Skip to main content

Full text of "Bulletin historique et littéraire"

See other formats



Digitized by 


the Internet Archive 








in 2014 







https://archive.org/details/bulletinhistoriq3416soci 



34° AN'NEE. — '1885 



-p 



SOCIETE DE L'HISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 



ALLEN COUNTY PUBLIC LIBRARY 




3 1833 01828 2365 



GENEALOn' 

B873ZY, 
1885 
JAN-JUW 



BULLETIN 

HISTOPiIQUE ET LITTÉRAIRE 



TROISIjÈME SERIE. QUATRIEME ANNEE 
NM. — 15 Janvier 1885 




PARIS 

AGENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ 

LIBRAIRIE FISCIIBAGHER (SOCIÉTÉ ANONYME) 

cV3, HUE DE SEINE, 33 



LOUDRES. — Nutt, 270. Strand. 
AMSTERDAM. Van Bakkenes et C'^ 



LEIPZIG. — F. Brockhaus. 
BRUXELLES. ~ Veyrat [W^]. 



1885 



BOURLOTON. — Iiiipriiueries i-Ginlios, B. 



Pages* 



Jules Bonnet. — Préface do la tponte-qiiati'îèmo année. J 
ÉTUDES IIISTOItIQUES 

M. LeLIÈVRE. — La Réforme dansi les îles de la 

Manche. (1^' article.). . .......................... . . ; 4 

DOCUJflElVTS 

N. WeiSS. — La Sorijonne, le Parlement de Paris et 

les livreis hérétiques, de, 1542 à 1546. ... ...... . ... .19 

MÉLAIVGES 

¥. PuAUX. — Éphémérîdes tle l'année de laltéT'ocation 

de l'Edit de iVantes, 1085 29 

mBLIOGKAPniE 

N.' WëTSS. —;- Répertoire. . . . . » . .^v- . . . 35 
CIÎROIVIQÏIE 

F. DE ScHICKLER. — The hus^nenot Society oî' America. . ^ 42 
— Ag^rîppa d'Auhîg-né, prix «l'éïoqwence . .......... 46 



Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin devra être désor- 
mais adressé, sous le couvert de M. le Président de la Sociélé, à 
M. N. Weiss, secrétaire de la rédaction, 16, place Vendôme, Paris. 

REVUE HISTORIQUE 

Dirigée par G. MON OD 

Maître de, conférences à l'Ecole normale siipérienre 
Directeur à l'Ecole des Hautes Etudes 

, , (X° ANNÉE, I 885): 

La Revue historique paraît tous les deux mois, par livraisons grand in-S" de 15 à 10 - 
feuilles, de manière à former k la fin de l'année trois beaux volumes de 500 pa^'es chacun. 

Chaque livraison contient : I Plusieurs articles de fond, comprenant chacun, s'il est 
possible, un travail complet. — II. Des Mélanges et - Variétés composes de documents 
inédits d'une étendue restreinte et de courtes notices sur des points curieux, ou mal 
connus. — III. Un Bulletin historique de la France et do l'étranger, fournissant dos 
renseignements aussi complets que possible sur tout ce qui touche aux études historiques. 

— IV. Une analyse des publications périodiques de la France, et de l'étranger au point 
de vvie des études historiques. — V. Des Comptes rendus critiques à&& livres d'histoires 
nouveaux. - 

Prix d'abonnement : 
Un an, pour Paris, 30 fr. — , Pour les départemenis cl l'étranger, 33 fr. 

La livraison 6 fr. 

Les années écoulées se vendent séparément 30 francs, et par fascicules de 6 francs. 
Les fascicules de la i^^ année se vendent 9 francs. 

La Revue HISTORIQUE, fondée on 1876, a acquis, par la solidité de ses travaux, par 
l'abondance de ses informations et pair l'impartialité de ses jugements, une autorité incon- 
testée dans le monde savant. Indépendammant des mémoires originaux insérés dans chaque 
livraison et qui sont signés des noms les plus autorisés de là science, par ses bulletins, ses 
comptes rendus, sa chronique et son analyse des recueils périodiques, elle fournit sur le 
mouvement historique en France et à l'étranger un ensemble de renseignements qu'on ne 
peut trouver dans aucune publication analogue. 

Parmi les principaux articles publiés dans l'année 1 881 nous citerons : 
Documents inédits sur la bataille de Sedan. — Dépêches inédites expédiées de Tours au 
Gouvernement de la Défense nationale par M. Gambetta. — Napoléon et Saint-Domingue, 
par H. Adams. — Une lettre de- Davout (1811), par AZ/". Stem. ^-.Documents inédits sur 
le premier empire, par A îf. 5<errt. — Documents inédits relatifs à Marie-Antoinette, par 
E. Wertheimer. — Diderot : Essai historique suç la police, par M. Tourneux. — Frédéric 
le Grand, d'après les lettres inédites de D'Alcmbert a M"° de Lespinasse, par Ch. IlenvTj. 

— Une correspondance politique de Mallet de Pan, par A. Michel. — Etude sur la réunion 
de Montpellier à la France, par A.Molinier. — Etudes algériennes : la course, la rédemption 
et l'esclavage à Alger, par H. de. Grammont. — Les relations diplomatiques de la France 
et de la Prusse après la- guerre de Sept-Ans, par Hammond. — Relations de la France et de 
la Franche-Comté, pendant la Fronde, par Tivier. — L'armement des nobles et des bourgeois 
au xvil« siècle, dans la Champagne méridionale, par A. Baheau. — Mémoire adressé- a la 
dame de Beaujeu, sur les m jyens d'unir le duché de Bretagne au domaine du roi (1485 
ou 1486), par Jul, . Havet. — Etude sur. le pouvoii- royal du temps de Cliarles Vr par 
E. Lavisse. — Les élections pontificales sous les Carolingiens au vni'= et au ix° siècle, 
par.C. ZJaî/ef, etc., etc. ' - , 

On s'abonne sans frais à la librairie Félix Alcan, 108, boulevard Saint-Germain, à Paris; 
chez tous les Libraires , de la France et de l'Etranger, et dans tous les' bureaux de poste. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOÎRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



TRENTE-QUATRIÈME ANNÉE 

Seigneur, tu nous as été une retraite 
d'âge en âge. 

Ps. xc. V, 1. 

Notre Société a traversé, depuis son origine, plus d'un de ces 
anniversaires, glorieux ou tristes, qui ne reviennent pas deux fois 
dans une vie d'homme. Elle célébrait, en mai 1859, le premier synode 
de Paris affirmant la réforme en face des bûchers de Henri II et lui 
donnant un gouvernement durable. Le 27 mai 1864 lui rappela la 
mort de Calvin allé à Dieu après un prodigieux apostolat plus rem- 
pli de travaux que de jours. L'année suivante, elle s'associa par 
l'envoi d'un de ses membres à l'anniversaire tri-séculaire de la mort 
de Farel, le grand apôtre de la Suisse romande. Avec l'illustre l'Hô- 
pital elle put dire, le 24 août 1872 : Excidat illa dies œvo! Ce ne 
sera pas une date moins néfaste pour tout cœur français que rap- 
pellera le 18 octobre 1685. 

La Révocation ! Que d'iniquités et de douleurs exprimées par ce 
simple mot! A Dieu ne plaise que nous en fassions le thème de 
récriminations amères et d'irritants débats ! La France a payé assez 
cher l'erreur fatale d'un prince qui eut hélas ! l'opinion pour com- 
plice. C'est dans un esprit religieux, dans une pensée d'humiliation 
et de deuil, que de tels souvenirs doivent être évoqués par les fils de 
ceux qui ont tout souffert pour rester fidèles à leur conscience. Le 

XXXIV. — 1 



2 TRENTE-QUATRIÈME ANNÉE. 

Bulletin ne faillira pas à ce devoir, et les Éphémérides de 1685 
dont un de nos collaborateurs commence aujourd'hui la publication, 
ne sauraient déroger à cet esprit. On n'en contestera pas l'opportu- 
nité devant les préjugés persistants et l'ignorance plus répandue 
qu'on ne croit dans certains rangs de la société contemporaine. Un 
très honorable publiciste, plus versé dans l'histoire de la marine 
que dans celle de nos pères, nous en fournissait naguère un singu- 
lier exemple. Après les belles pages de Michelet, et la réimpression 
des admirables mémoires de Marteilhe, de Bion, de Louis de 
Marolles, ces (c livres écrits entre terre et ciel », il semble qu'on 
devait espérer quelque justice pour le forçat huguenot endurant 
pour sa foi les plus cruelles souffrances. «Une critique éclairée, nous 
dit M. l'amiral Jurien de la Gravière, a remis les responsabilités à 
leur place. La raison d'État poursuivait dans les protestants moins 
des hérétiques que des factieux ». Aller prier au désert ou sur les 
ruines des temples démolis, tenter de franchir la frontière pour 
mettre son âme en sûreté, pratiquer enfin, au péril de sa vie, le pré- 
cepte apostolique : mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes f 
tel était l'esprit de faction qui animait nos pères à cette heure si 
triste de notre histoire. Heureuse la France si elle n'en eût jamais 
connu d'autre î 

De telles assertions se produisant dans un recueil aussi connu que 
la Revue des Deux Mondes (n*' du 1'^' novembre 1884, p. 68) 
démontrent assez l'utilité d'un recueil tel que le nôtre. Cette année 
nous convie tout particulièrement aux études qui ont la Révocation 
pour objet. Nous l'envisagerons sous ses divers aspects, le désert^, le 
refuge, les galères, sans esprit de dénigrement pour un passé qui 
eut ses gloires, sans complicité avec les passions révolutionnaires 
qui corrompent tout ce qu'elles touchent, nous souvenant des belles 
paroles prononcées par notre illustre président honoraire, M. Guizot, 
dans une de nos assemblées annuelles : 

« C'est un devoir impérieux pour les sociétés comme pour les 
hommes de sonder sans cesse, de scruter sévèrement leur passé, et 
de se souvenir pour se repentir. Il est bon pour nous de revoir cons- 
tamment tout ce que la liberté religieuse a coûté à nos pères ; nous 
sentirons d'autant mieux tout ce qu'elle vaut et l'attachement que 
nous lui devons... C'est par leur persévérance indomptable que les 
protestants ont conquis en France la liberté religieuse. Ils ont été 



TRENTE-QUATRIÈME ANNÉE. 3 

persécutés, bannis, mis hors la loi ; on a pu les croire anéantis ; 
mais, malgré toutes les apparences, et à travers toutes les épreuves, 
ils ont persévéré de telle sorte que, lorsque la liberté a reparu, on a 
vu de tous côtés reparaître un fond de protestantisme populaire... 
C'est la foi chrétienne qui a fait la constance protestante pendant les 
trois derniers siècles, comme elle avait fait pendant les trois pre- 
miers siècles de notre ère la constance des apôtres et des martyrs. » 
{Bull, t. XY, p. 164,105). Grave enseignem.ent que nous ne devons 
pas cesser de recueillir dans nos annales et qui leur donne tout leur 
prix! 

Après de telles considérations émanant de si haut, il est difficile 
de parler de soi dans un recueil que l'on a dirigé durant vingt ans. 
Si les travaux qu'il impose ne sont pas sans honneur, ils ont aussi 
leurs fatigues. Je l'ai plus d'une fois éprouvé dans ces dernières 
années. Qui n'a rêvé d'ailleurs, après les périodes actives et mili- 
tantes, le recueillement et le repos, studieux encore, des derniers 
jours! Sans me désintéresser d'un recueil qui résume le meilleur de 
ma vie, et en demeurant son fidèle collaborateur, j'ai demandé à 
mes collègues l'adoption des mesures les plus propres à assurer la 
publicité régulière du Bulletin, en me ménageant les loisirs que je 
dois consacrer à l'achèvement des travaux qui seraient mon humble 
monument. Ils ont répondu à ce désir avec l'empressement le plus 
fraternel, dont il m'est doux de les remercier ici, et, sans empiéter 
sur des communications officielles, je puis annoncer que le secré- 
taire de la Société, toujours associé à la rédaction du Bulletin, tou- 
jours uni de cœur à ses collègues, ne cessera pas de servir, de loin 
comme de près, une cause qui nous est également chère. 

J. B. 

N. B. Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin devra être 
désormais adressé, sous le couvert de M. le président de la Société, 
à M. N. Weiss, secrétaire de la rédaction, 16, place Vendôme, 
Paris. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE 

Les îles de la Manche, « ces morceaux de la France tombés 
dans la mer et ramassés par TAngleterre », comme les appelle 
Victor Hugo, ont une histoire à elles qui n'est ni sans intérêt 
ni sans grandeur. C'est l'histoire d'un petit fragment du duché 
de Normandie qui, rattaché à l'Angleterre depuis Guillaume 
le Conquérant, n'a jamais oublié que c'est la Normandie qui 
a conquis l'Angleterre. La ténacité toute normande avec 
laquelle ce petit peuple a lutté, pendant des siècles, pour la 
conservation de ses privilèges, de son autonomie et de sa 
langue, serait digne d'attirer l'attention des historiens, si 
l'histoire daignait s'occuper des petits. On y verrait comment 
un peuple de quelques milliers d'âmes a su conquérir ou con- 
server, sous la suzeraineté de la couronne britannique, ses 
institutions politiques et son parlement distinct, tandis que 
l'Irlande, avec une population qui se compte par millions, n'y 
a pas réussi. Depuis quelques années toutefois, cette Nor- 
mandie inconnue a été étudiée par quelques écrivains fran- 
çais. Terre d'asile pour nos réfugiés politiques, elle a été 
pour eux une terra ignota dont ils ont été les explorateurs, et 
le pays auquel ils ne demandaient qu'un refuge leur est 
devenu un intéressant sujet d'étude \ 

1. Parmi les ouvrages français qui traitent de l'iiistoire et des institutions 
des îles de la Manche, il faut mentionner : La Normandie inconnue, par 
François-Victor Hugo, 1857 ; V Archipel des îles normarides, par Théodore Le 
Cerf, 1863; Vllistoire des îles de la Manche, par Pégot-Ogier, 1881; V Archipel 
de la Manche, par Victor Hugo, 1883. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 5 

Les commencements de la réforme dans les îles de la 
Manche n'ont pas encore été, que nous sachions, l'objet d'une 
étude spéciale. Ces commencements restent obscurs, par 
suite de l'absence de documents imprimés et de la rareté des 
chroniques manuscrites. Toutefois, en s'aidant de celles-ci et 
en ayant recours aux actes officiels, on peut reconstituer la 
physionomie des événements, qui n'a pas toujours été suffi- 
samment respectée par les historiens locaux. L'un d'eux, 
Philippe Falle, écrivant à la lin du dix-septième siècle, a jugé 
avec tout son dédain de high chiirchman la période hugue- 
note du protestantisme insulaire. Élevé de l'humble rectorat 
de Saint-Sauveur de Jersey à la riche prébende de Durham, 
il a quelque peine à pardonner aux réformés français d'être 
venus interrompre, dans son pays natal, la succession apos- 
tolique des évêques et d'avoir marqué de leur empreinte spé- 
ciale les institutions religieuses des îles. La grande réputation 
dont jouit Falle parmi ses compatriotes a donné à ses pré- 
ventions injustes un crédit dont elles n'étaient pas dignes, et 
ceux qui sont venus après lui n'ont pas toujours pris soin de 
contrôler ses assertions. Le presbytérianisme des îles a été 
vaincu, et ce sont ses vainqueurs qui ont seuls jusqu'à pré- 
sent écrit son histoire; on ne saurait s'étonner qu'elle res- 
semble à un bulletin de victoire et qu'elle ne brille pas par 
l'impartialité. 

Nous voudrions raconter dans ces pages, autant que nos 
documents (dont plusieurs sont inédits) nous le permettront, 
les commencements, les progrès et la chute du presbytéria- 
nisme réformé dans les îles de la Manche. C'est l'histoire peu 
connue d'un rejeton du protestantisme français et un chapitre 
oublié de l'histoire du Refuge. 

I 

LA RÉFORME HUGUENOTE SOUS ÉDOUARD VI 



11 est douteux que la Réformation eût atteint l'archipel 



6 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

normand si les protestants de France ne l'avaient évangélisé. 
L'anglais n'y était ni parlé ni compris au xvi' siècle, et les 
communications étaient rares et difficiles entre ces îles et 
l'Angleterre, Mais, pour que la réforme traversât le bras de 
mer qui les sépare du continent, il fallut que la persécution 
contraignît les huguenots à se chercher des lieux de refuge 
en dehors des frontières. L'archipel normand était prédes- 
tiné, par sa situation géographique et par la langue que par- 
laient ses habitants, à devenir l'un de ces refuges. 

Les premières traces officielles de la présence des protes- 
tants français dans les îles remontent à 4548; ce sont deux 
actes de la cour royale de Jersey, dont l'un pourvoit à l'entre- 
tien de deux ministres venus de France, et l'autre dépossède 
un prêtre de son bénéfice. Pour que l'autorité civile prît ainsi 
parti pour la réforme, il fallait qu'elle se fût fait sa place dans 
le pays depuis quelque temps. Le protestantisme avait déjà 
fait de notables progrès en Normandie, non seulement à 
Rouen, qui avait eu un martyr dès 1528, et à Gaen, où un 
cordelier prêcha publiquement les nouvelles doctrines en 
1531, mais aussi dans le Gotentin et le Bocage, où des gentils- 
hommes avaient ouvert leurs châteaux à la prédication du pur 
Évangile \ Une lente et continuelle infdtration des principes 
réformés dut se produire entre le Gotentin et les îles. La sécu- 
larisation partielle des biens ecclésiastiques qui avait eu lieu, 
sous Henri VIII, avait fortement atteint le prestige du clergé 
insulaire, qui ne brillait ni par ses vertus ni par sa science. 
Le peuple, las du joug clérical, éprouvait cette sorte de 
malaise qui prépare les grandes crises. Rattaché ecclésiasti- 
quement au diocèse de Goutances, il était habitué d'ailleurs à 
se tourner du côté de la France pour y trouver le foyer de sa 
vie religieuse. Le catholicisme était une importation fran- 
çaise; il en fut de même du protestantisme. 

Le texte de l'acte de la cour royale de Jersey, qui régla la 



1. Emile Lesens, art. Normandie dans VEncycl, des sciences religieuses. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 7 

situation des deux premiers ministres méîite d'être reproduit 
dans sa forme originale ; il est en date du 21 août 1548 : 

(( Pour le nourrissement et entretenement de maistre Martin Langloys 
et maistre Thomas Johanne, tous les juretz et curetz de ceste isle ont 
délibéré, et volontairement donnent aux susdits maistre Martin et maistre 
Thomas, chascun ung quartier de froment pour une foys payer, estre 
délibvrés aulx susnommés à la prochaine feste Saint-Michel venant, pour 
entretenir les susnommés, ung an prochain, venant pour annoncher au 
peuple la parole de Dieu purement et sincèrement selon le texte de 
l'Évangile. Et Monsieur le Bailly pour les payer donne deulx quartiers 
de froment pour une fois payer audit terme, et non aultrement. :!> 

On aura remarqué, dans ce curieux acte, que les curés des 
paroisses, qui siégeaient (comme le font aujourd'hui les rec- 
teurs anglicans) aux États des îles, prirent part à la décision 
qui chargeait des ministres venus de France a d'annoncer la 
parole de Dieu purement et sincèrement selon le texte de 
l'Évangile ». Et, ce qui est encore plus digne de remarque, 
c'est que les curés s'engageaient à participer à l'entretien des 
nouveaux venus. Jusqu'à quel point étaient-ils eux-mêmes 
entraînés vers la réforme par une conviction raisonnée, ou 
se bornaient-ils à suivre le courant? C'est ce qu'on ne peut 
savoir. Le duc de Somerset, qui fut plus tard protecteur du 
royaume, était alors gouverneur de Jersey, et favorisait les 
idées évangéliques; le désir de conserver la faveur d'un si 
grand personnage put bien être pour quelque chose dans 
l'attitude que prirent les curés. La cour royale avait, de son 
côté, résolument pris parti pour la réforme et mit son auto- 
rité au service de cette cause. Deux curés s'attirèrent des 
désagréments pour avoir voulu s'opposer au mouvement 
réformateur. L'un, sire Jacques Chevalier, recteur de Grou- 
ville, fut mis en demeure, par un arrêt en date du 4 mai 
4548, de « se comporter en son bénéfice accordant la charge 
de son office et de comparaître en justice toutes fois et 
quantes qu'il en sera requis ou commandé, pour respondre 
toutes fois qu'il sera trouvé deffectif selon sa charge i>. Gel 



8 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

acte admettait Jean de Soulemont et Jean Payn, comme cau- 
tions de la conversion de ce prêtre. L'autre, Guillaume Le 
Ray, recteur de Saint-Sauveur, fut dépossédé de son bénéfice 
par suite de son attachement aux pratiques romaines. 

Nous manquons de renseignements sur le ministère de 
Langlois et de Johanne à Jersey. Nous savons seulement que 
le premier fut naturalisé Jersiais, par un acte du même jour 
que celui qui lui assurait des moyens d'existence ^ Johanne 
paraît être demeuré plus longtemps dans l'île ou y être 
revenu; son nom figure dans un catalogue des ministres 
réfugiés dans les îles quelques années plus tard. 

A Guernesey comme à Jersey, ce furent des Français qui les 
premiers prêchèrent les doctrines réformées. Sous Henri VIIÎ, 
le gouverneur, conformément aux ordres du roi, avait con- 
fisqué les dîmes et redevances que l'on payait encore à cer- 
taines abbayes normandes et avait expulsé de l'île les moines 
franciscains qui avaient pris parti contre le roi danssa que- 
relle avec Rome et lui refusaient le serment d'allégeance ^ 
Ces mesures, en affaiblissant et en déconsidérant les prêtres, 
frayèrent la voie aux prédicateurs étrangers. Les autorités de 
Guernesey se montrèrent d'abord fort mal disposées en faveur 
des réfugiés, et la cour royale prit contre eux des arrêtés 
sévères. Dès 1534, elle décrète que « nulluy ne logera nul 
estrangier pour demeurer en l'isie sur peynne de LX soûls, 
si che n'est pour son serviteur ou sa servante^ ». Pendant les 
années suivantes, la cour se relâche un peu de la sévérité de 
cette ordonnance, mais elle interdit aux étrangers les profes- 
sions d'hôteliers et de boulangers, et les oblige à acheter leurs 

1. Acte du 5 octobre 1549 : « En présence de M. le Lieutenant pour le roy 
en ceste isle de Jersey, de la justice et des Estats de ceste ditte isle, maistre 
Martin Lengloys a estey juré et a prins serment sollempnell d'estre vray sub- 
ject et obéissant à nostre avant dit souverain sire le roy Edouard VIme, par la 
grâce de Dieu, roy d'Angleterre, etc. » 

2. F. B. Tupper, History of Guernsetj, 2^ édit. p. 140. 

3. Recueil d" ordonnance s de la cour royale de Guernesey, rédigé par 
R. Mac-Culloch, t. I, p. 2. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 9 

vivres et leurs marchandises dans les boutiques, leur défendant 
de se les procurer auprès des agriculteurs et producteurs, sous 
peine devoir confisquer leurs achats ^ Ceux d'entre eux qui 
ne justifiaient pas de moyens d'existence, devaient vider le 
pays, (( sur peynne de estre fustigués et foytés^ ». Ces sévé- 
rités n'empêchèrent pas un certain nombre de huguenots 
français de se réfugier à.^Guernesey et d'y répandre les prin- 
cipes évangéliques. 

Le seul de ces pionniers de rÉvangile à Guernesey dont le 
nom soit arrivé jusqu'à nous est Denis Le Vair, natif de Fonte- 
nay, dans le diocèse de Bayeux, en Basse-Normandie. Il avait 
été prêtre romain, mais, ayant embrassé les doctrines évan- 
géliques, il s'en était allé à Genève, où il avait appris le com- 
merce de la librairie. Il fut l'un de ces porte-balles ou col- 
porteurs qui, au péril de leur vie, apportaient et distribuaient 
en France des livres saints, des traités religieux et des écrits 
des réformateurs. Il visita les îles normandes pour y placer 
sa marchandise. Ses livres furent bien accueillis à Guernesey, 
et le peuple, désireux d'être instruit, demanda au colporteur 
de lui servir de ministre. Le Yair se rendit à leurs instances, 
et, sans déposer la balle, il se mit à parcourir l'île en y faisant 
l'œuvre d'un évangéliste^ Les renseignements nous man- 
quent sur son ministère et sur ses succès. Nous savons seule- 
ment qu'il fut l'un de ces caractères vaillants et l'une de ces 
âmes héroïques, comme la réforme française en fit surgir un 
grand nombre de tous les rangs de la société. Les derniers inci- 
dents de sa vie et son martyre, que nous raconterons plus loin, 
d'après Crespin, donnent une haute idée de la valeur morale de 
ce premier prédicateur de la Réforme à Guernesey, et c'est un 
honneur pour le protestantisme de cette île de pouvoir inscrire 
sur la première page de son histoire le nom de Denis Le Viar. 

1 . Recueil d'ordonnances de la cour royale de Guernesey, rédigé par R. Mac- 
Culloch, t. I, p. 7. 

2. Ibid., t. I, p. 6. 

3. Crespin, Histoire des Martyrs, éd. de 1597, P 283 b. 



10 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

Ces commencements du protestantisme des îles de la 
Manche le rattachaient au type réformé. Ses ministres, ses 
livres de piété, les formes encore peu définies de son culte, 
lui venaient de France et de Genève. Les représentants du 
gouvernement anglais ne pouvaient pas voir avec une entière 
satisfaction s'établir un type de culte qui n'était pas celui que 
les théologiens d'Edouard VI avaient donné à l'Angleterre et 
qui allait y soulever tant de contestations. Sir Hugh Paulet, 
qui devait être peu après gouverneur de Jersey, y fut d'abord 
envoyé, en la quatrième année du règne d'Edouard YI, comme 
commissaire royal pour s'informer de la situation des îles. Le 
rapport qu'il présenta au roi dépeignait les habitants comme 
gagnés aux doctrines réformées, ce qui était en partie vrai, et, 
ce qui l'était beaucoup moins, comme prêts à accepter les 
formes liturgiques qu'il plairait à Sa Majesté de leur imposer. 
C'était là promettre plus que Ton ne pourrait tenir. 

Quoi qu'il en soit, la liturgie anglicane, sous sa première 
forme, le Service Book, comme on l'appelait alors, fut traduite 
en français et envoyée aux jeunes églises des îles de la Manche, 
avec un ordre du roi en conseil, daté du 15 avril 1550 et 
ainsi conçu : 

« Nous avons été dûment informé de votre conformité, aussi bien dans 
toutes les autres choses sur lesquelles ledit sir Hugh a conféré avec 
vous, que sur votre ardent désir de suivre et d'embrasser les lois et les 
vues de Sa Majesté dans l'ordre du service divin et de l'administration 
des sacrements; de quoi nous vous remercions cordialement au nom de 
Sa Majesté, vous priant que, comme vous avez bien commencé, vous 
continuiez de même, et que, avec toute révérence, dévotion, tranquillité, 
obéissance et unité parmi vous, vous observiez et suiviez le service et 
les ordres relatifs au culte et à l'administration des sacrements, confor- 
mément au livre que nous vous envoyons ^ » 

Il est probable que la liturgie fut adoptée sans trop de 

1. Le texte anglais de ce document se trouve dans les notes ajoutées par le 
Rév. Edward Durell à la 4' édition de V Histoire de Jersey de Faite, notes qui 
dépassent en valeur l'ouvrage qu'elles commentent. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. il 

peine par les curés qui étaient devenus protestants et étaient 
demeurés en possession de leurs bénéfices. Mais il est beau- 
coup plus douteux que les ministres venus de France et de 
Genève, habitués à des formes de culte beaucoup plus simples, 
se soient soumis à un rituel qui leur paraissait entaché de 
papisme. Sir Hugh Paulet, qui revenait à Jersey avec le titre 
de gouverneur, comprit lui-même bientôt que la réforme ne 
pouvait se consolider dans les îles qu'en faisant appel au 
dévouement des pasteurs français et que, pour obtenir 
les services de ces hommes, il ne fallait pas leur imposer 
des formes liturgiques qui leur répugnaient. Il eut plus à 
cœur d'abolir ce qui restait de catholicisme dans l'île que de 
faire adopter la liturgie. Il confisqua, au profit du roi, les 
rentes créées pour messes, obits, luminaires, confréries, etc.; 
il fit abattre les statues et les images qui ornaient fintérieur 
des églises et même les croix des cimetières et des chemins^ ; 
il vendit les calices, croix, encensoirs et autres ornements 
d'église. Il ne respecta pas même les cloches, qu'il fit des- 
cendre des clochers, à l'exception d'une par église, et il les fil 
vendre à des Français, pour la somme de 171 livres sterling, 
9 shillings. On assure que le navire qui les emportait à 
Saint-Malo périt en mer, et que plusieurs virent dans ce 
sinistre le châtiment d'un sacrilège. 

Le zèle iconoclaste du gouverneur Paulet fut secondé par 
la cour de l'île, comme le montre le curieux arrêt suivant, 
daté du 20 mars 1552 : 

(( Après le record du connestahle^ delà paroessede Saint-Pierre, lequel 
a recordey avoier adjourné Pierre Fallu de comparoestre à ce présent 
jour et Marte sa femme en justice, pourtant que dimanche dernyer passé, 

1. n n'y a plus, depuis lors, de croix sur les chemins et aux carrefours de 
l'île, mais le souvenir de leur emplacement subsiste dans des noms tels que la 
Croix (le bois, la Croix au lion, la Grande-Croix, etc. 

2. Le connétable est, dans les îles, le premier magistrat de chaque paroisse 
ou commune. Ses fonctions correspondent en partie à celles du maire en 
France. 



i2 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

sadite femme avoit apporté une paire de paternosters à l'église, lequel 
connestable fist charge et commandement à l'avant-dite femme de luy 
bailler lesquelles paternosters, ce qu'elle ne voulut pas faire. Après les- 
quelles choses, par l'opinion des justiciers presens, ledit Pierre est 
regardé aller au chasteau corporelicment. » 

Ce qui fit plus que les coups d'autorité du gouvernement et 
de la cour pour avancer les intérêts de la réforme à Jersey, 
ce furent les travaux des ministres français, qui remplacèrent 
peu à peu, à la tête des paroisses, les prêtres ignorants qui 
les avaient dirigées jusqu'alors. La paroisse de Saint-Sauveur 
eut pour ministre un nommé Martin; celle de Saint-Jean fut 
placée sous les soins de Nicolas Maret. On cite encore, parmi 
ces pasteurs réfugiés à Jersey sous le règne d'Édouard YI et 
qui y exercèrent le ministère évangélique, Moulinos, Guérin 
et Pierre Baptiste. Ils prêchèrent le pur Évangile avec fidélité; 
et, par la force des choses, la réforme jersiaise dut, entre 
leurs mains, revêtir le type calviniste ^ 

II 

LA RÉACTION CATHOLIQUE SOUS MARIE TUDOR 

La mort d'Édouard VI, après un court règne de six ans, et 
l'avènement de la catholique Marie vinrent brusquement ter- 
miner cette première période de l'histoire du protestantisme 
insulaire. La réaction catholique passa comme un ouragan 
sur la Grande-Bretagne, et l'archipel normand en ressentit le 
contre-coup. Les ministres durent quitter précipitamment les 
îles pour retourner en France ou à Genève, et plusieurs de 
leurs ouailles, se sentant en danger dans leur pays natal, les 
suivirent dans l'exil. Parmi ces laïques trop compromis dans 
le mouvement pour oser affronter la réaction catholique, on 

1. Chroniques de Jersey, édition de 1832, p. 74. Cet écrit anonyme de la fin 
du XYi® siècle, est le document principal sur ces premiers temps du protes- 
tantisme insulaire. Il en a été publié deux éditions, l'une à Guernesey en 1832, 
et l'autre à Jersey en 1858, mais toutes deux sont assez fautives. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 13 

cile Thomas JBertram, de Jersey, et Guillaume Beauvoir, de 
Guernesey, qui se réfugièrent à Genève, « afin, dit le chroni- 
queur, d'éviter les idolâtries et superstitions qui se faisaient 
dans l'île ^ ». 

La messe fut en effet partout rétablie, d'après les ordres 
péremptoires venus de Londres. Les curés catholiques qui, 
pour conserver leur paroisse, avaient passé au protestantisme, 
recommencèrent à chanter la messe en latin. Quelques-uns 
s'étaient mariés et se trouvaient fort embarrassés de leur 
femme et de leurs enfants. Le recteur de Saint-Sauveur, à 
Jersey, Guillaume Le Ray, qui avait été révoqué pour n'avoir 
pas voulu renoncer aux pratiques romaines, rentra en posses- 
sion de son bénéfice, et écrivit dans son registre paroissial 
la note suivante qui y est encore : 

(( Depuis l'an quarante-liuict, je n'ay point arresté les noms de ceux 
qui sont trespassez, pour ce que je fus mins hors de mon bénéfice l'es- 
pace de cinq ans, pour le tumulte qui se fit en l'église, puis, en 1554, 
je fus restabJy en mon bénéfice. Alors j'ay recommencé à escrire. » 

Mais il ne suffit pas, à Jersey du moins, de replacer les 
anciens bénéficiaires à la tête des paroisses pour faire rétro- 
grader la population vers le catholicisme. Si une partie du 
peuple, encore peu éclairé, retourna à ses anciennes formes 
religieuses, les principales familles de l'île, les de Garteret, 
les de Soulemont, les Lemprière, les Gosselin, les Hérault, 
les Poingdestre a ne voulurent jamais, dit le chroniqueur, 
assister à la messe ni aux idolâtries et superstitions des pa- 
pistes, quelques menaces ou épouvantements qu'on leur seust 
faire 2 ». Leur attachement à la nouvelle foi était si grand 
que, pour pouvoir participer à la Sainte-Cène, ils ne crai- 
gnaient pas de passer la mer et d'aller dans quelque église 
réformée de la Normandie, à Saint-Lô, par exemple, où une 
éghse importante s'était fondée. 

1 . Chroniques, p. 74. 

2, Ibid., p. 76. 



14. LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

Le gouverneur, sir Hugh Paulet, dont nous avons raconté 
les exploits iconoclastes, était demeuré en place, malgré le 
changement de règne et de politique. Revenu extérieurement 
au catholicisme, il continuaitàfavoriser sous main la réforme 
et à n'exécuter qu'avec modération les ordres rigoureux qu'on 
lui envoyait relativement aux nouvelles doctrines. Chose 
curieuse ! son propre frère, John Paulet, était doyen catho- 
lique de l'île, et donnait son appui à la réaction papiste. La 
cour royale de Jersey eut l'occasion de montrer l'esprit d'in- 
dépendance qui l'animait à l'égard des prêtres dans un pro- 
cès retentissant, où elle ne craignit pas de frapper de la peine 
capitale un prêtre coupable. 

Cet homme, Richard Averty, de la paroisse de Saint-Bre- 
lade, occupait une place en vue dans le clergé de l'île; il était 
promoteur de la cour du doyen. Ennemi ardent des protes- 
tants, il « troubloit grandement les pauvres fidèles réformez, 
dit le chroniqueur, et spécialement il faisoit beaucoup de 
mal et d'ennui ès pauvres prestres mariez, leur faisant faire 
défense de fréquenter leurs femmes en aucune manière, et 
s'ils faisoient du contraire, il les faisoit punir aigrement^ », 
Ce prêtre, qui trouvait mauvais que ses collègues mariés 
vécussent honnêtement avec leur femme, était lui-même un 
homme de mauvaises mœurs et, pour cacher le résultat de 
ses désordres, il commit un infanticide. Il étouffa de ses 
mains l'enfant qu'il avait eu de sa servante et l'enterra dans 
l'âtre de sa cheminée. Arrêté sur la dénonciation de ses voi- 
sins, Averty fut traduit devant la cour et a condamné à mourir 
la corde au col au gibet, et à rester pendu à une chaîne de 
fer jusqu'à ce que son corps fust consumé ». Cette sentence 
est du 27 juin 1555, c'est-à-dire en plein règne de Marie. Le 
doyen John Paulet", essaya d'arracher le prêtre coupable des 

1. Le texte de cette sentence existe dans les registres de la cour royale de 
Jersey, et a éLé publié par Le Quesne, Constitutional History of Jersey, p. 470. 

2. La sentence de la cour mentionne expressément cette intervention du 
doyen dans les termes suivants : « Sur quoy discrette personne, sire Jean 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 15 

mains de la justice séculière, en revendiquant pour l'évêque 
de Cou tances le droit de le juger; mais la cour passa outre à 
cette réclamation, et Averty fut pendu comme un malfaiteur 
ordinaire. 

En appliquant le droit commun à un prêtre, la magistra- 
ture jersiaise montrait que l'esprit des temps nouveaux avait 
passé sur elle. Sa fermeté dans cette affaire prouve aussi qu'à 
ce moment le sentiment général était favorable à la réforme. 
Ce fut grâce à cette attitude de la cour, secrètement encou- 
ragée par le gouverneur, que Jersey dut d'échapper aux excès 
auxquels se portait ailleurs la réaction catholique. 

Guernesey, où la réforme avait fait moins de progrès, eut 
au contraire à subir toutes les violences de la réaction. Le 
clergé et la magistrature retournèrent au catholicisme et se 
firent les dociles instruments de la politique persécutrice de 
Marie Tudor. L'histoire nous a conservé les détails horribles 
de Fexécution de trois femmes, la mère et ses deux filles, 
condamnées pour hérésie et brûlées à Saint-Pierre-Port, le 
18 juillet 1556. L'une de ces femmes, Perrotine Massy, était 
l'épouse d'un pasteur, qui avait quitté l'île pour échapper à la 
persécution. Elles furent traduites, elle, sa soeur et sa mère, 
devant la cour ecclésiastique, composée du doyen et des rec- 
teurs de paroisse, et interrogées sur les sacrements, sur Fin- 
vocation de la Vierge et des saints et sur les autres articles de 
la foi catholique. Déclarées hérétiques par des juges qui vou- 
laient frapper de terreur les partisans de la réforme, elles 
furent renvoyées devant la cour royale, qui se hâta de confir- 

Poullet, doyen de ceste Isle de Jersey soy est présenté devant justice, requé- 
rant que le susdit Adverty luy fust délivré à cause de sa cléricature, pour le 
justifier à la cour de TEvesque dont ledit doyen tient le lieu en cette dite Isle. 
A laquelle requeste et demande, les justiciers royaulz de ladite Isle répondi- 
rent audit doyen, veu l'énormité, atrocité et cruauté du susdit cas, qu'ils n'en- 
tendoyent point que le susdit Adverty deust estre mis hors de la, susdite juri- 
risdiction royalle, mais devoit souffrir Texécution de ladite sentence, ce qui 
fut fait, et ses biens tant meubles qu'héritages, confisqués ès mains de nos 
souverains seigneur et dame de le roy et la royne. » 



16 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

mer la sentence des juges ecclésiastiques et de condamner les 
trois femmes au supplice du feu^ L'une d'elles, Perrotine 
Massy, se trouvait enceinte, et, sur le bûcher même, elle fut 
prise des douleurs de l'enfantement et mit au monde un fils. 
L'enfant, arraché vivant du miUeu des flammes par un spec- 
tateur, fut porté au bailli, Hélier Gosselin, qui, avec une bar- 
barie sans exemple, ordonna que l'enfant fut rejeté dans le 
bûcher de sa mère. 

Les historiens catholiques ont vainement essayé de con- 
tester les détails de cette abominable tragédie. Le Martyro- 
loge de Foxe nous a conservé les pièces officielles qui en éta- 
blissent l'exactitude, y compris les suppliques par lesquelles 
le bailli, le doyen et le clergé de Guernesey implorèrent le 
pardon royal, lorsqu'Élisabeth fut montée sur le trône et que 
la conscience publique eut crié vengeance contre les auteurs 
de ce crime juridique ^ Elisabeth leur fit grâce dans l'intérêt 
de la politique d'apaisement qu'elle inaugurait; mais les 
noms du bailli Hélier Gosselin, du doyen Jacques Amy et de 
leurs assesseurs sont restes, pour leur châtiment, cloués au 
pilori de l'histoire, associés à l'un des plus abominables for- 
faits que le fanatisme ait jamais fait commettre. 

Le jeune protestantisme guernesiais eut un autre martyr 
dont la glorieuse fm mérite d'être racontée, pour montrer ce 
que valaient les ministres inconnus que la France envoyait 
aux îles de la Manche. Nous avons déjà parlé de Denis Le 
Yair, ce colporteur devenu ministre qui fut le premier prédi- 

1. Les deux sentences existent encore aux archives de la cour royale de 
Guernesey. Celle de la cour ecclésiastique, qui est en latin, a été publiée par 
Foxe {Acts and Monuments, édit. de la Religions Tract Society, t. VIIÎ, p. 228.) 
En voici un extrait : « Crimine haereticas invenimus et reputamus. » La sen- 
tense laïque dit de son côté : « Elles sont comdampnées et adjugées de estre 
bruslées et arses au jour d'huy, jusques à consumation de cendre, au lyeu 
accoustumey.. . accordant et selon l'effect de une sentence délyvrée en justice 
de p. monssieur le doyen et les curés, le XIIIP jour du moes de juillet, en Tan 
susdit, en laquelle ils ont estey approuvées hérétiques. » 

2. Acts and Monuments, t. YIII, p. 226-241. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 17 

cateur réformé à Guernesey. Chassé de cette île par la réac- 
tion catholique, il rentra en France, avec l'intention de se 
réfugier à Genève; mais, en attendant de pouvoir s'y rendre, 
il voulut se remettre à colporter des livres dans la Norman- 
die, sa province natale. A peine débarqué avec un tonneau 
rempli de livres saints, il était occupé, au village de La Feuii- 
lie^, à se munir d'une charette pour transporter sa marchan- 
dise, lorsque le procureur du roi, à qui sans doute il avait 
été dénoncé par quelque traître, se trouva là et déclara saisir 
le tonneau qu'il soupçonnait de renfermer des livres héré- 
tiques. — « Ce ne sont pas des livres hérétiques, lui répondit 
Le Yair, mais des livres de la Sainte-Ecriture, contenant toute 
vérité. » Il fut arrêté et conduit à Périers, où on le laissa lan- 
guir en prison deux mois et demi; les juges du lieu lui firent 
subir interrogatoire sur interrogatoire, essayant de le con- 
vaincre du crime de trahison, parce qu'il venait de faire un 
séjour hors de France ; à quoi il répondit a qu'il s'y était retiré, 
non par trahison, m^ais pour y vivre selon Dieu et son saint 
Évangile. » De Périers il fut mené à Bayeux, où on l'enferma 
si étroitement dans la prison de Févêché que ses amis ten- 
tèrent vainement de le voir. Conduit enfin à Rouen, son 
procès y fut rapidement mené et il fut condamné comme héré- 
tique, à (( être brûlé vif et surhaussé par trois fois sur le feu ». 
On voulait le soumettre à la question extraordinaire pour 
l'obliger à dénoncer ses partisans. Il répondit que « tous les 
chrétiens amateurs du Saint-Évangile étaient de son parti, 
dont était la plus saine partie du royaume de France et même 
du parlement de Rouen ». Il ajouta que ni tortures ni tour- 
ments ne le feraient dire autre chose, et que d'ailleurs il lui 
était égal de mourir par la torture ou par le feu. Ses juges 
voyant qu'il n'était pas homme à se laisser effrayer par les 
tourments, renoncèrent à le mettre à la question et l'envoyè- 
rent au supplice. 

1. LaFeuillie, canton de Lessay, arrondissement de Coutances, sur la côte 
normande en face de Jersey. 

XXXIV. — 2 



48 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

Du haut du tombereau qui le portait au lieu d'exécution, 
il prêcha au peuple rassemblé. L'officier de service, irrité de 
l'entendre, cria au bourreau : « Coupe-lui la langue ! » L'ordre 
fut aussitôt exécuté. Le moine carme qui l'accompagnait vou- 
lut mettre une petite croix de bois entre ses mains étroite- 
ment liées, mais il se refusa à la prendre et tourna le dos au 
moine; sur quoi celui-ci cria au peuple : « Yoyez, mes amis, 
voyez le méchant qui refuse la croix ! )) On le conduisit devant 
l'église de Notre-Dame, dans l'intention, dit Grespin, de « don- 
ner à entendre au peuple qu'il faisait amende honorable à 
leurs saints; mais le patient montrait et des mains et des 
yeux, et par tous signes à lui possibles, qu'il fallait adorer un 
seul Dieu, détournant sa face de leurs idoles. » 

D'après sa sentence, ii devait être trois fois retiré du feu et 
trois fois replongé dans le feu, afm d'ajouter à l'horreur de 
son supphce et d'en prolonger les tourments. Mais l'ardeur 
de la flamme ne permit pas au bourreau d'accomplir cette 
partie de sa cruelle corvée, et ii ne se trouva là personne qui 
voulût l'y aider, malgré les menaces et les coups que les ser- 
gents faisaient pleuvoir sur les spectateurs les plus rappro- 
chés. 

Ainsi mourut, le 9 août 1554, cet humble pionnier de 
l'Évangile dans File de Guernesey^ Les satellites d'Henri de 
Valois se montraient les dignes émules en cruauté de ceux de 
de Marie Tudor. 

Matth. Lelièvre. 

1. Crcspin, Hhtoire des Martyrs, édition de 1597, f'' 283. 



(A suivre.) 



DOCUMENTS 



LA SORBONNË, LE PARLEMENT DE PARIS 

ET LES LIVRES HÉRÉTIQUES 

de 1542 à 1546. 

Nous avons publié dans le Bulletin de 1884 (p. 15) le premier arrêt 
du Parlement de Paris, du juillet 1542, interdisant dans toute l'étendue 
de son ressort, VInsiitiition chrétienne de Calvin, et, en général, « sur 
peine de la hard », l'impression et la vente de tout livre qui n'aurait pas 
été dûment examiné et approuvé, suivant son contenu, soit par deux 
docteurs des Facultés de théologie, de droit ou de médecine, soit par 
deux maîtres ès arts, « non suspectz », soit, là où il n'y avait pas d'uni- 
versité, par l'ofliciai ou vicaire de l'évêque, ou encore par « deux notables 
personnaiges non suspectz qui seront députez par le bailly, seneschal ou 
prevost du lieu, ou leurs lieutenans. » Deux mois plus lard, par lettres 
patentes, datées de Lyon le 30 août et enregistrées à Paris le 7 sep- 
tembre 1542, François l^' ordonnait de rechercher, de punir les luthé- 
riens, et d'enjoindre « très expressément de par lui aux archevesques, 
évesques, abbez et autres prélats et chapitres de leur ressort que de 
leur part ils ayent... à faire le semblable ^ ». 

Voici une preuve, entre beaucoup d'autres, que ces ordres étaient' 
exécutés : 

Un pauvre relieur nommé Pierre Solin avait été emprisonné, simple- 
ment parce qu'il avait été accusé, peut-être par Guillaume Beloci, reli- 
gieux augustin, d'avoir relié ou eu à relier des livres hérétiques. Il 
est évident que cette accusation ne put absolument pas être prouvée 
puisque le prisonnier fut élargi, non sans de grosses menaces, et après 

1. Voy, cet édit dans Isambert, Anciennes lois françaises, t. XII, p. 785. 



20 LA SORBONNE, 

avoir été enfermé, nous ne savons combien de temps, dans les cachots 
de la Conciergerie. Cette pièce est tirée des registres criminels du Par- 
lement de Paris (Archives nationales X^'^ 95, sous la date du 4 mai IBiS). 

Dudict jour (4 mai 1543) en la touriielle cryminelle ou estoient mes- 
sieurs (en blanc)... Veuz par la court les Interrogatoires, confessions et 
et dénégations de Pierre Solin rellieur de liures, prisonnier es prisons 
de la Conciergerie du pallais a Paris pour raison de cryme dheresie 
a lui impose, La confrontation laicte au dict Solin de la personne de 
frère guillaume beloci religieux augiistin, Les conclusions du pro- 
cureur gênerai du Roy auquel le tout auroit esté communique. Et 
oy et interrègne par ladicte court icelluy prisonnier sur les cas a luy 
imposez et tout considère, il sera dict que la dicte court a ordonné et 
ordonne que ledict Solin sera élargi et lelargist par tout quousque 
en faisant par luy les submissions acoustumées. 

Et élisent domicilie en ceste ville de Paris a la charge de faire 
signiffier ce p'^^ arrest audict procureur général dedans trois jours 
sur peine d'estre prins et deboutte de leffect et contenu dicelluy et 
néantmoins faict la dicte court inhibicions et deffences comme au- 
trefois au dict Solin de dorénavant avoir et tenir, celer ne cacher 
aulcuns liures prohibez et deffenduz parles arrestz de la dicte court 
contenant doctrine improuvée, ne iceulx rellier vendre ne exposer en 
vente. Ains luy enjoinct la dicte court, de garder les ordonnances 
sur ce faictes par la dicte court, publiées à son de trompe par or- 
donnance dicelle court par les carrefours de ceste ville de Paris et 
ne contrevenir a icelles. Pareillement luy enjoinct de doresnavant 
viure comme ung bon catholicque et luy faict deffence de contre- 
venir a la saincte foy et relligion chrestienne constitucions et tra- 
dicions de nostre mere saincte église et de récidiver entre les mains 
de justice sur peine de prison et de pugnition corporelle. 

Bertrand. Le Charon R. 

Or ces mesures ne paraissent pas avoir réussi à entraver la diffusion 
de l'Institution, ou, en général, de l'Évangile. Pendant l'Avent de cette 
année 1542 2, les chaires des églises de Paris, retentissent, au contraire, 
du choc des idées nouvelles. Aussi, voyons-nous, de 1543 à 1546, la Sor- 

2. Voy. le préambule de l'édit du 23 juillet suivant. 



/ 



LE PARLEMENT DE PARIS ET LES LIVRES HÉRÉTIQUES. 21 

bonne, le roi et le Parlement redoubler de zèle et de sévérité contre 
l'hérésie et contre les hérétiques. 

Le 10 mars 1543, la Faculté de théologie, depuis longtemps à la 
recherche d'un moyen capable d'enrayer le mouvement, met la dernière 
main aux fameux Articles de foi ^ catholique, apostolique et romaine 
sur les matières controversées, et les fait signer par tous ses membres. 
Le 7 avril '"^ elle supplie le roi de les approuver et faire publier par tout le 
royaume en ordonnant à tous les prédicateurs de s'y conformer sous les 
peines les plus sévères. François P'", influencé, dit YHistoire ecclésia- 
stique^, par Pierre ]Âzet, de triste mémoire, non seulement accède au 
désir des fameux docteurs, mais signe encore un autre édit « touchant 
la jurisdiction des prélat z et inquisiteurs de la foy... a lencontre des 
personnes layes ou ecclésiastiques chargées ou accusées du crime d^ 
hérésie'^ ». Le roi y déclare, à la requête de ces prélats et inquisiteurs, 
de la foy, qu'ils pourront ce en tous cas dheresie contre toutes per- 
sonnes, tant ecclésiastiques que laiz, procéder selon les censures et 
constitutions canoniques, à faire informer a lencontre délies, et les 
informations rapportées par devers eulx, leurs officiaulx, ou vicaires 
les décréter dadiournemens personnelz, ou p-rinses de corps, selon 
lexigence des cas contre les delinquans et coulpables », et enjoint « a 
tous ses luges chascun en son destroit et ressort, leur imperiir pour 
lexecution desdictz decretz, promptement et sans delay, layde du bras 
séculier 'p, etc. 

Le 30 juillet le parlement de Paris enregistre cet édit, et le lendemain, 
31 juillet, l'Ordonnance portant ratification et règlement pour la publi- 

3. Le texte le plus ancien de ces articles se trouve dans le registre des 
Ordonnances du parlement de Paris, aux Archives natiohales, X^^, 8613, 
fol. 462 ss. Il a été reproduit, d'abord dans la plaquette ci-après décrite, puis 
dans ISAMBERT, c, t. XII, p. 820 ss., où M. Reuss a pris le texte qu'il a 
donné dans les prolégomènes (p. X-XIV) du tome YII des Opéra Calvini. Ce 
texte n'est pas absolument correct. Dans le paragraphe de l'Edit qui traite des 
gens ecclésiastiques, il y manque, après les mots : Et ce pour le cas privilégié, 
cette phrase : En les rendant quant au délict commun à leurs prélatz, à la 
charge de la condamnation du cas privilégié, s'ilz procèdent à icelle, etc. 

4. Voy. BuLAEUS, Hist. universit. par., VI, 384. 

5. T. 1, p. 33 et p. 50 de la réimpression par M'' Cunitz. 

6. Voy. X'^ 8613, fol. 482 v°. Il ne semble pas que ces édits aient rencontré 
partout en province un accueil aussi empressé qu'au parlement de Paris; ils 
furent recommandés le 20 septembre à celui de Toulouse qui les enregistra 
le 19 novembre, quatre mois après Paris; le 16 juillet 1544 un mandement les 
notifia au parlement de Bordeaux, qui ne les enregistra que le 17 février 1545. 
On sait que l'Évangile pénétra plusieurs fois jusqu'au sein des parlements. 



22 LA SORBONNE, 

cation des articles de la Sorbonne. Enfin,' le l*^'" août, le crieur public 
porte, à son de trompe, ces nouvelles à la connaissance des Parisiens et 
le roi en ordonne aussitôt l'impression . 

11 ne suffisait pas, toutefois, de promulguer et d'imposer comme loi 
générale du royaume, une confession de foi officielle. Il fallait encore 
mettre le public en garde contre les productions de plus en plus nom- 
breuses qui pénétraient partout, malgré les censures^ isolées et sans 
doute peu connues de la sacrée Faculté. Celle-ci se décide donc, à la 
requête du parlement, et afin que nul n'en ignore, à rédiger et à publier 
un Catalogue de livres réprouvés ; elle se met à l'œuvre aux environs de 
Noël 1543 9. 

ÏI. 1544. 

Le parlement, lui, n'attend pas pour sévir, que la Sorbonne ait ter- 
miné son travail. Dès le 14 février 1544 il arrête, que l'Institution chré- 
tienne et 14 ouvrages imprimés par Dolet, seront « bruslez au parvis de 
leglise nostre Dame... au son de la grosse cloche d'icelle église ». Cet 
arrêt qu'on va lire, renferme donc la première liste de livres protes- 
tants, surtout français, officiellement prohibés et anéantis : 

Du quartoziesme jour de feburier l'an mil cinq cens quarante 
troys^° en la grant chambre ou esloient messieurs {en blanc),.. 

7. La bibhothèque de la Société de V Histoire du protestantisme français 
vient de s'enrichir d'une plaquette de 24 feuillets très petits in-4° non paginés, 
signés A à F et qui renferme les deux édits ci-dessus avec le texte des articles 
en latin et en français. Cette plaquette est sans date et a évidemment fait partie 
d'un volume qui contenait d'autres pièces; il se peut donc qu'elle soit de 1543. 

8. Yoir pour ces censures, Duplessis d'ARGENTRÉ, Collectio judiciorumy 
t. Il, première partie. 

9. Cette date sera expliquée lorsqu'il sera question du 2 mars 15 i4. 

10. Ce document n'est pas inédit, il a été reproduit dans le t. XI, n° 453 des 
Opéra calvini de MM. Baum,Cunitz et Reuss, mais d'après le texte de Duplessis 
d'ARGENTRÉ {Collectio judiciorum, II, 133) qui est fort corrompu, comme on le 
verra, et qui porte une date fausse, comme l'avaient, du reste, soupçonné les 
savants éditeurs. L'année ne commençant alors qu'à Pâques, l'arrêt est en 
réaUté du 14 février 1544, bien que d'Argentré (II, 133) dise expressément 
a. d. 1542... {hoc est anno 1513 civili more). Lorsque nous l'eûmes retrouvé, 
non sans peine, dans les registres criminels du Parlement (Archives nationales 
X^* 96 sous la date du 14 février 1543), nous apprîmes qu'il avait été, il y a 
déjà bien des années, reproduit exactement par M. Taillandier dans son petit 



LE PARLEMENT DE PARIS ET LES LIVRES HÉRÉTIQUES. 23 

Veue par la court la requeste a elle présentée par l'inquisiteur de 
la foy, par laquelle, et pour les causes contenues en icelle, il re- 
queroit que suivant l'arrest donné par la dicte court intervenu sur 
l'entérinement des lettres de Rémission obtenues par Estienne Dolet, 
les liures intitulés Les Gestes du Roy, Epigarammes de Dolet, 
Cathon chrestien^^ lexhortation a la lecture delà saincte escripture, 
la fontaine de vye^^, les cinquante deux dimenches composez par 
Fabre Stapulense les heures de la compaignie de pénitents, le 
chevalier chrestien^% la manière de soy confesser de Erasme ^% le 
summaire du Viel et Nouveau Testament imprimé par ledict Doliet, 
Le nouveau Testament imprimé par iceluy Dollet en françois, Loci 
communes de Melanthon ^\ Unie discidentium ^% labible de Genefve,. 
Caluinus intitulé Institution de Religion chrestienne per Caluinum, 
estre bruslez, mis et convertiz en cendres comme contenans damnée, 
pernicieuse, et hereticque doctrine, le tout à l'édification du peuple^ 
et a l'augmentation de la foy chrestienne et catholicque. Et aussy 
défenses estre faictes a son de trompe, et cry publicq a tous libraires 
et imprimeurs d'imprimer ou faire imprimer, et exposer en vente 
tels et semblables liures, et a toutes personnes de quelque estât, 
qualité ou condition qu'ils soient d'en auoir et garder en leur pos- 
session ; ains leur estre comandé et enjoinct incontinent les mectre 
en justice, sur peine d'estre puniz comme hereticques.Et oy sur ce le 

volume sur \q procès d'Etienne Dolet (Paris Techeuer, 1836). Nous nous sommes 
néanmoins décidé à l'insérer dans le Bulletin, d'abord parce q.ue le volume de 
M. Taillandier est peu commun, ensuite parce que cette pièce a sa place 
marquée dans notre recueil. 

11 . Voy. sur Dolet et sur ces volumes : E. Dolet... by R. C. Christie, London, 
Macmillan, 1880, in-8° et les articles de M' 0. Douen dans le Bulletin, XXX, 
p. 337 et 385 ss. 

12. Déjà censuré le 23 septembre 1542 (d'ARGENTRÉ. II, 229). 

13. Censuré le 25 mai 1542 {Ibid., II, 232). 

14. Censuré pour la première fois le 6 novembre 1525 {Ibid., II, 35-40). 

15. Censuré le 31 janvier 1540 {Ibid., Il, 130). 

16. Cf. Ibid., Il, 229-230 et 'Hërminjard, Correspondance des réformateurs , 
V, 377. 

17. Déjà condamné le 6 octobre 1523 (d'ARGENTRÉ, II, XIY). 

18. Censuré le 2 mars 1531 {Ibid., II, 85). Voy. sur ce livre l'excellente pré- 
face deM"" Th. Dufour, au Catéchisme français de Calvin, Genève 1878, p. CCLV, 
et Clément, Biblioih, curieuse. IN, p. 413-419. 



24 LA. SORBONNE, 

procureur gênerai du Roy, lequel auroit requis ce que dessus, Et 
tout considéré, La court a ordonné et ordonne les livres cy dessus 
intitulez et dénommez, estre bruslez au peruis de l'église nostre 
Dame de Paris au son de la grosse cloche d'icelle église, Et inhibi- 
tions et défenses estre faictes a son de trompe, et cry public par 
ceste ville de Paris, et autres de ce ressort a tous libraires et im- 
primeurs d'imprimer, ou faire imprimer et exposer en vente telz et 
semblables livres et a toutes personnes de quelque estât ou condition 
qu'ilz soient, den avoir ou garder en leur possession, ains leur com- 
mande et enjoinct icelle court les apporter et mectre en Justice, sur 
peine d'estre puniz comme Hereticques, et fauteurs d'iceulx et 
autres peines a la discrétion de ladicte court. 

P. LizET. De Montmirel, R. 

Et neantmoings ordonne ladicte court pour certaines causes et 
considérations a la rnouuans que desdicts livres et chacuns d'iceulx 
en sera garde ung et mis au greffe d'icelle court. 

P. LiZET. 

Une quinzaine de jours plus tard, le 2 mars, les Sorbonnistes ter- 
minent l'examen et la censure de 65 ouvrages et en remettent la liste 
au procureur général du roi Mais cette liste étant loin d'être com- 
plète, le catalogue n'est définitivement achevé que le 13 août. Le 
19 août ^544^0, Jehan André, imprimeur juré de l'Université, « en la 
grand salie du Palais, au premier pillier », obtient le privilège qui en 
autorise et en garantit la publication. Nous ne connaissons pas d'exem- 
plaire de cette première édition du célèbre catalogue, qui a dû paraître 
en 1544, peut-être en même temps que la réfutation des articles sorbon- 
niques par Calvin ^i. 

19. Cette liste se trouve dans (I'Argentré, II, 134-136, mais encore avec une 
date fausse (2 mars 1543} comme le prouve la copie que renferme le registre 
de la Sorbonne (Arch. nat. MM. 248) et que reproduit le Musée des Archives, 
1872, p. 352, et, d'après lui, M^ Reuss, Opéra, XX.I, 330. 

20. Voy. le vol. ci-après décrit. 

21. Cet ouvrage de Calvin se trouve à la Bibliothèque S^" Geneviève à Paris, 
D. 7051, et dans Calvini opéra, Edition B. C. Reuss, t. VII. 



LE PARLEMENT DE Pi^RIS ET LES LIVRES HÉRÉTIQUES. 



25 



4549-15^6. 

Ce n'est que 10 mois après sa publication, c'est-à-dire le 23 juin 1545, 
et sans doute seulement à la requête de l'inquisiteur de ia foi, que le 
parlement confère son autorité suprême à Vîndex de la Sorbonne. Nous 
avions copié cette pièce dans un ancien recueil de censures, la plupart 
connues, fait sans doute par un élève de la docte Faculté, lorsque nous 
la trouvâmes annexée au Catalogue dont nous allons parler. Gomme elle 
n'est guère connue, et qu'elle marque une date dans l'histoire de la 
répression de l'hérésie, nous la donnons ici, d'après ce Ms. 16576 du 
Fonds latin, à la Bibliothèque nationale, fol. 29, verso. 

Sur la Requeste présentée a la cour de céans, de la part de rin- 
quisiteur de la foy, et pour les causes contenues en icelle : Après 
avoir ouy sur ce le procureur gênerai du Roy, ce requérant, Et pour 
obvier, extirper et abolir la secte Lutherine, causes et moiens, par 
lesquelles elle peut prendre racine, et avoir cours en ce Royaume, 
Ladite cour a ordonné et ordonne, que inhibitions et deffenses 
seront faites, a son de trompe, et cry public, par les carrefours de 
ceste ville de Paris, et ailleurs ou il appartiendra, dedans le res- 
sort d'icelle : A tous Imprimeurs, Libraires, et autres, ^d'imprimer, 
et exposer en vente doresnavant les livres, traictez, ou escrits, con- 
tenus, et mentionnez au cathalogue des livres censurez par la faculté 
de Théologie, en l'Université de Paris : 

Et a toutes autres personnes, de les avoir, tenir, et reserver par 
devers eux et en leur possession. Et ce, sur peine de punition cor- 
porelle, et telles autres peines que de droict. Et, ou trois jours 
après la publication de ceste présente, il se trouveroit aucun, saisi 
desdicts liures, seront iceux liures prins, et apportes au greffe de la 
dite cour, Et ceux qui les auront retenus, amenez prisonniers es 
prisons de la Conciergerie du Palais, et procédé alencontre d'eux 
comme de raison. Fait le XXIIP iour de Juin, l'an mil cinq cens XLV. 

Collation est faite, Signé : Malon. 

Publié par les carrefours de la ville de Paris, le vingt huictiesme 
iour de Juin mil cinq cens XLV. 

Malon. 



26 LA SORBONNE5 

Jehan André s'empresse de profiter de ta sanction officielle, ainsi 
octroyée au travail de ses augustes clients, pour le rééditer. On lit, en 
effet, ces mots : nouvellement imprime... le vingtiesme iour de iuillet 
1545, à la fin d'un précieux volume 22 que l'archevêque de Reims, Mau- 
rice le Tellier, légua jadis à l'ahhaye Sainte-Geneviève de Paris, et qui 
est conservé à la bibliothèque de ce nom (Reserve D8° 4285). En voici 
la description : 

Edict faict par [ le Roy, sur car | tains articles, faictz par la 
faculté de | Théologie de l'Université de Paris, | touchans et con- 
cernens nostre foy | et religion chrestienne, et | forme de prescher. 

I Auec le Cathologue (sic) des liures \ censurez par la dicte 
faculté de \ theo \ logie. Ensemble Larrest de la cour \ Faict le 
XXIII^ iour de .Iuing:Et pu \ blié le XXVIII iour diidict moys, 

j mil cinq cens quarante cinq. \ Auec privilège. \ On les vend 
a Paris, en la grayid salle du \ Palais, au premier pillier, 
par Jehan André li | braire iuré de Luniversité de Paris, 

I 1545.23. 

C'est un très petit in-^*' de 32 feuillets non paginés, signés A à I et 
qui renferme, outre la plaquette précédemment citée (moins toutefois le 
texte latin des articles) la réimpression du Catalogue de 15-44 avec le 
privilège de la première édition et l'arrêt ci-dessus du parlement. 

On pourrait croire que l'Église catholique était suffisamment garantie 
par un ensemble aussi complet de mesures offensives et défensives. Il 
n'en est rien. Le 5 avril 1545, le roi étant à Jumièges, et voulant assurer 
la stricte exécution de ses pieuses volontés, signe des lettres patentes 
qui donnent commission à cinq des conseillers de l'illustre compagnie, 
de se rendre en province « pour la recherche et la punition des héré- 
tiques ». Claude des Asses est dirigé sur l'Anjou et la Tonraine, 
Jacques le Roux sur le baillage de seras; Nicole Sanguin, un nom pré- 
destiné celui-là, est chargé des baillages de nieaux et de Provins, Guil- 

22. Ce volume était connu de M' 0. Douen qui le signale dans Clément 
Marot et le Psautier huguenot, t. I, p. 359. 

23, On pourra rapprocher de la liste de livres que renferme ce catalogue, 
celle que feu M"" de Fréville publia dans le Bulletin, t. I, p. 355 ss. t. II, 
15 ss., celle que nous y avons reproduite nous-même, t. XXVIIl, 417 ss., et la 
remarquable notice bibliographique de M' Théophile Dufour en tête du Caté- 
chisme français de Calvin (Genève, Georg, 1878), p, G à CCLXXXVII. 



LE PARLEMENT DE PARIS ET LES LIVRES HÉRÉTIQUES. 27 

laume Bourg oing, du duché de monrhonnaîs et Louis G ayant àes duchés 
d'oriéaiis, comté de bioîs et pays adjacents 24. 

Tant d'efforts coalisés et accumulés ne pouvaient rester stériles. Citons 
seulement, au nombre des fruits qu'ils produisirent, le supplice d'Étienne, 
Dolet, le 3 août 1546 le sinistre arrêt du 4 octobre de la même 
année contre les cinquante sept de Meaux, et le supplice de quatorze 
d'entre eux près de la place du grand marché de cette ville, le 7 oc- 
tobre 

De nouvelles lettres patentes paraissent néanmoins le 23 novembre. 
Elles sont datées de Folembray et attribuent aux évêques et à leurs offi- 
ciaux la connaissance des crimes d'hérésie qui leur seront renvoyés par 
les juges laïques Pendant que le roi comble ainsi de joie ses dévots 
conseillers, la Sorbonne, elle, se voyant si efficacement soutenue, conti- 
nue à poursuivre avec ardeur les premiers « séminateurs » de l'hérésie, 
les livres. Le 31 décembre 1546 elle termine la rédaction d'un premier 
supplément à son catalogue. Ce supplément renferme les ouvrages exa- 
minés et censurés depuis le 13 août 1544 et paraît en 1547 chez le même 
Jehan André (le privilège est du 25 janvier de cette année) sous le 
titre de : 

L'accession \ du Catalogue des liures \ nouvellement veuz, \ 
visitez, et censu \ rez, par la facul \ té de Théo \ logie, de \ 
Paris. I 1546. | Avec privilège. \ On les vend au Palais, à Paris, 
par I Jehan André, libraire iuré \ 1547. 

24. On trouvera le texte de toutes ces commissions dans un registre des 
Ordonnances du parlement de Paris, aux Archives nationales, X*=^ n° 8615. 

25. Voy, le Procès cVEtienne Dolet, précédemment cité. 

26. Voy., outre VHistoire ecclésiastique (I, 50 et 67 de la réimp. Cunitz) et 
Crespin, Haag, France protestante, pièces justificatives n° VI, et une plaquette 
qui parut aussitôt chez J. André et se trouve reliée avec le volume dont nous 
venons de parler. 

27. Ces lettres, inédites, nous ont été signalées par M'' Paul Guérin archiviste; 
elles furent enregistrées le 21 janvier 1547 au parlement de Grenoble, et se 
trouvent aux Archives de l'tsère (ch. des comptes, B. 2912, 12). 

28. On lit dans La manière d'appaiser les troubles, MDLXI (rare traité qui 
a été inséré dans les Mémoires de Condé), p. 25. « Jean André imprimeur et 
libraire, qui contrefaisoit le fidèle pour descouvrir ceux qui l'estoyent à la 
vérité et qui s'employoit du tout à chercher tesmoins contre eux, estant incité 
de Liset et de Bruslart procureur du Roy. Ce misérable fut surpris d'une 
fureur et rage laquelle (estant conduit en sa maison) ne diminua point, mais 
crut de plus en plus, tellement qu'il en mourut. (Voy. aussi Hist. ecclés., I, 54- 
et 67, réimpression Cunitz). 



28 LA SORBONNE, LE PARLEMENT DE PARIS ET LES LIVRES HÉRÉTIQUES. 

C'est un très petit in-8° de 16 feuillets non paginés signés AAABBB qui 
se trouve à la bibliothèque de Ste-Geneviève, à la suite du volume pré- 
cédemment décrit, et à la bibliothèque Mazarine (n° 34309 à la réserve) 
à la suite de la deuxième réimpression, ou troisième édition, de même 
format, du premier catalogue. Tous ces exemplaires n'existant guère 
que par unités, nous donnerons encore le titre de cette troisième édi- 
tion ^9 : 

■ Le catalogue \ desliures cesurez parla \ faculté de Théologie \ 
de Paris, 1544^°. | Auec accession et addition puis ledict | temps 
des liures nouuellement censu \ rez par la dicte faculté^ iusques 
a pre \ sent,ibAl \ avant Pasques. \ Auec privilège. \ Onlesvend 
au Palais a Paris, par Jehan André libraire iuré. \ 1547. | 

Très petit in-8° (comme V accession) de 32 feuillets non paginés, et 
signés AA à DD. 

Nous poursuivrons une autre fois, si l'occasion s'en présente, ces 
recherches. Les notes qu'elles viennent de nous fournir, et que nous 
pourrions aisément multiplier, suffisent à prouver que l'apparition, en 
1541, de la première édition française de Vlnstitution chrétienne de 
Calvin, détermina un véritable mouvement religieux dont la profondeur 
et l'étendue peuvent se mesurer à l'opposition impitoyable et obstinée 
qu'il ne tarda pas à soulever. 

N. Weiss. 

29. Il y eut d'autres éditions et suppléments en 1551, 1556, etc. Dans son 
volume. Die Summa der Heiligen Schrift (Leipzig, 1880) M'^ BENRATH,dit (p. XIY) 
qu'un professeur Reusch se propose de publier une Étude sur cette littérature 
des Index. Nous ne savons si ce travail a paru. 

30. Ceci est évidemment le titre de l'édition princeps. 



MÉLANGES 



(J685). 

La douloureuse célébrité qui s'attache au souvenir de l'année de la 
Révocation expliquera la publication des Éphémérides qui s'y rapportent. 
Deux siècles, en effet, se sont écoulés depuis la grande persécution qui 
ruina l'Eglise réformée de France, persécution qui doit être rappelée, 
pour glorifier la mémoire et la constance de nos martyrs. 

On comprendra mieux encore la grandeur de leur sacrifice et la puis- 
sance de leur foi, en revivant pour ainsi dire, jour après jour, à deux 
siècles de distance, dans « cette année qui fut triste entre toutes les 
années du monde ». 

Frank Puaux. 

Janvier 

2 janvier 1685. — Pour renverser les temples et proscrire les 
pasteurs, le gouvernement de Louis XIV n'hésita pas à se rendre 
complice de fraudes honteuses. Gomme il suffisait de la présence 
d'un relaps dans un temple pour en obtenir la destruction, Arnould, 
intendant de La Rochelle, se servit d'une misérable femme nommée 
Marie Bonnaud pour faire arrêter les pasteurs de celte grande église. 

« Mais, dit l'historien E. Benoît, le parlement de Paris ne voulut 
pas se salir de cette fraude. Le rapporteur Daurat dit ouvertement à 
l'évêque qu « 'il n'était pas aussi aisé de condamner des innocents 
que de faire abattre des murailles ». Aussi, le 2 janvier 1685, les 
ministres furent-ils transférés de la Conciergerie à la Bastille, afin 
qu'étant devenus prisonniers d'État, le parlement n'eût rien à dire 



30 MÉLANGES. 

sur leurs actions. L'égiise de La Rochelle ne tarda pas à succom- 
ber victime de ce déni de justice ^ 

3 janvier' 1685. — k la fin du xvii"^ siècle la Normandie ne comp- 
tait pas moins de 200 000 protestants qui, par leur travail, leur in- 
dustrie, faisaient de ce beau pays l'une des plus riches provinces de 
la France. Tout fut mis en œuvre pour détruire le protestantisme 
en Normandie et ruiner les grandes églises de Gaen, de Dieppe, de 
Rouen. Sur la simple dénonciation du curé de Saint-Éloi, qui accu- 
sait les pasteurs de Rouen d'avoir souffert dans le temple de Que- 
villy, la présence d'une petite fille de douze ans, naguère protes- 
tante, le parlement de Rouen, par son arrêt du 3 janvier 1685, 
interdit de toute fonction de leur miaistère les pasteurs Legendre et 
Basnage, Cependant ceux-ci déclaraient ne pas connaître cette enfant 
et même ne l'avoir jamais vue. Ainsi fut privée de tout culte une 
église qui comptait alors plus de sept mille âmes^. 

6 janvier 1685. — Le 6 janvier 1685, le cardinal d'Estrées, ambas- 
sadeur de France à Rome, écrivait au roi Louis XIV pour lui faire 
savoir que le pape Innocent XI, mis au courant de ce qu'il faisait 
pour ruiner le protestantisme, n'avait pas caché la satisfaction qu'il 
en éprouvait : « En vérité, avait-il dit au Père Renécati, nous 
louons ce roi qui détruit un si grand nombre d'hérétiques et qui 
veut exterminer entièrement celte malheureuse secte dans son 
royaume; en ceci vraiment nous le louons'^ » 

1 janvier 1685. — Pour obtenir les faveurs du pouvoir, il suffi- 
sait de se déclarer de la religion du roi; c'est ainsi que le cardinal 
de Bonsy écrit au duc de Noailles le 7 janvier 1685 ; « M. de Ma- 
zencourt, gentilhomme du Languedoc, nouveau converti, et qui 
vous fut présenté au mois de septembre dernier, a été oublié. Il 
se trouve abandonné de ses parents et a un très grand besoin 
de votre protection pour obtenir quelque pension du roy. Si au 
motif de la religion et à votre humeur bienfaisante, vous voulez 

1. Benoit, Histoire de VÉdit de Nantes, Y. 752. 

2. Legendre, Histoire de la persécution faite à Véglise de Rouen, 15. 

Fait singulier et bien digne de remarque, dans cette église de Saint-Éloi, 
dont le curé était alors un si violent persécuteur des reformés se célèbre aujour- 
d'hui le culte protestant à Rouen. Et la tombe du persécuteur se trouve préci- 
sément sous la chaire d'où parlent les descendants de ceux qu'il haïssait. 

3. MiCHAUT), Louis XIV et Innocent IV, 484. 



MÉLANGES. 31 

joindre la part que vous m'avez donnée dans votre amitié, vous 
m'obligeriez très sensiblement, monsieur, d'y faire quelque consi- 
dération... ^ » 

8 janvier 1685. — En signant l'Édit de Nantes, Henri I V avait 
accordé aux pasteurs des églises réformées l'exemption de certains 
impôts. Le 8 janvier 1685, bien que plus de deux cents arrêts parti- 
culiers ou généraux eussent maintenu ce privilège, Louis XIV, vou- 
lant frapper de toute manière les pasteurs, révoqua ce qui avait été 
jusqu'alors la loi du royaume. — Ce même jour fut rendu un arrêt 
du conseil portant suppression de la célèbre Académie protestante 
de Saumiir y divec défenses « à tous ministres, professeurs, régents et 
à toutes autres personnes d'enseigner dans la dite ville de Saumur 
aucunes sciences ou langues, soit publiquement ou en allant dans 
les maisons particulières, sur peine de désobéissance et de 3000 livres 
d'amende^ ». 

9 janvier 1685. — Sous le règne de Louis XIV, la cour, nom- 
breuse, riche, attirait les commerçants qui la suivaient dans ses 
divers déplacements. Chassés de tous les emplois de l'Siat, les pro- 
testants étaient devenus d'habiles négociants; leurs rapports avec la 
cour, par cela même, étaient constants , mais la piété du roi ne 
pouvait admettre des hérétiques près de son trône ; aussi le grand- 
prévôt lança-t-il, à la date du 9 janvier 1685, le mandement suivant : 
(( Sa Majesté n'ayant plus à cœur que de travailler pour la gloire 
de Dieu, en extirpant l'hérésie de son royaume, et, pour cet effet, 
nous ayant ordonné de ne souffrir plus aucuns calvinisles ni autres 
hérétiques parmi les marchands privilégiés qui sont sous notre 
charge, nous, pour obéir aux ordres du Roi, enjoignons à tous les 
marchands privilégiés suivans la cour, qui sont de la R. P. R. ou 
à quelque autre sorte d'hérétiques que ce soit, de vendre leurs 
privilèges dans le mois de la signification de la présente ordon- 
nance, à peine de désobéissance formelle aux ordres de Sa Majesté ^ » 

10 janvier 1685. — A cette d^ate, l'intendant Arnoulcl, de La 

1. Bulletin, I, 116. 

2. Nouveau recueil des édits et déclarations... rendus au sujet des gens de la 
R. P. R. Pour tous les arrêts et édits rendus en l'année 1685, nous nous réfé- 
rons aux divers recueils d'édits concernant la matière. 

3. Nouv. recueil. 



32 MÉLANGES. 

Rochelle, Tun des plus cruels persécuteurs des réformés écrivait au 
ministre Chateauneuf ce qui suit : (( Il faut ôter aux hérétiques 
leur crédit et leur montrer plus d'avantages à être catholiques. 
Lorsqu'on a voulu prendre le contre-pied, on en a fait fuir 
plusieurs hors du roijaume et ceux qui se sont convertis par la 
crainte ont esté abandonnés, de sorte que leur conversion, par 
la veue de leur misère, n'a servi qu'à fortifier les autres dans 
leur religion^. » 

13 janvier — Les réformés célébraient le culte dans de 
nombreuses annexes; à la demande du clergé, le gouvernement fit 
fermer les temples de ces petites communautés. Ainsi le prescrivit 
la déclaration royale du 13 janvier 1685 qui interdit tout exercice 
public de la religion réformée dans les lieux où il y aura moins de 
dix familles protestantes. « Nous voulons, disait cet arrêt, que les 
temples des lieux où il n'y aura pas ce nombre de familles de lad. 
Religion soient fermés, et les ministres d'iceux obligés de s'en 
éloigner de six lieues au moins sans y pouvoir retourner pour quelque 
cause et sous quelque prétexte que ce soit^ » 

15 janvier 1685. — Entre toutes les villes protestantes de France 
Saumur se glorifiait de posséder une Académie dont le nom était 
illustre dans toute l'Europe. Fondée par Duplessis-Mornay, elle avait 
eu une grande influence sur le développement de la pensée reli- 
gieuse. Tout faisait un devoir de conserver un tel foyer de lumières, 
mais l'intérêt des prêtres demandait la ruine de l'Académie. Sous 
les plus misérables prétextes, dès le 8 janvier, les portes de l'Aca- 
démie étaient fermées par ordre royal et le 15, le culte était interdit. 
Le clergé se glorifia d'une si grande victoire et put, sans crainte 
désormais, songer à cette ville qui avait été l'une des forteresses de 
la Réforme ^ 

17 janvier 1685. — Depuis de longues années les réformés 
avaient perdu le droit de réunir leur synode général, suprême 
garantie de leurs droits et de leurs libertés. En 1684 fut tenu le 
dernier synode provincial à la grande satisfaction du clergé qui, en 
désorganisant l'église protestante, la menait plus promptement à sa 

1. Arch. nat. TT, 250. 
'È. Nouv. recueil. 
3, Recueil des édits. 



MÉLANGES. 33 

ruine. Les consistoires à leur tour furent l'objet de ces mêmes 
attaques car, par une déclaration du 21 août 1684, il fut ordonné 
qu'ils ne se tiendraient que tous les quinze jours et en présence d'un 
juge désigné par le roi. Ce n'était pas assez encore, car le 17 janvier 
1685, un arrêt du conseil d'État enjoignit aux juges de prendre con- 
naissance de toutes les délibérations prises par les consistoires et 
de les parapher sur les registres. 

janvier 1685. — Ce fut le 18 janvier qu'aboutit la procédure 
dirigée contre l'église de La Rochelle, l'une des plus célèbres du 
royaume. Un arrêt du parlement de Paris, en date de ce jour, ordonna, 
en effet, la démolition du temple de cette ville. Au cruel vint se 
joindre le grotesque. Une cloche, appartenant à l'origine à une église 
catholique et qui se trouvait dans le temple fut descendue en grande 
cérémonie, a Après avoir été fouettée en punition du service rendu 
aux hérétiques, elle fut ensuite enterrée et peu après déterrée pour 
simuler sa renaissance. Une dame de qualité se prêta à faire les 
fonctions de sage-femme, une autre représenta la nourrice de cet 
enfant; on l'interrogea, on le fit parler et promettre, par manda- 
taire, qu'elle n'irait plus au prêche. Après avoir fait amende hono- 
rable, elle fut réconciliée, baptisée et accordée à la paroisse Saint- 
Barthélemy. » Ainsi se divertissaient les prêtres et les dévots pendant 
que les réformés étaient dans les larmes en voyant se fermer les 
portes de leurs temples ^ 

i9 janvier 1685. — Lorsque des protestants se convertissaient au 
catholicisme, une déclaration royale ordonnait à leurs enfants de se 
présenter devant le magistrat dès l'âge de quatorze ans pour faire 
connaître quelle religion ils choisissaient. Quelle apparence qu'un 
enfant de quatorze ans eût le courage de déclarer ouvertement qu'il 
ne se rangeait pas à la religion adoptée par les siens, quand la per- 
sécution devait être sa récompense. Et cependant il y eut des jeunes 
filles héroïques qui n'hésitèrent pas. En voici une preuve remarqua- 
ble: «L'an 1685, et le dix-neuvième jour de janvier, par devant nous, 
Louis Charete, etc., etc., a comparu Suzanne Boudet, fille de Pierre 
Boudet, de laquelle le serment pris, a affirmé qu'elle a atteint l'âge 
de dix-sept ans passés dès le 10^ du présent mois, et a déclaré que 
depuis quelque temps son père, après avoir professé la religion P.R. 



1. Benoit, Hist. de Védit, V, 753. 



XXXIV. ^ s 



34 MÉLANGES, 

depuis sa naissance, il en a fait abjuration et embrassé la religion 
Gath,Apost.et Rom., et d'autant que par la déclaration du roy donnée 
à Besançon le 17 juin 1683, les enfants de ceux qui ont fait abjura- 
tion, aagez de quatorze ans et au-dessus sont obligés de se présenter 
à la justice, pour choisir la religion en laquelle ils voudront vivre, 
elle déclare pour obéir à la déclaration du Roy, qu'elle veult vivre 
et mourir dans la R. P. R., où elle est née, a esté baptisée, nourrie 
et eslevée, dont elle a requis acte et a signée » 

Suzanne Boudet. 

20 janvier 1685. — Par une déclaration royale en dale du 20 jan- 
vier, l'impartialité et la droiture des conseillers protestants du par- 
lement de Paris, devinrent l'objet des plus graves suspicions. Pour 
décrier des magistrats, honneur de leur compagnie, Louis XIV osa 
leur interdire de se prononcer dans toutes les questions où les inté- 
rêts des réformés étaient en jeu. Quelques mois plus tard, au mépris 
des droits les plus sacrés, le roi, par cela seul qu'ils n'étaient pas 
de sa religion, devait les destituer^. 

22 janvier 1685. — Dès cette époque, toute plainte contre les 
réformés était accueillie avec faveur; ainsi s'explique l'arrêt du 
conseil d'État en date du 22 janvier 1685, faisant défenses de rece- 
voir aucuns maîtres apothicaires, épiciers de la R. P. R. Il fut 
rendu à la demande des apothicaires épiciers de Dieppe, qui ob- 
tinrent que quinze jours après la signification du dit arrêté, tous 
leurs collègues protestants fermeraient leurs boutiques à peine de 
3 000 livres d'amende, somme énorme représentant environ 10 000 
francs d'aujourd'hui. — Gemême jour, 22 janvier, l'église de Saint- 
Rom du Tarn fut condamnée et son temple vendu à la communauté 
pour lui servir de maison de ville. 

26 yan?;^er 1685. — La persécution s'étendait de tous côtés; Fré- 
déric Barthol ministre de Montbéliardy prévenu d'avoir prêché 
contre les dogmes du catholicisme, est arrêté par ordre du comman- 
dant français et conduit au Fort de Joux près de Pontarlier. Ce ne 
fut qu'en février qu'il recouvra la liberté, mais bientôt après, en butte 
à de nouvelles poursuites, à l'occasion de la publication de la seconde 

1. Bulletin, \, 189. 

2. Rec. des édits. 



MÉLANGES. 35 

édition de son livre, VÉcole sainte, il prit le parti de s'expatrier 
et se retira dans le Wurtemberg. Quant à son livre, il fut confisqué 
et l'édition en fut brûlée publiquement par la main du bourreau sur 
la place des halles à Montbéliard^ 

28 janvier 1685. — C'était un droit reconnu par l'Édit de Nantes 
aux seigneurs protestants, de faire célébrer librement le culte 
dans leurs résidences. Mais on était à une époque où violer le droit 
était chose ordinaire. MM. De La Cour de Buée, La Fleurîais, De 
Bois-Pean n'en doutèrent pas, alors que le 28 janvier 1685, ils 
furent condamnés à fermer les chapelles de leurs châteaux malgré 
leurs vives réclamations ^ 

30 janvier 1 685. — L'église de Saint-Affrique en Rouergue, dont 
l'origine remontait à janvier 1562, illustrée par le ministère du 
célèbre pasteur Claude, fut interdite par arrêt du 30janvier 1685. 
Au mépris de tous les droits son temple lui fut enlevé et (ransformé 
en école catholique. 



BIBLIOGRAPHIE 



RÉPERTOIRE^ 

I. BIOGRAPHIE. •— Guido de Bray, Zijn leven en Werken (Guy 
de Bray, sa vie et ses œuvres). Thèse académique pour l'obtention 
du grade de docteur en théologie, soutenue à Leyde le 16 octobre 
1884, par L. A. van Langeraad. Zierikzee, S. Ochtmann, 1884, in- 
8° de 172 pages de texte, et CLIlp. de pièces justificatives. Travail 
puisé aux sources et très complet. 

Ambroise Paré d'après de nouveaux documents découverts aux 
Archives nationales, et des papiers de famille, par le Docteur Le 
Paulmier, avec un portrait inédit de Paré. Paris, Chavaray frères, 

1. DuvERNOY, Éphemérides du comté de Montbéliard, p. 35. 

2. Arch. nat. TT, 246. 

3. Voy. Bulletin, t. XXXI, 45, 23^, 373, 519, t. XXXII, 79, 280; 424; t. XXXIII, 
35, 185, 375. 



36 BIBLIOGRAPHIE. 

1885, in-8° de 420 p. dont 140 pour Tîntroduction et la biographie, 
le resle pour les pièces justificatives au nombre de L, les notes 
additionnelles, l'appendice sur Jaiîen le Pauimier, et Antoine 
Portail, l'index (12 pages) et les errata. Cette excellente biographie 
prouve, entre autres, qu'Ambroise Paré était protestant. 

Documents inédits relatifs à Caivîn, publiés par Gouard-Luys 
dans le Bulletin du Comité des travaux historiques et scienti- 
fiques de 1884 et utilisés par H. Bordier dans le supplément aux 
lettres A. B. G. de la nouvelle édition de la France protestante, 
t. IV, 8Mivraison. — Caivîu comme prédicateur est le sujet d'une 
étude publiée par M. le professeur Krauss dans le journal Evangile 
et Liberté et dont VÉglise libre du 12 septembre 1884 reproduit 
une partie, avec des additions. 

Coligny avant les guei-res de religion par EuGÈNE BeRSIER, 

1 vol. de XX et 375 p. in-8, Paris Fischbacher, 1884, 2^ édit. — 

Colîgny pendant les guerres de religion et la iSalnt-BartSié- 

lemy, articles de M. A. Laugel, dans la Revue des Deux Mondes 
du 1" août (p. 656-680) et l'^^ septembre (p. 162-187) 1883. — Les 
femmes du Tacîtus>ne, article de M. Rahlenbeck, dans la Revue 
de Belgique, 16"" année, 7' livraison, du 15 juillet 1884. 

Histoire de Oenri iv roi de France et de Navarre, par E. de La 
Barre-Duparcq, Paris, Perrin,in-8% 379 p. et portrait. — Elisabeth 
d'Angleterre et la Conversion de Henri IF; Cromwell et le pro- 
testantisme européen , lettres françaises d'Élisabeth , latines de 
Cromwell, par F. Combes, Lectures historiques à la Sorbonne 
et à r Institut d'après les archives des pays étrangers, 7' livraison, 
Paris, Perrin, in-4° p. 203-234. 

Isabelle de Limeuil, par H. DE LA FeRRIÈRE {ReVUC deS DcilX 
Mondes, 1" décembre 1883, p. 636-660) et Marguerite de Valois, 

par le même {Ibidem, 1" oct. 1884). — Biographie d'As'naud Sor- 
bin, dit de Sainte-Foy, prédicateur de Charles IX, Henri HI et 
Henri IV, évêque de Nevers, par Em. Forestié dans le Bulletin de 
la société archéologique de Tarn'et-Garonne,{. XII,l"'trim. 1884). 

Le procès de Caïas, documents nouveaux, publiés par M. Dube- 
DAT dans le Recueil de V Académie de Législation de Toulouse, 
t. XXXI, Paris-Toulouse 1882-1883 p. 21-74. — Dans la jeunesse 
de Fléchicrde M. l'abbé Fabre (Paris, Didier 1883, 2 vol, in-8^), 
il est question, entre autres, de Courart et niontausier qui cor- 



BIBLIOGRAPHIE. 37 

respondaient avec Fléchier. — Daniel de iSuperviiie (1657-1728) 
est le sujet d'une thèse historique soutenue à la Faculté de théo- 
logie protestante de Paris, le 23 juillet 1884, par M. F. Fonbrune- 
Berbineau, Chambéry, impr. Ménard, 120 p. in-8». — Le livre de 
M. F. DE Robert sur les campagnes de Charles IV, duc de Lorraine 
et de Bar, en Allemagne, etc. (1634-1638), Paris, Champion, 1883, 
in-8°, renferme, entre autres, les chapitres suivants : II, Charles IV 
et Rohan en Alsace 1635; III. Caumont la Force et Charles IV, 
campagne de Franche-Comté, avril-juillet 1635. 

Ph. Tamizeyde Larroque : Récit de la conversion d'un ministre 
de Gontaud (Pompée de RemervîOe qui fut moine, puis pasteur 
protestant, puis derechef catholique) 1629, Bordeaux, Chollet, 
15 pages in-8% extr. de \di Revue de VAgenais, 1884. — Jacques 
Primerose, historien de l'Ecole de médecine de Montpellier, par 
A. Germain, dans les Publications de la Société archéologique 
de Montpellier^ n° 43, août 1883, p. 281-292. — Giordano Bruuo 
à Genève, 1579, brochure de 18 p. in-8° par Th. Dufour, qui nous 
apprend qu'à Genève G. Bruno a publié un opuscule contre A. de 
la Faye, et fait profession de protestantisme. — On trouvera quel- 
ques détails nouveaux sur Bitaubé, membre de l'Académie de 
Berlin, emprisonné à Paris en 1794, dans un article de M.Hermann 
(Zeitschrift fûr preussische Geschichte, Jahrg. XX, Berlin, 1883, 
Heft 7. 8.) 

II. GUERRES DE RELIGION : G. de la Marque. Lettres adres- 
sées à MM. Chasteigner d'Abain et de la Roche-Posay (1533-1661), 
renferment quelques détails sur les guerres de religion en Poitou, 
ainsi que le Registre de l'amirauté de Guyenne au Siège de la 
liociieiie (1569-1570) publié par A. Bardonnet (Archives histo- 
riques du Poitou^ t. VII). 

La Conférence de Bayonne en 1565 a été étudiée par le 

baron Kervyn de Lettenhove dans le Bulletin de l'Académie 
royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 
52« année, 3« série, t. V, 1883, Bruxelles, Hayezl883, in-8% p. 286- 
311 : Il y eut à Bayonne une entente réciproque pour arrêter le 
développement des troubles religieux et politiques en frappant ceux 
que l'on en considérait comme les auteurs. 

Les Huguenots en Bi^orre, documents inédits pour la campagne 
de Mongommery en 1569, publiés pour la Société historique de 



38 BIBLIOGRAPHIE. 

Gascogne {Archives, fascicule 4% 1884)^ texte par Ch. Durier, notes 
par J. DE Carsalade du Pont, 281 p. in-8, Paris, Champion, 1884. 
Nous reviendrons sur ce livre. 

L'organisation militaire des protestants après le massacre de la 
Saint-Barthélemy, est mise en lumière par le procès-verbal des 
Etats partîcuiieris dw Rouer^ue tenus à Capdenac sous la prési- 
dence de Gourdon le 4 juillet 1573, en conséquence des décisions 
arrêtées dans l'Assemblée des États Généraux tenus à Réalmont le 
4 mars. Ce procès-verbal a été publié par M. Émile Jolibois dans 
la Revue du département du Tarn, 9° année, août 1884, p. 114 à 
119. 

La Ligue à Metz, tel est le sujet du fragment de la Chronique de 
Buffet (1580-1588) ministre du S. E. à Metz, préparé pour la publi- 
cation par feu M. E. [de Bouteiller, et publié par M. Bonnardot, 
avec une introduction et des notes par M. A. Prost, Paris, Pillet 
et Dumoulin, petit in-8° de XXXIII et 248 p. — Il est question de 
La Ligue en Picardie, par le Cte DE Marsy dans La Picardie de 
juin 1884. M. Guy de Bremond d'Ars a fait paraître un article sur 
Les conférences de Saint-Brice entre Henri de Navarre et Cathe- 
rine de Médicis (1586-1587) dans la Revue des questions histo- 
riques du 1" oct. 1884, p. 496-523. 

Des documents relatifs à TAssembiée de La Rochelle, publiés 
par M. A. de Barthélémy, remplissent la moitié du tome VïII des 
Archives historiques du Poitou. Enfin les Extraits du Parlement 
de Toulouse pour l'année 1621, qui se trouvent dans la Revue du 
département du Tarn, 9' année, août 1884, p. 127 s. concernent 
souvent le protestantisme. 

m. PROTESTANTISME DANS LES PROVINCES : Albanès, 
Un nouveau document sur les premières années du protestantisme 
en Provence; procès- verbal que le lieutenant du sénéchal de Pro- 
vence, Jacques Guérin, fit dresser à Aix, le 10 mars 1541, des 
informations, procédures et poursuites dirigées contre les héré- 
tiques de Provence, de 1530 à i^^O (Comité des travaux histo- 
riques et scientifiques. Bulletin, section d'histoire et philologie. 
1884, n<* 1). — M. Tamizey de Larroque, a publié deux lettres de 
Jean Jacques de Mesmes à Henri IV, juillet et septembre 1600, rela- 
tives à la vérification de l'Édît de iVantes en Provence, dans la 
Revue sextienne publiée à Aix t. II, 1881, p. 201-203. 



BIBLIOGRAPHIE. 39 

M. l'abbé Dumaine a publié un premier volume sur Tinchebray 
et sa région au Bocage iVormand (Paris, Champion, 1883, in-8°de 
538 p.), qui renferme quelques pages sur le protestantisme, ainsi 
appréciées dans la Revue des questions historiques^ du 1''' avril 
1884, p. 660 : « Un chapitre nous a particulièrement intéressé, 
c'est celui qui traite de l'origine du protestantisme dans nos régions. 
L'auteur, s'appuyant sur des documents d'une authenticité incon- 
testable (?), nous fait voir les huguenots se signalant dès le début 
par des violences de toutes sortes, des tentatives de révolte bientôt 
suivies de leur plein effet, et persistant dans leurs dispositions cou- 
pables jusqu'au moment de la prise de La Rochelle, etc.. — Le 
Journal du Protestantisme du 18 juillet 1884 a publié un article 
de M. F. PUAUX sur les consistoriales de la Seine-inférieure 
depuis le commencement de ce siècle. 

M. A. Germain raconte l'histoire de la Faculté des arts et de 
l'ancien collège de Montpellier 1242-1789, restaurés après les 
troubles du xvi® siècle par Isaac Casaubon, dans le 1^' fascicule de 
V Académie des sciences et des lettres de Montpellier ^ section des 
lettres, t. YII, p. 185-250. — M. le docteur Albert Puech, sous le 
titre de : Une ville au temps jadis, reconstitue la physionomie de 
mutes en 1598 dans les Mémoires de V Académie de Nîmes, 
7^ série, t. III, année 1880, p. 171-346. 

Parmi les lettres des rois de France, princes et grands person- 
nages à la commune de Poitiers (1515-1572), extraites des registres 
de l'échevinage et des archives municipales de Poitiers, et annotées 
par M. B. Ledain, plusieurs sont intéressantes pour l'histoire 
locale du protestantisme (Archives historiques du Poitou, t. IV). 
— Le Bulletin de la Société des Archives historiques de la Sain- 
tonge et de FAunis, vol. V, p. 41-45, rectifie, dans un assez long 
compte rendu, quelques détails du l'^'^ volume de l'Histoire de la 
Réformation à Bordeaux de M. E. Gaullieur, et annonce la publica- 
tion de l'Histoire de la Réforme en Sainionge, par M. Denys 
d'Aussy. 

Les Annales de la Société d'émulation de janvier 1884, 
renferment la 16' partie de l'ouvrage de M.Jarrin sur la Bresse et 
le Bugey, intitulée : la Réforme. — Sous le titre d'Archives de la 
Réforme, M. Draussin a publié dans VÉglise libre des 12, 19, 26 sep- 
tembre et 3 octobre 1884 des notes 'sur les documents relatifs à 



iO BIBLIOGRAPHIE. 

l'histoire du protestantisme que renferment les archives départe- 
mentales de l'Ardèche. 

D'après le rapport de M. de Richemond, archiviste, adressé au ' 
conseil général de la Charente-Inférieure (août 1883) les archives 
de l'état civil de Mortagne remontent à 1622 et fournissent des 
renseignements sur les pasteurs Gilbert, Dugas,JarousseaUjSoullier, 
Marsoo, Etienvrin, Pougnolles, Julien etLiard. — On trouvera d'in- 
téressants détails sur les familles catholiques et huguenotes du 
Maine au xvi" sièclc, à l'époque des guerres de religion, dans l'ar- 
ticle de M. LE Vte de Bastard d'Estang, intitulé : Mariage de 
Florent de Bastard et de Ghristophlette de la Rouvraye, 3 juillet 
1575 {Revue historique et archéologique du Maine, t. XllI, 2^ li- 
vraison de 1883 p. 202-231); ainsi que dans l'article de M. l'abbé 
Ledru, intitulé : Notes et documents sur Jean de Champagne dit le 
Grand Godet {Ibidem, t. XIV, p. 83-112.) 

L'abjuration, le 8 février 1652, entre les mains du curé Ch. Du- 
rand, de Gédéon Estourneau, marchand du bourg d'Escoyeux près 
de Saintes, qui avait été blessé par un soldat le 20 janvier précé- 
dent, nous apprend que ce bourg renfermait un certain nombre de 
huguenots. Une épidémie le ravagea pendant cette année 1652 et y 
fit mourir, du 6 janvier au 2 août, 99 catholiques et 8 protestants 
dont le susdit YiSiournediU {Bulletin de la Société des Archives his- 
toriques de la Saintonge et de l'Aunis, vol. V, p. 27 et 28). — 
M. Louis GuiBERT a publié le tome III (1592-1662) des Registres con- 
sulaires de Limoges (Limoges, Chapoulaud, XIX, 408, G p. in-8°) 
qu'on ne consultera pas sans fruit pour l'histoire du protestantisme 
dans cette localité. ■ — M. Leroux, archiviste de la Haute- Vienne, a 
résumé brièvement l'histoire des réformés de Hochechouart dans 
une courte brochure publiée à Montaubaa (1884) et dont on lira avec 
surprise l'avant-propos. — Enfin, M. le pasteur 0. Cuvier, a, de 
même, inséré un résumé lucide et nourri de faits, de l'histoire des 
Réformés de la Lorraine et du pays messin, dans les Mémoires de 
r Académie de Stanislas (Nancy, Berger-Levrault, ] 883, 32 p. in-8°). 

IV. RÉVOCATION, DÉSERT, REFUGE. — Une note de M. Au- 
ziAs relative aux biens séquestrés en Dauphiné sur les protestants 
émigrés à la suite de la Révocation de l'Édit de Nantes, a paru dans 
\e Bulletin de r Académie delphinale, 3' série, t. XVIt, 1881-1882, 
p. 91-96. 



BIBLIOGRAPHIE. 41 

Le journal VÉglise libre a continué à publier quelques lettres 
inédites de Pasteurs du désert^ voY. les n°^ des 18 juillet, et 29 
août, 12 septembre et 24 octobre 1884; les lettres sont de Combes, 
Louis Figuière, Gabriac et Corteis à divers (1748-1771). — M. le 
pasteur Paul de Félice a mis au jour pour la première fois, une 
curieuse réponse de M. Chayssac, cy-devant prestre romain, forçat 
pour la foy, à un missionnaire de Marseille (Orléans-Paris, Her- 
luison-Fischbacher 1882, 63 p. in-8). — La tour de constance et 
ses prisonnières est le sujet d'un article de E. Saint-Paul dans les 
Étreimes chrétiennes de 1884. 

Une intéressante conférence de M. S. W. Kershaw sur le Refuge 
dans l'Est du comté de Kent en Angleterre a été lue au Congrès 
de Douvres en 1883 et imprimée dans les Mémoires de la British 
archaeological association de 1884, p. 333-350, sous le titre de 
Foreign refugee settlements in East Kent. Enfin le Journal du 
Protestantisme français, du 18 juillet 1884, renferme quelques 

notes sur l'Église française de Canterbury. 

V. VARIA. Quittance de la somme de quatre cent cinquante écus, 
donnée par Th. Agrîp. d'Aubigné à H. de Rohan, pour prix d'une 
armure de Milan ayant appartenu à Soubize, et d'autres armes qu'il 
lui avait vendues, 26 mai 1619 {Arch. hist. du Poitou^ t. I). 

E. BrIYES-CazES, De la police des livres en Guyenne (1713- 

1785) Bordeaux, 1883 in-8, extrait des Actes de V Académie de Bor- 
deaux, renferme des notes sur la prohibition des livres protestants. 
— Des fragments de lettres de la Cour sous les règnes de Henri IV 
et Louis XII, écrites par le protestant Jacques de Laeger, conseil- 
ler secrétaire du roi, à son frère Pierre, ont paru dans les Mémoires 
de r Académie de Toulouse, t. V, 1"" semestre 1883. 

Dans la Revue générale du droit se trouve un article de M. Th. 
DuCROCQ sur la variété des usages funéraires dans l'ouest de la 
France sous l'empire du décret du 23 prairial an XII, sur les sépul- 
tures (14 p. Paris, Thorin, 1884); à rapprocher de plusieurs articles 
parus dans le journal le Christiaîiisme au xix' siècle des 29 août 
5 et 19 septembre 1884 sur cette question : Gomment nos pères 
enterraient-ils les morts ? 

M. le pasteur J. Roy a écrit plusieurs articles sur Les Liturgies 
et les Catéchismes dans le pays de Montbéiiard, dans le journal 
Le Témoignage des 20, 27 septembre l'"", 8 et 15 novembre 



42 BIBLIOGRAPHIE, 

4884, et, dans un article sur l'étude du grec à Orléans depuis le 
ix^ jusqu'au milieu du xviii' siècle, M. Charles Cuissard est 

amené à parler [des mérites de Florent Chrestien, Lamliert 

Daneau, etc. {Mémoires de la Société archéologique et histo- 
rique de VOrléanais, 1883, p. 645-840). 

On lira aussi avec intérêt les articles du Vte de Meaux sur Le pro- 
testantisme, la papauté et la politique française eu Italie au 

xvi^ siècle, dans Le Correspondant des 10 et 24 septembre 1884, 

et le livre sur l'Église vaudoîse des vallées du Piémont, d'après 

LouiSA Wylliams (Toulouse, 1881, 316 p. in-8° avec gravures et 
carte), dont les deux derniers chapitres sont consacrés à l'histoire 
contemporaine des Vaudois. 

N. Weiss. 



CHRONIQUE 



THE HUGUENOT SOCIETY OF AMERICA 

La Société huguenote d'Amérique dont nous avons annoncé la fonda- 
tion vient de publier son premier et très intéressant Bulletin. Fondée 
en mars 1883 sur l'initiative du Rev. Alfred Wittmeyer, recteur de l'église 
française du Saint-Esprit à New-York, et sous la présidence de l'Hon. 
John Jay, dont les nobles traditions hugnenotes et américaines sont bien 
connues, elle tint, le 29 mai, sa réunion constitutive, uniquement com- 
posée de descendants et descendantes de familles huguenotes. D'après les 
statuts, peuvent être reçus membres de la Société : 1° tous les descen- 
dants en ligne directe mâle, ou 2° en ligne féminine, de familles hugue- 
notes ayant émigré en Amérique avant la promulgation de l'Éditde tolé- 
rance (28 novembre 1787} ;3°les représentants d'autres familles françaises 
dont la profession de la foi protestante est antérieure à la promulgation 
de l'Édit de tolérance ; 4° des écrivains ayant fait de l'histoire, de la 
généalogie, des principes des Huguenots un objet spécial d'études et 
de recherches, à quelque nationalité qu'ils appartiennent. 



CHRONIQUE. 43 

« La Société se propose de perpétuer la mémoire, d'encourager et de 
répandre les principes et les vertus des Huguenots ; de commémorer à 
époques fixes les principaux événements de leur histoire ; de découvrir, 
réunir et conserver tous les documents se rapportant à la généalogie et 
à l'histoire des Huguenots en Amérique en général; de former une bi- 
hliothèque et de préparer une histoire documentaire des Huguenots en 
Amérique, où sera surtout mise en relief la part revenant à cet élément 
dans la croissance et le développement du caractère, des institutions et 
des progrès de l'Amérique ; d'établir des sociétés auxiliaires dans d'au- 
tres villes de l'Amérique, et d'encourager la fondation de sociétés sem- 
blables dans d'autres pays où les Huguenots se sont réfugiés, afm d'ar- 
river par leur concours à une évaluation correcte de l'influence combinée 
des Huguenots sur l'histoire générale du monde. 

« Pour réaliser ces louables projets, » ajoute la circulaire initiale, 
« trois choses sont désirables : Que chaque famille huguenote en Amé- 
rique soit représentée dans la Société au moins par un de ses membres, 
ce qui lui donnerait un caractère vraiment national; que chaque membre 
rédige avec soin, pour l'usage de la Société, une généalogie ou histoire 
de la famille qu'il représente, fasse une copie exacte des papiers impor- 
tants de sa famille et prenne note des faits qu'il peut connaître sur l'his- 
toise d'autres familles que la sienne ; que le noyau d'une bibliothèque 
soit formé sans délai. » 

Relevons dans les statuts l'article qui accorde à chacun des premiers 
établissements des Huguenots le droit d'élire un vice-président (New- 
York City, Staten Island, Long Island, New-Rochelle, New-Paltz, New- 
Oxford, Narraganset, Maine, Delaware, Pennsylvania, Virginia, South- 
Garoline, Floride), et celui qui fixe l'assemblée anniversaire annuelle au 
13 avril, en souvenir de la promulgation de l'Édit de Nantes, la réunion 
d'été au 24 août, jour de la Saint-Barthélemy, et celle d'automne au 
22 octobre, date de la Révocation. 

La première assemblée générale, tenue dans l'église du Saint-Esprit, 
et en anticipation de la date réglementaire, le 15 novembre 1883, s'ouvrit 
par un discours du président Jay, suivi d'éloquentes allocutions des 
évêques Ouintard de Tennessee et Potter de New-York. Une lecture du 
professeur H. Baird, quelques judicieuses remarques sur l'esprit des 
Huguenots et les reproches qu'on leur a adressés au point de vue poli- 
tique, présentées avec une attrayante vivacité par un vénérable octogé- 
naire, le Rev. J. Vermiiye, terminèrent cette importante réunion. 

Celle d'avril 1884 a été principalement occupée par deux lectures, 
l'une du Rev. D'" Vermiiye, fils, sur la fusion des Huguenots et des Hol- 
landais dans le New-York primitif ; l'autre du Rev. D'' Vedder, pasteur 



u CHRONIQUE. 

de l'église française protestante de Charleston sur les Huguenots de la 
Caroline du Sud et leurs églises : ces deux travaux mériteraient une 
étude approfondie. Mentionnons encore, dans cette livraison, la liste des 
quatre cent vingt-huit noms de réformés français de la Caroline du Sud, 
recueillis par feu M. Thomas Gaillard, et l'annonce de publication, pour 
laquelle la souscription est déjà ouverte \ des registres de l'église fran- 
çaise du Saint-Esprit à New-York de 1686-1804 : préparée parle Rev. 
Wittmeyer, secrétaire de la Société, elle formera le premier volume des 
« Collections )) sur l'histoire des Huguenots en Amérique. 

Nos lecteurs savent déjà que le Rev. Charles Baird est au moment 
de publier sur l'émigration des Huguenots un premier volume retraçant 
leur établissement dans les possessions françaises et dans la Nouvelle- 
Angleterre. Il sera suivi d'un second sur les établissements dans les états 
du centre, et d'un troisième sur ceux dans la Virginie et la Caroline du 
Sud. 

Saluons le mouvement historique et littéraire qui, de l'autre côté de 
l'Océan, rend à nos pères dans la foi un si éclatant et si touchant hom- 
mage. Nous avons tenu à reproduire ici au moins quelques fragments 
du discours dans lequel M. le prof. Henry Baird, un des plus fidèles 
membres de notre Société, un des historiens du protestantisme français ^, 
a retracé devant la première assemblée générale de cette institution 
sœur de la nôtre, 



QUELQUES TRAITS DU CARACTÈRE HUGUENOT 

Il y aura bientôt trois siècles et demi, le 13 décembre 1560, l'é- 
minent patriote, Michel de l'Hospital, dans son discours d'ouverture 
des États-Généraux tenus dans la ville d'Orléans, usa de ces pa- 
roles : c( Débarrassons-nous de ces mots diaboliques, noms de partis, 
de factions, de séditions : Luthériens, Huguenots, Papistes; ne 
gardons que le nom de Chrétiens. » 

Le nom diabolique de Huguenot que le savant chancelier de 
France désirait d'une façon si sommaire vouer à l'oubli, n'était entré 
en circulalion que dans l'année même qui touchait à son terme : Il 
apparaît pour la première fois dans l'histoire en corrélation avec le 

1. Chez le trésorier, M. Morey Haie Barlow, aux soins du New-York Observer, 
31, Park road, New-York. 
1. Voir l'appréciation de son ouvrage dans le Bulleti7i, t, XXIX, p. 281. 



CHBONIQUE. 45 

tumulte d'Amboise. Quant à son origine, à sa signification propre, 
aux circonstances particulières qui lui donnèrent naissance, autant 
de questions auxquelles il n'est nullement aisé de répondre. Un 
point cependant est certain; c'est un ennemi qui inventa le sobri- 
quet, c'est dans un esprit de malveillance qu'il fut appliqué aux 
adhérents d'un parti religieux dont, partout, on disait du mal. Il 
importe donc fort peu laquelle des douze élymologies est la vraie, 
ou s'il y en a une de vraie. 

Le seul point réellement intéressant est que huguenot était un 
terme de reproche. Je ne saurais dire à quel moment précis il perdit 
cette signification néfaste, peut-être la conserva-t-il dans la bouche 
des adversaires catholiques et sur les lèvres de la population jusqu'à 
l'aurore de l'ère de la liberté religieuse, peu avant l'explosion de la 
révolution française. Mais longtemps avant cette époque, je trouve 
que les protestants de France avaient accepté le nom que leur 
avaient imposé leurs ennemis, de même que les premiers témoins 
de notre foi commencèrent d'abord à Antioche à adopter la désigna- 
tion de chrétiens. En effet, dans une lettre du roi Henri de Navarre, 
en date du 24 juillet 1580, environ vingt ans après la dénonciation 
.du mot (( diabolique » par le chancelier de l'Hôpital, il est employé 
dans un sens élogieux. Le chef protestant parle à son correspondant 
de M. de Caussade comme « d'un qui m'est fort affectionné et ancien 
huguenot ». 

Certes, le temps opère de grands changements. Il efface les an- 
ciennes frontières. De sa main délicate, il polit imperceptiblement 
ce qui fut autrefois rude dans le langage, les pensées et les opinions 
des hommes. Il n'est pas impossible qu'il puisse se trouver, au sein 
de cet auditoire cultivé, des membres qui jamais ne s'étaient rendu 
compte du sens défavorable qu'eut à son début le mot de huguenot; 
et certainement, personne ici ne contredira mon assertion qu'en 
fondant une Société huguenote d'Amérique, vous, monsieur le pré- 
sident, et ces messieurs qui se sont associés à vous, avez été très 
loin d'adopter l'opinion d'un jurisconsulte aussi illustre que le 
chancelier de l'Hôpital qui regardait huguenot comme un mot dia- 
bolique et séditieux. 

On peut donc se demander comment s'est effectuée cette révolu- 
tion. Quelle a été la cause assez puissante pour transformer un terme 
de blâme en appellation honorable au point que ceux d'entre nous 



46 CHRONIQUE. 

qui le peuvent sont justement fiers de faire remonter leur origine à 
ces Huguenots persécutés de France? La réponse à cette question 
c'est dans les hommes mêmes qui ont porté ce nom qu'elle doit se 
trouver. \ 

Ici l'auteur aborde le développement de ces quatre idées : i° Les Hu- 
guenots étaient des hommes de principes, d'une réelle élévation morale 
et religieuse; 2° Ils défendirent la cause de l'éducation et du progrès 
des lumières; 3° Ils furent les champions du droit de jugement indivi- 
duel; i° Ils furent d'incomparables héros. Puis il termine ainsi : 

Une cause si noble et si noblement maintenue n'est jamais perdue. 
La persécution ne peut la tuer, le massacre ne peut la tuer. Elle a, 
comme Dieu, le temps pour elle. On pose de temps à autre la ques- 
tion : Pourquoi la Réforme a-t-elle échoué en France? Elle n'a nul- 
lement échoué. Sans doute, beaucoup de ses adhérents ont péri dans 
les flammes, dans les flots, sur les gibets, sur la roue. Mais d'autres 
en plus grand nombre furent dispersés, envoyés par la bonne Pro- 
vidence de Dieu à d'autres pays pour remplir, sur un autre théâtre, 
les rôles honorables qu'une sagesse infaillible leur avait assignés* 
La France elle-même ne les a pas tous perdus, quoiqu'ils aient été 
longtemps forcés de se cacher; car on voit de nos jours les descen- 
dants des Huguenots recommencer vaillamment à faire valoir leurs 
droits sur un pays qui est leur de par les sacrifices et les souffrances 
de leurs ancêtres. Et cependant, d'autres pays, notamment l'Amé- 
rique, ont gagné ce dont la France s'était privée avec la plus impré- 
voyante légèreté, une race noble, héroïque, chrétienne. 

F. DE SCHICKLER. 



AGRIPPA D'AUBIGNÉ 

PRIX d'Éloquence 

Dans sa séance annuelle du 20 novembre, l'Académie française a en- 
tendu le rapport du secrétaire perpétuel sur les ouvrages couronnés. 



BIBLIOGRAPHIE. 47 

Voici en quels termes s'est exprimé M. Doucet sur le prix et la mention 
honorable, attribués au concours sur Agrippa d'Aubigné : 



D'Aubigné, Messieurs, fut l'image même de son époque ; il en 
avait l'intempérance, l'originalité, la dureté même, l'esprit surtout 
et la finesse; suivant l'expression énergique de Brantôme : « Il était 
bon, celuy-là, pour la plume et pour le poil. » 

Historien et poète à ses heures, le fier ami d'Henri IV méritait, à 
tous égards, que sa grande figure, étudiée à nouveau, fût pour nous 
l'objet d'un public hommage. L'Académie voudrait n'oublier per- 
sonne, l'une de ses tâches les plus douces étant de convier tous les 
talents à honorer toutes les gloires. 

Le sujet avait séduit plutôt qu'inspiré, un grand nombre de con- 
currents. Sur vingt-six manuscrits présentés à son examen, l'Aca- 
démie n'a pu en retenir que deux, mettons trois, pour consoler les 
vingt-quatre autres. 

Le discours inscrit sous le n° 19 portait deux épigraphes, bien 
choisies pour la circonstance : l'une tirée d'Horace, 

un robur et aes triplex 
Circa pectus erat 

l'autre, un vers bien connu de notre ami Sainte-Beuve, 

Et de moins grands, depuis, eurent plus de bonheur. 

Unanime à reconnaître la supériorité de cette étude, l'Académie 
en a loué la force, l'accent et la composition. Peut-être eût-elle 
mieux aimé que, dans ses appréciations littéraires, notre époque 
n'étant pas en cause, l'auteur s'arrêtât plus tôt. Toucher au présent, 
à propos d'un passé si lointain, était... était pour le moins inutile. 
C'est l'œuvre d'un jeune homme, a dit, de cette étude, le plus sévère 
de ses juges. Heureux défaut ! En réalité, Messieurs, c'est l'œuvre 
d'un vrai lettré, d'un érudit élégant et d'un savant sans pédantisme : 

L'Académie décerne le prix d'éloquence, de la somme de quatre 
mille francs, à l'auteur de ce remarquable travail, M, Paul Morillot, 
professeur au lycée de Dijon. 



AS BIBLIOGRAPHIE. 

Une autre étude avait été, tout d'abord, réservée avec faveur. 
Inscrite sous le n" 7, elle portait pour épigraphe : 



jRien n'est si grand que Vâme. 

Pleine de vues honnêtes, d'idées généreuses et de nobles senti- 
ments qu'on ne saurait trop louer; mais y cédant trop peut-être, et 
dépassant le but à leur suite, elle semble oublier parfois le sujet et 
les conditions du concours. Ecourtée outre mesure, la partie litté- 
raire est ici visiblement et volontairement sacrifiée à la partie morale, 
philosophique et religieuse. 

A ce travail incomplet, mais distingué, l'Académie accorde une 
mention honorable : M. le pasteur Gustave Fabre, de Nîmes, en est 
l'auteur. Autorisé par lui à connaître et à faire connaître son nom, 
je le proclame avec plaisir^. 

1. Voici, à titre d'information, ce que M. Ch. Dardier a écrit à VAlliance libé- 
rale {Eglise libre du 26 déc. 1884) : Une gracieuse indiscrétion nous permet 
d'expliquer ces mots de M. le secrétaire perpétuel : Une autre étude avait été, 
tout d'abord, réservée avec faveur. » Après un premier triage, il restait cinq 
ou six manuscrits à classer. Les juges du concours s'étaient partagé la be- 
sogne. M. Alexandre Dumas fils avait à lire le manuscrit n° 7; et un jour, en 
entrant en séance du comité où ses collègues étaient réunis, il leur dit : « Ne 
cherchez pas; j'apporte le prix datis ma poche. )> L'étude de M. Fabre lui plai- 
sait singulièrement ainsi qu'à quelques-uns des immortels : elle était, à leurs 
yeux, plus vive, plus chaude, plus colorée, plus vibrante. Mais peut-être la note 
huguenote se faisait-elle trop sentir. Raison de plus pour que nous attendions 
avec impatience la publication de ce remarquable travail. Le public pourra 
voir si les juges ont bien jugé. 



Le Gérant : Fischbacker. 



BoURLOToN. — Imprimeries réunies, B. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE OU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECUEIL MENSUEL, 

AVIS. — LES ABONNÉS DONT LE NOM OU l' ADRESSE NE SE- 
RAIENT POINT PARFAITEMENT ORTHOGRAPHIÉS SUR LES BANDES 
IMPRIMÉES SONT PRIÉS DE TRANSMETTRE LEURS RECTIFICATIONS 
A L'ADMINISTRATION. 



On peut se procurer les volumes parus du Bulletin aux prix suivants 



|re 


année, 


1852 






1853 


3V 




1854 






1855 






1856 


6« 




1857 






1858 


8« 




1859 



9 — 
10° — 



1860 
1861 



20 fr. 

le volume. 



!.. 



30 fr. 
volume. 



11« année, 


1862 


12« — 


1863 


13« — 


1864 


14« — 


1865 


15« - 


1866 


16« — 


1867 


17c _ 


1868 


18« - 


1869 




1870-7 \ 


210 „ 


1872 


'22^ " V — ;' 


1873 


23« — 


1874 


2ie — 


1875 


25« — 


1876 


26« 


1877 • 


27« : 


1878 


28» — 


1879 


29" — 


1880 


30« 


1881 


31« — 


1882 / 


32^ - - 


1883 


33<^ — 


1884 



, 20 fr. 
le volume. 



-10 fr. 
le volume-* 



Chaque livraison séparée : 2 francs. 

Une livraison de Tannée courante ou de la précédente : 1 fr. 25. 
On ne fournit pas séparément les livraisons des 7°, 9° et 10*^ années. 
Une collection complète (1852-1883) : 320 francs. 
Table générale des matières des 14 premières années : 2 francs. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ FUBLIQUE PAR DÉCRET DO 13 JUILLET 1870 
Itlédaillo d'or à rsis^positiosi nnivcrselïe do lîSîfS 



ADIVIINISTRATION, Ll B RÂ I R ! E G. F I SCH B AC H E R . 33, RUE DE SEIN E 



Le DuUetm paraît le 45 de chaque mois, par cahiers de trois ^ 
feuilles au moins. On ne s'abonne point pour moins d'une année.. 

Tous les abonnements datent du 1*''* janvier, et doivent être soldés 
à cette époque. 
Le prix de l'abonnement est ainsi fixé : 

10 fr. » pour la France, l'Alsace, et la Lorraine. 
12 fr. 50 pour la Suisse. 
15 fr. » pour l'étranger. 

7 fr, 50 pour les pasteurs des départements. 
10 fr. » pour les pasteurs de l'étranger. 
La voie la plus économique et la plus simple pour le paiement 
des abonnements est l'envoi d'un mandat sur la poste, au nom de 
M. Alfred Franklin, trésorier delà Société, rue de Seine, 33, à Paris. 

Les mandats-poste internationaux devront porter la mention : 
Payable Bureau (rue Bonaparte). 

Nous ne saurions trop engager nos abonnés à éviter tout inter- 
médiaire, même celui des libraires. 

Les personnes qui n'ont pas soldé leur abonnement au 

15 MARS reçoivent UNE QUITTANCE A DOMIGILEj AVEC AUG- 
MENTATION, POUR FRAIS DE RECOUVREMENT, DE : 

1 fi". )) pour les départements; 

I fr. 50 pour l'étranger. 
* Ces chiffres sont loin de couvrir les frais qu'exige la présentation 
des quittances \ V administration préfère donc toujours que les abon- 
nements lui soient soldés spontanément. 



Prière d'adresser, place Vendôme, 16, les livres, estampes, mé- 
dailles, etc., offerts à la Bibliothèque de la Société, ouverte au 
public le lundi et le jeudi, d'une heure à cinq heures. 



LE PRIX DE CE CAHIER EST FIXÉ A I FR. 2S POUR 1885 



34^ ANNÉE. - 1885 
SOCIÉTÉ DE LMIISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 



BULLETIN 

HISTORIQUE ET LITTERAIRE 



TROISIÈME SÉRIE. — QUATRIÈME ANNÉE 
No 2. — 15 Février 1885 




PARIS 

AGENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ 

LIBRAIRIE FISGHBAGHER (SOCIÉTÉ ANONYME) 

33, KUE DE SEINE, 33 

LONDRES. — Nutt, 270, Strand. i LEIPZIG. — F. Brookhaaa. 

AMSTERDAM. — Van Bakkeaes et C'« 1 BRUXELLES. — Veyrat (M'-«). 

1885 : 



UOUKLOTON. Imprimeries réunies, B. 



SOMMAIJiE 

Le Comité. — Cîvculaîre à l'«cc..sîon dw second aimî- ' 
versaire séculaire «le la Révocation 49 

ÉTUDES UISIT0RIQUE8 

M LeliÈVRE - I.a Réforme clans le. îles de la 

Manche. (2« article.) 

N. WeisS. — La Réforme en Auvers^ne. Condamnation 

de Louis Massys de Vie, le 13 FéTrîer 1544. 69 

Jules Bonnet. - Lettre de Pierre de Claris à Antoiàl 

Coïirt siïr les Assemïjlées dia désert. ' 71 



MfÊLAA^GES 

^ f • 7- '^P»**'"»^*'^^^^^^^^ *le l'an»îée de la Révocation 

do 1 Edit de liantes (Février 1685).. * 

BIBLIOGRAPHIE 

^'^Itx^^' ~ ^^"^ S^"8^««M«><s en Bigorre. La Ligue à 
IVÉCROLOGIE 

Jules Bonnet. — m. pierre J«naî«, m. Eugène Peïletan. 96 



89 



Tout ce qui concerne la rédaction du B^iUetin devra être désor- 
mais adresse, sous le couvert de M. le Président de la Société, 0 
M. JN. VVeîss, secrétaire de la rédaction, 16, place Vendôme, Paris. 

Prière d'adresser, place Vendôme, 16, les livres, estampes, mé- 
dail es etc. offerts à la Bibliothèque de la Société, ouverte au 
public le lundi et le jeudi, d'une heure à cinq heures. 



LES GRANDES SCÈNES HISTORIQUES DU XVIe SIÈCLE (Recueil de 
ior.orel et de Perrissm). Quarante-quatre livraisons de cette belle publi- 
cation sont en vente au prix de 3 francs la livraison. 

LA_ FRANCE PROTESTANTE. Deuxième édition. Quatrième volume. 
Deuxième partie. Art. Corbètes-Cybaud. Prix : 5fr. pour les souscripteurs. 

^pnv™^.^.^^!^^^^'^^^^ ^^^ISES RÉFORMÉES AU 

ROYAUME DE FRANCE, par Th. , de Bèze. Édition nouvelle par feu 
Ir. Baum el Ed. Cunitz. Tomes 1 et 2. Prix : 4-0 fr. 

Pnx^ 2ffr^ 50^^^ ^'^'^ ^''^ " 

PAUL RABAUT, SES LETTRES A ANTOINE COURT (1739-1755) avec 
notes portrait et autographe, par A. Picheral-Dardicr, et une préface 
par Ch. Dardier. 2 vol. Prix : 12 fr. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FEANÇAiS 



SECOND ANNIVERSAIRE SÉCULAIRE 

DE LA RÉVOCATION 
CIRCULAIRE 

Paris, 3 février 1885« 

Le mois d'octobre prochain ramènera le second anniver- 
saire séculaire d'un de ces événements qui ont un long et 
douloureux retentissement dans les destinées d'un peuple. 

Le 13 avril 1598 Henri IV signait l'Édit de Nantes, pacte 
mémorable de liberté religieuse, succédant à quarante années 
de troubles civils et de bouleversements inouïs. 

Moins d'un siècle après, le 18 octobre 1685, Louis XIV révo- 
quait l'Édit juré par son aïeul, respecté dans ses clauses prin- 
cipales par Richelieu et Mazarin, et roiprait l'ère des persé- 
cutions qui allaient disperser les protestants français sur tous 
les rivages de l'ancien et du nouveaii monde. 

De tels anniversaires ne sauraient plisser inaperçus dans les 
vicissitudes du temps qui abolit bien des choses, car ils per- 
pétuent des souvenirs qui sont la justice de la Providence et la 
leçon de l'Histoire. 

XXXVI. — 4 



50 CIRCULAIRE. 

Il ne faut donc pas s'étonner si les cœurs s'émeuvent à 
l'approche d'un de ces anniversaires, et si les descendants des 
réfugiés français à l'étranger s'apprêtent à commémorer une 
date historique qui leur rappelle de grandes épi'euves et de 
grandes délivrances. 

C'est un droit et un devoir pour eux de célébrer des souve^ 
nirs qui relient le présent au passé et unissent les pères aux 
enfants dans la glorieuse solidarité des sacriiices accomplis 
pour une cause sacrée. 

Les protestants français, les descendants de ceux qui n'ont 
jamais quitté la patrie ou qui y sont rentrés en des jours meil- 
leurs, ne pourront contempler sans une vive sympathie les 
manifestations de sentiments qu'ils partagent à certains 
égards, et dont l'écho sera d'autant plus profond en eux qu'ils 
ne pourront s'y associer sans réserve. 

Unis à leurs frères étrangers par le souvenir de communes 
souffrances et par une chrétienne affection, ils ne sauraient 
oublier leurs devoirs envers la patrie qu'ils ont appris à mieux 
aimer, peut-être à mieux servir, dans l'étude d'un passé si 
plein de douloureux enseignements. 

C'est dans le recueillement que ces leçons doivent être mé- 
ditées, et nous ne pourrions prendre part aux fêtes du Refuge, 
sans éprouver, avec une profonde gratitude pour les bienfaits 
reçus sur la terre étrangère, un amer regret de ce que la 
France perdit en des jours néfastes. 

Ce n'est pas à nous de lui rappeler des fautes qu'elle a 
payées si cher, dans les contrées qui ont bénéficié de ses mal- 
heurs, et de mêler une voix accusatrice aux légitimes actions 
de grâces de nos frères. 

On ne suspectera pas nos sentiments si nous croyons devoir 
en renfermer la manifestation dans les temples de la patrie. 
Nos pères célébraient par un jeûne solennel les épreuves de 
l'Église sous la croix. Pourquoi n'imiterions-nous pas leur 
exemple par un service commémoratif du 18 octobre 1685, 
qui serait un acte d'humiliation et de deuil national, une 



CIRCULAIRE. 51 

ardente prière à Dieu pour lui demander les lumières dont la 
France a besoin, l'effusion d'un esprit nouveau qui rende 
impossible le retour des fautes passées, le triomphe des idées 
de tolérance et de justice qui sont la meilleure sauvegarde de 
la liberté ! 

Ainsi défini, le rôle de la minorité religieuse dans les réu- 
nions commémoratives du 18 octobre 1685 ne peut blesser 
aucune susceptibité, La seule revanche digne de nous pour 
les maux infligés à nos pères est dans un redoublement d'amour 
pour la patrie. C'est en nous plaçant au premier rang de. ceux 
qui travaillent à l'éclairer, à l'enrichir de vertus solides, en 
lui montrant cet idéal de grandeur morale que nos pères ont 
si noblement réalisé, à leur façon^, que nous continuerons la 
pure tradition des aïeux dans cette France qui n'eut pas de 
plus dignes fds. 

La Société de l'Histoire du Protestantism.e français, gar- 
dienne fidèle des souvenirs, sera heureuse de s'associer par 
un numéro spécial du Bulletin^ publié le i5 septembre, au 
solennel anniversaire du 18 octobre dont elle a marqué 
d'avance le caractère et l'esprit. 

Que le : Sunt lacrymœ rerum! du passé soit pour nous le : 
Sursum corda! de l'avenir. 

Le comité de la Société de l'histoire 
du protestantisme français. 



ÉTUDES 



HISTORIQUES 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE ' 

III 

LA RÉFORME HUGUENOTE DANS LES ILES 

L'avènement d'Elisabeth, en 1558, vint faire cesser le ter- 
rorisme sous lequel gémissait l'Angleterre et remettre en 
marche la Réformation anglo-saxonne, un moment arrêtée et 
presque compromise par les cruautés de la digne épouse de 
Philippe II d'Espagne. 

Parmi les hommes qui avaient quitté Guernesey pour échap- 
per aux rigueurs de la réaction catholique se trouvait Guil- 
laume de Beauvoir, membre de l'une des grandes familles de 
l'île, et qui occupa plus tard la charge de bailli, la première 
magistrature de son pays. Il se réfugia avec sa femme à Genève 
et s'y fit avantageusement connaître de Calvin et de ses col- 
lègues. Rentré dans son île natale, après la mort de la reine 
Marie, il comprit que, pour y relever les affaires de la Réforme, 
il était nécessaire d'appeler un homme du dehors. Il s'adressa 
donc à Calvin et à l'un de ses collègues, Raymond Chauvet. 
La Compagnie des pasteurs, en réponse à cette demande, 
envoya à la jeune Église de Guernesey le ministre Nicolas Bau- 
doin. La lettre de Calvin recommandait Baudoin, comme 
ayant « montré par effect de quel zèle il estoit mené. Il a tel- 
lement conversé avec nous, ajoutait le réformateur, que nous 
ne doubtons pas que sa vie ne soil en bon exemple. Il est de 
pure doctrine, et d'autant que nous en pouvons juger, ceux 

1. Voy. le Bulletin du 15 janvier 1885. 



LA REFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 53 

qui se contenteront d'estre enseignez en simplicité et se ren- 
dront dociles, pourront profiter en ses prédications^ ». La 
lettre de « Rémond Chauve t à Guillaume Beauvoir », datée, 
comme la précédente, du 26 décembre 1559, rendait un témoi- 
gnage également sympathique à Baudoin : « Il a bon témoi- 
gnage, il est éloquent et orné de bonne grâce. Nous espérons 
qu'il servira au Seigneur et à vous et à toute l'Église, et sommes 
persuadés que Dieu bénira son labeur et le vôtre ^ » 

Nicolas Baudoin se montra digne de la conliance que lui 
témoignaient les pasteurs de Genève. (( Cet homme fort docte 
et savant, dit le chroniqueur jersiais, dressa en la ville de 
Saint-Pierre-Port une Église bien réformée selon la Parole de 
Dieu et le pur Évangile, en laquelle Église il ordonna des 
anciens et établit des diacres, un consistoire et une bonne 
discipline ^ » Ce ne fut pas sans peine et sans souffrances 
qu'il y réussit. Le peuple guernesiais était, à cette époque, 
fort pauvre et fort ignorant, a II est si inerte, écrivait Saravia, 
qui fut le collègue de Baudoin % qu'il préfère vivre pauvre 
dans la paresse que de s'enrichir parle travail. » Et il ajoute : 
« Si un ecclésiastique parcourt la campagne, il est accueilli 
par des moqueries et des rires, et souvent même on lui jette 
de la boue. Ils sont pires que les Turcs, et les jurés connivent 
à tout cela^ » Les jurés, ou juges élus, continuaient à se 

1. Cette lettre a paru dans les Lettres de Calvin, t. Il, p. 25!, mais l'éditeur 
lui donne par erreur, cette suscription : « A un seigneur de Jersey ». Le « très 
cher seigneur et frère », est Guillaume de Beauvoir. Voy. Bulletin, 1868, p. 25-4. 

2. Bulletin, 1868, p. 255. 

3. Chroniques de Jersey, édit. de 1832, p. 99. 

4. Adrien Saravia, né dans rArt^^^^^l530, était d'origine espagnole. Réfugi- 
à Guernesey, il fut chargé de remplacer Baudoin pendant une visite que celui-ci 
fit à Jersey. Il paraît avoir pris dès lors une part active à Tœuvre pastorale. 
Mais son œuvre principale fut sa participation à la fondation, en 1563, du colé 
lège Élisabeth, de Guernesey, dont il fut le premier maître et qui subsiste 
toujours, n accepta plus tard un canonicat de Canterbury et fut l'un des savants 
auxquels Jacques l" confia la révision de la Bible anglaise. 

5. Lettre à William Cecil, qui devint lord Burlcigh, en date du 26 février 
1565, citée par Tupper, Ilistory of Guernesey, p. 155. 



54. LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

montrer peu favorables à la Réforme, et Ghauvet, dans la 
lettre citée plus haut, pouvait bien dire à Beauvoir : « Vous 
regrettez le peu que le Seigneur a mis de réformation entre 
vous. )) Le bailli était cet Hélier Gosselin, qui avait fait brûler 
les trois femmes protestantes, au temps de la reine Marie, et 
qui, bien qu'il en eût très humblement demandé pardon, ne 
devait pas éprouver beaucoup de sympathie pour la religion 
qu'il avait persécutée. Ce fut sans doute pour vaincre le mau- 
vais vouloir de la magistrature guernesiaise que, en 1562 ou 
4563,1e gouvernement britannique, contrairement aux usages, 
donna la charge de bailli à un Anglais, sir Thomas Compton, 
qui avait été gouverneur de Guernesey sous Henri VIII et en 
avait alors expulsé les Franciscains \ 

Ce fut seulement alors que Nicolas Baudoin eut une situa- 
tion régulière et un salaire fixe. Pendant les quatre premières 
années de son ministère, il n'eut d'autre rémunération que 
celle « qui s'éleva de la dévotion et bonne volonté du peuple 
par voie de charité et de libre vouloirs. » Cet état de choses 
ne cessa que sur un ordre du Conseil, daté de Westminster, le 
9' de juin, l'an 1563, et dont le chroniqueur jersiais nous a 
conservé le texte français : 

Après nos cordiales recommandations, là où nous avons esté advertis 
que JNicolas Baudoin, preschant en l'isle de Guernezey, est un homme, 
par sa sagesse et savoir, fort propre à telle vocation, et par sa bonne 
doctrine travaille assiduellement à advancer la gloire de Dieu, à l'hon- 

1. Le bailli est, dans chacune des îles, le chef inamovible de la magistrature 
locale, nommé par la couronne, mais toujours choisi dans les rangs de cette 
magistrature. Le gouverneur est le représentant de la couronne et le chef des 
forces militaires. 

2. Cet état précaire faillit même obliger Baudoin à se chercher une autre 
situation. F. de Saint-Paul, ministre à Dieppe, écrit, en effet, à Calvin, le 
dernier février 1561 : « Nous avons entendu que Baudoin, qui est à Grenezé, 
se veut retirer par deçà », et il prie, en conséquence, Calvin de l'aider à obte- 
nir le ministère de ce pasteur pour l'église de Dieppe qui lui avait adressé 
vocation. (Reuss, Calvini opéra, XVIII, 384, et Daval, Hist. de la réforme à 
Dieppe, 1878, I, 237.) Note de la Réd. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 55 

neur et estât de la Majesté de la Royne en la dite Isle, pour autant que 
nous appercevons qu'il n'y a présent aucun envie que telle quy s'élève de 
la dévotion et bonne volonté du peuple par voye de charité et de libre 
vouloir et liberté; nous avons pensé raisonnable de vous requérir que, 
sur considération de Testât de la dite Isle, vous preniez entre vous ordre 
que telz froments ou autres choses quy seront trouvez estre à la dispo- 
sition de la Royne, vous en preniez telles convenantes portions envers 
le relief du preseheur, comme par vos sagesses penserez estre raison- 
nable et nécessaire par ce qu'il puisse être digne de continuer son travail 
et debvoir, comme il a fait jusques ici. Ainsy soit-il, bien vous soit^. 

Le peuple et les magistrats de Jersey mirent plus d'empres- 
sement que ceux de l'île-sœur à revenir à la Réforme. Pendant 
le règne de Marie, le catholicisme était redevenu la religion 
officielle, mais ni le gouverneur, ni la magistrature n'avaient 
favorisé ce retour en arrière. Aussi, dès l'avènement d'Elisa- 
beth, l'île revint au protestantisme. Un ordre de la Cour royale, 
du 26 mai 1562, commanda à chacun de détruire les légendes 
et bréviaires qu'il pouvait avoir chez lui. 

Peu de temps après (probablement en 4563), l'arrivée à 
Jersey d'un ministre angevin, Guillaume Morise, seigneur de 
la Ripaudière, donna au mouvement réformateur de cette île 
un élan décisif. Ce fut lui « le premier, dit le chroniqueur, qui 
dressa une Église bien réformée en Fisle de Jersey ^ » 

Viron l'an 1563, un ministre du pays d'Anjou, arriva en l'isle de Jersey 
pour y prescher l'Évangile, nommé Mons. Guillaume Morise, seigneur 
de la Ripaudière; iceluy fut le premier qui dressa une Église bien 
réformée en la dite Isle de Jersey; il se tenoit en la ville de St-Hélier, 
et y administra la Sainte Gène du Seigneur selon la pureté de l'Évangile 
dans le temple de Saint-Hélier, à laquelle Gène M*" Amise Powlet, pour 
lors Lieutenant de la dite Isle de Jersey, Mons. de St-Ouen et la plus 
grande partie des plus notables et principaux gens de bien de la dite 

1. Chroniques de Jersey, p. 100. 

2. Déjà ^ 1562 Julien Davy du Perron qui avait assisté au siège de Rouen, 
puis exercémi ministère pendant six semaines à Dieppe, s'était retiré à Jersey 
où il revint à plusieurs reprises plus tard. (Voy. Haag, IV, 217 et Daval, Hist, de 
la réforme à Dieppe, I, 42 et 235.) Note de la Piéd. 



56 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

Isle y assistèrent; et après le dit seigneur de la Ripaudière y ordonna 
des anciens et des diacres en la dite Église de St-Hélier et ainsy dressa 
un consistoire par Fassent, tant du dit S*' Lieutenant que de toute la Jus- 
tice et autres gens de bien de la dite Isie, avecq une bonne discipline^. 

Celte seconde prise de possession des îles par la Réforme 
fut purement presbytérienne, et les nouvelles Églises se con- 
stituèrent librement d'après le type calviniste. Toutefois cette 
organisation avait besoin, pour être tout à fait régulière, de 
la sanction du pouvoir royal. On pouvait craindre que la reine, 
si jalouse de ses prérogatives en matière religieuse, ne vît dans 
cet essai de non-conformisme une tentative de schisme ou 
une intrusion dangereuse des hommes et des idées de France 
dans un archipel trop voisin de ce pays pour ne pas être l'objet 
de ses convoitises. Afin d'obtenir une sanction dont elles ne 
songeaient pas même à se passer, les Eglises des îles déci- 
dèrent, avec l'agrément des autorités, de déléguer auprès de 
la reine et de son Conseil l'un des membres les plus éminents 
de l'aristocratie jersiaise, Hélier de Garteret, seigneur de 
Saint-Ouen, pour lui exposer la situation et lui demander 
d'approuver ce qui avait été fait. 

Reçu en audience par Elisabeth, Hélier de Garteret lui rap- 
pela d'abord que les îles avaient été, depuis un temps immé- 
morial, rattachées ecclésiastiquement au diocèse de Coutances. 
Il ajouta que les doctrines évangéliques s'étaient beaucoup 
répandues dans ce diocèse, où existaient plusieurs Églises 
réformées importantes, notamment à Saint-Lô; et que de là 
étaient venus dans les îles « plusieurs savants ministres de 
bonne doctrine et de bonne vie et sainte conversation qui, 
voyant que les superstitions et idolâtries et autres abus étaient 
du tout rejettes et abolis ès dites Isles, s'y estoient réfugiez 
pour y prescher purement l'Évangile, ainsy qu'ils font en 
l'Église françoise de Londres, et ès autres Églises réformées 
du dit Royaume d'Angleterre ». Il dit que l'arrivée de ces 



1. Chroniques, p. 98. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 57 

ministres avait été d'un grand secours aux Églises des îles qui 
se trouvaient « destituées de ministres de leur propre nation », 
et qui, pour être édifiées, avaient besoin de pasteurs qui 
pussent leur prêcher dans leur a langue vulgaire ». Il ne cacha 
pas à la reine que, si l'on ne permettait pas aux ministres fran- 
çais (( de prescher l'Evangile, d'administrer les sacrements et 
de faire prières publiques ainsy qu'on fait ès Églises réformées, 
et ordonner et establir des anciens et des diacres, et avecq ce, 
y avoir un Consistoire et une bonne discipline ès Églises des 
dites ïsles, qu'ils s'en retourneroyent, et par ainsy que les 
dites Isles demeureroient sans ministres qui leur puissent 
prescher l'Évangile selon leur langage, et partant que cela 
leur seroit un grand destourbier et retardement à travailler 
à la gloire de Dieu, et au salut des pauvres âmes \ » 

La reine fut touchée des arguments d'Hélier de Carteret, et 
« fort gracieusement et bénignement » accorda ce qu'on lui 
demandait. Elle signifia son bon plaisir à ce sujet dans un 
ordre rendu en Conseil et expédié, sous forme de lettre, aux 
bailli et jurés de chacune des deux îles. Voici sous quelle 
forme nous a été conservée par le chroniqueur jersiais, la 
lettre royale adressée à la Cour de Guernesey^ 

Après nos cordiales recommandations. Gomme la Très-Excellente 
Majesté de la Royne entend que les Isles de Jersey et Guernesey ont 
anciennement despendu du diocèse de Coutances, et qu'en icelui Diocèse 
sont certaines Églises bien réformées accordant entièrement à la doc- 
trine minse en avant en ce Royaume ; — cognoissant aussy que vous avez 
un Ministre, lequel derapuis son arrivée en Guernesey a usé de sem- 
blable ordre à prescher et administrer lequel est pratiqué aux dites 
Églises réformées, ainsy qu'il est usé en l'Église de Genève et en l'Église 
françoise à Londres; — Sa Majesté pour divers respects et considérations 
mouvantes sa hautesse, veut et permet le dit ordre de prédication et 
d'administration estre continué à St-Pierre-Port, ainsy que par cy-devant 
a esté accoustumé par le dit Ministre, entendant toujours que le résidu 
des paroisses de la dite Isle rejetteront diligemment toutes superstitions 

1. Chroniques, p. 99. 

2. Le texte original anglais a été inséré par Falle, Hist, of Jersey, p. 195. 



58 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

usées au dit diocèse et ainsy continueront l'ordre du service ordonné et 
mins en avant en ce royaume avecq les injonctions nécessaires pour le 
propos; en quoi vous ne ferez faute de donner votre ayde et assistance, 
pour ce qui pourra faire mieux pour la gloire de Dieu et l'édification de 
son Église ^. 

Le négociateur de cette délicate affaire n'avait sans doule 
parlé à Élisabeth que des Églises déjà fondées dans les villes 
de Saint-Hélier et de Saint-Pierre-Port, soit qu'il craignît de 
lui trop demander, soit plutôt parce que ces deux Églises 
étaient à ce moment les seules organisées. La restriction que 
la lettre royale semblait faire à l'égard des Églises rurales des 
deux îles, resta à l'état de lettre morte. Les gouverneurs des 
deux îles, sir Amias Paulet et sir Thomas Leighton, favo- 
risèrent l'établissement du presbytérianisme, non pour s'ap- 
proprier les revenus des doyennés supprimés, comme le sup- 
pose peu charitablement Falle mais parce qu'ils comprirent 
que le protestantisme, pour s'établir et se développer dans 
l'archipel normand, devait se rattacher à la France plutôt qu'à 
l'Angleterre. 

L'organisation presbytérienne des Églises insulaires ne tarda 
pas à se compléter. Chaque Église eut bientôt son pasteur, ses 
anciens et ses diacres, lesquels réunis formaient le consistoire, 
chargé de gérer les affaires reHgieuses de la paroisse. Chaque 
île forma le ressort d'un colloque; les deux petites îles d'Au- 
regny et de Sercq furent rattachées à celui de Guernesey. Il y 
eut un synode, composé des délégués pasteurs et laïques, et 
se réunissant de deux ans en deux ans, alternativement à 
Jersey et à Guernesey. Le premier se réunit à Guernesey le 
28 juin 1564. Le doyen de cette île, John After, y prit part, 
mais comme simple membre ^ Dans le second, tenu en 1567, 
et dans le troisième, qui eut lieu l'année suivante, on décida 

1. Chroniques, p. 101. Nous avons corrigé, d'après le texte anglais, cette lettre 
où le traducteur primitif avait laissé se glisser quelques contre-sens. 

2. Falle, flist. of Jersey, p. 196. 

3. Tupper, Hist. of Guernsey, p. 154. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE, 59 

d'envoyer une délégation à l'évêque de Winchester. Nous 
ignorons quelle suite fut donnée à cette résolution, qui sans 
doute avait pour but d'accorder une apparence de satisfaction 
au vœu du gouvernement britannique. Celui-ci, en mars 1567, 
s'était décidé à rattacher à ce diocèse anglais les Églises des 
îles qui, quoique protestantes, étaient jusqu'alors rattachées 
nominalement au diocèse de Goutances. Le synode voulut faire 
une place timide à l'épiscopat dans l'organisation presbyté- 
rienne, et il décida que ses résolùtions relatives au gouverne- 
ment de l'Eglise seraient coordonnées et soumises à l'évêque. 
Mais la force des choses l'emporta sur la volonté des hommes, 
et il ne fut pas donné de suite à ces tentatives de conciliation. 
Quand, en 1576, le synode adopta sa discipline ecclésiastique, 
le système presbytérien pur l'avait définitivement emporté. Il 
n'y fut question ni d'évêque ni de doyen. Jersey n'avait pas 
donné de successeur à son doyen catholique John Paulet, et 
Guernesey ne remplaça point son doyen protestant John 
After. 

La Discipline ecclésiastique, adoptée par le synode de 1576 
et revue par ceux de 1579 et 1597, était, dans son esprit, con- 
forme à celle des Églises de France. Elle définit l'Église : « la 
compagnie des fidèles, comprenant tant ceux qui ont charge 
publique en icelle,que le reste du peuple. » Elle déclare que 
« les conducteurs de l'Église, là où le magistrat est fidèle, sont 
les magistrats fidèles, qui ont le gouvernement civil, et les 
pasteurs et surveillants qui ont l'administration spirituelle. » 

(( Ces deux gouvernements sont établis par l'ordonnance de Dieu, 
comme nécessaires à la conduite et entretien de son Église : l'un ayant 
principalement la charge et conduite des corps et des hiens, gouverne 
par lois civiles et par le glaive matériel ; et l'autre, ayant la charge des 
âmes et des consciences, administre sa charge par lois spirituelles et par 
le glaive de la ^^^e de Dieu. Ces deux gouvernements doivent telle- 
ment être unis qu'il n'y ait point de division, et tellement séparés qu'il 
n'y ait point de contrariété, mais se soutenir et se maintenir l'un l'autre 
par un bon accord, comme les bras d'un même corps. » 



60 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

Quant aux magistrats, la Discipline indiquait leurs devoirs 
dans les termes que voici : 

« Le magistrat doit tellement veiller sur les corps et sur les biens, 
que sur tout il doit procurer que l'honneur et service de Dieu soient 
maintenus. Et pourtant comme il punit le meurtre et le larcin et autres 
péchés contre la 2^ table, il doit aussi punir les blasphémateurs, con- 
tempteurs de Dieu et idolâtres, qui pèchent conire la l"^^ table, et tous 
ceux qui, contre l'honnêteté et paix publique, s'adonnent à dissolution 
et jeux illicites; comme, d'autre côté, il doit conserver les bons et les 
avancer en biens et honneurs, 

Ces principes, qui étaient ceux du calvinisme, furent appli- 
qués aux îles comme ils l'étaient à Genève, et amenèrent dans 
les deux cas des conflits entre l'État et l'Église. 

Les charges ecclésiastiques étaient les mêmes que celles des 
Églises du continent. Ceux qui aspiraient au ministère devaient 
justifier de « la connaissance des langues grecque et hébraïque, 
s'il est possible. » La Discipline décidait, quant aux « ministres 
envoyés ou réfugiés en ces îles, ayant bon témoignage des 
lieux desquels ils étaient partis », qu'ils pouvaient être em- 
ployés par les Églises qui en avaient besoin et recevoir, sans 
autre formalité, la « main d'association » ; mais, une fois pas- 
teurs dans les îles, s'ils voulaient retourner en France, ils 
<( ne devaient partir que six mois après avoir demandé congé, 
afin que l'Église ne demeure pas sans pasteur. » 

La charge d'ancien n'était pas une sinécure. Le colloque de 
Jersey, décida, en 1590, que les anciens devaient visiter les 
familles, surtout avant les services de communion « pour 
savoir si on s'y comporte chrétiennement, faisant prière matin 
et soir, lisant principalement au dimanche, entre les prêches 
et après, l'Écriture Sainte, si on s'abstient de jurements, 
chansons profanes et des scandaleuses observations des fêtes 
papistiques ï). 

La Gène était distribuée quatre fois par an; on la recevait 
« par ordi^e, étant assis, ce qui est le plus conforme à la pre- 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 61 

mière institution; ou debout, selon qu'il est accoutumé en 
quelques Églises; les hommes les premiers et les femmes 
après ». Pour y être admis, il fallait être d'abord a catéchisé 
par le ministre pour rendre raison de sa foi, savoir l'Oraison 
dominicale, les Articles de la foi et les Dix Commandements, 
au moins en substance, et renoncer au pape, à la messe et à 
toute idolâtrie et superstition. » Le Consistoire avait toujours 
le droit de suspendre de la Gène ceux qui ne se conduisaient 
pas d'une manière conforme à l'Évangile. Mais le synode seul 
avait le droit de prononcer l'excommunication proprement 
dite, qui séparait un homme du corps de l'Église et même de 
la participation au culte public. 

Pendant les prières, chacun se tenait à genoux, la tête décou- 
verte; on devait également se découvrir pendant le chant des 
psaumes, l'administration des sacrements et pendant que le 
ministre lisait son texte. Il y avait deux cultes le dimanche et 
un ou deux sur semaine. Les temples ne s'ouvraient qu'à 
l'heure du culte « pour obvier à toute superstition » ; ils 
devaient n'être « employés à aucun usage profane ». « Le 
magistrat, disait la Discipline, sera supplié qu'il ne s'y tienne 
aucune juridiction civile. » Le synode, d'accord avec les auto- 
rités civiles, établissait des jours de jeûne ou des jours d'ac- 
tions de grâce, lorsqu'il jugeait que les circonstances le 
demandaient^ 

Les actes des colloques et des consistoires qui nous sont 
parvenus prouvent que la Discipline ne fut pas une lettre 
morte entre les mains de ces corps. Quelques extraits du 
registre de la paroisse rurale de Saint-André à Guernesey suf- 
firont à montrer quelles affaires avaient à juger les consis- 
toires, constitués en tribunaux des mœurs : 

« Jean Pipet, ayant été fait convenir par devant le consistoire pour ce 

i. La Discipline des Églises réformées des îles n'a jamais été imprimée. Nous 
devons la communication de l'exemplaire manuscrit qui nous a servi, à l'obli- 
geance du Rév. G. E. Lee, M. A. recteur de la paroisse de Saint-Pierre-Port à 
Guernesey. 



62 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

qu'il molestoit sa femme, et le dit Pipet y estant convenu, luy a esté 
demandé pour quelle cause il battoit et molestoit ainsy sa femme. Le 
dit Pipet répondant par paroles arrogantes, disant : « Est-ce pour cela que 
vous m'avez fait venir icy ? vous ne m'empescherez pas, ny vous ny per- 
sonne, de châtier ma femme, si elle le mérite. » Sur ses paroles et réponses 
arrogantes, le consistoire uniformément a retranché ledit Pipet de la Gène 
jusques à ce qu'il la vienne demander au dit consistoire (13 janvier 1617). » 

« Susanne, femme de James Ronchin, a esté retrenchée de la Cène par 
ce que le Consistoire a esté adverty que c'estoit une femme laquelle 
usoit de maudissons, tant sur ses voisins que sur leurs bestes : ce que 
la dite a nié avoir proféré telles paroles (3 avril 1618). » 

(( Thomas Lihou, s'étant absenté de la Cène dernière sans alléguer 
raisons suffisantes, quoique le dit fust au presche le mesme dimanche, il 
a été regardé par l'advis du Consistoire que le dit Thomas Lihou viendra 
le jour des Censures pour requérir du Consistoire de communiquer à la 
Sainte Cène prochaine (21 juin 1618). » 

« Suzanne, femme de Jean Ronchin, ayant esté fait convenir par devant 
le Consistoire par ce que le dit Consistoire avait esté adverli que la dite 
Suzanne usoit de maudissons villaines et exécrables, tant sur la personne 
de Perottine Lihou que aussi sur ses bestes, et d'autant que la dite 
Suzanne l'avoit précédemment nié, il a esté fait convenir certaines per- 
sonnes, lesquelles ont desclaré que ladite avoit tenu tels propos, assavoir 
que la femme de Coll Robert dict que la dicte Suzanne disoit de la dicte 
Peroltine Lihou que Satan en puisse faire son profit et aussy de ses 
vaches, et Sara, femme de Pierre Piobert, un jour estant au douict et sur 
quelques paroles que ils tenoient ensemble, la dite Suzanne dit que le 
diable la puisse emporter elle et ses vaches, et sur ces propos si villains 
et détestables, a le dit Consistoire envoyé l'affaire en justice pour en 
juger selon leurs prudences (10 juillet 1618) ^ » 

Gomme on le voit par ces extraits, les commérages, les que- 
relles, les accusations de sortilèges donnaient beaucoup de 
mal aux consistoires insulaires, et ils ne réussissaient qu'à 
moitié à mettre la paix au milieu de tous les conflits d'inté- 
rêts et de passions qu'ils avaient à juger disciplinairement. 

L'autorité civile eut à se plaindre des entreprises de l'auto- 
rité religieuse sur son domaine, et ce fut là, comme nous le 

1. C'est encore à Fobligeancc du Rév. Lee, qui a été lui-même ministre de la 
paroisse de Saint-André, que nous devons la communication de cet intéressant 
et précieux registre. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 63 

verrons, l'une des causes de la chute du régime presbytérien 
dans les îles; mais le pouvoir civil, de son côté, ne se gênait 
pas pour légiférer en matière religieuse. 11 suffit de parcourir 
les registres des Cours de Jersey et de Guernesey pour s'y 
heurter, presque à chaque pas, à des règlements de police 
religieuse. 

Le catholicisme était sévèrement proscrit. En 1566, la Cour 
de Jersey condamna à la prison Guillaume Fautrast pour avoir 
assisté à la messe en Normandie et avoir apporté dans l'île 
(( un livre papistique et de l'eau bénite ». L'année suivante, la 
Cour de Guernesey condamna à soixante sous d'amende c( ceux 
qui sont trouvés en pèlerinage >■>. En 1571, elle ordonna à 
ceux qui les possédaient de livrer a les idoles, livres papis- 
tiques et autres choses superstitieuses, sous peine de vingt 
escus d'amende ». Deux ans plus tard, un certain Richard Gi- 
rard fut fouetté dans les rues de Saint-Pierre-Por^^i,r avoir 
pris la défense de la messe. 

Les blasphémateurs et ivrognes devaient être « mis, pour 
la première fois un jour à la cage au pain et à l'eau et, 
pour la seconde fois, ils seront mis aux ceps vingt-quatre 
heures ».Les adultères, outre la prison et la cage, « auront le 
fouet au marché jusqu'à effusion de sang ». 

La fréquentation du culte était obligatoire. La Cour de Guer- 
nesey condamne à la cage pour trois heures « ceux qui sont 
trouvés par les rues, au gallé (sur la grève), ou en tavernes 
durant les presches au dimanche ». En 1576, plusieurs per- 
sonnes furent condamnées à Jersey à être emprisonnées au 
château pour n'avoir pas participé à la communion, avec cette 
condition qu'elles ne seraient libérées que lorsqu'elles pour- 
raient réciter les Dix commandements et l'Oraison dominicale. 
Quelque temps après, la Cour décidait que les personnes n'ayant 
pas communié depuis un an et un jour seraient condamnées 
à l'amende ^ 



1. Voy. passim le Recueil d'ordonnances de la cour de Guernesey et la Con- 
stituiional History of Jersey, de Le Quesiie. 



64 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCflE. 

Pendant la dernière partie du xvr siècle, les Églises ré- 
formées des îles recrutèrent facilement leur corps pastoral 
parmi les réfugiés que la persécution, les massacres et les 
guerres civiles chassaient de France. Le chroniqueur jersiais 
donne une liste de quarante-deux pasteurs et de plusieurs 
gentilshommesqui séjournèrent à Jersey en ces temps troublés. 
Cette pagehonorabledes annales insulaires mérite d'être citée. 

Incontiiiant que les Eglises de Jersey et de Guernezey furent ainsy 
rétablies et réformées coihme vous avez ouy par cy-devant, les nouvelles 
en furent semées et divulguées par tout, à raison de quoi plusieurs gens 
de bien et notables personnages se transportèrent ès dites isles pour y 
entendre la sainte Parolle de Dieu, purement et librement preschée, et 
aussi pour éviter le grand danger des troubles et persécutions qui se 
faisoient en France, lesquels y furent aimablement et humainement 
reçus, et sont et ont toujours esté de tems en tems bien entretenuz et 
protégez tant des capitaines que des gentilshommes et autres gens de 
bien des dites isles. 

Il y en a eu quy y ont resté les uns plus longuement que les autres, 
mais à leur liberté tout le tems qu'ils y ont esté guardez et protégez en 
toute seureté de danger, les noms desquels pour la plus part ensuivent, 
et en spécial de ceux qui durant le tems des troubles et persécutions se 
sont retirez en la dicte isle de Jersey, tant ministres que autres. 

Les Ministres : 

M-^ de la Ripaudière, M'" Du Val, M^' Dangy, M»' Pierre Hénice, M'' des 
Travaux, M' Pinçon, M'' Bonespoir, M'" des Serfs, M'' Parent, M'" de Froi- 
derue, M'' du Perron, M'' de Ghautmont, de Haleville, M*" Moulines, 
M"" Vincent du Val, M'' Gérin, M'' des Moulins, M'' Cosmos Brevin, M'' Oli- 
vier Mesnier, M'' Marin Chestes, M'' Martin, M^ Pierre Baptiste, M' Nicolas 
Maret, M' Thomas Johanne, M' Toussaint Le Bouvier, M' Thomas Ber- 
tram, M' Julien Dolbel, M-^ Laurens Machon, M'' Josué Bonhomme, 
M"* Edouard Hérault, M' Nicolas Baudoin, Ministre tant de St-Pierre-Port, 
en l'isle de Guernezey, qu'aussy que de Ste-Marie, en Fisle de Jersey, 
M' Monange, a esté ministre tant de St-Pierre-Port, en l'isle de Guerne- 
zey, qu'aussy de Saint-Hélier, en l'isle de Jersey, M' Beny, M' Nicolas Le 
Duc, M^ Bouillon, M"^ G. Riche, M'' Mathurin Laigneaux, M^ G. Alix, 
M-^ Jacques Girard, M^ Le Ghurel, M-^ G. Treffroy, M' Jean Girard, M'' Ar- 
thur Walke, Ministre du Chasteau de Mont-Orgueil, en Fisle de Jersey, 
M' Percival Wybone, Ministre du Chasteau Cornet, en Fisle de Guerne- 
zey. 



LA. RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 65 

S'ensuit les noms des seigneurs et autres gentilshommes de France 
quy se sont retirez tant en l'isle de Jersey, que en l'isle de Guernezey, 
durant les tems des troubles et des persécutions en France et ailleurs. 

M' le Comte de Montgomery et Madame la Comtesse, sa femme. 

M' de Liage et Madame, sa femme. 

Mr de Caslitton et Madame, sa femme. 

M'' de Montmorial et Madame, sa femme. 

M^ le Commandeur de l'Ordre de Malte. 

M'^ le Baron de Coulosse. 

Madame de Laval et son maître d'hôtel et tout son train. 

Madame, femme du Cardinal Castillon. 

M' Daigneux. 

M' des Colombiers. 

M"" Bisson. 

M^ de Moyneville. 

M'' de Montfossey. 

M' de Grone ville. 

M' de la Branche et sa femme. 

M' de Saint- Voist. 

M'' des Granges et plusieurs autres gentilhommes et gens de bien, des» 
quels les noms ne sont point icy^ 

La plupart des noms de ces listes sont inconnus; quelques- 
uns seulement ont une notoriété historique. Tel est celui du 
comte de Montgomery, le vaillant chef hugu^^l^ui, après la 
Saint-Barthélemy, se réfugia à Guernesey. Charles IX, dans 
une lettre à La Mothe-Fénelon, son ambassadeur à Londres, se 
vantait de pouvoir aisément se saisir de sa personne, (( les 
isles estant si près de la France », et il déclarait en avoir été 
empêché uniquement par considération pour sa bonne sœur 
la reine d'Angleterre. Celle-ci, qui n'avait aucune confiance 
dans la modération de l'auteur de la Saint-Barthélemy, faisait 
fortifier, en ce moment même, les îles où tant de sujets du roi 
de France s'étaient réfugiés. La Motte-Fénelon, répondant à 
son maître, attribuait l'autorisation accordée à Montgomery 
de séjourner dans les îles à l'influence de sir Thomas Leigh- 



1. Chroniques de Jersey, p. 102. L'orthographe de quelques-uns de ces noms 
paraît douteuse. 

XXXVI. — 5 



66 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

ton, gouverneur de Guernesey, qui aspirait à la main de l'une 
des filles du comte ^ Parmi les réfugiés appartenant à la 
noblesse française figura aussi la veuve d'Odet, cardinal de 
Châtillon, qui avait cherché un asile à la cour d'Élisabeth et 
qui fut, dit-on 2, empoisonné par un de ses domestiques. 

L'un des ministres cités dans la liste ci-dessus, Cosmes 
Brevin, était natif d'Angerville, en Normandie. Il fut ministre 
à Sercq et à Jersey. Son fils fut aussi pasteur dans cette der- 
nière île, et son petit-fds, Daniel Brevint, fut doyen de Lin- 
coln et composa des ouvrages théologiques estimés. L'année 
1585 amena six nouveaux ministres à Guernesey^; peu après, 
un septième, Jean Marchand, fut nommé pasteur à la Forêt. 

Mais, à partir du commencement du dix-septième siècle, la 
source d'où les Églises des îles tiraient leurs pasteurs com- 
mence à tarir. Sous le régime de TEdit de Nantes, les ministres 
ne sont plus réduits à fuir à l'étranger et la plupart des réfu- 
giés rentrent en France. Les Eglises des îles ont alors la plus 
grande peine à trouver des pasteurs. Le colloque guernesiais 
de 160^ demande de l'aide à Jersey, qui lui cède le ministre 
Millet, mais seulement pour trois mois. Pour le retenir plus 
longtemps, le colloque lui fournit un cheval pour ses courses. 
Mais comme il s'obstine à vouloir partir, le gouverneur le fait 
arrêter, au moment où il allait s'embarquer, et le fait rame- 
ner de force dans sa paroisse. En 1606, on en est réduit à 
nommer un Anglais à la paroisse du Câtel; on ne lui accorde 
que treize hvres sterling de salaire jusqu'à ce qu'il soit capable 
de prêcher en français. Ses progrès ne durent pas être rapides, 

1. Dans le journal de sir Francis Walsingham, se trouve la note suivante : 
« Jeudi, janvier 1571, J'ai écrit au comte Montgomery pour qu'il se retire de 
Guernesey. » Voy. Tupper, Ilist. of Guernsey, p. 156. 

2. Voy. Bulletin XXXIII, 516 ss. 

3. Parmi lesquels figure, sans doute, Merlin, le chapelain de Coligny, qui se 
retira à Guernesey à l'époque de la Ligue (Haag, VU, 389). Il y a à la Biblio- 
thèque de VFIist. du protest, français (papiers Hotman I, 179) une intéressante 
lettre de lui, datée de Guernesey, le l*"" avril 1590, et adressée au fils du cé- 
lèbre Hotman. Note de la Réd. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 67 

car, en 4609, ses paroissiens refusent de ]e garder, parce 
qu'ils ne le comprennent pas. Celte même année, l'Église de 
Saint-Pierre-Port devient vacante, et l'on doit prier les mi- 
nistres de la campagne de venir y prêcher à tour de rôle. 

Pour parer à cette disette de pasteurs, les colloques encou- 
rageaient les vocations indigènes. Celui de Guernesey décida, 
en 1607, d'employer les revenus des places vacantes à entre- 
tenir des jeunes gens aux études. Plusieurs allèrent se prépa- 
rer en France, principalement à Saumur. On peut juger du 
zèle que l'on mit à cette affaire par l'extrait suivant des Actes 
du Colloque de Jersey ^ en date du 26 septembre 1595 : 

(L Pierre de la Place, fils du ministre de St-Ouen, Jean Pinet, Thomas 
Le Sebirel et Philippe Marie, ayant été présentés aux P^tats comme les 
plus propres pour être avancés aux études, ont été approuvés par les dits 
États, et promis de pourvoir à leur entretien de la manière qui ensuit : 
Monsieur le Gouverneur a promis d'entretenir Jean Pinel; les ministres 
ont promis d'entretenir Pierre de )a Place; les connétables des paroisses 
ont promis de continuer vingt-quatre escus à Thomas Sebirel et ce sur 
le trésor des paroisses; messieurs de justice ont promis vingt-quatre 
escus pour l'entretien de Philippe Marie. Que si les susdits ne sont pas 
entretenus comme devant est dit, ils seront déclarés libres, le jugement 
toutefois en étant réservé au colloque. » 

La paix ne régna pas toujours entre les Églises des îles. 
Jersey avait reçu dans son corps pastoral des ministres cen- 
surés par le colloque de Guernesey, ce qui donna lieu à une 
longue correspondance et à un échange de sentiments un peu 
aigres. Cartwright et Snape, dçux des chefs du calvinisme 
anglais, qui étaient chapelains auprès des gouverneurs des 
deux îles, s'entremirent pour arranger l'affaire et réconcilier 
les parties. 

Malgré la distance, les bonnes relations entre les Églises 

1. Ces Actes forment un volume manuscrit, de 362 pages in-^" portant ce titre : 
Registre contenant les Actes des Colloques des Eglises de Vile de Jersey, com- 
mençant au mois de septembre 1577 et finissant le 14 novembre 1614.. Ce pré- 
cieux document est à la Bibliothèque de l'Université de Cambridge. 



68 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

des îles et celle de Genève n'avaient pas complètement cessé 
depuis le temps où Calvin envoyait Baudoin à Guernesey. 
Après la fameuse Escalade, cette tentative du duc de Savoie 
de s'emparer de Genève, un appel fut adressé par l'Église de 
cette ville aux Églises étrangères pour leur demander leur fra- 
ternelle assistance en faveur des Genevois qui avaient subi 
de grandes pertes dans cette affaire. Un envoyé spécial visita 
dans ce but les îles de la Manche et y reçut le meilleur accueil. 
Le colloque de Guernesey ordonna qu'une quête fût faite dans 
toutes les églises. Celui de Jersey porta la question devant les 
États qui votèrent, le 3 décembre 1603, une très belle réso- 
lution, où il était dit que ce de ceste ville sont sortis les com- 
mencements de la piété réformée; il a esté trouvé expédient 
que messieurs les ministres, chacun en sa paroisse, remon- 
trant cette nécessité au peuple, les exhortent, au nom de Dieu, 
d'y contribuer suivant leurs consciences^ ». Et le colloque, 
de son côté, prit, le 23 décembre, la résolution suivante, afin 
de rendre cette quête aussi fructueuse que possible : « Les 
ministres, incontinent après la Cène, exhorteront publique- 
ment les peuples de cette île à la charité envers les frères de 
Genève ; et pour le regard du moyen qu'on tiendra en la col- 
lecte, qui se fera, pour leur assistance, les ministres, avec 
les anciens et diacres, se transporteront aux maisons les plus 
aisées pour recueillir leurs libéralités. » 

Matth. Lelièvre. 

(A suivre.) 



1. History of Jersey, de Falle, édit. de 1837, p. 441. 



DOCUMENTS 



LA RÉFORME EN AUVERGNE 

CONDAMNATION DE LOUIS MASSYS 

de Vie, le 13 février 1544. 



Après une apparition éphémère, à Glermont, en 1535, c'est en 1540, 
que la réforme fut introduite à Issoire, par un jacobin allemand ^ Le 
premier protestant, dont le martyre nous ait été transmis comme un 
fruit des prédications de ce jacobin, est celui de Jean Brugière, qui fut 
exécuté à Issoire en 1548^. Crespin nous raconte ^ tout au long les 
détails du procès de ce confesseur qui avait réussi une première fois 
à s'évader de son cachot et qui tint à réparer par le martyre ce qu'il 
considérait comme une lâcheté. L'arrêt du parlement qui le condamne 
au feu et que Crespin a reproduit intégralement*, renferme plusieurs 
particularités. Il constate que l'hérésie « pullule grandement au pays 
d'Auvergne » ; il ordonne la publication et l'explication en langue vul- 
gaire, « chaque jour de dimanche au prône de toutes les paroisses », 
des articles de foi de la Sorbonne dont nous avons parlé dans le précé- 
dent BvAletin; enfin il défend sévèrement les livres qui figurent au 
célèbre Catalogue, et recommande, pour la découverte et la punition 
des hérétiques, un ensemble de mesures véritablement inquisitoriales ^. 

1. Voy. Imberdis, Histoire des guerres religieuses en Auvergne, Paris 1855, 
p, 50, ou, plutôt, Bouillet, Annales de la ville d' Issoire, Glermont 1848, p. 36 ss. 

2. L'arrêt est du 3 mars 1547, c'est-à-dire 1548, où le jour de Pâques tombe 
le 1" avril. 

3. Édit. de 1619, fol. 192 ss. 

4. Ainsi que les Annales de la ville d'Issoire, qui donnent même, à la suite, 
le texte des articles de la Sorbonne. 

5. D'après une plaquette du xvii® ou xviii^ siècle qui se trouve à la Bihlio- 
thèque de l'IIist. du jnot. français, cet arrêt aurait été développé le 12 avril 
1548 avant Pâques {^) et expédié à chacun des bailliages de l'Auvergne, avec un 



70 LA RÉFORME EN AUVERGNE. 

Or, entre 1540 et 1547, il y eut incontestablement d'autres poursuites; 
en voici une preuve, inconnue jusqu'ici, et extraite des registres criminels 
du Parlement de Paris (X = 2a96). 

Le sénéchal d'Auvergne avait fait poursuivre et emprisonner, peut-être 
en 1543, un habitant du « lieu de Vie » (Vic-sur-Cère, près d'Anriliac, 
ou Vic-le-Comte, entre Issoire et Clermont?). Louis Massys, tel était le 
nom de l'inculpé, appartenait sans doute à la classe aisée de la popu- 
tion; l'arrêt ci-après parle, en effet, de ses biens, et il est lui-même une 
preuve que Massys n'était pas le premier venu, puisqu'il n'était pas au 
pouvoir de tout le monde d'en appeler au parlement comme il semble 
l'avoir fait. Ses persécuteurs ne pouvaient, au reste, l'accuser que de 
« propos scandaleux », c'est-à-dire, de paroles sentant l'hérésie. Or nous 
savons que le parlement de Paris était, à cette époque, inaccessible à la 
pitié pour les hérétiques. Le dossier de ce malheureux ne lui paraissant 
pas assez chargé, il le fait mettre « à la torture et question extraordi- 
naire.» Mais cette barbarie ne révèle rien de plus que ce que le sénéchal 
avait découvert, et ne paraît même pas avoir arraché d'abjuration au 
martyr ^ Il est donc condamné à faire amende honorable, tête et pieds 
nus, etc., un dimanche à l'issue de la grand messe, devant l'église de 
Vie; puis il est banni et dépouillé de ses biens au profit de François 1"^. 

Il serait intéressant d'apprendre si ce « luthérien » a réussi à passer la 
frontière, où il s'est retiré, et s'il a persévéré dans sa foi. 

N. Weiss. 

Du treziesme iour de feurier lan mil cinq cens quarante troys^.. 
en la tournellecryminelle... 

Veu par la court le procès criminel faict par le seneschal dauuer- 
gne ou son lieutenant alencontre de maistre Loys Massys prisonnier 
es prisons de la consiergerie du palais a Paris, pour raison de plu- 
sieurs propos scandaleux et hereticques par luy tenuz,dictz et proferez 

exemplaire des Articles et du Catalogue de la Sorbonne; cette plaquette 
donne le texte de l'arrêt adressé à « Aurillac et autres lieux circonvoisins », qui 
diffère sensiblement de celui que provoqua la condamnation de Brugière. Si 
ces ordres ont été exécutés, l'Auvergne a vraiment vécu à cette époque sous un 
régime d'exception. 

1. Lorsqu'il y a abjuration, les arrêts en font généralement mention. 

2. On remarquera aussi que la cour ordonne la destruction préalable, en pré- 
sence du condamné, des pièces du procès. Cet ordre qui fut souvent donné et 
exécuté, explique la rareté extrême des documents de cette nature. 

3. Ancien style; l'année commençant à Pâques, c'est 1544 qu'il faut lire. 



LETTRE DE PIERRE DE CLARIS A ANTOINE COURT. 71 

contre Ihonneur de Dieu, de la saincte foy et religion chrestienne, 
constitutions et traditions de nostre mere saincte église, Les con- 
clusions du procureur gênerai du Roy auquel ledict procès auroit 
este communicque, Et oy et interroge par ladicte court icelluy pri- 
sonnier sur lesdicts cas a luy imposez; Veues aussi les dénégations 
par luy faictes en la torture et question extraordinaire en laquelle 
il auroit este mis par ordre de ladicte court, Et tout considère. 

Il sera dict que la dicte court a condamne et condamne le dict 
Massys prisonnier pour raison des cas mentionnez au dict procès, a 
faire amende honnorable devant la priucipalle porte de leglise du 
lieu de Vie a jour de feste solempnelle ou dimenche yssue de grand 
messe paroschial, estant teste et piedz nudz et en chemise, tenant en 
ses mains une torche du poix de deux liures de cire ardent, en 
disant que temairement, malicieusement et indiscrettement il a 
tenu, dict et profère lesdicts propos scandaleux plus a plain men- 
tionnez oudict procès, contre Ihonneur de Dieu, de la saincte foy 
et religion chrestienne, constitutions et traditions de nostre mere 
saincte église dont il se repent et en requiert mercy et pardon a 
Dieu, au Roy et a justice. Et ce faict, ordonne la dicte court ledict 
procès et minutes dicelui estre bruslez et consommez en cendres en 
la présence dudict Massis prisonnier. Et si l'a banni et bannist a 
tousiours de ce Royaulme sur peine de la hard. Et a declaire et 
declaire tous et chacuns ses biens acquis et confisquez au Roy. Et 
pour faire mectre ce présent arrest a exécution selon sa forme et 
teneur, icelle court a renvoyé et renvoyé ledict prisonnier en lestât 
qu'il est par devant ledict seneschal ou son dict lieutenant. 

Tronson. Courtin R. 



LETTRE DE PIERRE DE CLARIS A ANTOINE COURT 

SUR LES ASSEMBLÉES DU DÉSERT 

Au dos, de la main d'Ant. Court : 

« De M. de Clari-Florian. Réponse à une lettre que je lui avois écrite 
sur ce qu'il disoit au sujet des assemblées dans sa lettre à son trou- 
peau. » 



72 LETTRE DE PIERRE DE CLARIS 

Le Bulletin a publié (t. XXXIII, p. 342 et 353) de fort belles lettres 
de Pierre de Claris, abbé de Florian, et pasteur du Hefuge à Londres. 
La pièce suivante continuera dignement celles qui l'ont précédée. Son 
intérêt est d'autant plus vif qu'elle touche par certains côtés aux contro- 
verses qui s'élevèrent, en 1719, sur la convenance et la légitimité des 
assemblées du Désert, et dans lesquelles Basnage, trop enclin peut-être 
à suivre les voies diplomatiques, semble avoir fait assez bon marché du 
droit des fidèles, quand il écrivait ce qui suit, dans son Instruction pas- 
torale aux Réformés de France sur la persévérance dans la foi et la 
fidélité pour le souverain (La Haye, 20 avril 1719). 

« Les ruines et les masures des temples sur lesquelles vous vous 
assemblez, excitent d'abord quelque attendrissement par un triste sou- 
venir de votre ancienne liberté et font, couler des larmes par le regret de 
les avoir perdus; mais ne laissez pas soupçonner que vous entrepreniez 
de reprendre par le nombre, ou par la violence, ce que l'autorité du feu 
Roy vous a enlevé. Vous savez que nous sommes éloignés de la supers- 
tition qui attache quelque vertu particulière et de la sainteté à certains 
lieux préférablement aux autres, et vos maisons deviendront autant de 
temples, si vous les consacrez à Dieu par des prières et par une dévo- 
tion sans tache. 

(( Les apôtres s'enfermèrent dans une chambre haute, afin d'y prati- 
quer les devoirs d'une religion persécutée dès sa naissance, au lieu 
d'assembler cette foule de nouveaux convertis que la résurrection et 
l'ascension de Jésus-Christ avoit faits ou raffermis. Ils choisirent un petit 
nombre pour louer Dieu, et ce fut là qu'il bénit cette petite assemblée 
en faisant descendre les langues de feu et le Saint-Esprit sur ceux qui 
la composoient, et lorsque par un effet d'un don merveilleux, ils eurent 
converti dans un seul jour trois mille hommes, ils ne les attroupèrent 
point en sortant du temple de Jérusalem pour s'assembler dans un lieu 
public à la vue des Juifs qui n'auroient pas manqué de leur en faire un 
crime; mais ces Prosélytes s'unirent chacun à sa famille pour servir le 
Fils de Dieu en attendant un temps plus libre et plus heureux. Imitez 
l'exemple des Saints Apôtres et marchez sur leurs traces, puisque vous 
vous trouvez dans la même contrainte; on ne peut s'égarer en les sui- 
vant pas à pas, mais au contraire on pêche en suivant les mouvements 
trop précipités d'un zèle téméraire. Animez-vous avec vos enfants et vos 
amis au service de Dieu; mais souvenez-vous que la multitude peut 
causer plus de désordres que d'édification. Ne soyez comme les apôtres, 
qu'un cœur et qu'une àme dans vos petites assemblées; que la charité 
en soit le lien et la piété le véritable motif qui la forme. 

« Les armes qu'on assure que vous portez dans quelque province, à 



A ANTOINE COURT. 73 

VOS assemblées, pour conserver votre vie, au lieu de servir à votre 
sûreté, attireront la mort des uns, la désolation de vos familles et la 
ruine de vos maisons. Si vous n'êtes pas sensibles à des intérêts légi- 
times et naturels, vous devez l'être à l'honneur de votre Religion, laquelle 
s'est établie par le sang des martyrs et qui n'autorise jamais le port ni 
l'usage des armes pour sa conservation... 

c: A Dieu ne plaise que je laisse échapper des soupçons injurieux et 
précipités, ou que je vous croye capables de faire quelque pas qui désho- 
nore notre sainte Religion et qui ternisse la gloire d'une repentance 
que Dieu ne peut accepter qu'à proportion qu'elle soit d'une conscience 
pure et nette. Mais souvenez-vous qu'il faut obéir au souverain, non 
seulement par la crainte, mais par la conscience; car c'est la grande 
maxime de l'Évangile {Instruction de Rasnage, p. 17-21). 

Antoine Court répondit éloquemment à Basnage ^ et montra combien 
peu étaient fondées les accusations dirigées contre les assemblées du 
Désert. L'abbé de Florian, récemment sorti de l'Église romaine, parta- 
geait, à certains égards, les préventions de Basnage et de quelques-uns 
des pasteurs les plus éminents du refuge, Abbadie, Saurin. Sur certains 
points sa lettre n'est pas exempte des préjugés d'un ancien prêtre catho- 
lique qui a peine à comprendre les libres allures de la Réforme. Mais 
par l'élévation religieuse qui la distingue, elle mérite une place dans 
les controverses du temps, et s'ajoute utilement au dossier formé par 
mon savant maître et ami, M. A. Germain. 

J. B. 

Londres, ce 3* août 1719. 

J'ai reçu votre lettre et sur le désir que vous témoignez d'en rece- 
voir des miennes, je me hâte de vous répondre. Je commence 
d'abord par vous remercier non pas des louanges que vous me don- 
nez, qui ne sont absolument dues qu'à notre Dieu qui est seul 
l'auteur du bien grand et petit que l'on trouve en nous, mais des 
vœux que vous faites pour mon salut et de la grande part que votre 
charité vous fait prendre à mon avancement dans la piété et dans la 
connaissance des choses saintes. Je me félicite de ce qu'un zélateur 
de la vérité, un ministre fidèle et rempli de zèle tel que vous l'êtes, a 
bien voulu donner un peu de ce temps, que votre foi vive vous fait em- 
ployer au salut des âmes, à penser à moi et à m'honorer d'une lettre. 

1. Edmond Hugues, Ant. Court, t. I, p. 124-126. 



74 LETTRE DE PIERRE DE CLARIS 

L'emploi dans lequel vous vous consacrez ne me laisse pas douter 
un moment que vous ne soyez un ardent serviteur de Dieu, et dans 
cette pensée, je ne saurais trop me réjouir en lui de voir que vous 
êtes si plein de bonté et de cordialité envers moi; car je crois dès là 
que le maître m'aime puisque le serviteur s'intéresse tant en ce qui 
me touche. Souffrez que je me plaigne de votre trop grande civilité, 
et que je vous assure que j'aurais souhaité que votre lettre eût été 
plus longue, quelque soin que vous vous donniez de vous excuser 
sur sa prolixité et sur votre style. 

Je bénis Dieu de ce que mon exemple a fait quelque fruit dans 
notre affligée patrie, et je me réjouis d'apprendre que mon livre ^ y 
est parvenu, et que vous admirez l'œuvre de la grâce dans la relation 
qu'il contient d'abord et dans les arguments que je tâche d'y em- 
ployer ensuite pour mettre en évidence la nécessité de mon chan- 
gement et pour y convaincre l'Eglise romaine de ses mensonges. 
S'il est aussi bon que vous le trouvez je voudrais bien, pour la con- 
solation de nos frères, que l'on pût en faire passer plusieurs 
exemplaires dans le pays. Monsieur de Miraman, dont vous con- 
naissez le zèle et la piété, m'écrivit, il y a environ trois mois, qu'on 
pensait à le faire imprimer à Genève, sans doute dans la vue de 
pouvoir en fournir à ceux de notre province qui en demande. Que 
je serais heureux, si, privé du bonheur dont je suis indigne, d'aller 
prêcher moi-même, comme vous le faites si heureusement à ces 
pauvres frères qui, comme des brebis sans pasteurs et sans pâturage, 
périssent de faim, meurent en languissant ou vivent en morts, je 
pouvais au moins leur être de quelque secours par mon livre, et me 
prêter ainsi à votre piété et à votre zèle, disposant par cette lecture 
les éloignés à chercher les élus que Dieu leur envoie et à embras- 
ser par votre moyen cette repentance et cette foi pure des premiers 
chrétiens que vous travaillez à faire revivre dans leur faible cœur 
pour les amener à notre bon père. 

C'est là, mon cher monsieur, le vœu que je fais, mon indignité 
ne me permettant point d'oser faire l'autre. Je regarde votre voca- 
tion, si vous l'avez reçue du ciel, comme la marque la plus éclatante 

1. C'est l'ouvrage de controverse mentionné dans notre précédent article 
(T. XXXIII, p. 352), et que nous signalons aux actives recherches de nos cor- 
respondants étrangers. 



A ANTOINE COURT. 75 

de l'amour de Dieu et comme la preuve la plus consolante qu'un 
fidèle puisse recevoir de son élection sur la terre. Il faut être bien 
enraciné dans la charité, bien intérieur, bien plein de Jésus-Christ 
et bien élevé dans la contemplation des choses célestes, pour fermer 
les yeux aux dangers évidents auxquels on s'expose en allant porter 
la lumière dans les ténèbres et donner du pain à des affamés, sans 
être alarmé de la fin effrayante aux yeux de la chair qu'ont faite la 
plupart de ceux que la grâce a animés de ce divin zèle. C'est être 
plus vaillant que ces trois vaillants qui allèrent braver une armée 
entière d'ennemis violents et cruels pour puiser de l'eau que David 
désirait de la bonne citerne de Bethléem, et c'est être aussi fort que 
Samson lui-même qui, pour réparer ses fautes passées en obéissant 
à l'esprit de Dieu, profita des forces qu'il avait reprises et aima 
mieux une mort présente en tâchant de faire périr les ennemis de 
Dieu, que de vivre au milieu d'un peuple idolâtre qui nuisait sans 
cesse au peuple fidèle. Oui, je suis persuadé qu'il n'y a que ceux 
qui ont le bonheur d'être pleins de la charité même de Jésus-Christ, 
qui peuvent exposer leur repos et leur vie pour aller porter de cette 
eau saillante en vie éternelle aux cœurs altérés, et courir à la mort 
pour faire cesser les erreurs et l'idolâtrie qui sont les Philistins 
auxquels sont exposés nos pauvres réformés dans notre patrie. Jugez 
après cela si l'on peut être chrétien sans désirer au moins d'être 
rendu digne d'une telle grâce et sans avoir toujours en vénération 
ceux qui l'ont reçue. Je la demande à Dieu et je vous supplie de lui 
demander de me détacher si fort de la terre et de me faire vivre 
dans la piété de manière que je puisse espérer dans la suite de 
l'obtenir. 

Ah! mon très cher frère, je suis bien éloigné de condamner, 
comme vous paraissez le croire, le zèle des pasteurs qui vont dans 
les déserts fortifier les faibles, relever les tombés, ressusciter les 
morts et animer par la parole de vie et de vérité des peuples autre- 
fois fidèles et maintenant lâches à rendre leurs vœux au Seigneur, 
à rentrer dans l'obéissance, à avoir pitié de leur âme, à monter à 
Béthel et à rendre gloire au Dieu de gloire; c'est à quoi nous 
sommes tous appelés, quand Dieu nous en présente Foccasion. La 
manière dont vous me marquez que se font les saintes assemblées 
m'est une preuve de la vocation divine et sensible que je crois être 
essentielle pour ces sortes d'œuvres dans un pays où il est facile de 



76 LETTRE DE PIERRE DE CLARIS 

recevoir cette vocation sensible de ceux qui la tiennent par succes- 
sion des apôtres. Je crois que vous êtes ministre, que vous avez 
reçu la grâce de l'imposition des mains; qu'on a trouvé en vous 
cette science des Écritures, cette connaissance des choses saintes 
qui est si essentielle dans un ministre pour résister aux contre- 
disants, et qu'avec cette première qualité d'être éclairé de Dieu, qui 
est la principale et la plus nécessaire dans ceux qui sont choisis 
pour être la lumière du monde, on y a aussi trouvé ce zèle et cette 
piété qui sont inséparables et essentiellement requises dans ceux 
que Dieu envoie pour appeler les hommes à la repentance, et qui 
pour cela même sont appelés le sel de la terre. Je suis persuadé 
que vous avez reçu sur cela un témoignage non suspect, qui 
étant rendu par des pasteurs en place et connus eux-mêmes pour 
être la lumière et le sel du monde, vous a rassuré contre ce qui 
alarmait les prophètes Ésaïe et Jérémie. Je suis persuadé enfin que, 
vous sentant ensuite mené comme David du zèle de la Maison de 
Dieu, vous n'avez pris la résolution étonnante et chrétiennement 
héroïque d'aller animer au péril de votre vie nos frères lâches ; 
qu'après avoir longtemps consulté Dieu dans la retraite et dans la 
prière, et vous être convaincu en vous voyant poussé à cette sainte 
œuvre, que c'était le Saint-Esprit qui vous appelait, en vous faisant 
entendre sa voix par l'approbation que vous ont donnée des Ananias 
pleins de sa science et de son amour, tels que le sont surtout nos 
zélés pasteurs de Genève. Telle a été la vocation de Tincomparable 
monsieur Brousson de sainte mémoire, et de quelques autres témoins 
intrépides de la vérité dont le zèle et la foi me seront toujours 
vénérables. Je suis si éloigné de condamner dans mon livre ni dans 
mes lettres ce que ces excellents ministres ont fait pour nos frères, 
que j'aimerais mieux ne vivre qu'un instant et mourir comme eux 
que de vivre la vie des patriarches dans la prospérité la plus 
grande. 

Ce que j'ai condamné et ce que je condamne, ce sont, mon cher 
frère, l'entreprise de certains protestants, qui, sans vocation, sans 
science, sans une piété bien connue, ont osé prendre l'encensoir, 
porter la main sur l'arche, s'ériger en ministres et en pasteurs, prê- 
cher dans les bois et dans les maisons, administrer le baptême et la 
Sainte Cène, et abuser de la simplicité d'un peuple plus lâche que 
religieux, plus impétueux que fidèle, et moins partisan de la disci- 



A ANTOINE COURT. 77 

pliiie que du désordre^; ce sont ces assemblées nocturnes où l'on va 
en armes comme pour braver le souverain qui doit toujours être 
respecté quoique non obéi dans l'abus qu'il fait de l'autorité en ce 
qui regarde la religion, jusqu'où le glaive ne s'étend point; ce sont 
ces assemblées nocturnes tumultueusement convoquées où l'on re- 
çoit indifféremment tout venant, où ceux qui y assistent jurent une 
foi qu'ils violent sacrilègement peu d'heures après si on les découvre 
et si on les presse, et qui n'ont pas honte d'aller se faire voir à la 
messe le matin de la nuit où ils ont été à ces assemblées, préten- 
dant par là se mettre à couvert et de la recherche et de la poursuite. 
Ces sortes d'assemblées font bien plus de m.al que de bien; elles 
font des lâches, des menteurs, des sacrilèges, et non pas des chré- 
tiens fidèles. Je ne parle pas sans savoir, car j'ai été moi-même le 
témoin de tous ces désordres ; j'ai parlé à des gens sans caractère qui 
avaient prêché et donné les sacrements, qui se faisaient suivre et 
qui savaient à peine les premiers éléments de la religion. J'ai vu 
des personnes, et en grand nombre qui, après avoir été plusieurs 
fois à ces assemblées, allaient avec confiance à la messe et tenaient 
pour ainsi dire d'une main l'idole et de l'autre le Saint Évangile. 
Je condamne tout cela et je suis assuré que toute la terre le condam- 
nera comme moi. 

Je suis persuadé qu'un fidèle ministre tel que je l'ai déjà caracté- 
risé, ne saurait mieux faire que de se consacrer à l'instruction de 
ses frères quand Dieu l'y appelle, mais je suis persuadé que les 
assemblées qu'il fait dans cet esprit doivent être toujours conformes 
aux préceptes de l'Évangile. Je crois qu'on devrait les faire préfé- 
rablement le jour et non pas la nuit : la vérité ne craint point la 
lumière, il faut dire sur le toit ce que l'Évangile veut apprendre à 
tout le monde; il faut éloigner toute apparence même de mal, et 
fermer par là la bouche aux méchants qui disent qu'on s'assemble 
pour conspirer contre l'État, pour entretenir les troubles dans la 
province; il faut ôter aux vicieux ces occasions de la nuit dont ils 
ont mille fois abusé pour commettre bien des désordres. Le jour on 
peut trouver des endroits plus sûrs, découvrir de plus loin les enne- 
mis de la vérité et être plus heureux dans la fuite à laquelle II veut 

j. Ces abus disparaissaient de jour en jour, grâce à l'ordre si heureusement 
rétabli par Antoine Court et ses collègues. 



78 LETTRE DE PIERRE DE CLARIS 

qu'on ait recours quand on persécute; le jour en un mot convient 
mieux à tout. Le secret peut y être également gardé, on fait voir par 
là son courage, son zèle et son innocence, enfin on y montre la pru- 
dence du serpent et la simplicité de la colombe. Je crois qu'on 
doit sévèrement défendre de porter des armes ni rien d'offensif 
dans ces assemblées; qu'on doit les faire avec humilité, dans le 
silence et dans une ferme résolution de ne pas résister si l'on est 
surpris et de n'employer que la seule fuite pour sa défense. Je crois 
qu'on y doit solennellement prier Dieu pour le roi et pour le régent 
ainsi que pour tous les états du royaume, car c'est ce que Dieu 
commandait aux Juifs emmenés captifs en Babylone, comme on 
peut le voir dans le 29^ de Jérémie. Je ne trouve point que les an- 
ciens fidèles sous Antiochus, que les premiers chrétiens sous les 
empereurs, se soient assemblés autrement. Ils ont toujours fait voir 
une grande simplicité, une grande pureté de mœurs, beaucoup de 
prudence, mais jamais d'ostentation, jamais de violence. La guerre 
des Maccabées était une guerre d'état et non pas de religion. Au 
commencement ce n'était qu'à la loi que le persécuteur en voulait, 
aussi ne trouve-t-il que des victimes ; ensuite les raisons d'État se 
joignirent et il fallut par le droit des gens et de la patrie résister à 
un ennemi qui voulait soumettre tout sous son joug injuste et 
tyrannique. 

Les premiers chrétiens n'insultaient point aux défenses des em- 
pereurs; ils désobéissaient à leurs lois injustes; mais dans les 
assemblées qu'ils faisaient pour se conserver dans la foi, pour en 
transmettre le précieux dépôt, ils obéissaient à Dieu; mais par l'in- 
nocence, la sagesse et l'humilité avec laquelle ils le faisaient, ils 
montraient qu'ils respectaient autant qu'il était en eux l'autorité 
même du prince en une chose qui était injuste, ils se cachaient, ils 
allaient dans les bois, dans des cavernes, mais cela sans armes, 
souvent en plein jour, et jamais en tumulte ni en violence; ils 
fuyaient devant l'ennemi, quoiqu'assez puissants pour le repousser; 
mais ils savaient trop bien que la bravoure alors c'était de fuir ou 
de souffrir leur rage, si leur diligence était inutile. Je crois de plus, 
monsieur, que ces assemblées ne doivent point durer parmi des 
chrétiens qui y ont été longtemps insensibles, qui savent qu'il y a 
des royaumes et des pays que Dieu aime et que Dieu éclaire de la 
belle lumière de son Évangile. Les premiers chrétiens ne pouvaient 



A ANTOINE COURT. 79 

aller nulle part; ils étaient seuls l'Église; il fallait que les assem- 
blées durassent dans les circonstances où ils se trouvaient. Il n'en 
est pas de même dans notre patrie. Si nos anciens frères s'étaient 
trouves dans le même cas, ils auraient passé la mer et la terre, et 
cela est clair puisqu'ils souffraient dans le sein même de leur 
patrie, le ravissement de leur bien, qu'ils étaient sans maison et 
que le repaire des bêtes sauvages était leur patrie parce qu'ils ne 
trouvaient l'église que dans ces repaires. Je crois donc qu'on ne 
doit faire des assemblées dans nos provinces que comme en passant 
et allant de lieu en lieu renouveler les menaces de l'Evangile à ces 
chrétiens qui dorment en leur criant avec l'Écriture : « Réveille- 
toi, toi qui dors et te relève d'entre les morts et Dieu f éclairera. » 
Je crois qu'on doit même ne pas faire attendre à ces lâches que la 
grâce d'entendre la parole leur sera longtemps accordée; mais qu'il 
faut leur annoncer, comme Jonas le fit aux Ninivites, que dans 
quarante jours Ninive sera détruite, que s'ils ne sortent au plus vite 
de Babylone, ils vont bientôt périr avec elle. Je crois qu'on fait très 
mal d'administrer à grand nombre de ces chrétiens lâches, l'auguste 
sacrement de la Sainte Gène; qu'il faut le leur refuser avec fermeté, 
car enfin ils sont actuellement dans l'habitude du péché, puisque 
depuis trente ans ils ont honte de l'Évangile et préfèrent de propos 
délibéré la privation du libre exercice de la religion qu'ils recon- 
naissent être la seule pure, à la privation de leurs misérables 
possessions. Cette disposition de préférer l'Évangile à tout est 
absolument nécessaire pour faire une sainte communion. Si ces 
personnes n'avaient point communié depuis nos malheurs, il y aurait 
lieu d'espérer que la communion pourrait les animer à cette préfé- 
rence si nécessaire, mais ils l'ont fait et ils sont toujours demeurés 
négligents et tièdes. 

Yûus savez la pratique des Églises d'Afrique, non seulement envers 
les tombés, mais même envers ceux qui avaient borné leur lâcheté 
à livrer le saint livre des Écritures; cette pratique était fondée et 
les avantages qu'elle procura à la piété des fidèles méritent bien 
que l'on s'y conforme en quelque manière, puisque les circonstances 
sont presque les mêmes. J'avoue qu'il y en a qui ayant constamment 
refusé d'adorer l'idole et de livrer même les Écritures, doivent être 
plus ménagés. De ce caractère est un M. Durand de Saint-Hipolyte, 
qui avec la constance aura cependant à se reprocher d'avoir vu sous 



80 LETTRE DE PIERRE DE CLARIS 

ses yeux ses enfants papistes. Pour recevoir ces personnes à la Sainte 
Cène, il faut qu'ils soient résolus à sortir et à vivre (en attendant le 
succès de leurs soins pour hâter sans feinte ces heureux moments), 
à vivre dis-je, renfermés dans leur maison, gémissant de leur 
lâcheté, implorant la force du Dieu de force, ne laissant ignorer à 
pas un de ceux parmi lesquels ils vivent, qu'ils sont protestants, eux 
et leurs enfants, et souffrant avec joie toutes les épreuves. Voilà 
seulement en quoi je soutiens qu'on peut approuver les saintes 
assemblées dans notre patrie. Le seul but qu'on peut s'y proposer 
c'est de porter ceux qui y assistent à tout abandonner pour la religion, 
à sortir d'une terre où l'idolâtrie répand comme une espèce de 
contagion sur les aliments même que l'on y prend dans toute autre 
vue que dans celle d'avoir et assez de vie et assez de force pour en 
sortir. Vous n'êtes pas, ce me semble, assez dans ce sentiment et je 
ne saurais ne pas être opposé à cette alternative que vous semblez 
permettre à ces chrétiens lâches, lorsque dans votre application vous 
leur dites qu'il leur serait facile de professer publiquement la 
religion, et cela par deux voies très aisées, en quittant le royaume ou 
en fréquentant les saintes assemblées qui se convoquent dans le 
déserté 

La première voie est la seule qui je crois devait être proposée ; 
l'autre ne peut l'être à mon avis que pour leur montrer la nécessité 
de prendre absolument la première qui peut seule les tirer du danger 
duquel il est dit que celui qui l'aime, c'est-à-dire qui ne fait rien 
pour en sortir y périra. Je ne sais pas même s'il ne serait pas du 
zèle des ministres de ne pas recevoir à ces assemblées ceux qui y 
ayant souvent assisté n'ont encore rien fait pour se montrer sensibles 
aux exhortations que l'on leur a faites. Si on en avait usé de cette 
manière si digne de la vérité et si convenable à la charité, il y en 
aurait plus de cinquante mille qui seraient sortis et auraient rendu 
gloire à l'Évangile. On les berce dans leur tiédeur et on contribue 
sans y penser à leur perte. Vous êtes, monsieur, éclairé et sage, 
vous voulez servir à la religion et au salut de nos pauvres frères, 

1, 11 n'était pas si aisé de quitter le royaume de France à travers un réseau 
do lois draconniennes, et l'héroïsme des exilés volontaires n'était surpassé 
que par celui de leurs frères endurant courageusement la persécution sur le 
sol natal. 



A ANTOINE COURT. 81 

souffrez que je vous dise que je ne trouve point d'autre voie plus 
digne de votre glorieux ministère ; aller avec courage consoler par 
la prière, par la parole et par l'administration même des sacrements 
nos chers frères malades, vieux, ou nos vénérables confesseurs qui 
sont dans les prisons et sur les galères, voilà qui va bien; mais aux 
autres, il ne faut que des instructions accompagnées de toute la 
sainte rigueur des prophètes contre Jérusalem ingrate et mon- 
daine. 

Je vous dis mon sentiment parceque vous me l'avez demandé et je 
vous prie de l'examiner devant Dieu et conformément aux paroles 
de l'Écriture; celles-ci sont fortes et claires : « Annonce à Jacob 
son forfait; — Ne jetez pas les perles devant les pourceaux; — 
Secouez la poussière de vos souliers contre ceux qui refusent de 
se rendre à votre parole; — Quand on vous poursuivra dans une 
ville, fuyez dans une autre; — Celui qui aura honte de moi ou 
de ma parole, f aurais... » Les chrétiens de notre pays ont abusé 
depuis trente ans de nos assemblées; les pères et les mères ne sont 
pas sortis ; ils ont laissé corrompre leurs enfants ; ils y ont aidé par 
leur exemple, ils ont cru que l'intérieur suffisait, que n'étant lâches 
que pour conserver lears biens et ne pas exposer leur vie, ils n'en 
étaient pas moins bien avec Dieu. L'expérience a confirmé malheu- 
reusement ce que j'ai dit dans mon livre; on a beau nous écrire 
qu'il y a de bons protestants dans notre pays; le bien est du tout et 
non pas d'une partie; la lâcheté, la timidité, la honte gâtent tout; 
bâtir des maisons, planter des vignes, acheter des charges dans un 
pays que Dieu a comme abandonné, où l'on fait mourir ceux dont 
tout le crime est de croire en Jésus-Christ et de prendre sa parole 
pour l'unique règle de sa foi et de sa conduite, c'est être pis que 
lâche; on a vu mourir cent excellents hommes pour la vérité qu'on 
connaît, et l'on est cependant toujours tiède; le sang du bienheu- 
reux Brousson, du fidèle Rey . s'élèvera en jugement contre les 
habitants de Nîmes; nos compatriotes aiment la terre; ils veulent 
avoir la gloire d'être protestants et on ne veut pas s'exposer aux 
épreuves que Dieu attache à cette gloire ni soutenir les peines dans 
le support desquelles Dieu veut que l'on voie la divinité de notre foi 
sainte; oui, monsieur, il faut prêcher à ces chrétiens en qui Dieu 
laisse encore quelques semences de vérité, il ne faut pas éteindre le 
lumignon fumant; mais il ne faut point espérer de ressusciter ces 

XXXVI. — 6 



82 LETTRE DE PIERRE DE CLARIS A ANTOINE COURT. 

semences ni de faire reprendre à ce lumignon sa clarté;, qu'en 
menaçant ces hommes de l'enquête plus rigoureuse que Dieu leur 
prépare; il faut leur montrer combien notre Église condamne leur 
lâcheté et combien elle est sensible encore à leur salut, puisqu'en 
leur refusant le pain eucharistique qui est le sceau sacré des fidèles 
qui confessent Dieu et qui prennent l'Évangile pour leur héritage, 
elle leur envoie encore des prophètes pour les animer à être fidèles, 
les laissant après ces menaces ; leur sang sera sur eux, et les saints 
ministres seront devant Dieu dans la même gloire que si ces per- 
sonnes s'étaient converties. Je le prie de tout mon cœur ce grand 
Dieu au nom et pour la gloire duquel vous vous exposez si chrétien- 
nement, de vous conserver, monsieur montrés cher frère, et de vous 
défendre contre les insultes de ses ennemis, de répandre ses béné- 
dictions sur vos travaux et de vous donner la consolation de voir ceux 
qui viennent vous écouter, revenir à Lui dans une repentance 
sincère et dans la foi pure de nos premiers pères. 

Au nom de Dieu, mon cher frère, priez pour moi, afin que je sois 
aussi un zélé chrétien, et que fidèle aux grâces que j'ai reçues, je 
me sacrifie jusqu'à la fin pour participer à cet avenir heureux et 
désirable que nous attendons par les mérites de notre adorable 
réparateur, en qui je suis avec une véritable vénération, 

Votre très humble et obéissant serviteur et frère, 

De C[laris] F[lorian.] 

On m'a appris depuis ma lettre qu'il s'est tenu un synode à Usèz, 
qu'on y a imposé les mains à douze proposants et établi vingt-quatre 
anciens; je vous prie de me donner la consolation d'apprendre ce 
qu'il en est par vous-même ; au reste j 'ai fait voir ma lettre à M. Ab- 
badie et à M. Saurin qui ont approuvé tous mes sentiments et qui 
m'ont permis de vous l'apprendre. Ils vous souhaitent mille béné- 
dictions. 



{Original. Papiers Court. iVM. T. 11). 



MÉLANGES 



Février. 

2 février 1685. — On écrit de Mazères, ville du comté de Foix^ 
que les réformés sont privés depuis plus d'un mois, de culte dans 
leur temple, qui est un des principaux du pays, parce qu'un capitaine 
de dragons, qui tient garnison en cette ville prétend y entrer aussi 
souvent qu'on célébrera le culte, c'est pourquoi on craint qu'il ne 
soit considéré comme un nouveau converti. L'Évêque de Mirepoix 
fait grande diligence pour la fermeture de ce temple ^ 

3 février 1685. — Un arrêt du conseil d'État, du 28 juin 1681 
avait ordonné aux notaires protestants de se défaire de leurs études 
en faveur des catholiques. Nombreuses furent les ruines qui sui- 
virent cet injuste arrêt. Quelques notaires protestants, renonçant 
à leur carrière, avaient conservé les papiers de leurs études, esti- 
mant que c'était un bien dont ils étaient les légitimes possesseurs. 
Un arrêt du 3 février 1685 leur ordonna de les remettre aux greffes 
des Justices Royales, dans les deux mois de la signification de cet 
arrêt, sous peine d'y être contraints « par toutes voyes, même par 
corps ^ ». 

4 février 1685. — Le 4 février 1685 fut marqué par un arrêt qui 
ordonna la démolition des temples de ceux de la R. P. R. des villes 
et lieux de Nay, Pontacq, Orthez, Sauveterre, Salies, Lembeye^ 
Baigts, Oloron, etc., tous en Béarn. A l'égard du temple de Pau, 
il fut décidé « qu'il demeurerait en l'état qu'il est pour servir 
d'église aux habitants catholiques de la dite ville ^ ». 

5 février 1685. — L'Édit de Nantes autorisait les seigneurs pro- 
testants à faire faire l'exercice religieux dans les chapelles de leurs 
châteaux. Aussi, lorsque par les condamnations dont les temples 

1. Bulletin, XXVIII, 543. 

2. Recueil des Edits. 

3. Arch. nat. TT 225. 



84 MÉLANGES. 

étaient les objets, les lieux de culte se faisaient plus rares, les 
réformés venaient s'édifier dans les chapelles seigneuriales. Le 
clergé poursuivit ces réunions de piété et fit ordonner aux seigneurs 
de ne recevoir que leur famille et leur vassaux. Pour trouver une 
excuse, les fidèles qui ne dépendaient pas des seigneuries, venant 
de fort loin, louaient quelques chambres, pour pouvoir y loger la 
veille des services religieux. Le 5 février 1685, pour remédier au 
mal, le roi ordonne de ne tolérer la présence au culte des Seigneu- 
reries « aucune personne qui n'y eut fait son principal domicile 
et sa demeure ordinaire pendant un an entier et sans discontinuer ». 
Ainsi peu à peu les réformés de France se trouvèrent condamnés à 
vivre sans temples et sans pasteurs. — Ce même jour, les temples 
de Cornus dans le diocèse de Vabre, et de Saint-Vincent des 
Barres furent condamnés à être démolis ^ 

7 février 1685. — Par une déclaration royale en date du 7 février 
1685, le roi, pour achever de ruiner dans l'opinion publique le ca- 
racière et l'honneur des magistrats protestants, autorisa les ecclé- 
siastiques et les nouveaux catholiques à les récuser dans les affaires 
civiles et criminelles, sur le simple prétexte « de leur religion et 
pour cette seule cause ^ » . 

8 février 1685. — Le consistoire de l'église de Nantes, de cette 
ville à jamais célèbre par l'édit qui porte son nom, siège pour la 
dernière fois. Fidèle observateur de la discipline, il avertit un 
fabricant qui ne craignait pas de faire travailler le dimanche. « Il 
faut, dit avec raison l'historien des églises de Bretagne, signaler 
ceux qui remplissaient avec courage, avec abnégation, avec une 
charité ferme et avec une inébranlable persévérance, les nombreuses 
et délicates fonctions d'une charge qui les désignait aux attaques 
des persécuteurs ^ ». 

9 février 1685. — Nul moyen ne répugnait aux ennemis des 
réformés pour arriver à leurs fins. Convertir par la séduction 
comme par la terreur, pourvu que le protestantisme succombât, tel 
était le but à atteindre. C'était sous cette impression qu'à la date 
du 9 février 1685, le premier magistrat du Languedoc, l'intendant 

1. Recueil des Édits. 

2. Haag, France protestante, X, 381. 

-3. Vaurigaud. Histoire des églises réformées lll, A, etc. 



MÉLANGES. 85 

Daguesseau, écrivait à Ghâteauneuf, ministre d'Elat chargé des 
affaires protestantes : « De tous les moyens qui peuvent opérer des 
conversions dans les Sevennes il n'y en a point qui me paraisse 
devoir être d'un plus grand effet que de permettre aux nouveaux 
convertis de payer leurs debles en fond de terre ^ » 

10 février 1685. — Ce fut le 10 février 1685, que i'église de Saint- 
Jean-du-Gard, l'une des plus anciennes communautés de la Ré- 
forme française, ayant été fondée par Olivier Tardieu en 1560, fut 
condamnée. Le dernier secrétaire du consistoire écrivit ce qui suit 
à la dernière page du livre des délibérations de ce vénérable corps : 
((Le 10' février 1685, par jugement du président de Nîmes, assis- 
tant Monseigneur D'Aguesseau, intendant, a été jugé que notre 
temple seroit démoli et l'exercice de la religion interdit; la cloche 
et matériaux appartiendront à l'église, démoli à nos frais et con- 
damné en 1000 livres d'amende ^ )) 

12 février 1685. — Le temple d'une église à laquelle se ratta- 
chaient de grands et illustres souvenirs, celui de Châtillon sur 
Loiîig, résidence de Coligny, est condamné à être démoli^. 

14 février 1685. — Guerre aux temples, voilà le mot d'ordre de 
tous les procureurs. Sur les ruines de ces édifices sacrés s'élèvera 
la fortune de ces magistrats qui sacrifient, sans honte, la justice à 
leur vulgaire ambition. Partout ils feront mettre aux aguets des 
espions chargés d'avertir le parquet de la présence, dans les temples, 
de quelques malheureux protestants convertis, parfois même ils les 
enverront par ordre dans ces édifices, car l'église disparaîtra pour 
cette seule cause. C'est ainsi que succombe la grande église de 
Saintes, et Denis procureur général du parlement de Guyenne, 
écrivant le 14 février à son chef, ne cache pas sa joie. « Par la 
condamnation de ce temple nous avons le principal, et par ce pré- 
jugé nous sommes assurés que tous les temples qui restent à juger 
seront pareillement condamnés*. » 

15 février 1685. — Jugement du 15 février 1685, ordonnant la 
démolition du temple de St-André-de-Valborgne, l'interdiction 

1. Arch. nat. Série TT 329. 

2. Bulletin 1876 p. 561. 

3. Haag, France protestante, X, 381. 

4. Arch. nat. TT, 242. B. 



86 MÉLANGES. 

de la R. P. R. et condamnant les habitants à 600 liv. d'amende, 
aux frais et aux dépens, « solidairement avec le ministre Jean 
Pagezy qui est interdit pour toujours de son ministère avec dé- 
fense de résider. Les matériaux duquel temple nous avons adjugé 
à l'église du dit St André-de-Valborgne ; ordonnons, en outre, qu'à 
la diligence des consuls, la tour bastie par ceux de la R. P. R. 
du dit lieu sera abattue et la cloche estant sur ladite tour sera 
transportée pour estre mise avec l'horloge au lieu qui sera avisé 
par la communauté et servir, tant à appeler les peuples à l'église, 
qu'à sonner les heures pour la commodité des habitans... Et sera 
la cloche fellée qui est maintenant sur l'église, délaissée aux habi- 
tants de la R. P. R. pour tenir lieu de la portion pour laquelle les 
catholiques devraient contribuer à la dite orloge^ » 

16 février 1685. — Hêlie Borrely du lieu de SoUage, convaincu 
d'être retourné, après son apostasie, au temple de Gabriac est con- 
damné à faire amende honorable, nu en chemise, la corde au cou. 
Ses biens sont confisqués et il est banni. En même temps, le 
temple de Gabriac et celui de Sainte-Croix où il s'était trouvé, 
sont condamnés à être démolis, la religion réformée y est interdite 
et les habitants condamnés solidairement à 300 livres d'amende ^. 

17 février i&^b. — « Jugement du 17 février 1686, ordonnant 
la démolition du temple d'Aumessas (Gard) et condamnant les 
habitants de la R. P. R. aux frais et dépens solidairement avec le 
ministre Jean Vincent, qui est interdit de ses fonctions à perpétuité 
avec défense de résider à Aumessas et à six lieues à la ronde» . — Un 
jugement du même jour ordonna la démolition du Temple de Collet- 
de-Dèze (Lozère) par suite de la présence dans cet édifice de catho- 
liques et de nouveaux convertis ^ 

19 février 1685. — Par jugement en date du 19 février, le culte 
fut interdit à Vallon (Ardèche) et le temple condamné à être démoli. 
Les réformés durent payer une amende de 1000 livres envers le 
Roi et donner la même somme à l'église catholique de Vallon. — 
Le même jour l'église de Quissac (Gard) fut interdite ^ 

1. Bulletin 551. 

2. Ihid., XXVI, 549. 

3. Ihid. 
A. Ihid. 



MÉLANGES. 87 

^0 février 1685. — Dans les premiers jours de l'année 1685, le 
temple de Bourniquel où se réunissaient les fidèles de Libourne 
(Gironde) était presque le seul ouvert dans toute l'étendue de 
synode de la Haute et Basse-Guyenne où les protestants se comp- 
taient par dizaines de mille. Il n'était pas de fait plus connu; 
cependant le 20 février, Du Vigée, l'un des présidents du parlement 
de Guyenne écrivait à Paris « que le temple de Bourniquel était 
inutile». Quelques mois encore et le temple disparaîtra ^ 

21 février 1685. — Le 10 février le présidial de Nîmes avait 
condamné le temple de Saint- Jean-du-Gard à être démoli. Quelques 
jours après le secrétaire du consistoire écrivait sur son registre 
cette annotation : « Le 21' du dit, le dit temple a été rasé. » — 
A la même date, le temple de Soudorgue fut condamné ^ 

22 février 1685. — Jugement du 22 février 1685 condamnant 
Françoise Puech comme relapse à faire amende honorable, nue en 
chemise, la corde au col. Le temple de Beauvoisin, où s'était 
trouvée la femme Puech qui abjura une seconde fois et fut graciée, 
fut condamné à être démoli et la religion réformée fut interdite ^. 

23 février 1685. — L'église de Bouen était interdite mais son 
beau temple de Quevilly subsistait encore ; le collège des Jésuites 
s'en indigna et s'y porta un jour de congé, le 23 février 1685, ses 
balayeurs en tête et en queue la lie du peuple, armés de tout ce qui 
peut détruire. Portes, verrières tout avait volé bientôt en éclats; à 
l'intérieur, la chaire, les tables du Décalogue, les bancs, même les 
armes du Roi, qui décoraient le banc du clergé avaient été mis en 
pièces; en haut, le clocher avait été abattu, la cloche précipitée à 
terre; on était en train de démolir la couverture; et, s'en prenant 
à cette clé de la voûte, qui contenait toute la charpente, ces impru- 
dents démolisseurs, s'acharnant à leur œuvre, allaient être écrasés, 
lorsque survint la police qui les sauva; mais le temple était à moitié 
détruit. L'information faite contre les élèves du collège des Jésuites 
pour lesquels avait été tout l'honneur, fut arrêtée par ordre du par- 
lement. Il n'y avait plus de justice pour les protestants de France*. 

1. Arch. Nat., série TT. 

2. Bulletin, 1876, p. 562. 

3. Ihid., XXVI, 552. 

4. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, III, 113. 



88 MÉLANGES. 

24 février 1685. — L'intendant Foucault qui devait acquérir la 
plus triste des illustrations en organisant les premières dragon- 
nades, c'est-à-dire en se servant des troupes pour catholiser le 
BéarUy commence son œuvre d'iniquité en portant au parlement de 
Navarre, le 24 février 1685, les édits condamnant quinze temples 
de cette province sur vingt à être démolis. Six semaines plus tard 
il n'existait plus un seul temple dans le Béarn ^ 

26 février 1685. — Si dure que fût la condition des protestants 
à une époque où la persécution sévissait contre eux dans toute sa 
rigueur, si forte cependant est la puissance de la vérité, que souvent 
des catholiques demandaient à professer la religion des persécutés. 
Ces nobles prosélytes furent l'objet des poursuites les plus rigou- 
reuses, mais les pasteurs jugés coupables de les avoir reçus dans 
les temples ne furent pas traités avec moins de sévérité. Par un 
arrêt en date du 26 février 1685, ils furent, en effet, condamnés 
à faire amende honorable, c'est-à-dire à être conduits la corde au 
cou, en chemise, pieds nus, un cierge à la main, devant la porte 
de l'église catholique du lieu où ils habitaient, pour demander par- 
don à Dieu et au Roi. En même temps leurs biens étaient confis- 
qués et ils devaient quitter la France pour toujours ^ 

'iS février 1685. — Les anciens du consistoire de Nîmes se réu- 
nissent pour délibérer sur les dangers, chaque jour plus grands, 
qui menacent l'église, et décident qu'un jeûne solennel sera célébré 
le 18 mars comme marque d'une profonde douleur et d'une pro- 
fonde humiliation. 

Frank Puaux. 



1. Recueil des Edits. 

2. Foucault, Mémoires. 



BIBLIOGRAPHIE 



LES HUGUENOTS EN BIGORRE^ 



Les historiens et même les simples amateurs d'histoire savent 
qu'à partir du moment où Jeanne d'Albret se rattacha ouvertement 
au protestantisme^, elle fut menacée par les tentatives de révolte 
secrète ou déclarée de ceux de ses sujets que l'intérêt ou l'attache- 
ment à la tradition retenait dans le catholicisme. Bien qu'elle n'eût, 
d'une manière générale, introduit la Réforme que là où ses adhé- 
rents formaient la majorité, laissant subsister le catholicisme « aux 
autres lieux où tous ceux qui vouloient pouvoient aller en toute 
liberté ou seureté, et que nul ne fût contraint de faire rien contre sa 
religion ^ », le clergé et ime partie de la noblesse étaient bien dé- 
cidés à ne point prendre leur parti de cette victoire de l'hérésie. 
Catherine de Médicis, Charles IX, le pape Pie IV ne négligeaient, 
du reste, rien pour entretenir et faire aboutir cette hostilité. La 
reine-mère et son fils, ainsi que le légat du pape, le cardinal d'Ar- 
magnac, adressèrent à Jeanne de vifs reproches, et le pape fit afficher 
à Rome une bulle qui l'excommuniait et l'invitait charitablement 
à comparaître devant le tribunal de l'inquisition, sous peine de 
confiscation de ses biens ^ A partir de ce moment, et presque pen- 
dant tout le XVI' siècle, on peut dire que les catholiques fanatiques 
du Béarn et de la Navarre ne déposèrent jamais sincèrement les 
armes, etne renoncèrent pas àl'espoir de reconquérir leur ancienne 

1. Documents inédits publiés pour la Société historique de Gascogne {Ar- 
chives, fascicule A% 1884) par Ch. Durier et J. de Carsalade du Pont, Paris- 
Auch, Champion-Cocharaux, 1884, 281 p. in-8°. 

2. D'après Bordenave, Hist. de Béarn et de Navarre, Paris-Renouard, 1873, 
p. 114-, cette profession publique n'eut lieu qu'après la mort d'Antoine de Bour- 
bon, c'est-à-dire après le 17 septembre 1562. 

3. Bordenave, p. 118. 

4. Ibid., p. 120 ss. 



90 BIBLIOGRAPHIE. 

autorité. Leur persévérance ne fut récompensée, et leurs espé- 
rances ne se réalisèrent que sous Louis Xlll^parla cruelle et inique 
campagne de 1620, qui rouvrit l'ère des guerres religieuses et dont 
les dernières conséquences furent laruinedu protestantisme français. 

Le premier complot grave éclata, du vivant de Jeanne d'Albret, 
à la suite des fameuses ordonnances de juillet 1566 qui, entre autres, 
exhortaient le clergé catholique à réformer ses mœurs, interdisaient 
la mendicité des moines et substituaient la libre élection des pas- 
teurs par le peuple à la présentation par le pape et par les évêques ^ 
Malheureusement les coupables, un moment menacés, ne furent en 
réalité pas punis, et les députés catholiques des États qui se tinrent 
peu après, les ayant, en quelque sorte, publiquement approuvés, le 
mouvement s'étendit et s'accentua. La reine eut quelque peine à 
pacifier la Basse-Navarre qui était restée catholique et fut sérieuse- 
ment agitée. Trois seulement des plus compromis parmi ces li- 
gueurs*^ furent exécutés, les autres échappèrent, grâce, en partie, 
à l'entremise de Charles IX dont la complicité est prouvée par ce 
fait et par la récompense accordée au comte Charles de Luxe qui 
était le chef des conjurés et qui fut décoré du collier de l'ordre de 
saint Michel \ 

Lorsqu'on septembre 1568 Jeanne arriva, malgré la surveillance 
de Monluc, à la Rochelle, au secours de l'armée huguenote, 
Charles ÎX jugea le moment opportun pour s'emparer, sous prétexte 
de les protéger, des états de la princesse hérétique. Les parlements 
de Toulouse et de Bordeaux et le conspirateur amnistié dont nous 
venons de parler, le comte de Luxe, exécutèrent les ordres reçus 
dans ce sens, et, grâce à la défection de la plupart des gentils- 
hommes, Antoine de Lomagne, seigneur de Terride, occupa le Béarn 
(avril-mai 1569). Jusqu'à cette campagne, les meurtres pour cause 
de religion avaient été à peu près épargnés à ces provinces, mais 
on pense bien que les catholiques, revenant au pouvoir, ne se bor- 
nèrent pas à rétablir le culte qu'ils prétendaient proscrit. Qu'on lise 
dans Bordenave^ le récit détaillé et d'une authenticité incontestée, 

5. Ibid., p. iU. 

6. Bordenave appelle le parti de la réaction, la ligue. 

7. Voy. sur toute cette révolte, Bordenave, p. 139 à 150. 

8. Et dans l'Histoire des troubles survenus en Béarn, de l'abbé de Poeyda- 
vant, Pau, 1820, vol. I. 



BIBLIOGRAPHIE. 91 

des exécutions sommaires, des cruautés commises à Nay, à Orthez, 
à Bellocq, à Puyoo, à Lescar, où l'on se divertit en faisant pendre 
les pasteurs Pierre de Loustau, Matthieu du Bedat et Jean du Luc, 
avec quelques autres protestants; à Pau où, malgré les conditions 
de la capitulation, quinze ministres furent provisoirement empri- 
sonnés et maltraités; à Navarrenx où les deux pasteurs d'Oloron, 
Bertrand Ponteto et Antoine Buisson furent assassinés et leurs 
femmes outragées, et l'on sera édifié sur les mesures protectrices 
des soutiens de l'autel. Que penser après cela de la « protection » 
accordée aux propriétés ! 

Jeanne d'Albret était tenue au courant de ces événements, mais 
ce n'est qu'en juin 1569 qu'elle put confier à Mongommery ^ le soin 
de chasser les usurpateurs. On sait qu'il s'acquitta de cette mission 
avec une prudence, une rapidité et une bravoure tout à fait hors 
ligne. 

Les documents publiés par MM. Durier et de Carsalade du Pont 
sont destinés à nous apprendre « comment le comté de Bigorre fut 
ravagé de fond en comble, comment les églises elles abbayes furent 
pillées et incendiées, et les prêtres et les religieux massacrés » par 
le célèbre capitaine que ni Damville, ni Monluc, ni Terride ne 
purent empêcher de reconquérir en un mois environ, les états de sa 
souveraine. Les gens qu'il allait combattre étaient des conspirateurs 
depuis longtemps compromis, des usurpateurs et des révoltés, et 
l'on sait qu'au xvi^ siècle, il n'y avait pas de crime plus odieux et 
plus sévèrement puni que le crime de lèse-majesté. Nous n'aurions 
donc pas été surpris de trouver dans ce livre le récit de quelque 
châtiment exemplaire infligé à la félonie de sujets profitant de l'éloi- 
gnement de leur souveraine pour la dépouiller. Quelle ne fut pas 
notre surprise de lire des délibérations municipales toutes remplies 
de la terreur qu'inspirait Mongommery, et une série de lettres me- 
naçantes de ce dernier! Le seul document qui le concerne en dehors 
de ceux-ci, c'est une enquête faite du 5 au 10 septembre 1575 sur 
les ravages que subit le comté de Bigorre (p. 160 à 224). Cette 
enquête, provoquée et dirigée par le syndic du clergé du diocèse de 
Tarbes est de six ans postérieure à la campagne de Mongommery et 

9. Voy. l'art, de la France protestante, Bordenave, etc. 

10. Introduction, p. 7. 



92 BIBLIOGRAPHIE. 

|e texte qu'on a imprimé est celui d'une copie faite au siècle dernier 
par un chanoine, Girard, sur un original aujourd'hui perdu. Nous 
nous permettons celte remarque pour faire ressortir le caractère 
nécessairement peu impartial d'une pareille autorité. Or, parmi les 
onze témoins qui déposèrent, il n'y en a qu'un, si nous ne nous 
trompons, qui accuse Mongommery d'avoir massacré les catho- 
liques Tous les autres racontent simplement le pillage et l'in- 
cendie d'un grand nombre d'églises. Or, nous prétendons qu'un 
capitaine du xvi''. siècle qui, pour châtier des brigands et des assas- 
sins et soumettre des révoltés, se borne à des dégâts matériels et 
n'exerce qu'exceptionnellement de sanglantes représailles, fait 
preuve d'une singulière modération. Autre chose est tuer les gens 
dans un combat, et autre chose les faire massacrer de sang-froid. 
Or, Mongommery n'eut que rarement recours à ce moyen d'intimi- 
dation, cela ressort avec la plus grande évidence des documents si 
correctement imprimés et si savamment annotés pour la Société his- 
torique de Gascogne. 

Et, dira-t-on, comment justifier le massacre de Terride et de ses 
sept compagnons qui, aux termes de la capitulation d'Orthez, de- 
vaient avoir la vie sauve Cette capitulation eut lieu le 15 août 
4569. En voici la première condition : c( Que les ministres qui 
ont esté pris en Béarn seront mis en pleine liberté et assurance de 
leurs vies et biens » 11 s'agit ici des quinze pasteurs qui, au mé- 
pris de la capitulation de Pau, avaient été emprisonnés. Or, voici 
ce qu'on fit de ces malheureux : Le 7 août, le ministre Michel Vî- 
gnau fut pendu; le lendemain, le même supplice fut infligé à 
Pierre du Bois, ministre de Lescar et à N. Alezieu, ministre de 
Garlin; le 10, Antoine Pourrai^ ministre de Tarbes, Augier Plan- 
tier, ministre de Beuste, et Guillaume More « passèrent par le 
même chemin ». Bordenave^*, qui cite encore d'autres victimes, 
nous apprend, après avoir raconté la capitulation d'Orthez, que 
(( Peyre et ceux du conseil de Pau continuoient toujours leurs exé- 

11. Voy. p. 201. 

12. Yoy. p. 205 et Bordenave, p. 282. 

13. Nous devons ce texte à l'obligeance de M. L. Cadier qui l'a copié à k 
Bibliothèque nationale, fonds Baluze, 151, n* 19. 

14. p. 262 ss. ; 



BIBLIOGRAPHIE. 93 

cutions^^ ». Il est donc permis d'admettre que le premier article 
de cette fameuse capitulation ayant été si peu observé, on ne se fit 
pas scrupule de violer les autres. D'autres relations, notamment 
celle de Monluc, permettent même de supposer que les huit gen- 
tilshommes qui furent tués avaient, contrairement aux conventions, 
essayé de s'enfuir. Quoi qu'il en soit, rien ne prouve que cette exé- 
cution eut lieu sur l'ordre de Mongommery, et il est absolument 
certain que Jeanne d'Albret n'y fut pour rien. Mongommery lui 
écrit, en effet, le 5 septembre, de Tarbes : <( C'est icy le treize ou 
quatorziesme messaiger que vous ay envoyé et à Messeigneurs les 
princes, du jour que je suis party de Castres, sans avoir eu aucunes 
nouvelles ny responce de vous, fors que par Mess'^^ Sperien et La 
Roze qui arrivèrent hier^*^. » 

Nous savons bien que l'enquête susdite accuse d'autres chefs hu- 
guenots de crimes aussi graves ^"^ que ceux qui nécessitèrent l'expé- 
dition de Montgommery, mais ces excès que nous ne songeons pas 
à justifier eurent lieu bien plus tard, alors que la guerre civile et 
religieuse se fut aggravée et que le fanatisme catholique eut produit 
l'exaspération huguenote 

Si quelque historien se donne jamais la peine de recueillir les 
documents qui détaillent par le menu la conduite des catholiques 
béarnais et bigourdins à l'égard des protestants, avec le même soin 
avec lequel on rassemble aujourd'hui les témoignages destinés à 
rendre ces derniers aussi odieux que possible, nous espérons qu'ils 
seront présentés et introduits avec un peu plus de justice et moins 
de confiance dans la crédulité des lecteurs. 

Nous ne terminerons pas, toutefois, sans remercier MM. Durier 
et de Carsalade du Pont d'avoir publié quelques-unes des pièces du 

15. p. 271. 

16. Bibliothèque nationale, Baluze, 151, n° 16. Copie de M. L. Cadier. 

17. il est à remarquer, toutefois, que cette enquête, très précise en ce qui 
concerne les localités saccagées, n'emploie jamais qu'une phrase générale lors- 
qu'elle parle d'ecclésiastiques tués; elle ne cite pas le nom d'une seule, de ces 
victimes. 

18. Ainsi Rabastens fut prise une première fois par les protestants, et le peuple, 
dit l'enquête, p. 72, fut pillé et rançonné; la même enquête nous apprend, 
p. 173, que, lorsque Monluc s'empara de la ville, « iceulx qu'estoient dedans 
(furent) tués et massacrés ». 



9i BIBLIOGRAPHIE. 

procès de Bernard Castilhon, curé d'Asté, qui fut emprisonné avec 
Guillaume Aucon, notaire, Bertrand de Forcade et Domenge 
Bedera, tous accusés d'hérésie, et condamné le 26 août 1562 par 
le parlement de Toulouse, à être étranglé puis brûlé vif devant 
l'église d'Asté Ces documents, empruntés surtout aux archives 
communales de Bagnères-de-Bigorre, donnent la liste fort longue 
des frais de ce curieux procès qui mériterait une étude spéciale^''. 

Ajoutons enfin qu'une excellente table facilite l'usage de ce vo- 
lume parfaitement imprimé. N. Weiss. 



LA LIGUE A METZ ' 

Cette chronique, malheureusement incomplète, a été écrite par 
un pasteur dont l'intéressante carrière a été résumée dans la France 
protestante. Grâce à un document hors ligne qui est aujourd'hui 
entre les mains de M. le pasteur 0. Cuvier, et qui n'est autre chose 
qu'un fragment de l'autobiographie de ce ministre, M. A. Prost a pu 
compléter cette notice dans l'introduction à l'ouvrage ci-dessus, où 
il démontre, un peu longuement peut-être, que cette chronique est 
bien de Buffet. 

Né à Villegusien, près de Langres, le 21 juin 1544, François Buf- 
fet fut amené le 15 février 1555 par son oncle Didier Buffet, pro- 
vincial des carmes de Bourgogne, dans un couvent de cet ordre à 
Dijon. En 1576, il y devint prieur, et peu après, théologal de la 
cathédrale de Saint-Vincent, à Châlons-sur-Saône, où il devait prê- 
cher tous les dimanches et tous les jours de l'avent et du carême. 
En 1578, il commence à traduire en français un livre de prières 
de Johannes Avenarius, professeur à Wittemberg, que lui avait 
donné un seigneur Bourguignon. Ce livre exerce sur lui une 
grande influence. Dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 no- 
vembre, agenouillé devant le grand autel de l'église des Carmes de 
Châlons, il hésite a invoquer la vierge, parce que saint Paul avait 

19. Voy. Bulletin, XV, 297 ss. 

20. Voy. p. 87 à 109. 

1. Extrait des cahiers de François Buffet, 1580-1588, publié pour la première 
fois par E. de Bouteiller, avec une introduction et des notes par AuG. Prost> 
Paris, Dumoulin, 1884, XXXII, et 237 p., petit in-8o. 



BIBLIOGRAPHIE. 95 

dit : (( Tout ce qui ne se fait pas avec foi est péché. » II ne s'adresse 
donc qu'à Dieu, et entend comme un bruit de « tonnerre obscur ». 
A partir de ce moment, il est décidé à entrer dans l'Église réformée. 
Le lendemain de cette nuit mémorable, il ose dire en chaire que 
« les jeunes enfants de Genève sont mieux appris et entendus au 
fait du cathéchisme chrétien que beauconp de curés et d'évêques ». 
Le soir, à compiles, il se sent navré en son cœur de réciter certaines 
antiennes et collectes, qualifiées par son oncle même de supersti- 
tieuses et dangereuses. Le lendemain lundi, il confie c( à un person- 
nage d'autorité et de savoir, entendu en tout ce qui touche la vraie 
religion, combien qu'il n'en fasse pas profession, son intention de 
déclarer en chaire la résolution prise par lui d'embrasser la religion 
réformée. Celui-ci l'en dissuade et lui conseille de continuer ses ser- 
mons, en parlant toutefois selon sa conscience, mais sans blesser 
les sentiments de son auditoire; puis, après cela, de se retirer à 
Genève. Le jour même, en effet, il prêche, sans causer aucun scan- 
dale et à la satisfaction de tous, sur la vocation des apôtres et sur le 
martyre de saint André dont c'était la fête. Il termine en avertissant 
qu'il prêchera, les jours suivants, sur l'oraison et la manière de 
prier, recommandant qu'on ne manque pas de venir l'entendre. Le 
mardi, en effet, il prêche sur la prière disant, qu'il fallait prier pour 
la réformation de l'église de Dieu ; justifiant Luther ; s'élevant contre 
les indulgences, la primauté et l'autorité du pape; déclarant que le 
bréviaire était absurde, et qu'on devait prier comme dans la primi- 
tive Église. Tout le monde est ébahi, scandalisé; plusieurs se reti- 
rent; d'autres se jettent à genoux et se mettent en prière pour ne 
plus entendre. 

«Après le sermon cependant, le grand vicaire de l'évêque, gentil- 
homme docte et âgé , dévotieux à l'église romaine , fait inviter 
Buffet à dîner, comme il faisait d'ordinaire pour les prédicateurs. En 
traversant pour s'y rendre le cloître de l'église Saint-Vincent, Buffet 
rencontra plusieurs chanoines et religieux parmi lesquels un reli- 
gieux de Saint-Pierre nommé Lecoq, qui s'adresse à lui tout éploré : 
(( Comment avez-vous pu, lui dit-il, prêcher de telles choses? Il faut, 
au sermon de demain, les dédire. » — « Oui, répond Buffet, si vous 
me prouvez, par la parole de Dieu, que j'ai tort. » Là-dessus, con- 
troverse à laquelle se mêlent plusieurs des assistants. On accuse 
Buffet d'hérésie. « Votre oncle, lui dit maître Pierre de Saint-Julien 



96 BIBLIOGRAPHIE. 

de Bâilleuse, gentilhomme et fort docte, votre oncle fit aussi une 
fois telle folie, mais il se rétracta. » {Introd. p. xvii-xix). 

On voit, par ces extraits, l'importance de cette Introduction. Le 
2 janvier 1580, Buffet, emprisonné, se rétracte en effet, mais il se 
rend alors à Genève et en mai 1582 il en revient pour exercer le 
ministère à Metz. Il ne quitta cette ville que pendant l'interdiction 
du culte réformé, de 1585 à 1592 où on le trouve avec La Chasse ou 
Chassanion à Otterberg, près Kaiserslautern, qui possédait une con- 
grégation de réfugiés français. Il mourut enfin à Metz le 1°^ juillet 
1611 et eut pour successeur le célèbre Paul Ferry. 

La chronique qu'il a laissée renferme bien des détails curieux ; 
M. Prost l'a savamment et copieusement annotée ; bref, ce charmant 
volume de la petite bibliothèque messine complète, en plusieurs 
points, l'histoire locale de la Réforme et de la Ligue. 

N. Weiss. 

. NÉCROLOGIE 



M. PIERRE JONAIN. — M. EUG. PELLETAN 

Le Bulletin des Archives historiques de la Saintonge et de VAunis 
du 1'^' janvier 1885 consacre une notice assez étendue à deux hommes 
diversement distingués qui ne sauraient être oubliés dans notre Bulletin. 
Le 4 novembre 1884 s'éteignait à Royan, dans un âge fort avancé, l'au- 
teur du beau poème : Le Martyr Cévenol, dont trois fragments lus dans 
notre assemblée générale du 21 mai 1878 obtinrent un vif succès. 
Longtemps professeur, M. Pierre Jonain a écrit sur les matières les plus 
diverses. Le poème de Roland est son meilleur titre. 

C'était aussi un enfant de la Saintonge qu'Eugène Pellctan, publiciste 
distingué, invariablement fidèle à la cause libérale, dont le dernier écrit 
{Dieu est-il mort?) fut une éloquente protestation contre l'athéisme con- 
temporain. Son livre le plus connu est le Pasteur du Désert, espèce de 
biographie romanesque de son aïeul maternel, le pasteur Jarousseau 
(2e édition, in-8, 1876). Rien de plus miUtant que la longue carrière du 
journaliste né, le 29 octobre 1813, dans la commune de St-Pallais-sur-mer, 
arrondissement de Marennes,et mort, le 14 décembre 1884, au palais du 
sénat dont il était questeur. J. B. 

Le Gérant : Fischbacher. 

BouuLOToN. — Imprimeries réunies, B. 



BULLETIN 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECUEIL MEI^SUEL, IN-8°. 

ATIS. — LES ABONNÉS DONT LE NOM OU L' ADRESSE NE SE- 
RAIENT POINT PARFAITEMENT ORTHOGRAPHIÉS SUR LES BANDES 
IMPRIMÉES SONT PRIÉS DE TRANSMETTRE LEURS RECTIFICATIONS 

A l'administration. 



On peut se procurer les volumes parus du Bulletin aux prlx suivants 



année, 1852 

— 1853 

— 1854 

— 1855 

— 1856 

— 1857 

— 1858 
~ 1859 



20 fr. 

le volume. 



9 - 



1860 
1861 



I,. 



30 fr. 
volume, 



11" année. 


1862 \ 


12e — 


1863 1 


13' — 


1864 


W — . 


1865 


150 _ 


1866 


16« — 


1861 


17« — 


1868 


18« - 


1869 î 




1870»7lî 


21« — 


1872 \ 




1873 / 


23« ~- 


1874 1 


,-, 24«' : 


1875 1 


25« -~ 


1876 1 


26« — 


1877 1 


27« — 


1878 1 


28« — 


1879 


29« — 


1880 


30« 


1881 / 


31« — 


1882^ 


32^ — 


1883 J 


33°: 


1884 j 



20 fr. 

le volume. 



10 fr. 
le volume- 



Chaque livraison séparée : 2 francs. 

Une livraison de Tannée courante ou de la précédente : 1 fr. 25. 
On ne fournit pas séparément les livraisons des 7% 9® et 10^ années. 
Une collection complète (1852-1883) : 320 francs. 
Table générale des matières des 14 premières années : 2 francs. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'DTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET DD 13 JUILLET 1870 

IllédaîUo «l'or à rfi^xpositi^n irnivcrseUe de IS»® 



ADMINISTRATION. Ll BRAIRIE G. F I S C H B A C H E R , 3 3, RUE OE S€INE 



Le Bw.i/e/w paraît le 15 de chaque mois, par cahiers de trois 
feuilles au moins. On ne s'abonne point pour moins d'une année. 

Tous les abonnements datent du 1" janvier, et doivent être soldés 
à cette époque. 

Le pi4x de l'abonnement est ainsi fixé : 

ÏO fr. » pour la France, l'Alsace et la Lorraine. 
12 fr. 50 pour la Suisse. 
15 fr. » pour l'étranger. 
7 fr. 50 pour les pasteurs des départements. 
10 fr. » pour les pasteurs de l'étranger. 
La voie la plus économique et la plus simple pour le paiement 
des abonnements est l'envoi d'un mandat sur la poste, au nom de 
M. Alfred Franklin, trésorier delà Société, rue de Seine, 33, à Paris. 

Les mandats-poste internationaux devront porter la mention : 
Payable Bureau 15 (rue Bonaparte). 

Nous ne saurions trop engager nos abonnés à éviter tout inter- 
médiaire, même celui des libraires. 

Les personnes qui n'ont pas soldé leur abonnement au 
15 mars reçoivent une quittance a domicile, avec aug- 
mentation, POUR FRAIS de recouvrement, DE : 
1 fr. )) pour les départements; 
1 fr. 50 pour l'étranger. 
Ces chiffres sont loin de couvrir les frais qu'exige la présentation 
des qmii^ïicos y V administration préfère donc toujours que les abon- 
nements lui soient soldés spontanément. 



LEI^PRIX DE CE CAHIER EST FIXÉ A I FR. 25 POUR 1885 



34^ ANNÉE. — 1885 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 
DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 



BULLETIN 

HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE 



TROISIÈME SÉRIE. — QUATRIÈME ANNÉE 
N» 3. — 15 Mars 1885 




PARIS 

AGENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ 

LIBRAIRIE FISGHBAGHER (SOCIÉTÉ ANONYME) 

33, RUE DE SEINE, 33 
LONDRES. — Nutt, 270, Strand. i LEIPZIG. — F. Brookhaus. 

AMSTERDAM. — Van Bakkenes et Q'« ' | BRUXELLES. — Veyrat (M*^»). 

1885 

BOUKLOTON. — Imprimeries réunies, B. 



SOMMAII^E 

Pages. 



ÉTUDES HIlSTORIQUES 

Matthieu LeliÈVRE. — La Réformo dans les îles de la 

Manche. (3« article.) ... 97 

DOCUMEI^TS 

Alfred Leroux. — La HMorme dans l'Amenais. Cîon- 

damnaiion de P. Rivière, 2 mars 1543.. 110 

Ferdinand TeiSSIER. — Les églises du Vigan et envi- 
rons en 1561 112 

Charles ReAD. — Le grand dessein de la Révocation 

de l'Édit de IVantes . . 115 

Eugène Arnaud. — La veîlle de la Révocation en Viva- 
rais, mars 1684. ...122 

Ferdinand TeiSSIER. — Temples de Salnton^e et Angou- 

mois, Périgord et pays de Foîx, depuis 1755. ...... 123 

MÉLANGES ■ 

E. JaCCARD et F. PUAUX. — - Éphémérides de l'année de 

la Révocation de l'Édit de iVantes (Février et Mars 
1685) ... 125 

BIBLIOGRAPHIE 

Auguste Sabatier. — Pani Rabaut. 131 

Jules Bonnet. — Jaqneline de Rolian. . . 137 

Charles FrOSSARD. ~ Calendrier hîstorial réformé. . . 138 
CORRESPOIXDAIVCE. 

Blanche Gamond. BiMe en Basque. Un traité inconnu . 139 
de l'époque de la Ligue. Quatre-vingt-treize lettres 141 
du duc de Rohan. 144 



Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin devra être désor- 
mais adressé, sous le couvert de M. le Président de la Société, à 
M. N. Weiss, secrétaire de la rédaction, 16, place Vendôme, Paris. 



Prière d'adresser, place Vendôme, 16, les livres, estampes, mé- 
dailles, etc., offerts à la Bibliothèque de la Société, ouverte au 
public le lundi et le jeudi, d'une heure à cinq heures. 



LES GRANDES SCÈNES HISTORIQUES DU XVI^ SIÈCLE (Recueil de 
Tortorel et de Perrissin). Quarante-quatre livraisons de cette belle publi- 
cation sont en vente au prix de 3 francs la livraison. 

LA FRANCE PROTESTANTE. Deuxième édition. Quatrième volume. 
Deuxième partie. Art. Corbètes-Cybaud. Prix : 5fr. pour les souscripteurs. 

HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES ÉGLISES RÉFORMÉES AU 
ROYAUME DE FRANCE, par Th. de Bèze. Edition nouvelle par feu 
€. Baum et Ed. Cunitz. Tomes 1 et 2. Prix : 40 fr. 

ÉTUDE SUR LES ACADÉMIES PROTESTANTES EN FRANCE AU XVI^ 
ET AU XVIIe SIÈCLE, par U. Bourchemin. Prix : 6 fr. 

PAUL RABAUT, SES LETTRES A ANTOINE COURT (1739-1755) avec 
notes, portrait et autographe, par A. Picheral-Dardier, et une préface 
par Ch. Dardier. 2 vol. in-8°. Prix : 12 fr. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



ÉTUDES HISTORIQUES 

LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE 

IV 

CHUTE DU PRESBYTÉRIANISME A JERSEY 

L'avènement de Jacques au trône d'Angleterre ne parut 
pas d'abord devoir affecter la situation des Églises des îles. 
Leurs privilèges furent confirmés par un acte formel du roi. il 
y déclarait qu'ayant appris que les îles de Jersey et de Guer- 
nesey, « parcelles du duché de Normandie, avaient adopté le 
même gouvernement ecclésiastique que les Églises de ce 
duché, il ordonnait qu'elles continuassent à jouir paisible- 
ment de leur liberté, en se servant de la Discipline ecclésias- 
tique en usage chez elles ^ ». Cet acte fut accueilli avec joie 
par les partisans du régime presbytérien, qui formaient l'im- 
mense majorité de la population des îles. Les États de Jersey 
décidèrent que l'Ordonnance royale serait publiée le samedi 
suivant, « afin que chacun y rende obéissance ». Les ministres 
furent chargés de la transcrire sur les registres paroissiaux et 
de la lire en chaire. 

1. Voy. le Bulletin des 15 janvier et 15 fcvricr. 

2. Falle, Ilislory of Jersey, p. 199, 

xxxvî. — ' 7 



98 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

L'ordonnance royale n'était pas tout à fait un motu proprio. 
Elle était la réponse à une pétition des Églises des îles qui 
demandaient au nouveau roi la confirmation de leurs privi- 
lèges. Jacques, à qui les bonnes paroles ne coûtaient guère, 
promit ce qu'on lui demandait, mais en se réservant de tra- 
vailler à ramener au giron de l'Église établie ceux qui n'y 
étaient pas encore entrés. En essayant de supprimer, d'une 
façon trop précipitée, le régime presbytérien dans les îles, il 
eût alarmé ses sujets écossais. Il temporisa donc dans l'intérêt 
de sa politique. 

Depuis les premiers jours de la Réformation, Jersey avait 
eu constamment, comme gouverneurs, des membres de la 
famille Paulet, tous presbytériens décidés. Ils eurent pour 
successeur, en 1600, le brillant et infortuné sir Walter Ra- 
leigh, qui monta sur l'échafaud, trois ans plus tard, pour 
avoir soutenu les droits d'Arabella Stuart au trône. Il fut 
remplacé par sir John Peyton qui, dès le commencement de 
son administration, annonça l'intention de tenir sous sa férule, 
tant les affaires de l'Église que celles de l'État, et d'exercer 
tous les droits qu'il considérait comme appartenant à son 
office. S'il faut en croire Neal, l'historien du puritanisme, 
Peyton a avait des instructions secrètes, d'après lesquelles il 
devait déraciner la discipline genevoise et implanter la litur- 
gie et les cérémonies anglaises^ ». Quoi qu'il en soit, il agit 
comme s'il avait de telles instructions. 

Le gouverneur possédait légalement le droit de nomination 
à tous les bénéfices ecclésiastiques de l'île. La DiscipHne pres- 
bytérienne, tout en respectant cette prérogative de l'autorité 
civile, la restreignait en fait, en donnant au colloque le droit 
de présentation du candidat, que seul il pouvait admettre dans 
le clergé insulaire par l'imposition des mains. Ce fut sur ce 
point que la lutte s'engagea entre le gouverneur et le col- 
loque. Celui-ci, en 1604, appela à la tête de la paroisse de 

1. riistonj ofthe Puritans, odit. cle 1822, t. H, p. 04-. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 99 

Saint-Jean, le pasteur Cosmes Brevin, de Sercq. Le gouverneur 
s'empressa de protester, au nom de la prérogrative royale, 
contre cette nomination, qui toutefois resta acquise. Mais sir 
John Peyton envoya un mémoire à son gouvernement pour 
demander qu'on avisât aux moyens d' « empêcher le fonction- 
nement de cette juridiction presbytériale et populaire dans 
l'Église et que l'on maintint les droits et les prérogatives du 
roi ». En réponse à cette plainte, des commissaires royaux 
furent envoyés de Londres. Mais leur présence ne servit qu'à 
marquer plus nettement la gravité du dissentiment. 

La présence des commissaires dut aider à la formation 
d'un parti d'opposition au pouvoir ecclésiastique existant. Il 
se composait avant tout de ceux qui voulaient faire leur cour 
au gouverneur et au roi, puis de ceux qui avaient eu à souffrir 
des sévérités disciplinaires des consistoires, et enfm de ceux 
qui trouvaient intolérables les empiétements de la justice 
ecclésiastique sur la justice civile. Le nombre des mécontents, 
encouragés par l'attitude du gouverneur, augmentait rapide- 
ment. La cour royale de l'île, longtemps très favorable à l'or- 
ganisation presbytérienne, ne l'était plus autant. Des conflits 
naissaient à propos des moindres incidents. Dans ces circon- 
stances, le colloque résolut, le 29 décembre 1609, d'adresser 
une (( Humble requête » au gouverneur. Cette démarche elle- 
même et les aveux renfermés dans cette requête montrent 
combien la situation était troublée : 

« Les assemblées, disent les pétitionnaires, qui sont ordonnées pour 
la conduite de l'Église, comme sont les consistoires, colloques et synodes, 
sont du tout méprisées, plusieurs se licenciant à ne point comparaître 
devant icelles, y étant semonds, jusqu'à désavouer publiquement leur 
autorité et pouvoir, et à vexer les ministres et anciens, les tirant devant 
la cour laïque pour causes purement ecclésiastiques, en quoi les officiers 
mêmes de Sa Majesté leur prêtent la main, attribuant à la cour laïque 
la connoissance des causes ecclésiastiques, pour confondre les deux 
juridictions, qui sont à distinguer, et aussi mettre la justice et l'Église 
en discussion, qui doivent se soutenir et maintenir l'un l'autre, par un 
bon accord, comme les bras d'un mémo corps; à quoi, s'il n'est remédié 



100 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

bientôt, il y a à craindre que tout n'aille en confusion, et que les récu- 
sants, libertins et scandaleux, n'aient une porte ouverte pour renverser 
l'Église de Dieu. » 

La réponse de sir John Peyton fut hautaine. Il reprocha aux 
ministres et anciens d'avoir eux-mêmes empiété sur les attri- 
butions des magistrats civils. Il leur donna à entendre que ce 
qui troublait la paix c'était l'ambition des gens d'Église. Il 
promit cependant de favoriser l'exercice de la discipline, 
(( dans la mesure où elle pouvait être considérée comme 
approuvée par le roi ». 11 terminait ironiquement en conseil- 
lant aux ministres de « marcher humblement devant leurs 
frères laïques et de partager leur temps entre l'étude des 
choses divines et la prédication de façon à mériter le respect 
des contemporains et l'admiration de la postérité^ ». 

N'ayant rien à espérer du gouverneur, les réformés de Jer- 
sey voulurent porter leurs doléances jusqu'aux pieds du roi, 
par l'intermédiaire de l'un de ses favoris, le comte de Salis- 
bury, lord trésorier et premier secrétaire. Ils espéraient avoir 
en lui un protecteur de leur cause, mais sa mort, en 1612, 
vint l'empêcher de défendre le presbytérianisme jersiais 
auprès du capricieux monarque qui gouvernait alors l'An- 
gleterre. 

Ce fut la question épineuse de la nomination des pasteurs 
qui, en 1613, souleva le conflit et amena la crise à son point 
aigu. La paroisse de Saint-Pierre étant devenue vacante, sir 
John Peyton prit sur lui de violer la discipline en nommant 
directement à ce bénéfice un Jersiais, nommé Élie Messervy, 
qui avait passé quelque temps à Oxford et reçu l'ordination 
épiscopale. Ce candidat refusait d'ailleurs nettement de sous- 
crire à la Discipline calviniste. Les anciens de la paroisse 
déclaraient, de leur côté, ne pas vouloir de ce pasteur a s'il 
ne se soumettait pas, comme les autres, au maintien de la 
paix et union des Eglises ». Le gouverneur maintenait son 



1. Le Quesne, Constitua onal History of Jersey, p. 574, 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 101 

droit de l'imposer à l'Église malgré elle. Devant une préten- 
tion aussi exorbitante, le colloque n'osa pas résister ouverte- 
ment. Il demanda le renvoi de l'affaire au synode et chargea 
son modérateur d'écrire au gouverneur « pour le supplier 
bien humblement d'avoir égard à la gloire de Dieu et repos 
de l'Église sous son gouvernement ». Sir John Peyton fut 
inflexible et demanda à être obéi. Alors le colloque capitula. 
En date du 15 juillet lôi^, il vota la résolution suivante : 

€ Nonobstant les difficultés proposées par devant en l'admission de 
Monsieur Élie Messervy en l'église de Saint-Pierre, à laquelle il avait 
été présenté par monsieur le gouverneur, il est maintenant reçu à exer- 
cer son ministère dans la dite église, et ce après l'ordonnance de mes- 
sieurs du consistoire ; et y fera office de pasteur sans innover aucune 
chose en l'église, suivant la requête que lui en ont fait les anciens de la 
dite église, et la déclaration que lui-même a faite, de n'avoir d'autre 
intention, sinon qu'il ne reçoive autre commandement de Sa Majesté, ou 
de Son Honneur; et partout lui a esté baillé la main d'association au 
ministère, d 

La faiblesse dont le colloque fit preuve dans cette affaire 
enhardit ses adversaires, qui se décidèrent à frapper le coup 
décisif. Ils adressèrent Une requête au roi, pour lui représen- 
ter que les habitants de l'île étaient généralement mécontents 
de la Discipline ecclésiastique et désiraient être rattachés à 
l'Église anglicane. Les deux partis furent invités à se faire 
représenter devant une commission nommée par le Conseil 
du roi. Le gouverneur et les États, qui étaient maintenant 
gagnés à ses vues, déléguèrent le ministre Élie Messervy et le 
procureur Marett; ils étaient porteurs d'une pétition, couverte 
de nombreuses signatures et réclamant un changement de 
régime et la nomination d'un doyen. Le colloque, sentant que 
sa faiblesse dans l'affaire Messervy n'avait eu d'autre résultat 
que d'introduire l'ennemi dans la place, essaya d'être ferme 
et décida qu'il maintiendrait la Discipline et que ses délégués 
ne se prêteraient à aucun compromis. Ceux-ci, chargés de 



102 LA RÉFORME DANS LES ILES E)E LA MANCHE. 

défendre ses résolutions devant la commission royale, furent 
les ministres David Bandinel, de Saint-Brelade; Thomas Oli- 
vier, de Saint-Hélier; Nicolas Essart, de Saint-Sauveur et 
Samuel de la Place, de Sainte-Marie. 

Malheureusement les hommes ne furent pas à la hauteur 
des circonstances. L'un d'eux, le ministre La Place se laissa 
éblouir par la perspective que fit miroiter à ses yeux le gou- 
verneur, de devenir le premier doyen de l'Église nouvelle, et 
il trahit la cause qu'il avait promis de servir. Les autres ne 
devaient pas se montrer beaucoup plus fermes, mais, en atten- 
dant qu'ils fléchissent à leur tour, ils défendirent de leur 
mieux, devant les commissaires du gouvernement, les droits 
du presbytérianisme jersiais. Ce débat était d'ailleurs de pure 
forme; la commission, composée de trois membres de l'Eglise 
anglicane, dont un était l'archevêque de Canterbury, était 
décidée, avant toute discussion, à rattacher au type anglican 
les réformés de Jersey. L'archevêque signifia aux députés du 
Colloque que « afin de ramener dans l'île la paix et le bon 
ordre, Sa Majesté jugeait nécessaire d'abord de rétablir l'of- 
fice de doyen, qu'elle confierait à l'un d'eux; le ministre 
appelé à ce poste recevrait des instructions, par voie d'm- 
térim, au sujet de la conduite qu'il aurait à tenir jusqu'à ce 
que les choses pussent être plus parfaitement réglées ». On 
les invita à retourner chez eux et à s'entendre avec leurs frères 
pour préparer un nouveau corps de canons et de constitutions 
aussi conformes à l'Église d'Angleterre que leurs lois et usages 
(que le roi déclarait vouloir respecter) le permettraient. On 
les prévenait que « la liturgie, qui avait été précédemment 
traduite en français à leur usage, leur serait de nouveau 
envoyée, sans toutefois qu'ils fussent liés à une stricte obser- 
vance de tout ce qu'elle renfermait. Sa Majesté avait une si 
bonne opinion de leur jugement qu'Elle ne doutait pas que 
plus ils connaîtraient ce livre et plus ils l'aimeraient^ ». 



1. Falle, Hist. of Jersey, p. 202. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 103 

Ainsi enguirlandés de bonnes paroles et de belles pro- 
messes, les députés du colloque revinrent â Jersey et n'eurent 
pas trop de peine, semble-t-ii, à se persuader à eux-mêmes 
et à persuader aux autres, qu'il fallait céder. Un ordre de 
Jacques I", en date du 14 juin 1618, chargea les États (c'est- 
cà-dire le pouvoir politique) de lui désigner « trois des plus 
graves et des plus savants minisires, parmi lesquels il se 
réservait de choisir un doyen ». Celui qui fut nommé, sur la 
proposition du gouverneur, fut David Bandinel, l'un de ceux 
qui avaient eu à défendre la discipline réformée devant les 
commissaires rovaux. Il était d'extraction italienne et avait la 
mobilité d'impressions, en même temps que les qualités bril- 
lantes, qui caractérisent sa race. Nature ambitieuse, il n'hé- 
sita pas à sacrifier ses principes à ses intérêts. 11 prit une part 
très active aux luttes politiques de l'île, et fut un homme de 
parti. Sa vie fut fort agitée; ayant épousé avec passion la cause 
du Parlement, il fut enveloppé dans la défaite de son parti et, 
après une dure captivité, il finit misérablement ses jours, 
sans un ami pour lui adresser le suprême adieu. Olivier, un 
autre des députés presbytériens, fut nommé vice-doyen. Quant 
au ministre La Place, qui le premier avait fait défection, il fut 
si irrité de se voir préférer Bandinel pour la dignité de doyen 
qu'on lui avait promise, qu'il se retira à Guernesey, où il 
redevint ardent presbytérien. Les autres ministres ne pa- 
raissent pas avoir eu beaucoup de peine à se laisser entraî- 
ner; ils devinrent ministres anglicans, non par conviction, 
mais pour ne pas perdre leur gagne-pain. Pas un seul ne 
donna sa démission. 

Il ne faut pas trop s'en étonner. Ces dix ou douze ministres 
vivant dans une petite île, n'ayant que peu de relations avec 
les réformés de France, n'en ayant aucunes avec ceux d'Ecosse, 
étaient bien faibles pour résister à l'énorme pression que la 
machine gouvernementale anglaise exerça sur eux. On aime- 
rait trouver parmi eux quelque caractère fortement trempé, 
capable de tenir tête à Jacques I" et à ses conseillers; mais il 



104 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

n'est pas étonnant qu'un tel caractère ne se soit pas rencontré. 
Dans un grand pays, les consciences trouvent autour d'elles, 
dans des crises semblables, des stimulants et des exemples 
qui les encouragent à résister; il n'en est pas toujours ainsi 
dans un petit pays où ces secours extérieurs font ordinaire- 
ment défaut. 

La préparation des canons de la nouvelle Église anglicane 
avait été confiée aux ministres qui se mirent à l'œuvre. Leur 
projet ne plut pas aux magistrats qui envoyèrent des délégués 
aux lords du Conseil pour s'opposer à son adoption. L'affaire 
fut remise aux mains de l'archevêque de Ganterbury et des 
évêques de Winchester et de Lincoln, qui modifièrent le pro- 
jet et réussirent à le rendre acceptable aux deux partis en 
présence. Les nouveaux canons furent approuvés par le roi 
le 30 juin 1623, et ils ont été, depuis cette époque, la loi 
ecclésiastique de Jersey \ 

Ils commencent par proclamer la souveraineté du roi, qui 
c( a la même autorité en causes ecclésiastiques, comme entre 
les juifs ont eu les rois religieux, et les empereurs chrétiens 
en l'Église primitive. » Il y est enjoint « à toutes sortes de 
personnes de se soumettre au service divin contenu au livre 
des communes prières de l'Église d'Angleterre » , et il y est dé- 
claré qu'on ne « souffrira aucun conventicule ou congrégation 
pour faire secte à part ou se distraire du gouvernement ecclé- 
siastique establi en l'isle ». Cette clause, où se montrait l'es- 
prit intolérant du régime que les Stuarts allaient essayer de 
faire prévaloir en Angleterre au prix de luttes sanglantes, ne 
fut pas toujours lettre morte dans les îles de la Manche, où 
elle servit de prétexte aux persécutions dont les méthodistes 
eurent à souffrir à la fm du xviii' siècle. 

La nouvelle discipline n'admettait dans les bénéfices de 
l'île que des ministres ayant reçu « l'imposition des mains et 
l'ordination selon la forme de l'Église d'Angleterre », et accor- 



1. Ils sont imprimés, dans leur texte français primitif, dans V Histoire dQ Falle. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 105 

dait de préférence ces bénéfices aux « originaires ou natifs de 
l'isle ». Elle instituait de nouveau la charge de doyen, abolie 
depuis plus d'un demi-siècle, et spécifiait ses droits et ses 
devoirs. 11 a a la connaissance de toutes choses qui concernent 
le service de Dieu, prédication de la Parole, administration 
des sacrements, causes matrimoniales, examen et censures de 
tous papistes, recusans, hérétiques, idolâtres et schismatiques, 
parjures en causes ecclésiastiques, blasphémateurs, ceux qui 
ont recours aux sorciers, etc. ». A ces causes viennent se 
joindre celles relatives aux divorces et séparations de corps, 
qui rentrent dans la juridiction du doyen. Elles se jugeaient 
en cour ecclésiastique, composée des recteurs des paroisses. 
Mais ceux-ci n'y siégeaient que comme simples assesseurs du 
doyen qui n'était tenu, par les canons, qu'à a demander l'advis 
et opinion des ministres qui pour lors seront présents ». Cet 
article qui donnait implicitement au doyen le droit de suivre 
son avis, fût-il désapprouvé par tous les autres membres de 
la cour, était évidemment inspiré par une pensée de défiance 
à l'égard des hommes qui se trouvaient, du jour au lende- 
main, transformés de ministres presbytériens en recteurs 
anglicans. Si les droits abusifs que cet article conférait au 
doyen sont tombés aujourd'hui en désuétude, il n'en a pas 
toujours été ainsi, et l'on a vu des doyens s'en servir pour 
faire prévaloir leur volonté personnelle*. 

Outre le doyen, la nouvelle constitution créait des surveil- 
lants, correspondant aux anciens, des collecteurs, correspon- 

1. Le Rév. Edward Durell, ministre anglican et savant commentateur de This- 
torien Falle, ne craint pas d'appeler ce canon « absurde », et il soupçonne 
David Bandinel de Tavoir introduit subrepticement, dans l'intérêt de son ambi- 
tion. Ce qui est certain, c'est que, dans le projet présenté à Jacques l^' par les 
ministres, cet article était tout différent : « Le doyen, y était-il dit, aura la 
même autorité en la cour ecclésiastique, comme a le bailly en la cour civile, et 
jugera de toutes causes d'instance entre partie et partie, par la pluralité des 
voix des ministres ses assesseurs, comme le fait iceluy bailly par la majeure 
voix des jurets qui l'assistent, pourveu que ce ne soit contre ces présentes con- 
stitutions (Falle, Hist. of Jersey, p. 463). 



106 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

dant aux diacres, et que Ton continue à appeler de ce nom, 
et des clercs ou cousteurs, sorte de sacristains chargés de 
veiller aux intérêts matériels et au bon entretien de l'église, 
et faisant, de plus, les fonctions de lecteurs et de chantres. 

Les concessions faites au presbytérianisme dans la nou- 
velle organisation de l'Église étaient plus apparentes que 
réelles. La posture de la génuflexion pour la Gène répugnait 
aux réformés; on les en dispensa provisoirement, mais les 
résistances sur ce point secondaire paraissent avoir facilement 
cédé. On respecta aussi les scrupules du peuple, en n'intro- 
duisant ni le signe de la croix dans l'administration du bap- 
tême, ni l'usage du surplis dans la chaire; la table de com- 
munion continua à être dressée devant la chaire, et l'on se 
passa de fonts baptismaux. Peu à peu, ces vestiges du calvi- 
nisme insulaire ont disparu; ce qui en reste aujourd'hui, 
c'est surtout une répulsion très vive chez le peuple à l'égard 
des innovations ritualistes. Les concessions de détail faites 
aux Églises des îles étaient insuffisantes, d'ailleurs, pour mas- 
quer l'écroulement défmitif de ce système de gouvernement 
parlementaire que le génie de Calvin avait donné aux Églises 
de langue française, et qui, s'il avait ses périls, leur assurait 
toutefois l'indépendance à l'égard du pouvoir politique. 

Les historiens les plus sympathiques à l'anglicanisme recon- 
naissent que (( l'introduction de la liturgie ne fut pas reçue 
avec faveur parle peuple jersiais^ ». Ses conducteurs spiri- 
tuels s'étant tous soumis, il dut bien fmir par se soumettre à 
son tour à un ordre de choses qui lui paraissait marquer un 
pas en arrière vers le catholicisme; mais une partie de la po- 
pulation conserva longtemps une attitude de défiance à l'égard 
du nouveau culte. Les sympathies que la cause du parlement, 
en lutte avec la royauté, trouva d'abord à Jersey s'expliquent 
par des affinités religieuses beaucoup plus que politiques. 

Les îles de la Manche relevant directement de la couronne 



1. Le Qii jsne, Constitutional History of Jersey, p. 172. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 107 

britannique, et n'ayant aucune relation avec le parlement, 
les insulaires qui prirent parti pour lui, ne le firent que parce 
qu'ils virent en lui le défenseur de leurs tendances religieuses. 

Le parti favorable aux Stuarts l'emporta cependant à Jersey, 
grâce surtout à l'énergique volonté de sir George de Garteret, 
royaliste ardent, qui réunissait entre ses mains les pouvoirs 
ordinairement divisés de gouverneur et de bailli. Il obtint des 
États, à la chute de Charles une proclamation qui protes- 
tait, en termes virulents, contre (( l'horrible crime » des 
(( rebelles », et reconnaissait, comme seul roi légitime, le fils 
du malheureux Charles P'. Pendant plus de deux ans, l'île 
fut royaliste, et Charles H vint même en personne y exercer 
une ombre de royauté \ Mais toute l'énergie de Garteret ne 
put empêcher les troupes républicaines envoyées par Crom- 
welld'en prendre possession en octobre 1651. Malgré l'enthou- 
siasme qui avait accueilli le prétendant, une notable partie 
du peuple vit avec plaisir cet événement qui lui présageait le 
rétablissement du presbytérianisme. 

Ce qui prouve combien était vif alors le désir d'un retour 
aux formes calvinistes du culte, c'est la proclamation par 
laquelle le gouverneur avait cru devoir déclarer que le roi 
entendait « maintenir sans aucune altération, la vraie religion 
protestante telle qu'elle avait été établie sous le règne de la 
reine Elisabeth^ ». Or, c'était le presbytérianisme qui avait 
été établi à cette époque. Une autre preuve de la persistance 
des tendances presbytériennes du peuple nous est fournie par 
le Journal manuscrit de Jean Chevalier, un témoin oculaire, 
royaliste modéré, qui raconte avec un enthousiasme naïf, le 
séjour de Charles II à Jersey, mais qui n'en resta pas moins 
un presbytérien décidé ^ En l'entendant parler avec dédain 

1. Voyez Charles the second in the Channel Islands, by S. E. Hoskins, 2 vol., 
Londres, ISS^. 

2. Le Quesne, p. 337. 

3. Journal et recueil de choses remarquables en Visle de Jersey, arrivées 
pendant les guerres civiles^ sous les règnes de Charles premier et Charles 



108 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

des (( cérémonies et redites contenues dans ce livre-là (la 
Liturgie) inventées par les traditions des hommes, ce livre 
ayant succédé à la messe », et des a évêques, lesquels avaient 
une partie des revenus d'Angleterre, vivant splendidement 
comme des princes, et même quelques-uns d'eux ayant presque 
autant de revenus que le roi et ne prêchant que rarement^ », 
— on a le sentiment très vif qu'on entend l'écho des préoccu- 
pations de la population jersiaise de l'époque, qui, tout en 
faisant des ovations au prince proscrit, conservait ses préfé- 
rences ecclésiastiques. 

La chute de Sir George de Garteret et de la cause royale à 
laquelle il avait attaché sa fortune, n'excita pas de bien vifs 
regrets à Jersey, si l'on en juge par ce fait que trois mille 
personnes de l'île signèrent une déclaration « de leur fidélité 
au parlement d'Angleterre, avec des actions de grâces à Dieu 
pour sa justice en donnant succès aux lorces du parlement et 
en défaisant le tyran Garteret^ ». 

La restauration du presbytérianisme ne dura que jusqu'à la 
chute de la république. L'avènement de Gharles II y mit un 
terme. La réaction n'eut pas recours à Jersey aux violences 
qui marquèrent son triomphe en Angleterre. La lassitude et 
le besoin de repos triomphèrent des répugnances et assu- 
rèrent à l'anglicanisme une victoire incontestée. Gharles II, 
en rétablissant l'élection des juges, demanda, dans une lettre 
aux Etats, qu'ils prissent soin que l'on élût des hommes (( ayant 
des principes orthodoxes dans les matières relatives à l'Église » . 
Les États s'empressèrent d'obtempérer à ce vœu et le dépas- 
sèrent même. Dans un acte en date du 11 décembre 1665, ils 
se plaignirent de ce que « quelques officiers en diverses pa- 
roisses manquent à une des qualités requises dans la lettre de 

second. Ce volumineux et intéressant manuscrit n'a pas encore été publié. La 
Société jersiaise annonce l'intention de le faire imprimer. Elle rendra ainsi un 
vrai service à l'histoire et à l'île de Jersey. 

1. Hoskins, Charles II in the Channel Islands, t. Il, p. 360. 

2. Le Qupsne, p. 339. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 109 

Sa Majesté, s'abstenant les uns des saints sacrements des 
années entières, les autres n'assistant point aux prières 
publiques et au service divin, en ne se trouvant point à l'église 
dans le respect convenable, oufoisant paroître quelque autre 
défaut de conformité; en quoi, outre leur faute personnelle, 
iJs sont en mauvais exemple au peuple, dont quelques-uns 
commettent encore le même mal à leur imitation ». Pour 
remédiera ce mal « et pour faire que l'on marche du même 
pied au service de Dieu et du roi », les États décidèrent que 
(( lesdits officiers auraient à se trouver par devant messieurs 
le lieutenant-gouverneur, bailli et doyen, au jour qui leur 
sera appointé pour être avertis de leur devoir, et afin qu'en 
cas de désobéissance, l'on procède à mettre en leur place 
d'autres officiers mieux affectionnés; de sorte que tous autres 
sujets de Sa Majesté de cette dite île ayent aussi à se conformer 
à l'Église susdite selon leur devoir^ ». L'histoire ne nous dit 
pas si l'ordonnance des États, qui fut lue dans toutes les 
églises, à l'issue du service divin, fit cesser les dernières ré- 
sistances. Nous ne trouvons plus de traces de tendances non- 
conformistes dans les rares documents de l'histoire de Jersey 
pendant près d'un siècle. L'historien Falle. contemporain des 
derniers événements que nous venons de rappeler, écrivait à 
la fm du XVII' siècle : a Aucune assemblée séparée ne se forma 
en opposition au culte public, et jusqu'à ce jour il n'y a pas 
eu un conventicule dans l'île. Une parfaite harmonie et una- 
nimité en religion règne parmi notre peuple. » 

L'apparition et les succès rapides du méthodisme à la fin 
du xviif siècle vinrent prouver que, sous cette unanimité se 
cachaient des besoins qui n'attendaient qu'une occasion pour 
éclater et que le non-conformisme n'était mort que pour res- 
susciter. Aujourd'hui une bonne moitié de la population de 
l'île est non-conformiste. 

(A suivre). Matth. Lelièvre, 



1. Le Quesne, p. 355. 



DOCUMENTS 



LA RÉFORME DANS L'AGENAIS 

CONDAMNATION DE PIERRE RIVIÈRE 

de Port-Ste-Marie, le 2 mars 1543. 
Monsieur, 

Je vous adresse ci-joint la copie d'un arrêt du Parlement de Bordeaux 
qui me semble intéressant par sa date. Cette copie m'est venue dans les 
mains d'une manière toute fortuite et je ne suis point en mesure de vé- 
rifier si elle a jamais été publiée. Les archives de la Société de V his- 
toire du Protestantisme vous permettront sans doute de vous rensei- 
gner à cet égard. 

Veuillez agréer, Monsieur... 5 

Alfred Leroux, 
Archiviste du département de la Haute-Vienne. 

Nous n'avons trouvé aucune trace de ce procès et de cette condamnation, 
ni dans la Chronique des Églises réformées de VAgenais, de M. A. La- 
garde (Toulouse, 1870) ni dans V Histoire de la Réformation à Bordeaux 
et dans le ressort du Parlement de Guyenne, de M. E. Gaullieur (Bor- 
deaux, 1884) qui donne beaucoup de renseignements inédits pour cette 
période encore fort peu connue, 

Le Pierre Pdvière dont on va lire le jugement était sans doute un des 
nombreux catholiques que la longue influence exercée par Gérard Bous- 
sel fit sortir, malgré eux, du catholicisme. On lit dans le savant volume 
de M. Gaullieur (p. 66) qu'en conséquence de l'édit du 28 juin 1539 qui 
mettait les frais des procès d'hérésie à la charge des évêques, celui d'Agen 
fut taxé à 70 livres, tandis que l'archevêque de Bordeaux ne devait payer 
que 50 livres. 

11 semble donc que le diocèse d'Agen fournissait à cette époque un 
nombre considérable de procès de ce genre. Un seul autre évêque était 



ARRÊT DU PARLEMENT DE BORDEAUX. 111 

aussi fortement imposé, celui de Saintes; tous les autres du ressort, 
payaient moins, celui de Bayonne, par exemple, seulement 40 livres. 

N. W. 



ARRÊT DU PARLEMENT DE BORDEAUX 

2 mars 1542(1543 nouveau style). 

Vu les charges et informations, recollemens el confrontations des 
tesmoings, enquestes faites sur les faicts objectifs et justificatifs de 
Pierre Rivière, apothicaire de Port-Ste-Marie \ et procès criminel 
faict à la requeste du procureur général du Roi contre led. Rivière 
chargé du crime d'hérésie, et lui ouï en la court, dict a esté que lad. 
court déclare led. Rivière avoir excédé et delinqué, et pour répara- 
tion des cas résultans dud. procès, le condampne a abjurer par de- 
vant l'Evesque d'Agen, son diocésain, ou son vicaire, et dire et 
déclarer qu'il croit qu'il y a enfer et que Judas est dampné, aussi qu'il 
fault honorer et prier les saints ^ : et ce faict, menné audit Port-Ste- 
Marie, auquel venu, ensaprésence, aujour de dimanche, ouautrejour 
defeste, sera faict un sermon en l'esglise dud. lieu, après lequel led. 
Rivière fera amende honorable devant ladicte esglise, et illec, en 
chemise, teste et pieds nuds, ayant la corde au col, et un fagot sur 
les épaules, et une torche de cire ardente en sa main, demander 
pardon à Dieu, au Roy et à la justice, dira et déclarera qu'il croit 

1. Celte ville du département du Lot-et-Garonne est située sur la Garonne à 
20 kilomètres en aval d'Agen. 

2. « Le 12 mai 1542, dit M. GauUieur (Ilist. de la Réforme à Bordeaux, p. 68), 
Richard Duplessis, avocat de la Reine de Navarre, se présentait devant les 

chambres (du parlement) assemblées pour y donner lecture d'une lettre adressée 
à cette princesse par son frère. François I''"' y fixait lui-même le genre de pu- 
nition à infliger aux hérétiques : Les sacramentaires, c'est à dire ceux qui 
avaient nié ou attaqué le dogme de l'Eucharistie, devaient être frappés d'Orne 
punition corporelle. Les dogmatisants, ou si l'on préfère les évangélisateurs, 
devaient abjurer publiquement leurs erreurs. Enfin ceux qui avaient « commis 
quelques fautes légères », devaient s'en confesser à leurs curés ou vicaires, 
et promettre de n'y plus retourner. » — L'apothicaire Pierre Rivière avait donc été 
rangé, mais avec peine, dans la deuxième catégorie, celle des dogmatisants 
qu'on condamnait à abjurer. 



412 LES ÉGLISES DU VIGAN. 

qu'il y a enfer et que led. Judas est dampné, aussi qu'il faut hon- 
norer et prier lesdicts saincts; et ladite esmande faite, sera renvoyé 
en ladite ville d'Agen, pour illec tenir prison en la maison du bailli 
de lad. ville, ou il estoit lorsque led. procès lui fut faict, jusques a 
ce qu'il soit décidé des lettres de remission par lui obtenues, des- 
quelles est faicte mention aud. procès, et que aultrement en justice 
en soit ordonné ^ 

Dict aux parties a Bourdeaulx, en Parlement, le deuxiesme jour 
de mars 1542. 

De Pontac. 

(Archives de l'évêché d'Agen. — Liasse Eérétiques. — Copie de La- 
brunie. — Mss. de M. de St-Amant). 



LES ÉGLISES DU YIGAN 

ET ENVIRONS, DANS LES CÉVENNES, EN 1561. 

(( Lettre missiue de Leglise du Vigan a celle Daulas touchant 
le recouurement dung Pasteur. 

« AUONS FORNY XVIII 1. )) [18 livresj 2. 
1561. 

L.'i lettre suivante, tirée des Archives du Conseil presbytéral d'Aulas, 
fait connaître la triste situation des églises des Cévennes après les persé- 
cutions qu'elles avaient souffertes des soldats de Villars ^, et l'esprit de 
fraternité chrétienne qui les animait. On a déjà vu dans le Bulletin, X, 

1. Nous disions, il y a un instant, qu'on ne l'avait rangé qu'avec peine dans la 
catégorie des dogmatisants. Il est probable que, si le malheureux n'avait pas pu 
se procurer (sans doute à prix d'argent) ces lettres de rémission ou de pardon, 
il aurait été plus sévèrement puni. Au reste les parlements n'obtempéraient pas 
toujours aux conclusions de ces sortes de lettres, et, dans tous les cas, avant que 
l'inculpé pût en bénéficier, elles étaient préalablement soumises à une délibéra- 
tion spéciale : « jusques a ce qu'il soit décidé des lettres de rémission par lui 
obtenues. » 

2. Écrit d'une autre main que ce qui précède. 

3. Voy. Hist. ecclésiastique, I, 340, et 386 de la réimpression Cunitz. 



LES ÉGLISES DU YIGAN. 113 

193, que l'église d'Aulas fut fondée le 6 septembre 1560 par un mestre ^ 
passant qui y demeura quinze jours. Nous avons tout lieu de croire qu'il 
s'agit de Tartas ^, ministre de Sauve, député par l'assemblée tenue à 
Egledine 3, pour visiter et redresser les églises de S. Ypolite Gange, 
Le Vigan, et autres des Gévennes. Le même document nous apprend 
que Barthélémy Bolet, mestre de Galvisson, et Raymond Delenne, 
mestre, vinrent ensuite à Aulas, mais retournèrent bientôt en leurs 
églises « n'estans pas mandes pour la nostre », ce qui décida le consistoire 
d'Aulas à envoyer un messager exprès à Genève pour en recouvrer un 
vers le mois de mars 1561. G'est dans l'intervalle qui s'écoula avant 
l'arrivée de la réponse, que dût être écrite la lettre de l'église du Vigan, 
et, quoique l'église d'Aulas eut obtenu Guilhaumes Hayraud, qui fut 
son premier pasteur, elle n'en contribua pas moins à l'entretien de celui 
qu'on proposait de faire venir, comme le témoigne la note, écrite d'une 
autre main que le titre ci-dessus. 

Ferd. Teissier. 

» Grâce et paix Vous soit multiplyees 
par Jésus Christ notre Seigneur. 

(( Très chers frères cognoissant la fauite quest en nous et en Vous 
de la fountion des saintz sacrements et de la parolle de Dieu pour 
nestre poruueus de pasteur appelé au Ministère, après auoir Invoc- 
que le nom de Dieu duquel tout bien procède, Auons bien Voulu 
consulter entrenous pour pouruoir a Vne si grande nécessite Et consi- 
derans la grand despence que par cy devant auons souffert tant pour 
le Recouurement dung pasteur que naurions peu obtenir A cause 
des persequutions dernièrement aduenues, Oresque eussions enuoye 
homme a chenal tout exprès, que aussi pour auîtres frais et despences 
extraordinaires de nostre église et folle de la gendarmerie, Auons 
trouue que pour encores nostre d. église seule a pouuoir satisfaire 
a la despence que conuyent faire au Recouuvrement et entretenement 
dung ministre, Sans layde et assistance des églises circonvoysines, 
Lesquells aussy délies mesmes en particulier ne pourroynt satisfaire 

1. On trouve écrit indifféremment a mestre » ou « ministre. » 

2. Yoy. sur lui Calvini opéra, éd. Reuss, t. XVIII, 580, 609, 651 et 7î7. 

3. Voy, Histoire ecclésiastique, I, 341, et 337 de la réimpression Cunitz. 
A, Aujourd'hui Saint-Hippolyte-du-Fort. 

xxxvj. — 8 



H4 LES ÉGLISES DU YIGAN. 

ausd. fraiz quant Vouldroynt entreprendre en auoir et entretenir 
Vng-, Quoy entendu les frères de Sumene nous ont promys tout deb- 
uoir et assistance, Resperans que Vous n'en ferez pas moins chascun 
en Yostre endroit selon Yostre pouuoir etdeuuotion, A telle condi- 
tion que ledit Ministre seruyra communément aux frères de Sumene 
Daulas de Mondardier Dolmessas de Molieres de Yalleraugue et a 
Nous Et auUres que Vouldront ayder ausd. fraiz. Ét quant Dieu nous 
aura faict plus grand grâce fortiffiant noz cueurs et augmentant son 
troupeau Offrons a ceulx desd. frères qui Vouldront entreprendre 
den auoir et entretenir Vng, particulièrement pour eulx leur assis- 
ter, Mais daultant que a grand difficulté en pourrons Recouurer 
Vng-, mesmes pour tous lesd. lieux, Auons aduise qu'il sera bon le 
tenir communément Et quant en pourrons Recouuvrer deux ou da- 
uantage offrons faire le semblable ou aultrement comme entre tous 
sera aduise selon la commodité que Dieu nous envoyera, A ceste 
cause nous Vous prions au nom de Dieu ne Vous espargner a Vue si 
saincte cause Et nous cerliffier clairement de Vostre pouuoir et Vo- 
lunte par ce présent pourtour Lequel enuoyons tout expressément, 
Que sera fin après auoir prie Dieu fortiffier et augmenter ces pouures 
églises, et leur soubuenir a toutes leurs nécessites, Nous recom- 
mandant affectueusement a Voz prières, du Vigan ce cinquiesme 
d'apuril 1561. 

Voz très humbles frères du 
Consistoire de leglise du Vigan 
D'Ortet, d[iacre] J. Planchon s[urveillanl] Guibail s[urveillantj 
Du mandement desd. frères 
E. Randauel d[iacre] A. Rorrelly escripuants . 

1. La lettre est écrite en entier de la main d'Antoine Borrelly, notaire et 
greffier consulaire. Toutesles signatures sont autographes. Le 1" nommé D'ortet, 
était notaire au Vigan et de la famille D'ortet-de-Tessan d'aujourd'hui; le 
'i." Jacques Planchon, était aussi notaire au Vigan; le 3" Esticjme Guibail, docteur 
ès droits et notaire au Vigan; enfin, le 4^ Esticnne Ramlavel, était aussi docteur 
es droits. 



LE GRAND DESSEIN DE LA. RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES 115 



LE (( GRAND DESSEIN » 

DE LA 

RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 

A quelle date fut-il positivement conçu ? — D'où, émanait-il et com- 
ment a-t-il été formulé? — Un document original de 'grande im- 
portance. — Questions à élucider. 

I 

La révocation de l'Édit de Nantes a été, sous couleur de politique 
d'État, la violation hypocrite et flagrante d'une triple parole royale, 
puisque Louis XIV avait lui-même, après son père et son aïeul, solennel- 
lement, par ses Déclarations de 164.3 et 1652, reconnu l'Édit de Nantes 
de 1598 comme perpétuel et irrévocable^. 

La révocation de l'Édit de Nantes, par son caractère et par ses consé- 
quences, a été un des facteurs manifestes de la Révolution française. 
Elle a eu ainsi une influence considérable sur les destinées de la France 
et, par suite, sur les destinées du monde entier. 

Qu'on ne s'étonne donc pas (comme on le fait parfois, avec plus ou 
moins de naïveté) qu'un tel événement ait tant occupé, depuis deux 
siècles, les polémistes et les historiens, et qu'illes occupe encore aujour- 
d'hui. Quoiqu'on en ait tant parlé jusqu'à présent, on en parlera iné- 
vitablement longtemps encore. D'ailleurs, soit comme secret de cour, 
soit comme souvenir historique, soit comme leçon de gouvernement, 
tous les voiles n'ont pas été levés, le dernier mot n'a pas été dit 2. 

J. Voir le rarissime opuscule : U irrévocabilité de VEclit de Nantes prouvée par 
les principes du droit et de la politique par G. A. (Charles Ancillon), docteur 
en droit et juge de la Nation française. A Amsterdam, chez Henri Desbordes, 
dans le Kalver-Straat, 1688, in-32. 

2. « La grande affaire aujourd'hui, la grande nouveauté, c'est la Révocation 
); de l'Édit de Nantes. On ne s'aborde plus qu'en se demandant : Qu'en pensez- 
)) vous? Êtes-vous pour ou contre?... » (Montégut, Revue des Deux Mondes, 
15 mai 1855). 

C'est, en effet, en cette même année 1855, que s'est passé un fait bien étrange 
et inconcevable dont un homme haut placé et bien informé, feu le contre-amiral 
Page, écrivain du Journal des Débats, se portait garant. Des influences prépon- 
dérantes en haut lieu, furent cause que le gouvernement d'alors eut à se préoc- 



116 LE GRAND DESSEIN DE LA. RÉVOCATION 

En commençant le chapitre XX de son admirable volume sur Louis XIV 
et la Révocation de l'Édit de Nantes, notre grand historien Michelet 
débute ainsi : « La Révocation, si longtemps préparée, eut pourtant 
tous les effets d'une surprise. » L'observation est vraie et profonde. Mais 
sur cette longue préparation, sur les antécédents, les préludes de l'acte 
criminellement prémédité, Michelet n'a rien noté, au cours de son récit. 
Il n'eût sans doute pas manqué de le faire, s'il eût rencontré quelque 
<iocument lui révélant d'une manière probante l'origine, le point de dé- 
part et la marche de cette idée néfaste, — poursuivie d'abord en fraude 
durant des années, hautement avouée enlin, consommée, glorifiée pom- 
peusement en octobre 1685. 

Ce document primordial, d'un intérêt si capital pour l'histoire, nous 
en avons fait autrefois la découverte dans un des innombrables cartons 
de nos Archives Nationales, où il se trouve enfoui au hasard. Nous 
l'avons trop longtemps gardé en réserve, et mal nous en a pris. 

II 

C'est à lui que nous faisions allusion dans une question posée dès 1859 
{Bull. VIII, 128,383). 

Nous allions maintenant le donner ici comme inédit, lorsque notre 
attention a été appelée sur le Bulletin d'avril 1870, où il s'est trouvé 
inséré sans notre participation, quoique émanant de nous, et sans que 
nous nous en fussions même aperçu alors ni depuis lors. C'est évi- 
demment un peu notre faute, et nous devons expliquer la chose. Car, 
si elle ne nous avait pas échappé jusqu'à ce jour, nous eussions pro- 
testé et réclamé tout aussitôt. 

Nous avions fait composer ledit document en 1859. Mais, ayant renoncé 
à le publier hic et nunc, afin de le faire paraître ultérieurement et à 
notre heure, nous avions donné ordre de le « distribuer )) c'est-à-dire 
décomposer, lorsque nous avons voulu, en 1864, cesser de présider notre 
Société et de publier son Bulletin. 

Nous ne savons comment cet ordre fut négligé ni comment il se fait 
que le document s'est trouvé inséré un beau jour, douze ans plus tard, 
sans aucune attache de notre part, sans notre commentaire, et avec les 
défectuosités d'une épreuve non révisée sur copie. 

cuper de mesures à prendre éventuellement contre le Protestantisme, que cer- 
tains esprits bienveillants identifiaient volontiers avec le Socialisme, ce (( spectre 
rouge » du moment. — Cela semble incroyable, et pourtant c'est incontestable. 
L'amiral Page déclarait en propres termes que « cela sentait la Révocation de 
l'Édit de Nantes et qu'il y eut quelque chose comme cela en l'air. » 



DE l'ÉDIT de NANTES. 117 

Une noie le déclarait d'origine inconnue. — Cette origine nous allons 
donc la révéler, et si nous ne reproduisons pas à nouveau le docu- 
ment lui-même, nous allons y renvoyer, en le décrivant, en l'annotant, 
et en le donnant à élucider plus complètement encore aux travailleurs. 
. Il sera, bientôt après, suivi d'une autre pièce inédite du même genre 
et non moins intéressante. 

C'est dans les liasses de la Section Domaniale (cotées TT, 268, aux 
Archives Nationales) que nous avions fait notre trouvaille. — Un premier 
intitulé inscrit, à une époque évidemment ultérieure et pour classement, 
sur le dos de la pièce dont s'agit, porte : Mémoires politiques secrets 
sur les affaires et synodes des R. R.^ de Languedoc et des Cévennes. 
Il est de la main de lAI. Tourlet, cet archiviste dont nous avons parlé ici 
même (t. IV, p. 338) et qui s'est tant occupé des documents relatifs aux 
Religionnaires. 

Sur le repli de la pièce même, on avait jadis au moment même de la 
réception, écrit : Mémoires politiques touchant ceux de la R. P. R. 

Et au-dessous, en travers, d'une autre main (celle du maître qui jugea 
à propos d'opérer le renvoi ou celle de son secrétaire), on lit : 

Pour M' 
L'abbé F. 

Une fois déplié et ouvert, le document se présente à nous, en deux 
parties 2, sur papiers de dimensions différentes, et débute ainsi : 

V. Mémoires politiques sur Vestat présent de la France. 

L'EsTAT a présentement deux ni aux à craindre. — L'un est la 
guerre ouverte^ et l'autre la rébellion et le soulèvement du peuple 
qui se trame secrètement... 

• La suite au Bulletin précité de 1870, page 166, ligne 22. On voit 
combien était fautive l'épreuve qui a passé dans le Bulletin, à notre 
insu. 

2" La seconde partie (sur papier moins grand) porte ce titre : 

1. C'est-à-dire Religionnaires. 

2. Il semble bien que la première partie ait pour objet d'amorcer, d'attirer 
au jeu celui à qui l'on destinait le second mémoire, lequel est l'exposé du plan 
machiné pour la perdition des Huguenots. « Si vous goûtez l'idée, semble-t-on 
dire, passez outre. Sinon, arrêtez-vous là et brûlez le tout. » Ainsi procèdent les 
délateurs et les traîtres. 



118 



LE GRAND DESSEIN DE LA RÉVOCATION 



Mémoires secrets. 

Le Languedoc est une des plus importantes provinces de ce 
royaume. A cause de sa grandeur, de ses richesses et commoditez, 
du nombre de gens de guerre qu'elle peut fournir, de l'humeur du 
peuple, bouillante et remuante, du voisinage de l'Espagne, de 
l'assiette du païs borné par la Méditerranée, les montagnes d'Au- 
vergne, les Pyrénées et deux grandes rivières, le Rhosne et la 
Garonne. Tellement qu'on s'y peut cantonner. 

Le peuple y est divisé 

Pour le reste, Bull, de 1870, p. 166 ss. 

III 

On voit de quelle importance majeure est nn instrument secret de 
cette espèce, et quelles lumières il peut jeter sur le point, demeuré 
obscur, de l'origine et de la véritable date de conception du projet 
d'attentat réalisé petit à petit, et proclamé finalement comme accompli, 
en 1685. Mais il faut avant tout Téclaircir lui-même, cet instrument, 
par une lecture et un examen attentifs. Relevons-en, à cet effet, les 
points principaux, en les accompagnant de nos premières observations : 

1° 11 n'en faut plus permettre la tenue (des Synodes Provinciaux) 
(p. 165). — Le vingt-neuvième Synode National, celui de Loudun, en 1659, 
fut lo dernier. 

2° Ils la doivent tenir dans le mois de may prochain (le Synode pro- 
vincial des Cévennes) (p. 166). ~ En quelle année? 

3° Il leur faut faire souscrire et approuver le livre de l'Obéissance.., 
— Est-ce un traité De rOhéissance deiie au Roy, d'Isaac Arnauld, pas- 
teur de La Piochelle (Voir Haag, France protestante, I, 125, et Bulletin 
du protest, fr., Vlll,p. 128,383; IX, p. 110), ou est-ce un autre livre? 

4° Et les faire escrire contre le parricide des Anglois et respondre à 
Milton (p. 166). — La décapitation du roi d'Angleterre Charles 1°'' est du 
9 février 1649. — Milton a publié « Eikonûclastes : in answer to a book 
entitled : EiMnbasiliké,iho portraiture of his sacred Majesty in his solitude 
and sufferings. Lond. 1649 » (in-4°). — Il a encore publié : « Defensio 
pro Populo Anglicano contra Claudii anonymi, alias Salmasii, Defensio- 
nem regiam. Lond. 1651 » (in-foL). — Enfin : « Defensio secunda pro 



DE L'ÉDIT de NANTES. 119 

Populo Anglicane contra infamem libellum anonymum oui titiilus : Regii 
sanguinis clamor ad cœlum adversus parricidas angiicanos. Lond. 1654 )) 
(in-12). — Auquel de ces trois pamphlets, de dates différentes, est-il 
fait ici allusion ? 

5° Ce sera le commencement du grand dessein... si vous le voulez 
entreprendre (p. 166). — Donc il n'était pas encore entrepris, ou considéré 
comme ébauché, le Grand Dessein, ainsi, d'emblée, qualifié de GRAND 
DESSEIN par celui qui le souffle dans l'ombre, comme il le sera plus tard, 
et surtout en 1685, par ces « détestables flatteurs » qui amènent toujours 
infailliblement la ruine des peuples et la chute des rois. 

6° Celuy (le Synode) des Cévennes, qui se doibt tenir au commence- 
ment de juin prochain (p. 167), — De quelle année ? 

7° 11 faut vite faire partir celuy qu'on vous dira... (p. 168) — ?? Là 
est le mystère U 

8° Le sieur Bournier, conseiller du Roy et lieutenant au Présidial de 
Montpellier... (p. 168). — Fut-il, en effet, nommé commissaire du Roy au 
Synode des Cévennes? A quelle date? S'agit-il de Philippe Bornier, lieute- 
nant particulier au siège présidial de Montpellier, quia publié une « Con- 
férence des nouvelles ordonnances de Louis XIV, Paris, Thierry, 1678. 
in-/i° {Bibl hist. de la France, t. Il, n° 27650) ? 

9° Garder qu'on ne presse et sollicite la tenue du Synode National... 
(p. 169). — Voir § 1° ci-dessus. Bis in idem. 

10° Le livre de V Obéissance (p. 169). — Voir § 3° ci-dessus. 

11° Persuader au Synode d'escrire contre les Anglois et de respondre 
à Milton... — Voir § 4." ci-dessus. 

12° Quant au GRAND DESSEIN... ne le commettre k âme vivante... ne 
le point confier au papier... ne s'en ouvrir que de vive voix, et seule- 
ment par Vaiiteiir des présents mémoires, lequel s'en charge et ira 
exprès le plus tôt qu'il luy sera possible... (p. 169). — Quelle 
trame savamment ourdie ! Quels profonds arcanes pour une œuvre de 
ténèbres !... Le grand dessein! C'est là le mol de l'énigme, le mot final. 

1. En marge de ce paragraphe on a tracé une petite croix. — De même, \\ï\gl- 
quatre lignes plus loin, en face du 8°. « Qu'il envoie copie des actes dudit 
Synode », etc. — Et encore huit lignes plus bas, en face de ces mots : « Sur- 
tout ledit Commissaire doit faire agréer audit Synode de prêter serment de 
fidélité au Roy, etc. » 



120 LE CxRAND DESSEIN DE LA RÉVOCATION 

In cauda venenum. C'est ce seul mot qui, dans tout cela, signifie 
Révocation de l'Édit de Nantes. Qu'on la fasse à la sourdine, en détail, 
sans souffler mot ! On la proclamera plus tard... quand ce sera un fait 
soi-disant accompli ! 

Le procédé est très ingénuement confessé dans un autre bien curieux 
document inédit que nous avons rencontré parmi les registres du Dépôt 
de la Guerre (n" 756, volume II d'une série relative aux affaires de sep- 
tembre et octobre 1685 et aux « soins que Sa Majesté se donne pour le 
progrés d'une œuvre si nécessaire au salut des Religionnaires et si utile 
au bien de l'État »). 

C'est une note ainsi libellée : 

S. M. ayant prémédité d'abolir la Religion prêt. Réf. dans ses 
Etats, et jugeant qu'un changement aussy subit qu'estoit celuy d'en 
interdire tout à coup l'exercice, pourroit avoir des conséquences, 
résolut de faire marcher des troupes dans toutes les provinces du 
Royaume. 

En effet, aussitôt après la séparation des camps, S. M. fit envoyer 
ses ordres pour les faire avancer dans toutes les villes et lieux où il 
y avoit le plus de Religionnaires, afin que, lorsque, suivant son Édit, 
elle feroit cesser l'exercice de leur Religion et razer leurs temples, 
ils fussent hors d'estat de rien entreprendre impunément. C'est ce 
que l'on verra fort particulièrement par la lecture des lettres con- 
tenues dans ce volume. 

Le voilà révélé ce secret plein d'horreur ! 

Tout était donc fort bien prémédité et combiné. Le guet-apens était 
infaillible. Mais, en fin de compte, quelle amère dérision ! ou plutôt quelle 
justice ! Toute celte prudence machiavélique de Louis XIV et de ses con- 
seillers n'empêche pas l'œuvre à'avoir ses conséquences et l'arbre du 
mal de porter ses fruits. 

13° Deux ou trois cents exemplaires des livres nécessaires... (p. 169). 
— Quels livres? 

14-° Le monstrer à quelques personnes des Estais qui se tiennent... 
(p. 169). — A quel moment se tinrent ces États? En quelle année 
sommes-nous? 



DE L'ÉDIT de NANTES. 



121 



IV 

Il est clair, car il y a des choses claires et lumineuses dans cette 
obscurité, que le « scribe des mémoires » est un de ces hommes qui, 
(( voulant la fin, veulent les moyens », de ces hommes pour qui (c tous 
moyens sont bons » et pour qui « la fin justifie tous les moyens ». Mais 
quel peut donc bien être ce Machiavel, de robe longue ou courte? 

Il est clair aussi qu'il connaissait à merveille les affaires des Réformés 
et la province du Languedoc. 

A qui fut renvoyé ce mémoire ? Oui peut être cet « A bbé F. » ? iN'y 
avait-il pas alors quelque abbé Fouquet et quelque Rhhé Fromentiè7''es, 
en situation d'être consulté sur pareille matière? N'y avait-il pas un 
abbé Fayet parmi les agents généraux du clergé, vers le milieu du xviP 
siècle ? 

Bornons-nous quant à présent à ces quelques aperçus, ou plutôt à ces 
quelques questions posées, en attendant les éclaircissements qui pourront 
nous parvenir et nous aider à poursuivre une étude aussi instructive. 

Charles Read. 



P. S. — Nous venons d'obtenir un renseignement qui nous permet de 
résoudre dès à présent une des questions, celle du § 8. 

Oui, c'est bien de ce Philippe Bornier qu'il s'agit. M. Henri de Bornier, 
l'auteur de la Fille de Roland, descend de cette famille de Montpellier 
et vient de nous communiquer des détails explicites. Nous voyons, par un 
livre de comptes domestiques (dit Compoix, provenant d'un ascendant 
de son oncle), que l'on écrivait indifféremment, dans ce registre même, 
Bornyer ou Bournier, de Bornyer ou de Bornier, tant on prenait peu 
de soin alors d'orthographier ou de prononcer uniformément les noms 
propres. Les Bornier étaient protestants. 

Les ascendants directs de M. Henri de Bornier abjurèrent, tandis que 
la branche des Philippe de Bornier demeura fidèle et émigra. Le registre 
(Compoix) que nous avons sous les yeux, va jusqu'au 24 juillet 1683, et, 
dans les quittances détaillées de 1658 et 1659, le nom est écrit : Philippe 
Bournier. (Voir La France protest. 2^ édit. t. II, col. 910. Il ressort du 
registre de famille qu'il y a eu deux Philippe de Bornier, le père et le 
fils. C'est du fils qu'il s'agit évidemment ici). 



C. R. 



LA VEILLE DE LA RÉVOCATION EN VIVARAIS 



LA VEILLE DE LA RFLYOCATION EN YIYARAIS 

(22 mars 1684). 

M. le pasteur Arnaud, de Crest, nous adresse le document qui suit : 

ARRÊT DU PRÉSIDÎAL DE NIMES 
CONDAMNANT A MORT DIX-HUIT PROTESTANTS, DONT CINQ PASTEURS 

(Archives de la Drôme; D, 71). 

... Nous, par jugement en dernier ressort, de l'avis des officiers 
du présidial de Nîmes, et M' Ducros, avocat, faisant profession de 
la R. P. R. adjoint, avons déclaré et déclarons la contumace bien 
instruite contre les dits accusés; pour le profit et utilité de laquelle 
et réparation des crimes à eux imposés^, les avons condamnés, 
savoir les dits Brémond ministre de Vernoux, Brunier ministre du 
Cheylard, Bouvier ministre de S* Fortunat de la dite R. P. R. ; 
La Motte maréchal, Charier apothicaire du dit Yernoux, a être 
rompus vifs par l'exécuteur de la haute justice sur un échafaud qui, 
à cet effet, sera dressé, et après, leur corps mis sur une roue la face 
vers le ciel, pour y demeurer tant et si longtemps qu'il plaira k Dieu 
de les laisser vivre; les dits La Baume, Baux et De Blo, fils du sieur 
Des Fonds, à avoir la tête tranchée; et les dits Théophile Blanc 
ministre de Ghalançon, La Charrière, ministre de Gluiras de la dite 
R. P. R., la veuve Blanc, Antoine Javerrac, Pierre Montchal, Pierre 
Pouchon, Matthieu Y'ernet, le valet de Rousson, Moïse Muret, 
Jacques Lodi et Isaac Dethieux, à être pendus et étranglés par le dit 
exécuteur de la haute justice jusqu'à ce que la mort naturelle s'en 
suive : ce qui sera exécuté figurativement dans un ou plusieurs 
tableaux qui seront posés aux places publiques de la ville de Tournon 
et des autres lieux que le procureur du roi jugera être nécessaires; 
déclarons les biens des dits condamnés acquis et confisqués au roi, 
distraits d'iceux la troisième partie pour leurs femmes et enfants, si 

1. L'arrêt, qui est incomplet, ne mentionne pas ces crimes. Il est vraisem- 
blable qu'il s'agit de prédications dans des lieux interdits. 



LA VEILLE DE LA RÉVOCATION EN VIVARAIS. i23 

aucuns en ont; ensemble ceux de la dite de Blanc, pris préalable- 
ment sur iceux la troisième partie si elle en a; condamnons en outre 
les dits accusés, savoir les dits Brémond, Romieu, Brunier, Blanc, 
La Charrière, ministres, en l'amende de 300 livres chacun, et les 
dits La Baume, Baux et Bio en celle de 300 livres chacun, et les 
dits Charier, Dethieux, Javerrac,Montchal, Pouchon, Yernet, la veuve 
de Blanc, Muret et le valet de Rousson en celle de 100 livres aussi 
chacun, le tout envers le roi, et aux dépens et frais de justice au 
profit de ceux qui les ont faits et exposés suivant la taxe qui en sera 
faite par le rapporteur du procès. — Fait dans la chambre du con- 
seil du présidial de Nîmes, le 22 mars 1684, signé d'Aguessau, Du 
Maret rapporteur, Rochenon, De Perrinal, Jossaud, Bane, Gassagne 
de Fabrique, de La Baume, Chabrand, Freton, Matian de Bon et 
Ducros^ 



TEMPLES ET MAlSOlNS D'ORAISON 

EXISTANS EN SAINTONGE OU ANGOUMOIS, EN PÉRIGORD 
ET DANS LE PAYS DE FOIX DEPUIS 1755. 

Charles Coqiierel dans son Histoire des Églises du désert, II, 584-599, 
et les frères Haag, dans les Pièces justificatives de leur France protes- 
tante, ont publié les Actes du synode national tenu au désert dans le 
Bas-Languedoc en 1763, suivis d'un Rolle des Ministres, proposants et 
étudiants du Royaume de France à celte époque, d'après les originaux 
conservés parmi les mss. de Paul Piahaut. La liste que nous allons repro- 
duire d'après un recueil de synodes nationaux et provinciaux du Bas- 
Languedoc ^ appartenant à M. le pasteur Ph. Corbière, de Montpellier, 

1. Il est probable que cet avocat réformé qui fut adjoint, pour la forme, aux 
officiers du présidial, n'eut aucun moyen de protester contre ce jugement, et 
nous aimons à croire qu'il ne put se dispenser de le signer. 

2. MM. Pierre Redonnel, Pierre Encontre et André Bastide, ont été nommés 
pour faire un Recueil des synodes nationaux et de ceux de la Province qui se 
sont tenus depuis la révocation de l'édit de Nantes, lequel Recueil ils porteront 
au synode prochain, et pour leur faciliter cette commission les Pasteurs et Anciens 
sont priés de leur fournir tout ce qu'ils auront et pourront se procurer de re- 
latif à ce dessein. {Synode prov. du Bas Languedoc, tenu les 18-20 Mai 1758, 
art. xxxiv). 



124 TEMPLES ET MAISONS D'ORAISONS. 

qui nous y a autorisé, est transcrite immédiatement après le Rollc des 
ministres sus-mentionnés, et dût être produite en même temps au cours 
du synode K 

Ferd. Tessier. 

Temples existans en Saintonge ou en Angoumois depuis 1755. 



La Tremblade 


Bourg. 


Arvert 


Bourg. 


Paterre 


Village. 


St Pallais 


Paroisse. 


Royan 


Bourg. 


Mornac 


Bourg. 


Breuillet 


Paroisse. 


Medie 


Paroisse. 


Cause 


Bourg. 


Mortagne 


Paroisse. 


St Fort 


Bourg. 


Jonzac 


Ville. 


Pons 


Ville. 


Gemozac 


Bourg. 


Linieres 


Village. 


Jarnac sur Charente 


Ville. 


Cognac 


Ville. 


Segonzac 


Bourg. 


Meias 


Paroisse. 


St Savinien 


Bourg. 


Le Port de Barques 


Bourg. 


Marennes 


Ville. 


Saint Just 


Paroisse. 


La Peinplerie 


Paroisse. 


Lega [Le Gua ?] 


Paroisse. 



LHsle de Ré. 
St Martin Ville. 

1. Comp. A. Crottet, Histoire des églises réformées de Pons, Gemozac et Mor^ 
tagne, p. 171, 207, etc. 



MÉLANGES. 



125 



La Flotte. 

Didonne Village. 

Meschere Paroisse. 

Périgord . 

Eimet Ville. 
Flogagne 

Maisons d'oraison dans le pays de Foix. 

Territoire de Camarade 2. 

Gabre, bourg. 1. 

Le Mas d'Azi!, ville. 4. 

Sabarat, bourg. \, 

Les Bordes, bourg. 1. 

Le Cariât, ville. 1. 

Saverdun, ville. 1. 

Mazères, ville. 4. 

Galmoni, bourg. 4. 

La Bastide et Lerans, bourg. 4. 

Lepigailh, hameau. 4. 



MÉLANGES 



ÉP!IÉIiaÉIÎήES 5ÎE li'AllîMÉE 
SKE LA ItÉVO€ATÏ©ï¥ DE li'ÉDlT DE ]¥A]«TES 

Au moment où paraissaient dans le Bulletin les Éphémérides de 
Février, un nouveau correspondant dont on lira plus loin une première 
communication, M. le pasteur Jaccard, de Zurich, nous envoyait une Liste 
des affaires jugées par M. Daguesseau intendant du Languedoc, avec 



126 



MELANGES. 



l'assistance des officiers du Presidial de -Nîmes aumoisde Février iQHo. 
Cette liste, trouvée aux Archives d'État de Zurich {Religion u. Schulsachen 
1684-1687), mentionne plusieurs des faits recueillis par M. Puaux, mais 
les complète en d'autres points que nous allons relever. 

Le pasteur de l'Église St Jean-du-Gard condamnée le 10 février 1685, 
était M. Combe ; il fut (( absous 2) On lit ensuite : 



Églises. 
13 Février 
Le Pompidou 



Le ÏA. Février 
Molezon 



Avant dire droit, ordonne que les Minisires. 
anciens du Consistoire se présente- M. Dapeylix. 
ront dans quinze jours. Trois témoins 
ouïs aux informations, qui se sont 
évadez. Cependant le ministre ne 
fera aucune fonction. 

L'exercice interdit et la maison M. Malbois, 
où se faisait l'exercice sera démolie. 
Les habitants condamnés en 600 
livres d'amende et aux depans et 
la cloche confisquée au profit des 
Papistes. Le ministre interdit pour 
toujours. 



Sous la date du 16 février la Liste mentionne la condamnation des 
temples de Ste Croix et Gabriac dont les ministres étaient MM. Dumas 
« décrété » et Mazel (( jugé ci-devant » ; en outre elle parle d'un procès 
intenté à l'Église de Mandagout : «; Relaxé les habitants; M. Galli de 
Gayat (pasteur) jugé auparavant. » 

A propos de la condamnation de l'Eglise du Collet-de-Dèze (il féwïer)^ 
elle ajoute que les matériaux et la cloche du temple furent confisqués au 
profil des « Papistes », et les habitants condamnés à 1000 livres d'amende 
et aux dépens. Le pasteur M. La Porte, avait été « jugé auparavant. » 
Pour la môme date, il y a, en outre, les deux notes suivantes : 

St Laurent-le- Ordonné que les informations M.Pistori,avait 
Vieux. contreleshabitansserontcontinuées. été jugé au- 
paravant. 

Canaules. Les habitants dudit lieu ont été M.Boyer,jugé 
relaxés. auparavant. 



Les pasteurs des églises de \allon et de Quissac condamnés le 19 février, 
étaient MM. Dejan et Combes, etfurent absous; les matériaux et la cloche 



MÉLANGES. 127 

de l'Église de Quissac furent confisqués au profit des Papistes et les habi- 
tants condamnés à 1000 livres d'amende et aux dépens. Le 20 février : 

St Martin-de- L'information sera continuée. M. Ponlier. 
Lansuscle. 

Toyras. L'exercice interdit et le ministre M. Roux, 

aussi et aux dépens. 

Le ministre de l'Église de Soudorcjues, condamnée le 2'1 Février, 
M. Darvieu fut « renvoyé absous ». Le 22 Février, M. Marchan, le pasteur 
de FÉglise de Beauvoisin, qui avait été interdite, fut aussi « interdit 
pour 6 mois aux depans ». . 

Nages. Le ministre interdit pour 6 mois M. Grizot^. 

aux depans. 

Aiguesmortes. Le ministre interdit pour 6 mois M.Constantin, 
aux depans. 

Caluisson. Le ministre interdit pour 6 mois M. Bruguière. 
aux depans; notés qu'il n'y avait 
point de procédure contre les 
Eglises. 

Chomerac en L'exercice interdit aux depans. Le fil. Reboulet, 
Vivarais, ministre renvoyé absous. l'aîné. 



On lit ensuite dans ce manuscrit : 



Il reste à juger : 

M. Ghavanon, ministre de Vebron et son Église. 

M. Diibruc, ministre d'Aulas et son Église. 

M. Vincent et M. Malplach, ministres d'Anduze et leur Église. 

M. Sauvage, ministre de Sauve et son Église. 

M. Blanc, ministre de Ganges. 

Astruc, cy-devant ministre d'Aigremont, natif de Sauve, s'est 
révolté à Paris et a obtenu des lettres de grâce qui furent plaidees 
en audiance devant l'intendant et les magistrats présidiaus, lê 22 Fé- 
vrier 1685. Ledit Astruc assistant a genous et les fers aux pieds. 
Poujol avocat plaidoit contre luy. ïl a été ottroyé acte de la lecture 



1. Ne faut-il pas lire M. Guizot? 



128 MÉLANGES. 

des lettres et appointé au conseil. Le. lendemain les lettres furent 
interinées. 

Le 24 Février l'intendant se retira de Nîmes à Montpelier. 

Veni Domine Jesu t 

Seigneur, sauve-nous, car nous périssons. Apocal. Il, v. 10. Ne 
crains rien des choses que tu as souffrir. Yoicy, il adviendra que 
le diable mettra quelques uns de vous en prison, afin que vous 
soyés éprouvés et vous aurez tribulation de 20 jours. Sois fidelle 
jusques a la mort et je te donnerai la couronne de vie. 

M. Jaccard que nous remercions de ses intéressantes communications, 
ajoute : « Cette pièce est d'une écriture toute française. J'ai lieu de croire 
qu'elle fut envoyée à Zurich par quelque ministre du Midi. Dès avant la 
Révocation, nombre d'ecclésiastiques suisses suivaient avec un vif intérêt 
les tribulations des protestants de France, et étaient en correspondance 
avec les pasteurs des Églises persécutées. )) 

Remarquons encore, avant de céder la place à M. F. Puaux, que le 
complément d'informations obtenu par cette seule pièce, pour une période 
de 12 jours, montre combien on grossirait le nombre de ces Éphémérides, 
si l'on parvenait à connaître en détail la persécution de 1685. 

N. W. 



Mars. 

5 mars 1685. — Ce n'est pas un des traits les moins tristes du 
gouvernement de Louis XIV que le mépris de la conscience et de la 
dignité humaines, ouvertement professé par ceux qui étaient à la 
tête des affaires. C'est ainsi que Louvois, le célèbre premier mi- 
nistre, écrivait à Baville alors intendant du Poitou^ la dépêche 
suivante pour connaître son sentiment sur les mesures à prendre 
vis-à-vis des ministres et de la noblesse du Poitou. 

c( Sa Majesté, dit-il, désire que vous examiniez, si l'on ne pourrait 
point, en leur donnant quelque somme d'argent capable de payer 
une partie de leurs dettes en obliger quelques-uns à se convertir. 
Sa Majesté ne plaindrait point des sommes assez considérables. Il 



MÉLANGES. 129 

faudrait le faire secrètement car si c'était connu, le but ne serait 
pas atteint, Sa Majesté le reconnaît d'elle-même K » 

Ce même jour, un arrêt du conseil déclare déchus de leurs pri- 
vilèges de noblesse les descendants protestants des maires de la 
Rochelle ^ — A la date du 5 mars 1685 se rattache encore la suppres- 
sion de la dernière Académie protestante de France qui, de 
Montauban, avait été transférée à Puylaurens^. 

12 mars 1685. — Nous relevons, à la date du 12 mars 1685, un 
arrêt du parlement de Rouen, interdisant aux ministres de Pont- 
Audemer, de faire aucun exercice de leur ministère à la réserve du 
sacrement du baptême que la cour leur enjoint d'administrer in- 
cessament en présence d'un juge^ 

13 mars 1685. — « Paris 13 mars. Monsieur Foucault est arrivé 
pour rendre compte des temples qu'il a fait démolir. On dit que des 
1500 temples qui existaient dans le royaume, il n'en reste pas 50, 
lesquels seront démolis aussitôt après la réunion du clergé ^ » 

16 mars 1685. — Pour arriver plus promptement à ruiner les 
églises, une déclaration royale avait ordonné que tout temple où 
pénétrerait un nouveau converti serait démoli. Dans maintes circon- 
stances les prêtres encouragèrent des apostats à servir ainsi la reli- 
gion catholique en donnant à l'autorité le moyen de poursuivre, 
sous le prétexte d'une odieuse légalité, les églises où le fait s'était 
produit. Nous pouvons nous faire une idée des angoisses éprouvées 
par les protestants quand une de leurs églises était ainsi mena- 
cée, par les précieux fragments d'un journal du temps que nous 
copions textuellement. « Le vendredi 16 mars 1685, un grand 
nombre de fidèles de Puylaiirens sont venus en cette ville pour y 
entendre la prédication du malin faite par M. Lansquier, ministre, 
sur la nouvelle qu'on avoit d'intenter procès et accusations contre 
notre église pour fait de relaps. Le juge de Puylaurens en ayant 
informé, il y a eu ledit jour prière à deux heures faite par M. Quin- 
quiry, ministre. » 

17 mars 1685. — Nous lisons encore ce qui suit pour les jours 

1. Archives de la guerre, 755. 

2. Recueil des Edits. 

3. Ibid. 

4. Arch. nat., TT, 285. 

5. Bullelin, XXYIII, 544. 

XXXVI. — 9 



130 MÉLANGES. 

suivants : « Notre Église, se voyant dans l'épreuve, a demandé par 
prières et humiliations sa grâce, et, avec beaucoup de fidèles de 
PuylaurenSy a continué ses prières, le samedi, 17 dudit, par 
M. Quinquiry, à deux actions de grâce, soir et matin. » 

18 mars 1685. — « Le dimanche, 18 dudit, nous avons célébré, 
en notre église de Revel, la Sainte-Gène du Seigneur, pour lui 
demander sa miséricorde, grâce et consolation dans les épreuves 
que nous souffrons ; il a été participé à ce Saint Sacrement par une 
assemblée de fidèles extraordinairement assemblés : il a paru grand 
zèle, dévotion et charité à tous les chrétiens par les sanglots et les 
larmes qu'ils ont rendus. » 

19 mars 1685. — Nos prières ont continué..... 

20 mars 1685. — « Nos ministres ont fait deux exercices par jour 
avec grand nombre d'âmes fidèles... » 

21 mars 1685. — « A l'issue du presche du matin, on a signifié 
un décret de prise de corps contre M. Lansquier et contre ledit 
sieur Quinquiry et le ministre de Sorèze. » C'est ainsi qu'à la fin de 
cette semaine passée dans les larmes et les prières, les ministres 
de Jésus-Christ se relevèrent pour aller dans les prisons de Tou- 
louse, mêlés aux criminels, confesser leur foi ^ 

Ce même jour, 21 mars 1685, le Parlement de Rouen condamnait 
la célèbre église de Caen à disparaître ^ 

22 mars 1685. — Rien ne donnera une idée plus juste des senti- 
ments qui guidaient la politique de Louis XIV, que la lecture de la 
lettre suivante, qui porte la date du 22 mars 1685. Louvois écrit à 
Baville : 

(( Sa Majesté trouve bon que vous travaillez incessament à faire 
le procès aux temples de St-Maixênt et de Melle, et elle apprendra 
avec beaucoup de plaisir qu'il se soit trouvé de quoy les condam- 
ner... Le Roy a fort aprouué l'expédient que vous proposez, pour 
porter quelques familles de gentilshommes du Bas Poictoxi à se 
convertir, je vous adresseray incessamment l'arrest nécessaire pour 
vous ordonner de vérifier les abus qu'il y a eu dans la dernière 
recherche qui a esté faite de la noblesse, lequel sera général et ne 

1. Livre de raison de Reverdy, premier consul de Revel, cité par Rabaud. 
Histoire du protestantisme dans V Albigeois et le Lauragais, p. 497. 

2. Recueil des Édils. 



BIBLIOGRAPHIE. 131 

fera point mention de distinction de Religion, duquel néanmoins 
l'intention de Sa Majesté est que vous ne vous serviez qu'à l'égard 
de ceux de la R. P. R., ne jugeant pas à propos que vous fassiez 
aucune recherche contre les gentilshommes catholiques ^ » 

23 mars 1685. — Les pasteurs d'Alais, Bouton père et fils et 
Goulan sont décrétés de prise de corps pour avoir toléré dans le 
temple de cette ville la présence de quelques relaps. Par condes- 
cendance, on autorise le vénérable pasteur Bouton presque octogé- 
naire à continuer à prêcher, laissant à ce vieillard le soin d'une 
église dépassant 6000 âmes 2. 

30 mars 1685. — Menacée dans son existence, l'église à'Alais 
célèbre un jeûne solennel, le 30 mars. 



BIBLIOGRAPHIE 



PAUL RABAUT, SES LETTRES A ANTOLNE COURT 
DE 1739 à 1755, 

PAR A. PiCHERAL-DARDIER, AVEC UNE PRÉFACE DE M. Gh. DARDIER, 

2 vol. in-8°. Paris, Grassart, libraire. 

Le Bulletin de 1884 a déjà rendu (p. 379) un juste hommage à cette 
belle pubhcation, qui a été tout récemment l'objet de deux articles 
remarquables de M. A. Sabatier dans le Journal de Genève, du 11 et 
du 18 janvier 1885. Nous sommes heureux de reproduire le premier de 
ces articles plus spécialement consacré à l'appréciation de la correspon- 
dance de Paul Rabaut. Après d'ingénieuses considérations sur le rôle des 
textes inédits dont on a peut-être abusé de nos jours, M. Sabatier 
s'exprime ainsi : 

Nulle part, semble-t-il, cette recherche passionnée, scrupuleuse 

1. Archives de la guerre, 755. 

2. Recueil des Edits. 



132 BIBLIOGRAPHIE. 

des documents oubliés, cet amour pieux des choses inédites et 
inconnues qui ne distingue point entre elles et les poursuit précisé- 
ment parce qu'elles sont inconnues, ce travail enfin de publication 
et de conservation de tout souvenir et de tout témoignage, n'ont 
donné un résultat d'ensemble plus riche, plus heureux que dans le 
champ particulier de VHistoire du protestantisme français, que 
tant de travailleurs exploitent depuis trente ans avec un zèle que 
rien ne rebute et que le succès récompense toujours. C'est en effet 
à cette passion de « l'inédit » qui dans l'espèce était une piété filiale, 
que les protestants doivent d'avoir sauvé, reconstruit, non seulement 
les souvenirs près de s'effacer d'une grande époque de notre vie 
nationale, mais aussi d'avoir fait revivre, en restituant les anneaux 
rompus, la tradition religieuse de leurs Eglises. 

Il ne me convient pas d'être modeste pour notre école historique 
protestante. En fait d'érudition précise, de critique pénétrante, de 
respect à l'égard du passé, elle est venue la première; elle a frayé 
la voie, et en montrant la méthode, donné également des modèles. 
Nos érudits protestants sont très difficiles pour eux-mêmes, parce 
qu'ils ont placé très haut leur idéal; aussi sont-ils devenus très 
habiles. Leurs publications se recommandent tout de suite par la 
manière dont elles sont exécutées. Voici, par exemple, les Lettres 
de Paul Rabaut à Antoine Court, que MM. Ficherai et Dardier ont 
tirées de la collection des Papiers Court, conservée à la Bibliothèque 
publique de Genève. Elles sont éditées d'une façon parfaite. Tout ce 
qui était nécessaire pour en rendre la lecture facile et fructueuse 
s'y trouve. Rien ne manque et rien n'est de trop. Et ne croyez pas 
que ce commentaire rapide, précis et complet soit chose de mince 
mérite ou de petit labeur. Écrivant en temps de persécution, Paul 
Rabaut doit souvent prendre des précautions, parler à mots couverts, 
sous forme allégorique. Ce sont des allusions voilées à des hommes, 
à des choses que les deux amis connaissaient fort bien, mais qui ont 
besoin de nous être expliquées. Rarement les personnes en jeu sont 
désignées par leur nom véritable. Presque toutes ont des noms de 
guerre. Il s'agissait d'éclaircir tout cela, de nous épargner toute 
hésitation, pour ne nous laisser que le fruit et le plaisir d'une telle 
correspondance. Je crois que les plus difficiles seront satisfaits. 

Mais il est temps d'en venir à ces lettres de Paul Rabaut. Elles 
méritaient grandement le temps, l'attention et les soins que les 



BIBLIOGRAPHIE. 133 

deux éditeurs leur ont donnés. On a déjà beaucoup écrit sur l'his- 
toire du protestantisme en France au xviii'^ siècle ; mais on ne nous 
avait, à mon sens, rien apporté encore de si important, de si décisif 
et de si lumineux, rien qui nous fasse entrer aussi pleinement dans 
la vie obscure, douloureuse, agitée de ces pauvres Églises sous la 
croix, essayant de se réorganiser, de se retrouver et de vivre. On 
peut les comparer véritablement à des naufragés dont le vaisseau 
a sombré, qui surnagent sur les flots, dans la nuit, et au milieu de 
la tempête qui sévit toujours, réunissent les épaves, construisent un 
radeau et finissent, à force de patience, de foi, de soumission, par 
s'accoutumer à une existence en apparence impossible et par tra- 
verser heureusement les plus intolérables épreuves. La catastrophe 
de la révocation de l'édit de Nantes fut plus retentissante et a saisi 
davantage l'opinion publique en France et en Europe. Mais je ne 
sais pas si la longue période de la vie du protestantisme français « au 
désert » depuis 1715 jusqu'à l'avènement de Louis XVI, moins con- 
nue, moins dramatique, n'est pas, au fond, plus héroïque et plus 
touchante encore que celle qui l'a précédée. Les lettres de Paul 
Rabaut ne l'embrassent pas tout entière, elles ne vont que de 1739 
à 1755; mais elles nous racontent pendant dix-sept ans cette vie 
(( du désert », semaine après semaine, avec les gros et les petits 
incidents dans les moments d'accalmie relative qui font renaître 
l'espérance au cœur des persécutés, et pendant les orages pério- 
diques qui les replongent sans cesse dans le deuil et les découragent. 
Nous voyons, en les lisant, non seulement ce que fut cette existence 
de tout un peuple proscrit, mais nous comprenons comment elle fut 
possible, et cette intelligence même redouble la sympathie. 

Antoine Court était à Lausanne à la tête du séminaire où venaient 
achever de se former les pasteurs du désert. Au premier abord, 
rien ne paraît plus impossible que le recrutement régulier de ce 
corps d'apôtres et de martyrs. Sans Genève et la Suisse, il l'aurait 
été en effet. Mais il importe de rappeler ici comment il avait été 
organisé et comment il fonctionnait sous la direction de Court. 
C'est par cette œuvre surtout que ce dernier a mérité son nom de 
« restaurateur ». Nous doutons que l'histoire présente une œuvre 
plus grande faite avec moins de ressources et plus de simplicité. Il 
y avait trois degrés dans la préparation à la charge pastorale. Le 
jeune homme était d'abord élève et comme tel, dès l'âge de quinze 



134 BIBLIOGRAPHIE. 

OU seize ans, menait déjà la vie du désert. Il s'attachait au pasteur 
itinérant qui avait discerné sa vocation et ses aptitudes et qui, dans 
les moments de loisir, sur les grands chemins, dans les cavernes, ou 
dans la solitude des bois, lui donnait ses premières leçons. L'élève 
devenait proposant, c'est-à-dire qu'on l'autorisait régulièrement, 
après examen, à prêcher, à lire et à expliquer la Bible, à travailler 
en un mot à l'œuvre de consolation et d'évangélisation sous la direc- 
tion d'un pasteur en titre. C'était là le véritable noviciat qui durait 
quatre ou cinq ans et pour quelques-uns toute la vie. Ce n'est qu'au 
terme de ce noviciat que les synodes envoyaient au séminaire de 
Lausanne les proposants qui paraissaient propres au ministère 
évangélique. Ils y restaient deux ou trois ans; ils y complétaient 
leurs études et revenaient dans leurs provinces pour y recevoir enfin 
la consécration définitive et la dignité de pasteur. Voilà comment se 
formaient ces hommes d'élite, rompus à toutes les fatigues, faits à 
tous les périls par leurs mœurs et leur genre de vie et, d'autre part, 
capables d'imposer leur autorité morale au peuple dont ils étaient 
les guides et d'inspirer le respect à ieurs ennemis et jusqu'aux 
représentants du pouvoir royal. C'est à cette organisation que le 
protestantisme en France dut son salut. 

Elle avait été, nous l'avons dit, l'œuvre d'Antoine Court. Cet 
homme, qui n'avait certes ni la science ni le génie de Calvin, en a 
repris le rôle, au moins en ce qui touche les Églises françaises. 
C'est à lui que l'on regarde, que l'on demande des pasteurs et des 
conseils. Il est naturellement devenu le chef et l'avocat des protes- 
tants persécutés. Deux traits le distinguent et le tirent hors de pair: 
un talent pratique d'organisation et de direction dont nous venons 
de donner une preuve, et un goût pour l'histoire, un souci de con- 
naîlre et de raconter toute la vie des Églises persécutées qu'on 
s'étonne de rencontrer à ce degré et avec cette conscience chez un 
homme dont les premières études avaient été si imparfaites. C'est 
cette passion d'historiographe du protestantisme persécuté, autant 
peut-être que le désir de tout bien savoir pour approprier ses déci- 
sions aux besoins, qui lui faisaient choisir presque dans chaque pro- 
vince un correspondant intelligent et éprouvé, chargé de lui mander 
régulièrement comme le journal ou, si l'on veut, le bulletin régulier 
de <( la vie du désert ». 

De ces correspondants, le plus fidèle, le plus intime et le plus 



BIBLIOGRAPHIE. 135 

remarquable, sans contredit, fut Paul Rabaut, le célèbre pasteur du 
district de Nîmes. Une différence d'âge de vingt-deux ans séparait 
le disciple du maître ; dans les premiers temps Rabaut appelle Court 
« son père et il n'a jamais cessé de lui témoigner une sorte de 
vénération. A la vénération, Court préférait l'amitié, et ce sont bien 
les rapports d'amis intimes qui s'établissent entre eux. De là le 
charme, l'entrain, la candeur de cette correspondance. Ces lettres 
ne sont pas du tout des lettres officielles, des rapports d'Églises ou de 
commissions synodales, ni même une chronique expresse, bien 
qu'elles en tiennent lieu. Paul Rabaut écrit pour décharger sa con- 
science, pour satisfaire son propre cœur autant que pour rendre 
service aux Églises persécutées ou pour faire plaisir à Antoine Court, 
et, comme le dit très bien M. Dardier, « il s'y livre lui-même entiè- 
rement et son âme religieuse et tendre laisse spontanément s'échap- 
per tous ses trésors ». 

Mais je laisse de côté, pour le moment, la figure de Paul Rabaut 
qui mérite d'être étudiée et esquissée à part. Ce sera le sujet de ma 
prochaine lettre. Avant de clore celle-ci, je voudrais insister encore 
sur l'intérêt historique d'une semblable correspondance. Nous avons 
ici le témoignage intime et presque quotidien de celui qui ne fut 
pas seulement témoin, mais acteur, et acteur principal dans ce 
drame douloureux. Sans doute les petites choses y tiennent la plus 
grande place et quelque esprit distrait pourra trouver de la mono- 
tonie dans ces récits constants d'assemblées religieuses surprises, de 
pauvres gens condamnés à l'amende, à la prison ou à la mort. Mais 
n'est-il pas vrai que la vérité de l'histoire est dans les petites choses 
et que cette monotonie elle-même a une éloquence que n'égalerait 
pas le pathétique génie de Saurin ou de Jurieu ? 

Toutefois ce ne sont pas les émotions d'un martyrologe, bien que 
les tragédies n'y manquent pas, qu'il faut chercher dans ces lettres: 
Ce que nous leur demandons, c'est de nous faire comprendre com- 
ment était possible une existence qui paraît ne pas l'être. Or pour 
cela, les petits faits de la vie quotidienne servent mieux que de 
grands événements. Il n'y a pas jusqu'à ce baril d'huile d'olive que 
Rabaut envoie tous les ans à ses amis de Suisse en guise d'offrande 
qui ne parle à sa manière et ne nous fasse voir les relations com- 
merciales régulièrement établies entre Nîmes et Genève. La persé- 
cution ne sévissait pas toujours. Il y a de longues périodes de tran- 



136 BIBLIOGRAPHIE. 

quillité où les pasteurs ne se cachent guère et où ils président chaque 
dimanche, en des endroits connus et rapprochés, des assemblées de 
huit, dix et même vingt mille personnes. Il est vrai qu'à la première 
menace tout cela disparaît et se cache, mais pour reparaître bientôt 
après. 

Ce n'est pas que cette histoire, ainsi vue de près, n'ait plus rien 
d'étonnant ; mais elle est moins incompréhensible. Quoi de plus 
étonnant que ce peuple qui, sous la menace des soldats, va à la 
messe, et puis, les soldats partis, revient au désert pleurer ses fai- 
blesses et rendre à Dieu le culte de sa foi? La cour et le clergé en 
voulaient surtout « aux ministres ». Il y en eut beaucoup d'arrêtés; 
il y eut des martyrs et des apostats; mais on s'étonne qu'il n'y en 
ait pas eu un plus grand nombre. C'est que, pour se cacher, les pas- 
teurs du désert avaient l'aide et la complicité de toute une popula- 
tion protestante au fond indomptée, et de beaucoup de catholiques 
que les idées de tolérance pénétraient de plus en plus. Il y avait 
comme une garde fidèle autour des pasteurs et des assemblées. 
Malheur aux traîtres! On ne se révoltait plus contre le roi; mais on 
ne pardonnait guère aux espions qui vendaient leurs frères. Un 
apostat avait-il guidé un détachement de troupes contre une assem- 
blée, quelqaes jours après, une balle lancée par une main inconnue 
venait lui faire expier son crime. Une femme qui avait livré un pas- 
teur était trouvée poignardée dans sa maison. Ces jugements et ces 
exécutions anonymes contrebalançaient l'autorité des intendants 
royaux et enlevaient aux offres brillantes qu'on faisait aux traîtres 
toute puissance de séduction et d'appât. 

En même temps qu'elles mettent en pleine lumière ce côté exté- 
rieur de la vie des Églises sous la croix, les lettres de Paul Rabaut 
nous initient encore à leurs difficultés et à leurs débats intimes. 
Précisément parce que ces Églises étaient arrivées à une sorte 
d'existence régulière, on voit se manifester tous les traits qui sont 
la marque et la suite d'un semblable état : les vertus et les défauts, 
les querelles et les constants efforts de pacification. Ce n'était pas la 
théologie qui les troublait ; les pasteurs n'étaient pas des théologiens, 
bien qu'ils surveillassent avec attention l'enseignement que leurs 
proposants recevaient à Lausanne. Mais les hommes sont toujours 
des hommes, même aux temps héroïques. Il y avait des rivalités entre 
les pasteurs; ils se disputaient des places dont le martyre pouvait être 



BIBLIOGRAPHIE. 137 

à chaque moment le salaire. Il éclatait des schismes que le synode 
ne parvenait pas toujours à étouffer. Il y avait des membres indignes 
qu'il fallait exclure, des imprudences qn'il fallait réprimer, des 
calomnies qu'il fallait détruire. Il y a des ombres à la vie glorieuse 
des apôtres du désert. La correspondance intime de Paul Rabaut 
avec Antoine Court a pour nous l'inappréciable avantage de nous 
faire voir la réalité quotidienne toujours mêlée de bien et de mal et, 
par conséquent, de nous en donner une impression plus juste et 
plus précise que ne saurait jamais le faire une histoire proprement 
dite. Les éditeurs ont donné pour sous-titre à leur publication : 
Dix-sept ans de la vie d'un apôtre du désert. On ne pouvait, ni la 
mieux définir, ni la mieux nommer. Nous y reviendrons. 

A. S. 



JAQUELINE DE ROHAN 

MARQUISE DE ROTHELIN ^ 

M. Jules Bonnet a mis en tèle de cette étude historique, Vavant- 
propos suivant : 

Aux ruines du château de Blandy, près de Melun, se rattache le 
souvenir de Jaqueline de Rohan, marquise de Rothelin, qui honora 
la Réforme française par son caractère et ses vertus. 

Un savant magistrat, M. Taillandier, a retracé quelques pages 
de sa vie, qui louche par certains côtés à la Suisse romande. Veuve 
à vingt-huit ans, et mère de Léonor d'Orléans-Longueville, héritier 
du comté de Neuchatel, elle ht divers séjours dans ce pays, et puisa 
dans ses relations avec Farel et Calvin la croyance évangélique 
qu'elle ne cessa de professer jusqu'à sa mort. 

Ainsi s'explique l'intérêt qu'a inspiré la noble marquise à un écri- 
vain neuchâtelois : madame de Perrot-Bovet a le goût des recherches 
-historiques et le sentiment qui les vivifie. Elle a interrogé non 
seulement les Arcliives de son canton, mais celles de Genève, 

. 1. ÉLudc historique par madame R. de Perrot, Neuchatel, 100 pages. Grand 
in-8° extrait du Musée neuchâtelois, 1884. 



138 BIBLIOGRAPHIE. 

de Berne et de Paris, pour y chercher les traces de son héroïne. 
L'étude qui est le fruit de ses laborieuses recherches relève moins 
de l'histoire que de la chronique. Faut-il le regretter? Peut-être, 
si l'on aime à voir revivre le passé dans les récits colorés et dra- 
matiques dont Augustin Thierry a laissé d'admirables modèles. Les 
visées de madame de Perrot sont plus modestes, et son étude, puisée 
aux sources, emprunte aux textes originaux son charme principal. 
C'est un début, mais il mérite faveur, et l'auteur trouvera sans 
doute dans les suffrages des juges compétents un encouragement à 
poursuivre ses travaux sur ce grand siècle de la Réforme qui réserve 
sans cesse de nouvelles révélations à qui l'étudié avec amour. 

Ciarens, 7 novembre 1884. 



CALENDRIER HISTORIAL RÉFORMÉ^ 

Sous ce litre, M. le pasteur Ch. L. Frossard a publié une inté- 
ressante brochure dont voici, en partie, la préface : 

(( Ce calendrier perpétuel, par son titre, son texte et ses figures, 
rappelle ceux que les réformés du xvf et du xvii^ siècle ajoutaient 
à leurs Bibles. 

Historial répond à la qualification actuelle d'historique ou d'il- 
lustré. 

Pour illustrer ce livret, nous avons emprunté au précieux volume 
de Th. de Bèze intitulé : « Confession de la Foy chrestienne, Lyon, 
1562 » une noble hgure allégorique, la Yraye Religion : elle nous 
sert de frontispice. Chaque mois a son image, ce sont les travaux 
des champs, gravés par le petit Bernard et imprimés pour un calen- 
drier historial, par Jean de Tournes, en 1563, à Lyon. 

Par un travail avant tout consciencieux, mais aussi plein desavoir 
et de délicatesse, M. Ludovic Letrône a repris les épreuves impar- 
faites que nous possédons et les a fait revivre admirablement, 

1. Paris, imprimerie Maréchal et Montorier, 44 pages, in-12 et in-8°. Voyez 
aussi Bulletin, t. XXVIII, 129. 



CORRESPONDANCE. 139 

Quant au texte, il se compose d'explications que nous avons cru 
utile de donner pour l'emploi du calendrier perpétuel... 

Les petits poèmes sur les œuvres des mois se trouvent dans les 
calendriers de 1566 et 1570, où nous les avons pris. Les versets de 
psaumes ont été choisis et appliqués à chaque mois, dès 1563... 

Les dates sont accompagnées d'éphémérides choisies au point 
de vue surtout des souvenirs de notre église. » 



CORRESPONDANCE 



BLANCHE GAMOND ' 

Monsieur, 

Je prends la liberté de vous envoyer ci-joint quelques notices sur 
Blanche Gamond. Elles me sont tombées sous la main aux Archives de 
Zurich où j'ai étudié un peu l'origine et l'histoire de notre Église fran- 
çaise de Zurich. 

Si cela pouvait vous convenir, je communiquerais volontiers au Bnl- 
letin d'autres notices de la même espèce ou quelques travaux plus 
étendus. 

Agréez, monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués. 

Messieurs Th. Claparède et Ed. Goty disent dans leur ouvrage : Deux 
héroïnes de la foi, Blanche Gamond, Jeanne Terrasson. Paris, Sandoz 
et Fischbacher, 1880 (p. 391) : 

(( Nous ne possédons aucune donnée ultérieure sur les dernières années 
de la vie de notre réfugiée (Blanche Gamond). L'époque de sa mort nous 
est également inconnue. » 

Voici quelques notes trouvées dernièrement dans les Archives de 

1. Tout ce qui peut jeter quelque lumière sur les derniers jours de l'admi- 
rable héroïne du Dauphiné, offre un intérêt spécial pour le Bidletin. Aussi 
sommes nous heureux d'accueillir les notes ci-dessus de M. le pasteur Jaccard, 
de Zurich (J. B.). 



140 CORRESPONDANCE. 

Zurich et qui comblent, en partie, la lacune regrettée par MM. Claparède 
et Goty. 

En 1717, mention d'un don de « neuf florins accordés à Blanche 
Gamond à Baden, qui a beaucoup souffert pour sa foi. On lui permet 
de passer l'hiver ici (à Zurich). » 

1718. « Blanche Gamond, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, en Dau- 
phiné, a subi de grandes persécutions et tortures : elle reçoit par 
mois un secours de 2 florins 16 schelling. Elle est maintenant hydro- 
pique. » 

Puis, en note : « Elle est morte ». 

{Verzeichniss franz. Exul : 1687-1739.) 

' 1718. « Blanche Gamond, morte d'hydropisie, a été ensevelie à 
Zurich. Frais d'ensevelissement : 2 florins 25 schelling. » 

(David Oeri : Rechnungen, I.) 

Ni le mois, ni le jour de sa mort ne sont indiqués. 

E. Jaccard. 

Zurich, 19 janvier 1885. 



BIBLE EN BASQUE 

11 y a quelques mois, M. le professeur Rhys, qui enseigne le celtique 
à l'Université d'Oxford, a découvert, dans la Bibliothèque de lord Mac- 
clesfield, des manuscrits en langue basque, qui y ont été déposés en 
17-49. On n'est pas d'accord sur leur âge; tel les croit du commencement 
du xvup siècle, tel autre les fait remonter au xvi"^ et fait de leur auteur 
le continuateur de Jean Liçarague et l'un des ministres du S. E., de 
Jeanne d'Albret. En attendant que ce problème historique soit résolu, 
nous donnons, d'après une lettre de notre estimable ami, le Kév, 
W, Webster, l'indication de ces précieux manuscrits composés par 
« Pierre d'Urte, ministre du Saint-Évangile, natif de Saint-Jean de Luz 
de la province de Labourd, etc. ^ ». 

1. 11 existe à Saint-Jean-de-Luz une rue du Temple. Lafitte Selon était pas- 
teur de ce lieu en 1626 selon le catalogue des Églises dressé par le synode de 
Castres (Aymon, II, 424). 



CORRESPONDANCE. 141 

Traduction en basque de la Genèse et d'une partie de l'Exode. 

Grammaire basque. 

Dictionnaire latin-basque (incomplet). 

Rappelons à cette occasion le titre de la traduction du Nouveau-Testa- 
ment par Liçarague. Nous avons eu ce rare volume entre les mains ; 
tous ceux qui l'ont cité n'ont pas eu ce privilège. 

Jésus Christ | Gure iaunaren | Testamentu | Berria | Rochellan | 
Pierre Hautin imprimicale. 1571. 

20 ff. n. ch. pour le titre, la dédicace du traducteur, Jean de Licar- 
rague de Brescous, à Jeanne d'Albret, et l'avertissement. 

460 ff. ch., sauf le dernier, pour le Nouveau-Testament. 

32 ff. n. ch. avec les signatures a. e. i. o. pour Testamentum Berrio 
Jutx, etc., table. 

56 ff. n. ch. signatures A-G pour le catéchisme de Calvin, la liturgie 
et la confession de foi en 40 articles. C'est un splendide in-8°. 

Brunet cite de plus, mais en in-12, un calendrier du même imprimeur 
et de même date : Kelendreria, Bazeo noiz Daten, etc. Nous ne l'avons 
jamais rencontré et nous en dirons autant du catéchisme en langue 
biscaïenne de Bustenobis, pasteur béarnais. 

Ch. L. Frossard, P''. 



UN TRAITÉ INCONNU 

DE l'Époque de la ligue 

StrasbouFjï, le 25 février 1885. 

Monsieur et cher pasteur, 

Permettez-moi d'adresser une question au bibliothécaire du Protestan- 
tisme français Je désirerais connaître l'auteur d'un traité huguenot, 

aussi remarquable par la vivacité du style que par la hardiesse des 
idées; en voici le titre : 



La \ suprême \ Restauration \ duRoyaume \ deFrance. \ Con- 



U2 CORRESPONDANCE. 

tenue en deux Remonstrances, Vune \ addressee au Roy Très 
chrestien, pour \ Vabolition des Tailles, et payement en- \ tier 
de ses debtes,sans fouler lepemle \ moyennant une paix asseuree : 
et Vau- \ tre a messieurs les Pairs et Estats du- \ dit Royaume, 
pour le fait des deux con- \ uocations et assemblées qui se doy~ 
vent 1 tenir à Champigny, et à Montauban. \ M.D. LXXXI. 

S. L. in-8° de 63 pages chiffrées. 

En s'aclressant aux Pairs, l'auteur signe : V. T. H. D. F. — V, T. H. 
signifie, je suppose, Votre très humble ; mais qu'est-ce queD. F. ? Je vous 
serais très obligé si vous pouviez me le dire. 

J'aibien un soupçon, mais comme je ne suis pas amateur d'hypothèses, 
je le garde provisoirement pour moi. 

Gomme je suis en train de questionner, voulez-vous me permettre 
encore une demande ? Connaissez-vous un écrit huguenot, répondante ce 
titre : 

Responses sur les maximçs de Maistre Nicolas Machiavel, 
réfutées par authoritez des sainctes Escritures. 

Comme l'auteur de la Suprême Restauration menlionne les Responses, 
celles-ci sont, soit de 1581, soit antérieures à cette année. 
Veuillez 

C. SCIIMIDT. 

En attendant qu'un de nos lecteurs réponde à ces questions, et bien 
que notre savant et aimable correspondant se défie, avec raison, des 
hypothèses, nous nous permettrons une simple remarque. Dans Le secret 
des finances de France... par N. Froumenteau, 3 vol. de 152, 472 et 
-439 pages publiées en 1581 S . L., il y a, en tête du premier et du deuxième 
livre, sous le titre d'Epistre au Roy et Epistre au Lecteur, des pages 
d'une clarté, d'une vivacité et d'une hardiesse remarquables. On y lit, 
entre autres, les phrases que voici : 

» Le remède est bien tout trouvé qui voudra : car s'il vous plaist 
de voir d'un bon œil le présent estât, ie vous en dresseray un autre, 
par le moyen duquel aurez la porte ouverte pour trouver le nid de 
ceux qui tiennent auiourd'liui en propriété le bon de cest Estât : 
c'est à dire, qu'on particularisera dans une belle liste les noms et 
surnoms de ceux qui ont touché, ou retiré les deux cens millions 



CORRESPONDANCE. 143 

d'escus, que le contable doit par cedit Estât, voire on baillera les 
confins de toutes les terres, seigneuries et possessions, qui en ont 
esté acquises ou achetées : qui sera encore une preuue superabon- 
dante, de la certitude et entière vérité d'iceluy Estât Et d'autant 

que l'on a adverti que ie me licencie par trop de vous faire une 
telle et si avantageuse ouuerture, a cause que les grands Seigneurs 
ne trouueront iamais bon d'estre ainsi recerchez : ie les tien si sages 
et bien aduisez, qu'ils cognoissent fort bien que ie ne parle sinon 

après Messieurs les députez des trois Estats Je n'ay regret que 

d'une chose, de ne pouuoir tout d'un trait vous représenter par un 
mesme estât, le remède conuenabie a tant de maux et bresches 
faites a vos finances, mais il eust fallu faire un volume par trop 
gros,.. » 

Ces passages extraits de l'Epistre au Roy (datée du 1^'' janvier 1581) 
renferment évidemment la promesse de l'auteur de montrer, dans 
d'autres écrits, comment l'état matériel si déplorable, qu'il décrit dans le 
Secret des finances, pouvait être amélioré. Est-il permis de supposer 
que cette promesse a été tenue, entre autres, par la puMication de la 
Suprême Restauration^ 

Le nom de Nicolas Froumenteau étant un pseudonyme (Voy. dans la 
France protestante de MM. Haag et Bordier, les articles Barnaud et 
Froumenteau), l'auteur a aussi bien pu se cacher sous les initiales D.F. 
que N. F. Quoi qu'il en soit, et sans vouloir exprimer dans ce qu'on vient 
de lire, autre chose qu'une simple supposition, nous croyons que la bro- 
chure signalée par M. le professeur Ch. Schmidt appartient au groupe 
d'écrits attriJjués jusqu'ici à Froumenteau. 

Quant aux Responses sur les maxmes de maistre Nicolas Machiavel 
citées dans la Suprême Restauration^ ne serait-ce pas le même écrit 
que le : 

Discours siir les moijens de bien gouverner et maintenir en 
bonne paix un roijaime, contre Machiavel? 

Ce livre est d'Innocent Gentillet et a paru, d'après la France protes- 
tante (V. 247, en 1576, 1577, 1579 et 1599 1). 11 était donc déjcà fort 
répandu et connu en 1581. 

N. W. 

1. Nous connaissons aussi une édition de 1589. 



CORRESPONDANCE. 



QUATRE-VINGT-TREIZE LETTRES 

DU DUC DE ROHAN 



Millau, le 16 février 1885. 



Monsieur et honoré frère, 

Je VOUS envoie la modique somme de 10 fr. 85 qui témoigne, Lien que 
faiblement, du continuel attachement de l'Eglise réformée de Millau, à la 
Société de l'Histoire du protestantisme français. 

Je profite de cette occasion pour vous signaler la présence dans les 
Archives communales de notre ville, de documents d'une grande valeur, 
se rapportant, en particulier, au séjour du duc Henri de Rohan à Millau, 
alors que cette ville servait de boulevard au protestantisme dans le Lan- 
guedoc et le Piouergue. 

Entre autres pièces du plus grand intérêt, j'ai dépouillé, en partie, une 
liasse de 93 lettres du duc de Rohan adressées à Messieurs les consuls, 
et quelques-unes à Messieurs les consuls et au consistoire de la ville 
de Millau, et écrites de diverses localités du Languedoc et des Cévennes : 
Montpellier, Nîmes, Anduze, Alais, Uzès, Saint-Hippolyte, Le Vigan, 
Castres, etc. 

S'il vous était agréable d'insérer quelques-unes de ces lettres dans le 
Bulletin, je me ferai un plaisir de vous les transcrire. Je regrette que le 
temps me manque pour en tirer parti. Une étude de la belle vie du duc 
de Kohan me semble encore à faire et serait bien digne de tenter quel- 
qu'un qui en aurait le loisir. 

Agréez,. ... 

Théoph. Blanc, pasteur. 

Nous remercions vivement M. le pasteur Th. Blanc de sa communica- 
tion et de son offre. S'il n'est pas possible d'obtenir pour la Bibliothèque 
de la Société une copie de toutes ces lettres, le Bulletin insérera volon- 
tiers celles qu'on lui adressera. Nous espérons que notre correspondant 
voudra bien prendre note des dates exactes de chaque lettre, ainsi que 
du lieu où elle a été écrite et de son contenu sommaire. Nous pourrons 
ainsi, en joignant ces renseignements aux pièces qu'on donnera in ex- 
tenso, contribuer à faire mieux comiaître la belle carrière du duc de 
Rohan. Nous croyons, avec notre correspondant, que cette vie n'a pas 
encore été définitivement écrite, et nous sommes de ceux qui ne craignent 
pas de la voir soumise à une minutieuse enquête. 

N. W. 



Le Gérant : Fischbacher. 



Boi'PvLOTON. — Imprimeries re'unies, B. 



BXJIjLETIISr 



E LA 



DE L'HISTOIRE OU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECUEIL MENSUEL, IN-8», 



âTIS. — LES ABONNÉS DONT LE NOM OU l'ADRESSE NE SE- 
RAIENT POINT PARFAITEMENT ORTHOGRAPHIÉS SUR LES BANDES 
IMPRIMÉES SONT PRIÉS DE TRANSMETTRE LEURS RECTIFICATIONS 

A l'administration. 



On peut se procurer les volumes parus Du Bulletin aux prix suivants 



1'^ année, 1852 

2" — 1853 

— 1^51 

— 1855 

— 1856 

— 1857 

— 1858 

— 1859 



9 — 1860 
iOr — 1861 



20 fr. 

le volume. 



I,. 



30 fr. 
volume. 



A A a 
11® 


année, 1862 \ 


À S>e 




l OVO \ 


A Oe 

lo® 




AQRÂ ' \ 
1oD4 I 


14.® 




1865 


15® 




1866 


16® 




1867 


17® 




1868 


18® 




1869 


19«- 


20®— 


1870-7l' 


210 




1872 \ 


22® 




1873 / 


23® 




1874 


24® 




1875 : 


25® 




1876 


26® 




1877 


27® 




1878 


28® 




1879 


29« 




1880 


30« 




1881 / 

1882 / 






32® 




1883 ] 


33° 




1884 < 



2Pfr. 
volume. 



10 fr. 
le volume* 



Chaque livraison séparée r 2 francs. 

Une livraison de Tannée courante ou de la précédente : 1 fr. :25. 
On ne fournit pas séparément les livraisons des 7% 9« et 10« années. 
Une collection complète (1852-1883) : 320 francs. 
Table générale des matières des 14 premières années : 2 francs. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'tJTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET DU 13 JUILLET 1870 

Médaille d'or à l'XiXpositioii universelle de 
ADMINISTRATION. L I B R A I RI E G. F I SCH B AC H E R. 3 3, R U E D E SE I N E 



BXJlLiLETIÏV 

Le Bulletin paraît le 15 de chaque mois, par cahiers de trois ' 
feuilles au moins. On ne s'abonne point pour moins d'une année. 

Tous les abonnements datent du 1" janvier, et doivent être soldés 
à cette époque. 
Le prix de l'abonnement est ainsi fixé : 

10 fr. » poTsr la France, l'Alsace et la Lorraine. 
12 fr. 50 pour la Suisse. 
15 fr. )) pour l'étranger. 

7 fr. 50 pour les pasteurs des départements. 
10 fr. » pour les pasteurs de l'étranger. 
La voie la plus économique et la plus simple pour le paiement 
des abonnements est l'envoi d'un mandat sur la poste, au nom de 
M. Alfred Franklin, trésorier delà Société, rue de Seine, 33, à Paris. 

Les mandats-poste internationaux devront porter la mention : 
Payable Bureau ib (rue Bonaparte). 

Nous ne saurions trop engager nos abonnés à éviter tout inter- 
médiaire, même celui des libraires. 

Les personnes qui n'ont pas soldé leur abonnement au 

15 MARS reçoivent UNE QUITTANCE A DOMICILE, AVEC AUG- 
MENTATION, POUR FRAIS DE RECOUVREMENT, DE : 
^ 1 fr. )) pour les départements ; 
1 fr. 50 pour l'étranger. 
Ces chiffres sont loin de couvrir les frais qu'exige la présentation 
des quittances; l'administration préfère donc toujours que les abon- 
nements lui soient soldés spontanément. 
I .■ ■ 

I 

^ LE PRIX DE CE CAHIER EST FIXÉ A I FR. 25 POUR 1885 



ANNEE. — 188 




ET LIT 



1 rV^»*^!. 



15 Avril 



e p.E N T B A c^^.|i;^îïA s 0 CIÈ T É 



9B 



BôUftloTON. 2l1 imprimeries réuiii€is> B.'f 



i 



i 
i 



j 



ÉTVBEt 

.Matthieu . ^, 

Manche, (4' Vf Affilier articlel'yr, ]\ . ? 

N. W^ISS. — Ijetirem d abolition de François 

ai mal 1536 
-— Lettre de rémlission accordée en novembre 1537, 
UAI^JFiA^çols: I"> Am^ret Félix, de CbSrens en Dau 



— lies'Ré' ' ' ~ * 




F. PuAUX*, -^-%|i, 
de l^Édlt 'dé^ivi 

JSIBOOGRAPniE 

""1. WëISS. — RépeH 

E. RoTTi — Papler/s politique» du dnc Henri de Rolti^ui^ 
CHROIVIQUE 



TouL,Ge,.gui concerne la rédaction du Bulletin ûewrsL être désor- 
njais^0^6^(f| sous le couvert de M. le Président de la Société, à 
M N.^WEfô?; secrétaire de la rédaction, 10, place Vendôme, Paris. 

Prière d'ai 
dailles, e 
public le^ 




LES GRANDES SCÈNES HISTORÎdUES DU XVI* SIÈCLEWcuelfde^ 
f^^ortoMi et de^Perrissin). Quarante-quatre livraisons deçettc belle pubii- 
cation '^sont en vente au prix de 3 francs la livraison. • " 

LA "FRANGE PROTESTANTE. Deuxième édition. Quatrième volume: 
Deuxième partie^Art» Corbètes-Cybaud. Pri.\ : 5fr. pour les souscripteurs. 

.HlaîOliE^àiq^ des .églises RÉFPRMm^^^AU 

*^JtQ7APMï;n)E*^FEAlfCE?par Th. de Bèze. Edition nouvelle'rw feu 
paum et Ed, Gunitsr. Tomes' 1 et 2. Prix : 40 fr, 

fDE 3UR LES ACADÉMIES PROTESTANTES EN FRANCE An.XVIe 




SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



ÉTUD[:S HISTORIQUES 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE' 

V 

CHUTE DU PRESBYTÉRIANISME A GUERNESEY 

Le presbytérianisme se maintint pendant quarante ans de 
plus à Guernesey qu'à Jersey. On se demande pour quelles 
raisons Jacques I" n'essaya pas d'amener simultanément les 
deux îles à l'anglicanisme. Crut-il qu'il y avait avantage, dans 
une entreprise un peu hasardeuse, de s'y prendre à deux 
fois ? ou bien se trouva-t-il mal secondé par le gouverneur de 
Guernesey, qui n'était pas, comme son collègue de l'île voi- 
sine, un gouverneur à poigne? Ces deux raisons sont proba- 
blement vraies l'une et l'autre. Quoiqu'il en soit, Guernesey 
conserva les formes calvinistes de son culte jusqu'à la restau- 
ration des Stuarts en 1660, et ne se les laissa pas aussi facile- 
ment enlever que Jersey. Nous possédons un intéressant 
document qui prouve combien cette résistance fut sérieuse. 
C'est un mémoire du comte de Danby, gouverneur de Guer- 

1. Voy. le Bulletin des 15 janvier, 15 février et 15 mars 1885. 

xxxiv. — 10 



ii6 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

nesey, qui expose à Charles I" les raisons pour lesquelles il 
convient de ne pas modifier la discipline en vigueur dans l'île. 
Cette pièce a une réelle importance historique, et nous 
croyons devoir la traduire en entier : 

L'accord qui existe entre les insulaires et les Eglises de France est si 
intime que « ceux de la religion » considèrent le protestantisme des 
îles comme formant un seul corps avec eux. 11 en résulte qu'ils ont de 
continuels rapports, et qu'ils donnent connaissance aux insulaires de 
tout ce qui pourrait se tramer contre eux. 

Pour la même raison, ils contractent des alliances et marient leurs 
enfants avec des insulaires, envoyant dans ces îles une grande partie de 
leurs biens, s'associant pour le commerce avec des marchands d'ici, et 
ils ont ainsi tout intérêt à être attentifs à la sécurité de cette île, et 
même à travailler à l'enrichir. 

En tout temps de danger général ou particulier de ceux de la Religion 
en France, ils se réfugient ici et y vivent en sécurité jusqu'à ce qu'ils 
puissent rentrer chez eux. Récemment encore, plusieurs furent reçus ici 
avec toute sorte de courtoisie, tant par suite de l'ordre spécial que m'en 
fit Sa Majesté, que par suite de plusieurs lettres dos lords du Conseil 
dans le même sens*. 

De plus, en d'autres temps, des personnes de grande qualité se sont 
retirées dans cette île, avec leurs familles, notamment le prince de 
Condé et sa femme qui ont vécu ici plus d'une année ^. Plusieurs des 
principaux et des plus fameux ministres de la Religion ont pu venir 
ici continuer leurs fonctions, ce qu'ils n'auraient pas pu faire s'il n'y 
avait pas eu accord de la discipline avec celle pratiquée en France. Et 
il a toujours été considéré qu'il était plus sage d'entretenir dans ces îles 
des réfugiés français de qualité et de réputation que de les repousser. 

Les insulaires sont tellement stricts qu'ils ne permettent à aucun 
papiste d'aucune nation de s'établir ici ou d'y séjourner, ce qui contri- 
bue encore plus à les rattacher à la couronne d'Angleterre. 

En outre, il peut paraître dangereux de donner un sujet de méconten- 
tement général aux habitants qui sont obligés et chargés, par une 

1. Voy. pour une époque un peu postérieure, le document, p. 177 et suiv. 

2. Il s'agit du troisième prince de Condé, né en 1552, mort en 1588. Ce fut 
après la désastreuse tentative sur Angers (octobre 1585) que, resté seul avec 
neuf gentilshommes, il gagna Saint-Malo et s'y embarqua pour Guernesey, d'oii 
il espérait se rendre en Angleterre pour y solUciter l'assistance d'Élisabeth. Le 
Musée britannique possède une lettre de Condé à lord Burleigh, datée de Guer- 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 14*7 

ancienne institution, de garder le château qui commande le seul port 
capable d'assurer à ces îles normandes l'aide et la sécurité S'ils refu- 
saient de s'en charger, il faudrait en confier la garde à des soldats 
anglais, ce qui serait une grande charge pour Sa Majesté. Il n'est pas 
possible, en effet, d'envoyer du renfort d'Angleterre, en temps utile, en 
cas de danger urgent, ces îles se trouvant tellement exposées à de sou- 
daines attaques du côté de la France. On ne pourrait se fier aux indi- 
gènes après qu'on leur aurait donné un tel sujet de mécontentement, en 
changeant la forme d'une discipline à laquelle ils sont tellement attachés 
et dont ils jouissent depuis longtemps; ce serait contraire aux règles du 
gouvernement que la couronne britannique a constamment suivies à 
l'égard de ces îles depuis tant d'années. 

Ces considérations, avec plusieurs autres, parurent assez importantes, 
au temps de la reine Êlisabeth, pour que, bien qu'il y eût alors des 
doyens dans les deux îles^, on jugeât bon de faire cesser cette forme de 
gouvernement ecclésiastique et de permettre que les habitants de ces 
îles vécussent sous la môme discipline que ceux de la lleligion dans le 
pays voisin. 

Au temps du roi Jacques, d'heureuse mémoire, quand le secrétaire 
Calvert fit tous ses eiîorts pour faire nommer un doyen à (luernesey, Sa 
Majesté trouva ces raisons assez fortes, et ne permit pas qu'aucun 
changement fût fait à l'ordre de choses établi. 

Il n'en résulte aucun préjudice pour les autorités de notre Église à 
laquelle on ne souffrirait pas que quelqu'un s'attaquât. Tous les Anglais 
viennent au château, où le service et les sacrements sont célébrés selon 
le rite anglican. 

A ces raisons, je me permets d'ajouter que le temps serait mal choisi pour 
faire ce changement, alors que Jersey est dans l'agitation sous son nou- 
veau doyen 3, ce qui augmente l'aversion des Guernesiaispour ce régime. 

En dernier lieu, j'ajouterai qu'il y a actuellement plusieurs ministres 

nesey, 20 novembre 1585. Charlotte de la Trémouille, qui n'était encore que sa 
fiancée, lui envoya de La Rochelle deux vaisseaux qui le ramenèrent en France. 
Voy. duc d'Aumale, Hist. des princes de Condé, t. II, p. 152. Cf. Véritable dis- 
cours de la naissance et vie de Mgr le Prince de Condé, Paris 1801, p. 10, 14. 

1. Il s'agit du château Cornet, placé sur un ilôt, en face du port de Saint- 
Pierre-Port, le seul port véritable que possédaient alors les îles de la Manche. 

2. Les seuls doyens qui aient existé aux îles au commencement de la réfor- 
mation étaient le doyen Paulet, de Jersey, resté catholique, et le doyen After, 
de Guernesey, qui paraît avoir conservé son titre jusqu'à sa mort, mais sans en 
exercer les fonctions, une fois le régime presbytérien établi. 

3. David Bandinel. 



JI8 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE 

âgés à Guernesey. Quand ils mourront, nous ne saurions en trouver 
d'autres, car il ne peut nous en venir que de la France, et ici nous n'en 
trouverions que peu ou point ^ i 

Nous avons cité en entier ce document, œuvre d'un homme 
à qui son attachement à l'Église étabhe laissait toute la 
liberté de son jugement. Il estimait dangereuse et impolitique 
toute tentative d'enlever à Guernesey ses institutions reli- 
gieuses. Son témoignage, à coup sûr désintéressé, montre 
que, si cette île avait mis plus de temps que sa voisine à 
embrasser la réforme presbytérienne, elle n'était pas disposée 
à se la laisser facilement arracher. 

Dès le commencement de la lutte entre Charles I" et le 
parlement, Guernesey et ses deux petites voisines Aurigny 
et Sercq, se prononcèrent pour le parlement. Le péril d'une 
telle attitude était d'autant plus grand que Jersey, entraîné 
par son tout-puissant gouverneur, Sir George Garteret, 
tenait pour le roi, et que le château Cornet, à l'entrée du port 
de Guernesey, était aussi aux mains des royalistes, qui réus- 
sirent à s'y maintenir neuf ans entiers. Cette situation mettait 
la ville de Saint-Pierre-Port sous le canon ennemi, et exposa 
l'île à des luttes et à des privations incessantes, qu'elle 
soutint avec bravoure, pendant ces longues années, par 
attachement à ses libertés civiles et religieuses. En se ran- 
geant du côté du parlement, Guernesey manifestait en effet 
bien plus ses préférences religieuses que ses idées politiques. 
Nous avons déjà fait remarquer que les institutions spéciales 
des îles les rattachent à la couronne britannique, mais ne les 
placent pas sous la juridiction du parlement. Ce ne pouvait 
donc être que pour ce qu'ils appelaient « la querelle de 
l'Evangile d que les Guernesiais prirent parti du côté des 
parlementaires. Cette expression et ce sentiment se font jour 
dans deux documents relatifs à un incident de cette époque 
tourmentée. 



1. Tupper, Hist. of Guernsey, p. 226. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 149 

Trois des commissaires nommés par le parlement pour 
gouverner l'île en son nom, furent livrés par trahison au 
gouverneur qui tenait pour le roi le château Cornet. L'un 
d'eux était Pierre de Beauvoir, membre de la famille qui avait 
déjà donné à la Réforme l'un de ses premiers représentants. 
Jetés dans un cachot, ils réussirent à échapper, et voici en 
quels termes le registre de la ville mentionne leur délivrance : 

Dimanche, le 3® de décembre 1643, Dieu donna miraculeusement déli- 
vrance à M. des Granges (Beauvoir), M. Careye le Prévost et à M. de 
Havilland, trois capitaines remarquables qui estoyent prisonniers au 
chasteaude Cornet, pour la querelle de l'Évangile, lesquels avoicnt esté 
traistreusement surprins par le perfide et desloyal Baudin (sous couleur 
d'amitié). 

Ayant, courageusement et en la confiance qu'ils avaient au bras de 
l'Éternel, sauté deux murailles hautes de deux à trois piques de hauteur 
sans recevoir aucun dommage. 

11 est encore nottable, ce qui a esté remarqué par les mariniers et 
ceux entendus au cours de la mer, que ce jour là et en l'heure qu'ils 
sortirent, les deux heures après midi, que la mer, contre son cours 
ordinaire, continua plus d'une demye heure et sytost qu'ils étoyent à 
sauveté, elle * à coup le galay^. 

Beauvoir lui-même écrivait dans le même esprit pieux à 
son cousin : 

C'est un miracle manifeste que Dieu a fait paraistre à nos yeux... 
C'est ainsi qu'il a procédé envers ses enfants bien ayniez de temps en 
temps... et entre ces exemples, celuy de St Pierre est des plus remar- 
quables, lequel étant gardé dans une forte et obscure prison, et envi- 
ronné de plusieurs gens d'armes, en fut finalement tiré par le ministère 
d'un St Ange ^. 

La fidélité de Guernesey à la cause presbytérienne lui valut 
la ruine de son commerce et la perte de ses vaisseaux, sans 

1. Ici il y a une lacune dans le manuscrit. 

2. Tupper, Hist. of Guernsey, p. 249. 

3. Ibid. 



150 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

parler des continuelles alarmes que lui occasionnait le voisi- 
nage des forces royalistes. La victoire de la cause parlemen- 
taire ne fut nulle part accueillie avec plus de joie que dans ce 
petit pays qui avait souffert pour elle. 

La chute de la république et Tavènement de Charles II 
en 1660 devaient amener la fm du régime presbytérien à 
Guernesey. La nouvelle chambre des communes, élue au 
commencement de 1661, était, selon l'expression de Macau- 
lay, « plus zélée pour la royauté que le roi, plus zélée pour 
l'épiscopat que les évêques ». A peine réunie, elle vota le 
fameux Acte d'uniformité qui rendait l'ordination épiscopale 
indispensable pour remplir les fonctions ecclésiastiques. Près 
de deux mille ministres, à qui leur conscience ne permettait 
pas de se conformer à cette injonction, furent chassés de leurs 
bénéfices. Un ordre du roi en conseil décida que l'Acte d'uni- 
formité serait applicable dans le bailliage de Guernesey. Les 
historiens locaux sont très réservés sur la crise qui rattacha 
définitivement l'île à l'Église anglicane. Nous pouvons, grâce 
à la correspondance inédite de l'homme qui joua le principal 
rôle dans cette crise, nous représenter assez exactement com- 
ment les choses se passèrent. 

Cet homme, Jean de Saumarez, était membre de l'une des 
grandes familles du pays; son cousin occupait Thonorable 
fonction de bailli. Lui-même, entré dans les ordres, était 
devenu ministre de la paroisse de Saint-Martin, dans son île 
natale. Royaliste ardent, il salua avec joie la chute de la répu- 
blique et l'avènement de Charles II. Il jugeait ainsi le régime 
tombé : « Sous prétexte de liberté, nous avons été esclaves. » 
Et dans le régime nouveau, il vit surtout le moyen de satis- 
faire son ambition. A peine le roi était-il sur le trône que ce 
remuant personnage suggère « que pour cette fois les justi- 
ciers ne soient point mis par l'élection ordinaire, vu que nos 
ennemis (les presbytériens) possédaient entièrement les affec- 
tions du peuple t>. Dans cette même lettre adressée à son cou- 
sin, il laisse percer l'ambition qu'il caresse de devenirdoyen, 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 151 

« s'il y a apparence qu'il y ait un doyen en cet île » ; il fait 
remarquer qu'au temps où cette dignité existait, « sa paroisse 
de Saint-Martin était par cy-devant la paroisse du doyen * ». 
Plus tard^ il dit plus clairement encore : « Je vous prie d'avoir 
soin de mes affaires et particulièrement de celle dont vous 
parlastes à monseigneur nostre Evesque. » 

Un an avant l'Acte d'uniformité, Jean de Saumarez se mit 
à introduire les formes anglicanes dans sa paroisse. C'était 
devancer les ordres du roi et se placer fort habilement à la 
tête du mouvement. (.( J'ai commencé, écrit-il le 14 avril 1661 , 
à lire la liturgie que vous m'avez envoyée. La plupart trou- 
vent les prières être beaucoup édifiantes. D'autres ne disent 
mot; je ne sçay ce qu'ils en pensent. S'ils ne sont desbauchés, 
tout ira bien. » Il ajoute naïvement : « J'ay pour garand l'ordre 
du roi qui s'étend en toutes ses dominations et la conformité 
d'icclles aussi à la parole de Dieu. » La forme même de la 
phrase indique assez que le recteur Saumarez était plus 
préoccupé, en cette affaire, des ordres du roi que de la 
parole de Dieu. Ses paroissiens accueillaient d'ailleurs assez 
mal ses innovations, et il fut obligé de changer l'un de ses 
« officiers d'Église » qui contrariait ses vues. « On ne fait que 
nous menacer, mais j'en fais peu d'estat », ajouta-t-il, en 
homme sûr de vaincre ^ Le gouverneur lui-même trouvait 
son zèle un peu intempérant et détournait les autres ministres 
de suivre son exemple. 

Mais Saumarez était un peu plus fin politique que le repré- 
sentant même du roi, comme les événements le montrèrent. 
Il avait vu venir de loin l'Acte d'uniformité, et l'année 1665 
combla tous ses vœux. Un ordre du roi adressé, le 15 juillet, 
à lord Hotton, gouverneur de Guernesey, déclarait que l'Acte 
d'uniformité aurait force de loi dans l'île et désignait Jean de 
Saumarez comme doyen, « à cause du bon rapport qu'on 

1. Lettre du 29 août 1660. 

2. Lettre du 2 novembre 1661. 

3. Lettre du 30 septembre 1661. 



152 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

nous ajfait, disait le roi, de ses capacités à remplir cette 
charge, de sa fidélité envers nous et de son inclination éprou- 
vée pour notre gouvernement ecclésiastique » . Le nouveau 
doyen était chargé d'introduire la liturgie dans toutes les 
églises. Le roi ajoutait que si, contrairement à son attente, 
« des esprits mauvais et turbulents s'opposaient au doyen » 
dans cette œuvre de réforme, ils fussent traduits devant le 
gouverneur, et, en cas d'obstination de leur part, « amenés à 
la barre du conseil du roi, pour y être traités selon leurs 
démérites et offenses M) . 

Le doyen Jean de Saumarez rapporta lui-même d'Angle- 
terre sa nomination et l'ordre du roi qui le chargeait d'étabHr 
le rituel anglican à Guernesey. Un de ses collègues, Pierre de 
Jersey, revenait avec lui, muni de l'ordination épiscopale. 
Quel accueil firent les presbytériens de Guernesey aux ordres 
du roi qui, sans les consulter, leur enlevait leur organisation 
ecclésiastique et leur imposait un doyen? Nous n'avons, pour 
répondre à cette question, d'autres documents que les lettres 
de Saumarez lui-même, qui ne nous font entendre qu'un 
côté de la vérité, mais qui nous permettent de nous repré- 
senter le reste. Voici comment il raconte, dans deux lettres, 
son entrée en charge : 

Nous arrivâmes ici le 5 d'aoust, le lundi ; le jeudi, la Cour ouit la lec- 
ture de la leUre du roi et la fit enregistrer d'un commun consentement. 
Le vendredi, j'assemblay le clergé au consistoire de la ville et fis lire 
devant eux les ordres du Roy et de l'Evesque, et leur dis celles que 
j'avais de Monseigneur notre Gouverneur en ce qui le;5 concerne. Ils 
déclarèrent qu'ils n'avoient rien à dire à l'encontre que je fusse doyen, 
et qu'auparavant ils ne pouvoient pas me reconnoître tel qu'ils n'eussent 
veu lesdits ordres. Je leur demanday s'ils vouloient obéir à l'ordre de 
Sa Majesté, et aller pour ce sujet à Monseigneur notre Gouverneur pour 
lui demander leur paroisse, celui-ci en étant le vrai patron. Ils me 
demandèrent du temps. Je leur dis que voilà les ordres et qu'ils y pen- 
sassent. 



1. Voir le texte de ce document dans Duncan, Hist. of Guernsey, p. 342. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 153 

Le dimanche d'après et l'ensuivant, ils prêchèrent, mais l'autre d'après 
ils prindrcnt congé de leurs paroissiens de leur bon gré. Je n'en ai 
silencié aucun; il n'y eut que M. Marchand, sur le sujet que savez, 
qui résigna de soi-même. Depuis, nous avons été à Saint-André, Saint- 
Sauveur, Torteval, et il n'y a eu personne qui ait contredit. Je n'ay 
séquestré aucun bénéfice ni fait le moindre préjudice. Je ne saurois faire 
moins qu'aller aux paroisses où il n'y a point de preschc au dimanche 
et en estant désiré de quelques-uns, comme je l'ay été à Saint- Sauveur. 
Je n'ay fait aucune visite des Eglises. Je n'ay point changé d'officiers. 
Je ne pouvais agir moins que j'ai agi; et, Dieu veuille continuer sa 
bénédiction, tout ira bien. 11 n'y a qu'en nostre paroisse où le parti de 
M. Bonamy ne vient point au presche, et je n'y contrains personne 
pas plus qu'ès autres, laissant le monde à leur liberté 

11 n'y a aucun danger de sédition ni de trouble. Je cognoissois assez 
la disposition de nostre peuple, ils sont tost émus et tost nppnisos. Vous 
avez éprouvé ce que c'est d'eux, et qui attendroit à établir aucune 
chose bonne jusqu'à ce qu'ils le voulussent, en aurait beau attendre. En 
prenne la louange qui voudra, mais que l'Eglise de Dieu soit établie, 
et si je n'y réussis par n'estre soutenu comme je dois, j'aurai cette con- 
solation que j'y ai fait tous mes elîorts sans considération de p[lace] ou 
d'aucun avantage que sa gloire 

Ce que le doyen ne dit pas, c'est que, à côté des moyens de 
douceur pour lesquels il éprouvait, du moins à ce moment, 
une prédilection touchante, se trouvaient des moyens d'inti- 
midation très réels, notamment l'arrivée dans l'île d'un déta- 
chement militaire chargé de veiller à l'exécution de l'Acte 
d'uniformité. C'est ce que nous ignorerions sans le journal 
d'un honnête maître d'école, Pierre Le Roy, du Gâtcl, qui 
nous fait connaître en même temps les noms des ministres 
démissionnaires : 

€ 24 septembre 1662. — Il est arrivé dans cette île une compagnie 
de cent soldats avec un major, un capitaine et des officiers, à cause de 
quelque opposition à l'Acte d'uniformité. Les ministres n'ont pas voulu 
s'y soumettre et ont abandonné leurs cures, savoir M. Le Marchant, du 
Valle et Saint-Sampson; M. Perchard, de Saint-Pierre du Bois; M. More- 



1. Lettre d'août 1662. 



Ï54 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

head, de Saint-Sauveur; M. de la Marche, du Câtel, et M. Hérivel de la 
Forêt et de Torteval K » 

L'adoption du rituel anglican ne se fit pas sans résistances. 
Le doyen se plaint surtout des femmes qu'il trouve rétives. 
Le signe de la croix introduit dans la cérémonie du baptême 
leur faisait l'effet de papisme tout pur. « Les bonnes femmes, 
écrit-il, ne s'achopèrent à rien qu'au signe de la croix et aux 
maraines. » Il y en eût une qui fut mise en prison pour avoir 
osé, en pleine Cour, faire la leçon aux magistrats sur leurs 
complaisances à l'égard des nouvelles formas. L'émotion 
grandissait. Les sœurs du doyen étaient injuriées en pleine 
rue, et lui-même confesse qu'il y a eu des « railleries et des 
cris pendant qu'il baptisait un enfant en ville ». 

Le seul collègue qui eût suivi Saumarez dans la voie de 
répiscopalisme, Pierre de Jersey, manquait de l'énergie du 
doyen et tremblait devant le mécontentement du peuple. 
« Monsieur de Jersey, écrivait Saumarez, est tout esperdu, 
encore que je ne puis que me louer de lui; notre clergé crie 
contre lui; il a peur des vieilles femmes, mais je lui ai rompu 
la glace et frayé le chemin; le pire en est passé. » Plus loin, 
il l'accuse de « ramener tout à la presbytérienne ». Plus tard 
encore : « Monsieur de Jersey, croyant plaire à tous, déplaît 
à tout le monde. Chaque dimanche il a une différente voie, 
comme il plaît à quelques-uns, plutôt que suivant mes direc- 
tions. » 

Les principales familles de l'île s'étaient soumises : « Mes- 
sieurs de justice, écrivait le doyen le 8 août. 1662, ont si bien 
pris la chose en main qu'on n'ose dire un seul mot dans le 
pays contre le gouvernement épiscopal ; tous les principaux 
sont épiscopaux ; il n*y a que le vulgaire à qui du a fait des 
mensonges ci-devant. » Il y avait pourtant des exceptions, et 
plusieurs des notables résistaient au courant. Dans une lettre 
suivante (17 septembre 1662) le doyen s'en plaint amèrement. 

4. Tupper, p. 238. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 155 

(( Des Granges (Pierre de Beauvoir) et Pierre Carey se mettent 
à gouverner la ville et font que M. de Jersey lit, depuis un 
ou deux dimanches, la liturgie si confusément que les gens 
de bien s'en formalisent, ne pouvant répondre comme aupa- 
ravant. Le capitaine Darell (le lieutenant-gouverneur) fut 
parrain dimanche dernier de l'enfant du manoir; il fut baptisé 
à la presbytérienne. Je les laisse faire pour voir quelle belle 
règle ils nous amèneront. Le lieutenant-bailli n'en fait pas 
ainsi, car il ne veut être parrain d^aucun sinon qu'on pra- 
tique tout... M. de Quetteville dit à M. de Jersey qu'il adore 
la bête et le faux prophète. » Quand à M. de Havilland, un 
autre notable, « il ne se conforme pas, écrivait le doyen le 
13 octobre 1663; il ne va ni à prcschcs ni à prières ». 

L'homme qui contraria le plus les plans du doyen fut 
Thomas Le Marchant, ministre de Saint-Sampson et du Yalle, 
homme érudit qui a laissé un ouvrage remarquable sur les 
lois et coutumes normandes, dans lequel il se montre très 
supérieur aux préjugés de son époque. « Cet homme excel- 
lent, dit Tupper, qui était grandement en avance de son 
temps, après avoir pris ses diplômes à Cambridge, passa 
quelques années à l'académie de Caen, où il jouit de l'amitié 
du savant Bochart et de Huet, qui correspondirent avec lui 
après son retour à Guernesey » 

Attaché par les convictions de toute sa vie au système pres- 
bytérien, il résista au parti royaliste et anglican, et, quand 
celui-ci eut triomphé, il n'hésita pas un moment à renoncer 
à son bénéfice pour obéir à sa conscience. Son influence, non 
seulement dans sa paroisse, mais dans toute l'île, était si 
grande, qu'en lui se personnifia la résistance à l'Acte d'uni- 
formité et qu'autour de lui se groupèrent tous ceux qui pré- 
féraient l'austérité des formes calvinistes au rituaUsme angli- 
can et le gouvernement d'une assemblée élue à celui d'un 
homme. Cet « homme excellent », comme l'appelle Tupper, 



1. Tupper, p. 362. 



156 LA RÉFORME DANS LES TLES DE LA MANCHE. 

était digne de la haine de Saumarez, et elle ne lui manqua 
pas. Ses lettres en contiennent le témoignage à chaque page. 
Dès le 3 août 1662, il écrit à son cousin le bailli : « Si Mon- 
seigneur nous envoyait ce Français qui lui est recommandé 
par M. Durell, pour le Valle et Saint-Sampson, cecy dompte- 
rait M. Marchant. J'ay délibéré de le laisser en sa course en 
cas que je n'entende pas qu'il presche ou parle contre le gou- 
vernement établi, jusqu'au 24 de ce mois, suivant l'Acte d'uni- 
formité. » Il ajoutait plus loin : « M. Marchant, encore que je 
ne l'aie pas silentié pour voir ce qu'il ferait, met tout en 
confusion. » Il écrivait peu après : « Toute rigueur que j'ay 
usée, ça été envers M. Marchant, lequel j'ay fait venir à ré- 
pondre de ses insolences; il résigna de soy-même. » 

Le 8 août, Le Marchant résignait, en effet, ses fonctions et 
était obHgé de fournir caution de 1000 écus « pour son bon 
comport à l'avenir ». Ce ne fut pas là le terme de ses épreuves. 
La correspondance de l'irascible doyen nous montre celui-ci 
poursuivant avec acharnement son adversaire et réussissant à 
le faire enfermer d'abord au château Cornet de Guernesey, 
puis à la Tour de Londres. Les extraits qui suivent des lettres 
du doyen permettent déjuger l'homme qui introduisit l'angli- 
canisme dans l'île, et les procédés qu'il y employa : 

juillet 1663 : Vous avez dû ouïr Taffaire de Thomas Le Marchant. 
Nostre clergé se plaignant des opprobres qu'il leur met à sus et du peu 
d'asseurance qu'il y avait pour eux à assister les paroisses du Valle et 
de Saint-Samson, j'ay demandé, par l'entremise de M. le major Walters* 
une conférence avec Gap. Darel^... Je lui déclaray qu'il connoissoit com- 
bien les désordres du Valle et de Saint-Samson estoient grands par les 
menées de Marchant, et je le priai de s'asseurer de la personne d'iceluy 
pour l'intérêt du roi et pour la paix de l'isle. Je me fonday sur mes pre- 
mières accusations adjoutant celle qu'il était la cause des susdits dé- 
sordres, ce que je maintiendrais devant Monseigneur notre Gouverneur. 

1. Voir une lettre du major Walters sur ce sujet dans VHistoire de Tupper, 
p. 362. 

2. Le capitaine Darel, lieutenant-gouverneur de Guernesey était favorable au 
presbytérianisme. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. i57 

Il dit devant toute la compagnie que Marchant était un dangereux homme, 
une peste dans un pays et que, moyennant que je baillasse sous ma 
main ce que je voulais qu'il fit, alors il y aviserait... 

Il fut conclu que Marchant présenterait une requesteen cour pour m'en 
faire respondre. Cap. Darel le fit donc venir au chasteau, lui dit qu'il 
était prisonnier. Marchant le pria de lui donner congé, et, sur sa parole 
qu'il reviendrait le prochain jour au soir. C'était pour présenter une 
rcqueste, dont j'ai envoyé copie à Mylord. Il y maintient le Co venant... 
Une autre fois, Marchant se représentant avec sa requesle, chasqu'un 
s'absente, hormis llavilland et le cousin Élizée qui tient bon pour luy, 
La chose est demeurée. Mais il ne faut pas que j'oublie à vous dire que 
lorsqu'il présenta sa requeste, ce fut en présence de tous les connes- 
tables * du païs; c'était pour jouer un beau coup sur nous. 

On n'a que faire de crier qu'il est prisonnier, car il ne fait que coucher 
au chasteau deux ou trois nuits la semaine; il est même du conseil privé. 
Après qu'il a examiné sa conscience, il a envoyé vers moi à prier de ne 
point mettre contre lui tout ce que j'ay, car il reconnaît qu'il est perdu; 
il se contente d'estre mis hors du païs pour quelques années, de payer 
une amende, moyennant que ce ne soit point jusqu'à sa ruine. Il est tout 
éperdu, car aussi a-t-il dit des choses qui n'estoient point à cstre distes. 
Il se reconnaît coupable, et ses disciples se sont venus humilier, et je 
les ay receus à bras ouverts. Ne sauriez croire combien d'estonnement 
ceci a causé à plusieurs. S'il n'est donc mandé en Angleterre, je vous 
prie de travailler affin qu'il soit mis en prison jusqu'à estre justifié. Mais 
comment le sçaurait-il faire, ayant déjà tout prouvé contre lui, hormis 
quelques nouveaux articles que je suis prest de prouver? 

W juillet 1663. Vous saurez en bref de l'emprisonnement de Marchant. 
Il faisait le diable, tellement qu'il n'y avait aucune asseurance, et les 
soldats étant une fois dehors là-dessus, j'ay renouvelé nia charge contre 
lui et ay prins dos témoins avec moi. Gap. Darel à la fin l'a délins au 
chasteau; mais j'ay une nouvelle charge et des choses déplus grande 
conséquence que je n'ay eu. Vous en orrez quelque chose devant qu'il 
soit longtemps. Il est nécessaire, pour la gloire de Dieu et l'intérêt du 
roi, qu'on fasse un exemple. C'est ce qui préservera notre pauvre païs 
en paix. Mais M. le portier me vient de mander qu'il couche seulement 
quelquefois au chasteau. Je vous prie de haster, Mylord, car je crois, si 
vous ne vous hastez, qu'il nous faudra quitter le païs ^. 

19 août 1663. Ceci est seulement pour vous dire que Marchand s'en 

1. Les connétables ou maires des paroisses siégeaient aux Étals. 

2. « Mylord » était le gouverneur, lord Hatton, alors absent de Guerncsey. 



158 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

est allé enfin du pais et s'est retiré en Normandie *. M. Darel a si grand 
soin de ceux dont il prend charge; il ne voulut jamais le commettre au 
portier. Vous pouvez voir la partialité avec laquelle on agit ici et quelle 
justice on a contre les ennemis du roy, comme ils sont appuyés. J'espère 
qu'on en prendra connoissance. Lorsque je me plains de quelqu'un d'eux, 
on me demande si on est obligé d'exécuter mes volontés, comme si je 
n'étais pas obligé de m'intéresser contre les ennemis de Sa Majesté. 

5 septembre 1663. Si Marchant est à Londres, je vous prie de prier 
votre partie de parler à Mylord, à nostre évesque et à mon oncle, affm 
que ce compagnon soit manié comme il faut. Ne le croyez en aucune 
chose, car il est toujours le même personnage qu'il a été... Les articles 
que j'ay mis contre lui sont de conséquence. Il faut se comporter verte- 
ment. 

17 octobre 1663. Pour ce qui concerne Marchant, je ferai tous les ar- 
ticles que j'ay mis contre lui. Vous êtes son dernier refuge et son asile; 
vous m'avez dissuadé de l'escouter... J'espère que vous ne serez pas 
trop flexible à un si méchant garnement. Tandis que le temps dure, il 
faut ranger des compagnons qui nous couperaient la gorge si le temps 
venait à changer. 

7 mars 1664. Thomas Le Marchant aura bientôt ce qu'il a si longtemps 
mérité, et ses vanteries n'auront plus leur cours. Aidez en tout ce que 
vous pourrez à l'Église. 

13 mai 1665. Thomas Le Marchant est à la Tour (do Londres) et y 
restera jusqu'à ce que la prophétie du vieux Robillard soit accomplie 2... 
Pour ce qui est de l'Église, nous apporterons de tels ordres qu'il faudra 
bien que les non-conformistes se rangent à la raison. 

L'homme que la haine du doyen Saumarez poursuivait d'une 
façon si impitoyable resta prisonnier à la Tour de Londres 
jusqu'en septembre 1667. Un warrant du roi, daté de White- 
Hall, le 30 septembre 1667, disait que « Thomas Le Marchant 
ayant été longtemps prisonnier à la Tour », et ayant donné 
caution de mille livres sterling, « qu'il ne présumera en 
aucun temps d'aller dans l'île de Guernesey, à moins qu'il 
n'ait pour le faire une Uccnce spéciale de Sa Majesté, et qu'il 
se comportera à l'avenir comme un respectueux et loyal 

1. C'était sans doute un faux bruit, puisque nous apprenons peu après la pré- 
sence de Le Marchant à Londres. 

2. Nous ignorons à quel incident le doyen fait ici allusion. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 159 

sujet », etc. ; « le dit Thomas Le Marchant sera, et est dès ce 
moment, déchargé de son emprisonnement*. « Nous ignorons 
ce que devint ensuite ce dernier champion du preshytéria- 
nisme insulaire. Nous savons seulement qu'il avait épousé 
Olympe Roland, d'origine française, de laquelle il eut trois 
fils, dont l'un, Éléazar, fut plus tard hailli de Guerncscy. 

Le ministre Le Marchant n'était pas d'ailleurs le seul oppo- 
sant aux innovations du doyen. Le Major Walters, dans une 
lettre au gouverneur lord Hatton, déclarait que « la détention 
de cet homme ne suffisait pas, et qu'il fallait faire un exemple 
de Bonamy et Monaury, Éléazar Le Marchant, Pierre Garey, 
Jacques Le Marchant et Ilavilland, ou qu'il fallait s'attendre à 
ce que le repos ne fût jamais rétabli- ». Bonamy, de Saint 
Martin, demeurait l'un des chefs de l'opposition. « Il n'y a que 
notre paroisse, écrivait Saumarez en 1003, où est Bonamy, 
le chef des factieux, qui fait une confrérie chaque samedi en 
la taverne avec ses adhérents, Thomas Guille, Collas Manger, 
et Thomas Olivier, qui sont ses assesseurs. Ils sont un peu 
libertins en paroles; ils querellent ceux qui se conforment. Il 
n'est pas de besoin que nous usions de la môme rigueur en 
leur endroit qu'ils font envers ceux qui ne sont pas de leur 
secte. » Il parle aussi de « Le Pelley, de La Forêt, qui fait le 
coquin et débauche le peuple ». Il se plaint « d'une femme de 
la rue des Cornets qui prêche à Saint-Martin, qui débile chez 
elle chaque dimanche, fait chanter et explique durant le 
prêche, et il y en a qui y vont ». Dans certaines paroisses, les 
gens gardaient leurs enfants sans les baptiser, plutôt que de 
se soumettre au signe de la croix. Mandés pour expliquer leur 
conduite, ils déclarèrent vouloir user de leur liberté, et refu- 
sèrent de céder. Sur quoi le doyen fait demander à l'évêque et 
au gouverneur ce qu'il doit faire, et s'il convient de « laisser 
ces gens vivre comme des bêtes ». 

1. Tupper, Hist. of Guernsey, p. 362. 

2. Tupper, p. 362. 



I 

160 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

Mais c'étaient surtout les paroisses de Saint-Sampson et du 
Valle, où Le Marchant avait exercé son ministère, qui faisaient 
le désespoir du doyen. Il y avait mis un ancien moine, nommé 
Bresmal, qui y fut fort mal accueilli. Les gens n'allaient pas 
l'entendre; il fut même outragé en pleine église. Le pauvre 
homme était d'une maladresse insigne. Un dimanche, prê- 
chant dans l'église de La Forêt, ne s'avise-t-il pas de choisir 
pour texte : « Le Fils de l'Homme est venu, non pour être 
servi, mais pour servir. » « Il traita ce texte, écrit le doyen, 
sans lever l'objection qu'on fait contre nous, et en telle voie 
que ce qu'il dit semblait être contre le gouvernement établi. 
Il a mis par ce moyen les armes au poing de nos ennemis. » 
En octobre 1663, le doyen écrit que Bresmal vinait de mourir 
d'hydropisie et que, sur son lit de mort, il avait déclaré que 
Le Marchant était la cause de tout son mal. Lel doyen ne réus- 
sissait pas mieux que ses envoyés dans ces paroisses réfrac- 
laires; il n'eut que deux communiants un dimanche qu'il y 
donnait la Gène, et déclarait a qu'il n'y avait pas dix personnes 
qui se conformassent ». Le 29 janvier 1664, il écrivait sur un 
ton découragé : « Le capitaine Darel fut ès basses paroisses et 
dit que leur ministre venait, ce qui n'a pas fait de bien, car 
ils commencent à prendre leur vieux train, et on insulte sur 
moi à présent d'importance; mais je ne suis pas à com- 
mencer d'exercer ma patience. C'est une vertu dont j'ai sou- 
vent besoin et qui m'est nécessaire, car je voy peu d'encou- 
ragement. Le petit Waller, à cause que je l'obligeai à se con- 
former lorsque son enfant fut enterré, s'en est allé sans payer 
l'enterrement. » 

L'opposition à l'anglicanisme se manifestait sous toutes ses 
formes. En 1663, les connétables, ou maires élus par les 
paroisses, avaient été presque tous choisis parmi les « mal 
affectionnés » ; il en fut de même des douzeriiers, officiers de 
police municipale. Le doyen, alarmé de ces symptômes, réussit 
à faire annuler quelques élections, et alla jusqu'à demander 
au gouverneur de restreindre les franchises municipales de 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 161 

l'île, afin d'enlever au peuple le droit de manifester ainsi ses 
sentiments. 

Ce fut certainement à son instigation que la cour royale de 
Guernesey rendit, le 7 mai 1673, un arrêt qui faisait « sçavoir 
à toutes personnes qui ont ou exercent aucune charge ou office, 
soit civile ou militaire, qu'ils ayent à recevoir la Sainte Gène 
du Seigneur en quelque église paroissiale de cette dite isle, 
selon la forme ordonnée et prescrite par l'Eglise Anglicane, et 
ensuite de la réception du dit Saint-Sacrement en prendre un 
certificat signé du ministre et officiers de la dite Eglise, et se 
présenter devant M. le Baillif et Messieurs de Justice pour 
devant eux prendre les serments de fidélité et de suprématie, 
et soubscrire leurs noms* ». 

A diverses reprises, il fit intervenir le roi lui-même pour 
enjoindre à la cour royale de Guernesey de lui prêter main- 
forte contre les non-conformistes, « afin, dit l'un des ordres 
du roi, de supprimer tous ceux qui s'opposent avec entêtement 
à la conformité et à la vraie religion^ ». Ces actes répétés de 
l'autorité royale montrent combien la population guernesiaise 
tenait aux institutions libérales que les huguenots lui avaient 
apportées. Le doyen de Saumarez avait une haute idée de son 
habileté; dans une de ses lettres, il rend grâce à Dieu « qui lui 
adonné l'adresse qui était nécessaire dans ces tempêtes ». 
Esprit autoritaire et ambitieux, il croyait pouvoir diriger les 
âmes et faire la loi aux consciences, au moyen de décrets et 
d'ordres émanés du roi ouvertement libertin et secrètement 
papiste qui régnait à Whitehall. « La déclaration du roi, écri- 
vait-il en mars 1GG8, leur fermera la bouche. Si nous l'eus- 
sions reçue huit jours plus tôt, elle nous eût fait un grand 
bien, car il semblait à plusieurs que le gouvernement de 

1. Recueil d'ordonnances de la cour royale de lîle de Guernesey, t. I, 
p. 202. 

2. « For the suppression of ail such stubborn opposers of conformity and true 
religion. » Voy. dans Duncan, Hist. of Guemsey, les Ordres de Charles II, de 1663, 
1665, 1671. et 1677 (p. 342). 

xxxiv. — 11 



162 LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 

l'Église était mis bas, ce qui avait débauché un grand nombre 
de notre peuple. » On le voit dans ses lettres, occupé à gour- 
mander la tiédeur des représentants de l'autorité civile et à 
les pousser dans la voie des rigueurs. Il obtient de « Mes- 
sieurs de la justice », que Perchard, l'un des ministres démis- 
sionnaires, ne soit pas admis à plaider en justice, comme 
étant excommunié. Il leur fait observer que k s'ils ne lui prê- 
tent la main, il n'y a pas moyen qu'il punisse les scandales ». 
Il encourage son cousin le bailli, le 20 mai 1672, à ne pas 
craindre de combattre « les inconformistes », par cette raison 
(( qu'ils ne sont point reçeus en office, et qu'il n'y a rien que 
la prison d'où ils soient mis hors en partie ». Le dernier 
extrait de la correspondance du doyen que nous ayons est du 
30 août 1681, et nous le montre, vingt après la restauration, 
fidèle à sa nature autoritaire et persécutrice, mais cet extrait 
prouve aussi la persistance indomptable de l'esprit presby- 
térien dans l'île. « Vous faites bien, écrit Saumarez au lieute- 
nant bailli, de supprimer les conventicules; cela empescliera 
qu'il n'y ait de plainte contre nostre isle. » 

L'anglicanisme eut la plus grande peine à triompher de ces 
résistances et à supprimer les conventicules presbytériens. 
En 1755, le doyen dut encore faire intervenir le bras séculier 
pour introduire la litanie dans certaines paroisses. Pendant 
longtemps la robe noire dite de Genève fut seule en usage dans 
le culte, et le surplis n'a été introduit que de nos jours. Il n'y 
avait point de fonts baptismaux dans les églises. La confir- 
mation elle-même est de date récente, et on pratiquait une 
sorte de réception de catéchumènes ressemblant beaucoup à 
ce qui se passe chez les presbytériens. « De nos jours même, 
dit M. Gallienne, l'île n'est pas complètement réconciliée au 
changement. Nous appelons la sacristie consistoire , en sou- 
venir du corps d'anciens et de diacres qui s'y rassemblait; le 
recteur et le vicaire sont encore pour nous des ministres, et 
les répons n'ont pas beaucoup de charmes, si l'on en juge par 
la manière dont on les dit dans certaines églises de campagne. 



LA RÉFORME DANS LES ILES DE LA MANCHE. 163 

Le i^l^ïn-chdint (chanter ie, comme l'appellent dédaigneusement 
nos vieux Guernesiais) semble à plusieurs une invention de 
l'antechrist et du vrai papistrin (papisme.) Enfin, Guernesey 
n'est anglicane que juste autant qu'il le faut^ » 

Les ministres démissionnaires furent, pour la plupart, rem- 
placés par des Français. Parmi les premiers appelés nous 
trouvons les noms de Salomon, Jeannon, des Ilayes, du Poi- 
rier, Ilérivel. Plusieurs d'entre eux causèrent des ennuis au 
doyen; élevés dans le presbytérianisme, ils étaient mal pré- 
parés à façonner le peuple à l'anglicanisme. Les ministres 
français continuèrent, pendant toute la durée du xviii® siècle, 
à desservir presque exclusivement les églises guernesiaises. 
Des liuit recteurs qui étaient à la tete des dix paroisses de 
l'île en 1768, pas un seul était indigène ; un, le doyen Crespin, 
était Anglais, lils de réfugiés français, un était Suisse, et les 
six autres étaient Français. De nos jours, le clergé guerne- 
siais se recrute en très grande majorité dans le pays même; 
toutefois il renferme encore quelques pasteurs venus de 
France. 

Quant au doyen Jean de Saumarez, il mourut en 1697, à 
Windsor, où il avait un canonicat. Son épitaphe dit de lui : 
« Ecclesiœ anglicanœ cultor sincerus et in prœdicta insiUa 
(Guernesey) instaurator. » Mais elle se tait prudemment sur la 
nature des moyens qu'il employa pour restaurer l'épiscopa- 
lisme dans son pays. 

Matth. Lelièvre. 

1. Magasin méthodiste des îles de la Manche, jwin 1863. M. Matthieu Gal- 
lienne a eu en mains les lettres originales du doyen de Saumarez, et a pu en 
prendre copie. Il a bien voulu nous communiquer cette copie qui nous a permis 
de reconstituer un curieux et triste épisode de l'histoire religieuse des îles de la 
Manche. Nous lui eu sommes d'autant plus reconnaissant, que les détenteurs 
actuels de cette correspondance ne paraissent pas disposés à la communiquer. 



DOCUMENTS 



DOCUMENTS INÉDITS POUR SERVIR 
A L'HISTOIRE DE LA RÉFORME SOUS FRANÇOIS 
153G-1537 

I 

On sait que l'affaire des placards (18 octobre 1534) marque une date 
importante dans l'histoire de la Réforme. Elle fut le signal d'une réac- 
tion définitive pour le règne de François 1" dont, avant cette date, on 
avait plus d'une fois espéré, sinon l'adtiésion, du moins la tolérance. 
Les supplices se multiplièrent à la fm de l'année 1534 et au commence- 
ment de 1535, et déterminèrent une véritable émigration, ainsi que le 
constate l'ajournement par le parlement de Paris, le 25 janvier 1535, 
de soixante-treize hérétiques dont les noms ont été, en partie, con- 
servés*. 

En juin de cette même année 1535, le bruit courut « que le pape Paul, 
adverty de l'exécrable justice et horrible que le Roy faisoit en son 
royaume sur les luthériens, on dit qu'il manda au roy de France, comme 
il estoit adverty de l'horrible justice qu'il faisoit desdictz luthériens, et 
néantmoins ({u'ilp ensoit bien qu'il le fist en bonne ])art, usant tous- 
jours du beau tillrc qu'il avoit d'estrc nommé le Roy très-chrestien; 
néantmoins Dieu le créateur, luy estant en ce monde, a plus usé de 
miséricorde que de rigoureuse justice, et qu'il ne faut aucunes fois user 
de rigueur et que c'est une cruelle mort de faire brusler vif un homme, 
dont parce il pourroit plus qu'autrement renoncer la foy et la loy. Par- 
quoy le Pape prioit et rcqueroit le Roy par ses lettres, vouloir appaiser 
sa fureur et rigueur de justice en leur faisant grâce et pardon. Parquoy 
voullant suivre le vouloir du Pape, ainsy qu'il luy avoit mandé par ses 

1. Yoy. Ldilanne, Journal d'un bourgeois de Paris, Hfj; G. Guiff iey, Chronique 
du roi François, 129 ss. Bulletin X, 34 ss. XI, 253 ss., etc. 



DOCUMENTS INÉDITS POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA RÉFORME. 165 

lettres patentes, (le Roy) se modéra et manda à la cour de Parlement 
de non plus y procéder en telle rigueur qu'ilz avoient (faict) par cy 
devant. A ceste cause la cour cessa de non plus y procéder tellement 
que plusieurs qui estoient prisonniers, tant en la Conciergerie que en 
Ghastclet..., et n'y fust plus procédé rigoureusement par justice. 

» Et davantaige fut bruit que tous les luthériens qui avoient esté ban- 
nys à Paris, à son de trompe, qui estoient de nombre environ septante 
trois, eurent, au moins la plus grande part d'iceulx, à Rome, absolution 
et pardon. Et comme dict est cy devant, en escrivit le Pape au Roy, 
affm qu'il leur fist miséricorde et grâce de mort. 

» Tellement que le Roy, comme dict est, le manda à sa cour de Parle- 
ment pour leur faire grâce, en sorte qu'ilz furent tous rappelez de leurs 
bannissements, mesmement les prisonniers qui estoient en la Concier- 
gerie et en Chastelet, furent mis hors sans nul mal et dommaige en 
leurs biens 2, » 

Cette intervention du pape Paul III n'a jamais pu cire établie; elle est 
môme contredite par des textes importants qu'on trouvera t. XXX, p. 17, 
18, de ce Bulletin. Quand bien même elle aurait eu lieu, elle ne méri- 
terait, du reste, nullement d'être citée comme une preuve de la ten- 
dresse de l'Église catholique à l'égard des premiers protestants. 

Le 16 juillet 1535, François l^*" signe, en etîet, à Coucy, un édit qui 
prescrit la suspension des poursuites contre les luthériens et permet le 
retour des fugitifs, mais à la condition que les uns et les autres abju- 
reront leurs erreurs ^. Or, de tout temps, celui qui consentait à abjurer 
ce que l'Église catholique appelait une hérésie, pouvait compter sur un 
adoucissement sinon sur une remise de sa peine. Paul III n'aurait donc 
recommandé à François l'^" que ce qui était pratiqué depuis longtemps; 
il faudrait simplement reconnaître qu'entre ces deux moyens de supprimer 
les hérétiques, le feu et l'abjuration, il aurait préféré le second au pre- 
mier. La prime offerte à ceux qui abjuraient, c'était de pouvoir rentrer 
en possession de ce qui leur avait appartenu^ à moins toutefois que 
cela n'eût déjà été confisqué. On voit qu'à cette époque les souverains 
faisaient de la générosité à peu de frais. 

Il ne semble pas que les offres brillantes conseillées par le pape, 
et faites par le roi aient séduit beaucoup de luthériens. Ils se méfiaient 
des tribunaux, ils ne croyaient guère à la clémence de leurs persécu- 
teurs. Gela résulte clairement du document que nous allons publier pour 

2. Journal d'un bourgeois de Paris, p. Â58 ss, 

3. Voy. cet édit, qui fut enregistré au Parlement de Paris, le 29 juillet 1535, 
dans Isambert, Anciennes lois françaises, XII, 405. 



j6G DOCUMENTS INÉDITS 

la première fois. François 1", près d'un an après l'édit de Coucy, croit 
devoir en renouveler les engagements, le 31 mai 1536, à Lyon. Le texte 
de ces nouvelles Lettres d'abolilion avait été signalé par M. Gaul- 
lieur * et c'est à son obligeance que nous devons la copie qu'on va lire^. 

CE SONT LES LETTRES D'ABOLITION DES LUTHÉRIENS 

« Françoys, par la grâce de Dieu, Roy de France à tous ceulx qui 
ces présentes lectres verront, Salut. Comme par cy devant, voyant 
que parla grâce et miséricorde de Dieu nostre créateur, les héré- 
sies et sectes nouvelles contraires et desrogeantes à la scaincte foy 
etloy catholicque de sonEsglize, constitutions ettradiclions d'icelle 
qui avoient pullulé en aucunes parties de nostre Royaulme, pays, 
terres et seignories à nostre très grand regret et déplaisir, avoient 
cessé et comme elles cessent de présent ; et que plusieurs imitateurs 
et suspectz d'icelles hérésies et sectes tant par la bonté et clémence 
divine que meuz de la Justice exemplaire par nous mise et faicte 
soubz sa puyssance et delà révocation, pentence ^ (sic) publicque et 
repentence d'iceulx qui en avoient esté convaincus, sestoient retirés 
d'icelles leurs erreurs et sectes et reduictz en parolles, conversation 
et effect à la vraye et scaincte foy catholique etobeyssance de saincte 
Eglise ; Eussions, par l'advis des princes de nostre sang et autres 
plusieurs grands notables personnages estans [aussi] les nostres[?] 
donné abolicion à tous ceulx qui viendroient abjurer leurs hérésies 
et erreurs et promectroient vivre d'icyenavant comme bons et vrais 
catholicques doibvent faire, soubz toutesfoys aucunes restrinctions 
contenues en noz lectres-patentes sur ce publiées; et que nous 
ayons entendu que, à l'occasion d'icelles restrinctions, aucuns fur- 
tifs et absens de nostre Royaulme, pays, terres et seignories, lesqaelz 
désirent vivre en uniformité de foy et loy chrestienne, n'osent se 
repatrier et retirer en nostre Royaulme, terres, pays, et seignories, 
doubtans les ungs par le jugement et accusation de leurs propres 
consciences, les autres par craincte de leurs malveilhans eslre 
prins, détenus et molestés comme non comprins en nos dictes lectres 

4. Hist. de la Réformation à Bordeaux, I, p. 34 ss. 

5. On n'a pas encore retrouvé ce texte aux Archives nationales à Paris. 
C. Lisez pénitence. 



POUR SERVIR A L'iIISTOIRE DE LA RÉFORME. 167 

d'abolicion et reservez sous icelles restrinclions, aussi que le temps 
par icelles limité et ordonné est expiré et passé; 

Nous à cesle cause, deument informés que les dictes erreurs et 
sectes par la grâce, bonté et clémence de Nostre Seigneur, cessent 
de plus en plus en nos dits Royaulme, pays, terres et segnories et 
que les dicts absens et fuitifz sont tous, ou la plupart, repentans 
d'icelles leurs erreurs et sont de conversation tant en faict que en 
parolle catholicque et religieuse; 

Pour ces causes et autres à ce nous mouvans, Avons par délibéra- 
tion des dicts princes de nostre sang, aussi de nostre propre mou- 
vement, certaine science, grâce spécial, plaine puyssance et auctorité 
Royal, à l'exemple de Dieu, nostre créateur et rédempteur qui 
jamais ne clost la porte de sa miséricorde [aux] confez ' et repentans, 
en ampliffiant les diclcs leclres jà par nous décernées, dict, déclaré 
et ordonné, disons, déclairons et ordonnons, voilons et nous plaict, 
que tous ceulx qui sont chargés ou accusés d'aucuns erreurs ou 
hérésies, encore qu'il y cust condempnation pour eulx par contu- 
mace ou autrement, mais qu'ilz ne soyent exécutés en leurs per- 
sonnes à mort; tous ceulx aussi qui sont suspectz et non accusez, ne 
prévenus par justice ne soyent d'icyenavant poursuyviz, ne inquié- 
tés pour chose qu'ilz aient dicte ou faicte par le passé et devant la 
publication de ces présentes, ains iceulx levés avons, estaintz, sup- 
primés et aboliz, supprimons, estaignons et abolissons; 

Et s'ilz estoient dectenus prisoniers en leurs biens prins et saisiz, 
voilons délivrés et mys en liberté, et leurs biens, estaz et offices 
mys à plaine et entière délivrance; permectant par icëlles aux ab- 
sens et fuitifs de retourner en nos dicts Royaulme, pays, terres et 
seigneuries et y demeurer et résider en telle seurté et liberté que 
nos autres subjectz, nonobstant les saisissemens et confiscations de 
leurs personnes et bien faictes à l'occasion des dictes erreurs, pour- 
veu que tous ceulx qui voldront user de ceste nostre présente abo- 
licion, grâce, pardon et restitution seront tenus dedans six mois 
prochainement venant à compter du jour de la publication de cestes, 
venir par devers leurs diocésains ou leurs viccaires et officiaulx, et 
avec eulx l'inquisiteur de la foy, déclairer que tout ce que par avant 
ilz ont faict et dict contrevenent à la scainte foy et loy catholicque, 

7. Lisez à ceux qui ont confessé leurs erreurs. 



168 DOCUMENTS INÉDITS 

saincte Esglize, conslitutions et traditions d'icelle, ilz s'en repentent 
et abjurent iceulx leurs faictz et dictz, protestans de vouloir vivre et 
mourir en la dicte saincte foy catholique et en l'obéissance de 
saincte Esglize et des constitutions et traditions d'icelle; 

Lesquels, après ceste dicte abjuration et protestation nous enten- 
dons et voilons qu'ilz jouyssent plainenient de ceste dicte nostre 
abolicion generalle, et pourveu aussi que s'ils jamais y retournent 
et rescidivent après la dicte abjuration faicte comme dessus, ils 
seront pugnis estroictement et griefvement comme relaps, scellon 
l'exigence des cas. 

Si donnons en mandement, par cesdictes présentes à noz amés et 
feaulx conseillers les gens tenens noz cours de Parlement de Paris, 
de Thoulouse, Bourdeaulx, Renés, Dijon, Grenoble, et aux prevotz, 
baillifz, senneschaulx, juges et à tous noz autres Justiciers et offi- 
ciers ou leurs lieuxtenens et à chescun d'eulx, si comme à luy 
appartiendra, que ces dictes présentes ilz facent lire, signiffier, 
publier et enregistrer et du contenu en icelles les Requerans jouyr 
et user plainement et paisiblement, cassent, revocquentet adnullent 
tous detfaulx, appeaulx, condempnations, arretz, jugemens et tout ce 
générallement qui pour occasion des choses, et charges à eulx im- 
posées s'en seroient contre eulx ensuyviz; en faisant, accomplissant, 
gardant et observant le contenu en icelles, comme dict est, sans 
leur mectre, donner, ne souffrir estre faict, mys, ou donne aucun 
arrest, destourbier ny empescliement au contraire, lequel si faict, 
mys ou donné leur avoit esté ou estoit, ilz leurs mectent ou facent 
mectre incontinant et sans délay à plaine et entière délivrance, car 
ainsi nous plaict-il estre faict. 

Et pour ce que l'on poura avoir affaire de cesdictes présentes 
en plusieurs et divers lieux. Nous voilons que au vidimus d'icelles 
faict soubz scel royal, foy soit adjouxtée comme au présent original. 

En tesmoing de ce Nous avons signé ces présentes de nostre 
main et faict de notre scel sceller. Donné à Lyon le dernier jour 
de may l'an de grâce mil V^xxxvj, et de nostre règne le vingt 
deuxième. Sic signatum : Françoys, et superplicam : Par le Roy, 
Breton et scellé de cire jaulne à double queue. » 

« Lecta, publicata et registrata Burdigale in Parlamento, 
audito Régis procuratore et eo requirente^ xix« augusti 
M. V' xxxvr. » 



POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA RÉFORME. 169 

Arch. dep. de la Gironde^ B, Parlement. Enregistrement des édits 
royaux. Reg. 30 bis, f° 270 v°. 

Il 

Nous ne savons si beaucoup de fugitifs se laissèrent tenter par ces nou- 
velles promesses. Le document que nous publions ci-dessous et qui les 
mentionne, ainsi que l'édit de Coucy, prouve, dans tous les cas, que cer- 
tains hérétiques trouvèrent plus avantageux de faire leur soumission que 
de persister dans l'hérésie. 

Il s'agit ici d'un ccuyer du lieu de Chirant^y nommé Amyet Félix, 
sur lequel nous ne savons absolument que ce que nous apprend la lettre 
de rémission qu'il obtint du roi. M. Prudhomme, archiviste de l'Isère^, 
auquel nous nous sommes adressé, n'a pas rencontré ce nom dans ses 
recherches et nous écrit que les registres du Parlement où l'on aurait pu 
trouver trace de la condamnation mentionnée plus loin, n'existent que 
pour une date postérieure. 

On sait que les lettres de rémission ou de ()ardon sont précieuses pré- 
cisément parce qu'elles renferment des détails sur les faits ([u'elles par- 
donnent et abolissent. Cette lettre nous apprend donc que déjà vers 1530 
le sieur Félix sentait le fagot. 11 eut, depuis cette époque, des relations 
épistolaires avec des hérétiques dont la plupart sont plus ou moins 
connus, comme Antoine Saunier, Thomas Barbariii, Jean Picgalis, que 
la persécution chassa presque tous de Paris, ou d'ailleurs, à Genève. Ces 
relations ne purent se prolonger ainsi pendant plusieurs années que 
parce que les correspondants avaient soin de dissimuler leurs noms et 
leurs adresses. 

A ce premier grief contre l'Église catholique, Félix n'avait pas craint 
d'en ajouter d'autres. Il trouvait du plaisir à copier des satires plus ou 
moins poétiques dans lesquelles le pape et son clergé n'étaient guère 
ménagés. En 1534, il était allé jusqu'à donner asile à Chirens, à un 
des hérétiques avec lesquels il avait précédemment correspondu, à 
Regalis. Est-ce aux poursuites du parlement de Paris ou de celui de 
Grenoble que ce dernier parvint à se soustraire «: par subtils moyens » ? 
Nous l'ignorons, mais son ami Félix Paida à se cacher assez bien pour 
lui permettre de gagner Genève. 

8. Chirens, petite localité, à 8 kilom. au-dessus de Voiron (Isère), 

9. M. l>rudliomme vient de publier, sous le titre de Simples notes sur Pierre 
de Sébiville, un travail curieux sur un épisode des origines de la lîéformo 
en Dauphiné. Nous aurons l'occasion de revenir sur cette brochure dont nous 
regrettons de ne pouvoir adopter toutes les conclusions. 



170 DOCUMENTS INÉDITS 

Est-ce tout? Hélas non! Au mois d'août 1536 il avait donné asile à un 
malheureux bien plus compromis et plus compromettant que les héré- 
tiques qu'il avait fréquentés naguère. Un religieux de la Grande-Char- 
treuse, nommé Jean RoUet, avait quitté son couvent, jeté le froc, le tout 
parce qu'il voulait, lui aussi, gagner Genève et se faire « luthérien 3). Et 
qui l'avait aidé à accomplir ce funeste dessein? C'était, selon le bruit 
public, Amyet Félix qui lui avait prêté des vêtements... laïques, — 
« accoustremens d'homme lay t> — et qui avait facilité son évasion. 
Encore Regalis et Rollet n'étaient-ils pas les seuls qu'il avait ainsi 
hébergés et ?idés. Il y avait aussi un nommé Claude Demay « et cer- 
tains autres ». 

Or le parlement de Grenoble était sur ses gardes. Le 26 avril 1536 il 
avait fait noyer dans l'Isère un ministre vaudois, Martin Gonin qui avait 
été pris à son retour de Genève oii son église l'avait envoyé. Ce qui avait 
fortement contribué à un arrêt exécuté aussi sommairement, c'est que 
Gonin était porteur de lettres de G. Farel, A. Saunier et autres ministres 
de Genève*". Il est fort possible que les recherches occasionnées par ce 
procès mirent la justice sur les traces de ce qui se passait à Chirens. 
Quoiqu'il en soit, Amyet Félix, « chargé des dictes erreurs et hérésies », 
fut arrêté et incarcéré àlarequête du procureur général du roi à Grenoble. 
Cette arrestation eut lieu après le moi d'août 1536, probablement en 
même temps que celle d'un genevois, « homme de bien appelé Loys » qui 
séjournait vers cette époque à Chirens, peut être chez Félix, et sur lequel 
on avait aussi trouvé quelques lettres de « prescheurs » de Genève 

Les lettres d'abolition qu'on a lues plus haut furent enregistrées à 
Grenoble le 3 août 1536. Félix auquel on avait fait avouer, peut-être par 
la torture, tous ses méfaits et qui n'avait pas la passion du martyre, 
songeait à profiter des avantages offerts par le roi aux coupables 
repentants, c'est-à-dire prêts à abjurer. Ceux qui voulaient jouir du 
bénéfice de ces lettres confirmatives de l'édit de Coucy, devaient le faire 
savoir six mois au plus tard à partir du jour de leur publication. Celle-ci 
ayant été faite à Grenoble le 3 août 1536, et Félix ayant déclaré en pleine 
cour de Parlement et dans les délais légaux, son intention de s'en préva- 
loir, sa déclaration fut faite avant le 3 février 1537. 

Il y avait bien une formalité qu'il n'avait pas encore remplie. Il n'avait 

10. Crespin, Hist. des martyrs, 1597, f. 11 i ; Herminjard, Ccrresp. des Réfor- 
mateurs, IV, 129. Arnaud, Ilist. des protest, du Dauphiné, î, 21. 

11. Le 9 déc. 1536 le conseil de Genève signale ce fait à celui de Berne, et le 
14 dcc. il réclame le prisonnier au parlement de Grenoble (Voy. Herminjard, 
Ibid. lY, 128). Il y eut d'autres poursuites à Chirens en 153& et 1540 (Voy. Id. 
Ibid. VI, 26, 207). 



POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA RÉFORNE. 171 

pas « eu le temps » dit la lettre de rémission, lisez, pu se décider, dans 
ce même délai légal, à abjurer ses erreurs « par devant son diocésain ou 
son dict officiai avec luy le dict inquisiteur de la foy ou son dict vicaire ». 
Le roi, c'est-à-dire les protecteurs de notre héros qui, à l'aide, peut-être, 
de bonnes pièces sonnantes, avaient su éloquemmcnt j)laider sa cause, 
faisaient remarquer à ce sujet, que l'omission de cette formalité était 
compensée par le fait que le prisonnier niait qu'il eût favorisé l'évasion 
et l'apostasie du frère Rollet. Ils ajoutaient que, du reste, leur protégé, 
était tout disposé à se réconcilier moyennant l'abjuration, avec ses supé- 
rieurs ecclésiastiques, et à vivredésormais en bon catholique repentant. 

Toutes ces considérations jointes à la bonne et honnête réputation dont 
Félix avait joui de tout temps, « sans avoir esté reprins actaint ny con- 
vaincu d'aucun autre villain cas, blasme ou reproche », décident le roi à 
préférer « miséricorde a rigueur de justice » et à quitter, remettre et 
pardonner au malheureux tous ses méfaits. Personne n'aura donc le droit 
ni de lui reprocher le passé, ni do le poursuivre dans le présont el dans 
l'avenir. 11 rentrera do plein droit en possession de sa «: bonne famé et 
renommée et biens non confisquez », car on comprend que lui restituer 
ce que le fisc et trésor royal lui avaient déjà enlevé, eût été un véritable 
excès de générosité. 

Si nous nous sommes étendu si longuement sur cette analyse, c'est 
que nous croyons les lettres de rémission pour fait d'hérésie extrême- 
ment rares. Nous n'en connaissons, pour le règne de François P% qu'un 
autre exemple que nous espérons pouvoir publier prochainement 
Ajoutons que cette pièce qui nous a été signalée par M. Paul Guérin, 
archiviste, et que nous avons copiée l'année passée, se trouve aux 
Archives nationales, dans les registres du Trésor des Chartes, JJ 250 
n° 186, f" 52. 

N. Weiss. 
LETTRE DE RÉMISSION 

ACCORDÉE PAR FRANÇOIS A AMYET FÉLIX 
DE CHIRENS EN DAUPHINÉ 

(Novembre 1537). 

François, etc. Daulphin de Viennois, etc. Sauoir faisons, etc. A 
tous présens et aduenir salut. Nous auoir receu humble supplica- 

12. Le document paru dans le Bulletin du 15 mars dernier, p. 112, en men- 
tionne une troisième, mais qui ne semble pas avoir été conservée. 



f72 DOCUMENTS INÉDITS 

tion de nostre cher et bien aimé Amyet Félix escuyer du lieu de 
Chirant en nostre pays de Daulphiné, contenante que ledict sup- 
pliant faisoit sa demourance audict lieu de Chirant depuis sept ans 
ença auroit receu plusieurs lettres missives à luy escriptes et 
adressées de Paris à Genefne, Lyon et autres lieux de la part de 
Anthoine Saunier Thomas Barbarin**, Jehan Regalis presblre*% 
Robert de la Montée *° et de plusieurs autres diffamez et suspectz 

13. Originaire du Dauphiné, Antoine Saunier fut un des preriiers adeptes de 
la Réforme à Paris. Il y réussit, non à éviter les poursuites, mais à s'y soustraire 
et se hâta alors de gagner la Suisse où il était en 1532, puisqu'en cette année 
il accompagna Farci et Olivetan aux vallées du Piémont. En mai 1530, à Genève 
il se joignit à Farel et Delamare pour recommander au conseil « de mettre ordre 
aux escoles ». Le 21 mai, le conseil lui confia la direction du collège situé à Rive. 
Saunier s'adjoignit des bacheliers au nombre desquels il faut citer Mathiirin Cor- 
dier, rendit prospère l'établissement qu'il dirigeait, mais son amitié pour Calvin 
lui valut des démêlés avec le conseil, au cours desquels il donna sa démission, 
en décembre 1538. Il se retira ensuite à Lausanne dont il contribua beaucoup à 
fonder le collège. Il fut quelque temps sans place et dans une grande misère, 
et devint enfin pasteur à Rolle. Saunier fut donc l'organisateur de l'enseigne- 
ment supérieur clans la Suisse française (Voy. llerminjard, Correspondance des 
Réformateurs; Reuss, Calvini opéra, Thésaurus epislolicus; Bétant, Notice sur 
le collège de Rive, etc.) 

14-. Né à la Coste en Dauphiné, Thomas Barbarin suivait à Paris les leçons de 
Jean Sturm lorsque survint l'affaire des placards dans laquelle il fut compromis. 
Il ligure au nombre des 73 ajournés parle parlement le 25 janvier 1535. Mais à 
ce moment il avait réussi à gagner Bàle qu'il quitta pour devenir pasteur à 
Boudry en 1536. Il exerça son ministère avec zèle et distinction dans ce village 
et y mourut en 1551 (Voy. France protestante, 2® édition). 

15. Nous ne savons s'il faut voir Jean Regalis dans unmessire Jean ou maistre 
Jean de Dauphiné qui figure parmi les ajournés de janvier 1535) {Voy. Bulletin, 
X, 38 et XI, 254). Le passage où il est question de lui, un peu plus loin, dans le 
présent document, nous fait croire qu'il se compromit plutôt et fut poursuivi en 
Dauphiné qui était sans doute sa patrie comme celle de Sauniei* et de Barbarin. 
Un passage d'une lettre adressée de Neuchàtel, par Farel à Calvin, nous apprend 
qu'il exerça le ministère à Marseille, avant octobre 1538 : « Joannes Regalis prae- 
terca Massiliam ministrans, vencno sublatus fuit» {Calvini opéra, \, 262). Il au- 
rait été, dans ce cas, le premier pasteur connu de cette cité. Quoiqu'il en soit, 
et quelle que soit l'interprétation qu'il faille donner à la fin de cette phrase, en 
1544 Regalis était à Genève {Ibid. XI, 809) et, sous la date du je'' juin 1545, 
on lit dans les registres du conseil (Ibid. XII, 197 n.) : «M* Regalis prédicant de 
Drallians est allé à Dieu de peste et sa femme aussi. » 

16. Nous n'avons trouvé aucun renseignement sur ce Robert de la Montée. 
Dans la correspondance de Calvin figurent plusieurs Robert plus ou moins in- 



POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA RÉFORME. 173 

de l'erreur luthérienne; Lesquelles lettres contiennent changemens 
et inutacions des noms et aussi supposition de certains noms fuictifz 
et cumulez*' au lieu des propres noms et surnoms dudict suppliant 
et des dessusdictz nommez, Aussi contenantes plusieurs propos et 
persuacions desdictes erreurs luthériennes. Semblablement ledict 
suppliant auroit escript de sa main certains rondeaulx et chansons 
faictes pour la diffamation et dérision tant de nostre sainct pere 
le pape que des prélatz, presbtres et vrays chrestians, Lesquels 
rondeaulx il auroit extraiclz sur autres à luy baillez par ledict 
Robert. Et aussy depuys ledict temps ledict suppliant auoit receu 
des dessusdictz respectiuement plusieurs autres escriptures faictes 
sur lesdictes diffamacions et dérisions. 

Et depuys troys ans ença auroit iceluy suppliant permis que 
ledict Ilegalis, après qu'il auoit esté accusé et attainct desdictes 
hérésies et erreurs et eschappé par sublilz moyens impugniz et de 
ladicte accusation faicte devant son iuge ordinaire, se retirast 
audict lieu de Chircn en sa maison avec plusieurs liures imprimez 
et autres escripts dicelles erreurs et hérésies. Et lesquelz liures, 
ensemble lesdictes lectres missiues et escriptures, ledict suppliant 
depuis la feste Sainct Martin dernière auroit mis à part dedans une 
vieille malle verte. Ensemble certaines informacions faictes par le 
chastellin dudict Chirene contre Thomas Rousset greffier dudict 
lieu sur ce que ledict Rousset auroit cogneu charnellement sa com- 
mère. Et le tout faict porter dedans ladicte malle hors de sadicte 
maison près ung sien seruiteur en la maison d'une tauerne. 

Semblablement ledict suppliant dès le mois d'aoust dernier a 
retiré en sadicte maison ung nommé Jehan Roollet religieux de la 
grant chartreuse après que ledict Roollet auroit laissé et posé l'habit 
de religieux de chartreux et s'en seroit fuy de ladicte chartreuse en 
habit dissimulé et prins, comme l'on disoit, ung calice *^ Et auroit 

connus. Faut-il voir une allusion à celui-ci dans ces mots que, le 21 février 15il, 
Farel écrit de Neucluitel aux pasteurs de Biel? : (( Robcrlus vobis satis notus, qui 
maluit tenuitatem evangelicani crucemque Domini amplexari, quam apud suos 
suaviter ample ac juxta carnem honorifice vivere,cum discrimine aut vitae des- 
erendae aut abnegandae veritatis (nam alterum evenisse oporlebat si diulius in 
Galliam egisset). » (Ibid. XI, 159.) 

17. Lisez fictifs et simulés. 

18. Nous n'avons rien trouvé sur ce moine dont on essaie ici, mais timidement, 



174 



DOCUMENTS INÉDITS 



faict déliurer ung saye, ung pourpoint et certains accoustremens 
d'homme lay audict Roollet, Lequel après se seroit retiré à Genefue 
avec les Lhuteriens. 

Et aussi ledict suppliant auroit receu en sadicte maison depuys 
ledict temps ença, Claude Demay'^ et certains autres diffamez et 
accusez desdictes hérésies et erreurs, tellement qi[e par lesdicts 
moyens ledict suppliant se seroit chargé desdictes erreurs et héré- 
sies. Et auroit démonstré et déclaré auoir voulloir fet intencion de 
erroire esdictes erreurs auecques les dessus nommez Barbarin, 
Sonier, Regalis et autres, Et icelles entendre et faire entendre à 
ceulx qui le vouldroient croire. 

Pour occasion desquels cas ledict suppliant auroit esté constitué 
prisonnier par ordonnance de nostre cour de parlement de Daul- 
phiné, et à l'instance de nostre procureur gênerai dudict pays^^ 

Et combien que par nos lectres patentes données à Lyon le dernier 
iour de may V*" XXXVI Et pour les causes contenues en icelles, 
par ladvis et délibéracion des princes de nostre sang, de nostre 



propre mouvement, certaine science, grâce especialle, plaine puis- 
sance et auctorité royal et daulphinal, en amplissant noz autres 
Lectres patentes parauant par nous décernées, du XVP jour de juil- 
let y" XXXV Soit dict, déclaré, ordonné, que tous ceulx qui sont 
chargez et accusez daucuns erreurs et hérésies, Encores quil y en 
eust^* condempnacion contre eulx, par coustume ou autrement; 
Tous ceulx aussi qui en sont suspectz et non accusez ny provenuz 
par justice, ne soient dès lors en avant s^, poursuiviz ny inquiectez 
pour chose quilz aient dicte ou faicte par le passé, et devant ladicte 

de suspecter la probité. Disons toutefois, qu'un Italien, Jules César Paschal, qui 
traduisit en italien V Institution chrétienne, de Calvin, se plaint dans une lettre 
qu'il écrit de Bàle à ce dernier, le 3 mars 1559, des calomnies d'un certain 
« Roletusy nuper famuliis meus » {Calvini opéra, XVIII, 22 ss.) 

19. Claude Demay nous est encore moins connu que RoUet. 

20. Lisez errer. 

21. L'emprisonnement eut lieu après le mois d'aoiît 1536, mais on ne peut 
préciser plus exactement la date. 

22. Voy. le texte imprimé plus haut. 

23. Voy. Arch. nat. X^a 8612, fol. 371 et Isambert, Anciennes lois françaises ^ 
XII, 405. 

24. Lisez, qu'il y eût eu. 

25. C'est à dire, à l'avenir. 




POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA RÉFORME 175 

publication de nosdictes Lectres, ains iceulx leur avoir estainctz, se 
seponez^^ et abolliz; et silz estoient détenuz prisonniers ou leurs 
biens prins et saisiz, Auons voullu quilz soient deliurez et mys en 
liberté, Et leurs biens, estatz et offices mys à plaine et entière déli- 
vrance. Et promectans par icelles aux absentz et fuictifz de retour- 
ner en noz royaulme et pays, terres et seigneuries, y demeurer et 
résider en telle seureté et liberté que noz autres subjeclz; pourveu 
que ceulx qui vouldroient user de nosdictes abolicions, grâces, par- 
dons el restitutions, seroient tenuz dedans six moys, à compter au 
jour de la publicacion de nosdictes Lectres, venir par devers leurs 
diocésains ou les vicaires et officiaulx, et avec eux l'inquisiteur de la 
foy ou son vicaire, et pardevant eulx décliner que de tout ce que 
parauant ilz ont faict ou dict contrevenant à la saincte foy et loy 
catholicque, saincte églize, constitucions et tradicions dicelle, ilz se 
repentent et abjurent iceulx leurs faiz et diclz, protesfans de voul- 
loir vivre en ladicle foy catholicque et en l'obéissance de l'église et 
vrayes tradicions dicelle; pourveu aussi que silz y retournent et 
resticiuenl^^ après ladicte adjuracion28, ilz seront pugniz estroicte- 
ment, griefuement, selon l'exigence des cas et autrement comme est 
contenu en nosdictes Lectres. 

Et combien que ledict suppliant, nonobstant ce que dessus, ayt 
eu, durant ledict temps parauant, et de présent a, voulloir et inten- 
cion de uiure et mourir en ladicte saincte foy catholicque et en 
l'obéissance de saincte église et des constitucions et tradicions 
dicelle, aussi quil ayt faict déclaracion par devers les gens de nos- 
tredicte court de parlement dedans lesdicts six nioys-^ Et se soit 
offert ladicte abjuracion par deuant son diocésain ou sondict officiai 
avec luy ledict inquisiteur de la foy ou sondict vicaire, ce quil n'a 
peu faire dedans lesdictz six moys, ainsi quil estoit ordonné par 
nosdictes Lectres; Et aussi que depuys la publicacion d'icelles il 
auroit recollé, comme dict, ledict frère Rollet, après qu'il auroit 
laissé l'ordre et l'abit desdicts chartreux, Et retiré en sadicte maison 
plusieurs suspectz et diffamez desdictes erreurs et hérésies et aulre- 

26. Do seponere, mettre de côté. 

27. Lisez, récidivent. 

28. Lisez, abjuration. 

29. Nous avons vu plus haut que cette déclaration a dû être faite avant le 
3 février 1537. 



176 DOCUMENTS INÉDITS 

ment iceulx favorisez au mespris et conlempnemeiit de nosdictes 
rémissions et abbolicions contenues en nosdictes Lectres patentes. 
Et que par serment solempnel par luy faict devant les commissaires 
de nostredicte court, sur ce interrogué, avoir dîct et respondu 
nauoir faict receptation desdictz suspectz et diffamez desdictes 
erreurs, et declairé moyennant ledict serment qu'il n'a voullu et ne 
veult observer ny croire lesdictes erreurs et hérésies. 

Il double que ellocation de ce par la diffinition dudict procès 
intenté par raison de ce contre luy en nostredicte court à l'instance 
de nostredict procureur gênerai, il ne fust receu à joyr du bénéfice 
de nosdictes Lectres patentes Et à ceste cause nous a très hum- 
blement faict supplier et requérir que, actendu quil est en très bon 
propos et délibération de uiure désormais en bon et fidelle chrestien 
et soubz les constitucions et tradicions de l'église et du tout oblier les 
malheureuses et meschantes erreurs Ihuteriennes, Et que en tous 
autres cas il s'est bien et honnestement gouverné et est homme de bonne 
vie et conversation, sans avoir este reprins, actainct ny convaincu 
d'aucun autre villain cas blasme ou reproche, ny faict chose de re- 
prehencion,Nousluy voulions faire impartir noz grâce et miséricorde; 

Par quoy nous, ce considéré, voulions miséricorde préférer à rigueur 
de justice, inclinans à la supplication et requeste que pour luy nous 
a esté faicte par aucuns nos speciaulx suiectz^^, audict suppliant 
avons quicté remys et pardonné. Et par les présentes, de grâce 
especialle, plaine puissance et auctorité royal et dculphinal, quic- 
tons, remectons et pardonnons, les faictz et cas ciessusdictz avec 
toute peine, offense et amende corporelle, criminelle et ciuille, En 
quoy, pour raison desdictz cas, il pourroit estre encouru envers 
nous et justice. Et le remectons et restituons à ses bonne famé et 
renommée et biens non confisquez. Et sur ce imposons scilence per- 
pétuel à nostredict procureur présent et advenir, pourveu toultefoys 
que ledict suppliant fera lesdictes déclarations et adjournement 
préallablement par devant son prélat diocésain ou ses vicaires et de 
l'inquisiteur de la foy. 

30. Amyet Félix a donc profité de la présence du roi à Briançon pour lui de- 
mander une garantie contre les entreprises du parlement dont il se croyait me- 
nacé pour ne s'être entièrement conformé aux conditions des lettres d'abolition. 

31. Lisez voulions. 

32. Félix avait des amis qui avaient bien su plaider sa cause. 



POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA RÉFORME. 177 

Si donnons ce mandement par ces mesmes présentes à noz amez 
et feaulx le gouverneur ou son lieutenant et gens tenans nostredicte 
court de parlement de Daulphiné et à tous nos autres justiciers, etc. 
Que de noz présentes grâce quictance pardon et rémission, ilz 
acent, seuffrent et laissent ledict suppliant joyr et user plainement 
et paisiblement, sans luy faire mectre ou donner ores ne pour le 
temps advenir aucun arrest, trouble ny empeschement en corps ny 
en biens. Et si son corps ou aulcuns de sesdictz biens estoient par ^ ' 
ce prins, saisîz, arrestez ou autrement empeschez, facent le tout 
réparer et remectre incontinent et sans délay à plaine délivrance et 
au premier estât et dû. Et affm, etc. Sauf, etc. 

Donné à Briençon au moys de novembre l'an de grâce mil cinq 
cens trente sept. Et de nostre règne le vingt troysiesme. Ainsi signé, 
Par le Roy Daulphin, monseigneur le duc d'estouteville conte de 
StPol, présent Bochetel. Et scellé de cyre vert en double queue. 
Et sur le reply dicelle est escript visa^^ 



LES RÉFUGIÉS DE RENNES EN AVRIL 1686 



Nous avons pu passer en 188i deux journées à Oxford. La majeure 
partie de ces journées a été consacrée à la célèbre bibliothèque Uod- 
léienne où nous n'avons pas trouvé les livres que nous cherchions mais 
où, par contre, nous avons pu copier quelques pièces relatives à la 
Révocation et au Refuge. En voici une qui nous donne d'intéressants 
détails sur les protestants de Rennes au moment de la Révocation, et se 
rattache du même coup à l'histoire de la Réforme dans les îles de la 
Manche, où plusieurs de ces protestants cherchèrent un abri. Les chiffres 
en tête de chaque paragraphe indiquent le nombre de personnes. 

33. Nous ne savons s'il faut lire pai' ou pour ; le sens réclame pour. 

34. Cette pièce est une copie contemporaine, assez fautive comme on voit 
mais où ne nous sommes permis d'autre changement que d'introduire une 
sorte de ponctuation, et de supprimer les abréviations qui sont innombrables. 

XXXIV. — 



178 



LES RÉFUGIÉS DE RENNES 



Mémoire pour présenter à Milord de Londres touchant le 
nombre et Vétat des protestans qui se sont sauvez de Rennes, 
ville capitale de Bretagne et qui jusques à présent ont supporté 
leur nécessité sans implorer le secours de leurs frères, 

1. M. Timothée Roy ère, l'un des ministres de lad. ville, non 
marié, aagé de près de trente et huit ans, de qui les hardes ont été 
confisquées à St-Malo, a demeuré deux mois en cette ville*, et il est 
présentement à Harlem. 

4. Madame de Chechillac, femme de qualité, veuve et ses deux 
filles, ont aussi demeuré deux mois en cette ville, et ^ont présente- 
ment en Rolande, allans en Dannemarc où cette dame a envoyé son 
aîné devant. 

1. Mademoiselle Journay a été le même temps icy et est présen- 
tement à Bréda auprès de la femme du colonel Chaak sa parente. 

3. Madame de Ravenel, fille de feu M. de la Place, en 
théologie à Saumur, a laissé son mari en France, pour se sauver 
avec ses deux filles; touttes trois ont été quelques semaines en cette 
Tille, et sont parties depuis peu pour aller en Holande. 

7. Madame de la Saugère qui est présentement icy sest sauuée 
auec ses quatre enfans, son aîné qui a vint et deux ans, son second, 
19, sa fils, {sic)\l et son dernier fils onze, leur nom est du Boays, 
monsieur le Comte de St-Gilles est laîné de leur maison, et ils 
sont proches parens de monsieur le marquis du Bordage; cette 
Dame a aussi passé avec elle le s' Daverton, proposant qui étoit 
précepteur de ses enfans et une Damoiselle de ses amies nommée 
mademoiselle Baillit, ces sept personnes sont en Angleterre, partie 
cy, partie à Gerzay. 

3. Mademoiselle de Mongommery qui, depuis la destruction du 
temple de Pontorson, se rendoit à leglise de Rennes, a passé avec 
une femme de chambre et un laquais ; ces trois personnes sont pré- 
sentement à Londres. 

8. Madame de Farcy, veuve de monsieur de Farcy, conseiller au 
parlement de Rouen a passé avec ses trois enfans scauoir une fille 
d'unze ans, un garçon de huit et une petitte fille de si:c. Cette dame 
a sauvé aussi avec elle une fille de qualité de ses amies nommée 



1. Londres. 



EN AVRIL 1686. 179* 

mademoiselle de la Roche-Guillen à qui il est encore venu une 
sœur depuis peu de jours, cette dame sauva aussi un de ses laquais 
qui est demeuré à Gerzay; les autres sont tous à Londres, comme 
aussi le s"^ de la Place, petit fils de M. de la Place professeur en 
theélogie à Saumur, précepteur du fils de ladite dame de Farcy. 

8. Madame de la ville du Bois, femme d'un frère puisné de feu 
monsieur de Farcy a passé avec quatre enfans dont l'aîné n'a que six 
ans, elle a laissé M. son mari en France dont elle s'est dérobée et 
un enfant de trois mois quelle n'a pu sauver, elle a passé avec elle 
deux laquets et une servante et ces huit personnes sont présentement 
à Gerzay. 

5. Madame de Mué femme du second frère de feu M. de Farcy a 
passé avec trois enfans, scauoirun fils aagé de treze ans, une fille de 
dix et un fils de huit, elle s'est aussi dérobée de M. son mari, ei a 
laissé une petite fille de six mois qu'elle ne pût sauver, elle 
a passé aussi un valet et ces cinq personnes sont présentement à 
Gerzay. 

5. Monsieur de Ravenel, un gentilhome ancien de lEglise de... a 
passé luy cinqieme scavoir luy, madame sa femme, un fils aagé de 
treze ans, une fille de douze, et un valet, ces cinq personnes sont à 
Gerzay. 

7. La Bromeau a passé avec cinq enfans tous petits et dont le 
père a été arrêté jusques à trois foys, voulant se sauver. Il est gra- 
veur de son métier, sa femme, ses enfans et sa belle mère sont tous 
sept présentement à Gerzay. 

2. La dame Jumet femme d'un marchand kinkailleur, s'est sauvée 
avec sa fille, elles sont toutes deux à Gerzay, le mari et les autres 
enfans sont restez en France nayans pu passer. 

5. Le s' Bremant, marchand, sa femme, sa belle mère et deux 
petits enfans dont l'aîné na pas quatre ans sont aussi à Gerzay, la 
femme est grosse de sept mois. 

4 Le s"* le Comte, orloger, sa femme et deux enfans dont l'aîné 
n'a que trois ans sont aussi à Gerzay, la femme est grosse. 

1 . Judith Brifaut femme di'Israel le Roy passa prête d'accoucher, 
elle est présentement à Gerzay, nourrice et estropiée d'un bras. 

3. Depuis quinze jours il a encore passé trois personnes de l'église 
de Rennes, scavoir le s"" Jean le Cert, fils d'un marchand, ancien 
de l'Eglise, aagé de vint et deux ans, et qui est présentement à 



iSO LES RÉFUGIÉS DE RENNES EN AVRIL 1686.. 

Londres, et Louize Touri, et Anne Jobara, deux pauvres filles qui 
ont tout donné ce quelles avoyent pour leur passage et sont présen- 
tement à Gerzay. 

4. Il y a aussi à Guernezay quatre enfans du s'' Villaudin dont la 
fille aînée n'a que quatorze ans ; le père est un très honnête homme 
et bon chrétien qui est encore caché en France, et qui a beaucoup 
souffert pour la Religion. 

3. Blanchet cardeur, sa femme et un enfant sont aussi à Guer- 
nezay. 

3. De l'an passé il était venu quelques autres personnes de Rennes 
en cette ville qui ne sont pas encore hors de la nécessité comme le 
s'' de la Croisette, sa femme et leur fille. 

3. Le s"^ ChanvaloUy sa femme et leur fils. 

5. Un passementier nommé Lepage, sa femme et ses trois enfants. 
C'est là le nombre et l'état de tous ceux de l'Eglise de Rennes qui se 

sont sauvez de la persécution, lesquels je connois tous, ayant servi 
cette Eglise vint et trois ans, aussi je certifie le présent mémoire 
véritable. Fait à Londres, le dixième d'avril mil six cents quatre- 
vingt six par moy, ministre soussigné, qui supplie très humblement 
monseigneur de Londres d'avoir compassion de la misère de ces 
pauvres fugitifs, et de leur faire sentir les effets de la charité chré- 
tienne de cette bénite nation qui leur a fourny un azile si favorable, 
priant Dieu pour la conservation de cet excellent prélat. 

EsTiENNE DusouL, Ministre à Rennes. 

Au dos : 

Vétat des réfugiés de Rennes. 

(Oxford, Dodleian Library, Rawlinson Mss. 981, fol. 278). 

On voit, en additionnant les chiffres placés en tête de chaque para- 
graphe que, le 10 avril 1686, quatre-vingt-cinq réformés avaient quitté 
Rennes et que plusieurs de ceux qui y étaient restés, n'y demeuraient que 
malgré eux. 

N. Weiss. 



MÉLANGES 



ÉPDÉMÉRIDES DE I^'AIV^ÉE 
DE LA RÉVOCATIOM DE L'ÉDIT DE IVAIVTES 

Avril. 

avril 1685. — Foucault, on compagnie de l'évêque de Lescar 
et des Pères Jésuites, se rend à Maslacq, dans le diocèse de Lescar, 
où, grâce aux efforts combinés des prêtres et des dragons, et au zèle 
de l'abbé d'Arboucave, archiprêtre du lieu, soixante familles se con- 
vertissent. Quelques jours plus lard (6 avril 1685), l'intendant écri- 
vait à l'archevêque de Paris que les quinze temples du Béarn étaient 
démolis et que des cinq qui restaient, il en a fait interdire deux 
pour des contraventions aux édits, ajoutant qu'il espérait que bientôt 
les trois restant auraient la même destinée*. 

2 avril 1685. — La grande église de Saverdiuiy frappée par un 
arrêt du conseil, perd son temple, condamné à être démoli, et voit 
le culte interdit le 2 avril. Ce même jour furent condamnés les 
temples de Villemague et de La Tremblade. Les missionnaires du 
CoUet-de-Dezes, manquant de chapelles, on leur donna aussi ce 
même jour le temple des réformés de ce lieu ^. 

S avril 1685. — «iïift? pauvres ministres des provinces, dont les 
temples sont fermés ou abattus, sont partis de Paris, aujourd'hui^ 
3 avril, pour se retirer en Hollande, ils doivent passer par Dun- 
kerque'. » 

5 avril 1685. — Les réformés de Champagne avaient un temple 
à Saint-Mards-en-Othe, qui fut condamné à être démoli par arrêt 
du Conseil d'État du 5 mars 1685. Un mois plus tard, après que le 
curé dudit lieu eut fait dire « une messe solennelle et chanter le 

1. Michel, Louvois et les Protestants, 92. 

2. Becueil des Edits. 

3. BiBL. NAT., Manusc. franç., 7052, p. 323. 



182 MÉLANGES. ^ 

Te Deum à l'yssue d'icelle en faisant carillonner pour cet effect », 
J. Comparot, conseiller du roi, accompagné de Vinot, grand archi- 
diacre de Troyes, se dirigea du côté du temple et donna Tordre de 
le démolir. En même temps il enjoignit à celui qui achetait les 
débris du pauvre édifice, de « faire mettre une croix parsemée de 
fleurs de lys de quinze pieds de hault au moings, au milieu de la 
place où estait le dict temple ». Il n'y a pas vingt ans on pouvait 
voir sur l'emplacement où était jadis le temple une croix « qu'on 
appelait encore La Croix du Prêche^ ». 

9 avril 1685. — Le temple de Sabarat (Ariège), est condamné à 
être démoli le 9 avril 1685 2. 

10 avril 1685. — Condamnation des temples de Camarade, Les 
Bordes, dans le comté de Foix^. 

11 avril 1685. — La pieuse reine, Charlotte Amélie, obtient par 
ses prières, du roi de Danemarck, son mari, l'autorisation pour les 
protestants français, fuyant leurs persécuteurs, de célébrer leur 
culte à Copenhague et d'y organiser l'église qui y subsiste encore 
aujourd'hui*. 

12 avril 1685. — Sentence du lieutenant criminel d'Angers, 
condamnant le temple de Sorges^. 

13 avril 1685. — Condamnation de l'église d'Aspres-les-Veynes 
dans le Dauphiné ^ 

16 avril, — Le temple de Montélimart avait été condamné à une 
destruction complète, le 12 juillet 1684, ordre qui fut exécuté à la 
lettre car on arracha les fondations des murailles du temple pour les 
porter hors la ville. Une dernière cérémonie devait consacrer à 
jamais la ruine de l'hérésie, c'était l'érection d'une croix sur la 
place où s'élevait autrefois le temple. Elle s'accomplit le 16 avril 
1685 par les soins de Daniel de Cosnac, évêque de Valence, pen- 
dant que les troupes faisaient « de belles décharges de leurs armes ». 

17 avril 1685. — Charles de Lalande, lieutenant général de la 
sénéchaussée de Guyenne, sur la dénonciation qui lui est faite, de 



1. Bulletin, 1868, p. 117. 
^. Recueil des Édits. 

3. Ibid. 

4. Clément, Notice sur Véglise de Copenhague. 

5. Recueil des Édits, 
Ibid, 



MÉLANGES. 183 

la présence au temple de Bègle où se réunissaient les fidèles de 
Bordeaux, d'une prétendue relapse nommée Marie Martineau, donne 
l'ordre d'informer contre Sarrau et Goyon, ministres de cette grande 
église. « Si j'avais voulu suivre le zèle des officiers d'icy et de plu- 
sieurs religieux, écrivait Lalande, j'aurais souffert que cette infor- 
mation eut esté décrétée, mais j'ay cru qu'il était plus prudent et 
plus convenable au service du Roy, d'attendre les ordres de S. M. 
après vous avoir représenté les raisons que j'ay eues de ne pas aller 
si vite. » Il n'en était pas moins vrai que les derniers jours de 
l'église de Bordeaux étaient comptés*. 

18 avril 1685. — La situation intolérable faite aux Réformés, 
connue dans toute l'Europe, excita les sympathies de plusieurs 
princes protestants étrangers. Le landgrave Charles de liesse, 
le 18 avril 1685, lança un appel aux protestants français, leur signa- 
lant les contrées de ses États où ils pourraient s'établir. Compre- 
nant que de tels hommes, persécutés pour cause de religion, devien- 
draient des défenseurs de sa couronne et enrichiraient ses États, il 
n'hésitait pas à leur promettre des temples et des écoles, des pas- 
teurs et des instituteurs, comme aussi des fonds pour les aider dans 
l'établissement d'industries nouvelles. En même temps il les affran- 
chissait des impôts et leur ouvrait l'accès à toutes les fonctions. 
Habile politique que celle qui enleva à la France d'habiles ouvriers 
et commença la grandeur de l'Allemagne ^. 
' 19 avril 1685. — A celui qui apostasiera seront réservées les 
faveurs et pour les obtenir un évêque ne dédaignera pas de s'in- 
terposer. (( J'ai promis, écrivait le 19 avril 1685, l'évêque Daniel de 
Cosnac, à M. du Moular, gentilhommes du Pouzin en Yivarais, qui 
a fait abjuration de l'hérésie de Calvin entre mes mains, de vous 
supplier de lui vouloir bien accorder vostre protection pour lui 
faire obtenir la Chatelenie du dit Pousin qui a esté possédée par ses 
devanciers et en dernier lieu par son oncle ^ ». 

20 avril 1685. — Ce jour-là à Sancerre quelques dévots font 
signer une abjuration à deux pauvres enfants, Étienne Corsange, 
âgé de huit ans, et Noël Laurent, âgé de douze ans. Désespérés, leurs 

1. Arc. Nat. TT. 257 

2. De Scbickler. Les Eglises du Refuge, p. 76. 

3. Bulletiny l, 170. 



184 MÉLANGES. 

parents viennent devant la demeure des ravisseurs accompagnés de 
nombreux amis, pour redemander leurs fds. Aussitôt un procès-ver- 
bal de sédition est dressé et les parents sont menacés des plus 
graves peines. Si dure était la situation des réformés à Sancerre 
que le désespoir s'emparait de leurs cœurs et « qu'ils disaient tout 
haut que puisqu'on les pousse pour leur religion, ils ne peuvent 
mourir qu'une fois », faisant entendre par là que leurs persécuteurs 
lasseraient leur sainte patience 

21 avril 1685. — Entre tous les évêques de France, le plus hu- 
main était Le Camus qui occupait le siège de Grenoble. Cependant, 
ruiner l'hérésie était son ambition et il en fait lui-même l'aveu sin- 
cère dans une lettre du 21 avril à Barillon, évêque de Luçon. « Nous 
travaillons à faire abattre le temple de cette ville et f espère qu'a- 
vant qu'il soit peu nous en viendrons à bout. » Plus tard, il dut se 
convaincre que l'œuvre n'avait pas abouti, car il écrivait à la fin de 
celte même année, ces paroles bien significatives : «ï A la réserve 
de dix ou douze personnes, tout est converti et je crains bien qu'à la 
réserve de dix ou douze personnes, il n'y en ait pas un seul qui soit 
bien converti ^ » 

22 avril 1685. — « Le temple de Criquetot VEsneval fut fermé 
le dimanche 22 avril 1685, jour de Pâques, après le service du soir. 
Il y eut à Criquetot en 1684, 11 abjurations ; en 1685, 143; en 1686, 
2; 1 en 1690; 1 en 1765; 1 en 1767. » Quand le péril fut entière- 
ment passé, la plupart de ceux qui s'étaient faits catholiques rede- 
vinrent protestants ^. 

24 avril. — M. Foucault ayant fait assembler les habitants de la 
R. P. R. de Garlin dans le Béarn sous la halle, leur fait entendre 
que l'amour que Sa Majesté avait pour tous les peuples et son zèle à 
procurer leur salut, l'engageaient à se servir de toutes sortes de 
moyens pour rappeler à l'Église ceux qui avaient le malheur d'en 
être séparés 

25 avril 1685. — Le temple de RosanSy église importante du 
diocèse de Gap, est condamné à être démoli 

1. Arh. Nat. tt. 242. 

2. Bulletin, III, 578. 

3. GuiLMETH. Notices historiques, I, 145. 

4. Arch. Nat. tt. 257. 

5. Recueil des Edits. 



MÉLANGES. 185 

28 avril 1685. — «Dans la journée du 28 avril 1685, le corps de 
ville du Havre siège matin et soir pour délibérer sur le sort d'une 
foule de Huguenots traduits à sa barre par le procureur syndic. Ce 
magistrat fulmina une violente réquisition contre tous ces dissi- 
dents, coupables de ne pas avoir obtempéré à l'ordonnance qui avait 
été publiée, et qui leur enjoignait de quitter la ville ou de se faire 
instruire dans la religion catholique. On vint rapporter que dans la 
maison du sieur Mesenguel se trouvaient logées soixante-dix per- 
sonnes de la religion fuyant par la campagne. Le procureur syndic 
voulut que des clercs sergents fussent envoyés pour prendre le nom 
des fugitifs, mais les conseillers protestèrent par cette belle réponse : 
(( qu'ils ne sauraient consentir à autoriser la violation du domicile 
d'un bourgeois du Havre ». Quelques mois plus tard, cependant, les 
réformés fuyaient Le Havre *. » 

29 avril. — Ce jour-là on fit la cène à Charenton et si nombreux 
furent les étrangers que les anciens distribuèrent plus de 3000 me- 
reaux^. 

30 avril 1685. — Depuis plusieurs années le clergé poursuivait 
de sa haine les temples des protestants, n'obtenant que trop souvent 
la ruine de ces édifices. H arrivait que le temple détruit, le pasteur 
restait pour veiller sur les ruines du troupeau qui lui avait été con- 
fié, ou même, que s'il était contraint de quitter le pays, un de ses 
collègues fut envoyé pour le remplacer. « Pour empescher la conti- 
nuation de cet abus, disait un arrêt du Conseil d'Estat en date du 
30 avril 1685, il était défendu aux ministres et proposants de 
quelque province qu'ils fussent de faire leur demeure plus près de 
trois lieues de ces malheureuses églises, à peine de 3000 liv. 
d'amende^. 

1. BoRELY. Histoire de la ville du Havre, III, 14. 

2. Manuscrits La Reynie. 

3. Recueil des Édits. 

F. PUAUX. 



BIBLIOGRAPHIE 



RÉPERTOIRE* 

I. BIOGRAPHIE. — Simples notes sur Pierre de i^jébKiiic, pre- 
mier prédicateur de la Réforme à Grenoble (1514 à 1524) par 
A. Prudhomme, archiviste de l'Tsère, 48 p. in-12, Bourgoin, Vau- 
villez imprimeur-libraire, 1884; étude faite sur des pièces d'ar- 
chives et qui se prononce contre le supplice de Sébiville. 

Jacqueline de Rohan, marquîse de Rothelin, étude historique 
par Mme R. de Perrot, extraite du Musée Neuchâtelois 1884, 100 p. 
gr. in-8, qui traitent surtout des séjours de J. de Rohan à Neu- 
châtel (Voy. Bulletin du 15 mars 1885, p. 137). 

Henri IV, vie privée, détails intimes, par Bascle de Lagrèze 
(Paris, Didot, 1884), essaie, dans un chapitre sur Jeanne d'Aibret 
depuis son veuvage, de suspecter les mœurs de l'austère huguenote. 
Une lettre de Uenri IV à M. de Vaqueresse, datée de Nérac le 2 nov. 
1587, par E. Bondurand, dans le Bulletin de T Académie de Nîmes 
de 1883, p. 105 à 107. 

Le mariage de Catherine de Bourbon avec Henri duc de Bar, 
30 janvier 1599; relation tirée d'un manuscrit du fonds Brienne 
(T. 266) par M. Ghapellier {Journal de la Société d'archéologie 
lorraine et du musée hist. lorrain, 32® année, 1883, p. 110). 

Le duc de Rohan et les protestants sous Louis Xlfl par H. de la 
Garde (Paris, Pion, 1884), insignifiant, à côté de la thèse latine 
soutenue par M. Mention : De duce Rohanio post pacem apud Ale- 
sium usque ad mortem (1629-1638). Paris, 1885. 

Jean Cavalier, 1681-1740, par A. de Montvaillaut, Paris, Dentu, 
1884. — Jean Cavalier, nouveaux documents inédits, par G. Char- 
vet, dans Nemausa, 1884, fév. mars, 33 à 54. 

1. Voy. le Bulletin du 15 janvier 1885. 



BIBLIOGRAPHIE. 187 

Éloge de l'Amiral CoHgny, lu au conseil général de la Nièvre, 
le 9 sept. 1881 par le comte de Laubespin, Nevers, imp. Vallière, 
in-8 de 7 p. — Sépulture de d'Andeiot par A. Donnedieu de 
Vabres, dans Nemausa, 1883, février, p. 39 à 45 et avril, p. 124. 

Jean Goujon et la vérité sur la date et le lieu de sa mort, par 
A. de Montaiglon {Gazette des Beaux- Arts des 1" nov. 1884 et l""" 
janv. 1885), sera analysé dans le Bulletin. — jcan Goujon par 
Mario Proth, 36 p. in-18 dans la Bibliothèque des écoles et des 
familles (Paris, Hachette). 

Une lettre inédite de Théophraste Renandot, datée du 13 août 
1617, de Loudun, où il exerçait la médecine, publiée par M. de la 
Bouralière {Bullelin de la Société des antiquaires de VOuest, 
1884, 2" trim.). — L'histoire, la fanlaisie et la fatalité, 16 p. in-8 
de M. L. Hatin, où il critique la biographie de Renaudot par G. de 
la Tourette (Paris, Féchoz, 1884). 

Marguerite do Valois, 2' et dernier article dans la Bévue des 
Deux Mondes du 1" nov. 1884, par H. de la Perrière qui a fait 
paraître en volume ses précédentes études sur les projets de mariage 
de la reine Éiisabetii (Calmann, 1882, in-18 de 288 p.). 

II. GUERRES DE RELIGION. — La iseeonde s«erre civile, la 

paix de Longjumeau, par H. de la Ferrière, dans la Bévue des 
questions historiques du l*»" janvier 1885, p. 116-167. — M. von 
Bezold a publié la correspondance du comte palatin J. Casimir, 
importante pour l'histoire des guerres de religion en France {Briefe 
des Pfalzgrafen J. Casimir, I et II) et M. A. Pu. von Segesser a 
fait paraître les tomes III et IV de son ouvrage non moins utile sur 
Ludwig Pfyffer und seine Zeit (1585-1591), Berne, Wyss, 1882, 
2 tomes in-8 de 496 et 374 p. A consulter aussi l'article de M. H. 
de l'Épinois sur le st-siège et la Ligue, dans la Controverse et le 
Contemporain des 15 sept, et oct. 1884; et Théodore Juste : les 
Pays-Bas sous piiiiippe II (1555 à 1565) Bruxelles, Lebègue et 
Cie, 1884, qui contient, entre autres, une étude sur l'inquisition 
néerlandaise. 

Les Huguenots dans le Béarn et la ivavarre, documents inédits 
publiés pour la Société historique de Gascogne (ô'^ fascicule des 
Archives historiques) et annotés par A. Communay, Paris-Auch, 
Champion-Cocharaux, 198 p. in-8, 1885; suite des Huguenots en 
Bigorre. 



188 BIBLIOGRAPHIE, 

st-Paui-Trois-chateaax pendant les guerres de religion, par le 

baron de Coston {Bulletin de la Société départementale d'archéo- 
logie de la Drôme, 1879, p. 136-147). — L'Abbé Mazet : Pétition 
des catholiques de Valence en 1568 {Ibid, p. 163-177). — Baitha- 
zard Flotte, comtc de la Roche (1554-1614) et son rôle dans les 
guerres de religion, par J. Roman {Ibid. XVI, 1882, p. 390-401, à 
suivre). 

E. BoNDURAND, (( En temps de guerre, » lettre d'Aigues-niortes, du 
26 janvier 1570, aux consuls d'Aimargues {Nemausa, sepl.-oct. 1883, 
p. 311-312). — La prise des châteaux de Vauvert et du Cayiar en 
1628, par Prosper Falgairolle {Ibid., mai 1883, p. 129-135). 

Montchrétien de Vatteviiie, chef de bande protestante, poète 
et économiste (1575-1621) par G. de Vaudichon {Vlnvestiga- 
teur, t. LUI, Paris, Thorin in-8, 1882, p. 1-32). — Épisodes de la 
Ligue et de la Fronde en Provence, par Camoïn de Venge {Ibid. 
p. 88 à 95). 

Guillaume Le Clerc, sieur de Crannes, capitaine de Laval, 1574- 
1597, histoire du comté de Laval pendant la Ligue, par le Comte de 
Beauchesne {Revue hist. et arcliéol. du Maine, XVI, 1884, 2" sem., 
2^ liv.). — Jeanne d'Albret et la spoliation de l'église St-Georges 
de Vendôme, le 19 mai 1562, inventaire des bijoux et reliquaires 
spoliés à la Collégiale, par l'abbé Ch. Métais {Bulletin de la Société 
archéol. du VendômoiSy t. XXI, p. 28 à 46). 

III. PROTESTANTISME DANS LES PROVINCES. — J. de 
Lahondès : Lettres inédites de Henri IV; dans le nombre figure une 
longue ordonnance du 20 nov. 1577, par laquelle le roi de Navarre 
couvre les habitants de Pamiers, conformément à l'édit de Poitiers, 
des conséquences des actes par eux commis pendant et après le siège 
de la ville {Mémoires de la Société archéol. du midi de la France, 
t. Xlî, 1880-82, Toulouse, 1883, in-4, p. 165 à 176). 

Dans les « Documents historiques concernant principalement la 
Marche et le Limousin », tome II, Limoges, Ducourtieux, 380 p. in-8, 
1885, M. A. Leroux a publié des extraits considérables du premier 
registre consistorial de Rochechouart (1596-1635) que l'on consul- 
tera avec d'autant plus de fruit que ces sortes de reg istres sont rela- 
tivement fort rares. 

Dans la 20' et 21e partie de son travail sur la Bresse et le Bugey, 
M. Jarrin traite de la conquête du pays par Henri IV, et des protes- 



BIBLIOGRAPHIE. 189 

tanls à Bourg jusqu'à la guerre de 1635 (Annales de la Société 
d'émtdation de VAin, 17" année, juil., sept., 1884). 

Sous le titre de « Justine de la Tour Gouvernet, baronne de Poët- 
Celard », M. I'Abbé Toupin raconte un épisode des controverses 
religieuses en Dauphiné durant les vingt premières années du 
XVII' siècle (Bulletin d'hist. ecdés. de Romans, 1884, sept.-oct.). 

Signalons encore, outre le 2' volume, de l'Histoire du protestan- 
tisme et de la Ligue en Bourgogne (Auxerre, Chambon, in-8, 
542 p.), aussi mauvais que le premier; Ch. Dardier, le séjour à 
ivimes de Benedict Turretini, past. et profess. à Genève, en 1620 
(Bulletin de V Académie de Nîmes, 1888, p. 42 à 45) et M. Liotard, 

Trois lettres de Rabaut Saint-Étienne (IMd., p. 82). 

Enfin, M. L. B. Gardes a soutenu, en février 1885, devant la 
faculté de théologie protestante de Paris, une intéressante thèse sur 
les commencements de la Réforme à Uzès (Uzès, Malige, 1885, 98 p. 
in-8). 

IV. RÉVOCATION. DÉSERT. — F. Puaux : La dernière requête 
des protestants de France à Louis XIV, avant la Révocation de l'édit 
de Nantes, janvier 1685 (Revue historique de janvier-février 1885, 
p. 68 à 100). — Ch. Sagnier: un jugement inédit de Bavîiic; c'est 
la condamnation aux galères, pour crime d'assemblée, de Rozel de 
Fontarèche, s' d'Aubarne; Carrière, hoste à Uzès et son frère; Gim- 
bal; Souchon; Job; Viala, chapelier ; Menard, chiffonnier. Cette con- 
damnation eut lieu à Montpellier, le 13 juin 1693 (Nemausa, 
avril 1883, p. 229-230). — P. de Félice, Sermons protestants 
prèchés en France de 1685 à 1795. Orléans-Paris, Herluison- 
Fischbacher, 46 p. petit in-8. 

V. VARIA. — M. Nicolas. Les origines de l'Académie protes- 
tante de Montauban, 1" chap. de l'Ilist. de Cette académie publié 
par la Revue de Vhistoire des religions, année, nouv. série, t. X, 

n° 2, sept.-oct. — P. D. BoURCHENIN. Étude sur les Académies 

protestantes en France au xvi^ et au xvir s. Paris, Grassart, 1882, 
in-8° de 480 p., thèse de doctorat, à laquelle il faut ajouter la thèse 
latine du même auteur, sur Tanneguy-Lefèvre. — Imbert Pecolet et 
l'ancienne école de iVimcs, article de G. Maruejol, dans Nemausa 
de janvier 1883, p. 8 à 28. 

Emile Picot. Théâtre mystique de Pierre du Val et des libertins 
spirituels de Rouen au xvr s. Paris, Morgand, pet. in-12 de 252 p. 



190 CORRESPONDANCE. 

D'' Keuter. Clément Marot's Metrik (métrique de c. Marot, dans 
Archiv. f. d. studium der neuer. Sprachen, 1882, p. 331-360). 

L. Lâcâze. Les imprimeurs et libraires en Béarn, de 1552 à 
1583, in-8 de 322 p. Pau, le Ribaut, 1884, tiré à petit nombre. 

S. DE LA BouiLLERiE. Laréprcssion du blasphème dans l'ancienne 
législation (Revue hist. et archéol. du Maine, t. XVI, 3* liv. 1884, 
2° sem.). 

Von Reden Esceck. La Sorbonne, fondation, histoire, organisa- 
tion, dans Ans allen Zeiten und Landen, Jahrg. II, heft. 2, Berlin 
1884. 

J. Bonnet. Visite de Thomas Piatter à Aigues-Mortes en 1596, 
et D'' A. Alioth. Table chronologique des voyages de Thomas Flatter 
le jeune {Nemausa, 1883, mars p. 85 à 88 et mai p. 136 à 139). 

N. Recolin. Coup d'œil sur l'état religieux actuel de la France 
et particulièrement du Protestantisme français, Paris, Fischbacher, 
1884, 40 p. in-8, renferme d'utiles indications statistiques. 

N. Weiss. 



CORRESPONDANCE 



Paris, le 20 mars 1885. 

Monsieur, 

Je viens de lire dans le Bulletin du 15 mars, la lettre par laquelle 
M. le pasteur Blanc signale l'existence dans les Archives de Millau de 
quatre-vingt-treize lettres originales du duc de Rohan. 

Pour être inédits à l'heure qu'il est, ces documents n*en sont pas moins 
connus depuis plusieurs années. Il en existe même, à ma connaissance, 
deux copies authentiques, toutes deux de la main de M. Atfre ancien 
archiviste de la préfecture de l'Aveyron, qui remit l'une d'elle à la Société 
des lettres, sciences et arts de ce département et envoya l'autre à 
l'examen du Comité des travaux historiques et scientifiques à Paris. 

Ce dernier dossier, M. Affre a bien voulu s'en dessaisir en faveur de 



CHRONIQUE. 191 

M. Mention, professeur d'histoire au lycée Charlemagne, et de votre ser- 
viteur dès qu'il apprit que le ministre de l'instruction publique les avait 
autorisés à publier dans la collection des Documents inédits de l'histoire 
de France, les « mémoires, dépêches et papiers politiques du duc Henri 
de Rohan ». 

Il suffira sans doute d'attirer sur cette rencontré l'attention de votre 
honorable correspondant pour lui éviter un travail de copie d'autant plus 
inutile que les cent trente-deux lettres de Rohan, découvertes à Millau 
par M. Affre, (années 1621-1629) trouveront nécessairement place dans 
le premier volume de notre publication. 

Permettez-moi d'ajouter que mon collaborateur et moi, nous serons 
particulièrement reconnaissants de l'appui que vous voudrez bien prêter 
à la réalisation d'une œuvre qui intéresse, à un haut degré, l'histoire du 
protestantisme français*. 

Agréez, monsieur, avec mes remerciements anticipés, l'expression de 
mes sentiments les plus distingués. 

E. ROTT, 

Secrétaire de la légation de Suisse. 



CHRONIQUE 



On lisait dans le Bulletin municipal officiel du 29 décembre 1884 : 
M. Alfred Lamouroux. — Je signale à l'Administration une maison 
sise rue Saint Martin 203, qu'il est question de démolir. C'est un vieil 
hôtel, construit sous François 1" par Budé, prévôt des marchands et où 
a habité, en 1580, un autre prévôt des marchands. Sanguin. Cet hôtel 
contient peut-être des objets intéressants pour l'histoire de Paris; et il 
conviendrait de faire visiter cette maison par un inspecteur des beaux- 
arts. (Assentiment.) 

1. Le Bulletin attendra, pour en prendre connaissance, que le dossier de 
Millau ait paru dans la publication projetée des papiers du duc de Rohan, et fait 
des vœux pour que cette publication soit aussi définitive et aussi prompte que 
possible. 



192 CHRONIQUE. 

M. le Directeur des Travaux. — L'Administration prend bonne note 
des indications que vient de fournir M. Alfred Lamouroux ; elle enverra 
un inspecteur des beaux-arts visiter cet hôtel. 



Le vendredi 30 février 1885, devant un nombreux auditoire, M. Daniel 
Bourchcnin, pasteur de l'Église réformée à Arcachon, a soutenu en Sor- 
bonne les deux thèses suivantes : 

1° De Tanaquilli Fabri vita et scripiis (Vie et écrits de Tanneguy 
Lefèvre), 200 p. in-8. 

2° Étude sur les Académies protestantes en France au xvr et au 
XVII'' siècle ; Paris, Grassart, 482 p. in-8. 

Le Bulletin rendra compte de ces savants ouvrages qui ont valu à leur 
auteur le titre de docteur ès lettres. 



Monsieur Léon Pilatte, directeur du Journal VÉglise libre, met on 
souscription, jusqu'au 30 avril, la réimpression du Recueil des édits 
ET DÉCLARATIONS, ARRÊTS ET RÈGLEMENTS rendus au sujet dcs gens de la 
religion prétendue réformée, qui parut d'abord en 1729, jmis en 1752 ^ 
Ce recueil ne comprend que les édits, etc., publiés de 1GG2 à 1751 et 
rendra service à quiconque désirera connaître la situation faite aux ré- 
formés pendant cette période qui comprend la préparation, l'exécution et 
les suites de la Uévocation. En ri^commandant cette souscription émi- 
nemment opportune, nous faisons des vœux pour que l'éditeur rende 
la publication aussi complète que possible, aucun recueil d'édits de cette 
époque n'étant sans lacunes. 



L'Assemblée générale de la Société aura lieu le 16 avril, à 8 heures 
du soir, dans le temple de l'Oratoire, rue Saint-Honoré, à Paris. 

1. Prix de souscription 5 fr. et 12 fr. sur papier de Itollande. 11 ne sera tiré 
que le noml)re d'exemplaires souscrits. S'adresser ù M. V administrateur dti jour- 
nal l'Eglise libre, à Nice (Alpes-Marilimes). Le Bulletin souscrit pour un 
exemplaire sur papier de Hollande. 



Le Gérant : Fischbacher. 



BoURLOTON. — Impriraeries réunies, B. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 



RECUEIL MENSUEL, IN-S*. 

AVIS, — LES ABONNÉS DONT LE .NOM .OU L^AJDBES^E NE SE- 
RAIENT POINT PARFAITEMENT ORTHOGRAPHIÉS SUR LES BÀNDES 
IMPRIMÉES SONT PRIÉS DE TRANSMETTRE LEURS RECTIFICATIONS 

A l'administration. 



On peut se procurer les volumes parus Bulletin xjjx prix suivants 



1« année, 185â 
- 4853 



1854 
1855 
1856 
1857 
1858 
1859 



20 fr. 
le volume. 




1860 
1861 



1. 



30 fr. 
volume. 



11* 
12* 
13» 

14» — 
45» — 

16* — 
17« 
18» — 

e 

22» ' — 

24» " 
it. :, ^ 



année, 4862 \ " V-i^^'i^'^ 

— ^^-^4864%^ 

— 4865^^ 

— 1866^ 

— 1867 

— 4868 



1870-71 f'^^tS^-ffp- 
4872r 





27« 

29» 1880fîi 
30" — 1881'^'^ 

32iSliéi>t&il883, \ 




40 fr. 



) le volume 



Chaque livraison séparée t 2 francs. 
Une livraison d&Taiinée couran^f ou de la précédente : 4 fr. 25. 
On ne fournit pas séparément les livraisons des 7«, 9« et 40^ années. 
Une collection complète (4852-4883) : 320 francs. 
Table générale des matières des 44 premières années : 2 francs. 



BXJJJIuETIINT 

Le Bulletin ^^nTsXi la^ ib de chaque, flttois, par cahiers ^ie 
feuilles au moins; On né Vaboniiè point pouj . raàins d'uneVs 

Tous les abonnements datent du jî 
à cette époque. 
Le prix de rabounement est ainsi fixé 

|40< fr. » pour la France , l'Alsace etlaLoÎTîiin^V 
Ij&'jj^SO pour la Suisse. 
> pour rétrangejr, 
pour les pasteurs des département 
1 0 fr . jour Jes gastçurs :de rétrangçr..^^ 
La voie la ^f^^^^^é^^^ ?^,P^^^MÉÉ^?P^^^ 
des abonnen ' '„„,„ 2 



Eous ne^ murions trop engager ^^S&^Ê^^^i^^ ^^^^ i^^^ 
médiaire, même celui des libraires^ 
Les msopjjEsJ^jQUJ n'ont pas soldé ljeur abonnei^îent 

15, JMAIIS REÇÇlp^ UNE QUITTANCE A - BOMIGIL^ 
MENTATION, POUR FRAIS DE "^RECOUVREMENT, DE :; 

1 frî > pour les départements; 
1 fr. 50 pour Tétranger, 
Ces chiffres sont loin de couvrir l$s frais qu'ç^p, % P.^^^J 
des quittances ; Vadminii^af''''*^ — ^^^-^^ ite. iï#î..,:sij,/ 
nements lui soient soldim^titc 



34« A N N É E . — 1885 



SOCIÉTÉ DE LHIISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 



BULLETIN 

HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE 



TROISIÈME SÉRIE. — QUATRIÈME ANNÉE 
No 5; — 15 Mai 1885 




PARIS* 

. . V LIBRAIRIE FISCHBACHER (SOCIÉTÉ ANONYME) 

■ / , ■-C:^pr^'i^- ■ ~ 33/ RUE DE SEINE, 33v:':^v''.;'' *■ 

LONDRES. — Hatt» 270. Strand. ' i LBIPZIO. — r. Brookbaat. 

4M8TBRDAW. 7 Vu» Bakkenes èt a>* | ' ."bbuxbllss. — Veyrat (M"*). 



i)Çt • '''-'^ --ir'^-- ■ BOURLOTON. — Iiuprlraeries réunies, B.' « ..^ 



' > ..■ '■ ■ .. . Pages, 

^'^Trente-deuxième assemblée générale de la Société de 
l'Histoire du Protestantisme français. Allocution de 

M. le professeur Ch. Wacidington, président de la séance. 193 

ÉTUDES HISTORIQUES 

F. POAUX. — Les dernières années du ministère de 

Claude (1681-1686). |. . 202 

DOCUniElVTS 

F. ROlJVIÈRE. — Quatre lettres inédites de Rabaut- 

Saint-Etienne (1789-1791),.. ........... ........... 215 

inÉIiANGES 

F. PUÂUX. — ^ Éphémérides de l'année de la Révocation 

de l'Édlt de Nantes. (Mai 1685.) . . . . . . . ..... , . 228 

BIBLIOGRAPHIE 

G. BoNET-MaURY. — D. OUier et L. A. van Lanseraa|d, 
Guy de Bra^: , . 231 

N. WeiSS. ~ A. Franklin, Les fçran des scènes histo- 
riques du XVr siècle. . . . . 235 

CHROIVIQUE. 

Ch. AYadDINGTON. Echo de la SWbonne, du vendredi 

30 février 1885 ... .V..\ ..... 237 
N« WeiSS. — - La^ a Huguenot Society » de Londres 





(15 






Tout i 


ce qui concerne la rédaction Bulletin devra être désor 



mais adressé, sous le couvert de M* le Président de la Société, à 
M. N. Weiss, secréiaire de la rédaction, 16, place Vendôme, Paris. 



Prière d'adresser, place Vendôme, 16, les livres, estamp:es, mé- 
dailles, etc., offerts à la Bibliothèque de la Société, ouverte au 
public le lundi et le jeudi, d'une heure à cinq heures. 

LES GRANDES SCÈNES HISTORIQUES DU XVI* SIÈCLE (Recueil de 
Tortorel et de Perrissin). Quarante-quatre livraisons decettc belle publi- 
cation sont en vente au prix de 3 francs ia livraison. 

LA FRANCE PROTESTANTE. Deuxième édition. Quatrième volume. 
Deuxième partie. Art. Gorbètes-Cybaud. Prix : 5fr. pour les souscripteurs. 

HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES ÉGLISES RÉFORMÉES AU 
ROtAUME DE FRANCE, par Th. de Bèze. Édition nouvelle par feu 
G. Baum et Ed. Gunitz. Tomes 1 et 2. Prix : AO fr. 

ÉTUDE SUR LES ACADÉMIES PROTESTANTES EN FRANCE AU XVr 
; ET AU XVII« SIÈCLE, par D. Bourchenin. Prix : 6 fr. 

PAUL RABAUT, SES LETTRES A ANTOINE COURT (1739-1755) avec 
notes, portrait et autographej par A. Picheral-Dardier, et une préface 
par Ch. Dardier. 2 vol. iû-8% Prix : 12 fr. 

HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE, DU COMTAT VE-> 
NAISSIN ETDE LA PRINCIPAUTÉ D'ORANGE, par E. Arnaud, 2 vol. 
in-8°. Prix : U fr. ■ ; • 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



TRENTE-DEUXIÈME ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



C'est le jeudi, 10 avril, à liiiil heures du soir (|ue celte asseiubléc 
s'est teuue dans le temple de TUraloire Saiiil-llouoré à Paris. Une 
violente averse qui a commencé à tomber (juebiues minutes avant 
huit heures ii'a pas empêché le public de s y rendre en nombre plus 
grand que l'année dernière. Le comité était représenté par MM. Ch. 
Waddington président de la séance, 0. Douen, Ch. Frossard, 
J. Gaulrcs et A. Vignié; M. Frank Puaux avait pris place sur l'es- 
trade à côté de ces messieurs. Nous avons remarqué dans le temple 
MM. les pasteurs Appia, S. Berger, J.-P. Cook,Dhombres, Gai'y, Go- 
guel, G. Meyer, Morize, VVeber, de Vismes, MM. les professeurs Bonet- 
Maury, Massebieau, etc. Le chœur de l'Église réformée de l'i^toile 
occupait une tribune élevée, en face de la chaire et a parfaitement 
exécuté les psaumes LXXVII, XXV, CXXX et XCVIII dont on enten- 
dait pour la première fois, non les mélodies (de Bourgeois), mais 
bien l'accompagnement harmonique si original tliï à Claudin le 
Jeune, Goudimel ou Roland de Lattre. Après la prière de M. le pas- 
teui' Dhoiiibres, M. le professeur Ch. Waddington a adressé à l'as- 
semblée une élo((uenle allocution qui, à plusieurs reprises, a provo(iué 
des marques visibles d'assentiment. On lira à la suite de ce mor- 
< (>;m, et Mvec le même plaisir avec le(iuel il a été écoulé, le uuMuoire 
d(* M. Fr. Puaux sur les dernières années du ministère de Glande à 
Gliarenton. Nous réservons pour le numéro de juin, l'élude iioa 
moins intéressante de M. J. Gaufrés sur le petit collège prolestant 
de Pont-de-Yeyle, dont la substance seule a pu être communiquée 
à l'assemblée. Signalons encore le psaume CXXXVII, qui a été 
chanté après cette dernière communication et avant la prière de 
clôture prononcée par M. le professeur Viguié. La musi(}ue de ce 
psaume a été composée en 1870 par M. le i)asteur jlisée Bost et 
on a beaucoup goûté, surtout la première partie (|U! rappelait sous 
une forme harmonieuse les sentiments exprimés à la lin du discours 
du président. 

XXXIV. — 13 



ALLOCUTION 



DE M. LE PROFESSEUR CHARLES WADDINGTON, PRÉSIDENT DE LA SÉANCE 

Messieurs, 

Vous regretterez tous avec moi que notre président, le 
baron Fernand de Schickler, soit empêché cette année de vous 
présenter un de ces ((apports comme il sait les l'iiirc et où il 
passe en revue d'une manière si intéressante les travaux de la 
Société de l'Histoire du Protestantisme français, les ouvrages 
dont de généreux donateurs enrichissent chaque jour, à son 
exemple, notre Bibliothèque de la place Vendôme, enfin les 
Églises trop peu nombreuses encore qui, à l'occasion de la 
fête de la Réformation, témoignent par des collectes spéciales 
de leur sympathie pour l'œuvre historique dont nos anciens 
synodes faisaient un devoir aux protestants français. Des 
notes étendues contenant les noms de nos donateurs et de nos 
souscripteurs seront insérées au Bulletin et remplaceront 
pour cette fois le Rapport que vous auriez aimé entendre 

\. Églises donatrices et bienfaiteurs de la Bibliothèque pendant le Gti" exercice : 

C'est avec une sérieuse gratitude envers Dieu et envers cent-deux de nos 
Églises que nous constatons un léger mouvement ascensionnel dans les Collectes 
de la Fètc de la Iléformation. Le nombre est resté à pou près le môme, mais 
des noms, dont nous regrettions depuis longtemps l'absence, sont venus s'in- 
scrire pour la première fois sur nos listes, et le produit toldl s'est élevé à 
4-75t fr. GO auxquels se joignent les 2245 francs de la collecte à domicile à 
Paris. L'ensemble des recettes, en dehors des abonnements au Bulletin qui n'eu 
couvrent pas entièrement les frais, a donc été de sept mille francs. Il paraît 
superflu d'insister sur l'insuffisance des ressources mises à la disposition de 
notre œuvre. Puisse chacune de nos Églises, dans cette année de commémora- 
tion solennelle, tenir à honneur d'envoyer son offrande à la Société de l'Histoire 
du Protestantisme français. 

Les Églises dont les envois pour 1884 nous sont parvenus avant l'Assemblée 
générale de 1885, sont les suivantes : 

Aiguesvives, Amélie-les-Bains, Anduze, Aubais, Audincourt, Aulas, Bàle, Bar- 
bezieux, Bayonne, Bergerac, Bernis et Aubord, Boffres, Bolbec, Bordeaux, Bou- 
logne-sur-Mer, Boulogne-sur-Seine, Brest, Caen, Calvisson, Castres, Caussade, 
Cette, Clcrmont-Ferrand, Codognan, Crespian, Dieppe, Dieulefit, Dijon, Épinal, 
Étoile, Faugères, Fons-sur Lussan, Fontainebleau, Fourmies, Ferney, Fresnoy- 
Ic-Grand, Canges, C.émozac, (lensac (Église libre), Lamonzie-Saint-Martin, La 
Salle, Le C.ailar, le llàvnï, Le llàvrc (diapelle évangéli(|uc). Le Mans, Les Vans, 
Loriol, Lunel, Luncray, Lunéville, Lyon, Maronnes, Maiiguio, Mauveziii, I\l(!aux 
(deux envois), Millau, Montauban, Montluron, Montpellier, Montpellier (cbaijclle 
indépendante), Moulins, Nancy, Nantes, Nanteuil-les-Meaux, Négrepelisse, Nice, 



ALLOCUTION DE M. LE PROFESSEUU CHARLES WADDINGTON. 1^5 

J'ai à exprimer au nom du Comilc un aulic rci^rcf, aïKiucl 
s'associeront tous les amis de la Société. Noire excelleni secré- 
taire, M. Jules Bonnet, a été obligé de réclamer un repos 
devenu absolument nécessaii'e et de décliner la lourde res- 
ponsabilité du Bulletin mensuel qu'il a dirigé pendant vingt 
ans, tout le monde sait avec quelle science, avec quel talent, 
avec quelle infatigable ardeur. Il ne nous quitte pas, bien 
entendu : le congé d'un an, qu'il va passer dans le Midi, ne 
l'empêchera pas de rester le secrétaire de la Société, collabo- 
Nîmes, Niort, Nyons, Orthcz, Paris (B.itignollcs, chapelle de rÉloilc, chapelle 
Millon, Oratoire, Saint-Esprit), Périg'iieux, Réalmont, IJeiins, neinireinoiif, Cuiiieu, 
Royaii et Mcsclicrs, Saiiit-AiiiaïKl-K's-.Kaiix, Saiiil-Aiiihroisi", Saint- A iituniii , 
Saiiit-Gilles-(lu-Ganl, Saint-.lean-Cliainhre, Saiiil-.leaii-dn-Gard, Sa i ni -0 mer, 
Saiiit-Voy, Salies (h^ r)Carn, Sunirne, Toni-s, Valire, Valcnci', Val!erau,u,ii(>. Van- 
vert, Verp;rze, Vcrnonx, Vèzeuolires, Vialas, Viaiic, Vic-h'-Fesc. 

La Bii)liolli(Min(>, lonjoui-s i)lus lVé(iueutée, a contiiuu'; de s'accroître (huis ses 
diverses parties, La section des niamiscrits a rerii une copie ancienne des actes 
du Synode de rne-de-Fiancc de 1()57, conservé dans les Archives du consistoire 
de La Haye et graciensemcnl rendu en conlormité avec la décision de la lléiuiion 
de Delft de 18S1 (Voir Bull. XXXI, 383) : de plus des documents anciens ou 
lettres autographes, présents de M'"" de Neudize et MM. Oelou pasteur, Caidan p\ 
Teissier, Thihaudeau et Viguié p', et un nouveau volume d'Actes copiés sur 
les originaux par M. le pasteur Auzière. 

Parmi les livres nous signalerons avec les dons du ministère de l'instruction 
publique et des Facultés de Montauhan et de Paris, les curieuses réimpressimis 
d'écrits allemands du temps de la Uéforme ollertcs par l'éditeur M. Nii'mcyiM-, de 
Leipzig, une trentaine d'ouvrages de théologie dont plnsienrs ont appartenu au 
célèbre arclicvè([U(; Parker, donn('s par son arrière-pctile-nièce, la coint('s::(> (hi 
Chabannes la Palice, (|nel(|n('s volumes du wir' siècle doniK's par M. I'. I!nis- 
son, une collection di' seimons dont (iiu'hpies-nns, ioi t rares, pai' M. le paslour 
Maillard, de Panipronx, enlin une cenlaine de plaquettes de l.Vil à la lin du 
xviir- siècle réunies jtar M. le pri'sident, ainsi (pie deux ou trois ouvrages 
rarissimes, ii; Resiauraleur de VEslat français, 1588, les Phujiairos du Couvent 
des Repenties de la Maudelene de Dourdeau.v, par Chardevene, 1053, et la plu- 
part des o uvres de Lambert d'Avignon. 

Uonatenrs de livres du "Il avril 1884 au 10 avril 18S5 : Ministère de Pinstruc- 
tion publique. Faculté de Montauhan, Faculté de Paris, Smithsonian Institute, 
Mesdames la comtesse de Chabannes, de Crespigny, de Neullize, veuve Péquin, 
MM. Alfred André, Bohin p'', J. Bonnet, F. Buisson, comte Delaborde, Delon p% 
Falguière, Fauricl p% Fischbachcr, Frossard [)', Gaidau p', GanIVès, Maillard p', 
W. Martin, Maulvault p% Menegoz p% Niemeyer, I)'' Niemeyer, Reymond, Ch. 
Bead, Robert \f, V. de Schicklcr, Teissier, Viguié p'. Ch. Waddington, N. Weiss, p' . 

Comme autenrs : MM. Arnauil p% J. P>onncl, lîussièrc, Chénot p% Ch(>vrier, 
Ch. Baird, Bonrchenin p"". 0. Cuvicr p', Decoppet i»"", P. de Félice p"", Fonbrune- 
Berbineau, Franklin, Frossart p"", Gardes p"", Ilirlh, Père Ingold, Kcrshaw, 
Kobler, Lambeit, I)'' f^e Paidmier, Leroux, Lods, P. de Magnin p'', Marlet 
Mazel PS Nicolas p»", Nyegaard p^ madame de Perrot, MM. de Prat, Prudhomme, 
¥. Puaux p', Uecoliu p% Uévciilaud, L. de Bichemoiul, Boller p% Van Lange- 
raad, de Virmont. 



196 ALLOCUTION DE M. LE PROFESSEUR CHARLES WADDINGTON. 

rant loiijoiirs au Bxilleiin, servant toujours de loin comme de 
près, une cause à laquelle il a attaché son nom. D'ailleurs, 
avant de prendre cette détermination, M. Jules Bonnet s'est 
assuré que son cher Bulletin ne péricliterait pas entre les 
mains de M. le pasteur Weiss, dont les heureux débuts dans 
cette lâche ont, en eifel, justifié ses espérances et celles du 
comité, témoin, entre autres, les précieux documents que 
nous lui devons sur ce xvr siècle, toujours si riche, si varié, 
si plein d'intérêt dramatique. 

Ce n'est pas vers ce siècle que se portent aujourd'hui vos 
pensées et les nôtres. Un i^rand, un douloureux anniversaire 
s'impose à vous, et nous émeut comme protestants et comme 
Français. Il y aura bientôt deux cents ans que fut signée, à 
Versailles, la Révocation del'Édit de Nantes, le 18 octobre 1685. 

La Révocation ! Que de choses ce seul mot rappelle ! 

D'abord l'Édit de Nantes lui-même, œuvre de profonde 
politique et de vrai patriotisme, malgré ses lacunes et ses 
imperfections au point de vue des principes, œuvre de justice 
et de paix, engagement solennel jui'é au nom do l'Ktat, déclaré 
perpétuel et irrévocable })ar Henri IV et par Louis XIII, et res- 
pecté comme tel par Richelieu et par Mazarin. Puis la violation 
de ce pacte sacré par un monarque absolu dont la conscience, 
chargée de monstrueux adultères, faussée par l'orgueil, abu- 
sée par de basses flatteries, aveuglée par une prétendue raison 
d'État et par les suggestions du fanatisme, crut s'acquitter 
envers la justice éternelle par un acte de piété extraordinaire. .. 
Quelle piété, hélas ! que celle qui démolissait les temples, qui 
poursuivait des chrétiens par le fer et par le feu, et qui punis- 
sait de la prison et de la confiscation, de la mort ou des 
galères de mallieureuses familles dont le seul crime était de 
n'avoir pu échapper par l'exil à tant d'injustes rigueurs et 
d'avoir adoré Dieu au désert dans une autre forme que celle 
qui plaisait au grand roi! Et quelle politique que celle qui, 
par la persécution religieuse, fit sortir de France les indus- 
tries dont s'enrichirent les autres nations et, pai' les excès du 



ALLOCUTION DE M. LE PROFESSEUR CHAULES WAnOlNCTON. 197 

despolisme el de l'arbitraire, prépara une Révoliilion sans 
exemple dans l'histoire et encore inachevée peiil-éire ! 

Voilà une partie de ce que rappelle l'anniversaire de hi 
Révocation. Voilà ce que l'impartiale histoire a enregistré sous 
cette date néfaste qui marqua le déclin d'un si L'rand siècle. 

Quelques personnes nous ont dit : « A quoi bon cette coni- 
» mémoration ? Pourquoi réveiller des souvenirs qui ne peuvent 
» que raviver des sentiments de haine et de vengeance et ajou- 
» ter un ferment de discorde à ceux qui agitent les esi)rits 
» autour de nous? Et puis, est-ce à nous protestants, de célé- 
» brer ce cruel anniversaire? Songerions-nous à nous en 
» réjouir, ou aurions-nous l'idée de prendre une sorle de 
» revanche dupasse? » 

— A Dieu ne plaise ! De tels senlinienis, vous le savez, sont 
étrangers aux proteslants de Fi'ance, et ce n'est pas à eux ([u'il 
faut recommander la modération, mais à ceux qui, par impos- 
sible, nourriraient encore à leur égard des pensées d'intolé- 
rance. Ne sait-on pas qu'il est plus aisé de pardonner le mai 
qu'on a souffert que le mal qu'on a fait soi-même? 

Pour nous. Société d'histoire, nous avons eu plus d'une 
occasion, depuis trente ans, de traiter ce grave sujet de la Ré- 
vocation; mais nous avons été excités du dehors et en quelque 
sorte provoqués à nous en occuper plus spécialement cette 
année. — D'une })art les descendants des prolestants réfugiés 
en certains pays d'Europe ont annoncé depuis assez long- 
temps l'intention de leter dans six mois le deuxième cente- 
naire d'un événi^ment qui a été aussi profitable à leur patri(^ 
adoptive que préjudiciable à la France. — D'autre part, chez 
nous-mêmes, sous l'empire de sentiments très difféienis, ou 
a formé pour le mois d'octobre des projets de conférences et 
de prédications spéciales; et cela paraîtra tout naturel, si l'on 
réfléchit que notre féte annuelle de la Réformation coïncide 
presque pour la date, à deux siècles de distance, avec la plus 
terrible épreuve que la Réforme ait eu à subir. 

Un mouvement existe donc que nous n'avons pas créé, mais 



198 ALLOCUTION DE M. LE PROFESSEUR CHARLES WADDINGTON. 

que nous pouvions d'autant moins ignorer ou négliger que 
des amis de notre œuvre, pasteurs et laïques, nous ont écrit 
de divers côtés * pour nous prier de nous y associer et, s'il 
était possible, de le diriger, en dégageant du récit exact des 
événements les vraies leçons de l'histoire. Cette tâche nous 
appartient en effet, et notre Comité n'y faillira pas. 11 s'effor- 
cera donc, avec l'aide de ses collaborateurs, de porter partout 
la himière, bien convaincu que l'ignorance des faits a tou- 
jours élé la principale cause de préjugé, de dissentiment et 
de discorde. Des ouvrages en préparation ou déjà sur le point 
de paraître nous ont été signalés; les uns sont des réimpres- 
sions de documents que leur extrême rareté rendait inacces- 
sibles; les autres sont des travaux inédits sur quelques points 
d'histoire imparfaitement connus. Le Comité encouragera de 
son mieux ces publications dont l'importance est attestée par 
les noms mêmes de leurs auteurs : MM. Soulice, archiviste de 
la ville de Pau et Leroux, archiviste de la Haute-Vienne; 
M. E. lingues, MM. les pasteurs Douen, Paul de Félice, Pilatte, 
Frank Puaux, N. VVeiss. Il y faut ajouter V Histoire des Eglises 
du Refuge de M. F. de Schicklcr dont la publication impa- 
tiemment attendue ne saurait tarder beaucoup désormais. 

Nous n'avons eu garde de négliger notre œuvre propre. 
Dans le numéro de février de notre Bulletin a paru une circu- 
laire du Comité exposant dans quel esprit et avec'quels senti- 
ments de deuil, d'humiliation chrétienne à la fois et patrioti- 
que, d'affliction pour le passé et de confiance pour l'avenir, le 
protestantisme français s'apprête à traverser le second anni- 
versaire séculaire do la Révocation. Des le mois de janvier, le 
Bulletin a commencé à publier des Éphémérides de 1685, et 
nous sommes heureux de constater le succès qu'elles ont 
obtenu dans les départements où la presse locale les a plus 
d'une fois reproduites. Enfin deux livraisons du Bulletin, 
celles de septembre et d'octobre, seront réunies en un seul 



I. Entre autres : M. Lucien Benoit, de Cette et M. Farjat, d© Cannes. 



ALLOCUTION DE M. LE PROFESSEUR CHARLES WADDTNGTON. 199 

fascicule qui sera adressé gratuitement, dans le courant de 
septembre, à tous les pasteurs de France, en vue des confé- 
rences que beaucoup d'entre eux se proposent de faire dans 
leurs Eglises. Ils y trouveront, avec d'utiles indications pour 
leurs recherches personnelles, plus d'un sujet d'édification, et 
nous espérons qu'en repassant avec leurs pasteurs la page la 
pins douloureuse mais non pas la moins honorable de leur 
histoire, les protestants français, s' inspirant de l'héroïque 
résignation de leurs ancêtres, s'honoreront aux yeux de leurs 
concitoyens par la modération de leur langage et par une tris- 
tesse exempte d'amertume : heureux si, en poursuivant l'étude 
de la Révocation dans toutes ses conséquences jusqu'à nos 
jours, ils y découvraient de sérieux motils d'npaiscnient, 
d'oubli et mémo de roconnaissance envers Dieu et envers la 
patrie ! car les soulfranres des pères n'ont pas été perdues 
pour leurs enfants, et l'on peut dire que le grand crime 
de 1085 a été en partie expié et répai'é de plus d'une ma- 
nière. 

Quand je parle de réparations, je n'appelle pas de ce nom 
les quelques adoucissements* apportés çà et là dans la pra- 
tique aux mesures de persécution, jusqu'à ce qu'enfin un roi 
débonnaire, ému des cruautés gratuites exercées contre ses 
sujets protestants, leur i^cndit, en 1787, par un édit célèlire, le 
droit élémentaire de naître et de vivre en l'amille. Je redirai 
seulement le mot d'un des ministres de Louis XYI qui s'em- 
ployait alors activement avec La Fayette en faveur des Réfor- 
més : « Il faut bien que je leur rende quelques bons offices; 
mon aïeuP leur a fait tant de mal! i> Cette belle parole de 
Malesherbes rachetait assurément bien des erreurs. Mais j'ai 
en vue des réparations autrement efficaces et éclatantes, plus 
dignes d'une grande nation, plus dignes, si l'on peut parler 
ainsi, de Celui qui tient nos destinées dans ses mains et qui 

1. Voir sur co point le savant et intéressant volume de M. L. Anquez. De 
VEtat civil défi Réformés de France, 18G8, in-8. 

2. Lamoignon de Bâville. 



200 ALLOCUTION DE M. LE PROFESSEUR CHARLES WADDINGTON. 

seul est bon, sage, tout puissant pour faire servir au bien et 
au progrès le mal même que font les hommes. 

La France, en repoussant de son sein les protestants, n'a 
fait à personne plus de tort qu'à elle-même : les exilés ont 
porté au dehors leur activité, leurs talents et leurs industries; 
ils ont payé l'hospitalité que leur offraient les nations étran- 
gère en contribuant à leur richesse et à leur culture, et pour 
quelques-unes en fondant leur prospérité matérielle. Mais, par 
une admirable dispensalion de la Providence, ils ont aussi con- 
tribué au relèvement moral et politique de leur patrie. On les 
opprimait au nom du droit divin, du pouvoir absolu et du bon 
plaisir du roi : à cette doctrine du passé leurs publicistes, 
Jurieu entre autres, invoquant les droits naturels de l'homme 
et du citoyen, opposèrent la doctrine de l'avenir, la doctrine 
moderne et essentiellement protestante de la souveraineté na- 
tionale. Ces idées, grâce à Dieu, firent leur chemin à travers le 
xviii' siècle; la philosophie les adopta; la Révolution de 89 en 
assura le triomphe, et, lorsque à la lin de 4790, l'Assemblée 
constituante déclara « naturels Français » tous les descendants 
des « Français ou Françaises expatriés pour cause de reli- 
gion », ce ne fut plus au nom du bon plaisir, mais au nom 
des décrets imprescriptibles de la conscience que les réformés 
avaient toujours revendiqués contre les théoricie|is de l'abso- 
lutisme et de l'intolérance religieuse. 

Pour tous les réfugiés ou lils de réfugiés qui purent fouler 
de nouveau le sol de la patrie, la joie du retour a effacé pour 
jamais les douleurs de l'exil. Il en a été de môme de ceux qui 
étaient restés dans leur pays sons la croix : ils n'ont cessé 
depuis lors, eux et leurs enfants, de se féliciter du progrès du 
temps et des mœurs qui assure à la France du xix' siècle la 
liberté et la paix religieuse. 

Malheureusement, entre l'Édit de Révocation et la loi du 
15 décembre 1790, un siècle entier s'était écoulé. Les familles 
des réfugiés avaient eu le temps de s'attacher à leur pays 
d'adoption, sinon d'oublier tout à fait leur pays d'origine. La 



ALLOCUTION DE M. Lli PROFESSEUR CHARLES VVADDINGTON. tOi 

plupart n'usèrent donc pas de la faculté qui leur était oiîcrte 
de rentrer en France. Nul de nous ne songe à les en blâmer, 
et nous sommes toujours unis de cœur à ceux qui au delà de 
nos frontières ont conservé le culte des souvenirs : nous leur 
sommes liés par une communauté de deuil et par une chré- 
tienne sympathie. Mais si parmi ces protestants d'origine 
française il en était, comme je l'entends dire, qui, non con- 
tents de préférer à la patrie des ancêtres une patrie nouvelle, 
fussent disposer à célébrer l'expatriation elle-même comme 
une fête, à verser l'injure et l'anathème sur notre France con- 
temporaine et à se réjouir de ses malheurs, ceux-là évidem- 
ment n'auraient plus rien de commun avec les protestants 
français. J'ose même dire qu'ils auraient perdu le droit d(î se 
dire les fds de ces chrétiens généreux qui, forcés, pour garder 
leur foi, de fuir à l'étranger, se souvenaient toujours de la 
terre natale et répétaient avec douleur mais avec un amour 
indéfectible le psaume de la captivité {super ftumina Bahy- 
lonis) : « Jérusalem, si jamais je t'oublie, que ma droite 
s'oublie elle-même ». 

Ainsi priaient, ainsi pleuraient, ainsi chantaient sur la terre 
d'exil, comme autrefois les Juifs à Babylone, les huguenots 
français victimes de la Révocation. Ils étaient frappés, ils 
souffraient, mais ils aimaient toujours, jusque dans ses injus- 
tices, la mère qui les avait nourris. — Nous donc, fidèles à 
leur mémoire et à leur exemple, aimons inviolablement la 
France et servons-la comme eux. Sachons-lui gré d'avoir 
répudié une partie de ses anciennes erreurs, et aidons-la à 
se délivrer d'autres erreurs et d'autres préjugés. Nos pères 
lui ont appris à respecter, à aimer la liberté : usons de cette 
liberté pour lui apprendre à respecter, à aimer la religion de 
l'Évangile. 

Charles Waddington. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



LES dernières|années 

DU MINISTÈRE DE CLAUDE 

Le il juin 1681, cédant aux demandes réitérées du clergé de 
France, Louis XIV rendit une déclaration portant: « qu'il était 
loisible aux sujet de la religion prétendue réformée, tant mfiles que 
femelles, ayant atteint l'âge de sept ans, d'embrasser la religion 
catholique apostolique et romaine, et qu'à cet effet ils fussent reçus 
à faire abjuration de leur religion, sans que leurs père et mère ou 
parents y pussent donner aucun empêchement sous quelque prétexte 
que ce fut ». 

La nouvelle loi laissait toute liberté aux cnfanis ainsi convertis, 
ou de rester dans la maison patoriicllo, ou mémo d<' l'abandonne r 
en exigeanl de leurs parents une pension proporfionnée à leurs 
conditions, avec autorisation de contrainte en cas de refus. 

L'église et la royauté venaient de porter à une liberté sacrée, celle 
du père de famille, une atteinte funeste, en autorisant par un si 
détestable exemple la violation du droit, et en introduisant dans la 
nation un principe destructeur non seulement de toute liberté mais 
aussi de toute autorité. 

Ce fut en pleine paix, lorsque les réformés de France se mon- 
traient les plus fidèles défenseurs de l'autorité royale, que la persé- 
cution, d'autant plus odieuse qu'elle sévissait avec toutes les formes 
de lalégalilé, les frappa le plus cruellement. 

On ne peindra pas la sombre douleur des protestants, regardant 
avec anxiété leurs enfants, prêts à devenir la proie de tous les dévots 
qui voulaient peupler les maisons de nouvelles catholiqiies. Les 
mémoires du temps rapportent que lorsque les gazettes de Hollaude 
donnèrent le texte de cet arrêt que Rome payenne eût repoussé avec 



LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE • CLAUDE. 203 

horreur, on ne rencontrait à Amsterdam parmi les réfugiés que des 
gens affolés de douleur et levant les mains au ciel en songeant à 
leurs enfants restés en France. Et si grande fut l'indignation dans 
les Pays-Bas que l'on peut faire dater de ce jour le mouvement 
politique qui devait aboutir à la formation de cette ligue d'Augs- 
bourg devant laquelle s'écroula la puissance de Louis XIV. 

Quand les réformés voulurent tenter d'arrêter les effets de la 
déclaration du 17 juin 1681, ils comprirent qu'un seul homme était 
capable de se faire l'interprète de leur douleur et le défenseur de 
leurs droits et ils demandèrent à Jean Claude de répondre à la 
déclaration du roy très chrétien. 

De tous les pasteurs de l'église reformée de France, Claude était 
le plus illustre. Par la dignité du caractère, par la beauté de son 
génie et la noblesse de sa vie, il avait forcé reslinio de ses en- 
nemis. 

Il luttait déjà depuis vingt-cinq ans; chassé de Nîmes et de Mon- 
tauban par la haine de petits évêques qui n'avaient pu supporter 
un si grand voisinage, il avait trouvé à Paris, dans l'église de Cha- 
renton, la place qui revenait à un homme de sa valeur. Désormais 
son nom reste uni aux destinées du protestantisme français dont il 
prend la défense avec un zèle et une persévérance que rien n'ar- 
rête. Seul il supporte l'effort de la grande controverse de la perpé- 
tuité de la foi de l'église catholique toiicliant Veucharistie où tout 
Port-Uoyal se trouva engagé, controverse qui eut un éclat incompa- 
rable et dont Claude, écrit Bayle, « emporta la plus belle répu- 
tation que jamais ministre se soit acquise ». 

Dès lors toute l'église regarda à lui et, en 1G69, le synode provin- 
cial de l'Ile de France l'avait désigné comme son modérateur, sachant 
que nul ne remplirait cette charge avec plus de dignité et que nulle 
puissance ne pourrait la lui faire abandonner. Chaque année vint 
ajoutera une réputation si justement méritée, et l'on no s'étonna 
plus d'entendre parler du « fameux M. Claude » alors que parut 
son beau livre de La défense de la Béformation où il réfutait 
avec autant de puissance que de dignité les attaques du janséniste 
Nicole. Quand il eut rencontré Bossuet dans une lutte célèbre où 
l'évêque de Meaux reconnut « qu'il avait affaire à un homme qui 
parlait avec force et netteté et poussait les difficultés aux dernières 
précisions », avouant même qu'il avait tremblé pour ceux qui 



204 LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 

l'écoutaient, la célébrité s'attacha à son nom universellement res- 
pecté*. 

Tel était l'homme auqu'el les réformés confiaient la défense de 
leurs plus chers intérêts. 11 montra le désespoir des parents, la 
discorde inévitable entre les pères et les enfants, la fuite forcée de 
plusieurs familles hors du royaume. 

« Les suppliants, disait-il au nom des réformés, aymeraient mieux 
souffrir toute sorte de maux et la mort même que de se voir séparés 
de leurs enfants dans un âge si tendre 2. » 

Nous avons eu entre les mains la supplique originale de Claude, 
celle qui fut présentée à Louis XIV lui-même par ses ministres. A 
la marge on lit ce seul mot comme réponse « néant^ ». Et la noble 
supplique alla rejoindre dans l'obscurité celles qui l'avaient pré- 
cédée, tombées, elles aussi, dans le néant. A juger les choses vul- 
gairement c'est par ce mot cruel et triste qu'il faudrait caractériser 
les dernières années du niinistère de Claude. Il devait lutter jus- 
qu'à la dernière heure pour ne voir toujours que les triomphes mul- 
tipliés de ses adversaires et descendre dans la tombe au bruit du 
Te Demi célébrant la ruine et l'extinction de l'hérésie. 

Entre les mille souffrances qui accablèrent nos pères, nulle ne 
dépassa en angoisse le spectacle des victoires incessantes des adver- 
saires de leur foi, mais jamais leur foi ne parut plus grande que 
dans cette sainte persévérance à souffrir toujours s^.ns se désespérer 
jamais. 

A la fin de Tannée 1684, Tissue de la lutte n'était plus douteuse. 
La politique du clergé l'emportait et les jours du protestantisme 
français étaient comptés. « On travaille à une Révocation et c'est 
une chose sûre, écrivait alors Claude à son fils pasteur à la Haye, il 
ne faut pas pourtant divulguer cela* ». 

Del'éditde Nantes, de la loi fondamentale du royaume qui avait 
mis fin aux longues guerres civiles, il ne restait plus que quelques 
débris. C'était une idée féconde en résultats que celle dont le clergé 
s'était fait l'apôtre avec un si heureux succès. Il fallait, disait-il, 
contraindre les réformés à observer strictement les termes de ce 

1. BossuET, Œuvres, 1, 11G. 

2. Requeste présentée au Roij par MM. de La R. I*. R , 1G81. 

3. Arch. nat., TT. 464. 

4. Autogr. Bibl. Leyde. 



LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 205 

célèbre édit, et oubliant volontairement qu'un siècle s'était écoulé, 
les forcer à vivre comme aux derniers jours du xvi^ siècle. Ainsi 
serait sauve£;ardéc la majesté des édits et les réformés seraient mal 
venus à se plaindre de la stricte et étroite observation de ce célèbre 
concordat. 

Battu en brèche, le protestantisme français concentrait toutes ses 
défenses. Il avait perdu tous ceux qui n'avaient pas su résister aux 
séductions multipliées du prosélytisme, mais malgré la misérable 
vie réservée aux hérétiques, il était encore debout. 

Le clergé de France voyant que ses controversistes étaient sans 
force, son argent dédaigneusement rejeté, ses faveurs méprisées, 
décida de faire appel à la force. Si difficile que l'œuvre parût, les 
prêtres résolurent de la tenter. 

Dans ce siècle où chacun se piquai! de [)araîlrc jaloux de la vraie 
gloire, qui aurait osé dire que les jours viendraient où hi France 
serait livrée à une soldatesque furieuse convertissant la dague au 
poing, le blasphème à la bouche. Et cependant le dessein fut si habi- 
lement conduit qu'on put croire qu'on obéissait à un devoir sacré 
en se servant de la force pour changer les cœurs. 

Lentement mais avec la persévérance des gens d'église, les doc- 
teurs catholiques tirent péuétrer dans les esprils cette idée que 
nuls crimes ne dépassaient celui de l'hérésie et qu'il n'était pas pos- 
sible d'oublier l'exemple de ces grands empereurs, fidèles défen- 
seurs de la foi orthodoxe, proclamant en sa faveur les édits les plus 
rigoureux. Ils disaient, et dans toutes les églises leurs prédicateurs 
répétaient que les hérétiques « n'étaient ([uc des brebis errantes 
sur lesquelles les pasteurs légitimes avaient le droit de mettre la 
main pour les faire rentrer dans la bergerie du bon pasteur en 
employant même la verge pour cela ». Il faut, disaient-ils encore, 
que les « Prétendus Réformés se sentent pressés par la crainte de 
quelques peines temporelles, car comme l'affirmait Saint-Augustin, 
ces peines disposent à vouloir ce qu'on ne voulait pas ». 

Et doucement ils ajoutaient : « Il ne faut pas regarder si l'on force 
mais à quoi l'on force, car il n'y a rien de si heureux que la nécessité 
qui nous porte au bien ; Félix nécessitas quœ ad meliora im- 
peint. » 

Aux premiers jours de l'année 1685 la doctrine « de l'emploi de 
la terreur des lois pour ramener les hérétiques dans le sein de 



206 LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 

l'église » était fermement établie. La parole allait être donnée aux 
dragons*. 

Ce fut à cette heure de deuil que l'Église réformée de France se 
tourna encore vers Claude pour lui demander de faire entendre ses 
justes plaintes. Il avait grandement soulfert dans le cours des 
années écoulées, assistant impuissant à l'œuvre de ruine qui se 
poursuivait autour de lui. 11 n'avait pas fallu lutter seulement contre 
les ennemis du dehors, sa pauvre église avait été livrée à de misé- 
rables compétitions ecclésiastiques, dans lesquelles il avait dû inter- 
venir. Si amère avait été l'épreuve que Claude avait songé un mo- 
ment à quitter Paris, mais il s'était raidi contre la tentation. « Malgré 
les ingratitudes que j'ay souffertes, écrivait-il à la marquise de 
Régnier, je n'ay pu me résoudre à quitter un troupeau tel que 
ceîuy de Paris dans un temps d'orage et de calamité. Je scay que 
ma présence ne leur sera pas utile et que l'église s'en passerait 
facilement, mais je n'ay pas voulu pouvoir un jour me reprocher à 
moy-même que je serai en repos et à mon aise pendant que mes 
frères et mes anciennes brebis seraient dans la tempeste-. » Il 
devait être fidèle jusqu'à la fin. 

La Révocation de l'Édit semblait le terme fatal des violences qui 
accablaient les Réformés ; cependant si inouie paraissait la mesure, 
et ses conséquences pouvaient être si graves, que tout en la redou- 
tant, Claude ne l'estimait pas possible. Fidèle serviteur de la mo- 
narchie, il préférait croire à un retour possible du roi à des idées 
de modération et de justice. Son autorité était si grande que, malgré 
des avis contraires, son point de vue l'emporla dans la rédaction de 
l'admirable apologie qui devait être présentée au roi. Il s'y dépensa 
tout enlier, y inellanl les plus judicieuses remarques dans le plus 
noble des langages. 

Après avoir refait l'historique de la ruine des libertés de l'église 
protestante, Claude montra les suites funestes d'une politique qui 
n'avait d'autre inspiration qu'une passion sectaire. Le mémoire fut 
« reçu pour dire qu'on l'avait reçu » écrivait plus tard l'historien 
Benoît, mais on n'en fit pas la moindre considération ^ 

1. Voir F. PUAUx, Les précurseurs français de la tolérance, p. 39 et 4i. 

2. Autogr. Bibl. Leyde. 

3. Benoît, Histoire de VÉdit de Nantes, V. 735. 



LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 207 

Après deux siècles nous Tavons retrouvé dans les cartons des 
Archives nationales, tel qu*au jour où il fut porté à Versailles. Est-il 
besoin de dire avec quelle émotion nous avons lu ces pages écrites 
par Claude à cette heure décisive de notre histoire. La France ne 
s'est souvenu que de Bossuel exaltant la majesté sacrée de Louis-le- 
Grand et descendant à la dernière idolfitrie du pouvoir royal; com- 
bien Claude servait mieux sa patrie, alors qu'il faisait entendre à 
Louis XIV la vérité dans les termes d'une respectueuse fierté. Au- 
jourd'hui encore, les paroles du pasteur peuvent être entendues 
avec admiration et ce n'est que justice de les tirer de l'oubli. 

« Quand, écrivait Claude, la diversité de religion se trouve per- 
mise et autorisée par les lois mêmes de l'Etat et qu'on ne peut plus 
la faire cesser sans renverser ces lois cl sans affliger un grand nom- 
bre de sujets fidèles, la tolérance en est devenue juste et nécessaire. 
D'ailleurs, Sire, Votre Majesté n'ignore pas (]ue la religion est une 
chose (jui vient d'cMi haut et (|ui ne dépend point de la politique 
humaine; elle a son siège dans l'esprit et dans le cœur où elle ne 
s'introduit que par les voies de la persuasion et par celles des 
prières et des vœux à Dieu. Les voies de la contrainte ne sont pro- 
pres qu'à faire des athées ou des hypocrites, ou à exciter en ceux 
qui sont de bonne foi une fermeté et une persévérance qui se met 
au-dessus des supplices, si on en vient jusque-là, ce qui est presque 
inévitable, quand les premiers essais de la contrainte ne réussissent 
pas^ » 

Rien de plus élevé que la défense de la religion persécutée : 
«Pour rendre les suppliants, plus odieux à Votre Majesté, on a 
accoutumé de les faire passer aupiès d'elle pour des hérétiques 
et des schismali(pies, et de la solliciler par ces titres infamants à 
supprimer leurs assemblées. Mais, dès qu'on a revêtu un esprit de 
parti, qui est toujours un esprit d'aigreur, les accusations ne 
coûtent plus rien. Les suppliants, Sire, tiennent et croient tout 
ce qui est de l'essence du christianisme, ou qui en dépend, et ils 
n'y mêlent aucune de ces opinions folles et extravagantes, qui 
troublèrent autrefois l'Église chrétienne, ni rien qui puisse les 
rendre odieux. Il n'y a rien aussi dans leur culte qui ne soit évan- 

1. Les dragonnades de 1685 ne prouvèrent que trop tôt la vérité de cette 
affirmation. 



208 LES DERNIKUES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE 

gélique, rien dans les maximes de leur morale qui ne soit droit, 
rien dans les règles de leur discipline qui ne tende au bien de la reli- 
gion et à celui de la société. » 

« Il est vrai que leur conscience n'a pu recevoir plusieurs doc- 
trines et plusieurs usages qui leur ont paru opposés à la simplicité 
et à la pureté de la religion et c'est uniquement sur ce prétexte 
qu'on les traite d'hérétiques et de schismatiques. Msfis, Sire, si leur 
crime ne consiste qu'en ce qu'ils ne veulent pas reconnaître pour 
divin ce qui ne leur paraît en effet qu'humain, et s'ils n'ont résisté 
que quand on a voulu exiger d'eux des devoirs qu'ils ne peuvent ni 
ne doivent rendre qu'à Dieu seul, ils se sentent innocents à cet 
égard devant Dieu et devant les hommes. » 

Avec quelle noble indignation il défendait les Réformés contre ces 
lâches accusations qui voulaient faire des plus fidèles serviteurs 
de la France les ennemis de sa grandeur et de sa gloire! 

« Leur propre devoir, Sire, ne leur permet pas aussi de passer sous 
silence une autre imputation dont on a tâché de les noircir envers 
Votre Majesté, en disant qu'ils sont les ennemis secrets de ses pros- 
pérités, qu'ils aiment les brouilleries ou qu'ils n'ont pas pour vos 
ordres toute la soumission qu'ils doivent. C'est ce qu'ils ne peu- 
vent entendre sans être saisis de douleur et d'indignation; per- 
met'ez-leur ce mouvement. Sire, et trouvez bon qu'étant aux pieds 
de Votre Majesté sacrée, ils appellent Dieu à témoin qu'au milieu 
même^de tous leurs maux, ils n'ont jamais senti diminuer le respect 
qu'ils doivent à votre suprême autorité, ni l'admiration qu'ils ont 
toujours eue pour un si grand monarque, ni le zèle ardent qui les 
anime pour la gloire et le bonheur de votre règne. Qui d'entre eux a 
jamais cessé de prier Dieu pour Votre Majesté et d'en parler dans 
des termes d'une profonde vénération? Qui d'entre eux a murmuré 
contre les charges communes de l'Etat, et n'y a au contraire satisfait 
avec joie? Qui d'entre eux, appelé au service de Votre Majesté dans 
les hasards de la guerre et ailleurs, n'a tâché de s'en acquitter fidè- 
lement et avec succès? Qui d'entre eux, ne s'est même efforcé de s'y 
signaler et d'honorer sa religion en s'y distinguant? » 

C'était par la plus touchante supplication que se terminait cette 
éloquente apologie : 

« Que la voix de tant de milliers de familles et de personnes 
affligées d'une affliction très rude passe jusqu'à vos oreilles, et 



LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 209 

qu'elle éiiiouve la tendresse naturelle de votre cœur. Dans un temps 
où toule l'Europe semble jouir de la tranquillilé que Votre Majesté 
lui a donnée en s'apaisant envers ses ennemis, n'écouternit-clle pas 
les gémissements d'un si grand nombre de ses fidèles sujets qui 
sont toujours prêts à se sacrifier pour elle et qui ne lui demandent 
qu'un rayon de sa bienveillance ? Ceux qui pressent aujourd'hui 
avec tant d'instance la ruine des suppliants auraient eux-mêmes du 
déplaisir dans la suite, lorsque leurs sentiments excessifs seraient 
passés. Et, dès à présent, s'ils pouvaient rassembler dans leur 
esprit toutes les désolations où se trouvent vos sujets de ladite reli- 
gion dans l'étendue de votre royaume, voir les pleurs qu'ils répan- 
dent, les maux qu'ils y souffrent, les frayeurs et les alarmes qu'ils 
s'y forment, ils en seraient eux-mêmes (ouchés ^» 

Certes, si Claude avait pu être écouté, si ses ennemis avnioiit 
discuté sa loyale pai'ole, les malheurs (|ui dovaicMît accabliM- la 
France eussent élé évités. Il était trop tard; aux applaudissements 
du clergé, qui en avait fait l'instante demande, les dernières aca- 
démies protestantes de France étaient condamnées à disparaître et 
leurs professeurs prenaient le chemin de l'exil. 

Les uns après les autres, les temples étaient démolis et les pas- 
teurs devaient fuir; seules, les grandes églises survivaient encore, 
et à leur tête celle de Charenton. 

Claude suivait dans l'angoisse la marche du fléau, ne pouvant 
plus se faire illusion sur l'issue finale, mais voulant tenir ferme 
jusqu'à la dernière heure. 

Jamais le labeur du ministère ne lui parut plus grand, car pour 
fuir les dragons et la j)ersécution, les protestants se réfugiaient de 
tous côtés à Paris. Et pour avoir les consolations de la communion 
dans des temps si durs, les fidèles de la Normandie, de l'Ile-de- 
France, des provinces mêmes les plus éloignées dont les temples 
étaient démolis, affluaient à Charenton. A Pâques et à Pentecôte 
de cette année, on compta chaque fois plus de quatre mille commu- 
niants. 

Sur Claude reposait surtout le lourd fardeau, car on venait cà lui 
comme à celui dont la sagesse et l'expérience pouvaient encore 

1. La requête des Réformes se trouve aux Archives nationales, série TT, 
268. Nous l'avons publiée dans la lievue historique, t. I, 1885. 

XXXIV. — 14 



210 LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 

triompher du malheur. Mais il sentait bien que l'heure de la sépa- 
ration ne tarderait pas à sonner ; ce qu'il voulait éviter à tout prix, 
c'était le scandale d'une abjuration en masse de cette noble et grande 
église de Paris qui avait pour la servir les Daillé, les Drelincourt, 
les Morus, les Lefaucheur, etc. 

Il savait que la victoire était impossible, mais il voulait que son 
église ne succombât que vaincue par la force. A la fin de septembre 
1685, il écrivait à son fds : « L'orage va tomber icy comme ailleurs 
très furieux, et tout va être dans la dernière désolation, et si je ne 
me trompe, dans une défection horrible. Priez Dieu pour nous. » 

Et quelques jours plus tard il écrivait encore : <( Dieu me fera la 
grâce de le glorifier jusqu'à la fin, c'est ce que j'attends de sa misé- 
ricorde » 

Le jeudi, 18 octobre 1685, la nouvelle se répandit dans Paris 
comme un coup de foudre que l'Edit de Révocation était signé et 
que tous les pasteurs allaient être exilés et les temples démolis. 
Cependant, l'ordre n'avait pas été donné de toucher au célèbre 
temple do Gharenton et il semblait que le service dût être célébré 
comme à l'ordinaire, le dimanche 21. Plusieurs même attendaient 
de grandes consolations d'un culte célébré dans des circonstances 
si graves; mais Claude comprit le danger et le prévint. Sur ses 
conseils, dès le samedi soir on avertit en secret les fidèles de ne pas 
se rendre au temple, et l'événement montra à quel point il avait vu 
juste et quelle honte il avait épargnée à l'Église de Paris. Des gens 
vendus devaient se trouver en nombre dans le temple. Les cris de 
réunion^ réunion devaient être proférés, le clergé prévenu délé- 
guait un évêque qui donnait l'absolution, et la renommée publique 
parlait de la grande conversion de l'Eglise de Charenton. 

Le clergé se trompa, et le même dimanche était signé l'ordre 
d'exil qui frappait Claude réfugié chez son ami, M. de Spanheim, 
ambassadeur du grand électeur. Le lendemain, il partait pour la 
Hollande, atteint le premier, mais il avait sauvé l'honneur de l'Église 
dont il avait dirigé les destinées pendant plus de vingt-cinq ans 2. 

L'exil : nombreux ceux qui l'y avaient précédé, plus nombreux 

4. Autogr. Bibl. Leyde. 

2. Benoît a donné dans VHistoire de VÉdit de Nantes, V, tous les détails 
de cet épisode de l'histoire de l'Église de Paris; voir aussi France proteslaiile, 
2° édit., article Claude. 



LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 211 

encore ceux qui allaient l'y rejoindre! Je m'arrête pour saluer ces 
nobles fugitifs qui abandonnent la douce terre de France pour gar- 
der leur âme. Je les salue, car ils emportent avec eux l'âme de la 
patrie elle-même, de cette vieille Gaule, où la liberté a toujours été 
si profondément aimée. Mais je pleure sur la perte de cette race 
d'hommes vaillants, chassés de la patrie par la folie cléricale, et 
les paroles du poète viennent d'elles-mêmes sur mes lèvres : 

Oh n'exilons personne, l'exil est impie. 

Claude retrouva en Hollande son fils et ses petits enfants qu'il 
aimait tendrement comme aiment les hommes forts. 

L'ambassade de France à La Haye signala son arrivée comme 
celle d'un homme d'État; bientôt sa position y fut considéiahlc. Los 
foules se pressèrent pour entendre le prédicateur de Charenlon dont 
la parole puissante remuait les cœurs. Attaché à l'Église de La 
Haye, Claude continua son ministère, et poursuivit son œuvre sans 
faiblir. 

L'Église réformée de France avait cessé d'exister, mais elle se 
reconstituait déjà à l'étranger en attendant qu'elle revécut au désert. 
Ses ennemis, dans l'ivresse du triomphe, insultaient à sa ruine, 
allant jusqu'à nier avec la dernière impudeur les persécutions qu'ils 
infligeaient aux protestants de France. 

Quand les dragons mettaient à sac les provinces, quand un im- 
mense cri de terreur et de désespoir montait des villes et des 
villages, des plaines et des montagnes, l'abbé Colberl, au nom du 
clergé de France, louait Louis-le-Grand de sa mansuétude et de 
sa douceur à l'égard des hérétiques, disant « qu'ils ne seraient peut, 
être jamais renirés dans le sein de l'Eglise par une autre voie que 
par le chemin couvert de fleurs qu*il leur avait ouvert K » 

Quand toutes les roules se couvraient de fugitifs, Bonrepaux, 
ambassadeur à Londres recevait, le 20 novembre 1685, l'ordre 
exprès de faire entendre à tous « que le bruit de prétendues persé- 
cutions que l'on fait en France aux religionnaires n'est pas véri- 
table ^ ». 

Quand Louvois eut mis à la disposition de Bossuet quatre compa- 

1. Discourft du 21 juillet 1G85. 

2. Bulletin, 1859, p. T).']. 



i212 LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 

giiies du régiment de dragons de la Reyne, pour la conversion des 
prolestants de son diocèse et que celui-ci les eut acceptées, il osa 
dans sa lettre pastorale du 24 mars 1G86 aux nouveaux convertis, 
écrire de Meaux : « Aucun de vous n'a souffert de violence, ni 
dans sa personne ni dans ses biens. J'entends dire la même chose 
aux autres évéques, mais pour vous, mes frères, je ne vous dis rien 
que vous ne disiez aussi bien que moi, vous êtes revenus paisible- 
ment à nous vous le scavcz » 

Devant cette négation éhontée de la persécution, alors que les 
prisons regorgeaient et que déjà les échafauds étaient dressés, Claude 
comprit que son devoir élait de parler. Dans ce grand procès que 
l'histoire allait instruire, si un témoin devait être entendu, c'était 
assurément celui qui depuis plus de trente ans avait personnifié la 
cause même des persécutés. C'était le dernier service que Claude 
allait rendre à l'Église réformée, ce ne devait pas être le moins 
grand. 

A la fin d'avril 168G parut un petit livre qui fut bientôt dans toutes 
les mains, il avait pour titre : « Les Plaintes des protestants cruel- 
lement opprimés dans le royaume de France. » Claude ne l'avait 
pas .signé mais nul ne s'y trompa, seul l'adversaire de Bossuet avait 
pu écrire ces pages où le droit et la vérité étaient défendus avec 
une si fière éloquence. 

En les lisant, les Réformés comprirent que l'illustre écrivain venait 
de dresser un monument éternel de leur patience et dé leur soumis- 
sion aussi bien que des injustices, des perfidies et des cruautés de 
leurs ennemis. Les Plaintes des Protestants éwqaèrent^our eux le 
souvenir de ces livres qui honorent l'Église de Jésus-Christ. Aussi 
n'hésitèrent-ils pas à comparer le livre de Claude aux Apologies de 
Justin Martyr, anx Institutions divines de Lactance, à V Apologé- 
tique de Tertullien comme au Traité d'Origène contre Celse. 

Les persécutés trouvaient trop de rapport entre leurs souffrances 
et les persécutions qui avaient atteint l'Église primitive, pour ne pas 
êlre persuadés de l'innocence de leur cause, et cette persuasion était 
d'autant plus justifiée qu'un si grand homme la rendait plus forte 
en l'appuyant de ses déclarations. 

Proscrit aux frontières, brûlé en Angleterre à la demande de 



1. Lettre pastorale du '24 mars 1086. 



LES DERNIERES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 513 

Louis XIV, l'ouvrage de Claude ne fut connu en France que de ceux 
qui tentèrent, mais en vain, de le réfuter. 

L'homme qui venait combattre pour ses frères était célèbre et sa 
parole était de celles qu'on pouvait haïr mais qu'il fallait respecter. 
On ne pouvait, lui répondant, parler « d'écrivain du dernier ordre, 
ni de ministre emporté » ; il fallait contester la vérité de ses affirma- 
tions ou justifier la persécution. On tenta l'un et l'autre, car il 
était dur de lire : « Que c'était une raillerie qui n'avait point de 
proportion avec la dignité d'un si grand Uoy que d'affirmer qu'il ne 
révoquait l'Edit que parce qu'il demeurait inutile, » à peu près comme 
si un père qui aurait égorgé même ses propres enfants, se glorifiait 
désormais du soin de les nourrir et de les défendre. 

Avec quel mépris Claude flétrissait ceux qui savaient arcomiilir 
ces véritables prodiges defureuret(riiii((uit(' ! ((Quelle ijloii'e, disail- 
il, d'inventer de nouvelles manièi (\s de persécutions, inconnues ;in\ 
siècles précédents, persécutions qui ne font pas mourir, mais (pii 
conservent la vie pour faire plus longtemps souffrir et pour avoir 
lieu de vaincre la constance par des cruautés qui sont au-dessus des 
forces humaines ». 

C'est par une sublime protestation que se termine le livre de 
Claude. 

(.( Nous protestons contre cette impie et détestable [)ratique, (jn'on 
tient à présent en France de faire dépendre la Religion de la voloîilé 
d'un Iloy mortel et corruptible, et de traiter la persévérance en la 
foy de rébellion et de crime d'Ftat, ce qui est faire d'un lioninie un 
Dieu, et autoriser l'Athéisme ou l'Idolâtrie. Nous protesions conhe 
la violente et inhumaine détention qu'on fait en France do nos 
frères, soit dans les prisons ou autrement pour les empêcher tie 
sortir du Royaume, et d'aller chercher ailleurs la liberté de leurs 
consciences, car c'est le comble de la violence et de l'iniquité. Nous 
voulons que ces protestations servent devant tous, Roys, Princes, 
Seigneurs, Etats, Peuples et devant Dieu de témoignage, à nons et 
à notre postérité pour la conservation de nos droits et pour l'ac- 
quit de nos consciences ^ » 

1. Los Plaintes des Vrolestants, p. 191. — A l'occasion du deuxième anni- 
versaire séculaire de la llévocatiou de l'Edit de Nantes, paraîtra une nonvello 
édition des Plaintes, car il n'est pas de livre où soient défendus avec plus de 



214 LES DERNIÈRES ANNÉES DU MINISTÈRE DE CLAUDE. 

Quelques mois plus tard, Claude mourait. En descendant de 
chaire le jour de Noël 1686, il se coucha pour ne plus se relever. Il 
regarda la mort avec calme et dit simplement : « Je scay en qui j'ay 
cru. » Puis songeant à cette Église à laquelle il avait donné sa vie, il 
voulut avant de mourir lui rendre un dernier et suprême hommage. 
« J'ai dit-il toute ma vie travaillé à la recherche de la meilleure 
religion et je déclare en rendant mon âme à Dieu, que je n*ay 
trouvé que la nôtre que j'ay tant de fois défendue et dans laquelle je 
m'en vais mourir qui soit le véritable chemin du ciel *. » 

Deux siècles se sont écoulés depuis les jours où Claude opposait 
au nom des protestants de France sa sublime protestation contre le 
despotisme de Louis XIV et de son clergé^ et cette protestation a 
été écoutée, nous en sommes aujourd'hui, ici-même, dans ce temple, 
les témoins émiis et reconnaissants. 

Deux siècles ont passé et les droits des protestants de France ont 
élé hautement reconnus. Dieu daigne nous accorder de comprendre 
la grandeur d'une telle victoire en nous aidant à continuer l'œuvre 
de ces héros de la foi) qui « moururent pour laisser vivre leur con- 
science ». 

Frank Puaux. 



DOCUMENTS ; 

r 

QUATRE LETTRES INEDITES 

DE 

RABAUT-SAINT-ÉTIENNE. 

Parmi les hommes de la Révolution dont la ville de Nîmes peut s'en- 
orgueillii- à juste titre, celui qui occupe le premier rang, celui qui a 
laissé la trace la plus glorieuse par ses lumières, ses vertus, ses ser- 
vices, ses talents, son patriotisme, est assurément Rabaut-Saint-Étienne. 

nol.'lesse et de grandeur les droits et l'innocence des Réformés de France. 
C'est un hommage dû à la mémoire de Claude comme au souvenir de ceux dont 
il fut l'éloquent défenseur. 
1. Claude mourut le 13 janvier 1G87. Voir Jurieu. Lettres Pastorales 1087. 



OUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 215 

Jean-Paul Rabaut, dit Rabaut-Saint-Étienne , naquit à Nîmes le 
14 novembre 1743. A l'âge de six ans, son père, Paul llabaut, le pas- 
teur du désert, l'envoya à Lausanne, où il arriva le 6 janvier 1750, 
sous la conduite du préposant Paul Bosc dit Foret. Rentré en France 
en 1762, il devint pasteur de l'église de Nimes. 

11 remplissait encore ces fonctions pastorales lorsque éclata la Révolu- 
tion. Ses Considérations sur les droits et sur les devoirs du Tiers-État 
avaient attiré sur lui l'attention des amis de la liberté : le 27 mars 1789, 
l'assemblée du tiers-état de la sénéchaussée de Nîmes et de Beaucaire, 
réunie dans la salle de l'Auditoire, le nomma député aux États-Géné- 
raux. 

A l'Assemblée Nationale Constituante, dont il fut successivement 
secrétaire et président, il prononça plusieurs discours empreints « d'une 
éloquence aussi douce que persuasive * », fit supprimer le droit exclusif 
de colombier (7 août 17(S9), donna son Ojiinion ou présonla dos rapports 
sur la Déclaration des droifs do l'iiommc ( l<S août I781>), sur la liberté des 
cultes (23 août 1789), la liberté d(^ la ])rosse (21 août 1789), la sanction 
royale, le pouvoir législatif, la permanence et la périodicité de l'assem- 
blée nationale (6 septembre 1789), l'état des finances (6 mars 1790), 
l'armement des gardes nationales (31 octobre 1790), l'organisation de 
la force publique (18 novembre 1790), l'organisation des gardes natio- 
nales (20 avril 1791), les assignats de cinq livres (26 avril 1791), etc. 

Ne pouvant être réélu à la Législative, il resta néanmoins à Paris et 
collabora à la Feuille villageoise et au Moniteur 

Député par le département de l'Aube à la Convention Nationale (sep- 
tembre 1792), il fut secrétaire, puis président, de cette assemblée, dans 
les premiers mois de sa formation. Mais son caractère naturellement 
doux et facile s'était transformé et il se montra plein d'aigreur contre 
ceux qu'il soupçonnait de protéger ou de favoriser les excès ; rapporteur 
de la Commission des douze, il soutint, en son nom, au 31 mai, le der- 
nier assaut et contre Danton, qui voulait la supprimer, et contre les 
Montagnards, qui étouffèrent sa voix de leurs clameurs. Décrété d'accu- 
sation, poursuivi, il put se soustraire quelque temps aux recherches 
dont il était l'objet, et fut mis hors la loi; découvert le 15 frimaire an II 

1. La Harpe a dit qu'il possédait « la véritable éloquence, celle de l'àmc et 
du sentiment ». 

2. Rabaut-Saint-Étienno, Grouvellc et Cerutti étaient les rédacteurs de la 
Feuille villageoise, V. le Moniteur du 10 octobre 1790. 

« A compter du 1" août, M. Rabaut, ci-devant députe à l'Assemblée consti- 
tuante, s'est chargé de la rédaction en chef du bulletin de l'Assemblée natio- 
nale. » Moniteur du 27 juillet 1792. 



216 QUATRE LETTRES h'IÉDITES DE J. P. RABAUT. 

(5 décembre 1793), il fut conduit au Tribunal révolutionnaire et du tri- 
bunal à l'échafaud sur la constatation de son identité K 

Le 10 vendcmairc an IV (8 octobre 1795), à la suite d'un discours de 
Rabaut-Pomier, la Convention nationale décréta que « les écrits du 
ï) représentant du peuple Rabaut-Saint-Etienne, mort victime de la fac- 
D tion conspiratrice, qui pourront être retrouvés, et qui sont relatifs à 
î la Révolution, seront imprimés et distribués à tous les membres de la 
5) Représentation nationale » aux frais de la république 

Ce témoignage de sympathie et d'affection était bien dû à la mémoire 
de notre illustre compatriote, de l'homme qui avait contribué pour 
une part honorable à la marche régulière et au succès de la H évolution. 
A-t-il été suivi d'effet ? Il y a tout lieu de croire que ce décret, comme 
tant d'autres, resta lettre morte. Ce n'est qu'en 1826 que fut faite la 
première tentative de groupement des oeuvres de Rabaut-Saint-Élienne 
par un cousin germain de Danton, M. CoUin Danton de Plancy, publi- 
ciste fort connu dans le monde érudit. L'année suivante, le Comte 
Boissy d'Anglas, qui avait habité à Nîmes, pendant dix ans, la même 
maison que Rabaut, donnait à son tour une édition des discours et opi- 
nions du constituant du Gard. 

Depuis lors, quelques lettres de Rabaut-Saint-Étienne ont été arrra- 
chées à l'oubli pour le plus grand profit de l'histoire ^. Nous avons eu 

1. Sur la vie et les œuvres de Rabaut-Saint-Étienne, voir : v 

Les études littéraires et politiques d'un vieillard par le Conite Boissy d'An- 
glas, Paris, Kleff'er, éditeur, 1825, t. III, p. 24.7; — Œuvres de Rabaut-Saint- 
Etienne, précédées d'une notice sur sa vie, par M. Colliu de Plancy, 2 vol. 
in-8, Paris, Laisné frères, 1826; — Discours et opinions de Rabaut-Saint- 
Etienne, précédés d'une notice sur sa vie, par Boissy d'Anglas, Paris, 1827, 
2 vol. in-8°; — Biographie de Paul Rabaut, pasteur du désert, et de ses trois 
fils, par A. Borrel, Nîmes, librairie protestante, 1854; — Histoire littéraire de 
Nimes, par Michel Nicolas, Nîmes, Garve éditeur, 1854; — Le Moniteur, aux 
dates indiquées ; — Lettre de Rabaut-Saint-Étienne, membre de la Conven- 
tion Nationale, aux citoijens du département du Gard, bibliothèque de la ville 
de Nîmes, n" 2587 ; — Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, par 
li. Wallon, Paris, Hachette éditeur, 1880, t. II, p. 219; — Paul Rabaut, ses 
lettres à Antoine Court, par A. Picheral-Dardier, et Charles Dardier, Paris, 
Grassard éditeur, 1884, t. I, p. 104 et t. TI, p. 373. 

2. Moniteur du 21 vendémiaire an IV, réimp. XXYI, 164. 

3. V. Principalement le Bulletin de la Société de Vhistoire du protestantisme 
français, années 1864, p. 342, et 1884, p. 360 et les Mémoires de l'Académie 
de Nîmes, année 1883. 



QUATTE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 217 

la bonne fortune d'en rencontrer trois autres au cours de nos recherches, 
et nous nous empressons de les publier. 

Elles sont adressées « à Monsieur Bruguicr, [>asteur à Mers, par Bou- 
coiran ». 

Guillaume Bruguier, pasteur à Ners, époux de Marie Courdil, fut in- 
carcéré dans les prisons d'Uzès-la-Montagne le 3 floréal an II (2^2 avril 
179-4), par ordre du district « pour avoir donné un acte de renonciation 
à son état de Ministre du culte protestant qui n'a pu été regardé que 
comme une suspension ». A cette époque, il avait environ cinquante- 
deux ans et était père de six enfants : « l'aîné âgé de vingt-six ans, prison- 
» nier en Espagne, » qui succéda plus tard à son père dans les fonctions 
pastorales; a le puîné, âgé d'environ vingt-quatre ans, servant dans 
» l'armée d'Italie; le troisième, âgé d'environ vingt et un ans, aussi au 
> service de la République et en garnison en Savoye; les trois derniers 
» dans la maison paternelle, dont deux garçons et une fille, le premier 
» âgé d'environ dix-sept ans, le second Agé d'environ (juatorze ans et la 
» dernière âgée d'environ treize ans, d 11 était pasteur depuis vingt- 
cinq ans. « Son ministère, plus lucratif (juc celui de ses confrères, lui 
produisoit depuis quelques années environ dix huit cens livres. » On 
ne pouvait faire à ses principes politiques aucun reproche : en mai, 
juillet et octobre 1789 il avait manifesté des opinions « conformes au 
K civisme ; au 10 août, à la fuite et à la mort du tiran, conformes à celles 
» de la partie seine des citoyens, c'est-à-dire de la Montagne; au 31 mai 
» et dans les crises de la guerre, la même chose » ; et le Comité de sur- 
veillance révolutionnaire auquel nous empruntons ces renseignements 
ajoutait : « 11 n'est pas parvenu à la connoissanre du comité qu'il ait 
donné une signature contraire aux principes désignés ci-dessus '. » 

Bruguier était donc une victime des erreurs religieuses de la Uévolu- 
tion. Dès qu'il fut incarcéré, on saisit ses papiers; les originaux des 
trois lettres que l'on trouvera plus loin sont visés ne varictur, à la date 
du 13 prairial an II, par Vidal, juge de paix, et Firmin, secrétaire 
greffier; ces lettres avaient été envoyées à l'pccusateur public Bertrand 
pour l'instruction du procès de Bruguier, qui fut sauvé par les événe- 
ments du 9 thermidor, et sont déposées aux archives de la Cour d'a]>pel 
de JNimcs^. 

1. Tableau de Guilhaume Bruguier, extrait du registre du Comité de surveil- 
lance de Ners, arch. dép. du Gard, 12, L, 1. 

2. Guillaume Bruguier fut mis en liberté le 12 fructidor an II, par ordre du 
comité de surveillance d'Uzès. 

Sa femme, détenue à Uzès depuis le 11) lloréal an II, par ordre de la muni- 
cipalité de Ners « pour avoir tenu des propos calomnieux contre les autorités 



218 QUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 

La première est datée de Nîmes le 8 février 1789. Elle a trait à l'appli- 
cation de l'édit de novembre 1787, « registre » à Paris le 29 janvier 1788, 
qui proscrivait toutes les lois de violence et accordait aux protestants 
l'autorisation de faire constater civilement la naissance de leurs enfants, 
la célébration de leurs mariages et l'inhumation de leurs morts, afin de 
jouir des droits sociaux qui en résultent. « Tous les réformés de Nîmes, 
» dit un des biographes de Uabaut-Saint-Étienne, se rendirent en foule 
» chez les juges royaux pour faire enregistrer leur mariages et légitimer 
» leurs enfants. Les pères et les mères étaient accompagnés de leurs 
i> fils et de leurs filles^ et des larmes de joie coulaient de ces yeux 
j> accoutumés depuis longtemps à n'en verser que de tristesse et de dou- 
» leur... 3) Les protestants des campagnes n'étaient pas moins désireux 
de jouir du bénéfice do l'édit; mais les difficultés d'un voyage long et 
pénible en raison du mauvais état des voies de communication et de 
l'imperfection des moyens de locomotion, l'âge de certaines personnes, 
les dangers d'un déplacement pour les enfants en bas tâge, pour les nour- 
rices et les femmes enceintes, étaient autant d'obstacles qu'il fallait 
surmonter. Rabaut-Saint-Étienne, qui avait fait à Paris un long séjour 
pour solliciter l'acte de justice « qui devait enfin absoudre la nation de 
la grande erreur de Louis XIV », et qui connaissait à fond l'esprit et la 
lettre de l'édit de 1787, donne à ce sujet à son « cher frère » Bruguier 
des instructions précises et détaillées qu'il fournit également à bien d'autres 
pasteurs et qui profitèrent à coup sûr aux réformés de notre pays. 

La seconde, datée de Paris le 17 novembre 1790, nous initie aux tra- 
vaux et aux espérances du député de Nîmes. Nous somiîies au lendemain 
de la mémorable discussion sur les biens du clergé. L'Assemblée vient 
de déclarer, après un magnifique discours et sur la proposition de Mira^ 
beau, que tous ces biens sont à la disposition de la Nation, à la charge 
de pourvoir, d'une manière convenable, aux frais du culte, à l'entretien 
de ses ministres et au soulagement des pauvres. Le culte catholique 
seul était compris dans cette disposition. Rabaut-Saint-Étienne reconnaît 
qu'il eût été difficile, vu la connexité de la question, de mettre à la 
charge de l'État le traitement des ministres protestants; aussi était-il 
de ceux qui voulaient « que chaque culte entretint les siens ». Dans 
cette occurence, il développe ses vues sur les moyens à employer par 

constituées de cette commune, notamment pour avoir fait aux commissaires qui 
vinrent pour arrêter son mari des faux rapports contre le maire qui, s'ils 
avoient été fondés, pouvoient entraîner des consé(|ucnccs très graves » — ainsi 
s'exprime le comité de surveillance révolutionnaire de Ncrs, — fut relâchée le 
7 fructidor an II. 



QUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 219 

ses collègues en religion pour obtenir l'indemnité due ;i leurs ser- 
vices; il prévoit comme prochaine Torganisation des administrations 
cantonales qui ne furent cependant créées qu'en l'an 111. 

Avec la troisième lettre (29 août 1791), nous arrivons à l'exjiiration 
des pouvoirs de l'Assemblée constituante. Rabaut répond succintement 
aux bruits calomnieux qu'on a fait courir à Nîmes sur sa vie à Paris. 
Sa préoccupation dominante est surtout l'intention qui se manifeste 
dans une partie du corps électoral de modifier ou de changer la Con- 
stitution. Il n'est pas partisan de deux chambres; mais la république 
ne comblait pas les vœux de celui qui avait combattu la sentence de 
mort contre l.ouis XVI et qui s'était écrié, à cette occasion, du haut 
de la tribune : « Je suis las de la portion de tyrannie que j(î suis 
contraint d'exercer, et je demande qu'on me fasse perdre les formes 
et la contenance des tyrans. » Aussi s'était-il roliré, avec l)on nombre 
de ses collègues, de la Société des .lacoJjiiis où on aiinonrait « hau- 
tement que le trône était vacant, qu'il ne falloil plus obéir à Louis XVI... », 
où quelques « passionnés pour je ne sais quelle républi([ue ont vu l'occa- 
sion favorable pour la proposer î. 

Enfin, les archives départementales du Gard - possèdent une lettre 
inédite de Uabaut qu'on trouvera également plus loin. a été écrite de 
Paris, le 9 octobre 1790, « à Monsieur Rébuffat, procureur-syndic du district 
de Sommières, à Sommières. ))Les administrateursde ce district, obéissant 
à un sentiment patriotique fort louable, et désireux de donner l'exemple 
d'un désintéressement profitable, avaient décidé à l'unanimité, le 18 sep- 
tembre piécédent, d'olfrir à la Nation « le tiers du montant de leur 
traitement ^ ». Rabaut répond à l'envoi qui lui a été fait de cette délibè- 

1. Lettre de MM. Votiland, Hahauty Soustelle, Meijnicr, Laroquetle cl Cliam- 
bon, députés du départemetit du Gard à iAssemblce Nationale, à la Société 
des amis de la conslitulion établie à Nismes, du 17 juillet 1791. Nisnics, iiiiii. 
J. Garde, 16 p. in-12 (Collection F. Romièrc). 

2. Liasse, 7. L. 3, 20. 

3. Arch. dép. du Gard, l.L. 8, 24. — Les administrateurs qui prirent part :i 
cette délibération sont : MM. Reilhe, bourgeois, de Cres\)\<in, président; Nicol, 
bourgeois, de Sommières, vice-présideiit ; J. Rrcsson, négociant à Sommières, 
qui fut plus tard député suppléant à la Convention Nationale ; Landreau, gra- 
dué, de Sommières; Rouvièrc, de Combas; Dumény le père, maître en chirur- 
gie, deClarensac; Henri Paltus, négociant, d'Aiguesvives ; Rrcsson, fils aîné, 
négociant, d'Aiguesvives; Devillas-Plantat, négociant, de Quissac ; Gachon, 
maître en chirurgie, de Vie; Rebulfat, négociant, de Sommières, procureur 
syndic. Était absent : Ilenouard, fils aîné, de Calvisson. Le secrétaire du dis- 
trict était Favant, de Sommières. 



220 QUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 

ration. Les objections qu'il présente sont irréi)rochal)les au point de vue 
des principes démocratiques, et de nos jours encore on ne saurait invo- 
quer de meilleurs motifs à l'appui de la thèse qui tend à la rétribution 
de tous les emplois publics afin de permettre aux citoyens éclairés, mais 
pauvres, de mettre leur intelligence au service du pays. 

Si donc les deux premières lettres sont du plus grand intérêt pour 
l'histoire du protestantisme français, les deux autres sont d'une importance 
capitale pour l'histoire générale de la Révolution et caractérisent parfai- 
tement les tendances politiques du grand parti girondin dont Rabaut- 
Saint-Étienne fut maintes fois l'orateur. 

F. ROUVIÈRE. 

Nîmes, le 10 mars 1885. 



LETTRES DE RABAUT SAINT-ÉTIENNE 
I 

Nîmes, 8 février 1789. 

Monsieur et cher frère, 

J'ai eu l'honneur de vous écrire, la lettre fut envoyée chez 
M. Savanier, et j'ai plutôt fait de vous écrire de ^nouveau que de 
courrir après. 

Je voudrais bien 1° qu'on crût que la déclaration nouvelle, qui 
nous a été promise, viendra; et qu'on se ressouvînt que la cour est 
si occupée, qu'il n'est pas étonnant que quelque chose reste en 
arrière. Je voudrais bien ensuite, que l'on comprît que bien qu'on 
ne soit pas enregistré avant le 23 février, les enregistremens subsé- 
quens seront aussi bons qu'auparavant; parce que la loi n'est que 
comminatoire, et qu'elle ne dit point que passé l'année on ne sera 
plus à tems de déclarer, ce qu'il aurait fallu qu'elle dit dans le cas 
supposé. 

M. le Juge Mage * ne s'inquiète guère si l'on est dans l'embarras, 
pourvu qu'il n'y soit pas lui-même. Il a toujours peur qu'on ne le 
prenne en faute, en sorte qu'il ne donne aucune facilité. 

1. Jean l>;if)listc d'Augier, chevalier, consfîillcr (l'Ktat, juge- mage, lieutenant 
général de la sénéchaussée de Nîmes et de Beaucaire. 



QUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 221 

Il ne peut pas vous donner précisément un jour, parce que son 
hôtel est toujours plein et qu'il y arrive sans cesse du monde. Mais 
vous devez le prendre vous-même, et que vos gens se décident à 
coucher une nuit à Nîmes s'il le faut. 

Pour les infirmes, il faut un certificat du médecin ou chirurgien 
qui dira que tel ou telle est malade, et dans un tel état qu'il ne peut 
être transporté sans un danger imminent pour sa vie. Le certificat 
doit être sur papier timbré. Et le juge doit certifier au bas que 
l'écriture du chirurgien lui est connue, et qu'on peut y ajouter foi. 
Usez hardiment de ces certificats, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen : 
les chirurgiens s'y prêteront sans doute. Il exige de plus une procu- 
ration de la personne malade faite par devant notaire. Si les deux 
conjoints sont infirmes, envoyez deux certificats, et une procuration 
à un pare ni. 

Pour les femmes enceintes, un certificat ((u'odcs ne peuvent s'ex- 
po^nr au voyage sans perdre la vie, vX [)i'OCuration. 

Pour les femmes qui allaitent, (lue leurs enfans sont si malades 
qu'ils mourraient par les chemins, et procuration. 

Une personne mariée trois fois doit pouvoir déclarer ses trois 
mariages à la fois : je crois que M. le J. Mage ne s'y refusera pas, 
parce que s'il est timide, il n'est pas intéressé. 

Pour les pauvres qui n'ont pas de quoi faire la route, je n'y sais 
point de remède, hors d'attendre, parce que je vous répète que la 
crainte est chimérique, que le terme n'est pas de rigueur, que 
M. le Garde des Sceaux l'a dit à tous ceux qui le lui ont demandé, 
que le bon sens dit aussi (pfon ne saurait laisser la moilié des non 
cath. sans jouir du bénéfice de la loi, et qu'enfin la déclaration 
viendra. 

Les menaces faites par les enfans batisés par les curés à leurs 
frères batisés par le ministre, annoncent qu'ils sont des coquins, 
mais non pas qu'ilssoyentfondéstla déclaration remédiera à tout cela. 

Toutes ces exigences de M. le J. Mage occasionnent des frais 
énormes aux pauvres gens : aussi devez-vous ne pas vous lasser de 
répéter qu'il y aura une autre déclaration, ainsi que je vous l'affirme, 
et qu'on doit être tranquille. Nos gens sont bien inconséquens, ils 
croyaient autrefois la déclaration inutile, à présent ils se précipitent 
sans raison pour la faire, et toujours notre sort est qu'ils ne nous 
croycnt pas. 



222 QUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 

J'ai écrit plusieurs fois, j'ai écrit ces jours passés, ot je vais écrire 
encore. Je suis accablé de lettres pareilles aux vôtres, et je ne sais 
à qui entendre , mais ayez courage, et ne cessons de le donner. Je 
suis sans réserve et avec un entier dévouement, 

Monsieur et cher frère, 

Votre très humble et très obéissant serviteur 

Rabaut de St-Étienne. 

II 

Paris, 11 novembre 1790. 

Monsieur et très cher frère, 

Votre dernière lettre m'a vivement affecté. Je ne pourrais suppor- 
ter l'idée que vous pourriez avoir que je vous oublie, ce qui est im- 
possible. On pense toujours qu'un homme a le tems d'écrire quel- 
ques lignes, et c'est ce qui n'est pas de nous depuis plusieurs mois. 
Je sors dès les neuf heures du matin, et je ne rentre qu'à onze 
heures et minuit. Quelques heures de la nuit sont consacrées au 
travail, le reste est un tourbillon, et nous avons le chagrin de voir 
(lovant nous de l'ouvrage dix fois au delà de ce (\ne nous pouvons 
en faire . 

La situalion tumultueuse de notre pays n'est pas le moindre de 
mes soucis personnels. Je comprends bien que le maniement très 
peu accoutumé des armes, et la tourmente d'une révolution peuvent 
avoir fait sortir les esprits de leur assiette ordinaire. Dans de tels 
momens les devoirs religieux ont été oubliés. Mais il n'est pas pos- 
sible que les hommes ne reviennent à cet égard à leurs principes. 
L'embarras pour vous et la douleur pour moi est de prendre patience 
en attendant. Quand on proposa le décret sur l'entretien des mi- 
]iistres du culte, plusieurs personnes auraient voulu que les mi- 
nistres de tous les cultes y fussent compris, et que chaque culte en- 
tretînt les siens. Mais il se mêla tant de passion et tant de menaces 
à cette discussion que l'on décréta pour le culte catholique seule- 
ment, ce qui est devenu constitutionnel. Je prévis bien ce qui en 
résulterait; mais il n'y avait nul moyen d'étendre plus loin cette dis- 
position, et il n'y en a point d'en revenir, au moins dans cette 
législature. 



QUATRE LETTRES INÉDITES DE .T. P. RABAUT. 223 

Le dessein où vous me paraissez être de refuser de payer les im- 
positions si l'on ne vous assure un honoraire, est une situation fort 
délicate. Je comprends bien qu'on ne peut pas demander à qui ne 
reçoit pas. Mais on peut vous accuser, quoique injustement, d'un 
refus volontaire. Les municipalités seraient fort sages, si elles enga- 
geaient les citoyens à se cotiser volontairement et par persuasion, 
car elles ne peuvent pas employer d'autres moyens, et qu'elles con- 
vinssent avec les pasteurs qu'ils payeraient en contributions tant 
pour cent de leurs honoraires. Je ne vois que ce remède dans ce 
moment. Je prévois aussi, confusément et sans l'avoir bien médité, 
que vous pourriez assimiler votre Régime au Régime actuel, en 
mettant un ou deux pasteurs par canton, un colloque par un, deux 
ou trois districts, un synode par département. Comme l'assemblée 
en viendra à établir un bureau municij)al, ou ressort nmnicipalisé 
par canton, ce ser;i dans ce bureau principal que se géreront les 
affaires communes de toutes les municipalités d'un canton. Et ce 
serait là que l'on pourrait aussi faire porter paisiblement la propo- 
sition que je vous fais, d'engager les protestans d'un canton à payer 
le pasteur ou les pasteurs qui y seraient placés. En étudiant bien, et 
avec poids et sagesse, la manière de faire réussir cette mesure, 
je ne vois pas, lorsque vous l'aurez bien méditée, que vous ne puis- 
siez, par le canal d'un certain nombre de gens de bien, en faire por- 
ter la pétition au directoire de département, et de là aux législatures. 
Mais le moment actuel n'est pas favorable. On a trouvé le moyen 
d'exalter les esprits sous prétexte de religion, et vous trouveriez 
beaucoup d'oppositions dans l'assemblée nationale actuelle. Elle est 
embarrassée par tant d'obstacles, et elle a tant d'ennemis, qu'elle 
ne voudrait pas donner de prise sur elle de ce c6té-là. Une foule de 
malveillans ne demande que des prétextes pour exciter des combats, 
et notre pays en serait le premier la victime. 

Un ministre peut certainement être juge de paix, quoiqu'un 
évêque, un curé et un vicaire ne puissent pas l'être. C'est que ceux- 
ci sont fonctionnaires publics reconnus par la loi, et que les mi- 
nistres en sont regardés comme de simples citoyens. 

Je n'ai pas pu vous écrire en vous envoyant la Feuille villageoise 
parce que ce n'est pas moi, c'est le libraire qui l'envoyé. On en 
viendra à expliquer les décrets, mais il a fallUj avant tout, donner 
une idée de la Constitution, et réduire deux cens décrets en quelques 



224 QUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 

pages. Le catéchisme^ n'est pas autre chose que l'esprit, et souvent 
le texte d'un très grand nombre de décrets. On va vous donner 
l'ordre judiciaire dans quelques pages, mais encore ce ne sont que 
les décrets. Si nous eussions voulu expliquer les sept volumes de 
décrets qui existent, en commençant par le premier, nous n'aurions 
pas fini dans dix ans. Il fallait donner l'esprit du passé, et courrir 
jusqu'à ce que nous eussions atteint le présent : c'est à quoi nous 
tendons. 

Quant aux mots inconnus aux paysans, nous évitons d'abord tous 
les mots scientifiques et nous supposons ensuite que celui qui lit la 
feuille explique lesmotsque quelqu'unde lacompagnie n'entend pas. 

Je vous assure qu'un homme qui saura bien le cathéchisme saura 
la Constitution. 

Je crois que nos confrères ne pourraient rien faire de mieux que 
de prêcher, de tems en tems, la Constitution, en l'expliquant, car 
la Constitution est la morale de l'État, et il n'y a qu'une morale. 
Avant la Révolution, j'avais pensé à un plan d'éducation pour les 
protestans qui rentrait en grande partie dans ce que la Révolution 
vient de faire. Ce serait bien mériter de la patrie que de donner aux 
peuples de justes et saines idées du droit naturel, du droit politique 
de la France et de la Constitution. Les décrets en fourniraient le 
texte, et l'Évangile en fournirait aussi abondamment. Vos ouailles 
ramenées à vous par ce double lien, sentiraient l'utilité d'une 
classe d'hommes qui les formeraient à la vertu politique et à la 
vertu religieuse qui sont la même. 

Les décrets sur le rachat des droits féodaux sont nombreux et 
compliqués. Un député qui entend fort bien cette partie nous pré- 
pare un travail que nous mettrons dans noire feuille. 11 vaut mieux 
attendre et avoir quelque chose d'excellent. 

Je vous embrasse de tout mon cœur, et tous nos frères et amis. 
Ma femme prie Madame Rruguier et vous d'agréer ses complimens 
empressés. Mille choses à MM. Bouet et Lafon vos voisins. Je suis 
avec un dévouement sans réserve, monsieur et cher frère, votre 
très humble et très obéissant serviteur, 

J.-P. Rabaut. 

1. Le CatlK'chiume de la Confttitution Françoise, extrait de la Feuille villa- 
geoise, 32 p. in-12 (s. 1. n. d.) est un modèle de concision et de simplicité et 
ne contribua pas peu à la vulgarisation de la Constitution. 



QUATRE LETTRES INÉDITES J. P. RABAUT. 



2-25 



III 

Paris, 2'J avril 1791. 

Monsieur et très cher frère, 

J'ai reçu votre lettre avec le plus grand plaisir parce qu'elle me 
donnait de vos nouvelles. Je vais fairo pnsser à M. de Sennas celle 
qui regarde la feuille villageoise à laquelle je ne travaille plus, et 
dont je ne suis plus me disposant à retourner dans ma patrie. Elle ne 
m'a rien coûté, elle ne m'a rien produit; et en prêtant mon nom et 
ma plume, je n'ai eu d'autre intention que d'être utile et de propager 
des principes trop peu répandus. 

Je ne suis pas snrpris des calomnies (|n'oii répand contre moi, 
c'est la portion des hommes pnhiics dans le grand teslin de la l'évo- 
lution. Mes vingt-cinq couverts se réduisent à un petit dîner tVuga^ 
tète à tête avec ma femme, à un seul repas par jour. Je ne mange 
presque jamais dehors. Je vais à l'assemblée à neuf heures, ou en 
comité; je viens dîner à quatre; je retourne à quelque comité, ou à 
l'assemblée à six; je rentre à onze; voilà ma vie habituelle, chargé 
de discussions et d'écritures sans fin. 

Depuis que la législature prochaine s'avance, tous les mécontens 
se réunissent pour la convertir en assemblée constituante; ils vou- 
draient, par divers motifs, qu'elle changeât la Constitution, les 
(Vais (?) et les médians pour nous donn(>r la guerre civile, les gens à 
privilège pour les reconfjuérir, les grands de ci-devant pour devenir 
Pairs, les nobles pour avoir deux chambres, les exagérés patriotes 
pour avoir la République, c'est-à-dire point de roi, car pour la Ré- 
publique, nous l'avons, et le roi en est le magistrat suprême 
exécutif. Sparte était une République et elle avait deux rois. Maison 
veut nous pousser bien loin, et voilà les motifs des plaintes contre 
la Constitution, contre les députés, contre les comités; on espère 
qu'en en disant beaucoup de mal, en les accusant d'être vendus, ou 
à la liste civile, ou à M. d'Oi léans, ou aux Anglais, ou aux Autri- 
chiens, on en détachera la nation reconnaissante, et qu'on la portera 
facilement à des nouveautés. Le foyer de toutes ces factions est ici, 
des intérêts particuliers y président selon l'usage, et je vous en ferai 

XXXVI. — 15 



226 QUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 

l'histoire quelque jour. Au milieu de tout cela, je ne suis qu'à mon 
opinion, à mon devoir, à ma tâche particulière, m'inquiétant unique 
ment de la chose publique, et nullement de moi dont l'intérêt 
s'éclipse entièrement à mes yeux. Et j'espère encore que, malgré 
tout ce qu'on fait pour renverser ou recommencer un ouvrage de 
deux ans, il subsistera. Les peuples ont besoin de la paix, la France 
en convalescence n'est pas en état do supporter une nouvelle ma- 
ladie, et ceux qui veulent à jamais continuer la révolution ne voulant 
que nous perdre, il y a lieu de penser que les Français ne voudron|. 
pas périr. 

Ce n'est pas une apologie que j'ai envoyée sur notre retraite des 
Jacobins, c'est un avertissement; si l'on ne veut pas nous croire, 
qu'on s'en laisse Vos six députés patriotes n'ont pas voulu rester 
dans une société ou des factieux et des étrangers étaient devenus les 
maîtres, et discutaient des séditions contre nos décrets : nous ne 
pouvions pas y tenir davantage sans honte ni sans crime. Tous les 
députés, hors trois, ont quitté. Les Jacobins eux-mêmes ont senti hi 
nécessité de se purger, ils ont renvoyé beaucoup de mauvais sujets 
qui y faisaient un tapage infernal vraiment comique, s'il n'avait pas 
été fou et dangereux. Maintenant, nous allons partir, et il ne vaut 
pas la peine que j'y retourne, je n'en ai pas le tems, et ne vais pas 
même aux feuillans. A mesure que la fm s'avance, les affaires 
arriérées se pressent à l'envi. Nous finirons donc, et^nous empor- 
terons dans notre conscience la conviction d'avoir fait tout ce que 
permettent les forces humaines. Si nos successeurs maintiennent la 
Constitution, ils seront nos sauveurs; s'ils veulent en faire une 
autre, vous êtes perdus. 

Vous avez vu que l'assemblée a décrété que le mariage est un 
contrat civil, et la suite de l'article. Nous attendions cette loi géné- 
rale pour corriger notre mauvaise loi particulière de 1787, et la 
rendre commune à tous les Français, c'est ce dont on s'occupera dans 
quelque tems et à propos, il faut sacrifier un peu de tems au préjugé. 

Adieu; mille hommages cbez vous, et mille choses à nos amis 
communs. Je vous embrasse de tout mon cœur. 

J.-P. Rabaut. 

1. Lettre collective du 17 juillet 1791, précitée. — L'expression « qu'on s'en 
laisse ^) est une locution patoise. 



QUATRE LETTRES INÉDITES DE .1. P. RABAUT. 



IV 

J'aî communique, Monsieur, ,iu comité de Constitution, votre 
lettre, et l'adresse du directoire du district de Somniières. Le 
comité n'a pu qu'applaudir aux sentimens patriotiques du direc- 
toire : mais il a pensé que si ce motif en est louable, les consé- 
quences en seraient funestes à la liberté. Ce que vous faites par 
patriotisme, d'autres le feraient peut être par d'autres motifs : et si 
les salaires étaient réduits à peu de chose, les places n'étant plus 
briguées par des gens d'une éducation soignée et dont rexistenco 
demande une certaine aisance, elles seroient livrées à drs gens 
d'un état inférieur, et bientôt à des persoimes peu instruites. Le 
comité pense que c'est une faute de ne [)as recevoir les éinolu- 
mens de sa place^ quelque riche que l'on puisse être, soit parce (jue 
le riche ferait rougir et humilierait son collègue pauvre, soit parce 
(jue si ces places devenaient gratuites, insensiblement elle finiraient 
par être mal remplies. Il a donc pensé que je ne devais pas remettre 
l'adresse de votre directoire ; et je ne doute pas ((ue vous ne vous 
rendiez à mes raisons, par le même patriotisme qui vous a engagé à 
la faire. Du reste, Monsieur, la réduction des districts est une 
chose d'expérience, et chaque département verra ce qu'il a à faire 
à cet égard. Il n'est pas instant de porter ce vœu à la présenter 
assemblée nationale : il doit être le résultat de celui des adminis- 
trés, afin que si la réduction est nécessaire ou utile, elle se fasse 
sans commotion. 

J'ai l'honneur d'être avec les mêmes sentimens civiciues et 
fraternels que vous avez la bonté de me témoigner. Monsieur, votre 
très humble et très obéissant serviteur. 

J.-P. Rabaut. 



Paris, 9 octobre 1790. 



228 



QUATRE LETTRES INÉDITES DE J. P. RABAUT. 



MÉLANGES 



UE liA RÉVOCATIOIV DE L'ÉDIT DE M.VMTES 



niai. 

8 mai 1685. — Rome applaudissait sans réserve à la persécution, 
car le duc d'Estrées écrivait au roi le 8 mai 1685 eu lui racontant 
la dernière audience papale : « Le pape loua non seulement les soins 
et la continuelle application de Votre Majesté pour l'extirpation de 
l'hérésie dans son royaume, mais aussi les moyens dont elle s'était 
servie, gagnant les uns avec la douceur, éloignant les autres des 
charges de la maison, des gouvernements, des emplois de guerre 
et de justice et de ses finances, imprimant de la crainte à ceux qui 
ne pouvaient être réduits autrement, et faisant de fort grandes dé- 
penses pour la subsistance de la plus grande partie des convertis * ». 

14 mai 1685. — Toutes les carrières se ferment peu à peu pour 
les protestants, et même celles qui ne relèvent pas du pouvoir, car 
le Conseil d'Etat rend, le 14 mai 1685, un arrêt qui interdit à ceux 
qui sont commis pour la réception des imprimeurs et des libraires^ 
de n'en admettre aucun de la R. P. R. Faire arriver au catholicisme 
par la misère, était la politique alors en honneur dans les conseils 
du gouvernement, grâce aux conseils des prêtres. — Ce jour-là, les 
temples de La Rochefoucauld et de la vallée de Pragelas, furent 
condamnés à être démolis ^. 

1. MicHAUD. Louis XIV et Innocent XI, IV, p. 485. 

2. Recueil des Édits. 



MÉLANGES. 229 

46 7nai 1085. — Le lieutenant général de Tours domie le 16 mai 
1685, une sentence portant suppression du temple de la Butte K 

17 mai 1685. — « M. de Foucault s'est iransporlé le dix-sept 
may avec monsieur Tevesque de Tarbes et des missionnaires dans 
la ville de Pontac où il y a quatre compagnies de dragons et ce 
voyage a produit à l'église, le retour de 78 femelles - ». 

21 mai 1685. — Le temple de La Crouzette, près de Castres, est 
condamné à être démoli^. 

22 mai 1685. — « Je n'ai ni or, ni argent, mais ce que j'ai, je te 
donne » dit Pierre à l'infortuné qni demande son secours. A bien 
des siècles de là, un de ces évêques qui se disent héritiers de la suc- 
cession apostolique écrira au duc deNoailles : « Vous eustes la bonté 
monsieur, de vous employer auprès du roy pour faire obtenir une 
pension de six cents livres à mademoiselle de Nancrest qui se fil 
catholique cet hiver passé. MaintenanI, monsieur, son aisiiée (^st 
en estât, à l'exemple de sa sœur, de faire son abjuration; mais 
comme elle souhaiterait une pareille pension de Sa Majesté, j'ay 
creu que vous approuveriez que je m'adresse à vous une seconde 
fois pour obtenir cette grâce. J'espère, avec le temps, que M. son 
frère prendra le mesme parti. » 

Montpellier, 22 mai, 1685*. 

(( Charles de Pradel. » 

25 mai. — Inauguration des séances de rassemblée générale du 
clergé de France. Uien ne caracléiise mieux son œuvre que ces 
paroles par lesquelles le rédacteur des procès-verbaux de celle 
assemblée en a révélé la portée : « Tout, dit-il, s'y est passé dans la 
plus grande union et avec le concert le plus parfait, cette assemi)lée 
a non seulement secondé, mais même excité le zèle du roi pour la 
destruction de Tliérésie; elle a poursuivi les Huguenots dans leurs 
derniers retranchements et mis à découvert toutes leurs calomnies. » 

1. Recueil des Edits. 

2. Arch. Nat. TT. 2r,7. 

3. Recueil des Edils. 

4. Bulletin, 1,166. 



230 MÉLANGES. 

Ainsi est avouée hautement cette cruelle et coupable complicité du 
clergé. 

28 mai 1685. — Au moment où la persécution grandit en vio- 
lence, où les prêtres l'emportent et chantent déjà les Te-Deum, sur 
les ruines des temples, une voix sévère et éloquente se fait entendre. 
Broussotiy le célèbre avocat de Toulouse, qui allait devenir le plus 
illustre des martyrs de la Révocation, écrit sa première lettre 
au clergé de France, datée du 28 mai 1685 : « Vous voulez donc 
absolument, dit-il aux persécuteurs, que malgré nous, nous embras- 
sions la religion romaine ou que nous vivions comme des impies et 
des athées, sans rendre à Dieu le culte qui lui est dù... Vous nous 
faites passer nos jours dans la misère, dans les alarmes, dans les 
tourments et dans une mortelle affliction... Que Dieu, ajoutait-il en 
terminant, vous en donne à tous une juste horreur, afin que préve- 
nant ses jugements par un salutaire repentir, vous répariez le tort 
que vous nous faites et celui que vous faites aussi à l'État, à vos 
consciences et à votre salut 

29 mai 1685. — Nombreux encore étaient les châteaux où les 
seigneurs prolestants faisaient célébrer le culte, mais ces modestes 
chapelles devaient se fermer les unes après les autres, malgré des 
suppliques adressées au roi. C'est ainsi que nous trouvons aux ar- 
cliives la touchante supplique de M. de Saint Marsault, seigneur, 
baron de Parcou près de Périgucux, demandant à la datc.du 20 mai, 
([u'on lui laissât célébrer le culte dans son château dePàrcou. Mais 
cela ne convenait pas au roi 

31 mai 1685. — Devant les menaces grandissantes de la persécu- 
tion, les réformés quittaient la France, heureux d'échapper aux vio- 
lences des dragons et de trouver au delà des frontières la liberté de 
conscience qui leur était refusée. En vain Louis XIV avait-il dé- 
crété la peine de mort contre ceux qui s'exilaient, le nombre en 
était si grand qu'il n'était pas possible d'appliquer les condamna- 
tions. Aussi, disait la déclaration du dernier mai 1685, nous avons 
estimé nécessaire de renouveler nos défenses sur ce sujet et de 
commuer la peine de mort en une moins sévère dont la crainte les 
puisse empêcher de passer dans les pays étrangers pour s'y habituer. 

1. Lettres au clergé de France au Désert chez le Sincère 1685. 

2. Arch. Nat. 235. ,B. 



MÉLANGES. 231 

Il fut alors entendu que tous ceux qui seraient saisis, après avoir été 
condamnés aux galères perpétuelles « seroiont mis et attachés à la 
chaîne pour estre conduits en nostre ville de Marseille b). Ainsi se 
préparait la sanctification des bagnes de France. 



BIBLIOGRAPHIE 



Daniel Ollier : Guy de Brès, étude historique. Thèse de baccalauréat, 
présentée à la Faculté de théologie protestante de Paris, 1883. 

L. A. Van Langeraad : Guirio de Bray, sa vie et ses œuvres. Thèse de 
doctorat présentée à la Faculté de théologie de Lcide, 1881. 

Il semblait qu'après les savantes recherches des Paillard ei des 
Rahlenbeck, il n'y eût })as grand'chose à glaner dans l'histoire de la 
Réforme à Valencionnes et de Guy de Biay, le pasteur-martyr de 
cette ville-. Eh bien! ce sujet qu'on croyait épuisé, vient d'être 
enrichi par deux contributions, qui, à des titres divers, méritent 
l'attention des amis de l'histoire du Protestantisme français. En effet, 
si de Bray est Flamand par sa naissance (il est né à Mous, 1522-23), 
il appartient à la France par la langue dont il s'est servi pour prê- 
cher la Réforme, par l'éducation qu'il a reçue des Réfugiés français 
à Lausanne et à Genève — et surtout par le ministère f(u'il a exercé 
à Lille, Amiens, Valenciennes, etc., et qui lui a coûté la vie (31 mai 
1567). 

La thèse de M. Ollier se distingue par une belle ordonnance et 
par un style clair et animé. Dans l'introduction, il décrit l'état social, 
politique et religieux des Pays-Bas au xvi' siècle et montre Giharles- 
Quint sévissant avec cruauté contre les Luthériens do Néerlaude, 
qui venaient troubler ses rêves d'unité politico-religieuse et de 
monarchie universelle. Son travail se divise en trois parties : la 
préparation (1522-57); l'action (1557-00) et l'œuvre Ihéologique. On 
peut reprocher à cette division d'être factice, car Guy de Bray 
n'attendit pas l'année 1557 pour agir. Dès 1553, nous le trouvons à 

4. Recueil des Kdih. 

2. V. l'article de Bray, dans la France Protestante, il" édit. par Henri Bordior 
(t. III, p. 87). 



232 BIBLIOGRAPHIE. 

Lille et aux environs prêchant avec ardeur la Réforme suivant le 
type apostolique. Elle a du moins le mérite de répandre la clarté 
dans l'étude biographique. 

Nous avons remarqué comme particulièrement intéressant le 
tableau de l'intérieur de la Camille de Bray fp. 94-95); la descrip- 
tion des prêches publics et du bris des images à Valenciennes 
(p. 121 et suiv.), et le récit du mariage de Guy et de ses adieux à 
Catherine Ramon, la digne compagne de ses labeurs et de ses 
dévouements (p. 149). Tout cela est bien présenté et M. Ollier a su 
communiquer à ses personnages un souffle de vie. Mais ce qu'on 
pourrait lui reprocher, c'est de n'avoir pas étudié d'assez près la 
question difficile de la chronologie des allées et venues de de Bray ; 
car tout pasteur était alors obligé de faire de la prédication itiné- 
rante et secrète. Et puis, il a été trop indulgent pour son héros, et 
l'auréole du martyr a voilé à ses yeux ses intolérances à l'égard des 
anabaptistes et des catholiques. En cela, Guy de Bray est bien fils 
de Calvin. Enfin, M. D. Ollier assure lui-même (p. 83) qu'il a en vain 
cherché àretrouverdes traces delà correspondance de Guy avecCalvin. 

Eh bien! ce sont justement plusieurs de ces lacunes qu'est venue 
combler la thèse de M. le pasteur L. A. Yan Langeraad, qui compte 
322 pages et dont la moitié est occupée i)ar des pièces justificatives. 
Après l'introduction consacrée à l'étude des sources, l'écrivain hol- 
landais décrit l'avènement de la Réforme dans les Pays-Bas du sud. 
Sur six chapitres, cinq sont consacrés à la biographie du héros, un 
seul à ses écrits; mais la disproportion n'est qu'apparente, car ce 
dernier est plus long que les cinq autres, ce qui fait qu'il est un 
peu difficile de s'y reconnaître. Nous voudrions signaler aux lecteurs 
du Bulletin les points sur lesquels l'auteur a apporté plus de 
lumières, en classant nos remarques sous ces trois chefs : la vie — 
les écrits — les documents. 

1° M. Ollier réduisait à deux ans le premier ministère de Guy de 
Bray à Lille et le faisait se réfugier pendant une année à Gand. 
M. Langeraad établit fort bien, selon, nous que notre pasteur est 
resté trois ans à Lille (1553-56) et que c'est pendant ce séjour qu'il 
a écrit son premier livre : le Daslon de laFoy, publié à Lyon (1555). 
Forcé par la persécution de quitter Lille en mars 1556, de Bray se 
rend à Francfort-sur-le-Mein et de là en Suisse, à Lausanne e*- 
Genève, où il compléta son éducation théologique. 



BIDLIOGRAPHIE. 233 

On savait qiio le pasteur de Lille avait échange des lettres avec 
Calvin et avec Crespin; mais on avait en vain cherché des traces de 
cette correspondance. Notre historien a ou la honne fortune de 
retrouver dans les papiers d'État une lettre de Calvin à Guy de Bray 
(1556), qui a déjà été puhliée par Delecourt dans le Bibliophile 
belge (1868-09), mais qui, chose étonnante, avait échappé aux 
recherches des infatigahles auteurs des Opéra Calrini. Les extraits 
qu'il fait de la Correspondance des commissaires de la Régente, 
envoyés à Tournay (1561-62) et qui réussirent à saisir deux cents 
exemplaires de la « Confession de foy », donnent beaucoup de cou- 
leur locale au tableau de l'activité pastorale de Guy. C'est le soir, 
à l'heure du souper ou dans les veillées qu'il annonçait l'évangile, 
dans des causeries familières. Voici la description qu'un témoin 
donne du pasteur, dans l'une de ces réunions secrètes : « Dict (jue 
le dict home est de quarante ans environ, hault de stature, pasle de 
face et assez maigre et long visage, et la barbe thirante sur le rous- 
sart, avec les espauUes hautes, ung gros dotz. Et estait mal en ordre, 
avec un manteau noir à collet rabattu. » N'est-il pas curieux de pos- 
séder une silhouette aussi nette d'un martyr mort il y a plus de trois 
siècles? 

2" Quant aux écrits de Guy de Bray, notre auteur a fait porter ses 
recherches sur les deux points suivants : le mode de rédaction de la 
(( Confession de foy néerlandaise », attribuée à de Bray et la part 
qu'il a prise à la confection du Martyrologe de Crespin. La plupart 
des biographes admettaient sur la foi d'Antoine Thysius^ ol de 
Martin Schook", que de Bray, après avoir reuianié la « Confession de 
foy des Églises réformées de France, » à l'usage des églises wallonnes, 
envoya son œuvre à Calvin par un collègue, Adrien de Saravia, et 
qu'il consulta de même les pasteurs de Metz, de Francfort, de 
Londres, etc., de sorte qu'elle aurait eu un caractère presque œcu- 
ménique. 

Elle n'aurait été publiée (ju'en 1562, et aurait été adoptée l'année 
suivante au synode d'Armentières, comme formulaire d'unité des 
églises (p. 122) réformées wallonnes. M. Langeraad a démontré : 

1. Thysius : Lccrc endc Ordcr der Nedorlandsche gliero,formcorder Kcrckcn. 
A msterdam 1615. 

2. School< : Lil)cr de bonis vulgo Ecclcsiasticis dictis. Groningue, 1651. 



234 BIBLIOGRAPHIE. 

l*» que (( la Confession de foy » est née avant tout d'un besoin apolo- 
gétique; 2° qu'elle a été rédigée en français par de Bray à Tournay, 
en trente-sept articles, et qu'il n'a consulté que ses collègues d'An- 
vers; 3° qu'il l'a fait imprimer à Rouen (1560-61), et jeter un ballot 
d'exemplaires dans la cour du château de Tournay. Mais surtout, il 
ressort de son étude que cette confession avait eu dans le principe 
le caractère d'un témoignage rendu à la vérité et non pas celui d'un 
formulaire obligatoire. Cette opinion s'appuie sur la déclaralion for- 
melle d'Adr. de Saravia* « Nemo eornm qui mamun {confessioni) 
apposucrunt uiiquam cogitavit fi (Ici canonem edere; vrrum ex 
Canonicis scriptis fidem suam probare ». Quant à 1' « Histoire des 
martyrs » on savait bien que Grespin s'était adressé dès 1559 à de 
Bray, son compatriote, pour avoir des documents sur les témoins de 
J.-C. en Flandre; M. van Langeraad, par la comparaison qu'il a 
faite des notices du Martyrologe avec les interrogatoires de Launay, 
Jacques de Lo, Cornu, Nicaise de le Tombe, Bogier du Mont et André 
Michel conservés à Bruxelles, a mis hors de doute que ces informa- 
tions ont été procurées par notre héros. 

Enfin, parmi les documents publiés par l'auteur, signalons comme 
inédits : le rapport sur la trouvaille faite au logis de Guy de Bray à 
Tournay (déc. 15G1); celui des commissaires nommés à l'occasion 
des troubles de Valenciennes (1567), pièce longue nt précieuse pour 
l'histoire de la Réforme en cette ville de 1562 à 156;7; la « Renions- 
trance et exposition des débvoirs faicts par Gilles 'Jolly ,dura7it les 
troubles (1566) ; le « Placcart de S. M. concernant les actz commis 
par ceulx de Valenciennes et pour lesquels ils sont déclarés rebelles 
à S. M. » (déc. 1566), et une liasse de sept lettres échangées par le 
comte de Rœux, et les magistrats de Saint-Amand et Valenciennes au 
sujet de l'arrestation de Guy de Bray, Pérégrin de la Grange e 
Michel Berlin. Toutes ces pièces sont imprimées avec soin, suivant 
l'orthographe et les abréviations du temps. 

En somme le travail de M. van Langeraad fait le plus grand hon- 
neur à son talent de chercheur et à sa sagacité critique, et nous le 
remercions, pour notre part, du jour qu'il a jeté sur cette page, en- 

1. Sclioock : Prœstantiuin ac Eruditorum virorum Epistolaî ecclcsiasticœ et 
ttieologicœ. Amsterdam, 1704. 



BIBLIOGUAPIIIE. 235 

core clair-obscure, mais si dramatique de l'Iiistoiré de la Réforme 
dans la Flandre française. 

G. Bonet-Maury. 



LES GRANDES SCÈNES HISTORIQUES 

DU \\V SIÈCLE* 

11 n'y a pas très longtemps que les livres illustrés n'étaient guère 
destinés qu'à la jeunesse, avide d'images encore plus que do récits. 
On est revenu aujourd'hui de cette erreur; non seulement l'illus- 
tration, si elle est bien exécutée, intéresse les grands comme les 
petits, mais on n'a pas eu de peine à se rappeler qu'elle peut con- 
tribuer à l'instruction au moins autant qu'à l'amusement d(\s lec- 
teurs. Au xvi*' siècle déjà quelques auteurs avaient compris In i)arli 
qu'on pouvait tirer du dessin ou de la gravure pour faciliter riiilcl- 
ligence et fixer, en quelque mesure, le sens d'un texte; la rareté 
extrême des ouvrages auxquels collaborèrent aloi's des artisles fort 
peu connus, prouve à elle seule combien celle idée eut de succès. 

On s'elforce, de nos jours, de connaître le passé, non plus « par 
ouï-dire », mais tel qu'il était. C'est pour satisfaire ce besoin qu'on 
reproduit si abondamment, non seulement les récits qui réfléchis- 
sent fidèlement l'esprit et la pensée d'une époque, mais encore les 
monuments de toute nature qui en manifestent la vie dans ses 
aspects multiples et en ressuscitent la physionomie propre. 

Un des premiers ouvrages de valeur qui est entré dans cette voie, 
c'est V Histoire de France de H, Dordier et E. Charton. On y 
trouve les premiers essais de reproduction ou plutôt de réduction 
de six des gravures du célèbre recueil dit de Tortorel et Perissin. 
L'importance de ce recueil est connue de tous ceux (|ui se sont 
quelque peu occuj>és de l'Iiistoirc du xvi' siècle en France. A 
l'époque même où furent gravées ces quar;nile planches qui repré- 
sentent les i)rincipaux épisodes des aimées 1551) à 1570, elles 
eurent un tel succès fju'ou en fit des tirages nudliples avec des 
légendes et des modifications diverses, sans ccnupler les contrefa- 
çons, et pourtant il n'en existe pas aujourd'hui une seule collection 
complète. 

Assurément ces naïves images ne fournissent pas, sur les faits 
qu'elles figurent, des renseignements aussi précis ([ue ceux qu'on 
demande aux dessinateurs et surtout aux j)liolographes actuels. 
Elles n'en sont pas moins précieuses comme témoignages authen- 
tiques des souvenirs qu'avaient laissés, dans la mémoire des con- 
temporains, les scènes tragiques qu'elles retracent. On sait, en 



1. Reproduction fac-similé des gravures cxécutccis aux cours <los événements 
par Tortorel et Perissin. Paris, Fisclibaclicr; 44 livraissons, à 3 francs la livrai- 
son, ont paru. 



236 



BIBLIOGRAPHIE. 



effet, que Nicolas Castellin les fit graver à Genève, d'après des des- 
sins exécutés en quelque sorte sous la dictée de témoins oculaires*. 
Et qui ne voit les informations qu'on en peut tirer pour l'histoire 
de l'art militaire, du costume, du mobilier, etc. ? 

M. Alfred Franklin, administrateur de la Bibliothèque Mazarine, 
bien connu, entre autres par ses savantes études sur les anciens 
plans de Paris, a eu la pensée d'utiliser les procédés si perfection- 
nés de la photogravure pour rééditer en facsimilé le recueil com- 
plet de ces planches. Mais il ne s'est pas borné à les rendre ainsi 
accessibles à ceux, de plus en plus nombreux, qu'intéresse notre 
xvi^ siècle. Il a voulu qu'un commentaire aussi scientifique que 
littéraire les mît à la portée du grand public. A cet effet, chacune 
des scènes qu'elles font revivre est devenue le sujet d'une notice 
historique, rédigée d'après les sources, par un écrivain compétent. 
Citons, au hasard, les noms de MM. F. Baudry, J. Bonnet, G. Da- 
reste, H. Delaborde, A. Franklin, L. Lalanne, G. Lavisse, Gh. Le- 
nient, A. Molinier, M. Nicolas, F. de Schickler, Gh. Wadding- 
ton, etc. 

Ghacune de ces notices est à son tour ornée de frontispices, ini- 
tiales et culs (le lampe dus au crayon élégant et sympathique d'an 
artiste de talent, M. F. Ehrmann; quelques-unes d'entre elles sont 
même suivies de la réimpression de pièces originales comme le 
texte de l'édit de pacification de 1563, du Tigre, de la lettre du roi 
au Parlement de Paris sur la conjuration d'Amboise, etc. Enfin, il 
y a toute une série d'études hors texte comme celles de MM. Lenient, 
sur les pamphlets politiques, de Schickler et l'abbé Valentin Dufour 
sur l'organisation du parti calviniste et des forces catholiques entre 
1559 et 1570, ou celles de MM. Lechevalier-Chevignard sur le cos- 
tume, P. Lacombe sur la tactique, A. Franklin mr les armes, 
E. Bonnafé sur le mobilier au xyi*" siècle. 

On voit que l'ouvrage tient plus que son titre ne promet, puisqu'il 
nous donne un tableau aussi varié et complet que' possible de la 
période dont les années 1559 à 1570 forment le cadre et les gra- 
vures de Tortorel et Périssin les traits saillants. Inutile d'ajouter 
que ce livre est imprimé avec luxe et édité avec un grand soin par 
la maison Fischbacher ; les amateurs feront bien de s'inscrire sur la 
liste de souscription ouverte, 33 rue de Seine, avant que les der- 
nières livraisons qui sont sous presse n'aient paru. 

N. Weiss. 



1. Voy. France protestante, 2° édition, article Castellin. 



BIBLIOGRAPHIE. 



237 



CHRONIQUE 



ÉCHO DE LA SORBONNE 

nu VENDIIEDI 30 VIÎIVIIIER 1885 

Sur le désir exprimé par un membre du Comité, M. le professeur Charles 
Waddington a bien voulu nous communiquer les observations qu'il a pré- 
sentées en Sorbonne sur l'origine et le caractère de notre œuvre histo- 
rique, à l'occasion de la soutenance des thèses de doctorat de M. le pas- 
teur Bourchenin devant la Faculté des lettres de Paris. Après avoir loué 
le savant travail du candidat sur les Académies protestantes en France 
au XVP et au XVW siècles, M. Waddington s'est exprimé à peu prés 
en ces termes : 

« Vous avez eu, Monsieur, lo mérite îissez rare aujourd'hui do ne 
pas oublier ceux qui vous ont précédés dans vos laborieuses et in- 
téressantes recherches; mais peul-êlre auriez-vous pu indiquer avec 
plus de précision ce (jue vous donnez à chacun d'eux. Vous citez 
avec honneur, il est vrai, M. Gaufres et le livre où il a décrit avec 
tant d'exactitude et de compétence les méthodes d'enseignement de 
Claude Baduel et l'organisation du collège de Nismes; et quoique 
cette mention soit un peu courte, elle peut paraître suffisante parce 
que vous aviez moins à parler des collèges que des Académies. 
Mais il n'en est pas de même de deux ou trois autres écrivains qui 
ont touché à votre sujet proprement dit. 

« En tête de votre ouvrage, vous offrez à M. Michel Nicolas, votre 
ancien professeur à Montauban, un témoignage de votre reconnais- 
sance, et en cela vous avez bien raison, mais plus encore (jne vous 
ne le donnez à penser au lecteur : car ce n'est [)as seulement au 
})rofesseur que vous êtes redevable, mais aussi à l'éci ivairi (jui avant 
vous avait ébauché Thisloiro des Académies |)roteslanles et vous 
avait frayé la roule par une série de curieuses et instructives 
notices * Insérées dans le Bulletin de la Société de Tllistoire du 
Protestantisme français. 

« Ce Bulletin lui-même, vous le citez au bas d'une des premières 
pages de votre livre, et c'est justice : car cette publication a cer- 
tainement préparé la vôtre et les recherches de M. Michel Nicolas 
lui-même. Mais vous n'avez pas fait assez à mon gré : il eût fallu, 
à mon avis, nommer expressément celui qui a publié et rédigé 
presque à lui seul, au moins pour les trois quarts, les (juatorze pre- 
miers volumes de ce Bulletin : je veux dire M. Charles Read. Ce 
fait n'est pas connu de tout le monde, parce que très peu d'articles 
de la première série du Bulletin portent la signature de leurs 

1. M. Nicolas vient en outre de faire paraitre un travail si)écial et très remar- 
quable sur VAcadémie protestante de Montauban. 



238 



CHRONIQUE. 



auteurs. Mais je puis en parler pertinemment, ayant eu l'honneur 
de prendre part avec quelques amis à la fondation de la Société de 
l'histoire du protestantisme français, dont M. Read avait eu la pre- 
mière pensée et dont il fut le président pendard les treize premières 
années. Bien entendu, les membres du Comité fondateur * ne fai- 
saient pas une œuvre de sectaires; ils avaient seulement l'ambition 
de combler une lacune eu restituant à l'histoire et à la France des 
gloires oubliées dans l'exil, ou noyées dans le sang, ou étouffées 
dans les prisons et sur les galères. Cette pensée fut comprise par les 
plus illustres représentants des études historiques. La Société d'his- 
toire de France reconnut tout d'abord dans l'œuvre nouvelle une 
branche de son œuvre nationale et, sur la proposition de M. Mignet, 
elle fit entrer dans sou Comité, comme membre de droit, le président 
de la Société qui venait de so constituer. M. Read a pleinement 
justifié cette Jionorable distinction par une initiative aussi éclairée 
qu'infatigable. Il a touché à tous les points importants de l'histoire 
des protestants français. lia notamment signalé à plusieurs reprises 
l'intérêt historique qui s'attache aux destinées des Académies 
protestantes en France, et par ces indications il a frayé la route à 
ses successeurs. 

(( Après M. Charles Read et sous la présidence de M. le baron 
Fernand de Schickler, le Bulletin a eu pendant vingt ans pour 
principal rédacteur le secrétaire de la Société, M. Jules Bonnet, qui 
ne s'est pas borné à publier des documents inédits et originaux, mais 
y a ajouté des études historiques et des mémoires savamment com- 
posés, et dont la plume élégante a retracé, entre autres, l'œuvre 
pédagogique de Mathurin Cordier, c'est-à-dire d'un de vos héros, 
Monsieur, et non pas le moins important. 

(( Ces vaillants pionniers de l'histoire avaient droit, vous en con- 
viendrez sans doute avec moi, à une mention plus explrcite, et vous 
étiez assez riche pour leur faire une plus large part : ear votre ou- 
vrage, je me plais à le reconnaître, abonde en documents nouveaux 
et précieux, et il sera toujours utile à consulter comme la première 
histoire proprement dite des Académies protestantes au xvi^ et au 
XVII' siècles. » 



LA (( HUGUENOT SOCIETY » DE LONDRES ' 

Le mercredi 15 avril 1885, la veille de la 3'2' assemblée générale de 
notre Société, plusieurs descendants de réfugiés français se réunirent au 
Criterion, Piccadilly, en un banquet commémoralif, à la suite duquel se 
constitua la « Huguenot Society » de Londres. Sir IL A. Layard, ancien 
ambassadeur et archéologue distingué, présidait l'assemblée formée grâce 
surtout aux efforts de M. A. G. Browning, secrétaire honoraire de 

1. Voici comment se composait le Comité fondateur : MM. Charles Uead, 
Président, Charles Wciss, Vice-Président, Eugène Haag, secrétaire, Guizot, Pré- 
sident honoraire, Christian Bartholmess, Maurice Block, Ath. Coquerel lils, 
Henri Lutterotli, Ad. Monod, F. Pécaut, M. RoUin, Ed. Verny, Cli. Waddington. 

2. Voy. dans le n° do janvier l'article sur Tlie huguenot Society of America, 
dont la fondation contribua à provoquer ce lie de l'Association anglaise. 



CHRONIQUE. 



239 



rilospice français de la Providence, (jui proposa el fit adopter les résolu- 
tions suivantes : 

L'association se ])ropose : 

!<' De recueillir et publier tout ce (jui peut contribuer à faire 
connaître l'Iiisloire des liuguenots en France, leurs émigrations, 
leurs élablissenienis àTélraiiger, en particulier eu Graiide-lîrelai^ne, 
Irlande et dans les îles de la Mancbe, rindueuce exercée par ces 
colonies de réfugiés sur le travail, l'industrie, le commerce et Tétat 
social des lieux où elles se fixèrent, la généalogie et le blason des 
huguenots, leurs églises, etc. 

2° De réunir par un lien de confraternité ceux qui ont recueilli 
l'héritage des vertus caractéristiques des huguenots ou qui les 
admirent et désirent perpétuer la mémoire de ces aïeux. 

M. Browning ajouta que dans un sens une sorte de Société huguenote 
avait existé pendant près de deux cents ans puisqu'après la Ilévocalion 
un certain nombre de réfugiés s'organisèrent en comité pour fonder ï/fô- 
pital des pauvres protestants françols do Londres. 

Sir II. Layard fut élu premier président de l'Association. Les personnes 
choisies pour faire parlie du Cojnilé sont MM..J. F. La Trobe Katomau, 
\V. Morris Fleaufort, A. (Jiraud Browning-, le major Charles J. Ilnrgess, 
S. Wayland Kershaw, Francis P. Labillière, hî lieut. général Lredk. 
P. Layard, W. J. C. Moëns, Henry L. Morley professeur à IJniversity 
Collège, le D"^ Perowne, doyen de Peterborough, Ileginalil Lane Poolc et 
Edward Ernest Stride. Le trésorier est M. lleginald St. Aubyn Roumieu 
et le secrétaire honoraire le Uevercnd John de Soyres^. 

Des séances auront lieu les deuxièmes mercredis de janvier, mars, 
avril, mai et novembre et l'assendjlée annuelle en juin. Enfin, il est 
entendu que des dames peuvent faire partie de l'Association. 

Dans le Standard du 16 avril qui nous fournit ces renseignements, 
nous trouvons, au sujet de cette réunion, un long article (|ui témoigne à 
la fois de l'inlelligencc; et du palriotisme éclairé du journaliste cpii l'a 
écrit. Chacun sait que lors(|ue la presse française daigne, par extraordi- 
naire, s'occuper de nos souvenirs historiques, elle est, à peu d'exceptions 
près, encore tellement ind)ue d'éducation exclusivement cléricale, (|u'e]Ie 
travestit presque toujours indignement nos gloires bugncnotcs et fran- 
çaises. On se rappelle encore ({u'à propos du futur monujnent de (^ligny 
un journaliste français a prétendu l'aire acte de |»alriotisine en déyei'sant 
l'injure el la calomnie la plus perfide sur cet autre Français : était-il donc 
incapable de comprendre une grandeur à laquelle, en ulein XYur' siècle, 
Saint-Simon et Montesciuieu rendirent le plus éclatant nonunage V 

Voici quelques courts extraits de l'article du Standard : 

Après avoir félicité les fondateurs de la Jlugueuot Societyy il 
rappelle que si les Anglais ne regardaient j)as sans appréhension 
l'invasion des réfugiés, leur patriotisme leur lit toujours comprendre 
qu'il était plus intelligent de se les attacher par une largo hospitalité 
que d'en faire des ennemis par des lécriminations et des mesures 
ultra-protectionnistes. Cette politique à la fois humaine et sage 
transforma ra})idement en citoyens foncièrement anglais, les Hol- 
landais, Wallons, Flamands, Irlandais, Écossais, Vaudois, Hugue- 

I. L'adresse du secrétaire est 51, Victoria Park Road, K. Londoii, 



m 



CHRONIQUE. 



iiots, qui à diverses époques cherchèrent uu abri au-delà de la 
Manche ou de la mer du Nord,el auxquels malgré sahaine du papisme, 
le célèbre de Foe ne put s'empêcher, jadis, de décocher quelques- 
unes de ses flèches empoisonnées... 

Le seul fait, pour un homme, d'être protestant ou catholique 
n'est assurément pas une marque de supériorité ou d'infériorité ; 
mais lorsqu'un peuple a, pendant des siècles, supporté la persé- 
cution la plus impitoyable plutôt que d'abandonner ce qu'il regarde 
comme la vérité, son esprit a nécessairement été façonné à l'hé- 
roïsme : il devient incapable, une fois en liberté, de renier la 
fermeté et l'élévation morales qui le disliiiguaient autrefois... 

A Londres, dans le quartier de S|)italiieds,ce furent les huguenots 
qui introduisirent la fabrication des tissus de soie de tout genre; 
ils y réussirent au point que dès 1713 on pouvait se vanter de f<àire 
aussi bien qu'en France et de produire pour 7.500.000 francs par 
an de soie noire pour capuchons et foulards seulement. Aujourd'hui 
les ouvriers sont presque tous Anglais, mais les patrons sont d'ori- 
gine française et s'appellent : Guillehaud, Desormaux, Chabot, 
Turquand, Merceron, Chauvet, etc. Et sous les noms actuels de : 
Master, King, Cooper, Young^ White, Black, Bird, etc., il est 
aisé de découvrir les anciens noms do : Lemaître, Leroy, Tonne- 
lier, Lejeune, Leblanc, Lenoir, Loisean, etc., qu'on retrouve en 
remontant dans l'histoire des familles... 

Nulle part on n'a égalé la folie de Louis XIV et de ses prédéces- 
seurs faisant massacrer ou expulser plus d'un million des commer- 
çants les plus entreprenants et des meilleurs ouvriers de France, et 
rarement hospitalité a été aussi richement récompensée que le fut 
celle que l'Angleterre accorda aux réfugiés français. C'est à leur 
habileté en horticulture qu'on doit les célèbres marchés de lleursde 
Wandsivorth, Batto'sea et Bermondsey. Us furent au premier 
rang dans le domaine des arts et du commerce. Encqre aujourd'hui 
ce sont leurs descendants qui fabriquent le meilleur'pnpier et c'est 
de la manufacture des Portai, une de ces familles, que sort celui 
dont est fait le billet de banque anglais. Leur place n'a pas été 
moins élevée dans le domaine de la science, de l'histoire et de la 
littérature. Aussi la fortune et la noblesse ont-elles souvent récom- 
pensé leur travail et leur talent; plusieurs dos fiefs anglais sont 
aujourd'hui possédés par leurs héritiers. Le sang huguenot coule 
dans les veines des Badnor, Clancarty, de Blaquiere, Bendle- 
sham, Taunton, Romilly, et, par alli.ince,daiis celles des Bussell, 
Elliot, Temple, Cavendisli, et Osborne... Le nombre des meilleurs 
Français d'il y a deux siècles que le fanatisme et la cruauté valurent 
à l'Angleterre fut si grand que rénergic vitale de leur patrie d'adop- 
tion en fut renouvelée. 

N. W. 

Le Gérant : Fisciibacher. 



BoUULOTON. — Imprimeries réunies, E. 



BXJJL.IjE3TIN 



. DE LA ■ ': . 

SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECUEIL MENSUEL, IN-8». " 

JLTI8. — LES ABONNÉS DONT LE NOM OU L'ADRESSE NE SE- 
RAIENT POINT PARFAITEMENT ORTHOGRAPHIÉS SUR LES BANDES 
IMPRIMÉES SONT PRIÉS DB TRANSMETTRE LEURS RECTIFICATIONS 

A l'administration. 

On peut se procurer les volumes parus du Bulletin aux prix suivants : 





année, 


1852 






1853 






1854 






1855 






1856 


6« 




1857 


7* 




1858 


8« 




1859 



9« : — 

iOe _ 



1860 
1861 





11» 


année, 1862 \ 




12» 


— 


1863 \ 




13* 




1864 


20 fr. 


14» 




1865 


le volume, 


15» 




1866 




16» 




1867 




17» 




1868 : 




18» 




1869 




19«- 


20«— 


1870-71 




21V 




1872 \ 




22» 




1873 / 




23» 




1874 J 




24» 




1875 1 




25« 




.1876 1 




26« 




1877 1 




27V 




1878 




28» 




1879 




29» 




1880 


30 fr. 


30« 




188* / 


le volume. 


31° 




1882 / 




32« 




• 1883 ) 




33e 




1884 ) 



20 fr. 
le volume. 



10 fr. 
le volume. 



Chaque livraison séparée : 2 francs. 

Une livraison de Tannée courante ou de la précédente : 1 fr. 25. 
On ne fournit pas séparément les livraisons des 7<*, 9^ et 10*^ annéés. 
Une collection complète (1852-1883) : 320 francs. 
Table générale des matières des 14 premières années francs. 




SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'DTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET DU 13^ JUILLET 1870 

Médaille d'or . TExpocdUon universelle de 199 §t 



ADMINISTRATION. LIBRAIRIE 6. FISCHBACHER. 33, RUE DE SEINE 



Le Bulletin paraît le 15 de chaque mois, par cahiers de trois 
feuilles au moins. On ne s'abonne point pour moins d'une année. 

Tous les abonnements datent du l'''^ janvier, et doivent être soldés 
à cette époque. 
Le prix de Tabonnement est ainsi fixé : 

40 fr. » ponr la France, TAlsace et la Lorraine. 
12 fr. 50 pour la Suisse. 
15 fr. ) pour rétranger. 
7 fr. 50 pour les pasteurs des départements. 
10 fr . » pour les pasteurs' de l'étranger. 
La voie la plus économique et la plus simple pour le .paiement 
des abonnements est l'envoi d'un mandat sur la poste, au nom de, 
M. Alfred Franklin, trésorier de la. Société, rue de Seine, 3^, à Paris. 

Les ' mandats-poste internationaux devront porter la mention : 
Payable Bureau ib {rue Bonaparte), ' 

Nous ne saurion$ trop engager nos abonnés à éviter tout inter^ 
médiaire, mime<ielui des libraires. 

Les personnes qui n'ont pas soldé leur abonnement au 
15 mars reçoivent/une quittance a domicile, avec aug- 
mentation, pour frais de recouvrement, de : 
1 fr. » pour les départements; 
1 fr. 50 pour l'étranger. . 
Ces chiffres sont loin da couvrir les frais qu'exige la présentation 
des quittances; V administration préfère donc toujours que les abon-^ 
nements lui soient soldés spontanément. 



LE PRIX DE CE CAHIER EST FIXÉ A I fR. 25 POUR 1885 



34° AISTNÉE. — 1885 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 



BULLETIN 

HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE 



TROISIEME SERIE. — QUATRIEME ANNEE 
No 6. — 15 Juin 1885 




PARIS 

AGENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ 

LIBRAIRIE FISGHBACHER (SOCIÉTÉ ANONYME) 

2o, RUE DE SEINE, 33 
LONDRES. — Nutt, 270, Stiand. i LEIPZIG. — F. Brockhaua. 

AMSTERDAM. — Van Bakkenes et C'« | BRUXELLES. — Veyrat (M"«). 

1885 



BouuLOTON. — Imprimeries rounles, B. 




I 

! 



i 
3 

! 



; 



SOMMAIJRE 

Pages. 

ÉTUBES HISTOMQÏJES 

M. J. Gaufrés. — Ijcs collègues protestâmes. Pont-de- 



Vcyie (1603-1662) 244 

DOCUMENTS 

Léon GaDIER. — Les pasteurs du Béarn au siège de 

Wavarrenx (1569 .) 258 

N. WeiSS. — Le refuge à Ips^ich (Angleterre) en juin 

1685 276 

— l<a Révocation en Dauphiné en juin 1685. 277 

MÉLAIVGES 

F. PuAUX. — Éphémérides de l'année de la Révocation 

de l'Édît dérivantes. (Juin 1685.)... 280 

BIBÎ.ÏOORAPHIE 

J. Bonnet. — Louis de Gccr, par Pierre de Wîtt. ..... 284 

L. MaRLET. — - Beux conférences sur la famille de 

Coligny .... 285 

N . WeISS. — lies Synodes du Béscrt . . • 287 

J. Bonnet. — M. le pasteur Boisset, M. Marc Monnier, 

etc 288 



Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin devra être désor- 
mais adressé, sous le couvert de M. le Président de la Société, à 
M. N. Weiss, secrétaire de la rédaction, 16, place Vendôme, Paris. 



Prière d'adresser, place Vendôme, 16, les livres, estampes, mé- 
dailles, etc., offerts à la Bibliothèque de la Société, ouverte au 
public le lundi et le jeudi, d'une heure à cinq heures. 



LES GRANDES SCÈNES HISTORIQUES DU XVI^ SIÈCLE (Recueil de 
Tortorel et de Perrissin). Quarante-quatre livraisons de cette heWe publi- 
cation sont en vente au prix de 3 francs la livraison. 

LA FRANCE PROTESTANTE. Deuxième édition. Cinquième volume. 
Première partie. Art. Daage — Du Bec-Crespin. Prix : 5 fr. pour les sous- 
cripteurs. 

HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES ÉGLISES RÉFORMÉES AU 
ROYAUME DE FRANCE, par Th. de Bèze. Edition nouvelle par feu 
G. Baum et Ed. Gunitz. Tomes 1 et 2. Prix : 40 fr. 

ÉTUDE SUR LES ACADÉMIES PROTESTANTES EN FRANCE AU XVP 
ET AU XVIP SIÈCLE, par D. Bourchenin. Prix : 6 fr. 

PAUL RABAUT, SES LETTRES A ANTOINE COURT (1739-1755) avec 
notes, portrait et autographe, par A. Picheral-Dardier, et une préface 
par Ch. Dardier. 2 vol. in-8°. Prix : 12 fr. 

HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE, DU COMTAT VE- 
NAISSIN ET DE LA PRINCIPAUTÉ D'ORANGE,parE. Arnaud, 2 vol. 
in-8°. Prix : U fr. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



ÉTUDES I-IîSTOliîQUES 



LES COLLÈGES PROTESTANTS 

PONT-DE-VEYLE 

Le beau livre de M. le professeur Nicolas sur V Académie 
protestante de 31 ontauhan et celui de M. le pasteur Bourchenin 
sur les Académies protestantes en général, nous offrent l'oc- 
casion, que nous saisissons avec plaisir, de revenir à nos 
récits sur l'histoire des collèges protestants. Les deux écri- 
vains, dont l'un nous donne le fruit d'une vaste érudition et 
d'une sagacité consommée, et dont l'autre vient d'obtenir 
pour ses débuts on Sorbonne le grade de docteur ès-lettres, 
ont réuni sur le double sujet des Académies et des Collèges 
tous les renseignements qu'il a été possible de rassembler 
jusqu'ici. Pour aller plus loin, en ce qui concerne les collèges, 
notre sujet spécial, il faut puiser à de nouvelles sources, con- 
sulter les procès-verbaux des synodes de province et les 
archives des consistoires. Les synodes provinciaux étaient, 
en effet, les intermédiaires réguliers entre le synode national 

xxxiv. — 16 



242 LES COLLÈGES PROTESTANTS. 

et les collèges et ils s'intéressaient à ces établissements de la 
façon la plus active. D'autre part, les consistoires du lieu où 
était établi le collège étaient chargés de sa direction générale, 
du soin de le surveiller, de faire les nominations des profes- 
seurs, de rendre compte au colloque de la gestion financière 
et de la situation morale. Mais, soit que les consistoires 
n'aient pas tenu leurs procès-verbaux avec le même soin que 
les synodes, ou que le temps les ait moins respectés , leurs 
archives sont loin de fournir à l'histoire tous les renseigne- 
ments qu'elle est tentée de leur demander. Elles sont muettes 
en particulier sur les destinées du petit collège qui va nous 
occuper aujourd'hui, celui de Pont-de-Veyle, et c'est aux 
seuls synodes de la province de Bourgogne qu'il nous est per- 
mis de recourir. 

La Bibliothèque de l'histoire du Protestantisme français 
possède, en une belle et exacte copie de M. le pasteur 
Auzière, les procès-verbaux de vingt-trois de ces synodes, sur 
les quatre-vingts au moins qui ont été tenus dans la période 
de l'Éditde Nantes. Ils vont de 1603 à 1682. Béunis à Ouhins, 
dans le Lyonnais, à Buxy, à Parey, à Is-sur-Tille, à Arnay-le- 
Duc, à Couches, en Bourgogne; à Pont-de-Veyle dans la 
Bresse; à Gex, dans l'ancien baillage de ce nom, ils rappellent 
par là même l'étendue de la province ecclésiastique qu'ils 
représentaient et contiennent presque tous quelque indica- 
tion sur le collège qu'elle était chargée d'entretenir. C'était 
un tout petit collège, de deux ou trois régents, pareil d'ail- 
leurs à la plupart des autres collèges protestants. En dehors 
de ceux qui étaient annexés aux académies et qui, par l'im- 
portance des villes dans lesquelles ils étaient établis, Nîmes, 
Montauban, Saumur, et par la renommée des cours d'ensei- 
gnement supérieur, attiraient une population scolaire consi- 
dérable, les collèges protestants étaient fort modestes. Ceux 
de la Rochelle, Castres, Bergerac faisaient presque fcuIs 
exception. Les autres, placés dans de petites villes ou de gros 
villages, fonctionnaient dans des conditions analogues à 



LES COLLÈGES PROTESTANTS. 243 

celles du collège actuel de La Tour, dans les vallées vaudoises 
du Piémont, ne réunissant qu'un petit nombre d'élèves logés 
dans d'honnêtes familles et ayant surtout en vue la prépara- 
tion des futurs ministres. Ils répondaient à peu près à l'idée 
que donne d'eux une affiche apposée à Charenton pour 
annoncer l'ouverture du collège de Glermont en 1609 et con- 
servé dans le journal de l'Estoile : 

« 11 y a un collège établi à Glermont en Beauvoisis, en Picardie et 
trois régents pour enseigner la langue latine, grecque, l'écriture, l'arith- 
métique, la musique, la rhétorique, la dialectique et la logique. Si quel- 
qu'un a désir d'y envoyer enfants, l'église aura soin de les mettre en 
pension et le principal et autres personnes auront charge tant de leurs 
personnes que de leur instruction. Les pensions seront de quarante 
écus ou de telle autre somme que de raison. » 

Il y avait, en effet, des pensions de divers prix et souvent, 
comme à Saumur, la même pension admettait des prix 
différents correspondant à des portions ou tables différentes. 
L'égalité contemporaine ne pouvait exister sous l'ancien 
régime. 

Le collège de Pont-de-Veyle était déjà fondé en 1603. Dès 
la promulgation de l'Édit de Nantes et même dès 1596, les 
synodes nationaux avaient prescrit l'érection de collèges 
dans les diverses provinces et annoncé l'intention d'affecter à 
chacun d'eux une part des deniers que le roi mettait annuel- 
lement à la disposition des églises. La province de Bourgogne 
s'était hâtée de profiter de cet avantage pécuniaire ; elle avait 
décidé la fondation non d'un collège, mais de plusieurs. 
Mais une fondation est toujours laborieuse et lente, et, au 
synode d'Oullins en 1603, la compagnie, jugeant que les 
églises autorisées à se pourvoir de pareils établissements ne 
s'étaient pas assez hâtées, transféra à d'autres cette faveur. 
L'église de Paray-en-Charollais (Paray-le-Monial) fut ainsi 
mise concurrement avec Pont-de-Yeyle en possession d'un 
collège. 



244. LES COLLEGES PROTESTANTS. 

L'année suivante, au synode de Buxy, cent vingt livres sur 
les deniers octroyés par le roi furent accordés à ces deux col- 
lèges. On était au début d'une période de paix et d'espérance 
et il paraît qu'une vive émulation régnait entre les églises de 
la province pour tirer le meilleur parti des circonstances dans 
l'intérêt du savoir et de la piété. En 1610, il y avait en Bour- 
gogne quatre collèges au moins, à Pont-de-Veyle, Paray, 
Buxy, îs-SLir-Tille, et cela ne suffisait pas : on projetait d'en 
créer un de plus à Bourg. L'année suivante (1611) ce collège 
de Bourg était fondé, non pour longtemps, l'incendie du 
temple, qui ne put être rebâti, ayant rendu précaire la célé- 
bration du culte dans cette ville, et un autre collège existait 
en outre à Couches. 

La distribution des deniers à ces collèges par le synode 
d'Arnay-le-Duc est assez inégale : Paray a 270 livres; Couches 
(iO; les autres, 36 chacun. Paray était-il considéré comme le 
chef-lieu académique de la province, ou avait-il à faire face 
exceptionnellement aux frais d'une plus grande installation ? 
nos documents ne fournissent sur ce point aucune lumière, 
ils signalent le colloque de Lyon comme chargé de vérifier 
les comptes d'un de ces établissements. 

On voit que la tendance n'est pas nouvelle chez les protes- 
tants de France, quand il y a une œuvre excellente à fonder. 
d'en établir plusieurs pour se faire concurrence et s'affaiblir 
réciproquement. Le synode national de Tonneins (1614) y mit 
cette fois bon ordre : il décida qu'il n'y aurait qu'un collège 
par province, deux au plus, et que, aux deniers de l'octroi, 
les provinces devraient a ajouter du leur tout ce qui serait 
possible pour les rendre tels qu'ils pussent porter à bon 
droit le nom de collèges. » C'est assez dire que tous ces petits 
établissements, hâtivement nés à Buxy, Couches, Is-sur- 
Tille, etc., ne méritaient pas ce nom. Celui de Pont-de-Veyle 
fui seul maintenu; on supprima celui de Paray, malgré les 
sacrifices qu'on avait faits pour lui : les autres avaient 
eu sans doute peu à faire à redevenir successivement de 



LES COLLÈGES PROTESTANTS. 245 

simples écoles, et te synode suivant, celui de Paray en 1618, 
édicta un règlement spécial pour le collège unique dont il 
s'agissait d'assurer l'excellence et la durée. 

Ce n'est pas l'importance de Pont-de-Veyle qui fit donner à 
ce joli bourg de la rive gauche de la Saône la préférence sur 
ses rivaux de la province. ïl n'a guère aujourd'hui que 1350 
habitants et ne devait pas en avoir beaucoup plus au commen- 
cement du xvif siècle ; mais il comptait une assez forte pro- 
portion relative de protestants et se trouvait dans une situa- 
tion centrale par rapport à d'autres villages réformés. Il 
avait depuis 1599 un temple et un consistoire. Plus tard, en 
1613, la seigneurie de Pont-de-Veyle fut acquise par Lesdi- 
guières, qui, à neuf années encore de son abjuration, y pro- 
tégea la réforme et s'efforça de la maintenir contre ses adver- 
saires. Il logea le collège dans son château. 

A la nouvelle de la fondation d'un collège protestant, les 
jésuites étaient en effet accourus selon leur constante habi- 
tude pour fonder un enseignement rival et le soutenir de 
leurs intrigues ^ Ils y mirent une ténacité qui ne s'est pas 

1. Voy. sur l'établissement des jésuites à Pont-de-Veyle plusieurs pièces 
curieuses dans la Correspondance de Lesdiguières (Grenoble, in-i" 1881, t. ÎI, 
p. 150-152). On en jugera par cette lettre de Lesdiguières, du 10 juillet 1618, 
que nous empruntons à ce recueil, p. 197. 

A monsieur de la Coste, mon chastelain de Pont-de-Veyle, 

Chastelain de Pont-de-Veyle, vous vous estes plaint de ce que je ne vous 
avoit cscript aussy bien qu'à monsieur Rebuis de la volonté que j'avois que l'es- 
cholle des enfants de ceux de la religion fust establie et logée en quelques 
chambres de mon chasteau. Je croyois que c'estoit assez de lui en escrire el 
que levons ayant faict sçavoir, vous vous conformiez à mon désir. Je vous dis 
donques maintenant que je le veux ainsy, et faictes qu'il n'y aye point de dif- 
ficulté, soit pour le prix, que je veux estre modéré, ou pour quelque autre occa- 
sion que ce soit, autrement je croiray que vous estes désobéissant à mes 
intentions et adviseray aux moyens de mètre quelque autre à vostre charge qui 
y obéyra. Ce n'est pas seulement pour ce point que je vous escry ainsy, mais c'est 
aussy par ce que je sçay que vous estes fauteur des jésuites et que vous avez dit 
qu'il cousteroit tout vostre bien ou qu'ils ne sortiront point du Pont de Veyle.. 
Vous ave7, aussi parlé dans la même intention à madame de Ragny affm de tant 



246 



LES COLLÈGES PROTESTANTS^ 



démentie jusqu'à nos jours. La concentration des efforts des 
réformés sur ce point était donc fort opportune. (Is y ajou- 
tèrent de pressantes exhortations en faveur d'une éducation 
spécialement protestante. Le synode national de Privas avait 
pris cette délibération en 1612 : « Les pères et mères sont 
exhortés à prendre sérieusement garde à l'instruction de 
leurs enfants qui sont la semence et la pépinière de l'église 
et tous ceux qui les envoient aux écoles des prêtres, des 
jésuites et des nonnains seront fortement censurés. )> Le 
synode provincial de Paray renouvela celte ordonnance, 1618 : 

« Il est enjoint à tous les pasteurs et consistoires de faire toute dili- 
gence à ce que les pères et mères qui souffrent que leurs enfants aillent 
à la messe et permettent qu'ils soient instruits par les prêtres, jésuites, 
moines, religieux et nonnains, les retirent promptement pour les faire 
instruire en la vraie religion. Et ne le faisant, seront contraints par 
toutes les voies ecclésiastiques et les consistoires seront tenus en rendre 
compte au prochain colloque ou synode de la Province. » 

Enfants protestants, enseignement protestant, nos pères 
ne comprenaient pas qu'on méconnût ce simple principe. 

Le règlement édicté par le synode de Paray pour assurer la 
prospérité du collège ne nous est pas parvenu. Nous n'en 
connaissons que les traits généraux par quelques indications 
indirectes et par la comparaison avec les autres règlements 
du même genre. Le consistoire de Pont-de-Veyle était chargé 

plus les affermir, et de plus quand vous voyez de mes lettres sur ce subject vous 
les atribués à mes secrétaires, commesi elles venoient d'autres et non de moy. 
Vous vous trompez en cela et ne vous gouvernez pas en vos autres paroles et 
actions comme vous debvriez pour vivre avec moy. Changez donc d'humeur, si 
vous désirez que je ne change point de chastelain, car vous ne pourriez dé- 
mourer en cette charge qu'autant qu'il me plaira, et il me plait bien que vous 
y soyez si vous suivez ces miens advis que la présente doit vous faire 
cognoistre. 

A Grenoble, ce 10" de juillet 1G18. 

Vostre entier et parfait amy, 
Lesdiguières. 

{Noie de la Héd.) 



LES COLLÈGES PROTESTANTS. 247 

de surveiller le collège au point de vue des études et des 
mœurs; il nommait les régents quand les chaires venaient à 
vaquer dans l'intervalle des synodes et tenait la main à ce 
que les leçons de catéchisme fussent régulièrement données le 
samedi. Car il se faisait, l'après midi du dimanche, dans 
chaque temple, un catéchisme auquel les fidèles étaient invi- 
tés à assister et où la présence des enfants était exigée. On y 
préparait donc les collégiens le samedi. Le texte de la leçon 
qui leur était faite était en français, en latin ou en grec, selon 
leur classe. Telle était l'ordonnance du synode national de 
Charenton, dont le synode provincial de Buxy 1625 exigea 
l'observation en ces termes : 

« Les consistoires des lieux où les collèges sont établis sont 
chargés de faire observer la délibération du synode national 
portant que les régents feront lire à leurs disciples par cha- 
cun samedi, une section entière du grand catéchisme en latin 
ou en grec suivant leur portée, la leur feront apprendre par 
cœur et leur en donneront une familière exposition. » L'idée 
était excellente, et elle est trop peu suivie aujourd'hui, d'ap- 
pliquer les langues étrangères aux matières les plus familières 
aux élèves afm de ne pas compliquer la difficulté des choses 
par celle des mots. Cet usage successif du français, du latin, 
du grec dans les leçons de catéchisme était d'ailleurs un ingé- 
nieux moyen de retenir longtemps les enfants à l'instruction 
religieuse dont l'intérêt se trouvait ainsi renouvelé. 

La comptabilité du collège regardait l'église de Lyon, chef- 
lieu du colloque des églises de la Bresse. Une église par pro- 
vince était ainsi chargée de surveiller les fonds destinés aux 
collèges et de réunir les pièces justificatives des dépenses 
pour les présenter ensuite au synode national. C'est ce que 
nous trouvons rappelé par les deux synodes provinciaux de 
Buxy en i625 et 1634, et par le synode national de Charenton 
en 1631. Le collège de Pont de Veyle n'avait pas plus que les 
autres une comptabilité parfaite. Ses comptes avaient été 
approuvés sans observation au synode de Tonneins, 1614'pour 



24-8 LES COLLÈGES PROTESTANTS. 

4612 et 1613; mais il y eut à épiloguer dans la suite. Pour les 
années 1617, 1618, 1619, il ne put justifier de l'emploi que 
de 380 livres sur les 400 qu'il recevait et fut prié par le 
synode d'Alais de rendre compte da tout à l'avenir. A Cha- 
renton, 1623, on voit que la province de Bourgogne a oublié 
d'apporter les quittances; à Castres en 1626, elle n'a rien 
apporté du tout et le synode national fait cette remarque 
désobligeante qu'elle se trouve n'avoir obéi ni au précédent 
synode général, ni à deux synodes provinciaux. A Gharenton 
en 1631, elle n'a pas plus apporté de comptes que la plupart 
des autres provinces du royaume. Il est vrai que la question 
des comptes allait se trouver désormais singulièrement com- 
pliquée. 

Aux 400 livres que la province recevait annuellement pour 
son collège par l'entremise du synode général, le synode de 
Paray ajouta 100 livres en 1618, mais pour une fois seulement, 
à condition que le collège fût établi conformément au règle- 
ment adopté. Aux termes de ce règlement, le personnel du 
collège se composait de trois fonctionnaires : un écrivain et 
deux régents. Le premier était sans doute chargé de l'admi- 
nistration, de la surveillance du matériel, des rapports avec 
les consistoires de Pont-de-Yeyle et de Lyon, vraisemblable- 
ment aussi des leçons d'écriture qui se donnaient l'après- 
midi aux classes élémentaires. Les régents se partageaient 
l'enseignement classique; le plus occupé des deux était sans 
doute celui qui était chargé des classes de grammaire tou- 
jours plus nombreuses. Les élèves avancés devaient prendre 
volontiers le chemin de Die ou de Genève où les attirait la 
réputation d'académies fameuses. Le synode de Paray avait 
procédé à l'examen des deux régents, les sieurs de Roche et 
Ghouain, et, les ayant jugés propres à enseigner, avait enjoint 
au consistoire de Pont-de-Veyle de leur confier les classes. 
Nous ne savons rien de ces deux professeurs dont les noms 
ne reparaissent pas dans nos documents, à moins que le pre- 
mier ne se retrouve quelques années plus tard, en 1625, sous 



LES COLLÈGES PROTESTANTS. 249 

le nom modifié de Pierre de la Roche er, réclamant au consis- 
toire de Pont-de-Veyle 40 écus « à lui dûs de reste du temps 
de son service comme recteur des écoles. » A cette date les 
régents du collège sont changés. Voici, en effet, ce que décide 
le synode de Buxy : 

« Le collège de la province est continué au Pont de Veyle, tant qu'il 
plaira au synode, aux gages de iOO livres qu'ils toucheront de six mois 
en six mois et sans diminution, autorisant la convention faite avec 
M. François Tixier écrivain dudit collège jusqu'au synode prochain. 

Lenoir et Jaumet ont été retenus pour régents, qui auront chacun 
150 livres de pension, et d'autant que cet entretien excède la somme de 
400 livres, demeurent les 4-0 livres destinées à l'école de Bourg en 
accreiie audit collège de Pont de Veyle, l'église étant chargée du surplus 
(10 livres) et de la direction du collège, » 

En 1626 la convention avec Tixier et ses deux collègues 
tient toujours et on leur paie à tous trois huit livres pour frais 
de voyage au synode d'Is-sur-Tille auquel ils ont dû fournir 
sans doute des renseignements sur leurs leçons et leurs 
élèves. Les deux régents profitent d'ailleurs de l'occasion 
pour demander d'être logés aux frais des églises et leur 
demande est agréée. 

A l'époque où nous sommes parvenus, 4620-1630, époque 
où la guerre civile rallumée dans le Midi et l'Ouest épuise le 
peuple protestant, le consistoire de Pont-de-Veyle commence 
à laisser paraître quelques signes de découragement et à 
encourir des reproches. Le poids d'un collège était lourd à 
porter; les synodes nationaux et provinciaux exigeaient un 
compte sévère de la gestion financière et de la surveillance 
morale, aussi pénibles l'une que l'autre dans de pareilles cir- 
constances. En 1620, on surprend déjà un symptôme de 
fatigue dans la demande de la province de changer son col- 
lège en écoles. Le synode d'Alais n'eut garde de prêter 
l'oreille à ce vœu et l'église du lieu, qui s'obérait pour faire 
son devoir, dut élever de temps à autre des plaintes. A ces 



250 LES COLLÈGES PROTESTANTS. 

plaintes, le synode de Pont-de-Veyle répondit par des repro- 
ches et des menaces : 



« Le collège de la province est confirmé à Pont de Veyle jusqu'au 
synode prochain, auquel temps sont exhortés les consistoires de chacune 
église, et notamment celle d'Arnay-le-duc, de pourvoir à la translation» 
si faire se doit. 'Et le consistoire de Pont de Veyle est sérieusement 
exhorté à une plus grande inspection sur ledit collège et mettre ordre 
qu'il soit en meilleur état et la jeunesse mieux instruite. » 

Mais quand l'ardeur ou la confiance faiblissent, il est rare 
que les exhortations et les reproches aient la vertu de les 
rallumer. Il fallut exécuter la menace de translation. En iQSÂ 
le synode de Buxy « remit le collège » non à l'église d'Arnay- 
le-duc, qui avait paru désignée sept ans auparavant, mais à 
celle de Couches, « aux gages accoutumés » et l'église fut 
(( exhortée d'y veiller et de certifier le synode du devoir qu'elle 
y aurait fait. » Pont-de-Veyle ne réclama pas; son consistoire 
se borna à demander la restitution de 235 livres 10 sols qu'il 
avait déboursés pour le collège, plus 40 livres pour frais de 
voyage au synode, et, le compte se trouvant exact, satisfaction 
lui fut donnée. 

Mais les temps devenaient durs et la difficulté d'entretenir 
les collèges allait terriblement s'aggraver. Pour suffire aux 
dépenses de celui de Couches sans imposer au consistoire de 
la ville les charges dont Pont-de-Veyle n'avait plus voulu, le 
synode de Buxy décida qu'on verserait dans les deux mois à 
l'église de Lyon le produit du quint denier des aumônes qui 
avait officiellement reçu cette nouvelle destination. 

Cette question du quint denier qui n'a laissé que peu de 
souvenir dans nos traditions protestantes, est une de celles 
qui ont le plus douloureusement pesé sur nos pères dans la 
seconde période du régime de FÉdit de Nantes. Dès 1626 l'oc- 
troi royal cessa d'être payé. C'était une somme ronde de 
43,300 écus d'abord, beaucoup moins dans la suite, qui, en 
échange des dîmes ecclésiastiques payées par les protestants 



LES COLLEGES PROTESTANTS. 251 

comme partout le monde, leur permettait d'entretenir le culte, 
de salarier les pasteurs, de doter les académies et les collèges. 
Au premier synode national qui se réunit après cette sup- 
pression, les plaintes furent vives; des économies radicales 
furent proposées, et notamment la fermeture de plusieurs 
académies. Mais nos pères ne reculaient pas volontiers : 

« Sur la proposition de réduire le nombre des académies, il fut résolu 
d'un commun consentement de les maintenir toutes comme Eiussi les 
coîèges qui étaient déjà établis dans chaque province, parce qu'ils 
étoient les séminaires et les pépinières de l'Église de Dieu et que, sans 
ces universités et colèges, il seroit du tout impossible de pourvoir à 
l'instruction de la jeunesse et aux besoins de nos troupeaux qui seroient 
destitués lorsque leurs pasteurs viendroient à mourir. » 

Mais par quel procédé pourvoir à leur entretien ? Le même 
synode de Gharenton (1631) décréta que : 

a. Jusqu'à ce qu'on pût recueillir les fruits des libéralités de Sa Majesté, 
on mettrait en réserve le cinquième denier de toutes les charités, dont 
on tirerait une certaine somme qui serait employée à l'entretien de nos 
dites universités et collèges et cela, par voie d'avance ou de prêt seule- 
ment, et qu'on en ferait la restitution aussitôt que nous aurions reçu les 
sommes qui nous auraient été accordées par S. M. » (Aymon, Synodes 
nationauxy IJ, 511, 51 

Il est superflu de dire qu'on ne reçut jamais ces sommes 
et que le quint denier, emprunté d'abord à la Caisse des 
pauvres pour l'entretien des académies et collèges, garda 
définitivement cette alfectation, témoignage éclatant de l'atta- 
chement exceptionnel des protestants pour le savoir et les 
études, preuve éloquente que, à leurs yeux, l'éducation 'de la 
jeunesse était un devoir aussi sacré que celui de la charité ! 

Six ans plus tard, le synode d'Alençon (1637), cédant au 
scrupule que lui inspirait ce virement désolant et nécessaire, 
faisait appel à toutes les libéralités pour fonder sur des 
offrandes volontaires l'entretien des universités et des col- 



252 LES COLLÈGES PROTESTANTS. 

lèges. Il exhorta toutes les églises et les seigneurs, les gen- 
tilhomes et les particuliers : 

« De préférer le service de Dieu, la gloire de son saint nom, et le ré- 
tablissement de l'ordre dans sa maison, à tous les intérêts mondains, 
quels qu'ils prissent être, et de consacrer, chacun selon ses moiens, 
quelques ofrandes à Sa Majesté divine, et de lever entr'eux les impôts 
nécessaires pour l'entretien do nos universités et colèges, et d'exercer 
en cela la charité, et la piété chrétienne, en suportant ceux qui ne 
seroient pas également en état de contribuer. » (Aymon II, 584). 

Le morceau tout entier devrait se trouver dans toutes les 
chrestomathies et dans toutes les mémoires. La lecture en 
chaire en fut longtemps ordonnée. De beaux dons, de larges 
générosités répondirent à ce pressant appel, mais non la pro- 
portion requise. Le synode de Charenton (1645) établit dans 
chaque province des receveurs du quint denier et mit chacune 
des académies à la charge des provinces de son voisinage. 
On dut même aller plus loin dans la suite et indiquer à chaque 
professeur la ville ou le groupe de villages chargés d'assurer 
son salaire. C'est dans ces circonstances que le collège de 
Pont-de-Veyle passait à la petite ville de Couches. On devine 
aisément qu'il n'y vécut pas et que la translation ne fut que 
la constation de son décès. 

En même temps devait s'éteindre aussi le collège de la 
pelile ville de Gex. il avait fourni depuis 1613 une carrière 
assez prospère. Gom.pris dans la province ecclésiastique de 
Bourgogne, le baillage de Gex formait néanmoins une sorte 
de sous-province jouissant d'une certaine indépendance et la 
règle d'un seul collège par province ne lui avait pas été appli- 
quée, îl y avait à cette exception une raison géographique et 
une raison historique et fmancière. La première est cette 
haute barrière du Jura qui sépare le pays de Gex de la Bresse 
et en fait plutôt une dépendance naturelle de la Suisse. Les 
habitants tournaient d'autant plus volonliej^s leurs regards 
vers Genève que, détachés de In Savoie, ils avnicntfait assez 



LES COLLÈGES PROTESTANTS. 253 

longtemps partie de la Confédération helvétique et qu'ils 
avaient reçu la réforme en même temps que les villes du 
Léman. La réforme leur avait apporté la môme liberté qu'à 
Lausanne, à Genève, à Neuchâtel. Quand le traité de Lyon en 
1601 eut annexé le pays de Gex à la France et qu'on s'avisa 
d'y appliquer un peu plus tard l'édit de Nantes, cette charte 
des libertés protestantes pour les anciens sujets français fut 
pour les nouveaux un recul vers la sei-vitudc. Nombre de 
temples furent ou supprimés ou rendus à l'église catholique. 
Pour indemniser en quelque mesure les protestants dépouil- 
lés, Louis Xllï consentit à contribuer d'une certaine somme 
d'argent à la reconstruction de leurs temples dans les condi- 
tions exigées par la nouvelle loi : il leur accorda en outre sur 
les deniers de l'octroi une subvention particulière de 3 600 
livres pour l'entretien de leurs pasteurs et de leurs collèges, 
subvention qui fut régulièrement payée par les synodes na- 
tionaux de 1614- à 1631 sans préjudice de l'allocation ordi- 
naire qui leur revenait sur les mêmes deniers. Ainsi ni les 
ressources pécuniaires ne manquèrent au collège, ni le per- 
sonnel enseignant ne dut lui faire défaut, grâce au voisinage 
de Genève et de son académie. Nous ne savons rien d'ailleurs 
de l'organisation ni de la vie intérieure de cette école. 

Mais à partir do 1631, toute subvention cesse et le collège 
de Gex disparaît en même temps que celui de Pont-de-Yeyle. 
Ce dernier toutetois était destiné à revivre après une inter- 
ruption de vingt années. Les circonstances étaient critiques : 
le quint denier, péniblement levé, aurait peut-être suffi à 
l'entretien des deux ou trois régents : l'usage s'en était intro- 
duit depuis longtemps dans la Bourgogne. Dès 1610, seize 
ans avant la suppression des deniers d'octroi, la province 
affectait le cinquième denier à l'entretien de ses écoliers et 
de ses proposants, souvent pauvres sans doute. Mais le gou- 
vernement de la Bourgogne et de ses annexes était depuis 
1632 aux mains du prince de Condé, le révolté du règne de 
Louis Xlll et le père du gi'and Condé, qui devait lui succéder 



254. LES COLLÈGES PROTESTANTS. 

comme gouverneur en 1647. Le père et le fils furent durs 
aux protestants, mais le père mit dans ses rapports avec eux 
ce degré d'arbitraire, d'inconséquence, d'imprévoyance qui 
le caractérisa toujours. En 1632, il interdit le culte en Bour- 
gogne ; en 1635 il le supprime de nouveau à Paray ; en 164-2 à 
Gex; il est vrai qu'il prêtait ensuite l'oreille aux réclamations 
et qu'il oubliait bientôt de faire observer ses arrêts. Mais 
avec lui les protestants n'étaient pas sûrs du lendemain et 
l'idée ne pouvait leur venir de relever leurs collèges. Leurs 
enfants, en attendant, allaient étudier à Die ne pouvant rester 
dans l'ignorance. 

La province de Bourgogne, placée dans la circonscription 
de cette académie avait à contribuer à son entretien pour 
la somme annuelle de 131 livres 4 sols, portée plus tard à 
200 livres. Pauvre ou découragée, elle payait mal. En 1637, 
elle devait de ce chef 161 livres; en 1645, 1023 livres pour 
sept années d'arrérages; en 1660, 995 livres 7 sols. Ses 
synodes, ses pasteurs ne cessaient pourtant de l'exhorler à 
plus d'exactitude. En 1654, le synode de Pont-de-Veyle prit 
cette décision : 

« Chaque église choisira deux de ses anciens ou diacres, lesquels, à 
l'avenir, à chaque jour de prédication ou prières publiques, mettront à 
part le quint denier des aumônes, lequel est destiné à cela, à peine de 
le payer de leurs propres deniers. Et les églises qui sont en reste de 
leur quotité pour ledit entretien prendront le quart desdits deniers, 
outre le quint accoutumé, jusqu'à tant qu'ils aient entièrement payé 
tous leurs échus et, où le quart ne suffirait pas, pourront prendre des 
intérêts de leurs légats (legs) ou autres deniers leur appartenant jus- 
qu'au parfait acquittement des échus de leur dite cote. » 

Ainsi sous leur responsabilité pécuniaire, les anciens et 
diacres délégués à la collecte du quint denier, pouvaient 
prendre jusqu'à 40 pour 100 de l'argent des pauvi^es pour le 
verser à l'académie dauphinoise, en y ajoutant encore sur 
d'autres fonds s'il en était besoin. 

Ainsi saignés à blanc, les protestants de Bourgogne trou- 



LES COLLÈGES PROTESTANtS. 255 

vérent qu'il fallait pousser plus loin l'esprit de sacrifice et 
relever le collège dePont-de-Veyle où les jésuites continuaient 
leur enseignement et leurs messes. En 1654', le synode de 
cette ville décida : 

« Le collège de la province est donné à l'église de Pont de Veyle, 
laquelle aura soin de se pourvoir de deux régents pour l'établir et 
d'avertir ensuite les églises voisines afin d'aviser aux moyens de le faire 
subsister. » 

Les églises voisines répondirent sans doute en envoyant 
leurs enfants et des subsides : leur effort futheureux. Deux ans 
plus tard, le synode de Gexput constater que les contributions 
volontaires ne manquaient pas : elles s'élevaient pour le col- 
lège à la somme de 560 livres destinées « à l'entretenement 
de trois régents. » Mais voici, dans l'organisation du collège 
restauré, une disposition imprévue. Sur les 560 livres, 450 
sont destinées à payer et loger deux régents à Pont-de-Veyle 
et, paraît-il, à contribuer au traitement de quelques pasteurs, 
tandis que les 110 livres restantes sont affectées à l'entretien 
et au logement du troisième régent, qui séjournera au pays de 
Gex « pour l'instruction de la jeunesse. » Ces 120 livres pro- 
viennent pour 60 livres, des « cotes » du pays de Gex et pour 
les 50 autres livres d'un prélèvement sur les recettes des 
autres parties de la province, le lyonnais excepté. Le consis- 
toire de Lyon figure encore dans cette convention comme 
trésorier de l'établissement : c'est lui qui reçoit les fonds et 
qui les distribue selon la règle adoptée par le synode. 

11 y avait dans cet arrangement une complication que les 
événements ne devaient pas tarder à simplifier. Le collège de 
Gex recueillit bien dans le pays les 60 livres destinées à son 
régent; mais il n'eut pas nouvelle des 50 livres de supplé- 
ment qu'il devait recevoir des autres églises. N'avaient-elles 
pas été levées? Les avait-on employées à un autre usage? La 
vérité est que les églises furent dès 1658 exonérées de cette 
dépense et qu'il ne fut plus question du régent spécial 



256 LES COLLÈGES PROTESTANTS. 

du pays de Gex. Quant au collège du Pont-de-Veyle, on le 
voit marcher d'une manière satisfaisante et le consistoire 
de l'église est loué de la surveillance qu'il exerce sur lui. 
En 4660, le même éloge est répété au synode de Couches 
qui semble pourtant se désintéresser de l'établissement : 
l'église de Pont-de-Yeyle, lisons-nous dans son procès-verbal 
(( peut entretenir le collège à ses frais, si bon lui semble. » 

Elle ne devait plus l'entretenir longtemps et la disparition 
du collège, en 166^, après huit années d'une seconde période 
d'existence, allait être définitive. L'édit de Nantes fut révo- 
qué, non 1685, mais en 1662, dans le pays de Gex et la Bresse. 
Les intrigues des jésuites et du clergé finirent par porter leurs 
fruits. On fit remarquer à Louis XIV que l'édit de Nantes ne 
concernait que les pays soumis à l'autorité royale en 4598. 
Louis XIII en avait jugé ainsi quand le Béarn fut annexé en 
4620, ets'était bien gardé d'appliquer l'édit réparateur dans les 
anciens états de son père. En 4662, Louis XIV déclara donc 
en conseil « l'édit de Nantes n'avoir lieu dans les pays réunis 
à la Couronne postérieurement à iceluy. » On s'était trompé 
pendant soixante ans en croyant le contraire ! 

En conséquence, le 46 janvier de cette année, le culte fut 
interdit en Bresse, notamment à Pont-de-Veyle; le temple fut 
condamné à être démoli ; le collège fut supprimé. Les autres 
églises de la région furent traitées avec la même rigueur. 
Vers la fin de l'année, vingt et un temples furent rasés dans 
le pays de Gex au milieu de la consternation publique. 
(( Éternel, dors-tu ? » s'écria une pauvre femme témoin de la 
destruction de celui du chef-lieu, et, sans l'intervention de 
l'épouse de l'intendant Bouchu qui faisait exécuter les ordres 
du roi, elle aurait cruellement expié ce cri de son désespoir. 

Un grand nombre de protestants de la Bresse et du pays 
de Gex prirent alors le chemin de l'exil et trouvèrent chez 
leurs frères de la Suisse l'accueil traditionnel de ce pays pour 
les malheurs de la France. D'autres purent rester et ne s'aban- 
donnèrent pas eux-mêmes. A l'Est et à l'Ouest, sur le Léman 



LES COLLÈGES PROTESTANTS. 257 

et sur la rive droite de la Saône, ils avaient des frères qui 
s'intéressaient à leur sort et s'efforçaient de leur venir en aide. 
Les synodes continuèrent à se réunir en Bourgogne, à Is-sur- 
Tille, à Couches, et le souci du collège à rétablir apparaît 
dans toutes leurs délibérations, sans que leurs efforts puissent 
être suivis d'effet. En 1682, à trois années de la révocation 
générale et définitive, le synode d'Is-sur-Tille renouvelle ses 
exhortations en faveur de l'instruction des enfants : 

« Est renouvelée l'injonction aux ministres et anciens des consistoires 
de même qn'aux chefs de famille, de s'employer avec toute la chaleur, 
le zèle et l'application possibles, à une si sainte œuvre, qui est d'autant 
plus agréable à Dieu que, en nous acquittant de ce saint devoir, nous ne 
travaillons pas seulement pour notre salut, mais encore pour celui de 
nos enfants, de Téducation desquels il est sans doute que nous sommes 
comptables à Dieu. Et sera le présent article lu en chaire. » 

Cet avis répété de synode en synode, a été suivi par les 
protestants du xvii' siècle avec une fidélité et une énergie 
admirables. On peut dire que l'éducation de leur jeunesse a 
été le premier et le plus constant de leurs soucis. Ce qu'ils 
voulaient lui inculquer, ce n'était pas seulement la piété, mais 
ce qu'ils appelaient « la vraie religion » , c'est-à-dire la piété unie 
à la vérité et aux mœurs. C'était là, à leurs yeux, le souverain 
bien, celui auquel il fallait sacrifier tous les autres, celui 
qu'ils entendaient maintenir à tout prix. C'est pour en assu- 
rer le maintien qu'ils ont fondé et entretenu leurs académies 
les plus célèbres et leurs plus humbles collèges, n'épargnant 
ni peines, ni démarches; toujours prêts à reprendre l'œuvre 
interrompue, à réparer leurs échecs, prenant sur leur super- 
flu, prenant sur leur nécessaire, sur le pain même de leurs 
pauvres. Et ils ont bien fait et nous n'avons qu'à les en bénir, 
car ce qui reste encore chez leui^s descendants de sincérité, 
de valeur morale, de force de caractère, n'est que le fruit loin- 
tain de leurs efforts et de leurs sacrifices. Paisse la postérité 
avoir à nous rendre dans deux siècles le même témoignage ! 

M.-J. Gaufrés. 
xxxiv. — 17 



DOCUMENTS 



DOCUMENTS POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA RÉFORME 

EN BÉARN 

LES PASTEURS DU BÉARN AU SIÈGE DE NAVARRENX 

La Société historique de Gascogne a publié récemment deux recueil 
de documents relatifs à la révolte du Béarn et de la Bigorre contre 
Jeanne d'Albret et à l'expédition entreprise par Mongommery, pour 
faire rentrer ces provinces sous l'autorité de leur souveraine ^ La partie 
la plus intéressante de ces publications est sans contredit la correspon- 
dance échangée pendant les troubles, et en particulier pendant le siège 
de Navarrenx, entre la reine Jeanne et ses officiers. En rendant compte 
du volume de M. Communay sur les Huguenots en Béarn 2, j'exprimais 
le regret que l'éditeur n'ait pas cru devoir ajouter à cette série de lettres 
si intéressantes, quelques-uns des nombreux documents, tels que or- 
donnances, comptes, etc., relatifs au siège de Navarrenx, qui sont con- 
servés aux Archives départementales des Basses-Pyrénées. Les Archives 
de la Chambre des comptes de Pau sont très riches en documents de la 
seconde moitié du xvi'' siècle; outre les comptes, rendus devant la 
Chambre par les trésoriers de Béarn et autres gens de finance, elles 
renferment toutes les pièces justificatives qui servaient à l'établissement 
et à la vérification de ces comptes. C'est parmi les pièces justificatives des 
comptes de Casamayor, trésorier des munitions de la ville de Navarrenx, 
en 1569, que j'ai retrouvé les quelques documents qui suivent et qui 
m'ont paru offrir un certain intérêt : ils nous donnent, en effet, la liste 
la plus ancienne que nous possédions des pasteurs du Béarn et, en nous 
révélant l'existence de paroisses inconnues jusqu'ici, ils nous rensci- 

1. Les Huguenots en Bigorre, docunnents publiés par MM. Durier et de Carsalade 
du Pont. — Les Huguenots dans le Béarn et la Navarre, par M. Communay — 
Archives historiques de la Gascogne, fasc. IV et VI (Paris et Auch, 1884-1885, 
2 vol. in-80) Le Bulletin a rendu compte du premier de ces deux volumes dans 
la livraison du 15 mars. 

2. Revue de Béarn, Navarre, et Lannes, t. III, p. 124.. 



LES PASTEURS DU BÉARN AU SIÈGE DE NAVARRENX. 259 

gnent sur l'état de la réforme dans ce pays, au moment de la révolte 
de 1569. 

La Réforme avait pénétré de bonne heure en Béarn, grâce à la pro- 
tection accordée aux idées nouvelles par Marguerite d'Angoulême, sœur 
de François P"" et femme de Henri II d'Albret, roi de Navarre. Antoine 
de Bourbon qui, en 1555, devint roi de Navarre, après la mort d'Henri 
d'Albret, favorisa d'abord le parti de la Réforme, qu'il devait abandonner 
en 1560, après sa réconciliation avec la cour de France. Mais c'est sur- 
tout grâce à l'influence de Jeanne d'Albret, sa femme, héritière du 
royaume de Navarre, des comtés de Foix et de Bigorre, de la vicomte 
de Béarn, etc., que la Réforme se répandit dans le Béarn, surtout après 
la conversion de cette princesse, en 1560, et la mort d'Antoine de 
Bourbon, le 17 novembre 1562 ^ Jeanne d'Albret entreprit la conversion 
du Béarn; encouragée par Calvin, qui entretint avec elle une correspon- 
dance qui a été en partie conservée, elle fit venir de Genève plusieurs 
ministres, parmi lesquels Pierre Viret, d'Orbe, et Raymond Merlin. Ce 
dernier écrivait, en 1563, à Calvin, deux lettres sur l'état de la Réforme 
en Béarn, qui sont un des plus précieux monuments que nous ayons 
conservés sur l'œuvre entreprise par la reine Jeanne 2. Mais si ces mi- 
nistres de Genève furent chargés d'organiser les églises nouvelles en 
Béarn, la Réforme fut prèchée dans ce pays en grande partie par des 
Béarnais; nous en trouvons la preuve certaine dans la liste de pasteurs 
que nous publions. 

La prédication de la Réforme avant la conversion de Jeanne d'Albret 
n'avait pas été sans produire des fruits; l'œuvre de deux ministres, par- 
ticulièrement protégés par Antoine de Bourbon, François Le Gay, dit 
Boisnormand et Henri de Barran, avait eu un certain succès; dès 1559, 
plusieurs Béarnais étudiaient la théologie à Genève, et nous en retrou- 

1. Pour l'histoire de Jeanne d'Albret, nous possédons un récit contemporain 
d'une grande valeur, VHistoire de Béarn et Navarre, par Nicolas de Bordenave, 
publiée par Paul Raymond, pour la Société de l'Histoire de France (Paris, Re- 
nouard, 1873, in-8°). 

M. de Ruble publie en ce moment une excellente monographie sur Antoine 
de Bourbon et Jeanne d'Albret, faisant suite à l'étude qu'il a consacrée au ma- 
riage de cette princesse. Le troisième volume de cet ouvrage, qui vient de 
paraître, renferme (p. 125 et suiv.) le récit de la conversion de Jeanne d'Albret 
et des appréciations très justes sur l'esprit dans lequel la reine de Navarre 
entreprit de convertir le Béarn au protestantisme. L'ouvrage de M. de Ruble 
s'arrête en 1561 ; pour la période qui suit, on consultera avec fruit VHistoire de 
Jeanne d'Albret, par Mlle de Vauvillers (Paris, 1818, 2 vol. in-8°). 

2. Bulletin du Protestantisme, t. XIV, p. 231. 



260 LES PASTEURS DU BÉARN 

vons quelques-uns parmi les ministres réfugiés à Navarrenx, en 1569, 
entre autres Bernard de Carrière, Archambaud Colomiès, etc. A peu 
d'exceptions près, la plupart des pasteurs portent des noms béarnais : 
Bertrand d'Arrac était d'une famille fort ancienne de Gan^, Bernard 
Formalaguer était de Loubieng^; Arnaud de wSalettes, Arnaud Borde- 
nave, Jean Touya^ Pierre Puyos étaient des Béarnais; Arnaud Lan- 
decheverry, Tardetz étaient des Basques. L'œuvre de la Réforme avait 
donc pris racine en Béarn et en Navarre, et c'est à tort qu'on a voulu 
représenter la conversion du pays à cette époque, comme une création 
factice de Jeanne d'Albret, imposée par la violence à ses sujets. Sans 
doute, si l'on se place au point de vue des idées modernes et de la liberté 
de la pensée, on aura bien des critiques à adresser à l'œuvre accomplie 
par Jeanne d'Albret, aux moyens qu'elle a employés pour introduire la 
réforme dans ses états. Mais que l'on se donne la peine d'examiner les 
actes de cette reine, non d'après les récits des historiens, non même 
d'après Bordenave, qui, en sa qualité de ministre et de panégyriste, a 
voulu rendre son héroïne plus protestante encore que politique ; mais 
d'après les documents officiels, les ordonnances, les délibérations des 
États : on sera convaincu de la modération avec laquelle la reine a agi 
au moins jusqu'en 1566, du soin qu'elle a pris d'abord de ménager les 
consciences. Si plus tard elle a été entraînée à commettre des actes 
d'arbitraire et de violence, tels que la saisie des biens du clergé et 
l'abolition de la religion catholique, c'est qu'elle était menacée, dans sa 
personne et dans ses États, par les révoltes continuelles, suscitées par 
la cour de France, qui voulait mettre la main sur le Béarn, et favorisées 
par la cour d'Espagne. 

Cette opinion est loin d'être admise par tous les historiens, et dans un 
des derniers travaux qui ait para sur Jeanne d'Albret, M. Communay 
disait : « Dès 1563, la messe était abolie sous peine de mort; les biens 
des ecclésiastiques confisqués; les images et les autels détruits*. » A ce 
témoignage, nous pourrions opposer celui du Père Mirasson, Barnabite ^ 
qui rapporte un édit de Jeanne d'Albret rendu en 1563, à l'intercession 
des Etats assemblés à Pau, et qui détermine la liberté de ses sujets dans 

1. Gan, c. du dép. des Basses-Pyrénées, arr. et cant. de Pau. 

2. (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 1425) Loiibieng, c. du dép. des Basses-Py- 
rénées, arr. d'Orthez, cant. de Lagor. 

3. Jean Touya était d'Abos, c. des Basses-Pyrénées, arr. d'Oloron, cant. de 
Monein (Arch. des B.-P., E. 1497). 

4. Invasion du Béarn par Mongommery, par Communay. — /îevMe historique 
du Béarn et de la Navarre, P^ livraison (seule parue), juillet, 1882, p. 36. 

5. Histoire des troubles de Béarn, par le P. Mirasson (Paris, 1768). 



AU SIÈGE DE NAVARRENX. 261 

les exercices respectifs de leur culte. Mais nous aimons mieux citer une 
délibération des États de Béarn du 28 mai 1566, défendant aux ministres, 
recteurs et vicaires de ne pas se gêner mutuellement dans l'exercice de 
leurs religions; une ordonnance de Bernard d'Arros, lieutenant général de 
la reine de Navarre, à la même date, détermine l'heure des prêches et de 
la messe dans les paroisses où les deux cultes sont célébrés : du 1"' avril 
au l'"" octobre, le minisire fera son service de six heures à huit heures 
du matin; du l*"'" octobre au 1^'" avril, de sept à neuf heures; ceux de la 
religion romaine célébreront leur culte aux autres heures du jour ^ On 
pourrait multiplier les exemples, un seul suffit pour montrer combien 
sont erronnées la plupart des appréciations portées sur le gouvernement 
de Jeanne d'Albret, et quel est l'intérêt que l'on doit prendre aux publi- 
cations de textes. 

Les ministres envoyés par Jeanne d'Albret en Béarn n'étaient pas très 
nombreux ; la reine les envoyait dans les localités les plus importantes, 
en les recommandant aux jurats des communautés, soit directement par 
lettres missives ^, soit par l'intermédiaire de son procureur général ou 
de tout autre officier ^ La présence de pasteurs dans certains villages de 
moindre importance semble pourtant confirmer l'assertion de Bordenave 
qui dit que la reine envoyait des ministres dans les endroits oii l'on en 
réclamait : c'est ce qui dut se passer notamment pour des paroisses 
telles que Audaux, Artiguelouve, Morlanne, Orion, Oraas, Tarsac, etc. 
Ailleurs, les pasteurs n'étaient pas toujours bien accueillis : à Oloron, 
leur arrivée suscita une émeute, racontée en détail par Bordenave. 
Jeanne d'Albret sut protéger et faire respecter ses ministres; elle le fit 
avec fermeté mais avec modération, acquittant, à la demande des États, 
les chefs de l'émeute d'Oloron, mais maintenant les pasteurs qu'elle y 
avait envoyés ^. Jusqu'en 1566, Jeanne d'Albret semble donc avoir suivi, 
pour l'établissement de la religion nouvelle en Béarn, une politique sage 
et modérée. 

Mais dans tous les partis, il y a des impatients, qui, ne comprenant 
pas les exigences de la politique, veulent profiter du pouvoir pour arriver 
plus vite à leur but. Les partisans du nouvel ordre de chose, forts de 
l'appui que leur prêtait la reine, voulurent précipiter les événements. 

1. Archives communales de Laruns (Basses-Pyrénées), BB. 10. 

!2. Archives communales de Laruns, GG 1, et Archives comm. de Buzy 
(Basses-Pyrénées). J'ai l'intention de pubher prochainement quelques-unes de 
ces lettres fort curieuses. 

3. Archives comm. de Monein, BB. 1, f" 52 v°. Bordenave, ouvr. cité, p. 119. 

4. Bordenave, ouvr. cité p. 116 et suiv, 

5. Ihid., p. 120. 



262 LES PASTEURS DU BÉA,RN 

Sans doute leur impatience peut trouver une excuse dans la situation où 
se trouvait alors le Béarn, agité par les sourdes menées de la cour de 
France et du parti catholique romain, et danslamanièredontétaient traités 
en France les huguenots : néanmoins leur intervention fut désastreuse 
pour le Béarn et compromit pour quelque temps l'œuvre de la reine 
Jeanne. En 1565, un synode tenu à Nay^ délégua auprès de la reine, 
alors à la cour de France, son modérateur, Michel Vigneau, ministre de 
Pau, pour la supplier d'ôter ce qui restait en Béarn de la religion ro- 
maine. C'est à la suite de cette démarche que Jeanne d'Albret publia ses 
fameuses ordonnances de 1566, qui, sans proscrire le clergé et la religion 
catholique, restreignaient en quelques points le libre exercice du culte 
romain 2. Ces mesures soulevèrent bien des protestations; quelques 
émeutes éclatèrent dans plusieurs villes, et les États de Béarn supplièrent 
la reine de retirer ses ordonnances. Après beaucoup d'hésitations, Jeanne 
d'Albret refusa d'accéder à leur demande; elle publia toutefois deux 
nouvelles ordonnances sur la liberté de conscience et l'exercice du culte 
catholique. 

Mais on avait fait bien des mécontents et l'on avait froissé les senti- 
ments de toute une parti e de la population, qui n'était que trop pressée 
d'accueillir les sollicitations du dehors. Depuis longtemps la cour de 
France cherchait à mettre la main sur les riches possessions du roi de 
Navarre : dès 1563, Catherine de Médicis avait envoyé de Gramont en 
mission en Béarn, mais celui-ci, resté fidèle à Jeanne d'Albret, n'avait 
pas répondu aux vues de l'astucieuse princesse^. Bernard d'Arros, en- 
voyé à la cour de France, avait fait échouer les desseins du parti fran- 
çais, en feignant d'abord d'entrer dans ses vues, puis, une fois initié' 
en dévoilant les projets de la cour aux seigneurs béarnais. En Basse- 
Navarre, Catherine de Médicis avait mieux réussi; elle avait gagné à 
ses projets plusieurs des principaux seigneurs du pays, entre autres 
Charles de Luxe. Aussi, en 1566, à l'instigation de ces seigneurs, la 
Basse-Navarre se souleva; mais grâce à l'énergie du baron d'Arros, la 
révolte fut promptement étouffée. Charles IX intervint à cette occasion 
entre la reine Jeanne et les principaux chefs de la révolte, qui, grâce 
aux instances de La Mothe-Fénelon, envoyé du roi de France, obtinrent 
leur pardon et la restitution de leurs biens. Mais la reine était menacée; 

1. Nay, ch. L de canton du dép. des Basses-Pyrénées, arr. de Pau. 

2. La reine interdisait aux moines de faire des quêtes publiques, supprimait 
les bénéfices, faisait défendre d'inhumer dans les églises, interdisait aux catho- 
liques la direction des écoles, etc. 

3. Voir les lettres de Gramont à Catherine de Médicis, publiées par M. Corn- 
munay. Les Huguenots dans le Béarn et la Navarre. 



AU SIÈGE DE NAVARRENX. 263 

les chefs du parti catholique s'agitaient en Béarn et ils avaient réussi à 
faire entrer dans leur parti un certain nombre de mécontents apparte- 
nant à la religion réformée, Montluc, lieutenant du roi en Gascogne, 
soutenait les révoltés et menaçait d'entrer en Béarn. Jeanne d'Albret, 
prévenue que le parti catholique avait formé le projet d'enlever ses 
enfants, quitta le pays et se rendit à Nérac; puis, se sentant trop près 
de Montluc, elle résolut de se réfugier à La Rochelle, après avoir confié 
ses états à son fidèle lieutenant, Bernard, baron d'Arros. 

La reine de Navarre se trouvait en sûreté, mais le roi de France, 
profitant de ce qu'elle s'était retirée dans le camp des Huguenots, alors 
en guerre avec lui, prit ce prétexte pour intervenir dans les affaires du 
Béarn. Il prétendit que Jeanne se trouvait prisonnière avec ses enfants 
dans le camp des ennemis du roi et déclara qu'il prenait ses états sous 
sa protection. A cette nouvelle, Jeanne d'Albret quitte La Rochelle et 
rejoint l'armée des princes qui venait d'être battue à Jarnac; elle pré- 
sente son fils aux soldats et, après cette manisestation hostile à Charles IX, 
retourne à La Rochelle. La vengeance ne se fait pas attendre; les parle- 
ments de Toulouse et de Bordeaux prononcent la saisie des états de la 
reine de Navarre; Charles de Luxe reçoit commission du roi pour 
envahir le Béarn et la Navarre; le maréchal de Damville et B. de Montluc 
sont chargés de faire exécuter la sentence du parlement, et Antoine de 
Lomagne, seigneur de Terride, est nommé gouverneur pour le roi de 
France, en Béarn ^. 

Bernard d'Arros, mal secondé par le Conseil souverain du Béarn, 
abandonné de la plupart des seigneurs béarnais, dont les plus fidèles au 
parti de la Réforme avaient rejoint l'armée des princes, ne peut s'op- 
poser aux progrès de la révolte, ni à l'invasion du Béarn par les troupes 
catholiques. La plupart des villes ouvrent leurs portes à l'ennemi, et 
d'Arros est obligé de se renfermer, avec les Béarnais restés fidèles à 
leur souveraine, dans la place forte de Navarrenx^, oii il est bientôt 
assiégé par les troupes de Terride. Pendant ce temps, le Béarn était 
envahi par les ennemis qui y commettaient d'affreux excès, ne ménageant 
pas plus les catholiques que les protestants : à Lescar, par exemple, les 
habitants qui avaient refusé d'ouvrir leurs portes à d'Arros, reçoivent la 
visite de sept compagnies de Gascons, qui livrent la ville au pillage. 
C'est alors que commencent les premiers massacres pour cause de reli- 

1. L'arrêt du parlement de Bordeaux, la commission à Charles de Luxe, les 
lettres de Charles IX, etc., ont été publiées par M. Communay dans l'ouvrage 
cité. 

'i. Navarrenx, ch. 1. de canton du dép. des Basses-Pyrénées, arr. d'Orthez : cette 
place avait été fortifiée par Henri II et Antoine de Bourbon. 



264 LES PASTEURS DU BÉARN 

gion; car jusque-là, et Bordenave a grand soin de le noter, on avait tou- 
jours respecté la vie des personnes. « Il est certain, dit Bordenave ^, 
que jusques à leur entrée, nul n'avoit été offensé en sa personne ni 
en ses biens. » Un grand nombre de huguenots furent donc massacrés; 
la plupart des pasteurs furent faits prisonniers et conduits à Pau au 
nombre de seize ^. Trois ministres furent exécutés lors de la tenue des 
États deBéarn par Terride, à Lescar; les deux ministres d'Oloron, Pon- 
teto et Antoine Buisson, furent massacrés dans le bois de Géronce, non 
loin de Navarrenx ; enfin, sept pasteurs devaient être plus tard exécutés 
à Pau, par ordre de Peyre, gouverneur de cette ville 3. 

Tels étaient les renseignements que nous possédions sur les pasteurs 
du Béarn pendant les troubles de 1569. Nous savions que sept pasteurs, 
dont Pierre Viret, avaient échappé à la mort et avaient été délivrés par 
l'armée de Mongommery; que d'autres, faits prisonniers, comme l'histo- 
rien, Nicolas de Bordenave, ministre de Nay, avaient été épargnés; enfin 
que François Le Gay, dit Boisnorraand, se trouvait renfermé à Navarrenx, 
pendant le siège. On pouvait facilement conjecturer que la plupart des 
ministres du Béarn avaient, dès le début de l'insurrection, cherché un 
refuge à Navarrenx; car dans les États tenus à Lucq-en-Béarn, le 5 juil- 
let 1569, on avait décrété la saisie de tous les biens de ceux qui s'étaient 
réfugiés à Navarrenx. Les documents que nous publions nous fournissent 
des renseignements sur les ministres, en même temps qu'ils nous mon- 
trent combien fut soudaine et imprévue la révolte de 1569. 

Ces documents sont des suppliques adressées au baron d'Arros.lieute» 
nant général de la reine, par quelques-uns des pasteurs qui étaient 
venus chercher dans la place un refuge contre la fureur des troupes 
catholiques. Surpris par la soudaine révolte du pays, ils n'avaient pu 
emporter avec eux les vivres nécessaires à leur subsistance pendant un 
long siège; aussi s'adressent-ils à d'Arros pour obtenir des vivres, au 
même titre que les défenseurs de la place. La liste des pasteurs « qui 
demandent vivres de la munition », ne comprend pas tous les pasteurs 
qui pouvaient se trouver alors à Navarrenx, — François Le Gay, ministre 

1. Bordenave, p. 212. 

2. Pour l'histoire des massacres qui eurent lieu à cette époque, on trouve 
des détails dans Crespin, Histoire des martyrs (Genève, 1619, in-f°. Crespin 
tenait ses renseignements d'un témoin oculaire. (V. p. 848 et suiv.) 

3. Voici les noms des pasteurs exécutés à Lescar : Pierre Loustau, Mathieu 
du Bédat et Jean du Luc, ministres de Lembeye; à Pau, Peyre lit pendre Michel 
Vigneau, ministre de Pau, Pierre du Bois, ministre de Lescar, N. Alizieu, ministre 
de Garlin, Antoine Poirat, ministre de Tarbes, Augier Plantier, ministre de 
Beuste, etc. (Bordenave, p. 222 et 263). 



AU SIÈGE DE NAVARRENX. 265 

de Navarrenx, n'y ligure pas, — mais seulement les plus pauvres. La 
liste des pétitionnaires comprend vingt-cinq pasteurs de paroisses, situées 
la plupart dans les environs d'Orthez ou de Navarrenx, ou bien dans le 
pays basque. Tous n'obtinrent pas le secours qu'ils demandaient, car 
après enquête, dix-sept seulement eurent part à une distribution régu- 
lière de vivres. La place avait été en effet fort mal approvisionnée, bien 
que l'intention de d'Arros eût été, dès le début de l'insurrection, de s'y 
enfermer pour y attendre l'arrivée des secours promis par Jeanne d'Al- 
bret. Terride le savait, et après l'échec de ses premières tentatives contre 
la place, il avait résolu de prendre les assiégés par la famine ^ 

La plupart des ministres mentionnés dans ces documents étaient, à 
vrai dire, connus, mais pour une date postérieure, et le plus souvent 
titulaires d'une paroisse différente de celle qu'ils occupaient en 1569. 
Ces pièces avaient échappé au savant et regretté Paul Raymond, archi- 
viste des Basses-Pyrénées ; car dans la nouvelle édition de la France pro- 
testante, où il a apporté une collaboration si précieuse, il cite plusieurs 
de ces pasteurs, sans faire remonter leur présence en Béarn aune époque 
aussi ancienne. L'Inventaire des Archives des Basses-Pyrénées (t. I, 
p. 83) mentionne bien la supplique particulière adressée au baron d'Ar- 
ros, par Pierre Carrier ou Carrière, ministre de Josbaig, mais en défigu- 
rant son nom et en l'appelant Pierre Cardie ; ce n'est peut-être qu'une 
faute d'impression, car au t. IV p. 9 de l'Inventaire, le nom de ce mi- 
nistre est bien orthographié^. 

La plupart des ministres, enfermés en 1569 à Navarrenx, devaient 
survivre à la révolte et exercer longtemps encore leur ministère en Béarn. 
Mongommery, chargé par la reine Jeanne de reconquérir ses États ré- 
voltés, arrivait à marches forcées de Castres d'Albigeois, et devait en 
quelques semaines vaincre ses ennemis et soumettre de nouveau le Béarn 
et la Bigorre. Le siège de Navarrenx, commencé par Terride le l"^'' mai 
devait être levé précipitamment le 8 août : le bombardement de la place 

1. On trouve aux Archives des Basses-Pyrénées, B. 954, une ordonnance de 
Bernard d'Arros réglant la distribution des vivres à la garnison de Navarrenx, 
à partir du V juin 1569. Chaque sergent devait avoir par mois trois mesures de 
farine, huit livres de lard et un piclié de vin par jour ; les caporaux, fourriers, 
tambourins et fifres, la même ration de farine et de vin, mais quatre livres de 
lard seulement; les simples soldats, un quartau de, farine, trois livres de lard 
par mois et une pinte de vin par jour, etc., etc. 

2. Je n'ai pas cru devoir parler des autres ministres qui pouvaient être en 
Béarn à cette époque; un travail approfondi sur les pasteurs du Béarn a été 
préparé depuis longtemps par mon ami, M. L. Soulice, et paraîtra, je l'espère, 
très prochainement. 



266 SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS. 

avait commencé le 24 mai et l'on avait tiré, au dire de Bordenave, mille 
sept cent soixante-dix-sept coups de canons. Le Béarn était reconquis ; 
mais les troubles n'étaient pas apaisés : pendant trois ans la Gascogne 
allait être ravagée par les troupes des deux partis. L'œuvre de la Ré- 
forme, entreprise par Jeanne d'Albret, sous de si heureux auspices, 
allait être ternie par des massacres faits, non par ordre de la reine, 
comme on l'a répété trop souvent, ni peut-être même par ordre de Mon- 
gommery, mais par des fanatiques, comme il y en avait dans les deux 
partis qui divisaient alors la France. C'est à la suite de la révolte de 
1569, que Jeanne d'Albret décréta la saisie des biens du clergé et l'abo- 
lition de la religion catholique dans ses États (31 octobre 1571) i. 

LÉON Cadier. 



I 

SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS 

PAR LES MINISTRES RÉFUGIÉS A NAVARRENX 

17 juin 1569. 

A M. d'Arros, lieutenant général de la Royne^. 

Supplient humblement les Ministres du Béarn qui sont à Navar- 
reinx, disant qu'estant surprins per la souddaine révolte de ce pays, 
ne leur a esté possible faire apporter telle provision de vivre aud. 
Navarreinx qu'ils eussent désiré : toutesfois auroyent faict toute 
diligence tant qu'ils en ont trouvé a vendre ou a prester qu'ils se 
seroyent aucunement prouveuz jusqu'à présent. Et d'autant que tous 

1. Archives des Basses-Pyrénées, C. 684, f» 200 r°. 

2. Bernard, baron d'Arros, lieutenant général delà reine Jeanne d'Albret depuis 
1566. — La maison d'Arros était une des douzes baronnies de Béarn; le château 
d'Arros se trouve à quelques kilomètres de Nay (Basses -Pyrénées) sur la rive 
gauche du Gave de Pau. Les armes d'Arros étaient : de sable à la bande d'ar- 
gent chargée de trois molettes d'éperon de gueules. — Sur Bernard d'Arros, voy. 
un travail et des documents publiés par M. Soulice, dans le Bulletin de la 
société des sciences, lettres et arts de Pau; deux lettres fort importantes publiées 
dans la Revue des Sociétés savantes (5« série, t, VIII, p. 262, 266. 1874), e4 U 
publication de M. Communay, les Huguenots dans le Béarn et la Navarre. 



SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON d'ARROS. 



267 



moyens leur défaillent maintenant et qu'ils ne voudroyent charger la 
Royne de despense, ains despendre tout ce qu'ils ont pour son ser- 
vice, — supplient humblement qu'il vous plaise leur ordonner de la 
munition, certaine pension ordinaire a chascun et a prix raisonable, 
que lesd. supplians s'obligeront payer les troubles estahs finis. Et 
ce faisant leur donnerez moyen de faire service a sa Majesté comme 
ils désirent, et les obligerez de prier pour Testât et prospérité de 
vous. Monsieur, et de toute la République, 

SoLON^, au nom de la compaignie. 

Lo senhor d'Arros, loctennent gênerai susdict, appuncte et 
ordenne que los supplicquantz feran rollo de lors noms etcognoms, 
lo quoau lo rapporteran par devers sa seigneurie, per acquêt vist 
los provedir sur lo contengut en la dicte requeste, com appartiendra 
per raison. Feyt a Navarrenx lo detz et septeme jour de Jung, Fan 
mil cinq cens sixante et nau^. 

Par commandement deud. senhor loctenan gênerai. 

De Sainct-Pic. 

Rolle des ministres qui demandent vivres de la munition. 

Premièrement : 

Gratian Pomarede, ministre d'Artigueiouve ^, et sa femme. 
Bertrand d'Arrac, ministre de Audaus *. 

1. Bernard Solon, ministre d'Ortiiez. En 1571, Bernard Solon prend à bail la 
maison de Cassiaux d'Ozenx, à Arnaud de Cassiau ; en 1575, il échange une terre 
avec Arnaud de Cassoramer, abbé d'Ozenx; en 1582, il épouse, à Orthez, Margue- 
rite Bacadano (Archives des B. Pyrénées E. 1236, E. 1237, E. 1239). — Yoy. 
l'étude de M. Lourde-Rocheblave sur l'Université d'Orthez, dans le Bulletin du 
protestantisme, t. III. 

2. Terride étant apparu sous les murs de Navarrenx, du 2 au 3 mai, il y avait 
un mois et demi environ que le siège était commencé. 

3. Gratien Pomarède était encore ministre d'Artigueiouve, en 1579 (Archives 
des B. P. B. 2368). — Artiguelouve, c. du départ. desB. Pyrénées, arr. de Pau, 
cant. de Lescar. 

4. Bertrand d'Arrac, ministre à Aud?.ux, puis à Gan, place son frère Jean 
apprenti chez Jusan « soldat et maître tailleur et chaussetier à Navarrenx (1565); 
achète un pré à Audaux (1572); donne quittance à sa sœur, Domenge d'Arrac 



268 SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS. 

François Seguas, ministre de Sauveterre ^ 
Jehan Toya, ministre d'Arête ^. 

Jehan la Rive, ministre de Navarrenx, avec trois autres per- 
sonnes ^ 

Jehan [Brunier], ministre de Gouze, avec deux personnes ^ 
André Périer, ministre de Loubieng ^ 

Bernard Formalaguer, ministre de Morlane, avec deux per- 
sonnes ^ 

Pierre Yaquier, ministre d'Artes, avec sa femme'. 

Odet du Pin, ministre de Maslacq ^ 

Bernard Selon, ministre d'Orthez, avec six personnes. 

(1586). Il avait un autre frère Arnaud (France protestante, nouv. édit. t. I). — 
Audaus, c. du dép. des B. Pyrénées, arr. d'Orthez, cant. de Navarrenx, 

1. François Seguas, ministre à Sauveterre; en 1575, il sert de témoin au contrat 
de mariage passé à Navarrenx entre Pierre Martel, ministre de Pau, et Marie de 
Trémolet, de Rayonne (Arch. des B. P. E. 1634); en 1578, il touche encore ses 
gages comme ministre de Sauveterre (ibid. B. 2368). — Sauveterre, ch.-l. de 
canlon du départ, des B. Pyrénées, arr. d'Orthez. 

2. Jean Touya, d'Abos (Basses-Pyrénées), ministre d'Arette, fut ministre de 
Monein de 1576 à 1600 (Voy. Arch. des B. Pyrénées, notaires de Monein, passim). 

— Ailette, c. du départ, des B. Pyrénées, arr. d'Oloron, cant. d'Aramits. 

3. Jean la Rive, basque, « fut envoyé à Saint-Palais de la Basse-Navarre pour y 
prescher en langage basque », en 1562 (Rordenave, p. 116). Il fut pris à St-Palais 
par Luxe et les rebelles Navarrais, en septembre 1567 (De Jaurgain, Les capi- 
taines châtelains de Mauléon. Revue de Béarn, t. II, p. 265). 

4. Le nom de ce ministre, qui manque dans la première liste, peut être facile- 
ment restitué d'après la seconde. — En 1585, il semble être pasteur à Maslacq, 
oîi il achète une maison appartenant à Jean-François de Doumy, d'Orthez (Arch. 
des R. P. E. 1239). — Gouze, c. du départ, des R. Pyrénées, arr. d'Orthez, cant. 
de Lagor. 

5. C'est la seule mention que nous ayons de ce ministre. — Loubieng, c. de 
l'an*. d'Orthez, cant. de Lagor. 

6. Rernard Formalaguer, de Loubieng, ministre de Morlanne, épouse en 
1570 Jeanne Brun, fille de Geoffre, ministre de Lucq (Arch. des B. P. E. 1425). 

— Morlanne, c. du cant. de Lagor, arr. d'Orthez. 

7. Pierre Vacquier ou plutôt Bacquier, ministre d'Arthez, figure comme témoin, 
en 1570, au contrat de mariage de Bernard Formalaguer, ministre de Morlanne; 
il était encore ministre à Arthez en 1579. — Arthez, ch. 1. de cant. de l'arr. 
d'Orthez. 

8. Odet du Pin ou de Piis, ministre de Maslacq, fait son testament en 1582 
(Arch. des B. P. E, 1239). — Maslacq, c. de l'arr. d'Orthez, cant. de Lagor. 



SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS. 269 

Bernard Carrière, ministre de Salies, avec deux personnes ^ 
Pierre Carrier, ministre en Geosbag, avec six personnes^. 
Arnaud Bordenave, ministre à Tarsac, avec sa femme ^ 
Arnauld Landecheverry, ministre à Charre, avec six personnes 
Dominique Tolet, ministre à Carresse, avec quatre personnes ^ 
Guillaume Tenarnauld, ministre à Oras ^ 
Paschal Tortarel, ministre à Gan, avec deux personnes ^ 
Alexandre du Cer, ministre à Laguor, avec sa femme ^ 
Jehan Basse, ministre à Pardies, avec deux personnes ^ 

1. Bernard de Carrière ou de Carrère, étudiant en théologie à Genève, en 1566, 
(Carrerianus Biernensis, d'après le Livre du Recteur), ministre de Salies en 
Béarn, où il exerçait ses fonctions en 1578 (Arch. des B. P. E. 2368 E. 2109). Sa 
veuve, Marie de Mondot, fait son testament à Bruges, près de Nay en 1618, (ibid. 
E. 1220). Voy. France protestante, nouv. édit. t. I. — Salies-de-Béarn, ch. 1. 
de canton, arr. d'Orthez. 

2. Pierre Carrier. Voy. plus loin, pièce III. 

3. Arnaud de Bordenave, ministre à Tarsac, puis à Araujuzon (cant. de Na- 
varrenx), en 1578, à Leduix {cant. d'Oloron), en 1583. Il visite l'Eglise de Nay 
en 1592 (Arch. des B. P. E. 1750; sa veuve est secourue comme telle en 1611, 
France protestante, t. II, col. 882. — Tarsacq, c. du cant. de Monein, arr. 
d'Oloron. 

4. Arnaud Landecheverry, ministre à Charre ; ses gages figurent dans le 
compte rendu par Jean d'Ëtchart, trésorier des biens ecclésiastiques confisqués 
en Navarre, en 1571 (Arch. des B. P. B. 1416). — Charre, c. du cant. de Navar- 
renx, arr. d'Orthez. 

5. Dominique Tolet, ministre à Caresse, n'est mentionné dans aucun autre 
document connu. — Caresse, c. du cant. de Salies, arr. d'Orthez. 

6. Guillaume Ténarnauld, ministre d'Oraas, fut ensuite ministre de Caresse; 
il était mort en 1590, sa veuve Marie de Luchanet est mentionnée comme telle 
(Arch. des B. P. E. 1202). Peut-être est-ce sa fille, Suzanne Tenarnauld qui 
épouse, en 1594, Bertrand de Saint-Orens, ministre de Lons (Ibid. E. 1503). — 
Oraas, c. du cant. de Sauveterre, arr. d'Orthez. 

7. Paschal Tortarel, ministre de Gan, figure comme témoin dans un testament 
en 1576, et y est qualifié ministre d'Audaux (Arch. des B. P. E. 1634 et E. 2132). 
— Gan. c. du cant. et arr. de Pau. 

8. Alexandre du Cer, ou Dussert, ou bien encore Duzer, ministre de Lagor, 
occupait encore ce poste en 1579; il donne plusieurs terres à bail à Jean Caïot, 
à peu près à la même date : il avait épousé Jeanne de Pédemont : les deux 
époux font leur testament, vers 1586 (Arch. des B. P. B. 2368. E. 1358). — 
Lagor, ch.-l. de cant. de l'arr. d'Orthez. 

9. Jehan Basse, ministre de Pardies; Jeanne de St-Jean lui engage une terre 
en 1579 (Arch. des B. P. E. 1946). — Pardies, c. du cant. de Monein, arr. 
d'Oloron. 



270 SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS. 

Sans Tartas, ministre de Luc, avec cinq personnes^. 
Pierre Puyos, ministre à Orion ^. 
Tardetz, ministre en Ostabaretz, en Basques ^ 
Archembaud Golomier, ministre à Monenh*. 
Arnaud Salettes, ministre à Orthez ^ 

Lo senhor d'Arros, loctenent gênerai de la Reygine ordenne que 
los ministres de l'autre part mentionnatz, seran interrogatz et in- 
terpellatzaunom de Dieu perM^ Pierre Bacquier, ministre d'Arthes, 
per saver deus susd lo besoing et nécessitât que lor an de vivres, et 
si lor an puxance de s'en passar per encoeres, senhs en prener de 
la monition; per so, feyt et audit lo rapport que lod. Bacquier, nous 
en fera, lor estar provedit coum appartiendra per rason. Feyt a 
Navarrenx lo XVIIP jour dejung l'an mil cinq cens sixante et nau. 

Per commandement deud. senhor loctenent gênerai. 

De Sainct-Pic. 

1. Sans Tartas, ministre de Lucq; en 1571, il est mentionné comme ministre 
en Navarre, dans le compte de Jean d'Etchart (Arch. des B. P. B. 1416 et E. 
1425). En 1579, il reçoit des gages comme ministre de Saint-Palais (Ibid. B. 
2368). — Lucq-de-Béarn, c. du cant. de Monein, arr. d'Orthez. 

2. Pierre Puyos, ministre d'Orion, n'est pas autrement connu. — Orion^ c. du 
cant. de Sauveterre, arr. d'Orthez, eut jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes 
une paroisse florissante; j'ai retrouvé le registre du consistoire de cette église 
qui avait échappé à M. Paul Raymond. 

3. Tardetz, ministre en Ostabarets, fut fait prisonnier, en 1566, par les Navar- 
rais révoltés et conduit au château de Luxe (Bordenave, p, 141); il résidait à Osta- 
bat, cant. d'Iholdy, arr. de Mauléon, et mourut en septembre 1578 (Arch. des B. 
P. B. 2368, f°319). — Le pays d'Ostabaret est compris, sauf une commune (Pa- 
golle), dans le cant. d'Iholdy, arr. de Mauléon (note de P. Raymond). 

4. Archambaud Golomier, ou Colomiès, de Ste-Marie d'Oloron, étudiait la 
théologie à Genève, en 1559 {Archambaldus Colomerius, Bearnensis Sama- 
rianus); ministre de Monein, en 1569 ; il l'était d'Oloron en 1575 (Arch. de Pau, 
G.G. 1), de Lescar en 1578-1579 (Arch. des B. P. 2368). Voy. France protestante, 
nouv. édit. — Monein, ch.-l. de canton, arr. d'Oloron. 

5. Arnaud de Salettes, né à Pau, fils naturel de Jean de Salettes, président 
du conseil souverain de Bèarn et de la chambre des Gomptes de Navarre, fut 
d'abord ministre d'Orthez, puis aumônier de Jeanne d'Albret. Il est l'auteur de 
Los Psalmos de David metuts en rima Bearnese, imprimés à Orthez, en 1583. 
M. l'abbé Bidachc a réédité les deux tiers de ces psaumes sous le titre de Ung 
Flouquetot, Segond Flouquetot (Pau-Ribaut 1878 et 1880, 2 vol. in-4°). Voy. 
France Protestante, t. IX et Armoriai de Béarn, par de Jaurgain, p. 152. 



SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON d'ARROS. 



271 



II 

ORDONNANCE DU BARON D'ARROS 

RÉGLANT LA DISTRIBUTION DES VIVRES AUX MINISTRES 
RÉFUGIÉS A NAVARRENX. 18 JUIN 1569. 

Audit lo rapport qui es estât feyt per lod. de Bacquier, de la 
nécessitât qui los ministres, de l'autre part mentionnatz, an de vivres, 
lo dict seignor d'Arros, loctenent gênerai susdict, appuncte et 
ordenne que M® Pierre Carrière, ministre de Geosbaig, Arnaul 
Bordenave, ministre de Tarsac, Dominique Tolet, ministre de Car- 
resse, Guillaume Ternarnaud, ministre d'Oras, Alexandre deu Ser, 
ministre de Lagor, Johan Basse, ministre dePardies, Sans de Tartas, 
ministre deLuc, Archembault Colomies, ministre de Moneinh seran 
proveditz d'un quoartau ^ de froment, chacun per cascun mees, a 
condar despux lo prumer de Jung darrer passât, com sie ainsr^desja 
per lo commandament deud. senhor, feyt verbalement, los sie 
autreyat et délivrât. Et quant es a M" Bertrand d'Arrac, ministre 
d'Audaux, Frances Seguas, ministre de Sauveterre, Johan Toya, 
ministre d'Arette, Jehan Brunyer, ministre de Gouze, André Perier, 
ministre de Lobienh, Selon, ministre d'Orthes, Bernard Carrière, 
ministre de Salies, Arnaud Landecheverry, ministre de Charre, 
Pierre Bacquier, ministre d'Arthes, a chacun dequetz sera aussi 
semblablement bailhat et délivrât per chascun mees, a contar deu 
jour présent en avant, ung quartau de froment, qui los sera délivrât 
au vingtisme de chascun mees ; ensemps aussi a chascun deusd. 
ministres los sera délivrât chacun jour une pinte - devin et detz 
libres de candelles chascun mees % qui ung a rason de très can- 

1. Le quartau ou la mesure valait un peu plus d'un double décalitre, plus 
exactement vingt et un litres. 

2. LdL pinte contenait à peu près un litre; il fallait deux pintes pour faire un 
pot ou piché. 

3. D'après l'ordonnance de d'Arros, du l^rjuin 1569, réglant la distribution de 
vivres à la garnison de Navarrenx, chaque compagnie de soldats recevait par 
mois douze livres de chandelles, et la compagnie colonelle vingt-quatre livres, 
pour faire le guet (Arch. des B. P. B. 954). 



272 SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS. 

délies per chacune noeyl, et acqueres per far la ronde, aussi une 
mesure de sau, chascun mees; lasquoalles monitions et vivres, lod 
senhor mande a M° Guixarnaut de Gazemajour*, haven charge de las 
monitions de la présente ville, acqueres los bailhar et delivrar. Et 
quant a luy, portan lo rollo deus noms et cognoms deusd. ministres, 
et deu granadge et monitions qui lor seran estades delivrades, talsd. 
granadge ou autres monitions a la forme d'un soldat, lo seran pas- 
sades et alleguades en sons comptes, portan attestation d'un qui 
per lor sera eslegit par receber lad. monition, si que aixi lo prome- 
tam sera feyt. — Feyt à Navarrenx, lo XVIIP jour de Jung l'an mil 
cinq cens sixanle et nau. 

B. d'Arros. 

Et bien tost après los dictz ministres toutz en personne an eslegit, 
per receber lasd. monitions deud. de Gasemajour, thesaurer susd. 
et acqueres deppartir, saver M' Sans de Tartas, ministre de Luc, 
auquoal an hailhat puxance [puissance], de so que recebera au nom 
deus toutz, en octroyan atestation, et balhar quittance per servir 
audict de Gasemajour per sad. charge. Feyt a Navarrenx lodict jour 
detz et oeyteme de jung, l'an mil cinq cens sixante et nau. 

Per comandament deud. senhor loctenent gênerai. 

De Saint-Pic. 

Rollo deus ministres qui an recebut de la monition, seguien lo 
comandement de monseignor d'Arros, loctenent ge/ieral, de datte 
deu detz et oeyt de Jung mil Vc sixante nau ; lasquoalz vivres son 
estades balhades per lo présent quartier de jung, julh et aost, a 
razon de ung quoartau de froment chascun per mees, qui revien a très 
quoartau per chascun per lod. quartier. 

Prumeram^ent ministres qui an comensat despuxs lo premtjer 
de Jung mil Vc LXIX. 

Pierre Carrere, ministre de Geusbaig III quoartaus. 

Arnaud Bordanave, ministre de Tarsacq. . . III quoartaus. 

1. Guicliarnaud de Casamajor, trésorier des munitions de la ville de Navarrenx. 
c'est dans les comptes que cet officier rendit à la Chambre des comptes, en jan- 
vier 1570 que se trouvent les documents qui sont publiés ici. 



SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'aRROS. 273 



Dominguo Tolet, miListre de Caresse III quoartaus. 

Guilhaume Tenard, ministre d'Oras III quoartaus. 

Alexandre Dusser, ministre de Lagor III quoartaus. 

Joan Basse, ministre de Pardyes III quoartaus. 

Sans Tartas, ministre de Luc III quoartaus. 

Archambaud Colomies, ministre de Monenh. III quoartaus. 

Autres ministres qui an commensat lo quartier lo vingt de Jung 

Bertrand Darracq, ministre d'Audaus II quoartaus. 

Frances Seguas, ministre de Saubaterre. ... II quoartaus. 

Joan Tuyar, ministre d'Arette II quoartaus. 

Joan Brunier, ministre de Guosa II quoartaus. 

André Peryer, ministre de Labienh II quoartaus. 

Monsieur Solon, ministre d'Orthes II quoartaus. 

Bernard de Carrere, ministre de Salies. ... II quoartaus. 



PyerreBacquier, ministre d'Artes,perdusmees II quoartaus. 
Arnaud Landecheberry, ministre de Charre. II quoartaus ^ 

Somme unniversable : quoarante dus quoartaus de froment et 
farine, qui los ministres part dessus declaratz,en nombre de detz et 
sept an recebut de maasde Guixarnaudde Casamayor,haben charge 
et guoarde de las munitions, qui sont per la regine en sa présent 
ville de Navarrenx; ensemps aussy an recebut deud. de Casamayor, 
très mesures de sau et vingt livres de candelles, et nau livres d'oly ^, 
le tout per lod. quartier de jung, julh et aost, comensan aixi que 
part dessuus es déclarât le tout auxi que juus signât haben charge 
deusd. ministres certifficqui et en tant que besonh es tant per mi 
que au nom deus toutz l'en acquitty. — Feyt a Navarrenx lo vingt 
d'aost mil sincq centz sixantenau. 

Au nom de la compagnie ^. Sans Tartas, ministre a Luc. 

1. On voit que huit ministres n'avaient pas obtenu le secours qu'ils deman- 
daientjàlasuite de l'enquête faite par Pierre Bacquier,ministre d'Arthez : c'étaient 
Gratien Pomarède, Jean La Rive. Bernard Formalaguer, Odet du Pin, Pascal 
Torlarel, Pierre Puyos, Tardetz et Arnaud de Salettes. 

2. Les officiers et les quinze canoniers qui se trouvaient à Navarrenx rece- 
vaient par moisune livre d'huile, les soldats une demi-livre(Arch. des B. P. B. 954-). 

3. Extrait du compte de Casamajor, trésorier des munitions de la ville de Na- 
varrenx pour l'année finissant 1569 : 

XXXIV. — 18 



274 



SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS. 



III 

SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS 

PAR PIERRE CARRIÈRE, MINISTRE DE L'ÉGLISE DE JOSBAIG 

A monseigneur d'Arros lieutenant gênerai de la Roy ne. 

Monseigneur, supplie Ires humblement Pierre Carrier \ ministre de 
la parolle de Dieu en l'Eglise deGeosbag ^, demeurant en ceste ville 
de Navarreinx avec sa famille luy sixième, tant à cause delà maladie 
de laquelle Dieu l'a visité despuis la fin du moisd'aoust dernier passé ^ 
jusques présent, et non seullement luy, mais aussy toute sa famille, 
l'espace de deuxmois ou environ, que pour éviter le danger auquel il 

«Item; despense de vingtetungrasce {Rasce pour Arraze ou Arrazer, mesure 
de capacité, valant deux mesures, c'est-à-dire environ quarante deux litres), de 
farine et de froment, balhade et delivrade pendant lod. siège a detz et sept 
ministres contengutz en un roUo, attachât ab une requeste, per lor presentade 
aud. senhor de Arros, ab la ordenanze et appuntament au dors deud. Rollo, de 
datte lad. ordenanse et appuntament deu detz et oeyt de jung, qui remet ab lo 
Rollo deu nom et cognom deusd. ministres ; et so que per los es estât recebut 
appar per la attestation et assomat au pee deud. Rollo, de datte lo vingt de aost, 
signade per Tartas, ministre au nom de toute la compaignie, etc. » 

« Passât per lodit Rolle, requeste et mandement deud. senhor d'Arros, locte- 
nant gênerai et per attestation et aquit de M* Sans de Tartas, ministre de Luc, 
eslegit per los autres ministres per receber lasd. munitions et per en balhar lodit 
aquit et attestation. Lo tout metut a la ligasse [liasse], » (Archives des R. Pyré- 
nées, R. 953, f° 9.) 

1. Pierre Carrier ou Carrière, ministre de la vallée de Josbaig, en Réarn, met 
son fils Pierre en apprentissage, en 1579, chez Rernard de Carassor, tailleur ; 
marie sa fille Marie, en 1589, avec Etienne Rarromères de Ramous, maître d'école 
à 01oron.(Archiv. des R. P. E. 1751, 1788, 1796). Voy. Finance Protestante, nouv. 
éd. t. III, col. 786. — La Vallée de Josbaig (Rasses-Pyrénées),tire son nom delà 
rivière Joos qui l'arrose; elle comprend les communes d'Aren, Esquiule,Géronce, 
Geus, (cant. d'Oloron-Sainte-Marie-Ouest) Orin, Préchacq-Josbaig et Saint-Goin,. 
dans les arrond. d'Orthez et d'Oloron (P. Raymond, Dictionnaire topographique, 
du départ, des Rasses-Pyrénées, Paris, 1863, in-'i»). 

3. Carrière et sa famille avaient donc été malades des suites du siège de Na- 
varreux, levé, comme on le sait, le 14 aoiil. Pendant le siège il avait reçu, comme 
ministre, des vivres de la munition. V. plus haut. 



SUPPLIQUE ADRESSÉE AU BARON D'ARROS. 275 

se fust exposé^ s'il se fust retiré si tost en son Eglise, — qu'il vous 
plaise avoir pitié et compassion de luy et de sa povre famille, en 
luy faisant assister des vivres de la munition, ou de quelque pièce 
d'argent, comme il vous plaira. Ledit suppliant a employé tout son 
crédit d'un costé et d'autre tant qu'il a peu, et a esté contrainct de 
vendre et engager une partie de son meuble, qui luy faisoit bien 
besoin, et s'est tellement endebté pour subvenir à ses nécessitez, que 
quand il recevroit bien aujourd'huy deux quartiers de ses gages, 
ayant satisfaicte la peine du médecin, et payé l'appoticaire et tous 
ses créditeurs, il en auroit bien peu de reste; ce qu'est cause que 
led. suppliant est contrainct d'avoir recours vers vostre seigneurie 
pour vous supplier qu'il vous plaise exercer charité envers luy et sa 
povre famille. Ce faisant ferez bien, et led. suppliant continuera de 
prier Dieu que luy plaise vous augmenter de plus en plus ses dons et 
grâces et faire prospérer de plus en plus vostre seigneurie et gou- 
vernement. 

Lo seignor d'Arros, loctenent gênerai delà reygine dame sovirane 
de Bearn, viste la nécessitât notorie deu supplicant, mande a M' Gui- 
charnault de Casemayor, tesaurer de las Réparations de la ville de 
Navarrenx et recebedor de las monitions de quere, baillar delivrar 
incontinent au supplicant sieys razers de froment et une barricque 
de bin,senhs que acquero sie précomptât aucunement en baixe deus 
gadges deud. supplicant, attendude sa malaudie et de sa familly, et 
lo servicy que lo medix supplicant a feyt durant lo siège. Et quant 
audict tesaurer, rapportan la présente quittance deud. supplicant, los 
dictz sieys rasers de froment et une barricque de bin lo seran alleguatz 
en la reddition de sons comptes perlosauditors de quetz, ausquoaus 
es mandat ainsi lo far. — Feyt à Navarrenx en lo conseil y tengut, 
lo XXVIIP de novembre l'an mil cinq cens sixante et nau. 

B. d'Arros. 

Je soussigné confesse avoir receu du susd. M» Guicharnault de 
Casemayor six rasers froment et une barricque de vin : en signe de 
quoy ay escrite la présente et signée de ma propre main, ce VII* de 
janvier mil YcLXIX K 

P. Carrier, ministre de Geosbaig. 



1. L'année commençait encore à Pâques en Béarn, en cette année, malgré 



276 LE REFUGE A IPSWICH. 

Lod. seignor mande au thesaurer que fasse balhar au supplicant 
sieys rasers de froment et une barrique de vin et ço incontinent, viste 
la nécessitai deu supplicant qui es nolorie, et sens que aquo lo sie 
precontat aucunement en baixe de sons £çaiges, attendut sa dite ma- 
laudie et de sa famille et son servici durant lo siège ^ 



LE REFUGE A IPSWICH (Angleterre) 

EN JUIN 1685. 

Le port d'Ipswich dans le comté de Suffolk compte aujourd'hui envi- 
ron 43.000 habitants et doit une partie de sa prospérité aux réfugiés 
français qui dès 1681 y introduisirent la fabrication de la toile fine que 
jusqu'alors l'Angleterre achetait en France. Les premiers fonds requis 
pour soutenir ces établissements furent recueillis par les anciens et les 
diacres de l'église française de Threadneedle street à Londres. Le chef 
de la petite colonie d'Ipswich fut un industriel de Paris nommé Bon- 
homme dont le résident britannique à Paris, George Savile, annonçait 
en 1681 le départ ainsi que celui de toute sa famille, en ajoutant qu'il 
enseignerait aux Anglais la fabrication de la toile à voile. Cette in- 
dustrie ponr laquelle jusque-là l'Angleterre était également tributaire 
de la France, fut, en effet, introduite à Ipswich après l'arrivée de Bon- 
homme 2. La requête ci-dessous adressée au gouvernement britannique, 
et que nous avons trouvée à la bibliothèque bodléienne d'Oxford {Raw- 

une ordonnance de Jeanne d'AIbret, prescrivant aux notaires de suivre pour les 
contrats l'ordonnance de Roussillon. Il faut donc corriger 1569 (v. style) en 
1570 (n. style). 

1. Extrait du compte de Casamajor, trésorier des munitions et réparations de 
la ville de Navarrenx : 

« Item despencs de sieys areises de froment et une bariqne de bin, balhat et 
délivrât a Meste Pierre Cardie, menistre de Geusbaig-, per mandament deMosieur 
d'Arros, loctenant gênerai deu vingt et oeyt deNobembre ab lo receu deu sept de 
Janer mil Vc sixante et nau. 

Passât per lo mandament deud. senhor d'Arros, deu vingt et très de novembre 
Mil Vc LXIX, contenant que lod. senhor luy ordonat lod. blat et bin, a cause de la 
maladie deud. Carrier et de safamilie, et per lo service que lod. Carrier ministre 
habe feyt en lad. ville durant lo siège et per quictance deud. Carrier deu sept de 
jener darrer, le tout metut à la ligasse (Arcli. des B. P. B. 953, f*" 13 vo). 

2. Voy. Smiles Huguenots in Enrjland and Ireland, Londres, 1881, p. 276, et 
France protestante^ article Bonhomme. 



LA RÉVOCATION EN DAUPHINÉ. 277 

linson mss. C. 98i, fol. 59) montre que les habitants d'ipswich faisaient 
grand cas de l'habileté et de la valeur morale de leurs coreligionnaires 
expatriés. N, Wëiss. 

For as much as the french linen manufacture, a few years ago, 
set up in the town of Ipswich by the express command of his late 
Maiesty of ever blessed memory, is like to be in time very advanta- 
geous, not only to our Town, but also to the whole Kingdom; and 
yet is in danger of falling dovvn for want of a necessary fund for the 
supporting of it; v/e therefore, The Bailifs, Portmen and other gen- 
tlemen of the said Tow^n of Ipswich, do hereby déclare thet we are 
very desirous that the said manufacture should be incouraged by 
ail persons and ail lawfuU means possible. Which we do the more 
earnestly désire, because the french that live in our Town do peca- 
bly, heartly, and willingly conform to the government established 
both in church and state. Written this 8^'» day of juine 1685 

Suivent 26 signatures. 



LA RÉVOCATION EN DAUPHINÉ 

EN JUIN 1685. 

Les trois pièces qui suivent sont empruntées à la correspondance, en- 
core fort peu utilisée jusqu'à ce jour, de l'intendant Lebret. La partie de 
cette correspondance relative à l'année 1685 se trouve à la bibliothèque 
nationale, aux manuscrits, Fonds français n° 8826. 

1. Voici la traduction de cette requête. 

La manufacture française de toiles, établie il y a quelques années dans la ville 
de Ipswich par l'exprès commandement de feu Sa Majesté de bien heureuse 
mémoire, sera sans doute, avec le temps, très utile, non seulement à notre ville' 
mais encore à tout le royaume ; or, elle court le risque d'être fermée à cause 
du manque des fonds nécessaires. C'est pourquoi nous, les baillis, g^ardes du port 
et autres citoyens de ladite ville d'ipswich, déclarons par la présente que nous 
sommes très désireux de voir encourager cette industrie par toutes les per- 
sonnes et tous les moyens légalement possibles. Nous le désirons d'autant plus 
sérieusement que les Franrais qui habitent notre ville se conforment paisible- 
ment, cordialement et volontairement au gouvernement établi dans l'Église et 
dans l'État. 

Écrit ce Séjour de juin 1685. 



278 LA RÉVOCATION EN DAUPIIINÉ. 

Les lettres que nous donnons ci-dessous sont originales et signées, 
l'une par le grand roi lui-même, et les deux autres par Charles Colbert, 
marquis de Croissy, second frère du grand Colbert, et depuis 1679, mi- 
nistre et secrétaire d'État. On les trouvera f° 71,73 et 75 du volume 8826. 

Les numéros suivants du Bulletin renfermeront d'autres documents 
également inédits, empruntés à cette correspondance et relatifs au Dau- 
phiné dont Lebret était alors l'intendant. N. Weiss. 

A Versailles le 14 juin 1685. 

Monsieur, 

On a donné aduis à Sa Majesté qu'il y avoit en Dauphiné deux 
Hollandais qui ont beaucoup d'enfans et qui ont entrepris le dessei- 
chement d'un marais appelé Bourgoin^ dont Sa Majesté a fait don 
à M. de Bouillon. L'un des deux Hollandais a fait abjuration à 
Paris, mais le consistoire de Lion a pris soin de mettre la division 
entre le mary et la femme, et on mené ces enfans, qui (ont) 17 à 18 ans, 
au presche a St-Bomain^. L'autre Hollandois a encore une grosse fa- 
mille et il a marié une ou deux de ses filles dans le voisinage. Sa 
Majesté m'a ordonné de vous escrire que vous examiniez les moyens 
qu'il y a pour empescher que lesd. enfans n'aillent au Presche, et 
quand vous m'aurez informé de ce qui se peut pratiquer à cetesgard, 
je vous feray scavoir ensuitte les intentions de Sa Majesté. 

Je suis, Monsieur, 

Votre très humble et très affectionné serviteur. 

De Croissy. 



Mathieu Giraut m'a fait représenter que son père qui est or- 
phevre dans ma ville de Grenoble luy refuse sa subsistance en 
haine de sa conversion à la Religion catholique, que mesme il a 
dessein de vendre deux maisons qu'il a dans cette ville et de se re- 
tirer ensuite dans les pais estrangers, il me plût interposer mon 
autorité pour luy faire rendre la justice qui luy est deûe, et comme 
je suis bien aise d'accorder à mes sujets nouvellement convertis 
toute la protection qu'ils en doivent attendre, je vous escris cette 

1. Bourgoiriy chcf-licu de Ccanton dans risêrc. 

2. Nous ne connaissons pas de « prêche » de ce nom en Dauphiné. 



LA RÉVOCATION EN DAUPHINÉ. 



279 



lettre pour vous dire que mon intention est que vous preniez une 
connoissance exacte de ce qui m'est cy dessus exposé, et que s'il 
est véritable que led. Girault, outre les biens qu'il gagne journelle- 
ment en a encore d'autres en maisons ou en rentes, vous l'obligiez 
de donner a sond. fils de quoy subsister. Vous me rendrez compte 
de ce que vous aurez fait en exécution de mesd. ordres et la pré- 
sente n'estant à autre fmje prie Dieu qu'il vous ay, monsieur le Bret, 
en sa sainte garde. Escrit à Versailles le 21° jour de juin 1685. 

A Monsieur le Bret, conseiller en mes conseils, maître des re- 
questes ordinaire de mon hostel et intendant de justice, police et 
finances en Dauphiné. 

Louis Golbert. 



A Versailles le 22» juin 1685. 

Monsieur, 

Il y a dans les prisons du fort d'Exilés ^ un nommé Videl. Sa Ma- 
jesté m'a desja ordonné descrire à M. de St-Mars gouverneur de 
ce fort de me faire scavoir quelle est la conduite que tient ce pri- 
sonnier, quels sont ses discours et ce qu'on pourroit en attendre si 
Sa Majesté usoit de miséricorde en son endroit. M. de St-Mars a 
respondu qu'il estoit de la vallée de Queras^ où il a un frère et une 
sœur de la R. P. R. qui pourroient respondre de luy s'ils avoient 
de quoy le nourrir, que la principale folie de ce prisonnier estoit 
de chanter jour et nuit des pseaumes. Jay rendu compte à Sa Majesté 
de tout ce que je vous expose cy dessus, et elle m'a ordonné de 
vous escrire que vous vous informiez encore plus particulièrement 
de la conduite que tient ce prisonnier, que vous scachiez de ses 
parens s'ils s'en peuvent charger et s'ils ont de quoy le nourrir. Vous 
me ferez scavoir s'il vous plaist ce que vous m'aurez (sic) appris afin 
que j'en puisse rendre compte à Sa Majesté. 

Je suis, Monsieur, 

Votre très humble et très affectionné serviteur. 

De Croissy. 

1. Fort d'Exilés, près Grenoble. 

2. Vallée de Queyras dans les Hautes-Alpes. 



280 



MÉLANGES. 



MÉLANGES 



DE luA. RÉVOCATIOIV DE L'ÉDIT DE WAIVTES 



Juin. 

• i" juin 1685. — Brousson date sa deuxième lettre au clergé 
de France du l*' juin 1685. Après avoir montré, avec une touchante 
éloquence, la pureté de sa doctrine évangélique, objet de la foi des 
réformés, et rappelé la violence des persécutions inspirées et dé- 
chaînées par le clergé, il conclut par ces sévères paroles : « Jugez 
vous-mêmes, si nous sommes dignes d'une oppression si cruelle et 
si contraire à l'esprit du christianisme et ne voyez-vous pas que 
c'est parmi nous que la pureté de l'Evangile est enseignée? » 

4 juin 1685. — La persécution atteindra les plus humbles, les 
enfants à la mamelle ne seront pas même épargnés. « Le roy veut, 
lisons-nous dans les registres de la secrétairerie d'État, que M. le 
curé de Jonquières fasse remettre au porteur de ce billet Venfant 
de M. de La Penissière qui est en nourrice dans sa paroisse ^ » 

h juin 1685. — Arrêt du parlement de Rouen par lequel le célèbre 
temple de Quevilly est condamné. Si odieuse était l'injustice com- 
mise, que le chanoine Bretel de Gremonville, s'écria en plein par- 
lement : a Le roi est le maître dans son royaume; qu'il fasse donc 
raser le temple de Queville, de sa toute-puissance, si cela lui plaît, 
mais sans qu'on nous oblige, pour y parvenir, à faire des procé- 
dures et des injustices qui nous couvrent de honte ^. » 

8 juin 1685. — Brousson écrit sa troisième lettre au clergé 
de France et avec une noble indignation il demande aux prêtres : 
« Que trouvez-vous dans toute notre doctrine, qui doive nous faire 

1. Registres de la secrétairerie d'Etat. 

2. Borely, Histoire de la ville du Havre, III, 133. 



MÉLANGES. 281 

regarder avec horreur, et vous porter à nous priver de nos charges, 
de nos emplois, de nos biens, à nous réduire dans une misère mor- 
telle, à nous faire croupir dans de noires et puantes prisons, à 
forcer les uns de tout quitter pour aller gémir dans les bois, dans 
les déserts et dans les pays étrangers, à faire tourmenter les autres 
par des troupes barbares et inhumaines ou à les faire mourir dans 
des supplices très cruels? » 

12 jwm 1685. — On a vu que pour provoquer la destruction d'un 
temple, il suffisait de la présence dans cet édifice d'un protestant 
devenu catholique et retournant au culte de sa première croyance. 
Les temples tombaient par dizaines grâce à cette odieuse fiction 
légale, grâce surtout aux misérables qui obéissaient aux provoca- 
tions des intéressés et donnaient ainsi le prétexte d'une instruction 
judiciaire. LeJ12 juin, deux espions furent envoyés à Charenton 
dans l'espoir de constater la présence d'une relapse et de ses 
enfants, mais la foule était si grande que leur projet ne put abou- 
tir 

14^ juin 1685. — Au nom du roi, M. de Boucherai, s' adressant 
au clergé de France s'exprime en ces termes : « Secondez, comme 
vous avez toujours fait, les projets que la piété et la charité de S. M. 
lui inspirent pour faire rentrer dans l'église catholique ceux qui 
s'en sont malheureusement séparés. Le ro?', ajouta-t-il, tire tous les 
jours de sou trésor des sommes considérables pour la subsistance 
des nouveaux convertis ^ 

45 Juin 1685. — Mgr l'archevêque de Bordeaux a fait part à la 
compagnie d'une lettre que M. de la Lande, lieutenant-général de 
Bordeaux lui a écrite du 9 de ce mois par laquelle il lui mande avoir 
décrété prise de corps contre les ministres du temple de Begle et 
qu'il espère avoir assez de preuves pour faire dérnolir le temple. 
Cette nouvelle a été reçue avec une joie universelle, et Mgr l'arche- • 
vêque de Bordeaux a été remercié de l'avoir communiquée à l'as- 
semblée ^. » 

juin 1685. — Depuis longtemps déjà les protestants abandon- 
naient une patrie où la liberté de conscience était proscrite. Nom- 

1. Papiers delà Rey nie, 7052, 322. 

2. Assemblée du clergé, 1685. 

3. p. 582. 



282 MÉLANGES. 

brenx surtout étaient les jeunes gens qui voyant toutes les carrières 
se fermer devant eux allaient à Vétranger pour ne pas être con- 
traints à devenir catholiques. Plusieurs s'y mariaient et les parents 
restés en France donnaient avec empressement leur consentement 
à des unions qui devaient être plus heureuses que celles des persé- 
cutés. Louis XIV voulut poursuivre jusque sur la terre étrangère 
ceux qui fuyaient ses rigueurs, aussi par sa déclaration du 16 juin 
1685, osa-t-il, lui qui donnait le scandale public de ses adultères, 
interdire ce d'accorder de tels consentements à peine des galères à 
perpétuité pour les hommes et de bannissement perpétuel pour les 
femmes^ ». 

i% juin 1685. — Déclaration du roi portant que les temples où 
il sera célébré des mariages entre catholiques et des gens de la R. 
P. R. et ceux où dans les prêches il sera tenu des discours séditieux, 
seront démolis ^ Il suffisait à un pauvre pasteur de se plaindre de 
la rigueur des arrêts et des délarations du Roi pour que son dis- 
cours fût considéré comme un acte de sédition et devînt le prétexte 
légal de la ruine de son église. 

juin 1685. — Le prévôt des marchands àe, Paris se présente 
devant l'assemblée du clergé qui « le salue sans se lever et écoute 
sa harangue. « Les P. Réformés, dit-il, ont vu que vous n'étiez riches 
que pour faire du bien aux autres et que vos bras ont toujours été 
ouverts pour les accueillir favorablement. Nous souhaitons que le 
dernier d'entre eux vienne faire son abjuration aux pieds de cette 
auguste assemblée, et que nos Temples retentissent les premiers des 
chants d'allégresse pour une victoire depuis si longtemps désirée ^ » 

juin 1685. — La démolition du temple de Caen commença le 
25 juin au son des tambours et aux fanfares des trompettes. Le 
peuple surexcité se porta à tous les désordres, profana les sépul- 
tures, déterra les morts et commit mille indignités sur les osse- 
ments dans le cimetière qui entourait le temple*. 

27 Juin 1685. — En vain les réformés s'étaient-ils montrés les 
plus zélés des sujets de Louis XIV, en vain leurs pasteurs avaient- 

1. Recueil des Édits. 

2. Ibidem. 

3. Assemblée du clergé, 1G85. 

Beaujour, Essai sur V histoire de VEg. réf. de Caen, p. 3i20. 



MÉLANGES. 283 

ils proclamé qu'il fallait être soumis au plus grand des rois, la per- 
sécution grandissait chaque jour. Bayle, pasteur du Cariât, qui avait 
soutenu que la seule lutte permise contre l'oppression était «: celle 
des supplications et des larmes», fut jeté dans les prisons de Pamiers 
d'où unordrede Louvois, du 27 juin 1685,1e fit transférer dans les ca- 
chots du château Trompette près de Bordeaux, où il devait mourir*. 

28 jwml685. — Condamnation de l'église de Corps en Dauphiné ^ 

29 j'inn 1685. — De tout côté les églises disparaissaient empor- 
tées parla persécution; qu'allaient devenir ces troupeaux privés de 
pasteurs, sans culte, cela importait peu à Louis XIV, mais il avait 
souci des enfants qui pourraient mourir sans baptême. Le grand 
roi, ne voulant pas charger sa conscience d'une telle responsabilité, 
autorisa certains pasteurs à baptiser, mais à baptiser seulement. 
Une étrange lettre du 29 juin 1685 adressée à de Gourgues, inten- 
dant de Limoges, montre la manière dont il entendait que se ftt la 
chose: «Mon intention est que vous observiez dans les établissements 
que vous ferez des ministres pour baptiser les enfants nouveau-nés, 
de ne pas choisir pour cela les plus habiles, mais bien les moins 
accrédités parmi ceux de ladite Religion, afin que l'on prenne 
moins de confiance en eux et qu'ils ne soyent considérez que pour 
administrer les baptêmes ^ » Encore quelques mois et le baptême 
sera administré de haute lutte par le prêtre. 

30 Juin 1685. — Mgr l'évêque de Boulogne a dit qu'il avait eu 
nouvelle que le temple de Gaines, qui est un temple très considé- 
rable dans son diocèse, et auquel avoient assisté dans la dernière 
cène plus de dix mille personnes, avoit été fermé; qu'il supplioit 
l'assemblée de vouloir bien lui donner sa protection, afin d'en pou- 
voir obtenir la démolition. La compagnie a appris cette nouvelle 
avec beaucoup de joie et elle a prié Mgrs les commissaires de la 
Religion de vouloir bien prendre communication des pièces, afin de 
donner tout le secours qui dépendra d'eux à Mgr l'évêque de Bou- 
logne*. » 

1. Archives de la guerre, 745. 

2. Recueil des Édits. 

3. Archives de la guerre, 745. 

4.. Assembl. du clergé, 1G85, p. 586. 



BIBLIOGRAPHIE. 



BIBLIOGRAPHIE 



LOUIS DE GEER. ÉTUDE BIOGRAPHIQUE 

PAR PIERRE DE WITT 

1 volume in-12, librairie Didier. 

Un patricien au XVII siècle. Sous ce titre M. Pierre de Witt 
nous a retracé l'histoire d'un grand négociant hollandais, mêlé à 
toutes les affaires politiques et militaires de son temps, et ce temps 
est celui des glorieuses luttes soutenues pour le triomphe de la li- 
berté religieuse en Allemagne. Louis de Geer est un armateur 
d'Amsterdam, où l'on voit encore sa maison, avec de curieuses têtes 
en pierre formant saillie sur le fronton. « 11 pense beaucoup à 
ses vaisseaux; il s'inquiète du cours des marchés; mais là n'est pas 
toute son existence. 11 connaît Gustave Adolphe et correspond avec 
Christine de Suède. Il va en ambassade auprès des républiques, 
équipe des flottes pour les souverains, soutient les savants et les 
lettres, fait imprimer leurs livres à ses frais, et distribue par 
toute l'Europe des secours aux opprimés. » 

Les églises réformées de France, alors en possession de l'Édit de 
Nantes, c'est-à-dire de libertés trop souvent précaires et contestées, 
ne sont pas oubliées dans les généreux dons de Geer. « 11 faut, dit- 
il, avoir soin en premier lieu de l'Eglise Wallonne (en Hollande 
s'entend) ensuite des Églises affligées ou ruinées en Allemagney 
en France, de toutes celles enfin sur lesquelles la main de Dieu 
pourra s'appesantir. » L'examen de ses livres après sa mort prouva 
que dans l'espace de vingt-trois ans, de 1628 à 1651, il avait dis- 
tribué aux pauvres dans divers pays de l'Europe plus d'un million 
de francs, et ce chiffre est loin de comprendre toutes ses libéralités. 
On a pu le surnommer le Médicis d'Amsterdam. 

Telle est la noble vie qu'a retracée au foyer, au forum, dans la 
double sphère civile et ecclésiastique, M. Pierre de Witt, mêlant 



BIBLIOGRAPHIE. 285 

habilement les scènes intimes à l'exposé des faits généraux qui leur 
servent de cadre. Toute biographie est œuvre de prédilection. M. de 
Witt s'est épris de son héros et ce sentiment lui a porté bonheur. 
On lit avec intérêt un volume qui commence comme un roman, se 
poursuit dans un comptoir, au milieu des plus graves préoccupa- 
tions de l'Église et de l'Etat, et s'achève par une belle confession de 
foi chrétienne. Le lit de mort de Louis de Geer rappelle celui de sa 
pieuse compagne Adrienne Gérard, et tous deux évoquent le pur 
esprit de la Réforme dans une de ses plus touchantes manifestations. 
N'est-ce pas assez pour recommander un livre dont l'érudition n'est 
pas sans charme, où l'ardeur de la jeunesse s'unit à une gravité 
précoce, au talent d'écrire, et qui promet à notre Bulletin un pré- 
cieux collaborateur? 

J. B. 



CHRONIQUE 



DEUX CONFÉRENCES SUR LA FAMILLE DE COLIGNY 

Les 7 et 12 mai derniers, une foule sympathique emplissait la cha- 
pelle Taitbout, rue de Provence, pour entendre deux lectures de M. le 
comte Jules Delaborde. Ceux qui connaissent les protestants à la cour 
de Saint-Germain, Éléonore de Roye, l'amiral de Coligny savent la 
grande connaissance des hommes et des choses de xvr siècle qui carac- 
térise Fauteur de ces ouvrages. L'auditoire attendait donc de curieuses 
révélations, et son espoir n'a pas été déçu. 

Dans la première réunion, l'éminent conférencier a retracé avec une 
éloquence chaleureuse les vicissitudes que subirent les différents membres 
de la famille de l'amiral après l'abominable nuit du 24 août 1572. Pendant 
que le sang inondait Paris, la jeune femme, les enfants, les neveux du 
martyr réunis au château de Châtillon-sur-Loing, ne sachant rien, sou- 
riaient d'avance au retour prochain de celui qu'ils ne devaient plus 
revoir. Aux douleurs des orphelins et de la veuve allaient s'ajouter celles 
de l'exil, de la séparation encore plus amère. Tous pourtant devaient se 
retrouver quelques mois après sur la terre étrangère, tous... sauf ma- 
dame l'amirale destinée à expier trois années de bonheur par une mort 
lente de dix-sept ans dans les cachots du duc de Savoie. — La Suisse 
fut leur asile de 1572 à 1576. M. Delaborde, complétant les précieuses 



286 CHRONIQUE. 

lettres émanées de leur plume ^, par la double correspondance de l'am- 
bassadeur Bellièvre et de la reine Catherine de Médicis, a peint sous les 
plus sombres couleurs l'agitation des cantons à cette époque néfaste, les 
obsessions du gouvernement français, pour obtenir l'extradition des 
fugitifs, les migrations successives de ceux-ci de Genève à Berne, de 
Berne à Bâle. Mais à quoi bon détailler davantage? Contentons-nous de 
proclamer avec les enfants de Coligny, avec leur historien, que la Suisse 
se montra à la hauteur de la mission de charité qui lui incombait ; elle 
fut en 1572 ce qu'elle devait être à trois siècles de distance, en 1871, en- 
vers d'autres malheureux réfugiés français. 

Une trop courte esquisse de la vie de Louise de Coligny a occupé la 
seconde séance. Après un coup d'œil rapide jeté sur les femmes remar- 
quables dont la fille chérie de l'amiral pouvait imiter les vertus sans 
sortir de son entourage, M. Delaborde a tracé un charmant portrait de 
la jeune fille à cette heure solennelle qui suivit de près la paix de saint- 
Germain 011 elle épousa son ami d'enfance, l'élève affectionné de son 
père, le noble et infortuné Téligny, qui fut une dos premières victimes 
de la fureur populaire déchaînée par les Guises. Comment sa jeune 
femme échappa-t-elle au carnage, nul ne le sait. M. Delaborde, malgré 
les plus patientes recherches, n'a pu trouver aucune allusion, soit con- 
temporaine soit postérieure, à ce sujet. Louise partagea les destinées de 
ses frères de 1572 à 1576. Revenue de Suisse dans son pays natal, elle 
s'y imposa une retraite dont elle ne devait sortir qu'en 1583 pour aller 
épouser le libérateur des Pays-Bas, Guillaume le Taciturne, prince 
d'Orange. 

Un destin fatal la poursuivait. Son second époux périt comme le pre- 
mier, misérablement assassiné. Mariée deux fois, chacune de ses unions 
n'avait duré que quinze mois! Comme si ce n'était assez de telles 
angoisses, elle eut à souffrir de l'ingrate parcimonie des États Généraux 
qui lui marchandèrent mesquinement son pain. Puis pour combler la 
mesure de ses maux, quand elle reprit le chemin de la patrie, une 
tourbe infâme la poursuivit du cri de : « A bas la Française ! » Cette 
scène, racontée en termes très simples, a soulevé dans l'auditoire un 
long murmure d'indignation contenue. M. Delaborde a fait revivre son 
héroïne à l'aide d'extraits étendus de sa correspondance avec Jean de 
Nassau son beau-frère insérée par Groën van Prinsterer dans les Archives 
de la maison d'Orange. De même, ses matériaux presque exclusifs pour 
décrire le second séjour de la princesse en France ont été les ravis- 
santes lettres qu'elle écrivit à Mme de la Trémouille, sa belle-fille, et 

1. Publiées les unes par M. J. Bonnet {Bulletin, t. I, p. 370-374), les autres 
par M. Gaberel {Ibid., t. VIII, p. 132-135). 



CHRONIQUE. 287 

dont M. Paul Marchegay a donné une excellente édition ^ Quand M. Dela- 
horde aura développé dans un ouvrage spécial le résumé succinct que 
ses auditeurs ont salué de leurs applaudissements, plus que jamais on 
souscrira à l'appréciation donnée sur cette femme d'élite par le plus 
grand de nos historiens^. « Elle était étonnamment la fille de l'amiral; 
elle en avait la sagesse et l'extraordinaire beauté de cœur. » 

LÉON Marlet. 

LES SYNODES DU DÉSERT 

Nous appelons l'attention sur le prospectus imprimé à la troisième 
page de la couverture du Bulletin et dont chacun de nos lecteurs a sans 
doute déjà reçu communication. M. Edmond Huges dont le nom est lié à 
VHistoire d'Antoine Court et de la Restauration du Protestantisme 
français au xviii^ siècle, a, depuis dix ans, employé ses loisirs a 
recueilir tous les procès-verbaux des Synodes du désert qu'il a pu 
découvrir. Les actes de ces assemblées proscrites renferment l'histoire 
de nos églises pendant une période de quatre-vingts ans (1715 à 1793). 

L'on ne comprendra comment le protestantisme français, anéanti, 
extirpé presque sans relâche et sans pitié depuis la Révocation jusqu'à 
la Révolution, est revenu graduellement mais sûrement à la vie, que 
lorsqu'on aura sous les yeux ces témoignages irrécusables des angoisses, 
des efforts, de la sagesse et de l'héroïsme des quelques « prédicants > 
qui s'oublièrent pour cette œuvre et auxquels s'applique si bien la parole 
du Maître : « Rien n'est impossible à celui qui croit. » 

On sait aussi qu'on ne pourrait connaître la vie religieuse du protes- 
tantisme français au xvir siècle sans le recueil des Synodes nationaux 
d'Aymon et les procès-verbaux encore inédits des Synodes provinciaux 
qui nous restent de cette époque. La publication de M. Hugues nous 
rendra ce grand service pour le xviu^ siècle dont le nôtre est l'héritier 
immédiat. 

Ajoutons que la collection réunie par les soins de l'éditeur et annota- 
teur est presque complète et renferme une série d'actes inconnus même 
de ceux qui ont étudié de près l'histoire du désert. Le comité de la 
Société de l'Histoire du Protestantisme français a accueilH avec faveur 
ce projet et souscrit pour un exemplaire; nous engageons vivement, 
surtout les consistoires et les églises à encourager par leurs sous- 
criptions une publication qui n'est faite que dans leur intérêt. 

N. W. 

1. Paris, 1872, in-8° (Extrait des tomes XIX et XXI du Bulletin). 

2. Michelet, La Ligue et Henri IV, chap. IX (m /ine). 



M. LE PASTEUR BOISSET 



Nous recevions, il y a quelques mois, pour notre œuvre historique, un 
don de 5 francs de M. le pasteur Boisset devenu, après de grands deuils, 
aumônier militaire de l'armée du Tonkin. Nous lisons aujourd'hui son 
nom sur la liste des décorés du mémorable siège de Tuyen-Quan, oii il a 
su accomplir avec l'héroïsme de la foi, une mission toute de charité. 
Nos compliments et nos vœux les plus sympathiques vont au digne pas- 
teur qui honore doublement au delà des mers r ^glise et la patrie. 



NÉCROLOGIE. M. MARC MONNIER 

On lisait dans le Journal des débats du 20 avril 1885 : 

« Nous apprenons, avec le plus vif regret, la mort de notre collabora- 
teur Marc Monnier, décédé hier à Genève, des suites d'une maladie de 
cœur récemment déclarée. M. Marc Monnier était né à Florence en 1829 
de parents français. Il avait passé la plus grande partie de sa jeunesse 
en Italie, puis il avait été choisi par l'Académie de Genève pour y pro- 
fesser la littérature étrangère. Il s'y était acquis promptement une 
grande réputation par sa vasle érudition, par la sûreté de sa critique, 
par l'originalité et le charme de son esprit. 

« Marc-Monnier était en même temps un publiciste des plus féconds. 
Il n'est guère de forme dans les diverses manifestations littéraires : his- 
toire, roman, théâtre, poésie, qu'il n'ait abordée, et où il ne se soit fait 
une place distinguée ». 

Au premier rang des très nombreux ouvrages de Marc Monnier il faut 
citer u^e Histoire de la littérature européenne dont le premier volume, 
la Renaissance de Dante à Luther, a seul paru; une Histoire du pro- 
testantisme enFrance; une Vie de Jésus en vers, d'après les Évangiles. 
On annonçait aussi comme devant être prochainement joué à l'Odéon un 
acte en vers de lui : Agripa d'Aubigné, où il mettait habilement en 
scène le rude ami d'Henri IV. 

Gomme correspondant des Débats, Marc Monnier a plus d'une fois tou- 
ché à des sujets protestants. On peut lire dans le Bulletin (t. XXIX, 
p. 4-4) la reproduction d'un de ses articles sur un ouvrage fort important 
de M. Albert Killiet. Les J^ettres de Paul Rabaut v>\xh\\éQs par M. Dar- 
dier ont trouvé en lui un juge très sympathique. 11 n'apprécia pas avec 
moins de faveur le Clément Marot de M. Douen, sans partager l'opti- 
nisme de l'auteur sur le caractère religieux du poète. C'était un témoin 
attentif, éclairé, dont les suffrages avaient beaucoup de prix et n'étaient 
pas moins comptés à Paris qu'à Genève. J. B. 



Au mois de mai dernier 12 le baron Fernand de Schickler et 
M. N. Weiss ont été, à l'unanimité, nommés membres honoraires de la 
Huguenot Society de Londres. 



L'abondance des matières nous oblige à remettre au prochain numéro 
une lettre de M. J. Bonnet au directeur de la Rivista christiana sur le 
séjour de Calvin à Ferrarc. 



Le Gérant : Fisciibacher. 

BoURLOTON. — îniprinierieg reunies, B. 



EN SOUSCRIPTION 

POUR PARAITRE A, l'OCCASION DE L'ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOCATION 
DE L'ÉDIT de NANTES 



LES 

SYNODES DU DÉSERT 

AfiTES MS SYNOMS MTIONiUX ET PROYIÏCIArX 

TENUS AU DÉSERT DE FRANCE 

DEPUIS LA MORT DE LOUIS XIV JUSQU'A LA RÉVOLUTION 

' DANS LE BAS LANGUEDOC 

LES CÉVENNES, LE VIVARAIS ET YELAY — LE HAUT LANGUEDOC 
LE QUERCY, LE COMTÉ DE FOIX — LE BORDELAIS, LA GUYENNE ET SAINTOFGE 
, LE POITOU ET LE DAUPHINÉ 



Recueillis pour, la première fois et publiés avec une introduction 



M. Edmond HUGUES 



3 volumes grand in-8 d'environ 1700 pages. Tirage de luxe, à petit 
nombre, sur grand papier de Hollande; titres rouges, caractères elzévi- 
riens, fac*simile des signatures des prédicants du désert : héliogravures. 



Le 1" volume paraîtra le 18 octobre 1885, et sera envoyé franco 
à tous les souscripteurs. 



PRIX DE CE VOLUME POUR LES SOUSCRIPTEURS : A-O FRAWCS 
(payables a la réception du volume) 
ao francs cliacun des deux tomes suivants 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET DU 13 JUILLET 1870 
niédaillo d'or à, l'Exposition universelle de 



ADMINISTRATION, LIBRAIRIE G. FISCHBÀCHER. 33, RUE DE SEINE 



BXJLILiETIISr 

Le Bwl/e^m paraît le 45 de , chaque mois, par cahiers de trois 
feuilles au moins. On ne s'abonne point pour moins d'une année. 

Tous les abonnements datent du 1" janvier, et doivent être soldés 
à cette époque. 

Le prix de l'abonnement est ainsi fixé : 

10 fr. » poi^r la France, l'Alsace et la Lorraine. 
12 fr. 50 pour la Suisse. 
15 fr. » pour l'étranger. 
7 fr. 50 pour les pasteurs des départements. 
10 fr. » pour les pasteurs de l'étranger. 
La voie la plus économique et la plus simple pour le paiement 
des abonnements est l'envoi d'un mandat sur la poste, au nom de 
M. Alfred Franklin, trésorier delà Société, rue de Seine, 33, à Paris. 

Les mandats-poste internationaux devront porter la mention i 
Payable Bureau ib {rue Bonaparte). 

Nom ne saurions trop engager nos abonnés à éviter tout inter- 
médiaire^ même celui des libraires. . 

Les personnes qui n*ont pas soldé leur abonnement au 

15 MARS reçoivent UNE QUITTANCE A DOMICILE, AVEC AUG- 
MENTATION, POUR FRAIS DE RECOUVREMENT, DE : 

1 fr. ' » pour les départements; 

1 fr. 50 pour l'étranger. 
Ces chiffres sont loin de couvrir les frais qu'exige la présentation 
des quittances; V administration préfère donc toujours que les abon- 
nements lui soient soldés spontanément. 



LE PRIX DE CE CAHIER EST FIXÉ A I FR. 25 POUR 1885 



Th e HF Group 

Indiana Plant 



095991 D 1 00 




5/25/2007