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Full text of "Astreée"

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7é5 






cWOWARD 

OVIAYER 

CBROWN 

(pllcâion 

(THE NEWBERRY 
LlBRAKY 

























ASTREE. 

TRAGEDIE. 

par Mônfiéur D L A FONTAINE. 

R E P R E S E N T E’ E 

PAR L’ACADEMIE R'OYALLE 

DE M U S I QU'E 


'J 

Af • ^ 


ris', 

A l’Entrée de la Porte de T 

Au Palais Royal, rue Saint Honoré. 

Par Christophe B al lard, feul Imprimeur du Roy 

pour la Mufique. 

M. D C. X C I. _ 

* "^avec prFvIlTce dv Ror. 



£ 4 : 





ACTEUR S 

DU P R O L O GU E; 


PO L LO N. ^ '-'l-' 

\A C A NX E fuivant d’Apollon, ^ 

La Njmphe de la Seme. ' * ^ \ 

chœurs des Miufesp ^ ? ir. l 
chœurs de Bergers, 

Nymphes fuivantes de la Seine^ 

Z E PH IRE/" ' 

FLORE & fa fuitç^ ~ 





Mê V 

fm- 


%cao® 






PROLOGUE. 


Le Theatre rèprefente la veue de Marly 
dans l’efloignement , & les bords 
de la Seine fur le devant. 

APOLLON defcend* 

la nymphe. 

1 EV du ParnaJJe & du facré V allon , 
Quelle a^vanture en cés lieux ^ous attire? 
APOLLON. 

Mars" de tout temps ennemj dMppollon 
Me force a miter mon Empire, 

LA NYMPHE. ' 



Nojtre Monarque njous promet 
repos quon n a plur fur le double Sommets 

APOLLON. 

Jupiter luj-rnejme auroit peine ' 
calmer aujourd'huj tant de Peuples divers, 
Piien ntmpoje d prefent jilence à ÏVnivers ; 
Et cependant je vok les Nymphes de la Seine 

S'occupera lenvj de Mu/ique & de J'ers, 

â ij 



4 


PROLOGUE. 

LA NYMPHE. “ 

JSlous tenons ces faveurs d'un Roj Ÿlein defa^ejfe '. 
La terreur & rejpe^fent ces beaux lieux. 

Des chants les j?lus délicieux 
Nos bois retentijfent pins cepe. 

La paix régné dans nos ombrages. 

Le murmure des eaux ^ les plaintes des Amans 
Les RoJJignols par leurs tendres ramages 
0ccupent puis Echo dans ces lieux p charmans, 

APOLLON. 

joignons tous nos accords: approches^ 'vous Acante* 

Fille de l harmonie ^ o paix douce charmante » 
Comme j unis les njotx reviens unir ' les coeurs. 

Par fin retour la /aifin la plus belle 
Annonce en mille endroits la guerre fis fureurs s 

Fais cju en ces lieux l’amour p renouvelle, 
APOLLON, LA NYMPHE ET ACANTE, 
O ! Paix reviens unir les cœurs. 

Par fin retour la fai fin la plus belle 
Annonce en^mille endroits la guerre & fis fureurs; 
F ais c^u en ces' lieux l amour.fi renouvelle. 

Le Chœur, 

Fais epuen ces lieux l’amour fe renouvelle. ^ 

. APOLLON. 

Et vous compagnons du Printemps , 

Zephirs par qui les-^ jleurs renaijfent tous les ans , 
EmbelliJJell^ ces b or as de leurs^ grâces naïves : 
Ramenezj icj les beaux jours ; 



PROLOGUE. s 

Doux Zeohm innjitez^ à danfer fur ces rives 
Flore & lu mere des Amours, 

• LA NYMPHE, 

Dans ces lieux les dons de Flore 
Font accourir les Zephirss 
Et les larmes de l* Aurore 
Se joignent à leurs foupirs. 

Les fleurs n'en font que plus belles s 
floüijfezj de leurs attraits : 

Flore a leurs grâces nouvelles 
Donne icj de nouveaux traits. 

^ outes faifins n'ont pas ces richejfes légères 
Dont l'émail peint nos champs de diverfts couleurs; 
Eergers , veneZj cueillir les fleurs ; 

N J venezo point fins vos Ber gérés* 
JoùijfeZj des dons du Printemps ; 

Eout finit , profltezj du temps. 

choeur. 

. Joüijfbns des dons du Printemps ; 

Tout flnit i profitons du temps. 

K 

Les Chçeurs, 

EU -il quelques rivages 
Qui ne connoijjent point l Amour? 

I A NYMPHE & ACANTE. 

Si les Bergers luy font' leur cour. 

Les Rûjs luj rendent leurs hommages. ^ 


f: PROLOGUE. 

Les Chœurs. 

EIî':il quelques rivages 
Qm nexonnoijjent point l'Amour, 

LA NYMPHE & ACANTE. 

« 

Il nejt ^oint de lieux p ptwvages , 

De cœurs Jï fiers y d'ejprits fi, fiàges,^ 

Que ce Dieu ne dompte d leur tour. 

Les Chœurs. 

EH -il quelques rivages 
Qm, ne connotjjent point l* A ?nour,. 

Apollon. 

V os chants font pour l* Amour ^ ma Liyc e(l pour la 
Gloire, 

Du nom de deux Héros je veux remplir les Cieux^ 
De deux Héros que la Victoire 
Doit reconnoifirepourjes Dieux, 

J\dujes profitez^ d'un azjile 
Ou tout >eH paifihle Gt tranquille, 
Reprefintezj dans ce fié jour 
*On Speédacle ou régné l' Amour, 

Ge Dieu recompenfid quelques morne ns de peine 
QVmrent Afirée Céladon, 

Faites voir aux bords de la Seine 
Les avantures du Lignon, 




( 


PROLOGUE. 7 

Les chœurs. 

Que nos chants expriment nos fiâmes, 
Répandons dans tout ce fiejour 
J_,e charme le pltss doux des âmes , 

Les Chanfons , les Vers , &. l'Amour. 

Fin du Prologue. 



l 


ACTEURS 

D.E LA TRAGEDIE. 


S TR E’ E Bergere. 
CE’LADON A mant d* A firée. 
S E’ M I R E Amant d* Ajlrée, 

P H l L l S Confidente d! A jire'e, 

H l L A S Berger, 

TIRCIS Berger.^ 

G A L A T E* E P rince (Je dn F oreü. 

L E O N I D E Confidente de Galate'e. 

1 SME NE Fée. 

Troupe de Druides. 

Troupe de Bergers ôc de Bergeres. 

Efprits Æriens. 

Nymphes. 

Genies. 

Peuples du Foreft, 

Troupe de la fuite d^Ifmene. 
LIZETTA. : 

GALIOFFO. 

GAMBARINÏ. 

La Scene ejt dans le Forefi. 






ASTRE’E. 





I 


/ 


I 



TRJGE DIE. 


ACTE PREMIER. 

Le Theatre reprefente le ’Païs du Fo- 
reft, arrofé de la Riviere du Ligqondur les 
bords de laquelle font plufieurs Hameaux 
& Boccages- 

SCENE PREMIERE. 

s E’ M I R E. 

E RF IDE que je fùü^ infortune' S e'mirc! 
Lcd bruits qu en ces Hameaux je re^anâs 
tom les jours 

Soulageront-ils mon martire ? 

Que me fert de troubler d'innocentes amours ? 

A 







i. ASTRE’E, 

J'ayme Aîlrée ^ & je tente undejfein tenter aire, 

Je détruis Jon Amant ; mais que fais-je pour moj ï 
Ce qui le rend fuf^e6t de njioler fa foj 
Me rend-il capable de plaire î 

dAts fein cf Ajîrée , en ^ain f aj <versé cent poijons. 
V implacable dépit ^ les injufles foupçons , 

L* aveugle & la fur de colere , 

La jaloufe au repos f contraire , 

Enfans de P Art dont je me fers , 

M'ont en vain procuré le f cours des Enfers, 

Quel fruit aura ton crime ^ infortuné S émire? 

Les menfonges divers à quoj tu donnes cours ^ 

S oulageront~ils ton martire ? 

Que te fert de troubler djnnocentes amours ? 

Je me v^nge y il fwjft y je fais des miferables, 

IA* e fi -ce pas un bien aJfeZj doux? 
(^Achevons y puis retirons-nous 
En des Deferts inhabitables. 

dAmans y heurestx Amans y dont je détruis la foy^ 
Putffezjrvous devenir plus mal-heureux que moy. 

Je vois déjà cette Bergere en larmes. 

Ce doit efire l'éfièt des dernieres alarmes 
Par qui mon impofiure a féduit fa raifon, 

Laifions fur fon e if rit agir nofire poifn. 





3 



TRAGEDIE. 



«tco/ 

SCENE SECONDE. 


AS TRFE, PHI LIS. 

A STRE’E donnant i Philis une Lettre ouverte 

A Vois-je tort^Philis? tu njois ces témoignages: 
De fa main propre ils font tracez^: 
Confàere de quels outrages 
Mes feux y font récompenfz,. 

]SIe me parle jamais du T'raifre. 
Céladon, Céladon., U efi un Dieu mangeur ^ 

PHILIS. 

2>le le foupçonnezj'-pas , ma Sœur. 

À STRE’E. 

Voicy pourtant fs traits^ peux-tu les méconaifire? 

philis. ' 

fe cannois encor mieux fin cœur. 
^outm*ell fifiect , tout njous doit lefre. 
Quelque ennemy fier et ment d^ imiter fa main. 

ASTRE’E. 

- Dédiras-tu nos yeux qui l ont ^eu ce matin 

Smhraffer Les genoux d' Amintel 

PHILIS. 

C'eft un reïle de feinte 

Vous mefme anjelpu mir avec quelle contrdinte 

A ij 


4 . A S T RFE, 

H feignait des tran/ports qiiil ne pouvait Jentir^, 
Qu un véritable Amant a de peine a mentir i 

ASTRE'E. 

Eh i q^uil ne mente plus, 

P H IL I S. 

Sçait-il voftre pensée! 

Il voit depuis ejuelques jours 
Que fa famé efl traversée , 

Et quon trouble vos amours, 

U veut vous ménager^ en expofmt Amint% 

ASTRE’E.. 

Q^ ne me ta- fil dit, 

PHILIS. 

Sans doute il ne ta pu, 
ASTRFE. 

JAon cœur a Céladon nejloit que trop connu 
El'auroit-il pas préveu ma crainte 
Si t ingrat d'autres foins occupé^ prévenu ,,,, 

PHILIS. 

M.a Sœur, bannijfez^ ces alarmes. 

Quœl objet vous peut-on préférer fous les Cieux ! 

ASTRE’E. 

oAminte efl engageante, prévient par fes charmes, 

E on amitié me rend trop parfaite a tes jeux. 


« 



TRAGEDIE. s 

Uéla^ > cjui feint d'aimer , eft toujours temeratre: 
De U fcmte à l'effet on na qt4un If as à faire s 
Cefi un écueil fatal four la fidelité : 

Vne première ardeur nefl bien-toft plus qu unfonge: 
La mérité devient menjonge , 

Et le menfonge ^vérité. 

P H 1 L I S. 

Les Coquettes les plus belles 
Ne touchent que foiblement , . -- 

On peut par amufement 
Feindre de brûler pour elles ; 

Et le plus crédule Amant 
Les regarde feulement 
Comme on fait les fleurs nouvelles , 

Avec quelque plaifir^ mais fans attachement, 

A S T R E’E. 

J^uandil plaift à l'Amour tout objet efl à craindre. 
Ce Dieu met bien fouvent fa gloire à nous atteindre. 
Du trait le plus commun & le moins redoute , 
%}ne première ardeur n efl bien-îofl plus qu un fionge, 
La vérité devient menfonge , 

Et le menfonge vérité. 

Il le prévoyait bien^ le F'raiflre , / / nfidelle, 
feus peine a l’obliger a feindre ces amours^ 

Il refiïla long-temps , je perfiflay toujours, 
Tjrouvoit-il Aminte fi belle ? 


A S t RE' e; 

Je lijois âms [es yeux une fecrette peur, 

Ü ingrat a^ooit raifon de craindre pour Jon cœur. 

^ PHI LIS. 


Ce fi oit a ‘vous d'avoir de la prudence 
En l éloignant du danger 
De changer. 

A S T R E’ E. 


Cefioit à luj d’avoir de la confiance 
En rejiélant au danger 
De changer, 

_ . P H I L I S. 

^ VOS Joupçons je ne fçaurois me rendre: 
Mais voicy mon defiein , ma Sœur» * 
D'Hilas depuis deux jours je ménage le cœur. 

Je veux que pour Aminte il feigne de l’ardeur. ' 
Cefi le moyen de tout aprendre ; 

Elle luj dira fin fècret. 
fe l’attens j vous fiavez^ combien U efi difiret. 

Le Voicy. 






TRAGEDIE. 7 



SCENE TROISIE’ME. 

PHILIS, HILAS, ASTRE'E. ' 

P H I L I S. 

] ’ Ày hefoin , Hilas , de voRre adrefe. 
Puis-je compter fur vos fermenst 
Vous me rendej^ des foins s mais ces ernmfemens 
Sont-ils des effets de tendrep ï 
Où ne fini- ce qu amufemens ? 

Sans ceffe vous allez, de Bergere en Bergere , 
Jurant de finceres Amours : 

IZe'phire n eut jamais d'ardeur f.paffagere s 
Ehl comment s’afùrer qu’une amef legere 
Puife ne l’efire pas toujours '( 

HILAS. 

Quoj 3 vous doutez, fl je vous aymeP 
Eh! qui pourrait y Philis, vous voir ftns'vous aymeri 
Vous avefplus d’appas que rien al’ amour mefne , 
jP)es traits a tout ravir . des gjeux a tout charmer. 
Et ^vous douteZj fi *vous^ ajme ! 
PHILIS. 

V Déclarer fi bien fion ardeur 

Ce nefi fas ce qui nous engage : 

Les vrays interprètes du cœur 
Ne font pas les traits du langage. 



A s T R E’E. 

jMa Sœur^foje aujourà'huj te garantir fa foy, ‘ 
L Amour ne refera oit ce miracle cfuà toy, 

H I L A S. 

Si je n aime Philis que ce Dieu me hdiffe! 

Qu'il me Ivvre à des cœurs ennemis de fs traits ! 
Qu a la fin mon bon-heur dejende du caprice 
D'une Bergere fans attraits \ 

PHILIS. 

l'en croiray ^jos fermens f uofire amour s'appliqua 
<tA m'mjiruire des feux d' Aminte d'un Berger. 

H I L A S. * 

2S[ eft-ce pas Céladon? la chofè eft fi publique 
Qud de trop grands efforts ce ri eft po 4 m'encraaer, 

PHILIS. 

// vient, partez^, 

H I L A S. 

Je vole ou vojtre ordre m'appelle. 

A S T R FE & PHILIS. 

Voyons comment , le traifire, iinfidelle 
S oüt tendra fon manque de foj. 

philis. 

Adieu , vous pourrez, mieux vous e'claicir fans moj. 



SCENE 



TRAGEDIE. 5 



SCENE QVATRIE’ME. 


CELADON, A S T R E’E. 

â 

CELADON. 

t]uoy ^ Jèule en ces lieux Jans fonger à la 
fefie 

Dont vous Jerel^ tout torn^ment , 

Oefi un "Triomphe qui s* aprefte 
Pour les Dieux & pour vous aux jeux de vpjlre 
Amant. 


On n entend en tous lieux que des chants iaüégrejfe. 
Bergeres , Bergers tout s'emprej^e 
De celebrer ce jour charmant* 

Cependant vous rejvezo : d! ou vient cette triftejfe ? 

A S T R FE. 

Berger vous paroifez^ aujourd'huy bien paré s 
De cét ajujiement quels yeux vous fcauront gré \ 

CELADON. 

Les vojtres , ma DéeJ^e, 

Il neft: rien en ces lieux 
Qui ne s^ efforce de vous plaire y 
Et ceJl pour attirer vos regards précieux 
Que ces Prêt, y que ces Bois y cette onde fi. claire 



,6 A S T R E E , 

Etalent ce cjH* ils ont de pliis deiicieux. 

Uj^ftee me [me qui nous éclairé 
Jsie fe montre fi beau que pour plaire d vos jeux* 

A S TR F E. 

Céladon, banni(?el(^ces dif cours d*entre-nous s ^ 

Je fçay quen vojtre coeur une autre eft préjeree 
Et vos VŒUX ne font pas pour ^innocente ^ftrec» 

* . C E’L A D O N. 

> 

Ciel! mes vœux r^e font pas pour vous? 
Dieux puifiahs qisicj l*on révéré» 

Dieux vangeurs des forfaits , je vous attefle tous» \ 
Si quelqu autre quAfirée à mes defirs efl chere » 
Faites tomber fur moy vos plus terribles coups,, 

ASTRFE. 

'Sois traître feulement , & ne fois pas impie. 

CELADON. 

Juje Ciel! vous doutef^ncore de ma foy ? 

Alais quel efl cét objet dont mon ame efl ravie? 

ASTRFE. 

Va , perfide , va garde toj 
D*ofer jamau paroiftre devant moj, 

C EX A D O N. 
l du moins .... 






TRAGEDIE. '\i ' 

A S T R FE. 

Non. 

CE’L A DON. 

Qjioy 3 fins l'entendre 

Condamner un Amant fi fideüe & f tendre \ 

ASTRE’E. 

Non J per^de , non , garde-toy 
D'ûfer jamais paroi^re devant ^moy. , 

. CE’LADON. 

N on fort efi dans vos mains ^ il faut vous fatisfaircs 
Et 'puifque vofire arreji me livre au deffpoir y 
ly cours y & refpeâant vofire tnjufie colere 
le me fais du trépas un f une lie devoir: 

Vous me regretterezjyf en fuis fur , & vofire ame 
oAu vain rejfouvenir d'une confiante fiâme 
Se laiffant trop tard émouvoir , 

JS/Le donnera des pleurs que je ne pourraj voir. 


I 



SCENE ClNQyiEME. 


ASTRE’E. 

S Eroit-ïl innocent \ me Jerots^je trompée? 

Soupçons dont faj i'ame occupée y 
Dois-jc donc njous bannir \ é aj -je a tort condamne'? 
En quel trouble me met cette fuite Joudaine'i 
• Quae-t'ufaity Bergere inhumaine? 

. Où s'en 'ua cét inforttuné^ 

2Ve le pas écouter l fe rendre inéxorable i 
Ses pas précipitez^, /es regards pleins d'éfroj y . • 
Jïde font craindre pour luy y que ne dü^-tu pour toy ^ 
Bergere miferable! 

T*u ne l’as pu haïr quand tu l’as cru coupable j ^ 
J^e fera ce s’il meurt en te prouvant fa foj ? 


Cours mal-heureuf , cours , va retarder fa fuite. 
Céladon , Céladon y helas ! il précipite 

Ses pas & fon cruel dej/ein. 

Il eft fourd à mes cris , & je l'appelle en vain y 
le nen puis plus y la force & la voix tout me quitte. 



4 



TRAGEDIE. h 



SCENE SIXIEME. 

Un Druide conduifant laCeremonie de 
la Fefte du Guy de l’an neuf, à la place 
d’Adauias. 

Troupes de Druides, de Pallres,Silvains, 

' Faunes , Bergers & Bergeres. ^ 

UN DRUIDE. 


M JiJlrei de .l’Vnmers , Dieux puiJ[ans,nos 
Hameaux , 

Vous fre [entent le don que viennent de nous 'faire 
Ces antiques Palais qu habitent les Ojfeaux. 
Confervel dans nos Bois leur ombre tut claire. 


V?ous ne vous demandons en faveur de ce Don , 
Hj des grandeurs 3 ny du renom» 

Hy des richejfes excejfives ; 

Qj^e les Jources de l'or Joient pour d autres cyue nous; 
Nos devins feront afezj> doux , 

Si les Bergeres de ces rives 
Ne font regner que de chafes defirs ^ 

Et d'innocens plaijlrs, 

LE DRUlDE,&le Chœur. 
ConferveZj nosHroupeaux^ arrojezo nos Prairies» 
Faites regner la paix fur ces rives fleuries s 



H ' ASTRE’ E,. 

Que Mars nj trouble foint les jeux & les chanfons 
Gardezj ms fruits & nos moiffons. 

UN B E R G E R & le C H OE ÜR, 

'Accourez ^ , ‘Bergers fidelles , 

Célébrez^ tous en ce jour 
V os Ber gérés & 1‘ Amour. 

ChanteZj vos feux (0 qjos belles. 

CHOEUR. 

Veneff, Amours , volez, de cent climats divers 
En ce fejour tranquille. ' 

Ces feuillages epaü , ces gazions toujours verds 
Fous offrent un charmant az,ile. 

Fene^y Amours , volezy de cent climats divers 
Pour enflamer nos cœurs feuls dignes de vos fers. 
Laijkz, dans un repos languiffan inutile 
Tout le re fie de 1‘ Fnivers. 



/ 







SCENE SEPTIE’ME. 


2<fous n avons le trouver far ces bords, 

le druide. 

Portons ce facré don fur un Autel du T'emple, 
Et c^tie chacun a yhou 
zA chercher ce Berger fajfe tous fe s efforts. 


SCENE HVITIE'ME. 

P H ILI s, ASTRE’E. 


P H I L I S. 

C E’ladon dans les flots a terminé fa vie, 
Comment le diraj-je d ma t,œurl 



UN berge 


EWnon loyide impttoja^ls 
yient de l* enjevclir* 

C H OE U R. 


O perte irréparable ! 


le berger* 





A s T R E’ E. , 

ASTRE’E. 

- le fçais y P hilis y ce malheur 

EJi l ejj^et de ma jaloufle, 

T)eteJl'e--moj ; c eft peu de me haïr: 

Céladon ne périt que pour mieux m' obéir. 

Il s elî perdu \ je me perdray moj-mejme; 

• Que mefertla clarté du jour? 
le ne uerr ay plus ce que j^ayme ! 

Cher Amant as -tu pu me quitter fans retour i 
ISlofre bon-heur ePtoit Juprême ; 

Us Dieux nous enviaient du haut de leur séjour 
Tu fés perdu ! je me perdray moy^mefme l 
Que me fert la clarté du jour i 

FIN DU PREMIER ACTE- 


TRAGEDIE 



ACTE SECOND 

Le Theatre reprefente les Jardins de 
Galacée-, & dans l’éloignement 
le Palais d’Ifoure. 



SCENE PREMIERE. 

G A L A T E’ E. 

S E ne me connoïs plus , c^ueUe nou^veUe 
ardeur 

Se rend maiflrep de mon cœur? 
^ _ %Jn Berger caujè ces alarmes. 

Doux tranquilles njœux i qu ejtes ‘vous devenus? 
Le fort offre à mes yeux un Berger plein de ch arme s s 
Et depuis ce moment je ne me connoïs plus. 



/ 



J8 A S T R E’E, 

^ ^ ^ ^ ^ A A. 

SCENE SECONDE. 

LEONIDE. &; GALATE’E. 

% 

) » 

LEONIDE. ' ■ 

f 

P RinceJfe , cherchezj ‘vous icj la Jolitude ? 

GALATE’E. 

Je me laijje conduire a mon inquiétude. 

Ji'lais que fait Céladon} dü-^moy , quen fenjès-^tu? 

le voj quen fécret tu me blâmes 
ly avoir pu concevoir de ft honteujès flames ; 
JMaisyhelas ! qui nauroit vainement combattu 
Contre les traits dont il a Jçeu m* atteindre l 
Il alioit expirer ; l'onde venoit d'éteindre 
Le vif éclat de fes attraits. 

La pitié luj prella fès traits. 

L'Oracle y les Defiins, tout luj fut favorable. 

Rien ne vint soppofer a ma naiffante ardeur. 

LEONIDE. 

Que de raifons ont fait entrer dans vojlre cœur 
%Jn Ennemy Jl redoutable / 

CALAT £*E. 

Aies yeux me trompent-ils? c eft à toj d* en juger. 

LEONIDE. 

Princejfe yiefh harmant, mais ce nef quun Berger. 


TRAGEDIE. 
G À L AT E’E. 




Par Us nœuds de l'Hymen le Sceptre & la Houlette 
Se font unis plus d une fois, ' 

L'dmout neftplus amour dés quil cherche en ce chotx 
\)ne égalité Ji parfaite. 

Mon cœur efl excufahle s & Galatee enfin , 
■Seroit-eüe fans toj dans cette peine extreme ? 

Leonide f ce fut toj-mejme 
Qui me fis malgre-moj confiulter ce Devin. 

PrincelJe.me dit-il, voicy voflre deBin. 

Vne étoile ennemie autant que favorable , 

Peut vous rendre en hymen heureufie- ou mtfierable. 

Dans ce miroir regardez^ bien ces lieux: 
Vers le déclin du jour il faudra vous y rendre s 
Celuy qui s offrira le premier à vos yeux i.. 

EU l’Epoux que le Ciel vous ordonne de prendre, 
fappercem ce Berger, re/ifteray-je aux Dieux} , 

leonide. 

Princeffe , fion Jfirée a pour luy trop de charmes. 

G A I- A X E E. 

Eh\ nayfe pas les mefimes armes ? 
îJ’efl'-ce rien que mon rang auprès de Céladon ? 

' leonide. 

Vous ne connoijfez, pas les Bergers du Lignon. 


K 


■20 


AS T R E’E, 

Leurs Amours font leurs Dieux f ofenfe la plus noire 
Pour eux efl t infidélité. 

Ajmer fait leur félicité ; 

Aymer conftamment fait leur gloire. 

GALATE’E. 

ajoutes les Conquejles d'éclat 
F latent la •vanité des hommes. 

Quelque confiants qu ils foie nt ^ans les lieux où nous 
fbmmes, 

La beaute dans mon rang ne fit jamais d'ingrat. 

Je tremble ^je le voj ; quoj , mefme en ma prefence 
llfbupire , il fi plaint aux Echos d'alentour ! 

L E O N I D E. 

Il neft plein que de fàn amour. 

Par fis chagrins y jugez, de fa confiance. 



SCENE TROISIE’ME. 

GALATE’E, CELADON, LEONIDE» 

C GALATE’E. 

E ladon^ contemplez nos jardins & nos bois y 
Qui ne croiroit que Flore j tienne fbn empirel 
> De ces Oj féaux qu amour infjire 
Ecoutez les charmantes voix. 
exf charmer vos ennuis en ces lieux tout confire. 



N 


TRAGEDIE. « 

Cependant ceft en niaïn que tout njeus fait la Cour, 
Nos foins , nos vœux , ce beau Je)our , 

N 'ont point d'agrément qui vous Jiate. 
Calaiée a fujet de fe plaindre de vous: 

Faut-il que fans effet fa prefnce comhate 
Cette trilîefe ingrate 
Que vous ofz, confrver parmj-nous, 

CELADON. 

Frinceffe ,ma douleur n’eft pas en ma puijfance , 
Je jirs , vous le favés, du plus affreux danger, 

Puü-je m'empécher d’j fonger l 


G ALATE’E. 

Songef plûtoft à. ma prefnce, 

Ceft -la fuie reconnoiffance 
A quoj je veux vous engager. 

Fous foûpireZj , vous vous plaignez, (ans ceffe , 

Si cefl d’ une ingrate Adailtrejfè , 
change^, vousl^ou<vés faire un choix remflj Xa^^as. 
Jouffrir tant de maux, quel coeur *vous con-^ 
traindre ? 

Helasl, le mien ne comprend pas' 
Que njous dentés jamais njous plaindre. 

(fjM^ais quelle efi cette ^ifire'e , & depuis quand Jes 
coups 


,( 


Il .ASTRFE, 

l"iennent-ils •vojtre -ame ajfervie ? 
Vofire efclavage eft oit-il doux ? 

. C E’L AD O N, ' . , 

ÎBelle L^rmejfe, comme a vous , 
Hélas I je fuis bien loin de luy devoir U vie î 

CALAT FE. 

2)/^ Lignon en fureur dans ce fatal moment 
Contezj-moy tacctdent funeFlç. 


CELADON, 

J J tombay , vous fçaveZj le rejle } 
Je ne veux vous c^ue de vous feulements 

GALATE’E. 

Vous paflifeZiS 'vous change Z j de vifagel 
CELADON. 


Hymphe^ cejl malgré-moy que fous un doux ombrage 

Vaspeéét de ce fataLrivage 
A rappelle les maux que je viens d'endurer, 

CALAT FE. 


^e vos chagrins y de cette triïie image 
Puijfe le Ciel vous délivrer I 

Divertis fis foins Leonide, 

Fais luy voir de ces lieux tontes les rareté Zi» 
Parle~luy de cét antre > où des flots enchantez^ 
Faifoient connoiflre un cœur ou confiant ouperfidel 


i 



TRAGEDIE. 13 



S C E N E. QVAT RI E’M E. 


'CE’LApON, LE'ONIDE. 

LEONIDS. 

D Ans le jvnds de ce Sois ejt un antfe Jàcfe, 
Là jadis chacun à fon gré ' 

PewvoUt en regardant dans une onde jîdeUe ^ 

Qui coule en ce-lieurewré , 

Connoijire fi l'objet en fin cœur adoré, 

Lée brâloit point de c^uelcjue ardeur nouvelle. 

Cette Fontaine a nom. , la F erite d Amour, 

On nen approche plus s Deux Monfires à l’entour 

Interdifint l'abord d’une fiurce fi belle. * 

CELADON. 

Leonidefie fiçay que cét enchantement 

JAuit ou firt a plus dun Amant. 

"UoyeZj combien il m’efi contraire. , 

Sans CCS Monfires pleins de fureur 
Aélrée auroit pu lire en cette onde fincere , 

JAon innocence & fin erreur. 

Elle m’auroit trouvé fidelle. 

L E O N 1 D E. 

Vous ajmés trop une Seaute cruelle , 

Oubhés-la. Cédés à des tranfiports plus doux, • 


/ 


■r 


i4 ASTRE’E,' 

'N 

Et fong^\ cj^uen ces lieux il ejl une PrinceJ?e 
Dont les aŸpas & la tendrejfe 
Sont dignùs d'un Amant aujfi parfait que ^oous. 

• Laifés la conïlance 
Aux heureux Amans. 

Vous foujfrez^ mille tourmens. 

Vous aimés fans efperance. 

Laijfés la constance. 

Des piaifrs les plus charmanSp 
Amour icy récompenje 
De fi jufes changement., 

Lai fiés la confiance 
Aux heureux Amans. ^ 

CE’LADON, 

Vous ^ouleZj m^ engager fous un nouvel empire '; 
Et dans mes premiers feux je veux perfeverer. 

, Ce nejt point par confeil que noftre cœur foûpire 

Ou quil cejfe de foupirer. 

CE’LADON & LEONIDE enfembic; 

' Ce nePl point par confeil que noUre cœur foupire. 

Ou qu'il cejfe de foupirer. 

CE’LADO N. 

Voflre Princejfe eft jeune, & belle , 

Elle merit croît le cœur d un Souverain. 

Mm 

^ ./ 




• T R A G E D I E: if 

Aîais celuy à* un Berger ï -quelle gloire ^our elle! 
Njmphe vous combattez^ en vain 
La foj que fay jurée. 

' Combattezj-la quand vous verrez. ^(Irée, . 

L E O N I D E. 

Sa heaute' ne fçauroit excujèr fa rigueur. 

Céladon , il efi vrajy vojlre Bergere eïl belle > 
î^lais elle eji Jie're , elle eïi cruelle , 

Elle abufè de voflre cœur. 

CE’LADON. 

Ah fi j'eHois dans nos boccages l 
Si leurs frais f0 facre'T^ ombrages 
Vouvoient fervir de Temple à l* objet de mes feux ! 
Si mon cœur y pouvoit facrifier fans cejfe' 

Au fouvenir de fa Déejfe , 

Q^e je me trouverois heureux ! 





-D 


SCENE CINQVIE’ME. 

ISMENE Fée , LEON IDE, CELADON. 

I S M E N E. 

L E Ciel exaucera ^os vœux. 

Il me l^a fait fçavoir. Je fuis la Fée IJmene, 

M,a fuiffance & mon art vont vous tirer de peine, 

LEON IDE, 

vous rend d ces lieux , Ifmene ^ dites-moj? 

ISMENE. 

V ordre fecret des Dieux : fexecute leur Loy, 

L E O N I D E. 

V 

Quels biens vojtre pouvoir ne va- fil pas répandre 
Dans cét heureux féjourl 

ISMENE. 

Jidon Oracle doit vous laprendre^ 

- ^vant la fin du jour. 

Céladon , mettezj fin d vos trijtes alarmes* 

V oFtre Bergere par fes larmes 

Veut eüe-mefme vous vanger. ^ 

Elle croit cpue de fin Berger 3, 





TR A G E DIE. tf 

U ame encor dans les air s, faute de fèpulture, 
jiutour de ces Hameaux errante à l^a^anture , 
Attend quuri njain tombeau la tienne foulager. ^ 

G F L A D O N. 

Confidente des Dieux, un Amant trop fideüa 
Attend tout de ^oflre fça^oir. 

Faites par fon divin pouvoir 
Que libre & dans nos Bois f adore ma cruelle. 

ISMENE. 

Je feraj plus encore & pour vous pour elle , 

Dans ce moment mon art vous fera voir 
Ses regrets fon defefioir. 

I S M E N E aux Miniftres de fa puiflance. 

Frimes de l*'air , Hymphes, Héros , Génies , 
Calme%^ de ce Berger les peines infinies. 

Faites-luj voir Afirée , cachel^le à fs yeux. 
Rendez» à ce't objet l*honneur qu on rend aux Dieux» 
Et le Eemple , & l' Autels & les ceremonies 
Vous ont eflé déjà par mon ordre ^refcrits. 

Faites voftre devoir , purs cÿ légers E éprit s , 

Princes de tair. Nymphes , Héros , Génies. 

Les Efprits Aeriens defcendent fur un tourbillon de 
Nüages, & conftruifent un Temple dédie à Aftrce : Le 
Jardin fe change entièrement en Foreft. 


D 


r 






î8 ' A STR R’E, 

SCENE SIXIE’ME. 

PHILIS, A STR E’E. ‘ 

PHI LIS. 

1 C’ 

Oi^s parcourons en •vain tous les bords du 
Limon. 

O 

Repofins-nous, ma Sœur i entrons dans ce bocage. 

A S T R F E. 

O Dieux ! fy vois un fTemple l 

PHIL I S. 

Il porte voftre nom. 

Je viens de voir au fonds de ceY ombrage 
. • Ces mots écrits par Céladon. 

C*ejl dans cette demeure 

Qu un Amant exilé cherche en vain quelque paix. 
Que pour le prix des pleurs quilj verfe d toute heure 
FufJJe Afirée ejire heureuje & nen verfer jamais l 

A S T R E’ E. 

Quoy de fon ennemie il en fait fa Déeje ! 

Au moment que je viens de càufer fon trelfas 
Il me conjacre un LS emple ^ demeure icy bas 

de m'adorer fans cejje! 




À_ 






TRAGEDIE. 

T>ans ce fomhre réduit retirons-nous ^ ma Sœur. 

Pourroü'je apres de tels outrages 
Sans honte fans remords jouir d'un tel honneur? 
Vn tombeau m*ejl mieux deû quun temple & des 



1 » 


SCENE SEPTIE’ME. 

A STRE^E PH I LI S. 

Chœur de Demy- Dieux, de Nymphes, ôc des 

. Miniftres dTfmene. 

UN GENIE. 

N ' Jprochezjpoint yprofanes cœurs ; 

C'efi icj le T emple d" J jirée: 

Qf aucun mortel en ce lieu riait entrée 
S'il ne fent de pures ardeurs. 

Chœur. 

G'efl icj le Temple d' Jftrée ^ 
N'aprochezj point profanes cœurs. 

LE GENIE. 

SojeZj fenfwle , ^f réciau fort de ^oflre jimant. 

Pour luj nos njoix à tout moment 
Font réfonner icy mille plaintes nouvelles. 

Il ne penfe qu à vous , il ri a pour tous defors 



30 ASTRE’E, 

Que de fè confoler en fès peines cruelles 

Par de ^ains ^ trijles plaijirs, 

H IL A S. 

F oilà lejfet que produit la confiance î 
V ant eZj , Bergers , ^ofire perfeverance. 

TIRCIS. 

V 

C e fi un devoir de perfifier toujours 
Dans les mejmes amours, 

H IL A S. - 

C*efi une erreur de perfifier toujours 
Dans les mefines amours. 

TIRCIS ET' HILAS enfemble. 

Cefi un devoir , 

Cefi une erreur j toujours 

Dans les mefines amours, 

TIRCIS. ; 

Hilas y fonges^tu? profaner un tel T* emple! 

le GENIE. 

/ dSP imite Z j pas fion exemple. 

Régnez^ divin objet j & triomphez^ des cœurs. 
Daignez^ recevoir les honneurs 

Ciel fait rendre d vos charmes. 
Ne les profaner^ point , ne verfiez. plus de larmes, 
Regnezj divin objet , & triomphez^ des cœurs. 


31 


TRAGEDIE; 

Chœur. 

Regnezj divin objets & triomphez^ des cœurs. &c. 

Chœur. 

Que fous les pas d* ^Jlre'e icj tout s'embellijfe ! 

Que de fin nom tout retentijfe ! 

Faifinsde répéter aux échos d'alentour , 

Téotis les cœurs luy rendent les armes 3 
Et celebrer fis charmes 
Cef celebrer le pouvoir de é amour. 



SCENE HUITIESME. 

PHILIS, A STRE’E. 

PHILIS. 

R Etirons-nous aujji , quittons cette demeure 3 
La peur mj faijlt d toute heure. 

Il ejl tard, & chacun s'en retourne aux hameaux 3 
E ombre croi^ en tombant de nos prochains coteaux 
Rejoignons ces Bergers 3 déjà la nuit s'avance: 
Dans ces lieux régné le filence. 

Bergers 3 attende^j^-nous .... ils ne m'écoutent pas . . . 

A S T R FE. 

Ce ft de mojfiulement qu ils détournent leurs pas. 




1 

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!'< ' 

1 

'M 


52. ASTRE’E, 

Euft-on dit jour cette AFlre'e 
Serait l'horreur de la contrée} 

Tout le monde me fuit ! on a raifon^ Philis^ 
Qui ne détejîeroit mes fureurs excejfives ? 

O lieux l. que mon Berger a long- temps embellis ^ 
BcdemandeZj'moy tous l'ornement de 'vos rives. 

Fin du deuxième Adc. 
















A GTE 


Le Theatre reprefente la Fontaine de 
la vérité d’amour dans une 


Foreft agréable. 





SCENE PREMIERE. • 

ASTRFE. ' 

me^oilà feule, & fay trompé Philù. 
VeneTjnonfrescruels^cenefipasquefeJpere 
Que ma beauté fotble & legere 
Donne atteinte à des forts par t Enfer 
établis. 

Je ne ^eux que mourir. 

Céladon tu m’ appelles. 

Si parmj les chofes mortelles 

Quelqu'une peut encor f attacher icj bas , 

E 




'54 A S T R E* E, 

T lains la Bergere qui t'adore j 
Ce n eji pour Tnoj que l*^jdîiï'Oï*e 
Reparoiflra dans nos cUmats. 

Chere om^re , je te fuis, jidieu rives cruelles » 
^dieu Soleil, adieu mes compagnes J] de lies j 
N ajmezj point ; ou tafchez, de bannir de l amour 
Les foupçons, les dépits , les injuHes querelles; 
Celuj que je regrette en a perdu le jour. • 

Je ne vous fuis que pour le fuivre :■ 

^ ce devoir tl me Jaut recourir .* 

Si je V014S ay promis de vivre 
Jiux mânes dlun amant jay promis de mourir, ' 

C ejl trop tarder, ombre chérie t '' 
Vienvoir mon crime s'expier: 
y4yde mon coeur â défier 
Ces animaux pleins de fur iel 

'Mais d’où vient que je perds jufage de mes fins J ' 
La mort fur mes yeux languijfans 
Eftend un voile plein de charmes. 

^vec quelle douceur je termine mes jours ! 

Quel plaifir de ceder à de telles alarmes 

Pour Je rejoindre a jês amours ! 





TRAGÉDIE. 


SCENE SECONDE. 

C £■ L A D O N. 

S Om ces ombrages ^eràs je viens de voir jljlrée^ 
Bois dont elle parcourt les détours tenebreux 
2^e me la cachezj pas fous, voflre ombre Jkcrée. 

O. Dieux \ je éapperpois aux pieds d*un Monfire 
ajfreux ! 

Des puijfances d' Enfer Miniflre malheureux y 
par quel droit nouséas-tu ravie i 
Inhumain devois-tu feulement l* approcher ? 

Ce dard punira ta furie. 

Téout mes efforts feont vains & je frappe un Rocher. 

Meurs Céladon; qui me retient la main? 
Fiers animaux je vous reclame en vain , 
y^out ejt marbre pour moj ^ tout eji feurd à ma peine. 
Leonide eji -ce la cette faveur dé ljmjene\ 

Je meurs enfin ^ & plufl aux Dieux 
Que feuffe pour témoins de ma rnort ces beaux yeux! 





Eij 


3.^ .A S T R E’Ei 



SCENE TROISIE’ME. 

TIRCIS, HILAS. 

TIRCIS. 


C 'EFl icj que fe doit ^complir le miracle 
Que la Fée a prédit aux Rivej du Lignon, 

HILAS. 

Raconte-moy donc fin oracle. 

Que n^ois-je l jufte Ciel! Aftrée & Céladon 

res cruels ont éprouvé la rage ! 

TIRCIS. 

Le firt efi accomplj , ne nous aüarmons pas. 

Le Ciel en ces Amants achevé fon ouvrage. 

Four finir tes frajeurs entens ï Oracle^ H dos* 

Le plus confiant & la plus belle , 

Pour rendre a l'Univers cette glace fidelle 

Détruiront un enchantement s 

On les verra, mourir i ?nais d'une mort nouvelle: 
Ils revivront en un ?noment. 

H 1 L'AS. 

De ces monfires horribles 
Léalfect ne(l plus a redouter. 
TIRCIS. 

léle troublons point du fort les mifiéres terribles , 
Sortons i a nos hameaux allons tout raconter. 


De ces monji 


«I 


TRAGEDIE. 


37 - 




SCENE QUATRIESME. 

ASTRE'E, CE’LADON. 

A s T R E’ E. 

IJi me Yitmeine au jour? ^ d ou vient cjueje 
^ voy 

L’Ombre de Céladon fé frefenter à moy? 

Jidee yeux me trompent-ils ! fin ombre! ce^ ltsy~ 
mefme» 

0j4oy je re'verrois ce c^ue j ayme î 
Helo4 ! il efi fans mouvement. 

Vains & tTom^euTs Deïnons > renàez^^Tnoy ïnon 

Amanf, 

Il owvce enfin les yeux , il reprend tous fes charmes, 
Lajfe ranimé par mes larmes ? 

V ’CE’LADON. 

Où fuis-je \ le Soleil éclaire- fil les morts! 

Quoj je re^voj les mefmes bords 
OÙ ma Divinité m- interdit Ja prefence? 

e'efi elle mefme (\ue je njoy, ; , 

A ST R FE. 

X * 

Ah! ne rappelle'f point 'une' ïnjuïie ^deffenfe s 
es pleurs ont. lavé cette ojfence j . *> 
£)evieZi vous fùivre cette lojé ^ 


î«. ASTRE’E, 

CE’LADON, 

Quûj ! ^QHi^ m'avez., fleuré ! ces larmes precieu/es 
^uroiem arrofe mon tombeatz^'i 
éûivinitcz .) , de mon Jort envteujes 
•Avezj-vous un deihn fi beaWi 

Les yeux de la divine j^Jlrée 
. M'ont vangé de vofire courroux: | 

Vous ignorez.} les plaifrs les plus doux , 

^ L)e fcendezj en une ^contrée 
Oîi de fembUblesjetix pmfent pleurer pour 'vous. 

ASTRE’E.. 

N irritez, point les T>ieux, & craignez, leurpuiffance. 
Vos tran/porjs les pourraient contre nous animer. 

J P de jos feux apfde connoijfance 
y ous m aimez, trop ... 

CE’L A DON. 

Peut-on vous trop aimerf 
A S T R E’ £.• 

vous ay caufe d'allarmes ! 
ylj-je trop pû les payer par mes larmes? 

! que nous bénirons nos fers , 

Si l'amoitr mefure fes charrhes 

les tourments qu’on a roufferts! 

■ ASTRE’E, CE’LADON. 

O l doux fàuvenir de nos peines ! 

O noeuds ! par qui l'amour recommeme à former 




T R A G E G I n. . , 5- 

Lefpoir h plus cher de nos chahes , 

R edoHihlez^ les plaiftrs qui '^viennent nous charmer, 
O ! doux fouvenir de nos peines 1 

SCENE CINQVIFJME. 

ISMENE, GALATE’E, CE’LADON, 

ASTRE’Ê. 

ÇE’LADQN à ASTRE’P, 

L j 4 Nymphe vient à nous. 

CE’LADON à GALATE’E. 

V 

Prtnccjfe , nofire fort 
Vous doit faire excufer ces marques de tranfport* 

GALATE’E’. 

fapy déjà tout appris à' Ifmene , 

T^endres Amans ‘vos vœux font exaucez^ ; 
Venell^ ‘voir en cette eau la fin de voftre peine, 

ASTRE’E & CETADON. 

ISloHs la voyons dans nos cœurs ^ cefi aJJeZj, 

‘tsmene. 

Rien ne peut plus troubler une fi^ douce chaîne ^ 
Achevons de remplir les ordres du Deftin ; 

T^out obéit à mon pouvoir divin : 

Rien ne peut plus troubler une [i douce chaîne : 


f 


i' 








40 'i'ASTRFE;’ 

niions ces tendres Amans , • 

Ils n'ont que trop fiuffert , fini ffon s leurs tour mens» 

GÀLATE’EJSMLNE, ASTRE’E, 

\ CE’LADON.: : ' ■ : ' ; 

, “Vniffons ces-j , . . 

Ils nont oj^ue trop Joiijfert leurs tourmens. 

ISM ENE. 


T) U haut de leur gloire e'terneUe 
Les Dieux ont daigné •voir ces Amans en ce jour s 
Et •veulent rendre leur amour 
Heureux autant quil fut Jidelle. 

GALATE’E , I S M ENE , A^TRE’E, 

C EX A D O N. 

Vniffons ces-) , . 

Vnijfiez. de j &<=• 

GALATE’E. 


Lie Printemps avec toutes fès’graces 
Ne nom paroifiroit pas entouré de plaijlrs. 

Si 1‘ pTyver environné de glaces 
N’avoit interrompu le régné des Zéphirs. 

•ISM ENE. 

Plus on a de tour me ns fioujfiers 
P Im douce efit la fin du martire ; 

Plus Borée 


TRAGEDIE: 4^ 

T lus Borée a troublé les airs , 

Et flus le retour de Zéphire 
Caujè de joje a l'Vnivers. 



SCENE SIXIE’ME- 

GALATE'E,ISMENE, KILAS, 

Chœur de Bergers bc de Bergeres. 

GALATE’E. 

Q %)e tout ce que ma Cour a de magnificence 
Accompagne aujourd'huj l* Hymen de ces 
Amans s 

Inventez^ tous des Di^ertijfemens 
Dignes de ma préjènce, 

ISMENE & GALATFE: 

r 

Amans , 'votre perfè'verance 
Du fort fur monte les rigueurs , 

Que l Hymen & l" Amour toujours d* intelligence 
Vous comblent a jamais de toutes leurs douceurs. 

Le Chœur. 

Que l Hymen & l* Amour toujours d* intelligence 

Vous comblent a jamais de toutes leurs douceurs. 

F 


c 


41. AS.TRE’E, ^ 

H I L AS , aux amans qui veulent aller à la Fontaino 

tic la vérité d’Amour. 

« 

Ces mdifcretes eaux vont vous accufer tous 
Vous ferieZj beaucoup mieux de croire que vos belles 

Sont jideÜes, 

A quoy fer t d*eflre jaloux, 

C'ejl le mojen de déplaire. 

Et de faire 

QjiÀ l'objet de vos vœux d*autresplaijènt que vous* 

i S M E N E. 

Eéf rit s fournis à ma puijfance 
V enezj , O" fous divers ^déguifements , 

Faites connoître à ces heureux Amans 
Les furprenans effets de vojlre obéiffance. 


wwww'wwwWwwwWWWW 

SCENE SEPTIE’ME. 


Troupe de la fuite d* I S M E N E. 
JLIZETTA, GALIOFFO, GAMBARINI. 

L I Z E T T A. 

Ch i per mogl* mi uvol pigliar • 


Son Lizetta, 
Fanciulletta, 
VezzozGCta, 
Leggiadretta, 



T R A CED I E. 

Son d’omore la faetta 
Facta per tutto infiammar. 

Chi per mogl’ mi uvol pigliar 1 
Ogni fior , fe non è colto , - 

Cade, è da gH vend è tolto. 
Ahi che tein ch’al primo fiato 
Certo fior rroppo guardato 
Meco più non poflà ftar. 

Chi per mogl’ mi uvol pigliar ! 

GALIOFFO, Amante di Lizctta. 

D i voi fono inaiïiorato. * ^ ^ 

11 fantolin dio Bendato 
Con un ftral avelenato 
M’ha per voi ferito il cor. 
Rifpondete a tanco' ardor , 
fate encrai' , en fto di fortunato , 

El niio vafcer xorincntato. . 
ÿjel dolce porto d’Amor. 

G AMBARINI j Rivale di Galioïfo, 

Tù fei matt’ d*amar lia bella. 
’Speri tù qualchè mercè? 
C^eft’ amor convieiV à tè ' 
Com’ air alîno la fclkr 

Lizetta é fatta per me! 

Com* io ton facto per clla. 


Fij 


c 


\ 


44 a^st rfe; ^ 

Son gioven* , le è giovanclla - 
Son fcdel, le è pien* di fc. 

Corn’ io fbn fatco per ella, 

Lizctca c fatta per me. 

LIZETTA. ; 

O quanti bechi 
Balordi, e vecchiî 
Quai Bruttalaccio » 

\ QH3^ Nazonaccio! ^ 

Non voglio tal fervitù,’ 

Nç mi jîiaritaro più. 

GALIOFFO, 

Voi mi (prezattel 

gambarini. 

Voi mi BefFatte} 

LIZETTA, GALIOFFO, GAMBARINI. 

Non voglio tal fervitù. 

Ne mi maritaro più. 

Chœur de la fuitc^ de G A L A T E*E, 

Verjons dans tous les cœurs une joye éclatante* 
Qu en ces lieux tout rie & tout chante* 
fuyezji éloigne ZjT^ous d'icy 
Ennuy , chagrin , tfijte foucj. 




T R A G E D l E. 

Troupe de la fuite d* I S M E N E. 

Canciamo, 

Balliaino , 

Ridiamo, 

"Sempre viviamo cofli. 

Troupe de la fuite de G A L A T E’ E. 
chantons portons nos *voix jufe^tiau celefie empire. 

Que les plus graves Dieux ^ en nous entendant rire] 
T Jotent forcez» de rire auffi, 

Suitte d’ISMENE. 

Su pigliam’ tucce le gioie 
Emandiam* tutee le noie 
Alf inferno in quefto di. 

Tous enfèmble. 

Verjons dans tous les coeurs une joye éclatante, 

' Qu en ces lieux tout rie ^ tout chante. ^ 
Fuyez» éloignezj-vous d'icy 
Ennuy ^ chagrin, trijie Joucy, 

Fin du troifiéme & dernier Aiîte# 




r 


I