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Full text of "Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français"

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JANV., FÉVR., MRS. 12^ ANNEE. - 1863. 

ALLEN ÇOUNTY PUBLIC LIBRARY 



r« 1. 2 ET 3. 





3 1833 01857 7533 



GENEALOGY 

B8732X, 
1B63 



DE L'HISTOIRE j 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS ET ORIGINAUX. 



« Et quant au premier point sur 
la réforinatioii que j'ay commen- 
céeet quej'aydelibérécontinuer 
par lagrâcedeDieu..., iel'av ap- 
prinse parla Bible queielisplus 
que les docteurs..., et n'ay point 
entreprins de planter nouvelle 
religion en mes pais, sinon y res- 
taurer les ruines de l'ancieiïne... 
le ne fay rien par force... Dieu 
me monstre des exemples... » 

Jeanne d'Albret, Heine 
df Savarre au cardinal 
d'Arinngnac. 
(Lettre du 18 d'aoust 1563.) 



XVI',, xvir ET xviir siècles 




Vos pères, où sont -ils? 

( Zachaiue, I, 5. ) 



« le trouverois bon, qu'en chas- 
cune ville, il y eusl personnes 
députées pour escvire fidèlement 
les actes qui ont esté fait durant 
ces troubles et par tel moyen, la 
vérité pourroit estre réduite en 
un volume, et pourceste cause, 
le m'en vay commencer à t'en 
faire un bien petit narré, non pas 
du tout, mais d'une partie du 
commencement del'Eglise réfor- 
mée. » 

Bervard Palissy. 
Recepte véritable , etc., La Ro- 
chelle, 1563, page 103.) 



PARIS 

\GENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ 

174, rue de Rivoli. (Écrire franco.) 

Paris. Ch. Meyrueis et C". =rr GENÈVE, — Cherbuliez. 
LONDRES. — Nutt, 270, Strand. — IiEIPSIG. — P. -A. Brockhaus 
AMSTERDAIB. — Van Bakkenès et C>e. =BRnXELLES. — Mouron. 

1863 



TYPOOBAPUIB DE CU. OIBVRUBIS HT COMPAGNIE, nU« DES GRES, 11. 



SOMMAIRE 

Pages. 

DonZXÈniE ANNÉE 1 

Questions et Réponses, correspondance. — Observations et 
Communications relatives à des docaments publiés. Avis, etc. . . 

Les travaux d'histoire du protestantisme français apprédiés à l'é- 
tranger. — Un article du Guardian 3 

La France protestante et le Testimonium offert à ses auteurs. — Un 
souscripteur retardataire de l'étranger • . . . 4 

Supplément de la France protestante. — Additions et rectifications. 5 

Un souvenir des guerres de religion dans le Velay (1563). . . . ibid. 

Qu'est-ce que les mémoires du marquis de Guiscard, relatifs à la guerre 

des camisards? Ont-ils une seconde partie? 6 

Les pasteurs de l'ancienne Eglise réformée d'Orléans, de 1557 à 1793. 7 
Liste des pasteurs et anciens de l'Eglise de Paris (1555 à 1685) à com- 
pléter ou rectifier 9 

Eglises et pasteurs de l'Agenais, depuis l'origine jusqu'à la veille de 

la Révocation de l'Edit de Nantes (1685) 14 

Liste des pasteurs de l'Eglise de Sedan (1570-1859). — Tables commé- 

moratives • 15 

V Album amicorum de Nie. van Sorgen. — Autographes de Du Plessis 

Mornay, Charnier, Gasaubon, P. Du Moulin j, etc 18 

Renseignements demandés au sujet du nom d'une famille de réfugiés 

du Dauphiné 20 

Deux jeunes protestants enfermés dans un couvent par ordre de l'é- 

vêque Fléchier (1700) 21 

Un ancien livre à rechercher : Cl. Grulartu Obitus ibid. 

DOGVIMIBNTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 

lia Réforme à Porrentruy au XVl'^ siècle (1551-1592). Comm. par 

M. G. Goguel 22 

lie Docteur Augustin Cazalla, l'une des victimes du premier auto- 

da-fé de Valladolid (1559). Comm. par M. J.-M. Guardia. ... 25 

Cimetières et inhumations des huguenots, principalement à Paris, 
auxXVP, XVIPetXVIIl^ siècles (1563-1792). 20 06 l'Edit de Nantes 
(1598), à la Révocation (1685). 3" Le Cimetière Saint-Germain ou 
Saint-Père. Par M. Ch. Read 33 

Ii'ancienne Eglise réformée de Marchenoir, d'après un manuscrit iné- 
dit (1624-1685). Comm. par M. Th. Boissard 42 

Lettre inédite du duc de Rohan (1629). Comm. par M. Liebich. . . 49 

Sur la mort de Philippe Bes SJouhes de la Tabarière, baron de Saint- 
Hermine, petit-fils de Du Plessis-Mornay (1629) 50 

Iiettre de Samuel Bochart à Louis Cappel, pasteur et professeur de 

théologie à Saumur (1650) 54 

Diplôme de maître ès arts décerné à Charles des Vignoles de Prades, 

par l'Académie de Nîmes (1660). Comm. par M. Michel Nicolas. . 55 

Les dernières heures de M. Jean Bonafous, ministre de la Parole de 

Dieu à Puylaurens (1676) 57 

Lettre inédite de Jean Claude à l'évêque de Londres (1684). Comm. 

par M. de Dompierre 70 

Charles Guiraud de Nîmes, officier de cavalerie, confesseur de l'Eglise 

réformée (1687). Comm. par M. Th. Claparède 73 

Un sonnet huguenot au roi Louis XIV, sur ses conquêtes et sur la 

misère qui règne en son royaume (1691) 79 

La famille Varnier de Vitry-le-Prançais (1607-1766). Comm. par 

M. Recordon 80 

Interrogatoires de deux prédicants du Désert, Villeveyre et Jean, dé- 
tenus ès prisons de la ville de Die (1735). Comm. par M. Rochas. . 86 

DfOTICES BIOGRAPHIQUES. 

La famille des Spanheim. Par M. Archinard 97 

MÉLANGES. 

Une lettre inédite du marquis Fr, de Jaucourt à l'amiral comte 

Verhuell (1832) 102 

Errata 104 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS. 



DOUZIÈME A]\!\ÉE. 

Intelligile et erudimini. 

Reviendrons-nous une fois encore, en ouvrant ce douzième volume 
sur des avis et des exhortations réitérés chaque année? — Il le faut 
bien, puisque nous nous sommes adressés à des oreilles qui jus- 
qu'ici n'ont point entendu, à des yeux qui n'ont point lu. 

Nous n'avons pas^ quant à nous, perdu courage. Bien au con- 
traire^ nous sommes à notre tâche avec plus d'espoir et de dévoue- 
ment que jamais. Ne Tavons-nous pas prouvé, en tenant nos pro- 
messes dans l'année qui vient de finir? Le Bulletin s'est mis au 
courant, il a paru avec exactitude, et, grâce au concours du secré- 
taire-agent qu'enfin nous avons pu trouver, il aura de plus en plus 
une périodicité régulière. 

Déjà nous l'avons dit et nous devons le répéter : Ce ne sont pas 
les matériaux qui nous font défaut; ils sont immenses, et nous n'é- 
prouvons que l'embarras du choix. A ne parler que des documents 
qui sont déjà sous notre main, nous pourrions publier chaque année 
le double de notre recueil actuel, sans craindre d'épuiser de long- 
temps nos portefeuilles. Et que dire de tout ce qui se découvre çà 
et ia, de tout ce qui nous arrive chaque jour, de tout ce que nous 
sommes contraints d'ajourner ! 

Mais ce qui manque à notre œuvre, c'est d'être bien comprise, 
c'est d'être soutenue par tous ceux qui devraient la comprendre et la 
soutenir; — c'est de compter d'assez chauds amis et de recruter 
d'assez nombreux souscripteurs parmi ceux qu'elle concerne au pre- 
mier chef et que, partant, elle devrait intéresser; — c'est d'obtenir 
un concours assez efficace et des ressources assez abondantes pour se 
trouver à même d'accomplir convenablement tous les travaux histo- 
riques qu'il lui incomberait d'entreprendre. 

1863. JJlNV., FÉVR., MARS. 1, 2, .3. XII. — 1. 



2 INTRODUCTION A LA DOUZIEME ANNEE. 

On sait combien le péa que nous avons déjà fâit a été apprécié et 
encouragé par des écrivains, par des publicistes éminents; on sait 
que notre modeste Bulletin a eu Thonneur d'être consulté, d'être 
cité plus d'une fois par eux, et qu'indépendamment des divers ou- 
vrages protestants dont il a fait naître la pensée, de l'aveu même de 
leurs auteurs, ou dont il a facilité l'exécution, il appelle dorénavant 
sur nos annales la sérieuse attention de tous les historiens, il leur en- 
lève l'excuse de l'ignorance, les oblige à secouer les vieux préjugés, 
à compter avec tant de vérités si longtemps tenues sous le boisseau 
ou altérées par la mauvaise foi. Aussi nous demande-t-on souvent, 
en voyant ce peu que nous avons déjà réalisé, pourquoi nous ne 
faisons pas bien davantage, pourquoi nous n'abordons pas telles ou 
telles publications importantes, celle par exemple de divers Mé- 
moires (1), celle des Actes de nos Assemblées politiques aux XVI^ et 
XVIIe siècles, ou la réimpression si nécessaire de V Histoire ecclésias- 
tique de Théodore de Bèze et des Actes synodaux, la Correspondance 
complète de quelques grands hommes... Hélas! ce ne sont pas des 
protestants qui nous adressent cette question embarrassante, et nous 
voudrions que nos coreligionnaires pussent être témoins de l'étonne- 
ment que l'on nous manifeste en apprenant que notre timidité et 
notre abstention viennent uniquement de la tiédeur de leur zèle. On 
ne veut pas croire que les protestants entendent si mal leurs intérêts, 
semblent avoir si peu à cœur la vérité de leur propre histoire, en prê- 
tant un si faible appui à une œuvre qui a montré ce qu'elle serai t capable 
de faire, étant secondée et développée sur une plus grande échelle. 

La ferveur d'un seul ami a, nous dit-on, tout récemment multiphé 
d'une façon miraculeuse les amis et les moyens d'action de la Société 
de l'Histoire de France, cette société savante qui inspira les fonda- 
teurs de la nôtre. — Ne rencontrerons-nous pas, nous aussi, quelques- 
uns de ces inteUigents et chaleureux coouvriers, mettant au ser- 
vice de la Société de l'Histoire du Protestantisme français une foi 
agissante, un esprit d'intelligente propagande qui lui enfanterait de 
nouveaux adhérents et lui donnerait d'assez nombreux coopérateurs, 
pour réaliser tout le bien qu'on attend d'elle? 

Nous vous le redisons donc : Vous tous à qui nous nous adres- 
sons ici, intelligite et erudimini. 

(1) A qui la faute, si nous n'en avons pas publié d'autres que ceux de Jean 
Rou? 



OBSERVATIONS ET COMMUNICATIONS RELATIVES A DES DOCUMENTS t>UBLlÉS. 
— AVIS DIVERS, ETC. 

lies travaux d'kistoîre du protestantisme français appréciés 
à l'étranger. — 5Jn artîcîe du « Guardian. » 

Un journal que le talent de ses rédacteurs a placé très haut dans l'estime 
du public anglican {the Guardian), contenait, le 4 9 novembre dernier, un 
article qui nous a été communiqué et dont le passage suivant mérite d'être 
traduit ici pour nos lecteurs : 

« Parmi les signes de nouvelle vie religieuse que l'on remarque depuis 
quelques années parmi les protestants de France, il n'en est pas de plus 
frappant, de plus incontesté, de plus respectable que les recherches his- 
toriques dont ils s'occupent sur le passé de leurs Eglises et de leurs 
pères. Traiter avec négligence ou avec dédain les annales de nos ancêtres, 
dénoie presque toujours une âme sans élévation, et l'on a pu malheureu- 
sement reprocher quelquefois au peuple français de trop s'efforcer de rom- 
pre avec les traditions de son histoire. « On ne renie pas impunément ses 
« ancêtres, » a dit quelque part M. Guizot, condamnant chez ses conci- 
toyens cette fâcheuse tendance à faire table rase de toutes choses et cetle 
prétention de tout refaire à nouveau. Le respect des ancêtres n'est autre 
que le respect de soi-même... Nous aimons à voir les protestants de France 
travailler à ne point mériter ce reproche et à se disculper de l'accusation, 
qu'ils ont eux-mêmes particulièrement encourue, de tiédeur et d'indiffé- 
rence... Ils déploient une louable activité dans l'investigation des monu- . 
ments partout dispersés qui témoignent des vicissitudes de leur histoire et 
des souffrances de leurs devanciers, car c'est de souffrances que se compose 
surtout leur histoire, et c'est une chose digne de remarque que, dans ce la- 
beur, les laïques ne sont nullement en arrière du clergé, si même ils ne se 
montrent pas plutôt à la tête du mouvement. Les MM. Haag, ees deux frères 
infatigables, ont presque mené à fin leur remarquable encyclopédie ou dic- 
tionnaire biographique contenant tous les noms qui ont illustré l'histoire 
des vieux huguenots. La Société de l'Histoire du Protestantisme français a, 
par les soins de son actif président, continué à mettre au jour son recueil 
d'anciens documents, dont la publication a excité l'intérêt de plusieurs de 
nos théologiens et de nos scholars{\). Entin divers ouvrages relatifs à l'his- 
toire des Eglises particulières ont successivement paru, tels que l'Histoire 
des Protestants du Poitou , de M. Lièvre; celle des protestants de Picar- 

(1) Nous prenons œtte occasion d'apprendre à nos lecteurs que le Bulletin est 
en effet honoré de trois souscriptions de J.-H. Parker, le célèbre libraire d'Ox- 
ford, dont une spécialennent pour la bibliothèque de l'Université {the Bodleian). 



k QUESTIONS ET REPONSES. 

die, (Je M. Rossier; celle de l'Eglise de Montpellier, de M. le pasteur Cor- 
bière; celle des protestants de Normandie, de 1685 à 1797, par M. Fr. 
Waddington... » 

lia France protestante et le Vestimonîum offert à ses auteurs. — 
Un souscripteur retardataire de FétraîJgfer. 

Voici une occasion nouvelle qui s'olfre à nous, — et nous la saisissons, 
— de rappeler encore une fois l'hommage que les protestants de France se 
sont honorés de rendre aux deux frères Haag, et de montrer comment leur 
Trésor biographique, — Livre d'or du protestantisme français, — a véri- 
tablement exhumé, « ressuscité un monde, » suivant la belle expression de 
M. Michelet. 

MM. Haag viennent de recevoir du descendant d'une illustre famille de 
réfugiés une lettre dont nous leur avons demandé la peruiission d'extraire 
quelques lignes. Elle est datée de Berlin, le 20 janvier 1853, et leur est 
adressée par M. Gustave de Le Coq, conseiller intime actuel de S. M. le 
roi de Prusse, ancien envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire. Il 
leur écrit : 

« Messieurs, en publiant votre ouvrage de la France protestante, vous 
avez rendu un service signalé à l'histoire du protestantisme en général, et 
vous avez en outre bien mérité de nombre de familles protestantes fran- 
çaises ou d' origine française. Inconnu de vous, je vous dois une reconnais- 
sance particulière pour le droit de cité que vous y avez donné à ma famille 
et la place que vous lui avez accordée parmi les anciens huguenots de notre 
mère-patrie. Que d'investigations laborieuses un pareil travail n'a-t-il pas 
dû vous imposer ! Et combien je regrette de n'avoir pu vous en épargner 
une partie par les renseignements que j'aurais pu être à même de vous 
fournir sur bien des points... Combien je regrette aussi de n'avoir pas ap- 
pris plus tôt qu'une souscription était ouverte pour vous offrir un trop juste 
témoignage d'honneur et de gratitude, et pour compenser au moins en par- 
tie les sacrifices personnels que vous avez faits pour la publication de ce 
précieux monument de la France protestante. Je me serais empressé de 
m'y associer, comme de fait je tiens encore aujourd'hui à m'y associer en vous 
priant d'agréer le montant des deux lettres de change que je joins A la pré- 
sente lettre, — faible expression de mes sentiments de haute estime envers 
votre frère et vous, et d'admiration pour votre livre... » 

Touchés de cette démarche d'un petit-fils de réfugiés qui manifeslait une 
si juste appréciation de leur œuvre et de leurs intentions, MM. Haag ont 
cru ne pouvoir se refuser à accepter l'envoi de M. Gustave de Le Coq, digne 
rejeton d'une des branches de la grande famille parlementaire des Aymar 
Le Coq, à laquelle se rattachent par des alliances diverses, les Beringhen, 



QUESTIONS ET REPONSES. 5 

les LeDuchat, les Bachellé, les Grandjambe, les Olry de Metz, et beaucoup 
d'autres familles notables. 

M. Gustave de Le Coq avait été déjà mentionné, il y a dix ans, par 
M. Ch. Weiss, dans son Histoire des Réfugiés (I, 217), parmi ceux qui se 
sont distingués de nos jours en Prusse; il le désignait comme ayant été 
naguère ambassadeur à Constantinople , et occupant alors (1853) le poste 
de sous-secrétaire d'Etat au département des affaires étrangères. 



iSuppiément de la France protestante. —■ Additiosis 
et rectifications. 

MM. Haag travaillent assidûment au Supplément de leur grand ouvrage. 
C'est un travail qui exige à son tour des recherches et un temps considé- 
rables. Mais nous renouvelons notre recommandation de ne pas troptarder à 
nous faire parvenir les informations que l'on aurait à transmettre. 

Nous avons reçu de M. Teissier, d'Aulas, les notes qu'il nous avait an- 
noncées sur la famille Béranger de Caladon. Il nous en promet sur la 
famille de Quatrefages^ ainsi que des renseignements sur les anciens re- 
gistres d'éiat civil de diverses Eglises du Gard et de la Lozère. 

M. Alph. Lagarde, de Tonneins, nous a adressé une notice biographique 
sur le pasteur du désert Louis-André Lagarde, né en 4755 à Annonay et 
mort président du consistoire de Lamastre le 10 janvier 1822. 

M. Ad. Ballot nous a communiqué une note curieuse relative à Jean de 
Soudier, sieur de Rîchesource, qui abjura en 1655 et qui publia en 1680 
le Camouflet des auteurs négligens^ au sujet duquel Richelet Ta assez 
maltraité. 

Nous venons aussi de recevoir de M. G. Ducros, de Beauvoisin (Gard), 
diverses indications de documents propres à compléter l'article consacré au 
pasteur du désert, iîow^de Cayeirac, qui s'appelait François et non Jean. 
Nous réunirions et publierions volontiers ceux qui pourraient être jugés les 
plus intéressants. 

l^On nous signale encore un De Bonafous, poète du XVII« siècle, auteur 
de plusieurs ouvrages publiés en Hollande, un La Chesnaye^ valet de 
chambre de Louis XIII, mentionné dans les tables de la Gazette de France. 



Un souirenir des g^uerres de relig-ion dans le Velay (1563). 

M. Aymard, archiviste de la Haute-Loire, a communiqué à la Société 
d'Agriculture, Sciences et Arts du Puy, le moulage d'une inscription lapi- 



6 



QUESTIONS ET REPONSES. 



daire de 1563, relevée par lui sur une porte du château de Samt-"Vidal. 
Voici cette iiiscription, telle qu'elle a été reilroduite par les Jnnales de la 
Société (p. 595) : 



4563. L'année { que Uguenaulx \ assamhlèrent année \ contre V Eglise 
pour abolir \ la messe et aux \ emages et pbres (prebstres) 1 firent 
j^resse \ de ce pays pour le roy | gouverneur fus \ t le baron de séa \ 
ns (1) et seigneur nommé An \ thoine de la Tour par \ surnom, qui 
a faict faire \ le bas de ceste maison (2). 

(1) Céans {hic intus) ici ens, ici dedans, 

(2) L'écusson placé au centre de l'inscription est chargé d'une tour, 
arrhes parlantes du baron Anlhoine de la Tour de Saint-Vidal. Cette fao^iHe, 
alliée aux d'Aibon, a eu quelques fiefs en Bourbonnais, du côté de Saint- 
Germain des Fossés. 

Nous remercions le correspondant anonyme de qui nous avons reçu celte 
petite communication. 



<%u'es<-ce que les Mémoires cîh marqisis de Cwaisscartl, relatifs 
à la g^iaerre rtes Camisards? — Ont-ils une !»econde partie? 

On nous communique un petit volume in-12 intitulé : Mémoires du 
marquis de Guiscard, dans lesquels est contenu le Récit des Entreprises 
qu'il Ci faites dans le Royaume et hors du lioyaume de FrançQ, pour le 
recouvrement (/e la liberté de sa patrie. Première partie. A Pelft, chez 



1563 -L'ANNÉE 



QYE - vaVENAVLX 
ASSAMBLÈRENT - ARMEE 

CONTRE - l'Église - povr - abolir 



LA - MESSE ET - AVX - 

ÏÎMAGES - ET- PBRES - 

FIRENT - PRESSE - 

DE-CE-PAY S P OVR-LE-ROT 




NS - ET - SEIGNEVR - NOME - AN 
THE - DE - LA - TOVR - PAR 
SVR r- NOM - QVI - A - FAICT ■ FERE 
LE - BAS - DE - GESTE - MAISON 



QUESTIONS ET REPONSES. 

Fréd. Arnaud, 1705. (A la Sphère.) Au bas de la page 481 et dernière, on 

lit : Fin du Récit de ma première Entreprise^ et de la première partie 
de ces Mémoires. 

On nous demande s'il a paru une seconde partie pour faire suite à cette 
première. 

Le volume contient : Une dédicace à la reine de la Grande-Bretagne, 
signée A. de Guiscard et datée de La Haye le 10 may 4705 ; — 2° une 
préface; — 3° les Mémoires du marquis de Guiscard, contenant: — 4° (page 
30) Avis des François catholiques aux François prolestants des Cévennes • 
— 5° (p. 55) Lettre adressée sous le nom d'un protestant aux milices du 
Languedoc et du Rouergue, commandées pour faire la guerre aux protes- 
tants desdites provinces (datée de Paris, le 8 juin 4703); — 6° (p. 72) un dis- 
cours aux soldats de Louis XIV qui font la guerre dans les Cévennes contre 
les protestants (daté de Versailles, le 8 juillet 4703); —7° (p. 88) autre dis- 
cours aux officiers des troupes de France; 8° (p. 4 4 5) autre discours 
aux habitans de Rhodes. 

Nous demanderons en même temps : Qu'est-ce que cet ouvrage, dont 
nous ne voyons pas qu'il soit fait mention dans nos histoires de la guerre 
des Cévennes ou des Eglises du Désert? 



Ii8S pasteurs île l'ancienase Eglise réformée d'Orléasis^j 
de ISSS» à IS'OS. 

(Voir t. XI, pages M8, 420.) 

Deux de nos correspondants ont déjà fait preuve de bonne volonté pour 
nous aider à trouver l'explication de l'énigme historique que contient le 
Mémoire signalé par M. Coquerel fils au sujet des ministres de l'Orléanais 
et du Berry. M. Boissard, naguère pasteur à Josnes (Loir-et-Cher) nous a 
rappelé une communication antérieure que nous publions ci-après (aux Do- 
cnME>Ts) sur l'ancienne Eglise de Marchenoir. M. Petit nous a adressé la 
lettre suivante qui concerne plus directement l'Eglise d'Orléans, et qui nous 
indique au moins des sources à consulter. Quant à la liste des pasteurs 
qu'on va y trouver, on remarquera qu'elle présente des lacunes évidentes, 
précisément au milieu du dix- septième siècle, c'est-à-dire pour l'époque à la- 
quelle se rapporte sans doute la pièce à élucider (1674 ?) Le problème reste 
donc en son entier, mais nous nous félicitons d'avoir eu à le proposer à l'at- 
tention de nos lecteurs et d'avoir, par la même occasion, montré quel serait 
l'intérêt de listes bien dressées des pasteurs de nos différentes Eglises; car 
cet appel nous a déjà valu plusieurs communications, et dût-on ne pas 
trouver le trésor, on aura du moins bêché et labouré le champ, ce qui ne 
se fait jamais infructueusement. 



8: 



QUESTIONS ET REPONSES. 



Lemé, près Sains, 10 janvier 1863. 

« Pour essayer de répondre à l'appel motivé que contient le dernier 5w/- 
letîn (XI, 418-420), j'ai l'honneur de vous transmettre une liste des pas- 
teurs d'Orléans et environs qui m'a été fournie par M. D. Lotlin père, 
auteur des Recherches historiques sur la ville d'Orléans, depuis Juré- 
lien, l'an ^li, jusqu'en MS9 {% vol, in-8°. Paris, 1836). Je ne crois pas 
cette liste complète, mais elle peut aider à en faire une aussi exacte que le 
permet la rareté des matériaux sur un tel sujet. La voici : 



4 557 Ambroise Le Balleur. 
1557 Antoine Chandieu. 
'1557 Faget. [ranges. 
4561 Ant. Chanorier, dit Des Me- 

1562 Conrad Badius. 

1563 Hugues Sureau Durozier. 
1568 Antoine Chanoises. 
1568 Robert Le Masson. 



1569 Pierre Lebaron. 

1569 Des Gallars. 

1570 Daniel Toussaint. 

1619 Jacques Himbert-Durant. 
1683 Claude Pajon. 
1683 Jurieu (à Mer.) 
1683 Jacques L'Enfant. 
1793 Lombard Lachaud (1). 



« Les Recherches historiques, etc., de M. D. Lotlin père, peuvent fournir, 
pour l'histoire du protestantisme à Orléans, quelques dates très précises 
et quelques renseignements précieux : j'indique par exemple, dans le 
tome I^S les pages 376, 379, 383, 392, 394, 398, 404, 414, 416, 419, 422, 
425 et de 427 à 439; et dans le 11^ volume, les premières pages qui ren- 
ferment sur le massacre de la Saint-Barthélemy des détails appuyés sur des 
pièces authentiques, tels que \e fac-similé d'une quittance du fossoyeur du 
grand cimetière d'Orléans en 1572, qui fut chargé d'enterrer les victimes, etc. 

« On peut encore consulter sur le protestantisme à Orléans et dans l'Or- 
léanais : Lassaussaie, Jnnales de VEglise d'Orléans, écrites en latin, 
imprimées en 1615; Le Maire, Annales d'Orléans; Polluche, Histoire 
d'Orléans; Beauvais de Histoire d'Orléans; l'abbé Carré, plu- 

sieurs manuscrits sur l'histoire de l'Orléanais ; l'abbé Pataud, vingt volu- 
mes de notes ; l'abbé Durois ; Deluchet ; un journal du père Pothier, 
prieur de Saint-Euverte, de 1560 à 1596 (n^ 394 de la bibliothèque d'Or- 
léans); les Mémoires de Lanoue et de Castelnau ; l'histoire de l'Eglise et 
du temple de Bionne; une lettre de Daniel Toussaint, pasteur de l'Eglise 
d'Orléans; surtout, un manuscrit intitulé : Des persécutions et martyrs 
esprouvés dans les tems par ceulx de la religion réformée vraijment, 
à Orléans, avec cet avis au lecteur : « Que mes neveux soient fidèles à 
Dieu, et continuent ces notes : ceulx qui n'auront rien à mettre, tant 
mieux. » Ce manuscrit, écrit en différents temps et par différentes mains, 



(1) Voir, pour rectifier et compléter cette liste, l'art. Chanorier dans la France 
protestante, et ci-après, p. 43. 



QUESTIONS ET REPONSES. 9 

contient des renseignements curieux. Il fut confié à M. Vergnaud-Roma- 
gnési, par une personne d'Orléans, et M. Cailleux, ancien notaire à Or- 
léans, l'a eu à sa disposition. J'ignore ce qu'il est devenu. 

« Je regrette de ne pouvoir donner plus de temps à l'examen de questions 
que, durant mon séjour à Orléans, je pus à grand'peine aborder, vu mes 
nombreux devoirs et les courses fréquentes qu'ils nécessitent de la part du 
pasteur de cette Eglise extra-muros. 

« Veuillez agréer, etc. ^ P. Petit. » 



Existe des pasteurs et aucieus de l'Eig^lise de Pai'is^ à compléter 
ou rectifier (de 1555 à 1685). 

Nous avons cité (XI, 420) le tableau que M. Ath. Coquerel fds a dressé, 
dans son Précis d'Histoire de P Eglise de Paris, des pasteurs de cette Eglise 
depuis l'origine. On nous a invité à reproduire ce tableau dans nolve Bulletin^ 
et nous le faisons d'autant plus volontiers que nous en avions eunous-mème 
la pensée et que cette reproduction répondra aussi au dessein de i>l. Co- 
querel, qui vient de faire à son travail diverses corrections et d'y ajouter 
un premier essai de liste des Anciens ou Membres du Consistoire de Paris 
Nous désirons comme lui que ces tableaux, mis sous les yeux de nos lec- 
teurs, amènent des communications de nature à compléter les matériaux 
qu'il a déjà réunis pour la suite de son histoire de l'Eglise de Paris. Il faut 
cependant que nous le déclarions à celte occasion : les appels et questions 
déjà faits par nous à plusieurs reprises, dans le même but {Bull., II, 45, 
498; IX, 29, XI, 417), n'ont guère trouvé d'écho jusqu'ici, et c'est une des 
raisons qui avaient motivé le ralentissement et la suspension de notre propre 
travail sur les deux Temples de V Eglise réformée de Paris sous l'Edii de 
Nantes {Bull., l à Y, passim). Espérons que cette nouvelle mise en de- 
meure de M. Coquerel lui permettra de combler plus ou moins les très 
graves et très nombreuses lacunes qu'il signale dans les matériaux recueillis 
par lui. Nous donnerons l'exemple en l'aidant autant que nous le pourrons 
à compléter le personnel laïque du Consistoire de Paris au XVII« siècle. 

Qu'on veuille bien chercher dans certains livres et manuscrits, dans les 
correspondances de diverses Eglises françaises ou étrangères avec celles de 
Paris, dans les dédicaces des livres protestants de l'époque, etc. Ce sont là 
autant de sources où l'on peut retrouver, ainsi que le dit très bien M. Co- 
querel, bon nombre des noms qui lui manquent, et quantité de détails in- 
connus. « L'histoire de nos aïeux, ajoute-t-il avec raison, est à reconstruire 
« pierre à pierre, et c'est une œuvre lente et laborieuse, une œuvre de foi et 
« de gratitude filiale qui nous intéresse tous; elle a son importance, même 
« pour nos concitoyens non protestants, car elle est aussi une œuvre pa- 



10 QUESTIONS ET REPONSES. 

« triotique. Il est bon d'exhumer du fond de Toubli tout ce qui fait lion- 
« neur à notre patrie, et, certes, l'Eglise protestante de France a noble- 
« ment contribué à l'illustration nationale. C'est à tous ces titres que Ton 
« réclame le concours de tous ceux qui pourraient fournir quelques rensei- 
« gnements sur les noms ou la vie des pasteurs et des anciens de l'Eglise 
« deP aris. » 

En publiant son Précis^ M. Coquerel rappelait les diverses notes re- 
cueillies par nous dans le Bulletin et spécialement celles qui nous furent 
communiquées par M. Crottet (lî, 379, 47-1, 497) sur les commencements 
de l'Eglise de Paris et sur ses pasteurs jusqu'en \ Ces notes lui ont 
fourni un bon point de départ; puissions-nous l'aider à perfectionner en- 
core son IravaiL que voici : 

î. Pasteurs fondateurs. 

1. Le Maçon de Launay (Jean), sieur de La Rivière, dit Jean Ripaire 
{Riparius, Riverius), né à Angers, vers 1533, élu en septembre /iaSS: 
alla à Genève en 1558, revint jusqu'en 1562; il mourut martyr à An- 
gers en 4 572. 

2. De Morel (François), sieur de CoUonges, dit Du Buisson, venu à Paris 
en 1556, parti en juillet 1557, revenu en décembre 4558 (par vote de 
la Compagnie de Genève du 45 septembre 4 558). 

3. De Chandieu (Antoine), sieur de la Roche-Chandieu, dit Zamariel, 
Sadeel, Théopsaltes.^ ou encore La Roche {Ruppensis, Ruppseus, Ro- 
cherius), né vers 1534, au château de Chabot; élu vers 4 555, parti 
en 4 560, mort à Genève en 4 591. 

4. Carmel (Gaspard), dit Fleury, né à Neuchâtel, neveu par alliance de 
Faro!, envoyé à l'Eglise de Paris, en mars 4 557, par la compagnie des 
pasteurs de Genève. 

5. De Latjbeban de Montigny (Jean), prêcha en 4 557. 

6. QuERcuLus (Thomas), avait étudié h Lausanne; appelé en 1557. îl est 
inconnu. 

7. Des Gallards (Nicolas), sieur de Saules (Gallasius, Salicetus)^ nomm*' 
le \% août 4 557, est remplacé en ianvier 'ioo8 par Macar ; en 1572, 
aumônier de Jeanne d'Albret. 

8. Macau (Jean), dit Racam ou Recham, né à Craonne, près Laon; en- 
voyé de Genève en 4 558, rappelé en 4560, mort à Genève en soignant 
les pestiférés. 

y. De la RiVE; né à Genève, aida Macar, à Paris. Est-il îe même que Jean 
de Chevery, dit La Rive, qui, selon l'état des Eglises en 4 562 (publié 
par MM. Haag, f. I, p. 5'2), était à Rhodez en 1558, à Viilefranche, en 
(.anpeçloç, la même nnnée, et à Saint-Antonin en 1562? M. Gaberel 



QUESTIONS ET REPONSES. 11 

a publié {Histoire de V Eglise de Genève, t. I, pièces justiticatives, 
p. 164) une leitre par laquelle l'Eglise de Villefranche demande, en 
1 561 , à la Compagnie des pasleurs de Genève de leur laisser de La Rive, 
quoiqu'il demandât un congé d'un an pour étudier. 

10. Marlorat (Augustin), dit Pasquier, né à Bar-le-Duc, en 1506, envoyé 
de Genève en juillet 1559, parti en 1560 ou 1561, martyr en 1561 
ou 1562. 

11. De Bèze (Théodore), né à Vézelay en 1519, appelé vers la lin de 1560, 
resta jusqu'en septembre 1561, fut auniônier du prince de Condé, en 
1562 et 1563. 

1â. Malot ou Mallot (Jean), ex-vicaire de Saint-André des Arcs, à Paris, 
était pasteur en 1561, partit en 1562, devint aumônier de Goligny. 

13. Gaudion de Lestang ou DE Lestang-Godion (Alexandre), nommé en 
1561, repartit un an après. 

14. ViREL (Jean), (1561). On l'a confondu à tort avec le réformateur Pierre 
Yiçet (Bayle. — Haag, t. IX, p. 515). 

15. Merlin (Jean-Raymond), dit Moriroy ou Macroy, né à Romans, en Dau- 
phiné, nommé en 1561, resta peu à Paris; mort à Genève en décem- 
bre 1578. 

16. De la Croix (A Cruce), n'est pas connu. Ce pourrait être un pseudo- 
nyme de Chandieu. (Voir Précis, pièces historiques, p. xyii. — Il y 
eut un pasteur Matthieu de la Croix, ancien moine qui, en 1537, prêcha 
la Réforme à Lutry, et trois antres pasteurs du même nom, fils tous 
trois de Jean Le Comte de la Croix, gentilhomme de Picardie. (Ruchat, 
t. III, p. 132. Crottet, Petite Chronique^ p. 387.) 

17. Merlin (Pierre), dit VEspérandieu, né en 1533, arrivé en 1567, aumô- 
nier de Cohgny, parti en 1572; mort le 27 juillet 1603. 

18. De LESTRE(Lestrœus), préside en î567 le synode national de Verteuil; 
en 1578, il reçoit une mission confidentielle d'un autre synode. 

19. Du Moulin (Joachim) (?) banni pour avoir été surpris faisant la Cène 
dans une maison vis-à-vis le collège Monîaigu, le vendredi saint 1584 
(L'Estoile); mort en 1615 (Haag). 

20. De Laureran (François), sieur de Montigny, d'Ablon-sur-Seine, 
d'Ablon-la-"Vilie, de Mons-sur-Orge et de Courceiles, nv à Valence, en 
Dauphiné, étudia à Genève (15 décembre 1565), nommé à Paris en 
1595; mort en 1619. (M/., IX, 194.) 

21. D'Amours (Louis), était à Paris en 1598, fut mis à la Bastille, puis 
lolâché. 

H. Pasteurs de Charenton. 

22. De la Paye (Antoine), sieur de la Maison-Neuve et de Gournay, arrivé 



12 QUESTIONS ET REPONSES. 

en 1598; aumônier de Henri IV, puis de Catherine de Bourbon; mort 
en 1609. 

23. Du Moulin (Pierre), né à Buliy-en-Vexin, le 8 octobre 1568, nommé 
en 1599, encore à Paris en 1626 ; mort à Sedan en 1658. 

24. CouET (Jacques), sieur du Vivier, né à Paris, arrivé en 1 601 , mort en 1 608. 

25. Durand (Samuel), né à Paris (?) vers 1580, nommé avant ou dès 1609; 
mort en 1626. 

26. Mestrezat (Jean), né à Genève en 1 592, appelé en 1614, demande deux 
ans pour étudier, nommé en 1616; mort en 1657. 

27. Drelincourt (Charles), né à Sedan, le 10 juillet 1595, arrivé en 1620; 
mort le 3 novembre 1669. 

28. Daillé (Jean), né à Châtellerault, le 6 janvier 1594, inscrit à Genève 
en 1623, arrivé en 1626; mort le 15 avril 1670. 

29. Aubertin (Edme), né à Ghàlons-sur-3Iarne, en 1595; arrivé en 1631 ; 
mort en 1632. 

30. Blondel (David), né à Châlons-sur-Marne, en 1591, inscrit à Genève 
le 14 avril 1612; à Paris, de 1644 à 1650. (Ne fut jamais nommé pas- 
teur à Paris, mais reçut du synode provincial l'autorisation de résider 
à Paris, avec 1 ,000 livres de traitement, pour vaquer à des travaux his- 
toriques. Il aidait souvent les pasteurs.) 

31. Le Faucheur (Michel), né à Genève en 1585, arrivé en 4 636 ; mort 
en 1657. 

32. Gâches (Raymond), né à Castres, en 1615, arrivé en 1651; mort 
en 1668. 

33. Daillé (Adrien), né dans l'hôtel de l'Ambassade de Hollande, le 31 oc- 
tobre 1628, succéda à Mestrezat en 1658, banni en 1685 ; mort à Zu- 
rich, en mai 1690. 

34. MoRus (Alexandre), né à Castres, en 1616, nommé en 1659, destitué 
en 1661, réintégré en 1664; mort en septembre 1670. (Haag. — Bul- 
letin, t. n, p. 475. — Crottel.) 

35. Claude (Jean), né à la Salvetat, en Agenais, en 1619, nommé en 1666, 
banni en 1685; mort à La Haye, en janvier 1687. 

36. Allix (Pierre), né à Alençon, en 1641, nommé en 1670, pour succéder 
à Jean Daillé, banni en 1685; mort en Angleterre, en 1717. 

37. Mesnard (Jean), né en 1644, nommé en 1670, banni en 1685. 

38. De Beaux (Samuel), sieur de l'Angle, né à Londres, en 1622, nommé 
en 1671, banni en 1685. 

39. Gilbert (Abraham), né en Poitou, étudia à Saumur, nommé avant 1684 , 
banni en 1685. 

40. Bertheau (Charles), né à Montpellier, en 1660, nommé en 1683, banni 
en 1685; mort à Londres, en 1702. 



QUESTIONS ET RÉPONSES. 



13 



Jnciens (1). 

1555 Le sieur de la Perrière (?}. 
1557 Taurin Gravelle, avocat, martyr. 
» Nicolat Clinet, pédagogue, martyr. 

» Le sieur de Graveron(ou du Gramboy), mari de Philippe de Luns. 
'I5S7 — 1558 Nicolas du Rousseau, mort en prison. 

1559 De Russanges, orfèvre, apostat et dénonciateur. 
» N., médecin, id. id. ^ 

1560 Flavigny. 

» Zacharie Le Maçon. [Louis Cappel de Moriambert et La 
Troche de la Rogeraye, députés en 1 560 par le Consistoire 
aux états généraux d'Orléans, n'ètaient-ils pas anciens ?) 

1561 Daboval, mercier de la cour. 

» Le sieur de Ghamon (ou de Chaumon) (?). 

1562 La Paye, martyr. 

1563 D'Apestigny (ou de Lapestigny), martyr. 
\ 565 Pierre Le Clerc. 

1572 Antoine Merlanchon (ancien ou diacre}. 
1578 Hugues de Regnard de Saint-Martin. 
1596 Jean Bedé, sieur de la Gourmandière. 

1598 Moïse Cartaux. 

1599 Josias Mercier, sieur des Bordes et de Grigny. 
1 606 Perreur. 

1609—1631 Gédéon de Serres, sieur du Pradel. 

1611 Rigomier. 

1614 De Laue. 
1612—1617 Elie Bigot. (Est-il le même que Bigot, sieur Chaumonl?) 
1620—1661 Pierre de Launay, sieur de la Motte et de Vauferlan. 

1626 Isaac d'Huisseau. 

1637 Pierre Marbault. (N'est-ce pas lui qui est appelé ailleurs par 

erreur Marsault?) 
1644 Jean Bazin, sieur de Limeville. 
1655—1685 Théodore Le Coq, sieur de Saint-Léger. 
1659 Pierre Loride, sieur des Galinières. 
1661 Des Forges-Le-Coq. 
1674 Tardif. 

(1) Les dates inscrites à côté des noms ne se rapportent qu'à la mention qui 
est faite d'enx dans les documents imprimés ou manuscrits. Elles signifient uni- 
quement qu'à telle date un tel était membre du consistoire de Paris, mais non 
qu'il a commencé alors à en faire partie. 



QUÎiSTIONS ET REPONSES. 



Liste des vingt-quatre membi^es du Consistoire au moment 
de la Révocation de ÏEdit de Nantes (1685). 

Aufrère, procureur au parlement. 

Beauchanip (Samuel de), avocat au parlement. 

Beringhen (de), secrétaire du roi. 

Bernard (Philippe), sieur de Bouïlly, avocat. 

Bezard (Noël), marchand de bois carré. 

Conrart (Valentin), de l'Académie française. 

Des Marchais. 

Falaiseau, banquier. 

Gaulclier, ferrandinier. 

Gervaise (Louis), marchand linger. 

Girard, joaillier et marchand de tableaux. 

Girardot, marchand de bois. 

Hammonet, marchand de dentelles. 

Janiçon (ou Jennisson). 

La Baslide (Antoine Crozat, sieur de). 

La Bufiière (Groslête, sieur de). 

Lardeau, procureur au parlement. 

Théodore Le Coq (sieur de Saint Léger), déjà itrdiqué. 

Masclari (Gaspard), avocat aux conseils. 

Massanes (Antoine de), doyen d'âge du Consistoire, anciên consèiiler et 

secrétaire du roi. 
Papillon (Thomas), avocat au parlement. 
Robeton (ou Roberthon). 
Rozemont. 
Tassin 

Egalises et pasfeairs de FAgenaSs, depuis l^or%iiie Jusqu'à 
la veille de la îKéTocation de FBdît de Mantes (1685>. 

M. Alphonse Lagardenous écrit de Tonneins, le it) janvier: « Vous con- 
sidérez comme important de posséder la liste des pasteurs qui ont desservi, 
depuis le XVI« siècle, les Eglises réformées de France {Bull., XI, 420). 
Pour ma part, je vous envoie une liste, très incomplète sans doute, mais 
très exacte pour ce qu'elle renferme, des pasteurs de nos Eglises de l'Age- 
nais. Ces noms sont pris dans des registres de baptême ou dans des délibé- 
rations de colloques et consistoires. Plusieurs d'entre eux ont déjà trouvé 
place dans la France protestante ; d'autres méritent peut-être d'être aussi 
mentionnés dans le Supplément. 



QUESTIONS ET REPONSES. 



15 



Eglises et pasteurs de VAgenais. 

L'arrivée de Gérard Roussel dans l'Agenais remonte à l'année 1530 ; il y 
vint comme abbé de Clairac. 

En 1559, Gilles et Jean Graignon, pasteurs à Nérac. 

En 1560, Bertram Ricotier à Clairac. il meurt en 1620. Son fils Moïse 
Ricotier, pasteur à Clairac. Les pasteurs Denys, Alba; Seillade 
assistent à sa sépulture, mais rien n'indique quelle était !a ré- 
sidence de ces trois derniers. 

En 1561, François Decour à Grateloup et Jean Lecierc, à Mir'amont. 

En 1566, Jean Perrière, à Port-Sainte-Marie. 

En 1620, Ricotier fils à Clairac, de Salettes à Saint-Barihéîêmy. 

En 1642, Salettes à Fauillet. 

En 1646, Petit à Fauillet. 

En 1649, Jean Decostaà Tonneîns. 

En 1654, Ferran jeune à Fauillet, Despériez à Tonneins. 

En 1655, Jean Ricotier à Clairac, Jérémie Viguier, à Nérac. 

En 1661, Gonrrad, à Tonneins. 

En 1664, Ferrand jeune à Fauillet. 

En 1665, de Brissac, à Agen, Renaud à Fauillet, Dupon, à Saint-Barlhé- 
lemy. 

En 1668, Costa, à Tonneins, 

En 1669, Zachée Daubus à Agen^ David Joie à Galonges, Farges à Mont- 
crabeau, Lemasson à Tonneins. 

En 1670, Philipot à Clairac, Decosta à Grateloup, Izaac Decosta à Ton- 
neins, Bonis à Layrac. — Jean Costebadie et de Latané à Ton- 
neins à la fin de 1670. 

En 1671, Vénès à Unet. 

En 1672, Ricotier pour Clairac et Grateloup, Dupuy àMontheur, Lafitte 

à Puch, Ricotier et Lemasson à Tonneins. 
En 1675, Loches, à Clairac. 

En 1678, Reinaud et Ricotier à Tonneins, Yénès à Castelmoron. 

« Je compte vous envoyer plus tard, un résumé de l'histoire du refuge dans 
l'Agenais; les noms des pasteurs victimes des persécutions trouveront leur 
place dans cette notice. A. L. 



liiste des Pasteur» de FESg^litse de ^edaii (15^0-1859). — 
Tables commémoratÎTes. 

Par décision du conseil presbytéral de l'Eglise réformée de Sedan, deux 



16 



QUESTIONS ET REPONSES. 



plaques en marbre ont été scellées récemment dans le mur du temple, l'une 
portant les noms des pasteurs de cette Eglise depuis la Réformation et 
l'autre les noms de ses donateurs et bienfaiteurs. On doit aussi placer dans 
la salle du Consistoire, un tableau présentant la liste des pasteurs et pro- 
fesseurs de l'ancienne Académie protestante de Sedan. Voici les noms, la 
plupart célèbres, qui figurent sur l'une des plaques : 



PASTEURS DE L'EGLISE REFORMEE DE SEDAN. 



Louis Cappel, 


1570- 


-1586 


Samuel Des Marais, 


1624- 


Daniel Tilenus, 


1595- 


-1633 


Gédéon Chéron, 


1633 


François d'Or, 


1608 




Henri des Marets, 


1640 


Abraham Rambour, 


1610 




Louis Le Rlanc, 


1644 


Gaultier Donaldson, 


1 61 1 




Jean Sacrelaire, 


1644 


Erondelle, 


1615 




Pierre Féry, 


1644 


Pierre Du Moulin, 


1620- 


-1658 


Jacques Gantois, 


1644 


Jean Rrazy, 


1621 




Josué Levasseur, 


1646- 


Eusèbe Gantois, 


1 622 




J.-A. de Saint-Maurice, 


1664 


Jacques Cappel, 


1624 




Pierre Trouillard, 


1677 



•1673 



■1 672 



RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES (1685) 




Rang des Adrets, 1782 
Sabatier de la Bastide, 1787 
F. -Noël de Villepoix, 1790 
Fontbonne Duverney, 1803 — 1812 



Jacques Peyran, 1812- 
J.-Augustin Bost, 1853 
J.-G.-Théoph. Guiral, 1859 



1853 



Nous ne pouvons qu'applaudir à l'excellente idée d'un pareil monument 
commémoratif, et il serait à souhaiter que toutes les Eglises suivissent 
l'exemple de celle de Sedan ; mais nous leur conseillerions alors de recou- 
rir à la publicité, avant de rien faire de définitif, afin de bien s'assurer que 
leur tablette historique est aussi exacte et complète que possible. Voici en 
effet que nous trouvons dans le Lien du 20 décembre 1862, des observa- 
lions de M. 0. Douen sur cette liste des pasteurs sedanais qui, en temps 
utile, auraient sans doute été très profitables. 

« Je lis, dit M. Douen, dans le Lien du 30 novembre, que le Conseil pres- 
bytéral de Sedan a, depuis plusieurs années, fait graver sur deux tables de 
marbre, scellées dans les murs du temple, les noms des bienfaiteurs de 
l'Eglise de cette ville et des pasteurs qui l'ont desservie depuis son ori- 
gine. C'est là, il me semble, une heureuse idée et une initiative qui méri- 
terait d'être généralement suivie. 

« Mais il me paraît aussi de toute nécessité que des inscriptions de ce 



QUESTIONS ET REPONSES. 17 

genre, destinées à la postérité, soient aussi complètes que possible. C'est 
pourquoi, je m'empresse d'indiquer ici au Conseil presbytèral plusieurs 
noms qui lui ont échappé. Malheureusement, je ne suis pas certain de n'en 
pas omettre moi-même, ayant été forcé d'interrompre mes études sur l'his- 
toire du protestantisme dans le nord de la France. 

« A la liste des pasteurs antérieurs à la Révocation, je proposerais d'ajou- 
ter le nom de Jean Gardien Givry qui fut pasteur à Sedan de leeQ jusqu'à 
1678, au moins. 

« Je proposerais également d'insérer, sous ces mots, Révocation de 
VEdit de Nantes, 1685, gravés dans le marbre, le même nom de Givry 
qui, en 1692, quitta l'Angleterre où il s'était réfugié et la nouvelle Eglise 
qu'il y desservait, pour revenir visiter son ancien troupeau, au péril de ses 
jours. Il présida cinq assemblées à Sedan, fut arrêté en rentrant à Paris et 
déporté aux îles Sainte-Marguerite, où il mourut, après 1713 paraîl-il, pré- 
férant la plus horrible captivité à la liberté qu'il eût fallu acheter au prix 
d'une abjuration menteuse (voir Essai historique sur les Egl. réf. de 
l'Aisne, et Notice sur Givry, dans le Bulletin de la Soc. de VHist, du 
Protest, franc., ÏX, 174). \ 

« Au nom du fidèle confesseur Givry, j'ajouterais celui non moins glo- 
rieux de Claude Brousson, l'illustre martyr, qui, en 1695, visita l'Eglise de 
Sedan, et n'échappa que comme par miracle à la rage des persécuteurs qui 
faillirent le saisir dans cette ville, en même temps qu'ils arrêtèrent son 
guide, l'héroïque Bruman, qui paya sans doute de sa vie le crime d'avoir 
ramené des pasteurs en France. 

« Au-dessus du nom de Rang des Adrets, j'inscrirais celui de Briatte, 
pasteur à Sedan en 1776 (voir la France protestante). Les Sedanais es- 
sayaient alors de réorganiser le culte évangélique; cependant Briatte fut 
obligé de sortir de France pour n'être pas victime de la persécution qui sé- 
vissait encore avec violence. 

« Je changerais aussi les chiffres 1803-1812 indiquant les années du mi- 
nistère de Fontbonne-Duvernet, car ce pasteur célébrait le culte pendant la 
nuit dès 1778 à Sedan [France protestante, art. Briatte). Il nous apprend 
lui-même (Notice de Fontbonne dans les papiers de Rabaut-Dupuis, collec- 
tion de M. Athanase Coquerel fils) qu'il fut appelé à Caen en 1780, et rem- 
placé par Rang des Adrets auquel succédèrent Sabattier et Villepois, et 
qu'il revint à Sedan lors de la réorganisation des cultes par le premier 
consul. Rajoute qu'en 1806 on comptait dans cette ville et aux environs, 
de 1500 à 2,000 protestants disséminés dans les lieux suivants : Rethel, 
Daigny, Givonne, La Chapelle, Illy, Flégneux, Francheval, Douzy, Reau- 
court, Laberlière, Yerières, Semuy, Harraucourt, Lerzy, Torcy, Balan. 

« J'espère que le Conseil presbytèral d'une ville célèbre dans notre hls- 

XII. ~ 2 



18 QUESTIONS ET REPONSES. 

toire voudra bien voir dans ces lignes un témoignage du vif intérêt que je 
porte aux Eglises du Nord. 

« Veuillez agréer, etc. » 0. Douen. 



li' Album « Aînicoffum » de Mîc. "Wan Soi'gfCffl. — Aîito§^a*apîies de 
Ou Piessîs-llopuay, Charnier, Casaubon, P. ©u Moulin, etc. 
(1605). 

Ce curieux Album, dont nous avons donné la description (VTII, 497), et 
au sujet duquel M. le chevalier Van Rappard nous a communiqué d'instructifs 
renseignements (IX, 99), est revenu aux mains du libraire M. Claudin, et cette 
circonstance nous ayant permis d'en prendre connaissance, nous pouvons 
compléter ici, par quelques citations textuelles, l'article bibliographique que 
nous avions reproduit. Et d'abord, nous corrigerons une erreur que M. Clau- 
din nous a lui-même signalée : ce n'est pas 219 autographes, mais seule- 
ment 89 que contient l'Album; le premier chiffre est celui des pages qu'il 
contient, mais il en est beaucoup qui sont restées blanches. 

Pour nous borner aux hiiit écritures qui nous paraissent rentrer plus di- 
rectement dans notre cadre, nous allons extraire les lignes que nous trou- 
vons aux pages 5 (Du Plessis-Mornay), 1 3 (Chamier), 17 (Willerius), 55 (Ca - 
saubon), 56 (Vignier), 97 (P. Du Moulin), 122 (J. Couël), 213 (R.-C. Baro). 
Mais nous les placerons ici dans l'ordre de dates. 

Outre les renseignements utiles à l'histoire et à la biographie que peu- 
vent fournir les autographes, on doit rechercher et observer plus particu- 
lièrement avec intérêt dans les pages d'un Album d'amis^ tel que celui-ci, 
le choix des sentences inscrites comme souvenir d'eux-mêmes, par les per- 
sonnages qui y ont mis un spécimen de leur plume. Le caractère, les allures, 
les préoccupations de chacun s'y marquent le plus souvent d'une manière 
frappante. Ainsi, l'on va retrouver ici Casaubon dans une pensée pieuse qu'il 
trace en grec; Pierre Du Moulin, dans une sorte de formule théologique 
versifiée; Daniel Chamier, dans un distique grec contre les jésuites ; Du 
Plessis-Mornay, dans sa fière et belle devise [Bull., I, 203); enfin, un pro- 
fesseur centenaire de l'Académie de Montauban se reconnaîtra à son étalage 
pédagogique. Cela dit, voici les textes en question : 

MyjBév ttot' Ijxy] àXXo tt:Xy]V OeG) çiXoç. 

Is. Gasaubonus scribebam Lutetiœ Parisiorum. A. D. 
XIV kal. Jan. MDGIV. 



QUESTIONS ET REPONSES. 



10 



0£ou SiSovxoç ouBlv hyjjzi ç66voç 
liai [j^ri BioovTOç ouoev ^crj^usi tî6voç. 

Ornatissimo juveni Nicolao Van Sorgen Delphensi 
scripsi hoc mei monimentum. Petrus Molineus. 

Lutetiœ, 15 cal. Decembr. 1604. 

Virtute ambire oportet, non favitoribus. Plautus. 
Hanc viam ingressus est hic doctus Belga, qui vera et solida via, non suffra- 
giis exquisitus , gloriam sibi peperit immortalem ; cujus rei hoc monumentum 
extare cupidus symbolum adscrîpsi. 

H. WiLLERius_, Aur. Acad. decanus. 1605. 

{H. PTillerius ne signifierait-il pas Hotma?i de P'Uliers? Le fils de Fran- 
çois Hotman était en effet sieur de Villiers-Saint-Paul (i); mais a-t-il été 
doyen de l'Académie d'Orléans? Nous l'ignorons.) 

Imp. Just. Cod. devet.ju. enuc: 
« Deus et res desperatas donare et consummare 
virtutis magnitudine potest ; » 
Et 

« Ex ejus invocaiione sequitur bonum initium, 
melius médium et optîmus finis. » 

{Gloss. ad. poem. Institut.) 
NiGOLAcs ViGNiERius N. f. moris et amoris ergo 
scribebam Blesis D. N. V. S.^ ann. 1605^ Jan. 9. 

Arte et Marte. 'ApsTÎ^ v.a\ "Apst. 
Eximio adolescenti D. Nicolao a Sorgen Philippus Mornayus amicitiœ monumen- 
tum scripsi Salmurii. Anno 1605^ 15 Januarii. 

Robore et constantia 
Robertus Constantinus Baro Gymatius et pj^ofessor grœcarum litterarum in 
Academia Monfalbanensi idemque assertor t% oupavi'ou àp|J.oviaç etiamque 
audibilis experientia quotidiana 24 annorum adversus sententiam Aristotelis 
[uno excepto Platone] principis philosophorum, hœc occupatus, exaravi in gra- 
tiam Nicolai a Sorgen adolescentis eruditissimi et in jurisprudentia licentiati 
ut sit a6[x6oXov xat B*)] y,ai |jLV'r]|ji,£lov t% (fikiaq àsiâtou. Anno D. 1605 : 
nostrœ vero œtatis centesimo, ut numerant Tuspiep^ot tum amici, tum invidi. 

Montalbani 5 die Maii, anno 1605. 

(Une note marginale porte ces mots ; N. B. Obiit xt. 103.) 

(1) Le titre d'un livre {L'Ambassadeur) publié par lui en 1603, porte simple- 
ment : Par le sieur de Vill. fl., et ia dédicace: «A Mgr de Villeroy, conseiller 
« du Roy en ses conseils d'Estat et privé, et premier secrétaire de ses comman- 
« démens.» est signée Hotman. 



20 



QUESTIONS ET REPONSES. 



Ingenium Jesuitarum. 

Scripsit rogatus et libens amoris honorisque ergo, optimo dodissimo 
que juveni : in Montilio Aimarii : xv Junii 1605. 

Chamierus. 

Les autographes de Charnier sont rares à tel point que-lorsque nous les 
recherchions de tous côtés, pour la préparation de notre volume {Daniel 
Charnier^ etc., in-8<', 4858), nous trouvâmes à grand'peine quatre signa- 
tures de lui, entre autres celle que nous avons reproduite en fac-similé 
(ibid., p. 326), et nous ne rencontrâmes pas même une ligne entière de son 
écriture. Ce spécimen est donc le seul que nous en ayons encore vu. 



Qui sapit semper cogitât qualis vita sit, non quanta. Non eni?n vivere bonum est, 

sed hene vivere. 
Pietate œque ac eruditione prœstanti adolescenti Dom. Nicolao 
à Sorgen scripsit wç çiXi'aç jJLVYjpLoauvov Jacobus Couetus 
Parisiensis Basileœ Rauracorum, 24 Julii j stylo veterij 
an. 1605. 



Renseignements demandés au sujet du nom d'une famille 
de réfug^iés du Dauphiné. 

M. Mazade, pasteur aumônier du collège de Tournon, nous transmet la 
communication suivante : 

« Il y a ici une famille anglaise honorable du nom de Burchell. Elle des- 
cend de réfugiés français des environs de Lyon; leur aïeul était marchand 
de soie. Les prénoms de David et Benjamin se sont toujours conservés 
parmi eux. Leur nom, anglais aujourd'hui, de Burchell, ne serait-il pas une 
forme altérée du nom français de Boucherie, par suite de la transposition 
de la lettre r, occasionnée par l'accent tonique ? 

« J'ai retrouvé à Lausanne une famille Boucherie, descendant d'un Bou- 
cherie de Montélimart où la famille existe encore en la personne de mon beau- 
frère, depuis longtemps ancien du Consistoire et trésorier des pauvres. Un 
frère de son grand-père paternel s'établit à Lausanne où sa famille a pros- 
péré, et un autre passa en Hollande, d'où il pourrait très bien être allé en 
Angleterre à la suite de Guillaume. C'est ce qui arriva à un Lacroix, de 
Livron, où la famille subsiste; il devint cuisinier de Marlborough, se maria 



QUESTIONS ET REPONSES. 21 

avec une Anglaise et laissa une belle fortune dont quelques legs revinrent 
à Livron. » 

Nous ne pouvons, quant à nous, répondre pour le moment qu'une chose : 
C'est que la conjecture de M. Mazade ne manque pas de vraisemblance, et 
nous pouvons lui citer un exemple analogue ou plutôt en sens inverse, celui 
d'une famille écossaise dont le nom originel, Burley ou Burleigh, s'est 
changé en France en celui de Bruley ou Brulley, qu'elle porte encore au- 
jourd'hui. Mais ce n'est guère que par des documents de famille ou de lo- 
calité que de pareilles questions peuvent se trouver résolues. 



Deux Jeuues protestantes enfermées dans un couTent^ par ordre 
de Févêque Fléchi er (liS'OO). 

La déclaration suivante a été copiée par M. Th. Claparède, dans un des 
volumes de la collection Court, à la Bibliothèque de Genève : 

L'an 1700, et le 25 du mois de mars, nioy, Marie Fourmadd, et 
Anne-Jeanne-Suzanne Lombard, du lieu de Gongénies, par ordre 
d'Esprit Fléchier, évêque de Nismes, avons esté conduites au couvent 
de Sommières, escortées par une compagnie de bourgeoisie, qui nous 
menèrent au-devant de M. de Villevielle, à qui il nous fallut répon- 
dre à ses demandes. 11 commanda à ces bourgeois de nous amener 
au couvent jusques à nouvel ordre. Le curé de la ville, appelé père 
Mouche, venoit nous faire la censure tous les jours. On nous faisoit 
confesser souvent. Comme nous étions fort jeunes, nous aurions 
mieux aimé la prison, à cause que nous serions esté loin de ces cen- 
sures. Nous y restâmes cinq mois, à 14 livres par mois. Le tout nous 
arriva pour nous faire renoncer à notre sainte religion. 

Un ancien livre à rechercher. 

Il existe un livre intitulé : Claudii Grulartii, in supremo Normanise 
senatu prxsidis, ohitus, [Oratio Joan. Roenni.] Paris. [Jacquin.] 1608, 
in-S*". (Discours sur la mort de Claude Groulart, premier président du par- 
lement de Normandie.) 

M. Guill. Guizot, qui voudrait consulter cet ouvrage, nous prie de de- 
mander si quelqu'un de nos lecteurs pourrait lui en indiquer un exemplaire. 



DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 



Ik BÉFORRIE A PORRENTRUY ÂU XVI^ SIÈCLE 

1551-1563. 

En /1858, M. le professeur Kohler, alors président de la Société juras- 
sienne d'émulation, a prononcé, à l'ouverture de la séance générale de 
cette Société, tenue à Porreniruy, un discours qui otîre plusieurs traits 
remarquables au sujet de la Réforme. La première partie de son travail, 
consacrée à la vie religieuse au XVI^ siècle, est digne, sous tous les rap- 
ports, d'être signalée, et nous le ferons en en rappelant des faits incon- 
nus pour la plupart, étant demeurés enfouis jusqu'à ce jour dans les ar- 
chives de sa ville natale. Nous allons suivre l'auteur pas à pas, en don- 
nant la substance des pages qu'il a consacrées aux origines de la Réforme 
dans ce coin de pays intéressant qui touche à la France, à l'ancien comté 
de Montbéliard, et qui autrefois formait le département du Mont-Terrible. 

Au XVP siècle, Porrentruy était dans une position anormale, dépendant, 
pour le temporel, de l'évêque de Bâle, et relevant au spirituel de l'arche- 
vêché de Besançon. Il est à remarquer que les besoins religieux de la 
contrée occupaient très peu les hauts dignitaires ecclésiastiques de la 
Franche-Comté; leur incurie, leur indifférence coupable faillit gagner au 
protestantisme la cité épiscopale. Quelques historiens rapportent à 4551 
et 1554 un voyage de Guillaume Farel à Porrentruy, mais les archives de 
cette ville gardent le silence à cet égard. Il est positif qu'il y vint en com- 
pagnie des pasteurs Blaurer, de Bienne, et Beynon, de Perrière. Déjà la 
Réforme y comptait des partisans, aussi furent-ils bien accueillis par le 
magistrat; mais des troubles les forcèrent bientôt à se retirer. Alors une 
adresse rédigée par le pasteur Fabry fut envoyée par la classe de Neu- 
châtel au gouverneur de Berne pour intervenir en faveur de la liberté de 
conscience à Porrentruy. Farel se rendit à Berne pour défendre sa con- 
duite et répondre aux plaintes portées contre lui par le gouverneur de 
Bourgogne et le parlement de Dole. Ensuite il revint à Porrentruy, le 
/jer avril 1557, accompagné du prédicant Ernest Beynon. L'évêque, pré- 
venu de son arrivée, manda de suite les conseils au château. Pendant qua- 
tre jours, mais inutilement, Farel sollicita du magistrat un Heu pour prê- 
cher l'Evangile. La ville paya les dépenses de ses hôtes. On lit dans les 
Archives de Porrentruy : « Les dicts prédicants arrivèrent le mercredi 
a sty et demeurèrent jusque le dimanche suyvant pour besoingner avec 



LA RÉFORME A PORRENTRUY AU XVI^ SIECLE. 2^3 

a grâce de Monsieur et messires des conseils, et fust conseilles que l'on 
debvolt payer leurs dépenses pour ce. » 

Deux mois plus tard, le 21 juin, le maître et son disciple demandèrent 
audience de messires des trois conseils et des douze députés de la com- 
mune. Ces démarches n'aboutirent point, mais pourtant les germes de la 
Réformation n'étaient pas étoulFés à Porrentruy, la lutte allait se prolon- 
ger encore plusieurs années. 

L'archevêque de Besançon s'efforçait d'opposer aux prédications évan- 
géliques des missions orthodoxes. En ^1566, un beau père de l'ordre de 
Saint-François prêche le carême à Saint-Pierre; en 1571, un moine jacobin 
tonne contre l'hérésie, et dès lors, à inlervalles plus rapprochés, des ec- 
clésiastiques bisontins remplirent les mêmes fonctions en 1572, 1574, 
1575. 

Dans cette dernière année, les partisans de la Réforme sollicitèrent 
de nouveau de l'évêque de Bâle d'exercer librement à Porrentruy le culte 
évangélique. Le licencié en droit Jean Docourt ou Jehan Docort, scribe de 
la ville, de 1556 à 1562, et en cette qualité ayant eu des relations avec 
Farel, s'était retiré à Audincourt près de Monlbéliard, après avoir embrassé 
la Réforme. A la fin de mai, Nicolas Rossel le vieux, lieutenant, fut envoyé 
à Audincourt pour traiter la cause de la religion avec Docourt qui venait 
de se rendre pour trois jours à Montbéliard. « Pendant lequel terme 
MM. les gouverneurs, chanceliers et autres conseillers de M. le Comte fu- 
rent interpellés par le dict licencié Docourt d'en donner leurs advis. Ce 
que tous ensemble pour la bonne voisinance des deux villes et respublic- 
ques, ils firent volontairement, déclairant par leur résolution estre conve- 
nable de communiquer le faicî de la religion à Messieurs de Basle comme 
principale ville de l'évesché pour en avoir leurs semblables advis. » On ne 
perdit pas de temps. Les partisans de la Réforme redoublèrent de zèle 
pour hâter la réussite de leurs projets. Le 8 juillet se réunirent à Bure, 
entre Porrentruy et Âbbevillers, Jean Docourt, Nicolas Rossel, Nicolas 
Vernier et Henri Farine dans le but de s'entendre. Le 23 août, on vit ar- 
river à Porrentruy Hélias Philippin de Neuchâtel, « ministre de la sainte 
Evangile de Jésus-Christ, notre Saulveur et Rédempteur, envoyé de la 
part des ministres et prédicateurs du dit lieu, iceulx estans informés et 
advertis que désirions que prédication de la pure et scincère Evangille 
de l'Eternel fusse annoîicée et plantée en ce lieu. » Le maître-bourgeois 
et deux conseillers dînèrent avec lui à l'hôtel de Claudat Choffat; la ville 
paya ses dépenses et celles de son guide. 

Bientôt la Réforme descendit sur la place publique. Un jour, un ministre 
haranguait le peuple du haut de la pierre ûii poisson; une foule compacte 
l'entourait, lorsqu'un catholique fervent saisit le pasteur d'une main vi- 



24 LA RÉFORME A PORRENTRL'Y AU XVF SIECLE. 

goureuse et le force à prendre la fuite. La tradition ajoute que ce citoyen, 
dont la famille vit encore, ne se contenta pas de donner un soufflet au 
malheureux apôtre, mais que du lourd marteau de serrurier qu'il tenait en 
main, il le menaça de lui briser le crâne, s'il ne quittait la place au plus 
vite. 

Après Farel et Philippin, un troisième ministre essaya encore de faire 
triompher la doctrine évangélique dans la cité épiscopale, et il apporta à 
cette œuvre une persévérance remarquable. Ce fut Jean Chardon, pasteur 
à Saint-Imier, invité à dîner à l'hôtel de ville le 27 juin 4 576, et ap- 
pelé, dans les Comptes des dépenses de la ville, ministre de la Parole 
ou de l'Evangile de Jésus-Christ, notre Rédempteur. Il se rendit aussi à 
Corgemont, puis revint; mais à partir de septembre 4 579, les ministres 
réformés ne purent plus prêcher l'Evangile à Porrentruy, du moins le nom 
d'aucun ne figure plus dans les registres de la ville. Plusieurs familles 
bourgeoises, comme Docourt, Rossel et d'autres qui nous sont connus, 
se retirèrent dans le comté de Montbéliard. 

Si les progrès de la Réforme ne furent pas plus grands à Porrentruy, 
si la doctrine nouvelle ne s'y implanta point, la faute n'en fut point à l'ar- 
chevêque de Besançon : tous ses actes concouraient à ce résultat. Jean 
Chardon n'avait pu choisir un moment plus favorable pour ses prédica- 
tions. Le curé de la ville, François Basuel, était sous le poids de graves 
accusations. Les bourgeois en demandaient img autre plus craignant 
Dieu. Le désordre était à son comble, la vie de Basuel était un scandale 
public. La Mère commune^ moralité jouée à Porrentruy, semble être une 
satire à l'adresse du prêtre débauché, indigne de porter la soutane. Sur 
ces entrefaites, Chardon vint à Porrentruy pour la quatrième et dernière 

fois... L'archevêque promit tout et n'accorda rien Jean Basuel mourut 

tranquille, curé de cette ville, en avril 4 5921, et le vicaire général de Besan- 
çon chargea son neveu, François Basuel le jeune, de desservir la cure. 

On doit reconnaître, par cette relation abrégée, que le discours de M. le 
professeur Kohler n'est autre chose qu'une de ces monographies précieu- 
ses qui viennent jeter quelques rayons de lumière sur certaines pages de 
l'histoire religieuse d'une de nos petites villes de la frontière suisse. Ces 
travaux partiels ont souvent l'avantage de mettre en relief ou de faire con- 
naître des hommes qui seraient restés au fond du tombeau si des cher- 
cheurs infatigables et consciencieux n'étaient allés leur tendre la main 
pour les exhumer de la poussière. Ce travail en est une preuve évidente. 

G. GoGDEL, pasteur. 



LE DOCTEUR AUGUSTIN CAZALLÂ 



L^UNE DES VICTIMES DU PREMIER AUTO-DA-FÉ DE VALLADOLID. 
1559. 

■r Nous avons reproduit {Bull.^ XI, 334) un document d'une haute impor- 
tance pour l'histoire du protestantisme en Espagne : Vauto-da-fé de Valla- 
dolid de 1559, le premier acte de foi solennel qui fut célébré dans l'an- 
cienne capitale de la Castille. 

La pièce que nous publions aujourd'hui, en espagnol et en français d'après 
la communication que veut bien nous en faire M. J.-M. Guardia, n'aura 
pas moins d'intérêt pour nos lecteurs à cause de la rareté des documents 
de cette sorte. On y prend sur le fait l'altération que la légende, infidèle à 
la tradition et en contradiction flagrante avec les témoignages contempo- 
rains les plus authentiques, a introduite dans le récit du mouvement reli- 
gieux qui agita l'Espagne en plein seizième siècle, et dont l'histoire est en- 
core si mal connue. 

Elle est heureusement, depuis quelques années, l'objet de recherches sui- 
vies, qui ont révélé à M. Guardia des choses nouvelles, et lui ont permis de 
voir en plus grande lumière, les choses connues. L'inquisition ayant détruit, 
en même temps que les hommes qui prêchèrent la réforme religieuse, 
les livres dont ils étaient les auteurs ou les héros, ils n'est pas de tâche 
plus ardue que celle d'exhumer aujourd'hui leur histoire ! Aussi M. Guardia 
s'applaudit-il d'avoir pu ajouter à ses dossiers une pièce justificative de 
cette nature, et il est, nous écrit-il, « particulièrement heureux d'en de- 
voir la connaissance à un homme trop modeste pour son savoir, et d'un 
zèle peu commun dans l'investigation des livres anciens et modernes de 
l'Espagne, Don Dionisio Hidalgo, le savant bibliographe. 

« M. Dionisio Hidalgo a tiré cette pièce d'un manuscrit qu'il suppose ap- 
partenir au XVII' siècle ou aux premières années du XVIII®. Nous incli- 
nons à penser, que c'est un extrait de sermon, ou de traité de piété à 
l'usage des gens dévotieux. Le style guindé et raffectation de profondeur 
qui la caractérisent, dès le début, annoncent le prédicateur moraliste de 
la fin du XVII«^ siècle. C'était, semble-t-il, quelque moine qui voulait frapper 
l'imagination de ses auditeurs par le récit d'un événement tragique; mais 
prédicateur ou écrivain, l'auteur de cette pièce était moins préoccupé de 
rapporter des choses vraies, que de faire des phrases ; et nous avons eu 
quelque peine à mettre passablement en français ces quelques pages, qui 
ne sont pas toujours d'une clarté parfaite dans l'original. * 



26 



LE DOCTEUR AUGUSTIN CAZALLA 



Gela dit, voici le texte même du morceau en question; la traduction et 
les observations de M. Guardia viendront ensuite. 

CASO^ CAUSA Y CASTIGO DE CAZALLA EN VALLADOLIB. 

Siempre han sido y serân para les mortales incomprensibles los 
altos juicios de Dios, y para convencer nuestra ignorancia nos mani- 
fiestan su poder varios y diversos sucesos, para que ninguno se des- 
vanezca por su virtud, por su ciencia ni por su nobleza, dejandonos 
en todos estados vivos ejemplares para que conozcamos que lopoco 
6 nada que somos no nos viene hereditario, sino que lo gozamos por 
una prestada provision que cesa euando ilega su santa voluntad, 
siendo reguiarmente la causa la maia distribucion y aplicacion de los 
taientos con que fuimos dotados. Bien se nianifesto esto enLuzbel, 
pues siendo formado en el cielo y dotado de superiores prerogativas 
de nobieza y ciencia^ babiendoîe faltado la virtud, apoderado de una 
desvanecida soberbia^ perdiô la patria y nobieza, y arrastrô tras si 
tanto numéro de desdichados que ignorantes siguieron su doctrina. 
Pues si esto sucediô en el cielo, i que tendremos que maravillarnos 
de tantos ejemplares como las historias nos cuentan de semejantes 
casos que en el mundo han acontecido, que traerlos â la memoria 
séria un procéder en infinito? 

Y porque no quede en olvido el que sucediô en una de las prin- 
cipales cindades de Castilla , lo referiré porque sirva su castigo de 
doctrinal escarmiento y luz de nuestra miquidad y maldad. 

Vivia en cierta cmdad de Castilla un clérigo llamado José Cazalla; 
este habiasembrado entre lajonta {sic) ignorante una falsa y diabolica 
doctrina, y los convocaba al anoehecer â su casa, teniendo ua por- 



HISTOIRE, PROCÈS ET CHATIMENT DE CAZALLA, A VALLADOLID. 

Les hauts jugements de Dieu furent et seront toujours incorapréliensibles 
pour les mortels. A la coiifusion de notre ignorance, la puissance divine se ma- 
nifeste en des événements divers et variés, afin que nul ne tire vanité de sa 
vertu, de son savoir, ou de sa noblesse, en nous offrant de frappants exemples, 
dans toutes les conditions de la vie, qui nous apprennent que le peu que nous 
sommes (et nous ne sommes rien) n'est point un patrimoine héréditaire, mais 
un bien d'emprunt et provisoire, dont la jouissance cesse aussitôt qu'il plaît à la 
volonté souveraine, ce qui arrive ordiiiairement à la suite du mauvais emploi 
ou de l'abus que nous faisons des talents qui nous ont été départis. Il en fut évi- 
demment ainsi de Lucifer, qui, ayant été formé dans le ciel et doué de qualités 
supérieures, en noblesse et en science, la vertu lui ayant fait défaut, en proie au 
vertige de l'orgueil, perdit sa patrie et sa noblesse, et entraîna dans sa chute un 
si grand nombre d'infortunés qui avaient, dans leur ignorance, suivi ses ensei- 
gnements. Si donc pareille chose advint dans le ciel, faudra-t-il nous étonner de 
tant d'exemples que nous rapporte l'histoire de faits semblables qui sont advenus 
en ce monde et qu'il serait infini de rappeler au souvenir? Pour ne pas laisser 
dans l'oubli un de ces faits advenu dans une des villes les plus considérables de 
la Gastille, je le rapporterai, afin que le châtiment qui s'ensuivit serve d'aver- 
tissement et de leçon, et nous éclaire sur notre iniquité et notre méchanceté. 

Dans une certi^ine ville de Gastille vivait un prêtre nommé Joseph Cazalla, qui 
avait répandu dans la foule ignorante une doctrine fausse et diabolique. Il les 
convoquait (les adeptes), quand tombait la nuit, dans sa maison, oi!i il avait 



VICTIME DU PREMIER AUTO-DA-FE DE VALLADOLID. 



27 



tero â la puerta para que abriese a quien Uamaba^ y dando el nombre 
de Cazuela entraban en ella asi hombres como mugeres, y estando 
todos juntos les hacia su plâtica^ y por remate apagando las iuces 
decia : a Aleluya , cada uno con la siiya. » Y asi cada hombre asia 
de la muger que el lance le destinaba 6 que la malicia le habia 
puesto junto â si. 

Pero la Providencia divina que aunque consiente la culpa no 
permite que sean permanentes, y que tiene prometido que no ha 
de haber cosa oculta del cielo à la tierra, dispuso que esto se des- 
cubriese para castigo dellos y escarmiento de les venideros ; y fué el 
caso que habiendo hecho reparo un muchacho de trece a catorce 
anos que su madré todas las noches salia de casa, sin poder averiguar 
adonde iba^ la fué una noche siguiendo, y viendo que Uegaba â la 
tal casa y que llamando y dando el nombre entraba, le moviô la 
curiosidad el deseo de averiguar el fin, mayorrnente habiendo visto 
que otra mucha gente, asi hombres como mugeres, dando el mismo 
nombre entraban todos, estuvose un rato haciendo sus conjeturas, y 
resolvio llamar dando el mismo nombre que los demâs y entrarpara 
apurar aquel enigma. Hizolo como lo pensô, y habiendo entrado y 
visto todo lo que pasaba, y llegando el caso de apagar las luces, 
hizo lo que los demas, y le movio la curiosidad de cortar un pedazo 
de la basquina de la muger que le habia tocado, por ver si podia 
venir en conocimiento â otro dia de la que habia sido, y habiendose 
dividido todos aquella noche, se fué el muchacho â su casa sin darse 
por entendido de nada de lo que habia visto. Y reparando que â la 
basquina de su madré le faltaba el pedazo que habia cortado en la 
casa de Gazalla, vino en el conocimiento de que era su madré la 
muger que carnalmente habia conocido. Alumbrole Dios de su 
culpa, y al dia siguiente se fué â confesarla, y por este camino per- 



placé un portier chargé d'ouvrir à ceux qui frappaient. En prononçant le mol 
cazuela (poêlon, casserole), chacun entrait, hoinrhes et femmes. Et quand ils 
étaient tous assemblés, il (Cazalla) leur faisait une conférence, à la fin de la- 
quelle il éteignait les lumières, en disant : Alleluya, cada uno con lasuya (Al- 
leluya, à chacun sa commère). Alors, chacun s'emparait de la femme qui se trou- 
vait à sa portée, soit par un effet du hasrd, soit par un honteux calcul. 

Mais la divine providence, qui, tout en permettant le péché, ne le laisse pas 
durer longuement, et qui a fait la promesse qu'il n'y aurait nulle chose cachée 
entre le ciel et la terre, voulut que le fait fût découvert, pour châtier les adeptes 
et donner un avertissement à la postérité. Voici ce qui advint. 

Un garçon de treize à quatorze ans, ayant remarqué que sa mère sortait de 
chez elle toutes les nuits, et ne pouvant deviner où elle allait, la suivit un soir 
et la vit arriver à la maison susdite, où elle entra après avoir frappé et donné le 
mot d'ordre. La curiosité réveilla en lui le désir de connaître la chose à fond, 
surtout quand il eut vu beaucoup de monde, tant hommes que femmes, entrer 
après avoir donné le mot d'ordre. 11 fut un moment à faire ses réflexions, puis 
il se décida à frapper et à donner le mot, comme les autres, afin d'entrer et de 
savoir le sens de l'énigme. Il fit selon sa résolution ; et étant entré, il vit tout ce 
qui se passait. Et quand vint le moment où les lumières furent éteintes, il fit 
comme les autres. La curiosité lui inspira de couper un morceau de la jupe (bas- 
quine) de la femme qui lui était échue, comme un moyen de reconnaître plus 
tard la personne. Et tout le monde s'étant retiré, cette nuit-là, le garçon s'en 
alla chez lui, et fit comme s'il n'avait rien vu. Mais s'étant aperçu que "le mor- 
ceau de jupe qu'il avait coupé dans le domicile de Cazalla appartenait à sa 
mère, il apprit par là que c'était avec celle-ci qu'il avait eu un commerce char- 
nel. Dieu l'illumina sur sa faute, et il s'en confessa dès le lendemain; et ce fut 



28 



LE DOCTEUR AUGUSTIN CAZALLA 



mitiô la magestad divina que fuesen todos descubiertos, presos y 
castigados por el sarito oficio de la Inquisicion, la casa sembrada de 
sal, y puesto un rôtulo en una piedra que refiere el caso para 
ejemplo y escarmiento de los venideros siglos. 



par cette voie que la divine Majesté permit qu'ils fussent tous (les protestants) 
découverts, arrêtés et châtiés par le saint office de l'inquisition. On sema du 
sel sur l'emplacement de la maison, et une inscription gravée sur la pierre 
rappelle l'événement pour l'instruction exemplaire des siècles à venir. 

'< Telle est cette pièce d'éloquence sacrée, au début solennel, faisant bien 
pressentir le dessein de l'orateur. En développant ce lieu commun du châ- 
timent de l'orgueil, il aboutissait naturellement à cette conclusion aimée des 
prédicateurs espagnols, qu'il faut, pour faire sûrement son salut, obéir 
à l'Eglise et s'abstenir de tout amour de nouveautés doctrinales. 

« Quant à la narration, remarquons tout d'abord qu'au lieu de dire sim- 
plement Valladolid, il dit : « une des principales villes de la Castille. » D'où 
l'on peut induire que la tradition avait assez mal conservé le souvenir de la 
réformation religieuse en Espagne, et que le texte que nous analysons ap- 
partiendrait à une époque relativement moderne ; car il n'est pas vraisem- 
blable que l'orateur ou l'écrivain eût négligé de parti pris les particularités 
qui pouvaient donner plus de poids à son exemple, en y ajoutant plus 
d'exactitude, si l'événement qu'il rappelle eût été plus vivant dans la mé- 
moire des auditeurs. En passant de cette conjecture à une autre, peut-être 
est-il permis d'accuser le narrateur, sinon d'altération volontaire, du moins 
d'ignorance palpable. Il paraît, en effet, n'avoir recueilli que ces vagues 
rumeurs qui restent à la suite des faits lointains, et se propagent comme un 
écho affaibli par la distance. Non-seulement il ignore le nom de cette ville 
qui est le théâtre de son récit, mais il ne sait même pas le prénom du per- 
sonnage qu'il propose à l'édification des fidèles comme un grand exemple. 
Le chef des chrétiens, ou mieux, des catholiques réformés de la Castille, se 
nommait Augustin et non Joseph Cazalla. Prédicateur de Charles-Quint 
d'abord, puis de Philippe II, il était célèbre avant de devenir illustre. Le 
docteur lllescas, dans son Histoire pontificale^ parlant de lui avec plus 
d'égards qu'il n'était alors d'usage envers les hérétiques , entre autres 
choses à sa louange, dit qu'il était des plus éloquents parmi les orateurs sa- 
crés de son époque et de son pays, « el dotor Cazalla, predicador del 
Emperador, de los mas elocuentes en el pulpito de cuantos predica- 
ban en Espana. » Ce prénom de Joseph n'appartenait, d'ailleurs, ni au pré- 
dicateur de Charles-Quint, ni à aucun des membres de sa famille, qui furent 
condamnés ou brûlés avec lui, ou après lui dans les deux actes de foi de 
Valladolid, en mai et en octobre 1559. 

« Concluons de celte remarque, si minutieuse qu'elle soit, que le nom de 



VICTIME DU PREMIER AUTO-DA-FÉ DE VALLADOLID. 29 

Cazalla s'était conservé, et il ne pouvait en être autrement, puisqu'un mo- 
nument entretenu avec le plus grand soin, perpétuait le souvenir de sa ten- 
tative, sans toutefois en préciser l'auteur véritable. Et de fait, sur la pierre 
monumentale qui fut érigée par ordre exprès de l'inquisition, à l'endroit 
même où le chef des réformés de Valladolid avait prêché et enseigné la foi 
évangélique, ce n'est point son nom qui figurait, mais celui de son père, et 
celui de sa mère. 

<c L'auteur anonyme dit ensuite que ce prêtre avait semé parmi la foule 
ignorante une doctrine diabolique. Il était dans son rôle en qualifiant ainsi 
la religion réformée ; c'était l'usage reçu parmi les prédicateurs catholiques, 
et à cet égard les prédicateurs de la Réforme ne restaient pas en arrière; 
les temples retentissaient de leurs tirades contre la superstition romaine et 
la dévotion matérielle des papistes. 

« Il était tout naturel qu'il se déchaînât contre la doctrine fausse et endia- 
blée — ou diabolique — c'est tout un pour ceux qui mettent le diable par- 
tout où Dieu n'est pas. Mais, ce qui est moins admissible, c'est ce qu'il dit 
de la foule ignorante qui recueillait les enseignements de Cazalla. Car il 
est avéré, non pas seulement par la tradition, mais par les documents au- 
thentiques que nous devons aux archives de l'inquisition, il est avéré que 
la plupart des partisans de la religion réformée dans la Vieille-Castille, 
étaient des hommes d'un rang élevé, éminents par leurs talents et par leur 
savoir, des hommes distingués, ou du moins très connus, en évidence 
presque tous, comme gens de cour ou comme gens d'Eglise, Aussi Cipriano 
de Valera, le plus fécond écrivain, parmi les réformés espagnols, a-t-il pu 
dire avec raison, que la persécution contre les partisans de la Réforme at- 
teignit des hommes de savoir et de noble lignage. « Esta persecucion (dit-il 
dans son traité du Pape) comenzando en Sevilla, ha cundido caslpor toda 
Espana contra génie noble y docta » (p. 227 de la nouvelle édition, 1 851). 

« Que si l'on s'avisait de mettre en doute la véracité d'un auteur protes- 
tant, défendant la cause des siens, on n'aurait qu'à ouvrir l'historien cité 
plus haut, ce même Illescas dont les termes ne laissent rien à désirer en 
fait de précision et de clarté : « Solian en otros tiempos, dit cet élégant 
narrateur, salir a las cadahalsos, y tener sambenitos en las Iglesias^ gen- 
tes viles y de ruin easta ; pero en estos anos postreros habemos visto las 
car celés y los cadahalsos, y ahun las hogueras, pohladas de gente de lus- 
tre ; y ahun [lo que es mas de llorar) de ilustres, y de personas {que alpa- 
recerdel mundo) en letras y en vida^hacian ventaja muy grande à otros. » 

« Cela est très c'air et tout à fait net. Autrefois, c'était la canaille et sotte 
espèce, comme dit le bonhomme, qui fournissait le gibier de potence, ali- 
mentait les bûchers et engraissait les charniers de l'Inquisition; mais de- 
puis la tentative d'une réformation religieuse, les prisons du saint-office 



30 LE DOCTEUR AUGUSTIN CAZALLA 

s'ouvrirent à des gens qualifiés, ù des hommes de grande réputation, à des 
théologiens en renom, à des religieux d'une autorité ^-econnue, et même à 
des religieuses et à des dames de haut parage, « monjas, casadas y 
doncellas ilustres y de mucha calidad^ » dit encore le même historien, 
et plus loin, pour en finir avec ces citations : « Eran todos los presos de 
Falladolid, Sevilla y Toledo, persoms harto calîficadas.)) 

« Cipriano de Vaiera, qui savait à fond les détails de la grande persécu- 
tion, et qui avait eu la bonne fortune d'échapper aux griffes des inquisiteurs 
de Séville, Cipriano de Vaiera, insiste sur cette particularité, que la plupart 
des victimes de la fureur du saint-oifice étaient des personnes de grande 
naissance ou de grande réputation ; et il se résume en ces termes : « Dios 
ha revelado la luz de su Evangelio en Espana a gente docta, y a génie 
de lustre, ilustre y noble : cuando le placera hara la misma misericor- 
dia al vulgo y gente comun. » (Dieu qui a illuminé les grands et les sa- 
vants, fera luire sa lumière sur les petits et les simples.) 

« C'était là son espoir et son vœu le plus cher ; et en effet, la doctrine ré- 
formée ne pouvait prendre racine qu'en s'implantant, pour ainsi dire, dans 
les masses; or, le peuple participa très faiblement au mouvement réfor- 
miste, et il fit paraître même une certaine indifférence, en assistant au spec- 
tacle des actes de foi ; preuve évidente qu'il ne connaissait point les ensei- 
gnements des nouveaux docteurs. 

« Ce n'était point aux ignorants que s'adressaient les grands prédicateurs 
de Séville et de Valladolid ; et, cela est si vrai, qu'un homme en réputation 
de savoir, en ces temps de persécutions sanglantes, risquait fort de passer 
pour hérétique, et sentait, comme on dit, le fagot. « En Espana, observe 
encore l'auteur cité plus haut, en viendo a uno muy letrado y muy docto. 
luego dîcen, que es tan docto, que esta en peligro de ser lutherano; y no 
hay casi casa noble en Espana que no haya habido en ella alguno, o 
algunos de la religion reformada. » 

ff Après ces éclaircissements, qui dissipent l'ombre même d'un doute, tou- 
chant la qualité et le mérite des partisans de la Réforme, passons à ce qui 
est dit dans la relation anonyme, des réunions nocturnes qui avaient lieu 
chez Cazalla. 

« Il est très vrai que la maison des Cazalla, une des plus vastes et des plus 
belles de Valladolid, était le centre des assemblées protestantes : les reli- 
gionnaires se rendaient la nuit dans cette maison et une fois que l'assem- 
blée était complète, on priait en commun, on entendait quelque prédication 
édifiante ou quelque lecture biblique, et l'on se séparait avec inquiétude et 
non sans espoir. La mère de Cazalla, Dona Leonor de Vivero, veuve très 
riche et appartenant à une noble famille, était l'âme de ces réunions clan- 



VICTIME DU PREMIER AUTO-DA-FE DE VALLADOLID. 31 

destines : elle mourut avant la découverte du complot (c'est ainsi que les 
inquisiteurs qualifiaient les tentatives infructueuses des réformés); mais 
ses ossements furent exhumés et brûlés avec son effigie, dans l'acte de foi 
du mois de mai 1559; de sorte qu'Augustin Cazalla, au moment d'expirer, 
put voir jeter aux flammes du bûcher les restes de sa mère. 

« Ce qui peut paraître curieux, c'est ce que rapporte le narrateur ano- 
nyme, de ce portier qui ouvrait la porte aux habitués de la maison, sur un 
simple mot. Les portiers n'étaient guère en usage en ces temps-là, et l'on 
s'en passe encore de nos jours dans la plupart des villes d'Espagne. Ce 
qu'on sait d'une manière certaine, c'est que Cazalla avait à son service un 
homme dévoué, qui était au besoin un émissaire intelligent et actif, celui-là 
même que Philippe II fit arrêter et poursuivre, non sans dépenser à cette 
fin une somme suffisante pour équiper un vaisseau de guerre. On entrait 
chez Cazalla, dit le narrateur, en prononçant Je mot Cazuela. Entre ce mot 
et le nom même de Cazalla il y a quelque analogie; d'ailleurs, il est diffi- 
cile de pénétrer le sens occulte d'un terme qui désigne tout uniment un 
simple ustensile de ménage. Peut-être ce mot réveillait-il quelque souvenir 
de magie; car c'est proprement à une scène de sorcellerie, à une orgie de 
sabbat, que le prédicateur fait assister son auditoire. Cazalla, dans ce récit, 
ne joue-t-il pas en effet le rôle du diable, qui commençait habituellement 
dans les réunions de sorciers et sorcières, par une belle harangue « hacia 
su platica, » comme pour ouvrir la séance ? Ce qui suit ressemble aussi 
beaucoup à la clôture des grandes assemblées sabbatiques; on s'embrassait 
très fort et sans cérémonie, et c'était le président, ou Satan , qui donnait 
l'exemple. 

« Une chose à noter aussi, c'est cette espèce de dicton : « Âlleluya, cada 
uno con la suya. » Ce refrain, comme on dit en Espagne, est bien popu- 
laire d'origine; mais il remonte haut; et il a été appliqué à une circon- 
stance particulière, de façon à rendre le conte plus vraisemblable. 

« Quant à ce qui vient ensuite, il n'est et ne peut être qu'une fable, fort 
ancienne du reste, car elle avait cours du temps des Vaudois et des Albi- 
geois; et elle ne pouvait manquer de trouver place tôt ou tard dans ces 
récits mensongers, inventés à plaisir par la haine religieuse. Les premiers 
chrétiens étaient accusés de forniquer entre eux, dans leurs réunions ou 
agapes, alors qu'ils se cachaient pour célébrer les cérémonies sacrées. Jus- 
tin Martyr, Cyprien, Tertullien, Origène, Arnobe, Augustin, cent autres 
Pères de l'Eglise ou historiens ecclésiastiques, ont rappelé ces calomnies. 
Toutes les fois qu'une secte naît, ses adversaires s'efforcent de la flétrir, et 
aucune invention ne leur paraît trop outrageante, surtout quand la passion 
religieuse est en jeu. Notre narrateur n'a du reste rien mis du sien, dans 
cette partie de son récit, si ce n'est peut-être l'historiette du fils qui s'ac- 



32 LE DOCTEUR AUGUSTIN CAZALLA 

couple avec sa mère. Nous savons, à n'en pas douter, que les premiers 
protestants espagnols furent publiquement accusés de se livrer à des actes 
de débauche, et l'Inquisition avait fini par persuader au vulgaire que les 
hérétiques avaient été conduits à innover, en matière de religion, pour 
mettre leur conscience à Taise et donner libre cours à leur concupiscence; 
la corruption des mœurs était la cause première de l'hérésie. Citons encore 
Cipriano de Valera, précieux pour tout ce qui touche à la question protes- 
tante en Espagne. Voici comment il s'exprime, au sujet de ces calomnies 
immondes : « El vulgo creia que en estas casas se juntahan de noche^ y 
que acabado el sermon, apagahan las candelas, y se rehorujahan (expres- 
sion curieuse et très pittoresque), sin tener respeto nînguno si era par- 
rienta o no; y de otras muchas abomina ciones fueron infamados. JSo 
son nuevas estas mentiras. » (Tratabo del Papa, p. 252.) (1) 

«Les mêmes bruits qui couraient à Valladolid, avaient cours à Séville. 
Constantino Ponce de la Fuente, chef des réformés sévillans, étant mort 
dans un cachot humide et infect, à force de mauvais traitements, l'Inquisi- 
tion fit accroire qu'il avait lui-même attenté à ses jours, et que finalement 
il s'était détruit, convaincu qu'il n'avait rien à espérer de la clémence du 
saint-office, à cause des grands crimes qui pesaient sur sa conscience; on 
disait en elfet qu'il était marié, on ajouta bientôt qu'il était bigame; on alla 
jusqu'à lui donner trois ou quatre concubines; et ces infamies, imprimées 
sur des feuilles volantes, de même que nos complaintes, étaient vendues 
dans les rues par des enfants. Nous savons, par les témoignages de ses con- 
temporains, que le docteur Constantino était d'humeur facile et même 
joyeuse ; mais nous ne sachons pas qu'il ait suivi la coutume de plusieurs ~ 
de ses confrères les chanoines, qui avaient, comme dit la vieille chanson, 
quantité de neveux qui couraient dans leur maison. Neveu est un mot que 
nous nous dispenserons de traduire, en disant que la gouvernante d'un cha- 
noine s'appelait vulgairement sobrina, ou nièce. D'ailleurs, les quatre 
vers de la chanson valent tous les commentaires, et nous les citons : 

Los canonigos, madré, 
No tien en hijos; 
Que los que estan en casa 
Son sobrinitos. 

(1) Luis de Paramo, dit expressément que Cazalla n'avait embrassé la Ré- 
forme, qu'afin de se livrer sans frein aux passions impures... ut majori cum li- 
bertate libidini frœna laxaret, et in turpissimarum voluptatum cœno volutaretur. 
[De orig. et progress. offic. sand, Inquisit. lib. II, lit. III, cap. 5, pag. 301. Ma- 
drid^ in-foi. 1598.) — Lorenzo Van der Hammen, dans son Histoire de Don Juan 
d'Autriche, raconte brièvement le supplice de Cazalla; il ne manque pas de ré- 
péter après les autres historiens qu'il résume, que les réformés de Valladolid se 
livraient à la débauche la plus effrénée, dans leurs réunions nocturnes : « En poco 
tiempo averigè ser el mal considérable mucho, y lleno de circunstancias tan 
asquerosas y feas, que el oirlas causara horror al menas corapuesto en las cos- 
tumbres. » (Lib. I, fol. 22. Madrid, 1627. 1 vol.) 



CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS. 



33 



Ce diminutif est plein de force. Si nous en avions le loisir, il nous serait 
facile de démontrer que les inquisiteurs vivaient le plus souvent comme les 
chanoines ; mais il faut finir, et nous nous bornerons à remarquer le cy- 
nisme naïf avec lequel l'anonyme raconte que ce fut par.la confession que 
le saint-office mit la main sur les hérétiques. La délation étant obligatoire 
pour sauver la foi orthodoxe de toute atteinte, il n'est pas étonnant que 
le confessionnal fût au service des inquisiteurs. 

« Le fait incontestable, dans la relation manuscrite, est celui de la fin. Il 
est très vrai que la maison de Cazalla fut démolie et rasée, que du sel fut 
semé sur son emplacement, et que sur les fondations de l'édilice détruit, 
une colonne de pierre portait cette inscription mémorable : « Paul IV, sou- 
verain pontife, présidant l'Eglise, et Philippe II gouvernant en Espagne, ces 
maisons de Pedro Cazalla et Leonor de Vivero, furent démolies et rasées, à 
cause qu'elles servaient de lieu de réunion aux hérétiques, qui tenaient 
leurs conciliabules, contre la foi catholique et la sainte Eglise de Rome. 
Année MDLIX, xxi« jour de mai. » Ce monument du fanatisme fut détruit 
par un général français durant la guerre de l'indépendance. La rue qui por- 
tait le nom de : Calle del rétulo de Cazalla, c'est-à-dire « du placard 
de Cazalla , » s'appelle plus simplement aujourd'hui , « Calle del Doctor 
Cazalla. » 

" En résumé, la relation manuscrite ci-dessus ne rapporte point fidèle- 
ment les faits; elle les altère même et les dénature étrangement; mais on y 
trouve des traces et comme un écho de la tradition populaire; et à ce litre, 
celte pièce d'éloquence n'est point indigne d'attention. » 

J.-M. GUARDIA. 



CIRIETIËRES ET INHUIliATIONS DES HUGUENOTS 

PMNCIPALEMENT A PARIS 

AUX XVie XVIie ET XVI1I« SIÈCLES. 

1563-1793. 

« Les réformés demandaient avec instance qu'il n'y eût pour 

les catholiques et pour eux que les mêmes cimetières » 

* (E. Benoit, Hisl. de l'Ed. de Nante», 1, 231.) 

II. De VEdit de Nantes (1598) à la Révocation (1685). 

2o LE CIMETIERE DE SAINT-GERMAIN OU SAINT-PERE. 

Le deuxième cimetière mentionné en l'art. 45 de l'Edit de Nantes est 
« celui de Saint -Germain. » Depuis quand les réformés avaient -ils ce 

XII. ~ 3 



84 



CIMETIERES ET INHUMATIONS DÈS HUGUENOTS 



cimetière en leur possession, et quel était-il? Il y a là une double question 
de date et d'emplacement que nous n'avons pas débrouillée sans peine. 

Prenons acte premièrement de ce que les réformés étaient en posses- 
sion de ce cimetière en 1598, l'édit ne faisant que reconnaître et confirmer 
cette possession, et consignons ici cinq passages fort instructifs du Journal 
de l'Estoile où il en est parlé à dater de l'an 1599, ainsi qu'un fragment 
non moins curieux des Epkémérides de Casaubon, dont nous devons l'in- 
dication à M. Edouard Fournier. 

Le jeudy 20 de ce mois (janvier 4600)^ ceux de la religion, en 
nombre de six ou sept vingts, accompagnèrent le corps d^un nommé 
Balda, de la religion, et l'enterrèrent à leur mode, au-dessus du Pré- 
aux-Clercs, au mesme endroit auquel Testé passé (1599) avoit aussi 
esté enterré un des leurs, nommé des Prises. 

Le mardi 5 de ce mois (février 1602), M. de Rambouillet, secré- 
taire du roy, mourut aux fauxbourgs Saint-Germain des Prés, en la 
religion, la profession de laquelle il avoit toujours différée et dissi- 
mulée à cause des temps, et fut enterré au cimetière Saint-Père, der- 
rière Saint-Sulpice, à six heures du soir (1). 

Ce mesme jour (vendredi? mars 1603), mourut à Paris, dit L'Es- 
toile, un mien ami, nommé Nyon, eslu de Saumur, secrétaire de 
M. Du Plessis-Mornay, âgé de soixante ans, et fut enterré au cime- 
tière Saint-Père, à la mode de ceux de la religion, de laquelle il 
estoit. 

(27 mars 1602.) Le 6 des calendes d'avril, j'ai suivi, dit Casaubon, 
le convoi de très honorable dame de Carreau (2). C'est la première 
fois que j'ai vu l'endroit réservé à nos sépultures (3). On nous bannit 
de la cité, on nous jette, comme des rebuts, dans je ne sais quel 
coin. Soit! Notre part est en Dieu ! Notre cité est au ciel ! (4) 

(1) Ces deux citations sont empruntées au Journal inédit du règne de Henri IV 
(1598-1602), publié tout récemment par M. E. Halphen. Les trois autres extraits 
sont pris dans l'édition de 1837. 

(2) Nous n'avons aucuns renseignements sur cette dame ou demoiselle nota- 
ble dont parle aussi l'Estoile : « Le mercredi 27 (mars 1602), dit-il, mourut à 
Paris Mademoiselle Garrault d'une pleurésie^ laquelle maladie régnoit fort en ce 
temps, et dangereusement pour ceux qui s'en Irouvoient atteints. » 

(3) Casaubon, appelé par Henri IV à une chaire du Collège de France, était 
arrivé à Paris lo 6 mats 1600. 

(4) «Maneel vcspeii in l-bii? fiiitnns: interdiu funus deduximus honestissimse 
matronfB D. de Gairo : et hodie primum locum vidimus sepulturge piorum di- 
calum. Expellimur nib ', nt quasi xa.6àp/jiaT« in angulum nescjo quein ejicimur. 
Bene est. H y.ipiç -h/j-cnv apud Deum. 'h yàp izoliruoc rii^m tv toÏç ohfia!.voU, Deo 
Opt. M'dj,, laus di aîûvfiCfi eùîivciv. 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 35 

(Mai 1603.) Le trésorier Arnauld, commis de M. de Rosny^ jeune 
homme de bon esprit et de grande espérance, fort aimé de son mais- 
tre, âgé de vingt-neuf ans seulement, moins neuf jours (1), mourut 
en ce mois à Paris, et le 21 d'iceluy, comme il étoit sur le point d'ac- 
compagner son maistre en Angleterre, où le roy l'envoyoit, ayant jà 
dressé pour cet effet une partie de son équipage. Il fut enterré le 
même jour, à dix heures du soir, au cimetière Saint-Père, oii il fut 
porté par quatre crocheteurs, dont Vun étoit le nourricier de ma pe- 
tite Magdelon, demeurant au fauxbourg Saint-Germain. Il y avoit un 
poisle de velours sur le corps, lequel fut accompagné de cinquante 
chevaux. On disoit qu'il avoit fait une belle et heureuse fin. 

Le dimanche 14- de ce mois (mars 1604), je me fus promener par 
curiosité au cimetière de ceux de la religion, derrière Saint-Suipice, 
qu'on appelle Saint-Père, pour y voir la belle tombe du feu trésorier 
Arnauld, dont chacun parloit comme de chose nouvelle et inusitée 
entre ceux de la religion, principalement en ce pays-ci. — Elle étoit 
d'un fort beau marbre noir, tout d'une pièce, estimée à deux cents 
écus ou environ, élevée d'un demi-pied de terre, et couchée de plus, 
autour de laquelle il y avoit gravé en lettres d'or ce qui s'en suit : 

Ci gît noble homme maistre Claude Arnauld, vivant conseiller^ notaij^e et 
secrétaire du Roy, maison et couronne de France, et des finances de Sa Majesté; 
trésorier général de France, en la généralité de Paris, et ordonné par le Roy 
près la personne de Monseigneur le marquis de Rosni, pour l'administration 
des finances de Sa Majesté, sous le commandement dudit seigneur. 

Dans le milieu du marbre, étoit gravé en lettres d'or ce qui s'en 
suit : 

Passant, tu ne liras point ici les louanges de celuy qui est sous ce tombeau. 
Sa vie les a, comme immortelles, gravées dans le ciel, jugeant indigne 
qu'elles traisnassent en terre. 
Quant à ce qu'il a été, tu le pourras apprendre de sa fortune; 
mais de sa vertu seule, ce qu'il méritoit d'estre. 

MOESTISSIMO FRATRI | PlURA NON PËRMlSlT | DOLOR. 

Au-dessus se voy oient gravées ses armoiHes. — Quinze jours ou 
trois semaines après, on couvrit de plâtre ce beau tombeau, de peur 
que la populace, envieuse de tels monumens, n'achevât de le gâ- 
ter, comme elle avoit déjà commencé, et qu'enfin elle ne le brisât et 
le rompît du tout, comme aussi on fut averti qu'on avoit délibéré de 

(1) Les il/e»îoi/e*d' Arnauld d'Andilly, cités par Piganiol de la Force, Descript, 
de Paris, l. Vill, p. 285, disent qu'il n'avait que 27 ans. 



36 CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

le faire en une nuit. Et voilà comme d'un tombeau de marbre en fut 
fait un de plâtre, et quelle est la durée de nos ambitions, qui se ré- 
duisent enfin en boue et en plâtre. 

On va voir maintenant quelle difficulté de dates se présente à éelaircir. 

Nous venons d'apprendre par les extraits de l'Estoile que le cimetière 
de Saint-Germain, situé au faubourg de ce nom, s'appelait aussi Saint- 
Père; il l'indique comme situé « au-dessus du Pré-aux-Clercs » ou « der- 
rière Saint-Sulpice ; » enfin, toutes ces citations sont antérieures au mois 
de mai -IGOi. Eh bien, il est constant cependant que c'est à cette époque 
seulement que les réformés se trouvèrent investis, en vertu d'un arrêt du 
conseil du 4 mai 1 604 sollicité et obtenu par les catholiques, du jardin « près 
la chapelle Saint-Père, » qui depuis leur tint lieu de cimetière. La preuve en 
est fournie par deux pièces inédites tirées des Archives de l'Empire (fonds 
Saint-Germain des Prés, carton S. 2839) ; 

I. L'an 1604, le jeudy 6*^ jour de may, nous François Miron, sei- 
gneur du Tramblay, Tignères et Bonne, conseiller du Roy en ses 
Conseils d'Estat et privé, et lieutenant civil de la prévosté et vicomté 
de Paris, suivant l'assignation donnée de notre ordonnance ce jour- 
d'hui par Menesdrieu, sergent à verge au Chastelet de Paris, à la 
requeste du procureur du roy audit Chastelet, aux sieurs Des Bordes 
et de Saint-Germain, députez de ceux de la Religion prétandue Ré- 
formée, et à Joachîm Meurier, maistre orfèvre, propriétaire du jardin 
ci-après déclaré, de se trouver ce jourd'hui, trois heures, atandant 
quatre heures de relevée en un jardin apartenant au dit Meurier, sis 
au fauxbourg Saint-Germain des Prés, parroisse Saint-Sulpice, près 
la chapelle Saint-Père, pour, suivant Farrest du Conseil d'Estat du 
4.e jour du présant mois de may (1), signé Baudouyn, obtenu sur la re- 
queste présantée par les religieux, abbé et couvent de Saint-Ger- 
main des Prés, les curé, marguilliers et habitaos de ladite parroisse 
Saint-Sulpice et bourg Saint-Germain, estre mis en possession dudit 
jardin pour servir à enterrer les corps de ceux de ladite Religion; — 
Nous sommes transportez à ladite heure de quatre heures de relevée 
avec ledit procureur du roy, en et au dedans dudit jardin, contenant 
un quartier ou environ, clos de murs, auquel lieu sont comparus en 
personnes frères Gilles Nauldier, religieux et procureur des religieux, 

(1) Nous n'avons pu nous procurer le texte de cet arrêt qui manque aux Ar- 
chives de l'Empire. 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 37 

prieur et couvent de Saint-Germain des Prés^ assiste de frères Za- 
carie Corbon et Charles Deshayes, prestres religieux de ladite abbaïe^ 
d^'une part; — Et vénérable et discrète personne maistre Henri Le- 
maire_, docteur régent en la faculté de théologie et curé dudit Saint- 
Sulpice, d'autre part. — Aussi est comparu en personne Josias Le- 
mercier_, escuier^ seigneur Des Bordes et de Grigny, député général 
de ceux ladite Religion prétandue Réformée, aussi d'autre part. — 
Pareillement est comparu en personne ledit Joachim Meurier_, maistre 
orfèvre à Paris, propriétaire dudit jardin. — Par ledit procureur du 
roy a esté requis Fexécution dudit arrest, et en ce faisant, mettre en 
possession lesdits de la Religion prétandue Réformée dudit jardin, 
pour inhumer et enterrer les corps de ceux de ladite Religion et en- 
joindre audit Meurier de mettre prézantement ez mains dudit Le 
Mercier, député général de ceux de ladite Religion, les clefz dudit 
jardin, le tout selon et au dézir dudit arrest. Par ledit Meurier a esté 
dit, que ledit jardin lui a esté vandu par le sieur de Fontaines Cha- 
landray et sa femme, à la charge du décret, la somme de 700 escus, 
en ce compris la maison estant au devant dudit jardin, que Ton ap- 
pelloit autrement l'hostel de Sausac, lequel jardin est chargé de 
trante-neuf solz tant de deniers de rante. Pour lequel jardin il re- 
quiert lui estre payé 900 livres tournois. Sur quoi donnons lettres 
audit Meurier de sa remontrance et réquisitoire; et au surplus avons, 
ce requérant ledit procureur du roy en la présance desdits religieux, 
curé et dudit Meurier, mis et metons en possession dudit jardin les- 
dits de la Religion prétandue Réformée, pour y inhumer et enterrer 
les corps de ceux de ladite Religion, ce acceptant pour eux ledit Le 
Mercier, leur député général, auquel Le Mercier avons baillé la clef 
d'icelui, qu'il a prinze et receue, à la charge que les deniers qui 
proviendront de la valeur dudit jardin seront mis ès mains dudit 
Meurier desquels il demeurera chargé, comme dépositaire de biens 
de justice, pour les consigner, si bezoin est, après le décret fait 
desdites maizon et jardin. — Collationné à Toriginal par nous 
conseiller et secrétaire du roy, maison et couronne de France et de 
ses finances, Massanes. — Fait sous nostre signet ledit an et jour 
dessus dits. Signé : Miron et Le Say, avec parafes. 

Remarquons que dans celle pièce on a estropié le nom de Mercier, doni on 
a fait Le Mercier. (V. Bull., Il, 252, 261 ; III, 41 9, 467; IV, 31 ; VU, 170, 340.) 



38 CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

II. Par-devant les notaires du Roy notre sire en son Chastelet de 
Paris, soussignés, fut présent en sa personne honorable homme Joa- 
chim Meurier, maistre orfèvre en cette ville de Paris, y demeurant 
au bout du Pont aux Changeurs, parroisse Saint-Jacques de La Bou- 
cherie, lequel a confessé et confesse par ces présantes avoir eu et 
receu de noble homme maistre René Le Cointe, advocat en la cour 
de parlement, et de maistre Samuel Dufresnay, procureur en ladite 
cour, demeurans à Saint-Germain des Près lès Paris, rue de Seine et 
desMarests, prézans et comparans au nom et comme anciens de l'E- 
glise prétandue Réformée de Paris, eux disans députez et avoir charge 
de ceux de ladite Eglise, une ordonnance signée de M. le marquis de 
Rosny, estant au pied d'un procès-verbal de prizée et estimation fait 
par Jean Fontaine, maistre des œuvres de charpanterie des basti- 
mens du roy notre sire, et juré dudit seigneur ès dites œuvres; ledit 
procez-verbal signé Fontaine, et daté du iS'' may dernier passé; et 
ladite ordonnance en date du 21^ dudit mois de may, signée De Bé- 
thune, portant mandement à M. le trésorier de FEspargne de payer 
audit Meurier la somme de 700 livres tournois, à laquelle somme a 
esté aprécié par ledit procès-verbal certain jardin appartenant audit 
Meurier, clos de murs, contenant 27 thoizes de long sur 15 thoizes 
de large ou environ, tenant d'un costé au Pré-aux-Clercs, d'autre 
costé et par l'aboutissant de derrière à la bute du Moulin à Vent, et 
par devant sur la rue Saint-Père, lequel a esté destiné pour la sé- 
pulture et enterrement des corps de ceux de ladite Religion pré- 
tandue Réformée, par arrest de nosseigneurs du conseil d'Estat du 
4e jour dudit mois de may dernier passé, de laquelle ordonnance ledit 
Meurier s'est tenu et tient pour content, et en a quité et quite lesdits 
Le Cointe et Dufresnay ès dits noms; et moyennant laquelle et sui- 
vant et conformément audit arrest de nos seigneurs du conseil, il a 
cédé, quité et transporté, cède, quite et transporte par ces présantes 
et promet garantir de tous troubles et empeschemans généralement 
quelconques audit Le Cointe et Dufresnay ès dits noms et stipulans 
pour tous ceux de ladite Religion prétandue Réformée de ladite ville 
dfe Paris, tous droits de propriété, ensamble tous les noms, raizons et 
actions qu'il peut avoir sur ledit jardin, duquel il s'est entièrement 
desmis et dessaizi et desvetu, pour et au profit desdits de la Religion 
prétandue Réformée, voulant, consentant qu'ils en soient saizis, 
vestus, mis et receus en bonne possession et saizine, suivant ledit 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 



39 



arrest : car ainsi a esté accordé entre lesdites parties, prometans et 
obligeans chacun en droit soi^ etc.; renonceans,, etc. Fait et passé ès 
estudes des notaires soussignez Tan 1604, le 2e jour de juin, après 
midi; et ont lesdites parties signé la minute des présantes^ demeurée 
vers Bontemps, Fun des notaires soussignez, délivré ces prézantes 
pour servir auxdits de la Religion p rétandue l^éîormée. Signé : Guillard 
et BoNTEMPs, avec parafes. — Collationné aux originaux par nous con- 
seiller et secrétaire du roy, maison et couronne de France et de ses 
finances : Massanes. 

Voilà qui est clair et positif. C'est seulement à dater du 6 mai 4 604 que 
les réformés purent enterrer leurs morts dans le jardin de Joachim Meu- 
rier, à eux livré pour cet objet. Mais alors d'où vient que déjà en 1598, dans 
TEdit de Nantes, et jusqu'au mois de mai 4 604 dans le Journal de L'Estoile 
et celui de Casaubon, il est question d'un « cimetière Saint-Germain » ou 
« Saint-Père » à l'usage des huguenots? Cela vient de ce qu'il y en a eu 
deux bien distincts à leur usage en cette même rue; il y en avait même eu 
anciennement un troisième, ce qui a contribué à rendre la confusion plus 
grande encore et la solution de l'énigme plus ardue pour l'archéologue. 
11 est vrai que ce dernier cimetière, anciennement destiné aux lépreux et 
situé à l'angle méridional de la rue des Saints-Pères et de la rue Taranne, 
à gauche en montant vers Saint-Sulpice fut supprimé dès le règne de Fran- 
çois I^'*. Ne considérons donc que les deux autres, qui seuls nous intéres- 
sent ici. 

Le premier était situé à l'angle septentrional de la rue des Saints-Pères 
et de la rue Taranne, vis-à-vis de cet ancien cimetière supprimé et au pied 
de la petite chapelle Saint-Pierre, par corruption Saint-Père de la Ma- 
drerie, qui dépendait de la léproserie où l'on portait les malades en temps 
de peste et qui se trouvait là même. Il existait dès le X1II« siècle et avait 
servi à inhumer les pestiférés; puis il commença à servir aux huguenots à 
une date qui nous échappe, mais évidemment antérieure à 4 598 (4). Nous 
lisons en effet à la page 5 des Remarques historiques sur l'église et la 
paroisse Saint-Sulpice (Paris, 4 773, in-42) : « Dans les facturas et autres 

(1) Peut-être à la Saint-Barthélemy, comme le pense M. Le Roux de Lincy, 
ou en exécution de Tart. 13 de TEdit de pacification de Saint-Germain en Laye, 
du 15 août 1570 {Bull.^ Il, 136). Aussi devons-nous rectifier ici et restreindre 
ce que nous avons dit ailleurs {Bull., XI, 357) du cimetière de la Trinité, qui 
nous paraissait le plus ancien des deux. Bien qu'aucun titre positif ne le dé- 
montre, nous croyons actuellement plus vraisemblable que l'usage du cimetière 
Saint-Père était antérieur à 1576. 

Ce cimetière était dans le fief de l'abbaye Saint-Germain des Prés; or, il existe 
dans les archives de cette abbaye une lacune considérable qui commence vers le 
milieu du XVP siècle^ et se prolonge jusqu'au milieu du XVIP, en sorte que 



VO CIMETIERES Eï INHUMATIONS DES HUGUENOTS. 

« pièces du procès que les marguilliers de cette paroisse ont eu, en 1658 
« et 1659, avec les religieux de la Charité, on lit que la chapelle Saint- 
« Pierre ne pouvait contenir que douze personnes ; qu'avec le cimetière 
« qui y était joint, elle ne formait qu'un demi-arpent; que ce cimetière ne 
« servait anciennement que pour les pestiférés; qu'ensuite il avait été 
« usurpé par ceux de la Religion prétendue Réformée, qui en sont demeu- 
« rés maîtres jusqu'à ce qu'ils en aient été dépossédés par arrêt du Con- 
« seil en 1 604, en faveur de la paroisse qui le demandait pour y enterrer 



pour toute cette série d'années, on ne retrouve aujourd'hui presque rien. On ne 
sait comment expliquer cette lacune qu'a constatée M. Berty dans ses recherches, 
et qui n'avait pas été signalée avant lui. 

M. Ed. Fournier a inséré au tome IV de ses Variétés historiques un très 
instructif Mémoire rédigé en 1694, par Edme Pourchot, recteur de l'Université, 
pour la défense des anciens droits de ce corps sur sa seigneurie du Pré-aux- 
Clercs. 

Dans une des savantes notes dont il a enrichi ce document (p. 139), M. Four- 
nier dit que « quand la population huguenote avait commencé de s'étendre dans 
M le Pré-aux-Glercs, le cimetière leur avait été abandonné. » Dans ce cas ils 
l'auraient possédé avant même 1572, car on sait que les huguenots habitèrent 
de très bonne heure le faubourg Saint-Germain ; ils étaient nombreux dans la rue 
de Seine et dans celle des Marais, où se tint le synode de 1559 et qui fut long- 
temps comme le centre du protestantisme parisien. Mais cette! conjecture de 
M. Fournier aurait besoin de preuve, car il serait fort possible que les hugue- 
nots n'eussent eu la jouissance de ce cimetière qu'après la reddition de Paris 
sous Henri IV. 

M. Fournier remarque que l'on y enterrait encore des protestants au mois de 
mai 1603, ainsi que le montre une des citations de VEstoile ci-dessus rapportées. 
« L'année d'après, ajoute-t-il, par arrêt du Conseil, ces inhumations durent 
« cesser, et en 1606, le cimetière étant donné aux Frères de la Charité, fut ainsi 
« rendu aux sépultures catholiques. » Ici, M. Fournier se trompe, car cette date 
de 1606 est simplement celle de l'établissement des religieux de la Charité, rue 
des Saints-Pères, et la cession de la chapelle Saint-Père à ces religieux est de 
1612 (Dora Bouillart, Hist. de l'abbaye Saint-Germain des Prés^ Paris, 1724, 
in-fol., p. 212); mais ils en jouissaient depuis un certain temps, ainsi que du 
cimetière attenant à ladite chapelle au côté oriental de la rue, cimetière qu'il ne 
faut pas confondre avec celui des huguenots, situé plus bas au côté occidental. 
Ce dernier ne fut donné à l'hôpital de la Charité qu'à l'époque de la révocation 
de l'Edit de Nantes, ainsi qu'on le verra. 

« Il occupait, dit encore M. Fournier, dans la rue aux Vaches ou de Saint- 
Père, appelée des Saints-Pères par altération, l'espace qui s'étend depuis la rue 
Saint-Dominique jusqu'un peu au delà de la rue Saint-Guillaume. » D'après un 
renseignement que nous devons à M. Ad. Berty, le cimetière hugenot n'était pas 
aussi étendu; il n'avait qu'une quinzaine de toises de largeur et n'allait pas même 
jusqu'à la rue Saint-Guillaume. Il n'était pas d'ailleurs situé entre cette rue et 
la rue Saint-Dominique, mais entre la rue Saint-Guillaume et celle de l'Univer- 
sité, comme on le voit sur le plan de Gomboust, publié en 1652. M. Leroux de 
Lincy, dans la Notice dont il a accompagné la reproduction de ce plan publiée 
en 1858 par la Société des Bibliophiles français, a eu soin de signaler cet « espace 
assez vaste, clos de murs, dans lequel on lit : Cimetière des prétendus réformez. » 
Nous croyons aussi que la rue aux Vaches n'a jamais été la même que la rue 
Saint-Père, bien que La Tynna le dise dans son excellent Dictionnaire des Rues 
de Paris, 1816, in-12, p. 455. 

M. Fournier termine par ce détail curieux : « Au mois de mai 1844, faisant un 
égout dans la rue des Saints-Pères, les ouvriers trouvèrent un grand nombre 
d ossements dans des cercueils de plâtre. » Ces ossements furent recueillis, nous 
assure-t-on, et transférés ailleurs avec le concours du clergé de Saint-Sulpice 
qui les accompagna selon le rite catholique, ne se doutant point de leur origine 
huguenote. 



i 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 41 

« comme auparavant les pestiférés (1) et les personnes qui, par dévotion, 
« demandaient d'y être inhumés. (2) » 

Nous joignons ici, pour l'intelligence de tout ce qui précède, un petit 
plan que M. Ad. Berty a bien voulu tracer pour nous. 

A. Cimetière des lépreux. 

B. Chapelle et cimetière Saint-Père (premier 
cimetière des protestants jusqu'en 1604). 

C. Jardin de Joachim Meurier, devenu cime- 
tière des protestants, dit Saint-Père, 
en 1604. 

DD. Limites du Pré-aux-Ciercs. 

E. Rue Taranne. 

H. Rue Saint-Dominique. 

II. Rue des Saints-Pères. 

L. Rue Saint-Guillaume. 

On voit bien à présent de quel cimetière Saint-Germain ou Saint-Père, 
parlent l'édit de Nantes et le journal de L'Estoile, et quel est celui que Ca- 
saubon appelait je ne sais quel coin. Seulement le texte de L'Estoile ne 
saurait être pris au pied de la lettre lorsqu'il dit « derrière Saint-Sulpice; » 
car ce n'est là qu'une désignation par à peu près, une fausse orientation 
de ce chroniqueur, qui demeurait rue des Grands-Augustins (3). Quant 
au deuxième cimetière, celui dont le terrain fut, comme on l'a vu, acheté 
en mai 4 604 et donné aux huguenots en remplacement du premier , il 
était situé plus bas, dans la même rue des Saints-Pères, à droite, vis-à- 
vis de la Charité, à l'endroit même qu'occupe aujourd'hui la maison por- 
tant le numéro 30 (4). 

Passons au troisième cimetière que les huguenots ont possédé dans 
Paris. (Suite.) 

(i) On sait que la peste n'était pas chose rare alors. « La peste est au logis de 
la Veine Marguerite (dit L'Estoile, au 6 septembre 1606), dont deux ou trois de ses 
officiers meurent... » Ce logis était justement tout près de là. 

(?) L'humilité des dévots n'allait sans doute pas jusqu'à consentir à être in- 
humés avec des huguenots. Le 30 mai 1624, l'abbé de Saint-Germain ordonna 
au curé de Saint-Sulpice de faire clore le cimetière de cette paroisse, et un des 
motifs qui donnèrent lieu à la mesure fut la crainte qu'on n'enterrât nuitam- 
ment dans le cimetière, des individus morts de la contagion, tués en duel, ou 
bien encore ûq?, Huguenots. (Arch. de l'Emp. Fonds de St.-Sulpice, Gart. S. 3512). 

f3) Très probablement dans la maison portant aujourd'hui le n" 23. 

(4) Les grands architectes français de la Renaissance, par Ad. Berly. Paris, 
Aubry, 1860, in-8, p. 110, note. — Il y avait là en 1616 plusieurs enclos ren- 
fermant des moulins à vent, comme on le voit par le Pian de Paris à vol d'oiseau 
de Jean Ziarnko. Dans l'un de ces clos on lit : Cimentier de Hugerot. L'auteur 
polonais ou le graveur a évidemment voulu dire : Cimetière des Huguenots. 
(Voir A. Bonnardot, Etudes archéol. sur les anciens plans de Paris. 1851. 
in-V', p. 105). 




L'ANCIEHHE ÉGLISE RÉFORMÉE DE RlÂRCHENOIR 



d'après un manuscrit inédit. 

M. Th. Boîssard, lorsqu'il élait pasteur à Josnes (Loir-et-Cher), avait fait 
des recherches sur l'histoire du protestantisme en cette contrée, et il n'avait 
trouvé que fort peu de chose, soit à la mairie de Beaugency, soit aux ar- 
chives d'Orléans et de Blois. Mais un ancien notaire de Marchenoir, 
M. Rousseau, lui ayant communiqué une histoire inédite de cette ville, 
rédigée par son oncle, M. Péan, il lui fut permis d'y puiser des renseigne- 
ments assez détaillés qu'il a bien voulu nous adresser. On peut voir, au 
sujet de l'Eglise de Marchenoir, l'article Texier (François), dans la France 
protestante. 

Extraits d'une histoire manuscrite de la ville et baronnie de Marchenoir, 
membre du comté de Dunois, par M. Péan, juge à Blois. 

Eglise des protestants (pp. 207-211). — [Marchenoir^ aujourd'hui 
sinfiple chef-lieu de canton du département de Loir-et-Cher^ était 
autrefois une ville importante et une place forte longtemps éprouvée 
par les guerres civiles et religieuses. Les calvinistes^ qui: s'y étaient 
établis en grand nombre, y faisaient fleurir le commerce.] Ils y eu- 
rent un temple depuis la fin du XVI« siècle jusqu'à la révocation de 
l'Edit de Nantes, en 1685. 

Les principales familles protestantes de Marchenoir et des envi- 
rons étaient celles dont les noms suivent, savoir iBuard, de Gallot 
des Hombières, Garnier, Giliot, Le Venier de la Grossetière, Ollivier, 
Racicot, Rivière, Rozemont, Ces neuf familles demeuraient à Mar- 
chenoir. 

Les vingt suivantes demeuraient dans leurs terres, aux environs, 
savoir : de Beaune, de Roc, de Cambis, de Chartres, de la Haye, 
Deschamps, Du Candal, Du Voisin, d'Ergnonst, de Frouville, de 
Gallon, de Loys, de Merlin, de Rotrou, de Saint-Aumont, de Jis- 
sart, de Villeneufve, de Voyer, de Wildigas. 

La plupart de ces familles se sont éteintes; les autres se sont 
transplantées dans d'autres pays; aucune d'elles, aujourd'hui, 
n'existe dans les environs de Marchenoir. 



l'ancienne église réformée de marchenoir. 43 

Les ministres de TEglise protestante de Marchenoir furent : 

ïsaae Garnier^ du 14 janvier 1624 au novembre 1643; 
Jacques Daneau^ du 13 décenfibre 1643 au 11 mars 1646; 
Jean Ardillon, du 14 juin 1646 à septembre 1650; 
Claude Pajon_, du 16 octobre 1650 à avril 1668; 
Jean Barbin, du 6 mai 1668 au 3 juin 1683. 

De ces cinq ministres, celui qui eut le plus de célébrité est Claude 
Pajon, né à Romorantin, en Fannée 1626. Ses qualités morales lui 
firent beaucoup d'amis; mais en matière de dogme, ses opinions lui 
suscitèrent des tribulations. 11 pensait à peu près comme Arminius 
sur la prédestination, l'universalité de la rédemption^ la corruption 
de Thomme, la conversion et la persévérance. 

Le sentiments hétérodoxes de M. Pajon, sur ces divers points, 
commencèrent à se manifester dans un discours qu'il prononça de- 
vant le synode d'Anjou, assemblé à Saumur en 1665. Au mois 
d'avril 1668, il fut appelé au ministère de l'Eglise protestante d'Or- 
léans; là il persévéra dans sa doctrine, et il y demeura inébranlable 
dans une conférence qu'il eut avec M. Claude, en l'année 1676. 
L'année suivante, MM. Dubosc, Claude, Mesnard et Jurieu s'assem- 
blèrent à Paris : le résultat de leurs conférences prépara la proscrip- 
tion de la doctrine pajoniste. Peu de temps après, les synodes de 
FIle-de-France, de Normandie et d'Anjou, condamnèrent les nou- 
velles opinions, mais avec ce ménagement que le nom de M. Pajon 
ne fut pas nommé dans la décision ; et l'académie de Sedan, à la- 
quelle le Consistoire de Charenton communiqua ce que le synode de 
l'Ile-de-France avait fait, prit ensuite un décret sur cette matière. 

Claude Pajon décéda à Carré, près Orléans, le 27 septembre 
1683; et, l'année suivante, le pajonisme fut condamné à Rotterdam, 
dans le synode wallon. (Voir Chauffepied, au mot Pajon, et Bayle, 
au mot Pajonisme (1). 

Claude Pajon avait épousé Catherine Testard, née à Blois, le 2 fé- 
vrier 1629, laquelle décéda à Marchenoir^ le 10 septembre 1660; elle 
était fille aînée de Paul Testard, sieur de La Fontaine, ministre protes- 
tant à Blois, et de Catherine Dufour; — et, en secondes noces, par con- 
trat passé à Orléans le 4 novembre 1670, Esther Perrault, fille de N.Per- 
rault, ministre de l'Eglise protestante d'Orléans, et d'Esthcr Dumas. 



(1) On ne trouve pas le mot dans le Dictionnaire de Bayle [Réd.). 



l'ancienne église réformée de MARCHENOIR 

i^*' partie (p. 323). — Louis XÏV, allant encore à Ghambord pen- 
dant Fautomne (en 1685) passa une seconde fois à Saint-Léonard 
et s'arrêta sur le pâtis de Saint-Etienne, pour dîner dans sa voiture- 
Il donna à la fabrique de cette paroisse^ pour subvenir aux frais de 
reconstruction de son église, presque entièrement renversée par un 
ouragan, en 1683, les biens dépendants de l'Eglise protestante de 

Marchenoir Au mois d'octobre de la même année, le lieutenant 

général civil et le procureur du roi au bailliage et siège présidial de 
Blois, se transportèrent à Marchenoir, et firent opérer sous leurs 
yeux la démolition du temple des protestants, en exécution de l'édit 
portant révocation de l'Edit de Nantes. (Titres de la fabrique de 
Saint-Léonard.) 

BuARD (p. 343). — Cette famille, qui a donné son nom au domaine 
de la Buarderie, paroisse Saint-Léonard, descendait de Jean Buard, 
qui testa le il septembre 1527. Dans le siècle suivant, elle embrassa 
la religion calviniste ; elle s'allia avec les familles Rozemont, Cosson, 
Gillot et Ourry. On ne connaît plus personne de cette famille depuis 
près de cent ans. 

De Gallot (p. 344). — Daniel de Gallot, écuyer, seigneur de 
Hombières, professant la religion calviniste, demeurait à Marchenoir 
avec Antoinette de Meaussé, de Villebethon , sa femme, dans le 
XVIIe siècle. Il eut trois enfants qui moururent en bas âge. Le der- 
nier, nommé Siméon, fut baptisé dans l'Eglise des protestants, à 
Marchenoir, le 24 avril 1677, et fut inhumé le 2 décembre suivant à 
Villebethon, paroisse de Mée, près Ghâteaudun. 

Garnier de Mouzay. — Famille protestante descendue de Laurent 
Garnier, qui vivait le 20 décembre 1564. De cette famille était Isaac 
Garnier, docteur eu théologie, ministre de l'Eglise calviniste de 
Marchenoir, qui fut père de Daniel Garnier, écuyer, sieur de Mou- 
zay, né le 30 août 1626. Cette famille paraît s'être expatriée à la ré- 
vocation de l'Edit de Nantes. 

Gillot (p. 347). — Louis Gillot, receveur du domaine de Marche- 
noir, faisait profession de la religion calviniste en 1630. Ses ancêtres 
étaient connus dans la même ville dès Fan 1450. De Florimonde 
Gaussant, sa femme, décédée veuve le 27 avril 1655, il eut cinq en- 



d'ai'kf.s un mantscrit inédit. 45 

fants. Florimonde^ sa fille^ fut mariée à Pierre Buard vers Fan 1640. 
On ignore la destinée des quatre autres. 

Le Venier de la Grossetière. — François Le Venier, écuyer, sei- 
gneur de la Grossetière, né vers l'an 1610, vivait encore le 24 mars 
1670. Il était calviniste et demeurait à Marchenoir. Il fut père de 
deux enfants : 1*^ Siméon Le Venier, écuyer, seigneur de la Grosse- 
tière et de Clesles, né en 1641, décédé âgé de 37 ans, le 5 octobre 
1678, inhumé dans le cimetière des calvinistes, à Marchenoir; 
2^ Louise-Elisabeth Le Venier de la Grossetière, mariée vers Tan 1660 
à Paul Villeneufve de Stenay, écuyer, seigneur d'Ambleiles^ qui en 
eut quatre enfants^ et qui vivait en viduité le 16 février 1676. 

Ollivier (p. 349). — Pierre OlUvier, pharmacien à Marchenoir, 
naquit vers Tan 1510. Il professait le calvinisme, ainsi que Françoise 
Leschallas, sa femme. Il décéda à Marchenoir, le 25 décembre 1659, 
et fut inhumé dans le cimetière des protestants. Il laissa sept enfants, 
tous mineurs à Tépoque de son décès. Cette famille se retira à Châ- 
teaudun^ d'où Françoise Leschallas était originaire. 

Rivière (p. 350). — Jacques Rivière, fermier général des domaines 
de la baronnie de Marchenoir, et Elisabeth Fouet du Boulay, profes- 
sant le calvinisme, vivaient en 1646. Ils eurent cinq enfants, entre 
autres Jean Rivière, greffier du bailHage de Marchenoir, qui épousa, 
le 29 juin 1670, Sidoine Avehne, dont est issu Jean Rivière, né le 
25 janvier 1671, duquel on ignore la destinée. 

RozEMONT (p. 352). — Pierre Rozemont, tige de cette famille, 
naquit vers Tan 1540. Ses descendants se distinguèrent dans le bar- 
reau, et embrassèrent le calvinisme. Celte famille s'est alliée active- 
ment avec la famille Racicot, et passivement avec les familles Buard, 
Garnier de Mouzay et Desnoues. Elle paraît s'être éteinte à Marche- 
noir, vers la tin du XVIIe siècle, c'esl-à-dire avant la révocation de 
l'Edit de Nantes. 

Racicot (p. 426). — Samuel Racicot, deuxième du nom, seigneur 
de Baudouin, secrétaire et porte manteau de S. A. S. Mgr le prince 
de Condé, naquit à Marchenoir le 14 Janvier 1624. Il planta le bois 



46 l'ancienne Église réformée de marchenoir 

de Racicot, sur le chemin de Marchenoir à Mer. il décéda à Marche- 
noir^ le 25 juillet 1662. Il avait épousé AnneGarnier^ née à Marche- 
noir, le 28 mai 1634, fille d'Isaac Garnier et de Marie Morin. De ce 
mariage sont issus 6 enfants , savoir : 1° Daniel Racicot , né le 7 dé- 
cembre 1653; 2» Samuel- Jean Racicot, né le 28 janvier 1657; 
3» Isaac Racicot, né le 19 mai 1658; 4» Jacques Racicot, né le 17 oc- 
tobre 1660; 5» Anne Racicot, née le 30 août 1655; 6» Judith Racicot, 
née posthume le 15 avril 1663. 

Le grand et le petit Biches (II^ partie, p. 35). — Château, ou pour 
mieux dire petite maison seigneuriale, à une demi-lieue sud du 
bourg de Saint-Léonard, et plus voisin de Marchenoir situé au N.-E... 
Son rez-de-chaussée est un caveau qui a servi de sépulture à la fa- 
mille protestante de Tissart. 

Clesles (p. 37). — Maison de plaisance construite dans le genre 
moderne en remplacement d'une ancienne habitation. Parmi les an- 
ciens seigneurs de Clesles figurent : Levenier de la Grossetière, 
écuyer, décédé en f678, et dont il est parlé dans la I^e partie, 
à la page 347; — Gabriel de Chartres, chevalier, décédé en 1663 
[dont un testament , faisant des donations considérables à l'Eglise 
protestante de Marchenoir, est confondu dans l'étude du notaire de 
ce lieu parmi une foule de minutes, où on a peine à le retrouver]; — 
Henry de Chartres, écuyer, vivant en Fannée 1639 [et qu^on 
trouve figurant comme député en 1645 au synode national tenu à 
Charenton]. 

Autainville (p. 49). — Bourg situé à cinq quarts de lieue nord de 
Marchenoir. Jusqu'à la révocation de l'Edit de Nantes, les protestants 
y eurent un cimetière particulier. 

La Colombe (p. 75). — Bourg et paroisse à deux lieues nord de 
Marchenoir. On voit dans le cartulaire de Fabbaye du petit Cîteaux, 
(située sur la paroisse de la Colombe), que Guillaume de Varennes, 
écuyer, seigneur de la Colombe, Perine de Marye, sa femme, et 
Guillaume de Varennes, leur fils, vivaient en 1567. On y voit aussi 
que ce dernier fut père de Jaques de Varennes, écuyer, seigneur de 
Chevrigny, qui demeurait à la Colombe en Tannée 1574-. 



DIAPRES UN MANUSCRIT INEDIT. W 

(A la page 110 de cette seconde partie , sous la rubrique de l'ab- 
baye du petit Cîteaux^ on lit ce qui suit, comme allusion aux guerres 
de religion :) «Obligés de fuir pour éviter d'indignes traitements, 
même la mort, les religieux du petit Cîteaux cachèrent dans la mai- 
son de Jaques de Varennes, seigneur de Chevrigny, qui demeurait à 
la Colombe, les principaux titres de Fabbaye. Pendant dix ans ce 
gentilhomme conserva ce dépôt d'autant plus sûrement, qu'il profes- 
sait le protestantisme et que sa maison fut exempte des investiga- 
tions de la soldatesque. Un acte du 19 juin 1571 constate ce fait. » 

Frouville (p. 176). — Ancienne seigneurie dont le château était situé 
à deux lieues de Marchenoir. La maison de Frouville paraît s'être 
éteinte dans la personne de Samuel de Frouville, III« du nom, écuyer, 
seigneur de l'Epronnière et de Normaigne, paroisse de Saint-Laurent 
des Bois, baptisé dans Féglise des protestants de Marchenoir, le 
2 octobre 1672. Il décéda à la fleur de l'âge. 

Villeneuve-Frouville (p. 179). — Ancienne seigneurie et paroisse 
à une lieue et demie de Marchenoir. La seigneurie de Villeneuve 
a donné son nom, on ignore dans quel siècle, à une famille noble qui 
paraît éteinte à présent, et de laquelle était : Paul de Villeneuve, 
écuyer, seigneur de Villeneuve, zélé protestant, qui vécut sous les 
règnes de Henri III et Henri iV : il eut quatre enfants, savoir : Paul 
de Villeneuve, qui fit la branche des seigneurs de Mazères; François 
de Villeneuve, auteur de la branche des seigneurs d'Ambelles et de 
Sedenay; Gédéon de Villeneuve, tige des seigneurs deLays, de Me- 
nilly-Villeneuve et de la Pourcelière ; Isabelle de Villeneuve, dame 
de Villeneuve^, qui fut mariée à Caillot de Cambis, écuyer, seigneur 
de Soustelles. De ce mariage sont issus quatre enfants, et notam- 
ment Suzanne de Cambis, dame de Villeneuve, qui fut mariée à 
César de Voisins, écuyer. Ils demeuraient à Conan en l'année 1641. 
Us eurent plusieurs enfants, entre autres Alexandre de Voisins, 
écuyer, seigneur de Villeneuve, demeurant à Conan, lequel étant 
veuf, épousa à Marchenoir, le mai 1694, Silvie de Refuge, veuve 
de Samuel Ille du nom, seigneur de Fl^pronnière et de Normaigne, 
en la paroisse de Saint-Laurent des Bois. 

Roches (p. 185). — Petit bourg et paroisse, à une lieue de 



48 l'ancienne église réformée de marchenoir. 

Marchenoir. A Fépoque de la conférence de Talcy, tenue dans le 
château de ce lieu (qui en est très voisin), le 28 juin 1562, entre 
Catherine de Médicis, lors reine mère^ et Louis de Bourbon I^r^ prince 
de Condé, qui était le chef des calvinistes, cette église (catholique de 
Roches) ressentit les secousses des soldats huguenots qui étaient 
logés à Roches, la plus grande partie étant campée à Lorges et à 
Brion (dans le voisinage). 

ViÉvY (p. 213). — Parmi les seigneurs de Viévy, bourg à deux 
lieues de Marchenoir, dans la généalogie de la famille de Beauxon- 
cles, figure : Charles de Beauxoncles, !e jeune, écuyer, seigneur dc 
Villefleurs et du Parc. Il épousa Claude de Frouville, sa cousine ger- 
maine paternelle, fille aînée de Jaques de Frouville, écuyer, seigneur 
de Chèze, de Thorigny et de TEpronnière, et de Marie de Beauxon- 
cles. Elle mourut veuve le 20 octobre 1654, et fut inhumée à Mar- 
chenoir, dans le cimetière des protestants, au faubourg Saint-Léonard 
de ce lieu. 

EcoMAN (p. 231). — Parmi les habitants d'Ecoman (bourg à deux 
lieues et demie N.-O. de Marchenoir), Louise Marchand, fille de 
François Marchand, écuyer, seigneur d'Ecoman et de la Gentinicre, 
fut mariée en Fannée 1624, à Caillot Le Courtois, écuyer, seigneur 
du Désert, calviniste zélé, qui avait épousé en premières noces Louise 
de Saint-André. 

Binas (p. 275). — Ce bourg est à deux heues et demie N.-E. de 
Marchenoir. En parlant de précautions excessives, prises en faveur 
des curés de Binas en 1630, il est dit que Texaltation fanatique des 
nombreux religionnaires du bourg et des environs de Binas, qu'en- 
tretenaient encore les gentilshommes calvinistes et prépondérants 
dans ces localités, sur les classes inférieures de leurs sectateurs, 
étaient des motifs trop puissants pour ne pas donner lieu à une telle 
attitude. Jusqu'à la révocation de l'Edit de Nantes, en 1685, les hu- 
guenots eurent dans ce bourg un cimetière particulier. 



LETTRE IMÉOITE DO DUC DE RQHAN. 



1629 

La lettre qu'on va lire a été trouvée par M. Liebich dans les archives de 
la famille Canonge, du Viala. C'est une copie authentique qui fut transmise 
à qui de droit, avec la lettre d'envoi que voici : 

A MM. de la noblesse, consuls et Consistoire des quatre consulats du 
colloque de Saint- Germain. 

Messieurs, nous vous envoyons la copie de la lettre que nous avons au- 
jourd'huy reçue de la part de Monseigneur de Rohan, et c'est pour hâter 
la grande guerre avec toute diligence. Et faites courir ladite lettre à Saini- 
Hilaire et Saint-Privas, et les chargez de la faire courir à tous les autres 
lieux de la Viguerie de Portes. Vos très humbles et affectionnés; et pour 
eux : Ranzié. 

A Saint-Germain, ce 7« juin 1629. 

Lettre de M. le duc de Rohan 

Messieurs^ j^ai différé jusqu'à maintenant de mettre Yotre province 
en armes, ne voulant vous obliger à cet effort qu'à l'extrême néces- 
sité j mais à cette heure que le roi tourne tout droit à nous et qu'il 
témoigne que c'est votre province qu'il veut premièrement attaquer, 
et que les ennemis menacent d'y exercer , s'ils avoient de l'avantage sur 
nous, toutes les cruautés dont ils sont capables, que même les avis 
que j'ai reçus portent que le roi est déjà arrivé à Barjac, oùi il pré- 
pare le gros de son armée pour fondre sur vous, j'ai cru qu'il ne fal- 
loitplus user de remise: c'estpourquoije vous convie à armer tous sans 
délai à votre propre défense, tout autant que vous êtes de gens ca- 
pables de porter les armes, et qui avez à cœur la conservation de son 
Eglise de Dieu. C'est maintenant que je connaîtrai ceux qui affec- 
tionnent le salut public et qui sont de mes amis. Si nous sommes 
aussi lestes qu'il faut, nous les arrêterons à la porte et rendrons leur 
entreprise si difficile et périlleuse qu'ils ne gagneront rien sur nous, 
s'il plaît à Dieu, et penseront de nous laisser en repos. Je serai à 
votre tête et vous ferai connaître, par les faits, le désir que j'ai de 
vous conserver. W ne faut pas atlendre de rechange, car le besoia 

XII. — 4 



50 SUR LA MORT DE PHILIPPE DES NOUHES 

ne sauroit estre plus pressant. Il faut que ce qu'il y a de vigoureux 
accoure à moi et voie que celui-là sera, ou lâche ou méchant, qui 
manquera à une si importante occasion. Il s'agit de votre vie et de 
votre liberté à jamais. Au nom de Dieu, faites connoistre que vous 
estes désireux de maintenir les choses qui vous sont les plus précieu- 
ses, et lesquelles, une fois perdues, nous ne retrouverons plus. Le 
rendez-vous est à Alais. Il faut que les gens de guerre s'y rendent 
armés et munitionnés. Marchez nuit et jour. Sur ce, je prie Dieu, 
Messieurs, qu'il vous tienne en sa sainte garde. 
D'Anduze, ce 6 juin 1629. 

Votre très affectionné à vous servir, H. de Rohan. 



SUR U MORT DE PHILIPPE DES NOUHES DE LA TABARIÈRE 

BARON DE SAINT-HERMINE 
PETIT-FILS DE DU PLESSIS-MOBN A Y. 

1629. 

On se rappelle les touchants extraits que nous avons publiés [Bull., I, 
202) d'après une Bible qui avait appartenu à Tune des filles de Du Plessis- 
Mornay, Anne des Nouhes, dame de la Tabarière, et que celle-ci, par une 
mention datée de 1620 et empreinte de la plus pieuse tendresse, desti- 
nait à son fils aîné, Philippe [ibid. 204). Et à la page voisine, sous la date 
de '1629, on trouvait exprimé, dans les termes les plus navrants, la douleur 
dont la mort de ce fils bien-aimé venait de remplir le cœur de celte pauvre 
mère. 

Nous avons rencontré à la bibliothèque de l'Arsenal un petit volume de 
192 pages in-12, qui doit être rare et contient des Lettres de consolation 
écrites à M. et Madame de la Tabarière, au sujet de cette mort, par les 
pasteurs Pierre Du Moulin, Le Blanc de Beaulieu, Daillé, de Velhieux, 
Bouchereau, Vincent, de Montigny, Chaufepied, Rivet, Mestrezat, Turretin^ 
Drelincourt. 

Bien que les épîtres de ce genre se ressemblent la plupart du temps, bien 
qu'elles renferment des redites et ne semblent pas toujours propres à at- 
teindre le but proposé, nous croyons qu'on ne nous saura pas mauvais gré 
de reproduire ici ce recueil de lettres signées de noms célèbres et écrites à 
l'occasion d'un deuil auquel toutes les Eglises réformées s'associèrent du 
plus profond de leur cœur. 



DE LA TABARIÈRE. 51 

Nous en donnerons aujourd'hui le titre et les six feuillets préliminaires 
non paginés. Titre : 

Lettres de consolation escrîtes à M. et à Madame De la Tabarière, sur 
le déceds de feu M. le baron de S aînct- Hermine, leur fils aisné, mort 
au siège de Bosleduc , en un assaut donné le jour d'aoust -1629. 
Par Pierre Du Moulin , pasteur et professeur en l'Académie de 
Sédan : Et plusieurs autres pasteurs des Eglises réfoi^mées de France. 
MDCXXXII. 

La première page contient cette inscription : 
D. 0. M. S. 

Philippo Noh^o nobilissimo lectissim,oque juveni, summa in Deum 
fide, egregia in suas pietate singulari in omnes caritate, eximia morum 
elegantia atquepuritate, rara et supra œtatem excellenti literarum re- 
rumque divinarum et humanarum cognitione , cœterisque omnibus 
animi et ingenii ornamentis instructissimo : ad veram gloriam suoque 
etavito magni Mornayi nomine dignam fœlicissime grassanti jamque, 
unum et alterum in Belgico bello stipendium non sine lande merito, in 
celeberrimo tandem Sylvœ-Ducis obsidio anno Christi MDCXXIX, 
post édita sub Arausionensi principe plurima fortitudinis et virtutis 
specimina, cum prid. Non. sextil. suburbana munimenta per displo- 
sum pyrio pulvere aggerem ardentius iiTupisset, vi ac numéro hostium 
una cum aliis non paucis ex gallicœ nobilitatis flore indignissime 
circumvento, atque ita ante tempus necdum explelis a die natali V et 
XX annis acerbissimo funere prœrepto, optimo atque insolabiliter 
lugendo filio, mœstissimi parentes Jacobus Nohjeus, Anna Mornaya 
posuerunt, dulcissimasque reliquias in spem beatœ resurrectionis sub 
hoc tumulo condiderunt. 

Aux pages 2 et 3 sont les deux sonnets que voici : 

Epitaphe fait pour M. de Sainct-Hermine, par Mademoiselle Anne 

de Rohan. 

SONNET. 

Passant qui viens icy par destin ou dessein, 
Offre de tes deux yeux des doubles sacrifices, 
Plains l'amy des vertus, l'ennemy de tous vices, 
Dont noas louons la vie et lamentons la fin. 



32 



SUR LA MORT DE PHILIPPE DES NOUHES 



Il eut un esprit rare et un corps jeune et sain, 
Mais comme sous la loy Dieu prenoit les prémices, 
Il prit ce fils aysné, des parens les délices, 
Et sa main le ravit pour le mettre en son sein. 

Jette sur ce tombeau une complainte amère. 
Deviens l'écho des cris de la dolente mère, 
Et du père transy par un si rude coup. 

Sçaches que ce cher fils, en piété insigne, 
Estoit du grand Mornay un rejetton très digne, 
C'est en sçavoir assez pour lamenter beaucoup. 

Pour le tombeau d'une fille de Madame de la Tabarière, 
par Mademoiselle de Rohan. 

SONNET. 

Passant, ne passe point, borne icy ton voyage, 
Donne tresve à tes pas^ mais non pas à ton pleur; 
Arrouse sans arrest les cendres d'une fleur, 
Qui sentit de l'hyver dès son printemps l'orage. 

Déteste d'Atropos l'inévitable rage. 
Lamente avecques nous nostre cruel malheur, 
Pleure l'aymable objet de nostre aspre douleur, 
Celle dont les vertus anticipèrent l'aage. 

Non, ne la pleure point : son âme dans les cieux 
Void son bénin Sauveur, dont le sang précieux 
La rendit son espouse et compagne des anges. 

Plains celle à qui sa mort fait tant de deuil sentir, 
Qui i'avoit mise au monde et qui l'en vid sortir, 
Donne à l'une des pleurs, à l'autre des loiianges. 

Les trois pages qu'on va lire viennent ensuite : 

Tombeau de Messire Philippes des Noues, baron de Sainct- Hermine, 
mort au lict d'honneur, en un assaut donné à la ville de Bosleduc, 
le 4 d'aoust 1629. 

Le monde estoit en doute à qui Femporteroit en Philippes des 
Noues, baron de Sainct-Hermine, de la noblesse ou de la vertu. 
Celle-là se faisoit forte d'une suite de plusieurs générations illustres, 
recerchées des siècles anciens, qui rapportoit son extraction paternelle 
aux premiers barons et princes de Bretagne, par la maison d^\vau- 
gour et celle de Vivonne aux comtes de Crissé ; et de Vihers par les 
Turpins; aux ducs de la Trémouille parles sieurs de Bodet. Et la 



DE LA TABARIERE. 53 

maternelle à ces grands Mornays cogniis par tout le monde_, desjà 
fiers et superbes d'avoir eu un Estienne chancelier de France^ il y a 
plus de trois cens ans^ Philippes du Plessis Tincomparable^ et un 
vice-roy de Suède^ et infinis autres grands et valeureux seigneurs, 
tous yssus des sires d'Estoutteville^ princes du sang hongrois, nous 
disent les chroniques. Voire de quatorze degrez elle remontoit jus- 
q^iies à sainct Louys, roy de France, Fun de ses grands ayeulx, par 
Margueritte de Bourbon, les sires anciens de Sully, et de la Tré- 
moiiille, les comtes de Tonnerre et de Sainct-Aygnan, et la maison 
du Bec. Et enflée d^un sang royal, le croyoit gaigner aysément sur 
l'autre ; mais la vertu appuyée sur soi-mesme, sçavoit garder son 
rang, demeurant tousjours ferme et inesbranlable, mesme tiroit du 
lustre de celuy de sa corrivale, et comme si un sang si généreux luy 
eust fourny des esprits plus puissans, elle s'en monstroit tant plus 
vive, faisant servir cette première splendeur simplement à rendre 
plus cogneu et plus clair son mérite. Elle l'avoit donné à la piété 
pour l'eslever, à l'érudition pour l'instruire; de là une sagesse entière 
en prit la conduite et la direction. Et la valeur l'alloit rendre par- 
fait. Dés piéça mille et mille choses aymables s'appercevoient de 
jour en jour. La crainte de Dieu avoit jetté de si profondes racines 
en son cœur, qu'elle en avoit en eff'ect mesprisé tous les assauts de 
la cour et du monde. Sa sagesse très docte, en quelque lieu qu'il 
fust, suffisoit à soy-mesmes. L'une et l'autre ravissoit un chacun en 
admiration; mais son courage qui incessamment le portoit à quelque 
beau dessein, cerchant à accroistre les preuves de sa grandeur, luy 
fit ambitionner les espreuves de Mars jusques chez les nations estran- 
gères. Dès sa première jeunesse il le fit cognoistre à Bergopzom et 
Breda, et acquérir louange et réputation. Et au mémorable siège 
de Bosleduc, après plusieurs tesmoignages d'une grande vertu, luy 
fit couronner sa vie courte, mais récompensée d'une assez ample 
gloire, de la mort bienheureuse et chrestienne des valeureux. Là le 
ciel receut son âme, et la résurrection des justes reprendra le 
corps qui repose en ce lieu pour le rejoindre à l'esprit, et quant et 
quant au père des esprits. 0 siècle misérable, tu estois indigne d'un 
si grand homme ! et Dieu, très justement, a repris ce qui estoit sien. 
Pleure tes péchez, passant; car bienheureux sont les morts qui meu- 
rent au Seigneur. Amen. 



LETTRE DE SAHIUEL BOCHART A LOUIS CAPPEL 



PASTEUR ET PROFESSEUR EN THÉOLOGIE A SAUMUR. 
1650. 

La lettre suivante a été trouvée par M. A. Coquerel fils parmi les pa- 
piers de Conrart, conservés à la Bibliothèque de l'Arsenal (t. XI, in-fol. 
p. /1204}. Nous l'empruntons au journal le Lien. 

Louis Cappel, que l'évêque Hall appelle « le grand oracle des hébraï- 
sants, » avait publié en /|62l4 son Jrcanum ponctuationis revelatum, 
où il montrait que les points-voyelles, regardés comme une Inspiration 
divine, sont d'invention humaine et datent du VI^ siècle après Jésus- 
Christ. En 1650, il publia sa Critica sacra, fruit de trente années de tra- 
vail et contre laquelle ses adversaires avaient soulevé de telles défiances 
qu'aucun imprimeur de Hollande ni de Suisse ne consentait à s'en charger : 
il fallut, dit M. Haag, que trois moines catholiques, Petau, Morin et Mer- 
senne, obtinssent un privilège du roi pour faire imprimer à Paris ce grand 
ouvrage, le premier où un théologien chrétien ait appliqué au texte hébreu 
une critique saine et judicieuse. En même temps il fit imprimer sa Defensio 
adversus înjustum censorem. 

C'est au sujet de cette publication que Samuel Bochart, « le plus grand 
érudit de son siècle, » « le savant le plus instruit dans les langues orientales, » 
selon Gassendi et Guy Patin, écrivit à Louis Cappel la lettre suivante : 

A Monsieur Louis Cappel. 

Monsieur et très honoré frère^ 
Enfin j'ai receu votre Critique attendue depuis si longtemps avec 
tant d'impatience, par tous ceux qui en savent le prix, lesquels s'ils 
ne sont en grand nombre, c'est parce que nous vivons en un siècle, 
auquel il y a peu de gens quiayent le goiit assez épuré pour savourer 
les bonnes choses. Mais il vaut mieux plaire et servir à ce peu de 
gens de bien, sensez, qu'à tout un monde de ceux du commun. Ce 
peu de gens, à la longue, emportera tout le reste. Y eut-il jamais 
un dessein ni plus innocent, ni plus controUé que celuy de saint Jé- 
rôme, quand il entreprit de faire une version plus pure que les pré- 
cédentes? Et enfin les controUeurs sont morts, et toute l'Eglise a 
prononcé en sa faveur. Il vous en adviendra de mesme, à la fin, et 
la raison l'emportera par-dessus l'envie des uns et la superstition des 



DIPLOME DE MAITRE ES ARTS. 5^ 

autres. On voyt à quoy peuvent aboutir les objections de vos adver- 
saires^ par Teffort qu'a fait Buxtorf contre votre livre sans l'avoir 
vu ; que vous rembarrez si fortement, en votre Defensio Criticœ, que 
j'ay leue^ que je ne croy pas qu'il ose répartir^ ou s'il l'entreprend 
ce ne sera qu'à sa confusion. Car vous ne luy avez pas laissé la 
moindre échapatoire. Sa faiblesse ne parait pas moins en tout le 
livre de V Antiquité des points {\), qui n'est fort qu'en allégations, 
mais qui ne prouvent rien contre vos raisons, qui sont invincibles. 
Dieu vous face la grâce de vivre encore longtemps pour le bien de 
son Eglise, à qui vos travaux sont en singulière édification. Je croy 
que vous aurez receu mon livret pour le roy d'Angleterre (2). J'en 
prépare un autre De Scinpturœ sacrœ animalibus (3) que la reyne de 
Suède demande avec instance (4). 11 me faut encore quelques mois 
pour y mettre la dernière main. Je suis de tout mon cœur. 
Monsieur et très honoré frère. 
Votre très humble et très obéissant serviteur^ 

BOCHART. 

De Caen, ce 13 juin 1650. 



DiPLOME DE niÂlTRE ES ARTS 

DÉCERNÉ A CHAELES DES VIGNOLES DE PRADES, PAR L' ACADÉMIE 
PROTESTANTE DE NÎMES. 

1660. 

Nous avons publié (YI, 364, et VII, 4i5) les diplômes des Académies de 
Montauban et de Die. En voici un de l'Académie de Nîmes, que nous com- 
munique M. le professeur Michel Nicolas. Il appartient à M. le D"^ Raymond 
de Castehiau, de Nîmes, qui a bien voulu lui en laisser prendre copie pour 
nous. 

(1) Ouvrage de Buxtorf contre Cappel et en faveur de l'opinion d'après la- 
quelle les points-voyelles étaient de la main même des auteurs sacrés, et par 
conséquent inspirés de Dieu, 

(2) Lettre à M. Morley (contre l'exécution de Charles P""). 

(3) Le Hierozoicon. 

(4) La reine Christine de Suède avait invité Bochart à sa cour, en 1646, après 
l'apparition de la Géographie sacrée. Il y alla en 1652, et y passa un an à étu- 
dier les manuscrits arabes et autres que possédait la reine. 



56 



DIPLOME DE MAITRE ES ARTS. 



CONSULES NEMAUSENSES RELIGIONEM REFORMATAM PROFITENTES, 
ACADEMIE REGTORES, LEGTORIBUS SALUTEM A I)EO TER OPTIMO • 
MAXIMO DEPRECANTUR. 

Sapienter a majoribus nostris comparatum est, ut studiosis ado- 
lescentibiis qui bonam operam in Philosophia navassent, honores 
haberentur , et praemia quaedam ils publiée in conventu academico 
decernerentur; nam ut praeclare dictum est, honos alit artes, 
praemiumque virtutis honos esse débet, neque vero minori sapientia 
cautum ab iis fuit, ut illi honores iis solis tribuerentur, qui erudi- 
tionem et doctrinam suam bonis et idoneis judicibus probassent. Qua de 
causa certamina quaedam Uteraria in CoUegio Professorum Artium Libe- 
rahum instituta sunt, et disputationes adhiberi solitai, ut qui stu- 
diorum suorum fiducia freti praemia illa petire aiiderent, prius ingenii 
sui spécimen pro illo collegio praeberent_, ut si de Professorum 
sententia digni judicati essent quibus honos haberetur, iis mérita 
dignitate ornati ab iis dimitterentur. Ob hasce res cum adolescens 
eximiae spei nob. Garolus des Vignoles de Prades Nemausensis, 
bonam operam in dictis artibus Philosophiae dederit, et in Collegio 
Professorum Nemausensium productus a clarissimo viro Domino 
D. Derodone, magni nominis professore, doctrinam suam universo illi 
ordini , habitis acerrimis adversus se disputationibus , a mane ad 
vesperam probârit, summoque omnium consensu dignus habitus sit 
qui privilégia magisterii philosophie! in publico conventu asseque- 
retur : Nos preenominatum ex senatus academici nostri sententia 
Philosophiae magistrum renunciamus, et pro authoritate regia 
nobis concessa suprema haec laurea donamus etdecoramus, potestate 
ipsi facta legendi, docendi et interpretandi hic et ubique locorum 
artes libérales, cui et omnes immunitates, praerogativas et privilégia 
huic magisterio artium annexa concedimus, largimur et conferimus, 
utpote qui hac palma communibus sufîragiis de rigore examinis 
nemine penitus discrepante tanquam optime meritus dignus judicatus 
sit. In cujus rei fidem Academiae sigillo manuque nostra hoc diploma 
firmari jussimus. Datum Nemausi die 19 rnensis Junii 1660. 

Darvieux, p., th. professer . Joannes Roureus, Eccl. nem. pasior, 
Galafres, Pr. consul. Guib^us, D. M. et gymnasiarcha. 

Claudius^ pastor. Glaudius Rosselletus, P. et th. pr. 
Vigues, consul. Joannes Rruguerius, EccL nem. pastor. 

David DmoiiO, philosophiœ pro [essor et promotor. 
Ps, Mesgrieux, Douzel, secr. 

[Ici uue grande rosette en rubans de couleur 
jaune, blanche et rouge. Au bas pend le sceau 
en cire, dans une boîte de fer blanc] 



LES DERNIERES HEURES DE Ifl. JEAN BONAFOUS 

MINISTRE DE LA PAROLE DE DIEU A PUYLAURENS 
16^6. 

Etant obligé de recueillir ce qui s'est passé de plus remarquable 
dans les dernières heures de cet excellent serviteur de Dieu, M. Bo- 
nafous; Pour satisfaire au désir louable,, que plusieurs personnes ont 
eu, de conserver, pour l'édification de l'Eglise de Dieu, et la conso- 
lation des âmes chrétiennes, la mémoire d'une si heureuse mort qui a 
couronné une si belle vie : Nous avons cru qu'il ne seroit pas hors de 
propos de dire : Premièrement quelque chose des dispositions de son 
esprit, de sa personne et de quelques circonstances qui ont précédé sa 
maladie; afin que nous ayons sujet de reconnoître et d'adorer tout 
ensemble la dispensation et la grâce inestimable de Dieu envers ce 
sien serviteur. 

Outre ce qu'il en marque lui-même daas son testament, et que 
tous ceux qui ont eu l'honneur de le connoître, savent être très vé- 
ritable, nous pouvons dire sans crainte d'être soubçonnez de flaterie, 
qu'il est bien difficile qu'un homme mène sur la terre, une vie plus 
belle et plus sainte que la sienne, et qui aproche plus de celle dont 
nous jouirons un jour, s'il plaît à Dieu, dans le ciel. Il possédoit dans 
un corps sain, une âme pleine d'une si grande joie, d'une paix si 
douce, d'une tranquilité si ferme, d'une confiance si entière en la 
bonté et en la miséricorde de Dieu, et d'une résignation si absolue 
entre les mains de sa providence, que les événemens les plus fâ- 
cheux, et les accidens les plus tristes et les plus extraordinaires n'é- 
tointpas capables de l'ébranler ni de le troubler. «Une faut s'étonner 
de rien, disoit-il souvent, j'attens tout du côté de Dieu, mais peu ou 
point du monde. » Il connoissoit si bien la vanité des choses de la 
terre, qu'il n'y avoit jamais mis son cœur, et n'y avoit jamais eu 
aucuns attachemens. D'où vient qu'il a refusé souvent des dons con- 
sidérables que diverses personnes vouloint lui faire, pour les distri- 
buer aux pauvres, ou les donner à l'Eglise de Dieu. Et lors qu'il seut 
que M. son père vouloit le faire héritier de ses biens, comme l'ayné 
de sa famille, il le pria de donner cet héritage à son frère, qui est 

(1) V(tir t. XT, p. 471. C'est la seconde partie annoncée. 



58 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

mort depuis quelques années, ministre de la Parole de Dieu dans FE- 
glise réformée de Castres. Et d'effet selon son désir, M. son père ne 
lui ayant laissé, par son testament, que son droit de légitime, il en 
donna même la jouissance à M. son frère : ayant toujours protesté 
qu'il ne vouloit jouir dans le monde que des choses qui étoint abso- 
lument nécessaires, et sans lesquelles la vie de notre corps ne sauroit 
subsister; disant : a qu'il falloit se garder de manier ces épines de 
peur de s'ensanglanter. » 

C'est sur ce sujet qu'il bénissoit si souvent le Seigneur, de cet ex- 
cellent don de continence, dont il l'avoit honoré, qui lui avoit fait 
refuser des mariages très avantageux selon le monde (1), pour n'être 
point chargé de femme ni d'enfans; afm de pouvoir être plus facile- 
ment débarrassé des choses de la terre, et remplir mieux les fonc- 
tions du saint ministère, à quoy il s'apliquoit avec tout le zèle, l'assi- 
duité et la diligence dont il étoit capable ; jusqu'à négliger même, 
pour cela, les choses nécessaires pour sa subsistance, desquelles il n'a 
jamais eu aucun soin; Dieu lui ayant suscité des personnes qui ont 
eu un soin particulier des choses qui regardoint sa nourriture, ses 
vêtemens et les autres nécessitez de cette vie. 

Il avoit une si grande charité pour les pauvres, que non-seule- 
ment il leur distribuoit quelque peu d'argent qu'on avoit ordre de 
lui bailler pour leur donner, quatre fois chaque semaine, à l'issue des 
exercices de piété; mais il ne se présentoit point même d'occasion 
dont il ne se prévalût pour leur faire du bien : jusqu'à se priver 
même souvent des meilleures choses qu'on avoit aprêtées pour sa 
nourriture; afin d'en nourrir quelques pauvres ou quelques malades. 
Il ne vouloit point prendre d'habit neuf, que premièrement on n'eut 
fait venir un pauvre, à qui il faisoit prendre celui qu'il venoit de 
quiter; alléguant souvent, sur ce sujet, ce que dit Jésus-Christ dans 
l'Evangile : « J'ay eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ay eu 
soif et vous m'avez donné à boire, j'ay esté nud et vous m'avez vêtu ; 
entant que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, 
vous me l'avez fait aussi» (Matth., ch. XXV, v. 35 et 36). 

Outre le profond savoir, les dons et les grâces qu'il avoit receus 
pour la prédication, il excelloit particuUèrement dans la censure des 
vices, qu'il reprenoit sans exception de personne, avec une sainte 

(1) Particulièiement la iille d'un grand homme qui a eu 100,000 livres de 
dot, et que Ton n'a pas cru qu'il fût nécessaire de nommer. 



LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN EONAFOUS. 59 

hardiesse en particulier j mais surtout en public, où il sembloit qu'on 
voyoit des éclairs sortir de ses yeux, et qu^on entendoit des foudres 
qui sortoint de sa bouche ; et ce qui est encore plus remarquable, à 
peine y avoit-il quelqu'un de ceux qui Técoutoint qui n'en fût sensi- 
blement touché. ^ 

Ses dons éclatoint aussi beaucoup dans les impositions des mains 
qu'il donnoit à ceux que Dieu apelioit au saint ministère, où il tou- 
choit si fort le cœur de tous ses auditeurs, qu'il n'y en avoit pas un 
qui ne fût contraint de répandre des larmes avec abondance. C'est 
ce que l'on a veu dans l'imposition des mains qu'il a donnée à 
MM. Causse, Damalvy, Bonafous et autres. D'où vient que MM. les 
proposans qui éteint jugez dignes d'y être receus, recherchoint soi- 
gneusement le moyen de pouvoir recevoir l'imposition des mains par 
le ministère de ce fidèle serviteur de Dieu. 

Il avoit aussi receu des dons extraordinaires pour la conduite de 
l'Eglise, et il agissoit dans le consistoire et dans l'exercice de la dis- 
cipline, avec tant de prudence, de sagesse, d'exactilude, de force et 
de générosité, que les plus vitieux étoint obhgez de se soumettre à 
l'autorité de ces assemblées, à la justice et à la force de leurs résolu- 
tions, et que les âmes les plus rebelles étoint contraintes de se ranger 
à l'obéissance de Christ et de son Evangile. Ceux-là même dont il 
avoit repris les vices, avec tant de hardiesse et de sévérité étant per- 
suadez qu'il ne faisoit et ne disoit rien, que par un pur mouvement 
du zèle qu'il avoit pour la gloire de Dieu, et pour l'édification de son 
Eglise, étoint forcez de se louer de sa conduite, bien loin de porter 
quelque plainte contre lui, durant l'espace de quarante-cinq années, 
pendant lesquelles il a entretenu dans une profonde paix, l'Eglise de 
Puylaurens, au service de laquelle il est mort. 

Sa conduite a été aussi admirée dans les sinodesde cette province, 
où il a été plusieurs fois modérateur, particulièrement dans les si- 
iiodes assemblez en la ville de Gaussade, en en celle de Réalmond, 
dans les années 1658 et 1659, desquels nous pouvons dire, qu'à peine 
y en a-t-il eu depuis la Réformation, où l'on aye veu plus de trouble, 
et dont la modération aye été plus difficile, à cause d'un affaire extrê- 
mement passionné par deux grands partis, qui furent sur le point de 
diviser toute cette province : et où cependant il se conduisit avec 
tant de prudence et de sagesse, qu'il contraignit tous les deux partis 
à se louer de lui, et que sa conduite fut approuvée de tout le monde. 



60 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

Et cet affaire ayant été ensuite porté dans le sinode nationnal, qui fut 
assemblé à Loudun au moins de novembre 1659;, un des ministres de 
cette province (M. Boude alors ministre dans TEglise de Caussade) 
représentant l'état de cet affaire, ayant voulu dire quelque mot qui 
sembloit en quelque façon intéresser M. Bonafous, M. Daillé, ministre 
de TEglise de Paris, et modérateur dans ce sinode nationnal, lui ferma 
la bouche en l'autorité de cette assemblée, et lui dit : « Ne parlez 
point de M. Bonafous, dont la vie et la conduite est en exemple et en 
vénération à toutes nos Eglises. » Et ce ministre étant de retour, et 
ayant été visiter M. Bonafous, lui déclara lui-même, que la chose lui 
étoit ainsi arrivée. Il avoit seu si bien allier l'humilité et la sincérité 
chrétienne, avec la véhémence de son zèle, que bien qu'il agît tou- 
jours avec beaucoup d'ardeur dans les choses qui regardoint la gloire 
de Dieu et l'édification de son Eglise, on n'avoit jamais soubçonné 
qu'il agît par quelque motif d'intérêt, ou de passion humaine, ou par 
quelque désir de vaine gloire. 

Il recueilloit aussi dans un air riant, tous ceux qui le venoint vi- 
siter, et les entretenoit dans une conversation douce et agréable, ce 
qui lui donnoit sujet de dire quelquefois : « Qu'il étoit un lion en pu- 
blic, en chaire, dans le consistoire et dans les fonctions de sa <îharge; 
mais qu'il étoit un agneau en particulier. » On remarquoit même qu'il 
faisoit aboutir ses discours les plus ordinaires à la gloire de Dieu. Sur 
quoy il alléguoit quelquefois ce que dit TApôtre : « Soit que vous 
mangiez, soit que vous beuviez, soit que vous fassiez quelque autre 
chose, faites le tout à la gloire de Dieu » (1 Cor., ch. X, v. 31). 

Il avoit une âme extrêmement reconnoissante, qui conservoit chère- 
ment le souvenir du moindre bien qu'il avoit receu, et ne trouvoit 
jamais d'occasion, dont il ne se prévalût, pour le publier et le recon- 
noître : surtout il ne pouvoit se lasser de témoigner sa reconnoissance 
envers Dieu, pour les grâces qu'il en avoit receues. 

Il ne se portoit qu'avec peine à parler de ce qui le regardoit, et 
seulement lorsqu'il n'y avoit plus de moyen de l'éviter; mais il avoit 
un soin particulier des choses qui regardoint les intérêts d'autrui, et 
particulièrement de ce qui pouvoit contribuer à l'avantage ou à la 
satisfaction de MM. ses collègues. 

Il avoit un si grand soin des malades (pour la consolation desquels 
il avoit receu de Dieu des dons extraordinaires) que non-seulement il 
les visitoit toutes les fois qu'il en étoit requis, soit de jour, soit de 



LES DERÎNIÈUES HEURES DE M, JEAN BONAFOUS. 61 

nuit^ n'ayant jamais fait difficulté de se lever du lit, dès qu'il étoit 
apellé pour cela; mais il les visitoit même souvent sans y être apellé . sur 
tout le dimanche et le judy de chaque semaine aprez avoir prêché, il 
ne manquoit point de visiter tous les malades qu'il savoit dans Té- 
tendue de son Eglise. On remarquoit même qu'il avoit un soin parti- 
culier des malades qui étoint pauvres ou de la lie du peuple, disant 
que ceux-là en avoint même plus de besoin que les autres. 

Il visitoit aussi soigneusement les prisonniers, dès qu'il savoit qu'il 
y en avoit quelqu'un, et alléguoit à cette occasion ce que dit l'Apôtre : 
« Ayez souvenance des prisonniers, comme si vous étiez emprisonez 
avec eux » (Hébr., ch. XIII, v. 3). 

Il se souvenoit aussi de visiter, de tems en tems, les femmes vefves 
et les enfans orphelins, et faisoit la prière à Dieu pour eux, disant 
que ces sortes de personnes nous sont particulièrement recommandées 
de Dieu, et qu'elles doivent être des objets particuHers de nos soins. 

Il étoit si adonné à la dévotion et à la piété, qu'il passoit presque 
tout son temps en saintes méditations ou en prières, qu'il faisoit non- 
seulement le soir et le matin, à l'entrée et à l'issue de ses repas, 
aprez lesquels il faisoit aussi lire réglément quelques chapitres de la 
Parole de Dieu, et non-seulement dans les diverses occasions qui lui 
en étoint présentées, qu'il embrassoit avec beaucoup de joye; mais 
encore toutes les fois qu'il entroit ou qu'il sortoit de sa chambre ou 
de son cabinet, et durant la nuit dès qu'il étoit éveillé; mais sur tout 
il présentoit à Dieu ses prières les plus ardentes, soit en public, soit 
en particulier, toutes les fois que son Eglise éioit menacée de quelque 
danger ou exposée dans quelque sorte de mal. 

11 a aussi toujours aymé à méditer, et à pratiquer soigneusement 
les choses qu'il a cru être nécessaires pour bien vivre et pour bien 
mourir. Il s'y apliquoit même d'une façon particulière depuis Tannée 
mil six cens soixante-dix, en laquelle il fit son testament, depuis le- 
quel il ne se passoit point de jour qu'il ne fît une étude particulière 
pour se disposer à bien mourir; et lisoit souvent pour cela les der- 
nières heures des fidèles serviteurs de Dieu. Il se réjouissoit beau- 
coup dès qu'il découvroit quelque chose qui pouvoit lui marquer en 
quelque façon qu'il n'étoit pas loin de sa fin. Le premier jour de 
chaque année il avoit accoutumé de dire, à ceux de la maison où il 
logeoit : a Courage, mon tems s'aproche, je n'ay pas longtenis à 
vivre, n VA le premier jour de cette année, il dit avec des témoi- 



C2 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

gnages d'une joye particulière : « Je n'ay pas deux ans à vivre. » Et 
d^effet^ depuis ce tems-là on connut qu'il commençoit à décheoir, et 
que sa santé étoit de tems en tems altérée. Quoy que cependant il ne 
laissât pas de remplir toutes les fonctions de sa charge comme il fai- 
soit auparavant. 

Le dixième jour du mois de septembre de cette année mil six cens 
soixante et seize, M. Martel^ ministre de TEglise de Puylaurens et 
professeur en théologie en Facadémie qui y est recueiUie, désirant 
d'aller à Montauban pour quelques affaires particuliers, lui dit^ s'il 
pourroit prêcher pour lui en son absence, et que s'il se trouvoit trop 
chargé, sur tout les jours de dimanche, il prieroit M. Ferez de 
prêcher pour lui; il lui répondit : « Il n'est pas nécessaire de l'en 
prier, je prêcheray, s'il plaît à Dieu^ et pour vous et pour moy, n'en 
soyez point en peine; » mais le lendemain ayant senti que sesincom- 
moditez augmentoint, il envoya dire à M. Martel, «qu'il fît pour cela 
ce qu^il voudroit. » Cependant il ne laissa pas de prêcher le dimanche 
treizième septembre, à l'édification de toute son Eglise. Le lundi et 
le mardi suivans, il fit plusieurs visites de charité, et diverses prières 
à des malades, sans qu'il parût que peu d'altération en sa santé. 

Cependant ses maux augmentant de plus en plus, il fut attaqué le 
mecredi seizième septembre, d'une diarrhée, qui lui causa des tran- 
chées violentes, et des douleurs très aiguës : mais qui ne purent pour- 
tant pas l'empêcher de prêcher le lendemain, sur ces paroles de saint 
Paul, au chapitre VIII, de l'épître aux Romains, verset 21 et 22 : 
« Car nous savons que toutes les créatures soupirent, et sont en tra- 
vail ensemble jusqu'à maintenant, et non-seulement elles, mais aussi 
nous qui avons receules prémices de l'Esprit, nous-mêmes soupirons 
en nous-mêmes, en attendant l'adoption, savoir la rédemption de nos 
corps. » Et Dieu lui fit la grâce de prêcher avec tant (Je force, qu'il y 
eut fort peu de personnes, dans le temple, qui remarquassent en lui 
aucune indisposition; quelques-uns même de ceux à qui elle étoit 
connue, furent obligez de lui dire que son prêche n'étoit point ma- 
lade, et que ses incommoditez n'y avoint point paru. Cependant il 
avoit un si grand dégoût, qu'il ne put manger presque rien, ayant 
envoyé son dîner et son souper à deux pauvres femmes, comme il 
avoit accoutumé de faire très souvent. Il alla aussi ce jour-là visiter 
plusieurs malades, pour qui il fit la prière à Dieu, et leur fit ensuite 
de grandes et fortes exhortations, suivant sa coutume* 



LES DERNIERES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 63 

Le vendredi dix-huitième septembre, son indisposition fut plus 
grande que de coutume; ce qui obligea quelques-uns à tâcher de le 
dissuader d'aller faire la prière au temple, ausquels il dit, comme il 
avoit accoutumé de le dire souvent : a Qu'il faloit qu'un pasteur 
mourût debout, comme un empereur, ou comme un bon pilote le 
gouvernail à la main. » 11 fit la prière à deux heures aprez midi, et 
paraphrasa la seconde partie du pseaume XXXiV, qui se rencontra 
dans la suite; il insista et s'étendit particulièrement sur ces paroles : 

Les justes en leurs maux 
Crient au Seigneur, qui les oit, 
Et tôt en seureté les reçoit, 
Guéris de leurs travaux. 

Et sur celles-ci : 

L'Eternel sauvera 
Tout bon cœur qui le va servant : 
Quiconque espère au Dieu vivant, 

Jamais ne périra. 

Quelque tems après qu'il fut de retour au logis, il sentit que ses 
maux redoubloint, ce qui l'obligea à se retirer dans sa chambre, où 
il fut dans des prières continuelles pendant plusieurs heures. Cepen- 
dant il ne put rien prendre de ce jour-là encore, et ayant envoyé son 
dîner et son souper à des pauvres, comme au paravant, il dit : « Dieu 
ne veut point que je trouve du goût dans les viandes, et dans les 
choses de cette vie, pour m'apprendre que je n'en dois avoir que pour 
celles du ciel, et que je dois aller bientôt ailleurs pour m'y nourrir d'une 
viande meilleure. » En se metant au lit, il dit : « Je suis fort incom- 
modé; mais loué soit Dieu, qui dispense les maux comme il le trouve 
à propos. » Il ne vouloit point que l'on veillât auprez de lui, ni que 
personne ne s'incommodât à sa considération; mais enfin il permit 
qu'une de ses gardes demeurât auprez de son lit, qui raporta, qu'il 
n'avoit pas pu reposer dans cette nuit-là, qu'il passa en s'entretenant 
avec Dieu par des prières ardentes; lui demandant continuellement 
son assistance et sa grâce, avec tant de zèle et de force, qu'elle en 
avoit esté vivement touchée, et n'avoit pu s'empêcher de répandre 
des larmes. 

Le samedi dix-neuvième, il eut un vomissement, qui fit qu'on apré- 
henda qu'il ne fût attaqué d'un calera morbus : mais qui n'eût pour- 



(}4 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

tant pas de suite ; cependant on ne put point empêcher qu'il ne se 
levât du lit, disant que ses tranchées éteint plus violentes,, et ses dou- 
leurs plus grandes quand il étoit dans le lit, et qu'il espéroit qu'étant 
levé. Dieu lui donneroit quelque soulagement, et la force qui lui étoit 
nécessaire pour prêcher le lendemain. En effet, il fit effort pour s'y 
préparer, et méditoit ce qu'il avoit à dire, en se soutenant de tems en 
tems sur des cheses, qui étoint au tour de son ht. A deux heures 
aprez midi, se sentant plus mal que de coutume, il demanda qu'on le 
remît au lit; et ajouta : « Mon Dieu, mon Sauveur, aye pitié de moy. » 
Le reste de ce jour et toute la nuit suivante se passa en saintes élé- 
vations, et en prières qu'il faisoit continuellement à Dieu pour l'E- 
ghse en général, pour celle que Dieu avoit commises à ses soins en 
particulier, et pour l'académie qui y est recueillie. 

Le dimanche vintième septembre, ayant entendu le premier coup 
de la cloche du tempie, il fit effort de se lever pour aller prêcher, 
disant, qu'il espéroit que Dieu lui donneroit assez de force pour cela, 
comme il avoit dit ci-devant, et qu'il lui fairoit la grâce de mourir, 
comme un bon pilote le gouvernail à la main ; mais sentant que ses 
maux s'augmentoint de moment en moment, et entendant le dernier 
coup de la cloche, il dit : «Di^u veuille bénir ce saint exercice qui se fait 
dans le temple, et le faire réussir à sa gloire et à l'édification de son 
Eglise. Ce jour-là sa chambre fut presque toujours remplie de per- 
sonnes, qui venoint lui témoigner la part qu'ils prenoint en ses maux, 
et le désir qu'ils avoint de pouvoir contribuer quelque chose à son 
soulagement; à qui il disoit de tems en tems, aprez les avoir remer- 
ciez : « Vous ne le pouvez mieux faire qu'en présentant vos prières à 
Dieu pour moy. » A quoy il souhaita même que toute l'Eglise fût ex- 
hortée. La nuit suivante il eut de grandes douleurs et de conti- 
nuelles inquiétudes, mais aussi de continuelles élévations à Dieu, à 
qui il demandoit toujours son secours et sa grâce. 

Le lundi vint-unième septembre, il souffrit de très grands maux, 
mais avec une patience admirable, et avec une obéissance si absolue 
à l'ordre de la providence de Dieu, que tous ceux qui étoint autour 
de lui, en furent merveilleusement édifiez. La nuit suivante se passa 
assez doucement, il y trouva quelque repos; et ayant veu le sieur ' 
Delmas, chantre de cette Eglise, qui veilloit auprez de lui, il lui de- 
manda quels pseaumes il avoit chanté dans le temple, le jour précé- 
dant, quels étoint les pasteurs qui avoint prêché, et si l'on avoit pour- 



LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 65 

veu à la chaire pour les jours suivans. Le matin il lui donna des 
témoignages d'affection, et le remercia de la peine qu'il avoit prise 
de veiller auprez de lui. 

Le mardi vint-deuxième septembre^ MM. les consuls et MM. les 
anciens vindrent le visiter^ et lui témoigner combien ils étoint 
affligez, à l'occasion de ses maux, et avec quelle ardeur ils prioint 
Dieu pour son soulagement. Il les remercia tous, et leur témoi- 
gna particulièrement combien il se sentoit obligé à cette Eglise, 
qui lui avoit donné souvent des marques de son affection, et qu'il 
avoit aussi toujours aymée avec beaucoup de tendresse, de laquelle 
il ne doutoit point que Dieu n'eût un soin particulier, comme il l'en 
prioit de tout son cœur, qu'il voyoit bien que Dieu l'apelloit à soy, 
qu'il étoit prêt à mourir, que Dieu lui avoit fait la grâce d'y être dis- 
posé depuis long-tems, et d'être asseuré que le dernier de ses mo- 
mens seroit le meilleur de tous ceux de sa vie, et que quand sa der- 
nière heure seroit venue. Dieu lui fairoit la grâce de s'élancer jusques 
dans les cieux pour y embrasser son Rédempteur. Il souhaita mille 
bénédictions à son Eglise; mais particulièrement il demanda à Dieu 
qu'il voulût lui susciter un autre pasteur, qui s'apliquât à son ser- 
vice, avec autant d'affection et de zèle, qu'il avoit fait, par la grâce 
de Dieu, l'espace de quarante-cinq années, pendant lesquelles il s'é- 
toit employé à son édification. Quelque tems aprez ayant demandé à 
Mademoiselle Damalvy, que c'est que les médecins disoint de son 
mal, elle lui répondit, que comme elle étoit asseurée de sa résigna- 
tion entre les mains de Dieu, et qu'il étoit préparé depuis long-tems 
à la mort, elle ne faisoit pas difficulté de lui dire, qu'ils n'espéroint 
pas qu'il pût relever de cette maladie : « Ce m'est, dit-il, le sujet 
d'une grande joye, ayant toujours souhaité de mourir en remplis- 
sant les fonctions de mon ministère. » Le même jour MM. les méde- 
cins étans venus le visiter, il les pria de lui dire, que c'est qu'ils 
croyoint de son mal : et voyant qu'ils ne vouloint pas s'expliquer 
clairement là- dessus, il leur dit, qu'ils ne devoint pas faire difficulté 
de lui dire nettement ce qu'ils en pensoint, qu'il étoit disposé à mourir 
depuis long-tems, et qu'ils ne sauroint lui donner plus de joye, qu'en 
lui annonçant qu'il devoit mourir de cette maladie; ce qui obligea un 
de ces messieurs à lui dire, que puis qu'il le voyoit si chrétiennement 
disposé, il ne faisoit pas difficulté de lui déclarer, que selon les 
maximes de la médecine, il d*'.voit mourir de ce mal : « Ha! dit-il, 



66 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

l'agréable nouvelle que vous m'anoncez là; que vous me donnez bien 
de la joye. » 

Le mecredi vint-troisième, M. Damalvy, bourgeois de Castres_, et 
Mademoiselle de Palasvilles, vefve à M. Bonafous, ministre de FEglise 
de Gastres_, étans arrivez, il témoigna qu'il en étoit bien ayse, et leur 
demanda s'ils n'avoint pas envoyé à MM. ses neveux, ministres des 
Eglises de Castelnau et de Brassac, à M. Damalvy, ministre à Négre- 
pelisse, et à M. Bonafous, ministre de FEglise de saint Amans; et lui 
ayant dit qu'ils avoint envoyé à tous en diligence, il témoigna qu'on 
lui avoit fait plaisir, qu'il souhaitoit ardamment de les voir avant que 
de mourir, et demanda souvent dans ce jour-là quand c'est qu'ils ar- 
river oint. 

Le jeudi vint-quatrième, M. Bonafous son neveu, ministre de l'E- 
glise de Castelnau étant arrivé, il lui demanda des nouvelles de sa 
patrie et de la maison de sa naissance. Il lui parla de la solemnité de 
son imposition des mains qu'il luy avoit donnée; et lui dit, que 
comme il étoit entré d'une bonne façon dans le sanctuaire, il devoit 
être assuré que Dieu répandroit sa bénédiction sur lui, et sur ce qui 
lui avoit été raporté, qu'il connoissoit toutes les personnes qui compo- 
soint son Eglise, il lui dit : « C'est une des qualitez d'un bon pasteur, 
suivant cette parole de Jésus-Christ : « Mes brebis oyent ma voix et je 
les connois » (Evang. selon saint Jean, ch. X, v. 14 et 27). 

Le vendredi vint-cinquième, il donna sa bénédiction à Mademoi- 
selle de Bonafous sa belle-sœur, et souhaita que ses enfans fussent les 
imitateurs de leur père, et que Dieu voulût la bénir en sa personne et 
en sa famille; il donna aussi sa bénédiction à M. Bonafous son neveu, 
pasteur de l'Eglise de Castelnau; et demanda à Dieu qu'il voulût le 
bénir en sa personne et en son ministère, et qu'il lui fit la grâce de 
l'exercer avec zèle et avec fidélité : « Dieu veuille, dit-il, faire dé- 
cendre bénédiction du plus haut de son ciel, » et comme ils étoint 
devant lui fondans en larmes, il dit : « Dieu la ratifiera sans doute, 
comme je le lui demande de bon cœur; » et bénissant en suite ses 
quatre sœurs, leurs familles et tous ceux qui leur appartiennent, il 
ajouta : c< La maison de ma naissance a des marques expresses de l'é- 
lection de Dieu, et mes sœurs ont une grande vertu et une grande 
piété; » et se tournant vers M. Bonafous, son neveu, ii lui dit : « Tu 
es fils d'un père à qui il ne manquoit que le caractère, ayant d'ailleurs 
une piété, une douceur et une bonté de mœurs toute particulière. » 



LES DERNIERES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 67 

M. Damalvy, ministre, étant arrivé ce jour-là à huit heur es du soir, il 
lui dit : « Tu sois le bien-venu, tu as bien fait diligence, je suis bien- 
ayse de te voir, j'ay toujours souhaité que tu fusses auprez de inoy 
dans mes dernières heures, et j'espère que tu m'assisteras dans mes 
derniers momens; tu me trouves accablé de maux: mais Dieu me fait 
la grâce de les souffrir avec patience; prie Dieu pour moy, et lui de- 
mande qu'il lui plaise de me continuer cette faveur. » Alors M. Da- 
mai vy s'étant mis à genoux, et ayant fait la prière, il dit : « Qu'on 
me laisse maintenant en repos, je veus m'entretenir avec mon Dieu, » 
ce qui obligea tous ceux qui étoiut là présens à se retirer, excepté 
ceux qui devoint veiller auprez de lui. Cette nuit-là se passa assez 
doucement, le lendemain il eut quelque soulagement en ses maux, et 
nous commencions à espérer que Dieu voulût le conserver encore 
quelque tems sur la terre pour le bien de son Eglise. 

Mais nous ne fumes paslong-tems dans cette espérance; car le len- 
demain vint-septième, et jour de dimanche, ses maux furent plus 
grands, ses douleurs plus aiguës, et il se trouva si foible, qu'il ne pou- 
voit s'exprimer qu'avec beaucoup de peine; ayant entendu le dernier 
coup de la cloche du temple, il témoigna qu'il désiroit d'être recom- 
mandé à Dieu publiquement par les prières de l'Eglise, et demanda 
quiprêchoit ce matin-là; quelqu'un lui ayant dit que c/étoit M. Martel, 
ministre et professeur en théologie ; « Dieu veuille, dit-il, bénir cet 
exercice sacré, et le faire réussir à sa gloire. » Aprez le prêche 
MM. les consuls, MM. les ministres et anciens accompagnez d'une 
grande partie de cette Eglise, vindrent le visiter; M. Arbussy, ministre 
et professeur en théologie, portant la parole, lui dit : « Monsieur, 
voici MM. les consuls, MM. les ministres et anciens ont à dire, et la 
ville et l'Eglise, qui viennent pour avoir l'honeur de vous voir, 
pour vous témoigner la part que nous prenons tous en vos maux, 
pour prier Dieu de tout notre cœur, qu'il veuille vous soulager et 
vous donner la force qui vous est nécessaire pour les soutenir tou- 
jours chrétiennement à sa gloire, comme vous avez fait jusqu'à cette 
heure, et pour vous demander votre bénédiction, et pour nous et pour 
cette Eglise, qui se trouve dans la dernière affliction à l'occasion de 
vos maux, et dont vous voyez ici une grande partie qui est venue 
pour vous le témoigner. » A quoy il répondit : « Messieurs, je vous 
suis très obligé, à tous, de l'honeur que vous m'avez fait, je ne doute 
point de votre affection, ni de celle de ma chère et bieu-aymée Eglise, 



68 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

qui m'en a donné si souvent des marques bien expresses, et pour la- 
quelle j'ay eu aussi de mon côté des tendresses particulières, comme 
je lui ay témoigné constamment et sans relâche, durant Tespace de 
quarante-cinq années, pendant lesquelles Dieu s'est servi de mon mi- 
nistère pour son édification : Je continue encore à présenter à Dieu 
mes vœux les plus ardents en sa faveur, et prie de tout mon cœur le 
Seigneur, qu'il veuille faire décendre abondamment ses bénédictions 
les plus précieuses^ et sur cette Eglise en général , et sur chacun de 
vous en particulier, et sur vos personnes, et sur vos familles, et sur 
vos professions. Ce sont les vœux ardents que je fay de tout mon cœur, 
dans mon lit de mort, pour vous tous, pour tous ceux qui composent 
cette Eglise, à laquelle je confirme aujourdui la vérité de la doctrine 
que je lui ay prêchée, que je n'ay rien enseigné, soit en public, soit 
en particulier, que je n'aye cru qui n'ait été conforme à la Parole de 
Dieu, que je ne sois prêt même de séeller de mon propre sang, qu'en 
cette créance j'ay vécu, et qu'en cette créance je meurs. Je m'asseure 
que vous ne doutez pas. Messieurs, que je n'aye apris à mourir^ et à 
bien mourir; je m'y suis préparé depuis long-tems, et Dieu m'a fait 
la grâce d'y réussir, je quitte sans regret ce monde oii Dieu m'a fait 
la faveur de n'être jamais attaché, je meurs en la foy du Fils de Dieu, 
qui m'a aymé et qui s'est donné soy-même pour moy; et je ne doute 
point que Dieu par sa grâce ne me recueille dsns son paradis, et que 
quand mon heure sera venue, il ne m'ouvre toutes les portes de son 
ciel, où j'auray l'honeur de le louer et de le célébrer avec les anges 
et les saints, et tout le sacré chœur des esprits bienheureux et triom- 
phans. Au reste. Messieurs, j'ay une seule prière à vous faire : vous 
n'ignorez pas quelle est l'obhgation que j'ay à cette maison, où j'ay 
été logé pendant quarante-cinq années, et que c'est même par l'entre- 
mise de cette maison, que j'ay été introduit dans cette Eglise. Je 
m'asseure que vous fairez grande considération de cela. » M. Arbussy 
voyant qu'il avoit de la peine à parler, et à exprimer ce qu'il dési- 
roit, à cause de la violence de ses maux, dont il étoit en ce moment 
extraordinairement pressé, lui ayant dit qu'il pouvoit lui asseurer de 
la part de cette EgUse, qu'elle auroit pour cette maison toute la 
considération qu'il sauroit souhaiter, mais qu'on voudroitbien savoir 
quel étoit le témoignage particulier d'estime et de considération, 
qu'il désiroit qu'elle donnât à cette maison, il répéta à peu prez la 
même chose, et ajouta : « Je souhaite que vous la préfériez, » et son 



LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 69 

discours étant encore interrompu par la violence de ses maux^ comme 
il s'étoit souvent expliqué à plusieurs personnes sur ce sujet, quel- 
qu'un de ceux qui éteint autour de son lit, prenant la parole, dit : 
« Il est bien facile de comprendre ce qu'il désire, il souhaiteroit qu'on 
nommât son filleul pour son successeur et ministre de cette Eglise. » 
Aprez quoy M. Arbussy ayant fait la prière, chacun s'aprocha de son 
lit, pour prendre congé de lui, et lui demander sa bénédiction, plutôt 
par des soupirs et par des larmes, que par des paroles j car il n'y 
avoit personne dans la chambre, dont le cœur ne fût percé de dou- 
leur, et qui n'eût bien de la peine à prononcer quelques mots. Aprez 
dîné Madame de Saint Rome, s'étant aprochée de son lit, pour lui 
demander sa bénédiction, lui asseura qu'elle prioit Dieu pour lui de 
tout son cœur : a C'est, dit-il, le meilleur office que vous pouvez me 
rendre; » et demanda à Dieu qu'il voulût la bénir; M. Ferez, mi- 
nistre et professeur en théologie et aux langues orientales, étant venu 
le visiter, il lui demanda la prière, pendant laquelle il eut, selon sa 
coutume, de grandes élévations de son esprit vers le ciel; cependant 
ayant entendu le premier coup de la cloche pour la seconde action, 
il donna ordre, qu'on fît un billet, pour exhorter toute l'Eglise à 
prier Dieu pour lui, et exhorta lui-même ceux qui éteint dans sa 
chambre d'aller au temple, pour se trouver à cet exercice sacré de 
piété, et prier Dieu pour lui; aprez la prédication son Eglise vint 
encore en foule dans sa chambre, et il les récent tous avec beaucoup 
de témoignages d'affection et de tendresse, leur souhaitant toujours 
mille bénédictions. M. Martel étant venu le visiter, il lui demanda la 
prière, aprez laquelle il le remercia, et fit connoître à ceux qui éteint 
autour de son lit, qu'il vouloit se recueillir en particulier, qu'on lui 
fairoit plaisir de se retirer et de le laisser en repos. Sur le soir plu- 
sieurs de MM. les proposans et de personnes de considération ayant 
offert, d'une manière fort obligeante, de veiller auprez de lui, comme 
ils avoint fait déjà souvent depuis sa maladie, il leur dit, qu'il leur 
étoit très obligé; mais qu'il ne vouloit point que personne s'incom- 
modât à sa considération, et les pressa à s'en retourner chez eux; de 
telle sorte qu'ils furent contraints de se retirer dans une chambre 
voisine, et ne voulut souffrir auprez de lui que M. Damalvy, ministre, 
et quelques personnes qui avoint été établies pour le servir dans sa 
maladie. Cette nuit-là il eut des élévations extraordinaires et des en- 
tretiens continuels avec Dieu, sur l'état de l'Eglise en général, et en 



70 LETTRE INÉDITE DE JEAN CLAUDE 

particulier sur Tétat de TEglise que Dieu avoit commise à ses soips; 
il fit aussi de grandes réflections sur son état, et sur les grâces qu'il 
avoit receues de Dieu, depuis sa naissance jusques à ce tems-là, des- 
quelles i! se reconnoissoit indigne, et demanda à Dieu avec beau- 
coup d'ardeur celles qui lui étoint nécessaires jusques à la fin; quelque 
tems aprez ayant apellé son filleul, il lui dit : « Tu sais quelle est là 
passion que j'ay toujours eue, que tu fusses mon successeur, je te 
Tay souvent témoigné, je l'ay même témoigné à MM. les consuls et à 
MM. les ministres et anciens, qui m'ont fait l'honeur de me venir voir, 
et je te prie maintenant dans mon !it de mort, de me promettre que 
tu ne refuseras pas cette vocation, en cas elle te sera présentée? » 
A quoy il répondit : a Bien que je n'aye jamais voulu changer 
d'Eglise depuis seize années que j'ay l'honeur d'exercer la charge 
du saint ministère, ayant cru que Dieu m'apelloit particuHèrement 
à l'édification de l'Eglise à laquelle il m'a premièrement envoyé; 
cependant. Monsieur, parce que j'ay toujours eu un respet et une 
considération particulière pour tout ce qui vient de votre part; 
que m'ayant souvent fait connoître depuis long-tems le désir que 
vous aviez pour cela, vous avez voulu le témoigner encore dans votre 
lit de mort, que je vous regarde comme un véritable homme de Dieu, 
dont les paroles me doivent être sacrées, et qu'il semble que Dieu 
s'explique ici par votre bouche; je vous promets. Monsieur, que si 
cette vocation m'est offerte de la bonne façon, je ne la refuseray 
point.» «Tu me feras plaisir, dit-il, et je ne doute point que Dieu ne 
répande sur ton ministère la bénédiction que je te souhaite de tout 
mon cœur. » (Suite.) 



LETTRE INÉDITE DE JEAN CLAUDE 

A l'ÉVÊQUE de LONDRES. 
1684. 



Nous avons trouvé la lettre qu'on va lire du célèbre Claude, ou du moins 
une copie ancienne de cette lettre, dans un recueil manuscrit du XVIII^ siè- 
cle, qui nous a été communiqué par M. de Dompierre, de Copenhague. 



i l'ÉvÊQUE de LONDRES. 



71 



A Monseigneur VEvêque de Londres, 

A Paris, ce avril 1684. 

Monseigneur^ 

Depuis que j'ay l'honneur d'être connu de vous^ j'ay toujours eu 
une trè«s grande vénération pour vous comme pour un prélat que 
Dieu a donné à son Eglize dans ces derniers et tristes temps en sa 
grande miséricorde^ pour nous être un exemple de piété et de vertu 
solide. Mais la dernière lettre que je viens de recevoir de vous m'a 
rempli d'admiration. Vous n'avés point méprisé la bassesse etTafflic- 
tion où se trouvent à présent nos pauvres troupeaux. Vous avés non- 
seulement écouté nos plaintes et les avés adoucies^ mais encore vous 
avés bien voulu en quelque sorte abandonner vos propres intérêts 
pour entrer dans les nôtres^ et pour nous donner une satisfaction 
que nous ne recevrons jamais de votre main qu'après Tavoir mille fois 
baisée avec humilité^ et avec tout le respect que nous vous devons. 
C'est là, Monseigneur, le caractère d'un grand et bon serviteur de 
Dieu qui n'a devant les yeux que la gloire de son Maistre, et le bien de 
son Eglize. Le Seigneur veuille vous conserver longtemps, diriger et 
bénir vos travaux, vous en faire en vos jours recueillir le fruit dans 
la joye du succès dont il les accompagnera, bénir toute votre maison, 
et après avoir fini heureusement votre course vous recevoir dans ses 
tabernacles. Je n'ay peu, Monseigneur, me refuser à moy-même cette 
consolation de vous déclarer les sentimens sincères et véritables que 
j'ay pour vous quoyque je sache que vous ne demandés pas ces sortes 
de témoignages. Aussi les finiray-je pour vous dire que je n'ay peu 
encore à cause des festes, et d'un jùsne que nous venons de célé- 
brer dans notre Eglize, communiquer à MM. mes collègues, ni votre 
lettre, ni le papier de M. Souverain que vous m'avés envoyé. C'est 
pourtant ce que je ne tarderay pas longtems à faire, et j'oze vous 
assurer pour eux par avance qu'ils ne seront point d'un autre senti- 
ment que moy à votre égard, et que pour M. Souverain l'honneur de 
votre intercession aura tout l'efFect que vous en sauriez désirer. Je 
croy. Monseigneur, vous avoir déjà mandé quelle est la pensée de 
nos Eglises touchant les matières de la grâce dont il s'agit. Nous vi- 
vons sous l'autorité de nos synodes nationnaux qui ont fait sur ce 
sujet les mêmes décisions que le synode de Dordrech, et nous sommes 



72 LETTRE INÉDITE DE JEAN CLAUDE. 

persuadés qu'elles sont conformes à la doctrine constante et perpé- 
tuelle de FEcriture. Ainsi nous ne pouvons pas souffrir que des per- 
sonnes qui sont en charge et à qui l'instruction publique est commise 
dogmatisent une doctrine contraire. Cependant nous ne fouillons 
point les cœurs ni n'imposons aucune contrainte aux consciences. 
Dieu seul en est le juge. Nous n'exigerions pas même de ceux qui 
sont déjà en charge qu'ils enseignassent positivement ce qu'ils ne 
croiroient pas. Nous ne demandons que leur silence^ et qu'ils n'ensei- 
gnent rien qui trouble la paix et qui soit opposé à la doctrine com- 
mune. Si M. Souverain se fût contenu comme il le devoit dans ces 
termes, notre discipline n'auroit rien décerné contre luy. Je souhaitte 
de tout mon cœur que ce jeune homme vous donne de l'édification, 
et que les soubçons violens qu'on a eus, au reste, contre luy, sur le 
sujet du socinianisme, se trouvent mal fondés, et en attendant que 
sa conduitte achève pleinement de les effacer, il est de la justice, et 
de la charité chrestienne de recevoir les déclarations qu'il fait de n'être 
point entaché de cette lèpre. 

M. Sartre, cy-devant, ministre de Montpellier et collègue de 
MM. Dubourdieu, partit il y a deux jours d'icy avec son congé de la 
cour, et il se retire en Angleterre. Souffrez, je vous supplie. Mon- 
seigneur, que je vous le recommande. C'est un jeune homme, mais 
qui a de beaux talens. Sa prédication est belle et édifiante; il a de la 
piété, de la vertu, de l'honneur, et aime extrêmement sa charge. Si 
j'ozois même y adjouter une autre considération je le ferois de bon 
cœur, qui est que c'est un jeune homme pour qui j'ay une fort tendre 
amitié. Je vous auray toutes les obligations du monde, si vous voulés 
bien luy accorder votre protection et votre charité. Je finis, Monsei- 
gneur, en vous assurant que nous faisons tous des vœux pour vous, 
et pour votre Eglize contre laquelle nous sommes fort éloignés de 
prendre aucune mauvaise impression. Le Seigneur la vueille faire 
abonder en grâce, et vous conserver pour son édification longues 
années. Je vous demande pour moy le secours de vos prières, et que 
vous me croyiez toujours avec un très profond respect. 

Monseigneur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 
Claude, pasteur. 

Monseigneur l'évesque de Londres ayant mis cette lettre entre les 



CHARLES GUIRÂUD, DE NIMES. 73 

mains de M. Piozet pour la faire voir à M. Dubourdieu le père, avec 
ordre de recognoistre mon ordination et de me regarder de même œil 
que les autres ministres, françois qui sont dans cette ville, et par con- 
séquent de ne faire pas difficulté de m'offrir la chaire pour me faire 
prêcher à la Savoye si Toccasion s^en présentoit, le bonhomme s'est 
recrié contre cet ordre disant qu'il ne fairoit point cet outrage aux 
Eglizes de France, et que Monseigneur Tévesque devoit en adresser 
Tordre à un autre. Voilà comme les ministres françois veulent faire 
les maistres en Angleterre et y faire subsister leur discipline abusant 
ainsi de la bonté de milord de Londres dont ils méprisent impuné- 
ment les ordres, parce que ce prélat a la charité de les supporter. 
J'ay prié M. Piozet de ne parler plus de cette affaire de peur d'aigrir 
davantage contre moy ces esprits théologiques qui ne pardonnent 
jamais et qui ne font la paix que rancune tenant, et de donner du 
chagrin à milord de Londres qui n'est pas tant jaloux de son autorité 
que du repos de l'Eglize anglicane, que ces sortes de démêlés pour- 
roient troubler en réveillant des disputes qui sont. Dieu mercy, 
assoupies par les soins de ce bon prélat et de messeigneurs les arche- 
vesques et évesques de ce royaume. 



CHARLES GUIRAUD, DE NIMES 

OFFICIER DE CAVALERIE, CONFESSEUR DE l'ÉGLISE RÉFORMÉE. 
1688*. 

Monsieur le président, 
Le Bulletin a publié récemment (XI, i55 et 386) sous ce titre : Prison- 
niers, déportés et galériens protestants, une série de pièces fort intéres- 
santes extraites d'un recueil anonyme que vous a communiqué M. A. Pelet. 
Les huit pièces dont il s'agit sont empruntées textuellement aux Lettres 
pastorales adressées, en \ 687, par Jurieu, aux fidèles de France persécu- 
tés. Quelques-unes d'entre elles ont ainsi pour auteur le pasteur Jurieu 
lui-même, et les autres ont été recueillies et publiées par ses soins. Ces do- 
cuments ne sont, par conséquent, pas entièrement inédits; mais ils n'en 
présentent pas moins un très vif intérêt, et méritaient d'autant plus, ce 
me semble, de trouver place dans le Bulletin, que les Lettres de Jurieu 
doivent être aujourd'hui fort rares. 



74 CHARLES GUIRAUD^ DE NÎMES. 

La première pièce que vous a transmise M. Pelet (p. 456) est une lettre 
écrite de la Tour de Constance, en date du 12 février 4687, et adressée 
par un prisonnier protestant à sa famille réfugiée à Tétranger. Permettez- 
moi de vous faire parvenir ce document contenant divers détails sur ce pri- 
sonnier, dont Jurieu, qui, dans sa XVI^ épître pastorale, a publié la lettre 
que vous avez reproduite, avait jugé convenable, par prudence, de ne point 
citer le nom. Le personnage dont il s'agit était un officier de cavalerie, 
nommé Charles Guîraud, ou de Guiraud, de Nîmes. Ainsi que lui, son père. 
Jaques de Guiraud, comme nous l'apprend Court, dans son Histoire ma- 
nuscrite des Eglises de France^ eî comme le prouve d'ailleurs la pièce qui 
nous occupe, fut un digne confesseur de l'Evangile. 

Une copie de la lettre de l'officier nîmois existe à Génève dans les papiers 
de Court. Mais cette collection renferme de plus, en double exemplaire, la 
relation que j'ai l'honneur de vous communiquer. On lit dans cet écrit 
d'intéressants détails sur la fidélité chrétienne de la famille Guiraud, et de 
nouveaux faits contenant la déportation des malheureux protestants en 
Amérique. Je le copie d'après le plus ancien des deux manuscrits, qui paraît 
à peu près contemporain des événements, en me bornant à remplacer à 
l'aide du second, dû, si je ne me trompe, à la plume de Court lui-même, cer- 
tains mots devenus illisibles dans le premier, et à supprimer quelques 
fautes d'orthographe qui entravent inutilement la lecture. 

Cette relation est suivie de deux listes, l'une, « des confesseurs morts du 
premier vaisseau qu'on fit partir de Marseille pour les îles d'Amérique, « 
et l'autre, « des hommes qui se sont garantis du naufrage. » Je ne les re- 
produis pas, tous les noms qu'elles contiennent se trouvant dans les listes 
publiées par Elle Benoît, et par conséquent dans celles plus complètes en- 
core de la France protestante. 

Veuillez agréer, etc. Th. Claparède. 

Genève, 6 décembre 1862. 

Relation de quelques faits arrivez en Languedoc et en Amérique. 

Quelque grandes et belles résolutions qu'eût pris l'Eglise de Nîmes^ 
elle suivit pourtant malheureusement Texemple du Béarn, de Mon- 
tauban et de Montpellier par cet étourdissement qui entraînoit gé- 
néralement le monde; de sorte qu'avant la fin d'octobre 1685 , tout 
avoit changé; à la réserve d'environ 200 personnes qui s'étoient re- 
tirées avant l'arrivée des troupes, et des familles de M. Ducros, 
avocat, et de M. Guiraud de Garcenat. La première fut arrêtée du 
côté de Grenoble, et conduite ensuite à la citadelle de Montpellier, 
où Mademoiselle Ducros succomba après quelques mois de prison, 



CHARLES GUIRAUD^ DE NIMES. 75 

ses persécuteurs l'assurant qu'il n'y avoit que son changement qui 
peut garantir son mari des galères. Trois de ses filles et quatre de 
M. Audemard^ bourgeois de la ville de Nîmes, ont été plus d\m an 
au château de Sommières, où le gouverneur, par une fureur sans 
exemple, les a exposées des nuits entières à l'insollencc des soldats, 
à la réserve du viol, sans que ces jeunes personnes ayent jamais 
témoigné la moindre foiblesse, et si elles n'eussent été livrées au 
commencement de février 1687 à ce monstre de La Rapine , il est 
constant qu'elles n'auroient jamais changé. Elles se sont heureuse- 
ment relevées avec leur mère et sont présentement à Genève. 
M. Ducros, après avoir langui huit mois en diverses prisons, fut 
conduit à Aiguesmortes dans la fameuse tour de Constance, redou- 
table dans ce dernier temps pour avoir été la prison de plusieurs 
martirs et confesseurs. Sa forme est ronde et n'a qu'une basse-fosse, 
dans laquelle on a fait mourir de misère un grand nombre de pri- 
sonniers les moins distingués par leur naissance; et au-dessus de 
cette basse-fosse est un lieu moins affreux où Ton mettoit seulement 
pour quelque tems les personnes de quelque distinction. Le haut est 
une terrasse où il y a du canon pour la defFance de la ville, car cette 
tour est attachée à sa clôture avec plusieurs autres j ses murailles 
sont d'une prodigieuse épaisseur, où oh a ménagé de petits cachots 
dans lesquels plusieurs de nos confesseurs ont été renfermez et traitez 
avec une inhumanité sans exemple; car, sains ou malades, ils n'é- 
toient visitez qu'une fois par jour et souvant à six heures du soir; 
apparemment on agissoit amsi pour en estre plustôt délivrez; il est 
très certain qu'il en est mort faute d'une soignée, quoiqu'on Faye 
demandée par plusieurs jours sans la pouvoir obtenir. Cette prison a 
tant fait du bruit par les grandes cruautez qu'on y a exercées, qu'on 
a creu en devoir faire une petite description. Le sieur Ducros fut 
conduit dans ce triste heu, et quelques jours après fut renfermé dans 
un de ces cachots où il a été neuf mois; il n'en fut tiré que pour faire 
le voyage de l'Amérique; mais Dieu, qui le voulait récompenser de 
ses souffrances, le retira du monde dans le mois d'avril 1687, et, 
après une fièvre de quinze jours, il mourut à Marseille si constem- 
ment que nos ennemis les plus cruels n'ont peu s'empêcher de le re- 
garder avec admiration. 

La famille du sieur Guiraud a été accablée par un logement de 
gens de guerre à discrétion, et pendant trois mois; le père, quoique 



76 CHAULES GUIRAUD^ DE NIMES. 

âgé de 73 ans, a souffert avec beaucoup de fermetté en diverses 
prisons et surtout à la tour de Constance, où il a été renfermé dans 
un de ces cachots trois mois et y est mort glorieusement le 
24 d'août 4686, sans avoir jamais témoigné la moindre foiblesse par 
son grand âge ni par ses soufrances. Mademoiselle Guiraud, la mère, 
ses quatre filles et quatre de ses petites-filles furent cachées plus 
d^un an, quoiqu'elles fussent exactement recherchées et qu'on eût 
mis leur teste à prix, et sortirent heureusement du royaume (1) au 
commencement de Fannée 1687, à la réserve de deux de ses petites 
filles qui furent arrêtées et conduites à Lyon dans un couvant où 
elles ont resté seize mois et n'en sont sorties que quand le Roy de 
France fit sortir une partie des prisonniers hors de son royaume, 
Guiraud le fils, par une grâce extraordinaire de Dieu, a résisté aux 
douceurs et aux menaces des puissances, a été quatre mois en relé- 
gation à Carcassonne par ordre du duc de Noailles; de là il fut con- 
duit au fort de Brescou, qui n'est qu'un petit rocher dans la mer, où 
il a été plus d'un an, souvant renfermé dans un sale et puant cachot; 
en cette prison, il a eu pour compagnon de fortune M. le baron de 
Nerlhac, et les sieurs Nouvel et Guy, bourgeois du Languedoc. Dieu 
leur a fait à tous la grâce de persévérer, quelques soufrances qu'on 
leur ait fait ressentir. Le sieur de Nerlhac , après avoir eu un loge- 
ment de quarante dragons pendant cinq mois et diverses prisons 
pendant plus d'un an, fut enfin conduit à MarseiUe dans le mois de 
février 1687, pour faire le voyage du Nouveau-Monde, mais sa 
femme qui étoit à Narbonne dans un couvant, sachant la destinée 
de son mari, demanda de le suivre, ce qu'il lui fut accordé; mais 
elle ne jouit pas longtemps de la compagnie de son époux, car elle 
mourut dans la traversée le 23 juin 1687, et ledit sieur de Nerlhac 
est encore à l'isle de la Grenade dans son exil. 
Ledit sieur Guiraud fut transféré de Brescou à la citadelle de 

(1) Madame Susanne de Guiraud, née de Garcenat, réussit, ainsi que sa fa- 
mille, à gagner la Suisse, et vivait encore à Genève en 1700. Nous ignorons le 
nom de Tune de ses filles. Les trois autres, qui s'établirent comme elle à Ge- 
nève, où elles terminèrent leur vie, étaient : Jeanne, femme de Claude d'Albe- 
nas, conseiller du roi et vigaier, morte le décembre 1702, à Tâge de 64 ans; 
Marguerite, femme de Jérôme Olivet, morte le 1"' mars 1726, âgée de 83 ans, et 
Susanne, veuve de Claude Claparède, l'un des derniers consuls protestants de 
la ville de Nîmes, morte le 1"" février 1728, âgée aussi de 83 ans. Cette dernière 
l'ut accompagnée dans sa fuite par ses deux filles, Susanne et Philippe Cla- 
parède, âgées, l'une de 17 ans, l'autre de 15, au moment de leur sortie du 
royaume. 



CHAPxLES GUIRAUD^ DE NIMES. 77 

Montpellier, où il eut encore à essuier les douceurs et les menaces 
du marquis de la Trousse et de l'intendant Bâville; de là il partit 
pour aller à la redoutable tour de Constance où le marquis de 
Nardes, gouverneur d'Aiguesmortes, tâcha de le tenter par toutes 
ses manières douces et honnestes, mais tout cela inutillement. Le 
16 février, il fut embarqué pour Marseille avec quatre-vingts personnes 
de tous âge, sexe et condition, du nombre desquels ctoient les sieurs 
Gui et Nouvel; en arrivant, ils furent mis sur un bastiment qui étoit 
destiné pour leur prison, où déjà cent prisonniers étoient arrivés de- 
puis quinze jours et étoient gardés jour et nuit par un lieutenant de 
galères et quarante soldats qu'on relevoit de vingt-quatre en vingt- 
quatre heures, tourmantez sans relâche de jésuistes et autres gens 
semblables qui travailloient continuellement à ébranler les foibles 
par toutes sortes de moyens et de promesses. Malheureusement, ils 
n'y réussirent que trop; car un grand nombre, croyant éviter ce 
triste voyage, firent une seconde abjuration et se soumirent à tout 
ce qu'on leur demanda; ils ne laissèrent pourtant pas de partir 
avec ceux qu'on avoit designés pour les isles de l'Amérique le 
12e de mars 1687 sur le vesseau nommé V Espérance^ commandé 
par le capitaine Pinsonel, savoir soixante-dix hommes et trente 
femmes. La relation qu'on en a déjà donnée au public et qui est 
raportée à la fin de la lettre pastorale du 15 octobre 1687 est très 
véritable en tout ce qu'elle raporte du départ de Marseille, de di- 
verses avantures dans le voyage, du naufrage, et d'autres choses 
singullières qui sont arrivées après, et si l'auteur avoit fait une liste 
de confesseurs séparée, et n'eût pas confondu tout le monde comme 
il a fait, il n'y auroit rien à y ajouter; mais comme cela y manque, 
on a creu être obligé d'en donner une à la fin de cette relation. 

Ledit Guiraud étoit presque mourant la nuit du dimanche 18 mai 
qu'ariva le naufrage; après avoir été enseveh plusieurs fois dans la 
mer, il en fut garanti miraculeusement sans savoir nager, et heu- 
reusement aussi il garantit une bourse où étoit l'argent des pauvres, 
qu'il leur distribua au fort Saint-Pierre, petit bourg de l'isle de la 
Martinique, lieu dessigné pour leur exil, où il a séjourné cinq mois, 
et a reçu bien des honnêtetés de plusieurs personnes. Dieu, qui l'a 
toujours conduit d'une manière miraculeuse, le tira de l'esclavage 
et des mains de ses ennemis le 3« novembre 1687. Il fut porté à l'isle 
Saint-Christophle chez les Anglois, où il a resté deux mois chez un 



78 CHARLES GUIKAUD;, DE nÎMES- 

François naturalisé Anglois^ traité comme son propre enfant. îl en 
partit le 30 janvier 1688 sur un petit bâtiment de Brandebourg avec 
le sieur Le Jeune, de Villeneuve de Berg en Vivarais (1)^ qui a été 
mangé pendant deux ans de gens de guerre et au commencement 
d'octobre 1685 fut tourmenté de toute manière par ses boureaux^ 
qui se résollurent, voyant sa fermutté, de faire fondre du lard et de 
le lui verser tout bouillant sur les jambes. Quinze jours après^ il fut 
porté à la ville de Montpellier, où, par les grands soins de M. Bar- 
beirac, médecin, il acheva de guérir; il ne Fest pourtant pas si bien 
qu'il ne ressente souvent de très grandes douleurs, qu'il ne boite des 
deux costez, et qu'il n'ait une jambe décharnée jusqu'aux os et 
moins grosse que l'autre de la moitié; il fut ensuite transféré à la 
tour de Constance où il a été un an, de là à Marseille pour l'Amé- 
rique ; il étoit dans le vesseau qui fit naufrage, et a eu la même des- 

tignée que Guiraud (sic) et sont tous deux heureusement arrivés 

à Embden le 2 d'avril 1688. 

Pendant que ledit Guiraud étoit encore dans les isles, quatre ves- 
seaux chargés de prisonniers y sont arrivez , les deux premiers à la 
fin de juin 1687, dans lesquels on avoit embarqué à Marseille cent 
soixante personnes, dont il n'est arrivé à la Martinique que cent 
dix-huit; les autres sont moris dans la traversée. Le comte de Ble- 
nac, lieutenant général des isles de l'Amérique, suivant les ordres 
qu'il en avoit receus de la Cour, les dispersa dans diverses isles, où 
une grande partie sont morts d'ennui et de misère. Les deux der- 
niers vesseaux qui arrivèrent au commencement de l'année 1688 
portaient cent quatre-vingt personnes, mais n'en ont débarqué à 
l'isle Saint-Domingue qu'environ cent quarante. Je ne doute pas 
qu'ils ne soient beaucoup mieux traitez qu'en France, parce qu'on 
n'obhge personne en ce païs-là d'aller à la messe. Si ces illustres 
malheureux avoient quelque petit secours, ils pourroient subsister 
fort aisément et vivre fort tranquillement. On ne doute pas aussi 
qu'un grand nombre de bonnes âmes qui habitent ces isles ne les 
secourrent avec plaisir et ne travaillent puissamment à les mettre 
en liberté, et que dans peu nous les voyions arriver dans ces heu- 
reuses provinces, puisqu'ils ne sont ni gardez, ni observez. Lorsque 
ledit Guiraud en est parti, il en a laissé trente en liberté et à l'isle 

(1) Voir son article dans la France protestante, où il est qualifié <i un des plus 
gloriegx çoAfesgçurg de l'Eglise réformée. » 



UN SONNET HUGUENOT AU ROI LOUIS XIV. 79 

Saint-Chris toplile , qui attendoient impatiemment quelque commo- 
dité pour passer en Europe. 



UN SONNET HVGUENOT AU ROI LOUIS XIV 

SUR SES CONQUÊTES ET SUR LA MISÈRE QUI RÈGNE EN SON ROYAUME. 

1691. 

Le sonnet huguenot qu'on va lire a été transcrit sur un manuscrit ayant 
appartenu à M. de Monraerqué. Si nous ne nous trompons, c'est un de ces 
sonnets qui valent presque un long poème, et il méritait de passer à la 
postérité. Malheureusement, le nom du poëte, qui osa tenir au Roi-Soleil 
ce véridique et éloquent langage, est demeuré inconnu ; du moins le manu- 
scrit de M. de Monmerqué ne l'indique point. Il porte seulement la date si- 
gnificative de leQI, avec le sous-titre que nous avons transcrit ci-dessus. 

SONiXET. 

Louis, pourquoi courir de victoire en victoire. 
Et pourquoi tant d'ardeur à triompher en vain? 
Qu'importe que tu sois rassasié de gloire, 
Si tes sujets manquent de pain? 

Consulte ta bonté, respecte ta mémoire, 
Crains que, parlant de nous, un fidèle écrivain 
Ne dise un jour : « Louis, pour vivre dans l'histoire, 
Les a tous fait mourir de faim ! » 

Que peux-tu désirer? Mille et mille lauriers 
Te font nommer partout le guerrier des guerriers; 
Ta grandeur est presque divine. 

Laisse-nous donc jouir des douceurs de la paix. 
Quel funeste plaisir d'obliger tes sujets 
A crier victoire et famine ! 



I 



U FAMILLE nUM. DE VITRY LE FRANÇAIS. 

On a déjà eu au tome XI, p. 364, la généalogie d'une famille Varnier, mais 
qui n'était point, ainsi qu'on en était averti, celle de Jacob Varnier le ré- 
dacteur des notes que nous avons reproduites. Aujourd'hui nous donnons 
la généalogie des autres Varnier, dressée, comme il est dit ci-après, par ce 
même Jacob Varnier, leur descendant, en 1712, et continuée par Jean-Da- 
vid Varnier en 1766. Ce document, comme tous ceux de cette espèce, con- 
tient des détails curieux à enregistrer. Nous le publions tel quel, avec les 
conjectures étymologiques et les vers latins du bon docteur Jacob Varnier. 
La généalogie est restée inachevée ; elle termine l'intéressante communica- 
tion de M. Recordon (1). 

GÉNÉALOGIE DES VARNIER. 

Notre nona_, par un double W, comme il s'écrivoit anciennement, 
semble annoncer que les Warnier sont originaires de la haute Alle- 
magne. Le mot warner est un composé de deux mots allemands qui 
signifient en français vrai rognon, pour signifier un caractère franc, 
sincère. Cette conjecture paraît confirmée par un passage de M. l'abbé 
Fleury, en son Histoire du Droit français, imprimé à la tête des 
Institutions de M. Argou, où il est dit que vers 1225 un Allemand 
nommé Warnier, qui avoit étudié à Constantinople, fut en Italie le 
restaurateur des lois de Justinien, corrompues par le mélange des 
lois barbares. 

[Cette généalogie a été dressée le \% juillet 1712, par Jacob Varnier, 
conseiller, médecin ordinaire du roy, demeurant à Vitry-le-François, sur 
des Mémoires d'Elizée Varnier, son ayeul, et d'Abraham Varnier, son père. 
Revue et continuée par Jean-David Varnier, avocat en parlement, conseiller 
du roy, notaire à Chaalons-sur-Marne, et secrétaire perpétuel de la Société 
littéraire de ladite ville, le 10 décembre 1766.] 

Varnier porte : d'azur, au chevron brisé d'argent, en plein champ, au 
cocq armé, membré, empenné, d'or en pointe ; au chef d'or, chargé de trois 
roses espanouies de gueules; l'écu formé d'un heaulme, dont le cimier est 
un cocq d'or battant des ailes, cresté et barbé de gueules; les lambrequins 
diaprés de couleur de l'écu. 

(1) Voir l'art. Varnier dans la France protestante, et les Mémoires d'Erman 
et Reclam, 190, 192. 



LA FAMILLE VARNIER, DE VITRY-LE-FRANÇAIS. 



81 



Sous l'écusson des armes: 

Indefessa tibi prgesit vigilantia Galli 

Et suavis mores irnbuat aura Rosae. 
Sic olim voluit nostrorum primus avorum, 

Qui dédit iiaec Genti symbola clara suae. 

VOTUM. 

Vivite^ Varnerii, venturaque ssecula vestrum 

Ignorent nunquam nomen ubique, precor. 
Tota prius nostri compages corruat orbis 

Et terris cœlum misceat ira Jovis, 
Quin prius immensi siccentur et sequoris undse, 

Stirps mea, quam fiat mentio nulla tui. 
Quot volucres œther, quot nutrit semina tellus, 

Sidera quot cœlunn, quot capit œquor aquas, 
Silva quot arboreos fœtus parit, et maie partos 

Quot Maresi nummos divitis arca tenet, 
Sequana quot pisces, quot habet Lutetia cives, 

Perfida quot naves sequoris unda vehit, 
Prospéra sic nostram fœcundent numina prolem. 

Ut queat illa sibi tôt numerare viros. 
Hune si bella juvent, Jaudes mereatur Achillis; 

Alter sit nobis cui Themis sequa placet; 
Proxima Fernelii premat hic vestigia tantee 

Qui dubiam nobis offeret artis opem, 
Donec longa dies tandem raelioribus annis, 

Par varios casus atque pericla diu 
Exactis, animas meliori in sede reponat, 

Emeritas terris perpetuoque beet. 
Amen. 

Jacob Varnerius D. M. fecit. 

Person Varnier, demeurant à Frignicourt, proche Vitry-le-Fran- 
çois, peut passer pour le chef de la famille^ étant le premier dont il 
nous soit parvenu quelque chose; encore ne sait-on ni le lieu ni 
Pannée de sa naissance. 

La femme de Person se nommoit Catherine. L^acte dans lequel 
elle se trouve nommée n'exprime pas son nom de famille, suivant 
Fusage de ces temps-là. Cet acte est de 1440. Ils ont laissé un fils 
nommé Didier, lequel a épousé Gillette Loysel, de laquelle il a eu 
Pierre Varnier. Celui-ci, né en 1489, a eu de Catherine CoifFard, sa 
femme (morte en 1555), six enfants : I" Etienne, II» Marie, 111° De- 
nys, IVo Louis, Philbert, VI» Claude. 

1° Etienne, receveur du domaine à Vitry, mort à Paris le 20 oc- 
tobre 1607, épousa en premières nopces Louise Royot, dont il n'eut 
point d'enfants, et en secondes nopces, Jeanne Gallet, dont il eut 
une fille nommée Catherine, laquelle épousa Jean Royot, procureur 
du roy au grenier à sel de Saint-Dizier. 

XII. — 6 



82 



LA FAMILLE VARNIER 



11° Marie a épousé Jean Gillet^ officier au grenier à sel de Saint- 
Dizier. 

IIIo Denis, qui fut avocat et ensuite lieutenant criminel à Vitry, 
épousa en premières nopces Nicole Roussel^ fille de Robert Roussel^ 
avocat à Vitry, et de Sara Roussel, et en secondes nopces, Louise 
Dautruy. Il est mort sans enfants le 17 novembre 1610. 

IV» Louis Varnier, né en 1524, s^établit à Chaalons, où il épousa 
Marie de Bar, dont sont issus : 1" Marguerite, 2° Nicolas, 3» Etienne^ 
4» Jean-Elizée, 5» Pierre, 6° Marie, 7^ Rachel-J eanne . 

\N. B. Ce Louis, Philbert et Claude sont les trois branches fé- 
condes d'où sont sortis tous les Varnier que nous avons pour parents.] 

1» Marguerite a épousé Nicolas Poly, marchand à Loisy en Brie. 
2° Nicolas a été marié, mais le nom de sa femme ne m'est pas 
connu. 

3^ Etienne, revenu à Vitry, qui étoit le berceau de ses pères, y 
épousa Esther Létardy, de laquelle il a eu deux fils, Pierre et Jean. 

4" Jean, docteur médecin à Vitry, a épousé Jeanne Varnier,, sa 
cousine germaine. Ils ont eu deux fils, Louis et Jean. Celui-ci, qui 
avoit épousé Mademoiselle Dutiers de Vignacourt et qui étoit mé- 
decin, est parti de Vitry en 1716, et il est mort à Berlin à quatre- 
vingt-neuf ans. Il était né le l^r février 1664. 

50 Pierre, chirurgien à Vitry, a épousé Marie Prailly, de Sésanne, 
dont un fils et une fille, qui a épousé à Chaalons M. Dozanne. 

Louis Varnier, fils de Jean, docteur médecin à Vitry, et de Jeanne 
Varnier, est né en 1667. Il a épousé Esther ColUveau. Il est mort 
à Vitry le 16 may 1716. Ils ont eu deux enfants, savoir : Louis, 
D. M., marié à Mademoiselle Marthe-Marguerite-Françoise Becquey, 
fille de M. Becquey, lieutenant criminel, en 1739. De huit enfants 
qu'ils ont eus, il ne leur est resté que trois garçons, dont deux sont 
médecins. 

Susanne Varnier, fille de Louis Varnier susdit, et d'Esther CoUi- 
vaux, née en octobre 1703, a épousé, en mai 1722, Louis Jacobé, 
avocat en parlement, demeurant à Vitry. Leurs quatre enfants 
sont : Marie Jacobé, mariée à François le Maître de Gérouville, 
bourgeois de Vitry; — Elizabeth Jacobé, mariée à M. Jacobé, con- 
seiller au dit baiUiage et présidial; — Susanne, encore fille, — et 
Louis Jacobé, avocat en parlement, qui a épousé en 1770 Marie- 
Marguerite de la Marche, de Moutier-en-Der. 

Jean Varnier^ fils d'Etienne Varnier et de Esther Létardy, bour- 
geois de Vitry, né en 1586, mort en 1643, avait épousé en 1614 
Marie Varnier, fille de Jean Varnier et de Marguerite Pasquet, dont 
il a laissé trois filles, Marie, Jeanne et Susanne. Marie, née le 18 
octobre 1625, morte en 1690, a épousé, le 20 janvier 1646, Denis 
Varnier, bourgeois de Vitry. — Jeanne a épousé M. Jean Varnier, 
doct. méd. à Vitry, son cousin germain. — Susanne, née le 4 jan- 



DE VITRY-LE-FRANÇAIS. 



83 



\ier 1636, a épousé, le 19 octobre 1660, M. Pierre de Verchamp, 
ministre à Helmaurup. 

Jean Varnier, fils de Louis Varaier et de Marie Dubac, bourgeois 
de Chaalons, a épousé Marguerite Pasquet, veuve de noble Jean 
Varmer, bourgeois de Chaalons. Ils ont eu trois filles : Marthe, qui 
a épousé Nicolas Ozanne, bourgeois de Chaalons; Marie, qui a 
épousé Jean Varnier, bourgeois de Vitry, seigneur d'Ecriennes; et 
Susanne, qui a épousé ïsaac Varnier, bourgeois de Chaalons. 

Descendance de Philbert Varnier. 

Vo Philbert Varnier, bourgeois de Vitry, mon cinquième ayeul, 
fils de Pierre Varnier et de Catherine Goiffard, a épousé Jeanne 
Ytant, dont il a laissé cinq enfans : lo Oudet, 2» Deriis, Abra- 
ham, 4» Susanne, 5» Marguerite. 

\o Oudet Varnier, bourgeois de Vitry, né le 26 may 1550, mort 
le 12 juillet 1627, a épousé en premières nopces Marie François, 
et en secondes nopces, Marie Dorigny. De ce second mariage, il 
a eu un fils, et du premier, trois fils et une fille. Ce sont : 1^ Abra- 
ham, 2° Jacob, 3» Isaac, 4» Jeanne, et 5» Oudet. 

Abraham Varnier, né le 9 octobre 1576, mort le 12 octobre 1626, 
épousa en février 4601 Marie de MaroUes. Ils ont laissé six enfants, 
— Jacques, David, — Abraham, — Marie, — Jeanne et Mar- 
guerite. Jacques, né en 1606, épousa, le 24 juillet 1633, Madelaine 
Viriot, fille de Daniel et de Madelaine Bourgeat. Ils ont laissé deux 
enfants, Jacques et Madelaine. 

Jacques Varnier, dit des Vaisseaux, bourgeois de Vitry, né le 29 
octobre 1645, mort le 25 mars 1684, épousa, le 14 décembre 1670, 
Marie Varnier, fille de Pierre Varnier et d'Esther Porey. Ils ont 
laissé cinq enfants: 1^ Thiéry, 2° David, Auguste, k° Louis et 
50 Pierre. 

1« Thiéry, bourgeois de Vitry, né le 2 septembre 1671, avait 
épousé en premières nopces Madelaine Pérard, et en secondes nop- 
ces, Marie Tabart. 11 est mort à Bar-le-Duc sans enfants. 

2» David, bourgeois de Vitry, né le 5 août 1673, épousa en 1712 
Esther Fabart. Il a laissé deux enfants, David et Jacques. David est 
actuellement (1766) directeur dans les devoirs (sic) de Bretagne, à 
Fougères, où il se propose de finir ses jours, loin des affaires, dans 
un célibat aisé, et Jacques, son frère, mort sans enfants à Nantes, 
où il était contrôleur général des fermes. 

30 Auguste Vatmier, troisième fils de Jacques et de Marie Varnier, 
né le 14 janvier 1678, banquier à Paris, épousa, le 27 janvier 1705, 
Marie Thérial, originaire de la Ferté-sous-Jouare, de laquelle il a 
laissé cinq entants, qui sont: Marie, née le 29 août 1707; — Au- 
guste, né le 5 septembre 1708; — Jacques, né le 20 octobre 1709; 
— Charlotte, née le 11 avril 1711, et Pierre-Jacques, né le 9 no- 
vembre 1712. 

[N. B. Cette branche, transportée dans une autre province où 



84 



LA FAMILLE VARNIER 



nous ne pouvons la suivre dans ses vicissitudes, est comme perdue 
pour nous]. 

4« Louis Varnier, quatrième fils de Jacques Varnier susdit et de 
Marie Varnier, né le 28 février 1680, a épousé en 1711 Marie Nos- 
lin, fille d^ Antoine Noslin et de Jeanne Paulet. Ils sont morts sans 
enfants. 

5o Pierre Varnier^ frère du pré(?édent, a fait naufrage sur un vais- 
seau de guerre anglais, en ITll, sur les côtes du Canada. 

Madelaine Varnier. fille de Jacques Varnier et de Madelaine Vi- 
riot, née le l^r juin 1()36, a épousé, le 6 août 1656, Isaac Bechefer, 
duquel elle a laissé une fille nommée Jeanne, qui a épousé Pierre 
Leblanc, élu à Vitry, dont un fils unique, appelé François-Jacques 
Leblanc, seigneur du Plessis. Celui-ci a épousé Jeanne-Marguerite 
Bugnot, et a eu un fils nommé Pierre-Joseph Leblanc du Plessis, un 
des hommes les plus éclairés sur les différentes branches de l'his- 
toire naturelle. Il est membre de la Société littéraire de cette ville. 

David Varnier, second fils d'Abraham Varnier et de Marie de Ma- 
rolles, né en avril 1609, mort le l^'^ novembre 1688, dit Varnier de 
Bussy, où il demeuroit, a épousé, le 16 février 1634, Jeanne Morel, 
de laquelle il a laissé deux filles : Jeanne, née le 3 mars 1641, morte 
le 1er niay 1712, a épousé Pierre Varnier, mon ayeul, demeurant 
au Canal, paroisse de Frignicourt, dont il était seigneur en partie; 
et Madelaine, née le 14? février 1645, a épousé Pierre Bancelin, bour- 
geois de Metz, Tun des plus anciens magistrats de la dite ville. Ils 
ont laissé un fils nommé Pierre, né le 20 janvier 1689, qui a servi 
plusieurs années dans le régiment de Chartres (infanterie), et a 
épousé Françoise Legrand, dont il n'a point eu d'enfants (voir le 
testament d'Elizabeth Morel, leur tante, veuve du sieur Samuel de 
la Cloche, ministre de la religion prétendue réformée, qui institua 
pour héritières ses nièces Jeanne et Madelaine Varnier). 

Abraham Varnier, troisième fils d'Abraham Varnier et de Marie 
de MaroUes, né le 28 janvier 1622, mort le l^r juin 1656, a épousé, 
le 11 février 1649, Susanne Varnier, sans enfants. 

Marie Varnier, sœur du précédent, née le 12 mars 1602, morte 
le 16 septembre 1664 a épousé le 9 janvier 1622, Elizée Varnier, 
avocat. 

Jeanne Varnier, sœur de la précédente, née le 19 juillet 1611, a 
épousé, le 24 avril 1633, Paul Col esson, bourgeois de Vitry. 

Jacoh Varnier, second hls d'Oudet Varnier et de Marie François, 
né le 9 octobre 1576, mort le 15 décembre 1635, a épousé, le 13 juil- 
let 1603, Jeanne Roussel, fille de Paul Roussel et de Claudine Guil- 
lemin. Ils ont eu cinq enfants : Paul, Louis, Oudet, Marie et Susanne. 

Paul Varnier, fils du précédent Jacob, né le 11 mars 1615, a 
épousé, le 17 juin 164-0, Elizabeth Burgeat, fille de Jean et de Marie 
de Marolles. Ils ont laissé cinq enfants : Paul, Louis, Jeanne Eliza- 
beth et Marie. 

Paul, fils de Paul le précédent, a épousé Marie Heat, fille de Simon 
et de Judith Burgeat. Ils sont morts sans enfants à Basle en Suisse, 
où ils se sont retirés. 



DE VITRY-LE-FRANÇAIS. 



85 



LouiSy frère du précédent, est à Baie où il a épousé Susanne 
Thiéry, Bâloise. Ils ont laissé des enfants que nous ne connaissons 
pas. 

Jeanne Varnier, sœur du précédent, née le 8 août 1642, a épousé 
Philibert Lefèvre^, docteur en médecine, demeurant à Vitry. Ils ont 
eu un fils, aussi docteur en médecine, et une fille nommée Elizabeth, 
qui a épousé en premières nopces Claude Dorigny, écuyer, seigneur 
de Chalotte, capitaine d'infanterie , et en secondes nopces Jean 
Roussel, écuyer, mort brigadier des armées du roy. 

Elizabeth Varnier , sœur de la précédente, née le 12 mars 1648, 
est morte fille. 

Marie Varnier, sœur de la précédente, née le 6 décembre 1657, 
n^a point été mariée. 

Louis Varnier, second fils de Jacob Varnier et de Jeanne Roussel, 
docteur en médecine, est mort célibataire. 

Oudet Varnier, troisième fils de Jacob Varnier et de Jeanne Rous- 
sel, née le 1^^ décembre 1622, a épousé, le 2 octobre 1649, Fran- 
çoise Mauclère, de laquelle il n'a point eu d'enfants. Ils sont morts à 
Bâle. — Marie et Susanne Varnier, sœurs du précédent, sont mor- 
tes célibataires. 

Jeanne Varnier, fille d'Oudet Varnier et de Marie François, née 
le 8 juillet 1581, a épousé David Béchefer, bourgeois de Chaalons, 
dit le Petit Calvin. 

Isaac Varnier, troisième fils d'Oudet Varnier et de Marie François, 
né le 19 novembre 1591, à Bouquemont, où son père s'était aupara- 
vant retiré pendant les guerres de religion sous Henri III, s'est éta- 
bli à Chaalons, où il a épousé Susanne Varnier, fille de Jean et de 
Marguerite Pasquet, morts sans enfants. Par testament (du 6 fé- 
vrier 1648), Isaac Varnier a légué, outre plusieurs sommes considé- 
rables pour le temps aux hôpitaux de Chaalons et de Vitry, ainsi 
qu'à l'Eglise réformée de cette dernière ville, il a donné à l'Eglise 
réformée de Chaalons la somme de 9,000 livres, à condition que si, 
dans la suite, quelque Varnier, ou François, ou Béchefer, se présen- 
toit pour étudier au ministère, la dite EgUse de Chaalons serait obli- 
gée de lui payer une pension suffisante pendant ses études. 

[Jacob Varnier, rédacteur de cette généalogie, a joui de la pension 
en qualité de petit-neveu, pendant cinq années qu'il a étudié la 
théologie à Sedan et à Saumur. Isaac Varnier avait compris les Bé- 
chefer dans cette clause de son testament parce que Jeanne Varnier, 
sa sœur, avait épousé David Béchefer. 11 avait aussi compris les Fran- 
çois, parce qu'il était fils d'une François.] 

Oudet Varnier, fils d'Oudet Varnier et de Marie Dorigny, n'a point 
été marié. 

Il» Denis Varnier, second fils de Philbert Varnier et de Jeanne 
Ytant, mon quatrième ayeul, a épousé Jeanne de Bar, de laquelle il 
a laissé quatre enfants, qui sont : Jérémie, Pierre, Jean et Jeanne. 



86 



LA FAMILLE VARNIER, DE VITRY-LE-FRANÇAIS. 



Jérémie Varnier, avocat, a épousé, le 26 janvier 1614, Marlelaine 
Piccard (voir leur contrat de mariage du 6 décembre 1613). Ils ont 
laissé six enfants, qui sont : Jean, Jeanne, Susanne, Madelaine, Ma- 
rie et Marguerite. 

Jean Varnier, docteur médecin à Vitry, né le 14 décembre 1621 , 
a épousé, le 17 avril 1652, Elizabeth Gervaisot, sans enfants. 

Jeanne, sœur du précédent née le 12 septembre 1616 a épousé, le 
19 septembre 1646, Isaac Royer. 

Susanne, sœur de la précédente, a épousé en premières nopces 
Abraham Varnier, et en secondes nopces M. Blondel, de Chaalons. 

Madelaine, sœur de la précédente, née le 15 décembre 1619, a 
épousé, le 18 août 1654, Jean Lestaehe, bourgeois de Chaalons. 

Marie Varnier, sœur de la précédente, née le 15 décembre 1628, 
a épousé, le l^^" may 1657, Samuel Royer. De ce mariage sont issus, 
trois enfants : Jean Royer, marchand à Hambourg ; Samuel Royer, 
bourgeois de Chaalons^ où il a épousé une demoiselle Collet; et Marie 
Royer, réfugiée en Allemagne, où elle a épousé M. Boudoux, ministre. 

Marguerite, sœur de la précédente, née le 8 décembre 1630, a 
épousé, le 24 août 1659, maitre Abraham Varland, ministre à Chal- 
trait, sans enfants. 

Pierre Varnier, second fils de Denis Varnier et de Jeanne de Bar, 
mon ti'isayeul, a épousé, le 22 février 1615, Marguerite Roussel, de 
laquelle il a laissé trois enfants : Pierre, Denis et Judith. 

Pierre Varnier, fils du précédent, mon bisayeul, a épousé, le 
31 juillet 1640, Esther Porey, fille de Jean, seigneur de Frignicourt, 
où il a fait bâtir le château appelé encore aujourd'hui le Canal. Il a 
laissé six enfants, qui sont: Samuel, Pierre, Marguerite, Judith, Ma- 
rie et Jeanne. 

Samuel Varnier, fils de Pierre et d'Esther Porey, né le 23 juil- 
let 1645, a épousé Jeanne Roussel, dont il a laissé trois filles réfu- 
giées à Cassel, où leur père est mort officier dans les troupes du 
landgrave. 

Pierre Varnier, frère du précédent, mon ayeul, seigneur de Fri- 
gnicourt où il demeuroit, né le 23 août 1646, mort en mars 1687, a 
épousé Jeanne Varnier, fille de David Varnier et de Jeanne Morel; 
ils n'ont eu qu'un fils qui e^i Pierre Varnier, mon père, bourgeois de 
Chaalons, né le 2 janvier 1684, et qui a épousé Susanne Roussel 
(voir leur contrat de mariage du 2 août 1713), dont plusieurs en- 
fants: Jean David, — Philippe-Maurice, — Jeanne-Elisabeth, — et 
Marie-Elisabeth-Françoise. 

Jean-David Varnier. avocat et depuis notaire à Chaalons, secré- 
taire perpétuel de la Société littéraire de la dite ville, né le 
23 may 1715, a épousé en premières nopces Marie Madelaine Milson 
(voir le contrat de mariage du 21 janvier 1750), dont il n'a point eu 
d'enfants, et en secondes nopces Marie-Jeanne Rougeaux (voir le 
contrat de mariage du 29 septembre 1762); de ce second mariage 
sont issus 



INTERROGATOIRES DE DEUX PRÉDICAHTS DU DÉSERT 



VILLEVEYRE ET JEAN 
DÉTENUS ÈS PRISONS DE LA VILLE DE DIE. 

1^35. 

M. Ad. Rochas nous a communiqué les pièces suivantes, extraites par 
lui des Archives de l'empire (série T. t. 3U). 

T. Lévèque de Dye au cardinal de Fleury. 

J'envoye par le courrier à M. le cardinal une dépêche importante, 
au sujet de deux ministres que je viens de faire arrester. Je n'entre- 
ray icy, Monseigneur, dans aucun détail, attendu que j'écris sur 
cela fort au long à S. Em. Je désire fort que vous approuviez ma 
conduite, et que vous vouliez bien me faire la grâce de m'honorer 
de vos ordres, auxquels je dois estre plus fidèle que personne, et par 
reconnaissance, et par devoir, et par inclination. 

J'ai rhonneur, etc. 

A Die, le 17^ juin 1735. 

Daniel Joseph, Ev. et C, de Die, 

IL Jomaron, subdélégué général en Dauphiné, au cardinal de Fleury. 

J'apprends seulement dans le moment, par un exprès, que le sieur 
Sibeud, subdélégué à Dye, m'a envoyé la nouvelle de la capture de 
deux prédieants, qui ont été arrestés dans la vallée de Quint, où ils 
tenoient des assemblées illicites. 

Ces deux malheureux ont été interrogés et vous trouverez ci-joint 
une copie des interrogatoires qu'ils ont subis, et vous y verrez, Mon- 
seigneur, que quoiqu'ils ayent refusé ouvertement de répondre sur 
les principaux faits, ils en ont cependant assez dit pour justifier qu'ils 
ont tenu des assemblées et qu'ils ont paru à des baptêmes et à des 
mariages faits hors de l'Eglise catholique. 

Le sieur Sibeud me mande qu'on lui a assuré que lors de la cap- 
ture de ces deux accusés, qui a été faite par les soins de Mgr l'évê- 
que de Dye, il avoit paru une troupe d'hommes armés, les uns disent 
au nombre de trente, les autres de quinze, qui étoient venus jusqu'à 



88 INTERROGATOIRES 

Marignac^ village distant d'une lieue de la ville de Dye^ dans le des- 
sein d'enlever à la maréchaussée ces deux prédicants qui ont été 
conduits dans les prisons de la même ville^ mais que cette entreprise 
n'avoit eu aucun effet ; cependant il m'observe que dans une pareille 
conjoncture il regarde comme un parti nécessaire de faire désarmer 
les paysans des trois villages oii ces assemblées se sont tenues, afin 
d'éviter un soulèvement dont les suites seroient fâcheuses; je lui ay 
marqué que comme j'étois instruit que M. le comte de Cambis devoit 
partir d'Orange le 25 de ce mois pour se rendre à Dye, il n'y avoit 
aucune précaution à prendre jusqu'à son arrivée dans ce pays, que 
là, il examineroit par luy-mème quels sont les tempéraments à pren- 
dre pour détruire tout esprit de sédition, que le party de rigueur ne 
devoit être mis en usage dans les circonstances présentes où nous 
nous trouvons dans cette province qui est sans aucune troupe, 
qu'après s'être servy des voyes les plus douces pour ramener les es- 
prits. Cependant j'ay donné ordre au sieur Sibeud de faire une in- 
formation secrète sur les lieux, pour le mettre à portée d'interroger 
de nouveau ces deux prédicants sur les faits les plus graves. J'auray 
l'honneur. Monseigneur, de vous envoyer des copies des nouvelles 
procédures qui seront faites, en vous instruisant de ce qui sera venu 
d'ailleurs à ma connaissance sur cette affaire. 

J'ai l'honneur d'être, etc. Jomaron. 

Grenoble, le 23^ juin 1735. 

III. Interrogatoire du nommé Jean Villeveyre. 

Du 15*^ JUIN 1735, par-devant nous Etienne-Daniel Izoard, avocat 
en parlement, lieutenant en lajudicature mage de Dye et son ressort, 
faisant les fonctions de subdélégué de Mgr l'intendant dans les pri- 
sons épiscopales de cette ville où nous nous sommes transporté avec 
notre greffier, à quatre heures de relevée, et fait amener par-devant 
nous le nommé Jean Villeveyre, l'un des deux hommes qui ont été 
arrêtés cejourd'huy par ordre de Mgr l'évêque et comte de Dye, par 
la brigade de maréchaussée de résidence en cette ville, dans la vallée 
de Quint, pour procéder à son interrogatoire, lequel, au moyen du 
serment que nous lui avons fait prêter à la manière accoutumée, a dit ; 

Qu'il s'appelle Jean Villeveyre, natif de Fontanieu près des Sevé- 
nes, diocèse d'Alais, âgé d'environ 55 ans. 



DE DEUX PRÉDICANTS DU DESERT. 89 

Interroge depuis quel temps il a quitté son pays. Répond qu'il y 
a environ 35 ans. 

D. Dans quels endroits il a demeuré du depuis et quelle profession 
il a fait ? — R. Qu'il a resté environ quinze ou seize ans en Suisse ou 
en Allemagne et depuis lors dans la province de Dauphiné où il est 
venu pour gagner sa vie en travaillant de son métier de cardeur de 
laine et moissonneur. 

D. Quelle religion il professe? — R, Qu'il est dans la religion pro- 
testante et qu'il la professe en particulier, puisqu'il n'est pas permis 
de la professer publiquement. 

D. De quelle religion étoient ses père et mère et s'ils sont décé- 
dés? — R. Qu'ils étoient de la même que lui et qu'ils sont décédés 
depuis longtemps. 

D. Dans quel endroit il a été arrêté et par qui? — R. Qu'il a été 
arrêté dans la vallée de Quint, ne sachant le nom du hameau, par les 
cavaliers de la maréchaussée de résidence en cette ville, accompa- 
gnés de quatre sergents de quartier. 

D, A qui appartient la maison où il a été arrêté? — R. Que c'est 
au nommé Planel. 

D. Depuis quel temps il était dans la dite vallée de Quint? — R, 
Qu'il ne peut pas nous le dire. 

D. A quoi il s'occupoit dans la dite vallée ? — R. Qu'il cherchoit 
de l'ouvrage et qu'il n'y étoit qu'en passant. 

D. Si dans le séjour qu'il y a fait il a cathéchisé, prêché ou fait quel- 
que exercice de la R. R.? — R, Que pour le faire il faudroit le savoir. 

D. S'il ne connoît le nommé Jean qui a été arrêté avec lui, dans 
la dite vallée de Quint? — R. Qu'il se pourroit qu'il l'eût vu et 
connu, mais qu'il ne s'en souvient pas. 

Ds S'il n'a assisté plusieurs fois aux assemblées qui ont été convo- 
quées par le dit Jean, tant la dite vallée de Quint qu'ailleurs ? — R. 
Qu'il n'y a jamais entendu prêcher. 

D. Si non-seulement il ne l'a pas entendu prêcher, mais plusieurs 
autres de ses camarades ? — R, Qu'il ne peut pas tout dire. 

D. Si dans les assemblées où il a assisté il y avoit beaucoup de 
monde? — R. Qu'il ne dit ni oui ni non. 

D, Si ceux qui assistoient avec lui aux assemblées étoient armés? 
— R, Qu'il n'a point vu d'armes et qu'il ne croit pas qu'il s'en porte 
dans les assemblées. 



90 INTERROGATOIRES 

D. S'il n'a résidé pendant quelques temps aux Petites-Vachères? 
— R, Qu'il ue peut pas dire les endroits où il a passé. 

D. S'il c'onnoît beaucoup de gens dans la vallée de Quinfet vil- 
lages circonvoisins? — R. Qu'il ne veut rien dire. 

D. S'il n'a assisté aux assemblées au lieu de Lamotte et villages 
circonvoisins ? — R, Qu'il n'a rien à dire à ce sujet. 

D. S'il n'a resté longtemps a Lamotte, et s'il y connoît beaucoup 
de monde? — R. Qu'il ne peut pas tout dire et qu'il n'y a jamais 
été. 

D. S'il connoît depuis longtemps le dit Jean, et s'ils n'ont discouru 
sur la religion protestante plusieurs fois ensemble ? — R. Qu'il ne 
veut rien dire, 

D. Si lorsqu'il a été arrêté on ne lui a trouvé des livres? — R. Que 
non. 

D, S'il y en avoit dans la maison où il étoit logé ? — R. Qu'il ne 
peut pas le dire. 

Z>. Si, les assemblées où il assistoit étant finies, il ne faisoit lui- 
même la cueillette? — R. Qu'il ne peut pas le dire. 

D. Si, la cueillette faite, ils ne partageoient avec le prédicant, et 
s'ils n'ont pas ramassé dans une seule assemblée plus de 150 livres? 
— R. Qu'il ne sait pas que dans aucune assemblée il se soit ramassé 
une aussi grosse somme, et que tout ce qu'on pouvait ramasser étoit 
pour les pauvres. 

D. Quelle somme on ramassoit ordinairement? — R. Qu'il ne le 
sait pas. 

D. Si^ dans différentes tournées qu'il a faites, il n'a été présent à 
quelque mariage fait hors de l'Eglise romaine, soit par le dit Jean, 
soit par d'autres prédicants? — R. Qu'il n'a rien à dire là-dessus. 

D. S'il n'a vu baptiser plusieurs enfants hors de l'église? — R. 
Qu'il n'en dit rien. 

D. Si le dit Jean ou autres prédicants prêchoient dans les villages 
ou autres lieux écartés? — R. Qu'il ne veut rien dire. 

D, S'il y a longtemps qu'il est revenu de Suisse, et s'il y a des 
correspondants? — R. Qu'il y a environ seize ans; qu'il y a des pa- 
rents, mais qu'il ne reçoit pas de lettre de leur part. 

D, Si, dans les endroits où il a passé, on l'a défrayé de sa dépense, 
en considération de ses sermons ? — R. Qu'il a prêché quelquefois : 
que tantôt on l'a défrayé, tantôt il a payé lui-même sa dépense. 



DE DEUX PRÉDICANTS DU DESERT. 9! 

Z>. Dans quels endroits il a prêché? — R, Partout où il a trouvé 
des fidèles assemblés au nom de Jésus-Christ. 

D. Dans quel village il a prêché? — R, Qu'il est inutile de le lui 
demander, parce qu'il ne veut pas le dire. 

D. S'il ne sait être malfait de prêcher la religion protestante con- 
tre les ordres du roy? — R. Que si les hommes le défendent. Dieu le 
permet. 

D. Dans quel endroit il a fait sa principale demeure? — R, Qu'il 
n'a pas de domicile en nulle part. 

D. Quelle somme on lui donne pour l'ordinaire pour chaque ser- 
mon? — R. Qu'il ne dit rien de cela. 

D. Si, dans les assemblées qu'il a convoqué, il n'a convoqué jus- 
ques à deux cents personnes de différents villages, et si la plupart ne 
vont à ces assemblées armés? — R, Qu'il ne les a pas comptés et 
qu'ils n'y vont armés que de la foi. 

/>. Qui lui a donné la mission pour prêcher? — R. Que ce sont les 
ministres du Désert. 

D. Qui sont ces ministres du Désert? — R. Qu'il n'en dit rien. 

D. Si on lui envoie très souvent des livres de Genève? — R. Qu'il 
ne veut rien dire là-dessus. 

D, Quel nombre de prédicants il y a dans la province de Dauphiné 
avec lui? — R. Qu'il ne veut rien répondre. 

D. Avec quelles personnes il commerce ordinairement? — R. 
Avec tout le monde également. 

D. S'il n'a jamais été à la messe? — R. Qu'il y a été dans son 
jeune âge parce qu'il y étoit forcé, et que c'est ce qui l'a obligé à 
quitter son pays. 

D. Si des rétributions qu'il tiroit de ses sermons il en envoie une 
partie, de même que ses ca narades, aux ministres de Genève et de 
Suisse? — R, Que non. 

D. Quel usage il en fait? — R. Qu'il en garde pour vivre et s'en- 
tretenir, et donne le reste aux pauvres. 

D. S'il a du bien de chez lui? — R. Que non, et que les dettes l'ont 
tout emporté. 

D. S'il avoit quelque argent quand on Ta arrêté? — R, Qu'on ne 
lui a pas demandé l'argent qu'il avoit, et qu'il n'a d'autre argent 
que celui qu'il a remis tout présentement sur la table, consistant en 
k écus de 6 livres, 1 de 3 livres, 5 pièces de 12 sols, et 26 pièces de 



92 INTERROGATOIRES 

2 sols. Le tout quoi a été remis à notre greffier dans une bourse 
de peau. 

D. S'il a ses sermons par écrit? — R. Qu'il ne veut pas le dire. 

D. Dans quel endroit il les tient, et s'il n'a d'autres hardes que 
celles qu'il porte sur lui ? — R. Qu'il ne veut rien dire. 

D. S'il n'a quelque linge et quelque habit dans la maison de Pla- 
nel où il a été arrêté? — R. Qu'il ne le sait pas : qu'il le laisse tan- 
tôt ici, tantôt là. 

D. Dans quel endroit il les a laissés? — R. Qu'il ne veut pas le 
dire. 

D. S'il y a longtemps qu'il n'a pas prêché? — R, Qu'il y a environ 
une quinzaine de jours. 

D. En quel endroit il a fait son dernier sermon? — R. Qu'il ne 
veut pas nous le dire et qu'il a prêché partout où il a trouvé des fi- 
dèles assemblés au nom de Jésus-Christ. 

D. S'il ne sollicitoit lui-même les habitants pour se trouver aux 
assemblées et s'il ne prêchoit de nuit et dans les lieux écartés? — 
R. Qu'il ne veut plus rien dire. 

D. S'il faisoit le cathéchisme aux enfants? ~ R. Qu'il Ta fait par- 
tout où il s'est trouvé. 

Lecture faite, etc. 

IV. Interrogatoire du nommé Jean. 

Du 15e JUIN 1735^ par-devant nous Etienne-Daniel Izoard, avocat 
en parlement, lieutenant en la judicature mage de Dye et son res- 
sort, etc. 

Lequel a répondu : 

Qu'il s'appelle Jean, sans nous avoir voulu dire son nom de fa- 
mille, et qu'il est âgé d'environ 24 ans. 

Interrogé de quel pays est il originaire? — Répond ne vouloir le 
dire. 

D. Quelle raison il a de cacher le lieu de sa naissance? — R. Qu'il 
n'a rien à nous dire là-dessus. 

D. De quelle profession il est 1 — R. Qu'il n'en a d'autre que de 
prêcher l'Evangile dans sa pureté. 

D. Par qui il a été envoyé prêcher, et qui lui a donné la mission? 
— R. Qu'il a été inspiré par les mouvements de sa conscience, et 



DE DEUX PRÉDICANTS DU DESERT. 93 

qu^il croit être obligé de rendre raison de la vérité à ceux qui la lui 
demandent. 

D, De quelle religion il est? — R. De la religion de Christ. 

D. De quelle religion étoient ses père et mère ? — R, De la même 
religion que lui. 

D. Si ses père et mère sont décédés? — R. N^en rien savoir. 

D. S'il y a longtemps qu'il ne les a vus? — R. Qu'il n'a rien à 
nous dire là-dessus. 

D. Dans quel endroit^ et par qui il a été arrêté? — R, Qu'il a été 
arrêté aux Bournats, hameau de Saint-Jullien en Quint^ par le briga- 
dier et cavaliers de la maréchaussée de résidence en cette ville_, ac- 
compagnés de quatre sergents de quartiers en cette ville. 

D. Dans quelle maison il a été arrêté, et à quelle heure ? — R. 
Qu'il n'a rien à dire là-dessus. 

D. Si dans le séjour qu'il a fait dans la vallée de Quint_, il a cathé- 
chisé, prêché, ou fait quelque exercice de la R. R. ? — R. Qu'il n'a ni 
cathéchisé, ni prêché, n'ayant fait que ses prières ordinaires soir et 
matin et autres heures du jour. 

/>. Quelles sont ses prières ordinaires? — R. Que ce sont celles 
qu'il a composées lui-même, conformément à l'Ecriture sainte. 

D. S'il les a par écrit? — R. Quenon^ et qu'il les dictera ou écrira 
lui-même si de besoin. 

D. S'il n'a sollicité ou fait solliciter les habitants de la dite vallée 
pour s'assembler de nuit et s'il ne leur a prêché? — R. Qu'il n'a rien 
à dire là-dessus. 

/). S'il ne professe la R. R.? — Qu'il professe la religion con- 
tenue dans l'Ecriture sainte. 

D. S'il n'a jamais entendu la sainte messe ? — R. Qu'il l'a enten- 
due dans son jeune âge, mais que depuis qu'il a connu la vérité il ne 
Ta plus entendue. 

D. Qui l'a obligé de ne plus entendre la messe? — R. C'est parce 
que saint Paul lui a appris dans son épître aux Hébreux que Christ 
ne s'offre pas souvent lui-même. 

Z>. S'il connoît l'homme qui a été arrêté avec lui? — R» Qu'il n'a 
rien à dire là-dessus. 

D. Si lorsqu'il a été arrêté on lui a trouvé des livres? — i?. Qu'il 
n'en avoit point sur lui et qu'il y en avoit dans la maison où il a été 
arrêté. 



94 INTERROGATOIRES 

Et ayant représeirté au dit Jean, trois livres qui ont été trouvés 
sur la table de la chambre où il couchoit, le premier intitulé : La 
Théologie chrétienne et la science du salut, ou TExposition des vérités 
que Dieu a révélées aux hommes dans sa sainte Ecriture, avec la réfu- 
tation des erreurs contraires à ces vérités; Thistoire delà plupart de 
ces erreurs ; les sentiments des anciens Pères et un abrégé de ce 
qu'il y a de plus considérable dans Thistoire ecclésiastique, par Be- 
noît Pitet, pasteur et professeur en théologie dans TEglise et Acadé- 
mie de Genève. Nouvelle édition, corrigée et augmentée. Tome h^, 
imprimé à Genève, par la Compagnie des libraires, en 1708. 

Le deuxième, intitulé : Le Nouveau Testament, c'est-à-dire la nou- 
velle alliance de noire Seigneur Jésus-Christ, revu et conféré sur les 
textes grecs par les pasteurs et professeurs de TEglise de Genève. 
Genève, Fr. Jaquiers, 1728. 

Le troisième, intitulé : Sermons sur divers textes de l'Ecriture 
sainte, par M. Gérieux. Genève, J. Ant. Querel, 1720. 

Et lui ayant demandé s'ils ne lui appartiennent pas, a répondu : 
Qu'il a acheté le Testament et que les deux autres lui ont été prêtés. 

D. S'il assistoit beaucoup de monde à ses sermons et s'il les fai- 
soit de nuit ou de jour ? — R. Que tantôt il y en avoit peu et tantôt 
beaucoup ; qu'il ne prêchoit que de nuit et que, dans ses sermons, il 
exhortoit le peuple à être fidèle à S. M. 

D. S'il ne sait être mal fait de contrevenir aux ordres du roi et de 
faire des assemblées illicites? — R. Qu'il croit être obligé d'obéir à 
S. M. pour ce qui regarde le temporel et même pour le spirituel, au- 
tant qu'il est conforme à la Parole de Dieu, et qu'il ne croit pas d'avoir 
convoqué d'assemblées illicites parce que dans celles qu'il a convo- 
quées on n'y a rien fait qui soit contraire à l'Ecriture sainte. 
Lecture faite, etc. 

Y. Jomaron, subdélégué général en Dauphiné, au cardinal de Fleury. 

Grenoble, le 28 juin 1735. 

Monseigneur, 

Par ma lettre du 23 de ce mois, j'ai eu l'honneur de vous infor- 
mer de la capture de deux prédicants qui ont été arrêtés dans la 
vallée de Quint en Dyois, quitenoient des assemblées iUicites; je vous 
ai fait passer en même temps des copies des interrogatoires que ces 



DE DEUX PRÉDICANTS DU DESERT. 95 

malheureux ont subis, et je vous ai marqué que j'avois donné ordre 
au sieur Sibeud^ subdélégué à Dje^, de faire une information secrète 
sur les lieux pour le mettre à portée d'interroger ces deux prédicants 
sur les faits les plus graves^ 

Cet ordre a été exécuté. Le sieur Sibeud s'est transporté sur les 
lieux où il a appris, par des particuliers qui sont les seuls catHoliques 
de MarignaC;, que le prétendu attroupement de trente hommes armés 
quiavoient paru (dit-on), sur les hauteurs de ce village, n'avoit rien de 
réel ; qu'il est vrai qu'on avoit apperçu quelques hommes sur le co- 
teau dans le temps que la maréchaussée traduisoit ces prédicants à 
Dye, iTiais qu'ils n'étoient point armés et paroissoient dans une con- 
tenance à ne pouvoir inspirer aucun soupçon. 

Ce subdélégué a interrogé de nouveau ces accusés en conséquence 
des instructions qu'il a prises sur les lieux. Ils tiennent toujours le 
même langage, quoiqu'on n'ait pas oublié de leur faire toutes les 
questions qui pouvoient servir à la découverte de leurs émissaires, des 
lieux où ils ont puisé l'esprit de fanatisme qui les conduit et de ceux 
où ils en ont pu faire usage : les menaces ni les promesses n'ont rien 
opéré dans une séance de près de cinq heures tantôt en conversa- 
tion, tantôt en les interrogeant en forme. 

M, le procureur général du département de Grenoble, qui a été 
instruit de cette capture, s'est fait rapporter l'arrêt rendu par cette 
cour, au mois de février dernier, contre deux autres prédicants qui 
avoient tenu des assemblées et plusieurs religion naires qui y avoient 
assisté; il y a trouvé que le nommé Villeveyre, l'un des prisonniers, 
étoit impliqué dans cette première affaire et qu'il y avoit été or- 
donné à son égard qu'il seroit plus amplement informé, il a pris sur- 
le-cham,p le parti d'envoyer à Dye la brigade de maréchaussée de 
Grenoble pour conduire Villeveyre et son camarade dans les prisons 
de cette ville, et il va faire instruire leur procès qu'il regarde comme 
une suite de celui jugé par l'arrêt du mois de février dernier. 

Quoique l'on doive être tranquille sur la conduite des nouveaux 
convertis de la vallée de Quint et du village de Marignac, cependant 
il m'a paru nécessaire de les veiller de près, sans montrer aucune 
affectation ni faire des démarches trop marquées parce que nous 
voyons en peu de tems des assemblées fréquentes dans ces endroits. 
J'ai chargé pour cet effet lesubdélégué de Dye, d'envoyer dans cette 
vallée un homme de confiance qui examinera la situation des esprits. 



96 LA FAMILLE DES SPANHEIM. 

SOUS prétexte de faire des achats de moutons^ et sans qu'on puisse 
soupçonner sa mission, il instruira de la disposition où il aura trouvé 
ces religionnaires afin de prendre des mesures en conséquence; M. de 
Cambis, qui doit être bientôt sur les lieux, verra par lui-même ce 
qu'il y aura de mieux à faire à cet égard, supposé qu'on s'aperçût 
de quelques mouvements. 
J'ai rhonneur d'être, etc. Jomaron. 



NOTICES BIOGRAPHIQUES. 

LÂ FAMILLE DES SPANHEIM ('). 

Le proverbe familier « tel père, tel fils « s'est trouvé fréquemment vrai 
en ce qui concerne la constitution physique et les dispositions morales des 
familles ; mais il n'est pas souvent arrivé de le voir réalisé dans le domaine 
des facultés intellectuelles. C'est un phénomène digne d'attention qu'une 
série de trois générations d'hommes distingués dans le domaine des let- 
tres, et c'est un phénomène de ce genre que nous offre la famille Spanheim. 
Elle n'eut réellement que fort peu de rapports avec la France, et la pré- 
sente notice n'aurait donc, à strictement parler, aucun droit de figurer dans 
le présent Bulletin. Mais Genève, à laquelle trois membres de cette fa- 
mille consacrèrent leur activité, a toujours été considérée comme une des 
métropoles du protestantisme français. 

La famille Spanheim était originaire du Palatinat, et les quatre personna- 
ges qui la représentent vivaient dans une époque de troubles qui étaient 
bien propres à développer le talent là où il pouvait se trouver. Il faut sûre- 
ment regarder, comme en étant doué, le premier qui sort à cette époque 
de l'obscurité, noble et spectable fVigand Spanheim, docteur en théologie, 
résidant à Amberg, et qui dut sans doute à ses connaissances autant qu'à 
son mérite personnel de pouvoir épouser, à la fin du XVI« siècle, la fille 
de Daniel Tossan, professeur de théologie et ministre à Orléans. Mais Re- 
née Tossan n'était pas seulement la fille d'un théologien , elle était aussi 
filleule de Renée de France, duchesse de Ferrare, et c'était bien le moins 
qu'on plit faire pour le mari de la protégée d'une telle marraine que de le 

(1) Ce travail, envoyé sur demande à la Real-Encydopœdie protestantische 
Théologie^ qui se publie à Gotha, y a été considérablement écourté, comme on 
peut s'en convaincre (Voir le tome XIV, paru en 1861, pp. 576-580). Nous le 
publions ici en son entier, d'après la conamunication qu'a bien voulu nous en 
faire Tauteur, M. Archinard, de Genève. 



LA FAMILLE DES SPANHEIM. 



97 



nommer conseiller ecclésiasticjue do l'électeur palatin. Ainsi fut fait, et 
c'est à peu près à cela que se borne tout ce que nous avons à dire de Wi- 
gand. Mais il eut le bon sens, gendre de professeur qu'il était, de ne pas 
avoir pour sa fille Véronique de trop hautes visées et de la marier aussi à 
un professeur, spectable Jérémie Wild, de l'académie de Lausanne; puis, 
il eut le mérite de donner le jour à un homme remarquable, Frédéric Span- 
HEiM, dont nous avons maintenant à nous occuper. N'oublions pas seule- 
ment que Jérémie avait un cœur de père el qu'il mourut en pleurant de 
Joie à la leciure d'une letîre de son fils (1620). 

La naissance de Frédéric Spanheim a inauguré le XVH^ siècle, dont il 
fut, par son savoir, l'un des plus dignes représentants. Il vit le jour à 
Amberg, le 1^^ janvier 1600. A l'âge de treize ans il partit pour l'université 
d'Heidelberg ; mais il vint ensuite continuer ses études à Genève, et s'in- 
scrivit sur le livre du recteur, en 1619. Il n'y put malheureusement pas res- 
ter longtemps, car il lui fallait venir en aide à sa famille qu'avaient enve- 
loppée les désastres du Palatinat et, pour y parvenir, il alla remplir dans 
une famille du Dauphiné, chez le baron de VitroUes, gouverneur d'Embrun, 
une place d'instituteur. C'était en 1621. 11 resta peu néanmoins dans cette 
maison, et, après être allé voir Paris, il revint à Genève, d'où il tit encore, 
en 1625, un voyage en Angleterre. De retour, l'année suivante, dans notre 
cité, il y postula une chaire de philosophie, et, à propos des examens de 
logique et de physique subis par lui devant la vénérable compagnie, on lit 
dans les registres de ce corps, sous la date du 7 juillet 1626 : « En l'un et 
« l'autre exercice, il a donné un grand contentement et tesmoignage d'une 
«( singulière érudition, grande dextérité, clarté, facilité et promptitude. « 
Il ne tarda pas, d'ailleurs, à justifier par la publication de plusieurs travaux 
de philosophie {Thèses miscellanex loyices et physicse. Genevse, 1627, 
in-i^. — Thèses de prxdîcamentisetde anima. Genevse, 1 628, in-4°. — Pro- 
hJemata philosoph. miscellanea^ logica^physica, eihica. Genevae, 1628, 
in-4o. — De causis; disputatio philosophîca. Genevae, 1630, in-A°. — 
De substantia et accidente. Genevae, 1630, in-4") la bonne opinion que 
l'on conçut alors de lui, et qui le tit nommer, quinze jours plus tard, à la^ 
place vacante. 

Nous devons d'ailleurs mentionner encore, en ce genre, un ouvrage de 
sa plume bien postérieur : De consequentiis. Lugd. Batav., 1648, in-4o. 

Mais c'était un esprit trop actif et un cœur trop plein pour pouvoir s'en 
tenir à la pure spéculation. Dès le 28 mars 1628, il offrit ses services au 
corps qui dirigeait alors l'Eglise pour prêcher de temps à autre dans les 
chaires de la ville. On accueillit cette offre avec joie, et l'on ne tarda pas 
à lui montrer combii'.n l'on appréciait son dévouement; car, le 23 octobre 
1629, on lui accorda la bourgeoisie d'honneur, eu égard à son caractère., 

XII. — 7 



98 LA FAMILLE DES SPANHEIM. 

disent nos registres du conseil d'Etat. Le U mars 1631, on le nomma pro- 
fesseur de théologie à la place de Bénédict Turrettini, qui venait de mourir ; 
le 5 juillet 1633, il fut élu recteur de l'Académie pour le terme de quatre 
années, et, le 21 octobre 1637, déchargé de cet office « avec les témoigna- 
ges d'estime, est-il dit, que son grand mérite requérait. » 

Il y avait déjà quatre ans, toutefois, que la philosophie, la prédication et 
la théologie même n'absorbaient plus ses loisirs. Si le premier jubilé de la 
Réformation avait été pour sa plume l'occasion d'une intéressante publica- 
tion historique destinée à consacrer le souvenir de cette grande époque si 
importante pour la vie religieuse de Genève {Geneva restituta, seu admi- 
randa Reformationis genevensis historîa oratione sxculari expUcata. 
1 635, in-4°), il avait successivement fait paraître trois ou quatre ouvrages qui 
avaient attiré l'attetition sur lui comme publiciste (Le Mercure suisse, conte- 
nant les mouvements de ces derniers temjjsjusques en 1634. Genève, 1 634, 
in-8°. — Le Soldat suédois, ou Histoire de ce qui s'est passé en Suède 
depuis l'entrée du roi de Suède en Allemagne jusques à sa mort. Genève, 
1638, in-8°. — Commentaire historique de la vie et de la mort de messire 
Christophe^ vicomM de Dohna. Genève, 1639, in-/i-°. — Tableau d'une 
princesse, in-4°; réimprimé sous le titre de : Mémoires sur la vie et la 
mort de l'Electrice palatine. Leyde, 1645, in-i»), et dont les derniers 
avaient trait surtout à l'histoire du Nord. Le Nord devait redemander son 
enfant à Genève. 

En septembre 1641 , la reine de Bohême et les membres des Etats s'adres- 
sèrent au Petit Conseil de cette ville pour obtenir qu'on le leur rendît, afin 
qu'il pût remplir une chaire de théologie à Leyde. Les négociations durè- 
rent longtemps, quoique, au fond, Spanheim lui-même estimât qu'il ne 
pouvait pas résister davantage à des appels pressants et réitérés. Les pas- 
teurs genevois eurent beau dire qu'on leur arrachait les entrailles; il fallut 
qu'en octobre 1642 la seigneurie leur accordât son congé, ce qu'elle ne fit 
pas sans peine, et, dès lors, Spanheim fut, en réalité, perdu pour Genève; 
Il était devenu professeur à Leyde, où il se fit aussitôt connaître, par son 
^ discours d'entrée, sur la charge du théologien (Oratio inauguralis de of- 
ficio theologi. Lugd. Batav. Elzevir, 1643, in-4o). 

C'étaient des temps de lutte et de controverse que ceux où il y était ap- 
pelé. Précédemment déjà, un travail intérieur s'était accompli dans la pen- 
sée protestante, auquel le Synode de Dordrecht avait espéré mettre un 
terme par des canons qui seraient considérés comme infaillibles, et Span- 
heim, en enfant soumis de l'Eglise, avait eu bien soin de ne pas heurter 
cette orthodoxie officielle en traitant des doutes évangéliques [Dubia evan- 
lica, 284. Genevae, 1631-39, III part., in-4°, 1700, III tom., in-i", 2 vol.). 
1 continua jusqu'à la fin de sa carrière a servir la même cause, soit contré 



LA FAMILLE DES SPANHEIM. 99 

l'Eglise romaine, soit contre les tendances sectaires ou héréti(|ues qui 
s'étaient tléjà fait jour ou qui se manifestèrent bientôt au sein des Eglises 
protestantes. 

î! n'y avait rien d'original dans V Abrégé qu'il fit paraître de l'Arsenal 
anlicalbûlique de Daniel Charnier [Chamîerus contractus seu Panstra- 
tîx catholicx Epitome. Genevae , 1643, in-fo) ; mais c'était un service 
rendu à la cause prolestante que d'avoir condensé dans un seul volume ces 
quatre énormes in-folio. 

La tolérance que les gouverneurs des Pays-Bas accordaient aux anabap- 
tistes, contrairement au vœu du synode de Dordrecbt, réveillait contre eux 
une haine théologique d'autant plus vive, Spanheim intervînt, par deux 
écrits (Disputationes aiiabaptisticse. Lud§. Bat., 1643, in-4°. — D'iatriha 
hidorîca de origine, progressu et sectx Jnahaptistarum. Franckerae, 
1645, in-12), dans ce débat, dont, au reste, son attention devait être bientôt 
détournée par une discussion plus grave. 

Il y avait environ dix ans que l'école de Saumur, par l'organe de Camé- 
ron déjà, mais surtout par celui d'Amyraut, avait commencé une sorte de 
réaction contre les décrets de Dordrecht. Dans son Traité de la prédesti- 
nation et de ses principes différeiits (Saumur, 1634, in-S»), Amyraut 
avait enseigné que Dieu a résolu de sauver tous les hommes par Jésus- 
Christ, si toutéfois ils croient en lui, et il ajoutait que cette vocation géné- 
rale au salut leur donne le pouvoir physique de croire, mais non la force 
morale de le faire, celle-ci n'étant communiquée que par une vocation par- 
ticulière qui s'adresse aux élus. Traduit pour ce motif, en 1637, devant le 
synode d'Alençon avec son ami Testard, il avait déclaré, ainsi que lui, que 
« Jésus-Christ est mort pour tous les hommes suffisamment, mais qu'il est 
mort efficacement pour les élus seulement, et il avait rejeté les erreurs de 
ceux qui font de la foi, de l'obéissance, de la sainteté, des conditions au 
décret de Dieu en faveur des élus. Pierre Du Moulin et André Rivet, voyant, 
et avec raison, dans ces doctrines quelque chose qui s'écartait de celles 
que l'Eglise réformée avait professées jusqu'à ce moment, combattirent 
dans plusieurs traités les tendances arminiennes de l'école de Saumur. 
(P. Dumoulin, Lettres au synode d'Jlençon, en 1637, touchant les livres 
d'Amyraut et Testard, ou Examen de leur doctrine . Amst., 1638, in-12. 
— Examen de la doctrine des Messieurs Amyraut et Testard, touchaîit 
la prédestination et les points qui en dépendent. Amst., 1638, in-8°. — 
Eclaircissement des controverses salmuriennes, ou Défense de la doc- 
trine des Eglises réformées sur l'immutabilité des décrets de Dieu. 
Leyden, 1648, in-S». — A. Rivet, Decretum Synodi nationalis Caren- 
tone habitx anno 1644; item Consensus et testimonia ecclesiarum et 
docLorum prxstantium de imputatione primi peccati omnibus Adami 



100 LA FAMILLE DES SPANHEIM. 

posteris; collecta ah A. Riveto. Genevae, J. Chouet, 1647, in-8°. — Epi- 
stolx apGlogeticx ad criminationes M. Amyraldi de gratia unîversali. 
Bredse, 1648, in-8o. — Synopsis doctrinœ de nafiira et gratia, excerpta 
ex Mosis Amyraldi trac.îatu de prœdestiiiatione et FI conc'onibus gal- 
lice editis et Pauli Tesiardi, pastoris Blesensis, eirenico latine evulgato 
Amstelodami, 1649, in-8°.) D;i sein de l'université de Leyde, Spanheim éleva 
aussi la voix, et, dans plusieurs ouvrages successifs {Disputatio de gratia 
■imiversali (Lugduni Balavorum, 1644), — Exercitationes de gratia {Ibi- 
dem, 1646, 3 vol.)? — Epistola ad Matthxuui Cottierium super conci- 
liationemde gratia univer sali {Ihid., 1 648) , — Findicise, exercitatiomim 
de gratia universali adversus Moysem Amyraldum (Amstelodami, 1649), 
il répondit aux publications d'Amyraut. Il montra qu'en fait l'Ecriture, dès 
le III^ chapitre de la Genèse, enseigne l'existence d'une grâce particulière 
qui ne s'étend pas à tous les fils d'Adam, de Noé et d'Abraham, mais à 
quelques-uns seulement, et il s'appliqua à démontrer, par 'e raisonnement, 
que la volonté de pardonner à tous ne s'accorderait ni avec la sagesse ni 
avec la bonté de Dieu ; car il ne serait, dit-il, ni de l'une ni de l'autre de 
vouloir cette grâce universelle et de ne pas accorder à tous les moyens né- 
cessaires pour l'obtenir. Ce serait dire que Dieu veut ce qu'il sait fort bien 
ne devoir et ne pouvoir pas arriver. D'ailleurs, Spanheim put aisément faire 
bon marché des distinctions entre pouvoir physique et pouvoir moral , 
entre grâce suffisante et grâce efficace {Disputatio, I, p. 230, ss. Vid. 
Alex. Schwettzer, Die protest. Centraldogvien, II, 340). 

Les Findicix furent, en quelque sorte, pour Spanheim, le chant du 
cygne. Il parut bien encore de lui, à Genève, trois sermons sous le titre 
de Les thrônes de grâce, de jugement et de gloire (Genève, 1649, in-S"), 
déjà publiés à Leyde (Leyde, 1644). Mais Dieu avait décidé de le rappeler 
et, usé par tontes ces luttes, atteint dans sa santé par de continuels travaux, 
il mourut le 30 avril de la même année, avant d'avoir seulement accompli 
ses cinquante ans. 

Lorsqu'il avait quitté Genève, on avait répandu le bruit qu'il la quittait 
parce qu'il voyait d'un œil d'envie les succès de son collègue Morus. Mais Ge- 
nève n'avait point été injuste envers lui; elle avait fait tout ce qu'il était 
possible do faire pour le retenir. On lui avait témoigné la reconnaissance de 
la seigneurie pour ses services et pour la peine qu'il avait prise en faveur de 
l'Eglise allemande {Reg. du Conseil, l^"" mars 1642); on lui avait fait pré- 
sent d'une médaille d'or de la valeur de 12 pistoles f/6irf., 25 juillet); une 
foule nombreuse l'avait accompagné à son départ jusqu'à la distance 
d'une lieue de la ville et, après sa mort, non-seulement la Compagnie 
décida d'écrire (13 juillet 1649), à cette occasion, au Synode des Pays-Bas 
des lettres de condoléance, et offrit même à son fils Ezéchiel la survivance 



LA FAMILLE DES ÏPANHEIM. 101 

de ia chaire de philosophie qu'il avait lui-même occupée, mais encore, le 
26 mai '1654, on confirma en faveur de ses héritiers, comme de ceux de 
BenediCL Turretiini, les gratifica lions qui avaient é[é faites à chacun .de 
ces professeurs, et l'on prouva ainsi que les répubUques ne sont point 
ingrates. On avait, à la fois, apprécié en lui le prédicaîeur, le pasleur et le 
savant. 

Aux ouvrages de sa plume, que nous avons cités jusqu'à présent, il faut 
ajouter ceux qui suivent : Episiola ad Davidem Buchanum super coniro- 
versiis quihusdam qiœ in Ecdesiis anglicanis agitantur. Lugd. Bat., 
'1 645, in-S». — Laudatio fimehris Friderici Henrici Arausionensium prîn- 
cipis, NassovîsB comîtîs, dicta Leidae 4 Id. Maii '\ 647. — Oratio funehrîs 
in excessum Joannis Polyandri à Keerkhoven, dicta in audit. Lugd. Bat. 
'17 februarii '1646. Accedunt Allocutio Rectoris Leydensis ad prîncipem 
Guilelmum et Gricedia. Lugd. Bat., '1646, in-fol. — Lettre de consolation 
à un père sur la mort de son fils unique. — Lettre au prince Edouard 
quand il eut changé de religion. (Ces deux lettres, de date inconnue, 
ont été traduites du français en allemand.) — Disputationum theologica- 
rum syniagma. Genevae, ap. Chouet 1652, H part. in-4°. Niceron {Mém. 
pour servir à l'hist. des hommes illustres, t. XXIX, p. 35), et Chaufifepié 
{Dict. t. IV, p. 386, note), ont attribué à tort ce dernier ouvrage à Fré- 
déric Spanheim le fils. 

Frédéric Spanheim avait épousé, en 1627, Charlotte Du Port, et lorsque, 
en 1642, il quitta Genève pour Leyde, il emmena dans cette dernière ville 
deux fils, Ezéchiel et Frédéric, dont nous parlerons successivement. 

Ezéchiel Spanheim, né à Genève, le 7 décembre 1629^ avait treize ans 
quand il arriva à Leyde, et il fut placé à l'université de cette ville, sous la 
direction de deux maîtres célèbres, Heinsius et Sauiiiaise, à l'école desquels, 
doué de talents fort précoces, il fit dans la littérature classique de rapides 
progrès, S' umaise, en effet, voulait qu'à quinze ans déjà son jeune élève 
publiât une anthologie grecque, accompagnée d'un commentaire qui serait 
sorti de sa plume. Ezéchiel apprit bientôt l'hébreu et l'arabe, et malheureu- 
sement on lit porter au jeune arbie un fruil trop précoce : en 1645, il sou- 
tint contre l'ouvrage de Louis Cappel^ intitulé : Diatribœ de veris et an- 
tiquis Ebrœorum literis (Amstelod. 1645, in-12), des thèses où il prenait 
parti pour Buxtorf, et il affirmait que l'alphabet des anciens Hébreux n'est 
pas celui qui s'est conservé parmi les Samaritains {Thèses contra Ludovi- 
cum Cappellum pro antiquitaie litterarum hebraicarum. Lugd. Bat., 
1645, in-i»), et cherchait à démontrer, à l'appui de Buxtorf, ranti.iuiié de 
l'écriture carrée. (Voyez dans la Real Encyklopœdie fur protestantische 
Théologie les articles Buxtorf Johannes, der Sohn, et Cappel l ouis jeune 



102 LA FAMILLE DES SPANHEIM. 

(II ter Bd. §§ 482 et 570.) Bochart lui reprocha son erreur et donna lieu, 
de sa part, à une seconde publication du même genre qui parut en /164S. 
[De lîngua et lîtteris Hebrœorum. Diatriba I et II, Lugd. Bat., 1648, 
in-so.) 

Le père d'Ezéchiel était, comme on l'a vu, descendu dans l'arène au sujet 
des doutes soulevés par Amyraut contre la grâce particulière, et la mort 
l'avait surpris au milieu des débats d'une manière si inopinée, que le fds 
crut devoir ajouter à la défense des exercices que son père avait publiés 
sur la grâce, un Appendix destiné à y donner encore plus de force 
{Jppendlx vindîciarum. Disquisitio critica contra Amyraldum. 1649, 
in-8«}. 

Cet ouvrage attira vraisemblablement sur lui l'attention de l'Eglise de 
Genève, car on voit dans les registres de la Compagnie que, dès le com- 
mencement de /|650 (16 février), si ce n'est même dès la fin de 1649, on 
olîrit à Ezéchiel Spanheim la chaire de philosophie que son père avait occu- 
pée. Il accepta avec empressement l'appel d'une ville où il était né, qui 
était la métropole du protestantisme de langue française et où il s'agissait 
avant tout, pour lui, d'occuper un poste d'honneur, non une place lucrative. 
Mais il n'y garda pas longtemps l'enseignement de la philosophie et plu- 
sieurs étrangers, des Allemands entre autres, ayant manifesté le désir de 
prendre des leçons d'art oratoire (6 septembre 1650), il deuianda lui-même 
et obtint de la Compagnie (10 janvier 1651) et du Petit Conseil (11 janvier) 
de porter le titre. 

Il était arrivé à Genève ayant déjà reçu à Leyde la consécration au saint 
ministère, et l'on a de lui deux Discours sur la crèche et sur la croix de 
notre Seigneur (Genève, 1655, in-'12l et in-8«, Berlin, 1695), prononcés 
d'abord en latin et imprimés par lui en français. Enfin il publia de VHis- 
toire critique du Vieux Testament par Richard Simon un compte rendu 
sous forme de lettre [Lettre sur l'Histoire critique du Vieux Testament 
de Richard Simon, in-8o, 1678; Rotterdam, 1685), et sur Flavius Josèphe des 
Notes et une Chronologie témoignant de l'érudition qu'il avait acquise et de 
son intérêt pour la révélation. (Notœin Flavium Josephum et Chronolo- 
gia Josephi, jointes à celles d'autres auteurs parSg. Itavercamp dans l'édi- 
tion que celui-ci a faite de cet historien. Amsterdam, Leyde et Utrecht. Il 
part, in-fol.) 

Mais ces deux derniers ouvrages furent comme des récréations théologi- 
ques, au milieu d'un tout autre ordre d'idées, et il y avait longtemps déjà 
qu'il avait embrassé une carrière bien dilféreine de celle du saint ministère. 
Dès l'année 1652, c'est-à-dire un an après sa nomination au professorat, il 
s'était laissé ou fait nommer, quoique ministre, membre du Grand Conseil 
de la république ; et ce n'était pour lui qu'un échelon pour s'élever à de tout 



LA FAMILLE DES SPANHEIM. 



103 



autres emplois. Au bout de peu de temps, il fut nommé gouverneur du fils 
de Charles-Louis, éiecleur palatin, et il profita de ses loisirs dans cette place 
pour cultiver, non-seulement la littérature grecque, mais encore le droit 
public allemand {Discours sur les affaires d' /illemagne et sur le vica- 
riat de V Empire. in-4°. Du Palatinat et de la dignité électorale contre 
les prétentions du duc de Bavière. Heidelberg, '1657, in-4°) et l'histoire 
des empereurs romains {Les Césars de Vempereur Julien, traduit du 
grec, avec des remarques et des preuves tirées des médailles. Heidelberg, 
4 660, in-8°; 2® édit., Paris, 4 683, in-4°. — Curse, in Julianum imperatorem, 
et Gyrilli libros, X, contra eumdem, et Ohservationes ad Juliani oratio- 
nem primam. Lipsiœ, 4 696, in-fol. — Orbis Romanus seu ad constitu- 
tionem Antonini imperat. de qua Ulpiayius, leg. XVIl Digestis de statu 
hominum, Exercit. II. Lugd. Bat., 4 699; editio secunda, Londini, 4703, 
in-4°, et in Grgevii Antiquitt. t. XI}. 

Dès lors le monde se présenta à lui comme un vaste champ où pourrait se 
déployer, son ambition politique. Il obtint la permission de visiter l'Italie et 
s'éprit à Rome d'une science qui tient de près à l'histoire, savoir la numis- 
matique. Mais, surtout, muni de lettres de recommandation pour de hauts 
personnages, il visita Christine ^ reine de Suède, à laquelle il dédia son 
premier ouvrage en ce genre (4); la princesse Sophie, petile-fille de 
Jacques et mère de ce Georges, duc de Hanovre, qui devint, en 4 61 4, roi 
d'Angleterre, au préjudice de la maison des Stuarts; puis d'autres princes ou 
princesses encore. La princesse Sophie obtint de l'èlectour palatin, son fils, 
l'autorisation de ramener Spanheim en Allemagne, en 4 665. Dès ce moment, 
s'ouvre pour lui une carrière diplomatique où le ministre du saint Evangile 
oublie presque entièrement ses anciens travaux, et où il nous serait bien 
difficile de raconter avec quelques détails son activité. 

Envoyé presque aussitôt à la cour de Lorraine, puis à celle de l'électeur 
de Mayence, il assiste, pour les affaires du Palatinat, aux conférences d'Op- 
penheim et di- Spire. Il passe en France et de là, en 1668, il est momenta- 
nément envoyé au congrès de Bréda. Dans un troisième voyage à Heidel- 
berg, il tombe gravement malade; mais, aussitôt guéri, il est chargé de 
l'ambassade de Hollande, puis envoyé en Angleterre, auprès de Charles lî, 
pour y représenter le prince palatin. L'électeur de Brandebourg, en 4 679, 
demande à ce dernier l'autorisation de l'investir aussi pour son compte du 
même caractère, et obtient bientôt qu'Ezéchiei Spanheim passe exclusive- 

(1) Dissertationes de usu et prœstantia numismatum antiquorum. Romse, 1664, 
in-4°; Amsttlod., D. Elzevir, 1671, in-4"; Londres et Amsterd., 1706-1717. It v. 
in-i". De nummo Smyrnœor. inscripto 2//upvc/.twv Trpuraveïs, etc. Dialriba. Paris, 
1672, in-8", a la sniln du Traité des Médailles de Seguin, et dans le Thesaur. 
Antiq. roman, de Graevius, t. p. 660. — Epistolœ quinque ad Morellum, 1683, 
in-S" (Explication de médailles). — Ohservationes et conjectures in numisrriata quœ- 
dam, seu Epistolœ ad Laurentium Begerum. Colon. Brandenb., '1691, in-^°. 



LA FAMILLE DES SPANHEIM. 



ment à son service. De Londres, le même électeur le fait, en 1680, aller 
comme envoyé extraordinaire à Paris, où Spanlieim reste neuf ans en cette 
qualité, sauf deux absences qu'il fait, l'une pour aller à Berlin recevoir la 
dignité de ministre d'Etat (1683), l'autre pour aller à Londres féliciter 
Jacques II de son avènement. Au terme de ces neuf ans, il retourne à Ber- 
lin pour goûter un peu les douceurs de la retraite et les charmes de l'étude. 
Mais la paix de Ryswick donne occasion de le renvoyer en France comme 
ambassadeur (1697-1702), et de là, décoré du litre de baron par l'électeur 
de Brandebourg, devenu roi de Prusse, il est transféré au poste de Londres, 
où il meurt le 7 novembre 1710 à l'âge de 81 ans. 

M. l'ambassadeur se souvint bien de temps à autre de Genève, où il 
était né, et qui lui avait témoigné, ainsi qu'à son père, confiance et consi- 
dération. Le 15 mai 1668, il était venu visiter cette ville et les anciens amis 
de sa famille; le 2 novembre 1675, pendant qu'il était à Londres, il avait 
fait offrir ses services à la république pour la faire comprendre dans la 
paix générale, services acceptés avec reconnaissance; en octobre 1688, il 
promit encore ses bons offices, en faveur de Genève, à M. Amy Lefort, 
envoyé de cette république à la cour de France. 

Mais on voudrait savoir qu'il a fait quelque chose, au nom de l'électeur 
qu'il représentait, pour s'opposer, durant son séjour à Paris, aux persécu- 
tions contre les protestants et à la révocation de TEdit de Nantes , et l'on 
voudrait surtout qu'il eût toujours voué ses facultés certainement remar- 
quables aux travaux sérieux et relevés qui l'occupèrent quelque temps 
seulement. On lit quelque part que, sur la fin de sa vie, il regretta de s'être 
ainsi laissé absorber par les choses de la terre et de n'avoir pas consacré 
ses talents et ses forces au service de Dieu. Il aurait donc alors reconnu 
combien est vraie cette parole de Salomon : « Vanité des vanités ! Tout est 
vanité. » Malheureusement l'imposant portrait qu'on voit de lui à la biblio- 
thèque de Genève n'a certainement pas éîé peint quand il était sous l'em- 
pire d'un tel sentiment. 

Outre les ouvrages de sa main que nous avons déjà cités, on a encore 
de lui : 

Observatîones in Callimachum. In edil. Ultraject., 1697. — Notœ. se- 
lectx in Strabonem. In edit. Amstelod., 1707. — Observatîones in très 
priores Jristophanis comœdias. In edit. Kusteri, 1710, in-fol. — Notœ 
in jElii Aristidis opéra. In edit. Jebb., Oxford, 1722. — Observatîones 
in Thucydidem. In ediî. Duker, Amstel., 1731. 

Spanheim {Frédéric)^ frère du précédent, naquit à Genève le 1^'" mai 
4632. Il avait donc 10 ans quand il dut, en 1642, aller à Leyde avec son 
père et toute sa famille. Il se voua de bonne heure à l'étude, qu'il cultiva 



LA FAMILLE DES SPANHEIM. 



105 



sans vues mondaines et intéressées, et, après avoir fait sa philosophie sous 
Hereboord, il fut reçu docteur en cette faculté, le 12 juillet 1651. Fidèle 
au vœu que son père avait exprimé avant sa mort de lui voir étudier la 
théologie, il s'y appliqua avec ardeur, sous la direction de Trigland, Hei- 
danus et Coccéius; et, après un brillant examen, i! fut reçu candidat en 
1652. Il se mit aussitôt à prêcher dans différentes Eglises de la Zélande, et 
remplit à Utrecht les fonctions pastorales avec un tel succès qu'Alexandre 
Morus, qui, de Genève, était venu s'établir à Leyde, en conçut, dit-on, 
quelque ombrage (1). Cependant l'électeur palatin Charles-Louis voulait 
relever l'université d'Heidelberg; il appela Spanheim à y remplir une chaire 
de théologie (1655), quoique celui-ci n'eût alors que vingt-trois ans, et le 
jeune savant, pour montrer qu'il en était digne, tint à honneur de ne se 
rendre à ce poste qu'avec le grade de docteur qu'il postula et obtint à 
Leyde avant son départ (2). 

La renommée de Spanheim allait grandissant, et son noble caractère n'y 
contribuait pas peu, comme nous le dirons. Aussi, plusieurs Eglises cher- 
chèrent-elles à l'enlever à l'électeur palatin pour se l'attacher comme pas- 
teur ou comme professeur. Telles furent, entre autres, l'Eglise de Lyon, 
l'Académie de Lausanne, l'université d'Harderwick, celle de Francfort-sur- 
rOder, celle de Franckel, qui lui ofifrit, en outre, la place de gouverneur 
d'Henri-Casimir, jeune prince de Nassau. Spanheim resta sourd à leurs 
sollicitations; il ne se laissa ébranler que par celles de Leyde, où son père 
avait ensigné et où il fut lui-même, en octobre 1670, nommé professeur de 
théologie et d'histoire sacrée. Il eut même l'honneur d'être nommé quatre 
fois recteur de cette université et d'en être le bibliothécaire, ce qui prouve 
bien quel cas on faisait de son érudition. D'ailleurs, il y soutint les doctrines 

(1) Quelque opinion qu'on ait sur la convenance de ce passage dans un sermon 
sur Talhéisme, on ne peut aiéconnaître qu'il y a une certaine verve dans le 
morceau que voici : « Qui auroit dit, en l'an 1672, que Dieu dénaesleroit tant 
de désordres, qu'il éclaireroit tant de ténèbres, qu'il rétabliroit tant de captifs 
et qu'il réduiroit à rien tant de conquestes? Qui auroit dit, à voir notre jeune 
Joseph (Guillaume 111, prince d'Orange) dans la haine des puissans, dans la sujec- 
tion et flans le mépris, que Dieu l'établiroit sur toute cette Goscen, par des voyes 
si peu attendues, par la naissance d'une cruelle guerre, par de fatales pertes, par 
les succez d'un conquérant, par le soulèvement des peuples, par la roideur de 
quelques-uns, et par des changements que toute la sagacité des hommes ne pou- 
voit prévoir? Qui auroit dit enfin que ceux dont la fortune au milieu de cet 
état paraissoit si belle, dont Fautorité étoit si grande, dont les bâtimens étoient 
si splendides, dont les lieux de plaisance étoient si délicieux, dont les coffres 
ou magazins étoient si bien garnis, dont le cœur étoit si joyeux et les lèvres si 
remplies d'éjouissance; qui auroit* dit que soudainement surviendroient des 
doigts comme de main d'homme^ des arrêts funestes, une mort imprévue, des 
exécutions sanglantes, des ennemis ravisseurs, des tourbillons impétueux, etc.? 
{L'Athée convaincu, en quatre sermons sur le verset 1 du psaume XIV. Leide, 
1676, iii-8".) Le sermon d'où est extrait ce passage fut prononcé le 8 mars 1676. 

(2) La thèse qu'il publia à cette occasion : Bisputatio inauguralis de quinquar- 
ticulanis controveisii.s pridem in Belgio agitât is, était écrite en faveur des doc- 
trines de Gomar. Elle fut réfutée par un arminien nommé Arnold Poëlenburg. 



106 LA FAMILLE DES SPANHEIM. 

calvinistes contre celles de Descartes et de Coccéiiis dans trois écrits qui 
produisirent une sensation assez forte (i), niais dont Heinslus et ¥v. Ben. Gap- 
zov blâmèrent l'âpreté (%). Et, comme ses ouvrages théologiques y étaient 
fort appréciés, on alla, pour qu'il ptàt s'y consacrer plus complètement, jus- 
qu'à le décharger de son enseignement. Mais ce soulagement était pour lui 
l'avant-coureur d'un repos plus complet auquel il aurait dû être bientôt 
condamné par la maladie. En 1695 il fut attaqué d'une paralysie qui attei- 
gnit la moitié du corps. Remis momentanément, il ne se laissa point dé- 
tourner par là de ses travaux de prédilection; mais, peu à peu, l'âge et la 
fatigue offrant au mal une facile prise, il mourut, le 18 mai 1701, à 69 ans. 

11 se distinguait, avons-nous dit, par un caractère vraiment noble et in- 
dépendant. En effet, pendant son séjour à Heidelberg, suivant l'exemple de 
Jean-Baptiste, il ne craignit pas de blâmer énergiquement, au risque de 
s'attirer la colère du prince, le projet de divorce qu'avait formé l'électeur 
palatin afin de pi endre une autre épouse. Cette conduite était d'autant plus 
honorable qu'elle se distinguait profondément de celle de son frère et de 
celle d'autres docteurs, et, quelles que soient les doctrines qu'un homme 
professe, quand il fait preuve d'une conscience aussi droite et indépen- 
dante, on se sentira toujours pénétré d'un sentiment de respect. 

OEuvres de Frédéric Spanheim^ le fils. 

Spanheim a laissé un nombre considérable d'ouvrages qui forment trois 
in-folio et qu'il voulait publier lui-même ; mais la mort le surprit au mo- 
ment où venait de paraître le premier volume. Jean Marck, son disciple, 
d'abord, et ensuite son collègue, publia donc les deux autres (3). Nous de- 
vrions ici, pour en donner la liste, suivre pied à pied l'exemple de Niceron 
et de Chautïepié, qui ont transcrit tel quel le contenu de chaque volume. 

(1) La Philosophie du chrétien. Genève, 1676 ; De novissimis circa res sacras 
in Belgio dissidiis. Lugd. Bat., 1677, in-8°; Epistola ad amicum de prœfationis 
Frisiœ accusationibus . curn animadversionibus necessoriis ad censuras, fictiones 
et contumelias famosœ scriptionis Johannis van der Wayen. Ultrajecti, 1684, in-8°. 
C'est à la même LOiitrovci\se qae >e rattache le passage suivant, que nous em- 
pruntons encore aux sermons mentionnés ci-dessus : «Faut-il, ô douleur! que 
je sois décrié pour un tiomme qui n'en veut qu'aux disciples de deux grands 
tiomme=, qui ne tâche qu'à inspirer des soupçons d'athéisme contre la piété et 

l'innocence? Suis-je donc responsable ou de l'ignorance, ou de la mauvaise 

volonté, ou de pesanteur d'oreilles, en ceux qui. ayant esté de mes auditeurs, 
ont peut-être fait de ces rapports au pri^judice de la vérité, et de la réputation que 
je conserveray jusques à la fin, dans l'esprit de tous ceux qui me connaissent, 

de vouloir tout faire pour la paix de Jérusalem? On a publié partout assez 

plaisamment que j'avais animé nos souverains a dresser des croix contre MM. les 
cartésiens. » 

(2) Burmanni Sylloge epistoL à viris illustribus scriptarum. Leyde, 1727, 
t. V, pp. -289 et 295. 

(3) Cette collection a pour titre : Fr. Spanhemii Opéra, qua.tenus complectuntur 
geographiam, chronoLogiam et historiam sacram atque ecelesiasticam. Lugd. 
Batav., 1701-1703. lil vol. in-folio. 



LA FAMILLE DES SPANHEIM. 



107 



Mais il nous a para que nous donnerions une idée plus précise de l'étendue 
de son activité, si nous les répartissions suivant les divers domaines où elle 
s'est exercée. Tel est donc l'ordre auquel nous allons nous conformer en 
faisant suivre chaque traité de chiffres romains, indiquant le volume où on 
le trouve dans l'édition in-folio : 

A. SCIENCES NATURELLES. 

De Cometarum et naturx totius admirandis, II. 

B. PÉDAGOGIQUE. 

De corruptis emendandîsque studiîs Oratio. 1693. II. 

C. INTRODUCTION A LA THÉOLOGIE. 

La Philosophie du Chrétien. Genève, 4 676. In-12. II. — De Doctore 
theologo. II. — De Auditoriis veteruiu. IL — De Sacrarum antiquita- 
tum prxstantia. II. — Sermo academicus pro commendando studio so- 
crse. antiquitatis, recitatus in aiiditorio iipsiensi, cum prselectiones his- 
toricas auspicaretur^ anno 1672. I. — De divina scripturarum origine 
et autoritaie ^ contra prof anos, Oratio. Heidelbergae, 4 657. ïn-4°. II. 

D. ISAGOGIQUE ET EXÉGÈSE. 

Observationes in Leviticun historicx, typicœ et morales. Ces observa- 
tions ont été recueillies, pendant ses cours, par ses étudiants. II. — De 
vota Jephfœ. Heidrlbergse, 1659. Se trouve encore après le suivant : — De 
antiquitate et obscuris liistorix Jobi^ sive de obscurcis historiœ ejus Com- 
mentarius. Gènes 3d, 1670. ln-4"; Ludg. Bal., 1672. In-8«. II. - Findicia- 
rum biblicarum, sive examinis locorum controversorum Feteris Tes- 
tamenti libri très. Ces trois livres ne roulent que sur une partie de 
l'évaui^ile de saint Matthieu. L'auieur n'en a pas donné la suite. Les deux 
premiers livres parurent à Hei-elberg, en 1663, in-i», et le troisième ne 
fut publié que vingt-deux ans plus tard, en 1665, à Leyde. III. — De his- 
torien evangelicœ scripioribus et sigillatim de Marco evangelista 
exercitatlo academica. Heii'elbcrgae, 1659. In-8°. Ifem dans les Critici 
sacri d'Angleterre. T. X, p. 733. II. — Exercitatio academica incaput 
septimuiii EpîsiolœS. Pauli ad Romanos. lll. — Tractatus de autore 
Epistolse ad Hebrœos^ 1668. IL 

E. ARCHÉOLOGIE BIBLIQUE ET HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE. 

Introductio ad Geographiam sacram. Lugd. Bat., 1679. In-S". Cet 
ouvrage, fort augmenté, parut une seconde i'ois, sous le titre : Geogra- 
phia sacra et ecclesiastica. Francfort, 1698. In-4o. Il a été traduit en 
allemand par Jérôme Dicelius, et ainsi imprimé à Leipzig en 1704. In-8. L 
Introductio ad historiam et antiqultates sacras. Lugd. Bat., 1674, in-12. 
Cet ouvrage parut à son insu, p^;r les soins d'un de ses disciples. Span- 
heim le revit et le publia, de nouveau, sous le titre : Historia ecclésia- 
stica feteris et Novi Testamenti. Ludg. Bat., 1683. li y avaii joint une 
Chronologia sacra. I! le continua d'ailleurs dans un livre plus complet : 
Introductio ad Chronologiam et Historiam sacram ac prœcipue chri- 
stianam ad tempora proxima Re/ormationi, cum necessariis casligatio- 
tionibus Csesaris Baronii. Dans ce volume, l'histoire ecclésiastiipie ne va 



108 



LA FAMILLE DES SPANHEIM. 



que jusqu'à la lin du Vl^ siècle. — L'auteur fit paraître un deuxième vo- 
lume en 1687 (Ludg. Bat. In-4°), comprenant les quaire siècles suivants. 
Et, enfin, il poursuivit celte histoire jusqu'aii commencement de la Fiéfor- 
mation, dans une édition qui a pour lilre : Summa kistoricx ecclesias- 
ticx à Christo nato ad sxcuhmi XFÎ inchoatuiri. PrcEinittitur docirina 
temporum, cum oratione de Christianumo dégénère. Lugd. Bat., 1689. 
!n-'12, pp. 'i0t)4. L — De Âposfolis duodecim et apostolatu stricte dicto 
Disseriatio. lll. — De couver sionis Paulinx epocha deque Pauli historia 
et nomîne Dissertatio. II. — Disquisitio tripartita de traditis antiquis- 
simis cancer sionibus Lucil Britonum régis, Julix Mammex Augustx et 
Philippi Imperatoris , patris et filii. II. 

F. THÉOLOGIE DOGMATIQUE. 

Collegii theologîci habiti anno 1657 de principio theologiœ. Par- 
tes V. ill. — Décades theologicx octo : î. De religione; IL De verbo 
scripto; III. De Deo; IV, DeTrinitate; V. De personis divinis in specie ; VI. 
De actibus Providenliae; VII. De actibus electionis; VIII. De aotibus repro- 
bationis. III. — De statu instituto primi hominis Disputatio theolo- 
gica, m. — De actione Del hominemindurantis. Disputationes thealo- 
gicx IV. m. — De personarum accepiione in divinis Dissertatio- 
nés m. Ces trois dernières dissertations avaient paru séparém.ent sous le 
titre : Dissertationum historico-theologicarum Trias. Jccedunt dispu- 
tiones de actione Dei hominem indurantis. Heidelbergae, 1664. ln-8. ill. 
— De fundamentalibus fidei articulis Dissertationes undecim. Ibidem. 

G. THÉOLOGIE POLÉMIQUE. 

1° Controverse antijudaïque. 

De causis incredulitatis Judseorum et de Couver sionis mediis. Lugd. 
Bat., 1678. In-8o. ç^^x, ouvrage parut d'abord seul; mais Spanbeim l'inséra 
plus tard dans son Elenchus controversiarum. III. 

2" Controverse anticatholique. 

De dégénère Christianismo Oratio. Ludg. Bat., 1688. In-8°. II. — De 

prxscriptione in rébus fidei adversus novos methodistas pontificios 
exercitatio academica, 1079. III. — De ficta profectione Pétri apostolî 
iti urbem Romam deque non una traditionis origine dissertatio. II. — 
De sensu canonis Concilii Nicxni /, deque juribus veterum Metro- 
poleôn et romani patrlarchalus Dissertatio . \\. — De ecclesix grxcx et 
orlentalls a romana et papali in hune dlem perpétua dissensione, 
adversus Allatium, Jrciidium, et Echellensem^ etc., Dissertatio. II. — De 
ficia collatlone Imperii in Carolum Magnum per Leonem III, roma- 
num pontlficem, contra Baronium et nuperos Hypervspistas. IL — De 
Papa fœmina inter Leonem IF et Benedictum lïl Disquisitio historica. 
Ludg. Bat., 1691. In-8''. II, 14. Jacques Lenfant a traduit cet ouvrage en 
français, sous le tiire : Histoire de la papesse Jeanne (idellement tirée 
de la dissertation latine de M. Spanheim. Cologne (Amsterdam), 1694. 
ln-12, 2^ édition, augmentée. La Haye, 1710, "2 tomes in-12. ~ Exerci- 
taiiones historicx de origine et progressa controversix iconomachicx 
sec. Vlll oppositx nuperis scriptoribus L. Malmburgio et Natali 
Alexandro. Partes II. Leyde,1685. \ï{-hP . — Historia imaginum. restituta 
prxclpue adversus Ludovlcum Maimburgium. et Natalem yilexan- 
drum. Ludg. Bat., 1686. In-12. IL — Spécimen strlcturarum ad li- 
bellum nuperum episcopi Condomiensis, cum Prxfationis supplemento. 



LA FAMILLE DES SPANHEBI. 



109 



Âccedît de prxscriptionis jure adversus 7iovos Methodistas Exercitatio 
academica. Liidg. Bat., 'léS!. 111-8°. Cel ouvrage est dirigé contre VEx- 
posiïion de la doctrine catholique, par Bossuet. 111. — Xenîa romano- 
catholicorum justo pretio sestirnata et xeniis protestantium pari af- 
feciu relata. Jutore Timotheo Philaletha. \\\. — Lettre à un ami, sur 
les motifs qui ont porté un réformé à se rendre de la communion de 
Rome, où l'on répond aux illusions d'une 7iouvelle méthode. III. 

3° Controverse interprotestante. 

Disputatio inauguralis de quinquariiculanis controversiis, pridem 
in Belgio agitatis. I!î. — Epistolx dux responsorix ad litteras Mel- 
chioris Leydeckeri dejabula acceptilationis. Ludg. Bat., 4 675. In-12l. IIÎ. 
— De novissiniis circa res sacras in Belgio dissidiis. Ludg. Bat., 1677. 
In-S". II. — Epistola ad amicum de Prsefationis Frisiœ accusationibus, 
cum animadversionibus necessaims ad censuras, fictiones et contume- 
lias famosse scriptionis Johannis van der TVayen. Ultrajecti, 1684. 
In-8°. IL — Animadoersationes de Ecclesiaruni politia varia et libéra., 
deque anglicano episcopatu , adversus fictiones nuperi criminatoris. 
Ludg. Bat., 1684. Cet ouvrage est encore dirigé contre Jean van der 
Wayen. ;I. — Judicium expetitum, super dissidio anglicano et capiti- 
bus quse ad unionem, seu comprehensionem faciunt. L'éditeur a joint à 
cet ouvrage une lettre de Frédéric Spanheim le père, à David Bucfianau, 
sur !e même sujet. IL — Selectiorum de Religione controversiarum, etiam 
cumGrxcîs et Orientalibus , et cumJudseis, nuperisque antiscripturariis, 
Elenchus historico-theologicus. Ludg. Bat., 1687, in-'l2; Amstelod., 
1694, in-8«; ibid. , 1701, in-8«; Basileae, 1714, in-4°. lîL 

H. THÉOLOGIE PRATIQUE. 

1° Liturgique. 

Diatriba de veterum propter mortuos baptisrno in 1 Cor. XV, 2'J. 
Ludg. Bat., 1673. In-8°. III. — De rîtu impositionis manuum iîi Ecclesia, 
ac dégénère ejus usu Diatriba. II. — De ritibus quibusdam prœcipiie 
sucramentalibus in Ecclesia vetere, ac precatoriis Diatriba, ducens ad 
prudentiam, christianam circa eorum in protestantium ecclesiis dis- 
sonnantian. IL 

2° Prudence pastorale. 

De dissidiis Theologorum eorumque causis. Heidelbergse , 1660. 
In-4*'. IL — De zelo pseudo-theologico. Ce petit ouvrage se trouve à la 
suite de Christophori Irenœi Parsenesis ad Joan. Fred. Mayerum ob 
ejus de Pietistis veteris Ecclesix commentum. Magdeburgi , 1697. 
In-i°. III. — De prudentia Theologi. IL 

3° Homilétique. 
a) Sermons. 

Sermon de la fin de l'homme. Heidelberg, 1659. In-12. IlL — Le Sou- 
venir salutaire ou Sermon sur Jpoc. Il, 5, prononcé en l'Eglise de 
La Haye, le 14 mars jour solennel d'actions de grâces pour la 
paix avec le roi de la Grande-Bretagne. La Haye, 1674.' In-S". Dédié à 
S. A. Monseigneur le prince d'Ornnge. — L'Athée convaincu^ en quatre 
sermons sur le verset \ du psaume XIV. Leyde, 1676. In-8", tout trad. ei! 
flamand. Amsterd., 1677. ln-8". IlL — La Consolation de l'Eglise en 
deux sermons sur les Lament. UI, 12, et sur Esa'ie XLII, 3. Prononcé 



110 



LA FAMILLE DES SPANHEIM. 



dans l'Eglise de La Haye. 1686. In- 12. Dédiés à S. A. Royale Madame la 
Princesse d'Orange. — Les Vœux de la Hollande. Sermon prononcé à 
La Haije, le W février /|69'i,.;owr de prière et d'actions de grâces, au 
sujet de l'heureuse arrivée du roi de la Grande-Bretagne ; sur le 
Psaume LXXFL \%. La Haye, 1691. In-8. — La gratitude de Jacob, 
Sermon sur le verset du chapitre XXVlll de la Genèse, prononcé à 
Groningue en 1694. Leyde, 1694, ïn-8. IH. 

h) Discours de circonstance et oraisons funèbres. 

De erigendis animis in hac Reipublicx batavx constitutione Oratio. 
1672. IL — Oratio de Belgicx restitutx admirandis. Liîdg. Bat., 1674. 
In-8°. H. — Allocutio ad fVilhelmum Britannix regem etMariam ejus 
conjugem. Lugd. Bat., ^689. In-fol. H. — Super excessu Elizabethae, 
paiatini elecioris matris regiae. (1680). H. — Oratio funebris in obitum 
Jîitonii Hulsii in Academia lugduno-batava grxcx lingux professo- 
ris (1685). II. — Laudatio funebris Marix, reginx Britannix (1695). H. 
— Dedicationes et Inscriptiones. Ce sont les préfaces et les épîtres dédi- 
catoires qu'il a mises à la tête de quelques ouvrages. H. 

I. BIBLIOGRAPHIE. 

De Bïbliothecx lugduno-batavx novis auspiciis Oratio. 1674. IL — 
Catalogus Bibliothecx publicx lugduno-batavx. Accessit incompara- 
bilis Thésaurus librorum orientalium, prxcipue manuscriptorum. Lugd. 
Bat., 1674. In-4^ IH. 



MÉLANGES. 

lUlVË liETTRB JUARQUI^ F. OU «f AU€OURT 
à Famii al Verhuell (1833). 

On nous communique la lettre suivante qui a passé il y a quelque temps 
dans un catalogue d'autographes (1). Elle émane d'un homme qui a rendu 
aux Eglises rélormées de la France nouvelle d'éminents services, et dont 
le souvenir est demeuré gravé dans le cœur de tous ceux qui l'ont connu : 
nous avons nommé le marquis François de Jaucourt, ancien membre de 
nos assemblées politiques, rapporteur de la loi du 18 germinal an X au 
corps législatif, membre du gouvernement provisoire de 1814 et ministre de 
la marine, puis pair de France, décédé à l'âge de quatre-vingt-treize ans, 
en 4 852. Celte lettre est adressée à un de ses collègues qui a aussi Joué un 
rôle important dans nos Eglises, l'amiral VerhuelL Enfin, elle nous révèle 
un détail intéressant de l'histoire administrative des cultes protestants. 

(1) Catalogue de lettres autog'^aphes, etc., ri'A. Lnverdet (nov. et déc. 1860"), 
i)° 5472. «Lettre autogr., signée du marquis de Jaucourt, à l'amiral Verhuell. 
a Mai 1832.2 pages pl. in-8. Lettre curieuse, relative à la nomination de M. Guizot 
« à la direction des cultes non catholiques, en remplacement de M. Cuvier. » 



MÉLANGES. 



lil 



Elle méritait, à tous ces titres, d'être recueillie au passage. La date est 
incomplète en ce qui touche le millésime, mais comme fort heureusement, 
dans ce temps-là, le malencontreux usage des enveloppes n'était pas encore 
répandu, le timbre postal conservé sur l'adresse même lui donne la date 
certaine de 1832 (29 mai). Le contenu prouve d'ailleurs qu'elle est de peu 
de temps postérieure à la mort du baron Cuvier. 

A M. ramiral comte Verhuell, pair de France, 
rue de Madame, à Paris. 

Nous sontimes assurés que M. Guizot consentira à se charger des 
fonctions de M. Cuvier^ je veux dire de la direction des cultes pro- 
testants, et non catholiques, Rien^ dans les circonstances présentes, 
ne pouvait, ce me semble, mon cher amiral, s'offrir de plus favora- 
ble. Ce choix fera honneur au gouvernement, dont il prouve la 
franche protection pour les cultes non catholiques, et à M. Guizot, 
qui, prenant modestement des fonctions qui le placent en position 
inférieure, ne veut voir que l'avantage de la chose. M. Guizot est 
l'homme le plus parfaitement étranger à tout esprit de partialité 
entre les dissidents et nous, qu'il soit possible de trouver : par consé- 
quent, le plus conciliant. Il convient à ceux de la Confession d'Augs- 
bourg, comme à nous, et si, comme il est probable, ce n'est que pour 
un temps très court que M. Guizot doit remplir ces fonctions, il sera 
naturellement placé pour désigner son successeur. Tout cela me 
semble parfait. 

Si je n'allais pas à Melun, je suivrais cette affaire, et c'est parce 
que je m'en vais pour plusieurs jours que je vous demande, mon 
cher Amiral, de faire ce que je voulais faire, et de le faire comme il 
vous appartient mieux et plus vite que moi. 

11 semble que ce qu'il y a de plus pressé, c'est de vous adjoindre 
un de nos pasteurs, et avant tout M. Marron, deux ou trois per- 
sonnes du Consistoire, deux au moins des luthériens, tels que Bois- 
sard et Bartholdy père, peut-être Wurst, d'aller chez M. Girod (de 
l'Ain), et de lui dire que nous lui parlons de M. Guizot avec la certi- 
tude que son dévousnrient aux intérêts de nos Eglises le dispose à 
remplir les mêmes fonctions que remplissait M. Cuvier, c'est-à-dire 
directeur des affaires des cultes non catholiques salariés par l'Etat. 
Nul doute que le choix ne convienne au gouvernement et ne lève 
bien des obstacles. 



112 



MÉLANGES. 



Adieii^ cher Amiral; je serai absent au moins huit jours, et je vou- 
drais bien^ à mon retour, avoir à vous offrir mes félicitations sur le 
succès de vos démarches. 

Mille amitiés. Jaucourt. 
Ce 29 mai. 

On ne savait peut-être pas que M. Guizot avait failli être ainsi chargé 
des fonctions que le baron Cnvior venait de laisser vacantes en 1 832. Pour- 
quoi le projet ne reçut-il pas d'exécution ? Quel revirement s'opéra après 
cette lettre écrite? L'amiral Verhuell ne donna-t-il pas suite à la demande 
qui lui était faite? Ne partagea~t-il pas les vues du marquis de Jaucourt ? 
Ou bien encore est-ce M. Guizot qui revint sur son acceptation? Est-ce le 
ministre, M. Girod de l'Ain , qui n'accueillit pas la proposition ? Nous 
l'ignorons. Toujours esl~il que M. Auguste Latîon de Ladébat, qui avait 
exercé sous le baron Cuvier les fonctions de chef du bureau des cultes pro- 
testants, demeura chargé des mêmes fonctions, et qu'il ne fut point pourvu 
au remplacement de M. Cuvier. 

Nous rappellerons à ce propos qu'après avoir formé sous le premier em- 
pire un bureau de l'Administration générale des Cultes, les cultes non ca 
tholiques, par suite de la dévolution à un prélat, en 1819 ou 1820^ du por- 
tefeuille des Affaires ecclésiastiques, furent renvoyés au ministère de l'In- 
térieur, et que là ils se trouvèrent, par la plus singulière des anomalies, 
rattachés au bureau des Beaux-Arts, dont le chef n'était autre que le cé 
lèbre M. de Lourdoueix, plus tard directeur de la Gazette de France. Ce 
nom dit tout. 

C'est pour faire cesser cette aventure, peu favorable (on le pense bien) 
aux intérêts des cultes non catholiques, que vers 1828, sous le ministère 
Martignac, on obtint qu'ils fussent remis à la haute direction du baron 
Cuvier, conseiller d'Etat. On sait, qu'après lui, à défaut de la combinaison 
dont parle la lettre ci-dessus reproduite, les affaires de ce service ayant passé 
aux mains de M. Auguste Laffon de Ladébat, furent ensuite confiées à M. Fré- 
déric Cuvier, puis à M. Charles Read, et enfin à M. André Sayous. Elles ont 
été alternativement dans les attributions du ministre de l'Intérieur, de celui 
de la Justice, cl enfin de celui de rinstruclion publique, qui les régit encore 
aujourd'hui. 



Grrata. — Tome XI page 452, ligne 20 : Vallet, lisez Vallot. 

Page 453, ligne 17 : Durant, — Duranc. 

Page 454, ligne 13 : id., — id. 

Page 459, ligne 3 : l'enfant, — les deux enfants. 

Page — ligne — : Winthinsen, — Winthuisen. 

Page 461, ligne 36 : Gabriel, — Gariel. 

Page 462, ligne 23 : Maguelorme, — Maguelonne. 

Paris. — Typ. de Ch. Meyrueis et f/, nie des Grès, 11. —1863. 



Les Membres de la Société et Souscripteurs ont appris qu'une me- 
sure désirée dans l'intérêt de l'œuvre, par ses meilleurs amis, a pu 
enfin êtî^e prise. 

Un Secrétariat- Agence a été établi pour seconder la Direction et 
la Rédaction du Bulletin, le siège de l Agence demeurant d'ailleurs à 
la Librairie, rue de Rivoli, 174, oU les recouvrements se centrali- 
sent comme par le passé, et où les communications doivent être adres- 
sées à M. le Secrétaire-Agent de la Société. 

Tout nous fait espérer que cette amélioration, longtemps souhaitée, 
mais difficile à réaliser, portera cette fois les meilleurs fruits pour la 
Société. 



AONIO PALEARIO 

ÉTUDE SUR LA RÉFORME EN ITALIE 
PAR JlILHi» BO]V]\ET . 

Tn-12 de 348 pages. Chez Michel Lévy. Prix : 3 fr. 

IVouTelles pecliei'clies liistoriques tsiii* la \le et \e» 
ouvraiges du cliancelier de THospif al. Par A. -H. Taillan- 
dier, conseiller à la Cour de cassation. 1 beau vol. gr. in-8. (Didot). 



Madame de Mainteiioii et sa famille. Lettres et docu- 
t ments inédits publiés sur les manuscrits autographes et originaux, 
avec introduction, notes et conclusion. Par Henri Bonhomme, 
1 vol. format charpentier. (Didier). 



La Misère au temps de la fronde et saint Yincent de 
Paul. Un chapitre de Phistoire du paupérisme en France. Par 
Alph. Feillet. 1 vol. format charpentier. In-12. 3 fr. 50 c. (Didier). 



Elisa1$etl« et Henri IV (1595-1598). Par Prévost-Paradol. 
1 vol. in-8. (Michel Lévt) . 



Expose des Œuvres de la Cliaritë protestante en 
France. Par H. de Triqueti. 1 vol. format charpentier. (Ch. Mey- 
RUEis et C^). 

« Quoique les protestants français possèdent aujourd'hui une liberté complète, 
ils ont gardé;, des longues et cruelles persécutions qu'ils ont souffertes, une cer- 
taine inclination au silence et à la réserve sur leurs propres œuvres. Mais le bien 
est toujours d'un bon exemple, et il n'est pas inutile que l'on connaisse l'activité 
généreuse qui se manifeste au sein de la communion protestante. » 

(Prévost-Paradol. Journal des Débats du 14 février 1863). 



Iflonograpliie de l'Œuvre de Bernard Palissy. Suivie 
d'un choix des ouvrages de ses continuateurs ou imitateurs. Dessi- 
née et lithographiée par MM. Carie Delange et C. Borneman, avec 
texte par M. Sauzay, conservateur-adjoint au Louvre et J\f. Henri 
Delangle. 

La 'i" livraison vient de paraître chez l'éditeur, quai Voltaire, 5. Elle contient liuit 
belles planches grand in-folio. (Voir Bull., XI, 405.) 



Ou s'abonne à l'Ag^ence et chez les Correspondants. 




Journal inédit du Règne de Henri IV, par Pierre 
de rc^stoile. Publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque 
impériale^ par E. Halphen (Complément de toutes les éditions du 
Journal de l'Estoilé). Paris, 4862, A. Aubry, éditeur, 16, rue 
Dauphine. ln-8, de xx et 292 pages, sur beau papier vergé fort, 
dit de Hollande; titre rouge et noir, fleurons gravés en bois. 10 fr. 

^mWSi liE: mÈMM lilBHAIRE : 



Poésies d'Anne de Rohan-Soubise 

et lettres d'Eléonore de Rohan- 
Montbazon, publiées pour la pre- 
mière fois (par Ed. de Barthélémy), 
avec notes et introduction. 

Lettre en vers sur les Mariages 

de M"^ de Rotian avec M. de Cha- 
bot, de M"^ de Rambouillet avec 
M. de Montausier, et de 'W^ de 
Brissac avec Sabatier ('1645). Pu- 
bliées par M. W. M. 

Véritable Discours de la Naissance 
et Vie de Monseigneur le prince 
de Condé jusqu'à présent, à luy 



desdié par le sieur de Fiefbrun, 
publié d'après le manuscrit de la 
Bibliothèque impériale, par E. Hal- 
phen; suivi de lettres inédites de 
Henri II, prince de Condé. 

L'Enlèvement innocent, ou la Re- 
traite clandestine de Monseigneur 
le prince avec M""^ la princesse, sa 
femme, hors de France (1609- 
4610). Vers itinéraires, par C.-E. 
Virey, secrétaire dudit seigneur; 
publié d'après le manuscrit de la 
Bibliothèque impériale, par E . Hal- 
phen. 



Prix des 11 premiers volumes du Bulletin : 

Pour les nouveaux membres, chaque volume, 7 fr., et pour 
les nouveaux abonnés, 10 fr. 



IToir les !Statuts de la {Société^ page 6 du tome I. 



Le Bulletin est expédié par la poste (pour la France et les pays 
étrangers avec lesquels il existe des conventions postales), et les prix de 
souscription sont fixés ainsi qu'il suit pour les sociétaires et les abonnés : 



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Le taux de la cotisation n'est point 
un maximum. 

Chacun est invité et intéressé à faire 
connaître l'œuvre et à la propa- 
ger. ^ 

Paris et banlieue. . . . 

Départements 

Étranger 



sociétaires. 


Ire année. 


année 


(dr. de diplôme.) 


et suivantes. 


16 fr. 


6 fr. 


17 » 


7 » 


17 » 


7 » 



ABONNÉS. 



me année. 



Porl en sus^pour l'étranger 



13 fr. 
15 » 
15 » 



LX: FBZX DE CE CAHIER EST FIXÉ A 2 FR. 50. 



AVRIL, MAI. 



ir ANNÉE. - 1863. 



4 ET 5. 



'1 



^ DE L'HISTOIRE 



DU 



PROTESTANTISME FRANÇAIS 



DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS ET OBIGINAUI. 



xvr, xvir et xviii'' siècles 



« Et quant au premier point sur 
la réforroalioTi que .j'ay commen- 
cée et que j'ay delibérecontinuer 
par lajjrâce deDi^'u..., ie l'ay ap- 
prinse par la Bible que ie lis plus 
que les docteurs..., et n'ay point 
entreprins de planter nouvelle 
rel)gion en mes pais, sinon y res- 
taurer les ruinesde l'ancienne... 
le ne fay rien par force... Dieu 
nie monstre des exemples...» 

Jeanne d'Albret, Reine 
de Navarre au cardinal 
d'Armagnac. 
(Lettre du 18 d'aoust 1863.) 




Vos pèi^Sy OÙ sont-ils? 

( Zacbarie, I, 5. 



« le trouverois bon, qu'en chas- 
cuue ville, il y' eust personnes 
députées pour escrire fidèlement 
ies actes qui ont esté fait durant 
ces troubles et par tel moyen, la 
vérité pourroit estre réduite en 
un volume, et pourceste cause, 
le m'en vay commencer à t'en 
faire un bien petit narré, non pas 
du tout, mais d'uue partie du 
commencement de l'ICglise réfor- 
mée. » 

Bernard Palissy. 
Recepte véritable, etc., La Ro- 
chelle, lb63, page 103.) 



PARIS 

AGENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ 

174, rue (le Rivoli. (Écrire franco.) 

PaBIS. Ch. Meyrueis et C«. rr: GENÈVE. — Cherbuliez. 
LONDRES. — NTutt, 270, Strand. = Ibipsio. — T. -A. Brockhaus 
Amsterdam. — Van Bakkenès et C>e. = Bruxelles. — Mouron. 

1863 



TTPOGRAPHIB DB CH. MKyRUEI3 BT COMPAGNIE, RCB DES ORES, 11. 



114 



QUESTIONS ET REPONSES. 



et de Calvin, dont nous avons signalé la grande édition de i 535 (in-4, gotli. 
à l'épée)^ et la révision de Genève, 1540 [BulL^ I, 78). 

A la suite de l'épître préliminaire se trouve ce dizain qui mérite d'être 
rapproché des vers que nous avons reproduits {iUd., 81} d'après l'édition 
de 1535 : 

Dixain de la lecture du Nouveau Testament. 

N'est héritier auquel ne plaist lecture 
Du Testament que son Père a laissé : 
Encore moins, si de garder n'a cure 
Entre ses mains l'esprit du trespassé. 
Mais pour le vray, quand tout est bien pensé, 
Plus vaut un seul parfaict observateur 
Du Testament, que cent et un lecteur. 
Si croyons donc que Jésus nous est Père : 
Lisons, gardons en tout sans vitupère 
Le bon vouloir de nostre Testateur. 

Nous apprenons avec plaisir que ce précieux petit volume a été acquis 
par un de nos amis. 

Une médaille frappée à Rome en Phonneur de liouls XIV 
et de la réYocation de FEiilit de Nantes. 

A M. le Président de la Société de l'Histoire du Protestantisme 
français. 

Université de New- York, 10 janvier 1863. 

Monsieur le Président, 

Dans un article, sur la numismatique antiprotestante des papes et des 
rois de France publiée par votre excellent Bulletin (t. VIII, p. -487), 
M. Jules Chavannes a annoncé le fait singulier qu'il ne lui a pas été possi- 
ble de joindre aux médailles royales frappées en France pour perpétuer le 
souvenir de la révocation de l'Edit de Nantes, quelque autre témoignage 
analogue tiré de la collection des médailles pontificales. Si je ne saurais 
combler ce vide, au moins ai-je la satisfaction de pouvoir vous signaler une 
médaille frappée à Rome dans le but de célébrer un événement si agréable 
au monde catholique-romain. 

J'ouvre le Giornale de' Letterati pour l'an 1688, publié à Parme par 
Giuseppe dair Oglio et Ippolito Rosati. Au numéro de janvier, pp. 23-28, 
se trouve une communication provenant d'un correspondant de Rome, sous 
ce titre : Episiola^ sopra un medaglione nuovamente coniato in Iode di 
S. M. Christianissima. J'en transcris les passages les plus essentiels. 

« Rependam cum fœnore quod debui, opus mittens, quod et majestate 



QUESTIONS ET REPONSES. 115 

« personae, et materise gravitate, et illustri argumente, et singulari novitate, 
« caeterisque partibus, cedro dignum, eternitatem ab eruditissimo Ephetne- 
« ridum auctore unice sperat. Nummus is est, vel ut cum antiquis loquar 
« NuimiSMA nuper Romae Ludovico Magno Galliarum Régi, incerto auc- 
« tore^ vel si mavis ab universo catholico orbe cusum ob averuncatam in 
« Galliis Ugonotorum zizaniam, sanctiss. edictis hujus sœculi octuage- 
« simo quarto {sic) propositis, et subsequentibus regia via executioni de- 
« mandatis. Hujus hectypura hic habeo ex autographo desumptum. Et ut 
« scio te non raediocriter in nummismatum cognitione eruditum, ita hujus, 
« quod vel Triumphale a debellata Haeresi, vel Pacificum a Gallia Deo 
« reconciliata, vero, et catholico cultu restituto, vel Pium ab opère que 

« nullura magis pium esse potest, dicendum est, etc » 

Heroica Ludovici Magni ora sic inscribuntur : 

Ludovic. Magnus Fran. et Navar. Rex. Pat. Patr. Restit. Pietatis. 

« Cognomen Magni quod Alexandro, etc. Ludovicus XIV. non tantum 
« vicloriis innumeris jure merito adeptus est; verum restituta obedientise 
« summi Romanorum pontificis Deique unici in terris vicarii Galliae parte, 
« ad exemplar antecessoris Caroli [Charlemagne] heroico facinore confir- 

« mavit Verura restitutio in unura corpus civibus, qui relligionis pre- 

« textu a saeculo jam divulsi erant, unitateque relligionis caritate mutua fir- 
« mata, non potuit se Gallia continere quin omnium vocibus, omnium 
« plausu P. P. nomen Ludovico Magno deferret. 

« Restitutor vero Pietatis justius Ludovicus Magnus dictus est, quam 
« sapientissimi patris impurissimus filius Commodus Aug. qui cum Anubis 
« cultum RomaB reduceret Pietatis Auctor^ et Restitutor dici voiuit, cum 
« non œgyptium deum, non canem, non ignotam relligionem in Gallias re- 
« duceret, sed Dei termaximi, omnipotentis cultum verum, antiquumve 
« lapso saeculo à politicis novatoribus pene à galliis exulatum religlosissi- 
« musprinceps reduxit. 

« Sed adversam nummismatis partem inspiciamus. Unde num inscriptio 

« Sacra Româna Restituta? Ipsemet typus antiquitatem spirat : licet 

« cultus romani reductio catholico describatur altari ad exemplum anti- 
« quae arse formato, in quo, et Augustissimi Sacramenti Eucharistiae typus 
« adorandus, pontificisque maximi triregnum exhibetur, ut Gallia universa 
« Augustissimi Sacramenti adorationi pontificisque maximi cathedrae sub- 
« jectioni restituta Ludovico Magno ejus in genua procumbenti imperante, 
« appareat. y 

Le Giornale de' Letterati de Parme se trouve sans doute à Paris, et 
vous pourriez y voir la gravure de la médaille dont il s'agit, accompagnant 
cette lettre romaine. 



116 QUESTIONS ET REPONSES. 

Permettez que je vous exprime, en finissant, le vif intérêt avec lequel je 
suis les précieux documents historiques de votre Bulletin, dont je viens 
d'acquérir tous les volumes. 

Veuillez agréer, etc. Henry-M. Batrd. 



Un arrière-neyeu de Michel Montai ^ne^ érêquc ang-lican 
de Québec, au Canada. 

On annonce la mort de i'évêque anglican de Québec, le docteur Moun- 
tain, que sa piété sincère, sa charité, son zèle vraiment apostolique avaient 
rendu vénérable aux yeux de tous les habitants de son diocèse, sans dis- 
tinction de culte. Son nom n'est autre que celui de Montaigne anglicisé, 
et il descendait en ligne directe de Jacob de Montaigne, arrière-petit-neveu 
de Michel Montaigne, l'illustre auteur des Essais. Jacob de Montaigne 
s'était réfugié en Angleterre à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes. 
Dans sa lettre sur la mort de La Boëtie et dans les préliminaires de son 
Foyage en Italie, Montaigne parle d'un de ses cinq frères, le sieur de 
Beauregard, qui s'était fait protestant. 

Le révérend docteur Mountain, sans cesse occupé des besoins spirituels 
des fidèles confiés à ses soins, parcourait dans tous les sens, souvent à 
pied, son vaste diocèse qui a une étendue de 153,432 milles carrés et ren- 
ferme 417,856 habitants. Dans le but de répandre la connaissance de l'E- 
vangile, il visitait les villages et les fermes les plus éloignés, les plus inac- 
cessibles, ne reculant devant aucun danger et aucune fatigue. C'est lui qui 
a découvert, pour ainsi dire, les protestants des îles Magdelen, îles d'un 
abord difficile et situées à une vingtaine de lieues du Canada; il organisa 
leurs habitants en communauté et les mit à même de construire quelques 
petites églises. Sa mort a été un deuil véritable pour tout le monde. Pen- 
dant sa maladie, des prières furent dites pour lui dans les églises catho- 
liques de Québec, et le Courrier du Canada ^iommX ultramontain, a pu- 
blié un article où il rend à sa mémoire un juste tribut d'éloges et de 
regrets. 



C-Ii. Varnier, fils de <I.-«f. Varnier, et Cl.-A. ffioilefroy. 

Les noies généalogiques ont souvent plus d'intérêt qu'elles n'en ont l'air, 
soit pour l'histoire, soit pour les membres des familles qu'elles concernent. 
Ainsi, nous ne nous doutions pas que celle relative aux Varnier de Vitry- 
le-Français, publiée dans notre dernier Bulletin (p. 80), irait à l'adresse 
de quelqu'un de nos lecteurs, ou plutôt de nos lectrices les plus zélées. C'est 



QUESTIONS ET REPONSES. 



117 



donc avec une agréable surprise que nous avons reçu de Madame E. Goffarl- 
Torras la communication suivante, dont nous la remercions sincèrement : 

« Parmi les Farnîer dont la généalogie est contenue dans les derniers 
numéros de votre intéressant Bulletin, il faut ajouter le nom du vénérable 
Charles-Louis Varnier, né en 1739, fils de Jean-Jacques Varnier, bour- 
geois, et de Marie-Elisabeth Bourgoin. — Il était médecin des facultés de 
Paris et de Montpellier et de l'ancienne Société royale de médecine, médecin 
de la duchesse de Bourbon. 

« Tous ceux qui l'ont connu se souviennent encore de la bonté de son 
caractère, de son inépuisable bienfaisance. Il épousa une jeune veuve (en 
1768) nommée Judith Le Cointe, descendante de réfugiés normands, et 
veuve en premières noces de M. Gardelu, de Genève (dont elle eut une fille, 
mariée par la suite à Pierre Torras, d'une famille de réfugiés aussi). Pro- 
tecteur de tous les malheureux, il pensionnait la famille Calas, bienfait qui 
fut continué d'après ses ordres après sa mort. Madame Duvoisin, puis 
son fils, celui dont la fin fut malheureuse, touchaient une pension de six 
cents livres. 

« L'illustre Pyramus de Candolle avait épousé Mademoiselle Torras. Voici 
dans quels termes il parle de M. Yarnier dans ses remarquables Mémoires pu- 
bliés dernièrement par son fils, M. Alphonse de Candolle : « Je ne restai à Ge- 
« nève (1815) que le temps nécessaire pour embrasser mes parents, les 
« rassurer sur mon sort, et peu de jours après je partis pour Paris avec 
« ma femme. Nous savions le bon M. Varnier, second mari de la grand'- 
« mère de ma femme malade, et nous espérions arriver à temps pour le 

« voir Nous arrivâmes à Paris le 10 août; M. Varnier était mort la 

« veille, et je ne pus que lui rendre les derniers devoirs; je le fis avec une 
« bien sincère affliction, car je lui étais fort attaché et il m'avait toujours 
« témoigné de l'amitié. Il m'en donna une dernière preuve, en me laissant 
« un legs de l'SjOOO fr. Je lus l'année suivante une courte notice sur cet 
«f homme de bien à la séance publique de la Société philanthropique. » 

« M. Alphonse de Candolle a ajouté en note : « Le D'' Ch. -Louis Varnier, 
né à Paris en 1739, avait publié quelques mémoires estimés sur des ques- 
tions anatomiques. Il s'était retiré de bonne heure de la pratique médi- 
cale, soit parce que sa fortune le lui permettait, soit à cause des désagré- 
ments que ses confrères lui avaient suscités pour ses opinions sur le 
magnétisme animal. Les quarante dernières années de sa vie furent consa- 
crées à de bonnes œuvres, comme de donner des soins gratuits aux pauvres 
malades, de distribuer les secours accordés par la Société philanthro- 
pique, etc. » 

« Les 1 2,000 fr. légués à M. de Candolle, étaient ceux que M. G.-Augusle 



118 QUESTIONS ET REPONSES. 

Godefroy, contrôleur général de la marine, avait légués à son cousin ger- 
main, M. Varnier. — Il mourut en 4 812. M. A. de Candolle possède la no- 
tice publiée par son père. 

« M. Gabriel-Auguste Godefroy, contrôleur général de la marine, était fils 
de Charles Godefroy, riche banquier. Protecteurs éclairés des arts l'un et 
l'autre, leurs cabinets de tableaux étaient renommés. Leur grand-père de- 
vait être capitoul de Toulouse, comme semble l'indiquer la suscription du 
portrait qui est entre les mains de mon cousin le docteur Bontin, lequeb 
par suite de partages de famille, possède les beaux portraits de famille 
laissés par M. Godefroy à mon grand-père, M. Torras, son légataire uni- 
versel. Plusieurs de ces tableaux sont peints par le célèbre de Troy. M. Go- 
defroy était célibataire. 

« Voici comment M. Henri Delaroche, père du peintre illustre Paul Dela- 
roche, s'exprima sur son compte en 4813, après avoir rappelé ses talents 
d'homme public : 

« Je ne puis mieux faire son éloge qu'en empruntant une partie du dis- 
« cours touchant prononcé sur sa tombe par M. Grand-Pierre, avocat, et 
« exécuteur testamentaire de ses dernières volontés : « Fut-il un homme plus 
« intègre, plus délicat, plus vertueux que le respectable vieillard dont nous 
« avons sous les yeux la dépouille mortelle. S'il m'était possible de le suivre 
« dans les actions les plus secrètes de son existence passée, que d'actes de 
« bienfaisance n'aurais-je pas à citer, comme autant de preuves de sa sensi- 
« bilité et de la bonté de son cœur. Mais comment ces actes de bienfai- 
« sance pourraient-ils être recueillis, lorsque la délicatesse de ses senti- 
« ments les lui faisait exercer dans le silence et lui faisait une règle de les 
« oublier au moment même où il les effectuait? » 



Une délibération synodale relative au pasteur du Désert 
•larousseau (l'3'65)r 

Le livre si intéressant de M. Pelletan, le Pasteur du Désert^ a donné 
assez de célébrité au pasteur Jarousseau pour que tout ce qui peut servir 
à compléter la biographie de cet ancien ministre de l'Evangile doive être 
recueilli avec soin. 

Ce pasteur visita les Eglises de l'Agenais, en 1764; il y bénit quelques 
mariages, et il paraît qu'il ne se montra pas rigoureux observateur des rè- 
gles de la discipline. Son cœur généreux le fit passer sur bien des difficul- 
tés devant lesquelles les pasteurs de nos Eglises avaient cru devoir s'arrê- 
ter. Il procéda, notamment, au mariage d'un ministre dissident que toutes 
les délibérations consistoriales et synodales de cette époque appellent 



QUESTIONS ET REPONSES. 1^.9 

schîsmatique. Les Eglises du Haut, Bas-Agenais et Périgord réunies en 
synode provincial, les 14, 15 et 16 août 1765, ayant pour modérateur 
M. Yiala, pour modératenr adjoint M. Dumas, pour secrétaire M. Rena- 
teau, délibérèrent ce qui suit : 

Article 13. « L'assemblée prend en considération les demandes des 
Eglises du Haut-Agenais, au sujet de la tournée que fit M. Jarousseau, 
pasteur de Saintonge, au mois de novembre 1764, dans le quartier de 
Tonneins-Dessous, parmi les scMsmatiques , et en quelle qualité il a 

marié le sieur La compagnie cliarge MM. les modérateurs d'écrire 

à ladite province de Saintonge pour qu'elle nous rende raison de cette 
conduite. » Alph. Lâgarde. 

Tonneins (Lot-et-Garonne), déc. 1862. 



liiste des pasteurs des O^lises réformées du Berry 
et de l'Orléanais 5 au commencement du XVII^ siècle. 

(Voir t. XI, p. 420, et XII, p. 7.) 

L9L Rochelle, 20 mars 1863. 

Monsieur le président, 
. Vous avez déjà reçu de M. Petit une réponse à la question relative aux 
pasteurs des Eglises réformées du Berry et de l'Orléanais, principalement 
au XYIP siècle. Je crois devoir vous adresser à mon tour un extrait du 
registre matricule de tous les pasteurs de la France en 1603, dressé par le 
synode national de Gap, que j'ai trouvé parmi les papiers légués à l'Eglise 
de La Rochelle par M. le docteur Bouhereau (Voir BulL, VI, 8). Ces pièces, 
récemment arrivées de Dublin, sont au nombre de 370, tant imprimées que 
manuscrites, dont quelques-unes paraissent intéressantes. Nous venons 
d'en faire le catalogue, et nous nous occupons d'un nouveau classement. 
Lorsque ce travail sera terminé, nous pourrons vous le communiquer et 
voir s'il y a quelque chose à en tirer pour votre publication. 
Veuillez agréer, etc. Delmas. 

Le registre matricule dressé au synode de Gap a été, comme l'on sait, 
inséré par Aymon dans le recueil des Jetés synodaux, et M. Haag Ta 
reproduit à la suite du synode de 1603, parmi les Pièces justificatives de 
la France protestante. Mais l'extrait que nous communique M. Delmas est 
un peu différent du texte imprimé, et il fournit une preuve de plus de l'in- 
croyable défectuosité de l'ouvrage d* Aymon et de la difficulté qu'on éprouve 
à l'amender, puisque M. Haag, qui a déjà apporté tant de rectifications aux 
noms propres, en collationnant Aymon avec le Synodicon de Quick, avec 
divers manuscrits, et en recourant aux biographies et aux cartes géographi- 



120 



QUESTIONS ET REPONSES. 



ques, a laissé subsister encore des incorrections, des erreurs, des bévues, 
soit de copie, soit de typographie, telles que celles que nous constatons 
dans ce peu de lignes. 

Ainsi, pour ne pas parler de la division de la province en trois colloques, 
qui a disparu dans Aymon, et de l'ordre interverti des Eglises, il indique 
pour l'Eglise de La Chastre un pasteur nommé De Launay, au lieu de 
Du Gravier^ et pour celle de « Gynville de l'Umeau » (sic), un nommé 
De la Rochedeigne, tandis qu'il fallait lire : De la Roche, désigné ministre. 
Le mot désigné, écrit sans doute en abrégé et paraissant faire corps avec 
le nom, s'y est ainsi incorporé par l'inattention de l'auteur et du correcteur, 
et a passé tel quel à M. Haag et à la postérité. On voit combien sont justifiées 
les observations que nous avons déjà faites au sujet de l'ouvrage d' Aymon 
(II, 252), et celles de M. Haag lui-même, qui a raison d'appeler son travail 
de révision un « travail de Sisyphe » (Pièces justif.^ p. 273). 

Cela dit, voici l'extrait parte in qua communiqué par M. Delmas. 



ORLÉANS ET BEERY. 



Colloque de Blesois. 



Orléans 

Beaugency et Lorges . 

Mer 

Blois 

Chasteaudun . . . . 
Romorantin . . . . 
Joinville et Lumeau . . 



M. du Moulin. 
M. de Chambaran. 
M. Bourguignon. 
M. Yigner. 
M. Simson. 
M. Brun. 

M. de la Roche, désigné ministre. 



Colloque de Gyen. 



Sancerre 

Chastillon-sur-Loin . . . . 
Chastillon-sur-Loire . . . 
Corbigny-lez-Saint-Léonard . 

Jargeau 

Espenille 

Pifons et Sens 



Gyen 



M. Fontaines. 
M. Pinette. 
M. d'O rival. 
M. Melet. 



M. Le Noir. 
M. Maufanglar. 



M. Boucher. 
M. Gerault. 
M. Chartier. 



Colloque de Bourbonnais et Berry. 



Issoudun 
Aubusson 



M. de Beauval. 
M. Vernier 



QUESTIONS ET REPONSES. 121 

La Chastre . M. du Granier. 

Le Chirac M. Jurieu. 

Saint-Amand M. Jamet. 

Argenton M. de Rieux. 

« M. Berger, deschargé, auquel sont données quatre portions. — M. Gar- 
nier, vieil ministre à Sancerre. En tout, vingt-sept portions de pasteurs.— 
Six Eglises à pourvoir. — Trois proposants. » 



liCS pasteurs de l'Ang^oumoîs, depuis (CalTin et du Tillet 
(1534-1805). 

Pour dresser cette liste de plus de 50 noms, nous avons eu recours à 
divers documents intransportables, entre autres les Réponses du syndic 
du clergé d' Angoulême aux mémoires des Eglises prétendues réformées 
d'Jngoumois, qu'on ne trouve qu'à la bibliothèque du chef-lieu de cette 
ancienne province, et que nous avons déjà mentionnées dans une commu- 
nication précédente (XI, 410-412). Il a fallu également consulter les regis- 
tres de baptêmes, de mariages et de décès de différentes mairies du 
département de la Charente, ce qui ne nous a pas toujours donné une suc- 
cession chronologique rigoureuse. Au sujet d'une des localités importantes 
de la contrée, on lit dans ces Réponses: « Le 17 juillet 1607, Pasquet Mas- 
son et Jean de la Rue, syndics des habitants de la R. P. R. de Segonzac 
présentent requeslre au prevost royal de Bouteville, tendante à ce qu'il 
leur fust permis de bastir un temple pour l'exercice de leur fausse reli- 
gion dans le bourg de Segonzac, au lieu qu'ils avoyent acquis. » Alors le 
magistrat fit une enquête pour savoir si la religion réformée avait été plu- 
sieurs fois exercée audit lieu, et appela huit habitants de Segonzac, deux 
de Bouteville, deux de Saint-Preuil et un de Ladiville. « Ils déposent, dit 
le document, tous ensemble et d'un commun accord, que l'exercice de cette 
religion s'est fait publiquement et ordinairement au bourg de Segonzac 
durant les années 1596 et 1597, sous le ministère du sieur François Ga- 
bart, qui lors estoit pasteur en ce lieu, et non-seulement en ces deux années, 
mais auparavant les troubles de 1560. « Après ces informations, le prévôt 
les autorisa à construire un temple qui n'est pas celui d'aujourd'hui. Les 
protestants de ce bourg eurent beaucoup à souffrir dans le temps des per- 
sécutions. Parmi les chroniques contemporaines et les pièces trouvées dans 
les papiers de l'ancien pasteur Bordes, dont le fils est maire de Segonzac, 
l'une rapporte que, le 30 décembre 1758, le lieutenant de dragons Dendré, 
compagnie de Londandière, au régiment Dauphin, entra dans la boutique 



122 



QUESTIONS ET REPONSES. 



du sieur Roumage, et lui dit qu'il le regardait comme un de ses amis ; qu'en 
conséquence il était venu l'avertir de ne point se rendre aux réunions inter- 
dites, et d'empêcher qu'il s'en fît à Segonzac, qu'autrement il s'en pren- 
drait à lui, qu'il se rendrait, avec ses soldats, au lieu de l'assemblée, la 
dissiperait, et qu'on en parlerait longtemps^ menace ordinaire des gens 
chargés d'extirper la Réforme partout où elle prenait racine. 

Voici les noms des pasteurs que nous avons rencontrés dans les docu- 
ments indiqués plus haut, à l'exception des quatre premiers : 



Jean Calvin, 
Louis du Tillet 
L'abbé de Bassac, 
Antoine Ghaillon, 



Angoulêmel 



1534. 



[Temps d'obscurité). 



Bordier, 

Feriûl, 

De la Porte, 

Lacroix, 

De la Chaussée, 

Huchot, 

Margot, 

Garnaud, 

Magnen (1), 

Hyrosme, 

Portrat, 



1563. 



1572. 



1577. 



1579. 



1583. 



Rousset ou Rossel? (2) XVI» siècle. 
Rossignol, 1585. 
Bergemont (Segonzac), 1590. 
François Gabart {Ib.), 1596, 1597. 



Lagaric, 

Hamilton (3) (Jarnac), 
Exaget, ^ 
Marcon, > 
Chantefoin, ; 
Barin (4), 
J. Jarousseau, 
Rogère, 
Homare, 
Jouneau, 
Benjamin de Daillon, 
Ch. -A. Gounon, dit Pra 

don, originaire du Vi 

varais, 
Pellissier, 
Gibert (5), 
Pierre Solier, 
Dugas, 
Martin, 
Carier, 
Pries (6), 



1613. 
1659. 

XVn<* siècle. 

1676. 
1677. 

1678. 
1684. 



1746. 
1747. 
1752. 
1755. 
1759. 
1761. 

XVI1I« siècle. 
1761. 



(1) Il fut reçu au ministère par le synode provincial de Tonnay-Charente, en 
1560, et fut donné pour pasteur à l'Eglise de La Rochelle. Il se retira plus tard 
en Angleterre, si c'est bien celui-ci. 

(2) Théophile Rossel^ après ses études à Sedan, fut placé à Cognac, où il resta 
vingt-cinq ans. 

(3) Il figure sur les registres de Barbezieux. « Le 4 juin 1651, Charles Drehn- 
court prononça, dans le temple de cette ville, en présence du synode provincial, 
un sermon sur ces paroles : «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon 
« Eglise » (S. Matth. XVI, 18). Ce temple fut détruit, comme tant d'autres : il 
y en a un nouveau depuis quelques années. — Les protestants de Jarnac se réu- 
nirent, en 1589, dans une grange, qui devint leur temple en 1603. Les Réponses 
du syndic disent qu'ils s'assemblèrent successivement au château des comtes du 
lieu, sous la halle, et près des fossés de la ville. 

(4) Il y a eu un ministre de ce nom réfugié en Hollande, qui a publié un ou- 
vrage à Ûtrecht, en 1685, sur la cosmogonie mosaïque. 

(5) Pasteur du Désert dans la Saintonge voisine de l'Angoumois. 

(6) Il y eut un Pries pasteur à Conthenans (Haute-Saône), qui se retira chez 
les frères moraves. Voir le Journal de l'Eglise de VUnité des Frères^ juillet 1836, 
n° 1. Il voyagea. 



QUESTIONS ET REPONSES. 



123 



Jarousseau (parent du 
précédent?), 



1764. 



Désiré, 
Alb. Besson, 



1778. 
1780. 
1784. 



P. Dupuy, 
J. Dupuy, 
Liard, 



1772. 



1771. 



Mazauric, 
J. Bordes, 
Bastie, 



1792. 



1803. 
1805. 



Pougnard, 
Viala (1), 



1773. 
1777. 



Berneaud, 



Tels sont les noms offerts par les plus anciens registres de cette contrée : 
on voit que plusieurs de ces pasteurs n'évangélisèrent le pays que momen- 
tanément, obligés qu'ils étaient de fuir devant la persécution ou de porter 
leurs pas ailleurs pour annoncer l'Evangile du salut. La France protes- 
tante ne fait connaître que quelques noms d'entre eux, Magnen ou Mai- 
gnen ou Magnan, Barin, Rousset ou Rossel, Yiala et Gibert, sur lesquels 
nous avons donné une courte note d'après cet ouvrage, tout en n'étant 
sûr que des deux derniers. Peut-être qu'un jour il sera possible, avec 
de semblables listes partielles, de présenter un ensemble alphabétique de 
tous les pasteurs des Eglises de France, depuis la Réformation, en les ac- 
compagnant de quelques lignes biographiques. On connaît, par les registres 
de l'Académie que fondèrent Calvin et Th. de Bèze, en 4559, et par ceux de 
la vénérable Compagnie, les pasteurs que la Rome protestante envoya dans 
notre patrie dès le XV1« siècle et jusqu'à nos jours, puisque encore mainte- 
nant de nos compatriotes vont faire leurs études à Genève et viennent 
ensuite soutenir leur thèse, soit à Strasbourg, soit à Montauban, nos deux 
facultés de théologie. 

Dans ce vaste tableau, l'Angoumois où Calvin répandit les premières 
semences de l'Evangile, occupera une place d'une certaine importance, 
comme le prouve cette longue liste de pasteurs missionnaires ou sédentai- 
res. Nous fûmes appelé, en 1834, à succéder au dernier inscrit, après une 
courte suffragance. G. Goguel, pasteur. 



Renseignements sur la famille Houssemayne du IBoulay. 



La double demande de renseignements qu'a enregistrée le Bulletin, de 
la part de M. Francis du Boulay et de celle de Madame la baronne de Wol- 
zogen, née Houssemayne du Boulay, et qui a été publiée dans le cahier de 
juin 1861 (X,218), peut recevoir une seule et même réponse. 

Les deux familles n'en font qu'une, il serait facile de le prouver. 

(1) Viala, Michel, pasteur du Désert, fit une tournée dans le Poitou, comme 
on le voit par la correspondance d'Ant. Court. 



(Voir t. X, page 217.) 



124 QUESTIONS ET REPONSES. 

Il sera moins facile d'éclaircir la tradition, sans douté altérée, qui veu 
que les Houssemayne du Boulay soient une branche cadette des marquis 
d'Argens, d'Argenson ou d'Argenton, tradition qui se retrouve dans les 
branches qui subsistent encore aujourd'hui, soit en Angleterre, soit à 
Berlin. 

Le Trésor des Chartes (J. 292) contient, sous cette rubrique et sous 
le n° 4, une pièce dont l'analyse a été donnée dans le Cabinet historique 
(vol. de 1861, p. 179): « Procuration de Guy d'Argenton, seigneur dudit 
lieu, en Poitou, par laquelle il fait son procureur Guillaume d'Argenton, 
chevalier son neveu, et autres, pour vendre cent livres de rente que Geofroy 
d'Argenton et dame Jeanne de Surgères ses père et mère et Guy de Surgères, 
père de ladite Jeanne, avoient droit de prendre sur la receple de Saint-Ange 
etprevosté de la Rochelle. L'an 1404. Scel. » 

On sait que le célèbre Philippe de Commines était seigneur d'Argenton; 
or, Argenton-le-Château était un petit village des Deux-Sèvres, à 17 kilo- 
mètres nord-est de Bressuire, qui fut presque entièrement brûlé dans les 
guerres de Vendée. 

Un autre Argenton-sur-Creuse, également chef-lieu de canton (Indre), 
plus ancien que le précédent, connu sous le nom d'Argentomagus, à 34 kilo- 
mètres ouest de la Châtre, pourrait bien avoir été l'apanage du confident 
et historien de Louis XI. 

Mais si les armes communiquées par M. Francis du Boulay sont bien celles 
de la famille Houssemayne du Boulay, elles n'ont aucun rapport avec celles 
des d'Argenton (en Berry et Poitou), qui portent d'or à un écusson d'azur 
chargé de trois fleurs d'or, posé en abîme, d'or, accompagné de huit tour- 
teaux de gueules en orle. 

Resterait la famille d'Argenson, en Touraine dont les armes (Voyer de 
Paulmy), d'azur à deux lions léopardés, couronnés d'or, sont écartelées de 
celles de Gueffaut d'Argenson, qui sont d'argent à la fasce de sable. Ces 
dernières ont un rapport évident avec celles qu'a communiquées M. du 
Boulay : d'argent à la fasce ondée de gueules. 

Il faudrait donc en référer à la généalogie des familles Voyer de Paulmy 
et Gueffaut, marquis d'Argenson, pour voir s'il y a là autre chose qu'une 
coïncidence fortuite, car penser à l'ami du grand Frédéric, le philosophe 
Boyer d'Eguilles, marquis d'Argens (1704-1771), dont la famille était pro- 
vençale, c'est ce que la tradition de famille nous a rapporté d'abord, mais 
que le plus léger examen ne permet d'admettre (1). 

Si, laissant de côté la question de savoir si la famille Houssemayne du 

(1) Les armes de cette famille sont : d'azur à l'étoile d'or, chargée d'un écus- 
son d'azur à une fleur de lis du second; au chef d'argent. [Armoriai général 
des fam. nobles et patrie, de l'Europe. J.-B. Bietstap, Gand, 1861.) 



QUESTIONS ET REPONSES. 125 

Boulay est sortie elle-même d'une famille qui possédait le marquisat d'Ar- 
genton ou d'Argenson, que nous ne sommes pas à même de résoudre, on 
s'attache à rechercher les origines directes du nom et de la famille Housse- 
mayne du Boulay, un peu plus de précision est possible. 

César Egasse du Boulay, né vers 1610 à Saint-EUier (village de la pro- 
vince du Bas -Maine, situé à peu de distance de la frontière du départe- 
ment d'Ille-et-Vilaine, dans le département de la Mayenne, à 12 kilomètres 
environ nord-ouest d'Ernée, chef-lieu de canton), fut d'abord professeur 
d'humanités au collège de Navarre, puis recteur et historiographe de l'uni- 
versité de Paris, mort dans cette ville le 16 octobre 1678, il a laissé divers 
ouvrages dont Bayle donne la liste. Le savant recteur fut-il l'ancêtre des 
Houssemayne du Boulay d'aujoud'hui ? Il serait imprudent de l'affirmer, 
mais cette hypothèse n'a rien que de plausible. 

Le Boulay ou Boulay, est un petit village du département de la Mayenne, 
à environ 1 6 kilomètres nord-est de Villaines, chef-lieu de canton, et sa po- 
sition à l'est du département de la Mayenne est presque sur le même degré 
de latitude queSaint-Ellier, qui en est distant d'une vingtaine de kilomètres 
à l'ouest. 

Que César Egasse du Boulay eût pris le nom d'un village voisin où 
il pouvait posséder des propriétés, et que ce nom d'emprunt ait fait oublier 
son nom patronymique de Houssemayne, cela n'aurait rien que de très or- 
dinaire. 

Quant à l'origine de ce dernier nom, question dont la solution pourrait 
apporter sa part d'éclaircissements, le nom de Mayenne s'écrivait indiffé- 
remment, avant le XVIII^ siècle, Mayne, Maine et Mayenne. (H. Martin, 
Hist. de France, IX.) Cette dernière orthographe n'a prévalu que depuis un 
siècle environ. Mais voir dans Houssemayne une altération des mots Haute- 
Mayenne, n'en déplaise à Madame la baronne de Wolzogen, ce serait faire 
sans profit violence aux règles de l'élymologie, qui, toutes larges qu'elles 
soient, veulent que la tin juslitie les moyens. En 1562, Jean-Erard Housse- 
maine, mari de Catherine Gervaisseau, était bourgeois d'Alençon. {France 
protestante^ art. Caiget.) 

Le 19 mai 1681, Henri de Houssemaine, docteur en médecine, neveu de 
Henri de Lussan, « apotiquaire du roy, » assista à l'enterrement de ce per- 
sonnage, en compagnie de Samuel Oberlin, beau-frère du défunt. {France 
protestante^ art. Oberlin^ extrait des registres du temple de Charenton.) 

Dans divers arnioriaux, notamment dans celui de Rielstap, mentionné en 
note (voir ci-dessus), et dans Jouffroy d'Escharaume {Armoi'ial universel 
de la noblesse^ II, 223), on trouve cette indication : Houssemayne (au 
Maine) — d'or à trois fasces d'azur, surmontées de dix losanges de gueules, 
cinq et cinq. 



126 QUESTIONS ET REPONSES. 

Une famille du nom de Boulaye-Baud, en Bretagne, porte de sinople à 
trois fasces d'argent (Rietstap). Une autre famille de Boulay, citée par 
Guiclienon, Histoire de Bresse et Bugey {Indice armoriai), 1605, porte : 
écartelé, 1 et 4, de gueules à une croix niellée d'or; 2 et 3, fascé d'argent 
et de gueules de six pièces, ou d'argent à trois fasces de gueules. 

On voit qu'il y a une certaine analogie entre les armoiries de ces diverses 
familles. 

Enfin, pour en finir avec les renseignements problématiques, Omer Talon, 
marquis de Boulay, fils de Denis Talon et de Françoise Favier du Boulay, 
prit alliance dans la famille Molé au XVIl^ siècle. (Lachesnaye des Bois, Z>zc^. 
de la NobL, art. Molé.) 

Nous ajouterons que nous avons eu l'honneur de rencontrer à Aix (en 
Savoie), en 1 852, Miss Suzanne du Boulay, probablement fille de M. Francis 
du Boulay, et qu'un parent éloigné, Jacques ou James Cazenove, Esq., né 
en 1744 à Genève, fils de David et de Charlotte Brechtal, fut marié à Londres 
vers 1780, à Miss Houssemayne du Boulay, fille de Benjamin -François 
Houssemayne du Boulay et de Louise La Motte, et en a eu plusieurs en- 
fants, entre autres, Henri, mort célibataire à Londres en 1859, James et 
Philippe, qui continuent la descendance, (yo'iv aussi Vâvl. Boulay-Mou- 
cheron dans la France protestante.) 

Raoul de Cazenove. 

10 février 1863. 



Que sait-on de «Vean de PouYers^ pasteur à Moirmoutiers 

en 155^1 

Paris, ce 14 mars 1863. 

Monsieur le président, 

Au tome VIII du Bulletin vous avez publié une liste de 121 pasteurs 
envoyés par Genève aux Eglises de France, de 1555 à 1566. 

J'y vois un Jean de Ponvers, indiqué comme pasteur de Noirmoutiers 
en mars 1557. 

Je désirerais que vous voulussiez bien demander, soit à Genève ou à 
Noirmoutiers, ou aux auteurs de la France protestante, ce que l'on sait 
de ce pasteur, s'il était Français ou Genevois, et ce qu'il devint dans le pays 
où il fut envoyé. 

J.-J. Rousseau, dans ses Confessions, parle d'un M. de Pontverre, curé 
à Confignon, terre de Savoie, à deux lieues de Genève, et il ajoute que ce 
nom était fameux dans l'histoire de la république genevoise. Il renvoie en- 
suite à XHistoirede Gewèt^e, par Spon, édition de 1730, in-4o, t. I, p. 190, 
où se trouvent des renseignements détaillés sur cette famille de Pontverre, 
qui aurait gagné sa célébrité dans les années 1527, 1529 et 1530. 



QUESTIONS ET REPONSES. 127 

Le pasteur protestant de 1557 serait-il de la même famille que le curé de 
17^8, qui essaya de convertir Rousseau? et dans le cas de l'affirmative, 
comment la famille d'un pasteur aurait-elle donné un curé à Confignon? 

Veuillez agréer, etc. Un de vos abonnés. 



JDaTÎd Tholozan, pasteur à €}ap (lO'?'?), et réfug^ié en Puisse 
à la RéTocation. — 9>emas£de de renselg^nements. 

On nous demande s'il serait possible de trouver quelque part des rensei- 
gnements sur un pasteur nommé David Tholozan, qui aurait quitté Gap à 
la révocation de l'Edit de Nantes, et se serait fixé à Lausanne ou à Aigle. 

Voici ce que dit M. Ch. Charronnet, dans son excellent ouvrage : Les 
Guerres de religion et la Société protestante dans les Hautes-Alpes 
(1861, in-8°) : 

« Tholozan succéda, en 1677, à Gap, à Chion, jusqu'au moment de la ré- 
vocation de l'Edit de Nantes, et passa ensuite à l'étranger... (p. 333). Les 
pasteurs Chion et Tholozan eurent un traitement de six cents livres. A la 
mort du premier, l'Eglise donna trois cents livres à sa famille, comme elle 
l'avait fait dans le temps à la mort de Samuel Charles. Nous remarquons, 
à propos du dernier pasteur Tholozan, une singulière coïncidence; il avait 
épousé une demoiselle de Caritat de Condorcet, issue d'une famille qui 
donna, dans le dix-huitième siècle, un évêque à Gap, et à la France, le fa- 
meux Condorcet... (p. 335). Le 18 février 1685, cette fuite fut signifiée par 
huissier et sur Tordre de l'évêque, à Tholozan, ministre de ceux de la reli- 
gion prétendue réformée, et à un ancien... (p. 403). Quelques jours plus 
tard, le même commissaire eut à juger une cause à peu près analogue. Un 
nommé Paul Tholozan de Vors s'était converti, avec toute sa famille, et in- 
voquait la même décision que pour les précédents... (p. 470). » 

En 1842, un missionnaire wesleyen, M. Rostan, prétend avoir trouvé à 
Ormont, une vieille Bible, tirée des archives du district, sur la couverture 
de laquelle on lisait : « Le vingt-deuxième pasteur à Ormont, depuis fé- 
vrier 1605, fut David Tholozan, présenté le 9 novembre 1732, et en avril 
1736 il fut établi diacre à Aigle. Ce qu'on a raconté à son égard, c'est qu'il 
a eu grand soin de faire instruire la jeunesse. II a bien censuré son 
troupeau. » 

Où pourrait-on rencontrer des informations plus détaillées? Nous prions 
nos lecteurs de s'en enquérir. 

Les listes de Genève et de Lausanne n'ont fourni à MM- Haag aucune 
indication. Un Toulouzan, d'Orange, est cité par eux à l'article Caritat et 



128 QUESTIONS ET REPONSES. 

sans doute aussi ailleurs. Les tables auxquelles on travaille nous l'appren- 
dront plus tard. 

Demande de renseîg^nemeiits sur le nommé I^ecointe^ ag^ent 
des Egalises du Désert à Paris, de 1955 à 1^65 (?) 

On apprendra avec plaisir que M. Ch. Drion est sur le point d'achever 
la deuxième partie de son travail si utile publié en 1855 : Histoire chrono- 
logique de l'Eglise protestante de France. C'est la quatrième période, de 
1685 à l'édit de tolérance de Louis XVI, et la cinquième embrassant les 
événements survenus depuis 1787 jusqu'à nos jours. Dans le cours de ses 
recherches, M. Drion a rencontré le projet formé, vers 4762, par l'agent 
protestant Lecointe, selon Thistorien des Eglises du Désert, Ch. Coque- 
rel (t. II, p. 452), et qui consistait à faire participer tous les protestants de 
France aux garanties assurées à ceux d'Alsace par les traités de Westphalie 
et de Riswick, en les faisant affilier fictivement ou naturaliser en Alsace et 
en faisant déléguer les pasteurs du Désert pour leur administrer, au nom 
des pasteurs luthériens d'Alsace, les baptêmes, mariages et sépultures. Cet 
expédient, quelque absurde et impraticable qu'il fût, aurait d'abord été as- 
sez goûté, puis abandonné à la suite de conférences entre Lecointe, le duc 
de Choiseul et d'autres personnages. Ch. Coquerel, qui parle de Lecointe 
en plusieurs endroits, n'indique pas son prénom ni sa position sociale. 
M. Drion s'est adressé, pour se renseigner, à M. Haag, qui n'en savait pas 
davantage, et n'a pu obtenir de plus amples éclaircissements de M. Ath. 
Coquerel fils, aujourd'hui possesseur des papiers ayant servi à son oncle 
pour la rédaction de VHistoire des Eglises du Désert, M. Haag nous prie 
donc de demander si quelques-uns de nos lecteurs seraient à même de 
lui procurer pour M. Ch. Drion les renseignements qu'il désire, sur la per- 
sonne de l'agent Lecointe, son nom de baptême, etc. 

Réponse à une précédente demande. 

(Voir ci-dessus, p. 21.) 

Nous avons reçu d'un de nos lecteurs et transmis à M. Guill. Guizot le 
renseignement qu'il désirait obtenir. L'opuscule en question se trouve à la 
Bibliothèque impériale (X, 2920, 8°, Pièce). 



DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 



LA SORBONNE LA BIGOTTE. 



CHANSON SATIRIQUE LU XVP SIÈCLE. 



1530? 



La piquante chanson qu'on va lire est tirée du vieux recueil de 1569 au- 
quel nous avons déjà fait divers emprunts du même genre. Elle est évidem- 
ment bien antérieure à celte date; peut-être remonte-t-elle jusqu'aux temps 
qui suivirent immédiatement les persécutions dont Louis de Berquin fut 
l'objet de la part de la Sorbonne et devint enfin la victime en 1529. C'est 
en effet un défi plein de sel et d'ironie, à l'adresse des gros bonnets de la 
trop célèbre faculté de théologie de Paris. 

Bien que la rime n'en soit pas toujours riche, on comprend, en les lisant, 
combien ces couplets, vifs et alertes, durent avoir de succès, courant joyeu- 
sement de bouche en bouche et décochant leurs traits acérés sur la vieille 
higotle^ sur les nourrissons de son grand hoste l'Jristote, sur les maîtres 
de l'école, Nicolas de Lyra(1}, saint Bonaventure (2), saint Thomas d'A- 
quin (3), Occam (4), Durand (5). On y sent ce souffle de la Renaissance 
qui va amener la chute de la Babylone scolastique et l'avènement de l'es- 
prit nouveau. 

Le texte est sans doute incorrect en plus d'un endroit, par suite de fautes 
de copie ou d'impression. 



(1) Célèbre docteur du XIII* siècle, mort en 1340, à qui Ton doit de volumi- 
neux commentaires sur la Bible, les premiers qui aient été imprimés à Rome, en 
1741, en 5 vul, in-fol. — (2) Le docteur séraphique, mort en 1724, auteur de 
commentaires sur l'Ecriture sainte. — (3) Le célèbre théologien, dit le docteur 
angéligue ou Vange de VEcole, mort en 1274. — (4) Guillaume d'Occam, ou 
Ockham, le célèbre cordelier anglais, chef de la secte des Nominaux, mort en 
1350, le seul scolastique dont Luther fit, dit-on, quelque cas. — (5) Guillaume 
Durand de Saint-Pourçain, mort en 1332, dominicain et évèque de Meaux, auteur 
de Commentaires sur Pierre Lombard, dit le Maître des Sentences^ imprimés 
en 1508. 



CHANSON SUR LE CHANT : Je tiens la femme bien sotte, etc. 



L La Sorbonne, la bigotte, 
La Sorbonne se taira ! 
Son grand hoste, l'Aristote, 
De la bande s'ostera! 



Et son escot, quoi qu'il coste. 

Jamais ne la soûlera ! 
La Sorbonne, la bigotte, 
La Sorbonne se taira! 



XII. — 9 



130 
II. 



INTERVENTION DES AMBASSADEURS POLONAIS 

V. Là OÙ la clarté se boute. 



Oui a des ailes si hotte (1), 
Car plus il ne volera ! 
Et De Lyra, qui radotte, 
Désormais ne se lira ! 
La Sorbonne, etc. 

III. Bonavanture cagolte 
Plus ne s'avanturera ! 
Thomas, qui tourne et tricotte , 
Plus rien ne taquinera! 

La Sorbonne, etc. 

IV. Occan portera la hotte, 
Et ailleurs hoquinera ! 
Durand et telle cohorte 
Longtemps plus ne durera! 

La Sorbonne, etc. 



L'obscurité sortira! 
L'Evangile qu'on rapporte 
Le Papisme chassera ! 
La Sorbonne, etc. 

VI. La saincte Escriture toute 
Purement se preschera, 
Et toute doctrine sotte 
Des hommes on oublîra! 

La Sorbonne, etc. 

VII. Jésus-Christ, qui nous conforte, 
Es cœurs des siens régnera! 
Quoy que Sorbonne fagotte, 
La Foy plus esclairera! 

La Sorbonne, etc. 



IHTEBVËHTION DES ÂRIBÂSSÂDEUBS POLOHÀIS 

EN FAVEUR DES HUGUENOTS ASSIÉGÉS DANS LA ROCHELLE 
APRÈS LA SAINT- BARTHÉLÉMY. 



1573. 



Quod libi fieri vis, alleri feceris. 



Nous trouvons dans nos portefeuilles un document qui rappelle des faits 
pleins d'à-propos et qu'on lira sans nul doute avec intérêt. Le texte latin 
nous en avait été communiqué par M. Gustave Masson, d'après les manu- 
scrits du British Muséum. (Coll. Cotton : Vespasian. F. V.) 

Cinquante-cinq pasteurs du Poitou et de la Saintonge, et une multitude 
de gentilshommes, de bourgeois, de paysans, avaient, à la première nou- 
velle de la Saint-Bartliélemy, cherché un refuge derrière les remparts de 
la Rochelle, bien résolus à s'y défendre jusqu'à la mort contre l'armée 
des assassins, qui vint bientôt investir la ville sous la conduite de son 
digne chef, le duc d'Anjou. François La Noue, le Bras de Fer, qui, <f par 
« grand merveille, avoit eschappé les filets des traistres, se trouvant, lors 
« du massacre de Paris, à Mons en Hainaut, » s'était joint aux assiégés et 
avait été élu par eux pour les commander (janvier '1573). La lutte fut achar- 
née. Après un premier assaut livré le 7 avril, où les assaillants causèrent 
beaucoup de mal à la ville, et ne furent repoussés que par des efforts sur- 



(1) C'est-à-dire, sans doute : « Qui a des ailes, se les ôte,,, » 



EN FAVEUR DES HUGUENOTS. 



131 



humains, sept autres assauts également meurtriers, mais infructueux, se 
succédèrent dans l'espace de cinq sen)aines, toutes les forces de l'armée 
royale venant échouer contre un boulevard qui portait le nom fatidique de 
« boulevard de l'Evangile. » Enfin une sortie mémorable des assiégés (23 mai) 
fut suivie d'un neuvième et furieux assaut, « avec cinq recharges, » lequel 
ne réussit pas mieux aux royaux, qui eurent quatre cents hommes tués et 
six cents blessés. Les « femmes, filles et servantes, exemptes de peur, » 
firent en toutes rencontres des prodiges de valeur et d'énergie. 

« Tout cela se manioit, dit Jean de Serres, alors qu'en Pologne se faisoit 
« l'élection du duc d'Anjou pour y estre roy, car il fut accepté par les 
« Estats le 9« du jour du mois de may, auquel jour les Rochellois, qui 
« depuis le septième assaut n'avoient laissé passer ni jour ni nuits, firent 
« une sortie... » 

Or, « le duc d'Anjou ayant reçu certaines nouvelles qu'il estoit eslu roy 
(c de Pologne par les menées de Monluc, évesque de Valence, et de ses 
et autres agents (élection autant à l'avantage et soulagement de l'Eglise 
« françoise qu'à la ruine et subversion de la liberté des Polonois), son 
« ambition luy commandant de se haster à porter la couronne, il ouït lors 

« plus volontiers parler de paix qu'auparavant Et ne doute point que 

f( les nouvelles de la venue du Polonois, dès qu'elles furent entendues à la 
(c cour du tyran et au camp devant la Rochelle, n'ayent esté cause de lever 
« le siège et d'accommoder les affaires de nos frères. » {Le Réveil le -Matin 
des François, 1574, p. 134-147.) 

C'est le 17 juin que les ambassadeurs polonais arrivèrent au camp. La 
trêve fut conclue, et des articles de paix convenus et envoyés au roi, qui 
se hâta de les approuver. Nous avons déjà dit ailleurs {Bull., I, 103) que 
(t ces bons personnages, envoyés de lointains pays et comme du bout du 
« monde, » selon les termes naïfs de l'historien Jean de Serres, avaient 
également fait cesser les horreurs du siège de Sancerre, et donné un pré- 
texte à la délivrance des huguenots des provinces du Centre et du Langue- 
doc (1). 

On trouve dans les Mémoires de l' Estât de France (t. Ill, p. 4) la belle 
requête qu'à leur arrivée en France les ambassadeurs polonais avaient 
remise au roi en faveur des « innocents et affligés, » et dans laquelle ils 
lui représentent qu'ils ont déjà « en Pologne, au mois de may dernier, suffi- 

(1) « Ces ambassadeurs étaient : l'évêque de Posnanie, le palatin de Sivadie, 
le castellan de Gnesnen, le comte de Gorqae, le caslellan de Sanoc, le duc d'Oiica, 
maréchal de la cour du grand-duché de Lithuanie; le capitaine de Beslen et 
Samech, les deux fils des palatins de Cracovie et Kiovie, le capitaine d'Odala- 
novie et le sieur de Toiiiice. Une partie de ces ambassadeurs étaient catholiques, 
et l'autre, de la Religion.» [Mém. de f Estât de France.) — Chose digne de re- 
marque, l'ambassadeur du roi de France, Jean de Montluc, évèque de Valence, 
était lui-même accusé d'être mi-catholique^ mi-protestant. 



132 INTERVENTION DES AMBASSADEURS POLONAIS 

« sammenl traité de ceste affaire avec les sieurs de Valence et de Lanssac, 
(i ambassadeurs de Sa Majesté, et qu'ils ont mesme couché par arti^es 
« quelques moyens commodes de pacification, lesquels ils ont juré par 
« paroles expresses, au nom et en la foi de Sa Majesté. » Les mêmes 
Mémoires donnent ensuite « la teneur de ces articles traduits du latin. » 
Le texte que nous a communiqué M. Gustave Masson contient en outre 
des observations marginales [annoiationes) que nous avons mises en fran- 
çais pour les joindre à la traduction des articles. Voici d'abord le titre 
même de la pièce : Postulata à nohilitatis {qux evangelicam religionem 
in Polonia profitentur) majore parie rêver endissimo domino D. Joanni 
3Ionlucio, episcopo et comiti Falentino, ac magnifico do7nino J. Gui- 
doni Sangelasio, Lansaci domino et equiti aurato et ceteris Christia- 
nissimi régis legatis et oratoribus ohlata. 

DEMANDES que fait la plus grande part de la noblesse 
polonaise, faisant profession de la Religion émngélique, 
présentées à très révérend seigneur Jean de Montluc, évesque 
et comte de Valence, conseiller au conseil privé du roi Très- 
Chrestien, et à magnifique seigneur Guy de Saint-Gelais, 
sieur de Lansac, chevalier de V ordre, etc., ambassadeurs 
du roi. 

1 . Prentiièrentient qu'il plaise au roi Très-Chrestien abolir pour ja- 
mais la mémoire de toutes choses advenues en France à cause des 
troubles et guerres civiles. 

Nous savons combien il est périlleux, à Paris surtout, de ne pas en- 
tendre la messe et s'abstenir des autres cérémonies papisliques , et 
combien de personnes sont amenées par la crainte à assister à la messe. 

2. En après_, que Sa Majesté accorde par sa bonté à tous qui le 
voudront, de vivre paisiblement, par toute la France^ sans estre re- 
cherchez, ni molestez en sorte que ce soit pour la Religion réformée 
dont ils feront profession. Qu'on ne les recherche point en leurs mai- 
sonS;, pourveu qu'ils se comportent suivant les édits, et ne soient 
contraints d'assister à cérémonie quelconque de l'Eglise romaine. 

(Pas d'observation.) 

3. Que le roi Très-Chrestien permette à ceux qui voudront sortir 
de France, de vendre et disposer de leurs biens, comme il leur plaira, 
et emporter l'argent hors du royaume. S'ils aiment mieux laisser 



EN FAVEUR DES HUGUENOTS. 133 

leurs biens^ et en tirer le revenu tous les ans, que cela leur soit loi- 
sible, sans aucun empeschement. Et quand ils voudront retourner et 
demeurer en France, qu'il leur soit permis, pourveu qu'ils ne se 
soient retirez en terre d'ennemis de la couronne, ou de ceux avec qui 
le roi n'a aucune alliance. 

Dans l'édit de la Rochelle, à l'article neuvième, on a ajouté : « qui 
pourront estre, etc. » Ces mois peuvent comprendre tous les princes, 
puisqu'il n'est personne qui ne puisse devenir ennemi. 

4. Davantage que le roy Très-Chrestien, pour souvenance perpé- 
tuelle de clémence et bénignité, remette et restablisse en leurs biens, 
noblesse et honneurs précédens, tous ceux qui ont esté condamnez 
pour ceste prétendue conspiration de Paris au mois d'aoust 1572, 
ou leurs enfants et héritiers, nonobstant tous édits, arrests, juge- 
mens et ordonnances, s'il y en a, que le roy cassera et mettra au 
néant, pour certaines grandes et justes causes. 

Cet article est si loin d'être exécuté qu'en arrivant, les ambassadeurs 
polonois, dans le chemin qu'ils ont parcouru, ont eu sous les yeux le 
spectacle de l'effigie de l'amiral suspendue au gibet (1). 

5. Que les héritiers de ceux qui ont esté massacrez à Paris, au 
mois d'aoust et ès jours suivans en quelques villes de France, par la 
fureur du peuple enragé, soyent payez par commandement du roy 
(qui en cest endroit rendra sa douceur perdurable à jamais) du prix 
et valeur des estats que les massacrés tenoient, c'est-à-dire autant 
que chasque Estât ou office a accoustumé d'estre vendu, leur soit 
restitué. 

Cet article n'a reçu non plus aucune exécution. 

6. Que ceux qui sont bannis de France à cause de la rehgion, ou 
qui effrayez des massacres s'en sont retirez, y puissent seurement et 
librement revenir, sans estre recherchez du passé, ains rentrent en 
leurs biens, honneurs et estats, moyennant qu'ils quittent les armes, 
et se remettent en la protection du roy. 

Aucuns n'ont encore été rétablis. 

(1) En revanche (et le fait est bien à noter ici), on rapporte que le duc d'An- 
jou, se rendant en Pologne, trouva partout où il s'arrêta en route, le portrait 
de Coligny, comnne une protestation silencieuse du peuple polonais. « Le silrnce 
du peuple est la leçon des rois. » 



134 INTERVENTION DES AMBASSADEURS POLONAIS^ ETC. 

7. Que le roy en traittanl plus doucement les villes et places qui 
auront rexercice de la Religion réformée jusques au jour que cesar- 
ticles-cy seront présentez à Sa Majesté Chrestienne^ veuille oublier 
premièrement toutes injures, et leur accorder pour l'avenir libre 
exercice de religion, comme elles Font eu par cy-devant. Soyent 
exemptes de toutes garnisons, pourveu qu'elles se rendent au roy 
et posent les armes. 

Par l'arlicle 4 de la pacification de La Rochelle, cela a été accordé aux 
habiians de La Rochelle, de Nîmes et de Montauban, avec la condition 
toutefois de ne pratiquer l'exercice que dans leurs maisons, et non dans 
aucun lien public. 

8. Qu'on fasse diligentes informations contre ceux qui ont mas- 
sacré outrepassans les édils du roy, et qu'ils soyent chastiez. 

Tant s'en faut qu'ils soient châtiés, que ceux-là même ne le sont pas 
qui, le dernier jour d'avril, ont massacré à Châteaudun, et que jamais 
aucune justice n'a été faite à aucun de ceux qui ont demandé la restitu- 
tion des biens dont on lesavoit spoliés. 

9. Que pour faire les presches, baptizer les enfants et solennizer 
les mariages, le roy eslise et accorde un lieu en chacune province 
de France. 

Nous Jean de Montluc, évesque et comte de Valence, conseiller au 
privé conseil du roy Très-Chrestien, et Guy de Sainct-Gelais, seigneur de 
Lansac, chevalier de l'ordre et capitaine de cent hommes d'armes, am- 
bassadeur de Sa Majesté Très-Chrestiennevers les très illustres Estats de 
Pologne, promettons et jurons devant Dieu, qu'en faveur des illustres, ma- 
gnitlques, spectables et généreux seigneurs et chevaliers qui favorisent 
au très illustre duc d'Anjou en la demande qu'il a faicle du royaume de 
Pologne, le roy Très-Chrestien accordera et donnera aux François qui 
voudront faire profession de la Religion évangélique, les huit premiers 
articles sus mentionnez, et obligeans la foy royale pour cest effect. Quant 
au dernier article, touchant les lieux qu'on doit assigner en chasque pro- 
vince pour l'exercice de la religion, nous promettons de faire tant par 
sollicitations et prières envers le très illustre duc d'Anjou, qu'il obtiendra 
cela du roy Très-Chrestien. Fait à Plosko,le qualriesme jour de may 1573, 
sous nos seings et sceaux. 

Les Mémoires de V Estât de France ajoutent que « ces articles donnè- 
rent bien de la fâcherie à l'évêque de Valence, (jui voyoit bien que jamais 
on n'accorderoit que les massacreurs fussent châtiés. « D'autre part, ils ne 



l'atelier («l'oeuvre») de maître BERNARD PALISSY. 135 

Stipulaient pas non plus tout ce qui eût été à désirer. Mais l'édit de La Ro- 
chelle, qui n'en tint guère compte, fut loin de satisfaire les ambassadeurs 
polonais. Ils se plaignirent hautement, mais en vain, de l'inexécution des 
promesses qu'on leur avait faites au nom du roi. Celui-ci en fut quitte 
pour nier qu'il eût autorisé Montluc à promettre de sa part. Mais « on 
« estima que Montluc n'avoit rien promis que par commandement du Roi, » 
pour amener à ses fins les Estats de Pologne, sauf à désavouer plus lard la 
parole donnée. Les ambassadeurs profitèrent du moins de la leçon, en in- 
sistant <c d'autant plus soigneusement sur un point de leur charge, c'étoit 
« de faire jurer au duc d'Anjou qu'il n'attenteroit rien, de parole ni de fait, 
<> contre les loix de Pologne, ains, gouverneroit ses sujets selon icelles. » 

Et de fait, s'ils n'avaient pas obtenu tout ce qu'ils avaient attendu, leur 
intervention généreuse n'en était pas moins venue bien à propos, et n'en 
avait pas moins porté des fruits très réels. 



L'ATELIER («L'ŒUVRE») DE MÂITRE BERNARD PALISSY 

DANS UNE DES TOURS DES REMPARTS DE SAINTES. 
1563 (?). 

« Toujours poussé vers de nouveaux rivages, » comme on l'est dans un 
labeur tel que le nôtre, nous avons été forcé d'ajourner la suite de divers 
travaux favoris, soit afin d'en mieux étudier les sujets, soit pour faire place 
à de plus urgents. Parmi les premiers se trouvent nos recherches sur Ber- 
nard Palissy, qui n'ont jamais été perdues de vue, mais que nous avons dû 
laisser continuer par de plus heureux et de plus libres travailleurs, sauf à 
les seconder nous-même autant qu'il pouvait dépendre de nous et à profi- 
ler du fruit de leurs propres investigations. On a la preuve de ce que nous 
disons ici dans l'accueil que nous faisions naguère à la publication de 
MM. Delange et Sauzay (XI, 404), et dans le concours sympathique que 
nous leur prêtons. 

Lors de notre passage à Saintes, en 1 855, nous avions donné une attention 
toute particulière aux localités habitées jadis par l'illustre potier, aux rives 
de son « beau fleuve de Charente, » et nous avions interrogé les souvenirs 
du pays. Un archéologue distingué, M. l'abbé Lacurie, aumônier du lycée, 
avait bien voulu nous communiquer un document inédit, relatif à l'empla- 
cement de la maison occupée jadis par Palissy, et où était son « œuvre, » 
ou atelier. C'est ce document très intéressant que nous ne garderons pas 
plus longtemps en portefeuille et que nous publions aujourd'hui, en y joi- 
gnant quelques notes dues à M. Jules de Clervaux. 



VUE DES REMPAR1 

A. Atelier de Bernard Palissy, plus tard « Tour c 




AINTES EN 1560 



B. Maison Coindreau. — C. Maison Bonnain. 



138 L^ATELIER (« l' OEUVRE » ) DE MAITRE BERNARD PALISSY. 



EXTRAIT DES REGISTRES DE LA MAISON COMMUNE DE SAINTES. 

(mars 1756) REQUÊTE DU SIEUR DE LAUNAY. 

A nos seigneurs les Maires et Eschevins de la ville de Saintes. 
Bastien de Laiinay vous remonstre que par cy devant vous auriez 
donné et arrenté audict de Launay une place et tour sise près la 
maison de maistre Bernard Pallicis, pour le prix et somme de cincq 
soubz de r^nte que ledict suppliant a toujours payé depuis ledict 
arrentement jusques à présent à la recepte de ladicte maison com- 
mune^ fors depuis quelques tems en çà qu'il auroit cessé de payer 
ladicte rente au moyen de ce que ledict maistre Bernard a occupé la- 
dicte place et tour, pour Vestendue de son œuvre, comme ung chais- 

cung sçayt et cependant, et devant laquelle occupation par 

ledict maistre Bernard faicte comme dict est, monseigneur le sénes- 
chal, par provision, et jusqu'à ce que ledict œuvre fust enlevé de 
ladicte ville et lieu occupé, auroit baillé à icellui suppliant une aultre 
tour appelée vulgairement la tour du Bourreau pour l'exercice et va- 
cation de l'art dudict suppliant, laquelle tour il auroit ce néantmoings 
faict racoustrer à ses propres coutz et dépens, d'aultant que durant 
les troubles elle estoit tombée en ruynes, et d'aultant qu'à présent 
ladicte œuvre dudict maistre Bernard est parachevée (1) et que la- 
dicte place demeure inutile et de laquelle aulcung n'en payroyt rente; 
ce considéré, il vous plaise, de vos grâces, et que le revenu de ladicte 
ville ne soict diminué, continuer ledict suppliant à payer ladicte 
rente, et ce faisant, le restablir dans ladicte tour et place. 

Ce précieux document dit deux choses : 1° que la maison de Palissy était 
sise près d'une tour primitivement arrenlée à de Launay; 2» que cette tour 
était devenue l'atelier de l'artiste. 

Cette tour ne pouvait être que l'une de celles comprises dans l'enceinte 
murale de la ville, car il n'existait ailleurs aucune construction de ce genre. 
Et la maison de Palissy devait être elle-même sise près des remparts, soit 
en dedans, soit en dehors. 

(1) G'esl-à-dire détruite et disparue, depuis quelque temps en pà,comme il est dit 
plus haut. Aussi assignons-nous approxinriativement à cette pièce la date de 1562, 
comme étant celle où le parlement de Bordeaux, ayant voulu appliquer l'édit 
de 1559 contre les huguenots, commença les persécutions qui amenèrent les 
faits racontés par Palissy dans sa Recepte véritable (1563), savoir son emprison- 
nement et l'abandon de son atelier qui faillit être jeté à bas par «ses haineux, » 
ainsi qu'on l'apprend par son épître dédicatoire au connétable de Montmorency. 

{Réd,) 



DANS UNE DES TOURS DES REMPARTS DE SAINTES. 139 

Or, le 31 décembre 1577, M. de La Chapelle, lieutenant pour le roi au 
pays de Saintonge, réglait, par une ordonnance, le service pour la garde 
de la ville entre les habitants et les soldats de la garnison ; après avoir 
indiqué les postes confiés à la surveillance des bourgeois, il continuait 
ainsi : 

« ...Les trois capitaines des soldats pouseront leurs gardes tous les soirs, 
« sçavoir est : ung à la porte Esquières qui eslendra les sentinelles et les 
« mettra depuis la tour de l'Espingolle jusqu'à la tour qui est entre le corps 
« de garde et la bresche, appelée la tour de maistre Be?iiard. 

« L'austre corps de garde sera près la porte du pont qui mettra ses sen- 
« linelles à la bresche et à la porte du Chapitre. 

« Et le tiers corps de garde sera à la porte Evesque qui se fera pareille- 
« ment par lesdicts soldats qui mettront sentinelles à la tour du Cordier et 
« à la Marsaude. » 

Cette « tour de maistre Bernard », mentionnée dans l'ordonnance de M. de 
La Chapelle, est bien la même dont parle la supplique de de Launay; cette 
tour était attenante aux remparts, puisqu'il est dit qu'elle était entre le 
corps de garde et la brèche. 

Il faut donc chercher cette tour près de la brèche. Or, au mois d'août 
1570, René de Pontivy assiégea Saintes; il attaqua d'abord la tour du Bour- 
reau, située à l'entrée du pont, du côté de la ville ; elle fut promptement 
démantelée. 

Scipion Vergano, habile Ingénieur, fit dresser ensuite une batterie con- 
tre la partie du rempart démasquée par la ruine de lalour, et la première 
décharge de l'artillerie y pratiqua une ouverture d'environ quatre-vingts pas. 
Cette brèche, dont parlent tous les manuscrits de l'époque, était en face de 
l'entrée occidentale du pont défendu par celte tour, probablement sur 
remplacement de la maison Coindreau. 

La tour de maistre Bernard était entre le corps de garde et la brèche, 
donc la plus rapprochée de l'ouverture faite aux remparts par le canon 
de 1570. 

Or, d'après le plan de Saintes en 4 560, l'enceinte marche suivant une ligne 
droite depuis la porte Esguières jusqu'à l'endroit où est aujourd'hui la 
maison i?on?iam. Là, tournant brusquement à angle droit, elle continuait 
sa direction vers la porte du pont. Or, entre la maison Bonnain d'une 
part, et la maison Coindreau de l'autre, il n'y avait qu'une seule tour, à 
peu près vers l'emplacement occupé de nos jours par le café de la Cou- 
ronne; j'en conclus, d'après le plan de 1560, que cette tour était celle de 
Palissy. La maison du potier devait être dans le même lieu, puisque la sup- 
plique de de Launay la dit sise près de la tour. 

Saintes, 10 avril 1855. J. L. 



ikO l'atelier ( «l'oeuvre») de MAITRE BERNARD PALISSY. 

Conférer le document ci-dessus avec les récits de Bernard Palissy repro- 
duits dans le Bulletin, 1. 1, p. 94, où il parle « d'une place près du lieu où il 
estoitcaché(?), »i6if/.,t. n, p.534, où il est question d'une (^poterie distante 
d'une lieue et demie de Saintes, » probablement à la Chapelle des Pots, 
(ou la Fieille- Verrerie, village situé sur la route de Saintes à Saint-Jean 
d'Angely) ; — ihid., p. 53 : « Verrerie où il portait ses émeaux, « proba- 
blement la Vieille-Verrerie, à moins toutesfois que ce fût dans ce lieu 
qu'il établit les fourneaux dont il parle plus loin, p. 536 ; — p. 9 de 
l'édition de 1844 : « Hasteliers (aleliers) érigés, en partie, aux dépens du 
connétable de Montmorency ; on croit généralement à Saintes que Palissy 
avait eu des ateliers situés aux Roches, près le faubourg de la Berton- 
nière et près de la fontaine de VEau-Barrée. En face de ces ateliers, sé- 
parés seulement par la Charente, se trouve la prairie dont il parle {Bulle- 
Un, I, 29) et dans laquelle il entendait le soir de fraîches voix déjeunes 
filles chanter des psaumes sous les aubiers. J. de C. 



La vue des remparts de Saintes, 
donnée ci-dessus, p. 136, pour l'il- 
lustration du document, est un ex- 
trait parte in qua du plan de 1560, 
contenu dans la topographie de 
George Braun ( Theatrum urbium 
prœcipuarum mundi , Col. 1572). 
Cette vue fera partie de la Mono- 
graphie de l'œuvre de Palissy par 
MM. Delange et Sauzay. 





Le portrait ci-contre est une réduc- 
tion de celui qui se trouve reproduit 
dans la première livraison de la Mo- 
nographie, d'après la faïence appar- 
tenant aujourd'hui à la collection 
du baron Anthony de Rolschild, à Londres. Ce portrait, qui passe pour être 
celui de Bernard Palissy émaillé par lui-même, fut publié pour la première fois 
avec cette attribution dans l'ouvrage de Willemin. 



CIMETIÈRES ET INHUHIATIOHS DES HUGUEHOTS 



PRIÎSCIPALEMErjT A PARIS 

AUX XVie, XVIie ET XVII F SIÈCLES. 

1503-1^93. 

« Les réformés demandaient avec instance qu'il n'y eût pour 

les catholiques et pour eux que les mêmes cimetières » 

(E. Benoit, Hist. de l'Ed. de Nantes, I, 231.) 

II. De rEdit de Nantes (1598) à la Révocation (1685). 

3^ LE CIMETIERE SAINT-MARCEL OU DES POULES. 

Un « troisième lieu commode pour les sépultures » avait été promis à 
ceux fie la Religion par l'art. 45 de l'Edit de Nantes, et ce lieu devait leur 
être « baillé aux faiixbourgs Saint-Honoré ou Saint-Denis. « (Voir Bull.^ 
XI, 150.) 

Dulaure dit bien dans un endroit de son Histoire de Paris (Etat civil 
sous Louis XIV) que les prolestants y avaient trois cimetières, et il ajoute 
même qu'il en a déjà parlé ailleurs. Mais si l'on se reporte à cet autre 
passage auquel il renvoie le lecteur, on n'y trouve que ces lignes contra- 
dictoires : « Les protestants avaient deux cimetières à Paris : l'un était le 
« cimetière appelé Saint-Père, derrière Saint-Sulpice, comme dit L'Es- 
« toile (1); et l'autre, le cimetière de l'hôpital de la Trinité. » Pas un mot 
du troisième cimetière. Il se faut défier de Dulaure, même lorsqu'il est 
dans le vrai. 

Ce troisième cimetière, dont il ne dit absolument rien, mais qui a existé 
en effet, ne fut pas établi là où l'avait prescrit l'Edit de Nantes, c'est-à-dire 
aux faubourgs Saint-Honoré ou Saint-Denis, ni dans un court délai après 
sa promulgation. 

C'est seulement par un arrêt du parlement du 24 mai i613, indiqué dans 
un inventaire de i'abbaye Sainte-Geneviève (Arch. de l'Emp., reg. S. 4 623, 
1° 333), mais dont on n'a pas pu nous produire la minute, que fut ordonnée 
la mise en possession d'une place, « au faubourg Saint-Marcel, joignant la 
« rue du Puy-qui-Parle, pour servir de cimetière à ceulx de la religion 
« prétendue réformée, w On voit mentionnée à la suite une requête des re- 
ligieux de Sainte -Geneviève pour obtenir la nullité dudit arrêt. 

Puis intervient un « arrêt du Conseil privé par lequel est ordonné que 
« ceux de la B. P. 11. seront mis en possession, par le prévost de Paris, de 

(1) Nous avons rectifié (ci-dessus, p. 41) cette désignation inexacte, que Du- 
laure prenait ainsi à la lettre. 



CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

« la place (juMls avolent fait acheter auprès de la rue du Puy-qui- Parle, 
« pour leur servir de cimetière. » « Ensuite duquel arrêt est l'acte de la 
« prise de possession faite par le lieutenant civil le M mars 1614. » 

Entin c'est « une sommation faite par lesdits de la religion, en 1617, au 
« procureur de Sainte-Geneviève de recevoir la somme de six livres pour 
« les arrérages de cens et rente de ladite place, avec l'acte de refus dudit 
« procureur. » 

Nous sommes forcé de nous borner à cette simple nomenclature de piè- 
ces, d'après l'inventaire précité, puisque la liasse à laquelle il renvoie ne se 
retrouve plus dans le carton correspondant (S., 1529). Mais nous y appre- 
nons, du moins d'une manière certaine, à quelle date et en quel endroit fut 
établi le troisième cimetière concédé aux huguenots. Nous voyons que c'est 
seulement sous le règne du successeur de Henri IV, treize ou quatorze ans 
après l'Edit de Nantes. Nous voyons aussi que la chose n'alla point sans 
chicanes, et qu'elles furent de longue durée, car une dernière pièce men- 
tionnée dans notre inventaire est « une requête du 9 décembre 1637, pré- 
« sentée à la Cour du parlement par lesdits religieux (de Sainte-Geneviève), 
« tendante à ce qu'il fust faict detfenses auxdits religionnaires de plus en- 
« terrer lesdits morts audit lieu, d'autant que le contract d'acquisition 
« n'avoit esté par eux seigneurs ensaisiné qu'au nom d'un particulier et 
« non d'une communauté, et qu'au moins ils seroient obligés de payer 
« nouveaux lods et ventes avec l'indemnité signiffiée. » 

L'auteur de la note de 1719, déjà citée (Xi, 357), avait été plus heureux 
que nous : en disant que, outre le cimetière de la Trinité, « séparé de ce- 
rt lui des catholiques par une cloison de bois, » et celui « du faubourg Saint- 
« Germain, rue des Saints-Pères, proche la Trinité, » les réformés en pos- 
sédèrent « un troisième au faubourg Saint-3îarceau , » il ajoute : « Ces 
« deux derniers ont été achetés par ceux de la religion , j'en ai vu les 
a titres. » 

Au censier de Sainte-Geneviève de 1146 (Jrch. de l'Emp. S., 1635, 
folio 103), parmi les redevances du côté oriental de la rue, on lit : « Ceux 
« de la religion prétendue {sic), pour la maison de leur fossoyeur et pour 
« la place où on les enterre, 321 sols 6 deniers parisis. » 

Dans des transactions ultérieures de 1694, le cimetière est désigné en- 
core « rue du Puits-qui-Parle.« En 1715, son emplacement est ainsi défini : 
« Un Corps de logis, rue des Poules, avec trois autres bâtiments autour de 
« la cour et un puits, le tout tenant, d'une part, sur la rue des Poules, 
a d'autre sur la rue du Pot-de-Fer, où il y a grande porte cochère, abou- 
«< tissant par derrière à M. Bégon. » 

Ainsi, le cimetière Saint-Marcel, dit aussi des Poules, devait faire le 
coin oriental de la rue des Poules et de celle du Puits-qui-Parle. 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 



143 



40 CIMETIÈRE DE CHARENTON. 

<c II y avoit encore un autre cimetière à Charenton, » ajoute notre Note 
de 1719. 

En effet, c'est celui qui se trouvait compris dans l'enclos du temple de 
Charenton, comme il avait dû y en avoir un auprès du temple d'Ablon. 

Nous avons déjà rapporté {Bull., II, 279 et 282) deux passages de Ca- 
saubon et de L'Estoile, où il est parlé de l'accident arrivé au sieur de Fré- 
geville, qui se noya dans la Seine le dimanche 24 août 1603, en allant de 
Choisy à Ablon, pour y prêcher, et qu'il « fallut porter à Ablon pour l'en- 
« terrer, parce que ceux de Choisy, à cause de la religion, lui refusèrent 
« la terre pour sépulture. » 

Quant au cimetière de Charenton, l'emplacement en est déterminé sur le 
précieux plan dont nous avons donné un fac-similé (III, 436), du moins 
à dater de la reconstruction du temple, après l'incendie du premier en 
'1621. On voit qu'il occupait un angle de terrain {Lettre B) à gauche de 
l'édifice érigé par Salomon de Brosse (A), en avant des bâtiments où se 
trouvait la salle du Consistoire (H H), lesquels bâtiments précédaient la 
place où avait été l'ancien temple (F). Derrière cette place est indiqué 
« un autre cimetière » (I), qui peut-être avait été l'ancien cimetière , de 1 606 
à 1621. 

50 USAGES DES REFORMES ET PRESCRIPTIONS DE LA DISCIPLINE ECCLESIASTIQUE . 

DÉCISIONS SYNODALES ET GONSISTORIALES TOUCHANT LES INHUMATIONS 

ET CIMETIÈRES. — TUMULTE A LA TRINITE, EN 1611. 

Au chapitre X, qui traitait des « exercices sacrés en la congrégation des 
« fidèles, » la Discipline des Eglises réformées contenait deux articles ainsi 
conçus : 

Art. V. Il ne se fera aucune prière ou prédication ni aumônes pu- 
bliques aux enterremens, pour obvier à toutes superstitions et autres 
inconvéniens qui pourroient advenir. Et seront exhortés ceux qui 
accompagnent les corps de se comporter avec modestie durant le 
convoy, méditant, selon l'objet qui se présente, tant les misères et 
la brièveté de cette vie que l'espérance de la vie bienheureuse. 

Art. VI. Pour ce que le deuil ne gît point ès habits, mais au cœur, 
les fidèles seront advertis de s'y comporter en toute modestie, en 
rejetant toute ambition, hypocrisie, vanité et superstition. 

Ces articles ne firent pas partie du texte primitif de !a Discipline de !559, 



ikï CIMETIERES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

mais les premières lignes en furent formulées en ces termes par le troi- 
sième synode national tenu à Orléans en avril 1562 : Art. 15 (Faits géné- 
raux) : a Les ministres ne feront aucunes prières à l'enterrement des morts, 
« pour obvier à toute superstition. « 

Dans les actes du neuvième synode national tenu à Figeac en aoiit 1579, 
on lit, art. 24 (M. G.) : « L'article touchant la sépulture des morts, qui 
« défend d'y faire des exhortations et des prières, sera observé, et ceux 
a qui y contreviendront seront censurés. » 

De même au douzième synode national, celui de Vitré (mai 1853, art. 17 
des F. G.) : « Il n'est loisible d'assister au convoy des funérailles de l'Egtise 
« romaine jusques au sépulcre, s'il y a aucune espèce d'idolâtrie et de 
« superstition (1). « 

Par l'art. 27 des Faits généraux du treizième synode national tenu à Mon- 
tauban en juin 1595, il est dit que « toutes les Eglises sont exhortées de 
« faire diligemment observer les art. 5 et 6 du X' chapitre de la Disci- 
« pline. » 

Une disposition semblable fut introduite dans l'art. 15 des Corrections 
et additions sur la Discipline, au synode national suivant, tenu à Saumur 
en juin 1596 : « Sur l'article du chapitre X, le député de Normandie ayant 
« proposé, suivant les mémoires du colloque de Colentin, qu'il soit fait 
« quelques remontrances aux enterrements, — la Compagnie a résolu que 
« ledit article demeurera sans y rien changer. » 

Même disposition aux actes du quinzième synode national tenu à Mont- 
pellier en mai 1598, chapitre XIII, Observations sur la Discipline ecclésias- 
tique : « En exposant l'art. 5 du chapitre X, touchant les sépultures, il 
« est enjoint aux pasteurs d'empêcher qu'aucunes aumônes publiques ne se 
« fassent à l'enterrement de ceux qui sont décédés, pour obvier aux in- 
« convénients qui en pourroient naître. » 

En mai 1601, au seizième synode national tenu à Gergeau : « les Eglises 
« du Langudoc sont priées de s'opposer à ces nouveautés que l'on a introdui- 
te tes à l'enterrement des morts, et particulièrement à celle-ci, qui est que 
« les fdles sont portées en terre par d'autres filles qui sont ornées de guir- 
« landes et de fleurs. » 

Deux articles du dix-septième synode national, tenu à Gap en octobre 
1603, sont relatifs à cette matière. L'art. 23 des observations sur la Dis- 

(1) Voici un exemple de Tobservation de cet article par un huguenot notable: 
«Le mardi 30 (janvier 1596), dit L'Estoile, M. Hottoman, avocat en la cour, 
mourut à Pai'is, en sa maison, pulmonique, en la tleur de son âge; personnage 
regrettable, tant pour la probité que pour la doctrine rare qui estoit en lui. M. de 
Villiers Hottoman, son neveu, bien que de la religion, l'assista jusqu'à la fin, 
et le consola à la mode de ceux de la religion, auxquels encore que son oncle 
fût contraire, si monlra-t-il jusques à la fin avoir à plaisir ce qu'il disoit. Estant 
mort, son nepveu conduisit le corps jusques à la porte de l'église seulement. » 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 145 

cipline porte : « Sur la proposition si les pasteurs doivent aller aux enter- 
« rements, la Compagnie estime que vu Testât de nos Eglises et la forme 
« des sépultures, ïl doit estre remis au jugement du pasteur de s'y trouver 
« ou non. » 

L'art. 7 des faits généraux du même synode est ainsi conçu : « Sur la 
« question des frères de Saintonge, s'il est licite à un particulier de s'appro- 
« prier un lieu de sépulture élevé sur des piliers ou d'autres ornements, 
« et s'il doit être permis aux seigneurs et autres personnes de qualité de 
« faire mettre leurs armoiries sur le frontispice des églises et dans les 
« temples que nous construisons, — la Compagnie juge que, pour les sé- 
« pultures, chacun se doit tenir à la simplicité de l'ancien christianisme, 
« sans s'approprier rien de particulier, mais en témoignant notre comunion 
« avec les saints en la mort, aussi bien que nous la désirons en la bien- 
« heureuse résurrection. Quant aux temples, l'on y observera aussi la 
(( même modestie et simplicité, laissant cependant aux colloques et consis- 
« toires le jugement des faits particuliers. » 

L'art. 4 9 des Faits généraux du vingt-troisième synode national tenu à Alais 
en octobre 1620, dit « qu'en chacune Eglise se fera registre de ceux qui y 
« meurent, aussi bien que des mariages. » 

Le vingt-cinquième synode national tenu à Castres en 1626 contient, aux 
Faits généraux, cet art. 2^ : « Le règlement dressé au synode national de 
« Gap, louchant les sépulcres eslevés ès temples et cimetières, sera exacte- 
« ment observé par toutes les Eglises. » 

Enfin, le vingt-septième synode national, tenu à Alençon en 1637, a sur 
la Discipline un art. 4 que voici : « Sans permettre l'introduction d'aucune 
« nouvelle coustume ès convois de funérailles pour la consolation des pa- 
rt renls des défunts, et la pratique de l'art. 5 du chapitre X de la Disci- 
« pline estant recommandée à toutes les Eglises, la Compagnie permet à 
« celles qui de longtemps ont quelque forme particulière et pratique avec 
« édification, de demeurer en l'observation de leur ordre. » 

Voilà, en une fois, tout le corps de doctrine des Eglises réformées en 
matière de sépultures, tel que nous le trouvons dans les décisions syno- 
dales de 1562 à 1685. 

A l'égard des règlements de police et des usages, on a déjà vu ce qui en 
^tait, d'après les textes que nous avons déjà cités. Ainsi, l'art. 11 de l'Edit 
d'Amboise (mars 1563} prescrivait de « dénoncer le décès au chevalier du 
guet qui mandait le fossoyeur de la paroisse et lui commandait d'aller, avec 
tel nombre de sergents du guet qu'il jugerait bon, enlever le corps de nuit 
et l'enterrer au cimetière de la paroisse sans suite ni compagnie. » (Bull., XI, 
633.) L'Edit de Saint-Germain (aolit 1570), renouvelant par son art. 13 

XII. — 10 



146 CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

les mêmes prescriptions, admettait un convoi qui ne fût pas « plus grand 
que dix personnes. » Ce n'était plus d'ailleurs au (nmelière catholique de la 
paroisse, mais « dans des lieux à eux appartenants » qu'on devait doréna- 
vant porter les morts de ceux de la religion réformée. {Ibid., 134.) 

On a vu également l'ordonnance rendue le 24 février 1600 par le lieute- 
nant civil de la prévôté de Paris et les dispositions prises par ce magistrat 
pour les enterrements faits au cimetière de la Trinité {ibid. 358). Ceux de 
la religion devaient être portés en terre, sans aucune cérémonie, après 
7 heures en hiver, et en été après 9 heures du soir. Un archer du guet de- 
vait accompagner le corps, ainsi que les parents et amis du défunt, au 
retour du cimetière. Les porteurs étaient laissés au choix de la famille ou 
du fossoyeur , leur salaire était fixé à un demi-écu pour chacun ; celui du 
fossoyeur à 10 sols pour ouvrir la porte du cimetière la nuit, et 20 sols 
pour la fosse, avec défenses expresses de prendre un prix plus élevé, même 
de gré à gré. 

Notre Note de 1719 porte que « les enterrements se faisoient à toutes les 
ff heures de la journée; on faisoit apporter le corps au cimetière sur le 
« soir, ou le matin entre le jour et le soleil levant. On prenoit un archer 
« que le commissaire nommoit et qui accompagnoit le corps, afin qu'il 
« n'arrivât point de désordre ; les passants et amis qui vouloient assister 
« aux enterrements se rendoient au cimetière à l'heure qui étoit marquée. » 

Bien que cette note, par sa date, semble devoir se référer surtout aux 
usages suivis dans les temps immédiatement antérieurs à la révocation de 
l'Edit de Nantes, on remarquera qu'elle confirme les énonciations conte- 
nues dans les divers extraits de L'Estoile et de Casaubon que nous avons 
donnés (ci-dessus, p. 34 et 35). M. de Rambouillet est enterré le 5 février 
i 602, à six heures du soir ; le trésorier Arnauld est enterré le 21 mai 1 603, 
à dix heures du soir; il est porté par quatre crocheteurs; mais comme 
c'est un convoi de financier, c'est-à-dire de première classe, il est accom- 
pagné de cinquante chevaux. C'est dans l'après-midi qu'a lieu, le 27 mars 
4 602, l'enterrement de Mademoiselle de Garreau, dont parle Casaubon, 
puisqu'il dit : « Mane et vesperi in libris fuimus : interdiu funus deduxi- 
mus, etc. » 

Nous savons déjà que l'on ne s'était pas conforme rigoureusement à 
l'art. 4 3 de l'Edit de 1570 et aux édits postérieurs qui avaient ordonné de 
ne plus enterrer de morts de la religion dans les lieux alFectés à la sépul- 
ture des catholiques, précédemment communs à tous. Nous avons cité, en- 
tre beaucoup d'autres exemples, celui de Jaqueline de Rohan , marquise de 
Rothelin, décédée en juillet 1587 et inhumée dans un caveau de l'église 
paroissiale de Blandy (Bull., III, 99). Aussi un Edit de décembre 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 147 

rendu sur les plaintes et remontrances du clergé assemblé à Paris, porte 
dans son art. 10, que « ceux de la religion prétendue réformée ne pour- 
« ront estre inhumés ni élire leurs sépultures dans les églises, monastères 
« et cimetières des églises, des catholiques, encores qu'ils fussent fonda- 
« teurs desdites églises ou monastères. Voulons et ordonnons à cet effet 
« que rédit par nous fait en la ville de Nantes, en l'art, '28, pour le regard 
« desdiies sépultures, soit observé. » Mais cet article n'empêcha pas que le 
« ministre Jacques Couet, sieur Du Vivier, mort à Paris le 4 8 janvier i 608, 
n'y fût enterré dans l'Eglise même des Dominicains (Moréri et Haag). 

De ce qui a été rapporté ci-dessus (p. 35), d'après L'Estoiie, au sujet de 
cette belle tombe du trésorier Arnauld, en marbre noir avec armoiries et 
épitaphe, qu'il fallut couvrir de plâtre quinze jours après son érection, pour 
la préserver des injures d'une populace jalouse (mars 1604), et des dispo- 
sitions somptuaires contenues en l'art. 7 du synode de Gap (1603), nous 
devons rapporter ici une décision du consistoire de l'Eglise de Paris dont 
parle aussi L'Estoiie. « Les ministres de Charenton, dit-il, par ordonnance 
« du Consistoire, en ce mesme mois (juin 1610), firent mettre à bas, dans 
« leur cimetière de Saint-Père, les tombes qu'on y avoit dressées à plusieurs 
« divers personnages, comme ne tendantes ni ne pouvant servir à autre 
« chose, disoient-ils, qu'à remettre sus les cérémonies et superstitions pa- 
« pistiques, qu'ils appellent. » 

Rien n'indique d'ailleurs parmi les documents consultés par nous que 
l'ordre ait été troublé au sujet des inhumations aux cimetières de la Tri- 
nité, de Saint-Père ou de Charenton, sous le règne de Henri IV. Le pre- 
mier scandale dont il soit fait mention est celui qui éclata le 3 juin 4 611, et 
que raconte ainsi le Mercure français : 

« Il y eut une émotion le jour de la Trinité à l'enterrement d'un petit 
« enfant dans le cimetière mesme de la Trinité, lequel enfant appartenoit à 
« un de la Religion. Les jours sont grands en ce temps-là. Un peu plus 
« tard que l'ordinaire, et estant encore grand jour, deux archers du guet 
« menoient le convoi. Le garçon d'un vinaigrier leur commence à jeter des 
« pierres; plusieurs l'imitent, et son maistre mesme; on n'eut respect aux 
« archers ni à ce qu'ils disoient, le tumulte fut un peu grand, où un des 
« archers fut blessé, et quelques autres. Aussitôt la Justice y accourut : le 
« valet et son maître le vinaigrier furent menés prisonniers, condamnés 
« par le lieutenant criminel, sçavoir : le valet à estre fouetté devant la Tri- 
« nité, le maisire assistant. Ils en appellent. Par arrest, la sentence fut 
« confirmée et exécutée le 1" de juillet. » 

L'Estoiie rapporte de même que <( le vendredi, juillet 1611, deux des 
« séditieux qui avoient excité, quelques jours auparavant, du tumulte au 



148 LETTRE DU DUC DE ROHAN SOUBISE AU DUC DE BUCKINGHAM. 

« cimetière de la Trinité, rue Saint-Denis, sur l'enterrement d'un enfant de 
« la Religion, furent fouettés publiquement sur le lieu mesme, et y avoient 
« esté jugés par arrest du 28 précédent. « {Suite.) 



LETTRE DU DUC DE ROHÂN SOUBISE 

AU DUC DE BUCKINGHAM. 
1625. 

M. Gustave Masson a trouvé les deux pièces suivantes à la Bibliothèque 
Bodléienne, à Oxford, collection Sanner, n» 72, in-folio. 

A Monsieur le duc de Buckingham, grand amiral d' Angleterre. 
Monsieur, 

Je fais tant d'estat du bonheur de vostre amitié et conserve si chè- 
rement la mémoire de la part que vous m'avés fait la faveur de me 
promettre de vos bonnes grâces, qu'envoyant vers Sa Majesté de la 
Grande-Bretagne le sieur De La ïousche pour luy tesmoigner combien 
je participe à l'affliction que toute la chrestienté a reçue en la perte 
du feu roy de la Grande-Bretagne de très haute et glorieuse mé- 
moire, je Tay pareillement chargé de vous voir de ma part pour me 
condouloir aussi avec vous de ceste perte qui nous est commune, et 
certes sy sensible que je n'ay trouvé de consolation qu'en ce que vostre 
Estât se treuve pourveu d'un si digne et si vertueux successeur ès 
bonnes grâces duquel, comme je ne doubte point, que vostre mérite 
et vos services ne vous facent trouver la place que vous possédiez di- 
gnement auprès du feu roy son père; aussi vous supplié-je bien 
humblement de me continuer près de S. M. de la Grande-Bre- 
tagne les bons offices et faveurs que j'ay reçus autrefois de vous 
près du feu roy son père, et espéré-je toutte assistance et bonne 
vollonté de vostre part aux affaires dont j'ay chargé ledit sieur De 
La Tousche d'entretenir S. M. de la Grande-Bretagne et vous aussi, 
non-seullement à cause de l'amitié que vous m'avez toujours fait la 
faveur de me tesmoigner en mon particulier, mais pour Tintérest 
général des Eglises refformées de France, au maintien desquelles 
vous vous estes montré tousjours très affectionné. En quoy. Mon- 



LETTRE DU DUC DE ROHAN SOUBISE AU DUC DE BUCKINGHAM. i49 

sieur_, vous verrez que ce n'est point une cause qui soit particulière 
à Monsieur mon frère et à moy, comme les ennemis de nostre religion 
et les nostres ont voulu faire croyre, mais qu^elle est généralle entre 
nos Eglises : ainsi qae la ville de La Rochelle le tesmoigne à S. M. de 
la Grande-Bretagne par les lettres qu'elle luy en escript, et à vous 
aussy, Monsieur, qui croyiés, je m'assure aussy, que le bruit qu'on a 
faussement semé contre nous pour randre en nos personnes la cause que 
nous soutenons odieuze, assçavoir que nous ayons pris de Targent d'Es- 
pagne pour traverser le dessein de la ligue généralle. Sur quoy nous 
ne croyons pas avoir besoing de grande apologie contre ceux qui 
cognoissent Monsieur mon frère et moy, ou qui considéreront com- 
bien de justes sujets nous avons eu de prévenir le dessein qui estoit 
prest d'éclore pour la ruyne de La Rochelle, premièrement et en- 
suite de toutes nos autres Eglises; car. Monsieur, depuis le traité 
de paix fait à Montpellier, que Monsieur mon père accorda princi- 
palement en considération d'une lettre que le feu roy de la Grande- 
Bretagne prist la peyne de luy en escrire de sa main, on a directe- 
ment contrevenu à tout ce qui nous avoit esté promis par ledict traité, 
de quoy le fort de La Rochelle et la citadelle de Montpellier ne sont 
que de trop asseurés tesmoings, tellement que , voyant nostre ruyne 
résolue par le blocus par mer, qu'on préparoit d'ailleurs contre La 
Rochelle, je ne pense pas que personne qui aye quelque soingde la 
conservation de TEglise de Dieu treuve estrange qu'après trois ans 
de très humbles requestes et soubsmissions faites au roy pour l'exé- 
cution de ce qu'il luy avoit plu promettre auclict traité, alors que 
nous nous sommes vus sur le point d'estre surpris par un blocus de 
mer, nous nous soyons mis en estât d'essayer à faire, que le roy 
nostre maistre soit obéy aux commandemens qu'il a souvent faits et 
réitérés pour la démolition du fort de La Rochelle et l'enti etien des 
autres articles du traité, et quoyque toutes ces raisons nous deschar- 
gent assez du blasme et justifient suffizamment nos proceddures, sy 
est que cet offre que nous avons toujours fait et faisons encore de 
porter nos armes pour le service de nostre roy contre ceux qu'il re- 
cognoist pour ses ennemis, sitost qu'il luy plaira faire exécuter de 
bonne foy ce qui a esté promis audict traité de Montpellier, et donner 
paix et seureté à nos pauvres Eglises. Cest offre, dis-je, doibt fermer 
la bouche à tous ceux qui taschent de nous calomnier pour nous 
rendre odieux à ceux qui ont de Tintérest et de l'affection à la con- 



150 REQUÊTE DU MAIRE ET DES HABITANS DE LA ROCHELLE. 

servation de nos Eglises. On m'a voullu donner des alarmes, non- 
seullement des mauvaises grâces de S. M. delà Grande-Bretagne, mais 
de ses forces, pour estre employées contre moy et ceulx de La Ro- 
chelle, ce que le sieur De La Tousche vous dira ne m'estre jamais peu 
tomber en Tesprit, auquel je vous suplie adjouster toute créance, 
ayant plustost espéré de Sa Sérénissime Majesté, comme je vous su- 
plie de joindre vos prières à celle que je luy en fais, qu'elle employe- 
roit la faveur de ceste dicte nouvelle et heureuze alliance que je prie 
Dieu de vouloir bénir pour moyenner à nos Eglises l'exécution de ce 
qui leur a esté promis par une paix plus certaine et asseurée que celle 
de Montpellier. Je crains que ce long discours vous ait dû estre en- 
nuieux. Mais certes le mal est si grand qu'il est malayzé que les 
plaintes en puissent estre courtes. Je le finiray en vous suppliant de 
me continuer en vos bonnes grâces et de faire tousjours estât de moy 
comme de celluy qui sera toute sa vie. Monsieur, 

Vostre plus humble et très affectionné serviteur, 

SOUBIZE. 

De risle d'Olleron, ce xv de may MVP XXV, 



REQUÊTE DU RIÂIRE ET DES HABITANTS DE LA ROCHELLE 

AU DUC DE BUCKINGHAM. 
1635. 

A Monsieur le duc de Buckingham, grand amiral d'Angleterre. 
Monseigneur, 

La crainte qui sembloit imminente de la perte de ceste ville et de 
l'Eglise y recueillie nous ayant enfin liés à la justice des armes de 
Monseigneur de Soubize, recongneu pour n'avoir de but que le service 
du roy nostre souverain, mesme en l'obéissance qui luy est deue et 
l'observation de ses derniers édicts faits pour la conservation de ce 
qui pouvoit rester de seureté aux Eglises de ce royaume apprès la pro- 
fligation qu'elles ont receue par ces derniers mouvemens, nous avons 
esté portés. Monseigneur, à en escrire les causes au roy de la Grande- 
Bretagne, et à le supplier très humblement de n'improuver nos motifs 
pleins de droit en cella, ains de les ayder mesmes envers le roy nostre 



REQUÊTE DU MAIRE ET DES HABITANS DE LA ROCHELLE. 151 

souverain seigueur^ de la fidelle subjection duquel nous protestons 
ne nous despartir jamais, pour nous en faire impétrer la justice que 
les artifices de nos ennemis séduisans en bonnes intentions, nous ont 
empesehés d'obtenir depuis trois ans que nous sommes continuelle- 
ment à ses pieds. Et comme nous sçavons que les éminentes vertus 
et qualités qui reluisent en vous. Monseigneur, et vos services ren- 
dus, tant au defFunt roy, père de Sa Majesté, à présent régnante, 
qu'à elle-mesme, vous ont acquis en ce haut degré où vous estes 
les moyens puissans de favoriser une cauze sy sainte et sy juste, 
comme celle que nous soutenons, nous vous supplions aussy très 
humblement, Monseigneur, de vouloir seconder de vos puissantes 
recommandations nos supplications vers Sa Majesté, affîn qu'un estai 
au moins tolérable desdictes Eglises de ce royaume et les privilèges 
anciens de ceste ville qui y est fort attachée, conservés, et par consé- 
quent la paix établye en France, toutes ses forces soient désormais plus 
librement tournées contre cest ennemi commung, non moins de tous 
les Estais de la chrétienté dont il se projette la subjection, que par- 
ticulièrement de la Refforme que Dieu a fait naistre en son Eglise 
en ces derniers siècles, laquelle vous recognoist. Monseigneur, un 
de ses plus puissans soutiens. Les sy sincères et exprès tesmoignages, 
Monseigneur, que vous avez rendu en nos dernières callamités, de 
vostre zèle et piété, et combien vous compatissiez à nos misères gé- 
néralles et particulières, selon le récit qui nous en fut fait alors, nous 
obhge très estroitement à vous en rendre grâces très humbles, et 
c'est ce qui nous donne tant plus de hardiesse de vous suplier très 
humblement de vous emploïer en toutes les choses qui seront jugées 
justes et nécessaires pour la conservation de nos pauvres Eglises 
soubs la fidelle subjection de nostre roy, qui sera un accroissement 
d'obligation sur nous qui vous supplions de nous tenir pour jamais. 
Monseigneur, 

Vos très humbles et très obéissans serviteurs. 
Les maire, eschevins, pairs, bourgeois et habitans de La Rochelle. 

David, maire 
et capitaine de la ville de La Rochelle, 



La Rochelle, ce 30 may 1625. 



RÈGLEMENT CONSISTORIAL 



DE l'Église réformée de lyon. 

164:9. 

Le document intéressant ci-après se trouve à la fin d'un exemplaire ma- 
nuscrit de la Discipline, portant au titre à la main : A Lyon^ 1652. Après 
avoir appartenu à quelque pasteur ou fidèle de l'Eglise réformée de celte 
ville, il a passé dans la bibliothèque du séminaire de Saint-Irénée, à Lyon. 
Nous en avons dû la communication à M. le professeur Munier, de Genève. 

REIGLEMEJSTS pour les pasteurs et anciens de l'Eglise réformée de 
Lyon, par eux dressez selon qu'il est ordonné en l'article 3^ du 
111^ chapitre de la Discipline des Eglises réformées de France. 

1. En général tous auront Toeil sur les familles de TEglise, à ce 
que leurs mœurs soyent cbrestiennes, et qu'ils facent leur devoir de 
fréquenter les sainctes assemblées et y profiter. Les anciens eux- 
mesmes leurs monstrans tout exemple. 

2. La ville de Lyon avec les fauxbourgs sera à Tégard de ladite 
Eglise distinguée en cinq quartiers, desquels chacun sera sous la 
conduitte d'un ancien. 

3. Chaque ancien de quartier aura particulièrement soin des fidèles 
qui habitent en son destroit_, les visitant en leurs maisons le plus sou- 
vent qu'ils pourront et du moins de six en six mois, mesmes pren- 
dront avec eux le plus souvent que se pourra les pasteurs, et 
surtout quand quelqu'un tombera malade, pour l'aller consoler en- 
semblement. 

k. Il est bon aussi que l'on visite le plus souvent que ce pourra les 
prisonniers, Thospital, et les pauvres enfermez de l'aumosne géné- 
ralle, afin de voir quel traittement on y fait à ceux de la religion si 
aucuns y en a, et de six en six mois on nommera deux de la compa- 
gnie pour faire cette charitable visite. 

5. Deux fois l'année chaque ancien de quartier fera rooUe de tous 
ceux de la religion qui sont riesre luy. Et après les saintes cènes ira 
en chaque famille recueillir diligemment les deniers escheus de la 
subvention que chaque fidèle donne volontairement pour l'entrete- 



REGLEMENT CONSISTORIAL DE l'ÉGLISE REFORMEE DE LYON. 153 

nement des pasteurs, et les remettra ès mains du receveur des de- 
niers de ladite subvention, et les comptes s'en rapporteront au con- 
sistoire de six en six mois à peine de censure. 

6. L'un des pasteurs tiendra registre des baptesmes, et la note et 
les noms luy seront portez par le lecteur, lequel aussi en donnera 
une copie au controlleur pour vérifier de temps en temps ledit re- 
gistre. 

7. Sera tenu registre des mariages et des mortuaires, par celuy 
que le consistoire ordonnera, lequel sera tenu de garder les cer- 
tificats des contrats de mariages baillez par les notaires pour les 
annonces. 

8. Lorsque quelque pauvre mourra, Tancien du quartier fera le 
mandat des frais de l'enterrement sur le receveur des pauvres, et 
sera tenu d'accompagner le corps. 

9. Tous les comptes seront rendus chaque année ou plus souvent 
si faire se peut, et seront portez et remis au consistoire par le comp- 
table, pour estre examinez et arrestez par ceux que la compagnie 
nommera. 

10. Il y aura un controlleur des deniers tant de ceux de la sub- 
vention que de ceux des légats, et des pauvres. 

11. Ledit controlleur aura la clef de la boëte ou l'on met l'ar- 
gent des tasses, et chaque lundy ira compter ledit argent chez le 
receveur des pauvres, lequel il en fera charger sur le livre de con- 
trolle. 

12. Les anciens qui apporteront quelques deniers aux receveurs 
en advertiront le controlleur afin qu'il en charge son controlle. 

13. Le seul pasteur qui fera en la semaine des visites, fera les 
mandats pour l'assistance des pauvres passans, et ce jusques à la 
somme de trois livres chacun pour le plus; mais en cas extraordi- 
naire, s'il falloit s'étendre plus avant, pourra le faire du consente- 
ment de deux ou trois anciens, lesquels signeront le mandat. Et l'on 
ne pourra assister les pauvres estrangers plus libérallement que pour 
passer chemin, et une seule fois, hormis en cas de maladie. 

14. Les anciens qui n'ont point de quartier ne pourront faire aucun 
mandat sinon au cas mentionné en l'article précédent, et ceux qui 
ont un quartier ne pourront faire aucun mandat sinon pour les pau- 
vres de leur quartier, et ce jusques à la somme de vingt sols au plus. 



154- RÈGLEMENT CONSISTORIAL DE L^EGLISE REFORMEE DE LYON. 

Mais si Tiirgente nécessité requéroit de s'étendre plus avant, faudra 
qu'ils ayent le consentement d'un pasteur et deux ou trois anciens. 
Et défense est faite au receveur des pauvres d'acquitter aucun mandat 
qui ne soit selon la forme de cet article et du précédent. 

45. Ce que les anciens auront fourny ou payé sans mandat ne leur 
sera point alloué en leur compte de despense. 

16. Ceux qui logeront ou feront loger des pauvres malades es- 
trangers sans le consentement du pasteur qui sera en semaine, 
et de deux ou trois anciens n'en pourront demander payement à 
FEglise. 

17. Les pauvres qui reçoivent l'assistance ordinaire de l'Eglise se- 
ront commandez une fois ou deux Tannée, de se présenter au consis- 
toire à Saint-Romain, avec leurs enfans grandelets, pour rendre 
raison de leurs mœurs et instruction. 

18. Inventaire sera fait ou continué des papiers de l'Eglise, du- 
quel y aura trois copies signées par les pasteurs et le secrétaire, les- 
quelles seront remises à trois personnes telles que le consistoire 
ad visera. 

19. Les coffres desdites archives auront double serrure, à clefs dif- 
férentes, dont l'une sera entre les mains de celuy qui aura la garde 
desdits coffres, et l'autre entre les mains du secrétaire. 

20. Les anciens se rendront au consistoire le matin dès qu'ils se- 
ront arrivez à Saint-Romain, et derechef incontinent après disné sans 
perdre temps pour ne tenir le peuple en attente. 

21. Le consistoire de Lyon est composé de deux pasteurs et douze 
anciens. Les charges sont : le secrétaire, le receveur de la subven- 
tion, le receveur des deniers des pauvres, le receveur des légats, 
l'œconome des fonds de l'Eglise, l'auditeur des comptes, le control- 
leur des deniers. Du registre des baptesmes : la charge dudit re- 
gistre des baptesmes, et celle de celuy des mariages et mortuaires^ 
la charge du grand livre de comptes, et les cinq charges des cinq 
quartiers. 

22. Les présents reiglements seront leus en consistoire, avant 
chacune cène pour reconnoistre si chacun aura fait son devoir, et 
tous en auront une copie. 

23. Les pasteurs et anciens qui sont maintenant et qui seront à 
l'advenir en cette Eglise, signeront les présents reiglements et pro- 



ABJURATIONS. BAPTÊMES ET MARIAGES AU DESERT. 155 

mettront de les observer. Sauf à y changer, adjouster ou diminuer 
selon les occurrences^ du consentement de la compagnie. Et tous 
reiglements précédents sont entendus estre enclos en ceux-cy ou 
abrogez. 

Ainsi arresté et promis en consistoire tenu à Saint-Romain de 
Couzon-lez-Lyon^ le dimanche quinzième d'aoust 16i9. 



ABJURÀTIOHS. - BAPÎÊRiES ET RSÂRIÂGES ÂU DÉSERT. 

REGISTRES DE SAINT-MAURICE DE CASEVIEILLE. 
1650-1^89. 

M. le pasteur Liebich, de Saint-Maurice, près Vézenobres (Gard), nous 
a adressé la communication qui suit : 

Les archives municipales de Saint-Maurice contiennent les registres des 
actes ecclésiastiques de l'Eglise catholique, depuis 1658 jusqu'en 1792. Le 
premier est un petit in-8o, portant le titre suivant : « Livre des baptiS' 
foires, mariages et morts (et d'une autre main) : Et abjurations^ comancé 
par moy Claude Bérard, prêtre et prieur de Saint-Maurice de Casses- 
Vieilles, 1658. » 

Voici le relevé de ces abjurations, antérieures à la Révocation : 

Du mardi 4 décembre 1 668, a fait abjuration de la R. P. R. Jan Bor, pré- 
santé par moy soussigné à M. le grand-vicaire à Usés, présans les signés 
à l'original : Signé : Briard, prieur de Saint-Maurice. — 1 6 décembre 
1670, Adam-François Martin, à Usés. — 20 décembre 1670, Jane Fi- 
guière, femme d'Adam-François Martin, avec le reste de sa famille, à Saint- 
Maurice, entre nos mains. — 29 juin 1671 , Jan Alègre et Jane Durant, sa 
mère, à Usés. — 5 juillet 1671, Ysac Alègre et son fils Anthoine, à Saint- 
Maurice. — 19 juillet 1671, Elisabeth Alègre, avec ses trois enfants, son 
homme étant catholique, à Saint-Maurice. — l^"" octobre 1771, Mestre To- 
mas Porcherol et Jane Privade sa belle-fille, avec trois enfants, à Saint-Mau- 
rice. — 14 octobre 1671, M^ Pierre Porcheyrol, devant M. le grand- 
vicaire. — 29 may 1673, M« Barthélémy Simon, à Usés, qui, le 15 juin 
suivant , se marie avec Elisabeth Gillée de Sainte-Cécile d'Andorre. — 
5 janvier 4 676, a fait abjuration de l'érésie entre les mains de Monsei- 
gneur L. Et. R., cardinal de Bonzi, à Montpellier, les étals tenans, damoi- 



156 ABJURATIONS. — BAPTEMES ET MARIAGES AU DESERT. 

moiselle Marion de Combien, conduite par Madame de la Roche, vefve 
de M. de Calvière. — 15 mars 1676, Susanne Imberle de Saint-Ce- 
sarj, dans notre Eglise, par la permission que jan ay heue de Monsei- 
gneur LL. Et. R. , évesque d'Usés. — 1 3 octobre 1 677, Claude Maliaussière, 
âgée de 18 ans, à Saint-Maurice. — L'an 1679, et dans le mois d'aoust, a 
fait abjuration de l'hérésie, damoiselle Espérance de Combler, en Avignon, 
entre les mains de M. le grand-vicaire, conduite par M. l'abbé de Lacoste. 
—1680, 30 juillet, à Usés, entre les mains du révérend père Duga, Espé- 
rance de la Roche, chez MM. les jésuites. — 12 octobre, à Usés, entre 
les mains du père Duga, jésuite, Anthoine Alègre. — 15 mars, Guillaume 
Galier [ut suprà). — 25 novembre, Jaques Galier [ut supra). — 31 dé- 
cembre, Firmin Galier, entre les mains du R. P. du Fornet, jésuite. — 
4 681, 9 janvier, Simonne Baune, âgée environ de 30 ans, avec sa fille Ca- 
therine, âgée d'environ 12 ans, à Saint-Maurice. — U mars, entre les 
mains de Monseigneur de Poncet (?) Ponvert (?), évesque et comte d'Uzès, 
M, René Samuel, diacre et chantre au temple de Brignon. — 1682. Entre 
les mains du révérend père Medailhe , jésuite, à Usés; Jan Isaac l'ayant 
instruit six mois dans ma maison. — 1683, 1 6 décembre^ M. des Cambous 
entre les mains de Monseigneur l'évêque de Lodève. — 1684, 27 juin, Char- 
les et Pierre Guilhaume,à Vézenobre. 

Le fatal mois d'octobre 1685 arrive, et, dès ce moment, abjurations en 
masse. Le 5, noble Guérin d'Azemar et damoiselle Françoise Dode, sa 
femme ; sieur Jean Camproux et damoiselle Jane Biscarade, sa femme, et 
Gabriel Camproux, leur fils; sieur Guilhaume Roquette, Pierre Faradolet 
Catherine André, sa femme. — Le 6, a fait abjuration, etc., Françoise Bo- 
naud, « étant malade dans son lit.» — Le 7, Gervais Robert, de Saint-Jean 
de Ceyrargues. — Le 8 , ont fait abjuration dans l'église de Saint-Jean 
de Ceyrargues, « entre nos mains, ayant été prié par Messire Jaques 
Froman, prêtre servan ladite paroisse, de les aller receupvoir, » une 
longue liste d'habitants de ce lieu. — Le 9, une longue liste d'habitants de 
Saint-Maurice. Ce même jour ont été reçus à Usés, par frère François, ca- 
pucin, Pierre André et Françoise Avesque, sa femme. — Ce même jour, 
quelques habitants de Saint-Jean de Ceyrargues. — Le 10, une longue 
liste d'habitants de Saint-Maurice. — Le 11, idem. — Le 12, réception de 
noble damoiselle Suzanne de Montolieu, fille de noble Pierre de Monlo- 
lieu, seigneur de Saini-Hippolyte de Caton. — Etienne Privas, de Saint-Hip- 
polyte de Caton , Jaques Jonques, menuisier de îSîmes, et Jean Plan, de 
Bocoiran ; — nobles damoiselles Susanne-Marie de Saint-Jean, et Anne de 
Brud (?). — 10 mars 1686, Marguerite Rousselly, fille à Pierre Rousselly, 
jardinier. — 10 juillet, Estienne Malieu, âgé de 16 ans, de Cruviès. — 
18 octobre, différentes personnes. — 23, Françoise Bert, de Saint-Cesari 



ABJURATIONS. BAPTEMES ET MARIAGES AU DESERT. 157 

de Gauzignan. — 26 novembre, Marie Saint-Martin, âgée de 18 ans. — 
6 décembre, damoiselle Ester de Couston, femme à M. Louis Rey, de Nî- 
mes. C'est la dernière abjuration reçue par le prieur Bérard, dont la signa- 
ture paraît pour la dernière fois le 6 octobre 4 687. 

Dans le second volume, composé de différents cahiers reliés ensemble, 
sur papier au timbre de la généralité de Montpellier, de 1692 à 1737, se 
trouvent les abjurations suivantes, à propos de mariages : 

1716, le 28 octobre, Anthoine Gravière de Moupac et Catherine Tara- 
delle. — 1722, 9 janvier, JanRancet Marie Taradelle, « et ce, après avoir 
fait abjuration suivant l'ordonnance de Monseigneur notre évesque. » — 
4722, 3 février, Antoine Jalaber et Catherine Galier. 

Le troisième volume, sur papier timbré, va de 1737 à 1792. — L'année 
1751 contient les rebaptisations (voyez Bulletin, X, 69 et suiv.). — L'an 
1751, et le 25^ aoust a été baptisé, sous condition, Louis Guerin d'Aze- 
mar, né le 3 janvier 1746; — Jean-David d'Azemar, son frère, né du 8 au 
15 octobre 1748, fiis de noble Claude d'Azemar et de feue dame Madeleine 
Boussaret. De plus, 17 autres enfants jusqu'au 30 aoiît. Le plus âgé d'en- 
tre eux est du 31 octobre 1743. — 1752, le 21 février, baptisé sous condi- 
tion, Jean Evesque, né le 8 octobre (précédent?). 

Nous arrivons à l'année 1787. La première déclaration de décès est celle 
de dame Charlotte de Montolieu, épouse de noble Pierre-Melchior d'Aze- 
mar, âgée d'environ 56 ans, originaire de Saint-Hippolyte deCaton, décédée 
le 17 novembre 1788. 

Les déclarations de mariage sont au nombre de 20. La première est du 
1 0 janvier 1 788 , et la dernière du 1 8 février 1 789. 

Les archives possèdent en outre un registre protestant composé de plu- 
sieurs cahiers sur papier au timbre de la généralité de Montpellier. Il 
commence ainsi : Âu nom de Dieu soit fait. Amen. Registre des baptê- 
mes et mariages de la paroisse de Saint-Maurice de Casevieille, com- 
mencé en juin 1770. Il se termine par ces mots : Le présent registre clos 
et arrêté par novs.^ François Bresson, maire de la communauté de Saint- 
Maurice de Casevieille, en exécution de l'art. I^^du titre VI de laloy du 
20 septembre 1792. Fait à Saint-Maurice^ le 3 décembre 1792, Van 1^^ de 
la République française. Le pasteur dont la signature est la plus fré- 
quente est celle de Guillaume Bruguier ; en outre, se trouvent les noms des 
pasteurs Ribot, Fromental, Lombard, Lafon et Privât. 



LES DERNIÈRES HEURES DE RI. JEAN BONAFOUS 



MINISTRE DE LA PAROLE DE DIEU A PUYLAURENS. 
IG'SG. 
(Suite et fin.) 

Le lundi vint-huitième nous perdîmes tout à fait l'espérance que 
nous avions conceue, et nous découvrîmes quelque marque de sa 
mort prochaine; ses maux furent plus grands^ ses douleurs plus 
aiguës; mais sa patience fut toujours la même, son âme toujours par- 
faitement soumise à la volonté de son Dieu, jouissant toujours de cette 
douce paix, et de cette tranquilité admirable, qu'on lui a veu pos- 
séder dans sa parfaite santé, et qui n'a jamais pu être troublée ni al- 
térée tant soit peu^ ni par la violence de ses maux, ni par la considé- 
ration des horreurs de la mort, ni par l'extrémité même de son 
agonie, ayant toujours conservé son esprit dans une même assiéte et 
dans une même tranquilité, jusques à son dernier soupir. M.Bonafous, 
ministre de TEglise de Saint-Amans étant arrivé, il témoigna qu'il en 
étoit bien aise, et lui demanda la prière, dans laquelle il le remercia 
et lui donna sa bénédiction. Il demanda la même chose à MM, les 
pasteurs, qui prindrent tous un soin particulier de le visiter ce jour-là, 
comme ils firent, presque chaque jour, dans tout le cours de sa ma- 
ladie, et ne souffrit point qu'aucun s'en retournât qu'aprez avoir 
fait la prière à Dieu pour lui; car il prenoit, comme il avoit toujours 
fait, un plaisir extraordinaire dans ce saint exercice. Cependant, 
comme l'on craignoit que la grande foule qu'il y avoit eu dans sa 
chambre ce jour-là et le jour précédent, n'eût contribué en quelque 
façon à augmenter ses maux. Ton refusa à quelques-uns l'entrée de 
sa chambre; mais ayant apris que le peuple cri oit qu'ils étoint affligez 
de ce qu'on ne vouloit pas leur donner la liberté de voir mourir leur 
fidèle pasteur, à qui ilsavoint tant d'obligation, et pour qui ils avoint 
tant d'affection, il dit à son filleul : « Je vous prie, de faire en sorte 
qu'on ne refuse plus à ce pauvre peuple la liberté d'entrer dans ma 
chambre, ce témoignage de leur affection me réjouit extrêmement, » 
depuis ce tems-là on ne refusa plus à personne l'entrée de sa chambre, 
qui demeura presque toujours remplie jusqu'au jour de sa mort. Ce 
jour-là M. Loquet, ministre de l'Eglise de Cuq, et professeur en élo- 
quence dans l'académie, vint le visiter, et lui fit une prière, dont il 
témoigna qu'il étoit très satisfait, et pria Dieu qu'il voulût le bénir 



LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAIf BONAFOUS. 159 

en sa personne, en sa famille, en son ministère et en sa profession. La 
nuit suivante il se trouva dans un si grand assoupissement, qu^on avoit 
peine à se résoudre à l'éveiller, pour lui donner ses bouillons, croyant 
que ce fût un doux repos, et espérant qu'il en pût recevoir quelque 
soulagement. 

Mais le lendemain vint-neuvième, M. Damai vy lui ayant dit, qu'il 
bénissoit Dieu de ce qu'il lui avoit donné un doux repos dans la nuit 
dernière, et qu'il espéroit qu'il s'en trouveroit soulagé; il dit : « Où 
est ce repos? Je ne le sens point, c'a été un assoupissement dont je 
ne reçois aucun soulagement; mes maux s'augmentent, bien loin de 
diminuer; je sens que Dieu m'apelle, ma fin même n'est pas fort 
éloignée, tien-toy prez de moy, ne me quite jamais, assiste-moy dans 
mes dernières heures, et ne me laisse point jusqu'à mon dernier 
soupir. » Ce jour-là se trouvant dans une extrême foiblesse, MM. les 
médecins ordonnèrent quelques remèdes et quelques aplications pour 
tâcher de le fortifier, ce qui lui donna sujet de dire à ceux qui lui 
dispensoint ces remèdes : «Ne me faites que le moins de remèdes que 
vous pourrez, je vous le dis à l'avance. » 

Cependant sa foiblesse continua dans la nuit, et s'augmenta encore 
le lendemain; de telle sorte qu'il ne parloit que peu de tems en tems, 
ce qui donna sujet à quelqu'un de lui dire, qu'il y avoit plusieurs 
personnes, qui souhaiteroint bien de l'entendre parler touchant son 
état, et celui aprez lequel il soupiroit. A quoy il répondit : « Outre 
que, si je faisois de longs discours à tous ceux qui me font l'honeur 
de me visiter dans ma maladie, l'on pourroit imputer cela à quelque 
ostentation, à quelque désir de vaine gloire, que j'ay évitée toute ma 
vie, autant qu'il m'a été possible, j'ay de plus des maux si violens, 
des douleurs si vives et des foiblesses si grandes, qu'il me seroit im- 
possible de faire ni de souffrir de longs discours; et d'ailleurs Dieu 
m'a fait la grâce, de rendre des témoignages exprez de ma repen- 
tance, de ma résignation, de ma foy et de mon espérance, non-seu- 
lement en présence de divers particuliers, mais encore en présence 
de MM. les consuls, de MM. les pasteurs, de MM. les anciens et de la 
plus grande partie de mon Eglise. » Sur quoy un de MM. les pasteurs 
lui ayant dit, qu'il devoit prendre courage, qu'il espéroit qu'encore 
Dieu lui fairoit la grâce de se relever de cette maladie. « Monsieur, 
lui dit-il, j'en serois bien marri; » et puis il dit d'une voix basse : 
« Mon Dieu, fay-moy la grâce de mourir de cette maladie, toutes- 



160 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

fois ta volonté soit faite. » Le reste de ce jour se passa en prières, 
qu'il fit à Dieu dans le secret de son cœur, ou en celles qui furent 
faites par plusieurs de MM. les pasteurs, qui vindrent le visiter. La 
nuit suivante son assoupissement le reprit, et continua presque jus- 
qu'au jour. 

Le lendemain matin premier jour d'octobre, il dit à M. Damalvy : 
c( Faites la prière, il faut toujours prier, j'ay toujours aymé à m'en- 
tretenir avec Dieu par ce saint exercice, et j'en ay maintenant plus 
de besoin que jamais; ne permettez point qu'aucun de MM. les pas- 
teurs s'en retourne sans m'avoir donné la prière; » aprez la prière il 
demanda à Dieu qu'il voulût l'exaucer et le fortifier dans ses grandes 
foiblesses; puis ayant entendu le dernier coup de la cloche du temple, 
il voulut savoir qui devoit prêcher, et quel étoit le pseaume qu'on 
devoit chanter ce jour-là. Lui ayant dit que c'étoit le pseaumeXXXVIII; 
c( C'est, dit-il, un des sept pseaumes pénitentiaux,» et voulut qu'on le 
leut en sa présence; pendant cette lecture, il sentit des trenchées 
violentes, qui lui donnèrent sujet d'avoir des grandes élévations, et 
de dire : « Mon Dieu! aye pitié de moy, mon Dieu! fortifie-moy, mon 
Dieu! garde-moy; » et lui ayant dit, qu'il ne devoit point douter que 
Dieu ne fût toujours avec lui, pour le garder et pour le fortifier: 
« Oui, dit-il, Seigneur, j'auray toujours tes deux gardes fidèles, ta 
grâce et ta vérité; » ce qui lui donna occasion de demander dans quel 
pseaume c'est que ces paroles sont contenues : lui ayant dit qu'elles 
sont dans le pseaume LXI, il voulut qu'on le leut entièrement, aprez 
quoy il répéta plusieurs fois ces paroles : 

Aprête, ô Dieu ! qui le gardes^ 

Tes deux gardes, 
Ta grâce et ta vérité. 

Aprez la prédication, MM. les pasteurs et MM. les professeurs de l'a- 
cadémie vindrent le visiter, accompagnez d'une grande partie de l'E- 
gUse : il témoigna qu'il étoit ravi de les voir, disant qu'il n'avoit point 
de plus grande joye, que quand il voyoit que son Eglise lui donnoit 
quelque témoignage d'aff'ection. Et aprez que l'on eût fait la prière, 
qu'il avoit demandée, il supplia tout le monde de se retirer, et de le 
laisser en repos. Nous vîmes, bientôt aprez, que c'étoit dans le des- 
sein de se recueillir avec Dieu ; car il fut tout le reste de ce jour dans 
des élévations continuelles, et dans des entretiens qu'il avoit toujours 
avec Dieu, dans le secret de son âme, dont nous ne pouvions en- 



LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN B0NAF0U3. 161 

tendre que quelque mot de tems en tems, que l'ardeur de son zèle 
faisoit éclater au dehors, et qui nous marquoit pourtant assez quelle 
étoit sa repentance, sa foy, sa patience^ sa résignation entre les 
mains de Dieu, et le désir ardant qu'il avoit de quitter la terre pour 
être receuilli dans le ciel, et qui continua une bonne partie de la nuit 
suivante. A deux heures aprez minuit il sentit des maux plus violens 
qui Tobligeoint à dire et à répéter souvent ces paroles : « 0 Dieu ! aye 
pitié de moy; mon Dieu, fortifie-moy; Seigneur, sois avec moy, ne m'a- 
bandonne point, afin que je ne t'abandonne point aussi; tu sais que 
j'ay l'honneur d'être ton enfant, veuilles estre toujours mon Père et 
avoir des entrailles parternelles en mon endroit. » 

Le vendredi deuxième jour du mois d'octobre, sentant des inquié- 
tudes qui lui firent connoître que sa mort étoit prochaine, il dit : 
a Otez-moy d'ici. » M.Bonafous son neveu, lui ayant dit : «Mon oncle, 
où voulez-vous que je vous mette? » « Au ciel, » dit-il. Sur quoy lui 
ayant dit qu'asseurémentDieu luidonneroit son ciel : « C'est là, dit-il, 
toute mon espérance. Aprez cela M. son neveu, lui ayant témoigné 
qu'il voudroit bien aller prêcher dans son Eglise, le dimanche sui- 
vant, mais que son état lui faisoit de la peine, qu'il ne pouvoit se ré- 
soudre à le quiter : « Allez, dit-il j suivez votre vocation, allez édifier 
l'Eglise que Dieu a commise à vos soins, faites des baise-mains à ma 
patrie, particulièrement à ceux de notre maison; mais souvenez-vous 
sur tout d'exhorter l'Eglise de Castelnau, qui est ma patrie, et l'E- 
glise de Brassac, où j'ay passé les quatre premières années de mou 
ministère, à prier Dieu pour moy. » Ce même jour il remercia MM. les 
médecins des soins qu'ils avoint pris pour lui durant sa maladie, et les 
pria de ne lui ordonner plus de remèdes, disant qu'ils voyoint bien 
qu'il alloit mourir. Quelques momens aprez se tournant vers M. Da- 
malvy, il lui donna la main, et lui dil : « Tu es le filleul par excel- 
lence, j'ay toujours eu pour toy des tendresses particulières, je te 
donne bien de la peine, en ne prenant presque rien que de ta main, 
et ne souffrant que personne me soulève que toy : mais reçoy cela 
même comme une marque de mes affections, tien-toy toujours prez 
de moy, ne me laisse point jusqu'à mon dernier soupir; mon heure 
s'aproche, je sens que Dieu veut m'apeller à soy, je te donne ma bé- 
nédiction, et prie Dieu de tout mon cœur, qu'il veuille la faire dé- 
cendre avec abondance de son ciel, sur ta personne, sur ta famille et 
sur ton ministère. » Et comme il vit que le cœur de M. Damalvy étoit 

XII. — 11 



1G2 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

tellement attendri,, qu'il ne pouvoit lui répondre que par les larmes 
dont son visage étoit couvert; il lui dit : g Pourquoy pleures-tu^ 
comme si tu étois affligé de mon bonheur? Est-ce ainsi que tu 
m'aymes! Si tu m'aymois, tu serois joyeux de ce que je m'en vay au 
Père. » Puis élevant son cœur à Dieu, il dit : « Mon Dieu, assiste- 
moy dans mes agonies; fay que ma dernière heure soit la meilleure 
de toutes mes heures, que je meure bien, que je termine heureuse- 
ment cette vie misérable, en remettant mon âme et mon esprit entre 
tes mains. Tu le feras. Seigneur, parce que tu me Tas ainsi promis 
(Apoc, ch. m, V. 14), et que je say que tu es fidèle et véritable, et la 
fidélité et la vérité même : tu n'es pas homme pour mentir, ni Fils 
de l'homme pour te repentir, tu l'as dit asseurément, tu le feras, tu 
Tas promis asseuréraent, tu le tiendras, tes paroles sont des effets et 
tes promesses des actuelles donnations. » Le reste de ce jour se passa 
en prières et en des élévations extraordinaires qu'il avoit : mais tout 
cela dans le secret de son cœur, sans que ses sentimens éclatassent au 
dehors par ses paroles. Le soir sur les huit heures son assoupisse- 
ment le reprit, et dura jusqu'à onze heures. S'étant éveillé, son fil- 
leul lui dit : « Hé bien. Monsieur, Dieu vient de vous donner quelque 
repos. » Il lui répondit : « Où est ce repos? je ne le sens point en mon 
corps, qui est toujours travaillé de douleurs très aiguës. II est vray 
que je le sens en mon âme, qui a paix avec mon Dieu. » Quelque tems 
aprez son filleul ayant entendu qu'il se plaignoit, et qu'il poussoitde 
grands soupirs, s'aprocha du ht, et lui dit : « Monsieur, et qu'est 
ceci? D'où viennent ces grands soupirs, quel est le sujet de votre dou- 
leur? est-ce que vous ayez quelque chose sur le cœur, qui vous donne 
du déplaisir? — Non, dit-il, je meurs content, par la grâce de Dieu; ce 
n'est qu'un effet de la grandeur des maux que j'endure, et des dou- 
leurs aiguës dont mon cœur est pressé; donne-moy de l'eau. » M. Da- 
mai vy lui ayant dit: «Etes- vous altéré? — Oui, dit-il, je souffre plus 
que je ne saurois vous exprimer, j'ay le feu dans mes entrailles, je 
suis fort altéré; mais je suis encore plus altéré de la grâce de mon 
Dieu, et de ces eaux saillantes en vie éternelle; » et lui ayant ré- 
pliqué : «Mais, Monsieur, n'avez-vous pas déjà receu cette grâce? Dieu 
ne vous a-t-il pas désaltéré dans ces eaux vives? — Il est vray, dit-il^ 
mais je désire de les recevoir et de les goûter encore, et d'en être dés- 
altéré de plus en plus; je ne seray même jamais pleinement satisfait, 
que Dieu ne m'aye abruvé dans le fleuve de ses délices, et que je ne 



LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 163 

me plonge dans Focéan de Féternité. C'est pourquoy je crie toujours 
comme son serviteur fidèle : Eternel, Eternel, fay-moy voir ta gloire. » 
Sur les trois heures aprez minuit, M. Damalvy, ayant entendu qu'il 
disoit: «Seigneur, donne-moy ta gloire, «lui dit : «Dieu vous a donné 
sa grâce, il vous donnera doncasseurément sa gloire. — Oui, dit-il, les 
dons et la vocation de Dieu sont sans repentance. Dieu couronne ses 
dons de nouveaux dons (Rom., ch. VIII, v. 29), il fait grâce sur grâce, 
ceux qu'il a une fois prédestinez il les apelie, ceux qu'il a apellez il 
les justifie, ceux qu'il a justifiez il les glorifie enfin, la grâce est une 
gloire commencée, et la gloire est une grâce consommée. » 

Le samedi matin troisième octobre, il dit à M. Damalvy : « Faites-moy 
lever du lit,» etiuiayant répondu: «Monsieur, vous connoissez vous- 
même que vous êtes extrêmement mal, et dans une très grande foi- 
blesse; de sorte que si j'entreprenois de vous lever, j'aurois sujet de 
craindre de vous voir mourir entre mes bras : — Ce me seroit, dit-il, 
un grand avantage de mourir, et une grande joye de mourir entre 
vos bras. » Et élevant tout à coup son cœur à Dieu, il dit : « Seigneur, 
je suis ton servitear, tu m'as enseigné dès ma jeunesse, et jusques à 
présent j'ay annoncé tes merveilles, ne m'abandonne point en ma 
vieillesse, et dans ma dernière heure; ce que tu feras. Seigneur, pour 
l'amour de toy-même et pour l'amour de ton Fils; je t'ay glorifié sur 
la terre, je suis asseuré que tu me glorifieras dans le ciel. » Ce jour-là 
il demanda souvent à Mademoiselle de Bonafous, sa belle-sœur, com- 
bien de tems M. Bonafous, son frère, avoit été malade, et quel étoit 
le jour auquel il étoit mort. Il disoit aussi de tems en tems : « Priez 
Dieu pour moy, mettez-moy au ciel par de vives prières. » Il répéta 
aussi souvent ce jour-là ce qu'il disoit presque chaque jour dans sa 
maladie, et qu'il avoit accoutumé de dire souvent dans sa parfaite 
santé : « Aye pitié de moy, mon Dieu, mon Père, mon Sauveur, mon 
Rédempteur et mon tout. » Sur le soir il dit à M. Damalvy ; « Je sens 
que mes maux redoublent, j'ay le feu dans mes entrailles, je suis plus 
mal que je ne te saurois exprimer : mais Dieu me fait la grâce de 
suporter tout avec patience, et d'être satisfait au milieu même de 
mes plus grands maux. » La nuit suivante il dit, qu'il avoit des pres- 
sentimens encore plus exprez de sa mort prochaine, et fit durant 
cette nuit-là des prières presque continuellesàDieu : se confessant un 
pauvre pécheur en sa présence, lui demandant pardon de tout son 
cœur, et avec toutes les marques d'une âme véritablement repen- 



164 LES DERNIERES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

tante, il le suplioit de faire passer outre son iniquité, pour Tamour 
de son Fils, lui imputant le mérite de sa mort, qu'il ambrassoit avec 
une vraye et vive foy. Il fit aussi des prières pour l'Eglise de Dieu en 
général, pour l'Eglise sur laquelle il l'avoit établi, en particulier, 
pour l'académie qui y est recueillie, et pour la maison où il avoit logé 
depuis tant d'années, à laquelle il disoit qu'il avoit de très grandes 
obligations, et sur la fin de la nuit, aprez avoir rendu grâces à Dieu 
de tant de biens qu'il lui avoit accordez, et dans sa vie, et dans le 
cours de son ministère; il demanda souvent à Dieu, qui lui plût de 
se tenir prez de lui, le fortifier en ses foiblesses, lui faire la grâce de 
suporter jusques à la fin ses maux avec patience et avec joye, et l'a- 
sister extraordinairement sur tout à l'heure de sa mort, afin qu'il pût 
remettre gayement son esprit entre ses mains. 

Le jour étant venu, il demanda : « Quel est ce jour? M. Damalvy 
lui ayant dit, que c'étoit le dimanche quatrième jour du mois d'oc- 
tobre. « Courage, dit-il, voici l'heureuse journée, voici le jour de 
ma délivrance^ voici le jour de mon repos. J'ay toujours souhaité 
d'être ravi un jour de dimanche, je l'ay même souvent demandé à 
Dieu dans mes prières, et Dieu exauce aujourdui mes vœux. Tien-toy 
prez de moy, ne me laisse point jusqu'à mon dernier soupir, voici ma 
fin qui aproche, faites la prière, et demandez à Dieu qu'il lui plaise 
de me donner bientôt son ciel. » M. Damalvy s'étant mis aussitôt 
à genoux, fit la prière à Dieu, pendant laquelle il eut toujours ses 
yeux élevez vers le ciel, et aprez laquelle il dit : « Je suis ravi de vous 
avoir ouï, Dieu veuille exaucer cette prière, et vous bénir par sa grâce.» 
Puis ayant entendu le premier coup de la cloche du temple, il donna 
ordre qu'on fît un billet, pour exhorter encore l'Eglise à prier Dieu 
pour lui, et à demander sur tout, que Dieu voulût lui donner bientôt 
son ciel; il demanda aussi qui prêchoit ce matin-là, et lui ayant ré- 
pondu que c'étoit M. Ramondou, ministre et professeur en philoso- 
phie : « Dieu veuille le bénir, dit-il, et Dieu veuille bénir l'exercice 
sacré qui va être fait dans le temple, et le faire réussir à sa gloire. 
Pendant le prêche il voulut s'entretenir avec M. Damalvy, touchant 
son issue, et lui dit souvent : « Le tems de mon délogement est pro- 
chain. Dieu m'a fait la grâce d'achever heureusement ma course, de 
fournir ma carrière (2 Epître à Tim., ch. IV, v. 6, 7, 8); et de pou- 
voir dire comme saint Paul : « J'ay combatu le bon combat, j'ay 
« achevé ma course, j'ay gardé la foy ;» et ajouter comme lui : «Quant 



LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 165 

« au reste^ la couronne de justice m'est réservée, laquelle me rendra le 
« Seigneur juste juge. » Mon époux céleste viendra bientôt fraper à la 
porte de mon cœur; mais bénit soit Dieu, qui me fait la grâce d'avoir 
ma lampe allumée, d'être toujours prêt à le recevoir, et disposé à lui 
dire : Entrez-y donc, ô doux Sauveur! à la bonne heure, et même pour 
jamais n'en sortir. » Immédiatement aprez le prêche, la plus part de 
son Eglise, vint en foule pour le voir : Il dit à ceux qui étoint plus 
prez de son lit : « Avez-vous tous prié Dieu pour moy? Toute mon 
Eglise a-t-elle demandé à Dieu, qu'il lui pleut de me donner bientôt 
son ciel. » Quelques-uns lui ayant répondu : «Ouy, Monsieur, il y a plu- 
sieurs jours que toute votre Eglise est en prières jour et nuit en votre 
faveur, et nous venons tous maintenant de prier Dieu pour vous, il 
n'y a eu personne dans le temple, qui n'ait demandé à Dieu de tout 
son cœur, et avec larmes, qu'il lui pleut de vous donner bientôt son 
ciel selon votre désir : « Voilà, dit-il, une belle marque de l'affection 
que ma chère Eglise a toujours eue pour moy, qui me donne bien de la 
joye; je ne doute point que Dieu ne réponde favorableoient de son 
ciel à ses vœux, et qu'il n'exauce, par sa grâce, les prières de tant 
de bonnes âmes. » Sur ce tems-là quelqu'un lui dit, que M. le curé de 
cette ville, qui avoit pris la peine de le visiter dans sa maladie, avoit 
aussi prié Dieu pour lui, qu'il l'avoit même recommandé par deux 
divers dimanches au prône, et avoit dit qu'il étoit un grand homme 
de bien, un homme d'une vertu et d'une piété exemplaire, qu'il ex- 
hortoittous ses paroissiens à prier Dieu pour lui, que le seul mal qu'il 
savoit en lui est, qu'il étoit de la religion; il répondit : « Que ce mal 
est un grand bien; je suis, cependant, fort obligé à M. le curé, et loue 
Dieu de tout mon cœur de ce qu'il lui a pieu de bénir mon ministère, 
et de faire qu'il a été toujours en bonne odeur, même à ceux de de- 
hors. » Sur les onze heures de ce jour-là s'étant tourné vers son til- 
leul, qui étoit toujours auprez de lui, il lui dit: «Persévérez avec moy, 
soyez le témoin de mes derniers momens; voici, mon heure s'aproche, 
mettez-vous à genoux, et priez Dieu qu'il lui plaise de me recueillir 
bientôt dans son ciel, M. Damalvy n'eut pas plutôt achevé la prière, 
qu'on lui dit que M. Arbussy étoit dans sa chambre, il donna ordre 
de le prier d'aprocher de son lit, il lui tendit la main, nonobstant la 
grande t'oiblesse où il étoit, et lui demanda qu'il lui pleut de faire la 
prière à Dieu pour lui. Quelque peu aprez ayant ouï que M. Ferez 
étoit dans la chambre voisine, il le fit apeller pour lui demander qu'il 



166 LES DERRIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 

voulût lui donner la prière; disant qu'il ne pouvoit mieux employer, 
que dans cet exercice sacré, le peu de tems que Dieu vouloit le laisser 
encore sur la terre. Pendant ces prières on remarqua qu'il avoit des 
élévations extraordinaires de son esprit vers Dieu, et ensuile ayant 
remercié ces Messieurs, il dit : « Que tout le monde se retire, et qu'on 
me laisse en repos, j'ay tout dit, j'ay tout fait. » M. Damalvy lui 
ayant dit : « Monsieur, ceux qui sont auprez de votre lit, sont ceux de 
la maison, voulez vous qu'ils se retirent aussi? Ne voulez vous plus 
que je me tienne moy-même auprez de vous? — Si fait, dit-il, je le 
désire, et c'est pourquoy je vous l'ay si souvent demandé : mais je ne 
puis suporter qu'avec peine la veuë de tant de monde, ces objets in- 
terrompent les élévations de mon âme; je ne veus désormais contem- 
pler d'autre objet que mon Dieu. » Et s'étant entretenu pendant quel- 
ques momens avec Dieu, dans le secret de son cœur, il revint de la 
foiblesse où il étoit, et nous connûmes dès lors visiblement, que son 
âme prenoit une nouvelle vigueur à mesure qu'il s'aprochoit de sa 
fin; il eut une liberté particulière de son esprit et de tous ses sens, 
jusqu'à son dernier soupir; on remarqua même sur son visage une 
joye et une gayeté plus grande que de coutume; et il parla plus dis- 
tinctement qu'il n'avoit fait depuis quelques jours. Il demanda à 
M. Damalvy de le changer de place, et de le mettre de l'autre côté 
du lit; mais lui ayant dit, que s'il l'entreprenoit, il seroit à craindre 
que quelque foiblesse ne le prît, et que d'ailleurs il ne laisseroit pas 
d'avoir là les mêmes inquiétudes : « Hé bien, dit-il, qu'on me laisse 
donc ici, dressez-moy seulement, et m'élevez un peu plus haut. » Ce 
qu'ayant fait, nous aperceûmes quelque marque de la foiblesse qui 
Talloit saisir, qui nous obligea de lui présenter de l'eau de vie à sentir. 
Il en fut bien aise, et nous dit : « Faites-la-moy sentir touiours, » et 
quelque peu aprez, de peur qu'on ne crût, qu'il avoit encore quel- 
que espérance de jouir quelque tems de la vie, il ajouta : « Ce n'est pas 
que je ne voye bien que c'est ici ma dernière heure; mais c'est qu'il 
me semble que cette odeur rend ma respiration un peu plus libre. » 
Comme il disoitcela, M. de Saint-Rome, qui n'avoit pu le visiter du- 
rant sa maladie, étant venu, il le remercia, lui tendit la main et lui 
donna sa bénédiction; et puis joignant ses mains, et élevant ses yeux 
vers le ciel, il dit avec tant de zèle, et d'un ton de voix si touchant, 
qu'il n'y eut pas un de tous ceux qui étoint dans sa chambre, qui pût 
s'empêcher de répandre des larmes avec abondance : a 0 Dieu ! qui 



LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN BONAFOUS. 167 

as été toujours mon Dieu,, mon Protecteur et mon Père, fay-le-moy 
connoître, et fay-le-moy sentir particulièrement à cette heure^ toy qui 
es Tunique et asseuré refuge des pauvres moribonds^ veuilles être le 
refuge de ton seryiteur et de ton enfant^ qui se trouve maintenant 
dans cet élat.MonDieu^ aye pitié de moy; mon Dieu, assiste-moy; mon 
Dieu, fortifie-moy; mon Dieu, sauve-moy; mon Dieu, donne-moy ton 
ciel; Seigneur, ouvre-moy ton paradis. 0 Dieu! que je seray heureux 
de contempler ta face, qu'il me tarde d'être dans le ciel, pour t'y 
pouvoir louer avec les anges et les saints bienheureux. » Et ayant re- 
gardé M. Damalvy, il lui dit : « Parlez-moy de la félicité du ciel, et 
de cette gloire des bienheureux, aprez laquelle je soupire.» Et comme 
il Fentretenoit sur ce sujet, il lui dit : « J'en ay des pressentimens as- 
seurez, voici mon dernier moment. » Et en mêmetems une foiblesse 
le prit, qui donna sujet à M. Damalvy de se mettre à genoux pour 
faire la dernière prière; pendant laquelle aprez avoir dit lui-même 
d'une voix basse, à une personne qui étoit auprez de lui, de lui joindre 
ses mains, qu'il ne pouvoit pas bien joindre lui-même, à cause de la 
foiblesse extrême où il étoit, il eut des élévations extraordinaires; et 
sur la fin de la prière, M. Damalvy ayant dit : a C'est assez. Eternel, 
retire maintenant son âme, laisse aller ton serviteur en paix, » il le 
regarda fixement, et lui fit signe de la tête, qu'alors Dieu l'exauçoit^ 
et que son âme s'envoloit dans le ciel, pour aller reposer dans le sein 
de son Dieu. Et en effet dans ce même instant, ayant sans étreinte 
et sans aucun effort, doucement baissé la tête, il rendit l'esprit. Ainsi 
mourut, ou plutôt s'endormit au Seigneur, ce fidèle serviteur de Dieu, 
à Puylaurens, le dimanche quatrième jour du mois d'octobre de 
Tannée mil six cens soixante et seize, à une heure aprez midi, en 
Tan soixante et quinze de son âge, et cinquantième de son minis- 
tère, et le quarante et cinquième de son ministère dans l'Eglise de 
Puylaurens. 

Aprez sa mort son visage ne fut point changé; il conserva non-seu- 
lement ses traits, mais même sa couleur ordinaire; M. Martel, mi- 
nistre et professeur en théologie, qui prêcha ce jour-là à deux heures 
aprez midi, parla de sa mort dans son action, et employa à cela une 
grande partie de son aplication, avec tant de force et d'éloquence, 
qu'il n'y eût personne dans le temple dont le visage ne fut couvert 
de larmes. Depuis et la ville et TEglise fut dans un deuil extraordi- 
naire. Le jour suivant qui fut celui de son enterrement, quoy que ce fût 



168 LES DERNIÈRES HEURES DE M. JEAN B0NAF0U3. 

un jour de marché, tous les marchands et les artisans d'une et d'autre 
religion, fermèrent leurs boutiques de leur mouvement, et sans que 
personne eut donné cet ordre. Son corps fut porté et mis dans le tom- 
beau, en la forme accoutumée, et avec une simplicité chrétienne, 
comme il avoit témoigné qu'il désiroit d'être enseveli. 

Le peuple voyant qu'ils n'avoint pas la liberté de l'accompagner 
en foule, comme ils eussent bien souhaité, s'assembloint dans le coin 
des rues où l'on devoit passer pour le porter au tombeau, d'autres 
sur les murailles de la ville, d'autres sur des terrasses, d'autres 
autour du cimetière où il devoit être mis, et quelques-uns de ceux 
qui n'avoint pu quiter leurs maisons, aux fenêtres des chambres qui 
répondoint à la rue, par laquelle on devoit passer pour porter le 
corps mort. Et tous dès qu'ils découvroint le convoy, fondans en 
larmes, jettoint de grands cris, capables de toucher les cœurs les plus 
durs. 11 y en eut même qui dirent, que cette EgHse n'avoit jamais 
fait une telle perte, qu'elle auroit de la peine à trouver un si bon pas- 
teur, qu'ils avoint beaucoup perdu en perdant ce saint homme de 
Dieu, duquel le monde n'étoit pas digne. Que c'étoit leur lot, quigé- 
missoit coniinuellement, et affligeoit son âme, à cause des abomina- 
tions qui se commettoint sur la face de la terre, et sur tout pour 
les péchez qui se commettoint dans le sein de ce troupeau. Que 
c'étoit ce fidèle serviteur de Dieu, qui s'étoit jusqu'à ce tems-là 
présenté pour eux à la brèche, qui avoit combatu pour eux, avec 
Dieu par ses prières, et aux vœux duquel. Dieu s'étoit laissé fléchir 
si souvent en leur faveur; que Dieu avoit frapé leur bon berger, 
et qu'ils avoint bien sujet de prier Dieu que les brebis du trou- 
peau ne fussent point éparses, et qu'il voulût détourner de dessus 
leurs têtes, les malheurs que cette mort leur donnoit sujet d'apré- 
hender, et plusieurs semblables discours, qu'il seroit long de raporter 
ici. Les pauvres qui s'étoint aussi assemblez devant la porte de la 
maison, dans laquelle il étoit mort, se lamentoint d'une façon extraor- 
naire, disant qu'ils y avoint perdu plus que tous les autres, et parlant 
de ses aumônes et des grandes charitez qu'ils avoint accoutumé de 
recevoir de lui. 

MM. les ministres qui prêchèrent en suite, ne manquèrent point à 
parler de cette mort, et de toucher vivement le peuple, qui étoit 
assez disposé de lui-même à se laisser toucher dans une si triste ren- 
Côntte. Dieu nous fasse la grâce de nous souvenir toujours de ce bon 



ISABEAU DE PAULET. 16^ 

conducteur^ qui nous a porté la parole de Dieu (Hébr. ch. XIII, v. 7), 
duquel ensuivons la loy, considérant quelle a été Tissue de sa con- 
versation. Dieu nous fasse la grâce, d'être les fidèles imitateurs de ce 
fidèle serviteur de Dieu^ comme il Ta été du Seigneur Jésus-Christ 
(1 Epître Cor., ch. XI, v. 1). Dieu nous fasse la grâce de vivre comme 
lui, en la crainte de Dieu sur la terre, pour mourir, comme lui, en sa 
grâce, et résusciter un jour tous ensemble en sa gloire ! Amen. 



ISABEAU DE PÂULET. CONFESSEUR DE U FOI RÉFORIAÉE. 

UN MÉMOIRE DE RAPIN-THOYRAS. 
16f4:-16§5. 

Les archives judiciaires du tribunal d'Albi renferment plusieurs dossiers 
sur la mise en régie de biens confisqués à divers protestants, sur les pour- 
suites exercées contre des relaps^ et même contre leur mémoire après leur 
décès, et sur les taxes imposées, au commencement du XVI1I« siècle, aux 
enfants des nouveaux convertis qui manquaient à la messe. On trouve parmi 
ces documents un Mémoire signé par Rapin-Thoyras, en faveur de Made- 
moiselle ïsabeau de Paulet, fille d'un conseiller à la sénéchaussée de Mont- 
pellier, détenue alors dans la prison des Hauts-Murats [Immurati] de Tou- 
louse, par ordre du procureur général, et poursuivie pour avoir fait la 
cène dans le temple de Montpellier, après avoir abjuré la religion protes- 
tante. A cette procédure se trouvent mêlés l'intendant de la province^ 
l'évêque de Montpellier, l'évêque d'Uzès, M. de Grignan et la marquise 
Desportes. 

Le Mémoire rédigé par Rapin-Thoyras rapporte ce qui suit : 

Mademoiselle ïsabeau de Paulet n'avait pas vingt ans, lorsque son 
père, Guillaume de Paulet, ancien ministre protestant, et alors con- 
seiller au sénéchal de Montpellier, abjura sa religion pour se faire 
catholique; il avait six enfants : quatre garçons et deux filles; cinq 
suivirent l'exemple de leur père; Ïsabeau, quoique la plus jeune, ne 
voulut point s'y résoudre. Son père employa tous les moyens hon- 
nêtes dont il put s'aviser pour lui persuader de l'imiter, mais il s'op- 
posa autant qu'il put à ce qu'on recourut pour cela à des actes de 
violence. 

L'évêque d'Usez, M. de Grignan, ne fut pas de ce sentiment; car 



170 ISABEAU DE PAULET. 

quoique sa puissance épiscopale ne lui donnât pas de pouvoir sur 
Mademoiselle de Paulet qui n'était pas de sa religion, il la fit 
enlever dans la maison même de son frère, le 20 avril iOilky par 
le sieur Boudet, lieutenant du prévôt d'Usez, accompagné de quatre 
archers qui la conduisirent et l'enfermèrent au couvent que la mar- 
quise Desportes avait fondé dans son château de Teirargues. Elle y 
resta détenue un an entier. 

La rigueur qu'on exerça contre elle dans cette prison, dit tou- 
jours le Mémoire, fut si grande, qu'elle n'eut jamais la libérté de 
voir aucun de ses parents, surtout sa mère, parce qu'elle professait 
la religion réformée; elle ne put obtenir non plus d'aller recevoir la 
bénédiction de son père, à son lit de mort. 

Durant sa détention, il n'est point de promesses ni de menaces 
qui ne lui fussent faites, principalement par M. de Marsan, prêtre, 
directeur des filles de ce couvent. La sœur aînée d'isabeau y était en 
qualité de novice; elles furent dangereusement malades l'une et 
l'autre, particulièrement la cadette^ qui séchait d'ennui et de lan- 
gueur. Les médecins déclarèrent qu'il était nécessaire qu'elles chan- 
geassent d'air. On accorda cette liberté à celle qui était catholique, 
mais celle qui persistait dans ses premiers sentiments ne put jamais 
l'obtenir. 

ïsabeau resta une année entière dans cette captivité. Voyant que 
tout ce qu'on avait pratiqué de plus rude contre elle était inutile, on 
crut que sa sœur la persuaderait plus facilement, et on la lui confia 
le 20 avril 1675. Elle continua à vivre dans la religion réformée et 
elle ne témoigna jamais par aucun de ses actes qu'elle eût du pen- 
chant pour la religion catholique. Cette constance détermina ses en- 
nemis à la faire arrêter de nouveau et à la faire conduire, en 1680, 
au couvent des filles de Saint-Charles, à Montpellier. Quoique vive- 
ment pressée par des personnes qui lui faisaient entrevoir des suites 
fâcheuses si elle n'abjurait pas, elle résista, et les menaces comme 
les promesses la trouvèrent toujours inflexible. On se décida alors à 
la remettre en liberté. 

C'est alors que des fanatiques résolurent de la faire condamner 
conformément à la déclaration du 10 octobre 1679, par laquelle il 
était ordonné que les relaps seraient bannis et leurs biens confisqués, 
mais pour exécuter ce projet, il fallait produire un acte d'abjuration. 
On supposa qu'il avait été fait par l'accusée pendant qu'elle était à 



JEAN- PIERRE CAZEING. 171 

Teirargiies^ et l'affaire fut portée devant le parlement de Toulouse. 

Sur la réquisition du procureur général^ la demoiselle Isabeau de 
Paulet fut condamnée par le parlement, par un arrêt rendu par dé- 
faut le 16 novembre 1682^ à faire amende honorable devant la 
porte de la grande église, à être bannie du royaume et ses biens 
confisqués. 

Tel est en substance le Mémoire de Rapin-Thoyras , qui, lui aussi, dut 
bientôl, à cause de ses croyances, fuir son pays. Il nous apprend qu'après 
le jugement par défaut, Isabeau se constitua prisonnière, le 28 octobre 4 682, 
dans la prison de l'hôtel de ville de Toulouse; qu'il entreprit de la défendre. 
Mais le dossier ne fait point connaître si les efforts de ce courageux défen- 
seur pour la faire acquitter furent couronnés de succès; il établit seule- 
ment que Mademoiselle Isabeau de Paulet n'avait jamais abjuré la religion 
dans laquelle elle était née, et qu'elle n'avait même jamais eu la pensée de 
le faire. 

On trouve dans les mêmes archives diverses procédures, de 1685 à 1701 , 
contre la mémoire de plusieurs dames décédées, accusées d'avoir été re- 
lapses, et dont les maris étaient en fuite. Leurs biens sont confisqués et 
mis en régie. 

Cl. Compayré. 

Belleval (Haute-Garonne), février 1863. 



NOTICES BIOGRAPHIQUES. 



JEAN- PIERRE CÂZE1N&, L'AIVil DE CALAS. 

Les personnes qui visitent le château de Saint-Christol, situé à 4 kilomètres 
de la ville d'Alais, remarquent dans la grand'salle du château, au milieu 
des portraits de famille qui se regardent tous, graves et silencieux, une 
mâle figure vigoureusement accentuée. Un air de souffrance empreint sur 
cette physionomie noble et calme, donne une douceur triste à des traits 
qui paraissent au premier abord durs et sévères. C'est le portrait de Jean- 
Pierre Cazeing, né le 18 août 1696 à Saverdun, dans le pays de Foix; il 
était fils de Jacques Cazeing, bourgeois, et de demoiselle de Maysenade ; ses 
deux frères s'étaient mariés avec deux demoiselles de Baisse, et, l'un d'eux, 



172 



JEAN-PIERRE CAZEING 



Etienne, par un second mariage avec demoiselle de Brie. La haute consi- 
dération dont jouissait alors cette famille avait été encore rehaussée par 
ses alliances. 

Jean-Pierre Cazeing se fixa à Toulouse, et créa une maison de com- 
merce ; il avait trente-deux ans lorsqu'il fit la connaissance de Jeanne-Marie 
de Lourde, fille de M. Martignac de Lourde, ami de son père, et de de- 
moiselle d'Ortel. M. de Lourde était du Carla-le-Comte, dans le diocèse de 
Rieux en Foix, et était commerçant à Toulouse. 

Ces deux jeunes gens ne tardèrent pas à s'apprécier, et un amour réci- 
proque naquit entre eux; leur position sociale était à peu près la même, et 
cet amour semblait devoir être approuvé par les parents. M. de Lourde 
avait bien eu quelques différents avec Jacques Cazeing, père, au sujet de 
règlements d'affaires; mais ces ressentiments, aux yeux des jeunes gens, 
devaient céder devant une union qui assurait leur bonheur; ils se réjouis- 
saient même en pensant que ce serait une occasion de rétablir l'ancienne 
amitié qui avait régné entre deux familles également honorables. Malheu- 
reusement, ils ignoraient combien M. de Lourde était irrité contre Jacques 
Cazeing, et jusqu'où pouvait aller la fermeté de son caractère, lorsqu'il 
croyait à la légitimité de sa haine. Aussi son refus fut-il formel, et il 
plongea les deux jeunes gens dans un profond désespoir. Marie essaya par 
tous les moyens possibles d'ébranler la résolution de son père; ce fut en 
vain qu'elle lui montra l'étendue d'un amour qui pouvait seul assurer son 
bonheur. M. de Lourde resta inflexible et emmena sa fille au Caria. 
' Sans doute Mademoiselle de Lourde aurait dû étouffer cet amour dans 
son coeur, et se soumettre à la volonté de son père, quelque injure qu'elle 
lui parût être; mais, combattue par une passion profonde, irritée aussi par 
un refus qu'elle ne pouvait comprendre, elle continua à penser à Pierre. 
La gêne de se voir ne fit que rendre encore plus violente une passion réci- 
proque; ils vécurent ainsi sept à huit années. 

M. de Lourde, devant une constance aussi longue, aurait dû faire cesser 
ses ressentiments, et faire passer le bonheur de sa fille avant un faux point 
d'honneur; il aurait dû se tenir pour satisfait après une épreuve si décisive, 
une attente aussi longue, une passion aussi profonde; mais rien ne pût 
ébranler cette volonté de fer, et il précipita, par les mauvais traitements, la 
catastrophe inévitable. 

En 1733, Marie poussée à bout quitta la maison de son père et se réfugia 
à Toulouse chez ses autres parents; décidée à agir, elle prit divers conseils; 
ceux de maître Cathala, avocat au parlement, prévalurent. Marie devait 
déclarer à son père qu'elle n'avait pu résister à son amant, et qu'elle était 
enceinte; ce moyen extrême ne pouvait qu'être suivi d'un plein succès, car 
M. de Lourde exigerait ce mariage comme étant la seule réparation au dés» 



l'ami de calas. 173 

honneur fait à son nom. Après bien des hésitations, convaincue que c'était 
la voie la plus sûre pour réussir, Marie fut se jeter aux pieds de son père 
et lui fit, en rougissant de honte, l'aveu de sa prétendue faute; mais M. de 
Lourde refusa d'y croire, et, furieux, l'accabla de sa malédiction. 

Une fois entrée dans cette voie, et toujours conseillée par maître Ca- 
thala, soulenue par ses autres parents, touchés de ses malheurs, elle con- 
sentit à signer un acte public, pensant bien qu'alors son père ne pourrait 
se refuser d'y croire, et que, le déshonneur étant public, la réparation qu'il 
serait obligé de demander serait publique. En conséquence, de concert avec 
Pierre Cazeing, elle déposa une plainte, et obtint l'ordonnance suivante : 
« François-Auguste de Salvet Rochemontels, chevalier, marquis et seigneur 
« de Merville, sénéchal et gouverneur de Toulouse, en pays d'Albigeois, au 
« premier huissier ou sergent requis, à la demande de demoiselle Jeanne- 
« Marie de Lourde de Martignac, habitante de cette ville, native de Caria, 
« demanderesse en excès pour cas de défloration et grossesse à elie joint 
« le procès du roi, vous mandons prendre et saisir au corps réellement et 
« de fait le cy-nommé Cazeing, de cette ville; et, y celui pris, le conduire 
'( avec bonne et sûre garde dans nos prisons, où voulons qu'il soit détenu 
« pour être ouï sur ce que par nous sera interrogé, et, au cas il ne puisse 
« être pris après exacte perquisition faite de sa personne, l'assigner à la 
« quinzaine, et ensuite par un seul cri public à la huitaine, à l'effet d'ester 
« en droit et venir se remettre effectivement prisonnier dans nos prisons, et, 
« à faute de ce faire, lui déclarer qu'il sera poursuivi par défaut et comme 
« contumax^ suivant l'ordonnance annexée. Cependant tous ses biens et 
« effets et à yceux établissés des commissaires de Justice, pour en rendre 
« compte lorsque par nous sera ordonné ; car, vu le verbal contenant plainte, 
« l'ordonnance d'enquis, les conclusions du procès du roy ainsi aisé, dé- 
« crété par M' Antoine de Lirous, commissaire du roi, lieutenant criminel en 
« la sénéchaussée de Toulouse, donné et expédié à Toulouse, ce 19 sep- 
« lembre 1736, etc. » 

Cette requête ne tlt qu'exaspérer M. de Lourde; il répondit qu'il n'était 
pas dupe d'un pareil mensonge, mais que si c'était une vérité, l'homme qui 
s'était rendu coupable d'une pareille infamie, ne serait jamais son gendre, 
et que, dans tous les cas, il maudissait sa fille et l'abandonnait à son dés- 
honneur, il fallut donc abandonner ce moyen qui devait réussir selon toutes 
les prévisions, et qui était souvent employé ù cette époque ; on dut recourir 
aux actes de respects: Marie avait alors trente et un ans, elle était née le 
'19 juin 170o. Ces longues et pénibles formalités devaient aboutir sûrement 
puisqu'elle était majeure depuis longtemps; mais, à cette époque, où l'auto- 
rité paternelle était plus respectée que de nos jours, on ne recourait à ce 
moyen extrême qu'en de bien rares occasions, et lorsque toute autre 
chance d'obtenir un consentement était épuisée. 



m 



JEAN-PIERRE CAZEING 



Quatre mois après , le premier aete de respect fut signifié à M. de 
Lourde. Le voici : «L'an 1737, le vingt-sixième jour de janvier, par moi, 
« Bernard Dufreche, huissier audiencier en la ville viguerie de Toulouse, 
« y résidant, près le Pont-Neuf, soussigné, à la requête de demoiselle 
« Jeanne-Marie Martignac de Lourde, âgée de vingt-huit années ou en- 
« viron, habitante depuis l'année 1733 dans la ville de Toulouse, et dans la 
« paroisse de la Daurade, qui fait élection de domicile dans sa maison 
« d'habitation audit Toulouse, est exposé, avec tout le respect possible, au 
« sieur Paul Marlignac de Lourde, habitant du Caria, qu'il ne peut ignorer 
« que le sieur Jean-Pierre Cazeing, habitant de Toulouse, et dans la pa- 
« roisse de Saint-Etienne, ayant conçu le désir de se lier à la requérante 
« par le mariage, s'est donné tous les mouvements possibles pour obtenir 
« l'agrément et consentement dudit sieur de Lourde, qui a refusé, avec 
« obstination, sous prétexte d'anciennes contestations qui ont été pour 
« raison d'intérêt entre leurs familles, que la requérante ne pouvant pas 
« espérer un parti avantageux, a prié ledit sieur de Lourde, son père, de 
« vouloir fléchir à une juste demande, qu'au lieu de l'avoir touthé, il mit, 
(' en l'année 1733, la requérante dans la dure nécessité de quitter la maison 
« paternelle pour se retirer en cette ville où elle a toujours resté par le 
« secours de ses autres parents, qui lui ont fourni l'argent nécessaire pour 
« son entretien, et la délivrer des mauvais traitements exercés contre elle; 
« que quoiqu'elle se soit toujours comportée en fille de bien et d'honneur, 
« très retirée, ledit sieur de Lourde refuse un consentement avantageux 
« aux intérêts de la requérante; mais, comme il n'est pas juste qu'elle 
(( souffre d'un refus sans fondement, qu'étant âgée de vingt-huit années, 
« elle a passé l'âge prescrit par les ordonnances royales de nos rois; c'est 
« pourquoi, parle présent, ledit sieur Paul Martignac de Lourde est prié, 
« sommé et requis, avec tout le respect dû, de donner son consentement 
« au mariage de la requérante avec ledit sieur Jean-Pierre Cazeing, et 
« qu'en défaut de ce, le présent servira pour premier acte de respect, con- 
« formément aux ordonnances, et après les trois actes, qu'elle passera outre 
« audit mariage, et ce, en parlant à la personne dudit Paul Martignac de 
« Lourde, trouvé dans la ville de Toulouse, dans la maison qu'il habile depuis 
« quelques jours qu'il est en ville, rue des Champs, lui ai baillé copie du 
" présent, signé de la requérante Jeanne -Marie Lourde-Marlignac. Le- 
« quel a répondu qu'il ne veut pas donner son consentemen?, et que ladite 
« demoiselle ayant passé l'âge, elle n'a qu'à faire comme elle trouvera à 
« propos, et a signé : Martignac de Lourde. » 

Le second acte de respect fut signifié le 29 janvier, et le dernier le 30 
du même mois de l'année 1733. Le lendemain parut la publication des bans, 
ainsi conçue : 



l'ami de calas. 175 

« Il y a promesse de mariage entre le sieur Jean-Pierre Cazeing, mar- 
« chand à Toulouse, y résidant depuis plus de treize années, majeur de 
« trente ans, demeurant à la grand'rue des Filassiers, paroisse Saint- 
« Etienne, fils, dûment émancipé de sieur Jacques Cazeing, bourgeois, hâ- 
te bitant de la ville de Saverdun en Foix, et de défunte demoiselle Gabrielle 
« de Maysonnade, mariés, assisté dudit sieur son père, d'une part; et 
« demoiselle Jeanne-Marie Lourde, fille de sieur Martignac de Lourde, 
« négociant de la ville de Caria en Foix, et de demoiselle Marie d'Ortel, 
« mariés, procédant en vertu de trois actes de respect par elle faits audit 
« son père, par son refus de consentir audit mariage en date des 26, 29 et 
« 30 janvier^ d'autre part; ainsi qu'appert des conventions privées desdites 
« parties du 31 du mois de janvier, dûment convenues le même jour et dé- 
« posées devers le notaire soussigné, en foi de ce, à Toulouse, le 4" fé- 
« vrier 1737. Signé : Cromaria. » 

M. de Lourde survient et fait opposition à la publication des bans, 
comme suit: «L'an 1737, et le février, par moi Guillaume Guitton, 
« huissier du clergé de Toulouse, y résidant, place et paroisse Saint-Etienne, 
« soussigné, à la requête du sieur Paul Martignac de Lourde, qui fait 
« élection de domicile, dans la maison et personne de M. Fourquet, avocat 
« au parlement, postulant devant M. l'official qu'il constitue pour son 
« avocat, est exposé aux sieurs les curés des paroisses de Saint-Etienne et 
« de la Daurade, que Jeanne-Marie de Martignac de Lourde, sous prétexte 
« qu'elle a vingt huit années, a contracté mariage avec le sieur Jean-Pierre 
« Cazeing, en conséquence de trois actes de respect; mais, comme le 
« requérant avait intérêt sensible que sadite fille ne se marie pas avec 
« ledit Cazeing, ayant des demandes considérables à former contre le 
« père, c'est pourquoi, par le présent, est déclaré auxdits sieurs curés 
« que le requérant est opposant à la publication des bans, et ce, en parlant 
« à un clerc de M. Pomaré, curé de Saint-Etienne, paroisse dudit Ca- 
« zeing, et au clerc de M. Canagnames, curé de la Daurade, paroisse de 
« ladite Jeanne-Marie Martignac, baillé à chacun copie. Signé : Guitton. » 

Le 3 février, l'avocat au parlement, Cathala, adresse à M. l'official en 
l'archevêché de Toulouse, une supplication pour faire lever l'opposition de 
M. de Lourde, et obtient une assignation à comparaître à huit heures du 
matin, le 5 février, au sieur de Lourde, pour expliquer son opposition, et, 
en attendant et en réservant les droits, un ordre aux curés des deux pa- 
roisses de publier les premiers bans, et à leur refus de ce faire, par le 
premier prêtre reqsiis. (Ordonnance de l'official, du 1" février. Signé: 
Belon.) Le curé de Saint-Etienne répondit qu'il ne voulait pas publier les 
bans, à cause de l'opposition du père, celui de la Daurade offrit d'obéir, à 
la condition que le sieur P. Cazeing justifierait de son âge, de sa calholi- 



176 JEAN-PIERRB CAZEING 

cité et de son domicile, et reçut le certiticai du contrat de mariage. Enfin, 
le 5 février, Guillaume Belon, prêtre docteur en théologie, archidiacre 
vicaire général de Mgr l'archevêque de Toulouse, officiai en l'archevêché de 
Toulouse, rend un jugement qui déboute le sieur de Lourde de son op- 
position et ordonne aux curés des paroisses de publier les bans, sous peine 
de 50 livres pour être aumônées aux pauvres. Sur la demande de l'avocat 
Cathala, il rend le même jour une sentence pour donner dispense des deux 
autres bans. Le curé de Saint-Etienne, Pommaret, se décida à publier les 
bans et donna le certificat suivant : « Nous certifions, qu'en conséquence 
« de l'ordonnance de M. l'official, du 1^^ de ce mois, un ban de promesse 
« de mariage entre le sieur Jean-Pierre Cazeing, marchand, demeurant 
« dans notre paroisse, et demoiselle Jeanne-Marie de Lourde de Martignac, 
« demeurant dans la paroisse paroissiale, a été publié, au prône de notre 
« messe paroissiale, le 3« de ce mois, sans qu'il y eût d'autre opposition 
« que celle qui nous a été signifiée par Guitton, de la part du sieur Paul 
<f Lourde de Martignac, ni qu'il ait été reconnu d'autre empêchement que 
« celui du défaut de catholicité dont le sieur Cazeing ne nous a donné au- 
« cune preuve^ ce qui nous a obligé de nous informer de sa conduite, et, 
« tous ceux à qui on a parlé, nous ont assuré qu'ils ne l'avaient point vu 
« faire aucune fonction, ni pratique, aucun exercice de la religion catho- 
K lique apostolique-romaine. » (5 février 1737. Slg7îé : Pommaret.) 

Le curé de la Daurade persista dans son refus, et, d'après le jugement 
rendu par l'official on fut obligé de requérir un autre prêtre; le certificat 
de publication du premier et du dernier ban est signé ; Picot, prêtre 
délégué. 

Il fallait encore, pour obtenir la bénédiction nuptiale, apporter des preuves 
de catholicité; mais, la chose étant prévue, les précautions avaient été 
prises à l'avance, et les deux certificats suivants furent produits : « Jesous- 
(f signé, prêtre de l'observance de Saint-François, déclare avoir confessé 
« M. Jean-Pierre Cazeing, marchand, pour se disposer à recevoir la béné- 
« diction nuptiale. Fait à Toulouse^ ce 27 janvier 1737. Signé : F. Reynis. » 
— «Je déclare avoir reçu en confession, Jeanne-Marie Martignac de Lourde. 
«A Toulouse, ce 4^^ février 1737. Signé : J. Charlos, sacristain des 
« Grands-Carmes. » 

Enfin la bénédiction nupliale, si longtemps retardée, eut lieu le 5 fé- 
vrier 4 737, dans l'église de Saint-Etienne, et donnée^ sur le refus du curé 
Pommaret, par Jean Picot, prêtre et habitué de cette église. Mais, tout 
n'était pas terminé, et les parties intéressées n'étaient pas encore à bout de 
leur mauvais vouloir. Le curé Pommaret refusa d'enregistrer ledit acte, il 
fallut encore que M. Cathala adressât une supplique à M. l'official; le len- 
demain, 6 février, il y eut une ordonnance formelle qui enjoignait au curé 



l'ami de calas. 177 

de donner ses registres pour que l'acte y fût inscrit; mais M. Pommaret 
ne cédait pas si facilement aux ordres de l'archevêché, lorsqu'il s'agissait 
de marier des hérétiques; aussi, répondit-il que son registre était rempli. 
l\ fallut encore faire la supplique suivante : « A vous. Monsieur Tofficial 
« en l'archevêché de Toulouse, supplient humblement le sieur J.-P. Ca- 
<f zeing et demoiselle Jeanne-Marie Marlignac de Lourde, mariés, qu'ayant 
« obtenu de votre autorité, ordonnance portant que M. Pommaret, curé de 
« Saint-Etienne, exhiberait ses deux registres, atin que le prêtre qui a cé- 
« lébré le mariage des suppliants, piit y coucher les actes de célébration, 
« ledit M. Pommaret a refusé de faire la remise, sur le fondement que le 
« registre était rempli et barré pour le jour; mais, comme les suppliants 
« ne doivent pas être en souifrance, plaira à Vos Grâces, Monsieur, ordon- 
« ner que les actes de célébration du susdit mariage, sera couché à suite 
« des mortuaires et baptistaires, conformément à la déclaration du Roy; 
« le tout en conformité de votre précédente ordonnance, et fairez bien. 
« 5/^7ie : Cathala. » L'official, ennuyé de la résistance continuelle du 
curé Pommaret, écrivit immédiatement au-dessous : « Vu par nous, ofti- 
« cial de Toulouse, la présente requête, nous ordonnons à M. Pommaret, 
« curé de Saint-Etienne, de donner ses deux registres à celui qui a procédé 
« à la célébration du mariage des suppliants, afin qu'il puisse y coucher 
« l'acte de célébration, et la faire signer et par les parties et par les té- 
« moins qui y assistèrent, quoique depuis ladite célébration il ait été in- 
« séré et écrit sur lesdits registres, soit baptistaires ou mortuaires, avant 
« la présente ordonnance. A Toulouse, le 7 février ^37. Signé : Belon, 
« officiai. » 

Enfin, les époux Cazeing purent jouir d'un peu de tranquillité, après 
tant de soucis, tant de peines et tant d'entraves. Toutes ces résistances 
surmontées si péniblement, toutes ces longues et cruelles épreuves ne 
firent qu'augmenter l'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre, et neuf 
mois après (13 novembre 1737} leur bonheur fut complété par la naissance 
d'un fils, auquel ils donnèrent le nom de Jacques, qui était celui de son 
grand-père paternel. 

Leur union fut bénie de Dieu, qui adoucit l'injuste malédiction d'un père 
en leur envoyant une nombreuse famille. Le 5 mai 1739, ils eurent un se- 
cond fils, qu'ils nommèrent Jean-Paul, qui vécut garçon. En juin 1741 
une fille, nommée Gabrielle, qui épousa l'arrière-grand-père de celui qui 
écrit ces lignes. Le 47 novembre 1742, un autre fils, Pierre-François, qui 
mourut jeune. Enfin, le 5 juin 1744, un dernier enfant, Etienne, qui fut 
assassiné d'un coup de feu, à l'âge de 23 ans, dans la forêt de Vaquerolle, 
près de Nîmes. 

Le 25 juin 1747, Marie de Lourde, épouse Cazeing, fut enlevée à sa fa- 

XII. — 12 



178 JEAN-PIERRE CAZEING^ l'aMI DE CALAS. 

mille dans toute la force de l'âge, après dix années d'une existence heu- 
reuse et paisible. Comme elle n'avait point donné de preuves de catholicité 
pendant sa maladie, la sépulture lui fut refusée par le clergé, et il fallut 
obtenir un ordre d'inhumation des capitouls. 

Pierre Cazeing, entouré de ses enfants, continua son commerce et créa 
une manufacture d'étoffes assez importante pour occuper plusieurs cen- 
taines d'ouvriers. Il s'était lié d'amitié depuis longtemps avec un honnête 
marchand, avec lequel il était en relation d'affaires, qui avait les mêmes 
goûts que lui, le même âge, la même religion, le même amour du travail, 
homme simple, laborieux, intègre; leurs nombreux enfants avaient grandi 
ensemble; cet homme était Jean Calas, si tristement célèbre depuis par son 
martyre. 

Le 13 octobre 1761, vers les onze heures du soir, plusieurs coups 
violents et redoublés, frappés à la porte de Cazeing, portèrent l'effroi 
dans son cœur. En proie à un pressentiment funeste, il se hâta d'ouvrir; 
c'était Pierre, le troisième fils de Calas, qui accourait tout en pleurs, ré- 
clamer ses services et lui annoncer qu'un terrible événement venait de 
s'accomplir; son frère aîné, Marc-Antoine, s'était volontairement donné la 
mort. Cazeing court aussitôt chez son ami, et il est témoin d'une scène des 
plus déchirantes. Le corps inanimé de Marc-Antoine était étendu dans le 
magasin; son père, appuyé sur le comptoir, se désespérait, et sa mère, 
penchée sur le cadavre, s'efforçait en vain de lui faire avaler un cordial et 
lui mouillait les tempes. 

Bientôt David de Beaudrigue, capitoul, arriva avec quarante soldats du 
guet; un homme de l'art déclara que Marc-Antoine avait péri par strangu- 
lation ou pendaison. Ce malheureux jeune homme, en effet, s'était pendu 
entre les deux battants de la porte, au moyen d'un billot, pour un motif 
qui est toujours resté ignoré. Les parents, interrogés, voulurent d'abord 
éloigner les soupçons de suicide, car on refusait alors la sépulture à ceux 
qui se rendaient coupables de ce crime; cette première hésitation, qui ne 
fut que passagère, donna des soupçons au capitoul David; il crut à un 
meurtre; des protestants étaient capables de tout; le fanatisme trouva ses 
motifs en lui-même; une accusation, partie du sein de la foule : « Ces hu- 
guenots ont tué leur tils pour l'empêcher de se faire catholique, le frappa 
comme un trait de lumière; il fit arrêter toute la famille Calas, et Cazeing 
lui-même, qui fut cependant relâché le lendemain. 

Alors commença ce terrible et célèbre procès, qui eut pour dénoûment la 
condamnation de Calas, comme assassin de son fils, à être rompu vif et à 
expirer deux heures après sur la roue, après avoir été soumis à la question 
ordinaire et extraordinaire. Ce fut le 10 mars 1762 qu'eut lieu l'exécution 
de ce jugement inique, bientôt revisé et où l'innocence du martyr fut pleine- 



MÉLANGES. 



179 



ment reconnue; sa réhabilitation fui la seule consolation de sa veuve et de 
ses enfants. 

Cazeing ne voulut plus habiter une ville où le fanatisme avait pu enfanter 
de pareilles monstruosités et qui lui rappelait le supplice de son meilleur 
ami; il réalisa sa fortune et vint se fixer à Nîmes. Le 2 octobre 1767, 
Jacques Cazeing, son fils aîné, épousa Marie Jalaguier de Vilbas, et s'as- 
socia avec son frère pour continuer le commerce de leur père, qui était 
alors âgé de soixante et onze ans. Une aventure arrivée à Marie Jalaguier, 
encore enfant, mérite d'être racontée ici, d'autant plus que M. D'Hombres- 
Fermas, dans la biographie de Jean-Jacques Destremx de Saint-Christol, la 
raconte comme étant arrivée à Gabrielle Cazeing, sœur de Jacques Cazeing, 
mon arrière-grand'mère. Marie Jalaguier, confiée aux soins d'une bonne, 
disparut un soir avec elle ; cette fille, qui avait une mauvaise conduite, 
s'oublia, et vu l'heure avancée, craignant d'être grondée, s'enfuit, em- 
portant l'enfant, et fut mendier dans les pays voisins. Un jour, questionnée 
par une personne charitable, elle ne put résister à ses remords, fondit en 
larmes, et avoua tout; l'enfant fut reconduite chez ses parents, qui la 
croyaient perdue à tout jamais. 

Le 2 octobre 1767, Etienne, le plus jeune des frères, assiste à ce mariage, 
signe au contrat, et un an après, jour pour jour, il est assassiné par un 
coup de feu dans le bois de VaqueroUe, aux environs de Nîmes, à l'âge de 
vingt-quatre ans. Cette mort est encore un mystère pour moi, n'ayant pu 
trouver que l'acte qui constate le relevé du cadavre. 

Enfin Jean-Pierre Cazeing termina, en 1778, à l'âge de quatre-vingt-deux 
ans, une vie si bien remplie, où le malheur et la persécution avaient marqué 
leur place. L. Destremx de Saint-Christol. 

6 février 1863. 



MÉLANGES. 

CIVE IVOTE: sur UËH ARTICI^ES »CJ 18 €i^MMI^AWj AlV X. 
■ org^aniques des cultes protestants (1834:)* 

Le journal l'Espérance vient de publier, dans son numéro du 27 février, 
un article ainsi intitulé : Pourquoi^ nous aussi^ n avons-nous pas nos sy- 
nodes? Déjà un premier article avait posé la même question dans son nu- 
méro du 25 avril 1862, en ces termes presque identiques : Pourquoi 
r Eglise réformée de France na-t-elle pas ses synodes ? (1) 

(1) Le dernier en date de ces deux articles est de M. le pasteur Sohier, de 
Nantes; le premier était de M. le pasteur Vaurigaud. 



180 



MÉLANGES. 



Des circonstances qui n'ont guère plus de treize ou quatorze ans de date 
donnent indubitablement raison à l'auteur du dernier de ces articles, lorsqu'il 
se fait à lui-même celte réponse : « A nous, sans doute, en est avant tout 
la faute. » 

Mais d'autres circonstances, plus anciennes et bien moins connues, sont 
de nature à fournir une réponse préalable à cette même question, en même 
temps qu'elles accusent le défaut de clairvoyance de ceux qui plus tard ne 
surent pas comprendre et mettre à profit les occasions. Nous parlons ici, 
bien entendu, au point de vue de ceux qui souhaitaient et qui souhaitent 
sincèrement les synodes. Or, ces circonstances propres à expliquer « pour- 
« quoi nous n'avons pas eu nos synodes, » elles sont écrites dans l'histoire 
des premières années de ce siècle, où Samuel Vincent, cet éminent esprit, 
les avait si bien su lire dès 1829 (Voir son admirable ouvrage : Fues sur 
le protestantisme en France^ t. 1, p. 155 à 211); mais elles ressortent 
plus clairement et plus péremptoirement encore d'une pièce qui nous a été 
communiquée par M. Lefebvre et que nous nous proposions depuis long- 
temps de publier. 

Une commission fut instituée par ordonnance royale du 20 août 1824 à 
l'effet de réviser tous les actes législatifs et réglementaires insérés au Bul- 
letin des lois sous les gouvernements issus de la révolution et sous l'em- 
pire; il s'agissait d'en coordonner et d'en rectifier les textes épars pour les 
mettre en harmonie avec le nouveau régime constitutionnel et la phraséo- 
logie royaliste de la Restauration (1). Pour préparer son travail, cette com- 
mission de révision demanda aux différents ministères des notes sur les 
lois qui rentraient dans leurs attributions respectives. Voici le texte de 
celle qui lui fut remise par l'administration à laquelle étaient alors confiés 
les cultes non catholiques. Nous le donnons en son entier, en y joignant 
seulement quelques observations sur les points importants. Il va sans dire 
que l'attention de nos lecteurs est particulièrement appelée sur les para- 
graphes relatifs aux art. 17, 16, 19 et 28, où il est parlé des synodes. 

ARTICLES ORGANIQUES DES CULTES PROTESTANTS. 
{Bulletin des Lois, an X, n° 172, p. 29.) 

Art. 3. Substituer le nom du roi et du royaume à ceux de la ré- 
publique et des consuls. 

Art. 7. L'imputation sur le traitement des pasteurs du produit 
des oblations établies, par l'usage ou par les règlements, ne s^exécute 
pas. Ou il n'y a d'oblation que pour aumônes et frais de culte; ou 

(1) Moniteur du 21 août 1824. 



MÉLANGES. 181 

les secours aux pasteurs en supplément de traitement ne sont pas 
considérés comme oblations. Cette clause devrait donc être sup- 
primée. 

Art. 9. Il y aura deux séminaires pour les luthériens. Il n'y en a 
ç\\Vun seul, à Strasbourg. Cet article est donc à modifier. 

Art. 10. Le séminaire à Genève à retrancher. 

Art. 11. Le nom du roi à substituer à celui du premier consul. 

Art. 12. Dans un des séminaires français. Gomme il n'y en a 
qu'un seul^ substituer au séminaire de Strasbourg. 

Art. 13. Dans le séminaire de Genève : Substituer dans un des deux 
séminaires de Montauban ou de Strasbourg . 

Art. 15. Les Eglises réformées... auront des consistoires locaux. 
Le mot locaux est bon à supprimer^ parce qu'on l'applique mal à 
propos à des réunions locales qu'on s'autorise, par ce mot, à appeler 
consistoires, mais qui ne sont pas reconnues par la loi. Il n'y a de con- 
sistoires que d'une sorte, ceux des Eglises consistoriales (1) . 

Art. 15. Elles auront... des synodes. 

Art. 17. Cinq Eglises consistoriales formeront l'arrondissement 
d'un synode. — Les synodes n'existent que dans la loi. Les réformés 
en réclament quelquefois l'existence effective. Mais ce serait ajouter 
à la consistance des Eglises que de les lier cinq à cinq par un régime 
commun (2). 

Art. 16. Leur état d'isolement garantit mieux leur tranquillité, ré- 
sultat de la faiblesse (3). 

Art. 19, 28. A ces raisons on opposerait, pour les synodes, d'au- 
tres raisons d'ordre et de discipline; mais les premières doivent pré- 
valoir, et il vaudrait mieux faire disparaître le mot synode de la loi, 
à moins qu'on ne préfère de laisser, comme à présent, la loi sans 
exécution, ce dont les réformés se plaindront moins que de l'aboli- 
tion de la faible espérance qui leur en reste. Il conviendrait peut-être 
en ce cas de rendre les termes de la loi moins absolus, en substi- 

(1) Cette absurde dénomination de consistoire local^ qui disait en effet juste- 
ment le contraire de ce qu'elle voulait dire, a subsisté jusqu'au décret du 26 mars 

qui a enfin établi les conseils presbytéraux , propres à chaque Eglise, et au- 
dfjssus d'eux les consistoires, ou conseils de second degré. 

(2) Notez bien ce : mais ce serait ajouter à la consistance des Eglises... 

(3) Notez encore ceci : leur état d'isolement nous garantit mieux leur tran- 
quillité, résultat de la faiblesse!... Ne croirait-on pas, en vérité, que c'est 
Richelieu lui-même qui écrit ainsi, après la chute de La Rochelle, ou Mazarin 
se moquant des réformés après leur dernier synode général de 1659, comme le 
rapporte Ancillon, dans un curieux passage déjà cité par nous? (fiu//., VJII, 145.) 



182 MÉLANGES. 

tuant, dans Tart. 15, au mot elles auront des synodes, celui-ci, elles 
pourront avoir (1). 

Art. 21. La présidence au plus ancien des pasteurs. Ce mot équi- 
Toque causa des disputes : Est-ce le plus ancien d'institution pastorale 
ou le plus ancien àd^w^V Eglise consistoriale? Ily a de bonnes raisons 
pour les deux sens, c'est à la prudence de la comnfiission de révision 
à voir s'il convient de lever l'équivoque par une interprétation pré- 
cise, ou de laisser au ministre l'application selon les circonstances 
en insérant dans la loi : soit au plus ancien pasteur d'institution, soit 
au plus ancien dans V Eglise, selon que notre ministre le jugera con- 
venable. Ce choix peut avoir quelque importance pour le bon esprit 
des consistoires (2). 

En toute délibération la voix du président est prépondérante s'il y a 
partage. Disposition conservée par un décret du 6 juillet 1810, qui 
deviendrait superflu. 

Art. 22. Les assemblées ordinaires des consistoires continueront de 
se tenir aux jours marqués par l'usage. Il serait bon d'ajouter : Cet 
usage sera déclaré à V administration. Car la suite de l'article interdit 
les assemblées extraordinaires sans la permission du sous-préfet. Mais 
si les assemblées ordinaires ne sont pas désignées, on en peut tenir, 
sous ce nom^ qui seraient pourtant extraordinaires. 

Art. 23. Les anciens en exercice s'adjoindront un nombre légal... 
Ce mot en exercice est généralement mal entendu. Il se comprend de 
la totalité des anciens, tant ceux qui sortent que ceux qui restent; de 
telle manière que la moitié qui sort, ne laisse pas de contribuer 
par ses suffrages à sa propre réélection. L'esprit de la loi est mani- 
festement que la seule moitié qui reste, secondée d'un pareil nombre 
de pères de famille, fasse le renouvellement. La lettre même de la 
loi en exercice est en opposition avec les anciens qui cessent ou qui 
vont cesser d'exercer. La présence ou l'absence des pasteurs fait 
encore une question. Les pasteurs doivent y être, car c'est le consis- 
toire qui se renouvelle, et les pasteurs sont parties intégrantes du 

(1) Notez enfin cet alinéa non moins expressif et concluant : les raisons à'ordre 
et de discipline, on ne saurait en tenir compte; la loi doit rester lettre morte; 
on peut d'ailleurs laisser aux réformés la faible espérance qui leur reste, en atté- 
nuant encore le texte de l'art. Ib. 

(2) Voir sur cette question les pièces officielles de 1822, rapportées par Samuel 
Vincent, dans la note H, p. 355 du tome de ses. Vues sur le Protestantisme 
en France. Nous ne savons pourquoi on a omis cette note instructive dans la 
nouvelle édition de cet ouvrage donnée en 1859; on a eu tort. 



MÉLANGES, 183 

consistoire. Mais tout cela prouve qu'une autre rédaction est néces- 
saire dans la loi révisée : « Tous les deux ans, les anciens du consis- 
« toire seront renouvelés par moitié : à cette époque les anciens dont 
« l'exercice doit être continué^ s'adjoindront un nombre égal de pro- 
« testants et chefs de famille^ et choisis parmi les plus imposés au 
« rôle des contributions directes, pour procéder avec les pasteurs^ au 
« renouvellement. » Dans cette rédaction_, il y a retranchement des 
mots de la commune ou l'Eglise consistoriale sera située. Voici quel 
en est le motif. Ces mots ne sont au fond qu'une facilité pour con- 
voquer des chefs de famille censés présents dans la commune où se 
tient l'assemblée. Mais si des protestants d'autres communes se trou- 
vaient sur les lieux et méritaient d'être convoqués, il ne faudrait pas 
que ce fût une illégalité, comme on l'a prétendu une fois. Plusieurs 
Eglises considérables étant réunies en Eglise consistoriale, il est très 
convenable que des membres de ces Eglises puissent concourir au re- 
nouvellement. 

Art. 24. Vingt-cinq chefs de famille protestants les plus imposés au 
rôle des conti^ibutions directes. Pour ne pas laisser de doute sur le rôle 
où doivent être pris ces vingt-cinq chefs, il serait bon d'ajouter : dans 
tout V arrondissement consistorial , comme cela se pratique avec raison. 

Art. 26. Changer les noms de premier consul et de conseiller 
d'Etat chargé de toutes les affaires concernant les cultes en ceux du 
roi et du ministre de l'intérieur. 

Art. 28. Aucune Eglise ne pourra s'étendre d'un département dans 
un autre. 

Art. 16. // y aura une Eglise consistoriale par six mille âmes de la 
même commune. Ces deux articles n'ont pu être exécutés, la distri- 
bution de la population protestante sur le territoire y mettant ob- 
stacle, à moins qu'on n'eût laissé sans culte (inconvénient plus grave) 
des portions importantes de cette population. Il fut dérogé à ces ar- 
ticles par un décret du 10 brumaire. En supprimant ces articles, ce 
décret devient superflu et n'a plus besoin d'être converti en or- 
donnance royale. 

Art. 29, 30, 31, 32. Sur toute la section des synodes, voir les ob- 
servations des articles 15 et 17. 

Art. 33. Oter locaux après consistoires, et changer des consistoires 
généraux en un consistoire général, qui est celui qui existe à Stras- 
bourg, 



i 84 MÉLANGES. 

Art. 37. La première fois qv^ il écherra de convoquer l'inspection.,. 
Cette première fois ne devant plus arriver, cette disposition transi- 
toire doit disparaître. 

Art. 38. Le nom du premier consul changé en celui de roi. Au 
conseiller d'Etat chargé... substituerai ministre de V intérieur. 

Art. 40. // y aura un consistoire général à Strasbourg, pour les 
protestants de la confession des départements du Haut et Bas-Rhin; 
ces mots limitatifs sont à supprimer, puisque le consistoire général 
s'étend ailleurs et même à Paris. 

Art. 41. Chaque consistoire... le consistoire, puisqu'il n'y en a 
qu'un. Le premier consul... le roi. 

Art. 42. Au conseiller d'Etat chargé.,, au ministre de l'intérieur. 
Au surplus, toutes ces dispositions relatives au consistoire générât 
n'ont plus d'exécution, le gouvernement n'en permettant plus la 
convocation; mais rien n'empêche qu'elles ne restent dans la loi. 

Art. 43. Les deux autres seront choisis par le consistoire général. 
Ce consistoire ne s'assembîant point, il est nécessaire de mettre et de 
trois laïques nommés par le roi. 

Art. 44. Les lois de la république... du royaume. 

Art. 19. Le nombre des ministres ou pasteurs dans une même 
Eglise consistoriale, ainsi que celui des temples ou maisons de prières 
ne pourra être augmenté sans l'autorisation du gouvernement. J'indique 
ici une addition importante, ainsi que.,, car les consistoires sont en 
possession d'autoriser, sans le consentement du gouvernement, des 
assemblées de leur communion chez des particuliers ou dans des mai- 
sons de prières. Une seule disposition légale s'y oppose, celle qui in- 
terdit toute assemblée religieuse du culte au-dessus de vingt personnes 
sans l'autorisation du maire (Code pénal, no 29); mais à vingt per- 
sonnes seulement, on ne voit pas que les réformés s'assemblent illé- 
galement. Cependant une chapelle catholique, même domestique, ne 
s'ouvre point sans approbation. Mais ce n'est là qu'une induction et 
il convient d'y substituer une distinction formelle. Il convient aussi 
au bon ordre et à l'autorité royale que les consistoires perdent 
la faculté d'augmenter le nombre des ministres non pasteurs, en en- 
voyant de jeunes ministres inconnus à l'administration exercer dans 
des sections d'Eglise consistoriale. Ils ne peuvent le faire ainsi qu'à 
la faveur de l'équivoque ci-dessus : le nombre des ministres ou 
pasteurs. 



MÉLANGES. 185 

On voit que cette note est un commentaire historique, quasi officiel, et 
plus que naïf, des articles organiques du 4 8 germinal an X; c'en est le pur 
esprit dévoilé, ou tout au moins interprété à leur guise par ceux-là mêmes 
qui en avaient alors la tradition et la pratique. Nous avons rappelé ail- 
leurs (ci-dessus, p. 112} en quelles mains se trouvait alors la gestion des 
cultes prolestants, et l'on comprend que les intéressés d'alors eussent 
d'assez bonnes raisons pour vouloir que cet état de choses cessât. 

Nous ne croyons pas que la commission de révision de 18^4 ait fonc- 
tionné sérieusement. Toujours est-il que le baron Cuvier, qui était l'un des 
douze membres dont elle se composait, aura intercepté au passage la cu- 
rieuse note qu'on vient de lire, h moins qu'elle ne se soit trouvée égarée 
parmi les papiers de quelque autre de ses collègues, MM. Portalis, de Pas- 
toret, de Martignac, de Vatimesnil, etc. 



Au moment où nous corrigeons cette épreuve, nous trouvons au Moni- 
teur (6 mars) un intéressant rapport de M. le vicomte de Suleau au Sénat^ 
sur une pétition de M. de Coninck, du Havre, relative à l'organisation sy- 
nodale, qui vient d'être renvoyée pour examen au ministre des Cultes. Nous 
y lisons « qu'il peut être regrettable que la loi du 18 germinal an X, qui 
« pose en principe l'existence des synodes, n'ait pas été plus explicite sur 
« le mode de leur organisation, et qu'elle ait laissé ainsi une trop grande 
« latitude à V interprétation et aux commentaires. » Voilà certes une re- 
marque fondée, et l'honorable rapporteur aurait pu être plus affirmatif dans 
l'expression de son regret, s'il eût connu le document que nous publions, 
et s'il eût vu ainsi à quelles interprétations, à quels commentaires les 
articles organiques ont laissé ouverture. 



SUPPLÉMENT 
AU BULLETIN D'AYML ET MAI 1863. 



Afg!§Ii:MIi&.lË:E: CîÉ^'ÉMAIii: liA SOCIÉTÉ 

tenue le 14 avril 1863 
sous LA PRÉSIDENCE DE M. CHARLES READ , PRÉSIDENT. 

La onzième assemblée générale de la Société s'est tenue le mardi 1 4 avril 
1863, à trois heures, dans le temple de l'Oratoire. 

Après une prière d'ouverture prononcée par M. le pasteur Maubert, 
M. le président a pris la parole en ces termes : 

Messieurs, 

Nous aurions pu cette année faire avec vous un utile retour sur le 
passé et sur les publications de notre Société-, ou traiter encore une 
de ces questions d'ensemble ou de détail, si nombreuses dans le 
cours de nos travaux,, et souvent si importantes. Nous nous borne- 
rons à vous dire que nos promesses de Tannée dernière ont été 
tenues, que nos Bulletins ont paru avec plus de régularité que ja- 
mais, qu'ils ont été accueillis avec un intérêt réel, mais toujours 
par un nombre trop limité d'amis lecteurs, enfin que l'œuvre aurait 
grand besoin d'être mieux comprise, mieux soutenue, mieux pro- 
pagée par ceux qui l'aiment et qui veulent qu'elle vive et qu'elle 
prospère. Notre petit budget est là pour prouver ce que nous avan- 
çons, avec l'excédant de ses dépenses établies, pourtant sur une 
échelle si modeste, et le déficit dans les recettes qui accuse l'insuf- 
fisance du nombre de nos souscripteurs, c'est-à-dire la trop grande 
rareté parmi nous de ces bons entendeurs, dont parle certain pro- 
verbe, et qu'un demi-mot ou un demi-appel devrait avoir dès long- 
temps ralliés à nous. 



ALLOCUTION DU PRESIDENT. 187 

Que veut en effet notre Société et que fait-elle ? Des écrivains qui 
ont bien voulu voir en nous des adversaires, en se déclarant tout 
d'abord les nôtres, nous ont traité de Société guerroyante, et ont 
ouvert contre nous les hostilités. Cependant notre association était 
une association filiale avant tout; nous avions en vue de rendre à nos 
ancêtres un tardif hommage, en répondant à cette interpellation du 
prophète : « Vos pères, où sont-ils ? » Mais assaillis, pris à l'impro- 
viste, nous n'avons certes point reculé. Eh bien soit! nous sommes 
donc, nous aussi, des beUigérants; et nous faisons la guerre. A qui? 
Aux erreurs, aux faussetés, aux calomnies, dont vous ou les vôtres 
avez rempli durant si longtemps et continuez encore si souvent à 
remplir les pages de notre histoire. Oui, nous avons levé Tétendard 
contre les fauteurs de mensonges, en adoptant pour devise le mot 
prophétique de Genève réformée : Post tenebras lux, et en appli- 
quant cette parole d'un Père de l'Eglise : Diligite homines, errores 
interficite. Cet étendard, c'est celui d'une guerre sainte, d'une croi- 
sade légitime. Nous ne le laisserons pas s'incliner; nous le tiendrons 
haut et déployé ! Mais encore faut-il qu'on se groupe autour, et 
qu'on le suive en nombre, qu'on fasse en un mot cause commune, 
et qu'on apporte ce contingent et ces subsides, qui sont, hélas ! par- 
tout et toujours «le nerf de la guerre. » 

Et remarquez, Messieurs, qu'ici, dans ce genre de campagne, il 
y a cela de fort avantageux que plus les troupes seraient nom- 
breuses, plus les subsides seraient par cela même abondants, 
puisque chacun de nos soldats est en même temps un de nos mu- 
nitionnaires. Remarquez encore que le résultat de nos expéditions 
est assuré d'avance, et que chacun a la certitude de participer au 
succès et d'avoir sa part du butin. Enfin ce n'est pas la mort de nos 
ennemis que nous voulons, mais leur conversion sur le terrain même 
de l'action, et lorsqu'il nous arrive de les réduire au silence, ils ne 
s'en portent pas personnellement plus mal. Gomment donc, dans 
ces termes-là, ne rencontrons-nous point ce zèle, cette assistance 
active qui décuplerait nos forces et nous permettrait d'étendre si 
heureusement le champ de nos opérations militaires et de nos paci- 
fiques conquêtes? Comment le recrutement pour une pareille 
armée ne se fait-il pas mieux? Comment, pour un pareil placement 
de fonds, ne trouvons-nous pas, parmi nous autres protestants de 
France, descendants de huguenots, plus de banquiers intelligents 



188 CORPUS REFORMATORUM. 

et sympathiques^ prêts à nous prêter main forte, en fortitiant nos 
finances ? 

Nous vous recommandons. Messieurs, ces quelques réflexions qui 
touchent, vous le comprenez, un point très sérieux, réflexions qui 
ne sont pas nouvelles dans notre bouche, et dont nous ne pouvons 
varier que la forme, et nous passons au sujet dont nous nous 
sommes proposé de vous entretenir aujourd'hui. 

L'homme de génie qui fut le réformateur, le fondateur des 
Eghses protestantes de langue française au seizième siècle, Jean 
Calvin, a été de notre temps l'objet de bien des études, soit parmi 
nos amis, soit de la part de nos antagonistes. Si, d'un côté, on a 
cru devoir, comme Audin, repétrir le vieux levain, rhabiller les 
vieilles falsifications, pour noircir le grand homme et en faire un 
épouvantail de séminaristes, on a, par contre, éprouvé le besoin de 
le mieux connaître pour le mieux défendre, et nous avons vu paraître 
successivement la grande biographie écrite par M. Henry, de Berhn 
(1835-M), sans compter diverses réimpressions ou abrégés secon- 
daires; l'édition de ses petites Œuvres françaises donnée par le bi- 
bhophile Jacob (1842), celle de ses Lettres françaises, recueillies et 
publiées pour la première fois par notre ami M. Jules Bonnet (1854), 
et d'une traduction anglaise de sa correspondance latine, pubhée par 
le même éditeur en Ecosse, puis en Amérique; la réimpression des 
Commentaires sur le Nouveau Testament, de ceux sur les Psaumes, et 
Institution chrétienne (1855 à 1859) ; enfin le récent et excellent 
travail de M. Bungener (1862). Mentionnons encore, pour mé- 
moire, deux simples articles dont la valeur spéciale dépassait l'éten- 
due : un portrait tracé de main de maître, par M. Guizot, dans le 
Musée des Protestants célèbres (1822), et la Notice biographique et 
bibliographique, relativement si complète, de M. Eugène Haag, 
dans la France protestante (1852). Ajoutons-y le remarquable mé- 
moire de M. Mignet sur l'établissement du Calvinisme à Genève 
(1834). 

Tout cela n'était pas assez encore. Calvin est une de ces austères 
figures qui peuvent ne pas inspirer la sympathie, mais qui, vues de 
près, imposent le respect et l'admiration. Après avoir accompli 
d'immenses travaux dans l'ordre intellectuel et moral, il a disparu 
de ce monde sans que la moindre pierre ait marqué la place où 



OEUVRES COMPLETES DE CALVIN. 189 

reposait sa dépouille mortelle^ sans autre épitaphe que ces mots 
écrits à côté de son nom sur le registre consistorial : « Allé à Dieu 
le 27» (mai d564). On peut dire qu'un bien autre monument de 
pierres vivantes lui était érigé dans cette cité même de Genève où 
il laissait son ineffaçable empreinte, et dans ces Eglises réformées 
de Suisse et de France qu'il avait édifiées et remplies de son esprit, 
— en sorte que nous lui appliquerions à bon droit la sublime épi- 
taphe qui se lit à Saint-Paul de Londres, sur la simple plaque 
tumulaire de l'architecte de cette cathédrale : Si monumentum 
requiris, circumspice ! « Demandes-tu où est son mausolée? Passant, 
regarde autour de toi ! » 

Et il laissait encore après lui les pierres d'attente, les assises, d'un 
monument d'un autre genre et non moins glorieux, ce législateur de 
la Réforme française : nous voulons parler de ses écrits, des quatre- 
vingt-dix et quelques ouvrages publiés de son vivant, et dont plu- 
sieurs avaient contribué à la formation même de notre langue. Ce 
monument, si riche déjà, quoique incomplet, et auquel des mains 
pieuses ont à diverses reprises ajouté, par la publication de frag- 
ments inédits et par des réimpressions partielles ou intégrales, 
était de ceux qui commandent l'attention de la postérité et auxquels 
est dû tôt ou tard l'hommage d'une restauration d'ensemble et de 
toutes pièces. Il arrive une heure où l'on ne saurait se soustraire à 
cet impérieux devoir auquel tout sollicite, et où tous se rencontrent 
dans un sentiment et dans un zèle communs pour l'accomplir. Telle 
nous paraît être l'heure actuelle en ce qui concerne l'œuvre com- 
plète de Calvin. Le troisième anniversaire séculaire de la mort du 
réformateur ne sonnera pas sans qu'un grand témoignage lui ait été 
rendu. 

Depuis quelque temps déjà le bruit était venu jusqu'à nous que, 
dans cette vieille ville de Strasbourg où l'illustre banni de Genève 
fonda, en 1538, l'Eglise française, où il reçut le droit de bourgeoisie, 
et ouvrit un mémorable enseignement, où il donna la seconde édi- 
tion latine de son Institution (l^r août 1539), et en prépara sans nul 
doute la première édition française (1541), que dans cette même 
ville de Strasbourg, disons-nous, il s'élaborait enfin presque secrè- 
tement, très discrètement du moins, une publication des Œuvres 
complètes de Calvin. Trois hommes, dont les noms seuls étaient 
une garantie de savoir et de compétence, étaient indiqués comme 



190 CORPUS REFORMATORUM. 

les auteurs de ce travail. C'étaient MM. les professeurs Ed. Reuss, 
J.-Guill. Baum et Ed. Gunitz. Mais d'annonce positive, de pros- 
pectuS;, point : et pourtant Ton disait que tout était déjà en voie 
d'exécution. Il y avait là, à raison surtout de la distance, comme 
un mystère qui nous piquait au jeu et que nous trouvâmes bon d'é- 
claircir. M. Baum, le savant biographe de Lambert d'Avignon et de 
Théodore de Bèze, à qui nous écrivîmes, nous donna le mot de 
l'énigme, et il nous parut alors utile, intéressant, de provoquer de 
sa part un exposé de la grande entreprise, jusqu'ici si peu connue, 
à laquelle il coopérait et à laquelle le protestantisme français sera 
appelé avant peu à prêter son concours. C'est cet exposé que nous 
allons vous soumettre et que nous sommes heureux de pouvoir vous 
communiquer tout le premier en séance solennelle. 

A M. le Président de la Société de l'Histoire du Protestantisme 
français. 

Strasbourg, le 8 avril 1863. 

Monsieur le Président, 

Vous m'avez Invité à vous faire un exposé succinct sur le plan de l'édi- 
tion des OEuvres complètes de Calvin^ que nous avons été chargés de 
préparer, mes collègues M. Ed. Reuss, M. Ed. Cunitz et moi, et sur les 
travaux préliminaires que cette entreprise a nécessités depuis trois ans 
que nous nous en occupons. Je serai obligé, dans cet exposé, de parler 
souvent, trop souvent, de nous et de ce que nous avons fait. Il faut que 
vous me le pardonniez d'avance. 

Cette grande publication est entreprise en Allemagne par une des pre- 
mières librairies de ce pays. Voici dans quelles circonstances. 

Je dois avant tout faire connaître ou rappeler que M. Bretschneider, chef 
ecclésiastique des Eglises protestantes du duché de Gotha, et l'un des théo- 
logiens les plus distingués de la première moitié de ce siècle, conçut le 
dessein, il y a une trentaine d'années, de faire pour l'Eglise protestante 
et ses Pères ce que les pères de l'Oratoire et les bénédictins en général 
avaient fait dans le temps pour les Pères anciens en général et pour les 
grands théologiens scolastiques du moyen âge, c'est-à-dire de publier un 
Corpus Reformatorum, en comprenant dans une même série de publica- 
tions successives, d'éditions savantes, critiques et aussi complètes que pos- 
sible, les œuvres de Luther, de Mélanchthon, de Zwingli, de Calvin, de 
Bucer et de Capiton, et en les faisant suivre plus tard des œuvres des ré- 
formateurs de second et de troisième rang, Bullinger, Farel, Viret, etc., etc. 



OEUVRES COMPLETES DE CALVIN. 191 

Cette idée généreuse, ce plan grandiose, de doter les Eglises protestantes 
d'une bibliothèque complète des Pères de la Réforme^ publiée dans le 
même format, avec les mêmes allures scientifiques et critiques, et formant 
un grand trésor théologique et historique {Thésaurus theologico-histo- 
riciis), cette idée a trouvé de vives sympathies dans l'Allemagne protestante 
tout entière. Elle a, qui plus est, trouvé pour sa réalisation un de ces 
hommes entreprenants et généreux, comme la librairie allemande en a offert 
plus d'une fois, qui a mis son art, son industrie, son crédit, au service de 
cette grande et glorieuse affaire protestante. C'était le chef de la maison 
Schwetsch père et fils à Halle. 

Mais M. Bretschneider ayant appris que le savant Irmischer, à Erlangen, 
et MM. Schoulthess et Schouler, à Zurich, avaient déjà pris des engage- 
ments, le premier pour une nouvelle publication des œuvres de Luther, les 
deux autres pour une nouvelle édition des écrits de Zwingli, sa prudence 
et rintérêt protestant bien entendu lui ont conseillé de ne point commen- 
cer par une seconde édition soit des œuvres du réformateur allemand, soit 
de celles du réformateur suisse. 

Il a donc débuté par les œuvres de Mélanchlhon, du savant collègue de 
Luther eî du Précepteur de l' Allemagne^ comme on l'appelait à juste titre 
et même du consentement de ses adversaires. Le savant théologien de Gotha 
a publié à lui seul près de vingt volumes in-4o de cette première série du 
Corpus Reformatorum, renfermant une immense correspondance dis- 
persée dans l'Europe tout entière, et recueillie et commentée avec un soin 
et une érudition admirables. La mort est malheureusement venue le sur- 
prendre en i848, et M. Bindseil, un autre savant très versé dans l'histoire 
et la littérature du XVI« siècle, a mené cette série à bonne fin, avec la même 
exactitude scientifique que celui qui l'avait commencée. Au troisième anni- 
versaire séculaire de la mort de Mélanchthon, que l'Allemagne entière a 
célébré en 18G0, cette magnifique édition des œuvres du plus grand sa- 
vant du XVl^ siècle a été achevée par le vingt-huitième volume in-quarto. 
Et il paraît que M. Bruhn, à Brunswig, le digne successeur des éditeurs 
primitifs de Halle, a si bien trouvé son compte dans cette publication, aussi 
dispendieuse que grandiose, qu'il a immédiatement songé à poursuivre 
cette glorieuse entreprise et à faire paraître la seconde série du grand 
Corpus Reformatorum devant contenir les OEuvres complètes de Calvin. 
Les dernières feuilles de la table des matières des écrits de Mélanchthon 
avaient à peine eu le temps de sécher, que l'éditeur venait nous faire l'hon- 
neur de nous demander si nous voulions nous charger de l'édition de 
Calvin. 

L'offre n'avait rien de séduisant sous le rapport pécuniaire, et il était aisé 
d'apprécier au premier coup d'œil les déiienses et sacrifices considérables 



192 CORPUS REFORMATORUM. 

qui nous incomberaient si nous voulions nous acquitter de notre tâche 
d'une manière digne d'une telle entreprise. Mais elle était d'autant plus 
attrayante, si l'on considérait le tribut à payer à la mémoire du plus grand 
théologien, du plus puissant organisateur ecclésiastique du XVI* siècle, et 
le service à rendre aux savants et aux théologiens de l'Eglise protestante 
tout entière. Nous ne nous faisions pas illusion sur le temps et les labeurs 
qu'un pareil travail exigerait de chacun de nous, en dehors de nos nom- 
breuses occupations, tant académiques qu'ecclésiastiques. Aussi ce ne fut 
qu'après de mûres réflexions que nous prîmes confiance dans une assis- 
tance mutuelle et journalière, dans la communauté de nos travaux scienti- 
fiques et dans nos prières communes adressées à Dieu pour la conserva- 
tion de nos forces et de notre courage, et que nous nous décidâmes à 
signer le contrat proposé par notre éditeur, contrat dans lequel nous avons 
fait insérer, pour garantie de l'exécution de l'œuvre, la clause que si l'un 
des trois collaborateurs operum calvinianorum edendorum devait être 
appelé à Dieu avant l'achèvement de l'édition, les deux autres le remplace- 
raient immédiatement par le choix d'un homme ayant la spécialité voulue. 
Ce que chacun de nous aurait refusé d'entreprendre à lui seul, nous l'osions 
ensemble, forts d'un concours heureux de circonstances dans lesquelles le 
Seigneur nous avait fait vivre, forts d'une amitié cimentée par plus de 
vingt années d'épreuves, d'une communauté d'études et de travaux, et de 
notre sincère gratitude et admiration pour les grands hommes qui nous 
ont conquis la liberté évangélique dont nous jouissons en ce siècle. Jlea 
jacta erat. Une fois résolus à mettre la main à la charrue, il ne nous était 
plus permis de regarder en arrière. 

La division des œuvres à publier en trois sections était tout naturelle- 
ment donnée. La première section contiendra les Œuvres dogmatiques et 
polémiques; la seconde les Œuvres exégétiques, homilétiques (sermons 
publiés et inédits), liturgiques, les ordonnances ecclésiastiques et autres re- 
latifs à l'organisation et la discipline de l'Eglise; enfin la troisième contien- 
dra toute la Correspondance dans laquelle nous ferons entrer, non-seule- 
ment toutes les lettres publiées et inédites de Calvin, mais aussi toutes les 
lettres adressées à Calvin par les principaux personnages de son époque, 
et même des fragments de lettres contemporaines dans lesquelles il est fait 
mention de Calvin ou de choses qui ont trait à son histoire. Ce sera, nous 
l'espérons, une excellente méthode pour jeter sur la correspondance et 
l'histoire du réformateur français un jour vrai et qui ne servira pas peu à 
l'intelligence de ce qu'il a écrit lui-même. Car une correspondance unilaté- 
rale (si je puis m'exprimer ainsi) reste toujours assez obscure, malgré tous 
les commentaires dont on l'accompagne. 

Cette édition des œuvres du grand législateur des Eglises réformées 



OEUVRES COMPLÈTES DE CALVIN. 193 

devant être une édiiion scientifique et monumentale, il fallait arrêter les 
principes A suivre quant à la publication du texte. Nous publions tous les 
écrits dans la langue dans laquelle Calvin les a rédigés lui-même, soit en 
latin, soit en français, et d'après les éditions originales qui ont paru sous 
ses yeux ou du moins de son vivant, en les comparant soigneusement entre 
elles et en notant en marge tous les changements que l'auteur y a faits lui- 
même. Nous avons accompli ce travail pour Vlnstitution^ comme j'aurai 
l'honneur de vous en donner le détail tout à l'heure. 

Afin de pouvoir travailler plus à noire aise et pour pouvoir sacrifier des 
exemplaires authentiques à l'impression, il nous a semblé de première né- 
cessité de former une bibliothèque aussi complète que possible de toutes 
les éditions originales des œuvres de Calvin. Le premier contingent pour 
celte collection a été fourni par nos propres bibliothèques : c'était une tren- 
taine ou une quarantaine de volumes, et grâce à nos communications an- 
térieures avec toutes les librairies anciennes de l'Allemagne, de la Suisse et 
de la Hollande, nous avons réussi à réunir la collection, la plus complète 
peut-être qui existe, de toutes les éditions originales, à l'exception de quel- 
ques petits traités que nous espérons trouver encore. Car nous avons été 
assez heureux pour acheter même un exemplaire de l'édition première de 
VInstitution (Baie, 1536) qui compte parmi les plus grandes raretés biblio- 
graphiques. La plus grande partie de ces rarissimes volumes, même de 
ceux en langue française, nous est venue de l'Allemagne. Je ne parle pas de 
ce que nous avons réuni de lettres imprimées dans les différents journaux 
théologiques ou autres publications qui ont paru depuis le milieu du dix- 
septième siècle jusqu'à nos jours. La moisson a été considérable. Le maté- 
riel nécessaire pour commencer une telle œuvre est donc réuni, et ne tar- 
dera pas à être au grand complet. Car le relevé des grandes bibliothèques 
d'Allemagne et de Suisse nous a fait voir que nous étions plus riches qu'elles 
toutes prises ensemble. 

Au milieu de toutes ces recherches nous préparions notre premier vo- 
lume consacré à ['Institution chrétienne^ qui va paraître à la fin du mois 
de mai prochain. Il servira de spécimen au public savant de la manière 
dont nous entendons, Dieu aidant, nous acquitter de notre tâche. II con- 
tiendra l'édition originale de 1536, exactement reproduite d'après l'origi- 
nal, et de plus une édition synoptique, montrant à l'œil même du lecteur 
tous les changements et remaniements que l'auteur y a apportés depuis 
l'an 1539 jusqu'en 1554. Je m'explique. 

Tout le monde sait, et la simple inspection des différentes éditions le dé- 
montre à l'œil, que cet ouvrage, unique dans son genre, a subi de grands 
changements et des développements considérables, et l'inspecLion de la ta- 
ble des matières démontre que ces changements se soni étendus même sur 

XII. — 13 



194 CORPUS REFORMATORUM. 

la disposition des matières. Il nous importait donc de donner une idée de 
ces changements dans un ouvrage aussi capital pour toute la Réforme et 
nous pensions d'abord suivre simplement nos prédécesseurs et faire pour 
V Institution ce que, eux, ils ont fait pour les Loci theologicî de Mélanchthon, 
en publiant les trois principales éditions du livre de Calvin : à savoir, la 
première de 1536, celle de Strasbourg de 1539, et enfin la rédaction défi- 
nitive de 1559, après laquelle Calvin n'a plus rien modifié. Mais une étude 
comparative des éditions parues, entre la première et la dernière, nous a 
montré que dans cet intervalle l'auteur avait surtout trois fois remanié, 
changé et augmenté son livre. Nous éprouvions donc l'embarras du choix 
entre ces trois éditions, c'est à-dire entre celle de 1539, de 1543 et de 1551. 
Un examen comparatif de plusieurs chapitres nous démontra que les chan- 
gements consistaient principalement en additions, et que le texte du pre- 
mier grand remaniement de 1539, qui présente un ouvrage tout différent 
de la toute première édition, était consciencieusement conservé dans les 
éditions subséquentes, sauf quelques rares exceptions. Il nous vint donc à 
la pensée de faire assister le lecteur non-seulement à la genèse mais en- 
core au développement de la pensée et du système théologique de notre 
grand réformateur, et de mettre sous ses yeux tous les perfectionnements 
qu'il a successivement donnés à ce monument théologique. En prenant pour 
base et point de départ l'édition de 1539, imprimée d'un bout à l'autre avec 
le grand et beau caractère ordinaire de notre édition que l'éditeur a fait 
fondre ad hoc, nous avons fait intercaler toutes les additions de l'édition 
de 1543 et de 1551, les unes en italiques, les autres, en plus petit nombre^ 
dans un caractère un peu plus petit que l'ordinaire, de sorte que le lecteur 
a sous les yeux les trois éditions complètes et en même temps très distinctes 
l'une de l'autre. Ai-je besoin d'ailleurs de vous faire observer que ce n'était 
pas ici le cas de dire : Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous avons collationné 
pendant plus de six mois, en lisant phrase par phrase, non-seulement les 
trois éditions dont nous donnons la Synopsis, mais toutes les autres édi- 
tions intermédiaires entre 1539 et 1559 en notant toutes les variantes et 
changements de style, et enfin nous avons compulsé le résultat de ce travail 
aussi pénible que curieux et instructif, en intercalant toutes les additions 
et en indiquant tous les changements, toutes les variantes importantes dans 
l'exemplaire destiné à l'impression. 

Deux observations, que nous avions occasion de faire à chaque page de 
notre lecture, nous ont surtout frappés. L'une, que pour le fond l'auteur 
n'a rien changé à ce qu'il avait émis d'idées fondamentales dans son édition 
première et de premier jet ; il n'a fait que modifier çà et là sa disposition, 
et que développer et corroborer les principes avancés. C'est le cachet de 
son génie. L'autre, que pour la forme il a laissé son œuvre presque intacte 



OEUVRES COMPLÈTES DE CALVIN. 195 

quand il l'eut une fois arrêtée, jusqu'à conserver des bouts de phrases des 
éditions précédentes, là où il ajoutait au commencement ou à la fin de la 
proposition. De sorte qu'il est assez difficile de se faire une idée bien exacte 
de la manière dont il travaillait quand il préparait une nouvelle édition. 

Cette édition synoptique clora le premier volume, contenant en outre 
une préface dans laquelle nous rendons raison de notre entreprise et de la 
méthode que nous suivons, et des prolégomènes, c'est-à-dire une introduc- 
tion historique, bibliographique et critique. Et ce que nous avons fait ainsi 
pour \ Institution, nous comptons le faire pour chacun des autres écrits. 
Le second volume contiendra X Institution de la dernière rédaction (1559). 
Il est prêt pour l'impression et sera publié cette année encore. Le troi- 
sième contiendra l'édition française de cette dernière rédaction et il paraî- 
tra, s'il plaît à Dieu, en 1864 pour le troisième anniversaire séculaire de la 
mort de l'auteur. Et ainsi de suite chaque année deux volumes de format 
in-4° et d'environ soixante feuilles d'une belle impression en deux colonnes. 
A côté de ce travail critique sur les ouvrages imprimés, nous préparons la 
correspondance de Calvin et à Calvin. A cet égard nous nous sommes fait 
une loi rigoureuse de voir de nos propres yeux tous les originaux qui exis- 
tent encore. Pendant les deux années qui viennent de s'écouler nous avons 
déjà consacré, et nous consacrerons à l'avenir, nos vacances académiques 
à faire des voyages pour rassembler nous-mêmes toutes les pièces et docu- 
ments relatifs à cette correspondance. C'est ainsi que, munis d'un réper- 
toire complet de tout ce qui a été imprimé en fait de lettres ou de pièces 
détachées jusqu'à ce jour et des collections de lettres imprimées ou des co- 
pies de celles qui se trouvent dispersées dans les journaux théologiques ou 
dans d'autres ouvrages, — pleins surtout d'enthousiasme pour cette sorte 
d'explorations et d'une bonne humeur qui nous faisait prendre en récréation 
et en délassement le travail de copiste, — nous avons exploité les biblio- 
thèques de Saint-Gall et de Zoffingen en 1861 , celles de Neuchâtel et de 
Genève en 1862. Vous dirai-je avec quelle complaisance on nous a commu- 
niqué tout ce que les archives et les bibliothèques pouvaient contenir, — 
avec quelle avidité nous tombions dessus comme des oiseaux de proie, — 
combien nous étions glorieux de nous entre-seconder dans les passages dif- 
ficiles, — comment à Neuchâtel nous travaillions à la loupe sur l'écriture 
de Farel qui consiste en véritables pattes de mouches, — comment le ciel 
sombre et pluvieux venait admirablement en aide à notre zèle pour ne pas 
dérober une seule demi-journée de notre travail, dont l'ennui naturel était 
amplement racheté par le plaisir d'être ensemble, par les communications 
des singularités que nous rencontrions à chaque pas, enfui par l'émulation 
qui s'était emparée de nous, à qui fournirait la plus grande tâche et à qui 
aurait le moins à corriger au moment fatal de la collation des copies avec les 



196 CORPUS REFORMATORUM, 

originaux, lorsque chacun lisait sa copie ei que les deux autres, avec des 
yeux de lynx, vérifiaient en suivant mot à mot sur l'autographe? Vous di- 
rai-je que, grâce à toutes ces circonstances, nous avons rapporté de ce se- 
cond voyage quelque chose comme quatre cent cinquante pièces inédites, de 
plus de seize cents pages que nous avons parcourues, sans compter les impri- 
més que nous avons collationnés sur les originaux? Et bien nous en a pris. 
Car, pour ne pas parler des lettres de Calvin publiées par deBèze qui avait 
à garder de certains ménagements et à omettre des passages n'offrant pas 
un intérêt théologique particulier, nous avons trouvé que les éditeurs mo- 
dernes des lettres de Calvin, ou de pièces y relatives, laissaient à désirer 
sous le rapport de l'exactitude. Cela s'explique chez les uns par un manque 
de connaissance et d'exercice quant à l'écriture de Calvin, chez les autres 
par la circonstance toute simple qu'ils n'ont pas collationné ou qu'ils n'ont 
pas pu coUationner leurs copies sur les originaux. Il faut nécessairement 
être à deux, et il faut que ces deux aient une parfaite connaissance, non- 
seulement de la langue, mais encore de l'écriture de l'auteur de la pièce. 
En effet, les personnes les plus exercées à ce métier, si elles prennent la 
peine de collationner seules ce qu'elles ont copié, sont sujettes à se tromper 
et à suivre plutôt leur coj)ie que l'original. 

Mais, dira-t-on (et déjà même on l'a dit), c'est là une entreprise gigan- 
tesque et qui dépasse matériellement les forces de trois hommes réduits à 
eux-mêmes, quels que soient d'ailleurs leur bonne volonté et leurs moyens 
d'action. — Non, grâce à Dieu, pouvons-nous répondre en produisant enfin 
au grand jour, comme preuves du contraire, les pierres déjà taillées et les 
plans concertés de notre édifice. Et aussi bien nous pouvons ajouter, comme 
exemple, que deux hommes, dont la vie n'a pourtant guère de loisir, ont 
suffi pour nous doter des vingt-huit volumes de l'édition de Mélanchthon. 
La partie principale, la correspondance, a même été publiée par M. Bret- 
schneider seul, qui était chargé, outre ses fonctions ecclésiastiques, de 
l'administration des Eglises du duché de Gotha. 

Il est vrai qu'à Genève la besogne du copiste est encore considérable, car 
après avoir fait le relevé des pièces de tout genre qui nous restaient encore, 
nous en avons trouvé bien au delà de mille. Mais c'est aussi la mine la plus 
riche de toutes, et lorsqu'elle sera exploitée jusqu'au bout, la plus consi- 
dérable portion de notre labeur sera accomplie. Nous avons d'ailleurs fort 
heureusement trouvé un biais pour parer à l'inconvénient que ferait peser 
sur nous l'obligation de passer une série de nos vacances dans cette seule 
ville. 11 existe à Zurich une collection de près de trois cents volumes in-folio 
appelée la collection Simler. Elle contient des copies de presque toutes les 
lettres encore existantes des réformateurs, conservées dans les différentes 
bibliothèques et les archives des Eglises protestantes, surtout de la Suisse. 



OEUVRES COMPLÈTES DE CALVIN. 197 

Nous avons été assez heureux pour obtenir de l'administration de la biblio- 
thèque de la ville de Zurich, sous les garanties d'usage en pareil cas, la 
faveur qu'on nous envoie successivement les volumes des années qui nous 
intéressent, et nous sommes ainsi à même de faire, pendant l'année tout 
entière, les copies de toutes les lettres de Calvin et de celles qui se rappor- 
tent à lui, copies que dans notre prochain voyage à Genève nous coUation- 
nerons sur les originaux, après les avoir d'abord collationnées sur les 
manuscrits même de Simler, afin de pouvoir indiquer aussi les fautes qui 
se sont glissées dans cette précieuse collection. 

Voilà comme nous avons réussi, non pas à amoindrir notre tâche, mais 
à la rendre possible, tout en observant le principe que nous nous sommes 
posé et dont nous ne nous écarterons pas, de voir tout de nos propres yeux. 
D'ici à deux ans nous espérons avoir entièrement terminé pour la Suisse, 
et nous nous tournerons vers l'Allemagne, Gotha, Breslau, Hambourg et 
d'autres endroits qui, d'après nos renseignements, conservent des pièces 
du ressort de notre entreprise. En comparaison de la moisson principale 
faite premièrement en Suisse, ce ne sera plus qu'un travail de glaneurs. 
La Hollande, l'Angleterre, l'Ecosse, viendront ensuite. La tâche est im- 
mense, il est vrai, et elle est lourde à nos épaules; mais nous avons l'ha- 
bitude du travail, nous avons l'amour du sujet, et notre devise est : Tu 
contra audentior ito ! (Va ferme et droit contre les obstacles !) Nous avons 
de plus la certitude qu'en tout état de cause le monument {sere perennius) 
que nous sommes chargés d'élever au plus grand théologien de l'Eglise 
protestante tout entière, sera achevé, soit par nous, si Dieu daigne nous 
assister et prêter vie et santé, soit par d'autres que nous, s'il entre dans les 
décrets de la Providence de nous rappeler avant l'achèvement de l'œuvre. 

En tout cas, nous éprouvons un sentiment de vive satisfaction et de gra- 
titude envers le grand homme qui a tant travaillé pour l'Eglise, et envers 
le Seigneur dont la grâce a été si puissante en lui, et nous nous félicitons 
de pouvoir poser la première pierre angulaire et fondamentale de ce mo- 
nument, seul digne de son génie, par la publication des quatre principales 
éditions de son immortel ouvrage de V Institution chrestienne entièrement 
achevées, comme je l'ai dit plus haut et comme nous l'espérons, lors de 
l'anniversaire solennel que les Eglises réformées du monde entier célé- 
breront l'an prochain. 

Voilà, Monsieur le Président, ce que j'avais à vous communiquer sur les 
travaux de notre entreprise et sur l'esprit dans lequel nous comptons les 
exécuter au fur et à mesure. S'il m'est arrivé, je le répète, de blesser la 
modestie en mettant toujours le nous en avant, c'est vous qui l'avez voulu 
en provoquant cet exposé. Car depuis trois ans que nous sommes occupés 
de cette œuvre, nous en avons si peu entretenu le grand public que même 



198 CORPUS REFORMATORUM. 

M. le pasteur Louis Bonnet, de Francfort, déclarait tout récemment n'en 
connaître l'existence que par un vague ouï-dire. » Nous aimons mieux 
laisser parler les faits, et nous acceptons volontiers comme juge le public 
savant du monde protestant, qui prononcera sa sentence d'après les résul- 
tats et non d'après les promesses. 
Veuillez agréer, etc. J.-W. Baum. 

Vous êtes maintenant, Messieurs, informés comme nous, et vous 
devez être réjouis, par cet historique, du plan et du degré d'avan- 
cement de ce grand et beau travail, dont Tidée, la conception, les 
préparatifs et les commencements d'exécution, honorent Thabile 
éditeur de Brunsv^ick et les auteurs auxquels il s'est adressé. C'est 
une chose remarquable que tout ait été organisé ainsi et ait marché 
sans bruit. Oublions, s'il se peut, que c'est l'Allemagne, et l'érudi- 
tion allemande de la confession d'Augsbourg, qui se sont mis, une 
fois encore et d'office, en demeure de payer au réformateur fran- 
çais la dette des Eglises françaises; ne songeons qu'à les en féli- 
citer, à les en remercier, à prendre en bonne part un bienfait dont 
nous aurons bientôt à profiter. 

Mais une des dernières lignes de la lettre de M. Baum donne heu 
à une explication qui nous semble nécessaire. Il y fait allusion à 
une propostion faite le 10 février dernier par un de nos amis, M. le 
pasteur Louis Bonnet, de l'Eglise française de Francfort, et tendant 
à un appel aux Eglises réformées, ou plutôt à toute la chrétienté 
évangélique, pour les inviter à réaliser toutes ensembles cette même 
idée d'une publication des Œuvres complètes de Calvin, d'un « Cal- 
c( vimis redivivus, remis, lui et son siècle, en présence du nôtre. » 
M. L. Bonnet retraçait en termes chaleureux les lacunes, les desi- 
derata actuels de l'œuvre calvinique, le besoin que l'on éprouve de 
voir mettre au jour ou à la portée des travailleurs, tant de lettres, 
tant de discours encore inédits, tant d'ouvrages inaccessibles ou 
introuvables. L'occasion offerte par la célébration du souvenir tri- 
séculaire de la mort de Calvin en d864 lui paraissait une occasion 
unique, pour exécuter un projet qui dépasserait « les forces et les 
G moyens de tout homme et de toute réunion d'hommes ne pou- 
ce vaut compter que sur le succès matériel de l'entreprise. » Enfin, 
sans se laisser arrêter par la considération du temps jugé nécessaire 
pour mettre en train un pareil travail, M. L. Bonnet regardait 



OEUVRES COMPLÈTES DE CALVIN. 199 

comme possible encore de faire paraître les premiers volumes de 
l'édition projetée, dès le mois de mai 1864. Trois commissions et 
un comité central y pourvoiraient. Il ajoutait que, d'après ce qu'on 
lui avait rapporté, « trois professeurs de Strasbourg avaient mis la 
c( main à une œuvre analogue, mais nécessairement restreinte, » et 
que l'on pourrait pent-être « obtenir leur coopération à une entre- 
ce prise plus vaste. » [Archives du Christianisme, 20 février 1863.) 

Les trois honorables éditeurs strasbourgeois, chatouilleux à l'en- 
droit du fruit de leurs veilles, se sont formalisés en voyant leur 
entreprise qualifiée de « nécessairement restreinte » et mise en re- 
gard d'une autre analogue soi-disant « plus vaste, » et ils ont 
réclamé à ce sujet. (lôid., 28 février.) — A quoi M. le pasteur 
L. Bonnet a répondu qu'il n'avait parlé de cette entreprise quç 
d'après «un vague ouï -dire, ignorant complètement la nature, 
G l'étendue et jusqu'aux noms des savants qui y étaient engagés, à 
« l'exception de M. Reuss, » et qu'il se réjouissait maintenant d'ap- 
prendre à ce propos qu'il s'agissait de l'édition complète des 
œuvres, tant imprimées qu'inédites, tant latines que françaises, du 
grand réformateur. {Ibid., 10 mars.) Seulement M. L. Bonnet ex~ 
primait encore un doute sur le point de savoir si MM. Reuss, Baum 
et Cunitz entendaient comprendre dans leur édition ces grands 
recueils de lettres latines que le pubhc attend, disait-il, avec im- 
patience. Ce doute est-il levé par la communication dont nous ve- 
nons de vous donner lecture? Il nous semble résulter des soins si 
minutieux et si jaloux que le savant triumvirat apporte dans la pré- 
paration de sa tâche qu'aucune des collections, aucune des sources 
existantes et abordables ne sera laissée de côté, et qu'aucun posses- 
seur de lettres ou documents inédits ne saurait y demeurer étran- 
ger. D'après l'exposé de M. Baum, nous ne voyons pas de desiderata, 
nous n'imaginons pas une conception « plus vaste » d'œuvres com- 
plètes de Calvin. 

En dernier lieu, M. L. Bonnet maintenait l'objection suivante : 
En admettant, disait-il, que les immenses travaux littéraires que 
s'imposent les éditeurs de Strasbourg marchent assez vite pour que 
la génération présente puisse encore en jouir; en admettant qu'ils 
aient en leur pouvoir les chances et les frais d'une énorme entre- 
prise de librairie, il reste le fait que les œuvres complètes de Cal* 
vin, publiées de la sorte par entreprise particulière, ne seront point 



800 CORPUS REFORMATORUM. 

assez populaires par le bon marché, ne seront accessibles qu'aux 
riches, qu'aux bibliothèques, non aux fortunes les plus humbles, 
non aux premiers intéressés, aux pasteurs qui, d'ordinaire, ne peu- 
vent faire de grands sacrifices pour acquérir des livres, inconvénient 
auquel sa proposition d'une œuvre collective du monde protestant 
avait pour but d'obvier. 

Nous n'avons pas mission pour répondre à cette observation que 
nous avons été amené à faire connaître. Mais du libre examen 
jaillit la lumière, et la lumière nous paraît ici désirable. Qu'il nous 
soit donc permis de dire que la proposition de M. L. Bonnet a bien 
son côté séduisant et son cachet de grandeur, que, menée à bonne 
fin et atteignant le but si louable du bon marché, elle rallierait à 
coup sûr tous les suffrages. Ajoutons qu'elle atteste chez son auteur 
une largeur de cœur et de vues, dont il a bien conscience et dont on 
ne peut qu'être profondément touché. Mais, si elle a pour elle la 
théorie, a-t-elle également la pratique? Nous ne le croyons pas. 

D'abord, pour ce qui est du bon marché, est-il bien certain que 
Ton arriverait à abaisser le prix de vente de l'ouvrage de façon à le 
mettre à la portée de toutes les bourses ? Il faudrait pour cela le 
faire déchoir en qualité, descendre au rabais. Mais est-ce bien un 
monument semblable à ceux qui sortent de certaines fabriques 
ecclésiastiques qu'il s'agirait d'élever? Cela serait-il digne de tant 
d'efforts, digne de Calvin, digne de nous-mêmes ? 

Ensuite, pourrait-on avoir foi dans le fonctionnement de trois 
commissions et d'un comité central? Nous aurions grand'peur, nous 
l'avouons, pour l'exactitude et la célérité des résultats à obtenir 
par de pareils rouages. Plus le travail est complexe, plus il im- 
porte que le mode de travail soit simple; plus la tâche est immense^ 
plus il importe que le nombre des coouvriers soit restreint et rap- 
proché de l'unité, autant que possible. Avec une action collective, 
avec des agents multiples, où serait la vigilance, le contrôle efficace, 
la responsabilité, l'émulation, le stimulant de l'amour-propre per- 
sonnel dont on ne saurait ici faire abstraction. 

Les bénédictins que réclame un pareil labeur ne se trouvent 
pas par douzaine et ne s'improvisent pas. Il en est de cette entre- 
prise comme de la France protestante. Puisque nous avons ce bon- 
heur que trois savants fraternellement unis se sont rencontrés pour 
s'y dévouer, consacrons notre action collective à seconder leur 



OEUVRES COMPLETES DE CALVIN. 201 

généreuse initiative et à la rendre plus féconde, applaudissons à 
une œuvre bien conçue et bien conduite, accueillons-la par une 
éclatante adhésion. Gardons-nous surtout de refroidir, dinquiéter^ 
au début de la carrière, ces vaillants pionniers qui ont su se frayer 
leur voie en silence, et qui, tandis que nous discuterions sur l'op- 
portunité d^une pensée tardive et sur les moyens d'agir, pourraient, 
en nous montrant la besogne déjà faite, et bien faite, nous dire, 
eux aussi j le mot de Galilée : E pur si muove! Voyez, nous sommes 
en marche ! 



Après ce discours, M. le pasteur Atli. Coquerel fils demande la parole 
pour informer l'assemblée d'un fait se rapportant à l'objet même de la com- 
munication sur laquelle M. le président venait d'appeler son intérêt. 

M. Coquerel fait connaître que, le matin même, à la première séance des 
Conférences pastorales, sur la proposition de M. Ch.-L. Frossard, il a été 
décidé par un vote unanime que, pour solenniser l'anniversaire triséculaire 
de la mort de Calvin , on provoquera la fondation d'une bibliothèque pas- 
torale dans chaque chef-lieu de consistoire, à l'usage des anciens et des 
pasteurs du ressort, les œuvi^es complètes du réformateur devant être le 
noyau de cette bibliothèque. MM. les pasteurs Frossard, Rognon et A. Co- 
querel fils ont été élus pour se constituer en commission chargée de pren- 
dre toutes les mesures nécessaires en vue de réaliser la proposition votée. 
Cette commission provoquera l'adhésion et l'assistance pécuniaire des Con- 
sistoires, ainsi que celle de tous les protestants de France ; elle demandera 
aussi à tous ceux qui en possèdent, les vieux livres qui seraient sans usage 
pour eux. 



En l'absence de M. Dhombres, empêché d'assister à la séance, M. Ed. 
Schmidt a bien voulu se ch^ger de donner lecture du mémoire historique 
qui suit. La séance a été terminée par une prière de clôture prononcée par 
M. le pasteur Renous. 



AfflÉRIC D'ESTIENNE D'AMÉRIC 



PREMIER CONSUL LE LA VILLE DE MONTPELLIER ^ PENDANT LE SIEGE 
DE 

Diaprés dea documents iaédits. 

Pendanl les trois campagnes que Louis XIII ouvrit contre les pro- 
testants de son royaume^ en 1621, 1622 et 1628^ dans des circon- 
sfances sur lesquelles Timpartiale histoire n'a pas encore dit son 
dernier mot, trois sièges mémorables furent entrepris : celui de Mon- 
tauban, celui de Montpellier et celui de La Rochelle. Les trois pre- 
miers consuls de ces trois villes furent des hommes d'une valeur et 
d'une capacité hors ligne. Celui de Montauban, Dupuy, et celui de La 
Rochelle, Guiton, sont restés célèbres dans l'histoire; celui de Mont- 
pellier, d'Améric, a mérité aussi d'être connu de la postérité. 

L'historien de la ville de Montpellier, le chanoine d'Aigrefeuille, 
ne nous fournit des renseignements exacts ni sur le nom, ni sur la 
famille, ni sur l'administration d'un magistrat qui aurait dû se re- 
commander à son attention par le rôle important qu'il joua dans des 
circonstances mémorables, et il le traite avec une violence, une in- 
justice et une affectation de mépris, indignes de la gravité de l'his- 
toire. 11 l'appelle le plus ardent des CaterinotSy un forcené, le repré- 
sente comme arrogant lorsqu'il se croit fort, timide, tremblant et 
presque rampant quand il se sent faible. Ce portrait peu flatté est 
tout ce que l'on peut imaginer de plus contraire à la vérité. Des 
pièces authentiques et d'une valeur irrécusable nous permettront de 
le montrer. Il est juste que d'Améric prenne enfin dans nos annales 
la place qui lui appartient. 

Quant à sa naissance, premier point dont nous avons à nous oc- 
cuper, elle était des plus honorables. Les registres de l'état civil 
nous apprennent qu'il appartenait à la famille d'Estienne et que cette 
famille se divisait en trois branches : celle des d'Estienne de Car- 
lencas, celle des d'Estienne de Pradilles et celle des d'Estienne 
d'Améric. Ces mêmes registres établissent que notre consul était 
allié des Rornier, des Foucard et des Ursières. 

Un acte de baptême, du 29 mai 1600, nous montre M. Améric 



AMERic d'estienne d^améric. 203 

d'Estienne figurant comme parrain d'un fils de Jean d'Estienne de 
Carlencas, qu'il fait appeler de son nom, Améric. Ce qui montre 
qu'Améric était un prénom. Un autre acte de baptême nous apprend 
qu'au 3 mars 1604, d'Améric était déjà conseiller du roi au gouver- 
nement et siège présidial. Dès Pannée 1617, nous le voyons figurer 
aux assemblées générales du conseil de ville, tantôt pour prendre 
part à ses délibérations, en qualité de conseiller extraordinaire, 
tantôt pour y présider comme conseiller du roi et signer les délibé- 
rations en cette qualité. C'est à cette dernière circonstance que 
nous avons dû de rencontrer si fréquemment sa signature dans les 
registres du conseil de ville. Il signe invariablement d'Améric. 

Dans le grand livre des élections consulaires, très bien conservé 
aux archives de la mairie de Montpellier, le premier consul de 
Tannée 1622 est désigné tout au long par les noms Améric d'Estienne 
d'Améric. Les nombreux procès-verbaux des séances auxquelles il 
assista, mentionnent sa présence tantôt par les noms Améric d'Es- 
tienne d'Améric, d'Estienne d'Améric, et d'Améric. Le procès-verbal 
des états de Languedoc tenus à Beaucaire, en présence du roi, porte 
simplement : Améric, premier consul de Montpellier. Cette désigna- 
tion de premier consul pour Tannée 1622, ne permet absolument pas 
de contester Tidentité. Améric était donc un prénom, d'Estienne dé- 
signait la souche de la famille, et d'Améric était le nom donné à Tun 
des rameaux. Ce nom d'Améric porté par une des branches de la 
famille d'Estienne, et qui n'est en réalité que la répétition d'un pré- 
nom, voudrait-il dire : fils d'un autre Améric?Cela serait assez conforme 
à des traditions locales. Nous ne pouvons néanmoins rien décider à 
cet égard. La parente d'Améric avec le capitaine Carlencas est men- 
tionnée dans les Mémoires du duc de Rohan. 

D'Améric fut nommé consul le l^r mars et entra en fonction le 25. 
C'était le jour où commençait Tannée avant le décret de Charles IX 
qui en fixait le commencement au l^r janvier, et Tancienne date fut 
conservée pour les élections consulaires. A partir de ce moment le 
duc de Rohan, qui avait été nommé général de la province le 10 dé- 
cembre 1621, et qui était arrivé à Montpellier le \.^^ janvier suivant, 
eut un puissant auxiliaire à la tête de la municipalité. 

Le duc de Rohan était à peine à Montpellier depuis deux jours, 
lorsqu'eut lieu une délibération du conseil général de ville sous la 
présidence du second consul Auzière, remplissant les fonctions, de 



204 AMÉRic d'estienne d'améric. 

premier consul^ depuis qu'Alard de Carescausse avait été révoqué 
par le Cercle. On appelait conseil général de ville l'assemblée des 24 
conseillers ordinaires renforcés d'un nombre égal de conseillers 
extraordinaires. Il est à remarquer que d'Améric figurait parmi ces 
derniers. 

Le procès-verbal de l'assemblée dont il s'agit est important sous 
plusieurs rapports. Il nous fait connaître que le conseil voulut que 
M. le duc de Rohan réunît le titre de gouverneur de la cité à celui 
de général de la province, à cause, y est-il dit, des grandes obligations 
que toutes les Eglises de ce royaume lui avoient. Et une députation de 
douze membres, parmi lesquels figure d'Améric, précédée des consuls 
en costume et des capitaines des sizains, se rendit auprès du duc. 
Celui-ci accepta ce nouvel hommage et promit de garder et observer 
inviolablement les privilèges et coutumes de ladite ville, 

La même députation se transporta ensuite au sein de l'assemblée 
du Cercle et de l'assemblée de la province qui fit entendre aux dé- 
putés quelle avait pour agréable la nomination de M. le duc de 
Rohan. 

Quelques mois suffirent à ce dernier pour le convaincre que les 
fonctions de général de la province du Bas-Languedoc et celles de 
gouverneur de la ville de Montpellier, ne pouvaient pas rester réunies 
dans les mêmes mains. Comme général de la province le duc était 
appelé fréquemment hors de la ville, et, pour bien gouverner la cité, 
il eût fallu ne pas la quitter. Aussi, dès le 24 juillet, présentait-il en 
assemblée générale du conseil le sieur La Chaussade, seigneur de Ca- 
longes, pour gouverner la ville en son nom et sous son autorité. Le 
choix fait par le duc de Rohan était excellent, etCalonges fut accepté 
avec empressement. Par ce moyen, le duc put conserver une autorité 
réelle dans la ville, sans négliger aucun des soins que la province 
exigeait. 

Pendant ses tournées, le duc de Rohan entretenait une corres- 
pondance active avec l'autorité municipale. Etait-ce directement 
ou par l'intermédiaire de Calonges? Nous l'ignorons. Cette corres- 
pondance ne nous est connue que par les lectures qui en étaient 
faites dans les conseils de la ville et par Tempreinte que les procès* 
verbaux en ont gardée. 

L'entrée d'Améric dans les fonctions consulaires fut signalée par 
un déploiement remarquable d'activité. Voici quelques-unes de ses 



AMÉRIC D^ESTIENNE d'aMÉRIC. 205 

créations : Il fit nommer des commissions spéciales pour confec- 
tionner de la poudre, réparer les remparts, construire des bastions, 
avoir soin des affûts et canons. Des mesures très bien combinées 
furent prises pour l'approvisionnement delà ville, et, enfin, il conclut 
avec la faculté de médecine, un traité dont le but était d'assurer 
tous les secours de Fart aux malades et aux blessés de Tartnée de 
M. le duc de Rohan. Cette transaction fut signée, pour la faculté 
de médecine, par les professeurs Richer de Belleval, Georges Charpe 
et autres. Les docteurs s'engageaient à visiter journellement, et plu- 
sieurs fois par jour s'il le fallait, les malades ou blessés. De leur côté, 
les consuls garantissaient aux docteurs l'exemption des services et 
charges militaires. 

Pendant quelque temps, tout s'était fait dans la cité parle conseil 
de ville, composé des six consuls et de vingt-quatre membres, et qui, 
comme nous l'avons dit, devenait conseil général lorsque des con- 
seillers extraordinaires étaient adjoints. A côté de cette assemblée se 
trouvait aussi celle du Consistoire. D'Améric eut la pensée de fondre 
ces deux corps en un seul qui serait une émanation et une représen- 
tation des deux. A ces fins, les six consuls de la ville et douze mem- 
bres du conseil de ville, d'une part; les pasteurs de l'Eglise, alors au 
nombre de cinq, et tous les membres du Consistoire, de l'autre, se 
réunirent en assemblée électorale, pour nommer un corps de vingt 
membres qui prit le nom de conseil de direction. Cette assem- 
blée devait être renouvelée tous les mois, au jour fixé par le con- 
seil général. Il y eut aussi un conseil dit des affaires privées, com- 
posé de six personnes, et même un conseil dit des Quatorze de la 
Chapelle. 

L'institution du conseil de direction est du 16 juin : il devait tou- 
jours être présidé par un ou plusieurs des consuls. Ses attributions, 
d'abord fort étendues, s'étendirent encore davantage. Elles devaient 
consister à conseiller les consuls, à pourvoir à toutes les affaires qui 
subviendraient, à faire généralement tout ce qui serait commandé 
par l'intérêt de la ville. Plus tard, ses décisions dévinrent sans appel. 
Ces pouvoirs paraîtraient exorbitants et peu définis, si l'on ne se sou- 
venait que ce conseil ne pouvait se réunir qu'en présence des consuls. 
Deux pasteurs à tour de rôle et par semaine, de sorte que l'un entrait 
quand l'autre sortait, en faisaient nécessairement partie. Le conseil 
des affaires privées paraît ne s'être occupé que d'objets de détail : 



206 AMÉRic d'estienne d'amérig. 

son rôle était d'aider le conseil de direction. Il nous est encore plus 
difficile de définir les attributions du conseil dit des Quatorze de la 
Chapelle, très rarement mentionné, et que nous n'avons vu occupé 
que de quelques répartitions (1). Après leur nomination, tous les 
membres de ces conseils devaient prêter serment entre les mains des 
consuls. Le conseil de direction se réunissait deux fois par jour : le 
matin, à sept heures; et l'après-midi, à deux. 

11 serait trop long d'énumérer ici tous les règlements qu'il fit pour 
empêcher que la ville fût surprise ou trahie. Souvent il envoya des 
députés sur divers points de la province pour faire des emprunts, 
acheter des blés, lever des troupes. Il fit des efforts inouïs afin de 
fournir à l'ingénieur Dargencourt, chargé des fortifications, des 
hommes et de l'argent. Par ses soins, on loua d'abord, et l'on con- 
struisit, ensuite, des magasins pour y faire des approvisionnements 
de toute nature. Quand la ville fut cernée de près et que l'on ne put 
plus aller moudre le blé aux moulins construits sur la rivière du 
Lez, ou fit installer dans la ville un certain nombre de moulins à 
bras, que les mémoires du temps appellent moulins à sang. 

Mais c'est surtout pour contraindre chacun au travail, et trouver 
de l'emploi à toutes les aptitudes, que le conseil se montra ingénieux 
et habile. Des relevés exacts furent faits, sizain par sizain, et tous 
les habitants durent mettre la main à l'œuvre. Il est connu qu'on le 
fit, les femmes même, avec une louable émulation. 

A côté de ces dévouements organisés, vinrent se placer des dé- 
vouements d'un autre genre. Dans un moment où l'argent était fort 
rare, il y eut d'honorables citoyens qui prêtèrent à la ville des sommes 
considérables, à la seule condition qu'elles seraient employées à la 
défendre. Enfin, pour relever le crédit^ il fut décidé que les prêteurs 
auraient la faculté de choisir parmi les citoyens ceux qu'il leur plai- 
rait d'avoir pour cautions, et ceux-ci devaient s'engager personnel- 
lement, sauf, bien entendu, à faire valoir leurs droits contre la ville, 
quand elle serait en mesure de rembourser. 

Il est curieux de suivre ainsi, au jour le jour, et, pour ainsi dire, 
d'heure en heure, les mesures que les circonstances inspirent à des 

(1) D'Aigrefeuille nous apprend que le conseil des Quatorze, dits de la Cha- 
pelle, se composait de huit prud'homnnes et de six consuls^ et que ses fonctions 
étaient de se partager les sixains de la ville et de les visiter. 11 parle aussi d'un 
conseil de la Commune Clôture^ dont le conseil des affaires privées n'est peut-être 
que la continuation. Il ne dit rien du conseil de Direction. 



AMÉRic d'estienne d^améric. 207 

volontés déterminées à tout souffrir et à ne jamais capituler. Mais^ 
on le conçoit,, ce n'est pas dans un travail comme celui-ci que ce con- 
trôle est possible. Pour donner une idée de la manière d'opérer, nous 
nous bornerons à mentionner une affaire qui nous montrera comment 
les ordres transmis du dehors, par le duc de Rohan, étaient exécutés 
dans rintérieur, par l'autorité consulaire. Il s'agit d'ailleurs d'un 
fait sur lequel les historiens catholiques ne nous ont dit qu'une partie 
de la vérité. Comment furent traités ceux qui appartenaient à ce 
culte dans la ville de Montpellier ? Il est évident que leur position 
était difficile. Ils ne pouvaient se joindre de bon cœur aux efforts 
que Ton faisait pour défendre la place et il leur était interdit d'en 
sortir. 

On a prétendu que leurs maisons avaient été saisies pour servir de 
logements aux troupes et que l'on avait frappé sur eux de fortes 
contributions. Nous allons recueillir et discuter les témoignages 
fournis à ce sujet. , 

Dans une séance du conseil des Vingt-quatre, tenue le 8 avril, le 
premier consul d'Améric communique une ordonnance de M. le duc 
de Rohan, d'après laquelle les militaires de sa suite doivent être logés 
aux maisons des papistes. Les 13 et 17 du même mois, des mesures 
analogues sont prises pour les soldats de M. de Malauze. Faut-il con- 
clure de ces faits que les catholiques avaient seuls la charge des lo- 
gements militaires? On pourrait peut-être incliner à le croire d'après 
les passages cités, mais la lecture des procès-verbaux nous fournit 
des explications à cet égard. Ils nous apprennent, en effet, qu'un 
certain nombre de catholiques étaient sortis de la ville furtivement 
et d'une manière contraire aux règlements, qu'ils avaient fermé leurs 
maisons avant de partir et que plusieurs en avaient même enlevé les 
meubles. Maintes fois, le conseil prit des mesures dont le but était 
de forcer à rentrer ceux qui s'étaient absentés. Naturellement l'ad- 
ministration voulait empêcher que personne pût se soustraire aux 
charges imposées pour la défense de la place. Les parents de ceux 
qui s'étaient absentés sans fournir caution, furent donc avertis; on 
les prévint qu'il serait procédé à la rigueur contre ceux qui ne sa- 
tisferaient pas aux charges qui leur incombaient comme à tout le 
monde. Cela se faisait, est-il dit, afin que ceux contre qui il serait 
procédé à la rigueur ne fussent point marris si lesdicts gendarmes 
faisaient des ruines dans leurs maisons. Et, en efiet, les maisons 



208 AMÉRiG d'estienne d'amérig. 

abandonnées servirent de casernes aux troupes^ et quelquefois ces 
maisons furent démolies et les matériaux employés à construire ou à 
réparer les fortifications. 

Rien n'annonce, au reste, que les papistes eussent seuls la charge 
des logements militaires. Il existe des ordonnances de M. le duc de 
Rohan d'après lesquelles les troupes devaient être logées chez les par- 
ticuliers de Tune et l'autre religion. 

Quant aux contributions ou aux emprunts forcés sur les habitants 
de la ville pour satisfaire aux exigences de la guerre, il est très vrai 
qu'il s'en trouve qui ne devaient porter que sur les catholiques; 
mais il est très clairement expliqué que cela fut ainsi décidé parce 
que les protestants s'étaient déjà imposé des sacrifices considérables, 
et qu'il paraissait juste que les catholiques contribuassent, comme 
les autres, à la défense de la cité. Voici un extrait du procès-verbal 
de la séance du conseil de direction tenue le 10 août, qu'il est utile 
de citer. « Sur ce qui a esté dict qu'il est nécessaire d'avoir d'argent 
pour les réparations et fortifications de la ville, afin d'y travailler en 
diUgence, le conseil, après avoir advisé plusieurs expédients pour en 
avoir, a arresté que, attendu qu'on a fait emprunt sur ceux de la- 
religion, de la somme de 30,000 livres, auquel les papistes ne sont pas 
entrés, qu'il sera fait emprunt sur lesdicts papistes de la somme de 
15,000 livres pour estre employée aux réparations et fortifications de 
ladicte ville ; et à ces dictes fins que le greffier le fera savoir audict 
sieur de Grille et à M. Mariette, comme aussi leur dira que s'ils 
veuleut faire prest à la ville de la somme de 18,000 livres, la ville 
leur permettra de sortir en cautionnant; aultrement les dictes 
15,000 livres seront en peure perte et qu'on les contraindra au paie- 
ment, le solvable pour l'insolvable. » Ainsi il s'agissait pour les ca- 
tholiques de prêter 18,000 livres à la ville ou de lui en donner 
15,000. Leur position n'était donc pas tout à fait aussi mauvaise 
qu'on s'est plu à le dire, puisqu'ils avaient la liberté de se réunir et 
de débattre les conditions. 

C'est à peu près vers Tépoque de la délibération dont nous venons 
de parler, que le duc de Rohan et le connétable Lesdiguières eurent 
une conférence entre le Pont-Saint-Esprit et Rarjac. Ils y tombèrent 
d'accord sur les conditions de la paix. Une dépêche du connétable, 
datée du d7 août fait connaître bien positivement que l'entrevue avait 
eu lieu par ordre du roi. Cette dépêche nous donne les articles de la 



AMÉRic d'estienne d'améric. 209 

convenlion. Ils sont précisément ceux qui prévalurent dans !e traité 
du mois d'octobre suivant. 

Les bases de l'accord ayant été jetées entre Lesdiguières etRohan, 
celui-ci ne négligea rien pour les faire adopter par ses coreligion- 
naires. Le 20 août^ en effet. M. de La Boissière, envoyé de la part 
du duc de Rohan, se trouvait dans la ville de Montpellier. A sa de- 
mande^ un conseil général fut réuni^ et^ au milieu d'une assemblée 
très nombreuse^, il rendit compte de Tétat des négociations relatives 
à la pacification des présens troubles. Il fit connaître le désir qu'a- 
vait le duc de procurer une avantageuse paix pour le bien général de 
nos Eglises, et ajoutait qu'il n'avait rien voulu conclure sans infor- 
mer de tout ce qui se passait la ville de Montpellier. Cette ligne de 
conduite, il l'avait du reste déjà tenue pour Nîmes et Uzès, qui, 
l'une et l'autre, donnèrent leur consentement. Que firent les habi- 
tants de Montpellier? Se montrèrent-ils intraitables? Pour toute ré- 
ponse, nous allons transcrire textuellement ce que porte le registre 
du conseil de ville : Le conseil général délibéra unanimement que, 
conformément à la délibération prinze par ceux de Nismes, ledict sei- 
gneur duc de Rohan seroit supplié très humblement de continuer les 
mesmes services et affection qu'il a toujours témoigné au maniement 
des affaires concernant le général des Eglises, et, s'en remettant en- 
tièrement à la prudence et sagesse dudifc seigneur, promettait d'a- 
gréer ce qu'il auroit fait et géré pour le bien desdictes Eglises, et par- 
ticulièrement de celles de ceste province. 

Ces dispositions pacifiques sont rappelées dans une lettre que le 
duc de Rohan écrivait, en juin 1C29, à M. de Montcalm-Gozon, sei- 
gneur de Candiac. Nous y lisons : Si le roy incline à la nous vouloir 
donner (la paix), je crois nécessaire une surséance d'armes et de 
tous dégatz, pour le moins en ceste province (1) et le Bas-Langue- 
doc, ce qui ne peut apporter aucun détriment aux affaires; dans 
quatre jours tout sera faict ou fally; on en fist de mesme au siège de 

MONTPELLIER. 

L'affaire ne fut pas abandonnée. En effet, le 28 août le duc de 
Rohan se rendit à Montpellier, y convoqua un nouveau conseil gé- 
néral dans lequel il parla du projet dont il s'occupait, et la même 
assemblée nomma pour ratifier le traité, si l'on pouvait parvenir à 

(1) La lettre ne porte point de nom de lieu. Nous ne pouvons dire d'où le duc 
écrivait. 

XII. — 1.4 



210 - AMÉRIC D^ESTIENNE d'aMÉRIG. 

le conclure, les quatre députés dont les noms suivent : M. Payrol, 
l'auditeur Païen, de Boirargues et Jean Saporta. 

Mais les affaires avaient mal tourné pour les protestants du côté 
de la Rochelle, et le roi fit répondre à la députation qui lui avait été 
envoyée, que le parti protestant n'était pPus en état de demander 
autre chose que pardon et grâce, et il marcha sur MontpeUier. 

Ce fut alors que les habitants, qui avaient espéré la paix jusqu'au 
dernier moment, se montrèrent vivement affectés de Toutrage qui 
leur était fait, et prirent la résolution de défendre la ville jusqu'à la 
dernière goutte de leur sang. Ce fut aussi alors, sans aucun doute, 
que le premier consul d'Améric fit dresser ces deux fameuses po- 
tences où était cette inscription : Ici seront pendus les porteurs de 
mauvaises nouvelles et les escarlambats, c'est-à-dire les protestants soup- 
çonnés d'être pour la cause du roi. Philistins, leur disait-il, vous 
voulez votre roy ? Il faut auparavant payer sa bienvenue et la poudre 
des canons pour lui faire entrée! Ce qui exaspéra surtout les habi- 
tants, c'est que, comme nous le lisons dans les Mémoires de Bassom- 
pierre,le prince de Condé, qui n'approuvait pas la paix, avait dit en 
plusieurs occasions que si le roi entrait dans Montpellier il la ferait 
piller, quelque soin qu'on pût prendre du contraire . Combattre pour 
une cause plus chère que la vie, demander la paix et être abusé par 
des retards calculés, se voir traité avec mépris, menacé... n'y a-t-il 
pas là plus qu'il n'en faut pour quintupler le courage et rendre la va- 
leur invincible? 

Le moment suprême approchait. Les troupes royales, répandues 
dans la campagne, menaçaient d'enfermer la ville dans un cercle de 
fer, et cependant les travaux de défense n'étaient pas achevés. Il fal- 
lait se hâter ou périr!... Ce fut alors que les mesures se succédèrent 
et furent exécutées avec une grande rapidité. Des estafettes parti- 
rent à bride abattue pour aller trouver le duc de Rohan qui tenait la 
campagne et surveillait l'ennemi. On le pria d'instruire le conseil de 
tous ses mouvements. D'autres émissaires furent envoyés aux Cé- 
vennes pour hàier l'arrivée des secours promis. Toute la population 
dut marcher au (ravail ou aux armes. Enfin l'ordre bien souvent 
donné, mais jamais exécuté, de faire sortir de la ville les bouches inu- 
tiles reçut son exécution. La ville ne pouvait plus nourrir que les 
bras en état de la défendre : la voix de la nature se tait devant la 
dure loi de la nécessité, et sizain par sizain, les consuls, avec le 



AMÉRIG d'eSTIENNE d'aMÉRIC. 211 

concours de deux ou trois personnes,, se chargent de Texécution de 
la mesure. C'est dans cette situation que Louis XIII trouva la ville 
de Montpellier le l^r septembre. Il prit position près de Castelnau, 
à la campagne de ce même premier consul qui lui opposait une si vi- 
goureuse résistance. Cette campagne porte encore le nom de Maz 
de Méric. On y éleva une tour carrée du haut de laquelle le roi pou- 
vait voir les divers corps de son armée. 

Nous ne pouvons décrire ici les opérations de ce siège. L'armée 
royale était commandée par le prince de Condé, Bassompierre et le 
duc de Montmorency; Tingénieur Gaborin dirigeait les travaux d'ap- 
proche. On sait que dans la ville le commandement des troupes était 
entre les mains de Calonges, avec le concours de Carlencas^ Maze- 
ram et Saussan, et que Dargencourt dirigeait les travaux de défense. 

Quoique nous ne puissions pas donner ici^ faute d'espace^ toute la 
substance de nos procès-verbaux, nous sommes obligé de dire qu'à 
dater du commencement du siège, ces procès-verbaux deviennent 
beaucoup plus rares et sont encore plus laconiques et plus mal tenus. 
Evidemment Ton délibère moins et l'on agit davantage. Les habi- 
tants tiennent Tépée et non la plume ; le temps leur manque pour 
écrire ce qu'ils font. 

La première affaire de quelque importance eut lieu le 3 sep- 
tembre; le bastion Saint-Denis, situé sur l'emplacement où se trouve 
aujourd'hui la citadelle, fut attaqué par 1,200 royaux et emporté 
avec assez de facilité. Au reste, il n'était pas encore terminé; mais 
dès le lendemain les assiégés le reprirent, et les troupes royales, qui 
en connaissaient l'importance stratégique, firent de vains efforts 
pour s'en emparer de nouveau. 

On craignait tellement d'être trahi que ce même jour, comme il y 
avait trois capitaines à remplacer, le conseil fit prier M. de Calonges 
de ne nommer que des hommes agréables à la ville, et lui demanda 
en même temps de ne pas désigner à l'avance ceux qui devaient 
faire le service pendant la nuit, mais de les tirer au sort chaque soir. 
Il est évident que pour empêcher des tentatives de corruption, l'on 
ne voulait pas qu'ils fassent connus à l'avance. 

Dans la dure nécessité où l'on se trouvait, la propriété était pour- 
tant respectée : en voici une preuve entre bien d'autres. Le sieur 
Bruques possédait une certaine quantité de sacs dont la ville avait 
grand besoin et qu'il ne voulait céder que contre la garantie ou le 



212 AMÉRIC D^ESTIENNE d'amÉRIC. 

payement de 180 livres. Le premier consul d'Améric exposa cette 
affaire au conseil qui fournit la garantie demandée. 

L'ennemi ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait compté sur une 
victoire trop facile; aussi sentit-il le besoin de se renforcer. Des or- 
dres très pressants furent envoyés à M. le duc de Vendôme pour 
qu'il amenât les troupes qu'il commandait devant Biatexte^ et le ré- 
giment de Berry fut aussi requis et dut s'embarquer à Lyon. Le duc 
d'Angoulême reçut également l'ordre d'amener les 6,000 hommes 
qu'il avait levés pour défendre les frontières de la Champagne contre 
Mansfeldt, et qui devenaient disponibles depuis que celui-ci était 
passé en Hollande. 

Bientôt 36 canons purent être mis en ligne devant Montpellier, 
et 1,200 boulets furent lancés sur la ville en une seule journée. Les 
assiégés furent vivement étonnés de ce grand bruit et abandonnè- 
rent quelques postes avancés. L'on prétend que si l'armée royale 
avait donné l'assaut en ce moment elle aurait pénétré facilement 
dans la ville. Il est certain que si les habitants furent un moment 
étourdis, ils ne tardèrent pas à retrouver leur sang-froid et leur acti- 
vité. Dargencourt traça un retranchement qu'il fit garnir de bois en 
forme de batterie, et il en fit faire autant au dedans des bastions de 
la Blanquerie et des Carmes. 

Tandis que ces travaux s'opéraient aux remparts, voici comment 
le conseil de direction les secondait par ses déhbérations. Il délibé- 
rait le 22 que M. de Calonges serait prié de commander aux mestres 
de camp de bailler des troupes de chacune compagnie pour servir de 
terrassiers, lesquels ser oient payés. 

La guerre n'était heureuse pour personne. Les assiégés ne pou- 
vaient que souffrir beaucoup dans la ville. Les maladies occasion- 
nées par l'usage immodéré des raisins faisaient perdre aux assié- 
geants plus de soldats que la mitraille et les boulets. Le duc de 
Rohan attendait à Corconne, près Quissac, l'occasion de faire entrer 
dans la ville quelques troupes levées péniblement et qui refusaient 
d'aller s'enfermer derrière des murailles. Les temps étaient pénibles, 
le désir de la paix devenait général, une suspension d'armes fut con- 
venue, et le connétable Lesdiguières, qui avait eu des pourparlers 
avec le duc de Rohan et s'était éloigné au commencement du siège, 
se rapprocha lorsqu'il tendit vers sa fin. Tout fut convenu à Saint- 
Privat entre ces deux illustres hommes de guerre, et Rohan se ren- 



AMÉRic d'estienne d^améric. 213 

dit à Montpellier pour y faire accepter les conditions de la paix. Ce 
fut alors qu'eurent lieu deux séances du conseil général. La première 
est du 11 octobre^ dix-neuf personnes seulement y assistèrent. Les 
pasteurs Rudavel^ Payrol, Le Faucheur et Védrines étaient du nom- 
bre. Le procès-verbal n'a que quatre lignes, où l'on voit que le con- 
seil arrêta que le consistoire , avec les consuls et le conseil de direc- 
tion, se réuniraient pour conférer des articles de la paix. La seconde 
séance, qui fait évidemment suite à la précédente et entre lesquelles 
il ne peut y avoir de lacune, attendu qu'elles sont écrites sur les 
deux côtés de la même feuille, eut lieu quatre jours plus tard, le 
15 octobre. Trente-deux personnes y assistèrent, non compris le duc 
de Rohan et les consuls. Le procès-verbal est ainsi conçu : a Sur le 
traité de paix, — remis à délibérer à demain matin. » Nous ne trou- 
vons pas de séance du 16. La séance du 17, du conseil de direction, 
fut la dernière tenue. Elle ne précéda que de deux jours la conclu- 
sion de la paix qu'elle était destinée à préparer. Elle eut lieu par 
devant les consuls D'Améric, Dupous, Troussel, Bonneau, Campa- 
nian et Boudon. Nous copions textuellement le procès-verbal. 

«MM. Dumois, Samson, Gigord et Saporta, députés, ont fait rap- 
port du voyage qu'ils ont fait à Nismes et à Uzès, et dict comme les- 
dictes villes ont envoyé ès autres villes leurs députés pour résoudre, 
eonjoinctement avec nous, ce qu'on a affaire, à ceste fin que la part 
que le Roy nous veult donner soit assurée. Le conseil a arresté que, 
attendu qu'il est venu quelques-ungs des députés des Cévennes, on 
conférera avec MM. de Nismes de la forme qu'on doit tenir pour l'as- 
semblée, et, à ceste fin, M. Payrol, le conseiller Madronnet et Fes- 
quet, advocat, seront députés pour en conférer. » 

La paix fut conclue ie 19, entre Louis XIII et le duc de Rohan, au 
nom de toutes les Eglises du royaume et du Béarn. On en connaît 
les conditions. Aux articles pubhcs furent ajoutés des articles parti- 
culiers. C'est sur ces articles ou sur leur interprétation que survin- 
rent de graves difficultés. Selon le Mercure français et d'Aigrefeuille, 
un de ces articles portait que les fortifications de la ville seraient dé- 
truites et rasées, et que le duc de Montmorency nommerait les con- 
suls de la ville, dont la moitié serait catholique et l'autre moitié de 
la religion. L'importance de cet article ne saurait échapper à per- 
sonne : s'il était authentique, la ville de Montpellier, en grande ma- 
jorité protestante, aurait été dépouillée de ses privilèges et ne de* 



214 AMÉRic d'estienne d'améric. 

vrait plus procéder elle-même à la nomination de ses consuls. A la 
vérité^ une consolation lui resterait: la moitié de ses premiers ma- 
gistrats municipaux appartiendrait au culte réformé ; mais n'est-il 
pas évident qu'avec un peu de bonne volonté, le duc de Montmo- 
rency parviendrait à trouver des protestants qui n'auraient pas 
beaucoup de zèle pour le protestantisme? 

L'auteur de V Histoire de UEdit de Nantes, doijit nous avons eu 
bien souvent occasion d'apprécier l'exactitude, s'exprime en ces 
termes ? « Par un brevet particulier, le Roy promettait qu'il n'y au- 
rait à Montpellier ni garnison ni citadelle, que la ville demeurerait 
à la garde des consuls et qu'il n'y serait rien innové, excepté qu'on 
raserait les nouvelles fortifications. » Des pièces authentiques nous 
permettent d'affirmer que c'est Benoît qui était bien informé. 

Notre intention n'est pas de rappeler ici comment furent tenues 
les promesses royales relatives à la garnison et à la citadelle. Ceux 
qui voudraient des détails à ce sujet les trouveront dans notre His- 
toire de V Eglise réformée de Montpellier. Les ruses auxquelles on 
recourut ne peuvent être ni contestées ni justifiées. Mais que faut-il 
penser de ce qui concerne les consuls? Si rien ne doit être innové, 
les nominations continueront d'être faites comme par le passé. Il pa- 
raît que les habitants de la ville crurent avoir le droit de les nommer 
eux-mêmes, car au jour fixé pour cette opération, ils se réunirent 
et désignèrent six consuls protestants. M. de Valençay, nouveau 
gouverneur, intervint, cassa l'élection, et fit faire une autre nomi- 
nation. Qui se conformait à l'esprit et à la lettre des brevets? Nos 
recherches nous permettront de faire ici une réponse surabondante 
et de prouver, deux fois pour une, que le droit était du côté des pro- 
testants. 

Voici ce qui se passa au sujet de l'élection des consuls de mer. 
Tout ce que nous allons dire est extrait du procès-verbal de la séance 
du conseil de ville, tenue le dernier jour du mois de décembre 1622, 
en présence de M. de Valençay, maréchal de camp et armes du roi 
en Languedoc, de M. de Trinquère, commissaire du roi, juge-mage 
qui a signé au procès-verbal. Les six consuls susnommés assistent à 
la séance. 

Le premier consul d'Améric rappelle que, selon les anciennes for- 
mules et coutumes, c'est le janvier qu'il doit être procédé à la 
nomination des consuls de mer. Il ajoute que M. de Valençay Ta 



AMÉRic d'estienne d'améric. 215 

fait appeler à ce sujets ainsi que ses collègues, et leur a parlé d'un 
commandement exprès de Sa Majesté^ pour que les consuls de mer 
à élire fussent moitié de la religion catholique et moitié de la religion 
protestante. A cela les consuls ont répondu : 1» que ce serait con- 
traire au brevet qu'il a plu à Sa Majesté de leur accorder en consé- 
quence de la paix générale^ et dans lequel Sa Majesté veut et entend 
qiiil ne soit rien innové en V estât de la présente ville pour le faict du- 
dict consulat. 2» Les consuls se prévalent encore de la réponse ré- 
cente que le roi a faite aux députés de la ville. Le roi^ disent-ils, de 
sa bouche propre, leur a déclaré son intention, voulant que ce qu'il 
avoit promis, contenu audict brevet feust gardé et entretenu. D'Améric 
ajoute que si M. de Valençay, présent à la séance, a des ordres con- 
traires de la part de Sa Majesté, il veuille bien les produire. M. de 
Valençay ne fait aucune production, mais il affirme qu'il a des ordres 
du roi, que Sa Majesté veut que les consuls de mer soient mi-partis, 
et ajoute que ceux qui s'y opposeront seront punis. M. de Valençay 
déclare en outre que la volonté du roi est que cette nomination ne 
puisse préjudicier en rien aux libertés et facultés par Sa Majesté con- 
cédées audict conseil. 

Après avoir délibéré sur cette affaire, le conseil déclara qu'il se sou- 
mettait à l'exprès commandement que le seigneur de Valençay disait 
avoir de Sa Majesté; mais il prit acte de cette déclaration, que cela 
ne préjudicierait en rien aux concessions et brevets de Sa Majesté. 
Les consuls se réservèrent en outre de se pourvoir par-devant Sa Ma- 
jesté pour lui faire très humbles supplications de vouloir conserver les 
habitans de la religion en leurs privilèges, conformément aux brevets 
qu'il lui a plu leur en accorder, pour n'estre rien innové suivant iceux. 

Nous avons dit que M. de Valençay était présent à la séance, et 
que le procès-verbal porte la signature du juge-mage Trinquère. Le 
droit de nommer les consuls de mer appartenait donc, sans aucune 
restriction, aux habitants de Montpellier; et ce ne fut que par une 
sorte de courtoisie qu'ils s'en départirent pour une seule fois. 

La nomination des consuls de mer avait eu lieu le 31 décembre. 
Le 20 février, suivant l'usage, l'on dut commencer à s'occuper de 
l'élection des consuls majeurs. Voici, d'après le registre des élections 
consulaires, le récit dramatique de ce qui fut fait à ce sujet. 

A dix heures du matin, les consuls de la ville de Montpellier 
étaient réunis dans la maison consulaire. M. Jean Fesquet, greffier. 



216 AMÉRIG d'eSTIENNE d'amÉRIG. 

leur fit connaître un ordre qu'il avait reçu de M. de Valençay. Cet 
ordre avait été donné à la suite d'une conférence tenue au domicile 
de M. de Gérard, trésorier de France, à laquelle avait assisté M. de 
Faure, président au parlement de Toulouse. Il enjoignait au greffier 
Fesquet de lui remettre le livre des élections consulaires, depuis 
Tannée 1570 jusqu'à ce jour. Naturellement, le greffier ne voulut 
rien faire sans avoir pris l'avis des consuls. Ceux-ci se transportèrent 
aussitôt auprès de M. de Valençay qu'ils trouvèrent chez M. de 
Faure, et ils lui représentèrent les inconvénients qui pourraient ré- 
sulter du déplacement de ces registres, et le conjurèrent en même 
temps de vouloir bien se rendre à la maison consulaire où tous les 
livres qu'il pourrait désirer lui seraient présentés. M. de Valençay ne 
se rendit pas à cette demande, dit qu'il avait à consulter les registres 
pour une affaire relative au service du roi et ordonna qu'on les lui 
apportât promptement. Avant de se soumettre à cette injonction ou 
de se mettre en opposition ouverte avec le gouverneur, les consuls 
convoquèrent le conseil des Vingt-Quatre. Ce conseil fut d'avis qu'il 
fallait obtempérer aux ordres de M. de Valençay, mais que le registre ne 
marcherait qu'accompagné du greffier, des consuls et de deux asses- 
seurs. A l'heure de midi, ces messieurs se rendirent chez M. de Va- 
lençay avec le registre. Ce dernier feuilleta longtemps le volume et 
demanda qu'on le lui laissât quelques heures avec le greffier. La de- 
mande fut accordée et la députation se retira. L'on sut plus tard, 
par le greffier, que le livre avait été porté chez le président de Faure : 
il fut pourtant déposé le soir-même à la maison consulaire. 

Dès le lendemain, 22, M. de Valençay fit une demande semblable 
à la précédente au sujet du Petit Talamus qui lui fut aussi apporté, 
le jour suivant, par condescendance. Dans la même journée, M. de 
Valençay fit aussi une visite à la maison consulaire pour consulter 
le Grand Talamus, où sont insérés les plus anciens titres et privilèges 
de la ville de Montpellier. 

Le 24, fête de Saint-Matthieu, était le jour où, selon l'usage. Ton 
devait préparer les bulletins pour la nomination du l^r mars. Cette 
opération s'accomplit comme de coutume, et les bulletins furent ren- 
fermés dans une caisse à trois clefs dont chacun des trois premiers 
consuls prit celle qui lui était destinée. 

A une heure après midi, un cavalier vint, de la part de M. de Va- 
lençay, inviter les consuls à se rendre immédiatement chez lui, où 



AMÉRIG d'eSTIENNE d'amÉRIG. 217 

étant allés^ ils reçurent une verte réprimande, pour avoir ainsi agi 
sans son ordre et contre son commandement. Les consuls répon- 
dirent qu'ils n'avaient fait que se conformer aux usages. 

Le samedi, 25, les consuls furent encore mandés chez M. de Va- 
lençay; ils y trouvèrent le juge-mage. Ce fut alors que le gouver- 
neur leur parla d'un arrêt du parlement de Toulouse, donné à la 
requête des habitants catholiques de la ville de Montpellier, d'après 
lequel il leur était enjoint de procéder à la nomination par personnes 
d'un et d'autre culte, savoir trois catholiques et trois protestants, 
dont le premier, le troisième et le cinquième seraient catholiques. 
En même temps, M. de Valençay ordonna au juge-mage de faire si- 
gnifier aux consuls ledit arrêt. Cela eut lieu, plus tard, par le minis- 
tère du sieur Boulanger, huissier, avec injonction formelle d'avoir à 
s'y conformer. Les consuls répondirent qu'ils feraient leur devoir, 
sans se départir du brevet qu'il avait plu à Sa Majesté de leur concé- 
der. L'arrêté portait que l'élection qui aurait été autrement faite 
serait cassée et que les consuls subiraient une condamnation de 
4,000 livres d'amende et autres arbitraires. 

L'arrêt était du 18 février, il fut signifié le 25. Précisément le 
même jour, à quatre heures de l'après-midi, le duc de Rohan arri- 
vait à MontpeUier, et les consuls, désirant lui présenter leurs hom- 
mages, en demandèrent la permission à M. de Valençay qui, loin de 
l'accorder, leur fit à ce sujet une défense très formelle. Il ne s'en 
tint pas là, mais il mit M. de Rohan aux arrêts, dans la maison où il 
était descendu et plaça des gardes tant au dedans qu'au dehors, afin 
qu'il ne pût communiquer avec personne, sans l'exprès consentement 
du gouverneur. 

Le jeudi, 27, à deux heures après midi, les consuls furent encore 
mandés par M. de Valençay, et s'étant transportés à son domicile, 
ils y trouvèrent assemblés l'évêque de Montpellier, le président de 
Faure, M. de Soulas, M. de Maussac, conseiller au parlement de 
Toulouse, le juge-mage et d'autres habitants, tous catholiques de la 
ville de Montpellier. Ce fut en présence de cette assemblée que M. de 
Valençay leur fit sommation très expresse d'avoir à procéder aux 
élections consulaires qui devaient avoir lieu le l^r mars, et de se con- 
former à l'arrêt du parlement de Toulouse; ajoutant que si les 
choses se passaient autrement, il userait de son autorité et du pou- 
voir à lui donné par Sa Majesté. Les consuls répondirent sans se trou- 



218 AMERIC D^ESTIENNE d'amÉRIG. 

bler qu'ils étaient tout à fait disposés à suivre la volonté du roi telle 
qu'il la leur avait manifestée par son brevet du 18 octobre dernier, 
et qu'ils priaient M. de Valençay d'avoir pour agréable que la vo- 
lonté du roi fût inviolablement gardée et qu'ils pussent procéder à 
l'éleclion consulaire^ suivant les formes accoutumées. Ils réclamèrent 
que tout au moins rien ne fut décidé avant que Sa Majesté eût ma- 
nifesté ses désirs à ce sujet, et qu'en attendant, il fût fait députation 
à la cour tant de l'une que de l'autre religion. Cette proposition fut 
repoussée. 

Le 28 février, veille du jour que l'usage consacrait aux élections, 
les consuls se rendirent de nouveau chez M. de Valençay et le priè- 
rent, en présence de M. le président de Faure et du conseiller de 
Maussac, qu'il voulût bien avoir pour agréable que les consuls fus- 
sent nommés le lendemain, conformément aux statuts et privilèges 
de la ville. M. de Valençay leur répondit par une injonction de réu- 
nir le conseil des Vingt-Quatre, auquel, disait-il, il avait à faire des 
propositions importantes pour le service du roi. Le conseil se réunit 
en effet, et M. de Valençay se rendit à la séance accompagné du pré- 
sident Boucaud, du président Bornes et autres habitants, en plus grand 
nombre que les conseillers. Ces messieurs, qui n'avaient aucune qua- 
lité pour assister à la séance, prirent place dans la salle du conseil. Les 
consuls dirent alors que la séance avait été convoquée sur la demande 
de M. le gouverneur, mais que, quant à eux, ils n'avaient rien à pro- 
poser et que, pour ce qui était de la présence de MM. Boucaud, 
Bornes et autres, ils n'avaient pas été convoqués, pour le motif qu'ils 
ne faisaient point partie du conseil. 

M. de Valençay prit la parole et prononça un long discours 
dans lequel il parla des ordres qu'il aurait reçus de Sa Majesté, et 
demanda que les charges consulaires devinssent mi-parties, savoir 
qu'il y eut trois consuls catholiques et trois protestants. Les consuls 
se retranchèrent derrière les termes du brevet dont ils donnèrent 
lecture. Voici la teneur de cette pièce importante r « Aujourd'hui, 
« I8e octobre 1622 (1), le Roy estant devant Montpellier, désirant 
« bien et favorablement traiter les habitants de ladicte ville, en 
a considération de l'obéissance qu'ils rendent à Sa Majesté et en 
« exécution de la paix générale qu'elle a accordée à ses sujets, a 

(1) Cette date est antérieure d'un jour à la conclusion du traité. 



AMÉRIG d'eSTIENNE d'aMÉRIC. 219 

« ordonné et ordonne que par cy-après il n'y aura ny gouverneur ny 
a garnison dans ladicte ville^, ny aucune citadelle bastie, ains Sa 
a Majesté veut et entend que la garde de ladicte ville demeure ès 
« mains des consuls^ et n'y sera rien innové excepté pour le rase- 
a ment des fortifications^ suivant les instructions qui seront données 
« aux commissaires députés pour cest effet. 

« M'ayant Sa Majesté commandé d'exécuter le présent brevet 
a qu'elle a voulu signer de sa main et faict contresigner par moy 
« conseiller en son conseil d'Estat et service de ses commande- 
« ments. — LOUIS. — Et plus bas : Phélipeaux. » 

Se fondant sur ce brevet, les consuls firent observer à M. de Va- 
lençay que, suivant les coutumes ordinaires, l'élection des consuls 
nouveaux dépendait d'eux immédiatement, sans qu'ils eussent à 
prendre avis du conseil ordinaire de la ville. Ils firent donc une pro- 
testation formelle contre l'atteinte que l'on voulait porter à leurs 
droits et dirent que, s'ils avaient pu croire à une proposition de la 
nature de celle qui avait été faite, ils auraient appelé un nombre 
considérable d'habitants dont la probité et la fidélité sont connues, 
afin qu'ils dissent librement ce qu'ils pensaient sur les droits et les 
privilèges dont la ville était en possession. Ils firent aussi des re- 
montrances touchant ceux qui étaient venus au conseil sans y être 
appelés, ajoutant que c'étaient des personnes suspectes, dont la plu- 
part plaidaient contre la ville, et qu'elles étaient toutes catholiques- 
romaines ou d'un protestantisme suspect. Ils dirent enfin qu'une af- 
faire de cette importance dans laquelle il s'agissait de changer l'état 
de la ville contre les intentions du roi, ne pouvait être traitée que 
dans une assemblée générale. 

Malgré toutes ces observations, il fut procédé au vote, et les gens 
illégalement introduits par M. de Valençay ayant formé majorité, 
l'assemblée ainsi composée délibéra que l'élection serait faite confor- 
mément aux ordres de ce seigneur. 

A cet effet, une assemblée de catholiques eut lieu chez M. de Va- 
lençay, mais elle ne prit aucune résolution. De leur côté, les con- 
seillers légaux protestèrent contre ce qui avait été fait par une 
assemblée qui ne pouvait prétendre, à aucun titre, au droit de 
représenter la ville. Le 1*^ mars était là : il fallait lutter ou se laisser 
dépouiller. Les consuls pensèrent que le moment était venu de résis- 
ter à l'arbitraire par une mesure énergique. Dès cinq heures du 



220 AMERic d'estienne d'amérig. 

matin Pierre Dupous_, Jean ïroussel , Pierre Campanian et Simon 
Boudon, consuls, agissant en l'absence de M. Améric d'Estienne 
d'Améric, premier consul, député à la cour, et de Georges Bonneau, 
quatrième consul, malade, s'assemblèrent dans la maison du sieur 
Dupons et décidèrent de. procéder aux élections, d'après la forme 
usitée. Pour réaliser ce dessein hardi, ils envoyèrent les escudiers 
Thomas et Bordarié, afin de s'assurer si les abords de la maison con- 
sulaire étaient libres. A leur retour, ces deux fonctionnaires leur 
apprirent que la maison de ville était gardée par des soldats armés. 
Cette nouvelle ne les fit pas changer de résolution, mais craignant 
que M. de Valençay ne voulût user de violence, ils se hâtèrent d'ac- 
compHr l'élection à la maison du sieur Dupons. Dans ce but, ils 
firent appeler le greffier et désignèrent les 35 électeurs qui devaient 
procéder avec eux à l'élection. Selon l'usage les six consuls furent 
nommés, après l'invocation du saint nom de Dieu. Cette opération 
terminée, les anciens consuls se rendirent à la maison de ville qu'ils 
trouvèrent ouverte et rendirent compte à la foule de ce qui s'était 
passé. Les noms des nouveaux consuls furent accueillis avec accla- 
mation. Le greffier Fesquet dut dresser deux listes des nouveaux 
élus, l'une pour être déposée aux archives de la ville, l'autre pour 
être remise à M. de Valençay. 

Ce dernier avait été averti de ce qui se passait, et comme les con- 
suls sortaient de la maison consulaire pour se rendre chez lui, ils le 
rencontrèrent dans l'escalier, accompagné de MM. de Faure, de Bou- 
caud, de Maussac, du juge-mage et d'autres habitants tous catholi- 
ques, et suivi d'une forte escorte de soldats. M. de Valençay s'ex- 
prima alors avec une grande véhémence, dit aux consuls qu'ils 
s'étaient rendus coupables de lèse-majesté, qu'il les conduirait pieds 
et poings liés au parlement de Toulouse. Les consuls ainsi accusés 
se justifièrent à leur tour, et M. de Valençay finit parleur enjoindre 
de faire d'autres élections, a Les élections ont été faites selon les lois, 
répliquèrent les consuls, et si un procès est intenté, nous en appel- 
lerons à Sa Majesté. » 

Les consuls voulaient se retirer; mais M. de Valençay les fit rete- 
nir de force par ses soldats. Son intention était de .les contraindre à 
faire d'autres élections. Ils s'y refusèrent énergiquement. Alors M. de 
Valençay, procédant à la place des consuls, fit ce qu'il appartenait à 
ceux-ci de faire, et six consuls nouveaux furent nommés. Les anciens 



AMÉRIC D^ESTIENNE d'amÉRIC. 221 . 

consuls protestèrent oralement contre tout ce qui venait de se pas- 
ser, et quand ils eurent été laissés libres de se retirer, ils renouvelè- 
rent cette protestation par écrit. 

Ainsi finit cette lutte mémorable, dans laquelle le droit était in- 
contestablement du côté des protestants. On trouvera peut-être 
qu'ils voulurent en pousser l'usage un peu loin, et qu'il eût été 
plus équitable de faire à la minorité une part qu'ils devaient avoir 
à réclamer plus tard pour leur propre compte. Nous ferons obser- 
ver qu'il s'agit ici non de concession, mais de droit; que cette mi- 
norité ne réclame pas une représentation proportionnelle au nom 
de l'équité, mais qu'elle aspire à la domination par le moyen de la 
violence. % 

Certes, nous apprécions la paix, et nous tenons à la concorde au- 
tant que qui que ce soit. Mais quand nous voyons nos ancêtres lutter 
avec persévérance contre un pouvoir qui, se jouant de ses promes- 
ses, les opprime par la force après les avoir désarmés par une feinte 
douceur, comment ne pas leur savoir gré de leur légitime résistance? 
Si les opprimés montraient toujours cette force d'âme, il y aurait 
moins d'oppresseurs. Quelque cbose aurait manqué à la gloire du 
héros de Sainte-Hélène si, quand on voulut le désarmer après sa 
chute, un regard significatif n'avait fait comprendre qu'on lui arra- 
cherait la vie plutôt que son épée (1). 

Que devint le premier consul d'Améric? C'est par l'examen de 
cette question que nous devons terminer ce travail. Nous le trouvons 
aux états du Languedoc tenus à Beaucaire, en présence du roi, le 
16 novembre, avec son prédécesseur, Jean Auzière (2). D'Aigrefeuille, 
qui Ta fort maltraité, l'abandonne complètement à dater du mo- 
ment où la paix fut conclue. Voici la dernière phrase qu'il lui con- 
sacre : c( Les consuls vinrent présenter à Louis XIII les clefs de la ville 
dans un sac de velours bleu ; mais ce qu'il y eut de particulier en 
cette rencontre, c'est que le même qui s'était signalé contre le ser- 
vice et la personne du roi, fut obligé, en qualité de premier con- 

(1) Histoire du Consulat et de VEmpire de M. Thiers, t, XX, p. 578. 

(2) Les villes de Toulouse et de Montpellier jouissaient seules, dans tout le 
Languedoc, du privilège d'être représentées aux Etats par le premier consul en 
exercice et le premier consid de l'année précédente. 



222 AMÉRic d'estienne d'amérig. 

sul, de parler en cette occasion; on marque qu'il le fît avec beau- 
coup d'embarras et de trouble; mais la grâce que Sa Majesté 
accordait à tous se répandit sur lui comme sur les autres. » 

On Ta vu par la délibération du 31 décembre, si d'Améric, au 
dire de Thistorien, perdit un moment la tête, il la retrouva bientôt; 
et la présence de M. de Valençay et du juge-mage l'intimida beau- 
coup moins que celle du roi. Au reste, nous avons déjà donné et nous 
donnerons des documents qui nous permettent d'affirmer qu'il ne 
quitta pas son poste et qu'il remplit sa tâcbe jusqu'au bout. 

Nous le voyons en effet, dans la séance du 6 janvier 1623, faire 
deux propositions importantes. Par la première, il demande qu'à 
cause des affaires majeures que la ville doit défendre en cour, il 
soit nommé une députation pour aller trouver le roi où il sera. Cette 
proposition est accueillie, et l'assemblée vote 4,800 livres pour cou- 
vrir les frais de voyage. De qui se composera cette députation char- 
gée d'aller prier respectueusement le roi de tenir les promesses qu'il 
a faites à ses sujets? De d'Améric lui-même, de M. le conseiller Du- 
mois et de l'avocat Vincent. 

La seconde proposition était relative aux divers actes qui s'étaient 
accomplis pendant la durée du siège. Il avait fallu lever des fonds, 
frapper des contributions, faire des emprunts, passer des obligations, 
prendre des deniers dans les caisses publiques, requérir du blé, du 
vin, du bois, de l'huile, du plomb et autres objets; il avait même 
fallu faire arrêter des personnes. Tout cela avait eu lieu pour la 
cause commune, il n'était donc pas juste que ceux qui avaient agi 
au nom et pour le bien de tous, fussent seuls tracassés, poursuivis 
ou vexés. Le conseil le comprit parfaitement et déclara qu'il prenait 
le fait et cause des magistrats des deux dernières années, qu'ils se- 
raient défendus aux dépens de la ville et couverts de tous les frais 
s'ils étaient poursuivis et condamnés. 

D'Améric finit-il ses jours à Montpellier? Nous aurions beaucoup 
tenu à résoudre cette question, et nous avons fait dans ce but de 
nombreuses recherches. Malheureusement les registres mortuaires 
de cette époque présentent des lacunes. Nous avons bien trouvé le 
décès de Jean Auzière, qui mourut le 18 août 1644, à Tâge de 73 ans, 
3 mois; mais nous n'avons pas trouvé celui de d'Améric, qui devait 
être à peu près du même âge. Sommes-nous en droit de penser qu'il 
quitta la ville qu'il avait si valeureusement défendue, et que, comme 



AMÉRIC D^ESTIENNE D^AMERIC. 223 

tant d'autres, il passa à l'étranger? Pas absolument, néanmoins nous 
inclinons à le croire. 

Nous avons suivi avec l'attention la plus scrupuleuse tout ce que 
les registres du conseil de ville, les registres des élections consu- 
laires et les actes de Tétat civil ont pu nous apprendre sur le pre- 
mier consul d'Améric. L'opinion que nous nous sommes formée de 
ce personnage d'après les pièces authentiques, diffère sensiblement 
de ce que nous en disent d'Aigrefeuille et le manuscrit de Serre. 
Pour ces deux auteurs, d'Améric était un fanatique de bas étage 
qui se plaisait à railler les vieilles femmes et à ridiculiser les 
prêtres. Quel est le d'Améric vrai? Celui que ces auteurs nous 
montrent, avec une passion évidente, comme une espèce de pasquin 
tournant en dérision les cérémonies du culte catholique; ou le 
d'Améric grave et sérieux, présidant à des assemblées nombreuses, 
administrant toute une ville, y maintenant l'ordre dans les temps 
les plus difficiles, l'approvisionnant de tout ce dont elle a besoin 
et la rendant héroïque dans une lutte mémorable? D'Améric 
n'a pas tout fait, je le sais, mais il a parfaitement secondé les Ga- 
longes et les Rohan. Il est vrai que sa main a été quelquefois pesante 
pour les catholiques; mais jamais il n'a été injuste et inique, comme 
le prétendent les historiens qui semblent prendre plaisir à l'insulter. 
Et s'ils n'inventent pas leurs accusations, s'ils semblent les fonder 
sur des documents authentiques, il faut le reconnaître, ces docu- 
ments qu'ils paraissent avoir eus entre les mains, ils ne les ont pas lus 
en entier. Quand ils disent, par exemple, que les catholiques étaient 
chargés du logement des troupes, nous l'avons fait remarquer, ils 
oublient qu'il s'agit des catholiques qui avaient déserté leurs mai- 
sons et avaient voulu se soustraire, parla fuite, aux charges qui pe- 
saient sur tous les habitants. Que d'Améric ait prononcé quelques- 
unes des paroles qu'on lui attribue, paroles qui étaient assez dans les 
goûts de l'époque, cela importe peu. Mais si d'Améric a eu une langue 
acérée, il a eu une tete sage, un cœur valeureux, et, après une 
année de consulat dans les circonstances les plus difficiles, il est resté 
debout, malgré la chute, je ne dis. pas la ruine, de sa cause; aimé 
de ses amis qui n'ont pas voulu cesser de faire cause comnmne avec 
lui; respecté de ses adversaires, dans les conseils desquels il a conti- 
nué d'occuper une place honorable. 



224 AMémc d'estienne d'améric. 

Après une pareille administration,, on peut passer sous la plume 
d'historiens négligents, partiaux ou malveillants ; mais il en est du 
jugement définitif de l'histoire comme du dernier jugement : les ar- 
chives s'ouvrent, et les hommes sont jugés d'après leurs œuvres. 

Si les registres du conseil de ville de Montpellier se trouvaient 
d'une écriture plus aisée à déchiffrer, le nom de d'Améric aurait été 
plus tôt, sans nul doute, tiré de la poussière sous laquelle il est resté 
trop longtemps effacé. 

Il suffisait d'étudier, comme nous l'avons essayé, son caractère 
dans les actes de son administration, pour montrer qu'il avait droit, 
lui aussi, à l'estime et au respect de ses arrière-neveux. 

Ph. Corbière. 



Paris. — Typ. de Ch. Meyrueis e» C«, rue dec Grès, ti. —1863. 



liettreis inédites de Voltaire smp la tolérance^ publiées 
avec une introduction et des notes, par M. Ath. Goquerel fils, 
auteur de Jean Calas et sa famille. 

Calas. — Sirven. — Les galériens protestants. — 'Marthe Camp. 
— Le passeport du ministre Moulton. — Rapport de Montclar. 

\ vol. in-jS. Paris, J. Gherbuliez, libraire-éditeur. 



Yie de Gaspard de Coligiiy, amiral de i'rance, par A. 

Meylan. 1 vol. in-12. Paris, Ch. Meyrueis et G«. 



La juste reconnaissance que rend à Bievi le sieiir 

Du Puy (ancien membre du Consistoire de Tégiise de Gar- 
maing, près Toulouse), un des confesseurs tle .I.-C., 

pour les grâces qu'il en a reçues pendant la persécution quil a 
soufferte en France pour la religion réformée {Imprimée pour la 
première fois à Berne ^ en Van de grâce MDCXC) . 
Réimpression faite à Toulouse par la Société des Livres religieux. 
i vol. in-32. Prix : 50 c. 



Aonio Paleario. Etude sur la Réforme en Italie, par Jules 
Bonnet. In-12 de 348 pages. Chez Michel Lévy. Prix : 3 fr. 



I¥ouvelles reclierclies Itistoriques sur la vie et les 
ouvragées du cliancelier de THospital. Par A. -H. Taillan- 
dier, conseiller à la Cour de cassation. 1 beau vol. gr. in-8. (Didot). 



IMadanie de I9Baîntenon et sa fansilBe. Lettres et docu- 
ments inédits publiés sur les manuscrits autographes et originaux, 
avec introduction, notes et conclusion. Par Honoré Bonhomme, 
1 vol. format charpentier. (Didier). 



La misère au tenigis de la Frontle et saint Vincent de 

Paul. Un chapitre de l'histoire du paupérisme en France. Par 
Alph. Feillet. 1 vol. format charpentier. In-12. 3 fr. 50 c. (Didier). 



On s'abonue à l'itg^ence et cbez les Correspondants. 



Elisabetli et ffleisri IV (1595-1598). Par Prévost-Paradol. 
1 vol. (Michel Lévy). 



Exposé des (Euvpes de la Cliarité protestante en 
France. Par H. de Triqueti. 1 vol. format charpentier. (Ch. Mey- 

RUEIS ET Ce). 

« Quoique les protestants français possèdent aujourd'hui une liberté complète, 
ils ont gardé, des longues et cruelles persécutions qu'ils ont souffertes, une cer- 
taine inclination au silence et à lâ réserve sur leurs propres œuvres. Mais le bien 
est toujours d'un bon exemple, et il n'est pas inutile que l'on connaisse l'activité 
généreuse qui se manifeste au sein de la communion protestante. » 

(Prévost-Paradol. Journal des Débats du 14 février 1863). 



Monograpiftie de TŒuTre de Bernard Pallissy. Suivie 
d'un choix des ouvrages de ses continuateurs ou imitateurs. Dessi- 
née et lithographiée par MM. Carie Delange et C. Borneman, avec 
texte par M. Sauzay, conservateur-adjoint au Louvre et M. Henri 
Delangle. 

La 3*^ livraison vient de paraître chez l'éditeur, quai Voltaire, 5. Elle contient huit 
belles planches grand in-folio. (Voir Bull., XI, 405.) 



Prix des H premiers volumes du Bulletin : 

Pour les nouveaux membres, chaque volume, 7 fr., et pour 
les nouveaux abonnés, 10 fr. 

Toir les (Statuts de la Siociété^ pag^e 6 du tome I. 



Le Bulletin est expédié par la poste (pour la France et les pays 
étrangers avec lesquels il existe des conventions postales)^ et les prix de 
souscription sont fixés ainsi qu'il suit pour les sociétaires et les abonnés : 



SOCIÉTAIRES. 


Ife année. 


2ine année 


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et suivanles. 


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N. B. ^ux Sociétaires. 

Le taux de la colisalion n'est point 
un maximurii. 

Chacun est invité et intéressé à faire 
connaître l'œuvre et à la propa- 
ger. 

Paris et banlieue. . . . 

Départements 

Étranger 



ABONNES. 



me année. 



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15 » 



LB FAZZ DE es CAHIER EST FIXÉ A 3 FR. 



JUIN. JUILL. ET AOUT. 1^ ANNÉE. - 1863, 



N- 6, 7 




DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



DOCUMENTS HISTORIQUES INEDITS ET ORIGINAUX. 



xvr, xvir ET xviir siècles 



« Et quant au premier point âu,r 
la rélorioation que j'ay commen- 
cée et quej'aydelibérecontinuer 
par lagi-âcedeDii;u..., iel'ay ap- 
prinse par la Bible que ie lis plus 
que les docteurs .., et n'ay poiut 
eutreprins de planter nouvelle 
religion en mes pais, sinon y res- 
taurer les ruinesde l'ancienne... 
le ne fay rien par force... Dieu 
nie monstre des exemples... » 

Jeanne d'Albret, Reine 
de Navarre au cardinal 
d'Armagnac. 
(LetUe du 18 d'aoust 1S63.) 




Vos pèi'es 



.OÙ so.nt-i/s? 
;( Zacuakie, I, 5. 



« Te trouveroisli.cn, qu'en clias- 
cune ville, il y eusi personnes 
députées pour esci'ire fidèlement 
les actes qui ont esté fait durant 
ces troubles et par tel moyen, la 
térité pourroit estre réduite en 
un volume, et pourcesle cause, 
le m'en vay commencer à t'en 
faire un bien petit narré, non piis 
du tout, mais d'une parlie du 
commencement de ITglise réfor- 
mée, » 

Bernard Palissy. 
Recepte véritable , etc., La Ito- 
Chelle, 1563, page 103.) 



AGENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ 

174, rue (le Rivoli. (Écrire franco.) 

Paris. Ch. Meyrueis et C«, zzz GENÈVE. — Cherbuliez. 
LONDRES. — Nutt, 270, Strand. — I.exfsio. ,— P. -A. Brockhaus 
AMSTERDAK. — Van Bakkenès et C>^. =: BRUXELLES. — Slouron. 

1863 



TYPOGnAPIllK DB CB. MBÏRDBI3 BT COMPAOMK, ROB DES GRB3, 11. 



A nos Correspondants;. — A M. C, à M. (H.). Les nouveaux souscripteurs que 
vous avez recrutés ont été inscrits, et le Bulletin leur a été expédié. — A M. N., 
à N. (G.). Même réponse. — A M. P.-V., à P. (T.-et-G.). Reçu et encaissé les 
50 fr. dont vous faites don au Bulletin. Nous vous en remercions. — A M. F., 



SOMMAIRE 

Pages. 

QUESTIONS ET RÉPONSES. CORRESPONDANCE. 

Orifirine de la famille de Bernard de Majendie, pasteur de l'Eglise 
d'Orthez en 1601. — Demande de renseignements 225 

Un «Album amicorum» de Jean Durant (1583-1592). — Autographes 
de Théod. de Bèze, Fr. Hotman, Ant. de la Faye, Buzanval, Perrot, 
Denis Godefroy, Simon Goulart, le poëte Pierre Poupo, etc., etc. . 226 

Emigration dans la principauté d'Orange en 1698. — Biens des fugitifs 
en réirie, Etat de 1780 233 

Les anciens registres catholiques d'une Eglise protestante de Poitou. — 
Abjurations, de 1686 à 179 J, à Sepvret. — Un sermon de curé en 1686. 235 

La lettre apocryphe de Thomasseau de Gursay au duc de Guise. . . 238 

La belle réponse du vicomte d'Orie à Charles IX est-elle authentique? 
— Nouvelles considérations 2S9 

(i Agimus avoit gagné Père Eternel. » Que signifie cette locution? . 242 

Diverses éditions du Psautier huguenot, de 1 562, i 622, 1659, 1708, 1737. 249 

La première édition de l'Histoire de La Popelinière, de 1571. — Les 
éditions suivantes et les contrefaçons de Le Frère de Laval et Pi- 
guerre, 1573-1584 251 

Les Eglises de l'Agenais et celle de Sainte-Foix. — Liste de leurs pas- 
teurs (1555-1685) 255 

Un Guide du Voyageur en France en 1641. — Ce qu'il dit au sujet de 
l'Eglise réformée. 257 

Les conséquences morales de la Révocation de l'Edit de Nantes. — 
Madame de Maintenon en est-elle responsable aux yeux de l'histoire? 260 

Les arguments d'un valet de pied de Louis XIV contre la religion des 
huguenots 261 

a Les divers prodiges de ce temps » et autres œuvres inconnues de 
d'Aubigné, à rechercher 262 

Philibert Hainelin fut-il imprimeur ou libraire à Genève en 1552 et 1554 ? 263 

Nationalité de Jean de Ponvers, pasteur à Noirmoutiers en 1557. . . ibid. 

Lecointe, agent de l'Eglise du Désert à Paris, de 1755 à 1765, n'était 
pas de Genève 264 

Isabeau de Paulet, confesseur de la foi réformée (1674-1683). . . . ibid. 

Erratum ibid. 

DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINÂUZ. 

Jacques Couët-Uuvivier et l'Eglise française de 15â!e (1569-1614). 

Comm. par M. Beck 265 

Iiettre inédite du roi Henri IV au ministre Jacques Couët-Duvivier 

(1590) 273 

Cimetières inhumations des huguenots, principalement à Paris, aux 
XVI-, XVIl<= et XVni« siècles (1563-1792). II. De l'Edit de Nantes 
(1598) à la Révocation (1686). 6° Les registres des quatre cimetières 
parisiens. De février 1600 à décembre 1641 274 

le père Co ton, jésuite controversiste (1608-1619). Comm. par M. Cl. 

Compayré. 284 

Lettres de consolation écrites à M. et Mme de la Tabarière sur le 
décès de feu M. le baron de Sainte-Hermine, leur fils aîné (1629). — 
1° Lettres de Du Moulin, Le Blanc de Beaulieu, Daillé, de Velhieux. 287 

lie marquis et ia marquise de I>angey, et leur fille^ au COUvent et à la 

Bastille (1686) 297 

Stances sur les dragonnades (1688) 298 

Lettres des réfoï més captifs en France aux ministres réfugiés à l'étran- 
ger (1680). Comm. par JVL de Ganzenbach . . 299 

Jacques Muysson , conseiHer au parlement de Paris, réfugié à 

La Haye (1690-1697). — Lettre de sa veuve. — Son testament. . 306 

Deux abjurations à Saint-Germain-l'Auxerrois. Tanneguy Le Fèvre et 

Marie Gu'^nou de Beaubuisso'i (1710-1713) 309 

£.ettre d'un bénédictin de la Grâce converti au protestantisme (1744). 

Comm. par M. Lourdes _ 310 

Une conversion au protestantisme à Bédarieux au XVIIP siècle (1765). 

Comm. par M. Trial 311 

{Foir la suite du sommaire à la troisième page). 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS- 



€tuf0tt0ns ci Eép0n6f0. — Carrcgpanïrancf. 

OBSERVATIONS ET COMMUNICATIONS RELATIVES A DES DOCUMENTS PUBLIES. 
— AVIS DIVERS , ETC. 



Ori§^ines île la famille de Bernard Majeudie, pasteur de PEig^lise 
d'Orthez eu 1601. — Demande de renseig^nementsr 

On trouvera plus loin (p. 313) une Notice dont les éléments nous ont été 
fournis par un des descendants d'une famille de réfugiés protestants du 
Béarn, établis depuis près de deux siècles en Angleterre. Le but de cette 
communication serait principalement d'en provoquer d'autres de nature à 
compléter, surtout pour les origines de cette famille, les renseignements 
que l'on possède. Ainsi qu'on le verra , ces renseignements ne vont pas au 
delà de Bertrand de Majendie, pasteur de l'Eglise d'Orthez, sous Henri IV. 
Seulement une tradition veut que Jeanne d'Albret ait eu un ministre cha- 
pelain du nom de Majendie. 

Une note écrite par le petit-fils d'André de Majendie, arrière-petit-fils 
de Bernard, et envoyé par lui du Béai n à Londres en juin 1739, porte ce 
qui suit : « Feu mon père s'appeloit Jérémie de Majendie. L'anagramme de 
« ces deux noms est : Je mandie, je remédie. De là nos armes parlantes, 
« puisqu'on trouve dans l'écu une colombe qui mandie pour vivre et un 
« serpent qui remédie à plusieurs maux. Au milieu se trouve un rocher, 
« sur lequel est né un laurier fleuri. Ce laurier a peut-être été inséré dans 
« lesdites armes parce que Jean de Majendie, olficier servant en Savoie 
« soubs les étendarts du roy de France, y fut tué d'un coup de canon, ayant 
« été un jour en détachement sans être commandé, parce qu'il vouloit s'a- 
« vancer. Le roy fait mention des services qu'il en a reçus en Savoye dans 
« l'anoblissement et création en fiefs des maisons et biens que je possède 
« à Sauveterre et Arras. » 

Dans une lettre écrite en cette même année 1739 au docteur J.-J. Majen- 
die par un de ses cousins, J. Carposse, d'Amsterdam, on lit ces lignes : 
« Aujourd'hui vous estes le seul ministre et serviteur du Très-Haut d'une 

1863. JUIN à AOUT. N«« 6, 7, 8. ^^jj^ ^jg 



226 tiUESTIONS ET REPONSES. 

« famille qui a donné tant de dignes pasteurs à son Eglise. Depuis notre 
M saincte Réformation, je compte que vous faites la huitième génération. « 

D'après cela, Henry William Majendie, évêque de Bangor en 1809, était 
le neuvième, et Henry Majendie, vicaire de Speen en Berkshire, aujour- 
d'hui vivant et âgé de 72 ans, est le dixième membre de la famille exer- 
çant de père en fils le ministère de la Parole de Dieu. 



Un c( Album amicorum » de «lean Kni*ant (13 8 3-1 592)*— Anto- 
g'rapbes de Théodore de Bèze^ Fr. Jtotmaïî, Ant. de la Faye, 
BuzanTal, Perjrot, Denis Cîodefroy^ iSimon Gtouîart^ le poëte 
Pierre Poupo^ etc., etc. 

Grâce à l'obligeante communication que nous en devons à M. L. Potier, 
le libraire bien connu des bibliophiles, nous avons à décrire et à dépouiller 
pour les lecteurs de notre Bulletin un curieux album du genre de ceux dont 
nous les avons déjà plusieurs fois entretenus (VIIÎ, 497; IX, 99, et ci-dessus, 
p. 18). C'est un joli volume m-\% de 381 pages, richement relié en maro- 
quin rouge, doré à petits fers et à marqueterie sur le dos et sur les plats, 
avec des armes parlantes, consistant en un rocher qu'entoure un cercle, 
avec ces deux légendes : Ma durée est en Dieu. — Hair n'a tendu. 

Les deux premiers feuillets sont en peau de vélin. Le verso du premier 
contient un cartouche colorié composé des mêmes armes et des mêmes de- 
vises, surmontées de ce quatrain : 

Sur ma devise. 

Comme est environné le rocher dur et ferme, 
Dans le cercle qui n'a fin ne commencement : 
Ainsi Durant seray perpétuellement 
Circuy de celuy qui n'a ne fin ne terme. 

Puis vient, au recto du deuxième feuillet, un assez mauvais sonnet, in- 
titulé : Frontispice pour ce livret, et on lit à la suite cet autre quatrain : 

C^est de Durant la vieille plume, 
Aagé de sept cens une lune. 
En mars cinq cens huictante trois, 
Sans lunette et la goutte aux doigts. 

Hant rude n'ay. 

A Genève. 1583. 

Nous devons ajouter que toute cette écriture d'un vieillard goutteux de 
701 lunes (58 ans et 5 mois) est un véritable chef-d'œuvre de fine calligra- 
phie, imitant l'impression à s'y méprendre. On en voit d'autres spécimens 
non moins remarquables au recto de ce même feuillet 2, où se trouvent les 



QUESTIONS ET REPONSES. 227 

textes XVII, 17, et XVIII, U des Proverbes, écrits en hébreu, et Jean XV, 
12, et III, 10, écrits en grec, avec la traduction desdits versets. 

Celui dont la vieille plume a tracé ces trois premières pages se nommait, 
comme on l'a vu, Durant. Les légendes Hair n^a tendu et Hant rude n'ay 
en sont des anagrammes plus ou moins exacts, suivant le goût du temps. 

Les pages de cet album sont élégamment décorées d'encadrements typo- 
graphiques, avec arabesques et sujets variés, parmi lesquels nous recon- 
naissons ceux de plusieurs livres de l'époque, et notamment les dessins 
pantagruéliques déjà signalés par nous dans un Psautier huguenot de 4 563 
{Bull., I, 96). Nous comptons une trentaine de ces divers encadrements, 
alternativement reproduits. 

Venons maintenant aux souvenirs autographes des amis qui ont noirci 
un certain nombre de pages blanches de cet Album amicorum. Ils sont 
au nombre d'une centaine, beaucoup de feuillets n'étant écrits qu'au recto, 
et beaucoup d'autres étant restés intacts. Durant a souvent traduit au haut 
des pages les noms et qualités des amis, ce qui nous aidera dans ce dé- 
pouillement parfois malaisé. Nous relèverons çà et là les quelques traits 
propres à nous faire connaître soit ceux qui consignent leur souvenir dans 
l'album, soit celui à qui il a appartenu. 

A tout seigneur tout honneur ! Théodore de Bèze occupe la première 
page : il y a écrit d'une main encore assez nette, mais déjà appesantie par 
l'âge : 

Sit tibi, mi Deus, spiritus quem à te per Spiritum Sanctum taum gratis 
nos regenerantem accepi , pro charta cui salutis nobis tam mirabi- 
liter praestila TrAv^po^opiav insculpas nunquam delendam : voluntatem 
vero meam sic efïicaciter rege ut sibi serio renuntians id unum velit 
quod lu vis. Totura autem me per singularem tuam misericot-diam 
serva. Theodorus Beza, 

Ex Genevensis Ecclesiœ ministrù, domino Durantio, 
charissimo compatri, scripsi, xxii Mail, anno ultimi 
temporis 1583. 

Durant a ajouté de sa main : Au Moulin, entre Payerne et Berne, et 
nous remarquons que les inscriptions qui viennent après sont datées de 
Berne, puis de Zurich, de Basle, etc., ce qui indique que Durant a com- 
mencé à remplir son album pendant un voyage fait dans ces villes au prin- 
temps de 1583. Voici la première : 

Pietate, virtute et eruditione, nobili viroJohanni Durando, pro thesauro 
regni hujus seculi perituro, regni Dei thesaurum a mplexo, A' 2Co/aw* 
Zerchintes, civis Bernensis, senex 77 annos, hoc suc chyrographo^ 
tremula manu scripto, fœlicem in hoc sancto instituto progressum 
precatur. Anno senectae mundi, 1583, May 23. 

Viennent ensuite : 2° Musculus le père, Abrahamus Musculus, ecclesiœ 



228 QUESTIONS ET REPONSES. 

Bernensis minister (24 Maii); 3° Christianus {id.)] 4*' Jean-Anthoine 
Le boursier Tillier, de Berne (25 Maii) ; Rodolphus Giialtlier, ex ecclesiae 
Tigurinae ministris, aetatis suae 64, ministerii sui 42 (Maii 29) ; 6° Heinrich 
Bullinger, ecclesiae Tigurinae ad D. Petrum minister (Maii 30); 7° Jo. Gui- 
helmus Stuckius, Tigurinus (30 maii) ; 8° J.-J- Colerus, ïigurinus (30 Maii) ; 
9° J.-Bapt. Rotanus; 10° Georgius Cellerus, medicus tigurinus; l/I^Wolff- 
gangus Hallerus, Tiguri (30 Maii); 12° H. -G. Schmid, bourgeois de Zurich; 
13° Hans Zugler, bourgeois de Zurich; \ k° Jean Frison, profess. en théol. 
à Zurich; 4 5° Jacob Huldrich, prof, à Zurich; 16° Jacob Haller, Tigurinus. 

17° Nous passons à Bàle, et le premier souvenir inscrit est celui d'un 
illustre protestant de France, réfugié à Bâle depuis la Saint-Barthélemy, le 
jurisconsulte François Hotman : 

Job : « Beatus, quem Jehova castigat; nam idem qui vulnerat, me- 
detur. » 

HoTOMANUS, j'urisc, scripsi in gratiam D. Durantiiy 
prœstantis et honorati viri. Basil. ^ 4 Jun. 1583. 

Suivent les mentions de : 18° Joh. Jacob Grynaeus, prof, theol. à Basle; 
19° docteur Félix Plater; 20° Jean de Sponde de Biart; 21° Theod. Zvin- 
gerus. 

Le 22° est, suivant l'indication de Durant, « M. de la Paye, fidèle M. à 
l'Eglise de Paris, « lequel a écrit : 

Ghristiis mihi lucrum in vita et morte. 

Hoc posuit Antonius a Faïa in gratiam domini Duran- 
Tii, viri pietate illustri et sibi amicissimi, ut sit 
mutuœ eorurn amicitiœ simbolum. 

Antoine de la Paye, sieur de la Maisonneuve et de Gournay, élait ministre 
du roi de Navarre; il avait été député par l'Eglise de Paris au synode na- 
tional de Figeac, en 1579, et on l'en avait élu président. 

23° Le docteur Thomas Eraste (« écrit de sa main gauche, à Basle, le 
6 juin 1583,» ajoute Durant); 24° le Danois Ja. Swaningius; 25° David 
Ghaillet, ministre à Neufchastel, 9 juin 1583. 

Les inscriptions qui suivent ne sont plus dans l'ordre chronologique. 
Passons-les en revue comme elles se présentent. 

26° Bellujonas, Arausionensis, 27 Oct. 1592, Genevae. 

27° M. de Buzanval, gentilhomme servant du roy de Navarre, Parisien : 
« Hsec viro ornatissimo et vere Archimedeo scribebat Genevae P. Choartus 
« Buzanvallius, mense Febr. 1584. » 

28° « M. Perrot, très docte et fidèle past. à Genève, » après avoir inscrit 
le texte 1 Cor. XIII, 4, ajoute : « C'est le passage de l'Apostre qui me re- 
« vient le plus en ce temps, où tout le contraire se pratique trop, pour 



QUESTIONS ET REPONSES. 22§ 

« mémoire de l'entière amitié d'entre moy Charles Perrot et Jehan Durant, 
« mon honoré compère, cher cousin, et intime ami. Ce 4« de juin 4 584. » 
29« Timotheus Perrotus, Genevse, 1592. 

30° « M. Jehan François de Salvard , très docte et fidèle ministre du 
« saint Evangile, » qui signe Jspastes ou J.-F. Salvard, écrit à Genève, 
le 5 juin 1584, ces lignes touchantes ; 

Obsecro te ne amiciim qui diu qnseritur, et vix invenitur, ac difficile 
servatur_, pariter cum oculis^ mens amittat. Amicitia enim qnee desi- 
nere potuit, nunquam vera fuit. — Hoc Hieronyini ad B. dictum 
lubens adscripsit discedenti in Galliam D. Durantio amico veterano 
Jo. Franciscus Salvardus ad relinendam ipsius erga se intenaeratam 
amicitiam in tanta etiam locorum distantia, corporumque perpétua 
fortasse absentia. 

C'est sans doute le même François Salvard qui avait été envoyé de Ge- 
nève à Castres en 1582, et qui avait figuré l'année suivante au synode na- 
tional de Vitré {France protestante, art. Sahmrt). 

31° « M. Corneille Bertrand, docte professeur en hébreu à Genève, » qui 
signe : Bon. Cornélius Berlramus, Picto Thoarsensis, nonis jun. ann. 1584. 
— C'est Bonaventure Corneille Bertram, natif de Thouars, disciple de Tur- 
nèbe et célèbre hébraïsant, que les persécutions avaient forcé de quitter la 
France. 

32° « M. Godefroy, advocat au parlement de Paris, et professeur aux 
loix. B. D. G. (bourgeois de Genève?), » lequel, après avoir écrit une sen- 
tence tirée du De Amicitia de Cicéron, ajoute : « Clarissimo viro Johannni 
Durantio, exqueslori puhlicorum apud Francos opernm, et mihi cha- 
rissimo Dionisius Gothofredus Je, Parisiensis, Genevae scripsi, anno 1584, 
45 Martii. » 

33° Le comte de Labissin (George Latalski), Polonais. (Voir ci-après, 
n° 79.) 

34° (' M. (Jean) Robineau, sieur de Croissi, notaire et secrétaire du roy 
de France. » 

35° « M. de la Faye, docte prof, en théologie et fidèle past. en l'Eglise 
de Genève. » (8 juin 1584.) 

36° « M. Couët, mon beau-frère, très docte et fidèle m. à l'Eglise d'A- 
vallon. » (In villa Arnoldi, 4 cal. Julii, an. 1584.) 

37° « M. de Montescot de la Tour, fidèle ministre à l'Eglise retîormée 
de Rouen. » — Il signe : « Michael Monlescolus, Ecclesiai Rotomagensis 
minister, Joha. Durantio, dum patriam inviseret, suosque natales amplexa- 
retur, scripsi Rotom., 28 Jul., anno ultimi temp. 1584. « 

38^ « M. Pinauld, f. m. à l'Eglise de G. (de Genève). » — Il signe : Jo. 
Pinaldus, Pi(;taviensis, scripsit Genevae, 4 cal. Maii 1585. 



230 



QUESTIONS ET REPONSES. 



39° « M. (Jean) Jacomot, fidèle m. à l'Eglise de G. » 1585. 

40° « M. Goulart, fidèle P. en l'E. de G. » — C'est le bon et savant Simon 
Goulart, Senlisien, pasteur de Saint-Gervais. Sa petite page vaut la peine 
d'être transcrite ici : 

Puisqu'il vous plaist que j'escrive quelque chose en vostre livre, je 
vous fay présent des sentences suivantes, qui vous rameuteront que 
que je vous suis affectionné ami et serviteur. S. Goulart. S. 

1° Sic vive cum hominibus, tanquam Deus videat : sic loquere cum Deo, 

tanquam iiomines audiant. 
2° Optimum est pati quod emendare non possis : et Deum (quo autore 

cuncta proveniunt) sine murmuratione comitari. Malus miser est qui 

imperatorem gehennse sequitur. 
3° In vita, perinde ac in statua, omnes partes pulchras esse oportet. 
4° Gommitte Deo viam tuam : spera in eo^ et ipse faciet. 

Qui endure^ dure. 

A Saint-Gervais, le l^*" de may, en Tan 1585. 

410—48° Après plusieurs comtes de Solms et de Nassau, qui s'inscrivent 
en 4 589, nous trouvons le fils d'un lord anglais, d'une des plus nobles fa- 
milles de la conquête : Henricus Nevillus, Anglus, baronis de Aburgavenny, 
haeres et fiiius (1592). C'est un Nevil, baron d'Abergaveney, en Sussex. 

49° « M. P. Hubner, Sylésien, prof, en grec (à Berne}.» 

50° « M. Meyer, jurisc. bourguemaistr. d. Shaf. » 

51° « M. Christophle Dupré, sieur de Passy en Brie, gentilhomme pari- 
sien. » Celui-ci se met en frais de versification, et, pour la rareté du fait, 
nous transcrivons ses petites stances : 



1. Mon Durant, ce beau livre, 
Qui fera ton nom revivre 
Compagnon des plus parfaits, 
Est une butte arrondie 

Où, d'une corde hardie, 
Chacun décoche ses traits. 

2. La terre anglaise ne porte 
Des archers de mesme sorte, 
Ni le Tartare guerrier. 

Si de l'honneur on dispute. 
Pour les beaux prix de la lutte 
N'en aura pas le laurier. 

3. Car des uns la molle flesche 
D'nn peu de terre s'esbresche, 
Sortant de Tare mi-voûté, 
Des autres (bel advantage) 

Le trait s'enfonce et s'engage 
Dedans l'immortalité. 



4. Moi doncques^ bien que novice 
A tel divin exercice, 

Si je ne tire si loin. 
Si dedans ce but tant riche 
Ma flesche droit ne se fiche. 
J'en pénétrai quelque coin. 

5. Un bon et grand capitaine, 
Le Jeune soldat qu'il meine, 
S'il n'est guerrier ni ruzé. 
Ignorant l'art de Bellonne, 
Attendant qu'il se façonne, 
Le tient du tout excuzé. 

6. Faites ainsi, chef insigne. 
Attendant que je sois digne 
D'estre escrit de ceste main, 
Que quelque grâce céleste 
Voulut coler [sic) manifeste 
Dedans le bras d'un humain. 



Pour l'amitié que j'ai avec le maistre de ce livre, moi, Christofle Dupré, 
autrement nommé Passy, ai composé ces vers ci-dessus escrits, le 
îim de janvier 1585. 



QUESTIONS ET REPONSES. 231 

52° Guilielmus Bucanus, Rhotomagensis, S. theologiae professer in Aca- 
demia Lausannensi, xx Junii 1591. 
53° Petrus Wrothus, Angl. 

54° Basilius Amerbachius. « M. Amerbach, jurisconsulte à Basle. » Le 
6 juin 1583. 

55° « Me Abrah. de Bompar, estudiant aux loix à Basle. » 
56° « M. Pierre Pinelon , médecin gascon. » W signe : P. Pinetonus 
Chambrunius, Occitanus. 1683. 
57° Petrus Brosseus. (M. de .p ) 1586. 

58° « M. d'Abra, fils de M. de Raconis. » Scribebam J. d'Abra de Raco- 
nis, Parisiensis, 2 Aprillis 1589, Genevae. — Les réformés de Paris eu- 
rent plus tard, en 1619, un fougeux adversaire dans la personne d'un 
Ch.-Fr. d'Abra de Raconis, qui fut ensuite évêque de Lavaur {Bull., IV, 61 .) 

59° « M. Henry, ministre de M. de Sancy. » Abrahamus Henricus, Ge- 
neva in Galliam palriam discedens, 21 Martii 1592. — C'était donc le mi- 
nistre du sieur de Sancy, lequel n'avait pas encore fait sa Confession rendue 
si célèbre par d'Aubigné. 

60° « M. Jehan de Ghandieu,filsaisné deM. de Chandieu, F.M.D.S. E.« 
Jo. Chandaeus. 1585. 

61° « M. Jaques de Chandieu, second fils de M. de Chandieu. » Jacobus 
Chandœus. 1585. 

62° Paulus Tossanus, Argimontanus. 1592. 

63° « M. Lentulus, docteur médecin, Grison. » Lequel, après une sen- 
tence d'Hippocrate, ajoute : « Viro clarissimo, de Johanni Durantio, regio- 
rum xdificiorum quxstori^ hoc... Geneva discedens reliquit Paullus Len- 
tulus, Rhaetus, medicinge doct. 1592. » 

64° « M. Bernard, très honorable sénateur de Genève. » 1584. — Durant 
a ajouté de sa main : « Ledit sieur Bernard décéda à Genève le dimanche 
23 juillet 1587. » 

65° « M. Lect, docte professeur aux loix et sénateur de Genève. »> 1584. 
Jac. Lectius. 
66° « M. Poupo, advocat et excellent poète. » 

Si un seul bon ami est un rare trésor, 
Qui ne t'estimera, t'en voïant plein ton livre. 
Plus riche que celui qui changeoit tout en or, 
Qui les faisoit mourir, où ceux-ci te font vivre. 

11 faut connoistre avant qu'aimer, 

Aussi n'aimé-je à la volée; 

Car d'une goutte de la mer 

On sent bien si elle est salée. 

P. Poupo, IC, de Bar-sur-Seine, pendant son exil à Genève, le 1" août 
1590, en reconnaissant l'amitié de Mons. Durant, à qui nostre Seig. 
doint bonne et longue vie. 



232 X}UESTIONS ET REPONSES. 

Voilà une vraie bonne rencontre, puisque cet autographe nous donne non- 
seulement quelques vers, mais quelques renseignements à joindre à ceux que 
M. J. Chavannes nous avait donnés {Bull., IX, 126), d'après Colletet et 
Léon Feugère, sur Pierre Poupo, ce poëte si peu connu du XYI» siècle, et 
qui est ici qualifié de « poëte excellent. » Il était donc de Bar-sur-Seine et 
en exil à Genève en 1590, l'année même de la publication de son volume 
de poésies, la Muse chrestienne, dédié au roi Henri IV et à sa sœur la 
princesse Catherine de Bourbon. Il était ami de Jacob Lect, dont la men- 
tion précède immédiatement, et qui figure dans ses poésies. Son écriture 
est très nette et jolie. 

670—69° Plusieurs jeunes gentilshommes allemands. 1591. 

70*> « M. Morlan, aujourdi, maistre des requestes du roy. » Bernard Mor- 
lan. 1586. 

71° « M. Eversfild, gentilhomme anglois, » lequel écrit : « Prima pars 
œvi sese nescit, média curis obruitur, ultima molesta senectute premitur. 
(Platttus.) ff^e must live to die and die to live. » Et signe : Antonius 
Eversfildus, ex comitatu Sussexiensi in Anglia. Genevae, 26 Apr. 1592. 

72° « M. de la Planche, fameux advocat au parlement de Paris. » Ada- 
mus Planohius. 1584. 

73° « M. de la Pise, m. de l'Eglise d'Annonay en Vivarelz. » Vincentius 
Pisanus. 1583. 

74° « M. I. Hortin, profess. en hébreu à Berne. » 1583. 

75° « M. Proust, receveur des tailles de Loudun. » Franc. Prousteus, 
Loduni quaestor regius. 1584. 

76° « M. Fedmiger, m. à Berne. » 1583. 

77° « M. Ant. Renauld, escol. en théol. P. M. Le duc Cas. » 4583. 
78° Francise. Pefaurius. Genevae, 1586. 

79° « M. A. Tobol (Adamus Thobolius), docte précepteur de M. le comte 
Labissin. » (Polonais, ci-dessus, n° 33.) 

80° « M. Jezler, docte maistre de l'escole de Schaphouse. » 1583. 

81° Richardus Phelleius, Anglus. Genevae, 1592. 

82° Joannes Bonardellus, Occitanus, in Angliam properans. Genevae Allo- 
brogorum, 1586. 

83° « M. Wollfgang Muscule, fils de M. Muscule, M. de Berne." 1583. 

84° « M. André de Diesbach, jeune escolier d'une des plus honorables 
famiHes de la ville de Berne. » 1584. 

85° « Jean-François Tillier, jeune enfant, fils de M. Tillier, boursier de 
Berne. » (Ci-dessus, n° 4.) 

86° « M. Frison, prof, théologien à Zurich. » 

87° « M. Guérin, second régent à Genève, maintenant ministre de la 
Parole de Dieu. » (J. Guarinus.) 1584. — Il qualifie aussi Durant de publi- 
corum operum apud Francos quaestoris. 



QUESTIONS ET REPONSES. 233 

88° « M. de la Touche, fils de M. le maistre des comptes Le Jay. ^) Nico- 
laus Le Jay. 1585. 
89° (f M. (Henri) Steiner..., de Zurich. » 1583. 

90° « M. Christ. Richard, minist. deLassara.» Serratas scribebat Christo- 
phorus Richardus, Biturix. 1583. 

91° « M. de Veines, docte gentilhomme de Grenoble en Dauphiné. » 
Annas Griffo Venœus, Genevae. 1584. 

Tel est le dernier des personnages inscrits dans l'Album, à la page 380, 
antépénultième, les deux dernières étant restées blanches. 

Maintenant, si nous recherchons ce qu'a pu être Jean Durand, nous avons 
vu qu'il semble désigné comme natif de Rouen (ci-dessus, n» 42), qu'il était 
beau-frère de Couër, ministre d'Avallon {n° 36) et qu'il est qualifié par 
Denis Godefroy de exquœstor publicorum apud Francos operum (n° 32), 
de reglorum sedificiorum quxstor (n° 63), et publicorum operum apud 
Francos quœsfor (n° 92). Quelle était cette fonction ? Comment faut-il 
expliquer cette appellation latine? Nous avons vu le titre de receveur des 
tailles (n'^ 75), rendu par quœstor regîus : y a-t-il ici analogie? 

Enfin, nous avons constaté que l'Album avait passablement voyagé avec 
son maître, d'abord en Suisse, puis à Paris en 1584 (n» 75), à Rouen 
(n° 37), à Avallon (Villa Arnoldi, n^ 36). Mais la majeure partie, et toutes 
les plus tardives inscriptions, celles de 1592, sont datées de Genève. 

Émig^ration dans la principauté d'Orangée en 1698. — Biens de 
fugitifs en rég^ie^ Etat de 1780. 

Monsieur le Président, 

Peut-être trouverez-vous intéressantes pour le Bulletin les deux notes 
suivantes, dont l'une est relative aux protestants qui se rendaient dans la 
principauté d'Orange, et l'autre aux biens en régie? 

Lorsque, par le traité de Ryswick (20 septembre 1697), la principauté 
d'Orange fit retour à son légitime possesseur, et que le culte réformé y fût 
légalement rétabli, les populations du Languedoc s'y rendirent en foule, 
et deux déclarations de Louis XIV, l'une du 23 novembre 1697, l'autre du 
13 janvier 1698, furent rendues pour arrêter ce torrent. On ne se fait pas 
généralement une idée exacte des arrestations qui eurent lieu, pour cet 
objet, et des condamnations qui s'ensuivirent. Un dossier qui se trouve à 
Montpellier (Archives de l'intendance du Languedoc, 2^ division, juge- 
ments n° 2) nous permet d'afiirmer que dans l'année 1698 seulement, du 
13 juin au 28 octobre, c'est-à-dire dans l'espace de quatre mois et demi, 
cent un hommes furent condamnés, pour ce délit, aux galères perpétuelles, 



234 QUESTIONS ET REPONSES. 

et trente-trois femmes à cinq ans de prison et 3,000 livres d'amende. Ces 
chiffres parient éloquemment de la rigueur que l'on mettait à rexécution 
des lois, et de la force irrésistible qui poussait les prolestants du Langue- 
doc vers la célébration d'un culte auquel il ne leur était pas permis de se 
livrer chez eux. Les arrestations dont nous venons de parler étaient gêné-" 
ralement faites par les soins d'une milice spéciale, qui avait été créée pour 
empêcher ces déplacements, et dont les protestants devaient supporter les 
frais. 

Notre seconde observation est relative à la durée pendant laquelle les 
biens saisis sur les protestants fugitifs furent régis au bénéfice de l'Etat. 
On ne croit généralement pas que cet état de choses se soit prolongé aussi 
longtemps. 

Dans notre Histoire de l'Eglise réformée de Montpellier (p. 283), nous 
avons donné des détails tout à fait circonstanciés sur la manière dont les 
biens des protestants fugitifs étaient saisis et régis. Nous avons utilisé 
pour cela les richesses de nos archives départementales. Une découverte 
nous permet néanmoins d'ajouter quelque chose à ce que nous avons dit. 
Tout récemment nous apprîmes, d'une façon indirecte, qu'il existait chez 
un notaire de notre ville quelques papiers protestants, dont les clercs dé- 
chiraient chaque jour des pages pour en faire des garde-mains. Nous nous 
rendîmes immédiatement dans cette élude, et les papiers que nous ne de- 
mandions qu'à consulter nous furent offerts en don. Vérification faite, il 
s'est trouvé que ces papiers étaient des états parfaitement tenus des biens 
en régie. Ces états donnent, sur feuilles imprimées, papier très fort, et 
dans des colonnes distinctes : 'P les noms des fugitifs; '2° les noms des 
fermiers ou rentiers actuels ; 3° le prix des baux au janvier ; 4° les aug- 
mentations survenues depuis; 5° les charges réelles sur les biens; 6° les 
restes à recouvrer; 7» la recette effective. La dernière colonne est réservée 
aux observations. 

Le plus récent de ces états est de l'année 1780. Tous les diocèses du Lan- 
guedoc réunis produisirent, cette année, une recette effective de 19,245 liv. 
9 s. 9 d., et il restait à recouvrer 735 liv. 16 s. 7 d. Voilà donc où en 
étaient ces affaires à la fin de i780. Kien n'annonce que la feuille dont nous 
venons de parler soit la dernière. Il serait curieux de savoir comment finit 
cette caisse de la régie, et ce que devinrent les biens administrés. Il est 
probable qu'ils furent rendus aux héritiers légitimes, ou, qu'à défaut, ils 
devinrent la propriété de l'Etat. 

Nous donnerons les pièces dont nous sommes détenteurs aux Archives 
de l'intendance, afin qu'elles soient jointes aux autres documents du même 
genre que renferme ce précieux dépôt. 

Ph. Corbière. 

Montpellier, le 17 juin 1863. 



QUESTIONS ET REPONSES. 



235 



lies anciens rcg^istres catkoliques d'une Egalise protestante du 
Poitou. — Abjurations, de 1686 à 1791, à SepTret. — Un 
sermon de curé en 1686. 

En parcourant les archives de la commune de Sepvret, j'y ai trouvé de 
vieux registres tenus par les curés de la paroisse, et comme il y est fré- 
quemment fait mention des protestants, j'ai cru devoir en tirer quelques 
notes que voici : 

C'est en février 1686 qu'il est parlé pour la première fois de protestants, 
mais, hélas! pour relever un fait, celui de leur abjuration qui est relatée en 
ces termes : « Le 19 février 1686, s'est présentée par-devant nous prestre 
soussigné Marie Barré, femme de Louis Gamin, de Pillac, à laquelle ce re- 
quérant nous avons donné l'absolution de l'hérésie de Luther et Calvin, 
et l'avons aggrégée au corps de la sainte Eglise catholique apostolique et 
romaine. En présence d'ïsaac Barré son père et Joachim Guerrive qui ne 
savent signer. Signé : Muilleberteau, prestre, curé de Severet. » 

Durant cette année 1686, je trouve 28 abjurations. Mais je dois ajouter 
que les familles dont il est fait mention, et qui existent aujourd'hui dans la 
paroisse sont retournées au protestantisme. 

De 1720 à 4726, je n'ai plus trouvé d'autre abjuration que celle pour bé- 
nédiction de mariage; elles sont au nombre de 28 et toutes rédigées ainsi : 
« Le 12 de février 1720, les cérémonies de la sainte Eglise catholique apo- 
stolique et romaine préalablement gardées pour le mariage de Jean Servant, 
laboureur, fiis de Samuel Servant et de Marie Bellivier d'une part, et Marie 
Morin, fille de Jacques Morin et de Marie Rosard d'autre part; abjuration 
de l'hérésie de Luther et Calvin et profession de la foy catholique aposto- 
lique et romaine faite par lesdits Servant et Morin, nous leur avons donné 
la bénédiction nuptiale en présence d'ïsaac Bellivier, Samuel Bellivier, 
Jean Morin, Pierre Marbeuf et autres qui ne savent signer fors les sous- 
signés » Avec cette différence qu'une fois, le 18 novembre 1723, à la 

place de : abjuration de l'hérésie de Luther et Calvin, on lit : abjuration 
de la religion prétendue réformée. 

De 1726 à 1777, on compte 129 abjurations toutes aussi pour bénédic- 
tions de mariage : elles sont rédigées de la même manière que la première, 
seulement au lieu de : abjuration de l'hérésie de Luther et Calvin, on lit : 
abjuration des hérésies de Luther et Calvin et autres. 

De 1777 à 1791, on ne trouve que 6 abjurations : 1 en 1789, 4 en 1790, 
1 en 1791. Elles sont rédigées ainsi : « L'an 1789, le 8 du mois de février, 
en présence des témoins soussignés, Louis Daniau, notaire; Jacques Ba- 
rillot, sindic; Pierre Barillot, marchand et Jacques Barillot, régent; Jeanne 
Paupinot, veuve de Louis Ferron, journalier, de la paroisse de Saint-Martin 
de Sepvret, diocèse de Poitiers, âgée de trente-cinq ans, ayant reconnu que 



236 QUESTIONS ET REPONSES. 

hors la vraie Eglise il n'y a point de salut, de sa propre volonté, et sans 
aucune contrainte, a fait profession de la foi catholique apostolique et ro- 
maine, et abjuré l'hérésie de Calvin entre mes mains, de laquelle je lui ai 
donné publiquement l'absolution, en vertu du pouvoir que Monseigneur 
l'évêquede Poitiers m'a donné pour cet effet, en date du 19 janvier. En foi 
de quoi, je, curé, ai signé le présent certificat » 

Je n'ai trouvé qu'un certificat d'inhumation : «Le 31 octobre 1762, nous, 
curé soussigné, avons inhumé dans le cimetière le corps d'un petit enfant 
qui se nommait Jacques, âgé de quatre ans, dont le père est Pierre Naudin 
et la mère Jeanne Rousseau, vivant ensemble comme mari et femme, en 
conséquence de leur prétendu mariage célébré à l'assemblée des protes- 
tants; en présence de son dit père et autres qui n'ont signé. » 

Je n'ai trouvé qu'un seul certificat de baptême : « Le 8 avril 1764, nous, 
curé soussigné, avons baptisé Jeanne, née ledit jour, fille naturelle de Pierre 
Naudin, journalier, et de Jeanne Rousseau, mariés à l'assemblée des protes- 
tants!... » Il est plus que probable que ce Pierre Naudin et sa femme n'ont 
jamais abjuré, et il n'est pas fait mention de leur nom. Dès lors qui peut 
dire ce qui a à\X se passer dans ces deux circonstances, comme aussi dans 
celles indiquées plus haut. Il serait curieux de rechercher de quelle ma- 
nière ces protestants, dont les enfants sont protestants, ont été amenés 
à faire profession de catholicisme. En attendant que ce point soit éclairci, 
ce même curé, Muilleberteau, dont j'ai déjà parlé, a pris soin de lever un 
petit coin de ce voile, quand il a composé en 1686, le sermon suivant, que 
j'ai trouvé dans les archives et que je vous copie pour la rareté et la curio- 
sité du fait : 

a Confide.jilia, — Ma fille, ayez confiance. » — En saint Matthieu, c. IX. 

«' La confiance que Jésus-Christ recommande à cette hémoroïsse pour la 
rassurer contre toutes les circonstances de sa maladie qui peuvent la luy 
faire regarder comme incurable nous donne lieu de parler de celle que nous 
devons avoir en Dieu ; or cette confiance doit estre appuyée sur deux motifs ; 
1° Sur la puissance infinie du Seigneur à qui rien ne résiste ; sur sa bonté 
toujours preste à nous faire grâce et â nous combler de bienfaits. 

« 1° C'est avec bien de la raison que le sage se raille de ceux qui sont 
assez fous pour mettre leur confiance en des idoles, de ceux, dis-je, qui 
prient pour la santé celuy qui n'est qu'infirmité, qui demandent la vie à 
un mort, et qui appellent à leur secours celuy qui ne se peut secourir; 
mais c'est estre bien aveugle que de ne se confier pas entièrement à un 
Dieu dont rien n'égale la force, la grandeur et la puissance. Y a-t-il un 
autre Dieu, dit l'Ecriture au livre des Roys, que le Seigneur? Y a-t-il un 
autre fort que notre Dieu ! C'est ce Dieu qui a créé la terre par sa puissance ; 



QUESTIONS ET REPONSES. 237 

qui a affermi le monde par sa sagesse; qui a étendu les cieux par sa souve- 
raine intelligence. « Seigneur, dit le sage, qui pourra résister à la force de 
votre bras? tout le monde est devant vous comme le petit grain qui donne 
à peine le moindre penchant à la balance, et comme une goutte de la rosée 
du matin qui tombe sur la terre. » C'est en ce Dieu plus élevé que les cieux, 
plus profond que les abîmes, plus étendu que les mers, que nous devons 
mettre toute notre confiance, soit que nous soyons réduits dans une pau- 
vreté extrême ou plongés dans l'abîme du péché. — En effet, dit l'Ecriture, 
fiez-vous à Dieu et il vous tirera de tous vos maux, jetez sur luy tous vos 
soins et il vous nourira, il ne méprisera point l'orphelin qui le prie, ny la 
veuve qui répand ses gémissements devant luy. Les yeux du Seigneur con- 
templent toute la terre et inspirent de la force à ceux qui croient en luy 
d'un cœur parfait. Ce n'est pas à croire que nous devions négliger les 
moyens humains quand nous sommes dans la misère pour faire en sorte 
de nous en tirer, mais c'est à dire qu'il faut travailler tranquillement et se 
reposer avec confiance sur celuy qui a soin de revestir les lis des champs 
et de nourir les oyseaux du ciel; c'est de quoy l'Ecriture nous fournit de 
plusieurs exemples, dont je me contente de vous en rapporter un. Jacob 
ayant apris que Esaii venait au-devant de luy avec quatre cents hommes, 
divisa en deux bandes tous ceux qui estoient avec luy, en disant si Esaû at- 
taque une de ses bandes, l'autre se sauvera. Ce saint patriarche, rempli tou- 
jours de confiance, nous fait voir par cet exemple que la confiance que 
nous avons en Dieu ne doit point nous empêcher de prendre toutes les 
précautions que la prudence nous prescrit pour nous délivrer du péril, de 
peur que les négligeant ce ne soit tenter le Seigneur; au lieu donc de mur- 
murer contre le ciel ou de tomber dans l'abattement quand on manque des 
choses les plus nécessaires à la vie, il faut faire tout ce qui dépend de nous 
et dire avec une entière confiance au Seigneur et avec une parfaite rési- 
gnation h ses ordres : «Mon Dieu, j'espère en vous, sauvez-moy parce que 
les eaux sont entrées jusque dans mon âme; mais, Seigneur, vous avez le 
bras assez fort pour me lirer de l'abîme de ma misère et pour me délivrer 
des plus grands périls. » Si nous sommes soutenus par celte confiance, il ne 
nous abandonnera pas dans les fers, il nous délivrera de tous nos maux et 
il ordonnera plulost aux oyseaux du ciel de nous nourir, comme il fit au- 
trefois en faveur du prophète Elle, que de promettre qu'espérant en luy 
nous soyons confondus. Ce qui doit encore nous porter à mettre notre con- 
fiance en Dieu, c'est que non-seulement il est assez puissant pour nous se- 
courir ou pour nous remettre nos péchés, mais il est encore assez bon pour 
vouloir le faire ; c'est ce que nous alons examiner dans la seconde partie 
de ce petit discours. 

« 2° Si le Seigneur n'estoit que puissant, l'on pourroit dire que ce n'en 



238 tiUESTIONS ET REPONSES. 

seroit pas assez pour nous confier en luy ; il y a bien des hommes qui sont 
en état de remédier à une infirmité en fait de misères, et il n'y a pas pour 
cela moins de misérables. S'il n'esioit que bon, la confiance que nous au- 
rions en luy, seroit inutille; il est des cœurs bons et tendres qui compatis- 
sent volontiers à la peine et qui sont ors d'état d'y apporter le moindre 
remède; mais ce qui doit nous engager à mettre en luy toute notre con- 
fiance, c'est que sa bonté est infinie comme sa puissance, c'est qu'il nous 
a promis de nous donner tout ce que nous luy demandons; il est vray qu'il 
ne nous donne pas toujours les biens de la terre, mais c'est par bonté 
raesme qu'il nous les refuse pour nous éprouver et pour nous remettre en 
état de nous donner plus abondament les biens de la grâce, ce qu'il ne nous 
refusera jamais dès lors que nous retournerons à luy de tout notre cœur. » 

Tel est ce sermon! Qui se douterait que c'est un prêtre convertisseur qui 
l'a composé? mais « son œuvre le trompait, » car il n'obtint que des con- 
versions factices, puisque cette même paroisse de Sepvret possédant un 
curé et une église, est aujourd'hui presque entièrement protestante; de 
curé, point; d'église, une pauvre petite chapelle, propriété particulière du 
marquis de Plummartin, si je ne me trompe; sans compter que sur le ter- 
rain même où fut enterré ce Jacques Naudin, s'élève bâti par le maire de 
la commune, le presbytère occupé par le pasteur actuel. 

A. Vivien. 

Sepvret (Deux-Sèvres), 1863. 



lia lettre apocryphe de Thomasseau de Cursay au due de Cruise. 

(Voir t. XI, p. 118.) 

Nous n'avons reçu aucune observation sur la lettre de Thomasseau de 
Cursay au duc de Guise que nous avons reproduite et que M. P. Marche- 
gay et M. de Falloux déclarent être apocryphe. On nous a seulement si- 
gnalé une source non encore indiquée où cette lettre se trouve; c'est à 
savoir une feuille supplémentaire et paginée à part, jointe à la Notice des 
hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine de Paris, etc., par 
J.-A. Hazon, docteur régent de ladite Faculté, Paris, 4778, in-4o de 270 
pages (Bibl. de l'Institut). 

Il y est dit que « Joseph Thomasseau de Cursay (1677), médecin de la 
« Faculté, étoit un rejeton d'une famille originaire de l'Anjou, qui y possé- 
« doit les fiefs et seigneuries de Cursay, Landry, Montvilliers et des 
« Roches, et y étoit distinguée dès le XIV* siècle. Il étoit arrière-petit-fils 
« de Louis Thomasseau de Cursay, capitaine expérimenté, qui avoit servi 
« longtemps dans les bandes noires sous les Cossé-Brissac. Au mois 



QUESTIONS ET REPONSES. 239 

« (l'août 1572, le duc de Guise, qui avoit plus d'autorité que le roi, lui écri- 
« vit pour l'engager à faire exécuter à Angers, pendant la nuit de la Saint- 
« Barthélémy, le massacre qui avoit été décidé au conseil... Ce généreux 
« officier, natif delà même ville, répondit au prince avec la fierté que dicte 
« la vertu (Voir la lettre telle que nous l'avons transcrite^ t. XI, p. 119; 
puis l'auteur de cette note ajoute) : « Plutôt mourir que de se souiller^ 
« devise bien convenable aux armes de cette famille. Sept autres militaires 
« commandans aux diverses provinces avoient refusé, avec M. de Cursay, 
« d'exécuter les ordres pour la Saint-Barthélemy. La Grèce n'est donc 
« point la seule à compter sept sages, puisqu'en voilà huit en France! Ho- 
« race les avoit célébrés chacun bien des siècles auparavant: Rejecit alto 
« dona nocentium vultu » {Liv. IV, Od. ix). 

Cette note n'apporte, comme on le voit, aucun changement à l'état de la 
question. Elle est postérieure de cinq années à l'opuscule de 1773, dont 
elle n'est peut-être qu'un extrait. 

Nous ferons seulement une remarque philologique sur un mot assez par- 
ticulier contenu dans la lettre attribuée à Thomasseau de Cursay. C'est dans 
cette phrase : « Il n'y a pas icy un seul homme, dans les citoyens ni dans 
« la raffataille, qui ne soit prêt à sacrifier son bien et sa vie pour le service 
« du Roy, etc. » Ce mot raffataille est-il bien un mot du cru ? Le Diction- 
naire languedocien-français de l'abbé Sauvages (Alais, 1821, in-8°) donne: 
« Rafatalio, herbes de jardinage, par extension herbes de rebut, le rebut 
« d'une denrée, la racaille, d'où, au figuré, le rebut de le société. » Le 
Dictionnaire de V^ebster donne : « Raff, the sweepings of society, the 
« rabble, the mob. » 

lia belle réponee du Ticomte d'Orte à Charles IX. est-elle 
authentique? — IVouvelles considérations. 

(Voir t. I, p. 208 et 488, t. XI, p. 13 et 116.) 

Ut declamatio fiasi (Juv.) 

« Trouvez-vous un seul baron d'Orthez chez les Romains, chez ce peuple 
« si cruel pour les malheureux que proscrivent tour à tour ses factions 
« victorieuses?... » demandait en pleine académie M. Viennet, rapporteur 
du concours des prix Montyon, le 18 août 1853. L'honorable académicien 
invoquait ainsi cet argument historique, justement à Tépoque où se posait 
de nouveau la question préalable de savoir si le fait et le document sur les- 
quels il s'appuyait étaient bien authentiques. (Bull.^ I, 208 et 488.) 

Nous avons reproduit, d'après le Courrier de Rayonne, cette intéres- 
sante discussion qui semblait aboutir à ce résuUat établi par MM. Garay de 



240 " QUESTIONS ET REPONSES. 

Monglave et Huillard BréhoUes : que la réponse d'Adiram d'Aspremont, vi- 
comte d'Orte, à Charles IX, citée par d'Aubigné, était apocryphe et rejetée 
avec raison parla critique moderne. Mais M. Brassant ne s'était pas laissé 
ébranler dans son opinion contraire : parce que d'Aubigné était le seul au- 
teur qui citât cette lettre et parce que l'original paraissait ne s'être pas 
conservé, ce n'était nullement à ses yeux une preuve qu'elle n'avait pas 
existé et qu'elle était apocryphe; d'ailleurs le fait de la résistance du 
vicomte d'Orte aux ordres de Charles IX étant démontré, lui paraissait 
suffire. 

La question s'est trouvée posée encore une fois par la reproduction que 
nous avons faite naguère (XI, 13) d'un article de M. Samazeuilh, de Nérac, 
d'après le Messager de Bayonne du 10 novembre 1859, et d'une disser- 
tation bien antérieure de M. de Falloux (XI, 116), M. Samazeuilh affirmant 
de nouveau en 1859 ce que M. de Falloux avait contesté et nié en 1844. 

Jusqu'à ce que l'on retrouve -l'original ou une copie authentique de la fa- 
meuse lettre du gouverneur de Bayonne, la controverse sera possible sur 
ce sujet. Aussi M. Ed. Fournier est-il entré en lice et il a pris parti pour 
la négative. [L'Esprit dans l'histoire, 2« édit. 1860, p. 183-189.) « C'est 
« très probablement, dit-il, une pièce de l'invention de d'Aubigné. Re- 
« lisez-la avec attention, et, mis en éveil par ce simple avis, vous recon- 
« naîtrez tout d'abord à la tournure du style, énergique, serré, prompt à 
« l'antithèse, que c'est bien vraiment d'Aubigné qui doit l'avoir écrite. » 
M. Fournier soutient en outre que les lettres envoyées par Charles IX aux 
gouverneurs des provinces n'étaient pas, comme on peut en juger par celles 
que l'on connaît, conçues en des termes qui pussent motiver un telle ré- 
ponse, aussi formelle, aussi décisive. Si ce n'est pas d'Aubigné qui l'a fabri- 
quée, ajoute-t-il, « c'est bien d'après lui du moins qu'elle a couru et qu'elle 
« a fait fortune dans l'histoire. » 

Cela est vrai, mais depuis quand l'ancienne maxime de droit testis unus^ 
testis nullus, aujourd'hui hors d'usage même au palais, serait-elle reçue 
en matière historique? Depuis quand nous faut-il rejeter les faits qui ne 
sont transmis à la postérité que par un seul chroniqueur ou historien? 
N'est-ce pas aussi de d'Aubigné, et uniquement de lui, que nous tenons 
certains détails fort instructifs, tels que celui de la visite de Henri III à 
Bernard Palissy dans sa prison et de la fière et sublime réponse du potier 
au roi? A-t-on jamais songé à les révoquer en doute? 

Que la lettre du vicomte d'Orte ait la tournure du style et du caractère 
de d'Aubigné, nous le concédons volontiers. Il est bien possible qu'il l'ait 
lui-même rédigée à sa façon, comme un historien prêtant à ses person- 
nages des discours un peu différents de ceux qu'ils ont réellement tenus. 
Nous inclinons à le croire, mais nous n'allons pas pour cela jusqu'à penser 



QUESTIONS ET REPONSES. 241 

que le fait qu'elle atteste soit controuvé. Tout au contraire, et voici une 
observation et un rapprochement que l'on n'avait pas faits jusqu'ici et qui 
nous semblent tout à fait importants et décisifs. 

On sait que d'Aubigné a reproduit diverses fois en ses écrits, notamment 
dans son Histoire et dans ses Tragiques, certains récits qui lui sont pro- 
pres, tels que celui que nous venons de rappeler relatif à Palissy et celui 
de Charles IX tirant de la fameuse fenêtre du Louvre. Sans doute, on peut 
trouver que cela ne prouve rien; on peut même tourner ces répétitions 
contre l'auteur. Mais nous y voyons, nous, un signe de bonne foi et de vé- 
racité, et nous nous étonnions qu'il ne fût pas arrivé à d'Aubigné de se 
répéter, suivant son habitude, au sujet de la réponse du vicomte d'Orte. 

Or, nous avons constaté qu'il s'était à cet égard répété deux autres fois. 
D'abord, et on l'a déjà remarqué, dans les Tragiques, livre IV : 

Dax suivit mesme jeu. Leurs voisins belliqueux 

Prirent autre patron et autre exemple qu'eux. 

Tu as, dis- tu, soldats , et non bourreaux, Bayonne... 

A ce propos, nous sommes heureux de voir que l'éditeur de 1857, 
M. Lud. Lalanne, a été de notre avis et que, rappelant ici la lettre en 
question, il dit en note : « Je croirais volontiers que notre historien, en re- 
cc latant un fait vrai au fond, lui a donné la forme sous laquelle il nous l'a 
« fait connaître. » 

Ensuite, le père Lelong mentionne, dans sa Bibliothèque historique de 
la France, sous le numéro 17,777, un manuscrit intitulé : Choses nota- 
bles et qui sont dignes de l'histoire, advenues aux premiers troubles, et 
qui ont été omises aux histoires qui en ont été publiées. Le père Lelong 
ajoute : « Cet ouvrage est cité à la page 468 du catalogue de la bibliothèque 
« de M. de Thou. Théod. Agrippa d'Aubigné en est l'auteur. » C'est une 
pièce de treize pages qui a été publiée pour la première fois en 1836, dans 
le tome YIII, première série, des Archives curieuses de l'Histoire de 
France, et nous y avons trouvé ce qui suit : 

« Ceux de Dax, sur la nouvelle de Paris, avoient massacré les protes- 
« tans, lesquels avec leurs femmes et enfans avoient cherché leur sûreté 
« dans la prison; mais le vicomte d'Orte, vir stolide ferox^ gouverneur 
<f de Rayonne, avoit respondu au roy sur le commandement des massacres 
« qu'il avoit trouvé en sa ville force soldats et pas un bourreau. » 

Voilà bien, sinon la lettre, du moins le fait et le mot historiques, re- 
tracés une troisième fois de la main de d'Aubigné comme une des choses 
notables, dignes de l'histoire, et cependant omises aux histoires qui en 
ont été publiées. Qu'en dites-vous? tout n'est-il pas expliqué par ces sim- 
ples lignes? Persisterez-vous à faire valoir que d'Aubigné est le seul à parler 

XII. — 16 



QUESTIONS ET REPONSES. 

de ce fait, quand c'est lui-même qui remarque que l'histoire a négligé de 
l'enregistrer? (1) 

Nous concluons, quant à nous, avec une ferme et entière conviction, que 
d'Aubigné a pu prêter au vicomte d'Orte sa plume et son style coloré, 
comme Plutarque, Tite Live, Mézeray, les historiens de l'ancienne école, 
l'ont fait en pareil cas, mais qu'il n'a pas inventé l'événement, et que nous 
n'avons point à rayer de nos annales la belle conduite du gouverneur de 
Bayonne, — pas plus que nous n'en rayerons celle du comte de Gordes, 
lieutenant du roi à Gronoble, parce que l'auteur d'une Histoire du Dau- 
phiné, publiée en 1855, a eu la singulière idée de lui attribuer précisé- 
ment cette même lettre dont d'Aubigné fait honneur au vicomte d'Orte. 
{Athenxum franç. de 1856, p. 393.) 

Citons en terminant un curieux passage deTallemant des Réaux que nous 
avions relevé et qui n'a pas échappé non plus à M. Ed. Fournier : « De 
« Niert (car c'est ainsi qu'il se nomme, quoique tout le monde die Denière 

ou î)enièle), est de Bayonne. Il dit que son grand-père, étant maire du 
« temps de la Saint-Barthélemy, empêcha qu'on ne fît le massacre dans 
« Bayonne." {Historiettes^ éd. de 1834, p. 428.} On nous apprend en note 
que ce De Niert épousa en secondes noces, en 1653, Henriette de Durfort, 
fille de Guy Alphonse de Durfort et d'Elisabeth de la Tour de Bouillon. 
C'est fort bien, mais ce De Niert était-il donc un petit-tils de notre vicomte 
d'Orte? voilà ce qu'il eût fallu nous dire. Si oui, il ne se vantait pas à tort 
et pouvait se glorifier de son aïeul, comme ce duc de Nevers, de l'opéra 
des Huguenots, qui, dans les scènes sublimes du 4« acte, s'écrie que 

Parmi les illustres aïeux 
Dont la gloire ici l'environne, 
// compte des soldats, et pas un assassin! 

C'est le mot même que le Scaligerana met dans la bouche de M. de 
Gordes : « 11 respondit qu'il estoit lieutenant du roy et non bourreau. « 

« ACIIHUS aToIt g^ag^né PÉlBE ÉTERlVEIi. » ^ue «igrnifle cetto 

locution? 

(Voir t. XI, p. 325.) 

Mon cher Président, 
Le passage de Palissy, sur le sens duquel vous avez posé la question d'un 
Je vos derniers numéros, m'a plus d'une fois préoccupé ; mais la barre, dont 

(1) 11 n'est pas inutile de rappeler ici que d'Aubigné eut à sa disposition des 
Mémoires que les provinces avaient été chargées de rechercher et de lui trans- 
mettre. (Act. 31 du synode national de Gap, en 1C03. Bull. y 1, 323.) 



QUESTIONS ET REPONSES. 243 

il était marqué sur la marge de l'exemplaire, corrigé d'après les éditions 
contemporaines, qui me servira à réimprimer les œuvres de philosophie na- 
turaliste de ce penseur original, n'était pas encore remplacée par la note dé- 
finitive, et demeurait avec son interrogation inquiétante. Un livre publié 
récemment m'a donné la clef de cette petite énigme, et me permet par con- 
séquent de répondre à votre appel. 

Il convient d'abord de rappeler dans ses termes mêmes le passage de 
Palissy. Il s'agit de la fondation de l'Eglise réformée à Saintes et du triom- 
phe violent des catholiques : « Après cela, ils s'en allèrent, de maison en 
«maison, prendre, piller, saccager, gourmander, rire, moquer et gaudir, 
« avec toutes dissolutions et paroles de blasphèmes contre Dieu et les hom- 
« mes, et ne se contentoyent pas seulement de se moquer des hommes, mais 
(c aussi se moquoyent de Dieu, car ils disoyent que Jgimus avoil gagné 
« Père Eternel » (1). 

De toute façon la phrase a le sens que les catholiques l'emportent, et 
Agimus est la première personne plurielle du présent du verbe agere, ago. 
Ce n'est pas au reste la seule fois que l'on fasse ainsi un substantif de cette 
personne d'un verbe. Ignoramus est le titre et le principal personnage 
d'une comédie satirique latine, à peu près illisible aujourd'hui, mais qui à 
son heure a été un événement en Angleterre. Des petits Benedicamus, — on 
le prononce sans faire sonner l's, — est encore usité dans l'Orléanais avec le 
sens d'enfants de chœur. En même temps gagner paraît avoir, plutôt que 
le sens de gagner à son parti, rnettre de son côté^ celui de vaincre, l'em- 
porter sur. Toute interprétation, que l'on s'en rende ou non compte en 
détail, devra ne pas aller contre cette explication première et grossière, 
forcément donnée par la suite du texte : Ce sont les catholiques qui l'em- 
portent. 

Voici ce à quoi j'avais pensé d'abord. Agimus, nous faisons, ce sont les 
gens qui mettent l'action avant tout, dont l'action ne consiste qu'à faire ce qui 
leur convient, ce qui est agréable à leur passion, et qui paraissent l'emporter 
sur Dieu parce qu'il ne les empêche pas de faire ce qu'ils veulent. Pour eux 
Dieu, dans les nuages de sa gloire, est un peu comme dans les chansons de 
geste le vieux Charlemagne sur son trône. Ils font bien dans le lointain du 
paysage, ayant, l'un comme l'autre, la barbe blanche, la couronne mi- 
trée, le globe impérial, mais en même temps aussi endormis, aussi inutiles, 
aussi faibles, aussi oubliés et aussi irrévérencieusement traités l'un que 
l'autre. C'est le sentiment de la lettre du vers de Perse : 

Minimum est qiiod quaerere euro; 

De Jove quid sentis? 

(1) La Recepte véritable. La Rochelle, de l'imprimerie de Barthélémy Berton, 
1563, in-4% Pij, verso. 



XÎUESTIONS ET REPONSES. 

C'est celui de ce joli vers de Guillaume Crétin, qui aurait dû en écrire plus 
souvent de pareils, lorsqu'il parle du dérèglement des moines : 

Et que fait Dieu? Il est bien aise aux cieux. 

Ainsi le sens viendrait de ce raisonnement : « Nous faisons ce que nous 
«voulons parce que nous n'avons rien à faire de Dieu; il est si loin; 
« c'est nous qui sommes ici les forts et qui l'emportons sur lui. » 

Un autre sens m'avait été présenté par un ami. Pressentant que, siJgi- 
mus était les catholiques, Père Eternel devait par contre signifier d'une 
manière positive les protestants, il pensait que c'était une façon de s'expri- 
mer résultant de la lutte engagée par chacun d'eux en faveur des principes 
des Œuvres et de la Foi mis en opposition théorique. Il suffira de dire à 
ceux de nos lecteurs qui ne se souviennent pas du beau travail de M. de 
Rémusat, sur les idées et le système de Luther, que les deux écoles théo- 
logiques proclamaient, l'une la supériorité des œuvres sur la foi, c'est-à-dire 
de la rectitude et de la justice de la vie personnelle sur le degré ou la jus- 
tesse de la croyance intellectuelle, l'autre, c'est, je crois, une doctrine en- 
core plus ferme dans le calvinisme que dans la confession d'Augsbourg, que 
la foi, c'est-à-dire la recherche de la vérité en même temps que la compré- 
hension raisonnée et juste de la croyance, est plus importante que de se 
préoccuper des œuvres parce que, là où la foi est bonne, les œuvres ne peu- 
vent pas être mauvaises et restent au plan relativement inférieur et terres- 
tre oti elles doivent demeurer, tandis que les œuvres bonnes n'empêchent 
pas la foi d'être mauvaise. En d'autres termes, ce serait l'antagonisme, ou 
plutôt le dualisme de Marthe et de Marie dans l'Evangile, et, dans la Bible, 
celui que le Dante a vu en songe au moment de sortir du Purgatoire (1) et 
que Michel-Ange a sculpté d'après lui pour le tombeau de Jules II (2) à Saint- 
Pierre-aux-Liens, celui de la Fie active et de la Fie contemplative, sous 
la figure des filles de Laban : Lia la première avec la guirlande de fleurs 
qu'elle s'est occupée à cueillir et le miroir où elle regarde ses actions et 
celles des autres; Rachel, la seconde, qui, assise comme dans le Dante, ou 
debout comme à Saint-Pierre, reste les mains jointes, ne se mire que dans 
le miroir divin et veut demeurer toujours ravie en esprit comme un fakir ou 
comme un ascète. 

Je comprends que l'explication était tentante ; elle était dans le sens de ce 
dont il fallait donner raison, mais d'une façon trop philosophique, trop 
idéale, trop ingénieuse pour être acceptée ; Jgimus et Père Eternel étaient 
entendus de tous, employés par tous, et tout le monde ne pouvait pas com- 

(1) Purgatorio, canto XXVII. 

(2) Voir le Nouveau Vasart de Florence, XII, 4 856, p. 181, 217-8, 323. 



QUESTIONS ET REPONSES. 245 

prendre des abstractions de cette nature jusqu'à les accepter pour les faire 
passer dans une locution usuelle et proverbiale. 

La question en était là, c'est-à-dire à peu près au point de départ, lorsque 
la partie inédite et jusqu'alors inconnue du Journal de l'Estoile que M. Hal- 
phen vient de publier chez Aubry, me donna un passage qui, en affirmant 
le sens d'une façon absolue, m'a mis sur la voie d'une explication plus simple, 
plus naturelle et par conséquent plus juste : « On donna pour nourrisse, à 
M. le Dauphin, une nommée Poucet, fille d'une bonne mère dévote ligueuse, 
nommée Hottoman, qu'on appelloit la Mère des Seize et femme d'un mari 
qui ne valoit guères, mais pour son regard d'elle fort honneste femme, 
et la bonne façon de laquelle revenoit fort à Leurs Majestés, principalement 
au roy, qui, non obstant le dire de son médecin, qui y en vouloit mettre 
une autre, vouloit absolument qu'elle le fust. Pour médecin de M. le Dau- 
phin on y mist Erouard (1), à la faveur et recommandation de M. de Bouil- 
lon. Et parce que ledit Erouard estoit de la Religion, on disoit qu'on avoit 
voulu marier Père Eternel et Agimus ensemble. » 

Ici le doute n'est pas possible. C'est le protestant Hérouard qui corres- 
pond au Père Eternel ; par contre, Agimus se rapporte à la ligueuse, — rien 
n'est plus catholique que la Ligue obéissant à l'Espagne; les ultramontains 
de nos jours qui veulent être tout, excepté Français, le sont de la même fa- 
çon, — à cette nourrice catholique, que Henri IV a probablement plutôt 
choisie pour faire nourrir le Dauphin par une belle fille, robuste et plai- 
sante à voir, que pour donner un gage à un parti alors qu'il en donnait un 
à l'autre. Le sens est certain ; il ne reste qu'à rendre raison des causes qui 
ont motivé ces deux appellations. 

En y réfléchissant, il est tout simple que Père Eternel désigne les hugue- 
nots. Dans le catholicisme, le Christ, le Dieu de la religion nouvelle, était 
la personne principale, et son adoration y était allée jusqu'à l'idolâtrie. Par 
une réaction toute naturelle à ceux qui se voulaient éloigner des superstitions 
qui étaient venues souiller l'idée primitive, et sans s'apercevoir que, sauf le 
monothéisme, représenté par la Trinité, le meilleur du christianisme avait 
bien plus de racines dans la philosophie et la morale païennes et leur devait 
bien plus qu'aux croyances, aux prescriptions législatives et aux habitudes 
traditionnellement étroites, barbares et implacables du peuple juif, le pro- 
testantisme devait, pour remonter à la source, se rattacher à la Bible, la re- 
mettre en honneur et en faire son livre, par cela même que le catholicisme 
la répudiait en la tenant à l'écart et en se refusant à la mettre dans la main de 
tous. Puisqu'en cessant d'être papistes, les protestants voulaient demeurer 
chrétiens, et cesser d'être en même temps que rester de la même religion, il 

(1) Jean Hérouard, dont MM. Soulié et de Barthélémy vont publier le curieux 
Journal. 



246 QUESTIONS ET REPONSES. 

était fatal que le protestantisme, du moment où, pour supprimer tout le déve- 
loppement dogmatique postérieur, il s'en tenait au seul Evangile, dût, pour 
se distinguer encore plus, se reprendre au livre, que ceux dontil s'éloignait 
n'acceptaient qu'en partie, à titre d'origines, et reléguaient au second plan. 
Par là c'est la Bible qui devenait le livre protestant par excellence, et, mal- 
gré tout ce qu'elle a d'antichrélien et d'antimoderne , c'est elle qui, étant 
le plus long des deux livres qu'il acceptait et celui dont Rome ne voulait pas, 
a donné au protestantisme sa phraséologie et sa liturgie. Les hymnes et les 
prières romaines étaient détrônées par les psaumes, les noms des saints par 
ceux des patriarches, des rois, des prophètes, qui, dans la plupart des 
cas, font reconnaître dans l'histoire les protestants ; et l'on sait en Angle- 
terre, la nation protestante entre toutes, ce qu'est encore aujourd'hui la 
Bible, à quel degré et jusqu'en ses moindres détails elle est dans toutes les 
mémoires, quelle importance elle a dans l'usage journalier et combien le 
respect et je dirai le fétichisme en sont scrupuleux et intolérants, à ce point 
qu'il serait plutôt permis de toucher à la reine Elisabeth qu'au moindre de 
ses versets et que beaucoup d'honnêtes gens ne seraient pas fâchés de lui 
rendre hommage en brûlant, au moins un peu, M. Colenso, qui pourtant la 
respecte beaucoup mieux qu'ils ne font (1). Ce retour à la lettre ancienne a 
même tellement pénétré les races anglo-saxonnes qu'il a été dans cer- 
tains cas jusqu'à faire reprendre vie à des idées qui depuis longtemps ne 
devraient plus être que de l'histoire; c'est en son nom que certaines gens 
acceptent ou défendent encore, aussi bien à leurs propres yeux qu'à ceux 
des autres, l'esclavage comme d'institution divine; c'est à son exemple 
que les Mormons, poussant l'imitation jusqu'à la folie, essayent de renou- 
veler la polygamie et le droit absolu de vie et de mort. Le protestantisme 
n'est pas responsable de ces aberrations, qui sont et demeureront un crime 
de lèse-humanité, plus que ne l'est la science de l'emploi criminel des 
substances vénéneuses; mais il a redonné à cette œuvre, d'une autre épo- 
que et d'une autre civilisation, une vie nouvelle et tellement réelle que 
c'est son adoption complète, si longtemps repoussée, qui le caractérise en 
partie. Or, pour en revenir à notre discussion, ce qui emplit la Bible tout 
entière, c'est la présence du Dieu souverain et vraiment unique, dont le 
christianisme n'a fait que le père du Christ. Il est donc naturel qu'au sei- 
zième siècle, où cette résurrection du livre juif était une nouveauté et un 
étonnement, la seule désignation de Père Eternel ait suffi pour faire recon- 
naître ceux qui diminuaient le Fils pour rendre au Père une importance 
qu'il avait perdue, et pour caractériser, non pas à soi seul mais dans une 

(1) Voir sur le livre de l'évêque de Natal l'article de M. Montégut, dans la 
Revue des Deux-Mondes du 15 mars 1863. {Réd.) 



QUESTIONS ET REPONSES. 247 

locution double, les huguenots d'une façon assez clairement évidente pour 
devenir facilement populaire. 

Il ne reste donc plus à expliquer que le motif du sens d-Jgimvs et la 
possibilité de sa compréhension à l'état courant. Il est d'abord tout sim- 
ple, le protestantisme ayant fait entrer la langue vulgaire, quelle qu'elle 
soit, jusqu'alors confinée aux prédications, dans la partie liturgique du 
culte, que le catholicisme fût désigné par un mot latin. L'introduction de 
la langue vivante et le maintien de la langue morte étaient un autre des an- 
tagonismes des deux Eglises. L'une voulait que le peuple et les petits n'eus- 
sent plus rien de caché et s'associassent à tout autrement que d'intention; 
l'autre tenait au maintien du latin. Ce n'était pas, autant qu'on l'a dit, pour 
garder le culte et le dogme dans une obscurité divine et par là plus respec- 
tueuse; les raisons en étaient autres. Il y avait là le sentiment de l'univer- 
salité qu'on attribuait encore au latin, sentiment qui flattait en faisant pen- 
ser et en se substituant à l'universalité que le peuple-roi, le maître du 
monde païen, lui avait donnée dans l'antiquité; il y avait aussi Je respect 
pieux pour la première langue avec et par laquelle on avait triomphé autre- 
fois, et ce respect était augmenté par la prétention à l'immutabilité ; puisque 
le catholicisme prétendait avoir toujours été ce qu'il était, il fallait qu'il ne 
cessât en rien d'être ce qu'il avait été, et le changement de langue aurait 
été une modification pour lui d'autant plus profonde que, touchant à la 
forme, elle aurait été des plus apparentes. Le catholicisme était donc bien 
désigné par un sobriquet latin, et il l'était d'autant plus que ce mot rappe- 
lait immédiatement la prière la plus catholique qui fût alors. 

11 commence, en effet, celle qui autrefois se disait à table, aussi fréquem- 
ment qu'elle se dit peu maintenant, et, quand la mémoire m'en est revenue 
à travers mes souvenirs de collège, j'ai été fort étonné de n'y avoir pas pensé 
du premier coup. Cette prière n'est autre que le Agimus tibi grattas, om- 
nipotens Deus, pro universis heneficiis tuis^ qui vivis et régnas in secula 
seculorum. Amen. yidÀs pourquoi celle-là en particulier plutôt qu'un passage 
de la messe, où on aurait pu penser à chercher d'abord cet Agimus^ plutôt 
que les autres prières quotidiennes, \q Pater, le Credo, dont les prolestants 
discutaient et modifiaient les dogmes, et surtout VAve Maria, qui se rap- 
portait à un culte repoussé par eux, ou le Coiifiteor, témoignage d'une in- 
stitution qu'ils supprimaient? La réponse est bien simple. Les paroles de 
la messe ne se trouvaient que dans la bouche des prêtres; les autres 
étaient plus générales en étant aussi bien laïques que cléricales, mais elles 
avaient un caractère privé; même quand elles étaient dites en commun le 
malin et le soir, c'était seulement devant les gens de la famille et de la 
maison, avant que les portes ne fussent ouvertes ou après qu'elles étaient 
fermées, avant le commencement ou après la tin des relations avec le de- 



248 QUESTIONS ET REPONSES. 

hors. Aucune n'était aussi publique que celles qui se disaient d'abord pour 
appeler sur le repas la bénédiction divine et ensuite pour la remercier de 
ses bienfaits. Elle se disait partout et devant tous, aussi bien devant les 
étrangers que devant les hôtes, aussi bien dans les tavernes et dans les au- 
berges que dans les boutiques, les maisons, les châteaux et les palais. Plus 
d'une fois, dans les lieux ouverts à tous, l'observance ou l'omission de 
cette pratique a dû être la cause de regards haineux, de discussions que- 
relleuses et même d'épées tirées. On se reconnaissait à cela, comme à un 
chapelet, à un scapulaire, à une médaille, à un crucifix, comme à la sévé- 
rité de la coupe ou des couleurs du costume, comme au respect ou aux in- 
fractions du maigre, comme à l'emploi de termes religieux différents, et, 
selon qu'on se trouvait ou non du même bord, quand on ne se bravait pas, 
tout au moins s'éloignait-on les uns des autres. C'était, au bout de quel- 
ques heures, la pierre de touche infaillible, à laquelle on ne pouvait se 
soustraire sans mentir. Il est donc tout naturel que cette prière, connue de 
tous et incessamment entendue, ait été choisie et acceptée pour désigner 
les catholiques, et aucune ne convenait mieux pour cet objet. 

On pourrait cependant faire une objection. Cette prière n'est habituel- 
lement désignée que sous le nom de Grâces; ainsi déjà dans le roman de 
Jean de Paris, écrit à la lin du XV^ siècle : « Quant il eut soupé et grâces 
furent dites, » éd. Jannet, p. 5-9, et plus tard dans ce vers de la seconde sa- 
tire de Régnier: 

Après Grâces Dieu bu ils demandent à boire. 

Mais L'Estoile, qui a connu Palissy, et qui connaissait sa langue, s'ex- 
prime exactement comme lui dans un autre passage qui sera encore plus 
explicite. Lorsqu'il parle du mariage du duc de Joyeuse et de Marguerite 
de Lorraine, la belle-sœur de Henri III, il rapporte que ce fut le cardinal 
de Joyeuse qui dit au banquet des noces le Benedicite et VJgimus. Ce pas- 
sage si formel de L'Estoile prouve que là où nous disons les Grâces^ on 
disait alors VJgimus (1); nous le trouvons encore dans une satire de Du 
Lorens, c'est-à-dire du plein milieu du XYII® siècle; la date de l'édition est 
de 1654. Il parle du demi-savant insupportable, qui ferait mieux d'être 
court, 

Comme après Agimus un enfant dit : Prou face. 
Cela me paraît suffire à expliquer le passage de Palissy, sur l'interpréta- 
tion duquel vous serez, je crois, d'avis que le doute n'est plus possible. 
Yourstruly. A. de Montaiglon. 

Sannois, 2 avril 1863. 

(1) Au 21 juin 1598, L'Estoile mentionne de même que « l'archevêque de 
Bourges a dit le Benedicite et V Agimus. » 



QUESTIONS ET REPONSES. 



249 



DiTerses éditions dn Psantier hng^enot^ de 1563^ 1623^ 
1659, IVOS, 1739. 

Aux tomes p. 94, et VI, p. i 8 du Bulletin, il a été demandé des rensei- 
gnements sur tout ce qui concerne le Psautier français. Dans les articles pu- 
bliés depuis (I, 34, 94, U3, 409; II, 417; VI, 18, 130,346), je ne trouve au- 
cune mention des deux éditions suivantes, qui me sont tombées dernièrement 
sous la main : Les Pseaumes mis en rime françoise^ par Clément Marot 
et Théodore de Bèze. « Ps. IX. Chantez au Seigneur, etc. » A Genève, par 
Jean de Laon^ pour Anthoine Vincent, 1562, avec privilège du roy. Cette 
édition in-12 contient : le privilège du roy in extenso avec les dates 19 oc- 
tobre 1561 et 26 décembre 1561, comme on l'indiquait (I, 95). La préface 
de Calvin à tous chrétiens et amateurs, et l'épistre de Théodore de Bèze. 
L'autre volume a pour titre : « Pseaumes de David mis en rime françoîse, 
par Clément Marot et Théodore de Bèze. A Paris, par Adrian le Roy et 
Robert Ballard, imprimeurs du roy, 1562. Pour Anthoine Vincent. 
Avec privilège du roy. » Cette édition in-1 2 a de beaux caractères, à chaque 
page des encadrements à l'encre rouge, plusieurs vignettes et des arabes- 
ques pantagruéliques (1). La vignette de la première page représente deux 
femmes, dont l'une est couchée dans une conque marine posée sur la mer; 
l'autre est par-dessus, assise dans un nuage. La devise est : Virtuti fortuna 
cedit, L'épistre de Théodore de Bèze y est, sauf la première page, mais avant le 
litre. La reliure était riche, mais elle est usée et déchirée. A la fin sont la 
forme des prières ecclésiastiques et le catéchisme qui remplissent 1 34 pages. 
Cette édition de luxe, imprimée avec privilège à Paris, par les imprimeurs 
du roi, prouve l'inexactitude de l'assertion de Florimond de Rémond que 
les 150 psaumes mis en musique furent partout défendus, quand on les pu- 
blia avec le catéchisme calvinien et genevois. Ils étaient si bien défendus 
qu'Antoine Vincent, de Lyon, qui avait obtenu le privilège, le 26 décembre 
1561 , faisait paraître simultanément en 1562 trois éditions des 150 
psaumes mis en musique : l'une, à Lyon, chez Thomas Constant; la se- 
conde, à Genève, par Jean de Laon ; la troisième, à Paris, par les impri- 
meurs mêmes du roy avec le catéchisme genevois. Cette dernière a ceci de 
particulier que la pagination des 1 50 psaumes est marquée par feuilles et 
que celle du catéchisme l'est par pages. Ce fut peut-être le moment de 
transition entre les deux modes de compter les pages. 

Je possède un exemplaire du Psautier intitulé : « Les Pseaumes de David 
mis en rime françoîse^ par Clément Marot et Théodore de Bèze, réduits 

(1) Des encadrements et arabesques de ce genre ont été signalés par nous 
dans le volume que nous avons décrit (I, 96). Ne seraient-ce pas les mêmes? Ne 
serait-ce pas la même édition de 1562, avec des rubriques modifiées? {Réd.) 



250 "questions et réponses. 

nouvellement à une brîève et facile méthode pour apprendre le chant 
ordinaire de l'Eglise, par Anihoine Lardenois. Se vendent à Charenton, 
par A. Cellier, demeurant à Paris, rue de la Harpe, etc. 1659. La nou- 
velle méthode, proposée par le consistoire de Nîmes, est exposée dans une 
préface; elle consiste à réduire les clefs diverses des chants à une seule, 
non variable, dit l'auteur, celle d' Ut, par la transposition de tous les chants 
notés sur d'autres clefs. En introduisant un simple Si bémol, que l'auteur 
appelle Fa et que j'ai entendu désigner Fa fin, par un vieux chantre cé- 
venol, pour le distinguer de l'autre, on pouvait opérer toutes les transpo- 
sitions ; ce qui en effet rendait plus briève et facile, l'étude de la musique 
sacrée. Aussi cette amélioration fut adoptée dans les éditions de 1561, 
in-12, par A. Cellier, de 1708, in-12, à Amsterdam, pour la compagnie des 
libraires, de 1737, in-12, par l'imprimerie de Leurs Excellences de Berne, 
que j'ai sous les yeux. 

Celle d'Amsterdam a en tête un avis des pasteurs et des professeurs 
de Genève, qui contient ces mots : « Les fréquens changemens qui ar- 
" rivent à notre langue obligeront sans doute à les retoucher de temps 
« en temps. On n'allègue pas ici les raisons qui ont porté les synodes 
« nationaux de France à solliciter feu M. Conrart à y travailler. On 
« les peut voir dans l'avertissement qui a déjà été imprimé avec les 
« psaumes qui portent son nom. Nous dirons seulement, qu'ayant reconnu 
« que les Eglises qui font le service divin en françois avoient besoin d'une 
« version plus intelligible que n'est aujourd'hui celle de Marot et de M. de 
« Bèze, et qui par ses expressions ne donnât à personne aucun prétexte 
« d'en parler avec mépris; nous avons revu celle de M. Conrart et après y 
« avoir fait quelques changemens, nous la publions pour la satisfaction des 
« Eglises. Nous prions ceux qui entendent la langue originale, ou les règles 
« de la poésie françoise, de nous avertir des défauts qu'ils pourroient y re- 
« marquer. On profitera de leurs avis pour l'édification des Eglises, ce qui 
« doit être le but de tous les ouvrages de religion. » 

Cette édition est la première, à ma connaissance, dans laquelle je vois 
figurer les cantiques qui se chantent dans V Eglise de Genève. Mon exem- 
plaire en a douze, mais comme le douzième est à la fin et en partie emporté 
avec la garde du livre, je ne sais s'il y en avait alors davantage. Ni sur le 
titre, ni en tète de chaque psaume ne se lisent plus les noms de Marot et 
Théodore de Bèze. — C'est alors qu'on mit à la fin des Psaumes, dans cer- 
taines éditions, une double table, l'une d'après la versification de Marot, 
l'autre d'après la révision, pour en faciliter la recherche. J'en ai vu une. 

J'ai en ce moment, chez moi, une autre édition des Psaumes, in-32, im- 
primée à Genève, pour Etienne Gamonet, en 1622. Elle est imprimée avec 
un Nouveau Testament et un calendrier historial, qui contient une page 



QUESTIONS ET REPONSES. 251 

consacrée à l'indication des foires, « plus sont adjoustées plusieurs choses 
« mémorables advenues en ces derniers temps. » Elle a Yépistre de Bèze, 
une pièce de vers intitulée : Louanges des pseaumes de David^ par le 
sîeur du Bartas, l'épitaphe bien connue de Clément Marot et un quatrain 
épigramme non moins connu sur Théodore de Bèze; ces deux derniers mor- 
ceaux sont de E. du Modelin. On trouve dans ces vers de Dubartas un goût 
douteux, mais de la verve et de l'imagination^ son défaut et ses qualités 
ordinaires. 

Je possède aussi un exemplaire du Psautier in-64, avec riches encadre- 
ments à chaque page. Le titre manque à ce petit volume, qui paraît dater 
de la seconde moitié du dernier siècle. C. Ribard. 

Saint-Jean du Gard, janvier 1863. 



lia première édition de l'Histoire de la Popeîînière, de 15'?1. — 
lies éditions suivantes et les contrefaçons de îie Frère de liaval 
et Pig^uerre, 1573-1584. 

Dans le catalogue mensuel, publié par le libraire A. Claudin (Archives 
du Bibliophile, 33« cahier) on trouve, sous le numéro 8948 : 

La vraye et entière histoire de ces derniers troubles advenus tant en 
France qu'en Flandres et pays circonvoislns, comprinse en dix livres, 
dédiée à la noblesse de France. Cologne, Arn. Birckmann, '1557. Petit 
in-80. 

C'est bien évidemment, ainsi qu'on l'indique d'ailleurs, l'ouvrage du cé- 
lèbre historien La Popelinière; mais la date 1557 a de quoi surprendre. 
Quoique nous sachions le soin que l'éditeur apporte à la rédaction de ses 
catalogues, il y a là une erreur de chiffres évidente, l'œuvre de La Pope- 
linière ayant eu d'abord pour point de départ les événements de l'année 
1568. 

L'édition, considérée comme la première de toutes, est intitulée mot 
pour mot comme ci-dessus ; seulement la rubrique est A Cologne^ par Ar- 
nould Birckmann, 1571 , et c'est un petit volume de format in-16. Le titre 
porte une jolie vignette ovale représentant une femme nue (la France sans 
doute) assise, tenant une palme de la main droite et entourée de cuirasses, 
armes, tambours, clairons et autres attributs de guerre, avec cette légende : 
Post cruenta bella tandem victrix evasi. Au verso du titre on lit un Ron- 
deau à l'auteur « Docte entre tous, en l'histoire tant digne, etc. » Puis 
vient la dédicace : A la noblesse de France, épîlre de onze pages non pa- 
ginées, en italiques, datée à la fin: « De Parpignan, ce 18 octobre 1571. » 



252 QUESTIONS ET REPONSES. 

Ensuite un Adveriîssement au lecteur {\)^ d'une page, avec deux dizains 
au verso. Enfin commence l'histoire, pages \ à 656 (lisez 636), suivie d'une 
table qui occupe 22 pages non paginées, après quoi, pour conclure, vien- 
nent cinq autres pages remplies par diverses épigrammes et poésies en latin 
et en français. 

L'édition qui est comptée comme la seconde est celle de Basle, pour 
Pierre Bavantes, i 572, in-8°, que nous avons citée à propos de ce Bavantes 
dit Antesignanus (X, 217). Les dix livres de la précédente allaient de mars 
1568 à août 1570. Celle-ci a quatorze livres, avec ce titre dans lequel nous 
soulignons les changements : La vraye et entière histoire des troubles et 
choses mémorables avenus, tant en France qu'en Flandres et pays circon- 
voisins depuis /'a?i 1562, comprinse en M livres, les trois premiers et 
dernier desquels sont nouveaux^ les autres revus et augmentés de plu- 
sieurs choses notables. Avec les considérations sur les guerres civiles 
des François, Au Roy. Cette Epître au roy a 12 pages non paginées, l'E- 
pître à la noblesse en a 26, et l'Avertissement au lecteur en a 3. Puis ^ent 
une Ode de neuf stances de huit vers : 

Celui qui, le chef armé, 
De brillantes étincelles, etc. 

Le livre premier de l'édition de 1571 est devenu tel quel le 4^, et le 
dixième est numéroté 13 (2). Il y a 481 pages, plus la table. 

La troisième édition connue est celle de La Rochelle, par Pierre Ba- 
vantes, 1573, in-8°, dont un de nos correspondants nous a transcrit le titre 
conforme au précédent et donné la description (X, 437). M. Haag paraît ne 
l'avoir point connue et avoir pris pour une troisième édition celle de 1579. 
C'est une rectification que nous lui signalons. 

On sait que c'est le succès obtenu par son ouvrage qui obligea La Pope- 
linière à en donner trois éditions en trois ans. Ce furent aussi les contre- 
façons et falsifications qui en furent faites par d'impudents plagiaires. 
Voici ce que remarque son contemporain La Croix Du Maine dans sa Bi- 
bliothèque française publiée à Paris en 1584 : « Faut noter que les his- 
« toires qui ont esté escrites par Jean Le Frère de Laval et par un nommé 
« Piguerre sont prises en partie de ladite histoire du sieur de La Popelinière, 
« et que ce qu'il y a de différence entre icelles, c'est que ils ont osté tout 

(1) Il y dit qu'il n'a pas voulu employer «ces noms factieux de Papistes et 
Huguenots, et qu'il les nomme Catholiques et Protestans. » Cependant nous 
remarquons que dès le livre I*"", page 43, il parle des « principaux chefs hu- 
guenots. » 

(2) On ne comprend pas comment Du Haillan, Du Chesne, Langlet du Fres- 
noy, Lelong et Fontette, se bornent à dire qu'on attribue cet ouvrage à La Po- 
pelinière, quand il suffisait d'en vérifier le contenu, qui se retrouve identique- 
ment dans les éditions postérieures portant le nom de l'auteur. 



QUESTIONS ET REPONSES. 253 

« ce qu'ils ont ou qui estoit au désadvantage des catholiques, etc. » Or, le 
laborieux La Popelinière, comme rappelle d'Aubigné, est, de l'aveu même 
d'écrivains catholiques (XI, 207), un des historiens les plus diligents, les 
plus désintéressés et les plus véridiques (1 ). Faisons donc connaître ici cette 
imitation puisque l'occasion s'en présente. 

Dès 1573, avec privilège du roi daté du 10 février (moins de six mois 
après la Saint-Barthélemy), le Frère de Laval publia donc (ce titre est à 
noter) : LA VRAYE ET ENTIÈRE histoire des troubles et guerres civiles^ 
avenues de nostre temps, pour le faîct de la religion^ tant en France, 
Allemaigne que Pais-Bas. Voilà le plumage; voici maintenant le ramage. 
L'auteur avertit qu'il « entend parler aux catholiques, et non à leurs adver- 
saires, au front desquels il veut imprimer, ni plus ni moins qu'un fer chaud, 
des marques ineffaçables de notable infamie. » Il continue : « Certes, quand 
« après une longue suite d'années les hommes liront comme, régnant en 
« France Charles IX, saillirent du lac de Genève, non autrement que d'une 
« Lerne de tous maux, ne sçay quels monstres inconnus qui, par dehors, 
« avoient semblance d'hommes et, par dedans, n'estoient que grosses bestes, 
« qu'on appeloit ministres, lesquels, feignans la gravité de Xénocrates, se 
« vantoienl arrogamment sans autre preuve estre tombés exprès des nues 
« pour retirer des abismes la vérité piéça cachée, refomlre l'Eglise, comme 
« Eson, en sa première jouvence et remettre sus la perfection évangélique 
« déchue : cependant, toutefois, ils dogmatisoient et perpétroient toutes 
« choses diamétralement éloignées non-seulement de l'ancienne piété de 
« l'Eglise chrestienne, ains aussi du devoir d'homme civil et raisonnable, 
« accommodoient l'Evangile à leurs appétits, comme si Jésus-Christ fust 
« venu prescher la secte d'Arislippe, et ne prenoient d'autre déduit qu'à 
« brouiller le monde de mutineries, guerres civiles, factions et conviées, 
« qu'à disbaucher et corrompre la discipline ancienne, bouleverser estât et 
« police, butiner les provinces désolées, profaner les choses sacrées et 
« anéantir toute vraye religion. Bon Dieu ! qui, lisant telle histoire, ne mau- 

« dira, ne détestera, n'abhorrera leur p , sanguinaire et diabolique im- 

(f pudence? Qui se soûlera d'admirer et plaindre Taveugle, bestière et misé- 
« rable impudence de ceux lesquels se laissant oculairement enjauler et piper, 
« ont engagé corps et âme à la mort présente et future, pour servir à l'ava- 
« rice, convoitise, ambition et félonie de ces lougaroux, sucubes, em- 
« puses (sic) et lucifuges de ministres-là? » 

Tel étant l'avis au lecteur, on juge ce qu'est le livre, et à quelle consora- 

(1) Aussi dit-il dans son Epître à la Noblesse (page 4 de l'éd. de 1571), que 
« maints personnages ont voulu lui faire retarder Tédition de son histoire, l'as- 
« surant qu'elle desplairoit tant aux catholiques que protestans... » Et en effet, 
elle fut condamnée par le synode de La Rochelle de 1581. Nous y reviendrons. 



254 "questions et réponses. 

mation de substantifs et d'adjectifs se livre ce digne précurseur de certains 
modernes publicistes. Il n'aurait eu garde de ne pas parler des récents mas- 
sacres du 24 août, en trempant sa plume dans le sang encore chaud des 
victimes. C'est surtout contre l'amiral Coligny qu'il se déchaîne : « Amiral 
« de France, non homme, mais plus tôt monstre, né à la subversion et ruine 
« de la France. » Il se délecte à peindre « sa vile charogne horriblement 
« mutilée, comme celle d'un Héliogabale ou Vitellius, et traînée à Montfau- 
con. » Enfin, après avoir raconté en grand détail la prétendue conjura- 
tion des huguenots, la délibération du conseil du roi et l'exécution qui s'en 
suivirent, il conclut ainsi : « Que leur devoit-on faire autre chose, à tels 
« conjurateurs, que ce qu'ils ont enduré? » 

Ajoutons, pour l'honneur de l'histoire, que dans la Bibliothèque histo- 
rique de la France ce Le Frère de Laval n'est point rangé au nombre des 
historiens (t. IV, m fine) et qu'au contraire on y a dévoilé sa fraude (t. 1, 
n« 5837). 

Pour revenir à La Popelinière, il ne réclama pas d'abord, mais fît réimpri- 
mer en deux volumes in -8° une quatrième édition de « La vraye et en- 
« TiÈRE HISTOIRE, clc. Comprisc en dix-huit livres, dont les cinq derniers 
i< sont nouveaux, et les autres revus, enrichis et augmentés de plusieurs 
« choses notables. j5«s/e, Germain, 1579. » — Les contrefacteurs firent 
paraître une édition semblable de leur falsification, en 2 vol. in-8, en 1582, 
puis en 4 584. Déjà, dans cet intervalle, l'infatigable historien avait refondu 
ou étendu derechef son ouvrage et l'avait publié sous ce nouveau titre : 

L'Histoire de France, enrichie des plus notables occurrances survenues 
ès provinces de l'Europe et pays voisins^ ^oit en paix soit en guerre^ 
tant pour le fait séculier qu'ecclésiastic^ depuis l'an 1550 jusqu'à ces 
temps. 1581 . Par Abraham H. 2 vol. in-folio. Sans nom de lieu (La Ro- 
chelle, Haultin). 

En tête de cette édition, après l'Epître au roi, se lisant dix pages di'Ad- 
vertissements nécessaires^ ès quels outre plusieurs avis, les desseins de 
tauteur sont au vray représentés par I. D. F. B. R. C. F. escuyer. 
L'auteur (car cet écuyer, c'est lui-même) s'y plaint « de ceux qui se sont 
« attribué sa première histoire et ont dérobé et falsifié ses labeurs. » Le 
court Avertissement au lecteur de la première édition de 1571 s'y trouve 
reproduit mot pour mot, et ensuite l'Ode « Celui qui, le chef armé, etc. » 

Une autre édition, la cinquième, parut à Paris, en 4 vol. in-8, 1582; la 
sixième également à Paris, en 1583, in-folio ; enfin une septième (la der- 
nière, croyons-nous), à La Rochelle, 1587. 

On croit peut-être que les contrefacteurs se bornèrent à leurs éditions 
portant le titre menteur de La vraie et entière histoire, etc.; et que lorsque 



QUESTIONS ET REPONSES. 255 

La Popelinière eut adopté celui de V Histoire de France, etc., et dénoncé 
leur tromperie ils ne persévérèrent pas dans leur métier de falsificateurs. 
Tout au contraire, un an après que l'Histoire de France avait été publiée 
à La Rochelle, paraissait, à Paris, chez Poupy et Chesneau, in-folio, 1582, 
« l'Histoire de France (ou l'Histoire française de nostre temps), contenant 
« les plus notables occurrences et choses mémorables advenues en ce 
« royaume de France et ès Pays-Bas de Flandres, soit en paix, soit en 
« guerre, tant pour le fait séculier qu'ecclésiastique, sous les règnes de 
« Henri H, François H, Charles IX et Henri HI, recueillie de divers mé- 
« moires, instructions et harangues d'ambassadeurs, négociations d'affaires, 
« expéditions de guerre et autres avertissements particuliers. » Nous avons 
souligné les trois membres principaux de ce titre copiés textuellement sur 
celui de La Popelinière et constituant la fausse marque de fabrique avec 
circonstance aggravante de récidive, à la charge de Jean Le Frère de Laval, 
principal du collège de Bayeux, à Paris, et de Paul-Emile Piguerre, conseil- 
ler au Mans. (Voir Lelong et Fontette, t. H, n^ 18420). Le premier de ces 
deux faussaires mourut en 1583 et c'est là sans doute ce qui mit fin à leur 
honorable exploitation. 

Nous recevrions avec plaisir les éclaircissements qjjie^l'on pourrait ajouter 
à ceux qui précèdenf, soit sur la première édition de la Fraie et entière 
Histoire^ soit sur les suivantes. 



lica Eglises de l'Ag^enaîs et celle de Sainte-Foy. liiste de leurs 
pasteurs (1555° 1685). 

Sainte-Foy, le 25 mars 1863. 

Monsieur le Président, 

J'ai lu dans le Bulletin (ci-dessus, p. 14), la communication de M. Alph. 
Lagarde, de Tonneins, sur les Eglises et les pasteurs de l'Agenais. Ayant 
fait quelques recherches sur le même sujet, à l'occasion d'un travail sur les 
Eglises du canton de Sainte-Foy, compris avant 1792 dans la même pro- 
vince, je viens, sinon compléter la liste fournie par M. Lagarde, du moins 
indiquer certains lieux de résidence qu'il a paru ignorer, et aussi ajouter 
quelques noms de pasteurs qui ne figurent pas sur sa liste. 

D'abord, pour les pasieurs Denys, Alba et Seillade, qui assistèrent, en 
1 620, à la sépulliire de leur confrère Bertram Ricotier, de Clairac, je trouve 
dans les Synodes d'Aymon (t. H, p. 225), que Denys (Abel) était à ce^: 
époque pasteur à Graieloup, Alba (Jean), à Tonneins-Dessus, et Seillade 
(Jean) à Moutheur. 

Toujours d'après Aymon {ibidem), J. Alba avait pour collègue à Tonneins- 



256 QUESTIONS ET REPONSES. 

Dessous, Jérémie Beaucorps; et Pierre Favières succéda àB. Ricotier, dé- 
cédé à Clairac. 

En 1 620, Esaïe Bousi remplissait les fonctions du saint ministère à Castel- 
moron; P. La Jargue, à Duras; J. Bardolin, à Miramon ; François Claude, 
à La Sauvetat-du-Dropt; Ambroise Constant, à Montflanquin ; B. Bétoule, 
à Agmé; J. Ferrou, à Reynac; Jacq. Raynal, à Lafite; E. Congnères, à 
Lacépède ; J. Cazaux, à Gévaudun ; Jean de Masparant et Pierre de La Nusse, 
à Nérac; Jacq. Bedat, à Montcrabeau; Pierre Castagnier, à Puch-de-Gou- 
taud; Jacq. Du Luc, à Casteljaloux ; J. Du Fort, à Labastide, et Daniel 
Féraudel, à Lavardac. (Voy. Aymon, cité plus haut.) 

En décembre 1 681 , assistèrent à un synode provincial tenu à Sainte-Foy 
les pasteurs suivants : Bétoule, de Duras; Tinel, de Villeneuve-de-Puycha- 
gut; Mathurin, de Miramon ; Dupont et de Tastée, de La Sauvetat-du-Dropt; 
Ferrand, de Nérac; de Brocas, de Casteljaloux; Latitte, de Puch (porté sur 
la liste de M. Lagarde comme pasteur au même endroit en 1672); Senilh, 
de Lavardac; Ducasse, de Caumont; David Joye, de Calonges (également 
porté sur la liste de M. Lagarde comme pasteur au même endroit en 1669; 
De Graves, de Meilhau; Cordier, de Fieux; La Porte, d'Agen; De Brocas, 
de Clairac ; Valade, de Toiirnon ; Ricotier, de Tonneins-Dessous, et Elie Re- 
naud, de Tonneins-Dessus (figurant aussi sur la liste de M. Lagarde comme 
pasteurs de celte ville en 1678); Canolle, de Gontaud; Testas, de Lafile; 
Védrines, de Montaud ; Vériés de Castelmorau (encore porté sur la liste de 
M. Lagarde comme pasteur dans cette Eglise en 1678); Testas, de Puymi- 
rol; Bordier, de Laporade; Gervais, de Gévaudun, et Gros, de Castelnau 
de Gratecombe. (Voir la France protestante, t. IX, p. 145.) 

Nous sommes encore loin, comme on le voit, M. Lagarde et moi, de pou- 
voir fournir une liste complète des pasteurs de l'Agenais, depuis l'origine 
de la Réforme dans cette province jusqu'à la révocation de l'Edit de Nantes; 
mais voilà du moins d'utiles jalons qui mettront sur la trace, je n'en doute 
pas, d'autres amis de l'histoire de nos Eglises, jaloux de payer, eux aussi, 
un tribut à la mémoire de leurs conducteurs spirituels aux XVI« et XVII* 
siècles. 

Pour ce qui concerne les Eglises du canton de Sainte-Foy compris dans 
la Gironde depuis la division de la France en départements, voici les noms 
des pasteurs qui, à ma connaissance, ont desservi ces Eglises depuis l'ori- 
gine de la Réforme jusqu'en 1685 : 

1 . — Aymon de La Voye, originaire de la Picardie, arrive secrètement 

de Genève à Sainte-Foy en 1541, et meurt martyr à Bordeaux au 
mois d'août de l'année suivante. 

2. — Lucos Hobe, dit Sulac, de 1555 à 1570. 



QUESTIONS ET REPONSES. 257 

3. — Antoine Morel, dit Delorme, de 1562 à 1578. 
l. — Cruseau, réfugié à Sainte-Foy après la défaite de Bergt en Péri- 
gord, 1562. 

5. — De Chauffepied, de 1578 à 1594. 

6. — Jean Lambert, de 1594 à 1603. 

7. — Isaac Fenet, de 1598 à 1610. 

8. — Labadie, de 1599 à 1600. 

9. — Pierre Hespérière, de 1600 à 1626. 

10. — Bessotis, de 1603 à 1620. 

11. — Jean Mizaubin, de 1620 à 1637. 

12. — Baduel, à La Roquille, en 1626. 

13. — Constantin, à Sainte-Foy, de 1626 à 1630. 

14. — De Monceau, de 1627 1645. 

15. — J. de Goyon, de 1638 à 1639. 

16. — Jacq. Privas, de 1644 à 1646. 

17. — Jean Alba, de 1645 à 1650. 

18. — Rigaud, de 1650 à 1667. ^ 
49. — Thérond, de 1657 à 1673. 

20. — S. Canolle, aux Gours (les Bouhets), en 1672. 

21. — Lauretz, à Sainte-Foy, de 1672 à 1675. 

22. — Royal, de 1672 à 1679. 

23. — Darroya, de 1673 à 1683. 

24. — J. Mizaubin (adjoint aux pasteurs), de 1675 à 1679. 

25. — Thouron, de 1679 à 1683. 

26. — Conquevé de Lacane, de 1679 à 1683. 

27. — Jacob Brun, aux Gours (les Bouhets), de 1675 à 1688. 

J'espère, Monsieur le Président, pouvoir vous envoyer plus tard un tra- 
vail sur les pasteurs sous la croix qui ont desservi les Eglises de notre 
consistoriale. 

Veuillez agréer, etc. A. Mercat. 



Un Ctuide du Toya^euî' en France en 164:1. — Ce qn'il dit 
au sujet de l'Eg-lise réformée. 

Voici un volume (jui est un des anciens « Guides du voyageur en France » 
vers le milieu du XVII^ siècle, et qui a pour titre : Le voyage de France 
dressé pour l'instruction et commodité, tant des François que des 
estrangers. Paris, Olivier de Varennes, 1641. Petit in-8° de 290 pages, 
avec tables. C'est la deuxième édition; la première avait paru en 1639. Cet 
ouvrage est fort intéressant à un point de vue d'histoire rétrospective, 

xii. — 17 



258 QUESTIONS ET REPONSES. 

comme tous les vieux livres de cette catégorie; il a de plus pour nous un 
intérêt tout spécial, étant édité par Olivier de Varennes, libraire rue Saint- 
Jacques, au Fase d'Or, qui appartenait à l'Eglise réformée (voir son article 
dans la France protestante) ; le privilège du roi porte la signature de Con- 
rart, et il y a une dédicace d'Olivier de Varennes à un prince protestant, 
le comte Wolmars-Christian de Schleswig etHolstein, fils du roi de Dane- 
mark. Voyons donc ce que peut contenir au sujet des protestants et de 
leur Eglise un livre ainsi publié par l'un d'eux et sous de tels auspices. 
N'oublions pas que nous sommes sous le règne du cardinal de Richelieu. 

Nous trouvons d'abord dans la première partie, ou Description de l'Etat 
de la France, le passage suivant : 

« La Religion Prétendue Réformée a été reçue et permise dans le royaume . 
depuis l'an 1561, sous le roi Charles IX, que fut fait le premier édit, qu'on 
appelle de Janvier, qui en a permis le libre exercice. Avant iceluy ceux qui 
étoient accusés d'adhérer aux nouveautés qui avoient déjà pris pied en Al- 
lemagne, par les prédications de Martin Luther, qui commença de dogma- 
tiser en Saxe dès l'an 1519, étoient punis par le feu, comme hérétiques et 
enseignans une doclrine contraire à celle de l'Eglise catholique, apostolique 
et romaine. Sur la fin du règne de François I^^", on commença à prêcher pu- 
bliquement en quelques lieux du royaume, et l'an 1536 Jean Calvin avoit 
composé son Institution de la religion chrestienne et dédiée au roy Fran- 
çois, de sorte que sous Henri II, son successeur, la nouveauté avoit gagné 
et pénétré jusques dans la ville capitale du royaume ; et fut saisi dans le parle- 
ment Anne du Bourg, conseiller clerc, lequel, ayant persisté en sa confession 
et déclaration d'adhérer à cette croyance, fut brûlé publiquement, au même 
temps du roi Henri H. Les règnes suivants de François II, Charles IX et 
Henri III furent diversement agités des troubles émus et suscités pour le 
fait de la religion, et fomentés pour les dissentions, haines et inimitiés ou- 
vertes des princes de la maison de Guise ou de Lorraine (qui se prévalu- 
rent au commencement du mariage fait entre le roi François II et Marie, 
reine d'Ecosse, leur nièce), avec la maison de Bourbon. Il y eut plusieurs 
guerres et plusieurs édits de paix ès années 1 562, 1 567, 1 568, 1 570 et 1 577. 
Le dernier édit de pacification sous lequel ceux de la Religion Prétendue 
Réformée vivent dans le royaume est celui de 1598, donné à Nantes sous 
le roi Henri IV, qui les a maintenus, de même que son successeur le roi ré- 
gnant, dans liberté de cet exercice. Il est vrai que, depuis l'an 1621 jusques 
à l'an 1626, il y a eu dîvek'ses guerres, et jusques à trois édits du roi ou 
déclarations, confirmation de l'édit de 1598, après la prise et réduction de 
grand nombre de villes que ceux de ladite religion tenoient en diverses 
provinces du royaume, scavoir: en Saintonge, en Poitou, en Guyenne, en 



QUESTIONS ET REPONSES. 259 

Languedoc et en Dauphiné, particulièrement la ville de La Rochelle, es- 
timée imprenable par ses fortifications extraordinaires du côté de la terre 
et par le secours qu'elle pouvoit attendre de l'étranger du côté de la mer. 

« Les provinces de France, où ceux de la Religion Prétendue Réformée 
sont en très grand nombre, sont le Languedoc, le Dauphiné, la Guyenne, 
la Saintonge, le pays d'Aulnis, le Poitou, la Normandie, les pays des Cé- 
vennes et Vivarais, où l'exercice est permis dans la plupart des villes et en- 
dos de murailles. Le pays de Béarn en a aussi plusieurs villes et habitans. 
Les autres provinces n'en ont point l'exercice dans les villes mêmes, mais 
dans les fauxbourgs ou en quelques lieux voisins. 

« Ceux de la Religion Prétendue Réformée n'ont plus la permission de 
s'assembler que pour traiter des matières de la Religion, de la discipline, 
des mœurs et police de leurs Eglises, avec l'assistance d'un commissaire dé- 
puté par le roi et qui fait profession de leur religion. Ces assemblées, te- 
nues par certaines Eglises encloses dans un diocèse, sont appelées collo- 
ques; si elles sont d'une province entière, ou du général du royaume, on 
les nomme synodes provinciaux ou généraux. De là vient que l'Etat est en 
g^^ande tranquillité de ce côté-là, par l'obéissance absolue-qu'il reçoit éga- 
lement de tous ses sujets et la bienveillance qu'il témoigne aux uns et aux 
autres, comme père commun de son peuple. » 

La deuxième partie, dite Foyage de France^ n'offre çà et là que quel- 
ques mentions à relever, telles que celle-ci à l'endroit où il est parlé de 
Bourges ; « Le jardin de Jean Mercier, natif d'Uzez, en Languedoc, profes- 
seur en langue hébraïque à Paris, et lequel fut aussi professeur en droit à 
Bourges, se montre hors de la ville; et y sont les portraits de la plupart 
des professeurs de cette Université qui ont acquis réputation par leurs écrits. 
Josias Mercier, sieur des Bordes, son fils, l'a possédé après lui. » Nous 
avons souvent fait mention de ce dernier personnage, notamment ci-dessus, 
page 37. 

A propos de La Rochelle, un souvenir est donné au « temple de ceux de 
la Religion Prétendue Réformée, lequel étoit très beau, de figure ovale, 
bâti de bois, sur des murailles de pierre, avec artifice et liaison des soli- 
veaux l'un avec l'autre, sans aucun soutien au milieu du bâtiment. » 

On voit que ce guide est rédigé avec beaucoup de réserve et n'accuse 
point son origine protestante. 11 n'en est pas ainsi d'autres ouvrages du 
même genre, et par exemple du Foyageur en Europe, par A. Jouvin^ 
Paris, 1672, où nous lisons, au sujet de Montélimar, cette phrase assuré- 
ment curieuse et naïve : « On se plaint de la grande quantité de huguenots 
« qu'il y a à Montélimar. m Qu'aurait-on dit si un auteur huguenot s'était 
avisé d'écrire : « On se plaint de la grande quantité de catholiques qu'il 



260 QUESTIONS ET REPONSES. 

« y a à » ou seulement : « On regrette qu'il y ait si peu de protes- 

« tantsà ?» 



lies conséquences morales de la rérocation de PEdit de Plantes. 
— filadame de llaiii tenon en est-elle responsable aux yeux de 
.l'histoire ? 

Voici comment l'auieur d'un fort intéressant ouvrage qui a paru récem- 
ment se pose à lui-même et résout cette double question : 

« La Lettre d'Hippocrate à Damagète, attribuée au comte de Boulain- 
villiers, le premier ouvrage français ouvertement destructeur du christia- 
nisme , parut en 1700, pendant la domination des confesseurs du roi 
Louis XIV. La Régence ne produisit rien de pareil, parce que son joug, 
plus léger, ne poussa pas les esprits à ce degré d'irritation. (V. Lémontey, 
Hist. de ta Rég., II, 358.) Moins de quinze ans avant la publication de 
cette lettre, régnait dans toute sa rigueur cette dévotion aveugle dont la 
révocation de l'Edit de Nantes a fait connaître l'étendue et le danger. 

« Tout grand fait historique a sa légende : beaucoup d'esprits chagrins 
s'obstinent encore à demander compte de ce désastreux événement à la 
marquise de Maintenon, au lieu de le demander à son époque. On ne doit 
s'exposer ni à trahir l'histoire en dissimulant des fautes et des crimes, ni 
à blesser la justice en exagérant l'accusation et le blâme. Soyons justes, 
ne fût-ce que par respect pour nous-mêmes. Non, Madame de Maintenon 
n'a point fait directement la révocation de l'Edit de Nantes, et il faut réser- 
ver son indignation conlre le siècle en général pour toût ce que les pas- 
sions et les préjugés mêlèrent alors d'inhumain et d'odieux à une rehgion 
de charité. Mais Esther oublia son peuple; mais la petite-fille d'Agrippa 
d'Aubigné, l'ardent huguenot; mais la fille de Constant n'adoucit point les 
conséquences homicides de cette mesure pour ses anciens coreligionnaires; 
mais elle oublia qu'il était un jour où, contre son propre frère, elle les 
avait dignement défendus (Lettre du l*^"^ octobre 1672). Louis XIV, qui ne 
sut pas se mettre au-dessus de son siècle dans cette folie suicide, prouva 
que s'il avait pu être un grand roi, il n'était pas un grand homme. » {Cau- 
series d'un curieux, par F. Feuillet de Conches. Paris, 1862, t. II, p. 602.) 

On lit encore en note sur l'avant-dernière phrase ; « 11 y a d'elle à son 
frère une lettre où elle l'engage à racheter en Poitou des biens qui, par la 
désertion des protestants, vont se donner pour rien; mais il ne faut pas 
méconnaître que la date de cette lettre, qui est d'octobre 1681, et dès lors 
antérieure de quatre ans à la révocation de l'Edit de Nantes, est une cir- 
constance atténuante pour la marquise. » 

Nous voudrions ne point passer aux yeux de M. Feuillet de Conches 



QUESTIONS ET REPONSES. 261 

pour un de ces esprits chagrins qu'il gourmande et qui s'obstinent à de- 
mander compte à la marquise des calamités que Louis XIV fit pleuvoir sur 
eux. Mais si Madame de Maintenon n'a point fait directement la Révocation, 
pouvons-nous admettre qu'elle n'y ait pas beaucoup contribué indirecte- 
ment? Si c'est au siècle qu'il faut s'en prendre^ n'est-ce pas elle qui tra- 
vailla à faire ce siècle, en ce sens que, comme le dit très bien lui-même 
M. Feuillet de Couches, « elle abaissa sans cesse l'âme du monarque pour 
«la mettre à son point, et de là la bigoterie tracassière de la fin du 
« règne, etc. » 

Et quant à la lettre du 2 septembre 4 681 que rappelle M. Feuillet, et dans 
laquelle on lit cette phrase-ci, adressée au marquis d'Aubigné : « Employez 
« utilement l'argent que vous allez avoir. Les terres en Poitou se donnent 
« pour rien ; la désolation des huguenots en fera encore vendre. Vous 
« pouvez aisément vous établir grandement,...» il nous a toujours semblé 
que celte lettre était, par ses termes et par sa date mêmes, bien plutôt une 
circonstance aggravante pour la petite-fille d' Agrippa, qu'une circonstance 
atténuante. Elle ne prouve sans doute pas que la marquise préparât en 1681 
la consommation du crime d'Etat que l'on commençait alors à exécuter assez 
ouvertement, mais elle montre de quel cœur sec elle l'ènvisageail, et quels 
profits elle songeait à en tirer. En spéculant ainsi sur les dépouilles opimes 
de ceux qu'on désolait, ne s'est-elle pas placée elle-même à moitié sous le 
coup de cette règle de droit criminel : Is fecit cui prodest? 



lies argpuments d'nn Talet de pied «le î^ouis XIV contre 
la relîg'ion des hug^uenots. 

Lorsque les poursuites commencèrent contre le trop célèbre surintendant 
Fouquet, son ami et son substitut Jannart, qui était oncle de La Fontaine, 
fut exilé à Limoges, et dut quitter Paris sans délai. Un valet de pied du roi, 
nommé Châteauneuf, avait ordre de l'accompagner, et La Fontaine voulut 
suivre son oncle. Il a fait un agréable récit de ce voyage dans six lettres des 
mois d'août et de septembre 1663, adressées à sa femme; on y trouve entre 
autres un petit épisode assez piquant. 

Le carrosse dans lequel il était monté avec M. Jannart à Bourg-la-Reine, 
et où se trouvait déjà le valet de pied du roi, ne contenait « point de moines, 
« dit-il, mais en récompense trois femmes, un marchand qui ne disoit mot, 
« et un notaire qui chantoit toujours, et très mal. » Ne pense-t-on pas in- 
volontairement, en lisant ceci, à la fable du Coche et la Mouche? L'une des 
trois femmes était une comtesse poitevine qui retournait dans son pays. 
Voilà nos gens en marche et bientôt on traverse la Beauce, « pays ennuyeux» 



262 " QUESTIONS ET REPONSES. 

« dit le fabuliste, et qui, outre l'inclination que j'ai à dormir, nous en four- 
<t nissoit un très beau sujet. Pour s'en empêcher, on mit une question de 
« controverse sur le tapis : notre comtesse en fut cause; elle est de la re- 
« ligion et nous montra un livre de Du Moulin. M. de Châteauneuf (c'est 
« le nom du valet de pied) l'entreprit, et lui dit que sa religion ne valoit 
« rien, pour bien des raisons. Premièrement, Luther a eu je ne sais combien 
« de bâtards; les huguenots ne vont jamais à la messe; enfin il lui conseilloit 
« de se convertir, si elle ne vouloit aller en enfer, car le purgatoire n'estoit 
« point fait pour des gens comme elle. La Poitevine se mit aussitôt sur 
a l'Ecriture, et demanda un passage où il fût parlé du purgatoire; pendant 
« cela, le notaire chantoit toujours; M. Jannart et moi nous nous endor- 
« mîmes » 

Que dites-vous des arguments triomphants de ce valet de pied? Les hu- 
guenots 7ie vont jamais à la messe. Donc Mais ne vous y trompez pas, 

les controversistes et les dialecticiens de cette force-là sont plus communs 
qu'on ne pense! C'est le cas de répéter avec le bonhomme : 
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages. 



« Lies divers proilig^ss de ce temps^ » et autres œuvres inconnues 
de d'Aubigné, à reckerclier. 

La Correspondance littéraire du 25 février dernier contenait une ques- 
tion bibliographique fort curieuse et à laquelle nous serions charmé que 
quelqu'un de nos lecteurs de la Hollande pût fournir une réponse en tout 
ou partie satisfaisante. La voici : 

« Par une lettre inédite d'un certain Branchas à Peiresc, datée de Cour- 
tezon, près Orange, le 7 novembre 1631, je lis le passage suivant relatif à 
d'Aubigné : 

« Ce gentilhomme décédé naguères à laissé plusieurs brouillards et manu- 
« scrits. Et de ceux qui ont paru avec son nom, je n'ay veu qu'un livre in- 
« titulé ; Petites œuvres meslées du sieur d'Aubigné^ à Genève, chez 
« Pierre Auhert, 1630. De ses livres sans nom, j'ay veu les Adventures 
« du baron de Fœneste^ qui sont railleries sur les affaires du temps, farcies 
« du patois de Gascongne ; ceux qui les entendent disent que le sens en est 
« assez bon. Il a faict aussi les Divers prodiges de ce temps, en vers, et 
« quelques autres livres en latin, lesquels M. le gouverneur m'a dict avoir 
« veu à Leyden. Le tout se trouve chez un libraire de Lyon, nommé Pierre 
« Ravaut. » 



C'est une recherche digne d'intérêt que celle de ces Divers prodiges et 



QUESTIONS ET REPONSES. 263 

des quelques autres livres inconnus de d'Aubigné qui sont ici signalés. Heu- 
reux l'amateur qui les retrouverait, comme M. F.-L.-Fréd. Chavannes a re- 
trouvé le Traité de la douceur des afflictions qu'il nous communiqua il y 
a quelques années (IV, 567). 

Philibert Hamelin fut-îl imprimeur ou libraire à CrenèTo 
en 1553 et 1554:? 

Philibert Hamelin, envoyé de Genève, en 1555, fut comme nous l'appren- 
nent Bernard Palissy et Jean Crespin, le fondateur des Eglises réformées 
de Saintes et d'Arvert, et il mourut en martyr à Bordeaux, le 4 8 avril 1557. 
M. Haag signale comme publié par lui un livre intitulé : Oraisons saintes 
recueillies de mot ci mot des Psaumes et accommodées selon le zèle et 
désir d'un chascun qui voudra prier ^ 1553, 'm-\%. 

Nous avons rencontré un volume intitulé : Le propos du vray chrestieny 
régénéré par la parole et l'esprit de Dieu : Discours chrestien sur les 
conspirations dressées co?itre l'Eglise de Christ, par François Guilletat. 
Genève, Philibert Hamelin^ 1552. Nous trouvons encore dans le Catalogue 
raisonné W. S. (Paris, Claudin, 1862, in-16}, sous le numéro 206, une In- 
stitution de la religion chrestienne composée en latin^ par Jean Calvin^ 
et translatée en françois par luy-mesme, avec la préface adressée au 
roy. S. 1., par Philibert Hamelin, 1554, gr. in-S». (Cette édition a déjà 
été signalée par M. J. Bonnet, Bull., VI, 142.) 

Que signifient ces deux rubriques? Philibert Hamelin était-il imprimeur 
ou libraire à Genève en 1552 et 1554P S'agit-il bien du même Philibert 
Hamelin ? 

IVationalîîé de Jean de PoisTers, pasteur à Moirmoutiers 
en 155?. 

(Voir ci-dessus, p. 126.) 

Il eût été certainement assez piquant de trouver un lien de parenté en- 
tre M. de Pontverre, le curé de Confignon, qui prépara l'abjuration de 
Rousseau, et le pasteur Jean de Pontvers, qui avait été envoyé en 1557 
aux [sles prochaines de la Rochelle pour y prêcher l'Evangile. Malheu- 
reusement l'orthographe des noms de Pontverre (en \2iim De ponte vitreo) 
et de Ponvers ne devait déjà pas conduire à cette supposition ; puis les 
registres de la Vénérable Compagnie des pasteurs de Genève sont formels 
à cet endroit. Sous la date du lundi 15 mars 1557, ils contiennent, en effet, 
ce qui suit : 



26^ QUESTIONS ET REPONSES. 

a Le mesme jour aussi est party M. Jean de Ponvers de Pérîgueux esleu 
pour aller aux Isles prochaines de la Rochelle pour y administrer la parolle 
de Dieu. » 

Et, en marge, écrit de la même main : M. Jean de Ponvers pour Noir- 
moutiers. 

Or la famille de Pontverre était originaire de Confignon près Genève. Il 
appartenait à l'archiviste de la Compagnie qui avait fourni au Bulletin la 
liste des pasteurs envoyés par Genève aux Eglises de France (VIII, 72) de 
répondre à la question posée dans le dernier numéro, et c'est ce qu'il fait 
avec plaisir en ajoutant l'observation que voici : s'il n'a pas antérieurement 
indiqué le lieu d'origine de Jean de Ponvers et de quelques autres pasteurs 
portés sur la liste, c'est qu'il y en avait un trop petit nombre dont le lieu 
natal fût mentionné sur les registres de la Compagnie. Il a mieux aimé alors 
donner une liste uniforme. A. Archinard. 

Genève, 2 juin 1863. 

liecointe, ag^ent des ESg^lises du Désert à Paris^ de 1755 à 1I765> 
n'était pas de Genèye. 

(Yoir ci-dessus, p. 128.) 

Comme nous avons eu à Genève deux branches de la famille Lecointe, qui 
y a compté deux pasteurs de ce nom, l'un né en 1751 seulement, l'autre, 
son père, pasteur et professeur d'hébreu, dès 1 757 à 1773, je suis allé aux 
Informations auprès des membres actuels de cette famille pour essayer de 
répondre à la question posée par M. Charles Drion dans le dernier numéro 
du Bulletin (p. 128). Mais jusqu'à présent je n'ai rien découvert qui eût trait 
à l'agent des Eglises du Désert. Il est vraisemblable que celui-là était ori- 
ginaire du nord de la France. A. Archinard. 
Genève, 2 juin 1863. 

Isabeau de Paulct, confesseur de la foi réformée (IGÇ^-IGSS). 

L'analyse d'un mémoire de Rapin-Thoyras dans l'affaire d'Isabeau de 
Paulet que nous avons publiée d'après la communication de M. Cl. Compayré 
(ci-dessus p. 169) ne fait connaître qu'une partie de cette affaire. On en 
trouvera tous les détails et le dénoûment dans l'article de la France pro- 
testante et dans V Histoire de l'Eglise réformée de M. Corbière, p. 230-238. 

Erratum. — Ci-dessus, page 117, ligne 12, au lieu de Gardelu, lisez Gardelle, 



DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 



JACQUES COUËT-DUVIVIER 

ET l'Église française de bale. 

1569-1614:. 

On conserve à Bàle une Histoire de l'origine et des progrès de l'Eglise 
française de cette ville, composée en 1720, par Pierre Roques, pasteur de 
ladite Eglise {Bull., IV, 129, 376). M. Beck a bien voulu en extraire le frag- 
ment qu'on va lire et où se rencontrent d'intéressants détails sur la vie de 
Jacques Couël-Duvivier, l'ancien pasteur de Yillarnoul, réfugié en Suisse. 
(V, 154, note, 286, 290.) On remarquera qu'il n'y est absolument rien dit de 
l'appel que l'Eglise de Paris lui avait adressé en 1 601 , avec l'autorisation du 
Synode national de Gergeau. On constatera également que c'est à Bâle, et non 
« dans sa ville natale, « comme le dit par erreur la France protestante., 
qu'il est mort et qu'il a été enterré dans l'église des Dominicains; et l'on 
sera bien aise de connaître son épitaphe qui a tant excité la vertueuse in- 
dignation de Moréri. 

L'origine de l'Eglise françoise de Basle, est assez ancienne. En 
1569, un certain Marc Pérès, d'Anvers^ s'étoit réfugié à Basle, à 
cause de la persécution suscitée dans les Pays-Bas aux protestans 
et à tous ceux qui ne vouloient pas recevoir le tribunal de l'inquisi- 
tion. Pérès avoit dessein de se fixer à Basic, et d'y établir une nna- 
nufacture de soye. Comme il avoit avec luy plusieurs ouvriers fran- 
çois, italiens et espagnols qui n'entendoyent pas l'allemand, il 
demanda au magistrat un lieu pour s'assembler, et un pasteur pour 
prêcher en françois. 

Un ministre de Saint-Léonard^ nommé Jean Fiieglin, traversa vi- 
goureusement ce projet, et par ses sermons, et par ses mémoires. Le 
6 juillet 1659, il en présenta un au Conseil, par où il avançoit : 

Que les Flamands sont pour la plupart des fanatiques; qu'ils ne 
reçoivent pas la Confession des Eglises de Suisse; et que, quoyqu'ils 
fassent les hypocrites pendant quelque temps, « tôt ou tard ils se dé- 
a voilent. 

a Que les livres qui viendront de la part de ces gens-là seront rem- 



266 Jacques couet-duvivier 

0 plis d'un poison secret, qui se communiquera à tous les bourgeois^ 
c( d'où naîtront des disputes perpétuelles, comme cela est arrivé, 
c( dit-il^ à Francfort^ à Bremen, à Strasbourg, etc. » 

C'est par ces raisons que les prédicateurs prétendoient prouver 
que la demande de Pérès ne devoit pas être écoutée; et il paroît qu'en 
effet il n'obtint pas ce qu'il souhaitoit. Mais il arriva un événement 
tragique en France, qui grossit tout à coup le nombre des réfugiés à 
Basle, et qui occasionna les premiers commencements d'une Eglise 
françoise. Le massacre de la Saint-Barthélemi de l'an 1572 dispersa 
un bon nombre de François, dont plusieurs, et même d'un rang dis- 
tingué, vinrent chercher à Basle un asile assuré contre la persécu- 
tion. Entre ces fugitifs, on compte François Odet de Goligni, fils de 
l'amiral; le comte Guido Paul de Laval, fils d'Andelot, frère de l'a- 
miral; la veuve de Séligni, gendre de l'amiral ; Jacqueline d' Antre- 
mont, veuve de l'amiral, laquelle s'étoit réfugiée auprès du duc de 
Savoie, qui la maltraita à cause de la religion, et d'où elle écrivit le 
14 octobre 1593 pour remercier les magistrats du canton de Basle 
des bontés qu'ils avoient eues pour ses enfants, qui, par une requête 
du 1er novembre 1572, avoyent demandé au Conseil la permission 
de demeurer à Basle. 

Dès que ces exilés se virent en seureté, ils cherchèrent à professer 
publiquement une religion qu'ils préféroyent à tout. Leurs assem- 
blées se firent sans beaucoup de bruit dans la maison de Madame 
Faulny. Il ne paraît pas qu'on ay t fait là-dessus aucune demande aux 
magistrats. 

Les réfugiés françois présentèrent une requête au Sénat de Basle, 
en 1573, pour demander des lettres de recommandation. La même 
année (1573), les seigneurs de Goligni et de Laval se retirèrent à 
Berne, après avoir remercié les seigneurs de Basle de leur généreuse 
protection par une adresse datée du 28 octobre 1573. 

Henry, prince de Condé, fils de Louis de Bourbon, assassiné après 
la bataille de Jarnac, fut quelque temps membre de cette Eglise ré- 
fugiée. Il faut pourtant qu'il n'ait demeuré à Basle qu'une année en- 
viron. Il paraît, par l'histoire de France, que le prince de Condé, 
ayant embrassé la religion romaine en octobre 1572, moins par la 
persuasion de du Rosier, ministre d'Orléans, apostat, que par les 
menaces de Charles IX, ne se retira du royaume qu'en 1574, et qu'il 
se rendit au mois de mars ou d'avril à Strasbourg, où il abjura la 



ET L^ÉGLISE FRANÇAISE DE BALE. 267 

religion catholique-romaine en plein temple, et reprit la protestante. 
Le mois de juillet de la même année, il se rendit à Heidelberg pour 
s'aboucher avec l'électeur palatin. Cette négociation ayant réussi, 
les réformés de France assemblés àMillaud Fayant appris, l'éleurent 
pour être leur chef général, dont ils luy envoyèrent la déclaration h 
Neufchâtel^ en Suisse, où par conséquent il devoit se trouver sur la 
fin de l'année 1574. Enfin il paroît que le prince de Condé, en jan- 
vier 1576, se trouvoit en Lorraine avec le prince Casimir, pour at- 
tendre quel seroit le succès des négociations de paix entre la cour et 
les religionnaires. L'on peut donc conclure que le séjour que le 
prince de Condé fit à Basic doit être placé dans l'année 1575. 

Et c'est ce dont on ne peut douter en portant les yeux sur les ar- 
moiries qu'il fit peindre sur une des vitres d'une chambre de la mai- 
son où il logeoit, qui porte aujourd'hui le nom d'Engelhof, et qui est 
située dans la rue des Nobles (1). Dans le cartouche au-dessus des 
armoiries, on lit : Henricus Borbonius Dei gratia princeps CondeuSy 
dux Anghiennensis, par Franciarum,protector ecclesiœ Gallicœ. 1575. 
Et au-dessus des armoiries, on lit dans une bande cette légende : 
Pro Christo et patria dulce periculum. ^ 

C'est dans cette même année 1575 que le Conseil fit prier le prince 
de ne vouloir rien entreprendre de préjudiciable aux alliances avec 
la France, la maison d'Autriche et de Bourgogne, et par une lettre, 
datée du mois de décembre 1575, il est clair que le prince était à 
Strasbourg et qu'il alloit se mettre à la tête d'une belle armée. Il 
remercie très afî'ectueusement les magistrats de Basle des bontés 
qu'on a eues pour luy, et se signe leur meilleur ami à jamais. 

Dès que les réfugiés les plus considérables eurent quitté la ville, 
les pasteurs de l'Eglise allemande crurent qu'on ne devoit plus tolé- 
rer les assemblées des François. Ils présentèrent donc au Conseil un 
mémoire du 11 février 1577, pour faire en sorte que le magistrat dé- 
fendît ces conventicules et ordonnât aux étrangers, quels qu'ils fus- 
sent, de se rendre dans les paroisses allemandes pour assister au 
culte. Ils font sentir que, quoyque ces étrangers ne sçeussent pas 
exactement l'allemand, cependant ils pouvoyent s'édifier dans leurs 
Eglises, puisqu'il leur étoit aisé de discerner quand ils prioient Dieu 

(1) Cette maison, vaste et gothique demeure, existe encore. Elle tire son nom 
d'une assez belle statue d'ange placée à l'un des angles, du côté de la rue de 
l'Adelberg, et entourée de sculptures bien conservées. 



268 JACQ^JES COUET-DUVIVIER 

et qu'ils chantoyent seslouanges_, que même ils n^étoyent pas si igno- 
rans dans la langue allemande qu'ils le vouloyent faire paroître, 
puisqu'ils se faisoyent bien entendre au marché et à la boucherie. 

Le Conseil ordonna aux pasteurs et aux diacres de s'assembler de 
nouveau avec le docteur Grinocus, pour réfléchir encore sur cette 
matière de conséquence. 

Cette assemblée s'étant tenue, les pasteurs et les diacres présen- 
tèrent un nouveau mémoire le 9 mars, par où ils déclaroyent qu'ils 
avoient tous été^ sauf deux de leurs membres, de ce sentiment : 

1° Que tous ces étrangers dévoient, le dimanche au matin, se 
rendre dans les paroisses allemandes respectives, pour assister au 
culte et contribuer aux aumônes; 

S'' Qu'en faveur de ceux qui ne savoient pas l'allemand, on pou- 
voit permettre des assemblées religieuses dans quelque maison par- 
ticulière, tous les dimanches après dîner, que pour cet effet il falloit 
leur accorder un pasteur et des anciens, et qu'ils n'avoyent rien à 
dire contre Virellus, leur ministre. 

Il y a apparence qu'on suivit cet avisj et c'est seulement alors que 
l'Eglise françoise a été avouée du magistrat et du presbytère. Le 
premier pasteur de cette Eglise a été Virellus; on ignore le temps de 
sa mort. Jean des Foss, Languedociep, lui succéda, et mourut en fé- 
vrier 1588. 

Dans les commencements, l'on n'accorda à l'Eglise françoise que 
le pouvoir de faire prêcher en chambre close. Lorsqu'on vouloit faire 
bénir un mariage, présenter un enfant au saint baptême, ou partici- 
per à la sainte cène, il falloit se rendre dans les paroisses allemandes. 
Il est vray que dès l'an 1686, au mois de juillet, l'on n'obligea les 
François réfugiés d'aller communier dans les églises allemandes 
qu'aux trois grandes festes de Noël, de Pasques et de Pentecoste. 
Dans les autres temps marqués selon l'usage de l'Eglise françoise, ils 
pouvoyent communier dans leur propre assemblée. En 1587, on leur 
permit de baptiser leurs enfans en leur propre langue, pourvu que 
cela se fit dans un temple allemand et en présence de quelques-uns 
des pasteurs de l'Eglise allemande, ce qui se fit pour la première fois 
à Saint-Pierre, en présence de Jean-Jacques Grynéus, et de Lucas 
Justus. Jacques Couët administra le baptême, et toute l'assemblée 
françoise y assista. (Nota. La fille de Madame de Romeray, réfugiée, 
fut le premier enfant baptisé en langue françoise à Basic.) 



ET L*ÉGLISE FRANÇAISE DE BALB. 269 

Peu de temps après, dans Tabsence de Jean-Jacques Grynéus, qui 
étoit allé à Berne pour assister à une conférence, le pasteur Braud- 
muUer accorda aux François le pouvoir d'administrer le baptême 
dans le lieu de leur assemblée. 

J.-J. Grynéus, avant son départ pour Berne, avait permis qu'on 
publiât les annonces dans l'assemblée françoise et qu'on y bénît les 
mariages, pourvu que cela fût le jeudy. Même avant la fin de 1588, 
TEglise françoise ayant fait représenter à Fantistès J.-J. Grynéus 
qu'ils désiroyent de communier dans leur propre assemblée aux jours 
de fêtes solennelles, leur demande leur fut octroyée, et Ton com- 
mença à user de ce privilège à la fête de Noël de la susdite année. 

Lorsque M. des Foss fut mort, il arriva plusieurs changements. Le 
propriétaire de la maison où demeurait Madame Faulny ayant repris 
sa maison, le souverain magistrat engagea TUniversité à céder un 
poêle dans le collège supérieur, afin que des François pussent s'y 
assembler pour faire leurs exercices publics^d^ dévotion. La chambre 
fut accordée en février 1588, et Jacques Couèt, très habile ministre, 
y fut installé le dimanche suivant, au nom de l'université, par 
MM. FéUx Platerus et Goccius. Le même Jacques Couët fut prié de 
prendre entièrement la charge de pasteur; mais ayant fait connaître 
par diverses raisons qu'il ne le pouvoit pas, on se contenta de le dé- 
cider à en faire les fonctions jusqu'à ce qu'on eût pu se pourvoir d'un 
pasteur pour succéder à M. des Foss. Jacques Couët consentit à la 
demande de l'Eglise, et fit la charge jusqu'à la fin du mois de may 
de l'année 1588. L'Eglise voyant que Jacques Couët ne vouloit pas 
se charger du pastorat vacant, demanda à celle de Lyon Léonard 
Constant, qui ne fut accordé qu'en forme de prêt, à condition pour- 
tant que si on vouloit le rappeler on le feroit redemander trois mois 
avant qu'il pût quitter son troupeau. 

Léonard Constant étant venu sur le pied des conditions accordées 
entre les deux Eglises, se présenta à l'assemblée de MM. les pasteurs 
et les députés, accompagné de deux anciens de l'Eglise françoise, 
sçavoir, D.-G. Arragoniset François Castilione. On luy recommanda 
de se conformer à la Confession et à la discipline de l'Eglise de Basic, 
et à ne pas outrepasser ce qui avoit été ordonné au sujet du bap- 
tême et de la sainte cène. Ensuite, le 31 mai, il fut présenté au con- 
seil par un des membres de l'assemblée des pasteurs de l'Eglise alle- 
mande, et enfin installé au commencement de juin 1588. 



270 JACQUES COUET -DU VIVIER 

La charge lui ayant paru trop onéreuse, il sollicita à diverses fois 
Jacques Couët de vouloir se charger de faire un sermon toutes les 
semaines. D^abord il ne voulut point y consentir ; mais ensuite, en 
étant prié par l'assemblée, il promit de prêcher tous les dimanches 
au matin, comme on le souhaitoit, à condition que ce ne seroit 
qu'aussi longtemps qu'il le trouveroit à propos et que ses affaires le 
luy permetlroyent, et commença le novembre 1588. 

Jacques Couët étoit Parisien et d'une famille noble. Son grand- 
père se nommoit Gilbert Couët, seigneur du Vivier, fief proche d'Am- 
boise. 11 étoit outre cela maître des requestes d'une des reines. L'on 
dit que Jacques Couët fut, l'an 1590, appelé par le roy Henri IV, par 
des lettres datées de Saint-Denis, du 17 juillet, et cela pour prêcher 
tour à tour avec quelques pasteurs devant le roy. 

Ce fut l'année suivante, 1591, que le roy Henry IV fit écrire par 
M. de Turenne une lettre très gracieuse au magistrat, pour le re- 
mercier de la manière la plus forte de ce qu'il avoit reçu avec tant 
d'humanité et de douceur ses sujets bannis hors de son royaume, tant 
auparavant son avènement à la couronne que depuis, étant lors leur 
protecteur, et maintenant leur roy. M. de Turenne entre dans tous les 
sentimens de son maître, comme François et membre de l'Eglise de 
Dieu. La lettre est datée de Strasbourg, du 14 juillet 1591. 

Dans le mois de février 1590, l'antistès Grynéus exhorta le Con- 
sistoire de l'Eglise françoise à faire des sermons funèbres aux enter- 
remens, comme cela est usité dans les Eglises allemandes. Le Con- 
sistoire pria l'antistès de leur laisser suivre l'usage des Eglises de 
France, et d'agir selon leur simplicité accoutumée. Mais J.-J. Grynéus 
s'étant roidy, on trouva bon de part et d'autre d'escrire à Théodore 
de Bèze et à Antoine de Chandieu, pour savoir leur sentiment. Ils 
répondirent que M. Grynéus devoit avoir la charité de laisser l'Eglise 
françoise dans l'usage oià elle se trou voit actuellement, conforme 
à eeluy de Genève et des Eglises de France. Ce qui fut accordé. 

Pour revenir à la vocation de Couët, il est sûr qu'il ne l'accepta 
point; car s'étant marié le 21 may 1589 avec Mademoiselle Xénot, 
il présenta au baptême sa fille Anne Couët, le 30 may 1590. Jean 
Couët fut baptisé le 8 aoust 1591, et Marie Couët le 9 janvier 1593; 
il paroît donc que les années 90, 91, 93, Jacques Couët étoit àBasle, 
et par conséquent qu'il n'avoit point accepté la vocation datée du 
17 juillet 1590. 



ET l'Église française de bale. 271 

Il n'est pas moins assuré qu'il étoit à Basle en 1594, et qu'il y prê- 
choit avec Léonard Constant, puisqu'il y fit imprimer un livre pour 
défendre la doctrine qu'il annonçoit touchant la justification, doc- 
trine qui étoit attaquée par Antoine l'Escaille. Cet Antoine l'Escaille 
avoit été moine; mais en embrassant la Réforme il se fit marchand. 
Etant venu à Basle en 1573, il y fut reçu bourgeois. Comme on le 
croyoit zélé et rempli de bonnes intentions, on le fit diacre en 1573, 
et ensuite ancien de l'Eglise françoise de Basle. Nonobstant cela, il 
fréquentoit souvent et communioit dans son église paroissiale de 
Saint-Léonard. Dans ce poste d'ancien il attaqua» le 23 octobre 1590, 
la doctrine de ses pasteurs comme s'ils détruisoyent la nécessité des 
bonnes œuvres. 11 se jeta dans l'extrémité opposée, enseignant que 
les hommes étoient sauvés par le mérite de leur bonne vie. Dès que 
Jacques Couët eut appris que l'Escaille calomnioit leur doctrine, et 
qu'il tendoit à miner le fruit de leur ministère, il tâcha de le faire re- 
venir de sa prévention, en luy montrant dans quel sens Ton prêchoit 
que l'on n'est justifié que par la foy; mais ce fut en vain qu'il tâcha de 
le ramener. Il le déféra donc aux théologiens de l'Université et au 
magistrat, qui condamnèrent l'ancien à reconnoître publiquement 
devant l'assemblée et ses erreurs et ses fautes, sans quoy il seroit 
mis à l'amende et châtié. L'Escaille, après plusieurs assemblées te- 
nues à ce sujet, résigna sa charge d'ancien le 4 novembre 1590, et 
il aima mieux se retirer en septembre 1591 que d'obéir. Il alla semer 
à Francfort et à Strasbourg plusieurs petits livrets contre Jacques 
Couët et sa doctrine. C'est ce qui engagea ce dernier à prendre la 
plume et à défendre, par un écrit public, la doctrine de la justifica- 
tion telle qu'elle étoit enseignée dans l'Eglise françoise de Basle, et 
la manière en laquelle on avoit procédé contre le schismatique. 

Il paroît par ce livre intitulé : Apologia de justificatione nostra co- 
ram Deo (Apologie de la doctrine de notre justification devant Dieu), 
que Jacques Couët étoit savant et qu'il avoit beaucoup d'esprit. Il se- 
roit seulement à désirer qu'il eût évité de donner de temps en temps 
dans la pointe et dans l'invective. Mais il ne faut pas moins attribuer 
ce défaut au mauvais goût du siècle où Couët vivoit qu'à Couët luy- 
même. 

L'assemblée des François réfugiés étoit dès lors assez nombreuse. 
Jacques Couët déclare qu'Antoine l'Escaille avoit eu plus de trois 
cents té.aoins aui iculaires de l'impudence avec laquelle il avoit refusé. 



272 JACQUES COUET-DU VIVIER ET l'ÉGLISE FRANÇAISE DE BALE. 

en pleine assemblée, de reconnoître sa faute suivant Tordre du ma- 
gistrat. Mais FEscaille marque qu'il n'y avoit que quarante pères de 
famille. 

Ce fut en 1599 que Couët assista à la conférence de Nancy avec 
M. de la Touche^ ministre du Poitou, pour disputer contre le père 
Comelet, jésuite et docteur_, et contre le frère Esprit, capucin, à la 
solicitation de la princesse Catherine de Navarre, et de Bar, etc. Le 
cardinal de Loraine y assista et toute la cour; la conférence se tint 
au château, le 13 novembre 1599. 

Jacques Couët avoit une sœur nommée Marie, qui épousa Daniel 
Tossan, professeur à Heidelberg, où elle mourut le 28 mars 1587, 
âgée de quarante-trois ans^ et son mary le 4 janvier 1602, âgé de 
soixante ans et demi. Le même Couët eut pour gendre Melchior de 
Hsle, professeur en droit dans TUniversité de Basic. 

Enfin, Jacques Couët, âgé de soixante-deux ans, rendit son âme à 
son Créateur le 18 janvier 1608, et son corps fut enterré dans Ten- 
ceinte où se trouve le temple des Dominicains, que l'on donna dans 
la suite aux François pour s'y assembler_, comme nous le marquerons 
plus particulièrement dans son lieu. — Voicy l'épitaphe qui se trouve 
attachée à la muraille de ladite enceinte, du côté du fossé de la ville, 
au-dessus du tombeau de Jacques Couët : 

M. S. 

Quem Gallia omnis boniq. omnes extinctum lugent; 
cujus pietatem, erudit. var., facund., sing. prud., 
judicii dexteritatem graviss. Ecoles., polit., negot. comprob. 
prœdicant omnes et admirantur, 
Jagobus Couetus, Parisiens., 
theolog. sincer., 
fidus Christi minister, et exul gêner., et ingenio nobiliss., 
à multis principib. vocatus, 
summi tandem Imperatoris xXvjaei respondit, 
an. Dni MDCVIII, xviii Jan., œtat. lxu. 
Parenti optatiss. lib. mœstiss. 
pietat. extrem. h. m. p. 

Ce fut dans l'année IGH que le souverain magistrat accorda un 
temple à l'Eglise françoise pour pouvoir s'y assembler commodément, 



LETTRE INe'dITE DU ROI HENRI IV AU MIN. J. COUET-DUVIVIER. 273 

le poêle qui leur avoit été fixé au collège supérieur étant trop petit 
pour contenir les auditeurs. Le Conseil accorde donc^ par arrest du 
ler juin, le temple des Dominicains, et c'est encore dans le même lieu 
que s'assemble rEglise françoise. 



LETTRE INÉDITE DU ROI HENRI IV 

AU MINISTRE JACQUES GOUET-DUVIVIER. 
1590. 

Il est question, dans le document qui précède, d'une lettre adressée, le 
17 juillet 1590, par Henri IV à Jacques Couët, et datée de Saint-Denis. L'o- 
riginal de cette lettre a été conservé dans la famille et il est aujourd'hui en- 
tre les mains de M. Couët de Lorry, au château de Hayes, près de Metz. 
En voici la copie textuelle : _ 

A M. Couët y ministre de la Parole de Dieu, à Bas le, 

M. Couët, m'ayant ceux du Consistoire de l'Eglise de ma 
maison nommé douze ministres pour servir doresenavant par 
quartier près de moy, j'en ay retenu huict, dont je vous ay 
entre aulres choisy en ce nombre, sachant vostre suffisance, 
fidélité et capacité à traicter la Parolle de Dieu. Qui me faict 
désirer que vous acheminiez par deçà pour vous y rendre au 
tems qui vous est ordonïié. En quoy m'assurant que vous ne 
ferez faute, je prieray le Créateur, Monsieur Couët, vous 
tenir en sa saincte garde. 

De Sainct-Denis, près Paris, ce 17^ juillet 1590. 

HENRY. 

Et plus bas, avec paraphe : L. SERGIEN. 

Douze ministres ! On voit que le Consistoire avait fait les choses large- 
ment et royalement, et il est vraisemblable que le monarque en fit l'ob- 
servation à sa manière, lorsqu'il se rabattit à huit. C'était d'ailleurs le temps 
où le Béarnais professait « la religion de Montmartre, » comme dit L'Es- 

XII. — 18 



274 CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

toile, religion qu'il quitta le mardi 31 juillet 1590, « pour aller à celle de 
Longchamp, » ainsi que le rapporte le chroniqueur à cette date. 

Une lettre de la mère de Couët, Marie Gohorry, du mois d'octobre 1591 , 
confirme ce que dit la pièce historique qui précède, c'est-à-dire que le mi- 
nistre se trouvait à Bâle à cette époque, ce qui indique qu'il aurait décliné 
l'honneur qu'on lui avait fait; à moins qu'il n'ait pu vaquer par quartier au 
service religieux de la maison du roi, tout en demeurant attaché à l'Eglise 
de Bâle; mais ces voyages périodiques semblent peu probables. 

M. Couët de Lorry a lieu de penser, nous dit-on, que Jacques Couët s'é- 
tait réfugié en Ecosse, à l'époque de la Saint-Barthélemy. Il était ensuite ren- 
tré en France, puisqu'on le voit élu vice-président du synode national tenu 
à Figeac en 1579. 

On a vu que Couët tit une prédication à Nancy, le 5 décembre 1599, « au 
merveilleux contentement de tous les fidèles » (5w//.,V, 286), et Casaubon, 
qui l'entendit prêcher à Ablon, le 3 août 1603, en parle avec de grands 
éloges (Ibîd., Il, 277). Etait-il alors en passage ou en résidence à Paris? Il 
prêchait alors assez souvent à Metz^ où son fils était établi comme médecin; 
le 8 août 1604, une prédication qu'il y fit dura deux heures. On lit ce qui 
suit, dans une lettre que possède M. Couët de Lorry, lettre adressée par 
Maurice Lauberan de Montigny à Masclary, conseiller-secrétaire du roi à 
Senlis (1674) : « Je l'ai vu (Couët) venir de Basle en Suisse servir TEglise 
« de Paris par quartier et me souviens de l'avoir ouï prescher à Ablon le 
« jour de Pasques aux grands vents, qui, en 1606, ce me semble; il y avoit 
« fini le catéchisme le samedi, lequel je crus estre le dernier jour de ma 
« vie pour un tourbillon qui m'emporta au sortir du temple assez loin. » 



CIMETIÈRES ET INHUIlilATIONS DES HUGUENOTS 

PRINCIPALEMENT A PARIS 
AUX XVie, XVIie ET XVIlie SIÈCLES. 
1563-1993. 

(Voir t. XI, p. 132, 351, et ci-dessus, p. 33 et 141.) 

II. De VEdit de Nantes (Î598) à la Révocation (1685). 

6» LES REGISTRES DES QUATRE CIMETIERES PARISIENS. 

Nous passerons maintenant en revue les registres des sépultures des pro- 
testants de Paris, tels que nous les avons retrouvés tout poudreux au greffe 



PRINCIPALEMENT A PARIS. â75 

de l'état civil, il y a tantôt huit ans (Bull., IV, 625, et France protest. ^ 
VI, 571), découverte qui a été si précieuse pour nos travaux à divers 
points de vue. Ces registres, à peu près au complet de 1600 à 1685, sont 
en effet comme autant de procès-verbaux dont le dépouillement, véritable 
nécrologe de l'Eglise réformée parisienne, nous a procuré une foule de ré- 
vélations et doit encore donner lieu ici à des remarques instructives. Nous 
ferons en sorte d'y rattacher iniîidemmeut, au fur et à mesure, les faits 
et documents historiques se rapportant à notre sujet que nous avons pu 
recueillir d'ailleurs. 

I. De février 1600 au 26 août 1619. 

Le premier registre va du 28 février 1600 au 26 aotit 1619. C'est un 
in-4o de 4 78 feuillets, relié en parchemin, et intitulé : 

Papier-registre des enterremens qui ont esté faicts des personnes de la 
religion, depuis Vannée ]&Q0 jusques et compris 1619, avril. 

Du 28 février 1600 au 16 mars 1604, il contient, niais non sans lacunes, 
82 actes d'inhumations tous relatifs au cimetière de laTrinilé (Pierre de Rien- 
court, fossoyeur en iceluy). Le premier acte d'inhumation faite au cime- 
tière dit du faubourg Saint-Germain (par Pierre Le Brasseur, fossoyeur en 
iceluy), est à la date du 21 mars 1 604, et l'on remarque que ce fait s'accorde 
tout naturellement avec ce que nous avons exposé ci-dessus (p. 39). A partir 
de ce moment, les actes se rapportent tantôt à l'un, tantôt à l'autre des 
deux cimetières, jusqu'au 27 août 1614 où se rencontre le premier acte 
qui concerne le cimetière dit du faubourg Saint-Marcel (Jehan Ducly, fos- 
soyeur), circonstance qui coïncide aussi très exactement avec les faits que 
nous avons relatés (ci-dessus, p. 142). Un premier acte d'enterrement au 
cimetière de Charenton apparaît seulement à la date d'octobre 1618 (au 
folio 151), suivi de quelques autres. Les actes se rapportant à ces deux 
derniers cimetières sont assez rares. 

Le premier acte ouvrant le registre est celui-ci : 

« Le dernier jour de février 1600 defifuncte damoiselle Charlotte de Dam- 
« pierre, vefve de feu Robert de la Sangle, vivant sieur de Moncharville (?;, 
« estant de la vraie religion, a esté enterré au cimetière de la Trinité, par 
« Pierre de Riencourt, fossoyeur audit cimetière, où le corps d'icelle a 
« esté assisté et accompagné par de ses amis et archers du guet. » 

Tel est à peu de chose près le libellé de tous les actes. Parmi les sui- 
vants, nous relevons chemin faisant ceux qui nous paraissent mériter d'être 
signalés. 

26 septembre 1600. Claude Le Jeune, compositeur ordinaire de la mu- 
sique du roy. C'est le célèbre Claudin, si apprécié de d'Aubigné {BulL, ï, 
207} et de ses contemporains. (Cimetière de la Trinité.) 



276 CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

21 mars 1604. Jehan Ruffin^ imprimeur. C'est le premier acte d'enter- 
remenl au cimetière du faubourg Saint-Germain. Mais le registre, qui n'est, 
comme on le verra plus loin, qu'une mise au net d'anciens brouillons des 
archers du guet de 1600 à 1617, présente sans doute de nombreuses la- 
cunes. Ainsi nous n'y trouvons aucun des six enterrements que nous avons 
mentionnés d'après le Journal de L'Estoile et les Ephémérides de Ca- 
saubon, de janvier 1600 à mars 1 604 (ci-dessus, p. 34 et 35). Cette omis- 
sion s'explique d'ailleurs, puisque les inhumations n'eurent lieu dans le ci- 
metière régulièrement autorisé du faubourg Saint-Germain qu'à dater du 6 
mai 1604. Deux autres enterrements postérieurs à cette date sont men- 
tionnés par L'Estoile, et nous en trouvons les actes dans le registre. « Le 
« vendredi 19 may 1606, dit le chroniqueur, fut enterré à Paris, au cime- 
« tière de ceux de la religion, G. Auvrai, libraire, n Voici l'acte en 
question : 

« Le xix^jour duditmois de may 1606 deffunct M. Guillaume Auvray, 
« marchant libraire, estant de la vraye religion, a esté enterré au cimetière 
« du faubourg Saint-Germain, par ledit Brasseur, où le corps dudit deffunct 
« a esté accompagné par de ses amys et archers du guet. » 

22 février 1608. Isaie Du Montier. 

26 février 1608. Philippe Casaubon, fille de M. Casaubon, professeur 
du roy et garde de sa bibliothèque. 

10 mars 1608. Le fils de M. Arnault, intendant des finances. C'est un 
fils d'Isaac Arnauld, d'abord avocat au parlement, qu'Henri lY avait en si 
grande estime et qu'il avait fait intendant des finances en 1 605. Il était le troi- 
sième des fils de Lamothe-Arnauld, et le sixième était Claude, trésorier gé- 
néral de France, mort en mai 1603, dont il a été parlé ci-dessus (p. 35). 
C'est sans doute Isaac qui avait élevé le tombeau de marbre noir à son 
frère: Mœstissimo fratri plura non permisit dolor. 

5 février 1609. Pierre Lengevin, imprimeur du roy. (Cimetière de la 
Trinité.) 

26 février 1609. Henriette de Pardaillan, fille d'honneur de feue Ma- 
dame la duchesse de Bor, sœur du roy. (Cim. dufaub. Saint-Germ.) 

9 mars 1609. Jacques Deffroux, solliciteur de procès. (Cim. de la 
Trinité.) 

18 mai 1609. « DefPunt Anthoine de La Faye, escuyer, sieur de la maison 
« neufve et de Gournay en Beauvoisis, ministre de la Parole de Dieu en l'E- 
« glise refformée de Paris, estant de la vraye religion, a esté enterré au 
« cimetière du fauxbourg Saint-Gerrnain, par Jehan Guillaume, fossoyeur 
« d'iceluy, où le corps dudit deffunt a esté apporté, accompagné par de ses 
« amis et archers du guet. » — L'Estoile lui fait cette fâcheuse oraison fu- 
nèbre : « Le bonhomme La Faye, le plus vieil ministre de Charenton,le plus 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 277 

« riche et avare, mais le moins suffisant, mourust en ce mois à Paris. Il 
« estoit de maison, oncle de Madame la procureuse générale La Guesle; et 
« fut avec un grandissime convoy porté et enterré au cimetière de ceux de 
« la religion. Ne laissa aucuns enfants. » 

Nous ne trouvons pas au 3 juin 1611 d'acte relatif à ce petit enfant dont 
l'inhumaiion au cimetière de la Trinité donna lieu à une espèce d'émeute et 
à l'intervention du lieutenant criminel (ci-dessus, p. 1 47). Il n'y a pour tout 
le mois de juin que deux actes se rapportant à ce cimetière, et rien n'in- 
dique que l'un des deux, inscrit à la date du 5, concerne l'enfant dont il s'agit. 
Il aura été omis par les archers ou n'aura pu être déchiffré par le copiste. 

29 juillet 1612. Noble homme Jacques de Bongars, maistre d'hostel 
ordinaire du roy. (Cim. du faub. Saint-Germ.) C'est celui dont nous avons 
publié une si belle lettre sur la mort de Henri IV (III, 541). 

15 octobre 1614. Jacob Brunei, valet de chambre du roy, peintre de 
S. M. Un des maîtres de l'ancienne école française, qui avait exécuté une 
grande partie des peintures de la galerie d'Apollon, brûlée en 1660. 

Après l'acte du 29 décembre 1617, au folio 145 verso, on lit ces lignes 
d'une écriture un peu tremblée : « Tout ce que dessus depuis le feuillet 
« premier a esté pris par M. Michel, ancien, du brouillas des archers, et 
« ce qui suyt a esté recherche'par d'Huysseau, pour tout aultant qu'il l'a 
« peu, par charge du consistoire du mercredy 21 de février 1618. 

« (Signé) D'Huysseau, ancien. » 

21 mars 1618. Jehan Pitan, maistre peintre, 

1®' avril 1618. Louis Turquet, escuyer, sieur de Mayerne, lepublicisle 
à qui ses écrits valurent tant de tracasseries et père de Théodore, l'un des 
plus célèbres médecins et chimistes de son temps. 

25 août 1618. « Haut et puissant seigneur messire Odet de La Noue, 
« chevallier seigneur dudit heu, conseiller du roy en ses conseils, son 
« chambellan ordinaire, cappitaine de cinquante hommes de ses ordon- 
« nances et mareschal de camp en ses armées, a esté enterré à Saint-Père, 
« le 25« d'aoust 1625. « 

6 octobre 1618. Marie du Pas, fille de M. de Feuquières. 

3 novembre 1618. « Jehan Faïe, sieur de Blain, chanoine de Notre-Dame 
" et prieur du Vieux Velesme et Thouars, a esté enterré à Saint-Père, le 
« 8 novembre 1618. » Si l'on est quelquefois surpris de rencontrer des in- 
humations de protestants dans des églises catholiques, nous le sommes un 
peu à notre tour de rencontrer ici un chanoine de la cathédrale de Paris. 
Sa présence en ce lieu ne s'explique guère que par une conversion, et le fait 
n'en est pas moins curieux à enregistrer. 

21 février 1619. Messire Pierre de Beringhen, sieur d' Jrminvilliers , 
conseiller et premier valet de chambre du roy. 



278 CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

'10 mars 1619. Aleocandre Gobelin, maîstre teinturier. L'un des pelits- 
fils du célèbre teinturier de Saint-Marcel. (Voir ce que nous avons publié 
sur les Gobelins, Bull., IV, 493). 

22 mars 1619. Jeha?i Malherbe, fils de M. Calixte Malherbe, procu- 
reur à la cour de parlement et de Marie Perreaux. 

Une table, de la main de d'Huisseau, clôt le premier registre. 

IL D'octobre 1624 à août 1627. 

Nous avons ici une regrettable lacune de cinq années, le second registre 
ne reprenant qu'au mois d'octobre 1624. Il est en double, c'est-à-dire que 
l'on a conservé tout à la fois la copie et le brouillon original sur lequel elle 
fut faite en 1643, et, à juger d'après ce dernier le brouillas des archers 
qui servit à transcrire le registre précédeirty nous pouvons nous faire une 
idée de la peine que dut avoir le bonhomme d'Huysseau. Parlons d'abord 
de cette copie, in-folio de 140 feuillets couvert de parchemin, intitulée: 

Registre des enterremens, depuis octobre 1G24 jusqu'en aoust 1627 
ès cymetières de Saint-Pierre et Trinité, et aucuns à Saint-Marcel 
et Charenton. 

L'original, petit in-folio d'une trentaine de feuillets, a reçu ce titre: 

Enterremens faits à Charenton^ Saint-Père et la Trinité à Paris, en 
jusqu'en 1627, toutes lesquelles (sic) actes sont fort brouillés et 
difficiles à déchiffrer, comme il a été marqué à l'intitulé du présent 
registre et dont on a extrait copie du mieux qu'il a été possible pour 
y avoir recours. 

L'intitulé dont il s'agit est au premier feuillet, ainsi conçu : 

« Ledit registre côté Enterremens des morts au cymetière Saint-Père et 
« quelques-uns à la Trinité, Charanton et Saint-3Iarcel, depuis octobre 
« 1624 jusqu'en aoust 1627, a esté composé avec beaucoup de difficultés 
« des barbouilleries de Jehan Hiérosm.e, fossoyeur, cy-encloses, en sep- 
« lembre 1643, et dont il a contraint {sic) de deviner la plus part des noms 
« et dates, à cause de quoy les dites barbouilleries se gardent seulement 
a affin que si on trouve de la difficulté es dits noms celluy qui s'en plain- 
<t dra voie s'il rencontrera mieux que 

« D'Hui'ssEAu, ancien. » 
Il est de fait que ce cahier est en beaucoup d'endroits un affreux gri- 
moire qui serait aujourd'hui lout à fait indéchiffrable si l'on n'était aidé 
par la transcription, ou plutôt la traduction presque contomporaine ; mais 
aussi, il est fort heureux que l'on ait songé à garder l'original, car la copie 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 279 

n'en est pas toujours textuelle, ni tout à fait complète, et une collation at- 
tentive nous a été d'un grand secours, comme on va le voir, pour la décou- 
verte de deux des actes les plus importants que renferme ce registre, 
au point de vue historique, ceux de Salomon de Caux et de Salomon de 
Brosse, 

Voici les actes de sépulture que nous croyons devoir relever: 

29 juin 1625. De la Rivière^ consul à Montpellier. (Cim. Saint-Père,) 

26 juillet 1625. Thomas Justel, fils de M.Justel, intendant des affaires 
de M. de Bouillon. 

3 novembre 1625. Gentien Marbault, fils du conseiller secrétaire 
du roy. 

5 janvier 1626. Anthoine de Rambouillet, conseiller secrétaire du roy. 

23 janvier 1626. Maurice de Lauberan, fils de M. de Montigny, mi- 
nistre de la Parole de Dieu en l'Eglise réformée de Paris. 

25 janvier 1626. « Jiine Benard (sic), fille de Nouêl Benard (sic), 
maistre peintre , a esté enterré à Saint-Père. » Grâce aux autres registres 
(ceux de baptême) de la même époque, et à l'étude spéciale que nous en 
avions faite, nous avons pu reconnaître et corriger avec certitude cet acte 
qui concerne une fille de Noël Bernard^ peintre, inconnu jusqu'ici, qui fut 
le père du peintre Samuel Bernard et le grand-père du célèbre financier de 
ce nom. 

12 février 1626. François Pena, médecin ordinaire du roy. 

28 février 1626. « Salomon de Gros, ingénieur, a esté enterré à la Tri- 
nité, le 28« février 1626. » Cet acte ainsi trancrit avait bien des fois passé 
sous nos yeux sans éveiller particulièrement notre attention, lorsque l'année 
dernière nous nous sommes avisé de recourir au grimoire original, et pour 
le coup nous y avons lu de la façon la plus claire et la plus péremptoire ce 
même acte ainsi écrit et rédigé : « Salomon de Caux, ingénieur du roy, a 
« esté enterré le samedy dernier jour de febvrier, assisté de deux archers 
« du guet, à la Trinité. « (Voir Bull., XI, 301, 406, 443.) On voit par cet 
exemple que la transcription n'est parfois qu'une analyse, et une analyse 
peu correcte du texte primitif. 

14 août 1626. Paul Monginot, fils du docteur en médecine de la Faculté 
de Paris. 

27 septembre 1 626 . « François de 3Iascureau, sieur du Breuil, « exécuté 
« par justice, a esté enterré à Saint-Père, le 27^ septembre 1626. » Excep- 
tion à l'usage de transférer les restes des suppliciés aux fourches patibu- 
laires de Montfaucon. On voit aussi que la règle moderne de ne point spé- 
cifier dans les actes de décès le genre de mort du défunt n'était point 
encore établie. Nous ignorons les circonstances de la condamnation encourue 
par ce gentilhomme. 



280 CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

octobre 1626. Anne Levasseur, fille d'Ezéchiel Levasseur, commis- 
saire des guerres. 

décembre 1626. Philippe de Metz, intendant des affaires de M. de la 
Trémouille. 

9 décembre 1626. « Salotnon de Brosse, ingénieur et arcbitecte des bas- 
« timens du roy, natif de Verneuil, enterré à Saint-Père, le 9® décembre 
« 1626. » Le même acte se retrouve en ces termes un peu différents dans un 
autre registre, allant de 1626 à 1641 dont il sera question tout à l'heure : 
u Du 9* jour du mois de décembre 1626, a esté enterré Salomon de Brosse, 
« architecte de la royne mère, au cimetière Saint-Germain. » {Bull., IV, 
633; V, 168.) Enfin l'original retrouvé plus tard et vérifié par nous est 
ainsi conçu : « Salomon de Brosse, nati {sic) de Verneuil, ingénieur (et en 
« surcharge), architecte des bastimens du roy, a esté enterré, le maircredi 
« 9« jour de dést mbre mil VC 26, assisté de deux archers du guet. » 

23 janvier 1627. Adrien LeHucher, chirurgien, fils du pasteur de l'E- 
glise réformée d'Amiens. 

15 février 1627. Pierre Pascal^ natif de Castres, procureur au parle-- 
ment de Toulouse. 

6 mars 1627. Armand Du Fiquet, fils de M. Duviquet, conseiller en la 
chambre mi-partie de Guienne. 

24 mars 1627. Marguerite Lalouetie^ fille de l'avocat en parlement. 
1 4 avril 1 627. Charles Mestrezat, fils du pasteur de Paris. 

Î5 août 1 627. « Madeleine Arondel, vivant veuve du sieur Bunel, maistre 
peintre. » 

Cet acte est le dernier du registre. La transcription ne paraît pas écrite 
par d'Huysseau, mais la table est de sa main. 

III. De 1626 à 1641. 

Le registre suivant est un petit in-folio de 140 feuillets, portant sur sa 
couverture de parchemin jauni, ce titre : 

Registre d'enterremens, Trinité et Saint-Père, depuis septembre 
1 626 jusqu'en 1 641 . 

On lit au premier feuillet : « La table de ce registre exactement vériffiée 
« est attachée d'une esguilletie blanche tout au derrière d'iceluy. (Signé) 
« D'Huysseau, ancien. » 

Au deuxième feuillet, d'une autre main : « Registre dés enterrements faits 
« ès cimetières de Saint-Père et Trinité appartenans à l'Eglise réformée de 
« Paris qui a son exercice à Charenton Saint-Maurice. ^> 

En tête du troisième feuillet, ce titre de départ: « 1626. Registre des 
« corps morts que j'ay aydé à porter au cimetière de ceux de nostre reli- 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 281 

« gion, par le commandement de Messieurs nos anciens, assisté d'un ar- 
« cher et quelquefois de deux. » 

Bien que les titres ci-dessus trancrits restreignent ce registre aux deux 
seuls cimetières de la Trinité et de Saint-Père, il est à remarquer qu'il con- 
tient aussi des mentions de sépulture au cimetière de Charenton et même 
« à Saint-Marceau » dès le 26 septembre 1628. L'inadvertance est d'autant 
plus saillante que le premier acte, celui qui couvre le registre, est relatif à 
Charenton. Le voici : 

47 septembre 1626. « A esté enterré Pierre Gagnot, natif de Loche en 
« Touraine, advocat en parlement à Paris, enterré au cimetière du Temple 
« de Charenton Saint-Morice. » 

Parmi les autres, voici ceux des cimetières Saint-Père et la Trinité qui 
nous ont principalement frappé: 

1° Cimetière Saint-Père. 

6 novembre 1626. La femme de Samuel Aime- Dieu^ chirurgien et opé- 
rateur du roy. 

17 novembre 1626. Jean Malart, natif de Saint-Jean d'Angely, secré- 
taire du roy. 

1" décembre 1626. Philippe Le Mer, intendant des affaires de M. de 
la Trémouille. 

2 décembre 1626. Paul Stuart, natif d'Orléans, avocat en parlement. 

6 décembre 1 626. Marguerite de Boiville, femme de Paul de Bellegarde, 
avocat en parlement. 

9 décembre 1626. Salomon de Brosses^ architecte de la reine mère. C'est 
Pacte que nous avons déjà cité plus haut. 

5 avril 1627. Filie Monvoisin, secrétaire du roy. 

10 avril 1627. Matthieu Vernart, advocat en parlement, bailly de Lavau 
et de Châteaurenard et Châtillon-sur-Loing. 

27 avril 1627. Salomon de La Fans, maistre maçon à Paris, âgé de 
48 ans. 

28 avril 1627. Nathanaè'l Ruter, fils d'un pasteur anglois. 

3 mai 1627. Innocent Ruet, sieur de Launay, secrétaire du roy. 

2 juin 1627. Jean Masguonic, poste de M. le maréchal de La Force, 
natif de La Force. 

27 juillet 1 627. M. La Loy, gentilhomme de la compagnie de chevau-légers 
du roy. 

2 septembre 1630. Isaac Guidon, secrétaire du roy. 

11 janvier 1631 . Dame Claude d'Huysseau, fille de M. d'Huysseau, an- 
cien de l'Eglise réformée de Paris et femme de M: François Le Conte^ pos- 
tulant au palais. 



282 CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

23 janvier 1631. François de Léry, secrétaire de M. le duc d'Usez, âgé 
de 32 ans. 

21 raay 1631. Benjamin de Morogues^ escuyer, sieur de Villliers. 

26 juin 1631. Charlotte Brunier, fille d'Abel Brunier, médecin de Mon- 
seigneur, frère du roy, âgée de 2 ans 4 mois. 

30 juin 1631. Madeleine Brachet de la Muletière^ âgée de 46 ans, 
femme du sieur de Balennes. 

15 septembre 1631. Jehan Massanes, conseiller secrétaire du roy, de la 
Tille de Montpellier, âgé d'environ 50 ans. 

23 septembre 1 631 . Angélique Talment, fille de Gédéon Talment, con- 
seiller secrétaire du roy, âgée de 17 ans ou environ. 

29 novembre 1631 . Daniel Du Breuil^ argentier de la grande escurie. 

20 mars 1632. Charlotte Porteaux^ âgée de 27 ans, fille de défunt Mi- 
chel Porteaux, imprimeur, à Saumur. 

27 juillet 1632. Claude Pélisson, âgé de 39 ans, secrétaire de la chambre 
du roy. 

10 octobre 1632. Jacques Testelin, âgé de 7 ans, fils de deffunt Giles 
Testelin, maistre peintre. 

8 décembre 1632. François de Loberan, escuyer, sieur de Montigny, 

4 mars 1633. Martin Paris, maistre peintre, natif d'Amiens, âgé de 
50 ans. 

23 mars 1633. Jehan Privât, âgé de 21 ans, fils du sieur Privât, pasteur 
de Cavaillon-sur-Dordogne. 

19 avril 1633. J. -Baptiste Gillot^ âgé de 50 ans, secrétaire de l'ar- 
tillerie. 

I^*" août 1633. Daniel Tilenus, âgé de 72 ans, natif du pays de Silézie. 
7 février 1634. Gédéon Talman, vivant, conseiller secrétaire du roy, âgé 
de 53 ans. 

11 septembre 1635. Jacques Le BlanCy escuyer, sieur de Beaulieu, âgé 
de 57 ans. 

12 avril 1635. Marie Grotius, fille de M. Grotius, ambassadeur de Suède. 
(Voir sur la mort de cet enfant une lettre de Grotius, publiée par le Magasin 
pittoresque, 1841, p. 287.) 

41 juin 1635. Jacques Lucas, âgé de 53 ans, marchand libraire, à Paris. 
2 juillet 1635. Thomas Papillon, advocat en parlement. 

5 novembre 1635. Philippe de la Planche, sieur de Filliers, âgé de 
55 ans. 

21 novembre 1635. Catherine Bouché, âgée de 26 ans, femme de Jacques 
Delorme, peintre et sculpteur, à Paris. 

26 novembre 1635. Paul Galand, conseiller du roy et procureur général 
des tailles en la généralité de Tourraine, âgé de 5S ans. 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 283 

24 janvier 1636. Ezéchîel Faillant, docteur en théologie, âgé de 71 ans, 
de la ville d'Orléans. 

5 juin 1636. Michel Calandrin, âgé de 20 ans, fils de Jehan-Louys Ca- 
lendrin, bourgeois et habitant de la ville de Genève. 

23 juillet 1636. Camille du Ry, âgée de 6 mois, fille de Matthieu Du Ry, 
architecte du roy. 

27 janvier 1 637. Madeleine Bernard, âgée de 24 ans, femme de Jehan 
Conil, sieur de Lisle. C'est une fille de Noël Bernard (ci-dessus, p. 279). 

21 septembre 1637. Daniel Benoisf, fils du sieur Benoist, concierge de 
la maison de M. de la Trémoille. 

18 décembre 1637. François Monginot, docteur en médecine de la ville 
de Langres, âgé de 64 ans. 

23 avril 1 638. Madeleine de Loberan, fille du sieur Maurice de Loberan, 
ministre de la Parole de Dieu, et de damoiselle Marie de Gorris. 

13 septembre 1638. Tile de Romilly^ sieur de Chenevières, près d'Au- 
beterre, en Angoumois, âgé de 38 ans. 

28 aoust 1638. Henri-Théophile Drelincourt, fils âgé de 2 ans, de 
M. Charles Drelincourt, ministre de Parole de Dieu en l'Eglise de Paris. 

20 septembre 1638. Louise, fille âgée de 5 ans, de M. Esaie de Bedé, 
sieur des Fougerets, docteur en médecine, et de damoiselle Marie An- 
drouet du Cerceau. 

12 février 1639. Marthe Dumoustier, femme de Théophraste Renaudot, 
docteur en médecine. 

2 mars 1639. îsaac Bernier, peintre et valet de chambre du roy. 

24 mars 1639. Louise Marbault,Me âgée de 16 ans, de M.Marbault, an- 
cien de l'Eglise réformée de Paris. 

18 juin 1639. Gabriel de Loberan, fils de M. Maurice de Loberan, mi- 
nistre de la Parole de Dieu, et de damoiselle Marie de Gorris. 

12 aoust 1639. Paul Ducros, secrétaire de M. de Bassompierre, natif de 
Montpellier, âgé de 32 ans, exécuté par justice pour fausse monnoye. 

2 janvier 1640. David de Maniald, escuyer, sieur du Peyrat, de Bor- 
deaux, âgé de 26 ans. 

k janvier 1640. *.^\}2Xùq\sç\\q, Marie d' Ailliboust, vivant femme et espouse 
« de Jean de Bedé, escuyer, sieur de la Gormandière, et advocat au par- 
ce lement de Paris, est décédée en la maison du fauxbourg Saint-Germain 
« des Prés et fut conduite au cimetière ordonné pour ceux de la religion 
« audit fauxboug, et accompagnée de plusieurs des plus notables de la 
« mesme profession. » 

16 mai 1640. Elisabeth de Lamberville, femme de Charles Du Ry, ar- 
chitecte du roy, âgée de 46 ans. 

8 novembre 1640. Dame Anne Arnauld, vefve de feu messire Manassé 



28-4 LE PERE COTTON, JESUITE CONTROVERSISTE. 

de Pos, vivant, chevalier, sieur c?e Feuquîères, gouverneur et lieutenant gé- 
néral pour le roy de la ville-évesché de Verdun et pays verdunois. 

24 décembre 1 640. Pierre Scalberge, peintre et valet de chambre du roy,. 
âgé de 48 ans, natif de Sedan. 

7 janvier 1641. Cézar de Saumaize^ escrivain, âgé de 45 ans. 

16 janvier 1641. Damoiselle Marie Conrart, vefve de feu sieur Jacques 
de Muysson, vivant, sieur de Taillan, native de Valenciennes. 

2» Cimetière de la Trinité. 

6 octobre 1626. Suzanne vivante, femme de noble homme Félix 

de Lafemas^ sieur de de Beausemblant. 

27 octobre 1626. Guillaume Du Gué^ peintre, natif de Troyes, en 
Champagne. 

30 janvier 1630. Jehan Marchant , sieur des Harpinières, natif de Bois- 
commun, pays de Gatinois, faisant sa demeure ordinaire à Haulte-Isle, pa- 
roisse de Chérence, bailliage de Magny, de l'Eglise de Lymay, près Mantes. 

24 mars 1636. Nicolas De Lorme, âgé de 60 ans, maître maçon, à Paris. 

20 décembre 1636. Jacques Langlois, âgé de 80 ans, marchand libraire 

20 mars 1638. Jehan De Lorme, maître peintre, âgé de 35 ans. 

18 janvier 1641. Damoiselle Anne de Casauhon, veuve âgée de 73 ans, 
de feu Jehan de Rigoti, grand-maître de l'artillerie â Genève. 

Dans cet aperçu, nous avons laissé de côté les actes relatifs à Charenton 
et à Saint-Marcel, qui sont peu importants, peu nombreux, et que d'ailleurs 
nous retrouverons. 

Au feuillet 97, verso, après le dernier acte, on lit : « Faicl et arresté ce 
« dernier décembre 1 641 , par moy d'Huysseau, ancien. La table de ce re- 
M gistre est attachée en ung cahier séparé au derrière de ce registre bien et 
« exactement vériffiée. » 



LE PÈRE COTTON. JÉSUITE CONTROVERSISTE. 

1608-1610. 

Le curieux extrait qu'on va lire nous est communiqué par M. Cl. Com- 
payré. On y retrouve le révérend père Cotlon tel qu'il est déjà connu de 
nos lecteurs (II, 307; VI, 29, 44). On y voit comment il prenait les gens 
au collet et les obligeait à controverser bon gré malgré, pour la plus grande 
gloire de Dieu. 



LE PÈRE COTTON^ JESUITE GONTROVERSISTE. 



285 



Pourparler entre Jean Gigord, ministre en l'Eglise réformée de Mont- 
pellier^ et le père Cotton^ de la compagnie de ceux qui se disent 
jésuites (1). 

u Le dimanche 29 juin 4608, M. Jean Gigord, ministre protestant, visi- 
tant les magnificences de Fontainebleau et entrant dans la salle de la belle 
cheminée, y trouve force gens assemblés, et soudain il y voit arriver et 
monter en chaire M. Pierre Cotlon. Il fustlà retenu et arrêté par quelques- 
uns contre son intention pour ouïr ce sermon Gigord sortant de là vint 

peu après à l'antichambre du Roi. Là un gentilhomme s'adresse à lui et le 
prie d'entrer au cabinet où il estoit désiré et demandé. On lui demande 
s'il voudroit conférer avec le père Coton; il répond qu'il n'estoit point venu 
du Languedoc pour cela, et il s'excuse à cause du lieu. Mais on avoit déjà 
appelé le jésuite, le voilà arrivé. « Sur quoi en estiez-vous ? demande-t-il 
soudain. » Ayant appris qu'on parloit de son sermon dans lequel il avoit 
attaqué ceux de la religion réformée, il presse et importune Gigord qui 
auroit pu se retirer en remontrant que ce n'étoit pas un lieu propre à traiter 
ces matières, mais l'importunité du père Cotton le retint. » 

Ici commence une discussion théologique fort vive, fort longue, mais 
extrêmement curieuse entre le père Cotton et le ministre Gigord, sur la 
Cène. Le père Cotton fut applaudi par les catholiques, qui étaient là en 
grand nombre, et Gigord eut pour lui les protestants parmi lesquels, dit la 
relation, se trouvait Martel de Castres, premier chirurgien du Roi. 

Le lendemain une nouvelle conférence, autorisée par le Roi, devait avoir 
lieu chez le duc de Sully, entre le père Cotton et le ministre Gigord, en 
présence de dix catholiques et de dix protestants, mais l'autorisation fut 
retirée et la réunion ne put avoir lieu. 

Quelques années après, le père Cotton se rendit à Castres (1619) pour 
prêcher et discuter avec les pasteurs de cette ville. Il leur soumet de nou- 
velles questions à résoudre et il les leur envoie par écrit. 

Parmi ces questions de controverse sur lesquelles le père Cotton prie les 
pasteurs de donner éclaircissement, on n'en citera que deux pour en faire 
connaître l'esprit et la portée : 

« VIÏ« QUESTION : Est-il vray ou non que Dieu se trouve par tout^ 
qu'il remplit toutes choses par essence, présence et puissance; et 
conséquemment que sa divinité est réellement dedans le ventre des 
bestes, chiens, rats, serpents et crapaux, voire dans Tessence des 

M ) L'Estoile mentionne ce pourparler à la date du 26 juillet 1608 {BulU, III, 
447, 448). 



286 LE PÈRE COTTON, JESUITE CONTROVERSISTE. 

démons; bref en toutes choses, excepté le péché qui n'est pas un 
efFect, ains une défectuosité et n'a point de cause efficiente, comme 
dit saint Augustin, mais deffaillante? Si donc il est réellement et vé- 
ritablement en toutes choses, ne le peut-on pas adorer partout et en 
toutes choses? Et si je l'adore dans ce pain et que ce pain soit jeté 
dans la gueule d'un chien, sera-t-il vray de dire que le chien dévore 
ce que j'adore? Pourrai-je dire que le boulanger fait et défait son 
Dieu, parce qu'il a pestri et mangé le pain dans lequel Dieu se 
trouve? 

«Réponse des pasteurs : Il est vray que Dieu se trouve partout, qu'il 
remplit toutes choses par essence, présence et puissance. Mais si 
parce que Dieu est réellement en toutes choses, on le peut adorer 
partout et en toutes choses, comme on nous dit icy, comment 
pourra-t-on condamner les idolâtres du passé et mesmement les 
Egyptiens d'avoir adoré les rats, les chats, les singes, les aulx et les 
ognons, veu que Dieu est par tout cela? Que dira-t-on des Indiens et 
des sorciers qui adorent les diables, vu que Dieu est en leur essence? 
Les papistes les oseroient-ils excuser ou qui pis est les imiter? ce 
qu'ils pourroient faire suivant la doctrine de cestuy-cy. Ceux-là voi- 
rement adoroyent telles choses, mais en les réputant images seule- 
ment de la déité, laquelle seule ils prétendoyent adorer soubs ces 
images. » 

Les pasteurs traitent ces questions de chimères, de blasphèmes et d'im- 
piétés. 

« X« QUESTION : Nostre Seigneur vivant sur terre n'estoit-il point 
subject aux puces? et le sang qui estoit dansle ventre despuces n'es- 
toit-il pas uni au Verbe et le prix de nostre rédemption? Pareille- 
ment celuy qui couloit du long de la croix n'estoit-il point divin, 
soit qu'il fust soubs pieds des chevaux, ou lesché par les chiens qui 
pouvoyent suivre les exécuteurs, etc. » 

c< Réponse: Qui ouyt jamais une si profane théologie? S'amuser àde 
si monstrueuses subtilités, c'est ne pas entendre la fin ni le principal 
usage du sacrement, etc., etc., etc. » 



LETTRES DE CONSOLATION 

ESGRITES A MONSIEUR ET A MADAME DE LA TABARIÈRE , SUR LE DÉCEDS 
DE FEU MONSIEUR LE BARON DE S AINGT -HERMINE^ LEUR FILS AISNÉ. 

1639. 

Voici les premières des lettres que nous avons annoncées ci-dessus, 
page 50 : 

1. Lettre de Monsieur du Moulin, pasteur et professeur en l'Académie 
de Sedan, escritte à Madame de la Tabarière, 

Madame^, 

L'affliction que vous avez receue en la perte d'un fils de si grande 
espérance^ est si grande^ qu'il y auroit de la cruauté à vous consoler 
en la diminuant. Veu principalement que l'Eglise de Dieu y a fait 
une perte très grande, laquelle se promettoit de voir, en la personne 
de Monsieur vostre fils, que Dieu avoit doué de tant de perfections 
de corps et d'esprit, revivre les vertus de ses ancestres, et d'avoir en 
lui une image de son grand-père, dont la mémoire est et sera tous- 
jours en bénédiction en l'Eglise de Dieu. Quant à moy, je prens telle 
part en vostre affliction, que je me sens incapable de vous consoler. 
Ce néantmoins, ce me sera un allégement d'entendre que vous portez 
ceste perte avec l'humilité et patience convenable aux enfans de 
Dieu, lequel vous a voulu esprouver et vous fraper par ce que vous 
avez de plus sensible, afin de vous apprendre à vous conformer à sa 
volonté, et vous humilier sous sa main. Duquel puis que nous ne 
pouvons changer les arrests, ny rappeler ceux qu'il a appeliez à soy^ 
il faut que nos aff'ections les plus tendres cèdent sa volonté. A 
l'exemple de Job qui ayant en un jour perdu sept fils avec ses biens, 
disoit : « Le Seigneur les a donnez, le Seigneur les a ostez, le nom du 
Seigneur soit bénit. » Et de David, qui durant la maladie de son fils 
pleura et s'affligea devant Dieu ; mais après que Dieu en eust disposé, 
se releva et se consola en Dieu. Faut se donner de garde d'envenimer 
nos playes en y ayant tousjours la main, et empirer nos maux par 
impatience, laquelle peut bien ofl'enser Dieu, et préjudicier à nostre 
santé, mais ne peut remédier à aucun mal. Faut se donner de garde 
d'estre plus sensibles en nos afflictions domestiques, qu'en la ruine 



288 LETTRES DE CONSOLATION. 

générale de PEglise, en laquelle le nom de Dieu est blasphémé. Joint 
que cette vie, est si courte et si accompagnée de misères, qu'on 
trouvera que la durée la plus longue n'est rien en Téternité, et que 
Dieu exempte de beaucoup de maux et de beaucoup de péchez ceux 
dont il abbrége la course pour les retirer à soy. Au reste aurions- 
nous en vain esté disciples en Teschole de nostre Seigneur Jésus, si 
nous n'estions persuadez que Dieu ne fait rien que sagement, ou si, 
(comme dit FApôtre) a nous estions contristez comme ceux qui n'ont 
point d'espérance. » Que si Dieu appelant nos enfans devant nous, 
trouble Tordre de la nature, il ne trouble pas pour cela Tordre de sa 
sagesse. Et ne faut pas estimer ceux-là estre perdus que Dieu a re- 
tirez devant nous, avec lesquels Dieu nous rejoindra bien tost, pour 
nous rassembler au lieu auquel toutes les affections humaines, 
mesmes les maternelles, seront englouties par Tamour de Dieu. 
Pourtant après avoir satisfait à la nature, il faut donner lieu à la 
raison gouvernée par la çrainte de Dieu : et tascher de tirer de nos 
afflictions les fruicts qui sont propres à ses enfans; en disant en soy- 
mesme : Dieu m'a osté ce que j'avois de plus cher en la terre, afin 
de détacher mon cœur d'icy-bas^ et afin que désormais je cherche ma 
consolation en luy seul. J'aime mieux désormais penser à aller à mon 
Dieu, que de me consumer en regrettant mes enfans lesquels sont 
mieux auprès de luy. Je veux désormais penser plustost aux biens 
futurs qui sont éternels, qu'aux maux qui me sont advenus, auxquels 
je ne puis remédier. Dieu vous a encore laissé des enfants envers les- 
quels vous expérimenterez la bénédiction de Dieu, et pour lesquels 
vous devez vous conserver. Je sçays que vous n'avez point besoin de 
ces conseils ; Dieu vous ayant douée de sagesse pour adorer ses con- 
seils, et de force pour ne succomber point sous le faix. Mais j'ay en 
cela satisfait plustost à ma douleur qu'à vostre besoin : Et ay voulu 
vous témoigner Thonneur que je porte à vostre personne et à vostre 
famille, sur laquelle je prie Dieu qu'il estende ses sainctes grâces, et 
qu'il vous tienne en sa saincte protection, 

Madame, 

Vostre très humble, et très affectionné serviteur. 

Du Moulin. 

De Sedan, ce 20 d'aoust 1629. 



LETTRES DE CONSOLATION. 



289 



II. Lettre de Monsieur de Beaulieu le Blanc, pasteur à Sedan, escritte 
à Monsieur de la Tabarière, 

Monsieur, 

Si je ne cognoissois la fermeté de vostre esprit et la confiance que 
Dieu vous a donnée pour soustenir les afflictions, je metrouverois fort 
empesché en celle sur laquelle je vous escry maintenant_, la plus 
grande peut-estre de toutes celles qui vous sont jamais advenues, 
ayant pieu à Dieu vous priver d'un fils qui estoit Taisné de la maison 
et Tornement de vostre famille, et ce en une saison qui sembloit la 
plus importune, lors qu'il commençoit à produire des fruicts de vostre 
éducation, et qu'il estoit prest de vous acquérir honneur et conten- 
tement en servant heureusement au public ; toutes considérations 
qui aggravent la perte et adjoustent tristesse à vostre douleur. Mais si 
oseray-je bien' me persuader qu'il ne sera pas mal-aysé de vous ré- 
soudre et consoler là-dessus : Et que Dieu vous ayant doué de sa- 
gesse vous pouvez comprendre de vous-mesmes, que c'est chose juste 
que le Créateur dispose de sa créature raisonnable, aussi que l'homme 
obéysse à celuy qui l'a fait, et se laisse conduire à sa main. Celuy qui 
est le Seigneur de tous n'est tenu de rendre compte à nul de ce 
qu'il fait; mais c'est à nous d'acquiescer à ses jugements et de mettre 
le doigt sur la bouche. Et c'est en quoi consiste nostre gloire et per- 
fection de nous sçavoir conformer à luy qui n'est pas seulement de 
garder ce qu'il commande, mais aussi d'endurer patiemment sa dis- 
cipline sans murmurer. Je sçay qu'il est plus aysé de dire cela que 
de le pratiquer, et que quand il plaist à Dieu faire tourner sur nous 
son pressoir, il n'y a constance qui ne crie, ny force qui ne pîoye 
sous la pesanteur de ses corrections. Mais le sage vient tousjours 
au-dessus, et se représentant d'une part ce qu'il doit à Dieu, et de 
l'autre ce qu'il attend de luy, il n'y a rien qu'il ne fasse, ny peine 
qu'il ne souff're pour l'amour de luy. Que si la philosophie de ce 
monde a bien peu donner aux payens de la patience; que devra faire 
en nous la droite cognoissance de Dieu et la foy en Jésus-Christ? 
Certes il n'y auroit point de raison de leur céder en cet endroit, le 
plus grand mal qu'il y a en l'affliction, c'est que par là Satan s'efl'orce 
de nous pousser à des mouvemens préjudiciables à nostre salut. C'est 
pourquoy parmy la multitude de divers penseraens qui se présentent 
à nos esprits, il ne faut pas oublier que Dieu nous met à l'espreuve, 

XII. 19 



290 LETTRES DE CONSOLATION. 

et fait en nous frapant Fessay de nostre obéyssance^ afm que rien 
ne sorte de nostre bouche^ rien n^entre en nos pensées qui soit pour 
donner prise au malin sur nous. Or quoy qu'il en soit_, il fauttousjours 
en venir à ce poinct^ que toutes choses aydent ensemble en bien à 
ceux qui ayment Dieu, et que la fin des afflictions est pleine de bons 
fruicts pour ceux qui l'honorent et veulent dépendre de sa conduite. 
Et qu'est-cC;, si Dieu voulant desraciner nos affections de la terre, 
nous oste ce qui nous y attachoit. Certainement il n'y a rien meil- 
leur à l'homme que d'aspirer au ciel : Et pourtant ne faut-il trouver 
estrange, si Dieu prive ses enfans des choses qui peuvent les amuser 
icy. Et puisqu'il est impossible d'estre aimez de Dieu en servant au 
monde,, nous n'avons point à nous plaindre deluy quand il en retire 
nostre affection^ et nous donne subjet de Tavoir à mespris. Je prie de 
tout mon cœur Celuy qui a fait laplaye de la vouloir bander^ et res- 
taurer vostre cœur des consolations plus douces de son Esprit^ et 
vous conserver en sa bénédiction^ le fils qui vous reste, duquel je 
vous peux asseurer qu'il se porte fort bien jusques-icy par la grâce 
de Dieu, ayant pleuré le défunct selon le devoir d'un bon frère, et 
s'appliquant à cette heure à l'estude de bonne façon. Sur ce vous 
baisant les mains en toute humilité, je vous supplie, Monsieur, me 
tenir tousjours, 

Vostre très humble, et affectionné serviteur, Le Blanc. 
A Sedan, le 20 d'aoust 1629. 

IIL Lettre de Monsieur de Beaulieu le Blanc, pasteur à Sedan, escritte 
à Madame de la Tabarière. 

Madame, 

Je ne doute point que vous n'ayez receu les tristes nouvelles que 
le siège de Bosleduc vous a causées, comme à plusieurs autres per- 
sonnes de vostre qualité; c'est pourquoy je ne vous escry point pour 
vous apprendre une chose que vous avezdeu sçavoir d'ailleurs : mais 
seulement pour pleurer avec vous la playe que le Seigneur a faicte 
en vostre maison, et vous tesmoigner en quelque façon le sentiment 
que j'ay de vostre douleur, et le grand desplaisir de voir qu'un fils 
qui vous estoit si cher, vous ait esté ravy en si peu d'heure. Mais s'il 
a pieu à Dieu cueillir ceste fleur et transporter ailleurs une plante 
qu'il aymoit, c'est à nous de ployer sous son ordonnance et non de 



LETTRES DE CONSOLATION. 291 

€ontroller les arrests de son conseil,, duquel il ne sort jamais rien 
qui ne soit juste et droit. Je sçay combien yous est amère et rude 
cette espreuve, et ne croy pas qu'il y eust rien au monde, après la 
personne de Monsieur vostre mary, qui vous fut cher comme celuy 
que Dieu vous a osté; aussi ne préten-je pas essuyer vos larmes ny 
arrester vos souspirs. Toutefois^ si faut-il. Madame, nous monstrer 
sages en affliction ; car c'est là que la vertu paroist si elle a pris ra- 
cine en nos âmes. Es choses faciles Tobeyssance n'est pas tant es- 
timée, et n'est pas mal-aysé de bénir Dieu en la prospérité; mais si 
nous le sçavons glorifier en adversité, c'est là où il prend son plaisir. 
Ainsi le voyez-vous en l'exemple d'Abraham à qui le commandement 
d'immoler son fils devoit estre plus dur que ne fut jamais à père ou 
à mère la perte d'aucun enfant, et néantmoins il obéyt, jusqu'à vou- 
loir estre luy-mesme l'exécuteur de celuy qui luy estoit plus que ses 
propres entrailles. Dieu le fortifiant, afin qu'en luy nous apprenions 
qu'il n'y a rien de meilleur à l'homme que de ranger ses affections 
sous la Yolonté du Créateur. Pour nous apprendre aussi que nos en- 
fans ne sont pas à nous, mais à Celuy qui les a formez, et qu'il ne 
faut rien si fort aymer, que nous ne soyons prests d'en quitter la pos- 
session quand Dieu le veut ainsi, lequel seul est digne d'estre aymé, 
et pour lequel seul nous devons désirer de vivre et respirer. Le bien 
que nous apporte un fils pour bien nay et vertueux qu'il soit ne passe 
point les bornes de cette vie; c'est un contentement qui s'eff'ace par 
le temps, ou qui s'esteint par la mort : mais si nous aymons Dieu et 
gardons sa parole, le fruict en demeure à éternité, et c'est là où se 
trouve paix et joye et consolation asseurée. C'est ce que vous n'ignorez 
pas. Madame. Mais vous me direz qu'il est mal-aysé de pratiquer ces 
choses; il est vray, si nous ne regardons qu'au monde; mais il faut 
penser que Dieu qui s'est donné à nous en la personne de son Fils, 
veut aussi que nous nous donnions entièrement à luy, en sorte que 
nos affections les plus tendres, et les plus naturelles, cèdent à son 
amour et luy soient consacrées; il n'y a rien plus raisonnable que 
cela, attendu mesme qu'il n'y a rien, soit hors de nous, soit dedans 
nous, qui ne luy appartienne. Que si le Seigneur vous eust adverty 
devant le coup de ce qu'il vouloit faire, vous vous fussiez disposée à 
obéyssance, et luy eussiez dit : Me voicy preste de te rendre celuy 
que tu m'avois presté ; car vous n'eussiez pas esté si peu advisée que 
de lui refuser ce qu'il vous demandoit. Maintenant que Dieu sans 



292 LETTRES DE CONSOLATION. 

VOUS en advertir vous Ta pris, cela vous semble dur et fait peine à 
digérer. Mais à qui est-il obligé pour luy dire : Je m'en vay faire 
cecy ou cela? Ne faut-il pas plustost nous accuser nous mesmes de 
n'avoir pas assez bien pensé à ce que nous devions à Dieu^ ny bien 
pesé le droict qu'il a sur nous et sur nos enfans? Icy je vous supplie 
de faire vostre profit de l'exemple de Job, cet excellent serviteur de 
Dieu. De combien son affliction passoit-elle la vostre, qui en un jour 
perd tous ses biens et tous ses enfants à la fois, et cela par mort vio- 
lente, et lequel quoy que non adverty auparavant de ce que Dieu 
alloit faire, voyant toute ceste tempeste fondue sur luy, donne gloire 
à Dieu là-dessus? «Le Seigneur l'a donné, le Seigneur l'a osté, le 
nom du Seigneur soit bénit. » Il est vray que puis après il luy 
escbappe des paroles d'impatience : mais ce fut après que Dieu eust 
aggravé ses peines par playes corporelles et par la dureté de ses 
amis, et cependant revient tousjours à soy, et rappellant ses mouve- 
ments desréglez et précipitez, se retient sagement et par un exemple 
de grande vertu dans les limites de la crainte de Dieu. Que si un 
siècle obscur et peu esclairé au prix du nostre, a produit de si beaux 
exemples, ce seroit bien mal penser à nous si en ceste lumière de 
cognoissance, et en un temps auquel Dieu parle à nous par son Fils, 
nous ne monstrions du courage et de la patience, le seul nom de 
chrestien que nous portons nous en devroit fournir suffisamment : 
car il nous advertit de nostre hautesse, c'est qu'estans enfans de Dieu, 
il ne faut pas pleurer, comme font les payens et les ignorans, qui 
n'ont point d'espérance; mais pleurer sagement et modérément, 
comme ceux qui attendent la bien-heureuse résurrection. Or je prie 
Dieu, Madame, qu'il vous remplisse de consolation en bien espérant, 
et vous fasse la grâce de bien comprendre et sentir par effect quelle 
est l'efficace du Sainct-Esprit à consoler les affligez, et quel le re- 
confort dont il soustient les cœurs de ses enfans qui s'approchent de 
lui en leurs angoisses et calamitez : tellement que toute vostre tris- 
tesse soit convertie en joye, et ceste discipline en un fruict paisible 
de justice qui ait pour fin le salut de vostre âme avec repos et plaisir 
éternel. Et en cest endroit clorray-je la présente, vous suppliant. 
Madame, de me croire tousjours, 

Vostre très humble, et affectionné serviteur, Le Blanc. 
A Sedan, le 20 d'aoust 1629. 



LETTRES DE CONSOLATION. 



293 



IV. Lettre de Monsieur Daillé, pasteur de V Eglise de Paris, escritte 

à Monsieur de la Tabarière. 

Monsieur^ 

Ce n'est pas pour vous consoler que je vous escris; la playe que 
vous avez receue est trop grande et trop fraische pour ^entreprendre : 
mais bien pour vous tesmoigner^ comme je ressens ceste perte^ et 
raffliction qu'elle apportera en toute vostre maison; Fennuy parti- 
culièrement qu'elle vous causera^ et à Madame, dont je cognoy le 
naturel tendre et foible contre de si rudes coups. Pleust à Dieu, Mon- 
sieur, que je peusse m'arracher d'icy pour quelque temps, et aller 
mesler mes larmes avec les vostres : mais une inviolable nécessité 
m'y tenant, comme vous sçavez^ attaché, je pleureray à part moy et 
regretteray à jamais le funeste accident qui nous a tranché en sa fleur 
ceste jeune plante, qui promettoit tant et à vous et au public. Dieu 
qui vous a frappé d'une main, vous veuille fortifier de l'autre, et vous 
donner en ceste occasion une très abondante mesure de son Esprit, 
afin qu'avec une si rude tentation vous ayez une bonne et heureuse 
yssue pour la supporter. Après sa bénédiction, j'espère le tout de 
vostre vertu. Monsieur, m'asseurant qu'il vous continuera ceste 
mesme constance, que vous avez tousjours fait paroistre en toutes 
espreuves. Il en est maintenant besoin, plus que jamais, pour la con- 
solation et conservation de Madame et de toute vostre maison; Dieu 
la vous doint par sa bonté, et vous fasse expérimenter en ce sujet_, 
combien il est puissant, bon et miséricordieux envers ceux qui le 
craignent. Ce sont mes vœux et mes prières continuelles au milieu 
de l'extrême ennuy où je suis, qui m'a tellement englouty toutes 
autres paroles, que je ne puis rien adjouster à celles-cy, sinon la pro- 
testation que je vous fais d'estre à jamais, Monsieur, 

Vostre très humble, et très obéyssant serviteur, Daillé. 

De Paris, le 20 aoust 1629. 

V. Lettre de Monsieur Daillé, pasteur de l'Eglise de Paris, escritte à 

Madame de la Tabarière, 

Madame, 

Ce coup funeste, dont il a pieu à Dieu vous frapper, a tellement 



294 LETTRES DE CONSOLATION. 

estonné et estourdy mes sens, qu'il m'a presque osté et la parole et la 
pensée, m'ayant ravy ce que j'aymois et chérissoit le plus au monde, 
ce qui m'y rendoit ma vie douce au milieu de tant de maux et d'a- 
mertumes, dont elle est envenimée de toutes parts : mais bien que 
ma douleur soit desjà extrême d'elle-mesme, pour l'intérest que j'ay 
en ce triste accident; si est-ce que je la sens redoubler et croistre 
de moitié quand je m'imagine la vostre, et l'impression que fera au 
cœur d'une si bonne et si tendre mère, la perte d'un si bon et si ex- 
cellent fils. Je confesse. Madame, qu'il n'y a point de baume en la 
terre capable d'adoucir, non que de guérir une si cruelle et si pro- 
fonde playe, et s'il n'y avoit rien au monde que la terre, je tiendrois 
ce mal pour désespéré : Mais quand au milieu de ceste triste et con- 
fuse imagination, je me souviens qu'il y a un ciel au-dessus de nous, 
auquel est facile ce qui est impossible à la terre; quand je me sou- 
viens encore de vostre exquise piété, et de la ferme foy que vous 
avez en Jésus-Christ, j'espère qu'il aura pitié de vostre ennuy, et 
vous y donnera le soulagement nécessaire. Je me tourne donc vers 
luy seul et le supplie très humblement qu'il vueille faire reluire son 
sainct visage sur nous tous, espandre particulièrement en vostre âme 
les plus douces et les plus vives consolations de son Esprit, accom- 
plissant sa vertu en vostre infirmité, vous mesurant son assistance 
selon le besoin que vous en avez, ployant de sorte vostre volonté 
que vous la soubmeltiez à la sienne, et adoriez humblement sa verge, 
pleurant, mais comme ayant espérance qu'il vous doint de com- 
prendre, que la main qui vous avoit confié ce cher dépost, est celle- 
là mesme qui le vous a osté, qu'elle l'a retiré d'un siècle mauvais, 
chétif et incertain, pour le transporter au royaume de saincteté, 
de gloire et d'éternité oii nous le verrons un jour, et certes bien 
tost, puisque nostre vie n'est qu'un moment, et le posséderons éter- 
nellement en ce mesme Jésus-Christ qui nous l'avoit donné. Et si ceste 
considération peut et doit venir en rang, qu'il vous doint encore de 
penser, que mesme selon le monde il a couronné son départ de toute 
la gloire convenable à sa naissance et profession, ayant voulu le 
cueillir en la plus célèbre occasion, et dans le plus généreux et glo- 
rieux employ qui peust estre. Dieu vous veuille imprimer au cœur 
toutes ces choses et autres semblables pour vostre consolation, vous 
conserver à vostre famille, et vostre famille à vous, vous faisant la 
grâce de retrouver en ce qui vous reste ce que vous avez perdu, ou 



LETTRES DE CONSOLATION. 295 

ce que vous pleurez. C'est Fardente et continuelle prière^ Madame, de 
Vostre très-humble^ et très-obéyssant serviteur, Daillé. 
De Paris, ce 20 aoust 4629. 

VI. Lettre de Monsieur de Velhieux, ministre du sainct Evangile, 
escritte à Madame de la Tabariere. 

Madame, 

Dieu m'ayant fait ceste grâce de cognoistre et annoncer son Fils 
Jésus-Christ, voire son Fils crucifié, et vous ayant esté la seule des 
causes secondes par qui ceste grâce m'a esté procurée ; j'espère que 
vous luy donnerez maintenant heu en vostre endroit, et contre vostre 
douleur, et que vous ne refuserez pas des fruicts, dont vostre main a 
si gracieusement arrousé la plante. De moy, j'employeray de tout 
mon pouvoir la grâce que le Seigneur m'a faite, et l'honneur et le 
crédit que vous m'avez donné, à parvenir au plus grand de tous les 
désirs et desseins que j'aye, à sçavoir vostre consolation : Le ressen- 
timent et participation des douleurs de vostre âme, ne pouvant estre 
plus ny peut-estre si grand en autre quelconque qu'en la mienne; 
Le sujet de vostre ennuy égalant ou excédant tous les plus violens 
qui soyent sur la terre; Vostre personne estant telle que nous ne 
croyons pas qu'elle peust et deust porter d'avantage d'afflictions; 
Celles qui ont passé estans (ce nous sembloit) une abondante quit- 
tance de tous les sentimens de misère, à quoy la nature humaine est 
redevable. Hélas! Madame, vos yeuxaffoiblis par tant de larmes que 
la piété y a fait monter et descendre, se rouillent maintenant sur un 
spectacle que vos propres ennemis ne peuvent regarder sans hor- 
reur. Dieu vous avoit fait porter en une de nos plus honorables fa- 
milles un fils aisné, prémice d'un très bon et très sage père; Vous 
l'avez veu eslevé, régénéré^ et nourry à toutes choses sainctes et 
hautes^ sous un très excellent et vrayement grand père; Vous l'avez 
veu seul héritier de ses grandes vertus, suffisantes d'enrichir un 
million d'hommes ; ces vertus, non point selon l'ordre de nature, 
mais par une grâce très parfaite, estoient par vos mains et par vostre 
esprit découlées sur celuy de ce jeune seigneur. Tout cet advantage 
estoit de grande consolation, et de totale nécessité à l'Eglise; mais 
nous avons esté indignes d'en jouyr, et pour une acquisition tem- 
porelle et fort peu nécessaire, a esté employé ce dont nous atten- 



296 LETTRES DE CONSOLATION. 

dions nostre défense et consolation spirituelle. Là-dessus^ Madame, 
je vous diray de toutes les choses qui sont^ celle que vous tenez la 
plus indubitable,, et en laquelle pourtant vous pouvez trouver plus 
de moyen de vous relever et récréer. Notre Père céleste nous apprend 
qu'il est à bon escient courroucé contre nous, retire sa présence fa- 
vorable de dessus nos affaires, sur lesquelles tombent quant et quant 
la mort et Thorreur, sa main ne cesse point de frapper, tous les trois 
ans vous apportent en particulier quelque dueil inouy, et mette 
vostre esprit au tombeau avec les corps de ceux qui vous sont les 
plus chers. Voilà le mal et ses causes, dans lesquelles y a grand sujet 
de consolation : car Dieu nous déclare longuement sa colère, pour 
nous réduire une bonne fois à servir et chérir sa bienveillance. 
Comme vos maux sont fréquents, ainsi le sont les nostres, et pouvons 
dire de nous tous ce qu'Asaph disoit de soy : Tous les matins vient le 
chastiment. Dieu punit les péchez que le monde fait par une obstina- 
tion à en commettre d'autres, jusqu'à l'endurcissement : mais il oste 
nos habitudes vicieuses en nous amolissant par les larmes^ les com- 
passions; quand nous refusons de perdre nostre âme dans la piété et 
pour acquérir l'Esprit du Seigneur, il permet que nous la trouvions 
si pleine de destresses que sa conservation ne nous est plus chère, et 
que nous la luy donnons volontiers en eschange de ses grâces. Et 
quand nous nous trouvons esperdus, il nous apprend pour une autre 
fois à prévoir le temps de sa Visitation et le tenir pour précieux, luy 
aller au-devant avec les lampes de nostre foy bien allumées, et nos 
reins bien troussez. Certes, puisque le Seigneur requiert ce service 
de nos âmes, c'est une suffisante occupation pour les rendre heu- 
reuses, et pour les divertir de la tristesse selon la chair qui les mine. 
Certes, le Seigneur nous afflige hors de son service : mais la joye 
que nous avons à l'aymer et le bénir, est totalement nécessaire. 
Toute la nature ne vous apporte qu'ennuis, vos pensées qui se dé- 
rivoyent sur cet agréable objet, qui vous est maintenant osté, se re- 
tournent contre vous et se confondent entre elles. Vous ne pouvez 
penser à ce que vous avez veu au monde sans plaindre, que la plus 
aymable des choses que vous y avez veues, n'est maintenant qu'un 
peu de cendre. Messieurs vos enfans vous présenteront le ressou- 
venir de la perte de leur aisné, la seurté des petits, et la chère com- 
pagnie de sa précieuse et digne sœur. Mais quand vous contemplerez 
nostre Seigneur, vous verrez à la grande satisfaction, vostre âme 



LE MARQUIS ET LA MARQUISE DE LANGEY^ ET LEUR FILLE. 297 

frapée comme la sienne au trenchant de Tespée que la cholère de 
Dieu a dégainée : Vous lui présenterez en sacrifice vos entrailles 
arrachées, et Tobéyssance rendue sur la mort de vostre Isaac. Vous 
vous recognoistrez vivre en son imitation,, exempte de dangereuses 
douceurs de la terre_, preste de recevoir ^éternelle joye pour laquelle 
nulle disposition ne peut estre trop grande. Vous sentirez appliquer 
estroitementet profondément dans vos angoisses et dans vos souspirs,, 
ce salut que le Seigneur nous a acquis par son sang, ses cris et ses 
larmes. Vous mettrez entre ses mains bien seurement et confidem- 
ment vostre âme, formant des playes, que le Seigneur de grâce 
voudra rendre conformes à celles, par lesquelles son âme est allée à 
Dieu. Et ainsi, le Seigneur vous sera comme à Marthe et Magdeleine 
une vraye résurrection, puisque comme elle vous rappellerez et l'in- 
voquerez en vostre dueil. Et comme ceste affliction est extrême en sa 
nature^ aussi espéray-je qu^elle sera Fextrême et la dernière que 
vous sentirez; et que le Seigneur vous fera cueillir tous les jours 
nouvelles forces. La tristesse n^a pas esté moindre au cœur des 
apostres à la seule mention du départ de leur Consolateur temporel, 
qu'elle est mpintenant en vous sur la retraitte que Dieu a donnée en 
son ciel à vostre bien-aymé; mais comme le Seigneur fit cognoistre 
aux siens son départ, et la privation des consolations temporelles 
estre expédiente; ainsi en sera-il en vostre endroit, et vous donnera^ 
comme à eux, pour avantageuse récompense la multiplication de son 
Esprit, et l'honorable exercice de tesmoigner les biens qu'il vous a 
faits, que je luy supplie de confirmer, estant, Madame, 
Vostre très humble serviteur, Velhieux. 
A Chastillon, ce 23 d'aoust 1629. 



LE MARQUIS ET Ik RIARQUISE DE LANGEY, ET LEUR FILLE 

AU COUVENT ET A LA BASTILLE. 
1686. 

Les trois extraits de dépêche qu'on va lire, d'après les registres du se- 
crétaire de la Maison du roi, conservés aux archives de l'empire, concer- 
nent la famille de Langey, c'est-à-dire le marquis René de Courdouan, sa 
seconde femme, Diane de Montaut-Navaille, et leur fille née en 1663 ou 



298 STANCES SUR LES DRAGONNADES. 

1667 (Voiries Mémoires de Jean Rou, II, 168). On remarquera que la mar- 
quise de Langey avait été détenue dans l'abbaye de Penlhémont et qu'elle 
fit sans doute son abjuration dans l'église même de ce couvent, devenu au- 
jourd'hui l'un des temples de l'Eglise réformée de Paris. 

A M, de La Reynie. 

20« may 1686. 

Madame la marquise de Langey ayant fait abjuration à l'abbaye 
de Pantbemon, je vous envoyé les ordres de Sa Majesté pour la faire 
sortir^ et pour y mettre en même temps sa tille, qui est aux Récol- 
lettes, et un autre ordre pour faire remettre la dame Paul, qui est 
aux Nouvelles-Catholiques, entre les mains de son mary. 

A M. de La Reynie. 

26* juin 1686. 

J'ay expédié les ordres du Roy pour permettre à Madame de 

Langey de voir son mary à la Bastille et de retirer sa fille de Pan- 
themon. 

Au sieur de La Noux. 

18" septembre 1686. 
Le roy veut bien que Madame la marquise de Langey voye son 
mary; mais Sa Majesté ne veut pas qu'elle couche à ia Bastille. 



STÂHCES SUR LES DRÂ&OHNÂDES. 

1688. 

Dans un vieux cahier jauni par le temps, recueil manuscrit contempo- 
rain des dragonnades, et qui porte sur sa couverture ces mots : Don de 
M. Bouquet, diacre en l'église de Dieppe, nous avons trouvé, entre au- 
tres, une pièce de vers remarquable par les sentiments qu'elle exprime. 
La voici : 

Sur la victoire prétendue des dragons à la fin de Vannée 1685. 

Nostre Dieu ne dort pas, ainsi qu'il vous le semble ! 
N'en doutez point, dragons, vous aurez vostre tour. 
Dieu nous peut bien un jour relever tous ensemble 
Et vous exterminer tous en un mesme jour. 



LETTRE DES REFORMES CAPTIFS EN FRANGE. 



299 



Ne triomphez pas tant de toutes vos victoires; 

C'est presque temps perdu; n'en faites point de bruit^ 

Car on n'a pas sujet de tirer de la gloire 

Quand Tœuvre qu'on a fait n'a produit aucun fruit. 

Celui qui par vos mains donne au Roy des victoires. 
Maintenant l'équité qu'un juste droit prescrit. 
Nous donnera aussy de vaincre pour sa gloire 
Quand la chair se rebelle à rencontre l'esprit. 

Forcer de hauts rempars, emporter par surprise. 
Cela peut compéter avec l'humain effort. 
Mais contre un grand Michel, protecteur de l'Eglise, 
Ny ange ny dragon n'est jamais le plus fort ! 



LETTRE DES RÉFORMÉS CAPTIFS EN FRANCE 

AUX MINISTRES RÉFUGIÉS A L'ÉTRANGER. 
1686. 

Nous avons reçu de M. de Ganzenbach, et par les soins de M. Bungener, 
l'intéressante communication qui va suivre. Elle est tirée des manuscrits 
de Berne dits Frankreich-Bûcher, t. II, anno 1 537-1 7H, pages 549-560, 
et a pour titre : Correspondance de plusieurs réfugiés avec les réformés 
prisonniers en France. 

« La personne à laquelle cette lettre a été adressée, est-il dit dans une 
note que nous traduisons de l'allemand, n'est pas connue. On ignore de 
même si elle a été imprimée ou répandue seulement par des copies. 

« Déjà le 17 décembre 1683, par conséquent longtemps avant la révoca- 
tion de l'Edit de Nantes, Berne avait résolu d'ouvrir son pays à 56 réfugiés 
qui se trouvaient à Genève (Livre des missives allemandes, n^ XXVII, fol. 
i 59.) A ce sujet on écrivit ce qui suit à Genève : « Nous pensons, chers voi- 
« sins et fidèles confédérés, que vous pourriez en garder six dans votre 
« ville et qu'il serait bon d'en choisir des différentes provinces, afin qu'ils 
« puissent vous tenir au courant de ceux qui désireraient également trou- 
« ver asyle chez vous. Nous avons l'intention de recueillir aussi six des 
« plus anciens d'entre eux dans notre capitale et de répartir les autres dans 
« diverses localités de notre territoire; de sorte qu'il y en aurait 42 à 

« Lausanne, 8 à Morges (?) et ses environs ; 2 à ; 2 à Rolle, Vevey (?), 

« 8 à Iverdun, 6 autour de Pelterlingen, 8 aux environs de Milden, 



300 LETTRE DES REFORMES CAPTIFS EN FRANCE 

« 2 à L., 2 à , etc.» (D'après VEvangel. Abschid, Bade. Johanni 4 685.) 

« Reçu de Berne subsides de la collecte évangélique. 

« M. Bermond, ministre. M. Chion, ministre. 

« M. Laurent, ministre. M. Mouton, ministre. 

« M. Rebout, ministre en condition. 

« M. Fayson, ministre en condition. 

« M. De la Serre, proposant en condition. 

« La lettre ci-après aurait-elle été adressée à quelqu'un de ces person- 
nages? » 

Voici le document dont il s'agit. 

Lettre écrite à un François réfugié en Suisse, auquel on a adressé celle 
que les réformez captifs en France écrivent aux ministres réfugiez. 

Dans Fimpuissance où nous sommes. Monsieur^, de pouvoir faire 
imprimer la lettre que nous vous adressons, ny même d'en faire plu- 
sieurs copies sans beaucoup de danger_, on a cru qu'on ne pouvait 
mieux faire que de l'envoyer à quelque personne qui fût hors du 
royaume^ et à une personne qui eût autant de piété que de zèle pour 
la gloire de Dieu et pour le bien de son Eglise^ que vous en avez. 
Nous espérons que nous ne nous serons pas trompez dans le choix 
que nous avons fait de vous^ et nous vous conjurons, au nom de 
Dieu, de communiquer cette lettre à autant de ministres que vous 
pourrez, et d'en envoyer des copies en Angleterre, en Hollande, en 
Allemagne et en Suisse. Comme il nous a fallu servir du copiste que 
nous avons pu trouver, il faut que vous vous donniez la peine de 
faire faire une copie exacte et correcte avant de la faire imprimer, 
ce que nous vous conjurons de faire au plutôt de la part du Dieu vi- 
vant et pour l'intérêt de vos chers frères qui sont dans le plus 
pitoyable état qu'on puisse l'imaginer et qui vous demandent cette 
grâce, la larme à l'œil. Si nous pouvons disposer de notre copiste, 
nous envoyerons une autre copie à quelque autre de nos amis, afin 
que Tune ou l'autre vous soit rendue. A Dieu, Monsieur, ne nous ou- 
bliez pas dans vos prières. 

Lettre des réformez captifs en France aux ministres réfugiez en An^ 
gleterre, en Hollande y en Allemagne et en Suisse et autres lieux. 
Du 29 mars 1686. 

Messieurs et très honorez Pères, nous vous sommes infiniment 
obligez de la grâce que vous nous avez faite de nous écrire plusieurs 



AUX MINISTRES REFUGIES A L^ETRANGER. 301 

lettres pour nous consoler dans nos afflictions; nous pouvons vous 
assurer que^, parmy ce torrent d'afflictions^ de persécutions et de 
misères qui nous accablent de tous costez^ ce nous est une grande 
consolation de voir que nos chers pasteurs se souviennent encore de 
nous, qu'ils prennent part à nos maux et qu'ils essayent de verser du 
baume sur nos playes. Mais, nos très chers pères, est-ce là tout ce 
que vous pouvez faire pour vos pauvres enfans! Nous avez-vous 
abandonnez pour jamais ! Vos entraiUes ne s'émeuvent-elles pas lors- 
que vous pensez au pitoyable état où vous nous avez laissez^ dans 
lequel nous n'avons ny signes^ ny prophéties, ny personne qui nous 
dise jusques quand? La charité et le devoir de vos charges ne vous 
obligeroient-ils pas à risquer tout pour venir consoler de vive voix et 
par de bons exemples tant de fidelles qui sont exposez à la plus 
dangereuse persécution qui ait jamais été. Comment rendrez-vous 
conte, permettez-nous de vous le demander^ nos très chers pères, 
comment rendrez-vous conte au souverain Juge du ciel et de la terre 
des troupeaux qui avoient été mis à votre conduite? Le grand Dieu 
se contentera-t-il de la réponse que vous pouvez luy faire, que vous 
les avez abandonnez pour sauver vos vies auxquelles les persécuteurs 
en vouloient principalement. Quoy! ne vous souviendrez-vous plus 
de cette maxime incontestable que Jésus-Christ enseigne à ses disci- 
ples et laquelle nous vous avons sy souvent ouï prescher, que les 
véritables pasteurs doivent donner leur vie pour leurs brebis, et 
n'apréhendez-vous pas les terribles menaces que Dieu fait à ceux qui 
auront fait lâchement son œuvre ! Je suis vivant, dit le Seigneur 
l'Eternel, si je ne fais justice de ce que mes brebis ont été exposées 
en moy et de ce que mes brebis ont été exposées en proye pour être 
dévoréesde toutes les bêtes des champs à faute de pasteurs, et de ce 
que mes pasteurs n'ont point recherché mes brebis, mais que ces pas- 
teurs se sont repeus eux-mêmes et n'ont point fait paître mes brebis; 
pourtant, vous pasteurs, écoutez la parole de l'Eternel: Ainsy a dit le 
Seigneur FEternel, voici j'en veux à ces pasteurs et redemanderai 
mes brebis de leurs mains. Ne nous dites pas, nos chers pères, que 
vos peuples étoient des ingrats, et que ce sont eux en partie qui vous 
ont chassez. Il est vrai que, parmi ce grand nombre de personnes qui 
composent l'Eglise extérieure de Dieu, il y avoit des hypocrites, des lâ- 
ches, des temporiseurs, des gens vendus à péché; mais il est vrai aussi 
que, parmi cette quantité de paille, il y avoit du grain, et du bon grain, 



302 LETTRE DES REFORMES CAPTIFS EN FRANCE 

que vous ne deviez pas laisserperdre ; il y avoit encore un grand nombre 
de fidelles qui n'ont pas pris la marque de labête^ ny en leur front, 
ny en leurs mains, qui n'ont pas fléchi les genoux devant Bahal, et 
que ny la faiblesse de leurs pasteurs, ny les tristes exemples qu'ils 
ont devant leurs yeux, ny toute la fureur de leurs persécuteurs ne 
pourroient jamais séparer de la profession pure et véritable de l'E- 
vangile; il est constant qu'une grande partie de ceux qui ont suc- 
combé, ne Tauroient pas fait, et se seroient généreusement exposez 
à tout souffrir, si ceux qui leur doivent servir d'exemple leur en eus- 
sent montré le chemin; quelle raison alléguerez-vous donc pour jus- 
tifier votre conduite? Sera-ce le conseil que Jésus-Christ donne à ses 
disciples: Lorsqu'on vous persécutera en un endroit fuyez en l'autre? 
Alléguerez-vous l'exemple de plusieurs saints, et même de saint 
Paul ! Que ces excuses seroient faibles, nos très chers pères : il faut 
céder en quelque manière à la violence du torrent^ et se mettre un 
peu à côté, pour ainsi dire, pour éviter la fureur, cela est vray, mais 
les véritables pasteurs de l'Evangile ne doivent jamais si fort s'éloi- 
gner de leurs brebis, qu'ils ne soient toujours prêts, et en état de 
donner du secours à celles qui en ont besoin, deut-il leur en coûter 
la vie. C'est ainsy qu'en ont usé les bienheureux apôîres, et une in- 
finité d'autres saints qui les ont suivis; ils ont évité la fureur de 
leurs ennemis, autant qu'ils l'ont peu faire, sans blesser leur con- 
science et le devoir de leurs charges ; saint Paul s'est fait descendre 
dans une corbeille par-dessus les murailles de Damas; saint Polycarpe 
à la pressante sollicitation de ses amis s'est caché pendant trois jours 
dans une grange, et saint Cyprien s'éloigna pour un tems de Car- 
thage, pour n'attirer pas sur cette Eglise le feu de la persécution; 
mais ny ceux-cy ny les autres, n'ont pas été se cacher aux extré- 
mités de la terre, pour y rester comme des serviteurs inutiles, et 
enfouir le talent que Dieu leur avoit donné; ils n'ont jamais entière- 
ment abandonné leurs troupeaux, et lorsqu'il a été nécessaire, ils se 
sont généreusement présentez au martyre et ont sélé de leur sang, 
la vérité qu'ils avoient prêchée; est-il possible que parmy un sy 
grand nombre de ministres qu'il y avoit en France, il ne se soit pas 
trouvé un autre Moïse, pour se mettre entre Dieu (justement irrité) 
et le peuple, et luy dire : Seigneur, pardonne à ce peuple-cy, ou 
efface-moy de ton Hvre de vie ! Est-il possible qu'il ne s'en soit pas 
trouvé un seul qui ait eu assez de fermeté et de zèle, pour nous servir 



AUX MINISTRES REFUGIES A L^ETRANGER. 303 

d'exemple, et qu'il s'en soit trouvé plusieurs, qui ont été assez lâ- 
ches, que de trahir Jésus-Christ d'une manière aussy infâme que le 
traître Judas! Bon Dieu, qui l'aurait cru au simple commandement 
d'un homme, et d'un homme, qui pour parler dans les termes de 
l'Esprit de Dieu, n^est que poudre et qui malgré toute sa grandeur, 
retournera bientôt en poudre ! — Tous nos pasteurs nous ont aban- 
donnez à la rage du démon, sans qu'il s'en soit trouvé un seul, qui 
ait osé répondre aux puissances de la terre, qu'il valoit mieux obéir 
à Dieu qu'aux hommes. Jugez vous-mêmes, nos très chers pères ; que 
peuvent penser, et que doivent devenir de pauvres malheureux qui 
se voyent trahis par plusieurs de leurs conducteurs et abandonnez 
généralement de tous les autres; après de tels exemples faut-il s'é- 
tonner sy presque tout a ployé à la fureur des dragons et aux ruses 
des missionnaires? Nous vous conjurons donc au nom de Dieu, mes 
très chers pères, de reprendre du zèle, et s'il vous reste quelque sen- 
timent de piété et d'honneur, de ne nous laisser plus en proye aux 
pièges de Satan, et de venir pour tâcher de sauver le résidu de la 
maison d'Israël; ce n'est pas le tems de crier à plein gosier, il est 
vray, mais c'est le tems de demeurer cachez dans les déserts, dans les 
fentes des rochers et dans les bois, à l'exemple des premiers chré- 
tiens et de nos bienheureux pères au tems de la Réformation. Si Dieu 
vous veut appeller au martyre, vous aurez la douce consolation, de 
vous être fidèlement acquittez du devoir de vos charges, d'avoir 
imité Jésus-Christ et tant de saints martyrs qui ont été ses imita- 
teurs, d'avoir édifié cette grande multitude de témoins qui vous en- 
vironnent; d'avoir un grand nombre de fidelles, qui suivront votre 
exemple, et qui donneroient leur sang avec joye, pour être la se- 
mence de l'Eglise, et enfin d'avoir courageusement donné vos vies, 
pour retenir dans la France, l'arche de l'alliance, cette arche que 
vous avez malheureusement abandonnée à la fureur des Philistins, 
et que nous tâcherons d'y retenir, et conserver, quand il nous en 
devroit coûter la vie, comme il a déjà fait, à quelques-uns de nos 
frères, dont le sang crie, non-seulement vengeance devant Dieu, 
mais vous accuse de peu de fermeté et de zèle à la face des hommes 
et des anges. ~ Nous sommes persuadez que sy Dieu avoit voulu 
transporter son chandelier hors de ce royaume, il en auroit ouvert la 
porte et facilité la sortie à une infinité de bonnes âmes qui y sont 
restées; ainsi ne croyez pas, nos très chers pères, que nous suivions 



304 LETTRE DES REFORMES CAPTIFS EN FRANGE 

le conseil que vous nous donnez de vous suivre dans votre fuitte, 
nous ne le suivrons pas; on nous a démoli nos temples, nos pasteurs 
nous ont abandonnez, on nous a ôté nos biens, et la liberté à plu- 
sieurs : qu'importe? les bois et les forêts, les antres et les cavernes 
nous servent de temples, la sainte Parole de Dieu que nous avons 
entre nos mains, nous est un flambeau à nos pieds, et une lumière à 
nos sentiers; Dieu donne même au plus idiot d^entre nous, la langue 
de bien appris pour expliquer sa Parole; à la place des biens qu'on 
nous a ravis, nous possédons déjà la perle de grand prix, que nul ne 
peut nous ôter. Au reste, nous ne doutons point de la charité que nos 
frères exercent à vos égards, et nous croyons aisément que vous 
trouvez beaucoup de douceur à pouvoir fréquenter publiquement et 
sans crainte les exercices de piété et chanter à haute voix les louanges 
de Dieu; mais que cette douceur est peu de chose, en comparaison 
de la sainte joye, que nous ressentons, lorsque dans la nuit, à la 
clarté de mille flambeaux célestes, et pendant que toute la nature 
semble ensevelie sous des épaisses ténèbres, nous nous trouvons dans 
quelques bois, à nous entretenir de la sainte Parole de Dieu et en- 
tonner ses divins cantiques, et entendre de tous côtez, les échos ré- 
péter après nous les louanges de TEternel; notre joye est sy grande, 
qu'il nous semble que les anges se mêlent à nos divins concerts, ouye 
les anges, et ce n'est peut-être pas tout une chymère, comme on a 
voulu faire accroire. Plût à Dieu, nos très chers pères, que notre zèle 
eût été aussy ardent, lorsque nous pouvions ouïr la Parole de Dieu 
avec cette liberté dont vous nous parlez, nous aurions sans doute 
fléchy la colère de notre Dieu, il n'auroit pas versé sur nos pauvres 
Eghses les phioles de son indignation; que nous serions heureux sy 
nous avions nos chers pasteurs, nos chers pères dans nos saintes as- 
semblées. Revenez donc, nos chers pères, nous vous en conjurons par 
les entrailles de la miséricorde de Dieu ; nous vous en conjurons par cette 
charité fraternelle qui nous unit les uns les autres; nous vous en con- 
jurons enfin pour votre propre intérêt, car ne vous flattez point, nos 
chers pères, vous le savez mieux que nous, sy vous ne le faites, la 
déhvrance ne manquera pourtant pas d'arriver à FEglise de Dieu, 
mais vous et la maison de vos pères périrez, car malheur sur les pas- 
teurs, qui dissipent et détruisent le troupeau de ma pâture, dit l'E- 
ternel; c'est pourquoy ainsy, a dit l'Eternel, le Dieu d'Israël, tou- 
chant les pasteurs qui paissent mon peuple, vous avez dissipé mes 



AUX MINISTRES REFUGIES A L^ETRANGER. 305 

brebis, et les avez déchassées, et ne les avez point visitées. Voicy, je 
m'en vay visiter sur vous la malice de vos actes, dit l'Eternel, et je 
rassembleray le reste de mes brebis de tous les pays ausquels je les 
aurays déchassez et les feray retourner à leurs parcs, et elles fruc- 
tifieront et multiplieront; j'établirai aussy sur elles des pasteurs, 
qui les paîtront, tellement qu'ilz n'auront plus de crainte et ne s'é- 
pouvanteront point, et il n'en manquera pas, dit l'Eternel. Nous es- 
pérons choses meilleures de la part de vous, nos très chers pères, et 
nous finissons ici, car vous savez incomparablement mieux que nous 
tout ce qui se pourroit dire sur cette matière; nous vous demandons 
pardon si la douleur où nous sommes, nous a peut-être fait sortir du 
profond respect que nous devons à nos chers pasteurs, quoyque la 
plupart semble avoir renoncé à ce droit en le disant dans leurs écrits: 
un tel cy-devant ministre d'une telle Eglise, comme s'ils ne l'étaient 
plus. Avant que de finir nous vous conjurons encore une fois au nom 
de Dieu qui vous a honorez du saint ministère, de ne plus déshonorer 
cette sainte charge, par une retraite honteuse, d'avoir pitié de tant 
de pauvres âmes faibles et chancelantes qui sont sur le bord du pré- 
cipice et qui y tomberont infailliblement, s'il ne vient quelqu'un qui 
leur tende la main et leur montre par son exemple le chemin de 
martyre; d'avoir pitié de tant de pauvres enfants, que ny les pro- 
messes flatteuses des missionnaires, ny les menaces forcenées de leurs 
lâches pères, ny la furreur des soldats ne sauroient contraindre 
d'aller à la messe, enfin d'avoir pitié de tant pauvres malheureux 
qui ont renié Jésus-Christ de bouche, qui recognoissent la faute 
qu'ils ont faite, qui en sont au désespoir, qui n'osent presque pas se 
présenter devant Dieu, pour luy demander pardon d'un crime qu'ils 
croyent irrémissible et dans ce monde et dans l'autre, et qui sont 
dans un état de mort et de damnation, à faute de quelqu'un qui leur 
fasse connoître les proffondeurs de la miséricorde de Dieu, et qui leur 
inspire une forte résolution de se retirer au plutôt de cette abysme 
de misère, et de s'exposer généreusement à tout ce que la rage de 
leurs ennemis, et du démon leur pourra faire souffrir. Continuez à 
prier pour nous, nos très chers pères, et nous prierons pour vous. 
Qui sait enfin sy le grand Dieu ne se laissera pas enfin toucher à nos 
larmes, à nos soupirs et à nos prières, et s'il n'abrégera pas le jour de 
la tentation ! A ce grand Dieu Père, Fils et Saint-Esprit soit honneur 
et gloire aux siècles des siècles. Amen. 

XII — 20 



JACQUES niUYSSON, COHSEILLLER AU PARLEIIIENT DE PARIS 

RÉFUGIÉ A LA HAYE. 
1690-1697. 

Divers papiers intéressants provenant de la famille d'un ancien conseiller 
au parlement de Paris, réfugié en Hollande après la révocation de l'Edit de 
Nantes, nous ont été naguère envoyés de ce pays. Ils concernent parti- 
culièrement Jacques Muysson, sieur du Toillon, etc., neveu de l'académi- 
cien Conrart, né en 1646 et marié en i672 à Anne de Rambouillet, fille du 
sieur de la Sablière. M. Haag, n'ayant pu connaître la date exacte de sa mort, 
dit dans son article de la France protestante, « qu'il mourut avant i 704. » 
En effet, une lettre de sa veuve écrite, le 12 décembre 1697, à Ezéchiel 
Spanheim (voir ci-dessus, p. 104) et que nous publierons aujourd'hui, nous 
apprend qu'il avait terminé ses jours dès cette même année 1697. 

Nous donnerons encore ici le texte de son testament dont nous trouvons 
parmi nos papiers une minute écrite et signée de sa main. 

A, M, Spanheim, ministre d' Estât de son Altesse électorale 
de Brandebourg. 

La Haye, le 12 décembre 1697. 
Je ne puis m'empescher de vous faire part_, Monsieur^ de la perte 
que j'ay faite de M. Muisson depuis trois mois. Je suis persuadée 
que vous ne l'avez pas sçue et je me flatte que Madame Spanheim 
m'auroit témoigné quelque bonté dans mon malheur^ puisqu'elle en 
a toujours eu pourmoy et que je n'ay rien fait qui ait pu la diminuer. 
Mais comme j'ay appris que vostre mérite vous avoit fait nommer 
ambassadeur en France et que je vous vois par là plus en estât que 
jamais de me sortir de la petite affaire que nous avons ensemble^ je 
prends la liberté^ Monsieur_, de vous supplier très humblement de 
vouloir penser à moy. Je sçais que vous nous avez payé au commen- 
cement de cette année les intérêts et une partie du principal^ et nous 
avons regardé cela comme un plaisir que vous nous fesiez^ parce 
qu'alors nous en avions un grand besoin; je puis vous dire avec vé- 
rité que je vous en aurois à présent une véritable obligation si vous 
me fesiez l'affaire^ puisque je dois^ que je suis très mal à mon aise, 
et que par la paix je suis hors d'espérance non-seulement de rentrer 
dans notre bien, mais aussi d'en jouir. 



JACQUES MUrSSON_, CONSEILLER AU PARLEMENT DE PARIS. 307 

M. Muisson m'a fait Thonneur de me donner par son testament tout 
ce que nous avons hors de France^ et aussi de me nommer tutrice 
de nos enfans. Ainsi^ Monsieur^ j'ay toutes les qualités qu'il faut pour 
vous donner une quittance valable et vous remettre les papiers dont 
vous auriez besoin pour finir. Je ne vous parle point des intérêts; je 
sçay qu'ils sont payés jusques au mois de mars de cette année; mais 
pour le capital^ au nom de Dieu^ Monsieur^ tâchez de me payer le 
iouij ou du moins une partie^, il ne reste plus que quatre mille et 
quelques livres monnaie de France^ cela va à peu de chose monnaie 
d'ici. Je suis persuadée que si vous voulez avoir un peu de bonté pour 
moy vous le pouvez faire dans cette occasion. Je vous le répète en- 
core^ Monsieur^ je suis en estât de vous avoir la mesme obligation 
que si vous me le donniez. J'espère^ Monsieur^ que vous me ferez 
l'honneur de me répondre et de me croire avec tout le respect que 
je vous dois^ Monsieur,, votre^ etc. 

Permettez-moy;, Monsieur^ d'assurer Madame Spanheim de mes 
très humbles respects. 

Testament. 

Aujourd'huy 1690^ moy soussigné sieur Jacques Muys- 

son, seigneur du Taillon^ Rieux^ Bailleul etBarré^ conseiller au par- 
lement de Paris^ et présentement demeurant à la Haye en Hollande^ 
considérant les accidens qui peuvent journellement arriver à ceux 
qui sont d'une santé des plus robustes^ et me sentant sain de corps et 
d'esprit pour déclarer ma dernière volonté^ — ^je déclare avant toutes 
choses, que je demande pardon à Dieu de tout mon cœur de toutes 
les fautes et péchez que j'ay commis pendant le cours de ma vie, 
contre sa Majesté souveraine, et notamment du péché énorme que 
j'ay commis en signant que je me rangeois à l'Eglise romaine, dont 
je le supplie, par le sang de son Fils Jésus-Christ, mon unique Média- 
teur envers luy, de ne me le point imputer, mais de me faire grâce 
et miséricorde, et de me recevoir en son paradis lorsqu'il le trouvera 
à propos. Et parce que je désire faire voir la confiance que j'ay en la 
vertu et sage conduite de ma très chère et bien aymée femme dame 
Anne de Rambouillet, je la nomme seule tutrice des enfans que nous 
avons, estant persuadé qu'elle les gouvernera de manière qu'elle en 
acquerra la louange de tout le monde. A cette fin, j'exclus messieurs 



308 JACQUES MUYSSON, CONSEILLER AU PARLEMENT DE PARIS. 

les administrateurs de la chambre des orphelins de cette ville de la 
Haye, et ceux des autres lieux où je pourrois décéder^ et les prie de 
ne s'ingérer en aucune fasson en ce qui regarde la conduite et l'ad- 
ministration des personnes et biens de mesdits enfans. Et d'autant 
que je ne puis avoir assez de bien en ce païs pour satisfaire au paye- 
ment de la dot que j'ay receue de ma femme dame Anne de Ram- 
bouillet, ni aux autres conventions portées par mon contract de ma- 
riage, je la laisse en liberté d'exercer tous ses droits, tels qu'ils 
puissent estre ainsi et comme elle avisera estre le plus expédient 
pour elle. Que si néantmoins elle croit se pouvoir porter mon héri- 
tière, je la nomme et institue (se. dame Anne de Rambouillel) mon 
héritière en tout ce qui pourroit m'appartenir en ce païs, à la charge 
de donner à nos enl'ans leur légitime, qui sera réglée suivant les loix 
de ce païs ; n'entendant pourtant pas la contraindre en aucune ma- 
nière d'accepter mon hérédité, mais au contraire luy laissant la 
liberté de prendre la qualité d'héritière quand et en quel temps elle 
le trouvera à propos pour n'estre point inquiétée par personne qui 
se prétendroit estre mon créancier, soit pour raison de douaire ou 
autres choses. Je la prie de faire faire un service après ma mort. 
Il suffira qu'elle le fasse sous signature privée en présence de Fran- 
çois Morin, seigneur du Sendat, et de M« Jacques de Dompierre, 
seigneur de Jonquières, mes beaux-frères, en cas qu'ils soyent 
vivans, ou l'un d'eux, lors de ma mort, ou qu'ils demeurent au lieu 
où je seray décédé, sinon elle pourra choisir deux de nos amis sages 
et vertueux, en présence de qui ledit inventaire se pourra faire. Je 
ne nomme point Adam de la Basoge, baron de Heuqueville, ni 
Théodore le Coq , seigneur des Mouhns et de Saint-Léger, mes 
autres beaux-frères; non pas qu'ils ne rendissent volontiers ce ser- 
vice à madite femme, mais seulement parce qu'ils ne demeurent pas 
ordinairement à la Haye, et pour leur éviter la peine de faire au- 
cuns voyages. Je nomme aussi ladite dame Anne de Rambouillet, ma 
chère femme, exécutrice de mon présent testament, que je déclare 
estre ma dernière volonté, et veut et entend qu'il soit exécuté de 
point en point, soit comme disposition testamentaire ou codicillaire, 
cassant et révoquant tous autres testamens ou codicilles que je pour- 
rois avoir faits, encore qu'ils continssent clause dérogatoire, dont je 
ne me souviens pas à présent. Je déclare aussi que j'ay écrit ce pré- 
sent testament de ma propre main sur une feuille de papier marqué 



DEUX ABJURATIONS A SAINT-GERMAIN-l'aUXERROIS 309 

de trois livres pour le rendre plus authentique, et facille à exécuter. 
Fait à la Haye le jour et an que dessus, et ay signé. 

Jacques Muysson. 



DEUX ABJURATIONS À SAIHI-GEBRIAIN-L'AUXERBOIS. 

TANEGUT LE FÈVRE ET MARIE GUENON DE BEAUBUISSON. 
1710-1913. 

Il existe aux archives de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois un petit 
registre in-4° intitulé : Registre des abjurations faites dans Véglise 
roijale et paroissiale de Saint-Germain-V Jiixerrois, commencé en 7io- 
vembre i699. Il contient 78 actes, parmi lesquels on remarque les deux 
suivants. 

18 mars 1710. Marie Guenon de Beaubuisson, âgée de 24 ans, 
née à Saintes, fille de Pierre Guenon, sieur de Beaubuisson, et de 
Jeanne Garnier, demeurant à Fhôtel d'Uzès, a abjuré en présence de 
haute et puissante dame Charlotte-Madeleine Franclieu, épouse de 
très haut et très puissant seigneur messire François-Charles de Crus- 
sol, comte d'Uzès et de 3Iontausier, maréchal des camps et armées 
du Roy, et de Marie-Thérèse de Saint-Just, comtesse de Miremont. 

L^an 1713, le mercredy 4^ d'octobre, Taneguy Le Fèvre, âgé de 
55 ans, natif de Saumur, diocèse d'Angers, cy-devant prêtre angli- 
can, demeurant à présent dans le cloître Saint-Nicolas, paroisse 
Saint-Germain-PAuxerrois, a fait volontairement et sans contrainte 
abjuration de Thérésie dans laquelle il a vécu, et ce, entre les mains 
de M. Estienne, prêtre-curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, et en 
présence de M. André Dacier, bibliothécaire du cabinet du Roy, de 
dame Anne Le Fèvre, épouse de mondit Sieur Dacier, et de messire 
Barthélémy Maingret, prêtre habitué de laditte paroisse, lesquels ont 
signé : 

Taneguy Le Fèvre. — Dacier. — A. Le Fèvrk. 
Dacier. — Labroue, cw^é. — Maingret. 

Il s'agit ici du frère de la célèbre Madame Dacier. Cette apostasie lui 
valut, au mois de janvier 4715, une pension de 2,000 livres. Il mourut à 
Saumur, le 18 décembre 1717. 



LETTRE D'UN BÉNÉDICTIN DE LA GRACE 



CONVERTI AU PROTESTANTISME. 

Cette lettre, qui révèle un fait de conversion remarquable quant au per- 
sonnage et à l'époque, nous est communiquée par M. Camille Rabaut, de 
la part de M. Lourdes. Elle est pleine d'effusion et de reconnaissance, 
et renferme sur Paul Rabaut quelques détails précieux, faisant saisir au 
vif l'infatigable activité de cet apôtre moderne, auquel, après Dieu, les 
Eglises réformées de France durent leur résurrection. 

Lettre d'un bénédictin de la Grâce à M. Paul, ministre de Nismes. 

Monsieur et très honoré frère^ quelque désir que j'aie toujours eu 
de vous assurer de mes très humbles respects depuis mon départ, je 
n'ai jamais pu me donner cette satisfaction^ qu'à mon arrivée à Lau- 
sanne, faute de savoir votre adresse. La charité que vous avez eue 
pour moi, et les bontés dont vous m'avez comblé en France exigent 
une reconnaissance des plus marquées, et je serois le plus ingrat des 
hommes si j'oubliois vos bienfaits. Je vous regarde comme l'instru- 
ment dont Dieu s'est servi pour m'afferttiir de plus en plus dans les 
sentimens de la religion que je me feray toujours gloire de professer 
au prix de ma vie. Votre zèle se montra surtout lorsque vous dissi- 
pâtes les soupçons que bien de personnes avoient contre moy, et je 
vis avec joie l'impression que font sur votre esprit ces paroles de 
saint Paul : La charité ne demeure point soupçonneuse. Vous vous 
faites gloire de marcher sur les traces de celui dont vous portez le 
nom; le même zèle dont ce saint apôtre fut pénétré, vous pénètre 
vous-même, et je suis frappé jusques au fond du cœur de ce que 
vous faites en ma faveur; je ne sçaurois assez vous en remercier, de 
même que toutes les pieuses personnes qui sont dans votre Eglise 
de Nismes et qui m'ont fait tant de bien. Je ne puis m'empêcher 
d'arroser ce papier de mes larmes lorsque je pense à l'attention 
qu'ont eue pour moi les chers frères de Nismes et les chères sœurs 
et une infinité d'autres qui ont tendu si charitablement leurs bras. Je 
prie nuit et jour le Seigneur, notre bon Maître, pour vous et pour 
tous vos très chers frères en Jésus-Christ, qu'il vous comble de plus 
en plus de ses grâces et qu'il vous soutienne contre les assauts que 



UNE CONVERSION AU PROTESTANTISME A BEDARIEUX. 311 

les ennemis de saint Evangile veulent vous livrer. Ce sont là mes 
vœux et mes souhaits les plus ardents. Présantez^ je vous prie^ mes 
très humbles respects à toutes les âmes fîdelles parmy lesquelles je 
n^oublie pas M. K. Que je serois heureux d'avoir les talens que vous 
avez et les grâces dont Dieu vous comble; alors rien ne pourroit m'ar- 
rêter pour retourner vers vous, mes frères, et partager avec vous les 
travaux, sous le poids desquels je crains que vous succombiez par la 
faiblesse de votre corps; mais Dieu, qui vous a conservés si miracu- 
leusement jusques ici, ne vous ôtera point, dans sa miséricorde^ à 
votre cher troupeau. 

J'ai été receu parfaitement bien et au delà de ce que jepouvois es- 
pérer de tous nos Messieurs, tant de Genève que de Lauzanne, et en 
particulier de ceux auxquels vous eûtes la bonté de me recom- 
mander. Je seray toujours fidelle à suivre leurs salutaires conseils et 
je me flatte que vous n'aurez pas lieu de vous plaindre de ma con- 
duite. Je dois partir au premier jour pour Berne où je dois faire mon 
abjuration des erreurs de l'Eglise romaine; priez pour moy le Sei- 
gneur de me faire réussir dans ma sainte et louable entreprise. 
M. le professeur Lullin, de Genève; M. Pitel, et M. Résier, et d'au- 
tres personnes de considération m'ont bien recommandé à Lauzanne; 
J'ai été présenté a ces Messieurs par une dame de dinstinction qui, 
non contente de me regarder comme son propre enfant, a bien voulu 
m'honorer de son estime et de sa protection. Si elle ne m'avoit pas 
expressément ordonné de ne pas dire son nom, je le ferois avec plaisir, 
puisque je n'ay rien de caché pour vous. J'aurai l'honneur de vous 
écrire plus au long dans la suitte, et prendrai la liberté de vous in- 
former plus exactement de ma destinée, ce qui sera après mon ar- 
rivée à Berne. En attendant, je vous supplie de m'honorer de votre 
protection et de me recommander aux ferventes prières du troupeau 
dont vous êtes le digne chef. 



UNE CONVERSION ÂU PROTESTANTISRIE Â BEDARIEUX 

AU XVIIie SIÈCLE. 
1765. 

Les nombreuses abjurations extorquées aux protestants de France, tantôt 
par les séductions de la cour, tantôt par les missions bottées, n'ont sans 



312 UNE CONVERSION AU PROTESTANTISME A BEDARIEUX. 

doute rien qui surprenne, et l'on est plutôt étonné qu'elles n'aient pas été 
plus nombreuses encore. Mais ce qui est réellement inattendu, c'est une 
abjuration de catholique et une conversion à l'Eglise réformée du Désert. 
En voici un exemple remarquable, dont M. Trial nous a communiqué le 
procès-verbal. Cette abjuration fit, nous dit-il, une sensation prodigieuse à 
Bédarieux. 

[Sur papier au timbre de la généralité de Montpellier.] 

L^an 1765 et le 23 décembre^ je soubsignée,, Jeanne Belliard, 
femme de Pierre Ricoteau, teinturier^ habitant la ville de Bédarieux^ 
diocèse de Béziers, déclare que je suis issue de parents catholiques- 
romains^ instruite et élevée dans leur religion, que je Tay professée 
jusques à Tâge de vingt-sept ans et que j'avois résolu d^y persévérer 
jusques à ma fin, croyant y pouvoir faire mon salut; mais que m'es- 
tant trouvée dans des circonstances à reconnoître que j'étois dans 
Ferreur, que cette Eglise où je croyois pouvoir me sauver ne conduit 
rien moins qu'à la perdition éternelle par les dogmes damnables qu'on 
s'oblige de croire et le culte idolâtre qu'on y fait pratiquer; que, 
d'un autre côté, je reconnus la religion protestante pour être la voye 
sûre du salut, celle que Jésus-Christ et ses apôtres ont enseignée et 
que les premiers chrétiens ont suivie, religion pure dans ses vérités, 
simple et naturelle dans ses pratiques, en vertu de ces connaissances 
que j'ai acquises par la lecture de l'Ecriture sainte et des ouvrages 
de controverses qui m'ont été mis en mains, je me suis sentie obligée 
en conscience, et non par aucun motif humain, de renoncer et d'ab- 
jurer mon ancienne religion pour m'attacher à celle que Dieu m'a 
fait connoître être la véritable. Sincèrement repentante des erreurs 
où j'ai été, j'implore de tout mon cœur la miséricorde de cet Etre su- 
prême pour en obtenir le pardon. Il ne me le refusera pas, parce que 
j'étois dans l'ignorance, et dès à présent j'abjure ces erreurs et les 
déteste, promettant devant ce Dieu qui connoît le cœur et qui doit 
nous juger un jour, de vivre et de mourir désormais dans la profes- 
sion de la religion protestante, et de suivre Jésus-Christ en prison et 
à la mort, ou de m'exposer à tout soufTrir plutôt que de la renier, 
priant Dieu de seconder mes foibles résolutions et de me soutenir en 
tout tems par sa grâce et pour l'exécution de cas dessus. J'ai prêté 
serment les mains sur la sainte Bible, en présence du pasteur et des 
anciens de la dite ville de Bédarieux, et me suis signé avec eux. 

Jeanne Belliarde. 
G ACRO^, pasteur ; L. Vors, J. Lire, M.-Jean Lapierre^ 
P. Tongas, Douriech, Duftus. 



NOTICES BIOGRAPHIQUES. 
LES DESCENDANTS DE LÀ FÂIflILLE DE RIAJENDIE 

KÉFUGIÉS EN HOLLANDE ET EN ANGLETERRE. 

Bernard de Majendie, pasteur de l'Eglise d'Orthez, et qui vivait encore 
en 1661, eut deux fils : André , né en 1601, qui était en 1637 pasteur de 
l'Eglise de Navarreins, et Jacques, qui était à cette même date pasteur dtj 
l'Eglise de La Bastide qu'il desservait déjà en 1626. Nous n'avons point de 
documents sur la descendance de ce dernier; nous ne nous occuperons 
donc que de celle d'André. 

André de Majendie, devenu pasteur de l'Eglise de Sauveterre, fut chargé 
en 1667 de prêcher devant le synode provincial du Béarn qui se tint à Nay. 
« 11 alla, dit Benoît, plusieurs catholiques l'écouter, et entre autres des 
moines et des jésuites. Sa véhémence ne leur plut pas, et ils l'accusèrent 
d'avoir parlé fort injurieusement des mystères de la religion romaine, et 
d'avoir prononcé des bouffonneries qui avoient fait rire tout son auditoire. 
Tout cela n'était au fond qu'une noire et grossière imposture. Ceux qui sa- 
vent quel est le caractère des ministres n'ignorent pas qu'il n'y a rien qui 
leur soit plus défendu que la bouffonnerie dans leurs sermons, et on ne 
croira jamais qu'un homme qui étoit en estime dans sa province eût pris 
l'occasion d'un synode pour y faire le mauvais plaisant. Mais les témoins 
qu'on faisoit déposer contre lui ayant accoutumé d'entendre des moines qui 
se faisoient un grand plaisir de donner à rire à leurs auditeurs, crurent 
qu'il falloit attribuer le même caractère à un ministre... Le parlement de 
Pau fit le procès à Majendie, et il fut condamné par un arrêt du 19 décem- 
bre à être conduit par le concierge assisté de deux huissiers dans la salle 
de l'audience, les plaids tenans, et à déclarer étant à genoux, les fers aux 
pieds, qu'il étoit marri et déplaisant d'avoir avancé dans le prêche par lui 
fait dans la ville de Nay et écrit dans ses livres remis au procès les discours 
diffamatoires et sacrilèges dont il se trouvoit convaincu, et qu'il en deman- 
doit pardon à Dieu, au roi et à la justice. Puis lestlits livres produits au 
procès seroient lacérés par le greffier de la cour, et il seroit banni pour six 
ans du ressort du parlement et interdit à toutjamais de toutes les fonctions 

du ministère « {Histoire de VEdii de Nantes, IV, 163.) 

Benoît ajoute que, d'après l'arrêt, les deux livres incriminés étaient inti- 
tulés, l'un Défense de l'Union, l'autre V Enfant flottant, et M. Haag nous 
apprend qu'on n'en connaît aucun exemplaire. Heureusement il s'en est 
conservé un de ce dernier ouvrage parmi ses descendants établis on Angle- 
terre. En voici le titre complet : L'Enfant flottant^ ou Sermon fait au.sy- 



314 LES DESCENDANTS DE LA FAMILLE DE MAJENDIK 

node de Lemhege, le 21 aoust \ 661 , par A. Majendie, ministre de la Pa- 
role de Dieu en l'Eglise de Sainte-Gladie, contre les incertitudes et 
scrupules inséparables de la conwiunion de Rome. Imprimé par l'ordre 
du synode en MDCLXI. Il y a une dédicace à MM. les pasteurs et anciens 
du synode de Béarn. Le texte du sermon est tiré de l'Epitre aux Ephésiens, 
IV, 14. 

«Majendie prit, dit M. Haag, le parti que tout homme de cœur eût pris 
à sa place : il abandonna un pays où les tribunaux eux-mêmes se faisoient 
les serviles et lâches instruments des passions cléricales, et il alla deman- 
der un asile à la Hollande. « II publia encore à Amsterdam, en 1675, un 
ouvrage dont voici le titre d'après l'exemplaire appartenant à sa famille : 
Antiharonius Mageyidis^ seu, animadversiones in aniiales cardinalis 
Baronii cum epitome lucuhrationum criticarum Casauhoni in tomi 
primi annos 34, — auctore Andréa Magendeo, ecclesiasta Benearnensi. 
— Jmstelodami ex off. Franc. Lammioga et Pauli Warnaer. Anno 
M C LXXV. La dédicace porte : Ohservandisslmis evangelicarum eccle- 
siarum synedriis et omnibus opôoSoJoTç theandris, quitus hœc sacra 
corpora constant copiosam cœli gratiam, cum feliciiate perenni. — Une 
feuille volante imprimée, jointe à ce volume, contient ce qui suit : 

VOTUM AUCTORIS EJUSQUE PRECES AD VIAM VERITATIS ET CLYPEUM. 



Ghriste, viator, 


Tu mihi verum, 


To peto callera 


Haeresis error 


Quo mihi vitam 


Te duce per me 


Detur adiré 


Concidat omnis. 


Tramite vero. 


Tu mihi scutum, 


Tu mihi vita 


Protège servum; 


Crirnina pelle, 


Roma feroci 


Omnia dirae 


Impetit ira 


Semina mortis. 


Huncce ministrum 


Ob tua quinque 


Numinis alti. 




Vulnera clemens, 


AUameri illam 


Sanguinis almi 


Non moror umbra 


Fi u mine cordis 


Tectus Olympi. 


TolUto sordes. 


Haec tua causa : 


Tu mihi callis, 


Mitte sagittas 


Immo columna 


Corruat ut mox 


Splendida famae, 


Hostis Abaddon. 


Te duce passim 




Lœto paternum 




Cernera vultum. 





PATERNA 7uapày,XY]ctc;. 
JoANNEM et Jacobdm ecclesîastas , Petrum et Andream J. G. Magendeos filios sibi 
dilectissimos^ et Jeremiam nepotem scholasticum^ auctor hoc munere donans^ 
salvere jubet. 



RÉFUGIÉS EN HOLLANDE ET EN ANGLETPRRE. 



315 



Exul magna Babel Boanerges crimina videt, 

Multa quoque in nostro vidimus exilio. 
Csesaris annales hic legimus, omnia cleri 

Dogmata laudantes, qiio tueatur, eum 
Talia consulibus non arrisere Batavis 

Quorum nos illum carpimus iraperio. 
Hinc factum ut referem mendacia crebra Baroni 

Quae mea penna Dei detegit auxilio. 
His lectis, clamate, liabeat jam Roma pudorem 

Errorum siquidem noxia Roma ferox. 
Sint procul a vobis, procul hinc discedite, nati; 

Vestra fides non est, hic ubi eu nota lice n t. 
Vivite felices, verae fîdeique tenaces, 

Gonstanti zelo sacra corona datur. 
Sic nati natorum et qui nascentur ab illis 

Perpetuo cultu numinis astra petent. 

Une note écrite de la main même d'André Majendie est ainsi conçue : « Je 
« fus promu au saint ministère le 25 septembre 1626, qui estoit le 25 de. 
« mon âge, car je naquis le 20 d'avril 4 601. Je fus envoyé à Moneins où je 
« servis trois ans, et fus transporté par le synode de Pau, à l'église de 
« Navarreins oii je commençai à prescher et à exercer les autres fonctions 
<( de mon ministère le 1" octobre 1629. » 

Il mourut en 1680. Il avait épousé Marie Dejorad et avait eu d'elle quatre 
fils : lo/ea?i, 2° Jacques, 3° Pierre, André. 

Jean, demeuré pasteur en France, a encore aujourd'hui, paraît-il, des 
■descendants près de Sauveterre (Basses-Pyrénées). Il mourut à l'âge de 50 
ans, en 1688. Son fils a ajouté à la note de son aïeul André, qui vient d'être 
€itée, ces lignes qui complètent ce que nous avons déjà dit de lui : « Mon 
« grand-père s'étoit glorieusement acquitté de son devoir dans l'exercice 
« de son minisière, soit par la prédication, soil par les soulfrances aux- 
« quelles il a été exposé pour le maintien de la vérité céleste, — ayant souf- 
« fert quatre mois de prison dans la ville de Pau, et passé la mer à cause 
« de son bannissement à l'âge de 66 ans. Et étant revenu d'Amsterdam 
« après avoir y demeuré 7 ou 8 ans, il a rendu l'âme à son Dieu-Père, le 
« 14 avril 1680, par une mort aussi douce que sa vie avoit été sainte, 
« étant admiré de tout le monde durant tout le cours d'une maladie de près 
« 5 mois, par les exhortations continuelles à la persévérance en la foi et 
« par les méditations saintes et célestes. 11 a été un exemple de vertu et de 
« piété durant toute sa vie, et de constance en mourant. Dieu nous fasse la 
« grâce de l'imiicr et de profiter de son instruction ! 

« M. Jean de Majendie, mon père, fut aisné de cet illustre; mort après 
« avoir imité la constance de son père et souffert avec une résignation exem- 



316 LES DESCENDANTS DE LA FAMILLE DE MAJENDIE 

« plaire l'exil auquel le roi l'avoit condamné comme les autres ministres de 
« l'Eglise supprimée le 4 du mois de février \ 685, s'endormit en Seigneur le 
« septembre 4688 dans son banissement à Lapretie, en Armagnac, où 
« il fut honorablement enseveli par les principaux du lieu. Il ne survécut 
« pas longtemps à son frère (Jacques), ministre comme lui, qui mourut à 

« , près de Partras. Leur amour pour Dieu et pour leur religion était 

« sans exemple, et l'amour de leur troupeau pour eux était marque de leur 
« mérite. Le Seigneur, qui a terminé leurs jours à la fleur de leur âge, l'un 
« n'ayant que 50 ans, et l'autre pas encore 48, nous ordonne d'exécuter sa 
« sainte volonté par la trace de leurs sentiers. » 

Jacques, second fils d'André (I) deMajendie, épousa Charlotte deSaint^ 
Léger, et mourut à l'âge de 48 ans, laissant deux fds : André (II) et Jérémie. 

André (11^ du nom) vint en Angleterre, de Leward en Frise, en oc- 
tobre 1704. Elevé à Amsterdam, il s'établit à Exeter, dans le Devonshire, 
où il devint ministre de l'Eglise française. Il se maria avec Suzanne Mauzy, 
de famille de réfugiés français. Il mourut en 1739, ayant eu onze enfants, 
dont l'aîné, Jean-Jacques, né à Exeter en 1709, étudia à Leyde sous Sau- 
rin, et devint pasteur de l'Eglise française dite la Savoye, à Londres. En 
176i, le roi Georges III l'appela comme précepteur de la princesse Char- 
lotte, et il demeura dès lors attaché au service de Leurs Majestés le Roi et 
la Reine, qui l'avaient en haute estime. Il fut pourvu d'un canonicai à 
Windsor, qu'il garda jusqu'à la fin de sa vie. Il déploya beaucoup de zèle 
en faveur des protestants des Vallées vaudoises. Nous avons sous les yeux 
un précis de leur histoire, écrite en français, de sa main, ainsi qu'une 
adresse imprimée, datée de Londres, le 18 avril 1768, rédigée en anglais, 
signée de lui, pour émouvoir le clergé et le public anglican en faveur des 
Eglises vaudoises du Piémont (4 pages in-4o). Il mourut le 7 août 1783, à 
Warton, près de Bath, âgé de soixante-quinze ans, en ayant passé cin- 
quante-trois dans le ministère. 

Voici quelques paroles prononcées à son sujet par Samuel Mauzy, cha- 
pelain de Sa Majesté dans la chapelle française de Saint-James et pasteur 
de l'Eglise de Saint-Martin-Orgars, à la suite d'un sermon fait à Saint- 
James, le 7 septembre suivant. Après avoir donné sur la jeunesse du dé- 
funt les détails qui viennent d'être rapportés, il continue : Le refuge étoit 
nombreux et prospéroit alors. La plus florissante de ses Eglises (la Savoye) 
s'empressa de faire une acquisition dont elle comprit tous les avantages. 
Il sembla qu'elle prévoyoit dès lors que celui qui en feroit l'ornement en 
seroit en même temps le soutien, et sa prévoyance ne fut point trompée. II 
la soutint en effet, cette Eglise, en remplissant avec fidélité et avec zèle tous 
les devoirs du ministère qui lui fut contié; en ne négligeant rien de ce qui 
pouvoit lui être utile, en lui trouvant et lui procurant des ressources; en 



RÉFUGIÉS EN HOLLANDE ET EN ANGLETERRE. 317 

lui assurant par son crédit, par ses peines et ses soins, la reversion d'un 
revenu qui, s'il plaît au Seigneur, la soutiendra longtemps encore et lui 
fera bénir la mémoire de son respectable bienfaiteur. (Il s'agit de la pro- 
priété de la ci-devant chapelle à Spring-Garden, laquelle étoit une annexe 
de la Savoye.) Il la servit et l'édifia au delà d'un demi-siècle, et tel fut son 
amour et son attachement pour elle que jamais il ne voulut s'en séparer. 
Le ministère trop court qu'il exerça parmi nous dans cette Eglise (Saint- 
James), il continua de l'exercer gratuitement dans l'autre, et en conserva 
l'honorable titre de pasteur, avec les privilèges et les droits, c'est-à-dire 
ceux de lui être utile. 

« Le désir de l'être à tout un refuge qu'il ne cessa de respecter et de 
chérir, il goûta le noble plaisir de le satisfaire. Comblé des bienfaits de 
Leurs Majestés, honoré de leur protection, de leur estime, de leur con- 
fiance, élevé aux dignités de l'Eglise de la nation, respecté dans cette 

Eglise et dans un monde que l'orgueil humain qualifie de grand Plus 

d'une Eglise lui doit la continuation de son existence, et plus d'un ministre 
du Seigneur en reçut des services considérables et réitérés. Moi-même je lui 
dois tout ce que je suis, et ma tendre et juste gratitude se fait un devoir de 
le reconnaître ici. Placé comme à la tête du refuge, dans les affaires qui re- 
gardent l'Eglise, c'était lui qui dirigeoittout, et pourvoyoit à tout, non-seule- 
ment dedans du royaume, mais encore au dehors. Son zèle traversa les mers, 
et l'Amérique en ressentit les heureux effets. Divers établissements et divers 
troupeaux s'y formèrent et reçurent de sa main leurs pasteurs. Ce même 
zèle pour l'Eglise du Seigneur, il l'étendit jusqu'à l'étranger, si moins je dois 
appeller étranger un peuple malheureux et opprimé comme nous le fûmes; 
qui éclairé de lumières pures, avant même que le flambeau delà Réformation 
eût dissipé les ténèbres de la superstilion et de l'ignorance, gémit aujour- 
d'hui dans l'oppression et dans la souffrance. Les Vaudois trouvèrent parmi 
nous un protecteur zélé. Une abondante collecte se fit dans tout le royaume 
par ses soins, et le produit, placé aussi par ses soins dans les fonds pu- 
blics, et ménagé avec économie, subvient actuellement à l'entretien du mi- 
nistère et des maîtres établis pour l'instruction de la jeunesse. » 

Le docteur J.-J. Majendie avait épousé Elisabeth Prévost. Son fils aîné, 
Henry-lVilliam, né en 1754, entra dans les ordres anglicans, et vu avec 
faveur par le roi Georges III, il reçut de lui un canonicat à Saint-Paul. En 
1800, il fut consacré évêque de Chester^ et en 1809 il passa à l'évêché de 
Bangor. Il avait été, jeune encore, l'un des maîtres du prince Guillaume- 
Henry, qui a régné ensuite sous le nom de Guillaume IV. C'était un prédi- 
cateur éloquent, un homme d'une capacité et d'une droiture remarquables. 
Il remplit avec activité et avec zèle tous les devoirs de sa charge pendant un 
épiscopat de cinquante années. Il mourut en 1830. Il avait épousé en 1785 



318 " MÉLANGES. 

Anne Routledge, dont il eut treize enfants, parmi lesquels nous mention- 
nerons : ]° Henry -William^ décédé; Henry, vicaire de Speen, dans 
le comté de Berks, âgé aujourd'hui de soixante-douze ans; Z°Stuart^ rec- 
teur de Barnwell, Northampton, aujourd'hui vivant; 4<» John, qui servit 
dans l'armée, décédé; b° George, recteur de Heddington, comté de Witls; 
6° Edward, décédé; 7° Mary-Ann, mariée à James Cotton, doyen de Ban- 
gor, décédée; 8" Isabella, mariée à Francis Lear, doyen de Salisbury, dé- 
cédée; 9° Katherine^ mariée à Henry-Fynes Chinton, aujourd'hui vivante; 
40" Louisa, mariée à Sir George Hewett, baronnet, vivante. 

Le second fils du docteur J.-J. Majendie, nommé Lewis, né en 1756, 
épousa en 1783 Elisabeth Hoghton, de Hedingham-Castle, comté d'Essex, 
fille unique de Sir Henry Hoghton, baronnet, et d'Elisabeth Ashhursl, 
qui était elle-même fille unique et héritière de William Aslihurst, esq. 
d'Hedingham-Castle, et cette propriété entra ainsi dans la famille de Ma- 
jendie. Il avait, dans sa jeunesse, suivi la carrière militaire; il mena ensuite 
la vie de « country-gentleman » et remplit les fonctions de la magistrature 
de comté. Il mourut en 4 833, ayant eu de son mariage deux fils et deux 
filles, savoir: V Ashhurst, de Hedingham-Castle, marié à Frances Grififie, 
et âgé aujourd'hui de soixante-dix-neuf ans, sans enfants; 2° ^enry-Leww, 
vicaire de Great-Dunmow, Essex, marié à E.-S. Gepp, et décédé en 1863, 
à l'âge de soixante-huit ans, laissant six enfants, dont l'aîné est Lewis- 
Ashhurst, né en 1835; Z° Elisabeth, mariée à l'honorable George Winn, fils 
de Lord Headley, morte en 1863; 4° Georgiana, morte en 1854. 



MÉLANGES. 

par lesquelles on a désig^ué les Égalises de la Réformation. 

« J'ai sous les yeux, nous écrit M. Philippe Roget, de Genève, un opus- 
<f cule allemand sur l'histoire et l'origine des dénominations ^'(//îse réfor- 
« mée et Eglise luthérienne, par Henri Heppe (Gotha, 1859). J'ai cherché 
« à résumer dans les pages qui suivent les parties de cet écrit qui m'ont 
« paru présenter le plus d'intérêt. » 

Les questions de noms, en histoire, ne sont pas de pures questions de 
mots; elles sont souvent caractéristiques, et ont une importance réelle; 
c'est pourquoi nous en avons posé nous-même et avons tâché d'en éclaircir 
plusieurs. Celle dont traite l'opuscule que M. Philippe Roget a eu la bonne 



MÉLANGES. 31^ 

pensée de nous faire connaître est une véritable question de principes, et 
des plus dignes d'attention, car c'est un examen fort instructif que celui 
des noms divers que se sont donnés ou qu'ont reçus les Eglises de la Réfor- 
mation, et nous lui sommes très obligé de nous avoir destiné cet utile 
travail. 

Au début de la Réformation, ses adhérents n^adoptèrent aucune 
dénomination particulière, leur seul but étant de réformer TEglise 
existante. Ils appelaient leur Eglise Eglise chrétienne, Eglise uni- 
verselle (catholique), ou la désignaient par d'autres expressions ana- 
logues. Dans le premier de ces termes se trouvait parfois indiquée 
l'opposition entre le regnum Christi et le i^egnum Antechristi. L'uni- 
versité de Marbourg était désignée comme un institutum christia- 
num, et cela signifiait que la Parole de Dieu était la seule base de 
renseignement. Cette façon de s'exprimer se retrouve dans toutes 
les anciennes confessions de la Réformation allemande. Mélanchthon 
désigne les protestants généralement par les mots nos, nostri, nostrœ 
ecclesiœ. A mesure cependant qu'on s'habitua à se considérer comme 
une communauté dûment détachée de l'Eglise catholique, on parla 
davantage d'une Ecclesia reformata, emendaia, repurgata, etc.; 
mais, dans les premières années, ces désignations ne furent pas sym- 
boliques. Les protestants aimaient à s'appeler les évangéliques. Paul 
Sarpi dit que dans les années 1526 et 1527 « Ton voyait (en Italie) 
augmenter tous les jours le nombre des luthériens qui avaient pris le 
nom d' évangéliques. » La protestation des évangéliques contre le 
recez de la diète de Spire, en 1529, donna naissance au nom de pro- 
testant, qui se répandit rapidement en Allemagne et au dehors. De- 
puis 1530, il est question « d'adhérents de la confession d'Augs- 
bourg. » 

Les papistes, de leur côté, ainsi que les érasmiens, se plaisaient à 
employer les termes de luthérien, zwinglien, calviniste, brenziste, etc., 
dont la tendance était de présenter la Réformation comme sortie du 
cerveau de quelques individus. Les Suisses et Calvin emploient aussi 
parfois le mot de luthérien, lorsqu'ils veulent reprocher aux Alle- 
mands leur étroitesse dogmatique. Dès l'année 1521, la Sorbonne de 
Paris publiait sa Determinatio super doctrina Luther ana. On trouve 
aussi chez les catholiques la dénomination de confessionnalistes, en 
Angleterre celle (M Allemands , en France enfin celle de huguenots. 

Luther désapprouva toujours l'usage qu'on faisait de son nom. Il 



B2Ô MELANGES. 

écrit aux gens de Miltenberg : « J'ai entrepris, moi aussi, chers amis_, 
de consoler vos cœurs de la consolation que j'ai de Dieu, dans votre 
angoisse, ayant su par Carlstadt comment les ennemis de l'Evangile 
et les meurtriers de vos âmes se sont comportés avec vous pour la 
Parole de Dieu, que maintenant de leur langue pleine de malice 
[mit ihrem frevelen Lœstermaul) ils appellent doctrine luthérienne. » 
Il dit ailleurs : a II est vrai que tu ne dois à aucun prix {bei Leib und 
Seelé) dire : Je suis luthérien ou papiste; car ni l'un ni l'autre n'est 
mort pour toi, et n'est ton maître, mais seulement Christ, et tu dois 
te dire chrétien. Mais si tu estimes que la doctrine de Luther est 
évangélique et celle du pape non évangélique, il ne te faut pas reje- 
ter tellement Luther. Autrement tu rejettes en même temps sa doc- 
trine, que tu reconnais cependant pour être celle de Christ; mais 
voici ce que tu dois dire : Que Luther soit un drôle ou un saint, cela 
ne me touche en rien; mais sa doctrine n'est pas de lui; elle est de 
Christ lui-même. Tu sais bien, en effet, que les tyrans ne se propo- 
sent pas de tuer Luther seulement, mais qu'ils veulent extirper la 
doctrine, et c'est à cause de la doctrine qu'ils t'éprouvent et te de- 
mandent si tu es luthérien. » Voici un dernier passage : « Et quoique 
je ne voie pas avec satisfaction que l'on nomme la doctrine et les gens 
luthériens, et que je doive tolérer qu'ils salissent ainsi de mon nom 
la Parole de Dieu, il leur faut bien pourtant prendre leur parti de 
ce que Luther, la doctrine et les gens luthériens subsistent et sont 
honorés. » 

V Apologie de la confession d'Augsbourg fait un grief aux adver- 
saires de ce « qu'ils appellent luthérien le cher, le saint Evangile. » 
Les évangéliques hors d'Allemagne protestaient semblablement 
contre les dénominations de zwingliens ou de calvinistes. 

Dans la période de 1530-1561, les protestants allemands s'ap- 
pellent eux-mêmes « évangéliques réformés, adhérents de la confes- 
sion d'Augsbourg. » Dans la Confessio Wurtemberg ica de 1552, l'E- 
glise évangélique est nommée ecclesia vere catholica et orthodoxa, ou 
encore vere apostolica. Le recez de Francfort du 18 mars 1558 parle 
des Etats évangéliques. Luthérien est un terme de dérision comme 
papiste, et quand les représentants des deux Eglises rivales veulent 
se traiter réciproquement avec égards, ils les rejettent pour s'en te- 
nir à ceux de protestants et de catholiques. V Instrument de paix 
d'Augsbourg de 1555 désigne respectivement les deux partis comme 



MÉLANGES. 321 

les adhérents de la confession d'Augsbowg et Us Etats attachés à V an- 
cienne religion. Au colloque de Worms de 1557 figurent d'un côté 
c< les collocutores de Tancienne religion, » de l'autre « les collocutores 
de la confession d'Augsbourg. » Les catholiques modérés usaient le 
plus souvent du terme de p?'otestants. 

Les évangéliques étrangers à l'Allemagne se donnaient le plus 
ordinairement le nom de réformés. Leurs coreligionnaires allemands 
les appelaient ecclesiœ exterœ. Les congrégations de réfugiés se nom- 
maient ecclesiœ peregrinorum. 

Longtemps l'appellation de luthérien n'est employée par ceux 
qu'elle désigne qu'autant qu'ils se mettent à la place des catho- 
liques, et en donnant à entendre que^ quant à eux^ ils se nomment 
autrement. Après la mort de Mélanchthon, on se sert davantage en 
Allemagne des termes luthérien, zwinglien et calviniste pour dési- 
gner les adhérents de chaque réformateur en particulier. En dehors 
de l'Allemagne^ ces expressions n'étaient pas apphquées par les 
évangéliques sans une certaine protestation intérieure. 

De 15*77 à 1580 la formule de concorde de Berg fut déclarée par 
plusieurs princes l'unique interprétation orthodoxe de la confession 
d'Augsbourg, et l'on y joignait l'opinion que Luther seul, à l'exclu- 
sion de Calvin et des autres, avait été l'instrument de Dieu dans la 
réformation de l'Eglise. Le terme de luthérien prit alors une ac- 
ception à part, puisqu'il désignait les hommes opposés à la théo- 
logie conciliatrice de Mélanchthon. Néanmoins les dénominations 
officielles ne furent point modifiées. Dans le livre de concorde la 
formule de concorde est présentée comme la confession de foi de 
« notre Eglise réformée. » La terminologie officielle demeura telle 
encore pendant une partie du dix-septième siècle; l'an 1690 même, 
les ducs de Bi unswick, dans une nouvelle édition du Corpm doc- 
trines Julium, nomment l'Eglise évangélique d'Allemagne dans son 
ensemble une Eglise évangélique-ré formée. La formule de concorde 
présente les Eglises qui l'adoptent comme « les Eglises qui se rat- 
tachent à la confession d'Augsbourg, les Eglises évangéliques, etc. » 

Les controversistes romains continuèrent naturellement sans scru- 
pule à parler « d'Eglise luthérienne, » de luthériens et de la secta 
lutherana. Mais en 1577 encore, le comte George-Ernest de Henne- 
bengdéclarait cette qualification malveillante. D'autre part, des adhé- 
rents de la formule de concorde donnaient au terme de luthérien 

XII. — 21 



322 MÉLANGES. 

le sens général de protestant. Les zélateurs les plus ardents étaient 
les seuls à se servir du nom de Luther pour désigner leur confession 
ecclésiastique. Les théologiens de leur Eglise en général ne se scan- 
dalisaient pas de cette dénomination quand elle leur était appliquée, 
mais cependant ne l'adoptaient pas formellement. L'an 1585 vit écla- 
ter une vive controverse au sein même des adhérents de la formule 
de concorde. Les théologiens wurtembergeois soutenaient que le 
corps de Christ éiait partout présent par le fait même de Tincarna- 
tion divine. Les théologiens de Brunswick pensaient, au contraire, 
que le corps et le sang de Christ ne sont présents que là où Christ a 
promis de vouloir être présent en corps et en sang. Les Wurtember- 
geois se réclamant pour leur doctrine du nom de Luther, les docteurs 
de Brunswick s'empressèrent de répudier pour leur Eglise la déno- 
mination de luthérienne. Mais tout en combattant l'opinion adverse 
comme une révolte contre l'autorité de Luther, les Wurtembergeois 
ne s'appellent d'abord luthériens qu'en se plaçant au point de vue de 
leurs adversaires; mais bientôt l'expression est tout à fait reçue. Il 
est question de l'ancienne doctrine luthérienne^ de la confession chré- 
tienne qu'on appelle la foi luthérienne. Les luthériens sont opposés 
aux papistes. Dans la Saxe électorale, il y eut depuis 1586 une réac- 
tion favorable à l'autorité de Mélanchthon, et les adhérents du pur 
luthéranisme furent bannis. Ceux-ci n'eurent aucune honte de la dé- 
nomination de luthériens, en même temps qu'ils faisaient de celles 
de zwinglien et de calviniste des noms de sectes hérétiques sem- 
blables à ceux di'ariens, de nesforiens, etc. Vainqueur de nouveau en 
1S93, le parti de la formule de concorde, tout en faisant usage en- 
core des termes d'Eglise réformée ou d'Eglise évangélique, n'hésite 
pas à placer le terme de vérité luthérienne dans une phrase qui a la 
forme d'une prière adressée au Père de notre Seigneur Jésus-Christ... 

... (1) Les Eglises évangéliques qui repoussèrent la formule de 
concorde ne changèrent rien aux désignations en usage. Les théolo- 
giens du Palatinat parlent le plus souvent de cette Eglise chrétienne 
ou de cette Eglise chrétienne évangélique. On désignait aussi les 
Eglises d'après les contrées, disant par exemple, les Eglises évangé- 
liques suisses, les villes et Eglises évangéliques du haut et du bas Rhin, 
les Eglises françaises, anglaises, belges, hessoises, etc. La qualilîca- 

(1) Cettp partie de l'ouvrage que j'analyse ne concernant que les Eglises 
d'Allemagne, j'omets plusieurs pages, et je continue. 



MÉLANGES. 323 

tion de luthérien n'était usitée que dans un sens polémique et 
ironique. Le terme à'Eglise réformée fut encore dans le principe 
synonyme d'Eglise protestante ou d'Eglise évangélique. La reine 
d'Angleterre emploie dans ses lettres l'expression Ecclesiœ reforma- 
tœ. Le grand livre de concorde, publié à Genève en 1581^ avait pour 
titre : Harmonia confessionum fidei orthodoxarum re format arum ec- 
clesiarum, etc. Un superintendant hessois, dans une publication de 
Tan 1600, traite de la « dispute entre les Eglises évangéliques réfor- 
mées au sujet de la sainte cène. » D'autre part, les papistes appe- 
laient encore luthériens les réformés en dehors de l'Allemagne. C'est 
ce qu'atteste un écrit de 1632. Peu à peu cependant et à mesure 
qu'ils s'accoutumaient à désigner spécialement leur Eglise comme 
l'Eglise de Luther, les adhérents de la formule de concorde laissèrent 
à leurs adversaires la dénomination d'Eglise réformée. Elle leur con- 
venait d'ailleurs en ce sens que, sur certains points de culte, ils pré- 
tendaient réformer l'Eglise luthérienne, et, à ce point de vue, la 
reine Elisabeth, dans une lettre de 1577, appelle les Eglises non- 
luthériennes ecclesiœ reformatiores. Les adhérents de la formule de 
concorde avaient même trouvé le nom dérisoire de réformants pour 
caractériser leurs adversaires comme iconoclastes, renverseurs d'au- 
tels, etc. Déjà, en 1578, le terme d'Eglise réformée est pris dans 
un sens d'opposition au luthéranisme. 

Les représentants de cette Eglise réformée l'appellent aussi ortho- 
doxe, ou encore catholique, comme dans la 54^ question du caté- 
chisme de Heidelberg : Quid credis de sancta et catholica Christi ec- 
clesia ? Un écrit réformé de 1584 se plaint de ce que les luthériens 
concèdent aux papistes le titre de catholiques. Le catéchisme de Cal- 
vin porte ces mots : Sequitur quarta pars in qua confitemur nos 
credereunam sanctam ecclesiam catholicam. Un article de la Confessio 
belgica a pour titre De ecclesia catholica. BuUinger intitula la confes- 
sion helvétique : Confessio et expositio brevis et simplex orthodoxes 
fidei et dogmatum catholicorum, etc. On lit dans la confession écos- 
saise de Westminster : Catholica sive universalis ecclesia ea, quœ est 
invisibilis, constat e toto electorum numéro. 

Dans le principe, les luthériens contestèrent à leurs adversaires 
cette qualification de « réformés. » listes nommaient «les calvinistes 
qui usurpent le nom de réformés. » Ils ne leur accordèrent pas da- 
vantage la dénomination c< d'évangéliques. » L'Eglise réformée eu 



324 , MÉLANGES. 

revanche se défendait quand on essayait de l'appeler « zwinglienne » 
et « calviniste. » Effectivement, elle se maintenait vis-à-vis de Cal- 
vin dans une position bien différente de celle que l'Eglise luthé- 
rienne avait acceptée vis-à-vis de Luther. 

En France, le nom de réformé passa peu à peu de Tancienne si- 
gnification à la nouvelle. Le synode de Sainte-Foy de 1518 mit en 
avant un projet de réunion entre toutes les Eglises réformées et pro- 
testantes du monde chrétien, où il est fait allusion à rassemblée gé- 
nérale tenue à Francfort une année auparavant, « dans laquelle on 
avoit proposé plusieurs moyens très expédiens et des remèdes très 
propres et très efficaces pour unir étroitement toutes les Eglises ré- 
formées du monde chrétien, et aussi pour étoufer et terminer tous 
les différens et contestations que nos ennemis font naître parmi 
eux, et pour empêcher quelques théologiens fanatiques et bigots de 
condamner, comme ils ont menacé et protesté de vouloir condamner 
et anathématiser la plus grande et la plus saine partie des Eglises 
réformées qui sont éloignées. » L'assemblée de Francfort est dési- 
gnée comme « la dernière assemblée synodale à Francfort en Alle- 
magne, 1577, où étaient assemblés les députés des Eglises réformées 
du christianisme, etc. » Or, il n'y avait à Francfort aucun luthérien, 
mais des délégués des Eglises du Palatinat, de France, d'Angleterre, 
de Hongrie, etc. C'est ainsi que le même document identifie les ter- 
mes réformé et protestant, appelle les non-luthériens la plus saine 
pa7iie des Eglises réformées^ enfin leur applique nettement la dési- 
gnation d'Eglises réformées. Dans les années suivantes, le mot de 
a réformé » continue à être usité dans ses deux acceptions en 
France. Le roi Henri de Navarre s'adresse en 1583 aux princes lu- 
thériens d'Allemagne en ces termes : « Pour les princes et Estats 
du sainct-empire, faisans profession de la religion réformée. » En 
1603, le synode général de Gap exprima le vœu « d'entrer en con- 
férence et union avec les Eglises d'Allemagne (qu'on appelle luthé- 
riennes), pour ôter le schisme qui est entre elles et nous. » 

En Angleterre, à l'époque de la guerre de Trente ans, les termes 
de « protestant » « d'évangélique » et de « réformé » étaient encore 
équivalents. L'Eglise réformée comprenait toute l'Eglise du protes- 
tantisme, et la mise en circulation des expressions de « luthérien, » 
de « calviniste » ou de « zwinglien » était considérée comme le 
fait des adversaires de l'Eglise évangélique. Devant l'Empereur ou 



MÉLANGES. 325 

l'Empire et dans d'autres relations officielles, les deux confessions^ au 
commencement du XYII^ siècle^ se nomment « les adhérents de la 
confession d'Augsbourg, » les êvangéliques et aussi les « Etats 
(Stœnde) protestants. » Une assemblée séparée des députés protes- 
tants de la diète d'Empire,, en 1608^ prit le nom de « conseil évangé- 
lique de correspondance » (Evangelischer Correspondenzrath ) et fut 
le commencement du Corpus evangelicorum . Il n'est pas question^ au 
moins avant 1648, d'Eglise ou de doctrine luthérienne dans les 
transactions ecclésiastico-politiques. Dans les conférences tenues à 
Leipzig;, en 1631, par les théologiens de la Saxe électorale, du Bran- 
debourg et de Hesse-Cassel, c'est le terme d'Eglise évangélique qui 
sert à marquer le terrain ecclésiastique commun aux deux confes- 
sionsj et ceux « d'Eglise luthérienne » et à'Eglise réformée ne sont 
pas employés. Dans l'Instrument de paix d'Osnabricck de 1648, on 
se sert de,> locutions d'ordines catholici, et d'ordines confessioni Au- 
gustanœ addicti, ou bien de Status catholici et de Status Augusta- 
nœ confessionis. Il est une fois parlé du liberuni exercitium evangelicœ 
religionis. Le terme de « luthérien » ne s'y trouve pas, mais bien 
celui de « réformé. » Tout ce qui est garanti aux Etats catholiques 
et de la confession d'Augsbourg l'est aussi g Us qui inter illos Refor- 
mati vocantur. » Depuis lors on emploie officiellement le terme de 
« réformé^ » mais en l'accompagnant des mots a ainsi nommé [sa ge- 
nannt) » ou autres analogues. 

La littérature dogmatique adopte le mot luthérien en 1609. En 
1666 l'usage se montre bien établi dans le Consensus repetitus fidei 
vere Lutheranœ commençant par ces mots : Profitemus et docemus 
ecclesiam Christi evangelicam seu Lutheranam veram esse Dei eccle- 
siam. Les luthériens eurent plus de peine à renoncer aux termes de 
calviniste^ zwinglien, saramentaire , pour désigner l'Eglise réformée, 
et à prendre l'habitude de cette dernière dénomination. C'est seule- 
ment dans la seconde moitié du XVIJe siècle que la transition se 
fit. Enfin un Conclusum d'union de l'an 1722 porte ce qui suit : 
« Attendu que tous les Etals êvangéliques constituent un corps dans 
l'empire, et que tous les êvangéliques ont une même règle de foi et 
de vie, à savoir la Parole révélée de Dieu, et que même ils adhèrent 
à la confession d'Augsbourg admise dans l'empire romain et sa loi 
fondamentale, ils veulent aussi persévérer dans cette constitution 
commune et penser fidèlement les uns des autres, partant s'abstenir 



326 MÉLANGES. 

absolument de toute parole injurieuse et outrageante, dans les 
chaires ou dans les prédications, comme dans renseignement et par- 
tout ailleurs; bien moins encore les deux parties feront-elles usage 
Tune à Tégard de l'autre de noms de sectes; mais elles se nomme- 
ront évangéliques ou adhérents de la confession d'Augsbourg. Quand 
il sera nécessaire de distinguer entre elles, on se servira de la déno- 
mination d' évangéliques ou évangéliques réformés. 

Quant au prédicat de catholique, que les théologiens réformés re- 
vendiquèrent pour leur Eglise pendant longtemps, il fut laissé par 
les luthériens à l'Eglise romaine depuis la fin de la guerre de Trente 
ans. Gehandt dit dans ses Lois : « Romana ecclesia dicitur a nobis ca- 
tholica, non quod i^evera talis a nobis habeatur (alias enim nostrœ 
confessioni statim nuntium mitteremus, et in gremium romance ec- 
clesiœ prompte concederemus) , sed quia vulgo talis esse putatur, sed 
ex illorum hypothesi, sed ironice, quemadmodum et illi nos vocant 
evangelicos. » C'est l'Eglise anglicane qui se maintint en possession 
du titre de catholique avec le plus de persévérance. Néanmoins les 
termes par lesquels elle se désigna dans la suite sont les suivants: 
The Church of England , the Anglican church, the United church 
of England and Ireland, the Protestant ou Reformed church, the 
established church of England and Ireland, the United church of En- 
gland and Ireland as by law established, the Establishment, 

Ph. R. 



£.'É€;S.I!SB^ RÉFORMÉE R'A^ICîMOIV. 
1812-1831. 

C'est avec juste raison que M- le pasteur Hugues, d'Anduze,a pensé que 
quelques renseignements sur l'Eglise protestante d'Avignon pourraient figu- 
rer dans le Bulletin de VHistoire du Protestantisme français. Chargé, 
comme pasteur d'Orange, de la direction de cette intéressante annexe de- 
puis sa restauration en 1817 jusqu'en 4833, époque où elle obtint du gou- 
vernement un pasteur en résidence, permettez-moi, Monsieur le président, 
d'ajouter quelques détails destinés à compléter ceux relatifs à son état 
actuel. 

L'exercice public du culte protestant à Avignon remonte à l'année 4 813. 



MÉLANGES. 



327 



A ce moment, le préfet de Vaucluse, M. Houltemann, ainsi que le rece- 
veur général des finances, M. Saint-Martin, élaient tous deux protestants, 
et secondèrent activement les démarches de M. Martin-Rollin, alors pasteur 
à Orange, qui, dès l'année 1812, avait déjà réussi à célébrer quelquefoisle 
culte protestant dans une des salles de la préfecture. Mais il se trouva dé- 
finitivement constitué par une lettre de M. le comte Bigot de Préameneu, 
alors ministre des cultes. Cette lettre, datée du 14 juin 1813, porte tex- 
tuellement l'autorisation donnée au pasteur d'Orange « d'accorder aux pro- 
testants d'Avignon le secours de son ministère toutes les fois que leur be- 
soin l'exigera, sans que ce nouveau service puisse nuire à celui de l'Eglise 
d'Orange. » 

Par suite de cette autorisation, et avant de célébrer le culte en public, le 
pasteur d'Orange convoqua, avec la permission de M. le préfet, le l^^" sep- 
tembre 1813, vingt-cinq chefs de famille dans une des salles de la mairie, 
qui, se trouvant en majorité suffisante, désignèrent par la voie du scrutin 
secret trois membres parmi eux pour former le consistoire local et veiller 
aux intérêts de la nouvelle Eglise. Ces membres élus furent MM. Charles 
Laget, Louis Darier et Etienne Faure. 

Dès lors l'Eglise d'Avignon forma une annexe de celle d'Orange, ce qui 
lui fut annoncé par une lettre fraternelle des anciens d'Avignon aux an- 
ciens d'Orange, datée du 1^^ octobre 1813, et dans laquelle il était dit : 
« Nous ne doutons pas. Messieurs, du plaisir avec lequel vous apprendrez 
que nous sommes enfin à la veille de réclamer les soins pastoraux de 
M. votre pasteur; nous en aurions aussi beaucoup nous-mêmes à vous voir 
assister à la religieuse cérémonie de l'ouverture de notre culte. Il nous 
sera toujours bien doux de fraterniser avec vous; votre Eglise sera regar- 
dée par nous tous comme notre mère-Eglise, et nous aurons pour elle les 
égards et les attentions qui lui sont dus en cette qualité. » 

Cette cérémonie, qui eut lieu dans un ancien magasin, place des Etu- 
des, transformé en une maison de prière, aux frais des fidèles, fut annon- 
cée par M. Martin-Rollin à S. Exc. M. le ministre des cultes, le 14 mai 
1814, en ces termes: « J'ai l'honneur de prévenir votre Excellence que, 
conformément à l'autorisation qu'elle me donna le 14 juin 181 3, j'exerçai 
pour la première fois dimanche 8 du courant les fonctions de mon ministère 
parmi les chrétiens réformés domiciliés à Avignon, réunis en assemblée 
religieuse. La cérémonie se fit sans aucun appareil extérieur, de la manière 
la plus simple, comme si l'on eût continué un culte depuis longtemps éta- 
bli... Désormais j'irai régulièrement de trois en trois semaines passer seu- 
lement une couple de jours à Avignon pour fournir aux réformés de cette 
ville les secours spirituels de mon ministère. » 

Ces visites pastorales de M. Marlin-RoUin ne durèrent que jusqu'au 



328 



MÉLANGES. 



17 novembre 18U. A celte époque, il demanda et obtint du consistoire 
d'Orange un congé de six mois, et il fit agréer comme suffragant M. Vol- 
pelière, qui n'exerça cet emploi que deux mois au plus, ayant été appelé à 
occuper l'Eglise de Ouissac qui lui avait adressé vocation, et ce fut dans 
ce court espace de temps, et avant les tristes événements qui survinrent 
après la défaite de Waterloo, qu'il fut appelé à officier à Avignon. Ces 
événements ne tardèrent pas à jeter la désolation dans tous les esprits j 
les haines politiques et religieuses se réveillèrent avec force, et malgré 
l'état légal dont on jouissait, on crut n'avoir rien de mieux à faire que d'in- 
terrompre la location du temple et d'en faire disparaître tout ce qui pou- 
vait le rappeler. 

C'est ainsi que cessa le culte protestant dans la ville d'Avignon, pour ne 
reparaître que plus tard, en ^1817, lorsque succédant, par ordonnance royale 
du 10 avril 1816, ù M. Martin-Rollin, je réussis, après diverses tentatives 
infructueuses, à rallier les membres épars de cette Eglise, et que je réunis, 
non plus comme auparavant on l'avait fait, dans un local public, mais dans 
des salles particulières que la piété de quelques familles notables parmi 
nous détermina enfin à offrir tour à tour, chaque mois, à l'édification de 
leurs frères en la foi. 

L'affluence des fidèles devint successivement si grande, que ces locaux 
privés ne pouvant plus suffire, on pensa à se procurer un local à ce uni- 
quement réservé, et on fit choix, dans ce but, de l'ancienne maison des 
Coches, tout près de la porte du Rhône, où, après l'avis préalable donné, 
soit au maire de la ville, soit au préfet du département, on se réunit jus- 
qu'au moment où ce dernier magistrat nous intima l'ordre de discontinuer 
nos assemblées religieuses, prétendant que nous n'étions autorisés à Avi- 
gnon qu'à célébrer des services de famille. Nous croyons bien faire de 
rapporter ici cette lettre de M. le préfet. 

« A Monsieur le ministre protestant de la section d'Orange, 

« Avignon, le 15 novembre 1826. 
« Monsieur, par une lettre du 8 octobre dernier, qui a été mise sous mes 
yeux seulement au retour de ma dernière tournée, vous m'avez informé 
que vous aviez donné communication à M. le maire d'Avignon du choix que 
les membres du culte protestant de cette ville viennent de faire de l'ancien 
local des Coches, près la porte du Rhône, pour servir dorénavant de lieu 
e réunion pour la célébration de leur culte. 

« J'ai l'honneur de vous observer. Monsieur, que d'après les lois et in- 
structions relatives ou applicables à l'exercice du culte protestant, la lettre 
que vous m'avez adressée en forme d'avis officiel, et seulement pour me 



MÉLANGES. - 3^9^^ 

prévenir de certaines dispositions prises par les membres du culte protes- 
tant dans cette ville, ne saurait leur acquérir un droit que la loi ne leur 
accorde pas et qu'ils ne peuvent obtenir que du gouvernement, après avoir 
rempli préalablement les formalités auxquelles je me vois forcé de vous 
rappeler. 

« Ces principes découlent, Monsieur, de l'art. 16 de la loi du 7 vendé- 
miaire an IV, et de l'art. 29i du Code pénal ; ils se trouvent rappelés, en 
outre, dans une lettre du ministre de l'intérieur en date du 8 janvier 4825, 
par laquelle Son Excellence, en rejetant la demande formée par le consis- 
toire de Lourmarin, de secours sur le budget des cultes non catholiques, 
pour aider les protestants d'Avignon à pourvoir aux frais de location et 
d'ameublement d'une salle où se tiendraient leurs réunions de prières, 
ajoute : que dans le cas où le consistoire trouverait dans ses ressources 
propres les moyens de donner suite au projet d'ouverture d'une maison 
fixe de prières, au lieu de se réunir successivement dans plusieurs maisons, 
il faudrait d'abord examiner si rien ne s'oppose à ce que cette ouverture 
s'effectue. 

« Aucune autorisation semblable ne résulte, ainsi que vous avez paru le 
croire, de la permission accordée en 4 813 au ministre de la section d'O- 
range, d'aller rendre des visites pastorales aux réformés d'Avignon. Pour 
que ces visites puissent se faire à l'avenir en un lieu déterminé, ainsi que 
vous me l'annoncez par votre lettre du 2 octobre, il y aura d'abord à véri- 
fier si du choix du local aucun inconvénient ne peut résulter, soit pour 
l'ordre public, soit pour la célébration des cérémonies intérieures ou exté- 
rieures du culte catholique; il devient donc indispensable que vous rem- 
placiez le simple avis que vous m'avez donné dans votre lettre du 2 octobre 
par une demande en autorisation qui sera instruite et soumise à la sanction 
du gouvernement. 

« Jusqu'à ce qu'il ait été statué sur cette autorisation, les membres du 
culte protestant dans la ville d'Avignon devront s'interdire toute réunion 
illégale dans le local que vous m'avez indiqué ou dans toute autre maison 
fixe de prières. Je donne, en conséquence, des instructions à M. le maire 
d'Avignon, auquel il appartient d'assurer l'exécution des dispositions ci- 
dessus rappelées, et qui fera connaître au propriétaire du local des Coches 
la responsabilité encourue par la loi, comme ayant dans cette circonstance 
disposé de sa maison sans la permission de l'autorité municipale. 
Agréez, Monsieur, etc. Le préfet de Vaucluse, 

« Le vicomte de Suleau. » 

Au milieu de l'étonnement que cette lettre produisit chez tous nos core- 
ligionnaires, j'adressai la réponse suivante à M. le préfet : 



330 



MELANGES. 



« A Monsieur le préfet de Vaucluse^ à Avignon. 

« Orange, le 22 novembre 1826. 

« Par suite de votre lettre du 15 novembre courant, après en avoir con- 
féré avec MM. l'ancien et les diacres de l'Eglise réformée d'Avignon, notre 
local consacré à la célébration de notre culte a été fermé et notre culte en- 
tièrement suspendu, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les réclamations que 
nous avons à présenter à ce sujet. 

« Nous avons été fort loin, Monsieur le préfet, de fonder notre droit de 
nous réunir dans un local public pour célébrer notre culte, sur la lettre en 
forme d avis officiel que nous avons eu l'honneur de vous adresser le â oc- 
tobre dernier. Nous n'ignorons pas que ce droit doit nous être acquis par 
la loi et après l'avoir sollicité de la part du gouvernement. Mais c'est pré- 
cisément parce que nous sommes nantis de ce droit, que toutes réclama- 
tions ont été faites dans le temps et que le gouvernement nous y a autori- 
sés, que nous n'avons pas et que nous n'avons pas dû réclamer ce dont 
nous étions en possession, et que l'administration ne nous a jamais con- 
testé que dans cette circonstance. 

« En effet, notre culte à Avignon, Monsieur le préfet, y date de l'année 
18/|3; nous possédons à ce sujet une lettre du ministre des cultes d'alors, 
qui non-seulement permettait à mon prédécesseur, mais lui ordonnait en- 
core « d'accorder aux protestants d'Avignon les fonctions de son ministère, 
sans que ce nouveau service, est-il dit, puisse nuire à celui de l'Eglise 
d'Orange. » Aussi, par suite de l'autorisation et de l'injonction du ministre 
des cultes en 1813, mon prédécesseur vint régulièrement à Avignon célé- 
brer le culte public de trois en trois semaines, ce qui est attesté, l*' parles 
lettres de mon prédécesseur au gouvernement; 2^* parle culte public qui a 
été célébré provisoirement dans l'une des salles de la préfecture, sous M. le 
préfet Houllemann, qui y participait lui-même; 3° par la consécration du 
local appelé des Etudes en temple, où les protestants d'Avignon se sont 
constamment réunis jusqu'en 1815, où l'on jugea à propos de suspendre 
momentanément en public ; 4° par la présence de MM. les commissaires 
de police qu'un magistrat intègre et à jamais regretté, M. Puy, nous en- 
voyait régulièrement pour mettre la célébration de notre culte sous la pro- 
tection et la responsabilité de l'autorité. 

« L'interruption momentanée de notre culte public n'a pu détruire le 
droit qui nous avait été conféré, car dès que la tranquillité publique nous 
a permis de nous réunir, nous l'avons fait, si ce n'a été dans un local à ce 
alîecté exclusivement, du moins dans des locaux privés et successivement 
prêtés. L'autorité le savait bien, et nous avons depuis fait constamment des 



MÉLANGES. 331 

réclamations auprès du gouvernement, non pour obtenir le droit que nous 
avions, mais les moyens de l'employer et de nous remettre sur le premier 
pied, ce que nous ne pouvions pas sans l'aide du gouvernement, plusieurs 
maisons notables de noire communion n'existant plus dans le pays. C'est 
ainsi que, sous le ministère de M. le comte de Siméon, à la demande de 
secours que nous fîmes, il nous fut répondu « que pour bâtir un temple, il 
faudrait que nos fidèles en supportassent la plus grande partie des frais, le 
gouvernement ne pouvant nous accorder que de très légers secours. )> 
C'est ainsi que sous le ministère actuel, dans une pareille demande, il nous 
a été répondu « qu'il existait des fonds pour réparations de temples, mais 
non point pour locations de salles pour la célébration du culte. » 

« Dans cet état de choses, nous avons toujours profité des locaux privés, 
que la piété de quelques-uns d'entre nous continuait à nous faire prêter. 
Mais ce mode de réunion offre de si grands inconvénients qu'il ne pouvait 
plus être continué. Tous ceux qui ont droit à participer au bienfait du culte 
ne pouvaient y être admis; les pauvres en souffraient; à la faveur des ap- 
parences du culte, il pouvait s'introduire des malveillants dans les maisons 
respectables qui nous recevaient. Des salles de réunion religieuse n'exis- 
tant pas chez tous ceux qui auraient voulu nous recevoir, cette charge ne 
retombait que sur quelques-uns, et presque toujours sur les mêmes. 

« Ce fut donc pour parer à ces inconvénients que nous cherchâmes à nos 
frais à nous procurer un lieu public fixe à ce affecté, et nous fûmes heu- 
reux d'en trouver un, éloigné de toute église catholique, situé dans une im- 
passe, qui pouvait tout à la fois être considéré comme lieu public et privé, 
puisqu'il était consacré uniquement au culte et que nous le devions à la 
munificence d'un membre notable d'entre nous, qui ne nous l'accordait que 
par pure bienveillance, et qui pouvait être considéré dès lors comme rece^ 
vant chez lui, non plus à tour de rôle comme précédemment, mais exclusi- 
vement, 

u Par le choix de ce nouveau local, notre culte ne changeait donc pas 
d'e\!stence; au lieu de varier pour l'emplacement, il devenait seulement 
fixe désormais, et c'est ce qui nous détermina à vous en donner avis. Mon- 
sieur le préfet, comme aussi à M. le maire, pour vous instruire de la cir- 
constance et nous placer uniquement sous votre protection, aux termes de 
l'art. 5 de la Charte. 

« C'est cependant ce local que vous nous avez donné l'ordre de fermer; 
vous nous retirez ainsi. Monsieur le préfet, une autorisation que nous pos- 
sédons, un droit dont nous avons constamment joui, qui a été reconnu à 
différentes reprises, qui se trouve en harmonie avec toutes nos lois et qui 
est placé sous votre sauvegarde. 

« Nous espérons, Monsieur le préfet, que mieux instruit de notre situa- 



332 MÉLANGES. 

tion à Avignon^ vous allez nous permettre de rouvrir incessamment notre 
local, de vaquer aux devoirs de notre culte, et que vous ne laisserez pas une 
population intéressante sous différents rapports, et irréprochable sous beau- 
coup d'autres, privée plus longtemps des bienfaits du culte public que ré- 
clament la consolation des familles, le bon ordre de la société et l'état de 
natre législation. 

« Si cependant vous pensiez. Monsieur le préfet, d'en référer à S. Exc. 
le ministre de l'intérieur, veuillez y apporter tout l'intérêt et toute la célérité 
qu'une pareille circonstance exige. Nous sommes pleins de confiance dans 
la décision de Son Excellence. Le gouvernement est instruit de notre exis- 
tence. Tous les deux ans il reçoit la nomination d'un ancien à Avignon; il 
sait qu'avec six diacres nommés par le consistoire de Lourmarin, cette 
fraction de notre consistoire s'occupe de nos affaires locales, que ces mem- 
bres conjointement avec le pasteur ont caractère pour agir ; il reconnaîtra 
facilement qu'ils ont agi, par conséquent, suivant leurs attributions dans 
l'affaire qui nous occupe, affaire qui nous méritera, j'en suis sûr, sa bien- 
veillance et sa protection, et qui est digne de toute sa sollicitude. C'est 
dans cette espérance, Monsieur le préfet, que je vous prie de porter notre 
réclamation à S. Exc. le ministre de l'intérieur; nous vous conjurons de 
vouloir bien y être favorable et de faire parvénir aux pieds du trône de nos 
rois bien-aimés le tribut de notre vénération, de notre amour et de notre 
dévouement. 

« J'ai l'honneur d'être, Monsieur le préfet, etc. 

« Gaitte, pasteur, président. » 

Ainsi que nous en avions prévenu M. le préfet, ne le voyant pas dis- 
posé à condescendre à nos réclamations, nous fîmes parvenir nos do- 
léances au ministre de l'intérieur, et à la date du 23 décembre 1826 nous 
lui adressâmes la supplique suivante : 

« A Son Excellence M. le ministre de V Intérieur . 

«« Monseigneur, la jouissance de nos droits religieux a été interrompue 
à Avignon, par un ordre de M. le préfet en date du 15 novembre dernier, 
qui nous a ainsi mis dans le cas de fermer notre local consacré à la célé- 
bration de notre culte et de suspendre toute réunion de prière. 

« Cet ordre n'a \m que nous affliger profondément, puisqu'il a pour but 
de nous priver du bien le plus précieux, l'exercice de notre religion, qu'il 
méconnaît notre existence légale dans le pays et qu'il renverse l'état de la 
législation dans notre chère patrie. 

« Nous avons répondu à M. le préfet en date du 22 du même mois. Nous 



MÉLANGES. 333 

lui avons fait connaître notre véritable situation à Avignon; nous lui avons 
exposé notre droit et nous l'avons conjuré de nous permettre de rouvrir 
incessamment notre local, ou s'il en référait à Votre Excellence, de nous 
faire parvenir le plus tôt qu'il pourrait l'expression de votre volonté à ce 
sujet sur laquelle nous sommes pleins de confiance à votre égard. 

« Cependant vingt jours se sont déjà écoulés sans que nous ayons eu de 
réponse ; nous voyons toujours notre local fermé, et nos fidèles sont tou- 
jours privés des avantages et des consolations du culte public. 

« Nous venons vous conjurer, Monseigneur, d'examiner le plus promp- 
tement qu'il vous sera possible la réclamation que nous avons présentée à 
M. le préfet le 22 novembre, et qui a dû sans doute vous être expédiée, de 
la peser dans votre haute sagesse et de nous accorder la justice que nous 
avons lieu d'espérer. 

« Notre culte est ancien dans Avignon; il y date de l'année 1813. Nous 
y avons déjà eu un temple. Nous n'avons jamais cessé d'y être organisés. 
Le gouvernement nous a donné dans le temps son autorisation. Notre nou- 
veau local ne présente aucun inconvénient à l'égard de l'ordre public, il 
n'est dans le voisinage d'aucune église catholique, il se trouve au fond 
d'une impasse, par conséquent dans une rue peu passagère; c'est d'ailleurs 
un local qui nous appartient-, puisqu'il nous est prêté par la piété et la 
munificence d'un membre notable d'entre nous. 

« Daignez, Monseigneur, accueillir avec bonté la prière que je vous 
adresse; daignez nous être favorable ; nous attendons de votre justice, de 
votre dévouement à notre auguste monarque dont les paroles à notre 
égard sont gravées dans nos cœurs, la protection que Sa Majesté a pro- 
mise à tous ses sujets et qu'elle a sanctionnée aux pieds des autels, et 
veuillez agréer, eti;. 

« Gaitte, pasteur président. » 

Après une assez longue interruption, qui nous obligea comme président 
du consistoire de Lourmarin, aux démarches les plus actives et les plus 
pressantes, soit auprès de l'agence ecclésiastique dirigée par M. Soulier, 
soit auprès de quelques membres des grands corps de l'Etat, nous reçûmes 
du ministre de l'intérieur une lettre qui levait cette interdiction et qui au- 
torisait les prolestants d'Avignon à célébrer désormais leur culte publi- 
quement et en toute franchise. Cette lettre, signée par le conseiller d'Etat 
chargé des affaires des cultes non catholiques. Baron George Cuvier, 
rendait un si éclatant hommage aux principes de la liberté des cultes con- 
sacrée par la charte et les lois, que l'on ne regrettera pas de la retrou- 
ver itîi. 



334 



MÉLANGES. 



« A M. le pasteur président du consistoire réformé de Lourmarin. 

« Paris, ce 3 décembre 1828. 

« Monsieur le président, je vois avec peine les difficultés qu'éprouvent 
les protestants d'Avignon pour avoir un culte public dans cette ville, malgré 
l'autorisation donnée à cet effet par mon prédécesseur; je viens d'écrire à 
M. le préfet pour le prier de se concerter avec l'autorité municipale, afin 
de chercher les moyens d'atteindre le but que vous vous proposez et pour 
lui représenter combien le refus prolongé du conseil municipal de contri- 
buer aux frais du culte protestant me paraît peu conforme à l'esprit des 
lois qui nous régissent, etc. » 

Ce fut dans ce local des Coches que vint nous surprendre la révolution 
de 1830, qui a si puissamment contribué au bien-être de l'Eglise protes- 
tante d'Avignon. Au moyen du bienveillant concours des autorités locales, 
de M. Larreguy, préfet du département; de M. Julian, maire de la ville, 
nous obtînmes notre petit temple de la rue Dorée, faisant partie d'un grand 
édifice communal, dont nous fîmes la dédicace le 7 août 1831, en présence 
de quelques autorités de la ville que nous avions invitées à cette solennité 
et au milieu d'un grand concours de fidèles. Le procès-verbal qui en fut 
dressé doit en consacrer à jamais le touchant souvenir. Qu'il nous soit per- 
mis d'en faire ici la transcription. « 

« Procès-verbal de la consécration du temple d'Avignon^ 
le 7 août 1831. 

« En vertu de notre pétition en date du 8 novembre 1830, M. Julian^ 
maire d'Avignon, réunit peu après à la commune MM. les membres du con- 
sistoire, où, après avoir examiné et réfuté une précédente délibération 
prise contre nous parle conseil municipal en 1828, il fut arrêté que l'auto- 
rité s'occuperait de suite, en vertu de la constitution et des lois, de mettre 
à notre disposition un local qui serait trouvé favorable pour être converti 
en temple à l'usage de notre communion. 

« Après les investigations faites à ce sujet, M. le maire nous a proposé 
de nous accorder à titre d'édifice communal et désormais consacré à la cé- 
lébration de notre culte une ancienne petite chapelle faisant partie d'un 
vaste édifice appartenant à la ville, réunissant à la fois l'école de dessin et 
celle des frères de la Doctrine chrétienne, situé dans la rue Dorée, près de 
la préfecture, que le consistoire s'est empressé d'accepter avec reconnais- 
sance, et dont il a été dès lors autorisé à prendre possession et à le dispo- 
ser convenablement pour sa destination, de concert avec l'autorité muni- 



MÉLANGES. 335 

cipale qui n'a rien épargné en maçonnerie et en menuiserie pour le rendre 
décent et agréable; le consistoire, de son côté, n'a rien négligé pour com- 
pléter l'établissement de cet édifice en véritable temple. Sur un appel fait à 
la générosité de tous les membres de l'Eglise, il a pourvu largement à 
toutes les dépenses d'ameublement, comme chaire, table de la communion, 
bancs et chaises, rideaux, etc., tous objets qui sont ainsi devenus la pro- 
priété de notre société religieuse. 

« Le jour de la consécration de ce temple élevé au Seigneur par la piété 
et la persévérance de noire petite Eglise protestante avignonaise ayant été 
fixé au dimanche 7 août 1831 , toutes les mesures à cet effet ont été arrê- 
tées et remplies avec précision. MM. Sénaux et Lavondès, pasteurs de 
notre consistoriale, M. Gardes, pasteur à Nîmes et M. Chauvin, pasteur à 
Laroque d'Anthéron, Bouches-du-Rhône, se sont rendus avec empresse- 
ment à notre invitation d'assister à cette auguste cérémonie, et y ont tous 
participé, revêtus de leur robe pastorale. Toutes nos autorités supérieures 
du département y avaient été invitées ; M. le vicomte Lenoir, général des 
invalides, a pu seul nous honorer de sa présence. 

« Le service de consécration, fixé à dix heures du matin, a été célébré 
par M. Gaitte, pasteur du lieu. La lecture a été faite par le jeune Emile 
Gaitte, fils de notre pasteur, qui est sur le point de se rendre à Genève 
pour y étudier la théologie. Le chant a été dirigé par M. Denys Dumas, 
chantre d'Orange, qui s'en est fait un plaisir sur l'invitation qui lui en a 
été faite. 

« Pour solenniser celte fête religieuse, dont le souvenir restera gravé 
dans le cœur de tous les membres de l'Eglise qui y ont pris part, deux autres 
services religieux furent spontanément arrêtés, l'un pour le dimanche après 
dîner, à trois heures, et l'autre pour le lendemain lundi, à une heure après 
midi. MM. les pasteurs Gardes et Sénaux ont officié à l'édification de leur 
auditoire, le premier le dimanche et le second le lundi. 

(( Enfin le consistoire^ désireux de se réunir avec les pasteurs qui avaient 
bien voulu contribuer par leur présence à la solennité de cette dédicace, 
arrêta qu'un banquet fraternel leur serait offert le soir du dimanche, à cinq 
heures, et où réunis en famille chez M. Auguste Imer, on a vu régner chez 
tous les conviés, avec une empreinte toute religieuse, une douce et ai- 
mable gaieté, signe du bonheur que nous avons tous ressenti dans cette 
heureuse et sainte journée. 

« Ainsi fait et attesté par nous, membres du consistoire d'Avignon, ce 
9 août 1831. 

« Gaitte, pasteur président; Marcel Roman, Joseph Verdu, 
Jean de Speyr, Aug. Imer. » 



336 - MÉLANGES. 

Les protestants d'Avignon ressentirent désormais tous les heureux ef- 
fets de la liberté religieuse; un pasteur leur fut accordé à résidence fixe 
avec tous les avantages qui pouvaient y être attachés; l'ordonnance qui 
consacrait ce bienfait parut le 4 3 novembre iSSS, et les membre's du con- 
sistoire de cette nouvelle section ayant adressé vocation à M. Louis Fros- 
sard, pasteur à Privas, dès que celui-ci fut entré en fonction, M. Gaitte, 
pasteur d'Orange et président du consistoire de Lourmarin depuis l'année 
4 822 jusqu'à ce jour, fui déchargé des labeurs du ministère évangélique 
qu'il avait exercé à Avignon pendant seize ans consécutifs. 

Ici finit la tâche que je me suis imposée. Seulement, pour mémoire, j'in- 
diquerai les changements qui sont survenus depuis lors dans le personnel 
des pasteurs d'Avignon, dont on pourra consulter les travaux subséquents 
dans les registres de TEglise oti ils ont dû sans doute les consigner de 
leur vivant. A M. Frossard succéda, en 1847, M. Dardier, pasteur d'Aulas, 
qui périt dans la force de l'âge, victime du choléra. Son remplaçant, en 
4 855, fut l'intéressant M. Ménard Saint-Martin, mort d'une affection de 
poitrine, dans la plénitude de son talent, à l'âge de trente-sept ans. Son 
successeur en 4 860, qui fut d'abord son suffragant, est le pasteur actuel, 
M. Louis Rey, que son Eglise s'empressa d'adopter définitivement et qui a 
su justifier ce choix par de solides qualités comme pasteur et comme 
prédicateur. 

Gaitte. 

Orange, le 20 janvier 1863 



l^rrata. Page 171, lig. 32, au lieu de Maysenade, lisez Maysonade. 

— 172, — 25, — injure, — injuste. 

— 173, — 28, — Lirous, — Lirons. 

— 176, — 31, — Reynis, — Reynès. 

— 179, — 6, — Vilbas, — Villas. 

— ibid., — 10, — Fermas, — Firmas. 



Paris. — Typ. de Ch. Meyrueis et C", rue des Grès, 11. —1863, 



SSrOTIGES BIOGRAPHIQUES. 

lies descendants de la famiJIe Majendie, réfugiés en Hollande et en 

Angleterre 313 

MÉLANGES. 

Sur les diverses dénominations par lesquelles on a désigné les Xlglises 

de la déformation. Comm. par M. Phil. Roget 318 

l'Eglise réformée d'Avignon (1812-1831). Par M. Gaitte 326 

Srrata ibid. 



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{Joannis Calvini opéra quœ swpersunt omnia. Ad fidem editionum 
princi'pum et authenticarum , ex -parte etiam codicum manu scripto- 
rujn, additis prolegomenis literarÏLs, annotationibus criticis, annali- 
hus calvinianis indicibusque novis et copiosissimis ediderunt G. Baum, 
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avec une introduction et des notes, par M. Ath. Goquerel fils, 
auteur de Jean Calas et sa famille. 

Calas. — Sirven. — Les galériens protestants. — Marthe Camp. 
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llu Piiy (ancien membre du Consistoire de l'Eglise de Car- 
maing, près Toulouse), un des confesseurs de J.-G., 

pour les grâces qu'il en a reçues pendant la persécution qu'il a 
soufferte en France pour la religion réformée ( Imprimée pour la 
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belles planches grand in-foiio. (Voir BulL, XI, 405.) 



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Pour les nouveaux membres, chaque volume, 7 fr., et pour 
les nouveaux abonnés, 10 fr. 

Voir les li»tatuts de la (Société^ pag^e 6 du tome I. 



Le Bulletin est expédié par la poste (pour la France et les pays 
étrangers avec lesquels il existe des conventions postales), et les prix de 
souscription sont fixés ainsi qu'il suit pour les sociétaires et les abonnés : 



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SEPTEMBRE ET OCTOBRE. \r ANNÉE. - 1863. 



9 



ET 10. ^N. 



0 



DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



DOCnnENTS HISTORIQUES INÉDITS ET ORIQINAUX. 



XYI% XVII'= ET XVIII'' SIECLES 



« Et quant au premier point sur 
la réforination que j'ay conimen- 
céeet quej'aydelibérecontinuer 
par la grâce deDiou..., ie l'ay ap- 
prinse par la Bible que ie lis plus 
que les docteurs..., et n'ay point 
entreprins de planter nouvelle 
religion en mes pais, sinon y res- 
taurer les ruiiiesde l'ancienne... 
le ne fay rien par force... Dieu 
me monstre des exemples...» 

Jeanne d'Jlbret, Reine 
de Navarre au cardinal 
d'Armagnac. 
(Lettre du 18 d'aoust 1563.) 




Vos pères, où sont-ils? 

( Zacuarie, I, 5. 



« le trouverois bon, qu'en clias- 
cune ville, il y eust personnes 
députées pour escrire fidèlement 
les actes qui ont esté fail'durant 
ces troubles et par tel moyen, la 
vérité pourroit estre réduite en 
un volume, et pourccste cause. 
Je m'en vay commencer à t'en 
faire un bien" petit narré, non pas 
du tout, mais d'une parlie du 
commencement de l'Eglise réfor- 
mée. » 

Bernard Palis sy. 
Recepte véritable , etc., La Ro- 
chelle, 1563, page 103.) 



PARIS 

AGENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ 

174, rue de Rivoli. (Écrire franco.) 

Paris. Ch. Meyrueïs et C°. = GEMÉVE. — Cherbulîez. 
LONDRES. — Nutt, 270, Strand. =z Ieipsio. — P. -A. Brockhaus 
AmSTEBOABI. — Van Bakkenès et C>e. = BRUXELLES. — Mouron. 

1863 



TYrOOBiPHIB DB CH. UBÏKUEIS ET COMPAGNIE, aUB DES ORES, 11. 



A nos Correspondants. — A M. G., à A. (Pays-Bas). M. C.-F. nous a remis 
votre nouvelle communication, dont nous yous remercions et qui trouvera 
place dans le prochain cahier. — A M. P., à L. (R.) Même réponse. — A M. A., 
à B. (Prusse). Reçu les 50 francs c}ue M. M. a remis de votre part, comme don 
à la Société. Nous vous en sommes très reconnaissants. Il serait à désirer que 
beaucoup d'autres comprissent et soutinssent notre œuvre, comme vous le faites. 



SOMMAIRE 

Pages. 



QUESTIONS £T RËPONSBS. CORRESPONDANCE. 

Supplément de la France protestante. — kMïiion^ et rectifications. . 337 

« La Révocation de l'Edit de Nantes a sauvé la France_, » au dire de 
Gapefigue-Loriquet 338 

Un double souvenir de la bibliothèque de Duplessis-Mornay. . . . ibid. 

Œuvres inconnues de d'Aubigné à rechercher. — Ce qui reste de ses 
manuscrits. — « Le Printemps du sieur d'Aubigné. » 339 

Jean Durant, propriétaire de « l'Album amicorum, » précédemment 
décrit, et Jacques Couët-Duvivier, son beau-frère.— Ce dernier a-t-il 
été en effet ministre à Avallon en 1584? 343 

Les pasteurs de Glairac jusqu'à la Révocation de l'Edit de Nantes (1530- 

1685). 344 

L'abbé de la Chaise en Poitou, en 1687.— Madame de Maintenon repré- 
sentée au baptême d'une fille du marquis de La Rochejacqueiein. . 347 

Une relation du rapt de deux enfants du pasteur Ghardevène, en 1641. 348 

Le régime des protestants aux galères^ en l'année 1700 ibid. 

BOGUSaSNTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 

JLe Protestantisme en Champagne au XVI^ siècle. Lettres de Jac- 
ques Sorel, Jean Duchat, Jean Gravelle, les fidèles de l'église de 
TroyeSj J. de Saussure, Pierre Fornelet, de Ghâlons (1561). Gomm. 
par M. Gagnebin 349 

L'Abjuration de Henri IV et le parti réformé. Une lettre inédite de 
Du Jay, secrétaire du. roi de Navarre (1593). Gomm. par M. Gl. Gom- 
payré. 366 

Cimetières et inhumations des huguenots, à Paris (1563-1792). II. De 
l'Edit de Nantes à la Révocation. 6° Les registres des quatre cime- 
tières parisiens. (Suite.) IV" Gimetière de Ghàrenton, de 1626 à 1649. 
V° Cimetière de la rue des Poules Saint-Marcel, de 1630 à 1641. — Par 
M. Gh. Read 367 

Ii'Edit de Mantes en Bourbonnais, d'après des documents originaux 

(1600-1618). Par M. Ghazaud . 374 

liettres de consolation écrites à M. et à Madame de la Tabarière, 
sur le décès de M. le baron de Sainte-Hermine, leur fils aîné (1629). 
— 2" Lettres de Bouchereau, pasteur de Saumur, Vincent, pasteur 
de La Rochelle, Montigny, pasteur du Plessis-Marly, Ghaufepied, 
pasteur de Niort 399 

Avis d'un réfugié sur le célèbre « Avis aux réfugiés. » Lettre inédite 
de Jacques Muysson, ex-conseiller au parlement de Paris, réfugié en 
Hollande (1690) 409 

Prisonniers protestants morts à la Bastille (1690-1710) 414 

Une procédure contre le temple de Bergerac. La Révocation de l'Edit 

de Nantes à Bergerac, d'après les papiers d'un ancien de cette 

église (1674-1685) 416 

Sonnet sur les convertisseurs de la compagnie de Paul Pélisson-Fon- 

tanier, trésorier de la Bourse des conversions (1682). . . . . . 431 

Madame de Maintenon, les lHouvelIes-Catholiques et l'archevêque 

de Paris (1686) 432 

Iiettre adressée au confesseur I<ouis de Marolles, prisonnier à la Tour- 

nelle, avec sa réponse à ladite lettre (1686). Gomm. par M. A. Pelet. 433 
Marie XLebouIet et Authoinette Clari, réfugiées de Provence à Nice et 

à Genève (1688). Gomm, par M. Crottel 442 

Un synode tenu au désert, dans le Montalbanais (1761). Gomm. par 

M. Gh. Lourdes 443 

Inhumation d'une protestante, Mademoiselle Hullon, décédée à Vitry- 

le-François en septembre 1773. Gomm. par M. Recordon 445 

Une famille de Puylaurens au XVIIie siècle. Mémoire sur la famille 

d'Imbert (1775). Gomm. par M. Gh. Pradel. 448 



{Foir la suite du sommaire à la troisième page). 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS. 



OBSERVATIONS ET COMMUNICATIONS RELATIVES A DES DOCUMENTS PUBLIÉS. 
— AVIS DIVERS , ETC. 



Supplément «le la « France protestante. » — Additions 
et rectifications. 

Un de nos correspondants nous a écrit pour nous signaler, comme devant 
trouver place dans le Supplément de la France protestante, le botaniste 
lillois Mathias de Lohel ^ dont la Société des sciences, agriculture et arts 
de Lille, a mis la biographie au concours il y a cinq ans. Nous répondons 
que ce nom figure déjà dans l'ouvrage, au tome VII, page 404. 

Un autre nous indique une édition de \ Institution chrétienne de Calvin 
qui ne figure pas dans la bibliographie et qui se trouve dans l'ancienne 
bibliothèque des dominicains de Saint-Mihiel (Meuse). La rubrique est Ge- 
nevœ, apud Joannem le Preux^ 1592. Le format est in-S». Le litre est 
orné d'un médaillon représentant le buste de Calvin, vu de profil. L'ou- 
vrage est divisé en 4 livres et 80 chapitres. — La même bibliothèque con- 
tient un bel exemplaire de l'édition de 1539 : Institutio christlanx reli- 
gionis nunc vere demum sua titulo respondens, auiore Joanne Calvino. 

L2L France protestante ne mentionne point l'ouvrage suivant publié, nous 
dit-on, à une date qui manque au titre, mais qui doit être entre 1580 et 
1590 : 

Défense de la vraye et pure doctrine du saint sacrement de la cène, 
par évidents tesmoignagesde l'Escriture saincte et autoritez des anciens 
docteurs, à rencontre des calomnies, sophismes et fausses allégations 
de Jean- Albin de Falzergues, dit de Serez, archediacre de Tholose ^ 
par Germain Ciiauveton. 



1863. Sept, et Oct. n"» 9 et 10. 



338 



tiUESTIONS ET REPONSES. 



« lia Révocation de PEdit de IVantes a iSauTe la France, » 
au dire de Capefig^ue-I^oriquet. 

Il est beau, sans doute, de ne pas s'arrêter aveuglément aux idées reçues, 
d'exercer le droit et d'accomplir le devoir du libre examen , de professer 
hautement les opinions que l'on s^'est faites à soi-même par une étude 
attentive des hommes et des choses. Ce n'est certes pas nous qui irons là 
contre, nous qui, surtout en matière historique, reconnaissons largement 
aux autres ce droit dont nous usons, de ne pas suivre la routine et de révi- 
ser, au flambeau de la critique moderne, tous les jugements du passé. Mais 
que dire de la façon dont certains écrivains appliquent à leur tour ce droit 
pour nier le soleil en plein midi? Il suffit de citer. 

Voici ce qu'on lit en toutes lettres dans l'un des derniers ouvrages du 
trop fécond Capefigue, ce Varillas de notre temps, cet émule du père Lori- 
quet : 

« Louvois, le véritable homme d'Etat de cette illustre famille des Le Tel- 
« lier, dont le noble titre de gloire était la révocation de VEditde Nantes 
« {révocation qui sauva la France) » 

Cela se trouve à la page 88 d'un livre dudit Capefigue intitulé les Fer- 
miers généraux depuis le XVIW siècle jusqu'à leur mort sur l'échafaud 
le 13 mai 1794, publié à Paris, en 1855, par Amyot, éditeur. — Il va sans 
dire que ce volume n'a pas été mis à l'index. 



Uu double souvenir de la bibliothèque de Du Plessis-Uornay, 

à ISaumur. 

Nous avons parlé à diverses reprises de la précieuse bibliothèque qu'a- 
vait formée Du Plessis-Mornay (IX, 22, 204, 281, 377; X, 17, 107). Le 
père Louis Jacob, dans son Traité des plus belles bibliothèques, publié à 
Paris en 1 644, en fait mention parmi « celles qui ont été dissipées » (p. 606), 
en ces termes : « Dans la ville de Saumur il y a eu autrefois une belle bi- 
« bliothèque, qui avoit été dressée par Philippe Du Plessis-Mornay, le Co- 
« riphé (sic) des Calvinistes. » 

L'auteur du Séjour de Paris (Leyde, 1727), J.-C. Nemeitz, rapporte que, 
dans l'ouvrage intitulé : la Bibliothèque nouvellement ouverte, une seule 
bibliothèque des provinces de France se trouve citée, et que c'est celle « de 
Philippe-Morné (sic), à Saumur. » 

On voit par ces exemples que le souvenir de la magnifique bibliothèque 
de Du Plessis-Mornay s'était conservé bien des années après sa dispersion. 



QUESTIONS ET REPONSES. 



339 



ŒnTres incoiinnes de d'Aubig-né à recbercber. — Ce qni reste 
de ses manuscrits* — « I^e PRIUTTEIIPIS du sieur d'Aubig^né. » 

(Yoir ci-dessus, p. 262.) 

Si certains ouvrages imprimés de d'Aubigné, et inconnus aujourd'hui 
des bibliophiles, tels que « les divers Prodiges de ce temps, en vers, et 
quelques autres livres en latin, » signalés en 1631 par le correspondant de 
Peiresc, sont encore à retrouver, notre appel à ce sujet nous a du moins 
valu, de la part de M. Merle d'Aubigné, une très intéressante communica- 
tion , qui se rapporte aux « brouillards et manuscrits » laissés par son 
illustre ancêtre. Cette communication témoigne de l'intérêt que l'historien 
de la Réformation au XVP siècle porte à nos travaux, et elle exprime au 
sujet de la publication des manuscrits inédits de d'Aubigné un vœu éclairé 
auquel applaudiront tous les amis des lettres et de l'histoire. Nous l'avons 
reçue avec d'autant plus de satisfaction que, tout en sachant par des amis 
communs quel précieux trésor héréditaire est en la possession de l'hono- 
rable colonel Tronchin, nous n'avions pu jusqu'ici parvenir à connaître 
au juste en quoi consistait, dans ce trésor, la part venant de d'Aubigné ; et 
nous en étions d'autant plus curieux depuis que nous avons eu nous-même 
la bonne fortune de retrouver, dans un manuscrit ayant appartenu à Madame 
de Maintenon, une copie du poëme de la jeunesse de son aïeul, son Prin- 
temps^ ainsi qu'il l'appelle lui-même en ses Mémoires, — ce même Prin- 
temps dont La Baumelle et le duc de Noailles parlent comme s'il avait été 
publié et perdu, tandis qne c'est bien positivement un de ses ouvrages de- 
meurés inédits. VHiver du sieur d'Aubigné a seul été inséré dans ses 
Petites OEuvres meslées, imprimées en 1630. M. Merle d'Aubigné nous 
fait connaître, et nous lui en sommes très reconnaissant, que le manuscrit 
original du Printemps figure parmi les papiers du colonel Tronchin (1). 
Voici sa lettre : 

(1) Nous avons l'espoir de pouvoir en prendre connaissance avant de publier 
notre copie. On sait que M. Henri Tronchin possède des manuscrits provenant 
de Théod. de Bèze {Bull., Il, 141), de d'Aubigné (IX, 394), et du célèbre docteur 
Tronchin, manuscrits qu'il a bien voulu communiquer à MM. Baum, pour sa 
Biographie de Bèze ; Sayous, pour ses Etudes littéraires {Hist. de la litt. franq. à 
l'étranger, 1, 189, et Etudes sur les e'criv. de la Réform., Il, 212), et Jules Bonnet, 
pour ses Lettres de Calvin. Ces précieux documents, conservés jusqu'en 1855 à 
Lavigny, et depuis lors à Bessinges, ne sont sans doute pas d'une communica- 
tion facile, puisqu'il faut se rendre dans la localité, y rencontrer le propriétaire, 
et y résider un temps suffisant pour compulser une volumineuse collection, 
besogne toujours si longue. C'est ce qui nous a empêché de profiter jusqu'à ce 
jour de l'offre bienveillante que M. Tronchin avait faite, dès 1854, à son cousin, 
le regrettable M. Aug. Cramer, de mettre aussi ses trésors à notre disposition. 
C'est aussi aux difficultés résultant de ces mêmes circonstances qu'il faut évi- 
demment imputer les obstacles que d'autres personnes, désireuses de consulter 
les papiers de M. Tronchin, ont pu rencontrer dans l'accomplissement de leur 
désir, et de là les regrets qu'ils en ont vivement sentis et trop vivement exprimés. 



340 



qOestions et réponses. 



Genève, 27 juillet 1863. 

Monsieur le Président, 
Le dernier numéro du Bulletin (page 262) demande, à l'occasion d'une 
question de la Correspondance littéraire^ que l'on recherche les œuvres 
inconnues de d'Aubigné, et il ajoute : « Heureux l'amateur qui les retrou- 
verait. » 

Le testament même de d'Aubigné, qui a été publié par M. Lud. Lalanne 
dans l'Appendice aux Mémoires de ce fier huguenot^ si oncques en fût, 
donne déjà (page 428) une indication à cet égard. Après avoir dii qu'il veut 
« disposer de ses enfants spirituels, » par où il entend ses livres et ses 
manuscrits, il déclare les mettre entre les mains de « M. Tronchin, le pasteur 
et docteur en théologie, » ou, en son absence, entre celles de « Nathan 
d'Aubigné. » Celui-ci est le second des fils de d'Aubigné, dont il dit dans 
son testament : u Au même temps que mon aîné (1 ) s'est rendu ennemi de 
« Dieu et de son père, a renoncé et trahi l'un et l'autre, et a produit infinis 
« exemples d'horreur; l'autre, Nathan, s'est rendu recommandable par pro- 
« bité de vie, doctrine non commune, m'a accompagné en mes périls contre 
« l'autre. » Ailleurs il parle de sa naissance avec beaucoup d'humilité et 
de droiture, et M. Lalanne a aussi publié le testament fort intéressant de 
sa mère (page 434 de l'Appendice). 

Les papiers dont d'Aubigné parle furent bien remis aux mains du pro- 
fesseur Tronchin, et se trouvent maintenant dans celles de son descendant, 
M. le colonel Henri Tronchin. En fait de manuscrits des d'Aubigné, je n'en 
possède que quelques-uns de Nathan, bisaïeul de mon bisaïeul, et de ses 
fils ou petits-fils, et comme leur principale étude était celle du génie, ces 
manuscrits se rapportent exclusivement aux mathématiques. Mais passant 
quelques jours, il y a environ vingt ans, chez M. Tronchin, dans sa terre 
de Lavigny, au-dessus de Rolle , où se trouvaient alors ces manuscrits, je 
les examinai avec soin, et je pris des notes que je retrouve dans mes pa- 
piers, et dont je vous communiquerai l'essentiel. 

J'eus d'abord la pensée de publier les manuscrits inédits, avec la per- 
mission de M. Tronchin, mais j'y renonçai, pour diverses raisons. II me 
semble pourtant que, d'Aubigné reprenant peu à peu dans la littérature 
française du XVI^ siècle et du commencement du XVII« la place qui lui 
appartient, et dont les préjugés et les haines du siècle des dragonnades 
l'avaient privé, il y aurait quelque intérêt à ce que le travail que j'indique 
fût fait par d'autres. Ces manuscriis sont, je crois, maintenant à Bessinges, 
près Genève, où réside actuellement M. Tronchin. 

Dix volumes renferment des œuvres de d'Aubigné, soit inédits, soit 
déjà publiées. Voici l'indication des pièces principales qui s'y trouvent : 

(1) Constant d'Aubigné, le père de Madame de Maintenon. 



QUESTIONS ET REPONSES. 



341 



Volume P^. 

Divers sonnets sur d'Aubigné. — Diverses remarques sur l'histoire. — 
Livres IV et V du tome IV de V Histoire universelle (V Histoire universelle 
de d'Aubigné, imprimée à Amsterdam, 4 626, ne renferme que trois tomes). 
Le chapitre I" du livre V du IV® tome est intitulé : « Commencements de 
troubles en France par le différend de Béarn, » et commence ainsi : « Ce 
livre va changer nos langueurs en fièvres chaudes, etc. » — Diverses notes 
pour les autres livres qui paraissent autographes. — Quelques poésies. 

Volume II. 

Lettres diverses à M. d'Arsens, — M. du Parc d'Archese, — M. de 
Bouillon, etc., — à mon fils. — Lettres et Mémoires d'Etat, à Monseigneur 
le duc de Rohan. — Une lettre autographe raturée, avec ces mots en tête : 
Fiat et paîam porteris (sic). — Au père Fulgence, de Venise. — Au roi 
de la Grande-Bretagne. — Lettres de piété. — Lettres de points de science. 

Volume III. 

Minutes de sa main, et lettres de divers. — Poésies autographes, etc. — 
Certificat ou passe-porl (autographe). — Lettre de la sœur du roi à M. d'Au- 
bigné. 

Volume IV. 

Confession de Sancy. — lambonica (poésies latines). 

Volume V- 
Vie, à ses enfants (finie à Genève). 

Volume VI. 

Œuvres sur les guerres civiles, et poésies sur les guerres civiles. — 
Epigrammata (en latin). — Le Printemps du sieur d'Aubigné. Livre I«f : 
Hécatombe à Diane {\). 

Accourez au secours à ma mort violente. 
— Du devoir mutuel du roi et des sujets. — Poésie sur les fermes (si je 
mêle rappelle bien, il s'agit des fermes en la foi, dans les persécutions). — 
L'Hyver du sieur d'Aubigné (poésie) (2). — Prière du matin (poésie). — 
Prière du soir, etc. (poésie). 

(1) On sait que les poésies composant ce que d'Aubigné appelle son Printemps 
(Mém., éd. 1854, p. 22) se rapportent à l'amour qu'il avait conçu vers 1571 
pour Diane Salviati, fille du sieur de Talcy, qui le considérait déjà comme son 
gendre [Hist, univ. II, 457). 

Notre manuscrit mentionné ci-dessus contient 78 morceaux de d'Aubigné, 
dont 68 stances, 5 élégies, 3 dialogues, 1 huitain, 1 quatrain, 1 chanson. C'est 
parmi ces pièces que se trouvent disséminées celles qui devaient constituer le 
Printemps ; il en est trois où se rencontre le nom même de Diane. [Réd.) 

(2) D'après la disposition des matières comprises dans les Petites OEuvres 
meslées publiées en 1630, on ne voit pas bien si VHiver de d'Aubigné consiste 
en une seule pièce, faisant plus particulièrement allusion à sa vieillesse, ou en 
un choix de morceaux qui y font suite et en tête desquels se trouve une prière 
du matin et une du soir. (Réd.) 



342 



gUESTIONS ET REPONSES. 



Volume VII. 

Les Tragiques, et autres poésies françaises et latines. 

Volume VIII. 

Poésies en partie érotiques (corrigées, à ce qu'il semble, par l'auteur). 
Volume IX. 

Poésies courtes, à M. de Ronsard, etc. — Le Caducée, sur Matthieu 
V, 9. — Lettre à Madame, sœur unique du roi (î). 

Volume X. 

La Création (poëme). Voici les titres des divers chants : 
Chant 1er. De l'éternité et de la puissance de Dieu. Voici les deux pre- 
miers vers : 

Quoique )e temps chenu, d'un superbe pouvoir 
Semble bien triompher de tout ce qu'on peut voir. 

Chant II. De la création de la lumière et de Tair. 

III. De l'estendue du ciel. Séparation des eaux. 

IV. De la terre et des pierres. 
V. Des arbres, etc. 

VI. (Le titre manque dans mes notes.) 

VII. Des luminaires. 

VIII. Des poissons, etc. 

IX. Des oiseaux. 

X. Des bêtes à quatre pieds. 

XI. De la création de l'homme. 

XII. Du chef, du cerveau, et de leurs actions. 

XIII. Des os, membres, etc. 

XIV. De l'âme, du corps, image de Dieu. 
XV. Continuation, particulièrement de l'âme. 

Ce manuscrit a des ratures. 

Si vous croyez. Monsieur le président, que cette note en vaille la peine, 
veuillez la communiquer aux amis de notre ancienne littérature. 

Permettez qu'en me rappelant à votre souvenir, je vous exprime ma re- 
connaissance pour la persévérance avec laquelle vous continuez un recueil 
si précieux aux archéologues, aux historiens et aux littérateurs. 

Veuillez agréer, etc. J.-H. Merle d'Aubigné. 

(1) Serait-ce par hasard cette même lettre à Madame, publiée sous le titre : 
De la douceur des afiîictions, qui a été retrouvée par M. F.-L. Fréd. Ghavanne 
et que nous avons reproduite en 18^6 [Bull., IV, 567)? 



QUESTIONS ET REPONSES. 



34.3 



Jean Durant^ propriétaire de » l' Album amicomm » précédem- 
ment décrit^ et Jacques Couët-DuTÎTier^ son beau-frère. ■— Ce 
dernier a-t-il été en effet ministre à ATallon en 1584? 

(Voir ci-dessus, p. 226, 233.) 

Qu'était Jean Durant, dont nous avons décrit V Album amîcorum (ci- 
dessus, p. 226)? Quelle fonction désigne son titre exquxstor puhlicorum 
apud Francos operum, ou de regîorum œdîficiorum quxstor? et qu'é- 
tait son beau-frère, M. Couët, ministre de l'Eglise d'Avallon? 

La France protestante a répondu d'avance à nos questions, non pas à 
l'article Durant, où il n'est pas fait mention de notre personnage, mais à 
Tarticle Couêt (IV, 81). On y lit que Jean Durant était trésorier général 
des bâtiments de France, et qu'il avait épousé Madeleine Couôt, une des 
sœurs du ministre Jacques Couët-Duvivier dont nous parlions précisé- 
ment dans le même Bulletin (ci-dessus, p. 265), et veuve d'Edmond de 
Saint-Remy, une des victimes de la Saint-Barthélemy. 

Jacques Couët fut marié deux fois, nous dit M. Haag, d'après des ren- 
seignements généalogiques communiqués par M. 0. Cuvier, et il avait 
épousé la première fois Barbe Courtois, d'Avallon. Mais il n'ajoute pas 
que Couët ait desservi en 1584 l'Eglise d'Avallon, et ce sera sans doute un 
renseignement nouveau dû à V Album amîcorum^ puisqu'il s'agit bien de 
Jacques Couët. Aussi transcrirons-nous ici textuellement la page (non 
signée), dont nous avions seulement donné (p. 229) le titre écrit par Durant : 
« M. Couët, mon beau-frère, très docle et fidelle M. à l'Eglise d'Avallon. » 
Voici cette page : 

Aub vixat v.aXkmcày vtxeTv xbv sÙTuoioîjvTa xat èauxév. 

Vive ut vîvas. 

Puisque tu veulx bien endurer 
Pour Christ persécution dure, 
Tu es pour à jamais durer : 
Endure donc, Durant, et dure. 

Scripsi pietate et dexteritate insigni fratri 
D. Joh. DurantiOf amicitiœ fji.vYjfj.à(ivvov, 
In Villa Arnoldi, 4 cal. Juliij an. 1584. 

Cette dernière ligne soulève encore une réflexion. M. Haag dit que 
•< Jacques Couët desservit d'abord l'Eglise de Villarnoul. » Voilà bien 
Villarnoul, f^illa Arnoldi, qui donne raison sur ce point à M. Haag. Mais 
comment l'auteur de cette page d'Album, écrite à Villarnoul le 4 des ca- 
lendes de juin 1584, se trouve-t-il, en tête de celte même page, désigné par 
son beau- frère' comme ministre de l'Eglise... d'Avallon ? Cela semble un peu 
contradictoire; est-ce une erreur, est-ce un lapsus calami? Cependant, 



344 QUESTIONS ET REPONSES. 

d'autre part, le fait que Couët avait pour femme Barbe Courtois, d'Avallon, 
indique ses rapports avec cette ville, et semble confirmer la mention dont 
il s'agit. Comment donc concilier ces deux inscriptions, Villarnoul et Aval- 
Ion, à la même date de 4584?— Sans doute que, Villarnoul étant église de 
fief, le pasteur n'en prenait pas le titre, mais bien celui de pasteur de 
l'église d'Avallon. Villarnoul est à environ trois lieues d'Avallon. 



liCS pasteurs de Clairac jusqu'à la Révocation de PEdit 
de Manies (1530-1685). 

Clairac (Lot-et-Garonne), 12 juillet 1863. 

Monsieur le Président, 

J'ai l'honneur de vous transmettre une liste, — que je crois à peu près 
complète, — des pasteurs qui ont desservi l'Eglise de Clairac jusqu'à la 
révocation de l'Edit de Nantes. Elle viendra combler une grande partie 
des lacunes qui existent dans la liste générale des pasteurs de l'Agenais, 
donnée par M. Lagarde {Bulletin, XII, i5), et répondre, pour sa part, à 
une question posée plus haut dans vos colonnes (XI, 420) et dont la solu- 
tion exige, pour être entière, autant du moins qu'il se pourra, le concours 
de tous ceux qui ont quelque souci du passé de nos Eglises, et qui por- 
tent à l'œuvre de piété filiale poursuivie par le Bulletin^ un intérêt qu'il 
n'a cessé de si bien mériter. 

J'espère qu'il me sera possible d'augmenter plus tard cette liste et de la 
conduire jusqu'à nos jours. Les archives de notre hôtel de ville, fort cu- 
rieuses mais fort en désordre, et dont le dépouillement absorbe encore 
tous les loisirs que peuvent me laisser des occupations d'un autre genre, 
m'ont déjà fourni et me fourniront encore, j'en ai l'assurance, un certain 
nombre de renseignements précieux sur l'histoire de la Réforme à Clairac 
et dans l'Agenais, que je serai heureux de mettre à la disposition du Bul- 
letin. 

Veuillez agréer, etc. P. Larrat. 

Les pasteurs de Clairac jusqu'à la Révocation de VEdit de Nantes. 

1530. — Gérard Roussel, abbé du monastère Saint-Pierre, à Clairac, 
en 4 530 {Lettres de Marguerite de Navarre. Ed. Génin, p. 267. 
Lettre 89), introduit la Réforme dans notre ville. Il est nommé, en 
4536 (C. Schmidt, Mémoire sur Roussel, p. 413. Strasbourg, 4845.) 
évêque d'Oleron, où il meurt (1). 

(1) La date de la mort de Roussel ne me paraît pas très bien fixée. M. Schmidt 
{Op. cit. y p. 164), s'appuyant sur un passage de Sponde {Continuât, annal. Ba- 



QUESTIONS ET REPONSES. 



345 



1555. — Aymerici, ancien bénédictin et vicaire général de Roussel, se 
démet de sa dignité après la mort de l'évêque, et devient ministre à 
Clairac. 

1560. — Bertrand Ricotier. {Bulletin, XII, 15.) 
1567. — Olivier Le Vilain. {lUd., IX, 294.) 

1594. — Moïse Ricotier. — Assiste à l'assemblée politique de tous les 
colloques du Haut-Agenais, tenue à Clairac, le mardi 14 août 1594, 
sous la présidence de M® Gérard de Roussaunes, conseiller du roi au 
siège présidial d'Agen. {Arch. de l'hôtel de ville.) 

1595. — Favières et Moïse Ricotier. (Ibid.) 

1598. — Moïse Ricotier. (Fr. prot., Pièces justif., p. 263.) 

1600. — Ricotier fils (Moïse). {Jrch. cit.) 

1601. — Ricotier père (Bertrand). — Ricotier fils (Moïse). (Ibid,) 

1602. — Les mêmes. (Ibîd.) 

1603. — Les mêmes. (Fr. joro^., Pièces justif., p. 271.) 
1606-1609. — Les mêmes. (Jrch. cit.) 

1612. — Les mêmes. (Ibîd.) 

ronii. Paris, 1678, in-foL, t. II, p. 523. Ann. 1549, n° 8), la rapporte à l'an- 
née 1550. Cette date est aussi adoptée par les savants auteurs de la France pro- 
testante (IX, 55), et par M, l'abbé Barrère, dans son Histoire religieuse et monu- 
mentale du diocèse d'Agen (t. il, p. 212). 

D'un autre côté, Moréri ne fait mourir Roussel qu'en 1559 ou 1560, et le 
Gallia chrisfiana le désigne encore en 1559 comme évéque d'Oleron. 

Voici quelques extraits des Archives de l'hôtel de ville de Clairac qui me pa- 
raissent jeter un peu de lumière dans ce débat : 

1551. — Accord passé entre Messire Gérard Roussel, seigneur abbé de Clairac, 
et les consuls dudit lieu, pour l'établissement d'une quatrième charge con- 
sulaire. — En date du 17 juin 1551. 

Rappelé dans une pièce intitulée : « Demandes et prétentions de la ville et 
communauté de Clairac contre MM. les chanoines du chapitre de Saint- 
Jean de Latran de Rome. » — En date du 24 mars 1659. 

1552. — Désigné comme abbé de Clairac, en 1522, dans une autre pièce. 

1553. — Figure au protocole d'un acte notarié dont je possède une copie, — 

date du 7 mai 1553.— « lequel a confessé tenir en fief du révérend père 

a en Dieu Messire Gérard Roussel, évêque d'Oleron, seigneur et abbé de Clai- 
« rac, absent, etc » 

1555. — « Le testament de feu Messire Gérard Roussel, évêque d'Oloron, sei- 
« gneur abbé commandataire de Clairac, par lequel il institue les pauvres ses 
« héritiers généraux et universels. — Du 8 juillet 1555. » 

Je copie textuellement l'Inventaire des archives dressé en 1744. Malheureuse- 
ment, depuis, le testament a été soustrait ou s'est égaré. Bref, il n'existe plus 
aux archives, et il est infiniment regrettable que l'appel de M. Lagarde {Bulle- 
tin, X, 342) coure grand risque de n'être pas entendu. 

Quoi qu'il en soit, je trouve cette date de 1555 confirmée dans une autre pièce 

des mêmes archives : « Pour justifier et faire apparoir comment les pauvres 

« demandent les biens dont est question, comme héritiers de feu Messire Gérard 
« Roussel, en son vivant évesque d'Oloron et abbé de l'abbaye de la présente 

« ville , produit et employé le testament dudict feu évesque d'Oloron en 

« date du huitième de juillet mil cinq cent cinquante-cinq. Signé, par copie, 
« PmLiPPOT, juge, et Planis, greffier. » 

Cette pièce désigne M* Charles de Roussaunes, maistre des requestes de la 
maison de Navarre, le premier jurisconsulte du pays (je copie), comme exécu- 
teur du testament de feu Monsieur de Louron {sic), son oncle. D'un autre côté. 



346 QUESTIONS ET REPONSES. 

4613-1614. — Favières. — Ricolier père. — Ricotier fils. (Ibîd.) 
4 617. — Les mêmes. (Ibid.) 

4619. — Les mêmes. (Ibid.) 

4620. — Les mêmes. {Fr. prot., Pièces justif., p. 323.) (1) 

4624. — Moïse Ricotier. {Arch. cit.) — Favières. Harangue le roi 

Louis Xni à Glairac. {Mercure de 1621.) 
4 622. — Les mêmes. (B. de Saint-Amans, Hist. du Lot-et-Garonne, 

II, 42.j 

4 626. -— Les mêmes. {Fr. prot.. Pièces justif., p. 323.) 

4635. — Costebadie. {Jrch. cit.) 

4637. — Le même. {Fr. prot.^ Pièces justif., p. 347.) 

4 639. — Costebadie. — Desolon. {Arch. cit.) 

4642. — Les mêmes. {Ibid.) 

4651. — Les mêmes. — Panneau. {Ibid.) 

4 655. — Ricotier (Jean). {Bulletin, XII, 4 5.) 

4657. — Costebadie. — Terson. {Arch. cit.) 

4659. — Daneau (Benoît). — Philippot. {Ibid.) 

4670. — Philippot. {Bulletin^ XII, 45.) 

4672. — Ricotier. {Ibid.) 

4 675. — Loches. {Ibid.) 

4679. — Philippot. — Brocas. {Fr. prot., VIII, 223.) 

4685. — Philippot. — Brocas. — Loches ou Larroche. {Arch, cit.) (2) 



une pièce (47 de la 2^ liasse), désigne comme exécuteur testamentaire de Roussel, 
Gratien de Roussaunes, qu'une autre pièce (41« de la l'* liasse), nous fait 
connaître comme avocat en la cour de M. le sénéchal d'Agenois. 

Enfin il est parlé ailleurs (Arch. cit.) d'un autre Roussaunes, du nom de 
Gérard, conseiller au présidial d'Agen. 

Je noterai ici que c'est dans la maison d'un Roussaunes, qualifié de conseiller 
au présidial d'Agen, qu'eurent lieu les premières assemblées des réformés dans 
cette ville. C'est probablement le dernier dont nous venons de parler. 

Enfin, la famille de Roussaunes a rempli plusieurs fois les charges consu- 
laires à Glairac. 

(1) Bertrand Ricotier meurt le 27 juillet. Voir la relation de ses obsèques 
{Bulletin, VI, 414). Les pasteurs Denys, Alba et Seillade y assistent, « mais 
« rien, dit M. Lagarde {Bulletin, XII, 15), n'indique quelle était la résidence des 
« trois derniers. ». Je trouve cette indication (Fr. pro^.. Pièces justif., p. 323). 
— J. Alba, pasteur à Tonneins, en 1620; Abel Denys, pasteur à Grateloup; 
J. Seillade, pasteur à Monheurt, la même année. 

(2) Un Lafargue, fils d'un procureur à la chambre de Nérac, et qui fut pendu, 
ainsi que son frère, à la prise de Glairac par Louis XIII, est désigné par la 
Fr. prot. (VIII, 536) comme ministre de Glairac. Je ne l'ai trouvé nulle part 
mentionné dans nos archives, et d'un autre côté, M. Gapetigue (Richelieu, Ma- 
zarin, etc., t. III, p. 236) en fait un ministre de Duras. 



QUESTIONS ET REPONSES. 



347 



li'abbé de lia CSiaise en Poitou^ en leSS*. — Madame de Main- 
tenon représentée au baptême d'une fille du marquis de Ita 
Boch ej aequelein • 

Le Busseau (Deax-Sèvres), 29 juillet 1863. 
Monsieur le Président, en fouillant dans les archives de la petite com- 
mune que j'habite, j'ai rencontré un acte authentique qui pourrait peut-être 
jeter un certain jour sur un point historique et peu connu; je veux parler 
de la présence du père La Chaise en Poitou au moment des dragonnades. 
La famille des La Rochejacquelein avait une propriété seigneuriale au Bus- 
seau, et la tradition orale m'avait appris que le chef de cette famille avait 
abjuré le protestantisme dans cette commune. Je faisais donc des recher- 
ches pour trouver des preuves écrites de ce fait (mais les années -1 685 et 
4686 manquent complètement dans la collection des actes). Voici deux 
actes que j'ai trouvés, et qui pourraient éclairer ceux qui se livrent plus 
spécialement à ces études si intéressantes sur le passé du protestantisme 
français. 

Le 12 octobre 1687, a été baptisée une fille, à laquelle on n'a 
point imposé de nom^ fille de messire Armand-François Duvergier, 
seigneur, marquis de La Rochejacquelein, et de dame Marie-Elisabeth 
de Caumont, son épouse. Et ledit baptême a été fait par moi, ledit 
curé (signé) : L. Briffaud. 

Je remarque que Tâge de cette fille n'est point indiqué, comme c'est 
l'ordinaire dans l'ondoiement qui précède le baptême des enfants naissants. 
Ainsi, on n'a point mis : Née ce jour, etc. 

Le 3e jour de novembre 1687, a reçu les cérémonies de l'Eglise, 
qui avoit été baptisée les jour et an que dessus, Françoise-Armande, 
fille de messire Armand-François Duvergier, marquis' de La Roche- 
jacquelein, et de dame Marie-Elisabeth de Caumont, et laquelle a été 
présentée aux cérémonies de l'Eglise par messire Louis de Meulles, 
chevalier, marquis du Frêne-Chabot et de La Durbellière, et par 
dame Marie de Vallois, femme de messire Marc de Caumont, cheva- 
lier et seigneur Dade, commandant du fort d'Exil. Ledit de MeuUes 
et ladite de Caumont, comme ayant charge et représentant très haut 
et très puissant seigneur Armand-Jean du Plessis, duc et pair de 
France, duc de Richelieu, et très haute et très puissante dame Fran- 
çoise d'Aubigny, marquise de Maintenon. Ledit baptême a été fait par 
moi, ledit curé. 

(Suivent les signatures) : 
Louis de Meulles. — Marie de Vallois. — A. -F. Duvergier. 
Marc de Caumont. — Marie- Anne Duvergier. — L'abbé 
de La Chaize. — Marie de Jodonnet d^Etrie. — Suzanne 
de Caumont. — Marguerite- Aymée de Caumont. — Renée 
Gentet Detrie. — Marie de Cassan. — E.-Mathias Le Di- 
dailler, pire, — X. Briffaud, curé du Busseau. 



348 ^QUESTIONS ET REPONSES. 

Que venait faire l'abbé de La Chaise dans cette circonstance ? Ce Mat 
thias Le Didailler n'a-t-il pas paru dans les Cévennes? Madame de Main- 
tenon n'envoyait-elle point ces deux convertisseurs pour surveiller une 
famille de nouveaux convertis? Ce baptême ne cache-t-il point une abju- 
ration ? 

Quoi qu'il en soit, je vous adresse cette pièce pour que vous veuilliez 
bien la publier, si vous le jugez à propos. 

La famille La Rochejacquelein pourrait trouver bien des renseignements 
dans cette petite commune, et vous communiquer peut-être des pièces à 
l'appui de ces deux actes. 

Veuillez agréer, etc. P. Prével. 

Une relation du rapt de deux enfants du pasteur Chardeyène^ 

en 164:1. 

On nous demande si nous pouvons donner le titre entier d'un ouvrage 
publié à Amsterdam en 1653, in-8°, d'après la France protestante (article 
Chardevenne)^ qui ne donne ce titre qu'incomplètement. Tout ce que nous 
pouvons répondre, c'est que M. Crottet qui possédait ledit ouvrage nous 
l'avait ainsi décrit dans une lettre déjà ancienne : « Les Plagiaires du Con- 
« vent des Repenties de la Magdelène de Bourdeaux, ou l'Histoire véritable 
« de deux Rapts faicts en divers temps par lesdictes nonains, de deux filles 
" appartenantes au sieur Chardevène, ministre de la Parolle de Dieu, aagées 
« d'environ dix ans lorsqu'elles furent prinses, ensemble leur heureuse 
« délivrance et conversion à la religion réformée pleine des merveilles de 
« la Providence de Dieu. » (1641-1652, in-12, 329 pages, avec préface.) 

« J'ai trouvé ce livre en Saintonge, nous écrivait M. Crottet, dans une 
maison située sur les bords de la Gironde et habitée par M. Charda- 
voine, probablement un descendant des parents de l'auteur, qui s'était re- 
tiré à Bois-le-Duc. » 

lie rég^ime des protestants aux g^alères^ en l'année li?00. 

Nous avons parlé plusieurs fois déjà (voir notamment I, 53) des trai- 
tements que l'on faisait subir aux religionnaires qui étaient envoyés aux 
galères sous Louis XIV. Voici à ce sujet un document contemporain 
que nous trouvons cité au t. IV, page 107, de l'ouvrage du professeur Ha- 
genbach, intitulé Leçons sur la Réformation {Forlesungen ûber die Re- 
formations Leipsig, 1839). Après avoir cité V Histoire de Benoît, III, 3, 
194, 684, 882, 883, 910, et J. Quick,1, 144, l'auteur dit « qu'une lettre de 
l'année 4700 rapporte des détails analogues de semblables barbaries exer- 



LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE, AU XVI^ SIECLE. 349 

cées sur des protestants condamnés aux galères pour avoir refusé de se 
découvrir la tête pendant la célébration de la messe. » Voici le texte même 
de ce passage : 

« On les fesoit étendre à corps nud à travers le coursier, qui est au mi- 
lieu de la galère, et là on les fesoit frapper à force de bras par un Turc des 
plus robustes, avec un gourdin godronné et trempé dans l'eau de la mer, 
pour le rendre plus dur, dont on leur donnoit aux uns 50, à d'autres 80 et 
même jusques à 120 coups, de sorte qu'ils avoientla chair toute meurtrie, 
sanglante, déchirée jusques aux os et qu'on les levoit de là plus qu'à demi 
morts. Que si après les avoir ensanglantés et tout noircis de coups, on pre- 
noit quelque soin de les panser, on peut dire que c'étoient des compassions 
cruelles, pour la douleur cuisante que causoient le sel et le vinaigre, avec 
quoi on frottoit leurs plaies , quelquefois les incisions aussi que l'on fesoit 
pour faire sortir le sang meurtri ; et d'ailleurs si on ménageoit quelque peu 
de misérable vie qui leur restoit, ce n'étoit que pour les réserver à de nou- 
veaux tourmens, en renouvellant le même supplice dès le lendemain, car 
il y en a eu à qui on a donné jusques à 200 et 300 bastonnades de cette 
nature à diverses reprises, jusques-là qu'on a vu leur poitrine et leur ventre 
nager dans le sang qui ruisseloit de leur dos et des côtés du ventre. » 



DOCUMENTS INÉDITS ET ORIGINAUX. 



LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE. AU XVh SIÈCLE. 

LETTRES DE JACQUES SOREL, JEAN BUCHAT, JEAN GRAVELLE, LES FIDÈLES 

DE l'Église de troyes, j. de saussure, pierre fornelet, 

DE CHALONS. 
1561. 

Monsieur le Président, 
M. le professeur Baum a publié, à la suite du second volume de sa Fie 
de Théodore de Bèze, un appendice contenant, entre autres, quelques 
lettres tirées des archives de la Compagnie des pasteurs de Neuchâtel. Mais 
le copiste du savant professeur a, dans beaucoup d'endroits, altéré, non- 
seulement l'orthographe, mais les mots eux-mêmes, de telle sorte qu'avec 
la meilleure volonté du monde, il n'est pas possible de dire qu'il nous ait 
donné le texte authentique de ces lettres. 



350 LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE 

Je n'ai pas d'abord attaché une grande importance à la chose ; autrement 
j'en aurais écrit directement à M. Baum lui-même. Mais voilà que, dans 
son intéressante publication sur le Protestantisme en Champagne, M. le 
pasteur Recordon reproduit quatre des lettres publiées par M. Baum, et 
cela avec toutes les erreurs du premier copiste, plus un nombre assez con- 
sidérable de nouvelles qui n'avaient pas paru dans la première publication. 
En présence de ce fait, et dans l'espoir qu'un jour se réalisera le vœu ex- 
primé par M. Recordon de voir publier dans son intégrité le précieux manu- 
scrit dont il ne nous a donné que des extraits, je me suis demandé s'il n'y 
aurait point quelque utilité à consigner dans votre intéressant Bulletin une 
copie réellement authentique de ces lettres, pour servir plus tard à celui 
qui entreprendra la publication du manuscrit entier, ou pour servir dès 
maintenant à ceux qui aiment une exactitude minutieuse dans la reproduc- 
tion des écrits des temps passés. 

Afin que ce travail ne soit pas une simple rectification, je me permets 
d'y joindre quelques notes qui ne seront peut-être pas sans intérêt pour 
ceux qui s'occupent de ce genre d'études. 

Et d'abord, quelques mots sur le pasteur Jaques Sorel, par lequel ou au 
sujet duquel ont été écrites les lettres dont il est question. M. Recordon 
l'appelle un jeune pasteur (p. 91); jeune de cœur, sans doute, mais âgé 
au moins d'une cinquantaine d'années, car j'ai lu quelque part qu'il avait 
été trente ans pasteur dans la seigneurie de Valangin et dans le comté de 
Neuchâtel; il serait donc venu à Neuchâtel peu de temps après l'établisse- 
ment de la Réforme. Ce qui est certain, c'est qu'en i543 il était pasteur 
d'Engollon et Boudevilliers, terres de Valangin ; car, le mercredi 1 \ juillet 
de cette année-là, tandis que la dame de Valangin, Guillemette de Vergy, 
se mourait dans son château, « Messire de Sorel, » dit la chronique, « fit 
« un sermon en la cour (de l'église) pour prier Dieu pour elle, et prescha 
« selon saint Matthieu au chapitre VIL » (Vid. Matile, Musée historique de 
Neuchâtel et Valangin, II, 280.) C'est ainsi qu'il répondait aux outrages 
sanglants que la vieille dame avait fait subir à Farel douze ans aupara- 
vant. En 1547, maître Jacques Sorel, pasteur de l'Eglise d'Engollon, 
siégeait, avec maître Jean De Béli, pasteur de celle de Fontaines, dans 
le consistoire seigneurial que le seigneur de Valangin, René de Cliallant, 
venait d'établir à Valangin, pour juger des causes matrimoniales. Il fut 
pasteur à Engollon jusqu'en 1554, où il fut appelé par la classe de Neu- 
châtel à exercer son ministère dans la ville de Boudri, de laquelle dépen- 
dait le temple de Pontareuse , et où il resta jusqu'au moment où il fut 
envoyé à Troyes, en 1561 . Il jouissait d'une grande considération parmi les 
pasteurs de Neuchâtel. En 1557, le grand vicaire de l'archevêque de Besan- 
çon s'étant rendu à Porrentrui dans le but, disait-il, de disputer avec le 



AU XVI^ SièCLE. 



351 



prédicant (Farel, qui y avait été peu auparavant) contre sa « fausse, impie 
et abominable doctrine, » et ayant donné l'ordre qu'on l'informât, dès que 
le prédicateur hérétique reviendrait, la classe de Neuchâtel, informée de 
ces menaces, envoya immédiatement Sorel^ avec une lettre pour le conseil 
de la ville de Porrentrui. C'était au mois d'avril. Sorel, n'ayant trouvé ni 
le maire ni son lieutenant, prit place au milieu d'un groupe de bourgeois 
qui, assis devant leurs demeures, l'avaient invité à leur faire société. Bien- 
tôt arrive le curé qui, furieux, l'assaille d'invectives et de menaces, et ap- 
pelle à son aide un gentilhomme qui habitait dans le voisinage. Celui-ci 
accourt, une massue à la main, et se précipite sur Sorel qu'il accable d'in- 
jures et de coups, « et a tellement battu ledict ministre, » dit la lettre de 
de la Classe aux seigneurs de Berne, « qu'il en a esté au lict et entre les 
« mains des chyrurgiens. » De retour à Neuchâtel, Sorel y rendit compte de 
son voyage; mais peu de temps après il dut se remettre en route, avec 
Farel et son vieil ami Emer Beyno, l'ancien curé et alors le pasteur de Ser- 
rlères, pour se rendre de nouveau dans cette ville où il avait été si fort 
maltraité. Cette fois, ils furent mieux reçus; le conseil delà ville les écouta ; 
mais leur voyage n'eut pas d'autre conséquence. (V. Lettre de la Classe à 
LL. EE. de Berne, et Kirchhofer, Fie de Farel, II, 145.) 

Le 2 mai 1360, Jacques Sorel fut appelé, par la confiance de ses frères, 
à la charge de doyen de la classe, charge qu'avait exercée l'année précé- 
dente son compatriote Mathurin de La Brosse. Il est curieux de voir, cette 
année 1560, presque toutes les charges de la classe remplies par des pas- 
teurs autrefois venus de France, et dont la plupart sont retournés en 
France l'année suivante, et même deux d'entre eux y sont morts martyrs 
de leur foi. Le 2 mai, en effet, la classe élut : 

Comme son doyen : J. Sorel, dont M. Recordon nous raconte la fin tra- 
gique en i568 (p. 160); 
Comme jurés ou présidents des cinq colloques du pays : 
1° du côté de Neuchâtel : W Antoine Bonnet^ de Mâcon, pasteur à Cor- 
naux pendant plus de vingt ans, appelé, le 9 novembre 1361, par 
l'Eglise de Mâcon, ou il se rendit et où il mourut d'une manière hor- 
rible en août 1562. (Voy. Th. de Bèze, Hist. eccL, 111,272.) 
V du côté de Courcelles : W Jaques Parrachez^ envoyé à Vienne, en 

Dauphiné le 22 juillet 1562. Il en revint le 20 novembre. 
3° du Val de Travers : M« Mathurin de La Brosse, successeur de Gaspard 

Carmel, à Môtiers, envoyé à Sens en décembre 1 561 . 
4° du Val de Ruz : Jean de Belly, pasteur à Fontaines dès 1536, 

venu avec Farel. 
5° des Montagnes : M® Guillame Jaquet, Neuchàtelois. 
Comme boursier de la classe Jean Drogi, l'ancien vicaire de Morges. 



352 LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE 

Comme boursiers pour les pauvres : M« Christophe Fabri, dit Lîbertet, 
envoyé pour la seconde fois à Vienne, en Dauphiné, le 22 juillet i562, 
avec cinq autres ministres (Jaques Parrachez, Nicolas Beauvays, Sé- 
bastien Fleury, Pierre de Paris et Guillaume Perrot, tous Français), et 
Pierre Fournelet, diacre de Neuchâtel, parti en mai 4 561 . 

Lorsque, en 1561, l'Eglise de Troyes demanda à la classe de Neuchâtel 
de lui envoyer J. Sorel, la classe le lui accorda, mais pour dix mois seule- 
ment, et ce ne fut que sur les instances réitérées de l'Eglise qu'elle finit par 
le lui laisser tout à fait : elle ne le remplaça à Boudri que le 12 avril 1562. 

Voilà, Monsieur le Président, tout ce que je sais de J. Sorel. Les lettres 
que je vous transcris plus bas ont été fidèlement copiées par moi d'après 
les originaux, puis exactement collationnées par un ami qui peut en attester 
avec moi la parfaite conformité. Si vous daignez les accueillir favorable- 
ment, je pourrai vous en communiquer plus tard quelques autres concer- 
nant un des successeurs de Sorel à Boudri, qui avait été pasteur de l'Eglise 
de Paris au moment de la Saint-Barthélemy, et qui, ayant réussi à s'enfuir, 
s'était rendu à Neuchâtel, et fut pasteur à Boudri jusqu'au 27 août 1584. 
Je veux parler du célèbre Gabriel d'Amours. 

Veuillez agréer, etc. Gagnebin, pasteur. 

Amsterdam, le 28 mai 1863. 

I. A mes très chers frères les ministres de la classe de Neufchastel, 
à Neufchastel. 

Salut par nostre Seigneur Jésuchrist. 
Très chers et honorez frères, la commodité ne s'est adonnée plus 
tost de vous mander de mes nouvelles à cause qu'après avoir esté 
îcy arrivé je fus envoyé sur les champs. Car il y a beaucop de lieux 
circonvoisins qui sont destituez de ministres et n'ont aucune prédi- 
cation que par le moyen des ministres de ceste ville. Nous avons 
beaucop de peines et d'occupations, et bien peu de loisir et repos. 
Mais aussi avons grande matière de rendre grâces à Dieu de l'accrois- 
sement et prospérité qu'il donne icy de jour en jour à son Eglise. Les 
prostrés, qui sont en grand nombre, et les papistes, ne sçavent 
quasi où ilz en sont. Nous faisons assemblées et de jour et de nuyt, 
et n'y vient moins de 4 à 5 centz personnes. Il y en a de plus de 
mille personnes, et s'il n'y a cloches pour les y appeller. Mais s'en- 
questent où se doivent faire lesdictes assemblées pour ce qu'on 
change tous les jours de heu. Nous ne trouvons plus maisons assez 



AU XVI« SIECLE. 353 

grandes pour contenir le peuple qui accourt^ pour ouyr la parole de 
Dieu. Nous avons administré la cène du Seigneur depuis peu de 
temps où se sont trouvez gens qui sont venus de bien loing. Nous 
sommes troys ministres icy, mais il fault queTun soittousjours sur les 
champs pour secourir les circonvoisins qui sont destituez. Il y a assez 
bonne police en ceste Eglise. 11 y en a douze éleuz de FEglise qui 
ont toute charge de FEglise, et sont appeliez le Conseil, et s'assemblent 
souvent pour consulter des affaires de l'Eglise. Oultre cela, y a le 
Consistoire où assistent tous les surveillants qui sont bien jusques 
au nombre de 15 avec les ministres, et s'assemblent un jour en 
chasque sepmaine. Chasqu'un surveillant a un advertisseur pour 
signifier à ceux de sa compaignie le lieu et Theure de rassemblée. 
Les dimanches et festes nous faisons assemblées en plein jour. Le 
matin et le vespre à la veue des papistes, nonobstant que par le Roy 
ayent esté défendues lesdictes assemblées, et néantmoins n'avons eu 
jusques icy empeschement par la grâce de Dieu. Je ne double que 
Dieu ne tiene bridez les ennemys moyennant voz sainctes prières et 
des aultres Eglises. Il vous plaira doncq de persévérer à prier le 
Seigneur pour nous, et pour les Eglises de par deçà qui sont au 
miheu de beaucop de dangers, et qui avons beaucop d'ennemis autour 
de nous. 

Je suis joyeux d'avoir entendu qu'avez ottroyé M. Pierre Clément 
à l'Eglise de Vitri (1). Si en pouviez laisser encore quelqu'un sans 
dommage de l'Eglise de par delà, et nous le faire signifier, on l'en- 
voyroit quérir. Car il y a 4 ou 5 villes icy alentour qui en désirent 
fort. 

Nous n'avons encores des temples comme à Orléans et à Meaux 
où les Eglises se portent fort bien. 

Je n'ay eu la commodité de veoir M. Jérémie J. Vallet, qui est à 
Loisir (î2). Je luy ay escript et luy ay envoyé les lettres de ses parens 
qui désirent de veoir leur filz. Il y a souvent ici gens dudict lieu qui 
font bon rapport de luy, et se porte fort bien et est en grande estime. 
Parquoy en telle nécessité, qui est par deçà de ministres, et que 
ledict frère est bien nécessaire audict lieu, taschez de resjouyr lesdicts 
parents, et qu'ilz soient admonestez de prendre en bonne part, si 
ledict Jérémie ne va par delà si tost qu'ilz voudroient. 

(1) Voir note ci-après, p. 358. 

(2) Voir note II, ci-après, p. 359. 

XII. — 23 



354 LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE 

I^Eglise de Challons où est M. P. Fornelet se porte bien (1). Il y 
avoit ces jours gens de ladicte Eglise envoyez icy qui m'ont dit que 
ledict frère se porte fort bien_, Dieu mercy, et qu'ilz vouloient envoyer 
bien tost quérir sa famille. 

Quant à moy, frères^, estant revenu des champs de faire quelque 
visitation_, j'ay entendu que FEglise d'icy avoit escript de raoy à 
Genève^ et à vous^ pour demander mon congé entièrement, et m'ont 
prié de vous le demander,, d'autant que de 3 ministres que nous 
sommes, il n'y en a que un qui soit à eux du tout. Car il y en a un 
qui a esté envoyé pour Digeon, qui est bien sçavant, mais à cause du 
trouble qui advint au commencement qu'il fut là pour un baptesme, 
il n'a peu depuis subsister là, et cependant l'Eglise d'icy l'a prié de 
demeurer icy en attendant qu'il soit redemandé, combien que nous 
sommes après de l'avoir du tout pour ceste ville, puisque ceux de 
Digeon sont si froitz, et en avons escript à Genève. Et moy, vous 
sçavez, que n'ay congé que pour demy-an, dont ils craignent qu'ilz 
n'ayent grande peine d'en trouvé, s'ilz sont en bref destituez de deux 
de nous. Et combien que nous demeurissions tous trop, il leur en 
faudra davantage bien tost à cause de la grandeur de la ville et du 
grand nombre des fidèles. Je vous prie, frères, quant à ce poinct de 
mon congé, advisez-y comme il vous semblera bon, et aussi à l'Eglise 
à laquelle je me tiens encor obligé. Je n'ose vous presser de costé 
ou d'autre, pour ce que je suis redevable, aussi bien au pays de delà 
où j'ay esté une bonne partie de mon eage, comme je le suis à ces 
pays icy de ma nativité (2). D'autre part, je veux avoir ma conscience 
libre à suivre, non pas mon vouloir, mais où je seray appelé légiti- 
mement. Je ne double pas qu'en ces commencemens, qui sont en 
ces pays, mon labeur ne fructifie plus selon l'apparence extérieure 
que par delà, et que l'affection à son propre pays est naturelle. 
Toutesfoys j'ay résolu en mon cueur de suyvre votre advis et conseil, 
cependant que je seray membre de vostre corps; et ne me chault où 
je finisse le peu qui me reste, de ceste paoure vie, moyennant que 
ce soit en l'Eglise de Dieu. Si vous jugez que je demeure par deçà, 
et qu'obteniez mon congé en pourvoyant en ma place, je pourrai 
retirer mon mesnage, au moins ma femme par deçà. Si aultrement 
il est arresté, je m'cfforceray de suyvre cela comme le conseil de Dieu. 

(1) Voir noie lil, ci-après, p. 359. 

(2) Voir la lettre d'envoi, ci-dessus. 



AU XVie SIÈCLE. 355 

Quand il adviendroit que ne fussiez d'a^/is de me donner entièrement 
mon congé, et que TEglise de Pontareuze^ qui est grande, ne puisse 
demeurer si longtemps destituée de pasteur, je me consens bien qu'il 
luy soit pourveu d'un homme de bien, qui en prene la charge entière- 
ment, et que vous faciez de ce qui luy compétera et adviendra du bien 
comme si je y estoys. Et en ce cas, je ne laisseray à tenir fidélité pour 
retourner par delà pour servir où il plaira à Dieu. Chers frères, pour 
faire fin, je vous recommande ce qui vous est jà assez recommandé, 
rhonneur de Dieu, le lien de paix, et le soin du troupeau à vous com- 
mis, et qui est racheté d'un si grand pris. Sur quoy, après m'estre re- 
commandé à vous et vos sainctes prières,je prieray l'Eternel vous avoir 
en sa saincte protection et vous augmenter en toutes bénédictions. 
Je désire estre recommandé à M. le Gouverneur et à MM. nos chaste- 
lains ancien et nouveau, et à Madame de Colombier, qui n'a voulu 
mettre empeschement à ce mien voyage qui aura servy à quelques- 
ungs par la grâce de Dieu. Je vous prie aussy, mes frères, me recom- 
mander à vos familles. De Troyes, ce 13 octobre 1561. 

Vostre frère et amy. Jaques Sorel. 

Les principaux de ceste Eglise vous saluent affectueusement, se 
recommandans à voz prières. 

II. A nos bons seigneurs et pères la classe de NeufchasteL 

Grâce vous soit et paix de par nostre Seigneur Jésuschrist, Amen. 

Très chers seigneurs et frères, nous vous remercyons grandement 
de ce qu'il vous a pieu nous fayre tant de bien que de nous envoyer 
nostre frère M. Sorel, affin qu'il peut icy travailler en l'œuvre du 
Seigneur, et servir à son pays auquel il estoit grandement désiré, et 
où nous espérions grand fruict de son labeur, comme aussi pour telle 
fin, et en ceste espérance vous nous l'avyés ottroyé. Or maintenant 
nous sentons, grâces à Dieu, vostre espérance et la nostre n'estre 
vaynes, mais plustost estre surmontées par l'issue qui s'en est en- 
suyvie. De quoy nous avons à vous remercier grandement, nous, 
premyèrementà qui le fruict en revyent par l'acroissement de nostre 
Eglize, et vous aussi de la compagnie desquelz est sorti celuy pour 
lequel tout le pays vous est grandement obligé. Mays parce que 
vous ne fistes mention que de six moys, par lesquelz il pourroit 
demeurer entre nous, voilà pourquoy nous vous avons voulu sup- 



356 LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE 

plyer que continuant vostre bonne affection , laquelle nous avés 
montrée jusques icy^ et le zèle à l'avencement de TEvangile qu'il 
soit vostre plaisir, le nous accorder pour toujours, comme nous 
espérons que ferés aydant Dieu, veu que pouvés substituer en 
sa place quelque homme docte, desquelz le nombre est grand 
entre vous, qui pourra fayre la charge non avec moyns édification 
et contentement de ceux de la paroisse que pourroit fayre ledict 
M. Sorel. Et cependant nous espérons que Dieu se servira tellement 
de luy de par deçà, qu'aurés encore plus grande occasion de glorifier 
Dieu avec nous, à causse de luy qui a esté receu de ceux de son pays, 
et est ouï d'aultant plus attentivement qu'il avoyt esté longuement 
attendu et désiré. Nous croyons aussi que l'obligation qu'il a particu- 
lièrement à ceux de sa nation, l'incitera à travailler davantage, et 
fayre diligemment son debvoyr. Il ne se pourroit mayntenant départir 
de ce troupeau sans le grand dommage de l'EgUze et grand joye des 
adversayres d'icelle. Ce que ne permetrés comme nous espérons, 
mays l'exhorterés par letres, s'il vous plaist que voyant l'euvre que 
Dieu veut fayre par luy qu'il poursuyve bien et heureusement à glo- 
rifier Dieu et amener les hommes à sa congnoissance, comme nous 
tous ne demandons aultre chose. Et ce faisant, nous vous serons 
de plus en plus obligés, et demeurons voz serviteurs à jamais, qui 
sera fin. Après nous estre recommandés à voz bonnes grâces et 
prières, nous prions Dieu qu'il vous augmente ses grâces et bénédic- 
tions à sa gloyre et édification de son Eglize. Ce 25^ jour d'oc- 
tobre 1561. 

J. DucHAT, au nom de toute l'Eglise de Troye. 

Au-dessous est écrit d'une autre main : Seigneur Jehan André Drapier^ 
demeurant entre la Fusterie et le Molard, a esté le porteur de ces 
présentes (1). 

m. A Messieurs et pères, Messsieurs de la classe de Neufchastel, 
à Neufchastel. 

La grâce du Seigneur vous soit multipliée ! 
Messieurs et pères, vous ne trouverés estrange, s'il vous plaist, si 
nous vous prions humblement, pour la troisième fois, de nous accor- 

(1) Ce Jean André, marchand drapier, avait émigré de Troyes à Genève en 
1556. — Voyez Recordon, p. 38. 



AU XVie SIÈCLE. 357 

der que nostre frère Sorel soit du tout nostre. Si vous estiés en nostre 
place^ Messieurs et pères^ voïant le fruict qu'il fairoit et pourroit 
faire à l'advenir^ voïant qu'il seroit si agréable au menu peuple que 
rien plus, pour le grand proffit qu'il tireroit tous les jours de ses 
sermons plains de sainetes exhortations à piété, joinct que ses 
affaires particulières requerroient bien icy sa présence, nous ne 
doutons point que ne fissiés instance comme nous, à ce qu'il vous 
fust donné pour toujours. Nous vous prions donc de ne trouver 
point mauvais si encore ceste fois nous vous supplions, au nom de 
Dieu, qui a rachepté son Eglise du pris du sang de son Filz Jésus, 
que vous aiés pitié de ce petit trouppeau de Troyes, affamé de la 
parolle de vie. Si vous nous privés. Messieurs et pères, de la pré- 
sence d'un pasteur si nécessaire, il ne nous en demeurera plus qu'un, 
lequel ne pourra pas fournir à la ville, tant s'en fault qu'il puisse 
planter Eglises au Seigneur selon coustume, conformant celles qui 
sont jà toutes dressées, non seullement ès environs de Troyes, ains 
aussi à sept, neuf et quinze lieues loing non sans un fruict mer- 
veilleux. Et y a apparence qu'il pourra àl'advenir estre encore plus 
grand, nostre frère Sorel faisant les voyages à sa commodité, qu'un 
aultre a faict auparavant. Seulement, Messieurs et pères, octroiés- 
nous ce don, s'il vous plaist, et espérés, par vostre moïen en ce païs, 
un grand advancement du règne du Seigneur Jésus, nous obligeans 
avec toutte la Champaigne de plus en plus à prier à tout jamais pour 
vous et tout le trouppeau que le Seigneur vous a commis. Le Filz de 
Dieu vous bénie et gouverne par son sainct Esperit tellement vostre 
cœur en ceste affaire que nous aïons telle responce que nous de- 
mandons. De Troyes ce 13^ jour de décembre. 
Vostre filz obéissant au Seigneur, 

Jehan Gravelle, dit Du Pin, au nom de l'Eglise 
de Troyes (1). 

IV. A Messieurs de la classe de Neufchastel. 

Messieurs, les bienfaictz que nous avons receu de vous nous sont 
en sy grande recommendation que toutte nostre vie aurons occasion 
de vous en remercier pour nous avoir envoyer M. Soret annoncer la 

(1) N'est-ce point le pasteur que M. Recordon, p. 39, appelle Jean Franelle, 
dit Dupin? Je le crois. 



358 LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE 

parolle du Seigneur, homme tel que sa bonne vie et prédications 
sont envers nous de tel prix et tant agréables au peuple^ que chascun 
le désire et souhette, et duquel le Seigneur a tellement bégny l'oeuvre 
que son trouppeau en est grandement augmenté^ et augmente par 
cbascun jour. Et tout ainsy que sa venue nous a esté joïeuse et pro- 
fitable, nous craignons que son absence noussoiet dommagable. Qui 
faict que nous vous supplions,, au nom du Seigneur, permectre qu'il 
parachève le cours du ministère qu'il a icy commencé, et vouloir 
envers nous estre tant favorables que de nous en envoyer encore 
d'aultres pour en départir à nos voysins qui, parfaulte de ministres, 
demourent sans la cognoissance de Dieu, combien qui le désirent. Ce 
que avons estimé que ferés voluntiers nous accordant ceste requeste 
qui ne tend à aultre fin que à l'augmentation du règne du Filz de 
Dieu, duquel nous sçavons que estes zélateurs. Et ce faisans, sommes 
asseurés que le Seigneur bénira tellement leur labeur, et de ceulx 
qui sont par deçà que toutte nostre Champaigne, combien quelle soiet 
de longue estandue,en brief recepvra la paroUe du Seigneur au profit 
d'ung chascun de nous, contantement de vous et gloire du Seigneur, 
lequel nous prions. Messieurs, vous maintenir en sa saincte garde. 
DeTroycs, ce 15^ décembre 1561. 

Voz humbles serviteurs de l'Eglise de Troyes. 

Note I. — M. Baum suppose que ce P. Clément est le même dont parle 
Th. de Bèze [Hist. eccl., I, p. 851 et 867), comme diacre à Montauban, 
puis comme pasteur à Pamiers. C'est une erreur. P. Clément avait succédé 
à J. Sorel, comme pasteur d'Engollon et Boudevilliers, dès l'année 1553; 
puis de là, il avait été nommé pasteur à Dombresson (aussi dans le val de 
Ruz), pour remplacer Enard Pichon, qui avait été envoyé en France. Pen- 
dant qu'il était à Dombresson, arriva à la classe des pasteurs de Neuchâtel 
une lettre de l'Eglise de « Vilri-en-Parthois, » demandant un pasteur. La 
classe accorda P. Clément. Une seconde lettre de l'Eglise de Vitri, du 9 
octobre 4 561, annonce que l'on écrit à M. de Dompmartin (à Lausanne) 
pour le prier de se rendre à Neuchâtel, afin de régler avec la Seigneurie le 
congé accordé à P. Clément. Ce dernier partit pour Vitri au commencement 
de novembre; mais il n'y fut pas longtemps, car on lit au registre de la 
classe de Neuchâtel, congrégation de septembre 15621 : «Pour pourveoir à 
« l'Eglise de Corcelles, a esté passé et conclu que maistre Pierre Clément, 
« nouvellement retourné de Vitri en Partois, aura la charge de ladite 
« Eglise jusques au retour de maistre Jacques Parrachey, à présent estant 



AU XVI^ SIÈCLE. 



359 



« à Vienne en Daulphiné. « Et plus bas: «Maistre Jacques retourna de 
« Vienne le 20 de novembre 1562. » Et à la date du 24 juin i563 : « Pierre 
« Clément à présent estant sans avoir aucune charge d'Eglise, a esté 
« ordonné que pendant qu'il sera en sa liberté, debvra servir de dyacre 
« audit Neufchastelz. » Toutefois déjà, le 4 8 août suivant, il fut remplacé 
dans cette charge par Guillaume Gaster, du Poitou, et dès lors son nom 
ne reparaît plus dans les registres de la classe. 

Note II. — Jérémie Jean Falet (ou Vallet), de Boudevilliers, au Val de 
Ruz, duquel il est aussi question dans la lettre de P. Fornelet, ne resta 
pas longtemps à Loysi. Rappelé par les vœux de ses parents, et sans doute 
aussi chassé par les terribles persécutions que les protestants eurent à 
subir dans cette affreuse année 4 562, il revint à Neuchâtel, sa patrie, et, 
dès le mois d'octobre de cette année, il y exerça son ministère, soit comme 
maître d'école dans la ville même, soit, dès juillet 4 563, comme pasteur 
de Métiers, au Val de Travers, où il mourut, jeune encore, vers le milieu 
de l'année 1567. On a de lui une lettre en latin, très spirituelle et assez 
mordante, adressée à Biaise Hori, le pasteur-poëte de Gléresse, près 
Bienne, qui avait écrit à la classe de Neuchâtel, le 7 janvier 4 567, pour 
lui reprocher avec amertume l'abolition de certaines fêtes de l'Eglise, et 
en particulier de la fête de Noël. Sa lettre est signée : «Jeremias Va- 

LETUS. » 

Note III. — Pierre Fornelet, de Louet, en Normandie, avait longtemps 
prêché l'Evangile à Lyon. Chassé par la persécution, il s'était rendu à 
Neuchâtel en 1551. 11 écrit dans lo registre de la classe : « J'ay emprunté 
« de W Christophe Fabri, le 3^ d'avril 4 556, Opéra Bernardi et le pre- 
« mier tome d'Augustin. P. Fornelet. » Et plus loin : «J'ay rendu le pre- 
« mier tome d'Augustin à maistre Guillaume Farel, et ay emprunté les deux 
a livres De Origine erroris, de Bulingero. » — Dès lors, il fut diacre de 
l'Eglise de Neuchâtel pendant plusieurs années. Mais, ayant ensuite quitté 
sa charge sans avoir demandé ou obtenu le consentement de la classe, il 
eut avec cette dernière quelques démêlés, qui expliquent pourquoi la classe 
ne voulut pas lui donner un témoignage, lorsqu'il se rendit à Genève 
eu 4 561 , pour de là rentrer en France, et qu'elle se borna à lui dire qu'elle 
ne mettait pas d'obstacle à son départ, ce qui donna lieu à la lettre un peu 
vive de Calvin, du 5 mai 1 564 , que M. J. Bonnet a publiée dans son recueil 
des Lettres de Calvin^ II, p. 394. Cette explication fera comprendre aussi 
les touchantes excuses que Fornelet adresse à la classe vers la fin de sa 
lettre, du 6 octobre suivant, que je crois devoir, malgré sa longueur, 
transcrire ici fidèlement, vu l'intérêt qu'elle présente. 

Mais auparavant, qu'il me soit permis de transcrire une lettre adressée 



360 LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE 

à Farel par J. de Saussure, au sujet du ministère de P. Fornelet, et de la 
demande d'un pasteur par l'Eglise de Vitri, dont nous avons parlé dans la 
rote 1. 

A Monsieur Farel, pasteur en l'Eglise de Neufchastel, mon père 
et bon amy. 

Monsieur, je pançois bien à mon retour en France repasser par 
auprès de vous_, mais mon chemin ne s'y est adonné. Pavois une lettre 
de Me Pierre Fournelet pour vous, que je donnay à Jaques Sorel, 
estant à Genève et bien à la hâte, n'aïant loisir pour lors de vous 
escripre. Je pance quelesaurés receu, car il savoit ung homme qui 
vouloit partir pour aller vers vous, et me prommist vous les faire 
tenir; elles estoint vielles escriptes d'aultant que comme je pansois 
venir par deçà, il me failleut retourner à Paris pour la troisième fois où 
j'ay assé bien faict mes besongnes. Il y a aujourd'huy quinze jours que 
j'ariva en ce lieu. Or, quant à vous raconter du labeur et fruict que 
faisoit Me Pierre Fournelet, je vous puis assurer qu'il estoit plus grant 
que ne pouvés pancer, car il praichoit à maison ouverte, et aussy 
publiquement comme sy se fust esté à tample ouvert et en plusieurs 
vilage du Partois, de sorte que de toutes pars on y acouroit, mais je 
vous dis non en cachette mais publiquement, et a demeuré à prescher 
ainsy par les vilages plus de deux mois et demi, en attendant que 
quelque esmotion qui avoit esté faicte à Chalon fust apaisée; depuis il 
a eu entrée en ladicte ville, où il dresse et édifie FEglise d'ilec tant 
comme il luy est possible, et a trouvé ung peuple bien docille, et 
lesquelz ayment leur pasteur et luy portent révérance. Pareillement 
luy a grant contantement d'eux. Voilà comme Taffaire va par delà, 
comme aussy ce porteur vous en poura conter plus emplement. Or, 
comme j'estois à Genève mardy, prest à partir, ariva letres de 
l'Eglise de Vitry-le-François pour avoir ung ministre, combien qu'ilz 
en ayent desjà ung qui leurs a esté envoïé de Paris. Or, entre les 
letres que on a escript, il y en a une qui m'est adressée au nom des 
frères par le procureur du roy, laquelle je vous envoie affin de mieulx 
entendre leur nécessité. Or, j'en fus parler à M. Calvin, lequel me 
dict qu'il n'estoit possible d'en trouver pour ceste heure à Genève. 
A ceste cause, je vous ay escript ceste letre par ce porteur, lequel 
s'en va audict Vitry, affin que luy déclariés s'il s'en pouroit trouver 



AU XVie SIÈCLE. 361 

quelqu'un en vostre classe ou de Valangin (1) qui soit propre pour 
eux celon qu^ilz le requièrent^ et s'il y a moïen d'en avoir quelqu'un, 
et d'aultant que Pierre Fournelet est à six lieux près vous^ ferés 
bien de luy en escripre par ce porteur, ladicte ville de Vitry est ung 
siège présidial où il y a force gens savans, et pourtant il leurs fau- 
droict ung homme bien docte, ce qui est bien dificille à trouver 
pour ceste heure. Leur ministre estoit ung légiste qui leurs a esté 
envoie de l'Eglise de Paris, mais il est bien délicat et suis esbaïs 
comme il ne veult praicher que deux fois la sepmaine. Quant à vous 
mander de Testât des Eglises deFrance, j'estime que les disputes sont 
commancées; vousavés entendu comme M. de Bèze a esté bien venu 
tant envers le roy de Navareque la roine mère. J'estime que en brief 
vous vairés la papaulté abatue en France. Je me recommande tous- 
jours à voz sainctes prières, et prie nostre Seigneur vous maintenir 
en ses sainctes grâces. Escriple, à Vervain, ce 13^ jour de sep- 
tembre 4561. Ma femme vous salue ensemble la seur Marie et vostre 
belle-mère, comme je faix aussy. Salués, s'il vous plaist, en mon nom, 
M. le gouverneur, ChrixtofQe (2), et tous mes bons amis par delà. 
Vostre humble filz, serviteur et amy, J. De Saussure. 

Voici maintenant la lettre de P. Fornelet : 

A mes honorés et bien aymès les ministres de la classe et assemblée 
de Neufchastel , à Neufchastel, 

Le Seigneur Jésus-Christ, chef de son Eghse, qui vous a ordonnez 
pour paistre ses brebis (lesquelles il a acquis par son précieux 
sang), vous remplisse de ses grâces, et maintienne en saincte 
union, par la vertu de son sainct Esprit. 

Très honorés pères et frères, combien que je n'eusse grande com- 
modité de vous escrire quant le présent pourteur est arrivé par 
deçà^ comme il le vous pourra bien dire, je n'ay voulu faillir tou- 
teffois selon mon devoir, de vous escrire de l'estat et pourtement 
des Eglises de par deçà, et spécialement de celle en laquelle le Fils 
de Dieu nostre Seigneur Jésus-Christ m'a ordonné ministre par les 

(1) A celte époque, le comté de Neuchâtel et la seigneurie de Valangin for- 
maient deux classes distinctes, quoique très unies entre elles. 

(2) Chr. Fabri. 



362 LE PR10TESTANTISME EN CHAMPAGNE 

frères de Genève, comme vous sçavez. Quant aux Eglises donc qui 
so:it en petit nombre (et ce par faute de pasteurs), le Seigneur leurs 
assiste de telle sorte, que bien heureux sont les yeux qui le voyent. 
Si vous avez entendu comment FEglise de Loysi a esté dressée. Dieu 
y a monstré si évidemment sa puissance en la dressant, et mainte- 
nant, que tant plus on y pense, tant plus on a de quoy s'émerveiller. 
Px'-emièrement, Loysi n'est qu'un village, de nulle deffense, ou résis- 
tance à parler humainement : il est environné, haï, assailli et per- 
sécuté de tout le païs, et voire d'un monde de meschans. Ce pendant, 
le Seigneur, qui a opposé ce lieu foible aux puissantes villes d'alen- 
tour, a fait tellement croistre et fleurir ce petit jeton, que sa bonne 
odeur esveille et fait prendre courage aux autres lieux voisins. Tou- 
chant nostre cher frère maistre Jérémie Valée (Valet), il est de telle 
édiffication, et par sa bonne doctrine, et par sa saincte vie et conver- 
sation, que l'ancienneté de science, et de meurs que le Seigneur a 
mis en luy, supplée et récompense bien l'aage. Iceluy ayant receu 
letres de ses parens (par lesquelles ils désirent qu'il les aille veoir), 
il est en délibération de faire le voyage, ce que on ne luy peut acor- 
der, à cause que son Eglise demeurant sans pasteur durant le temps 
qu'il seroit absent, il y auroit grand danger, attendu mesme qu'ils 
ont gaigné le temple là où tout le peuple du lieu s'assemble. Or, s'il 
absentoit le lieu tant peu que ce soit, il y auroit grand danger que 
le loup qui est comme chassé ne retornast au parc pour faire plus de 
mal aux poures brebis que par avant. Je désireroye que nostre cher 
et désiré frère maistre Jaques Sorel, qui a apourté les letres, eust 
sceu, avant que de les envoyé à Loysi, la teneur d'icelles; car j'es- 
time qu'il ne les eust envoyé, considérant le péril. Si ledit maistre 
Jérémie va par-devers vous, il vous déclarera mieux de vive voix les 
choses que je ne les vous puis escrire par papier et par encre. Je vous 
prie, s'il va à vous, exhortez-le de revenir incontinent à son Eglise. 
Quant à maistre Jaques Sorel, je n'ay entendu autre chose de luy, 
sinon qu'il est à Troyes. Je croy qu'il n'y sera sans grand fruict. Je 
luy ay escri par un de noz anciens, qui partit dimanche dernier pour 
aller audit Troyes pour conférer avec ceux de l'Eglise d'ilec, de quel- 
que afi'aire que nous avons regardé pour le bien et avancement de 
noz Eglises. Nous n'avons faute que de bons pasteurs pour dresser et 
garnir des Eglises. Si nous en avions jusqu^à dix ou douze, il y au- 
roit bien de l'œuvre assez pour eux. Pleust au Seigneur que le Val 



AU XVie SIÈCLE. 363 

de Rux fust rempli de tels personnages que maistre Jérémie Valée^ 
pour nous en fornir jusqu'au nombre de cinq cens^ car on les garde- 
roit bien d'astre oisifz^, attendu la grande moisson qui est preste à 
cuillir. Or le Seigneur de la moisson en envoyera comme nous espé- 
rons_, tant y a qu'ilz sont de grande requeste et bien chèrement gar- 
dez. Nous allasmes au Synode qui fust tenu dernièrement en la 
grande cité, le 16^ jour du mois de septembre dernier passé. Mais 
entre les autres articles qui furent traictés on traicta de Favance- 
ment du royaume de Christ, et là-dessus il futdéclairé que requestes 
avoient esté faictes à l'Eglise de ladicte grande cité pour avoir des 
pasteurs jusqu'au nombre de 80. Je vous laisse à penser si en ce lieu 
on en demande tant qui n'est qu'un petit coint de la France, que 
peut-il estre de tout le royaume? Je puis dire hardiment que s'il y 
avoit aujourd'huy 1,000 hommes dédiés et disposez ausainct minis- 
tère, qu'à grand peine suffiroient-ils pour fornir les lieux du royaume 
de France qui désirent des pasteurs. Il n'y a guères que je suis par 
deçà, il n'y a que quatre mois, mais au lieu d'un pasteur qu'on y dé- 
siroit, on y en désire maintenant dix. Or, pensez que ce sera si la 
chose continue de bien en mieux comme on espère. Quant je fuz 
arrivé par deçà, je m'arrestay environ sept sepmaines au païs de 
Partois, là où le Seigneur s'est servi de moy poure ver de terre, tant 
mal propre, tant foible et débile comme vous sçavez, et néantmoins, 
encores que je soye moins que rien, afin que la gloire soit au Sei- 
gneur qui s'est voulu servir de moy son poure instrument qui ne suis 
digne que de toute vergoigne et mespris, il est advenu qu'au com- 
mencement j'aloye par les maisons et faisoye exhortations selon les 
occasions et moyens que je pouvoye avoir. Et nostre Seigneur a 
tellement bénit mon labeur, qu'il y a bien quinze villages qui ne de- 
mandent que des pasteurs. Au moins si ces quinze villages en avoient 
trois ou deux, ilz feroient du mieulx qu'ils pourroyent en attendant 
que nostre Seigneur y prouvoiroit plus amplement. On vous va re- 
quérir pour lesdits villages comme pour Yictry. Si le Seigneur assiste 
à ces lieux par vostre moyen, j'en espère grand fruict qui sera non- 
seulement la conversion desdits villages entièrement à nostre Sei- 
gneur, mais aussi des lieux environs. Je les vous recommande au 
nom du Seigneur. J'escri à M. Calvin pour cest affaire. Si d'aventure 
nostre Seigneur y prouvoit par vostre moyen, vous l'en pourrez ad- 
vertir, et ne laissera -on de luy envoyer mes letres lesquelles 



364 LE PROTESTANTISME EN CHAMPAGNE 

M. Farel pourra ouvrir et reclorre^ si d'aventure il luy plait les 
veoir. Quant à ceste Eglise de Chaalons^ incontinent que je suis peu 
entrer en la ville, j'ay testiffié mon envoy à eux^ ils m^ont receu 
comme un messagier de Christ. Or, on leur faisoit tellement la 
guerre comme je cuide que l'ayez entendu qu'ils ne s'osèrent assem- 
bler que jusqu'au nombre de douze et encores en grande crainte. Je 
ne voyoie rien moins que ce que je voy aujourd'hui. Au Seigneur en 
soit la gloire. Quant je regardoye au pouvoir des hommes, je ne pou- 
voye attendre, sinon que je seroye incontinent despêché. Mais le 
Seigneur qui m'a fait espérer contre espérance m'a donné matière 
de joye. Il n'y avoit ordre d'amener aucuns de noz gens à recevoir 
entièrement le joug de Christ après avoir rejecter celuy d'antecbrist. 
Mais le Seigneur, qui a eu pitié de moy, son poure et indigne servi- 
teur, et de son Eglise, nous a donné et nous donne plus que nous ne 
pouvions espérer. Nous avons noz assemblées presques tous les jours, 
et de jour et de nuict nous baptisons et espérons célébrer la saincte 
cène. Mesme noz gens ont pris tel courage par la grâce du Seigneur, 
qu'ils ont enterré deux corps de nostre assemblée; à sçavoir d'une 
femme et d'un enfant de nostre compaignie, lesquels ont rendu l'âme 
au Seigneur. Les adversaires les ont voulu desterrer, ils se sont esle- 
vez contre nous. Satan a fait ses effors contre nous et fait encores, 
mais le Seigneur nous assiste de telle sorte que noz assemblées sont 
accreues de 12 personnes à 30, de 30 à 100, de 100 à 200, à 500. 
Nous feismes hier une assemblée en la nuict où nous estions près de 
1,000 personnes. Je teinst bien deux heures et davantage, mais 
personne ne bougeoit, comme vous pourra dire le pourteur des pré- 
sentes. Ceux qui me menaçoient de me tuer au commencement 
mettroient maintenant leur vie pour moy, tellement le Seigneur les 
a converti à soy. Non que pour cela je mette ma fiance au bras de la 
chair; mais je considère les merveilles du Seigneur. Il advint ces 
jours passez, comme noz gens s'en retournoient de l'assemblée en 
plain jour, que les adversaires jectoient des huées contre noz gens, 
ne cherchans qu'à esmouvoir sédition; ils jectoient la boue et des 
pierres contre les nostres, mesme on se jecta sur la sage-femme qui 
reçoit les enfans des nostres pour la cuider massacrer; mais Dieu la 
délivra comme miraculeusement par le (1) de quelques hommes de 

(1) Il manque ici un mot; sans doute « moyen » ou a secours. » 



AU XVie SIÈCLE. 365 

nostre compaignie. On a publié édit, on a fait defFense de ne nous 
assembler. On nous menasse et le Seigneur nous assiste de plus en 
plus, tellement que noz ennemis nous craignent maintenant, voyant 
que le Seigneur nous assiste ainsi puissamment; non pas qu'ils reco- 
gnoissent ceste œuvre estre du Seigneur, car en voyant ils ne co- 
gnoissent rien. Voylà comment est Festat présent de nostre Eglise. 
Si le Seigneur de sa grâce nous envoyé quelque bon capitaine, ou 
par vostre moyen ou par le moyen des frères de Genève,, nous serons 
heureux, sinon nous ferons du mieux que nous pourrons. Cependant^ 
chers et honorez pères et frères, je vous supplie, par les entrailles de 
miséricorde du Seigneur Jésus-Christ vostre maistre et le mien, qu'il 
vous plaise me tenir tousjours comme de vostre assemblée, et estimez 
tellement de moy que je suis prest à recevoir correction de vous, 
voire du moindre de la classe plus que jamais. Je vous crie mercy à 
tous, tant en général qu'en spécial, de toutes les offenses que je vous 
feis jamais, vous priant de me pardonner et de prier le Seigneur et 
pour l'Eglise qu'il luy a pleut me commettre et pour moy. Je vous 
désireroye à tous, outre la hberté externe qu'avez un peu plus que 
moy, qu'eussiez un peuple si docille, si ardant et affectionné à la 
doctrine du Seigneur, si béning, gracieux, doux, débonnaire et traie- 
table que je l'ay rencontré. J'ay trouvé des brebis qui vaillent bien 
de bons pasteurs, et les plus doctes sont les plus humbles, se ren- 
geans tellement sous la doctrine du Seigneur, que j'ay plus que ma- 
tière de m'esmerveiller du bien que le Seigneur me fait. Quant je fuz 
dernièrement au Synode en la grande cyté, comme j'ay desjà touché 
aucunement cy-dessus, je vei là une telle union, un tel ordre et une 
telle charité, que je pensoye estre en l'assemblée des apostres et au 
temps de la première Eglise, laquelle sainct Luc a pourtrait en son 
second livre. Nous ne peusmes achever tous les affaires en un jour, 
mais reveinsmes le lendemain que nous célébrasmes la saincte cène, 
après avoir fait les censures tant des ministres que des anciens. Et 
mesme, pour ne sortir le premier jour du Synode, nous disnasmes en 
la maison où nous estions. Quant je n'auroye eu autre bien que de 
m'estre trouvé en celle saincte assemblée, il me semble que j'ay plus 
qu'occasion de me contenter. De l'assemblée de Poissy, je ne vous 
en puis rienescrire de certain, sinon que Dieu a tellement fait parler 
son fidèle serviteur, M. de Bèze, que son harangue première abat la 
papauté et toutes fausses doctrines pour restablir le règne de Christ. 



366 l'abjuration de henri iv et le parti réforme. 

Nous devons avoir la fin du coloque samedi prochain qui sera le 
11^ jour du présent mois d'octobre. On en espère tout bien. Le Sei- 
gneur, par sa grâce^ vueille avoir pitié de son poure monde ! Je vous 
prie de présenter mes humbles recommandations à monseigneur le 
gouverneur et à messieurs de la ville, quant vous aurez la commo- 
dité. Je désire aussi qu'il vous plaise, honorez pères et frères, me 
recommander à voz femmes et familles. Et à Dieu soyez-vous, qui, 
par sa grâce, bénisse tellement voz labeurs, que puissiez avoir vraye 
joye et consolation. De Chaalons en Champaigne sur la rivière de 
Marne, le 6« jour d'octobre 1561. Par le tout et à jamais, 
Vostre humble frère en Jésus-Christ, 

Pierre Fornelet, 
Disciple et ministre indigne de Christ, en !a ville 
de Chaalons. 



L'ABJURâTIOH de HENRI IV ET LE PARTI BÉFORI!iÉ. 

UiN'E LETTRE INÉDITE DE DU JAY, SECRÉTAIRE DU ROI DE NAVARRE. 

1593. 

Nous devons à M. Cl. Compayré communicalion de cette lettre qui 
rentre dans la série des documents relatifs à l'abjuration de Henri IV que 
nous avons déjà publiés (î, 36, 4 05, 154, 279, 449; V, 26, 274, 398; 
VII, 260). 

Lettre de Dujay, secrétaire du roi de Navarre, à M. de La 
Garrigue, à Castres, 

Monsieur, s'en allant ce porteur en vos quartiers, je l'ay 
bien voulu accompagner de la présente pour vous dire que 
le Roy est allé à la messe^ ce jouni'hui xxv^ juillet, de sorte 
que je suys délibéré d'aller passer mon ennuy et fascherie à 
Sedan avec ma famille, attendant ce qu'il plaira à Dieu nous 
envoyer d'un tel changement, à la myenne volonté que 
nous en puissions recevoir autant de bien que j'en crains de 
mal. Je lui en ay deschargé ce que Dieu m'avoyt mys au 



CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS. 367 

cœur pour luy dire, dont il ne m'en a point faict pire chaîne; 
et luy ay faict entendre ce qui s'est passé en vos églises tou- 
chant ce meschant garnement de Gaspard Olaxe et de ceulx 
qui le soustenoient ; chose que Sa Majesté a trouvé fort es- 
trange et bien ayse qu'il est privé de ministère et suspendu 
des sacremens, et si c'eust esté en autre temps le juge de 
Castres et le procureur qui le soustenoyent eussent eu ung 
ajournement personnel au privé conseil. Mais j'espère 
qu'avec le temps ils seront chastiés selon la pugnition digne 
de leurs mérites. Ce sont de très dangereux instrun ens et 
fort pernicieux contre l'Eglise de Dieu, et au demeurant très 
ignorans en la doctrine, et fort cautz et malicieux en chi- 
quannerie et à faire des complots, mais tout leur reviendra 
en confusion, ruine et perdition. 

Votre humble et affectionné frère, amy et serviteur. 

De Saint-Denis, ce xxv^ juillet 1593. Du Jay. 



CIMETIÈRES ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

PRINCIPALEMENT A PARIS 

AUX XVF, XVne ET XYlW SIÈCLES. 
1563-1793. 

(Voir t. XI, p. 132, 351, et ci-dessus, p. 33, 141 et 274.) 

II. De VEdit de Nantes (Î598) à la Révocation (1685). 

6^ LES REGISTRES DES QUATRE CIMETIERES PARISIENS. (Suife,) 

IV. De 1626 à 1649. 

C'est dans le registre suivant que se retrouvent les actes relatifs à Cha- 
renton déjà compris dans le précédent, ainsi que nous l'avons dit. Il est 
en elfet spécial à ce cimetière et datant de la même année, il va huit années 
plus loin. Il a pour titre : 

Registre des enterremens de Charanton^ depuis septembre 1626 
jusqu'en 1649. 

C'est un in-folio de 98 pages. On lit au premier feuillet : « Registre con- 



368 CIMETIÈRIIS ET INHUMATIONS DES HUGUENOTS 

« tenant les noms des personnes de l'Eglise décédées et enterrées particu- 
« lièrement au cymetière de Charanton, dressé de l'ordonnance du consis- 
« toire, par d'Huysseau, ancien, dont l'extrait est inséré au feuillet suivant 
« et commence au mois de septembre année 1626. (Signé) D'Huysseau. » 

Au deuxième feuillet : « Extrait du registre des délibérations du con- 
« sistoire de V Eglise réformée de Paris du 20« aoust 4628, feuillet 63 : 
« Le sieur d'Huysseau est chargé de dresser ung registre des enterremens 
« qui se sont faicts à Charanton, aullant qu'il le pourra, et se feront à l'ad- 
« venir. Ainsi signé : Drelincourt. » 

Puis ce titre de départ : « Registre des enterremens faits au cimetière 
« dépendant de l'enclos du temple de Charanton appartenant à l'Eglise ré- 
« formée de Paris qui a son exercice audit lieu. — Commençant le 26^ 
« septembre 4 626. » 

Voici les actes qui nous ont paru le plus dignes de mention, soit par leur 
importance, soit par les particularités qu'ils présentent : 

14 janvier 1627. Daniel Baudoin, mort de mort violente. 

3 octobre \ Jacques Aleaume^ mathématicien ingénieur du roy, natif 
d'Orléans. 

5 octobre 1627. David de Ligonnier, avocat au parlement, natif de 
Castres en Albigeois. 
31 octobre 1627. Emmanuel Addée^ conseiller secrétaire du roy. 

27 juillet 1628. Caterine de Malapert^ damoyselle, femme du sieur 
Jehan Meslrezat, fidèle ministre du saint Evangile, et son enfant qui n'a 
eu vie. 

31 mars 1629. Noble homme Jacques Bigot^ sieur de Saint-Yrain, con- 
seiller du roy en ses conseils et cy-devant procureur général de Sa Ma- 
jesté au grand conseil, décédé en la maison dite Laroque, au faubourg 
Saint-Antoine des Champs. 

17 juin 1630. Jean Colin, hoste (hôtelier) de VEscharpe de Charenton, 
de mort violente. 

5 juillet 1630. Henry d'Arsilières^ escuyer, seigneurbaron de Revillon, 
mort dans la Bastille. 

I^^'juin 1631 . Suzanne Arribat, femme du sieur Jehan Daîllé, fidèle mi- 
nistre du saint Evangile en l'Eglise de Paris, le dimanche 1"" juin 1631, à 
l'issue du catéchisme. 

28 juillet 1631. Louis de Fleury, escuyer, sieur de Farennes^ amené de 
sa maison dudit Varennes, près Brie-sur-Marne, et enterré à la diligence 
de M. de la Locherne-Bedi. 

Un décédé au logis de VEcharpe blanche, proche du temple de Cha- 
renton. (Le concierge de Charenton en 1628 s'appelle Milet.) 

18 sej)tembre 1631. Elle Molard, maistre chirurgien au faubourg Saini- 



PRINCIPALEMENT A PARIS. 369 

Germain, rue des Boucheries, enterré le lundi matin à l'issue du presche 
de M. de Cuvile, pasteur de l'Eglise de Coué en Poitou, l'un des députés 
au synode national. 

(Un tils d'Henry Remy, hoste des Trois-Mores, à l'entrée de l'advenue 
au temple de Charenton). 

14 juillet 1632. Marguerite Bahuche, damoiselle, femme du sieur Gal- 
land, conseiller du roy, receveur général des tailles à Tours, décédée le 13 
à Paris. 

18 aoust 1632. M de Chaudinet, conseiller du roy en sa cour de 

parlement à Paris, décédé le 16 à Paris, enterré le dimanche 18 à l'issue du 
presche du matin. 

13 juin 1635. Isaac Du Candal, conseiller du roy en sa cour de par- 
lement. 

9 novembre 1636. Madeleine de Fontaines, dame de Rucigni^ baronne 
de La Caillemotte, près Calais, veuve de feu messire Daniel de Massue^ 
vivant gouverneur pour le roy au chasteau de la Bastille. 

19 décembre 1636. Thomas Craven, frère puisné de Mgr Guillaume 
Craven, baron de Hampste, mareschal, pair d'Angleterre, fils de Monsei- 
gneur Jehan Craven, baron de Riston, aussy pair, « enterré au temple de 
Charenton. » 

21 décembre 1637. Marie Folant^ âgée de 43 ans, veuve de Gilles Tes- 
telin, peintre du roy. 

9 février 1638. Elie Bigot, avocat au parlement, ancien de l'Eglise, âgé 
de 71 ans. 

16 mars 1638. Jullien de Moucheron, escuyer, sieur du Boulay^ âgé de 
60 ans, natif de Vitri, en Bretagne. 

15 août 1638. Messire Louis de Harlay, chevalier seigneur de Monglas, 
gentilhomme de la chambre du roy, décédé dans l'Arsenal, âgé de 80 ans. 

22 août 1638. Noble homme Jehan Hérouart, sieur de Riney, âgé de 
60 ans. 

30 août 1 638. Damois