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Full text of "Bulletin du Musum national d'histoire naturelle"

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TOME QUATRIÈME 



1808 



BULLETIN 



nu 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 



MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE 



BULLETIN 



DU 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 



TOME QUATRIÈME 



1898 




LIBRARY 
NEW YORK 

BOT4N1CAL 
QAPOEN 



PARIS 



IMPRIMERIE NATIONALE 



M DGCC XCVIII 



.*77f 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



LIBRARY 

ANNÉE 1898. — N° 1. 



-$<£<- - 



25 B RÉUNION DES NATURALISTES DU MUSÉUM. 

25 JANVIER 1898. 



PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSÉL'M. 



M. le Président dépose sur le bureau le 8 e fascicule du Bulletin 
pour L'année 1897 paru le 2-2 janvier, contenant les communica- 
tions laites dans la réunion du 21 décembre, le titre et les tables 
du tome III. 

Par décret du 6 janvier 1898, M. Maqlenne (L M. G.), docteur 
es sciences, assistant au Muséum d'histoire naturelle, est nommé 
professeur de Physique végétale audit établissement, en rempla- 
cement de M. Georges Ville, décédé. 

Par arrêté du 21 janvier 1898, M. Albert G a non y. professeur de 
Paléontologie au Muséum d'histoire naturelle, est nommé assesseur 
du directeur de cet établissement pour 1898. 



o 
os 



CORRESPONDANCE. 



Le Directeur annonce que M. Bastard a quitté Tulléar le 10 août 
pivefc une escorte de 3o partisans armés; il est arrivé le 27 octobre 
à Antsirabé, après un voyage sans incidents; il se propose à!) sé- 

MlSKUM. IV. ! 



journer quelque temps pour y faire des recherches paléontologi- 

ques. 

Pendant son séjour à Tulle'ar, M. Bastard a prête un utile concours 
à M. le Vice-Résident Estèbe pour réprimer le soulèvement dos 
peuplades Sakala\es commandées par le roiTomponanana;à la suite 
de ces faits, notre voyageur a été porté à Tordre du jour par le 
général Gallie'ni, Résident général de France à Madagascar, qui 
l'a félicité de sa brillante conduite au combat du 7 juillet, où il a 
été légèrement blessé '"'. 



M. Audouin , capitaine d'infanterie de Marine à Tamatave , annonce 
Tenvoi de collections entomologiques et malacologiques, ainsi que 
d'un crâne Hova. 



M. Geay, parvenu dans le haut de la rivière Carsevenne, a en- 
voyé une Atèle (Atcles paniscus), une Sarigue quatre-œils, ainsi que 
divers Invertébrés. 



M. E. GtmiNGE, ingénieur en chef des mines et correspondant du 
Muséum, a adressé au Muséum des graines de Cactées et d'arbustes 
du district de l'Allar (Sonora). Parmi ces plantes, il signale le 
Jojoba qui produit de petites amandes dont les animaux sont très 
friands et dont les Indiens papajos font une sorte de chocolat. Cette 
plante pourrait être acclimatée dans les contrées désertiques, et 
M. Cumenge propose d'en remettre des graines aux personnes qui 
voudraient en tenter l'introduction. Enfin il offre pour notre col- 
lection quelques spécimens de minéraux rares. 



M. E. Foa est de retour de son long voyage à travers l'Afrique 
par le bassin du Zambèze, le Tanganika et le Congo; il rapporte 
des notes et des collections très intéressantes; entre autres, une série 
de 33 aquarelles dessinées et peintes très exactement par lui etre- 

"' Voir le Journal officiel do Madagascar et dépendant*, n" l8fl (samedi 
ai août 1897), P- 8i3. 



— 3 — 



présentant les Poissons du Tanganika, beaucoup de Crustacés, de 
Mollusques et de Méduses de ce lac et quelques Insectes. 



M. J. Poissox annonce qu'il a reçu la veille au soir, c'est-à-dire 
le 2 h janvier, une lettre de M. Diguet date'e de Guadalajara. 
M. Diguet, après avoir fait ses récoltes de plantes et pris de nom- 
breuses notes sur les végétaux utiles de la région mexicaine par- 
courue par lui, les Agaves, les plantes à caoutchouc, etc., a aussi 
recueilli des graines dont l'étude intéresse M. le professeur Arnaud. 
Ce voyageur annonce deux caisses arrivant à la fin de janvier à 
Saint-Nazaire, à destination du Muséum. 



M. Bureau fait hommage à la bibliothèque de deux Mémoires 
qu'il vient de publier. Le premier, qui a paru dans les Nouvelles 
Archives du Muséum, est une biographie du botaniste-voyageur Poi- 
teau, pour laquelle M. Bureau a mis à contribution les nombreux 
documents manuscrits conservés dans les archives du Jardin des 
Plantes; le second est une étude sur l'origine et la formation des 
sables de la Loire que l'auteur a présenté au Ix" Congrès de la So- 
ciété de la Loire navigable, tenu à Tours les s A et 2 5 octobre 
1897. 



COMMUNICATIONS. 



Relation succincte dus voyage dabs lIsdo-Chise. 
par m. le comte de barthelemy. 

Au mois de novembre 1896, ayant été chargé d'une mission par M. le 
Ministre de l'Instruction publique, je partis pour l'Indo-Chine, accompagné 
de M. Jean deNeufville, mon ami et compagnon fidèle de tous mes voyages , 
et d'un jeune serviteur, Paul Cabot, qui s'était chargé de préparer les 
collections d'histoire naturelle. Le but principal de ce voyage était l'étude 
de la roule de Vinh a Luang-Prabang et du cours du Haut-Mékong. Partis 
de Paris en novembre 1896, nous avons débarqué à Hai-phong. Après une 



— à — 

visite assez rapide au Tonkin,nous redescendîmes vers Vinh, sur les con- 
seils de plusieurs personnalités de là-bas. 

Le Résident de Vinh, M. Duranton, ayant mis à notre disposition son 
sampan à vapeur, nous pûmes remonter assez rapidement le Song-Câ jus- 
qu'à Cai-Chanh, après avoir fait une station de huit jours à Dong-Gok sur 
le Song-Gon. Le fleuve Song-Câ, aux rives peu élevées à son embouchure, 
ne tarde pas à s'encaisser; elle est néanmoins difficilement navigable et 
malgré le peu de tirant d'eau du Samavan(hb centimètres), nous avons eu 
de nombreux échouages. 11 faut dire que le fleuve n'avait alors été remonté 
qu'une fois par le Résident en tournée; les passes étaient donc imparfaite- 
ment connues de l'équipage. 

A partir de Luong, poste français, où il y a un Inspecteur de la garde 
civile, les environs du Song-Cà deviennent montagneux et la nature pitto- 
resque. 

La faune n'est cependant pas très abondante dans les forêts qui envi- 
ronnent le Soug-Câ, cela tient au passage de nombreux sampans anna- 
mites trafiquant avec Vinh. J'ai trouvé la preuve de ce que j'avance dans la 
rencontre de nombreux animaux sur le Song-Gon, moins fréquente et dont 
les rives sont moins habitées. 

De Cai-Cbauh , nous nous sommes rendus avec de légers sampans jus- 
qu'à Gua-Rao. 

La région de Cai-Chanh a un aspect spécial qui vaut la peine d'être 
cité ici. Les montagnes qui entourent le village et partagent les eaux du 
Song-Câ de celui du Mékong ont, à leurs premiers contreforts, l'aspect 
particulier des rochers de la baie d'Halong. 

Plus loin, le Song-Cà se présente encaissé entre des montagnes boisées 
où se rencontrent les premiers villages des Muongs ou Pouthengs, race 
d'hommes tenant à la fois du Laotien et de l'Annamite : de l'Annamite, par 
le costume, et parfois la forme des yeux; du Laotien, par le type général, 
la, taille et le caractère indolent. C'est ce même Muong qui a été si souvent 
décrit par les explorateurs de la Rivière Noire. 

A Gua-Rao, nous atteignions les limites de la province de Vinh; à partir 
de ce poste, nous ne rencontrerons plus de villages annamites. Les modes 
de communication changent même à partir de cet endroit et on ne trouve 
plus que la pirogue dirigée par des Muongs. 

De Cua-Rao à Ta-Dô, nous remontâmes le cours de la Nam-Mô. Cette 
rivière est des plus piltoresques; tantôt elle présente des berges formées de 
rochers à pic, tantôt les eaux sont ombragées par les arbres élevés de 
riches forêts. 

La faune de cette région est abondante et variée; elle m'a paru plus 
riche en Oiseaux qu'en Mammifères. ' 

Le cours de la rivière est très rapide, la navigation y est des plus diffi- 
ciles, on peut même dire impossible en certains endroits, puisque nous 



avons dû transborder nos bagages au delà de ve'ritables chutes d'eau. Les 
fonds sont généralement composés de cailloux. 

C'est à Ta-Dô que nous devions prendre la route de terre pour nous 
rendre à Xieng-Khouang par un chemin nouveau Ban-Nong-Het et le pays 
méo. 

Le village de Ta-Dô est un village poutheng; il était peu habité lors de 
notre passage, les habitants ayant été en butte aux exactions d'une bande 
de pirates qui venait de faire sa soumission au poste de Gua-Rao. 

Nous eûmes là quelques difficultés à nous procurer des porteurs; nous 
dûmes menacer, puis nous adoucir, enfin passer par ces interminables pa- 
labres que connaissent ceux des voyageurs qui ont quitté les côtes. Six jours 
seulement après nous pouvions partir avec une escorte de quatre linhs 
annamites et d'un kay (caporal) parlant le méo. A partir de ce moment, 
nous cheminerons en montagne jusqu'à Vien-Khang. 

Nous nous sommes élevés , dans le même jour, de la cote 960 à 1 ,600 mè- 
tres d'altitude pour atteindre le premier village méo, le village de Ban- 
Mokhou. 

Je ne m'étendrai pas sur les caractères de la race méo, que connaissent 
bien vos anlhropologistes; je me contenterai de dire que les Méos rencon- 
trés par nous n'existaient pas, il y a quelques années, dans les montagnes 
du Tran-Ninh ; ils sont venus de la haute Rivière Noire. L'immigration 
méo est suivie de quelques Thaïs Nua qui s'installent à des cotes moins 
élevées pour élever le Ver à soie. A notre passage sur Tran-Ninh , on éva- 
luait à 6,000 âmes environ la population méo des montagnes. 

Ces Méos se livrent principalement à la culture du Pavot, d'où ils tirent 
l'opium qu'ils vendent aux Laotiens, et qui constitue, avec le Riz gras de 
la montagne ou Nep, leur nourriture habituelle. 

J'ai pu rapporter de ces villages des colliers avec leur marque spéciale 
qui sert de preuve à l'origine chinoise de cette population. 

De Ban-Mokou, Ban-Nong-Het à Vien-Khang, on suit le sommet de la 
chaîne du Tran-Ninh. Les altitudes restent de i,5oo à 2,000 mètres. On 
ne rencontre guère à ces hauteurs que des Méos et quelques Pou-Thais 
montagnards. 

La chaîne du Tran-Ninh, orientée Nord-Ouest, tourne brusquement au 
Nord à la longitude de Vien-Khang; c'est ainsi qu'en une journée nous des- 
cendîmes de i,5oo à 600 mètres d'altitude dans le Tung-Xieng-Kbam ou 
plaine du Xieng-Kham. C'est une large vallée irriguée par de nombreux 
ruisseaux. J'ai énuméré dans la Quinzaine coloniale les facilités que présente 
cette région pour l'élevage. 

On suit ce Tung-Xien-Kham jusqu'à Xieng-Khouang où est établi notre 
poste français du Tran-Ninh. Enserré entre deux montagnes, joint à la côte 
par de mauvaises voies de communication , je ne crois pas que ce poste ait 
un grand avenir. Nous devons au Garde principal adjoint au Commissaire 



— - (> 



(lu Gouvernement de In province une intéressante excursion dans les mon- 
tagnes qui dominent le poste où se trouvent quelques villages mens. Le 
principal est Ban-Tchong-Tchaâ , ainsi appelé du nom du chef et situé a 
1,700 mètres d'altitude environ. 

Les habitants de ce village ont consenti à nous mener au fort d'un Rhi- 
nocéros qu'ils connaissaient. Une question d'histoire naturelle so posait à 
propos do cette chasse : le Rhinocéros à deux cornes existe-t-il parallèlement 
au Rhinocéros à une corne dans les forêts du Tran-lNinh? Nous n'avons mal- 
heureusement pas pu nous emparer do l'animal et nous avons été réduits à 
observer son pied. Les dimensions de ces traces étaient celles d'un jeune 
Éléphant; nous avions donc affaire à un Pachyderme de grande taille, C'est 
là le seul renseignement exact que je puisse donner. 

Dans la région de Xien-Khouang et jusqu'à Luang-Prabang, on rencontre 
presque à chaque village une race d'hommes différente; je ne puis ici les 
décrire en détail et je me contenterai de vous en montrer quelques types 1 ". 
Nous avons rencontré là-bas des vestiges de l'ancienne civilisation khat et do 
la civilisation plus récente des Laotiens. 

La route de Xieng-Kbouang à Luang-Prabang est montueuse et assez 
difficile; on traverse dos chaînes boisées et des vallées où coulent des ri- 
vières à demi desséchées; la faune- y est variée et la température très chan- 
geante suivant l'altitude. C'est dans les vallées spécialement que les forêts 
sont habitées par le plus grand nombre d'animaux. Je ne m'étendrai pas sur 
toutes les espèces propres à chacune des régions que je viens de décrire et 
je me contenterai de parler de celles que MM. Milne Edwards et O'ustalel 
ont bien voulu accepter pour le Muséum et qui sont les moins connues. 

L'un des animaux sur lequel j'ai pu recueillir le plus d'observations est 
Yllyhbates Henrici, dont j'ai remis au Muséum une dépouille qui vient d'être 
montée pour la collection. Ce Singe m'a paru ne différer que peu, sous le 
rapport des mœurs, de son congénère le Gibbon noir, à cola près toutefois 
quo ce dernier se rencontre dans les montagnes pou élevées H habitées, 
tandis que Yllylobnios Henrici préfère les hauts sommets éloignés de tout 
village et les parties sauvages des forêts. 

Comme tous les Gibbons, YHylobates Henrici vit en bandes nombreuses 
dans le sommet des arbres. Il m'a paru se nourrir des baies do presque toutes 
les essences d'arbres élevés. De là ce bruit que produit la bande de ces Gib- 
bons lorsque silencieuse elle prend sa nourriture. On entend alors dos cra- 
quements légers à peine plus forts que le bruit produit par des Ecureuils 
dans les sapins. 

Grâce à ses longs bras antérieurs, l'animal passe lestement et par un 
large balancement d'une branche à l'autre. 

W Ces types et do nombreux paysages ont été projetés sur le tableau , ainsi qu'une 
carte retiaçanl l'itinéraire de M. de Barthélémy. 



— 7 — 

Généralement, et comme son congénère le Gibbon noir, Y H y lobâtes Hen- 
rici salue l'aurore de ce chœur bizarre (jue connaissent bien les chasseurs 
d' Indo-Chine. On sait que le cri du Gibbon est une sorte de sifflement com- 
mençant par une mélopée triste exécutée par un soliste, puis un chant plus 
cadencé terminé bruscpiement. J'ai été à même de me rendre compte que 
ce chant devait avoir un but de ralliement pour les animaux et que la bande 
ralliait au soliste. C'est en imitant la première partie de leur chant que les 
Méos arrivent à les approcher suffisamment près pour les tuer avec des 
fusils qu'ils fabriquent eux-mêmes et qu'ds chargent avec une grenaille de 
forme ii régulière. 

La \oix de Y Hy lobâtes Henrici est plus puissante que celle des Gibbons 
des faibles altitudes, et le chant diffère un peu dan* la finale. Est-ce par une 
; nomalie bizarre ou d'après une nouvelle différence de mœurs de cet ani- 
mal avec ses congénères? Celui que vous avez sous les yeux a été tué à 
raidi, par 800 mètres d'altitude. La bande avait attiré mon attention en fai- 
sant entendre ce chant particulier que j'avais déjà appris à connaître. Ces 
animaux étaient à 5oo mètres de nous; il me fallut près de ao minutes 
pour les approcher, tant la marche est difficile dans le* basses broussailles 
de la forêt. Lu chasseur méo m'avait devancé et imitait le soliste. Les ani- 
maux se l'approchaient sensiblement de lui en suivant les grosses branches, 
presque invisibles ainsi à l'observateur d'en bas. De temps à autre, comme 
si un mot d'ordre était donné, se couchant brusquement sur la brandie, 
ils répondaient en chœur à celui qu'ils croyaient un des leurs. A mon coup 
de fusil, la bande changea d'allure : ce l'ut une fuite en désordre. A peine 
visibles, tant la rapidité de leur saut était foudroyante, ils saisissaient 
alternativement l'extrémité des hautes branches avec l'une ou l'autre de 
leurs mains et, par ce moyen, fuyaient d'arbre en arbre sans perdra leur 
balancement initial. Pendant la fuite, ils faisaient entendre le grognement 
bien connu du Singe effrayé. 

Parmi les Oiseaux , le groupe des Barbus nous a offert une grande va- 
riété de formes et une grande richesse en individus sur tout le parcours 
de Xieng-Khouang à Luang-Prabang. On rencontre également beaucoup 
de Barbus sur les rives du Mékong; toutefois je n'ai pu avoir entre les 
mains qu'un seul exemplaire de Barbu à tête bleu de Prusse (Megalœma 
Marshalloruin) , dont je puis garantir l'existence de Xieng-Khouang à Luang- 
Prabang. 

Sur tout notre itinéraire, nous avons rencontré de très nombreuses va- 
riétés de Pics. L'un d'eux, que nous avons observé bien souvent (Gecinus 
liabieri Oust.), ne se distingue guère de notre Pic vert de Franco au point 
de vue des mœurs. Un autre, que je n'ai observé que dans une seule ré- 
gion, dans le pays des Méos de Bang-Nong-Het, le Pic marron (Picus 
phœoceps var. brachynrus), semble vivre, de préférence, dans les clairières 



— 8 — 

des forêts, où il s'attaque aux vieux troues d'arbre et se montre excessive- 
ment vif dans ses mouvements. 

En faisant l'ascension des montagnes entre Ta-Dô et Ban-Mokhou , j'ai 
pu trouver un Couroucou rouge (Harpàctes Ilodgsoni). 

Un Calao, qui a paru intéressant à M. Oustalet, le Buceros Austeni, 
a révélé sa présence, aux environs de Ta-Dô, par son cri bizarre, qui tient 
le milieu entre celui du grand Calao (Buceros bicomis) et celui de l'Aigle 
pêcheur. Ces Calaos vivent en bande, voletant ordinairement à mi-hauteur 
dans les arbres, dont ils gagnent les sommets pour faire entendre leurs 
cris. Dès les premiers coups de fusil, ces Oiseaux sont devenus très sau- 
vages et il nous a été impossible d'eu approcher d'autres pendant notre 
séjour. Effrayés, ils plongent dans les épais taillis et fuient par bonds suc- 
cessifs à quelques mètres de terre. Les autres Oiseaux ne semblent pas 
craindre leur voisinage et j'ai vu souvent des bandes de Mainates (Gruaipiat 
intermedia) sur le même arbre que l'un d'eux. 

Nous n'avons rencontré cette espèce qu'à Ta-Dô et dans les environs, 
mais je ne la crois pas sédentaire. 

Je n'ai observé que sur la Nam-MÔ, en février, le Martin-Pêcheur que 
M. Oustalet a rapporté à Y Alcedo grandis. Les Ixos (Otocompsa jocosa) 
gagnent facilement le sommet des arbres et s'y tiennent longtemps immo- 
biles, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent quelque Insecte à happer au-dessous 
d'eux. On rencontre beaucoup de ces Oiseaux sur la route de Vinh à Luang- 
Prabang. 

Une sorte de Rouge-queue (Chimarrhornis leucocephala) qui, d'après 
M. Oustalet, est particulièrement commun au Tibet et au Setchuan, existe 
cependant en assez grand nombre sur les bords de la Nam-Mô , mais n'a 
pas été observé par moi sur le Mékong. Comme les Rubiettes de France, 
il aime à sautiller sur les roebers nus , sur le sommet, desquels il se perebe 
toujours. On le rencontre le plus souvent dans les régions où il y a des ra- 
pides, voletant de roc en roc et faisant le petit salul caractéristique des 
Oiseaux de sa race. 

La Perdrix de bois (Peloperdix Gharttoni) est appelée ainsi en opposition 
au Francolin , qui préfère la jungle. Il est bien rare de la voir voler. Géné- 
ralement elle se promène seule, ou par deux, et fuit à pattes à travers les 
broussailles. Son cri est un sifflement ayant quelque analogie avec celui du 
Faisan argenté. 

Les Hirondelles de mer (Slema auranliaca) sont répandues sur tout le 
Mékong, et sur les bords du fleuve on remarque de nombreuses variétés 
d'Ibis, parmi lesquelles se trouve Y Ibis Davisoni. Ces Oiseaux vivent géné- 
ralement autour des marécages formés par le retrait des eaux du fleuve; 
vers le soir, ils s'appellent et se couchent, en bandes généralement , sur les 
grands rochers de la rive. 



L'Ibis Davisoni dont j'ai pu m'emparer était solitaire, et je n'ai guère 
vu ensemble plus de deux ou trois individus de cette espèce. 

Je n'ai rencontré le petit Héron à col marron {Ardea bacchus) que sur le 
Mékong. Il ne recherche pas, comme ses congénères, les cultures des 
rizières, mais vit sur les rochers et cherche sa nourriture dans les maré- 
cages du fleuve. On voit un très grand nombre d'individus de cette espèce 
sur les rochers des rapides entre Luang-Prabang et Vien-Tiane. 

Je ne puis mieux terminer que par l'histoire des Doues que j'ai rapportés 
l'an dernier, en juillet, et qui ont vécu une quinzaine de jours au Jardin 
des Plantes. 

Ces Semnopithèques , on le sait, n'ont jamais existé que dans la baie de 
Tourane; ils vivent dans une montagne qui domine la baie et étaient consi- 
dérés jusqu'ici comme impossibles a acclimater ailleurs, fût-ce même pour 
peu de temps. Plusieurs colons de Tourane en eurent en captivité, mais 
ils ne tardèrent pas à mourir, et, chose curieuse, généralement ils se 
tuaient en s' étranglant , en s'assommant ou en se laissant mourir de faim. 
J'ai pu observer ce fait sur l'un de ceux dont j'ai été possesseur, qui s'est 
assommé dans sa cage. C'était un superbe mâle de grande taille. 

Leur nourriture consiste, à l'état sauvage, en baies de Lentisque et 
d'autres végétaux de la montagne; ils sont très friands de Bananes, et j'ai 
pu les habituer au pain pendant une grande partie de la traversée. 

Une des caractéristiques de ces animaux est la quantité énorme d'eau 
qu'ils consomment. Je crois même que c'est à la privation de ce liquide à 
l'état courant qu'il faut attribuer cette sorte de spleen, difficilement expli- 
cable autrement sans admettre un certain raisonnement chez ces animaux. 
La captivité semble modifier cependant leur caractère et j'espère pou- 
voir, l'année prochaine, compléter mes observations en examinant de près 
les mœurs de ces Singes à l'état sauvage. 



Note complémentaire sur l'Hylobates Henrigi, 
par m. e. de pûusargues. 

Vers la fin de l'année i8q6 (1) , j'ai eu l'occasion de décrire une espèce 
nouvelle du genre Hy lobâtes (H. Henrici), d'après une peau incomplète 
et mutilée des quatre membres, rapportée du Haut Tonkin par le Prince 
Henri d'Orléans (2) ; je puis aujourd'hui combler les lacunes de cette pre- 

(•) Bull. Mus. d'hist. nat., n° 8, p. 367, 1896. 

(2) et A Laï-Chaii, un indigène an donne la dépouille d'un Gibbon roux marqué 
d'une raie sur la tète; malheureusement , je n'ai eu qu'une peau plate, privée de 
pattes et sans crâne.» Prince Henri-Philippe d'Orléans, Autour du ToiiLih, 189A, 
p. 3o 7 . . 



. — 10 — 

mière description, nécessairement incomplète, grâce à la générosité de 
M. le comte de Barthélémy, qui vient de doter le Muséum d'un second 
exemplaire intact de ce Gibbon. Ce spécimen, de même sexe (femelle) que 
le type, n'en diffère que par sa taille moindre et sa coloration générale 
d'un jaune plus pâle; on retrouve sur les mêmes parties du corps les mêmes 
variations dans l'intensité des teintes, et la présence sur le dessus de la 
tête et du cou de la longue tache noire fu si forme ne permet pas de douter 
un seul instant de l'identité spécifique de ces deux individus. Cette tache 
noire céphalique est presque aussi longue (i3 centimètres) que chez le 
type, mais un peu plus large (5 cenlim. 1/2) et plus arrondie en avant. 
Gomme je l'avais présumé tout d'abord , la teinte jaune-grisâtre des bras 
se continue invariable sur le dessus des mains jusqu'à l'extrémité des doigts , 
et il en est de même pour les membres postérieurs. Les ongles sont extrê- 
mement longs et noirs; les parties nues, face, oreilles, dessous des quatre 
mains et callosités, sont également noires; cette teinte, un peu atténuée, 
paraît du reste répandue sur toute la surface de la peau, principalement 
la face inférieure du corps et aux aisselles, où elle s'aperçoit aisémont à 
travers le pelage moins fourni. Les dimensions de ce nouveau spécimen 
sont les suivantes : 

Longueur de la télé et du corps, du nez à l'anus o'"!).) 

du bras 21 

de l'avant-bras a 5 

— de la main (sons les ongles 1 ) o 1 '1 

— de la cuisse 90 

— de la jambe , . a3 

— du pied (sans les ongles ) t5 

Le crâne indique un âge tout à fait adulte ; les lignes de suture ont 
complètement disparu et la couronne des dents est passablement usée. Cette 
tête osseuse se fait principalement remarquer par la largeur du museau, 
de la voûte palatine, de l'espace interorbitaire et de la partie postérieure de 
la boite cérébrale qui est aussi plus globuleuso et notablement plus élevée 
que chez d'autres espèces (//. Mûlteri Mart. , H. loucogeni/sOg. . H. pilealusGr.) 
dont j'ai pu mettre les crânes en parallèle. La mâchoire inférieure est éga- 
lement plus robuste; ses deux branches 6e rojoignent sous un angle plus 
ouvert et les eondyles présentent, dans le sens transversal, un développe- 
ment inusité auquel correspond, sur la faco inférieure du crâne, une sur- 
face glénoïdale très étendue. On pourra d'ailleurs se faire une idée de ces 
caractères d'après les mesures ci-dessous : 

Longueur maximum du crâne en ligne droite, , 108 millim. 

-r- — — - en suivant la courbure, de 
l'extrémité dos prémaxillaires au bord postérieur du trou 
occipital 1 7 •"> 



— Il — 

Largeur du museau en dehors du bord alvéolaire clos ca- 
nines , 8P millim. 

Largeur du palais en dedans des dernières molaires :v. 

— de l'espace interorbitaire 1 3 

— du crâne en dehors des orbites 6'i 

— — -en arrière des orbites A 8 

— . aux arcades zygoma tiques 73 

— — un peu en arrière des trous auditifs, ... 60 
Distance entre les pointes externes des condyles de la man- 
dibule 64 

Largeur des condyles , 1 a 

Hauteur de la mandibule au condyle. . au, 

Hauteur maximum du crâne au-dessus du talon de la man- 
dibule , 8a 

M. le comte de Barthélémy a rencontré ce second spécimen de YHylo- 
bales Henrici sur les confins <le l'Annam et du Tonkin, à une altitude assez 
considérable. On peut donc en déduire la présence certaine de cette espèce 
dans les massifs montagneux de Pou-Louang et de Louang-Prabang. Ces 
Gibbons vivent là par troupes nombreuses d'individus tous semblables, ce 
qui nous conduit à admettre peu ou point de variations pour les teintes 
du pelage, sinon dans leur intensité, et une livrée identique pour les deux 
sexes. 



Catalogue des Oiseaux recueillis par M. le comte de Barthélémy 

DAyS LE COURS DE .SO.V DERMER VOYAGE EN InDO-ChINE, 
PAR M. E. OlSTALET. 

Après m'avoir remis la série complète des Oiseaux qu'il a recueillis et 
que j'ai pu examiner et déterminer, en choisissant un certain nombre de 
spécimens destinés aux collections du Muséum, M. le comte de Barthélémy 
a bien voulu me communiquer des notes indiquant la provenance de chaque 
exemplaire et fournissant quelques renseignements sur les habitudes et la 
distribution géographique des différentes espèces. C'est avec ces documents 
et avec ceux que m'a fournis l'étude des collections remises antérieure- 
ment au Muséum par M. R. Germain, M. le docteur Harmand et le prince 
Henri d'Orléans, qu'a été dressé le catalogue ci-dessous : 

1 . Pal.eorms fasciata Miill. 

Quatre individus, tous mâles, pris sur les bords de la Nam-Mô, en fé- 
vrier, et du Mékong, en avril, et semblables aux spécimens de la Basse- 
Cochinchine. 

2. Spilorms bbiiu Lath. 

Un spécimen pris en mai 1897 à Vien-Tiane. 



— 12 — 

3. PoUO/ETUS ICHTHY/ETUS PaU. 

Un individu lue aux enviions de Vien-Tiane, sur les bords du Mékong. 
L'espèce n'avait pas encore été signalée dans lTndo-Chine française. 

h. Milvos melanotis T. et S. 

Un spécimen pris sur les rives du Song-Câ, en février 1897. Le 
Milan à oreilles noires a été observé par M. de Barthélémy sur tous les 
points de son itinéraire. C'est essentiellement un Oiseau pêcheur. 

5. PANDION HiLI/ETHS L. 

Un individu tué, en avril 1897, sur le Mékong. Mêmes observations 
que pour l'espèce précédente. 

6. Megal/ema Marshallorum Swinh. 

\]\\ spécimen venant de Muaug-You (mars 1897) et complètement sem- 
blable à des spécimens de l'Inde qui font partie des collections du Muséum. 
Le Megaleema Marshallorum , qui est essentiellement une espèce hima- 
layenne, n'avait pas encore été signalé dans l'Annam ni dans le Tonkin. 

7. MEGAL/EMA PHAIOSTICTA Bp. 

Un spécimen pris à Ïa-Dô, le 25 février 1897, et exactement semblable 
à un spécimen pris à Ghaudoc par M. le D' Harmand. M. de Barthélémy 
a rencontré cette espèce dans toutes les régions qu'il a traversées. 

8. Cyanops lineata V. 

Un spécimen pris à Ta-Dô, au mois de mars 1897. Cette espèce que 
M. de Barthélémy a rencontrée sur tout son parcours, comme la précé- 
dente, offre, selon les individus, d'assez grandes variations dans les nuances 
du vertex et la netteté des stries du dessus de la tête; dans le spécimen 
que je cite ici, la calotte est de couleurs claires. 

9. Gvanops Davisoni Hume. 

Un spécimen pris à Luang-Prabang, à la lin du mois de mars 1897, 
et semblable aux spécimens pris dans la même région par le prince Henri 
d'Orléans, en 1892. 

10. XANTH0L.EJ1A H/EMATOCEPH Al.A Midi. 

Deux spécimens pris dans la même localité et à la même date que le 
Cyanops Davisoni. Le Xantholœma hœmatocephala n'a été observé par 
M. de Barthélémy que de Luang-Prabang à Saumnakhek; il est très com- 
mun, au contraire, dans la Basse-Cochinchine et au Cambodge. 

11. Picus (Gecinus) sp. 

Un Pic à huppe rouge tué à Cho-Bon (Tonkin), le 1" février 1897, me 
paraît être identique à un spécimen qui avait été tué antérieurement au 
Tonkin par M. le commandant Rabier et dont je me propose de publier la 
description, en le nommant Gecinus Ilabieri , si, comme je suis porté à le 



— 13 — 

croire, l'espèce, après une étude plus approfondie, me parait être décidé- 
ment nouvelle. 

12. Picus (Ghrisopiilegma) flavindcha Gould. 

Un individu tué à Té-Lao, sur les confins de l'Annam et du Laos, à la 
fin de mai 1897. Yeux rouges. 

Celte espèce himalayenne avait déjà été rencontrée dans la Birmanie 
anglaise, mais n'avait pas encore été signalé 1 dans l'Indo-Chine française. 

13. Picis (Chrvsocolaptes) scltaxeus Hodgs. 

Deux spécimens pris dans la région de la Nam-Mô, en février 1897. 
L'espèce est très répandue dans cette région où on le voit par couples avec 
des bandes d'autres Oiseaux. Le Chrysocol aptes sultaneus a un cri analogue 
à celui du Pic épeiche et parait avoir les mêmes mœurs que ce dernier. 

\k. PlCUS (MlCROPTKKMs) PHjEOCEPS VAR. RRACHYTRIS V. 

Un spécimen pris à la fin de mars 1897, ^ l Ban-Nong-Het, dans le 
pays des Méos, a les raies noires transversales du manteau plus larges et 
mieux marquées que chez un spécimen pris à Ghaudoc (Gocbinchine) par 
M. le D r Harmand. 

15. Cextrococcyx rufipenxis Illig. 

Espèce très commune dans toute l'Indo-Chine, où elle est désignée vul- 
gairement sous le nom de Coq de pagode. Ce Coucal vit sur le sol ou se 
tient sur les branches basses des arbres. 

16. Centrococcvx rexgalensis Gm. 

Un spécimen venant de la région de Luang-Prabang. L'espèce est aussi 
commune que la précédente dans toute l' Indo-Chine française, où M. Ger- 
main et le D v Harmand en ont obtenu de nombreux exemplaires. 

17. GoCCVSTES COROMAXDIS L. 

Un spécimen des environs de Luang-Prabang. M. le comte de Barthé- 
lémy n'a rencontré cette espèce que rarement durant son voyage. 

18. Harpactes Hodgsoxi Gould. 

Un seul individu, tué dans les montagnes de Ta-Dô, en mars 1897, est 
identique à un spécimen pris à Van-Bou (Tonkin), en 1892 , par le prince 
Henri d'Orléans. L'Oiseau avait les yeux jaunes. 

19. BUCEROS (AnTHRACOCEROs) FRATERCULIS EH. 

Un spécimen, pris à Cua-Rao, au confluent de la Nam-Mô et du 
Song-Cà, est identique au spécimen venant de la Cochinchine et faisant 
partie des collections du Muséum, qui a servi de type à la description de 
1 Anthracoceros fralerculus Elliot; espèce que M. 0. Grant est disposé à ra- 
mener au rang de simple variété du Buceros [Anthracoceros) malaban- 
cus Gm. 



— 14 — 

20. Buckros (Anorhixus ou PtiloL/Bmus) Austeni Jerd. 

Un spécimen pris à Ta-Dô, sur la Nam-Mô, le 2 5 février 1897. Yeux 
rouges. Quelques plumes secondaires de l'Oiseau sont légèrement marquées 
de blanc à l'extrémité, comme chez YAnorhinus Tickelli Blyth. 

VÀnôrhlnus Austeni, dont le British Muséum ne possède qu'un seul 
spécimen et qui ne figurait pas encore dans la collection du Muséum de 
Paris, a été découvert dans les monts Cachai 1 (Inde anglaise). 11 est inté- 
ressant de le rencontrer bien plus à l'est, sur les confins de l'Annam. 

21. Halcyon pileatus Bodd. 

Un spécimen pris sur la Nam-Mô, le 21 février 1897. Ce Martin-Pêcheur 
se rencontre également sur le Mékong el , en général , sur la plupart des 
rivières à cours un peu rapide. 

22. Halcyon smyrnensis L. 

Un spécimen de la Nam-Mô (février). 

23. Pelagorpsis gurial var. bcrmamca Sbarpe. 

Un spécimen pris , en mai, à Vien-Tiane. Dos Martins-Pêcheurs sem- 
blables ont été observés dans la région, entre cette dernière localité et 
Luang-Prabang. Cette espèce, comme les deux précédentes, était déjà 
largement représentée dans les collections du Muséum par des exemplaires 
venant de la Cochincbine. 

2&. Cervle lugubris Tein. 

Deux spécimens tués, en février, sur la Nam-Mô. M. le comte de Bar- 
thélémy a observé le Ccryle lugubris dans toutes les régions qu'il a traver- 
sées. Au contraire, l'espèce ne figurait pas dans les collections formées en 
Cochincbine et au Cambodge par M. R. Germain et M. le D r Harmand. 
Elle paraît être remplacée dans ces pays par le Ceryte varia. 

25. Alcedo grandis Blyth. 

Un spécimen, pris sur les bords de la Nam-Mô, en février 1897, de 
celte espèce du Sikkim qui n'avait pas encore été signalée dans l'Indo-Chinc 
française. 

26. Alcedo jspida var. bengalensis Cm. 
Nam-Mô (février 1897) et Mékong. 

27. Eurystomus orientalis L. 

Un spécimen de Muong-You (mars 1897). M. de Barthélémy n'a ren- 
contré qu'un nombre restreint de ces Ëurystomes, qui lui ont paru vivre 
solitaires. 

28. CorAciàs affinis M. Cl. 

Un spécimen de Muong-Phiu (fin mai 1897). Cette espèce de Rollier, 
assez rare dans les régions de la Nam-Mô, de Luang-Prabang el de Vieil- 



— 15 — 

Tiane, devient très commune, d'après M. de Barthélémy, à Savounakhek . 
en Annam. 

29. Chxoropsis Hardwicki Jard. 

Un individu tué à Luang-Prabang, à ia fin de mars 1897, est iden- 
tique à un spécimen pris à Banamaï par le prince Henn d'Orléans, en 
1892. D'après M. le comte de Barthélémy, les Passereaux de cette espèce 
vivent au sommet ries arbres et paraissent être répandus entre Viiih et 
Savounakhek. 

30. Ghloropsis chlorocrpuala Wald. 

Un spécimen des bords de la _\am-Mô (lévrier 1897). I *^' e8 Oiseaux, 
dit M. de Barthélémy dans ses notes manuscrites, vivent en bandes et ont 
les mœurs de nos Mésanges. Pendant la journée, ils se tiennent au sommet 
des arbres et, vers le soir, ils descendent sur les branches busses et sur les 
arbrisseaux, au bord des fleuves. r> 

31. Ghloropsis airifrons Tem. 

Bords de la Nam-Mô et Luang-Prabang. L'espèce avait déjà été rencon- 
trée dans la Haute-Birmanie par M. Blanford et au Cambodge par M. le D' 
Harmand. 

32. Otocompsa jocosa L. 

Deux spécimens de Luang-Prabang (lin mars 1897). L'espèce, d'après 
M. de Barthélémy, est très commune dans toute cette région et se rencontre 
également sur les bords de la Nam-Mô. Le prince Henri d'Orléans l'a ob- 
tenue aussi à Cho-Bo (Tonkin). 

33. Crimger Hksrîci Oust. 

Deux spécimens obtenus dans la légion de Xieng-Khouang , à 1 ,5oo mètres 
d'allitude ( pa\s des Méos). Le Criniger Henrici , que j'ai décrit en 1896 
(Bull, du Muséum, t. II, p. i83), d'après des exemplaires provenant du 
Ban-Maï ou Banamaï (Tonkin) et donnés au Muséum par le prince Henri 
d'Orléans, est aussi très commun dans le pays des Méos, mais ne se trouve 
pas dans le bas Laos ni au Cambodge. 

34. Garrulax Diardi Less. 

Sop-Vi (mars 1897). Cet Oiseau est commun dans la région de Luang- 
Prabong; il vit en bande, se tient sur les branches basses des arbres et a 
un chant très puissant. L'exemplaire obtenu par M. de Barthélémy est iden- 
tique à un spécimen donné au Muséum par M. le D r Harmand et venant 
du Nord de la province de Gompong (Cambodge). 

35. Cittocikgla macrira L. 

Ta-Dô (février 1897). ^ l ' eut généralement slu ' ' es branches basses 
des arbres. 



— 1(5 — 

3t>. GOPSYCHUS SAULAR1S L. 

Ta-Dô (février 1897). Circule généralement sur le boni des fleuves. 
M. de Barthélémy a rencontré dans toutes les régions qu'il a traversées 
cette espèce qui, de même que la précédente, est aussi très répandue au 
Cambodge et en Cochinchine. 

37. Chimarrhornis leucocephala Vig. 

Tué sur le bord des rapides de la Nam-Dô, le -i'S février. Yeux bruns. 
Cette belle espèce de Rubietle, que nous avons figurée dans nos Oiseaux 
de la Chine (pi. WIV), est très répandue dans l'Himalaya el dans les ré- 
gions montagneuses de la Chine occidentale, particulièrement dans le 
Setchuan, où elle vit également au bord des torrents. Elle appartient à 
celte catégorie d'espèces himalayennes auxquelles j'ai déjà fait allusion, et 
qui ont coulé pour ainsi dire dans ITndo-Chine en suivant les vallées du 
Mékong, du fleuve Rouge et de leurs affluents. 

38. HiRINDO I)A1 RICA L. 

M. de Barthélémy n'a rencontré celle Hirondelle que sur la Nam-Mô, 
en février. 

39. CllIRIA HOTTENTOIA L. 

Très commun dans les régions de Luang-Prabang , Vien-Tiane el 
Xieng-Khouang. M. de Barthélémy l'a observé sur tout son itinéraire, 
saufenAnnam. Très répandu également en Cochinchine ( R. Germain). 

liO. Pericrocotcs rrevirostris Vig. 

Deux spécimens semblables à ceux qui ont été obtenus précédemment 
par M. le docteur Harmand dans le Laos. rrCes Gobe-Mouches, dit M. de 
Barthélémy dans ses notes manuscrites, se rencontrent surtout dans les ré- 
gions élevées , à 1,000 ou i,5oo mètres d'altitude, ou même plus haut en- 
core. Ils restent longtemps immobiles au sommet des arbres, où leurs 
couleurs brillantes les font découvrir facilement, d 

h\ . Tethrodorn'is pelvica Hodgs. 

Un spécimen tué sur la Nam-Mô, à Ta-Dô, est identique à ceux que le 
docteur Harmand a obtenus précédemment dans le pays des Kouys (Cam- 
bodge). 

h*2. Artamds fuscds V. 

Un seul individu tué, le 8 mai. à Bung-Miû, près de Tourane 
(Annam), seule localité où M. de Barthélémy ait rencontré l'espèce. 

43. Oriolus melanocephalus L. 

Un spécimen venant de Bung-Miû (Annam). D'après M. de Barthé- 
lémy, le Loriot à tête noire est plus commun en Annam que dans le 
Laos. 11 est répandu en Cochinchine, où M. R. Germain en a obtenu 
d'assez nombreux spécimens. 



— 17 — 

kk. EdSPIZA AUREOLA Pall. ? 

45. Melophus melanicterus Gm. 

Un spécimen pris à Ban-kay, à s5 kilomètres environ de Xieng- 
khouang. rrCette espèce, dit M. de Barthélémy, me parait être assez ré- 
pandue dans le Tran-Ninh et aux environs de Luang-Prabang, et un peu 
plus rare plus au Sud. » Le prince Henri d'Orléans l'a rencontrée dans le 
Yun-nan, et M. l'abbé V. David l'a trouvée dans la Chine méridionale et 
occidentale. 

46. Gracula intermedia Hay. 

Ta-Dô (février 1897). M. de Barthélémy a rencontré des Mainates de 
cette espèce depuis Ta-Dô juseme dans l'Annam. 

47. Urocissa occipitalis Bl. 

Un individu tué sur le bord de la Nam-Mô , en février 1897, semblable 
à un spécimen pris à Tsékou par le prince Henri d'Orléans. M. de Barthé- 
lémy a rencontré dans tout le cours de son voyage cette espèce indienne , 
qui lui parait être très répandue du Nord au Sud en Indo-Chine, et dont il 
avait déjà obtenu un exemplaire à Fou-Tchéou , en Chine , quatre ans au- 
paravant. 

48. Treron nasica Schelg. 

Des régions de Muong-You et de Tran-Ninh (mars 1897). M. de Bar- 
thélémy a tué aussi, à Vien-Tiaue, quelques-uns de ces Turverts, qui lui 
paraissent être répandus dans tous les pays qu'il a traversés. Le p.inee 
Henri d'Orléans en a trouvé également à Pak-Lay (Siam). 

'i9. Carpophaga ,enea L. 

Un individu tué à Muong-Phiu , a la tin de mai 1897. L'espèce était 
très commune dans toutes les régions traversées par M. de Barthélémy à 
partir de Luang-Prabang. Elle a les habitudes de notre Ramier. 

50. PeLOPERDIX CHARLTONlEyt. 

Ta-Dô (2/1 février 1897). ^ eux bruns. Espèce obtenue précédemment 
par le prince Henri d'Orléans à Lang-Ma (Tonkin), et parle Père Renault 
à l'ouest de Hué (Annam). 

51. Gen\.eos nycthemerus L. 

Très répandu dans toutes les régions traversées par M. de Barthélémy, 
qui a tué de ces Faisans à 2,000 mètres d'altitude chez les Méos, aux en- 
virons de Xieng-Khnuang, dans le Tran-Ninh. Le spécimen rapporté par 
M. de Barthélémy est semblable à un mâle tué à Ssemao ( Yuu-nan) , par le 
prince Henri d'Orléans. 

52. Ardea (Herodias) intermedia Hassely. 
Espèce répandue également en Cochinchine. 

.Muséum. — iv. 2 



— 18 — 

53. Ardea (Heriodias) garzetta L. 

De Vien-Tiane (avril et mai 1897). Les Hérons de cette espèce de- 
venaient communs, dans les régions traversées par M. de Barthélémy, h 
mesure que se formaient les marécages , suivant la saison. 

54. Ardea (Ardeola) leucoptera Bodd. 

Très commun dans les régions traversées par M. de Barthélémy, aussi 
bien que dans la Basse-Cochinchine. 

55. Ardea (Ardeola) Bacciius Bp. 

Un spécimen des bords du Mékong, au nord de Vien-Tiane (avril 

i897)- 

56. Ardea (Butorides) javanica Horsf. 

Des mes de la Nam-Mô (février 1897). Ce Héron vit également isolé 
sur le bord des fleuves. M. de Barthélémy l'a observé dans tout le cours de 
son voyage. Le Muséum en possède de nombreux spécimens venant de Go- 
chinchine. 

57. Ibis Davisom Hume. 

Un spécimen du haut Mékong (avril 1897). Veux noirs, entourés 
d'un cercle rouge. L'exemplaire rapporté par M. de Barthélémy est iden- 
tique aux spécimens pris à Somlior, également sur les bords du Mékong, 
dans le Cambodge, par M. le docteur liai niand et signalé- par moi dans les 
Nouvelles Archives du Muséum , eu 1878. 

58. HyPOT/EMDIA striata L. 

Des rives de la Nam-Mô (février 1897). (fCe Râle rayé, dit M. de Bar- 
thélémy, se promène ostensiblement sur le bord de; rivières, où croissent 
des joncs, et ne se dissimule pas comme les Bâles de nos pays, sans doute 
parce qu'il n'a été que peu chassé jusqu'ici." 

59. EsACDS RECURVIROSTRIS CllV. 

Un exemplaire provenant des bords du Mékong (mai 1897). D'après 
M. de Barthélémy, les Esacus se trouvent eu bandes sur les rives du haut 
Mékong, et ont les mœurs et le cri aigu de notre grand Courlis. 

60. HûPLOPTERUS YENTRAI.IS CllV. 

Des bords du Mékong (mai 1897). L'espèce se rencontre dans toute 
l'Indo-Chine, au Cambodge, dans le haut et le bas Laos, en \nnam et au 
Tonkin. 

61. MlCROSARCOPS CLNEREIIS Bl. 

Déjà signalé au Cambodge. 

62. Glareola lactea Tem. 

Mékong (avril 1897). Cette es |>èce est très répandue dans la région 
des rapides du haut Mékong, mais n'a pas été observée par M. de Bar- 
thélémy sur d'autres points de son itinéraire. 



— 19 — 

63. Nettapus coromandeli \m s Gm. 

Un seul spécimen tué sur le Mékong, à la fin d'avril. 

64. PODICEPS MINOR L. 

Un spécimen de la Nam-Mô (février 1897). Le seul que M. de Barthé- 
lémy ait rencontré dans tout son voyage. 

65. Sterna (Seena) aurantiaca J. E. Gray. 

M. de Barlhéiemy a rencontré, depuis Luang-Prabang jusqu'à la fin de 
son voyage, celte espèce qu'il n'avait observée ni sur le Song-Câ, ni sur la 
Nam-Mô, mais dont M. le docteur Harmand avait obtenu précédemment 
des spécimens sur le Mékong. 

66. Rhynchops albicollis Sw. 

Mékong (avril 1897). Très commun dans le bas Mékong, aux envi- 
rons de Bassac; assez rare sur le haut tleuve. 

67. Gracdlus carbo L. 

Mékong (avril 1897). Les grands Cormorans se montrent en bandes 
sur tous les fleuves, dont ils remontent le cours vers le soir pour aller 
passer la nuit sur les rochers des rapides. 

68. Gracdlus pygjlïeds var. jàvanicus Hors!'. 

De Xieng-Kouang, dans le Tran-Ninh (fin mars 1897). Les petits 
Cormorans sont communs dans cette région, mais deviennent raies pins au 
Sud. 

69. Plotos melanogaster Penn. 

Mékong (avril 1897), région de Hué, rivière de Quang-Try. M. de Bar- 
thélémy n'a pas observé d'Anhingas sur la Nam-Mô. 



Note sir un voyage de Missioy au PAis des Kbas ou au bas Laos, 

par M. J.-M. Bel, 

CORRESPONDANT DU MUSEUM, CHARGE DE MISSION. 

De janvier à juillet 1896. j'ai, accompagné de M mt Bel, exploré une 
partie de l'Indo-Chine comprise entre les parallèles i3° et 1 6° Nord et de 
la mer de Chine au Mékong. 

Nous avons suivi une route, ou sentier, généralemenl dirigé vers le 
N. 0., allant sur Attopeu, et partant du port de Qui-Nhon sur la mer de 
Chine. Nous avons traversé, par 900 mètres d'altitude, une première 
chaîne, qui est la chaîne annamite proprement dite, et sommes arrivés à 
la mission catholique de Kon-Toum, à i5o kilomètres de Qui-Nhon, dans 
le bassin du Poco ou Sésane, déjà navigable aux pirogues jusqu'à son 
continent, à Stung-Treng, avec le Mékong. An delà de ce bassin, nous 



— 20 — 

avons, par une altitude également de 800 à 900 mètres, traversé un autre 
massif montagneux qui le sépare de celui de la Se-Souk, tributaire de la 
Sékong, navigable aux pirogues, et allant se jeter dans le Mékong, après 
s'être réuni , près de Stung-Treng , à la Sésane grossie du Ton-le-Srepock, 
autre grand cours d'eau du pays. Enfin, du bassin de la Se-Souk nous 
avons passé dans celui de la Se-kémane, en traversant une troisième 
chaîne, par 600 mètres environ d'altitude, et sommes arrivés à Altopeu, 
situé près du confluent de cette dernière rivière et de la Se-Souk, à 1 5o kilo- 
mètres environ de Stung-Treng et à 3oo kilomètres de Qui-Nbon. De la 
mer de Chine au Mékong nous avons donc parcouru doo kilomètres de 
roule, comptés à vol d'oiseau. En outre, nous avons remonté la Sékong, 
en amont d'Attopeu, sur une soixantaine de kilomètres, et la Sésane, sur 
2 5o kilomètres, en amont de Stung-Treng, après avoir descendu la 
Sékong, puis le Mékong, de Khong à cette dernière ville. Ce qui fait un 
total de 750 à 800 kilomètres explorés dans celte région. 

De la mer de Chine au méridien d'Attopeu, la géologie du pays est 
constituée par un vaste massif éruptif . où la roche dominante est la dio- 
rite; il y a, en outre, quelques granits, des roches volcaniques et des 
schistes cristallins, qui sont le plus souvent des talcscbistes. On y Irouve 
des gîtes aurifères alluvionnaires, exploités par les indigènes de temps im- 
mémorial, dans la plus grande partie du pays, ainsi que des gîtes auri- 
fères filoniens récemment découverts, au cours même de notre mission; 
il y a aussi des gisements de fer, de cuivre, de plomb argentifère, et peut- 
être d'étain. Cette partie du pays présente une végétation à peu près exclu- 
sivement formée de forêts vierges, défrichées à l'entour des villages pour 
la culture du riz. Du méridien d'Attopeu au Mékong, apparaissent des for- 
mations sédimentaires anciennes, et la contrée présente alors la forêt claire, 
si souvent décrite par les voyageurs, qui caractérise le paysage de la 
movenne vallée «lu Mékong. 

La population qui habite ce pays, sur les trois quarts au moins de sa 
superficie, appartient au groupe ethnique des Khas, de leur vrai nom, 
(appelés aussi Sauvages ou montagnards par les Annamites et Mots par les 
Européens). Les Annamites occupent une bande de territoire d'une soixan- 
taine de kilomètres de large. Du côté «lu Mékong, les Cambodgiens, et 
plus tard les Laotiens, se sont établis dans quelques villages, le long des 
affluents de ce fleuve jusqu'au méridien d'Attopeu; les Siamois, à leur 
tour, essayèrent de dominer ce pays par l'intermédiaire des mandarins 
laotiens d'Attopeu. Comme on le sait, la France leur a succédé depuis 
l'année 1893 et a établi deux commissaires «lu Gouvernement à Stung- 
Treng et à Attopeu, sous les ordres du commandant supérieur du bas Laos 
résidant à Khong. 

Les Khas sont donc les véritables habitants de la contrée ; ils ressemblent 
plutôt aux Malais qu'à aucun autre peuple de P Indo-Chine; ils ont le teint 



— 21 — 

cuivré, avec une grande variété de nuances, depuis les plus foncées jus- 
qu'aux plus claires; leurs cheveux sont assez fins, noirs, souvent roux 
foncé, passant jusqu'au châtain : ce n'est point là une couleur artificielle. 
Ils on) la singulière coutume de se limer les dents presque jusqu'aux gen- 
cives. 

Ils se subdivisent en divers sous-groupes, ayant un dialecte propre, 
composé de mots formés le plus souvent de racines communes. L'écriture 
leur est inconnue. Leur religion a pour base la croyance à un Génie, au- 
quel ils sacrifient des Buffles, dans les grandes circonstances de leur vie et 
de leurs occupations. Ils sont sédentaires et voués aux travaux agricoles; 
ils déplacent toutefois aisément leur village, sous l'empire d'une superstition 
ou de toute autre cause. Leurs cases sont toujours construites sur pilotis, 
en bambous tressés, recouvertes de paillotes. Dans chaque village, il y a 
une maison, à couverture extrêmement élancée, qui est la maison commune 
des jeunes gens, depuis l'Age de puberté jusqu'à leur mariage, et qu'occu- 
pent aussi les voyageurs de passage, auxquels ceux-là cèdent momentané- 
ment la place. 

Les villages sont généralement bien lenus, les maisons alignées, et 
quelquefois agréablement décorées de motifs en charpente, primitivement 
sculptée, ou d'entrelacs de bambous. Le village kha présente enfin un 
aspect de propreté que n'ont point les villages laotiens et annamites. 

Les vêtements khas sont faits de tissus de coton teinta l'indigo, agré- 
mentés de rouge, de graines blanches et d'élytres d'insectes; ce sont des 
ceintures larges et longues pour les hommes, des jupes et des vestes pour 
les femmes. Leurs armes sont : le sabre à longue poignée, la lance, les 
flèches empoisonnées, de petite longueur. 

Les voyageurs sont reçus avec curiosité et méfiance; mais dès que les 
indigènes ont pu s'assurer qu'on ne leur veut aucun mal, ceux-ci se mettent 
assez volontiers à la disposition des arrivants. Les voyageurs, par contre, 
doivent veiller avec le plus grand soin à ne pas froisser les superstitions 
locales, être très sévères avec leur personnel de caravane, pour qu'il res- 
pecte aussi, scrupuleusement, ces superstitions, et cela, surtout quand on 
a des Annamites avec soi, car ceux-ci sont les ennemis héréditaires des Khas. 
Voici deux exemples de ces superstitions : quand on loge dans la maison 
commune de certains villages cédangs, on doit se garder d'y introduire 
des poulets vivants; on doit au préalable leur couper les pattes, la tête et 
enlever les plumes. 

Les villages sont souvent rrcalam* , c'est-à-dire interdits, et cela quelque- 
fois pour des motifs futiles. Ils sont rrcalam», en cas de guerre avec leurs 
voisins, ou d'autres fois aussi pour des causes banales, telles que la con- 
struction d'une maison, ou bien encore lorsqu'ils ne veulent pas recevoir 
de voyageurs, etc. En ce cas, les sentiers d'accès du village sont plantés 
d'une multitude de lancettes en bambou taillé en pointe aiguë, le piquant 



— 22 — 

tourné du côté de l'arrivant, et souvent très bien dissimulées; le voyageur 
sera bien avisé en ne forçant pas la consigne et en se retirant. 

Dans chaque village, deux ou trois anciens conseillent la population dans 
les décisions à prendre relatives à des questions intéressant tout le village. 
Les centres habités n'ont entre eux aucun lien national, mais seulement 
des rapports d'amitié; ils n'ont aucune administration générale, si ce n'est 
un impôt payé aux mandarins laotiens ou annamites, qui d'ailleurs n'existe 
que dans les villages kbas voisins des pays laotiens du bassin du Mékong, 
ou de l'Annam. Les autres, en grande majorité, sont des kbas kals, c'est-à- 
dire indépendants. 

De ce manque de confédération, pour ainsi dire, résulte que soiiv.nl 
des guerres de village à village se produisent, pour terminer un différend 
survenu. L'intervention d'un agent français ou même d'un voyageur leur 
prêchant la conciliation peut, dans quelques cas, éviter la guerre. 

En dehors des cultures du riz de montagne, auxquelles ils se livrent 
tous, le riz étant la base essentielle de leur nourriture, ils ont quelque 
industrie : certains villages font du lissage et produisent des vêtements 
simples ou souvent ornés avec art; les autres font de l'indigo, de la cire, 
des poteries; certains groupes kbas font du fer excellent, dont ils fabriquent 
des piocbettes et des sabres; quelques-uns s.nenl cimier le bronze, dont 
ils font des grelots, des clochettes, etc.; enfin beaucoup d'entre eux em- 
ploient, en dehors du travail des rizières, la majeure partie de leur temps 
à l'orpaiilage de l'or des alluvious de rivières. Dans un grand nombre de 
villages, le Génie défend de creuser le sol pour chercher le métal précieux ; 
ce Génie est fort sage, car nous avons remarqué que ce cas ne se présente 
que dans les parties du pays où les alluvious des rivières ne sont pas auri- 
fères. Quant aux autres, respectueux de la puissance du Génie, ils lui 
sacrifient un Buffle pour que leur récolte d'or soit abondante. 

La polygamie est assez rare parmi ces peuples et la famille y est très 
unie. Ils sont honnêtes, loyaux et respectueux de leurs engagements; la 
morale naturelle est respectée religieusement par ces peuples simples, 
naïfs et enjoués. 

Dans cbaque village et souvent le long des sentiers, on voit des troncs 
d'arbre creusés, ouverts longitudinalement par de grandes échancrures 
rectangulaires. Ce sont des cercueils préparés par provision; non pas que 
l'on y meure plus souvent que partout ailleurs, mais ainsi le défunt n'a pas 
il attendre sa sépulture. Celle-ci se fait dans un véritable cimetière, situé 
près du village, et un tombeau ayant la forme d'une petite case en bambou 
tressé avec art est construit après l'ensevelissement. Dans cette petite case 
mortuaire, on réunit la plupart des objets ayant appartenu au défunt. Au 
bout d'une année , on répète la cérémonie des funérailles et on apporte au 
mort, dans de petites écuelles en terre, la nourriture qu'on lui destine : on 
la lui sert en la faisant passer par le col d'une jarre presque entièrement 



— 23 — 

enterrée et qui, au moment de l'ensevelissement, a été placée au-dessus 
du cercueil. Toute la famille rend ses pieux devoirs au défunt et exprime 
sa douleur par des gémissements et des larmes qui paraissent sincères. La 
cérémonie se termine le lendemain au lever du jour, par le sacrifice d'un 
Buffle, tué à coups de sabre, dont les assistants se partagent les morceaux, 
y compris le défunt , qui a aussi sa part. Ces tombeaux sont quelquefois dé- 
corés de sculptures primitives, représentant des pleureuses et autres sujets. 

Le sacrifice du Buffle se l'ait toujours de la même façon, soit qu'il s'agisse 
d'une cérémonie funèbre, soit qu'il s'agisse de célébrer l'achèvement d'une 
habitation ou d'autre chose. Les habitants se réunissent le soir sur la place 
du village; un bambou extrêmement élevé et garni de banderoles est 
dressé et planté dans le sol. ainsi qu'un fort poteau auquel le Buffle est 
attaché. À la tombée de la nuit, on apporte des jarres de vin kha (fait 
de riz non décortiqué qu'on a fait fermenter) ; les jeunes gens , avec leurs 
gongs et leurs tamtams, font de la musique et dansent toute la nuit autour 
du Buffle. Tout le village boit le vin , qu'on aspire au moyen de grands et 
longs chalumeaux, plongés dans la jarre; le vin est facilement renouvelé, 
car il suffit d'ajouter de l'eau dans la jarre, quand la première solution 
est épuisée; l'eau se change en vin et on peut, avec une même jarre, boire 
presque toute une nuit, ce qui ne donne ainsi aux buveurs qu'une gaîté 
relativement mesurée. 

Les divers groupes khas que nous avons visités sont : les Tams (Mois) 
du S. 0. delà province du Quang-Nam (en Annam), — les Bahnars (Hagu, 
versant occidental de la chaîne littorale; Bôngao, versant occidental), — 
les Djiaraïs, moyenne vallée du Poco ou Sésane, — les Halangs, massif 
montagneux entre la Sésane et la Se-Souk, — les Lovés, au sud de la Se- 
Souk, — les Sepoun, du sous-groupe Alak, bassin de la Sékong, en amont 
d'Altopeu, — les Souks, du bassin de la même rivière, en aval d'Allopeu, 
— les Braos ou Palaos, de la basse Sésane. 

\ous avons montré à la réunion des naturalistes du Muséum une collec- 
tion de photographies rappelant la plupart des coutumes de ce peuple 
kha , plus nombreux qu'on ne le croit généralement et dont ou pourra tirer 
un grand parti au point de vue de la colonisation, si on sait les initier 
sagement, prudemment et surtout pacifiquement à la civilisation. 



SUB LA FAUNE DES LaCS ET LaGUNES DU \ ALLE DE Me.IICO, 

par L.-G. Selrat, M. S. A. 
(Laboratoire de M. Milne Edwards.) 

La présente note a pour but l'histoire biologique de quelques Poissons 
rapportés de Mexico, et que M. le professeur Vaillant a eu l'obligeance de 



— î!x — 

déterminer; celle histoire est d'ailleurs intimement liée h celle de l'Axolotl. 

Mexico occupe le centre d'une vaste dépression, d'altitude moyenne 
(2,260 mètres), entourée de toutes parts par des montagnes ou collines, 
dont quelques-unes atteignent près de 6,000 mètres (Popocalepetl); les 
eaux, n'ayant pas d'écoulement, se ramassent dans des lacs ou lagunes 
dont le niveau et l'étendue varient de la saison sèche à la saison des pluies. 

i° Les lacs proprement dits (Chalco, Xochimilco) sont profonds (6 à 
8 mètres), ne tarissent jamais et sont remplis par une eau très pure, très 
riche en oxygène dissous, très limpide. Lis rivages de ces lacs sont d'ail- 
leurs marécageux. 

a" Les lagunes et fossés sont, au contraire, peu profonds : la lagune 
de Santa-lsahel n'a guère plus de 80 centimètres pendant la saison des 
pluies; l'eau en est impure, peu riche en oxygène dissous et croupissante 
à cause des matières organiques en décomposition qui s'y trouvent; de 
plus, elle tarit dans la saison sèche. 

Faune de Ghai.co et Xochimilco. — Poissons. — Les Poissons y sont 
ahondanls, atteignant une grande taille, ovipares sans exception; j'ai rap- 
porté Chirostoma humboldliana cl Mjrnnsea Sallci (Gi'inther). 

Batraciens. — L'Axolotl est 1res abondant dans ces deux lac-;; c'est 
l'Axolotl néoténique : Siredon Rumboldti , celui probablement qui fut envoyé 
par le maréchal Forey en i<S!i->. (Ici Axolotl respire à peu près uniquement 
par ses branchies: la quantité d'oxygène absorbée ainsi peut suffire à l'être; 
elle est, en eiïet, proportionnelle à la surface des branchies, qui sont ici bien 
développées (sur 5o exemplaires examinés par le professeur Villada , tous 
avaient les branchies en parfait état), et à la quantité d'oxygène dissous 
dans l'eau, qui est ici très grande; l'animal peut rester, par suite, long- 
temps sous l'eau et ne fait usage de ses poumons que 1res rarement; on 
peut le forcer à adopter la respiration pulmonaire en le mettant dans une 
eau peu riche en air dissous : mis dans de l'eau des environs de Mexico, il 
vient toutes les 5 minutes à la surface, ne pouvant plus absorber par ses 
branchies la quantité d'oxygène nécessaire; dans ces mauvaises conditions, 
l'Axolotl se métamorphose en Amblystome (expériences classiques). Dans 
les lacs, au contraire, l'animal n'est jamais obligé de faire usage de ses 
poumons; la vie terrestre serait, de plus, désavantageuse pour l'espèce, 
et l'animal ne se métamorphose pas. 11 pond ses œufs sur les plantes aqua- 
tiques et reste toute sa vie aquatique. 

H existe dans les lacs une Grenouille brancbilere : c'est une Grenouille 
normale, adulte, anoure, possédant en avant des pattes antérieures et de 
chaque côté de la tête 2 replis cutanés, semi-circulaires, qui permettent à 
l'animal de respirer l'air dissous el de ne venir que rarement à la surface. 
Les Anoures sont moins plastiques (pie les Pérennibranclies , (''tant obligés 
pour adopter une vie franchement aquatique d'employer des organes sur- 



— 25 — 

ajoutés, et non des organes larvaires comme les seconds. (Axolotl, Protée, 
Triton alpestris , elc.) 

Faune des lagunes et des fossés. — Poissons. — 1 seule espèce, un 
Cyprinodonte, le Girardinichtys innominatus (Bleeker) , de petite taille, à 
bouche dorsale , et vivipare. — Son aire est très vaste : fossés de Mexico, 
Tacuba, Atzrapotzalco, Tlalnepanlla, Rio del Gonsulado, Rio de Guade- 
Inpe, canal de la Viga, lagune de Santa Isabel, etc. Tous ces fossés et 
lagunes, sauf le canal de la Viga, sont taris dans la saison sèche. 

La position de la bouche (1) est en rapport avec la pauvreté de l'eau en 
air dissous, l'animal pouvant ainsi absorber l'eau superficielle, la plus 
riche en oxygène; ces Poissons sont des Poissons de surface. L'espèce ré- 
siste au dessèchement des lagunes grâce à sa viviparité : la femelle conser- 
vant ses œufs les protège avec elle ; un petit nombre de ces femelles arrivent 
à se réfugier dans une flaque d'eau à l'ombre et peuvent attendre la saison 
des pluies; la multiplication est d'ailleurs très rapide dans ces formes, une 
femelle faisant i5 à 9.0 petits; elle facilite la sortie des jeunes en se frottant 
contre les herbes aquatiques. La petite taille est également en rapport avec 
les mauvaises conditions de vie; les plus gros meurent, en effet, les pre- 
miers. 

Batraciens. — On trouve dans ces lagunes de nombreux Têtards, qui se 
tiennent le plus souvent verticaux, la bouche absorbant l'eau superticielle; 
dès l'apparition des mauvaises conditions, la métamorphose a eu lieu; un 
grand nombre , d'ailleurs , meurent. 

L'Axolotl existe en très grande abondance dans la lagune de Santa 
Isabel; ce n'est d'ailleurs pas le même que celui de Xochimilco : c'est le 
Siredon tigrinum, qui se métamorphose toujours en Amblystoma tigrina. Dès 
le jeune âge, cet Axolotl, ne trouvant dans l'eau de la lagune qu'une partie 
de l'oxygène qui lui est nécessaire, doit faire usage de ses poumons; on 
comprend d'ailleurs qu'avec l'âge, la respiration pulmonaire prend plus 
d'importance, car, à mesure que l'animal avance en âge, la lagune se des- 
sèche , un certain nombre d'animaux y meurent et leur décomposition en- 
lève à l'eau, déjà croupissante, une partie de son oxygène dissous; on com- 
prend donc qu'au moment où la lagune est presque desséchée, les Axolotls, 
d'une façon naturelle, ont été amenés à la respiration pulmonaire unique, 
et par suite vont aller à terre chercher leur nourriture et un lieu humide; 
la métamorphose, préparée dès le jeune âge, marche de pair avec le des- 
sèchement; elle est d'ailleurs forcée, car l'Axolotl qui ne se serait pas méta- 
morphosé à temps périrait sûrement. En mettant le Siredon tigrinum, dès le 

0) Les Poissons à bouche terminale meurent très rapidement quand on les met 
dans cette eau. 



— 26 — 

jeune âge, flans de l'eau très riche en oxygène, on obtiendrait probable- 
ment un Axolotl néoténique. 

L'eau des fossés est tellement impure et peu propre à la vie dos animaux 
aquatiques, que les Gammares n'y peuvent vivre et viennent seulement y 
mouiller leurs branchies, respirant l'air en nature'' 



, (i) 



Caxal de la Viga. — Ce canal, non tarissable, présente un mélange 
apparent des deux formes de Poissons, ovipares et vivipares: on y trouve, 
en effet, Chirostoma hwnboldtiana , Algansea Sallei , et Girard'nnchtys inno- 
minalus, qui y atteint une plus grande taille. En réalité, ces Poissons ne 
sont pas là dans leur milieu : Chirostoma et Algansea sont des émigrés, 
venus de Ghalco, par le canal de Cbalco, à la suite du dessèchement de ce 
lac; avant le dessèchement, ils n'existaient pas dans le canal (Combalu- 
zier). La présence du Girardinichthys s'explique par ce l'ail , (pie le canal 
date des Espagnols et était autrefois occupé par une lagune peu profonde, 
communiquant avec les précédentes et séparée des lacs de Ghalco et Xnchi- 
milco par la chaîne des volcans de Santa Galarina et la Calzada aztèque de 
Metzicalciugo. Dans ce canal, ou trouve également des (iarpes d'impni •talion 
européenne récente. On ne peut tirer ici aucune rmclushn. 

Si on compare avec les faits observés d'une façon précise dans d'autres 
régions, on peut dresser le tableau suivant : 

I. Cbalco, Xochimilco, rio et lac de Lerma, Palzcuaro (Michoacan) : 

Eau profonde, limpide, non tarisstable. 

I Chirostoma kumboidtiana , Algansea Snl ■ 

n ■ ■ \ loi (Ghalco, Xorliimilco, ferma). 

Poissons ovipares .' v ' 

J Chirostoma extor, Algansea Dugesi(Palz- 
' ruaro). 

. , ., , ., . , jf9 \ ( Siredon llmtil-oldii (Xochimilco, C.lialrn). 

Axolotls neoteniquos normalement ^ . j v ' 

( Sirrdou Dumeriii (Patzeuaro). 

II. Lagune de Santa Isabel : 

Eau peu profonde, croupissante, sale, tarit régulièrement tous les ans. 
Poissons vivipares, à bouche dorsale : Girardinichthys innominalus. 
Axolotls se métamorphosant normale- ( Siredon tigrinum. 
.nenl en Amblystomes | Amblystoma tigrina. 

Ce tableau explique suffisamment les différences de faune et nous ex- 

< 1} Memorias y Revista de la Sociedad Cientifica Antonio Alzate, 1897. 
(2 > La présence d'Amblystomes au sud du lac de Xochimilco (M. Velasco) s'ex- 
plicpie par la présence des marécages environnant ce lac. 



— 27 — 

plique, de plus, la néotéuie de l'Axolotl des grands lacs; il nous montre, 
de plus, que la provenance des Axolotls est d'une importance capitale pour 
interpréter les expériences faites en Europe. 



Premier Supplément au catalogue des Eucnemid^e 
nu Muséum d'histoire naturelle de Paris, 

par Ed. Fleutiuw 

1 . Dromaeolus incertus n. sp. 

k mill. 1/9. Corps allongé, atténué en arrière, assez convexe; d'un noir 
de poix peu brillant; pubescence grise, plus apparente sur la moitié anté- 
rieure du corps. Tête fortement ponctuée; carène interoculaire entière si- 
nueuse, saillante au milieu. Epistome triangulaire à base caréniforme. 
Anlennes ferrugineuses, no dépassant pas la base du protborax; premier 
article un peu obscur, aussi long que les trois suivants réunis; deuxième 
très court, plus petit que le quatrième; troisième plus long que le suivant; 
quatrième pas plus long que large; cinquième à dixième un peu plus longs, 
subégaux, diminuant graduellement de largeur; dernier plus long que le 
précédent, mince et allongé. Pronotum atténué en avant de la base au 
sommet, non sillonné; ponctuation forte et rugueuse. Elylres atténués en 
arrière, distinctement striés, à ponctuation rugueuse moins forte que celle 
du pronotum. Dessous de la même couleur, avec le bord inférieur des 
hancbes postérieures rougeâtre; ponctuation forte sur le propectus et le 
métasternum, tine sur l'abdomen. Bord externe des propleures plus long que 
le postérieur; saillie proslernale large, atténuée en arrière, subarrondie au 
sommet. Epipleures des élytres rétrécies en arrière. Episternes métathora- 
ciques élargis en arrière. Hancbes postérieures dilatées en dedans, un peu 
plus larges en dehors que l'extrémité des episternes métatboraciques. Der- 
nier segment abdominal arrondi. Pattes ferrugineuses avec les cuisses un 
peu brunâtres. Tibias postérieurs plus longs que les tarses. 

Nouvelle-Guinée, baie de Geelvinck (Raffray et Maindron, 1878). Un 
exemplaire. 

Cette espèce appartient au groupe ferruginipes-tibialis-htngicollis. Elle dif- 
fère defernifjinipes par son epistome caréniforme à la base et de longicollis 
par le triangle des propleures seulement un peu plus long que large, par 
les episternes métathoraciques élargis en arrière et par les tibias postérieurs 
plus longs que les tarses. 

2. FORNAX GOINEENSIS Bonv. 

Congo, Franceville (de Brazza, 1886). Un exemplaire. 

Cette espèce est remarquable par le peu de profondeur du sillon mar- 



— 28 — 

ginal du propectus, élargi en arrière et fermé, avant la base, par le pro- 
longement de la carène formant le côté inférieur du triangle propleural. 

3. Fornax c.oncolor E. Blaiich. 

Nouvelle-Guinée, baie de Geelvinck (Raffray et Maindron, 1878). Un 
exemplaire. 

h. Fornax seponendts Bonv. 

Malacca (de Morgan, 189G). Un exemplaire. 

5. Fornax Brazzai n. sp. 

11 mill. Corps allongé, assez convexe, d'un brun noirâtre, cou- 
vert d'une pubescence jaune, courte et peu serrée. Tète convexe à ponc- 
tuation assez forte: carène interoculaire nulle. Epistome rétréci à la base, 
plus étroit que l'espace compris entre lui et l'œil. Antennes filiformes, d'un 
ferrugineux brunâtre, ne dépassant pas la base du prothorax; premier ar- 
ticle cylindrique, aussi long que les trois suivants réunis; deuxième aussi 
long que large; troisième plus long que les deux suivants réunis: quatrième 
subégal au second; cinquième à septième à peu près de la même longueur 
que le quatrième; huitième à dixième un peu plus longs; dernier une fois 
et demie plus long que le précédent, mince et atténué. Pronotum plus long- 
que large, parallèle, rétréci seulement à partir du quart antérieur; base 
très sinuée; ponctuation forte et serrée. Élytres faiblement atténués à partir 
de la base et plus fortement dans la seconde moitié; à peine distinctement 
striés; surface couverte d'une ponctuation forte à la base, devenant plus 
légère et moins sériée en se rapprochant de l'extrémité. Dessous à ponc- 
tuation légère. Sillons antennaires lisses, limités intérieurement par une 
carène. Bord inférieur des propleures moins long (pie l'externe. Saillie 
prosternale large à la base, atténuée en arrière et arrondie à l'extrémité. 
Épipleures des élytres rétrécies en arrière. Episternes métathoraciques pa- 
rallèles, plus étroits que les épipleures à la moitié de leur longueur. Hanches 
postérieures largement dilatées en dedans. Dernier segment abdominal ter- 
miné en pointe. Pattes d'un ferrugineux obscur. Premier article des tarses 
postérieurs aussi long que les suivants réunis. Ongles faiblement épaissis à 
la hase. 

Congo, Franceville (de Brazza, 188G). Un exemplaire. 

Cette espèce vient se placer dans le voisinage des substriatus-sepohendvs ; 
sa forme générale plus convexe et son pronotum plus long que large et ré- 
tréci seulement tout à fait en avant lui donnent un aspect différent. 

0. Fornax adnexus Bonv. 

Java (Pasteur, 1896). Plusieurs exemplaires. 

7. Fornax superbiis Bonv. 

Java , baie de Meuwen . détroit de la Sonde (Raffray et Maindron , 1 878). 
Un exemplaire. 



— 29 — 

8. Fornax bipartitus n. sp. 

6 raill. a/3. Allongé, peu convexe, atténué en arrière; partie antérieure 
rouge, seconde moitié noire, pubescence assez longue et clairsemée, de la 
couleur du fond. Tête rouge à ponctuation médiocre, peu serrée; carène 
interoculaire interrompue au milieu. Kpistome rétréci a la base, aussi large 
que l'espace compris entre lui et l'œil. Antennes noires avec les deux pre- 
miers articles et l'extrémité du dernier rouges, dépassant la base du pro- 
thprax; quatrième article deux fois plus long que le deuxième; dernier plus 
long que le précédent , atténué au sommet. Pronotum rouge , aussi large 
que long, curvilinéairement rétréci de la base au sommet; ponctué comme 
la tête. Écusson rouge, triangulaire, assez allongé. Elytres rouges dans leur 
cinquième antérieur, noirs au delà, atténués en arrière, déhiscents au 
sommet; stries à peine distinctes, sauf la suturale; ponctuation fine et peu 

serrée. 

Dessous jaune, abdomen noirâtre avec le dernier segment un peu rou- 
geâtre ; ponctuation écartée. Épipleures des ély très larges à la base , rou- 
geâtres. Épisternes métathoraciques parallèles , plus étroits que les épi- 
pleures. Hanches postérieures birgement dilatées en dedans. Dernier segment 
abdominal atténué en arrière, tronqué au sommet. Pattes jaunes; tarses 
postérieurs plus longs que les tibias, leur premier article aussi long que 
les suivants réunis ; ongles épaissis à la base. 

Nouvelle-Guinée, baie de Geelvink (Raffray et Maindron, 1878). Lu 
exemplaire. 

Espèce du groupe de speclabilis-airogans ; se reconnaît aisément à la cou- 
leur rouge orangé de la base des élylres et à son abdomen noirâtre. 

9. Fornax obrctus Guér. 

Costa Rica (de Lafon, i884). Un exemplaire de 1 1 millimètres. 

10. Fornax mendax Bonv. 

Darien (F. Geay, 1896). Malgré sa petite taille de 9 millimètres, je 
rapporte à cette espèce l'unique exemplaire du Muséum. 

1 1 . Plesiofornax sublucidus Bonv. 

La Mana, Guyane française (Mélinon, 186/4). Un exemplaire. 

12. MlCRORUAGOS INTERPOSITOS BoilV. 

Goyaz (Castelnau, 18/17). In exemplaire. 

13. Arrhipis sdbacuta Guér. 
Costa-Rica (de Lafon, i884). 

l'i. CoMPSOCNEMIS AlBERTISI Fleut. 

Nouvelle- Guinée, ile Salawatti (Raffray et Maindron. 1878). Un exem- 
plaire. 



— 30 — 

15. Compsocnemis Raffrayi n. sp. 

i5 mil!. Corps allongé, parallèle, atténué seulement tout à fait à 
l'extrémité; d'un jaune soyeux en dessus avec une grande partie de la 
tête, le milieu du pronotum et l'écusson noirs. Tête convexe, noire avec le 
bord antérieur de l'épistome, le pourtour des yeux et deux taches sur le 
milieu du front jaunes; ponctuation assez fine et serrée. Front légèrement 
déprimé au milieu. Epistome rétréci à la hase, un peu plus large que l'es- 
pace compris entre lui et l'œil. Antennes longues, atteignant la moitié du 
corps, entièrement noires; premier article comexe, en massue, de la lon- 
gueur du troisième; deuxième très court; troisième à dixième à peine gra- 
duellement allongés et fortement dentés; dernier en ovale allongé, presque 
deux fois aussi long que le précédent, Pronotum un peu plus large que 
long, atténué de la hase au sommet, subsinué latéralement, sillonné au 
milieu, orné au milieu d'une grande tache noire, plus large en avant; bord 
antérieur très légèrement échancré au milieu; angles postérieurs aigus, 
assez prolongés en arrière; ponctuation fine cl serrée. Écusson très allongé, 
noir, bordé de rouge seulement tout à fait en avant. Klylres entièrement 
jaunes, ponctués-striés. Dessous noir avec le propectus-, les hanches inter- 
médiaires et leur pourtour et deux taches au milieu des deuxième cl troi- 
sième segments abdominaux jaunes; ponctuation fine et serrée, surtout en 
arrière. Sutures prosternales parallèles. Saillie étroite. Epipleures des élytrôs 
assez brusquement rétrécies en arrière. Episterncs métatboraciques étroits, 
parallèles, beaucoup moins larges que les epipleures. Ilanclies postérieures 
sinueuses, fortement dilatées en dedans. Pattes noires avec la base des 
cuisses et des tibias brunâtres et les deux derniers articles des tarses tes- 
tacés. 

Nouvelle-Guinée, baie de Geelvink (Haffray et Maiudron, 1878). Un 
exemplaire. 

En dehors de la coloration, que je crois très variable dans les espèces de 
ce genre, C. HajJ'rayi se distingue de ses congénères principalement par la 
forme de son pronotum rétréci de la base au sommet. Sa place est auprès 
A'Albertm, mais le système de coloration de la tête et du pronotum est 
tout autre. 

Var. Maindroni, même localité. Un exemplaire. 

1 2 mill. 1/2. Entièrement jaune en dessus, avec une seule tache longi- 
tudinale noire sur le milieu du front. Premier article des antennes jaune; 
deuxième brunâtre. Pronotum plus sensiblement rétréci en avant, ses côtés 
incurvés en dedans. Dessous jaune avec le pourtour de l'abdomen noirâtre. 
Cuisses et base des tibias jaunes. 

16. Anelastes Drirvi Kirby. 

Savannah (Harper, i843-i8M). Deux exemplaires. 



— 31 — 

17. Lycaon Kr.utzi Bonv. 

Tasmanie (Verreaux, i846). Deux exemplaires. 

18. Lycaon novds? Bonv. 

Tasmanie (Verreaiix, 18^6-18/17). Trois exemplaires. 
Les antennes manquant aux trois exemplaires, c'est avec doute que je 
les rapporte à cette espèce. 

19. Lycaon nigricans? Bonv. 

Tasmanie (Verreaux, 1866). Un exemplaire. 
Même observation que pour l'espèce précédente. 

20. Ei)MENEs (l) Bakewelli Bonv. 
Tasmanie (Verreaux, i844). Un exemplaire. 

21. Mesogenus Mellyi Bonv. 
Laos (Harmand, 1876). 

L'unique exemplaire du Muséum a le front légèrement déprimé au mi- 
lieu mais non sillonné; le pronotum est dépourvu des deux petites impres- 
sions lisses en forme de virgule, signalées par l'auteur. Le bord inférieur 
des segments abdominaux est relevé de chaque côté, près du bord latéral 
des élytres. 

H'2. Mesogenus siamensis u. sp. 

4 mil!. 1/2 à 5 mill. 3/4. Corps allongé, subcylindrique , d'un brun 
noirâtre, couvert d'une fine pubescence jaune. Tête convexe, carénée au 
milieu, ponctuation assez forte et rugueuse. Epistome rétréci à la base, 
plus large que l'espace compris entre lui et l'œil. Pronotum à peu près 
aussi long que large , rétréci dans son quart antérieur, sillonné à la base , 
fortement et rugueusement ponclué, surtout sur les côtés. Écusson trans- 
versal. Elytres arrondis au sommet, distinctement sillonnés, couverts d'une 
ponctuation rugueuse devenant moins forte en arrière. Dessous d'un brun 
rougeàtre plus ou moins foncé, ponctué fortement dans la partie anté- 
rieure , légèrement en arrière. Saillie prosternale longue , atténuée graduel- 
lement en arrière. Bord inférieur des propleures égal à l'externe. Episternes 
métathoraciques nuls en avant, apparents seulement un peu au-dessous de 
la base et faiblement élargis en arrière, formant un triangle très allongé. 
Hanches postérieures larges, angulaires et dilatées en dedans. Dernier 
segment abdominal rugueux, atténué en forme de gouttière, en pointe 
obtuse à l'extrémité. Pattes d'un brun rougeàtre, quelquefois obscur. 

< l) J'ai acquis récemment un exemplaire de cette espèce provenant, de Victoria. 
Jusque-là, je m'étais fait une idée fausse de ce genre, et l'espèce que j'ai décrite 
daus les Ann. del Mus. civ. Gen., 1896, p. 5o8, sous le nom de Chloropteru* , 
devra probablement en être extraite. 



— 32 — 

Tarses ferrugineux, cylindriques; les poste'rieurs à peu près de la longueur 
du tibia, leur premier article aussi long que les suivants réunis. 

Bangkok (Larnaudie, 186Ù). Deux exemplaires. 

Espèce voisine de M. sumatrensis , de l'orme moins allongée el moins 
parallèle; pronotum sillonné seulement à la base; sillon antenna're plus 
prolongé en arrière, mais n'atteignant cependant pas tout à fait le sommet 
de l'angle postérieur du propectus; hanches postérieures moins paral- 
lèles. 



Crustacés nouveaux provenant des campagnes du Travailleur 

et du Talisman, 

par A. Milne Edwards et E. L. Bouvier. 



Leucosiftdésa 

Ebalia (Phlyxia) atlantica sp. nov. 

La carapace est aussi large que longue, déprimée en arrière du Iront et 
des orbites, renflée sur les régions bépatiques et munie (Tune aire car- 
diaque très saillante et limitée par un sillon. Ses bords latéraux, sur les 
deux tiers antérieurs des régions branchiales, sont tranchants et irréguliè- 
rement découpés; en avant, ils se perdent peu à peu sur la face inféro- 
externe des saillies bépatiques, dont ils sont séparés par une échancrure 
(comme Aan&V Ebalia tuberosa); en arrière, ils se continuent par une ligne 
de granules assez forts, et s'arrondissent avant d'avoir atteint le bord posté- 
rieur, qui est saillant et plus ou moins écbancré en son milieu. Le front est 
saillant, légèrement échancré sur la ligne médiane, et muni d'une tacelle 
triangulaire supérieure à bords obtus; les régions ptérygostonniennes de la 
carapace sont saillantes et s'aperçoivent en avant des saillies bépatiques; on 
observe enfin, au-dessus de chaque orbite, deux sillons qui représentent les 
échancrures sus-orbitaires. La surface tout entière de la carapace, l'abdo- 
men, les pattes-mâchoires externes et les pattes antérieures sont couverts de 
granules arrondis et dès déprimés; ces granules atteignent leur dimension 
maximum sur la partie postérieure de la carapace, sur le sternum, sur l'ab- 
domen, sur les pattes-mâchoires externes et sur le méropodile des pattes 
antérieures; ils se réduisent déjà beaucoup sur le carpe de ces pattes et sur 
la moitié interne de leur pince: ils détonnent très petits el très serrés sur 
la partie antérieure de la carapace, sur toutes les pattes ambulatoires el sur 
la partie externe des pinces. Dans les parties où se trouvent de gros gra- 
nules, on en observe aussi de petits qui s'intercalent entre les grands. 
Les pédoncules oculaires se terminent par une cornée un peu échancrée 



— 33 — 

du côté dorsal; la cavité qui les loge communique avec les cavité-; antennu- 
laiivs par une fissure où vieut se loger une partie des pédoncules antennaires. 
Ces derniers sont très courts et leur fouet atteint à peine l'extrémité de la 
cornée. 

La base de l'exopodite des pattes-mâchoires externes s'élève en avant 
aussi loin que l'extrémité du méropodite, qui est subaiguë; l'exopodite est 
arrondi en avant, et se dilate beaucoup à sa base; son bord externe est 
légèrement concave. Les pattes antérieures se font remarquer par leur mé- 
ropodite allongé et presque arrondi, par leur carpe court et un peu con- 
cave sur le milieu de son bord externe, par l'inflexion de; pinces au niveau 
de l'articulation des doigts, et par l'amincissement du bord supérieur de la 
région palmaire qui forme una sorte de carène saillante. Le bord inférieur 
de la pince est arrondi. Les doigls sont un peu plus courts que la portion 
palmaire, finement denticulés sur leurs bords en contacts, et ornés de 
quelques courts poils; sur leur face supérieure ou externe, ils sont ornés 
de fins granules qui se disposent en lignes longitudinales très apparentes: 
ces lignes sont un peu moins visibles sur la face inférieure. Les pattes 
ambulatoires décroissent progressivement de longueur de la première à 
la dernière; le doigt de la plus longue atteint à peine la base des pinces; 
tous les articles de ces appendices sont assez étroits et plus ou moins ar- 
rondis; les doigts sont pdifères, plus longs que le propodite et armés 
d'une griffe rudimentaire. 

Dans les deux sexes , les segments abdominaux 3 , k , 5 et 6 sont com- 
plètement soudés et c'est à peine si un sdlon transversal permet d'aperce- 
voir la limite de ces segments. 

Les mâles se reconnaissent aisément à leurs pattes qui sont plus allon- 
gées que celles des femelles. Ils se distinguent d'ailleurs de ces dernières 
par l'échancrure plus profonde des bords postérieurs de la carapace, et par 
la présence de trois saillies dorsales qu'on trouve à la surface de celte der- 
nière sur la partie postérieure de l'aire gastrique. Le dernier article de l'ab- 
domen du mâle s'articule avec le précédent suivant une ligne anguleuse et 
présente une sorte de tubercule saillant au sommet de l'angle formé par 
cette ligne ; en arrière , il paraît brisé dans notre spécimen , mais il ne dé- 
passe pas, certainement, la base de l'ischiopodite des pattes-mâchoires. Il 
en est tout autrement dans la femelle : le dernier article n'a pas de tubercule 
articulaire, il est arrondi en arrière et s'avance dans le cadre buccal, où il 
est recouvert et protégé en partie par la base de l'ischiopodite de ces der- 
niers appendices. Cette disposition permet, vraisemblablement, de rendre 
hermétique la fermeture de la spacieuse chambre incubatrice de l'animal. 

Dans l'alcool, ce Crustacé est violacé sur le dos et présente de grandes 
taches rouges en divers points des appendices (méropodite de toutes les 
pattes, base des doigts des pinces). 

Cette espèce n'est pas sans analogie avec YEbaîia (Phhjxia) granulosa, 

Muséum. — - iv. •* 



— 3/4 — 

Hasvvell,des côtes d'Australie: mais ses saillies dorsales sont moins élevées, 
son bord postérieur est moins saillant, sa carapace est plus régulièrement 
arrondie et ses régions branchiales sont dépourvues de saillie. Du reste, 
toutes les parties du test sont bien plus granuleuses, les pattes sont plus 
fortes et la région palmaire des pinces est beaucoup moins allongée. Dans 
notre espèce, le front est vaguement quadrilobé, beaucoup moins pourtant 
que dans les Phlyxia typiques. Dans l'espèce d'Haswell, il est simplement 
bilobé, aussi Miers range-t-il cette dernière espèce parmi les Ebalia. 

VEbalia allaniica fut trouvée par le Talisman près de l'ilôt Branco, îles 
du Cap Vert, par Go mètres de profondeur. 

Merocryptus obsoletus sp. nov. 

La carapace est plus large que longue et sans bords latéraux distincts; 
toutes les saillies qu'elle forme sont fortes et arrondies; les plus grandes 
sont celles du lobe cardiaque, qui est limité en avant par un faible sillon, 
et celles des lobes branchiaux qui sont énormes et qui recouvrent à peu 
près toute la moitié basilaire du méropodile de la deuxième patte ambu- 
latoire. La saillie hépatique est large, mais peu élevée, et les deux saillies 
gastriques ont la forme de cônes obtus; la saillie impaire de la partie pos- 
térieure de l'aire gastrique est à peine indiquée; la saillie ptérygostomienne 
est encore plus réduite et ne s'aperçoit pas du côté dorsal. Toutes les par- 
ties externes du corps sont couvertes et comme cortiquées par des cham- 
pignons serrés dont les bords, plus ou moins polygonaux et irrégulière- 
ment découpés, s'engagent les uns dans les autres. Sur les doigts, ces 
champignons deviennent de forts granules, 

Les pédoncules oculaires sont dilatés à leurs deux extrémités; comme 
chez tous les représentants du genre Mcrocvi/ptus , ils sont logés dans une 
cavité orbilaire qui communique largement avec la cavité des antennes. 
L'article basilaire de l'exopodile des pattes-mâchoires postérieures a le bord 
externe régulièrement arqué; il atteint à peu près le milieu du méropodite 
des mêmes appendices. 

Les pattes sont dépourvues d'épines comme la carapace et sont ornées 
comme elle de renflements arrondis qui donnent à l'animal une apparence 
noueuse caractéristique. Le méropodite des pattes antérieures est sub- 
cylindrique et un peu rende vers la base, sur sa face interne; il présente 
en dehors les rudiments ou l'ébauche de deux ou trois tubercules coniques ; 
le corps est court et un peu aplati en dehors. La pince est très dilatée à la 
base, assez amincie en avant; elle s'incurve de del.ors en dedans et de 
haut en bas. Ses doigts sont ornés de séries de granules qui les sillonnent 
longitudinalement et qui rendent leur bord externe finement denticulé; les 
bords internes sont en contact sur toute leur étendue et irrégulièrement 
denliculés; les griffes terminales se croisent à leur extrémité. Les pattes 
ambulatoires se font surtout remarquer par la brièveté de leur corps qui 



— 35 — 

est renflé en sphère, par la nodosité qui termine en avant leur méropodite 
et par la forme de leur propodite, qui est plus large et plus fort en avant 
qu'en arrière. Les doigts sont finement granuleux, peu arqués, à peu près 
nus, et armés en avant d'une griffe peu saillante; ils sont h peine plus 
longs que le propodite et présentent quelques tubercules très obtus sur 
leur bord inférieur. 

L'abdomen du mâle est un peu concave sur les bords; sur la face dor- 
sale de la pièce que forment , par leur soudure , les articles 2 à 6 , on observe 
un certain nombre de saillies fines et peu accentuées qui délimitent assez 
mal les divers articles. Le dernier segment est long, triangulaire et obtus 
à son extrémité libre; il présente un tubercule médiocre un peu en arrière 
de sa ligne articulaire, qui est convexe en avant. 

La couleur dans l'alcool est rose-jaunàtre, avec de nombreuses raies 
rouges sur toutes les parties du corps. 

Cette espèce se rapproche surtout du M. lambriformis A. iMilne Edwards, 
qui habile Upolu dans le Pacifique, et peut-être trouvera-t-on plus tard 
des formes intermédiaires entre cette espèce et l'individu que nous décri- 
vons aujourd'hui. En attendant, nous dirons que le M. lambriformis se dis- 
lingue du .1/. obsoktus par ses deux fortes saillies rostrales, par le grand 
développement latéral de ses saillies gastriques , par la profonde échancrure 
de son bord extérieur, par les deux épines du méropodite de ses pattes 
antérieures, enfin par la présence de saillies latérales pré-branchiales assez 
développées. 

Le M. boktifer Edw. et Bouv. a des champignons moins nombreux, des 
épines très développées sur toutes les pattes et des lobes branchiaux tran- 
chants sur leur pourtour le plus externe. 

Le M. obsolelus a été trouvé aux îles du Cap Vert, par 76 mètres de 
profondeur. 



Sur deux types nouveaux de Crustacés Isopodes 
appartenant 1 la faune souterrune des cévennes, 

par M. Adrien Dollfus. 

(Laboiutoire dt. M. Bouvikiî.) 

Les recherches que M. A. Viré avait faites, en i8q5, dans les grottes du 
Jura, avaient amené la découverte d'un type nouveau de Crustacé du 
groupe des Sphéromides, qui vit dans la grotte de Heaume-les-Me-sieurs 
et que nous avons décrit sous le nom de Cœcotphacroma Virei. 

En 1896, MM. Viré et le docteur P. Piaymond ont porté leurs investi- 
gations dans la région des Cévennes , où de nouvelles et très belles décou- 
vertes leur sont dues. Elles ont enrichi la faune française de deux genres 

3. 



— 3fi — 

nouveaux d'Isopodes , un Spliéromide ' et un Asellide. Tous deux ont un 
aspect 1res particulier : le Spliéromide est d'une taille très remarquable, 
atteignant 16 millimètres; l'Asellide, d'une extrême étroitesse, est d'ap- 
parence vermiforme. 

Il serait prématuré d'affirmer, vu le petit nombre de types actuellement 
trouvés, que nous nous trouvons ici en présence de formes archaïques, 
restes d'une faune tertiaire marine dans des eaux progressivement dessalées; 
mais celte élude de la faune carcinologique des grottes nous amène à des 
découvertes 1res suggestives, et nous espérons que les vaillants explora- 
teurs qui l'ont entreprise feront faire de nouveaux progrès à notre connais- 
sance de cette étrange faune. 

Splia»roniid<*s . novum fjenus. 

Corps ovale allongé ; cepbalon à première paire d'antennes plus grêles 
et plus courtes que les secondes, à mésépistome élroit et allongé; yeux 
absents. Pereion à parties coxaies bien développées sur les segments 2 à 7. 
Pereiopodes supérieurs grêles, ceux des trois premières paires préhen- 
siles. Pleon à cinq segments libres. Pleotelson grand, formé par la coa- 
lescence d'un seul segment du pleon avec le telson; appendices des uro- 
podes subégaux. 

Sphœromides Raymondi , nova species. 

Corps assez allongé, lisse. Cepbalon à angles antéro-latéraux assez 
accentués, presque lobules; boni frontal un peu émarginé au milieu. Pro- 
sépistome peu développé; mésépistome grand. Antennes de la première 
paire à tige 3-arliculée, à fouet 18-articulé; celles de la deuxième paire à 
tige formée de cinq articles épais, à fouet multiarticulé (incomplet dans 
l'exemplaire examiné). Yeux absents. Pereion : premier segment grand à 
angles posléro-laléraux. aigus; segments suivants à parties coxaies très 
nettement délimitées et se prolongeant postérieurement en une pointe 
aiguë; premiers pereiopodes courts, à propodite ovale allongé, très déve- 
loppé: daclylopodite égalant les deux tiers de la longueur du propodite; 
les deux paires suivantes également préhensiles, mais plus allongées et plus 
grêles; les dernières très grêles et non chélifères. Pleon: segments libres 1 
à h à angles postéro-latéraux aigus ; cinquième segment moins développé 
et sans processus latéraux. Pleotelson à sommet arrondi et poilu sur les 
bords. Pleopodes arrondis du côté externe et à bords poilus. Uropodes à 
base très développée avec un processus dentiforme du côté interne: endo- 

'" Ce qui porte à trois le nombre des genres (et des espèces) do Splu'romides 
cavernicoles d'Europe : Mouolislra cwca GersUncckor, Cœcosphaeroma Virei Dollfus, 
Sphœromides Raymondi, Dollfus. 



poditc.un peu plus grand que l'exopodite, tous deux sont longuement 
poilus du côté interne et tronqués au sommet; ils dépassent à peine le 




Fio\ 1, i«, 16. — Spheeromides Raymondi Dolllus. sp. nov. 
La Dragonnitoe (Anlèche), D r Raymond. 

pleotelson. Couleur blanche. Dimensions : longueur, 16 millimètres; lar- 
geur, 5 millim. 1/2. 

Un exemplaire : source de la Dragonnière, Ardèche (D r Paul Raymond). 



Stenasellus. novum genus. 

Corps très étroit , allongé. Cephalon intimement uni au premier segment 
pereial. Antennes inégales, celles de la première paire plus courtes que 
celles de la seconde; le fouet est garni de poils olfactifs. Yeux absents. 
Segments 2 h 7 du pereion à parties coxales très petites. Pereiopodes de la 
première paire à propodite allongé; pattes suivantes grêles. Pleon à trois 
premiers segments libres et très développés, en reirait sensible sur les seg- 
ments pereiaux; pleopodes étroits. Pleotelson oblong-allongé: uropodes 
très développés. 

Stenasellus Virei , nova species. 

Corps très allongé, presque vermiforme, garni de quelques poils, surtout 



— 38 — 

postérieurement. Cephalon à front présentant un petit processus médian. 
Antennes de la première paire grêles, à tige 3-arliculée, à fouet 7-arli- 
culé; celles de la deuxième paire plus longues et plus fortes, à tige /«-ar- 
ticulée, à fouet multiarticulé (incomplet dans l'individu examiné). Yeux 
absents. Pereion: premier segment peu distinct du cephalon ; parties coxales 
des segments 2 à k situées vers le milieu du bord latéral; celles des seg- 
ments 5 à 7 situées à l'angle posléro-laléral. Pereiopodes de la première 
paire à basipodite large et presque quadrangulaire , à propodile allongé et 



S, 



; 



**z 




^v%\\\^ \-v 



Kig. 9 et :>. a. — Stenasellus I ira Dollfus s|>. nov. 
Puits de l'iidirac (Lot). 

dactylopodite presque aussi long que le propodite et appliqué contre lui. 
Pereiopodes des segments suivants assez grêles cl allongés. Pleon à trois 
premiers segments très développés, en retrait sensible sur le pereion, à 
angles postéro-laléraux subaigus. Pleotelson grand, (\oj\x lois plus long que 
large, ;i bord postérieur sinueux. Uropodes très développés, à exopoditeel 
endopodite subégaux, j)lus longs que dans A. aquaticus, et terminés par 
un fort bouquet de poils. Couleur blanche. Dimensions : longueur, 7 mil- 
limètres; largeur, i millim. 2. 

Un exemplaire, recueilli à Padirac, à i5o mètres de profondeur (A. 
Viré). 



Note sur les Récits madrÉporiqoes observés à Djibouti, 

PAR H. CoiJTIKRE. 
(Laboratoire de MM. Milhe Edwards et Bouvier.) 

Les Alpbées comptant parmi les habitants les plus caractéristiques des 
récifs madréporiques , il est nécessaire de donner quelques détails sur ceux 
qui, à Djibouti, sont accessibles aux recherches. 

Le mouillage de celte station, sur la rive sud du golfe de Tadjourah, 



— 39 — 

est fermé, du coté du large, par uuc sorte de digue naturelle dirigée IN .-S. 
dans la direction des îles Masbali et d'Obock , perpendiculaire à Taxe de la 
baie et continuant à peu près la ligne droite du rivage delà mer Rouge. 

Celle digue se compose d'une succession de plateaux madréporiques 
émergés, dont les intervalles, conquis sur la mer par l'apport des sables, 
forment une série de plages basses, envahies lors des fortes marées, bordées 
d'un bourrelet sablonneux du côté du large , vaseuses , lacunaires et peuplées 
de palétuviers du côté de la baie. 

Le plateau du crHéron», le plus distal et le plus exposé à l'aclion des 
vagues, est isolé à baule mer, et ses bords, très abrupts sur tout son pour- 
tour, sont creusés à la base de profondes cavités dont le toit finit par se 
détacher par son propre poids. Cetle destruction par action mécanique du 
flot, très accentuée dans tous les points accessibles de ces plateaux émergés , 
en même temps qu'elle met à nu leur structure verticale, jonche leur pied 
d'un cordon de débris de toutes dimensions. 

Les rr coupes » verticales pratiquées ainsi dans ces anciens récifs per- 
mettent de se rendre compte du mode de superposition des Polypiers, en 
remarquant toutefois que, nulle part, leur bmite extrême n'est visible, et 
qu'on ne saurait évaluer avec précision le travail de destruction qu'ils ont 
subi depuis leur émersion. Le calcaire gréseux qui a servi de support aux 
coraux constructeurs est visible en de nombreux points de la surface, et on 
le retrouve sous le cordon de débris , notamment au pied du plateau du 
* Serpent», au point où vient émerger le câble télégraphique sous-marin. 
En ce point, la hauteur de la formation madréporique émergée ne dépasse 
pas trois mètres. On y remarque de volumineux individus d'HeliasIrœa, 
de Porilcs, atteignant plusieurs mètres de diamètre, et, surtout à la sur- 
face, de nombreux pieds de Madrepora, Slylophora , Turbtnaria , des indi- 
vidus spbériques de Cœloria et de Poriles , de grandes Fungies allongées; 
on remarque fréquemment que les accumulations d'espèces cespiteuses 
sont comprises entre des polypiers massifs. Les espèces de Mollusques que 
l'on peut y recueillir sont très nombreuses et appartiennent , comme les 
Polypiers, aux espèces actuellement vivantes; on peut y recueillir aussi de 
nombreuses radioles et parfois des tests bien conservés d'un Oursin com- 
mun sur les récifs, Acrocladia mamillata. 

Le cordon de débris qui longe le pied de ces récifs est l'habitat d'une 
foule d'animaux, Il est couvert en certains points de gros Nudibranches 
noirâtres (Doris '?) et les Grapsus (G. granulosus) y sont toujours très 
abondants. La population varie suivant que l'éboulis de pierres est plus 
ou moins recouvert à marée haute et plus ou moins cimenté par le sable 
et la vase. On trouve surtout en très grand nombre plusieurs espèces 
de Porcellanes dans les points qui découvrent aux plus faibles marées et 
dont le sable est à peine humide. C'est également l'habitat cVAlpheus Boli- 
vien (A. -M. Edwards) = A. Edwardsi (Dana et Bâte, nec Audouin) d'une 



— 40 — 

couleur orangée uniforme, et que l'on trouve, assez rarement, à sec sous 
les grosses pierres. 

C'est également sous ces pierres, mais recouvrant une petite flaque 
dans le sable , que nous avons recueilli les deux spécimens du nouvel Al- 
phéidé, Athanopsis plalyrynchus (H. Coulière, Bull, du Muséum, n° 7, 
i 8 07), et un couple dAlpheus barbalus (H. Coulière, Bull, du Muséum, 
n° 6, 1897), le premier à peu près incolore, sauf quelques bandes étroites 
orangées transversales, le second d'un rouge orangé uniforme et brillant, 
avec les soies du telson et de la petite pince blanc pur. 

Dans ce milieu vivent encore plusieurs Alpbéidés rares, dont la distri- 
bution géographique est limitée à quelques pointe, souvenl liés éloignés, 
probablement parce que cette zone tout à l'ait littorale n'a pas élé explorée, 
dans les points intermédiaires, avec assez de rigueur. Lorsque des amas 
de pierres roulées, cimentées par la vase et le sable, forment, par suite, 
des interstices propres à l'établissement de galeries, on y trouve des Tha- 
lassiniens (Callianassa mucronata Strahl, Gebia sp.) avec des Echiures et 
des Phascolosomes parmi la vase. C'esl là que xit Automate dolichognatha 
(de Man) signalé d'abord à l'île de Noordwachter, retrouvé par le Talisman 
aux îles du Cap Vert, par nous à Djibouti el par M. Maindron à Mascate. 
Automate, comme l'a fait remarquer de Man, ressemble de façon grossière 
à une Callianasse par la disposition des yeux: les antennes et les pattes 
antérieures complètent cette ressemblance et font de cet Alphéidé un re- 
marquable exemple de convergence adaptative. 

Amphibctœus Jousscaumei (H. Coulière). «pie nous avions d'abord décrit 
sous le nom de Belmis d'après des spécimens de MM. les docteurs Jous- 
seaume el Faurot {Bull. Soc. Enlom., vol. IAV, 1896), vit dans les mêmes 
lieux. On le trouve d'ordinaire, par couples, dans les interstices irréguliers 
qui lui permettenl d'étendre son énorme pince. Celle-ci est repliée le long 
du méropodite, sous le céphalothorax, entre les bases des pattes, et fait 
saillie en avant des antennes. Elle nécessite par conséquent un espace assez 
vaste pour être amenée dans la position où l'animal en fait usage. 

Automate et Ampkibetœus sont à peu près incolores, surtout le dernier. 
Les diverses espèces du genre Jousseaumea (H. Coulière, Bull, du Muséum, 
11° 8, 1896) qui les accompagnent sont plus vivement colorées; J. latiros- 
tris el crislalus sont rayés de bandes transversales rouge vif , T. serrali- 
digitus est d'un jaune uniforme brillant. La première de ces espèces a été 
rapportée également de Basse-Californie par M. Diguet, et son aire de dis- 
tribution doit comprendre vraisemblablement la région indo-pacifique in- 
termédiaire. 

Alphcus crassimanus (Heller) est une espèce très abondante dans celte 
zone tout à fait littorale, alors qu'on n'y trouve presque jamais deux es- 
pèces qui en sont extrêmement voisines, A. Edwardsi (Audouin) et 
A. strenuus (Dana). A. crassimanus esl de coloration très variable, on en 



— 41 — 

rencontre des spécimens presque incolores , avec une légère teinte verdâlre , 
et d'autres fortement colorés en brun ferrugineux ou en gris brunâtre. 
Celle coloration est disposée par bandes transversales souvent bien mar- 
quées, sur le thorax et L'abdomen, les pinces ont la même teinte, plus 
foncée, avec des macules irrégulières d'ocre et de vert olive. On trouve 
celle espèce dans des conditions très défavorables, au milieu de la vase 
noire et fétide découvrant dans le port aux moindres marées. 

Parmi les Crustacés caractéristiques de l'extrême littoral , il faut encore 
citer les Ocypodes, extrêmement abondants sur le bourrelet de sable qui, 
du côté du larg'e, borde les plages basses, et surtout dans les points 
abrités où le flot amène sans cesse des débris d'animaux et végétaux. 
Ocypode cyclophthalma édifie, sur la pente sablonneuse, de petits cônes de 
quelques décimètres provenant du fouissage de son terrier et qu'il con- 
struit en apportant le sable par rr brassées» entre son thorax et ses pinces, 
pour le laisser retomber au sommet du monticule. Des bandes de plusieurs 
milliers de ces Crabes courent sur la grève au moment du reflux. 

Nous exposerons, dans une communication ultérieure, la faune que 
renferment les récifs vivants, principalement au point de vue des Alpliéidés. 



La Tvrosine, vaccin chimique du venin de Vipère. 
Note de M. G. Phisalix. 

Dans une récente communication (I) , j'ai montré que la cholestérine ex- 
traite des calculs biliaires exerce vis-à-vis du venin de Vipère une action 
immunisante bien marquée. J'ai répété mes expériences avec deux nou- 
veaux échantillons de cholestérine qui m'ont été obligeamment fournis par 
M. le professeur Arnaud , auquel j'adresse tous mes remercîments. 

L'un d'eux était de la cholestérine végétale qu'il a découverte dans la 
carotte et fondant à i36 degrés, l'autre, de la cholestérine extraite des 
calculs biliaires et fondant à 1 46 degrés. Avec ces deux substances d'ori- 
gine différente, on peut conférer aux animaux l'immunité contre le venin. 
La fusion à i46 degrés n'enlève pas à la cholestérine ses propriétés. 

L'explication de ces faits soulève de nombreux problèmes. Mais avant 
de les aborder, j'ai cherché s'il n'existerait pas d'autres vaccins chimiques 
dans les composés organiques définis extraits des végétaux et des animaux. 
Parmi ceux-ci, il en est un qui joue un rôle capital dans la constitution 
des matières albuminoïdes dont il constitue le noyau : c'est la tyrosine. 

Ce corps existe en grande abondance dans certains végétaux, parti- 
culièrement clans les tubercules de Dahlia et dans un Champignon , la 



(') 



Compte» rendus Ac. des Se, i3 décembre 1897. 



— 42 — 

Russule noircissante. C'est de ces végétaux que M. G. Bertrand Ta retiré 
à l'état de pureté parfaite w . H a bien voulu m'en donner l'a quantité né- 
cessaire pour l'étude dont je vais exposer les principaux résultais. 

La substance blanche, entièrement formée de cristaux de tyrosine, est 
très peu soluble dans l'eau, mais elle s'y divise en particules si ténues, 
qu'elle reste en suspension dans le liquide auquel elle donne un aspect lai- 
teux. Un tel mélange dans la proportion de i pour i oo peut être inoculé 
facilement et sans danger sous la peau d'un Cobaye à la dose de 2 à 3 cen- 
timètres cubes. H se produit un léger gonflement au point d'inoculation , 
mais il ne survient aucun accident général. L'injection intra-périlonéale est 
moins inoffensive : elle détermine un abnissement de température de 
quelques degrés, mais ce malaise est de courte durée et l'animal revient à 
l'état normal. 

Les animaux qui ont reçu celte émulsion de tyrosine peuvent être 
éprouvés au bout de 2 h ou 48 heures avec une dose de venin mortelle en 
5 h 6 heures pour les témoins : ils n'éprouvenl pas de symptômes géné- 
raux d'envenimation; la température ne s'abaisse pas; toutefois quelques 
accidents locaux peuvent se manifester. 

Il suffit de 5 milligrammes de tyrosine pour vacciner un Cobaye, mais 
on comprend que l'immunité est plus ou moins forte et durable suivant la 
dose. En général, avec 10 à 20 milligrammes, l'immunité est déjà très pro- 
noncée au bout de 26 heures: elle peut durer encore après 25 jours. 
Quelquefois, cependant, elle a disparu vers le i5 e jour. 

Injectée en même temps que le venin, mais dans un point différent du 
corps, la tyrosine peut retarder la mort de plusieurs heures, mais elle est 
incapable de l'empêcher : elle n'est donc pas antitoxique. Elle n'est pas 
non plus un antidote chimique : mélangée au venin, elle ne le détruit pas 
et le mélange est aussi toxique que le venin seul. La tyrosine qui a servi à 
ces expériences peut être considérée, d'après la méthode de préparation 
employée (2) , comme débarrassée de toute substance étrangère. D'autre part, 
la tyrosine animale dans la préparation de laquelle toutes les substances 
albuminoïdes sont détruites possède aussi les mêmes propriétés antiveni- 
meuses que la tyrosine végétale. Ajoutons, dans le même ordre d'idées, 
que la tyrosine chauffée à 120 degrés pendant 20 minutes ne perd pas ses 
propriétés immunisantes. 

De tous ces faits, il ressort clairement que la tyrosine peut être considérée 
comme un nouveau vaccin chimique du venin de I ipére. 

En ce qui concerne la tyrosine des tubercules du Dahlia, il était naturel 
de penser que le suc des tubercules où elle est en dissolution devait aussi 
se comporter comme un vaccin. C'est en effet ce qui a lieu. 11 suffit de un 

M Société chimique de Paris , t. \\. p. 7 9 .'î ; 189O. 
t 2 ' Voir G. Bertrand, hc. cil. 



_ 43 — 

à deux centimètres cubes de ce suc fraîchement exprimé pour vacciner un 
Cobaye contre une dose mortelle de venin. Or, si la lyrosine seule agissait, 
il faudrait 10 centimètres cubes environ de ce suc, puisque, d'après 
M. Bertrand, la tyrosine s'y trouve dissoute dans la proportion de un demi- 
gramme par litre et qu'il en faut 5 milligrammes pour produire l'état vac- 
cinal. Il est donc probable que d'autres substances confèrent au suc de 
Dahlia ses propriétés antivenimeuses. La composition de ce suc est, du 
reste, très complexe et son étude physiologique exige de nouvelles re- 
cherches. En atlendant, il était inté;essant de signaler ce fait comme le 
premier exemple connu d'un végétal dont le suc cellulaire est doué de pro- 
priétés immunisantes contre un venin. 



Sur quelques Minéraux de Boleo (Basse-Califormie), 
par M. A. Lacroix. 

M. Cumenge, notre infatigable correspondant, a rapporté au Muséum, 
de son dernier voyage au Boléo , une nouvelle série dmtéressants minéraux. 

Boléile. — La cumengéite et la pseudoboléite ne se Irouvent plus guère 
dans ce gisement; les gros cubes de boléite y deviennent plus rares, et 
dans les dernières trouvailles de ceux-ci, les cubooctaèdres paraissent pro- 
portionnellement plus fréquents qu'autrefois. M. Cumenge nous a donné 
un bel échantillon de cristaux cubiques de boléite implantés sur de la céru- 
site ; c'est une association nouvelle à ajouter à celles qui ont été antérieure- 
ment signalées. Dans les échantillons précédemment examinés, en effet, 
les cristaux de boléite sont engagés dans de l'argile, du gypse, de la 
phosgénite, de l'atacamite, et parfois implantés sur de l'anglésite. 

Pyromorphite. — La pyromorphite n'avait pas jusqu'à présent été ren- 
contrée au Boléo; j'ai identifié avec ce minéral deux échantillons d'une 
magnifique couleur jaune orange. L'un est constitué par une argile grise, 
mouchetée d'atacan^ïte ; la pyromorphite forme sur elle des houppes de 
délicats prismes hexagonaux aciculairos; au microscope, il est facile de 
constater leur signe optique négatif; ce minéral parait identique , au point 
de vue de la composition, à la pyromorphite de Leadhills (Ecosse), qui a 
été longtemps considérée comme chromifère à cause de sa couleur, alors 
que celle-ci est due à une teneur notable en fer. La pyromorphite du Boléo 
présente les mêmes particularités. 

Le second échantillon est plus remarquable. Sur une gangue de chryso- 
cole sont implantés un grand nombre de cristaux de gypse (1 à 2 milli- 
mètres), groupés à axes parallèles. Ils doivent leur belle couleur orange à 
de très nombreux cristaux de pyromorphite de la variété qui vient d'être 
décrite. Examinés à l'œil nu , ces cristaux de gypse paraissent uniformément 
colorés, mais quand on les clive et quand on les examine au microscope, on 



— k!i — 

voit les prismes hexagonaux de pyromorphile à travers la lame transparente 
et incolore du gypse. Ces cristaux de gypse ont les faces généralement 
arrondies [m (no), g 1 (010), g* (i3o), e* (on), « 3 (âia), etc.] : ils 
sont groupés en grand nombre à axes parallèles, et englobent aussi des 
cristaux de cérusite. 

Cet englobement d'un minéral préexistant par des cristaux de gypse à 
groupements crislallitiques est un fait très général au Boléo; c'est ainsi 
que nous devons à M. Cumenge de fort beaux échantillons de ce minéral , 
colorés en vert par des cristaux d'atacamile, en rose fleur de pêcher par la 
sphérocobaltile , sur lesquelles il est venu cristalliser. 

Cuprite. — La cuprite du Boléo est fort intéressante; elle se présente 
sous deux formes : en petits cubes transparents d une perfection de forme 
irréprochable, ne dépassant guère 1 millimètre de plus grande dimension, 
et en octaèdres. Tous ces cristaux se trouvent dans des argiles dont on peut 
aisément les isoler par lavage. 

Les cristaux octaédriques sont les plus curieux; ils atteignent 1 centi- 
mètre et présentent les diverses particularités des cristaux bien connus de 
Chessy; ils en diffèrent cependant par leur fraîcheur, l'absence de l'enduit 
de malachite, si caractéristique des cristaux de ce dernier gisement, et la 
fréquence des faces du cube. Le rhombododécaèdre se présente aussi sous 
forme de petites facettes. 

De même qu'à Chessy, il existe des macles à axes parallèles, symétriques 
par rapport à une face du culte, macles se produisant toujours par péné- 
tration régulière. Chaque arête octaédrique est alors remplacée par la gout- 
tière si fréquente dans les octaèdres de diamant ofl'ranl coite même macle. 
Ce qui donne un intérêt spécial aux cristaux macles du Boléo, c'est l'exis- 
tence fréquente des faces cubiques qui portent deux sillons parallèles à leurs 
diagonales, indiquant les plans de jonction des individus constituant l'as- 
semblage; ces sillons sont particulièrement nets sur un cristal p (îoo), 
«'(ni), 4 1 (110), dans lequel les faces du cube dominent. 

Comme ceux de Chessy encore, les cristaux de cuprite du Boléo offrent 
fréquemment des faces creuses. Quelques-unes sont constituées par un sque- 
lette à claire-voie, complètement évidé et réduit aux arêtes octaédriques. 

On trouve en outre des formes encore plus crislallitiques dans lesquelles 
l'octaèdre est constitué par l'entrecroisement à 90 de trois lames, respecti- 
vement parallèles à une face du cube. Quand on fait miroiter ces lames 
devant une lumière, on voit qu'elles sont elles-mêmes constituées par l'em- 
pilement de lames plus minces. Le bord de ces lames est parfois déchiqueté 
et inégulier; dans d'autres cas, il présente de petits biseaux correspondant 
aux faces de l'octaèdre. Il existe tous les passages entre les octaèdres à faces 
creuses , avec ou sans faces p , et ces squelettes élémentaires , sur lesquels 
on peut reconnaître aussi parfois l'existence de la macle décrite plus haut. 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N° 2. 



26 8 REUNION DES NATURALISTES DU MUSEUM. 

1 er MARS 1898. 



PRESIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Président dépose sur le bureau le i er fascicule du Bulletin 
pour l'anne'e 1898, paru le 19 février, contenant les communica- 
tions faites dans la réunion du 2 5 janvier. 

Par arrête' du ai février, M me Madeleine Lemaire a été chargée 
du dessin appliqué à l'étude des plantes, en remplacement de M. Fa- 
guet, admis à la retraite. 

Par arrêté du même jour, M. Demoussy, licencié es sciences phy- 
siques, préparateur de la chaire de Physiologie végétale, a été 
nommé assistant de cette chaire, en remplacement de M. Maquenne, 
appelé à d'autres fonctions. 



CORRESPONDANCE. 

M. le Directeur signale l'arrivée d'une caisse envoyée de 
Tamatave par M. le capitaine Ardouin et contenant des Rep- 
tiles, divers Arthropodes, quelques Mollusques et deux crânes de 
Hovas. 

Musécm. — iv. h 



— 46 — 

Il donne lecture d'une lettre de M. Laearrière, capitaine d'in- 
fanterie de marine commandant, à Madagascar, le Haut-Mandraré 
et le poste militaire de Tamotamo, et dans laquelle il propose ses 
services au Muséum. 

Il annonce l'arrivée de collections recueillies, en Basse-Californie 
et au Mexique, par M. Diguet et consistant en Mammifères, Oiseaux , 
Reptiles, Poissons, Invertébrés et Plantes. 



M gr Biet, évêque de Diana, a fait parvenir au Muséum une série 
de Mammifères et d'Oiseaux provenant de la mission de Tatsienlou, 
au Thibet. 



M. Régnier, chef de section à Brazzaville, a offert une collection 
d'Insectes recueillis au Congo. 



M. B.-Y. Sjostedt, à Stokholm, a donné au Muséum une inté- 
ressante série de Coquilles recueillis au Cameroun. 



COMMUNICATIONS. 

Note sur les silex taillés D'EuL-CnÉ-S.ty-HAO (Mosgolie), 

par M. E.-T. Haut. 

Une des dernières fois que j'eus le plaisir de rencontrer M. Daubrée au 
Comité des Sociétés savantes, ce regretté collègue voulut bien me faire sa- 
voir qu'il avait retrouvé deux petits instruments de pierre taillée, rapportés 
naguère de Mongolie par l'abbé Armand David, et qu'il me remettrait pro- 
ebainement ces pièces intéressantes pour le laboratoire d'Anthropologie du 
Muséum. 

J'attendis avec une véritable impatience cette communication, qui allait 
me permettre de vérifier des assertions plusieurs fois reproduites dans des 
ouvrages récents, et qui m'avaient paru reposer sur quelque malentendu. 

L'examen que je viens de faire des documents envoyés par M. Daubrée, 



— M — 

quelques semaines avant sa mort , est venu confirmer les doutes que m'avaient 
laisse's mes lectures (l) . Ce ne sont pas du tout, en effet, des silex (ailles 
(Y apparence paléolithique que M. l'abbé David a recueillis en Mongolie, il y a 
bientôt trente-deux ans. Ce sont des pointes de flèches , finement taillées à 
petits éclats et qui rappellent les armes similaires qui étaient encore eu 
usage au moment de l'arrivée des premiers explorateurs russes dans l'Est 
de la Sibérie. 

La première (fig. 1), longue de 25 millimètres, large de 16, est une 
flèche en silex corné, translucide, d'un blond jaune, de forme ogivale, à 
base concave , un peu asymétrique. Elle est finement retaillée sur les bords, 
et un méplat s'y trouve ménagé pour l'emmanchure. 

La seconde flèche (fig. 2), un peu plus courte (23 millimètres) et bien 
plus étroite (10 millimètres environ), est faite d'une sorte de jaspe grisâtre, 
piqueté de brun; le travail de taille s'y montre à peu près le même, et la 
base amincie est tout à fait rectiligne. 





Fig. 1. 



Fig. 



Ces armes, bien supérieures à celles que M. D. Levât a récemment dé- 
couvertes en diverses localités de la Transbaïkalie , sont, par contre, d'une 
exécution beaucoup moins habile que celles des anciens Aïnos, recueillies 
par M. l'abbé Faurie à Hakodaté et ailleurs. 

Leur caractère relativement moderne est d'ailleurs affirmé par le Journal 
de M. l'abbé David k2) . Eul-Ché-San-Hao (3) , où notre savant correspondant 
les a ramassées, est dans une plaine élevée, n entourée de petites collines 
arrondies, recouvertes de terres diluviennes, au milieu desquelles on ren- 
contre des fossiles isolés et brisés de divers Mammifères (4) ». 

W Cf. A. de Quatrefages : Introduction à l'élude des races humaines, Paris, 1889, 
in-8°, p. 78. — G. Chauvet : Compamison des industries primitives de France et 
d'Asie (Congr. internat. d'Aiithrop. et d'Arch. préliist. , Moscou, 189/1 » t. I, p. 60). 

W A. David, Journal d'un voyage en Mongolie en 1866 (Nouv. Arch. du Muséum, 
t. III, Bull, p. 7 5). 

( 3) C'est la même localité désignée dans les notes du D r Ernest Martin sous 
les noms de Eul-Shé-Sou-Glw. — Une faute d'impression a transformé ce nom , 
dans Quatrefages, en Tul-Ché-San-Hao. 

(4) H parle notamment plus bas d'un os d'Eléphant pétrifié. 



— 48 — 

rrJe fais des fouilles, écrit M. l'abbé David à la date da 7 avril 1866, 
pour trouver d'autres fossiles dans les falaises des terres diluviennes qui 
sont au Sud. Quelques os isolés, que je rencontre dans les éboulements, se 
cassent au premier choc. 

rrLes squelettes des petits Mammifères que le F. Ghevrier a recueillis 
étaient enfouis dans la terre noire supérieure à la masse diluvienne. Je ne 
pense pas qu'ils soient anciens , les Sousliks et autres Rongeurs qui abondent 
ici ont l'habitude de se creuser des terriers profonds, où, sans doute, ils 
laissent souvent leurs os. 

«C'est aussi dans cette terre noirâtre, continue le voyageur, que nous 
avons rencontré de petits fragments de vieille poterie, des instruments de 
métal et des bouts de flèches en corniole et autres pierres dures. 

«Tous ces objets ne ressemblent en rien à ce qui se fait actuellement dans 
le pays; on n'y a aucun souvenir de populations anciennes. Mais, sans 
doute, bien des générations diverses ont paru sur la surface de ces régions 
ci-devant désertes ou à peine traversées par de rares cavaliers mongols. « 

Les bouts de flèches en corniole et autres pierres dures, mentionnées dans 
le fragment du Journal que je viens de transcrire, correspondent mani- 
festement aux pièces décrites et figurées plus haut. Or, ces objets, trouvés 
avec de la poterie, des objets de métal , des restes d'animaux récents, doivent 
nécessairement appartenir à une période relativement moderne. 

Il faut donc renoncer, pour l'instant du moins, à la thèse de l'Homme 
quaternaire mongol et aux considérations ingénieuses qu'on y avait un peu 
prématurément rattachées. 



M. le D r Maclaud fait projeter sur le tableau , en les accompagnant 
de quelques explications, de belles photographies prises à Conakry 
et dans la région environnante, et représentant divers types d'in- 
digènes de la Guinée française, des scènes de mœurs et des pay- 
sages. 

Note sur les moeurs des animaux de l'Afrique australe, 

PAR M. E. Foa. 

Ceux d'entre vous qui ont lu mes livres ou qui m'ont suivi depuis quelques 
années savent combien je me suis attaché à la chasse et les trajets considé- 
rables que la recherche des animaux chez eux m'a fait faire à différentes 
époques. 

11 y a un mois, je rentrais en France de mon dernier voyage, qui est le 
troisième grand voyage que j'accomplis, et pendant lequel j'ai encore eu 



— Zt9 — 

l'occasion de vivre de longues années dans la brousse sauvage, loin des lieux 
habités, à étudier, suivre et traquer chez eux les grands fauves. 

Pendant le dernier voyage dont je viens de parler, je suis resté absent 
trois ans et demi, dont au moins trois ans ont été passés au centre de 
l'Afrique, loin des côtes, et dans plusieurs régions nouvelles pour la géo- 
graphie. 

Je ne parlerai pas aujourd'hui de mes découvertes géographiques qui 
sont assez considérables. Je me contenterai de dire que j'ai accompli la tra- 
versée entière du continent africain par la région équatoriale et que, parti 
de l'Océan indien, à l'embouchure du Zambèse, en 189/i, je suis arrivé à 
l'Atlantique, aux bouches du Congo, en 1897, visitant sur mon chemin 
bien des pays curieux et faisant une marche à peu près ininterrompue de 
six mille kilomètres entièrement à pied. 

J'ai abattu près de cinq cents spécimens de la grande faune africaine, 
dont je vous donnerai plus loin l'énumération , car c'est uniquement des ani- 
maux que je suis venu vous parler aujourd'hui, non au point de vue tech- 
nique, c'est-à-dire de leur anatomie ou de leur physique, mais au point de 
vue des particularités de leurs mœurs et de leur existence à l'état sauvage. 
J'y ajouterai les traits les plus caractéristiques qui les distinguent les uns 
des autres, quoiqu'ils paraissent semblables au premier abord {l) . 

Nous parlerons d'abord du groupe des Antilopes, puis des grands Pa- 
chydermes et enfin des Félins. Je me limiterai, pour aujourd'hui, aux ani- 
maux peuplant l'Afrique australe et centrale jusqu'à la région du Nyassa. 

La famille des Antilopes ne nous offre pas moins de 2 3 espèces, aussi 
curieuses les unes que les autres et différant comme taille, depuis l'Elan du 
Cap (Oreas canna), qui a 1 m. 60 au garrot, c'est-à-dire la hauteur d'un 
Cheval de cuirassier, jusqu'à la petite Antilope bleue (Cephalophis pygmœus) , 
qui a de 28 à 00 centimètres de haut, comme une petite Levrette. La finesse 
de la race, la petitesse du pied, l'acuité de la vue et la grâce dans les pro- 
portions sont l'apanage des Antilopes à cornes en spirale, tels que le Kou- 
dou (Strepsicervs hudu) , l'ïnyala ou Boo (Tragelaphus Angasi), le Guib 
ou Antilope harnachée (Trag. syhmticus). 

Le Koudou est la plus belle des Antilopes et la seconde comme taille. 

Il n'y a rien de plus difficile que d'approcher d'un Koudou. On en voit 
rarement plus de trois ou quatre ensemble, et lorsqu'on les aperçoit à 
3oo mètres, ils vous ont déjà signalé depuis longtemps. Il faut se jeter à 
plat ventre et disparaître un instant pour se faire oublier; on attend ainsi 
que leur attention mise en éved se tourne d'un autre côté, et on avance 
en se traînant dans les herbes sur le ventre, en s'aidant des mains et 

(•' Los Mammifères recueillis par M. Foa, dans la région du Zambèse et du lac 
Nyassa, ont été l'objet de plusieurs communications de M. de Pousargues (Bull, 
du Muséum , 1897). 



— 50 — 

en transportant lentement son fusil; on profite en route des obstacles natu- 
rels qui vous garantissent en s'abritant derrière eux, et on arrive ainsi peu 
à peu à approcher de l'animal. Cela n'arrive pas toujours, bien entendu, 
car il y a mille circonstances, bruit, vent, autres dangers, qui peuvent les 
mettre en faite. Mais voilà, en général, comment on procède, et cette mé- 
thode sert à peu près pour toutes les Antilopes. 

Le Koudou a, comme je viens de le dire, l'œil très perçant; il se lient 
d'habitude dans les régions accidentées, ce qu'on appelle un pays roulant 
et toujours un peu rocailleux. Ce genre de localité est toujours couvert 
d'arbres rabougris et de plantes où le Koudou trouve sa nourriture; il affec- 
tionne aussi les lieux élevés, parce qu'il peut étendre sa vue au loin. 

Toujours dans la famille du Koudou, nous avons l'Inyala ou Boo ( Tra- 
gelaphus Angasi), une Antilope fort rare, très peu connue. Le Muséum de 
Paris et le Muséum de Londres n'en possèdent des spécimens que depuis 
quelques mois. 11 n'y a pas une bête aussi ditlicile à approcher que celle-là, 
car. en plus de la perfection de ses sens, elle habite les fourres épais, presque 
impénétrables, où la lumière n'arrive que tamisée et où l'on ne peut entrer 
sans faire du bruit; un froissement léger, une feuille sèche qui craque, et 
elle disparaît. J'ai essayé en vain pendant des semaines de trouver ces ani- 
maux, tellement rares que les indigènes leur attribuent des facultés sur- 
naturelles, comme celle de disparaître ou d'être a\erlis de la venue du chas- 
seur, et pourtant il y en avait dans le pays que nous battions, puisque nous 
trouvions des traces fraîches, des laissées récentes et des fumées. Après 
avoir essayé vainement de jour, je me suis mis à l'affût la nuit et j'ai enfin 
réussi à tuer quatre ou cinq de ces belles Antilopes en plusieurs mois. 

Nous allons maintenant nous occuper de l'Elan, la plus grande des An- 
tilopes. Il habite de préférence les pays couverts d'arbres et se tient géné- 
ralement au pied des collines; on le voit rarement en plaine. L'Elan est celle 
des Antilopes qui approche le plus du bétail, sauf la tête qui a une dou- 
ceur et une finesse extrêmes ; le corps de l'Elan est celui d'une Vache élancée. 
Comme le Koudou, il a sur le garrot une légère proéminence. Les Elans 
vont par troupes, parfois très nombreuses; ils sont difficiles à approcher, 
mais beaucoup moins que les Antilopes que je viens de citer. Je ne parle 
jamais, bien entendu, de la chasse à cheval que je n'ai jamais pratiquée, 
mais de la poursuite à pied; toutes les régions de l'Afrique intertropicale 
sauvage sont infestées de Tsélsés, une Mouche qui tue les animaux domes- 
tiques. L'eussé-je même voulu, je n'aurais donc pu me servir de Chevaux, 
comme on faisait autrefois dans l'Afrique australe où, pour cette même 
raison, le gibier a été exterminé. Avec un Cheval un peu vite, il y a peu 
d'Antilopes qui soient capables de lutter longtemps; mais à pied, il n'en 
est pas ainsi, et il est très dur au contraire de s'approcher de ces animaux. 
Les Buflles (Bos caffer), quelquefois, peuvent être fatigués par de bons 



— 51 — 

coureurs; il faut, dans ce cas, courir derrière eux au pas gymnastique 
pendant vingt ou vingt-cinq minutes; ils se lassent , s'essoufflent et finissent 
par s'arrêter en vous'regardant. 

L'Elan ne se nourrit que de feuilles nouvelles et de jeunes pousses d'ar- 
bres et de plantes; il est très rare qu'il mange de l'herbe. 

Après l'Elan , nous avons les Antilopes aux cornes annelées qui se divisent 
en deux catégories : celles aux cornes annelées courbées en arrière, telles 
que : i° l'Antilope noire (Hippotragus niger), dont la taille moyenne est de 
1 m. 5o au garrot. Elle habite les endroits couverts et craint le soleil, sans 
doute à cause de la couleur foncée de son pelage. Elle vit par troupes dé- 
passant rarement une quinzaine. C'est encore une Antilope à la vue puis- 
sante et à l'oreille fine; 2° l'Antilope rouanne, qui est de la même famille 
et qui lui ressemble sous tous les rapports, sauf, comme son nom l'indique, 
sous celui de la robe. 

Nous avons ensuite les Antilopes aux cornes annelées courbées en avant : 
le Kob (kobus ettipsiprymnus) et la Cervicapra (Cerv. arundiiwcea), toutes 
deux très communes. Le Kob a la taille d'un grand Ane, c'est-à-dire 1 m. 35 
environ. 11 habile les plaines de préférence et ne s'éloigne jamais de l'eau. 

La Cervicapra habite les hautes herbes et atteint la dimension d'un petit 
Ane. Toutes deux sont faciles à approcher et ont les sens et l'esprit de con- 
servation bien moins vifs que les espèces déjà mentionnées. 

Il y a ensuite les Antilopes aux cornes annelées courbées d'abord en ar- 
rière et ensuite en avant, tels que la Nsouala (Mpyceros melampus), le 
Pookoo (Cobus Wardoni). Toutes deux ont î m. 20 de haut environ; l'une 
fine et élégante au poil soyeux , l'autre trapue et robuste , vivant également 
en troupes nombreuses. 

Nous avons dans l'Afrique australe une Antilope aux cornes droites an- 
nelées à leur base, c'est l'Oryx [Oryx gazetta), encore un animal très dif- 
ficile à approcher, car il habite les régions plates et les grandes plaines. 

Enfin, nous avons la famille des Bubales qui comprend trois espèces 
dans les régions dont nous nous occupons : le Bubale de Lichstentein, le 
Kaama et le Bubalus lunatus ou Letchoué, dont les cornes sont courtes et 
rejetées en arrière à angle droit. C'est l'espèce la plus facile à approcher et 
très facile à tuer, relativement, bien entendu. 

Puis, viennent les Gnous, Antilopes très bizarres, dont l'aspect extérieur 
est un peu celui du Bison d'Amérique avec une encolure puissante, courte 
et arrondie qui contraste avec son arrière-train très élancé. Il y a le Gnou 
bleu (Connocltœles Taurinus),a la queue noire et touffue comme un Cheval, 
et le Gnou noir (Connochœtes Gnu), à la crinière épaisse et à l'avant-train 
velu avec la queue blanche; tous deux sauvages excessivement rapides 
et difficiles à approcher. Le Gnou noir devient de plus en plus rare et je 
n'en ai pas vu un seul dans mes pérégrinations de 189& à 1897; j'en 



— 52 — 

avais tué quelques-uns à mon avant- dernier voyage dans le pays de 
Gaça. 

Enfin , les Antilopes de taille inférieure qui vont de la petite Chèvre à la 
dimension d'un Lapin : Gazelle (Gazella euchore), le Duiker (Cephalophus 
mergens), POribi (Nanotragus scopariits), l'Oréotrague (Nanotragus oreo- 
tragus), le Sleinbuck( A anotragus traguhis), la petite Antilope bleue(Ccp^rt- 
hphuspygmœus), animaux gracieux et délicats et peut-être plus difficiles à 
tuer que les grandes Antilopes. 

Dans l'Afrique australe et centrale, les Anlilopes dont je viens de parler 
ont des sai ons distinctes pour l'accouplement et la reproduction; les mâles 
et les femelles vivent ensemble, en général, du mois de juin au mois d'oc- 
tobre. A cette époque, les femelles s'isolent et mettent bas généralement à 
partir du mois de février. Une femelle porte en général six à sept mois et ne 
met bas qu'un petit , rarement deux. Le petit est en état de suivre sa mère 
dès le troisième ou le quatrième jour de sa naissance; il ne peut néanmoins 
pas courir aussi vite qu'elle, et pendant les premiers jours elle le cache 
souvent dans un fourré pendant qu'elle va prendre sa nourriture. Le petit 
se lient là absolument coi pendant que sa mère est absente. Les cornes com- 
mencent à se montrer chez les petites Antilopes dès le troisième ou qua- 
trième mois, mais elles ne se développent pas en proportion du reste de 
l'animal. Les jeunes mâles, déjà de bonne taille, ont des cornes courtes et 
d'une forme différente de ce qu'elles seront à l'âge adulte. 

Nous autres chasseurs, nous reconnaissons qu'une femelle est pleine à la 
déformation de ses pieds de derrière et à l'engorgement des pâturons. 

La couleur des Antilopes diffère aussi beaucoup selon l'âge (ex. : le Kob, 
l'Antilope noire). 

Les Anlilopes sont généralement des animaux silencieux; quelquefois 
un bêlement très bas; le petit fait le bruit d'un Chevreau. Mais il y a une 
espèce d'Antilope qui crie lorsqu'on l'effraye, c'est la Cervicapra; elle pousse 
un cri aigu. Une autre espèce émet des sons rauques, le soir généralement, 
c'est le Guib. 

Certaines habitudes de ces animaux peuvent s'appliquer indistinctement 
à toutes les Anlilopes, par exemple la façon de se nourrir. En général, 
les animaux couchent à découvert, c'est-à-dire dans des clairières, dans 
des endroits sans arbres et toujours invariablement dans les hautes herbes. 

Le matin, aux premiers rayons du jour, elles vont paître dans les en- 
droits découverts et se réchauffent aux rayons du soleil levant; mais dès que 
la chaleur commence, c'est-à-dire vers neuf ou dix heures, elles regagnent 
les endroits ombragés où elles passent les heures chaud s de la journée; 
c'est pendant ce temps qu'elles ruminent la nourriture prise à la hâte le 
malin. Vers trois heures, elles vont de nouveau au pâturage jusqu'au soir. 
Lorsqu'il y a clair de lune, elles se promènent quelquefois très tard. Pour 
boire, les Antilopes n'ont pas d'heure fixe; tout dépend de la dislance de 



— 53 — 

l'abreuvoir, mais c'est généralement après avoir mange', vers neuf ou dix 
heures du matin, et avant de se retirer à l'ombre, qu'elles viennent se des- 
altérer. 

Les grands Pachydermes dont je vais vous dire quelques mots sont le 
Rhinocéros et l'Eléphant. Il est probable que dans quelques générations, si 
la civilisation continue à envahir l'Afrique, il ne vous sera plus possible 
d'entendre quelqu'un parler de ces animaux par expérience personnelle. 

Déjà le Rhinocéros, si je puis m'exprimer ainsi , a un pied dans la tombe, 
c'est-à-dire dans le domaine de la paléontologie, au milieu de ses ancêtres, 
les animaux antidéluviens ou disparus. Oui, le Rhinocéros noir (Rhinocéros 
bicornis) est déjà un animal presque disparu; son confrère le Rhinocéros 
blanc à bouche large (Rhinocéros simus) ne l'est-il pas déjà? On le craint. 
Dépêchons -nous de parler de cet animal tandis qu'il est encore d'ac- 
tualité. 

Je ne m'occuperai ici que du Rhinocéros bicorne, le blanc ou simus 
étant, comme je viens de vous le dire, très rare, et quoique ayant eu le bon- 
heur d'en tuer un, à mon insu, en 1892, je n'en ai jamais plus rencontré. 
Le Rhinocéros bicorne est un animal essentiellement nocturne; il craint le 
soleil et passe la journée dans les fourrés épais et impénétrables à la lu- 
mière que la nature a mis dans les pays qu'il habite. Il a le sommeil très dur 
et le seul sens qui ne soit jamais endormi chez lui est l'odorat. Malheur au 
chasseur qui se laisse sentir par lui. Mais si le vent est favorable et le ter- 
rain silencieux, on peut s'approcher de lui et le tuer à bout portant. Evi- 
demment une telle tentative est des plus périlleuses et l'endroit où un Rhi- 
nocéros repose est d'un accès excessivement difficile. Il dort généralement 
sur le côté, étendu par terre comme un Cheval, sur une litière de feuilles 
sèches ou souvent sur le versant d'une éminence. Pendant qu'il dort, sa 
bouche écume et autour de ses lèvres et devant ses naseaux s'accumule une 
mousse blanche. Quand on voit celte écume, c'est qu'il dort depuis plu- 
sieurs heures et qu'il est profondément endormi. Au coucher du soleil, la 
première chose que le Rlunocéros va faire est de boire; il arrive à l'abreu- 
voir, selon la distance, entre neuf heures et demie et onze heures du soir; 
il boit quelquefois de nouveau le matin avant l'aube. Dès qu'il a bu, il com- 
mence à paître et continue ainsi toute la nuit, parcourant de cette façon des 
distances considérables. Il se nourrit de racines, de jeunes pousses tendres 
comme de l'osier et de feuilles spéciales; les Cactées et les plantes grasses 
épineuses sont pour lui un mets favori. A l'aide de ses sabots de devant et 
de sa corne , il met à nu les racines , les déterre , les brise et avec sa lèvre 
supérieure, qui est préhensible comme une petite trompe, les arrache et les 
mange. Comme ses congénères, il aime à se vautrer dans la vase et à se 
couvrir de boue. Une particularité très curieuse est qu'il ne laisse jamais 
ses excréments intacts; il les éparpille à coups de corne, ce qui fait qu'on 



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ne les voit jamais qu'en pousssière. Il ne fait pas pourtant toujours 
cette opération immédiatement; il revient parfois à l'endroit où il a laissé 
les excréments après un intervalle; mais il ne les laisse jamais intacts. C'est 
vous dire que lorsque, nous autres chasseurs, nous tombons sur des ex- 
créments frais et entiers, nous savons que, le Rhinocéros n'est pas loin, 
et qu'il faut se tenir sur ses gardes, car il va revenir d'un moment à l'autre. 
L'odeur de l'Homme exaspère le Rhinocéros; c'est le seul animal qui, à ma 
connaissance, se jette sur lui sans être provoqué. 

L'opinion des chasseurs expérimentés diffère un peu là-dessus. Les uns 
prétendent que l'odeur de l'Homme l'affole et que c'est parce qu'il perd la 
tête qu'il se précipite de son côté. Les autres disent que c'est par mé- 
chanceté. Je m'abstiendrai de juger moi-même le sentiment qui le fait agir, 
je me bornerai à constater qu'il charge chaque fois qu'il sent l'ennemi. J'ai 
raconté autrefois, dans mes chasses de 1891 et i8t)3, cette aventure de 
deux Rhinocéros qui venaient boire régulièrement à une mare tous les 
matins au point du jour, sous le vent de l'endroit où nous passions en 
quittant notre camp, et qui nous chargèrent plusieurs jours de suite à 
l'improviste. Je finis par en tuer un. 

L'œil du Rhinocéros et son oreille sont très imparfaits, mais son nez est 
d'une finesse inouïe. D'ailleurs, si l'on considère l'anatomiedc la tête chez 
cet animal, on peut se rendre compte que, tandis que l'œil est dispropor- 
tionnément petit et mal placé et l'oreille massive et imparfaite, les sens 
olfactifs et les fosses nasales occupent dans la tète une place considérable , 
proportionnellement plus considérable que chez la plupart des animaux, 
hormis l'Éléphant. 

Quoique d'un aspect lourd et massif, le Rhinocéros est d'une agilité et 
d'une légèreté surprenantes; il a d'ailleurs plus d'un caractère de res- 
semblance avec le Cheval : il galope, saute des troncs d'arbres, trotte comme 
un Anglo-Normand et peut fournir une course très rapide, sinon très 
longue. 

Lorsque je chasse le Rhinocéros , j'ai l'habitude de l'attendre à l'abreuvoir, 
et il faut pour cela que je prenne des précautions inouïes; il est d'une 
méfiance extrême et son odorat est si fin , que , si quelqu'un a marché aux 
abords de la mare dans la journée, il flairera un piège et ne viendra pas 
boire; il fera dix, quinze ou vingt kilomètres et il ira s'abreuver ailleurs. 
Il faut donc que personne ne s'approche plus de l'eau et cela dans un 
rayon assez considérable pendant plusieurs jours. Malgré toutes ces pré- 
cautions, il faut encore que la nuit ne soit pas trop noire et que, dans sa 
méfiance du danger, l'animal ne boive pas trop loin de l'endroit où le 
chasseur l'attend. 

Ceci s'applique également a la chasse au Lion, que j'ai pratiquée de 
même façon. Ce n'est pas, comme on voit, une besogne des plus aisées 
que de chasser ces grands fauves la nuit. Il y a aussi ces interminables 



— 55 — 

nuits où rien ne vient et on l'on s'en va découragé le malin pour recom- 
mencer le soir. 

L'Eléphant, en revanche, est un grand marcheur diurne et nocturne; il 
vous entraîne derrière lui sur sa piste pendant des journées entières, et sa 
chasse est fatigante. Quand ils sont en voyage, les Éléphants marchent à 
la file indienne; en tète un vieux mâle expérimenté ou unp vieille femelle 
qui, de temps en temps, tàte le terrain du bout de la trompe repliée, ou 
la jette en l'air pour saisir les émanations des alentours. Quand la troupe 
est nombreuse, il y a également des vieux expérimentés sur les flancs de la 
colonne. Mais lorsqu'ils cherchent leur nourriture, les Eléphants marchent 
de front, chacun pour soi; il y a néanmoins aux ailes un gardien vigilant. 
Quand, au contraire, ils s'arrêtent , les vieux se mettent au centre, car ils 
sentent d'instinct que c'est à eux cpie l'ennemi en veut de préférence; c'est 
alors aux jeunes de s'exposer les premiers. 

Il y a dans tout ce que font ces admirables animaux une intelligence et 
une perspicacité étonnantes, et chez aucun animal l'instinct de la conserva- 
tion n'est poussé aussi loin cpie chez l'Eléphant. Ce n'est pas une causerie, 
c'est une série de longues conférences qu'il y aurait à faire si l'on voulait 
dire en détail tout ce que ces bêtes montrent d'intelligence et de supériorité 
sur tout ce qui peuple la forêt équatoriale, y compris les Hommes. Aussi 
ne puis-je donner ici que quelques traits saillants de leurs mœurs. La 
nourriture de l'Eléphant se compose d'herbe, de feuillage, d'écorce, 
d'épines et de fruits; il mâche ces végétaux, mais il avale, sans les mâcher, 
les fruits et, à l'occasion, les Gucurbitacées. On retrouve les fruits qu'il a 
mangés dans ses excréments, souvent à peine dénaturés par les sucs gas- 
triques, et je dois avouer que plus d'une fois, nous autres chasseurs, nous 
avons profité, à défaut d'autre nourriture, des fruits qu'il nous laissait ainsi 
sur son passage. 

La façon dont il écorce les arbres est assez curieuse : si les végétaux sont 
gros, il se sert pour cela de ses défenses et soulève l'écorce, qu'il tire à lui 
avec sa trompe; si les végétaux sont petits, il les arrache et les pelle déli- 
catement tout en marchant. Il est particulièrement friand des petites épines 
vives, et l'on se demande comment sa bouche, qui est délicate, n'en est 
pas incommodée. 

L'eau lui est indispensable, et il lui en faut en abondance. Hien n'est plus 
triste à voir que des Eléphants qui manquent d'eau ; ils s'en vont la tête 
basse, la trompe et les oreilles pendantes, comme las de vivre. C'est une 
bonne aubaine pour ceux qui les poursuivent; mais il faut se rappeler que 
ceux-ci souffrent encore plus de la soif et de la chaleur que leur malheu- 
reux gibier. 

La solidarité entre les Éléphants est touchante. J'ai vu, un certain jour 
que j'avais blessé un vieux mâle, les femelles l'aider et pousser la pauvre 



\ 



— 56 — 

bête, qui se refusait à avancer, pour la mettre à l'abri clans un fourré; 
elles s'appuyaient contre lui de tous côtés, le portaient presque sous nos 
yeux, à quelques centaines de mètres. Le vieux se faisait traîner; elles 
l'avaient fait entrer degré ou de force dans un grand taillis, où elles ne 
l'abandonnèrent que lorsqu'elles comprirent qu'il était blessé mortel- 
lement et ne demandait plus qu'à mourir en paix, et qu'elles ris- 
quaient leur propre vie en demeurant un instant, car nous arrivions à la 
cours p. 

La passion du chasseur n'est pas incompatible avec les sentiments, et 
l'Eléphant, cet être grandiose, puissant et intelligent, est celui que j'admire 
le plus parmi les chefs-d'œuvre de la nature. 

Je terminerai en disant quelques mots des mœurs des Lions, avec les- 
quels j'ai eu pendant ces dernières années de nombreuses rencontres volon- 
taires, et que j'ai traqués, suivis et étudiés à loisir. Je m'oppose par l'ex- 
périence à la théorie qu'il existe plusieurs espèces de Lions en Afrique. Il 
n'y en a absolument qu'une, selon moi. Il est bien entendu que sa robe 
change d'épaisseur et de couleur suivant les milieux qu'il habite. Le Lion 
des plateaux de l'Atlas doit être plus chaudement vêtu que celui qui habile 
les plaines sablonneuses et ardentes du pays des Somalis. Celui qui de- 
meure dans une contrée épineuse et qui se déchire la crinière aux épines 
et aux taillis (car on trouve continuellement des poils sur les végétaux) l'a 
moins belle et moins fournie que celui qui se tient dans les plaines her- 
beuses. Quant à l'absence de crinière, elle ne constitue pas une variété, 
car dans une même famille de Lions il y a des mâles sans crinière et 
d'autres avec crinière. Bien mieux, dans la même portée d'une Lionne, j'ai 
vu des mâles de huit ou dix mois déjà avec une trace de crinière et d'autres 
qui en étaient absolument dépourvus. Ainsi, dans les régions de l'Afrique 
australe, où j'ai chassé pendant une dizaine d'années, j'ai vu dans le même 
district, ensemble ou séparés, des Lions à crinière noire, à crinière fauve 
et sans crinière du tout. 

Dans le pays des Somalis et dans la région des sables, en général les Lions 
sans crinière abondent; leur robe est alors d'un fauve très clair, elle se 
confond absolument avec le sable; tandis que dans les régions arborescentes 
et ombragées, dans les pays difficiles et montagneux, la robe des Lions varie 
du fauve rougeàlre au marron clair et même au marron foncé. Quand les 
Lionceaux naissent, ils ont une robe différente de celle de leurs parents, à 
un tel point qu'on doute de leur origine. Ils sont rayés sur tout le corps, 
jambes comprises, de lignes plus foncées, peu marquées, qui disparaissent 
avec l'âge; mais j'ai vu néanmoins une jeune Lionne, qui pouvait avoir 
douze à quinze mois, portant encore sur le dos et les flancs quelques raies 
plus foncées, peu distinctes, mais curieuses; c'est, je crois, une exception. 
Le derrière des oreilles, le bout de la queue et un point à l'intérieur des 



— 57 — 

pattes sont noirs. Nous distinguons le sexe d'un Lion sur une piste par la 
l'orme de la paume de la patte de devant. 

Le Lion vit, comme vous savez, en grande partie de sa chasse. C'est la 
nuit, en général, qu'il attaque les animaux dont il se nourrit; il mange 
indistinctement tous les Herbivores, mais ses mets préférés, dans les régions 
dont je parle, sont le Buffle et le Zèbre; aussi , quand ces derniers abondent 
clans un district, sommes-nous toujours à peu près sûrs d'y trouver des 
Lions. En général, il dédaigne les petites Antilopes au-dessous de la taille 
d'un Ane; elles sont d'abord trop rapides et trop agiles pour lui, et puis 
elles constituent sans doute des repas insuffisants. Il va sans dire que 
lorsque la faim le pousse, il ne choisit pas et se nourrit au besoin de 
charogne. Mais je parle des endroits où le gibier abonde et où les Lions 
se trouvent toujours. La saison sèche, c'est-à-dire le moment où l'eau 
est rare, est le meilleur moment pour tous les chasseurs, Lion compris. 
Le gibier est alors aggloméré dans un rayon restreint et aux alentours 
des rares abreuvoirs qui restent à cette époque. Mais pendant les pluies , 
les Lions souffrent souvent cruellement de la faim; l'eau alors abonde 
partout, les rivières sont pleines et les mares naturelles nombreuses; les 
animaux s'éparpillent sur des étendues immenses de pays et les Lions 
errent à l'aventure revenant souvent, comme le chasseur, absolument bre- 
douilles. Ils se rabattent alors sur tout ce qu'ils trouvent, chiens dans les 
villages, habitants, vieux cuir, etc. Lorsque j'étais campé dans la Maravie, 
en 1892 , au milieu des gorges de Tchioula, j'avais une tente qui servait 
de cuisine, car les pluies étaient torrentielles. Par la nuit noire, les Lions 
venaient récurer mes casseroles et les lécher, craquaient des os de poulet 
et s'attardaient souvent à cette besogne. Un matin, à l'aube, j'entendis un 
remue-ménage dans mes marmites et, croyant avoir à faire à une Hyène, 
dans la mi-obscurité , je tirai au hasard sur un animal qui s'agitait dans 
la tente et, sans le savoir, je tuai une jeune Lionne qui était dans un état 
de maigreur et de dépérissement extrêmes. 

Je voudrais, pour que cette causerie fût complète, vous parler encore 
des autres hôtes des forêts d'Afrique , je suis obligé de renvoyer à une 
autre séance ce que j'ai à en dire. 

Je terminerai en vous donnant le tableau de mes chasses de 189/i à 
1897, c'est-à-dire pour mon dernier voyage seulement, 488 pièces se 
décomposant ainsi : 3g Eléphants, 1 k Rhinocéros, 16 Lions, 5 Panthères, 
19 Hippopotames, 56 Buffles et 33g Antilopes ou autres animaux divers. 



58 



Catalogue des Oiseaux 

RECUEILLIS PAR M. FoA DANS LA REGIOS DES GRANDS LaCS , 
IMMEDIATEMENT AU NORD DU ZaMREZE MOYEN, 

PAR M. E. OlJSTALET. 

M. E. Foa a fait parvenir, l'an dernier, au Muséum, une collection d'Oi- 
seaux que j'ai de'lenninée et dans laquelle j'ai constaté la présence de hh es- 
pèces. Je donne ci-dessous la liste de ces espèces en faisant suivre le nom 
scientifique de chacune d'elles des renseignements qui ont été fournis par 
le voyageur. 

1. Psn tacus koscicollis (kuhl). — Nom indigène : Tchinhoué. 

Mâle et femelle. N os i63 etiGA du Catalogue du voyageur. Bec couleur 
de corne claire; pattes noires; yeux orange. 

2. Gircaetls cinerascens (Mûll.). — Nom indigène : Zandjap'ako. 
Mâle, N° 170 Cal. \oy. Base du bec, cire et yeux jaunes; pattes 

grises; extrémité du bec noire. Ces Oiseaux passent pour détruire les Rep- 
tiles. 

3. Astir poi-yzoxoides (Smith). — Nom indigène : Kajumpé. 
Un spécimen, n° 125 Cat. voy. 

h. MïLVDS .«gyi'tiis (Gm.). — Nom indigène : Kabâoui. 

Mâle. Bec, cire, yeux et pattes jaunes. Espèce commune dans la région. 

5. Scops giu var. capensis (A. Smilli). — Nom indigène : Poundou. 
Mâle. .Y 1 22 Cat. voy. Bec et pattes noires; yeux jaunes (couleur d'yeux 
de Chat). 

(>. Thachypbonus cafer (V.). — Nom indigène : Njaratié. 
Mâle. N° n3 Cal. voy. Bec et pattes noirs; yeux bruns. Espèce peu 
commune dans la région. 

7. PoGONORiiYNciiis irroratus (Cal>.). — Nom indigène : Chiroukoutou. 
Deux mâles. N° 129 Cat. voy. Bec, pattes et yeux noirs. Espèce assez 

commune. 

8. Picls (Dendropicus) cardinaus var. Zanzirari (Malh.). — Nom indi- 
gène : Gogop'anda. 

Deux mâles. N° i36 Cat. voy. Bec, pattes et yeux noirs. Variété rare 

dans la région. 

9. Indicator major (Steph.). — Nom indigène : Ntsatzo ou Nsaîa. 
Mâle. N° lia Cat. voy. Bec et pattes noirs; yeux d'un brun clair. Ces 



— 59 — 

Oiseaux se nourrissent principalement de larves d'Abeilles, ou, à défaut, 
d'autres Insectes. 

10. Halcyox albiventkis (Scop.). — Nom indigène : Mombowfoou. 
Mâle. N° 1 18 Cat. voy. Bec et pattes rouges; yeux noirs. Cette espèce se 

rencontre fréquemment dans la brousse, loin de tout cours d'eau. 

11. H ALCYON CHEUCUTENSIS (Staill.). 

N°ii8 Cat. voy. 

1:2. Merops hirundineus ( Latli.). — Nom indigène : Fouragombé. 
Mâle. N° 1 15 Cat. voy. Bec et pattes noirs; yeux d'un rouge brun. 

13. Merops cyanostictos (Cab.). — Nom indigène : Moukouaniankoua. 
Bec et pattes noirs; yeux rouges. Ces Guêpiers vivent en république 
dans des trous creusés dans la terre des berges des rivières. 

lû. Trogon (Hapaloderma) narina (Stepb.). — Nom indigène : Koumba. 
N° 1 65 Cat. voy. Paupières et yeux jaunes; bec et pattes noirs. Espèce 
fort rare dans la région. 

15. Ecrystomus afer (Lath.). — Nom indigène : Cholé. 
Un spécimen, n° 160 Cat. voy. 

16. Turacus chlorochlamys (Sliell.). — Nom indigène : \kottlou-koulou. 
Mâle. N° n h. Cat. voy. Bec et pattes noirs; caroncules d'un rouge vif. 

Ces Oiseaux ne quittent jamais le voisinage de l'eau. 

17. Schizorhis coxcolor (Smith). — Nom indigène : Koué. 

Mâle. N° 167 Cat. voy. Bec, pattes et yeux noirs. Ces Oiseaux pour- 
suivent les passants de leur cri désagréable. 

18. Bccorax cafer (Boc). — Nom indigène : Niangomba. 

N° 171 Cat. voy. Caroncules d'un rouge vermillon; bec et pattes noirs; 
yeux fort grands et fort beaux, ressemblant à des yeux humains, avec la 
pupille très grosse et l'iris marron. Ces Oiseaux sont difficiles à atteindre. 

19. Buceros (Bycaxistes) buccinator (Tarn.). — Nom indigène : Ka- 
kamira. 

Mâle. N° 1 69 Cat. voy. Caroncules et tour de l'œil jaunes; yeux marrons; 
bec et pattes noirs. 

20. Cosmetorms vexillarils (Gould.). — Nom indigène : Roumbé. 
Mâle et femelle (?). N os 21 1 et 212 Cal. voy. Bec, yeux et pattes noirs. 

21. Cinxyris(Chalcomitra) guttlralis(L.). — Nom indigène -.Songoué. 
Onze individus, mâles adultes, jeunes mâles et femelles. N os i34, i£5 

et i58 Cat. voy. Yeux d'un rouge vif chez les mâles, noirs chez les fe- 
melles. 



— 60 — 

22. Cinnïris leucogaster (V.). — Nom indigène : Soclo. 
aie. N° i3i Gat.vov. Yeux noirs. 



23. Cinnyris venusta var. affinis (Rùpp.). — IN oui indigène : Msodo. 
Deux mâles. N° i56 Gat. vov. Yeux noirs. 

■I 

2/i. Prima mystacea (Rùpp.)? — Nom indigène : Rimba. 
Mâle. N° 1 37 Cat. voy. Oiseau vivant dans les buissons. 

25. Eremomela elegans (Heugl.) — Nom indigène : Rimba (comme le 
précédent). 

Mâle et femelle. N° i32 Gat. voy. 

26. Irrisor erythrorhyxciius (Lalh.). — Nom indigène : Kotcko-kotcho. 
Mâle. Ces Oiseaux vivent en troupes de sept ou huit et poussent des cris 

désagréables en faisant des contorsions et en se rengorgeant. 

27. Grateropijs Kirki (Sliarpe). — Nom indigène : Chinkoio. 

Mâle. N° 1 2A Cat. voy. Caroncules jaunes; yeux orange; bec et pattes 
noirs. Espèce peu commune dans la région. 

28. Pycnonotus Layardi (Gurn.). — Nom indigène : Pomboua. 
Mâle. N° 1 27 Cat. voy. 

29. Oriolcs larvatcs (Liclil.). — Nom indigène : Koudiomo. 

Deux mâles. N° 121 Cat. voy. Bec rouge; pattes noires; yeux d'un rouge 
vif. Ces Oiseaux se nourrissent uniquement de petits fruits. 

30. Oriolus notatos (Peters). — Nom indigène : Koudiomo (comme le 
précédent). 

N ia6 Cat. voy. 

31. Hibdrdo Smithi (Leach). — Nom indigène : Namdze. 
Deux spécimens. N° 139 Cat. voy. 

32 Alseonax addsta (Boie). 

Femelle. N°i6i Cat. voy. Yeux jaunes. 

33. Platystira peltata (Sund). 

Mâle. N° 166 Cat. voy. Caroncules rouges. 

34. Bâtis oriextams (Hengl.). — Nom indigène : Kadondombidzi. 
Mâle et femelle. N° i33 Cat. voy. Grands chanteurs. 

35. Trochocerus cyaxomelas (V.). 
Mâle. N° ik 3 Cat. voy. 

36. Terpsiphone perspicillata (Sev.). — Nom indigène : Zouzc. 
Mâle. N° i5q Cat. voy. Bec et pattes noirs; caroncules jaunes; yeux 

bruns. Espèce rare dans la région. 



— 01 — 

37. Smithormis capexsis (Smith). — Nom indigène : Kampêmércré. 
Mâle. N° \kh Cat. voy. Ces Oiseaux, rares dans la région des Grands 

Lacs, font un bruit strident avec leurs ailes en quittant la branche où ils 
étaient posés et en décrivant un cercle pour y retourner. Leur chant est 
ordinaire. 

38. Bus musicus (V.). — Nom indigène : Setchitchi. 

Deux, mâles et une femelle. N os i3o et i54 Cat. voy. Caroncules et pau- 
pières jaunes. 

39. Bradyornis Oatesi (Sharpe). 
Mâle. N° i5a Cat. voy. 

40. Parus niger var. leucomelas (Riipp.). — Nom indigène: Tsiléic. 
Femelle. N° î 4o Cat. voy. Grand chanteur. 

41. Dryoscopus major var. guttatos (Harll.). — Nom indigène : Muigo. 
Mâle. N° 119 Cat. voy. 

42. Laniarius sulfureipectus (Less.). — Nom indigène : Mantchombé. 
Mâle. N° 1 28 Cat. voy. 

43. Prioxops talacoma (Smith). — Nom indigène : Kouméniamenia. 
Deux spécimens. N° 1 20 Cal. voy. Yeux d'un rouge vif. 

44. Buchaxga atra var. assimilis (Bechst.). — Nom indigène : Nteiigo. 
Mâle. N° 1 68 Cat. voy. Yeux noirs. Espèce insectivore, se nourrissant 

de minuscules Sauterelles, accourant de loin à tous les feux de brousse et 
saisissant les Insectes au-dessus des flammes. 

45. Mel,eorms edolioides (Smith.). — Nom indigène : Nlengo (comme 
le précédent). 

Mâle. N°is3 Cat. voy. 

46. Graccalcs pectoralis (Jard. et Selb.). — Nom indigène : Koumé- 
niamenia. 

Mâle. N° 1 1 7 Cat. voy. 

47. Penthetria albonotata (Cass.). — Nom indigène : Kanianchikou. 
Mâle. N° 1 16 Cat. voy. Yeux d'un rouge foncé. Espèce fort rare dans la 

région. 

48. Euplectes franciscaxus (Isert.). — Nom indigène : Tseringa. 
Mâle. N° 167 Cat. voy. Bec et pattes rouges; yeux bruns. 

49. Svcobrotus stictifrons (Finsch et Reich. ). — Nom indigène : Goli, 
Mâle. N° i38 Cat. voy. Yeux marrons. 

50. Hyptantorxis mgriceps (Lath.)? — Nom indigène : Tclictc. 
Deux mâles. N os i35 et i5i Cat. voy. 

Muséum. — iv. 5 



— 62 — 

51. Hyphantorms Cabanisi (Pelers)? 
Femelle. 

52. Gorvus scapulatus (Daucl.). — Nom indigène : Kounjouboui. 
Mâle. 

53. Francolimjs (Pternistes) Humboldti (Pet.). — Nom indigène : 
N'houalé. 

Mâle. N° 162 Gat. voy. Bec, pattes, caroncules et yeux d'un rouge terne. 

Le Muséum ne possédait pas encore d'exemplaire de cette espèce de 
Francolins, la seule de son genre que l'on trouve dans la région, selon 
M. Foa. 

54. Nomida Edouard! (Hartl.). — Nom indigène : Tanga-Tolé. 

Mâle et femelle. N os 173 et 174 Gat. voy. Peau de la tête d'un bleu 
turquoise; yeux, bec et pattes noirs. Espèce fort rare dans la région, où 
elle vit dans les taillis épais et sombres. 

Les renseignements fournis par M. Foa serviront à élucider la question 
controuvée de la coloration des parties nues de la tête chez la Nmùda 
Edouardi et moulreront peut-être que, sous ce nom, on a confondu deux 
espèces distinctes (voir 0. Grant, Cat. B. Brit. Mus., 1893, p. 232, note). 



Note sur des Méduses rapportées par M. Foa 
du lac Tanganyika et dénommées Lmnocnida Tangaisyice Bôhm , 

par M. Félix Bernard. 

Ces Gœlenlérés manquaient aux collections du Muséum. Les Méduses 
d'eau douce sont d'ailleurs des raretés : outre l'espèce en question, on n'en 
connaît qu'une seule, Limnocodium Sowerbyi Ray Lank., trouvée dans les 
bassin du Jardin botanique de Kew. L'espèce du Tanganyika a été décou- 
verte, en 1891 , par M. Moir, et revue par un grand nombre de voyageurs, 
car elle est extrêmement abondante. Bohm lui donna un nom spécifique, 
et R. T. Gùnther en fit un genre nouveau, Limnocnida (Ami. Mag. Nat. 
Hist. [6] XI, p. 269), et en présenta une étude très approfondie (Quart. 
Joum. Micr. Se. [3], 1893). Ce travail est assez complet pour que je n'aie 
rien à y ajouter au point de vue anatomique ou histologique. Je rappelle 
que la Méduse en question est tout à fait remarquable par le diamètre 
énorme du manubrium , dont l'ouverture occupe les deux tiers de l'ombrelle , 
et reste extrêmement court. On trouve, sur le bord externe de ce manu- 
brium, soit des cellules sexuelles, soit des bourgeons donnant des Méduses 
à divers états de développement. 



G3 



Sur u.\e variété nouvelle du Zèbre de Burcuell 

(EquUS BuRCHELLI SUBSP. ZAMBESIENS1S, PbàZAk) . 

par M. le D r E. Trouessart. 

La collection du Muséum possède, depuis 189 4, deux beaux spécimens 
de Zèbres (un adulte et un jeune), provenant de l'Afrique australe, qui lui 
ont été offerts par le docteur Holub, sous le nom à" 1 Equus Chapmanni 
(Layard). Ce nom, qui était exact en 1880, lorsque le docteur Holub 
publia la relation de son voyage , ne l'est plus aujourd'bui. Les recherches 
de MM. Matschie, de Berlin, de Winton et Pocock, de Londres, plus 

, 

récemment celles de M. Prazak, d'Edimbourg, nous ont fait connaître 
d'une façon plus précise les nombreuses variétés du Daw ou Zèbre de Bur- 
chell. Les deux spécimens dont il s'agit ici appartiennent bien à cette es- 
pèce; mais ils se distinguent nettement de la forme décrite, en 1 865 , par 
Layard sous le nom à'Equus Chapmanni. 

Le British Muséum de Londres ne possède pas de type de l'espèce ren- 
contrée par Ghapmann au cours de son voyage dans l'Afrique orientale et 
centrale ; mais on doit considérer comme telle la figure publiée par M. Sclater 
dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres (I) . La forme 
figurée par Matschie'' 2 ', sous le nom (VE. Bôhmi, constitue, d'après Pocock, 
une variété très voisine, sinon identique. 

V Equus Chapmanni est caractérisé par son pelage, qui porte des bandes 
alternativement noires et brun clair sur un fond d'un jaune isabelle plus 
ou moins foncé. Ces raies intermédiaires plus étroites et plus claires (sha- 
dow stripes ou raies ombrées des Anglais) sont surtout visibles sur la croupe 
et, chez certains individus, elles se distinguent à peine de la teinte isabelle 
qui forme le fond du pelage. Les jambes ne sont rayées que jusqu'au jarret; 
la partie inférieure est blanche ou porte quelques taches à demi effacées, 
comme un reste des bandes qui forment des anneaux complets sur d'autres 
variétés de la même espèce plus récemment décrites. 

On voit, par cette description de YEquus Chapmanni, que la plupart des 
Daws que l'on importe actuellement en Europe, et que l'on peut étudier 
vivants dans les Ménageries et les Jardins zoologiques , appartiennent à cette 
variété ou à des variétés très voisines. 

Le Zèbre d'Holub est un animal bien différent. Par son pelage, entière- 

l P. Z. S., i865 , p. /11 7 et lu 9 et pi. XXII. — La planche porte la légende 
Equus Burchelli, mais le texte indique (p. A 19) qu'il faut changer ce nom en 
Equus Chapmanni. 

W Zool. Garten, XXXV, 189/1, P- 7°! Sàugeth. Ost-Afrikas, 189», p. 90, 

flg. 5:2. 

5. 



— 64 — 

ment zébré jusqu'aux sabots, on peut dire que c'est un véritable Zèbre, 
bien que ses caractères le rattachent à VEquus BurchcIU et non à ïEquus 
zébra des naturalistes. Grâce à M. le D r Prazak (1) , j'ai pu le comparer aux 
variétés qui s'en rapprochent le plus, notamment aux sous-espèces Seiousii 
Pocock (a) et Grawshayi de Winton (3) . De cette comparaison, il résulte que 
le Zèbre d'Holub constitue une sous-espèce nouvelle dont voici les carac- 
tères : 

Equus Bcrchelli subsp. zambeziensis Prazak. ' 

Poil très ras. Le fond du pelage est d'un blanc crémeux , à peine teinté 
de jaune sur les flancs et la croupe. Bandes noires à peu près aussi larges 
que les espaces clairs intermédiaires, couvrant tout le corps et les membres 
jusqu'au sabot. Les quatre bandes verticales des flancs et les quatre bandes 
obliques de la croupe se prolongent sous le ventre jusqu'à la ligne médiane. 
Les jambes sont rayées d'anneaux complets, aussi foncés en dedans qu'en 
dehors, jusqu'au paturon et à la couronne du sabot qui sont noirs par suite 
de la confluence de ces rayures; ces bandes noires remontent jusqu'à la 
face interne des cuisses. La queue est zébrée et la touffe terminale est en- 
tièrement noire. Le museau (autant qu'on en peut juger sur une peau pré- 
parée) est d'un brun peu foncé. — Longueur du corps (du toupet de la 
crinière à la base de la queue) : i63 centimètres; hauteur au garrot : 
i38 centimètres. 

Ces dimensions (hauteur au garrot) sont de 10 centimètres au moins 
supérieures à celles de YE. Chapmanni et de 20 centimètres supérieures à 
celles de ÏE. zébra. 

Ce Zèbre provient des steppes du Maroulzé, sur la rive gauche ou sep- 
tentrionale du Zambèze (localité exacte : Mashupia, vallée de l'ingwisi). 

Comme on le voit par notre description , il n'y a pas trace, à l'œil nu, des 
raies ombrées intercalaires caractéristiques de YE. Chapmanni et d'autres 
variétés du Daw. Mais ces raies sont faiblement visibles, notamment sur la 
croupe cl les cuisses, dans l'image photographique que nous avons pris de 
l'animal. On sait que les teintes jaunes sont reproduites en brun dans les 
images de ce genre. Par contre, ces raies ombrées sont très nettes sur le 
jeune, qui accompagne l'adulte et provient de la même localité, mais dont 
le poil est beaucoup plus long. Ce poulain, d'ailleurs, est entièrement rayé 
comme l'adulte jusqu'au sabot, et ses formes sont beaucoup plus sveltes et 

(1) M. Prazak se dispose à publier une monographie des Chevaux africains qui 
paraîtra sous ce litre : Tlw Wild Ilorses ofthe Ethiopian Région, Londres, 1898, 
avec 98 pi. coloriées (sous presse). Je remercie ce naturaliste des renseignements 
inédits qu'il a bien voulu me communiquer sur les espèces décrites et figurées dans 
cet ouvrage. 

W Annal» and Magaz. of Natur. Hist., XX, 1897, p. 45. 

(3) Ann. and Mag. Nat. Hisl. , XVII, 1896, p. 3 19. 



— 65 — 

élégantes que celles d'un jeune poulain du même âge de la variété E. Chap- 

manni. 

11 existe en Europe deux autres spécimens provenant, comme celui-ci, 
du voyage du D r Holub et de la même localité. L'un est au musée de Vienne 
(sous le nom d'£. Chapmanni); l'autre, au musée de Budapest (sous le 
nom d'£. Bôhmi).\ D'après M. Prazak, qui les a étudiés, ces trois spé- 
cimens sont identiques. 




Zèbre de Zambèze (Equus BurcheUi subsp. zamheziensis , Prazak),' 
voyage du D r Holub (Muséum de Paris). 

Dans le tableau suivant, on a indiqué les principaux caractères qui dis- 
tinguent la variété zambeziensîs des deux variétés qui s'en rapprochent le 
plus (Selousii Pocock et Cmwshaiji de Winton) : 



— G6 



Var. Selovsii. 



Ensemble du pelage 
assez foncé. 

1 . Bandes noires beau- 

coup plus larges que 
le fond , surtout sur 
la croupe. 

2. Quatre bandes verti- 

cales libres. 

3 . Bandes ombrées in- 

tercalaires faiblis, 
étroites, mais bien 
visibles. 

à. Partie inférieure du 

paturon et couronne 
du sabot blanches. 

5. Face in terne des jambes 

au-dessus du jarret 
dépourvue de rayures. 

6 . Queue à touffe en partie 

blanche. 

Habitat. — Bive Sud 
du Haut-Zainbèze. 



Var. ZAMBEZIEXSIS. 



Ensemble du pelage 
clair. 



1 . Bandes noires sensi- 

blement égales aux 
bandes claires du 
fond , même sur la 
croupe. 

2. Quatre bandes verticales 

libres. 

3 . Bandes ombrées « peine 

visibles et jaunes (chez 
l'adulte). 

4. Partie inférieure du 

paturon et couronne 
du sabot noires. 

5. Face interne des jam- 

bes rayée jusqu'aux 
cuisses. 

6. Queue rayée, à touffe 

entièrement noire. 

Habitat. — Bive Nord 
du Haut-Zambèze. 



Var. Crawshayi^. 



Ensemble du pelage 
très foncé. 

1 . Bandes noires plus 

larges que le fond , 
plus nombreuses et 
plus serrées sur tout 
le corps. 

2. Quatre à sept bandes 

verticales libres. 

3 . Bandes ombrées nulles. 



h . Paturon et couronne 
du sabot presque cn- 
tièremenl noirs. 

5. Face interne des jam- 

bes rayée jusqu'aux 
cuisses. 

6 . Queue tachetée, à touffe 

entièrement noire. 

Habitat. — Bégion au Sud- 
Ouest du lac Tanganyika. 



Ci M. Prazak distingue du Cratuhayi une variété iloni voici la diagnose : E. Bubobblli 
Bubsp. Maiu.k Prazak : E. Crawshayi dielo simillimus, sed majur, faseiis aigris angustioribus , 
manda nitsali cliiirolaliuc-bruniiea ; lineii doriali obtoleta. Habitat : inter Tanganyika et Victoria 
Nyanza. — Je rapproche provisoirement de cette varii'-té le Zèbre rapporté par M. Ed. Foa de 
Teté (sur le Bas-Zambèïe), el qui, par le grand nombre de Bea rayures, n'est comparable qu'à 
VEquut i.'/ïti/i. On compte hutl bandes verticales libres (le double du nombre normal chez 
/;. Bwchelli), entra l'épaule ci les bandes obliques de la croupe. 



En résumé, zambeziensis diffère de Sclousii par ses pattes entièrement 
rayées jusqu'aux cuisses et son paturon noir, de Crawshayi par ses bandes 
noires moins larges et moins nombreuses et sa queue rayée (el non 
tachetée); l'ensemble de son pelage est beaucoup plus clair. 

L'Equus Bureheiïi zambeziensis et les variétés qui s'en rapprochent le 
plus (Sclousii, Crawshayi, Mariée) sont de magnifiques animaux, aussi 
remarquables par leur grande taille et leurs formes élancées que par la 
beauté de leur pelage, entièrement rayé de l'oreille au sabot, comme chez 
les véritables Zèbres (E. zébra et E. Grevyi). On ne les a pas encore vus 
vivants dans nos jardins zoologiques, ce qui lient vraisemblablement à ce 
qu'ils habitent les plateaux élevés et montagneux de l'Afrique centrale, au 
voisinage des grands lacs, tandis que les Daws que l'on amène en Europe 



— 67 — 

proviennent des plaines moins élevées du Mozambicpie , du Transvaal et du 
pays des Zoulous. Cependant l'acclimatement de ces variétés en Europe ne 
semble pas présenter de difficultés, puisque des espèces essentiellement 
montagnardes, comme YEquus zébra, y vivent parfaitement. D'ailleurs, la 
douceur et la docilité de toutes les variétés du Zèbre de Burchell est un l'ait 
bien établi : cette espèce est facile a dresser et l'on peut l'atteler à des 
voitures légères. On ne saurait donc trop engager les naturalistes voyageurs 
et les marchands naturalistes à se procurer des jeunes de ces variétés qui , 
transportés vivants en Europe, feraient l'ornement de nos jardins zoo- 
logiques. 



M. Ch. Brongniart met sous les yeux de l'assemblée des bocaux 
renfermant des Guêpes et des Cétoines à l'état de larves, de nymphes 
et d'Insectes adultes. Ces spécimens ont e'té préparés par M. Henri 
Rouyer, boursier du Muséum , qui a pu conserver la blancheur des 
larves et des nymphes, grâce à un liquide dont il fera connaître la 
formule ultérieurement. 



Anthicides (Col. Hétéromères) africains nouveaux 
des collections du museum de paris , 

par M. M. Pic. 

Xylophilus Maindroni n. sp. 9 cf. 

Large, peu brillant, d'un lestacé roussàtre à pubescence fine avec les 
élylres ornés d'une fascie médiane peu distincte. Tête courte et large, un 
peu arquée en arrière, à ponctuation assez forte et écartée; yeux gros, 
noirs, éloignés l'un de l'autre et touchant presque le bord postérieur de 
la tête. Antennes testacées, pas très longues, épaissies à l'extrémité, insérées 
en avant des yeux; troisième article plus mince que le deuxième et à peine 
plus long, moins long que le quatrième, surtout c?. Prolhorav tout à fait 
transversal, anguleux en avant, avec une large dépression transversale 
devant la base, pas très marquée; ponctuation assez forte et peu écartée. 
Ecusson allongé, triangulaire. Élylres larges, subparallèles et un peu 
moins larges d, légèrement arqués sur les côtés 9, avec les épaules droites 
mais arrondies; l'extrémité arrondie, la ponctuation forte et peu écartée; 
une facie médiane brune à contours peu accusés. Dessous du corps de la 
couleur du dessus, parfois avec l'abdomen noirâtre. Pattes courtes avec les 
cuisses peu épaissies. 

Longueur, 2 à a millim. 3. — Obock (Maindron), 1893. 

Très voisin par sa coloration, et un peu de fascies, de A. Raffrayi Pic, 



— 68 — 

mais prothorax plus transversal, impressionné transversalement à la hase, 
ponctuation plus forte, antennes entièrement claires, etc. 

FORMICOMUS BISPILIFASCIATUS Pic vai\ OBSCURIPENNIS 9. 

Se distingue de la forme type par la coloration générale obscurcie, avec 
les ély très plus foncés, ceux-ci paraissant un peu plus courts. Une seule 
hande pileuse blanche très nette un peu après les épaules. 

Obock (Maindron), i8<j3. 

Formicomus Schimperi n. sp. d* 9. 

Modérément allongé avec les ély très assez larges, noir, passant au 
verdâtre sur les élytres. Tête pas très grosse, un peu diminuée et arrondie 
en arc en arrière, à ponctuation assez forte, écartée; yeux grisâtres, sail- 
lants. Antennes grêles, foncées, avec les premiers articles clairs, à peine 
épaissies à l'extrémité. Prothorax relativement étroit, convexe, dilaté- 
arrondi en avant, droit sur la base, à ponctuation assez forte, espacée. 
Ecusson triangulaire. Elytres subovalaires (ayant les épaules marquées) à 
peine obliques en avant, tronqués ou subarrondis à l'extrémité, avec une 
pubescence grisâtre, espacée, fine; ponctuation peu forte, espacée. Py- 
gidiuin saillant. Dessous du corps foncé. Patles grêles, noires, ou parfois 
un peu roussâtres, à tibias postérieurs minces; c? ayant les cuisses anté- 
rieures munies d'une épine et les tibias dentés eu dedans, à peu près sur 
leur milieu. 

Longueur, 2 millim. 5 à 3 millim. 3. — Abyssinie (Schimper), i85o. 

Voisin par sa taille et sa forme de F. Alluaudi Pic, mais prothorax noir. 

Formicomus abvssinicus (? var. de Scuimperi). 

Modérément robuste, peu allongé, noir, brillant, avec les élytres à 
reflets métalliques. Tète grosse, arrondie en arc en arrière, à ponctuation 
forte et espacée; yeux gris peu saillants. Antennes fortes, foncées, avec les 
premiers articles roussâtres. Prothorax convexe, assez long, à peu près de 
la largeur de la tète en avant, fortement dilaté en avant, étroit sur la base, 
à ponctuation peu rapprochée. Elytres subovalaires avec les épaules un peu 
effacées, obliques en avant, tronqués à l'extrémité, d'un noir brillant à 
reflets "métalliques, ornés de poils grisâtres, longs et espacés, mais non 
condensés en bandes; ponctuation forte, écartée. Pattes un peu roussâtres, 
avec les cuisses plus foncées, robustes; fémurs larges, tibias postérieurs 
assez épais. Dessous du corps foncé. 

Longueur, 3 millim. 3. — Abyssinie (Schimper), i85o. 

F. abijHshiicus rappelle de forme F. Anccyi Pic, avec une coloration dif- 
férente et pas de fascie posthumérale grise; assez particulier, parmi les 
espèces à élytres métalliques, par sa forme, jointe" à ses tibias poslérieurs 
épais. Il est possible que abyssinicus soit une simple variété de l'espèce 
précédente. 



— 69 — 

Amblyderus latipennis n. sp. 

Entièrement testacé mat , assez convexe, suboviforme, granuleux , parais- 
sant glabre. Tête forte et large, granuleuse, échancrée et sillonnée sur son 
milieu en arrière ;. yeux noirs. Antennes courtes, bien épaissies au sommet, 
dernier article large et court. Prothorax granuleux, muni en avant de 
petites aspérités, tout à fait élargi en avant et plus large que la tête, muni 
antérieurement d'une ligne de dents émoussées brunâtres, les quatre mé- 
dianes plus saillantes et larges, bien diminué postérieurement , un peu 
déprimé et sillonné longitudinalement en arrière sur le disque, tronqué 
sur la base, qui est rebordée. Écusson petit, arrondi au sommet. Elytres de 
forme ovoïde, relativement courts, bombés en dessus, bien arrondis sur 
les côtés et embrassant en dessus la majeure partie de l'abdomen, tout à 
fait larges près des épaules (celles-ci étant arrondies), bien atténués et 
arrondis à l'extrémité , finement granuleux et courtement pubescents. Dessous 
du corps a peu près de la couleur du dessus , orné de quelques poils clairs 
dressés. Pattes pas très fortes, avec les cuisses légèrement épaissies, les 
postérieures un peu arquées en dedans. 

Longueur, 2 millimètres environ. — Abyssinie (RaflVay), 1882. 

Espèce remarquable par sa forme trapue, ses élylres larges après les 
épaules, puis fortement atténués à l'extrémité. 

Amblyderus sulcithorax n. sp. 

Presque mat, entièrement testacé, un peu plus pâle que le précédent, 
convexe et suboviforme, granuleux, paraissant glabre. Tête forte, pas très 
large, tronquée en arrière et sillonnée longitudinalement sur le vertex; 
yeux noirs. Antennes assez longues, relativement grêles, un peu élargies 
sur leurs derniers articles, le terminal un peu plus long que le précédent, 
en pointe émoussée au sommet. Prothorax à peine plus large que la tête , 
peu dilaté et bien arrondi en axant, muni antérieurement d'une ligne de 
dents émoussées, brunâtres, les six médianes plus fortes, bien diminué 
obliquement en arrière, non nettement déprimé mais sillonné longitudinale- 
ment; base tronquée et rebordée. Écusson non marqué. Elytres de forme 
ovoïde, peu courts, bombés en dessus, embrassant en dessous la majeure 
partie de l'abdomen, pas très larges aux épaules (celles-ci étant arrondies) 
et à peine atténués à l'extrémité, paraissant glabres. Dessous du corps de 
la couleur du dessus. Pattes pas très fortes avec les cuisses légèrement 
épaissies , les postérieures un peu arquées en dedans. 
Longueur, 2 millimètres. — Djibouti (Jousseaume). 
D'après la description, parait voisin de A. aspericollis Frm. de Mada- 
gascar, mais ce dernier n'est pas décrit avec le prothorax sillonné et n'offre 
que quatre dents seulement au-devant du prothorax; de plus, il parait 
nettement pubescent. 11 est un peu plus pâle que l'espèce précédente, avec 
une forme ély traie plus allongée, le prothorax moins dilaté en avant, etc. 



— 70 — 

Leptaleus senegalensis n. sp. 

Assez large et robuste, entièrement d'un testacé jaunâtre avec un peu 
plus des deux tiers postérieurs des élytres d'un noir de poix; une impres- 
sion posthumérale transversale garnie d'une fascie blanchâtre. Tête grosse, 
arrondie en arc en arrière, à ponctuation forte, peu écartée; yeux gris. An- 
tennes peu longues, un peu épaissies et rembrunies au sommet. Prolhorax 
très brillant, long, tout à fait dilaté-arrondi en avant, bilobé, sinué sur 
les côtés avec la base élargie paraissant bituberculée au-dessus, à ponctua- 
tion peu marquée. Écusson petit. Elytres finement ponctués et brièvement 
pubescents, courts et larges, droits aux épaules, celles-ci marquées mais 
arrondies , avec des fossettes peu marquées , une impression transversale 
posthumérale garnie de pubescence blanchâtre, portion en avant de celte 
bande de la coloration générale du corps, c'est-à-dire testacé roussâtre, 
tout le reste des élylres en arrière d'un noir de poix. Dessous du corps tes- 
tacé. Pattes claires , minces et longues. 

Longueur, 2 millim. 3. — Sénégal. — Podor (Maindron), 1881. 

A placer près de L. injlalipes Pic, mais tout autre par la coloration et 
par les tibias ordinaires. 

Anthicus inhumeralis n. sp. 

Tout à fait étroit et allongé, très particulier, presque mat, brun fauve, 
couvert d'une fine pubescence grise assez rapprochée, avec la base des an- 
tennes, la majeure partie des pattes, la base du prothorax et une tache 
posthumérale d'un jaune pâle sur chaque élytrc. Tête énorme par rapport 
au corps, carrée, tronquée en arrière, à ponctuation granuleuse dense; 
yeux gris, un peu saillants. Palpes jaunes, cullriformes, très longs; an- 
tennes pas très longues, assez grêles, d'un jaune pâle rembruni à l'extré- 
mité, premiers articles allongés et à peu près égaux, le premier étant plus 
long, les derniers peu élargis subcarrés, le terminal un peu plus long que 
le précédent, en pointe émoussée au sommet. Prothorax brun fauve, fine- 
ment et densément granulé, plus long que large, bien dilaté et un peu 
anguleux en avant du milieu, obliquement rétréci à la base, celle-ci re- 
bordée et d'un jaune pâle. Écusson long, droit sur les côtés, triangulaire 
au sommet. Klytres tout à fait étroits et allongés avec les épaules obliques 
en avant et une sorte de saillie bumérale peu marquée, pas plus larges que 
la tête, subparallèles, séparément arrondis à l'extrémité, à ponctuation 
fine; une tache jaune externe, n'atteignant pas la suture, après les épaules. 
Dessous du corps de la coloration du dessus. Pattes courtes, pâles, avec 
les cuisses un peu rembrunies et élargies. 

Longueur, 2 millim. 3. — Zanguebar (F. Alexandre), 1890. 

Celle espèce est remarquable et tout à fait particulière par sa forme 
étroite et allongée , la tête énorme par rapport au corps. Sans doute , on 
pourrait créer en son honneur une coupe sous-générique nouvelle, mais 



— 71 — 

j'attends pour cela des matériaux d'étude plus complets, nécessaires pour 
que je puisse me prononcer catégoriquement. Provisoirement, on pourra 
placer cette espèce dans le voisinage du groupe Liparoderus Laf. 

Anthicus Schimperi n. sp. 

Oblong, un peu déprimé, noir, brillant, parfois vaguement brun , à pu- 
bescence grisâtre , assez épaisse et peu dense ; membres roussâtres foncés ou 
obscurcis. Tète plus ou moins longue et diminuée en arrière, arrondie en 
arc sur cette partie, à ponctuation nette et écartée. Antennes assez longues, 
peu robustes, foncées, avec les premiers articles un peu roussâtres, article 
terminal très long en pointe émoussée au sommet. Prothorax plus long 
que large, dilaté-arrondi en avant, sinué sur les côtés, un peu élargi sur la 
base, rebordé et marqué d'une fossette latérale à pilosité blanche; ponc- 
tuation forte, peu écartée. Écusson petit. Élytres oblongs, un peu dimi- 
nués en avant avec les épaules droites, mais arrondis, un peu élargis après 
le milieu, séparément arrondis à l'extrémité et marqués sur cette partie 
d'une petite dent; pubescence grisâtre assez épaisse, peu dense, mais bien 
visible et ponctuation assez forte, peu écartée. Dessous du corps foncé. Pygi- 
dium saillant. Pattes grêles et variables, un peu roussâtres ou noires. 

Longueur, 2-3 millimètres. — Abyssinie (Schimper), i85o. 

P»appelle olivaccus Laf., mais forme plus élargie et aspect non métal- 
lique, etc. ; pattes plus foncées que chez les autres espèces de ce groupe avec 
une fossette latérale prothoracique bien marquée. Etudiée d'après la mono- 
graphie de Laferté, cette espèce pourra prendre place près des Anthicus 
picetts Laf. ou dichrous Laf. 

Anthicus ( Aulacoderus) Bouvieri n. sp. 

Oblong, un peu déprimé, brillant, lestacé, pâle avec la tête un peu rou- 
geâtre , yeux noirs ; pubescence claire en partie dressée sur le corps. Tête 
arrondie en arc en arrière, à ponctuation peu marquée, écartée. Antennes 
peu longues, grêles, un peu épaissies à l'extrémité avec l'article terminal 
bien plus long que le précédent. Prothorax à ponctuation forte et espacée, 
relativement long et étroit, un peu dilaté-arrondi en avant, rétréci en 
arrière avec un sillon, assez éloigné de la base, profond, arqué et pileux, 
surtout sur les côtés; en avant de ce sillon, sur les côtés, une sorte de dent 
latérale assez nette. Ecusson petit, un peu transversal. Elytres bien plus 
larges que le prothorax à la base, un peu élargis après le milieu, légère- 
ment atténués et subarrondis à l'extrémité, marqués d'une tache rembru- 
nie suturale un peu avant l'extrémité; ponctuation assez forte, écartée. 
Dessous du corps de la coloration du dessus, ainsi que les pattes, celles-ci 
grêles. 

Longueur, 2 millim. 5. — Environs d'Obock : lac Assal (Maindron), 
i8 9 3. 



1*1 



On séparera facilement cette espèce des autres espèces pâles du groupe 
par la présence de la tache rembrunie sulurale postmédiane et surtout 
par la structure particulière du prothorax, qui présente un sillon large et 
profond avec une sorte de dent latérale en avant de celui-ci. 

J'ai le plaisir de dédier cet Insecte au sympathique directeur du labo- 
ratoire d'entomologie du Muséum. 

Observation. Les Formicomus Schimperi et Anthicus Schimperi, décrits 
dans ce mémoire, figurent aussi dans la collection M. Pic. 



HÉMIPTÈRES HÉtÉROPTÈRES yOUVEAUX 

des CouEcrioss nu Moséum de Paris, 

PUt A.-L. MONTANDON. 



Genre l'elojjomis. 

P. nasutus QOV. sp. 

Noirâtre avec les marges latérales du pronotum (laves, des petites taches 
pâles sur le bord externe et l'extrémité de l'élytre ainsi que sur la mem- 
brane, ces dernières parfois très rembrunies, peu visibles; pattes et rostre 
jaunâtres. 

Tête noire, un peu brillante, très inégale à la surface, finement rugu- 
leuse, très prolongée au-devant des yeux où elle s'avance d'une longueur 
égale au diamètre longitudinal de l'œil, en forme de visière ogivale un peu 
spatuiiforme , surplombant très notablement la base du rostre, qui n'est 
\ isible qu'en regardant l'insecte en dessous ou de côté; cette partie antéocu- 
laire de la tète oblusémenl carénée sur la ligne médiane longitudinale. La 
partie interoculaire avec deux tubercules obliques divergents en avant, où 
ils sont élargis et arrondis avec une petite tache jaune à leur partie anté- 
rieure juste au niveau de l'angle antérieur de l'œil. Entre ces deux tuber- 
cules, la ligne médiane longitudinale de la tête est déprimée comme par un 
large sillon mat, rétréci en arrière, s'arrêtant entre les ocelles. Partie pos- 
térieure de la tète un peu voûtée derrière les ocelles, entre les pédoncules 
des veux. Yeux très convergents en avant, assez fortement sinués sur le 
milieu de leur côté interne. 

Pronotum un peu plus large en avant que la tête avec les yeux; l'angle 
antérieur arrondi, un peu en dehors du niveau externe de l'œil; les côtés 
latéraux droits, très divergents en arrière, assez largement jaunâtres sur 
toute leur longueur; la bande jaunâtre lisse, atténuée en arrière devant 
l'angle latéral, qui est arrondi au sommet noirâtre comme tout le reste de 
la surface du pronotum finement granuleuse; le milieu de la tache jaunâtre 



— 73 — 

des cotes latéraux est marquée, sur le bord externe, d'une tache brune à l'en- 
droit où cette bande jaunâtre est la plus élargie, et la tache brune, assez 
étroite, se poursuit très atténuée en arrière sur l'extrême bord jusqu'à l'angle 
latéral. Lp côté postérieur du pronotum assez fortement, mais obtusément 
sinué devant l'écusson, parfois étroitement rembruni sur le bord. Derrière 
la tète, le disque de la partie antérieure du pronotum est couvert de petites 
soies grisâtres dressées. 

Écusson en triangle équilatéral, noirâtre mal, très finement granuleux, 
un peu bombé; parfois très étroitement jaune brunâtre au sommet; avec 
de nombreuses petites soies courtes, grisâtres, érigées sur toute sa surface. 

Elytres à côlés latéraux parallèles sur leur moitié basilaire, noirâtres, 
finement granuleuses, avec une tache jaunâtre claire subarrondie sur la 
marge, non loin de la base, et deux ou trois autres plus petites, souvent 
très rembrunies près de l'extrémité; la commissure du clavus très étroite- 
ment jaunâtre plus ou moins rembrunie et un point jaunâtre clair sur le 
bord postérieur de la corie, parfois très petit et peu visible, situé avant le 
premier tiers interne, non loin du sommet du clavus. La membrane, 
quoique bien développée, se confond un peu à la base avec la corie, à ner- 
vures en réseau très rembruni, la partie centrale des cellules brunâtre, 
quelquefois jaunâtre, mais jamais d'une teinte aussi claire que le point du 
bord postérieur de l'élytre, qui paraît juxtaposé sur la base de la seconde 
cellule basilaire interne. 

Toute la partie supérieure du pronotum, de l'écusson et des élylres est 
parsemée de très courtes soies dorées , couchées , assez espacées. 

Dessous du corps noirâtre, couvert d'une très fine pubescence assez 
longue, grisâtre, pas très serrée. Le dessous des côtés latéraux du prono- 
tum, une tache sur le bord postérieur des côtés latéraux du prosternum et 
une autre devant les hanches antérieures, jaunâtres. Fémurs brunâtres re- 
couverts d'une pubescence grisâtre assez longue, comme tout le dessous du 
corps; tibias jaunâtres avec des épines noirâtres; tarses jaunes brunâtres, 
plus ou moins foncés vers l' extrémité. Dessous de la tête noir, labre jau- 
nâtre. Antennes jaunâtres, rembrunies sur le quatrième article terminal. 
Rostre dépassant les hanches postérieures , entièrement jaunâtre. 

Longueur : 9 — 9 millim. 5. — Australie (Verreaux, 18/16) et ma 
collection. 

Cette espèce, qui a un peu le dessin de notre P. marginatus Latr. , s'en 
distingue par sa taille beaucoup plus grande et surtout par la forme de sa 
tête allongée en avant en lamelle horizontale qui surplombe la base du 
rostre ; ce dernier caractère , très remarquable , que n'ont pas les vrais Pclo- 
gonus, suffirait peut-être pour justifier la création d'un genre à part. 

P. splendidulus nov. sp. 

En ovale court, à côtés latéraux subparallèles, également atténué en 



— là — 

avanl et en arrière; d'un noir verdâlre velouté avec une bordure jaune pâle 
sur les côtés du pronotum, la marge et le bord postérieur des élytres. 
Dessous du corps noirâtre; pattes, rostre et antennes flaves jaunâtres. 

Tète lisse , sans trace de carène longitudinale ; très finement ridée trans- 
versalement, d'un beau vert foncé métallique brillant, avec une étroite bor- 
dure jaune pâle sur tout le pourtour antérieur, parfois inégale au côté in- 
terne, prenant naissance de chaque côté à la partie interne de l'œil, un 
peu en avant du lobe subarrondi en oreillette, qui échancre l'œil à son 
côté postérieur; ce lobe est lui-même d'un jaune brunâtre sur toute sa 
surface ou au moins sur son pourtour postérieur, avec une petite tache 
noire en avant, derrière l'angle postérieur interne de l'œil. Entre ces deux 
oreillettes, la partie postérieure de la tête assez convexe est traversée par 
une bande jaune pâle, transversale, régulière, qui passe juste derrière les 
ocelles, bien droite en avant, très faiblement sinuée au milieu sur son 
bord postérieur. 

Côtés latéraux du pronotum assez largement explanés, faiblement ar- 
qués en dehors, avec une large bordure jaune pale légèrement rembrunie 
sur le bord externe, assez égale depuis un peu en dedans de l'angle anté- 
rieur du pronotum jusque postérieurement en dedans de l'angle latéral, à 
peine un peu élargie au-devant du milieu. Surface du pronotum sans ponc- 
tuation apparente, d'un beau noir verdâlre, velouté, uniforme. 

Elytres de même couleur que le disque du pronotum , avec une large 
bordure jaune pâle légèrement rembrunie au bord externe, sur les deux 
tiers basilaires; sur le tiers postérieur, la marge élytrale est seulement très 
étroitement rembrunie jusqu'à l'extrémité. Une bande étroite, jaune pâle, 
subapicale, un peu vermiculée et irrégulière sur ses bords, s'étend oblique- 
ment depuis le sommet du clavus jusque sur le bord externe de l'élylre. 
Extrême sommet du clavus jaune brunâtre. Membrane noire, suture avec 
l'élytre invisible. 

Dessous du corps noirâtre, plus foncé et velouté sur la poitrine avec le 
dessous des dilatations latérales du pronotum et le dessous de la marge 
élytrale largement bordés de jaune pâle. Abdomen couvert d'une pubescence 
grisâtre fine et dense. Antennes d'un (lave pâle. Rostre et pattes entièrement 
d'un jaune testacé avec l'extrémité du dernier article des tarses un peu 
rembruni; tibias épineux, les épines concolores, un peu dirigées en arrière, 
pas tout à fait aussi longues que l'épaisseur du tibia. 

Longueur : 6 millim. 7; largeur : /1 millim. 7. — Nanegal, Equateur 
( V. Orioneda et ma collection. ) 

Ce magnifique insecte doit beaucoup se rapprocher de P. Viclor Boliv. 
de Pichincha (Equateur), dont il a à peu près la même taille, la même 
absence de carène sur la tête et presque la même disposition des couleurs, 
autant qu'on peut en juger par la description trop brève de l'auteur. Il en 
diffère en tout cas par la teinte générale noire verdâlre du dessus du corps, 



— 75 — 

non niger subviolaccus , par la membrane entièrement noire, non avec mar- 
ginibus dilutioribus , et par l'absence de petits points flaves sur les cories; 
par les marges latérales du pronotum entièrement jaunes pâles sur toute 
leur longueur et non pronoti marginibus lateralibus antice flavis , comme dit 
l'auteur pour P. Victor. 

L'observation dont M. Bolivar a fait suivre sa description de P. Victor 
(Ann. Hist. Nat. Esp., 1879, p. \kk)Es cl primer Pelogonus cncontrado en 
America n'est pas exacte; Guérin a décrit, en 1 843 , P. Perbosci de la baie 
de Gampêche, et l'Amérique du Nord a aussi une espèce décrite depuis 
1875, P. amcricanus Ubler, bien voisine comme taille et mode de colora- 
tion de notre forme européenne , mais qui en diffère par les côtés latéraux 
du pronotum plus fortement arqués, surtout en avant, où le pronotum est 
plus subitement rétréci, tout en restant cependant plus large que la tète 
avec les yeux , l'angle antérieur se trouvant en debors du niveau externe 
des yeux, tandis qu'il se trouve, au contraire, derrière l'œil, en dedans de 
son niveau externe chez P. marginalus Latr. , qui est répandu dans une 
grande partie de l'ancien monde et jusqu'en Océanie; ma collection en pos- 
sède des exemplaires de Cochinchine , Sumatra, Nouvelle-Galédonie. La 
petite tache jaune des côtés latéraux du pronotum chez P. marginalus Latr. 
suit, plus longue que large, la partie antérieure du bord externe, tandis 
que, chez P. americanus Ubler, cette tache est plus petite, très étroite, plus 
large que longue et ne s'élargit pas ou presque pas sur le bord externe. La 
partie antérieure de la tête, chez ce dernier, est moins ridée, presque 
lisse et parait aussi un peu plus proéminente au devant des yeux ; la ligne 
médiane longitudinale de la tête est très faiblement carénée, presque comme 
chez P. marginatus Latr. 



Crustacés nouveaux provenant des campagnes du Travailleur 

et du Talisman, 

par MM. A. Milnë Edwards et E.-L. Bouvier. 



Dromiidés. 

Outre la Dicranodomia Mahyeuxi A. Milne Edwards et la Dynomene Fil- 
holi E.-L. Bouvier, les expéditions françaises ont recueilli dans l'Atlantique 
l'espèce nouvelle suivante : 

Dromia nodosa sp. nov. 

Cette espèce se fait remarquer par sa carapace fortement bombée, dont 
les sillons profonds séparent des régions très saillantes; ses bords pré- 
sentent trois dents roslrales dont la médiane est tort évidente, un denticule 



— 76 — 

olitus susorbitaire, une grosse dent obtuse située en dehors de l'orbite, et 
trois dents latérales subaiguës qui décroissent en dimension d'avant en ar- 
rière. Le sillon cervical passe entre les deux dernières dents latérales et 
arrive sur les côtés de l'aire cardiaque qui est pentagonale. En avant de la 
suture, on voit un autre sillon plus large mais non moins net, qui va de 
l'angle antérieur de l'aire cardiaque à l'espace compris entre les deux pre- 
mières dents latérales; entre ce sillon et la suture cervicale se trouve com- 
prise une aire très distincte, qui correspond à l'aire branclùale antérieure 
et qui est subdivisée en deux lobes saillants par une dépression intermé- 
diaire. Plus en avant se voit un autre lobe, plus saillant encore, qui occupe 
le bord postérieur de la région hépatique. L'aire gastrique n'est pas nette- 
ment séparée de cette dernière région, et ses lobes sont moins distincts que 
les autres; elle est parcourue sur toute sa longueur, jusqu'au rostre, par un 
sillon souvent effacé; elle présente en arrière deux paires de petits lobes 
assez nets et en avant une paire de saillies trilobées sur leur bord externe. 
L'aire intestinale, qui occupe le bord postérieur de la carapace, est fort 
réduite, mais bien accentuée. Sur les flancs, dans la région ptérygosto- 
mienne, on voit un tubercule obtus assez éloigné du cadre buccal. La ca- 
rapace est lisse dans toute son étendue, et présente, sur la plupart des 
régions saillantes, un petit nombre de poils courts et dressés. 

Les pédoncules oculaires sont dilatés à leur base et un peu rétrécis en 
arrière de la cornée. Le lobe inférieur de la cavité qui les loge est arrondi 
et très saillant. Les fouets antennaires, étendus latéralement, ne dépassent 
pas beaucoup les bords latéraux de la carapace. 

Les mandibules sont complètement inermes; les palles-mâcboires infé- 
rieures se font remarquer par la surface inférieure concave et presque lisse 
de leur méropodite. La pince des pattes antérieures est couverte, jusque sur 
la base des doigts, d'une couche sériée de poils jaunes et assez courts; son 
bord inférieur est infléchi vers la base , ses doigts sont plus longs que la por- 
tion palmaire et séparés à leur base par un léger hiatus. Il y a , outre la pointe 
terminale, six dents sur le bord du doigt immobile, et cinq sur le bord du 
doigt mobile. On observe une large saillie sur le propodile à la base du 
doigt mobile, et une sorte de tubercule au point où il s'articule en dessus 
avec le carpe. Ce dernier article est beaucoup plus accidenté que le précé- 
dent; il présente sur sa face externe, en arrière du propodite, deux gros 
tubercules, plus en arrière encore, une légère saillie longitudinale, et au- 
dessous de celle-ci, une nodosité lisse, étroitement échancrée en arrière. Le 
méropodite est muni, un peu en arrière de son bord antérieur, d'un sillon 
transversal; comme l'article précédent, il présente beaucoup moins de poils 
que la pince. 

Les deux paires de pattes suivantes n'atteignent pas la base du propo- 
dite des pattes antérieures; elles sont couvertes de courts poils et présentent 
un sillon longitudinal sur la face supérieure du carpe. Les doigts, y com- 



— 77 — 

pris la griffe terminale, ont a peu près la même longueur que le propo- 
dile; ils sont assez grêles et armes d'une rangée de cinq ou six soies raides 
sur leur bord inférieur. 

Les pattes de la cinquième paire sont plus courtes que celles de la qua- 
trième; elles se terminent comme elles par la fausse pince caractéristique 
des Dromies. 

L'abdomen du mâle présente, sur les tergiles de lous ses anneaux, sauf 
sur le i er , un sillon transversal qui délimite deux saillies, l'une antérieure 
arrondie, l'autre postérieure allongée en travers. 11 y a une saillie pilifère 
sur chacune des épimères des anneaux 3, A et 5. 

Cette espèce a été recueillie par le Talisman le 29 juillet i883, aux îles 
du cap Vert; profondeur, 75 mètres. 

Par les fortes saillies et par le faible revêtement pileux de sa cara- 
pace, de même que par les tubercules et les nodosités de ses pinces, 
cette espèce diffère de toutes les Dromies jusqu'ici connues et se rapproche 
beaucoup des Cryplodvomia. Pourtant, sou palais est encore complètement 
lisse, et c'est à peine s'il se relève un peu latéralement à la place qu'occupe 
le bourrelet saillant qu'on observe dans ce dernier genre. 



Câmpagses du Travailleur et du Talisman : Neotanais Edwardsi, 

sp. NOV.. 

par M. Adrien Dollfus. 

Corps allongé, étroit, assez grand. Céphalosome plus long que large, 
atténué antérieurement et muni d'un sillon transversal vers le deuxième 
tiers postérieur; le céphalosome se termine antérieurement par un court 
processus triangulaire et de très petils lobes oculaires pigmentés. Antennes : 
première paire à premier article robuste et dépassant en longueur les 
deux tiers de la deuxième paire; les deux articles suivants courts; articles 
terminaux (?). Deuxième paire à tige formée de cinq articles, le quatrième 
présentant de très longs poils, fouet quadri-articulé. Chélipèdes robustes à 
prnpodile large et bossu; la partie dactyle présente du côté interne une 
lame obtusément dentée; dactylopodite fort, courbé, avec deux denticules 
obtuses du côté interne. Pereion à premier segment libre plus court que le 
second; tous les segments pereiaux présentent un petit processus latéral 
arrondi. Segments pleonaux bien égaux en longueur; pleopodes a appen- 
dices tronqués, longuement poilus au -.sommet. Pleotelson presque aussi 
long que large, presque quadrangulaire avec deux dents postéro-latérales. 
Uropodes(?). 

Dimensions : longueur, 9 millimètres; largeur, 1 mm. 3/4. 

Muséum. — iv. <i 



— 78 — 



Deux exemplaires d (incomplets), ih juillet 1880. Golfe de Gascogne, 
lat. N. 43° 39'; long. 0. 5o° 48'. Profondeur, 1.960 mètres. Vase. 




La disposition des parties céphaliques et surtout des antennes ne nous 
laisse pas de doute sur la pi n> qu'occupe celte espèce voisine du Neola- 
nais americaniis Beddard, dont il diffère surtout par les lobes oculaires pig- 
mentés, les chélipèdes plus robustes et (lenticules et le pleon en retrait 
moins sensible. 



.S'( /! QUELQUES COQUILLES DE LàM ELLIBIfàSCB ES DE LIEE Sa1\T- P.iUL, 

par M. Félix Beiinuid. 

Bien que les Lamellibranches qui composent la faune de Hic Saint-Paul, 
dans l'océan Indien, aient été décrite avec plus de détail et de précision 
que Ton n'en trouve en général dans les travaux du même genre, un nouvel 
examen m'a paru nécessaire pour arriver h une notion exacte de ces formes, 
en grande partie nouvelles. Gela tient d'abord à l'insuffisance des ligures, 
qui ne se rapportent pas toujours an texte, et ensuite aux changements 



— 79 — 

qui doivent intervenir dans la manière d'observer et d'interpréter les co- 
quilles de petite taille, à la suite des nouvelles recherches embryologiques. 
M. Munier-Chalmas a bien voulu me confier les matériaux rapportés par 
M. Vélain, qu'il a étudiés en collaboration avec ce savant, et qui sont con- 
servés dans la collection géologique de la Sorbonne. 

Parmi ces coquilles se trouve une forme qui n'avait pas été décrite dans 
le travail de M. Vélain, et qui présente un grand intérêt. M. Munier-Chalmas 
m'a fait l'honneur de m'en dédier l'espèce (Pauliella Bernardi). La diagnose 
n'en a pas encore été publiée complètement, mais, dans une note que je 
cite plus loin, des caractères absolument distinctifs de la charnière ont été 
indiqués par M. Munier-Chalmas, de telle sorte que le type peut être con- 
sidéré comme défini. C'est pourquoi je ne changerai pas le nom proposé, 
bien qu'il puisse paraître un peu ridicule qu'un auteur décrive une espèce 
nouvelle désignée sous son propre nom. 

Je me préoccupe surtout de faire connaître la conformation morpho- 
logique de la charnière. Les attributions génériques dans le groupe des Ery- 
ciuacés ne peuvent actuellement reposer sur aucune base sérieuse, et nul 
groupe n'est plus mal décrit et plus mal découpé. 

Toutes les espèces, sauf la dernière, ont été définies par M. \ élain (C. R. 
Acad. Se, 2 4 juillet 1876) et décrites par lui (Arck. Zool eœpér.,\l, 
1877). 

Enfin je rappelle que j'ai étudié ailleurs avec détail des Anisomyaires 
de même provenance et décrits sous le nom de Ilochslellcria (Journal de 
Conchyliologie, 1897. n° 1). 

1 . Lutetina antarctica M.-Ch. et V. 

Dans une note précédente (Bull, du Mus., III, novembre 1897), j'ai dé- 
crit avec détail une espèce de l'île Stewart, dénommée Kelhja sanguinea 
Hutlon, et j'ai indiqué qu'elle avait une charnière à peu près identique à 
celle de Xcolepton sulcatulum Jeffr. sp. des mers d'Europe. La charnière de 
Lutetina me semble rentrer aussi dans ce même type (lig. 1); elle montre 
au même degré la prépondérance de la dent /, le recourbement très accentué 
de Ail et A III, le segment postérieur Sb de cette dernière lame restant 
grêle et n'atteignant pas le bord ventral. Il faut noter que le plateau car- 
dinal n'est pas interrompu, mais seulement rétréci sous le sommet, et que 
le ligament n'occupe pas toute la fossette laissée libre entre les dents an- 
térieures et les dents postérieures, mais il est étroit et s'étend le long des 
lames postérieures. La valve droite n'a, en arrière du ligament, qu'une 
crête saillante PI, au bord ventral; la crête dorsale PHI, visible chez Neo- 
lepton sulcatulum et X. sanguineum, < st à peine indiquée. Mais, plus loin en 
arrière, un étroit sillon longitudinal, creusé dans le bord et le long de la 
valve, reçoit le bord tranchant de la valve gauche, faisant suite à la 
lame/»//. 

G. 



— 80 — 

Les jeunes individus observés montrent exactement les mêmes caractères 
que ceux de N. sulcalulum, N. sanguineum et plusieurs autres espèces déter- 
minées, comme Lepton ou Kellya. Une espèce du cap Horn {Kelhja bullata 
Pliilippi ?) est très voisine de L. antarclica. 





Fi R . 



hutetina antarclica. 



Lulctina diffère considérablement de Luleiia Desbayes (type : L. parisieu- 
swB.) par ces caractères essentiels : que le ligament, dans ce dernier genre, 
est purement externe, et les lames postérieures refoulées loin en arrière, 
tandis qu'il se développe une dent U b. 

2. Ervcina Venf.ius M.-Cb. et V. 

Bien que la forme générale soit très différente et que les dents, en partie 
épaisses, se présentent avec un tout autre aspect, la charnière de Eryema 
Veneris est conformée exactement sur le même type que le précédent (fig. a). 
Elle montre le reploiement des lames A II et A III et l'absence de PHI. La 
différence consiste en ce que, chez l'adulte, les segments postérieurs des 
lames// et///, c'est-à-dire les dents a b et 3 b, restent plus réduits et 
peuvent échapper à un examen superficiel. 

Valve droite. — La lame / est très forte, terminée par un renflement 



— 81 — 

épais qui n'atteint pas le sommet. III est une lame beaucoup plus grêle , dont 
le segment descendant 3 b est peu saillant et n'atteint pas le bord ventral. 
Du côte' postérieur, une seule lame PI , forte et atteignant le sommet. 

Valve gauche. — Lalamevl//se compose d'une très forte dent a a au bord 
ventral du plateau et d'un segment réfléchi 2 b, très grêle, caché dans la 
profonde fossette dont est creusé le plateau. Du côté postérieur, une seule 
lame P II, sous laquelle est une cavité profonde cpii loge P I. 




Fig. 2. — Erycina Veneris. 

Le développement de cette espèce, représenté dans la figure 3, met en 
évidence le plan général du groupe des Kellyidés, c'est-à-dire la précocité 
et la prédominance de /, et le reploiement progressif de // et III : les seg- 
ments réfléchis de ces deux lames sont d'abord aussi développés que chez 
Neolepton, Lutetina, Kellya, etc., mais ils cessent à la fin de s'accroître. 
La forme légèrement inéquilatérale et subtriangulaire différencie facilement 
ces jeunes coquilles de celles de Lutetina qui ont la même charnière. 

11 est difficile actuellement d'assigner une dénomination générique précise 
à cette espèce : celle de Erycina ne convient pas si l'on prend pour type du 
genre Erycina pellucidaLk.(Lutélien), où la lame /reste trèsloin du sommet, 
où II est à peine replié el /// réduit presque à son segmentai. Les formes 
analogues à E. Veneris sont habituellement décrites sous le nom de Kelly a 
par les auteurs. C'est ainsi que Kellya magellanica Jeffreys (Proc. Zool. Soc. 
London, 1881) me parait avoir de grandes affinités avec E. Veneris, ré- 
serves faites naturellement pour les détails de la charnière, mais cette espèce 
diffère par une taille plus grande (8 mm. 5 au lieu de 3 mm. 5), et elle 
est couverte d'un épidémie brun. Mais l'espèce type du genre Kellya, K. 



— 82 



suborbiciilaris, est fort différente par le déploiement bien plus prononcé 
des laines et l'importance de a b, qui devient égal à an. 




Fij. 3. — Développement à'Erycina Veneris. 

3. Rociiefortu AUSTIUI.IS M.-Ch. et V. 

J'interprète la charnière de Rockefortîa austraîis tout autrement que 
M. Vélain : si j'ai bien compris la diagnose, la détermination des valves est 
laite en considérant le côté le plus court comme antérieur. Dans cetle hypo- 
thèse, la charnière n'a, suivant l'auteur, aucune analogie avec celle de 
Montacula, Erycina , etc. Au contraire, en faisant l'hypothèse inverse, la 



— 83 — 

coquille rentre lout naturellement clans le genre Montacuti, qui a le coté 
antérieur allongé. Les deux valves présentent au centre l'interruption du 
plateau caractéristique, où est logé le ligament qui est central. A la mire 
droite, sont deux dents dites cardinales, divergentes, partant du sommet, 
l'antérieure plus forte. Le "bord de la coquille, en avant et en arrière, peut 
à la rigueur être considéré comme une crête dentaire (A III et PHI), car 
il s? loge au-dessus du bord, relevé en crêtes très distinctes, de la valve 
gauche. Enfin en avant est un rudiment de crête LAI situé ventralement 
et loin du sommet. L'existence de cette lame rudimen taire, tout à fait 
indépendante de la dent cardinale antérieure, me conduit à déterminer 
celle-ci 3 b et non pas /, comme on pourrait le supposer d'après une com- 
paraison superficielle avec les Kellyidés. A la valve gauche, il n'y a que 
deux fortes crêtes A II et PII , constituant le bord dorsal. 




Fi'j. h. — Rocliefortia australis. 



Les diverses espèces de Moutacuta montrent entre elles des divergence 
bien plus profondes que celles qui séparent Rocliefortia australis de M. bi- 



— 8/i — 

dentata. Les variations individuelles, dans cette dernière espèce, montrent 
tous les passages entre deux termes extrêmes. Dans un premier cas, la dent 
i apparaît très loin du sommet et reste latérale; la lame /// se recourbe 
alors fortement et son segment postérieur fournit la dent cardinale 3 b, et 
le jeune montre alors une analogie saisissante avec les jeunes Lucinidés. 
Rochefbrtin se rapporte à ce cas. Dans le second cas extrême , la dent i 
apparaît près du sommet, simule une dent cardinale, et 3b, se repliant 
autour, reste peu développé; ce cas est analogue avec celui que nous avons 
signalé chez Lutclina et Erycina Veneris. 

h. TcRQUETIA FRAGIMS M.-Ch. et V, 

Si la position systématique de Turquctia reste indécise, en l'absence de 
données sur l'animal, la charnière s'interprète sans difficulté. Le côté an- 
térieur est très allongé; le côté postérieur court et brusquement tronqué, 
le plateau cardinal très étroit. Chaque valve n'a qu'une seule dent, forte 
cl épaisse, située en avant du ligament, Celle de la valve droite est AIII , 
faisant suite au bord dorsal: celle de la valve gauche est AU, située en 
dedans de la précédente. 




Fi;j. 5. — Turquetia fragilit. 

A une taille pins petite, la coquille ressemble d'une manière frappante 
à celle de certains jeunes Lucinidés (Lucinopsis undata), mais on n'y voit 
pas la dent LAI. L'absence de cette lame A I écarte en tous cas Turquelia 
des Erycinidés, où elle est toujours bien développée. 

5. Paulielu Bernardi Munier-Chalmas (Bull. Soc. géol. Fr. — Comptes 
rendus sommaires, p. liv et lv, 1898). 



— 85 — 

Forme plus ou moins orbiculaire , un peu inéquilatérale, peu bombée. 
Sommets petits, peu saillants, un peu inclinés en avant. Bord dorsal régu- 
lièrement arrondi en avant et en arrière du sommet, le côté postérieur plus 
convexe. Lunule bien marquée, semblable à celle des Cytbérées. Ligament 
externe. Impressions musculaires faibles, semblables à celles des Cythé- 
rées. Impression palléale composée d'une partie antérieure régulièrement 
arquée et d'une partie postérieure presque rectiligne ou un peu sinueuse; 
cette troncature correspond au sinus palléal des Vénéridés. Test d'un blanc 
éclatant, lisse en dedans. Côtes concentriques fines, serrées, non visibles 
h l'œil nu, plus ou moins régulières. 

Longueur : h millimètres. — Hauteur : h millimètres. — Epaisseur : 
■?. millhn. 5. 




Fig. 6. — Pauliella Bernardi, valve droite, grossie 1 1 fois. 

Ce qui caractérise ce type nouveau, c'est la charnière, qui a été définie 
par M. Munier-Chalmas d'après son caractère essentiel, unique en appa- 
rence chez les Hétérodontes : frLes Pauliella de l'île Saint-Paul possèdent 
trois latérales antérieures sur chaque valve». Et plus loin, la formule est 
donnée de la manière suivante, les deux valves étant supposées réunies : 

Pauliella Bernardi : La VI, V, IV, III, II, I. 

4- Ca 0, G , 3a, -2 a, (i) ab, 3 b, r ib , 0, 0, 
+ Lp I, II, III, IV, 0, 0. 

Ce genre est en effet remarquable par l'existence de trois lames anté- 
rieures complètes à chaque valve, tandis crue d'ordinaire, quand des lames 
supplémentaires apparaissent, comme chez divers Vénéridés, elles se mon- 
trent uniquement en arrière de la dent î . 

A un premier examen, la charnière ne paraît différer de celle d'une 
jeune Gythérée ou de Lutetia que par le développement plus net des dents 
latérales antérieures 7, 7/ et 777. A la valve droite, on voit la dent t, cen- 
trale, conique, n'atteignant pas le sommet, qui se continue par une longue 



— 86 — • 

lame latérale L A 1 au bord ventral. Par-dessus, la lame ///comprend trois 
segments : LA III, court, situé 1 au-dessus de LA 1; 3 a et 3 b qui se re- 
joignent au sommet et divergent fortement autour de 1. A la valve gauche, 
se voit surtout la lame II , divisée aussi en trois segments, L A II , sortâi, 
ces deux derniers enveloppant î ; 2 b Tort, un peu échancré à sa hase; en- 
fin à b , partant du sommet, dirigé obliquement en arrière. Ce sont là les 
éléments normaux d'une charnière de Lutelia ou de Cytliérée. Mais il s'y 
ajoute d'autres lames en partie très lines et beaucoup plus difficiles à voir. 




Fifj. 7. — (Jliarnière de Paulieîla Bernardi. 

A la valve droite , en dehors de /// existe une lame V développée en 
avant et en arrière du sommet. En avant, c'est une très longue crête AVqai 
part exactement du sommet et à laquelle sont adossés les segments de la 
lame /// ; elle est continue et vient occuper le bord ventral du plateau à 
partir du point où finit LAI. En arrière du sommet, c'est une crête étroite 
5 b qui court le long du ligament. Au sommet, la lame s'interrompt à peu 
près. Enfin il faut compter encore comme une lame A VII le bord même 
de la valve, qui est distinctement relevé dans sa partie latérale; en effet, 
entre ce bord et la lame A V, s'engage le bord relevé A VI de l'autre valve. 
A la valve gauche, la lame / V se développe en avant du sommet en une 



— 87 — 

longue crête qui vient occuper le bord ventral du plateau eu avant de 
LA II, et enlin il existe une crête A VI, en avant et en arrière du som- 
met; en avant, elle n'occupe pas tout à fait le bord externe. 

Le côte poste'rieur montre à chaque valve deux crêtes excessivement 
longues et uniformes, partant de l'extrémité du ligament : ce sont PI et 
PIII à la valve droite, PII et Plia la valve gauche. 

La présence de ces lames supplémentaires en avant du sommet n'est pas 
un fait isolé, bien qu'elle n'ait pas encore été signalée ailleurs. On en trouve 
des indications cbez un certain nombre déjeunes Gythérées, et en particu- 
lier chez C. splendens du Tongrien, à une taille plus grande que celle de 
PaulicUn, et chez quelques Erycinidés comme Neoleptou sulcaiulum. L'allon- 
gement extrême des lames postérieures, tout le long du bord de la coquille, 
se retrouve plus marqué encore chez de petites Coquilles du Miocène, dé- 
nommées par Deshayes Lutetia burdigaknsis et L. ulissiponensis ; ces espèces 
sont très différentes de Lutetia parisiensis , type du genre, en particulier par 
le ligament interne; une espèce semblable, avec le même caractère des 
lames postérieures, a été décrite dans la mer Rouge par Issel, sous le nom 
de kelltj a miliacea. 

Les affinités de Pauliella sont incontestablement avec les Gythérées et 
avec Lutetia qui n'en diffère que par l'absence de sinus palléal. Ce carac- 
tère a conduit Deshayes, en dépit de ses propres observations, à séparer 
Lutetia des Cythérées pour le mettre près des Astartes, avec lesquels il n'a 
rien à voir. Pauliella a précisément cet intérêt, de montrer à cet égard un 
cas de transition, l'impression palléale étant non sinueuse, mais tronquée. 
Du reste , la forme de cette impression, qui n'est même pas liée nécessaire- 
ment à la présence des siphons, peut être utile incontestablement pour éta- 
blir la diagnose des genres, mais elle ne me parait avoir qu'une mince im- 
portance pour la détermination des affinités. 



Notes sur les récifs madrÉporiques de Djibouti , 

par h. coutièrk. 

(Laboratoire de MM. les professeurs Milne Edwards et Bouvier.) 

La succession de plateaux émergés dont nous avons parlé dans le précé- 
dent Bulletin du Muséum (n° i, 1898) est le centre d'une vaste formation 
madréporique qui enveloppe sa portion dislale d'un demi-cercle régulier 
et se continue, parallèlement à la côte, dans la direction de Zeilah. Le che- 
nal qui sert de mouillage aux navires, à Djibouti, est bordé d'un côté par 
la portion interne de ce demi-cercle, de l'autre par une série de récifs pa- 



— 88 — 



rallèles, dirigés E.-O., dont une portion seulement figure sur la carte ci- 
jointe. 



\ m — ■*. 




» ; i» q 




- ••• a,7>. 1 ) & 

'-t. v ^ 

Sud 






^ ^ (V* 



(les récifs découvrent en quelques points aux grandes marées; ils étaient, 
lorsque nous les avons explorés, surmontés d'une couche d'eau de o m. 5o 
à i métré. Leurs parois verticales sont, comme l'indique la carte, très 
abruptes, et leur voisinage est indiqué par un brusque changement de 
loinle des eaux. La surface en est sensiblement plane; les Polypiers, isolés 
pour la plupart et peu nombreux, sont des Pontes, Slylophora, Madrepora 
de diverses espèces, des Millépores et des Alcyonnaires. Les intervalles 
consistent en sable blanc calcaire, avec de nombreuses Holothuries, surtout 
représentées par deux espèces, Tune entièrement noire, la seconde marbrée 
de taches blanches, des Oursins, Diadema saxalile , Echinolhrix Desorii, des 
Astéries, surtout Pcntaceros vodosus. Les touffes cespileuses des Polypiers 
donnent asile à de nombreux commensaux, dont une partie s'échappe tou- 
jours pendant le trajet à l'embarcation. Parmi les Poissons, Elcolris pohj- 
zomta (Klunz.), d'un beau bleu d'acier, est un des plus remarquables. 
On trouve aussi : Tetradrachmum marginatum (Linné) , Petrosdrtes mitratus 
(Rùppell), Pomocentrus punciatus (Q. et Gaym.), Salarias lincalus (Bloch), 
Pseudochromis olicaceus (Riippell), Haliophris gultatus (Rùppell). 

C'est également l'habitat d'espèces plus grandes, ne vivant point entre 
les branches des Madrépores, mais à la surface du récif, où elles trouvent 
protection et nourriture. L-s indigènes pèchent assez fréquemment les 
espèces suivantes, dont nous avons examiné un grand nombre de spécimens 
au point de vue des parasites dont ils sont les hôtes : Diagramma gatcrina 
(Forsk. ) , Epinepkelus miniatus (Forsk.), E. hemistictus (Rùppell), E. cœru- 
leopunctatus (Bloch), E. fasciatus (Forsk.), E. miconoltatus (Riippell), 



— 89 — 

Cheilinus lunulatus (Forsk.), C. radiatus (Bloch et Schn.), Lutjamis fulvi- 
jlamma (Forsk.). 

Les Crustacés sont représentés par de nombreuses espèces de Brachyures : 
Achimnus globosus (Heller), Lophaclœa granulosa (Rùppell), Liômera cincti- 
maria (While), Carpilodes rugatus (Latr.) et C. rugipes (Heller), Etisodes 
sculptilis (Heller) et E. anaglyphus (H. -M. Edwards), Xantho punctatus 
(A.-M. Edwards), Chlorodius polyacantlms (Heller) , Campa lœviuscula (Hel- 
ler)?, Trapezia sp. ; plusieurs espèces (Yllippolyle (Leach), Coralliocaris 
(Stimps.), Harpilius (Dana), Anchisùa (Dana). Parmi les Alphéidés, il 
faut citer Alpheus Charon (Heller), d'un rouge vif. assez rare et qu'on ne 
trouve pas hors de cet habitat. Alpheus lœvis (Handall) s'y trouve plus rare- 
ment. On y rencontre encore : Alpheus neptunus (Dana), A. biunguiculalus 
(Stimpson), A. Iricuspidatus (Heller), figuré par Sa vigny, A. pachychirus 
(Stimpson) = A. latifrons (A.-M. Edwards), A. crinitus (Dana), A. collu- 
mianus (Stimpson), A. diadema (Dana) = A. insignis (Heller), A. gracilis 
(Heller). Il est plus rare d'y trouver A. Edwardsi (Audouin), A. pnrvi- 
rostris (Dana), abrités dans les anfractuosités que forment les Madrépores 
encroûtants. 

Entre le plus proximal de ces récifs et la côte bordant la laisse des basses 
mers, s'étend une vaste prairie vaseuse de Zostères, où l'on trouve en abon- 
dance Hippospongia reticulata (Lendelfeld), qui donne asile à Alpheus cri- 
nitus var. spongiarum (H. Coutière, Bull, du Mus., n° 6, 1897). 

La portion du demi-cercle parallèle à cette ligne de récifs s'étend dans 
l'espace compris entre les plateaux émergés du « Héron * et du rr Marabout» 
et ne dépasse point celui-ci, d'où part une jetée atteignant les fonds de 
10-1 5 mètres du mouillage. Il en résulte, parallèlement à ces plateaux, 
une digue dont les sommets émergent par places à marée basse, et qui 
s'est brusquement accrue à la suite d'un violent cyclone survenu en octobre 
1896. C'est un amas de Madrépores brisés et roulés, cimentés par des 
menus débris et de la vase et où l'on ne trouve plus de Polypiers vivants. 
Par contre, dans les anfractuosités des [lierres, accumulées par l'action des 
vagues sur le front du récif, abondent un Oursin à grosses radioles, Acro- 
cladia mamillata, une espèce d' Acanthaster d'un violet pourpre et une autre 
Astérie du genre Linckia, dont l'extrême facilité de régénération est vrai- 
semblablement en rapport avec cet habitat, où l'action mécanique du flot 
s'exerce le plus violemment. 11 est rare de trouver deux spécimens de cette 
espèce absolument semblables, les bras, longs et fragiles, sont brisés à des 
longueurs variables, et l'un de ces bras, détaché du disque, bourgeonne 
fréquemment une petite Linckia à son extrémité proximale. Les blocs rou- 
lés de Polîtes, qui forment en grande partie ces agglomérations, sont percés 
de nombreux trous par des Sabelles. 

Du côté du chenal, cette ligne de récifs atteint brusquement des profon- 
deurs de 10 à i5 mètres. Elle se relie à la terre par des fonds atteignant 



— 90 — 

rarement 8 mètres, d'une profondeur ordinaire de 3 à k mètres, bien 
abrités et où se manifeste avec le plus d'intensité la vie des Polypiers coral- 
ligènes, de plus en plus nombreux à mesure qu'on s'éloigne de cette bar- 
rière. A ses abords immédiats, les Tridacnes sont très abondantes. Cette 
région , où l'on trouve les plus beaux spécimens de Madrcpora, de Turbi- 
naria, de Meandrina, eu compagnie de grandes Eponges, n'est malheureu- 
sement guère accessible, à la drague surtout, avec les faibles embarcations 
dont nous pouvions disposer à Djibouti. Les quelques Polypiers peu volu- 
mineux qu'extraient les plongeurs somalis sont à peu près dépourvus de 
leurs habitants lorsqu'ils arrivent «H la surface. 



ABSENCE TOTALE DE VEINE CAVE INFERIEURE CHEZ, UN CoBAÏE; 
PERSISTANCE DE LA VEINE CARDINALE GAUCHE, 

PAR M. C. Pmsu.ix. 

Sur la pièce que j'ai l'honneur de présenter à la réunion des naturalistes 
«lu Muséum, on peut constater des faits intéressants, non seulement à 
cause de leur rareté, mais encore par la contribution qu'ils apportent aux 
théories mécaniques du développement embryonnaire. 

Voyons d'abord les faits. 

En examinant la paroi postérieure de la cavité abdominale de ce Cobaye, 
on aperçoit immédiatement, entre la capsule surrénale gauche et le rein, 
un gros tronc veineux qui se continue en haut vers le diaphragme et en 
bas vers le bassin ( I '. card.). Après avoir traversé le diaphragme à gauche 
de la colonne vertébrale, sans contracter aucune adhérence avec le foie, il 
remonte dans la cavité thoracique, croise la crosse de l'aorte en avant (Ao.), 
passe en arrière du nerf phrénique gauche (N. phr.) et se jette dans l'oreil- 
lette droite {Or. dr.). En bas, au-dessous des veines rénales, le tronc vei- 
neux diminue progressivement de calibre; il accompagne l'aorte sur son 
côté gauche, et se continue par les veines iliaques. 

Si maintenant on cherche à droite de l'aorte abdominale, et en remon- 
tant vers le foie jusqu'au diaphragmé, le trajet normal de la veine cave in- 
férieure, on ne trouve aucune trace de cette veine. Sa portion sus-diaphrag- 
matique est au contraire bien développée (S. hép.)\ elle reçoit connue 
d'habitude les veines sus-hépatiques et quelques petits rameaux venant du 
diaphragme. 

Le système de la veine porte n'a subi aucune modification. 

D'après ces faits, il est certain que le sang de la partie inférieure du 
corps el des parois abdominales revenait au cœur par une voie absolument 
anormale, comme si la veine cave inférieure, par une sorte d'inversion, a\ail 
suivi le côté gauche de la colonne vertébrale pour remonter \ers le cœur. 



01 



Mais ce irest, là qu'une apparence, car la communication avec les veines du 
foie, caractéristique de la veine cave intérieure, fait complètement défaut. 
La véritable cause de celte anomalie doit être cherchée dans des troubles 



V rata. 




Cavités tlioracifjiie et abdominale d'un Cobaye, 
ouvertes pour montrer la disposition anormale des veines. 

V. card. Veine cardinale gauche, persistante, faisant fonction de veine cave inférieure. — 
1 . Aorte. — Or. dr. Oreillette droite. — S. hép. Portion sus-diaphragmatique de la 
veine cave inférieure , recevant les veines sus-hépatiques, — D. Diaphragme. — P. dr. 
Poumon droit. — /'. g. Pédicule du poumon gauche. — /. Pédicule mésentérique de 
la masse intestinale. — N. phr. Nerf phrénique. — OEs. OEsophage. — C. ut. Corne 
utérine droite. — Uret. Uretère droit. — R. Rein. — Caps. sur. Capsule surrénale 
gauche. — La masse intestinale, une partie du foie et le poumon gauche ont été 
enlevés , pour permettre de voir la veine cardinale gauche. 

mécaniques de la circulation embryonnaire. J'ai montré, chez l'Embryon 
humain {l \ que la veine cave inférieure apparaît tardivement sur un sinus 
veineux de la face inférieure du foie, comme un rameau grêle qui se ramifie 

M Phisalix. Étude d'un embryon humain. Areh. de Zuol. expér. cl gén. 2 séné, 
vol. VI. 



— 92 — 

dans le bourrelet du corps de Wolf , et vient s'anastomoser avec la veine car- 
dinale droite, qui persiste seule et devient ainsi la veine cave inférieure. Or, 
chez ce Cobaye , celle anastomose entre le sinus hépatique et la veine car- 
dinale droite ne s'est pas effectuée, et le sang veineux n'avait plus qu'une 
voie libre , celle de la veine cardinale gauche : d'où persistance et dévelop- 
pement de cette veine. Quelle est la cause de celte modification circulatoire? 
En raison de faits analogues observés relativement aux veines ombilicales 
et au sinus de Guvier (1) , j'ai pensé qu'on pouvait aussi expliquer ceux-ci par 
une aclion d'ordre mécanique. Or l'anomalie que je signale est accompagnée 
d'une scoliose très prononcée à gauche, qui est indiquée par la courbure 
de la veine cardinale. Cette inflexion a eu pour conséquence un déplacement 
vers la gauche des reins et des capsules surrénales, tandis qu'au contraire 
le foie élail plus déjeté vers la droite. Les cavités thoracique et abdominale 
droites sont beaucoup plus grandes que les gauches, comme cela se voit 
nettement sur la ligure II est résulté, de cette déviation à gauche, un 
écartemenl plus grand entre le sinus hépatique et la veine cardinale droite 
et, probablement aussi, une compression moins grande de la veine cardi- 
nale gauche. Celte déviation de l'axe vertébral a dû se produire à un slade 
très précoce du développement, alors que le sinus inférieur du foie n'avait 
pas encore émis de prolongement du côlé de la veine cardinale droite et 
que la circulation des veines cardinales suffisait à ramoner le sang de la 
partie inférieure du corps. Quoi qu'il en soit, sans pouvoir préciser le mé- 
canisme exact, cette déviation de la colonne vertébrale me semble être en 
corrélation de cause à effet avec les changements de la circulation veineuse : 
c'esl du moins la conclusion qui s'accorde le mieux avec les faits sur les- 
quels s'appuie la théorie mécanique du développement. 

Une aulre conclusion se déduit de ces faits tératologiques , c'est que les 
trois parties embryologiquement distinctes de la veine cave inférieure peuvent, 
sous l'influence de troubles circulatoires, rester séparées à létal adulte. 



Altérations rurales 

CONSECUTIVES À Ll\JK<.TION DE SERUM dAnGUILLE, 
PAU AUGUSTK PeTTIT, DOCTEUR ES SCIENCES. 

Dans leurs recherches sur la loxicilé du sérum d'Anguille, MM. Camus 
et Gley ont constaté que, chez le Lapin et le Cobaye, l'injection de quantités 
très faibles de ce liquide détermine rapidement de l'hémoglobinurie et l'ap- 

(1) Phisalix. Sur un mécanisme de transformation de la circulation veineuse 
chez l'embryon humain. Sec. de Biol., 10 mai 1890, et Congrès intem. de méé. 
Berlin, 1890. 



-93- 

parition de cylindres granuleux dans les urines. Sur le conseil de M. Gley, 
je me suis proposé de rechercher les modifications dont les cellules rénales 
pouvaient être le siège dans ces conditions. J'ai examiné à ce point de vue 
spécial huit Animaux provenant des expériences de MM. Gley et Camus; 
je renvoie, pour le détail des expériences, aux deux publications faite s pai 
ces savants à la Société de Biologie (1) et à l'Académie des Sciences (2) , et 
surtout au mémoire détaillé qui paraîtra prochainement (3) . 

Je me bornerai ici à rappeler cpie les injections ont été pratiquées chez 
le Lapin par une veine auriculaire et chez le Cobaye par la veine jugulaire. 

Expérience L — 7 janvier 1898. Lapin 9. Poids : 1 ,685 grammes. 
Dose : oem 3 7 (Sérum très peu toxique.) Survie : 5-6 minutes. 

Expérience IL — 10 janvier 1898. Lapin 9. Poids : 1,590 grammes. 
Dose : o cm 3 1 . Survie : l'injection fut pratiquée le soir, à 8 h. 1/2 , l'animal 
fut trouvé mort, mais encore chaud, à 8 heures, le lendemain matin. 

Expérience 111. — 17 janvier 1898. Cobaye 9. Poids : hho grammes. 
Dose : cm* 0-2. Survie : io-45 minutes. 

Expérience IV.— 1 e1 février 1898. Cobaye d*. Poids : 090 grammes. 
Dose : o cm 3 o5. Survie : 3 minutes et demie. 

Expérience V. — i ei février 1898. Cobaye <3. Poids : 35o grammes. 
Dose : o cm 3 oa5. Survie : i3 minutes. 

Expérience 17. — 2 février 1898. Cobaye 9. Poids : 4oo grammes. 
Dose : cm 3 02. Survie : ho minutes. 

Expérience VIL — 1 3 février 1898. Lapin 9. Poids : 3,290 grammes. 
Dose : cm 3 3. Survie : 3 minutes. 

Expérience VIII. — i4 février 1898. Lapin d 1 . Poids : 9,260 gramme?. 
Dc.se : o cm 3 i. Survie : 3 heures 10 minutes. 

Les précautions les plus rigoureuses ont été prises afin d'éviter l'ap- 
parition d'altérations cadavériques; sauf dans un cas (expérience II), les 
pièces ont été prélevées immédiatement après la mort; d'autre part, afin 
d'éliminer toutes les modifications imputables aux réactifs, plusieurs mé- 
langes fixateurs ont été employés simultanément : Alcc.ol à 100 degrés; 

O L. Camus et E. Gley. De la toxicité du sérum d'Anguille pour des Animaux 
d'espèces différentes (Lapin, Cobaye, Hérisson). (Comptes rendus de la Société de 
Biologie, n° h, p. 129-180, i8g3.) 

W L. Camus et E. Giey. De l'action destructive d'un sérum sanguin sur les 
globules rouges d'une autre espèce animale. Immunisation contre cette action. ( Comptes 
rendus de V Académie des Sciences, 3i janvier 1898.) 

< 3 > Voir le prochain fascicule des Archives de Pharmacodynamie, 1898. 

Muséum. — iv. 7 



— 9/i — 

Sublimé acétique; Liquide de Zenker, de Flcmming et de Lindsay. Après 
inclusion à la paraffine, les coupes ont été colorées par le carmin aluné; 
l'hémaloxyline de Delalîeld, l'hémaloxyline éosique, l'hémaloxyline au 1er 
de Heidenhain; la safranine, la safranine suivie du mélange de Benda; le 
rouge magenta. 

Dans ces conditions, j'ai constaté (pie, chez les huit Animaux (Cobayes et 
Lapins) qui avaient reçu du sérum d'Anguille, les reins étaient le siège 
d'altérations plus ou moins accusées : ce fait est d'autant plus intéressant à 
signaler, que la survie a été plus courte. Déjà, dans l'expérience IV, où 
l'Animal n'a survécu que (rois minutes et demie, les cellules de quelques- 
uns des tubas contournés ont subi la dégénérescence hyaline, le corps 
cellulaire s'est sensiblement accru de volume et il oiïre un aspect clair 
anormal. 

Dans l'expérience I, on retrouve des lésions analogues, mais, en outre, 
certains noyaux ont perdu partiellement la faculté de fixer les teintures 
nucléaires. 

Lorsque la dese et la toxicité du sérum sont assez faibles pour que 
l'Animal puisse survivre pendant quelques heures, les altérations sont re- 
marquablement intenses. Chez le Lapin de l'expérience VIII, auquel on 
avait injecté par la jugulaire un dixième de centimètre cube de sérum, 
trois heures après l'injection, il n'existe pas, pour ainsi dire, de tube con- 
tourné qui ne renferme des cellules claires; celles-ci se présentent comme 
des éléments hyalins dans leur partie centrale, et de dimension anormale; 
elles font saillie dans la lumière canaliculaire, qu'elles obstruent complè- 
tement; la plupart ne possèdent d'ailleurs pas de limites distinctes. Du côté 
des tubes droits, on note également des altérations profondes : certains 
canalicules sont encore tapissés par un épilhéluun normal, mais, dans un 
certain nombre de ceux-ci, les cellules épilhéliales se continuent insensi- 
blement avec une niasse compacte, granuleuse, obstruant la lumière; dans 
d'autres tubes, la dégénérescence est encore plus accusée, et tout se réduit 
à un magma granuleux remplissant la lumière canaliculaire et présentant 
à sa surface quelques noyaux altérés; on compte en moyenne un dixième 
de tubes ainsi remplis de cylindres. 

En résumé, l'injection intravasculaire de quantités très faibles de sérum 
d'Anguille détermine chez le Lapin et le Cobaye, dans un laps de temps 
extrêmement court, des lésions structurales dans les éléments constitutifs 
du rein; celles-ci sont caractérisées par la dégénérescence claire des cellules 
des tubes contournés et par la formation de cylindres. 

Il m'a paru que cette constatation, outre son intérêt propre, au point de 
vue des effets toxiques du sérum d'Anguille, a une portée plus générale; 
les altérations cellulaires, dont il a été question, se produisent, en effet. 



— 95 — 

comme on l'a vu, avec une rapidité extrême-, il y a donc là un exemple 
remarquable de la facilité avec laquelle les éléments cellulaires peuvent 
Fubir des modifications morphologiques profondes. 



Présence de l'Iode 

DANS d'âUTRES ORGANES QUE LA GLAyDE THYROÏDE ET DANS LE SANG, 

pau M. E. Gley. 

Depuis que M. E. Baumann a découvert dans la glande thyroïde une 
combinaison organique iodée et que le rôle physiologique de cette substance 
a été expérimentalement et cliniquement établi, on n'a pas recherché s'il 
existe de l'iode dans d'autres organes (1) . L'année dernière (2) , j'ai montré que 
les glandules para thyroïdes, ces très petites glandes, satellites du corps 
thyroïde, et dont mes expériences de 1891-1893 avaient révélé la haute 
signification physiologique, en contiennent une forte proportion. Mais ces 
glandules font partie de l'appareil thyroïdien. 

J'ai cherché systématiquement l'iode dans d'autres organes. J'énumérerai 
simplement ceux dans lesquels je n'ai pu en déceler au moyen du procédé 
de Baumann modifié (3) , dont nous nous servons maintenant, mon éiève 

M Baumann s'était naturellement posé cette question; sa mort prématurée l'a 
empoché de la résoudre. 11 a cependant cherché (une fois) dans le thymus du Veau 
s'il y a de l'iode et n'en a pas trouvé. (Voir E. Baumann, Ueber dus normale 
Vcrkcmmen von Iod m Thierkôrper [Zeits. f. physiol Chimie, XXI, S. 3ig, 1895].) 

W E. Gley, Présence de l'iode dans les glandules paralhyroides (Comptes rendus 
de l'Académie des sciences, 2 août 1897.) 

W Dans la note citée ci-dessus , j'avais déjà indiqué une modification qui m'avait 
été très utile. Depuis, il nous a semblé, à M. Caubel et à moi, que les opérations 
préliminaires pouvaient encore être simplifiées. L'organe, quel qu'il soit, où l'on 
se propose de lechercher l'iode, ayant été pesé frais, est mis tel quel dans un ballon 
avec une certaine quantité d'eau distillée et son poids ou un peu plus de soude caus- 
tique pure; on porte à l'ébullilion; le tissu est bientôt détruit, la matière organique 
dissoute et l'iode qu'elle contient transformé en iodure de sodium; on neutralise 
alors à peu près l'alcali par de l'acide azotique pur et on chauffe de nouveau; quand 
la masse est desséchée, on élève la température pour fondre le nitrate de soude et 
déterminer la combustion de la matière organique, ce qui se fait très rapidement; 
dans celle opération , il ne peut pas y avoir de perte d'iode ; après lavage et ultralion , 
s'il est besoin, on procède au dosage de l'iode suivant le procédé de Babourdin. 
— Quand on a à traiter plus de 3 ou h, grammes de matière fraîche, celte combus- 
tion ne peut tire réalisée dans un ballon, et, à fortiori, quand on opère sur loute 
une raie de Chien ou un foie de Lapin, ou 5o ou 100 grammes de sang ou de 



— 96 — 

M. Caubel et moi : c'est le thymus, l'hypophyse, les ganglions lympha- 
tiques, les testicules, les ovaires et les reins. Les capsules surrénales en 
renferment peut-être des traces. Tous ces organes avaient été pris sur des 
animaux venant d'être sacrifiés, Chiens et Lapins; cependant je n'ai traité 
jusqu'à présent que des ovaires de Chiennes et des hypophyses de Lapins. 
Par contre, la rate et surtout le foie contiennent des quantités appré- 
ciables d'iode. 

Voici quelques chiffres : 

N° 1. Jeune Chien. La rate, du poids de a3 grammes, contient 
omilligr. 02 G d'iode; 

N° 2. Chien adulte; gkilogr. 85o. La rate, du poids de 26 grammes, 
contient milligr. 02.3 d'iode. 5o grammes de foie du même Animal en 
contiennent o milligr. o5, ce qui fait o milligr. 1 p. 100; 

N° 3. Le foie d'un Lapin d de 2,690 grammes, qui pesait, frais, 
107 grammes, contenait milligr. 0/16 d'iode; 

N° h. Le foie d'un autre Lapine? de 2,0^10 grammes, pesant 98 grammes, 
en contenait milligr. 008. 

La rate de ces deux derniers animaux, pesant seulement 1 gramme 
chacune, ne contenait que des traces d'iode. 

Or, la glande thyroïde de ces mêmes animaux était beaucoup plus riche 
en iode , comme on peut le constater sur le tableau suivant : 

POIDS 
M M É ROS DES ANIMAUX. DE LA GLANDE TIIVHOÏDE. OUAiNTITKS D'IODE. 

grammes. milligrammes. 

1 1,00* 0,12 

2 2,17 0,18 

3 0,207 0,076 

à 0,187 °'°7 

Cette seule remarque conduit déjà à se demander si l'iode du foie ou de 
la raie est bien propre à ces organes. Une expérience très simple permet 

foie. Il convient alors de faire d'abord agir la sonde à froid sur l'organe pendant 
trois ou quatre heures, puis on chauffe doucement dans une capsule de tôle émaillée; 
le traitement par l'acide azotique se fait dans celle même capsule, avec les pré- 
cautions nécessaires pour éviter les perles. — Un des avantages de ce procédé est 
de permettre d'opérer sur de grandes quantités de matière, (l'est grâce à son emploi 
(jue nous avons pu, par exemple, trouver de l'iode dans le sang et dans le foie. 



— 97 — 

de répondre à celte question : dans le foie lavé, suivant le procédé usuel 
dans les laboratoires de physiologie, on ne trouve plus d'iode. 11 faut 
donc penser que ce corps est amené au foie par le sang. 

De fait, on a pu constater, dans une autre série de recherches, que le 
sang contient de l'iode. On opère sur 5o ou 100 centimètres cubes de sang 
artériel de Chien ou de Lapin. Sur le Chien n° 2 , cité plus haut, on a trouvé 
dans 100 centimètres cubes de sang carotidien o milligr. o84 d'iode. Sur 
deux autres Chiens, on en a trouvé des quantités inférieures, 0,0/iC p. 100 
dans un cas et, dans l'autre, o,o36 p. 100. Le sang du Lapin n° 3, cité 
plus haut, contenait milligr. 06 d'iode p. 100, et celui du Lapin n° h , la 
même quantité. Un autre fois nous avons encore obtenu le même chiffre. 
Ce n'est cependant pas là , bien entendu , un chiffre constant. 5o centimètres 
cubes de sang carotidien d'un autre Animal nous ont donné o milligr. o38 
d'iode, d'où 0,076 p. 100. 

Pour compléter la démonstration, il serait bon de voir si le sang des 
veines thyroïdiennes contient une plus forte proportion d'iode que le sang- 
artériel. C'est une expérience que j'espère pouvoir réaliser prochainement 
dans de bonnes conditions. Mais il est clair que, pour bien des raisons, 
faciles à concevoir, le résultat en peut être négatif. 11 n'en resterait pas 
moins que les différences entre la lenenr en iode de la glande thyroïde et 
celle des autres organes et du sang sont telles , que ce corps apparaît comme 
caractéristique de la sécrétion thyroïdienne. 

D'autre part, il importerait de rechercher ce que devient la substance 
iodée qui se trouve dans le sang, si elle s'élimine et par quelle voie. Je 
pense étudier aussi cette .question. 



Teneur de la glande thyroïde es Iode 
dans quelques especes animales, 

pak M. E. Gley. 

Les animaux dans la glande thyroïde desquels l'iode a été recherché et 
dosé sont surtout le Chien, le Mouton, le Veau et le Porc; on possède aussi 
un assez grand nombre de chiffres pour l'Homme (l) . 

J'ai eu l'occasion d'évaluer la teneur en iode de la glande thyroïde dans 
quelques espèces animales; je présenterai ces résultats en un simple 
tableau. 

(1) Voir E. Baumann (Zetts. f. physiol. Chimie, XXI, 1 Sg5 , et XXII, 1896); 
Ad. Oswald (lbid., XXIII, 1897). 



— 98 — 

POIDS 

POIDS DE |, A GI.AXDE THYROÏDE QUANTITE 

ESPECE ANIMALE des animaux. ( poids frais). b-iode. 

grammes. grammes. milligrammes. 

Sin ( <jo (Cercopilhecus callilrychus) d* • a, 585 0,^9 0,0/16 

Clial (Felis domestica), n° 1 $àgéc.. ? 0,19 o,oA0 

n° 2 c? ? 0,237 1,38 

Tigre adulle d* (Félin tigris) (l) . . . . ? l\ 1,00 3,00 

Cobaye $ (Cavia Cobaya) 5'io 0,075 0,06 

Iîal (Mus rattiis, variété albinos) 

n" 1 d* 173 0,021 traces. 

n" a d* 160 0,019 0,01 5 

n° 3 Ç 1 55 0,013 o,os3 

n° /1 9 i5a o,oiG 0,00 

n" 5 $ 1/18 0,01 0,01 5 

n° G c? iàh 0,013 0,03.3 

Uérissoa(Erinaceuteuropmu$)vf 1 Ç ■ 373 o,o55 o,o'i 

o°9... ? 0,1 3 o,o38 

n° 3 d* • 800 0,1/1 o,o'!S 

Il n'est pas sans intérêt de constater que, chez tous ces Animaux, la 
glande thyroïde contient de l'iode. Nous poursuivrons systématiquement 
cette recherche au laboratoire de physiologie générale, chez les espèces les 
plus diverses. 



Les Ecbinocactvs de la Basse CAiivonyiE , 

PAR LE D r WeBBB. ' 

M. Léon Diguet, l'explorateur infatigable qui depuis deux ans a entre- 
pris un nouveau voyage en Liasse Californie, vient d'adresser au Muséum 
une série de documente et de clichés photographiques très remarquables. 
Ceux qui sont relatifs aux Caidonaks , ou forets de Cactées, du sud de 
la Péninsule et de certaines îles du golfe de Californie, ont été soumis à 
mon examen. Ces documents viennent s'ajouter à ceux dont j'ai déjà 
eu l'honneur de vous présenter un résumé en 1 8g5 t2) et qui avaient été 
recueillis un peu plus au nord, vers le 27° degré. 

En attendant (pie M. Diguet puisse, à son retour, les compléter par de 
nouveaux renseignements écrits ou verbaux, je veux dès aujourd'hui vous 
signaler tout spécialement un Ecliinocactus géant, absolument nouveau, 
<jui dépasse en hauteur tous ses semblables connus jusqu'à ce jour. Sa 

(l > C'est grâce à l'obligeance de M. le professeur Filliol que j'ai pu avoir la 
glan le thyroïde de cet animal. 

M Voir Bull, du Mus., 1890, n° 8. 



90 




JV. i . — Echinocactus Digueti. 



— 100 — 

découverte appartient incontestablement à M. Diguet, et il est juste de lui 
en assurer la priorité. Les échantillons botaniques secs qui accompagnent 
les clichés permettent de déterminer très nettement cette espèce nouvelle 
et de la comparer aux autres espèces de ce genre qui ont été signalées dans 
la Péninsule californienne. 

Je vous propose de donner à ce colosse végétal, inconnu jusqu'aujour- 
d'hui, le nom du voyageur zélé qui l'a découvert. 

Echinocactus Digueti n. sp. (Fig. n° 1.) 

E. elonjjalus, dein cylindricus, columnaris, crassissiruus, rnaximus; coslis nu- 
niorosis (36) angustis; sinubus profundis acutis; vertîce impresso; areolis juniori- 
bus lonunlosis; aculois G-7 aeqnalibus, pracilibus, acicularibus, sub-aicuatis, fla- 
voscentibus, exterioribus 5-6, ccntrali 1 ; Boribiis flavidia, lubo glabro srpiamalo. 

D'après les photographies, cet Echiuocaclus a généralement 1,2, ou 
même 3 mètres de hauteur, sur o m. /10, o m. 5o, et jusqu'à o m. 80 de 
diamètre; mais certains vieux exemplaires mesurent jusqu'à !\ mètres de 
hauteur. Sur celui que vous montre la projection n" 1, un homme levant 
la main, peut à peine atteindre la moitié de la hauteur du tronc. Les côtes, 
comptées sur un petit échantillon sec, sont au nombre de 34; ce nombre 
ne paraît pas augmenter avec l'âge. Elles sont d'abord étroites, compri- 
mées, et les sillons sont aigus et profonds; mais plus tard, ceux-ci s'élar- 
gissent, deviennent plus obtus, en même temps que les côtes deviennent 
plus larges: les faisceaux d'aiguillons, d'abord distants de 1 centimètre et 
demi, se rapprochent peu à peu par le tassement des côtes. Le sommet est 
toujours déprimé, concave, formant une espèce de cuvette. Les jeunes 
aréoles sont longues de 1 centimètre et demi sur 8 millimètres de largeur; 
elles sont sub-confluentes et garnies de feutre laineux roux-jaunâtre qui 
disparait plus tard. 

Les aiguillons sont au nombre de G à 7, dont 1 central, 1 inférieur, 
U latéraux, et quelquefois 1 supérieur; ils sont tous à peu près égaux entre 
eux, longs de 3 à h centimètres, grêles, aciculaires, non annelés, droits 
ou légèrement arqués en dehors, d'un jaune roux, plus tard gris-jaunâtre. 
Ils n'occupent (pie la moitié inférieure de l'aréole; au-dessus d'eux se trou- 
vent quelques aiguillons rudimentaires ou glaudules cornées; la moitié su- 
périeure de l'aréole est occupée par la fleur. 

Les fleurs naissent tout autour du sommet de la plante, à environ 8 cen- 
timètres du centre ou même plus en dehors. Leurs restes desséchés se 
trouvent encore à une assez grande distance du sommet. En les ramollis- 
sant dans l'eau chaude, nous avons pu constater que l'ovaire, glabre, sans 
aucune trace de laine, est couvert de nombreuses squames semi-lunaires im- 
briquées, serrées; les sépales, obovés, obtus, paraissent avoir été rouges 
ou bruos; les pétales, plus allongés, plus étroits, sont lancéolés, jaunes; 



— 101 — 



T! 




Y\a. 3> — Echinocactus Peninsulœ. 



— 1 0-2 — 

les étamines sont moitié plus courtes que les pétales. Le fruit n'esl pas 

connu. 

Ce curieux Echinocaclits a été découvert par M. Diguet flans l'île Cata- 
lana (1) , situéeau milieu du golfe de Californie, vers le 25 e degré de latitude, 
et fréquentée par les pêcheurs de perles. Ce qu'il y a de remarquable, c'est 
qu'il ne croît pas seulement dans les terrains rocheux de l'intérieur de l'île, 
où nos deux premières projections vous ['ont montré en compagnie du 
Cardon pelon, c'est-à-dire cierge chauve (Cereus Pringlei Wals. ou Cereus 
calvus Eng.); mais il descend avec celui-ci jusqu'au bord même de la mer. 
Une photographie nous montre ces Cereus entremêlés aux Echinocacius 
Digueti, au milieu dos galets du rivage. La proximité de la mer est telle, 
qu'on peut même se demander si pendanl les gros temps ils ne doivent pas 
nécessairement recevoir quelquefois les éclahoussures de l'eau de la mer. 
A côté d'eux, la photographie permel de distinguer quelques petites Cactées 
buissonnantes , dans lesquelles on peut reconnaître le Cereus Cumerigci 
Web., ei un Opuntia cylindrique, probablement Op. Cholla Wt>\\. 

D'après les caractères énoncés, on peut conclure cpie, par son aspect 
général columnaire et par ses Heurs à ovaire squameux glabre, YEchino- 
cactus Digueti se rapproche jusqu'à un certain poinl des autres Echino- 
cactus, déjà signalés eu Basse Californie; mais il s'en distingue totalement 
par ses aiguillons beaucoup plus lins, moins nombreux et non unciné;. 

An point «le vue botanique, tous les Echinocactus californiens oui pour 
caractère commun l'ovaire squameux, imbriqué, glabre, c'est-à-dire non 
laineux. Les espèces trouvées jusqu'à présent dans la Péninsule ou dans les 
régions voisines sont : E. Peninsulœ AVoL. , E. californiens Monv., E. Ent<>- 
n/i Eng.,E. Wislizeni Eng. , E. Lecontci Eng. , E. acanthodes Lem. (E. eylin- 
draceus Eng.), E. viridescens Eng. 

Je veux ajouter quelques observations au sujet de celles de ces espèces 
sur lesquelles nous possédons des documents inédits. 

Echinocactus Péninsule Web. ( Kig. n° a.) 

La quatrième projection vous montre celle espèce, que je vous ai fait 
connaître en 189."» ■*>, d'après les documents de MM. Diguet et Cumenge. 

C'est là VEehimeaclus qui parait être le plus coi un en Basse Californie. 

11 se rapproche principalement des Ecli. Wislizeni Eng. el Ech. Leconlci 
Eng. (qui, d'après Engelmann lui-même, ne sont tous Aeu\ que des va- 
riétés d'une seule espèce); mais il s'en distingue par le nombre beaucoup 
moindre des aiguillons, et peut-être aussi par ses fleurs. L'aiguillon cen- 
tral inférieur a 7-8 centimètres de longueur, sur A-5 millimètres de lar- 

W Sur lu plupart des caries, celle Me est appelée Calalina; mois, d'après 
Al. Diguet, son vrai nom esl Calalana, 
W Voir Bh//. du Mu*., 1895, 11" 8. 



— 103 — 

geur; il est tout à l'ait droit dans toute sa longueur, sauf à son extrémité 
où il est recourbé sur une longueur de i centimètre; il est toujours étendu 
horizontalement, aplati, rouge, et marqué sur ses deux faces d'environ 
60 stries transversales saillantes et d'une arête centrale longitudinale. 

En 1895, les fleurs, les fruits et les graines n'étaient pas connus; les 
documents reçus depuis cette époque me permettent de combler en partie 
cette lacune. Les fleurs ont 5-6 centimètres de longueur; les squames lu- 
naires sont vertes, imbriquées, glabres; les pétales jaune d'or clair exté- 
rieurement, avec une ligne médiane intérieure rouge snng foncé; les éta- 
mines forment un faisceau serré et tordu en spirale, de couleur orange. En 
regardant la fleur en dedans, elle paraît rouge; en la regardant en dehors, 
elle parait jaune (Diguet). 

Le fruit desséché est dur, presque ligneux et a environ o centimètres 
de longueur; il est couvert de squames imbriquées jaunâtres et renferme 
plusieurs centaines de graines noires, presque lisses, légèrement ponctuées 
ou gravées sous la loupe, obovées, arrondies au sommet, rélrécies vers la 
base, longues de 2-2,5 millimètres et larges de 1 ,5 millimètre; bile 
arrondi, profond, blanc, placé à la partie inférieure de la face ventrale. 

EciIINOCACrUS CALIFORMCUS MortV. 

Cette espèce, mentionnée pour la première fois en 1 8A6 dans le cata- 
logue de la Collection de Monville, entre VEch. acanthodes et VEch. spiralis, 
était fort connue et assez répandue en France il y a cinquante ans. Elle 
avait été élevée vers i84o par M. Dumesnil, au Havre, de graines qu'un 
capitaine de navire lui avait rapportées de la Basse Californie. C'est à tort 
qu'Engelmann , sur la foi de faux renseignements, la donne (Flor. ca- 
îiforn., p. 2 45) comme synonyme de VEch. viridescens, avec lequel elle 
n'a aucune analogie. Engelmann a du reste lui-même reconnu plus tard 
(m litteris) l'erreur qu'il avait commise. VEch. californiens Monv. se rap- 
proche beaucoup plus de VEch. Emoryi Eng. , mais il en diffère par ses 
aiguillons et par ses fleurs (1) . 

Ayant eu l'occasion d'étudier à Paris des exemplaires adultes et authen- 
tiques de VEch. californiens , nés des graines de M. Dumesnil, et de les voir 
fleurir, je veux en donner la description. 

L'exemplaire, sur lequel j'ai observé huit fleurs, avait 3o centimètres de 
diamètre sur 21 centimètres de hauteur. Tige subglobuleuse, d'un vert un 
peu glaucescent; sommet déprimé, garni de feutre court, épais, jaunâtre. 
Côtes 1 5 à la base, 20 au sommet, épaisses, droites, obtuses, renflées au- 
tour des aréoles. Sillons aigus. Aréoles grandes, ovales, distantes de 3 centi- 
mètres, garnies de feutre court jaunâtre, plus tard noirâtre, disparais- 
sant dans la vieillesse; elles forment au-dessus du faisceau d'aiguillons un 

(1) Voir Weber, art. Echinocacttts in Dictionn. d'hort. de Bois, 1896, p. AG5. 



— 10/i — 

prolongement sur lequel se trouvent habituellement une ou plusieurs glandes 
cornées, semblables à des aiguillons rudimenlaires. 

Les aiguillons sont tous vigoureux, rigides, arrondis (non aplatis), 
légèrement annele's. Extérieurs 7-9, droits, rayonnants, dont 9-4 en haut 
de l'aréole et 5 en bas: ceux du haut sont les plus grêles, longs de 3 centi- 
mètres et jaunâtres; les 5 du bas sont plus vigoureux, longs de 4 centi- 
mètres, d'un jaune de corne, avec des taches pourpres disposées en stries 
ou zones transversales. Intérieurs 4, en croix, dont les 3 supérieurs sont 
droits, de même force et de même couleur que ceux du bas de l'aréole, et 
dont l'inférieur est tout à fait central; ce dernier est le plus vigoureux de 
Unis; il est annelé, arrondi, long d'environ 6 centimètres, épais de 2 milli- 
mètres, recourbé au sommet, de couleur pourpre, jaune à la pointe. Plus 
tard, tous les aiguillons deviennent d'un brun de corne. 

Cette description a été faite d'après un exemplaire adulte; mais les 
jeunes plantes de semis n'ont (pie 8 aiguillons dont un seul central, tout à 
fait unciné. 

Fleurs jaunes, longues de 5 centimètres sur 6 centimètres de diamètre, 
sortant du sommet tomenteux de In plante. Ovaire vert clair, couvert d'en- 
viron a4 squames imbriquées, triangulaires-arrondies, entières, vertes à 
bords jaunes. Tube très charnu, épais, portant une vingtaine de squames 
sépaloïdes d'un veil jaunâtre, bordées de jaune, très légèrement rubes- 
centes à la pointe, s'allongeant peu à peu et passant insensiblement en 
pétales, au nombre de 4o à 45, disposés sur trois rangs, d'un jaune serin 
pur, allongés, ondulés sur les bords et terminés en pointe; ceux du rang 
externe ont 1 centimètre de largeur, les intérieurs n'ont que 5 à G milli- 
mètres. Etamincs liés nombreuses et très grêles, réunies et dressées autour 
du style; filets d'un carmin foncé; anthères jaunes. Style columnaire jaune, 
divisé très profondément en 1G stigmates dressés. 

EcHINOCACTIJS ACANTI10DES LciU. 

Sous ce nom, Lemaire a décrit dès i83q (I) une espèce «californienne» 
élevée de graines par M. Courant, du Havre, et bien connue, il y a qua- 
rante ou cinquante ans, dans les collections françaises. Elle a Henri à Mou- 
ville en i846. J'ai eu l'occasion d'en étudier un exemplaire mort, conservé 
chez Cels. Cette espèce est absolument identique à celle qu'Engehnann a 
décrite en i85a sous le nom à'Ech. cylimlraceus, et qui a été réintroduite 
dans ces dernières années en Belgique sous le nom à'Ech. Leopoldi. 

M est inutile de reproduire ici la description de cet Echinocaclus, aujour- 
d'hui bien connu sous le nom qu'Engehnann lui a donné; il me suffit d'ap- 
peler l'attention sur sa synonymie et de faire remarquer que c'est Lemaire 
qui, le premier, a fait connaître cette espèce , caractérisée par ses nombreux 

(l > Cad. gen. nov., ]>. 1 oG. — Voir aussi Weber, l. c, p. 6G5. 



— 105 — 

cl longs aiguillons entremêles, recourbés ou llex ueux; il l'a appelée acan- 
thodes, parce que, dit-il, elle est rumdique aculeis praegrandibus, confer- 
tissimis, maximequc inlricatis, omnino liorrens, unde nonien N 



Sur les organismes des Cannels , 
note de M. B. Renault. 

Les charbons désignés sous le nom de Gannels sont assez répandus dans 
le terrain houiller moyen, mais beaucoup plus rares dans le terrain houiller 
supérieur. Ils se rencontrent en couches parallèles, quelquefois unies d'une 
façon intime avec la houille qu' elles recouvrent. 

Les Gannels sont employés de préférence aux Bogheads, à cause de la 
meilleure qualité de leur coke, pour enrichir les houilles pauvres en gaz; 
celles-ci ne donnent guère, par tonne, que 255 mètres cubes de gaz; les 
Gannels ont un rendement de 3oo à 33o mètres cubes; les Bogheads peuvent 
atteindre 4oo mètres cubes, mais leur coke est friable et sans consistance. 

A plusieurs reprises (1) , nous avons appelé l'attention sur la constitution 
des Bogheads formés essentiellement d'Algues microscopiques accompa- 
gnées d'une proportion relativement minime de spores et de grains de pollen , 
disposées en lits stratifiés au milieu de la matière fondamentale et renfermant 
aussi bien que les autres organismes végétaux un nombre considérable 
de Bactériacées. Il était intéressant de rechercher quelle était la constitution 
des Gannels , qui offrent avec les Bogheads quelques propriétés communes. 

Nous avons reconnu trois types : 

i° Tantôt les nombreux corps jaunes disséminés dans la matière fonda- 
mentale sont constitués par des Microspores, des Macrospores; les Algues 
et autres débris ne s'y rencontrent qu'en petites quantités. Comme exemple 
de ce premier type, nous pouvons citer les Cannels anglais de Lesmahagow 
Bryant, Burghlée, Niddrie; celui de Gannelton (Nouvelle- Virginie); de 
Teberga (Espagne) ; le Splint-Coal de Rive-de-Gier, celui-ci sans Algues , etc. 

2° Tantôt les corps organisés de couleur rouge orangé sont représentés 
par des grains de pollen, des spores, des macrospores mélangés à des frag- 
ments de plantes diverses, sans traces d'Algues. Cannel de Gommenlry. 

3° Tantôt enfin les éléments organiques complètement dissociés sont de- 
venus méconnaissables. Cannel de Buena-Vista (Kentucky). 

'" Les Bactériacées et les Bogheads ( Bulletin du Muséum d'histoire naturelle , 1897, 
p. 33 et a5i ). 



— 10G — 

Nous n'examinerons aujourd'hui qu'un Gannel du premier type ren- 
fermant quelques Algues, le Cannel Bryant. 

Sur une coupe verticale, on distingue (fig. i), au milieu de la matière 
fondamentale de couleur foncée, les éléments organisés de couleur jaune 
clair, disposés en couches stratifiées. Tous les Cannels que nous avons exa- 
minés présentent cette stratification , qui indique que leur dépôt s'est effectué 
au milieu des eaux. Il est à croire que celte sorte de sélection d'organes par- 
ticuliers (fructifications) de végétaux a dû être opérée par les eaux mêmes 
et que des conditions spéciales de courants ont déterminé leur précipitation 
dans des lieux tranquilles. 

a. 



c 




pjg, |, — Section faite perpendiculairement à la stratification du Cannel. 

Gr. /i5o/i. 

a, 6. Corps jaunes de natures diverses disposes en couches parallèles horizon- 
tales. 

c. Fragment de macrospore; l'enveloppe est envabie par un mycélium do 
Champignon. 

La matière fondamentale, suffisamment amincie pour être transparente, 
paraît formée de plusieurs parties; l'une presque opaque, noire, se présente 
sous la forme de petits fragments irréguliers, à angles aigus, tenus en 
suspension pour ainsi dire dans la deuxième, qui semble avoir possédé une 
certaine plasticité, puisqu'elle a moulé non seulement les petites esquilles 
précédentes, mais encore les différents corps jaunes dont il va être question. 

Parmi les nombreux corps jaunes cpii forment près du tiers de la masse 
du Cannel, nous citerons les suivants : 

i° Des macrospores spbériques (lig. y), mesurant 3/io fx environ, dont 
les trois lignes de déhiscence caractéristiques sont limitées par une sorte de 



— 107 — 

bourrelet circulaire; les bords sont déchiquetés, la surface rugueuse, sil- 
lonnée de dépressions irrégulières dues au travail de Microcoques visibles 
avec un grossissement suffisant. Les débris plus ou moins volumineux de 




Fig. 2. — Macrospore considérablement giossie. 
On voit à !a surface de nombreux Microcoques. 

ces enveloppes de macrospores se rencontrent assez souvent dans la ma- 
tière fondamentale; 

a" Des macrospores de taille plus faible; les unes, atteignant à peine 
k\ [x. (fig. 3), présentent une surface creusée de nombreuses petites cavités 
circulaires, larges î \x 3 , se détachent par leur couleur foncée sur l'enveloppe 
triradiée et garnie de Microcoques dont le diamètre est à peine de o fi 5 ; 
d'autres un peu plus grosses, 48 fx, offrent au contraire de nombreuses pe- 
tites aspérités en forme de piquants; 

3° Quelques-unes ont une surface nettement réticulée (c, fig. 3); les 
mailles hexagonales mesurent 5 à 6 (x de côté; le diamètre de la macro- 



— 180 — 

spore est de kk fx; elles rappellent par leur taille et leur re'seau certaines 
macrospores de Sphenophyllum silicifîées de Rive-de-Gier; 




Fig. 3. — Macrospores de taille plus faible. Gr. 600/1. 

11 , h. Macrospores avec Microcoques, 
c. Macrospore de Sphenophyllum? 




Fig. h. — Macrosporcs de forme Irigono. Gr. 800/1. 

a. Macrospore encore fermée, montrant le bourrelet circulaire. 

h. Macrospore ouverte. 

m. Couronne de Microcoques entourant l'ouverture. 

k" D'autres fois les macrospores (fig. h) affectent une forme subtrian- 
gulaire-, l'espace qui porte les trois lignes radiantes est circonscrit par un 



— 109 — 

bourrelet très net; leur diamètre n'atteint que 33 (x; quand elles sont ou- 
vertes, l'intérieur ainsi que les bords se montrent garnis de Mierocoques. 
Cette forme de macrospore est très rare, mais elle est plus commune dans 
les Gannels-Bogheads russes qui appartiennent à l'âge du Culm; 

5° Les organismes qui sont les plus communs et les plus caractéristiques 
du premier type de Cannel sont des microspores , la plupart du temps iso- 
lées; elles constituent à elles seules près des quatre cinquièmes des corps 



m 



Fig. 5. — Gr. 600/1. 



a, h. Microspores groupées en tétrades. 
c. Microspores isolées, 
m. Microcoques. 

jaunes; leur contour est triangulaire et présente deux côtés rectilignes, le 
troisième est convexe; leur grande longueur atteint 46 fx et la petite 33 fx; 
quelquefois elles sont encore réunies en tétradre; elles forment alors une 
spbère dont le diamètre est de 64 fx. 

Les macrospores décrites en premier lieu et les microspores dont il vient 
d'être question diffèrent peu par la taille des macrospores et microspores 
de certaines Lycopodiacées arborescentes, Lépidodendrées entre autres; il 
ne serait pas impossible qu'elles en provinssent. Ainsi, dans le Lepidostrobus 
Rouvillci, les microspores mesurent Ai u et 3s p, et le diamètre d'une té- 
trade est de 60 fx. Les macrospores du Lepidostrobus Dabadianus atteignent 
4oo pt; 

6° Ou rencontre en outre, mais en petite quantité, des Algues sans doute 
autrefois sphériques, maintenant plus ou moins aplaties, creuses, larges 
de 45 fi, bautes de 2 5 fx : ce sont de jeunes Pilas, peut-être des Pila sco- 
tica; elles sont remplies de Microcoques. 

11 existe encore dans le Cannel Bryant d'autres organismes, fragments 
Muséum. — iv. 8 



— 110 — 

divers de plantes , mycéliums de Champignons , etc. Nous les étudierons dans 
une prochaine note. 

Les conclusions que Ton peut tirer de ce qui précède sont : 

1° Les Cannels, de même que la Houille, les Bogheads, se présentent 
en lils superposés indiquant que le dépôt des différents éléments qui les 
constituent s'est effectué au sein des eaux; 



Fi;j. (>. — Pila seoHea envahi par des Microcoques. Gr. 1100/1. 

a Que la matière fondamentale est de nature complexe, qu'elle se com- 
pose de fragments irréguliers, à angles vifs, noirs, provenant de portions 
de végétaux plus fortement houilliliés, tenus en suspension dans une sorte 
de gangue de couleur plus claire qui a joui d'une certaine plasticité , puisque 
non seulement elle a moulé les fragments indiqués, mais encore les diffé- 
rents corps jaunes organisés que l'on y observe; 

3° Qu'il existe plusieurs variétés de Cannels, caractérisées : tantôt par 
l'abondance de fructifications de Cryptogames, microspores, macrospores , 
et par la présence d'une petite quantité d'Algues; tantôt par la prédomi- 
nance de spores, de grains de pollen el quelques débris de végétaux qui en 
modifient la teinte en la faisant virer au rouge; tantôt par une désorgani- 
tion plus complète des élément * organiques qui sont devenus méconnais- 
sables; 

4° L'un des types sur lequel nous avons insisté en choisissant le Canne! 
Bryant comme exemple se fait remarquer par la grande quantité de mi- 
crospores, réunies quelquefois en tétrades, qu'accompagnent quelques 



— lit — 

macrospores et quelques Pilas. Un sous-type, contenant les Cannels de 
Rive-de-Gier, deCannelton, etc., est dépourvu d'Algues ; 

5° Les divers éléments organiques ont élé envahis par des Bactéiïacées 
et par des mycéliums de Champignons que nous décrirons plus tard ; 

6° Si les Bogheads se distinguent par les Algues microscopiques qui se 
trouvent en abondance dans la matière première, les Cannels, de leur côté, 
sont caractérisés par la prédominance des organes de reproduction de plantes 
cryptogames ou phanérogames, tels que Microspores, Macrospores, Spores, 
Grains de pollen. 



Roches phosphatées du Bas Sénégal, 
par M. Stanislas Meunier. 

Depuis 1820, les collections géologiques du Muséum ont reçu de nom- 
breuses suites de roches provenant du Sénégal et nous avons des centaines 
d'échantillons provenant de cette région. Mais ces matériaux , tout abon- 
dants qu'ils soient, sont insuffisants à nous procurer la notion de la struc- 
ture stratigraphique de la côte. 

J'ai le plaisir d'annoncer que cette lacune de nos connaissances n'existe 
plus, à la suite de l'élude que j'ai pu faire récemment de spécimens qui 
m'ont été apportés par M. Aug. Dollot, à qui je suis heureux d'adresser ici 
mes très vifs remerciments. 

Grâce à lui, nous possédons maintenant une série d'échantillons ob- 
tenus par des forages systématiquement distribués depuis Dakar jusqu'à 
Joal et nous pouvons pénétrer dans le secret d'une constitution géologique 
que masque aux regards un épais dépôt de sables récents et de latérites. 

Par l'examen des documents ainsi réunis, on constate que la formation 
la plus ancienne consiste en couches calcaires que leur richesse en Fossiles 
rend spécialement intéressantes. Des Turritelles et d'autres Coquilles qui 
rappellent singulièrement celles que M. de Kœnen {l) a décrites dans les 
couches du Cameroun (Turritella kamerimensis , Astarte tecticosta , Cithcrœa 
tenu identata, etc.), portent à considérer ces calcaires comme crétacés. Us 
constituent à Pobenguine un pli anticlinal bien visible. 

C'est sur ces couches que s'étendent, avec une quinzaine de mètres 
d'épaisseur, des strates d'une roche argileuse remarquable d'abord par sa 
structure, qui est très finement feuilletée, puis par sa composition, qui ad- 
met une notable proportion de dolomie. Quand on l'examine en lames 

W Ueberfossilien der Uitteren Kreide am Vjer der Mungo ini Kamerun. (Société 
des sciences de Gôttingen, nouvelle série, t., I. n° 1.) 

8. 



— 112 — 

minces au microscope, on y voit des myriades de petits cristaux rhombo- 
édriques de ce minéral. 

Dans l'argile feuilletée, sont d'abondants rognons siliceux, souvent zo- 
naires, et par ces divers caractères, la roche dont il s'agita des ressem- 
blances extérieures avec la substance qualifiée, aux environs de Paris de 
marne de Saint-Ouen. Les rognons siliceux, qui rappellent nos opales- 
inénilites, contiennent, comme la masse qui les empâte, des rhomboèdres 
de dolomie et souvent le produit de l'épigénie de ces cristaux par la silice. 

Au-dessus des argiles feuilletées dolomitiqnes, se montrent des couches 
très remarquables avant tout par leur richesse , d'ailleurs variable, en phos- 
phates de chaux. Vers le bas, elles sont parfois friables et contiennent des 
quantités de dents de Poissons fort analogues aux Requins des mers ac- 
tuelles (Lamna, Galeocerdo, Odontaspis, etc.). Elles sont alors fort ressem- 
blantes à certains phosphates éocènes. tels que ceux de Tébessa, en Algérie. 
Le plus souvent, les roches phosphatées du littoral sénégalais sont très 
dures, fortement imprégnées de silice et se cassent sous le marteau en 
éclats tranchants. 

En lames minces, on y voit des Foraminifères et des spicules de Spon- 
giaires, et l'on reconnaît que le phosphate de chaux s'y est surtout con- 
centré en petits ovoïdes disséminés dans la pâte siliceuse. La proportion 
de ce phosphate peut atteindre au maximum 35 à 38 p. îoo. Cette slruc- 
Imc est comparable à colle de phosphates blancs qu'on exploite, depuis 
quelque temps, dans plusieurs localités du Tennessee, mais qui sont com- 
pris dans le terrain dévonien. 

Ce qui m'a le plus frappé dans l'élude des roches qui nous occupent, 
c'est ce qui concerne la cause vraisemblable de leur richesse enphosphale 
de chaux. On pourrait croire, d'abord, que cette précieuse substance dérive 
des restes organiques, dents de Poissons, tests de Foraminifères, etc., men- 
tionnés plus haut ; mais on reconnaît bien vile que les couches les plus riches 
en phosphate ne sont pas du tout les mieux partagées en Fossiles. Aussi est- 
on fort satisfait de trouver une autre explication. 

Pour ma part, je crois la tenir dans un pointcment de roche éruptive, 
de nature basaltique, qui constitue à Diokoul, près de Rufisque, un ro- 
cher connu sous le nom de Saïssaz. En l'examinant au microscope, on re- 
connaît que les minéraux essentiels du basalte: plagioclases, pyroxèue, pé- 
ridot, fer oxydulé, y sont associés à une quantité relativement énorme 
d'a'patile ou phosphate de chaux cristallisé. 

La présence de cette roche éruptive si riche en apatite au contact même 
des formations sédimentaircs phosphatées est bien faite pour provoquer la 
réflexion et nous conduirait rapidement, par des transitions ménagées, 
jusqu'à la question de l'origine même du phosphore constitutif des êtres 
vivants. 

Sans aller si loin, je me bornerai à rappeler que les profondeurs inlra- 



— 113 — 

granitiques paraissent être le laboratoire où s'élaborent les substances uti- 
lisées par tous les agents de la surface, qu'ils soient du monde inorga- 
nique ou de celui de la physiologie. Et, à cet égard, il y aurait à faire 
dans la série des minéraux des groupes remarquables par une même ma- 
nière d'être dans les roches stratifiées. 

A ce point de vue purement géologique, la silice et le phosphate de 
chaux ont une communauté d'allure très frappante. Peut-être celte ressem- 
blance mutuelle a-t-elle une de ses raisons d'être dans l'usage que font les 
êtres vivants du phosphate de chaux comme de la silice pour la constitution 
de leurs tissus, de leur carapace et de leur squelette; c'est la cause de leur 
présence simultanée dans les mêmes genres déformations et sous les formes 
concrétionnées déjà décrites tant de fois. 

Mais il me semble qu'il peut y avoir, dans certains cas, un autre ordre 
d'analogies dans l'histoire géologique des deux minéralisateurs. Et de même 
que les filons de quartz semblent, en maintes localités, être dans le rap- 
port de la cause à l'effet avec les silifications des masses stratifiées, de 
même le filon si riche en apatite de Diokoul paraît pouvoir être invoqué, 
au moins pour une part, dans la phosphatisation des assises sénégalaises 
qui viennent d'être signalées. 



Sur la vitesse d'attaque 
des différeytes faces de la calcite par les acides, 

par M. Paul Gadbert. 

(Laboratoire de M. A. Lacroix.) 

M. \V. SpringW a étudié l'action de quelques acides sur le spath d'Is- 
lande; il a constaté que la quantité d'acide carbonique dégagée pendant le 
même temps par la face perpendiculaire à l'axe optique du cristal et par la 
face qui lui est parallèle n'était pas la même. Le rapport des deux quan- 
tités est sensiblement égal à celui des indices ordinaire et extraordinaire du 
spath. M. G. Gesaro li] a examiné si ces résultats pour une face d'attaque 
parallèle au clivage étaient aussi en rapport avec l'élasticité optique du 
spath. 

En considérant l'ellipsoïde, dans lequel a représente la vitesse d'attaque 
parallèlement à l'axe optique et c celle qui lui est perpendiculaire, la vi- 

(1 ' Sur la vitesse de réaction du spath d'Islande avec quelques acides. ( Académie 
de Belgique, 3 e série, t. XIV, n° 12, 1887.) 

W Relation entre la vitesse d'attaque du spath par les acides et l'élasticité optique 
estimée suivant la direction normale au plan d'attaque. (Annales de chimie et de 
physique, 6 e série, t. XVII, p. 37, 1889.) 



■ll/l 



lesse v pour une autre direction est égale à y a* sin 2 <p + c 2 cos 2 ^, (p étant 
l'angle que fait ia normale au plan d'attaque avec l'axe a. 

Pour le rhomboèdre primitif de la calcite, <p=lili" 3G' 34". 

Les résultats expérimentaux obtenus par M. Cesaro ont concordé à peu 
près avec les nombres calculés par la formule précédente (1) . 

Cette relation de la vitesse d'attaque avec l'ellipsoïde d'élasticité optique, 
qui nous porterait à admettre un ellipsoïde de vitesses d'attaque, ne me 
parait pas démontrée par les expériences citées plus haut, malgré la 
concordance des résultats observés el calculés, concordance qui est for- 
tuite. Voici comment le phénomène se produit. 

Un prisme hexagonal de calcite plongé dans un acide ne conserve pas 
ses faces de la base et du prisme. Au bout de très peu de temps, ces der- 
nières sont remplacées par un très grand nombre de faces microsco- 
piques qui sont les mêmes sur toutes les faces primitives et qui dépendent 
de la nature de l'acide, des matières étrangères contenues dans ce dernier, 
desa température et de son degré de concentration. Par conséquent, si l'on 
examine une face du prisme hexagonal attaqué par l'acide chlorhyilrique. 
ce sont des faces de scalénoèdre et de rhomboèdre aigu que l'on observe. 
Le dégagement d'acide dépend de la somme de la surface totale de ces faces 
microscopiques. Le calcul montre que, par unité de surface primitive, la 
somme de ces petites faces est plus grande sur la base du prisme hexago- 
nale (jue sur les faces latérales, ce qui explique le phénomène observé par 
M. Spring. 

Si le prisme de calcite était plongé dans un acide qui provoquerait la 
formation de faces de rhomboèdre très aplati, le dégagement d'acide serait 
plus grand, dans ce cas, sur les faces latérales du prisme que sur la base. 

Il est inutile de considérer d'antres form s de la calcite; cet exemple est 
suffisant. 

Pour étudier le dégagement d'acide carbonique produit sur une face, il 
faut donc placer le cristal dans un dissolvant dans lequel celte face puisse 
se produire. Or, comme les différentes formes se produisent souvent dans 
des conditions diverses, les résultats ne sont plus comparables. 

Ce qui se passe pour la calcite se produit aussi pour toutes les autres 
substances cristallisées. 

(1) M. Cesaro annonce dans son Mémoire que M. Spring a étudié (1889) la 
vitesse d'attaque sur la face h\ niais les résultats ne sont pas encore publiés. 



— 115 — 

Dosage chimique de l'oxyde de carbose lorsque ce gaz est contenu 
daifs l'air, meme à letat de traces, 

par M. Maurice Xicloux^. 

Depuis déjà plusieurs années, sous Ici direction de mou maître, 
M. Gréhant, j'ai eu souvent l'occasion de doser des tiaces d'oxyde de 
carbone dans l'air en employant le procède' à la fois physiologique et chi- 
mique décrit par lui dans les «Gaz du sang» [i) et complété par une com- 
munication faite à l'Académie, le 8 novembre 1897 3; . Je me permettrai 
d'en rappeler le principe : Fixation de l'oxyde de carbone par le sang d'un 
Mammifère vivant, extraction des gaz d'un volume déterminé de sang, 
analyse de ce gaz au grisoumètre. La proportionnalité entre l'oxyde de car- 
bone fixé par le sang et l'oxyde de carbone contenu dans le milieu résout 
le problème du dosage. 

Cette méthode a fourni déjà un grand nombre de résultats intéressants 
au point de vue des applications de la physiologie à l'hygiène: elle en 
fournira encore; mais j'ai pensé qu'il serait avantageux d'imaginer un 
procédé de dosage entièrement chimique, simple, rapide, d'une exactitude 
relativement grande qui permette de doser l'oxyde de cirbone dans l'air 
même, lorsque ce gaz y est contenu dans la proportion de i/5o.ooo. 

Le principe du procédé est le suivant et repose sur deux faits connus 
déjà depuis fort longtemps : 

i° L'oxyde de carbone est oxydé par l'acide iodique anhydre à la tem- 
pérature de i5o° en donnant de l'acide carbonique, et mettant en liberté 
uni' quantité d'iode correspondante' 4 '; 

2 L'iode peut être facilement dosé au 1/2 centième de milligramme près 
si la quantité d'iode est inférieure à o milligr. 1 . à 1 centième près entre 
o milligr. 1 et milligr. 2 d'iode, à 9 centièmes près si la quantité d'iode est 
supérieure à milligr. 2 (entre milligr. 2 et milligr. 4), cela en em- 
ployant le procédé donné par Rabourdin [s ' : 

Mise en liberté de l'iode, de l'iodure de potassium par l'acide sulfuriqui' 
nitreux; dissolution de l'iode dans un volume connu de chloroforme et 

(1) Travail du laboratoire de physiologie générale du Muséum. 

(2) Les gaz du sang, 1 vol. Encyclopédie Leauté. 

(:i ) V. Gréhant, Dans quelle limite l'oxyde de carbone est-il fixé par le sang d'un 
Mammifère vivant. (G. R., 8 novembre 1897.) 

(4; Ditte, Propriétés de l'acide iodique. (Bull, de la Soc. chimique, t. I, p. 3 1 8 , 
1870.) C. de la Harte et F. Reverdin, Recherche de l'oxyde de carbone dans l'air. 
(Bull, de la Soc chimique, 3 e série, t. I, p. i63, 1889.) 

M Rabourdin, Essai de dosage de l'iode. (C. R., t. XXXI, p. 786, i85o.) 



— 116 — 

comparaison de la teinte ainsi obtenue avec celle que l'on obtient dans les 
mêmes conditions avec une solution titrée d'iodure de potassium. 

Appareil et détail du dosage. — On prend trois pptits tubes en U, à tu- 
bulures latérales, semblables a ceux qui servent à l'analyse organique. Dans 
le premier, on introduit de la potasse en pastille; dans le second, de la 
ponce sulfurique; dans le troisième, 2 5 à ho grammes d'acide iodique 
anhydre; on ferme à la lampe les deux brandies de ce dernier pour éviter 
l'introduction de matières organiques. A la suite du troisième, on place un 
tube de Will contenant 5 centimètres cubes de lessive de soude pure, d'une 
densité de î .2 que l'on additionne de 5 centimètres cubes d'eau distillée. 
Enfin une aspiration réglée à raison de 1 centimètres cubes par minute 
et produite par un vase de Mariotte pourra faire circuler les gaz dans le 
sens du premier tube vers le tube de Will. 

Le tube en U contenant l'acide iodique est introduit dans un verre cylin- 
drique de Bohême rempli d'huile. 

Le gaz à analyser (t litre suffira pour le dosage si la quantité de CO est 
égale ou supérieure à 1/20,000) est contenu dans un petit sac de caoutchouc 
où un aspirateur gradué circule dans les deux premiers tubes contenant 
potasse et ponce; dans le premier, il se débarrasse de CO 2 , de H 2 S, de SO"; 
H 2 S et SO 2 donneraient la même réaction que l'oxyde de carbone si , étant 
contenus dans l'air à analyser, ils n'étaient pas retenus; dans le second, 
il se débarrasse de la petite quantité d'eau qu'il pouvait retenir. Le gaz 
arrive ensuite au contact de l'acide iodique anhydre maintenu à i5o° au 
moyen du bain d'huile; CO s'oxyde; la vapeur d'iode entraînée par le cou- 
rant gazeux est retenue par la solution alcaline du tube de Will. 

Le gaz ayant entièrement circulé, on en chassera les dernières traces de 
l'appareil en faisant une aspiration d'air atmosphérique. 

Le dosage s'effectue comme l'a indiqué Rabourdin. 

On introduit dans une éprouvette de 100 centimètres cubes, bouchée à 
l'émeri, le liquide contenant l'iode; on amène, après lavage le volume à 
5o centimètres cubes; on ajoute quelques centimètres cubes d'acide sulfu- 
rique, de manière à rendre la solution franchement acide, 5 centimètres 
cubes de chloroforme (l) , quelques centigrammes d'azotite de soude; on 
agite fortement; l'iode mis en liberté se dissout dans le chloroforme en 
lui communiquant une teinte rose. On compare cette teinte avec celle ob- 
tenue en répétant la mêmr> réaction dans les mêmes conditions dans une 
seconde éprouvette de même volume et de même diamètre (4o centimètres 
cubes d'eau distillée, 5 centimètres cubes de soude pure, acide sulfurique, 
5 centimètres cubes de chloroforme, quelques centimètres cubes d'azotite 

W Le sulfure de carbone pur remplit le même but et la réaction est même un 
peu plus sensible. 



— 117 — 

de soude), mais en ajoutant une quantité connue d'iodure de potassium 
au moyen d'une burette contenant une solution à o milligr. i d'iodure 
de potassium par centimètre cube; on ajoute de l'iodure de potassium 
jusqu'à ce que l'on ait l'égalité des teintes qui s'obtient d'ailleurs, après 
quelques tâtonnements, avec la précision énoncée précédemment. 

Si les teintes sont trop intenses (teinte obtenue avec o milligr. 6 d'iode, 
par exemple), on diluera avec un volume connu de chloroforme. 

L'égalité une fois obtenue, on en conclut qu'il y a dans le liquide à doser 
une quantité d'iode égale à celle indiquée par la burette. Connaissant la 
quantité d'iode, on connaîtra la quantité de GO correspondant d'après la 

réaction 5 GO + 2 L0 3 H = H 2 + 5 GO 2 + l 2 

qui montre que 70 de GO donnent 127 d'iode. 

Le volume h et à 7 Go sera obtenu en divisant le poids de CO par 
1,254. 

Pour vérifier l'exactitude de cette méthode, j'ai fait toute une série de 
dosages d'oxyde de carbone dans de l'air n'en renfermant que de 1/1,000 à 
i/5o,ooo. J'ai toujours retrouvé la quantité d'iode théorique, aux erreurs 
d'expérience près; 2 lit. 5 à 3 litres suffisent pour le mélange à 1/00,000. 

Voici le tableau des résultats : 



QUANTITÉ DE CO EN VOLUME. 


POIDS DE CO 
a 

Li TEMPÉRtTl'RB 

et 
à la pression 

de 
l'expérience. 


QUANTITÉ D'IODE 


THKomnuE. 


TH0LVÉE. 

1 = k[ x 0,76a. 


cm 3 

8.5 W de gaz à 1 p. 1 00 de CO pur. 

9-9 <* — » 
i&o5« — 1 — — 

io.o5 (4) — 1 — — 

/..S' 5 ) — 1 — — 
5,4 « — 1 — — 


milligr. 
1 .010 
o.ia3 
0.1 60 
0.1 22 
0.060 
0.0670 


milligr. 
1.8lO 
0.29.3 
O.29O 
0.29 1 
O.IO9 
0.1 9.3 


milligr. 
1.770 

o.2.3o 

0.998 

0.2 \k 

0.1 1 h 

0.199 


1 1 ) Ces 8 cm 3 5 ont été dilués dans 85o cm 3 d'air ( mélange à 1/1,000). 

1 2 ) Ces 9 cm 3 ont été dilués dans 5oo cm 3 d'air (mélange à i/5,ooo). 
( 3 ) Ces i3 cm 3 o5 ont été dilués dans 970 cm' d'air (mélange à 1/7,600). 
C'i Ces iocm 3 o5 ont été dilués dans 1 litre d'air (mélange à 1/10,000). 
I 5 ) Ces 4 cm 3 8 ont été dilués dans 960 cm 3 d'air (mélange à 1/20,000). 

I B i Ces 5 cm 3 L ont été dilués dans a litres 700 d'air (mélange à i/5o,ooo). 



Comme on le voit, les erreurs influent à peine le chiffre des centièmes 
de milligramme d'iode lorsque les déterminations portent sur i à 2 dixièmes 



— 118 — 
de milligramme d'iode. L'erreur relative maximum sera donc de 10 

p. 1 00. 

Même avec cette erreur maximum qui est en somme peu considérable, 
le procède est ;i même d'avoir quelques applications, grâce à sa simplicité' el 

;i sa rapidité, les quantités de gai à faire circuler étant relativement petites 
^t litre environ, •> à il litres au maximum.) 

Remarque*. — i° H est nécessaire de faire marcher l'appareil à blanc 
plusieurs heures, à cause des traces de matières organiques qui peuvent 
avoir été entraînées dans L'acide iodique an moment du montage de l'appa- 
reil et qui, par leur oxydation, donnent de l'iode libre; 

a" Je me suis assuré que 9 à •"> litres d'air atmosphérique n'ont pas 
donne trace d'iode en le faisant circuler dans l'appareil. 

Conclusions. — Gomme on le voit par la méthode qui vient d'être dé- 
crite, il est facile de doser avec une précision relativement grande l'oxyde 
de carbone contenu dans l'air dans des proportions variant de l/l,000 à 

1 ôo.ooo. 

Pourtant, il est une critique qui peut être laite, à savoir, que l'acide 
iodique peut être re.lint par des vapeurs organiques pouvant être contenues 
dans l'air. 

Cette méthode sera alors complétée (dans le cas naturellement OÙ la re- 
cherche de l'oxyde de carbone dans une atmosphère donnée aurait donné 
un résultai positif) parla recherche decegas, par la méthode de M. le pro- 
fesseur Gréhant, méthode qui s'appuie sur la réaction très spéciale de 

l'oxyde de carbone sur l'hémoglobine. 



SUM OH PHOSPHATE /»Y/:ivi CBISTALUSl . 

par M. L. Bourgeois. 

Un phosphate diuranique hydraté P0'(UO*)H + ftH*0 (nous prenons 
U = , 2 ' lo> |e radical oranyle UO 1 est alors bivalent) a été obtenu, il y I 
une cinquantaine d'années, par Werther ' dans l'action de l'acide phos- 
phorique ou du phosphate de sodium sur une solution d'acétate d'urane, 
sous forme d'un précipité microcristallin jaune. Dans ce même mémoire, 
entre autres questions traitées, Werther décrit en outre l'arséniate d urano 
correspondant obtenu dans des circonstances analogues, publie des analyses 
des minéraux nranite et chaleotite el t'ait remarquer l'analogie frappante 
existant entre la formule de ces derniers minéraux el celle du phosphate 
simple d'urane donnée plus haut. 11 sullil en effet, dans celle-ci, de rera- 



i 



Journal fHrpraktùehê Ckemit, i8fi8, t. M. 111, p. »>»■ 



— 119 — 

placer i atome (Tbydrogièae pur um j quantité équivalente de calcium ou de 
enivre, pour retond» - doublement des formée*, mu les pipreiaioni 

mêmes de l'urauiie et 4e la chalcol ■ leur eau de cristallisation 

(poy,i.ov<,a + SffO (ro'^d'O^ycu -f «u o. 

Luranite et la chalcolile sont donc respeelivemenf les selscalcique etcui- 
yrioue 'Ju phosphate dinranâtjue envisagé eoname aeàde roonobasique. Wer- 
ther luit connaître a ce propos une curieuse expérience : ayant fait bouillir 
Longtemps <Ju phosphate diurankfue cristallisé avec une solution d acétate 
basique de cuivre, il a vu le sel se colorer en vert: après lavage à l'eau el 
à l'acide acétique, le sel a prit la composition exacte de la chalcol 

M. H. Debray ' , dans as thèse sur la production d'un grand nombre dV 
phosphates et araéuiales cristallisés, a fait \ uir <jue la chalcolite s'engendre 
aisément en petite* paillettes carrées, toutes les lois que 1 on mélang'e des 
solutions .ifides d'azotate duraue et de phosphate cuivrique et, de plus, 
que ce tel est 1res (fable à chaud, rneme en présence àfiu I eau ou 

dune solution «l'azotate durant. Lee choses se passent tout autrement, si 
l'on substitue, dans la préparation précédente de- sels de calcium aux sels 
de cuivre. J| ne se lait jamais duranite: à froid, M. Debray a recueilli, 
dans certaines circonstances, un phosphate aranieo-eakiaue de composition 
afférente PO UO /..-H -f «8*0, le coefficient a variant de 8 à h sui- 
vant que la température de la réaction varie entre So et s5o*. Si les liqueurs 
renferment un excès d'azotate duraue, un obtient un sel formé, comme le 
précèdent, de croûtes jaunes microcrislallines, mais ne renfermant plus de 
calcium : c'est un phosphate diuranique simple, plus ou moins hydraté. 
En particulier, sj h réaction s'effectue a oo-OV, il présente la composition 
exprimée par la formule PO*(CO*)H -f- iH*0; ce sel est précisément celui 
de Werther, et t'est lui-même qui va nous oecufM 

Plus récemment, M. GLWinUer^, ayant découvert dans un gisement 
de Saxe l'uranospinite et la zeunérite, c'est-à-dire les arséniates correspon- 
dant respectivement a 1 uranile et a la chalcolile. les a vus 1 un et l'autre 
^engendrer, MUS loi me de petites paillettes carrées, par simple mélange 
d'une solution d azotate d urane avec des solutions d arséniates de calcium 
ou de cuivre renfermant un excès d'acide anémone. Jl y a lieu de noter 
que, contrairement à ce qu'avait observé Debray pour les phosphates , le 
sel de calcium prend naissance aussi aisément que le sel de enivre. 

Il n'est pas impossible que la nature ait mis en oeuvre, dans la gei 
des minéraux de la famille de luranite (voir leur lisle plus loin), des pro- 
cédés assez roistns de ceux qui ont été employés dans les synthèses de 
MM. Debray et Winklcr: ainsi l'on peut concevoir que des eaux chargées 

h<«nlc* </<- Ckimit et du Pifftûme, i8Ci, 'V série, t. LXJ. p. 6 60. 

J'iuriml /m //ruktiiicti* (Jifmie , iH^3, t. (A\, p. 0. 



— 120 — 

d'acide sulfurique, par suite d'oxydation de minéraux pyriteux ayant coulé 
d'une part sur des masses de prechblende, d'autre part sur des cristaux 
d'apatite ou de phosphates de cuivre, pourraient donner naissance à une 
lente cristallisation d'uranite, de chalcolite, etc. Le succès de M. Winkler, 
en ce qui concerne l'uranospinite, ou arséniate urano-calcique, m'avait 
engagé, même en présence de la non-réussite de M. Debray, à poursuivre 
quelques essais en vue de la reproduction de l'uranile. J'ai hâte de dire 
qu'ils ne m'ont pas davantage conduit, jusqu'à présent, au résultat cherché. 
Toutes les fois que j'ai mis en présence des solutions d'azotate d'urane et 
de phosphate de calcium ou autres métaux (le cuivre excepté), en présence 
d'un acide minéral , j'ai toujours vu se déposer un précipité jaune constitué 
par de très petites tables carrées ; ce précipité est le phosphate diurauique 
de Werther et ne renferme pas d'autre métal que l'uranium. Cependant, 
avec le cuivre, les choses se passent autrement : le précipité est vert, tout 
en offrant les mêmes apparences microscopiques que le précédent; il est 
formé de chalcolite. Mais il faut, pour qu'il en soit ainsi, que la liqueur ne 
soit pas trop acide, auquel cas tout le cuivre demeure en solution et l'on 
retombe sur le précipité jaune habituel du phosphate uranique cristallisé. 
Je me suis assuré de l'absence de calcium ou autres métaux dans les dépôts 
(bien pulvérisés et lavés), en procédant ainsi que l'avait fait M. Debray : 
dissoudre le sel dans l'acide azotique, précipiter par l'acétate d'ammonium 
la liqueur étendue , filtrer pour séparer le phosphate d'urane, et ajouter à la 
liqueur liltrée un réactif, tel que l'acétate d'ammonium. 

Ceci posé, j'ai observé sur le phosphate diuraniquc une propriété inté- 
ressante et non signalée, qui l'éloigné de la plupart des phosphates inso- 
lubles et le rapproche au contraire d'autres sels , tels que l'oxalale de calcium , 
le sulfate de plomb, etc. Il prend naissance en effet et se dépose dans des 
liqueurs qui peuvent être assez follement acides. De plus, de telles liqueurs 
le dissolvent plus abondamment à chaud qu'à froid, par suite de la décom- 
position du sel, et, en raison du phénomène inverse, abandonnée à un lent 
refroidissement, la solution dépose des croûtes ou grains cristallins de 
phosphate d'urane identique avec le sel primitif. Par exemple, on dissout 
dans l'eau 5 grammes de phosphate monoammonique et 18 grammes d'a- 
zotate d'urane cristallisé; le précipité microcrislallin est lavé par décanta- 
tion, puis mis en suspension dans 5oo grammes d'eau, qu'on chauffe pro- 
gressivement jusqu'à l'ébullition, en ajoutant par petites portions de l'acide 
chlorhydrique jusqu'à disparition presque totale du précipité. La liqueur 
étant filtrée chaude dépose au bout de quelques jours le phosphate d'urane 
sous forme de croûtes jaunes; la présence de sels de calcium ou autres accé- 
lère beaucoup la cristallisation , sans augmenter notablement les dimensions 
des cristaux. A la loupe ou au microscope, on constate que la matière est 
entièrement cristallisée et constituée par des lamelles carrées, rarement 
octogonales, atteignant jusqu'à o millim. 5 de côté, souvent empilées irré- 



— 121 — 

gulièremcnl les unes sur les autres. La densité de ce produit est 3.o3. Sou- 
mis à la calcînation, le produit perd 18.2 p. 100 d'eau, ce qui s'accorde 
bien avec les formules de Werther et de Debray données plus haut. Enfin 
les observations suivantes vont nous permettre de déterminer la forme cris- 
talline du sel et de la comparer avec celle de l'uranite : ce sera l'objet prin- 
cipal de la présente communication. 

Il y a cinq années, clans l'espoir d'obtenir de l'uranite, j'avais fait eu 
petit la préparation qui vient d'être indiquée, avec addition de chlorure 
de calcium: avant ajouté une quantité suffisante d'acide chlorhydrique pour 
que le précipité pût se redissoudre h chaud, j'avais filtré la liqueur et re- 
cueilli celle-ci dans un tube à essai qui fut depuis cette époque oublié, sans 
être bouché, dans un coin du laboratoire, et que je n'ai retrouvé qu'il y a 
quelques semaines. La solution s'était assez notablement concentrée; par 
suite d'évaporalion spontanée, elle était devenue d'un jaune vif et, au fond 
du tube, apparaissait la petite géode de cristaux que j'ai l'honneur de vous 
présenter. C'est un groupe de tables carrées transparentes, d'un très beau 
jaune, englobant malheureusement quelques poussières; un petit nombre 
atteignent 2 à 3 millimètres de côté. Evidemment, ces cristaux se sont très 
lentement formés aux dépens des cristaux microscopiques déposés tout 
d'abord; les plus gros échantillons ont dévoré les plus petits, à la faveur 
des fluctuations incessantes de la température ambiante, suivant le processus 
bien connu signalé par H. Sainte-Claire-Deville et Debray (1) . Il y a lieu 
d'être frappé de la ressemblance de ces cristaux avec l'uranite naturelle , à 
tel point que j'ai cru tout d'abord être en présence de ce minéral. Mais les 
considérations exposées plus haut nous fixent nettement sur la nature du 
produit : c'est bien le phosphate d'urane PO'(U0 2 )H -f- liWO. 

En lumière polarisée parallèle ou convergente, ces tables montrent une 
double réfraction uniaxe négative; je n'ai pu observer de dislocation sensible 
de la croix noire, aussi j'admets que les cristaux sont quadratiques. Ils se 
prêtent assez bien à des mesures goniom étriqués , et encore, pour ne pas 
détériorer l'échantillon , je n'ai pas détaché les plus gros cristaux. Les faces 
observées sont la base p (001) prédominante, un prisme, que nous ap- 
pellerons m (110), et plusieurs octaèdres sur les arêtes. Le plus développé 
a été choisi pour octaèdre primitif è l/j (1 1 1) et l'on a encore mesuré i 9 s et 
b' 3 (1.1. 3o). Les angles des normales sont les suivants, moyennes de 

nombreuses mesures : 

p b>> = 67 45' 

j,K 4 = a8°3o' 
pb^ = h° 3q' 
D'où Ton déduit 

a : c = 1 : 1,728/i. 

M Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1866 , t. LIX, p. ho et kh. 



— 122 — 

Il est intéressant de mettre ces mesures en regard de celles qui con- 
cernent les minéraux de la famille de i'uranite : 

Uranite ou autunite.. . . (PO 4 )* (UO 2 ) 2 Ci + 8H 2 

Orthorhomliique. . {",' , , 
1 | pe l =70° 4i' 

Uranocircite ( PO 4 ) 2 ( UO 2 f Ba + 8H » < I 

Orthorhomhique. . ? 

Chalcolile ou torbérite.. (PO 4 ) 2 ( UO 2 ) 2 Cu + 8H 2 

Quadratique pb'/ 2 = 71° a4' 

Uranospinile ( AsO 4 f ( UO 2 f Cu + 8H 2 

Quadratique pb 1 / 1 = 71 3i' 

Zeunérite (AsO 4 ) 2 (UO 2 ) 2 Ci + 8H 2 

Quadratique pb 1 / 2 = 7 1° 3i' 

Phosphate d'urane PO* (UO 1 ) H + ftff 

Quadratique pW' = 67 ^i5' 

Celle comparaison montre que le phosphate diuranylique, tout en offrant 
incontestablement , au point de vue chimique et crislallographique , un certain 
air de famille avec I'uranite et ses congénères, s'en écarte trop par la valeur 
des angles de ses laces pour qu'on puisse y voir un véritable isomorphisme. 
Du reste, on ne connaît guère d'exemples d'isoinorphisme bien constaté entre 
un acide (surtout un acide monobasique) et ses propres sels de calcium, etc. 

J'ai mis en train des expériences de cristallisation spontanée de phos- 
phate diuranique au sein de solutions acidulées, effectuées sur quelques 
grammes de substance. Si ces cristallisations marchent comme je le désire, 
je serai heureux, dans quelques années, de faire part à la Réunion des ré- 
sultats obtenus et de compléter ou rectifier certains points de cette note. 

L'arséniate d'urane, AsO' 1 (U0 S ) H + h H s 0, décrit par Werther, s'ob- 
tiendra sans doute de même en cristaux mesurables. J'ai déjà constaté sur 
des cristaux microscopiques qu'il est bien plus biréfringent que le phos- 
phate; il présente de plus des anomalies optiques dues à de nombreuses 
lamelles hémitropes indiquant qu'il n'est pas vraiment quadratique. Ces 
lamelles se traduisent intérieurement par de fines stries sur les bases, 
tracées parallèlement aux côtés de celles-ci. A part cela, l'aspect des cristaux 
est le même que celui du phosphate. J'espère aussi pouvoir compléter ces 
indications. 

Je terminerai en disant que des expériences dirigées autrement dans des 
conditions de température, d'acidité ou de concentration différentes per- 
mettront peut-être de reproduire l'uranite; il n'y a pas lieu de désespérer 
d'atteindre ce résultat. M. Winkler a, en effet, réussi la préparation de l'arsé- 
niate. correspondant. L'influence des conditions d'acidité sur le succès de 
ces expériences est évidente, et je rappellerai que, dans un essai relaté 



— 123 — 

plus haut, j'ai vu la ehalcolile cesser de s'engendrer en liqueur trop acide 
pour faire place au phosphate d'urane, ce qui est la réaction inverse de celle 
deWiukler (voir au commencement du mémoire). 



Acrios de la Fleur do vis sur la Sorbite, 
par M. Gabriel Bertrand. 

On sait que le sucre connu maintenant sous le nom de sorbose avait 
été découvert par Pelouze dans des circonstances si obscures qu'on n'avait 
pu, depuis, en réaliser la préparation que très rarement et tout à fait par 
hasard. 

En soumettant cette singulière question à un examen méthodique, j'ai 
reconnu que le sorbose ne préexiste pas dans le jus de Sorbier, mais qu'il y 
prend naissance quand un Microbe spécial, généralement apporté par la 
Mouche des vinaigreries, se développe sur ce jus, laissé au contact de l'air. 
Le microbe fixe alors l'oxygène sur la sorbite et la transforme en sorbose. 
Si, le plus souvent, on n'obtient pas ce dernier, c'est que des Cryptogames 
divers envahissent le jus de Sorbes et l' épuisent de ses substances dissoutes. 
Parmi ces Cryptogames, j'ai signalé le Saccharomyces vini w ou fleur du vin, 
qui se développe presque toujours après la fermentation alcoolique , puis 
des moisissures diverses, principalement PenicîUum glaucum. C'est en éli- 
minant tous ces Parasites et en cultivant, à l'étal pur, la Bactérie oxydante, 
qu'on peut obtenir maintenant la transformation régulière de la sorbite en 
sorbose avec des rendements de 80 p. 100 (2) . 

Depuis la publication de ces résultats , vérifiés en Allemagne par Tolleus , 
M. Matrot a cru reconnaître que la transformation de la sorbite en sorbose 
pouvait aussi s'effectuer sous l'influence d'une mycolevûre qu'il croit même 
plus active que les Bactéries employées jusqu'ici m . Or cette mycolevûre, 
examinée par M. Bourquelol, ne serait autre que la fleur du vin, micro- 
organisme que j'ai précisément placé parmi ceux qui vivent sur le jus de 
Sorbes sans donner de sorbose. En présence d'une telle contradiction , il 
m'a paru nécessaire de revenir avec quelques détails sur un fait que 
j'avais seulement avancé. 

Quand on ensemence de la fleur du vin , absolument exempte d'autres 
microorganismes, sur un liquide nutritif contenant de la sorbite, celle-ci 
est détruite peu à peu, en donnant de l'eau et du gaz carbonique, mais 



(l > Syu. : Sacch. Mijcoderma liées; My coder ma cerevisiœ et vini Desmazière. 
(i) G. Bertrand. Bulletin, du Muséum, 1896, p. 11 3. 

' 3 ' A. Matrot, Sur la transformation de la sorbite en sorbose par Is Mijcoderma 
vini. (G. R., t. CXXV, p. 87/1; 1897.) 



— \U — 

sans qu'on puisse constater, à aucun moment, la présence de sorbose dans 
le liquide. 

C'est là un résultat que j'ai eu, pendant plusieurs années, l'occasion de 
constater dans un nombre considérable d'expériences où les conditions 
étaient cependant aussi variées que possible. 

Ainsi, j'ai employé de la fleur de vin de plusieurs origines; au début, je 
prenais celle qui se développait spontanément sur le suc de Sorbier; plus 
tard, j'en ai recueilli sur du vin, du suc de plusieurs fruits. J'ai varié aussi 
les conditions de culture en faisant végéter le Cryptogame à diverses tem- 
pératures, soit en présence d'un grand excès d'oxygène, soit, au contraire, 
en diminuant beaucoup l'excès de celui-ci; les résultats n'ont jamais changé 
quant à la non-production du sorbose. 

Enfin, j'ai opéré avec du suc provenant de trois espèces différentes de 
de Sorbes, recueillies à des états de maturation très divers et dans plusieurs 
localités; j'ai utilisé aussi du suc de Cerises, du vin blanc ou rouge, de la 
décoction de levure ou du bouillon à la peplone, additionnés de sorbite. 
Dans aucun cas, la fleur du vin n'a donné trace de sorbose, tandis que la 
Bactérie que j'ai signalée produisait rapidement ce sucre. 

Bien mieux, quand on opérait sur du jus de Sorbe, dont le pouvoir ré- 
ducteur après la fermentation alcoolique correspond encore à quelques 
grammes de glucose par litre (l) , on constatait toujours la disparition par- 
tielle de celui-ci, en même temps que d'autres substances, par l'action de 
la fleur du vin. 

D'après toutes ces observations , il semble bien difficile d'attribuer les ré- 
sultats avancés par M. Malrot soit à une condition expérimentale encore à 
définir, soit à une race particulière de fleur de vin. Cet auteur déclare, en 
effet, s'être servi de mycoderme récolté indifféremment sur du jus de Sorbes 
ou du vin et avoir obtenu du sorbose dans de nombreuses expériences, rrquel 
qu'ait été le ferment employé dans l'oxydation ». On comprendrait mal que 
tous ces ferments, dont l'origine est d'ailleurs banale, appartinssent préci- 
sément à une seule race, différente du type unique que j'ai rencontré dans 
toutes mes expériences. 

Au contraire, si on remarque que M. Ma trot recommande de faire les 
cultures dans de simples cuvettes, exposées par conséquent à l'air dans l'é- 
luve, on s'étonnera moins que des Bactéries oxydantes aient pu se propager 
de cuvette en cuvette, par l'intermédiaire des Mouches ou autrement, et 
ajouter ainsi leur action propre à celle de la fleur de vin. Cette explication 
me paraît d'autant plus vraisemblable que j'ai rencontré moi-même assez 
souvent de telles associations spontanées au début de mes recherches, et je 
puis déclarer, à l'excuse de mon contradicteur, qu'elles ne sont pas toujours 
lacilcs à reconnaître. 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N° 3. 



27 B RÉUNION DES NATURALISTES DU MUSÉUM. 

29 MARS 1898. 



PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Président dépose sur le bureau le deuxième fascicule du 
Bulletin pour Tannée 1898, paru le 28 mars, et contenant les com- 
munications faites dans la re'union du i ei ' mars. 

Par arrêté en date du 10 mars 1898, M. Philippe (Louis) a été 
nommé préparateur de la chaire de Physiologie végétale du Muséum 
d'histoire naturelle, en remplacement de M. Demoussy, nommé 
précédemment assistant de la chaire. 

Le Directeur annonce que le cours destiné aux voyageurs com- 
mencera le jeudi 21 avril, à 10 heures du matin, dans l'amphi- 
théâtre de la galerie de Zoologie. Le programme en est ainsi fixé : 

ai avril. Leçon d'ouverture M. Milhb Edwards. 

g3 — L'homme dans ses rapports zoologiqucs . . M. Hamy. 

a 6 — L'homme dans ses travaux et son industrie. M. Verneau. 

28 — Mammifères M. E. Oustalet. 

3o — Oiseaux M. E. Oustalet. 

3 mai. Reptiles et Poissons M. L. Vaillant. 

5 — Mollusques M. de Rochebrune. 

rj _ Vers et Zooplujtes M. E. Perrier. 

10 — Crustacés, Arachnides, Myriapodes. .. . M. Bouvier. 



Muséum. — îv. 9 



— 126 — 

1 2 mai. Insectes M. Ch. Brongniart. 

i h — Anatomie comparée M. H. Filhol. 

17 — Plantes phanérogames M. E. Bureau. 

21 — Plantes cryptogames M. Morot. 

2& — Plantes vivantes M. Bois. 

96 — Géologie M. St. Meunier. 

28 — Minéralogie M. Lacroix. 

3l — Paléontologie M. Boule. 

2 juin. Hygiène des voyageurs M. Gréhant. 

h — Météorologie M. H. Becquerel. 

7 — Détermination du point en voyage. Notions 

sommaires de géodésie et de topographie. M. Bigourdan. 

9 — Des divers inodes d'impression des clichés 

photographiques M. Davanne. 

11 — La photographie dans la construction des 

cartes et plans M. le command 1 Javary. 

Dans des Conférences pratiques faites dans les laboratoires ou sur 
le terrain, les auditeurs seront initie's à la récolte ou à la préparation 
des collections, aux relevés photographiques, à la détermination 
du point en voyage et à des notions sommaires de Géodésie et de 
Topographie. 

L'exposition des collections recueillies dans l'Asie centrale par la 
mission Chaiïanjon est restée ouverte du 29 juillet 1897 au 
1" mars 1898. Elle a été visitée par plus de 5o,ooo personnes. 

Les collections d'ethnographie et d'histoire naturelles faites en 
Palagonie par M. le comte Henry de La Vaulx seront exposées dans 
les mêmes galeries de Zoologie à partir du i5 avril. 



CORRESPONDANCE. 

M. Bastahd écrit de Nossy-Bé qu'après avoir fait des fouilles 
paléontologiques à Antsirabé, il a été pris par les fièvres et qu'il 
rentre en France. Il a pu capturer plusieurs petits Mammifères qui 
lui étaient inconnus. 

M. le D r Miqtjel annonce qu'il est désigné pour servir à la Guyane. 
Il prie les professeurs du Muséum de lui donner leurs instructions 
pour recueillir des collections. 



— 127 — 

M. Vitta, sur le point de partir pour les Indes anglaises, Java, 
Bornéo et Sumatra, se met à la disposition des professeurs du Mu- 
se'um. 



M. le professeur L. Vaillant donne les extraits suivants d'une 
lettre, en date du 17 février 1898, qui lui a e'té écrite de La Paz 
(Basse-Californie) par M. Léon Diguet : 

Sur le Céphaloptère du golfe de Californie. 

Le Céphaloptère, à certaines époques, est très commun dans le golfe de 
Californie , mais il est difficile de se le procurer en bon état. La vitalité et 
la force de l'animal, le danger que présente sa capture, font que, pour 
arriver à s'en rendre maître, presque toujours on met l'animal en morceaux. 

L'exemplaire que j'ai envoyé au Muséum a été capturé à l'aide d'un 
bateau à vapeur et d'un canot. Lorsque le Céphaloptère fut harponné, il 
entraîna le canot par la corde à laquelle était attaché le harpon, puis, 
sentant de la résistance, revint en décrivant une courbe sur le canot, qu'il 
saisit avec ses appendices céphaliques à l'avant et l'étreignit à l'aide de 
ses ailes. A ce moment, le vapeur ayant rejoint le canot, on le harponna 
de nouveau, ce qui lui fit lâcher prise; on profita de ce moment pour le 
tuer à coups de lance. 

Habituellement, on n'opère pas ainsi : les pêcheurs, qui emploient la 
chair de Manta comme appât pour la pêche des Requins, n'ont pas à leur 
disposition un bateau à vapeur; la pêche se fait alors avec une canoa 
(canot creusé dans un tronc d'arbre). 

Pour cela , trois hommes au moins sont nécessaires : un se tient à l'ar- 
rière et manœuvre la pagaie, un autre tient le harpon et le troisième la 
lance, laquelle est amarrée à une corde, comme le harpon. 

Lorsque le Céphaloptère est frappé par le harpon , que la prise du fer 
est bien ferme dans les chairs, l'animal file horizontalement; le harponneur 
lui donne une certaine quantité de corde, puis amarre cette corde au canot; 
si, au lieu de fuir horizontalement, l'animal descend à pic, le rameur nage 
arrière de façon à avoir une certaine avance, afin que ses compagnons aient 
le temps de se préparer à l'attaque lorsque l'animal, éprouvant de la ré- 
sistance , reviendra sur l'embarcation. 

Après quelques efforts pour se débarrasser du harpon, le Céphaloptère 
revient, en effet, sur le canot; celui qui manie la lance frappe l'animal à 
un de ses appendices céphaliques; pendant ce temps, le harponneur, sans 
lâcher la corde du harpon , prend une autre lance et s'efforce d'atteindre 
l'articulation de la nageoire. Si les deux coups ont été bien portés, le Cépha- 

9- 



— 128 — 

loptère se trouve paralyse' dans ses moyens d'attaque, il ne peut plus 
étrcindre l'obstacle qui lui résiste, et se débat en faisant des bonds hors de 
l'eau ; on l'achève à coups de lance. 

Souvent, les premiers coups de lance n'ayant pas été aussi heureux, 
ranimai peut, en élreignant le canot, le faire chavirer ou frapper de ses 
nageoires les pêcheurs; dans ce cas, le rameur a le rôle principal ; avec sa 
pagaie, il contrebalance les efforts du Géphaloplère, pendant que les deux 
autres compagnons, accroupis dans l'intérieur de la canoa afin d'éviter les 
coups de nageoires, s'efforcent de faire lâcher prise à l'animal en se servan 
des lances. 

Le Céphaloptère se rencontre dans le golfe principalement de mars à 
juillet, époque des calmes qui ont lieu entre la mousson d'hiver N. 0. et la 
mousson d'été S. E. ; il nage à la surface da l'eau en décrivant de grands 
cercles et sautant parfois hors de l'eau. 

Il doit faire sa nourriture des petits Crustacés et des animaux pélagiques 
qui , à ce moment de l'année , forment souvent une nappe épaisse à la surface 
des eaux. 

Je n'ai rencontré dans le tube digestif qu'un liquide, que je n'ai pas eu 
e temps d'examiner attentivement; les pêcheurs m'ont affirmé n'avoir jamais 
rien rencontré dans l'estomac. 

Le Céphaloptère est très redouté à cause des coups qu'il peut porter; 
lorsqu'il rencontre dans sa course un obstacle, il commence par l'étreindre 
avec ses appendices; si le corps est Boitant, il l'entraîne au fond; s'il est 
fixe, comme, par exemple, les pieux d'une jetée, il s'y maintient pendant 
quelque temps avec ses appendices , puis s'enfuit. 

Le Céphaloptère se sert de ses appendices comme organes préhenseurs 
et peut-être comme organes du toucher; souvent, le malin, au lever du 
soleil, on le trouve suspendu aux câbles submergés. Les pêcheurs de perles, 
au moment des grands calmes, ont toujours soin d'ancrer pendant la nuit 
leurs petits bateaux avre deux ancres, car il se pourrait que leur frêle em- 
barcation lut remorquée et entraînée au loin par une Manta qui se serait 
fixée au câble de l'ancre. 

Le sens de la vue me parait être peu développé chez ce Poisson , non seu- 
lement à cause de la position et de la conformation anatomique des yeux, 
mais en raison de la facilité avec laquelle on peut s'approcher du monstre , 
si l'on est sur une embarcation ne faisant pas de bruit, comme, par exemple , 
la canoa. 

Le Céphaloptère est un animal plutôt timide, heurtant ce qu'il rencontre 
sur sa roule, et non agressif, comme, par exemple, le Requin-Marteau. 
Seulement ses coups sont plus terribles que ceux de ce dernier; on cite de 
nombreux cas de plongeurs et de baigneurs qui ont été tués par la Mania, 
tandis que, pour le Requin-Marteau, les blessés en ont souvent clé quittes 
pour quelques côtes enfoncées. 



— 129 — 

Blessé, il ne revient pas, comme quelquefois es Requin, sur celui qui 
l'attaque , si ce n'est lorsqu'il se trouve retenu par la corde du harpon , 
comme je l'ai dit plus haut. 

M. D. Prain, superintendant du Jardin botanique de Sibpur, 
près de Calcutta, a envoyé aux galeries de Botanique 572 espèces 
dOrchidées du Sikkim et 563 autres plantes de l'Inde; en tout 
11 35 espèces. Le Jardin botanique de Calcutta avait déjà fait au 
Muséum plusieurs envois très importants. 



M. Oustalet annonce qu'il vient d'avoir l'honneur d'être chargé 
par M me Vignes de remettre au Muséum une collection d'Insectes, 
de Mollusques, de fruits et d'autres objets d'histoire naturelle que 
feu l'amiral Vignes avait recueillis, soit dans le cours de ses voyages 
en Cochinchine et à la Nouvelle-Calédonie, soit durant ses séjours en 
France, sur les bords de l'Océan et de la Méditerranée. Cette collec- 
tion, que M me Vignes offre au Muséum, en souvenir de son mari, 
comprend une quarantaine de boîtes de Coléoptères et d'Hémiptères 
d'Europe, de Cochinchine, de Mayotte et du Brésil, quelques boîtes 
de coquilles d'F.urope, de l'Indo-Chine et de Madagascar, un panier 
rempli de coquilles marines des côtes de la Nouvelle-Calédonie, 
déterminées en partie par le P. Montrouzier, de fruits et de pro- 
duits végétaux, etc. 

M. Oistalet rappelle que l'amiral Vignes avait, de son vivant, 
déjà fait don au Muséum, dont il était correspondant, de divers 
spécimens, et qu'il avait, le premier, rapporté au Jardin des Plantes 
des Kagous (Rhinochetus jubalus) vivants W. 

(') Une nolice sur ces Oiseaux a été publiée dans le journal la Nature. 



130 



COMMUNICATIONS. 



Jean Brémant, jardinier du Jardin Royal (i6ja?-ijoa), 
par M. E.-T. Hamy. 

La veste blanche de Jean Brémant (I) , popularisée par les récits de Mar- 
tin Lister (2) , apparaît comme un point lumineux dans la demi-teinte où se 
dissimule le passé de notre vieux Jardin Royal. 

Brémant est le plus ancien connu de ces collaborateurs modestes, dé- 
voués, instruits, dont on devine plutôt qu'on ne saisit nettement le rôle 
un peu effacé, mais indispensable, auprès des Tournefort, des Vaillant, 
des Jussieu. 

Ce doyen des jardiniers du Jardin Royal apparaît dans les Comptes des 
bâtiments du Roy en septembre 1672 (,) . Il touche dès lors, pour ses gages 
et enlrctctiement du Jardin, une somme de 2,5oo livres f4) . 

On lui rembourse de temps en temps fies menues dépenses par luy 
faites»; qu'il ail rétabli «le treillage du petit jardin des Heurs» rrou acheté 
deux cents cloches de verre» rrpour les couches dud. Jardin». Enfin et 
surtout il reçoit dès 1688, pour des travaux d'un ordre plus élevé, des 
gratifications, dont le détail aide à comprendre l'importance de ses services. 

Le 6 juin 1888 {i) par exemple, il lui est alloué i5o livres «rpour avoir 
esté herboriser et rechercher des plantes pendant la présente année pour 
led. Jardin». Le i3 novembre 1689, la somme qui lui est accordée pour 
le même objet s'élève à l\oo livres'"'. Le i3 juillet 1692, on lui donne 
encore 122 livres 17 sols «pour les dépenses qu'il a faites à la recherche 

( " Jean Brémant, Brement ou Bramant, que Lister et G. Brice appellent 
Braman. 

(2) Cf. Voyage de Lister à Paris en m dc xcviii, trad. fr. Paris. Soc. des Bibl. 
i8 7 3, in-8°, p. 8, 16, 167, 168. 

(s) Ce qui ne veut pas dire qu'il ne fût pas déjà en fonctions les années précé- 
dentes. C'était, en effet, auparavant, Antoine Vallot, le surintendant, qui recevait, 
pu liloc, les 21,000 livres de Vent retenement i\u Jardin Boyal des Plantes. Le premier 
compte détaillé qui ait été conservé est justement celui de 167a. 

(4 ' Comptes des Bâtiments du roi sous te règne de Louis XIV, publiés par M. J. 
Guiffrey (Doc. inéd. sur l'Hist. de France), I. I, 1881, in-4°, col. 601, 687, 719, 
7/17, 818, etc 

M lbid. T. III, col. lai. 

< 6 > lbid. T. III, col. 3oa. 



— 131 — 

des plantes des environs de Paris pour garnir les écholes de démonstration 
dud. Jardin (1) t). 

En 1696, à ï entretien ordinaire est venu se joindre «l'entretien et cul- 
ture du petit jardin joignant les couches (2) ». Eu 1698, au moment où 
Germain Brice donne la troisième édition de sa Description de Paris, Bra- 
man (c'est ainsi qu'est écrit son nom) a trie soin particulier de la culture 
des simples » et tria direction» de tout ce qui dépend du Jardin. rrSes soins 
et son habileté ont été si loin , dit Germain Brice , qu'il est parvenu à ras- 
sembler jusqu'au nombre de 5,ooo plantes différentes des quatre parties du 
monde l3) .» 

Au commencement d'avril de cette même année , quand Lister le met en 
scène avec Tournefort, il a «fini de semer ses couches n et rfmis en terr 
deux mille espèces de graines -n. 

Lister est plein d'admiration pour ce « jardinier d'une grande intelligence 
et d'une grande activité -o et il s'écrie en s'adressant au lecteur au début de 
son curieux voyage : et Vous verrez sans peine à mes observations que je 
suis plus disposé à faire ma cour à la nature qu'aux puissances. J'avois plus 
de plaisir à voir Monsieur Braman bêcher en veste blanche dans le Jardin 
du Boi et y semer ses couches, que de voir Monsieur de Sainctot introduire 
un ambassadeur ; et j'avois plus de goût et d'aptitude à retenir le nom et 
la physionomie d'une centaine de plantes que celle de cinq ou six princes w i>. 

Brémant a continué à remplir sa fonction plusieurs années encore après 
le départ de Lister, aidé d'un apprenti/, nommé Louis Esmery, «qu'il a 
pris près de luy pour l'instruire à la cognoissance des plantes rares (5, t>. 

Entretien général du Jardin du Roy, entretien et culture particulière du 
petit Jardin des plantes rejoignant les couches n , autres soins extraordinaires 
non compris dans ces entretiens, tels que balayage et nettoyage rrde l'am- 
philhéâtre pendant le temps des démonstrations et du bas de la terrasse 
dans la rue le jour de la feste Dieu ( %, telles sont les occupations dont la 
comptabilité des bâtiments a conservé la trace. 

W Loc.cit.T. III, col. 730. 

» Ibid. T. IV, col. 54. 

(3 ^ G. Brice, Description nouvelle de ce qu'il y a de plus remarquable dans la 
ville de Paris. 

(4) Le satirique William King, auteur d'une parodie du voyage de Lister, pu- 
bliée sous le nom de Sorbière et dans laquelle Londres remplace Paris, a ainsi 
transformé ce passage : «J'avois bien plus de plaisir à voirie brave John Sharp de 
Hackney criant, en blouse blanche, les navels à un liard la hotte, que sir Charles 
Cotterel faisant faire place à un ambassadeur, el j'avois bien plus de goût et de fa- 
cilité pour me mettre dans la tète la physionomie d'une centaine de mauvaises 
herbes que celles de cinq ou six princes. 75 (Essai sur la vie du docteur Lister, 
Éd. cit., p. 8-9.) 

M Ibid. T. IV, col. 54, 488. 

f6 > Ibid. T. IV, col. 198, 6a5, 7A0. 



— 132 — 

En joignant à ses propres gages la gratification de Y apprenti/, il reçoit 
chaque année la somme de 2,800 livres. 

Il a encore touché les trois premiers quartiers de l'année 1702 (7 sep- 
tembre) (1) . Mais le dernier a été payé à son successeur, Pierre Saintard, un 
voiturier qui, depuis cinq années, fournissait les cent voyes de fumier » né- 
cessaires crpour couvrir les plantes et faire les couches au Jardin Roval (2) ». 

Pierre Saintard continuera, après cette nomination inespérée, à fournir 
trfumier, terreau et ouvriers de journées » en même temps qu'il entre- 
tiendra, aux mêmes gages que Jean Brémant, le jardin proprement dit et 
le rrpelit jardin des plantes rares ». Comme Brémant aussi, il aura un 
apprenti/, un peu mieux payé toutefois' 31 . 

Saintard est demeuré jardinier du Jardin Royal jusqu'à sa mort (i er jan- 
vier 1721). Nos archives possèdent son billet d'enterrement, dont je copie 
exactement la teneur (4) : 

Vous estes priez d'assister au Convoy , Sei-vice et 
Enterrement de Monsieur Pierre Saintard, 
Jardinier du Jardin Royal des Plantes, décédé 
audit Jardin Faux -bourg Saint -Victor , Qui se 
fera Jeudy a" Janvier mil sept cent vingt-un , 
dix heures du malin, en l'Eglise de S. Médard, 
sa Paroisse, où il sera inhumé. L"s Dames s'y trouveront, s'il leurplaist. 

Un De Profundis. 

W hoc. cit. T. IV, col. 858. 

(â) Son nom apparaît pour la première fois dans les Comptes des Bâtiments 
(T. IV, p. 10,3), à la date du 10 novembre 1697. 

Germain Brice a remplacé la notice sur Brémant par une aulre sur Saintard. On 
appréciera la différence des deux rédactions. «Saintard, dit-il, a soin de la culture 
des plantes et de tout ce qui en dépend , lequel conserve par son application ce 
prodigieux nombre de simples d'espèce et de nature différente, qui ne se trouve à 
présent que dans ce seul Jardin.» Quoique Saintard soit mort en 1721, cette note 
se retrouve dans les éditions de Brice de 1726 et même de 1762. 

(3) C'était peut-être le même Louis Esmery qui, devenu grand, gagnait ainsi 
koo livres au lieu de 200. 

(,) C'est le plus ancien document de ce genre, relatif au Jardin du Roi, que j'aie 
rencontré jusqu'à ce jour. Il vient de Danty d'Isnard (on lit au revers Rue du pavée 
St-Victor. Mr Disnard) et m'a été offert pour le Muséum par le prince Roland 
Bonaparte. 



— 133 — 

Dessins inédits de Cheloniens 
Tinés des manuscrits de Commebson , 

par M. Léon Vaillant. 

Dans une note publiée en 1896 Kl \ M. Ouslalet a fait connaître, d'après 
les dessins de Philibert Comnierson et les manuscrits de Desjardins, plu- 
sieurs Oiseaux de l'île Maurice, Oiseaux actuellement perdus, et a insisté sur 
l'importance de ces précieux documents pour compléter nos connaissances 
sur la faune de cette île. Parmi ces dessins s'en trouvent un certain nombre 
représentant quelques Reptili s ; M. Alphonse Milne Edwards a bien voulu 
me les remettre, et plusieurs d'entre eux offrent un véritable intérêt. 

Tous ont été exécutés par Jossigny ; ils ne contiennent pas moins de 
dix-sept figures, se rapportant toutes à des Ghéloniens. Les localités sont 
données à propos de chacune des espèces, sauf pour deux d'entre elles. 

De ces dernières, qui portent, de la main de Gommerson, l'indication 
communicata, l'une appartient très vraisemblablement à ces Tortues gi- 
gantesques d'Aldabra, du groupe du Testudo elephantina, Duméril et 
Bibron, mais c'est un individu excessivement jeune. Il est donné vu de côté 
et par-dessous; dans ce dernier croquis, on constate que l'artiste a hésité 
pour figurer les pattes postérieures rétractées ou sorties, ce qui prouve 
assez que l'étude était faite d'après le vivant; il s'est décidé pour la 
première manière, afin de copier, peut-on croire, plus exactement la na- 
ture. L'animal, de grandeur naturelle (sub magniludine naturali), mesure 
80 millimètres de long sur 61 millimètres de large et 5a millimètres de haut, 
en n'ayant égard qu'aux dimensions de la carapace. 

L'autre specics communicata est une Sternothère. La carapace vue par-dessus 
et par-dessousse trouve seu'e représentée adnaturœtypum évidemment d'après 
le sec; sa longueur est de i35 millimètres, la largeur de p,3 millimètres. 
Si la détermination générique ne laisse aucun doute, il est par contre plus 
difficile de préciser l'espèce, bien qu'on ne puisse guère hésiter qu'entre 
les Slernothœrus nigricans, Donndorf, et S. castaneus, Gray, Tortues d'ail- 
leurs assez voisines l'une de l'autre pour que des herpétologistes très au- 
torisés ne les croient pas spécifiquement distinctes. La contraction du 
plastron à la naissance du lobe postérieur peut porter à admettre qu'il 
s'agit plutôt de la première espèce, mais en l'absence de renseignements 
sur l'écaillure de la tête et sur la couleur de l'iris, la détermination ne 
peut être donnée sans réserves. Ces deux Sternothères ne sont pas rares à 
Madagascar. 

M E. Ouslalet, Note sur la faune ornithologique éteinte des îles Mascareignes , 
d'après des documents inédits. (Bull. Mus. d'Hist. Nat., 1896, T. II, p. 220-226, 
Séance du 3o juin.) 



— 13/i — 

C'est de cette localité que sont figurées deux autres espèces. L'une est 
désignée : «la Belle Tortue terrestre de Fort-Dauphin, prise d'un sujet de 
movenne grandeur »; au dos se lit, en tête d'une diagnose latine détaillée, 
le tout de la main el signé de Commerson : tria Belle Tortue Malgache » ; et 
au bas : « c'est une espèce terrestre. La figure permet de reconnaîlre faci- 
lement le Testudo radiata Sliavv; sa longueur étant de 2/10 millimètres à 
25o millimètres, on peut en conclure que le dessin est de grandeur natu- 




relle. Daudin, d'une pari, Duméril el Bibron, d'autre part, citent, d'après 
des manuscrits de Commerson , l'un la rrjolie Tortue terrestre de Madagas- 
car », les seconds un Testudo madngascariensis. Ces synonymies ne peuvent 
être empruntées au dessin dont il est question en ce moment, car la diagnose 



— 135 — 

latine, reproduite par le premier auteur, n'est pas conforme à celle placée 
ici au revers et dont il a été parlé plus haut. S'il eût vu au reste cette figure 
si exacte, il n'eût pas hésité, comme il le fait, à l'assimiler à sa Tortue coui. 
On ne trouve pas davantage le nom latin cité par les auteurs de l'Erpéto- 
logie générale. 




Fig. 2. 

L'autre dessin, sous la désignation de : * Petite Tortue de Terre du fort 
Dauphin (à Madagascar) » , représente <ren grandeur naturelle" un Pelome- 
dusa gaîeata Shoepff, long de 175 millimètres, large de i3o millimètres; 
les cinq ongles aux pattes postérieures, qui avaient engagé Duméril et Bibron 
à créer pour cette espèce le genre Pentonyx , sont très exactement figurés. 
Bien que ce Chélonien pleurodère soit placé dans les Elodites ou Tortues de 
marais, que la forme déprimée de leur carapace et jusqu'à un certain point 



— 136 — 

la conformation des doigts indiquent pour ces animaux des habitudes 
quelque peu aquatiques, les voyageurs, et il en est de même pour les Ster- 
nothères, s'accordent à dire qu'on les rencontre le plus souvent loin des 
cours d'eau; les termes employés par Commerson montrent qu'il avait 
déjà fait cette remarque. 

Les deux dernières Tortues représentées occupent, l'une deux, l'autre 
quatre planches; il est clair qu'elles ont paru à Commerson, la seconde 
surtout, et non sans cause, des plus dignes d'intérêt. La première est dé- 
nommée : (t Tortue de mer de Rodrigue, — dessin pris sur un sujet mé- 
diocre et d'après nature», en réunissant les suscriptions mises sur les deux 
planches où l'animal, en ebair, est vu de côté et par-dessous. C'est un 
Clielonia, que la présence d'un seul ongle aux pattes doit faire rapporter 
au Clielonia Mydas Linné, et son système de coloration à la variété virgata. 

Enfin les quatre autres planches sont consacrées à la ^Tortue de Terre 
de Rodrigue». Sur trois d'entre elles, in-folio, la bêle est vue de profil 
(lig. i), par-dessus (tîg. 2) et par-dessous (fig. 3). La dernière planche 
(fig. h), sur demi-feuille, est consacrée à des études anatomiques : tr Os 
de la Teste d'une Tortue de Terre (De Rodrigue). A, l'ensemble de la 
Teste; B, idem vu de face, sans la mâchoire inférieure; C, la mâchoire infé- 
rieure; D, E, pièces de corne qui chaussent ou revêtissent les mâchoires 
(D) supérieure et inférieure (E). Dans la fig. A, les deux mâchoires sont 
vues avec ce revêlissement et dans les fig. B et C sans j-celuy. » Ces détails 
d'ostéologie doivent être sans doute de grandeur naturelle; pour les autres 
dessins, la carapace y mesure 4 20 millimètres de long, 200 millimètres de 
haut, aho à 25o millimètres de large; l'indication «réduite de moitié», 
qu'elles portent, fait voir que l'individu était de grande taille, car sa lon- 
gueur réelle, 84 millimètres, se rapproche beaucoup de celle du spéci- 
men du Testudo Vosmacri Fitzinger, aujourd'hui dans les collections du 
Muséum, après avoir appartenu à celles des Genovéfains, et se trouve 
jusqu'ici le plus grand exemplaire connu 11 '. 

A quelle espèce rapporter cette Tortue? La question ne laisse pas que 
d'être embarrassante, d'autant que les éléments de comparaison se ré- 
duisent à quelques rares spécimens de l'île Rodriguez épars dans divers 
musées. 

Le plastron ( fig. 3 ) ne montre que dix plaques cornées , la onzième , l'in- 
tergulaire, ferait défaut. On sait qu'elle est considérée m comme caracté- 

W Léon Vaillant, 1893, Les Tortues éteintes de l'île Rodriguez, d'après les pièces 
conservées dans les galeries du Muséum. (Centenaire de la fondation du Muséum 
d'Histoire naturelle, p. 955-a88, 3 pi.) 

(2) D'après l'examen du plastron chez le Testudo Sumeirei Sauzier, M. Hans 
Gadow (Trans. Zool. Soc. London, t. XIII, p. 317) pense qu'il ne faut plus re- 
garder comme formelle la loi posée par M. Gùnther, à savoir, que les Tortues 
gigantesques des Mascareignes seraient caractérisées par la gulairo unique, jointe 



— 137 — 

rislique des Tortues géantes des Mascareignes ; mais, dans certains cas, 
celte plaque peut avoir de faibles dimensions et devenir peu apparente; il 
en est ainsi pour l'individu type du Testudo peltnsles Duméril et Bibron, 
dont la carapace est conservée au Muséum d'histoire naturelle. La plaque 
nuchale manque, caractère des Tortues de ces mêmes îles. Bien ne vient 
donc infirmer l'origine donnée par Gommerson. Mais l'individu peut-il être 
identifié au Testudo Vosmaeri Fitzinger, ou au Testudo peltastes Duméril 
et Bibron, seules espèces jusqu'ici connues de Bodriguez? 




ll^Jlijj i llfl ;,^ 

■*~Of~ --^BM'lt 1 ':' " ' I ' V*-"' » 







Fig. 3. 

Le profil de la dossière droite presque horizontal, non relevé en dos 
d'âne antérieurement, son contour peu rétréci, plus régulièrement ovalaire 
en avant, son limbe non retroussé au-dessus des membres postérieurs, la 
grande largeur proportionnelle de la première plaque vertébrale, rappro- 
chent évidemment cette figure plutôt du Testudo peltastes que de l'autre 



à l'absence de nuchale. Les éléments d'étude que M. Gadow a eus en main ne sont 
peut-être pas suffisants pour être au-si allirmalif. 



— 138 — 

espèce ; cependant la dossière n'offre pas non plus la moindre trace de 
courbure en avant et en bas, comme chez ce dernier. Le plastron , d'un autre 
côte', présente un caractère, non sans importance, que nous ne trouvons ni 
sur l'une ni sur l'autre de ces Tortues; la plaque cornée abdominale est 
relativement beaucoup moins développée , car sa longueur, prise à la suture 
médiane, y atteint très peu plus du quart (exactement 3/i 1) de la longueur 
du plastron, tandis que, chez le Testudo Vosmaeri, elle en occupe les 3/8, 
plus du tiers , et chez le Testudo peitastes 5/i 1 , près de moitié (1) . 




Fig. '.. 

Chez les autres (diéloniens figurés ( Testudo Elephanlina, Chelonia Mydas, 
Pelomedusa galeata, Sternothœrus nigricans), pour lesquels est donné le 
plastron, les plaques sont toujours représentées avec une très grande 
exactitude; on a donc toute raison de croire qu'il n'en est pas autrement 
ici, ce qui conduirait à regarder cette Tortue comme espèce distincte. 
Serait-ce la troisième forme citée par l'auteur inconnu , mais certainement 
doué d'un rare talent d'observation, dont M. A. Milne Edwards a si heu- 
reusement retrouvé la Relation de l'île Rodrigue w 1 11 sera juste, si on 
admet la conclusion à laquelle nous sommes ainsi amenés, de nommer 
l'animal Testudo Commersoni , pour rappeler réminent voyageur auquel la 
connaissance en est due. Toutefois la découverte de pièces originales con- 
lirmant le bien-fondé de cette manière de voir serait désirable. 

Commerson ne parait avoir jamais été personnellement à l'île Rodriguez; 

W Voir L. Vaillant, i8g3, loc. cit. : pi. II, fig. c et pi. III, fig. c. 

(i) A. Milne Edwards, 1876, Nouveaux documents sur l'époque Je la disparition 
de la faune ancienne de l'île de Rodrigue (Ann. Se. Nat. 6 e Sér. T. II, article n° A, 
page 10). 



— 139 — 

cette Tortue de terre aussi bien que la Tortue de mer étaient sans doute 
importées à Maurice, ce qui s'expliquerait, puisque nous savons, d'après 
les documents consignés par M. A. Milne Edwards dans son travail déjà 
cité, que des milliers de Tortues, surtout terrestres, mais aussi marines, 
furent, de 1769a 1761, transportées de la première de ces îles à la seconde. 
Ces arrivages se continuaient peut-être au temps de Gommerson , quoique , 
dès 1761, au dire de l'abbé Pingre (1) , ces Reptiles y fussent devenus 
rares , surtout les individus de grande taille. 



Sur un Coleoptebe nouveau de la famille des Lyctides, 

PAR P. LESNE. 

La famille des Lyctides, au sens restreint du mot, c'est-à-dire en en 
excluant les Hendecatomus , constitue, parmi les Coléoptères, un petit groupe 
fort homogène, et il y a grand intérêt à faire connaître les formes de cette 
famille s'écartant tant soit peu du type habituel. Tel est le cas pour l'espèce 
suivante, qui fait partie des collections du Muséum d'histoire naturelle. 

Lyctus cornifrons nov. sp. 

L. 2 1/3 mill. Elongatus, subparallelus, rufescens, pamm nitidus, elytris dilu- 
tioribus. Caput transversum, fronte minutissime reticuiato, utrinque bidentato, 
medio cornu compresso, elevato, sat aculo instructo; clypeo brevi, antice late 
emarginato, angulis anticis acutissimis. Oculi magni, globosi, prominentes. An- 

tennœ basim prothoracis haud attingentes, articulo 
tertio articulis sequentibus funicuH iongiore, ar- 
ticulo primo clavae ad apicem gradatim dilatato, 
leviter elongato, secundo minore, subcirculari. 
Labrum brevissimum , vix perspicuum. Mandibuke 
parvae, haud prominentes, apice sat graciles. Pro- 
pj„ t thorax vix elongatus, antice leviter dilatatus, angu- 

Lyctus cornifrons Lsn. hs anticis rotundatis , posticis redis , acutis , minute 
(Tète vue de trois quarts.) spiniformibus, lateribus subrectis, vix sinuatis, 

haud marginatis, postice minutissime serrulatis; 
margine anteriore rotundato, medio brevissime bilobato (lobis leviter reflexis), pos- 
teriore medio recto, ad angulos a basi elytrorum divergente; supra medio longitu- 
dinaliter impressum, minutissime reticulatum, pilis brevissimis, densis, crassis, 
claviformibus antice et lateraliter hirsutum; infra pleuris reticulatis. Scutellum 
transversum, rectangulum. Elytra parallela, antice truncata, postice conjunctim 
rotundata, prothoracis basi parum latiora, prothorace haud triplo longiora; leviter 
punctato-striata , striis internis obsoletis ; pilis erectis minutissimis haud aperte 

W Voir la citation du journal manuscrit de cet astronome reproduite dans mon 
travail de 1893, p. 267. 




— 140 — 



s-£-^> 




seriatis adspersa. Corpus subtus laeve, nitidum. Prosternum leviter lumescens, 
coxis anlerioribus vix longius. Abdomen segmentilms quinque conspicuis compo- 
situm, segmento primo longiore, lobo intercoxaii magno, apicc late truncato, 
ullimo brcvissimo, simplici. Pedes brèves, calcari tibiœ anlicae minute, tarsorum 
articulo ullimo baud incrnssato. 

Celte espèce est fondée sur un exemplaire unique recueilli à Obock, par 
M. Maurice Maindron. La présence d'une corne 
médiane frontale la distingue, dès le premier coup 
d'oeil, des autres espèces de Lyctides connues jus- 
qu'ici; mais l'intérêt qu'elle présente consiste sur- 
tout dans la coexistence chez elle de certains carac- 
tères venant à l'appui des arguments déjà fournis 
par T. L. Casey (1 en faveur de la fusion des genres 
Trogoxylon^' et Lyctus. Chez le Lyctus cornifrons , 
la conformation rie l'épistome est, en effet, sem- 
blable à celle de l'épistome des Trogoxylon, tandis 
que les angles antérieurs du prothorax sont large- 
ment arrondis et que les élytres sont striées comme 
chez les Lyctus. D'ailleurs, les rangées longitudi- 
nales de poils bien apparentes sur les élytres dans 
ce dernier genre n'existent pas ici. 

La vestiture des parties antérieures et du bord 
latéral du prothorax est assez remarquable. Elle se 
compose de poils assez denses, très courts, épais, 
claviformes, non arrondis, mais pourvus d'une 
petite pointe excentrique au sommet. 11 faut voir très probablement, dans 
cette vestilure spéciale du pronotum, l'homologue, quant au rôle physio- 
logique, de la râpe d'appui des Boslrychides hypocéphales. 




Fig. 2. 
Lyclus cornifrons Lsn. 



Description de la larve et de la xympue du Charasços 

DE LA yOÎX DE KoLA (BaLANOGASTBIS KOL.E DeSBR.), 

pah P. Lesm:. 

Parmi les matériaux d'étude recueillis en Guinée française par M. le 
J) r Maelaud et déposés au Muséum d'histoire naturelle, ligure, sous ses 
divers états, un Coléoptère de la famille des Curculionides qui se développe 



1 Ann. New- York Acad. Scienc, VI, nov. 1891, p. 12. 

J Voir Leconle, New spec. of \orth Amer. Coleopt., 1 865 , p. 10&, et E. P»eit- 
ler, Verhandl. dtr K. À. zool.-bot. GcscHsch. in Wien, 1878, p. 195. 



— Ul — 

dans la noix de Kola, Irait du Sterculia acuminata, à laquelle il est très 
préjudiciable dans notre colonie de l'Ouest africain. La présente notice a 




Fig. 1 . — Balanogaslris Kolœ Desbr. 

pour but de faire connaître la larve et la nymphe de celle espèce dont M. le 
professeur Bouvier nous a confié l'élude. L'adulle, décrit pour la première 
fois, en 1890, par M. J. Desbrochers des Loges sous le nom générique 
impropre de Balaninus {]) , doit, en réalité, d'après M. J. Faust, devenir le 
type d'un nouveau genre que l'éminent coléoptérologue russe doit publier 
très prochainement sons le nom de Bàlanogastris (2) . 

Description de la larve. 

Longueur, G millimètres environ (le corps non étendu). 

Corps présentant l'aspect habituel des larves de Curculionides, épais, 
assez court, courbé en croissant, atténué aux deux extrémités, blanchâtre, 
charnu, à l'exception de la tête qui forme une capsule chilineuse testacée. 
Mandibules brunes. 

Tête plus longue que large, régulièrement convexe sur son pourtour, 
légèrement déprimée sur sa face antérieure, inclinée obliquement sur l'axe 
du corps, la région buccale se trouvant en saillie. 

Plaque frontale lisse, subtriangulaire, 1res légèrement échancrée au bord 
antérieur, l'échoncrure limitée de chaque côté par une saillie légère, ar- 
rondie, qu'une fine incision sépare du lobe très court, dépendant aussi de 
la plaque frontale , sur lequel l'antenne prend insertion ; un sillon médian 



H Balanimus Kolœ Desbr. {Bull. Soc. Ent. Fr., i8 9 5, p. GLXXVI). La noie de 
M. Desbrochers est suivie d'observations biologiques de M. le Prof. J. Pérez sur la 
même espèce. 

W Deutsche Entomologische Zeitschrijt, iby8, Heft I. 

Muséum. — iv. 10 



— U2 — 

longitudinal de teinte brune parcourt la plaque frontale depuis son sommet 
jusque vers le milieu de sa longueur. 

Épistome transversal , environ cinq fois aussi large que long , très légère- 
ment échancré au bord antérieur. 

Pleures cépbaliques lisses, présentant chacune à leur angle antéro- 
dorsal, près de la base de la mandibule, une tache noire ocelliforme. Bord 
antérieur et inféro-latéral de la pleure épaissi et renforcé, biangulé au- 
dessous de l'insertion mandibulaire et fournissant en arrière de ce point une 
courte apophyse transverse au bord interne. 





Pig. 



Balonngastris Kolee Dcsbr. — Larve. 



Antennes insérées à l'angle antérieur de la plaque frontale , formées d'un 
seul article très petit, environ une fois et demi aussi long que large, occu- 
pant le sommet d'un mamelon membraneux surbaissé, qui représente, 
selon nous, sa membrane articulaire. 

Labre transversal, moins de deux fois aussi large que long, arrondi au 
bord antérieur, mais très légèrement sinué de chaque côté, muni à l'apex 
de h soies épaisses, très courtes, rapprochées, et, de part et d'autre, de 
2 ou 3 soies plus longues. 

Mandibules symétriques, ne chevauchant pas au sommet, lisses , glabres , 
à l'exception d'une soie courte implantée à la face externe. Vue par cette 
face, la mandibule est environ une fois et demie aussi longue que large à la 
base, régulièrement atténuée de la base au sommet, où elle se termine par 
deux dents aiguës, dont l'inférieure un peu plus grande. A la face interne, 
vers les deux tiers de la longueur à partir de la base, existe une lame sail- 
lante limitant entre elle et les dents apicales une profonde excavation. 

Mâchoires découvertes, presque entièrement visibles en dessous. Gardo 
allongé, graduellement atténué dans la région proximale, élargi à l'apex. 
Région maxillaire proprement dite sécuriforme. présentant en dessus trois 
soies, l'une a l'origine de la portion basilaire rétrécie, les deux autres au 



— U3 — 

pourtour du cadre d'insertion du palpe; prolongée à l'angle antéro-ioterne 
en un lobe court, muni à l'apex de quelques poils très courts, épais; sur 
la face supérieure , une série rectiligne de 5 ou 6 fortes soies longe , a 
quelque distance, le bord interne de cette région maxillaire. 

Lèvre inférieure semi-circulaire , en majeure partie hyaline , recouvrant 
la portion postéro-interne de la mâchoire et parcourue longitudinalement 
par une baguette chilineuse prolongée assez loin en arrière. Elle présente 
de chaque côté deux soies latérales submarginales , et une autre soie paire 
près de l'origine des palpes labiaux. Ceux-ci s'insèrent sur la portion cen- 
trale de la lèvre inférieure; ils sont assez écartés et sont composés de deux 
articles, dont le premier est peu distinct, cylindroïde , le second un peu 
plus court et moins large, conoïde. 




Fig. 3. — Balanogastris Kolœ Desbr. 

Tète vue de face. — Portion génale de la plaque pleurale cépha- 
lique droite et mandibule droite. — Mandibule gauche. — Mâchoires 
et lèvre inférieure , face ventrale. — Portion du tégument d'un bour- 
relet articulaire dorsal montrant les spinules. — Stigmate de la 
cinquième paire abdominale. 

Corps composé de 1 a segments de longueur subégale , le prothorax un 
peu moins épais que les segments suivants. Les segments abdominaux 
croissent légèrement en longueur du i er au 7 e ; ce dernier est le plus long. 
Le segment anal est plus court que le précédent. La largeur des segments 
abdominaux diminue à partir du 7*. 

Les 6 premiers segments abdominaux présentent la même constitu- 
tion. On y distingue une région dorsale parcourue transversalement par 
un sillon ou pli plus rapproché du bord antérieur que du bord postérieur 
du segment et qui se prolonge latéralement , surtout sur le 6 e segment. 
Cette région dorsale peut être dénommée tergum. Elle se continue au bord 
antéro-latéral en un bourrelet pleural subtriangidaire largement arrondi à 

10 . 



— \Mx — 

l'angle inféro-antérieur, tandis que l'angle postérieur est assez saillant. Ce 
bourrelet peut être considéré comme un épimérite; un sillon le délimite fin 
côté du tergum. C'est sur celui-ci, à la limite du bourrelet épimérique, que 
s ouvrent les stigmates abdominaux. 

Un sillon large et profond sépare la série des épimérites de celle des 
épisternifes, sorte de bourrelets de forme quadrangulaire situés en retrait 
par rapport aux épimères. Enfin la région slernale de chaque segment est 
marquée, de cbaque côté, d'un sillon oblique partant de l'angle antérieur de 
cette région et aboutissant non loin du milieu du bord postérieur. Ce sillon 
détermine ainsi sur cbaque segment un bourrelet sternal latéral. 

Les segments tboraciques et les trois derniers segments abdominaux 
offrent la même constitution générale. 

Le mésotborax et le métathorax ressemblent aux segments suivants ; mais , 
de même que le protborax, ils n'ont pas de sillon dorsal. L'épimérite est 
situé à un niveau inférieur à celui des épimérites abdominaux. L'épimérite 
mésothoracique se prolonge à angle aigu en aumtet se confond, dans cette 
région , avec l'épimérite du prolhorax. La portion externe élargie du bourrelet 
sternal latéral est occupée, sur le thorax, par un mamelon pseudopodique 
circulaire, seul vestige des pattes. Chaque mamelon pédieux est muni de 
trois ou quatre grandes soies, dont une principale. 

Le 7 e segment abdominal présente le sillon tergal habituel, se pro- 
longeant ici jusqu'à l'épimère en passant en arrière du stigmate; il ne pos- 
sède pas de bourrelet ambulatoire le séparant du 8 e segment. Son épi- 
slernile s'allonge légèrement et devient un peu plus saillant qu'aux 
segments précédents. Sur le sternum se différencie de chaque côté un 
mamelon circulaire surbaissé, jouant évidemment un rôle dans la pro- 
gression. 

Outre ses dimensions, le 8 e segment abdominal ne diffère du précédent 
que par l'absence de sillon dorsal et par l'épistcrnite un peu plus allongé. 
Le segment anal est subcirculaire , assez convexe sur son pourtour, dé- 
primé sur sa face postérieure. L'anus en occupe le centre et présente quatre 
plis rayonnants, déterminant à l'intérieur d'un sillon circulaire périanal 
quatre secteurs, dont les deux latéraux, pairs, sont plus grands. 

Spinules tégumenlaires. — Une grande partie de la surface du tégument 
est garnie de très petites spinules chitineuses dirigées en arrière et destinées 
à fournir des points d'appui pendant le forage et la progression. Ces spi- 
nules, souvent géminées, n'apparaissent guère, dans la région dorsale, que 
sur le bourrelet ambulatoire qui sépare le mésonotum du métanotum. Bien 
développées sur le dos des segments suivants, elles s'atténuent beaucoup à 
partir du 5 e urite. Elles reparaissent sur l'épimérite 8, revêtent densément 
le segment anal, sur lequel elles présentent leur maximum de dévelop- 
pement, et se rencontrent aussi abondamment sur la région ventrale de 



— U5 — 

i'urite 8. Plus petites et moins nombreuses sur le sternite 7, elles dis- 
paraissent sur les sternites précédents. 

Système des soies tactiles. — Chez la larve du Balanogastris Kolœ , les soies 
tactiles sont peu développées ; leur élude demande une certaine attention. 
Nous avons tenu cependant à en indiquer le nombre et la position approxi- 
matifs , car nous sommes convaincus de la nécessité dune telle recherche 
si Ion veut arriver à une connaissance systématique suffisante des larves de 
Curculionides. Bien que le nombre et la position des soies tactiles ne soient 
pas absolument constants, ces organes fournissent, dans le cas actuel, des 
éléments de distinction spécifique ou générique négligés jusqu'ici et dont il 
deviendra indispensable de tenir compte. 

Plaque frontale. Environ 5 paires de soies , dont une située près de 
l'angle antérieur, en dedans de l'insertion antennaire. 

Pleure céphalique. Chaque plaque pleurale porte environ 9 soies dont 
une, plus longue, située contre la suture frontale, vers le milieu de la lon- 
gueur de cette suture; une autre grande soie au-dessus de la tache 
ocelliforme. 

Epistome. 3 soies équidistantes de chaque côté. 

Pronolum. 6 soies environ de chaque côté, dont 2 dorsales, 2 postéro- 
latérales, 1 antéro-latérale. 

Mésonotum et métanotum avec chacun une série transverse de h soies 
(la seconde en commençant par la soie interne, très petite). 

Bourrelets articulaires postsegmentaires dorsaux. Une paire de très petites 
soies. 

Epimérite prothoracique. 1 ou 2 soies diseoïdales. 

Epimérite mésothoracique. 2 soies au bord antérieur. 

Epimérites métathoracique et abdominaux. Deux soies, dont l'antéro- 
supérieure fort petite. 

Episternites thoraciques. 2 soies. 

Tergites abdominaux. Au-dessus de chaque stigmate, n n groupe de 2 soies , 
la soie inféro-postérieure plus grande. En outre, sur les deux derniers 
segments stigmatifères , une paire de grandes soies dorsales. 

Episternites abdominaux. Une soie principale et quelquefois quelques 
très petites soies accessoires. 

Bourrelet sternal latéral. 1 soie. 

Aire sternale médiane. De chaque côté , 1 soie plus développée sur les 
deux derniers segments stigmatifères. 

Segment anal. 6 grandes soies écartées formant cercle à distance autour 
de l'anus. 

Stigmates petits, au nombre de 9 paires, ceux de la première située dans 
la région inférieure de l'épimérite prothoracique, à un niveau inférieur à 



— U6 — 

celui des 8 paires abdominales, qui s'ouvrent sur le trajet du sillon séparant 
le termite de l'épimérite, un peu eu avant du milieu de la longueur du 
segment. Les stigmates prothoraciques sont un peu plus grands que les 
stigmates abdominaux, mais tous présentent la même structure. Leur ori- 
fice est subcirculaire et les parois du conduit d'entrée, qui est légèrement 
rétréci en entonnoir, se prolongent postérieurement en un atrium excen- 
trique constitué par deux sortes de boudins courts, accolés, présentant 
chacun 3 ou h constrictions. 

Description de la nymphe. 
Corps atténué en avant et en arrière , blanchâtre , à tégument membra- 



neux. 



Rostre normalement replié sous le corps, les funicules antennaires écar- 
tés , divergents. 

Prothorax légèrement transversal, beaucoup plus étroit au bord anté- 
rieur qu'au bord postérieur, arrondi sur les côtés, qui sont légèrement v 
sinuésen avant, presque droit au bord postérieur. 




Fig.'A. — Balanofrastri* Kolw. Desbr. — Nymphe. 

Abdomen de 8 segments distincts, atténué graduellement à partir du 
h' segment. 7 e segment un peu plus long que les autres, qui sont sub- 
égaux. 8" segment terminé par deux pointes aiguës droites, très pointues, 
écartées. Eu-dessous, ce 8 e segment présente deux mamelons ovalaires, 
transverses , contigus , peu accusés. 

Podotbèques des deux premières paires reployées parallèlement et recou- 
vrant en partie les ptérotbèques antérieures. Celles-ci sont plus courtes que 
les ptérotbèques postérieures, qui les dépassent au bord apical interne et 
convergent sur la ligne médiane, où elles sont presque en contact. Ptéro- 
thèques recouvrant la majeure partie des podotbèques postérieures dont on 
ne voit apparaître que les genoux. 



— 1/(7 — 

Système des styli motorii. — Tête. 7 paires de styles dont une, isolée, 
située en avant du milieu du rostre, deux autres vers la base du rostre et 
une quatrième à son origine même; deux paires orbitales et une paire post- 
frontale. 

Pronotum. 2 paires au bord antérieur; de chaque côté, 3 styles margi- 
naux; postérieurement, une rangée de 3 paires de styles avant la base. Une 
paire discoïdale. 

Mésonotum et métanotum. De chaque côté, deux styles rapprochés. 

Les tergites abdominaux i-5 présentent de chaque côté 3 styles, dont 
2 discoïdaux, rapprochés, et un latéral, marginal. Sur les tergites 6 et 7, 
le même nombre de styles existe , mais ces styles sont rapprochés du bord 
postérieur. Le segment 8 n'a que deux styles dorsaux discoïdaux. En outre , 
la face ventrale de chacun des deux derniers segments abdominaux porte 
un petit style de chaque côté. 

Chaque podolhèque est munie de deux styles rapprochés, dans la région 
fémorale apicale. 

Stigmates peu apparents, situés aux flancs des segments abdominaux, 
au-dessous de la saillie stylifère latérale du tergum de chaque segment. 



Catalogue des espèces de Phymatid^ (Hémiptères hétér.) 

DES COLLECTIONS DU MUSEUM DE PaMS , 

par M. J. Martin. 

Toutes les espèces qui suivent ayant contribué à établir l'importante 
monographie dé M. A. Handlirsch, nous croyons utile d'en donner la liste 
alphabétique. 

Cnizocoris Davidi Handlirsch (Ann. des K. K. natur. Hof muséums Wien, 
Bd. xii, II, 1897, P- 9l/ 0- — T yP e : Mou P m (Thibet) (David, 1870). 

Gnizocoris stenocephalus Handlirsch (loc. cit., p .2 1 k). — Type :Dardji- 
ling (Harmand, 1886). 

Glossopelta Harmandi Handlirsch (loc. cit., p. 217). — Type : Mont, 
de Ghaudoc (Gochinchine) (Harmand, 1877). 

* Macrocephalus affinis Guérin. — Rio-Janeiro (d'Orbigny, i834): capi- 
tainerie des Mines; Brésil ( Mauger, i853). 

Macrocephalus crassus Handlirsch (loc. cit., p. 191). — Type : Brésil 
(coll. G. Fallou). 

Macrocephalus LEPiDusStâl. Mexique (A. Salle, i856). 

Macrocephalus macilentus Westwood. - — Type: Colombie (Lebas, i83o). 

Macrocephalus manicatus Fabricius. — Type : Caroline (coll. Bosc), 



— 148 — 

Macrocephalus NOTATUsWestwood. — Colombie (Lebas, i83o); Mexique. 
(Salle, i856). 

Macrocephalus PREHENSiLisFabricius. — Type : Caroline (coll. Bosc). 

Macrocephalus tuberosus Westwood. — Ouest de la capitainerie des 
Mines; Rio-Janeiro , Paraguay (coll. G. Fallou). 

Macrocephalus Westwoodi Guérin. — Type : Cuba (coll. Guérin-Méne- 
ville). 

Oxvthvreus cylinduicornis Westwood. — Type : Patrie inconnue. 

Phvmata acutangula Guérin. — Colombie (Lebas, i83o); Brésil (coll. 
G, Fallou); Darien, Venezuela (F. Geay, 1896). 

Phvmata armata Handlirscb (loc. cit., p. 176 )• — Type : Matlo-Grosso 
(de Castelnau , 18/17); capitainerie des Mines. 

Phvmata crassipes Fabricius. — Naples (Costa, i855); Paris, Alger 
(coll. Guérin-Méneville) ; Saint-Tropez (Var), Sarepla (coll. G. Fallou); 
Fontainebleau (S.-et-M.) (Finot, 1896); Viriville (Isère) (J. Martin, 
1896). 

Phvmata erosa Lin. subs. carneipes Mayr. — Tapias (Colombie) (Stein- 
heil, (187A); Rio-Janeiro (de Castelnau, 18/17). 

Phvmata subs. chilensis Handlirscb. — Santa-Rosa, Coquimbo (Chili) 
(Gay, i843, i845). 

Phvmata subs. giwamomea Handlirscb. — Matto-Grosso (de Castelnau , 
1847). 

PIivmata subs. commuais Handlirscb. — Santa-Cruz de la Sierra (d'Or- 
bignv, i834); Brésil (Gaudicbaud, i833, et coll. G. Fallou); Matto-Grosso 
(de Castelnau, iH r i^). 

Phvmata subs. fasciata Gray. — Caroline : Zimmerman (coll. Rose, 
coll. G. Fallou); Savannab (Harper, i8/i3); Nouvelle-Orléans (Laporle, 
t834, coll. Guérin et G. Fallou); Mexique (A. Salle, i856, Giesbrechl, 
i844, et coll. G. Fallou). 

Phymata subs. granulosa Handlirscb. — Mexique (A. Salle, i85G,et coll. 
G. Fallou) 

Phymata subs. parva Handlirscb. — Llanos de Venezuela (F. Geay, 
1896). 

Phvmata subs. parviceps Handlirscb. — Colombie, 18/10; Cayeune(coll. 
G. Fallou). 

Phymata erosa Lin. subs. pensvlvanica Handlirscb. — New-York (Har- 
per, 18/n); États-Unis (Mulsant, 18/19); Boston (coll. G. Fallou). 

Phvmata subs. praestans Handlirscb. — Ouest de la capitainerie des 
Mines; province de Corrientes (d'Orbigny, i83/i). 



— 149 — 

Phymata fortificata Herrich-Schaeffer. — Santa-Gruz de la Sierra (d'Or- 
bigny, i834); capitainerie des Mines (Brésil); Minas Geraes à Goyaz 
(de Castelnau, 18/17); Cuba, Cayenne (coll. G. Fallou). 

Phymata intégra Westwood. — Type : Patrie inconnue. 

Phymata laciniata Handlirsch (loc. cit., p. i58). — Type: San-Carlos 
(Colombie) (Steinbeil, 187/1). 

Phymata macclipennis Handlirscb (loc. cit., p. i58). — Type Brésil (coll. 
G. Fallou). 

. Phymata monstrosa Fabricius. — Montpellier (Hérault) (Chabrier, 
i83/i, coll. Guérin-Méneviile); Hyères(Var) (Finot, 1896); Alger (H. Lu- 
cas, 18/19); Tanger (Favier, 1867 et 1859); Tlemcen (coll. G. Fallou). 

Phymata reticulata Handlirsch. (loc. cit., p. i5a). — Type : Bogota 
(Lœvy, i85o). 

Phymata scabrosa Handlirsch (loc. cit., p. 177). — Type : Brésil (coll. 
G. Fallou); Llanos du Venezuela (F. Geay, 1896). 



Arâdides nouveaux, 

PAR E. BeRGROTH. 

Cinyphus subtruncatus n. sp. 

Subtriangularis, niger vel fusco-niger, inœqualiter concoloriter adpresse squa- 
nmlosus, rostro et tibiis interdum obscure luteis. Gaput lalitudine evidenter lon- 
gius, processu apicali médium articuli primi antennarum atlingente vel paulum 
superante, apice plus minusve profunde inciso, spinis antenniferis levissime diva- 
ricalis, parte postoculari subrectangulata, antennis capite fere duplo longioribus, 
articuio primo piloso, secundo primo sat multo breviore, tertio primo paulo bre- 
vior.', quarto secundo paulo breviore. Pronotum medio capite paulo brevius, 
lobo antico e basi apicem versus leviter dilatalo, angulis apicalibus nonnibil pro- 
minulis, plerumque bifidis, lobo postico antico sat multo latiore. Hemelytra (cF ) 
basim segmenli sexti dorsalis superantia, corio scutello multo longiore, margine 
apicali intus sinuato, membrana fusco-cinerea, venis nigris. Abdomen et basi sua 
fere nsque ad apicem segmenli quinti dilatatum, margine laterali inler apicem 
segmenti secundi et médium segmenti quinti late leviter sinuato, angulis apicalibus 
segmenlorum \-h prominulis, segmento sexto late subtruncato, margine ejus li- 
bero fere in medio lobulo parvo instructo, ventre punctulato, segmento secundo 
genitali maris superne intra marginem apicalem impresso. Long, d* 10 mm. 

C. emarginato Stâl structura pronoti similis, sed structura abdominisdivergens. 

Venezuela (Musée de Vienne). Au Musée de Paris se trouve une larve, 
qui paraît appartenir à cette espèce. 



— 150 — 

Brachyrrhynchus Bouvieri n. sp. 

Oblongo-ovatus, fuscus, parce pailido-granulatus, segmentis connexivi fascia 
apicali flava intus plus minusve dilatata ornatis. Caput latitudine longius, processu 
apicali apicera versus parallelo, apice vix inciso, spinis antenniferis divaricalis, an- 
lennis capite plus quam dimidio longioribus, grariliusculis, ferrugineis, apice ar- 
ticuli secundi et tertii quartoque toto fuscis, articulo primo apicera capitis sat 
longe superante, secundo primo breviore, apicem versus nonnihil incrassalo, 
tertio primo longiore, apicem versus levissirae incrassato, quarto secundo breviore, 
dentibus postocularibus oculos haud superantibus, rosi ro apicem prosterni distincte 
superante. Pronotum longitudine circiter duplo latius, basi late leviter sinuata , 
lateribus inaequaliter crenatis vel erosis, ante médium profunde fere rectangula- 
riler sinualis, lobo antico postico mullo angustiore, angutis apicalibus breviter 
lobatoproductis, oblique truncatis. Sculellum ad angulos basales tuberculo majus- 
culo llavo instructum. Hemelylra basim ( Ç ) vel médium (tf ) segmenti sexti dor- 
salis paullum superantia, corio médium segmenti secundi connexivi superante, 
vena exteriore granis nonnullis majusculis obsita, înargine costali basim versus 
crenato, margine apicali intus leviter sinuato, membrana livida, venis fuscis. Ab- 
domen lateribus subosqualiter rotundatum, angulis apicalibus segmentorum leviter 
prominulis, angulo apicali segmenti sexti sublobulato. Pedes obscure ferruginei, 
annulo subapicali femorum, subbasali et apicali libiarum fuscis, coxis et annulo 
angusto apicali femorum fiavidis. Long, d 1 8-8, G mm., $ 9,8-10 mm. 

B. abdominali Stâl affinis, sed angustior, magis granulalus, processu apicali ca- 
pitis vix inciso, articulo primo antennarum longiore, lobo antico pronoti multo 
angustiore, anlennis et pedibus annulatis optime distinctus. 

Colurabia (Mus. Paris). 

Brachyrrhynchus Handlirschi n. sj>. 

Ovatus, opacus, ochreo-argillaceus, antennis et pedibus fusco-nigris , connexivo 
hic et illic pra'sertim ad angulos basâtes segmentorum fusco-maculalo, roslro 
testaceo. Caput latitudine evidenter longius, transversim rugnlosum, basi levissirae 
rotundatum, processu apicali médium articuli primi antennarum allingente, apice 
inciso, spinis antenniferis leviter divaricalis, anlennis capite duplo longioribus, 
subglabris, articulo secundo primo muito breviore, tertio primo suba^quilongo, 
quarto secundo evidenter breviore, dentibus postocularibus ab oculis nonnihil dis- 
tanlibus, minutis, oculos haud superantibus. Pronotum basi laie leviter sinua- 
tura, lateribus paulo ante médium obtusangulariler sinualis, lobo antico e basi 
anhorsum levissirae angustalo, capite duplo latiore, apice annulo collari distincte 
et utrinque juxla hune lobulo parvo instructo, angulis apicalibus suboblique Irun- 
catulis, lobo poslico antico latiore, dense sat fortiler granulato. Sculellum trans- 
versim rugulosura. Hemelylra basim segmenti sexti dorsalis paulum superanlia, 
coxis basim segmenti secundi connexivi sal longe superante, margine apicali inkr> 
late sinuato, raembrana subfuscescenli-hyalina, venis fuscis. Abdomen pronolo 
latius, angulis apicalibus segmentorum oblusiuscule levissirae prominulis, con- 
nexivo et ventre punctulatis, segmentis hujus (sexto excepto) macula média apicali 
ovali subimpressa lœvigata rufescente prseditis, segmento sexto ventrali maris 
medio rufescenle. Long. cT 9,^-10, U mm., 9 10,6 mm. 



— 151 — 

Isthmus panamensis (Paya in Darien) et Gayenne (Musée de Paris); 
Brasilia (Musée de Vienne). 

Species insignis, cum alia vix comparanda. 

Neuroctenus longulus n. sp. 

Elongatus, subparallelus, opacus, piceo-niger. Caput latitudine paululum Ion- 
gins, processu apicali apice inciso, spinis antenniferis brevibus, extus subparal- 
lelis, dentibus postocularibus obsoletis, antennis capite circiler dimidio longiori- 
bus, articulo primo apicem capitis sat longe superanle, secundo primo paulo 
breviore, tertio primo subœquilongo , quarto secundo œquilongo. Pronotum an- 
trorsum angustatum, lateribus ante médium haud vei levissime sinuatis, augulis 
apicalibus oblusis, vix prominulis. Scutelium apice obtusum, disco piano. Heme- 
b Ira ($) apicem segmenti quinti dorsalis subattingentia, corio scutello longiore, 
basim segmenti secundi connexivi attingente, angulo apicaii acuto, margine api- 
cali levissime bisinuato , membrana subfusca , nitida , dense nigrovenosa , basi pal- 
lescente. Abdomen subtus convexiusculum, segmento quinto ventrali ( Ç ) ante 
valvulas génitales leviter bisinuato." Long. $ 7,8-8 mm., lat. 9,8 mm. 

Gayenne (Mus. Paris). 

N. litigioso Stâl subafïinis, sed statura parallela mox distinctus. 



Description d'une espèce nouvelle de Notonectid* [Hémiptères) 

DE LA COLLECTION DV MUSEUM d'HiSTOIRE NATURELLE DE PâRIS , 
PAR G. W. KlRKALDY. 

Enithares Martini n. sp. 

Enithares sinica, coll. Fallou, Mus. Paris (nec Stâl). 

E. biimpressa, coll. Signoret, Mus. Vienne (nec Uhler). 

Tête assez courte , notocephalon étroit, vertex deux fois aussi large que le 
synthlipsis, largeur de l'œil un peu plus grande que celle du vertex. Lar- 
geur du pronotum environ trois fois aussi grande que sa longueur, bord 
postérieur presque droit, bord posléro-latéral assez accentué. 

Tibias antérieurs un tiers plus longs que les tarses, premier article tarsal 
moitié plus long que le deuxième, qui est subégal aux ongles; l'ongle exté- 
rieur un peu plus long que l'ongle intérieur. Tibias intermédiaires moitié 
plus longs que les tarses; premier article tarsal a/5 plus long que le 
deuxième; l'ongle extérieur un peu plus long que l'ongle intérieur. Fémurs 
postérieurs sans éperon. Front suffusé de belle rose; couleur générale du 
corps comme dans les autres espèces de ce genre , bemiély très grisâtres , 
semi-lransparentes , sutures largement foncées. Longueur, 8-9 millimètres; 
largeur, 3-5 millimètres. 



— 152 — 

Type. — Mus. Paris (coll. Fallou). — Syntypes. Mus. Paris, Manille (coll. 
Fallou), Manille (Lorquin, 1861). Mus. Vienne (coll. Signoret) et ma col- 
lection. 

Habitat: Iles Philippines (Manille). 

Je suis heureux de dédier cette espèce à mon obligeant et distingué collè- 
gue, M. Joanny Martin; elle diffère des autres espèces chinoises comme 
suit : de YE. biimpressa (Uld.)par la forme de la tète (le vertex dans celle- 
ci est bien moins que deux fois aussi large que le synthlipsis); de YE. 
sinica (Slâl) par les proportions des articles tarsaux antérieurs (dans 
YE. sinica , le premier article est deux fois et un tiers aussi long que le 
deuxième); de plus, le d* de la sinica a un éperon sur le fémur postérieur. 

J'exprime mes remercîmenls profonds à M. le professeur E.-L. Bouvier 
et à M. Joanny Martin qui m'ont permis d'étudier, à mon loisir, la magni- 
fique collection des Notonectides du Muséum. 



Crustacés provenant des campagnes do Travailleur et dv Talisman, 
par A. Milne Edwards et E.-L. Bouvier. 



OXYRHYNQUES. 

Lambrus Leacb. 

Lambrus Miersii. 

Un seul exemplaire de celte espèce a été péché au sud de Cadix; il est 
facile de la distinguer de toutes celles qui habitent les mêmes régions. La 
carapace, beaucoup plus aplatie et plus ovalaire que celle du Rhinolambrus 
Massena, ressemble par sa forme à celle du Lambrus mediterraneus. Le 
front, large dans la région inter-orbitaire, se termine par une sorte de bec 
pointu qui , à sa base, porte de chaque ctHé une petite dent: quatre saillies 
tuberculiformes s'élèvent sur la ligne médiane du bouclier céphalo-thora- 
cique: la première occupe le lobe uro-gastrique; la seconde, plus petite, est 
placée dans le sillon gastro-cardiaque; la troisième, aussi haute que la pre- 
mière, surmonte le lobe cardiaque antérieur; la quatrième, de la même 
taille que la seconde, est située sur le lobe uro-cardiaque. Le lobe méso- 
branchial présente une saillie tuberculiforrne, mais le reste de la carapace 
est lisse; c'est à peine si l'on distingue en avant delà région gastrique deux 
petites granulations symétriques et deux autres sur les régions branchiales. 
Les bords latéraux sont découpés en petites denliculations, parmi lesquelles 
se détachent deux épines branchiales dont la dernière, formant l'angle la- 
téro -postérieur, est plus grande et située sur un niveau plus élevé. Les bords 



— 153 — 

latéro-postérieurs sont garnis de saillies courtes et spiniibrmes. Le bord 
postérieur présente, au-dessus de l'insertion de l'abdomen, une ligne de 
granulations. 

Les pattes antérieures sont longues; les arêtes des divers articles qui les 
conslituent sont nettes et dentelées, les faces sont très finement granu- 
leuses. Les pattes ambulatoires sont grêles et la cuisse offre en dessus et eo 
dessous des denlicula lions espacées. Le cadre buccal et les pattes-mâcboires 
externes sont finement granuleuses. 

Un exemplaire de cette espèce a été trouvé au sud de Cadix, par 
1 1 a mètres de profondeur. 

Stenorhjnchus Lamarck. 

Stenorhynchus macrocheles nov. sp. 

La carapace de cette espèce ressemble à celle du St. hngirostris , mais elle 
est plus triangulaire, phr> rélrécie en avant et les pointes rostrales sont plus 
relevées. Les pinces sont très longues et dépourvues d'épines et de longs 
poils. Dans certains exemplaires mâles, elles sont longues et fort remar- 
quables. L'extrémité du bras arrive au niveau de l'extrémité du rostre; cet 
article est presque cylindrique , orné de quelques granulations très petites et 
pourvu d'une seule épine surmontant l'articulation de Pavant-bras; ce der- 
nier est inerme ainsi que la main; celle-ci est aussi longue que le bras: elle 
est presque cylindrique à sa base, mais elle devient plus haute et légère- 
ment comprimée vers son extrémité; les doigts sont fortement baillants, h 
bord tranchant de l'index étant très échancré en avant de la saillie denti- 
fornie basilaire. Chez d'autres mâles et chez les femelles, les pattes anté- 
rieures ressemblent beaucoup à celles du St. longiroslris, mais elles sont 1res 
peu pileuses et totalement ou à peu près inermes. 

Six exemplaires de cette espèce ont été recueillis au large du Cap Blanc , 
par 2 35 mètres de profondeur. 

Achœus Leach. 

Achœus cursor nov. sp. 

Cette espèce, fort voisine de Y Achœus Cranchii, s'en dislingue par ses 
pattes beaucoup plus longues. La carapace est plus étroite en avant, la ré- 
gion gastrique et la région cardiaque sont plus élevées. Le front est formé 
de deux pointes très courtes triangulaires et légèrement divergentes , qu ine 
s'avancent même pas jusqu'au niveau de l'extrémité du 2 e article des an 
tenues: les voûtes sourcilières sont développées en dehors, formant un bord 
un peu arqué. 

Les yeux sont grands, à extrémité atténuée; leur pédoncule présente, en 
avant et sur sa partie moyenne , une saillie à bord arrondi. Les fossettes an- 
tennulaires sont profondément encaissées par le bord de l'article basilaire des 



— 154 — 

antennes externes qui est cristilbrine ; la tigelie mobile est longue et grêle. 
L'épistome est lisse , aplati et limite* en dehors par un rebord qui n'est que 
la continuation du bord interne de l'article antennaire. Le premier article 
du sternum présente une crête médiane et une crête transversale; cette der- 
nière s'étend au-devant de l'extrémité de l'abdomen entre l'articulation des 
pattes antérieures ; les articles suivants portent quelques rares granulations. 
L'abdomen du mâle se compose de 6 articles; il est comparativement plus 
grand que celui des Inachus ou des Stenorhynckus. 

Les pattes de la 2 e paire ont plus de deux fois et demie la longueur de la 
carapace; chez YAchœus Cranchii, elles n'ont pas deux fois cette longueur, 
les pattes de la h" et de la 5' paire sont pourvues d'un doigt très falciforme 
et elles sont aussi plus allongées que chez l'espèce de nos côtes. 

Le corps et les pattes sont couverts de petits poils en crocbet qui servent 
à fixer les corps étrangers. M. Spence Bâte en observant YAchœus Cranchii 
avait constaté que ce Crabe se sert de ses pinces pour accrocher lui-même 
aux poils en hameçons des débris d'Algues. Nous avons pu répéter la même 
observation sur YAchœus cursor : effectivement, ayant placé plusieurs in- 
dividus dans une cuvette d'eau de mer, après les avoir nettoyés à l'aide 
d'une pince, nous les avons vu saisir des fragments de Bryozoaires et de 
Corallines et les placer avec une grande adresse sur leurs pattes et sur leur 
carapace qui peu à peu disparaissaient sous ces ornements de façon à de- 
venir invisibles. Aussi la recherche de ce Crabe est-elle très difficile , la plu- 
part échappent aux investigations les plus minutieuses, leurs mouvements 
seuls décèlent leur présence. 

VAchœus cursor rattache le genre Achœus au genre Stenorhynckus ; il 
ressemble un peu effectivement à un St. rostratus, dont le front se serait 
raccourci et dont les pattes seraient plus courtes; toutefois la disposition de 
la région antennaire, des pattes-mâchoires externes et de l'abdomen per- 
mettront toujours de le distinguer. 

Parmi les exemplaires de cette espèce que nous avons observés, il s'en 
trouvait un chez lequel les cornes rostrales n'existaient pas ; le front se ter- 
minait par un bord régulièrement arrondi, ne s'avançant pas au delà de 
l'insertion des pédoncules oculaires et fermant incomplètement en avant les 
fossettes antennulaires. 

Cette espèce a été recueillie aux Canaries, par 3o mètres de profondeur. 



— 155 — 

Notes sur les récifs madréporiques de Djibouti, 

par h. coutière. 

(Laboratoire de MM. Milne Edwards et Bouvier.) 

Nous avons exposé dans le précédent Bulletin (N° 2, 1898) la disposi- 
tion des récifs ordinairement immergés , que l'on rencontre à l'intérieur de 
la baie de Djibouti. La portion externe de cette formation madréporique , 
qu'il nous reste à examiner, est de beaucoup la plus importante pour les 
recbercbes, car elle découvre à presque toutes les marées sur des espaces 
atteignant plusieurs kilomètres carrés. 

Dans son maximum d'extension , c'est une vaste surface presque plane 
s' étendant au pied des plateaux du Héron et du Serpent et offrant entre les 
deux une solution de continuité, sorte de goulet resserré où le flot du large 
pousse constamment la boue calcaire balayée de la surface des récifs. S'éta- 
lant ensuite sur l'espace plus large qiù lui est offert, le flot diminue de vi- 
tesse et laisse déposer cette boue. Il se for.ne ainsi une sorte d'anse vaseuse, 
que suffit à limiter très nettement le seuil étroit, toujours immergé à marée 
haute, reliant les deux plateaux dont nous venons de parler; on peut ob- 
server, en effet , que la plage basse située de l'autre côté de ce seuil est sa- 
blonneuse sur toute son étendue. 

Cette anse vaseuse, où les Posidonies forment par places une véritable 
prairie, est l'habitat par excellence des Holothuries et des Synaptes. Synapla 
grisea, étalée entre les touffes de Zostères, est extrêmement commune et 
atteint fréquemment 1 m. 5o. Quant aux Holothuries, elles sont enfouies 
verticalement dans la vase et ne se signalent que par un véritable crcône de 
déjection n qu'elles augmentent par intervalles d'un jet de boue s'échappant 
par un rrcratère» central. Toute la région est ainsi transformée en une suc- 
cession de petits monticules séparés par des flaques minuscules, où la 
marche est extrêmement pénible. Dans les flaques, on trouve par intervalles 
de véritables bancs de Méduses (Cassiopea). Cette faune, assez pauvre en 
espèces, est complétée par des Sabelles, quelques Crustacés communs, des 
genres Gonosioma, Matuta, Tlialamita, Neptunns pelagicus (Lin.), et plus ra- 
rement Scylla servata (Forsk.). Sur les branchies de ce dernier se rencontre 
fréquemment, en grand nombre, un petit Lépadidé parasite. 

Cette prairie vaseuse se rattache insensiblement de part et d'autre aux 
récifs qui s'étendent au pied des plateaux émergés du Héron et du Serpent. 
Peu à peu, la vase devient moins fine, passe à un sable calcaire et recouvre 
à peine des dalles irrégulières, souvent de grandes dimensions, débris 
morts de la table madréporique que le flot a peu h peu désagrégés et rendus 
moins anfractueux. Les bords de ces dalles, lorsqu'ils fout légèrement 
saillie , recouvrent presque toujours de petits entonnoirs irréguliers , qui sont 



— 156 — 

les ouvertures des terriers horizontaux où habite Alpheus strenuus (Dana), 
l'un des Alphéidés les plus remarquables par sa taille et ses mœurs. 

En temps normal , l'entrée du gîte est occupée par les grandes pinces de 
l'animal , étendues parallèlement à plat sur le sol , le doigt mobile à peu 
près horizontal. En approchant avec précaution, on peut voir fréquemment 
l'AIphée se servir de ces appendices pour déblayer le sable qui menace 
d'obstruer l'entrée de son gîte. La grande pince lui sert surtout à cet usage, 
soit qu'il i'emploie à la façon d'une pelle, soit qu'il pousse simplement le 
sable devant lui en s'arc-boutant sur ses pattes postérieures. La petite pince 
intervient surtout pour nettoyer les débris restés sur la grande; c'est une 
besogne dont l'animal s'acquitte avec grand soin, et il faut voir vraisem- 
blablement une adaptation à cet usage dans les crêtes latérales munies de 
soies fortes et épaisses qui garnissent le doigt mobile de la petite pince chez 
le d* de nombreuses espèces, et qui, chez A. strenuus, se rencontrent dans 
les deux sexes. 

En même temps, la 2 e paire de pattes, dont le carpe à 5 articles est par- 
ticulièrement allongé dans cette espèce, sert activement soit pour compléter 
cette besogne, soit pour niveler l'entrée de l'ouverture. L'animal écarte ainsi 
les moindres débris, les déplace, enlève, grâce à la petite pince qui termine 
le membre, les grains de sable restés sur les pinces, nettoie par des frotte- 
ments réitérés les voûtes orbilaires, les sillons qui les séparent du rustre, 
les deux paires d'antennes et les appendices buccaux. 

Les fouets antennaires sont le plus souvent dirigés en arrière, les fouets 
antennulaires en avant. Vient-on à introduire à l'orifice d'une ouverture , 
le doigt ou les mors d'une pince, l'animal se retire vivement, souvent sans 
produire le claquement si caractéristique des Crustacés du genre Alpheus. 
C'est du reste pour revenir aussitôt attaquer l'obstacle à l'aide de sa petite 
pince. Pour observer ce mécanisme, il suffit de présenter à l'animal un mor- 
ceau de Crabe fraîchement tué. On voit alors que la petite pince sert 
presque seule à la préhension, et que la grande pince a un tout autre rôle, 
celui de déchiqueter la proie portée ensuite à la bouche par les pattes de la 
9 e paire. Le doigt mobile de la grande pince s'ouvre jusqu'à faire un angle 
droit avec la paume, et se referme violemment, fonctionnant, non par pres- 
sion, comme dans une pince de Crabe, mai. par percussion, et comme 
lancé par un ressort avec une vitesse initiale très grande. 

Alpheus strenuus vil par couples et il est curieux d'observer son allure 
lorsqu'on a mis à découvert son gite en soulevant la dalle qui le recouvre. 
Il nage mal, en ligne droite, sans crochets et sans reculs brusques de l'ab- 
domen, donnant l'impression d'un mobile lancé d'un point vers un autre, 
les pinces toujours étendues et progressant par les mouvements des uro- 
podes. 11 cherche à gagner le bord de la flaque mise à découvert et marche 
alors beaucoup p'.ua qu'il ne nage entre les touffes de Posidonies, dans les- 
quelles sa couleur vert sombre le dissimule très bien. Presque toujours, on 



— 157 — 

trouve dans le gîte commun à plusieurs couples de ces Alphées, un certain 
nombre de grands Amphinomiens hérissés de soies urticantes d'un blanc 
nacré, qui s'implantent dans les doigts au moindre contact. 



Sur une collection de Mollusques terrestres et d'eau douce 

du Kameroun, 

PAR LE D r A. T. DE RoCHEBRUNE. 

Dans le courant du mois de janvier dernier, le Laboratoire de Malaco- 
logie du Muséum recevait en don de M. le D' Y. Sjosterlt de Stockholm, 
par l'intermédiaire de M. le Directeur, une série de Mollusques terrestres 
et d'eau douce, que le savant voyageur suédois avait recueillis lui-même 
dans la région du Kameroun. 

Cette série comprenant : ki exemplaires répartis en \h genres et 
18 formes, conservés dans l'alcool, ne représente évidemment qu'une 
faible partie des richesses malacologiques péniblement amassées par M. le 
D r . Y. Sjosledt, auquel s'étaient adjoints M. le D' J. Jungen et M. l'ingé- 
nieur P. Dusen, pendant son séjour de deux années (1890-1892) dans 
le Kameroun; elle offre cependant un réel intérêt. 

Nous en donnons la liste suivante : 



Nekitina Oweniaxi Gray. 
Lamstks lybicls Morel. 

Y*ERONICEr.LA PLEl ROl'ROCTA Mart. 

Helicarion columell.yris d'Ailly. 

ZoMTARION SEMIMEMBRANACEUS Mart. 

Trochczonites BiriLARis Dohni. 

FoliiM Morel. 

Jbuensis Pseist. 
Thapsia Sjostedti d'Ailly. 



LlMIGOLARIA KUMIDICA ReCV. 

FELIINA SllUtt. 
SuBULINA ANGUSTIOR Dohril. 

STREPmsTELE Buckuolzi Mart. 

PsEUDOGLOSSULA RETIFERA Mari. 

Sjôstkdti d'Ailly. 
Streptaxis kameronexsis d'Ailly. 
Enrba mucronata Mart. 

GlBBUS LIBERIAN'US Loa. 



Il faut observer tout d'abord que, sur ces 18 formes, i5 faisaient com- 
plètement défaut dans nos galeries si riches en Pulmonés africains; elles 
viennent donc combler un vide important, et de ce fait nous ne saurions 
trop remercier M. le D r Y. Sjbstedt de son précieux envoi. 

D'autre part, nous croyons utile de dire quelques mots sur la faune nn- 
lacologique du Kameroun. 

Jusqu'à ces derniers temps, les Mollusques du kameroun n'éttieit 
connus que par un mémoire de Martens, paru en avril 1876 (Monasl. d. 
Kônigl. Ahad. d. Wmensch. z. Berlin), où sont décrites 3a formes terrestres 
et 8 d'eau douce, et une note de Boettger, publiée en 1892 (Sitzungsfar. 
d. GcseUsch. haturforsôk. Freunde z. Berlin), où une seule forme est men- 
tionnée. 

Muséum. — îv. 11 



— 158 — 

C'est seulement en 1896 que M. A. d'Ailly fit connaître les résultats des 
recherches de M. le D r Y. Sjostedt et de ses compagnons de voyage. 
(Bihang till. K. Svcnska vetenshaps. Akademiens, Band 22. Afd. IV. n" 2.) 

De l'étude de son important mémoire, il ressort que sur 102 formes de 
Mollusques, soit 95 terrestres et 7 d'eau douce, 5a semblent appartenir eh 
propre au Kameroun. 1 forme remonterait en Abyssinie, 1 autre se re- 
trouverait aux Antilles et aux Sandwich. 

Les 48 formes restant seraient communes à toute la côte occidentale 
d'Afrique, c'est-à-dire échelonnées : au Sénégal , Côte d'Or, Grand-Bassam , 
Gabon, Sierra-Leone , Gambie, Angola, Libéria, Fernando-Po, Ile du 
Prince, Cap Palinas, etc. 

Personne ne saurait nier l'importance de ce mode de répartition; là, 
selon toute probabilité, existe un centre particulier non seulement propre 
aux Mollusques, mais aux animaux des autres ordres zoologiques, comme 
aussi aux Végétaux, et très certainement des découvertes utiles récompen- 
seraient ceux des voyageurs de l'avenir qui ne craindraient pas de visiter 
les régions encore insuffisamment connues du Kameroun. 



Notice sur un recueil de plantes peintes à la gouache dans la 
première moitié du xvi e siecle, appartenant à la blbliotheque 
de Poitiers, 

par E.-T. Hamy. 

Parmi les manuscrits acquis en 1818 pour la bibliothèque de Poitiers 
des héritiers du bénédictin D. Mazet, figurait un vieux volume, couvert 
d'une ancienne reliure en peau noire, un peu érailléc et qui porte aujour- 
d'hui, sur le catalogue spécial dressé par M. Lièvre, le n° i54 (1) . 

Les cinquante feuillets de vélin dont se compose l'ouvrage mesurent en- 
viron 207 millimètres de haut sur i4o de large: le relieur les a d'ailleurs 
un peu trop rognés, surtout vers le haut, et parfois son tranchet a entamé 
quelque peu les figures dont nous allons parler. 

Tous ces feuillets sont en effet couverts de peintures sur leurs deux faces, 
et le nombre des sujets, groupés par deux et même par trois sur une seule 
page, s'élève exactement à cent onze. Ce sont des plantes usuelles, repré- 
sentées presque toutes avec leurs racines, leurs feuilles, leurs fleurs. Elles 
sont peintes à la gouache, d'un pinceau ferme, mais sec, suivant des types 

< l) A.-F. Lièvre, Manuscrits de la Bibliothèque de Poitiers (Catalogue général des 
manuscrits des Bibliothèques publique» de France. — Déparlements , t. XXV, p.5o.) 
J'ai dû à la complaisance de M. Lièvre ia communication de cet intéressant vo- 
lume. 



— 159 — 

un peu conventionnels, et l'auteur a le plus souvent inscrit en rouge, à côté 
de la figure, son nom et sa synonymie, ajoutant même souvent quelques 
mots qui rappellent ses qualités ou ses usages. 

On peut se rendre compte, dès les premières pages du volume, de ses 
mérites et de ses défauts. Ainsi YOxalis acetosella, figurée à droite du pre- 
mier recto, est d'un agréable dessin; ses feuilles découpent en vert clair 
épais des profils à peu près exacts, mais les fleurs, quoique représentées 
avec adresse, ne montrent de bien net que leurs cinq pétales argentés. «Le 
suc de ceste herbe, dit le texte, en fait aller les taques de liendrap.r, 

Sur le quatrième feuillet se voit une Ossemùde (Osmunda regalis), dont 
la racine, usitée dans l'ancienne pharmacopée, est assez aisément recon- 
naissable, tandis que le feuillage est à peu près correct. 

«Prenez, Rachine dossetnôde le neuvaulx , dit le texte , et les tapez en I mor- 
tier et mettes du blancq vin et tout broùes ensable et passer parmi I drap de 
lien e cite donne a unepsone qui seroit de tous au matin et a soir aboicr et le 
p\atient\ (1) soit des liens et de de [. . .] viij ou x jôs sera gar[i]. 

Les propriétés olfactives des plantes attirent particulièrement l'attention 
du commentateur. Par exemple, on lit, folio 17 recto, «le saulg le Roy les 
fuelles sent les anis. Plus loin , folio 2 2 recto , sanemôde . . . piet de lièvre 
(potetitilla recumbens S) «Le Rachine sent très bonne* ou encore (folio 2 4 
recto) Rue (Ruta graveolens L.) «sent très fort ri , 

«Melys aussi (Melissa officinalis L.) se sent fort» (f° 25 v°) et franelle 
(Ridens tripartita L.) erse sent comme souffre», etc. 

L'auteur fait parfois aussi mention de l'habitat ou des usages. Ainsi 
f° io v°, à côté d'une figure assez sommaire représentant une Anémone 
(Anémone nemorosa L.) , il écrit : «Ceste Ierbe croist a bosn. 

D'une plante innomée (f° 16 v°) où M. Franchet reconnaît le Caltha 
palustris L., il dit «Ceste Ierbe croist en crus paysn, La Ruta muraria L. , de 
la page 20 (v°) «croist a murs être deus yointures-n et VAsplenium Trickomanes 
L. , de la page 22 (v°). . . croist entre murs et est bonne pô foulure, v 

Ces inscriptions, dont il serait inutile d'augmenter la liste déjà trop 
longue , sont quelquefois déformées de façon à suggérer l'hypothèse qu'elles 
ont été péniblement transcrites d'après des textes plus anciens , incompris 
et mal déchiffrés. Ainsi on lit deci delà esclane pour esclaire, aigremore 
pour aigremoine , jlanusse pour flamulle, etc. Il semble donc évident que 
l'auteur des légendes reproduisait en somme, d'après des inscriptions plus 
ou moins vieillies, des termes devenus inintelligibles pour lui. 

Dans cette hypothèse, on peut se demander si les gouaches elles-mêmes, 
qui présentent souvent, ainsi que je l'ai déjà fait observer, des allures con- 
ventionnelles, ne sont pas des imitations, des copies de peintures plus an- 
ciennes. 

ll) Mots rognés. 

11 . 



— 160 — 

La ressemblance est grande, en tout cas, entre les figures du manuscrit 
de Poitiers et les images des recueils botaniques du temps, où d'habiles 
graveurs sur bois ont reproduit avec une exactitude relative des dessins 
mis parfois en couleur r.vec adresse et souvent fort analogues à ceux cpie je 
place sous vos yeux. H est vrai que j'ai vainement compulsé ces vieux ou- 
vrages à figures , si nombreux dans notre bibliothèque du Muséum, et que 
je n'ai retrouvé dans aucun d'eux de ligures identiques a celles du n° 1 5 A 
de la Bibliothèque de Poitiers. Je suis donc disposé, pour l'instant, h con- 
sidérer comme original, dans une certaine mesure, le recueil de dessins 
de plantes dont nous avons ici une copie remontant à la première moitié 
du xvi c siècle. Ce serait, au même titre que les dessins mis en couleur des 
grands albums contemporains dont je les rapproche, la manifestation du 
goût et du savoir particuliers des peintres botanistes, qui ont imposé des 
formes spéciales à tout l'ensemble de l'iconographie végétale à ses débuts. 

Ce manuscrit, qui par sa nomenclature et par le choix des plantes qu'il 
renferme ' semble bien originaire de la région où le bénédictin de Poitiers 

(1) Liste approximative des espèces figurées dans le manuscrit de Poitiers (dressée 
avec le concours de M. Francliet). 

Neottia ovata Rich.; Paris quadrifolia L. ; Oxalis acetosella L. ; Sanicula euro- 
pea L. ; Arum maculatum L.; Chelidonium majusL.', Pœonia officinalis L. ; Osmunda 
regalis L.; Géranium rotundifolium L. ; Polygonatum multijlorum AU.; Chrysànthe- 
mnm segetum L. ; Agrimo ia Eupatcria L. ; Lactuca ScariolaL.; Achillœa Ptarmi- 
ca L. ; Trigonelle cœrulea Ser.; Poterium saiguisorba L. ; Knautia arvensis Coult. ; 
Viola odoratt L.; Nepeta Glcc' orna Bentii.: Vinea minor L. ; Ficnria ranunculoides 
Mœnch.; Anémone nen,orosa L. ; Belli» perennis L; Lamium album L.; Endymion 
milans Dum.; Cardamine sp. ; Corydallis tolidah.; Euphorbia amygdaloides L.; Iris 
germanica I..; Iris psendo-Acorus L.; Aquilcgiu vulgaris L.; Achillœa ptarmica (var. 
double); Caltha palustris L.; Myosotis sylvatica L. ; Suivi a officinalis L. ; Stcllaria 
Holostra L. ; Ranunculu» fluitans L. ; Vicia sepium L. ; Taraxacum dens leonis L.; 
Ajuga rcj/lans L. ; Orchis mvrio L. ; Adcxa Moschatellina L. ; Narcissus pseudo- 
Narcissus L.; Asplenium Buta muraria L.; Lamium pur pureumL.; Géranium Bober- 
tianum L.; Ranunculu» jlammula L.; Spinacia spinesa Mœncli.; Gapsella burt;a 
pastoris Mœnch.; Asplenium trichomanes L. ; Potcntdla anserina L. ; Potentilla recum- 
bens Sibtl).; Valeriana PIiu L. ; Asarum Europœum L. ; Fu maria officinalis L. ; Buta 
graveolens L.; Ophioglossum vulgatumh.; Scrophularia nodosa L.; Pimpinella saxi- 
fraga L.; Melissa <ffici,,alis L. ; Bidens (riparlita L. ; Erythrœa CentauriumL.; 
lnula Helonuim L. ; Betonica ojpcinalis L. ; Kepeta coloria L.; Teucrium scorodonia 
L.; Verbena efficinalis L. ; Euphrasia Ojpcinalis L. ; Gnaphalium sp. ?; Physalis 
Alkekengi L. ; Scabiosa : succisa L. ; Brunella vulgaris L. ; Aristolochia Clematitis L. ; 
Orobanche sp.; Orcliis lalifolia L.i Orcbanche Galii(?); Orchis maculalah.\ Eruca 
sativah.', Anchusa italica Retz.; Drosera rotundifoliah.; Potentella Tormentilla L. ; 
Borago oflicinalis L. ; Lycopus Eurcpœus L. ; Spiranthes autumualis Rich. ; Pœ n a 
sp.; Leonurus cardiaca L. ; Mrrcurialis annua L. ; Parselaria officinalis L; Origauum 
vitlgare; Primula officinalis Jacq. ; Cichorium Intybus L. ; Polypodium vulgare L.; 
Angelica sylvestris L. ; Petasiles officinalis Mœnch. ; Sempevivum tectorum L. ; Miftr- 



— 161 — 

l'avait découvert, est surtout intéressant parles renseignements qu'il fournit 
sur la manière de peindre en épaisseur de ces anciens artistes , manière qui 
ne se retrouve plus que d'une manière exceptionnelle cliez les grands 
aquarellistes du siècle suivant. 

Son examen met aussi en e'vidence, en même temps qu'un certain souci 
de l'exactitude daus les dispositions générales des branches , des feuilles , des 
boutons, le de'dain le plus complet pour la morphologie des organes flo- 
raux les plus essentiels, dont l'importance est encore complètement incon- 
nue des botanistes. Les pétales seuls sont dénombrés avec quelque préci- 
sion; mais sur aucune plante il n'est possible de démêler quoi que ce soit 
de net dans la reproduction des étamines ou des pistils. 

Le peintre montre enfin, sur le verso de la page 1 1 de son album, un 
Bourdon qui marche sur une feuille, et il est fort intéressant de constater 
que ce modeste Insecte a déjà quelques-unes des qualités d'exécution qui 
brilleront, cent ans plus tard, dans les peintures entomologiques d'un Le Roy 
de la Boissière (1610) ou d'un Daniel Rabel (1624). 



Les Arbres à Gutta-Percha à la GRAyDE Comore, 
par M. A. Milne Edwards. 

A la réunion des Naturalistes du Muséum du 25 mai 1897, notre corres- 
pondant M. L. Humblot annonçait qu'il avait introduit à la Grande Comore 
des pieds de Gutta-Percha (Isonandra Gutta Hooker.) L'un d'eux, planté 
à 25o mètres d'altitude, était devenu en trois ans un bel arbre de 5 à 
6 mètres de hauteur, dont les branches pouvaient supporter le poids d'un 
homme et dont les feuilles donnaient un latex abondant (1) . 

A la suite de celte communication, M. H. Lecomte faisait, dans la Revue 
des Cultures coloniales (2) , les remarques suivantes : «On peut se demander 
si l'arbre transporté à la Grande Comore est véritablement Isonandra Gutta 
de Hooker; à défaut, on ne saurait tirer de conclusions fermes des essais 

chantia polymorpha (?) ; Linaria vulgaris Mœnch.; Arlemisia vulgaris L.; Mentha 
sauva L. ; Helleborus fœtidus L.; Mentha rotundifolia L. ; Solarium nigratnL.; Py- 
rethrujn Parthenium Sm.; Trifolium pratense L. ; Symphytum officinale L.; Plantago 
lanceolata L. ; Plantago major L. ; Calendala arvensis L.; Potentilla reptans. 

Toutes ces espèces sont indigènes, sauf le Trigonella cwrulea Ser., qui donne un 
nard, introduit au moyen âge de l'Europe orientale et utilisé spécialement dans la 
médecine vétérinaire, et YAlkekengi, appelé dans la nomenclature de notre auteur 
«grain d : 'outre-mer ». 

(1) Humblot, Essais d'introduction de l'Arbre à Gutta-Percha à la Grande Comore. 
Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, T. III, p. 17a. 

(2) Revue des Cultures Coloniales, 5 juillet 1897. T. I, p. 79. 



— 162 — 

restreints qui sont rapportes. * Ces observations étaient trop justes pour ne 
pas donner à M. Humblot le désir de s'assurer de l'exacte détermination 
botanique de l'arbre dont il s'agit, et il m'a envoyé récemment des rameaux 
et des feuilles que j'ai soumis à l'examen de M. Guignarrl , Membre de 
l'Institut et professeur de Botanique à l'Ecole supérieure de Pharmacie. 
Mon savant confrère a reconnu que ces échangions provenaient bien de 
Ylsonnndra Gulta et il vient de m'adresser à ce sujet la lettre suivante : 

(t J'ai examiné les feuilles d'Isonandra provenant des Comores , que vous 
m'avez remises dans le but de savoir quelle est la qualité de la Gutta 
qu'elles renferment. 11 existe, en effet, des variétés d' Isonandra (Pelaquium) 
Gutta dont les feuilles contiennent des cellules laticifères aussi nombreuses 
et un produit aussi abondant que la meilleure variété de cette espèce et 
qui pourtant ne fournissent qu'une Gutta de mauvaise qualité. Aucun ca- 
ractère externe ou interne ne permet, à ma connaissance, de distinguer 
une mauvaise variété d'une bonne : il faut, pour y parvenir, recourir à 
certains procédés. J'en ai la preuve avec des échantillons récoltés à Bornéo 
par M. de Guigné et envoyés en France comme excellents, alors qu'ils ne 
contenaient qu'une Gutta-Percha friable et sans qualité. 

Dans la petite boîte que je vous adresse, vous trouverez trois préparations 
de feuilles dans lesquelles les laticifères à Gulta sont colorés et peuvent 
être vus facilement au microscope, à un faible grossissement. — Ces pré- 
parations ont été faites toutes les trois avec des feuilles de bonne qualité, 
l'une provenant de Bornéo, l'autre du Jardin de l'École de Pharmacie, la 
troisième des feuilles venant des Comores. Par suite, l'arbre de M. Humblot 
fournira sûrement un bon produit (1) . » 



Les Pereskia et Opuntia Péreskioïdes du Mexique, 

PAR LE D r WEBER. 

Parmi les derniers envois botaniques que M. Léon Diguet a adressés du 
Mexique au Muséum d'histoire naturelle, se trouvent les fruits de deux 
espèces de Pereskia, voisines du Per. spathulala, et croissant toutes deux 
aux environs de Guadalajara, capitale de l'Etat de Jalisco, à environ 
1 ,5 oo mètres d'altitude. Au point de vue botanique , ces fruits et les graines 
qu'ils renferment présentent un grand intérêt , car ils permettent de ré- 
soudre définitivement une question de classification qui jusqu'à présent 
était restée douteuse. Leur examen démontre, en effet, que tout ce groupe 

(l) A la suite de la lecture de cette lettre , les préparations des feuilles dlsonandra 
sont placées sur-le porte-objet du microscope et sont examinées par les personnes 
qui assistent à la séance. 



— 163 — 

des Pereskia à feuilles planes et charnues , dont les P. spathulata et P. Phi- 
tache forment les types, devra être séparé du genre Pereskia et réuni au 
genre Opuntia, où il formera la section des Opuntia Péreskioïdes , ou, mieux 
encore , le sous-genre Pereskopuntia. 

Anciennement , à l'époque où on ne connaissait ni les fleurs ni les fruits 
de la plupart des Cactées, on admettait généralement (pie toutes les espèces 
pourvues de véritables feuilles planes étaient des Pereskia V\ Ceux-ci pa- 
raissaient par conséquent faciles à distinguer des Opuntia, caractérisés par 
leurs folioles cylindriques ou subulées plus ou moins caduques. Mais une 
étude plus complète et plus scientilique vint démontrer que ce caractère , 
fondé seulement sur la forme des feuilles, était insuffisant et ne corres- 
pondait pas toujours aux différences botaniques proprement dites. 

Ce sont surtout les travaux du D r Engelmann, célèbre botaniste améri- 
cain, mort en i88h, qui ont mis en relief l'importance de l'étude du fruit 
et de la graine dans la classification des Cactées et spécialement dans la 
délimitation des genres Opuntia et Pereskia. Engelmann a montré que les 
graines de tous les Opuntia sont blanchâtres, dures, osseuses ou sub-osseu- 
ses, et marginées, c'est-à-dire entourées par le funicule ossifié, tandis que 
les Pereskia ont, comme toutes les autres Cactées, des graines non mar- 
ginées, noires ou brunes, avec un test cruslacé mince et fragile. 

En outre, Engelmann a appelé l'attention sur la constance d'un autre 
caractère ditférentiel propre au genre Opuntia et fourni par les petits 
aiguillons barbelés ou glochidiés, c'est-à-dire munis d'hameçons micro- 
scopiques. Ces glochides manquent dans les Pereskia véritables, ainsi 
que dans tous les autres genres de Cactées. 

11 résulte de ces observations que, dans l'état actuel de la science, les 
Cactées pourvues de feuilles ou de folioles devront être rangées dans le 
genre Opuntia, si elles ont des aiguillons barbelés et des graines osseuses 
blanchâtres, — et dans le genre Pereskia, si elles ont des aiguillons non 
barbelés et des graines noires à enveloppe mince. Il en résulte aussi que 
la forme des feuilles n'a plus qu'une importance secondaire, car, d'une part, 
le genre Opuntia renfermera une section à feuilles planes plus ou moins 

(1 > Le genre Pereskia a été fondé en 1703 par le Père Plumier, en l'honneur 
de sou compatriote provençal Nicol. Claud. Fabric. Peiresc (i58o-i 637), pro- 
tecteur éclairé des sciences. Linné, dans son Hortus ClifJ'ortianus , conserva ce genre 
avec l'orthographe de Plumier. C'est à tort que certains botanistes modernes ont 
changé ce nom en Peirescia ou Peireskia. Dans le dialecte provençal, le mot Peiresc 
se prononce Péresk. Le Père Plumier a donc très correctement latinisé le nom de 
son célèbre compati iole, qui, dans son oraison funèbre é< rite en latin par Jacob 
Buccard (1637), est appelé Perescius. Ne serait-ce que par respect pour Plumier 
et pour Linné (qui n'avaient certes pas besoin de leçons de latin), il faudrait 
conserver leur orthographe. 



— 164 — 

larges (Ex., Op. rotundifolia) , et, d'autre part, certains Pereskia à graines 
noires et luisantes auront des feuilles subulées (E\.,Op.Poeppigii). 

Malheureusement, toutes ces plantes fleurissent rarement en Europe et y 
fructifient encore moins; quelques-unes même n'y existent pas à l'état vivant. 
Nous ne pouvons donc connaître leurs fruits et leurs graines que par des 
envois reçus de leur pays natal. 

C'est à ce point de vue que les fruits envoyés de Guadalajara par M. 
Diguet se recommandent à notre attention. 

Nous avions déjà vu, parmi les plantes vivantes de la section mexicaine 
à l'Exposition universelle de 1889, un Pereskia du Jalisco, envoyé sous le 
nom indigène de Alfilerillo (diminutif du mot espagnol Alfiler, épingle). 
Cette plante buissonnante , d'un mètre environ de hauteur, vit encore au 
Muséum, et y est considérée comme une variété ou une espèce voisine du 
Pereskia spathulata Otto. Dès son arrivée, j'avais constaté involontairement, 
en touchant la plante sans méfiance, que ses petits aiguillons étaient 
incontestablement barbelés , car j'en avais les doigls pleins. Je soupçonnais 
depuis lors que ce prétendu Pereskia devait être un Opuntia^. Pour ré- 
soudre définitivement la question, je priai M. Diguet de rechercher la 
plante dans le Jalisco et d'en recueillir des fruits. 

Au lieu d'une espèce, M. Diguet nous en a envoyé deux, une petite, qui 
ne dépasse pas un mètre, et une grande, qui atteint plusieurs mètres et 
qui est plantée en haies ou cultivée pour ses fruits. Toutes deux ont des 
graines blanchâtres, sub-osseuses , qui doivent les faire classer indiscuta- 
bl ment dans le genre Opuntia. Leur parenté évidente (peut-être l'identité 
de l'une d'elles) avec le Pereskia spathulata de nos collections indique 
clairement que, dorénavant, cette dernière espèce devra également prendre 
place parmi les Opuntia, dans la section où figure déjà Y Opuntia rotundi- 
folia, très bien décrite en 1891 par T.-S. Brandegee. 

Cette section , dont je propose de faire le sous-genre Pereskopuntia , 
comprendra donc les espèces suivantes : 

Op. rotundifolia Brandg (2) . — Extrémité sud de la péninsule califor- 
nienne, où il a été découvert par M. Brandegee, et observé également, 
mais à l'état stérile, par M. Diguet. — Buissonnant, haut de 2 à 3 mètres, 
sub-inerme, remarquable par ses petites feuilles charnues, arrondies, ses 
nombreuses sélules glochidiées, ses fleurs jaunes, et ses graines blanchâtres 
laineuses. — Peut-être synonyme du Pereskia rotundifolia D C. 

Op. Porteri Brandg. — Bose jaune du Sinaloa. — Trouvé à Topolo- 
bamba , sur la côte du Sinaloa , 2 6° lat. — Espèce voisine de la précédente , 

(l) Voir K. Schumann, Monatsschrift fiir Kakteenkunde , 1896, p. 177. 
W Voir T. S. Brandegee, Cad. of Baja Calif, in Zoe , avril 1891. — Voir aussi 
Kalb. Brandegee, Notes on Cacteœ, in Erythea , nov. 1897. 



— 165 — 

dont elle se distingue par ses feuilles lancéolées aiguës, longues de 2 centi- 
mètres, et par la présence d'aiguillons acicidaires bruns, longs de 2 centi- 
mètres , sur les jeunes rameaux. 

Op. spathclata Web. [Syn. Pereskia spalhulata Otto, P. cmssicaulis 
Zucc, P. lanceolata Otto]. — Cultivé depuis plus de 60 ans dans nos col- 
lections. Feuilles charnues, épaisses, spatulées ou lancéolées; aiguillons 
blanchâtres , barbelés. D'après Karwinski , les fleurs sont rouges et la plante 
est employée pour former des haies. 

C'est probablement elle qui figurait à l'Exposition de 1889 , sous le nom 
d' Alfilcrillo du Jalisco. 

Peul-ètre est-elle synonyme de l'espèce suivante (N° 1 ou «grande es- 
pèce « de M. Diguet). 

Op. AQUOsAWeb. [Syn. Op. spalhulata (?) var. aquosa.] — Cultivé à 
Guadalajara par les gens du peuple (Diguet), sous les noms de : Tuna de 
Agita, Pitaija de Agua, Chirioncillo , plus rarement sous le nom de Tasa- 
jillo ^ ou d'Alfilerillo. On le plante] en haies ou le long des murs. Son fruit, 
qui apparaît vers la fin de décembre, est vendu sur les petits marchés; son 
principal mérite est d'être un fruit d'hiver. 

L'envoi de M. Diguet comprenait des fragments de rameaux, des feuilles 
et des fruits. Ces rameaux sont cylindriques, glaucescents , d'environ 
1 5 millimètres de diamètre. Aréoles rondes , tomenteuses , portant à leur 
partie inférieure un aiguillon sub-soli taire, blanc ou grisâtre, rigide, or- 
dinairement tors, long d'environ 3 centimètres, quelquefois accompagné 
d'un second aiguillon semblable, mais beaucoup plus court. 

Les feuilles étaient sèches et avaient k à 5 centimètres de longueur sur 
2 à 2,5 cent, de largeur; elles sont elliptiques, aiguës, plus ou moins spa- 
tulées. 

Les fruits , qui ne paraissent pas tout à fait mûrs , sont terminaux et so- 
litaires à l'extrémité des rameaux, ce qui les fait paraître pédoncules; ils 
sont d'un vert jaunâtre, allongés, longs de h à 6 centimètres sur 2 à 
2,5 centimètres de largeur, ombiliqués; ombilic infundibuliforme, large 
de 12 à i5 millimètres. Ils portent 10 à 12 aréoles, garnies d'un pinceau 
de sétules barbelées très piquantes et adhérentes aux doigts. L'intérieur du 
fruit renferme une chair aqueuse dont l'odeur rappelle celle de la pomme. 
Les graines ont environ 3,5 millim. de longueur sur 3 millimètres de 
largeur; elles sont blanchâtres ou fulvescentes , sub-osseuses, marginées; 
leur marge est formée par le funicule ossifié qui les entoure et qui se pro- 

W Sous le nom de Tasajillo, les Mexicains désignent généralement les Opuntia 
leptocaulis et 0. Kleiniœ DC , ou des espèces voisines (Op. Tasajo Engelm.). — 
Le mot Tasajillo, diminutif de l'espagnol Tasajo, signifie lanière de viande sèche 
{carne secca). 



— 166 — 

longe au-dessous du bile en une sorte de pointe ou de queue sub-osseuse 
très caractéristique, longue de 1 à 2 millimètres. Quand elles sont sèches, 
elles sont enveloppées de quelques filaments cotonneux adhérents. L'em- 
bryon est en fer à cheval, plié en deux autour d'un albumen peu abondant. 

Op. Digueti Web. — C'est là le Percskia n" 2 ou «• petite espèce » de M. Di- 
guet , qui l'a trouvé rraux environs de Guadalajara " où on l'appelle également 
Alfilerilh, comme toutes les espèces de cette section. Il reste bas, frutescent 
et atteint à peine 1 mètre de hauteur. — M. Diguet n'en a envoyé ni ra- 
meaux, ni feuilles, mais seulement des fruits desséchés, qui, dans cet état, 
ont environ 2,5 cent, de longueur sur 1 centimètre de largeur. Ils sont ombi- 
liqués et portent une quinzaine d'aréoles arrondies, feutrées, garnies de 
petites sétules glochidiées et quelquefois d'un aiguillon solitaire, grisâtre, su- 
bulé, long d'un centimètre. L'intérieur de ces fruits est entièrement rempli 
de graines, nichées dans une substance laineuse ou cotonneuse, adhérente, 
compacte , jaunâtre , et pressées les unes contre les autres. Les graines , dé- 
barrassées de celle enveloppe laineuse ont 3,5 millim. de longueur sur 
3 millimètres de diamètre; elles sont d'un blanc sale ou rougeâtres, entou- 
rées d'une marge blanche formée par le funicule qui n'est pas prolongé 
au-dessous du hile comme dans l'espèce précédente. L'embryon, en fer 
à cheval, entoure un albumen peu abondant. 

Par son enveloppe laineuse, la graine de cette espèce se rapproche de 
celle de Y Op. rotundijblia Brandegee. 

Op. Pititache Web. [Syn. Pereskia PitilacheKixrw., Per. calandriniœfolia 
Otto.] — Cette espèce trouvée par Karwinski aux environs de Téhuante- 
pec, y forme un arbre assez élevé dont le tronc cylindrique est armé d'ai- 
guillons très serrés. Connue depuis plus de 60 ans, elle était toujours 
considérée dans nos collections comme un Pereskia; niais ses aiguillons sent 
barbelés, et, d'après Karwinski (l) , son fruit, absolument semblable à un 
fruit de Tuna (Opuntia), est plein de poils piquants. Elle doit donc, sans 
aucun doute, être classée dans le genre Opuntia, à côté de Y Op. spathulata. 

DeCandolle, dans sa Revucdes Cactées (1828), adécrit et figuré, d'après 
les dessins inédits de Mocino el Sessé, quatre Pereskia mexicains, sans in- 
dication de localité, qui n'ont jamais été introduits vivants en Europe. Ce 
sont: l° P. zinniœjlora DC; — 2 P. lychnidijlora DC; — 3° P. opun- 
tiœjlora DC: — h° P. rotundifolia DC. 

Les deux derniers devront, selon toutes les probabilités, être classés 
parmi les Opuntia péreskioïdes. Il est même probable que le Per. rotundi- 
folia DC est identique avec Y Opuntia rotundifolia Brandegee, el le Per. 
opuntiœjlora DC en paraît également voisin. 

u) Karwinski, in Allgemeine Gartenzeitung , 1 883 , p. 70. 



— 167 — 

Quant aux Per. zinnimjlora DC et lychnidiflora DC , ce sont évidemment 
des Pcreskia véritables; et parmi toutes les espèces mexicaines décrites jus- 
qu'à ce jour, ce sont les deux seules qui appartiennent légitimement a ce 
genre (I) . 

Tout récemment, il est venu s'y joindre une troisième espèce encore in- 
édite , provenant authentiquement du Mexique , où elle a été trouvée par 
M. Heese, à El Paso de Dona Cecilia, sur le Rio Panuco, près de Tampico. 
Ayant eu l'occasion d'en examiner un exemplaire vivant et une photo- 
graphie, ainsi que des fleurs fanées, je veux la décrire brièvement. 

Pereskia tampicana n. sp. 

Tige frutescente, verte, lisse; aréoles convexes, tomenleuses, ordinai- 
rement inermes, rarement avec un aiguillon isolé, droit, rouge. Feuilles 
elliptiques allongées, longues de 7 à 8 centimètres, larges de 3 centimètres, 
rétrécies aux deux bouts, brièvement pétiolées, aiguës au sommet, d'un 
vert jaunâtre sur les deux faces; nervure médiane de même couleur, sad- 
lante sur la face inférieure, marquée par une simple ligne sur la face supé- 
rieure ; nervures secondaires peu visibles. 

Fleurs disposées en bouquets à l'extrémité des rameaux, longues et larges 
de 2 à 3 centimètres, d'un rose lilas en forme découpe. Ovaire piriforme, 
sub-pédonculé, anguleux, prolifère, verdâtre, garni de quelques squames 
foliacées inermes, dont 6 à 7 disposées au sommet de l'ovaire où elles 
forment une sorte de calicule vert. Sépales 2 , pétaloïdes rose lilas clair. 
Pétales plus longs, plus colorés, rose lilas pourpre, lancéolés; étamines 
nombreuses, blanches; anthères jaune soufre, style court, à base conique; 
stigmates blancs. 

Cette espèce est voisine du Per. grandifolia Haw. , du Brésil , dont elle se 
distingue facilement par ses feuilles beaucoup plus petites et sa tige sub- 
inerme. 

Transformation de la glycérine par la bactérie dv sorbose, 
par M. Gabriel Bertrand. 

On a vu dans ce Bulletin (2) les circonstances assez curieuses qui accom- 
pagnent l'apparition du sorbose dans le jus des fruits du Sorbier des Oiseaux. 
Quand on abandonne ce jus au contact de l'air, il arrive quelquefois qu'un 
Microbe, apporté par la Mouche des vinaigreries, se développe à sa sur- 
face, oxyde la sorbite qu'il renferme et la transforme en sorbose. 

(1 ' Le Pereskia Bleo, figuré en i83i dans le Botan. Begist., t. 1 A73 , et indi- 
qué (sans doute par erreur) comme provenant du Mexique, n'est autre que le 
P. gi-andifolia Haw., espèce brésilienne bien connue. 

W Voir Bulletin du Muséum, 1896, p. 116. 



— 168 — 

Après avoir reconnu ce fait et l'avoir appliqué à la préparation facile et 
régulière du sorbose, j'ai eu l'idée de faire croître le Microbe, producteur 
du sorbose, sur de la glycérine. Cette fois encore j'ai obtenu un sucre ré- 
ducteur, crislallisable, dont je vais dire quelques mots. 

Pour préparer ce sucre, on fait bouillir de la levure de bière avec de l'eau 
distillée, on filtre, puis on ajoute assez d'eau pour que le liquide ne ren- 
ferme pas plus de h à 5 grammes de matières soluble- par litre. Cela suffit 
à la végétation du Microbe. On ajoute 5 à G p. îoo de glycérine, et, 
après avoir réparti ce bouillon spécial dans des matras, de manière qu'il y 
forme une couche de 2 à 3 centimètres d'épaisseur, on stérilise ; on ense- 
mence le Microbe, puis on place dans une étuve chauffée vers + 3o degrés. 

Le développement de la bactérie du sorbose est très rapide dans ces con- 
ditions; aussi, après une à deux semaines, la transformation de la glycérine 
est complète. On concentre le bouillon, par distillation dans le vide, et le 
résidu est repris par un mélange d'alcool et d'éther; les impuretés se pré- 
cipitent, tandis que le sucre passe en dissolution. En évaporant le liquide 
élhéro-alcoolique, il reste un sirop presque incolore qui ne tarde pas à cris- 
talliser. 

Essorés à la trompe et purifiés par lavage à l'alcool absolu, les cristaux 
répondent à la formule C 3 H 6 3 d'un hydrate de carbone. Cette formule a 
d'ailleurs été confirmée par les combinaisons obtenues avec divers réactifs, 
notamment la phénylhydrazie, l'hydroxylamina et le bisulfite de sodium. 
Toutes ces combinaisons ont montré qu'on avait à faire à la dioxyacétone : 

CH 3 OH 

I 

co 

I 

CH'OH 
ne différant de la glycérine 

CH'OII 

I 
CH-OI1 

I 
CH 2 OH 

que par deux atomes d'hydrogène m moins. La dioxyncélone présente 
donc avec la glycérine les mêmes rapports que le sorbose avec la sorbite. 
Parmi les caractères saillants de la dioxyacétone, je citerai sa propriété 
de réduire la liqueur de Felding dès la température ordinaire, et aussi la 
résistance de ce corps à l'action fermenlalive de la levure de bière. C'est 
seulement quand il est mélangé avec un autre sucre facilement fermentes- 
cible, qu'il est décomposé en alcool et acide carbonique; à cet égard, il se 
comporte donc comme le galactose. 



— 169 — 

En terminant, je rappellerai que le sucre de glycérine n'est connu que 
depuis très peu de temps à l'état de pureté. Il avait été obtenu d'abord par 
M. Grimaux.puis, sous le nom de giycérose . par MM. Etn. Fischer et Tafel, 
mais comme un liquide siropeux , mélangé d'autres substances. C'est seule- 
ment au mois de janvier dernier que M. Piloty en a décrit la préparation 
à l'état cristallisé ; encore ce savant emploie-t-il une série de transformations 
chimiques fort compliquées. La bactérie du sorbose, au contraire, donne fa- 
cilement 20 à 3o grammes de dioxyacétone avec 100 grammes de glycé- 
rine. En cela, elle se montre donc supérieure à nos réactifs ordinaires de 
laboratoire. C'est démontrer, une fois de plus, tout le parti avantageux 
qu'on pourra retirer, en chimie, de l'emploi méthodique de certains Mi- 
crobes. 



Sur la séparation des oxydes de cerium, 
de thorium et des autres terres de la cerite et de lyttria, 

par MM. A. Verneuil et G. Wyrouboff. 

Dès le début de nos recherches sur les terres rares, nous nous sommes 
attachés à trouver des méthodes de séparation plus sûres et surtout plus 
rationnelles que celles qui sont jusqu'ici en usage. Tous les procédés connus 
ne s'appuient sur aucune réaction précise et ne mènent au but que par une 
longue série de fractionnements. Us ne permettront jamais d'ailleurs de 
s'assurer de la pureté du produit obtenu que par des observations spectro- 
scopiques, dans le cas où le spectre est très caractéristique, ou par l'absence 
d'incandescence, lorsqu'il s'agit de la thorine. Cependant toutes ces terres, 
si voisines soient-elles, doivent posséder des réactions caractéristiques et ne 
peuvent qu'à cette condition, constituer des espèces chimiquement dis- 
tinctes; le problème se réduit donc à chercher ces réactions et à les appli- 
quer à leur séparation. 

Remarquons, tout d'abord, qu'en rangeant les terres rares suivant leurs 
analogies chimiques, on obtient la série suivante : Th, Ce, La, Di, Yt (Er, 
Te). Cette série présente une particularité extrêmement intéressante. Si l'on 
arrive, par un procédé quelconque, à séparer complètement l'un des termes 
de la série du terme immédiatement suivant, on le sépare en même temps 
de tous les termes qui suivent et on laisse tous les termes qui précèdent. 
C'est ainsi que toutes les méthodes connues pour séparer les terres de 
l'yttria du didyme entraînent fatalement avec ce dernier non seulement 
les autres terres de la cérite, mais encore la thorine; c'est ainsi également 
que les réactions qui permettent d'obtt nir du cérium exempt de lanthane 
et de didyme le débarrassent en même temps des terres de l'yttria, mais 
entraînent nécessairement la thorine. Ce phénomène que nous nous con- 



— 170 — 

tentons de signaler aujourd'hui doit servir de base à toute méthode ration- 
nelle de séparation des terres rares. Nous sommes fort loin encore , sans 
doute, de posséder des procédés de séparation pour tous les oxydes de la 
série, mais , pour quelques-uns, elle est déjà aujourd'hui possible et il im- 
porte d'en préciser les conditions. 

Dans un mémoire précédent (I) , nous avons donné un moyen très facile 
de séparer complètement le cérium du lanthane et du didyrne. Conformé- 
ment à la règle que nous venons d'énoncer, les terres de l'yltria sont éli- 
minées en même temps, mais, conformément à la règle aussi, la thorine 
reste atlachée au cérium. Il ne s'agissait d'abord pour nous que d'avoir du 
cérium rigoureusement exempt de lanlhane, de didyrne et de thorine. Le 
problème se posait donc d'une façon très précise : le lanthane, le didyrne 
et les terres de l'yttria éliminés du même coup , chercher une réaction qui 
permette l'élimination immédiate de la thorine. La solution du problème, 
posé en ces termes , ne présente aucune difficulté. Le phosphate de tho- 
rium est, en effet, tout à fait insoluble dans l'acide chlorhydrique faible; 
le phosphate céreux y est, au contraire, fort soluble. Si donc, dans un mé- 
lange de chlorures renfermant un peu de thorine , on ajoute assez d'acide 
phosphorique pour saturer cette dernière; elle se sépaie intégralement, en- 
traînant, il est vrai , avec elle des quantités variables (quelques centièmes) 
de cérium. Mais, sous cette forme, le phosphate de thorium est un corps 
extrêmement volumineux qui ne peut être que difficilement filtré et lavé. 
Il faut donc, après addition d'acide phosphorique, évaporer le tout, soit 
au bain-marie, soit même à feu nu, jusqu'à consistance pâteuse; on reprend 
par Cl H dilué dans sept à huit fois son volume d'eau. Le lavage du pré- 
cipité est alors des plus faciles et la liqueur filtrée ne renferme plus trace 
de thorine. Pour constater l'absence de la thorine, il fallait un réactif ca- 
pable d'en déceler même de très faibles quantités, et nous l'avons trouvée 
dans l'eau oxygénée. C'est ainsi que nous avons pu résoudre non seule- 
ment le problème inverse — la préparation facile d'une thorine exempte de 
cérium — mais encore effectuer la séparation quantitative des deux corps. 

M. Clève a remarqué depuis longtemps (2) qu'en ajoutant un excès d'eau 
oxygénée à une solution de sulfate de thorium , on obtenait un précipité 
blanc volumineux ayant pour composition Th 4 7 SO 3 (Th = 1 16). Ce com- 
posé n'est pas complètement insoluble et la liqueur filtrée donne, avec 
l'ammoniaque, un précipité plus ou moius abondant. Cela tient à la pré- 
sence d'acide sulfurique libre qui se forme dans la réaction : 

4S0 4 Th-t- 3 H a 2 = Th"0 7 SO s + 3 S0 4 H s 

et qui tend à décomposer le peroxyde formé. Il était donc très probable 

W Bull. Muséum d'Hist.nat., 1897, p. 34a. 
W Bulletin Soc. chim., i885, t. XXXXIII, p. 5 7 . 



— 171 — 

qu'en employant un acide moins énergique, on arriverait à précipiter com- 
plètement la thorine, d'autant plus qu'une réaction tout à fait semblable 
est depuis longtemps connue pour le cérium. On sait, en effet, que l'acé- 
tate de cérium est complètement précipité par l'eau oxygénée à l'état de 
peroxyde. 

L'expérience a pleinement confirmé cette prévision; l'eau oxygénée pré- 
cipite intégralement la thorine lorsqu'elle est à l'état de chlorure et surtout 
de nitrate neutres. L'analogie entre le thorium et le cérium apparaît ici 
d'une façon frappante. Tous deux donnent, par l'action de l'eau oxygénée, 
des peroxydes en liqueur acide, et la différence ne porte que sur la stabilité 
relative de ces peroxydes, celui de cérium se décomposant instantanément 
en présence de l'acide nitrique ou chlorhydrique. 

C'est sur cette stabilité très inégale des deux peroxydes que nous avons 
essayé de fonder une méthode de séparation. Théoriquement, les choses se 
présentent d'une façon très simple : Si, à un mélange d' acétates de Th, Ce, 
La, Di, Yt, on ajoute de l'eau oxygénée en excès, le thorium et le cérium 
seuls se précipitent; le mélange Th +Ce transformé en nitrate et traité à 
nouveau par l'eau oxygénée donne un précipité qui a pour composition 
Th 4 O 7 Az 2 5{1) , le cérium restant en solution. Mais en matière de terres 
rares, il faut se méfier des conclusions, en apparence les plus légitimes; 
des circonstances secondaires interviennent le plus souvent, qui créent entre 
la théorie et l'application un véritable abîme. L'acétate de peroxyde de tho- 
rium est un corps tellement gélatineux, qu'il est impossible de le filtrer, plus 
impossible encore de le laver. En second lieu , la précipitation en liqueur 
acétique par rPO 2 entraîne, en même temps que le thorium et l'oxyde de 
cérium, une certaine quantité des autres terres. Cette quantité diminue, il 
est vrai, de plus en plus, à mesure que la liqueur renferme plus d'acide 
acétique libre , mais la solubilité du cérium augmente en même temps et 
l'on perd en quantité ce que l'on gagne en pureté. 

Un phénomène analogue se produit lorsqu'on essaye de séparer le tho- 
rium du cérium en liqueur nitrique. Le précipité de peroxyde de tho- 
rium , qui devrait être absolument blanc, est toujours plus ou moins jaune 
et d'autant plus que la quantité de céiïum est plus grande dans le mélange. 
Lorsque cette quantité est très faible, toute la thorine n'est pas précipitée; 
il en reste une quantité très petite, il est vrai, avec le cérium demeuré en 
solution. Seulement ici, ce double entraînement qui, au premier abord, 
parait très défavorable, constitue en réalité une circonstance des plus avan- 
tageuses. Tant qu'il reste des traces de thorine mélangées au cérium , l'eau 
oxygénée produira, dans la solution des nitrates, un précipité facilement 
visible, grâce à son grand volume; tant que le thorium contient, si peu que 

<•) L'analyse nous a donné : calculé: ThO = 100; O = 9,09; Az 2 5 = ao,/i5 
— Trouvé :ThO, ioo;0 = 9,t3; Az0 5 = ao,45. 



— 172 — 

ce soit, de cérium, la liqueur filtre'e du précipité donnera, par l'addition 
de l'ammoniaque, des flocons jaunes. La réaction est tellement sensible, 
qu'un millième de (horium dans le cérium ou de cérium dans le thorium 
peut être facilement reconnu et recueilli sur le filtre. 

Nous sommes donc ainsi en possession d'un réactif qui permet non seu- 
lement de reconnaître la présence de très faibles quantités de l'une des 
terres dans la solution de l'autre, mais encore de les avoir toutes les deux 
parfaitement pures. 

Purification du cérium. — Généralement, le cérium ne renferme que de 
faibles quantités de tlioriue. On ajoute dans ce cas à la solution des nitrates 
qu'on a évaporée à sec ou neutralisée par l'ammoniaque, de façon à la 
rendre aussi neutre que possible, de l'eau oxygénée et l'on chauffe pendant 
quelques minutes à l'ébullition. Lne prise d'essai filtrée, additionnée do 
son volume d'eau oxygénée et chauffée à nouveau ne doit plus donner de 
précipité. Le précipité jaune sous forme de flocons volumineux ne doit 
pas être confondu avec le louche blanchâtre que l'on obtient par l'action de 
l'eau oxygénée à chaud sur le cérium pur; ce louche provient de l'acide 
phosphorique que l'eau oxygénée du commerce contient toujours et qui 
donne un phosphate céreux insoluble, à chaud surtout. Le cérium ainsi 
traité ne contient plus trace de thorium. Si la quantité de thorium mélangée 
au cérium était un peu considérable, i5 à 20 p. 100 par exemple, il serait 
plus avantageux de l'enlever au préalable par le carbonate d'ammoniaque 
additionné d'ammoniaque caustique. La thorine s'y dissout très aisément, 
n'entraînant que quelques centièmes de cérium. Après un seul traitement, 
le cérium resté insoluble ne contient plus que 5 h 6 p. 100 de Ti:0; on 
neutralise par Az0 3 H et l'on précipite par H 2 0\ Ce qui vient d'être dit 
pour le cérium s'applique aussi à un mélange qui contiendrait toutes les 
terres de la cérite et de l'yllria. 

Purijicatio;i de la thorine. — Ici c'est le cas inverse qui se produit : la 
thorine est presque toujours accompagnée de grandes quantités de terres 
étrangères, 95 p. 100 environ, dans la monazite. 

Ln marche à suivre dépend de ce que l'on se propose de faire. Si Ton 
veut extraire la totalité de la thorine existant dans le mélange, le mieux 
est de traiter de suite la solution des nitrates par l'eau oxygénée (il en faut 
10 à i5 centimètres cubes, en la supposant à 10 volumes, par gramme de 
ThO). La thorine ainsi précipitée est très impure; blanche d'abord, elle 
jaunit rapidement et peut même prendre une couleur orangée foncée. Pour 
la purifier, il faut la redissoudre à chaud dans l'acide nitrique, évaporer à 
sec et reprécipiter par H 2 2 . Elle est alors à peu de chose près pure; pour- 
tant elle donne encore un manchon légèrement incandescent, comparable 
à un mélange renfermant 0,1 à 0,9. p. 100 de cérium. Une troisième pré- 
cipitation la rend rigoureusement pure. Celte pureté se reconnaît très faci- 
lement : la liqueur séparée du peroxyde ne donne plus le moindre précipité 



— 178 — 

par l'ammoniaque. Kn l'absence de cérium. la précipitation de la thorine 
par l'eau oxygénée est, en effet, totale. Si l'on lient à opérer rapidement, 
il vaut mieux épuiser deux ou trois l'ois les oxalales par une solution de 
carbonate neutre d'ammoniaque, La solulion évaporée à sec n'exige [du-. 
me deux traitements par H 2 2 pour donner nue thortne sans aucune trace 
d'incandescence. 

Il importe de remarquer «pie les impuretés qui existent dans l'eau oxy- 
génée commerciale, et spécialement les acides pliosphorique et sulfurique, 
s'arcumulent dans le peroxyde de thorium. Il faut donc on bien distiller 
l'eau oxygénée qu'on emploie, ou bien purifier la tborine. Oite purifica- 
tion n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire.» Le mieux est de ia dis- 
soudre dans Hcl et de la précipiter par l'acide oxalique en liqueur Portement 
acide. On enlève ainsi la majeure partie de l'acide pliosphorique, mais non 
l'acide sulfurique. L'oxalate de thorium a l'inconvénient d'être complète- 
ment insoluble dans l'acide nitrique bouillant, ce qui le distingue des oxa- 
lales de toutes les autres terres rares; en revanche, lorsqu'il n'a pas été 
préalablement chauffé, il est instantanément décomposé à froid par la 
grade ou la potasse, caractère qui lui est également propre. L'hydroxyde 
ainsi obtenu ne renferme plus trace d'acide sulfurique. Pour le débarrasser 
de l'acide pliosphorique qu'il contient encore , on le redissout dans Hcl, 
on le reprécipite par l'acide oxalique et l'on décompose l'oxalate parla soude. 

L'hydroxyde contient ainsi de notables quantités d'alcali dont il est im- 
possible de le débarrasser par le lavage. Il faut le redissoudre dans Hcl et 
le précipiter par l'ammoniaque. Un semblable hydroxyde doit être, après 
Forte calcination, parfaitement blanc, comme la tborine obtenue par ealci- 
nation de l'oxalate, du nitrate ou du sulfate. On n'atteint que difficilement 
ce degré de pureté, car les pins faibles traces d'impuretés contenues dans 
les réactifs employés donnent à l'hydroxyde calciné cette couleur grisâtre 
ou jaunâtre qu'on trouve signalée dans tons les ouvrages classiques. 

Dosage du cérium en présence des autres terres rares. — Les procédés que 
nous avons fait connaître permettent de séparer quantitativement le cérium, 
avec une exactitude bien supérieure à celles que donnent tous les procédés 
actuellement connus. Ils ont de plus l'avantage de n'exiger qu'une faible 
quantité de matière. 

Dosage en présence du lanthane , du didijmc et des terres de l'yttria. — Si 
le mélange des oxydes provenant de la calcination des oxalates n'était pas 
on n'était que partiellement soluble dans l'acide nitrique, — ce qui in- 
dique qu'il contient plus de 5o p. i oo de cérium. — On le dissoudra facile- 
ment en ajoutant à l'acide nitrique, par petites portions, de l'eau oxygénée. 
11 y a dégagement d'oxygène et réduction de l'oxyde cérosocérique. A la 
liqueur limpide, plus ou moins violette, on ajoute de l'eau oxygénée 
( 1 o centimètres cubes par gramme d'oxyde), puis de l'ammoniaque jus- 
qu'à réaction alcaline , et l'on fait bouillir pour transformer le précipité 

MlSËlH. — IV 19 



7/i 



brun en hydrate çérosocérique jaune clair. La transformation est complète 
lorsqu'il n'y a plus de dégagement d'oxygène. On liltre et on lave pour 
enlever le nitrate d'ammoniaque qui générait la réaction ultérieure. Ou 
sèche à 1 10 degrés et l'on détache le précipité du liltre aussi bien (pie pos- 
sible; le lillre est incinéré et calciné; le résidu traité à chaud par quelques 
-jouîtes de AzOTI et H 2 0' est évapore à sec. On reprend par un peu d'eau 
et on ajoute la solution à la masse principale du précipité, qu'on dissout a 
chaud dans \zOil. La solutionnes! évaporée à sirop, reprise par quelques 
centimètres cubes d'eau et évaporée de nouveau. Par le refroidissement . 
on obtient une niasse vitreuse de couleur jaune lonce, on la dissout dans 
100 centimètres cubes /l'une solution île \/0 \/.||' a 5 p. too et l'on 
chauffe vers 70 degrés: la liqueur jaune commence à se troubler; il se 
forme un précipité blanc jaunâtre et la réaction est terminée lorsque la li- 
queur surnageante a pris la teinte violette des sels de didyme. On liltre. 
00 lave le précipité avec une solution de \/.0 Azll' a .1 p. 100 et Ion cal 
cine. On obtient ainsi 7."» à 80 p. 100 du cérium existant dans le mélange 
a l'état tout a l'ait pur. La liqueur filtrée esl précipitée par l'oxalate d'am- 
moniaque, dont il ne faut pas employer un excès, les oxalales de Ce, La, 
I)i, contrairement à l'opinion courante y étanl n\\ peu solubles. On vnu\ 
la liqueur alcaline par quelques gouttes d'ammoniaque. Les oxalales qui 
n'onl pas besoin d'être lavés sont calcinés; celte lois, ils sont dans tous les 
cas solubles dans AzO'H. On recommence l'opération précédente el Ion 
obtient ainsi encore quelques centièmes de cériuiu pur. La liqueur filtrée 
contient le reste «lu cérium et la totalité des autres terres; on les transforme 
de nouveau en oxalale, qu'on calcine. On dissout dans Azo'H, on ajoute 
quelques gouttes d'eau oxygénée pour réduire le cérium, on évapore à sec. 
La solution des nitrates est additionnée d'acétate de soude el précipitée 
par un grand excès d'eau oxygénée no centimètres cubes environ). On 
chauffe très légèrement pour hâter le dépôt du précipité, (pu contient toul 
le cérium en même temps qu'une petite quantité des autres terres. On lave 
avec de l'eau à laquelle on ajoute quelques gouttes de Il 0\ La liqueur 
liltrée esl précipitée soil par l'oxalate d'ammoniaque, soit par l'ammo- 
niaque. Les chiffres suivanls montrent le degré d'exactitude de ce procédé. 
On a piis 1,2 4ao d'un mélange synthétique renfermant 0,0*71-8 de Ce 'O 4 
et o,87(>->. des autres terres, telles qu'elles se trouvent dans la inonazile 
après élimination de la thorine el du cérium. 

1" précipitation o,3 160 Ge s O* pur. ■>.' 0,0175 Ce 3 0* pur. .'i r 0,0485 
Ge 3 0* LaODiO entraînés. Total : o,38ao. 

On a donc trouvé le cérium avec une surcharge de -J,b8 p. 100.^ 

Dosage en présence île la tlorine. — Il faut que le mélange soil a I étal 

de nitrate. On dissoul donc les oxalales dans AzO'H, quoique l'oxalate de 

thorium pur y soit insoluble; la solution se l'ait sans difficulté lorsque le 

mélange conuenl 5o p. tôo de cérium. Si la proportion de thorine est plus 



— 175 — 

grande, un décompose les oxalales par la soude; en présence d'un excès de 
ThO, l'oxalate de cérium, très difficilement attaquable par lui-même, se 
décompose très rapidement à froid. La solution des nitrates, qui ne doit 
pas contenir beaucoup plus de o,5 d'oxydes, surtout lorsque la thorine do- 
mine, est évaporée à sec ou neutralisée par l'ammoniaque, le résidu dis- 
sous dans l'eau, la solution additionnée de 10 centimètres cubes d'eau 
oxygénée distillée (ai o volumes) et chauffée quelques instants vers 60 dégagés. 
Le précipité extrêmement volumineux est recueilli sur le filtre et lavé jus- 
qu'à ce que les eaux de lavage ne précipitent [dus par l'ammoniaque. Il 
contient, à quelques millièmes près, toute la thorine; la liqueur filtrée 
contient le cérium à quelques centièmes près. 11 faut donc traiter une se- 
conde fuis les deux fractions. Pour cela, ou précipite le cérium par l'am- 
moniaque, on dissout le précipité sur le filtre même en repassant plusieurs 
Fois quelques centimètres cubes de AztPIl faible qu'on a préalablement 
chauffé. On évapore la solution à sec et l'on traite comme précédemment 
par H 2 0\ La petite quantité de thorine ainsi obtenue est ajoutée au pre- 
mier précipité; le cérium qui se trouve dans la liqueur est, cette fois, tout 
à fait pur; il peut être précipité par l'ammoniaque, calciné et pesé à l'étal 
de Ce'O*. 

Le second traitement du peroxyde «le thorium est moins simple. Le pré- 
cipité ne peut pas être dissous sur le filtre, car le dégagement d'oxygène 
provoque la projection delà solution sous forme d'imperceptibles goutte- 
lettes et occasionne ainsi des perles notables. On l'enlève du filtre avec une 
baguette de verre, ce qui est facile, grâce à la consistance gélatineuse du pré- 
cipité, et on le dissout dans 2 c. c. de HCl auquel on ajoute 9, c. c. d eau el 
1 gr. d'iodure d'ammonium; la réaction est instantanée. On lait passer la so- 
lution sur le filtre pour dissoudre ce qui y adhère encore. On lave rapide- 
ment le filtre et on précipite la solution par l'ammoniaque. L'hydroxyde 
est recueilli sur le même filtre dissous dans Az0 3 H, et fa solution neutra- 
lisée par l'ammoniaque est précipitée par H 2 0\ Les mêmes filtres servent 
pour toutes les opérations, l'un pour l'oxyde de cérium, l'autre pour la 
thorine. 

Le peroxyde de thorium deux fois précipité par l'eau oxygénée ne con- 
tient plus que des quantités insignifiantes de cérium (o,j p. 100 environ); 
on peut donc s'en tenir là dans les analyses qui n'exigent pas une extrême 
précision. Malheureusement, le composé Tb'0 : Az'O qu'on recueille ne 
peut pas être calciné; il décrépite très fortement à une température assez 
élevée, se transforme en une poudre impalpable qui est entraînée hors du 
creuset, ce qui occasionne des pertes s'élevant parfois à 10 p. 100. Il est 
indispensable de le réduire une fois encore par le mélange HCl + AzH'l , 
de le précipiter par l'ammoniaque et de le calciner à l'état d'hydroxyde. 
Toutes ces opérations, qui paraissent fort longues, n'exigent en réalité pas 
beaucoup de temps, grâce à celle circonstance, que la plupart des précipités 



— 170 — 

n'ont besoin d'aucun lavage, puisqu'on n'introduit aucune substance qui ne 
puisse être éliminée par la calcinalion " . 

1. ThO. 0.067; Ce 3 4 , o,o-).-2\ pur. Trouvé : o,3655 el 0,0229. — 
II. ThO, 0,3645; Ce s O\ o,og*4; LaO + DiO: 0,01/10 pur. Trouvé: 
o,:i64elo,o3 7 (Ce 1 0" + LaO,DiO>.— III. ThO. o,o5o8;Ce 3 0\ 0,9685 
par. Trouvé: 0,0675 et o,q5i5. — IV ThO, 0,8677; Ce'O*, 0,3677 
pur. Trouvé: o,365i et o,oq38. 

M. Dcnnis'" a proposé, pour la séparation du thorium el du cérium, 
une réaction très intéressante. Il précipite la solution neutre des azotates 
par le sel potassique de l'acide asothydrique el fiait bouillir la liqueur pen- 
dant quelques instants. La thorine se précipite ainsi , en effet, inlégralemenl 
à l'état d'hydroxyde qui peut être immédiatement calciné. L'inconvénient 
«le ce procédé aussi simple qu' élégant esl précisément la précipitation totale 
de la thorine, car celle thorine entraîne avec elle des quantités de cérium, 
que 1rs précipitations ultérieures ne peuvent pas lui enlever. Il est facile 
de s'en ;issurcr en traitant par Az*K une de ces rrliqueurS éclairantes « 
employées pour la fabrication des manchons Auer, el qui contiennent 1 à 
1,5 p. 100 de céiïum. (m précipite ainsi tout et la liqueur séparée du 
précipité ne renferme pas de cérium. l'ouï- comparer les deux procédés, 
nous avons pris un mélange synthétique renfermanl 0,0959 # de ThO el 
0,0937 de CeO. Apres précipitation parAz'K, on a trouvé dans la liqueur 
filtrée 0,0896 de CeO exempt de thorium. La thorine a été redissoute 
dan- AzO'H et précipité par l'eau oxygénée; la liqueur filtrée a donné 
0.11028 CeO. La thorine avail donc entraîné •">..'! '1 p. 100 de cérium que 
l'eau oxygénée a permis de retrouver. Le procédé que nous proposons esl 
par conséquent beaucoup plus précis qui' celui de M. Hennis. 

1 Dann les analyses 3 ci '1 . le cérium, précipité mae seule foia, contient un peu 
de thorine. 

Zeit. \ml CL, 1897, I. XIII, p. 61a. 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N° 4. 



o<s<-- 



28 B REUNION DES NATURALISTES DU MUSÉUM. 

27 AVRIL 1898. 



PRESIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Présidem dépose sur le bureau le troisième fascicule du 
Bulletin pour Tannée 1898, paru le 26 avril, et contenant les com- 
munications faites dans la réunion du 29 mars. 

Il annonce que l'inauguration des nouvelles galeries du Muséum 
aura lieu le 26 mai, sous la présidence de M. le Ministre de l'In- 
struction publique, et que l'exposition des collections de M. le comte 
de La Vaulx sera ouverte le 29 mai, à 3 heures. 

Il fait part à l'assemblée du retour en France de M. Bastard, dont 
la santé a e'té éprouvée, mais qui est en pleine convalescence et 
qui sera bientôt à même d'exposer les résultats de sa mission à 
Madagascar. 

CORRESPONDANCE. 

Le R. P. Buléon, qui dirige la mission dos Eshiras, dans une 
lettre écrite de Sainte-Croix, à la date du 1" mars, annonce l'envoi 
d'une série de dépouilles de Mammilères et d'Oiseaux, et de roches 
recueillies dans la plaine Ndolo et sur les bords de la rivière Ouïgi. 



Muséum. — iv. lu 



— 178 — 

M. L. Prince, pharmacien des Colonies, chargé par M. le gé- 
néral Gallieni, Gouverneur général de Madagascar, d'une mission 
scientifique dans la région à peu près inconnue de l'Ambongo, 
Milanja et Boeni, sur la côte occidentale de l'île, adresse au Muséum 
une caisse renfermant les divers échantillons de roches et les plantes 
qu'il a pu recueillir dans le cours de son voyage, effectué pendant 
la saison sèche, et il donne un catalogue sommaire de ces exem- 
plaires, accompagné de quelques renseignements. 



M. Geay profite d'un voyage forcé à Cayenne pour expédier une 
caisse destinée au Muséum; il va retourner immédiatement à la 
rivière Carsevenne, d'où il fera un nouvel envoi avant de reprendre 
son expédition dans l'intérieur du pays (régions du Counani et de 
Cachipour). 



M. le docteur Maclaud , qui se propose d'explorer le Foula-Djallon , 
surtout au point de vue économique, vient de s'embarquer à Mar- 
seille, à bord du Stamboul. 



M. le docteur Edmond Ruelle, médecin de la marine, qui est 
attaché à la Commission de délimitation des frontières du Dahomey 
et du Togoland, va quitter la France et a reçu dans les labora- 
toires du Muséum les instructions les plus nécessaires pour la ré- 
colte et la préparation des spécimens d'histoire naturelle. 



— 179 — 



COMMUNICATIONS. 



Description dune espèce nouvelle de Mu ri de 
provenant de madagascar , 

i>ar MM. A. Milne Edwards et Guillaume Grandidier. 

M. E. Bastard a découvert au sud du Mangoky, entre Midongy etThosy, 
un petit Rongeur (1) inconnu des naturalistes et distinct spécifiquement et 
génériquement de tous ceux qui ont été signalés à Madagascar; nous lui 
donnerons le nom de Macrotarsomys Baslardi, afin de rappeler h la fois 
ses caractères extérieurs les plus remarquables et le nom du voyageur à 
qui nous devons cette intéressante espèce. L'animal, par la forme générale 
de son corps , ressemble à certains Hesperomys, La tête et le corps sont 
revêtus en dessus de poils assez longs , très doux , de codeur ardoise à 
leur base, d'un brun jaunâtre à leur extrémité; cette dernière teinte étant 
seule apparente quand les poils sont couchés les uns sur les autres. Ce 




Macrotarsomys Bastardi (réduit de 4/5). 

pelage est assez semblable à celui du Gerbillus validus (Boc), habitant 
l'Angola et le Congo. Le menton, les joues, la gorge, la poitrine, la face 
interne des membres sont d'un blanc pur, ainsi que les mains et les pieds. 
Les moustaches sont longues, les inférieures plus petites, de couleur 



(l > D'après les renseignements fournis par M. Bastard, ce Rongeur a été pris 
le 3 octobre 1 867, près d'un vi'lage nommé Ravori et situé à l'est de la rivière 
Thosv et à trois jours au sud du haut Mangoky. Le pays, dénué d'arbres, est parfois 
1res rocheux, (l'est dans un de ces amas de roches que l'animal avait sa logclle. 

i3. 



— 180 — 

blanche, les supérieures brunes. Le museau esl très légèrement velu. Les 
yeux sont grands. Les oreilles, très développées sont membraneuses, 
glabres, de couleur brunâtre, arrondies à leur extrémité, et beaucoup plus 
hautes que chez la plupart des Muridés; en arrière du trou auditif, la conque 
porte un lobe arrondi très marqué. Les pattes antérieures sont petites, 
leurs ongles sont courts, le pouce est atrophié, les deux doigts médians 
sont égaux et dépassent légèrement les doigts latéraux. Le pied est remar- 
quable par rallongement de la portion tarsienne, indiquant que cet animal 
doit sauter avec une grande agilité. L'extrémité inférieure de la jambe est 
sèche et pourvue de poils très courts , de telle sorte que le talon est très 
apparent et se détache nettement. Le pouce esl inséré beaucoup plus haut 
que les autres doigts; il se termine à peu près h la hauteur de l'articulation 
du 2' doigt. Le 3 e doigt est à peine plus long que les o. e et l\% qui sont 
égaux; le 5 e est petit et son extrémité atteint l'articulation de la 3 e pha- 
lange du doigt voisin. La queue est remarquablement longue, grêle cl 
sèche; dans la majeure partie de son étendue, elle esl éeailleuse comme 
celle des Rats, mais, vers son extrémité, elle est garnie de quelques poils 
bruns, formant au bout une sorte de petit pinceau. 




1, 9, 



Molaires d'Hypogeomyg. — 3,6. Molaires de Macrotnrsomys. 



Les incisives sont fines, lisses et de couleur orangée; les molaires ne 
sont pas tuberculeuses ((ig. 3 et k); elles sont entourées , comme celles des 
Hypogcomys (fig. 1 et a), d'un cordon d'émail onduleux , beaucoup moins 
contourné que chez les Brachytarsomys et les Nesomys. 

Les dimensions des oreilles, la conformation des pattes postérieures et 
de la queue séparent nettement le Macrolarsomys des Brachyuromys , Bra- 
chytarsomys , Nesomys et Hallomys de Madagascar; les pattes de Yllypo- 
geomys sont beaucoup plus fortes, et la queue est grosse et moins longue. 

La brièveté de la portion tarsienne du pied, le revêtement pileux de la 



— 181 — 

queue et la forme des dents distinguent facilement YEliurus de noire 
nouveau Rongeur. 

L'unique exemplaire trouvé est un mâle présentant les dimensions sui- 
vantes : 

/ de la tête et du corps 90 milliin. 

I de la queue jusqu'à l'extrémité des poils ter- 
Longueur. | minaux 120 

) de l'oreille 1 9 

\ du pied sans les griffes a3 

Largeur maximum du tarse » 



Us Amblyderus [Col. Hétéromères] nouveau d'Abyssinie, 
par M. Maurice Pic. 

Amblyderus maculipennis n. sp. 

Allongé, testacé rougeâtre, peu brillant (avec les palpes, antennes et 
pattes plus pâles) , les yeux noirs, ainsi qu'une tache médiane et externe 
située sur le milieu des élytres; corps à pubescence double blanche, assez 
longue et un peu couchée, plus courte sur l'avant-corps, parsemée de 
quelques poils plus longs dressés. Tête large, tronquée en arrière, un peu 
entaillée-sillonnée sur le milieu de sa base avec les angles postérieurs 
arrondis; yeux noirs, petits. Antennes peu longues, assez grêles, peu sen- 
siblement "épaissies à l'extrémité avec l'article terminal un peu plus long 
que le précédent, en pointe émoussée au sommet. Prothorax à peu près 
de la largeur de la tête, plus long que large, peu dilaté en avant (marqué 
sur cette partie de quatre dents éraoussées, saillantes, flanquée* de plus 
petites), atténué obliquement en arrière, rebordé sur la base; ponctuation 
forte et rapprochée sur les côtés et en avant, espacée sur le disque en ar- 
rière. Écusson peu marqué, triangulaire. Élytres allongés, subovalaires, 
pas très larges aux épaules, celles-ci étant arrondies, à peine élargis sur 
le milieu, puis bien atténués en arrière avec une ponctuation forte, écartée 
et une sorte de dépression postérieure suturale allongée: une grosse tache 
noirâtre externe et à peu près carrée au milieu de chaque élytre, mais 
éloignée de la suture. Dessous du corps de la couleur du dessus. Pattes 
relativement grêles, pâles. Longueur 2 millim. 5. Abyssinie (Raffray, in 
Muséum de Paris). A placer près de A. spiniger, Mots, de Ceylan; mais 
celui-ci possède six dents (au lieu de quatre) saillantes au prothorax et ne 
semble pas présenter de dépression suturale. 



— 182 — 

Note sur un cas singulier de nidification de la Guêpe commune 

(Vespa germanica), 

par M. A.-L. Clément. 

Le nid de Guêpes que j'ai l'honneur de vous présenter a une histoire 
des plus curieuses, et il me paraît, pour cette raison , digne de figurer dans 
les galeries du Muséum. 

11 a été construit, contre toute attente, dans la hausse d'une ruche ha- 
hilée, au rucher de la Société centrale d'apiculture du parc de Monlsouris. 

Au printemps de l'année dernière, M. Saint-Pée, l'excellent professeur 
d'apiculture , remarqua une Guêpe qui , à son grand élonnement , pénétrait 
dans une ruche à cadre. Il en souleva la hausse, et fut plus étonné encore 
en la voyant travailler au sommet de la hausse à la construction d'un nid 
qui n'avait alors que la grosseur d'une noix. 

Sa première pensée fut de détruire le nid de la Guêpe, mais, sur mes 
instances, il la laissa continuer son œuvre et me promit de l'observer chaque 
fois qu'il viendrait au rucher. Il était d'ailleurs convaincu que les Abeilles, 
vu leur grand nombre, trouveraient bien quelque moyen pour s'en déba- 
rasser promptement. 

H n'en fut rien; peu de temps après, il ville nid un peu plus grand et 
garni de larves. Un peu plus tard , il constatait que la mère avait mené à 
bien l'éducation de ses premiers nourrissons, et que de nombreuses filles 
l'aidaient à agrandir le nid, si bien qu'à la fin de l'été il avait acquis le 
développement que vous pouvez constater ici. On a pu voir ainsi, pendant 
une saison tout entière, deux colonies de races ennemies vivant dans la 
même habitation: les Guêpes en haut, les Abeilles en bas, sans qu'aucune 
des deux ne parvînt à chasser l'autre. 

Les Abeilles entraient et sortaient par le trou de vol , mais les Guêpes 
passaient ordinairement par des joints disloqués. Pourtant, chose remar- 
quable, quelques-unes passaient aussi à l'aller et au retour par le trou de 
vol, traversant ainsi chaque fois toute la colonie des Abeilles qui ne sem- 
blaient pas y prendre garde. 

Cependant la bonne harmonie ne régna pas toujours dans cette double 
république, car, par moments, M. Saint-Pée a vu le sol autour de la ruche 
jonché de cadavres d'Abeilles, tandis (pie d'autrefois il était couvert de 
Guêpes mortes. 

Peut-être y avait-il en ces moments-là de grands combats dans la ruche? 

La colonie d'Abeilles, il faut le dire, a toujours été faible. Ces Insectes, on 
le sait en apiculture, demandent à être Iranquilles et leurs trop nombreu- 
ses voisines devaient souvent leur causer bien des dérangements et bien 
des tracas. 



— 183 — 

D'ailleurs, elles étaient prive'es d'une bonne partie de leur place, car le 
nid de Guêpes remplissait la hausse absolument tout entière. Leur nombre 
était si grand , que leur présence était devenue un danger pour les environs 
du rucher, où chaque jour quelque promeneur avait à souffrir de leurs 
piqûres. Il fallut songer à les détruire. 

Ce fut chose facile. La ruche fut enfumée. La hausse étant soulevée, on 
y introduisit une mèche soufrée et, quelques minules après, le nid était 
enlevé avec les cadres qui le supportaient. 

Aussitôt les Abeilles se répandirent dans la hausse paraissant fort éton- 
nées de la voir inhabitée. 

Les Guêpes qui se trouvaient au dehors ne semblèrent à leur retour faire 
aucune tentative pour s'y réinstaller. 

J'ai pu constater que l'acide sulfureux n'avait eu aucune action sur les 
Nymphes enfermées dans leurs cocons, et jusqu'au mois de janvier j'ai pu 
assister chez moi à l'éclosion de nombreuses Guêpes mâles et femelles. 

Cette observation de deux colonies aussi antagonistes vivant ensemble, 
côte à côte, pendant une saison entière pourrait peut-être donner lieu à 
d'intéressantes conclusions; j'en laisse le soin à de plusérudits que moi, me 
promettant seulement d'aller observer moi-même, si semblable fait venait 
à se reproduire (ce qui est peu probable) dans notre rucher de Montsouris. 



Crustacés nouveaux provenant des campagnes du Travailleur 

et du Talisman, 

par MM. A. Milne Edwards et E.-L. Bouvier. 



Cancériens. 

Pilumnus Perrieri , n. sp. 

Cette jolie espèce se fait remarquer au premier abord et se distingue de 
toutes les autres du genre par le développement exagéré des épines qui 
ornent les bords latéraux de la carapace, les pattes antérieures et les deux 
articles moyens des pattes ambulatoires. Elle présente en outre, sur la moitié 
antérieure du test et sur tous les appendices, de très longs poils qui dé- 
passent les épines et qui se dilatent en massue h l'extrémité; entre ces poils 
se trouvent des soies acuminées plus courtes; enfin on voit se développer en 
certains points, mais surtout dans la partie postérieure du test, sur les 
doigts des pattes ambulatoires, et à un moindre degré sur les articles pré- 
cédents des mêmes appendices, des poils bien plus courts et plus ou moins 
serrés. Ces poils courts se retrouvent sur la face externe de l'abdomen, et 
cà et là sur la face unie du slernum. 



— 184 — 

Dans le P. spinifer Edw. , les poils longs sont plus nombreux et s'atté- 
nuent régulièrement de la base à l'extrémité libre. 

La carapace est moins voûtée que dans le P. spinifer, les aires y sont un 
peu moins distinctes et le front est moins infléchi vers le bas; la grande aire 
gastrique est assez nette, mais les aires hépatiques le sont beaucoup moins; 
quant à la division des aires branchiales en deux lobes , c'est à peine si elle 
est indiquée. En dehors de l'épine orbitaire externe, qui est médiocre, on 
trouve sur le bord latéro-an teneur trois épines très longues et recourbées 
en dessus et en avant; entre l'épine orbitaire externe et la première, on voit 
sur la région ptérygostomienne une épine fort allongée, très apparente 
quand on examine l'animal du côté dorsal; à part quelques granules peu 
nombreux, il n'y a pas d'autres ornements saillants sur cette région. Le 
bord supérieur de l'orbite est découpé comme dans le P. spinifer, mais il 
ne présente pas d'autres denticules que les deux épines qu'on trouve de 
chaque coté en dehors du bord frontal ; le bord inférieur de l'orbite pré- 
sente du côté interne, comme dans le P. spinifer, un fort lobe armé de 
deux épines, mais, en dehors de ce lobe, c'est à peine si l'on trouve deux 
ou trois petites épines. Le bord frontal est plus largement échancré que 
dans le P. spinifer; de chaque coté de l'échancrure, il présente trois petites 
dents, entre lesquelles parfois viennent s'intercaler deux denticules inter- 
médiaires. Contrairement à ce qu'on observe dans cette dernière forme, 
les pédoncules oculaires sont plus dilatés à l'extrémité cornéenne qu'a la 
base. 

Les appendices céphaliques et buccaux ne paraissent pas différer beau- 
coup dans les deux espèces; toutefois, dans le P. spinifer comme dans les 
autres formes du P. hirlellus , le bord antérieur du méropodite des pattes- 
mâchoires externes est plus allongé, plus concave et se dirige bien plus 
nettement en arrière. 

Les pattes antérieures ressemblent beaucoup à„celles du P. spinifer, mais 
les épines y sont un peu moins nombreuses, surtout à la base du doigt mo- 
bile de la plus grosse pince; d'ailleurs, toutes les épines sont bien plus 
grandes; elles sont arquées, très aiguës et acquièrent leur maximum de 
dimension sur le carpe; plus courtes sur la face externe de la pince, elles y 
sont disposées en rangées bien plus nettes dans le P. spinifer. 

Les pattes ambulatoires, qui sont à peu près inermes dans le P. spi- 
nifer, sont toujours armées, dans notre espèce, d'un certain nombre de 
très longues épines situées sur le bord supérieur du méropodite et du carpe. 
La position de ces grandes épines est absolument constante : l'une se trouve 
à l'extrémité dislale du méropodite, deux autres se font suite sur le carpe, 
loin des extrémités et à quelque distance du milieu. On observe trois ou 
quatre autres épines sur le méropodite , une ou deux parfois sur le carpe. 
Il n'y en a pas sur les autres articles. 

L'abdomen ne diffère pas sensiblement de celui des Pilumnus voisins. 



— 185 — 

La longueur du céphalothorax est de 9 millim. 5, sa largeur h la base des 
épines postérieures de 1 1 millimètres. 

Cette jolie espèce a été trouvée par le Talisman aux îles du Gap Vert; 
nous la dédions à M. le professeur Perrier, un des zoologistes de l'expé- 
dition. 

Menippe nantis n. sp. 

La carapace est médiocrement élargie; presque plate dans sa moitié pos- 
térieure, elle se voûte en avant dans le sens de l'axe et son front est très 
incliné vers le bas; les sillons les plus développés sont les sillons bran- 
chiaux et ceux qui délimitent la partie grêle de l'aire mésogastrique; il y a 
aussi un fragment externe du sillon qui sépare en deux parties les aires 
branchiales. En avant , de larges dépressions peu profondes remplacent les 
sillons et délimitent des lobes médiocrement saillants , deux sur chaque aire 
hépatique, trois sur chaque aire épigastriqueet un sur chaque aire frontale. 
Le bord postérieur du sillon branchial, dans sa partie externe, est un peu 
préominent, de même que le bord postérieur du sillon branchial acces- 
soire, [/'aire cardiaque antérieure est vaguement limitée sur ses côtés, et pas 
du tout en arrière; des stries ou des impressions bien marquées forment les 
bords latéraux de l'aire cardiaque postérieure. Le front est quadrilobé : ses 
deux lobes médians sont larges et séparés par une échancrure assez pro- 
fonde, les deux lobes latéraux sont étroits et moins saillants. Le bord orbi- 
taire supérieur a une légère saillie sur son angle interne en arrière du lobe 
frontal, deux éebancrures fort légères vers son milieu et un angle externe 
peu proéminent; le bord orbitaire inférieur est muni d'un gros lobe interne. 
11 y a quatre dents obtuses et dirigées en avant sur chaque bord latéral de 
la carapace; la seconde est la plus large; la troisième correspond à la plus 
grande largeur du test; la quatrième est la plus réduite. H y a des ponc- 
tuations dans la moitié antérieure de la carapace ; elles se trouvenl sur les 
parties déprimées, rarement sur les lobes. 

Les pédoncules oculaires sont courts et munis d'une grande corne; les 
cavités antennulaires sont larges et étroites; le second article des pédon- 
cules antennaires est mobile et se rétrécit d'arrière en avant; le troisième 
atteint le front sans contracter de rapport avec lui; le fouet anlennaire, qui 
est très grêle, est un peu plus long que les orbites. 

Les régions ptérygostomiennes sont légèrement granuleuses et parcou- 
rues par une ligne latérale très nette; l'épistome est lisse. La lacinie externe 
des pattes-mâchoires antérieures est assez profondément échancrée en 
avant, mais beaucoup moins que dans le Pseudorins Bouvieri. Le méropo- 
dile des pattes-mâchoires externes a le bord antérieur un peu plus long que 
le bord latéral. 

Les pattes antérieures sont subégales et inermes. Le carpe fait saillie en 
dedans sous la forme d'un lobe un peu obliquement tronqué; il y a deux 



— 186 — 

sillons profonds sur le doigt mobile de la pince, un seul sur le doigl immo- 
bile; ce dernier sillon s'avance un peu sur la face externe de la main. Il y 
a des petits tubercules épars et peu nombreux sur la face supéro-externe du 
carpe et sur la face externe de la main. 

Les pattes ambulatoires sont inermes, et c'est à peine si l'on trouve 
quelques fins granules sur le bord supérieur de leurs articles; des poils 
ine'gaux assez serrés ornent le bord supérieur du carpe . le propodite et les 
doigts, qui se terminent par une forte épine aiguë. Les pattes ambulatoires 
postérieures sont les plus courtes; leur propodite est large, aplati et nu en 
arrière. 

Le second article de l'abdomen du mâle a des bords parallèles à l'axe et 
peu convexes; le troisième article est un peu plus large, surtout en ar- 
rière, et ses bords sont faiblement arqués; le sixième article est quadran- 
gulaire; le dernier est plus étroit à sa base que le précédent; son extrémité 
est très obtuse. 

La M. nantis se distingue des autres espèces du genre par sa petite 
taille, par le nombre et les dimensions relatives de se-; lobes frontaux cl 
par les granulations qui couvrent ses pinces. 

11 provient du Gap Vert. 

Xanthodes granosus n. sp. 

Cette espèce se dislingue au premier abord de toutes les Xanthodes de 
la même région par son front bien moins large et beaucoup plus saillant; 
les deux petits lobes latéraux arrondis de cette région du corps ressemblent 
beaucoup à ceux du X. tneîanodactylus , mais les lobes médians sont bien 
plus saillants, plus arqués et séparés par une éebancrure bien plus large. 
11 y a de chaque côté quatre dénis latérales plutôt obtuses, dont la der- 
nière est fort réduite; le lest est à peine convexe transversalement, mais 
s'infléchit beaucoup vers le bas à mesure qu'on se rapproche de la région 
frontale. Les aires hépatiques, les lobes épigastriques et mésogastriques 
sont distinctement séparés par des sillons ; le lobe mélagastrique est déjà 
moins net; on distingue encore les traces d'une aire uro-gastrique, mais 
c'est à peine si l'on peut apercevoir de vagues contours à l'aire cardiaque. 
Il y a un sillon branchial accessoire assez distinct , mais il ne s'avance pas , du 
côté interne , jusqu'au sillon branchial antérieur. La partie postérieure de la 
carapace est lisse, avec quelques rares ponctuations; pourtant, sur les côtés, 
à mesure qu'on se rapproche delà dernière dent latérale, on voit apparaître 
des saillies punctiformes qui deviennent de plus en plus nombreuses et de 
plus en plus fortes a mesure qu'on se rapproche du front; ces saillies se 
groupent ordinairement en lignes transversales plus ou moins obliques, 
dont certaines, plus marquées, délimitent le bord antérieur de quelques ré- 
gions du test. Une de ces lignes se trouve juste en arrière du lobe frontal, 
dont elle est séparée par un sillon transversal très marqué; une autre 



— 187 — 

existe sur le bord antérieur du lobe épigastriqne, une autre en avant sur 
les aires hépatiques, e!c. Le bord orbitaire supérieur n'offre pas d'autre 
échancrure apparente que celle située au voisinage du bord frontal: la 
saillie orbitaire externe est très peu accentuée, mais le lobe orbitaire 
externe est assez fort. 

Les fossettes antennulaires sont courtes et larges et les antennes s'y 
replient dans une direction assez nettement oblique; par ces caractères, de 
même que par les rapports très restreints que contracte le second article 
des antennes avec l'étroite saillie frontale inférieure, l'espèce qui nous oc- 
cupe se montre a un état évolutif moins avancé que les autres Xan- 
thodes. 

C'est ce que prouve également l'étude de la région buccale : le bourrelet 
qui limite en avant l'e:idostome est très peu saillant, le lobe inlerne de la 
lacinie interne des mâchoires de la deuxième paire est nettement plus al- 
longé que le lobe externe, enfin le lobe postérieur de la lacinie externe des 
pattes-mâchoires antérieures est encore très saillant. — Le méropodite des 
pattes-mâchoires postérieures est peu saillant en dehors; ses bords anté- 
rieur et externe sont à peu près égaux en longueur; sa surface inférieure 
est ornée de fins granules et de quelques dépressions irrégulières. 

Les pattes antérieures sont toujours très inégales. Le méropodite est 
inerme et orné de poils sur son bord supérieur ; le carpe forme en dedans 
une saillie à bord tronqué qui se termine en une sorte de pointe courte 
vers le bas; il présente en dehors et en avant un profond sillon transversal. 
Les pinces sont munies de deux sillons longitudinaux , l'un à droite, l'autre 
à gauche de leur bord supérieur ; le sillon interne est assez accentué; l'autre 
l'est beaucoup moins. Sur les parties supérieure et externe de la main et 
du carpe, se voient de grosses granulations arrondies, plus ou moins ob- 
tuses à l'extrémité, parfois même très déprimées et ayant une apparence 
perliforme. Sur la petite pince, ces granules manifestent une tendance à se 
grouper en séries longitudinales. Cette disposition est moins évidente sur 
la grande, où pourtant on peut toujours distinguer deux ou trois lignes lon- 
gitudinales dont les granules sont souvent un peu plus forts. Dans cette der- 
nière, d'ailleurs, les granules s'atténuent h mesure qu'on se rapproche du 
bord inférieur qui devient parfois lisse comme la face interne; il n'en est 
pas de même sur la petite piuce , les granules y sont partout forts , par- 
fois subpiniformes et ne font défaut que sur une certaine étendue de la 
face interne. Les doigts de cette pince sont d'ailleurs ornés de granules dis- 
posés en séries longitudinales que séparent cinq sillons fort distincts; 
sillons et granules s'effacent plus ou moins et souvent même disparaissent 
totalement sur les doigts de la grande pince. Ceux-ci sont armés en dedans 
de trois ou quatre tubercules dentaires d'ailleurs médiocres; des denticule- 
ou de simples sinuosités se trouvent sur les bords tranchants des doigts 
de la petite pince. 



— 188 — 

Les pattes ambulatoires sont armées d'une rangée de denticules sur le 
bord supérieur du méropodite , de trois rangées plus ou moins régulières 
de denticules analogues sur le bord supérieur du carpe, enfin de gra- 
nules spiniformes en nombre variable sur la face supérieure arrondie du 
propodite. Des poils très inégaux se trouvent parmi ces saillies et abondent 
surtout sur le propodite et sur les doigts; il y a aussi quelques poils sur 
le bord inférieur et la face externe du propodite. Dans les pattes de la der- 
nière paire, ce dernier article est à peine plus long que large. 

Le second segment de l'abdomen du mâle se distingue par ses bords 
latéraux, qui forment un angle à sommet obtus, dirigé en dehors; le troi- 
sième segment, soudé aux deux qui suivent, est beaucoup plus élargi, 
mais présente la forme normale. L'abdomen de la femelle est frangé de 
poils serrés. 

La couleur dans l'alcool est blanchâtre , mais les doigts des pinces sont 
jaunes ou noirs. 

Cette espèce se rapproche du Xantho tuberculatus Couch par la présence 
de lignes granuleuses saillanles à la surface de la carapace, mais elle s'en 
distingue par la plupart des autres caractères, notamment par son front 
plus arqué et plus étroit, par ses lobes moins saillants, par les ornements 
des pattes antérieures, ainsi que par les spinules plus nombreux qu'on 
trouve sur les pattes ambulatoires. Elle est certainement bien plus voisine 
à tous égards d'une espèce indienne, le A. Lamarckii Edvv. , dont les pinces 
sont d'ailleurs subégales et ornées en dehors de deux ou trois sillons lon- 
gitudinaux. Elle est plus voisine encore d'une autre espèce de l'Inde, le 
X. granosomanus Dana, dont le front est pourtant plus large et dont les 
pinces subégales sont ornées au dehors d'un sillon longitudinal. 

Le X. granosns a été trouvé aux îles du Gap Vert; sa carapace mesure 
en moyenne sept millimètres de longueur. 

Xanthodes Talismani n. sp. 

Ce Crustacé est probablement celui de tous les Cancériens, peut-être 
même de tous les Crabes, qui atteint la moindre taille; plus petit que le 
Xanthodes mehuiodactylus , c'est à peine si ses représentants de très grande 
taille atteignent 5 millimètres de longueur, et pourtant nous avons affaire 
à des animaux parfaitement adultes : leurs appendices sexuels sont bien 
développés et dans la jolie collection de cette espèce qu'a recueillie le 
Talisman, se trouve un certain nombre de femelles absolument surchargées 
d'œufs. 

Ce Xanthodes est à un degré d'évolution un peu plus avancé que les 
autres espèces des mêmes parages : des quatre dents latérales de la 
carapace, il n'a conservé que les trois postérieures, et encore la dernière 
est-elle fort réduite; le lobe postérieur de la partie externe des pattes- 
mâchoires antérieures est à peine indiqué, enfin l'arthrobranchiedes pattes- 



— 189 — 

mâchoires de la deuxième paire est remarquablement étroite, quoique de 
longueur normale. 

Certains sillons de la carapace sont nettement indiqués : le sillon qui 
fait suite à la profonde échancrnre frontale, les sillons mésogastriques et. 
à moindre degré, les sillons métagastriques, le sillon branchial antérieur 
et la dépression qui délimite les aires hépatiques et épigaslriques. Les 
sillons cardiaques et branchiaux postérieurs sont à peine indiqués. La 
moitié postérieure de la carapace est unie ou à peine ponctuée; sur la 
partie antérieure se trouve un certain nombre de courtes saillies transver- 
sales, de granules ou de petits tubercules qui deviennent particulièrement 
saillants sur le bord frontal, où ils forment une rangée, et sur les aires 
hépatiques. En certains points, les courtes saillies se groupent en lignes 
transversales plus ou moins longues; c'est ce qu'on observe notamment 
sur le bord postérieur du sillon branchial. De petites touffes de poils jau- 
nâtres, longs et comme frisés, au nombre de sept paires, occupent des 
points constants à la surface du test : il y a une touffe de chaque côté, en 
arrière du front, une sur les aires épigastriques , une sur le milieu du sillon 
branchial, une sur la seconde dent latérale, une sur faire mésogastrique, 
enfin une dernière à la limite des aires gastrique et cardiaque. Le front est 
un peu arqué, large et forme en dehors un très petit lobe constitué par 
deux ou trois tubercules; un angle peu profond sépare ce lobe du bord 
orbitaire supérieur; celui-ci est frangé d'une série de fins granules et pré- 
sente un lobe orbitaire interne assez fort. 

Les pédoncules oculaires sont un peu granuleux et tuberculeux tout près 
du bord de la cornée; dans le sinus profond que forme en dedans cette 
dernière se trouve un bouquet de poils jaunâtres. Le second article des 
antennes touche très peu la saillie frontale et conserve assez bien sa mobi- 
lité; les fronts antennaires, grêles et nus, peuvent presque atteindre la 
première dent latérale du test. 

L'épistome est dépourvu d'ornements en dehors de ses franges de gra- 
nules marginaux; les régions ptérygostomiennes sont fortement granuleuses ; 
la ligne latérale est fort distincte et bordée de granules plus forts. Le méro- 
podite des pattes-mâchoires externes est assez saillant en dehors; son 
bord antérieur et son bord latéral sont presque égaux. 

Les pattes antérieures sont très inégales, l'une étant ordinairement beau- 
coup plus forte que l'autre. Le méropodite est inerme, mais le carpe pré- 
sente deux saillies spiniformes sur son bord interne. Des tubercules nom- 
breux et presque spiniformes se trouvent sur les parties supérieure et 
externe du carpe et de la pince de la petite patte, mêlés à d'assez nombreux 
poils jaunâtres, arqués et assez longs; des tubercules plus petits se voient 
sur la face interne de la pince, et des cannelures profondes sur ses doigts, 
dont les bords sont sinueux plutôt que dentés. Dans la grande patte, les 
tubercules sont plus bas, plus larges et affectent leur maximum de dimen- 



— 190 — 

sion sur la face externe de ia pince. Les cannelures disparaissent le plus 
souvent , en grande partie , sur les doigts de cet appendice ; les dents , par 
contre, y sont fortes. 

Les pattes ambulatoires sont inermcs, et c'est à peine si Ton trouve 
quelques denticules sur le bord supérieur de leur méropodite et de leur 
carpe; elles présentent sur leur bord supérieur, à partir du carpe, et sur 
leur bord inférieur, à partir de l'article suivant, des poils jaunâtres allongés, 
mêlés à des poils beaucoup plus courts; ceux-ci prédominent sur toute la 
surface des doigts. 

L'abdomen ne présente rien de particulier; dans celui du mâle, on 
n'observe plus trace des lignes de suture des articles 3, k et 5. L'abdomen 
de la femelle est muni d'une frange serrée de poils. 

La couleur dans l'alcool est très caractéristique : sur la carapace, de 
grandes aires irrégulières d'un brun violacé, avec des surfaces plus petites 
non colorées sur les pattes; la même teinte brun violacé reparaît sur 
les pattes, mais elle y forme presque partout un réseau à mailles fines. 
Les pinces ont les doigts noirs, le bord supérieur violacé, la face externe 
presque incolore, la face interne avec une teinte légèrement violette. 

Celte espèce se rapproche beaucoup du Xantho minor Dana, de Madère 
et des îles du Gap Vert; mais cette dernière appartient à un genre diffé- 
rent; sa dent antérieure est encore nette, sa carapace est dépourvue de 
touffes de poils, ses piuces sont un peu costulées et il n'y a pas d'épines 
sur le bord interne du carpe. 



Notice préliminaire sur les espèces d'Annélides 
recueillies dans les explorations sous-marines du travailleur 

et du Talisman, 

par M. Louis Roule. 

Ces espèces sont au nombre de quatorze, dont sept déjà connues et sept 
nouvelles. 

1. Aphrodite perarmata nov. sp. 

Un seul individu, entier. — Loc. : Las Pilones; 64o mètres. — Dimen- 
sions, long. : 43 millimètres; larg. : 20 millimètres. 

Teinte (dans l'alcool) gris-jaunâtre; face ventrale plus claire que la 
dorsale. Tégument dorsal épais, résistant, couvert de parcelles vaseuses. 

34 segments; i5 paires d'élytres. 

Yeux absents. Deux palpes égaux, assez épais, terminés en pointe, par- 
venant, lorsqu'on les rabat en arrière, jusqu'aux 7 e et 8 e segments. An- 
tenne médiane absente. 



— 191 — 

Cirrhes dorsaux, présents sur tous les parapodes prive's d'élytres, longs 
et relativement épais. Cirrhes ventraux longs, épais à leurs bases, présents 
sur tous les parapodes, résistants et peu caducs. 

Soies dorsales en aiguillon, droites, de couleur noire, fort longues, 
surtout celles de la rame la plus interne, tournées en divers sens, mais 
surtout en arrière. Soies ventrales épaisses, au sommet recourbé en cro- 
chet, munies d'une dent obtuse à la base du crochet. 

Élytres grandes, presque circulaires, transparentes, se recouvrant nui 
luellement et dépassant la ligne médiane, de manière à cacher le corps 
presque entier. 

t. Aphroditella pallida nov. sp. 

Un seul individu, entier. — Loc. : Gap Spartel; i,o84 mètres. — Di- 
mensions, long. : 28 millimètres; larg. : 18 millimètres. 

Teinte (dans l'alcool) gris-jaunâtre clair; face ventrale plus claire que 
la dorsale. Tégument dorsal épais, résistant, couvert à sa surface de menus 
débris vaseux ; soies de couleur fort claire et se laissant à peine discerner. 

25 segments; îa paires d'élytres. 

Yeux absents. Deux palpes égaux, minces et délicats, parvenant, lors- 
qu'on les rabat en arrière, jusqu'aux & c -5 e segments. Antenne médiane 
absente. 

Cirrhes dorsaux, présents sur tous les parapodes privés d'élytres , longs, 
minces, délicats et facilement caducs. Cirrhes ventraux, présents sur tous 
les parapodes, plus courts que les dorsaux, plus minces et plus aisément 
caducs. 

Soies dorsales en aiguillon, au sommet légèrement recourbé, assez 
longues, de teinte jaune clair, comme le tégument dorsal avec qui elles se 
confondent. Soirs ventrales épaisses, de teinte brune, au sommet légère- 
ment recourbé, munies, sur toute la zone ainsi infléchie, de petites bar- 
bules qui leur donnent une forme peclinée. 

Élytres de dimensions moyennes, se recouvrant à peine et ne parvenant 
pas jusqu'à la ligne médiane. 

3. Letmomce filicorms K'mherg (Ofversigt Kônig. Vetensk. Akad. For- 
handl., 18 55). 

Onze individus. Dragage n° 1 du Travailleur; 1882. — 61 h mètres de 
profondeur. 

h. Letmonicella spinosissima nov. sp. 

Deux individus, entiers. — Loc. : Côtes occidentales de l'Espagne; 
<)9 mètres. — Dimensions, long. : i5 millimètres; larg. : 6 millimètres. 

Teinte (dans l'alcool) gris-jaunâtre pale. Un tégument dorsal continu, 
complet, mince, transparent sans doute sur les individus vivants, et recou- 
vert de menus débris. 



— 192 — 

28 segments; la paires d'ély très. 

Yeux absents. Deux palpes assez épais, fort longs, aussi longs que les 
deux cinquièmes du corps. Antenne médiane très fragile. 

Cirrhes dorsaux, présents sur tous les parapodes privés d'ély très, longs 
et minces, aisément caducs. Cirrhes ventraux, présents sur tous les para- 
podes, fragiles et courts, sauf aux trois premiers parapodes, où ils sont 
plus longs et insérés plus près de la base du parapode. 

Soies dorsales fort longues, droites, les unes simples, les autres plus ou 
moins barbelées vers leur sommet, épaisses, de couleur jaune d'or. Soies 
ventrales longues et fortes, au sommet pectine, muni de barbules longues 
et minces; le sommet se termine en crochet et la zone pectinée porte, à sa 
base, une dent résistante à la pointe tournée vers les barbules. 

Ély très minces , transparentes , presque circulaires , assez grandes pour 
dépasser quelque peu la ligne médiane et pour se recouvrir par leurs 
bords. 

5. Polynoe svNOPHTiiALMA Macintosh (Report.. . of Challenger; vol. m; 
Annclides, 1 885). 

Quatre individus. — Loc. : Côtes du Maroc; 1,120 mètres. 

6. Polynoe microphthalma nov. sp. 

Extrémité antérieure d'un seul individu. — Loc. : Côtes du Maroc; 
1,1 o5 mètres. 

Voisine, par beaucoup de caractères, de l'espèce précédente, mais of- 
frant avec elle plusieurs dissemblances qui rendent la confusion impossible. 

Quatre yeux distincts, fort petits, groupés en deux paires logées non 
loin de la zone d'union de la tête et du segment buccal. Cirrhes dorsaux 
minces et longs; cirrhes ventraux courts et élargis. Deux rames aux soies 
nombreuses, surtout au sujet de la rame ventrale; deux acicules longs et 
épais. Soies dorsales fortes, droites et légèrement infléchies, au sommet 
obtus, terminé par une courte pointe. Soies ventrales plus étroites, au 
sommet élargi et terminé par une courte pointe, polymorphes, les unes 
lisses, les autres cerclées de nombreuses petites couronnes transversales de 
barbules courtes et très fines. 

7. Harmothoe (s. lat.) Talismani nov. sp. 

Un individu entier. La plupart des appendices absents. — Loc. : Lanzc- 
rotte; 866-927 mètres. — Dimensions, long. : 20 millimètres; larg. : 
3 millimètres; 53 segments. 

Teinte (dans l'alcool) jaune pâle. 

Quatre yeux distincts, assez volumineux, groupés en deux paires; les 
postérieurs placés non loin de la zone d'union de la tête avec le segment 
buccal, les antérieurs situés à peu près vers le milieu de la tète. 



— 193 — 

Cirrhes dorsaux facilement caducs, longs et minces. Cirrhes ventraux 
plus courts, élargis à leur base, effilés vers leur sommet. Deux rames aux 
soies nombreuses, fort rapprochées; deux acicules longs et épais. Soies 
dorsales toutes semblables, longues et épaisses, au sommet large et terminé 
en pointe. Soies ventrales, toutes semblables, au sommet élargi, terminé 
par une pointe bifide, muni de longues et minces barbules rassemblées 
sur deux rangs. 

Elytres facilement caducs, de petites dimensions, ne recouvrant que les 
côtés du corps. Leur surface est entièrement couverte de minimes mamelons 
coniques, de (ailles différentes, les marginaux étant les plus petits. 

8. Eumce Gunneri Storm (K. Norske Via. Selsk. Slcr., 1880). 
Nombreux individus venant de diverses localités : Golfe de Gascogne 

(1 ,48o mètres); Maroc (800-1 ,io5 mètres); Gap Bojador (660-782 mètres); 
Gap Spartel (717 mètres) ; Lanzarote (865-927 mètres); Gap Gantin (i,3-jo- 
i,35o mètres); Côtes du Soudan (i,o56-i,435 mètres). 

Cette espèce vit en commensalisme avec le Lophohelia proliféra et VAm- 
phihelia oculata. 

9. Lumbriconereis Latreillei Audouin et Milne Edwards (Recherches 
pour servir à l'histoire naturelle du littoral de la France, i834). 

Extrémité antérieure d'un individu, recueillie au large de Las Pilones, 
par h 1 o mètres de profondeur. 

10. Hvàlixecu TBBicou O.-F. Mûller (Zoolojia danica , 1787). 
Nombreux individus venant de diverses localités : Gap Bojador (y5o- 

355 mètres); Gap Gantin (836-1, 35o mètres); Fuerteventura (1,975- 
3,000 mètres); au large du Sahara (835~93o mètres). 

11. Hyalinecia Edwardsi nov. sp. 

Deux individus mutilés, dans des fragments de leurs tubes. — Loc. : 
entre les A<;ores et l'Espagne; 4,255 mètres. — Dimensions des tubes, 
long. : 3o millimètres et A5 millimètres; larg. : 3 millimètres et 3millim. 5 
— Dimensions des tronçons, qui se rapportent tous deux à des extrémités 
antérieures, long. : 12 millimètres, comprenant 17 anneaux et la tête; 
7 millimètres, comprenant 12 anneaux et la tête; larg. ; 2 millim. 5 et 
1 millim. 5. 

Teinte (dans l'alcool) jaune pâle. Les individus ont subi un commence- 
ment de macération. 

Tête courte. Antennes relativement épaisses; la base de la médiane est 
seule conservée; les plus longues des latérales s'étendent, lorsqu'on les 
rabat en arrière, jusqu'au niveau du 3 e segment parapodial. Mandibules 
fortes et longues, à quatre dents obtuses bien distinctes, les deux extrêmes 
se trouvant les plus grosses, et l'antérieure trois fois plus volumineuse que 
la postérieure. 

Musëuii. — iv. 1 lt 



— 194 — 

Premier segment parapoclial d'une taille double de celle du second, 
celui-ci étant, à son tour, presque le double des anneaux placés plus en 
arrière, qui sont sensiblement de dimensions égales. Parapodes de la pre- 
mière paire munis de cirrhes courts et larges, pourvus d'un petit nombre 
de soies volumineuses, polymorphes, les unes terminées par une pointe 
droite, les autres par un crochet épais. Parapodes de la 2 e paire munis de 
cirrhes un peu plus longs que les précédents, mais aussi larges, pourvus 
d'un nombre un peu plus considérable de soies plus étroites, polymorphes, 
les unes se terminant en pointe, les autres par un crochet accompagné 
d'une dent à sa base. Parapodes de la 3 e paire munis de cirrhes larges et 
plus longs <pie les précédents, surtout le ventral, pourvus de soies sem- 
blables, longues, fines, droites, limbées à leur sommet. Parapodes des 
paires suivantes munis de cirrhes allongés et étroits, surtout le dorsal, le 
ventral devenant de plus en plus réduit, pourvus de soies dissemblables, 
les unes droites et en raquette, d'autres coudées et limbées à leur sommet, 
d'autres enfin peu nombreuses, très fortes et terminées par deux cro- 
chets. 

Tube à section ovalaire, à paroi épaisse, opaque, constituée par un 
mucus recouvert à sa surface de nombreux et menus débris, serrés les uns 
contre les autres, parmi lesquels prédominent des quartziles de différentes 
couleurs. 

12. Tvrrhena ati.antica L. Roule (Annélidcs de l'expédition du Caudan, 
Annales de l'Université de Lyon, 1896). 

Plusieurs in ividus pris en diverses localités : Lanzerote (865- 
927 mètres); côtes du Maroc (i,io5 mètres); Cap Noun (1,1 53 mètres). 

13. Svr.us setubalensis Mac Inlosh (Report. . of Challenger ; vol. 1 a ; 
Annélides, 188.")). 

Deux fragments d'individus, dont l'un comprend l'extrémité postérieure du 
corps, venant da Cap Noun (1 , 1 53 mètre;) et de Lanzarote (i,s35 mètres). 

Ces deux fragments possèdent des particularités semblables à celles des 
tronçons sexuels de Syllis hamala. Les cirrhes dorsaux des parapodes sont 
rameux; ils se divisent en deux, trois ou quatre branches, et possèdent, 
autour de leur base d'insertion, une tache pigmentaire. Les soies sont poly- 
morphes; les plus nombreuses, occupant la partie supérieure de la rame, 
sont fines, simples, terminées en pointe et légèrement recourbées; les 
autres, composées, se terminent par une large serpe; une ou deux sont 
très grosses, courtes, au sommet obtus et muni de trois dents inégales. 

\U. Vermilia (?) falcigera nov. sp. 

Un seul individu, mutilé, privé de son tube et de son opercule. — Loc. : 
Cap Bojador; 782-8/10 mètres. — Longueur du corps sans le panache 



— 195 — 

branchial : 19 millimètres; longueur du panache branchial : 10 à 1 3 milli- 
mètres; largeur thoracique : 3 millimètres. 

Teinte (dans l'alcool) rouge-vermillon clair; le thorax est un peu plus 
pâle et jaunâtre. Les tentacules branchiaux sont de couleur jaune clair. 

Tentacules branchiaux nombreux (45 à 5o pour chacune des moitiés 
du panache), très longs, étroits, munis de barbules longues et délicates. 
Collerette ample, plissée. Les sept anneaux thoraciques peu inégaux. Soi- 
xante-six segments abdominaux égaux. 

Plaques onciales thoraciques à base grande, allongée, munies de sept 
dents en moyenne. Soies thoraciques limbées, les unes droites, les autres 
ayant une pointe en faucille au delà du limbe. Plaques onciales abdomi- 
nales à base grande, large, munies de huit dents en moyenne, plus 
longues et plus fines que leurs correspondantes des plaques thoraciques. 
Soies abdominales géniculées , au sommet fortement recourbé en dedans et 
muni de nombreuses petites dents sur le bord supérieur de sa base. 



NOTES SUR LA FAUNE DES JiÉciFS MADREPORIQUES DE DjlBOUTl . 

PAR H. COUTIÈRE. 
( Laboratoires dis MM. les professeurs Milwk Edwards et Bouvier.) 

- 

Nous avons exposé dans le précédent Bulletin (n° 3, 1898) l'habitat et 
le; mœars lYAlpkeus slrenuus Dana , un des Crustacés les plus caractéris- 
tiques des récifs qui, à Djibouti, s'offrent à l'exploration à marée ba-se. 
Nous avons dit que les dalles irrégulières sous lesquelles on trouve cet 
Alpliée sont des débris usés de Madrépores qui forment la transition entre 
une prairie vaseuse h Holothuries et deux vastes récifs s'étendant au pied 
des plateaux émergés du Serpent et du Héron. Ce dernier récif est le plus 
vivant et le plus riche comme faune, mais il est aussi le plus rarement 
accessible. En partant du cordon de débris éboulés dont nous avons décrit 
antérieurement la faune et qui jonche le pied du Héron ( Bull. , n° 2 , 1 898) , 
on voit que la surface plane et irrégulièrement découpée du récif s'abaisse 
insensiblement et disparaît sous une couche d'eau de plus en plus profonde. 

Celle-ci, toutefois, est protégée par une ceinture de gros blocs roulés, 
contre laquelle viennent se briser les lames venant du large, de façon à 
former une sorte de lagune. Cette ceinture est un véritable récif - barrière 
et constitue la branche externe du demi-cercle s' appuyant en son milieu au 
plateau du Héron , et dont la branche interne , que nous avons décrite avec 
sa faune de Linckia et d' Acrocladia , limite dans l'intérieur de la baie le 
chenal du port de Djibouti. Mais , dans ce dernier cas, l'espace compris entre 
celte digue et la ligne des plateaux émergés est assez profond et les Ma- 
drépores y prennent un grand développement. 



— 196 — 

Dans la portion externe qui nous occupe, au contraire, la lagune, cir- 
conscrite par la digue en question est peu étendue, ne dépasse pas 1 in. 5o 
de profondeur et, par places, est littéralement remplie par des touffes 
flottantes de Cystosyra, habitat de petits Nudibranches et d'Hippolytinés 
brunâtres qui s'y dissimulent admirablement. Nous n'avons point exploré 
la digue elle-même, qu'il est assez difficile et même périlleux d'atteindre 
à pied par suite de la profondeur de l'eau et du remous qu'y produisent 
les lames, mais nous avons fait quelques dragages immédiatement au pied 
de ce récif, par des profondeurs ne dépassant pas a o mètres. C'est un fond 
de Madrépores brisés entremêlés de sable grossier et de débris de Coquilles, 
où l'on trouve en grande abondance Fungia palclla Lam., de la grandeur 
d'une pièce de cinq francs, et dont presque tous les spécimens montrent 
des traces évidentes de soudure ou de régénération. Ces dragages nous ont 
donné plusieurs spécimens dWmpliioxus, enfouis dans le sable ou abrités 
dans des tubes vides d'Annélides, une espèce de Clycère de petite taille, 
d'un blanc rosé, dont nous avons pu observer sur le vivant la trompe vo- 
lumineuse, l'armature buccale munie de quatre crochets acérés di posés 
en croix, situés au repos au tiers antérieur du corps et se dévaginant pour 
l'attaque avec une extrême rapidité. Nous y avons également dragué une 
Eurvale, qui s'empressa malheureusement de se fragmenter pendant le 
retour, et plusieurs espèces intéressantes de Mollusques. Parmi 1rs Crustacés, 
quelques Oxyrhynques, Mieippe platypes Rùppell, Lambrus pelagicus Riïp- 
peil, Mieippe philyra Herbst, et, parmi les Alphéidés, A. parvirostris Dana 
et un petit spécimen d/1. barbatus II. Coulière. I\ous ne pouvons que ré- 
péter ici le regret de n'avoir pas disposé d'un matériel moins rudimenlaire, 
car les dragages dans cette région nous eussent certainement donné de 
nombreux matériaux. 

La partie du récif qui s'étend comme une table plane au pied du Héron 
est, comme nous l'avons dit, irrégulièrement découpée en fragments an- 
fraclueux de surface variable, séparés par des flaques tortueuses que rem- 
plit une eau extrêmement limpide. Les bords de ces flaques sont tapissés 
de Madrépores encroûtants, de Bryozoaires et d'Algues calcaires, et, sur 
la surface non baignée par l'eau, les Polypes sont rétractés et le récif paraît 
mort. On n'y observe du reste aucun volumineux Polypier. Les intervalles 
sinueux séparant ces ilôts madréporiques se prolongent en réalité sous la 
surface de ceux-ci, formant un inextricable réseau de cryptes irrégulières, 
dont la croûte superficielle est souvent assez peu solide pour céder sous le 
pied ou sous l'effort d'un levier. On peut ainsi capturer un nombre assez 
grand d'animaux, et nous y avons trouvé plusieurs espèces intéressantes 
d'Alphéidés. 

Alphcus Edwai'dsi Audouin, distinct d\4. slrenuus Dana par des carac- 
tères morphologiques assez nets, présente aussi quelques différences bio- 
uomiques. Sa couleur est vert grisâtre, avec de6 macules d'un vert clair 



— 197 — 

assez régulièrement disposées sur l'abdomen el les lianes. Les uropodes, 
marqués de lignes bleues, n'offrent pas la tacbe oculiforme qui distingue 
le tiers distal de la rame externe sur les uropodes de .4. strenuus. Les pinces 
sont vert-jaunâtre foncé , avec les pointes violettes , et la grande porte une 
large bande bleue sur le bord interne. Cette coloration est assez variable , 
la teinte générale pouvant être rougeâtre, ou cachou , et disposée par ban- 
des transversales. 

A. gracilipes Stimpson, plus rare, est rougeâtre, avec des macules d'un 
gris ferrugineux rappelant grossièrement des caractères d'écriture. Les 
pinces, et aussi les pattes suivantes, sont d'un beau bleu, et un détail 
très particulier est la présence de deux taches noires oculiformes sur les 
deuxième et quatrième segments de l'abdomen. 

A. parvirostris Dana, d'un vert foncé, est très commun dans toutes les 
anfractuosilés. A. gracilis Heller, A. hippolhoë de Mars, sont plus rares. Le 
premier est gris rougeâtre , cette coloration étant disposée par bandes sur 
le corps et en macules irrégulières sur les pinces; le second est marqué de 
bandes transversales vert olive , nuancées de brun clair, et la rame externe 
des uropodes porte, comme chez A. strenuus Dana, une tacbe bleue oculi- 
forme sur son tiers distal. Toutes ces espèces vivent, comme A. Edwardsi 
Audouin, dans les anfractuosités de la table du récif, et il est rare de les 
recueillir dans la flaque mise à découvert en soulevant cette croûte super- 
ficielle. Au contraire, A. rapax Bâte, Fabr.?, A. splendidus H. Coutière, 
paraissent avoir l'habitat de A. strenuus. La première espèce, aussi formi- 
dablement armée que ce dernier, paraît de mœurs moins bruyantes; sa 
couleur est d'un blanc sale, avec quelques macules rougeâtres irrégulières 
sur l'abdomen , plus foncées et passant au vert sur la face supérieure de la 
grande pince. Nous avons décrit antérieurement (Bull. n° 6, 1897) la 
très remarquable coloration d*Â. splendidus, dont nous avons capturé l'uni- 
que spécimen en même temps qu'une belle espèce de Gébie d'un rouge 
foncé uniforme. 

A. malleodigitus Bâte, qui est au moins une variété très distincte de 
A. obeio-manus Dana, habite toujours l'épaisseur même de cette croûte 
superficielle du récif, occupant des galeries creusées antérieurement par 
des Annélides ou des Mollusques perforants, et dont profitent aussi de 
nombreuses Galliannasses. A. malleodigitus se trouve sans exception par 
couples, et ce genre de vie, très général chez les Alpheidés, est ici parti- 
culièrement évident. Le mâle, placé dans la galerie au-dessus ou en avant 
de la femelle, est plus petit et mieux armé; c'est toujours lui qui se pré- 
sente à l'entrée du gîte lorsqu'on vient de le mettre à nu en cassant la 
pierre, mais , en attendant quelques instants, il est très rare qu'on ne cap- 
ture pas à son tour la 9, toujours chargée d'une masse énorme d'oeufs, et 
dont presque tout le corps est occupé par l'ovaire de couleur verte. L'un 
et l'autre sexe sont de couleur jaune soufre uniforme, a peine plus foncée 



— 198 — 

au bout des pinces. Un détail assez singulier est la présence clans leur re- 
traite d'un paquet d'Ulvcs vertes, vraisemblablement opporlé par ranimai, 
soit comme une réserve alimentaire, soit pour utiliser le dégagement d'oxy- 
gène dont l'Ulve est le siège et qui s'y continue encore quelque temps après 
qu'elle a été soustraite aux radiations lumineuses. On trouve aussi des 
Ulves dans les cavités oùbabite A. Edwardsi, mais le fait est surtout facile 
à observer avec l'espèce dont nous venons de parler. 

C'est également sous ces fragments de Madrépores que nous avons re- 
cueilli un spécimen du remarquable Alpbeidé Alphcopsis equaiis H. Coutière 
(Bull. n° 8, 1896) , de couleur orange uniforme, et Jousscaumea serrati- 
dtgitus H. Coutière, plus commun et de couleur semblable. De nombreux 
Crustacés accompagnent du reste ceux que nous venons de citer; outre les 
Gonodactyles particulièrement abondantes, il faut citer Hippohjtc gibbe- 
rosus Milne Edwards, assez commun dans les anfractuosités, d'un rouge 
lie-de-vin , une petite espèce rie Stenopus à bandes transversales blanches 
et rouge vif, de nombreuses Porcellanes comme Petrolisthes Boscii, et plu- 
sieurs espèces de Pachychcks , de Porcellana et de Polyonyx. Un Palémonidé 
du genre Bithynis Dana mérite une mention spéciale par son habitat et sa 
coloration. Il est absolument transparent, mais se signale par quelques 
anneaux d'un violet pâle sur les appendices et l'abdomen , et surtout par 
des taches d'un blanc nacré éclatant, occupant la région stomacale tout 
entière, le coude de l'abdomen, l'extrémité des rames caudales et les épi- 
mères du deuxième segment. Ce magnifique Crustacé se tient obstinément 
dans la zone de protection que circonscrit une grande Actinie assez com- 
mune dans les flaques profondes qui séparent les Madrépores. Etalé sur le 
sable, le disque oral de l'Actinie, de couleur blanchâtre, armé d'un très 
grand nombre de courts tentacules urticants, atteint souvent m. 3o de 
diamètre. Bithynis se tient dans ce cercle, nageant à peu de distance au- 
dessus, souvent par couples, et se laisse assez aisément capturer à l'aide 
d'une éprouyette pleine d'eau que l'on descend doucement sur l'animal. 



Photographies d'animaux aquatiques, 

PAR M. FaBRE-DoMERGUE, 
SOUS-DIRECTEUR DU LABORATOIRE DE ZOOLOGIE MARITIME DE CoNCARNEAU, 
ANCIEN STAGIAIRE DU MUSEUM. 

La photographie des êtres qui vivent au sein des eaux présente certaines 
difficultés que j'ai essayé de tourner en me servant de l'éclair magnésique 
instantané, produit au-dessus de l'aquarium où se trouvent les individus 
dont on veut faire la reproduction. 

Dans un aquarium d'une dimension appropriée, on fait couler de l'eau 



— 199 — 

filtrée sur une chausse de flanelle, et l'on y dispose les Algues et les ani- 
maux d'une façon aussi naturelle que possible. Au-dessus de l'aquarium , on 
dresse un écran à trois côtés, de façon à intercepter complètement la lu- 
mière de l'éclair du côté de l'objectif et à la rejeter entièrement vers l'in- 
térieur du bac. 11 ne reste plus qu'à installer tout près de la surface de 
l'eau et vers le milieu de cette surface un godet contenant de la poudre 
magnésique au cblorate, étalée sur une couche de coton-poudre et à en- 
flammer le mélange soit par l'étincelle d'induction d'une bobine Rhumkorf, 
soit par une mèche de coton-poudre. L'appareil photographique est dressé 
en face de l'aquarium; l'objectif est ouvert un peu avant la production de 
l'éclair et refermé dès qu'il a eu lieu. Si l'on opère dans un lieu un peu 
sombre , l'impression de l'image n'a lieu qu'au moment de l'inflammation 
du magnésium. 

Le mouvement réflexe causé par l'éclair est très vif chez la plupart des 
animaux, mais il ne se produit qu'après l'extinction de l'éclair; il n'y a 
donc pas lieu de s'en préoccuper. Au contraire , il convient de choisir le mo- 
ment où les habitants du bac nagent avec lenteur pour les photographier, 
car la réduction des images n'étant que de quatre ou cinq diamètres , leur 
déplacement est très accentué sur le verre dépoli et l'instantanéité du ma- 
gnésium n'est pas telle que ce déplacement n'ait le temps d'occasionner un 
flou parfois très marqué sur la plaque sensible (1) . 



Soi LES THYROÏDES DES OlSEAVX , 

par M. Auguste Pettit, docteur es sciences. 

Dans la classe des Oiseaux, les glandes thyroïdes sont sensiblement 
construites sur le même plan ; elles sont représentées par des masses ovoïdes 
situées dans la cavité thoracique , au niveau du syrinx et à une faible dis- 
tance du cœur m ; elles sont toujours disposées sur le trajet des gros troncs 
vasculaires cervicaux et , en général , au voisinage du point d'origine des ar- 
tères vertébrales; elles sont en rapport avec la face ventrale de la carotide 
et la face interne de la jugulaire; en outre, leur face dorsale est plus ou 
moins rapprochée du nerf pneumogastrique ; enfin , par leur extrémité anté- 
rieure, elles peuvent être contiguës au thymus. 

Chez les Gallinacés et les Columbidés , les thyroïdes ont une forme ovoïde ; 

(" Dans le cours de cette communication, toute une série de photographies 
instantanées de Poissons de diverses espèces, prises par M. Fubre-Domergue, 
ont été projetées sur l'écran. 

(2) Chez un Casoar de forte taille, la distance des oreillettes aux thyroïdes n'était 
que de 5 millimètres. 



— 200 — 

elles sont plus surbaisse'es chez le Canard et, chez certains Rapaces, elles 
sont globuleuses. 

Leurs dimensions sont assez conside'rables , relativement à ce qu'on ob- 
serve chez les Mammifères adultes. Gliez le Pigeon (3 mois), elles mesurent 
environ 8 millimètres de long; chez le Canard adulte, près d'un centimètre ; 
elles ont sensiblement la même grosseur chez la Poule et la Pintade; chez 
les Oiseaux de forte taille, elles peuvent atteindre des dimensions notables: 
chez des Casoars adultes , elles présentaient les dimensions suivantes : lon- 
gueur, 25o millimètres; largeur, 120 millimètres; épaisseur, 8 millimètres. 
Comme c'est la règle. pour les glandes sanguines, ces organes sont abon- 
damenl vascularisés; ils possèdent plusieurs artères; une d'entre elles 
(artère thyroïdienne), née directement de la carotide, se fait remarquer par 
son volume; des veines assez nombreuses dessinent à la surface de l'organe 
des arborisations et vont se jeter directement dans la veine jugulaire. 

Chez un certain nombre d'Oiseaux, le système veineux présente un déve- 
loppement remarquable; le Casoar de la Nouvelle-Zélande constitue un 
intéressant exemple de ces dispositions : chez cet animal, les thyroïdes sont 
enveloppées dans un réseau de veines, au nombre d'une douzaine pour 
chaque côté; celles-ci mesurent 2 à 3 millimètres de diamètre et vont se je- 
ter dans la jugulaire, après avoir formé à la superficie un plexus. La plupart 
de ces rameaux proviennent du parenchyme thyroïdien; quelques-uns, 
cependant, reçoivent des branches provenant des régions voisines (trachée 
en particulier). 

En outre, on observe, au voisinage des thyroïdes, d'autres formations 
dont la structure est complètement différente : il s'agit d'organes paren- 
chymateux, limités par une capsule conjonctive de laquelle émanent des 
sepla de môme nature; ceux-ci pénètrent dans l'intérieur de la masse et 
servent de support à de nombreux vaisseaux. 

Les mailles de ce réseau conjonclif sont occupées par des cordons cellu- 
laires pleins, auxquels elles constituent une enveloppe plus ou moins com- 
plète suivant les points envisagés; dans la zone périphérique, la trame 
conjonctive forme une capsule continue autour des îlots de parenchyme (l) . 
Ces organes sont extrêmement variables dans leurs formes et dans leurs 
rapports; mais, en général, ils sont représentés, de chaque côté, par une 
petite masse, formée en réalité de deux corpuscules accolés, situés en ar- 
rière de la thyroïde proprement dite , à une dislance variable de celle-ci , 
et en rapport plus ou moins intime avec les vaisseaux cervicaux (S) . 

W Je reviendrai dans une note ultérieure su.- la structure hislologique de ces 
organes. 

W On remarquera qu'aucun dos physiologistes (Ewald et Rockwell, Allara, 
Moussu) qui ont pratiqué la ihyroi ierlomie chez les Oiseaux ne parlent de ces 
organes. 



— 201 — 

Le poids de ces organes est d'ailleurs minime, comme le montrent les 
chiffres suivants : 

POIDS EN MILLIGRAMMES 





tics 
ThyroiJes. 


(les 
Organes annexes. 


du 

Thymus, 


Aquila chrysaétus pesant 
/i,55o grammes 


2 lG 


22 


36o 


Serpentarius replilivorus 

pesant 3,ioo grammes. 


860 


lM 


1860 



En résume', les Oiseaux présentent à l'état adulte, outre les thyroïdes 
proprement dites, des formations annexes dont la structure est complète- 
ment différente, et qui rappellent les formations qu'on observe chez les 
Mammifères (1) . 



A PROPOS DES TERMES PAR LESQUELS ON DESIGNE 
LES FORMES DIVERSES DE LA RATE DES SÉLACIENS, 

par M. H. Neuville. 

Il est d'observation courante que la rate des Sélaciens puisse se présenter 
sous les aspects les plus divers. Tantôt homogène et compacte comme chez 
le Galeus canis, tantôt elle peut se résoudre en une multitude de petits 
lobules comme chez le Carcharias glaucus. Entre ces types extrêmes, il 
existe des formes de passage ; on en trouve notamment chez les Lamnidés 
et chez diverses Raies. 

La plupart des auteurs (par exemple Duméril, Histoire naturelle des 
Poissons) emploient pour tous les cas où la rate se trouve ainsi plus ou 
moins divisée l'expression des rates accessoires, l'appliquant aussi bien dans 
les cas identiques à celui du Carcharias que dans celui du Lamna. D'autres 
auteurs disent simplement que cette division forme plusieurs rates. 

Pour faciliter les descriptions et éviter toute confusion, il pourrait y 
avoir intérêt à adopter des expressions se référant plus exactement aux 
cas principaux que l'on peut rencontrer. 

C'est ce que l'on pourrait faire en réservant le nom de rates multilobu- 
Ues à celles qui comprennent un grand nombre de lobes ou de lobules, 

"' Ces formations semblent correspondre aux glandules thyroïdiennes des Mam- 
mifères; mais il faut reconnaître qu'en l'absence de données embryologiques suffi- 
samment précises, celte homologation serait imprudente : depuis ma communication 
au congrès de Saint-Etienne (août 1897), ^- ^ au ' Verdun a publié (Comptes 
rendus de la Société de Biologie, 26 février 1808) un travail consacré à l'étude des 
dérivés branchiaux du Poulet et auquel je me borne dar.s celte courte note à ren- 
voyer le lecteur. 



— 202 — 

soit isolés comme chez le Carcharias, soit plus ou moins confluents comme 
chez les Lamnidés, où le volume représenté par les rates dites accessoires 
peut être plus considérable que celui de la rate dite principale. On conçoit 
mai, du reste, que cette qualification d'accessoire puisse être appliquée dans 
les cas semblables à celui du Carcharias glaucus où aucune partie de la rate 
n'est principale et où chaque lobule paraît fonctionner comme une rate dis- 
tincte. Les rates de nouvelle formation, décrites par M. Phisalix, ne pour- 
raient être confondues avec ces rates multilobulées. 

Au contraire , l'expression de rates accessoires devrait être exclusivement 
réservée aux cas analogues à celui de la Centrine (décrit notamment par 
Moreau dans son Traité d'ickihyologie) , cas beaucoup plus rares, où il y a 
bien nettement, à côté d'une rate principale , une rate accessoire, cette der- 
nière généralement unique pouvant parfois se trouver incomplètement 
reliée à la première par un petit nombre de lobules qui , eux aussi , sont vrai- 
ment des rates accessoires, laissant subsister l'intégrité de l'organe prin- 
cipal. Parmi les genres que j'ai étudiés, cette disposition ne m'a paru jus- 
qu'ici avoir une constance absolue que chez des Spinacidés. 11 n'est pas 
très rare de la rencontrer accidentellement dans quelques espèces de familles 
différentes. 

La différence ainsi faite entre les rates multilobulées et les rates accessoires 
se légitime, il me semble, au point de vue anatomique et au point de vue 
physiologique, par un simple examen de ces organes. D'après les connais- 
sauces actuelles , au point de vue embryologique, ces deux types parais- 
sent dériver d'une même forme : la forme simple ou compacte, qui persiste 
dans certains genres, tandis qu'une division, s'ébauchant dans certains 
autres, aboutit à une multilobulation irrégulière cl incomplète comme chez 
les Lamnidés, ou absolue comme chez le Carcharias. (Voir notamment à 
ce sujet : Phisalix, Sur la Rate des Ichlbyopsidés, Archives de Zoologie exp., 
1895, etLaguesse : Développement de la Rate chez les Poissons, Journal 
de l'Anatomie cl de la Physiologie, 1890.) 



Recherche et dosage de l'Iode d.ijvs les tissus des Invertébrés, 

par M. Caubel. 
(Laboratoire de M. le professeur Gréhant.) 

A la suilc des travaux entrepris par M. le docteur Gley sur le dosage de 
l'iode dans la glande thyroïde cl divers autres organes des Mammifères, 
travaux auxquels j'ai eu l'honneur de participer, j'ai eu l'idée d'entre- 
prendre la recherche de l'iode dans les tissus des Invertébrés. 

Muni d'une méthode, due à Baumann, pour le dosage de l'iode dans 
les matières organiques, méthode que M. Gley et moi avons heureusement 



— 203 — 

modifiée de façon à rendre sensible la présence de l'iode alors qu'il n'en 
existe que des quantités excessivement faibles, 1/200" de milligramme, 
par exemple, j'ai pu mener à bien mes premiers travaux sur les Insectes, 
et voici quelques-uns des cbiffres que j'ai trouvés : 
Dosage de l'iode chez les Insectes : 



Meloloittha vulgaris. 
(Insecte parlait.) 



Melolontha vulgaris. 
(Larve.) 

Hydrophilus piceus. 

Clairon. 



Coléoptères. 

10 gr. d'insectes frais . 

7 gr- — 

19 gr. — 

lit gr. — 

1 5 gr. larves fraîches. . 
12 gr. — 

1 a gr. — 

h gr. insectes frais. . . 

9S r - — 

( 3 gr. 58 insectes frais 
5gr. 



a frr. 



niilliiii. 

1 = 08 

I = o5 

I = o 09 

1 = 09 

I = o5 

l = o o3 
I = oo/i 

I = o o3 

I = o5 

1 = oa 

I = o3 

I = o oi5 



Mouche commune. 



Diptères. 

8 gr. insectes frais. 

5 gr. 

5 gr. — 



Mouche commune. ( a 5 gr. 

(Larve.) î 1 5 gr. — 



Apis mellifera. 

Bombus. 

Guêpe cartonnière. 



Forjicula auricularia. 



Hyménoptères. 

5 gr. insectes frais. . . . 
5 gr. 
10 gr. 

4 gr. 80 — 
1 2 gr. insectes secs 
(provenant d'un nid 
conservé). 

Forflculldes. 

8 gr. insectes frais 
îa gr. 
3 gr. — 



I = 02 
I = o oi5 
I = 02 
I = o3 
1 = 002 



I = ooi 
I = o 1 5 
I = o 01 5 
I = oa 
I = o o3 



I = on 
I = o3 
I = o oo5 



Arachnides. 

Araignées (espèces indéfinies) pesant 7 gr. 



I = o o3 



— 20/i — 

Sur les organismes des Cannels (2' note), 
par M. B. Renault. 

Dans une noie précédente (I) , nous avons décrit quelques-uns des orga- 
nismes que Ton rencontre dans les Cannels , en prenant pour exemple le 
Gannel Bryant; nous compléterons aujourd'hui celle première note, en 
faisant connaître d'autres organismes du même Gannel et en disant quelques 
mots des autres types que nous avons admis. 

Les enveloppes des différentes fructifications de Cryptogames, telles que 
spores, microspores, macrospores, les thalles des Algues, etc., ont été sou- 
vent envahis par des Champignons microscopiques filamenteux. 

L'étude de ces Champignons est relativement facile quand ils se sont 
développés dans l'épaisseur des parois de macrospores dont le tissu amorphe, 
homogène et transparent, permet d'observer les limites exactes des fila- 
ments et leurs ramilïcations. Le mycélium est formé de filaments rectilignes 
ou sinueux, souvent bifurques, ou émettant latéralement des ramilles très 
courts terminés fréquemment par une conidie sphérique. 




Fig. i. — Anthraeomyces cannellensis 
bourgeonnant dans la paroi d'une macrospore. Gr. i,aoo/i. 

Les filaments sont composés d'articles [rectilignes , quelquefois arqués, 
longs de 2 fi à 2 fi 9 et larges de o fi 85. 

f Sur les organismes des Cannels {Ihdletin du Muséum d'Histoire naturelle, 

1 898 , 11° 9 , p. 10j). 



— 205 — 

Les ramilles paraissent formés d'un seul article. 

On peut suivre le développement du parasite sur les figures 1 à 3. 

Dans la première, par exemple, le filament mycélien semblant venir de 
a matière fondamentale fortement colorée se bifurque a; l'un des ramules, 
long de 2 fi, se termine par une conidie spbérique; l'autre, long de 2 \i 5, 
se bifurque à son tour, et chacune des branches porte également une 
conidie mesurant o fx 8 à t ft; il en résulte une plantule haute de 5 à 6 ft, 
présentant le port d'un Bolrytis carnea très réduit. 




Fig. 2. — Anthracomyces cannellensis Gr. i,5oo/i. 

Le mycélium s'est développé; beaucoup de filaments bifurques ou ramifiés 
portent des ramules terminés par une conidie. 

Nous avons désigné sous le nom àWnthracomyces cannellensis ce Cham- 
pignon microscopique. La ramification peut être un peu différente de celle 
que nous venons de mentionner, et la même figure présente en h une sorte 
de bouquet résultant de la réunion d'un plus grand nombre de ramules 
terminés chacun par une conidie. 

Quoi qu'il en soit, les filaments issus de la ramification dichotome des 
branches primitives, ou de la germination des conidies terminales, donnaient 
bientôt naissance (fig. 2) à un feutrage qui, s' épaississant déplus en plus, 
finissait par remplir (fig. 3) toutes les régions du fragment d'enveloppe 
attaqué. 

Cette dernière figure montre un certain nombre de rameaux dichotomes 
terminés par une conidie et en même temps beaucoup de sections trans- 
versales, circulaires de ces rameaux, qui pourraient être prises pour des 



— 206 — 

spores d' ' Anthracomyccs ou des Microcoques, si, en déplaçant le microscope 
ou ne s'assurait que ces sections se continuent au-dessous delà surface. 










h 



Fig. 3. — Fragment de macrospore 
complètement envahi par V Anthracomyces cannellensis. Gr. i,ooo,.. 




Fig. Z,. — Canne! américain do Cannellon (Nouvelle-Virginie). Gr. 65o/i. 

Nous avons rencontré Y Anthracomyces dans les Cannels-Bogheads du 
Bassin de Moscou, le Boghead Armadalc, etc.; il semble avoir contribué 
pour une assez large part à la destruction des matières organiques, en 
s'atlaquant indifféremment aux thalles des Algues, dont il rend le tissu cel- 



— 207 — 

lolaire méconnaissable , et aux enveloppes si résistantes des fructifications 
des Cryptogammes. 

Le Canne] américain de Cannelton (Nouvelle- Virginie), sur l'organisation 
duquel nous nous proposons de revenir, est extrêmement riche en débris 
organiques à structure conservée : outre les microspores et les macros- 
pores de Lycopodiacées , rtous signalerons, dès maintenant, de nombreux 
spores de Fougères (fig. h), rondes ou elliptiques, mesurant 1 5 à 1 S fx 
suivant le petit axe et 22 à 2 5 f* suivant le grand axe; celles qui sont sphé- 
riques ont environ 20 (x de diamètre. On les trouve par groupes plus ou 
moins nombreux, ou entourées de portions d'enveloppe incomplète. Les 
Algues sont très rares dans ce Canne! , si toutefois il s'en trouve, car nous 
n'en avons pas encore rencontré. 

Le deuxième type de Cannel que nous avons signalé est caractérisé par 
des corps de couleur rouge orangé, parmi lesquels on reconnaît des grains 
de pollen, des spores, des macrospores, mélangés à des fragments de 
plantes diverses sans traces d'Algues. 




A 



Fiy. 5. — Cannai tic Commenlry. Gr. 000/1. 

La figure 5 montre une coupe faite dans un Cannel de Commentry 
(puits Forêt) qui renferme un grand nombre de débris végétaux recon- 
naissables et dont la description nous entraînerait trop loin pour le mo- 
ment. 

Nous ne citerons que quelques-uns d'entre eux : des spores de Fou- 
gères présentant une surface réticulée a, globuleuses atteignant 20 fx de 
diamètre. 



— 208 — 

Des corps d fusiformes (vus de côté), elliptiques quand on les regarde 
en dessus, mesurant alors 68 p de longueur et 35 fx de largeur, qui ne 
sont peut-être que de gros grains de pollen déformés. D'autres, de dimen- 
sions plus faibles,/, à membrane plissée, qui rappellent également des 
grains de pollen, mais desséchés. Les macrospores s'y rencontrent assez 
fréquemment ; nous n'y avons pas remarqué de microspores groupés en 
tétrades, comme cela se présente fréquemment dans les Cannels qui appar- 
tiennent au terrain houiller moyen; ces microspores ne sont souvent carac- 
térisés que par un épaississement en forme de cadre triangulaire (fig. 5, 
î" note), sorte de connecticule, qui fréquemment représente tout ce qui 
j'este de celles-ci, la portion de membrane intermédiaire ayant disparu. 

Le Cannel de Commentry offre parfois des fragments de feuilles épaisses 
dans lesquelles, sur une coupe transversale, on peut distinguer les cel- 
lules épidermiques, les cellules en palissade, et celles du mésophylc. Quand 
les microcoques sont visibles, on les observe dans l'épaisseur des parois 
communes des cellules. 




Fig. 6. — Canne) de Cunimonlry. Gr. 800/1. 

Coupe transversale d'un fragment de bois de Calamodendron, inté- 
ressant deux rangées de trachéides ligneuses a et deux rangées 
de cellules prosenchymatcuses d, qui séparent les coins de bois, 
dans ce genre fossile. 

Ce combustible renferme encore des débris de bois divers, Cordaïle, 
Arlhrophus , Calamodendron; nous dirons quelques mots sur l'un de ces 
débris. 

La figure 6 représente une coupe transversale d'un fragment de Cala- 
modendron p ssanl par deux rangées a de trachéides ligneuses. On voit 



— 209 — 

quatre trachéides groupées deux par deux ; des deux couples autrefois dis- 
posés en ligne radiale, l'un chevauche actuellement sur l'autre à cause 
d'une compression latérale éprouvée par la tige; l'intérieur de chaque tra- 
chéide est rempli d'une matière hrune a, qui n'est autre chose que de la 
houille; la paroi commune des deux trachéides qui forment un couple est 
à peine visible et sans microcoques ; les parois latérales qui étaient en con- 
tact avec les rayons cellulaires ligneux en contiennent, au contraire, un 
assez grand nombre. 

Nous avons fait remarquer naguère que les 'microcoques pénétraient à 
l'intérieur du bois en suivant les rayons médullaires qui séparent les coins 
ligneux , puis les rayons cellulaires qui existent entre les séries radiales de 
trachéides composant ces coins. Les Bactériacées semblent s'y être locali- 
sées et avoir sécrété les produits occupant l'intérieur des trachéides. 

Les deux rangées radiales de cellules prosenchymateuses d, d ont un 
aspect beaucoup plus tourmenté, provenant de ce que, en outre d'un che- 
vauchement des cellules les unes sur les autres, celles-ci se sont contour- 
nées assez régulièrement en forme de Z, de façon que leurs extrémités 
recourbées paraissent s'emboîter dans les parties semblables des cellules 
adjacentes. 

La houille résultant des parois forment les bandes noires contournées d 
et ce qui reste de la cavité des cellules est indiqué par les lignes plus claires 
en forme de Z. 

Les parois communes des cellules ne sont pas distinctes; on ne dé- 
couvre des microcoques que dans la région c qui sépare le bois des bandes 
prosenchymateuses , et entre les rangées radiales de fibres qui composent 
ces bandes y! 

L'examen de ce petit fragment de Calamodendron est intéressant, 
puisque, d'une part , il confirme la présence de Bactériacées à l'intérieur de 
tissus ligneux transformés en houille et que, d'autre part, il prouve que 
celte houille a possédé, à un moment donné, assez de plasticité pour céder, 
sans se fracturer et sans perdre complètement les traces de son organisa- 
tion , aux pressions extérieures. 

Le Cannel de Commentry se distingue du Cannel de Cannelton qui est 
sans Algues par l'absence de fructifications de Cryptogames de forme trian- 
gulaire que nous avons rapportées à des Lycopodiacées et par la présence 
assez fréquente de fragments des feuilles , de bois , fait qui le rapproche des 
houilles du terrain houiller supérieur. 



Mcséum. — iv i5 



i>10 



Sur les phêvomèses métamorphiques du granité de Qvêrigut 

(Ariège), 

par M. A. Lacroix. 

L'exploration de la haute chaîne servant de ligne de partage des eaux 
aux vallées de la Bruyante, affluent de l'Aude, et de l'Oriège, affluent de 
T Ariège, m'a fait découvrir des contacts offrant le plus haut intérêt au 
point de vue de l'histoire du métamorphisme et de la mise en place du 
granité. 

Du port de Pailhères à l'Oriège , les crêtes se trouvent au voisinage du 
contact de l'extrémité occidentale d'un vaste massif granitique (se prolon- 
geant vers l'Est sur plus de 5o kilomètres) et d'une série schisteuse, con- 
tinue depuis If* gneiss (au Sud) jusqu'au permocarbonifère. Les assises 
paléozoïques. constituées par des schistes ardoisiers, des quarzites, des 
calcaires el des alternances de ces diverses roches, sont profondément mé- 
lamorphisées au contact du granité. Quelques-unes d'entre elles ont, à leur 
lour, agi puissamment sur cette roche en modifiant sa composition minéra- 
Ingique ou sa structure. 

Contacts des schistes et des quarzites. — Les schistes et les quarzites étu- 
diés loin des contacts présentent les modifications bien connues en schistes 
et quarzites micacés, mais il y a lieu d'insister sur la grande rareté de l'an- 
dalousite et l'absence de cornéennes à andalousite, si abondantes dans d'au- 
tres contacts pyrénéens. 

Au contact du granité, ces schistes micacés sont constamment feldspa- 
thisés, soit par imbibition, soit par injection du granité dans les lits de 
schistes. On peut suivre progressivement tous les stades de la feldspathi- 
sation et les passages insensibles entre ces schistes feldspathisés et le gra- 
nité lui-même qui, dans les bancs minces injectés, présente de constantes 
modifications de structure. Celles-ci sont surtout caractérisées par la structure 
du quartz qui est microgrenu. La roche tend vers le microgranite , sans l'at- 
teindre toutefois, la prédominance des grands cristaux sur ce quartz 
microgrenu ne permettant jamais à la roche de devenir franchement por- 
ph y pique. 

Les phénomènes qui viennent d'être rapidement esquissés se manifestent 
encore dans les zones constituées par des alternances de schistes el de cal- 
caires, mais les roches microgranitiques subissent alors, en outre, dos 
modifications chimiques eudomorphes dont il sera question plus loin. Quand 
l'imprégnation des schistes par le granité s'effectue sur une zone de plu- 
sieurs centaines de mètres, le résultat de la transformation est une pocha 
offrant la plus grande analogie avec le gneiss. (>es faits, d'une évidence par- 
faite, montrent la généralité du phénomène de feldspathisation au contact 



211 

<lu granité, depuis longtemps signalé par M. Michel-Lévy, et apportent 

une confirn 

cristallins. 



une confirmation à la théorie de mon maître et ami sur l'origine des schistes 



Contacts des calcaires. — Les calcaires sont non moins modifiés que les 
schistes : ils sont transformés en calcaires marmoréens, riches en miné- 
raux (grenat, épidote, zoïsite, pyroxènes, wollastonite, amphiboles, 
quartz, feldspaths) lorsqu'ils étaient originellement assez purs, alors que 
les lits argilo-calcaires ou silico-calcaires se sont surtout changés en épido- 
tites, grenatites, amphibolites et surtout cornéennes à feldspaths, dans les- 
quelles sont associés les types feldspatliiques les plus opposés, tels que 
l'orlhose et l'anorthite , par exemple. 

L'intensité grandiose des phénomènes de transformation des calcaires est 
tout à fait remarquable non seulement dans la région qui nous occupe, 
mais encore dans toute l'étendue des Pyrénées, ces roches métamorphiques 
constituent l'un des gisements de minéraux les plus riches que j'ai eu l'oc- 
casion d'étudier jusqu'ici. 

Métamorphisme endomorphe. — Au contact des assises calcaires , le granité 
présente de remarquables transformations endomorphiques : elles devien- 
nent plus intenses encore autour d'îlots de calcaire, aujourd'hui isolés au 
milieu du granité par suite de la digestion , opérée par celui-ci , des schistes 
qui les entouraient originellement. Dans de semblables conditions, la roche 
éruptive encaissante n'est plus au granité normal, mais du granité à horn- 
blende, de la diorite avec ou sans quartz. Enfin, là où la continuité des 
calcaires englobés a été interrompue, on voit apparaître des roches plus 
basiques, des norites, avec ou sans olivine, des hornbkndites , et enfin défi 
péridotites à hornblende. 

L'étude sur le terrain montre qu'il es! impossible d'établir des délimita- 
tions nettes entre ces divers types pétrographiques; ils se succèdent parfois 
sur quelques mètres de distance, alors que, dans d'autres cas, on les voit 
s'étendre, en apparence homogènes, sur plusieurs centaines de mètres. 
L'examen microscopique permet de suivre la graduation insensible de ces 
divers types les uns vers les autres. La nombreuse série de plaques minces 
que j'ai étudiée fait voir le passage insensible, sans à-c up, entre ses deux 
roches aussi dissemblables que possible, le granité et la péridotite, qui occu- 
pent les deux pôles opposés dans toutes les classifications pétrographiques. 

L'importance théorique de cette observation n'échappera à personne; 
elle démontre, en effet, la possibilité pour un magma profond de se trans- 
former par absorption de sédiments assez radicalement pour pouvoir 
prendre la composition caractéristique de magmas considérés dans les 
théories modernes de la différenciation comme ayant une origine absolu- 
ment différente. 



— 212 — 

L'histoire de ce^ contacts granitiques ne serait pas complète si je ne si- 
gnalais l'abondance de fdons minces qui, partant du granité endomor- 
phisé, traversent les roches exomorphisées : ils sont constitue's par des 
granulites (aphtes) à pyroxène, amphibole, épidote, passant d'une part à des 
épidotes et d'autre part à des remplissages incomplets de fentes , riches en 
cristaux drusiques de quartz, d'albite, d'orthose, d'épidote, etc. 

Les faits qui viennent d'être brièvement exposés démontrent que le gra- 
nité de la haute Ariège ne constitue ni un batholite, ni un laccolite; il forme . 
au contraire, un massif s'élargissanl en profondeur qui a été mis en place, 
comme l'a observé M. Michel Lévy pour le granité d'autres régions fran- 
çaises, par dissolution et assimilation lente des assises sédimentaires dont il 
occupe aujourd'hui la place : les unes (schistes) se dissolvent en se transfor- 
mant en roches très analogues comme composition au granité lui-même, et 
par suite on n'en trouve plus trace que sous forme d'enclaves imparfaitement 
digérées; les autres, au contraire (calcaires), décomposition très différente 
de celle du granité, transforment la composition de celui-ci en donnant 
naissance à tous les types endomorphiques indiqués plus haut. 

Le très grand intérêt des gisements qui nous occupe tient à ce que l'é- 
rosion a décapé la partie du massif profond dans laquelle ces curieux phé- 
nomènes ont achevé de se produire, sans que des mouvements orogéniques 
concomitlants aient déterminé aucun brassage dans le magma : aussi, la 
formation des types endomorphiques est en quelque sorte prise sur le fait, 
ne laissant aucune place pour une hypothèse différente de celle que je viens 
d'indiquer. 

L'étude détaillée de ce sujet et la discussion théorique des conclusions 
qu'il est possible d'en tirer constituent le n° 65 du Bulletin de la carte géo- 
logique de France, qui doit paraître incessamment. 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N" 5 



— ï>&< 



29 e réunion des naturalistes du muséum. 

2& MAI 1898. 



PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWABDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Président dépose sur le bureau le quatrième fascicule du 
Bulletin pour l'aimée 1898, paru le 2& mai, et contenant les 
communications faites dans la réunion du 27 avril. 

Il annonce que linauguration des nouvelles galeries du Muséum 
ne pourra avoir lieu le 26 mai et que la date en sera ultérieure- 
ment fixée. 

L'assemblée des professeurs, afin de reconnaître les services 
rendus à l'établissement, a nommé Correspondants du Muséum : 
MM. E. Chevreux et R. Oberthûr. 



CORRESPONDANCE. 



M. Baron, correspondant du Muséum, a rapporté de Colon, pour 
être offerts à la Ménagerie du Muséum, un Pécari, un Coendou, 
une Sarigue et 1 2 Crabes terrestres du genre Cardisoma. 



Muséum. — iv. 



— 2U — 

M. J. Dybowski, Directeur de l'agriculture à Tunis, a envoyé au 
Muséum h Cténodactyles vivants provenant du Sud-Tunisien. 



M. Ch. Hose, Résident anglais à Bornéo, à qui nous devons déjà 
de belles séries de Mammifères et d'Oiseaux, propose d'enrichir nos 
collections d'embryons de Gibbons, de Galéopithèques, de Tar- 
siers, etc. 

M. Guillaume Grandidier est arrivé à Madagascar et il annonce 
qu'il a fait des fouilles paléontologiques à Bélo, près de Mouroun- 
dava. Il est actuellement à Tulléar, se dirigeant vers Fort-Dauphin. 



Au nom de M. Clément, le Directeur dépose sur le bureau quel- 
ques exemplaires d'un Plan-guide du Jardin des plantes que M. Clé- 
ment vient de publier. 

M. Van Tieghem, en offrant au Muséum, pour sa bibliothèque, 
les deux volumes de la troisième édition de ses Eléments de botanique , 
s'exprime en ces termes : 

Je me suis appliqué, naturellement, à mettre, sous une forme élémen- 
taire, cette édition nouvelle au courant de tous les progrès accomplis en 
Botanique depuis l'année 1893, date de l'achèvement de la deuxième 
édition. Ces progrès ont intéressé, d'une part, la Morphologie et la Physio- 
logie des plantes, c'est-à-dire la Botanique générale, traitée dans le premier 
volume; d'autre part, l'Histoire des familles végétales, c'est-à-dire la Bota- 
nique spéciale, qui fait l'objet du second volume. De là, dans le premier 
volume, toute une série de modifications et d'additions , portant notamment 
sur la structure de la racine, de la tige et de la feuille, sur l'ovule et ses 
divers degrés de complication, sur la formation de l'œuf, etc., qui l'ont 
augmenté de cinquante pages, avec les figures correspondantes. De là, 
surtout dans le second volume , un remaniement complet de la Classifi- 
cation des Phanérogames, où il a fallu notamment introduire une classe 
nouvelle, celle des Liorhizes dicotylées, intermédiaire aux Liorhizes mono- 
cotylées ou Monocotylédones et aux Chmacorhizes ou Dicotylédones, où il 
a fallu aussi , chez ces dernières , faire une place au groupe nouveau des 
Inséminées, avec ses cinq ordres et ses trente-neuf familles, remaniement 
qui a nécessité une addition de cent pages avec les figures correspondantes. 



215 — 



C'est en somme , pour l'Ouvrage entier, uue augmentation de cent cin- 
quante pages , qui , jointe à une foule de corrections et de modifications de 
détail, fait de cette édition un livre véritablement nouveau. 



Au nom de la Société' d'histoire naturelle d'Autun, M. Renault 
dépose sur le bureau le premier fascicule de son Bulletin annuel, 
contenant sept mémoires originaux sur différentes branches d'his- 
toire naturelle, entomologie, botanique vivante et fossile, géo- 
logie, etc. 

Ce dixième volume comprend plus de 700 pages de texte, 
10 planches en collotypie et 97 figures intercalées dans le texte. 

Le deuxième fascicule, renfermant les comptes rendus des séances 
et des excursions , doit paraître sous peu. 



COMMUNICATIONS. 

Notes de cuasse dans l Himalaya 

ET LES MONTAGNES DE l'AsIE CENTRALE^, 

PAR M. Dauvergne. 

Poephagus grunniens L. — Yack. — Dfiong en thibétain. 

Habitat. — Les plus hautes régions du Ladak et du Thibet, Kouen-lun , 
kara-koroum et, dans le Lanak, Gobootlick, Apooreho. 

En été, les mâles sont généralement en petits groupes de deux ou trois, 
à de grandes altitudes jusqu'à 5, 5 00 mètres. Un mâle blessé est dangereux 
et enclin à charger le chasseur si ce dernier ne l'achève pas sans retard. 
Blessé grièvement, l'Yack souffle et grogne sourdement en grattant le sol 
de ses pieds. La chasse de cet animal est difficile à cause de la raréfaction 
de l'air, qui rend tout effort physique très pénible et la respiration très la- 
borieuse. 

Ovis PoLiBlyth. — En Kirghese Gouljah c?, ArkarQ. 

Habitat. — Les Pamirs et les monts Thian-Chan. 

Les plus beaux spécimens se trouvent sur le Tagdumbash-Pamir, où j'ai 

(» Pendant qu'il était donné lecture de ces notes, extraites du carnet de chasse 
de M. Dauvergne, de nombreuses photographies des animaux dont il est question 
ici ont été projetées sur l'écran. 

16. 



— 216 — 

compté un troupeau de plus de 3oo femelles et jeunes mâles, sans aucun 
mâle adulte; aussi est-ce pour moi un fait bien établi que les vieux sont 
généralement solitaires. Les femelles et les jeunes mâles, étant très légers à 
la course, échappent facilement aux Loups qui leur font une chasse acharnée, 
niais les vieux mâles à lourdes cornes ne peuvent que fuir dans les ravins 
où ils s'enfoncent dans la neige et deviennent la proie des carnassiers. C'est 
pourquoi l'on trouve fréquemment les crânes de ces Ovis dans le lit des 
rivières ou enfouis dans les neiges, le mufle rongé. Les Kirghizes qui tuent 
une certaine quantité de ces Moulons sauvages déposent les cornes sur les 
Mazars ou Goombaz (tombeaux). L'approche des 0. Poli est difficile, les 
Marmottes (Arctomys caudalus) qui se trouvent en grand nombre sur les 
Pamirs étant d'une vigilance exaspérante et, par leurs cris perçants, met- 
tant les Ovis en éveil; ce n'est que le matin avant le lever du soleil que l'on 
peut avoir une chance de succès, quand les Marmottes sont dans leur 
terriers. Les Lièvres blancs sont également une cause d'ennui, car ils s'en- 
fuient toujours du côté des Ovis qu'ils troublent et inquiètent. Lorsqu'ils 
détalent, les 0. Poli sont constamment en ligne, de sorte que si l'on tue le 
plus vieux mâle, qui est presque toujours en tête de la troupe, les autres 
semblent ahuris, ne sachant où aller et ne se décidant pas à quitter leur 
camarade et vieux conducteur; on peut alors tuer plusieurs individus de la 
même bande. 

Ovis Hodgsom Blyth. — 0. ammon L. — Nyan en thibétain. 

Habitat. — Les hauts plateaux du Thibet, tels que Gya, Kupchu, Henlé, 
Tsomorari, Pang-Kong, Hoondush, Marsemik-la, jusqu'au Manasarowar. 

C'est le plus massif et le plus puissant de tous les Ovis. Au moment du 
rut, les mâles se livrent des combats terribles; on entend alors à de 
grandes distances, dans les solitudes où ils habitent, le bruit produit par le 
choc de leurs cornes, dont la face postérieure est écrasée et les cannelures 
aplaties. Ces animaux se tiennent assez généralement dans les vallons et les 
cirques, d'où leur vue peut s'étendre de tous côtés. Leur odorat est d'une 
iinesse extrême, et si une bouffée de vent souffle de votre côté, vous pouvez 
abandonner tout espoir de les revoir à la même place. Les mâles adultes se 
séparent des femelles en été et vivent en troupes peu nombreuses. 

Ovis cycloceros Huit. = 0. Vignei Blyth. — Ourial en hindou, Shapou 
du Ladak, Oureen d'Astor. 

Habite les monts salés du district de Thelum, dans le Punjal, et le long 
de l'indus, dans les monts d'Astor et du Baltistan; dans le Ladak, il s'élève 
jusqu'à 4,5oo mètres d'altitude. 

0. Brookei Ward. 

Il m'a été donné de découvrir l'habitat et les affinités de cet Ovis, qui n'est 



— 217 — 

qu'un hybride de VO. Hodgsoni et de YO. Vignei. En 1 884, j'en tuai quatre 
individus dans les monts de Rumpack, vers la passe de Kontah-Ia et les ver- 
sants de Shew-marka. J'en envoyai deux à M. R.-A. Sterndale pour la déter- 
mination; ces deux spécimens furent expédiés à Londres et, après examen, 
furent reconnus comme étant les mêmes que YO. Brookei. Depuis cette 
époque , j'en ai obtenu six autres dans les mêmes montagnes. D'après une 
version d'un lama du monastère de Rumpack, un 0. Hodgsoni, probable- 
ment poursuivi par les Loups , est venu se réfugier dans les montagnes fré- 
quentées par les 0. Vignei et, y trouvant des congénères, y resta défini- 
tivement. S'étant rendu redoutable par sa haute stature et la puissance de 
ses cornes, il arriva à supplanter les Ovis Vignei mâles; il en résulta la 
production d'une variété très intéressante. Cette version est assez plausible 
si l'on considère que l'habitat des 0. Hodgsoni n'est éloigné de celui des 
0. Vignei que d'environ 8o milles. 

Ovis Blanfordi Hume. 

Habitat. — Monts de Khélat (Afghanistan). 

Je crois que c'est le même que Y Ovis arkal, qui est originaire des monts 
Kopet-Dagh, au Nord de la Perse. 

OviS ANATOLICA Val. 

C'est le plus petit de toute la famille des Ovis , et il semble être un di- 
minutif de YO. cycloceros. On le trouve dans l'Asie Mineure. 

Ovis nahura Hodgs. — Burhel (angl.), Shapoo (Ladak), Mouton bleu 
ou Sna. 

Habitat. — Tout le massif bimalayen depuis le Sikkiin jusqu'au Baltistan, 
clans les monts Kouen-lun et le Karakoroum; le Père David l'a trouvé dans 
le Moupin et il existe aussi dans le Thibet. Il vit à de grandes hauteurs et 
j'en ai tué jusqu'à 5,8oo mètres; sa fourrure contient beaucoup de celte 
laine fine appelée pushm, qui sert à tisser les châles. 

Capra sibirica Mey. — Keyl en kashmir, Skein en thibétain, Mayar à 
Gilgit, Keek du Turkestan. 

Habite presque toutes les montagnes du Kashmir, du Baltistan, du 
Thibet et des Pamirs, et fréquente les rochers à de hautes altitudes et 
toujours près des neiges. Au printemps, il descend brouter l'herbe tendre 
laissée à découvert par la fonte des neiges; l'hiver, il devient fréquemment 
la proie des Onces (Felis uncia), qui le chassent. Les femelles, après avoir 
mis bas deux chevreaux vers la fin de juin, sont constamment en éveil sur 
les pointes des rochers et donnent l'alarme au moindre signe de la présence 
de l'homme en jetant un cri perçant qui ressemble assez à un coup de 
sifflet. Les mois de mai et juin sont les plus favorables pour leur chasse; 



— 218 — 

fie juillet à novembre, les vieux mâles se réfugient dans les rochers élevés, 
surplombants, où il est difficile de les atteindre. 11 n'est pas rare de voir, 
dans les régions qu'ils habitent, des télés de mâles qui ont péri, ensevelis 
sous les avalanches ou tués par les pierres et les rochers qui tombent des 
hauteurs par l'action du dégel. 

Dans l'Asie Mineure, la Perse et le Béloulchislan , on trouve le Bouquetin 
à cornes en forme de cimeterre (Capra œgagrus). Je ne crois pas qu'il en 
existe dans l'Himalaya. 

Capra megaceros Huit. = C. Fai.coneri Wagn. — Markoor du Kashmir, 
Boom (Gilgit). 

Habitat. — Chaîne du Pir-Punjal, Kaj-nagh et Shamshibri, dans le 
Kashmir, basses régions du Nangat-Parbut , Haramosh et Gilgit, près de 
l'Indus. 

Ces Bouquetins fréquentent les gorges boisées et les précipices in- 
accessibles, et leur chasse, dangereuse et difficile, demande un maximum 
d'énergie et de patience. Leur nom de Markoor signifie mangeur de Ser- 
pents; je n'ai jamais pu vérifier le fait. Ils vivent par troupes et se ren- 
contrent au printemps sur les versants abrupts, où ils trouvent de l'herbe 
tendre. L'été, les mâles s'éloignent des femelles et de leurs petits pour 
s'isoler sur les hauteurs, où ils sont moins tourmentés par les Mouches, et 
se tiennent à l'ombre des Sapins et des Bouleaux. La présence du chasseur 
est souvent trahie par le cri d'alarme des Perdrix de neige (Telraogallus 
himalayensts) , qui vivent dans les mêmes régions, et par les Lophophores 
(Lophophonis refulgens), qui parlent en poussant des cris perçants et 
mettent en éveil les Markoors au repos. On arrive quelquefois à obtenir 
un beau spécimen de ces animaux vers la fin de novembre ou en décembre, 
à l'époque du rut, quand les sources sont gelées sur les hauteurs; ils des- 
cendent alors jusqu'au bord de l'Indus pour se désaltérer. A cette époque, 
leur odeur est très forte, et les mâles se livrent des combats qui leur font 
négliger toute prudence. 

Capra Jerdoni Kinl. — Trans-Indus Markoor. 

Habitat. — Sheik. Budeen, monts Suleïman, dans les districts d'Hazara. 
Celte variété du C. megaceros, à pelage plus court, sans doute à cause 
du climat plus chaud , ne se trouve pas dans l'Himalaya. 

Hemitragus jemlaicos Hodgs. — Thar, Krass de Kashmir. 

Habite les monts du Pir-Punjal, Kishtwar, Kulu , près du Chandra-Bagha. 

C'est, de toutes les variétés de Chèvres sauvages, la plus difficile à ap- 
procher, en raison des précipices dans lesquels elle habile. Il arrive souvent 
que celles que l'on tue tombent de grandes hauteurs et se brisent contre 
les rochers, quand elles ne sont pas emportées par les torrents. Elles sont 



— 219 — 

très dures à tuer et, même mortellement blessées, se réfugient dans des 
endroits inaccessibles pour y mourir. On arrive quelquefois à prendre des 
petits en chassant la mère et en leur amenant une Chèvre domestique. 

Nemoriledus goral Hardw. — Gooral ou Kashmir Chamois. 

Il habite les basses montagnes du Sud himalayen , fréquente les endroits 
broussailleux et escarpés et va assez rarement en troupes. Il est très actif 
et presque toujours en mouvement quand il cherche sa nourriture. Les 
Martres des Pins (Martes abietum) le chassent assez fréquemment et le 
poursuivent sans relâche en donnant de la voix , mais le plus souvent l'at- 
taquent en se laissant tomber sur lui du haut de la branche où elles se 
tiennent en observation. 

Nemorh.edus bubalinus Hodgs. — Serow , Ramou de Kashmir, ou Chèvre- 
Antilope. 

Habite les rochers escarpés et broussailleux des montagnes , à une hauteur 
de 3,ooo mètres, dans l'Himalaya et le Kashmir. 

Très difficile à chasser, il tient tête aux Chiens, qu'il fait rouler dans les 
précipices. C'est généralement l'hiver qu'on le chasse, car alors il se dé- 
tache sur la neige, grâce à la teinte noire de sa robe, et comme il est très 
lourd, il s'effondre et se fait prendre par les Chiens. 

Pantholops Hodgsoni Abel. — Antilope du Thibet; Esoze en thibétain. 

Habitat. — Les hauts plateaux du Thibet, rarement au-dessous de 
6,900 mètres. 

Il n'est pas rare de voir ces animaux se livrer à une course frénétique 
pour calmer l'irritation que leur causent des larves de grosses Mouches 
logées entre cuir et chair, sur leur croupe , qu'ils ne peuvent gratter avec 
leurs cornes recourbées en avant. Dans leur fourrure se trouve un duvet 
très fin que l'on appelle lossa , et qui est très recherché pour fabriquer ces 
étoffes passant clans une bague, destinées au Maharajah de Kashmir et aux 
Rajahs de l'Inde. 

Gazella picticaudata Hodgs. — Gazelle ou Goa en thibétain. 

Habitat. — Les hauts plateaux de Henlé et du Tsomorari et au Nord de 
la passe de Niti, hautes plaines sablonneuses et monts arrondis des régions 
thibétaines. 

Gazella sdbgdttdrosa Gùld. — Djeran en persan, Keeh en turki, Nang- 
yang en chinois. 

Habitat. — Hauts plateaux de la Perse et du Khorassan, Kashgarie, 
près du Kizil-su, et plaines du Tarim. 

Ces Gazelles vivent en troupes l'hiver, mais se séparent au printemps. 



— 220 — 

Les Kirghizes et ies Kashgariens emploient pour les chasser un Aigle ap- 
pelé Barkout ; ils suivent à cheval en poussant des cris jusqu'au moment 
où la Gazelle a les yeux crevés par l'Aigle et se laisse égorger par les chas 
seurs. 

Moschus moschiferos L — Kastoora eu hindouslani, Roos en kashmir. 

Nocturne et presque toujours solitaire ; on ne le voit qu'après le lever 
et après le coucher du soleil. Il habite de préférence les hautes régions 
couvertes de Sapins, de Bouleaux et de Genévriers. Les femelles mettent 
bas en juin un ou deux petits, qui leur sont fréquemment enlevés par les 
Aigles noirs et les Gypaètes barbus. 

Cervulus aurecs Jerd. — Cerf aboyeur, Khakur ou Muntjac en hindou- 
slani ; on l'appelle aussi Face côtelée. 

H aboie comme un Chien lorsqu'il est inquiété ou qu'il est en rut. 11 est 
très répandu dans les bas contreforts de l'Himalaya et dans la jungle de 
l'Inde centrale. 

Cervus cashmirianus Falc. — Barasingh, Hangoul de Kashmir. 

Habitat. — Toutes les montagnes autour de la vallée au Nord, ainsi que 
le pays de Kishtwar et Chonmouki. 

Son nom de Barasingh vient de ce qu'il a fréquemment douze andouil- 
lers. 11 perd ses bois vers la fin de mars; les nouveaux poussent vers la fin 
de mai et atteignent leur croissance fin de juillet. Pendant celle période, il 
se tient a l'ombre des Bouleaux. En août, il frotte le velours de ses bois 
contre le tronc des jeunes Sapins, dont il enlève l'écorce; en septembre, 
arrive l'époque du rut, et la voix de ces Cerfs se fait alors entendre à de 
grandes distances sur les montagnes boisées. C'est un son nasillard aigu 
qui se prolonge par une note plus grave et finit par un grondement gul- 
tural. L'accouplement cesse à la fin d'octobre et les femelles mettent bas 
dans les premiers jours de juin. Le Cerf de Kashmir fréquente les forêts 
profondes; quelquefois on l'aperçoit dans les gorges et les précipices, et il 
est merveilleux de voir avec quelle agilité il franchit les obstacles en bon- 
dissant au milieu des rochers les plus abrupts. Par les froides matinées 
d'hiver, on voit quelquefois les mâles jouer comme des Taureaux, se heur- 
tant et se poussant dans la neige qui couvre les hauts sommets. La nuil, 
ils descendent dans les fourrés épais et se nourrissent de bourgeons. Quand 
les femelles sont inquiétées par les Fauves, elles poussent un aboiement assez 
analogue à celui du Chien. Par un jour neigeux et brumeux, je trouvai la 
piste toute fraîche d'un Cerf, avec beaucoup de sang, et les empreintes de 
trois Martres des Pins qui la suivaient évidemment ; je la suivis à mon tour 
jusqu'à la nuit, qui me força d'abandonner mes investigations. Deux jours 
après, je trouvai la carcasse du Cerf à moitié dévoré par les Fauves. D'après 



— 221 — 

les indigènes, ces Martres se laissent tomber sur ie Cerf, lui ouvrent les 
artères de l'aine; celui-ci cherche alors son salut dans la fuite, mais saigne 
jusqu'à la mort. Depuis quelques anne'es, le Gouvernement a prohibé la 
chasse du Cerf par temps de neige , et ces animaux , qui devenaient rares , 
recommencent à se multiplier. 



Observations sur quelques Oiseaux du Setchuan 
et description d especes nouvelles ou peu connues, 

PAR M. E. OuSTALET. 

M gr Biet, évêque de Diana, qui avait déjà enrichi les collections du Mu- 
séum d'un grand nombre d'Oiseaux de Setchuan et du Yun-nan (,) , vient 
de faire adresser à cet établissement une importante série d'exemplaires 
recueillis à Tatsien-lou (Setchuan) par les prêtres de la mission. Quelques- 
uns de ces spécimens , préparés par les élèves chinois , sont arrivés en 
mauvais état et ne pourront être utilisés, mais beaucoup d'autres pren- 
dront place dans les galeries du Jardin des Plantes. Quelques-uns de ceux- 
ci appartiennent à des espèces nouvelles ou peu connues , sur lesquelles je 
désire appeler l'attention des naturalistes. 

1. Picds (lepocestes) sinensis Rickett. 

Cette espèce a été décrite l'année dernière (2) par M. C.-B. Rickett , d'après 
un mâle et deux femelles obtenues à Kouatoun (Fokien), en octobre 1896. 
Je lui attribue une femelle qui a été tirée à Tatsien-lou (Setchuan) en 1897 
et qui offre, à peu de chose près, la même coloration et les mêmes dimen- 
sions que les Oiseaux du Fokien, surpassant notablement, comme eux, les 
Lepocestes pyrrhotis de l'Inde anglaise et de Malacca. Il est intéressant de 
retrouver dans le Setchuan une espèce découverte dans le Nord-Ouest du 
Fokien et de voir ainsi diminuer la distance qui séparait l'aire d'habitat 
du Lepocestes sinensis de celle du Lepocestes pyrrhotis , qui , de son côté , a été 
signalé dans l'île de Haïnan (s) . 

Picds (Hypopicus) hyperythus Vig. 

Dans la collection qui vient d'être adressée de Tatsien-lou au Muséum, 
j'ai trouvé un mâle bien adulte de cette espèce, qui était déjà représenté 
par deux femelles, également adultes, dans la série d'Oiseaux envoyés de la 

(1 > Voir Bull, du Muséum d'hist. nat. , 189,5, t. I., p. 268; 1896, t. II, p. 3i4, 
et 1897, t. III, p. 162 et 208. 

M Bull. Brit. Ornith. Club, VI, p. 1 (mai 1897); Mis, 1897, p. /i52;C.-R. 
Rickett et J.-D. de la Touche, Uns, 1897, p. 6o3. 

M F. W. Styan, Ibis, 1893, p. 43 1. 



— 222 — 

même localité par M gT Biet et par le R. P. Dejean et dont M. Bonvalot et le 
prince Henri d'Orléans avaient obtenu précédemment deux femelles à Ho- 
kéou , dans le Thibet oriental (1) . Il est donc bien établi désormais que le Picus 
(Hypopicus) hyperythus se trouve non seulement dans une partie du Thibet 
chinois, mais dans le Setchuan , et il est certain que c'est là, comme le 
supposait feu E. Hargitt (2) , le Pic à bec jaune et à ventre roux que M. l'abbé 
A. David avait observé près du Koukou-Nôr et qu'il avait désigné sous le 
nom de Picus jlavirostris^h 

Calliope Davidi n. sp. 

Callioppe n. sp. mento, gula et pectore maris rubris, fulgentibus, pallio cinera- 
scenle valde distincts. 

Long. tôt. o m. i3o; long, alœ o m. 079; caudae m. o5o,; tarsi m. oa5; 
rostri (cultn.) m. 011. 

Cette magnifique espèce de Passereau, l'une des plus remarquables 
parmi celles que le Muséum a reçues dans ces dernières années, se distingue 
aisément par les couleurs de son plumage de toutes les espèces précédem- 
ment connues du genre Calliope w . Le mâle adulte a le dessus de la tête, 
le dos et les couvertures des ailes d'un gris bleuâtre très foncé. Cette teinte 
est bien différente de celle du manteau de la Calliope Icamtschatkensis et 
tire beaucoup plus au bleu que celle du manteau du Calliope pectoralis et 
Tschebaiewi. Il n'y a point d'ailleurs, comme chez ces dernières, des sour- 
cils blancs; une bande noire, d'abord très étroite et réduite à un simple 
liséré sur le front, se prolonge en s'élargissant sur les côtés de la tête, du 
cou et de la poitrine et est a peine interrompue, à quelque distance en 
arrière de la région auriculaire, par une petite tache blanche. Cette bande 
limite nettement, de chaque côté, une zone d'un rouge ardent qui s'étend 
depuis la base du bec jusque sur la poitrine et qui, inférieurement , n'est 
pas arrêtée net par une écharpe noire comme chez la Calliope Tschebaiewi , 
quoique, chez certains individus, les deux bandes latérales se rapprochent 
un peu vers le bas. De plus, le rouge n'est pas du tout de la même nuance 
que chez cette dernière espèce et chez la Calliope ordinaire; ce n'est pas 
rouge carmin, mais un rouge légèrement orangé extrêmement intense 
[rouge de Saturne). Le ventre est d'un blanc nuancé de roux et un peu 
mélangé de gris sur les côtés. Les grandes pennes alaires sont d'un brun 
foncé uniforme, les pennes caudales d'un gris presque noir avec de larges 



W E. Oustalet, Catalogue des Oiseaux provenant du voyage de M. Bonvalot et du 
prince Henri d'Orléans, Nouvelles Archives du Muséum, 3* série, t. V, Mémoires, 
p. i.i'i. 

< 3 > Ibis, 1888, p. i38, et Cat. B. Brit. Mus., 1890, t. XVIII, p. aoo. 

(:,) Nouvelles Archives du Muséum, 1871 , t. VII, Bulletin, p. h. 

W Voir Seebohm, Cat. B. Brit. Mus., t. V, p. 3o5 et suiv. 



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marques blanches qui vont en augmentant de longueur depuis la première 
penne interne jusqu'à la cinquième, où elles occupent les deux tiers de la 
plume. Seules les r, ctrices me'dianes sont complètement unicolores. Les 
couvertures inférieures de l'aile et les sous-caudales sont d'un roux clair. 
Le bec est noir, de même que les pattes. La femelle a les parties supé- 
rieures du corps d'un brun tirant un peu plus à l'olivâtre que chez la fe- 
melle de la Calliope kamtschatkensis et les parties inférieures un peu plus 
fortement lavées de roux que dans cette dernière espèce. 

J'ai sous les yeux huit spécimens de cette Calliope Davidi, sept mâles et 
une femelle et les sept mâles offrent tous exactement les mêmes caractères. 

D'après les indications fournies par les missionnaires de Tatsien-lou , 
l'espèce est connue des Chinois sous le nom du Rony hiapâ. 

Dans nos Oiseaux de la Chine (1 \ il est fait allusion à une Calliope que 
M. l'abbé A. David a observée dans la principauté de Moupin , mais dont il 
n'a pu obtenir qu'un seul et unique spécimen, qui, malheureusement, 
fut tellement mutilé par le coup de fusil , qu'on ne put le conserver. La 
description succincte que M. l'abbé David fit de l'Oiseau ne coïncide 
pas absolument avec celle de la Calliope pectoralis, ainsi que nous l'avons 
fait remarquer; elle offre, au contraire, certaines analogies avec celle de la 
Calliope Davidi, d'autant plus que M. l'abbé David avait cru remarquer 
que, chez la Calliope de Moupin, le rouge se prolongeait, sous forme d'une 
bande assez étroite, bordée de noir, jusque sur la poitrine. C'est même 
pour ce motif que le savant missionnaire avait désigné ladite Calliope sous 
le nom de Calliope peclardens (2) avant que nous ne nous fussions décidés 
à l'assimiler à la Calliope pectoralis de l'Himalaya (3) . Il se pourrait que 
cette Calliope pectardens fut plutôt identique à la Calliope Davidi , mais il 
est impossible de l'affirmer, en l'absence de termes de comparaison. 
Nous ne savons pas, en effet, si le rouge de la Calliope pectardens était de 
même nuance que celui de la C. Davidi, si l'oiseau de Moupin avait des 
sourcils blancs ou s'il en était dépourvu, et nous constatons dans les di- 
mensions des Oiseaux de Tatsien-lou et de celui de Moupin des différences 
sensibles. . 

La question de savoir à quelle espèce appartenait l'Oiseau observé par 
M. l'abbé David est d'autant plus difficile à résoudre , que la Calliope kam- 
tschatkensis et la Calliope Tschebaiewi se rencontrent aussi à Tatsien-lou, 
qu'elle peuvent également s'avancer jusque daus la principauté de Moupin, 
où la présence de la Calliope pectoralis ne constituerait pas non plus un 
fait extraordinaire , étant donné le grand nombre croissant d'espèces hima- 
layennes que l'on rencontre dans cette partie de la Chine. 

(1) P. a 36 et «237 (Calliope pectoralis). 

(a) Nouvelles Archives du Muséum, 1871, t. VII, Bulletin, cat., p. 7, n° 167. 

W Oiseaux de la Chine, 1877, p. !?3fi, n° 34 1. 



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Trochalopteron cinereiceps Styan? 

En 1887, M. F. W. Styan a décrit et figuré (1) une nouvelle espèce du 
Trochalopteron dont il avait acquis deux spécimens d'un marchand de Han- 
Kéou qui faisait venir des Oiseaux vivants de la Chine occidentale et qui 
avait un correspondant à Ichang. C'est par les soins de celui-ci que les Tro- 
chalopteron, originaires du Yun-nan, avaient été, au dire du marchand, 
amenés par bateau jusqu'à Han-Kéou. Plus tard cependant, en 1889, 
M. Styan eut l'occasion de voir à Shanghaï, vivant en cage, plusieurs Oi- 
seaux de la même espèce, qui avaient été pris sur les montagnes situées à 
l'Ouest de Hang-tchéou , dans la province du Tché-Kiang ( ' 2) . Il put alors 
rectifier légèrement sa première description. D'après cette description, 
comme d'après la figure, le Trochalopteron cinereiceps (c'est ainsi que 
M. Styan désigne sa nouvelle espèce) a les parties supérieures du corps 
d'une teinte olivâtre, tirant au brun et passant graduellement au gris bru- 
nâtre sur le sommet de la tête, dont les plumes sont légèrement bordées 
de noir. Les couvertures alaires ont la teinte du dos , à l'exception des cou- 
vertures primaires qui sont noires; la penne bâtarde est d'un gris lavande, de 
même que les barbes externes des rémiges dont les barbes internes ont une 
teinte noirâtre. Les pennes secondaires et tertiaires offrent la même couleur 
que le dos et les couvertures alaires , sauf sur leurs barbes internes et à 
leur extrémité , celle-ci étant ornée d'une bande noire suivie d'un liséré 
blanc. Les rectrices médianes, d'une teinte olivâtre, et les rectrices laté- 
rales, tirant au gris , sont toutes ornées également d'une bande subterminale 
noire et d'une bordure blanche , beaucoup plus large sur les pennes externes 
que sur les autres. Des sourcils bruns viennent se fondre en arrière dans 
la teinte rousse des couvertures auriculaires; au-dessous de l'œil, il existe 
une tache blanche à laquelle succède une raie noire formant moustache et 
et les lores sont noirs, surmontés d'une petite tache blanche. Enfin les 
pattes sont d'un brun jaunâtre, de même que le bec dont la mandibule su- 
périeure est plus foncée que la mandibule inférieure. 

Chez le Trochalopteron cinereiceps, l'aile mesure 3 pouces 1/2 (anglais) 
ou o m. 090; la queue 3 p. 3/4 ou om. 096; le bec (cutmen) 7/8 p. ou 
o m. 022 ; le tarse 1 p. i/4 ou m. o32. 

Quatre spécimens venant de Tatsien-lou, et trois exemplaires envoyés 
antérieurement de Tsé-kou (Yun-nan) par le R. P. Soulié, offrent, à peu 
de chose près, la même coloration; toutefois, chez aucun d'entre eux, les 
lores ne sont noirs, ni même noirâtres, une large tache blanche, située en 
avant de l'œil, allant parfois rejoindre la tache sous-oculaire blanche et ne 
laissant , tout contre le bec , qu'un léger liséré noir, à peine visible ; la gorge , 
au lieu d'être d'un fauve isabelle uniforme comme chez le Trochalopteron 

M Ibis, 1887, p. 167 et pi. VI. 
< s > Ibis, 1889, p. hlxh. 



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cinereiceps , est d'un roux clair, passant au blanc sur le menton, et offre de 
petites stries ou des taches lancéolées noires plus ou moins accusées ; les 
bandes noires formant moustaches , qui partent du bec , s'élargissent beau- 
coup plus en arrière cpie chez le Trochalopteron cinereiceps , et s'éparpillent, 
pour ainsi dire , en une multitude de petites taches noires dont les côtés 
de la tête et du cou sont comme éclaboussés; le sommet de la tête n'est ni 
gris, m gris brunâtre, mais d'un brun olivâtre fortement maculé de noir, 
ou même, chez quatre individus, d'un noir franc, et qui dessine une véri- 
table calotte , nettement délimitée , sauf vers la nuque où elle se fond , pour 
ainsi dire, en petites taches disséminées. D'autre part, l'aile mesure, chez 
ces individus, o m. 095, la queue m. 1 1 5 , le bec (culmen) o m. 018 
à m. 020; le tarse o m. o35. Les dimensions sont donc (sauf pour le 
bec) sensiblement plus fortes que chez le Trochalopteron cinereiceps. 

Ces différences de coloration et de dimensions jointes à la différence de 
provenance sont-elles suffisantes pour motiver une distinction spécifique? 
J'hésite à le croire , d'autant plus que MM. C.-B. Rickett et J.-D. de la Touche 
disent (1) que, parmi les Trochalopteron cinereiceps qu'ils ont obtenus à Ghing 
Feng Ling, à 100 mdles au Nord-Ouest de Fou-tchéou, dans une partie du 
Fokien où l'espèce est répandue, il y avait un spécimen chez lequel la tête 
était couverte d'une calotte d'un noir presque uniforme. A côté de cet indi- 
vidu, d'autres exemplaires, en petit nombre, avaient le vertex d'un gris 
foncé, avec des marques noires au centre des plumes, et beaucoup d'autres 
avaient le dessus du vertex d'un brun grisâtre, à peine plus foncé que la 
teinte du manteau (2) . 

L'espèce que M. l'abbé A. David et moi avons décrite en 1890, sous le 
nom de Trochalopteron ningpoense (3) , me paraît avoir des analogies encore 
plus étroites avec le Trochalopteron cinereiceps, dont, à cette époque, la 
description n'avait pas suffisamment attiré notre attention. Dans l'individu 
qui nous a servi de type, le dessus de la tête offre la même teinte grisâtre 
que chez le Trochalopteron cinereiceps , les taches blanches des côtés et la 
tête sont aussi circonscrites, les lores sont d'un gris noirâtre; mais les 
raies noires des côtés de la gorge sont décomposées en arrière en nom- 
breuses petites taches comme chez les Oiseaux de Tatsien-lou , et le menton 
et la gorge sont d'un blanc pur avec de fines stries noires. En revanche , les 
dimensions du Trochalopteron ningpoense et du Trochalopteron cinereiceps 
sont sensiblement les mêmes. Je crois donc que , malgré les légères diffé- 
rences signalées plus haut, il faut identifier ces deux espèces, qui pro- 
viennent de la même province chinoise. En effet, le Trochalopteron ningpoense 
a été obtenu à Ning-po (Tché-kiang) par M. l'abbé A. David, et si les pre- 

(1 ) Ibis, 1897, p. 6o5. 
( 3 > Ibis, 1897, P* 6o5. 
(3) Le Naturaliste, 1898, p. 186. 



— 226 — 

miers spécimens du Trochalopteron cinereiceps ont été indiqués avec doute 
comme étant originaires du Yun-nan, les suivants ont été, certains, pris sur 
le Tcké-Kiang. 

D'après MM. G.-B. Rickettet J. de la Touche, la même forme de Trocha- 
lopteron est commune dans le Nord-Ouest du Fokien et y vit en compagnie du 
Hoaméy ordinaire (1) . Enfin, si l'on attribue les différences que j'ai signalées 
entre les individus examinés par M. Styan et ceux que j'ai étudiés à des diffé- 
rences de saison, d'âge ou de sexe, on est conduit à étendre considérable- 
ment du côté de l'Ouest les domaines du Trochalopteron cinereiceps et à 
admettre que cette espèce se rencontre dans le Tché-Kiang, dans le Fokien , 
dans le Setchuan , dans le Yun-nan et probablement aussi dans les pro- 
vinces intermédiaires; en un mot, dans tout le bassin du Yang-tsé. Dans ce 
cas, il n'y aurait plus lieu de révoquer l'assertion du marchand chinois qui 
prétendait avoir reçu par le bateau descendant le Yang-tsé des Trochalop- 
teron venant d'Ichanget pris, encore plus à l'Ouest, dans le Yun-nan. Mais 
alors, sous quel nom conviendrait-il de désigner un Trochalopteron aussi 
largement répandu? Evidemment, le nom de Trochalopteron ningpoense dis- 
paraîtrait devant celui de Trochalopteron cinereiceps qui aurait la priorité. 
Mais conviendrait-il alors d'appeler Trochalopteron à (ête grise un Oiseau chez 
lequel le sommet de la tête serait d'un noir franc dans la livrée de noces, et 
d'un brun olivâtre, mélangé de noir et tirant à peine au gris, dans le phi- 
mage de transition? Je proposerais dans ce cas de le désigner plutôt sous 
le nom de Trochalopteron Styani, en l'honneur du naturaliste anglais 
qui , le premier, a fait connaître l'espèce. 

CoNOSTOMA jEMODIUM IlûdgS. 

Plusieurs exemplaires de cette espèce himalayenne, dont nous avions 
déjà signalé (2) la présence dans les forêts les plus élevées des frontières de 
la Chine et du Thibet, figurent dans la collection envoyée au Muséum par 
M gr Biet. Comparés aux exemplaires du Népaul , les spécimens de Tatsien- 
lou se distinguent tous par leur bec plus robuste. Je me garderai cepen- 
dant de leur imposer un nom particulier. 

Heteromorpha unicolor Hodgs. 

Dans la même collection se trouvent aussi plusieurs Heteromorpha uni- 
color Hodgs (3) offrant des variations assez sensibles dans les nuances de 

(l) Leucodioptron sinense Briss. , David etOustalet, Oiseaux de la Chine, p. 189, 
n° a83 et pi. 56. 

' s ' David et Oustalet, Les Oiseaux de la Chine, 1877, p. 207, n°3o6. 

< 3 ' Cette espèce est placée par R.-B. Sharpe (Cat. B. Brit. Mus., t. VII, p. liç)3) 
dans le genre Suthora, mais il vaut mieux, je crois, la laisser avec Y Heteromorpha 
gularis et rufeeps dans un genre particulier établissant le passage des Conostoma 
aux Sutlwra. 



— 227 — 

leur plumage, les uns e'tant d'un roux olivâtre 1res vif sur les parties supé- 
rieures, un peu plus clair sur les parties inférieures du corps ; d'autres ayant 
la tête et la gorge d'un gris rosé et le dos verdâtre ; d'autres tirant fortement 
au gris sur le dos et la queue, etc. Ces différences dépendent probablement 
du sexe et de la saison. Gomme nous l'avons indiqué précédemment (1) , les 
Heteteromorpha unicolor se trouvent en Gbine et au Thibet, exactement dans 
les mêmes localités que le Conostoma œmodium. 

Sdthora alphonsiana J. Verr. 

Cette espèce dont le Muséum n'a possédé longtemps qu'un seul et unique 
spécimen, le type même de l'espèce, envoyé du Setcbuan par M. l'abbé 
A. David, est représentée dans la collection de M gr Biet par une quinzaine 
d'exemplaires et figurait déjà en assez grand nombre dans les collections 
recueillies par le Père Dejean dans la même localité. Elle doit donc être 
très commune aux environs de Tatsien-lou et sans doute aussi dans le Yun- 
nan. Tous les exemplaires que j'ai sous les yeux sont semblables et corres- 
pondent bien à la description que M. David et moi avons donné de l'es- 
pèce (2) . Dans la figure qui a été publiée dans les Nouvelles Archives du 
Muséum (3) par J. Verreaux, les ailes sont d'un roux trop foncé et la nuque 
est marquée de petits traits noirs qui n'existent pas en réabté. 

SUTHORA CYANOPHRYS A. DaV. 

La Suthora cyanophrys, que M. David a découverte dans le Sud-Ouest du 
Cbensi (4) , paraît être un peu moins commune aux environs de Tatsien-lou 
que l'espèce précédente. Elle se retrouve aussi plus au Sud , sur les confins 
du Yun-nan et du Tibet, à Tsé-kou, d'où le R. P. Soulié en a envoyé des 
spécimens au Muséum, en 1897. Sur ces derniers exemplaires, une bande 
blanchâtre , partant des joues, descend de chaque côté le long du cou , tandis 
que, chez les individus de Tatsien-lou, on ne remarque, de chaque côté de 
la gorge, qu'une petite tache blanche, la teinte rousse du menton ayant 
envahi les joues; mais je pense que ces légères dissemblances ne doivent 
être attribuées qu'à la saison. 

W David et Oustalet, Les Oiseaux de la Chine, p. 5o6, n° 3o4. 

( 2 ) Idem , ibid. , p. 2 1 , n° 3 1 0. 

W Idem, ibid., 1872, t. VIII, pi. 3. 

M Uem, ibid., p. 2i3, n" 3i4 et pi. 66. 



— 228 — 

Contribution À l étude icbtyologique des Îles Mariannes, 
d'après les envois de M. Marche, 

par J. Pellegrin. 

M. Marche, chargé d'une mission, a séjourné aux Mariannes d'avril 1887 
à mai 1889; il a envoyé au Muséum, sans parler des Mammifères et des 
Oiseaux qui ont été l'objet d'un important mémoire de M. Ouslalet (1) , une 
belle collection de Poissons, dont il peut être intéressant de publier une 
liste, la faune ichtyologiqne de ces régions étant jusqu'ici, en général , assez 

peu connue. 

Les échantillons proviennent du groupe méridional des Mariannes, qui 
comprend les îles les plus vastes de cet archipel. Ce sont du Sud au Nord : 
Guam, Rota, Agrigan, Tinian, Saypan. Le groupe septentrional, composé 
d'un assez grand nombre d'îlots madréporiques ou volcaniques, est bien 
moins important. 

Les espèces sont suivies du nom, indiqué par M. Marche, de l'île dont 
elles proviennent. Quelques-unes ont été trouvées dans les eaux douces de 
Saypan, la mieux arrosée, avec Guam, de l'archipei des Mariannes; elles 
sont précédées d'un astérisque. 

«ymnodontitke. . Tetrodon hispidcs Lacép. ; var. fi Gùnthr. — Guam. 

— papua Valent. — Saypan. 

Sclerodermidse. . Bali>TES MGER MungO-Park. — Rota. 

— aculeatus L. — Saypan. 

— rectangclus Bl. Schn. — Saypan. 

OSTRACION CUBICCS L. 

— seb.e Bleek. — Saypan. 

CORNUTUS L. 

Mursrnidsc * Anguilla mauritiana Benn. — Saypan. 

Ophichthvs colubrinus Bodd. — Saypan. 

MlR.ENA UNDLLATA Lacép. 

— Doivenbodei Bleek. 

— picta Ahl. 

Clupeidse Engraulis boelama Forsk. — Guam. 

Scombresocidxe . Belone platura Riipp. — Guam. 

Hemiramphls Georgii G. V. — Guam. 
Plcuronectidse . . Rhomboidichtiivs pantherinus Rùpp. — Rota. 
Lahridse Anampses c^rdleo-plnctatus Rùpp. — Saypan. 

Jolis purpurea Forsk. — Rota. 

M Les Mammijères et les Oiseaux des îles Muriam.es, par M. E. Oustalet. Nou- 
velles Archives du Muséum, 3' série, VII, 1 890 . p. lit. 



— 229 — 
ïMugilidie MuGii. Buchawm Bleek. — Agrigau. 

Blenniidse SALARIAS DliSSUMIERI G. V. 

QCADRICORN'IS G. V. Guaiïl. 

— umcolor Rùpp. — Guam. 

Cîobiidre GoBlUS ALBO-PUNCTATUS C. V. Gliam. 

— grammepomus Bleek. 

— striatds Day. — Guam. 

* Periophtiialmus Kelreoteri Pall. — Saypan. 

* Eleotris fhsca Bl. Schn. — Saypan, Guam. 

Acronuridsc AcANTHURUS TRIOSTEGUS L. 

— rhombeds Kittl. — Saypan. 
Carangidse Zamilus corxotcs L. — Saypan. 

Berycida? HoLOCEATRUM SAMMARA Forsk. G lia m. 

Scorpa?nida? .... ScORPENA HAPLODACTYLCS Bleek. 

Sparidœ Lethrinus leutjanus Bleek. — Agrigau. 

Squamipeiinidse . Gh/ETODon setifer Bl. — Saypan. 

— ephippium G. V. — Saypan. 

— collaris Bl. — Saypan, Guam. 

— vittatcs Bl. Schu. — Saypan. 

— fasciatus Forsk. — Saypan. 
Holacanthus nicobariensis Bl. Sclin. — Saypan , Rota. 

Pomacfntridse. . Amphiprion bicinctus Rùpp. — Rota. 

— frenatds Brev. — Saypan. 

DasCYLMïS ARDANDS L. 

GLYPHIDODON SEPTEMFASClATUS G. V. Gliail). 

— amjeriis Bleek. — Guam, Rola. 

Percldœ ElUNEPHELlS TCMILABRIS G. V. Gliam. 

— hexagonatus Forster. — Saypan , Rola. 
Dules rupestris Lacép. — Saypan. 



* 



La plupart de ces espèces ont une aire de répartition fort vaste. On les 
rencontre non seulement en Micronésie, mais dans une grande partie du 
Pacifique et de l'oce'an Indien. Plusieurs figurent dans la collection pro- 
venant de Jaluit (îles Marshall), envoyée au Muséum par le D r 0. Finsch, 
en 1893. 



Maurice Nodalhieb et ses collections entomologiques, 
par M. E.-L. Bouvier. 

La science entomologique est durement éprouvée en France depuis 
quelques années : après les deux Fallou, elle a perdu Emile Ragonot, et 
voici que nous avons à déplorer la mort prématurée, et profondément re- 

MOSBDH. IV. 17 



— 230 — 

grettable, d'un autre entomologiste plein d'avenir, M. Maurice Noualhier. 
Le Muséum n'apprendra pas sans regret cette triste nouvelle, car il voit 
disparaître dans la personne de ce jeune savant un de ses collaborateurs les 
plus dévoue's et les plus consciencieux ; nos galeries lui doivent bon nombre 
de déterminations auxquelles il a consacré sa science, et nos publications, 
un mémoire intéressant sur les Insectes de l'Inde ; bien plus , tous les entomo- 
logistes, quels qu'ils soient, lui seront à jamais reconnaissants de nous avoir 
légué la très riche collection d'Hémiptères qu'il avait réunie. 

Comme tous les bons entomologistes, Maurice Noualhier avait abordé 
ses recherches favorites par une étude approfondie des Insectes de tous les 
ordres, et c'est seulement après avoir embrassé l'histoire tout entière de la 
classe, qu'il se spécialisa dans des travaux consacrés à un groupe particulier. 
Guidé par les conseils et soutenu par la bienveillance d'un de nos savants 
les plus sympathiques, M. le docteur Puton, il choisit comme champ d'ex- 
plorations l'ordre si riche des Hémiptères et, depuis lors, s'y consacra tout 
entier. Nous ne saurions être trop reconnaissant à Noualhier d'avoir pris 
une décision de celte nature, et à M. Puton de la lui avoir suggérée. A 
l'époque où le regretté entomologiste restreignait ainsi le domaine de ses 
recherches, la science hémiptérologique venait de perdre le savant docteur 
Signoret, et les collections de ce dernier, abandonnant la patrie française, 
allaient trouver un asile, bien hospitalier il est vrai, dans le Musée zoo- 
logique de Vienne. Il devenait, dès lors, très difficile d'aborder en France 
l'élude des Hémiptères ; sans doute, nos collections renfermaient des repré- 
sentants nombreux de ce groupe, mais, pour la plupart, ils n'étaient pas 
classés, et rien, sauf le dévouement de M. Puton, ne pouvait permettre à 
un débutant d'affronter les difficultés qu'on rencontre toujours sur sa route , 
quand on veut se livrer à des recherches spéciales sur un ordre abondant 
en individus et varié en espèces. Il faut admirer ici la puissance dans le 
travail et la constance dans l'effort que dut déployer en cette circonstance 
Maurice Noualhier; l'élève du docteur Puton ne recula devant aucune diffi- 
culté : possesseur d'une assez belle fortune, il se forma un fonds d'étude 
très riche en achetant la collection Letbierry, qui abondait en types; au 
moyen d'acquisitions ou d'échanges, il augmenta considérablement ce trésor 
déjà si précieux et, consacrant ses journées entières à l'étude des matériaux 
qu'il avait accumulés de la sorte et qu'il augmentait tous les jours, il arriva 
bien vite à prendre rang parmi les hémiptérologistes les plus sûrs et les 
plus instruits de notre époque. 

Publiés dans la Revue d'entomologie, dans les Annales de la Société cntomo- 
logique de France et dans le Bulletin du Muséum, les travaux de Noualbier 
portent tous la marque d'un esprit consciencieux et très précis ; l'auteur ne 
les faisait paraître qu'à bon escient et après des études fort minutieuses; 
habile en dessin et coloriste délicat, il illustrait lui-même ses œuvres et leur 
donnait ainsi un cachet de véracité qui augmente singulièrement leur valeur. 



— 231 — 

J'ai pu juger par moi-même du soin qu'ii apportait à l'exécution de ses 
travaux; dans un mémoire inédit, mais qui paraîtra bientôt, Noualhier 
avait fait la description des Hémiptères recueillis en Indo-Chine par M. Pavie ; 
en me remettant le manuscrit du travail, il me fit tenir en même temps 
les dessins qu'il avait faits pour l'illustrer, et quelle ne fut pas ma surprise 
quand je trouvai, à côté de l'aquarelle minuscule de chaque Insecte, un 
dessin à la plume démesurément grossi , dans lequel se trouvaient repré- 
sentés tous les détails de l'animal I Avec de pareils éléments , il fut facile au 
graveur de donner à ses planches le fini et l'exactitude que l'auteur pouvait 
désirer. 

Noualhier venait rarement à Paris , et c'est surtout par des lettres que 
j'ai pu juger de la justesse de son esprit et de l'aménité de son caractère. 
Retiré dans son domaine de Puymaud, près de Limoges, il consacrait à 
ses recherches les longues heures de loisir que lui laissait la solitude ; entre 
temps, il quittait ce séjour tranquille pour aller dans les Alpes respirer un 
air plus saluhre et plus vif; sa santé délicate y gagnait un peu, mais ses 
travaux n'y perdaient rien, car il faisait des villégiatures assez longues et, 
de la sorte, pouvait sans inconvénient continuer ses recherches. Il eut bien 
volontiers , toutefois , passé son existence entière dans le domaine où il avait 
réuni ses collections et ses livres, mais il n'était pas robuste, tant s'en faut , 
et c'est la Faculté qui lui ordonnait de pareils déplacements. Ils devinrent 
plus nombreux et plus longs ces dernières années , mais sans être malheu- 
reusement plus profitables; frappé aux sources de la vie, le malade s'affai- 
blissait de jour en jour et perdit bientôt tout espoir de guérison. Noualhier 
envisagea sans crainte l'éventualité d'une fin prochaine ; avec la sérénité 
d'un philosophe et la précision d'un savant, il régla, jusque dans le détail, 
tous ses intérêts d'ordre scientifique, attribuant sa collection au Muséum, 
sa bibliothèque à la Société entomologique, et préparant à l'avance certains 
ouvrages rares qui devaient être donnés après sa mort. De ce nombre est 
le manuscrit, en parlie non publié, d'un mémoire de Fieber, qui a pour 
titre : Die europœischen Cicadina ; Noualhier en avait précieusement réuni 
toutes les feuilles; il les avait groupées par familles dans des chemises spé- 
ciales et, faisant un paquet du tout, avait écrit de sa main sur l'enveloppe : 
Pour la bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle. 

Cet ouvrage précieux se trouve actuellement au laboratoire d'entomologie , 
avec les collections complètes réunies par le regretté naturaliste. Celles-ci 
sont d'une importance extrême et ne comptent pas moins de 58o boîtes ; 
rangées avec le soin minutieux qui caractérisait tous les actes de Noualhier, 
elles renferment, comme je l'ai dit plus haut, toutes les formes qu'avait 
réunies Lethierry, avec les Hétéroptères exotiques et tous les Homoptères 
de la collection Fieber, que Lethierry avait rachetée. A ces richesses inesti- 
mables vipnnent s'ajouter les innombrables Hémiptères que Noualhier avait 
réunis de toutes parts et dont beaucoup sont encore à déterminer. Grâce à 

*7- 



— 232 — 

l'amabilité de son frère et à l'oblig.ance de son ami, M. Alluaud, toutes 
ces collections nous sont parvenues parfaitement intactes, et je les tiens, 
dès à présent, à la disposition des naturalistes. Ceux-ci peuvent, désormais, 
aborder facilement l'étude du groupe des Hémiptères; ils voudront, j'en 
suis sûr, rendre bommagc à la mémoire de Noualhier en venant consulter 
an Muséum les matériaux qu'il a recueillis et continuer son œuvre en s'ap- 
pliquant à les étudier. 



HÉMIPTÈRES GiMPlOCÉliATES RECOLTES AU SENEGAL PAR M. ChEVREUX 
(CiMPAGyE DE LA GOELETTE MeLITA EN l88g-l8go) , AVEC LA DES- 
CRlPTloy DES ESPECES XOUVELLES , 

par feu Maurice Noualhier. 



1°. — Liste des espèces et provenances. 

Cydnos lepidus Stal. — Rufisque. 
Macroscvtus picinus Stal. — Rufisque. 
Macroscytus multisetosus nov. sp. — Rufisque. 
Corizus hvalimjs Fab. — Dakar. 
Serinetha Chevreuxi nov. sp. — Dakar. 
Megalomerium picticorne nov. sp. — Sebi, Kholane. 
Melanocorypiiis deljcatclis Slal. — Rufisque. 
Lyg/eis mimcjs Stal. — Dakar. 
Oxycarenus hyalinipennis Costa. — Dakar. 
Aphanus discrepans nov. sp. — Rufisque. 
Dieuches armipes Fab. — Rufisque. 
Dvodercus fasciatus Sign. — Rufisque. 
Monantuia natalensis Stal. — Sebi, Khotane. 

2". — Description des espèces nodvelles. 

Macroscytus multisetosus. 

Oblongo-ovalus, nigro-piccus, antennis, rostro pedibusque totis rufo-lestaceis; 
margines capilis llioracisque pilosi, sicut et c.osla hemelylrorum ubi puncla sex bis 
seplem numorantur; capul parce lateribus punctatum, pimctis obsoletis; lobi laté- 
rales capilis tylum fere includcntes; thorax latera versus salis dense punctatu9, 
disco fere laevis, margine postico leviter incrassato; scutellum pnrler basin rrmote 
punctalum, apice minute împressum; clavus linois duabus punctoium notatus, 
exteriore aille médium evanescenle; corii opaculi, remole punctulati, puuctibus 
«juiini in scutelio paulo dcnsioribus, at paulo minoribu*; linea Empressa intra- 
marginalis corii pone médium evanescens; membrana sordide byalina; abdomen 



— 233 — 

medio heve, lateribus opaculum et remote punctulatum ; femora postica apice mu- 
tica, subtus spinulis aliquot instructa. — Long. 6 mill.; latit. 3 mill. i/3. — d" ? . 

Coll. du Muséum de Paris. 

Serinetha Chevreuxi. 

Crocea, antennis, rostro pedibusque nigris; membrana nigro-fusca; parce et 
breviter(in abdomine longius) pubescens, pilis concoloribus; caput ante et post 
oculum obtnsissime tuberculatum , jugis parum prominulis et tylo humilioribus ; 
thorax medio carinatus, postici ante marginem transversim et tota latitudine 
tumidum, laleribus immarginatis, obtusis; collare anticum depressum, punclatu:n; 
foveœ sat profonds, intus planœ; hemelytra brevia , medio nonnihil ampliala, 
anum paulo superantia; rosi mm médium tertii segmenti abdominis attingens. — 
Long. 13 mill.; lat. h mill. i/3. — d . 

Coll. du Muséum de Paris. 

S. hœmaticœ simillima species ; attamen forma breviore ; rostro mullo longiore , 
membrana multo minus extensa, thorace aliter constructo nec lateribus marginato 
omnino divergit. 

Megalomerium picticorne. 

Testaceum, anguslum, medio constrictum; lalera tyli, capitis pagina inferior 
pectus basis abdominis, clava femorum articulique primi antennarum, humen, 
macula magna baseos tlioracis, vena interior corii et lineœ quœdam membranae 
plus minusve fucescentia; articulas ullimus antennarum, cornuque orificiorum 
eburnea; elytra et clavi inter venas pellucida, membranacea; caput parvum; vertex 
oblusus, a tylo impressione discretus; articulas primus rostri basin capitis haud 
attingens; antennœ corpore duplo longiores, articulo ultimo fere dimidiam prœ- 
cedentis partem arquante; thorax punclatus, ante apicem bis transversim impressus, 
inler impressiones cicatricosus, a basi usque ad cicalricem carinatus, postice si- 
nuatus, angulis posticis rotundalo-extensis, modice roflexis; scutelli spina discoi- 
dalis retrorsum vergens, brevis, acuta; abdomen leviter virescens; pedes longissimi; 
membrana via ultra apicem abdominis extensa; orificiorum appendix magna, 
retrorsum vergens, apice oblique truncata ibiquelatior. — Long. 5 mill. \jh. — d 1 • 

Coll. du Muséum de Paris. 

Aphanus discrepans. 

Niger, opacus, limbo postico tlioracis, sculelli apice, femoribus intermediis et 
posticis (apice excepto) Onvis; elytra flavo testacea. lineis pluribus in dimidio 
basali, fasciaque transversa maculam flavam ad a::gulum intemum includenle, 
nec non macula ante apicem ad suluram membranœ, nigris; antennis fuscis, arti- 
culis secundo et tertio dilutioribus; tibia» larsique fusca ; femora intermedia ante 
apicem nigro-annulata; clavus flavo-teslaceus, limbo scutellari versus basin nigro, 
lineis duabus punctornm fuscorum notatus, lineis his a basi versus apicem modice 
convergentibus, linea exleriore recta, interiore vix sensim incurva; tlioracis limbus 
posticus fusco-punctalus, lamina sinus lateralis impunctata, angulis posticis externe 
fuscis; angulus exlerior apicalis pro et metapleurorum llavo-lestaceus ; femora 



— 234 — 

anlica nigra; membrana fuscescens, ad angnlum scutellarem et apice albo-macu- 
lata ; caput distincte punctatum, sub-nitidum ; membrana ullra apicem abdominis 
baud exlensa. — Long. 5 mill. — Ç . 

Coll. du Muséum de Paris. 



Crustacés nouveaux provenant des campagnes du Travailleur 

et du Talisman, 

par A. Milne Edwards et E.-L. Bouvier. 



Paguridés (Fin). 

Anapagurus ? dubius sp. nov. 

Le bouclier céphalothoracique est orné d'un cerlain nombre de touffes 
de poils clairs qui paraissent occuper, surtout celles de la partie antérieure, 
une position constante. Les trois lobes frontaux sont sub-obtus et armés 
chacun d'une très petite pointe; celui du milieu est le plus large et le plus 
saillant. 

Les pédoncules oculaires sont assez courts, leur cornée est peu dilatée 
et faiblement écliancrée en dessus et en arrière; on trouve plusieurs ran- 
gées transversales de poils sur les pédoncules en arrière de la cornée. Les 
écailles ophtalmiques sont longues, aciculées et munies en dehors d'un aci- 
cule rudiin en taire. Les pédoncules anlennaires et antennulaires sont très allon- 
gés; le second article de ces derniers dépasse un peu la cornée en avant, 
le troisième dépasse les pédoncules anlennaires et se termine par quelques 
soies très longues; le fouet antetmulaire supérieur est un peu plus long que 
cet article; le fouet inférieur est plus court de moitié et ne compte que cinq 
articles. Le 1" article des pédoncules antennaires est un peu visible en 
dehors et se termine en ce point par une sorte d'épine; le 9" est muni 
d'un (lenticule aigu à l'angle interne de son bord supérieur et, en dehors, 
d'un prolongement acuminé qui dépasse l'extrémité de l'article suivant; 
ce dernier est armé en dedans et en avant d'un (lenticule; le 4 e article 
n'atteint pas tout à fait le bord antérieur de la cornée; le 5", qui est de 
beaucoup le plus grand , se termine par un fouet très développé qui dépasse 
longuement les pinces en avant , et dont le longueur est plus grande que 
celle du corps. L'acicule est grêle, peu arqué, frangé de longues soies en 
dedans et muni, au bout, d'une pointe aiguë; il atteint à peu près le milieu 
du dernier article pédonculaire. 

Les pattes antérieures sont inégales et dissemblables; toutes deux sont 
ornées ça et là de quelques soies longues ou courtes , et à peu près com- 
plètement inermes. Par sa forme allongée et la courbe régulièrement ovale 



— 235 — 

de sa pince, la patte antërieure rappelle beaucoup celle des Catapagurus ; 
sur le bord inféro-ex terne du méropodite se voient, en avant, trois ou quatre 
denticules, et sur le bord inférieur de la pince, un léger liséré qui, 
en arrière, revient sur la face dorsale de celle-ci, et qu'on retrouve cbez 
la plupart des Anapagurus ; tous les autres bords de l'appendice sont arrondis 
et dépourvus d'ornements en saillie. Sur le bord interne des doigts se trou- 
vent deux dents, l'une très forte, l'autre beaucoup moins développée. La 
patte antérieure gauche est encore moins armée que la précédente, c'est 
tout au plus si l'on voit une spinule sur le bord inféro-externe du méro- 
podite et une petite dent sur le bord antérieur du carpe. Ce dernier article, 
de même que la main, présente tous les caractères normaux des Anapa- 
gunis et des Eupagurus, la face supérieure du carpe étant horizontale et 
fort distincte, celle de la pince formant deux plans inclinés qui se rencon- 
trent suivant une arête, ici obtuse. Les doigts sont armés de fins denticules. 

Les pattes ambulatoires sont longues, grêles, inermes et ornées d'un 
petit nombre de poils épars; elles dépassent la grande pince de la longueur 
presque entière de leur doigt. Celui-ci est à peine arqué et porte sur son bord 
inférieur une rangée de soies raides et spinuliformes; une soie pareille, 
mais plus forte, s'articule à l'extrémité antérieure du propodile. Le doigt 
des pattes ambulatoires postérieures est un peu plus long que celui des 
pattes postérieures et, dans ces dernières, le doigt de la patte droite est 
plus long et relativement plus grêle que celui de la patte gauche. Le pro- 
podite des pattes suivantes ne présente qu'une rangée d'écaillés. 

La couleur de l'animal dans l'alcool est d'un jaune légèrement teinté de 
rose. 

Cette espèce n'étant représentée que par des femelles, il semble, au pre- 
mier abord, qu'on doive la ranger dans l'un des six genres : Catapagurus, 
Catapaguroides , Cestopagurus , Anapagurus , Spiropagarus ou Eupagurus. 
Mais la patte antérieure ayant déjà la forme eupagurienne , les genres Cata- 
pagurus et Catapaguroides se trouvent éliminés-, les doigts des pattes ambu- 
latoires étant longues et grêles, notre animal n'a d'analogie, ni avec les Ces- 
topagurus, ni avec le Catapaguroides acutifrons qui ressemble, à ce point de 
vue comme à bien d'autres, au Cestopagurus Coutieri. La forme régulière- 
ment ovalaire de la pince droite, la longueur des doigts des pattes ambu- 
latoires et des pédoncules antennaires et antennulaires éloignent notre es- 
pèce des Eupagurus et la rapprochent des Anapagurus ou des Spiropagurus ; 
mais la cornée étant peu dilatée, les pattes étant presque inermes et peu 
pileuses, les doigts des pattes ambulatoires n'ayant d'ailleurs presque pas 
subi d'inflexion, il y a lieu de l'éloigner des Spiropagurus et de la placer 
dans les Anapagurus. Telle est notre conclusion, mais il est fort possible 
que la découverte des mâles ne vienne pas la confirmer; car le genre Cata- 
paguroides se fait remarquer par les variations considérables que présen- 



— 236 — 

tent les appendices, el il se pourrait que notre espèce vînt ajouter une 
forme de plus à la liste de ces variations. 

UEupagurus inermis Chevr. et Bouv. a quelques analogies avec Y A. du- 
bius; mais ses pédoncules oculaires sont bien plus courts, ses écailles 
ophtalmiques sont très largement ovalaires, ses acicules antennaires sont 
fort réduites, enfin ses pattes antérieures sont bien plus courtes et de 
l'orme assez différente. 

Cette espèce a été trouvée par le Talisman aux îles du Cap-Vert, par 
2 25 mètres de profondeur. 

Ilippidés. 

Albunea elegans, sp. nov. 

Le Talisman a recueilli à la Praya, îles du Cap- Vert, par io-3o mètres 
de profondeur, six Albunées qui ressemblent complètement à des Crus- 
tacés du même genre que M. A. Bouvier avait précédemment rapportés 
de la même région. Les caractères spécifiques de ces Crustacés sont les sui- 
vants : i° les pédoncules oculaires se rétrécissent régulièrement de la base 
au sommet, qui est fort étroit, et presque tout entier occupé par les yeux; 
ils sont toujours deux fois plus longs que larges, droits ou un peu 
concaves sur le bord externe, rarement légèrement convexes; 2° les épines 
frontales situées de chaque côté de l'échancrure sont ordinairement au 
nombre de 1 1 ou 12 , quelquefois il y en a 10 , très rarement 1 3 , en comp- 
tant comme deux épines la pointe la plus interne qui est fréquemment bi- 
furquée; 3° le doigt des pattes de la troisième paire est muni à sa base 
d'un lobe obtus assez saillant; 4° le dernier segment abdominal de la fe- 
melle est ovale el une fois i/3 aussi long que large, ses bords ne sont pas 
régulièrement convexes, mais formés, en cet endroit, par une ligne à peine 
convexe au dehors; 5° le dernier segment abdominal du mâle est sensible- 
ment aussi long (pie large; ses côtés ne sont pas régulièrement arrondis, 
mais formés par trois lignes droites ou peu convexes. 

Dans VA. symnista Fabr. qui habite les Indes orientales, les pédoncules 
oculaires sont deux fois aussi longs que larges et fortement convexes en 
dehors; le front est armé de chaque côté de 12 à 1 A épines; le dernier 
segment abdominal de la femelle est régulièrement ovalaire et celui du 
mâle est convexe sur ses bords, aussi bien à la base qu'au voisinage de l'ex- 
trémité libre. Dans VA. Guerinii Lucas, de la Méditerranée, les pédoncule-; 
oculaires ont la même forme que ceux de VA: symnista, mais ils sont encore 
plus courts, les épines frontales sont plus serrées, le doigt des pattes de la 
3 8 paire parait n'avoir qu'un lobe arrondi et rudimentaire, le dernier seg- 
ment abdominal du mâle, enfin, est subtriangulaire et ses bords forment 
de chaque côté deux lignes, une basilaire qui est convexe et une autre 
sensiblement droite et beaucoup plus longue. 

Notre esp'ce se rapproche surtout de Yoxyojihlhalma Lèacfa des Indes 



— 237 — 

occidentales et s'en distingue surtout par la longueur de ses pédoncules 
oculaires dont la longueur dépasse rarement deux fois et demie la largeur, 
et ne l'égale par Irois fois comme dans VA. oxyophthalma. Le dernier seg- 
ment abdominal du mâle a presque sensiblement la même forme que celui 
de l'espèce des Antilles, mais les trois lignes qui constituent de chaque 
côté ses bords, dans celte dernière, sont plus convexes et sans séparation 
distincte. Ces différences sont peu importantes et l'on doit considérer VA. 
elegans comme une forme représentative très peu modifiée de VA. oxyoph- 
thalma. 

Nous convenons qu'il serait peut être plus logique de considérer VA. ele- 
gans comme une variété orientale de VA. oxyophthalma, mais nous atten- 
drons, pour nous prononcer, qu'une étude systématique minutieuse ait été 
faite des représentants de la même famille. Dans sa revision desHippidés (1) , 
Miers s'est borné, comme nous l'avons fait plus haut, h l'étude des carac- 
tères les plus externes et les plus apparents de l'animal, et il a négligé 
complètement l'appareil branchial et les appendices buccaux. Or il y a là, 
bien certainement, des éléments de détermination qu'on ne saurait né- 
gliger, et nous pensons qu'on en devra tenir compte dans une revision ri- 
goureuse de la famille. 

La formule branchiale de VA. elegans est la suivante : 







PATTES. 




I 


PATTES- 
III 


MACUOIRES. 


v 


IV 


III 


II 


11 1 


1 

















O 


9 


g 


2 


2 


2 


2 























1 



Plenrobranchies. . 
Arthrobranchies. . 
Épipodites o 

La pleurobranchie est réduite, l'arthrobranchie antérieure des pattes-mâ- 
choires est une lame sans feuillets; entin on observe très nettement, à la 
base des pattes-mâchoires postérieures, l'anneau articulaire d'un épipo- 
dite qui a disparu. 

Nous avons observé une formule branchiale absolument semblable dans 
des Albunées que M. Jousseaume a recueillies dans la mer Rouge, et que 
nous attribuons à VA. symnista Fabr. Toutefois, dans cette dernière espèce, 
M. Claus a observé un épipodile à la base des pattes-mâchoires posté- 
rieures. 

D'après les observations de M. Boas, cet épipodite n'existerait pas dans 
VA. Paretii Guérin, mais il y aurait, par contre, dans celte espèce, une 
pleurobranchie rudimentaire à la base des pattes de la 3 e et de la à" paires. 
D'après Miers et Kingsley, VA. Paretii ne serait pas autre chose que 

(,) E.-J. Miers, Revisioi of the Uippidea. — Journ. Linnean Soc. London, 
Zoologie, 1878, vol. XIV, p. 3ia-336, pi. V. 



— 238 — 

Y A. oxyophthalma qui ne différerait, dès lors, pas beaucoup, au point de 
vue de l'appareil branchial, de Y A. elegans. 

En somme, les différences qui séparent Y A. elegans, Y A. oxyophthahna 
et même VA. Guerinii Lucas des A. symnista de la mer Rouge sont très 
faibles, et il est fort possible qu'on arrive à considérer plus tard ces der- 
nières comme de simples variétés locales d'une même espèce. 

Dans l'exemplaire mâle que nous avons figuré, la carapace a 17 milli- 
mètres de longueur et mesure 1 5 mill. 1/2 dans sa partie la plus large. 
La longueur des pédoncules oculaires dépasse légèrement 3 millimètres. 



Observations sur quelques animaux des récifs madréporiques 

de Djibouti, 

par m. h. coutiere. 

En parlant, dans le précédent Bulletin (l) , des récifs madréporiques de 
Djibouti, nous avons signalé un cas assez curieux de commensalisme entre 
une Actinie et un Palémonidé du genre Bythinis Dana, qui se tient dans 
la zone de protection limitée par le disque urticant de l'Actinie. Un autre 
fait du même genre nous a été offert par l'Oursin très commun Diadema 
setosum Gray, entre les piquants duquel se réfugie un Poisson de petite 
taille, probablement une espèce (YEiigraulis. Diadema setosum possède des 
piquants extrêmement longs, très fins et barbelés, avec lesquels on fait 
trop souvent connaissance sur les récifs, et il est assez surprenant de voir 
évoluer, parmi ces pointes hostiles, la bande des huit ou dix Poissons, qui 
se disperse à peine lorsqu'on vient à renverser brusquement l'Oursin, et 
revient en tous cas promptement à ce singulier gîte. Malgré l'abondance 
des Diadema, remplissant parfois littéralement les flaques limpides, tapis- 
sées de sable blanc, qu'ils paraissent rechercher, nous n'avons pu observer 
ce commensalisme qu'à deux reprises, h proximité des herbiers de Posi- 
donies, qui sont sans doute l'habitat ordinaire du Poisson commensal. Une 
Astérie très commune et de grande faille, du genre Culcita, que l'on trouve 
un peu plus profondément sur le récif, par un mètre d'eau environ , abrite 
à peu près constamment un petit Hippolytinéd'un rouge vineux, qui parait 
assez étroitement localisé dans cet habitat. Il faut, pour le recueillir, sou- 
lever l'Astérie avec beaucoup de précautions, car le Grustacé est simple- 
ment par la face orale de l'Astérie étalée sur le sol et se détache au moindre 
remous de l'eau. Mous en avons trouvé jusqu'à quatre exemplaires sous le 
même Echinoderme. 

Dans la région du récif que nous décrivons et qui s'étend au pied du 

(» Bull, du Muséum, 1898, t. IV, n" h , p. 198. 



— 239 — 

plateau du «Héron» (1) on trouve un assez grand nombre de Madrépores 
cespiteux, localisés dans les flaques de quelque étendue, lorsque celles-ci 
sont abritées par une sorte de ceinture pierreuse que cimentent les Poly- 
piers encroûtants et les Bryozoaires. On y trouve peu de Pocillopora , rare- 
ment Porites furcata , et l'espèce la plus commune est un Stylophora , à 
touffes peu volumineuses , souvent mortes et envahies par les Algues , ou 
n'ayant de vivant que l'extrémité des rameaux. Parmi les commensaux qui 
viennent y chercher un refuge, les Alphéidés sont les plus constants, et 
surtout quelques espèces du genre Synalpheus, comme Syn. triunguiculatus 
Paulsons , Syn. neomeris de Mars , et une troisième espèce qui nous paraît 
nouvelle. Ce sont des Crustacés à peu près incolores , sauf le bout des 
pinces, d'un vert rougeâtre peu intense, les ovaires et les œufs qui sont 
bruns ou verdâtres. Us sont accrochés aux rameaux , qu'ils embrassent à 
l'aide des pattes thoraciques et se trouvent souvent en grand nombre sur le 
même pied de Stylophora. 

Lorsque les Polypiers de cette forme sont envahis par les Algues et les 
Brvozoaires, on peut y trouver l'espèce décrite successivement sous les 
noms ft Alpheus pachychirus Stimpson, A. latifrons A. M. Edwards, Betœus 
utricola Richters. Nous devons à ce dernier auteur l'observation de son 
habitat (Faune de Maurice et des Seychelles, 1880) dans une loge que cet 
Alphée se construit avec des Oscillaires. Nous avons, en effet, constaté que 
A. pachychirus était abrité de cette façon, sans que sa loge eût toutefois la 
régularité que décrit Richters. Elle consiste en un espace compris entre 
deux branches du Polypier, incomplètement tapissé par des Algues vertes 
filamenteuses et largement ouvert. La teinte générale de cette curieuse 
espèce est un vert olive rougeâtre, parsemé de points plus clairs et dessi- 
nant des arabesques irrégulières. 

On trouve dans les mêmes Polypiers une autre espèce, A. diadema Dana 
A. insignis Heller. Sa coloration est brun cachou, disposée en trois larges 
bandes transversales pointillées de taches claires. Mais A. diadema ne paraît 
point s'abriter autrement qu'entre les branches du Polypier; cette espèce se 
trouve du reste dans des Madrépores ne découvrant jamais, en compagnie 
de Synalpheus Charon Heller. 

Un autre habitant remarquable des Stylophora est Caipilius convenus 
Forsk. remarquable par la belle coloration de sa carapace lisse et bombée. 
On trouve assez fréquemment ce Crabe , — commun d'ailleurs sur la table 
du récif, — emprisonné dans une loge formée par les rameaux intacts ou 
brisés du Stylophora. Les ouvertures que laissent entre eux les rameaux ne 
permettent guère que le passage des volumineuses pinces du Crabe et û 
ne nous semble pas possible qu'il en sorte sans effraction. Bien que ce ne 
soit point l'habitat ordinaire de Carpilius convenus, les rr emmurés» ne sont 

(') Bull, du Muséum, L IV, n° 2, p. H8 et 89. 



— 240 — 

pas rares; nous ne saurions dire si l'animal, entré jeune dans le Polypier, 
a peu à peu agrandi sa loge en brisant les rameaux morts, si cette parti- 
cularité est temporaire ou distingue particulièrement un sexe. 

11 est très fréquent de trouver, sous les pierres aplaties, des pontes de 
divers Mollusques. L'une des plus remarquables est très analogue à celle 
que figurent Aider et Hancock chez diverses espèces de Dons: c'est un ruban 
spirale fixé de champ, d'un blanc très pur, dans l'intérieur duquel on re- 
marque, sous le microscope, un grand nombre de larves animées d'un 
continuel mouvement de rotation sur elles-mêmes. Nous avons observé le 
fait sur un fragment de ponte placé dans l'eau de mer; la rotation est lente , 
de vitesse uniforme et s'accompagne du tourbillonnement rapide des cils 
vibraliles qui garnissent les lobes oraux. Les cils, cause du mouvement, et 
les lobes eux-mêmes deviennent nettement visibles aussitôt qu'on ralentit 
ou qu'on arrête la rotation avec un peu de solution de chloral. Les embryons 
nous ont paru être assez avancés. 

Nous avons pu assister à la ponte d'une grande espèce de Murex qui, 
pendant plusieurs jours, se montra très commune dans les herbiers de 
Posidonies, au point d'en remplir littéralement les flaques. Les Mollusques 
étaient fixés sur toutes les pierres et, à défaut de celles-ci, sur la coquille de 
leurs congénères, au point de foi-mer des chaînes de trois, de quatre indi- 
vidus dont chacun déposait sa ponte sur la coquille du précédent. L'oper- 
cule, découvrant la glande à loges polygonales où s'opère la sécrétion des 
coques ovifères, tourne de 180 degrés, de façon à découvrir cette glande et à 
lui permettre de s'appliquer fortement sur le support choisi. En arrachant 
brusquement l'animal de ce support, on extrait d'un seul coup les ootbèques 
remplis d'oeufs, rappelant par leur forme des semences (YHeliantlius 
des loges secrétrices sur la cavité desquelles se moulent ces oothèques. 
L'extrémité libre de chaque coque paraît se former la dernière; elle est 
concave, moins épaisse que le reste des parois et largement ouverte. La ponte 
de chaque individu ne m'a pas paru dépasser une trentaine d'oothèques. 

Les Holothuries sont d'une abondance extrême sur le récif. L'une des 
plus volumineuses espèces, qui nous paraît être un Slichopus , marquée de 
taches orangées et grises, se trouve blottie et, pour ainsi dire, moulée dans 
les cavités des débris madréporiques. Si nous citons cette espèce, c'est 
qu'elle nous paraît être l'hôte du rare Poisson Euchchjophis vermiculuris 
Muller. Nous avons eu la bonne fortune d'en rapporter un exemplaire sur 
lequel M. le professeur Vaillant a bien voulu attirer notre attention. Un bocal 
renfermant plusieurs spécimens d'Holothuries insuffisamment fixées par le 
formol se trouvait renfermer également le Poisson commensal et , parmi ces 
Holothuries, les spécimens de l'espèce de Stichopus en question tombaient 
littéralement en lambeaux. Il est donc permis de supposer que le spécimen 
(Y Euchclyophis s'en est échappé par cette voie. 



— 241 — 

Sur les Cséoracées, 
par M. Ph. van Tieghem. 

Chez un grand nombre de Monocotylédones à pistil gamocarpelle , que 
l'ovaire y soit d'ailleurs infère ou su père, chacune des cloisons ovariennes 
offre, comme on sait, en son milieu, une place où la concrescence des faces 
latérales des deux carpelles voisins ne s'est pas opérée, où les deux épi- 
dermes sont libres par conséquent, et séparés par un espace plus ou moins 
large communiquant d'ordinaire avec l'extérieur par un pore diversement 
situé. A cet endroit, les épidermes en regard sécrètent un liquide sucré, un 
nectar, qui remplit d'abord la cavité, puis s'écoule au dehors par le pore 
en question. Ces espaces intercarpellaires et nectarifères ont été découverts 
ici, au Muséum, en 1 854, par mon éminent prédécesseur Ad. Brongniart, 
qui les a nommés glandes septales (1) . Ils ont été aussitôt, la même année, 
étudiés en Italie par Parlatore. Plus tard, en 1868, j'en ai décrit la dispo- 
sition dans plusieurs famdles (2) . Depuis, ils ont fait l'objet des observations 
de divers botanistes, en dernier lieu et tout récemment de M. Schniewind- 
Thies (3) . La connaissance en est donc bien établie et tout à fail classique. 
Aussi me bornerai-je à rappeler, en vue de ce qui va suivre, que leur pré- 
sence, constante dans les espèces d'un même genre, ne l'est pas dans les 
genres d'une même famille , et fournit par conséquent un caractère précieux 
pour la définition de certains genres. 

Rien de pared n'avait été rencontré jusqu'à présent clans la classe des 
Dicotylédones. C'est ce qui donne peut-être un certain intérêt à l'observa- 
tion que j'ai faite récemment d'une disposition toute semblable dans le pis- 
til du Cnéore tricoque (Cneorum tricoccum L.), type de la petite famille 
des Cnéoracées. 

Chose singulière, la fleur de cette plante est construite précisément sur 
le type ternaire habituel aux Monocotylédones. Elle est formée, en effet, 
de trois sépales , dont un antérieur, concrescenls en un calice gamosépale 
trilobé, de trois pétales libres allernes, de trois étamines libres épisépales 
et de trois carpelles épipétales , fermés et concrescents en un ovaire trilocu- 
laire, surmonté d'un style unique à trois branches sligmatiques; chaque 
loge renferme, inséré vers le sommet de l'angle interne à des hauteurs iné- 
gales, deux ovules pendants, campylotropes à micropyle externe et biteg- 
minés. Entre la corolle et le pistil, le réceptacle se gonfle en un anneau 

"' Ad. Brongniart : Mémoire sur les glandes nectarifères de l'ovaire dans diverses 
familles de plantes monocotylédones (Ann. des Se. nat. , Bot., 4 e série, II, p. 5, i85A). 

' 2 ' Ph. van Tieghem : Recherches sur la structure du pisld et sur l'anatomie com- 
parée delà fleur (Mém. des Savants étrangers, XXI, 1871 ). 

W Schniewind-Thies : Beitrdge zur Kentniss der Septalnectarien. Iéna, 1897. 



— 242 — 

nectarifère, creusé de trois fossettes pour l'insertion des filets staminaux. 

Les cloisons ovariennes sont pleines et simples en dehors, en face des 
sillons qui se'parent les carpelles et le long desquels l'épidémie prolonge 
ses cellules en poils unicellulaires effilés et recourbés. Elles sont pleines et 
simples aussi en dedans, où elles confluent suivant l'axe et où chacune 
d'elles renferme adossées les deux méristèles marginales des carpelles. Dans 
leur région moyenne, au contraire, elles sont creuses et dédoublées en deux 
feuillets séparés par un large espace de forme ovale, de sorte qu'en section 
transversale, l'ovaire semble au premier abord avoir six loges, trois plus 
grandes ovulifères et trois plus petites stériles. Cet espace est tapissé par un 
épidémie, ou plutôt par les deux épidémies des faces latérales des carpelles 
voisins, non concrescents à cet endroit. Les cellules épidermiques y sont 
d'abord toutes semblables, mais plus tard certaines d'entre elles proémi- 
nent çà et là d'abord en papilles , puis en poils unicellulaires renflés en 
massue. Ces espaces intercarpellaires commencent à la base même de l'ovaire, 
s'y élèvent jusqu'au sommet et pénètrent même dans le style : c'est seule- 
ment dans la région inférieure de celui-ci qu'ils se confondent avec les 
sillons externes correspondants et qu'ils débouchent ainsi au dehors. L'é- 
pideime ainsi confiné sécrète un liquide sucré , qui s'accumule dans la 
cavité, puis vient perler au dehors dans les trois sillons du style. 

En un mot, le pistil de cette plante possède, comme on voit, des glandes 
septales conformées comme chez les Monocotylédones , mais offrant deux 
caractères particuliers, qui ne paraissent pas avoir été observés jusqu'ici 
dans cette classe, savoir : le développement en papilles et poils de certaines 
cellules épidermiques et le débouchement de la cavité dans le style même, 
à une certaine distance au-dessus de sa base. On remarquera aussi que les 
glandes septales de l'ovaire font ici double emploi avec l'anneau nectari- 
fere si développé qui tapisse, comme il a été dit plus haut, la surface du 
réceptacle entre la corolle et le pistil. 

Le Gnéore tricoque est, comme on sait, un arbuste presque glabre, 
croissant dans la région méditerranéenne, à feuilles isolées, simples et 
sans stipules, sessiles, à limbe étroit, atténué a la base, coriace et entier. 
L'inflorescence y est une grappe axillaire triflore, début d'une cyme bipare, 
parfois réduite à une fleur solitaire par avorlement des deux fleurs latérales ; 
le pédicelle primaire y est toujours indépendant de la feuille mère. 

La tige a son épiderme muni de stomates et de poils; ces derniers sont 
rares, mais pourtant de deux sortes: les uns effilés et courbés, unicellu- 
laires, h membrane épaisse, à contenu byalin; les autres renflés en massue 
et droits, pluricellulaires, à membrane mince et bourrés de produits de 
sécrétion. Son écorce renferme dans sa zone externe, mais à quelque dis- 
lance de l'épidémie, un grand nombre de larges cellules, isolées ou en 
contact, sécrétant de l'huile essentielle. Son péricycle. d'abord collenchy- 
mateux, plus tard pourvu à sa périphérie de quelques paquets défibres 



— 243 — 

lignifiées, contient aussi ça et là une grande cellule oléifère, et on en ren- 
contre également à la périphérie de la moelle. 

La feuille prend à la stèle de la tige trois méristèles. Son épidémie porte 
aussi çà et là de rares poils fie deux sortes , pareils à ceux de la tige , et n'a 
de stomates que sur la face inférieure. Son écorce, fortement palissadique 
en haut et lacuueuse en bas, contient de grandes cellules oléifères éparses; 
les méristèles y sont dépourvues de fibres péridesmiques et la mérislèle 
médiane a, au-dessus de son faisceau libéroligneux, un faisceau libéro- 
ligneux plus petit inverse, c'est-à-dire à liber supérieur, à bois inférieur. 

Au même genre on rattache, sous le nom de Cnéore pulvérulent (Cneo- 
ruin pulverulentum Vent.), uue seconde espèce propre aux Canaries, notam- 
ment à Ténériffe , qui en diffère déjà par plusieurs caractères extérieurs 
très marqués. D'abord, la tige et la feuille y sont toutes couvertes de poils 
serrés, enchevêtrés même et grisâtres : d'où le nom spécifique. Ces poils, 
(ous semblables, sont bien différents de ceux du C. tricoque. Ils sont uni- 
cellulaires en forme de T; le pédicelle est mince et à membrane épaisse; la 
barre transverse est, au contraire, large et à membrane mince; aussi s'af- 
faisse-t-elle sur elle-même plus tard, de manière à donner au poil la forme 
d'un Y. Ensuite, les fleurs y sont disposées au nombre d'au moins sept, 
formant une cyme bipare contractée en fausse ombelle, au sommet d'un 
pédicelle axillaire, lequel est concrescent avec la feuille mère dans toute sa 
longueur, de manière que le groupe floral paraît inséré sur la feuille. Enfin . 
la fleur est tétramère et non trimère. A ces quatre différences externes bien 
connues, viennent maintenant s'en ajouter plusieurs autres. 

D'abord, les quatre carpelles sont séparés l'un de l'autre par autant de 
larges et profonds sillons et ne sont concrescents que par le bord interne 
de leurs faces latérales. En un mot, il n'y a pas ici, et il ne saurait y avoir 
de glandes septales, comme dans l'espèce précédente. Dans ces sillons, 
comme sur toute la face externe, l'épidémie des carpelles prolonge ses 
cellules en poils en forme de T, pareils à ceux de la tige et des feuilles, et 
ne sécrète pas de nectar. La sécrétion sucrée ne s'opère donc ici que sur 
l'anneau qui sépare la corolle du pistil. 

La tige a dans son écorce non seulement des cellules oléifères, comme 
dans l'espèce précédente, mais encore de nombreuses cellules renfermant 
chacune un prisme d'oxalate de calcium. Son péricycle, dépourvu de fibres, 
offre çà et là des paquets de cellules scléreuses et aussi de nombreuses cel- 
lules à prismes, que l'on rencontre également dans le liber secondaire. La 
feuille a son épidémie couvert de poils et percé de stomates également sur 
les deux faces. Son écorce, parsemée aussi de cellules oléifères, est palis- 
sadique en bas comme en haut, tandis que la zone moyenne, dépourvue de 
lacunes, est formée de cellules arrondies; en un mot, la structure de 
l'écorce est centrique et non bifaciale comme dans le C. tricoque. La méri- 
stèle médiane n'a pas de faisceau inverse. 



— Wi — 

La section transversale de la feuille florifère, pratiquée au-dessous du 
groupe floral, montre réunis dans la même écorce, en bas les trois méri- 
stèles de la feuille, en haut la stèle du pédicelle floral. La concrescence des 
deux membres ne porte donc que sur l'épidémie et l'écorce, elle n'intéresse 
pas la région stélique. 

Aux caractères différentiels déjà connus, notamment à la concrescence 
du pédicelle de l'inflorescence avec la feuille mère et à la tétramérie des 
fleurs, si l'on ajoute ceux qui viennent d'être constatés, notamment l'absence 
de glandes septales et la structure cen trique de la feuille, on obtient une 
somme de différences telle, qu'il convient de se demander jusqu'à quel point 
il est légitime de conserver ces deux espèces réunies dans le même genre. 

A cotte question , la réponse ne saurait, à mon avis, être douteuse. Il faut 
désormais séparer génériquemenl le Cnéore pulvérulent du G. tricoque. 
Heureusement, il ne sera pas nécessaire pour cela d'introduire dans la no- 
menclature un nom nouveau. Tourneforl a, en effet, désigné sous le nom de 
Chamœlea le genre que Linné avait nommé Cneorum, si bien que beaucoup 
d'auteurs ont continué à se servir du nom français Ganiélée comme syno- 
nyme du nom latin Cneorum. 11 suffira de faire cesser cette synonymie 
et de reprendre le nom de Chamœlea pour l'appliquer exclusivement au 
genre nouveau dont le C. pulverulentum devient le type. Cette espèce sera 
donc désormais la Gamélée pulvérulente (Chamœlea pulverulenta [ Vent.]). 

Ainsi définis, les deux genres Cnéore et Ganiélée, monotypes tous les 
deux, composeront ensemble la famille des Cnéoracées, caractérisée notam- 
ment par les cellules oléifères de la lige et des feuilles, par L'isostémonie, 
parla campylotropie desovules, par la nature du fruit, qui se divise à la 
maturité en trois ou qualre coques drupacées indéhiscentes, renfermant 
chacune deux graines séparées par une fausse cloison ligneuse, enfin par 
la conformation de la graine, qui renferme un embryon courbe dans un 
albumen oléagineux. 

Considéré jadis comme autonome incorporé, plus lard, tantôt aux Zygo- 
phyllacées, tantôt aux Simaïubacées, tantôt aux llutacées, ce groupe a 
été tout récemment, en 1896, rétabli par M. Engler comme famille dis- 
tincte et placé entre les Rutacéescl les Zygophyllacées. En adnicllanl aussi, 
dans la nouvelle édition de mes Eléments, l'autonomie de celte famille, j'ai 
cru devoir pourtant, notamment à cause de son isostémonie, la séparer 
des diplostémones et la classer dans le groupe des Bitegminées dialy- 
pétales supérovariées isoslémones, qui constitue, dans le sous-ordre des 
Uenonculinées, l'alliance des Gélastrales. 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNÉE 1898. — N° 6. 



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30 K RÉUNION DES NATURALISTES DU MUSÉUM. 

28 JUIN 1898. 



PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Président dépose sur le bureau le cinquième fascicule du 
Bulletin pour Tannée 1898, paru le 26 juin, et contenant les 
communications faites dans la réunion du 2^1 mai. 

Il annonce la mort de M. Raoul, pharmacien en chef de 
i rc classe des colonies, professeur à l'Ecole coloniale et membre du 
Conseil supérieur des colonies, décédé, le 20 avril, au manoir de 
Kergroas-en-Lannilis, près Brest, dans sa cinquante-lroisième 
année. Dans ses nombreux voyages, M. Raoul avait rendu à la bo- 
tanique des services considérables, et sa perte sera vivement sentie 
par tous les amis des sciences naturelles. 

L'assemblée des professeurs, dans la séance du \h juin, a 
nommé Correspondant du Muséum M. le marquis de Mauroy. 



CORRESPONDANCE. 

M. Léon Diglet, chargé d'une mission au Mexique et en Basse- 
Californie, est de retour en France. 



Muséum. — iv. 



.8 



— 246 — 

M. le docteur Mougeot, médecin du service local à Saigon, con- 
seiller colonial, a écrit, le ai juin, à M. le Directeur du Muséum 
pour lui annoncer son intention d'offrir à cet établissement l'un 
des deux Orangs-Outans de Bornéo (mâle et femelle) qu'il avait 
déposés provisoirement au Jardin d'acclimatation. La femelle, mal- 
heureusement, vient de mourir, et son corps a e'té remis au Mu- 
séum, où il à été immédiatement dépouillé et soumis à des 
recherches anatomiques. Cette femelle avait mis bas pendant la 
traversée, mais le petit, né avant terme, était mort de faim, la 
mère n'ayant pas de lait. 

M. le capitaine-major Léon Akdouin, actuellement à Tamatave, 
annonce l'envoi au Muséum de deux caisses contenant des Insectes, 
des Mollusques, des Coraux, quelques Fossiles recueillis à Tama- 
tave, à Nosy-Vé et à Majunga, et une tète de Bubalus lunatus prove- 
nant de l'Afrique australe. 



M. Chalot, agent général des cultures et directeur du Jardin 
d'essai à Libreville (Congo français), annonce que M. F. Brandon, 
ancien préparateur de la mission Dybowski, envoie un Pangolin 
de grande taille, conservé dans l'alcool, qu'il offre au Muséum. 



M. le lieutenant Gavchet a offert à la Ménagerie quatre Renards- 
Fennecs provenant des environs de ïouggourt. 



Le R. P. Liberhann, missionnaire delà congrégation du Saint- 
Esprit, a donné au Muséum une paire de Coqs de roche vivants 
(Rupicola crocea), provenant de l'Amazone. 



M. Petit, naturaliste à Paris, qui avait déjà remis antérieurement 
au laboratoire d'ornithologie le type de ÏRirundo Poucheti, vient 
d'offrir le nid et les œufs de cette espèce rare appartenant à la faune 
du Congo. 



— 2/i 7 — 

M. A. Bolcard vient d'envoyer à \I. le Directeur du Muséum trois 
caisses renfermant une série très nombreuse de Mammifères, d'Oi- 
seaux et de Papillons recueillis à Winnebah (Côte-d'Or); un Ser- 
pent, des Coquilles, des graines diverses, des objets d'ethnographie 
et un spécimen d'Urosticta ruficrista, Oiseau-Mouche de Colombie, 
dont il fait don au Jardin des plantes. 



M ,ue Durand a offert au Muséum la collection de minéraux de 

r 

M. Durand, formée d'échantillons recueillis par lui aux Etats-Unis 
et dans l'Afrique australe. Parmi ces pièces se trouve un très beau 
cristal de diamant sur gangue de Kimberley et l'échantillon-type 
de l'Aragosile, décrite par M. Durand. 



M. le docteur Henri Gervais, assistant d'Anatomie comparée, a 
donné au Muséum le buste de Lesueur, le célèbre explorateur des 
terres australes. 



Les éditeurs G. Carré et G. Naud offrent à la Bibliothèque deux 
volumes, qui viennent de paraître, du Traité d'Anatomie comparée et 
de Zoologie d'Arnold Lang, traduit par G. Curtel. Le premier vo- 
lume, de 635 pages avec 384 figures, comprend les Protozoaires, 
les Zoophytes,les Vers et les Arthropodes; le second, de 677 pages 
avec Ù70 figures, les Mollusques et les Echinodermes. 



M. le docteur Trouessart, en déposant sur le bureau le qua- 
trième fascicule de son Catalogua Mammalium , qui vient de paraître, 
et qu'il offre à la bibliothèque du Muséum, s'exprime en ces 
termes : 

Ce fascicule, d'un tiers plus gros que les précédents, renferme l'en- 
semble des Ongulés (Pachydermes et Ruminants de Cuvier). Comme on le 
sait, le nombre des espèces fossiles est beaucoup plus considérable dans ce 
groupe que celui des espèces vivantes; sur les 1,8-20 espèces énumérées 
dans ce fascicule, 372 seulement font partie de la faune actuelle; 73 ap- 
partiennent aux Pachydermes et 3 00 aux Ruminants. Le fascicule com- 
mence par l'ordre éteint des Tillodontes, qui comprend des animaux inler- 

18. 



— 248 — 

médianes, en quelque sorte, aux Rongeurs et aux Ongulés. Je n'ai pas cru 
devoir adopter la classification de MM. Wortmann et Marsh qui considèrent 
ces Mammifères comme se reliant aux Édrnlés. Je pense que les analogies 
signalées par ces paléontogistes entre les Tillodonles et les Edentés ne sont 
que le résultat d'une adaptation au régime végétal , dont on trouve beau- 
coup d'aulrcs exemples dans la classe des Mammifères, et n'indiquent au- 
cune affinité réelle. Il en et de même pour les Ancyhpodes (Chalicolhé- 
roïdcs), que l'on a renoncé à rapprocher des Edentés, et que Ton considère 
aujourd'hui comme un simple sous-ordre des Ongulés. 



COMMUNICATIONS. 

QlJELQUBS MOTS SUR t/.VE MISSIOS A MADAGASCAR , 

put M. Bastard. 

Je viens aujourd'hui rendre compte devant vous, le plus brièvement 
possible, car votre temps est compté, de mes deux années de voyages et de 
recherches dans l'île de Madagascar. 

Débarqué le 1" mai à Majunga, je me rendis d'abord vers l'ancien vil- 
lage de Maevarano, alors entièrement détruit, alin d'essayer de retrouver, 
dans les terrains vallomioux qui bordent, à droite», la vallée de la Betsiboka , 
les endroits où l'adjudant Landillon avait vu quelques ossements intéres- 
sants; n'ayant aucun renseignement précis, il me fallut huit jours de re- 
cherches assidu 's pour découvrir des indices, sur la foi desquels je prati- 
quai en certains points mes premières fouilles. Au bout d'un mois, je revins 
à Majunga avec un assez grand nombre de documents. \près une excur- 
sion au Sud de la haie de Bombeloke, je me préparai à me rendre dans la 
région de Narinda, où de grands ossements de Dinosauriens m'avaient 
été signalés. Impossible d'y aller par le re à cuise de l'état du pays, où la 
révolte commençait un peu partout. Je louai donc un grand canot que je 
conduisis dans la Loza , haie étroite et profonde qui pénètre fort loin dans 
l'intérieur des terres. 

Tout au fond se trouve le grand village d'Anlsohihi, que je choisis comme 
point central de mes recherches. 

Anlsohihi se trouve par i5" latitude Sud et /i(>" longitude environ, et à 
peu près o a5o kilomètres au Nord de Majunga. 

A 25 kilomètres au sud d'Antsohihi, je trouvai des ossements remar- 
quables au bord d'un lac à moitié desséché, appelé Antritsanibé. Plus près 
d'Antsohihi, ai milieu d'une plaine basse couverte de hautes herbes, je 



— 249 — 

trouvai d'autres ossements. Enfin, plus au Nord, au village de Maevarano, 
je parvins à me procurer encore de très beaux échantillons. J'aurais voulu 
continuer des recherches si fructueuses, mais la situation n'éhit absolu- 
ment pas tenable à cause de l'hostilité déclarée des Hovas, qui comman- 
daient dans cette région, et c'est devant d'incessan'es menaces que je dus 
partir, non par peur, mais par force et pour ne pas compromettre les résul- 
tats déjà acquis, résultats (rès importants, et dont M. Boule vous a rendu 
compte. 

Je passe maintenant à mes excursions dans le Sud-Ouest de l'île. Au 
commencement d'oclohre 1 8 < j 6 , amorçant un voyage à Ainbohibé, village 
situé près de l'une des embouchures du Mangoky, je remontai la vallée 
de ce fleuve jusqu'à Voudrové, point extrême où était parvenu mon pré- 
décesseur, Douliot. De Voudrové, je pus pénétrer vers le Sud, traverser 
tout le Fiherenana et gagner Tuléar. 

Je tombai malale et dus rester quelques semaines dans le pe.it îlot de 
Nossy-Vé pour me remettre de la fièvre paludéenne. Pendant ce temps, je 
me préparais à l'aire un voyage chez les B:iras. Mon plan était de partir de 
Manombo,d'y recruter des porteurs sakalaves, et, traversant de nouveiu 
le Fiherenana, de pénétrer chez les Baras par la coupée de Manombo. Le 
roi Tompomanana avait promis de m'aider, mais lorsque je fus chez lui, 
au lieu de m'aider, il me fit piller, et lorsque, privé de mes armes et dénué 
de tout, je me risquai à aller lui reprocher sa mauvaise foi, il m'accueillit 
par une fin de non-recevoir et des menaces de guerre. 

Je retournai à Nossy-Vé pour tâcher de m'y ravitailler un peu, puis, 
avec l'aide du Bésidenl, j'engageai trente porteurs betsileos, que j'armai 
de fusils, et, bien pourvu de munitions, je traversai cette fois le pays des 
Sakalaves à la barbe de Tompomanana et arrivai sans encombre chez les 
Baras Imamous. Bien reçu par leur roi Impoinirnerina, je m'installai à 
Ankazohato, sa capitale, [tour hiverne] 1 . 

Pendant cinq mois, j^ parcourus ce plateau des Baras et ce n'est qu'à la 
fin d'avril 1897 que je revins à la côte avec de nombreuses charges de fos- 
siles. 

Durant le mois de mai, je fis une excursion à la baie des Assassins et à 
Morombé, mais de nouveaux accès de fièvre et la dysenterie me forcèrent 
à revenir me soigner à Nossy-Vé. 

Fin juin, au moment où revenu à Tulear, je me préparais à repartir 
pour l'intérieur, le roi Tompomanana se mettait ouvertement en révolte et 
avec lui tous les Sakalaves de la région se soulevaient. Aidant de mon 
mieux le Résident à combattre les Sakalaves, en attendant qu'il reçût des 
renforts, je me mis en roule aussitôt qu'arriva le capitaine Génin, à la liHc 
d'une compagnie. Le i3 août 1897, «jniltaat la côte à Saint-Augustin, 
toujours avec mes 3o partisans armés et désormais bien dressés et aguerris, 
je traversai les Sakalaves révoltés et passant par le pays de Manangara qui 



— 250 — 

essaya inutilement de me barrer le chemin, j'allai séjourner quelque temps 
chez les Anlanos émigrés. La bien reçu et tranquille, je pus faire de belles 
récoltes d'Ammonites et autres coquillages fossiles qui eurent la chance 
d'arriver jusqu'à la côte et de là au laboratoire de paléontologie. 

Revenant alors chez les Baras, je regagnai la rivière Fiberene dont je 
remontai la vallée. Cette haute vallée de la Fiherene, bien boisée, m'au- 
rait sans doute promis de belles récoltes, mais, faute de vivres, je dus 
passer sans m'arrêter pour traverser la rivière Malio et la chaîne de l'Isalo 
et gagner le poste de Ranshira qui venait d'être attaqué par 3oo Baras. 
Le poste était bien garni de provisions de riz et ce fut jour de fête pour 
nous qui, la veille, n'avions eu comme tout potage que de l'eau, claire 
heureusement. 

De Ranshira à Ihosy, je traversai le plateau dénudé de l'Horombé. A par- 
tir d'ihosy, évitant la route de Fianarantsoa,je pris la direction du Nord et, 
après avoir suivi un moment la vallée de la rivière Ihosy, je traversai le 
Tsimandao et le Manantanana , retrouvai le Mangoky, appelé alors MalMatra , 
et arrivai à Midougy. Mon but était de gagner Antsirabé où je devais pra- 
tiquer des fouilles. La saison s'avançait et les plaies arrivaient : il fallait se 
presser. Passant par Itremo et Ambositra, j'étais à Antsirabé fin octobre. 
Je restai à Antsirabé durant les mois de novembre, décembre et janvier, el 
les fouilles considérables que je pus y pratiquer ont procuré d'intéressants 
documents aujourd'hui au Muséum. 

D'Antsirabé j'allai passer quelques jours à Tananarive et le i3 février 
1898 j'étais à Tamatave, ayant réussi à traverser l'île en biais du Sud- 
Ouest au Nord-Est. 

De Tuléar à Midougy, c'est-à-dire pendant environ 700 kilomètres, la 
traversée fut dangereuse, mais, après Midougy, tout souci disparut. 

Le 2-'. février, je m'embarquai à Tamatave pour Nossy-Vé, avec l'inten- 
tion de retourner vers Antsohilii et les gisements de Dinosauriens que j'avais 
dû, en 1896, abandonner plus vite que je n'aurais voulu. Par malheur, 
j'étais miné depuis longtemps par la fièvre paludéenne et , trois jours après 
mon arrivée à Nossy-Vé, on dut me transporter à l'hôpital, très mal en 
point, el je cédai aux conseils pressants du médecin en m'embarquai) l 
pour revenir en France, afin d'y retrouver de nouvelles forces. 

Je n'ai point parlé des documents que j'ai rapportés, puisqu'ils ont été 
répartis entre divers laboratoires. 

Si j'ai eu la joie d'être félicité par quelques-uns d'entre vous, j'ai aussi 
le grand regrel de n'avoir pu contenter tous les services; mais je pense que 
l'on doit un peu me tenir compte des difficultés au milieu desquelles je me 
suis presque constamment trouvé dans cet Ouest malgache qui est encore 
loin d'être pacifié à l'heure qu'il est. 



— 251 — 

Je ne veux pourtant pas insister ici sur ce côté de mes aventures qui 
rendirent parfois ma mission pénible et qui furent si désavantageuses à 
mes recherches, car j'aurais trop peur, en vous les racontant par le détail, 
que quelqu'un puisse croire un instant que je brode afin de m'excuser de 
n'avoir pu contenter tout le monde. J'ai fait de mon mieux, voilà tout. 



Note sur dès oevfs D'Autruches 

PROVENAIT DE STATIONS PREHISTORIQUES DU GRAND Erg , 

par M. E.-T. Hamy. 

L'Autruche était assez abondante dans le Sahara à l'époque romaine 
pour que Gordien I e ' en put montrer trots cents à la fois dans une venatio 
et (pie Probus en fit voir jusqu'à mille aux jeux solennels qui accompa- 
gnèrent son triomphe (l) . 

Pendant les époques antérieures, elle était aussi très commune. Les 
gravures sur roches du Sud Oranais (Tioùt, Moghâr-Tahtani, Aïn-Sefra) 
la réprésentent fréquemment, et il n'est pas rare de rencontrer ses ves- 
tiges dans les stations préhistoriques de l'Erg. 

Ce sont le plus souvent des œufs entiers ou en fragments que l'on y 
découvre, associés à de nombreux silex taillés. 

Les œufs entiers ont certainement servi de vases; ils sont percés régu- 
lièrement, à la pointe, d'un trou rond d'un centimètre environ de dia- 
mètre. 

Les débris d'œufs sont ordinairement des parcelles plus ou moins me- 
nues , portant des traces de décor incisé ou de petites rondelles découpées 
et perforées (2) . 

Ces œufs ne diffèrent habituellement ni par leur épaisseur, ni par leur 
volume, de ceux de l'Autruche actuelle. Une fois pourtant, Rabourdin, at- 
taché à la première mission Flatters, a découvert dans la station préhisto- 
rique de Hassi-el-Ratmaïa, vers 3i degrés, des œufs d'Autruche remar- 
quables par leur taille. Ils se trouvaient au nombre de quatre * enterrés dans 
le sable et également ouverts à leur extrémité ». Ils étaient placés rrcôle à 
côte, l'ouverture tournée en haut, et émergeant au-dessus du sable d'un 
centimètre à peine». On voit, continue M. Rabourdin, rrà la seule appa- 
rence de la coquille, que ces œufs remontent à une époque fort reculée; 

M Cf. Mongez. Mémoire sur les animaux promenés on tués dans les Cirques. 
(Mém. Acad. Inscript, et Belles-Lettres , i833, t. X, p. M\a et A46.) 

' 2) M. Dybowsky a notamment recueilli une série de ces rondelles montrant les 
divers états de leur fabrication. 



— 252 — 

ils offrent la particularité intéressante d'être beaucoup plus gros que les 
œufs modernes [1 \j> 

Un de ces œufs de Hassi-el-Ratmaïa , déposé par Rabourdin au musée 
de Saint-Germain, ne mesure pas moins, en effet, de Dm. 1G6 de hau- 
teur sur o m. 1 35 de diamètre maximum. Or, les mêmes dimensions prises 
au Muséum d'histoire naturelle ou au Musée d'ethnographie, sur dix-sept 
œufs d'Autruche sauvage provenant de l'Algérie, de la Tunisie, du Séné- 
gal, etc., ne donnent que o m. i5o pour la hauteur et o m. 128 pour le 
diamètre, et le plus gros de ces œufs, qui appartient au Muséum, n'atteint 
que oui. 1 58 sur m. i34 (2) . 

De sorte que l'opinion, un peu exagérée, de Rabourdin a trouvé une 
confirmation dans les comparaisons ainsi instituées, et (pie les naturalistes 
se sont vus provisoirement autorisés à admettre avec lui qu'aux temps 
préhistoriques le Sahara nourrissait, entre autres grands animaux aujour- 
d'hui disparus, une Autruche fort supérieure comme taille à l'Autruche 
actuelle. 

Mais l'observation de Rabourdin était unique; seul il avait rencontré dans 
ses fouilles des œufs intacts, sur l'examen desquels il avait appuyé son 
hypothèse. Et voici que M. Foureau nous apporte d'autres faits, tout sem- 
blables, qui conduiraient à conclure exactement en sens inverse. L'intré- 
pide explorateur du Grand Erg a remis, en effet, entre mes mains un bel 
œuf d'Autruche, percé d'un trou à la pointe, qu'il a recueilli avec un cer- 
tain nombre d'autres tout brisés, au milieu de silex taillés de la station 
préhistorique de Mouïlah-Maâttalah. Et il se trouve justement que cet œuf 
est inférieur en hauteur de s millimètres (o m. 1 38) au plus petit des dix- 
sept œufs modernes dont j'ai les mesures (0 m. \ko) et se tient à 12 et 
à 6 millimètres au-dessous des dimensions moyennes de toutes ces pièces 
mises ensemble. De sorte que, si la découverte de M. Foureau avait précédé 
celle de Rabourdin, les ornithologistes trop pressés auraient admis l'exis- 
tence ancienne dans le Sahara d'une Autruche sensiblement plus petite 
(pie la nôtre. 

Les observations que je rapproche ainsi montrent, en somme, qu'il ne 
faut pas attacher une trop grande importance à ces variations dans le vo- 
lume des œufs de l'Autruche sauvage. 

Les indigènes de Hassi-el-Ratmaïa avaient sans doute choisi les plus 
gros exemplaires qu'ils avaient pu rencontrer, pour les consacrer à quelque 
cérémonie dont le caractère nous échappe; par contre, ceux de Mouïlah- 

m L. Rabourdin. Algérie et Sahara. . . Les âges de pierre du Sahara central, 
préhistoire et ethnographie africaines. Paris, 1882, in-8°, p. 10Û, io5. — Cf. Id., 
ihid. p. 126. 

(2) Pour Rabourdin, les œufs de Hassi-el-Rdmaïa auraient un cinquième de vo- 
lume en plus que les œufs modernes. On voit, par les chiffres donnés plus haut, 
que l'excédent ne dépasse pas un dixième. 



— 253 — 

Maâttalah n'avaient pas les mêmes motifs pour rassembler ainsi des pièces 
d'un volume exceptionnel. 

Les nomades modernes n'ont pas renoncé à l'usage des œufs percés, que 
nous signalent ainsi les stations de l'âge de pierre saharien. Ils transforment 
encore aujourd'hui, par le même procédé simple et facile, les œufs d'Au- 
truche en récipients forts propres et fort solides. Le Musée d'ethnographie 
du Trocadéro a reçu deux de ces vases troués, l'un d'Algérie, l'autre de la 
Tunisie, et le premier, haut de o m. i5i , large de o m. 1 25, est suspendu 
dans une sorte de filet à larges mailles. 

Les indigènes fabriquent également, pour les vendre aux Maures, des 
espèces de suspensions faites avec les mêmes œufs percés de part en part , 
suivant leur grand axe, et l'on peut voir dans les collections du Trocadér.) 
trois de ces œufs suspendus, mesurant de o m. 169 à m. 1 5 1 de haut 
sur o m. 123 à m. 128 de diamètre transversal. 



Notes sur quelques Oiseaux de la Ciiixe occidentale , 
par m. e. oustalet. 

1. Trochalopterom Styani. 

Sous ce nom j'ai proposé (1) de désigner l'espèce décrite par M. Styan m 
sous le nom de Trochalopleron cinevelceps , dans le cas où il serait reconnu 
que certains Trochalopleron à tête noire du Setchuan et du Yun-nan ne 
représenteraient que la forme adulte et en plumage de noces des Trocha- 
lopleron à tête grise étudiés par M. Styan. L'étude que j'ai pu faire de trois 
nouveaux exemplaires envoyés de Tsé-Kou (3j par le R. P. Soulié (ce qui 
porte à sept le nombre des spécimens de cette localité et à dix le nombre 
total des exemplaires que j'ai examinés) n'a fait que me confirmer dans 
l'idée que j'avais émise de l'identité spécifique de tous ces Oiseaux. J'ai pu 
reconnaître que l'étendue delà calotte noire était assez variable, cette calotte 
se prolongeant parfois très loin sur la nuque et étant même suivie par des 
maculatures foncées jusque sur la partie antérieure du dos ; j'ai vu égale- 
ment que les moustaches noires étaient plus ou moins larges, plus ou 
moins décomposées, que les traits noirs delà gorge étaient plus ou moins 
accusés, que la couleur de la poitrine passait du fauve au roux isabelle ou 

(1) Bull, du Muséum, 1898, n° 5, p. 22^ ù 226. 
(2; Ibis, 1887, page 167 et pi. VI. 

( 3) Ces trois spécimens portaient le nom local rie Guien-Tchra; les autres, de la 
même localité, étaient appelés Nguien-Tchra ou Kabi. 



— 254 — 

au roux vineux pâle, que la nuance rousse des flancs envahissait plus ou 
moins le milieu de l'abdomen, que la teinte du manteau variait du roux 
verdâtre au vert olive, en un mot, que l'aspect général de l'Oiseau restant 
le même, le système de coloration et le dessin du plumage ressemblaient 
tantôt à ceux du Trochalopteron cinereiceps, tantôt à ceux du Trochalopteron 
cineraceum Godwin-Austen. Le rapprochement avec cette dernière espèce 
paraîtrait singulièrement forcé si l'on ne tenait compte que de la figure pu- 
bliée dans les Proccedings de la Société zoologique de Londres (1) . Celle-ci , 
en effet, représente un Oiseau dont les ailes, la queue et le sommet de 
la tête sont marqués comme chez les Trochalopteron du Yun-nan, mais qui 
a les joues d'un jaune clair, le ventre jaune, légèrement nuancé d'isabelle, 
la poitrine d'un gris isabelle, le dos d'un vert jaunâtre, les rectrices d'un 
vert légèrement grisâtre, le bec et les pattes jaunes; mais en se reportant 
à la description (2) , on voit que la figure n'est pas très exacte et que l'Oi- 
seau a, en réalité, les lores, les sourcils et les couvertures auriculaires d'un 
blanc sale, quelques plumes d'un blanc pur au-dessous de l'œil, le men- 
ton blanc Gnemenl rayé de noir, la poitrine d'un roux vineux passant au 
roux sur les côtés du cou, au blanc sur le milieu de l'abdomen, au roux 
ocracé sur les lianes et les sous-c;iudales. Ce Trocliuhpleron cineraceum, dont 
le type vient de la vallée Thobal, dans le Munipur, ne diffère donc pas 
autant qu'on pourrait le croire au premier abord des Trochalopteron du 
Yun-nan. 

D'un autre côté, dans une note récente (3) , M. le D r J.-P. Prazâk a fait 
connaître, sous le nom de Trochalopteron Hennikei, une espèce dont les 
types proviennent de la partie du bassin supérieur du Yang-tsé-Kiang 
où la rivière Yuen vient se jeter dans le lac Tungting. Cette espèce, 
d'après M. Prazâk, a les plus grandes affinités avec le T. cinereiceps Styan 
et le T. Sukatschewi Berezowski et Biancbi ' , mais s'en dislingue, au pre- 
mier coup d'oeil, par l'absence totale de moustaches noires et par la réduc- 
tion du trait noir, en arrière de l'œil, à une ligne à peine visible. Chez ce 
Trochalopteron Hcnnickci , les lores, les joues et les oreilles sont d'un blanc 
pur. Aucun des spécimens de Tatsien-lou ou de Tsé-Kou ne présente celle 
décoloration des côtés de la tête et ne peut, par conséquent, être rapporté 
à cette espèce, que je crois cependant nécessaire de mentionner ici, car 
elle constitue un petit groupe naturel avec le Trochalopteron cinereiceps 
(= T. ningpoense) du Fokien et du Tehé-kiang, avec le Trochalopteron à 
tête noire du Setchuan et du Yun-nan, qui doit probablement être réuni 

(1) PI. XI. Une autre figure a été publiée <l;ms les Birds nf Asia de Gould 
(i8 7 5, pi. XXVII). 

(*) Proc.zool. Soc. Lond., 1876, p. 45, et Cat. II. Brit. Mus., i8:î3, n° :^66. 

M Ornith. MonaUchrift der Deutsclicn Vereina zum Schutze der Vogelwelt, 
t. XXII, n° 11, p. 397. 

(4) Aves expeditionis Potanini, 1891, p. 59, pi. I, fig. 1. 



— 255 — 

au précédent sous ie nom de T. Styani, et avec le T. Sukatschewi du Kansou. 
Tous ces Troclia/opleron semblent être dérivés d'un même type qui s'est 
répandu de la vallée de ITraouaddi dans le bassin du Yang-tsé-Kiang et 
qui, en s'avançant de l'Ouest a l'Est, a subi une altération dans les teintes 
de sa tête. 

2. Drvonastes Maësi Oust. 

Deux spécimens envoyés de Tatsien-lou, en 1896, par le R. P. Dejean 
sont absolument identiques au type même de l'espèce, qui provient du 
Tonkiu et qui a été donné au Muséum par M. A. Maës (1) , et un autre 
exemplaire, qui fait parlie de la collection d'Oiseaux de Tatsien-lou reçu 
dernièrement de M gr Biet, ne diffère des autres que par son front un peu 
moins marqué de blanc. 

La validité spécifique du Dryonastes Maësi se trouve donc absolument 
confirmée, et désormais nous pouvons étendre du côté du Nord les do- 
maines de cet Oiseau qui occupe une partie du Tonkin, le Setcbuan et 
probablement aussi le Nord du Yun-nan. 

Les premiers spécimens expédiés de Tatsien-lou étaient désignés sous le 
nom de Ke-laoua; celui-ci était appelé Séky. 

3. Pomatorhims gravivox A. Dav. 

De cette espèce , j'ai eu sous les yeux une vingtaine de spécimens dont 
les uns ont été rapportés du Yun-nan par le prince Henri d'Orléans ou ont 
été envoyés de la même province par le Pi. P. Soulié , tandis que les autres 
ont été obtenus à Talsien-lou (Setcbuan) par le Pi. P. Dejean et par M gr Biet, 
et en les comparant, d'une part, à l'Oiseau tué à Tsonghaï (Tibet) par 
M. Bonvalot et le priuce Henri d'Orléans, de l'autre, aux exemplaires du 
Cbensi décrits et figurés par M. l'abbé A. David et par moi-même (2) , j'ai été 
conduit à douter de la validité des races que j'avais signalées sous le nom 
de Pornatorhinus MacclcUaudi var. Dcdekensi et P. Macclclla7icU var. Ar- 
mandi^K On constate en effet, cbez ces Oiseaux, de notables variations de 
taille et de couleurs, le manteau étant d'un brun olive ou d'un roux ver- 
dâtre, les taches de la gorge étant plus ou moins larges, plus ou moins 
nombreuses, plus ou moins foncées, la teinte rousse des parties inférieures 
du corps étant plus ou moins prononcée et s'étendant parfois jusque sur 
la gorge, et un spécimen du Yun-nan offrant des dimensions presque aussi 
faibles que le spécimen de Tatsien-lou désigné sous le nom d' Armand h , 



(l) E. Oiislalot, Bull. Soc. zool. de France, 1890, t. XV, n° 7, p. n3. 

(3) Les Oiseaux de la Chine, p. 188, n° 276 et pi. /19. 

' 3 ) Catalogue des Oiseaux provenant du voyage de M. Bonvalot et du prince Henri 
d'Orléans, Nouv. Arcli. du Muséum, 3 e série, t. V, p. 197 et 199, et pi. IV, 
fig. sup. 



— 256 — 

(oui en ressemblant par sa livrée aux autres Pomalorhinus de cette der- 
nière localité ou de Tsé-Kou. 

Les missionnaires nous donnent pour le Pomalorhinus grav'wox des 
noms assez différents : Kouy-Kouy-yang , Ouan-lsouy-ko , Ouaiig-tsouy à 
Tatsien-lou et Ouali mkhio gor à Tsé-Kou. 

Si l'on réunit le Pomalorhinus gravivox , à titre de lace, m Pomalorhinus 
Macckllanli, on est conduit à assigner pour domaines à cette espèce l'Assam 
et les montagnes du nord-est du Bengale, d'où provient la forme typique, 
le Kansou (1) , le Yun-nan, le Selchuan, le Chensi, le Houpé (2) et les mon- 
tagnes qui séparent cette province du Honan. 

k. PoMATOailI.NLS Kl FICOLLIS HodgS. 

Outre les spécimens rapportés par M. l'abbé A. David du Chensi méri- 
dional, du Setclman occidental et du Moupin, j'ai pu étudier plusieurs 
spécimens venant de l'Assam et d'autres provinces de l'Inde anglaise, cl, 
plus récemment, une dizaine d'exemplaires envoyés de Tsé-Kou (Yun- 
nan), par le R. P. Soulié, de Tatsien-lou (Setchuan), par le H. P. Dejean 
et par M gr Biel, et j'ai constaté qu'il était impossible de séparer, même à 
titre de races locales, les individus de la Chine occidentale [Pomalorhinus 
Styani Seebohm) de ceux de l'Inde (/\ ruftcollis Hodg-ion). Les caractères 
que mon ami Henry Seebohm invoquait pjur distinguer les deux formes 
ne sont pas constants, car la teinte des parties inférieures du corps varie, 
de même que la teinte du manteau, aussi bien chez les Pomalorhinus de 
l'Inde que chez ceux de la Chine, comme nous l'avons indiqué du reste 
dans nos Oiseaux de la Chine 3 . 

Le Pomalorhinus ruftcollis a été signalé dans l'est de la région Ilima- 
layenne, dans le Népaul, le Darjiling, le Sikkim, le Boutan, l'Assam, et 
dans le Kansou (1 \ le Yun-nan, le Moupin, le Selcbuan, le Chensi méri- 
dional et le Fokien. Il ne parait pas dépasser au nord le Hoang-ho. D'après 
les missionnaires dont je citais tout à l'heure les noms, il est connu aux 
environs de Tsé-Kou. sous le nom de Guien-mi-tchra , à Tatsien-lou, sous 
ceux de Tcheu-sanko, de Keul-kcul-lsio et de Tchoa-mou-koua. 

5. PiNOËPYGA PISILLA HotlgS. 

Cette espèce, qui est assez répandue dans l'Himalaya oriental, dans le 
Népaul et dans le Sikkim et qui s'avance jusque dans le Ténasserim, peut- 
être même, dit-on, jusque dans l'île de Sumatra l5) , n'avait pas encore été 

(l) Berezowski et Bianclii, Aves expéditions Potanini, 1891, p. 64. 
W F. W Styan, Ibis, 1896, p. 33o (Ichang). 
< 3 > W.,p. 186, n° 280. 

(4) Berezowski et Bianchi, Aves expeditionis Potanini, p. 63 (sous lu nom d<! 
Pomalorhinus Styani). 

« B. B. Sliarpe, Cat. li.Brit. Mus., 1881, I. VI, p. 3o4. 



— 257 — 

signalée dans les limites de l'Empire chinois. Un exemplaire venant de 
Talsien-lon el remis au Muséum par M gr Biet, en 1898, ne diffère au- 
cunement d'un spécimen <jue cet établissement avait reçu antérieurement 
de M. le conte H. Berlepseh et qui est indiqué comme étant originaire de 
Sikkim. 

Dans la principauté de Moupin, M. l'abbé David a rencontré une autre 
espèce du même genre, Pnoepyga albiventris Hodgs' 1 ', dont il a remis au 
Muséum un exemplaire, qui a été décrit dans nos Oiseaux de Chine^ sous 
l«; nom de Pnoyjga squamata et qui est identique à un spécimen donné 
au Muséum par M. le comte Berlepseh et venant de Sikkim. 

6. Spelœornis Souliei, n. sp. 

Dans les collections envoyées de Tsé-Kou au Muséum, en 1896, par le 
R. P. Soulié se trouvait un petit Oiseau, désigné sous le nom de Sama- 
bo-tse, qui appartient évidemment au genre Spelœornis , mais qui ne peut 
être rapporté ni à l'une, ni à l'autre des deux espèces actuellement connues 
de ce genre: Spelœornis troglodytoides Versreaux (3) du Selchuan occidental et 
du Moupin et Sp. Halsueti David (4) du Tsinling. Il a, en effet, la gorge 
blanche comme le Sp. Halsueti, mais les parties inférieures de son corps 
ne présentent pas de raies onduleuses comme dans cette dernière espèce : 
elles sont mouchetées de petites taches noires précédées d'un point blanc 
comme chez le Sp. troglodytoides , ces taches et ces points étant cependant 
plus nombreux en arrière sur les flanc; qu'en avant et au milieu de l'ab- 
domen. Des taches et des points analogues se retrouvent sur le dos et 
surtout sur les reins et aussi sur la tête, où elles se multiplient considéra- 
blement sans former de raies transversales et s'enlèvent sur un fond brun 
et non sur un fond cendré comme chez les Sp. troglodytoides. De même , la 
région dorsale, au lieu d'être d'un roux olivâtre comme chez le Sp. troglo- 
dytoides ou d'un brun olive comme c! ez le Sp. Halsueti , est ici d'un brun 
marron chaud, de même que les côtés du cou, la poitrine et l'abdomen. 
Les ailes et la queue sont d'un brun un peu plus terne, qui, sur les pre- 
mières rémiges et sur leurs couvertures, passe au gris souris; elles sont, 
comme chez les Sp. troglodytoides el Halsueti, marquées de barres transver- 
sales brunes, mais il n'y a pas au bout des pennes secondaires et tertiaires 
de taches blanches analogues à celle qu'on observe chez le Sp. Halsueti. 

(1) Voir Sharpe, op. cit., p. 3o2. 

( -' P. 227, n° 33 1. C'est par erreur que M. David a indiqué deux exemplaires 
de Pnoepyga squamata comme ayant élé remis au Muséum. Le second exemplaire 
se rapportait au Spelœornis Halsueti. 

'■ 3 > Nouv. Arch.du Muséum, 1870, t. VI, Bull., p. 34, et 187.3, t. IX, pi. IV. 
David el Ou>talet, Oiseaux de la Chine, p. 228, n° 332, pi. XVI. 

(4 > L'Institut, 1875, 3 e année, n° 1 1 h , et Bull, de la Soc. philomathique , séance 
du 10 mars 187.5. David et Ouslalet, i>p. cit., p. 339,11° 333, pi. XV. 



— 258 — 

Les côtés du menton et de la gorge sont mouchetés de noir et les couver- 
tures auriculaires qui, chez les Sp. Halsueti et troglodytoîdes , étaient d'une 
couleur uniforme présentent ici, sur un fond roux, des ponctuations 
blanches analogues à celles du vertex. Les pattes sont brunes; il en est de 
même pour la mandibule supérieure, mais la mandibule supérieure est 
jaunâtre à la base. 

La longueur totale de l'Oiseau est de o m. 1 22 ; l'aile mesure m. o5o ; la 
queue, om. o56: le tarse, om. 020, et le bec (culmen), om. 008; les di- 
mensions ne sont donc pas tout à fait les mêmes que celles que nous avons 
indiquées pour les deux autres espèces. Il est intéressant de trouver dans 
le nord du Yun-nan une troisième forme de ce genre Spelœornis qui se dis- 
lingue du genre Pnoepyga par le développement de sa queue et qui paraît 
être propre aux chaînes de montagnes de la Chine occidentale, le Spelœ- 
ornis troglodytoîdes ayant été rencontré par M. l'abbé A. David dans le 
Setchuan occidental et à Moupin, et le Sp. Halsueti ayant été découvert par 
le même voyageur dans le Tsing-ling (Chensi occidental) et retrouvé par 
MM. Berezowski et Bianchi dans le kansou (1) . 



Notice sur une espèce, probablement nouvelle, 
de Faisan de lAnnam, 

PAR M. E. OuSTALET. 

Au retour de sa mission dans l'Indo-Gliine, en 1 897, M. Marc Bel a remis 
à M. Milne Edwards, pour la Ménagerie du Muséum, un couple de Faisans vi- 
vants, provenant de la région orientale de l 1 \nnam, ou, pour préciser davan- 
tage, de la partie comprise entre Hué et la chaîne de montagnes qui s'étend 
du Nord au Sud. Ces Faisans ont parfaitement supporté la mauvaise saison; 
ils se sont reproduits au printemps et ils ont en ce moment sepls petits , bien 
portants. Il est donc facile de se faire une idée complète de l'espèce à la- 
quelle ces Oiseaux appartiennent, ce qui présentait naguère encore quelque 
difficulté, le maie et la femelle n'ayant pas leur livrée définitive. J'avais 
cependant immédiatement reconnu que le mâle offrait les mêmes couleurs 
et le même dessin du plumage qu'une dépouille incomplète envoyée de Hué 
par le R. P. Renauld en même temps (pie des Rheinardtins oceflatus, des 
Carpococcyx Reynauldi , des Gennœus Edwardsi, etc. (2) , et provenant, comme 
ces derniers Oiseaux, de la partie del'Aunam habité par les Mois, au Nord- 
Ouest de Hué, dans le voisinage des montagnes. D'après un examen un 
peu superficiel, j'avais cru pouvoir rapporter et celte dépouille et ces Fai- 

'') Aves expeditionis Potanini, p. 1 3 . 

l -) Voir Bull, du Muséum, 1896, t. Il, |>. 3i4. 



— 259 — 

sans vivants au Gennœus Andersoni Elliot (l) , espèce découverte par An- 
derson sur les monts Kachin ou Kakyen, à l'Est de Bhâmo, sur les fron- 
tières de la Birmanie; mais l'élude plus complète que j'ai faite de ces 
Oiseaux, à l'instigation de M. le Directeur du Muséum, est venue modifier 
quelque peu celte première opinion. En effet, si le mâle du couple donné 
au Muséum par M. Bel ressemble beaucoup, par la dispositions des teintes 
et par le dessin du plumage, aux figures du Gennœus A ndersoni publiées 
d'abord par mon ami D.-G. Elliot et ensuite par Anderson, figures qui ont 
été exécutées d'après le même modèle (2) , il en diffère par diverses particu- 
larités. L'Oiseau vivant paraît plus léger de formes, plus élancé, plus haut 
sur pattes , et sa queue , qui maintenant atteint son développement complet, 
est beaucoup moins longue et moins étagée que chez le Gennœus nyclhemerus 
ou Faisan argenté, et même que chez le G. Andersoni dont le mâle pa- 
raît, sur les figures publiées, avoir deux longues reclrices médianes, diver- 
gentes à la pointe. Ici, au contraire, les rectrices médianes s'appliquent l'une 
contre l'autre sur leur bord interne et la queue est disposée en toit comme 
chez le G. Uncatus. Eu raison de ces différences et d'autres qui apparaî- 
tront à la lecture de la description ci-dessous, je crois devoir, au moins 
jusqu'à plus ample information , rapporter les Oiseaux rapportés par M. Bel 
à une espèce nouvelle : Gennœus Beli. 

Le mâle a le sommet de la tête couvert d'une calotte d'un noir intense , 
se prolongeant en arrière en une petite huppe. La gorge, la poitrine et 
l'abdomen sont également d'un noir bleuâtre uniforme, sans aucune raie 
blanche, cette couleur contrastant fortement avec celle des parties supé- 
rieures du corps. Celles-ci sont beaucoup plus fortement marquées de non- 
que chez le G. nyclhemerus et même que chez le G. Andersoni. Sur la tête, 
le cou et le dos, chaque plume porte cinq ou six raies noires, parallèles au 
bord de la plume et plus ou moins convergentes à l'extrémité, de manière 
à dessiner un U ou un V. Ce dessin serré produit à quelque distance une 
teinte grise argentée, bien différente de celle du manteau du Gennœus mjc- 
themerus où le blanc domine, et de celle du manteau du G. Andersoni où 
le noir et le blanc paraissent s'associer en proportions égales. Sur les ailes, 
les bandes noires l'emportent décidément sur les bandes blanches intermé- 
diaires , qui se réduisent à de simples raies. 11 en est de même sur les pennes 
caudales , qui sont cependant plus fortement marquées sur les barbes ex- 
ternes que sur les barbes internes. 

' lj Proceed. zool. Soc. Lond., 1871, p. i3y, et Monogr. Phaaian., 187a, t. II, 
pi. XXII; Anderson, Bivds N. Yunnan, 1878, p. 670 et pi. LUI; Oabs, Birds 
Brit. Burmah, 1 883, t. II, p. 319; 0. Grant, Cat. B. Bril. Mus., 1893, t. XXII, 
p. 3o6. 

(2) Anderson envoya à Elliot un dessin de l'Oiseau qu'il ligure plus tard lui- 
même dans le grand ouvrage intitulé : Zoological and anatomical rescarches, Zool. 
residts of two expéditions in Western ] unnan. 



— 260 — 

Les yeux sont entourés d'une peau noire, formant un très large disque 
légèrement verruqueux, d'un rouge vermillon. Les pattes sont, au contraire, 
d'un rouge plutôt carminé, d'un rouge sang. Le bec est couleur de corne 
avec la base plus foncée. 

La femelle a le sommet de la tête couvert d'une calotte d'un brun à peine 
plus foncé que le dos, qui est de couleur bois uniforme, cette teinte con- 
trastant avec celle des parties inférieures du corps, dont le fond est d'un 
brun plus chaud et qui sont ornées de dessins variés. Sur la gorge, ce sont 
quelques petites taches d'un brun jaunâtre; sur la poitrine et l'abdomen, 
des marques de plus en plus larges, en forme de chevrons. L'espace dé- 
nudé autour de l'œil est très restreint, mais les pattes et le bec sont colorés 
comme chez le mâle. 

Enfin les jeunes, âgés de quelques semaines, ont le dessons de la tête 
d'un roux vif, le dos brun avec des marques noires et blanches sur le bout 
de quelques-unes dorsales et des couvertures; un trait noir s'étendant de 
chaque côté, entre le bec et l'œil et un peu en arrière de celui-ci, la gorge, 
la poitrine et l'abdomen d'un blanc jaunâtre, les pattes d'un rose chair, 
légèrement nuancé de brunâtre. 

En terminant, je crois utile de donner l'extrait suivant des notes manu- 
scrites du H. P. Renauld , qui se rapporte a la dépouille du Faisan à laquelle 
j'ai fait allusion plus haut : 

«Oiseau des plus intéressants, domestication des plus faciles; j'en con- 
nais deux qui vivent en parfaite harmonie avec tous les habitants d'une 
basse-cour ordinaire. Le mâle, cependant, aime à courir ua peu trop loin; 
c'est ce qui lui vaut le séjour en cage qu'il accepte du reste avec une par- 
faite résignation. J'en ai encore un assez apprivoisé pour venir prendre sa 
nourriture dans la main; il est superbe. J'avais dessein de le faire tuer et 
d'envoyer sa peau avec celle de la femelle qui m'est venue de chez les sau- 
vages, mais dans ce moment (juin) il est en mue (1) , son plumage n'a pas 
tout son éclat. Je lui ai substitué un autre mâle que je nourrissais égale- 
ment, et qui avait vécu longtemps chez les sauvages; il paraissait vieux et 
a les pattes toutes contrefaites par le piège où il fut pris et les morsures 
d'un chien Ce Faisan est assez commun, me dit-on, chez les sau- 
vages; je ne le connais pourtant [tas. Les Annamites l'appellent Gà loi, 
comme tous les autres Oiseaux, inconnus d'eux, dont j'envoie les peaux. 

ffPort : celui de la Pintade. 

«Cri : je ne connais que le doux roucoulement qu'il fait entendre au 
couchant. 

ff Marche : ne saute point et court avec la plus grande rapidité. 

tf Caractère des plus sociables. 

(1) A la ménagerie du Muséum, lu mue s'est aussi produite eu juin. 



— 261 — 

rr Mange la nourriture de la Poule domestique : riz, maïs, Iusecles, 
Vers <le terre, etc. 

rrOKil à prunelle grande, à iris d'un jaune orangé. 
«Caroncules d'un beau rouge difficile à définir. * 

Si les figures el les descriptions qui ont été publiées du Gennœus An- 
dersoni sont rigoureusement exactes, il y a certainement lieu de distinguer 
de cette espèce qui habile les montagnes de l'Est de la Birmanie et la vallée 
de la Salouen, jusqu'à Dargwin au Sud, le G. Bcli qui se trouve de l'autre 
côté de la grande chaîne de l'Annam, sur le versant oriental. Quant au 
véritable Faisan argenté, au Gennœus n y cl lie me rus, il se trouve surtout, 
sinon exclusivement, dans les provinces méridionales de la Chine. 



Altérations pathologiques du squelette 

OBSERVÉES À LA MÉNAGERIE DU MUSEUM , CHEZ DES ChÉlOSIEUS, 

par M. Léon Vaillant. 

11 n'est pas rare d'observer à la Ménagerie des Reptiles, sur les Croco- 
diliens et les Chéloniens en particulier, des lésions pathologiques portant 
sur diverses parties du squelette. C'est ainsi qu'il est fréquent, chez les pre- 
miers, de voir des déformations du museau, des déviations des dents, etc. 
Il serait difficile, dans l'étal actuel de nos connaissances, d'aborder le sujet 
à un point de vue général, les éléments d'un semblable travail faisant en- 
core défaut, mais il peut ne pas être inutile de faire connaître, à litre de 
document, des observations particulières. 

11 s'agit en premier lieu d'une Tortue de la tribu des Ophioderina, ap- 
partenant au genre Trionyx, le Cymnopode de Java (Triomjx cartilagiveus 
Boddaert), envoyé de Sumatra par M. Brau de Saint-Pol-Lia=. A l'arrivée 
de ce Reptile, le a/i juin 1 88 1 , on constata qu'il avait subi, à une époque 
sans doute ancienne, caria cicatrisation du moignon était parfaite , l'ampu- 
tation de l'extrémité de la patte postérieure gauche, accident qui, à l'état 
de liberté, n'est pas absolument rare chez les Tortues et les Crocodiles; la 
collection du Muséum en renferme plusieurs exemples. Ceci, d'ailleurs, 
n'influait nullement sur la santé de cet animal, qui vécut jusqu'au 7 dé- 
cembre 1896 et, pendant cette longue captivité, parut toujours très bien 
portant, actif, mangeant avec une grande régularité. 

Lors de la mise en peau, les parties du squelette inutiles au montage 
ayant été, comme d'habitude, conservées à part, on reconnut qu'à l'une et 
l'autre épaule existaient des altérations portant sur la partie scapulo-acro- 
mieune, sur le scapulum pour le côté droit, sur l'acromion pour le côté 
gauche. L'os sur chacun de ces points était déformé, friable, au point que, 

Muséum. — iv. 1 9 



— 262 — 

dans l'opération du nettoyage par l'ébuliition dans ie carbonate d'ammo- 
niaque, la partie altére'e au côte' gauche se délita en quelque sorte et ne 
put être conservée. 











Fig. i. — Os de l'épaule droite d'un Trionyx cartilagineus Boddaert. 

On peut juger par la figure ci-dessus de l'aspect singulier qu'avait pris 
le scapulum de l'épaule droite. Au lieu d'avoir la forme d'une tige légèrement 
aplatie, lisse, d'un diamètre presque égal sur toute sa longueur, c'est une 
masse l'usilnrme, irrégulièrement boursouflée, anfrartueuse, vacuolaire. 
On ne s'est aperça de cette modification qu'au moment où la préparation 
était trop avancée pour permettre d'étudier les rapports (pie l'os, si pro- 
fondément altéré, pouvait avoir conserves avec les parties molles. 

Le système osseux est par ailleurs normalement constitué, les autres 
parties de ses ceintures scapulaires, la série des vertèbres cervicales, les 
vertèbres lombaires, le bassin, présentent tous leur aspect habituel et la 
texture normale. 

La cause de cet accident pathologique nie paraît impossible à déterminer. 
L'altération porte sur une partie limitée du squelette, et cela d'une façon 
si l'on veut symétrique, le scapulum et la clavicule ne faisant qu'un chez 
les Cbéloniens; toutefois l'altération étant supérieure d'un côté, inférieure 
de l'autre, ce n'est sans doute là qu'une simple coïncidence. 



Dans la seconde observation, il s'agit d'un Ckeîydra serpentina Linné, 



- 263 — 

entré le 26 juin 1877 à la ménagerie, où il resta jusqu'au ih mai 1 88A 
Malheureusement, la mort de l'ancien commis, Desguez. me prive d'un 
concours précieux pour établir certaines dates intermédiaires, et les re- 
cherches que j'ai faites dans son journal ne m'ont pas permis d'arriver, 
pour quelques-unes d'entre elles, à une précision absolue. 

Quoi qu'il en soit , dix-huit mois ou deux ans environ avant sa mort , ce Cht- 
louien étant passé dans un parc voisin où se trouvaient des Crocodiles et de 
gros Trwnyx, eut la tète broyée par un de ces animaux, vraisemblablement 
un de ces derniers, sans qu'on ait, au reste, pu avoir de certitude à cet 
égard, tous étant également agressifs. Quand on le recueillit le lendemain 
matin, une fracture transversalement oblique intéressait la portion antérieure 
de la tête, partant de l'œil gauche sorti de son orbite, pour passer un peu en 
avant de l'œil droit; la mâchoire inférieure était brisée du côté gauche, de 
telle sorte que la partie postérieure articulaire se trouvait séparée des parties 
antérieures; il en était naturellement de même pour la partie antérieure 
de la face relativement au crâne. Dans ce piteux état, l'animal fut re- 
placé dans son bassin et abandonné à son sort. La cicatrisation se fit faci- 
lement; l'œil gauche, toutefois, ne reprit pas ses fonctions et les mâchoires 
disjointes, irrégulièrement soudées, ne permettaient plus. à cette Tortue 
de prendre aucun aliment, au moins solide. Ceci ne l'empêcha pas, on vient 
de le voir, de vivre encore de longs mois , mais elle ne bougeait que très 
peu, restant toujours volontiers à la même place soit clans l'eau, soit sur- 
tout à terre. 

A l'examen nécroscopique. toutes les parties osseuses, squelette el cara- 
pace, se montrèrent profondément altérées. Les os étaient d'une légèreté 
étonnante, bien qu'ils eussent conservé à peu près leur aspect habituel; ils 
flottent sur l'eau, et, en cherchant à comparer leur densité apparente à celle 
des mêmes organes empruntés à une Tortue de même espèce, qu'on peut 
regarder comme normale sous ce rapport, je trouve que cette densité serait 
environ chez cette dernière de 1,29, tandis qu'elle n'est crue de 0,98 pour 
la Chélvdre qui a été soumise à ce jeûne forcé. L'analyse chimique n'a pas 
fourni de résultats assez nets pour que je pense devoir en parler. 

Après une inanition prolongée et par abstinence incomplète, car cette 
Tortue a dû continuer d'ingérer de l'eau, laquelle pouvait contenir en 
suspension divers animalcules et autres substances alibiles, on constate 
donc, chez ce Chelydra scrpentina, que la consommation des matériaux de 
l'organisme pour entretenir la nutrition peut aller jusqu'à la résorption 
partielle du tissu osseux, ce qui n'avait pas, je crois, été constaté jusqu'ici. 
Il est d'ailleurs nécessaire de rencontrer pour cela des conditions spéciales 
qu'un Vertébré à sang froid, et j'ajouterai aquatique, semble particuliè- 
rement apte à fournir. 

L'observation me parait avoir en même temps un intérêt zoologique. Ou 
a quelquefois regardé comme caractère d'espèce l'épaisseur [dus ou moins 

19. 



— 264 — 

forte de la carapace osseuse : c'est ; insi que M. VV. Rothschild, dont ou 
connaît les intéressantes recherches sur les Tortues géantes, a invoqué cette 
différence comme de nature à jusli'ier la distinction du Tesludo ephippium, 
Gûnthrr, du T. Abhigdonii Gûnther, toutes deux des îles Galapagos (1) . 
N'est-ce pas plutôt à l'abondance variable de la nourriture, à la nature de 
l'alimentation, qu'il conviendrait d'attribuer ces modifications dans le dé- 
veloppement inégal du tissu osseux? 



SvR LA STBUCTURE Di TÉGUMENT CHEZ LE SïNODONTIS SCHALL 

Bwca-ScHNEivEit , 
p.\it MM. Lkon Vaillant kt Auguste Pkttit. 

Dans un travail général, publié il y a trois ans, sur les Silures du genre 
Synodonlis ' , l'un de nous ;i déjà attiré l'allenlion sur l'intérêt «pie présente 
l'élude du tégument dans certaines espèces de ce genre, chez lesquelles la 
peau est couverte «le villosités, parfois très développées el qui peuvent être 
très utiles pour des distinctions systématiques. 

Malheureusement, l'élude n'avait pu être poussée aussi loin qu'il eut él< ; 
désirable-, les exemplaires, placés depuis de longues années dans des alcools 
plus ou moins affaiblis, n'étaient pas dans «les conditions favorables pour 
de semblables recherches. 

M. (diantre, sous-directeur «lu Musée «le Lvon, «'ont le zèle pour la 
science est connu de tous, s'étanl l'hiver dernier rendu en Egypte, a hum 
voulu, sur no ie demande, recueillir à Assouan un certain nombre d'indi- 
vidus du Synodonlis selinll Bloch-Schneidor, espèce précisément typique 
parmi celles à peaux vilieuses, et nous en rapporter. plongés in Mo dans 
l'alcool, une série d'exemplaires qui sont arrivés dans un état «les plus sa- 
tisfaisants pour ce qui est de la conservation générale. 

Au premier coup d'œil, on est frappé de la différence d'aspect «pie pré- 
sentent ces échantillons comparés à ceux que nous avions eus précédemment 
sous les yeux. La peau n'est pas couverte de villosités en chevelu; el.e 
parait simplement tomenleuse et, en y regardant d'un peu plus près, on 
reconnaît qu'elle est revêtue d'une sorte de feutrage, épais de plusieurs milli- 
mètres, assez serré pour qu'il soit nécessaire d'employer un instrument, 
tel que le manche d'un scalpel, pour en écarter les libres et le pénétrer. 

!l > W. Rotschild , 189(1. Further Notes on Gigaalic Land-Torloises (Novitates 
zoologicœ, I. III , p. 85 ). 

W Léon Vaillant, 1895. Essai monographique sur les Silures du genre Syno- 
dontis (Nouv. irch. Mutéam, t. Vil, p. 389; ph l\, %• 1, 2 «'I 3). 



— 265 — 

En ce qui concerne l'étude histologique, nous avons reconnu tout de suite 
que ces exemplaires, excellents pour un examen macroscopique et zoolo- 
gique, étaient loin d'être suffisants pour permettre une élude approfondie, 
telle que Ton est en droit de l'exiger avec les perfectionnements de la tech- 
nique microscopique moderne. Cependant nous avons pu faire quelques 
observations nouvelles qu'il est bon de consigner ici. 

Sur un gros individu de 'èho L i Ao = 48o millimètres de long, un frag- 
ment de la paroi abdominale, comprenant avec les couches plus super- 
ficielles une partie de la couche musculaire sons-cutanée, a été pris au niveau 
des ventrales et un peu au-dessous du milieu de la hauteur du corps sur le 
côté gauche. Ce fragment, après inclusion au collodion, a été débité en 
coupes tangentielles et transversales; celles-ci ont été colorées à l'hémato- 
wline-éosine et au carmin aluné; en outre, quelques-unes ont été trai- 
tées parle mélange de Van Gieson (tissu conjonctif) et par la méthode à 
l'orcéïne de Tânzer-Unna (libres élastiques). 

Enfin les résultats obtenus par les procédés précédents ont été contrôlés 
par l'élude de fragments dissociée. 

Sur les coupes, le derme se montre formé de libres lamineuses, dans les 
intervalles desquelles existent quelques fibres élastiques. Les fibres lami- 
ii'uses sont constituées par des rubans larges de 10 fi en moyenne; dans 
I' s couches profonde et moye ;ne, elles sont disposées parallèlement et ne 
décrivent cpie quelques sinuosités peu accusées; comme c'est le cas chez la 
plupart des Poissons, elles ne sont pas feutrées et ne passent pas d'un 
strate à l'autre. 

Dans la portion superficielle du derme, les fibres lamineuses se re- 
lèvent de place en place pour former des colonnettes à base élargie, attei- 
gnant une hauteur moyenne de 5-6 dixièmes de millimètre; en dehors de 
ces fibres, on en observe d'autres, en petit nombre il eit vrai, qui, par- 
tant des couches profondes du derme, ont une direction perpendiculaire à 
la surface du corps ; enfin on observe des libres élastiques interposées 
entre les éléments lamineux et prenant elles aussi leur origine dans la pro- 
fondeur du derme. 

Ou n'est pas d'accord sur le rôle de ces colonnettes, mais il semble ra- 
tionnel de les considérer comme de simples organes de soutien; en effet, 
elles sont constituées par du tissu conjonctif et renferment de nombreux 
vaisseaux. 

D'autre part, 1rs nerfs semblent faire défaut; en tout cas, nous n'avons 
pu en observer : ur nos préparations. 

Toute la surface du derme (y compris les colonnettes) est parsemée de 
cliromoblasles ramifiés. 

Les espaces, ainsi limités par ces prolongements du derme, sont remplis 
par des cellules dont la description mérite de nous arrêter. 

Tout d'abord, leurs dimensions sont colossales : quelques-unes, en 



— 266 — 

effet, ont plus d'un demi-millimètre de long (5oo ft), et la plupart me- 
surent 3 à h dixièmes de millimètre. 

Or, si l'on veut bien se rappeler que, «dans les tissus animaux, il n'est pas 
d'exemple de cellules réellement colossales (1) , sauf une seule exception, 
l'ovule ou cellule-œuf (2 ^ , dont le diamètre moyen est de aoo-3oo fx, on 
reconnaîtra que les cellules épidermiques du Synodontis constituent des types 
cellulaires remarquables, bien dignes de retenir l'attention. 

Leur forme est assez variable, mais, en général , il s'agit d'éléments fusi- 
formes mesurant dans leur plus grande largeur 60-70 fx en moyenne, et 
munis de prolongements terminaux plus ou moins développés. 

Le protoplasma qui les constitue est homogène et renferme un noyau 
(i5 fx en moyenne) muni d'un ou deux nucléoles, ainsi que des granula- 
tions éparses fixant intensivement les colorants nucléaires et mesurant au 
maximum a-3 fx' 3 . 

Toutes ces cellules épidermiques sont séparées les unes des autres par un 
réticulum conjonctif en rapporl avec les colonnettes décrites précédemment 
et formant autour de celles-ci un revêtemenl continu ' . 

A côle de l'intérêt particulier que présente la connaissance de ces gi- 
gantesques cellules épidermiques au point de vue de l'histologie générale, 
ces études sur la peau des Synodontis confirment l'idée qu'on peut se faire 
du rôle de l'épitbélium chez les Poissons pour produire le mucus, qui 
couvre en si grande abondance le corps de la plupart d'entre eux. Les di- 
mensions de ces éléments permettent ici mieux qu'ailleurs de se rendre 
compte de leurs rapports; on constate «pie, chez ces Vertébrés, les éléments 
épithéliaux restent libres, en quelque sorte diffluents, et doivent être re- 
gardés comme les véritables agents de la sécrétion. 

Ces observations justifient les réserves faites dans le précédent travail' 
quant au rôle des villosités; il devient plus probable que ce ne sont nulle- 
ment des organes du tact, qu'elles servent plutôt de soutènement aux 
grosses cellules épithéliales et subviennent à leur nutrition. 

Quant à la différence d'aspect entre les anciens et les nouveaux sujets 
du Synodontis schall, elle s'explique par la disparition de l'épilhélium dif- 
fiuent, qui a laissé libres les prolongements colomnaires dermiques, ce qui 

;i) Exception faite pour les prolongements cyKndraxiles de certains neurones 
médullaires. 

W Mathias Duval, Précis d'histologie, Paris, 1897, P- °9- 

(3 > L'état des pièces que nous avoas eues à notre disposition ne nous a pas per- 
mis d'élucider la nature de ces granulations. 

W Outre ces éléments, le réticulum renferme des cellules d.' dimensions va- 
riables (en moyenne i5 ft), qui sont peut-être des cellules épidermiques 
jeunes (?). 

W Léon Vaillant, i8q5, p. 260. 



— 267 — 

devra, croyons-nous, se produire avec le temps sur nos exemplaires ac- 
tuels. 

Au reste, M. Chantre comptant retourner sous peu dans ces régions, 
nous avons bon espoir d'obtenir par son entremise des matériaux moins 
imparfaits, qui permettront, sans doute, de compléter sur certains points 
cette étude. 



SUR LE DÉVELOPPEMENT POST-EMBRYONSAIRE DES BRACOyiDES, 

par L.-G. Seurat. 
(Laboratoires de MM. les professedrs Milne Edwards et Bou?ier.) 

Nous avons étudié les métamorphorses de la larve du Doryctes gatticus 
Rheinhard, Parasite interne et social du Callidinm sanguineum L. — La 
larve an sortir de l'hôte comprend îh segments, y compris la tête; elle 
porte sur les flancs 9 paires de stigmates, la 1" paire située à la limite 
entre le prothorax et le mésothorax, mais appartenant au prothorax, les 
deux autres sur les 8 premiers segments de l'abdomen (1) . 

Cette larve mue rejette sa couche chitineuse ancienne, et se file un co- 
con à l'intérieur duquel elle passe l'hiver. 

I. — Modifications du tube digestif. 

a. La larve jeune possède un tube digestif comprenant un œsophage très 
court, à la suite une vaste poche ou estomac, où sont accumulés les maté- 
riaux que la larve a dévorés à la hâte dans le corps de sa victime; l'estomac 
s'étend à travers le thorax et l'abdomen jusqu'au milieu du 12 e segment. 
— L'espace laissé libre entre l'estomac et la paroi du corps est très ré- 
duit ; l'intestin postérieur débouche à l'extrémité du 1 h e segment ; en avant, 
son extrémité s'accole intimement à la paroi ventrale et postérieure de l'es- 
tomac, sans que cependant la communication existe entre ces deux parties; 
l'intestin postérieur émet dans sa partie antérieure ventrale 2 énormes tubes 
de Malpighi qui remontent le long de la face ventrale de l'estomac jusque 
dans le thorax. 

b. Par suite de la résorption des parois en contact de l'estomac et de 
l'intestin postérieur, la communication se trouve établie entre les diverses 
parties du tube digestif, permettant le rejet des excréments. — L'assimila- 
tion des matériaux absorbés va se faire lenlemeut, donnant naissance au 

W Les larves du Perilitus omophli Lesne, étudiées par ce naturaliste, celles que 
j'ai étudiées du Dendrosotcr protuberans Nées et du Microgasler glomeralus L. , 
sont identiques à celles du Doryctes. 



— 268 — 

tissu graisseux; les dimensions de l'estomac, dans le sens longitudinal et 
dans le sens transversal, vont, par suite, se réduire de plus en plus. 

c. Le tube digestif définitif s'ébauche, entourant le tube larvaire; à ce 
stade, l'œsophage définitif est formé, parcourant la têle et le thorax; l'in- 
testin postérieur définitif existe, portant les 9 tubes de Malpighi de l'adulte, 
inséré un peu au-dessous des 2 tubes larvaires; ces tubes sont disposés en 
cercle autour de l'intestin et dirigés vers l'arrière du corps; leur calibre est 
environ 6 fois plus petit que celui des tubes larvaires, lesquels sont encore 
très volumineux. 

Larve plus âgée. — La formation de la paroi de l'intestin définitif a pour 
effet de couper à leur base les tubes de Marpighi larvaires, qui forment alors 
■>, longs tubes ventraux libres dans la cavité du corps; à ce stade, leur 
calibre est bien diminué, les noyaux des cellules sont effacés, ces organes 
régressent. 

<l. Nymphe jeune. — Les -2 tubes de Malpighi larvaires ont disparu 
complètement; l'estomac larvaire, fermé aux 2 bouts, est, à l'intérieur de 
l'estomac, définitif: dans le stade précédent, les 3 parois étaient en contact; 
dans la nymphe jeune, l'estomac larvaire a déjà régressé beaucoup; il va 
être digéré peu à peu, à mesure que la nymphe vieillit. 

c. Adulte. — Un œsophage avec des glandes salivaires en grappes 1res 
volumineuses, situées dans les parties postérieures et latérales delà tête. 
L'intestin moyen, situé dans l'abdomen, est comprimé entre les 9. ovaires, 
et ses parois sont presque accolées; il s'élargit en arrière et se continue 
par l'intestin postérieur. 

11. — Passage de ta segmentation larvaire 
à la segmentation de l'addlte. 

La larve, même très jeune, possède les organes de l'adulte : 

Tête. — La tète est imaginée par sa partie postérieure sous le protho- 
rax; sous les pièces buccales de la larve, on voit les bourgeons cellulaires 
qui sont les ébauches des mêmes pièces de l'adulte. — Sur le front, la larve 
possède 9 petites antennes rudiinent.iires: sous ces antennes, l'iiypoderme 
présente une invagination au fond de laquelle est un bourgeon cellulaire 
représentant l'antenne définitive. 

Lnlin, 1res en arrière, on trouve l'ébauche des deux yeux composés: au 
fur et à mesure du développement, la tète grandit, s'étend vers l'arrière 
sous le prothorax dorsal; si on examine la larve à la loupe, les yeux com- 
posés semblent placés sous le prolhorax; beaucoup d'auteurs les ont décrits 
comme se formant sur le protborax; en réalité, c'est une apparence qui est 



— 269 — 

due à ce que les yeux situés sur la tête sont vus par transparence à travers 
le prothorax. 

Le prothorax, le mésolhorax et le métathorax larvaires présentent à leur 
partie ventrale chacun une paire de bourgeons cellulaires, situés au fond 
d'une dépression de l'hypoderme et cachés par la cuticule; ce sont les 
ébauches des trois paires de pattes ; sur les lianes du mésothorax et du méta- 
thorax, deux paires de bourgeons constituent les ébauches des ailes. — Deux 
stigmates existent dans l'adulte sur le métathorax ; on en trouve les ébauches 
dans la larve sous forme de deux invaginations d ! l'hypoderme. auxquelles 
ne prend pas part la cuticule de la larve. 

Le i" segment abdominal larvaire passe au thorax; l'étranglement qui 
sépare le thorax et l'abdomen définitifs se produit entre le i cr et le 2 P seg- 
ment abdominal. — L'histoire du thorax est dominée par le grand dé- 
veloppement des parties ventrale et marginales du mésothorax, la 2 e paire 
de pattes est reportée en arrière au niveau de la limite postérieure du ter- 
gite métatboracique. — Cette partie du mésothorax donnera insertion aux 
muscles moteurs des ailes, ce qui explique sa prédominance. — Le thorax 
adulte porte trois paires de stigmates ; le î " segment abdominal forme le seg- 
ment médiaire , servant à l'articulation avec l'abdomen ; le sternite du seg- 
ment médiaire est refoulé très en arrière par le sternite métatboracique 
et se trouve sous la partie antérieure du i" tergite abdominal; il est arti- 
culé avec le i " sternite de l'abdomen et s'en distingue par sa couleur noire , 
les sternites de l'abdomen étant bruns; la séparation du thorax et de l'ab- 
domen se fait par conséquent suivant un plan oblique. 

L'abdomen de l'adulte est formé parles 9 derniers segments abdominaux 
larvaires; chacun de ces segments conservant sa paire de stigmates, l'ab- 
domen de l'adulte porte. 7 paires de stigmates. Le 9 e segment porte l'anus; 
il reste incolore et ne se chitinise que très peu. 

111. Modifications do système nerveux. 

Les changements importants survenus dans la forme du corps retentis- 
sent sur le système nerveux. Le système nerveux de la larve jeune com- 
prend : une masse cérébroïde et un ganglion sous-œsophagien céphaliques, 
trois ganglions thoraciques et huit ganglions abdominaux, le dernier plus 
volumineux innervant les trois derniers segments. 

Si on examine une larve très âgée ou une nymphe jeune, on voit que 
les ganglions méso- et métalboraciques sont très rapprochés, situés dans le 
mésothorax, mais non soudés; les deux premiers ganglions abdominaux 
sont : le 1 " soudé au ganglion métalhoracique, le 2 e sur le point de se 
souder. 

Dans une nymphe plus âgée, cette soudure est accomplie; en outre, les 
trois derniers ganglions abdominaux se sont soudés également ; le 3 e ganglion 



— 270 — 

abdominal est remonté vers l'avant , au niveau du sternite du segment mé- 
diaire; le système nerveux définitif est formé : 

Cerveau; ganglion sous-œsophagien; ganglions protboracique , méso- 
tboracique et métathoracique (ganglion mélatboracique larvaire. 1" et 
•2 e ganglions abdominaux soudés); ganglion du segment médiaire (3 e gan- 
glion abdominal larvaire), i e ' et 2 e ganglions abdominaux définitifs; 
3 e gangliou abdominal définitif (6 e , f et 8 e ganglions abdominaux lar- 
vaires soudés). 



Sun UN IcHNEUMONIDE PARASITE DES CaLLIDIUM , 

PAR L. G. Seurat. 
(Laboratoires de MM. Milne Edwards et Bouvier.) 

Les bois de Chêne servant au chauffage sont habités par de nombreux 
Kylophages, en particulier par le Callidium sanguineum L. et le Gallidium 
variabile; les larves de ces Coléoptères ont pour ennemi un Ichneumonide 
de la tribu des Gryptiens, le Phytodietus eorvinus Gravenhorst; — Si on 
examine les galeries d'un Callidium} on voit que la chambre où devrait se 
trouver une nymphe est occupée par une coque cylindrique, arrondie aux 
deux extrémités, de 8 millimètres de longueur sur 2 à 3 millimètres de lar- 
geur, de consistance papyracée, jaune bistre : c'esl la coque du Phyto- 
dietus; à cote, on trouve la larve dévorée du (ji/tiilium : il ne reste que la 
peau, les trachées et les mandibules. — Le Phytodietus éclot en mai, per- 
fore son cocon el l'écorce qui le recouvre, pour sortir: il y parvient grâce 
à deux énormes mandibules bidentées, à dents dès fortement chitinisées. — 
Le trou de sortie est légèrement oblique à la surface de l'écorce, de 1 mil- 
limètre et demi de diamètre. — Il suffit d'examiner l'écorce qui recouvre 
un cocon non éclos pour voir qu'elle ne présente aucun orifice et que c'est 
bien l'Ichneumonide qui perce son trou de sortie. L'animal éclos se promène 
à la surface de l'écorce. 

Gravenhorst a décrit la femelle en 182g (Ichneumologia europ. , t. Il, 
p. g3y ), d'après un unique exemplaire. — Taschenberg l'ait remarquer que 
cet Insecte n'appartient pas au genre Phytodietus; cette opinion est par- 
tagée par M. le l) r Tosquinet. — Le mâle n'a jamais été décrit. H diffère 
très peu de la femelle : la face, les joues, le dessous du scape, sont jaune 
soufre, les hanches et les trochanleis des deux premières paires de pattes sont 
blanc jaunâtre dans le mâle, ces deux parties étant noires dans la femelle. 
La pubescence est plus abondante dans le mâle, les antennes sont plus 
longues; le nombre des articles, sans compter le scape ni l'annelet, est de 
/11 dans le mâle, tandis qu'il est de 30 dans la femelle. 

Les palpes maxillaires ont cinq articles, les palpes labiaux quatre articles 



— 271 — 

dans les deux sexes; le bord externe des mandibules est jaune soufre. J'en ai 
capturé de nombreux exemplaires au Muséum et dans la foret de Senart. 
Qu'il me soit permis, en terminant, de remercier M. le I) 1 Tosquinet qui 
a bien voulu déterminer mes exemplaires. 



SUR UNE NOUVELLE ESPECE DE CiEOOSPHjEROMA, 
PAR M. A. DOLLFUS. 

M. Armand Viré m'avait soumis, il y a trois ans, un très singulier Iso- 
pode de la famille des Sphéromiens découvert par lui dans la grotte de 
Baunie-les-Messieurs (Jura) et que j'ai décrit dans le Bulletin du Muséum, 
1896, p. i38, sous le nom de Cœscosphœroma Virei. Depuis, M. le D' Ray- 
inond a Irouvé un Sphéromien d'un genre nouveau dans un cours d'eau 
souterrain de l'Ardècbe; la diagnose de ce Spliœromides Binjmondi a paru ré- 
cemment dans le même recueil [Bulletin du Muséum, 1898, p. 38). Aujour- 
d'hui, M. Viré me communique un autre Cœcosphœroma de grande taille, 
recueilli par M. Galimard dans la grotte de la Douix, à Darcey (Côle-d'Or). 
Cette nouvelle découverte nous oblige à modifier légèrement l'exposé que 
nous avons donné des caractères génériques du genre Cœcosphœroma, ainsi 
qu'il suit : 

Gerbe Csecosphseronia. 

Corps convexe, se roulant en boule; cephalon comme dans le genre 
Sphœroma, mais dépourvu d'yeux; antennes de la première et de la deuxième 
paire à peu près de même longueur cf. Pereiopodes au nombre de six ou 
(h 1 sept paires, le dernier segment pouvant être peu développé. Pleo- 
telson formé par la soudure de tous les segments pleonaux avec le telson; 
pleopodes très minces. Uropodes appliqués et comme soudés aux côtés du 
pleotelson (en dessous); cette sou iure peut être complète ou l'exopodite 
peut être encore visible, quoique tout à fait rudimenlaire. 

Caecosphaeroma Burgundum nova species. 

Corps grand, convexe, muni de très petits poils punctiformes , espacés. 
Cepbalon arrondi antérieurement; prosépistome séparé du front par une 
faible ligne frontale marginale; métépistome très développé; labre grand; 
antennes de la première paire un peu plus courtes que celles de la seconde 
paire, fouel de dix articles (celui de la seconde paire de douze articles). 
Pereion : la partie coxale du premier segment forme en dessous un large 
rebord; pereiopodes du premier segment plus courts que ceux des seg- 
ments suivants; septième segment normal et pourvu de pereiopodes bien 



— 272 — 

développés. Pleolelson très convexe, presque bossu, ne présentant d'autre 
trace de segmentation qu'un petit sillon transversal incomplet; uropodes 
entièrement fusioiviés avec le pleolelson dont ils ne forment plus en des- 



***= 






Cwcosphœroinn Burgundum Doltfus. 

il. Ccpfialori et premier sejfinenl pcrehd , vus en dessous. — b. Dernier 
segment pereial et pleolelson , vus en dessous. — c. Deux derniers 
segmeuts pereiaux et pleotelsoa, vus en dessus. 

sous qu'un épaississement latéral; eudopodites et exopodiles complètement 
atrophiés. Couleur blanchâtre. Dimensions : longueur, 1 1 millimètres; lar- 
geur, 5 millimètres. 



Revision des Tuxiciers du Muséum (Famille des Molgulidées), 

par M. A. Pizo\, 

DOCTEUR ES SCIENCES, PROFESSEUR AU LYCEE JaNSON-DE-SaILLY. 

(Laboratoire de M. le professeur E. Perrier.) 

Les Molgulidées appartenant aux collections du Muséum comprennent 
treize espèces différentes, dont lui i t sont nouvelles; elles se repartissent 
dans huit genres, dont trois sont également nouveaux. 

Ces formes sont de provenances très diverses : 

Deux proviennent de l'expédition du cap Horn (Stomatropa villosa n. sp. 
et Clenicella rugosa n. sp.); 

Une autre, très intéressante, a été rapportée en 1875 de l'île Stewart, 
par M. Filhol, professeur au Muséum (Molgula Filholi n. sp.). 

M. Lebrun, préparateur à la chaire de malacologie, en a recueilli deux 



— 273 — 

espèces sur les côtes de Patagonie ( Ctenicella Lebruni n. sp. et Molgula glo- 
merata n. sp.). 

Enfin une espèce (Gamaster dakarensis n. sp.) a été Irouve'c à Dakar, 
par M. Parfait, et deux autres ont été recueillies à la Nouvelle-Hollande, 
par Quoy et Gaimard, dans l'expédition de Y Astrolabe (Ctenicella tumulus 
= Ascida tumulus Quoy et Gaimard, Aslropera sabulosa = Ascidia sabulosa 
Quoy et Gaimard). 

Quant aux espèces de nos cotes, elles n'étaient représentées simplement 
que par YAnurella roscovita Lac. Dut!)., avant que j'aie offert aux collec- 
tions Molgula simplex = inurella shnplex Lac. Dulh., -1/. oculata= An. ocu- 
lata Lac. Duth.. Molgula socialis Aider, que j'ai recueillies moi-même en 
différents points (LeCroisic, La Bernerie et Pornic, Saint- Vaasl-la-Hougue). 

La revision approfondie de la famille des Molgulidées, à liquelle je me 
suis livré, m'a amené à supprimer trois genres qui étaient insuffisamment 
caractérisés ou fais dent double emploi, les genres Bostrichobranchus et Pa- 
ramolgulaàe Traustedt, le genre Anurella Lac. Duth. 

La critique de ces genres et la description détaillée des espèces nouvelles 
dont je viens de parler devant paraître prochainement dans les Annales dos 
Sciences naturelles, je me contenterai de donner ici les subdivisions géné- 
riques de la famille, telles que j'ai été amené à les établir. Je néglige le 
genre Pera Stimpson, qui reste douteux. 

Première section. — Molgulidées ne possédant qu'une seule glande géni- 
tale située sur la face gauche : genre Eugyra Hancock. Ghaquc infundiba- 
lum de la branebie n'est constitué que par deux longs trémas spirales. 

Deuxième section. — Molgulidées ne possédant qu'une seule glande géni- 
tale située sur la face droite. Gette section comprend deux genres : 

i° L" genre Gamaster n. g., dont la branebie ressemble à celle des Lu- 

gyres; 

2° Le genre Eugyriopsis, qui possède une branchie de Molgule: je crée 
ce genre pour recevoir Boslrichobranchus manhaltensis Traustedt et le sous- 
genre Eugyriopsis Roule (Eug. Lacazei Roule, de la Méditerranée). 

Troisième section. — Molgulidées à deux glandes génitales, l'une sur fa 
face droite, l'autre sur In face gauche; la branchie possède des trémas courbes 
plus ou moins allongés, mais ne formant jamais de grands infundibulums 
spirales comme chez les Eugyres. Celte section comprend cinq genres diffé- 
rents : 

i° Genre Astropera n. g.; pas de sipbons; les orifices sont à fleur du 
corps et possèdent, chacun, une double couronne de lobes inégaux et péfa- 
loïdes; 



— m — 

-2° Genre Molgula Forbes; chaque siphon borde de lobes égaux et eu- 
tiers ; 

3" Ctemcellv Lac. Duth; les lobes des orifices sont pourvus de dents 
plus ou moins allongées et plus ou moins nombreuses; 

h" Stomatropa n.g.; le siphon branchial est arqué et porte six lobes 
inégaux, dont les deux supérieurs forment une grande lèvre bifide; 

5° Ascopera Herdmi ; les deux branches de l'intestin sont verticales au 
lieu d'être courbées et de former une anse comme dans les quatre genres 
précédents. 



QbSBRVATIONS SOn QUELQUES INIUAVI DES RÉCIFS MADRÉPOIilQUES 

de Djibouti, 

par m. h. coutière. 

Dans les Bulletins précédents 11 *, nous avons donné' quelques détails sur 
les habitants les plus typiques des récifs madréporiques de Djibouti, habi- 
tants qui caractérisent, dans une certaine mesure, chaque rrfacies* des for- 
mations coralliennes. Nous rappellerons brièvement la disposition de celles-ci: 

une série de plateaux madréporiques émergés, dirigés N.-S. , communi- 
quant soit à marée basse seulement, soit de façon permanente, et, à leur 
pied, du coté du large, une vaste surface presque plane, séparée en deux 
moitiés inégales par un espace vaseux. La région tout à fait littorale est 
marquée d'un large cordon d'éboulis provenant du récif sub-fossile émergé, 
et la région distale est formée de minuscules Ilots madréporiques que sé- 
parent des fentes irrégulières, élargies par places. Knlre les deux s'étend 
une troisième région plus déprimée, où le récif ne s'accroit plus. Le reflux. 
\ balaie, en effet, le sable détritique qu'il arrache à la région distale, en 
même temps que la boue calcaire des espaces vaseux par lesquels le récif 
est borné; aussi, dans celle région moyenne, la roche madréporique a-l-elle 
presque disparu sous un revêtement limoneux. Il en résulte, à marée basse, 
une zone de flaques lagunaires. plus accusées du côté distal , où elles passent 
aux fentes anfractueuses de la croûte superficielle en voie de croissance, 
devenant au contraire de moins en moins profondes et limitées du côté 
proximal. , 

Les flaques en question possèdent une faune assez spéciale d' Éponges fcl 
de Poriles. Euspongia irregularis var. pertusa Lendenfeld est très abon- 
dante et atteint parfois une taille assez grande, en même temps qu'une 
forme a peu près régulière. Le plus souvent, elle est toutefois réduite à un 
cercle plus ou moins complet , représentant le pourtour d'une coupe peu 
profonde dont le centre se serait détruit. Dans ce dernier cas, son épaisseur 



i 



Bull, du Muséum, 1898, t. IV, p. 38, 87, 15.'). 195, ^38. 



— 275 — 

est toujours assez faible et ses commensaux peu nombreux. Dans le pre- 
mier, au contraire, elle donne presque constamment asile à Synalpheus nep- 
/ h h us Dana— 4. tricuspidatus Helier=4. tumido-manus Paulson, ainsi que 
nous l'avons signalé flans une note antérieure (1) . 

Dans l'oseille occupé par chaque couple de Syn. neptunm, la femelle se 
trouve au fond, chargée du poids considérable des œufs qui distendent les 
pleurons abdominaux. Beaucoup de ces œufs étaient sur le point d'éclore 
ou complètement éclos, et les Larves qui en sortent sont au stade mysis. 
Elles sont munies de tous les appendices de l'adulte , y compris les pinces 
de la première paire, déjà nettement asymétriques. Brooks et Herrick 
(Mém. o/Nat. Ac. of Sciences, Washington, 1891) ont signalé chez Syn. 
minor Say un cas absolument identique d'accélération embryogénique, coïn- 
cidant de même avec la vie spongicole de l'espèce en question. 

Porites furcata est à peu près le seul Polypier vivant dans les flaques, 
en compagnie d'Euspongia. Il y forme des touffes hémisphériques très ra- 
mifiées, ne dépassant guère 3o centimèlres de diamètre, adhérant à la 
roche sous-jacenle par un faible support ou même complètement libres. 

Dans les intervalles étroits compris entre les rameaux, \it une petite 
colonie hétérogène de commensaux, très constante dans sa composition. Ou 
y trouve d'abord Alpheus Imvis Randall. Cette espèce se distingue de tous 
les autres Alphéidés par une adaptation très spéciale à ce genre de vie : sa 
carapace est fortement comprimée, beaucoup plus haute que large, ses 
pattes courtes, robustes, terminées par une griffe conique en forme de 
sabot. Ses pinces de la première paire, étendues en avant, ont leur plan de 
symétrie presque vertical et sont fréquemment à peu près égales, disposi- 
tions évidemment liées à l'habitat dans un espace étroit compris entre deux 
rameaux du Polypier. La couleur de ,4. lœvis est d'un rouge orange plus 
ou moins foncé, disposée par macules circulaires. Une bande noire étroite 
s'étend du rostre au telson. 

Outre A. lœvis, deux espèces de Palémonidés transparents, jaunâtres, 
s'accrochent aux rameaux des Porites , et parmi les Brachyures on y trouve 
aussi Carpiliodes rugatus , Campa toviuscula et Trapezia sp? , uniformément 
ponctuée de rouge brun. 

La colonie de commensaux est complétée par des Poissons , parmi les- 

W H. Coutière, Notes biologiques sur quelques espèces d'Alpheidœ (Bull, du Mu- 
séum, 1897, n ° S* P- 367). Dans cette note, nous faisions de Syn. neptunus Dana 
une variété de Alpheus minus Say, n'ayant pas encore acquis la conviction de son 
identité avec l'espèce de Dana. M. le professeur \V. Faxon a bien voulu depuis 
nous communiquer de précieux renseignements sur les types de Syn. neptunus. 
et M. le D r Adensamer un des types de A. tricuspidatus Heller. Nous devons la 
détermination de l'Éponge en question à M. le D r Topsent, qui a bien voulu 
nous déterminer également Hippospongia reticulata Lendenfeld, où vit en com- 
mensal Alpheus crinitus var. spongiarum H. Coutière. 



— '276 — 

quels se trouvent constamment Tetradrachmum tnarginatum et T. aruanum 
Linné, aplatis, rayés de blanc et de noir, et Gobius mclanosoma Blecker, 
adhérant aux rameaux du Polypier au moyen de sa ventouse, à la façon 
d'un Lepadogaster. Pelroscirtes mitratus Iuïppell, Pomocentrus punctatus Quoy 
et Gaim., Gobius semidoliatus Cuv. et Val., Gobiodon citrinus lliïppell, s'y 
rencontrent plus irrégulièrement. Enfin dans les anfractuosités que ménage 
sur le sol la base du Polypier se réfugie, en même temps que de nom- 
breux spécimens de Gonodaclylus , Stomapodes très abondants sur le récif, 
un autre Poisson, Sebaslichtys rubropunctatus Rùppeil. 

Porites et Euspongia se développent surtout là où ils sont le mieux 
abrités contre l'ac ion mécanique îles lames, c'est-à-dire dans les (laques 
les plus profondes avoisinant la ceinture clistale du récif. En se dirigeant au 
contraire vers le rivage, on trouve d'autres espèces d'Épongés, de formes 
très variées, dont une, très abondante, est disposée en lames verticales 
étroites ramifiées à angle droit ou parallèlement. Cette Éponge se rencontre 
ordinairement parmi h vase, en compagnie de Tridacnes couvertes elles- 
mêmes de toute une végétation d'Algues, de Bryozoaires, d'Epongés et 
d'Ascidies. Parmi ces dernières, Phallusia nigra , Cynikia et Ascidiella sp.? 
forment de volumineuses agglomérations. Parmi les Eponges, une petite 
espèce, d'une belle couleur violette, réduite à un oscille profond, donne à 
peu près constamment asile à un couple de délicats Ponlonidés transparents. 
Une espèce de Tethya?, remarquable par un cortex épais et des spicules 
rayonnant de la périphérie au centre de sa masse hémisphérique , est com- 
mune dans celte région, où de nombreux Lamellibranches du genre Chama 
sont fixés à la roche. 

Parallèlement au bourrelet sablonneux qui rejoint les deux plateaux 
émergés OÙ s'élève Djibouti, on remarque à quelque distance une digue 
pierreuse, due a l'action t\u Ilot el marquant le bord d'un récif en voie 
d'émersion. On trouve dans l'intérieur de la baie des formations analogues 
avec une faune de Lincl.ia et d' Acrocladia (l) . Ces derniers font défaut ici, 
alors qu'on trouve, localisée en ce point, une très belle espèce de Callia- 
ihksii qui s'y montre fort abondante. Ce Crustacé habile des trous verticaux 
du diamètre du pouce, atteignant 1 mètre à 1 m. Tjo de profondeur. Il se 
tient à l'entrée et disparaît, à la moindre tentative de capture , avec une 
rapidité extrême. Grâce a l'appât fourni par un fragment de Crabe, quel- 
ques spécimens se laissèrent cependant surprendre entre les parois de leur 
tube et un coin de bois introduit à propos. 

On trouve encore sur cette digue pierreuse Alpheus strenuus Dana, caché 
sous les pierres et, tapissant celles-ci, une petite Actinie d'un vert intense 
C'est également l'habitat de prédilection de quelques Nudibranches. 

M Bull, du Muséum, 1898, t. IV. p. SS. 



— 277 — 

Suii LES SACS LARYNGIENS d'uN OrANG-OuTAN FEMELLE ADULTE, 

par MM. Deniker et Boulart. 

Grâce à l'extrême obligeance de M. Milne Edwards , directeur du Muséum, 
et de M. le professeur Filliol, nous avons pu étudier la disposition des sacs 
laryngiens d'une femelle d'Orang-Outan qui est morte récemment au Jardin 
d'Acclimatation et dont le corps a été donné au Muséum par M. le docteur 
Mougeot. 

Ce spécimen est la première femelle adulte du genre Simta qui soit exa- 
minée au point de vue des sacs laryngiens. Jusqu'à présent, tous les anato- 
mistes, y compris nous-mêmes, n'ont décrit que les sacs des femelles ayant 
tout au plus 70 centimètres de taille du verlex à la plante des pieds, tan- 
dis que le spécimen en question a 65 centimètres rien que du vertex au 
coccyx. L'usure de ses dents ainsi que d'autres caractères indiquent d'ail- 
leurs que c'est un animal adulte. 

Dans nos travaux précédents (1) , nous avons conclu de la similitude des 
sacs chez les deux sexes dans le jeune âge à leur similitude à l'âge adulte. 

Cette supposition est pleinement confirmée par ce que nous a révélé la 
dissection de la région cervicale de la femelle de l'Orang-Outan dont nous 
venons de parler, ainsi que l'injection de ses sacs laryngiens. 

Ces derniers sont conformés absolument comme chez le grand Orang- 
Oulan mâle que nous avons disséqué il y a trois ans (2) . Ils appartiennent à 
ce que nous avons appelé alors le «• second type n , dans lequel un des sacs , 
n'importe de quel côté, se développe aux dépens de l'autre. A lui seul, il 
constitue l'ensemble complexe de réservoirs aériens qui entourent le cou, 
tandis que l'autre reste à l'état de rudiment. 

Dans le cas présent, c'est le sac du côté droit qui a fourni l'ensemble de 
réservoirs aériens, tandis que la poche du côté gauche ne dépasse guère 
les dimensions d'une noisette. 

Voici, d'ailleurs, la description détaillée du sac droit. La partie principale 
a la forme d'un cœur sans fissure centrale , mais avec deux petits prolonge- 
ments latéraux. Il mesure de la base au sommet o m. i5 et, dans plus sa 
grande largeur, m. a 3. Il s'étend de la région hyoïdienne jusqu'à la 
région claviculaire et se trouve bordé latéralement par le faisceau supé- 
rieur du grand pectoral. Un étranglement le fait communiquer avec deux 
sacs secondaires, qui, en somme, ne sont que des diverticules d'un seul et 
même sac unique. L'un de ces sacs passe sous le grand pectoral en avant, 

W Voir la bibliographie complète de ces travaux dans notre note Sur les sacs 
laryngiens des Singes anthropoïdes dans le Bulletin du Muséum d' hist. nat,, 189,5, 

n° l\. 

W Nouv. Arch. du Muséum, 1890, 3 e sér., t. VIII, p. 36. 

Muséum. — iv. a0 



— 278 — 

reposant sur le grand dorsal en arrière. A gauche, il affecte la forme 
d'une poire divisée par deux étranglements en trois lobes et dont le sommet 
est dirigé en bas ; la longueur de ce prolongement gauche est de 1 o centi- 
mètres et sa largeur à la base de 6 centimètres et demi. A droite, le pro- 
longement , également pirifonne , mais sans étranglement , est moins gros : 
il n'a que 8 centimètres de longueur et h centimètres de largeur. Un étran- 
glement assez grêle réunit de chaque côté ces sacs axillaires aux sacs occi- 
pitaux. A droite, le sac occipital a la forme d'un ovoïde, dont le grand axe 
dirigé d'avant en arrière et de dehors en dedans mesure 8 centimètres et 
le petit axe à peine k centimètres. Il est recouvert par le muscle trapèze et 
se trouve à a centimètres de la ligne médiane du dos. 11 s'étend de la base 
du crâne à l'omoplate et se divise à sa partie inférieure en deux prolonge- 
ments digili formes, dont l'externe a 5 centimètres et l'interne 8 centimètres 
de longueur. La largeur de ces appendices, à la base, ne dépasse guère 
3 centimètres. A gauche, le sac a à peu près la même forme et les mêmes 
dimensions. Il présente, comme le sac droit, deux prolongements; seule- 
ment, au lieu d'être parallèles, ces prolongements sont perpendiculaires 
l'un à l'autre, le plus long est dirigé en bas, le plus court en dehors. 

En somme, la disposition et les dimensions relatives des sacs de la fe- 
melle adulte sont presque les mêmes que ceux du mâle adulte. Nous pou- 
vons donc conclure de nos recherches précédentes et de nos constatations 
actuelles que, n'importe à quel âge, chez P( Irang-Outan , les sacs laryngiens 
ne présentent de différences morphologiques suivant les sexes , comme on 
l'a supposé jusqu'à présent. 

Le poumon de l'Orang en question ne présentait aucune trace de lobula- 
tion, ni même d'enfoncements infundilmliformes comme ceux que nous 
avons constatés chez le mâle adulte. 



ACTIOS DES SUBSTANCES AyTICOAGULASTES DU GIIOUPE DE LA PRODEVTOSE 

SUR LES SÉCRÉTIOSS, 

par E. Gley. 

J'ai montré ici même, l'année dernière (,) , que la propeptone exerce une 
action excitante remarquable sur toutes les sécrétions; et j'ai même essayé 
de rattacher à cette action générale son influence bien connue sur la coa- 
gulabilité du sang. 

La question se posait de savoir si les substances qui paraissent agir par 
un mécanisme identique sur la coagulabilité du sang ne posséderaient pas 

M E. Gley : Action des injections intra-veineuses du propeptone sur les sécré- 
tions en général (Bull, du Muséum, 1897, '■ M» n 6» p. abh). 



— 279 — 

le même pouvoir excito-sécréteur. Très occupe' par ailleurs, par mes re- 
cherches sur les fonctions de l'appareil thyroïdien , je n'ai pu jusqu'à pré- 
sent faire que quelques recherches avec deux de ces substances, l'extrait 
de muscles d'Écrevisses et le sérum de sang d'Anguille. 

Or, j'ai reconnu que l'extrait démuselés d'Écrevisse, à la dose de o gr. do 
à o gr. 5o par kilogramme d'animal , en injection intro-veineuse , chez le 
Chien, provoque immédiatement une abondante sécrétion salivaire, pan- 
créatique et biliaire, en même temps que le sang devient incoagulable. 

Quant au sérum de sang d'Anguille, dans de nombreuses expériences 
faites à un autre point de vue, en collaboration avec M. L. Camus, sur le 
Cobaye et sur le Lapin, j'ai observé bien souvent sa remarquable action sur 
les sécrétions lacrymale et salivaire. Sur le Chien , cette influence excito- 
sécrétoire paraît devoir être plus difficile à constater; en raison de l'arrêt 
presque immédiat de la respiration qui suit l'injection in tra- veineuse de 
ce sérum chez le Chien, les sécrétions sont presque instantanément sup- 
primées; c'est du moins, ce me semble, pour cette cause que dans deux 
expériences je n'ai vu aucune modification de la sécrétion de la glande sous- 
maxillaire, ni du pancréas, ni de l'écoulement de la bile par le canal cho- 
lédoque, après injection de doses de o cent, cube o3 à o cent, cube 06 
de sérum d'Anguille par kilogramme d'animal. Ces derniers essais doivent 
donc être répétés dans des conditions variées. 

Il importera aussi, pour les raisons que j'ai indiquées dans ma note de 
l'année dernière, de rechercher quelles sont, sous l'influence de ces sub- 
stances, les variations du sucre du foie et des veines sus-hépatiques. 

Quoi qu'il en soit, il est dès maintenant intéressant de remarquer que 
les substances anticoagulantes qui paraissent agir à la manière de la pro- 
peplone sont dérivées du même pouvoir général excito-sécréteur. 



Sur une septicémie du Cobaye, 
par M. C. Phisalix. 

On sait combien sont fréquentes, chez les Rongeurs, les infections mi- 
crobiennes. Les Cobayes, en particulier, sont sujets à certaines maladies 
infectieuses dont la cause est mal connue. Depuis plusieurs années, au labo- 
ratoire de M. Chauveau, j'ai eu l'occasion d'observer une septicémie qui 
fait périr un grand nombre de ces animaux. J'en ai fait une étude systé- 
matique dont je présente aujourd'hui les premiers résultats. 

Cette maladie se manifeste par une hypersécrétion lacrymale et nasale 
et par des troubles respiratoires : l'air pénètre difficilement et la respi- 
ration devient haletante; quelquefois, il y a du rhoncus perceptible à dis- 
tance. La température, après avoir monté pendant un jour ou deux jusqu'à 

90. 



— 280 — 

Ito-lti degrés, descend ensuite progressivement aux environs de 3o degrés 
et la mort arrive en quatre à cinq jours. A l'autopsie, on trouve les poumons 
très congestionnés; souvent il y a hépatisation d'un ou de plusieurs lobes. 
La muqueuse trachéale est rouge, enflammée. H y a aussi de la congestion 
des viscères abdominaux. A côté de celte forme aiguë, on trouve des cas 
à évolution plus lente, où les symptômes sont moins apparents; les lésions 
constatées après la mort consistent en des épanchements séro-purulents 
avec fausses membranes grisâtres tantôt dans le péricarde et les plèvres, 
tantôt dans le péritoine. Dans ces deux formes, aiguë et chronique, les 
cultures du sang et des épanchements séro-purulents fournissent un seul 
et même microbe, qui, par inoculation au Cobaye, reproduit la même ma- 
ladie et dont je vais décrire les caractères biologiques. 

Cultures. — En bouillon de bœuf peplonisé alcalin , le Bacille de la sep- 
ticémie du Cobaye produit un trouble léger persistant, uniforme, de teinte 
grisâtre avec un léger dépôt au fond. Le bouillon a une odeur acre, nau- 
séabonde, plus ou moins développée suivant l'Age , la vigueur de la culture. 

Sur sérum de bœuf gélatinisé , chaque goutte de bouillon de culture ense- 
mencée produit une tache molle grisâtre, de même couleur que le sérum, 
qu'on ne distinguerait pas si les bords ne formaient un très léger bourrelet. 

L'ensemencement sur agar-agar donne une mince couche molle, homo- 
gène, translucide. 

Sur gélatine, le microbe pousse difficilement; la culture est presque in- 
visible à l'œil nu; elle est formée de petites colonies puncliformes , trans- 
lucides, un peu opalines à la lumière réfléchie, toujours isolées môme 
quand on a fait un large ensemencement, l'as de liquéfaction. 

Sur pomme de terre, le microbe ne se développe pas. 

C'est à la température de 32 à 3-j degrés qu'il se cultive le mieux; ce- 
pendant il pousse déjà à 90 degrés, mais, à 6 a degrés, la culture est très 
pauvre et la deuxième génération est stérile. Chauffé a la température de 
58 à 6o degrés, il est tué en i5 minutes. Dans le vide, ce microbe pousse 
assez bien; le bouillon se trouble uniformément et on voit quelquefois se 
dégager de fines bulles gazeuses. 

Forme. — C'est un Bacille très court de o [i. 5 de longueur, à peine 
visible sans coloration, que l'on pourrait prendre à première vue pour un 
microcoque; mais il présente souvent deux ou trois articles en série; rare- 
ment c'est un Bacille plus allongé non encore segmenté. Dans les épanche- 
ments, il est un peu plus gros; il semble posséder uue capsule, mais je 
n'ai pu la mettre en évidence par la coloration. 

Mobilité. — Ne possède pas de mouvements propres. 

Coloration. — Dans les cultures récentes, le microbe se colore bien en 



— 281 — 

i à 2 minutes par les solutions hydro-alcooliques de fuchsine, de violet de 
Gentiane, de bleu de méthylène, de thionine. Ne prend pas le Grain. 

Virulence. — Dans les formes chroniques, à épanchement dans le pe'ri- 
carde et les plèvres, le microbe est moins virulent que dans les formes 
aiguës. Dans celles-ci, le sang ensemencé en bouillon peptonisé donne une 
culture abondante, dont la virulence est très grande et ne commence à di- 
minuer qu'au bout de quinze à vingt jours. Pour conserver cette virulence, 
il faut avoir soin de réensemencer régulièrement les cultures tous les quinze 
à vingt jours et de les renouveler par des passages sur les animaux. 

Action pathogène. Cobaye. — Inoculée à la dose de o cent, cube 06 à 
o cent, cube ia sous la peau du Cobaye, une culture récente du microbe 
produit une tuméfaction douloureuse avec rougeur de la peau. Les acci- 
dents généraux se traduisent par une élévation de température qui atteint 
son maximum le deuxième ou le troisième jour de la maladie. Après être 
montée à ho degrés et même à 4i°,3, elle redescend ensuite progressive- 
ment à 3o-a8 degrés, au moment de la mort, qui survient au bout de 
deux à cinq jours. Très souvent, on observe du larmoiement et des muco- 
sités qui se dessèchent à l'orifice des narines. La respiration est difficile et 
soufflante. A l'autopsie, on trouve, au point d'inoculation, un œdème gé- 
latineux avec infiltration hémorrhagique. Les intestins, le foie, les reins, 
les poumons sont congestionnés; les capsules surrénales sont infiltrées de 
sang. Dans le sang, on retrouve le microbe inoculé et les cultures sont 
fertiles. 

Lapin. — Un dixième de centimètre cube d'une culture récente injectée 
sous la peau tue le Lapin en moins de vingt-quatre heures, avec des lésions 
congestives des viscères, formation de fausses membranes dans le péritoine; 
quelquefois, les valvules du cœur sont ronges et épaissies. Si on fait l'inocu- 
lation dans la veine de l'oreille, les accidents évoluent en cinq à six heures; 
la température s'élève d'un degré; il y a hypersécrétion lacrymale et nasale, 
de la diarrhée, des troubles respiratoires, puis l'animal s'affaisse et meurt 
avec des mouvements convulsifs en opisthotonos. 

La Souris est très sensible à ce microbe , le Pigeon un peu moins. 
Le Rat et la Grenouille sont doués d'une grande immunité. 

Chien. — L'animal adulte et bien portant possède une grande résis- 
tance au microbe inoculé sous la peau : un à deux centimètres cubes de 
culture ne produisent qu'un malaise passager et des accidents locaux plus 
ou moins accentués. Mais il n'en est plus de même si le microbe est intro- 
duit directement dai s les veines. Dans ce ras, il engendre une méningo- 



— '282 — 

encéphalo- myélite aiguë, qui évolue en quatre à dix jours et dont la 
symptomatologie et les lésions sont si caractéristiques, qu'elles méritent 
une description spéciale. 

En résumé, il existe chez le Cobaye une septicémie qui, à ma connais- 
sance, n'a pas encore été décrite. Elle est occasionnée par un très petit 
Bacille qui pousse également bien dans l'air et dans le vide , très pathogène 
pour le Lapin, la Souris, le Pigeon, sans action sur le Rat, la Grenouille, 
et qui détermine chez le Chien, par injection intra-vasculaire, uneméningo- 
encéphalo -myélite aiguë caractéristique. 



SVR LA CONSTITUTION DES LlGVITES, 

par M. B. Renault. 

Nous avons démontré ^ l'existence de nombreux microorganismes en- 
trant dans la constitution des divers combustibles fossiles, tels que la 
Houille, le Boghead, le Cannel; il restait à examiner sous ce même point 
de vue les Lignites et les Tourbes. 

Dans celte note, nous exposons le résultat de nos premières recherches 
sur les Lignites qui, de même que les Tourbes, offrent, bien plus que la 
Houille et les Cannois, des degrés divers dans l'altération des fragments de 
plantes qui ont concouru à leur formation. 

Les Lignites de Durfort, de Salzhausen, de Darmstadl, de Francfort 
présentent quelquefois des fragments de bois très peu altérés, qui peuvent 
être travaillés au tour et polis; ceux de Oupia (Hérault), d'Haering(Tyrol), 
des îles Feroë, etc., contiennent, au contraire, des débris dont l'altération 
rend presque impossible la détermination; ces restes paraissent comme 
fondus dans une substance amorphe, qui rappelle, mais sans en avoir la 
composition, la matière fondamentale de la Houille ou des Bogheads. On 
peut rencontrer quelquefois dans un même gisement tous les passages entre 
le Lignite à peine ébauché et le Lignite achevé. 

Nous citerons deux exemples de Lignite choisis à deux états d'altération 
différents : 

i° Les Conifères pliocènes de Durfort m sont assez bien conservés pour 

W Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, 1897, p. 33-a5l. IbuL, 1898, 

p. io5-ao4. 

M Durfort (Gard) a fourni des squelettes complets de Proboscidiens, entre 
autres VElephà» vwridionalis exposé dans les galeries de Paléontologie du Mu- 
séum. 



— 283 — 

qu'on en puisse étudier l'organisation; les rayons cellulaires sont très vi- 
sibles et les ornements ponctués se distinguent encore nettement sur les 
parois des trachéides. En coupe transversale, les couches annuelles d'ac- 
croissement paraissent partiellement écrasées : c'est la portion correspon- 
dant à la période printanière qui a cédé à la pression: plus rarement, 
l'écrasement avec déformation des trachéides en forme d'S s'est propagé 
jusque dans la portion formée pendant l'arrière-saison , cependant plus ré- 
sistante. 

Un grossissement de 1,200 diamètres montre des Microcoques répartis 
dans la membrane commune des trachéides; on les remarque surtout sur 
leurs faces antéro-postérieures; du contour extérieur des trachéides par- 
tent des files de Coccis qui , à travers les couches d'épaississement , se diri- 
gent vers la cavité interne. 

Sur une coupe longitudinale tangentielle, des files verticales de Micro- 
coques se voient dans la membrane commune et dans la membrane 
mitoyenne des trachéides et des rayons cellulaires. 

De ces files verticales, les petits chapelets rectilignes ou sinueux de 
Cnccis se rendent à travers les couches d'épaississement dans la cavité du 
vaisseau. 

Les parois antéro-postérieures des trachéides sont également parcourues 
par des lignes horizontales ou obliques, rectilignes ou sinueuses de ces 
microorganismes qui se rendent d'une arête à l'autre. 

Les parois des vaisseaux sont donc sillonnées par des lignes de Micro- 
coques dirigées sensiblement suivant les trois dimensions; il en résulte que, 
si la section passe par l'épaisseur même d'une paroi suffisamment envahie 
celle-ci apparaît comme une plage uniquement formée de Coccis. Cette 
abondance extraordinaire justifie cette assertion , que, lorsque l'on brûle un 
morceau de Lignite ou de Houille, on se chauffe en grande partie aux dé- 
pens des Microcoques qui y sont contenus en nombre incalculable. 

Les dimensions des Coccis des Lignites sont un peu plus faibles que ceux 
de la Houille; ils ne mesurent que p h à fx 3; un millimètre cube 
pourrait en contenir 1 5 à 37 milliards, en les supposant en contact. 

En présence de la quantité énorme de ces microorganismes à l'intérieur 
des bois en voie de désorganisation, il est naturel d'attribuer a leurs actes 
vitaux une large part dans la transformation de ces bois en Lignite. 

Nous avons donné le nom de Micrococcus lignhûm à ces Coccis, pour les 
distinguer des Micrococcus Carbo dont les fonctions étaient analogues, tout 
en donnant naissance à des produits différents. 

2 Nous prendrons comme deuxième exemple un Lignite éocène du dé- 
partement de l'Hérault, beaucoup plus avancé; les belles coupes exécutées 
par M. A. Roche montrent une matière fondamentale rouge brun, tenant 
en suspension des organismes animaux et des organismes végétaux. 



— 28a — 



ORGANISMES ANIMAUX. 



Infusoires. — Les Infusoires que nous avons rencontres appartiennent à 
la famille des Keronina, section des Cuirassés; cette section comprend les 
genres Campyhpus, Plœsconia, Euploles, Schizopus, Aspidisca. 

Plusieurs de ces genres sont représentés par les espèces fossiles sui- 
vantes : 

Pl.-esconia cvcloides, fig. 1. — Corps circulaire mesurant 62 fx de dia- 
mètre, muni de cirrhes frontaux, marginaux et ventraux, le tout an 
nombre de 16, de deux ou trois cornicules; pas de styles. 




Fig. 1 . — Plœsconia cijchndes vu en dessous 
a. Cornicules. — b. Cirrhes. 

Aspidisca eocenica. — Corps circulaire muni d'une cuirasse translucide 
mesurant 102 fi de diamètre; pas de cirrhes frontaux; orné h la face ven- 
trale de 18 cornicules disposés en trois groupes; on ne dislingue aucune 
trace de sillons, de cirrhes ou de styles. 

Cinetoconia crassa. — Le genre Cinetoconia renferme des Infusoires 
qui ne possèdent ni sillons, ni cornicules, ni styles. 

Ce genre fossile, que nous proposons de créer, est représenté par deux 
espèces. Le Cinetoconia crassa (fig. 2) possède un corps elliptique mesurant 
73 fi de longueur et 60 fjt de largeur, des cirrhes frontaux et marginaux 
au nombre de vingt. 

Quelques débris d'enveloppes, de forme sphéroïdale et cylindrique, 
percées d'ouvertures arrondies ou polygonales rappelant la trame sili- 
ceuse de quelques Amibes, font prévoir l'existence d'espèces voisines des 
Clathrulina et des Hcdriocystis ; les schistes bitumineux du Bois-d'Asson 



— 285 — 

nous ont fourni des squelettes sphériques à peu près complets de Cla- 
ihrulina et de Heliosphœra. 




pig, 9< — Cinetoconia crassajm de côté. 



ORGANISMES VEGETAUX. 



Champignons (fig. 3). — Les organismes végétaux qui ont été conservés 
en plus grand nombre dans les Lignites sont des mycéliums de Champi- 
gnons, et principalement leurs conidies. 




a. Helminthoiporium ellipsoidalc. — b. Morosporium lignitâm. 

Les différents genres rencontrés sont tous épiphytes et paraissent avoir 
vécu sur les feuilles , les fragments d'écorce et de bois que l'on y observe 
plus ou moins décomposés; nous mentionnerons quelques espèces assez 
fréquentes : 

Helminthosporidm ellipsoïdale (fig. 3, a). — Conidie affectant exacte- 
ment la forme d'un ellipsoïde de révolution, dont le grand axe mesure 65 fx 



— 286 — 

et le petit 36 fx. Elle comprend It ois cellules; celle du milieu est cylin- 
drique, les deux autres ont l'extrémité libre arrondie. Les dimensions de 
cette espèce d'Hyphomycète sont à peu près constantes en longueur et en 
largeur. Les parois des loges sont minces; les conidies ont été rencon- 
trées toujours détachées de leur pédicelle, tantôt isolées, tantôt réunies en 
groupe. 

Helminthosporium apioides (fig. li, b). — Conidies pi ri formes formées 
de deux ou trois cellules, longues de 16 à 18 fx et larges de 12 a i3 f*. 



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Fig. h. 
a. Helminthotporium giganteum. — b. Helminthosporittm apioide*. 

Les conidies, qui comprennent trois cellules, sont longues de 2 3 à 25 fx 
et larges de \k à i5 fx. 

Elles se rencontrent soit encore adhérentes à leurs pédicelles, soit déta- 
chées et réunies en groupes (b). 

Helminthosporium giganteum (a, fig. h). — Conidie en forme de massue 
composée de trois loges; la loge apicale mesure 5i fx de hauteur et h" t \x 
de largeur; les deux autres ne possèdent cpie 22 fx et i3 fi; la hauteur to- 
tale est de 86 fx. Quelquefois la conidie se recourbe en arc de cercle; elle- 
sont assez fréquentes et toujours isolées. 

Helminthosporium substriiforme. — Conidie de forme ellipsoïdale, 
longue de 23 fx et large de 9 à 10 fx, composée de quatre loges; celle du 
sommet ne mesure que 2 fx de hauteur, celle de la base 5 fx; les loges inter- 
médiaires, à parois plus épaisses, sont hautes de 6 et 5 fx. Se rapproche 
de l' Helminthosporium striifonne Corda vivant. 

Helminthosporium macrocarpum, var. minus. — Conidies longues de 



— 287 — 



3o à h li fi, larges à la partie supérieure de 7 à 8 fi, composées de cinq à 
sept cellules, allant en diminuant de diamètre régulièrement depuis le 
sommet jusqu'au point d'attache. 

Helminthosporidm hirddo Sac. — Gonidies mesurant 120 à i3o fi de 
longueur et 8,5 fi dans sa plus grande largeur. De taille inférieure aux 
Helmiiithosporiu»! hirudo vivants. 

Macrosporium ropaloides. — Conidie longue de 66 fi, large de 20 fi à 
la partie supérieure et de 1 3 fi à la partie inférieure ; elle présente à peu 
près la forme d'une massue s'atténuant un peu à la base. On compte six 
rangées superposées comprenant deux ou trois cellules. 

Morosporium lignitdm (fig. 5). — Conidies sphériques, atteignant /la 
à 45 fi de diamètre, sessiles sur un mycélium filamenteux formé de ra- 
meaux dicliotomes pluricellulaires. 




Fig. 5. — Morosporum lignitùm. 
a. Morosporium en voie de germination. — b. Morosporium isolé. 

Les conidies composées de cellules polyédriques sont souvent réunies 
en groupes; quelquefois on en rencontre qui adhèrent à plusieurs fila- 
ments mycéliens a (fig. 5), et qui semblent en voie de germination; cette 
espèce se rapproche du Stentphylium magnusianum Saccardo, qui vit sur 
les écorces d'Aulnes. 



— 288 — 

Morosporium elongatium (6g. 6). — Mycélium formé de filaments ra- 
mifiés et composés de cellules placées bout à bout, mesurant 20 fx de lon- 
gueur et 4,6 fx de largeur. 




Fift. 6. — Morosporium eïongatiim. 

a. Cooidie paraissant avoir fjermé. — b. Filaments mycélicns à cloisons 
effacées ou peu visibles. — c. Conidie de M. Ugnitûm. — d. Conidie de 
M. clongatiim adhérente à un fragment de mycélium. 

Gonidies détachées et disséminées au milieu des hyphes; de forme ovale 
plus ou moins allongée, dépassant 46 fx en longueur sur 16 (x en largeur, 
cylindriques, arrondies à l'extrémité libre , atténuée à l'autre , correspondant 
sans doute au point d'attache sur le mycélium, cellules polyédriques, 
toules égales et semblables. 

Morosporicm PEDICELI.ATDM. — Conidie formée de dix à douze cellules 
seulement, groupées en forme de boule dont le diamètre mesure 99 (i. A 
la conidie se trouve encore adhérent quelquefois un fragment de pédicelle. 
Peut-être n'est-ce qu'une variété du Morosporium lignitàm, 

Bactériacées. — Dans cette deuxième variété de lignite, les Bactériacées 
existent en grand nombre, sous forme de Microcoque-i, difficiles à voir au 
milieu de la matière fondamentale à cause de leur petitesse, o, 3 à o,k (x, et à 
cause de la coloration qu'ils ont prise au contact du milieu qui les entoure; 
ils sont beaucoup plus apparents quand ils sont encore adhérents à des ma- 
crospores, grains de pollen, débris de cellules ou de vaisseaux. La figure 7 
montre deux vaisseaux en grande partie détruits par les Microcoques : on 
voit en a un grand nombre de ces microorganismes adhérents à la paroi de 
l'un d'eux et en b une plage presque uniquement formée de Coccis sup- 



— 289 — 

portés par les restes d'une cloison oblique divisant en deux parties la lon- 
gueur du vaisseau. 

Les épaississements formant les ornements ont complètement disparu. 
On ne peut dire si ce sont des vaisseaux rayés ou ponctués. Sans doute, les 
membranes moyennes, ou mieux, le produit de leur transformation seul a 
persisté, maintenant les Microcoques en place. 

Nous n'avons pas rencontré dans ce lignite , pas plus que dans les schistes 
lignitifères de Menât, de traces de Spongiaires. On sait que ces animaux 
laissent après la désorganisation de leurs tissus de nombreux spicules sili- 
ceux ou calcaires; les schistes bitumineux du Bois-d'Asson en contiennent 
une grande variété, ayant appartenu à des Éponges siliceuses. Ces spicules, 
formés de silice hydratée et d'un peu de matière organique, montrent sou- 
vent les traces d'un travail microbien. 




a c 

Fig. 7. — Micrococcus lignitûm, gros. 1200/1. 

a. Paroi postérieure d'un vaisseau rouverte de Microcoques. — b. Cloison 
oblique, garnie également de Microcoques. — c. Paroi antérieure du 
vaisseau sans aucun ornement. 

Conclusions. — Des observations que nous venons d'exposer succincte- 
ment il résulte : 

i° Que le Lignite éocène de l'Hérault étudié (l) s'est formé dans des eaux 

W Un mémoire complet paraîtra prochainement dans le Bulletin de la Société 
d'histoire naturelle d'Aulun. 



— 290 — 

peu profondes, marécageuses, dans lesquelles pouvaient vivre et se déve- 
lopper des Infusoires, dont quelques-unes ont laissé comme preuve de leur 
existence des cuirasses et les organes résistants de locomotion, tels que 
cirrhes , cornicules , etc ; 

2° Que la plupart de ces Infusoires se rangentdans les genres Plœsconia, 
Aspidisca, Cinetoconia de la famille des Kéroniniens; 

3° Que de nombreux débris de végétaux, feuilles , écorces , tissus ligneux , 
spores, macrospores, grains de pollen, souvent dans un état de décompo- 
sition très avancé, constituent la masse du lignite; 

h° Que certains de ces débris déplantes ont apporté avec eux les Cham- 
pignons microscopiques développés à leur surface, et dont on rencontre 
les mycéliums et les fructifications; 

5° Que tous les Champignons observés jusqu'ici appartiennent au 
groupe des llyphomycèles, et viennent se ranger dans les genres Hehnin- 
thosporium, Macrosporium et Morosporium; 

6° Que les Diatomées ne se montrent qu'eu petit nombre dans la pâte 
même du lignite; 

7° Que les Bactériacées existent en abondance, sous forme de Micro- 
coques, dans les hois pliocènes de Durfort; on en peut suivre, d'une façon 
très nette, le travail de destruction: ils existent également dans la matière 
fondamentale où leur faible diamètre o,3 fx à o,3 p les rend assez difficiles 
à distinguer quand ils ne forment pas des groupes; 

8° Que la matière fondamentale qui réunit les organismes animaux et 
végétaux que nous avons cités paraît avoir joui d'une certaine fluidité , 
puisqu'elle les a pénétrés et moulés ; 

9° Que sa production semble due au travail du Micrococus lignitûm sur 
ces divers organismes mêmes, qui se montrent presque complètement dé- 
composés et souvent aussi méconnaissables que ceux que l'on rencontre 
dans la matière fondamentale de la Houille; 

io° Que le lignite éocène de l'Hérault, les schistes bitumineux de Menai 
ne renferment pas de spiculesde Spongiaires comme ceux du Bois-d'Asson. 



— 291 — 



Matériaux pour la minéralogie de Madagascar ( l \ 
par M. A. Lacroix. 



I. ZÉOLITES ET MINÉRAUX CUPRIFERES DU BeKIADY. 

M. Prince, chargé par le général Gallieni d'une mission dans l'Ambongo, 
le Milanja et le Boeni, a envoyé récemment au Muséum une collection de 
minéraux et de roches qui seront décrits ultérieurement avec plus de détail; 
je me propose pour l'instant d'appeler l'attention sur quelques zéolites pro- 
venant du voisinage du Bekiady ; elles semblent indiquer dans cette région 
l'existence d'un gisement minéralogique des plus remarquables. 

Les étiquettes portées sur les échantillons que j'ai examinés indiquent 
qu'il ont été recueillis le 2 k octobre 1897 sur une montagne, voisine du 
Bekiady, dans laquelle ont été effectuées des recherches de minerai de 
cuivre. 

La roche renfermant à la fois les minerais et les zéolites qui nous occu- 
pent est un basalte très altéré; les fragments étudiés se brisent sous la pres- 
sion du doigt, ils sont extrêment riches en verre dont l'altération détermine 
la désagrégation de la roche; Yolivine est entièrement transformée en 
bowlingite, sur laquelle il est facile de déterminer les propriétés optiques 
que j'ai antérieurement signalées pour ce minéral; le feldspath dominant 
est du labrador. 

Le cuivre natif forme dans ce basalte de petits nodules, entourés de cu- 
prite d'un beau rouge cochenille. Ce dernier minéral est généralement séparé 
du basalte par de la chrysocole verte translucide, par du quartz ou par de 
l'opale également colorés en vert par du cuivre; ces derniers minéraux ren- 
ferment aussi quelques inclusions microscopiques de malachite. 

Il n'est pas possible de dire , en l'absence de renseignements précis , 
quel peut être l'avenir de ce gisement au point de vue métallifère; il parait 
se rapprocher surtout des gisements cuprifères des îles Feroë, au point de 
vue des conditions de sa formation et de ses minéraux accessoires. 

L'intérêt minéralogique de ce gisement se concentre sur les zéolites qui 
imprègnent le basalte, remplissent ses cavités et sont parfois intimement 
associés aux minéraux cuprifères ; j'y ai observé les espèces suivantes : gme- 
linite, analcime, mésotype, heulandite. 

La gmelinite constitue des cristaux énormes ; ceux qui ont été reçus im- 
plantés sur leur gangue sont d'un rose vif et dépassent 5 centimètres de 
plus grande dimension; des cristaux plus petits, atteignant 1 centimètre 

o Sous ce titre seront décrits désormais, au fur et à mesure de leur arrivée au 
Muséum , les minéraux et les roches éruptives de Madagascar. 



— 292 — 

de diamètre, présentent la particularité intéressante et rare pour une zéolile 
d'être absolument isolés de toute gangue et de constituer des cristaux ayant 
la régularité d'un modèle géométrique. Ces cristaux d'un rose chair pré- 
sentent la forme simple d'un prisme hexagonal très court (e 2 ) surmonté 
par une pyramide hexagonale, formés par les rhomboèdres p et c 1/j qui sont 
fort souvent accompagnés de la base (a 1 ). Us ont une structure polysynté- 
tique remarquable, et offrent des macles qui seront décrites dans une note 
ultérieure, en même temps que leurs propriétés optiques et chimiques. 

Les essais microchimiques ont montré que le minéral est un silicate 
hydraté d'aluminium, de sodium et de calcium. La densité prise avec la 
balance de Westphal est de 2,o4à 2,09; ces variations sont dues au défaut 
de continuité des cristaux, qui sont extrêment riches en cavités intérieures 
ducs à leur structure polysynthélique. 

La gmelinite parait assez abondante dans ce gisement; elle se recom- 
mande par la très grande taille et la netteté de ses cristaux; la rareté rela- 
tive des gisements de ce minéral, n'existant dans aucune des régions vol- 
caniques cpie j'ai étudiées dans ma Minéralogie delà France et de ses colonies , 
doit engager les explorateurs de Madagascar à le rechercher activement au 
milieu des basaltes de la grande île. 

Lamésotyps constitue des masses (ihreuses dont les individus atteignent 
3 centimètres suivant leur axo vertical; ils se terminent fréquemment dans 
des géodes par des cristaux libres et transparents, montrant les faces m, 
g 1 , h 1 , b' Jl . Cette mésotype comparable à celle du pny de Marman, dans 
le Puy-de-Dôme, est incolore mais superficiellement colorée en jaune 
ou en rouge viol ;<é par un peu d'oxyde de fer. 

Uanalcime forme de beaux trapézoèdres d'un blanc de neige ou jaune 
rougeâtre; ils sont soit isolés ou implantés sur la gmelînile, soit groupés 
entre eux et en grand nombre. Ces cristaux atteignent la grosseur d'une 
petite noix. 

L'ordre de succession de ces trois zéolites, parfois associées entre elles, 
est fort net; l'analcime est postérieure à la gmelinite et elle est fort souvent 
elle-même recouverte par la mésotype. 

La heulanditc ne forme que de petits cristaux aplatis, à clivage g 1 nacré, 
offrant les formes habituelles : g\ m,p, o\ a 1 ; elle se trouve seule dans le 
basalte le plus altéré, <piclquefois implantée sur la cuprite. 

Cette courte note est suffisante pour faire ressortir l'intérêt du gisement 
découvert par M. Prince , et montrer combien il est à désirer que les régions 
volcaniques de Madagascar soient explorées avec soin au point du vue miné- 
ralogique. 

II. — Quartz dd mont Anjiakely. 

Le même voyageur, M. Prince, a recueilli dans le basalte du mont An- 
jiakely, près du Hopy et du Kelohely, un nodule d'un minéral blanc jaunâtre 



— 293 — 

fibrolamellaire, se détachant eu petites laines parallèles à sa direction 
de fibrosité. La substance est dure et remarquablement tenace; elle n'est 
cependant constituée que par des cristaux de quartz (densité, -2,65) accolés 
et enchevêtrés, mais offrant un aspect extérieur, avec éclat terne peu habi- 
tuel à ce minéral. 

111. DlOPSIDE BLANC DES CIPOLINS DE LA VALLEE 

DE LA KlRANOMENA (BeTSIRIRy). 

J'ai signalé antérieurement dans les cipolins de Madagascar w un diopside 
blanc de lait, ne se distinguant pas comme couleur de la calcite du cipoliu 
qui le renferme; les échantillons que j'avais examinés provenaient l'un 
d'ibity (il m'a été remis par M. Grandidier), l'autre du sud de Tananarive 
ou des environs d'Ambohimanga-Atsimo (Taualas), [mission Catat]. 

M. Chauveau, ingénieur des mines, a rapporté d'un récent voyage dans 
le Belsirii y de magnifiques échantillons du même minéral qu'il a recueillis 
dans les cipolins, intercalés au milieu des schistes cristallins de la vallée 
de la kiranomena; ils forment de petits lits minces et irréguliers au milieu 
des cipolins. Ce diopside se trouve en masses laminaires, présentant des 
plans de séparation répétés suivant p, dont il est possible d'obtenir des lames 
ayant près de 1 o centimètres de plus grande dimension. Le minéral est 
dépourvu de fer, n'est pas sensiblement alumineux et rappelle celui de 
Gulsjo en Wermland. 

Les cipolins qui renferment ce diopside sont eux-mêmes d'un blanc écla- 
tant, tantôt à très grands éléments, tantôt, au contraire, d'une finesse de 
grain remarquable, qui en font de fort beaux marbres. 



ACTIO.V DE LA BACTÉRIE DU SORBOSE SUR LE SUCRE DE BOIS, 

par M. Gab. Bertrand. 

Après avoir reconnu que la Bactérie du sorbose oxyde certains alcools 
plurivalents, tels que lasorbite, la mannite ou la glycérine, en les trans- 
formant en sucres cétoniques c ' 2) , il m'a paru intéressant de rechercher com- 
ment elle se comporterait vis-à-vis de corps plus complexes, par exemple 
les glucoses, qui possèdent en plus de nombreux hydroxyles, un grou- 
pement aldéhydique. J'ai commencé cette étude par le xylose ou sucre de 
bois, et voici les résultats auxquels je suis arrivé. 

Quand on ensemence la Bactérie en question dans un liquide nutritif S 

O Minéralogie de la France et de ses colonies, 1898-1895, t. I, p. G09. 
(*) Bull, du Muséum, 1898, n° 3, p. 1G7. 

Muséum. — iv. ai 



a 



— 294 — 

Itas • de xylose, les pelil< s colonies qui prennent naissance autour de chaque 
germe se réunissent d'abord en une seule membrane superficielle, comme 
cela a lieu avec les bouillons à la sorbite ou à la glycérine, mais elles ne 
se développent jamais aussi abondamment que dans ces derniers. La 
zooglée définitive prend, par suite, un aspect assez différent. Au lieu d'être 
bomogène, c'est-à-dire d'un blanc opaque, épaisse et résistante en toutes 
si^ parties, elle n'a plus ces caractères que par places, qui son', comme 
autant de lacbes correspondant chacune à l'une des colonies primitives. 
Tout le reste est transparent et sans consistance. 

Ce moindre développement de la zooglée provient sans doute de ce que 
le xylose n'a pas pour la Bactérie une valeur alimentaire aussi grande que 
les alcools employés dans nie- expériences précédentes. 11 ne disparait des 
cultures qu'avec lenteur cl . à cause de cela, ne doit pas y être introduit en 
trop grande proportion (a p. 100 environ). 

Vprès deux cl même quatre semaines, le contenu de chaque matras 
réduit encore la liqueur de Fehlin. Ainsi j'ai trouvé : 

Dans le i" cas 3 gr. .">q de sucre. 

Kl diiiis le second •>. gr. 70 — 

au lieu de 5, contenus a l'origine. 

En même temps, le liquide avail pris une réaction d'un caractère spécial. 
Lorsqu'on y ajoutait peu a peu de la potasse titrée, on arrivait bientôt à 
saturer l'acide libre, mais cel état de saturation était de courte durée; 
après quelques secondes, le tournesol indiquai) déjà l'apparition d'une 
petite quantité d'acide ; celui-ci étant de nouveau saturé, le même phéno- 
mène se reproduisail ci ainsi de suite , jusqu'à ceque, enfin, on soit arrivé 
a la neutralisation définitive. 

Ce caractère, joint au souvenir des expériences de Boutroux ' et de 
Brown' 3) sur la transformation microbiologique du glucose en acide glu- 
conique , m'a fait penser que le corps apparu dans les cultures additionnées 
de xylose pouvait bien être de l'acide xylonique. On sait, en effet, que cet 
acide présente avec le xylose la même relation que l'acide gluconique avec 
le glucose. Comme lous ceux de la même série, il se déshydrate partielle- 
ment, même au sein île l'eau, el passe à l'étal de lactone, dont la réaction 
est neutre. La transformation ne s'arrête que lorsqu'il y a un certain rap- 
port, variable avec la concentration, la température, etc., entre la quan- 
tité de lactone et celle de l'acide. Si on sature ce dernier, l'équilibre est 
détruit et une portion de lactone dissoute repasse à l'état d'acide. C'est 

1 Compte» rendus de /Me. des Se, I. XCI, p. a3G (i88n). 
Journal qf the chem. Soc, t. XLIX, p. 13a (1886). 



— 295 — 

donc seulement par une série de neutralisations successives (1) qu'on peut 
doser alcalimétriquement tout l'acide xylonique, libre ou à l'état de lac- 
tone, qui a pu se former dans les bouillons de culture. 

D'après cela , j'ai trouvé dans les matras : 



ACIDITK XYLOSE ^.^ 

(en acide correspondant SOMME, 

xylonique), i l'acide xylotiique. reslant - 



Après deux semaines. .. . 1,66 i,3a 3,5g 4, 91 

Après quatre semaines. . . 2,27 2,o& 2,70 i,7-'i 

la quantité initiale de xylose étant, je le rappelle, de 5 grammes dans cha- 
que matras. 

Si l'on tient compte maintenant de la réaction très spéciale des liquides 
de culture et de l'absence presque totale d'acides volatils dans ceux-ci, on 
voit que les résultats quantitatifs rapportés plus haut sont fortement en faveur 
d'une production d'acide xylonique. J'ai pu démontrer définitivement que 
cette hypothèse était exacte, en isolant l'acide sous la forme très caracté- 
ristique que j'ai déjà signalée (2) , sous la forme de x\lonobromure de cad- 
mium. 

Quant au corps réducteur trouvé dans le bouillon à la fin de la culture, 
c'est bien encore du xylose, comme je m'en suis assuré. 

Ainsi, quand ou cultive la bactérie du sorbose sur une décoction de 
levure additionnée de xylose ou sucre de bois, elle manifeste son action 
oxydante en transformant le sucre, à quelques centièmes près, en un acide 
monobasique correspondant, en acide xylonique. Reste à savoir maintenant 
si elle se comporte de même vis-à-vis des autres glucoses; c'est ce que je 
compte montrer prochainement. 



Son LE DOSAGE DES SUCRES REDUCTEURS PAR LA METHODE DE LeHMANN , 

par L. Maquenne. 

Toutes les méthodes qui sont actuellement en usage pour doser les sucres 
réducteurs par le réactif de Fehling, peuvent se ramènera trois types dis- 
tincts : 

i° La méthode de Violette, qui consiste à verser goutte à goutte le li- 

») Ou bien en ajoutant tout de suite un excès d'alcali , faisant bouillir quelques 
minutes et ramenant à la neutralité avec de l'acide titré. 
M Le Xylose, thèse de l'école de pharmacie de Paris, 1896. 

21 . 



— 296 — 

quide sucré dans la liqueur cuivrique bouillante, jusqu'à décoloration com- 
plète de celle-ci: 

2° La méthode de Soxhlet, qui consiste à déterminer par tâtonnement, 
à la suite d'une série d'essais systématiques, le volume de liqueur sucrée 
qui précipite à l'état d'oxyde cuivreux insoluble la totalité du cuivre contenu 
clans le réactif, et enfin 

3° La méthode d'Allihn, dans laquelle on déduit la quantité de sucre 
cherchée du poids d'oxyde cuivreux que celui-ci précipite en présence d'un 
excès de liqueur de Pehling. 

On détermine ce poids en filtrant le liquide trouble, après réaction, el 
pesant soit l'oxyde cuivrique, qui se produit lorsqu'on calcine le précipité 
à l'air, soit le cuivre qui reste après réduction dans un courant d'hydro- 

On peut aussi l'obtenir par différence, en retranchant le poids de cuivre 
que contient lo liqueur claire de celui que renfermai! à l'origine le réactif 
employé. 

C'est à ce dernier tvpe de méthodes qu'appartient le procédé de Leh- 
maiin, sur lequel M. Riegler vient de revenir tout récemment, dans deux 
notes insérées au Bulletin des sciences de Bucarest et au Zeitschriji fur analij- 
liselie CÀemie. 

Ces deux auteurs opèrent de la façon suivante : 

On chauffe la liqueur sucrée, qui ne doit pas contenir plus de 5o milli- 
grammes de glucose, avec 10 centimètres cubes de liqueur de Pehling, 
•'•tendue de son volume d'eau. Après deux minutes d'éhullition , on liltre et, 
dans une partie aliquote de la liqueur limpide, on ajoute d'abord une pe- 
tit)' quantité d'acide sulfurique, de manière à transformer le cuivre présent 
en sulfate, puis î gramme d'iodure de potassium. 

Il se lait alors un précipité d'iodure cuivreux, conformément à l'équation 

2S0 4 Cu + U Kl = 2S0 4 K 2 + Cu 2 1 2 + 1 ', 

el il se sépare une quantité d'iode exactement proportionnelle au cuivre 
reste en solution: après dix minutes d'attente, on dose celui-ci avec une li- 
queur normale d'hyposullite de sodium. 

Les résultats sont exacts, mais la méthode est encore susceptible de sim- 
plification, à tel point qu'elle peut devenir aussi rapide que celle de Violette 
sans rien perdre de sa précision. 

Après un certain nombre d'essais comparatifs, je me suis arrêté au mode 
opératoire suivant, qui me parait satisfaire à toutes les exigences de l'ana- 
lyse courante. 

Dans une petite liole de 125 centimètres cubes, on chauffe rapidement 
10 centimètres cubes de liqueur de Febling avec la solution que l'on étudie 
et une quantité d'eau telle que le volume total du liquide soit égal à 3o cen- 



— 297 — 

timètres cubes. Après deux minutes d'ébullilion, on refroidit sous un cou- 
lant d'eau et, sans filtrer, on ajoute 20 centimètres cubes d'acide sulfurique 
à 5o p. 100 (en volume), c'est-à-dire un excès, puis 10 centimètres cubes 
d'une solution à 10 p. 100 d'iodure de potassium: on titre alors direc- 
tement par l'hyposullile à 20 grammes par litre, en s'aidant de l'amidon 
soluble pour reconnaître la fin de la réaction. 

La liqueur de Fehling ayant été titrée à l'avance, on sait à combien d'hy- 
posulfite correspond le cuivre contenu dans le réactif :on a alors par différence 
le volume de liqueur qui équivaut au cuivre précipité à l'état d'oxydule, eu 
d'autres ternies au sucre qui a déterminé sa précipitation. 

En se reportant à la courbe de titrage, qu'il est indispensable d'établir 
une fois pour toutes, quel que soit d'ailleurs le procédé suivi, on a immé- 
diatement le poids de sucre eberebé. 

L'opération tout entière est terminée en dix minutes et l'approximation 
est d'environ un quart de milligramme de glucose , ce qui est suffisant dans 
presque (ous les cas. 

Ainsi modifiée, la méthode de Lebmann nie parait convenir à toutes les 
recherebes de laboratoire et, en particulier, à l'élude des liquides physio- 
logiques ou pathologiques, auxquels le procédé Violette n'est généralement 
pas applicable. 



SUR U\ CHLORATE BASIQUE DE CUIVRE CRISTALLISE, 

par M. L. Bourgeois. 

Oh sait que la décomposition ménagée de l'azotate neutre de cuivre 
sous l'action de la chaleur engendre très aisément un azotate basique 
cristallisé que j'ai démontré (l) être identique avec la gerhardlile, mi- 
néral trouvé aux États-Unis par MM. Brush. Penlield et Wells ". Ce 
Blême azotate basique /jCuO.Az^CP+SIL'O prend naissance, soit avec la 
forme orlhorhouibique de la gerhardtite, soit à l'état de variété di- 
morphe clinorhoinbique, dans des circonstances \ariées, toutes les fois 
que l'azotate neutre perd de l'acide azotique, ainsi que l'ont fait 
voir plusieurs chimistes, notamment MM. G. Rousseau ? , L. Michel . 
Vtanasesco [i] et moi-même (6) . Dans un autre ordre d'idées, les travaux 
de M. E. Mallard {1 > ont appelé l'attention sur risoinorphisme existant 

1 Comptes rendus de l'Académie des scie.ices, 1890, t. CX, p. 5 '11. 
W American Jour.. ni of Science, 1 885 , 3 e série, t. XXX, p. 00. 
Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1890, t. CXI, p. 38. 

' Bulletin de In Société française de minéralogie, 1890, t. XIII, p. i3g. 
(5) Bulletin de In Société chimique de Paris, 189^1, f. XI, p. 1 1 13. 

6 1 Loco cil. 

7 > Bulletin de la Société française de minéralogie, \8<)'\ . I. VII, p. 34g-4ui 



— 298 — 

entre les nitrates el les chlorates, fait très important au point de vue 
chimique, puisqu'il contribue à montrer que le chlore, dans l'acide chlo- 
rique, doit être triatomique ou penlatomique. S'appuyant sur ces rap- 
prochements, on pouvait se demander si le chlorate neutre de cuivre, sel 
dont la composition chimique et l'ensemble des propriétés cadrent singu- 
lièrement avec celles de l'azotate, ne fournirait pas lui aussi un sous-sel 
cristallisé correspondant à la gerhardtite. L'existence d'un chlorate basique 
de cuivre a été, dès 1 8 6 3 , signalée par Al. Waechler (l) comme provenant de 
la décomposition du chlorate de cuivre par l'action d'une chaleur modérée, 
et du travail d'ensemble de ce chimiste sur les chlorates métalliques, il 
résulte que, seul parmi ceux-ci, le chlorate de cuivre subit un dédouble- 
ment comparable à celui de l'azotate. Waechler décrit le chlorate basique 
comme étant un corps vert, insoluble dans l'eau, 1res soluble dans les 
acides, mais il ne donne pas d'analyse el ne dit pas s'il ollie des indires 
de cristallisation. La communication (pie nous avons l'honneur de présenter 
à la Réunion a pour objel de décider si le sel vert de Waechler correspond 
chimiquement el cristallographiqueraenl à la gerhardtite et de faire voir 
qu'il s'engendre aussi facilement que celle-ci. dans des circonstances à 
peu près semblables. 

Si l'on chauffe, en effet , dans une fiole, au bain de sable, des cristaux de 
chlorate de cuivre (ClO'^Gu+ôrPO, on les voit fondre vers 65 degrés dans 
leur eau de cristallisation, en donnant uwo liqueur bleue de consistance si- 
rupeuse. La décomposition du sel commence déjà très lente vers îoo degrés; 
elle est rapide, sans être cependant lumidlueuse.de 110 à 120 degrés. On 
voit alors la liqueur prendre une nuance bleu foncé un peu verdâtre, puis 
dégager de lines bulles de gaz (peroxyde de chlore, chlore et oxygène) en 
même temps qu'une crépitation continuelle se fait entendre. La plupart de 
ces phénomènes accompagnant la décomposition du chlorate ont été si- 
gnalés par Waechter. Bientôt le sel basique se dépose et manifeste à l'œil 
nu déjà une apparence cristalline. Lorsque la masse est devenue assez. 
boueuse par suite du dépôt des cristaux, on arrête l'opération; après re- 
froidissement, on épuise par l'eau froide qui se charge de chlorate neutre 
inaltéré, les cristaux sont jetés sur un filtre , lavés et séchés. 

Si l'on avait chauffé de même au bain de sable avec précaution, mais 
un peu plus fort que pour le chlorate, des cristaux d'azolatede cuivre, on 
aurait eu, comme on sait, de la gerhardtite. La formation de celle-ci s'ex- 
plique aisément : on remarquera que l'azotate de cuivre se dédouble net- 
tement en gerhardtite et acide azotique Az0 3 H-f-n-H 2 ; les vapeurs de 
celui-ci se condensent sur le^ parois froides du vase, retombent sur les 
petites lamelles qui viennent de se former, les dissolvent en partie, et 

W Journal f&r praktische Chenue, iS'ii, I. \\X, p. 3at ; Journal de pharmacie, 

1 8 Au, 3 e scrie, t. V, p. 30o. 



— 299 - 

celte réaction réversible , se poursuivant sans cesse, permet aux cristaux de 
grossir. Il est moins aisé de se rendre compte de la production des cristaux 
de sous-chlorate de cuivre, car l'acide cblorique n'est pas volatil sans dé- 
composition, et le sel prend naissance au cours d'une réaction qui, non- 
seulement n'est plus réversible, mais paraît être légèrement explosive. 
D'autre part, nous avons constaté que le sous-chlorate de cuivre se dissout 
à chaud dans une liqueur très concentrée de chlorate neutre et que cette 
solubilité s'accroît avec la température et la concentration. Ainsi se trouvent 
réalisées, lors des mouvements continuels qui accompagnent la décompo- 
sition du chlorate, les conditions permettant à la cristallisation du sel ba- 
sique de s'opérer. Lorsqu'on reprend la masse par l'eau après refroidisse- 
ment, on recueille toujours, en outre des cristaux déjà formés, un très 
léger trouble vert bleuâtre dû à un dépôt de chlorate basique tout à fait 
microcristallin. La pression, elle aussi, fait varier la vitesse de décompo- 
sition du chlorate de cuivre; si l'on opère dans le vide, la réaction devient 
tumultueuse et ne fournit que du produit amorphe (de même pour l'azotate) ; 
en tube scellé , elle parait relardée , engendre néanmoins du chlore et de 
l'oxygène; les dimensions des cristaux ne s'accroissent pas comme je pou- 
vais l'espérer. 

Le même sel prend aussi naissance lorsqu'on chauffe en tube scellé vers 
i3o° une solution de chlorate de cuivre avec des fragments de marbre ou 
encore avec de l'urée; mais les crislaux obtenus sont moins volumineux 
que ceux fournis par le premier procédé. 

Le chlorate basique de cuivre constitue de petites tables d'un très beau 
vert, atteignant le plus souvent quelques dixièmes de millimètre, parfois 
i à -2 millimètres; leur densité est de 3,55. Elles ressemblent à première 
vue à la gerhardtite, seulement les lames de celles-ci sont plus déchi- 
quetées. Nous traiterons plus loin de leurs propriétés cristallographiques 
et optiques. La substance est insoluble dans l'eau, mais très soluble dans 
les acides même les plus faibles et très étendus; on peut reconnaître les 
réactions classiques des chlorates et s'assurer qu'il n'y a pas de chlore à 
l'état de chlorure. Par calcination, elle noircit, dégage de l'eau, du chlore 
et de l'oxygène et laisse un résidu d'oxyde cuivrique, qui, contrairement 
à l'opinion de Waechter, n'est pas pur, mais retient encore du chlore à 
l'état d'oxychîorure cuivrique ou de chlorure cuivreux. 

L'analyse a été faite en dissolvant le sel à froid dans l'eau additionnée 
de la quantité juste suflisaute d'acide azotique ; la liqueur étendue est alors 
saturée par une solution de carbonate de sodium qu'on cesse de verser 
aussitôt que tout le cuivre est précipité. On fait bouillir la liqueur pen- 
dant quelque temps, de manière à convertir le carbonate basique de cuivre 
en oxvde noir qu'on recueille sur un filtre et qu'on pèse. D'autre part , la 
liqueur filtrée est évaporée à sec, ce qui fournit un résidu de chlorate de 



— 300 — 

sodium avec un peu d'azotate et de carbonate. Ou le calcine progressive- 
ment en allant jusqu'au rouge naissant ; tout le chlorate est alors converti 
en chlorure. On reprend par l'eau , on acidulé par l'acide azotique et l'on 
dose le chlore par l'azotate d'argent. On arrive ainsi aux résultats suivants, 
pour cent parties de matièiv, qui conduisent à une formule 

4CuO.Gl 2 5 +3H 2 
ou 

(C10 3 ) 2 Cu+3Cu(01l)\ 



correspondant à celle de la gerhardtite. 



II Calculé. 



<>\\<le cuivriqne (>o,*2 0o,o (k>,8 

Anhydride ehlorique (fictif) » n^A a8,8 

11 y a lieu de rechercher maintenant si l'analogie chimique constatée 
entre notre produit cl la gerhardtite se poursuit cristahographiquement. I n 
examen superficiel conduirait à répondre oui; les cristaux de chlorate ba- 
sique forment, en effet, des tables à contour hexagonal non régulier, qui 
pourraient résulter d'un prisme orlhorhombique avec la base p prédomi- 
nante et des facettes des zones- /jÀ 1 et pm. La biréfringence est forte, l'extinc- 
tion en lumière polarisée parallèle se l'ail suivant les grands côtés /t 1 , et l'angle 
mm, mesure au microscope comme angle plan, est voisin de o,4°3o' : or 
la valeur de l'angle mm de la gerhardtite esi g4°5o'; il y aurait donc iso- 
morphisme avec celle-ci. 1 ne étude plus attentive, particulièrement celle des 
propriétés en lumière polarisée convergente, va nous conduire à de tout 
autres conclusions. Le sens de rallongement est positif el le plan des axes 
optiques est parallèle à la direction d'allongement des lames (que nous 
appellious j>li' ). La face d'aplatissement j> est peu éloignée d'être normale à 
la bissectrice obtuse H, el fait un petit angle avec I axe moyen d'élasticité 
optique ii,„; la bissectrice aiguë H 9 esl couchée dans le plan de la lame 
parallèlement à son allongement. On peut expliquer ces faits en rappro- 
chant notre chlorate basique non plus de la gerhardtite, mais de l'azotate 
dimorphe de celle-ci, obtenu artificiellement par MM. Penfield et N\ells 
ainsi que par M. G. Rousseau . 

On a, en effet, dans ce dernier produit, qui est clinorhombique, pour 
l'angle des traces de mm mesuré sur la base p, la valeur 9& 5o', fortui- 
tement égale à celle de l'angle dièdre mm dans l'espèce dimorphe el très 
voisine de celle de l'angle plan trouvé sur ces cristaux. D'autre part, ils 
portent des facettes dont les angles avec la grande face p ont pu, sur les 
plus gros échantillons, être mesurés au goniomètre, quoique les images 
soient assez défectueuses; ces angles sont de il4°2a'ei 107" 5'. Or, dans 
l'espèce dimorphe de la gerhardtite, on calcule, d'après les données de 



— 301 — 

Penfield et Wells, que, si les facettes o '/' et h '/* existaient, on aurait 
yo '/ 2 = 1 15° 5o' et pb */* = io6° 3'. Ces considérations conduisent à ad- 
mettre que nos cristaux correspondent à la variété clinorhombique dimorphe 
de la gerhardtite et non à celle-ci, et qu'ils posséderaient les faces p, n '/■ 

et h ■/». 

Le bromate neutre de cuivre ( préparé par double décomposition entre 
le bromate de baryum et le sulfate de cuivre), chauffé graduellement sous 
la pression ordinaire, comme on avait fait pour le chlorate, se décompose 
plus brusquement que celui-ci, en dégageant de l'oxygène et des vapeurs 
de brome; le phénomène marche comme pour le chlorate ou l'azotate lors- 
qu'on les chauffe dans le vide. On obtient un bromate basique en poudre 
bleu verdâlre très fine, dans laquelle la cristallinité ne peut être reconnue 
qu'avec de forts grossissements. 



Sur une nouvelle méthode pour la mesure des températures, 
par M. Daniel Berthelot. 

Parmi les phénomènes qui intéressent les naturalistes et les météoro- 
logistes, quelques-uns des plus importants sont ceux où entrent en jeu des 
pressions ou des températures très différentes de celles que les physiciens 
et les chimistes réalisent en général dans leurs laboratoires. 

D'une part, la température des espaces interplanétaires parait être voi- 
sine de îoo degrés au-dessous de zéro; les aurores boréales, la lumière 
zodiacale, la lumière cométaire, nous font connaître la matière à cet état 
d'extrême raréfaction, qui a donné lieu à de si curieuses découvertes de- 
puis quelques années et dont nous commençons à peine à entrevoir les lois. 

D'autre part, la surface et l'intérieur du soleil sont le théâtre de tempé- 
ratures incomparablement plus élevées que celles que nous avons jamais 
réalisées. L'intérieur du globe terrestre se trouve de même à des tempéra- 
tures très élevées, auxquelles se joignent des pressions énormes, et la 
connaissance de ces deux facteurs est indispensable pour édifier la théorie 
de la formation et de la cristallisation des roches. 

A peine est-il besoin de parler du rôle que jouent les hautes tempéra- 
tures dans l'industrie céramique et l'industrie métallurgique; déjà on peut 
prévoir que la production au moyen du four électrique de températures 
encore plus élevées est destinée à avoir une inlluence profonde sur ces in- 
dustries. 

Ainsi, tant au point de vue géologique et cosmologique qu'au point de 
vue pratique, il y a un intérêt considérable à perfectionner nos moyens 
de mesure en ce qui touche à l'évaluation des hautes températures. 

Ajouterai-je que les noms de G. et de E. Becquerel sont intimement as- 



— 302 — 

sociés à cet important problème, et que trois des principales me'thodes 
employées aujourd'hui (méthode du thermomètre à gaz, méthode thermo- 
électrique, méthode photométrique) ont été inventées ou fixées dans leurs 
traits essentiels par ces illustres physiciens? 

Les méthodes employées pour évaluer les températures peuvent être 
fondées soit sur les propriétés des solides et des liquides, soit sur celles des 
gaz. 

Ces dernières paraissent seules susceptibles de donner une évaluation de 
la température tout à fait générale et indépendante de la nature de l'in- 
strument employé. 

Les gaz obéissent, en effet, à des lois relativement simples et bien con- 
nues, et l'élévation de la température les rapprochant de l'état gazeux par- 
lait, ces lois se vérifient de mieux en mieux quand la température croît. 
Les solides ou les liquides obéissent au contraire à des lois plus complexes , 
plus mal connues, et l'accroissement de température fait subir à un corps 
des changements très profonds. 

On voit par là la supériorité théorique des méthodes fondées sur les pro- 
priétés des gaz. Il n'existe aujourd'hui qu'une méthode de ce genre : c'est 
celle du thermomètre à gaz. L'élévation de température est mesurée par 
l'accroissement de volume, ou, ce qui revient au même, par la diminution 
de densité d'une masse d'air enfermée dans un réservoir de platine ou de 
porcelaine. Mais ce réservoir de métal ou de porcelaine se déforme ou se 
ramollit, ou devient perméable aux gaz quand la température dépasse 
1,200 degrés et fond ensuite, en sorte que cet instrument ne permet même 
pas de mesurer les températures industrielles des hauts fourneaux, à plus 
forte raison celle de l'arc électrique. 

Pour conserver les avantages du thermomètre à air en évitant ses dé- 
fauts, il faut donc trouver un instrument qui permette comme lui d'évaluer 
la densité d'une masse gazeuse, mais sans avoir à tenir compte des proprié- 
tés de l'enceinte où elle est placée. 

Un tel instrument ne peut guère être fondé que sur les propriétés de la 
lumière; tel est le caractère de la méthode nouvelle que j'ai étudiée. Elle 
permet de prendre la température d'une masse gazeuse par le simple 
examen d'un rayon lumineux qui l'a traversée. Elle est indépendante de la 
nature de l'enveloppe thermométrique et même de sa forme et de sa di- 
mension ; on peut par conséquent opérer sur les gaz contenus dans l'inté- 
rieur des hauts fournaux, du four électrique, etc. 

Le principe en est le suivant : la réfraction d'un gaz varie exactement 
comme sa densité, et par suite à une densité donnée correspond toujours 
un même indice, la pression et la température pouvant être différentes. 

Pour appliquer ce principe, on sépare en deux un faisceau lumineux au 
moyen d'un appareil interférai tiel ; l'une des pallies du faisceau traverse 
un tube rempli d'un gaz à la température ambiante, l'autre un tube rempli 



— 303 — 

du même gaz, mais porte à la température inconnue. On ramène les franges 
à leur position initiale en diminuant la pression dans le tube froid; et de 
cette diminution de pression on conclut, par un calcul facile, la variation 
de densité, et par suite la température du gaz. 

Pour séparer fortement les rayons interférenls de manière qu'ils [mis- 
sent traverser des milieux portés à des températures très différentes, j'ai 
eu recours à un dispositif optique nouveau fondé sur l'emploi combiné des 
miroirs de Jamin et des parallélépipèdes de Fresnel. 

Pour éliminer les régions de transition à température variable que pré- 
sente l'appareil entre la portion centrale chaude et les extrémités froides, 
on fait deux mesures successives avec des tubes de longueurs centrales 
différentes. 

Lne première série d'expériences a été faite à des températures tixes 
comprises entre o et 200 degrés pour vérifier la rigueur de la méthode. 
J'ai utilisé, à cet effet, les températures d'ébullition de l'alcool (7 8° 26), 
de l'eau (100 degrés) et de l'aniline (i84° 23). 

Dans une seconde série, cjui a été poussée jusqu'aux points les plus 
hauts que l'on ait mesurés exactement avec le thermomètre à air, j'ai ob- 
tenu des températures élevées et uniformes en chauffant un tube de porce- 
laine par l'intermédiaire d'un courant électrique qui fait rougir une spi- 
rale de platine. On réalise ainsi un four qui ne dégage pas de gaz , ne 
produit pas de rayonnement intense, qui peut s'installer dan- n'importe 
quelle pièce d'un laboratoire. Ce four permet d'obtenir à volonté n'im- 
porte quelle température donnée, de la retrouver sans tâtonnements, de 
la maintenir constante presque indéfiniment, de l'augmenter ou de la di- 
minuer à volonté. En un mot, il introduit dans la production de- tempé- 
ratures toute la précision des mesures électriques. 

Au moyen de cet appareil, j'ai déterminé les points de fusion de l'argent 
et de l'or, qui sont les points classiques utilisés pour la graduation des 
pvromètres. J'ai trouvé 962 degrés pour la fusion de l'argent et i,o64 
degrés pour la fusion de l'or. E. Becquerel avait trouvé, en i8G3, 960 
degrés pour le premier de ces métaux et 1,092 degrés pour le second, et 
M. Violle, en 1879, gô/i et 1,0 h 5 degrés. 

J'ai également entrepris une série de mesures sur les points d'ébullition 
du sélénium, du cadmium et du zinc. Dans ce cas, on se sert comme in- 
termédiaire d'un couple thermo- électrique, dont on place une des sou- 
dures dans la vapeur du métal bouillant, et l'autre dans le tube de porce- 
laine de l'appareil interférentiel. On élève la température de ce dernier 
jusqu'à ce qu'il ne passe aucun courant dans le couple, et on fait alors les 
mesures. Ces points d'ébullition sont plus difficiles à prendre que les points 
de fusion , car la chaleur spécifique des métaux en vapeur n'étant pas très 
forte, les variations accidentelles de température des parois des vases exer- 
cent, par suite du rayonnement, des perturbations fâcheuses sur la soudure 



— 30 h — 

du couple. J'ai réussi à éviter ces irrégularités de température en portant 
à l'ébuÛition les métaux dans des vases de porcelaine chauffés électrique- 
ment par le passage d'un courant dans un fil de nickel. On obtient de la 
sorte des températures uniformes dans toute la masse du métal fondu et 
dan- la couche de vapeur qui la surmonte. J'ai pu fixer ainsi le point 
d'ébullition du zinc à 920 degrés. E. Becquerel avait trouvé autrefois 
()3o degrés avec du zinc moins pur que celui qui m'a servi. 

La méthode nouvelle fournit, comme on le voit, des résultats excellents 
sur toute l'étendue de l'échelle où on peut la contrôler. Je me propose 
maintenant de l'étendre à des températures plus élevées pour lesquelles la 
méthode du thermomètre à gaz es! en défaut. 



^ 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N° 7 



-=>.&<- 



31 e REUNION DES NATURALISTES DU MUSEUM. 

29 NOVEMBRE 1898. 



PRESIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Président dépose sur le bureau le sixième fascicule du 
Bulletin pour l'année 1898, paru le 3 1 juillet et contenant les com- 
munications laites dans la réunion du 28 juin. 

Il rappelle que, depuis cette époque, il s'est produit au Muséum 
un événement heureux et important : l'inauguration des nouvelles 
galeries d'Anatomie comparée, d'Antropologie et de Paléontologie 
<jui a eu lieu le 21 juillet 1898. A l'occasion de cette cérémonie, 
présidée par M. le Ministre de l'Instruction publique, plusieurs 
fonctionnaires du Muséum ont reçu des distinctions honorifiques. 
M. le Ministre a remis la croix d'officier de la Légion d'honneur à 
M. Henri Filhol, professeur d'Anatomie comparée, et la croix de che- 
valier de la Légion d'honneur à M. Stanislas Meunier, professeur 
de Géologie, et à M. Boule, assistant de Paléontologie. 

Ont été nommés officiers de l'Instruction publique : 

M. Morot, assistant de Botanique (Anatomie et Physiologie) 
M. Marchand, préparateur d'Anatomie comparée. 
M. Gilland, préparateur de Géologie. 

Muséum. — iv. «s 



— 306 <r- 
Officiers d'Académie : 

AI. Tertrin, préparateur d'Entomologie. 

M. Dedoyart, préparateur d'Anthropologie. 
M. Thévenin, préparateur de Paléontologie. 
M. Durand, voyageur naturaliste. 
M. Bastard, voyageur naturaliste. 

Malheureusement, quelques semaines plus tard, le 12 août, 
le Muséum a eu à déplorer la mort de M. Félix Bernard, assistant 
de la chaire de Zoologie (Mollusques et Zoophytes), auteur de nom- 
breux mémoires de Malacologie et d'un grand traité de Paléontologie. 
Aux obsèques de M. Bernard, le discours suivant a été prononcé 
par M. le professeur Edmond l'errier, membre de l'Institut: 

La mort est souverainement injuste. Elle frappe en aveugle autour de 
nous, indéfiniment indulgente à de pitoyables existences, fauchant dans 
leur fleur h's êtres charmants qui riaient la joie ou le soutien, qui de- 
vaient devenir la gloire de ceux qui restent pour les pleurer. 

Même à nous, hommes de science, il ne suffit pas de penser qu'en se- 
mant ainsi les désastres, elle obéit à quelque loi profonde que nous aurions 
eu le tort de méconnaître; nous voulons, nous espérons que les injustices 
d'ici bas seront ailleurs réparées. Je ne sais si c'est une consolation sufli- 
sanle pour les âmes qui n'ont trouvé que deuil et tristessesur une terre qui 
sait se faire à d'autres si clémente; que dire cependant qui puisse adoucir 
la peine de ceux que Félix Bernard laisse après lui? 

C'est une vénérable grand'mère dont la claire intelligence domine un 
corps depuis longtemps débile; c*est cette vaillante mère qui dut l'élever 
seule, de son travail; c'est sa jeune femme qui, H y a quelques années à 
peine, acceptait en toute connaissance de cause de partager une existence 
où il était facile de prévoir que «les devoirs allègrement remplis n'auraient 
de longtemps, pour toute compensation, que les joies austères, mais pro- 
fondes à la vérité, que procurent la science et le foyer; c'est cette fillette, 
Marguerite à peine éclose, qui n'a pas eu le temps d'apprendre à pronon- 
cer le nom de son père et qui ne sentira jamais le rayonnement de cette 
affection sans bornes dont il réchauffait les siens. Quatre femmes dont il 
était l'orgueil, qui vivaient de sa vie, à qui il ne reste aujourd'hui que 
leur intelligence et leur courage, diminués de toutes les larmes qu'elles 
auront à verser ! 

La vie, au début, s'annonçait pourtant belle pour Félix Bernard. Son 
père était professeur de physique à la Faculté des sciences de Clennont- 
Ferrand. Lorsqu'après la guerre funeste qui fut le commencement de nos 
désastres, ou put croire le Mexique conquis, il devait aller rejoindre l'em- 



— 307 — 

pereur Maximilieu et préparer avec lui la restauration intellectuelle de ce 
que l'on escomptait déjà comme une troisième France. Maximilien tomba 
sous les balles de ses sujets d'un jour; son futur ministre était peu de temps 
après frappé à mort. Le jeune Félix dut grandir sans l'assistance d'un 
père qui lui aurait rendu faciles toutes les routes de la vie. Sa mère l'aima 
pour deux, se dévoua tout entière à ce fils en qui se condensaient désor- 
mais deux tendresses. Elle eut, eu 1882 , la joie de le voir entrer à l'Ecole 
normale supérieure. C'était l'avenir, un brillant avenir assuré. On venait à 
ce moment d'organiser à l'Ecole normale une section d'histoire naturelle; 
elle comprenait trois élèves pleins d'intelligence et d'ardeur; deux sont déjà 
disparus : Wasserzug et Bernard; tous deux laissent une veuve et un 
jeune enfant; tous deux laissent des travaux qui rendent leur disparition 
d'autant plus amère qu'ils avaient permis de concevoir pour eux de plus 
hautes espérances. 

Agrégé de l'Université, docteur es sciences, préparateur auxiliaire de 
Géologie à l'École normale, Félix Bernard entra, comme assistant, au Mu- 
séum d'histoire naturelle, en 1888. Il y prit une part active à l'organisation 
des nouvelles galeries de Zoologie aménagées en 1889; commença à ce 
propos des recherches étendues sur les Éponges, les Polypiers et les Our- 
sins, mais c'étaient des recherches qui ne devaient aboutir qu'à longue 
échéance et qui demeureront interrompues. Avant de les continuer, 
Félix Bernard tenait à aller jusqu'au bout des voies scientifiques qu'il 
s'était lui-même ouvertes à ses débuts. De ses fonctions premières de pré- 
parateur de Géologie à l'École normale, il avait gardé un goût très vif pour 
la Paléontologie; il laisse des Éléments de Paléontologie , qui sont tout à la 
fois un gros livre plein d'originalité et un modèle de genre. Auteur d'im- 
portants travaux d'Aiiatomie sur les Mollusques, il avait nettement compris 
tout ce que l'on pouvait attendre de l'étude combinée des animaux fossiles 
et des animaux vivants. C'est dans cette direction qu'avaient été conçues 
ses dernières recherches. 11 ne s'agissait rien moins que d'expliquer l'ori- 
gine des caractères dont tous les naturalistes reconnaissaient l'importance , 
mais dont la signification demeurait inconnue; il s'agissait de les faire 
servir, comme des papiers de famille, à la reconstitution de l'arbre généa- 
logique d'animaux dont le nombre est effrayant : les Mollusques bivalves. 
Les résultats furent tels que l'Académie des sciences n'a pas voulu attendre 
ies délais ordinaires pour les récompenser. Quelques jours à peine avant sa 
mort, grâce à la diligence de l'illustre Secrétaire perpétuel de l'Académie 
des sciences M. Joseph Bertrand, sur un rapport de l'éminent directeur 
du Muséum, M. A. Milne Edwards, Félix Bernard pouvait apprendre 
qu'il était lauréat de l'un des plus beaux prix de l'Institut, le prix Sain- 
tour. . . Le malheureux enfant n'entendit pas la proclamation solennelle de 
ce succès; elle n'aura lieu qu'en décembre prochain. 

Il espérait aussi obtenir une chaire actuellement vacante à l'Institut 

33 . 



ci 



— 308 — 

agronomique, où il était répétiteur. Ceux qui l'y avaient vu à l'œuvre sou- 
haitaient son succès dans le concours qui devait s'ouvrir à celte occasion. 
Ce concours lut un de ses derniers soucis; il s'en préoccupa jusque sur son 
lit de mort , et c'est la tête détournée pour ne pas laisser voir les larmes 
qui montaient à leurs yeux, que ses amis ['écoutaient mourant s'encourager 
au travail et préparer ses plans d'avenir. 

L'avenir, le voilà ! brusquement et pour toujours enseveli dans cette 
fosse. 11 ne semble pas que ce vaillant ait jamais perdu tout espoir degué- 
rison, ni même soupçonné la gravité fatale du mal dont il était atteint. Il a 
pu sans amertume jouir des marques de profonde sympathie qui tou- 
chaient si vivement son cœur aimant et loyal; savourer les preuves de 
haute estime scientifique dont ses derniers moments ont été entourés: et 
s'il a senti venir la mort, il a pu tout au moins se dire que, frappé à 35 ans, 
il laissait un nom qui demeurerait toujours vivant dans l'histoire de la 
science; un nom qui protégerait les siens mieux encore qu'une fortune. 

Depuis dix ans, Félix Bernard avait été au Muséum mon collaborateur 
intime et dévoué; à l'École normale, il avait été le condisciple de mon 
frère, que la nouvelle «le cette mort n'a pu encore rejoindre. Au nom de 
l'École normale, notre commune mère, au nom du Muséum, il m'appar- 
tenait de venir dire un dernier adieu au savant distingué qui les hono- 
rait, comme à l'ami dont le dévouement était toujours prêt; de parler au 
nom des absents qui regretteront de n'avoir pu, en ceti» saison où Paris est 
désert, porter au cher disparu un dernier témoignage d'affection et de dire 
aux siens quelles vives sympathies leur demeureront toujours efficacement 
fidèles. 

M. Dutert, architecte du Muséum, depuis longtemps souffrant, 
n'a pas eu la satisfaction d'assister à l'inauguration des nouvelles 
Galeries dont il est l'auteur; il a été force' de prendre sa retraite 
et il a été remplacé dans ses fonctions par M. Blavette, architecte 
des bâtiments <i\ ils . qui a été nommé architecte du Muséum d'his- 
toire naturelle par arrêté ministériel du 29 octobre 1898. 

On prépare activement au Muséum l'exposition des collections 
rapportées du Mexique et de la Basse-Californie par M. L. Diguet. 
Le public sera admis à les visiter dans le courant de décembre. 



— 300 



CORRESPONDANCE. 



M. Bobnhof, chargé d'une mission scientifique à laquelle il s'est 
préparé pendant plusieurs mois dans les laboratoires du Muséum, 
est parti pour la Sibérie. Il est aile' rejoindre M. Chaffanjon à 
Vladivostok, où il est arrive' à la fin de septembre. Dans la lettre 
par laquelle il signale l'arrivée de son collaborateur, M. Chaffanjon 
annonce que M. le Gouverneur, l'Amiral commandant le port, ainsi 
que la section de la Société de géographie de Sibérie, qui a crée' 
un musée à Vladivostok, se sont vivement intéresse's aux projets de 
la mission française. M. Chaffanjon va essayer de créer à Vladi- 
vostok une sorte de station scientifique marine pour les recherches 
zoologiques et botaniques. Un laboratoire sera organisé à côté 
même du Musée, sur le bord de la mer. M. Bohnhof profile des 
derniers beaux jours pour faire une récolte de plantes de la saison. 
pLes instruments pour la pêche sont prêts, écrit M. Chaffanjon. et 
dans le courant d'octobre nous nous mettrons à pêcher. Les quel- 
ques essais de pêche, avec de très mauvais paniers coréens que 
j'ai déjà faits, m'ont doune' de très beaux résultats; je compte qu'avec 
des appareils analogues à ceux employés par S. A. le prince de 
Monaco, nasses et filets que j'ai fait fabriquer, nous ferons de très 
belles récoltes, r» 

M. le comte de Barthélémy va repartir pour l'Indo-Chine et 
compte, cette année, faire porter spécialement ses recherches sur 
rhisloire naturelle. Il explorera la région comprise entre la latitude 
de Hué et celle de Phen-Rang ou Phantit. en Anna m, et il s'effor- 
cera de trouver la partie indiquée sur la carte Pavie comme Région 
inconnue, entre Phantit et Itung-treng. M. le Directeur du Muséum 
a appelé spécialement son attention sur les animaux rares ou nou- 
veaux qui peuplent la zone montagneuse et boisée qui sépare 
l'Annam du Laos et d'où provenaient le Rheinartim ocellalus, un 
Faisan el un grand Coucou marcheur obtenus par le R. P. Renauld 
et décrits par M. Oustalet. 

La mission de M. Foureau et de M. le commandant Lamy se 
dirige à travers le Sahara, du côté du Sud. M. le vicomte du Passage . 



— 310 — 



élève du Muséum, attaché à cette mission, écrit d'Ouargla, à la 
date du 21 octobre 1898, qu'il a déjà fait de bonnes chasses ento- 
mologiques et qu'il ira explorer avec M. Foureau un curieux gise- 
ment géologique à Test de Temassinin. 



M. Delafosse. avant élé envoyé à Monrovia comme agent consu- 
laire de France, annonce qu'il a réuni des séries assez \ariées 
d'Insectes, d'Arachnides, portai lesquels ligure la fameuse Araignée 
dont la soie est utilisée par les indigènes pour fabriquer des tissus 
et des broderies, des Mollusques testacés de la côte libérienne, 
entre le cap Mount et le riàp Messurado, et une' collection de miné- 
raux (roches et minerais) des environs de Monrovia. Il a recueilli 
duelqUes renseignements sur VHippopotamus libcriensis, qui ne se 
rencontrerait plus que sur les rivières Manoh, Hall" Cape Mount et 
Saint-Paul, et qui serait excessivement rare même dans le cours 
moyen de ces rivières : on n'en verrait pas plus d'une dizaine de 
spécimens par an et par rivière; les adultes seraient de la taille 
d'un Bœuf. * Cette espèce, qui tend à disparaître, dit M. Delafosse, 
paraît être confinée dans le petit territoire compris entre les 6 e et 
8 e degrés de latitude nord et entre 1 2 3o' et 1 W degrés de longitude 
ouest. Au nord-ouest et au sud-est de cette région, on rencontre 
l'Hippopotame ordinaire, dont le nombre diminue d'année en année, 
mais qui est rencontré bien plus fréquemment que VHippopotamus 
libcriensis. Autre remarque : on ne rencontre jamais les deux espèces 
dans la même région; là où vit le petit Hippopotame, on ne ren- 
contre pas le gros et vice versa.- 

Relativement à un autre Mammifère «le Libéria, le Cephdophw 
Doriœ, M. Delafosse s'exprime en ces termes : r Cette petite Anti- 
lope est assez commune dans l'intérieur de Libéria; j'en ai vu 
beaucoup de peaux (peaux incomplètes, préparées par Les indi- 
gènes, sans pattes ni tête et impropres à la naturalisation). Elle 
semble donc être plus commune à Libéria qu'ailleurs, mais n'est 
pas propre à cette région, comme je l'ai entendu dire. Jeu ai \n 
moi-même deux spécimens au lîaoulé, et on en trouverait également 
dans la colonie de Sierra-Leone. 

Enfin M. Delafosse écrit au sujet du Chimpanzé : « Cet Anthro- 
pomorphe est inconnu des indigènes de la côte, dans le voisinage 
de Monrovia. 11 faut remonter à un jour de marclie dans l'intérieur 



— 811 — 

pour en entendre parler et à quatre jours an moins pour en trouver 
quelques rares spécimens. A la rote d'Ivoire, dans la région de 
Bandamu et de Dabou, il s'avance plus près de la côte. Je pense 
qu'autrefois il en était de même ici, mais que le défrichement des 
forêts par les Libériens l'a fait rentrer dans l'intérieur. 

M. Delafosse, par une autre lettre en date du i er juillet 1898, 
annonce son retour prochain à Grand-Bassani , où il espère être 
plus à même de travailler pour le Muséum. 



M. le D r Liffrxn, médecin de 2" classe de la marine, médecin 
chef de l'infirmerie-ambulance à Moramanga (Madagascar), a 
signalé la présence dans cette région d'un animal appelé Fûtissa 
(Fossa) par les Malgaches. D'après les renseignements et la photo- 
graphie envoyés par M. Lifïran. M. le Directeur a pu reconnaître 
qu'il s'agissait du Cryptoprocta ferox , dont le Muséum possède des 
individus vivants dans sa ménagerie et de magnifiques spécimens 
dans ses galeries. 

M. Génin, qui a remis au Muséum, il y a quelques années, de 
belles collections faites au Mexique, écrit de La Havane, où il rési- 
dait dans ces derniers temps, qu'il va retourner au Mexique pour 
y séjourner plusieurs années. Il se met à la disposition des profes- 
seurs du Muséum pour recueillir dans ce pays des objets d'histoire 
naturelle. 



M. Bourdarie, par une lettre datée de Libreville, le 17 août 
180,8, fait connaître les premiers résultats de la mission qui lui a 
été confiée. La plupart des plants de Gutta qui lui ont été confiés 
par M. Heckel ont bien supporté le voyage et semblent devoir 
reprendre. Ils sont soignés au jardin d'essai de Libreville, dirigé 
par M. Ckaiot, et pourront être bientôt répartis dans diverses sta- 
tions. M. Bourdarie a déjà passé dans la brousse plusieurs journées 
à la recherche d'animaux intéressants. Au point de vue de la ques- 
tion de la domestication de l'Eléphant d'Afrique, dont il s'occupe 
activement, il signale la présence, à la mission du Fernan-Vaz, 
d'un jeune Eléphant qui est non seulement apprivoisé, mais dressé 



— 312 — 



à rendre quelques services. Le H. P. Bichette, possesseur de l'ani- 
mal, se propose de faire capturer d'autres sujets. 



M. J. Cl aine, vice-consul de France à Rosario, a adressé au 
Muséum quelques Coquilles recueillies sur Pile des Français, en 
face de Rosario, dans le Parana, une peau de Tamanoir, remar- 
quable par ses {fraudes dimensions, mais malheureusement non 
susceptible d'être montée pour les collections du Muséum, plus 
quelques échantillons de bois fossiles. 



M. Bbck, administrateur des affaires indigènes à Tayninh (Co- 
chinchine), a envoyé au Muséum un fœtus de Semnopithèque doue 
à pieds noirs (Semnopilhecuë nigripes, Cougiôp, en annamite) qui a 
été trouvé dans la montagne de Tayninh au moment où sa mère, 
tombée d'un arbre et s'étant brisé les deux jambes dans cette chute, 
expirait en le mettant au inonde. Ce fœtus offre déjà sur le museau 
et les extrémités des membres des traces de la coloration particu- 
lière de l'adulte. 

M. le Directe ce a reçu de bonnes nouvelles de M. Guillaume 
Ceàndidibr, qui vient d'accomplir un voyage, assez accidenté, de 
Tulléar à Tananarive. M. G. Grandidier, dans des fouilles effectuées 
aux environs de Tulléar, a pu recueillir des restes de grands 
Lémuriens et d" Epyorniê. Avec ces ossements, il a été possible de 
reconstituer, d'une façon intégrale, les pattes d'un d,e ces Oiseaux 
gigantesques. 

M. le général Gallib.ni, Gouverneur de Madagascar, entretient avec 
le Muséum les relations les plus suivies et les plus cordiales et fait 
insérer dans le Journal officiel de Madagascar toutes les communi- 
cations relatives aux collections adressées par ses ordres au Jardin 
des Plantes. 

M. Doumer, Gouverneur général de l'Indo-Chine, a donné au 
Muséum deux Panthères vivantes; il a envoyé à M. le Directeur la 



— 313 — 

peau et le crâne d'un F élis macroscelis, qui avait été capturé dans les 
forêts de l'arrondissement de Tayninh (Cochinchine) et dont la 
dépouille avait été recueillie par les soins de M. Séville, adminis- 
trateur de cet arrondissement. L'espèce est si rare dans la région, 
qu'elle fait le sujet de toutes sortes de légendes. Un vieil Annamite, 
venu pour affaires à Tayninh, prétendit que l'animal qui lui était 
présenté était le Chon-hô (Renard-Tigre), produit de l'union d'un 
Renard femelle (Chon gâxj ngùa), de grande espèce et de la taille 
d'une Panthère, et d'un Tigre qui n'avait pu trouver une femelle 
de son espèce. D'autres gens soutiennent, disait— il , que le Chôn-hô 
est le métis d'une Panthère et d'une sorte de Renard (Chôn câo coc) 
de grande taille, ayant la robe du Tigre; mais cela n'est pas, car la 
bête a le museau plus long que ces deux animaux. 



M. le Président delà République a offert au Muséum une jeune 
Lionne d'Etbiopie. 



La Compagnie commerciale d'exportateurs et d'importateurs réunis 
a donné au Jardin des Plantes une autre jeune Lionne vivante, rap- 
portée du Soudan par !VL Otto. Cette bête, âgée maintenant de 
5 mois 1/2, n'avait pas quinze jours quand sa mère fut tuée dans 
leKaarta, en face de Rayes, sur le Bakoy, affluent du fleuve Séné- 
gal. Elle fut élevée par les agents de la Compagnie, d'abord avec 
du lait de Chèvre jusqu'à l'âge de trois mois , puis avec de la viande. 

Habituée à vivre en liberté comme un jeune Chien, elle est 
douce et familière et ne cherche qu'à jouer. 



M. le commandant d'infanterie de marine Millet a fait don à la 
ménagerie d'une troisième Lionne, encore jeune, venant de Tom- 
bouctou. 



VI. Antonio Guzman Blanco a offert au Jardin des Plantes deux 
Lapas ou Pacas (Cœlogenysr subniger, F. Cuv.), dont l'un a été rap- 
porté du Venezuela et dont l'autre est né en France. 



— 31/i — 
M. Schneider, du Havre, deux Chimpanzés. 



M. Hippolyte Stanislas, sous-brigadier des douanes, un Chim- 
panzé. 

M. le marquis de Kéroman, un Théropithèque Gélada. 



M. le lieutenant Hrot, une Guenon patas et un Cynocéphale 
papion. 

M. Baron, agent du service maritime postal, onChat-Tigre cl un 
kinkajou du Brésil. 

M. Debreuii,, plusieurs Tinamous. 



M. le lieutenant Gaucbeï, quatre Fennecs de Touggourl (Sahara ). 



M. Eugène Vm.lewmohas, capitaine à la Compagnie transatlan- 
tique, commandant le paquebot La France, deux Faucons pèlerins 
pris en mer. 

M. André Lebon. ancien ministre des colonies, une Vul ruche 
mâle du Sénégal. 



o' 



Deux autres Autruches appartenant à l'espèce dite rà cou bleu* 
(Struthio molybdophanes) , propre au pays des Somalis, ont été acquises 
par la ménagerie. 

M. Rossignol, de Melun, a autorisa M. Oustalet à prélever, dans 
la collection d'Oiseaux formée par son père, un certain nombre de 



— 315 — 

spécimens. Des nids, de jeunes Oiseaux en duvet et des Oiseaux 
adultes, pris pour la plupart dans les environs de Pierre-de-Bresse 
(Saône-et-Loire), ont été' choisis pour figurer dans les galeries du 
Muséum. 



M. le docteur Louis Bureau, directeur du musée de Nantes, a 
fait don d'une petite famille d'Hirondelles de mer de Dougall 
(Stema Dougalli), espèce rare dans les collections, dont quelques 
spécimens, adultes et jeunes, ont été montés par ses soins. 



M. Marc Bel, ingénieur civil des mines, a remis au laboratoire 
d'anthropologie deux crânes de Siamois. 



M. Loustau a donné au Muséum une peau d'Ouistiti (Midas ruji- 
manus) et quelques Oiseaux de Cayenne. 



M. le marquis de Pimodax, un Singe Rhésus de l'île Formose. 



M. F. Bandon, négociant à Libreville, un Pangolin du Gabon. 



M 11 " Marie Gonnot, deux Tatous de la République Argentine. 



M. Rousson, explorateur, une collection d'Insectes de Mada- 
gascar. 

M. Fayol, directeur général de la Société de Commentry-Four- 
chambault, des Reptiles fossiles du terrain houiller. 



M. Cumbnge, une série de minéraux. 



— 316 — 

M. le professeur Ed. Bureau annonce en ces ternies l'arrivée au 
Muséum de la collection de M. le marquis de Saporta : 

J'ai la satisfaction d'annoncer à la réunion des naturalistes l'arrivée d'une 
des plus considérables et des plus intéressantes collections que le Muséum ail 
jamais reçues : c'est la collection de plantes fossiles du marquis de Saporta. 

Il nous la destinait dans le cas où l'un de ses fils, M. le comte Antoine 
de Saporta, n'aurait pas l'intention de la garder, et, au mois de juin dernier. 
M. le comte de Saporta annonçait à M. le Directeur, à M. Gaudry et à moi- 
même que le Muséum pouvait en prendre possession. Il y avait urgence, la 
collection ne pouvant plus rester dans le local où elle se trouvait, Au mois 
de juillet, au moment des plus fortes chaleurs, M. Renault eut !e courage 
de se rendre à Aix-en-Provence et de faire procéder, avec tous les soins 
possibles, à l'emballage et à l'expédition. Lorsque la collection arriva, nous 
pûmes nous rendre compte du travail énorme que cette opération avait né- 
cessité. 

Les caisses sont au nombre de 64, et M. Renault n'évalue pas à moins 
de 10,000 le nombre des échantillons. Cette acquisition doit porter à plus 
de 80,000 le nombre des échantillons de plantes fossiles existant au 
Muséum. 

Mais ce n'est pas surtout par Le nombre que nos collections de Paléon- 
tologie végétale se recommandent, c'est par les types qu'elles contiennent. 

Aux spécimens décrits par Ad. Brongniart, par Pomel, par Scbimper, 
paiC.crvais. par Walelet. par MM. Grand'Eury, Zeiller, Renault et bien 
d'autres, sont venus se joindre les échantillons en nombre considérable dé- 
crits par M. <le. Saporta. Nous possédons maintenant les types de la flore 
fossile jurassique française et ceux des flores fossiles tertiaires de Sézanne, 
de Brognon, du Gantai, des gypses d'Aix, d'Armissan, de Céreste, des ar- 
giles de Marseille, de \Ie\imieu\. etc.. et des flores quaternaires de Morel, 
des Aygalades. etc. 

Wec ces adjonctions si précieuses, notre musée de Paléontologie végétale 
prend de plus en plus le caractère qui lui est propre. C'est de présenter. 
réunies avec le même soin, les plantes de tous les niveaux géologiques. Pas 
un seid ne manque, pas un n'a été négligé, et il est tout aussi possible d'y 
étudier les plantes voisines de l'origine de la végétation sur le globe que 
celles composant les flores dans des temps plus voisins de nous. 



M. l'abbé A. David, dans une lettre adressée à \f. Oustalel, 
donne les renseignements suivants sur deux espèces de Mammifères 
de la faune chinoise : 

J'ai appris par mes confrères de Pékin que l'espèce du Cerf à longue 



— 317 — 

queue (Elapfiitrus davidianus) y ;i été complètement anéantie. Y! Elaphùrus, 
depuis plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, n'existait plus nulle part à 
l'état sain âge et il ne se conservait que par la protection impériale, dans 
un immense parc muré. Or, pendant la guerre entre les Japonais, les 
troupes chinoises ont campé dans ce parc et ne se sont pas fait faute d'uti- 
liser pour leur nourriture tous les animaux qui s'y trouvaient. Il parait que 
pas un seul Elaphùrus n'a échappé à la destruction! 

Voilà donc encore une espèce intéressante qui a disparu de son pays 
d'origine, et je pense qu'il est bon que ce fait soit connu des naturalistes. 

Faut-il considérer notre fameux Ailuropus meïanoleucus comme éteint 
aussi ? 11 est à craindre qu'il en soit ainsi . et le Muséum fera bien de con- 
serve: 1 soigneusement les quatre exemplaires que je lui ai procurés. 

J'ignore si aucun autre Musée possède quelque représentant de cette 
espèce, dont l'acquisition m'a coûté tant de peines et dont, il y a trente 
ans, j'annonçais la découverte à M. H. Milne Edwards sous le nom iïUrsus 
meïanoleucus. 

Je crois que c'est la capture la plus précieuse que j'aie faite dans la prin- 
cipauté de Moupin, où ma tète avait été mise à prix par le roi du pays. 

M. le Directeur a rappelé, à propos de cette lettre, que si le 
Jardin des Plantes ne possède malheureusement qu'un mâle 
(T Elaphùrus davidianus, le duc de Bedford a dans son parc, en An- 
gleterre, neuf cerfs et biches de cette espèce qui prospèrent admi- 
rablement. Il ajoute que longtemps après M. David, deux voya- 
geurs russes, MM. Potanin et Berezowski, ont obtenu dans le 
Kansou quelques spécimens d' Ailuropus, mais queces spécimens 
furent remis au muse'e d'Irkoutsk, en Sibérie, à l'exception de 
deux exemplaires dont l'un fui acheté par l'Hon. Walter Rothschild 
et l'autre par le British Muséum. Le musée Rothschild à Tring 
et le Musée britannique sont donc, après le Muséum d'histoire 
naturelle, à Paris, les seuls musées européens qui aient reçu des 
Ailuropus. 



M. Lennier, directeur du Musée d'histoire naturelle du Havre, 
donne quelques renseignements sur la découverte qu'il a faite à 
Octeville, au nord du cap de La Hève, d'une partie de squelette 
d'un Dinosaurien comprenant sept vertèbres sacrées, un ilium, cinq 
vertèbres dorsales qui ont de longues apophyses épineuses et trans- 
versales et deux vertèbres caudales. Il présente des dessins et des 



— 318 — 

photographies, grandeur nature, de ces différentes pièces, dont il 
met quelques-unes sous les yeux de l'assemblée. Il exprime l'espoir 
de pouvoir, au printemps, recommencer des fouilles afin de trouver 
le squelette entier de l'animal, si la ville du Havre veut l'aider à 
supporter les frais nécessités par ces travaux. 

M. le Professeur Gaudry a fait ressortir l'intérêt de la décou- 
verte de M. Lennier, à qui M. le Directeur a promis l'appui du 
Muséum. 



M. DevÈs, élève du Muséum, offre à cet établissement une petite 
série de Reptiles de Cayenne, conservés dans l'alcool. 



M. Oustalkt dépose sur le bureau le premier fascicule de l'Omis, 
Bulletin du Comité ornithologique international, qui est publié en 
ce moment à Paris sous sa direction et qui renferme des mémoires 
et des notes en différentes langues sur les migrations, les modifi- 
cations de plumage, la nidification des Oiseaux, etc. 



M. le I) r Tbouessart fait hommage à la Bibliothèque du Muséum 
du 5 e fascicule de son Catalofjus Mammal'unn tant vipentium quant 
fossilium et annonce que le B e fascicule contenant l'index général et 
des addenda est déjà sous presse. 



M. Clément fait également hommage à la Bibliothèque de la 
!i e édition de son Traité £ apiculture. 



M. le prince Ténichbff a envoyé deux volumes publiés d'abord 
en russe, puis traduits en français et traitant, l'un de l'Activité des 
animaux, l'autre de Y Activité de V homme. 



M. Hamy offre pour la Bibliothèque du Muséum une thèse sur 
YOxycéjjIudie, qui a pour auteur M. le D r M. Hanotte, un des élèves 



— no — 

de son laboratoire. Ce tra\ail , qui s'appuie pour une large paît sur 
des documents conservés dans la galerie d'Anthropologie et qui 
est accompagne' de treize planches et d'un g! and tableau, a obtenu 
la note extrêmement satisfait devant le jury de la Faculté de méde- 
cine. 



M. Liénard a donné au laboratoire de Zoologie (Mammifères et 
Oiseaux) un très beau portrait du prince Charles Lucien Bonaparte, 
le célèbre ornithologiste. Ce portrait, au crayon, a été exécuté par 
M. Bocourt. 



COMMUNICATIONS. 



Vote prélimimike sua un vopveàu Seusopitheove 

DES FRONTIERES 1)1 ToNKIH ET DE LA ChISE , 
PAR F. DE PoUSARGUES. 

Semnopithecus Fraxçoisi. 

S. oinnino nigerriuius, excepta utrocpie teiupuro-jiigali vitta candidissima : 
pHis, ad tateia elongalis, delluentihiis, ad verticein ex occipitali vortice gemino 
evolutis, obviisque invicem et illis ex froute raissis, in postero-mediam apica- 
lemque cristam consurgenlibu*. 

Chez ce nouveau Senmopithèque, dont la dépouille a été donnée tout 
récemment au Muséum par M. François, consul de France à Loug-Tcliéou 
dans la province chinoise du Kouang-Si, tout le pelage est d'un noir in- 
tense et brillant, à l'exception d'une bandelette temporo-jugale d'un blanc 
pur et de quelques poils de même teinte disséminés sur le pourtour inféro- 
interne des callosités. La bandelette temporo-jugale large de deux centi- 
mètres, bien dessinée, nettement délimitée sur ses bords, tranche comme 
une lanière blanche sur le fond noir du reste de la face ; elle présente de 
chaque côté une symétrie parfaite et remonte directement de la commissure 
des lèvres au bord antérieur de l'oreille , quelle contourne en haut pour se 
terminer sur la région otique derrière la conque. Celle-ci est revêtue de 
poils également blancs, courts et très clairsemés sur ses deux faces, plus 
longs et plus abondants vers son pourtour, principalement à la partie 
supérieure, où ils forment une touffe bien garnie et très apparente. 

La tète porte une huppe dont la mèclie apicale, longue de six centi- 
mètres, se dresse sur le vertex à ciuq centimètres en arrière de la ligue 



— 320 — 

sourciiière; cette huppe se poursuit Je long de la nuque en uue crête occipi- 
tale médiane, comprimée latéralement et peu élevée. La direction des poils 
de la têle présente un mode assez particulier. Sur la région frontale, tous 
les poils sont dirigés d'avant en arrière à partir de la ligne orbitaire ; mais, 
sur la région nuquale, on observe deux centres de dispersion ou tourbil- 
lons occipitaux symétriques, distants l'un de l'autre de A5 millimètres et 
d"où les poils s'échappent en tournoyant suivant des courbes rayonnantes. 
C'est de la rencontre et du conflit de ces deux courants occipitaux entre 
eux et avec le courant frontal (pie naît la huppe. D'autre part, en avant 
de l'oreille, on remarque un champ temporal où les poils sont dirigés en 
avant et en haut ; cet autre courant vient heurter celui des poils frontaux, 
d'où formation d'une crête temporale peu élevée, mais bien nette, limitant 
latéralement le champ frontal. Il résulte également de celte disposition que 
la bandelette blanche temporo-jugale se trouve réellement divisée en deux 
moitiés, l'une inféro-antérienre on jugale dont les poils, comme ceux du 
reste de la joue, sont orientés d'avant en arrière, l'autre supéro-postérieure 
à courant inverse. Cette courte description ne peut que donner une idée 
imparfaite de la disposition du système pileux céphalique; une note ulté- 
rieure plus étendue, accompagnée dune planche explicative, permettra de 
s'en rendre un compte plus exact. 

Sur le corps, la longueur du pelage n'est pas uniforme : les poils ont de 
deux à trois centimètres sur le dos , la croupe el la face externe îles mem- 
bres, et six environ sur le dessus des épaules; mais, le long des lianes, ils 
atteignent jusqu'à douze el quinze centimètres et forment, depuis l'aisselle 
jusqu'au pli de la cuisse, une sorte de frange épaisse el retombante. Les 
poils de la queue sont plus longs et plus hérissés qu'on ne le voit d'or- 
dinaire chez les Semnopithèques; ils mesurent sept à huit centimètres et 
rappellent comme aspect ceux de l'appendice caudal du Cercombmdbigena. 
La face est veloutée d'un léger duvet noir, un peu plus long et plus dense 
le long de la ligne nasale. Sur le menton, la gorge, le dessous du corps 
el la face interne des membres, la peau noirâtre est presque nue. parsemée 
de quelques poils duveteux épars. 

Les teintes du pelage doivent être identiques pour les deux sexes, mais 
il est possible que, chez le maie, les parures (huppe céphalique, frange 
pleurale) soient plus développées que chez la femelle adulte que nous 
venons de décrire et dont les dimensions sont les suivantes : 

Longueur de la tête et du corps 60 centimètres. 

— de la queue 72 

— du pied 16 — 

Sous le rapport des teintes de la livrée, le Semnopithecus François! ne 
peut être comparé à aucun de ses congénères et préseule, au contraire, des 
analogies avec les Colobes noirs; mais si l'on attache, comme il convient, 



— 321 — 

quelque importance au mode d'orientation des poils de la tête, cette nouvelle 
espèce vient se placer tout à côté du Semnopithecus Thomasi (Goll.) ;i) de 
l'extrémité nord-est de Sumatra, le seul type, que je sache, qui ait exac- 
tement la même coiffure. Ce curieux Semnopithèque a été rencontré par 
M. François aux environs de Long-Tchéou, dans le Kouang-si, près de la 
frontière du Tonkin , sur les grands rochers qui bordent la rivière Long- 
Kiang, ou Li-KiaDg, affluent du Si-Kiang. C'est la première fois qu'un vrai 
Semnopithèque est signalé d'une manière certaine et bien authentique sur 
le territoire chinois (2) . On ne peut que féliciter M. François de cette inté- 
ressante découverte, et en lui dédiant cette nouvelle espèce, j'ai tenu à 
le remercier du don généreux qu'il en fait au Muséum. 



Liste des Oiseaux 
recueillis par m. françois , dans le kouasg-si , 

par m. e. oustalet. 

M. François a recueilli dans la région de Long-Tchéou (Kouang-si), 
en même temps que les Singes noirs décrits par M. de Pousargues, un 
certain nombre d'Oiseaux que j'ai déterminés et dont voici la liste : 

1. HaLCYON SMYRNEXSIS L. 

Entomobia smyrnensis David et Oustalet, Oiseaux de la Chine, 1877, 
p. 176, n° 122. 

2. Pericrocotus roseds L. 

Cette espèce du Népaul.du Ténassérim et du Pégou n'avait pas été ren- 
contrée par M. l'abbé A. David, et ne figure pas dans notre livre sur les 
Oiseaux de la Chine. Sur les cinq spécimens de Pericrocotus roseus qui ont 
été remis par M. François au Muséum, deux offrent de curieux exemples 
du changement sur place et chez le même individu des taches jaunes des ailes 
et de la queue en taches rouges, et de la façon dont apparaît la coloration 
rose des parties inférieures du corps. 

3. B(JCHA!\GA CINERACEA Horsf. 

Buchanga lencophœa Vieillot? 

Buchanga Mouhoti David et Oustalet , op. cil. , p. 109, n° 1 68. 



(l > Proc. Zool. Suc. London, p. 61 3, pi. XLII, 1892. 

(î ' D'après M. le D r A.-B. Meyer, le Doue, S. nemœus, existerait dans file de 
Haïnan. (P. Z. S. Lond., p. 6G5, 1893.) Cette provenance mérite confirmation. 
Quoi qu'il en soit, nous pouvons maintenir notre assertion en la restreignant à 
ia partie continentale de i'empire chinois. 

Muséum. — iv. 2 3 



— 322 — 

Cette espèce, découverte par Moubot dans le Cambodge et retrouvée 
depuis sur divers points de l'Indo-Chine, avait été signalée également dans 
l'ile de Haïnan par M. Swniboe. 

Deux spécimens rapportés par M. François sont identiques à un exem- 
plaire obtenu au Cambodge par le voyageur Moubot, et faisant partie de 
la riche collection donnée au Muséum par M. A. Boucard. 

1. Oriolds diffusus Sharpe. 

Oriohts cochinchinensis David et Oustalet, op. cit., p. i32 , n" aod. 

5. Artamcs fuscus V. 

David et Oustalet, op. cit., p. 101 . n° 1 55. 

6. Stuhma sinensis Gm. 

Temcnuchus sinensis David et Oustalet, op. cit., p. 363, n° 52 2. 

7. hiAsiANis torquatts Gm. 

David et Oustalet, op. cit., p. 609, n° 590. 

Un mâle adulte, donné par M. François, se rapporte bien à celte espèce 
qui habite principalement le nord et l'est de la Chine, mais dont la pré- 
sence avait déjà ét ,; signalée jusqu'aux environs de Canton. 

Dans son ensemble, la collection formée par M. François offre un carac- 
tère méridional et indo-cbinois des plus accusés, ce qui s'explique facilement 
par la situation géographique de la région de Long-Tchéou , limithrophe 
du Tonkio. 



Obsehvatioss suit les HymÉsoptehes estomophages, 
par L. G. Seurat. 

(LABORATOIRES DE MM. LE9 PROFESSEURS MlL.NE EdWARDS ET BOUVIER.) 



A. — Organes de la locomotion. 

Parmi les problèmes intéressants que soulève l'élude de la vie des 
larves entomophages à l'intérieur de l'hôte, celui de la locomotion est un 
des moins résolus. 

Nous distinguerons plusieurs cas : le premier est relatif aux larves qui 
n'ont pas besoin de se déplacer à l'intérieur de leur hôte, ce dernier 
n'ayant pas des dimensions énormes par rapport au parasite; c'est le cas 
des Apbidides (genres Praon et Aphidius). 

Nous avons suivi l'évolution d'un Aphidius (probablement non décrit, 
d'après M. le Rév. Marschall) qui s'attaque aux Pucerons de la Bardane. 
La jeune larve qui éclôt de l'œuf est droite à l'intérieur de son hôte; elle 



— 323 — 

mange et croit à mesure, et quand elle est devenue trop grande, elle se 
courbe en arc, la tète se rapprochant de l'anus; par suite de ce mouvement, 
la bouche a toujours devant elle des matériaux, quelle dévore à mesure; 
quand l'hôte est dévoré, la tête et la queue sont cou ligues; les choses se 
passent de la même façon dans les Praons (P.JÏavinode). 

Beaucoup de Chalcidieus hyperparasites des Braconides et des Ichneu- 
monides sont également dépourvus d'appareil locomoteur. 

Examinons le cas où les larves entomophages vivent, isolées ou en so- 
ciété, à l'intérieur d'un hôte dont les dimensions sont considérables par 
rapport à elles. 

Nous prendrons pour premier exemple le cas des Ichneumonides parasites 
internes et solitaires de la chenille de Simœthys oxyacanthella L., qui \it 
sur la Pariétaire. Ces Ichneumonides sont au nombre de quatre [Mesochorus 
vittator Zetterstedl; Mesochorus confosus Holmgren; Hemiteles lœvigatus 
Ratzeburg; Augitia armillata Gravenh.) 

Disons, en passant, cpie ces Ichneumonides ont des larves identiques. 
L'exemple que nous avons choisi présente l'avantage considérable de per- 
mettre d'observer les choses par transparence; il suffit de placer la chenille 
de Simœthys sur une lame porte-objet, avec un peu de glycérine et de recou- 
vrir d'une lame de verre, que l'on presse légèrement avec la main; eu por- 
tant sous le microscope, on voit la larve du parasite s'agiter à l'intérieur de 
son hôte; si on borne l'examen à quelques minutes et qu'on délivre la che- 
nille , on a beaucoup de chances de la voir survivre à ce traitement , et par 
suite on peut élever le parasite jusqu'à l'éclosion; nous avons réussi très 
bien pour le Mesochorus vittator Zelterst. , en particulier. 

La jeune larve a une forme très spéciale : elle est formée de quatorze 
segments, y compris la tête; la tête porte en avant la bouche, entourée de 
deux mandibules aiguës, chilineuses, à l'aide desquelles la larve dissocie la 
graisse de son hôte. Le quatorzième segment porte l'anus et se prolonge, 
ventralemenl par rapport à l'anus, en un long appendice conique, qui dans 
les jeunes larves atteint presque la moitié de la longueur du corps. Si on 
examine la jeune larve à l'intérieur de son hôte, on la voit, s'appuyant par 
sa face dorsale, soit contre le tube digestif, soit contre la paroi du corps, 
s'arc-bouter légèrement, l'appendice caudal s'appuyant, dans le premier 
cas, contre la paroi du corps, dans le second, contre la paroi du tube diges- 
tif; par un brusque mouvement, la larve se redresse , l'extrémité de l'appen- 
dice caudal restant en place, la face dorsale glissant contre la paroi de 
l'hôte; la larve se meut par suite vers l'avant, elle s'arc-boute de nouveau 
et continue ainsi à se pousser à l'intérieur de son hôte. Au fur et à mesure 
que la larve grandit, si queue diminue de taille, et cela se conçoit, car, à 
mesure que le parasite grandit, la disproportion de taille avec l'hôte devient 
plus faible; de plus, les déplacements sont moins fréquents, la croissance 
rapide de la larve parasite la mettant en rapport avec les tissus qu'elle va 

a3. 



— 324 — 

dévorer; nous avons trouvé cet appendice caudal dans les larves de YAni- 
lasta evenina Grav., parasite solitaire de la Piéride du Chou. Ratzeburgl'a, 
le premier, signalé dans les larves de YAnomahn circumjlexum ; il attribuait 
à cette queue un rôle respiratoire. 

Chalcidiens. Nous avons examiné les larves d'un Encyrtus parasite interne 
et social des chenilles de Calophiasa linariœ, qui habitent le fruit de la 
Linaire vulgaire. Ces larves sont pourvues d'un appendice caudal analogue 
à celui que nous venons de décrire, mais cet appendice es! dorsal par rap- 
port a l'anus. 

Braconides. Les Mirmgaslérides, parmi les Braconides, ont le dernier 
segment du corps renflé en uni 1 vésicule énorme à surface externe rugueuse. 
Si Ton examine les chenilles de Pieris rapœ , de la façon (pic nous avons 
indiquée plus haut, il est possible d'apercevoir les larves à'Apanteles situées 
dans les fausses pattes de la Chenille; on les voit , s'appuyant par la vésicule 
anale aux tissus de l'hôte, déplacer le corps adroite et à gauche. Celte 
vésicule anale joue encore ici un rôle locomoteur. 

Larves parasites externes. Les larves parasites externes doivent retrouver 
leur hôte quand elles ont faim : elles y parviennent très facilement; on peut 
même les éloigner de leur victime et les placer à deux centimètres de dis- 
tance environ: elles savent retrouver leur proie; la locomotion est d'ailleurs 
facilitée par la présence de poils à la surface du corps; elle s'effectue par 
des mouvements de reptation. 

B. — Appareil digestif. 

Nous avons décrit l'appareil digestif des larves du Doryctes gallicus Hli. 
Il est formé de trois partie: l'intestin intérieur, l'intestin moyen et l'intestin 
postérieur. A la hase de la lèvre inférieure débouche le canal excréteur 
commun de deux glandes situées à droite et à gauche du tube digestif, 
parcourant toute la longueur: ce sont les glandes à soie. Dans la région 
antérieure de l'œsophage débouche le canal excréteur de deux glandes 
salivaires assez développées; l'intestin antérieur est révolu d'une assise chi- 
tineuse interne. H en est de même pour l'intestin postérieur : ce dernier 
donne insertion à deux tubes de Malpigbi ventraux. L'intestin moyen 
ou estomac a sa paroi formée d'une couche conjonctive externe et d'une 
assise unique de cellules épithéliales très distinctes, agios noyaux. Ce sont 
ces cellules qui assimilent les matériaux absorbés; petites dans la larve 
adulte, elles deviennent énormes dans les larves plus avancées. 

Formation de l'intestin de l'Imargo. L'intestin antérieur et l'intestin pos- 
térieur se forment les premiers; l'intestin moyen larvaire persiste très 



— 325 — 

longtemps, en raison de ses fonctions importantes de l'assimilation des 
aliments. L'intestin antérieur imaginai se forme entre la couche chitineuse 
et la paroi cellulaire de l'œsophage larvaire; la paroi de l'œsophage est 
ensuite digérée lentement par les cellules de l'œsophage imaginai jouant 
le rôle de phagocytes. 

Les glandes salivaires sont résorbées sur place. 

L'intestin postérieur se forme également entre la couche chitineuse in- 
terne et la paroi épithéliale; cette dernière entre rapidement en régression, 
dévorée par les cellules du rectum imaginai; la régénération semble se faire 
d'avant en arrière. Les tubes de Malpighi définitifs, au nombre de neuf, 
sont des évaginations en doigt de gant de la paroi antérieure de l'intestin 
postérieur imaginai: d'abord très petits, ils ne tardent pas à s'accroître. 
L'intestin antérieur et l'intestin postérieur imaginai sont très longtemps 
enveloppés par l'intestin larvaire en régression. 

Les cellules qui forment l'intestin moyen sont réparties entre la couche 
conjonctive externe et la paroi épithéliale, en petiîs îlots, d'abord séparés, 
qui se rejoignent ensuite. 

Si l'on examine une larve très âgée , on assiste à la destruction progressive 
de l'estomac, d'avant en arrière : la paroi de l'intestin moyen imaginai 
s'étendant d'avant en arrière sur la couche épithéliale, les cellules de celte 
dernière sont dévorées à mesure, les cellules non encore recouvertes étant 
nettement séparées, à noyau bien net, tandis que les cellules entourées de 
l'épithélium définitif ont des limites indistinctes, un noyau en régression, 
ces cellules ayant leur contour intérieur déchiqueté. 

L'estomac moyen imaginai rejoint l'estomac postérieur; les tubes de 
Malpighi larvaires sont coupés à leur base et régressent sur place. L'es- 
tomac larvaire va être ensuite digéré lentement par l'estomac définitif. Les 
points les plus importants sont donc : 

i° Le fait que l'intestin antérieur et l'intestin postérieur se forment en 
dedans de l'épithélium larvaire , ce dernier entourant par suite l'intestin 
adulte; l'intestin moyen, au contraire, entoure l'épithélium de l'estomac 
larvaire, qu'il digère peu à peu. 

2° La persistance, dans les stades larvaires avancés, de l'estomac et des 
tubes de Malpighi larvaires, à cause du rô'e actif que ces organes doivent 
jouer dans l'assimilation des aliments. 



— 326 — 

DEseniPTioy d'p.v nouveau genre d'Ascidie simple 

DES CÔTES DE FRANCE ( PoLYCARPOIDES SABULOSUJl), 

par M. Antoine Pizon. 

J'ai trouvé cette nouvelle espèce sur la côte sableuse qui s'étend au nord 
de la pointe de Granville; elle est assez commune au niveau de la basse 
mer, à l'époque des grandes marées. 

Le corps est complètement recouvert d'une couche de sable fin qui 
émerge à peine du sable environnant et ne laisse voir que les deux siphons 
d'une belle couleur rouge; ceux-ci ne dépassent guère quatre millimètres 
chez les plus grands spécimens et sont parcourus, sur leur face interne, 
par huit bandes orangées très étroites. 

Les plus grands individus atteignent la taille d'une noix, mais leur 
revêtement sableux est relativement très épais, et quand le corps de 
l'Ascidie en est débarrassé, il se montre à peine gros comme une noisette. 

Us vont le plus souvent réunis par petits groupes, comme les Molguh 
socialis, au milieu destruelles ils vivent, et il n'est guère possible de les 
distinguer dans le sable meuble qui les entoure, si leurs siphons ne sont 
pas étalés. 

La tunique est extrêmement mince, mais néanmoins très résistante et 
pourvue de nombreuses villosités qui agglutinent le sable. Elle est d'un 
beau rouge brun. 

L'Ascidie ouverte se montre d'un beau rose sur toute sa face intérieure. 
De chaque côté du corps, il existe une trentaine de follicules hermaphro- 
dites roses, qui proéminent dans la cavité péribranchiale et sont entremêlés 
avec de nombreuses vésicules dermiques lactescentes. 

La branebie présente quatre plis méridiens de chaque côté. 

Cette espèce appartient certainement à la tribu des Styclinées, famille 
des Cynthiadées, par ses tentacules simples, ses quatre plis méridiens 
dans chaque moitié de la branebie et son estomac dépourvu de glande 
annexe. Mais la structure particulière de ses glandes génitales rend plus 
ditlicile la détermination d'un genre actuellement existant dans lequel elle 
doit être versée. 

D'abord, par sa conformation générale, elle s'éloigne considérablement 
des genres Bathyoncus Herdm. et Pclonaïa Forb. et Good, et il ne reste plus 
qu'à la comparer avec les trois genres déjà trouvés sur nos côtes : Slyelopsis 
Traustedt, Pohjcarpa Heller et Slycla Sar. 

Elle ne peut être versée dans le premier de ces genres, qui ne possède de 
glandes génitales que sur un des côtés du corps. 

En second lieu, Heller a pris pour type de son genre Pohjcarpa l'espèce 
P. varions, dont les glandes sexuelles forment de nombreux petits marne- 



— 327 — 

Ions proéminents dans la cavité péri branchiale et qui sont tous réunis à 
leur base par une lame continue située dans la profondeur du derme. 

Roule a proposé de ne comprendre dans ce genre que les formes dont 
les glandes génitales présentent la même disposition que celles des P. va- 
rians. 

Ce même auteur réserve le genre Styela pour les espèces qui possèdent 
des glandes génitales sous la forme de petits mamelons vnisexuès, par- 
faitement isolés les uns des autres et simplement insérés sur la face interne 
du derme. 

Or l'espèce nouvelle dont il s'agit ici possède bien des mamelons indé- 
pendants les uns des autres et proéminents comme ceux des Slycla, mais 
tous les mamelons sont hermaphrodites, avec une partie mâle toujours en 
dehors et une partie femelle toujours à l'intérieur de chaque follicule. Elle 
n'appartient donc rigoureusement ni aux Polycarpa ni aux Styela, et j'en 
fais le type du genre nouveau Polycarpoides. 

Les quatre genres de Styélinées des côtes de France se caractériseront de 
la façon suivante : 

i° G. Styelopsis : Glandes génitales seulement sur le côté droit du 
cor p S . — Tous les autres genres en possèdent sur les deux côtés. 

2° G. Polycarpa : Organes mâles et femelles confondus formant une 
lame continue dans la profondeur du derme, avec des petits mamelons 
saillants dans la cavité péribranchiale. 

3° G. Styela : Organes génitaux sous la forme de petits mamelons dis- 
tincts les uns des autres, ne se touchant pas par leur base et unisexués. 

h" G. Polycarpoides : Les mamelons sexuels sont distincts les uns des 
autres comme chez les Styela, mais hermaphrodites. 



SvR L EXTRACTION INDUSTRIELLE DE LA ThORINE, 

par MM; A. Verneuil et Wyrouboff. 

Nous avons indiqué précédemment une méthode très exacte permettant 
de séparer la thorine de toutes les autres terres rares qui l'accompagnent 
généralement (l) . Cette méthode, basée sur la précipitation par l'eau oxygénée 
du nitrate de peroxyde de thorium Th 4 7 Az 2 5 , conduit à un procédé 
industriel très simple, très rapide et peu coûteux, permettant d'extraire, à 
l'état de pureté, la totalité de la thorine existant dans un minerai donné. 

W Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle, 1898, p. 169. 



— 328 — 

Appliqua en grand au traitement de plusieurs tonnes de monazite, ce pro- 
cédé' a donné des résultats tout à fait satisfaisants: nous croyons qu'il peut 
être intéressant d'en faire connaître les détails. Le minerai , quel qu'il soit 
d'ailleurs, est attaqué par l'un des procédés connus. Nous supposons qu'il 
s'agit de la monazite et tpie l'attaque s'est faite par l'acide sulfurique; c'est 
le cas le plus désavantageux, à cause de la difficulté d'éliminer complète- 
ment les acides sulfurique et pliosphorique. Le produit de l'attaque est 
dissous dans l'eau , qui doit demeurer suffisamment acide pour ne pas pré- 
cipiter de phosphates. La liqueur claire est décantée le lendemain et pré- 
cipitée parla moitié de l'acide oxalique nécessaire à la précipitation totale. 

Lesoxalates, qui entraînent toujours, dans ces conditions, une certaine 
quantité de phosphates, sont lavés jusqu'à ce que l'eau de lavage ne donne 
plus la réaction de l'acide phospliorique. Ils sont alors traités à chaud par 
une solution de carbonate de soude à 10 p. 100 jusqu'à transformation 
complète en carbonates, puis la liqueur surnageante est additionnée de 
lessive de soude pour précipiter complètement la thorine qu'elle lient en 
dissolution. On lave les carbonates pour enlever l'acide oxalique et on les 
dissout dans l'acide chlorhydrique employë sans excès. Si l'attaque par le car- 
bonate de soude n'a pas été poussée à fond , il reste un faible résidu insoluble 
dans l'acide chlorhydrique , riche en lliorine, qu'on laisse au fond du bac 
et qu'on traite à pari après un certain nombre d'opérations. La liqueur 
chlorhydrique est traitée par du peroxyde de baryum délayé dans l'eau et 
ajouté par petites portions jusqu'à ce «pie la solution ne donne plus de 
précipité par l'eau oxygénée. Le précipité, coloré en rouge orangé par du 
peroxyde de cerium, renferme la totalité de la Lhorine avec 20 à 3o p. 100 
des autres terres rares; il est recueilli sur une toile, grossièrement lavé et 
dissous dans l'acide chlorhydrique concentré ; la solution, dont on éliminera 
la totalité de la baryte par la quantité suffisante d'acide sulfurique, est 
additionnée d'assez d'eau pour former une solution à i5 p. 100 d'acide, 
puis précipitée par l'acide oxalique; les oxalates lavés jusqu'à disparition 
du fer sont traités par une solution, aussi concentrée que possible, de car- 
bonate d'ammoniaque, auquel on ajoute la quantité d'ammoniaque néces- 
saire pour la ramener à l'état de carbonate neutre. Eu organisant un épui- 
sement méthodique dans deux ou trois vases de grès, ou arrive rapidement 
à enlever la totabté de la thorine, qui entraîne avec elle 7 p. 100 environ 
des autres terres rares et spécialement des terres de l'yllria. 

La solution ammoniacale de ces oxalates est précipitée par la soude, le 
précipité lavé par décantation jusqu'à disparition de l'acide oxalique ; puis 
dissous à froid dans la quantité juste suffisante d'acide azotique. La solution 
est versée dans la quantité d'eau nécessaire pour former une liqueur à 2 p. 1 00 
de thorine et précipitée par l'eau oxygénée. Pour 1 kilogramme de tho- 
rine, il faut 7 à 8 litres d'eau oxygénée. Le précipité, extrêmement volumi- 
neux, est égoullé sur une toile et lavé jusqu'à ce que l'eau de lavage ne 



— 3'29 — 

précipite plus par l'ammoniaque. La liqueur filtrée et les eaux de lavage 
qui contiennent encore un peu de thorine sont précipitées par l'ammoniaque, 
et le précipité mis à part pour être traité ultérieurement. 

Jusqu'à ce moment de la préparation, il est inutile de se servir de réac- 
tifs purs: l'eau courante, les acides ordinaires du commerce conviennent 
très bien. En effet, quelques soins qu'on prenne dans une fabrication en 
grand, on n'évite pas les impuretés qu'il vaut mieux enlever à la fois dans 
une dernière opération. 

La tborine que l'on a ainsi obtenue contient encore environ 0,1 p. 100 
de cérium; si donc on tient à l'avoir tout à fait pure, on redissout à chaud 
le précipité dans l'acide azotique concentré et l'on traite une seconde fois 
par l'eau oxygénée. Cette fois, elle est tout à fait exempte de cérium, mais 
elle renferme de l'acide sulfurique, de l'acide phosphorique, de la chaux. 
On la dissout dans l'acide chlorhydrique; on précipite par de l'acide oxa- 
lique, on décompose à froid l'oxalate par de la soude aussi pure que 
possible; on lave l'hydroxyde qui retient beaucoup d'alcali, on le dissout 
dans l'acide chlorhydrique pur et l'on précipite par l'ammoniaque. Après 
un lavage complet, il n'y a plus qu'à dissoudre dans l'acide azotique pur et 
évaporer à cristallisation pour avoir du nitrate très pur. 11 est bien entendu 
que tous ces lavages doivent être faits avec de l'eau distillée. 

Le grand avantage de ce procédé est de n'opérer .que sur des quantités 
relativement faibles de matière, puisque, dès le début, le peroxyde de ba- 
rium précipite un mélange contenant toute la thorine et une quantité 
d'impuretés qui ne dépasse pas le tiers de son poids. 

Nous pouvons ajouter qu'au cours d'un traitement qui a porté sur plus 
de cinq tonnes de monazite, nous n'avons jamais trouvé, soit dans la pré- 
cipitation directe par l'eau oxygénée, soit dans l'épuisement fractionné par 
le carbonate d'ammoniaque, aucune terre présentant des propriétés diffé- 
rentes de celle de la thorine et pouvant, par conséquent, indiquer la présence 
du corps nouveau Iiassium annoncé par M. Ghroustchoff. Ce savant paraît 
du reste ne pas connaître la réaction si carastéristique de l'eau oxygénée 
sur la thorine, car, dans son dernier mémoire {i) , il indique cette réaction 
comme appartenant à une terre nouvelle dont il se propose de faire l'étude. 

M Bulletin de la Soc. minéralogique de Saint-Pétersbourg, 1896. 



— 330 — 

Action de la Bactérie du Sorbose sur les sucres aldÈhydiques, 

par M. G. Bertrand. 

On a vu que la Bactérie du Sorbose, cultivée en présence de divers 
alcools plurivalents, transformait les uns en cétoses et laissait les autres 
inaltaqués, suivant leur structure stéréochimique (1) . 

J'ai voulu savoir, à la suite des expériences que j'ai publiées sur l'oxyda- 
tion biochimique du xylose (2) , si la Bactérie ferait une sélection analogue 
entre les sucres aldébydiques qui correspondent à ces alcools, et, dans ce 
but, j'ai entrepris de nouvelles cultures avec des bouillons additionnés 
d'arabinose, de dextrose et de galactose. 

Ces nouvelles cultures, réalisées dans des conditions absolument compa- 
rables à celles qui ont été décrites [mur le xylose, ont présenté, quant au 
développement de la zooglée bactérienne et à la réaction linale du liquide, 
les mêmes particularités. 

Semblablemenl aussi, le rapport entre le poids de sucre disparu pen- 
dant la culture et celui de l'acide formé s'est montré conforme à l'hypothèse 
d'une transformation presque complète de ce sucre en un acide mono- 
basique, par fixation d'un atonie d'oxygène sur le groupement aldébydique. 

COU +0= COOH 

I 1 

(CH.OH),. (CH.OH)„ 

I I 

CH.OH CH.OH 



Ainsi, en opérant sur 25o centimètres cubes de bouillon , c'est-à-dire 
sur 5 grammes de sucre, j'ai trouvé après vingt-cinq jours de culture: 





SOCBB DISPARU. 


1CID8 CORRESPONDANT. 


tCICE TROUVE. 






0,73 


0,74 


Avec le galactose. . . , 


i,3g 


1 ,5 1 


1,27 




3,i8 


3,40 


3,6a 



Je me suis alors assuré de la nature de l'acide produit dans chaque cas 
en le séparant à l'état de sel, qui a été analysé et identifié par l'examen 
de son pouvoir rotatoire avec celui qu'on obtient, à partir du même 
sucre, en se servant des procédés ordinaires de la Chimie. 

Pour cela, 3 à 3 litres de culture, séparés des zooglées, ont été mis 
à bouillir pendant un quart d'heure avec du carbonate de calcium, 

(1) Bulletin du Muséum, 1898, t. IV, p. 293. 
W Bull, du Muséum, 1898, t. IV, p. 167. 



— 331 — 

puis filtrés et ramenés à un petit volume, par distillation dans le vide. En 
ajoutant un peu d'alcool au résidu, il s'est séparé en quelques jours un 
dépôt cristallin et peu coloré de sel de calcium qu'on a purifié par de nou- 
velles cristallisations. Voici les données numériques relatives aux sels 
obtenus : 

1° CULTURE AVEC L'ARABINOSE. 

Sel obtenu. — Arabonate de calcium (C 5 H 9 6 ) 2 Ca + 5 H 2 0. 
Analyse : 

TR'JCVÉ. CALCULS. 

Eau d'hydratation 19,6.3 ig,56 

Calcium 8,78 8,69 

Examen polarimétrique. — 1 gramme de sel dans quantité suffisante 
d'acide chlorliydrique normal pour faire 20 centimètres cubes; tempéra- 
ture pendant l'observation + 22 ; longueur du tube : 3o centimètres. 



SELS 

DE FERMENTATION. ORDINAIRE. 



Déviation un quart d'heure après la disso- 
lution - i° 55' - a 00' 

Déviation vingt-quatre heures après la dis- 
solution (constante) — 5° 08' — 5° 18' 



2 CULTURE AVEC LE DEXTROSE. 



Sel obtenu. — Gluconate de calcium (G 6 H 11 O 7 ) 2 Ga + H 2 0. 
Analyse : 



TROUVE. CALCDLB. 



Calcium 8,97 8,91 

Examen polarimétrique. — 1 gr. 5 00 de sel dissous à cbaud dans 
quantité suffisante d'eau distillée pour faire 3o centimètres cubes; tempé- 
rature de l'observation + 20 ; longueur du tube : 00 centimètres. 



d'oî 



ou 





SELS 






DE FERMENTATION. 


0RDI.V1AIRE. 


a 


+ o° 56' 


+ o°56' 


M. 


+ 6°i3' 


+ 6°i3' 



— 332 — 

3° CDLTURE AVEC LE GALACTOSE. 

5e/ obtenu. — Galactonate de calcium (G 5 H 11 O 7 ) 2 Ca + 5 H 2 O < ! >. 
Analyse : 

TROUVÉ. CALCULÉ. 

Calcium 7,70 7,69 

Examen polarim étriqué. — 1 gr. 5oo de sel dans quantité' suffisante 
d'acide chlorhydrique normal pour faire 3o centimètres cubes; température 
pendant l'observation 4- i5°; longueur du tube : 3o centimètres. 

SELS 

DE FERMENTATION. ORDINAIRE. 

Déviation un quart d'heure après la disso- 
lution -i°3o' -T38' 

Déviation vingt-quatre heures après la dis- 
solution (constante) — 6° 00' — G 00 

Ces résultats établissent nettement que les sucres aldéhydiques, aussi 
bien ceux qui renferment un oxhydrile secondaire attaquable par la Bac- 
térie, comme l'arabinose et le dextrose, que ceux qui n'en renferment pas. 
comme le xylose et le galactose, subissent la même transformation chi- 
mique. Ils contrastent au premier abord avec la différenciation à laquelle 
on pouvait s'attendre; mais, si l'on considère qu'en général la transfor- 
mation de l'aldéhyde en acide dégage plus de chaleur que celle de l'alcool 
secondaire en cétone, on sera moins surpris de cette uniformité et Ton 
pourra admettre, comme une explication vraisemblable, que la Bactérie, 
placée en présence des divers sucres énumérés, utilise d'abord la réaction 
la plus rémunératrice , c'est-à-dire l'oxydation de leur groupement com- 
mun , de leur groupement aldéhydique. 

(l) J'ai ohtenu aussi, en saturant une culture avec du carbonate de cadmium, 
le sel double de calcium et de cadmium (le premier métal provenant de la cul- 
ture). 

(C«H'»0')*C.1\ n , 

TROUVE. CALCULE POUR f f 6 TJI 1 n' 2 ("n / 9 

Eau de cristallisation 1^,7^ ii,8i 

Cadmium 10,18 10,21 

Calcium 3,79 3,65 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N° 8. 



-S<S><3— 



tr REUNION DES NATURALISTES DU MUSÉUM. 

27 DECEMBRE 1898. 

PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWABDS, 

DIRECTEUR DU MUSÉUM. 



M. le Président dépose sur le bureau le 7 e fascicule du Bulletin 
pour l'aimée 1898. paru le s3 décembre et contenant les commu- 
nications laites dans la réunion du 29 novembre. 

Par arrêté du 3o novembre 1 898 , M. Gravier, docteur es sciences 
naturelles, préparateur de Zoologie à la Faculté des sciences de 
Paris, a été nommé assistant de la chaire de Zoologie (Annélides, 
Mollusques et Zoophytes) au Muséum d'histoire naturelle, en rem- 
placement de M. Bernard, décédé. 

Par arrêté du 9 décembre, M. Tjssot (Jules), lauréat de l'In- 
stitut, docteur es sciences, a été nommé préparateur au laboratoire 
de la chaire de Pathologie comparée du Muséum d'histoire natu- 
relle, avec effet du I er janvier 1899. 



CORRESPONDANCE. 

M. le Directeur annonce la mort de M. Marche, le voyageur 
naturaliste bien connu, qui a enrichi les collections du Muséum 

Muséum. — n ah 



— 33/i — 

de très nombreux spécimens. Dans ces dernières années, M. Marche 
s'était retiré à Tunis et remplissait les fonctions de bibliothécaire 
delà ville. 11 est décédé à Paris le 3l août 1898. 



M. .1. Claine, \ice-consul de France à Rosario (République Ar- 
gentine), par une lettre en date du 3o novembre 1898. annonce 
L'envoi qu'il l'ail au Muséum, par le bateau les Alpes, d'une caisse 
contenant des Tortues vivantes du Parana et d'une boîte remplie 
de Reptiles conservés dans l'alcool. 



M. Villeroy, lieutenant de juge à Saint-Louis (Sénégal), offre à 
la ménagerie du Muséum un Rapace de forte taille qui a été pris 
dans une chasse, à plusieurs lieues de Saint-Louis. 



Le R. P. Bicbet, supérieur de la mission catholique de Sainte- 

,\ • du Fernan-Vaz (Congo français), écrit le 3i octobre 1898 

qu'il expédie au Muséum, par le paquebot la I ille-de-Maranhao, 
une caisse renfermant deux squelettes de Gorilles (mâle et fe- 
melle), une caisse renfermant un Boa, une caisse renfermant un 
Porc-Epic et deux caisses contenant chacune une Vipère cornue. 



M. .1. Bichbr, capitaine au long cours, agent général de la 
compagnie des Chargeurs réunis à Libreville (Congo français), se 
propose d'envoyer au Muséum, au mois de juillet prochain , quelques 
animaux vivants, des dépouilles et des Insectes préparés. 



VI. F. Brandon, commerçant à Libreville, a fait remettre au Mu- 
séum, par l'entremise de M. Chaillot, directeur du Jardin d'essai 
de Libreville, deux peaux de Gorilles mâles et un squelette de la 
même espèce. 

VI. le l) 1 ' Alphonse Voillot annonce son départ pour la Haute- 
Sangha. 



— 835 — 

M. Ed. Hostaiins, administrateur adjoint de a c classe, chargé de 
mission dans le Haut-Cavally, se propose de faire, de concert avec 
M. le vicomte d'OIlone, des recherches d'histoire naturelle et s'ef- 
forcera particulièrement de procurer au Muséum des spécimens de 
l'Hippopotame de Libéria (Chœropsis liberiensis). 



M. le Président de la Répi blique a fait don à la ménagerie» du 
Jardin des Plantes d'un jeune Phacochère (femelle) du Soudan, 
âgé de 8 mois environ. La bète est très douce, complètement ap- 
privoisée et montre beaucoup d'affection pour un jeune Chien avec 
lequel elle a été accoutumée à vivre. 



M. L. Argelliès, commandant le paquebot la Ville-de-Maranhao , 
des Chargeurs réunis, se proposait d'offrir au Muséum, avec une 
jeune Frégate (Tachypetes aquila) venant de l'île d'Europa, dans le 
canal de Mozambique, deux Albatros d'espèces différentes (Diomedea 
exulam et D. culminata) pris en nier à l'aide de fils, non loin de 
Cape-Town. Malheureusement, les Albatros ont succombé en roule, 
dans la traversée de Lisbonne au Havre, à la suite des mauvais 
temps que le navire a essuyés et la Frégate est morte en arrivant. 
Les Albatros, remis au laboratoire d'Anatomie comparée, ont servi à 
faire d'intéressantes préparations anatomiques des sacs aériens. 



M. R. Bouilhac, répétiteur général au lycée Louis -le -Grand, 
expose les résultats de ses Recherches sur la végétation de quelques 
Algues d'eau douce qui ont fait le sujet d'une thèse soutenue en 
Sorbonne et qui lui ont valu le grade de docteur es sciences. Il 
offre à la Bibliothèque du Muséum un exemplaire de cette thèse 
et exprime à M. le Directeur et à MM. les Professeurs ses remer- 
ciements pour la bienveillance avec laquelle ils Pont accueilli el 
ont mis à sa disposition les ressources de leurs laboratoires. 



M. le D r E. Gley. professeur agrégé de physiologie à la Faculté 
de médecine, assistant au Muséum offre également à la Bibliothèque 



— 33C — 

un tirage ù part de ses Recherches sur V action physiologique du sérum 
d'Anguille, publie'es dans les Archives internationales de pharmaco- 
dynamie (1898). 



COMMUNICATIONS. 



Lies PËiNTonss in; Michel G armer ai Muséum d'histoire \atikelle, 

par M. E. T. Hamy. 



! 

Je découvrais un certain dimanche «le juillet 187O, empiles dans mi 
coin d'une salle de l'Hôtel des Ventes, trente-sept panneaux représenlanl 
<l<-s fruits exotiques. Ces peintures ressemblaient si complètement à celles 
que possédai! déjà la galerie de botanique de notre Muséum, que je ne 
doutai pas un seul instant de L'origine commune des deux collections ainsi 
rapprochées dans mon esprit. Je pré-vins M. Bureau et le lendemain on 
nous adjugait le lot tout entier sur une mise à prix de 100 francs ''. Trans- 
portés au Jardin des Plantes, les tableaux que nous venions d'acquérir à si 
bon compte se trouvèrent, en effet, appartenir, comme je l'avais prévu, à 
une collection acquise un quart de siècle plus tôt par Adolphe lîron'jniart ' . 

Certains numéros, conservés dans un angle îles panneaux de la série 
nouvelle, venaient s'intercaler parmi ceux qu'on pouvait encore lire sur les 

"' Elles ont donc coûté, avec les frais, mi peu moins do .'! francs la pièce. 
Cette première série, composée dé 90 pièces, dont r>o avec cadres et 4o sans 
cadres, avait été acquise à la fin de décembre l 85 1, pour la somme «le 3oo francs, 
à un brocanteur de la place du Carrousel, qui les avait échangées, à ce qu'il as- 
surait, à un officier de marine contre une panoplie d'armes anciennes. M. Poisson 
avait été chargé par le professeur d'aller examiner la collection , et il a conservé de 
cette petite mission le souvenir le plus précis. 

Je lui dois aussi les noirs qui suivent sur le sort qui lut fait à cette première 
collection après son achat. '-Les meilleurs tableaux, dit M. Poisson, ceux qui 
étaient achevés, car il y en avait beaucoup à l'état d'études, furent destinés, sui- 
tes instructions de M. Brongniart, à la galerie publique de botanique où ils sont 
actuellement, et les autres furent placés au-dessus des armoires latérales et dans 
la {galerie des herbiers. On fit redorer les cadres qui avaient besoin de celte répa- 
rai ion, et les toiles privées de cadres en reçurent de bois peint en noir. . . (les 
œuvres ont l'inconvénient «l'être peintes sur papier collé sur toile, ;mssi plusieurs 
se sont-elles un peu éraillées n 



— 337 — 

étiquettes de la série ancienne , et nous demeurâmes persuadés que s'il 
restait de graves lacunes dans l'ensemble, nous avions du moins sauvé de 
la destruction la meilleure partie d'une œuvre fort importante pour l'icono- 
graphie botanique. 

Malheureusement, celte oeuvre était anonyme; on ne retrouve sur aucun 
des 127 tableaux ainsi réunis au Jardin des Plantes aucune signature, pas 
même une initiale. Le choix des sujets fait pourtant penser aux îles afri- 
caines, mais les enquêtes instituées par nos botanistes à Bourbon, à Mau- 
rice, au Cap ne leur ont laissé rien découvrir' 1 ', et chacun commençait à 
craindre que l'histoire d'une entreprise aussi honorable pour la science et 
pour l'art fut à jamais perdu, Lorsqu'un petit livret découvert dans d'an- 
ciens papiers de l'administration du Muséum est venu donner enfin la so- 
lution de l'énigme. 

J'ai trouvé en effet, parmi les pièces justificatives du procès-verbal de 
l'assemblée des professeurs du 6 septembre 181 5, une brochure de 
seize pages, sans nom d'imprimeur et sans localité, où se lit ce titre inter- 
minable : 

Catalogue d'une collection de plus de deux cents fruits dp l'Asie, de l'Afrique 
et de l'Amérique, acclimatés aux îles de France et de Bourbon; peints de gran- 
deur naturelle sur les lieux, par groupes , arec leurs feuilles, telles qu'elles se 
trouvent sur l'arbre , et un de chaque fruit coupé, pour eu faire connaître l'in- 
férieur : le tout peint à l'huile sur eut quarante tableaux de vingt pouces sur 
seize , sans le cadre ; plus quarante-sept dessins, tant arbres, fleurs et intérieurs 
desdits fruits, exécutés par M. G abnier, peintre et dessinateur, désigné pat- 
ordre du Gouvernement français en l'an 1800, dans l'expédition de long cours 
commandée par le capitaine Boudin. 

Ma première pensée, en lisant ce long préambule, se reporte vers les 
peintures que j'ai contribué à faire entrer vingt-deux ans plus tôt au Muséum. 
J'ai ici les dimensions des tableaux de Garnier; le catalogue qui suit le titre 
reproduit les étiquettes et les numéros d'ordre «pie le peintre leur a donnés. 
Je cours à la galerie de botanique: les mesures, les titres, les numéros cor- 
respondent rigoureusement. C'est bien la collection Garnier, disparue à la 

W M. Bureau, frappé de la ressemblance entre certaines de ces peintures et 
plusieurs fruits modelés par Robillard d'Ar^entelle, a supposé un instant , que les 
deux séries avaient uue commune origine. Or les fruits modelés font partie du 
Carporama donné eu 1887, au Muséum, par MM. d'Iray et M. et M me de Bras 
de Fer, arrière-petits-neveux et nièce de Robillard d'Argentelle. Comme ils ont été 
exécutés à l'île de France de 1802 à 1806, c'est-à-dire à la même époque où les 
tableaux ont été peints dans cette même île, ainsi qu'on le verra plus loin, rien 
n'empêche de supposer que les artistes auteurs des deux collections ont, parfois 
travaillé ensemble. 



— 338 — 

mort du pauvre artiste, que nous avons en partie retrouvée, et qui va re- 
prendre, grâce à celle rencontre inespérée, toute sa valeur historique. 

Une copie du catalogue est remise à M. Bureau, qui va faire la revision 
de tous les tableaux qu'il possède, pendant que je rechercherai les docu- 
ments relatifs à fiarnier, à sa vie et à son œuvre. 



11 

Le premier de ces documents qui ait été retrouvé, c'est l'acte de baptême 
du peintre. 

Les livrets des Salons, auxquels il a pris part jadis, apprennent qu'il est 
né à Saint-Cloud, et dans une pétition datée de 1815, dont je reparlerai 
plus loin, d se dit âgé de 60 ans. L'acte qui le concerne a donc été rédigé h 
Saint-Cloud vers 17B2 ou 1753, et on lit en effet, au Registre des baptêmes 
et mariages de cette paroisse pour 1 70^ , la pièce que voici (,) : 

Michel, fils de Michel damier, frotteur du château de Saint-Cloud, et d'Eli- 
îahelh Hubert, ses père et mère, de cette paroisse, né de leur légitime mariage 
le vingt et un janvier mil sept cent cinquante-trois, a été baptisé par nous curé 
le même jour desdils mois et au. Le parain a été M. Jean-Baptiste LeBlanr, valet 
de chambre de M Rr le duc d'Orléans, la marraine a été Marie-Calherine Courtois, 
veuve de François (larron, ollirier de Madame la Duchesse du Maine, demeurant 
à Paris, rue Varenne. paroisse Saint-Sulpice, lesquels ont signé. 

Mirhel Oarnier, Jean-Baptiste Le Bî.anc, veuve Carron. 
Messier, curé. 

On ne sait rien des débuts artistiques de Michel (iarnier; on ignore, eu 
particulier, «le la manière la plus complète comment le fils du frotteur du 
château de Saint-Cloud devint élève du peinlre de genre J.-B. Marie Pierre. 
Il a près de quarante ans quand il se décide à envoyer au salon de 1793 
deux tableaux : L'Attente de l'amant et La bonne mire, sujet tiré des Contes 
de Mannontel w , qui reçoivent un assez bon accueil de la critique^. 

On trouve de nouveau son nom dans les livrets des années suivantes; il 
continue à exposer des tableaux de genre : Femme donnant une lettre; Mère 

W Greffe du tribunal de Versaille». lieg. de* Bapt. et Mariage» de Saint-Cloud, 
,753. — Je dois la copie de rette pièce à l'obligeante intervention de M. Couard . 
archiviste de Seine-et-Oise. 

W Livret du Salon de î^gS, n'" 19 et U'.i. — (les deux tableaux, aujourd'hui 
disparus comme presque tous ceux dont il sera question plus loin, mesuraient 
•ia pouces de large sur 27 de haut. 

' ;, > Cf. Explication par ordre des numéro* el jugement motivé de» ouvrage* de 
Peinture. Paris [179B] (Anonyme). 



— 339 — 

couronnant son enfant; Un déjeuner d œufs frais ; Le saut parla fenêtre; Le 
mot à l 'oreille ; Les lettres découvertes ; Le coup de cent, etc. {l > 

Et la notoriété qu'il acquit ainsi peu à peu, lui permet d'obtenir sa no- 
mination comme l'un des peintres de l'expédition qui s'organise pour ex- 
plorer les Terres ausl raies sous le commandement de Baudin w . 

Il embarque à bord du Naturaliste, à titre de peintre de genre en même 
temps que Milbert et Le Brun prennent place sur le Géographe , l'un comme 
peintre de paysage, l'autre comme dessinateur architecte (19 octobre 1800Ï. 

Mais les pauvres artistes, qui ne sont nullement préparés à subir les fa- 
tigues d'un pareil voyage, tombent bientôt tous trois malades, et il faut les 
abandonner à l'Ile de France (-3 5 août 1801). Michel Garnier, qui n'a pas 
moins de 48 ans, a été particulièrement éprouvé par la traversée; il se 
remet lentement et cherche à "trouver dans ses talents, comme il l'écrit lui- 
même, des moyens d'existence. 71. Parmi les travaux auxquels il s'est livré, 
conlinue-t-il, *il a cru pouvoir rendre un service à l'histoire naturelle en 
peignant dans leur grandeur tous les fruits de l'Asie, de l'Afrique et de 
l'Amérique acclimatés ou existant dans la colonies (3) . 

L'Ile de France nourrissait en effet, dès cette époque, un surprenant 
assemblage de végétaux des provenances les plus diverses. Pour en prendre 
une idée juste, écrivait Péron , "il faut aller visiter le jardin du Gouverne- 
ment dans la plaine des Pamplemousses; c'est là que le respectable M. Céré 
a su naturaliser, depuis trente ans, un nombre prodigieux d'arbres et d'ar- 
bustes arrachés, les uns aux plages ardentes de l'Afrique, les autres aux 
rivages humides de Madagascar: ceux-ci sont venus de la Chine ou du 
Pégu, ceux-là sont originaires des rives de l'Inde et du Gange; plusieurs 
naquirent au sommet des Galles, quelques autres vécurent dans les riches 
vallées du Cachemire: la plupart des îles du Grand Archipel d'Asie, Java, 
Sumatra, Gevlan, Bouro. les Moluques, les Philippines, Taïli même, ont 
été mises à contribution pour la richesse et l'ornement de ce jardin : les 
Canaries, les Açores lui ont offert de nombreux tributs; les vergers, les 
bosquets de l'Europe, les forêts de l'Amérique ont été dépouillés pour lui; 
on y retrouve plusieurs productions de l'Arabie , de la Perse , du Brésil . 
de la côte de Guinée, de la Gafrerie, et nous avons nous-même déposé 
dans son sein de nombreux échantillons des végétaux singuliers des forêts 
australes. C'est là qu'en errant, au milieu d'allées profondes et silencieuses, 
on peut voir confondus tous ensemble ces hôtes précieux, étonnés de se 
trouver sur le même sol; avec quelle douce émotion je contemplais cet 

■ l > Voir la série des Livrets jusqu'à 1799. 

M II se serait décidé à partir, suivant ce que rapporte un de ses amis, le 
peintre Coupin Delacoaprie, trpour apporter une distraction puissante à des cha- 
grins amers-'. (Lettre à Mirbel, ik février 1819. Arch. du Mus. 1819, carton n° 1 .1 

W Pétition «à Son Excellence Monseigneur le Comte de Montalivet , Ministre de 
l'Intérieur», juillet 1 8 1 -j . (Arch. du Mus. 1810. carton n° 3.) 



— 340 — 

arbre de Teck, ce géant des forêts équinoxiales, et dont on fait dans l'Inde 
des vaisseaux presque incorruptibles; cet Arbre à pain, dont le fruit sa- 
voureux nourrit toutes les peuplades du grand Océan équaloiial; le Rafla 
de Madagascar, ce palmier précieux , qui fournit un savon délicat et corro- 
borant; le Muscadier, qui, ravi naguère par le respectable M. Poivre, doit 
nous affranchir bientôt du tribut que nous payons encore au monopole 
hollandais; le Giroflier, dont les fruits innombrables et d'une belle cou- 
l**tii* rouge produisent un si charmant effet, et qui fournit déjà dans nos 
lies bien au delà de notre consommation de girofle; le Badamier à feuilles 
larges, d'une verdure aussi douce qu'agréable, et qui porte une petite 
amande allongée, plus délicate que nos meilleures noisettes; YEbénier, à 
qui nous devons ce bois si recherché dans les arts, si précieux par son beau 
poli, par sa couleur d'un noir éclatant: le Pamplemoutsier, dont le Iruitest 
une espèce d'orange de la grosseur d'un petit melon et dont l'écorce est 
susceptible de former d'excellentes confitures; le Tamarinier, dont les si- 
liques produisent celle pulpe aigrelette qui nous est un médicament agréa- 
ble et salutaire; V Oranger nain de la Chine, haut d'un pied seulement, 
qui porte un fruit gros à peine comme celui du café, et qui, rouge comme 
lui, se distingue par son parfum agréable de citron; YHymenœa, arbre 
charmant, dont les feuilles opposées deux à deux, symbole d'une heureuse 
union, tendent toujours à se rapprocher; l' 'Aréquier, dont la tige élégante se 
projette dans les airs et produit ces régimes de noix d'arec si recher- 
chées pour l'usage du bétel, et dont elles forment elles-mêmes la base 
essentielle; le Carmnboiier, dont le fruit à quatre côtes 1res saillantes con- 
tient un suc abondant et légèrement acidulé; le Jacquier, voisin de l'arbre 
à pain, et qui porte, le long de sa tige, d'énormes fruits de la forme d'une 
citrouille allongée, précieux aliment des esclaves; le Litchi, don! l'enveloppe 
tuberculeuse et coriace recouvre une pulpe agréablement parfumée; \eMan- 
goustan, originaire de la Chine, ainsi que le précédent, et dont on s'ob- 
stine, dans ces régions, à regarder le fruit comme le meilleur du monde; 
le (lajier, si connu maintenant de notre Europe, et dont les petites baies à 
deux semences sont recouvertes d'une belle enveloppe écarlate; le Manguier, 
l'analogue de notre poirier, et qui, modifié par la culture, présente, 
comme lui. de nombreuses variétés; le Bananier, dont le nom seul réveille 
tant de douces idées, tant de souvenirs agréables; le Cocotier, si célèbre 
dans toutes les relations, et d'un si bel effet dans les paysages équatoriaux; 
le Palmiste, qui ne porte qu'une fois en sa vie ce chou précieux qui le ter- 
mine, et que l'on peut préparer de tant de manières utiles: le I èlongos de 
Madagascar, dont les fruits symétriquement disposés en une grappe im- 
mense représentent si bien un ('norme buisson d'écrevisses ; le Jambos, 
dont les drupes assez semblables à de petites prunes noires offrent, comme 
elles, une pulpe odorante et sucrée; le Jam-mulac, dont on forme de si 
belles charmilles: le Bambou épineux, si propre à faire des baies impéné- 



- — 3âl — 

trahies; le Raven-tsara, dont la feuille el les fruits seraient susceptibles de 
fournir une épice agréable et d'un très bas prix; Y Avocatier, dont la chair 
épaisse el jaunâtre a quelques rapports avec celle de nos poires fondantes, 
oiais qui. beaucoup plus fade qu'elle, a besoin d'être relevée par quelques 
assaisonnements: le Goïavier. qui fournit, au milieu des forets, un rafraî- 
chissement salutaire; le Canneiier de la Cochinchine, dont l'écorce ne le cède 
guère ;i celle de Ceylan: le Baobab ou Pain-de-Siuge, ce fameux Adanso- 
iiia, la plus grande et la plus grosse espèce «l'arbre connue; le Vacois, dont 
les rejets, sous une forme impudique, descendent le !<>ng de la tige pour 
aller lui fournir des nouvelles racines et dont les feuilles sont employées à 
tant d'usages utiles: le Frangipanicr, dont les belles corolles d'albâtre ex- 
halent un parfum si délicat et si suave; le Cotonnier, qui nous prête son 
admirable duvet, après la maturité des graines auxquelles il devait servir 
de langes; le Bois de fer. arbre précieux, qui croît si rapidement, qui s'ac- 
commode des lieux les plus stériles , et qui réussirait vraisemblablement si 
bien dans nos climats méridionaux; YAttier, dont le fruit tuberculeux 
cache, sous une écorce dure, épaisse et coriace, une pulpe savoureuse et 
délicate, comparée, par tant de voyageurs, à de la crème sucrée; le Rosier 
de la Chine , qui . croissant naturellement au milieu des forêts, marie partout 
ses Heurs avec celles du Jasmin odorant et de la belle Pervenche de Mada- 
gascar; le Papaïer, dont le suc laiteux et caustique est employé' comme un 
excellent vernissage, et dont le fruit est recherché sur les meilleures tables; 
le Ravinai ou Arbre du Voyageur, ainsi nommé de la propriété singulière 
qu'il a de fournir une grande quantité de très bonne eau douce, lorsqu'on 
le perce à la base des feuilles; le Jam-rosa, qui porte des fruits de la plus 
belle couleur rose, el dont on obtient, par la fermentation et la distillation, 
un alcool si délicieusement parfumé; le Cassier, qui fournil à la médecine 
l'un de ses purgatifs les plus simples el les plus doux: le Dattier, le Carrou- 
bier, le Mijrobolan,Y Arbre de ben. Y Arbre à remis, Y Arbre envers, le Bois 
de lait, Y Arbre de Cithère, le Latankr, la Roussaille . Y Arbre à suif. Y Arbre 
à thé, le Café d'Edeii , le Cirier de la Cochinchine, le Savonnier, le Cubèbe, 
le Lilipé , le Longane de la Chine , le Ouattier, le Vaucassaie , le Cacaoïer, le 
Roucouïer, le Chèrembettier, le Bibassier, le Veloutier, elc.,etc: mais telle est 
la profusion des végétaux utiles que l'industrie de l'homme et son heu- 
reuse activité ont su réunir sur un aussi petit théâtre, qu'il faudrait outre- 
passer de beaucoup les bornes naturelles de ce chapitre pour en continuer 
l'énuméralion: el lorsqu'on vient à penser que celle multiplication prodi- 
gieuse de végétaux intéressants est le résultat d'un petit nombre d'années 
d'expériences el de travaux, le fruit lionorable d'un petit nombre d'hommes, 
on se sent pénétré de reconnaissance pour les auteurs de tant de bienfaits, 
à la tête desquels se présentent La Bourdonnais, l'immortel Poivre, Hubert 
el Géré , Commerson , Du Petit-Thouars et Martin . . . ' -. 

(i Voyages de découvertes mur Terre» Australes. . . sur les corvettes le Géographe , 



342 — 



III 



Ces merveilles végétales de l'Ile de France, dont la contemplation surex- 
citait ainsi le lyrisme de François Péron, avaient aussi exercé leurs séduc- 
tions sur le peintre Michel Garnier, et tout en s'efforcant de se procurer à 
l'aide de son art les moyens de rester en France, le pauvre exilé s'atta- 
chait à reproduire, entre une leçon de dessin H une séance de portrait ' . 
les traits ou les graines des végétaux dont on vient de parcourir les noms 
et de liien d'autres encore que n'a point cités l'historien du I oyage aux 
Terres Australes. 

Pendant cin<| ans, il entretient à grands Irais des noirs qui épient sur 
divers points de la colonie la maturité des fruits el les rapportent à leur 
maître «quelquefois de plus de douze lieues ». Et Garnier, fsous un ciel où 
la moindre application est un supplice, est obligé de travailler sans re- 
lâche rrpour ne point laisser échapper ce point précis de la maturité» :2) . 

L'heure vient enfin où, après une longue attente, le laborieux artiste peut 
songer au retour. La frégate la Canonnière rentrait en France; il fut auto- 
risé ;i embarquer comme passager, avec la petite fortune qu'il avait ac- 
quise l et qu'il eut l'imprudence de mettre pour 1rs deux tiers en denrées 
coloniales. 

La frégate fut prise par l'Anglais et il ne fut permis à l'infortuné voya- 
geur d'emporter qu'une malle, qu'il vida des effets qu'elle contenait pour 
sauver ses beaux fruits peints qu'il mit en place'* 5 . 

Grâce à ce subterfuge, il avait pu sauver une collection ir unique en son 
genre», et qu'il avait souvent refusé de vendre à des étrangers. <r mettant 
son amour-propre à la rapporter dans sa patrie» (5) . 

Sa première pensée, en arrivant a Paris", est rrd'en faire hom- 
mage à S. M. l'Empereur et Roi, Protecteur des Arts et constamment oc- 
cupé de ce qui peut accroître la splendeur et la gloire de son Empire.» Mais 
ainsi qu'il l'explique en son style incorrect et diffus, »par l'événement qui 
l'a dépouillé d'une fortune médiocre, quoupic acquise par de longs Ira- 
is Naturaliste, et lu goélette le Gasuarina, pendant les années 1800. . . îKofr. . . 
rédigé pur M. F. Péron. (Paris, Impr. imp. 1807. t. I, 57-61.) 

1 irLa richesse des colons, ditCoupin Delacouprie, lui avait (tonné le moyen de 
faire une quantité prodigieuse de portraits.» (Lettre citée.) 
Coupin Delacouperie, lettre citée. 

Œ Elle s'élevait à près de deux eut mille francs. (Goupin Delacouprie, lettre 
citée.) 

' Tous ses autres liajjages, y compris cinq caisses d'objets d'histoire naturelle 
-qu'il s'émit pin à recueillir*, restèrent aux mains du vainqueur. 

(5) J'emprunte tous ces détails à In pétition déjà citée, et dont il va être ques- 
tiouun peu plus bas. 

W H descend n" y. place des Petits-Pères, où it est encore en 1 8 1 &. 



— 343 — 

vaux, âgé de 60 ans, toujours malade et n'étant plus en étal d'en entre- 
prendre d'autres , cette collection est devenue la principale partie de son 
avoirs. 

Elle se compose alors «de 200 et quelques fruits peints a l'huile, sur 
i/jo tableaux de 22 pouces sur 17, et il en sollicite instamment l'achat du 
Ministre de l'intérieur». 

La lettre de Garnier, aposlillée par le sénateur comte du Puy, parvient à 
Montalivet dans les premiers jours de juillet 1812 et, le 28 de ce mois, elle 
est envoyée par le Ministre aux Administrateurs du .Muséum qui sont priés 
d'examiner wsi cette collection présente assez d'intérêt » pour être acquise 
par rétablissement ' . On nomme des commissaires: ils déclarent que la 
collection est d'une grande valeur "tant du côté de l'art que de celui de la 
représentation des fruits peints de grandeur naturelle» , qu'elle devrait être 
acquise irpour être placée dans une administration publique», mais que le 
prix paraît devoir être considérable -~ : - , et que le crédit du Muséum est trop 
faible rrpour qu'on puisse en distraire les fonds nécessaires à cette acquisi- 
tion»^. 

Cependant les événements s'aggravent, les désastres s'accumulent, et 
Garnier se voit contraint d'attendre des temps meilleurs. Le gouvernement 
nouveau qui s'établit trois ans plus tard ne se montre pas d'abord favo- 
rable aux propositions de l'artiste. Celui-ci, qui a perdu sa première con- 
fiance dans l'Administration, imprime le catalogue qu'il a préparé pour le 
Salon de 181 h (1) et l'adresse, sans aucun succès d'ailleurs, à MM. les Ama- 
teurs d'Histoire naturelle ' : c'est la plaquette dont j'ai parlé en commen- 
çant. 

Quatre ans se passent encore. Garnier s'est marié; sa femme est morte, 
laissant deux enfants en bas âge. Poussé par la nécessité, il risque une nou- 
velle démarche : un de ses amis , le peintre Coupin Delacouprie , qui a donné 
des leçons à la fille du secrétaire général de l'Intérieur, intervient longue- 
ment auprès de ce dernier, qui saisit à nouveau , le 9 mars 1819, l'assem- 
blée des professeurs du Muséum des offres du vieil artiste. Deux botanistes 
éminents, Jussieu et Desfontaines et van Spaendonek. le célèbre peintre 

i l ) Archives du Mus. 181a , a e carton. 

Garnier demandait 3o,ooo francs. 
v3) Lettre écrite par les professeurs-administrateur» du Muséum d'Histoire Natu- 
relle à S. Exe. le Ministre de V Intérieur, Comte de l'Empire, a 3 septembre 181a. 
— Celte lettre signée Laurier, professeur secrétaire, est imprimée en tète de la 
liiochure (Catalogue, etc.) de Michel Garnier, dont la découverte a provoqué le 
présent travail. 

1 Le livret du Salon de 181 h mentionne en effet, au nom de Michel Garnier, 
"partie d'une collection de 1 ?io tableaux, représentant des fruits de l'Asie, de l'Afrique 
et de V Amérique , acclimatés aux îles de France et de Bourlmn. 

Notre exemplaire est, je le répète, daté du 6 septembre i8i5. 



— ZUi — 

de fruits et de Heurs, constituent un jury particulièrement compé- 
tent ' . 

Le 23 mars 1819, ils présentent à leurs collègues un rapport fort élo- 
gieux sur l'œuvre qu'on leur a soumise en partie. « Nous pensons, écrit l'un 
deux, que difficilement pourrait-on engager un autre iTliste qui aurait, le 
même talent cl nous pourrait faire connaître aussi bien ces fruits dont nous 
ne possédons qu'une partie que l'on nous a envoyée de temps en temps ou 
secs ou dans des liqueurs. Les couleurs en sont toujours aller, es... ils 
n'étaient donc qu'imparfaitement connus de tous ceux qui ne les avaient 
point vus dans le pays même où ils viennent. . . Cette collection serait 
très bien placée au Muséum. . . où les naturalistes pourraient la consulter 
journellement; elle servirait encore utilement au cours d'Iconographie. . .; 
le Ministre pourrait en faire l'acquisition moyennant la somme de 
i 5,ooo francs à laquelle M. Garnier réduit aujourd'hui ses prétentions " .- 

L'assemblée approuve le rapport . mais décide que Son Excellence sera 
priée, si elle juge à propos d'acquérir ces peintures, de vouloir bien en impu- 
ter lu dépense sur des fonds étrangers u l'Etablissement et destinés aux encou- 
ragements des Arts. 

1 0,000 francs ;i prendre sur les fonds des encouragements aux Beaux- 
\its. c'est presque le tiers dn crédit annuellement affecté à ce genre de 
dépenses; il n'\ faut pas songer. 

Le projet d'achat est abandonné. Michel Garnier, qui a dépassé 67 ans, 
ne larde p;is à succomber et son u-uvre , dédaignée, \ienl échouer chez les 
revendeurs, où le Muséum l'acquerra plus lard pour une somme tout à l'ail 

dérisoire. 

J'ai déjà dit quelle compte actuellement 137 numéros, c'est-à-dire à 

peu près la moitié des pièces qu'elle comprenait en iHiô. Ce sont des 
peintures à l'huile sur papier, généralement un peu sèches, mais toujours 
lies lideles. I ii bon Dombre d'entre elles se font remarquer par une grande 
délicatesse de couleur et de jolis ellèls de lumière. 

M. Bureau a bien voulu m'autoriser à vous présenter quelques spé- 
cimens choisis dans la collection: ils vous permettront d'apprécier à son 
juste mérite l'œuvre d'un artiste oublié et méconnu , donl noire Cabinet de 
Botanique pourra désormais se montrer justement lier. 

1 Arch. <ln Mus. 1 8 ii|. carton I. 
Cela mettait les peintures à 100 lianes la pièce environ, et Jussieu rémarque 
dans une noie annexée au dossier que rosi à peu (très la valeur d'une dis peintures 
de plantes ol animaux sur vélin qui enrichissent la collection des dessins com- 
mencés par liasion d'Orléans el conservés dans nuire Bibliothèque. 



— 345 — 

Relation sommaire d'un voyage au versant occidental dv Mexique, 

par M. Léon Diguet. 

Le dernier voyage sur le versant pacifique du Mexique , que je viens 
d'entreprendre, comme chargé de mission par le Muséum et le Ministère 
de l'Instruction publique, avait pour but principalement de parcourir 
l'Étal de Jalisco et le territoire de Tepic , afin de recueillir des collections 
de la l'aune, de la flore et de l'ethnographie de ce pays. 

Cette contrée, quoique pacifiée et tranquillisée depuis déjà nombre 
d'années, n'a commencé a être l'objet d'études sérieuses que depuis seule- 
ment quelques années. 

Les conditions tout à fait exceptionnelles, résultant des différences de 
climat et d'altitude , et l'abondance des matériaux scientifiques donnent à 
celte région un réel intérêt. 

L'État de Jalisco et le territoire de Tepic forment une région constituée 
par un vaste plateau d'une altitude de i,5oo mètres, s'abaissant progres- 
sivement vers l'ouest jusqu'à une altitude de 900 mètres; à partir de ce point , 
plus ou moins relevé par des crêtes de chaînes de montagnes, la chute est 
brusque, et la contrée atteint sa limite en formant des plaines d'aliuvions 
de faible élévation, médiocrement accidentées, que délimite l'océan Paci- 
fique. 

Le plateau central ne présente pas l'aspect d'une vaste plaine uniforme; 
an contraire, assez accidenté, il s'offre sous la forme d'une série de larges 
vallées, de faible pente, séparées les unes des autres par des chaînes de 
montagnes ou par des pics isolés se réunissant par leur base largement 
étalée. 

\ la saison pluviale, le produit des orages, après avoir déterminé des 
torrents et des cascades, dans les parties accidentées, vient se déverser 
dans les vallées 011 , vu la surface de faible pente, les eaux finissent par 
perdre leur énergie primitive. Ces eaux forment alors de nombreux ruis- 
seaux se réunissant parfois dans les dépressions pour y former des lagunes 
plus ou moins étendues avant de se rendre aux cours d'eau plus impor- 
tants qui déterminent les profondes érosions du réseau hydrographique de 
la contrée. Parmi ces nappes lacustres, une surtout par son importance 
est remarquable, «'est le lac de Gbapala, véritable mer intérieure couvrant 
une surface de i,3oo kilomètres carrés. 

Ce lac de Chapala n'est pas uniquement le réservoir et le collecteur des 
eaux de la contrée : il reçoit en outre, par l'intermédiaire du rio Lerma, tout 
le tribut d'un vaste bassin, très éloigné de la contrée qui nous intéresse. 

\ peu de distance de l'endroit où le rio Lerma débouche dans le lac, un 
autre cours d'eau important, désigné sous le nom de rio Santiago, vient 



— 346 — 

prendre naissance; ce fleuve qui, à bon droit , peul être considéré comme 
la suite du rio Lernia est la principale artère de la contrée : presque tous 
les autres cours d'eau viennent y affluer ; à peu de distance de sa sortie du 
lac, après avoir forme' la chute célèbre de Juanacallan et une se'rie de ra- 
pides, il continue son cours au fond d'un ravin formant sur le plateau une 
imposante barrenca aux flancs presque perpendiculaires pouvant atteindre 
à certains endroits une profondeur de i,3oo mètres. 

Le plateau ne se termine pas partout par une simple pente allant droit 
aux plaines basses de son versant; il est, dans la majeure partie de son 
contour, bordé par une chaîne montagneuse dont l'altitude au-dessus du 
niveau de la mer est à peu de chose près la même que celles des crêles des 
chaînes ou des pics qui jalonnenl le plateau; cette chaîne de bordure tan- 
tôt aboutit en pentes rapides aux plaines qui bordent le Pacifique, tantôt 
se constitue en massif montagneux dont les contreforts sont baignés par 
L'Océan. 

Dans une région aussi mouvementée par l'orographie et par les nom- 
breuses vallées d'érosions des cours d'eau qui sillonnent et entrecoupent le 
plateau, tous les climats se manifestent; c'est d'abord, à la partie moyenne 
représentée par le plateau, un climat doux et tempéré pendanl toute 1 an- 
née; les montagnes, suivant leur importance, offrent un climat froid el 
variable; les profondes barrencas dont le plan est peu élevé au-dessus du 
niveau de la mer offrent alors une zone climatologique dont la température 
et l'humidité se rapprochenl de elles de la terre chaude ou des plaines 
liasses entières de l'Océan. 

Tout le pays est soumis, de juillet a septembre, aux pluies d orages de 
la Banon pluviale, pluies dont les eaux sont retenues naturellement dans 
maints endroits, ce qui permet de conserver l'aliment îles sources et des 
cours d'eau à l'époque de la sécheresse, de sorte (pie les nombreux sites 
où l'eau s'est conservée se présentent toute l'année sous l'aspect de sols 
riants et fertiles. 

Aussi, grâce à de telles conditions, esl-on à même de rencontrer sur un 
faible parcours les climats les plus divers el les sols les plus différents, des 
plaines fertiles et des montagnes boisées succédant à des sols complètement 
désertiques ou marécageux, conditions qui font varier à l'infini la faune el 
la flore régionales. 

La chaîne côtière qui encadre la partie occidentale du plateau expose, 
dans le trajet de sa pente rapide ou de ses contreforts, toute la série des 
conditions climatologiques et hv psométiïques de la contrée; mais là les 
choses sont un peu différentes : le sol désertique qui sur le plateau joue un 
rôle assez prépondérant, à cause des vastes surfaces d'évaporation non 
compensée par les brumes de la mer, ne se manifeste plus que par l'aire 
réduite de certaines crêtes des assises des contreforts. 

On trouve alors le terme moyeu de la flore « I ■ • plateau el de ses mon- 



— tel — 

lagoes, îles ravins, de leurs pentes et de leur fond; enfin Le tont aboutit 

aux plaines basses qui constituent alors une zone distincte. 

Le pays peut se diviser en cinq zones bien caractérisées. 

C'est d'abord, à la base, les plaines basses baignées par l'Océan, zone 
dont l'élévation n'excède pas 100 mètres; ces plaines sont chaudes, hu- 
mides et marécageuses; dans certains endroits, on y rencontre de nombreux 
estuaires et des lagunes d'eau salée, entourés d'une ceinture de palélu- 
Inviers, dans lesquels, à la saison pluviale, tous les faibles cours d'eau de 
la région viennent se déverser; dans d'autres endroits, des cours d'eau 
permanents irriguent le sol et s'opposent à la formation de ces lagunes 
salées ; la végétation est abondante et recouvre tout d'une épaisse et inex- 
tricable foret. 

A la saison pluviable , ces plaines sont presque totalement inondées et 
forment des marais boueux, infranchissables, qui rendent la région si in- 
salubre; à la saison sèche, toute la végétation disparaît sous une abon- 
dante couche de poussière, véritable limon déposé par les courants aériens. 

Les forêts de cette zone sont peuplées d'essences nombreuses, généra- 
lement de taille peu élex r ée. entre lesquels on voit surgir de place en place 
des bouquets d'arbres d'une grande hauteur, tels que Ficus, Ceibas, Pal- 
miers, etc.; parmi ces derniers, un est employé par l'industrie indigène 
pour l'huile que donnent ses graines. Le sol de ces forets est occupé par 
des plantes herbacées, parmi lesquelles on rencontre abondamment des 
broméliacées. 

La deuxième zone, dont l'altitude est comprise entre 100 et 5oo mè- 
tres, s'accuse par des collines aux sommets dénudés, mais aux versants 
très boisés; dans cette localité, on rencontre des Euphorbiacées arbores- 
centes, telles que les liras et les Jalropha: des Ficus dont les racines adven- 
tives partent du tronc et les grandes branches viennent, comme de véri- 
tables lianes, enlacer cl étouffer les arbres voisins; le sol des pentes du fond 
des ravins est généralement recouvert d'une puissante couche d'humus, ce 
qui, joint à la température et à l'humidité, donne à la végétation une pro- 
digieuse exubérance. 

Vient ensuite la troisième zone dont l'extension est comprise entre 5oo 
et 700 mètres d'allitude : c'est la région des eaux vives; de nombreuses 
sources alimentent les cours d'eau des fonds pierreux des ravins; réduits à 
létal de minces filets à la saison sèche, ces cours d'eau deviennent d'im- 
pétueux torrents à la saison des pluies. La végétation est caractérisée prin- 
cipalement par les Gapomos (Bro&imum alicastrum) , arbres élevés , au tronc 
droit et élancé, au feuillage obscur, dont les jeunes pousses, les fruits et 
même les feuilles sont employés avec succès comme fourrage; la cime de 
ces arbres est si fournie et si obscure, qu'elle laisse passer peu de lumière; 
aussi la végétation herbacée ne se montre guère dans sa réelle vigueur que 
dans les clairières. 



— 348 — 

A cette zone succède la quatrième, dont les limites sont entre 700 et 
1,100 mètres; elle est désignée sous le nom de zone des barrencas humi- 
des; lu les eaux de surface son! moins fréquentes, mais l'humidité néces- 
saire à la végétation y est abondamment fournie par les brumes de la mer 
qui viennent s'y condenser pendanl une bonne partie de l'année; à la fin 
delà saison sèche, ces brumes n'existant plus, des rosées nocturnes ont sou- 
vent lieu; de sorte que le sol conserve toujours une certaine humidité. 

Lutin, au-dessus de l'altitude des barrencas humides, la cinquième et 
dernière zone couronne la région; cette zone, qui se caractérise nettement 
par sa végétation de Chênes et de Pins, débute à 1,100 mètres et s'étend 
.111 delà d'une altitude de ;>,ooo mètres: c'est la région de tous les pics et 
chaînes montagneuses du plateau. 

Dans celte vaste région dont les particularités viennent d'être résumées, 
sites où la nature se montre si remarquable el si extraordinaire dans ses 
contrastes el où la flore el la faune se révèlent d'une si attrayante et si pro- 
digieuse variété, L'ethnographie ne reste pas en arrière; des vestiges archéo- 
logiques se rencontrent fréquemment, et, parmi la population, de curieuses 
coutumes se sont conservées. 

Oes accidents de terrain, ces montagnes, ces ravins qui fractionnent le 
territoire, formaient, avant la conquête espagnole, les limites naturelles des 
nombreux Ltats qui composaient le Chimalliuacan. 

En temps ordinaire, les élals de (llhnialhuacan , constitues suivant leur 
importance en monarchie ou en sorte de fiels un tactuanargo, s'adminis- 
traient indépendamment : mais lorsqu'avec les populations voisines une 
guerre venail à éclater, tous les États, afin de résistera l'ennemi . s'unissaient 
pour élire un chef el former une confédération. 

Les indigènes de race nahuatl, qui formaient en grande partie ces po- 
pulations, sont aujourd'hui en presquo totalité sinon disparus, du moins 
confondus avec ce qui constitue la population mexicaine, el ce n'est que 
dans certains villages, généralement retirés, que l'on peut encore ren- 
contrer les anciennes coutumes et l'usage de la langue nahuatl: ces vestiges, 
qui peuvent encore nous reporter ii une époque reculée, tendent de plus en 
plus ii disparaître; mais, malgré cette évolution rapide vers l'unification . on 
peut arriver a rétablir les faits tels qu'ils existaient. 

Les missionnaires de l'époque de la conquête nous ont laisse des écrits 
qui permettent île faire des reconstitutions; aidé de ces documents, on peut 
arriver avec facilité à retrouver les limites des anciens États et remplacement 
des antiques cites. 

Dans l'habitation et les monuments de ces anciens centres de civilisation. 
li brique séchée au soleil constituait la majeure partie des matériaux de 
la construction; aussi . après le pillage et la dévastation auxquels se livrèrent 
les conquérants espagnols, bon nombre d'édilices purent, grâce à ce genre 
de construction . échapper à la destruction complète; leurs soubassements, 



— 349 — 

construits de pierres plus ou moins travaillées, se trouvèrenl ensevelis sous 
des décombres que les pluies et les agents atmosphériques ont rapidement 
transformé en tuiuulus ou monticules, aujourd'hui recouverts d'une végé- 
tation touffue. C'est principalement sous ces monticules dont l'aspect exté- 
rieur ne diffère pour ainsi dire point des accidents naturels du modelé de 
la région, que des fouilles, malheureusement jusqu'alors trop peu nom- 
breuses et trop imparfaites, ont été pratiquées et ont amené la découverte 
d'abord d'un soubassement de l'édifice et ensuite, dans son voisinage, de 
motifs d'architecture et de nombreux objets religieux, artistiques et d'usage 
domestique. 

C'est donc surtout à l'archéologie jointe aux documents transmis par les 
missionnaires que l'ethnographie devra s'adresser pour reconstituer les 
mœurs et les usages des indigènes qui formaient , au moment de la conquête . 
la nombreuse population du Chimalhuacan ; la langue était la même dans 
toute l'étendue du pays, mais la religion, quoique identique dans ses 
grandes lignes, variait notablement ainsi que les usages suivant les états; 
la religion du Clhmalhuacan, de même origine que celle des Aztecs, n'avait 
pas les sacrifices sanglants de ces derniers, ainsi que l'affirment les histo- 
riens de l'époque de la conquête. 

A côté et au nord de ce pays qui formait autrefois le Chimalhuacan, se 
trouve une vaste région montagneuse placée en partie sur l'État de Jalisco 
et le territoire de Tepic. 

Cette région escarpée et abrupte qui constitue un important massif de 
soulèvement, dû en quelque sorte à l'épanouissement de la Sierra madré 
île Durango, est désignée sous le nom de Sierra del Nayarit, Sierra de 
Alica . Sierra de Tepic, ou encore, selon les races indigènes qui y habitent. 
Sierra de los Coras, Sierra de los Huicholes. 

(le massif montagneux forme au nord de Tepic la contre-partie de la 
chaîne côtière délimitant le bord du plateau central; à sa base, sur le ver- 
sant occidental, s'étendent également de vastes plaines basses qui aboutis- 
sent à l'Océan. 

Les altitudes et In végétation de celte sierra sont semblables à celles des 
diverses zones dont il vient d'être fait mention; mais la contrée se diffé- 
rencie par le caractère que lui implique l'exagération dc-i accidents de son 
sol; ce ne sont que sites abruptes et presque inaccessibles, ravins généra- 
lement étroits et très profonds morcelant un plateau central de 2,000 à 
2,000 mètres d'altitude, contrée d'un diflicile accès où le transit ne se fait 
qu'avec peine et où le voyageur souvent est obligé, pour atteindre un point 
peu éloigné, d'escalader des talus plus ou moins abrupts et de contourner 
pendant des journées entières le haut des ravins par un chemin à peine 
tracé, longeant la plupart du temps des précipices. 

Ces escarpements, qui rendent ce pays presque impénétrable, constituent 
une forteresse naturelle, grâce à laquelle des races, ayant encore leur an- 

Muséum. — IV. •>.'> 



— 350 — 

cienue religion et leurs usages antiques, oui pu s'abriter contre les inva- 
sions el conserver jusqu'à nos jours une indépendance à peu près com- 
plète. 

Là, l'ethnographie n'a pas besoin, pour reconstituer les faits, d'avoir re- 
cours, connue clans le reste de l'État de Jalisco. à l'archéologie. Les deux 
tribus Gora el Huichole ainsi que quelques représentants de la tribu tepe- 
linane qui forment la population actuelle du Nayarit ont , malgré l'évolution 
qui s'est produite autour d'eux et malgré les événements qui se sont suc- 
cédé depuis la conquête espagnole , su conserver en grande partie la reli- 
gion, les traditions et* la manière de vivre de leurs ancêtres. Ces derniers 
n'ont pas laissé de monuments, mais, de génération en génération, la tra- 
dition des anciens a pu se transmettre par des chants . et l'on peut voir 
encore à notre époque, aux jours de fête , des chanteurs venir au milieu de 
l'assemblée réciter, en s' accompagnant d'instruments de musique, les épo- 
pées religieuses, historiques ei guerrières; cesebants, évidemment modifiés 
pendant le cours des événements, présentent néanmoins une réelle valeur 
au point de vue de la mythologie et de l'histoire. 

Le Nayarit forma, a une époque probablement reculée, un vaste empire 
dont les limites sont aujourd'hui inconnues; selon la tradition, cet empire com- 
mença à se fractionner à la suite de guerres intestines qui éclatèrenl parmi 
les tribus après la niorl d'un chef qui était arrivé à étendre sa domina- 
lion non seulement sur la sierra , mais aussi sur les peuplades qui occupaient 
1rs contrées voisines. Une invasion nahuatl survint ensuite, asservissanl 
tout le pavs. laissant la région montagneuse «pic sen urographie rendait 
inexpugnable; l'empire fut réduit alors à ce qui représente aujourd'hui la 
sierra du Nayarit, c'est-à-dire au massif montagneux naturellement délimité 
au nord par l'Étal de Durango, a l'est par le rioBolanos, qui, se réunissant 
au rio Jeres, vient affluer an rio de Santiago, ce dernier fleuve formant la 
limite sud; enfin, dans le splaines bas-^s. le rio San Pedro côtoyant la base 
des versants établit la limite occidentale. 

La sierra du Nayarit fut soumise par les Espagnols près ^ deux siècles 
après la conquête; obligés de mettre leur colonisation à l'abri des incur- 
sions des Indiens, les Espagnols se rendirent maîtres de la sierra au prix 
d'efforts el de sacrifiées, puis celle région, qui n'offrait à l'époque aucun 
avantage, fut confiée à l'administration des missionnaires. 

Les indigènes qui peuplaient la sierra du Nayarit étaient, comme il a été 
dit plus haut, les Indiens coras et les Indiens huichols. Les Loras furent 
évangélisés par les jésuites el leur administration dura plus d'un demi- 
siècle; après quoi, rendus à eux-mêmes, ils ne tardèrent pas à faire partie 
du contingent des révolutions qui désolèrent si long! mps le territoire de 
Tèpic; leur nombre, à la suite de ces guerres, a considérablement diminué: 
aujourd'hui, ils sont réduits au chiffré d'environ 3,ooo; ils commencent à 
abandonner leurs anciennes coutumes, et même, eu grande partie ebristia- 



— 351 — 

nisés, ils ne pratiquent plus leurs anciennes cérémonies religieuses que 
d'une façon tout à lait occulte. 

Les Huichols, eux. au contraire, d'un naturel plus doux el plus timide, 
se sont toujours tenus à l'écart des révolutions; catéchisés à peu près à la 
même époque que les Coras par les franciscains, ils ont abandonne', après le 
départ de ces missionnaires, la nouvelle religion qui leur avait été ensei- 
gnée et se sont empressés de retourner à leurs anciennes coutumes et à 
leurs anciennes cérémonies religieuses. 

Retirés dans leurs sites inaccessibles, les Indiens huichols ont pu de- 
meurer jusqu'à nos jours presque complètement ignorés: ils ont par cela 
un réel intérêt au point de vue ethnographique et historique; leurs tradi- 
tions, leurs coutumes, leur religion, leurs cérémonies rituelles, etc., nous 
reportent à un lointain passé et nous mettent en présence de faits complè- 
tement inconnus, dont l'origine est bien antérieure à celle de la religion et 
des coutumes des autres races du Mexique, qui, quoique disparues, sont 
actuellement bien connues. 

Les principales occupations des Indiens de la sierra du Nayarit sont : 
l'agriculture, la chasse, les fêtes et les cérémonies religieuses et une in- 
dustrie assez réduite, consistant surtout dans la fabrication de tissus repré-- 
sentant des motifs ornementaux allégoriques d'une exécution soignée et 
souvent très artistique. 

Les armes sont : l'arc et le machete qui est venu depuis la conquête 
remplacer la hache de pierre; les Coras commencent à abandonner l'arc 
pour les armes à feu, mais le Huichol, fidèle aux coutumes de ses an- 
cêtres, garde et emploie religieusement l'instrument que les dieux lui ont 
donné comme étant le complément de la force el de la volonté de l'homme. 

L'habitation de l'Indien du Nayarit consiste en huttes, généralement assez 
bien édifiées mais de peu d'élévation; les murs sont faits en pierres cimen- 
tées avec de l'argile, le toit est de chaume; dans quelques localités, le bois 
remplace la pierre dans la construction. 

La majeure partie de l'année, les Indiens vivent dans ce que l'on est con- 
\enu d'appeler une rancheria, c'est-à-dire une réunion de quelques habita- 
tions placées habituellement en cercle, de façon à former une cour au 
centre; à proximité des habitations se trouvent les champs de culture. V u v 
époques des fêtes, tous les Indiens abandonnent leurs rancherias pour se 
réunir dans les villages. 

La sierra du Nayarit est divisée en deux parties : la sierra des doras et 
la sierra des Huichols; la ligne de démarcation des deux territoires est la 
vallée du rio Jésus Maria ou rio Nayar ou rio Gora, fleuve le plus impor- 
tant de la sierra qui vient affluer au rio Santiago après s'être réuni au rio 
Chapalagana ou rio Huichol; chacun des deux territoires est divisé en 
districts, lesquels comprennent un certain nombre de villages dont un 
principal donne le nom au district et à la tribu indienne. 

aô. 



— 352 — 

Le territoire cora possède Irois districts : i° Jésus Maria ou Tchouisèté; 
2° la mesa de Tonali ou Hiahoke; 3° Sanla Teresa ou Kuaïmargousa. 

Le territoire buichol comprend quatre districts : i c Sauta Catalina ou 
Tohapourihé ; a" San Sébastian ou Guahoutouha; 3° Sau Andres ou Ta- 
teikié; h" Guadaiupe Ocotau. 

\\ant la conquête espagnole et après te départ des missiounaires, ces 
villages, complètement indépendants, étaient gouvernés par des chefs qui 
avaient un caractère religieux et étaient élus pour une période de cinq an- 
nées. Aujourd'hui, le gouvernement mexicain s' étant intéressé à la cause des 
Indiens a modifié les choses dans le but principalement d'assurer la sécu- 
rité du pays; les chefs sont toujours choisis par les Indiens, mais n'ont plus 
de caractère religieux et sont renouvelés annuellement par voie d'élection; 
leur pouvoir se trouve alors très limité : ils peuvent châtier les simples dé- 
lits, mais, pour les délils criminels, les coupables doivent être remis entre 
les mains de l'autorité mexicaine. 

Déplus, quelques écoles ont été établies dans les principaux villages; 
L'unification commence à pénétrer dans la sierra jusqu'alors si ignorée et, 
si méconnue; le pays gagne de jour en jour vers le progrès, mais à ce ré- 
gime les coutumes, les mœurs el la religion des temps anciens qui don- 
naient ii ce pays lanl d'attrait et lui avaient valu le nom de Sierra mysteriosa 
ne larderont pas à disparaître, et il est à prévoir que, dans un avenir pas 
1res éloigné, la sierra Au \avaril ne se distinguera plus des autres localités 
où sont aujourd'hui confondues les divers éléments de la population 
mexicaine. 



Le voyage que je viens de terminer et qui a duré deux années consécu- 
tives n'a pas eu lieu uniquement flans l'Etat de Jalisco et le territoire de 
Tepic; après avoir parcouru ces régions dans diverses directions et m'étre 
arrêté dans les endroits qui me paraissaient les plus dignes d'intérêt, j'ai 
profil/' de l'époque de la sécheresse hivernale où la nature en repos n'oiïrait 
que de maigres ressources au point de vue de la récolte des collections. 
pour faire deux expéditions sur les côtes de la Basse- Californie, afin de com- 
pléter, aulanl que possible, les collections et les études que j'avais entreprises 
dans ce pays lors dé mon précédent voyage. 



Le IL P. Buléon, donne d'intéressants détails sur le long séjour 
qu'il a l'ail au Fernan-Vaz; il l'ait passer sous les yeux de rassem- 
blée une série de projections photographiques reproduisant des 
vues de la mission de Sainte- Anne, des paysages, des types d in- 



— 353 — 

digènes, etc.. et fournit les renseignements suivants sur un essai 
de domestication de l'Eléphant d'Afrique : 

UEléphant domestiqué à la mission catholique de Sainte-Anne 
m Fernan-Vaz (Coyco-Fiii\çAis), 

PAR LE R. P. BlLEOX. 

L'Éléphant de la mission de Fernan-Vaz a été capturé par les Mpa- 
wins. Lorsque ces chasseurs apprennent qu'une troupe d'Eléphants a fait 
son apparition dans une région, ils se réunissent en très grand nombre 
el forment un cercle immense qui ferme toutes les issues, puis ils le res- 
serrent peu à peu de façon à enfermer toute la troupe dans un réseau in- 
franchissable. Cette manœuvre dure quelquefois plusieurs mois, et peu à 
peu les Éléphants pris par la faim et la soif cherchent à sortir et, sans plus 
craindre le bruit du tamtam et les chants des lignes mpawines, s'avancent 
hardiment à la recherche d'une issue. C'est alors que la tuerie com- 
mence. Les indigènes qui peuvent alors les tirer presque à bout portant 
laissent passer les sujets dont les défenses sont petites et tuent les outres. 

Ce sont alors des fêtes indescriptibles, des festins pantagruéliques et des 
réjouissances auxquelles prennent part tous les villages de la région. Les 
défenses sont vendues aux factoreries européennes, et ce qui reste de 
viande est boucané, puis échangé aux tribus de l'intérieur contre du caou- 
tchouc. 

Un jour, on avertit le R. P. Bichet , supérieur de la mission de Sainte- Anne, 
(pie deux jeunes Éléphants se trouvaient cernés avec une grande troupe 
dans une région peu éloignée de la mission catholique. Aussitôt il fil dire 
aux M pawins de les capturer, si c'était possible, sans les blesser el qu'il 
les achèterait à bon prix. 

Quelques jours après, on vint lui dire que le jeune Eléphant mâle avait 
rlé capturé sans aucune blessure, mais que la femelle était tuée. 

La mission fit donc l'acquisition du jeune Éléphant pour la somme de 
noo francs. 

Dès les premiers jours de sa captivité, on le soumet à un régime assez 
dur. Entériné dans un petit enclos entouré d'une forte barricade, ou lui 
apportait chaque jour, à heure fixe, une nourriture suffisante pour se sou- 
tenir mais non pour satisfaire son appétit, de sorte qu'au bout de quelques 
semaines il se trouvait habitué à être servi, et manifestait son contente- 
ment <ù chaque fois qu'on lui oiTrail sa pitance. 

Bientôt on put le laisser sortir, el aujourd'hui il circule en liberté dans 
les forêts environnantes, et revient toujours à la maison pour l'heure des 
repas. 

11 lui arrive même parfois , quand on a oublié de lui apporter sa ration , 



— 354 — 

d'ouvrir la porte et de pénétrer dans la salle à manger <l"où il ne se laisse 
chasser qu'après avoir protesté par un ronronnement significatif. 

Daus la forêt, il trouve aussi une nourriture abondante, broutant par ci, 
mangeant un fruit par là; il va un peu partout, mais ne touche jamais 
aux plantations ni aux Bananiers. Il doit être âgé de cinq ans environ et 
mesure 1 m. 5ode haut. 

On l'a appelé du nom de Fritz et il vient à l'appel de la voix. 

Je vous communique une petite gravure qui représente Fritz au travail. 
Il transporte à travers les sentiers de la forêt des madriers d<> 800 et 
1,000 kilogrammes, et ce qu'il l'ail chaque jour représente bien le travail 

de vingt hommes. 

M. Bourdarie. passant il y a quelques mois au Fernau-Vaz, l'a vu 
au travail, et il a été heureux de constater qu'en même temps qu'il pro- 
clamait en France la possibilité delà domestication de l'Éléphant d'Afrique, 
la preuve s'en faisait au Fcrnan-Vaz. 

Aussi s'esl-il plu il rendre hommage à ceux qui ont tenté cet essai, et il 
est ù désirer que les efforts des colons tendent à capturer et à dresser cet 
nnimal dont le concours sera si précieux dans les plantations. 

La question de la "domestication de l'Éléphant « rencontrera longtemps 
encore dt* incrédules et des indill'érenls. et je lis. dans le Mouvement géogra- 
phique du 18 décembre 1898, un article émanant de Mruxelles où il est dit : 

-La chasse et la capture de l'Éléphant en vue de sa domestication sont 
des opérations difficiles el compliquées, et jusqu'à présent l'Afrique sau- 
vage n'est pasencore aménagée pour de pareilles entreprises, n'est pas nirovo 
outillée pour pouvoir tirer parti d'animaux aussi délirais ei exigeant autant de 
soins (!). Construisons des routes, montons des slc;imers et des locomo- 
tives, après quoi nous songerons à dresser des Eléphants. - 

Je répoudrai à cet article par un seul mot : lin v'kmpèciii: pas l'autre. 

Je sais que les Belges ont échoué dans leur tentative de domestication 
de l'KIéphant an Congo, mais pourquoi ainsi avoir transporté des Dépliants 
asiatiques avec des cornacs asiatiques? Ce que nous voulons, nous, r'est la 
domestication de l'Éléphant du Congo, et si l'entreprise est dillicile, elle 
n'est certes pas impossible. 



355 



\OTBS SUR les WammiFÈKBS RECUEILLIS l'in LE II. P. Butéon 
DANS LE PAYS l)F,s EsCBlBAS, 

par E. de Porswtr.i KS. 

Troglodytes sp? 9. — Nom indigène : Koulou-kamba. 

Ce spécimen diffère du T. niger par sa lace noire el par son pelage d'un 
noir roussàtre. passant au roux-jaunâtre sur les lombes. Le museau est 
large et modérément prognathe, les arcades sourcilières sont très accen- 
tuées et proéminentes. Il est plus que probable que cet exemplaire appar- 
tient à l'espèce décrite par duGhaillu sous le nom de T. koolo-komba; mal- 
heureusement, la description de cet auteur est si imparfaite, qu'il est 
impossible de décider quelles sont les affinités de ce type soit avec le 
T. tschêgû, (Duv.) (1) plus anciennement décrit, mais connu seulement par 
son squelette, soit avec les espèces plus récentes T. Aubryi (Grat. et Alix.) 
et T. Schweinjurthi (Gigl»). 

Gorilla gima 9 (I. GeoffA — Spécimen très adulte et en parlait état 
de conservation. 

Oercopithec[ïs mctitans (L.). — Nom indigène : Gilobo. 

Cercopithecus cephts d* (L.). — Nom indigène: Musaki. 

D'ordinaire, les Moustacs ont la queue teintée de rouge sur les trois 
quarts terminaux. Cet individu maie diffère à cet égard, car sa queue, 
de même couleur que le dessus du corps, ne présente aucune trace de 
rouge. Cette particularité se retrouve sur trois exemplaires femelles des 
collections du Muséum, l'un faisant partie des collections rassemblées en 
1876 par M. Marche sur les rives de fOgôoué, les deux autres capturés 
en 1896 par M. Dybowski près de Mayumba. Comme on rencontre dans 
ces mêmes régions des Moustacs à queue rouge, il faut rejeter l'hypothèse 
de l'existence d'une race ou variété locale. Ces différences de coloration ne 
sont pas non plus sexuelles, puisque l'on trouve des mâles et des femelles 
de même teinte. Il ne reste donc que l'hypothèse de variations individuelles, 
ou plutôt de changements de livrée suivant les saisons, ou sous l'influence 
de quelque autre agent modificateur. 11 est bon de rappeler que des chan- 
gements de coloration, absolument identiques, ont été observés chez 
l'Wagne, C.ascanias (And.), dont le spécimen type fut ligure d'abord par 
Maréchal avec la queue rouge, puis par Audeberl avec la queue de même 
couleur que le dos. 

W Dans le pays des Eschiras, les indigènes désignent le Troglodytes niger 
sous le nom de Tchégo. 



— 356 — 

Cercopithecus pogonias d (Benn.). — Nom indigène : Pitmli. 

Ce spécimen appartient à la race typique, dont le pelage tiqueté de 
blanc et de noir sur le dessus du corps, d'un jaune roussâtre en dessous, 
présente une large bande sacro-lombaire d'un noir pur. Cette livrée paraît 
être spéciale aux individus cantonnés le long de la région entière du Congo 
fiançais et du sud du Cameron, les autres variétés à pelage plus ou moins 
roux, C. nigripes (Du Cb.) et C. Erxlebeni (Dabi.), ou à dos concolore, 
ne se rencontrant que dans l'binterland de ces deux régions. 

Ldtra maculicollis (Licht.). — Nom indigène: Yiundu. Celte espèce 
manquait à nos collections. 

\wdima binotatv lGi\). — Nom indigène : M'bala. 

Inomalurus Fraseri (Wath. |. — Nom indigent' : Dukuyi. 

\\n\i\i.i nus ki lgens | Cr. i. — Nom indigène M'bondi. Cette belle espèce 
est encore rare dans les grands musées européens; le Muséum de Paris n'en 
possédail qu'un exemplaire en assez mauvais étal. 



Liste />/•> Oiseai r recueillis />ib le II. P. Bulbo* 
dans /./•: /M» s m: s Eschiras , /-.v i8g6 , i8gn et t8g8, 

P Ui E. OlISTALET. 

1. Picns (Campothera) pbrmista Reicb. — Nom indigène : Kou-hou. 
N° i** cal. voy. 

'2. Gentropos Anselli Sharpe. — Nom indigène : \fougougou. 

V 7 cat. voy. 

3. Ceothmocharbs asneos V. — Nom indigène : Makaga. 
N° i3 cal. voy. 

'\. Melittopiiaga gui.aius Shaw. — Nom indigène : Gigongu. 

.). Tockus camukus Cass. — Nom indigène : Wongongui. 
N° (i cat. voy. 

(i. Adeumjs obscurus Jard. — Nom indigène : Vchuengi. 

Y i5 cat. voy. 

7. Cisticoi.a rdfa Fras. — Nom indigène : Gipieri. 
N" i k cat. voy. 

8. Asthos rufumîs V. — Nom indigène : Tanga. 
Femelle; n° 17 cat. voy. 



— 357 — 

9. Macronyx croceus V. — Nom indigène : Tonga. 
Mâle; n° 16 cat. voy. 

10. Fringillaria tahapisi Smith. — Nom indigène : Gitchondou. 

Mâle et femelle; n os io et n cat. voy. 

11. VlDUA PRINCIPAUS L. 

Deux spécimens. 

12. Maumbus nigerrimus V. — Nom indigène : Ndeki. 
N° 9 bis cat. voy. 

13. Lamprocouus pcrpureiceps Verr. — Nom indigène : Dingmdja. 
N° 8 cat. voy. 

I 4. Phasidus niger Cass. — Nom indigène : Kohi musiru | Poule sau- 
vage). 

15. Otis (Lissotis) macuupewis Cal. — Nom indigène : Nyolo (Oiseau 
des plaines). 

N° 5 cat. voy. 

16. Ardea (Tigrisoma) leucolopha Jard. — Nom indigène : Nchobubu. 
N° 3 cat. voy. 

1 7. Charadrius tricollaris \ . — Nom indigène : Mumbiembi. 

18. Himantornis h.ematopus Teiu. — Nom indigène : Gogu-na-kuda. 
('/est l'espèce que j'ai décrite autrefois, la croyant nouvelle, sous le nom 

de Psammocrex Petiti(Le Naturaliste, i884, H, p. 5oo,), d'après un spé- 
cimen obtenu par M. Petit, à Landana (côte de Loango). L'aire d'habitat 
de V Himantornis hœmatopus ne comprend donc pas seulement la République 
de Libéria et le Gabon, comme l'indique Sharpe (Cat. B. Brit. Mus.. 
180/1. I. XX1I1, p. 69), mais s'étend jusqu'au lleuve Congo. 

19. P lotus rufus Lacép. (P. Lcraitlanti Licht. ). — Nom indigène: Tcho- 
bubu. 

Si /! l'identité spécifique ut Felis Bikti (A. XI. Edw. ) 
et dp Felis pallida (Bvcuy.). 

PAR E. DE PoUSARGUES. 

Grâce aux importantes collections rassemblées dans les montagnes et sur 
les hauts plateaux du Tibet , par des voyageurs hardis et persévérants , on 
commence à pénétrer les secrets de la faune de ces hautes terres si long- 
temps inexplorées, et, depuis quelques années, la liste des Mammifères 
tibétains s'est accrue d'un certain nombre de types nouveaux présentant 
pour la plupart un grand intérêt. Il eût été désirable de conserver leur 



— 358 — 

nomenclature vierge de toute synonymie, mais il importe cependant, et il 
est utile de signaler les doubles emplois aussilôl que l'on constate leur 
apparition, afin de dissiper toute complication dans le présent et d'éviter 
aux zoologistes futurs des recherches stériles. Il y a peu de temps, j'ai eu 
l'occasion de débrouiller l'historique d'un Cervidé tibétain, le Cervus albi- 
rostris (Prz.); je crois devoir appeler aujourd'hui l'attention des mamma- 
logistes sur un nouveau Félin des mêmes régions décrit la même année, 
à peu d'intervalle, d'abord par M. \. Milne Edwards sous le nom de 
Felis Bieti, puis par M. E. Bùchner comme Felis pallida, el d'en fixer 
immédiatement la synonymie et la bibliographie. 

Felis Bieti | \. M. Edw. 

Felis Bieti h. M. Edw. . Rbvw génér, des Sciences, i. III. p. 671, i5 oc- 
tobre 1892. 

Fdis pallid,, E. Buchn. . Ml. biol. Bull. icad. imp. Se, St-Pétersb., t. Mil . 
p. ',\'\ 1 . Novembre 1 899. 

Felis Bieti \. M. Edw . . Congr. internai. :onl. Moscou. ■>." pari. , p. a56. 1 8<).">. 

Felis pallida E. Bûchn. , iMamm. Przewalskiana. Liv. 5., p. as»8, 
pi. XXVII. 1896. 

Felis pallida C. Grevé. , Vo». \ct. Cœs. Leop., I. 1AIII. 1895. 

Felis pallida Maisrbie, Sitzber Ges, naturf, Pintade, p. 190. Berlin, 1895. 

Felis chaus pallida deWinton, l«». Mag, nat. hist., p. 391. Octobre i8()M. 

(l'est dans une communication l'aile le •>•» août 1899 , : i la séance d'ou- 
verture du Congrès international de Zoologie de Moscou <pie M. \. Milne 
Edwards lil connallre su.-cincleiuenl ce nouveau Félin dans les termes 

suivants, -de Chat, que j'ai désigné sous le non de F. Bieti, appartient au 

même groupe que le F. chaos, mais il esi plus gros et beaucoup plus bas 
sur paltes que ce dernier: les oreilles portent à leur extrémité an fort 
pinceau de poils rou\ . les joues sont manpiées de deux bandes longitudi- 
nales brimes, se détachant sur le poil gris clair. Le corps est traversé par 
environ douze bandes peu distinctes, plus Foncées que le reste du pelage, 
les épaules el les cuisses porteni des mandatures indistinctes. La queue esl 
1res fournie el plus longue que celle du F. chaus } chez celle espèce, elle 

n'atteinl pas le sol, tandis que, chea le F, Bieti, elle dépasse beaucoup le 
pied; elle est ornée de cinq anneaux noirs et terminée par un pinceau de 
celle couleur. La face inférieure des pieds est noire. La teinte générale esl 
d'un gris jaunâtre, plus l'on ré sur le dessus du cou. eu avant des épaules: 

le pelage est très fourni et quelques poils clairsemés dépassent beaucoup 

le reste de la fourrure." 

Malheureusement, cette description semble avoir passé inaperçue et être 
ignorée de M. Bùchner et d'autres zoologistes; mais il suffira de le compa- 
rer à celle, plus détaillée il esl vrai, de M. liùelmer pour reconnaître leur 



— 369 

concordance presque complète. Deux points seulement pourront paraître 
contradictoires. Chez le F, Bieti, «le corps est traversé par environ douze 
bandes peu distinctes », tandis que, chez le F. pallida, on ne remarque 
aucun dessin particulier fthsim besondere Zeichnungn. Peut-être ces bandes 
nnl-elles échappé à l'attention de M. Bùchner, ou bien aussi sont-elles plus 
ou moins visibles suivant les individus. Du reste, comme M. A. Milne 
Edwards a soin de le faire remarquer, elles sont peu distinctes; sur l'ani- 
mal vu de trop près, elles se dissimulent ,, mais deviennent évidentes à une 
certaine distance. Il en est du F. Bieti comme du F. pajeros (Desm.), chez 
lequel les bandes obliques des flancs très visibles sous une certaine inci- 
dence disparaissent presque sous une autre. 

I ne erreur typographique pourrait faire croire à une autre différence 
d'un caractère plus important, celle de la longueur de la queuedu F. Bieti 
qui est indiquée comme ayant 55 et 57 centimètres au lieu de 35 et 07. 
\oici, d'ailleurs, les mesures comparatives des deux espèces (mesures eu 
millimètres). 

De l'extrémité du museau ;'i l;i racine 

de la queue 7 » ° 7 /|G 77 5 685 

Longueur de la queue avec les jioiU 

terminaux 870 35o 345 3A8 

Longueur des poils terminaux de la 

queue a» a5 a4 a3 

Les deux exemplaires types du F. Bieti nous ont été en\ oyés en 1 89 1 par 
le prince Henri d'Orléans , des environ de îongolo et de Ta-tsien-lou. Ces 
animaux sont connus dans ces régions sous le nom de Y-tsa ou Lynx des 
herbes, et ne doivent pas y être rares, à en juger par le grand nombre de 
peaux (pie j'ai eu l'occasion de voir depuis. Mous savons d'autre part que 
les types du F. pallida ont été capturés par Przewalski dans le Kansou, sur 
la chaîne de montagnes qui limite au Sud le bassin du Télung-gol. De 
l'identification des deux espèces, on doit conclure à l'existence du Lynx des 
herbes, F. Bieti, dans les diverses régions monlueuses situées entre ces deux 
points extrêmes. 

\<>TE SUR IV HYBRIDE DE BsEBIS ET DE Bol C, 
PAR M. 11. DU BuTSSOV. 

Les hybrides présentant toujours un intérêt capital, il me semble conve- 
nable de signaler celui que j'ai eu l'occasion de Voir cette année. L'animal 
dont il est question est le produit de la fécondation naturelle d'une Brebis 

par un Bouc. 

Un berger de l'Ariège possède un Bouc parmi son troupeau de Moutons. 



— 360 — 

Dans le pays, l'on croit que le Houe préserve les écuries des épidémies. 
— Le Bouc, m'a dit le berger, avait sailli souvent la Brebis, sans qu'il 
y eût rien d'anormal chez l'agneau que celle-ci mettait bas; car il faut 
dire que la Brebis était saillie ('gaiement par les Béliers du troupeau. Mais, 
au printemps de 1887, la Brebis donna naissance à l'hybride mâle dont j'ai 
pu prendre, en mars 1898, une photographie qui est reproduite ci -dessous. 
lia du Bouc les oreilles cassées et pendantes, les cornes, les deux lobules 
du cou, les lianes creux, les pieds épais. Le reste de la tête esl celui d'un 




Mouton. Le fourreau el les bourses ressemblent à ceux du Bélier. Le pelage 
est blanc ;i\ee de larges loches couleur l'oie, les poils courts, très serrés, 
légèrement Irisés; la queue, très courte, rappelle plutôt celle d'uu Bélier de 
race southdown. 

Je proposai au berger d'acheter ce curieux animal. 11 s'y refusa, car 
il est. parait-il. son gagne-pain. Kn effet, abandonnant son troupeau à la 
garde de ses enfants, le bonhomme parcourt le midi et le centre de la 
France pour exhiber sa curiosité. 



— 361 — 
Catalogue des Oiseaux dj Dahomey remis par M. Miegemarque 

1 1 Ml S É I M D'Hl S TO I /! /■.' SATUREL L E , E Y l8y5 , 
PAR E. OuSTALET. 

VI. Miegemarque a remis au Muséum, au retour d'un voyage au 
Dahomey, une collection d'Oiseaux qui présente un réel intérêt, la faune 
ornithologique de ce pays n'étant guère connue que par une courte note 
publiée en 1887 par M. J. A. de Souza (1) . J'ai donc cru utile, en attendant 
que je puisse faire paraître un travail plus complet sur les Oiseaux de notre 
colonie, de donner la liste des Oiseaux rapportés par M. Miegemarque, en 
notant d'un astérisque les espèces envoyées précédemment au Muséum de 
Lisbonne par M. Francisco Newton et signalées par M. de Souza. 

1. Elands coerui.eus Desl. 

Mâle: n° 10 cal. voy. : 20 janvier i8o,5; environs de Porto-JNovo. 

~2. Barbatula scolopacea Tem. 

Mâle ; n° 5o cat. voy.: 11 février 180,0; Adjara. 

.'î. Picus (Mesopicds) goertax Midi. 

Mule: n" 97 cal. voy.: 20 janvier 1890; Porto-Novo. 

Vlàle; n° 35 cat. voy.: h février 1890; Porto-Novo. 

h. Cogcystes caker Licht. 

Mâle; n° 20 cat. voy.: 21 janvier 1890; Porto-Novo. 
— n° 5 cat. voy.; 1 1 février 1890; Adjara. 

* 5. Chrysococcw ccpreus Bodd. 

Femelle; n° 17 cal. voy.; -27 janvier 1890; Bopa. 

G. Centropcs monachds Rûpp. 

Mâle; n° 21 cat. voy.; a5 janvier 1895; Porto-Novo. 

Vlàle; n° 3i cat. voy.; 9 4 janvier 1890; Bopa. 

" 7. Centropcs senegalexsis L. 

Vlàle; n° 19 cal. voy.; 21 janvier 189;"); Porto-Novo. 

' 8. Jsi'IDINA picta Bodd. 

Mâle; n" 33 cat. voy.; 27 janvier 1895; Porto-Novo. 

* 9. Merops malimbiccs Shaw. 

Merops bicolor (Daud.) Souza, oj>. cil., n° 2. 

Vlàle: n° 11 cat. voy.; 3o janvier iX<).">: Porto-Novo. 

1 1res- de Dahomey, Jornal de sciencias mathematicas, physicas e naturaes. 
Lisboa, 1887, n° XLIV. 



— 362 — 

10. Merops albicollis Y. 

Mâle; Q° ô cat. voy. ; 25 janvier 1895 ; environs de Porto-Novo. 

1 I. ScOTORMS CUMACURIS V. 

Mâle; n° 22 cal. voy.; 20 janvier i8n5; environs de Porto-Novo. Indi- 
vidu ;'i teintes rousses très accentuées. 

12. ClNNVRIS CVANOL/EMA Jai'd. 

Femelle; n° /10 cat. voy.; g février 1896; \djarin. 

1 3, Il «DUS l'ELlOS B|). 

Femelle: 11 i3 cat. voy.; 3o janvier 1890; BécoD. 

1 't. MoTACILLA VIDUA Slllld. 

Femelle et jeune; n ' 5'i el 55 cat. voy.; '1 el 1 1 lévrier 189."); Adjara. 

I '). PyCNONOTUS BARBATIS Desf. 

Mâles et femelles; n 0% 1, a, et lit cat. voy.; ■>•'! et a5 janvier el. 
7 lévrier 1895; environs de Porto-Novo. 

16. Xenociciila fi.avicollis Sw. 

Mâle; n° 16 cal. voy.; 22 janvier 189.V. Bopa. 

17. Lanius collaris vah. Smitiii Fias. 

N°' 7 et 18 cat. voy.; 21 pI 20 janvier 189Ô; environs de Porto-Novo. 

18. Lanids rcfus Bii-s. 

Mâles; n" \k et i5 cal. voy.; 3o janvier 1890: Bécon. 

19. lEI.EPHONUS SENEGAl.US L. 

Femelle; n° ko cat. v<>\ : 7 février 189."); région de Porto-Novo. 

20. Hypiiwtornis cdculi.au s Midi. 

Mâle; 11° 3 cal. \oy. ; a3 janvier 1895; région de Porto-Novo. 

21. &NNAMOPTBRYX CASTA.NEOFUSCA LeSS. 

Mâle: 11 a3; 20 janvier 189.5; région de Porto-Novo. 

'2'2. TuRTIR SENEGALENSIS L 

MAle; n" 12 cat. voy.; 3o janvier i8g5; environ de Bécon. 

23. Ghalcopelia \in v L 

Mâle; n° 09 cal. voy.; 7 février 1M90: région de Porto-Novo. 

2'\. LlMNOCORAX NIGER (illl. 

Mâles; n" 25 et 26 cal. voy.; uh janvier 1896; lagune de Bopa. 

25. Grecopsis egregia Peters. 

Mâle; n° hk cat. voy.; 8 lévrier 1896; Adjacin. 

26. Parra africana Gin. 

Mâles et femelles; n°" 9, 2 4, 28 et 29 cat. voy.; lagune de Porto- 
Novo. , 
Femelle; n 3g cat. voy.; lagune de Bopa. 



— 363 — 

'11 . AliDEA PURPliREA L. 

Femelle; n° 4g cat. voy.; 4 lévrier 1890; Adjara. 

28. ArDETTA PODICEPS Bp. 

Femelle; n° 8 cat. voy. ; 26 janvier i8()5; lagune de Porto-Novo. 

A ces espèces que le Muséum a reçues de M. Miegeinarquc, il convienl 
d'ajouter les suivantes, rapportées l'année précédente au même établisse- 
ment par M. Dybowski : 

29. (7 bis). Halcvon senegai.ensis L 

30. (12 bis). Carmei.ita fuuglnosa Shaw. 

31. (21 6m). Treroiv calva Tem. 
'■\~2. (27 bis). Ardea atricapima At'z. 

33. (27 1er). Ardeoi.a ralloides Scop. 

En6n il est un certain nombre d'Oiseaux dont M. Miegemarque et 
M. Dybowski n'ont pu obtenir des spécimens, mais qui avaient été recueil- 
lis dans le Dabomey par d'autres voyageurs. 

Tels sont : 

1° ESPÈCES OBTENUES PAR I'. NEWTON. 

34. (l bis). PoiiONORHYIVCUS BIDENTATUS Shaw. 

35. (10 bis). Eokvstomcs afer Lath. 

36. (10 ter). Tockus nasutus L. 

37. (12 ter). Irrisor erythrorhynciius Lath. 

38. (t4 bis). Cossypha verticalis Hartli. 

39. (t() ter). Melanornis edolioides S\v. 
'i0. (18 bis). Laniarus babbarus V. 

41. (19 6m ). CoRVINELLA CORV1NA StaW. 

42. (19 ter). Lamprocolhjs aubàtbs Gm. 

43. (19 quater). Corvus scapulatcs Daud. 

44. (19 quinquiès). Hyphantornis textor Gm. 

45. (27 fer). Ardea (Bobulccs) ibis Hasselq. 

2° ESPÈCES OBTEiNLES PAR FRASER ' . 

46. (7 61s). Hai.cyox cheliciitensis Sbarpe. 

H. striohtu{Gv.), Hartlaub, Syst. Orn. W. Afr., i85 7 , p. 3i,n° 83. 

47. (i3 bis). Drymoixa Strangei Fras. 

/). fnrtirostris (Jard.), Hartlaub, op. cit., p. 56. n" |63. 

1 D'après Hartlaub, Syêt. Or». W.Afr., 1857. 



— 36/i — 

M. (i3 ter). Pbinia mystacea Kùpp. 

Drymœca myslacca llûpp., Harliaub, op. cil., p. 59, n° i(ib. 

M. ( 16 bis). Hirundo Gordom Jard. , Hartlaub, op. cit., p. 97, n" 7/1. 

Ce chiffre de hS espèces, dont la présence a été constatée au Dahomey 
par les voyageurs que je viens de citer, ne représente certainement pas le 
nombre total des formes ornithologiques qui existent dans notre colonie. 
Il s'accroîtra évidement par de nouvelles recherches. 



Observations biologiques sus les Hyménoptères des forets, 

l'AR M. L. (î. Secrat. 

(Laboratoires di MM. les professeurs Mii.m: Edwards 11 Bouvier.) 

Vers le commencement de l'année dernière, mon attention fui attirée 
par la présence, dansle laboratoire même des Hautes Etudes, de nombreux 
individus d'un Coléoptère longicorne d'un beau rouge, [eCallidium sangui- 
neum, Linné; ces Insectes étaient éclos dans le bûcher renfermanl le bois 
de Gbêne employé pour le chauffage; les larves vivenl à l'intérieur du bois, 
où elles creusenl «le nombreuses galeries, ne se rapprochant de la surface 
qu'à la fin de la vie larvaire, et venant .dois se aymphoser dans une pe- 
tite chambre mena;;/.' par elles entre l'écorce el le bois; à l'éclosion, l'a- 
dulte perce l'écorce el sort; le trou de sortie est oblique par rapport à 
l'écorce, à contour externe ovale, de h millimètres de grand axe sur a mil- 
limètres i/a de petit axe; si l'on examine les chambres où se nympbosenl 
les larves du Callidium sanguineum , «>n se rend compte immédiatement de 
l'existence «les ennemis de ce Coléoptère; dans beaucoup de cas. on trouve 
en effet la dépouille de la larve, c'est-à-dire la peau, les mandibules el 
les trachées, el à coté, un certain nombre de cocons jaune -pâle, conte- 
nant shacun une petite larve; ces cocons, ii l'éclosion, donnent un petit 
Hyménoptère appartenant à la famille des Braconides, le Doryctes gatticw 
Rheinhard; le Doryctes gallicus est naturellement très abondant au labora- 
ratoire , et l'existence de matériaux d'études aussi faciles à se procurera 
n'importe quelle époque de l'année, dans un endroit bien déterminé (les bû- 
ches de Chêne), où on est toujours sûr d'en trouver, nous a immédiatement 
décidé à choisir cet Insecte parmi les nombreux représentants de la famille 
îles Braconides. pour effectuer nos recherches sur l'anatomie. les mœurs et 
le développement post-embryonnaire des Hyménoptères entomophagesi — 
Le Conseil municipal de Paris a bien voulu, sur la proposition des mes 
maîtres. MM. les professeurs Milne Edwards et Bouvier, s'intéressera ces 



— 365 — 

études el m'accorder une subvention me permettant (l'aller étudier sur 
place, dans les forêts, ces Hyménoptères. Voici les observations biologiques 
que nous avons été à même de faire : 

1. Poule des Callidium. — Les Callidium n'attaquent pas le Chêne sur 
pied, mais seulement quand il a été coupé; on a l'habitude de faire les 
coupes en hiver et on laisse le bois sur place jusqu'à l'automne suivant; IV- 
closion des Callidium a lieu au mois de mai, ces Insectes sortant à ce moment 
des Ironcs plus anciens, coupés les années précédentes: peu après l'accou- 
plement, a lieu la ponte; la femelle est pourvue d'un oviscapte pluriartieulé 
1res mobile , avec lequel elle explore l'écorce, cherchant des anfracluosités 
assez profondes ou des cassures dans lesquelles elle introduit cet oviscapte 
le plus profondément possible, pour y déposer un seul œuf; il peut arriver 
qu'elle ponde un œuf dans une galerie creusée par une larve. L'œuf est 
donc pondu le plus souvent dans l'écorce, et la larve, à son éclosion, va se 
mettre à dévorer cette écorce avec ses mandibules encore peu chitini- 
sées; la jeune larve parvient ainsi sous l'écorce, chemine quelque temps 
entre l'écorce et le bois, et enfin, quand elle a acquis une certaine taille el 
que ses mandibules sont assez puissantes, elle pénètre dans le bois, y creu- 
sant une galerie plus ou moins longue, et ne revenant sous l'écorce qu'à 
la fin de sa croissance, c'est-à-dire environ deux ans après. 

L'élude du mode de ponte nous enseigne le moyen efficace de préserver 
le bois des attaques de ces Coléoptères : il suffit de le dépouiller de son 
écorce le plus rapidement possible; on supprime ainsi les endroits propices 
au dépôt des œufs; dans le département de l'Aube, dans l'Yonne, le Mor- 
van , on a l'habitude d'écorcer les troncs , l'écorce étant employée pour la 
fabrication du tan; les troncs ainsi dénudés restent intacts; le CaUidium 
n'est cependant pas loin, il suffit d'aviser un tronc auquel on a laissé 
l'écorce, on y trouvera les larves du Longicorne. 

Les faits que nous venons de signaler sont relatifs au Callidium sangui- 
neum L., cpie l'on rencontre en grande abondance dans les forets des en- 
virons de Paris, en particulier dans la forêt deSénart ( Montgeron), dans 
les foiè'.s de l'Aube, de l'Yonne, du Mon an. Le Callidium sanguineum L. 
est plus rare dans les forêts de l'Argonne (Marne, Ardennes), où on 
trouve, vivant dans les mêmes conditions, un autre Callidium, le Phy- 
matodes {Callidium) mriabileh. La ponte s'effectue de la même façon. 

2. Ennemis des Callidium. — Les larves des Callidium, bien que ca- 
ch es sous l'écorce, sont en butte aux attaques de nombreux ennemis, et 
cela au moment où la larve ayant arrangé son nid pour se nymphoser, 
entre dans la période de vie ralentie; les Hyménoptères savent deviner sa 
présence sons l'écorce, ils percent celle-ci et déposent un ou plusieurs œufs 
à côté delà larve du Callidium, ces œufs ne tardent pas à éclore et à don- 

MlSKl'M. IV. *6 



— 366 — 

ner naissance à des larves qui se mettent à perforer la paroi du corps de 
leur bote H à en aspirer lentement le contenu. 

Le Callidium samyuineum L. a pour parasitesles Hyménoptères suivants: 

a. Doryctes gaïïicus Rheinhard, parasite externe et social; 
I). Helcoii tardator Nées, parasite solitaire; 

c. Phytodietw corvinus Gravenhorst, Ichneumonide parasite externe el 
solitaire. 

Les parasites du Callidium variabile L. sont : 

a. Doryctes gallicus Kli. ; 

h. Yylonomus prœcatoriusY., parasite externe, solitaire, abondant dans 
L'Argonne : 

c. ïylonomus scaber Gravenhorst : 

d. ïorides nitens Gravenhorst. 

Ces trois derniers étant des Icbneumonides. 

Le Doryctes galHeus llh. est abondant partout : environs de Paris , Aube, 
Yonne, Morvan, Marne, Ardennes. 

Helcon tardator Nées est extrêmement abondant aux environs de l'aris, 
en particulier dans la forêt de Sénart. 

Vhylodietns corvinus Gr. est répandu dans le Morvan et les environs de 
l'aris. 

ïylonomus prœcatorius F. est le parasite de prédilection du Callidium va- 
riabik. Il est d'une abondance extrême dans la région Y ES. de la Marne 
(forêts de Sainte-Menebould) el dans les ordonnes (environs de Ketbel); 
celle espèce est considérée il tort comme rare en France. 

Xorides nitens et Kyhnomus scaber sont des espèces peu abondantes , 
»pie l'on peut se procurer dans les Ardennes. 



3. Poule des Hyménoptères. — Le l'ait que les Hyménoptères savent de- 
viner, à l'intérieur d'un tronc de Chêne, la présence et la position exacte 
d'une larve d'une espèce déterminée, propre à servir de proie à leur progé- 
niture, a depuis longtemps frappé les auteurs: beaucoup ont imaginé un 
sens spécial, propre à la recherche des hôtes; en réalité, point n'est besoin 
de recourir à cette explication , comme nous allons le voir. 

Si on examine les femelles de Don/ries •ni/Unis llh., de Phytodietus cor- 
vinus Gr- , de Xytonomw prœcatorius ou à' Helcon tardator (je cite les espèces 
abondantes, que Ton a la chance d'examiner le plus souvent), on voit 
qu'elles se promènent à la surface de l'écorce, qu'elles palpent avec les 
antennes: soudain la femelle s'arrête, applique ses antennes sur l'écorce, 
de divers côtés , se recule . palpe à droite , à gauche , etc. , puis . non satisfaite , 



— 367 — 

continue son chemin: dans la forêt de Sénart, j'ai suivi avec intérêt les 
allées et venues de nombreuses femelles d'Helcon tardator ; la femelle visi- 
tait les bûches coupe'es l'hiver précédent, faisant le tour de chacune, l'ex- 
plorant dans tous les sens, avec une activité fébrile; soudain je la vis s'ar- 
rêter net, se livrer au manège déjà décrit plus haut, et après avoir bien 
déterminé l'emplacement où se trou\ait la larve du Callidium sanguineum , 
relever brusquement l'abdomen et darder sa tarière sur l'écorce, sous un 
angle de 120 degrés environ, et se mettre à essayer de percer l'écorce; 
malheureusement, j'effarouchai l'Insecte et il prit la fuite. Les observations 
biologiques que nous venons de signaler montrent de la façon la plus claire 
que ces Hyménoptères reconnaissent la présence des larves sous l'écorce 
avec leurs antennes: la vue n'entre évidemment pour rien, dans ce cas 
particulier, dans cette recherche: si on examine l'antenne d'un individu de 
Dorijctes gallicus femelle, on voit à la surface de chaque article des dépres- 
sions de la cuticule , formant des fossettes très allongées où la chitine est 
moins épaisse, avec au milieu une place elliptique plus claire: les travaux 
de Nage! (1) ont montré que ces fossettes (Porènplatten) étaient des fos- 
settes olfactives : Nagel fait remarquer la grande dimension de ces fossettes 
dans les Braconides; le scape, l'annelet et le premier article de l'antenne 
en sont dépourvus, le deuxième article possède une fossette olfactive, les 
seize articles suivants en portent trois, les douze articles terminaux cinq : 
dans le mâle, le nombre des fossettes olfactives est un peu plus considé- 
rable: l'antenne est parcourue par un nerf très volumineux issu du cer- 
veau: le grand nombre des fossettes olfactives permet de supposer pour le 
sens de l'olfaction des Hyménoptères une grande acuité; les Aphidus que 
nous avons observé pondre devinent d'assez loin la présence du Puceron 
propre a recevoir leur œuf; de plus, ils reconnaissent très bien la présence 
d'un Puceron caché au fond d'une inflorescence de Bardane: les Abeilles 
ont un pouvoir olfactif très accentué; je suis donc disposé à penser que 
l'odorat joue le rôle capital dans la recherche des proies, en particulier 
dans la recherche des larves cachées sous l'écorce. 

h. Autres ennemis du Chêne. — Les bois de Chêne servant au chauffage 
sont souvent habités par de nombreux Scolytes (Scolytus intricatus) , qui, 
bien que plus petits que les Callidium , paraissent faire de plus sérieux 
ravages , en raison de leur extrême abondance ; ces Insectes établissent leurs 
galeries dans l'écorce ou sous l'écorce: la ponte a lieu de la même façon 
que pour les Callidium; le trou de sortie des Scolytes est à contour rigou- 
reusement circulaire, de un millimètre et demi de diamètre environ; les 
Scolytes sont en général très abondants au même endroit, traçant dans 

'') Nagel, Biblotlwca zoologica (Leuckart et Chun). 18 Heft. 189/1. Planche 11, 
fig. 3i( et do. 

au. 



— 368 — 

l'écorce de nombreuses galeries à peu près parallèles: à leur sortie , l'écorce 
est criblée de trous; si on examine attentivement cette ëcorce, on y remar- 
que des trous beaucoup plus fins, circulaires, de un demi-millimètre de 
diamètre: ces trous correspondent d'ailleurs à une galerie de Scolyte, dont 
l'extrémité est occupée par un cocon blanc, allongé, ovale, de 4 milli- 
mètres et demi de longueur, sur un peu plus de un millimètre de largeur; 
ce cocon est celui d'un Braconide delà tribu des Doryctidés, le Dendrosoter 
prohiberons Nées, parasite interne et solitaire de la larve adulte du Scolyte: 
le parasitisme interne est rendu nécessaire par suite du manque de place 
dans la galerie; au contraire de ce qui a lieu pour la larve du Callidium, 
la larve de Scolyte, sur le point de se nymphoser, n'agrandit passa galerie. 
de sorte qu'elle la remplit tout entière, et qu'il n'y a aucune place pour le 
dépôt de l'œuf d'un parasite: L'Hyménoptère est donc obligé, matérielle- 
ment . de placer son (eut dans le corps de sa victime; dans le cas des Calli- 
dium, la larve est située dans une galerie beaucoup plus grande qu'elle, et 
les larves parasites ont toute la place nécessaire autour de leur hôte. — 
Le parasitisme externe est très répandu dans les Hyménoptères: il existe 
chaque lois que la larve hôte est protégée soit sous une écorce, soit dans 
une galle, soit dans un nid fabriqué par la mère, à condition qu'il y ail 
de la place pour loger le parasite: celle règle n'est pas d'ailleurs exactement 
rigoureuse, présentant quelques exceptions qui s'expliqueront |>lus tard. 
Le Dendrosoter prohibera»* , étant situé dans l'épaisseur de l'écorce, à 
une faible profondeur, est lui 7 même sujet aux attaques des ennemis : sa 
larve est habitée par la larve d'un Ghalcidien interne et solitaire, qui sort 
de son hôte quand celui-ci a lilé son cocon. Les parasites des Callidium 
sont à une profondeur plus grande sous l'écorce, qui les protège efficace- 
ment : ils n'ont pas d'h\perpnrasites. 

5. Ennemis des Pins. — Nous avons ulilisé notre voyage dans la Marne 
à chercher à étendre les observations relatives au Chêne, au Pin, qui est 
employé dans ces pays pour le chauffage et la construction; les résultats 
auxquels nous sommes arrivé méritent d'être signalés; les bois de Pin, 
peu après être coupés, sont attaqués par de nombreux Coléoptères, en 
particulier par I' istynomus ( icanthoçinus) œdilis L, et le Criocephalus rus- 
tinis L. ; dans des soiives de nombreux bâtiments, j'ai trouvé de nombreu- 
ses larves à'Hylotrupes bajulus; les ravages causés par ces dernières sont 
véritablement redoutables : les larves creusent de nombreuses galeries. 
finalement le bois est réduit en poussière; de nombreuses constructions 
ont dû être remplacées dernièrement par suite des ravages des Coléoptères; 
la solive nouvelle est d'ailleurs infestée déjeunes larves et appelée à subir 
un sort identique h la précédente dans un délai relativement court. 

Les bois de Pin sonl en outre habités par de nombreux Scolyles. 

Les larves du Criocephalus rusticm . el de Y Acanthocinus œdilis, non seule- 



— 369 — 

ment agrandissent leur galerie pour se nymphoser, mais encore la tapis- 
sent avec des petits morceaux de liber, formant une chambre qui est un 
véritable nid. C'est à ce moment également que la larve est en butte aux 
attaques de ses ennemis: elle sert de proie aux larves d'un gros liyménop- 
lère de la tribu des Doryctidés, le Cœloides (sect. Atanycolus) Veesi, 
Marshall, dont M. le Rév. Marshall a bien voulu nous envoyer la description; 
le Cœloides pond un seul œuf, à côté" de la larve du Longicorne; la jeune 
larve dévore son hôte en lui restant extérieure; le cocon a une forme très 
particulière décrite par M. Marshall; je ferai remarquer que certains Ichneu- 
monides des forets, Xorides nitens, etc. , ont un cocon qui a la même forme. 
La femelle est pourvu»' d'une longue tarière propre à percer l'écorce 
épaisse du Pin. 

Je ne connais pas d'autres ennemis des larves des Longicornes vivant à 
l'intérieur du Pin. 

Les larves des Scolytes sont attaquées par un Dendrosoter, le D. Midden- 
(lorfii Ratzeburg. 

Comme on le voit, on retrouve à propos du Pin des faits identiques à 
ceux que nous avons observés à propos du Chêne. 

Telles sont les principales observations biologiques que nous axons à si- 
gnaler. 

J'insiste, en terminant, sur la nécessité des soins à donner aux bois de 
construction: en général, le Chêne est entouré des soins nécessaires; il n'en 
n'est plus de même pour les bois de Pin utilisés, en Champagne, non seule- 
ment pour le chauffage, mais encore pour la construction , et alors les ra- 
vages deviennent considérables: il serait à souhaiter cpie les soins dont on 
entoure le Chêne soient étendus au Pin, au Noyer et autres arbres : on évi- 
terait ainsi la réfection sans cesse renouvelée des bâtiments. 



Descriptiox de Bsaconides, 
par M. T.-A. Marshall. 

(Laboratoire de M. le professeur Boi vier.) 

1. Coeloïdes (section Atanvcolis) Neesii Marshall. 

— Bracon denigrator Nées Mon. 1 . 101 (nec Linné). 

— Cœloïdes Neesii Marsh. H;pn. d'Eur. et d' !//;., 111. 120; 

cf. 1. 225. 

Tête, thorax, antennes et pattes d'un noir intense, brillants, glabres. 
Abdomen jaune testacé; sillons mésothoraciques distincts. Long. 9 6 mil- 
lim.; cf 3 — 3 millim. 1/2. 



— 370 — 

Comme de règle, le d* ressemble à la 9 sous tous les rapports, hormis 
la longueur des antennes et la forme un peu plus étroite de l'abdomen. 11 
est constamment plus petit que l'autre sexe, et la différence de taille est fort 
accentuée chez les exemplaires envoyés par M. Seurat. 

Les distinctions spécifiques des Atanycolus sont des plus subtiles, et je 
n'en ai pas trouvé assez pour séparer ces Insectes du C. Necsii; seulement 
les sillons du mésonolum paraissent être un peu plus profondément creusés 
que chez la plupart. M. Seurat a constaté que l'espèce est commune dans 
le département de la Marne : les individus actuels (a 9, î c?) étaient pa- 
rasites externes et solitaires; il les a obtenus d'éclosion des larves d'Asty- 
nomu» tedilis L. et Grioeephahu rustieus L. Le cocon d'où est sortie l'une des 
femelles présente la même forme que celle que j'ai décrite lib. cil. , p. 119, 
laquelle ressemblait à une gabarre ou, si on le préfère, à un cercueil. 

Pour ne pas confondre cette espèce avec Cœloides hntintor Nées et C. he- 
teropus Thoms, qui seuls sont comparables, il suffit de remarquer que la 
tête d'miftator est constamment plus ou moins rouge, les genoux rougcâtres, 
les sillons mésothoraciques assez faibles, et que ces sillons manquent à ho- 
teropuB. 

2. Microplitis Seuratii Marsh, esp. nouv. 

Premier segment ruguleox et mat, un peu en rectangle, de moitié plus 
long que large, brusquement rétréci en angle arrondi à l'extrémité; 
deuxième segment lisse, luisant; cuisses de derrière rougeâtres, unicolores; 
mésonotum sans lignes élevées. 

Ces caractères conduisent, eo suivant la dichotomie du rrSpecies des Hy- 
ménoptères* (vol. 1, page 4()4, sqq.), à l'espèce M. strenua Reinh. Mais 
les Insectes actuels différent évidemment par leur taille plus petite, par le 
métanotum qui n'est pas régulièrement convexe, par le stigmaqui est net- 
tement jaune dans son tiers basilaire, par la couleur des pattes, etc. Je n'ai 
pu les rapportera aucune des sept nouvelles espèces publiées par M. Thom- 
son. Voici donc leur description : 

çS noir; palpes d'un testacé sale; antennes à peine plus longues que le 
corps, noires, avec la base du funicule longuement brune. Tête et méso- 
notum densement granulés, mats; scutellum lisse à la base, granulé à 
l'extrémité; sillons mésothoraciques nuls; métathorax grossièrement ru- 
gueux, caréné au milieu, revêtu sur les côtés d'une pubescence blanchâtre. 
Ailes subhyalines, légèrement enfumées au delà du stigma; celui-ci lar- 
gement jaune à la base; écaillettes teslacées. Pattes d'un testacé pas trop 
clair; cuisses intermédiaires assombries au milieu; quatre tarses posté- 
rieurs plus ou moins assombris. Abdomen moins long que le thorax , lisse 
après le premier segment; celui-ci assez large et court, pointillé, médio- 
crement luisant, avec une proéminence aplatie et lisse au milieu du bord 
postérieur; segments suivants lisses. Hypopygium terminé en pointe 



— 371 — 

émoussée qui na dépasse pas le bout de l'abdomen. La 9 m'est inconnue , 
mais, selon la règle <|ui domine le genre, elle doil ressembler parfaitemeni 
au d\ tout en ayant les antennes plus courtes et les pattes, peut-être, pins 
claires. Long. 1 millhn. 1/2. 

Cette espèce vient d'être éduquée par M. Seurat en assez grand nombre 
de la chenille d'un Agrntis non exactement déterminé, mais qui pourrait 
bien être A. segetum Schiff. Le cocon du Hraconide est d'une teinte demi- 
brune tirant sur blanchâtre et sans lustre. 



SlR QUELQUES CRUSTACES ANOMOURES ET BRACHYURES 
RECUEILLIS PAR M. DlGUET JE.Y BaSSE-CaLIFORXIE , 

par M. E.-L. Bouvier. 



Genre Œdipleura Ortniann (Vca Lalr.). 

OEdipleura occidentalis Ortmann (Ucalaevis Edw. i854, non 1887). 

Un bel exemplaire mâle correspondant à tous égards à l'espèce qu'a 
tigurée Milne Edwards dans les Archives du Muséum, fig. 1, pi. 16, tom. VII 
(1 854-1 855); le corps tout entier est d'un rouge jaunâtre presque uni- 
forme; les pattes ambulatoires sont munies en dessous d'un revêtement 
épais de poils foncés, longs et droits. 

Dans cet exemplaire, comme dans tous ceux que possède le Muséum, le9 
méropodites des pattes antérieures sont longs, relativement étroits et ar- 
més sur les bords de gros tubercules coniques, la petite pince (qui est du 
côté gauche) se rétrécit un peu au delà de sa base et, comme la grandi', 
atteint son maximum de largeur au niveau de l'articulation du doigt mo- 
bile; l'une et l'autre sont peu convexes en dehors et présentent en dedans 
des tubercules épais un peu plus petits et beaucoup moins nombreux que 
ceux des deux bords. L'exemplaire provient de l'arroyo de las Palmas, dans 
la partie méridionale de la Basse-Californie. 

Ce Crabe terrestre n'était pas connu jusqu'ici en dehors du pays de 
Guayaquil (Equateur) d'où il fut rapporté par Quoy et Gaimard. La dé- 
couverte de M. Diguet nous donne droit de supposer que l'espèce s'étend 
probablement dans toute la région occidentale de l'Amérique tropicale. Elle 
est représentée dans la partie orientale par une forme beaucoup plus 
commune, V Œdipleura cordata Herbst (Uca una Latr.), qu'on reconnaît au 
premier abord à sa carapace beaucoup moins rétréci»- en arrière et à ses 
pattes antérieures beaucoup plus trapues et plus courtes. 

Le genre ne comprend pas d'autres espèces. 



372 



Câccarcimis Lalr, 



G. planatus Stimpson (G. malpilensis Faxon, G. Digueti E.-L. Bouvier.) 

Les crabes terrestres du genre Geeareinus sont représentés par deux 
formes qu'a nettement caractérisées Milne Edwards. Dans l'une, le méro- 
podite des pattes-mâchoires postérieures est entier et plus ou moins arrondi 
en avant; dans l'autre, le bord antëro-inlerne du même article présente une 
fissure assez profonde. Le G. ruricola L. représente les formes du premier 
groupe; le G. lagostoma Edw., appelé aussi bec-de-lièvre à cause de la lis- 
sure signalée plus liant, est le type très caractéristique du second. M. Ort- 
inann croirait volontiers que toutes les espèces du genre peuvent se ranger 
dans l'une ou l'autre de ers deux espèces; pourtant il n'est pas affirmatif au 
sujet du (l. malpilensis Faxon, espèce qui fut capturée par Y Albatros* dans 
l'île Malpelo, c'est-à-dire à l'entrée et au large du golfe de Panama. 

L'étude des Gécarcins recueillis par M. Diguet en Basse-Californie m'a 
permis de résoudre c tte dernière question. 

En 180/1, M. Diguet rapporta au Muséum un exemplaire de Gécarcins 
qui ressemblait à tous égards au G. planatus Stimps., sauf par la présence 
d'une ligne tuberculeuse sur chaque bord anléro-'atéral et par ses granu- 
lations fort petites qui ne pouvaient guère s'apercevoir qu'à la loupe. Cet 
exemplaire différait du G. malpilensis par les deux caractères précédents et 
par deux autres qui le rapprochent du G. planatus : la présence do dents 
plus ou moins ai<;uës sur le bord interne du carpe des pattes antérieures 
et le développement des sillons gastriques latéraux qui séparent les lobes 
epigastriques des aires hépatiques. En conséquence , je proposai d'attribuer 
le nom de G. Digueti à l'espèce représentée par ce spécimen. 

Or il se trouve que le même voyageur, dans son dernier voyage en 
Basse -Californie, a recueilli un autre Gécarcin, plus grand que le pre- 
mier, mais appartenant évidemment à la même espèce. Toutefois cet exem- 
plaire tient davantage des G. malpilensis que du G. planatus; son sillon 
gastrique est encore bien développé dans toute son ('tendue, mais ses gra- 
nulations sont un peu plus visibles, sa ligne antéro-lalérale a disparu (sauf 
sur 1 ou a millimètres de longeur au voisinage de l'orbite), enfin les dents 
carpiennes des appendices antérieurs sont complètement atrophiées sur la 
grande patte et rudimentaires sur la petite. 

La taille des divers exemplaires est la suivante : 

G. planatus, type de Stimpson: largeur du céphalothorax. 65 millini. 

G. Difjucli, — Bouvier : 67 — 

G. malpUensis, — Faxon : — — 7 (l — 

Exemplaire recueilli en 1 897, par M. Difjuet 84 — 

Il ne me paraît pas douteux que tous ces exemplaires appartiennent à la 



— 373 — 

même espèce, seulement des modifications s'introduisent avec l'âge, connue 
dans beaucoup de crabes terrestres, et ont pour résultat de faire disparaître 
les épines carpiennes et ia ligne tuberculeuse antéro-latérale. Stimpson ne 
l'ait pas mention de cette ligne dans sa diagnose, mais on peut croire qu'elle 
existait et qu'il ne l'a pas signalée; l'auteur, en effet, ne dit rien des bords 
du céphalothorax. Il y a donc lieu, croyons-nous, de conserver le nom de 
G. planatus et de faire passer à l'état de synonymes ceux de G. Digueti 
Bouv. et de G. malpilénsîs Fax. 

Les exemplaires de M. Diguet et celui de Stimpson ont été recueillis en 
Basse-Californie, celui de M. Faxon à l'île Malpelo. comme nous l'avons dit 
précédemment. 

Le G. lagostoma Edw. , dont le Muséum possède quatre exemplaires typi- 
ques, me parait bien distinct du G. planatus. Les différences essentielles sont 
les suivantes : 

1" La ligne antéro-latérale persiste dans les plus grands exemplaires, qui 
atteignent en moyenne 90 millim. de largeur: 

9 e La carapace est beaucoup plus renflée dans toute son étendue trans- 
versale, au niveau postérieur des lobes épigastriques; 

3° Le carpe des pattes antérieures présente encore «Jeux ou trois dents 
sur la partie antérieure de sa face interne; 

h" Le propodile des pattes ambulatoires est bien plus large à sa base que 
dans le G. planatus et se rétrécit bien plus fortement de la base au sommet ; 

5° Le méropodile des pattes mâchoires externes présente sur son bord 
antéro-interne la fissure caractéristique en bec-de-lièvre , tandis qu'il est sim- 
plement échancré dans le G. planatus. 

Le type de G. lagostoma Edw. aurait été rapporté d'Australie par Quov 
et Gaimard, mais d'autres représentants de la même espèce ont été signalés 
;i l'Ascension par Drew, Miers, ainsi que par MM. Ortraann et Benedicl. 

Le premier exemplaire de G. planatus recueilli par M. Diguet nous est 
arrivé desséché: il est d'une teinte rouge pâle qui s'atténue beaucoup et 
passe au blanc sur la partie postérieure du test et la plus grande partie des 
pattes. Le second exemplaire a été conservé dans le formol comme W)luh- 
pleura occidentalis ; il est dune coloration uniforme ronge brun foncé. 

Lithadia Bell. 

Lithadia Digueti E.-L. Bouvier. 

M. Diguet a trouvé dans les madrépores de Basse-Californie un exem- 
plaire de Lithadia qui présente sur le dos deux larges tunnels symétriques. 
Cette espèce nouvelle représente, dans le Pacifique, la Lithadia pontifera 
Stimpson des Barbades, qui offre la même disposition curieuse ;je l'ai dé- 
crite sous le nom de L. Digueti dans le Bulletin de la Société entomologique 
de France (novembre 1898). 



— 374 — 

il* i>o<-mi<'ii:i Guéria. 

Les Hypoconques sont des Dromiacés qui, au lieu de s'abriter sous des 
commensaux vivants (Éponges, Ascidies, etc.) qu'ils transportent avec eux, 
se cachent sous de vieilles coquilles de Mollusques à la manière des Ber- 
nards l'Ermite. Gomme leur forme de crabe s'accommoderait mal du test 
spirale" d'un Gastéropode. ils choisissent toujours une valve de Lamelli- 
branche qu'ils maintiennent fortement sur leur dos, à l'aide des tarses cu- 
rieusement modifiés de leurs quatre pattes postérieures. Ge bouclier solide 
les déborde de toutes parts et les cache complètement aux yeux, si bien que 
l'observateur est fort surpris, raconte M. Diguet, quand il voit une vieille 
coquille se déplacer rapidement sur le fond de la mer. 

Le genre Hypoeoncha forme un groupe très restreint qui parait localisé 
jusqu'ici autour de l'Amérique tropicale; on en connaissait trois espèces, 
mais M. Diguet vient d'en découvrir deux nouvelles, de sorte que le genre 
comprend aujourd'hui cinq espèces que l'on peut différencier de la manière 
suivante (,) : 



/ Le méropodile des maxillipèdes externes 
est sublrianjjulaire, son bord anté- 
rieur est pins lonjj que les bords la- 
téraux et aussi lon/j que les deux 
articles précédents réunis. La cara- 
pace est très peu pileuse en dessous 
et les pinces présentent de nombreux 
tubercules sur leur face externe. . . . 



Les bords 

de la 
carapace 

sont 

ornés 
de poils 

lonfts 
el serrés. 



H. californiensls sp. nov. 



I 



Le niéropodite 
des maxillipè- 
des externes 
esltrapézoïde; 
son bord an- I 
teneur est ( 
beaucoup plus 
court que les 
deux articles 
précédents ré- 
unis. 



Carapace peu velue 
en dessous, de sorte 
(pie les tubercules 
\ sont 1res appa- 
rents; très peu de 
tubercules sur la 
face externe des 
pinces H. sabulosa llerbst. 

Carapace très velue 
en dessous, de sorte 
que les tubercules 
y sont presque par- 
tout cachés; les 
pinces présentent 
de très nombreux 
tubercules qui se 
groupent en pro- 
éminences verru- 
guleuses au voisi- 
na/je des doigte.. . 



H. Digueti sp. no 



v. 



'' VH. tabulosa ne se trouve pas dans les collections du Muséum, de sorte que 



— 375 — 

Partie inférieure de la rarapare et pattes 
ornées de tubercules épars qui se 
groupent en rangées régulières sur 
les bords du front, des orbites, de 
l'épistome; sur les pinces, ces tuber- 
cules sont assez nombreux en dehors, 
rîeure / e t forment une rangée régulière sur 

chaque bord H. panamensis S. -S. Smith. 

Partie inférieure de la carapace et ap- 
pendices ornés partout de granules 
nombreux qui ne se groupent guère 
en rangées; il y a quelques tubercules 
\ vers le milieu des pinces H. arcuata Slimps. 



Les bords 
et 
la face 
supé- 
eure 
de la 
carapace 
sont abso- 
lument 
nus. 



Chacun des deux groupes précédents est représenté , à l'est et à l'ouest 
de l'Amérique centrale, par des formes extrêmement voisines : 17/. arcuata 
des Antilles est représenté dans le Pacifique oriental par Y H. panamensis ; 
Y H. sabulosa qui se trouve en deçà de l'isthme, comme l'jff. arcuata, est à 
son tour représenté dans le Pacifique par les deux espèces nouvelles que 
M. Diguet a trouvées en Basse-Californie : YH. californiensis et 17/. Digucti. 
Si bien que plus on étudie la faune marine américaine, plus on est frappé 
des analogies étroites qui existent entre ses représentants orientaux et occi- 
dentaux. 

Hypoconcha californiensis sp. nov. 

Cette espèce est extrêmement voisine de Y H. sabulosa Herbst; autant 
qu'on en peut juger par les figures de cette espèce que Guérin a données, 
les caractères qui distinguent les deux formes ont trait essentiellement à la 
structure des pattes antérieures : dans l'espèce de Herbst, les pinces de 
ces appendices n'ont qu'un très petit nombre de tubercules sur leur face 
externe, trois sur la région palmaire et trois ou quatre sur chaque doigt; 
dans l'espèce qui nous occupe, ces tubercules sont nombreux et répartis 
sans ordre, tantôt presque contigus (pouce et portion palmaire voisine), 
tantôt assez éloignés les uns des autres; ils deviennent très petits sur le 
bord inférieur où ils forment une rangée longitudinale peu apparente; un 
tubercule plus fort, et terminé par deux pointes, occupe le milieu de la 
base externe de la main. La plupart de ces tubercules sont aigus ou sub- 
aigus; ils se rencontrent également sur la face plane du carpe (face 
extérieure) où ils forment deux rangées qui convergent un peu d'arrière 
en avant. 

Un autre caractère fort remarquable de l'espèce nouvelle, c'est le dé- 

j'ai dû me servir, pour l'étude qui va suivre, des figures publiées par Guérin dans 
le Magasin de Zoologie et le Voyage de Hamon de la Sagra. Par contre, les mêmes 
collections renferment des exemplaires typiques d'W. panamensis et d'tf. arcuata. 



— 376 — 

veloppement extraordinaire que présente en avant le méropodite des pattes- 
mâchoires externes; arqué et très obliquement dirigé en arrière et en 
dehors, le bord antérieur de cet article est un peu plus long que le bord 
interne, beaucoup plus que le bord externe et trois fois autant que le bord 
par lequel il se met en contact avec l'ischiopodile. [/article parait triangu- 
laire; il est profondément excavé en dessous. 

Les dents subaiguës qui ornent les bords de la carapace et des orbites 
gonl bien plus nombreuses dans notre espèce que dans 17/. sabulosa ; on 
en compte trois principales (au lieu d'une) sur chaque lobe frontal médian, 
et six de chaque côté depuis l'échancrure orbitaire supérieure jusqu'au 
point ou la carapace atteint sa largeur maximum: le bord orbitaire infé- 
rieur, qui es I dépourvu d'épines dans l'espèce de Herbst, en présente cinq 
de chaque côté dans l'espèce qui nous occupe. 

Les deux derniers segments abdominaux de la femelle forment une 
lame qui se recourbe presque à angle droit sur le segment précédent (donl 
le bord postérieur est peu saillant et frange de longs poils); ainsi limitée, 
cette lame terminale de l'abdomen est plane, mais présente pourtant deux 
excavations paires sur le sixième segment. 

Notre espèce paraît beaucoup plus pileuse que 1'//. sabulosa, surtout au 
niveau des patles ambulatoires qui sont frangées de poils beaucoup plus 
loin. Ses régions branchiales antérieures sont dépourvues d'impression en 
dehors de l'aire cardiaque, et ses régions branchiales postérieures ne pa- 
raissent pas limitées en arrière. Par ces deux caractères encore , l'espèce 
trouvé<> par M. Diguet se distingue de 17/. sabulosa. Elle esl remarquable 
par la demi-couronne granuleuse et très saillante quelle présente sur 
l'article coxal des deux paires de pattes antérieures; il est possible que cet 
ornement existe dans l'espèce de Herbst (voir les Qg. )5 et '\ de Guérin), 
mais, dans ce cas, elle se trouverait aussi à la base des pattes de la 3* paire. 

Deux exemplaires femelles recueillis à l'île de San José. L'un de ces 
exemplaires, qui esl intact . nous a donné les dimensions suivantes : 

Longueur totale du céphalothorax i • , "" a 5 

Largeur 1 " •' 

L'autre exemplaire est très mutilé, mais sensiblement plus grand; tous 
deux sont, dans le formol, d'une couleur rougeâtre uniforme. 

Hypoconcha Digueti sp. nov. 

Celte grande el belle espèce a des affinités fort étroites avec la précé- 
dente et surtout avec 17/. sabulosa. Ses caractères cs-eniiels sont les sui- 
vants : 

i° La carapace esl partout couverte de poils qui deviennent [dus nom- 
breux el beaucoup plus longs sur les bords: des poils jaunâtres plus courts 



— 377 — 

que ceux des bords, mais aussi serrés, recouvrent toute retendue de la 
face ventrale, y compris les appendices et le sternum. Dans les deuv 
espèces précédentes, la carapace est nue el lisse dans la plus grande 
étendue île la face dorsale; elle devient très longuement pileuse sur les 
bords, mais n'offre plus que des poils très courts et peu serres du côté 
ventral; en tous cas, ces poils ventraux ne masquent pas du tout les tuber- 
cules du test, tandis qu'ils les dissimulent presque totalement dans notre 
seconde espèce. 

3° Les dépressions de la face dorsale de la carapace sonl exactement les 
mêmes que celles figurées par Guérin dans Y H. sabulosa; toutefois le 
sillon médian de la région fronto-gastrique est à peine indiqué, caractère 
qui est également propre à 17/. californiensîs. 

3° 11 v a 4 ou 5 dents blanches et subspiniformes sur chacun fies lobes 
frontaux; il v en a de 8 à 10 sur chacun des bords de la carapace, en 
dehors de ces lobes. 

/f II existe des denticules obtus, peu régulièrement disposés et peu 
saillants, sur le. bord supéro-externe de l'orbite, de même que sur son lobe 
inférieur. 

5° Les pattes-mâchoires externes rappellent bien plus 17/. sabulosa que 
17/. californiensîs, mais leur méropodite est encore plus franchement 
carré : son bord antérieur est beaucoup plus court que ses deux bords laté- 
raux et à peine (dus long que la moitié de la longueur totale des deux 
articles précédents. Dans 17/. californiensis , au contraire, la longueur de 
ce bord égale celle des deux articles basilaires réunis. 

6° Dans 17/. californiensis , les parois latérales du cadre buccal pré- 
sentent, de chaque côté, une forte oreille dirigée en dedans, sur laquelle 
vient s'appuyer le bord antérieur du méropodite des maxillipèdes externes; 
en outre, dans cette espèce, le plafond endostomien est muni de chaque 
rôle d'une arête saillante qui présente en son milieu un denticule. 11 n'existe 
ni oreille saillante, ni denticule dans l'espèce qui nous occupe; en outre, 
les deux lignes endostomiennes y sont représentées par des saillies longi- 
tudinales larges el obtuses. Il doit en être vraisemblablement de même 
dans 17/. sabulosa. 

7" La l'ace externe des pinces est couverte de poils serrés qui cachent 
complètement un certain nombre de petits tubercules; d'autres tubercules 
plus grands émergent fort nettement de cette couche de poils : ils forment 
deux rangées longitudinales très irrégulières vers le milieu de cette lac 
et deux autres sur la face externe du doigt fixe; ils sont contigus et très 
nombreux sur toute la face supérieure du doigt mobile. Ces tuber- 
cules sonl tous plus ou moins obtus; ils se groupent en trois grosses 
saillies verruqueuses au voisinage des doigts, et forment une grosse proémi- 
nence dentée au milieu de la base externe du propodite; des tubercules 
plus petits se trouvent en grand nombre vers les deux bords de la main; 



— 378 — 

ils se groupent même en une ligne régulière sur le bord inférieur et se 
continuent assez loin sur la l'ace interne. Le carpe esl aplati cl présente 
surtout des tubercules sur ses bords; certains de ces (lenticules se groupent 
e( forment une crête tridenlée sur le bord antérieur, juste en arrière de la 
proéminence qu'on observe à la base de la main. 

8* L'alnlomen ressemble lout a fait à celui de Y H. sabulosa; il se re- 
courbe régulièrement d'une extrémité à l'antre et ne présente pas de bor- 
dure de poils sur le bord postérieur du cinquième segment. 

9 L'article coxal des pattes des deux paires antérieures est simplement 
renflé et granuleux dans sa moitié distale; il est absolument dépourvu de 
la demi-couronne saillante qu'on observe dans l'espèce précédei île. 

Un exemplaire femelle recueilli par M. Diguet dans la baie de la Paz. 

Longueur maximum de la carapace ->i """•"> 

Largeur 33 

Cet exemplaire était uniformément rougeàtre; il se promenait sur le 
fond vaseux, abrité sous une vieille coquille de Pecten. 

tlilimiariiiN Dana. 

Clibanarius magnificus sp. nov. 

Le bord frontal esl presque droit, il se relève en larges saillies obtuses 
en dedans des pédoncules antennaires. et, sur la ligne médiane, en une 
saillie triangulaire un peu plus avancée. Les pédoncules oculaires sont un 
peu plus longs que ce bord; ils sont rétrécis au milieu et se dilatent aux 
deux extrémités; leur écaille est triangulaire el bidentée. Les pédoncules 
antennulaires n'atteignent pas (oui à l'ail le bord postérieur de la corne; les 
pédoncules antennaires sont plus courts encore; le ir acicule triangulaire 
est crénelé en dedans et atteint la base de l'article terminal. Les pâlies 
antérieures sont dépourvues d'épines, mais présentent de très nombreux 
tubercules coniques portant presque tous, dans leur moitié antérieure, un 
demi-cercle de courtes soies brunes et raides; ces tubercules sont de deux 
sortes : les uns larges et très saillants, de couleur blancbe; les autres plus 
réduits el d'une teinte légèrement bleuâtre. Le méropodite est très sail- 
lant en dessous et y présente deux tubercules contigus; les pinces sont 
subégales, à surface supérieure triangulaire et très peu oblique en dehors; 
elles rappellent un peu les pinces de certains Paguristes. Les doigts sont 
fortement cornés à l'extrémité et contigus sur toute leur longueur. Les 
pattes ambulatoires atteignent à peu près l'extrémité des pinces; elles sont 
larges, fortes et années d'une épine à l'angle antéro-supérieur du carpe; 
dans celles de la deuxième paire, le propodite est fort peu convexe en 



— 379 — 

dehors, aussi bien a droite qu'à gauche. Le doigt est large, triangulaire, 
à peine arqué et muni d'un»- paissante griffe terminale; sans cette der- 
nière., il ne dépasse guère eo longuenr la moitié du propodite. 

La moitié antérieure du céphalothorax est d'une couiear rouge brun 
qui s'atténue en arrière et devient jaunâtre; sur te fond m détachent des 
lâches blanches irrégulières de tontes tailles, dans lesquelles s'insère une 
rangée de courtes soies raides et brunes; sur la face supérieure des pattes 
de la première pain <oninie je l'ai dit plus haut, s'élèvent en 

tubercules de deux sortes; partout ailleurs elles sont rarement saillantes, 
mais tendenl pourtant à devenir tubereufiformes sur le bord supérieur des 
pattes ambulatoires. Les pédoncules oculaires, les écailles ophtalmiques 
les pédoncules antennulaires et la partie basilaire des pédoncules anten- 
naires présentent les mêmes ornements, mais lacieule. l'article terminal et 
le fouet de ces derniers sont d'une teinte jaune uniforme. La moitié posté- 
rieure du céphalothorax et l'abdomen sont blanchâtres, du moins dans nos 
exemplaires conserves depuis cinq ans dans le formol; en arrière de la 
suture cervicale se trouve une rangée de longs poils brun-, groupés côte 
à côte sur de petites lignes transversales. 

Cette espèce est tachetée comme le CL cruentattu Edvf. el le CL cwrmfea 
Heller. mais elle en diffère totalement par la forme du front . la brièveté des 
doigts et surtout par les ornements en saillie des palte> antérieures. 

Un exemplaire femelle recueilli sur les cotes de Basse-Californie en 1894. 
Le céphalothorax a plu< d'un centimètre et demi de longueur. 

Clibanarius Digueti sp. nov. 

Cette espèce est extrêmement voisine du CL enieiUatiu Bdw. ainsi qu'A 

résulte de la comparaison des exemplaires recueilli? par M. Digm-t avec le 
type de Mflne Edwards et la description de M. île Man. Les différences 
-- ntielles -ont les suivantes : 

i" Le pédoncule des antennes externes atteint presque, dans l'adulte, le 
bord postérieur de la corné", et le pédoncule de- antennes internes la 
dépasse un peu en avant: les deux pédoncules sont beaucoup plus courts 
dan< le CL ememtatas : 

-1° Les pinces sont couvertes de nombreuses épine- sur leur lace exté- 
rieure et présentent des saillies Bubspmiformes sur leur face intérieure: 
dan- le Cl. erwemtttut . les épines sont localisées au bord supérieur, ra roi- 
nage des doigts et sur les doigts, la face interne des pinces est unie: 

V Les doigts des pattes ambulatoires sont forts et beaucoup plus courts 
que le propodite : ils sont plutôt grêles et presque aussi longs que le pro- 
podite dans le Cl. eruentatiut. 

La partie antérieure de la carapace est d'un rouge très pâle et présente 



— 380 — 

de petites taches blanches non conflueutes; les pattes sonl d'un ronge foncé 
avec dp très nombreuses taches blanchâtres également petites et non con- 
lluentes. Dans le 67. cruèntatus, les taches sont moins nombreuses, irrégu- 
lières et fréquemment continentes. La coloration a été relevée sur des 
exemplaires conservés dans le formol : la partie postérieure du céphalo- 
thorax et l'abdomen sont d'un blanc légèrement violacé; les pédoncules 
oculaires sont totalement rouges, parfois pourtant avec un Ires petit nom- 
bre de taches blanches. Les exemplaires de petite taille ont une teinte rouge 
verdâtre avec les lâches blanches normales. 
Haie de la Paz : une don/aine d'exemplaires. 

<nl**imi* Dana. 

Calcinus californiensis sp. OOV. 

Celte espèce lient à la lois du C. chilensis Gay el du C. Herbsli de Man 
{(]. tibicen Edw.); elle ressemble nu premier par ses pédoncules oculaires 
qui sont grêles el plus longs «pie le bord antérieur de la carapace, de 
même que par le rudiment de inhérente qui précède le sillon carpien 
du chélipède gauche, elle rappelle le second par les pinces de ce chélipède 
qui sonl régulièrement convexes sur leur face externe. On sait que. dans le 
C'. chilensis, celte face est obliquement tronquée dans son tiers inférieur et 
même légèremenl excavée dans cette légion. Les écailles ophtalmiques se 

termi il par deux pointes inégales dans noire espèce ainsi que. dans le 

C. Herbsti, mais elles sonl triangulaires el beaucoup plus étroites que 
dans celte dernière espèce. \ jouions que les doigts des pattes ambulatoires , 
abstraction faite des grilles, ont sensiblement la moitié de la longueur du 
propodite, tandis qu'ils sont beaucoup plus longs dans le C. chilensis et 
surtout dans le C. Herbsti. 

La couleur est d'un rouge uniforme qui devient violacé' sur la face ex- 
terne de la grande pince; les nombreuses ponctuations du le>i et des ap- 
pendices sonl de teinte blanc grisâtre, de sorte que l'animal rappelle jusqu'à 
un certain point, par sa coloration, le 67. Digueli, mais les taches \ sont 
encore bien plus petites. Le bord antérieur des doigts esl d'une teinte plus 
claire, de même que la région des pédoncules oculaires qui avoisine immé- 
diatement la cornée. 

Le C. chilensis est blanchâtre maculé de ronge; le C. Herbsti rouge avec 
dos anneaux blancs, la grande pince étant en partie Manche. Le C. obscurus 
St., de Panama, est très certainement une espèce fort voisine, mais elle esl 
insuffisamment comme: ses pattes antérieures sont rouge brun et ses pattes 
ambulatoires olive foncé avec les doigts annelés. 

Deux exemplaires recueillis à file dp San José. 



— 381 



Eupa^iirus Brandt. 

Eupagurus Benedicti [E. minutes Benedict). 

Parmi les Crustacés recueillis par M. Diguet dans la haie île la Paz, se 
trouve unPagurien adulte qui parait correspondra, par tous ses caractères, à 
la diagnose d'une espèce de Basse-Californie que M. Benedict a désignée sons 
le nom (Il Eupagurus minutes. La seule ditlérence appréciable, c'est que 
l'exemplaire de M. Diguet présente deux lignes de spinules sur le carpe de 
la patte gauche, tandis que l'espèce de M. Benedict n'en aurait qu'une; 
mais comme la rangée interne est beaucoup moins développée que l'au- 
tre, il est possible qu'elle puisse s'atrophier suffisamment pour passer 
inaperçue. L'acicule n'atteint pas tout à fait l'extrémité des pédoncules 
antennaires et les pédoncules antennulaires dépassent un peu les yeux. Le 
Iront est très manifestement trilobé, le lobe médian étant moins angu- 
leux et moins saillant que les lobes latéraux. Outre les épines qu'a signa- 
lées M. Benedict sur la grande pince, il faut en signaler d'autres, aussi 
nombreuses, qui sont comprises entre les rangées marginales et les deux 
rangées convergentes médianes. 11 existe quelques denticules sur les deux 
laces inclinées en toit de la main gauche , et une forte ligne d'épines sépare 
ces deux faces; il n'y a que 2 ou 3 denticules peu marqués sur le bord 
supérieur, d'ailleurs fort court, du propodile de celte pince, mais, comme 
l'a indiqué M. Benedict, une forte rangée de spinules occupe le bord infé- 
rieur. Les doigts des pattes ambulatoires sont arqués, assez grêles, et beau- 
coup plus longs que le propodite; le bord supérieur du carpe et le bord 
inférieur du méropodile des mêmes appendices présentent quelques den- 
ticules, tantôt spinifonnes, tantôt très peu apparents. 

Le nom de minutes ayant été depuis longtemps appliqué par M. Hess à 
une espèce d'EiqMyunis fort différente, je propose de changer le nom iVE. 
minutes Bened. en celui d 1 Eupagurus Benedicli. 

Eupagurus lepidus sp. nov. 

Le lobe médian du front est arrondi et à peine plus saillant que les lobes 
latéraux. Les écailles ophtalmiques sont larges, carrément tronquées en 
avant, et munies eu ce point d'une rangée de k à 6 spinules bien distinctes. 
Les pédoncules oculaires sont un peu plus courts que h' bord frontal et 
se rétrécissent faiblement, mais graduellement . de la base au sommet. Les 
pédoncules antennulaires et surtout les pédoncules antennaires dépassent 
un peu l'extrémité coruéenne; l'acicule, très arqué, atteint à peine la base 
de la cornée. Le méropodile de la palte antérieure droite est tantôt inerme, 
tantôt pourvu de quelques denticules sur son bord antérieur; le carpe est 
armé d'une rangée de h ou 5 épines sur son bord supérieur, et de spinules 
ou de denticules très peu nombreux sur sa face supéro-externe. La main 

Muséum. — iv. ' 2 1 



— 381> — 

est ovale-triangulaire, un peu plus large que le carpe el se rétrécit à peu 
près régulièrement de la base au sommet; elle présente sur sou bord supé- 
rieur <len\ rangées contiguës d'épines qui se continuent, en s'alténuanl 
beaucoup, sur le bord supérieur du doigt: il y a une rangée de spinules 
sur le bord intérieur el des épines peu nombreuses, surtout dans les exem- 
plaires de petite taille, sur la face externe de la main. Le carpe de la patte 
gauche a deux lignes épineuses qui se prolongent l'une et l'autre sur la 
main; Tune de ces lignes occupe le bord supérieur, l'autre le milieu de la 
face supéro-externe ; en dehors de cette dernière, sur la face oblique du 
carpe et de la main, se voient quelques saillies spiniformes qui se groupent 
en rangée sur le bord inférieur du propodile. A part un denticule plus 
ou moins développé qui occupe l'angle anléro-supérieur du carpe, les pattes 
ambulatoires sont inermes; leur doigl esl aplati latéralement, presque droit 
et plus court que le propodile: il se termine par une forte griffe noire. 

Cette charmante petite espèce est simplement, mais fort gentiment 
ornée : abdomen, flancs et parties postérieures du céphalothorax plus on 
moins violacés; deux paires de taches rouge-brun sur la partie antérieure 
du céphalothorax, el de nombreuses taches de même couleur sur les an- 
tennes et leurs pédoncules; pédoncules oculaires et antennulaires grisâtres, 
avec des taches d'un brun verdàtre. Pattes antérieures d'un jaune grisâtre , 
ii part l'extrémité des doigts qui est blanche; les épines marginales sont 
muge-brun; les pattes ambulatoires sont blanches, mais présentent des raies 
parallèles longitudinales d'un brun rougeàtre. qui sont groupées en une 
sorte d'anneau long sur chacun dos articles. J)o longs poils clairs dressés 
el peu serrés ornent les appendices; des touffes plus rares et plus courtes 
se trouvent sur les appendices céphaliques et la partie antérieure du céphalo- 
thorax. 

Deux exemplaires recueillis dans la baie de la Paz; ils sont adultes et 
mesurent de i centimètre 1/9. a 3 centimètres de longueur. 

Eupagurus varians Benedicl. 

Un exemplaire très typique, dans une coquille à laquelle s'est substituée 
un fort joli polypier. 

Eupagurus californiensis Beuedict. 

Je rapporte à cette espèce, non sans quelques doutes, un Eupagurus 
femelle recueilli par M. Diguel dans la baie de la Paz. Cet exemplaire esl 
de petite taille (son céphalothorax ne mesurant guère plus de o millimètres 
de longueur), mais je le crois adulte; en tout cas, ses orifices sexuels sont 
très apparents. 

Comparé à l'exemplaire typique de l'espèce que possède le Muséum, ce 
Pagurien se fait remarquer par son acicule qui ne dépasse guère le bord 
de la cornée, par les denlicules assez nombreux que présente le bord in- 



— 383 — 

terne du carpe des plies antérieures, par la lace externe faiblement, mais 
régulièrement comexe de la grande pince, et par la présence sur celte 
lace de granules apparents plus petits et bien plus nombreux que dans 
l'exemplaire typique. Ce sont là, vraisemblablement, des différences qui 
tiennent à la taille et à l'âge. Le propodite des pattes de la 4" paire n'a 
qu'une rangée d'écaillés sur son bord inférieur; il manque à droite el à 
gauche dans l'exemplaire typique du Muséum. 

Le spécimen recueilli par M. Diguet a été conservé dans le formol et 
présente la coloration suivaute : abdomen et partie postérieure du cépha- 
lothorax d'un blanc très légèrement violacé, partie antérieure du céphalo- 
thorax légèrement jaunâtre; pédoncules oculaires un peu teintés de rose et 
ornés d'un anneau jaune; il y a un anneau de même couleur sur l'article 
terminal des antennules; pinces d'un blanc pur, carpe et méropoditc des 
pattes antérieures en grande partie d'un jaune brunâtre. Des anneaux 
jaune-clair sa voient sur les pattes ambulatoires; il y en a un grand et un 
petit sur le doigt et autant sur le propodite; le méropodite, et surtout 
le carpe, sont presque tout entiers jaunâtres. 

M. Benedict n'a pas décrit la coloration de l'espèce, qui esl , dit-il, 
blanche dans l'alcool. 

Eupagurus venustus sp. nov. 

Cette fort jolie espèce présente de grandes analogies avec ¥E. califor- 
niensis Bened. ; elle en diffère surtout par les caractères suivants : 

i° Les pédoncules oculaires sont plus courts, plus forts, el n'atteignent 
pas l'extrémité de l'acicule ; le bord postérieur de leur cornée se trouve à 
peu près au niveau de la base de l'article terminal des pédoncules anten- 
naires. 

2° Le carpe des pattes antérieures est plus long et moins large que dans 
I'jE". californiensis ; le bord externe de-sa face supérieure est armé de huit 
épines inégales , et le lilet saillant qui limite le bord externe présente des 
dents spinuliformes; de nombreuses saillies, qui se terminent en spinales 
couchées en avant, ornent celte même face, qui est lisse et ornée de quel- 
ques saillies obtuses et basses dans ÏE. californiensis. 

3° La pince ne forme pas une courbe régulièrement ovalaire comme 
celle de YE. californiensis, elle se rétrécit bien plus à la base et surtout 
dans la région des doigts; elle est ornée, sur toute sa face supérieure, d'une 
multitude de fins granules égaux el très rapprochés; dans l'exemplaire 
typique d'il, californiensis que possède le Muséum, cette même face est 
également tapissée de granules, mais ceux-ci sont à peine perceptibles à la 
loupe ordinaire, et tout ce que l'on observe, ce sont des granules beaucoup 
plus forts disséminés çà et là, et semblables aux saillies basses et obtuses 
de la face supérieure du carpe. 



— 384 — 

4° La pince gauche est étroite el le pouce égale presque en longueur 
le bord supérieur du propodite; dans VE. californiensis , le pouce est re- 
lativement plus long et la main plus large. 

5° Les pattes ambulatoires sont plus longues et plus grêles que celles 
de 17-. californiensis ; elles présentent sur chacun de leurs articles, aussi 
bien sur les faces que sur les bords, un certain nombre de faisceaux de 
soies raides. claires et dressées, qui font totalement défaut à 17:. califor- 
niensis; on observe trois paires de ces faisceaux sur la partie antérieure de 
la région gastrique el une paire de soies grosses, courtes, spinulil'or- 
mes, sur la saillie roslrale médiane. Cette espèce a ('gaiement des affinités 
fort étroites avec VE. curaçaoensis Benedict, mais son acicule ne dépasse 
pas beaucoup les veux, el l'épine externe des antennes, au lieu d'arriver au 
niveau de la cornée, n'atteint pas même le milieu de lavant-dernier article 
des pédoncules aulemiaires; j'ajouterai que les pâlies ambulatoires ne sont 
pas épineuses sur leur bord supérieur, el que leur doigt n'est ni arqué, ni 
tordu, comme dans VE. curaçaoensis. 

Un mâle adulte, recueilli dans la baie la Paz : longueur approximative 
du céphalothorax, i a millimètres, ibdomen el partie postérieure du cépha- 
lothorax d'un blanc violacé, partie antérieure du céphalothorax blanche; 
dans les autres parties du corps, le blanc se marie agréablement aux taches 
d'un jaune brunâtre qui ornent les téguments: sur les pattes antérieures, ces 
lâches constituent la couleur prédominante; sur les pattes ambulatoires, elles 
forment des anneaux élégants dont les bords sont sinueux el de teinte plus 
foncée. Il ) a un de ces anneaux sur le doigt el le propodite, un autre 
semblable sur le carpe, avec une tache basilaire en plus; il y a un anneau 
et plusieurs tache? sur le méropodite. Les pédoncules oculaires sont jau- 
nâtres. La coloration précédente a été relevée sur un exemplaire bien con- 
serve'- d;ins le formol. 



Notice préliminaire sur les espèces />/; Gbphybiens recueillis 

lit VN LES 1- 1 PLORATIONS SOI S-MARINES DI TRAVAILLEUR ET DU TalISJI VN . 

par M. Louis Boule. 

(les Géphyriens appartiennent à la classe des Siponculiens (Géphyriens 
inermes des auteurs). Ils comprennent deux genres (Phallosoma, Phaéco- 

losoma) el six espèces. 

1. PlIALLOSOMA l'RIAI'LLOÏDES koren et Dailielsseil. 

Un seid individu, provenant de Las Pilones, par 882 mètres de pro- 
fondeur. 

H. Phascoi.osovia VOLGARE De Hlainv ille. 

I n seul individu, provenant de Mogador, par 1,000 mètres de profon- 



— 385 — 

deur. Cel individu forme une variété aouvelle (v. multipapillosa), carac- 
térisée par : les papilles tégumentaires , plus nombreuses et plus grosses 
(pie dans le type; les muscles rétracteurs de la trompe, an peu plus longs 
ipie ceux du type. 

3" Phascolosoma profundum nov. sp. 

Deux individus, recueillis entre les Açores et l'Espagne, par 'i.'j5o mè- 
tres de profondeur. 

Biagnose. — Corps ovalaire, mesurant en moyenne, la trompe à demi 
rétractée, a5 millimètres de longueur. Longueur de la trompe entière égale 
ii la moitié de la longueur tot-de. Couleur gris-jaunâtre, plus claire dans 
la région postérieure du corps, où les téguments deviennent à demi transpa- 
rents. Les téguments portent des papilles assez nombreuses, disséminées 
sans régularité, plus serrées et plus abondantes vers la hase delà trompe, 
el surtout vers l'extrémité postérieure du corps. 

Trompe privée de crochets. Tentacules péribuccaux petits, courts et 
peu nombreux. 

Quatre muscles rétracteurs de la trompe, relativement courts. Muscles 
dorsaux moins longs et moins épais que les ventraux, ne se soudant pas 
l'un à l'autre par leurs extrémités antérieures. 

h" Phascolosoma approximatum nov. sp. 

Un seul individu, provenant des côtes du Maroc, par 1,1 o5 mètres de 
profondeur. 

Biagnose. — Corps cylindrique, trapu, mesurant a3 millimètres de 
longueur, la trompe étant rétractée presque entièrement. Longueur de la 
trompe un peu supérieure à la moitié de la longueur totale. Largeur maxi- 
ma du tronc égale environ au tiers de sa longueur. Largeur raaxima de 
la trompe égale environ au tiers de celle du tronc. Couleur gris-jau- 
nâtre. Téguments minces et quelque peu transparents sur la face ventrale 
et les côtés du corps, semés de quelques papilles larges. Téguments plus 
épais et opaques sur la face dorsale du tronc, surtout vers la base de la 
trompe, et encore plus vers l'extrémité postérieure du corps; les papilles y 
sont plus abondantes, leur quantité se irouvanl en raison directe de l'é- 
paisseur tégumentaire. 

Trompe privée de crochets. Tentacules péribuccaux assez longs, au 
nombre d'une vingtaine, formant une couronne incomplet.', mesurant 
environ les trois quarts d'une circonférence 

Quatre muscles rétracteurs de la trompe, fort longs, les ventraux plus 
encore que les dorsaux. Ceux-ci sont les plus grêles: ils se soudent l'un 
•ii L'autre par leurs extrémités anlérieures, sur une étendue égale au sixième 
de leur longueur totale. 



— :w> — 

5° Phascolosoma scutiger nov. sp. 

Un seul individu, provenant «les côtes du Marne, p;ir 958 moires *\c 
profondeur. 

Diagnosc. — Corps cylindrique, court , uiesuranl 92 millimètres de 
longueur, la trompe se trouvant en extension presque complète. Longueur 
de la trompe un peu supérieure à la moitié de la longueur totale. Largeur 
maxima du tronc égale environ au tiers de sa longueur. Largeur maxima 
de la trompe égale environ au tiers de celle du tronc. Couleur gris-jaunâtre , 
striée et tachetée de noir par places. Téguments épais, opaques, couverts de 
grosses papilles. Ces dernières se rassemblent en grand nombre et compo- 
sent deux boucliers résistants, vers la base de la trompe et sur l'extrémité 
postérieure du tronc Ces boucliers sont aussi compacts que ceux des 
Aspidosiphon, et se limitent, surtout le postérieur, par des bords aussi 
nets. 

Trompe armée de crochets coniques, à pointe droite ou faiblement re- 
courbée, mesurant en moyenne ôo \x de hauteur sur 3o à ko (A de 
largeur à leur base, disposés en rangées transversales au nombre d'une 
vingtaine. Tentacules péribuccaux gros et courts, simples, inégaux, au 
nombre de vingt environ. 

Quatre muscles rétracteurs de la 1 rompe, fort longs, les ventraux plus 
encore que les dorsaux. Ceux-ci sont très grêles: leur diamètre égale à 
peine le quart de celui des ventraux; ils se joignent à ces derniers par 
leurs extrémités antérieures, soit en s'y sondant, soit en se bornant à se 
juxtaposer à eux. Les muscles ventraux s'unissent également par leurs 
extrémités antérieures , de manière à ne composer qu'une bande musculaire , 
mais ils ne se confondent point, et s'accolent seulement l'un à l'autre. 

ti" Phascolosoma vitreum nov. sp. 

Un seul individu, provenant de Mogador, par 1,000 mètres de profon- 
deur. 

Ditifjiiose. — Corps petit, aplati, mesurant 17 millimètres de longueur, 
la trompe se trouvant rétractée presque en entier. Longueur de la trompe 
égale environ au quart de la longueur totale. Largeur maxima du tronc 
égale au quart de sa longueur. Largeur maxima de la trompe un peu infé- 
rieure ji la moitié de celle du tronc Téguments fort minces, transparents, 
surtout dans la région postérieure du corps, et laissant discerner avec 
netteté la spire intestinale. Papilles tégumenlaires fort nombreuses, mais 
très petites, et mesurant à peine, en hauteur, un dixième à un vingtième 
de millimètre. 

Trompe comte, privée de tentacules péribuccaux, armée de crochets. 
Ces derniers sont coniques et se terminent par une pointe recourbée. Us 
s'assemblent en huit couronnes transversales, placées les unes derrière les 



1 



— 387 — 

autres à partir de l'orifice buccal. Ces crochets ont des dimensions in- 
égales; leur taille est d'autant plus forte qu'ils appartiennent à des cou- 
ronnes plus antérieures. 

Deux muscles rétracteurs de la trompe, ventraux, courts et larges. 

Spire intestinale irrégulière, à tours parfois disjoints. 



Un point d'anatomie di ventricule droit des Didelphes, 

i» a ii G. Devez. 
(Laboratoire de M. Wilne Edwards.) 

Les auteurs qui ont décrit le système circulatoire des Marsupiaux ont 
omis de signaler une disposition qui ne manque pas d'intérêt et que j'ai 
constamment retrouvée dans les nombreuses préparations que j'ai faites 
du cœur de Didelphis cancrivora (Gmel). 

11 s'agit du ventricule droit. 

Les colonnes cbarnues dece ventricule sont distribuées sur un type simple 
mais constant : elles partent de la paroi libre pour aboutir à la paroi 
septale (cloison interventriculaire), et bordent d'une façon régulière 
l'angle formé par l'intersection des deux parois, aussi bien sur les côtés 
qu'à la pointe, tandis que le plafond du venticule en est dépourvu. 

D'autre part, quelques colonnes charnues plus grêles naissent directe- 
ment de la portion centrale de la cloison. C'est sur la présence et la con- 
stance de l'une d'elles que je désire attirer l'attention. 

Étendue d'une cloison à l'autre, elle a une direction perpendiculaire aux 
plans des parois, c'est-à-dire au grand axe de la cavité ventriculaire qu'elle 
traverse de part en part suivant son équateur. 

Libre dans toute sa longueur, qui égale environ la moitié de la hauteur 
du ventricule, elle ne présente rien de particulier à son insertion sur la 
paroi libre qu'elle aborde vers son centre, c'est-à-dire sensiblement à 
égale distance de l'intersection de cette paroi avec la cloison. Du côté de la 
paroi septale, au contraire, la disposition est plus compliquée : le faisceau 
musculaire qui nous occupe émerge immédiatement au-dessous du pilier 
médian de la valvule auriculo-venticulaire: mais, au lieu de partir directe- 
ment de la cloison.il naît d'une couronne rayonnante de six à huit petites 
colonnes charnues, dont il représente en somme le moyeu. 

Il est Atcile de comprendre l'action de ce muscle en raison même de sa 
disposition : au moment de la systole ventriculaire, sous l'effet de sa con- 
traction, les parois ventriculaire» déjà activement sollicitées par les colon- 
nes charnues des angles et de la pointe se rapprochent avec force, tandis 
que la valvule tricuspide clôt en haut la communication avec l'oreillette. 



— 388 — 

D'ailleurs, nous nous proposons de revenir avec détails sur l'anatomie 
iln cœur ries Marsupiaux, en particulier des Uidelplies. 



\cno\ ni CHLOROFORME SUR I.E HÉRISSON 

F.\ /'/• IV /M/iB/.KY 1770V . 

pab L Camus et E. Gley. 

Nous avons en l'occasion de constater, dans diverses vivisections prati- 
quées sur le Hérisson, que cel animal, à l'état de veille, c'est-à-dire pen- 
danl les saisons lempérée el chaude, supporte 1res bien le chloroforme. Il 
en va tout aulremenl durant la pério le d'hibernation, alors que la respira- 
lion, comme on le sait, est naturellement très ralentie. Dans celle condi- 
tion, il sullii en effet dune minime quantité de chloroforme pour amener 
l'arrêt des mouvements respiratoires. Ni la compression, à intervalles régu- 
liers, du thorax, ni les tractions rythmées de la langue, ni les excitations 
électriques ne peuvent rétablir cette fonctionne cœur cependant continue à 
battre, quelquefois même pendant fort longtemps (une heure dans un cas). 

Nous avons pu néanmoins ramener à la vie des Hérissons, dont la res- 
piration avait ainsi complètement cessé sous l'influence de quelques inha- 
lations chloroformiques; nous les soumettions pour cela à Tac! ion de la 
chaleur, les plaçant simplement au-dessus d'une bouche de calorifère; nous 
avons \ules moin emenls respiratoires se rétablir alors; la ventilation pul- 
monaire devenue par conséquent plus active, le chloroforme s'éliminait 
aisément. 

On peut doue penser que, chez les animaux en état d'hibernation (1) , 
comme le système nerveux est fort peu excitable, une faible dose de chlo- 
roforme détermine rapidement la perte de cette excitabilité déjà diminuée. 



Procédé facile d'extirpation complète di Thymus chez le Lapis, 

i'aii E. Gley. 

Vyant été amené, il y a déjà longtemps, à m'occuper à plusieurs points 
de vue des fonctions du thymus, j'ai du rechercher le moyen d'extirper 
aussi complètement que possible cet organe. Cette opération est facile à 
réussir aseptiquement sur le Lapin, de façon à conserver l'animal. 

C ] \\. Dubois (Sur le mécanisme respiratoire chez la Marmotte pendant lesom- 
iiifil hivernal et pondant le sommeil anesthésique , Soe. de Biologie, sa décembre 
1888, p. .s'u 1 ii signalé l'arrêt fie la respiration simultané avec la production 
de Fanesthésic, riiez la Marmotte engourdie; sons l'influence du chloroforme. 



— 389 



Les poils ayant été coupés à la partie inférieure du cou el à la partie 
supérieure du thorax, on pratique sur la ligne médiane une incision lon- 
gitudinale de la peau et des tissus cellulaire et aponévrotique sous-jacenls; 
puis on passe sous l'extrémité supérieure du sternum un l'oit (il de soie que 
l'on lie solidement sur cet os à cet endroit même; on peut ainsi soulever aisé- 
ment le sternum et par suite se donner de la place; on découvre la partie 
su périeure du thymus divisée en Jeux lobes effilés, droit et gauche, sur la 
carotide, à la base du cou, on la sépare à l'aide d'une pince de ses con- 
nexions avec le tissu cellulaire environnant, on déchire son enveloppe 
propre, on continue à opérer de même sur la partie qui plonge dans le 
thorax et peu à peu, grâce à des tractions répétées, la pince entraînant 
progressivement une portion de plus en plus large de la glande, on attire 
toute cel'e-ci au dehors m ; l'hémorragie est la plupart du temps assez faible, 
les vaisseaux se trouvant de cette manière lentement déchirés; d'ailleurs, 
au besoin, on exerce une légère compression pendant quelque temps avec 
de l'ouate. 

Pour terminer l'opération , il n'y a qu'à enlever le (il placé sous le ster- 
num et à suturer la peau. 

J'ai opéré ainsi un certain nombre de Lapins. Sur huit animaux, par 
exemple, un seul a présenté un accident opératoire. Sur ces animaux, qui 
pesaient respectivement : 



N os I i,o65 gr. 

"i 1,195 

3 1 ,s3o 

h 1.280 

le thymus enlevé pesait (2) : 

\ os 1 ?r 39Q 

2 075/1 

3 o s84 

h 985 



N 0Ï 5 i,3/io gr. 

6 1,965 

7 3,32o 

8 3,720 



0. 
7. 
8. 



1° 10 
1 00 
1 5o 
a i'i 



A l'autopsie, on trouva chez le n° 2 un reste de thymus qui pesait q B 'iQ, 
surlen" 3 des fragments qui , perdus dans de la graisse, ne purent être isol es 

M On sait en effet qu'il est possible chez lo Lapin, grâce à une disposition par- 
ticulière des plèvres costales, 1res écartées l'une de l'antre, et do la paroi sternale, 
d'où résulte l'élargissement du médiastin antérieur, de pénétrer jusque sur le 
cœur sans blesser les plèvres. Voy. W. Remise. Die inat. des Kaninchms, Leipzig, 
1868, et surtout A. B. Voïuitch-Sianogensky, Quelques particularité» de laposition 
du médiastin antérieur chez les animaux ( Irchives des Se. biol, Saint-Pétersbourg, 

t. V, p. /16-87, l8 97-) 

1 Sur deux Lapins nouveau-nés, j'ai trouvé des lliymiis pesant gr. 5o et 

" g r - 5 7- 



— 390 — 

et pesés, et chez le n° 5 des débris du poids de o 8r 5a; sur les autres, l'extir- 
pation avait été totale. 

Pour des raisons diverses, je n'ai pu et je ne prévois pas le moment où 
je pourrai entreprendre des observations méthodiques sur des animaux 
ainsi privés de leur thymus (l) . C'est pour cela, et étant donné l'intérêt 
actuel de toutes les recherches sur les glandes sans conduit excréteur, que 
j'ai cru qu'il ne serait peut-être pas inutile de faire connaître, sans plus 
tarder, le procédé d'extirpation du thymus dont il s'agit. 



Sun QUELQUES ESPECES DE CHAMPIGNONS ETUDIEES [I POINT DE VUE 
DE LEURS PROPRIÉTÉS VACCINANTES CONTRE LE VENIN DE VlPERE, 

PAR M. G. PlIISALIX. 

Dans un précédent travail ;2 \ j'ai montré que le suc de Champignon de 
couche inoculé au Cobaye le vaccine contre le venin de Vipère. Cette pro- 
priété est-elle commune à tous les Champignons? Dans le but de répondre 
ii cette question, j'ai entrepris l'étude de différentes espèces vénéneuses et 
comestibles. Les expériences ont été faites soit avec le suc de Champignon 
directement exprimée la presse, soit avec le liquide obtenu après une 
macération de vingt-quatre heures dans l'eau. Voici le résultat sommaire de 
quelques-unes de ces recherches. 

Amanita mi scaria. — Si l'on inocule dans la cuisse d'un Cobaye 5 cm" i/a 
du suc jaunâtre exprimé de cette Amanite, on voit apparaître en moins 
d'une minute du larmoiement, suivi bientôt d'une hypersécrétion salivaire 
et nasale, puis d'un flux diarrhéique abondant. La température baisse rapi- 
dement : en 5 minutes, elle est descendue de î degré; le refroidissement 

1 Je noterai cependant que sur quelques-uns de ces animaux, qui avaient été 
conservés pendant plusieurs mois après l'opération, j'ai trouvé les gland ules para- 
thyroïdes très développées, pesant «liez l'un d'eux o gr. 029, chez un autre 
o gr. o3a, chez un troisième gr. 067. (liiez plusieurs d'entre eux, j'ai à di- 
verses reprises remarqué des frémissements dans les muscles, particulièrement 
marqués quand on les déplaçait ou qu'on les excitait un peu: les secousses mus- 
culaires, composant les contractions, paraissaient se fusionner mal et complètement: 
si on poussait les animaux, on voyait les pattes trembler, pendant qu'ils repre- 
naient leur attitude normale. Mais je me garderais bien de conclure de ces (ails, 
insuffisamment observés d'ailleurs, à la réalité d'une influence du thymus sur le 
système nerveux moteur ou sur les muscles. D'autre part, et dans nu tout autre 
ordre d'idées, j'ai trouvé quelquefois chez le Chien, à la suite d'une injection 
intra-veineuse de peptone, le thymus extrêmement congestionné. 

M Vov. C. rend. le. thx Se. décemltre 1898. 



391 



s'accentue de plus en plus. Une heure el demie après l'inoculation, le ther- 
momètre mis dans le rectum ne marque plus que 3A degrés. L'animal reste 
immobile, le poil hérissé, la respiration est plus profonde et plus lente; au 
hout de 5 à 6 heures, il meurt dans l'algidité. La température descend au- 
dessous de 98"5. A l'autopsie, pas d'action locale, congestion énorme des 
intestins, des organes génitaux , des reins, des poumons, du larynx, de la 
trachée. Le coeur est très dilaté, en diastole. Ce sont là les effets bien connus . 
excepté peut-être en ce qui concerne l'action sur la température, de l'em- 
poisonnement par la muscarine; l'ébullition du suc ne l'ail pas disparaître 
les symptômes. La dose employée est-elle moins forte, a cm par exemple. 
l'animal éprouve encore quelques symptômes caractéristiques, mais il ne 
tarde pas à se remettre; eu outre, il a acquis l'immunité pour le venin. 
Dans un cas, un Cobaye éprouvé au bout de 20 jours avec une dose mor- 
telle en 6 heures pour un témoin n'a eu aucun accident : la température ne 
s'est pas abaissée. Dans une autre et unique expérience, le suc d'Amanite fut 
administré, à la dose de h cm 3 1/2 , par l'estomac: la température du cobaye 
s'abaissa passagèrement de î degré environ, mais il n'y eut pas d'autres 
symptômes. Éprouvé au boul.de 20 jours, il résista parfaitement au 



venin. 



Amanita mappa. — Le suc de cette Amanite, k la dose de 3 à 5 centimètres 
cubes , ne provoque pas d'accidents graves chez le Cobaye. Son action se 
manifeste par une élévation de température qui peut atteindre 2 degrés; 
elle a pour résultat d'immuniser l'animal contre le venin. 

Lactarics tueiogalus. — Le suc de cette espèce prend rapidement une 
couleur jaune soufre et se conserve ainsi sans changement apparent pen- 
dant longtemps. Inoculé sous la peau de la cuisse d'un Cobaye 1 1 jours 
après sa préparation, il a provoqué un accès de fièvre qui a duré plusieurs 
heures : la température s'est élevée de 2 degrés. 48 heures après, l'animal 
a reçu une dose mortelle de venin sans éprouver le moindre symptôme. 

Lactarius torminosus. — Après une macération de afl heures dans l'eau, 
ce Champignon a été exprimé à la presse; le liquide, d'abord blanchâtre, 
n'a pas tardé à noircir à l'air. Introduit dans l'estomac d'un Cobaye, à la 
dose de 20 centimètres cubes, il abaisse la température de 1 à a degrés et 
détermine la mort en 12 à 1 5 heures, en produisant des lésions inflamma- 
toires de l'estomac et de l'intestin. En quantité moindre, 10 centimètres 
cubes par exemple, il n'est pas toxique ; aussi peut-on en inoculer sain dan- 
ger sous la peau, de 3 à 5 centimètres cubes; dans ces conditions, I immu- 
nité contre le venin est acquise après A8 heures et dure au moins 1 a à 

1 5 jours. . , 

Il résulte de ces expériences que, chez les Baaidmnycètes , la propriété 
vaccinante contre le venin est très répandue dans la famille des Agaricinées, 



— 392 — 

aussi bien parmi les espèces vénéneuses que parmi les comestibles; il 
serait prématuré d'admettre qu'elle est générale avant d'avoir examiné, à 
ce point de vue. un plus grand nombre de genres et d'espèces. 

Dans le groupe des Ascomycetes, je n'ai encore étudié qu'une seule espèce, 
la Truffe , qui constitue un excellent vaccin contre le venin. L'expérience sui- 
vante le démontre. Le i" février i8<)8, du suc de truffes fraîcbemenl 
exprimé esl Inoculé à h Cobayes, aux différentes doses de 1 , ■> , 3 et k centi- 
mètres cubes. A la suite de cette injection, la température s'est élevée 
de : i°, cbez les Cobayes n os î, a et 3 de 9°, de k cbez le Cobaye u" 4. Chez 
ce dernier, l'action locale a été un peu plus marquée que cbez les autres où 
elle était inappréciable. Ces (t Cobayes ont été éprouvés, après a et 3 jours, 
avec la même dose du même venin en même temps qu'un témoin. Or, tan- 
dis (pie le témoin esl mort en 5 b. î.V, les autres Cobayes ont résisté 
sans être malades, il l'exception du n" 3 qui esl mort en 8 beures; mais 
cela s'explique par le fait que le suc de Truffe inoculé à ce Cobaye avait été 
chauffé à l'éhullition. 

En présence des différences considérables au point de vue chimique et 
physiologique qui séparent les espèces étudiées dans celle note, on doit se 
demander si la vaccination contre le venin est produite par une même 
substance commune à toutes ces espèces ou au contraire par des substan- 
ces différentes. Cette dernière hypothèse paraît plus vraisemblable ; il sera 
d'autant plus intéressant de chercher à la vérifier, qu'elle peut conduire à 
la découverte des espèces possédant le maximum de propriétés vaccinantes 
soil contre les venins, soit contre les toxines microbiennes !>) . 



C AVERS ES DES CâUSSE». 

L'Avev Abmand et le Puits de Padieac, 
par M. Armand Viré. 

Le Causse Méjean (Lozère), situé entre les gorges du Tarn et celles de 
la Jonte, est criblé de cavités souterraines, dont la plupart affectent la 
forme de grands puits verticaux ou avens. 

Nous finies l'an dernier. M. Martel, le guide Armand el moi-même, la 
découverte d'un des plus curieux de ces abîmes, à proximité «le la célèbre 
grotte de Nabrigas, où des fouilles si fructueuses ont été jadis entreprises. 

Une petite ouverture de a mètres sur 3 à A mètres de diamètre nous 
avait d'abord conduit dans un puits vertical de 7") mètres de profondeur, 

^ J) Notre savant mycoiogiste, M. Houdier, a bien voulu nie prêter son concours 
pour la détermination des espères. Je lui en exprime ma vive reconnaissance. 



— 393 — 

débouchant dans une vaste salle en l'orme de dôme el ayant 100 mètres 

de l<»ug, 5o mètres de largeur et 35 à Ao mètres fie hauteur. 

Le sol en est formé dune pente d'éboulis, sondée sur 3 m. 5o de pro- 
fondeur, fortement inclinée dans la direction du N. E. 




Le fond de cette salle est occupé par une série de colonnes stalagmi- 
liques de la plus fantastique beauté, affectant les formes d'énormes troncs 
de palmiers d'une blancheur éblouissante. Près de 5oo de ces colonnes, 
d'une forme non encore rencontrée ailleurs, émergent du sol el s'élancent 
vers les voûtes, à une hauteur variant de 5 à 3s mètres de hauteur et dé- 
passant ainsi de la mètres les plus hautes colonnes stalagmiliques connues 
dans le mande entier. 



s 



— 394 — 

Au fond de cette salle est l'orifice d'un second puits vertical de 92 mè- 
tres de profondeur, dans lequel , faute de temps et de matériel suffisant, nous 
n'avions pu descendre; seul notre dévoué guide Armand était descendu jus- 
qu'à la profondeur de 80 mètres, les échelles n'étant pas assez longues. 

C'est d'après ses indications, forcément incomplètes, que M. Martel avait 
pu en dresser une coupe plutôt schématique. 

Plus heureux cette année, j'ai pu atteindre le fond qui se trouve situé à 
•>. 1 9 mètres au-dessous de l'orifice. G'esl donc jusqu'ici le plus profond 
abîme de France. 

Ce puits affecte La forme générale d'un tronc de cône, la plus grande base 
étant en bas. Celle forme est assez naturelle, étant donné que la pression 
de la chute d'eau qui a dû Former ce puits était plus considérable en bas 
qu'en haut. 

De place en place, des corniches sont restées, recouvertes maintenant de 
talagmites dans le genre de celles de la grande salle, mais plus petites. 

L'une de ces corniches, à 60 mètres au-dessous de l'orifice de ce second 
puits , se prolonge en plate-forme. La paroi se recule, et il se pourrait qu'il 
\ rut au fond une seconde branche du puits. 

Malheureusement , l'échelle de corde où je me tenais était trop éloignée de 
cette corniche pour que j'y puisse aborder. Il faudra une manœuvre lon- 
gue et périlleuse pour pouvoir \ accéder, el sans doute la ferons-nous un 
jour. On conçoit que l'exploration méthodique de pareilles cavités demande 
plusieurs expéditions. 

En touchant le fond du puits, je constatai qn» 1 ce n'étail qu'un fond 
apparent, formé de gros blocs éboulés et coincés dans un rétrécissement 
du puits. Lue paroi est formée de ces blocs sur une quinzaine de mètres de 
hauteur el pourrait bien être l'orifice obstrué d'une galerie ou d'une seconde 
branche du puits. 

On peut descendre encore 3 ou 3 mètres au-dessous el Ton constate que 
l'on est toujours dans la même formation. Le fond n'est point du tout en- 
combré d'argile connue dans la plupart du ces grands avens, et l'eau n'y 
séjourne pas. Le puits paraît donc descendre encore plus bas, et si jamais 
l'aven Armand s'aménage, il me semble qu'il serait intéressant de faire des 
sondages el de voir si l'on ne pourrait pas aller plus bas. Peut-être pour- 
rait-on ressortir dans la vallée même de la Joule et trouver ainsi deux issues. 

Le Puits de Padirac. — Le Puits de Padirac ( Lot) lut , comme on le sait 
exploré en 1889 par MM. Martel el Gaupillat. Cette énorme cavité, de 
9. kilomètres de longueur, avec des voûtes s'élevant par places jusqu'à 
90 mètres de hauteur, a été aménagée celle année même sous notre di- 
rection. Deux grands escaliers en fer de 90 et ho mètres de hauteur ont 
été installés, qui, avec un système de passerelles, d'escaliers et de chaussées, 
permettent dès maintenant une visite commode. 



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De nombreux touristes s'y soûl déjà succédé, qui en ont emporté une 
impression profonde. Presque égale eu beauté aux laineuses grottes d'A- 
delsberg et de Saint- Caïman en Autriche, supérieure en pittoresque à 

celles de Rocliefort et de Han - sur-Lesse , en Belgique, celle caverne est 
appelée à avoir un grand succès parmi les touristes. 

Mais ce n'est pas de son avenir touristique que je veux, ici parler. 

Maintenant que cette grotte est commodément aménagée, les recherches 
scientifiques de toute nature vont pouvoir y commencer. 

On sait que la faune y est particulièrement riche et intéressante. Deux 
espèces nouvelles d'isopodes aquatiques y ont été rencontrées. M. Dollfus 
les a déjà décrites (voir Bulletin du Muséum, 1898, n" 1 et 6, p. 35 et 

3 7 1 )- 

L'étude des Gopépodes qui y pullulent n'y a pas encore été faite, non plus 

que celle des Muscides et des Staphylinides. 

La paléontologie est encore à faire et devra être fructueuse, notamment 
dans le grand cône d'éboulis et sur certaines corniches des galeries sou- 
terraines. Des lambeaux d'alluvions anciennes y sont restés accrochés et 
parfois jusqu'à des hauteurs de 3o et 60 mètres au-dessus du niveau des 
eaux actuelles. Les fouilles peut-être y donneront des résultats intéressants 
non seulement pour la paléontologie, mais pour la géologie dynamique 
elle-même, en précisant nos idées, encore fort vagues, sur l'époque du 
creusement de cet abîme. 

J'ai pu fouiller cette année même une fort curieuse habitation du moyeu 
âge (vraisemblablement de la guerre de Cent ans), située à 80 mètres au- 
dessous du Plateau au fond du Grand Puits. On se demande comment nos 
ancêtres abordaient à celte curieuse habitation. 

Les botanistes pourront faire aussi de très bonnes récolt