je criais que le pape est 
l'antéchrist, que les constitutions humaines sont hérétiques, que 
les cérémonies sont des abominations et autres choses de ce 
genre... Je suis partisan de l'Evangile, mais ne m'associerai pas 
à leur Evangile, à moins que je ne voie d'autres évangélistes et 
un autre peuple que ceux que je vois jusqu'à présent »... 

J'ai tenu à donner la plus grande partie du plaidoyer 
d'Erasme pour montrer qu'il y avait, dans celui de Farel 
au Magistrat de Bâle, au moins une lacune. Il fait bien, 
à la fin de sa lettre, allusion à des «■ troubles qui avaient 
éclaté, à des désordres » qui avaient eu lieu « peu avant » 
qu'on lui intimât l'ordre de vider les lieux. On peut con- 
jecturer qu'il fut mêlé à ces troubles, qu'il prit part à 
des discussions qui dégénéraient aisément en violences, 
et, si je comprends bien ce qu'Erasme dit au commence- 
ment de sa lettre à Antoine Brognard, c'est à l'occasion 
d'une de ces discussions qu'Erasme serait intervenu et 
aurait entraîné Farel à part pour avoir avec lui Fexplica- 
tion dont il entretient ses amis de Constance et de Mont- 
béliard. Mais, si, dans sa lettre au Magistrat, Farel 
oublie ce détail et surtout les sarcasmes dont, dans ses 
conversations et dans des pamphlets anonymes, il avait 
abusé contre ses adversaires, à son tour Erasme oublie 
de raconter à ses correspondants que c'est sans doute à 
«on instigation que Farel fut chassé de Bâle. 

M. P. S. Allen, dont la complaisance égale l'érudition, 
Tient, en effet, de me communiquer une lettre inédite 
du grand humaniste qui, parfois, lui aussi, manquait de 
mesure. Cette lettre se trouve encore aujourd'hui dans 
les archives de l'Etat de Bâle au Magistrat duquel elle 
avait été adressée. En voici la traduction : 

Salut, nobles et magnitiques seigneurs, 

Un homme honnête et savant écrit de Lyon * qu'un sculpteur 

1. On se rappelle qu'Antoine du Blet était de Lyon et que plusieurs Lyon- 
nais paraissent l'avoir accompagné avec Farel à Zurich (Herminjard 1, 297, 
n. 13-17). 



ÉTUDES HISTORIQUES 



I 



lorrain du nom de Jacques Verier'y a porté un pamphlet 
imprimé à Baie et écrit contre moi par Guillaume Farel. En outre, 
de Constance, un homme honorable m'écrit qu'il a vu deux 
pamphlets écrits contre moi par le même Farel ^. Ce Farel est 
un homme séditieux, sans frein ni mesure dans ses paroles 
comme dans ses écrits, ce que je démontrerai quand ce sera 
nécessaire. On vend ici, depuis déjà quelque temps, un pamphlet 
dans lequel beaucoup de personnes sont diffamées, principale- 
ment le souverain Pontife^. Ni l'auteur, ni l'imprimeur n'y ont 
mis leur nom. Mais on soupçonne généralement, on a môme de' 
fortes présomptions que Farel en est l'auteur et que l'imprimeur 
est un certain Welshans. On s'en convaincra facilement si Cra- 
tander et Watlenschnee dans la boutique desquels le livre se 
vend publiquement sont contraints par serment de dire où ils 
l'ont acheté. Et si l'on recherche ce que Welshans a imprimé 
dans ces derniers temps '\ 

11 n'y a personne à qui sa réputation ne soit -chère. Pourtant 
je n'estime pas que la mienne puisse être atteinte par ce genre 
de libelles. J'ai toutefois jugé à propos d'aviser vos hautes puis- 
sances, de peur que ce soit à votre insu qu'un exemple aussi 
pestilentiel se glisse dans votre cilé à laquelle, comme il est 
juste, je souhaite et dois beaucoup de bien. Si quelqu'un favo- 
rise Luther, Luther lui-même réprouve ces gens comme des 
ennemis de l'Évangile, il écrit qu'ils déposent des ordures dans 
le camp d'Israël '. Farel se vante de décrier ma réputation par- 
tout où il le pourra. Et j'ai l'idée que quelques-uns se sont 
entendus pour diffamer n'impoi-te qui par des libelles anonymes 
ou revêtus d'un titre fictif. Ce n'est autre chose qu'une pépinière 
de séditions. Ce qu'ils se permettent aujourd'hui contre moi, ils 
ne tarderont pas à se le permettre contre vous, si leur licence 
reste impunie. 

Je vous ai averti à cause de l intérêt que je vous porto et me 
tiendrai pour satisfait de ce que vous aurez ordonné. Car je ne 

1. Anémond de Coct, dans une lettre du 17 déc. 1524 (Hernn. I, ;{09) parle 
d'un Pierre X'ei rier. 

2. Ces pamplilets n ont pas encore été retrouvés. Jl se peut que les amis 
aussi bien que les adversaires de F'arel les aient fait disparaître, quand ils ont 
vu l'etTet qu'ils produisaient Dans une lettre de Coct, du 2 sept. 1524 (llerm. I, 
281) se Irouve cette phrase qui se rapporte peut-être à ces pamphlets : « Sane 
Anlichrislos noluït senex excudi, at alio tompore poterunt ». On peut conjec- 
turer qu'à cette date ils étaient encore manuscrits. 

3. Allusion à la De termina Lio. 

4. Cette enquête n'avait pas encore produit de résultat le 7 octobre, mais 
le Magistrat mit certainement la main sur la DcterminaLio qui correspondait 
bien à la description dTirasme. 

5. A cette époque, en ctîet, Luther était devenu déjà beaucoup plus con- 
servateur. 



ÉTUDES HISTORIQUES Ul 

cherche pas à troubler votre cité, mais à lai rendre service si je 
le pais. Portez-vous bien. 

Erasme de Roterdam, de sa main. 
Aux nobles et magnifiques seigneurs du Magistrat de Bâle. 

Qu'on rapproche cet autographe des lettres posté- 
rieures dans lesquelles Erasme nous donne les seuls 
détails que nous possédions sur son entrevue avec Farel. 
Qu'on le rapproche du plaidoyer qu'une année plus tard 
Farel adressa aux autorités bâloises afin de rentrer en 
grâce. Qu'on se rappelle que, dans ce plaidoyer, Farel 
insiste sur le fait qu'on ne lui fit pas connaître les motifs 
de l'arrêté d'expulsion. 11 aurait fallu démasquer Erasme 
et citer des écrits anonymes que l'inculpé pouvait récuser. 
De là le caractère brusque et arbitraire de cette expul- 
sion. D'après ce que j'ai essayé d'exposer plus haut, on 
comprendra qu'un gouvernement aussi soucieux d'éviter 
tout ce qui pouvait troubler la paix de la cité n'ait pas 
hésité à expulser un étranger^qui le remerciait de l'hos- 
pitalité qu'on lui accordait en décriant, sous le couvert de 
l'anonymat, une autorité rel^igieuse et des hôtes qu'on 
tenait à ménager. La lettre d'Erasme est sans date. On 
pourrait, vu le contenu, la rapprocher de celle de la lettre 
à Antoine Brognard. Mais celle-ci mentionnant, en pas- 
sant, que le Magistrat bâlois cherche l'imprimeur de la 
fameuse Determiiiatio, l'ordre d'enquérir se rapporte à 
ce qu'Erasme dit de ce pamphlet qui circulait depuis 
quelque temps à Bâle. Je pense que c'est peu de temps 
après la conversation qu'il eut avec Farel qu'Erasme reçut 
les renseignements de Lyon et de Constance. Lorsqu'il 
sut comment Farel avait apprécié la petite leçon d'exégèse 
qu'il lui avait donnée, il n'hésita plus à aviser les autorités, 

La rupture entre la Réforme et la Réforma tien ^ 

Quelques lecteurs s'étonneront peut-être que j'aie cru 
devoir raconter en détail ce conflit personnel entre Farel 

1. Je preads le mot Réformation dans le sens historique de transformation 
religieuse. 



442 



ÉTUDES HISTORIQUES 



et Erasme. C'est, diront-ils, accorder beaucoup d'impor- 
tance à un différend qui s'explique aisément par la diffé- 
rence ou plutôt l'opposition entre le caractère de l'un et 
de l'autre. Je pourrais répondre qu'il valait la peine de 
retracer, en suivant de près et laissant parler les docu- 
ments contemporains, un épisode qui n'avait encore jamais 
été éclairci et où, d'ailleurs, j'ai négligé plus d'un détail 
intéressant ou suggestif ^ 

En réalité, ce n'est pas pour mettre en relief l'opposi- 
tion entre l'ardeur agressive et parfois outrageante du rude 
montagnard dauphinois et la prudence réfléchie aggravée 
par la susceptibilité maladive du grand humaniste flamand 
que j'ai suivi, dans le milieu bâlois, les péripéties du duel 
entre conservateurs et réformateurs, sur lequel s'est greffé 
celui entre Farel et Erasme qui en est la phase la plus 
aiguë et la plus instructive. Il y a là bien autre chose que 
quelques passes d'armes dont le public attendait avec 
impatience l'issue mais qui n'ont plus, pour nous, qu'uiî 
intérêt rétrospectif. 

Pourquoi Erasme qui jusque là avait suivi d'un œil 
attentif le développement de la tragédie luthérienne, mais 
avait soigneusement évité de s'y mêler directement, est-il 
subitement sorti de sa neutralité quelque peu hautaine? 
Pourquoi Farel, resté, ainsi qu'en témoignent les lettres 
de Lefèvre, l'élève respectueux, l'ami et le confident de 
son vénéré maître, cesse-t-il subitement de lui écrire et 
de le tenir au courant de ses moindres faits et gestes?^ 

C'est qu'à Bàle et à Strasbourg, au lieu de continuer 
à déplorer et peut être de partager les lenteurs, les hési- 
tations avec lesquelles jusque là on s'avançait dans les 
voies nouvelles, Farel résolut plus ou moins subitement, 

1. Ainsi je ne dis rien d'un autre épisode qu'Erasme rapproche de celui 
de Farel, dans sa lettre à Botzheim, c'est-à-dire de ce qui se passa entre lui 
et un envoyé du roi de Pologne au sujet de Luther. Remarquons à ce propos 
que c'est alors ou plus tard et à Bâle que Farel fît la connaissance de Jean a 
Lascc. Calvin lui écrit, le 3 février 1551 : « Jean a Lasco t'a fait saluer na- 
guère, rappelant l'entretien qu il eut avec toi à Bâle lorsqu'il demeurait chez 
Erasme ». {Calv. op. XIV, 42.) ^ 

2. Le 5 octobre 1524, Pauvant écrivant à Farel, se plaint, au nom de Le- 
fèvre et de Uoussel, de ce que depuis lo7iglemps il les laisse absolument sans 
nouvelles. (Hcrminjard, I, 292.) 



V 



ÉTUDES HISTORIQUES 143 

à ses risques et périls, d'entrer dans celle des réalisations. 
Contrairement à ce qu'ont cru. certains historiens, son 
appel à l'université et au clergé bâlois, sous des formes 
inofîensiyes, signifiait clairement ceci : il ne s'agit plus de 
réformer telle ou telle institution, de réprimer tel ou tel 
abus. Il faut une transformation radicale de tout l'état ecclé- 
siastique et religieux — que ceux qui le comprennent, 
me suivent. Et, comme pour brûler ses vaisseaux, il avait 
atlaqué, avec une rare violence et en les nommant, non 
seulement les autorités religieuses responsables, mais 
encore ceux qui déploraient leur altitude et essayaient de 
les persuader d'y remédier. L'obstacle qu'il fallait ren- 
verser c'était tout le système papal et ceux quiytout en le 
critiquant^ voulaient le maintenir. 

Erasme, Ber, Chansonnette, Boniface Amerbach*, 
Glarean, bref tous ceux qui avaient approuvé les premières 
publications de Luther, se virent directement attaqués au 
moment même où ils constataient que Luther revenait 
sur le radicalisme de certaines thèses de sa Captivité de 
Babylone^ en admettant ce qui nest pas expressément in- 
teî'dit par l'Évangile, alors que Farel n'admettait pas qu'il 
fût permis de rien ajouter ou enlever à la règle de vie défi- 
nitive jtrescrite par le Christ. Glarean a bien exprimé leur 
état d'âme, lorsque, dès le 18 janvier 1523, il écrivait à 
Yadian : 

Erasme s'irrite de ce que les bonnes études sont troublées par 
ces tumultes; quant à moi je vois bien ce dont je me détourne, 
mais non ce que je suivrai. Erasme conseille la modération, la pru- 
dence humaine, les autres un gr^nd courage, mais je crains que 
celui-ci n'aboutisse à des violences. Non que je manque de con- 
fiance dans leur cause, mais parce que j'aperçois je ne sais quelle 
arrogance chez tous ceux qui aujourd'hui, avec tant d'assurance, 
veulent tout transformer. Et comme le fer oscille entre l'aimant 
et le pôle, mon esprit est tantôt entraîné par la grande ardeur de 
Luther, tantôt ramené vers la réflexion et la modération comme 
rers Dieu^. 

\. Voir, dans la biographie de B. A. par Burkbardt-Biedermann, la. longue 
histoire des doutes et des hésitations de cet ami d'Erasme et de Chanson- 
nette. 

2. Vadianische Briefsammlung, î, n» 334. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



N'outlions pas que Farel n'était, ni théologien, ni 
prêtre. Il avait pitié de la multitude dont il avait partagé 
la crédulité superstitieuse, mais aux yeux des moins 
prévenus, il ne paraissait nullement qualifié pour lé 
rôle de prédicateur et de réformateur religieux qu'il 
assumait sans broncher. Il ne suffit pas d'objecter que 
ceux qui souriaient ou s'indignaient de ses exagérations 
prenaient le parti le plus sage et le plus profitable en res- 
tant fidèles au passé. Qu'Erasme, le vieillard infirme, 
comme il l'avouait d'ailleurs — ainsi que Lefèvre — n'ait 
pas eu la passion du martyre, cela ne saurait surprendre 
ceux qui l'ont vraiment fréquenté. Cette passion ne peut 
naître que d'une conviction profonde et absolue. Or Erasme 
acceptait la tradition ecclésiastique — dont il avait décou- 
vert les origines souvent troubles — comme une néces- 
sité. Il connaissait trop bien l'histoire pour ne pas pré- 
voir qu'elle ne pourrait être sérieusement modifiée sans 
des luttes terriblement sanglantes que réprouvait son 
esprit pacifique. 

D'autre part, Farel et ses collaborateurs, s4ls étaient 
prêts à affronter la prison et les supplices, n'en recouraient 
pas moins à la fuite ou à l'anonymat lorsque le danger 
les serrait de près. Mais ils reprenaient sans cesse la lutte 
qui leur paraissait inévitable si l'Evangile, qui l'avait pro- 
mise à ceux qui l'accepteraient, ne devait pas rester lettre 
morte. 

Ce confiit n'aurait-il pu être évité, telle est, encore ' 
aujourd'hui, la thèse soutenue par ceux qui voient dans 
le schisme provoqué par la Réformation, la grande cala- 
mité des temps modernes?* Ils nous disent que si on avait 
suivi les conseils d'Erasme, cette calamité aurait pu être 
évitée. Ils oublient ce qu Erasme constata lià-mèine, que 
ses conseils ne furent pas suivis. Puis ils se gardent bien de 
nous dire à quel prix ils rie l'ont pas été. La liberté 
humaine, surtout de la pensée et de la conscience — 
Erasme en lit l'expérience — est incompatible avec la 

1. C'est, si je ne fais erreur, celle de M. Imbart de la Tour. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



145 



Réforme telle que l'Eglise catholique l'a réalisée au con- 
cile de Trente. Encore faut-il ajouter que, sans la pres- 
sion exercée par les peuples schismatiques, ce concile 
n'aurait probablement pas eu lieu. 

11 fallait donc choisir entre l'Evangile et la Papauté, 
et l'on ne saurait, sans injustice, faire un crime à ceux 
qui, non sans de longues luttes, se rangèrent résolument 
du côté du premier. Assurément il eût été préférable, pour 
la paix du monde, que le dilemme ne se posât pas avec 
cette intransigeance et que ceux qui embrassèrent Je parti 
de FEvangile n'aient pas été entraînés à déclarer la guerre 
à ce qu'ils appelaient le papisme. ^ 

Mais, à qui la faute si, à leur tour, ils furent absolus 
et intolérants? Lorsqu'on essaie de pénétrer jusqu'au fond 
de la pensée d'Erasme qui se souciait fort peu de dogma- 
tique, on le voit fort bien admettre une Eglise évangélique 
à côté de l'Eglise catholique à la condition qu'on laissât à 
celle-ci sa situation, et^, à ce point de vue, il est un des 
précurseurs de l'esprit moderne ^ Mais, encore une fois 
à qui la faute si cet idéal n'a pu, même être entrevu à 
cette époque? Y eut-il jamais un essai de Réforme plus 
modéré, plus anodin, plus respectueux de la tradition qu'à 
Meaux? Que demandaient Rriçonnet, et Lefèvre, et Mar- 
guerite et même parfois François I®'? Qu'on laissât entre 
les mains du peuple, dans sa langue maternelle, le texte 
du Nouveau Testament. On sait, et on verra dans la suite 
de cette histoire, non seulement que la Sorbonne remua 
ciel et terre jusqu'à ce qu'elle en eut obtenu l'interdiction 
qui fut maintenue en France, d'une manière absolue, pen- 
dant plus d'un quart de siècle, qui, encore aujourd'liui, 
y est la loi religieuse de la majorité. Bien plus, on ne 
devait pas s'arrêter avant d'avoir expulsé ou exterminé 
par le fer et le feu tous ceux qui prétendaient avoir le 
droit d'alimenter leur foi à cette source de toute religion 
digne de ce nom. N. Weiss. 



1. Lequel, il faut bien en convenir, ne se manifeste, dans une parfaite 
liberté de toutes les confessions, que dans les pays où a triomphé la Réforme. 

Juillet-Septembre 1920. 11 



Documents 



En mémoire de Marc Morel. 

LE PROTESTANTISmE A CAMBRAI 
1562-1628 

Avant de partir pour la guerre où il devait laisser 
sa vie, Marc Morel, fils de notre cher collègue, le pasteur 
Émile Morel, nommé bibliothécaire de la ville de Cam- 
brai à l'issue de ses études à l'École des Chartes, nous 
avait remis quelques rares textes empruntés aux archives 
de la ville et relatifs à des protestants. Ce ne sont que 
quelques épaves, mais d'autant plus précieuses que les 
originaux ont sans doute disparu depuis lors. Marc Morel 
n'étant plus là, je vais essayer de le suppléer en les pré- 
sentant à nos lecteurs. 

Les deux premiers documents sont empruntés aux 
registres aux causes criminelles et prouvent qu'au milieu 
du xvi*" siècle, il y avait à Cambrai^ non seulement 
quelques huguenots isolés comme Regnauldine de Fran- 
quevïlle, femme de François Leslré \ qui fut brûlée vive 
devant la maison de la ville de Cambrai^ le 13 juil- 
let 1562, mais un groupe très important d'habitants 
acquis aux idées de la Héforme. Le deuxième arrêt nous 
apprend, en elfet, qu'un Fronçois Lederrq présenta au 
parquet de Cambrai, en décembre 1566, une requête au 
nom des « pauvres fidèles et servants de Dieu », deman- 
dant la permission de vivre selon la confession d'Augs- 

1. A rapprocher du document de la même date, cité Bull. XVI (1867), 
89 et 140 (cf. XLV-- 1896), 182, n. cf. Crespin (1885) lU, 259. 



DOCUMENTS 



147 



bourg ^ Le texte de cette requête que l'arrêt nous a heu- 
reusement conservé, déclare qu'elle est présentée par 
un nombre de peuple jusquà mille et plus. Elle se rattache 
au mouvement caractérisé par les fameux prêches de 
Valenciennes^ Le pauvre François Leclercq paya de sa 
tête (( son fol hardement et grant auàace et témérité » et 
on peut être sûr que ceux au nom desquels il avait osé 
élever la voix furent sévèrement poursuivis et châtiés. 

Les deux textes qui suivent prouvent néanmoins que 
le protestantisme ne disparut pas entièrement de la cité 
épiscopale. Ceux qui le professaient ne purent le faire 
que secrètement. Le document de 1626 que M. Marc 
Morel a résumé, nous apprend que, pour les dépister, 
Far^hevêque avait autorisé un Robert Lavechin, maître 
charpentier, (( de pouvoir aller et venir parmy semblables 
gens et tascher le plus subtillement qu'il lui serait pos- 
sible de les descouvrir et avérer ». Or, pour atteindre ce 
but, cet agent provocateur n'avait rien trouvé de mieux 
que de contrefaire le huguenot enragé en décriant gros- 
sièrement les gens d'Eglise et notamment les Jésuites. Il 
en résulta une enquête à la suite de laquelle un certain 
nombre de suspects, sans doute dénoncés par Lavechin, 
furent découverts, arrêtés et bannis. 

Enfin le dernier texte, de 1628, nous apprend que, 
pour avoir possédé et lu un nouveau testament et avoir 
chanté des psaumes, Jacques Crawet et Louis Chauvin 
furent condamnés à l'amende honorable et à diverses 
autres peines. 

N. Weiss.. 

L — Arrêt du 13« jour de juillet 1562 contre Regnauldine de 
Franqueville. 

Regnauldine de Franqueville, femme de François de Lestré, 
mise entre les mains de Messieurs, par MMrs les vicaires de 

1. Il s'agit sans doute du recès de la diète d'Augsbouvg qui fut publié le 
25. septembre 1555 et par lequel les États catholiques de l'Empire (dont Cam- 
brai faisait alors partie) s'engageaient à ne plus attaquer les protestants 
pour cause de religion. Car la confession d'Augsbourg n'avait jamais été offi- 
ciellement autorisée avant celte date. 

2. Voy. BuU. XXVI (1871), les articles de M. Paillard p. 33, 73 et 121. 



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DOCUMENTS 



Monseigneur le Red"'^ évêqiie et ducq de Cambrai, juges ecclé- 
siastiques, comme hérétique, relapse, sacramentaire, excommu- 
niée et anathématisée pour estre pugnie selon la disposition du 
droit, interrogée si c'est celle qui a esté remise entre les mains 
de Messieurs comme dessus, a dit et confessé que ouy; s'ensui- 
vant toutes ses oppositions erronées. 

La sentence de Messieurs. 

Regnauldine de Franqueville, femme de Franchois de Lestré, 
natifve de cette cité, mise entre nos mains par les juges ecclésias- 
tiques, comme estant, par leur sentence, hérétique, relapse, 
sacramentaire, excommuniée et anathématisée pour être pugnie 
selon la disposition du droictescript, voiantparnous sapertinacité 
et damnable obstination en ses oppositions erronées, sera, pour 
ce, menée droit devant la maison de la ville et liée à une estacque 
et illec vifve bruslée et son corps consommé ensemble, à 
l'exemple d'autres 

II. — Arrêt du mois de décembre 1566, à la suite de la requête 
de François Leclercq. 

Après la requeste présentée à Monsieur le septmainier au 
parquet où estoient plusieurs autour de François Leclercq qu'il 
disoit estre des siens lesquels ne furent lors connus : 

« La paix de noslre seigneur Dieu pour la grâce de Jésus-Christ 
soit à vous très honorés seigneurs qui estes ordonnés ministres 
de sa justice en cette cité de Cambray : 

« Remonstrent en toutte révérence et humilité vos très humbles 
et obéissans serviteurs les pauvres lidels et servans de Dieu, 
mananset habitants en ceste vostre cité, que jà dès longtemps a 
esté ordonné par sa majesté impériale et son conseil que la 
confession telle qu'elle a esté arrestée en la ville d'Ausbourg 
devoit estre dénoncée publiquement au peuple, ce qu'ils 
requièrent très humblement à ces fins que par ce moyen d'éviter 
tous troubles et tumultes populaires qui j)oiroient advenir, car 
vous savez, Messieurs, que votre peuple est fort doux et ne 
cherce point d'émotions, môme veuillent en tout obéir au magis- 
trat et à vostre puissance et authorité, moyennant touttefois 
qu'en premier lieu la gloire et honneur de Dieu soit observé; 
parquoy, très honnorables et très discrets seigneurs, un nombre 
de peuple jusqu'à mil ou plus, vous présentent ceste très humble 
remonstrance, ne cherchant aulre chose que la paix et tranquilitè 
de vous tous; en ce faisant serez cause de très grand bien ». 

1. Extrait du registre aux causes criminelles rei)Osant aux archives de 
MM. du Magistrat de Cambrai. 



DOCUMENTS 149 

Yeu le procès dudit Leclerc, Messieurs le ont condemné à 
estre mis sur un hourt devant la maison de la ville et avoir la 
teste coppée tant qu'il soit mort, la teneur de la sentence 
s'ensuit : 

Finançais Leclercq, natif et bourgeois de cette cité, pour son fol 
hardement et grant audace et témérité nous avoir présenté en 
assemblée publicque une requeste de la pari de ceux qui se 
disent fidels et servans, tendant affm que de leur accorder et per- 
mettre une religion contraire à nostre anchienne catholique et 
romaine, relligion en cette cité de tous temps observée, troublant 
en ce la paix publicque, que Dieu par sa miséricorde veuille 
conserver, ayant même esté saisi au fait, le poignard nud en la 
main , sera, pour ces causes, comme perturbateur du repos publicq, 
mis dessus un hourt cy devant la maison de ville, et illec aura la 
teste tranchée tant qu'il soit mort, à l'exemple d'autres, ce qui a 
esté exécuté sur les cinq heures après dîner. 

Il en est ainsy à l'original. 

Tesmoing^ 

III. — Résumé d'une enquête du 26 juin-6 novembre 1626. 

Robert Lavechin, maître charpentier à Cambrai, « propos inju- 
rieux contre la messe, la sodalité des pères Jésuites, mengeant 
gaire en jour deffendu, chantant spseaulmes, lisant bibles en 
françois, et provocant ceulx desdites compaignies qu'il pouvait 
juger plus facilement corrupitibles à faire le semblable, jusques 
à frotter leur pain de chaire, mettre et exposer sur la table 
libvres deffendus et héréticques qui étoient aultant d'actions et 
moiens pour pervertir et corrompre ceulx des dites compaignies 
quand ors ilz fussent estez très bons catholicques, auquel effect 
meisme il se servoit de plusieurs et divers aultres moiens fort 
extraordinaires, dangereux et pernicieux »... 

Les échevins ordonnent une enquête. — Questions de procé- 
dures. — On députe à l'archevêque de Cambrai alors en voyage. 

« Lesquelz sieurs députez estans de retour à la Chambre, 
auroient faict rapport à mesdits seigneurs du magistrat assem- 
bléz, qu'aians plainement informéz ledit seigneur illustrissime 
archevesque de tout ce que dessus, il leur auroit donné pour 
réponse qu'aiant recognu de bonne part qu'il commençoit à y 
avoir en ceste ville personnages suspectez d'hérésie tenans quel- 
quefois des assemblées et conventiculz entre eulx, dont il ne 
pouvoit attei/idre parfaicte cognoissance pour les convaincre et 
y pourveoir et avoit excogité jtoute sorte de moiens pour y par- 
venir, mais que n'en aiant trouvez aultres plus propres que de se 

» 

1. Registre aux causes criminelles commençant en décembre 1566, copie. 



150 



DOCUMENTS 



servir à cest effect dudict Lavechin, il l'avoit auctorisé de pouvoir 
'aller et venir parmy semblables gens et tascher le plus subtille- 
ment qui lui seroit possible de les descouvrir et avérer, laquelle 
charge et pouvoir il lui avoit donné depuis Noël dernier, et sy 
bien se recordoit par les festes qu'estant touttesfois enquis des 
dicts sieurs députez s'il avait auctorizé ledit Lavechin de ce faire 
par séduction et corruptelle des personnes, par blasphèmes, médi- 
sances et callomnies contre les gens d'église, les appelant Bougres 
et Jean Foutres, la sodalité des dicts pères Jésuistes sotie 
attelée, et d'user enfin d'aucuns semblables propos infâmes et 
actions si scandaleuses, il leur auroit répondu que non, qu'il 
n'avoit jamais entendu qu'il deuist dire, faire ou commettre 
choses semblables, ains seullement se servir comme dict est de 
moyens plus propres et moins scandaleux qu'il pourroit, à l'effect 
ci-dessus. 

[Autres témoins cités]. 

Lavechin est adjourné à -comparoir, il .est absent, on informe 
son frère Daniel. Lavechin informé revient, s'excuse, demande 
qu'on attende le retour de l'archevêque. Les excuses sont 
trouvées frivoles et impertinentes. Arrivée de Gerlays de 
Malines, du Grand conseil du roi, qui apporte des lettres closes 
d' « Isabel-Clara-Eugénia, par la grâce de Dieu infante d'Es- 
paigne »... (14 juillet 1626.) Elle envoie de Gerlays à sa place. 

Gerlays fait rechercher et arrêter : 

Estienne Bourdon, 

Jean d'Espaigne^ 

Jean Oudart, 

Nicolas el Louys Broudoux.(rQ,Yes, 
Gabriel Malton dit Gabry, 
Souply Verdijon, 
Laurent le Grand, 
Philippes Greff. 

Le magistrat s'assemble — il reçoit d'autres lettres d'Isabelle 
qui ordonnent de remettre la cause entre les mains de l'arche- 
vêque (11 juillet 1626). Le magistrat réclame et, sur un refus de 
Gerlays écrit à Isabelle (18 juillet 1626). Réponse d'Isabelle 
(27 juillet 1626) : continuer à donner bonne assistance au sieur 
Gerlays, tenir les procédures conmiencées en surséance — 
Bourdon s'échappe — Gerlays achève son enquête. Lettre d'Isa- 
belle (5 août 1626), les 5 derniers prévenus sont bannis dans les 
24 heures. Nicolas Broudoux a un délai d'un mois, ainsi que : 

Jean Desourmeaux^ • 

Jehan Bans, 

Pierre Broudou, 

Claude Tasson le Jeune, 



DOCUMENTS 



151 



Fiirty Bellier, 
Hubert de Villers, 

Estienne le Cocq, fils du Coquelet. 
Sont chassés de l'Empire : 

Jehan d^Espaigne, - < ' ' 

Abraham de Mailly, 
Jehan Oudart, 
Estienne Bourdon, 

Doivent partir dans les trois jours : x 

Adrien Taisne, . • 

Jehan le Brun. 

Lavechin continue à être mis en observation. 
Les lettres sont mises à exécution. 

Le Magistrat demande le droit de punir tous les hérétiques 
qu'il trouvera, sans permission d'Isabelle. 

Isabelle accorde le droit de bannissement (6 nov. 1656) ^ 

IV. — Arrêt du 12 octobre 1628 pour avoir possédé et lu 
leN. T. 

Jacques Crauwet, natif de ceste ville, demeurant rue des 
Haranguières, cy devant paroissien de Saint-Georges, mandé 
devant Messieurs, et chargé d'avoir eu quelques deux ou trois 
années certain libvre huguenot qui est un testament imprimé à la 
Rochelle, et y leu plusieurs fois, et de ce convaincu par sa 
propre confession, mesmes qu'il a\oit bien recognu qu'il estoit 
hérétique à cause qu'il y avoit des psaubnes en solfa et un cathé- 
chisme contraire à celui que l'on enseigne icy, lequel depuis 
environ un an, il aurait vendu à Louis Chauvin filz de Paul 
moyennant quarante palars, déclarant que ledict libvre lui avait 
esté baillié par un nommé Claude Hauvet à présent décédé, 
convaincu en oultre d'avoir chanté quelquesfois avec le dict 
Hauvet et un aultre nommé Jolies, dont il ne sçait le soubnom, 
travaillians avecq luy chez sa mère, aulcuns des dits pseaulmes 
quoy qu'il lui ait toujours soustenu de n'y avoir jamais prins du 
goust ni plaisir. 

Louis Chauvin, tils à marier de feu Paul, eaigé de vingt-quatre 
ans ou environ, mandé semblablement devant Messieurs pour 
avoir acheté le testament cy-dessus du dit Crauwet y at environ 
un an ou un an et demy et leu plusieurs fois dedans par an, il 
auroit recognu qu'il estoit hérétique à cause qu'entre aultres 

1. Archives municipales de Cambrai, BB 2. f» 13. 



15*2 DOCUMENTS 

choses n'y sont admis et enseignez que deux sacrements, savoir 
le babtesme et la cœne, le tout selon qu'il a confessé volontaire- 
ment, auquel libvre il se seroist prismes faict quicte depuis 
environ un mois par le conseil du des Recollez auquel 

il en avoit faict la destouverte lors de sa confesse dernière. 

Ont tous deux, de l'advis préalable de sa seigneurie Illustris- 
sime et Révérendissime de Gambray, estez condempnez par Mes- 
sieurs du magistrat de comparoir en jugement et illecq, genouls 
lléchis, teste nue et mains joinctes crier merci à Dieu et justice, 
déclarer qu'ils sont marris et repentans d'avoir tenu chez eulx et 
leu dans le libvre contenans le catéchisme de Théodore Bèze et 
les pseaulmes de Clément Marot huguenotz et pernicieux et de le 
brusler prestement eulx-mesmes en plaine chambre. En oultre 
et par ledit Grauwet faire un voyage à Notre-Dame de Halles au 
plus tôt et illecq confesser et communier et de ce en rapporter 
certificat et ledict Chauvin à payer une amende de cent libvres 
tournois, applicable aux pauvres. Et tous deux encore par dessus, 
de se présenter tous les quinze jours, un an entier, à quelque père 
Jésuite à désigner par le père recteur de ceste ville, afiin d'estre 
cathechisez et instruictz tantmieulx en la foy catholique et de ce 
rapporter act certificatoire tous deux, de chaque trois mois à 
aultres^ 

é 

LA FAMILLE CUNY, DE BAR-LE-DUC 
Gomment elle parvint à se réfugier en Allemagne. 
Récit inédit 1690-1692. 

On trouvera dans la 2'^ édition de la France protes- 
tante IV, 977, une notice sommaire sur cette famille qui 
essaima en diverses régions de TAllemagne, de la Hol- 
lande, jusqu'en Russie et à laquelle se rattachent, entre 
autres, l'astronome russe von Struve et Je chancelier 
Gustave von (iossler qui fut ministre des cultes en Prusse 
au XI \'' siècle, (le que la notice de la France protestante 
ne nous dit pas, c'est comment cette famille parvint, 
pour ne pas se convertir au catholicisme, à s'expatrier. 
En octobre 1895 un D' Cuny de Dresde communiqua à 

1. Cambrai, Archives municipales, F. F. 105, f* 169. 



DOCUMENTS 



153 



notre toujours regretté collaborateur M. Dannreuther, 
pasteur à Bar-le-Duc, la copie d'un récit rédigé les 12 et 
13 mars 1804 par un de ses ancêtres pour son petit-fils. 
Il y raconte, d'après « diyers papiers » qui étaient entre 
ses mains, les péripéties de Tévasion de Daniel, fils aîné, 
de sa femme et de trois petits- fils de Samuel Cuny de Bar- 
le-Duc ^ Nous reproduisons le texte de ce récit qu'on lira, 
comme tous ceux, trop rares, du même genre, avec le 
plus vif intérêt. Les événements qu'il résume se passèrent 
entre novembre 1690 et novembre 1692. 

N. W. ■ 

Le 15 mars 1804. 

Mon cher petit-fils, 

Vous êtes le plus jeune de ma famille, qui porte mon nom ; 
lorsque votre raison sera formée je n'existerai peut-être plus et 
distant d'au delà de cinq quarts de siècle de la cathastrophe qui 
a transporté notre famille dans le Nord de l'Allemagne, vous n'en 
saurez autre chose, que vos pères étaient d'origine française, 
que la révocation de l'Édit de Nantes a porté à quitter leur 
Patrie. Gomme une Révolution arrivée en 1790 en France a porté 
mainte famille à émigrer de cette même patrie, il se pourrait 
que vos descendents, plus éloignés encore de l'événement qui a 
transplanté notre famille en Allemagne, le nom de famille étant 
français, ils ne sauront si cette révolution ou la révocation de 
l'Êdit de Nantes en est cause. Quoiqu'il ne résulte aucun avan- 
tage à des familles roturières d'être instruites de l'origine de 
leur famille, il ne peut leur être indiférant d'avoir des notions 
exactes de leurs ancêtres, des événements qui les concernent, 
quel état ils ont occupés dans la société. Pour satisfaire à ceci 
j'emploierai mon loisir à mettre par écris ce que j'ai tiré de 
divers papiers qui sont entre mes mains ou de ce que feu mon 
cher père m'a transmis : 

Mars, le 13, 1804. 

Par la généalogie à la suite de ce livre vous verrez que votre 
trisayeul, né à Nettencour près de Bar-le-Duc, a quitté la religion 
catholique romaine pour embrasser celle de Calvin. Son fils 

1. !i mentionne aussi la faite de la veuve de Samuel Cuny, mais ne dit rien 
de ses quatre autres enfants; on sait qu'ils gagnèrent tous Berlin, mais, à 
partir de là on ignorait dans la famille, leur|destinée et on ne put recon- 
stituer que les descendants de Daniel. 



154 



DOCUMENTS 



Daniel Cuny établi à Bar-le-Duc négociant, professant la même 
religion, prévoyant qu'il serait persécuté à cause d'elle, qui 
entraînerait la perte de sa liberté et la ruine entière de sa famille, 
étant trop attaché à sa religion pour en faire l'abjuration, crût 
qu'il lui serait avantageux de se rendre à Frankfort-sur-le-Min 
pour y prendre queiqu'arrangem^nt afin d'y passer avec sa 
famille. Pour cet effet il partit avec un de ses parens nommé 
Pigner que le même motif annimait. 

Us se mirent en route, à cheval. Le matin du troisième jour 
de leur départ, le temps était extrêmement mauvais, ils se réso- 
lurent de ne partir que le lendemain; mais ce relard leur fut 
funeste, puisqu'il fit soupçonner les gens de l'Hôtellerie, que ces 
deux voyageurs pourraient bien être des religionaires qui cher- 
chaient à sortir du pays, ce qui était défendu sous peine des 
galères et confiscation des biens, dont une partie était réversible 
aux délateurs. Ceci engagea l'hôte à les dénoncer à la Maré- 
chaussée. On les laissa partir tranquillement; mais à peine qu'ils 
eurent fait une lieue de chemin, la Maréchaussée les arretta 
comme des religionaires et les séparent sur le moment pour les 
interoger. Dans cet interogatoire ils dirent que leur dessin 
était d'aller à Frankfort pour y recueillir la succession d'un 
parent ; mais malheureusement, en nommant ce parent décédé, 
le nom de celui-ci ne se trouva pas être le même dans les deux 
dépositions, ce qui était sufisant pour les trouver en défaut et, 
par conséquent, ils furent transporté à Metz et mis dans les 
prisons du Parlement. 

Le Parlement de Metz se mit en devoir d'instruire le procès 
des deux prisonniers et il est indubitable qu'ils seraient, comme 
convaincu d'avoir voulu se réfugier, condamnés aux galères. 
Dans cette extrémité arrive la mère de votre bisaeul Ester 
Julien*, femme d'esprit et de courage, qui demande à compa- 
raître en personne, sans être assistée, par devant le Parlement. 
Là elle plaide la cause des deux prisonniers, prouTe aux juges 
que leur procédure est illégale, puisque tous deux établis et 
domiciliés à Bar-le-Duc, que leur procès est du ressort de 
l'endroit de leur domicile et que ce n'est que celui-ci qui puisse 
prononcer une sentence légale. Muni d'ailleurs de bonnes recom- 
mandations, le Parlement consentit à faire transporter sous 
bonne escorte les deux prisonniers à Bar-le-Duc pour y être 
délivrés à la Justice du lieu. Celle-ci, munie des actes du Parle- 
ment de Metz, se mit en devoir d'instruire le procès qui, après 
six mois, prononça la sentence que Daniel Cuny, convaincu 
d'avoir voulu quitter le royaume, était, suivant (la loi), condamné 

1. Elle était veuve, son mari qu'elle avait converti au protestantisme 
étant mort avant la Révocation. 



DOCUMENTS 



155 



pour le reste de ses jours aux galères, et comme tel qu'il devait 
d'abord être muni de l'habit des galériens. Cette dernière chose 
fut d'abord mis en exécution. 

Dans cette perplexité la famille désolée mit tout en mouvement 
pour surseoir la sentence. Le seul moyen d'y parvenir était de 
gagner l'Intendant de la Province : mais par quelle voie d'y par- 
venir? Les Pteligionaires trop haïs de toutes les personnes en place 
n avaient aucun espoir d'en être écoutés. Ester Julien, cette mère 
admirable, trouva un expédiant qui y pourvut. Elle alla trouver la 
maîtresse que l'Intendant entretenoit, lui offrant une bonne 
somme si elle pouvait porter l'Intendant de la Province à surseoir 
la sentence. Ceci réussit et la sentence fut sursise pour un an à 
condition que Daniel Cuny irait tous les jours chez le curé de la 
Paroisse pour s'y faire instruire dans la Religion Romaine et que, 
si après ce terme, il ne faisait abjuration, que la sentence serait 
exécutée. 

Daniel Cuny, rendu à sa famille et à ses affaires, se mit en 
devoir, conformément au décret, et se rendit chez le curé de sa 
Paroisse pour se faire instruire des dagmes de la Religion Ro- 
maine. Mais, après quelques heures d'instruction, cet honêt 
homme, dont j'aurais désiré qu'on m'eût transmis le nom, lui dit : 
Mon cher ami, je né ferai de vous qu'un mauvais Proselythe, vous 
êtes trop bien instruit dans, votre Religion, restez-y, mais profitez 
du temps, faites passer votre famille en pays de liberté et quand 
vous pourrez suivre, dites le moi, et combien il vous faudra de 
temps pour que vous ayiez p-assé les frontières; dès que je vous 
saurais en sûreté je vous dénoncerais à la Justice. En attendant 
rendez-vous régulièrement tous les jours chez moi, il ne sera plus 
question de matières de Religion entre nous. Nous nous entre- 
tiendrons de choses indifférentes. 

La tolérance de ce Curé est d'autant plus digne de louange, 
puisque dans ce temps le fanalisme était monté à son comble, 
puisque l'ordre du jour — expression inventée pendant la Révo- 
lution récente de la Patrie d'où nous sommes originaires — était 
de persécuter à toute outrance tous ceux de la Religion Protes- 
tante, afin de les faire rentrer dans le giron de l'Église hors la- 
quelle point de Salut. 

Le conseil du digne Curé fut suivi par votre bisayeul, il prit 
ses mesures et sans qu'on puisse le remarquer il convertit ses 
marchandises en espèces. Sous prétexte d'aller voir des Parens 
dans le royaume il fit partir sa mère, sa femme et trois fils pour 
Frankfort-sur-Mein, ne gardant près de lui que sa fille l'aîné de la 
famille ^ Pour pouvoir les suivre et emporter avec lui partie de 

1. D'après la généalogie jointe à ce récit Daniel Cuny eut, en France, de 
sa femme Suzanne Thiériot, née en 1660 à Nettancourt, trois fils, Samuel, né 



156 DOCUMENTS 

son bien il fit faire un petit coffre de fer qui existe encore dans la 
famille qui fut mis dans l'essieu de la voiture qu'il s'était fait faire'. 
Tout ceci étant prêt, il fut chez le digne Curé pour l'avertir de 
son départ, lui disant combien de jours il lui faudrait pour pou- 
voir passer les frontières. Quoique les domestiques de la maison 
fussent tous catholiques, ils étaient attachés à leur maître, mais, 
pour plus de sûreté, il n'était question que d'aller chercher hi 
famille en visite chez des parens. 

Le temps nécessaire pour que Daniel Cuny eût passé les fron- 
tières étant écoulé, le Curé se rendit dans son domicile et n'y 
trouvant que les domestiques et les effets qui n'avaient pu se 
convertir, il déclara cette fuite à la Justice, qui s'y rendit en met- 
tant le scellé sur ce qui se trouvait encore dans la maison. Toute 
cette maison, ainsi que ce qui s'y trouvait, et qu'une métairie à 
quelques lieues de Barleduc furent confisqués au profit du Roi. 

L'on ne peut s'empêcher de reconnaître ici les voies de la Pro- 
vidence; car quel bonheur inoui d'être tombé entre les mains 
d'un Eclesiastique tolérant, tandis que dans ces temps c'était 
gagner le ciel en forçant les Protestants cà faire abjuration. 



REQUÊTE DE LOUISE DE LESCOURS, VEUWE DE LOUIS 

DE SAINT-GEORGES SEIGNEUR DE MARSAY 

AUX ÉTATS GÉNÉRAUX 
(13 Décembre 1701) 

Louis de Saint-Oeorge, seigneur de Marsay, avait 
épousé le 19 septembre 1676 Louise de Leseours. Leur 
château servit à l'époque de la Révocation, de refuge à un 
grand nombre de leurs coreligionnaires. Quand les dra - 
gons l'envahirent en octobre 1685 les de Marsay se réfu- 
gièrent et se cachèrent à Paris. En 1694 la femme réussit 
à gagner la Hollande avec sept de ses enfants. Pendant 
plusieurs années son mari parvint à lui faire envoyer de 
quoi subsister, mais il dut abandonner aux convertisseurs 

en 1681,'Danîe/, né en 1683, e[ Jacques, né en 1690; la fille Jeanne serait née seu- 
lement en 1687, donc la cadette, à moins qu'on n'ait inscrit 1687 pour 1677. 
Daniel Cuny mourut à Berlin le 16 juillet 1713 et sa femme en décembre 1719. 
1. Ce cotfrel existe encore dans la famille. 



DOCUMENTS 157 

un jeune fils que sa mère n'avait pu emmener. M. de Mar- 
say cherchait à rejoindre sa femme lorsqu'à deux reprises 
il dut subir l'opération de la taille. Il y succomba le 
15 novembre 1701, « dans la religion protestante, dit 
d'Argenson, malgré tous les soins que M. son fils a pu 
prendre pour l'obliger à reconnaître la vérité dans F extré- 
mité de sa vie. Aussi M. le curé de Saint-Sulpice lui a re- 
fusé, avec beaucoup de raison, les honneurs de la sépul- 
ture » (Haag, IX, 83, Douen, Rév. à Paris, II, 513 p.)\ 
Madame de Marsay n'eut d'autre ressource que d'adresser 
aux États généraux cette émouvante requête que nous 
empruntons à quelques textes que nous avait jadis adres- 
sés notre ami A. J. Enschédé et que nous n'avons pu uti- 
liser avant sa mort. 

. ./ N. W. \, 

L. L. H. H. P. P. Nos Seigneurs les Estais Généraux 
des Provinces Unies. 

Louise de Lescour, veuve de Louis de S. George, Seigneur de 
Marsay remontre avec respect qu'estant sortie de France avec 
cinq enfans, il y a sept ans', pour éviter les rigueurs de la persé- 
cution, elle ne pat être accompagnée de son mari parce que les 
grandes infirmités dont il étoit travaillé luy ottoyent la force né- 
cessaire à une si grande entreprise, mais comme il avoit souhaité 
de voir ses enfans à couvert de l'enlèvement dont ils étoyeïit 
menacés, il a toujours eu soin jusqiies ti sa mort de fournir à la 
suppliante, dans ces provinces où elle a toujours demeuré, ce 
qui pouvoit suffire à l'entretien xi'eux et d'elle, ce qui a esté cause 
qu'elle ne s'est pas rendue importune à L. L. H. H. P. P. par ses 
empressements à rechercher leur secours. Mais étant affligée au- 
jourdhuy par la perte de son mari et ne pouvant plus espérer 
aucune assistance du costii de la France, parce qu'il n y reste 
qu'un tils mineur de qui la tutelle, selon les déclarations, ne peut 
estre donnée qu'à un parent qui fasse profession de là Religion 
Romaine et qui n'aura ny la volonté ny le pouvoir de luy envoyer 
de quoy vivre, elle est réduite à se jeter aux pieds de Leurs 
H. H. P. P. pour se recommander, elle et trois filles très jeunes 
qui luy restent sur les bras, à la charité qu'ils ont si généreusement 
exercée depuis si longtemps sur les personnes affligées, les sup- 
pliant d'avoir pitié d'une veuve sans appuy et de trois demoiselles 
privées de la part qu'elles pouvoyent prétendre à des biens consi- 
dérables et qui auroyent pu se soutenir avec assez de distinction 



158 



DOCUMENTS 



dans leur pairie, si elles n'avoyent préféré leur salut à toutes 
choses ; ce qui, faisant espérer à la suppliante que L. L. H. H. P. P. 
en auront compassion, elle continuera toute sa vie, avec tous les 
siens, de prier Dieu pour la conservation et la prospérité de cet 
État, et de tous ceux à qui la Providence en a mis en main le 
Gouvernement. 

(signé) Louise de Lescours 
Marsay de ^S^ George*. 



UN JUGEIÏIET DU BARON DE STAËL 
SUR BENJAMIN CONSTANT 

' Le 19 septembre 1794 Benjamin Constant rencontrait 
pour la première fois Madame de Staël. Dans une lettre 
écrite à Madame de Charrière, le 30 septembre, il rend 
compte de cette première entrevue et porte sur la baronne 
un jugement très exact : o Je la crois, écrit-il, très active, 
très imprudente; très parlante, mais bonne, confiante et 
se livrant de bonne foi ^ ». Ses premières relations avec 
« Tambassadrice » furent toutes mondaines, le cbarme 
n'opéra que quelques mois plus tard, pendant un séjour 
de Benjamin au château de Goppet \ 

Devenu l'ami préféré de la baronne, Constant se mit 
avec elle en route pour Paris où ils arrivèrent le 25 mai 
d'795, au lendemain de Tinsurrection de Prairjal. 

Le salon de l'ambassade de Suède devint un centre 
politique très actif. Ce salon <( se trouvait peuplé de 
quatre à cinq tribus différentes : des membres du gouver- 
nement précédent dont Madame de Staël cherchait à con- 
quérir la confiance, de quelques échappés du gouverne- 
ment passé dont l'aspect déplaisait à leurs successeurs ; 
de tous les nobles rentrés, qu'elle était à la fois flattée de 

1. C'est probablement de la même famille (jiie venaient le com/e de 
S.'Georr/es nommé major de cavalerie le 3 juin 176" et qui resta au service 
jusqu'en 1787 et le romte //. G- de S. Geovffes qui fut nommé enseigne i« 
1" mars 1788 et lieutenant le 10 août 1791. 

2. Sainte-Beuve, l'ortrai/s Lillëraires, t. 111, p. 273, 

3. Gustave Iludier, Ln jeunesse de Benjamin Constant, p. 496. 



DOCUMENTS 



159 



recevoir; des écrivains qui depuis le 9 thermidor avaient 
repris de l'influence et du corps diplomatique qui était 
aux pieds du Comité de Salut public en conspirant contre 
lui ^ ». 

L'hôtel de l'ambassade était "très surveillé, aussi pour 
se mettre en règle avec la loi et pour ne point s'exposer 
à êire expulsé comme étranger, Constant sollicita un 
permis de séjour en France. Il demanda au mari de 
Madame de Staël de s'adresser directement au « commis- 
saire des relations extérieures » pour obtenir cette faveur. 

il est intéressant de publier cette lettre que vient de 
découvrir aux Archives du Ministère des Affaires étran- 
gères un collaborateur du Bulletin, M. René Pétiet : 

Paris, 51 juillet 1795. 

L'ambassadeur de Suède au citoyen 
Commissaire des Relations Extérieures'^ . 

Monsieur Constant, bourgeois de Lausanne en Suisse, m'a de- 
mandé mon entremise pour qu'il lui soit permis de rester en 
France sans être molesté par la suite du dernier décret contre les 
étrangers, et comme je le connais assez pour pouvoir répondre 
de son républicanisme et de sa conduite, je vous prie, citoyen, 
de vouloir bien lui faire expédier une carte de sûreté pour lui et 
pour son domestique. 

Acet effetjejoins ci-dessous le signalement del'unetdel'autre. 

Henri Benjamin Constant, bourgeois de Lausanne en Suisse, 
âgé de 28 ans, taille de cinq pieds six pouces, cheveux et sourcils 
blonds, yeux bleus, nez ordinaire, bouche moyenne, visage ovale. 

Elie Christian Hildebrand, natif de Schaffouse en Suisse, do- 
mestique du sus-dit, âgé de 27 ans, taille cinq pieds cinq pouces, 
cheveux et sourcils blonds, visage ovale, yeux bleus, nez grand, 
bouche moyenne. Staël Holstein. 

N'est-îl pas piquant de voir le baron de Staël se porter 
garant « du républicanisme et de la conduite » du futur 
auteur d'Adolphe? 

Armand Lods. 

1. Fragment des Mémoires de Benjamin Constant, publié par Coulmann, 
Réminiscences, t. III, p. 46. 

2. Ministère des Affaires Étrangères, Archives, Suède, Correspondance, 
volume 287. 



Mélanges 



LIEUX D'ASSEMBLÉES HUGUENOTES EN BOURGOGNE 

EN 1566^ 

La Bourgogne est une des provinces dont le parle- 
ment refusa au x\r siècle d'admettre l'exercice officiel 
du culte protestant. En 1566 il n'était, pour ces trois 
départements, autorisé par l'édit de pacification d'Amboise 
que dans les fauxbourgs de Nuits, Châtillon-sur-Seine 
(Côte-d'Or), Tournus et Verdun-sur-le-Doubs i Saône-et- 
Loire), Avallon, Gravant et Tannerre^ (Yonne). — Il 
résulte d'une lettre que le président du parlement Odinet 
Gondran adressa, le 20 décembre 1566, à J. de Morvil- 
liers, membre du Conseil privé de Cbarles IX et dont 
M. Louis Romier a découvert le texte aux Archives du 
Nord (Revue du XVP siècle, 1914, p. 379), que les offi- 
ciers généraux et particuliers des bailliages du ressort 
avaient été invités à avertir le parlement des contraven- 
tions à cette limitation de l'exercice du culte protestant. 
Quelques-uns de ces lieutenants généraux, entre autres 
ceux de Nuits et de Chalon-sur-Saône, ne parurent guère 
disposés à dénoncer quelques mal sentans qui éprou- 
vaient le besoin de se réunir secrètement pour s'édifier 
en commun. Ils (( se ronlenlaient de dire que les subjectz de 
sa moi esté viraient en gi'and repos et tranquillité sans émo- 
tion ou sédition ». Point n'est besoin de chercher bien 
loin ceux dgjrit ce repos dont on laissait jouir ceux qui se 
livraient à cette innocente distraction ne faisait pas le 

1. Cr. Edmond Belle, La Réforme à Dijon, 1530-1570. Dijon, 19H, et 
l"\ Naef, La Réforme ev liourgogne, Paris, Fischbncher, 1901. 

2. D'après les Mé)noires de Coudé (n't3), IV, 336, où on lit Crevant et ïan- 
nière, et qui y ajoutent Bar-sur-Seine (Aube). 



MÉLANGES 



16Î 



compte. Aus^i le parlement enjoignit-il aux officiers trop 
complaisants l'ordre de se présenter en personne pour 
a respondre aux conclusions du procureur général de sad. 
Majesté pour leur demeure et désobéissance par eux 
commise ». 

Les officiers qui entrèrent, au contraire, dans les vues 
du parlement de Bourgogne et firent consciencieusement 
la chasse aux hérétiques de leur département rappor- 
tèrent les contraventions suivantes : Aux environs de 
Dijon un seigneur de Villey, dont on ignore le nom, rece- 
vait au prêche qu'il faisait faire dans sa maison les 
huguenots d'Is-sur-Tille S Marcy et autres villages cir- 
convoisins, qui, pour rester dans la légalité stricte, n'au- 
raient dû s'édifier en commun qu'à huit lieues de là, 
aux faubourgs de Nuits. — A Mirebeau-sur-Bèze, aussi 
dans la Côte-d'Or, ainsi qu'à Saint - Je an-de-Losne, ils se 
réunissaient parfois dans la maison de l'iin d'entre eux, 
sans ministre. Près de Beaune ils allaient au prêche 
qu'un sieur des Basties avait le droit de faire faire dans 
son château. — A Châtillon-sur-Seine on leur reproche 
de faire ensevelir leurs morts (( au cimetière des bons ma- 
lades ». — En Saône-et-Loire, à Autun, plusieurs prêtres 
s'étaient mariés « depuis les troubles », scandale que le 
lieutenant-général n'avait pas dénoncé et contre lequel 
on avait procédé « extraordinairement w. — A Bourbon- 
Lancy, « en la dernière maison de l'ung des fauxbourgs », 
assemblées sans ministre; à Charolles et Paray-le-Monial, 
prêche « et tous aultres exercices de religion » ainsi qu'à 
Louhans, « qui appartient à madame la princesse de 
Condé, vu la permisision qu'ilz (les huguenots) disent 
avoir été concédée à monseigneur le prince de Condé de 
faire prescher en toutes ses terres et de l'évocation qu'ils 
disent luy avoir esté concédée de toutes ses causes au 
Grand Conseih». A Villers-Patras (canton de Châtillon- 
sur-Seine), Dracy-les-Vitteaux (canton de Semur-en- 
Auxois) et Les Launes (Côte-d'Or), les seigneurs de ces 

1. Cf. A. Mochof, Les l'rolestanls d'Is-sur-Tilte aux XVI' et XVU' siècles, 
Dijon, 1888. 

Juillet-Septembre 1920. 12 



162 



SÉANCES DU COMITÉ 



lieux font prêcher; on s'assemble aussi à Saulieu (canton 
de Semur-en-Auxois) qui n'appartient à aucun seigneur. 
Mais « ceux des deux religions sont là sy unis quilz ne se 
veullenl offenser l'ung ïaullre, nayans les tesmoings des- 
posé qu à nwityé et sans dire sy^ au lieu où Hz confessent 
quelque petite assemblée, il se fait presche ou prière par le 
ministre de monsr de Conforgien (Guillaume de Clugny, 
baron de Conforgien) qui est près de là, le nom duquel 
ministre na peu estre sceu »... Les huguenots d'Arnay-le- 
Duc s'assemblent à Mimeure (arrondissement de Beaune) 
appartenant à un seigneur des Mimeures, en la maison 
du ministre, alors qu'il ne devrait leur être permis de 
s'édifier en commun qu'à dix lieues de là, ^< mesure du 
pays », c'est-à-dire à Avallon. — Enfin, à Noyers, appar- 
tenant à la princesse de Condé, il se fait aussi « publique- 
ment exercice de lad. religion ». 

Il va sans dire que tous ces contrevenans furent 
âprement poursuivis surtout lorsqu'ils avaient réussi à 
s'entendre à l'amiable avec leurs concitoyens catholiques 
et les juges « blâmés de ne les rechercher » ; ce qui 
n'empêchera pas certains historiens de nous vanter la 
tolérance, la bienveillance des premières années du 
gouvernement de Catherine de Médicis. 

N. W. 



SÉANCES DU COMITÉ 



4 mai 1920. 

Assistent à la séance, sous la présidence de M. l'rank Puanx, 
MM. le général d'Amboix, H. Aubert, Ch. Bosl, J. Fabre, A. Mailbet, 
E. Morel, R. Reuss, E. Rott, J. Viénot et N. Weiss. MM. R. Allier, 
E. Chatoney et J. Pannier se fout excuser. 

Après la lecture et l'adoption du procès-verbal de la dernière 
séance, le président entretient le Comité de la commémoration 
projetée en Angleterre, Hollande et aux Étals-Unis, de l'exode 
en 1621, des Puritains anglais réfugiés à Leyde, pour le nouveau 
monde. Le lien très étroit qui, grâce à Calvin, unit les Puritains. 



SÉANCES DU COMITÉ 



163 



anglais aux huguenots nous invite à nous associer à ce tricente- 
naire. 11 propose en conséquence que notre Comité se mette en 
relation avec ceux de la Propagande et de la Fédération pour 
organiser une séance à l'Oratoire à laquelle seraient invités les 
colonies anglaise et américaine de Paris. La motion est appuyée 
par M. Maurice Vernes, l'arrivée aux Etats-Unis du Mayflower, en 
novembre 1620, marquant une date importante dans l'histoire du 
respect des opinions religieuses. M. Viénot qui doit aller faire 
des conférences en Hollande y représentera volontiers la Société. 

M. Pannier écrit que le Comité d'entr'aide de Genève voudrait 
pouvoir élever à Noyon, sur l'emplacement de la maison de Calvin, 

édifice destiné au culte. Le secrétaire répond que, comme il 
l'a proposé naguère, la première chose à faire serait d'acquérir 
cet emplacement et par conséquent d'engager des négociâtions 
dans ce but. — Il communique ensuite trois lettres intéressantes. 
La première d'un descendant de Rouget de Tlsle nous apprend 
que la famille de l'auteur de la Marseillaise était huguenote et 
originaire de Montpellier ; lors des campagnes du duc de Rohan, 
elle alla s'établir à Niort oii elle occupa les premières charges de 
la magistrature. Les anciens registres d'état civil huguenot exis- 
tant encore à Montpellier, on doit pouvoir retrouver les ascen- 
dants des Rouget de Niort. — M. l'ingénieur Pesson-Didier, 
grand admirateur de Palissy, nous écrit pour nous signaler la 
réimpression par les soins de M. E. Rahir, d'un opuscule de 
Palissy qui précéda sa Récepte véritable (1563) et ses Discours 
admirables (1580) et dont le seul exemplaire connu a été décou- 
vert en Angleterre. M. Pesson Didier ajoute que si notre Biblio- 
thèque ne possède pas les éditions originales fort rares de ces 
deux ouvrages, il lui léguera volontiers les exemplaires qu'il 
possède, ainsi qu'un certain nombre d'ouvrages du xvi® siècle 
que Palissy a pu lire et dont il a pu s'inspirer. La Bibliothèque, 
ne possédant pas ces éditions, accepte cette offre avec gratitude. 
— Enfin M. Alfred Leroux, ancien archiviste, a eu entre les mains 
le cinquiesme registre des délibérations du consistoire de Bordeaux 
(1660-1670) dont il nous enverra de copieux extraits, car il est peu 
probable que l'original puisse à l'avenir être aisément consulté. 

M. le pasteur Comte attire l'attention sur les ruines du château 
de Dupuy-Montbrun qui devraient pouvoir être classées comme 
monument historique. Le président s'étant informé dit que ceux 
qui s'intéressent à ces ruines doivent commencer par en saisir 
la Préfecture qui fera faire une enquête préalable. Il commu- 
nique ensuite un texte relatif à l'affaire Roux-Roubel qui a été 
découvert par M. Pierre-Edmond Hugues qui tenta en vain aussi 
d'organiser un train spécial de Montpellier pour la visite du 
musée du Désert le lundi de Pentecôte. Le président regrette 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



que l'absence de M. Raoul Allier l'empêche de le remercier 
publiquement de la deuxième partie de son Anthologie protes- 
tante. Le Comité voudra bien s'associer à ces remerciements en 
souscrivant un certain nombre d'exemplaires de ce volume. 
En même temps il signale une note de V Intermédiaire attirant 
l'attention sur des prêtres devenus protestants et demandant 
combien, par contre, de pasteurs passèrent au catholicisme. On 
en connaît trois ou quatre pour tout le xix*' mais aucun pour 
le xx« siècle. 

Après que M. Mailhet eut mis le Comité au courant de son 
travail, M. Ch. Bost expose le plan d'un manuel d'Histoire du 
Protestantisme auquel il travaille mais qui, au lieu d'être uni- 
forme pour toute la France, renfermerait, en guise d'illustrations, 
un choix de faits empruntés aux diverses régions dont elle se 
compose. Il réunit les éléments d'un manuel de ce genre pour 
la Normandie et pour le Midi. On pourrait faire la même chose 
pour l'Est et l'Ouest. Le Comité ne peut qu'approuver et encou- 
rager cette initiative. 

Bibliothèque. — Elle a acquis les Mémoires d'un voijageur qui 
se repose par M. Dutens», 2 vol. in-8, complétés par un troisième 
intitulé Dulensiana, Paris 1806. M. R. Reuss lui offre un certain 
nombre de volumes d'histoire religieuse modernes. 



. Le roi de Navarre, Henri III, Agrippa d'Aubigné, et les suites 
du traité de Fleix, 1583-1584. — La mort de Henri II. 

Il est de mode, dans certains milieux, d'appeler d'Aubigné un 
hâbleur et de prétendre même, sur la foi d'inexactitudes évi- 
dentes, dans son Histoire universelle, qu'il a inventé, de toutes 
pièces, certaines scènes où il se montre à son avantage. Dans la 
Revue du A V/^ siècle (1913, 153, 355 et 561), M. Armand Carnier 
a soumis à un examen critique très serré une de ces scènes. Il 
s'agit de < e qu'il appelle un scandale pi'ineier au XV 1^ siècle. Après 
avoir, non sans peine, obtenu le retour à la cour de France, le 
30 avril 158-2, de la reine de Navarre, femme, depuis 1572, du futur 
Henri IV, Henri III l'en chassa grossièrement en août 1583 et fit 
même arrêter son escorte sous prétexte d'en obtenir des aveux sur 
l'inconduite de sa sœur. Le roi de Navarre, justement indigné, ne 
voulut pas revoir sa femme sans avoir obtenu réparation dé cet 

\. P. 40*J. I. i, 1 886 doit être une faute d impression, puisque Cavour est 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



165 



esclandre. De longues négociations s'ensuivirent. M. A. Garnier 
établit que le premier négociateur fut Duplessis-Mornay, contrai- 
rement à l'affirmation de VHistoire universelle (éd. de Ruble, VI, 
171), où d'Aubigné prétend avoir été, le premier, envoyé auprès 
du roi de France. Cette contradiction a fait écrire à M. Baguenault 
de Puchesse [Revue des questions historiques, l^r octobre 1901) que 
d'Aubigné avait purement et simplement inventé la scène où il 
racontait son entrevue orageuse avec Henri III : « C'est une for- 
fanterie dont il est assez coutumier, mais il est probable qu'il n'y 
a rien de vrai dans ce qu'il a rapporté, » ! 

M. A. Garnier prouve donc, grâce à la correspondance de Ca- 
therine de Médicis, que ce fut Duplessis-Mornay qui eut, à Lyon, 
au début de septembre 1583, avec Henri III, une première entrevue 
qui n'eut aucun résultat, le roi ayant déclaré qu'il ne répondrait 
à son beau-frère qu'au début d'octobre, après en avoir conféré 
avec sa mère. Celle-ci ne put revoir son fils, à Saint-Germain, que 
le 19 octobre. Or le roi de Navarre, n'ayant pas eu de réponse au 
commencement de ce mois, comme on le lui avait fait espérer, 
avait envoyé un second messager à sa Majesté pour « lui ramen- 
tevoir » sa promesse. Ce second messager fut d'Aubigné et,, 
d'après M. Garnier, si la date où il place son récit doit être recti- 
fiée, « le fond doit en être exact... Écrivant le plus souvent sans 
notes, quand il racontait des souvenirs personnels et se fiait à sa 
mémoire, d'Aubigné s'est imaginé que sa démarche en cour avait 
dû suivre de très près le renvoi de la reine Marguerite, et il s'est 
attribué une priorité qui ne lui appartient pas ». Et, fort judicieu- 
sement, M. Garnier ajoute ces lignes qu'on peut recommander à 
ceux qui se hâtent de transformer en mensonges des inexacti- 
tudes chronologiques dont aucun mémorialiste du xvr siècle 
n'est exempt : « C'est un des petits inconvénients de la vanité, 
qu'elle ne fausse pas seulement le jugement que nous portons 
sur nous-mêmes, mais qu'elle fausse aussi les faits et que les faits 
«ont souvent contrôlables., Mais il serait souverainement injuste, 
parce qu'il s'est trompé sur un point, de mettre en doute, comme 
on l'a fait, tout son récit : l'essentiel subsiste. D'Aubigné a bien 
joué un rôle dans l'affaire de la reine Marguerite » (p. 189.) 

L'affaire pour laquelle Duplessis et d'Aubigné s'étaient inuti- 
lement entremis pour le roi de Navarre traîna en longueur et se 
compliqua grâce à sa situation de chef du parti huguenot. La paix 
de Fleix lui avait accordé la restitution de ses places et châteaux 
pris pendant la guerre de 1580. Or, bien que, pour sa part, il eût 
loyalement rendu toutes les villes que les huguenots détenaient 
et qui avaient motivé eette guerre, il ne put rentrer en possession 
de ce qui lui appartenait et dut reprendre de vive forco Mont-de- 
Marsan. Ce n'est qu'en février 1584 qu'il obtint satisfaction, c'est- 



166 



CORRESPONDANCE 



à-dire le retrait des garnisons que le lieutenant du roi Matignon 
avait placées dans les villes proches de ses résidences, surtout 
autour de Nérac, à Bazas, Agen, Condom. Encore dut-il céder sur 
Bazas. M. Garnier, en citant in extenso un grand nombre de textes 
contemporains inédits, a tiré au clair tout le détail de ces labo- 
rieuses négociations qui forment un chapitre de l'histoire du 
protestantisme dans le Sud-Ouest et mettent en relief la mauvaise 
foi de Henri III et de Matignon. 

Finalement la réconciliation entre le roi de Navarre et sa 
femme eut lieu à Nérac, le 13 avril 1584. Le rôle de d'Aubigné, 
qui tint tête au roi, ne fut, dans toute cette affaire, qu'un épisode. 
Les vrais négociateurs furent Duplessis-Mornay, dont on ne sau- 
rait trop louer l'attitude, et Bellièvre. 

Puisque nous venons de citer, tardivement malgré nous, la 
Bévue du JVP siècle, signalons, dans les deux premiers fascicules 
de 1913 (p. 99) un très complet récit de la Mort de Henri IL On 
sait qu'il fut frappé, le vendredi 30 juin 1559, alors que sa prin- 
cipale et presque unique préoccupation était l'extirpation de 
l'hérésie protestante. M. Bomier nous montre que cette résolution 
fut un des principaux motifs de la signature, le 3 avril, du désas- 
treux traité de Gateau-Cambrésis ; et en citant un grand nombre 
de textes contemporains, il nous trace un tableau extrêmement 
intéressant et exact des progrès considérables que, grâce à l'ar- 
deur de ses néophytes, le protestantisme avait réalisés en France» 
à cette date. 

N. Weiss. 



CORRESPONDANCE 



A propos d'un catalogue. 

Si les livres des auteurs i)rotestants des xvi® et xvii'^ siècles 
sont devenus d'une extrême rareté, le zèle du clergé, soutenu 
par l'autorité royale, en est certainement la principale cause. 
L'Assemblée générale du clergé de France réunie à Saint-Ger- 
main, présenta en corps, le 14 juillet 1685, une requête au roi 
pour le supplier de prendre les mesures nécessaires pour qu'il 
fût fait défense « aux Minisires de la R. P. R. d'attaquer les 
Saintes vérités de l'Eglise catholique apostolique et romaine. » 

Un mois ne s'était pas passé que Louis XIV, répondant à Far- 



CORRESPONDANCE 



167 



dent désir du clergé, par un édit (registré au Parlement, le 
23 août 1685) défendait, non seulement aux ministres « de 
prescher et de composer aucuns livres contre la foi de l'Eglise », 
mais mesmes « de parler directement ni indirectement en quelque 
manière que ce pût être de la religion catholique ; voulons, était- 
il dit, que tous les livres qui ont été faits jusqu'à cette heure 
contre la religion catholique soient supprimés » et pour rendre 
cette interdiction encore plus complète, « défense était faite à 
tous imprimeurs de les imprimer à l'avenir et à tous libraires de 
les débiter ». 

A contrevenir à cetédit, l'auteur dulivre était banni duroyaume 
à perpétuité et ses biens confisqués, et libraires et innprimeurs 
étaient condamnés à quinze cents livres d'amende et privés pour 
toujours de tenir boutique ouverte. C'est ainsi que les livres 
protestants furent les victimes innocentes de cette intervention 
cléricale. 

Tel était cet édit qui devait être « chose ferme et stable à 
toujours ». Désormais le clergé allait avoir la champ libre, nul 
contradicteur ne pouvant lui être opposé. Et cependant il esti- 
mait ne pas avoir reçu entière satisfaction. Les livres hérétiques 
devaient être détruits, il est vrai, mais encore était-il nécessaire 
de les connaître. Heureusement le Parlement allait surmonter la 
difficulté. Dès le 29 août, il rendait un arrêt ordonnant que l'ar- 
chevêque de Paris ferait « un état des livres qu'il estimerait 
nécessaire de supprimer ». Avec une rapidité déconcertante, le 
l*'" septembre de cette même année, « l'archevêque lançait un 
mandement sur la condamnation des livres contenus dans le 
catalogue qui accompagnait l'ordonnance archiépiscopale »; cet 
indigne mais précieux document qui ne compte pas moins de 
soixante-douze pages, était établi de longue date, car ce n'était 
assurément pas entre le 29 août et le 1^'' septembre que ce long 
et minutieux travail avait pu être fait. Le 6 septembre, le Par- 
lement, « dans la reconnaissance de Textrême promptitude du 
prélat à déférer à son ordonnance, vu son catalogue, ordonnait 
à tous les officiers du Roy et autres auxquels la Police appar- 
tient, de rechercher soigneusement lesdits livres, tant chez les 
imprimeurs et libraires que dans les maisons des ministres et 
anciens^ ». 

Il n'est donc pas surprenant que les livres protestants, échap- 
pés à cette odieuse inquisition soient aujourd'hui recherchés 
des bibliophiles. Je faisais cette réflexion en étudiant le remar- 
quable Bulletin de la librairie Morgand publié au mois de juin 1920. 

Arrests du Parlement et ordonnances de Monseigneur l'Archsvesque de 
Paris^ portant la deffense et suppression des Livres hérétiques. Paris, Léonard. 
M.DGLXXXV. 



168 



CORRESPONDANCE 



A la crise de la vie chère correspondent les prix des beaux livres. 
Ce n'est pas sans un certain respect, par exemple, que je relève 
le prix de 10 000 francs demandé pour l'édition princeps des 
Premières œuvres de M. Régnier. 

Mais, de cet admirable catalogue, je ne veux relever que les 
indications relatives à ces ouvrages que recherchaient, pour les 
confisquer et les détruire, messieurs les commissaires du Roy 
pour les livres défendus : Abbadie, Traité de la véiitéde ta religion 
chrétienne, trois volumes... 500 frs. Mais l'ouvrage est aux arme sv 
de la fille du Régent, la duchesse de Berry « fâcheusement con- 
nue, dit le catalogue, par ses débauches et sa conduite scanda- 
leuse » ; assurément elle n'avait point lu et encore moins médité 
cetraité, dont madame de Sévigné disait : « C'est le plus divin des 
livres ». 

Avant de continuer ce relevé, il importe de dire que les ou- 
vrages que nous citerons, sont dans des reliures signées de noms 
célèbres et dans un état de parfaite conservation. 

Aubigné. Les avantures du Baron de Fœneste, 350 fr. ; Les Tra- 
giques, édition originale, 500 fr. 

Bsiy\e. Pensées sur la Comète, 2000 fr., mais l'ouvrage est aux 
armes de la marquise de Prie, la trop célèbre maîtresse du duc 
de Bourbon. 

Calvin. Institution de la religion chrétienne {\^6o), 350 fr. Traité 
des reliques, 1601, 350 fr. 

Robert Estienne. Apologie pour Hérodote, 1735, 1200 fr. ; Les 
censures des théologiens de Paris, 1552, 500 fr. 

Goulard. Histoires admirables, (1610), 350 fr. 

Hotman. La vie de messire Gaspar de Coligny (1643), 500 fr. 

L'Espine (J. de). Discours du vray sacrifice et du vray sacrifica- 
teur (1561), 200 fr. 

Marguerite de Valoi^. Histoire des Amans fortunés^ première et 
rarissime édition de V Heptaméron, 4 000 fr. — Les Marguerites de 
la Marguerite des Priyicesses, (1547), 2 500 fr. 

Marot. Les Œuvres de Clément Marot (1538), 2000 fr. ; V Ado- 
lescence Clémentine (1539), 1 500 fr. — Les Œuvres, édition de 
1543,12 500 fr.; de 1545, 2000; de 1548, aux armes de madame de 
Pompadour, 500 fr.; de 1596, 350 fr.; de 1700, 750 fr. ; de 1824, 
500 fr. — Cinquante Psalmes de David traduits en rîlhme française, 
1551, 3 000 fr. 

Palissy (Bernard). Discours véritables (1580), 500 fr. — Recepte 
véritable, 1563, 1 000 fr. 

Viret. La, métamorphose chrétienne (1592), 200 fr. 

Dans le dernier catalogue de la librairie liardanchet de Lyon, 
un exemplaire de V Institution chrétienyie de 1562, dans sa première 
reliure, avec ses tranches ciselées sous dorure, est marqué 900 fr. 



CORRESPOND ANGE 



169 



et Tédition princepsde Vlnterim, 123 fr. Dans ce même catalogue, 
le célèbre ouvrage de Claude, Réponse au livre de M. Arnaud, 
relié aux armes du marquis de Menars, héritier de la bibliothèque 
du grand historien de Thou, est offert au prix de t275 francs. 

Les persécutions cléricales dont ces nobles livres furent l'ob- 
jet ont eu pour résultat, comme on le voit, de rendre plus pré- 
cieux ceux qui ont échappé à la destruction que l'archevêque de 
Paris avait ordonnée, désirant que les ouvrages cités dans son 
trop célèbre catalogue « fussent 'au plus tôt supprimés sous les 
peines de droit ». 

F. P. 



Troisième Centenaire du départ des Pères pèlerins 

La Société de l'histoire du protestantisme français a tenu à 
honneur de répondre à l'invitation qui lui avait été cordialement 
adressée ; elle s'est fait représenter aux fêtes célébrées avec un 
grand éclat en Hollande, à Toccasion du troisième centenaire du 
départ des Pères Pèlerins, ces Puritains anglais qui furent, sinon 
les- fondateurs, du moins les premiers précurseurs des États-Unis 
d'Amérique ^ 

Un comité composé de Hollandais, d'Américains et d'Anglais 
avait tout admirablement organisé. Le président était M. le pro- 
fesseur Pijper, le secrétaire M. le docteur D. Plooij^ 

Samedi 28 août, un train spécial amena les invités, au nombre 

1. Une petite congrégation de Puritains ou non-conformistes, c'est-à-dire 
qui refusaient de se conformer au culte anglican, groupée autour de Scrooby 
dans le comté de Nottingham, sur la route de Londres à Edimbourg, s'était, 
pour éviter la persécution, réfugiée, d'abord à Amsterdam, puis, en 1609, à 
Leyde. C'étaient de petites gens dirigés et édifiés par William Brewster, leur 
ancien, et par John Robinson leur pasteur. Leur bonne conduite leur valut 
la considération générale, mais, quand leurs enfants grandirent, ils durent 
<;hoisir, pour eux, entre leur nationalité et celle des Hollandais. Ils prirent 
le parti de s'expatrier. Ils entamèrent de laborieuses négociations avec la 
Compagnie de Virginie, se chargèrent d'une dette considérable, et, le 
6 septembre 1620, 102 d'entre eux s'embarquèrent à Plymouth sur le May- 
flower. Après neuf semaines d'une péniblé navigation, ils atteignirent, en 
novembre, nori la Virginie comme ils l'espéraient, mais le cap Cod. Le 
territoire appartenait â la branche Plymouth de la Compagnie de Virginie 
dont, après s'être liés entre eux par un contrat {Covenant), ils obtinrent des 
terres incultes; ils ne parvinrent à s'y abriter qu'en janvier 1621 après avoir 
épuisé leurs provisions et perdu plus de la moitié de leur effectif par la 
maladie et les privations. Ce n'est qu'après un nouvel afflux de colons qu'ils 
parvinrent à s'installer à peu près. Robinson était mort (4 mars 1625), 
quand ils purent faire venir de Leyde leurs compagnons d'exil. — N. W. 

2. Auteur d'une brochure de 24 pages in-8 : De Pilgrim fathers, Utrecht, 
Ruys, 1920, 



170 



CORRESPONDANCE 



de 150 environ, à Het Loo, résidence d'été de la Reine, au nord 
d'Amsterdam. Sa Majesté voulut bien adresser très gracieusement 
quelques paroles aux représentants de la France : M. le doyen 
Doumergue, délégué de la Fédération des Eglises protestantes, 
et M. le pasteur Pannier, membre du Comité de la Société de 
l'histoire du protestantisme; à celui-ci elle fit l'honneur de dire 
qu'elle suivait avec intérêt les travaux de cette Société : message 
qu'il est heureux de consigner ici. 

Leyde était le centre des fêtes commémoratives : « Ici vécut, 
enseigna et mourut John Robinson{\6\\-\6'i5) », telle est l'inscription 
placée sur le mur extérieur d'une maison située près de l'église 
(Pieterskerk) oh il fut inhumé ^ Cette maison a été bâtie en 1683 
par un réfugié français, Jean Pesyn ; elle fut par lui affectée au 
logement de vieillards de condition modeste; cette fondation 
subsiste encore au profit des membres de l'Eglise wallonne. Dans 
le petit jardin « Jan Pesynshof » eut lieu le dimanche après-midi 
29 août une réunion prélinainaire, d'une impressionnante simpli- 
cité. Aucun pavoisement ne masquait les murs en briques, ni les 
petites fenêtres, sur trois côtés de la cour. Telle vieille pension- 
naire buvait paisiblement son thé dans son petit lagis, sans 
guère se préoccuper des illustres intrus, tandis que d'autres 
habitants avaient invité des amis et connaissances. Ce fut une 
édifiante manifestation d'alliance évangélique, car l'allocution 
fut prononcée par un professeur américain (M. Mac Faydew), qui 
exalta l'individualisme des réfugiés anglais célébrant leur culte à 
cette même place trois siècles auparavant, et la bénédiction fut 
donnée par un évêque (le très révérend D'" James H. Darlinglon, 
de Harrisburg, chapelain de la Société huguenote de Pennsyl- 
vanie, qui, la veille, avait remis k S. M. la Reine une croix hugue- 
note, de la part de cette Société). 

Lundi 30, une troisième réunion préliminaire eut lieu près de 
là, sur le bord du canal (Rapenburg), dans cette glorieuse et 
savante université de Leyde inaugurée en 1575 par Louis Cappel'^ 
où les Dumoulin, les Rivet, et tant d'autres Français, avaient 
étudié et enseigné aux xvi* et xvii'^ siècles. Les professeurs firent 
gravement leur entrée en costumes dé ces temps-là : robe de drap 
et velours noii's, loque comme on en voit sur lès Icônes de Rèze... 
Le recto/- inagnificus, justiliant son titre, soubaita en latin la bien- 
venue. Les ministres des Affaires étrangères et de l'Instruction 
publique prirent officiellement la parole, le premier interrompant 
un instant son discours anglais pour signaler aimablement, en 

1. Une inscription a été placée on 1891 contre le mur de la chapelle par 
les Eglises conyré^'ationnalistes d'Amérique. 

2. Bull. kist. prof, français, t. XLVIII (18!>9), p. 170, n. 4. Autobiographie 
de P. du Moulin, pul)liée dans le même recueil, t. VII (1858), p. 180. 



CORRESPONDANCE 



171 



français, la'présence des délégués français, suisses et hongrois. 

Le professeur hollandais van Nés et le député-gouverneur du 
Massachusetts échangèrent leurs félicitations. M. J. Rendel 
Harris, bibliothécaire à Manchester, apparut dans la somptueuse 
robe écarlate des docteurs de l'université de Leyde ; sa longue 
barbe blanche et sa physionomie pensive évoquaient le souvenir 
du (( Moïse » de Michel-Ange. Il présenta le volume de précieux 
documents recueillis par lui-même et le docteur Plooij à l'occasion 
du centenaire ^ 

* * 

L'ouverture du Congrès proprement dit eut lieu lundi après- 
midi sous la présidence de l'ambassadeur des Etats-Unis. 
MM. H. G. Wood, directeur du Woodbrooke Settlement à Bir- 
mingham, A. Eckhof, professeur à Leyde — un jeune savant des 
plus sympathiques, qui a déjà de belles découvertes à son actif — 
et le D'^ W. EUiot Griffis, d'Ithaca (Etats-Unis), exposèrent « ce que 
l'Angleterre, la Hollande et rAmériqne doivent aux Pères Pèle- 
rins ». Tous rendirent hommage à ces vaillants pionniers de la 
liberté de conscience qui, pour mieux la pratiquer, quittèrent 
successivement leur patrie persécutrice et la Hollande hospita- 
lière. 

Après avoir rappelé que, pasteur à Saint-Quentin, il voyait là 
le socle d'où les Allemands ont enlevé la s-tatue de Coligoy, 
ancêtre de S. M. la Reine Wilhelmine, M. le pasteur Pannier lut 
alors ce message rédigé par M. Frank Puaux, président de notre 
Société d'histoire : 

Messieurs et honorés Frères, 

Le Comité de la Société de l'Histoire du Protestantisme fran- 
çais réclame, comme un droit sacré, de s'unir à vous pour 
célébrer l'anniversaire trois fois séculaire de l'une des plus 
grandes époques de l'histoire du christianisme. Les descendants 
des Huguenots de France ne sont-ils pas les frères en la foi des 
Puritains d'Amérique comme des Gueux de Hollande ? 

Avec vous, nous revivons dans ce lointain passé pour saluer, 
émus et respectueux, ces humbles disciples dii Christ, chassés 
de leur patrie par l'odieuse persécution et redisant la parole 
apostolique: «Voici, Seigneur, nous avons tout quitté et nous 
t'avons suivi ». 

1. Mémorial volume of the dutcli Pilgrim f ailiers célébration; Leyden 
documents relating to the Pilgrim fathers, in-folio avec 74 illustrations^ 
E.-J. Brill, Oude Rijn33, Leyde. Prix : 20 dollars. 



172 



CORRESPONDANCE 



Qui donc ne s'inclinerait devant les Puritains, ces héros qui 
ne voulaient relever que de l'Évangile et de la conscience? Ils ne 
regardaient pas au nombre, mais à la divine vérité. Le doute 
mortel ne les atteignait pas, car l'Esprit témoignait à leur esprit 
qu'ils étaient enfants de Dieu, et ils marchèrent en avant, malgré 
dangers, épreuves, souffrances « comme voyant Celui qui est 
invisible ». 

Pourquoi ressusciter ce grand passé si nous ne devons pas en 
méditer les leçons, d'autant plus nécessaires que les circons- 
tances de notre temps sont plus tragiques? Pourrions-nous en 
douter, l'humanité est en proie à une révolution telle que son 
histoire n'en a jamais connu de semblable. Mais le chrétien ne 
se décourage jamais, et dominant toute crainte il doit redire la 
sublime affirmation du psalmiste : « Dieu règne ». 

Pour le croyant, le départ des Pères pèlerins ne proclame-t-il 
pas, avec une souveraine puissance, la divine réalité du règne de 
Dieu ? A vues humaines quel sort était donc réservé à ces 
pauvres Puritains? partant pour une terre presque inconnue, 
devant affronter dangers sur dangers, leur ruine n'était-elle pas 
certaine ? Or il est arrivé que toutes les prévisions de leurs 
ennemis furent déjouées, tous les périls conjurés, tous les 
obstacles renversés, et que se réalisa pour leurs descendants 
la divine parole de leur Sauveur: u Ne crains point, petit trou- 
peau, car il a plu au Père de vous donner le royaume ». Glorieuse 
victoire, non point celle de la politique, mais victoire de l'esprit 
puritain qui a créé les Etats-Unis et assuré leur grandeur. Leur 
première charte de liberté ne se trouve-t-elle pas dans cet immor- 
tel Covenant que les Puritains signèrent sur le May/loiver"^ Ils 
avaient proclamé la souveraineté des fidèles dans l'ordre ecclé- 
siastique, ils proclamèrent la souveraineté du peuple dans l'ordre 
politique, nobles précurseurs des libertés qui sont à la base des 
•constitutions de tous les peuples civilisés. 

Mais, suprême victoire, n'est-ce pas l'esprit puritain qui 
inspira au président Wilson la création de la Société des 
Nations? Sainte réponse de l'humanité aux chants de l'armée 
céleste: *< Paix sur la terre, bonne volonté parmi les hommes ». 

Gomment, nous souvenant que lesPuritains furent les hommes 
de la Bible, ne répéterions-nous pas, sous l'impression d'une 
reconnaissance infinie, les paroles sacrées : « Ma grâce te suffit 
car ma force s'accomplit dans ta faiblesse. La droite de l'Eternel 
fait vertu ». 

Veuillez croire, Messieurs et honorés Frères, à nos sentiments 
aussi fraternels que distingués. 

Frank Puaux. 



CORRESPONDANCE 



173- 



* « 

A un banquet, le soir, M. le doyen Doumergue fut placé à la 
table d'bonneur avec les ambassadeurs de Grande-Bretagne et des 
Etats-Unis. Dans un toast très applaudi, il rappela que le 
Français Calvin est l'ancêtre commun aux protestants de Hol- 
lande, d'Angleterre et d'Amérique ; il exprima en termes heureux 
l'émotion profonde que les réformés français éprouvent en se 
trouvant au milieu de si nombreux frères dans la foi. 

A Leyde, Amsterdam, Rotterdam, d'autres réunions suivirent 
jusqu'au 2 septembre. A Delftshaven on commémora, s(ir les 
lieux mêmes, le souvenir du 31 juillet 1650 où les Pères Pèlerins 
s'embarquèrent là sur le Speedwell. Puis les délégués partirent 
eux-mêmes pour Plymouth ; une nouvelle série de fêtes rappela 
le départ définitif, le 6 septembre 1620, sur le MayfloivevK Le dé- 
légué de la Société de l'Histoire du protestantisme français, après 
avoir rempli son mandat dès la première séance du Congrès, a 
eu le regret de ne pouvoir participer aux journées suivantes. Mais 
il a rapporté de Leyde des impressions ineffaçables. L'hospitalité 
hollandaise s'est, une fois de plus, exercée à l'égard des étrangers, 
des Français en particulier, avec une indescriptible cordialité. 
Sous le patronage officiel des gouvernements de trois nations en 
majorité prolestantes, une solennelle manifestation a proclamé 
que le christianisme fondé sur l'étude et la pratique personnelle 
de la parole de Dieu est la force la plus capable de tremper les 
caractères, de vivifier les communautés religieuses, de préparer 
les progrès les plus sérieux dans le domaine des libertés civiles 
et politiques. 

Merci à nos amis Hollandais, Anglais et Américains de s'être 
souvenus de la part initiale que la France a eue dans la Réforme. 
De ces réunions commémoratiyes en 1920 il restera plus que des 
médailles, des plats en faïence de Delft, des dahlias mauves 
d'une espèce nouvelle (appelée pour la circonstance « JoKii 
Jïobinson ») ; il restera même plus que les savants travaux publiés 
à cette occasion en hollandais et en anglais ; il restera une 
impulsion nouvelle pour tous ceux qui, dans l'Ancien et le 
Nouveau Monde, désirent, comme les Pères Pèlerins, travaillera 
l'établissement du royaume de Dieu et veulent servir V Eternel. 

Jacques Pannii^r. 

1. D'autres fêtes ont coiiiiiiencé le 29 août à Provincetown où les Pères^ 
Pèlerins débarquèrent. 



174 



CORRESPOiNDANCE 



Une question à propos de B. Palissy. 

Dans une vente de livres du xvi^ siècle faite en Angleterre en 
1919, M. Edouard Rahir a acquis un opuscule resté jusqu'ici 
inconnu, intitulé ARGHITECTU || re et ordonnance || de la grotte 
RUSTIQUE II de Monseigneur le duc de Montmorancy, pair et Con-jj 
nestable de France. || A La Rochelle. || De V Imprimerie de Bar- 
thélémy Berton.\\M.D.LXIIL \\ La préface adressée au connétable 
est signée Bernard Paltssy. C'est donc un premier ouvrage auquel 
l'auteur faisait allusion lorsqu'à la fm de sa Recepte véritable il 
parlait de ce volume comme de son second livre. M. E. Rahir a 
fait réimprimer cette rarissime plaquette et a bien voulu m'en 
dédier un exemplaire. Un de nos collaborateurs a bien voulu 
aussi me promettre un article qui mettra en lumière les nou- 
veaux renseignements que l'examen, surtout de celte préface, 
ajoutera à la biographie de Tinventeur des rustiques figulines. — 
En attendant cet article, un des nos correspondants, lui aussi 
fervent admirateur du génie de Palissy, M. Tingénieur Pesson- 
Didion, a été frappé par ce passage du Traité de la Marne de Pa- 
lissy (p. 248 de l'édition Fillon et Audiat et 349 decelle de Cap.) : 
...«Je t'ay allégué cy dessus une sle pleine de serpents, aspics 
et vipères, qui sont en une Isle appartenant au seigneur de Sou- 
bise ^ » M. Pesson Didion n'a pu trouver la phrase antérieure à 
laquelle Palissy fait ici allusion, et je n'ai jusqu'ici pas été plus 
heureux que lui. Quelque lecteur des écrits si captivants du 
célèbre potier sera-t-il plus heureux que nous? 

N. W. 



Les ruines de la maison de Calvin à Noyon, vue prise en 1919 

La rangée de maisons encore debout sur le côté oriental de 
la rue Calvin sera restaurée. Le côté occidental de la rue est 
frappé d'alignement dans le projet de reconstruction de la ville. 
Les décombres au premier plan sont ceux de l'Hôlel du Barrillet 
(à l'angle de la rue Calvin) et de l'Hôtel de France (au milieu de 
la carte). 

Les deux pans de mur formant embrasure de fenêtre, que l'on 
voit au bord de la carte à gauche, appartenaient à une maison 

\. On se demande aussi quelle est exactement cette île. 
2. Photolypie Combler à Noyon. 



CORRESPONDANCE 



175 



située sur la Place au Blé om Place du Théâtre, k l'angle occiden- 
tal de la rue du Porcelet. Cette rue, ou plutôt ruelle très étroite, 




est indiquée par la tache noire à droite du mur, et au-dessus de 
cette tache noire est l'emplacement de la chambre de Calvin, 
actuellement détruite. 

Jacques Pannier. 



176 



CORRESPONDANCE 



Jean Claude — Discours sur le véritable sens de ces paroles de 
Jésus-Christ : Ceci est mon corps rompu par rows. Nouvelle 
édition, préface et notes par Frank Puaux. Prix : 1 franc. 
Librairie, Fischbacher, 33, rue de Seine, Paris. 

Il est permis do considérer ce Discours du célèbre pasteur de 
Charenton comme inédit, car la Bibliothèque de la Société de 
l'Histoire du Protestantisme français ne possède pas même un 
exemplaire de l'édition originale. L'archevêque de Paris, le 1'^'^ sep- 
tembre 1685, dans le catalogue des livres protestants destinés à 
être détruits, n'avait pas manqué d'indiquer tous les ouvrages de 
Claude, ainsi s'explique l'extrême rareté d'un tel ouvrage. 

La dernière et la plus célèbre des controverses entre les 
docteurs des deux Églises, avant la révocation de l'éditde Nantes, 
fut celle qui est demeurée si connue sous le nom de « la petite et 
et la grande Perpétuité ». Claude y prit une grande part et écrivit 
de savants ouvrages, mais il n'avait pu s'empêdier de croire que 
le dogme de la présence réelle qui divisait si profondément 
catholiques et protestants pouvait être examiné sans recourir à 
l'érudition et sans accumuler les citations des Pères et des doc- 
teurs. Il estimait que tout chrétien protestant ou catholique, se 
référant à la seule Ecriture, pouvait comprendre le sens de la 
Pàque chrétienne comme l'avaient comprise les humbles disciples 
de Jésus-Christ. Pour en donner la preuve, il composa ce discours 
demeuré presque inconnu, et qui cependant est l une des plus 
belles pages qui aient jamais été écrites sur l'un des plus augustes 
mystères du christianisme. L'appel à la conscience comme au 
bon sens et à la droiture d'esprit domine son argumentation qui 
unit à un rare talent d'exposition, une non moins rare puissance 
de persuasion. Ecrit dans la noble langue du grand siècle, ce Dis- 
cours, si français d'esprit et de méthode, est un chef-d'œuvre de 
discussion aussi loyale que sérieuse. 

Combien de nobles ouvrages de nos écrivains publiés aux 
jours de leur exil sont demeurés ignorés, proscrits comme leurs 
auteurs. N'était-ce pas un devoir de réparer la violente injustice 
dont fut viclime le Discours de cet illustie adversaire de Bossuet, 
de Nicole, d'Arnauld on le rendant à notre littérature comme à 
notre Lglise ? Nul ne le lira sans reconnaître que rarement nos 
plus chères croyances ont été défondues avec une aussi émou- 
vante élo(|uenco, mise au service de la plus sainte vérité. 



Correspondance 

Avis à nos lecteurs. — Ceux qui pourraient disposer de la 
première livraison de l'année 1917, nous rendraient service en 
nous l'envoyant, ■') me des Saints- Pères, Paris, Vil^. 



des SOUSCRÎPT.ONS ANTICIPÉES 

au nouvel Emprunt en Renies 6 ° o 



DE PARIS-LYOÏS-MEDITEKRANÉE 



Les souiSicri;ptiO'ns .au nouvel .eoiprunt en 
nenftiets 6 % eont reçiiei& maiintieinant dams tou- 
tes les Caisses Publkiueis et portent intéi'èt 
à 5,75 % juisqu'aa 30 Noviemtoi'e proehain. 

Au lieu de laiseeir s-es dLsiponibdité'S impi'û- 
duoliv'es jusqu'à la date offlcielLe de l'émis- 
.siion, l'épargne friançaise 'doit don^c les placer 
d-e isuite en rentes pierpétiielleis qui lui 
rapporteront 5,75 jusiiivau 30 Novembre pro- 
chain et 6 % à partir .de cette dernière date. 

Les porteurs de Bons de la Défende Natio- 
nale ont un intérêt non œ.olnis certain d^e 
-conv-ertir immédlateniient €eux-€l en renteis 
6 %. 

Si l'euBs Bons viennent fà échéance a,près le 
30 Novembre 1920, les intérêts qu'ils ont per- 
çus d'avance ne «eront dé'dultis de leurs ver- 
sements qu'à partir de' cettre 'dernière date. 
En d'autres termes, ils conservetront pendant 
toute la durée qui ©'écoulera, jusqu'au 30 
Novembre, cest-à-dire pendant près de «leux 
mois, les intérêts des. valeurs qu'ils posSiècleiit. 

Si les Bons viennent à éichéance avant le 
30 Novembre 1920, ils seront r^epris pour leur 
valeur entière qui isiera en outre augmentée 
d'un intérêt d-e 5,75 % à partir du lende- 
main de la daîe de réeliéanice jusqu'au 30 
Novembr-e 

Echanger de suite des Bons contre les nou- 
velles rentes perpétuelles 6 % c'est réaliser 
un placement des plus rémunéirateurs et sas- 
surer sans 'délai un reveaiu à l'abri de tous 
risques. 



HHeure 




La Compagnie -des Chemins de fer P-L.-lî 
porte à la coninaissance du Public que 1 
bureaux de la douane à la gare -de Berc 
qui étaient terniés de 12 heureis a 14 heur 
et à part.r de 17 heures, sont ouverts, dor 
navamt, chaque jour, à titre d'essai, de 
heuies à 18 heures, i&auf les dimanchjs 
jours fériés. 

Les opérations de- dédouanement et ( 
livraison des marchanidisies (Messagerie 
Colis postaux et Petite Vitesse)^peuvent doi 
être efleîduées sans interruiptioii pendant m 
pério'de de temps de 9 heures par jour. 

Lieis Ijaigiieurs déisireux de se riendre à 
Nectaire a]>pre!id_ ont avec plaisir que 1 
Services Automo^biles P.- L.- M., entre Isspir 
Saint-Neciaire, Mur ois et Besse, d'une pa 
(Correspondance avec les trains de nuit de 
pour Paris), Clermont-Eerrand et Saint-Ne 
taire, d'autre part (Corresipondance avec 1 
trains de jour de et pour Paris) fomctlonn 
ront cette année, du 1®'" juin au 30 septemibr 

Des billetis directs avec enregisitrement g 
rect des bagages seront délivrés au dépa 
de gares de Paris, LyOn-Perrache, ivlareeill 
êaint-Charles, Nîmes, Saint-Etienne et Vlcl 
pour Saint-Nectaire, Murols et Besse ou vif 
veisa. 

Pour de plus amples renseignemenis, demand' 
le prospectus spécial à l'Agence P.-L.-M. de rei 
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fondée en iS'iS 



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Ik'se.u's : 30.31I 334 
Siiiistres payé-^ depuis l'origine de 
la Compagnie : 

528 .Millions 



M. le baron O. OJE Itlî->E, O. 

Ancien Inspecteur des Finances, 
Directeur. 
M. Y, 4*, Dirpct.- Adjoint. 



Compagnie d'assurances contre 

LE VOL 
ACCIDENTS 

fondée en 1909 
DÉTOURNEMENTS. - DEGATS DES EAuX 

8RIS DtS GLACES 
Capital social : lO iTlillioiiM 

M. le bai on Ct. ORltl.-SK. O-i^^ 
Ane. Inspect des Finances, hirfcl. 

M. AL8Y. «î* DircC- Adjoint. 
M. A. POTTIER, Direct.-Àdjomt. 
(Accidents). 



CONSEIL D'ADMINISTRATION DES TROIS COMPAGNIES 



MM. 

Dervillé (SLéplume), G.O. Président de la Cie des chemins 
de fer de P.-L.-AI., Ké^^'eni de !a Banque de France, Adm. 
de la C'« Univ. du Canal mar, de Suez, ancien Président 
du Trib.de ('ommerce de la Seine, Président. 

Mirabaud^ Albert), delà Maison Mirabaud et Cie, Banquiers, 
Adminislrateur de la' Coaipa<,'nie des Chemins de fer de 
P.-L.-M., de la Banque Impéiiale Ottomane et de la 
Compaa;nie Altrérienne, Vice-Président. 

Delaunay Belleville (Robert), tjf, Administrateur général de 
la S )C A.n(Mivme <L'< Etablis-^timents Delaunay Belleville. 

Jameson ;R' bert), de la maisoi Hoitinyuer et Cie, Ban- 
quiers. Àdmmi-tr^u ur lu Co ptoir d'+'scomijte de Paris,» 



MM. 

Mallet 1 ic lu.-si.delainaison.MalIet Frèi-^seï Cic, iUnquiers. 
Neuflize (J. De;, de l i mais .n De Neuflize et Cie, ban- 
quieis. 

de Peilerin de Latouche (G.). C. ^, Président de la < ie Gé- 
n.-raïf l'ransatlaniique. Adm. de la Cie des Chemins de fer 
de 'ai-s k yon -tàli Médit , de In !îan(iue de 1 Algérie . 

Thurneyssen (Auf^uste), .'ij- IVé.ideat de ia Cie des 
Chemins de fer des Landes. 

Vernes ; Félix; de la Maison Vcrnes ei Cie, banquiers. 
Administrateur de la Compa.^Miie du Chemin de fet du 
Nord et de la Banque Impériale Ottomane. 



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Louis LI.GR/VS 



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SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

du 

Protestantisme Français 

Reconnue d'utîlité publique par Décret du 13 juillet 18?0 

EuUelin 

PARAISSANT TOUS LES TROIS MOIS 

Etudes^ Documents, Chronique littéraire 

LXIX^ ANNÉE 

DIX-SEPTIÈ3ME DE LA 5* SÉRIE 

4. Octobre-Décembre 1920 




PARIS 

Au Siège de la Société, 64, rue des Saints-Pères 

LIBRAIRIE FISCHBACHER (Société anonyme) 

33, rue de Seine, 33 

1920 



SOMMAIRE 



ÉTLDES HISTORIQUES. 

A. Leroux. — L'Êgiise réformée de Bordeaux, de iOOOà 1G70 

(d'après le cinquième registre du Consistoire) 177 

DOCUMENTS. 

E. Le Parquier. — Les sources de l'histoire du Parlement de 

Normandie de Fîoquet, de 11560 à 1^62 209 

Ch. Pradel. — Testament du pasteur Antoine de Fanjeaux 

(février 1596) 226 

SÉANCES DU Comité. — 6 juillet 1920 167 

CHRONIQUE LITTÉRAIRE ET COMPTES RENDUS CRITIQUES. 
N. W. — A propos de rirlanle. Olivier Cromwell 2.32 

. Th. ScnoELL. — Les Religionnaires de Bordeaux de 168i> 

à 1802. . • • • 236 

— Anthologie protestante française, XVIIie et XIX® siècles. 239 

CORRESPONDANCE 



J. Pannier. — A propos de l'Astrée de Ronsard. Le pasteur 

J. du Moulin, Françoise et Gahrielle d'Estrées 240 

N. W. — Commémoration du troisième centenaire de l'ar- 



rivée des Père» pèlerins aux Etats-Unis (28 novembre) . . 244 

Une question à propos de B. Palissy 248 

Errata et Addenda 248 

ILLUSTRATIONS 

Portrait de Jean D'Estrées (1486-1571) d'après un médaillon en fonte. . 243 



RÉDACTION ET ABONNEMENTS 



Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin doit être adressé à M. N. Weiss, secrétaire 
la Société, 54, rue des Saints-Pères, Paris (VII«), qui rendra compte de tout ouvrage inté- 
sant notre histoire, dont deux exemplaires seront déposés à cette adresse. Un seul 
mplaire donne droit à une annonce sur cette couverture. 

Le Bulletin paraît tous les trois mois, en cahiers in-8° de 64 à 80 pages avec illustrations. 

ne s'abonne pas pour moins d'une année. Tous les abonnements datent du 1^'' janvier 

oivent être soldés à cette époque, 
i Prix de l'abonnement : 15 fr. pour la France, l'Alsace et la Lorraine; ~ 16 fr. pour 

anger ; — 10 fr. pour les pasteurs, instituteurs, etc., de P'rance et des colonies françaises ; 

r. pour les pasteurs de l'étranger. — Prix d'un numéro isolé de l'année courante et de 
Il récédente, 3 fr. 50 et pour les autres années, selon leur rareté. 

-.a voie la plus économique et la plus simple pour le payement des abonnements est 



Études historiques 



L'ÉGLISE RÉFORIVIÉE DE BORDEAUX DE 1660 A 1670 

(d'après le Cinquième registre du Consistoire). 

, Dès que le traité des Pyrénées eut été conclu entre la 
France et l'Espagne (7 nov. 1659), les Eglises réformées 
du royaume sentirent passer sur elles un vent d'hostilité 
qui soufflait de la Cour. Elles se surent menacées dans 
leurs droits et devinèrent que les stipulations de l'édit de 
Nantes allaient peser désormais d'un faible poids devant 
le pouvoir royal. C'est par l'expression de ces appréhen- 
sions que s'ouvre, onze mois avant l'avènement définitif 
de Louis XIV S le Cinquième livre du Consistoire de F Eglise 
réformée de Bordeaux, conservé au Grand Séminaire de 
notre ville ^ 

De fait, les vexations et les humiliations infligées aux 
Protestants depuis 1653 reprirent de plus belle : 

Dès avril 1660, des énergumènes parlent de tuer tous 
les Huguenots''; 

En mars et décembre de la dite année les prédicateurs 
catholiques du Carême et de l'Avent excitent à la sédition 
contre eux (déc. 1660); 

Un an plus tard, un vol par effraction est commis 
pendant la nuit dans le temple de Règles (déc. 1661); 

Dans l'entretemps (juin 1661), des moines et des 

1. En mars 1661. 

2. Nous comptons publier d'amples extraits de ce gros registre de 
556 pages in-folio, qui s'étend du 22 avril 1660 au 13 août 1670 et intéresse 
d'autres Églises encore que celle de Bordeaux. 

3. Pour tous ces faits, voir nos Extraits aux dates indiquées., 

Octobre-Décembre 1920. 13 



178 



ÉTUDES HISTORIQUES 



religieuses molestent sans pitié le pasteur de Miramont 
qu'ils ont rencontré sur le même bateau. 

En février 1662, il nous est dit que des enfants, à ce 
dressés sans doute, injurient les huguenots lorsqu'ils 
sortent du prêche; 

En août 1663, le Parlement crée un péage sur le pont 
de la Manufacture qui conduisait inévitablement de Bor- 
deaux à Bègles ; 

L'année suivante, un acte du pouvoir central oblige 
les fidèles de la R. P. R. à enterrer leurs morts avant 
6 heures du matin ou après 6 heures du soir; 

A deux reprises, au cours de l'année 1664, il est fait 
mention du déchaînement des crieurs de gazettes, qui 
annoncent que les teuiples vont être démolis (14 mai); 

Des rapts d'enfants protestants, que l'on veut élever 
dans le giron catholique, sont dénoncés au consistoire en 
juillet 1665 et décembre 1669; 

Au mois de juillet 1667, un bateau qui ramenait de 
Bègles nombre de protestants, est attaqué à coups de 
pierres. 

L'énumération des vilenies subies ne s'arrête pas là : 

Accumulation des ordures et a bourriers » de la ville 
contre la porte et les murs du cimetière de Bègles 
(déc. 1664 et juin 1670); 

Brutalités et injures contre les protestants qui se 
renflent au prêche (1664) ; 

Bris de clôture du cimetière par des « tireurs de 
fronde » (août 1663) et vagabonds inconnus (mai 1668); 

Exigences toujours plus grandes du clergé contre les 
protestants qui ne tendent pas leurs maisons au passage 
des processions ou qui ne s'agenouillent pas lorsqu'ils 
croisent quelque prêtre portant le viatique (déc. 1665). 
Et c'est pourquoi le consistoire recommande aux fidèles 
d'user d'une grande prudence aux approches de la Fête- 
Dieu (juin 1664). 

Il y a, sur tous ces points, plaintes des victimes auprès 
du consistoire — sans parler de celles qui portaient sur 
'exclusion dont les jurandes et les corporations enten- 



ÉTUDES HISTORIQUES ^ 179 

daient frapper ceux de leurs membres protestants qui 
aspiraient à la maîtrise. 

Aussi les appréhensions allaient-elles croissant depuis 
que le II P. Meynier, de la Compagnie de Jésus, avait 
publié son livre : De l'exécution de VEdïct de Nantes dans 
les provinces de Guienne, ÂJigoumo 'iSj Xainctonge et Aujiis^ 
et dans les isles de Marennes^ d'Oléron et de Ré. En 
décembre 1665, le consistoire crut indispensable pour sa 
gouverne d'acheter la Response pour les Eglises i>rétendues 
réformées du Poictou^ que l'avocat Loride de Galinières 
venait de faire au livre du Jésuite. 

Il est simplement honnête de ne point celer cependant 
que, dans ses réclamations incessantes contre les atteintes 
portées à l'Edit de 1598, le consistoire de Bordeaux 
trouva longtemps encore audience auprès de certains 
chefs du Parlement et de la Jurande, et en obtint des 
ménagements*. Par contre, il ne résulte pas des énon- 
ciations du Registre des délibérations qu'il ait eu même 
satisfaction quand il s'efforça, à plusieurs reprises, de 
vaincre les partis pris de Claude Pellot, intendant de la 
Généralité de Guienne — ni lorsque, en juin 1660, il eut 
la naïveté d'envoyer une délégation au jeune roi et au 
cardinal Mazarin (qui traversaient Bordeaux), pour pro- 
tester contre l'emprisonnement des pasteurs dont le seul 
tort avait été de prêcher hors des localités autorisées par 
l'Édit. 

Et s'il n'en fut pas de même, huit ans plus tard, quand 
le consistoire envoya l'un des siens à Paris pour prendre 
la défense des Églises de la région menacées d'interdiction 
par le Conseil du l'oi, c'est que l'heure de la révocation de 
l'édit de Nantes n'avait pas encore sonné dans les conseils 
de la couronne (déc. 1668). 

Grâce à notre Registre, nous voyons surtout se pro- 
duire les premières mesures prises par le gouvernement 

1. Le plus remarquable, c'est le retrait obtenu par les Anciens d'une 
ordonnance des Jurats qui obligeait les Protestants h. tendre leurs maisons 
devant la procession de la Fête-Dieu (juin 1666). Cf., la délibér. du 23 mai 
1668, dont le résultat n'est d'ailleurs pas donné. 



180 



ÉTUDES HISTORIQUES 



de Louis XIV pour appliquer cet édit « à la rigueur », 
restreindre la portée de ses articles et souvent même les 
abolir aux dépens des Églises constituées. C'est une mince 
tranche, la seule qui se soit conservée intégralement de 
l'histoire des Réformés bordelais au xviii'' siècle. Il 
importe donc que nous récapitulions ici, avec tout le soin 
et toute l'exactitude possibles, le contenu du seul docu- 
ment qui nous en ait conservé le souvenir. 

* 

Le consistoire se composait alors de 24 membres et 
se renouvelait par moitié tous les ans, au mois de juin. 
Les anciens qui le formaient étaient des « bourgeois et 
marchands » de Bordeaux^, mais aussi et surtout des 
nobles, des magistrats, des médecins dont on escomptait 
sans doute l'influence pour la défense des droits menacés. 
Pendant les années 1660-1670, MiM. de Madaillan, de 
Bacalan, et le D'" Galatheau furent, au point de vue social, 
les plus considérables de ces représentants de TÉglise et 
répondirent de leur mieux à la confiance de leurs coreli- 
gionnaires. 

D'ordinaire, la u compagnie » , comme on disait souvent, 
se réunissait entre le culte du matin et celui de l'après- 
midi, à Bègles même, soit au pied de la chaire, soit dans 
une chambre réservée au pasteur officiant, suivant 
l'occurrence. Mais parfois aussi, au cours de la semaine, 
elle était convoquée à Bordeaux (où habitaient la plupart 
des anciens), vraisemblablement chez l'un ou l'autre des 
pasteurs, c'est-à-dire dans le quartier de La Rousselle. 

Les délibérations devaient, en principe, être tenues 
secrètes, comme il est rappelé plusieurs fois. Elles 
étaient couchées, avec grand détail, sur le registre que 
nous connaissons. 

En mai 1665 une proposition bien inattendue fut 
faite par le pasteur Ferrand, à savoir d'élire un ou deux 



1. Oyens était en outre banquier. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



181 



anciens qui, «suivant une ancienne pratique », serviraient 
l'Eglise « leur vie durant », c'est-à-dire sans être jamais 
soumis à une réélection. C'était le retour à un régime en 
contradiction avec l'esprit de la Discipline de 1571. La 
proposition fut presque aussitôt enterrée. 

Le choix des nouveaux membres par l'Église don- 
nait lieu parfois à des oppositions plus ou moins justifiées. 
Celase vit enjuillet 1661, en juilletl667, eten juilletl670, 
sans d'ailleurs tirer à grandes conséquences. 

Dans les conjonctures graves, la communauté totale 
était appelée à délibérer par ses chefs de famille avec le 
consistoire. Il y a daus le Cinquième registre trace d'un 
assez grand nombre de ces réunions plénières ; celle du 
6 juin 1666 comptait 103 chefs de famille, avec lesquels 
pasteurs et anciens « opinent conjoinctement » (5 déc. 1 666 
et 29 juin 1667). 

Le Consistoire entretenait un chirurgien et un apo- 
thicaire pour le soulagement des indigents de la com- 
munauté. Il avait, en outre, dans sa dépendance, et rétri- 
buait, sous une forme ou sous une aulre, un « lecteur » 
de la Bible, qui cumulait en même temps les fonctions 
de « musicien », c'est-à-dire entonnait et réglait le chant 
des psaumes; — à un degré plus bas, un ou deux croque- 
morts appelés « porteurs», un fossoyeur, un concierge 
et plusieurs garde-malades, hommes ou femmes, dont on 
reparlera plus loin. 

Les anciens se partageaient les principales fonctions : 
celles de scribe ou secrétaire, collecteurs, trésoriers et 
contrôleurs des deniers recueillis, distributeurs des 
aumônes et des méreauxde communion, teneur des regis- 
tres d'état-civil, (juillet 1661), visiteur des malades soi- 
gnés aux frais du consistoire (mars 1670). 

* 

En 1660-61, l'Eglise de Bordeaux, encore nombreuse 
et relativement prospère, jouissait du ministère de quatre 
pasteurs: 



182 



ÉTUDES HISTORIQUES 



Le « sieur » De Ricotier^ qiii mourut le premier, à la 
fin de 1660, et fut remplacé en 1662 par le sieur De 
Sarrau, affecté plus spécialement au service de la Cham- 
bre de l'Edit (3 déc. 1664) ; 

Le sieur De Goyon père, qui décédera en 1670, mais 
aura pour auxiliaire, dès le mois de mai 1666, son fils 
précédemment pasteur à La Sauvetat ; 

Le 'èiQwv Ferr and ^QYQ, dont le pastorat prendra fin le 
18 fév. 1666. L'Eglise désirera fort lui donner pour suc- 
cesseur le célèbre Jean Claude, de Montauban. Mais le 
pouvoir royal ne voulant rien relâcher d'un arrêt qui 
interdisait à Claude de s'établir au sud de la Loire, la vo- 
cation qui lui fut adressée ne put produire ses effets ; 

Enfin le sieur Rondelet qui, appelé de Barbezieux en 
mai-juin 1660, remplira jusqu'après 1670 la place de 
quatrième pasteur qui venait d'être créée. 

Rondelet fit imprimer en 1665 et distribua libérale- 
ment aux anciens un recueil de six sermons qu'il venait 
de composer. C'est le seul détail de ce genre que l'on 
rencontre dans le Registre consistorial, si l'on omet de 
signaler qu'à la mort des pasieurs Ferrand (fév. 1666) 
et De Goyon (fév. 1670) il inséra deux courtes nécrolo- 
gies que nous reproduirons dans nos Extraits. 

En ce qui concerne les pasteurs, notons aussi que 
l'usage se perpétuait de prêter ceux de Bordeaux aux 
Eglises voisines dans l'embarras; même de les envoyer, 
une ou deux fois par an, prêcher et distribuer la sainte 
cène dans quelques Eglises de fief, telle que celle de 
Mèssire Malet, à Capian (1664). A charge de réciprocité, 
bien entendu. C'est pourquoi, en 1670, le marquis de 
Castelnau ne put se refuser d'autoriser le pasleur La-, 
bouille, attaché à sa maison, à desservir pendant un 
mois l'Eglise de Bordeaux. 

Quand il put être question de remplacer le pasteur 
Ferrand décédé depuis près de deux ans, le consistoire 
résolut de lui donner pour successeur le « sieur» Charles^ 
pasteur de Châtellerault en Poitou, dont la piété, le carac- 
tère, les talents bien connus promettaient à l'Église de 



ÉTUDES HISTORIQUES 



183 



Bordeaux un ministère fécond et bienfaisante Charles 
accepta l'appel qui lui était adressé; mais pour y donner 
suite, il devait obtenir le « congé » de son Eglise de 
Châtellerault, qui ne voulut point l'accorder, malgré les 
demandes réitérées et les pressions directes qu'on exerça 
sur elle pendant trois ans. La question traîna en longueur ; 
elle n'était point encore' réglée en 1670, quand se ferme 
notre Registre^ et nous ignorons ce qu'il en advint fina- 
lement. 

* 

Le gros de la population protestante de Bordeaux doit 
être cherché non point encore au faubourg des Ghartrons 
comme après la Révocation, mais dans le quartier de La 
Rousselle, aux environs de la rue Neuve et de ses aboutis- 
sants, où elle s'était concentrée dès le xvi" siècle. Cepen- 
dant la mention de la tenue par le consistoire d'un 
(( rôle des Chartreux » (entendons un rôle des protes- 
tants domiciliés aux Chartrons) nous contraint à reconnaî- 
tre que, dès ce temps^ il y avait dans ce faubourg éloigné 
un noyau de Réformés qui, à l'inverse de ce qui se con- 
statera un siècle plus tard, se composait surtout de petites 
gens. Toutefois leur nombre y était encore minime et le 
cédait de beaucoup à celui desLuthériens Scandinaves et 
allemands qui, en tant qu'étrangers, étaient refoulés hors 
de la ville proprement dite. 

Dans leur ensemble les deux groupes de Réformés 
français formaient, au dire de M. Paul Bert, une popula- 
tion d'environ 2300 âmesl 

Le temple deBègles, où l'Eglise réformée de Bordeaux 
avait été reléguée dès 1605, était situé à quelques kilo- 
mètres en amont de la ville, non loin des bords du fleuve, 
il avait été bâti sur l'ordre du maréchal d'Ornano et se 
présentait sous la forme d'un bâtiment rectangulaire, 
dont l'aspect très simple n'eût pas laissé deviner la desli- 
nation s'il n'avait été pourvu d'un porche. Il semble 



1. Dfilihprafinn Hp<ï 9!^ nnv ot /■ Aa^ M^an 



184 



ÉTUDES HISTORIQUES 



qu'il ait été de dimensions fort grandes si Ton remarque 
que chaque côté longitudinal ne comptait pas moins de dix 
fenêtres. Cependant il ne suffisait point à Taftluence des 
fidèles, puisqu'en 1664 il fut longuement question d'en 
augmenter la capacité en construisant des galeries laté- 
rales. On recula quelque temps devant la dépense; mais 
il fallut bien tenir compte des besoins et, en 1670, les 
deux galeries furent édifiées. 

Ce temple était situé à la droite du spectateur quand 
il regarde Floirac, au coin d'une vaste place qui, jusqu'à 
une date très récente, a conservé le nom de Place du 
Prêche, remplacé depuis par celui de Place de la Vic- 
toire. On y accédait par des chemins défoncés, où les 
carrosses de la Noblesse évoluaient péniblement. Comme 
le Bureau des voyers ne se pressait point de les réparer 
malgré maintes réclamations, le consistoire s'arrangea 
du mieux qu'il put pour subvenir aux inconvénients de 
cette situation K 

Il y avait sur cette même place du Prêche, dès avant 
1639, un calvaire d'origine catholique, situé vis-à-vis du 
temple. Quand celui-ci sera abattu, quelques mois avant 
la Révocation, l'archevêque de Bordeaux fera remplacer 
ce premier calvaire par un autre, pourvu d'une inscrip- 
tion latine qui rappelait à la fois l'existence et la destruc- 
tion de ce lieu d'hérésie qu'était Règles depuis quatre- 
vingts ans^. 

L'intérieur du temple avait été décoré en 1662 des 
Tables de la Loi, en lettres dorées, grâce à la générosité 
d'un sieur Renaud. A l'exlérieur un libraire de Bordeaux 
appelé Thoulouze avait été autorisé à étaler ses livres, aux 
heures de sortie du culte. Un concurrent se présenta, 
Vernoy fils, au commencement de 1664, qui mit le con- 

1. Ce temple nous est connu par le dessin à la sanguine qu'en a donné 
Van der Hem dans son Album de 1639; dessin qui a été reproduit dans le 
tome XXXIX des Archives historiques de la Gironde^ année 1904, pl. 19. 

2. Cette inscription aujourd'hui perdue a pu subsister au moins jusqu'à la 
Révolution et peut-être au delà. Elle fut alors enlevée. Le calvaire lui-même 
a été supprimé, il y a une vingtaine d'années, sur l'ordre de la municipalité 
de Bègles. Du passé protestant de ce coin de terre il ne subsiste plus la 
moindre trace matérielle. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



185 



sistoire dans l'embarras en réclamant pour lui-même 
semblable autorisation. On finit par transiger, et les 
perplexités du consistoire prirent fin. 

On avait construit tout au fond du temple, devant la 
chaire, une estrade surélevée de quelques marches, qu'on 
appelait le Parquet. 11 était réservé aux pasteurs et aux 
anciens qui y avaient leur banc ; aux nobles, aux membres 
de la Chambre de l'Edit, aux capitaines suisses du Châ- 
teau-Trompette et enfin aux vieillards que la surdité 
empêchait d'entendre le prédicateur lorsqu'ils en étaient 
trop éloignés. 

C'était au Parquet également que se célébraient les 
baptêmes et les mariages ; auxquels cas on en permet- 
tait l'accès aux parents, aux témoins, aux invités. 

Il faut croire qu'il n'était limité par aucune balus- 
trade, car la tendance de beaucoup de paroissiens, au 
cours de chaque service reh'gieux, était de s'y installer le 
plus commodément possible et d'occuper ainsi la place 
réservée à quelques privilégiés. 

Le consistoire protesta. maintes fois contre cet empié- 
tement, sans parvenir à faire entendre raison aux con- 
trevenants, chez qui le sentiment de la hiérarchie était 
moins vif que chez les chefs de la communauté. L'esprit 
d'égalitarisme, qui est un des travers de l'esprit français, 
s'affirmait donc sans respect pour la décision et les droits 
des autorités ecclésiastiques. 

11 y avait, chaque dimanche, deux services religieux, 
comme dans la plupart des grandes villes : l'un le matin, 
l'autre l'après-midi, à des heures qui variaientquelquefois 
suivant les convenances du moment. Il y en avait deux 
également au cours de chaque semaine, ordinairement le 
mardi et le jeudi, sauf pendant la durée des vendanges. 
Ces (( services sur semaine », comme on disait alors, 
ne prenaient quelque importance et n'étaient véritable- 
ment fréquentés qu'à l'approche de la célébration des 



186 ÉTUDES HISTORIQUES 

quatre Cènes, en vue desquelles ils préparaient les 
fidèles. 

Le chant laissait parfois à désirer ^ « Pour ce qu'il 
advient quelquefois que le peuple ne prend pas bien l'air 
et chant des pseaumes, il a esté trouvé à propos, dit une 
décision du 12 déc. 1668, de lire un billet [en chaire], 
aux fins que personne n'ayt à commencer le dit pseaume 
que premièrement il n'en soit esté chanté un verset par 
le lecteur ». 

Prenant prétexte de ce tort, un « musicien » de pas- 
sage à Bordeaux, nommé Defrance, proposa ses services 
en janvier 1669, pour, d'accord avec le sieur Chevalier, 
musicien ordinaire et lecteur de l'Eglise, « entonner le 
chant du pseaume [et] régler les voix discordantes ». Si la 
proposition fut admise, nous ne le savons pas, mais nous 
devons retenir le fait de son opportunité. 

A retenir aussi qu'à cette date du xvii^ siècle, les 
commandements du Décalogue étaient non point lus par 
le pasteur du haut de la chaire, comme il se pratique 
aujourd'hui, mais chantés par l'assemblée de^- fidèles 
(25 nov 1665). 

En novembre 1669 le peuple fut invité à se mettre à 
genoux lorsque le pasteur commençait la prière, — ce 
qui donne à comprendre que jusqu'ici il se tenait sim- 
plement debout. 

Un des grands mérites du Cinquième registre c'est 
donc de nous initier assez clairement à quelques-unes des 
pratiques liturgiques alors usitées dans le culte réformé : 
matière intéressante en soi et qui ne transpire que rare- 
ment dans les documents contemporains. Nous appre- 
nons en outre qu'à Bègles la célébration de la sainte Gène 
était entourée de toute la solennité possible, en ce sens 
que le pasteur qui y présidait était assisté d'un certain 
nombre d'anciens dont chacun jouait un rôle différent, 

1. On connaît un arrêt du Conseil d'État de 1663 qai fait défense à ceux 
de la R. P. R. de chanter les psaumes à voix haute dans les maisons et 
ailleurs. — Il résulte de notre Registre que, contrairement à ce que l'on a 
cm quelquefois, cette défense ne s'étendait pas encore au chant dans les 
temples. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



187 



l'un distribuant les méreaux, l'autre portant la coupe, 
l'autre le plat, etc. 

Cette solennité commémorative du dernier repas de 
Jésus avec ses disciples se renouvelait quatre fois par an, 
à l'occasion des fêtes de Noël, Pâques, Pentecôte, et à 
l'entrée de l'automne, deux dimanches consécutifs, d'où 
le pluriel « avant les Cènes », souvent employé. Les pas- 
teurs y préparaient la communauté par des prédications 
spéciales et s'efforçaient d'élever les esprits et les cœurs 
à la hauteur des circonstances. 

En 1670, une légère innovation, proposée par l'un 
des pasteurs eu charge, faillit troubler l'Eghse. Rondelet 
ayant proposé qu'avant le chant des psaumes, « le mi- 
nistre qui aura presché fera une bénédiction générale sur 
le pain et le vin et qu'il communiera le premier », trouva 
l'approbation du consistoire. Mais quelques particuliers 
en eurent « l'esprit blessé » et protestèrent si bien que 
les anciens, pour éviter un conflit inutile, décidèrent ^( de 
retrancher la communion du pas^ur » en lui interdi- 
sant de se la donner lui-même et en lui enjoignant de la 
recevoir, selon la coutume passée, d'un de ses collègues. 
C'était la négation absolue de tout privilège sacerdotal. 

* 

Pourvu d'une juridiction effective, le consistoire 
exerçait fréquemment, non sans de grandes précautions, 
une pression directe sur les tièdes et les indifférents pour 
réveiller leur zèle endormi ou les rappeler à leurs devoirs 
religieux. Il censurait directement les manquements 
graves à la discipline commune et citait même les cou- 
pables devant l'Églisè pour entendre leurs excuses et 
l'expression de leur repentance. 11 manifestait ainsi avec 
plénitude l'autorité dont il était investi, et cela avec 
d'autant moins d'hésitation que les circonstances du 
temps lui en montraient la nécessité pour maintenir, 
dans le troupeau confié à sa garde, l'union et la cohésion 
requises. Ne constatait-il pas, en septembre 1663 et de 



m 



ÉTUDES HISTORIQUES 



nouveau en mars 1664, que des familles timorées trahis- 
saient déjà la cause commune en envoyant leurs enfants 
aux écoles tenues par des prêtres, moines, jésuites ou 
nonnains, pour y faire leur instruction ! 

Les divertiiïSements bruyants que quelques parois- 
siens se permettaient autour du temple pendant le 
prêche (1663, 1664 et 1669), la mauvaise tenue et les 
bavardages scandaleux auxquels certains paroissiens 
s'abandonnaient dans le temple même (mai 1667), les 
paroles malsonnantes et les critiques injustifiées que 
d'autres proféraient contre les pasteurs et les anciens 
(1663), la violation du repos dominical par les gens de 
gain (1664), le retard que quelques fidèles, non les moins 
riches, mettaient dans le paiement de leurs cotisations 
à la bourse pastorale (janvier 1664 et ailleurs), ou encore 
le droit que s'attribuaient quelques zélotes de faire à 
domicile des collectes non autorisées ou d'y promener 
des requêtes non officielles (juin i664 et juin 1667), les 
absences prolongées «du culte public (passim)^ le sans- 
gêne avec lequel les hommes occupaient les bancs 
réservés aux femmes, quand ils ne trouvaient point place 
ailleurs : autant de torts que le consistoire dénonçait 
immanquablement et blâmait tout haut, d'une manière 
ou d'une autre. 

Presque au début de notre Registre (septembre 1660), 
le consistoire s'élève durement contre les femmes qui 
viennent au prêche avec les bras décolletés outre mesure. 
Ces filles d'Eve eurent pourtant le bon sens de se sou- 
mettre aux objurgations des anciens, puisqu'il n'en est 
plus question dans la suite. 

Quelques années plus tard, il s'oppose à la pratique 
qui consiste, de la part de certains fidèles, à garder dans 
le temple des places autres que celles qui leur appar- 
tiennent, au profit d'amis ou de parents retardataires 
(avril 1665). C'est dire que le droit de premier occupant 
était le seul admis par les anciens. 

Un plus fâcheux abus, que dénonce le consistoire 
vers le même temps pour y mettre un terme, est celui 



ÉTUDES HISTORIQUES 



189 



que se permettent certains zélotes de faire baptiser par 
les pasteurs des enfants nés de parents catholiques, — 
encore que nous devions supposer le consentement 
exprès de ceux-ci. 

Le consistoire passait volontiers condamnation sur 
l'esprit de fronde qui se manifestait dans ces diverses 
occasions et dans les empiétements continuels sur le 
Parquet. Combien plus regrettable devait-il lui apparaître 
dans le fait qu'exhortations, conseils, censures mêmes 
étaient méconnus ou dédaignés par beaucoup des audi- 
teurs quand, aux approches du carnaval, le pasteur rap- 
pelait du haut de la chaire le texte de la Discipline de 
1571 qui interdisait aux protestants de se mêler aux 
mascarades, danses, jeux, comédies, momeries et assem- 
blées de ce temps de liesse profane. Cette interdiction 
était-elle l'effet d'une sévérité outrée, ou vraiment était- 
elle justifiée par l'extrême licence à laquelle s'abandon- 
naient les coryphées de la tradition carnavalesque dans 
une ville comme Bordeaux? La seconde conjecture est la 
plus vraisemblable, mais ne saurait se prouver directe- 
ment par le Begistre des délibérations, qui ne précise rien 
à cet égard. 

Au commencement de l'année 1664, sous l'empire de 
circonstances que nous discernons mal, mais qui sûre- 
ment avaient plus de gravité que toutes celles qui vien- 
nent d'être rappelées, le consistoire trouva à propos de 
faire lire en chaire l'article 71 du synode provincial de 
Sainte-Foy tenu quelques mois plus tôt, « concernant les 
presches qui doibvent estre faicts pour esmouvoir les 
peuples à repentance et par ce moyen prévenir les juge- 
ments de Dieu qui menassent la chrestienté ». Dans cet 
appel solennel perce une vive inquiétude de l'avenir. 



Les abjurations de catholiques, hommes ou femmes, 
sont assez fréquentes durant ces dix années, puisque le 
consistoire en reçoit une trentaine. Ce n'était pas d'ail- 



i90 



ÉTUDES HISTORIQUES 



leurs sans difficultés pour les abjurants, et plus d'un fut 
écarté comme suspect, insuffisamment instruit ou inspiré 
par des motifs temporels. En règle générale ces abju- 
rations catholiques étaient entourées de diverses précau- 
tions, dont la plus efficace consistait à ajourner de quel- 
ques semaines la réponse aux demandes présentées et à 
interroger soigneusement le candidat sur les points de 
doctrine considérés comme spécifiquement caractéris- 
tiques de la communion réformée ^ Le plus souvent 
l'abjuration avait lieu devant l'Église assemblée, et le 
néophyte en signait lui-même le procès-verbal sur le 
Registre consistorial . 

Des abjurations de protestants notre Registre ne tient 
pas état, et c'est seulement par exception, quand l'abju- 
,rant vient à récipiscence et demande à être reçu a à la., 
paix de l'Eglise », que nous entrevoyons de ce côté la 
continuation des défécations qui s'étaient multipliées 
depuis 1660 ^ 

★ 

♦ -If- 
Mais passer à l'Eglise romaine n'était pas la seule 
manière de forligner. Plus d'un membre de la paroisse 
fut cité par le consistoire pour mauvaise conduite 
notoire ou résistance aux prescriptions de la Discipline. 
S'il donnait des marques sincères de repentance, il était 
réconcilié avec l'i^glise. Nous avons compté une vingtaine 
de cas de ce genre pendant la décade où se fixe notre 
attention. 

Un des grands soucis des anciens, ce fut de mettre 
un terme,, aussi rapidement que possible, aux querelles, 
aux brouilles, aux zizanies qui prenaient naissance, pour 
des motifs plus ou moins futiles, dans cette communauté 
composée d'éléments si divers et si inégalement avancés 

1. A un abjurant catholique qui se présente devant le consistoire au com- 
mencement de juillet 1665, on demande seulement de réciter le Décalogue et 
le Symbole des apôtres. 

2. Voy. dans les Arch. hospit. de Bordeaux, H. 2, un État des conversions 
opérées de 1660 à 1685. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



191 



dans les voies de la piété et de la moralité. A vingt-quatre 
ou vingt-cinq reprises le consistoire eut à intervenir 
dans des questions de cette nature et réussit plus ou 
moins définitivement à réconcilier les parties. 

Parmi celles-ci figurent quatre orfèvres qui, après 
une longue mésintelligence (on ne nous dit point à quel 
sujet), fiinirent par se rapprocher et par s'entendre, même 
contre leurs concurrents catholiques (avril et mai 1665). 

De grands scandales proprement dits il y en eut trois 
qui mirent les prévenus en fâcheuse posture. En avril 
1663, le fils de Madame D... fut accusé d'avoir engrossé 
la servante du sieur Guibert. Dénégations du prévenu, 
réitérations de la victime, grave embarras du consistoire 
en un temps où la recherche de la paternité était auto- 
risée par la loi. Nos anciens s'en tirèrent en renvoyant 
le jeune D... devant la justice civile et en privant la 
servante du droit de participer à la sainte Cène^ 

L'année précédente, deux femmes s'étaient prises de 
querelle (on ne nous apprend point pour quel molif) et 
s'étaient battues en plein temple. Le consistoire évoqua 
l'affaire et, après semonce, réconcilia les deux adver- 
saires (février et mars 1662). 

Au commencement de 1665, deux pasteurs du dehors, 
délégués par la Chambre de l'Edit pour soutenir ses 
prétentions abusives \ voulurent imposer d'autorité leurs 
décisions et firent esclandre en pleine assemblée, à ce 
point que le consistoire résolut de soumettre leur conduite 
au jugement du prochain synode général. Pour !eur justi- 
fication les deux pasteurs soutinrent qu'ils avaient été 
entravés dans leur mission. Le Registre ne nous fait 
point connaître les suites à ce conflit. 

Le rang social de ses adversaires n'arrêtait pas le 

1. L'inceste dont un nommé B... est accusé sous la date du 14 juillet 1661, 
fut déclaré calomnieux. 

2. Sur ce chapitre des mœurs privées, les Protestants de ce temps n'en- 
tendaient pas raillerie. En février 1668 le consistoire de Bordeaux est mis en 
garde pir l'Égiise de Puylaurens contre un proposant qu'elle vient de rayer 
de ses matricules pour avoir séduit une fille de M. de T. 

3. Voy. ci-dessous, p. 202. 



192 



ÉTUDES HISTORIQUES 



consistoire. Quand, en novembre 1661, l'évêque de 
Condom fut accusé de propos malsonnants par le pasteur 
de La Parade, Brignol, a Foccasion de la prédication que 
celui-ci avait faite au synode deNérac sur certain passage 
de Fépître de saint Paul aux Ephésiens^ nos anciens pro- 
mirent leur appui au pasteur pour obtenir satisfaction. 
— De même en juin 1670, lorsque l'évêque de Bazas se 
permit d' « insulter » un membre de l'Église du lieu, le 
jour du jeûne, le consistoire de Bordeaux résolut de saisir 
de cette affaire M. de Saint-Luc et de la faire porter par 
lui devant le Conseil du roi. 

Ajoutons toutefois que ce beau zèle ressemblait assez 
à un feu de paille : on ne voit point, dans les deux cas 
précités, qu'il ait été donné suite aux décisions prises en 
commun, M. de Saint-Luc ayant refusé de « marcher » 
pour la seconde. 

Telle était la considération dont jouissait alors le 
consistoire de Bordeaux qu'on lui demandait parfois 
d'intervenir, pour les pacifier, dans les difficultés inté- 
rieures des Églises voisines : Saint-Julien, Libourne, 
Eymet, Agen, Bazas, Hastingues, La Caussade, Gours, 
Cognac, etc. Après 1663, quand les vexations et les 
rigueurs s'abattirent directement sur les petites Églises 
des campagnes, c'est au consistoire de notre ville que 
Salaignac, Tonnay-Charente, Reniez etc., s'adressèrent 
pour obtenir conseil et direction. En septembre 1664, 
l'Église du Mas-de-Verdun près Toulouse lui demandait 
appui contre les entreprises d'un curé du lieu qui avait 
mis dix-huit familles considérables sous le coup de pour- 
suites judiciaires. Par deux fois enfin, dans des circons- 
tances qui ne nous sont malheureusement pas expliquées, 
l'Église réformée de Lisbonne en Portugal se tourna 
vers le consistoire de Bordeaux pour lui demander avis 
(1664). 



1. III, 11 et 13 ; Christ a établi les uns apôtres, les autres prophètes, les 
autres évang élis tes, les autres pasteurs et docteurs pour le perfectionnemenL 
des saints, pour V œuvre du ministère, pour l'édification du corps de Christ... 



ÉTUDES HISTORIQUES 



193 



* 

L'objet principal et incessant de la plupart des déci- 
sions hebdomadaires du consistoire, c'était la distribu- 
tion de « charités » à la foule des quémandeurs qui 
s'adressaient à lui et qu'il satisfaisait fort généreusement 
parfois sur la bourse des pauvres, mais jamais sans un 
juste et préalable discernement des circonstances, des 
personnes et des besoins. 

La profonde misère sociale des classes populaires, la 
détresse de maintes familles bourgeoises et d'une foule 
de particuhers se révélera à nous par la quantité et par 
la qualité de beaucoup de ceux qui sont ainsi secourus 
par les anciens : 

D'abord les nomades d'habitude ou de métier, qui 
marchent droit devant eux, de ville en ville, en vue de 
découvrir un lieu stable où ils trouveront un travail 
durable et rémunérateur, auquel bien souvent ils ne 
tiennent pas autrement. Le consistoire n'a garde de les 
retenir à Bordeaux et leur accorde sans difficulté la 
« passade » ; 

Les aventuriers, gens de soutane ou d'épée en rupture 
de ban, moines, officiers, gentilhommes même, qui plus 
ou moins indignes ne demandent, disent-ils, qu'à 
regagner leur lieu de naissance ; 

Les protestants pourchassés par les pouvoirs publics 
ou simplement excédés de ne pouvoir trouver la sécurité 
qu'ils cherchent, el qui viennent s'embarquer à Bordeaux 
pour la Hollande ou l'Angleterre. C'est la tête du grand 
exode qui suivra 1685; 

Membres de la colonie étrangère de Bordeaux, qui 
n'ont point réussi dans leurs entreprises et qui sollicitent 
eux aussi d'être rapatriés; 

Médicastres, orfèvres, libraires, précepteurs, joueurs 
de luth en quête d'une position ou de moyens d'existence. 

A retenir comme une nouveauté intéressante qu'en 
décembre 1663 un ancien fait proposer du « travail 

Octobre-Décembre 1920. 14 



194 ÉTUDES HISTORIQUES 

payé )) à ceux qui en cherchent. Si ceux-ci acceptèrent, 
ou s'ils prérérèrent continuer de vivre aux dépens de la 
charité ecclésiastique, c'est ce que l'on serait curieux de 
savoir. 

Les dons du consistoire s'étendaient à beaucoup 
d'autres misérables : Églises rurales qui, ne voulant pas 
se laisser exclure des droits que leur assurait l'édit de 
Nantes, avaient à soutenir devant le parlement de Bor- 
deaux des procès plus ou moins longs, plus ou moins 
ruineux; — artisans impuissants à payer les frais d'une 
maîtrise, dont ils espèrent pouvoir jouir sans trouble, 
malgré l'opposition qu'ils rencontrent; — paysans qui 
ont tout perdu dans quelque sinistre soudain, incendie, 
grêle ou vol ; — filles pauvres qui « désirent se colloquer 
en mariage » sans en avoir les moyens pécuniaires (1665). 

En d'autres occasions, le consistoire paie les frais 
d'apprentissage de tel jeune garçon cherchant à se pro- 
curer un métier, — le loyer de tel pauvre infirme inca- 
pable de travailler, — les débours pour traitements médi- 
caux et remèdes pharmaceutiques, faits en faveur de 
malades recueillis dans quelques auberges. 

Autant de manifestations d'un véritable esprit de soli- 
darité ecclésiastique, qui n'avait fait que se développer 
au cours du siècle et qui augmentait à mesure qu'on 
approchait de la Révocation, le fort portant le faible. 

Pendant les premières années de la décade 1660-1670, 
au temps où le pouvoir royal menait la guerre contre les 
Etats barbaresques dont les navires infestaient la Médi- 
terranée, le consistoire de Bordeaux mit souventes fois 
ses ressources financières au service de ceux de ses 
coreligionnaires de la région qui étaient tombés aux 
mains des Infidèles^ Par la voie de Marseille ou de La 
Rochelle il leur faisait parvenir, à l'aide d'une lettre de 
change, la rançon exigée et réussit ainsi à délivrer un 
certain nombre de marins et de marchands qui autrement 
n'eussent sans doute jamais revu leur patrie. 

1. Cf. dans le Bull. hist. du prot. franç., XIV, p. 131, etc., un article géné- 
ral de M. C. Ribard, Prisonniers protestants en Barbarie. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



195 



C'est par exception seulement, nous ne saurions dire 
par suite de quelles circonstances, qu'en avril 1660, les 
anciens de Bordeaux font passer un secours pécuniaire 
aux coreligionnaires pauvres de la Pologne. 

A cette première catégorie de solliciteurs une seconde 
s'ajoutait, à laquelle le consistoire s'intéressait de plus 
près et qu'il soulageait d'une manière plus efficace. 
C'étaient par exemple les étudiants en théologie qui 
demandaient une portion de bourse pour achever leurs 
études soit à Genève, soit à Monlauban, plus tard à Puy- 
laurens, en vue d'entrer dans le saint ministère ; 

Ou bien, les pasteurs de certaines Eglises tellement 
pauvres qu'elles ne pouvaient procurer à leurs conduc- 
teurs des moyens d'existence suffisants. On est surpris 
de trouver dans ce groupe les Eglises de Bazas et de 
Libourne, côte à côte avec de petites Eglises rui'ales; 

Plus fréquemment, les coreligionnaires détenus dans 
les prisons du Parlement « pour cause de religion ». Les 
adoucissements qu'ils cherchent au régime pcnilenliaire 
dépassaient leurs ressources pécuniaires et c'est du 
consistoire qu'ils attendaient l'appoint de ce qu'ils 
avaient à payer. Borie aîné, ministre ii Tu renne en 
Bas-Limousin, prend place dans cette catégorie de 
secourus (1663-1664); 

Les (( pasteurs souffrants » du pays de Gex, en vertu 
d'une décision d'un synode national. Le consistoire de 
Bordeaux leur envoie il 000 livres en 1663 ; — les Eglises 
de Pailhac, Issoire et La Gazelle, au profit desquelles 
celle de Bordeaux avait été taxée ix 25 livres par an par 
le synode de Loudun^ : — telle Eglise du Dauphiné ruinée 
par une avalanche soudaine j^l666) ; — telle autre égale- 
ment située aux confins de la France méridionale - et qui 
n'hésile pas, au lendemain d'un incendie, a î'éclamer 
l'appui de celle de Bordeaux, dont elle connaît sans doute 
« l'inclination naturelle qu'elle a de secourir toutes les 

\. Délibér. du 5 juillet 1663. 

2. Celle de Beaurère en Dauphiné, 15 avril 1663. 



196 



ÉTUDES HISTORIQUES 



pauvres Eglises pour empêcher l'extinction du flambeau 
de l'Evangile* ». 

* 

Le budget qui alimentait les charités et générosités 
du consistoire de Bordeaux n'était cependant pas inépui- 
sable. En 1663, le compte rendu annuel du trésorier de 
la bourse des pauvres accuse une recette de 12 631 livres; 
en 1665, une recette de 13557 livres; en 1668, une 
recette de 8169 livres. Il fallait savoir compter pour 
donner satisfaction aux solliciteurs dignes d'intérêt, sans 
trop refuser à ceux qui l'étaient moins. 

A côté des ressources ordinaires et régulières prove- 
nant des collectes dominicales et des cotisations indivi- 
duelles, Tciglise en tirait d autres de donateurs et de 
testateurs occasionnels. C'est ainsi qu'en 1661 elle reçut 
un don de 1000 livres d'un membre de la colonie fla- 
mande de Bordeaux. Cependant, quoique les grosses 
bourses fussent nombreuses dans la communauté de 
Bordeaux, on ne voit point clairement qu'elles aient usé 
du droit qu'elles avaient de se montrer généreuses. 

Les biens fonciers du consistoire n'étaient point 
considérables, à ce qu'il semble : quelques maisons à 
Bordeaux, dans le quartier de La Rousselle et ailleurs, 
pour y recueillir les malades el les vieillards ^ ; — quelques 
ares de terre labourable autour du temple de Bègles; — 
ce temple lui-même et le cimetière adjacent : nous n'avons 
pas découvert autre chose. 

Quant aux biens mobiliers, ils consistaient dans le 
contenu de la bourse des pauvres et de la bourse des 
pasteurs, et ne dépassèrent que rarement, entre les deux 
dates où se meut notre étude, une vingtaine de mille 
livres (si nous voyons juste). On en faisait fructifler une 
partie en la confiant à quelque marchand de Bordeaux, 
qui en servait les intérêts ^ 

1. Délibér. du 15 juin 1670. C'est le témoignage que le consistoire de Bor- 
deaux se rend à lui-même . 

2. Voir la délibér. du 18 mai 1667. 

3. Voiries délibér. des 26 oct. i664 et 20janv. 1666^. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



197 



L'argenterie servant au culte dominical n'était pas 
considérable : six coupes d'argent, un bassin ovale en 
argent, un bassin circulaire en argent, deux bassins ronds 
en étain, deux aiguières d'argenté 

* 

De la bibliothèque du consistoire nous ne connaissons 
ni l'importance exacte ni la composition totale. Nous 
savons seulement qu'on en rassembla les éléments épars 
en mars et août 1664, qu'on en rédigea le catalogue (aiij. 
perdu) et qu'on l'enrichit entre 1660 et 1670 des 
ouvrages suivants, que nous énumérons dans l'ordre où 
ils furent acquis : 

Canons des conciles grecs et latins; 
Œuvres d; Innocent III ; 

— du cardinal Stanislas H osius"^ ; 

— de saint Thomas en 3 volumes; 

— de Grégoire de Valence en à volumes ; 
Somme de saint Thomas ; 

OEuvres de Bellarmin ; 

— de saint Ambroise] 
Annales ecclésiastiques de Baronius; 
OEuvres de saint Augustin; 

— de saint Athanase; 

Réponse de Vavocat Lorride au livre du jésuite Meynier sur 
V exécution de l'édit de Nantes^; 

Recueil de plusieurs arrêts rendus au Conseil contre now5(1666); 
Bochart, De animalibus biblicis sacre Scripture. 

Après le catalogue de la bibliothèque, ce fut l'inven- 
taire des archives qui fut prescrit (1667), comme si le 
consistoire, sentant sa fin prochaine, éprouvait le besoin 
de laisser en ordre les atîaires de l'Eglise. 

Elles le furent d'une manière tout à fait satisfaisante 
quand, au commencement de janvier 1670, le consistoire 
ouvrit le registre des baptêmes, mariages et inhumations 
prescrit par un article du « Code Louis » (1668). Non 

1. Voir la délibér. du 10 août 1667. 

2. Voir la délibér. du 10 mars 1661. 

3. Pour le titre exact voir la délibér. du 16 déc. 166o. 



198 



ÉTUDES HISTORIQUES 



point que jusque-là il eut négligé totalement cet enregis- 
trement \- mais il n'y attachait pas grande importance, 
comme il ressort des termes mêmes de certaines délibé- 
rations. — il en fut autrement quand il y eut l'obligation 
de soumettre ces registres paroissiaux au contrôle du 
lieutenant général de la sénéchaussée, comme le faisaient 
les curés catholiques. De ce retard dans l'organisation 
proprement ecclésiastique des communautés protestantes 
est résulté, pour celle de Bordeaux, une grande lacune, 
au détriment de son histoire. Mais l'espi'it de la Réforme 
répugnait quelque peu à cette conception administrative 
qui fait de l'Église une association de baptisés. 

★ 

Pour des motifs qui nous échappent, le consistoire 
(le Bordeaux n'avait point cru devoir organiser, au profit 
<les membres indigents de l'Église, un hôpital-hospice 
miiqiîc. Mais il logeait dans quelques maisons de la ville 
les malades, les aliénés, les infirmes qu'il prenait à sa 
charge". L'une de es maisons était dans le quartier 
Sainie-Croix, l'autre dans le quartier Saint-Seurin, la 
troisième au lieu dit le Puits des Cazeaux. Il semble 
même qu'il y en ait eu une quatrième; cependant le 
Registre que nous suivons ne permet sur ce point aucune 
affirmation absolue. Toujours est-il que les grands 
projets conçus en 1668 et 1669 pour l'achat ou la location 
de nouveaux logis en faveur des indigents, n'aboutirent 
point. On abandonna pourtant la maison de Sainte-Croix 
comme trop excentrique par rapport au gros delà jiopu- 
lation protestante concentré à La Rousselle. 

En 1664, le consistoire intervient, motu proprio, à 
propos de la nomination prochaine d'un professeur de 
théologie à l'Académie de Saumur, 

1. U est fait mention du registre mortuaire sous les dates du 21 juillet 1661 
et il août 1664. i 

2. Voy. la délibér. du 21 mai 1664 et la note qui l'assortit. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



199 



A maintes reprises, il prouve l'intérêt qu'il porte à 
l'enseignement supérieur en accordant des subventions 
plus ou moins fortes à des proposants qui étudient aux 
Académies de Genève, Saumur, Montauban, Puylaurens. 
Il n'y a pas lieu de douter que ces subventions se conti- 
nuèrent, au moins en faveur de Puylaurens, jusqu'aux 
approches de la Révocation, tant était grand le souci de 
nos anciens d'assurer à l'Eglise réformée des conducteurs 
instruits et fidèles. 

Autre fait instructif pour nous. Le consistoire décide 
en août 1667 qu'il écrira à M. deRuvigny, député général 
des Eglises réformées de France près du roi, pour le 
prier de s'employer à la conservation du Collège de 
Guienne, dont la décadence, commencée depuis une tren- 
taine d'années, ne faisait que s'accentuer au profit du 
Collège de la Madeleine tenu par les PP. Jésuites. De 
cette décision nous pouvons hardiment conclure que les 
élèves protestants étaient nombreux au Collège de Guienne 
et ne cherchaient point dans quelque institution confes- 
sionnelle l'enseignement classique. A trois reprises, 
nous voyons ces élèves se munir, comme d'un ouvrage 
réputé, du Cours de philosophie de feu Piers, professeur 
et principal audit établissement. 

Par contre, il n'est point certain pour nous que l'en- 
seignement des abécédaires ait été organisé d'une ma- 
nière efficace, ^oit que les intéressés ne fussent point en 
nombre dans le bas peuple, soit qu'ils dédaignassent le 
bienfait de l'instruction primaire, soit enfin que sur ce 
point les anciens trouvassent obstacle auprès -des pou- 
voirs publics'. Il est bien fait mention, dans deux ou 
trois endroits du Registre, d'écoles pour garçons et filles ; 
mais les mentions sont si brèves, si fortuites, qu'on n'y 
saurait voir la preuve que le consistoire portait à ces 
écoles un intérêt particulier^ 

1. Cf. la délibér. du 4 avril 1668. 

•2. Cf. les délibér. des 26 mai 1661 et 16 août 1665, qui s'occupent de l'école 
des filles. 



200 



ÉTUDES HISTORIQUES 



A mesure que les attaques et les entreprises du clergé 
réussissaient à entamer l'Eglise et à provoquer les défec- 
tions, les anciens et surtout les pasteurs sentaient davan- 
tage la nécessité de prévenir la jeunesse contre cet 
entraînement, et ils accordaient à la catéchisation l'at- 
tention et le soin qu'ils ne donnaient point à l'instruc- 
tion primaire. Instruire les enfants des principes de la 
religion, mettre les adolescents en état de rendre compte 
de leur foi et de se rendre compte à eux-mêmes des 
raisons qu'il y avait de préférer les doctrines réformées 
aux doctrines traditionnelles du romanisme, devint le 
grand souci de ceux qui dirigeaient et gouvernaient 
l'Eglise, à telles enseignes que l'on ne compte pas moins 
de sept décisions y relatives pendant la courte phase que 
nous étudions. Et en effet, les théologiens catholiques 
sont à la veille de reprendre les projets de « réunion », 
conçus déjà au temps de Richelieu ; Bossuet y travaille 
directement avec le ministre Paul Ferry en 1666-67. 
Un vent de controverse va souffler de nouveau, que les 
pasteurs pressentent, et c'est pour lui mieux résister sans 
doute qu'ils s'enfoncent pour leur propre compte dans 
l'étude des docteurs catholiques, comme le prouve le re- 
levé que nous avons donné des nouvelles acquisitions de 
leur bibliothèque. 

Des sept décisions auxquelles nous faisons allusion 
aucune ne saurait être négligée. Nous les analyserons 
donc succinctement. 

Ainsi, le 6 mai 1660, les chefs de familles sont expres- 
sément invités, du haut de la chaire^ d'envoyer leurs 
enfants chez le pasteur De Kicotier, « pour être instruits 
dans le catéchisme qu'il leur fera ». Quelques semaines 
après, sous la date du 6 août, il est annoncé qu'un « ca- 
téchisme pubHc » aura lieu « devant la cène », c'est-à- 
dire quatre fois par an, pour préparer les assistants à la 
réception du sacrement. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



201 



Le 10 janv. 1664, le consistoire institue une sorte 
de « concours » entre les enfants appelés à subir un 
examen sur les matières qui leur ont été enseignées. 

Les résultats obtenus ayant paru peu satisfaisants, 
les familles sont priées, Ije 11 juin suivant, de prêter leur 
appui aux pasteurs pour l'instruction des enfants qui 
vont se présenter à la sainte Cène. 

Le 14 juillet 1666, les deux décisions précédentes 
sont confirmées et rendues de nouveau publiques. 

Trois ans plus tard, le 5 juin 1669, il est question 
pour la première fois dans notre Registre du <( grand 
catéchisme » sur lequel on interroge les enfants après la 
seconde prédication du dimanche, ce qui suppose un 
« petit catéchisme » pour les commençants. — Il est ques- 
tion également de les interroger « sur certain formulaire 

de catéchisme, qui sera fait par MM. les pasteurs le 

dict formulaire ne contenant seulement que les interro- 
gats, aux fins d'obliger les respondants de plus exacte- 
ment s'estudier et instruire ès sainctes Escriptures, y 
chercher et trouver les responses qu'ils y doibvent faire 
et bien rendre rayzon de leur foi ». 

A consigner en passant qu'en juin 1670 les anciens 
font avertir les familles que le pasteur Rondelet tient à 
leur disposition un catéchisme fort propre à l'instruction 
des enfants qui veulent participer à la sainte Cène. Le 
Registre ne précise malheureusement pas quel est ce 
catéchisme. 11 se pourrait que ce fût celui qui parut en 
1654 sous le titre de Catéchisme de la Réformation, et 
avait pour auteur Paul Ferry, ministre à Metz, qui était 
en ce moment, pour les raisons que nous avons dites 
tout à l'heure, un théologien en évidence. 

Comme corollaire à ces décisions, qui vraisemblable- 
ment en entraînèrent d'autres postérieurement à 1670, 
le consistoire arrêta, en août 1669, qu'aucun enfant ne 
serait admis à la sainte Cène sans avoir auparavant 
démontré, par un examen subi en public, qu'il est en état 
de (( rendre raison de sa foi ». Cette exigence nous est 
déjà apparue ; elle semblera légitime si l'on se rend 



202 



ÉTUDES HISTORIQUES 



compte qu'elle s'adressait à des adolescents de 15 à 
17 ans. 



Il y avait en France, au xvii^ siècle, pour le jugement 
des causes mi-parties entre Catholiques et Protestants, 
cinq tribunaux qu'on appelait les Chambres de Tédit de 
Nantes : à Paris, Rouen, Grenoble, Toulouse et Bordeaux. 
Celle-ci, dont le ressort s'étendait ^ur toute la Guienne, 
avait été établie primitivement à Nérac, puis transférée 
à Agen et provisoirement, au temps de la Fronde, à Bor- 
deaux. Le projet de la réunir, de la fondre avec le parle- 
ment de notre ville avait été conçu en 1661, mais ne fut 
pas réalisé ^ 

Néanmoins ses membres, au nombre de sept, sié- 
geaient le plus souvent à Bordeaux^, et rien, croyons- 
nous, ne fut changé à cet égard jusqu'à sa suppression 
en 1679, après soixante-cinq années d'existence, au dire 
d'un historien moderne ^ 

Ses rapports avec l'Eglise ne furent pas toujours des 
plus cordiaux. Pendant les années 1660-61, le consistoire 
s'appliqua à rétablir la paix au sein de cette petite com- 
' pagnie de procureurs et d'avocats, qui, cédant à des pré- 
occupations diverses, vivaient en mésintelligence. A 

1. Voir la délibér. du 1" déc. 1661. 

2. La mention plusieurs fois faite dans le Registre (juin 1664, mai 1665, etc.), 
des prisons de la Chambre de l'édit, visitées par les pasteurs, ne laisse aucun 
doute à cet égard. 

3. Boscheron des Portes, Hisl. du pari, de Bordeaux, II, p. 48, 230, 231 
— L'auteur n'a pas débrouillé l'histoire de cette juridiction auxiliaire. La 
date de 1679, qu'il donne pour la suppression, semble empruntée au président 
Hénault et, si nous en défalquons soixante-cinq ans, ferait remonter à 1614 
la fondation de la Chambre. Mais tout ceci est contredit par l'existence à la 
Bibliothèque municipale de Bordeaux, sous la cote 385, d'un Répertoire de 
jurisprudence, manuscrit dont les feuillets 4 à 7 portent ce sous-titre : Ana- 
lyse d'arrests donnés en la Chambre de l'édit establie par leroy en la ville de 
Nérac, pour servir de règlement en icelle. L'explicit est celui-ci : Règlement 
faict par le roy pour l' administration de la justice entre la cour du parteryienl 
de Bordeaux et la Chambre establie à Agen (sic), suivant l'édict de pacification 
et articles accordés en la conférence tenue à Nérac : lequel S. M. veut et 
entend estre doresenavaîit guardés. Sur une trentaine d'arrêts rapportés, trois 
seulement sont datés et attribués à Fannée 1602. En somme l'histoire et les 
transformations de la Chambre de l'édit établie primitivement à Nérac pour 
la Guienne restent encore obscures. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



203 



partir de 1663, son rôle est différent. Imbus de leur im- 
portance, les membres de la dite Chambre avaient la 
prétention d'entrer de plein droit dans le consistoire, à la 
faveur des renoiivellemenls partiels, « suivant la matri- 
cule », c'est-à-dire, si nous comprenons bien l'expres- 
sion, à tour de rôle. suivant Tordre dans lequel ils avaient 
été reçus et inscrits comme avocats et procureurs. Les 
anciens objectaient à juste titre que ce mode d'introduc- 
tion avait, au point de vue ecclésiastique, de graves 
inconvénients, puisqu'il ne laissait plus de place à la 
liberté de choix des fidèles. Nos robins ne voulurent rien 
entendre, s'entêtèrent dans leur point de vue et résistèrent 
à toutes les propositions d'accord qui leur furent faites. 
C'est avec peine qu'au bout de trois ans, les deux com- 
pagnies parvinrent à trouver un terrain de conciliation, 
qui mit fin au conQit (août 1667) 

Dès 1663, il y avait eu quelques frictions entre le 
consistoire et M. Daugeard, président de la Chanibre dé 
riMit, qui entendait être salué par les anciens de l'Eghse 
et honoré du titre de Monseigneur, chaque fois qu'il 
rentrait à Bordeaux après une absence plus ou moins 
longue. — Salué il le fut , monseigneurisé également, 
après quelques hésitations dont notre Registre porte 
témoignage ^ 

Deux autres conflits occupèrent longtemps notre 
consistoire et lui eussent donné de la tablature s'il en 
avait eu besoin. 

D'une part, le sieur Ferrand (fils du pasteur dé ce 
nom décédé en février 1666) se refusa longtemps, sous 
prétexte que le traitement de son père n'avait pas été 
payé intégralement, à vider le logis familial qu'il occu- 
pait et que le consistoire revendiquait pour un autre pas- 
teur. Autant qu'on peut s'en rendre compte, Ferrand y 
mettait de la mauvaise volonté et s'obstinait dans son 
attitude, malgré toutes les propositions conciliantes qui 

1. Ce terrain de conciliation avait été cherché et proposé par le consis- 
toire dès juillet 1664. 

2. Délibér. des 29 nov. 1663 et 30 janv. 1664. 



204 



ÉTUDES HISTORIQUES 



lui étaient faites. Les pourparlers traïaèrent en longueur; 
ils se terminèrent pourtant, au bout de trois ans, par 
l'éviction en douceur de ce trop récalcitrant locataire. 

D'autre part, les pasteurs de l'Eglise eurent, un jour 
de l'année 1668, la désagréable surprise de se voir refu- 
ser par le concierge du Parlement, l'accès des prisons 
pour y visiter, suivant leur coutume, leurs coreligion- 
naires détenus. Le texte de l'édit de Nantes en mains, ils 
portèrent aussitôt plainte auprès du procureur général 
et du premier président, qui leur donnèrent gain de 
cause. Le concierge persista néanmoins dans son oppo- 
sition, tint les portes closes et, malgré les plaintes réité- 
rées du consistoire, maintint les pasteurs à distance. 
Pendant combien de temps? Le Registre ne le dit point. 
Peu nous importe d'ailleurs. Ce que nous devons retenir 
de ce conflit, c'est que, derrière le concierge, un pouvoir 
occulte agissait, assez fort de sa propre influence pour 
contrebalancer le bon vouloir du premier président et du 
procurèur général. Est-ce nous tromper que de chercher 
ce pouvoir occulte dans les débris subsistants de la 
fameuse Compagnie du Saint-Sacrement, dont c'était 
assez la manière? 

11 est plusieurs fois fait mention dans le Registre 
consistorial des Flamands et Hollandais rattachés à la 
colonie germanique de notre ville. Jl est même dit que 
Messieurs de la nation hollandaise contribuent direc- 
tement à l'entretien du saint ministère à Bordeaux 
(24 juin 1660) et que les pasteurs de l'Eglise ont charge 
de les visiter. Des Scandinaves et des Allemands il n'est 
point question^, en raison de ce fait sans doute que leur 
Luthérianisme les isole encore quelque peu de leurs 
coreligionnaires réformés. 

1. Cependant, au cours des années 1668 et 1669, il est fait mention à plu- 
sieurs reprises d'un médecin allemand, Heinrich Kiper ou Ripler, qui se dit 
chimiste et oculiste et tente de s'établir à Bordeaux. Le consistoire lui confia 
le soin de guérir une femme aliénée ! 



ÉTUDES HISTORIQUES 



205 



Par contre, les Anglais qui vivaient repliés sur eux- 
mêmes, dans un isolement volontaire des -autres groupes 
exotiques des Chartrons, — à tel point qu'on ne ressaisit 
point la trace de leur existence dans les documents bor- 
delais du xvii^ siècle, — les Anglais, disons-nous, appa- 
raissent à cinq ou six reprises d'une manière assez nette 
pour que nous puissions affirmer à leur égard quelque 
chose. Ainsi;, en juin 1662 ils font don à l'Eglise d'une 
somme de 121 livres par l'intermédiaire de M. Truston, 
un des leurs. De deux délibérations des 11 novembre 1665 
et 17 février 1666, il s'avère qu'on leur demanda de 
contribuer, eux aussi, à l'entretien du saint ministère. 
Nos Anglais y consentirent de bonne grâce puisque 
quelques semaines plus tard ils versaient dans la bourse 
pastorale 67 louis blancs, « en recognoissance de la 
pasture spirituelle qu'ils ont cy-devant receue dans ceste 
église ». — 11 y a apparence que le consistoire avait 
affaire non pas à des Anglicans proprement dits, mais à 
des Presbytériens \ 



Aussi favorablement disposé qu'il fût pour la « Nation 
anglaise », le consistoire n'entendait pas se laisser 
exploiter par ses ressortissants, et il demanda le temps 
de prendre des renseignements lorsque, en septem- 
bre 1668, certains passants « soi-disant gentilshommes 
anglais », munis d'une attestation du consistoire de 
Paris, se présentèrent pour obtenir quelque secours 
pécuniaire. Le Registi^e ne nous apprend poini quelle fut 
l'issue de l'enquête ouverte, à moins de l'y trouver dans 
cette mention du 12 septembre suivant : « M. Lavie a 
faict savoir à la compagnie, de la part de MM. de la Nation 
angloise, que les dicts sieurs ont une bourse en particulier 

1. Les Écossais n'apparaissent point entant que groupes; mais deux ou 
trois noms survivent, entre autres celui du sieur Dauling. médecin, qui 
finit par s'établir à Bergerac « pour endoctriner la jeunesse » (délibér. des 
5 janv. 1667 et 7 mars 1668.) 



206 



ÉTUDES HISTORIQUES 



pour en assister les passants ou nécessiteux de la dite 
Nation, et qu'ils prient la dite compagnie, s'en présen- 
tant à l'advenir quelques-uns des dits passants et néces- 
siteux^ de les leur renvoyer ». 

Les subterfuges et falsifications de certificats dont 
usaient certains mendiants pour obtenir, sur la bourse 
des pauvres, au delà de ce à quoi ils avaient droit ^ avaient 
rendu nos Anciens de plus en plus circonspects, et bien 
leur en prit peut-être en mainte occasion. 



Bordeaux, Bergerac, Sainte-Foy, Nérac et Clairac for- 
maient alors un seul et même Colloque, qui ressortissait 
à la « province » ecclésiastique de Basse-Guienne. 

On peut affirmer d'après le Begistre consistorial que, de 
1660 à 1670, les rapports de l'Eglise de Bordeaux avec les 
synodes provinciaux furent constants et normaux, mais 
c'est à peu près tout ce que nous en savons. Contraire- 
ment à ce qui se rencontre parfois dans les documents de 
ce genre, celui que nous récapitulons ne procure poiftt 
une vue très nette de la place que les affaires et les intérêts 
de la communauté bordelaise tinrent dans les assemblées 
synodales. 

De relations directes, soit par correspondances, soit 
par délégations, avec le pouvoir central et avec les repré- 
sentants officiels du protestantisme à Paris, tels que 
M. de Buvigny ou M. de Saint-Luc, il y a quelques indices 
dans notre Registre, mais si vagues et si obscurs que 
cette fois encore nous sommes assez empêché d'appor- 
ter quelque lumière sur les causes et les effets de ces 
relations directes. Notons pourtant qu'en novembre 1664 
le consistoire adhéra à la résolution prise par la plupart 
des autres Eglises réformées du royaume d'envoyer 
demander au roi l'autorisation de tenir un synode natio- 

1. Voy. les délibér. des 19 janv. 1662 et 2 août 1665. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



'207 



nal, le précédent ayaat eu lieu à Loudun en 1659. Mais 
nous savons que ce fut aussi le dernier. 

Nous avons essayé de résumer, aussi exactement et 
aussi complètement que possible, les faits essentiels dont 
le Cinquième registre du Consistoire nous a conservé le 
témoignage. Ils nous permettent de jeter une vue assez 
profonde sur l'histoire même de la communauté réformée 
pendant dix années du xvii^ siècle. Notre tâche sera ter- 
minée si nous ramassons ici quelques faits particuliers 
et quelques traits de mœurs, disséminés et comme perdus 
dans le dit Registre. 

Mention de l'opération delà pierre à Clairac (mai 1665) ; 

Mention de l'opération du trépan (sept. 1667); 

Ouverture d'une armoire où sont recueillis les objets 
qui s'égarent chaque dimanche dans le temple : masques, 
coiffes, mouchoirs, psautiers. On s'était contenté d'abord 
de les fixer sur le tapis et les tentures qui entouraient le 
parquet. Le procédé parut bientôt peu convenable et on 
centralisa les épaves dans un meuble fermé, à partir de 
1668; 

Lettres de « consolation » et de condoléances adres- 
sées par le consistoire, au nom de l'Eglise, à quelques 
personnages de la religion, à l'occasion du décès d'un 
membre de leurs familles. 

De cette coutume qui n'était pas nouvelle, notre Regis- 
tre fournit trois exemples, concernant Mad. de Turenne 
(avril 1666), M™° de Laforce (mai 1667), M™^ Charles, 
femme du pasteur de Chàtellerault (mai 1670), dont 
nous avons précédemment parlé. 

En août 1665, le consistoire envoya « saluer ))la mar- 
quise de Duras et son fils à l'occasion de la mort du mar- 
quis, — et en novembre suivant, M"'^ de Saint-Cricq, 
dont le mari catholique venait de décéder dans l'exercice 
de ses fonctions de jurât de la ville. 

Une conséquence de la déclaration royale qui interdi- 



208 



ÉTUDES HISTORIQUES 



sait aux Protestants . de se trouver plus de dix réunis 
au cimetière lors des inhumations, ce fut de les amener 
à présenter leurs condoléances à la famille des défunts 
au domicile même de ceux-ci (5 fév. 1670). 

Une autre coutume locale est rappelée sous la date 
du 26 février 1670, en vertu de laquelle, si nous inter- 
prétons bien le texte tronqué, un passager pouvait emme- 
ner gratuitement avec lui, surle navire où il s'embarquait, 
un compagnon quelconque, que l'on considérait sans doute 
par convention comme son domestique. 

. En mai 1661, juin 1662, novembre 1665 et juillet 1667, 
il est fait allusion à des violences, allant jusqu'au 
meurtre, exercées contre diverses personnes. Mais les 
faits sont rappelés en termes si brefs qu'il est impossible 
de les replacer dans les circonstances de temps et de 
lieu qui seules les rendraient intelligibles pour nous et 
permettraient d'en mesurer la portée et la gravité. 

M. Paul Bert, qui a connu ce Cinquième registre, puis- 
qu'il le cite en deux endroits de sa notice sur la Révoca- 
tion à Bordeaux, n'en a pas tiré tout le parti qu'il eût pu. 
D'autre part, MM. de Félice et Lehr y auraient trouvé, 
pour leurs belles études sur Les Protestants d'autrefois, 
une abondante confirmation des faits qu'ils ont recueillis 
ailleurs, et même une série de faits nouveaux. 

Ces deux remarques suffiraient à justifier le soin que 
nous avons pris de ne rien laisser se perdre de ce pré- 
cieux Registre, si nous avions pu oublier qu'il est aujour- 
d'hui la principale source pour l'histoire de l'Eglise réfor- 
mée de Bordeaux entre la promulgation de l'édit de 
Nantes et sa révocation. 

Alfred Leroux. 



Bordeaux, avril 1920. 



Documents 



LES SOURCES DE L'HISTOIRE 
DU PARLEMENT DE NORIÏIANDIE DE FLOQUET 
DE 1560 A 1562 

Les événements dramatiques, dont Rouen a été le 
théâtre en 1560, 1561, 1562, ont eu des conséquences 
durables pour le protestantisme et pour la ville. Floquet 
les a racontés dans son Histoire du Parlement de Nor- 
mandie^ et les historiens ont accepté, le plus souvent 
sans les contrôler, ses récits et ses jugements. 11 est donc 
intéressant d'étudier les sources dont il s'est servi dans 
cette partie de son ouvrage. 

Sa première et sa principale source devait être, à ce 
qu'il semble, la collection des registres du Parlement; 
mais il n'en a utilisé qu'un très petit nombre. Il n'a pas 
consulté les registres d'arrêts en matière civile qui sont 
de beaucoup les plus nombreux. Ces registres, outre les 
arrêts rendus entre particuliers, contiennent les copies 
d'actes soumis à l'enregistrement de la cour, les procès- 
verbaux^ souvent fort curieux, de la comparution et de 
la prestation de serment des officiers judiciaires du res- 
sort, des requêtes et des dénonciations. Floquet n'a 
guère consulté que les registres de la Tournelle pour les 
procès criminels et surtout les registres secrets qui lui 
ont fourni les épisodes les plus curieux de son récit. 

1. A. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie^ Ed. Frère, Rouen, 1840, 
t. II, p. 280-599. 

Octobre-Décembre 1920. 15 



210 DOCUMENTS 

Les registres secrets sont à la Bibliothèque de la Cour 
d'appel de Rouent Ils ne méritent point cette qualifica- 
tion de secrets que Floquet leur donne et qu'il emprunte 
au catalogue de cette bibliothèque. Ce sont simplement 
des recueils de copies faites au xvii^ siècle sur les véri- 
tables registres secrets, aujourd'hui disparus, et qui, 
déjà à cette date, comme le copiste le constate, étaient 
incomplets et en mauvais état^. Les extraits qui nous 
intéressent se trouvent dans ]e registre 5 : Registre du 
Parlement année 1555 jusquà 1518. La première pièce 
est du 26 avril 1555; la dernière du 14 mai 1578. 
Ce registre contient des actes transcrits sans indication 
de provenance, des extraits des délibérations du Parle- 
ment, de la Grand Chambre, des chambres de vacations 
et deux listes du personnel du Parlement, l'une de 1560, 
l'autre de 1569. Floquet ne les a pas reproduites; mais 
elles ont été connues et utiHsées par M. Fleury Vindry : 
Les Parlementaires français au xvi*^ siècle. 

Dans ce registre les pièces relatives aux années 1560, 
1561, 1562, vont de la page 218 à la page 463. L'ordre 
chronologique n'est pas respecté. Un extrait des délibé- 
rations de la Grand Chambre de la Saint-Martin 1560 
jusqu'en janvier suivant, exactement du 16 novembre 
au 19 décembre (pages 234-280), précède un extrait des 
« délibérations secrètes » du Parlement du 12 au 26 mai 
de la même année (p. 282-306). Un autre extrait des 
délibérations du Parlement du 12 novembre au 31 décem- 
bre 1560 (p. 417-463), est transcrit après les délibéra- 
tions du Parlement à Louviers en 1562. Ce dernier extrait 
(p. 324-413) qui contient a les expéditions faitas en la 
cour de Parlement de Rouen séant à Louviers », du 

1. Je tiens à remercier ici M. Barrabé, greffier en chef de la Cour d'Appel, 
qui a bien voulu me communiquer ces registres et faciliter mes recherches. 

2. Cf. Reg. V, p. 159. « Extraict d'un registre des délibérations de la cour 
de l'année 1558 commençant le lundi lendemain de la Trinité 6* juin 1558. Les 
registre-^ de la cour étant jusques icy avec ordre, on a suivi dans l'extraict qui 
en a esté fait 'sic); depuis les registres qui se sont pu rencontrer estant en 
la pluspart perdus et ne s'en trouvant que quelques feuillets très difficiles à 
lire et en mauvais ordre, on s'est contenté d'écrire ce qui suit. » — Voir aussi 
la note de la page 229. 



DOCUMENTS 



211 



i2 août au 27 octobre 1562, est peut-être le document 
le plus important du registre. Floquet s'en est beaucoup 
servi et il l'a souvent cité. Mais il ne le reproduit pas 
toujours avec une exactitude suffisante et il est à souhaiter 
qu'il soit publié un jour intégralement. 

Des trois années qui nous occupent, la première, 
l'année 1560, est représentée par cinq extraits impor- 
tants : l*' délibérations du Parlement du 23 janvier au 
2 mars 1560 (1559 vieux style) ; 2° délibérations de la 
Grand Chambre du 7 mai au 26 mai ; 3"" chambre des 
vacations (septembre-octobre) ; 4"* délibérations de la 
Grand Chambre du 16 novembre au 19 décembre; 
5" délibérations du Parlement (assemblées générales) du 
12 novembre au 31 décembre. L'année 1561 au contraire 
n'est représentée que par un extrait de la Chambre des 
vacations qui ne contient que deux pièces, mais toutes 
les deux très intéressantes (pages 318-322). Pour 1562 
enfin il n'y a que l'extrait des délibérations de Louviers 
dont nous avons parlé plus haut. 

Les principaux épisodes de 1560 d'après THistoire 
de Floquet et le Registre secret. 

C'est à peu près uniquement à ce registre que Floquet 
a emprunté le récit des événements de 1560 qui tiennent 
une si grande place dans son ouvrage. 11 lui doit en par- 
ticulier de curieux détails sur les incidents de là mission 
des conseillers Bordeaux et Le Georgelier et des avocats 
généraux. J. Péricart et Damours en Basse-Normandie 
en janvier et février 1560, l'histoire des deux requêtes 
des protestants rouennais, l'une en mai, l'autre en dé- 
cembre 1560, l'affaire des listes de communion pas- 
cale au mois de mai, le long récit de l'affaire Pétremol 
et des émotions de Rouen en décembre 1560. En dehors 
de ce registre, Floquet n'a guère utilisé que les Mémoires 
de Vieilleville, qui n'ont à peu près aucune valeur histo- 
rique, et l'Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze. 
La chronique manuscrite du xvi'' siècle, qu'il cite plu- 



212 



DOCUMENTS 



sieurs fois en note, et qui est la Chronique de Nagerel, 
publiée en 1900 par M. Héron pour la Société de l'His- 
toire de Normandie, sous le titre de Discours abhreyL ne 
lui a presque rien fourni d'intéressant pour cette période ^ 

Floquet a une tendance fâcheuse à délayer et à drama- 
tiser ce qu'il raconte. Ses /citations sont en partie tex- 
tuelles, en partie résumées ou arrangées, sans qu'une 
disposition typographique nous en avertisse. Enfin les 
commentaires, dont il les accompagne, ne sont pas tou- 
jours justifiés par les textes qu'il cite. C'est ce que nous 
constatons dès le premier épisode dont nous ayons à 
nous occuper : les incidents de la mission des commis- 
saires du Parlement en Basse-Normandie. 

Les incidents de Saint-Lô et de Caen (1560). — Dans 
une lettre écrite au premier président, de Saint-Anthot, 
et communiquée par lui au Parlement le 23 janvier 1560, 
Péricart et Bordeaux l'avertissent qu'ils ont été prévenus 
que des gens inconnus, — ils ne disent pas formellement 
que ce sont des protestants — se rassemblent en arnïes 
dans un faubourg de Saint-Lô et se cachent dans les 
maisons « de sorte qu'en une maison où l'on pense qu'il 
n'y a^ que trois personnes il y en a plus de trente ou 
quarante, tous garnis d'armes ». ils ajoutaient qu'il y en 
avait bien trois cents prêts à empêcher l'exécution de 
leur commission u et mesme qu'il leur semble par les 
paroUes qu'ils ouyent que telle manière de gens a intelli- 
gence avec les Anglais ». Non' seulement Floquet prend 
cette insinuation à son compte. Mais il va plus loin et il 
attribue ces menées à Elisabeth dont le nom n'est pas 
prononcé par les commissaires^. Les faits que signale 
cette lettre, se rapportent évidemment aux préparatifs de 
la conjuration d'Amboise en Basse-Normandie et c'est 

1. Il a sans doute consulté aussi l'histoire manuscrite du Parlement de 
Rouen, qu'il attribue lui-même à Pavyot du Bouillon (Bibliothèque municipale 
de Rouen). Mais il ne la cite jamais dans cette partie de son ouvrage. 

2. Reg. secret 23 janv. 1559, v. style, p. 218-219, et Floquet, ouv. cité, p. 282- 
283. « Et en effet la reine Elisabeth les favorisait sous main ». Floquet parle 
aussi de horzins, de gens à l'air hagard, suspect et menaçant. Ces expressions 
ne se trouvent pas dans la lettre des commissaires. 



DOCUMENTS 



213 



même ce qui leur donne leur véritable intérêt qui paraît 
avoir échappé à Floquet. 

La lettre, écrite de Caen, un mois plus tard, par Le 
Georgelier et Damours et communiquée au Parlement le 
26 février 1560, n'est pas moins intéressante. Dans cette 
lettre ils informent leurs collègues que, dans les quatre 
dernières nuits, un grand nombre de gens armés ont 
voulu forcer la porte de leur maison entre neuf et dix 
heures, qu'ils ont frappé de leur épée quelques -uns de 
leurs serviteurs, heureusement sans les blesser, lancé des 
pierres à ceux qui regardaient aux fenêtres et jeté des 
placards « contenant leur foi et créance contre le Saint 
Sacrement de V autel et puissance du pape et des prêtres ». 
Et ils envoient la copie d'un de ces placards où on leur 
reproche d'avoir « affecté » leur commission. C'est une 
curieuse plaquette en vers que Floquet a du reste repro- 
duite^ 

Floquet a bien compris l'intérêt de ces faits; mais il 
les grossit démesurément. Les manifestations, assez ano- 
dines au fond, contre les commissaires du Parlement, 
deviennent sous sa plume une espèce d'assaut ; il parle de 
rixes entre les assaillants et les voisins et de l'armement 
précipité de tous les catholiques de Caen pour venir au 
secours des magistrats rouennais. Il n'y a rien de tel 
dans la lettre que nous avons citée. Du reste l'état des 
esprits à Caen à cette date, les progrès rapides de la 
Piéforme dans la ville, le peu de sympathie qu'on y éprou- 
vait pour le Parlement et même la rivalité traditionnelle 
avec Rouen nous feraient douter du zèle des Caennais. 

La conjuration d'Aïnboise à Rouen. Lettre du roi. 
Procession, sermon et incident à cette occasion. — 
Quelques jours plus tard, le 28 février, le Parlement 
recevait la nouvelle officielle de la découverte de la 

1. Reg. secret, 26 fév. 1559. v. style, p. 220-221, et Floquet, ouv. cité, p. 283- 
284. Le placard envers est reproduit à peu près textuellement. Mais Floquet 
a corrigé quelques mots pour rendre le sens plus clair. La copie du registre 
est du reste très incorrecte. Les vers se suivent sans être mis à la ligne; la 
fin n'a à peu près aucun sens. Les vers 6 et 7, que Floquet imprime en itali- 
ques, ne sont pas soulignés dans le registre. Nous donnons ce texte en appen- 
dice. 



214 



DOCUMENTS 



conjuration d'Amboise. La lettre du roi, datée d'Am- 
boise le 25 février et contresignée 'Aubespine, est 
transcrite sur le registre. Après avoir constaté « le zèle 
grand » du Parlement « au fait de la religion » et « le 
bon et soigneux devoir » qu'il a fait « de punir et chas- 
tier ceux qui s'y estoient oubliez », le roi l'informe que 
« depuis deux ou trois jours s'est découvert une très 
malheureuse et méchante conspiration contre la personne 
de notre très chère et honorée dame et mère, la nôtre 
propre, celle de nos très chers et honorez frères et des 
principaux princes, seigneurs et ministres qui sont près 
de nous et sceu les autheurs et chefs d'icelle ». Le roi les 
invite à aller à la grande église rendre grâces à Dieu et à 
faire prêcher le peuple par « quelque bon prêcheur, 
homme de bien et de sainte doctrine... et icelui admo- 
nester et garder des autheurs, personnages qui n'ont 
d'autre but et ne tendent qu'à mettre la peste et le feu 
par tout notre royaume, à la ruyne des gens de bien et 
plus riches personnages d'icelui ». La lettre se termine 
en chargeant le Parlement d'avertir les officiers de son 
ressort « et même de la Basse Normandie à ce qu'ils 
ayent l'œil chacun en son endroict et pour garder qu'il ne 
se fasse aucune assemblée pour le fait de la religion ni 
pour aucune autre occasion^ ». 

Le Parlement décide, comme en toutes les circons- 
tances analogues, de faire le lendemain 1"' mars une pro- 
cession générale à Notre-Dame et de là à Saint-Ouen, où 
il assistera en robes rouges et où il convoquera les autres 
officiers royaux et la municipalité. On demandera un 
sermon au pénitencier, chanoine théologal de Notre- 
Dame, (( homme savant et modeste » ^. 

1. Reg. secret, p. 222-224, et Floquet, ouv. cité, p. 289-290. C'est à tort que 
Floquet place la lettre du roi après Varrestation de la Renaudie. Celui-ci fut 
non pas arrêté, mais tué dans une escarmouche près de Château-Renaud le 
19 mars, c'est-à-dire environ un mois plus tard. Mais dès le 22 février la 
cour avait été prévenue de la conjuration et s'était retirée à Amboise. 

2. Le pénitencier Lambert était l'ami du chantre Ghappuis, qui se rallia 
à la Réformé en 1562, et de l'archidiacre Nagerel, très suspect lui-même à 
cette date. 11 fat accusé, comme Nagerel, d'avoir assisté au prêche et fré 
quenté les chefsjdes protestants pendant le siège. Reg. capit. G 2165 f. 14 et 15 



DOCUMENTS 



515 



Mais il se produisit alors un incident dont Floquet ne 
parle pas et qui a cependant son intérêt. Le premier 
mars le pénitencier vint au Palais : il refusait de faire le 
sermon sous prétexte qu'il était indisposé et qu'il n'avait 
pas eu le temps de se préparer « et aussi pour autre cause 
qu'aucuns de M' de cette compagnie savent et congnois- 
sent ». Mais le Parlement n'accepta pas ses excuses : « A 
esté advisé que, par l'inspection de sa personne, iln'esten 
telle indisposition qu'il ne puisse faire le sermon et que 
partant il lui sera chargé de le faire ». Cet incident, insi- 
gnifiant en lui-même, est un épisode du conflit permanent 
entre le Parlement et le Chapitre, conflit qui se manifes- 
tera plus tard dans des circonstances autrement tragi- 
ques, après le siège de Rouen, en 1562, lorsque le Parle- 
ment dénoncera plusieurs chanoines comme rebelles et 
criminels de lèse-majesté pour avoir pactisé avec les 
rebelles. 

Requêtes des protestants rouennais en 1560. — Le 

registre secret donne aussi de longs et curieux détails sur 
les deux requêtes présentées au Parlement par les pro- 
testants rouennais en 1560. Floquet les a en partie repro- 
duils; mais il commet des erreurs qui enlèvent à son 
récita peu près toute valeur historique*. 

Il fait d'abord une erreur de date en les plaçant toutes 
deux au début du règnede Charles IX. La première, celle 
qui est scellée d'un cachet avec la devise Veritas necat^ 
est du 7 mai 1560 : elle précède donc de sept mois Tavè- 
nement de Charles IX; la seconde est du 1 8 décembre : elle 
le suit de treize jours. Mais de plus Floquet place la 
seconde avant la première et confond leur contenu. Le 
registre lui fournissait cependant des renseignements 
précis que nous allons résumer. 

Le 7 mai 1560, à dix heures sonnées, et comme l'on 
venait de lever l'audience, Raoullin arriva au Palais avec 

1. Reg. secret, p. 282-290 pour la première requête; p. 275-277 et aussi 
p. 454-435 pour la seconde; Floquet, p. 354-359. On peut consulter aussi pour 
la première requête {Veritas necal) l'histoire manuscrite du Parlement de 
Pavyot du Bouillon, p. 143-146 ; mais elle est beaucoup moins précise et moins 
complète que le registre secret. 



216 DOCUMENTS 

un paquet scellé, qu'il remit au premier président et au 
président Pétremol. Le cachet portait la devise yeritas 
necat. Ce paquet avait été remis chez lui, en son absence, 
à sa servante par un inconnu qui lui avait dit que si son 
maître voulait lui parler, il le trouverait au logis de la 
Grosse. Le paquet renfermait une requête non signée 
adressée à JSos seigneurs les présidents et conseillers de la 
Cour du Parlement de Rouen par les fidèles désirans vivre 
selon la ré formation de ï Evangile en cette vilïe de Rouen » 
avec a un petit imprimé, couvert de parchemin, intitulé : 
Confession de foi faite d'un accord commun par les Fran- 
çais qui désirent vivre selon la pureté de l'Evangile de 
N.-S. J.-C, contenant 19 feuillets et 5 lignes et commen- 
çant par une requête au roi ». On chargea les conseillers 
Raoullin et Cent sous de faire une informatioa «^ur cette 
affaire et on remit le paquet à Damours, avocat général, 
pour l'examiner. 

Damours fit son rapport le lendemain 8 mai. Le livre 
comprenait 40 articles. On nota en particulier l'article 24 
qui condamnait « la vénération et prière des saints^, le 
purgatoire et autres choses par lesquelles les cathohques 
pensent mériter grâce et salut » ; l'article 28 contre la 
puissance du pape ; l'article 30 qui confessait la Cène 
selon ceux de Genève et l'article suivant sur le baptême : 
« Et ne confessent autre sacrement que ces deux, qui est 
selon la nouvelle doctrine 

Cette affaire émut J)eaucoup le Parlement. 11 tenait 
surtout à ce qu'aucun de ses membres ne parût suspect. 
On était au lendemain de la conjuration d'Amboise elles 
Guises triomphaient. L'avocat général Damours, zélé 
catholique et du reste dévoué aux Guises^ tout en s'excu- 
sant et en protestant « qu'il n'avait mauvaise opinion de 
la compagnie, ni d'aucuns particuliers d'icelle, soit pour 
le regard de leur religion ou autrement », n'en requit pas 

1. Ce livre n'est autre chose que la Confession de foi arrêtée au synode de 
Paris le 26 mai 1559. Cf. Histoire ecclésiastique des Églises réformées, édi- 
tion Baum et Cunitz, I, 201-215. Elle comprend bien 40 articles, mais l'article 30 
de notre registre est en réalilé l'article 36; le copiste aura fait une erreur 
de lecture ; l'article sur le baptême est l'article 37. 



DOCUMENTS 



217 



moins que chacun, y compris lui-même, se purgeât par 
serment qu'il ne connaissait pas Fauteur ou les auteurs 
de la requête et qu'il la désavouait, « déclarans qu'ils 
sont bien sentans de lafoy et religion chrestienneet suivant 
les constitutions de l'église romaine ». Le Parlement y 
consentit et le serment fut prêté par tous les membres 
présents, y compris Damours et e greffier. 

Mais Damours demandait aussi que l'on exigeât le 
même serment des habitants, et surtout des chefs de 
famille, en désignant dans chaque quartier un notable, 
non suspect, pour aller dans les maisons, avec un clerc 
du greffe, faire prêter ce serment afin que « s'il ne se 
trouve aucun desdits habitants qui veille avouer lad. 
requête ou hvre, faire entendre et cognoistre au roi et à 
autres personnes que c'est une imposture et calomnie que 
les étrangers font et procurent auxdits habitants de cette 
ville ». On voit que Damours^ comme tous ses collègues, 
€t cela leur sera amèrement reproché en 1562, est très 
désireux de faire croire à la docilité et à l'orthodoxie des 
Rouennais. 

Le Parlement repoussa du reste la mesure inquisito- 
riale, réclamée par Damours, et il se contenta d'ordonner 
des perquisitions chez les écrivains, imprimeurs, libraires 
et graveurs pour arriver à la connaissance des auteurs de 
la requête et du livre. On conclut aussi d'informer le roi 
et de lui envoyer une copie de la requête, en gardant l'ori- 
ginal au greffe, « pour l'importance de l'affaire qui con- 
cerne l'état du roi et de son royaume, attendu que lad. 
requête contient qu'elle est de plus de 500 000 hommes, 
sans les femmes et les enfants, épars par son dit 
royaume ». 

La seconde requête, celle du 18 décembre, a été 
remise directement avec d'autres requêtes au président 
Lallemant à son entrée au Palais, il ne sait par qui. Elle 
n'est pas signée et porte la suscription : « De la part de 
ceux qui se disent fidèles de l'église de Rouen désirans vivre 
selon la ré formation de l'Evangile ». Mais les circons- 
tances ont changé. François II est mort le 5 décembre et 



218 DOCL^MENTS 

les protestants peuvent espérer des jours meilleurs. Aussi 
cette requête est-elle plus hardie que la première. Ses 
auteurs n'avouent pas la rescousse du prisonnier qui a été 
faite ces jours passés * ; mais ils déclarent « qu'ils n'en- 
tendent plus permettre ne souffrir être apréhendés 
chose qui, selon Bigot, « serait et de fait est une vraye 
rébellion ». Le Parlement, de son côté, manifeste moins 
d'indignation. Quelques-uns de ses membres ont même 
émis l'avis qu'il n'est besoin de s'amuser à voir telles 
requêtes. Malgré Bigot qui prétend qu'elle tend a à une 
vraie rébellion et sédition », il se contente d'ou\rir une 
information contre l'auteur inconnu, d'en envoyer une 
copie au roi et d'écrire au roi de Navarre. 

Les listes de communions pascales. L'opposition du 
Parlement (mai 1560). — Quelques jours après la pre- 
mière requête des Réformés, une autre affaire souleva au 
Parlement une émotion plus vive encore : l'affaire des 
listes de communions pascales que le bailli Villebon avait 
demandées aux curés et vicaires de Rouen et qu'il avait 
remises au lieutenant criminel avec ordre d'informer 
« toutes choses postposées » contre ceux qui n'y figu- 
raient pas. Le procureur général Péricart et six autres 
membres du Parlement : Auvray, BouUenc, Civile, Crois- 
mare, Le Georgelier et Pétremol étaient dans ce cas. 
L'affaire avait été machinée par Villebon a ce boute-feu », 
comme dit Brantôme, et du reste un des administrateurs 
les plus imprévoyants et les plus incapables que Rouen ait 
connus, — et par un conseiller clerc. René des Buatz, 
grand vicaire de l'archevêque. C'était des Buatz qui, 
d'accord avec les autres grands vicaires, avait^ la semaine 
précédente, envoyé un mandement aux curés pour les 
inviter à dresser ces listes et c'était Villebon qui mainte- 

1. Il s'agit de la rescousse du 2 décembre 1560. Le rescous, un boulanger 
ou un meunier, nommé Hobert le Berseur, notre registre, par une faute de 
copie, sans doute, l'appelle à tort Le Challeur, avait été condamné à mort 
par le lieutenant criminel, et en appel par la Tournelle, comme un des au- 
teurs de la sédition de Saint-Nicaise au mois d'août. C'était un catholique et 
on comprend que les protestants n'aient pas avoué ou plutôt aient désavoué 
cette rescousse. 



DOCUMENTS 



219 



nant mettait en mouvement les juges du bailliage. Pour 
une affaire aussi grave et qui intéressait directement le 
Parlement, il n'avait pas consulté le premier président 
Saint-Anthot et il n'avait pas écouté Pétremol qui lui 
faisait remarquer que ce n'était « de la juridiction sécu- 
lière, ains de l'ecclésiastique ». 

Les juges du bailliage, très embarrassés, décidèrent 
de prévenir le Parlement et ils lui envoyèrent le lieute- 
nant criminel Le Tellier et le procureur du roi Mustel, 
dont les noms reviendront souvent dans la suite de cette 
étude, avec les 32 listes que Villebon leur avait remises. 
Le conseiller Maynet fut chargé du rapport sur cette 
affaire (13 mai). 

Le Parlement devait encore s'en occuper le 14 et le 
17 mai. Son attitude est curieuse à noter. Il ne s'indi- 
gnait pas, au moins ouvertement, de la violation de la 
liberté de conscience que cet acte impliquait. Mais il y 
voyait une grave violation de ses privilèges : car ses 
membres n'étaient pas justiciables du lieutenant cri- 
minel. Il condamnait, comme tous les autres parlements, 
la confusion de la juridiction ecclésiastique et de la juri- 
diction laïque; mais il redoutait de paraître suspect aux 
gens qui étaient alors au pouvoir. Aussi les magistrats 
incriminés firent-ils entendre dans la séance du 14 mai 
de véhémentes protestations. Floquet a reproduit pres- 
que entièrement celle de Boulenc, la plus développée : 
a Or, disait ledit Boullenc, que c'estoit une grande injure 
faite à M'' de la cour, compris esdits billets, lesquelz ne 
pouvaient ny devaient estre aulcument soubçonnez de 
mauvaise vie, etc.. » La protestation d'Auvray, plus 
courte^ n'est guère moins vive : il parlait d'ajourner en 
réparation le vicaire de Saint-Laurent qui l'avait dénoncé. 

Floquet n'a nommé qu'un seul des magistrats en cause : 
Boullenc. Nous avons déjà cité les autres : le procureur 
général Péricart, le président Pétremol, les conseillers 
Auvray^ Croismare, Civile, Le Georgelier. Il est intéres- 
sant de remarquer qu'ils se croient tous obligés de dire 
au Parlement où ils ont fait leurs Pâques : c'est soit, 



DOCUMENTS 



comme Auvray, dans une église conventuelle, le prieuré 
de Saint-Lô, soit, comme la plupart des autres, sur leurs 
terres, dans une église de campagne ou même, comme 
BouUenc, dans leur chapelle privée. Un seul devint pro- 
testant : Civile. Il ne l'était pas encore, au moins ouver- 
tement : il se justifia comme ^es autres et déclara avoir 
« fait ses Pâques » à Bois-le-^ icomte. 

M. Romier, dans un remarquable article de la Revue 
historique^ a montré tout l'intérêt de cet épisode ^ La 
recherche de ceux qui ne faisaient pas leurs Pâques 
aurait été un moyen infaillible de connaître les Réformés 
et d'arrêter les progrès de la Réforme. Mais, comme il le 
fait justement remarquer, on voit, par ce qui s'est passé 
à Rouen, avec quelle facilité tous les notables, nobles ou 
bourgeois, échappaient en fait à cette recherche, sans 
parler des omissions volontaires faites par les curés eux- 
mêmes. Le procureur du roi au bailliage Mustel déclara 
au Parlementa qu'il a trouvé lesdites^ descriptions [listes] 
étranges en ce qu'il y avoit aucuns de M'"' de nommez et 
et encore plus parce qu'il y avoit plusieurs gens gros per- 
sonnages qui n'avoient fait leurs Pâques en cette ville, 
combien qu'ils y soient résidents, et toutes fois i s estoient 
omis et n'estoient dénommez esdites étiquettes ^ 

Comme conclusion à cette affaire, le Parlement rendit 
le 17 mai un arrêt que Floquet n'a pas reproduit exacte- 
ment. L'arrêt fait allusion, comme on verra, « à la 
recousse » c'est-à-dire à l'enlèvement du protestant 
Lemonnier le 28 janvier précédent. Il fut du reste repris 
et brûlé le lendemain ^ Mais l'affaire avait fait un grand 
bruit et mécontenté vivement le Parlement et le bailli. 11 
est possible que le désir de connaître les auteurs et les 
complices de cet enlèvement ait été un des prétextes invo- 
qués par Villebon et Desbuatz pour justifier la mesure 

1. Luc. Romier. Les protestants français à la veille des guerres civiles, 
Revue historique, janv. fév. 1917, p. 32. 

2. Reg. sacret, p. 295. 

3. Cf. le Discours abrégé de Nagerel dans Héron : Deux chroniques nor- 
mandes, p. 186-187 et le Préambule de l'arrêt du 26 août 1562. 



DOCUMENTS 



221 



qu'ils avaient prise. Voici le texte intégral de l'arrêt qui 
fut prononcé au lieutenant criminel. 

Arj-êt de la cour. « La cour a fait un décret * pour advertir le 
roy et l'asseurer qu'il n'y a celui céans qui ne soit sans soupçon et 
quant à aucuns du populaire, dénommez esdits billets et descrip- 
tion comme suspicionnez de la rescousse prétendue faire du 
prisonnier qui néantmoins avait esté brûlé, autres dudit popu- 
laire comme n'ayant fait baptjser leurs enfants et de crimes, 
autres toutesfois que de n'avoir fait Pasques, sera et est ordonné 
et enjoinct audit lieutenant criminel s'informer avec les vicaires 
des paroisses, qui ont nommé lesdits particuliers, afin de lui 
donner tesmoins pour faire le procès de ceux qu'il trouvera 
chargés ». 

Le duc de Bouillon au Parlement (26 mai 1560). — 
Huit jours plus tard, le 26 mai, le duc de Bouillon, gou- 
verneur de Normandie, qui avait reçu l'ordre, comme 
tous les autres gouverneurs, de se rendre dans son gou- 
vernement, vint au Parlement. Il déclara qu'il était venu 
(( exprès, en la meilleure diligence », pour faire cesser les 
assemblées et conventicules qui se faisaient illicitement 
contre l'autorité du roi et les défenses de la cour, mais 
qu'arrivé à Rouen, il a été fort aise, de trouver que 
toutes choses fussent si bien disposées par le bon ordre 
que la cour y a donné. Il ne veut pas que l'honneur dû au 
Parlement reste caché et il a écrit au roi à ce sujet. Pour 
lui il s'offre «. à faire tout le plaisir à lui possible à la 
compagnie en général et à chacun des particuliers ». 
Mais il recommande de punir les auteurs des séditions 
et commotions, assemblées et conventicules « afin que 
chacun y prenne exemple et qu'il est à présumer que le 
pauvre peuple mal adverty et séduit s'assemble ainsi 

1. Ce décret a été reproduit à peu près textuellement par Floquet, ouv. 
cité, IT, 301. C'est une nouvelle profession de foi monarchique et catholique 
assez analogue à celle du 8 mai précédent. La cour attestait *< qu'il n'y a per- 
sonne de présidens et conseillers... qui né soit fidèle sujet et très obéissant 
de S. M., bien sentant de la foi catholique et religion chrétienne, soit de ceuls 
qui ont fait leurs Pâques en ceste ville ou de ceux qui en étaient absents par 
la nécessité de leurs affaires ». Elle ajoutait que les tumultes et petites émo- 
tions qui .avaient pris commencement semblaient pour le présent être apai- 
sées ». R. secret, p. 302. 



f 



222 DOCUMENTS 

que Ton a veu ». On l'a prévenu que, la veille au soir 
encore, on a chanté au Parvis Notre-Dame ^ 

Les troubles de Rouen pendant Tété de 1560. La 
réception de Vieilleville par la Chambre des vacations, 
le 13 septembre 1560. — Rouen fut très troublé pendant 
l'été de 1560. Les tumultes et émotions, dont le Parlement 
parlait au roi dans sa lettre du 17 juin, et qu'il déclarait 
apaisés pour le présent, recommencèrent plus violents et 
plus sanglants, au mois de juin, à l'occasion de la Fête- 
Dieu, le jeudi 13 juin. Sous prétexte que les protestants 
refusaient de tendre leurs maisons, la populace les 
assaillit et les pilla; il y eut des victimes. On arrêta alors 
quelques-uns des séditieux, pris indifféremment dans 
l'une et l'autre religion. Le Parlement, qui craignait que 
leur jugement ne fût l'occasion de nouveaux troubles, 
envoya à Paris une députation qui rapporta des lettres 
d'abolition du 30 juin et tous les prisonniers furent élargis. 
Les troubles recommencèrent au mois d'août; il y eut des 
rixes entre ouvriers drapiers catholiques et ouvriers 
protestants dans le quartier Saint-Nicaise et naturellement 
de nouvelles arrestations. 

Floquet a raconté ces faits avec complaisance, mais 
en utilisant uniquement le préambule du célèbre arrêt de 
Louviers du 26 août 1562 contre les rebelles et séditieux, 
qui ne lui fournissait que des renseignements très som- 
maires, — et surtout l'histoire de Théodore de Bèze, plus 
vivante et plus complète, mais que nous ne pouvons con- 
trôler dans la circonstance^. Le registre secret ne nous 
donne aucune délibération du Parlement entre le 26 mai 
et le 13 septembre et nous n'avons plus le registre du 
Conseil de ville ou du Conseil des XXIV, comme on le 
désignait alors officiellement. îl y a, en effet, dans la belle 
collection des registres des XXIV, une lacune, particuliè- 

1. Reg. secret, p. 304-306. Floquet ne parle pas de cette démarche du duc 
de Bouillon. 

2. Floquet, II, p. 310-312 et 318-320, et Théodore de Bèze, Histoire ecclésias- 
tique des Églises réformées, édition de Lille, 1841, 1, 194-195. L'arrêt du 26 août 
a été publié dans les Mémoires de Condé. 



DOCUMENTS 



rement regrettable, du 4 juillet 1559 au 29 octobre 1562 V. 
Le registre qui manque fut emprunté, après la prise de 
la ville, par l'avocat général Bigot pour rechercher et 
poursuivre les auteurs du soulèvement. Il n'a pas été 
restitué par ses héritiers; peut-être quelques-uns des 
personnages mêlés à ces tragiques événements, — et il y 
en avait dans la famille de Bigot lui-même, — étaient-ils 
intéressés à le faire disparaître. 

Pour réprimer les troubles de Bouen le gouvernement 
envoya le maréchal de Vieillevilie en mission extraordi- 
naire dans la Haute Normandie. C'est cette mission que 
Garloix, l'auteur des Mémoii'es de Vieillevilie, a complai- 
samment racontée, mais en déformant singulièrement les 
faits et en donnant à Vieillevilie une attitude de matamore 
et de bravache très invraisemblable^ Le registre secret 
nous fournit ici un document très intéressant, que Floquet 
a connu, mais dont il n'a pas tiré parti pour réfuter 
péremptoirement les inventions de Carloix, dont il soup- 
çonnait cependant la fausseté. Ce document est le procès- 
verbal de la séance de la Chambre des vacations du 
13 septembre 1560^ Nous allons le résumer après avoir 
donné quelques détails sur Vieillevilie. Le maréchal de 
Vieillevilie était toujours officiellement lieutenant-général 
pour le roi de Metz et dans le pays messin, il avait acquis 
une grande réputation de tact et d'habileté dans l'exercice 
d'une fonction toujours difficile dans une région de con- 
quête récente. Le président Lallemant ne manqua pas 
d'y faire allusion dans son discours de bienvenue. Vieille- 
ville venait de remplir à Orléans une mission analogue à 
celle dont il était chargé à Bouen et il s'en était bien 
acquitté. En venant à Rouen il avait du reste pris quelques 
précautions militaires. Il était accompagné d'une escorte 

1. Ce registre devrait figurer dans la collection entre le Ai'' (1555-1559) et 
le (1562-1566). Le journa des Echevins ou registre-journal de la ville 
(1555-1568) ne contient rien sur ces épisodes. Il fournit au contraire quelques 
renseignements intéressants sur les incidents de mars et d'avril. Nous les 
résumons dans l'appendice II. 

2. Garloix, Mém. de Vieillevilie, Paris, 1757, tome iV, p. 216-229. 

3. Reg. secret, 308-313. 



224 DOCUMENTS 

de gentilshommes et de cavaliers et il avait donné l'ordre 
de faire venir quatre compagnies de gens de pied français 
et deux compagnies d'hommes d'armes, celle de l'amiral 
et celle de d'Estrées, qu'il se proposait de loger dans la 
ville et les faubourgs. 

C'est le lundi 13 septembre^ à huit heures et demie 
du matin, qu'il se présenta au Palais avec Dracqueville^ 
maître des requêtes de l'hôtel. Il fut reçu ppi la Chambre 
des vacations dans la salle de la grande chambre. On le 
fît asseoir sur un oreiller couvert de fleurs de lys au- 
dessus et du côté des conseillers lais; mais on ne lui 
donna pas de drap de velours « attendu qu'il n'estoit. 
prince ». 

Vieilleville exposa les causes de sa mission : « Il avoit 
esté envoyé par le roy pour raison des séditions et émo- 
tions depuis naguères avenues en cette ville afin d'y 
tenir la main et faire cesser, pour l'absence du sieur duc 
de Bouillon, gouverneur et lieutenant-général pour le 
roy en ce pays de Normandie, et aussy pour ce que le 
sieur de Villebon s'en va en la basse Normandie pour 
semblable affaire ». Ayant trouvé « les choses plus douces 
qu'il n'estoit bruit », il dit qu'il renonçait à faire venir les 
compagnies d'hommes d'armes et les bandes françaises 
<( pour le désordre qu'elles font ». Il préseata à la cour 
sa commission et des lettres closes du roi et il la « supplia » 
de lui donner conseil. 

Le président Lallemant lui répondit que le roi les 
avait prévenus de son arrivée. Il fit un grand éloge de 
Vieilleville, « vaillant capitaine, vertueux et sage guerrier 
et prudent politique », et il vanta son rôle à Metz et à 
Orléans. 

Après la lecture des lettres closes, le premier président 
fit remarquer que les séditieux étaient des gens de petit 
état et il rejeta tout le mal sur les sergents et autres 
ministres de la justice. « Le sieur de Vieilleville connoistra 
que les séditieux sont quelques particuliers, gens de petite 
qualité et non pas les principaux de la ville et ceux qui 
y sont appelés au gouvernement et que si les sergens et 



DOCUMENTS 



225 



premier exécuteur des mandemens de justice avaient eu 
assez de bonne volonté et de hardiesse, il estoit facile de 
réprimer les dites séditions ». 

Avant de se retirer, Vieilleville prononce encore 
quelques paroles d'habile déférence à Fégard du Parle- 
ment qu'il tient visiblement à se conciher. « S'il fait 
erreur, il seroit bien ayse d'être redressé et faire ce 
qu'elle (la cour) lui ordonnera ». 

Le procureur général Péricard, tout en faisant quelques 
réserves, consent à la publication de la commission pour 
cette raison surtout qu'elle contredit formellement les 
placards qui affirmaient que les excès commis contre les 
protestants étaient autorisés par le roi. Tout ce passage 
est à citer « et aussi que par le discours d'icelle [commis- 
sion] l'intention du roy est bien autre que par les placards 
que l'on a faits et aussi affîn donner à entendre au peuple 
que ceux qui ont fait lesdites séditions ne sont authorisés 
de la Majesté du roy, ains veut que la justice en soit faicte 
et tenir ses sujets en tranquillité ». 

La commission fut publiée à l'audience du même jour, 
mais en l'absence de Vieilleville qui, prévenu par la cour, 
avait répondu que sa présence n'était pas nécessaire. Le 
registre ne signale aucune mesure spéciale pour cette for- 
malité. On voit donc ce qu'il faut croire de la description 
colorée que Fioquet donne de cette cérémonie, de la foule 
immense qui s'est portée au Palais, de la lecture de la 
commission devant le maréchal et tous les magistrats du 
Parlement. Quant au récit de Carloix, il est presque entiè- 
rement faux : l'auteur ignore ou néglige les usages des 
Parlements et il déforme complètement l'attitude de son 
maître. Cela suffit à nous faire douter de la véracité des 
autres détails (ju'il donne sur la mission du maréchal en 
Normandie. 

Un autre passage du document du registre secret* nous 
apporte encore la preuve de la modération de Vieilleville. 
Deux des inculpés des troubles du mois d'août, le bou- 



1. Séance du vendredi 15 novembre 1560. Reg. secret, 422-427. 
Octobre-Décembre 1920. 16 



!226 



DOCUMENTS 



langer ou meunier, Robert le Berseur, et le bonnetier, 
Michel Heudier, condamnés à mort par le lieutenant 
criminel, en avaient appelé au Parlement. Vieilleville 
avait conseillé de surseoir au procès pour ne pas mettre 
la ville « en danger de commotion populaire pour tels 
personnages comme estoient les deux personne?, de nulle 
qualité ». La Chambre des vacations avait suivi son avis 
et renvoyé l'aff-nre après la Saint-Martin, « pour ne faire 
ouverture à sédition populaire ». Vieilleville promit de 
solliciter du roi leur pardon par Fintermédiaire de la 
reine mère et de M^^^ de Montpensier. 

Cette affaire provoqua un incident le 13 novembre 
suivant après la rentrée du Parlement : Les gens du roi 
se plaignaient que le regis,tre portât la mention qu'on 
avait différé le procès afin d'obtenir la grâce des coupables, 
a ce qu'ils trouvaient étrange ». Après les explications de 
Lallemant on décida « toutes chambres assemblées, sauf 
les requêtes », que le procès serait fait par la Tournelle. 
Elle confirma le jugement du lieutenant criminel ; les deux 
prisonniers furent condamnés à être pendus. Mais l'exé- 
cution de la sentence allait amener des incidents et des 
troubles que nous allons raconter. 

E. Le Parquier. 

(A suivre.) 



TESTAIÏIENT DU PASTEUR ANTOINE DE FANJEAUX 
Février 1596 

L'acte suivant nous apparaît comme le testament-type 
du pasteur de ce temps. A ce titre, il est bon de le fixer 

• ' " -s. 

ICI. 

Son auteur, Antoine de Fanjeaux (suivant sa signa- 
ture), était originaire de Verfeil, chef-iieu de la tempo- 
ralité des archevêques de Toulouse, il s'appelait Jean 



DOCUMENTS 



Gineste. C'est dans sa maison de Verfeil qu'eurent lieu 
les premières assemblées des protestants de cette ville, en 
1561. Exerçant la médecine à La\'aur, il fut l'un des pion- 
niers de la Réforme dans la région. Condamné à mort 
comme tel, par un arrêt du Parlement du Languedoc du 
10 juin 1562 S il changea de nom et se réfugia à Puylau- 
rens, ville exclusivement protestante, où il exerça simul- 
tanément le double sacerdoce de médecin et de pasteur 
dès l'année suivanle et jusqu'à sa mort arrivée le 16 dé- 
cembre 1607. Son testament nous dit tout ce que l'on 
sait de plus sur sa vie agitée, il laissa enire autres à ses 
héritiers une bibliothèque qu'ils vendirent six mille livres, 
somme qu'il faudrait probablement décupler aujourd'hui 
pour avoir sa valeur réelle. 

Ch. Pradel. 

L an mil cinq cens nonante et six, et le onziesme jour du moys 
de febvi'ier, après midy, dans la ville de Puilaurens et maison de 
Monsieur M*""® Antoine de Fangeaulx, docteur en médecine et mi- 
nistre de la parolle de Dieu, diocèse de La Vaur et Séneschaussée 
de Tholoze, régnant très chrétien prince Henry par la grâce de 
Dieu Roy de France et de Navarre, par devant moy notaire royal 
et en présence des tesmoings bas nommés; Constitué en sa per- 
sonne le'D. S. de Fanjaulx lequel gisant dans son lictdettencu de 
certaine maladie corporelle, sain et allègre de son sens et mé- 
moire, bien voyant, entendant, parlant et cogiioissant; Considérant 
et sachant qu'il est ordonné à tout homme de mourir une foys, 
comme dict Tapostre au neufviesme des Hébrieux, et que la vie 
humaine n'est que une vapeur, comme dict Sainct Jacques au 
quatriesme chapitre, que la couronne d'une bonne vie c'est une 
bonne mort en Jésus-Christ Nostre Seigneur, Sauveur et rédem- 
pteur, car il n'y a auculne condampnation pour ceulx quy sont en 
Jésus-Christ, hostes et vrais membres de son corps quy est son 
esglise pour laquelle il est mort en laracheptant par son sang pré- 
cieux; et sachant aussy que Dieu commanda, par Esaye, au roy 
Ezéchias de disposer de sa maison et que de tout droict, tant divin 
que humain, naturel et civil, est permis à nng chescung de dis- 
poser des biens que Dieu luy a donnés poui' obvier et couper 
chemin à plaintes, querelles, débats et piocès entre ses succes- 

1. Arcti. com. de Toulouse, AA, 14, et France Protestante, nouv. éd., 11, 
51. — Arch. de la H. Garonne et Mém. de VAc. des Se. I, et B. L. de Tou- 
louse, 1880 : Note sur l'origine de la Réforme à Verfeil. 



258 



DOCUMENTS 



seurs, parents et alliés; et de tant que l'âme est plus que le corps 
comme nous enseigne Jésus-Ghrist au sixiesme de Saint Matthi m, 
en premier lieu recognoissant ses mauvestiés, folies de jeunesse, 
péchés et iniquités, en a demandé pardon à ce grand Jehova, 
Eloin, Adonay, Sohaday, seul Dieu éternel en essence, en per- 
sonne trine, père lils et Sainct-Esprit quy ont ouvré en la création 
de sa dicte ame et croit fermement que ouvrent en la création, 
régénération, justification, sanctification et glorification quand 
sera séparée de son corps; et pour ce que les corps des fidelles ne 
sont pas seulement le lougis et tabernacle de leur âme. mais sont 
le temple du Sainct-Esprit, comme dict Saint Paul en la première 
des Ghorinthiens, chapitre troisiesme, — veult son corps estre en- 
sepvely au cementière de l'Esglise Réformée de la présente ville de 
Puylaurens, sans pompe ny ostentation numaine, ains avec toute 
simplicité chrestienne quy puisse tesmoigner aulx présents et 
suivants le corps, et aultres à l'advenir, l'assurée espérance de la 
résurection bien heureuse laquelle il a enseignée en privé et en 
public selon sa vocation; 

Et venant à la disposition de ses biens, pource que Jésus- 
Christ nous a dict que nous aurions tousjours les povres avec 
nous et que nous leur pourrions bien faire, il lègue et donne aulx 
povres de l'Esglise Réformée de Puilaurens pour estre distribué 
par le Diacre de la d. Esglise, la somme de trois escuts ung tiers; 
et à cause que Thospital est en mauvois équipage, sy l'on en veult 
bastir ung commode, il donne et lègue pour ce faire la somme 
de deux escuts^ ; et pour ce aussy que le temple où la garoUe de 
Dieu doibt estre preschée est imparfaict, oultre ce qu'il a balhé 
pour le bastir, encores donne et lègue la somme de ung escu et 
demy^; et de tant que pour l'instruction de lajeunesse, quy doibt 
estre la pépinière de l'Esglise de Dieu, est nécessairement requis 
ung coUiège propre en ceste ville, le d. testateur donne et lègue 
quand sera question d'en bastir ung, la somme de trois escus^; 
Item, donne et lègue à Anne et Marie de Fanjeaux, ses filhes et 
de damoiselle Gailharde Imberte, sa femme, filhe de Sire Jean 
Imbert*, fils de Paul, du d. Puilaurens, à chescugne d icelles deux 

1. Cet argent trouva son emploi deux ans plus tard : on rebâtit un hôpital 
hors ville. 

2. Aux premiers temps de la Réforme, les villes demeurées entre les 
mains des protestants avaient conservé les anciens lieux de culte, simple- 
ment débarrassés de toute image. Mais après l'avènement de Henry IV à la 
couronne de France, ils durent rendre les églises aux catholiques. Puylaurens 
bâtit trop hâtivement alors un temple qui s'écroula en 1595. Un nouvel édi- 
fice était en construction à la date de ce testament. Il fut inauguré le 
Il sept. 1598. 

3. La municipalité de Puylaurens avait déjà décidé de construire un col- 
lège sur un emplacement donné gratuitement par Antoine Terson, en 1591. 

4. Sept fois consul de Puylaurens, de 1538 à 1583. 11 fut aussi le père de 



DOCUMENTS 



cens escuts de soixante sous pièce, pour dot, avec deux robbes, 
une couete, coissin avec plume souffisante, quatre linseuls, une 
tlessade rouge ou verte, la d. robbe de tel drap qun sera requis 
sellon l'estat et qualité de ceulx à qui elles seront joinctes en ma- 
riage \ et moyennant ce, les a faictes ses héritières particulières 
qui ne puissent rien plus préthendre ny demander sur ses 
biens ; 

Item donne et lègue le d. testateur à touts et chescungs ses 
nebveux et niepces, fils et filhes de Gaspard, Jacques et Jean de 
Fanjeaux, ses frères, à chescung d'iceulx la somme de trente 
soûls, moyennant ce les a faicts ses héritiers parliculiers qui ne 
puissent rien plus préthendre ny demander sur ses biens; Item 
donne etlègue à touts ses filheuls etfilheules à chescungla somme 
dft trente soûls; et considérant les agréables services que luy a 
faicts par le passé, faict de présent et espère recepvoir à l'advenir 
de la d. damoiselle Imberte, sa femme, en récompense d'iceulx, 
en cas qu'elle feust en volonté de se remarier, luy donne la somme 
(le cent escuis, revenant à trois cens livi-es, paiables, savoir, la 
moitié dans l'an après ses nopces, et l'autre moitié, dans deux ans 
après la première paye, néantmoings ses héritiers luy rendront 
deux cens livres que le d. Imbert, son beau-père, luy balha des 
droicts de sa belle-mère, Savine Chamberte, qu'il print de Tholo- 
sany, beau-frère du d. Imbert, que le d. testateur a receus pour 
les intérests du dot de la d. Imberte, sa femme, et au cas 
qu'elle veuilhe demourer avec ses fils et filhes et les entretenir 
comme bonne et sage mère et comme aussy de ce faire le d. tes- 
taieur, son mary, leur père l'en prie au nom de Dieu, la laisse et 
establit tutrice gouvernaresse et administraresse de la personne 
et biens de ses d. enfants, sans rendre compte, se confiant sur sa 
preudhomie et bonne conscience; 

Et pource que le fondement et chef de tout valable testament 
est l'institution de l'héritier ou héritiers sans laquelle t.out testa- 
ment scroit dict nul et invalable réputé de droict; à ceste cause, 
le d. testateur en touts et chescungs ses aultres biens tant nieu- 
hles que immeubles présents et advenir, droicts, noms, voys, 
actions et appartenances quelconques en quelque lieu et part que 
puissent estre, a institué, ordonné et de sa propre bouche a 
nommé ses héi'itiers généraulx et universels en payant les légats 

Gaillard d'Imbert, homme d'armes du connétable de Montmorency et la souche 
de la famille d'Imbert de Corneillan qui existe encore. Peut-être devrait-on 
l'identifier avec ce Jean Imbert, « fiigitil" » directeur de la monnaie de Tou- 
louse, dont l'office fi.it déclaré vacant << par forfaicture et crime de lèse Ma- 
jesté divine et humaine », après les massacres de 1562 (A.rch. com. de T. AA, 
14-122). 

1. Anne de F. épousa Pierre Fournes, doct. en droit, et sa sœur Marie, 
Nathanaël David, bourgeois de Sorèze. 



Î230 



DOCUMENTS 



susd., Savoir est : Barnabas, c'esl-à-dire (ils de consolation, aisné \ 
et Paul de Fan^paux-, ses fils de la d. Irnberle, sa femme, pour 
iceulx en faire à leurs volontés; et au cas que l'ung de ses sus- 
dicts enfants viendroit à décéder sans enfants de leur légitime 
mai'iage procréés, ou sans testei', luy substitue le survi\ant, et sy 
tous deux inouroient en tel estât, leur substitue lesdictes Anne 
et Mari"', ses lilbes et ainsin de l'un à l'aultre, et sy tant les d. 
Barnabas et Paul de Fanjeaux, ses lils, que les d. Anne et Marie, 
ses filhes, mouroient en tel estât, sans enfants ou tester, leur subs- 
titue ses plus procbes parents, et telle a dict et déclaire estre sa 
volonté et dernier testament, cassant, révoquant et anullant touts 
aultres testaments, codiciles et donation en faveur de mort 
faictes, volant le présent demeurer en sa force et vigueur. 

Présents à ce maistre Jacques de La Curne, escolier^ Sire 
Antoine Garrij^ues, mercbanl; Ramond Pérols; Luc Lalger; David 
Yogla et Antoine Bernard, habitants de la d. ville de Puilaurens, 
lesquels, avec le d. testateur, se sont signés à la cède, et Yehan 
Del Pech, habitant du lieu de Teulat, lequel a dict ne savoir 
escripre ne signer, et moy Arnaud Bodet, notaire royal du lieu 
de Puilaurens, quy, recjuis, ay reteneu, expédié et de ma i)ropre 
main escript et signé le présent testament. 

Bodet, notaire*. 

[Expédition orifîinale, appartenant au baron de Giaeste d'Apelle. 



SÉANCES DU COMITE 



6 juillet i920 ■ 

Assistent à la séance, sous la présidence de M. Frank Puaux, 
MM. R. Garreta, A. Lods, A. Mailhet, J. Pannier, R. Reuss, 
A. Valès, J. Viénot, C. de Witt et N. Weiss. 

Après la lecture et l'adoption du procès-verbal de la dernière 
séance, le président communique une lettre de notre collègue 

1. Docteur en médecine, épousa Marie de Nupces, fille de Sébastien et de 
Marie de Nautonier, et mourut le 22 janvier 1654, laissant un fils, Antoine, né 
le 27 mars 162", docteur en droit, dernier du nom de Fanjeaux. 

2. Décédé, sans enfants, en 1665. 

3. Pasteur de Puylaurens depuis 1399. Mort de la peste en 1631. 

4. Arnaud Bodet ou Boudet, lieutenant du juge temporel de Verfeil, en 
1561, acquit ensuite un notariat à Montcalmier, puis un autre à Puylaurens 



SÉANCES DU COMITÉ 



231 



M. le pasteur Auguste Weber qui nous prie d'accepter sa démis- 
sion, son âge et ses forces ne lui permettant plus d'assumer de 
nouvelles responsabilités. Le président exprime les regrels una- 
nimes du Comité en présence de cette démission devant les 
motifs de laquelle il ne peut malheureusement que s'incliner. Nos 
regrets sont d'autant plus réels que nul ne paraissait mieux 
désigné que notre collègue pour occuper la place qu'avait 
occupée avec tant de distinction son prédécesseur M. Félix 
Kuhn. Le président rappelle ensuite la décision prise à la der- 
nière séance, de participer en quelque mesure à la célébration 
du troisième centenaire du départ des Pères pèlerins sur le 
Mayflower. 11 demande à M. Viénot, puisqu'il doit se rendre en 
Hollande, s'il ne pourrait pas faire coïncider ce déplacement 
avec la date à laquelle aura lieu la commémoration hollandaise. 
M. Viénot répond qu'il ne devra se rendre en Hollande que plus 
lard. M. Pannier offre alors, vu la proximité où il est actuelle- 
meut de la frontière du Nord, d'aller [-eprésenter notre Société 
aux solennités qui auront lieu à Leyde. L'offre de M. Pannier est 
acceptée avec gratitude. Le président rédigera et lui remettra 
une lettre exprimant les sentiments de notre Société à cette 
occasion qui rappelle la part prise par le calvinisme aux convic- 
tions auxquelles obéissaient les Puritains. 

AL Pannier donne quelques renseignements au sujet de 
Noyon; il tâchera de nous envoyer une vue de l'emplacement de 
la maison de Calvin. Il ajoute que le dimanche 18 juillet on 
posera à Saint-(Juentin la première pierre du nouveau temple 
destiné à remplacer celui détruit par les Allemands. Un grand 
nombre de délégués civils et religieux doivent assister à cette 
solennité à laquelle notre Société ne saurait être indifférente, vu 
le rôle joué par Saint-Quentin et par Coligny dans notre histoire. 
M. Pannier, ayant tenu à exercer le ministère pastoral dans cette 
cité ruinée, exprimera mieux qu'aucun de nous ne pourrait le 
faire les sentiments évoqués par la résurrection de celte vail- 
lante Église au milieu de cette non moins vaillante cité ^ 

M. Mailhei nous entretient ensuite de son travail. Le secré- 
taire offre, de la part de M. Gaston Tournier, de Mazamet, un 
petit volume de controverse qui manquait sur nos rayons : 
La vérité reconnue ou Les preuves conoaincantes contre ceux de la 
R. P. R, tirées de V Histoire de V Eglise et de l'Empire par Jean le 
Sueur, ministre... Pour l'usage des Ecclésiastiques du diocèse de 
Castres, qui s^occupent de la conversion de ceux de la R. P. R. 
A Castres, par Raymond Barcouda, 1681. — Le président offre 
une petite boîte dont le couvercle reproduit le classique portrait 

\. Voir dans le Bulletin de l'Église réformée de Sainl- Quentin, de sep- 
embre 1920 un compte rendu de cette cérémonie. 



232 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



de François Guizot et attire l'attention sur le Catalogue de la 
Hibliothèque des pasteurs de Neuchâtel dont l'intérêt a été signalé 
dans la dernière livraison du /Julletin. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 
ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 



A propos de l'Irlande. — Olivier CromwelL 

Parmi les brochures dont je n'ai pu encore parler, la place 
m'étant mesurée par les restrictions en tout ce qui touche à 
l'imprimerie, il y en a une, publiée à Genève en 1918, pour jus- 
tifier ceux qui ont tenu à ce que la statue de Cromwell figure 
dans le monument international de la Réformation. M. Ch. Goth^ 
ne s'est pas proposé de nous donner une biographie, ni même 
un portrait complet du Protecteur, mais seulement de démontrer, 
en s'appuyant sur les derniers travaux dont il a été l'objet — 
notamment celui de S. R. Gardiner [CromwelVs place in History) 
que Cromwell n'est pas « l'hypocrite raffiné, l'habile politique » 
paru le grand exemple » duquel. Dieu, au jugement de Bossuet, 
« voulait découvrir tout ce que peut l'hérésie ». Villemain et 
Victor Hugo ont popularisé en France et aggrave cette exécution 
sommaire, le premier, en appelant Cromwell « ce despote, ce 
fourbe, ce Mahomet du Nord et de la scolastique y>, le second, en 
le traitant de « Tibère -Dandin, tyran de l'Europe el jouet de sa 
famille..., hypocrite et fanatique, grotesque et sublime », etc. 

Dans une série de courts chapitres, M. Goth nous montre 
comment Cromwell a été amené par le gouvernement réaction- 
naire et persécuteur de l'archevêque Laud et de Charles P^', à 
prendre parti pour les Puritains qui s'étaient exilés en 1620 et 
.contre le roi lui-même qui secrètement soutenait les fauteurs 
de la réaction cléricale et jésuitique. Après avoir, avec l'aide des 
« têtes rondes », battu les armées royalistes, fait juger et exé- 
cuter le roi, dissous le Parlement-croupion, et l'assemblée de 
visionnaires incapables de gouverner qui lui avait succédé, il 
accorda une égale liberté à tous les cultes, même aux juifs et aux 
catholiques qu'il distinguait soigneusement des jésuites, il réor- 
ganisa les finances, la justice, la police, le commerce, l'industrie, 

1. Olivier Cromwell (1599-1658), Préface de M. Ch. Borgeaud, Genève, 
R. Robert, une brochure de 64 p. pet. in-8o, 1918, prix : 1 fr. 50. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



233 



l'enseignement. Non seulement il établit la liberté religieuse 
dont Villemain dit : « Cette neutralité de Cromwell pour la forme 
du culte comparée à la ferveur qu'il affectait toujours suffirait 
seule 'pour déceler son hypocrisie^ », — mais il fut le véritable 
champion du Protestantisme en Europe. 

En 1655, il ne signe un traité avec Mazarin qu'à la condition 
que celui-ci exige du duc de Savoie la liberté religieuse pour les 
Vaudois des Alpes menacés d'extermination. En 1656, il obtient, 
grâce aux ordres de son ambassadeur auprès du même cardinal, 
qu'on ne sévisse pas contre les huguenots du Languedoc. L'année 
suivante, il soutient en Suisse les cantons évangéliques et envoie 
des secours aux réformés persécutés de la Pologne, de la 
Bohême et de la Silésie. Il mourut avant d'avoir pu réaliser 
l'organisation d'un Conseil des intérêts généraux du monde 
réformé, « noble et vaste pensée, admet Villemain, de s'arroger 
la protection de ces dissidences et de régler d'une manière fixe 
et durable l'appui accordé par l'Angleterre ». Cette fédération des 
nations réformées qu'il rêvait sera peut-être, si la liberté reli- 
gieuse doit un jour être autre chose qu'une promesse, la réalité 
de demain. 

D'où vient donc que, malgré les services incontestables que 
Cromwell rendit à son pays et, dans toute l'Europe, aux victimes 
de l'intolérance et du fanatisme, on persiste à l'accuser lui- 
même de fanatisme et de cruauté? M. Goth écrit : « Nous recon- 
naîtrons que l'accusation de cruauté peut s'étayer sur les événe- 
ments d'Irlande. Mais quel est l'homme d'épée qui lui jettera la 
pierre, alors surtout qu'il s'agissait d'une rébellion à dompter à 
tout prix? » (p. 61). Cette ((rébellion» n'est mentionnée qu'en 
passant', page 25, à propos de sa répression, et page 22, sans que 
le lecteur puisse se rendre compte de son importance. Or, 
aujourd'hui, où il est sans cesse question de l'Irlande, il aurait 
fallu, dans une brochure destinée à justifier Cromwell, entrer 
sur ce point dans quelques détails précis et circonstanciés. Pour 
donner une idée de la manière dont on instruit nos contempo- 
rains sur ce sujet, je citerai cet extrait d'un de nos journaux 
quotidiens [la Démocratie nouvelle du 31 octobre 1920) : 

Ce fut Cromwell qui créa la question de TUlster. 

L'Irlande, catholique, avait, bien entendu, pris parti pour les 
Stuart favorables au catholicisme. Rlle avait, de plus, profité des 
troubles de la guerre civile pour tenter de se libérer du ]om^ anglais. 

Cromwell résolut de la dompter. On connaît la physionomie du 
£çénial fanatique, nourri de la Bible, et persuadé que ses Puritains 
étaient les élus du Seigneur. 

1. Alors que c'est au contraire, parce qu'il était lui-même très convaincu, 
qu'il respectait les convictions des autres. 



234 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



Il débarqua, sur la côte .de l'Ulster, en septembre 1649, résolu à 
traiter le peuple irlandais comme les légions de David avaient traité 
les Philistins, les Moabites et les Amalécites. 

Sa première rencontre avec les révoltés eut lieu à Drogheda. Voici 
comment lui-même rend compte des faits dans une lettre célèbre 
qu'il écrivit au Parlement : « Dès que nous les eûmes atteints (les 
Irlandais), je donnai l'ordre de les passer tous au fil de Tépée. Nous 
étions au fort de l'action, et j'interdis d'épargner aucun de ceux qui 
se trouvaient en armes dans la ville; nous avons massacré ainsi, en 
une nuit, à peu près deux milliers d'hommes. ». Un petit nombre 
trouva refuge dans l'église de Saint-Pierre. 

« J'ordonnai, ajoute Gromwell, de brûler le clocher, et l'on 
entendit, du milieu des flammes, une voix qui criait : « Dieu me 
damne, je brûle, je brûle »! Dans l'église même, près d'un millier 
d'hommes furent égorgés; je crois même que tous les moines eurent 
le crâne fendu, à l'exception de deux, qui furent épargnés, je ne sais 
pourquoi ». Quelques troupes parvinrent néanmoins à s'échapper; 
mais, réduites par la famine, elles durent se rendre : « Les officiers 
eurent la tète fendue, les simples soldats furent décimés^ (c'est-à-dire 
que un sur dix fut tué), et le reste fut transporté en masse aux Bar- 
bades ». (Green, Histoire du peuple anglais, t. II, p. 127-128.) 

Ce fut, comme l'on voit, une guerre d'extermination. Bien plus, 
par r « Acte de pacification » (sic!) il fut interdit aux Irlandais de 
résider dans trois des comtés sur quatre. Ils dévalent être parqués 
dans le Connaugh, sorte de « réserue », comme celles qui, plus tard, 
en Amérique, furent assignées aux Peaux-Rouges. Tout Irlandais 
saisi, après le l^»* mai 1654, au nord du Shannon, devait être immédia- 
tement mis à mort. 

Toutefois, ce ne fut que dans l'Ulster, mis à feu et à sang, qu'il y 
eut véritablement substitution de population. 

On en voit aujourd'hui les effets. 

Charles Delvert. 

Ainsi, d'après cet universitaire, Gromwell, « résolu à traiter 
le peuple irlandais comme les légions de David avaient traité les 
Philistins, les Moabites et les Amalécites », est seul responsable 
de la question de l'Ulster devenue la question d'Irlande qui 
n'aurait pas existé sans lui puisque c'est lui qui l'a créée. 

On aura remarqué que l'auteur de cette petite leçon d'histoire 
à l'usage des profanes, les renvoie, pour bien établir son impar- 
tialité, à V Histoire du 'peuple anglais de K. Green. 

Ouvrons donc ce livre, célèbre à juste titre pour son impar- 
tialité. Dans l'original anglais le passage cité se trouve à la fin de 
la page 537 du volume. Il est précédé de ces lignes que 
M. Delvert a jugé à propos de ne pas citer et que je traduis, 



1. C'est moi qui souligne. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



235 



n'ayant pas à ma portée la traduction française dont il s'est 
servi : 

« Le sentiment de Cromwell et de ses soldats était celui de 
la vengeance, car V horreur du massacre irlandais restait vivant 
dans chaque poitrine anglaise et l'insurrection était considérée 
comme une continuation de ce massacre. « Nous sommes venus, 
« dit-il en abordant, pour demander compte du sang innocent qui 
« a été répandu, pour essayer de faire rendre compte à tous ceux 
« qui, apparaissant en armes, justifieront ce qui a eu lieu ». 

Poufr comprendre cette phrase, il faut se rappeler que, grâce 
à la guerre civile, l'expédition de Cromwell ne put avoir lieu qu'en 
septembre 1649 et qu'il parle de l'insurrection antérieure de 
huit années et à laquelle M. Delvert" a seulement fait allusion en 
disant que l'Irlande avait « profité des troubles de la guerre 
civile pour tenter de se libérer du joug anglais ». Nous allons 
voir pourquoi cette allusion est présentée d'une manière aussi 
inofîensive. Reportons-nous à la page 524 de Green, où il parle 
de cet événement qui se passa en octobre 1641 : 

La terreur populaire fut excitée jusqu'à la frénésie par les nou- 
velles qui vinrent d'Irlande où la chute, de Straflord * avait mis fin à 
toute apparence de gouvernement. Les soldats débandés de l'armée 
qu'il avait formée, se répandirent dans tout le pays et firent jaillir 
des flammes des cendres sous lesquelles couvait le feu de la désaffec- 
tion. Organisée secrètement, avec une force surprenante, une conspi- 
ration éckita dans l'Ulster où l'on n'avait jamais pardonné la 
confiscation (des terres des insurgés de tôlO). Elle gagna comme un 
incendie le centre et Touest de Tlrlande. Dublin fut sauvée par hasard, 
mais, dans la campagne, on massacra sans arrêt. Cinquante mille Anglais 
périrent en quelques jours. Des dépositions faites sous serment racon- 
tèrent comment des maris furent mis en pièces en présence de leurs 
femmes, leurs enfants écervelés sous leurs yeux, leurs filles violées 
brutalement et chassées toutes nues pour périr de froid dans les bois. 
« Les uns, dit May, furent délibérément brûlés, d'autres noyés pour 
s'amuser ou passer le temps; s'ils nageaient, on les empêchait avec 
des perches d'aborder ou on les tuait à coups de fusil dans l'eau; plu- 
sieurs lurent enterrés vivants, quelques-uns jusqu'aux aisselles et 
abandonnés à la mort par la faim ». 

Ce quMI y avait de nouveau, dans cette insurrection, ce fut son 
caractère religieux. Ce n'était plus une lutte de Celtes contre Anglo- 
Saxons, mais de catholiques contre protestants. Les papistes de la 
région occupée par les Anglais s'associèrent avec les Irlandais. Les 
insurgés s'appelaient (( Catholiques confédérés décidés à défendre le 
libre exercice public de la vraie religion catholique romaine ». La 
panique augmenta lorsqu'on découvrit qu'ils prétendaient agir d'après 
les ordres du roi Charles I*'' et pour affermir son autorité... Cet ordre 



1. Le chef des insurgés. 



236 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



prétendu était un faux, mais on y crut quand on sut qu'au lieu de 
s'indigner contre de pareils forfaits, le roi avait écrit froidement : 
« J'espère que les mauvaises nouvelles d'Irlande empêcheront ces 
folies en Angleterre ». 

On voit maintenant qui a créé la question de l'Ulster et sous 
quel jour apparaît la cruelle expédition de 1649. Ce fut, selon 
les usages de l'époque, un acte de représailles que nous ne son- 
geons nullement à justifier, mais qu'il faut, pour le juger équita- 
bl(^ment, placer dans la lumière des faits atroces et inexcusables 
qui le provoquèrent. Cromwell défia ses accusateurs de lui citer 
un seul homme désarmé qu'il aurait fait exécuter, mais il ne peut 
être rendu directement responsable d'excès commis par certains 
de ses soldats. A la lumière de ces faits et de beaucoup d'autres 
analogues, on comprend pourquoi les protestants irlandais re- 
fusent catégoriquement d'être gouvernés par des autorités catho- 
liques. Aujourd'hui où la question d'Irlande préoccupe et pas- 
sionne tant de gens, il est assurément regrettable qu'il ne se soit 
trouvé personne pour l'exposer impartialement en rappelant les 
faits indiscutables, dont le souvenir, encore vivant, domine 
malheureusement la situation actuelle. 

N. Weiss. 



Les Religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802. 

M. l'archiviste Alfred Leroux, correspondant de l'Institut, 
continue ses savantes et patientes recherches sur le protestan- 
tisme bordelais. Le présent ouvrage (Bordeaux, Feret et fils, 
1920, XTf-381 p.) complète son histoire de La colonie germanique 
de Bordeaux de i462 à 1914, dont nous avons rendu compte 
ici l'an passé. Il embrasse deux des cinq périodes que comprend 
la vie passée de Bordeaux réformé (la première allant de 1523 
à 1598). Ces deux périodes se subdivisent chacune en deux 
phases : l'Église au Désert, jusqu'en 1753, et l'Église sous la croix 
jusqu'en 1789 (si l'on voulait ergoter, on pourrait substituer à 
celte date celle de 1787 et de l'édit de Tolérance); le régime 
révolutionnaire, jusqu'en 1794, et le régime intermédiaire, 
depuis 1796, l'intervalle représentant la suppression complète de 
tout culte. Cette suppression n'ayant jamais et nulle part été 
complète, on pourrait ergoter ici encore. Mais ce ne sont là que 
des vétilles, qui disparaissent devant le travail vraiment magis- 
tral de M. L., qui nous offre ici encore des pages dignes d'un 
grand historien. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



237 



Voici, présenté dans les termes les plus francs, un point de 
vue opposé à celui de M. labbé Sicard, qui écrit « l'histoire du 
XVIII® siècle au point de vue catholique — celui des vaincus tant 
politiquement qu'ecclésiastiquement » — aussi bien qu'à celui de 
M. Mathiez, qui « la raconte au point de vue jacobin » : « Pour- 
quoi nous serait-il interdit de prendre une position intermédiaire 
et d'exposer cette histoire au point de vue des protestants, dont 
les idées politiques et sociales triomphèrent en 1789, mais dont 
les doctrines morales et religieuses furent étouffées par les 
mœurs dantonistes et par les cultes révolutionnaires »? 

Ce point de vue mérite d'être tout particulièrement apprécié 
des lecteurs de ce Bulletin et il le sera sans nul doute. Mais ne 
symbolise-t-il pas d'une manière saisissante la position constante 
du protestantisme en pays latin, étouffé entre les deux frères 
ennemis, cléricalisme et jacobinisme, qui, également intolérants, 
ne lui ménagent la méfiance et les coups ni l'un ni l'autre et le 
comprennent aussi peu l'un que l'autre ? 

Renonçant à une introduction qui paraîtra « quelque jour 
sous ce titre » : Étude critique sur le xviii^ siècle à Bordeaux ^ et 
qui, formant «la synthèse des travaux publiés sur le xviii^ siècle 
bordelais, devait donner au sujet principal son cadre nécessaire 
et permettre de le situer historiquement par le simple exposé 
de ce que furent, entre 1685 et 1802, les intérêts matériels, les 
idées, les sentiments et les mœurs de la population non protes- 
tante »; renonçant aussi à la table analytique des matières et des 
noms propres, qui paraîtra avec llntroduction, de manière à ne 
pas grossir démesurément le présent volume, dont le prospectus 
annonçait aux souscripteurs 350 pages à 12 francs, chiffre déjà 
dépassé, l'auteur groupe son sujet dans 10 chapitres, qui traitent 
nécessairement des nouveaux convertis et des religionnaires 
impénitents pendant la phase dite du Désert, du premier relève- 
ment de l'Église sous la croix (1753 à 1758), de la nouvelle dis- 
persion suivie du nouveau relèvement (1760), de la statistique de 
la communauté, de son organisation et fonctionnement (Consis- 
toire, Synodes) et de ses pasteurs jusqu'en 1789, de 3 conflits 
entre l'Église, le Consistoire et le pastoral (1755-1758, 1761-1763, 
1769-70), du culte en commun et de la piété individuelle, des 
œuvres de charité, de l'histoire externe de la communauté, 
toujours pendant la même période, enfin du régime de la liberté 
légale suivi d'une nouvelle dispersion pendant la Terreur et du 
régime de liberté définitive avec la réorganisation de l'Église 
sous la garantie des lois communes. Trois appendices donnent 
les sources de ce travail, reproduisent le sceau de l'Eglise au 



1. Pou?' servir d'Inlrodtiction à l'histoire des Religionnaires de cette ville. 



238 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



début du xix.« siècle et ajoutent quelques additions et rectifica- 
tions. Les sources manuscrites sont à chercher aux Archives du 
Consistoire, à celles de la ville de Bordeaux et aux Archives 
nationales; à la Bibliothèque municipale et à celle du Grand 
Séminaire de Bordeaux, naturellement aussi à celle de notre 
Société, etc. Les Archives du Port de Bordeaux et les Archives 
privées de la maison Barton et Daniel Guestier ont malheureu- 
sement (( brûlé il y a peu de temps et avec ces deux importants 
dépôts a disparu une source d'information de première impor- 
tance ». Parmi les recueils de documents imprimés, il convient 
de mentionner, outre les 59 volumes des Archives historiques de 
la Gironde, les Procès-Verbaux des S^-nodes du Désert de 1715 
à 1796, la Chronique boi'delaise de Tillet et les Annales de Bes- 
nadan, enfin spécialement le Journal einer Reise durch Frankreich 
de M™e de Laroche, née Sophie Gutermann (Altenbourg, 1787). 
« Les 90 pages qu'elle consacre à son séjour à Bordeaux (avril et 
mai 1785) » donnent « des renseignements de premier intérêt sur 
les conditions dans lesquelles se célébrait alors le culte en 
chacun des deux temples, et sur la société protestante des Char- 
trons envisagée par son côté profane ». 

A ces renseignements généraux sur le volume joignons la 
mention de quelques passages, particulièrement intéressants. 
Page 20, rappelant une phrase de Montesquieu qui explique la 
Révocation « par sottise et par une intrigue de cour », l'auteur 
lui reproche de « ne pas caractériser mieux l'origine et le but de 
cette intrigue jusqu'à oser dire tout haut quels en furent les 
auteurs responsables et les conseillers intéressés ». 

P. 69, il serait dommage de laisser passer sans la relever 
cette belle définition : « A l'encontre du catholicisme irrémédia- 
blement tombé du côté où il penchait, le protestantisme français 
apparaît dans un efîort constant d'équilibre entre l'autorité de la 
lettre et la liberté de l'esprit, substituant au mysticisme éperdu 
d'une sainte Thérèse le mysticisme sain des âmes qui ont pris 
contact avec l'Évangile, et à l'ascétisme exaspéré ou déprimant 
des moines l'ascétisme moralisateur du chrétien converti à la 
loi du Christ; visant moins à gouverner les masses qu'à sancti- 
fier les individus, moins à commander qu'à convaincre. Aux 
Églises où tout se règle par voie d'autorité, vont s'opposer de 
plus en plus les Églises où tout se décide par voie d'examen; 
deux fois hérétiques, et contre le dogme catholique et contre le 
sacerdoce organisé ». 

Notons encore les curieux rapports du fameux Jean Bon 
Saint-André, le futur conventionnel et préfet de Mayence, avec 
les protestants bordelais, à deux reprises (1778, p. 116 et suiv 
1790, p. 312), les « influences moraves à peine soupçonnées 



CHRONIQUE LITTERAIRE 



•239 



jusqu'ici » que révèlent les Souvenirs inédits des deux Daniel 
Ducos (1729-1831, p. 373), etcette perle : « La vérité politique, phi- 
losophique, religieuse n'est presque jamais du côté des masses » 
(p. 12), ainsi que celle-ci : « Un trait qui rendait ces prolestants, 
quand ils voulaient demeurer tels, particulièrement déplaisants à 
leurs contemporains, c'était leur horreur du liberlinage » (p. 2^25). 

Pour ce qui est du nombre des protestants bordelais, l'auteur 
n'estime pas qu'il dépassât, en 1753, 400 familles avouées », soit 
un total de 2 000 membres. Mais, « loin d'abattre l'Église, la per- 
sécution de 1758 contribuera à la fortifier numériquement » 
(p. 93). Vers 1780, il croit « légitime de s'en tenir au chiffre d'en- 
viron 4 000 pour le faubourg des Chartrons et le quartier de La 
Rousselle », la population totale de la ville étant alors de 84 000. 

Encore une glane. Jeanne de Lartigue, épouse de Montes- 
quieu, mourut en 1770, à soixante-dix-huit ans, et fut inhumée 
« à la huguenote », bien qu'en 1719 elle se fût mariée sous le titre 
de nouvelle convertie. M°"' de Laroche dit d'elle « qu'elle eût pu 
écrire sur l'esprit de prudence féminine aussi bien que son 
mari sur l'esprit des lois », et Paul Bert « la considère comme 
une zélée calviniste >) (p. 254). 

On pourrait recueillir encore bien des détails piquants. Mais 
il faut conclure et nous le ferons sur une dernière remarque. 
Vraiment extraordinaire est le courage, la patience, la minutie 
intelligente, la compréhension intime avec laquelle ce savant non 
théologien se plonge dans le dédale de la dogmatique, dans les 
distinctions théologiques, dans les subtilités doctrinales. Il faut 
un réel flair d'historien-né pour se mouvoir avec une telle sûreté 
dans ces arguties d'un autre temps. 

Th. Sch. 



Anthologie protestante française, XVIIP et XIX^ siècles 

Ce recueil, composé sous la direction de M. Raoul Allier 
(Paris, éditions Georges Grés et G^^^ 1920, vi-302 p.) et orné des 
portraits de Paul RabauL, Ad. Monod et Edrn. de Pressensé, fut 
préparé sous les gothas et berthas pendant les dix derniers mois 
des hostilités; mais « des circonstances imprévues en ont 
em[)êché l'impression immédiate », et ce relard a permis d'y 
recevoir des pages d'Ernest Dhombres et de M"^ de Gasparin, 
puisque seuls des écrivains morts depuis vingt-cinq ans doivent 
y figurer. La galerie s'ouvre sur Veyssière de la Croze (1661-1739) 
et se ferme sur François Bonifas (1837-1878). J.-J. Rousseau y 
figure à la suite d'Antoine Gourt, le pasteur Oberlin après , 



uo 



CORRESPONDANCE 



Necker, M'"^ de Staël entre Daniel Encontre et Benjamin Cons- 
tant, qui précède Guvier, Guizot entre Samuel Vincent et Prosper 
Jalaguier, A. Goquerel père introduisant Ad. Monod, et 
A. Goquerel fils devançant Edm. de Pressensé. Le hasard a de 
ces ironies. On y trouvera la fameuse lettre de J. Gavalier à 
Villars, la visite d'Ant. Gourt aux galériens, la belle lettre de 
Désubas à ses parents, écrite la veille de son exécation, les apo- 
logies exagérées du Grand Roi par de la Beaumelle, le discours 
de J. Bon Saint-André sur le Givisme à côté de celui de Boissy- 
d'Anglas sur la Liberté des cultes, l'article de Pelet de la Lozère 
sur la Séparation (Revue Chrétienne, 1870) un sermon d'Ed. Verny, 
qui mourut en chaire à Strasbourg en 1854, ceux de Louis Meyer 
sur la Nouvelle Naissance et la Prière, ceux de Dhombres du 
i septembre 1870 et du 26 février 1871, l'article de Gharles Bois 
sur le libre examen, celui d'Ariste Viguié sur la vraie Apolo- 
gétique et le récit de la conversion d'Eug. Bersier. Cette simple 
énumération suffira pour marquer la valeur et l'intérêt de ce 
recueil où quelques-uns, néanmoins, seront surpris de ne pas 
trouver les noms de Vinet (descendant de réfugiés français), 
d'Edmond Scherer, de Michel Nicolas, de Timothée Colani, etc. 

Th. Sch. 



CORRESPONDANCE 



A propos de l'Astrée de Ronsard. 
Le pasteur J. du Moulin, Françoise et Gabrielle d'Estrées^ 

Chaque découverte nouvelle relative à l'histoire du xvi^ siècle 
met en plus saisissant relief le contraste entre la doctrine ou la 
discipline des réformés, et la corruption des mœurs des gens 
parmi lesquels ils vivaient. Ainsi l'on vient d'identifier VAsirée 

1. Grâce à la gracieuse obligeance de M. Gustave Schlumberger, membre 
de l'Institut, je puis joindre à l'article de notre collègue, la reproduction ré- 
duite d'un médaillon en fonte acquis chez un antiquaire de Lausanne où je 
l'avais aussi remarqué. Jeaa d'Estrées étant grand maître de l'artillerie de 
France, le fondeur qui exécuta cette effigie est probablement celui qui se 
servait du même métal pour ses canons On remarquera la légende qui pré- 
cède le nom i.destrkes : ens.entivm. miserere. mei : Être des élrea, aie pilié de 
moi, et la date de 1554. Serait-ce celle où il se décida à adhérer à la Réforme? 
D'après le Père Anselme (cf. Bull., 1899, 438 n.), Jean d'Estrées mourut en 
1571, âgé de 85 ans. En 1554 il en avait donc 68 ans, âge qui correspond bien au 
• portrait qu'on a sous les yeux. Le changement de religion dont Pierre Du- 



CORRESPONDANCE 



Ui 



de Ronsard*, et un rapprochement non encore fait ailleurs se 
présente naturellement aux lecteurs de ce Bulletin : Astrée étant 
une dame à' Estrées s'est trouvée vivre à côté du pasteur Joachim 
du Moulin, père de Pierre (né en 1568), le futur pasteur de Paris. 

C'est en 1559 qu'Antoine d'Estrées avait épousé Françoise 
Babou de la Bourdaisière, l'une des sept sœurs dont Saint-Simon 
nous conservera le surnom : « les sept péchés capitaux » 2. 

Le père d'Antoine, Jean d'Estrées, avait adhéré à la Réforme, 
et même, « le premier de tous les gentilshommes de la Picardie, 
établi un prêche dans son château de Cœuvres : il eut alors 
près de lui comme pasteurs, en 1564 Jean Hellin, en 1570 Joachim 
du Moulin; mais ses convictions n'étaient pas assez profondes 
pour survivre à la persécution. Dès 1568 un soldat huguenot 
disait au curé de Cœuvres que « M. d'Estrées est un poltron de 
faire la cane [plonger comme un canard] à l'heure qu'il convenoit 
de défendre l'Évangile ». Lorsque survint la Saint-Barthélemy, le 
pasteur dut partir en exil : « Mon père, écrit Pierre du Moulin, 
estoit à Cœuvres et avoit la fièvre quarte, etestoit sans argent; 
ma mère et tous leurs enfans estoient malades. M. d'Estrées 
changea de religion et chassa mon père » 

Sans doute pendant leurs séjours à Cœuvres, Hellin et du 
Moulin rencontrèrent la belle-fille du duc, mais aucune affinité 
spirituelle n'existait entre les pauvres ministres, scrupuleux 
disciples de Calvin, et Françoise d'Estrées, toute occupée d'in- 
trigues galantes. Au temps oti J. du Moulin commença son minis- 
tère en Soissonnais, Ronsard composait (1570) les « sonnets et 
madrigals pour Astrée » ^ dont la véritable destinataire, jusqu'à 
présent inconnue, vient d'être découverte : et Françoise d'Estrées 

moulin dans son autobiographie parle, à propos de son père Joachim, pas- 
teur à Cœuvres à la Saint Barthélémy, ne peut donc se rapporter, s'il eut 
lieu à l'occasion du massacre, qu'à Antoine, fils de Jean et mari de la célèbre 
Françoise, à moins que le reproche de « faire la cane » en 1568, ne signifie 
qu'à cette époque déjà un M. d'Estrées retourna au catholicisme. Mais, dans 
ce cas, Pierre Dumoulin se serait sans doute exprimé autrement. N. W. 

1. G. Chartier, Un amour de Ronsard, Astrée, article de la Revue du 
XVI» siècle, tirage à part chez Champion, Paris, 1920. Cf. P. de Vaissière, Une 
famille : les d'Alègre, Paris, Em. Paul ; A. Beaunier, Qui était V Astrée de 
Ronsard {Revue des deux Mondes, 1" nov. 1920). 

2. L'une, Isabeau, aura pour fils le cardinal de Sourdis. 

3. France protestante, 2' éd., t. VI, col. 172. A la col. 170 on a imprimé à 
tort Valien au lieu de Valseri, localité voisine de Cœuvres. Cf. Bull., 1897, 
237, (la lettre par laquelle Jean d'Estrées demanda à Genève le ministère de 
Jean Hellin), et 1899, 438. 

4. Autobiographie de P. du Moulin conservée à la Bibl. de Thist. du prot., 
publiée intégralement dans le Bulletin en 1858, partiellement reproduite, avec 
commentaire de M. N. Weiss, en 1906, p. 364. Cf. (même recueil, 1918) notre 
article sur les du Moulin à Cœuvres et Saint-Pierre Aigle. 

5. Publiés pour la première fois en 1578. 

Octobre-Décembre 1920. 17 



242 



CORRESPONDANCE 



précisément eut — après quatre autres fillettes — la cinquième 
en 1570 : celle qui deviendra « la belle Gabrielle ». 

* 

* * 

Vers cette même année elle prit pour amant Louis Béranger, 
seigneur du Gua, ami de Ronsard (ce dernier âgé alors de qua- 
rante-cinq ans). M. du Gua est assassiné en 1575 ; quelques 
années passent ; l'assassin est à son tour tué par le fils d'une 
autre de ses victimes nommé Yves d'Alègre (1583). M""® d'Estrées, 
qui n'a pas oublié son amant, est reconnaissante au vengeur, et le 
lui témoigne en le rejoignant dans le faubourg Saint-Germain ou 
il s'est caché : Yves d'Alègre est cependant plus jeune qu'elle 
d'un quart de siècle, ayant vingt ans à peine. Elle l'accompagne 
au fond de l'Auvergne à Issoire ; ils y vivent ensemble jusqu'au 
jour où le même destin tragique les atteint à leur tour : ils sont 
tués dans une émeute en 1592. 

Un crayon de l'école de Clouet * nous a conservé les traits 
d'Astrée : « Le visage est beau sans doute, les cheveux d'or frisé 
ne se voient guère, à cause de la coiffe rigide, et laissent un front 
large et haut, très dénudé selon la mode. Les yeux ont beaucoup 
de vivacité, moins de douceur. Le nez est droit et long; la bouche 
a quelque chose de terrible, une extrême minceur de la lèvre 
d'en haut et une finesse de dessin qui est dure ; il n'y a pas du 
tout d'ombre aux commissures, et l'on n'imagine pas que cette 
bouche ait pu sourire. Astrée était, semble-t-il, plus belle que 
charmante » 

Assurément une telle auditrice, si, par déférence pour son 
beau-père protestant, elle assista aux prêches de J. du Moulin, 
était peu faite pour les comprendre; sur la fin de sa vie, auprès 
de son jeune amant, son livre d'heures « portait cinq diamants 
aux couvertures ». En vain Ronsard lui avait conseillé plus de 
simplicité, en des vers dignes de Marot : 

De quoi te sert mainte agate gravée, 
Maint beau rubis, maint riche diamant? 
Ta beauté seule est ton seul ornement, 
Beauté qu'Amour en son sein a couvée. 
Cache ta perle en l'Orient trouvée ! 
Tes grâces soient tes bagues seulement ; 
De tes joyaux en toi parfaitement 
Est la splendeur et ta force éprouvée. 

* 

1. Conservé à la Bibliothèque nationale et reproduit dans le livre de 
M. de Vaissière. 

2. A. Beaunier, article cité. 



CORRESPONDANCE 



243 



* 
* * 

Née en 1570, Gabrielle d'Estrées, si, comme il semble, elle fut 
baptisée par un pasteur, le fut vraisemblablement par J. du Mou- 




lin, puisque c'est l'époque où il entra en charge dans la famille 
du duc d'Estrées. Gomme son grand-père, elle cessa sans doute 



244 



CORRÈSPONDANCE 



de figurer nominativement sur les registres de l'Église réformée 
dès la Saint-Barthélrmy, et elle n^avait alors que deux ans. 

Mais toute sa vie, elle se souvint de ce temps où son grand- 
père était protestant, et elle n'aimait' pas ce qui lui rappelait cette 
période de l'histoire de sa famille. ACœuvres, lorsqu'elle a vingtans, 
elle fait la connaissance de Henri IV et elle l'accompagne à Paris, 
comme sa' mère a accompagné Yves d'Alègre à Issoire. Elle 
habitait l'hôtel du Bouchage — vers l'emplacernent actuel du 
temple de l'Oratoire — et comme un jour elle s'était, de là, 
rendue au Louvre pour visiter avec le roi sa sœur Catherine de 
Bourbon, malade, un gentilhomme se mit à « toucher le luth » ; 
il joUa le psaume LXXIX et les assistants chantaient. Henri IV se 
mit aussi à répéter lés, paroles, .si souvent entendues dans son 
enfance. Alors Gabrièlle le fit taire en lui posant la main sur la 
bouche : de quoi les protestants présents indignés se dirent 
entre eux : « Voyez-vous ceste vilaine qui veut engarder le Roy 
de chanter les louanges de Dieu » ^ 

* 

Un troisième point de contact se trouve entre les seigneurs 
de' Cœuvres et les familles réformées : Yves d'Alègre, l'ami 
d'Astrée, était apparenté à Anne d'Alègre qui épousa d'abord Guy- 
Paul de Châtillon, puis le maréchal de Fervaques ^ Gomme Joa- 
chim du Moulin n'avait pu empêcher le duc d' Ëstrées de retourner 
au catholicisme, de même Pierre du Moulin eut la douleur de 
voir abjurer le fils d'Anne d'Alègre, le jeune comte de Laval 'K 

Ainsi se fit, dans les générations successives, le triage de la 
balle et du bon grain, l'Église réformée conservant comme adhé^ 
rents définitifs ceux-là seuls qui étaient fermement résolus à 
rtiettre leur vie morale en harmonie avec leurs principes de 
foi, et à maintenir « l'empire de Dieu dans son entier ». 

Jacques Pannier. 



Commémoration du troisième centenaire de l'arrivée 
des Pères pèlerins aux Jt;tats-Unis. 

Après les fêtes de Leyde et de Plymouth célébrées pour rap- 
peler le souvenir trois fois séculaire du départ des Puritains, de 
Hollande et d'Angleterre, une série de solennités ont été préparées 

1. L'Estoile, /owrnaZ, I, p. 281 (2 mars 1597). 

2. En 1599 (l'aanée de la mort de Gabrièlle d'Ëstrées). 

3. En 1605. Voir notre Église réformée de Paris sous Henri IV, Paris, 191 1 
p. 200 et passim. 



CORRESPONDANCE 



245 



dans toutes les cités des Élats-Unis, pour commémorer V arrivée^ 
après soixante-six jours d'une pénible traversée, de la petite 
troupe déjà réduite, le 11 novembre 1620, au cap Cod, dans l'État 
de Massachussets. Une délégation, à la tête de laquelle se trouve 
le général Nivelle, a été envoyée, après une réception à Paris, en 
Amérique, au nom du protestantisme et du gouvernement fran- 
çais, pour prendre part à ces commémorations. Notre Société, 
sous les auspices de la Fédération protestante de France et avec 
le concours du Comité protestant de propagande française, con- 
voqua le public à une séance qui eut lieu le dimanche 28 novem- 
bre, à l'Oratoire, à 4 heures de relevée. C'est devant un grand 
auditoire groupé au pied de l'estrade élevée dans le chœur et sur 
laquelle avaient pris place les représentants des trois comités, 
qu'elle fut ouverte par la lecture de quelques paroles de la Bible, 
la prière de M. le pasteur E. Roberty et le chant, par le chœur et 
l'assemblée, de la première strophe du Psaume 118 : 

Rendez à Dieu l'honneur suprême 
Car il est doux, il est clément. 

M. Frank Puaux prit la parole pour lire une lettre de l'ambas- 
,sadeur des États-Unis, M. Hugh Wallace, s'excusant de ne pouvoir 
assister à la séance et résumant les principales phases de l'évé- 
nement qui eut de si grandes conséquences dans le Nouveau 
Monde. Puis le président montra lui-même les raisons que nous 
avons de ne pas nous désintéresser de cet événement puisque les 
principes auxq'uels obéissaient les Pères pèlerins et pour lesquels 
ils firent les plus grands sacrifices étaient ceux qu'avaient énoncés 
Calvin et les huguenots. Ces derniers n'allaient, d'ailleurs, pas 
tarder à être contraints de chercher, là où les Pères pèlerins 
l'avaient établie, la liberté religieuse'qui leur itvait été refusée en 
France. C'est ainsi qu'ils furent amenés à contribuer, pour leur 
part, à la proclamation de l'indépendance des États-Unis à Boston, 
dans ce Faneuil Hall construit par un descendant de huguenots et 
que plusieurs autres figurent parmi les premiers présidents du 
Congrès et les signataires de la paix de Versailles. On sait que, 
grâce à Lafayette, ce que nous avions apporté au Nouveau 
Monde nous en revint sous la forme de la Déclaration des Droits 
de l'Homme. 

Après le chant, par le chœur, du psaume 42 harmonisé par 
Goudimel, M. Paul Fuzier, conseiller d'État et président du Comité 
protestant de Propagande française, énumère les diverses mesures 
prises successivement pour que le Protestantisme français fût 
représenté aux fêtes de Leyde, de Plymouth et des États-Unis, 
puis le chœur fit entendre, en anglais, l'admirable hymne Nearer, 



ut CORRESPONDANCE 

my God, to Thee (Plus près de toi, mon Dieu) immortalisé par le 
naufrage du Titanic. 

La parole est donnée à M. Jules Siegfried, député. Utilisant les 
mémoires de son père et ses propres souvenirs, il compare les 
impressions recueillies aux États-Unis en 1832, 1862 et plus récem- 
ment encore pour nous faire toucher du doigt le développement 
prodigieux de ce vaste continent, les services qu'il a déjà rendus 
à la civilisation et ceux que les liens formés entre Américains et 
Français du xvn* au xx® siècle, rendront encore dans l'avenir à 
la cause de la justice et de la liberté. — L'assemblée se lève ensuite 
pour chanter avec le chœur la première strophe du Psaume 68 et 
M. le Rev. Chauncey W. Goodrich, pasteur de l'Église américaine, 
clôt la série des discours en déclarant que, quoi qu'il arrive, 
jamais le peuple américain ne reniera les principes formulés par 
Jean Calvin, appliqués par les Pères pèlerins et leurs descendants, 
toujours revendiqués à travers l'histoire des États-Unis, et qui sont 
à la base, non seulement de sa Constitution, mais de sa vie reli- 
gieuse et sociale. Le président donne lecture d'une traduction de 
cette allocution, l'assemblée, debout, écoute religieusement 
l'exécution, par le chœur, de l'Hymne américain, et la séance est 
levée. 

N. W. 



Registres paroissiaux de Castelmoron (Lot-et-Garonne) 
et de Gensac (Gironde). 

Les Archives départementales de la Gironde ont reçu, nul ne 
sait plus quand ni comment, deux registres paroissiaux que nous 
croyons utile de signaler ici. Ils sont classés provisoirement, 
depuis quelques années, dans la série E (fonds des Municipalités) 
à leur rang alphabétique, mais sans cote numérique, mêlés à 
beaucoup d'autres documents d'origine différente. Ils y resteront 
jusqu'au classement définitif qui aura lieu, Dieu sait à quelle 
date. 

Le registre paroissial de Castelmoron a pour titre : « Livre des 
baptesmes des enfans quy seront baptizés en l'églize reformée 
de Castelmoron, commensant le trentiesme juillet 1634, estant 
pasteur en la dicte eglize M® Pierre Labarre. » Il s'arrête vers la fin 
de l'année 1662 et offre partout une bonne graphie. 

Pourvu d'une couverture de parchemin, il est de format 
oblong et mesure 23 centimètres sur 9 centimètres. Il compte 
174 feuillets = 348 pages non chiffrées, chacune d'elles conte- 



CORRESPONDANCE 



247 



nant en moyenne cinq actes, ce qui donne un total d'environ 
1740 baptêmes pour une période de vingt-huit années. 

Ces baptêmes sont administrés par le sieur Labarre, ministre 
du lieu de 1634 à 1660, année de son décès. Ils le sont ensuite, 
pendant près de trois ans, par les sieurs Coras, ministre de Ton- 
neins, Lacoste^ ministre de Pujols, et Phalippot, ministre de 
Clairac, Jusqu'à l'installation du sieur Garissolle, successeur de 
Labarre (fin 1662). Ces localités appartenant toutes trois au 
département du Lot-et-Garonne nous autorisent à croire que 
nous avons affaire au Castelmoron de l'arrondissement de Mar - 
mande dans ce même département (et non à celui de l'arrondis- 
sement de La Réole, Gironde). 

-X- ^ 

En ce qui concerne l'Église de Gensac (arr. de Libourne, 
Gironde) nous sommes en présence de sept cahiers (dont deux 
sont en double, l'un pour 1789, l'autre pour 1790), d'un carac- 
tère assez différent de celui du précédent registre. 

Ces cinq cahiers enregistrent en fait les déclarations de bap- 
têmes, mariages et décès des Protestants du lieu depuis le 
28 mai 1762 jusqu'au 20 novembre 1790 (avec une lacune de 
février 1770 à septembre 1776, sauf un acte de septembre 1773). 

Les déclarations sont faites par les intéressés ou leurs ayants- 
droit, conformément aux stipulations de la Déclaration royale [du 
9 avril 1736?] et plus tard à celles de l'Édit royal de no- 
vembre 1787. Chaque acte est signé par le greffier en chef de la 
juridiction de Gensac et souvent aussi par le déclarant, sans men- 
tion du pasteur. 

Ces cinq cahiers (les deux en double restant hors de compte) 
mesurent 25 centimètres sur 17 centiniètres. Us comptent 
85 feuillets = 170 pages non chiffrées contenant chacune en 
moyenne trois actes, ce qui donne au minimum 510 déclarations 
pour une période de vingt et une années, défalcation faite de la 
lacune indiquée. 

A. Lerojx. 

Complétons cette note en signalant à ceux que cela pourrait 
intéresser le n° 222 (1 et 2) des manuscrits de notre Bibliothèque, 
qui renferme : 

1° Les actes {ou registre du consistoire) de V Église de Castel- 
moron, de 1597 à 1604; 

2° Les comptes de la môme Eglise de 1588 à 1633. 



N. W. 



CORRESPONDANCE 



Une question à propos de B. Palissy (voy. p. 174). 

M. A. de Pourtalès nous écrit : « En plaçant une virgule après 
le mot isle, on comprend qu'il s'agit d'une île placée par l'artiste 
au fond d'une aiguière et sur cette île il a modelé des serpents 
aspics et vipères ». J'ai soumis cette explication à M. Pesson 
Didier qui me répond que cette lecture ne l'a pas convaincu. « Le 
rétablissement d'une virgule ne me paraît pas devoir modifier le 
contexte qui me semble toujours faire allusion à un passage que 
j_'ai été incapable d'identifier». — La question reste donc ouverte. 

N. W. 

Errata et Addenda. — P. 12, 1. 2 du texte, lire consciences ; — 
L 9, lire extérieurs; — 1. 12, lire Fleix; 1. 17, lire susdite religion. 

— P. 22, lignes 20 et 21 du texte, lire : bûcher, il se sauva de prison 
et se rendit à Genève sur l'avis et avec le concours d'hommes qui 
sont des athées; 1. 30, mettre une virgule avant ope. — P. 53, 
ligne 9, à partir du bas, lire Rainville. — P. 54, j'ai reproduit une 
phrase de Tallemant des Réaux disant que les Rambouillet étaient 
de la maison d'Angennes. J'aurais dû ajouter que le financier Ram- 
bouillet, ainsi que l'avaient déjà remarqué les frères Haag (VIII, 
369 n.) n'avaient rien de commun avec les d'Angennes-Rambouillet. 

— P. 116, l. 13, ajoutez en note : Dans son traité contre Hutlen, 
intitulé «Sponjza et écrit en 1523 (Leide, 1706, X, p. 1670, F), Erasme 
écrit : « Dans cette ville qu'il convient de remercier tout spécia- 
lement de son hospitalité et que j'habite depuis près de deux ans, 
je ne connais personne qui supporte d'être appelé Luthérien, un 
édit y interdisant, même en s'appuyant sur Luther, de prêcher 
ce qui serait contraire à l'Évangile ». — P. 160, 1. 9, lisez Godran. 

— P. 161, 1. 12, lisez Marey-sur-Tille; 1. 19, après Basties, ajoutez 
(Esbaty). 

Les Tables du Bulletin de 1920 paraîtront avec la première 
livraison de 1921. 



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(Accidents). 
M. A. VINCENT, Sous-Directeur. 



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MM. 

Dervillé (Stéphane), G.O. ^, Président de la Cie des chemins 
de fer de P.-L.-M., Régent de !a Banque de France, Adm. 
de la O" Univ. du Canal mar. de Suez, ancien Président 
du Trib.de Commerce de la Seine, Président. 

Mirabaud (Albert)^, de laMaison M irabaud et Cie, Banquiers , 
Administrateur de la Compagnie des Chemins de fer 
de P.-L.-M., et de la Compagnie Algérienne, Vice-Pré- 
sidetit. 

Delaunay Belleville (Robert), 0.»}^, Administrateur général de 
la Soc. Anonyme des Etablissements Delaunay Belleville. 



N DES TROIS COMPAGNIES 

MM. 

Jameson (Robert), de la maison Hottinguer et Cie, Ban- 
quiers, Administrateur du Comptoir d Escompte de Paris. 

Mallet(-racques),de lamaison Mallet FrèresetCie, Banquiers. 

Neuflize (J. De;, de la maison De Neuflize et Cie, ban- 
quiers. 

Thurneyssen (Auguste), Vice-Président de la Société des 
Voies Ferrées des Landes, Vice-Président de la Banque 
Transatlantique. 

Vernes (Félix) i|si, de la Maison Vemes et Cie, banquiers. 
Administrateur de la Compagnie du Chemin de fer du 
Nord et de la Banque Impériale Ottomane. 




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1. i abm: alphabi:tiquil 

i)p:s noms de personnes, 
de lieux, et des principales matières 

QUK KKMKUMK LK lOMK LXXI (AnNÉK I922) 

du JUillflin /lis/orit/Uc' et liltn aire de la Soài'tc de l' Histoire 
du Pt otestanlisme français 



Al)eille Krani-oj';), llli) 11. 
bjuratioii en l'ruveiue 16M-lt'.s't , 

1)1 s s . 

Académie des sciences de Berlin. 122. 
Ailciiliinli ,.Jt'.in de Peystcr. sri- 

i,'neiir li'...;, i8 i\. 
Ai^.ilier (J.icinii'-; .l.iroli Icnon d ...). 

2til . 

Mf/ues ^vallc»' d ...). is. 

Aif/urs }iwrles {Les Martyrs), 2t>L 

Aiilaud (TiM'opliilr). 'M. 

Ailly ,M.:r',MM'ritf d'...,, Ik-I le-SM-iir de 

CÔli-ny, LSI. 
Alavoiiîc (Isaaci ri r.iiiiillc. l'.Mi, WH, 

198 n. 202, 20:;. 
Alhr.'l Jeanne d'...). Ils. l'i.t. 
Mhoii {Mtiroivs, N'ivaraU , 2li), 211. 
Aleandre. \\\:\. 

Allemand d'», cainisard, 2!^ . 
Allier (Raoul), H n.. 25(). 
Allier l'ian<ois) et (aniille, 100 n. 

2(1!». 21 I n.' 
Almanach catholique pour 1921, l. 
Ahnre, 

Alleirac ;Antlioine), 100. 

Ainlxjisc card . «ieorfies d ... . — 

Charles de Oliauniond d'... (ienr^'os 

.*^on (ils, 2."H. 
Atnboix (d...) du Larbont. 153, l.i». 
Andri.'rue (Catherine), f. <îiily, 21^0. 
Anqers, 1.57. 

Angoult'ine (Marguerite d'... ), >H . 

4. Octobre-Décembre l'J22. 



A II /i h es, '.». 

.\rlialestier Charles d), sieiir de 

Monlelar et de Heauforl, 
.Vrbaufl de .Mallieron Anhdne d i ou 

de Har^^eniont IGiS-KKiii, l'j. 
.\relies (Jean Ja(«|ues de .Me:?nies 

sieur d'... , 1. 
Arène (lllienne , 102 el I(i2 n. 
Arniaîul 'ehapelain), H'i. 
.\rnaud dWrnaud, syndir (Kîdi). 21. 
Arnaud fannllo\ 20!» n. 
.\i-iiMuld (Isaae , IM. 
I /•/>// V m lier d'...), 'JCI . 
Amis. ici. 

Assemblées Les) du désert dan.s les 

inoul;jj:nes du Castrais. H8 n. 
Assiiius ' [ta^l.;. 2('2. 
At^'er (A. , 2(11. 
Al /lis, 70. 

Alkinson Kniesl i, !Hi u. 
Aiihuis, 2.10 {man|uisal d'...) Card, 
207 ss. 

Aubert ; lli[)p(dylcj, 1.j4. 222. 

Auhojute, 160. 

Au lard, 122. 

An/as (vallée d ), 2til. 

Aulnis (J. L. I)'...'i, ancien. 19H. 

Annois, 193 ss. 

.Vusèbe (Marie .Madeleine), f. Walet, 
203. 

Aullioville (Su/unne d'...), f. Courtin, 
187. 

18 



lAHu: AMMiAnf:rioni: dks noms di-: itj^sonnes 



Au/ riche <lii prnt. en (l('[»ni?; 

le t justiu ii et' jour, 1 1 î . 

An I richf Société de I Histoire du 

Protestantisme en). I ". ». 
Avt'iuîlles, (les), H;i. 
Azaij proche >7. Mai.ifnl, 

I\ini (le lu llorhe ( F)rsrri|>(i<ni ^tu- 
\ ^iiostitjue <i'i (»nurni<|U(' «'t nn di 
cale <lii). :.!. 
Uarliol .l-liaii . t_'. — Malliicii. i ;. 
Barboyre, •>! . 

ISai'i^rmnn A iilui in- il A rlia iid dr). \1. 
l'uirr, \~{\. 

M.irrc 'IMiciiiic . Ino. 

lUirriri r (lu) I '.i"î. 

r.arllioliiicss, Il'H. 

Mas Daniel', j. (ailler. 147. 

Maschi (Uaroiis «le . JdS ss. 

I5asli.le II. lin Mil An. Ire). |.a>l. I V.l 

I 212. 

lîusiule lu i/rs liio'i mi i/es .Imir 

lin. 
M.HKlan i|>asl.\ 
M.iutlet Jacipies , i". 
Ilamlries l)(>ininii|Me). -•>2. 
iJan.lrillarl .M-r . .i. 172. 
Uaiiilrv Jean , !'.•!• n. ( Miarles. — 2ii:;. 
Ilandnin. Hainloin l'ram ois , l.l.'i, l<i;t. 
Baume des fées I, i . l'M. 
naiiinellr .\nlliuine et .laci»l» . liiO. 
l'».iii(|Meiu;ire Nieiilas .In, iii n. 
r>aiissel l'ierre de |»r<vol (|<' |.i 

. alhe.lrale dr Marseille, l... 
Il.i ville. 1 i.i. 

Mayonne Louis et Marguerite', :{.S. 
|{<aiif.Ml de Monfel.ir de i>s. _ 
Charles d Wrbaleslier sieur de... , 1'.». 

MeJiuinesse Diane". JJ'.». 

lîeanine/, (Th«''ti|ihile , 2'2'K 

lietiuretjtir.l , l'iC. 

IteuHiuiix, l.u. • 

iJeauvoir isieu r de . 1 . 

l'.ocdeliëvrc iCharh's de). 41 n. 

I5ecli.«ir»l (Simon; , 230. 

Hednar yV.), l.i'iS. -J.'ii. 

Melin ou Helles 'N<n'l , i_' u. 

l'.ellan^er ' past. , i'02. 

IJeuihn Mielro . i:i'2. 

l'.' iii'ilrl I iii>iin>- , I i 

Beneficio délia niorle di Cristo, 11. 

henelh; sieur de . 220 n. 

Hene/.et (famille , 20'.> n. — ministre 

dit La Treille . 21S n., 2(11. 
llenoit ^Alcxandrine), L Gide, 112 n. 



Keiaiid Mariei, 1. Tliime el faïuilie, 

2:t:L 

lifi/iiii \tiiiii,indie), 
lie ri m, 2:t t. 

Heruard .le.in) past.. 22. 
Merlrand i.Marlhei. It.SO. !t7. 
liè/tî (Théodore de), ICI. 2!!'. 
lîichi caril.'. lei^al du l'ape. I T. 
Hidln piuf.). 2.".'i. 

Itii^.ii s (iiiilhiiiine I. ^iic de l.i Lumle, 

12 n. 
Itil.in-»'. 2ii'> n. 

l'.ill iid l'iriir rl r.iiiiille. 22:i. 
i:ill> l'nvrval ilr et lamille. l.ss 
l!i>m;iiix. iMliiiiiilixir, Iji. n. 
lUacher (Alitninelle . 2.::!. 
lUana;:.-. r.iniille. 2n'.t n. 
l'd.inc. 2it'.t n. Marie, 2 ; I . 
l'd in. hard !• i .m. ni- , | ss. 
l'dancher. ramille. 2(i:i n. 
lUainiiiilicr (\i<-da-- — rlinnuf de 

relii;iMn. I'.'"' n. 
ni isine (Jeanne . f. <iinli-'ii\. _'',(;. 
me<i .M' de'. 22 

l'.lr/ M.ii ie 1. Un n.ild liiiii.. 220 n. 
IMis^nnue. I<i.. 

niiiii'.orliei- .M.i l i.' .leaniir . lii'.i u. 
Il'iih.irl de «'.hampigiiy l-ramois' 

sieur de Sar<>n. TL 
lln/f re (\ ivarais\ 2'» i. 
Iliilirnir protestantisme en). 2.ii. 
|{i>inet Mad(deine . f. Jean SI Lé^'er. 

l'.»s, 2o:;. 

Itoisscl Ja.-.pies. (.Vnloiiicli. ). f. (juis 

sac. 22!» et 2:50. 
l'.njssy d'.Vn^'Ias r,imiil«;), I 2:i:;. 
ll<imlmiinoii\ . c.amisard, 221». 
l'onui-mere. 147. 
Hi>r<li'iiu.i .ui wiir siècle, jti';. 
Mnrol ly. iiu'drcin. 1 DO n. 
|!..||()iiieo Cil-lo'. i:{S. 
llos<-, 2ii'.i n 

Itosse l'ierre el ramille. '.I.i. 187, 

IS7 n. 
r.osseii .\.\ 127 

llosl 'Charle- . 127. \ \:,\\, |S2.2'.:î, 

2."'.ii, 2:i2. 2». I . 
Hnliia (iraham , IjO. 
lioii. h. r. !ir, n. 
Itnu.let, .lit liaiiti.'r, 71. 
l'.ouillon (maréchal <!.• , ]!•;{. 
l'.oulel ( Vicloire . f. Comle. 2:^2. 
r.oiiihon famillf . Aniline dr) .1 

Maiidiiiii l'ranrois , et ICI. 
Rourchenin Daniel), l!Si. 
l'ujiirdou ( l-"rançois), IGl . 
Hoiir^'eou (Cédcon , paj»t., nêcnd., 127 



Dl-: LfKUX, ET DKS [MUMCIPALES MATIKIIKS lill 



r>ourf/es, H)i. 

hoiiruiict. 118. 

Hoiirnorivilte M. de), 1!>9. 

l'.MUiTilly (V. I..), 

liocage nornunid, 70. 

Boiizniie près Col dq inir , 148. 

Hoyer past. i, 212 ii., 

r>(t/.('nt.i .laipieUc), f. Faveiiline, o7, 

lirnssar, 17 '. . 

lirann ' li('>((;l ici- a SI l'a ^hoii ri; ), 112. 
liivh.iii (Klisalxîth , r. I!(.y I >a ii I [ili i tié, 
f)'i. 

Ilrrscou ïovl tic) près A<i<h', 2.'!8. 
/.'/r,s/^', !)(). 

lîrrvcdeiil (licnirii.inl ^uMièral de , V.\. 
Hricu (.leaii Louis , !1»7 ii. 
Hrif/ /lolcs, <S.] 

lirochf îC.ilhcriiic . i'. (iidc, lO:!. 
IW-oiiard (lit r.èroald (Matliieii) 219, cl 

lamillp, 220 n. 
iiroussou ((Uaiide , 127, 14!). 
Ih-uckncr (A.), 2:;:!. 
Briieis (Pit'rrc), IfiO. 
l'.riiii (pasf.)', 232. 
MrLiQci il'ici'rc , 10(1. 
HriHKd (.Médard), 20:î. 
i5rii<c.li\veil(!r (Paul), iiasl,. 202. 
|{ry Tliè(. dore de), 120. 
Buffet (si<^ne de richesse), 212. 
Hiiirc (Jean Louis de), 10!) n. 
Burzel (Vivarais), 199 n. 



i-^dltrirrc & C(i/>r/rrc d'Aïqurs, :?S. 
\_jti(liihitccli [lioissel , (lar(P, M7. 
Cddi'UCl , 1 1 . 

Cadicr ou (lapilur (.Marie de;) cX fa- 
mi Ile. 14!). 
Cadix (()asL). 181. 
Cdcii, 70. 
Ca/iors, l."i7. 

Caiadou iM"'^ dt;), T. de Maroger, 2(11. 
Cahils. i:.7. 

Calasau/, (Sainl^.losepli), 2.78. 

('(fli<//n/ (Hasse Norniaudie , 72. 

Calvin (inaisou de , .'iO. — et La Tlien- 
lu^'ie i^ernia ni([ue, 110. - .lenuesse 
de, l.i!». — (îUa Kcnaudie, Kil. — 
1 lelire eonservee de...), 2."i0. 

Calviniana. 2(;t. 

Cil/ vixsd/i , 'l'M). 

Gamisards -ncrrc ilr- , Ks. 

C,-.,nipr<'duu dil Diiliul , 71. dit 

aus^i Li! I>la(iuiere du Dutil, 82. 
Canisius, i:{8. 
Cdii/erùuri/. !)0. 
Caponuc ((ietiliile), 102. 



Ca|)elle (Lntiis , s"^ de iMonlg(Mii bert 
Oi n. 

CaralVa (< i ia ui [)ietro ), i:!3. 
( 'd/'Cfisson ne, -'A I . 

Cardaillac (l'ierre de), dit Saiut-Mar- 

tin. !)(i. 
Carueseclii iMeti'o', i:!l. 
Carou (.\ni;(di(pie . I !.I7 n. 
Carder .AUred , uecrolc-ie, 127. 
Cassa uder, lOi. 
Cas])ar-.l()rdau, 120. 
Cnletiii Citiiihrrsis Traité de). 1.77, I!)."!. 
Ca(iu;il, caniisard, 2;;i. 
Cul licrun' (le Médicis ( l.e roi/aiii)ic de), 

La France à la veille des guerres 

de religion, 120. 
Calherinol, lO'i. 
Cause ,,\ u ser\iee de l;i) , IIS. 
Caux M. M. de . S',.. 
Cavalier (Jean , 177 — La prétendue 

li'ahisoa de..., 201. 
Cavour, ."il 'paix de .il. 
C'jziir'ils, 17.7. 

(la/.enove Arllnir de , uecr(d., T.M . 
Ceilldl , lire S/lha.-, 117. 
Cervini card. , ['V'>. 
Chiilxtii iirrie la \'iviiritis}, 241. 
Cliahriere iM. de), 17. , 

C liill (llirdii , 2.'!8. 

(;iianib(>u ( suhdeh'^^ue), lOil. — uiinis- 
Ire, 127. 

Chambre de l'Edit de C.reu(d)l(^ 9, 16. 
Cli.'iuihrier hariui de^. niiu. |)lèi)ip. 

(lu roi de I'russ(> -à Paris, 1 Kl. 
Cliauipii^uy fraucois lîochari de...), 

sieui' (!<■ Saron, 1!), 22. 
Chappeau, 2(il . 
Cliapellière (Aune), 2'i7. 
Chaiionuière (Francis), Lit. 
Charl.onuel (|.asl.) 181. 
Charuur/.y ( h'ranvois), jiasl. 1770,2(10. 
Cliaruisay (liaronuc de), 112. 2i!». 
( ;iiarreau ( Da uicl . !I2. 
( lliiua icr ( Suzannr , 1 
Cil is(de .\nloinellc', I" lloussel, 230. 
Chalillon iOdet de... , SS. — cardinal, 

l.iC. 

Clialoney, H:!, 2,72. 
C h a u v i n ' [t a s I . > . I 0 , 32 . — 1 22 ; — ( .l(;a n ) , 
37. 

Cli;i/..d, r.'iuiillc, 20!i u. — An((uuc et 

(iuillatnue, 2! 1 n. 
Cheliinl (le Chr>/ldrd), 2i0. 
Chefrène Le], 82. 
Cliirou/.(^ (.leau), 2.3:!. 
Chronologiette, 2(in. 
Cisneros (card.), 132. 



TABLI': ALIMIAinVriQUE DRS NOMS DE PFJISONN ES 



Claris (Barthélémy), ni't-niS, past., 
212. — camisabvl, 2:M — Sir/anrie de, 
r. Soulier, 2'i0. 

Claveile ou Clavcl (Catherine) et la- 
iiiillc, 22S. 

Clef (La) des Champs, 1586, 120. 

Clément (houis), 100 n. 

Clémence (Jeanne), f. Candille, 101. 

Cohen (Gustave), 52 ss., 121. 

Coli-iiy, ir.C. (Ôdet de), 186. 

Collège français de Berlin, 122. 

Colloque de Poissy, l'iii. 

Coio<jnac, 14N. 

Colombe (Jean le Bacliellé, s'' de...), 
Coml)e, lamille. 20!) n. 
Commentaire des lois ecclésiastiques 

et civiles de Constantin, Kii. 
Compagnie du S'-Sacrement à Aix. 

\?., 

Cumpreville ' lluland de), Combreville 
^ ou Cobreville de llottencourl, 1 *.>.'!. 
Comte (Auguste ^ 183. — iM-anc^-is. 

2:52,, 2:î4. 
Condé (prince de , HiOO, i:i6, 100. 
C()i><lé-sur-Ni)ire(iu, 70. 
Confédération de Varsovie l.iT:^ ,2. k 
Congrès pour l'Education morale, 

2î;o. 

Conslanve [Tour de), 22S. 
Conslaut labbé C.), 142. 
("onstantin (Louis Charles), 20:;. 
Constitution civile du clergé en 
' Alsace, l"/90-170:i, parR. Beuss, 2:i0. 
Coiitarini ((Jaspard), VXl. 
(Jloi-bière (dit la Picardie), 118 n. — 

Moulin de..., 214. 
Coslard d'Us (Eu^jène), 7!). 
Goste, famille, 209 n. 
Colentuu (he), n."l4, 82. 
Gotlens (M. de), 50. 
Gotlin (.1.), ancien 1!)5 et famille, 196. 
Cottou (Norl:, 40. — IV, 207. 
Conderc (Davi(l), [)rédicant, de Viel- 

jouvcs, l'iN. I 
Conlet, famille, 9S u. 
Couptrin ou ('ouptrain (Renée de), 

9:5, 186. 

Gourcillon (Marie et famille, 188. 
Court (Antoine), 69, 114, 179. — de 

(;ébelin, 83. 
Courlin (Pierre , 93. — el Camille, 187. 
Cracovie 'Ki,4ise i)roteslaiih- de), 25;!. 
Crampon (abhé), 57. 
('rnu.r, 2:58. 

Confessorat du P. Le Tellier (Lettres 

sur le), par l'abbé Mari^on, 2."i5. 
Cousin (pasteur), 261; 



Coulhaud de Bembey, I2."i. 
C.ros (André et famille, 2;S4. 
Cros (Gard), 1,1!). 
Crottct (Ku^ène) i»ast., 262. 
Cu(/)if/, 1!)4. 

Danice, 187. 
aniel. amis de (^..ilvin, 2.11 n. 
Dardier (Cli;ii'l(>s), ,56. 
Daucbel (Louis , 1!)6. 
Daufès, 20!) n. 

Daiilheviile (Loiiys;, Paul), sr. des 

Costes, 92. 
l)él)uii'e (.lean Louis), 202. 
De Haye 'Jean Pierre\ 19!) n. — - Fi-an- 

rois, 2o;î. 
Dejoui's ' (jabriclle^, f. Moulai'd, 
|)fla(lours[)e, 261 . 

Delai.ule ( Aiif,réli(pie), f. Uebuire, 202. 
Drlbos. 20!) n. 
Dcleii/.c, 108. 

Deli vcl Jac(pies), 70. — Jean et Pierre, 
87. 

Delomc, 20!) n. 
Delon, 20t». 

Delord (André , 20!) n. — et liimitle, 

211 n., 2:!2. 
Deh.rte i. Marie , f. Gaulier, 10_>. 
Denis ; iM-nesl i, 12!). 
De Peysler (IL), ."iO. 
Descaries, "i:), \ 2 \ . 

Dcscliamps (Mai'ie Jeanne , changé de 

religion, 1!)!) n. 
Dcscons Su/.anne), L Barriol, 211. 
Désert (Cullcs du...), Un n. et 207 ss. 
Desi;iieryne, !)4. 
Destibas, 215, 21t. 

Dezon ou Deslions (Suzanne) et fa- 
mille, lis. 

Diane de France (duchesse d'Angou- 
lème , 93. 

Diane de Poitiers et Catiierine de Mé- 

dicis, 1.56, 
Dieirich (Domini(pi('). 170. 
Dordonuc (Ballhazar de Villeneuve, 

sieur de...), 8. 
Dornholzhausen^ 125. 
Dortial, 243. 

Doumergue (Doyen Emile), 177. — 

(D^AIberl, 261. 
Dubarat (abbé), 119 n. 
Dubourdicu pasL), 22!). 
Duceilier Marie (Catherine) et famill(>, 

1!)9 n., 201. 
Du Cliaine iJ.-B.), 17. 
Duchaisnc ! Louis), 17. 
Duclé (Sarab), f. Garel, 101. 



DE LTiaiX, ET DES 



PRINCI PALES M ATI ÈH ES 



Duclos, past., 84. 

Du F.i y, S'' de la Taillée d'Eschiré, 183. 
Dul'oiir ^.jchau), il) n. — Nicolas, 41 n. 

— Tlic'ojjhilc, m''c)-(»lof;ie,'233. 
Diiliau (c.ipilaine', 122. 
Diiinas, 20!) n. 

Dumez (.Margiierile), f. de Saint-Lé- 
ger, 1!)7. 
Du Moulin (Pierre) avocat, 1S7. 
Dui)in (.M.), 1.M4, 22:;. 
Duplessis Docagne, 87. 
I)u|>re7. (Andr(''), curé, l'.»9. 
I)u(|uesnc (Joseph), IfJl n.,ir):>. 
Duradc f.lean), 112. 
Dur.ind, famille, 2U<) n. — Marie, 23H. 
Dnrocff (Tti.), 'M). 
Diirnlioler (Lorenz), 221) n. 
Du Sellier (Louis), l'.)'.) n. 
DussilliiM- (Marguerite), !'.)!) n. 

IMi}i]ilel~l('H- Honen ^ 48. 
"^jhniy, prédicant, l'i2. 
l',/,-l>n/s/irlni Alsace. 170. 
Edits (d Auiltoi^e), I .iS. — dr Jiiuvier, 

i:.(i2, i:i7. — dr Niinles, 7. 
Eglise française de lU-rliu, 122. 
i ;iis;i l)ctli reine d'A ngielriT(;-, !)0, ir.7. 

— de l''rance, duchesse de Herry et 
(h^ Savoie, 8N. 

Euunanufd-lMiilihei'l, duc de Savoieet 

Calh. de .Mcdicis, l.'û. 
Encouti'c :Dani(di, \H'.\. : et l'aniillo, 

ISl, 212. 
l'.useliede A. .1.). W. 
I']sui;ingaii ( iulcuihinl i, SO. 
Ese(dli(M" (les p.isleursi, V(ty. Scoriiei" 

el laïuille. I2(i, 127. 
I'',sj>iii(tss('s, 2 1 . 

i'.slaipie .Ic.innc), t. Delmt, 232. 
I\sliciiue, 2S. 

l'>st()ulevilic .Marie d' . f. Higjrs de 

1.1 Liuidc. 'i2 n. 
I']t;iiu|ies de \'alanç;iy (Jean- Hajd isle 

d'. iiiSO-HiH'i), 12.' 
/■.'///////c/'cs-, 10. 

Irii're .1. , r,o. 1 13, i:;3. 
^ ahre .l.icipu's,, 37. 
I'algair(dl(î (Prospcr), 1 i i. 
l'.irjou. lui. 

l'.iurié ChnrI.'s , 1')!) n. 

l'.ivfnliuc Auh'iiic d Ciiiiine, :)7. 

l'avicr |{nherl(, '.)7. 

l'\di.K (Cilhcrine). 37. 

l''c'i-(linand, roi de^ Kouiains, 133. 

l'errière, 23(1. 

/•V/r/é/r.s- (l',-lise dr . 17'.. 



Ferry (.lérémie (d Su/.arine). l-i. 

Fesipiet (Je.tn , •J7. — el lamille, 102. 

1-i.ialek i;ihl>e), 2.iL 

Flaissières, 231. 

Flauiend (Thérèse), l!)9 n. 

Flavard, 2UU n. 

nar>/ le Martel, 1!)3. 

Fh'cliier (past.), 212 n., 214. 

Fol< hei' i.lean), s"^ de .Montaren, 102. 

Fonbruue-Herhinan, l'ti, 

l'ontanieu (Eve) 101. 

Font-Morl , 177. 

Forbin (.lean-Baplisie de), seigneur 
de la llo(iue (rAnlliéron. 10. 

Forhin-Jausou (Toussaint de), 12. 

Forcal<iuicr, !). 

Forçat (congé de), 180. 

l-'oresta i.Ie.i.n-Augustin de), marquis 
de la Koquelte, 1 8. 

l'orestier ! .Marguerite), f. Prunet,2;îl. 

l"\)ruiey, 122. 

iN.ucard, Camille, 107 (Charhdlel, liXi. 
l'^oui-uiérc ou Fornièr(! iJeannej, L 

(iervais dit (:a()on, l 't'.). 
I^'raisse, j)risonuier, 217. 
Ffanc/'or/-sur-l('-Mi'iit (lôglise l'ran- 

çaise de...), 122. 
François (noi. |)r(d. KiO.'i', ISO. 
Frédéric (I, 11 el... (iuillaume, 122. 
Fresne, 70. 
F)'i('(/i'iclisi/o)'f. 12 '( . 
Frière (l>icar) l'.H) n. — et famille. 201 . 
h'romeul, 1)0 u. 

/cachou (Jean) 1707, 1708, p.ist. 212. 
Ij.'ilafrès '.lac(|ues) el fauiille. !)0. 
(lala()(!S, lamille. !)0 n., 101 n. 
(ialdy (Pierre), lOL 
(ialières (baronne de) danu; de Ues- 

linchièros, 213. 
(lalland (A.). 87, lai. 
(ian)art (Marguerite), 1!)9 n. 
Candille (Pierre), 101. 
(larde (('.alherin(! et Ant(unelle), 101 . 
(iardies (.Vnthoine) et famille, loi. 
(iarei (Thomas), (de., loi. 
(iarrela (Daphaél), ',8 n., 113, 133. 

100, 24 L 2:i0, 232. 
(Jaspar (.lean . 102. 
(îauh<-rl, I.^ll. 

ilaullicr <l(î Saint HIancard iitasL), 
230. 

(laussen '.\nue), I. C-ros, 2;'.l. 
<lautier (l.ucienj, protess. 121, L'')'i. 
(iautirr (past.;, 70. — el laïuille, 102. 
(lauliei- (Centillei. 102. 
<ia/an (David) dit La Jeunesse, 148. 



270 TABLE ALPHABÉTIQUE 

Gazayo (Jeanne) f. (linlioux, 24G. 
Gazeite (Nouvelle) des Sav.tnls, 1:22. 
C.olin (II.), 

Cenrrr, et 1m. coiijtn'al ion d'Anilxiise, 

Ki-),, llili, 220. 
(ienlis (lM-;in«;()is (le 1 luij^est, sei^^nenr 

de...), m. ' 
(lential dit Lassai^ne ou LaSagne, 85. 
Centy (Monsieur), 'JS. 
(leorgean, 1S7. 

(îervais (Pernette L..iiise), f. Gide, 

— («t famille, If.L 
Geslacht-Register des Oude Kaapshe 

Familien Kaapstad, 181):MSy'i, 
(iex ipai/s (le), 2.'). 
Gliislieri (eai-d. Pie V), 1:56. 
(Tide (Ktienne) et faniillc, 102, ss. 112. 
(Vignac, 11 . 

(u'ibert (Thomas), 93. 
(lilly,13. 

Ginhou.x (Pierre) el, faniille, 240 ss. 

Giran 20!» n. — et famille, 237. 

Giraud, 20!) n. 

(', luras (n\ (iliii/ras, 233. 

Gobert (grand prix), 126, liiî), 2rj0. 

Godeau, évèque, 10. 

Godefroy. dit Lebas, 14. 

Godet (i»hilipj)e), nécrol., 1!)1. 

Gonzaga (Kiroie), card., 137. 

(Hordes, 10. 

Gosselin (Nicolas), 41 n. 
Goulin (IMerr(^), 37. 
Gntsse, !>. 

Grave {IloUcnulc), 10 . 

Grenoble (Chambre de l'Ldit), IG. 

Grenou, 225. 

Grucliet de Soquenee, 41 n. 
G Hère t, 170. 
Guérin, 209 n. 

Guérine (Isabeau). — et famille, 38. 
(Uiès, 107. 

Guibal i^Tliéophile), past. 182. 
Guimond (l^ticnne .Modeste), prieur 
cure, 190. 

Guiraude (^Catherine), f. (ialafrès, !>!). 
Guiraud (Tliéoj)hile), 102 n. — Jean, 
153. 

Guise (les) et Catli. de Médicis, l.'iO. 
Gunzer, 170. 

(irilliac (iMar^uerite), 241. 
Groceaux (Glaude et Jacques), 1!I9 u., 
203. 

(iueraut (Marie), 237. 
Guihroi/ (foire de...). 201. 
Guicliard (Louise), 201. 
(iuidez ((L'vtherine) Guidés ou Guidais 
et famille, 230. 



FlS noms DR Pl^RSONNES 

(Juillot (Jacques), 241 . 
Guiot (Mar^Mierite), 1!I9 n. 
(Juyar-d, famille, 2()1 . 
(iuirauld, famille, 20!) n. 

Hafiombard (Madeleine), 190. 
allier ( l^'rancois), 2.55. 
Uam, 193. 
Hambourg , 15'i. 
Jlainjitonconrl. (Traité de), 137. 
Ilangest (h'i-ancois de), seign. de (!en- 
lis, 1!)3. 

Ilai'court (maréchal (r...)80. — et fa- 
mille, 92. 
Ilargicoiirt, 204. 
llarilib (Samuel), 253. 
llauteville (Llisabeth d'...) 88 ss,186. 
llav/eviUe en C/iarcbigtir, 88. 
Hébert (Jean-Pierre), 203. 
Henry (Krnest), 90. 
Henri III eu Pologne, 25i. 
llerzog (past.), 51. 
liesse, 124. 

Hesse-Homboui'g (landgrave de...) 
125. 

Heu (Gaspard de...), 100. 
Hiriz (past.), 170. 

Histoire des nouveaux presbyté- 
riens anglois et écossois 1000, 253. 
Hollande ((écrivains français en), 52. 
Ilouter (Jean), 254. 
Hrejsa (F.), 25 'k 
Hugues (l^lmond), 178. 
JIus (Jean), 129, 254. 

Icard (ministre), 127. 
Ilirlckers/iehn, 170. 
Ifs-sur-Laizon , citàleau de Cos/wd ,19. 
Irissac, 217. 

Isnard (Josepb), f. Clavel, 22 . 

Jalabert ^veuve), 103 n. 
alla (Jean), 51, 02, 120. 
Jansénisme (Le) démasqué, 258. 
Janvré ((^hai'les), sieur de Lestortière 

et famille, 183. 
JaulxM-t (abbe), 107. 
Jayme (Pierre), 'M. 
Jeauséue ou Jausen (Jean), 'M. 
Jésuites (La .Morale des, et écrits d(;s 
Gui-es de Paris, etc. 105S-5!)), 255. 
Jonquière ( Ki-au('ois), 100. 
JoiK/uières [Ivi'vc dej pi és Gompiégne, 

190. 
Joucas, 10. 

.lourcnl (JoTianvins), paroisse de Saint- 
Genest-Ia-Cliami), 2 U, 



DE LTRUX, ET DES PRINCIPALES MATIÈRES 



.liili;in (Claude), 100. 

.1 iillian ;.lean Pierre), 2:]7. 

JniKis, 21."). 

Kaweraii (Sicf^fried ), proresseur, 232. 
irfer, past., HO. 
Kiodek (.1.), 2Î.:5. 
Knodeicr (past.), 170. 
l\(i'>iif/(/r(itz, 25 'k 
K()ll)ii^/.e\vski (K.), 25:5. 
Kol (Stanislas), 2.")."^. 
Krahcc' (J. J.), ^'ô't. 

Iahile (.lac(pies), 92. 
^a Mlaiiiiière, 71 . 
Laborie (de) ministre, 97, 2'i(i. 
I;a, lloulayc, '(8. 
l.abouraire ( Tristan j, 100. 
La il renie, 9. 

L.i. hiilte, (Th. de nèze),22rj. 

Ldcazp, 17;). 

L.i Cro/.e, 122. 

La Chaise (le P. de), 257. 

La Charcp, 1 1 . 

La CosLe, 10. 

Laci'ouzelle, M'y. 

Lacroix (.M. et M"«), lOS. 

La Fayette, 124. 

La rère (de), past .. \\)\. 

La Ferlé (.lac(pies et IvOtiis de) 75. 

L.i h'ontaine, 6 1 . 

La, Force ((tiic de), 1 19. 

La llolicre (c/ai/eaii de) [)ar Cérisy- 

L'i- Salle, s:{. 
Lainez (jésuite), J:!i. 
La Liqiiière (M. de...), 214 n. 
La LoHvrI ière, S.'i. 
La Manière (cure), l!>:i. 
i>aniarine, l'aniille, 209 n. 
LanioKr, l;Miiille, 209 n. 
La Mo/ le r/WIf/iirs, 9. 

( lliarics) et lainillc, Il>7, 199 n. 

L.iiK'iiiMiic , s:;. 

Laoïi el la l'ère ilîf/t/se de), 19,"). 

La IMcardié (À)rbicre dit...), prcdi- 

canL n;. 

L.i IManciie (.lacipK's de \ p.istciir. ."M . 
La IN Mie (dcj (i'Iiilippinr) J'. Alavuine, 
I9S II. 

La Reiiaiiilie (.leandii H.irry.srdc et 

r.'iniille. HiO. 
La llor/irllt' i^i,. ~ toid llir iiuirs 

(>/' r<'li;/iii>i , I ."i L 
La Hix^uc d'Aiihais, 21.",. 
La Iloclieloucand (Anloinc dci et 

lainille, 2:iL 
La lioque d'A a tliéroîi, 10. 



Larro(die (past.), 177. 

La lioiivirre ou La Hoiive>/rr (\'iva- 

rais), 2i2. 
Lasco (Jean de), 254. 
La Salicre (Jean de), 87. 
La salle (Card). 1 't9. 
La Sauva^,M-re (M"- de), 183. 
Lasserre (pasL), 212 n. 
La Taillée (de) l'amille, 18.*^ 
La Traverse, près Saint-Forlunal, 

Laudonniére (expédition de...), 120. 
Laurence (.Maj^deleine), 99. 
Laurent (Louis), f. Rieude, 99. 
La II ris, 'M. 

Lausanne (Reln^e à), 239. 
Lautier (le sr), 230. 
Lauzièi-e 209 n. — et famille, 211 n. 
f.avabre, 21 't n. 

Lavaur (damoiselie) et ses (illes, 103 n. 
Laver^aie (abbé de), 33. 
La visse, 53 n. 

Lavoye (Catherine de) et famille. 48. 

L.ivy (Jean Pierre), 199 u. 

La\v (John\ r.l. 

Laxisme (La (piei-elle du), 2;i5. 

Le Racbellé ^Jeani. s"" de Cobuubé, 45. 

Lecoq, 93. 

Le Cordier (Pierre), U n. 

Le l)()U\ (Marie Anne .\Lirline), 19!) n. 

Lcfèvre (Ouentin , 1!»'9. 

Leide, 53. 

Leiieur (Clalherine). f. Cappel, 94. 
Lemarchaut (Jac(pies), 93. 
Lemercier ('I hymolé), esc. sr de la 

llerodiére. 94. 
Le .Moync Jacipu^s , peintre, 120. 
Lcnfant. 122. 
Léonard (Iv), 218 ss. 
Le Pan piler (K.), 40 ss. 
Le l{at cen tenier, 'i2. 
Le Quesne (Jacques) et famille, 48. 
Lequeux (^Llrie), f. W atbot, 197 n. 
Leroux (AIIVcmL. 15i, li;5. 
Le Roy (Marie Aune), 198 u. 
Lesdi^uières (M. de), \.\. 
Ltdlcs (.Iran de'', ex-év('(pie de lîe/.iers 

(>l .M(uitaub;iu, ICO. 
Lettre sur les Assemblées des reli- 

(jioHuaires du Languedoc (1745), 

II'.. 

Lévrier (Pierre), SO. 
Lewis (Dn, 182. 
Lisbid (l).iuiel), 197. 
I.ishî (Rachel ou R.i. lieile de), 92, 
186. 

Lods (Armand), 50, ti4, 153, 250. 



TAIU.E ALPHABÉTIQUE DES NOMS DE 1>EHS0NNES 



27^2 

Loesche (D-^ Georp;), 114, 154. ^ 
Loise ou Loire (Nicolas), 199 n., 203. 
Loinl),ir(l (past.), 86. 
Londo ((juillauiiie IJigars s-^de la...), 42. 
Lorc (Aiubi 'oise de) et Ininille, 88. 
Ivon-îiiiie (cai'd. de) à, Trente, 137. 
Loiibat (.lean) dit ilapliste (past.). 

2r.:-î. 

Loubière (8uz;inne) el lainille, 242. 
Louis XIII, 8. — Xl\ 10, l:i2. — àStras- 

boirr<^ no. — et le message du 

Sacré-Cœur, 2r.r). 
Lounnari)! , 8, 10 24. 
Loyola (Ignace de\ l."i39, 134. 
lAiblin [Polof/ne], 254. 
Luc [Var], H. 

Luna (comte do), à Trente, 139. 
Lunel, 232. 
Lussan, 102. 

Lullier, 114. — L'évolution religieuse 

de...,' jusqu'en 1515, 1 Ki. 
Liizeux (Antoine;), 199 n. 
Lyoura (IMiilippei, 1 9(). 

Mabcdly (Jean) et Camille, 209 n., 
210 n. 

.Maillard (Tb.). 59. — past., 184. 
iMaisonneuve, 2H. 

Majal (Matlbieu), past. dit Désubas, 

215. 
jNIajou, 205. 

Malet Pierre, past., 88. 

Mallie ^Jacques), 100. 

Manosque (liasses-Alpes", 8, 9, 11. 

Matis [le), 157. 

Manson Pierre), 75. 

JManuel (ministre), 101. 

Mappe, il i acre, 198. 

Margon (abbé de), 257. 

Myrguerite de France, ducbesse de 

Savoie, 52. 
Mariéjol (Jean-II.), 155 ss. 
Marion (.Madeleine), 233, 234. 
Maroger, 217. 
Mdrsdl/e, 14. 

Martel (Nic(das) 9(5. — famille, 183. 
Martin (Jean,!, 71. — Josepti, 182. — 
legs, 50. 

Marlinencbe (Suzanne) et famille, 102- 
Martyrs (Les) d'Aiguës Mortes, 14 k 
Mtirvéji)h en (iévaudan, 234, 235. 
Mary (Pierre), f. Ducellier, 202. 
Mds (.'ouri/nt'l , 2'f7. 
Mascarenc (An(oine), avocat, 149. 
Mas-lioux, 177. 

Massé (Jean Uapliste et Marie Anne), 
(portraits), 252. 



Mas Souhet/ran, 177. 

Matlieron (Antoine d'Arbaud de...), 12 

Matbieu (Antlioine), 101 . —J. pasteur 

1775-1772, 212. — famille, 209 n. 
Mauclerc, 122. 
Mau[)ertuis, 122. 
Maurel, 217. 

.Maurin (dénonciateur), 103 n. 
Maurisset (^Marguerite), 
Maximilien, roi des llomains, 141. 
Maza))ir/,i\:], 117, 252. — Histoire de 

l'h^glise l'i'foruuîe de.. . , 117. 
Mazaryk,129. 
Mazel, 244. 
Mazon (A.), 24 i. 
Méaune (Am!)roise de?, 90. 
M eaux, 1567, 15 S. 

Médicis (Catlierine de) et les protes- 
tants, 90 n., 155, 102. 
Meillamm Meillant (Cber), 251. 
Meillerot (Jean), 38. 
Méjau (Honoré), 100. 
Méjancl (.lac(|ucs) et famille, 140. 
Mende. 150. 
Meny (M""), 252. 

Mercator seu judicium, 1530, 253. 

Mercier (.Marguei'i te), 183. 

Mercceur (duc de), 17. 

MerlemonI '^cliâleau de), 88. 

Mesland (HIésois), 251 n. 

Mesmes (Jean-Jacques de), sieur 

d'Arcbes, 7. 
Mesnil (Pierre), 87. 
Mesnil-lltiherl, 75. 
Mespris (le) du monde, 151. 
Mettayer (past.), 194. 
Meynier (Père), 33. 
Micbel (past.), 8'k 
Migault (Audrél dit Preneuf, 72. 
Micbelet, 12.î. 
Mil/ierincs (O'a/v/l, 151. 
Millet (Charles), s'du JJoisblondel, 92. 
Mimata (Jean Nicolas de), 17. 
Minille, hôtelier à Strasbourg, 112. 
.Moine (Louis et Pierre), 199 n. 
Moinier, 217. 
MonheurI, 118. 
Mit/iîieaiir, 201. 

Monod (Albert), né^crologic, 191. 
Montalle (Petilcs lettres' dei, 255. 
Mon /a II. r, 102. 

Monf/nca/ {llaiite-Loire), 2U. 
Monfahi)/, 82. 
Monlaf/ne noire, 174. 
Monlagnol {bois de), 174. 
Montaren ( Folcber, Jean^Sgr de.,.), 
102. 



l)F. LIRUX, KT DI^S 1 

Moulai aire (cliiUeau de), Oise, <S8. 
Monte lar et de Heaulort (Charles 

d'Ar baies ticr de), 19 et 28. 
Monleil, 24.*}, (Franrois Adliéuiar 

tic...) de (ù'ignan eiraiiulle, 12. 
Monleuil {Sai)il-Forliinal i, 23(t. 
iMoiiU'eiTand (Guillonnet de) S^r de 

Heaulieii eu Péri^ord, IGO. 
.Monlii^ny (dame de) et famille, 188. 
Momi)le/-aiit (M. de), 33. 
Mniil mil , 2 W. 

Moiivaillant clifilcaii de), 2(;i. 

Moi'aiil (Tliomas A lexaiid le inten- 
dant, 38. 

Moraves (l-ièiTsj, KiG. 

Mor.'l (Kmile), :iO, 113, i:i3, 2.o2. 

Morcly Mean^, 101. 

Moiin [Pierre), dit rK|)ine, II. 

Moronc (La légation du cardinal) 
près rem()('reur et le (loiirile d(^ 
Trenle, 131 ss. 

Moiic/k/ m/is {\ftn\v('], 2(11. 

Aloulard ou .Mmilla (.la('(|ii('s r| f,!- 
mille, I n. 

Moins i .\i-(l,u-li(>.' , 233. 

IMoiiricr (l'icri-c), 2'i0. 

.Mossmiiiin '\;ivi('r), l<i8. 

Movn-- (isalxdle), l!)!). 

Multipliants (Secte de), 232, 23;i. 

Mullequins et mulquiuiers, 201. 

Nacl' (llt'ni'i), l!i."l ii. 
((lie;/, l.''j8. 
S a7il e.uil- 1 cs-Mea u.r , 200. 
Nao;4eorgus, 233. 
Napoléon 1-', 3,3, 123, 
Naiidr, 122. 
i\'mn'o>/, 203. 

-Navarre lAntoinc et Henri dv\ 100, 
l:)3. 

Nicolas (.Michel), professeur, 11'». 
Niciiiojewski (.lan), 2:ii . 
\icol,is Isaa.- cl f.imille, 22S. 
.\iiiri. iSa. 

N'X'M'"'. <'iiré de St. Hémi de 

SI ( Micnlin, !!I0. 
SnrniinnI/c \ Hasse), l';43-l78!>, 0'.». 
.\n;/n,i. 3(1, \:\'.). 

OIm'i Iiii Henri ( iotl I ricd ), 31. 
Iierl f l' i ath'nisci, II)!) II. 
OlM-cehl, I /(I. 
Olivri ^p;i-<(.j, I?.). 

< Mlivier (.leau), lils de Malliif.Mi, .38. 
<hi!/lcs, II. 
Ophi'ilvlle, II. 

Orange, Nassau Hlenrielte d" , 122. 



TNCl PALES MATIKURS 27:'. 

Orange (Les Protestants de Provence 
et d'...), sous JiOuis .\1V, 7 ss. 

Oratoire de l'amour divin., 132. 

Oratoire (I.a polili(iiie des .lésuitcs 
et r...), 233. 

Ouchii, ;»!). 

1-|agès (Albert), 201. 
aunier ;.!.), 30, 02, 133, 18.3, 188, 
207, 230, 

Papilinu (Anloine)Ol. — Papillon l»i- 

cli.ird), conseiller, 'lO. 
l'a rlcincnl-Seniesi re (Les prolcslanls 

pend;in( le) en V\ ance. 1 1 . 
Parllienny (Catherine de) et famille, 

203. 
Pascal. 23:;. 

Pas(piier (Jeanne), f. M. Uéroald, 

220 n. 
Patins, 20!» n. 
P.iullian ([)ast.), 2i3). 
l'aussaii, jiri's Mialrl, l'iS. 
Pavv'd f.lc;in\ il n. 
P.dbiiiiier, 122. 

Perinei'e (Antoine cl Anna), 38. 

l'errelli (I*'éli.\), 233 n. 

Perriei' ipasi.i, n03, 212. 

Pcr) in ! Marie ), 2 i 1 . 

Perrolat (.M. (Ie\ seigneui' de Sainl 

\ ic(or (les Oiiles, :)7. 
l'criu/s ,c()ii Iri'eiices de), 21 . 
Peschaire M';, 108. 
Pe.stel (i;)briellc de) cl f.imille, 220 n 
Pelrenud i [)rési(lenl), 41. 
l'ri/jila (iAi(/iii'S, 11, lis. 
Peyrol ouPei-ol , minisire, 127. 2i."i. 
P(\vslcr ou Pcystere ^Samncl), 17. — 

e( biinille 18, — (Ilem-y de , 133, 

230. 232. 

Pliiliberl (l'.mmanuer, duc de Savoie; 

r. 1 . 

Philip (sénateiu'}, 1 S2. 
philipiie 11 cl C.illierine de Médicis. 
1 37. 

l'icii'lic (Kéformc cn.1, l."'.!), 1!!3 ss. 
Pic(d. 173. 
Pie \-, I.30S. 138. 
Viéniiinl Pa P.éfornu' en 1, ".I. 
l'iri i i' l'iaiilt'i' ;laj, 118 n., 171. 
Pieir-isante (le P. , 238, 
Pinaul, 220 n. 
Pinl.-ird (Mar-uerilei, 1 ',!!. 
Pi^seleu ((3l.ilhdl(; de) et famille, 
!ll n. 

Planlavit de la Pause (f.nnille de) 
237. 

Plnnish .1.1. 23.3. 



27.i TABLE ALPITABÉTIQUK DES NOMS DE PERSONNES 



Plok.irz 1.1. K 2:;i. 

Pocliclti, 1"' consul (1p 1\I;uu)s([im\ !20. 
rologiie (llisloirc <ln Prol. en), 2'i;î. 
Po)nmcvy (cliùteau de), 194. 
Ponce (Marie) et famille, 2;{7. 
Poncet (Michel), 12. 
Pons (.1.,^ et P. Pvabaul, 
Pont (G.), 9:^. 

l'onl-cn-llo//ans {Daujt/iiyié), 229. 

/*()/// (le MonvcrI , 261. 

Ponfo/sr (assemblée de, UXU, 19. 

I\)li('r (.lac(iues), cvêfiiie, 12. 

Poujol (pasteur), 180. 

Pourlalès (C" II. de), 2:,:i. 

Praden (mesna«,''er), l();i. 

Prunlrs (Ardè.che), 2:îN. 

rrtiii.r [ArdècliP', 238. 

Prcl/cs près Desaif/ne, IfiO. 

Provence (Prf)t. en), S ss. 

Prunel (chanoine), 172. 

Prusse (La) et le Pefu^e, 122. 

Puau.K (N(»é), 2;!8. — l'rank, ."iO. :;;], 

78, (;.7, 113, 1.73, 179, 180. — IJené, 

17^, ]7!l, 270, 272. 
Pnech (Krancois), 127. 
Puf^cl (past. 1, 17(;7, :'/:\ — Étienne 

de évèquc, 12. 
Pôle I Pe-iinald), 132. 
Pourlalès ((iuy de), 7l>, 11.3. 
Prion, ^reriier consulaire, 208. 
Privai raniille), 209 u . 
Provinciales (Lesi, 257. 

Oua Ire l'aies de liréau, 27(1 . 
^uellcncc flliai'les). baron de Pont 
et de IJostrencn), et famille, 2(;3. 
ijuérillij, 174(i, 71 n. 

Habaul (Paul , Tir,. — Pomi(>r, 'M\. 
ambouillel Nicol.is Ant(dne et la 
l'7dic (le), Cl). 
Paynicr (Pierre) .■! famille, .37. 
Ilebelliau, ! u . " 
MebuHal, l'aïuillc, 2()!)-21(). 
Kecalde M. de , 277. 27S. 
lîedourlicre ou l{ cdost irre, l/abe-am 
1 'i9. 

Refuge en Allemap:ne, 122. 
Réfugiés du Pays Castrais, 118 n. 
Iî(>itua^ pour (ia utier, alias lîoudel, 71. 
Religionis et Régis adversus exitio- 

sas Calvini, el defensio prima, 

1.7(i2., 1()3. 
Kema (.lac(|ues). 

Remia Marie-Josèphe), f. Conslan- 

tin, 203. 
Hemollon, 21. 



Uenaudet (Augustin), 132 ss. 
Reuss(|{.', 113,12(;, 17.3, 108, 27,0,27.2. 
lirrr/, 179. 

Révocation (Vers la) en Provence, 7 ss. 
Key (Marie) et famille, lO't, 21 i n. 

— Xic(das, 27.3" 
Uey-Lescun>, 1 18 n., lOt, 191. 
Peynaud 98. — (Pi(M'reiet famille, 2i8. 
IJichard (Anllioine), 100 n. 
Hiclielieu, 7.3. 
l;icliier de Cerisy, 83. 
lii(Ml,!)8. 

Pieude ( l-'rançoise^ 9!). 

Pieiiforl (.leanne). f. Serpint, 2.33. 

KicZ-lioDIOll /('S, 10. 

Pi<^al. famille, 209 n. 

Pi(piel, 20!» u. 

lutter (Haymond), 119 u. 

Pivièie ((luelîroy), 71 n. 

Hubert, 209 n. — Henry, mission- 
naire, 37 n. 

Hoberte (Marie), f. Meillerel, 38. 

l\ol)erls<ii( (éi;iise de la , 170. 

Hoberty (pas!.), .70. 

Roche ^M"» de la), 1771, 227,. — de la 
''.habantu'rie et famille, 173i, 242. 

Hocheblave (Sannu^l), 17..3. 

P(.ckeh'ller Ko.piefeuil, 190. 

Pocoplan (.lean) et famille, 228. 

l!oc(,ules 'M"" de), 122. 

Roehrich (Ibuiri), M. le pr. et M'"% 1.74. 

l{(dian (lue de , 11!». 

liolland, camisard, 180. 

H(uuan (.lean) pi'édicanl, 2('>1. 

Homier Lucien 120, l.'.G ss. 

Koqiie (Pierre), 4 1 n. 

l{<Hpi(M( uille, 1' 0. 

Hofj iii'/ K/'e, 11, 21. 

Uotl (Edouard). 7(|. 113. 173, 270. 272. 
lio/ii'it 'assemblées 17C.0, etc;, 40, 48, 
70. 

li pudie (abbe). 9(i, 2'.r,. 

lionrc (l;;trlli(demy), 2;i(). 

Poiisscl Jean), 20!» u., 211 n. — 

Alexandre. 2(il . 
i;ou\('rL;al (.lacipies), KfO n. 
bouvier (Anna), L Durand et famille, 

231». 

|{ou\iere (Jean Pierre) i^uide, 1 H. 
Hnii r)'a 1/ ( bois de)i, 'i i u. 
I!(,u\ t(»8. — el famille, 217, 212. 
Koy lOlivieri, 90. — et famille, 9i. 
lUissh' (rKf.;lise réfoi'mei! en...), 202. 

QuIiUii/roUrs (E-^lise de), 174. 
Oade (Michel de...),^iem- de la (!oy 
et de llomany, 8. 



m: LIEUX, ET DES PHINCl PALES MATIÈRES 



27:; 



S;i(I..I('to (.lacopo), 1:52. 
Sa.^ot (raiiiille), 20!) ii. 
Sainiie;uil)crte (Marie), prisonnière, 

Saillens (pasL), 182. 
Sdiiil-Af/n'TC (Ardèclic , 24 i. 
SainI Amour voy : Jean Vêtus (Jean 
le Vieil), 

Sniii/-Aii(/ré f/i' L(()icizi' ( fj):.rr(>), 1 ÎS. 

Siilnl-lUn-lhi'h'inii-lc-MeiL, 

Sa i/i/-l!l(i/tf(ir(/, 2,'! 0 . 

Siii/i/-('/i//j>/('s, '.Ni, 2:!(). 

Sdi II ti'i<rl i( intl en l'iiuiidis, 2;i(i, 2!Î7. 

S(iiiil-h'njN/-/(i-l{irirrc, I()0. 

Siii n/-(leniri/s-l(t-( '/kidi/), '2.'.V,]. 

Sdliil-Jean-dcI Frcch, I 

Saiiil-.li'(in'<lu-(i(ti'(i, I .'i2. 

Sdinl'.liilicn Houlièrcs, '2'X\. 

Saint Léger (Jaef|ues de) 197. — et 

famille, VM n., lU.S, 1'.»!) n. 
Sd'nil- Murlin d'Aif/ues 11. — de la 

lir(}S(/i/e, M n. 
Saint Office foiulalion du), l'ouiain 

(21 juillel,, i:i42j, 13;!. 
S((iiil-l*aul-ln-l'iis(e, 1 H. 
Sainl-l'ierre Ai/;/ lie m, iS, 
Sainl-l*ievreville (Ardèche), 24.'). 
Sailli Pr'irdL Ics-Vieu.r |)rès d'/l/«/5, 

2;ili. 

Sainl-<juirin voy : (;azen(»ve (Arlliur 

de).V,)2. 
S(iinl- \ énui, 2211. 
Sainle-Hazillc ou rxiuzillc, 2'y.'K 
Sainle-Iloiioriii('-la-(^ liardmine, 70. 
Salager (André et Antoine), 209 n., 

21 1 n. 
Salene ,(Jea,rine), 9S. 
Sales, [)risoiinier, 17;jO, 21(1, 21 7. 
Salnieroii (AHonso), l.'i'fl, KU. 
Saluées (La Uél'ornKî dans le niar(|ui- 

sal de . .-.l. 
Saron ' l''raiii;nis Hoeliarl de Cliauipi- 

iiy sieur dr , 1 9. 
Sauluu'i-e, laniillc, 2;!S. 
SaiMuaisc. ."i.'i. 

Sau((!l (Isalieau) et laniille, 'iS. 

Sautel, prisnimiei', 1 7.il , 217. 

Saure .TTI, i't. — Uegisiredu (ionsis- 

loire de... 1 (i27- 1 r.:i i, 2:.l. 
Sduzei, 2:10. 

Sa u/.id I Jaci| ui'S I .Ican 1, 2 1 1 . 
Savanier lanulle, 209 n. 
Savon, 10:; n. 

Seaiiger iJoseidi Juste), î).'!, 220. 
S( ludandre (Jean de), .■13. 
Sch.ell l'iMi.), f;i. lUi, les, 172, 17'f, 
2:kS, 200. 



Seofliei' (les pasteurs), voy. Escof- 

(ier, \-2i'>. 
Sedan, 90, 187. 
S){drroi), 10. 

Seguol (Claude de), évêfpie. 1)2. 
Se^iiiei- ![)as(.), 1,S2. 
Seloiniid^ 9. 

Selve (Odet de), aml)assad(>ur, 139. 
S('uiery 'Jae(|ues de) et l'aniille, I9'k 
Sens, i:i(;2, 1j7. 

Seripaudo ((iirolanio) légat, l.'î't, 137. 
Serpint (Jeanï; 233. 
Scrrcpiiis Souheiran, 2i2. 
Set/ ne les Al/ies, 9. 
Sihiville de), 02. 
Siduc'V (Marv , mère de Sir i'Iiilip, 
120.' 

Silhac ((Veillât), 147. 
Sipeire, laniilie, 209 n. 
Sisleron, 9. 
S/rerr/ues, 1 0. 
Skalsky A.), 2aL 
Sohicski, 2:11. ' 
Soi liés, 11. 

Somme (Protestants de la) en 1819- 

/920, 2rj2. 
Soramiéres, lissu de laine, 209 n. 
Soneck (M. IL). 2:;i., 
Sonnet ( P.;, 9.'». 

Sons (.M'"» dei, damede \'aux, Douilly, 

Jussy, ( lamas, ete . 1 9 L 
Soulier (Jean) et lanulle, 1 i9. 
Souilliot (Jae({ues et Jean) ou Soul- 

hol, 2 52. 

Souvré (Mariede), f. d'Ilarcouil, :t2 n. 
Spanlieim (['"rédéric) el lamille 
Stasfpiin, not iii<', 9;i. 
Slrasùdui;/ KiS. — Misloire de... 

depuis ses origines jus(|u'à nos 

Jours, 126 ss. 
SIrohI (Henri), I1(i. 
Surguel lauiille, 20!» u. 
S\\ aeuenluu-gli («lallierine van j 

I'. Peyslei-, 4.S u. 

r ■■^alon, 9N. 

I (K/uei'in I Luiiel , 2;!2. 

'l'arnowski (Si n Tlieophilel, 2.';4. 

'l'avernes \ \'ar , 37. 
'["avcruienC-laudei. P.l.'i. 
Théatins (< »rdre des... , 133. 
Théologie germanique, 1 1 L 
Tliieue (^(iaelano de...), 133. 
'l'/toard, i I5asse.s-A Ipes I, 11. 
Thomas (pas!.), 1063, Ïi3.-i. 
'i'Iirelius (Llirisloplie), 220 n. 
Ttiune (Eiie), lacturier, 233. 



576 



TAlU.K ALlMIAinÔTIQUE DIvS NOMS DP. I>RI{SONNES 



Tliurtit (Mario Uarlio), ]:)',) n. 

Til)an(l (Jeanne). 1'- (Juiduz, 2'M). 

Tilict (l.onis du), 160. 

J'i/sUl (Irailô de) 1807, 

Tour de Constance ^|tiisonniers de 

la), 1-ir. ss, 22.S ss. 
Tdininn/, IIH.- 

Toiiriiier iCaston), 117. 177, 2r.2. 

'l'diirlin (IMei re et l,(uiise), 2."{() 

Toiissainl (lliiheii , l'.l'J n! 

Tournes (VaiM. S, 

Tnieol (Su/aiine), f. .h-Jlian, 2:57, 

Travecif, 

77rrn/'(Ardi-'cli(^\ 1.32. 

Trente (douciie de] !.'>] ss. 

Trial, la mi Ile. 20!) ii. 

'rrie()tel ou Trieolclle (Marie Isabclj 

el lauiille, l!)l». 202. 
'rriniiiiela^^Mie, notaire, 101. 
Triumvirat (le), I.w;. 
Troiison l)i'' J.oyse de), {'. Desoue- 

ryne, '»(. 
Tro(|mMne Cliai-les), 2^):!, 20ri. 
Ti-oudjaud , i^cucra I ), 17N. 
Trouillard ( l'ierir), 92. 
Ttu-e I André"!, 1 i7. 
Turye on Tar^e ; Marie Harije), 200. 

Iinité des Frères iCliron.\ 2.71. 
1 rsulines de Niort, 1(S3. 
Usages funéraires, dans lOuesl de 

la France. ;iN. 
Vzi-s, !>6 ss. 

\j(ihvp^ é^liS(; de, 171. 
alanlin, lainille, 20'.l n, 211 n. 212. 
Valès Albert), :10. 113, 133, 209 n., 

270, 272. 
Willrraugue, MO. 
\alis. 108. 

Vanassière lAuloinci el famille, 37. 
Vans (Les) ; Ai'dèctie), 2'i l. 
Vdslrcs ^Lcs , Ardèclie, 213. 
X'aulx lUia r(|uise.des). !)2. 
\ antiier '.leaime), f. C ide, 102. 
\ assas (Suzanne) el lamille, 231, 
\' Il SSII, 177. 

VeJau.v (liouclies-du-lUiônei, 8. 
Verdicr ^.lae(|ues , 100 n. — notaire, 
102 n. 



Vernes (Louis), past., 20.i. — Maurice 
70, 1 13, 173, 272. 
' Veine (Marie) ou Vernes et lamille, 
23(1. 

l7'/7/e/ [Cl II unis), 233. 
VeriiuHX, 2 17. 
Velus (J.'an7 103. 

\'iala (Anioine), lonn(dier 110. — 

Louis, 20!» u., 21 1 n. 
Vicuot (.lolm\ .70, (18, 113, 173, 270, 

272. 

Vierne (l'ran(;ois prisonnier, 211 n. 
Vi-iic (JaqneUe), 23.^1, 
M^nolles (des), 122. 
\'jlain (.lean), prédicani, 190. 
\7ll(dK>n (M. de , bailli dtî Uouen, 
42 n. 

Villeneuve (l'>al Uia/.ar de , sieur de 
Dordonne 8. — el rainille, 12. 

Villers (Marie Anne Angéli(iue de), 
r,i!l u. 

Villiers (( Ibrislolbd Coel/.cd de , iil. 
\ incenl (Anlhoine, Franrois, Jac(iues'l 
ino.' 

Vivent (David), et lamille, 110, 210. 
Voltaire a l'xMlin, 123. 
Voiiel (Eglise de), 1!J1. 

Walebliolz, 2.73. 
alet (André), mulquinier et fa- 
mille, 203. < 
Watbol (Louis), 197 n., 1!)9 n. — et 

famille, 202. ' 
Weber (.Vuguste), pasteur, nécrolo- 

f^ie, 02. 
W'edkiéwiecz, 271. 

W'eiss (N.) 0, \\ n., 10, 70, 90, 113, 
117, 118, 120, 121,' 120, 128, 1.30, 
l'il. 1.73, 100, 180, 191, 211, 2.70. 
272, 2.".'i, 203, 201. 

W'ille, graveur, 1 7.7.7, 272. 

W'indslosser (Maria , 111, 

W itt (Cornélis de), .70, 113, 118, 1,72, 
271], 27>2. 

W u iLenihi'rrj Hefuge en), 121, 

Zlxu'owski (.lean), 2,"i'. 
a< horo\vski (Stanislas), 273. 
Zak w (• rsk i, 2.7 \. 
I Ztdl (ducliesse de), lN.3. 



'1AIUJ<: C.KNKKALK ET Cl I IIONOLOC. IQUE 



277 



2. TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES COLLABORATEURS AU TOME LXXI 



Aul)ert (Hij)[)(»lyte), 211». 
l}()sl (Charles), \ 1 i'i, 228. 
Boiirclinnin (U;miel), 183. 
JUnirriily (V. !>.), 
Caspar-Jordiin (.). .1.^, 122. 
Cliaraisay (l)ai'onne (If), !Mi, lî'ii;, 
l']ns<;li(;(lé (A. .I.i, '\.\. 
Falf^airolle (IV), l'iV. 
(ialland ' A Ifred ; , til», 
Cai'ivl;! ([{aph.-icr,. tlO, l.SS, 2'i i. 

Colin 'II.), i<sr;. 

Léonard i;. O.), 207. 
Lods (Armand), <i2. 



1.0 Par(|iiier (Iv.), 10. 
Maillard Tli -, :..S. 
l'annicr (.lac((iies INC., lli;;. 
l'nauN ( l'"rank "i.'l, U'i . 
Piiaiix ' Keni'), l 'il . 
Peysicr (de . H. 
Ilenaiidcl fAiiniisIe', I ;il . 

S(dioeli (Th.), Il î, !<;:;, 2:i5. 

Toiirnier (Cast»tn), 17 't. 
Viénol (.l<diii , 

Weiss X.), ;;, :,2. (;i, ss, m, 

I IS, 120 ss, 1:^7, 1:^0, 15:"; ss, IN." 

In:,, loj, 2i 1, 2:>;;, 2i'.o, 2i-3. 



3. TABLE 

(iENÉJ^ALE ET CII RONOLOG lOU E 



N. Wi'.iss. — A" nos leeloiirs 

— l*uMr la lëte de la Ueruruialion 

— Scancf^-- du Coniile : I ' deeenilire, 2 mars, mai, 27 juin, 
17 ..elol.re I1I22 "iO, M.'!. i:.l, 2;;il, 



KTI DI'S iiisT<»mnni;s 

\'. I,. H.irr.r.ii.i ,^ . — Les l'r.d cslanl s (\c l'ruvenee et dOranLic ^(MI^ 
l.oiiis \l\ . \ er.s la Mév-ealion 

Ai.i r.ih (i\i.i,\Mi. — liPS Pasienrs du Déserl en Masse Normandie de 17't:i- 
l/SI ( 

\i<.i>ii\ l!r\\ii>i I. — La Icualinn du carilinal Moinno [irès l'Ian (H icnr 
cl le Cniirilc d(! Ticnle ' a \ ril-di-eembre I;)f)2) d'après une publicalimi 
r.'.-cnlc i: 

Jaciji i.s PwMci;. — L" <> opiniàireté d'une |)etite Kgiise. — .N'oies 
iiistoriipii'S <ur Annois el l'Iavy-lc-Martel, 1 ;j()0-lî)21 1 



27S TAULK (IKNÉUALIî: KT ClIUONOLOdK^Uli 

DOCUMI-INTS classes par (»i-(lre clii-onctlo-Hluc. 
Voy. aussi la Correspondanve. 

XVr SII'.C.LK 

K. ij.; l'AitouiKit. — A llon.'ii, mars-avril ir.GO. y\ssein hléos nocliiriics 

des protestiinls. Mesures de police d'après le Jourual des édievins . 'lO 

11. AiîitKUT. — Mdhieu IJeroald à (Icnève (Oualre lettres de Théo- 
dore (le Uè/el 

N Wkiss. — Testauieut d'KlisabrIli d'ilauteville, veuve du cardinal de 

Clialillon [\\\ janvier-O juillet ICir.) ^-"^ 

Cm. P.ost et 1*. F.\i.(; aii;oli.k. — Les prisonniers d'A igues-Mortes et les 

Notaires (Documents Fal-airolle). N" 1-20.— I(;!)0-1734. . . . 144 et 22S 

ll.viutN.NF. DK CiiAUMSAY. — Lcs cliiUres de M. rabJ)é Uouqiietle, 

Étude sur les fu^-ilils du Languedoc (Uzès), (ialafrés à Cide -'fi 

Famille Ginhoux "'^ 

A. .1. FNsr.MKDi: et N. W. — Ue((uèle de Su'/anne l-'erry-le-iJachellé à 

LL. IIII. PI»., les Flats Cénéranxde Hollande, 12 juin 1702 45 

11. GAïuiF/i A et N. \V. — llelation sur la prise du ministre Deshiibas, 

11-12 décembre 1745 ^Tt 

MÉLANGES 

Dk Pkvstf.h. — Sanmel de l'eysler 47 

GIIIÎONIQFF LI'nÉUAlUK KT COMPTES lU'.NDlIS CRIIKHIFS 

Tii. SciioKi.i,. — Les débuts de la Uélorme en Piémont, par .Ican .lalla . 51 
N. Wkiss. — l-^crivains français en Hollande dans la piemière moilié du 

xvir siècle, par (î. Cohen 52 

Tii. S(:ii(ii;i,i,. — h^tudc sur la Théologie germanique 114 

N. Wkiss. -— L'évolution religieuse de Luther jusqu'en 1515 (IL StrohL. IKi 

— Histoire de l'Eglise réformée de Ma/ame' (G. Tournier) 117 

— Au service de la Cause, 1621 (C. de Witt) IKS 

— Catherine de Médicis, par J. Mariéjol. — I^e royamne de Catherine 
de Médicis, par L llomier. — La conjuration d'Amboise et (Jenève, 

par H. Naef. — François Haudui'n et la Uéforme, par .1. r)u(piesne. 155 
Tu. Sc.iioKi.i,. — Bordeaux au xviii» siècle, par A. Leroux. — Histoire 

ndigieuse de S)rasbourg, par M. Il, Heuss. — La renaissance calho- 

li((ue en h'rance au xvii" sièle, par le chanoine Pi'unel H'"'» 

N. Wi-.iss. — L'iiistoiri; de la Uéforme en Pcdogne et en lîoln-me .... 2;):> 
Tii. SciioKi.i,. — V\\ chapitre de l'histoire des Jésuites (puldications de 

J. de Hécalde) 255 

COKIIESPONDANCE ET NOTICES DIVERSES 

F. PuAt'x. — Une prophétie altribuéc à Paul Uabaut 55 

— Les plaintes des Protestants de France jugées par un (Catholique . . TiT 

Th. Maillahi». — Les sépultures huguenotes en plein champ 5N 

11. GAp.iiKTA. — La folie llambouillet 00 

N. Wkiss. — Lu llibliothèque d'Antoine Pa|)illon. — Sibiville. — Rar- 

boyre CI 

— Un artiste huguenot du \vi'' siècle. — Jacfpies Le M(çvn(^ 120 

— Calvin et Descartes, réponse à M.M. L. Gautier et G. Cohen 121 



'rAiuj<: (lÉNKnALi^: \w ciihonoloc.ioue 219 

.1. J. Casi'ai;-.Ioi;i»an. — Un recul de la calliire française 122 

N. W. — Le prix (iohcrt !2(; 

(lu l!((si. — Les |).is|('iirs Si-dt'Iicr on hlscoriie i" 127 

(i. Toi KMKi;. — Inauiiural ion du aïonuineni huffueiiol de la lierre 

IMantec Tarn). . 17 i 

IM;ai \. — Les réunions du Musée du Dcserl, ."i, (>, 13 aoul I'.i22 . . 177 

N. \V. — Mademoiselle de la Taillée expulsée en ICSX 1 s:; 

l)\^'Il:l, 1)01 r.c.Mi'XiN. — Téni(»i^Miai;(!s d'Auiiuste (lonilc a, la iiicinDirc de 

Daniel l'^neonlre is:! 

il. (lia. IN rl N. W. — Scpull iiiTS li ii^ ir 'ii i > I c s en plein clianip IS.'i 

.1. l'ANMi ii. — lîn autre lest.iinciil d ldisahelli d'Ilaiilevilh' INt; 

|{. r,Aitiii:TA. — La l)ari»nne de ( lourvilliî et la daiiK! de Muni i;^ny sa luèi'e. INN 

X. W'iass — i5ockeleller-i{o(pi(d'eiiil HM 

— A propos de la. h'(''le d(î la I vélorn la l i( tn, noies divei'ses 2(il> 

IL Saiia/in. — Pasleurs de Moueliainps, 1 :;(;8-la7;! 2(i:! 

NLCnOlJXllK 

AuMAM) LoDs. — • [>c [)asleur Au^uslc \V(d)er, lS'il~l!)22 (■)2 

N. W. — iM.M. Alfred Cartier, (ied(:'on Hour^eon, A. Hossert 127 

— Arlhur de Ca/enove. — Alb<>rl. Monod. — lMiilipi>e Godet l!>2 

— M. Théophile Dufoiir 2(i:i 

ILLrSTIL\TI(>NS 

iNu-trail de M. l'^rank Piiau.x d'a[)rès une [)liotof,Mapliie 127 

Portrait d Llisaheth d'ilauteville d'après un crayon de Cluuel N'.» 

La. Pierre iManté(î, p. 17.i. — La pLopie dédiée à Jean (lavalier. |). 17S. 

rassemblée du .Mas-lloiix, [>. 180 et le Musée du Désert, p. 181. 

d'après des phot(>^ra[)liies. 



EU HATA 

W ;!7, I. h; lise/, Lani^uedoc: — p. !)2. I. ;'.8, I. Charreau ; — j). i:!7. 1. 18. 
I. Iiierairhie ; — ITi. I. 18. I. V;ihre ; — |.. 2():L 1. W.',, I. (iroceaux : — p. 20;i. 
l. 27, 1. Aauroy;— |). 2:;.'., I. 13, I. Tcllier. 



N 

l'ai is. I'n |i. l'ii. Ivi'-.NouAUi), l'.t, rue ilos Saini.s Pores. K07 I4. 



1^ ■ ■ 



I 

I