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Full text of "Cours d'histoire des états européens: depuis le bouleversement de l'empire romain d'occident ..."

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'^ C-. U- -S^- 



M 






COURS D'HISTOIKE 



DES 



ÉTATS EUROPÉENS, * 

DEPUIS ISE BOULEYERSEBIENT DE L^EMPIRE ROMAIIf 

d'occident JUSQuV.lf i78y. 



..•V 



f 



A. PIHAN DELAFOREST, 

IMPRIMEUR DE LA COUR DE CASSATION , 

rae des Noyers , no 37. 



fi^ 



COURS D'HISTOIRE 



DBS 



ÉTATS EUROPÉENS, 



DEPUIS LE BOULEYERSEMEirr DE l'eMPIRE ROMAIN 
d'occident jusqu'en 1789; 



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MAX. SAMSON-FRED. SCHOELL , 

ACreuB m l'histoiiib ras TRAiris db PArx , bt db cbllbs obs urriftBATirHcs 

OKBOQOB BT BO|KAlJIB. 



Jl 



TOME DIX-HUITIÈME. 



PARIS, 

L'AUTEUR , me du Cherche-Midi , no 14. 

A. PIHAN DELAFOREST , rue des Noyers , n» 37. 

GIDE FILS , rue S«inl-Marc, n» 20. 

BEBI^IN, 

DUNCKER ET HUMBLOT. 

1831. 



SUITE DU LIVRE VI • 



SUITE DU CHAPITRE VIII. 

Histoire (T Espagne , depuis le milieu du 
quinzième siècle jusqu^ en 1621. 



SECTION VUI. 
Règne de Philippe II , 1556— 1S98. 

Philippe II, fils de Tempereur Charles-Quint et Phiiinpeif, 
dlsabelle dePortugal, naquit le 21 mai 1527, futélevé i«i,duo dejMu 
en Espagne et resta dans ce pays jusqu'à l'âge de vingt- 8'«»'"^*- 
un ans. Il n'en avait que seize lorsqu'il épousa Marie 
dePortugal, fille de Jean III ; elle mourut en 1545 , 
quatre jours après avoir mis au monde un fils , le mal- 
heureux don Carlos. Depuis 1540, Philippe était duc 
de Milan i. En 1548 , son père qui avait alors formé 
le projet de faire passer la couronne impériale sur la ** 

tôk» du futur roi d'Espagne, montra Philippe aux Fla- 
aiands et aux Allemands ; mais l'humeur fière , taci- 
turne et sévère du jeune prince déplut aux uns et aux 
autres. Philippe retourna en Espagne qu'il administra 
comme régent jusqu'en 1554, que Charles-Quint lui 
procura la main de Marie, reine d'Angleterre, plus 
âgée que lui de onze ans, laide et désagréable , mais 
assise sur un des premiers trônes européens. Charles lui 

' \oy, vol. XV, p. 116. 

XVIII. l 



2 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

résigna à celte occasion le royaume des Deux-Sîciles^ 
et le titre de roi de Jérusalem. Ayant, au bout de qua- 
torze mois de séjour en Angleterre, renoncé à l'espoir - 
d'avoir de la descendance, et d'acquérir par là de 
l'influence, il quitta l'île , et se rendit dans li| J^ays- 
Bas, où son père se préparait à lui remettre le gou- 
vernement de ses vastes états. 

••n^rifiw '"" Avant de quitter les Pays-Bas , Charles-Quint eut 
la satisfaction de voir la guerre qui, depuis 1551, exis- 
tait entre lui et Henri II , roi de France , sinon termi- 
née, au moins suspendue pour cinq ans par la trêve ; 
de Vaucelles , qui fut signée, sous la médiation de 
l'Angleterre, le 6 février 1556 * ; mais il vécut assez 
long-temps pour apprendre que sa joie n'avatt. été 
qu'illusoire. Nous avons raconté ailleurs comment par 
suite de la haine que le pape Paul IV portait à Phi- 
lippe II et par les intrigues de son neveu , le cardinal 
Charles Garaffe^ à Paris, la France, d'accord avec la ^ 
GOur deKome, recommença les hostilités 2. 
Renouvelle- Nous avous parlé des évènemens de cette guerre ^ 

Riierre avec la dout uu dcs plus hrillaus fut la victoire de S. Quentin » 

Franco. ' , ^ 

que les Espagnols , commandés par Emanuel-Pfai- r^ 
libert, duc de Savoie, remportèrent le 10 août 1657, i 
sur le <;onnétable de Montmorenci, et en coknmémo- - 
ration de laquelle Philippe fit bâtir le château de v 
rSscurial 3. 

Le traité de Gâteau Cambresis, du 3 avril 1559 ^, , 
rétablit la paix entre la France et l'Espagne qui se ^ 

» Voy. vol. XV, p. 172; XVl, p. 261. • Voy. vol. XVI, p. 262. > 
5 Voy. vol. XVI, i'. 263. * Voy. /A/V/., p. 265. 



SECT. VIII. PHILIPPE II, 1556 — 1598. 5 

rendirent réciproqaement leurs complètes. Phi- 
lippe II épousa madame Elisabeth, fille de Henri II i. 
Dés le 14 septembre 15âo, il avait conclu à Cavi la 
paix avec le pape 3, auquel il n'avait fait la guerre 
qu'aiHI|jiiaaucoup de regrets. 

La paix ëtant ainsi rétablie en Europe, Philippe II p^^^nU 
s'embarqua pour TElspagne, et arriva, le 29 août 1559, ^^^*^^' 
au port de Laredo* C'est à cette époque que commence 
proprement le règne de Philippe en Elspagne, et que 
ce monarque mit la main à l'exécution du double 
plan qui l'occupa toute sa vie , savoir de courber la 
tête de ses sujets sous le joug du pouvoir absolu , et 
de se raidre formidable aux autres puissances , non 
en se mettant à la tête de ses armées, mais en dirigeant 
de son cabinet la politique de l'Europe. L'inquisition 
était un des principaux instrumens dont il se servit 
pour établir son pouvoir. La tentative d'introduire ce 
tribunal dans les Pays-Bas, produisit la révolte du 
cercle de Bourgo^e, et la confédération de sept pro- 
vinces ; c'est l'événement le plus important du règne 
de Philippe II. La haine qu'il avait conçue pour les 
Flamands pendant le séjour qu'il avait fait .dans ces 
provinces, lui inspira le projet de les humilier. L'ar- 
ro^ince de ces négocians qui estimaient bien plus les 
richesses acquises par l'industrie et l'éconofnie, que la 
noblesse et la naissance , avait plus d'une fois choqué 
sa fierté ; leur turbulence et la persévérance avec la- 
quelle ils invoquaient leurs privilèges , paraissaient 
reprehensibles à ses prrincipes moharebique^ ; toute- 
• Voy. vol. XVI, p. 272. • Voy. vol. XVI, p. 264. 



A LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

fois, Tardeur avec laquelle ils avaient embrassé les opi- 
nions nouvelles des réformateurs, était bien plus cri- 
minelle à ses yeux. Tous les eflForts du plus puissant 
monarque de l'univers, des armées sans cesse renou- 
velées, les trésors du Nouveau-Monde ne suffirent pas 
pour réduire sept petites provinces armées pour la 
défense de leurs libertés et de leur religion. Nous par- 
lerons de cet événement dans l'histoire de la répu- 
blique qui lui dut son existence. 

Le zèle religieux de Philippe , poussé jusqu'au fa- 
natisme , excita une autre rébellion qui aurait pu de- 
venir très-dangereuse pour l'Espagne, si le gouverne- 
ment ottoman n'avait pas été empêché , par sa guerre 
avec les Vénitiens , de porter des secours aux insurgés. 
Pendant plus de soixante ans les historiens d'Espagne 
fpnt rarement mention des Mauresques ou descendans 
de ces Maures qui, par suite des mesures conseillées 
par le cardinal Ximenez à Ferdinand le Catholique, 
avaient embrassé le christianisme i. Ce ne fut que 
dans une guerre civile qui , en 1520 , éclata entre les 
communes et les barons du royaume de Valence , 
que les premières , popr se venger de leurs adversaires, 
publièrent un manifeste qui enjoignait à tous les Mau- 
resques, sous peine de mort^ d'embrasser le christia- 
Ijiisme. Il y eut alors beaucoup de conversions forcées, 
jçt après le rétablissement de la paix , Charles-Quint 
s'étant fait dispenser , par le pape Clément Vil , du 
•serment qu'il avait prêté à son avènement , força ces 
nouveaux convertis à professer extérieurement au 

• Voy.vo). XYU, p. 374. 



SECT. viii. PHILIPPE II, 1556 — 1598. " 5 

moins la religion qu'ils avaient embrassée pour sauver 
leur vie* Dès-lors tous les Mauresques d'Elspagne 
furent regardes comme Chrétiens , jusqu'à ce que 
Pierre Guerrero , archevêque de Grenade , revenu , 
en 1562, du concile de Trente, effraya Philippe 
par le tableau qu'il lui fit des abus qui se commettaient 
dans son diocèse. Il accusa les Mauresques de n'être 
Chrétiens que pour la forme , et de pratiquer en secret 
toutes les superstitions musulmanes. Les représenta- 
lions de ce prélat engagèrent Philippe II à publier un 
(-dit défendant, sous peine de mort, aux Maurescjnes 
de se servir de leur langue et de leurs vôtemens et usages 
nationaux , ainsi que de porter des noms et surnoms 
arabes. Il leur interdit l'usage de leurs-bains, et fit 
détruire les établissemens thermaux qui existaient 
dans les vUles et les bourgs ; il ne fut plus permis à leurs 
femmes de se voiler. Aucun Mauresque ne devait se 
marier sans la permission de Tordinaire , ni quitter 
son domicile sans autorisation ; enfin , le port d'armes 
leur fut généralement défendu. 

Après avoir fait contre cet édit des représentations 
qui restèrent sans résultat , quoiqu'elles fussent ap- 
puyées par le marquis de Mondejar , capitaine-général 
du royaume de Grenade , les chefs des Mauresques 
s'assemblèrent à Cadaïr , firent prendre les armes à 
tous les habita ns des Alpujarrcs , et envoyèrent de- 
mander du secours en Afrique et a Constant inople. 
On comptait 85,000 familles mauresques auxquelles 
il n'était pas difficile de fournir 50,000 hommes ar- 
més. Ils élurent roi un jeune homme de vingt-cinq 



6 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

ans , Ferdinand de Valor , qui descendait des anciens 
sultans de Grenade *, il prit le nom de Aben-Homeya. 
Une tentative que les Mauresques firent de surprendre 
Grenade n'eut aucun succès. Le marquis de Mondejar 
rëussit à les réduire à l'obéissance en partie .par la 
force des armes , et en partie par des moyens de dou- 
ceur •, mais les derniers déplurent à la cour , et Phi- 
lippe II ordonna que tous les prisonniers des deux 
sexes , au-dessus de onze ans , fussent vendus comme 
esclaves. 

Ce traitement barbare de leurs compatriotes ré- 
veilla dans l'âme des Mauresques qui n'avaient pas 
pris part à la rébellion , l'horreur qu'ils avaient pour 
les Espagnols , et qui n'était qu'assoupie ; ils prirent 
les armes , et , ayant reçu quelques secours d'Afrique 
et la promesse d'un second plus considérable, ils tom- 
bèrent, en 1568, sur plusieurs détachemens isolés 
des troupes espagnoles , et les massacrèrent. Philippe 
qui accusa la modération du marquis de Mondejar 
d'être la cause de cette révolte , résolut d'employer 
la sévérité , et nomma don Juan d'Autriche , son frère 
naturel , âgé de vingt-deux ans seulement , général 
en chef de FiBirmée destinée à agir contre les Maures- 
ques , en lui donnant pour lieutenant , ou plutôt pour 
directeur , don Louis de Zuniga et Requesens , grand- 
commandeur de Castille. Il en résulta une guerre 
intestine qui se prolongea, avec des succès variés, 
pendant deux ans , et fut accompagnée de toutes les 
horreurs qui caractérisent ce genre de guerres. Abea- 
Humeya étant tombé victime d'une haine de famille 



SBCT. VIII. PHILIPPE II, 1556 — 1598. 7 

Abcu-Abou fut nommé à sa place par les Mauresques. 
Celui-ci fut massacre par la trahison de quelques-uns 
de ses officiers, et avec sa mort la guerre des Mau- 
resques finit , après un grand nombre de sièges et de 
batailles , dont nous épargnons à nos lecteurs le récit 
fastidieuse. La population mauresque fut extrêmement 
réduite, tant parce qu'ilen périt un grand nombre dans 
les combats, que parce qu'on prit d'autres mesures pour 
la dimii^uer. Tous les habitans de la plaine de Gre • 
nade furent massacres comme soupçonnés de liaisons 
avec les révoltés *, tous les prisonniers furent tuc's on 
vendus comme esclaves ^ tous les Mauresques du 
royaume de Grenade qu'on ne pouvait pas punir 
comme rebelles furent transportés avec leurs familles 
dans l'intérieur du royaume pour y travailler aux 
manufactures. Privés de leur fortune immeuble , ils 
tombèrent dans la pauvreté , et furent réduits dans 
un état de dépendance qui équivalait presqu'à la 
servitude. 

Outre son différend avec les Provinces-unies , une O"»"* •▼«« 

TM •!• TT 1 ^* Turct. 

autre guerre occupa Philippe u pendant presque 
toute la durée de son règne ; ce fut la guerre maritime 
contre les pirates d'Afrique et contre leurs protec- 
teurs , les Ottomans. Les corsaires d'Afrique étaient 
les tyrans de toute la mer Méditerranée; ils enlevaient 
les navires de toutes les nations chrétiennes , faisaient 
à chaque instant des descentes dans les îles Ba- 
léares et sur les côtes de Naples , de Sicile et d'Esr 
pagne même , et enlevaient les hommes et tous les 
effets qu'ils pouvaient transporter sur leurs vaisseaux. 



8 UVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

Philippe ordonna plusieurs expéditions contre ces 
repaires de brigands ^ mais comme il ne leur donna 
pas assez de suite y il dépensa beaucoup d'argent sans 
venir à bout de remédier au mal. 
piiiiiJii*iiavec Enfin la guerre entre les Vénitiens et Selîm II qui 
redemanda l'île de Chypre, éveilla le zèle du pape 
Pie V. Ce pontife exhorta toutes les puissances chré- 
tiennes à secourir la république, pour sauver cette 
possession importante, dernier débris de l'ancien em- 
pire de Byzance qui fût encore entre les mains des 
Latins. Philippe fut le seul prince qui répondit à cet 
appel. Il confia à André Doria le commandement de 
quarante - neuf galères siciliennes, portant 5,000 
hommes de troupes. Doria et Marc- Antoine Colonne 
qui commandait les galères du pape, joignirent, en 
septembre 1570, près de l'île de Catidie, la flotte 
vénitienne, composée de cent vingt- six galères et 
d'autres vaisseaux. Arrivé dans les parages de l'île de 
Chypre, on apprit que les Turcs s'étaient emparés, le 
9 septembre , de Nicosie , et étaient maîtres de toute 
l'île. Comme les amiraux n'étaient pas d'accord sur le 
plan de campagne , Doria , qui manquait de vivres , 
s'en retourna en Italie le 5 octobre. 
Don Juan Pie Y uc sc laissa pas décourager. Le danger qu'on 

avait craint pour la chrétienté n^étant plus en pers- 
pective , il fallut des mesures plus énergiques. Il né- 
gocia une alliance formelle avec l'Espagne et la répu- 
blique de Venise , qui fut signée à Rome , le 24 mai 
tl571. On convint de réunir une flotte de deux cents 
galères, et une armée de 50,000 hommes d'infanterie 



SECT. VIII. PHILIPPE II, 1556 — 1598. 9 

et de 4,000 chevaux : le roi Catholique s'engagea ù 
iaire la moitié des frais de cet armement; la repu- 
blique un tiers , et le pape un sixième. Le butin qu'on 
espérait faire devait être partagé dans la même pro- 
portion : les conquêtes d'Europe et d'Asie étaient 
destinées pour la république; celles qu'on ferait en 
Afrique, pour le roi d'Espagne. Don Juan d'Autriche, 
frère naturel du roi , fut nommé commandant en chef, 
ayant sous ses ordres son lieutenant Requesens et le 
marquis de Santa Croce ^ , ainsi que Marc-Ântoine 
Colonne et Sébastien Venier, amiraux du pape et de 
la république. Les ducs de Florence^ de Savoie, de 
Ferrare , d'Urbin , de Parme et de Mantoue , et les 
républiques de Gènes et de Lucques, accédèrent à 
Falliance : leurs contingens réunis formèrent 14,000 
hommes d'infanterie et 2,400 chevaux. Le vieux pape 
était tellement rempli d'enthousiasme pour cette 
grande entreprise , qu'il recommanda à don Juan 
d'Autriche d'attaquer l'ennemi à la première occasion, 
lui annonçant au nom du ciel une brillante victoire. 

Sa prophétie fut accomplie. Sortie le 15 septembre " tau.iiedo 

1571 , de Messine, où avait été le rendez-vous ^général , 

la flotte combinée arriva, le 4 octobre , à Céphalcnie. 

Le 6, on fut aux îles Corzolaires, et le 7, on vit la 

flotte turque, forte de deux cent quatre vingts voiles, 

sortant du golfe de Lépante. Ali Pacha, qui la com- 

l mandait, et don Juan, donnèrent sur-le-champ le 

signal de l'attaque. La bataille fut sanglante : les deux 

vaisseaux amiraux s'attaquèrent corps à corps-, K^s 

' Voy.vol. XVJI,i-.319, 321. 



10 LIVRE VI. CHAP. VIIT. ESPAGVE. 

Espagnols allèrent à l'abordage. Après un combat 
acharne, Âli fut tué , et sa tête ûxée au haut d'un mat 
répandit la terreur parmi les Turcs. Us essuyèrent une 
défaite complète, et eurent plus de 25,000 morts ; 
on leur fit 10,000 prisonniers, sans compter 15,000 
esclaves chrétiens qu'on trouva enchaînés à la rame 
sur cent trente de leurs vaisseaux qui tombèrent^ntre 
les mains des chrétiens. Le reste de leur flotte fut dé- 
truit , à l'exception d'une quarantaine de galères avec 
lesquelles Ali Ouloudji^ fameux corsaire, se sauva à 
travers la flotte victorieuse, grâce à son habileté supé- 
rieure et à la connaissance qu'il avait de ces mers. Les 
Chrétiens perdirent 10,000 hommes. 

Quand le pape reçut la nouvelle de cette victoire , 
il s'écria : Fuit homo missus a J)eo , cid nomen eraJt 
Joannea. Philippe , soit pour ne pas sortir de l'éti- 
quette , soit par jalousie contre son frère , dit froide- 
ment en recevant la nouvelle : Don Juan a gagné la 
bataille, mais il hasarda trop, il pouvait la perdre*. 
Cette brillante victoire n'eut pas de résultat propor- 
tionné au sang qu'elle avait coûté. Les alliés s'en re- 
toumèrentchacun chez eux . Les Chrétiens del' Albanie 
et de la Macédoine offirirentla souveraineté de leur pajB ' 
au jeune héros de Lépante. Don Juan , dont l'ambi- 
tion ne le cédait pas au courage et aux talens , aurait 
bien voulu accepter la couronne qu'on lui présentait^ 
mais Philippe refusa son consentement , parce que les 
Vénitiens ne seraient pas moins effrayés du voisinage 
d'un prince espagnol que de celui d'un sultai 
turc. 



SECT. VIII. PHILIPPE II, 1556— 1598, 11 

La campagne de 1572 fut peu importante. Âli 
Ouloudji, nommé par Sélim amiral en chef, avait 
réuni une nouvelle flotte de deux cents galères , avec 
lesquelles il croisa dans les mers de la Grèce, pendant 
que Fincertitude dans laquelle Philippe II était sur 
les desseins de la France , ne lui permit pas de laisser 
partir la sienne avant le mois de septembre. Bientôt 
la mort de Pie V, arrivée le 1«*^ mai 1572 , engagea les 
Vénitiens à entrer en traité , et à conclure finalement 
leur paix avec les Ottomans, le 15 avril 1573. La flotte 
espagnole passa en Afrique^ pour s'emparer de Tunis, 
dont depuis quelque temps les Turcs étaient maîtres. 
Don Juan arriva , le 8 octobre 1573 , à la Goulette qui 
appartenait toujours à TEspagne, et occupa Tunis, 
sans éprouver de résistance. 

Philippe n avait ordonné à son frère de détruire ProjeidVri- 

* * ^ g«r an rojaiuue 

Tunis et d'augmenter les fortifications de la Goulette ; ^^J7^ *^ 
mais don Juan qui, à l'instigation du pape Gré- 
goire Xni, avait formé le projet d'ériger en Afrique un 
royaume chrétien dont Tunis serait la capitale^ fit au 
. contraire élever une nouvelle citadelle dans cette ville, 
après quoi il fit voile pour la Sicile. L'année suivante 
Selim envoya contre Tunis Ali Ouloudji ou Ali Kilidji 
( le Victorieux ) comme il était nommé alors. Il lui 
^ donna une flotte de 300 voiles et 40,000 hommes de 
troupes de terre. Don Juan fut empêché par des vents 
^tontraires de venir promptcment au secours de cette 
tille. Les Turcs prirent d'assaut , le 10 août 1574^ Pencdeu 
¥ Gpulette, et le 13 septembre , le nouveau fort de TuniJ. 
Tunis. Philippe II fit alors évacuer Oran qui fut jugé 



:? 



12 LIVRE VI. CHAP. VIII, ESPAGNE. 

intenable , et renforcer en revanche la garnison et les 
fortifications de Masalquivir. 
Mort «b dou Ainsi l'espoir d'une couronne s'évanouit encore une 

Jtiaii a Au— ■! 

truiie, 1678. f^'^ pour dou Judu. Bientôt une nouvelle carrière 
s'ouvrit à son activité : Philippe TI l'envoya, en 1576, 
en qualité de gouverneur-général dans les Pays-Bas. V, 
Mais comme il se méfiait de l'ambition du jeune V 
prince, il le laissa manquer des moyens nécessaires 
pour cueillir des lauriers contre des ennemis actifs et 
entreprenans. Don Juan en contracta un chagrin qui 
le conduisit au tombeau, le 1*' octobre 1578, à Vâge 
de trente- un ans. Des écrivains qui ont cru ne]pouvoir 
pas accumuler assez de crimes sur la tôte de Philippe II 
l'ont accusé d'avoir fait empoisonner son frère. 
riocAkd'Au- 11 est vrai que ce soupçon était renforcé par un évè- 
nement qui l'avait précédé. Six mois avant la mort de 
don Juan, Jean d'E^covedo, son secrétaire de con- 
fiance^ celui qu'on regardait comme l'auteur des plans 
ambitieux de son maître, et nommément d'un pré- 
tendu projet d'épouser Marie Stuart , alors prison- 
nière en Angleterre, avait été assassiné. On avait dé- 
couvert que l'auteur de ce crime était Antoine Perez, 
secrétaire d'état du roi , et quoicju'on sût que Perez 
avait conçu une haine implacable pour Escovedo, qui 
avait découvert au roi les liaisons qui existaient entre 
lui et la princesse d'Eboli » , que Philippe aimait^ on 
eut de la |)eine à croire que Perez eût osé ordonner cet 
assassinat sans autorisation. Cependant Philippe II 
qui n'avait pas pardonué la trahison de Perez , le fit 

' Anne de Mendoze, princesse <l*£boli. 



5ECT. Vill. PHILIPPE II, 1556 — 1598. 13 

arrêter ainsi que la princesse d'Eboli, le 29 juillet 1579. 
On instruisit le procès de Ferez ; il fut convaincu d'a- 
Toir trahi les secrets de Tétaty altéré les ordres du roi, 
trompé le monarque par de Ëiux rapports , et s'être « 

laissé corrompre V et en conséquence condamné à deux 
annécà de prison suivie d'un exil de huit ans et à une 
amende de 30,000 ducats. Cette punition ne satisfit ni 
les amis d'Escovedo qui étaient ennemis de Ferez, ni l'o- 
pinion publique qui s'était hautement prononcée con* 
tre lui. Le fils d'Elscovedo présenta au roi une requête 
pour obtenir justice , et Fhilippe qui croyait , dit-on, 
que les papiers de Ferez par lesquels lui-même était 
compromis, n'existaient plus, renvoya la plainte aux 
tribunaux. Appliqué à la question , Ferez avoua qu'il 
avait fait assassiner Elscovedo, mais ajouta qu'il en 
avait reçu l'ordre. Les juges référèrent de cette décla- 
ration au roi ; Ferez , quoîqu'ayant les membres brisés 
par les tortures, s'évada, le 8 avril 1590, au moyen 
d'une clef que sa femme lui avait fournie, et se rendit 
en Aragon. L'inquisition de Saragosse le fit arrêter 
pour lui faire le procès comme hérétique, mais le peu- 
ple s'ameuta, força sa prison et le délivra. Il se retira 
eu France et mourut à Faris en 1611. En 1591 , il 
publia à Fau , où il avait trouvé un premier asile au- 
près de la princesse Catherine de Bourbon , sœur de 
Henri IV, deux brochures contenant le récit de ses 
aventures , qui sont pleines d'animosité contre Fhi- 
lippe. Sa mémoire fut réhabilitî'e après sa mort. 

Telles sont les circonstances principales de Taven- , Procès riodou 
luxe de Ferez •, elles ne suflSsent pas pour accuser Phi- **" Asiuri». 



14 LIVRE VI. CHAP. Vin. ESPAGNE. 

lif)pe II d'avoir donne l'ordre d'assassiner le sectétaîre 
de son frère. Un autre crime dont sur la foi des histo- 
riens romanciers la mëmoire de ce prince est accusée, 
est le meurtre de son fils , don Carlos , l'bëritier pré- 
somptif de sa couronne , dont les aventures ont été 
entourées d'un si grand nombre de mensonges^ que la 
vérité parait presqu'une fable à côté de ces erreurs. 
Don Carlos, prince des Asturies, naquit à Vallado- 
lid , le 8 juillet 1545 , et sa mère mourut quatre joan 
après lui avoir donné la vie. Ce prince montra dès sa ^ 
première jeunesse très-peu de goût pour l'instruction, 
mais une irascibilité qui ne mettait personne h l'abri 
de sa colère, et des penchans malfaisans , cruels et san- 
guinaires. Son plaisir était d'égorger des animaux , et 
il jouissait en les voyant souffrir et mourir. En gran- 
dissant, son intelligence ne se développa pas, et son ca- 
ractère devint indomptable. A l'âge de dix-sept ans , 
en descendant un escalier , il fit une violente chute 
sur la tète; -il resta pendant quelque temps sans con- 
naissance et fut ensuite saisi d'une fièvre violente. 
Comme on ne remarquait ni tumeur ni fracture sur 
son crâne , les médecins jugèrent que son mal était in- 
terne. Il paraît effectivement que son cerveau fut dé- 
rangé, car lorsqu'enfin sa santé se rétablit, sa figure 
conserva l'empreinte de la pâleur et de la maladie , et 
sa raison se trouva pour toujours altérée. 

En 1565, don Carlos forma le projet de faire le 
voyage de Flandre , en secret, et malgré la volonté te 
son père : on ne sait pas trop quelles étaient ses in- 
tentions, et on a prétendu que sa faible raison avait ét< 



SBCT. Tin. raiLTFPK IK l>Ô»6 — 159ÏL Ix^ 

^wee par des rHcs «le luKftc el des ùVm f^^|«b)KiiK 
nés. eilp'Uclùlcsilir en isi avec les cbr6 drs 
insu^n. Le pimoe d*Ebolt q a t elè son ^oaver- 
•e«r et auquel d oommanii h jel«led<^oiiapar 

des moyens adroits. L'inM' C s était teUemeiit 
tooniientéeparlajalDasieet Fam ti elorsquele 

duc d'AIbe, nommé génénd des tn lesPàt^ 

Bas^ TÛit prendre congé de lui, il < raen fuieur et 
lira son épée poor tœr le doc *chappa à ses 

coaps qu*en le saisissant par le cor et en le serrant 
dans ses bras jusque ce qn^il arrivât ours. 

Quelques années plus tard, en 1567 « il ontra en 
liaison avec le marquis de Berg et le baron de Mon* 
tigny 9 qui arrivèrent à Madrid en qiialiti^ de dt^puti^ 
des Flamands. Il t-tait question de le proclamer sou* 
verain des diz*sept provinces , k condition qu'il ac* 
cord&t la liberté des opinions religieuses. Rioiit6t il 
conçut na projet plus criminel encore , celui d*6ter la 
vie à son péore ; mais ce qui prouve que son entreprise 
était plutôt celle d' un ibu que d'un scéU^rat, c*est Tim- 
prévoyance et la légèreté de sa conduite. Il s'adressa 
à plusieurs prêtres pour recevoir Tabsolution d'un 
meurtre qu'il voulait entreprendre, disait-il , contre 
na bomme revêtu d'une qualité très -ém inente. 
N'ayant t^prouvé que des refus, finalement il s'adressa 
à an prieur de Dominicains, qui, faisant semblant de 
vouloir condescendre à ses désirs, lui arracha son se- 
cret. Il fit ensuite la même déclaration à don Juan , 

ion onde, en présence d'un témoin. 
Le roi instruit par son firèrede tout ce qui sf* passait, 



I 



16 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE* 

dissimula pendant quelque temps. Enfin don Garl< 
ayant reçu les fonds qu'on lui avait promis, son voya^ 
fut fixé à la nuit du 18 janvier 1568, et don Jua 
faisait semblant de vouloir l'accompagner. A ons 
heures du soir le roi arrêta lui-même son fils et le re 
mit entre les mains du duc de Fëria, capitaine généra 
des gardes royales. Le prince jeta les hauts cris contr 
son père, et se conduisit en vrai forcené, menaçant d( 
se tuer parce que le roi donnait à la nation le scandale 
d'arrêter l'héritier de la couronne. Il fut retenu pri 
sonnier dans son appartement. Philippe II noromr 
une commission, composée de trois juges pour faire le 
procès à son fils. Le cardinal Diego Espinosa en fui 
membre; ce prélat était inquisiteur général, mais auss 
président du conseil de Castille ; ce fut en cette qualiU 
qu'il avait été choisi ; l'inquisition n'eut absolumenl 
rien à démêler avec ce procès malheureux. Rui Gome2 
de Sylva, prince d'Éboli, conseiller d'état, et Diégc 
Bribusca deMugnatones, conseiller de Castille, étaieni 
les deux autres juges. Le roi lui-même présidait 1^ 
commission. On traila cette afiaire comme une procé- 
dure pour crime de lèse-majesté. 

Cependant don Carlos se livra continuellement au) 
mouvemens de la plus grande impatience et refusa d< 
se confesser. La colère lui avait tellement échaufiîé l 
sang, que l'eau glacée dont il faisait un usage conti 
nuel ne pouvait plus le calmer, ni la glace tempère 
la sécheresse de sa peau qui lui était devenue insup 
portable. Au mois de juin il refusa toute espèce d 
nourriture et ne prit pendant onze jours que de l'ea 



SKCT. VIII. PHILIPPE 11, 1556 — 1598. 1* 

à la glace. Le roi iostmit qae son fils n^ayait pas long- 
temps à YÎTre, ▼int lui faire une visite et lui adressa 
qoelcpies paroles de consolation ; le prince prit alors 
de la nourriture , mais d'une manière si iinmod<5n^ 
({a'il eut une fièvre maligne accompagn<fe d'une dy- 
senterie dangereuse. 

Cependant l'enquête contre le prince avançait. On 

n'entendit pas don Carlos dans cette instruction prt^- 

paratoire. Il résultait des pièces du procès qu'on ne 

pouvait, d'après les lois du royaume, se dispenser de 

condamner don Carlos à la peine de mort ; il l'tait 

convaincu du crime de lèse-majestt^ , au premier et au 

second chef. Le rapporteur , M ugnatones, ajouta i\ cet 

^ expose, que des circonstances particulières , ainsi que 

la qualité du criminel, pouvaient engager le roi à faire 

usage de son autorité souveraine pour déclarer que 

les lois générales ne s'étendaient pas sur les fils aînés 

des rois, soumis à d'autres lois d'une nature plus 

élevée qui touchait à la politique , aux raisons dVtat et 

au bien public, enfin que le roi pouvait encore com- 

maer les peines que les lois imposent. 

Tout ce que nous venons de rapporter est fondé sur 
des documens dont l'authenticité n'est pas douteuse. 
Il est aussi de fait que le 24 juillet don Carlos mourut 
^ ^1 dans sa prison. On ajoute que Philippe II ayant dé- 
^ 1 claré que sa conscience ne lui permettait pas de sus- 
^1 pendre la marche de la procédure, mais qu'il était dé- 
sirable que le prince mourût avant qu'elle fût finie, et 
que probablement ses excès le conduiraient bientôt au 
tombeau, le cardinal Elspinosa et le prince d'ÉboH 

xviu. 2 



Ai\ 



c 



m 



ei' 



18 LIVîlE Vî. CHAP. VIII. ESPAGNE, 

ûveni entendre au médecin du prince qu'il rendrait ser- 
vice au roi et à l'état , en abrégeant les soufirances du 
malade. Le médecin, dit-on, lui donna alors un breu- 
vage qui l'emporta. Ce récit accueilli par la malignité, 
manque absolument ^e vraisemblance. Voici comment, 
d'après des documens authentiques, l'historien de l'in- 
quisition , Llorente, que persoi^ne ne taxera de par- 
tialité pour Philippe II , raconte la mort du prince 
des Âsturies, son fils. 

« Don Carlos, instruit par Olivarès que sa maladie 
était sans remède et ça mort prochaine, engagé en 
même temps par ce médecin à s'y préparer , voulut 
qu'on appelât dom Fr. Diego de Chaves, son confes- 
seur ordinaire : ses ordres furent exécutés le 21 juillet. 
Le prince chargea celui-ci de demander en son nom par- 
don au roi son père : Philippe lui fît répondre <{u'il le 
lui accordait de tout son cœur^ ainsi que sa bénédiction , 
et qu'il espérait que son repentir le lui ferait obtenir 
de Dieu. Le même jour il reçut avec la plus grande dé- 
votion les sacremens de l'eucharistie et de l'extrême- 
onction : il fit aussi, avec l'agrément du roi, un 
testament , qui fut écrit par Martin de Gaztelu , son 
secrétfiire* U fut en agonie le 22 et le 23 : dans cet 
état, il écouta avec tranquillité les exhortations de 
Fr. Diego de Chaves, et du docteur Suarez de Tolèdo, 
son premier q^umônier. Les ministres proposèrent au 
roi de voir son fils et de lui donner sa bénédiction, 
cette grâce devant être un surcroît de consolation pour 
lui en mourant. Ph^ippe U prit Tavis des deux ecclé- 
siastiques nommés ci-dçssus, ils répondirent que don 



SBCT. TIII« FIIILIPPK II. 15^6— ^l$i>8. 19 

Ctrlot étant bien disposé, il élMt A craindre «|ne lu Y«e 
de son père ne At naître quelque IrCHible duns set 
klées« Ce motif le retint pour le inooMMit t cepoiidMit^ 
«y»nt «qppris dans là nuit du 33 nu S4 que mm AU étiil 
à Ift de rn ière extrémité, il se rendit dans son nppart^» 
ment; et étendant le bras entre h's épAule:^ du due 
d'Éboli et du gnind prieur^ il lui donna une aoconde 
fois sa bénédiction sans en Atre apenjn s eela étant fiiiti 
il se retira tout en pleurs : son départ fut bientAt suivi 
de la mort de don Carlos« » 

L'&pagne déplora beaucoup la mort de co. priitoe , 
qui avait été Punique fils du roi, car il ii^vait, tlo son 
troisième mariage avec ÉlisabolU de France, que deux 
infantes. Une troisième graiscsic de la reine fut an- 
noncée vers le temps de la mort de don Carlos. 1/at- 
tente du roi et de la nation fui iromptV} \ la reine 
mourut d^une fausse couche > le 33 octobre d» cette 
année, et Philippe fut inoonsolnblc; de cuitt? porte ^ 

Revenons encore une fois sur Taffaîre d*Ânkoinc AurtniHiiiiiiH 
Ferez, pour laire connaître une consuciuctice impor- |utii«iHr «ii 
tante qu'elle eut par rapport & la constitution du 
royaume d'Aragon. Nos lecteurs savent quel r6ln iifci* 
portant jouait dans ce royaume le justifia, «léfeusenr 
des droits du peuple contre lautorité royale. Jean de 
Lanusa, qui remplissait alors cette charge , usant du 

" Si dans notre rëcit noui n*avoni pai parlé dit la panion du don 
Carlos pour ta beUe-mère, c'cit que c*e»l une hiiloire irivrnli^o [mr 
kf roiMiDelert , tout comme Tempoiionfiement d*ÉlifalMth pur Phi- 
lippe a êU OM calonna par laqaalU •• ({rand bomada ^ la ptinéa 
4*0raa^ , t'est dégradé. 



20 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

privilège qu'elle lui accordait , avait protégé rancien 
secrétaire d'étatciôntre la violence du vice-roi • Philippe 
résolut de profiter des mouvemens séditieux qui, à 
l'occasiosi du procès de Ferez , s'étaient manifestés à 
Saragosse, pour mettre 6n h une magistrature qui of- 
fusquait ses vues despotiques, et dont^ à dire vrai ^ 
l'existence était incompatible avec une monarchie 
bien constituée. Il fit marcher Alphonse Vargas contre 
la capitale de l'Âragon ; Lanusa appela les Aragonais 
aux armes pour défendre leurs libertés ; mais Vargas 
arriva si inopinément que Saragosse ne pensa pas à 
faire résistance. Le justizia fut arrêté et décapité dans 
les vingt- quatre heures, sans forme de procès. Une 
proclamation annonça alors que quiconque dispute- 
rait au roi son autorité, aurait le sort de Jean de La« 
nusa. Ainsi finit en Aragon la charge de justizia, le 
contrepoids de l'autorité royale. 

Philippe profita de la terreur que cette exécution 
avait causée, pour convoquer les cortès d'Aragon et 
changer la constitution du royaume. La manière dont 
cette assemblée fut tenue était par elle-même le pre- 
mier changement; sans se rendre dans le royaume, 
Philippe chargea l'archevêque de Saragosse de la pré- 
sider, et fit reconnaître par un décret formel son droit 
de nommer un vice-roi non régnicole. Le droit de 
présenter des griefs fut restreint à un terme fixe; la 
loi qui voulait l'unanimité des suffrages fut abrogée 
pour la plupart des cas ; il fut statué que l'absence 
d'un des ordres, légalement convoqué, n'empêcherait 
pas les autres 4e faire des lois. On donna au tribunid 



I 



SECT. viii. PHILIPPE II, 1556 — 1598. 21 

que le justizia avait présidé jusqu'alors , une forme 
qui le rendait dépendant du roi. 

La conquête du Portugal est un des évènemens re- p^rtT*!***iMO. 
marquables du régne de Philippe II , et , avec la ré- 
volte des Pays«-Bas , le plus important. Nous l'avons 
rapporté ailleurs. Ce fut par cette conquête que toute 
I^ péninsule formée par les Pyrénées se trouva réunie 
entre les mains d'un seul souverain. 

Depuis long-temp Philippe II formait des projets de ^-^^^H^ ^jf ■" 
vengeance contre Elisabeth, reine d'Angleterre, qui "**p* "• **®^* 
soutenait la révolte des Pays-Bas , et dont les flottes 
avaient insulté ses colonies en Amérique, et même le 
port de Cadix. 11 étaitd^autant plus sensible à ces affronts 
qu'Elisabeth lui avait personoellement les plus grandes 
obligations ; car si pendant le règne de Marie d'An* 
gleterre elle jouissait de la liberté , elle en était rede- 
vable à son beau- frère qui peut-être lui sauva même 
la vie. L'ingratitude d'F^lisabeth avait fait une vive 
impression sur lui , et il espérait bien l'en punir par 
la perte de sa couronne. La conquête de F Angleterre, 
livrée aux nouvelles hérésies , était , aux yeux de Phi- 
lippe, une entreprise aussi méritoire qu'une croisade . 
en Terre sainte , et il accepta la donation de ce 
royaume des mains du pape Sixte-Quint. Philippe 
agit dans cette circonstance avec tonte la politique 
qu'on pouvait attendre d'un caractère aussi dissimulé, 
aassi lent et prudent que le sien. Quoiqu'il fit dans 
tous les ports de ses états d'immenses préparatifs de 
guerre , il les cacha cependant sous divers prétextes , 
e^ ouvrit des négociations fallacieuses pour terminer 



23 LIVRE TI. CHAP. TIII. ESPAGNE; 

tCHiA les objets de litige entre rAngleterre et l'Espagne. 
Sons le sceau du secret, il confia ses projets an pape 
Sixte-Quint^ et le sollicita de participer à une entre- 
prise tendant à la restauration de l'autorité pontifi- 
cale en Angleterre. Le pape ofiHt au roi un subside 
d'un million de couronnes qui lui serait payé aussitôt 
que l'armée espagnole aurait débarqué sur les côtes de 
cette lie. Élisabetb « malgré ces préparatifs , conserra 
long-temps l'espoir d'éviter la guerre. Â la fin elle 
ordonna de réunir deux armées, l'une de 56,000 et 
L'autre de 50,000 bommes; mais son avarice retarda 
tellement ces mesures que la première armée n'exista 
jamais que sur le papier, et la seconde , plus spéciale- 
ment destinée à la défense des côtes, atteignit à peine 
la moitié du nombre spécifié. En revanche, Elisabeth 
équipa une flotte dont Charles, lord Howard d'Ef- 
fiugham , amiral d'Angleterre^ prit le commande- 
ment. La flotte hollandaise eut ordre d'agir de con- 
cert avec celle de la reine d'Angleterre. 

Mais rien n'était plus colossal que la flotte que Phi- 
lippe avait nommée la Flotte invincible. Il y avait em- 
ployé soixante millions d'écus. Elle consistait en 
l&O vaisseaux d'une grandeur bien supérieure à tout ce 
qu'on avait fabriqué jusqu'alors. EUeportait 2,650gros 
canons, 20,000 soldats, 8,000 marins et 1,000 vo- 
lontaires des premières familles d'Espagne. Indépen- 
damment de oela^ le duc de Parme, gouverneur géné- 
ral des Pays-Bas, prépara une armée de 50,000 hom- 
mes d'infanterie et 4,000 chevaux et des vais- 
seaux de transport en nombre suffisailt. C'était ce 



SECT. Tiii. PHILIPPE II, 1556—1598. 23 

prince qui devait commander rarmce après son ài^ 
barqiiement en Angleterre : Alvaro de Bazan, marquis 
de Sainte Croix avait ëtë nomme amiral ; mais ce ma* 
rin expérimenté mourut au moment où il allait mettre 
à la voile, et fut remplacé par Alphonse de Guzman , 
duc de Médina Sidonia. 

La âotte sortit de Lisbonne, le 29 mai 1588. A 
peine eut-elle doublé le cap Finistère, quVlle fût 
aasaillie par une tempête qui la força dVntrer dans la 
Gorogne. Après y avoir attendu un vent favorable , 
elle r^nit en mer le 12 juillet ; le 30 , elle entra dan« 
la Manche, et se dirigea sur les côtes des Pays-Bas , 
pour prendre les troupes du duc de Parme. Lord 
Howard , dont la flotte était placée le long des c6\es 
d'An^eterre , laissa passer les Espagnols , se conten- 
tant de pro6ter des occasions pour les harceler. La 
£k>tte invincible alla jusqu'à ce qu'elle eût Dunkcrquc 
en vue : arrivée là , le 7 août , elle «prouva un calme 
qui ne lui permit pas d'avancer. Après en avoir détnlit 
une grande partie par des brûlots , Howard attaqua la 
flotte espagnole , qui se trouvait en grand désordre. 
Dans ce combat, les Anglais eurent tant d'avantagées 
sur les Espagnols^ par la supériorité de leurs manœu- 
vres, et Fon se convainquit si bien que les vaisseaux 
espagnols, par un défaut de structure, n'étaient pas 
propres à aborder les côtes d'Angleterre , que le dtic 
de Médina Sidonia prit la résolution <ie renoncer h 
son entreprise, et de s'en retourner à Lisbonne^ non 
en repassant par la Manche , mais en tournant les ties 
Britanniques. L'amiral anglais, manquant de muni- 



24 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE; 

lion y ne put le poursuivre *, il fit voile pour l'Aa- 
gleterre, dans le dessein de chercher de la pondre. 
La flotte anglaise eut le temps d'atteindre le port 
avant un violent orage qui éclata ; mais les vaisseaux 
espagnols furent entièrement dispersés : quelques-uns 
furent engloutis par la mer -, d'àulres échouèrent sur 
les écueils de la Norvège 5 une partie fut obligée de 
chercher un refuge sur les côtes d'Ecosse, dans les îles 
de l'Ouest et en Irlande. Lorsque le duc de Médina 
Sidonia fut arrivé à Saint André , vers la fin de sep- 
^ tembre , il avait perdu trente vaisseaux du premier 

rang et 10,000 hommes. Philippe qui avait fondé de 
si grandes espérances sur cette expédition, supporta 
avec un magnanime courage ce désastre , et lorsque 
l'amiral lui eut rendu en tremblant un compte détaille 
de l'événement , il lui dit : Remettez-rvous , duc ; je 
vous avais envoyé combattre des hommes , et non les 
vents et les écueils. Puis il continua tranquillement à 
écrire une lettre qu'il avait commencée. 

Les suites de la mauvaise réussite de cette expédition 
furent très-sensibles au commerce espagnol. Les An- 
glais croisant dans les mers de l'Amérique, enlevaient 
les vaisseaux venant des colonies espagnole3 , et dévas- 
taient ces colonies m:éme. En 1596, le comté d'Essex 
s'empara de la ville de Cadix qui fut entièrement dé- 
truite. Ces déprédations durèrent jusqu'en 1604, que 
la paix y mit fin. 
Guerre de Nous avous VU aiUcurs Ic rôle que Philippe H îoua , 

France et paix / ^ r r J ? 

ÎSse!'^'"'' en se mêlant des affaires de France dans les temps 
malheureux de la Ligue. Il eut au moins la satisfaction 



SECT# VMi. PHILIPPE II, 1556 — 1598, 25 

de ne pas transmettre cette guerre à son faible fils. 11 
la termina le 3 mai 159&, par la paix de Vervins > , 
qui lui valut la possession de Cambrai , dont j depuis 
1584 • les Français avaient été les maîtres >. 

En résumant ks évènemeos du règne de ce prince, ^è^f dlJl'hîl 
on peut dire <pi'à Texception de la réunion du royaume ''^^ 
de Portugal , aucune de ses vastes entrepcises ne réus- 
sit. Au bout de quarante-deux ans de peines et de 
sollicitudes , il se vit méprisé à l'étranger et détesté de 
ses sujets. Ses ressources étaient tellement épuisées , 
qu'il fut réduit à faire faire une collecte par des eoclé- 
siastiques qui allèrent de maison en maison. Les reve- 
nus de l'état étaient engagés; le royaume de Castilte, 
fùBÏé par un système de finances pernicieux et par d^ 
impositions indivectes , assises sur les premiers besoins 
de la vie , était hors d'état de fournir à de nouvelles 
dépenses, et les revenus des mines du Mexique et du 
Pérou ne frisaient que passer parFEspagne; ils allaient 
a l'étranger, pour payer les intérêts d'une dette âe 
cent quarante millions de ducats , que Philippe avait 
contractée pour conquérir les Pays-Bas , 1' Angleteri*e 
et la France. De mauvais principes d'économie poli-î 
tique , suivis par Philippe et ses ministres , forçaietlt 
les colonies à se procurer par la contrebande les objets 
dont ils avaient besoin ; ainsi le principal bénéfice de 
ce commerce lucratif passait aux Anglais et aux Hol^ 
landais. 

Ferdinand le Catholique et Isabelle avaient le plus 
souvent résidé à Valladolid; Charles-Quint avait été 
• Voy. vol. XVÏÏ, 158. • Voy. voï. XVil , p. 76. 



26 UVKE YI. CHAF. VIII. ESPAGNE. 

rarement en Espagne. Philippe II fixa le siège du gon*' 
vernement k Madrid , quoiqu'il demeurât le plus 
souvent à FEscurial, dont la construction lui avait j. 
coûté plus de cinq millions de ducats. Il y mourut, i 
l'âge de soixante-un ans, le 13 septembre 1598, de 
la maladie pëdiculàire* Il souffrit cruellement pendant 
cinquante joyrs , avec un courage admirable et une 
résignation chrétienne. 

ojmctère de Le çaractèrc de ce prince a été défiguré par la pré- 
vention des historiens* Il était taciturne , sombre , 
sévère, despotique, méfiant et dissimulé; il aimait In ^ 
solitude et la retraite , pour travailler sans être inter- i 
rompu ni distrait *, il était maître de ^es passions jus-' j 
qu'à paraître insensible. La nature Favait doué à im ! 
h^ut degré des talens nécessaires à un grand prince, ; 
d'une sagacité et d'une pénétration merveilleuse. Actif j 
et laborieux , il surveillait toutes les branches de l'ad- j 
mjnistration , connaissait parfaitement son p»js et les ' 
cours étrangères , montra beaucoup de discernement 
dans le choix de ses ministres et généraux; quoique | 
Qer, il était accessible à ses sujets, écoutant leufs ; 
plaintes ^ modérait, pour ne pas le& effrayer , la sévé- < 
rite de son regard , et faisait droit à leurs justes réclar { 
mations , toutes les fois que l'ambition ou là rdigioA . 
ne b*y mêlait pas. Sa dévotion était Vraie > mais fam- 
tique et cruelle. Il se croyait destiné par la Providence 
à soutenir l'Eglise catholique, et consacra sa vie à ré- 
pondre à cette vocatioA. 

Famille de ^^ Aysiit de sa troisièrtic épouse, Elisabeth de France, ■ 
yhiiippeu. jçy^ filles, les infantes Isabelle -Glaire -Eugénie et 



SECT. VIII. PHILIPPE II, 4556 — 1598. 57 

itherÎDe. Celle-ci, mariée à Charles-Emanuel V\ 
ic de Savoie , était morte peu de temps avant son 
Te. L'aînée , destinée pendant dix- sept ans à Fem- 
?rear Rodolphe II, fut en6n fiancée à Albert, archi- 
ac d'Autriche , et Philippe avait abdiqué en sa fa- 
nir, le 6 mars 1598 , le gouvernement des Pays-Bas. 
près la mort d'Elisabeth , Philippe II se maria pour 
. quatrième fois. Il épousa Anne, fille de l'empereur 
[aximilien II, qui lui donna quatre fils, dont les trois 
remiers moururent jeunes. Le quatrième^ Philippe, 
li succéda. 



\ 



28 LIVRE VI. ÇHAP. VIII. ESPAGNE. 



SECTION IX. 

Règne de Philippe III, 1598—1621. 

Caracière^dc Philippe II IdlssE SCS états Cil paix , à rexceptîon ? 
des Pays-Bas où la guerre d'insurrection durait en- 
core>^ mais il ne les laissa pas dans un état florissant* ^ 
L'Espagne n'était pas seulement épuisée , comme nous 
l'avons déjà dit*, ce qui était plus effrayant, elle 
était dépeuplée , sans industrie et sans moyens de la 
recouvrer. Les richesses du Nouveau-Monde avaient 
fait passer en Amérique des milliers de familles qui, 
dans l'espoir de faire une fortune rapide en faisant 
exploiter les mines par les Indiens , avaient aban- ' 
donné leurs établissemens européens. Le sol manquait 
de cultivateurs , et les ateliers qui par l'émigration 
des Maures avaient déjà perdu un grand nombre d'ou- 
vriers industrieux , restèrent déserts par celle des 
Espagnols. L'agriculture et les arts mécaniques , les 
seules sources d'une véritable richesse nationale, étaient 
tombés en mépris depuis que tant d'aventuriers sortis 
de la classe qui les exerce, étaient revenus d'Amérique 
étaler aux yeux de leurs compatriotes un faste qui con- 
trastait avec la bassesse de leur naissance et leurs ha- 
bitudes antérieures. 

Pour relever l'Espagne de cette décadence , il au- 
rait fallu un prince éclairé et actif. Philippe III n'était 
ni l'un , ni l'autre. En vain son père l'avait-il mis 
entre les mains d'excellens maîtres pour lui fairepren- 



8ECT. IX. PHILIPPE III, 1598 — 1621. 29 

re le goût de l'instruction -, en vain ayait-îl essayé 
e lai donner l'habitude des affaires en le faisant as- 
bter aux dëlibërations du conseil; rien ne put vaincre 
'indolence de ce prince et le dégoût que lui inspirait 
oute occupation sérieuse. La nature lui avait donné 
in caractère doux et conciliant ; mais elle lui avait 
'efosë toutes les qualités de son père. La race de 
ubarles-Quint avait dégénéré -, on ne voyait dans sa 
ksoendanceque faiblesse et pusillanimité. Philippe III 
ne ressemblait à son père que par sa dévotion peu 
attirée. Accoutumé à soumettre sa volonté à celle de 
ion père, il n'y fut rebelle qu'une seule fois; et 
cette d^béissance 6t pendant vingt ans le malheur 
de l'Espagne. Philippe II lui avait recommandé de ne 
|Kis s'en rapporter à un favori pour le soin du gou- 
vernement , et de suivre les avis de don Christophe 
deMoura^ marquis de Castel Rodrigo , et de don 
Jean Idiaquez , ses fidèles conseillers. A peine le jeune 
Toi , âgé de vingt ans , fut-il monté sur le trône , qu'il 
abandonna toute l'autorité à son écuyer , François 
de Boxas de Sandoval , marquis de Dénia. Castel 
Bodrigo fut envoyé comme vice-roi en Portugal , et 
Idiaquez , tout en conservant son emploi , perdit 
toute influence. 

Dénia fut créé duc de Lerma , et pour dispenser le ls aœ <fe 
roi du soin même de le contrôler , les autorités du miaisir*. 
royaume reçurent des instructions pour obéir à tout 
œ que ce ministre leur ordonnerait au nom du maître. 
Leduc de Lerma était, conmieleroi, doux, affable 
et pacifique ; mais , quoiqu'il jugeât bien les causes 



/ 



30 LIVRE VI« CHAP. YIII. ESPAGNE. 

(i'où provenaient les maux de Fétat , il n'avait pal 
]e talent de bien choisir les remèdes ^ ni l-dnergie né- 
cessaire pour couper la racine du mal en faisant dei 
reformes. Au lieu de supprimer une foule de charges 
inutiles , il en augmenta le nombre pour se faire deé 
amis. Dans la môme vue il favorisa outre mesure k 
clergé. Pour ne pas troubler le roi, nous ne dboni 
pas dans ses plaisirs, car le malheureux Philippe n'en 
connaissait pas au milieu des fôtes dont le ministre 
Tétourdissait, mais dans l'insensibilitë et l'apathie ci 
il était tombé , il lui cacha l'embarras des finances* 
Pour encourager l'agriculture il ne connaissait pas de 
moyen plus efficace que d'instituer un ordre donti 
seraient décorés ceux qui cultiveraient avec le plnsà 
de soin leurs champs ; et , pour rendre de l'activité 
aux manufactures , il dispensa les ouvriers du service 
militaire , et entrava par cette mesure le recrutemenli 
caidpron, fa- dc l'armée* Entouré de la faveur du souverain. Lermai 

-vori du |>t-einier I 

winisiie. avait à son tour un favori qui exerça sur lui le même 

pouvoir qu'il avait sur le roi. C'était Rodrigue è$ 

Galderon , fils d'un simple soldat , qui était entré i 

son service lorsqu'il était encore marquis de Dénia. 11^ 

le créa comte d'Oliva et marquis de Siète-Iglesias , 

et lui donna 100,000 ducats de rente. Calderon avait 

d^ rares talens , mais il ne sut pas supporter sa haute 

ibrtune ; elle le rendit arrogant et impérieux autant 

que le duc de Lerma était doux et insinuant. 

cuiiiEÛ**ui* Le mariage du jeune roi avec Marguerite, fille de 

Aiblrt^wlTvf- Charles , archiduc d'Autriche , de la branche de Stî- 

raio des Pays- ^^ ^ princcssc âgée de quinzeans , et celui de l'infante 



SBCT. IX. PHILIPPE III, 1&98 — 1631. 5^ 

I<abdle-Ciaire-E«agéiiie ,9€eur de Philippe III, âgée 
de Ueate-deux ans, avec Farchiduc Albert , quatrième 
$kde Temperear Maximilien II, et cousin-germain 
de Marguerite , avaient été convenus sous le règne de 
Phil^pe U; ils furent célébrés aussitôt que la flotte 
espagnole eut amené l'archiduchesse et son cousin en 
Espagne. Phili{^ IIF exécuta la volonté de son père 
«n donnant à son beau-frère , Tarchiduc Albert , et à 
l'in&nte Isabelle-Claire-Eugénie , l'investiture des 
Pays-Bas, comme souveraineté indépendante, et 
comme fief de la couronne d'Espagne, à laquelle ces 
'provinces seraient réversibles si Tarchiduchesse mou- 
fait sans enfans. Cependant, avant de remettre à l'ar- 
t:hiduc et à Tinfiaoïte le nouvel état qu'ils étaient appe- 
lés à gouverner, il fallait en conquérir une partie : 
l'Espagne se chargea de cette tâche , et il s'ensuivit 
l|ue les affaires des Pays-Bas continuèrent à ressortir 
4a conseil de Madrid. 

La guerre avec les Pays-Bas occupa ce conseil P«^*Anw. 
pendant les dix premières années du règne de Phi- 
lifi|)e III. Elle lut terminée ou plutôt suspendue pour 
douze ans par la trêve d'Anvers qui fut signée le - 
9 avril 1609. On y traita avec les Provinces-Unies 
comme avec un état libre et indépendant, sans cepen- 
dant renoncer expressément à la souveraineté sur ces 
mêmes provinces. 

Cette trêve avait été précédée par la réconciliation Paix de 
de Philippe m et de Jacques P' , roi d'Angleterre. 1604^ 
Depuis l'expédition de la Flotte invincible , il avait 
existé une espèce de gueixre entre l'Espagne et l'Afi^ *; t 



52f LIVRE VI. CHAP. VïlI. ESPAGNE. 

gleterre, qui se bornait à quelques entreprises pério- 
diques contre les colonies espagnoles, et au secours 
que la reine Elisabeth fournissait aux Pays - Bas. 
Jacques V"^ avait des idées trop exaltées sur le pouvoir 
monarchique pour aimer des rebelles 5 d'ailleurs son 
épouse avait dès-lors formé le projet de marier son fils 
à une infante d'ELspagne, et les ministres de Jacques F' . 
étaient vendus à cette puissance. Il ne fut donc pas i 
difficiles don Jean de Taxis, comte de Villa Mediana,.| 
que Philippe envoya à Londres , de porter Jacques à A 
des dispositions pacifiques. La négociation ne présenta >| 
que deux difficultés 5 on s'accorda sur la première re- ^. 
gardant les Pays-Bas; quant à l'autre, qui concernait^ 
la demande des Anglais de pouvoir trafiquer aux ] 
Indes, on l'éluda en passant cet objet sous silence -i 
dans le traité. Le roi d'Angleterre déclara qu'il ne . 
pouvait pas empêcher les confédérés de recruter dans .'' 
ses états , mais il promit de faire jouir les Espagnols 1 
de la même faculté , et de ne pas envoyer aux confé- 
dérés de ses propres troupes. A ces conditions la paix 
fut signée à Londres , le j| août 1604, par le conné- 
table de Castille , don Juan Fernandez de Velasco, 
duc de Prias. 
Retiouveiic-^ Philippe III est l'auteur de l'introduction en Es- 

nient de l'ordre * * 

'drwïulîhri» P*ê?^^ ^ ^^ Portugal de cette classe d'officiers de ' 
police qu'on appelle les familiers de l'inquisition. ' 
L'orgueil national rendait impossible dans la pénin- 
sule tout maintien de l'ordre public, tant qu'on n'y in- 
téressait pas la religion. Si encore aujourd'hui le gou- 
JMtenement espagnol trouve des individus qui se char- 



SECT. IX. PHILIPPE III, 1598 — 16^1. 33 

gent d'arrêter les malfaiteurs et de les livrer à la 
▼indicte publique , c'est qu'un devoir particulier de 
religion, un vœu sacré leur en impose le devoir. Nous 
en avons vu un exemple dans la sainte Hermandad 
qui prête son ministère au maintien de la police des 
grandes routes i. L'inquisition n'est au fond qu'un 
tribunal suprême de police ; mais les familiers qui 
exécutent ses ordres ne sont pas de vils sbirres ; peu 
d'Espagnols se déshonoreraient jusqu'à faire ce métier 
pour un salaire : les familiers sont des hommes des 
premières classes de la société j qui par dévotion se 
consacrent , se dévouent à servir de satellites au tri- 
bunal qui est chargé du soin de maintenir la tran- 
quillité publique , en tant qu'elle repose sur l'unifor- 
mité du culte. Ces individus forment une confrérie 
religieuse qui n'est autre que celle de la chevalerie ou 
de l'ordre de la Pénitence de S. Dominique 2, Cet 
ordre fut renouvelé d'autorité apostolique et royale , 
et du consentement du chapitre général de l'ordre des 
Prêcheurs, qui fut tenu, le 29 mai 1605, à Yalla- 
dolid. Le roi accorda à l'ordre renouvelé de la che- 
valerie de Jésus-Christ ou aux familiers de l'inquisition, 
la permission de se décorer, certains jours de fêtes ou 
de solennités publiques , d'une médaille d'or qu'ils at- 
tachent sur la poitrine. 

Le plus important événement intérieur pendant le BzpnhUMKiM 
ministère du duc de Lerma , et qui seul su6Sirait pour ^^^' 
condamner sa mémoire , est Texpulsion définitive des 
Mauresques ou descendans chrétiens des MusulmMI. 

• Voy. vol. XVII, p. 319. • Voy. vol. V, p. 149. K^'î^.'.^' 

XVIII. 3 



34 LIVRK VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

Nî Charleà-Quint , ni le zélé Philippe II n'avaient 
TOulu consentir à chasser d'Espagne cette population 
industrieuse ; mais sous le méprisable Philippe III , le 
clergé sut faire prévaloir de prétendus motifs de reli- 
gion sur ceux d'une saine politique qui était d'accord 
avec l'humanité. On accusait les Mauresques d'être des 
sujets infidèles , qui soupiraient après le moment où 
leurs coiïipatrioles d'Afrique, ou leurs frères, les Ot- 
tomans^ yifendraiént les délivrer du joug espagnol : 
on disait que , professant extérieurement le christia- 
nisme, ils pratiquaient en secret les cérémonies de 
l'islam. Ces reproches étaient en partie fondés ; 
mais les nobles du royaume de Valence , qui s'oppo- 
sèrent constamment à la persécution des Mauresques , 
observaient que le mal dont on se plaignait^ provenait 
de la paresse du clergé catholique qui ne se donnait 
pas la peine d'instruire le peuple dans les vérités du 
christianisme , et de ramener les Infidèles par la voie 
lente, mais sûre, de la persuasion. Ce qui prouve la 
vérité de cette récrimination, c'est que le pape, sen- 
tant sans doute Tinsufiisance de l'instruction qu'on 
ddnnait aux Mauresques , imposa à l'archevêché de 
Valence une taxe de 3 à 400,000 piastres , pour aug- 
menter le nombre et le salaire des curés , chargés de 
travailler à leur conversion. Don Juan de Ribera , 
patriarche d'Antioche et archevêque de Valence, re- 
fusa d'obéir aux ordres du souverain pontife , soit par 
des motifs intéressés , et parce que lui et son clergé 
tfduvaient plus commode de se débarrasser des Mau- 
iéa^es que de donner des soins pénibles à leur ins- 



SECT. IX. PHILIPPE III, 1598 — 1621. 35 

truction, comme les nobles de Valence le lui ont 
reproché ; soit qu'il eût des motifs plus purs, fondés 
sur l'expërience qu'il prétendait avoir acquise de l'i- 
nutilité des moyens de douceur*! Pour faire paraître la 
conduite de Farcfaevèque moins odieuse^ nous pou-* 
vons admettre qu'il avait vraiment cette conviction ; 
mais il ne devait pas désespérer de l'efficacité de la 
parole de FEvangile sur ces âmes endurcies. 

Ribera fit les premières démarches contre les Mau- 
resques^en 1602, et il fut soutenu par lé duc deLerma 
qui , esclave docile du clergé , avait peut-être des 
moti& de politique d'en agir ainsi, qu'il ne voulait pas 
communiquer au public. Nous voyons par les Œco- 
nomies royales de Sully que les Mauresques, projetant 
un soulèvement général, étaient entrés en intelligence 
avec la France, et que Henri IV était disposé à leur ' 
ibumir des secours, lorsque leur dessein fut trahi i. 
Depuis cette époque, les dénonciations se renouvelè- 
rent plusieurs fois jusqu'à ce qu'en 1608, le roi de- 
manda l'avis du conseil d'état sur la mesure de l'expul- 
sion« Le duc de Lerma seul l'upprouva ; tous les 
autres conseillers représentèrent au roi les suites désas- 
treuses qui en résulteraient, et indiquèrent des moyens 
qui devaient conduire par la suite à la conversion des 
Mauresques. Les États du royaume de Valence, effirayés 
du coup qui menaçait la prospérité de leur pays, dont 
les champs et les vignes, ainsi que les riches manufac- 
tures allaient manquer d'ouvriers, firent au roi à plu- 
sieurs reprises les représentations les plus fortes. Il est 

' Voy. SuLLT, chap. XVI. 



56 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGXE. 

probable qu'elles ne parvinrent pas aux oreilles du 
monarque ; quant au duc de Lerma, la volonté de 
Farchevêque était une loi pour lui. En6n des députés 
envoyés par les Etats à Madrid , obtinrent, le 23 sep- 
tembre 1609, une audience du roi. Cette fois ils furent 
écoutés ; mais Philippe leur répondit que leurs repré- 
sentations venaient trop tard, vu que son ordonnance 
pour Texpulsion des Mauresques devait avoir été pu- 
bliée la veille à Valence. 

EflFectivement cette ordonnance, datée du 5 août, 
était arrivée le 22 à Valence, et le vice-roi qui la désap- 
prouvait, l'avait promulguée après avoir pris des pré- 
cautions pour le maintien de la tranquillité publique. 
Elle prescrivait ce qui suit : Trois jours après sa publi- 
cation, tous les Mauresques du royaume de Valence, 
hommes , femmes et enfans, quitteront, sous peine de 
vie, les lieux de leur domicile, pour sç rendre aux en- 
droits qui leur seront assignés par les commissaires du 
roi •, ils pourront prendre la quantité d'eflPets mobi- 
liers qu'ils seront en état d'emporter, et seront trans- 
férés en Afrique 5 pendant la Toute ils recevront la 
nourriture. Tout Chrétien aura l'obligation d'arrêter 
tel Mauresque qui s'écartera du lieu de son domicile; 
si le coupable fait quelque résistance , il sera puni de 
mort. Si un Mauresque cache quelques-uns de ses effets 
qu'il ne peut emporter, ou s'il met le feu à sa maison 
ou à ses arbres , il sera tué par les habitans du lieu du 
délit. Tous les biens immeubles des Mauresques et tous 
les effets et meubles qu'ils n'auront pas pu emporter , 
sont donnés ^ à titre d'indemnité , aux seigneurs dont 




SECT. IX. PHILIPPE HT, 1598 — 1621. 57 

ils ont étëlcs vassaux. Le roi accorde aux sollicitations 
du vice-roi, que, pour la conservation des rdifices, des 
manufactures de sucres, des aqueducs , rizières etc. 
chaque vî Ile renfermant cent familles Mauresques en 
pourra conserver six, pour instruire les nouveaux pro- 
priétaires : le seigneur de l'endroit désignera ces familles. 
Il est défendu aux anciens Chrétiens et aux soldats de 
maltraiter les Mauresques. Il est défendu, sous peine 
(le six années de galères , de cacher un Mauresque ou 
(le lui fournir les moyens de se cacher ou de s'enfuir. 
Les enfans au-dessous de quatre ans pourront rester 
dans le pays, si les parens le demandent. Les enfans 
au-d.Q3sous de six ans, dont un des parens est un vieux 
Chrétien, peuvent rester avec leur mère, quand même 
elle serait Mauresque ; mais quand le père est Maures- 
(jue et la mère vieille Chrétienne, le père sera expulsé 
et les enfans au-dessous de six ans resteront avec leur 
mère. Ceux qui ont vécu long-temps parmi de vieux 
Chrétiens et n'ont pas, depuis deux ans, assisté aux 
assemblées des Mauresques, ont la permission de rester, 
ainsi que ceux qui peuvent produire un certificat de 
leur curé, attestant qu'ils ont reçu avec son autorisa- 
lion le sacrement de reucharistie. Il est loisible aux 
Mauresques de se rendre dans quelque autre pays non 
soumis à la domination espagnole, pourvu qu'ils (juitr 
tent l'Espagne dans le délai déterminé. 

Très-peu de familles Mauresques consentirent h 
rester-, prescpie toutes préférèrent s'expatrier avec 
leurs compatriotes. Ce fut dans les terres du duc de 
Gaudia, le plus riche seigneur du royaume de Valence, 



58 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGKE. 

qu'on commença l'éxecution de la loi : 28,000 Mau- 
resques furent embarqués à Dénia et Alicante ; la plu* 
part d'entre eux s'établirent à Trémecen. Comme on 
vit que les vaisseaux de la flotte royale ne suffisaient 
pas pour effectuer le transport avant la fin de Vannée, 
on fit venir des embarcations de Lisbonne , Barcelone ^ 
eftjènes. On commit beaucoup d'abus et de violences ; f 
. en quelques endroits les Mauresques prirent les armes, ^ 
et se défendirent vaillamment. Néanmoins avant la fin ] 
de l'année il ne se trouva plus d'individu de cette na- ^ 
tion dans le royaume de Valence. On expulsa alors ' 
ceux d'Aragon, de Catalogne, de Murcie^ de Grenade ^ 
et de toute l'Elspagne. Quelques auteurs font monter à 
1,200,000 le nombre des Mauresques qui, à cette oC' 
casion, quittèrent le pays^ ce nombre n'aurait rien 
d'exagéré, si dans les autres provinces on avait agi avec 
autant de sévérité que dans le royaume de Valence , 
mais les vice-rois qui n'étaient pas surveillés par des 
Ribera, firent tout ce qui dépendait d^eux pour dimi« 
nuerle nombre des victimes. 
^é^'Xtfon de C'est ^expulsion des Mauresques qu'on regarde 
i*K«pa«ne. commc Fépoquc de la dépopulation de TEspagne qui, 
dans son état actuel, ne nourrit pas 1,^00 individus 
par mille carré géographique, tandis que , malgré les 
contrées montueuses qu^elle renferme , son sol pour- 
rait en nourrir le double. 

Cette date est exacte, si sous le mot d'époque on en- 
tend le dernier événement qui a contribué à priver ce 
beau pays d'une grande masse deses habitans ; car on 
peut assigner à la désolation dont toute l'Espagne 



8ECT* IX. piiiLippB III, 1598 — 1621. S9 

porte les traces , plusieurs causes antérieures de plu* 
sieurs siècles. 

L'origine de cette dépopulation remonte à la grande 
peste ou mort noire qui , vers le milieu du quator- 
zième siècle , exerça ses ravages sur l'Europe entière » 
et dont nous avons puiié dans nos vol. X et XI >• 
Ce flëau , venu des Indes, fut apporté en Russie par 
les Mongols qui y dominaient alors ^ sortie de ce pays , 
la maladie entra dans la Scandinavie et la Pologne , 
d'où elle passa d'une part en Italie , et de l'autre par 
rAUemagne en France^ tn Angleterre et en Espagne. 
Elle envahit d'abord les provinces orientales de l'Es- 
pagne j mais ne tarda pas à pénétrer jusqu^en Anda- 
lousie. Lorsqu' Alphonse XI, roi de Castille j assiégea 
Gibraltar ^j cctlo épidémie formidable se montra 
dans son camp où elle fit un ravage horrible. On pressa 
le roi de se retirer ; le vainqueur de Tariffe ne voulut 
pas quitter ses soldats. Il fut attaqué de la maladie, et 
en mourut le 16 mars 1350. Sept mois après, la mor- 
talité avait tellement augmenté à Saragosse , qu'on y 
comptait cent morts par jour. La vue de tant de 
misère avait tellement endurci les cœurs , qu'on n'en- 
terrait plus les victimes : les rues de la ville étaient 
jcmciiécs de cadavres qui y pourrissaient sans sépulture. 
Dans ce grand désastre les deux tiers de la popula- 
tion de l'Espagne périrent. Des districts occupés par 
quatare ou cinq villages furent changés en déserts. II 
n'en resta que les tours des églises , ou ce qu'on ap- 
pelle les Iglesias rurales , églises de campagne. Ces 

» Voy. la Table. . « Voy. vol. IX, p. 209. 



40 LIVRE VI. CHA]?. VIII. ESPJLGNE. 

districts restés sans propriétaires , furent à la dispo- 
siJ;ioQ du premier occupant. Les seigneurs des villages 
circonvoisins qui survécurent à la peste, s'en empa- 
rèrent. Telle est l'origine de ces immenses patrimoines 
qu'on trouve en Espagne, où le voyageur parcourt 
souvent des étendues de terre de treize à quatorze 
lieues ayant le même maître i* 

' La note suivante a élé commanîqaéc à Tauteur de ce Cours. 

<c La contagion, qui dans ce moment agite toute TEurope, et 
inspire de si justes alarmes , est une espèce de peste noire , quoique 
moins meurtrière pour le moment , mais cela pourrait arriver ait 
fréquent retour de cette iruiladie. Le cholera-morbus est-il con« 
tagieux, ou ne Fest-il pas? L*opinion des roe'decins est partagée y 
même de ceux qui habitent les pays où cette maladie a pris nais* 
sance.Le conseil me'dical de Bengale se prononça contre la contagion, 
tandis que celui de Bombay reconnut la nature contagieuse de cett^ 
maladie. Pour expliquer la divergence de ces opinions, il faut re^ 
marquer que la plupart des maladies contagieuses, qui se transmet- 
tent d*an individu à un autre , se développent aussi spontanément, 
c'est-à-dire sans cette transmission. Le médecin qui n'aura rencon- 
tré/ que des typhus , ou des pestes spontanées, soutiendra que ces ma- 
ladies ne sont pas contagieuses, tandis que Topinion contraire sera 
vivement défendue par celui qui n'aura observé que des exemples de 
transmission. » 

 cette note nous ajouterons une observation relative au nom 
de ce cholera-morbus qui dans ce moment effraie tous les esprits. 
Beaucoup de personnes le dérivent du mot grec x^H, bile. Cette 
dérivation est fausse , parce que de cholé on fait cholericos , 
cholerica , mais non choiera, Alexandre de Tralles, médecin grec 
du sixième siècle , parle de la maladie dont il est question ; il l'ap- 
pelle choleros , parce que , dit-il , les évacuations du corps pendant 
cette maladie produisent un son ressemblant à celui de la plaie 
qui tombe par terre dans les tuyaux des gouttières ou choie- 



SECT. IX. PHILIPPE lïl, 1598 — 1621. 41 

La seconde cause de la dépopulation de l'Espagne 
iiit une suite de la première : c'est la mesta. 

Nous avons dit que sous le même Alphonse XI , 
qui p^rît devant Gibraltar , l'Espagne tira de l'An- 
gleterre ces moutons qui produisirent les mérinos , 
tme des principales richesses de ce pays , mais aussi 
donnèrent lieu à l'établissement du privilège de la 
mesta , une des causes de la ruine de l'agriculture , 
et par conséquent de la population. Les propriétaires 
des troupeaux de mérinos voyant tant de terres in- 
cultes et abandonnées , s'arrogèrent non précisément 
la propriété de ces terrains , mais l'usufruit de 
ceux qui sont traversés par les grandes routes , et le 
droit d'y faire paître leurs moutons voyageurs. Après 
avoir passé les chaleurs de l'été dans les contrées mon- 
tuetises du nord de l'Espagne , ces troupeaux innom- 
brables sont conduits dans les j)rovinces méridionales 
où l'hiver est beaucoup moins rude , et où ils atten- 
dent le" mois de mai pour retourner vers le nord. 
Les pâturages situés à quarante toises des deux côtés 
des grandes routes qu'ils traversent leur sont réservés 
contre le paiement d'un droit extrêmement léger , et 
une vaste étendue de terre est ainsi soustraite à la 
culture. Les propriétaires des troupeaux ont trouvé 
moyen de faire sanctionner par des ordonnances et 
des privilèges un usage qui d'abord était sans incon- 
^ vénient et peut-être nécessaire. Ils forment une société 

TQS. Un des meilleurs ouvrages français sur le choiera est-ce 
V»i de M. le docteur Weylan» de \Tcimar. (Pa*!*, Heidcloff 
1831\ 



44 



LLVRB VI. CHAP. VllI. ESPAGNE. 



Guerre de 
Moolferrat. 
1613. 



Guerre de 
trente an» , 
1618. 



Mort de Phi- 
lippe ni et sa 
famille. 



absurde d'avoii; empoisonne la reine , morte en 1611, 
et qui avait été sa protectrice. On se rabattit ensuite 
sur un prétendu assassinat commis sur deux gentils- 
hommes , sans pouvoir fournir de preuves suffisantes. 
On traîna exprès son procès pendant deux ans et demi, 
pour avoir le moyen d'entretenir Tanimosité publique 
contre le duc de Lerma. Ce ne fut que le 21 octobre " 
1621 , six mois après la mort du roi, que Caldérodi ' 
fut dëcapitë. Il mourut avec un grand courage. 

Depuis 1612 , l'Espagne eut a soutenir la guerre de . 
Montferrat, dont nous parlerons à Fëpoque suivante } 
et vers la fin de la vie de Philippe III , commen^ en 
Allemagne la guerre de trente ans , dans laquelle l'Es- 
pagne joua un rôle principal ; elle appartient aussi à la 
période suivante. 

Philippe III mourut, le 51 mars 1621 i, après avoir 
pris xm tendre congé de ceux de ses enfans qui étaient 
pr&ens. Le caractère de ce prince comme souverain 
fut celui d'une parfaite nullité 5 comme homme on l't 
très-bien peint en le surnommant Piua et bonus* Les 
vers suivans d'un poète du temps ^ peignent sa cour î 

' Il mourut viciirae He l*ëtîquette. Étant , un jour froid , ocrup^à 
écrire , on mit dans son appartement un brasier ardent qui l'incom-* ■ 
modait fort et enflamma sa joue. 11 aurait été contre sa dignité de 
s'en plaindre ; mais les gentilshommes de sa chambre , le voyant 
souffrir , décidèrent qu^il fallait ôter le brasier. C'était le devoir de 
la charge du duc d'Uzeda, sommelier du corps , qui était absent. 
Ou alla le chercher , mais avant qu'il vînt le roi fut grillé , son saug 
s'échauffa et il eut une pourpre dont il mourutt Méni, de BassoM- 
pierrb; Collection de Petitot, Sect. II, vol. XX , p, 228. 

> OariGUEs, Voy. toI. XVII, p. 231, 



SECT. IX. PHILIPPE III, 1598 — 1621. 45 

Porter un chapelet pour prier rÉlemel, 
Et prononcer touiotm quelque vaine parole ; 
Pratiquer dans Tëglise une assignation ' ; 
Redouter moins Tenfer que Tinquisition, 
Telles sont les vertus de la cour espagnole. 

lîlippe m laissa cinq enfans ; Ânne-Marie , épouse 
Louis XIII ; Philippe , qui lui succéda ; l'infante 
arie-Ânne, qui par la suite épousa l'empereur Fer- 
Qand ni ; l'infant Charles , qui mourut à l'âge de 
Dgt-cinq ans , et Ferdinand, qui était archevêque de 
olède et cardinal. 
Il s'opéra sous le rème des trois premiers rois d'Es- ^^i*"^ •* 

r Or prrgn » de la 

igne de la maison d'Autriche, un changement dans J™°^****"**' 
constitution de la haute noblesse. La classe des ricos 
mibresj qui remonte à l'origine des états dont la mo- . 
irchie se compose ^^ disparut successivement pour 
ire place à une autre qu'on nomma grands d'Es- 
îgne. L'origine de ce changement remonte aux pre- 
liers temps de Charles-Quint, ou méme^ pour ce 
ui regarde la Castille , jusqu'au règne de Philippe le 
eau , son père. Ce prince, élevé dans l'étiquette alle- 
lande, se trouva choqué du privilège du coitvrement 
a du droit des ricos hombres de se couvrir en pré- 
encedeleur souverain. Conmie les Castillans voyaient 
ivec une vive satisfaction ce prince aimable succéder 
m gouvernement de TÂragonais Ferdinand, les ri- 
cos hombres, pour lui plaire , renoncèrent facilement 
à l'exercice d'un privilège qui offensait son orgueil. 
Ils ne se couvrirent plus que lorsqu'il le leur comman- 

' Ua rendes- vous. • Voy. vol. V, p. 403, 



46 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

dait , et il affecta de ne le commander qu'aux sei- 
gneurs les plus distingues par leur richesse ou leur 
mérite. 

Plusieurs ricos hombres , qui avaient recherché 
des places à la cour de Charles, son successeur, le 
suivirent en Allemagne et assistèrent à son couronne- 
ment. On sent bien que les électeurs et autres princes 
d'Allemagne jouissant de la supériorité territoriale 
mais ne connaissant pas le privilège du couvrement^ 
purent souffrir que des gentilshommes étrangers, dis^ 
tingués par la simple qualité d'hommes riches ou 
barons, usassent en leur présence d'un droit qui leur 
paraissait une offense pour la majesté du chef de FAI* 
lemagne. Le nouvel empereur en prit occasion de fai 
cesser à la fois cette qualité et le privilège qui y étai 
attaché *, mais il donna à un petit nombre des hom 
les plus considérés parmi ceux qui l'avaient suivi 
Empire , et parmi ceux qui étaient restés au-delà 
Pyrénées, le titre de Grands^ et leur laissa le droit 
se couvrir devant lui quand il les recevait en E^pagn 
avec le traitement de cousins et d'autres prérogativesJ 
Il leur attribua en Allemagne et en Italie des honneartj 
qui pussent les consoler de la perte d'un droit coiif 
traire aux usages de ces pays. . 

Charles-Quint nomma les grands en leur adressant 
le seul mot de Cobrios , couvrez-vous , sans faire ex- 
pédier des patentes aux nouveaux grands; il n'abolit 
pas par une loi la qualité de ricos hombres ; ce chan- 
gement se fit, pour ainsi dire , en silence , et, grftce i^ 
sa puissance , n'éprouva pas de résistance. Il eut soin 



SECT. IX. PHILIPPE m, 1598 — 1621. 47 

(le marquer par de grands honneurs que la qualité de 
Grand ëla^t dorénavant la seule dignité en Espagne. 
La branche allemande de la maison d'Aulriche, tou- 
jours unie d'intérêt avec son aînée, a maintenu au- 
dehors la qualité de grand d^spagne dans la posses- 
,iion de diatinctions brillantes. 

Philippe II fut l'auteur de la distinction des grands 
:cndeuiE classes, en voulant que ceux auxquels il con- 
jurait cette dignité, au lieu de lui parler étant cou- 
Verts, commençassent toujours par être découverts 
à ce qu'il leur adressât le mot magique de 
rios. Telle fut Torigine de la seconde classe des 
ds d'Espagne. 
Philippe in introduisit un nouveau changement, 
fit à la fois des grands des 'deux classes, ce qui 
dit nécessaire l'expédition de patentes déclarant 
chaque cas l'inlcution du roi *, ainsi naquit une 
isième classe de grands, celle qu'on pourrait appe- 
à brevet. Elle ne lorme cependant pas une catégo- 
séparée, par la raison que tous les grands observent 
eux la plus parfaite égalité de rang, sans égard à 
ancienneté. Ceux des deux premières classes n'ayant 
de patente , ne peuvent prouver leur ancienneté , 
ceux de la troisième, en produisant leur diplôme, 
ient connaître une origine plus moderne : toutes les 
ont par conséquent le même intérêt à mainte- 
cette confusion. Cependant les grands des familles 
iennes se tutoient entre eux , et ce tutoiement est 
é comme une des prérogatives de leur naissance, 
i Faccordent-ils aux rejetons de quelques mai- 



48 LIVRE VI, CIIAP. VIII. ESPAGNE. 

sons illustres qui n^ont pas encore la grandesse^ et qvMi 
s'y croyant des droits , sont nommées casas agrai^uP' 
dos, maisons grevées. 

Aucun grand , de quelque classe qu'il soit, ne joai^ 
des prérogatives de sa dignité que depuis la cérémo" 
nie du couvrement , et en vertu d'un certificat que k 
secrétaire de l'estampille expédie à chaque grand , et 
qui énonce la date de sa couverture et la classe suivant 
laquelle il a été admis. Ce certificat n'est pas moins 
indispensable au grand par succession qu'au gentil- 
homme élevé à cette dignité , de manière qu'à son dé- 
faut la grandesse est suspendue. Il faut même poui 
chaque grand qui n'est pas de première classe, une es- 
pèce de renouvellement de la dignité qu'il a héritée: 
l'héritier d'un grand de la seconde classe, en annon- 
çant au roi la mort de celui auquel il succède, n( 
peut se servir que de son nom de famille. Le roi, ei 
lui répondant , lui donne son nouveau nom , le titn 
de grand et de cousin : néanmoins il ne jouit des pré* 
rogatives attachées à sa dignité qu'après la cérémonh 
de la couverture. Il dépend par conséquent du roi d( 
suspendre l'effet de la grandesse de la seconde classe, 
en ajournant soit sa réponse soit la cérémonie dt 
couvrement. 

A l'érection d'une nouvelle grandesse on paie un» 

taxe assez considérable ^ qui se remet rarement et s( 

nomme médiannate. Elle est indépendante des frai 

' de chancellerie, d'un droit annuel norpmé annate, € 

* Da temps du duc de S. Simon, que nous suivons ici , elle éla 
d'environ 40,000 fr. 



i 



8ECT. IX. PHILIPPE III, 1598 — 1621. 49 

d'un troisième qui se paie à chaque mutation de grade. 

Quoique les grands portent les titres de ducs, mar- 
quis ou comtes; ces qualités sont très-indiffërentes , 
ne donnent aucun rang et sont considérées comme 
de simples noms. Jusqu'à l'époque qui se termine à la 
révolution française , aucun individu d'origine espa- 
^ole ne portait le titre de prince; les princes deCas- 
telfranco , de Masserano , etc. , sont d'origine italienne. 
Le m^e individu peut réunir plusieurs grandesses 
sur sa tête, mais il n'a pas la faculté de les distribuer 
entre ses enfans. Aucun pouvoir politique n'est atta-- 
ché à la qualité des grands qui , sous ce rapport , est 
inférieure aux pairs d'Angleterre^ et aux anciens pairs 
de France. Quelques personnes obtiennent du roi les 
honneurs de la grandesse pour elles et leurs descen- 
dans : elles sont traitées di excellence comme les grands, 
mais n'ont pas le droit de se couvrir devant le roi. 

Après avoir conduit ainsi l'histoire de la monarchie OriRine de u 

^ répobliqiM (Im 

espagnole jusqu'en 1621 , nous ajouterons, par forme Jf JJi,"* 
de supplément , quelques notices sur l'origine d'une 
espèce de république qui, sous le règne de Philippe III, 
fut foudée avec son approbation , au cœur de ses états 
d'outre-mer. Quoiqu'en donnant l'histoire des états 
européens , nous soyons forcés de passer sous silence 
les évènemens dont leurs colonies d'Asie et d'Amé- 
rique sont le théâtre, nous faisons cependant une 
exception pour celui dont il s'agit , parce qu'il prépara 
la destruction de l'ordre des Jésuites , bien qu'il soit , 
sons le rapport moral, la plus belle partie de leur 
histoire. 

XTIll. 4 



p»- 



50 LIVRE Yt. CHAP. VIII. ESPAO^TB. 

AU iuili€i| de l'Âmdrique méridionale y entre le 
P^rQU et le Brésil , sur les fleuves de Paraguay et de 
Parant, les JElspagnols possédaient une vaste contrée à 
laquelle ils avaient donné le nom même du premier de 
ces fleuves ^ et où , en 1658 , ils avaient fondé la ville 
d'Assomption. Ils eurent infiniment de peine à s'y 
maintenir , tant à cause des dissensions qui régnaient 
entre eux-mêmes que par la résistance que leur oppo- 
sèrent les peuples indigènes ^ auxquels la cruauté et 
l'avidité des conquérans avaient inspiré une haine im- 
placable. Pour civiliser ces sauvages j on voulut se 
servir de la religion. Vers 1580, deux missionnaires 
de l'ordre des Minorités , S. François Solano et le 
P. Louis de Rolanos^ se vouèrent à. la prédication de 
rÉvangile dans ce pays , et eurent de grands succès y 
sans que leur exemple fût imité par leurs confrères* 
Il existait bien, depuis 1570, un évéché à Tucuman, 
loais il n'y avait pas un seul prêtre sachant les langues 
du pays. On était alors persuadé que les Jésuites 
avaient reçu d'en haut la mission particulière de con- 
vertir les peuples barbares, et que le ciel les avait 
doués pour cela du don des langues. Partageant cette 
opinion , l'évêque de Tucuman s'adressa à la compa- 
gnie pour avoir des missionnaires. lien arriva trois, 
en 1586, jr Santiago^ ils furent promptement suivis 
par d'autres. Leurs travaux apostoliques eurent un 
si^ccès prodigieux. Ces pères commencèrent par ap-« 
prendre la langue du pays, et nous dirons tout à 
rbeure quel moyen ils prirent pour se faciliter cette 
étude et pour établir un mode de communication 



SBCT. IX. PHILIPPE III, 1598 — 1621. 51 

avec les «auvagea. Bîeii loin de déployer un zè\e fana- 
tique « ils tâchèrent de sHnsînuer dans leur faveur. 
Ajaut gagné leur con6ance, ib employaient la religion 
pour adoucir leurs mœurs ; ils s^efforçaient de détruire 
les vices de ces peuples^ et surtout Tivrognerie qui 
était enracinée parmi eux. Plusieurs tribus étaient an- 
thropophages et avaient la coutume d'engraisser leurs 
victimes avant de les dévorer. Les Jésuites recher- 
chèrent la société des malheureux auxquek ce sort 
affirenx était préparé, et dont les cœurs étaient dis- 
posés k s'ouvrir aux consolations d'une religion qui 
leur montrait la perspective d'un avenir plus heureux. 
Par une singulière prévention , les anthropophages 
étaient persuadés que la chair de tous ceux qui avaient 
reçu le baptême, perdait de son goût r depuis cette dé- 
couverte n ils ne permirent plus aux Jésuites de les as- 
perger* Ces pères trouvt>rent un moyen de les baptiser 
clandestinement , au moment où Ton conduisait les 
malheureux à la boucherie ; il leur suffisait de toucher 
quelque partie de leur corps avec un linge mouillé^ 
pour prononcer la formule sacra mentale , par laquelle 
ib initiaient ces malheureux au chri.^tianisme. 

Aucune difficulté ne pouvait refroidir le zèle de ces 
missionnaires. Leur nombre s'^augmenta tellement , 
qo'en 1593, ils purent fonder leur premier collège 
qui fiit établi à l'Assomption. Les conversions devin- 
rent alors plus fréquentes \ mais leur effet resta long- 
temps passager, parce qu'on ne put réunir les sauvages 
baptis<^s en communauté chrétienne. Les Jésuites fu- 
rent contrariés dans leurs travaux par les Espagnok 



52 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

mêmes qui les abhorraient , parce que ces pères , se 
regardant coomie les défenseurs naturels des Indiens, 
s'opposèrent aux vexations auxquelles ces peuples 
étaient sans cesse en butte. Enfin , les pères Cataldino 
et Maceta, ayant vainement essayé d'inspirer quelques 
sentimens d'humanité aux Européens qui s'étaient 
rendus maîtres du pays, conçurent , vers 1610 , l'idée 
de fonder parmi les sauvages une république chré- 
tienne, qui ne fut en aucun contact avec les Elspa- 
gnols. Le premier pas qu'ils firent pour l'exécution 
de ce projet, fut de réunir en une bourgade deux 
cents familles de Guaranis qui avaient été baptisées : 
elle fut placée sur le fleuve Parapanema, à l'endroit 
où le Pirapo s'y jette , et nommée Lorette. Ce fut la 
première Réduction chrétienne; c'est le nom qu'on 
donnait aux bourgades chrétiennes, formées par les 
Infidèles et dirigées par des religieux. Celle de 
S. Ignace, à une lieue et demie de Lorette, fut la 
seconde j elle fut , très- peu de temps après , suivie 
de deux autres, et successivement d'un plus grand 
nombre. 

Après ces premiers succès, les Jésuites, par l'in- 
fluence que leur ordre avait à la cour de Madrid, 
obtinrent de Philippe III un rescrit qui ordonnait 
que les réductions régies sous l'autorité souveraine 
du roi d'Espagne, par des missionnaires, fussent sous- 
traites à tout autre gouvernement , de manière cepen- 
dant qu'elles paieraient au roi un tribut de quarante 
réaux par homme, depuis dix-huit jusqu'à cinquante 
ans. En 1649, Philippe IV, pour montrer aux Je- 



SEOT* IX. PHILIPPE HT, 1598^— 1621, 53 

suites sa satisfaction des services qu'ils lui rendirent 
contre les Portugais , lorsque ceux-ci se soulevèrent 
contre sa domination , réduisit le tribut à huit rdaux 
par tête. Les Jésuites avaient organisé y dans leurs ré- 
ductions , une milice très-bien exercée à l'européenne; 
chaque réduction avait son arsenal pourvu de canons. 
Ce fut par cette institution qu'ils se rendirent formi- 

Iclables aux Portugais du Brésil , et qu'ils méritèrent 
Inen de la cour de Madrid. 

Deux autres décrets du même monarque, de 1650 
€t 1652 , déclarèrent les réductions doctrines , c'est-à- 
dire cures ou paroisses proprement dites. Un troi- 
sième décret, du 15 juin 1654 , réserva au roi le droit 
de patronage dans les doctrines ; en sorte que le pro- 
yincial des Jésuites présentât à chaque vacance trois 
candidats au gouverneur de la province, qui , en qua- 
Kté de vice-patron , en choisirait un. Dans chaque 
réduction , il y avait à côté de la mission , un pen- 
Isionnat de jeunes indiens qui se préparaient à exercer 
un jour les fonctions de missionnaires et de curés. 
Quoique nommés par le représentant du roi , les 
curés étaient dans une dépendance absolue du supé- 
rieur de la mission et du provincial , continuellement 
occupés à faire la visite des paroisses. Chaque réduc- 
tion avait une jolie église, ornée de sculptures et de 
peintures, ouvrages des Indiens. On trouvait dans 
chacune tous les métiers des états civilisés , même des 
ouvriers en ^or , qui fabriquaient des vases et des 
meubles pour notre partie du monde. 

Dans chaque réduction la justice et la police étaient 






64 LIVRE VI. CHAP. Vin. sspÀoKti; 

administrées par le même genre d'ofEciers qu'on f rotr- 
vait d^lds les Villes espagnoles ; chacmie avait son 
gouverneur , son régidor y 9e& alcades choisis pat^i 
les naturels et avec leur concours ;; l'alutoriië de tous 
ces officiers était ^ubsordonnée à celle des mission- 
naires d'où elle découlait comme de sa souvee. A 
chaque réduction appartenait un district considérable, 
habité par des familles occupées du soin de l'agricul- 
ture et de l'éducation des bestiaux y sous la surveil- 
lance des pères qui parcourtiient incessamment ces 
cantons pour animer les habitans au travail. 

Le nombre des réductions s'était successivement 
accru à trente y qui comprenaient trois peti(>ladei , 
les Moxos j depuis le 12** lat. S. jusqu'au pied des 
Andes du Pérou ; les Chiquitos dont le terrltoix^ est 
arrosé par trois rivières qui , par leur réunion 5 for- 
ment laMadeira dont les eaux s'écoulent dans le fleûTe 
des Amazones y et les Quaranis , sur le Parana et lo 
Paraguay, jusqu'au gouvernement de Buenos-^Ayres» 

L'autorité des missionnaires ne s'étendait pas moiw 
sur le temporel que sur le spirituel • Ils punissaient 
les fautes par des pénitencef j par la prison , et qtid* 
quefois par le fouet : car on assure que ces peuples ne 
commettaient pas de crime qui méritât une plus fiofte; 
punition. Les Jésuites prirent les plus grandes pré- 
cautions pour empêcher que les Indiens n'eusseoi^ 
aucun commerce avejC les Espagnols ; ils ne petrmireiit> 
pas même à ceux-ci d'entrer dans les bourgades y tk 
ce n^était à la suite de l'évêque ou du gouveriieur-' 
« Il est certain , dit dom Antoine de Ulloa , l'hisloriei» 



SECT. IX. PHILI7PE III, 169S— 1631. 55 

du Pvaguay» que sans cela leurs Indiens qtû lireht 
daas la plus grande innocence , qni sont d'une doel^ 
lité parfaite « qui ne reconnaissent point dans le èiel 
d'antre mattre que Dieu , et sur la terre que le Mî'^ 

j qui sont persuades que leurs pasteurs ne leur ensel-^ 
gPMBt rien que de bon et de rm , qni ne connaissent 
ai ▼engeance, ni injustice , ni aucune des passions qui 
nvagent la terre , ne seraient bientôt plus recon- 
naissables. » 

Lorsque 1rs Jésuites arrivèrent en Amérique , 
diaqoe tribu indienne parlait sa langue particulière. 
Cette multiplicité d'idiomes rendait le travail des 
laissi— naires fort pénible. Ils trouvèrent moyen de 
remédier à cet incouTénient. Parmi tous ces idiomes 
ils choisirent celui qui leur paraissait le plus répandu, 
pour en faire la base d'une bngue générale. Ils ima- 
ginèrciit des caractères pour Técrire , lui donnèrent 
■ne grammaire^ et Tenrichirent de mots empruntés 
dans les autres idiomes. Cette langue seule fîit enaei* 

^ fpét dans les écoles , et employée dans les sermons. 

i £Ue remplaça successivement toutes les autres. 

L'exclusion des langues étrangères frappa naturel-^ 
iemeot la langue espagnole. Dans le dix-huitième siè- 
de , lorsqn*(Mi commença à décrier Tordre des Je* 
wles, on leur 6t un crime d'avoir empêché les Indiens 
d'îqiprendre l'espagnol , et un décret de Philippe V, 
àa 38 décembre 1745 , ordonna qu'on leur enseignât 
cette langue. Les Jésuites tenaient des écoles d'indus- 
trie ou chaque enfant apprenait le métier pour lequel 
il aTait du goût ; car tout le monde était forcé de 



66 ' WVRE VI. CHAP. TIII. KSPAGN»; 

travailLçr pour la communautë, et en fixait le travafl 
(pfi chacun 9 tant homme que femme , devait fonmir 
par semaine. Les Jésuites prenaient soin de maintenir 
d^s l^urs colonies la plus grande pureté des mœurs , 
et l'on assure qu'ils ont réussi à les présenrer des vices 
^i communs parmi les Européens. Le gouvemement 
de ces pères avait quelque chose de paternel, et 3 
régnait entre eux et les Indiens une affection qd 
allait jusqu'à la tendresse. 

Tel est le beau côté de la république des Jésuites 
ep Paraguay '9 msiis comme tout ce qui sort des mains 
des hommes a ses imperfections, l'institution dont ^ 
nous parlons n'en manquait pas. Jean de Palafox qui, 
après avoir été vîce-roi du Mexique , finit par être 
évéque d'Osma, en Castille , où il mourut en 1SÔ9 , 
reprocha aux missionnaires d'être indociles à l'égard !> 
de la puissance épisoopale à laquelle ils avaient su se 
soustraire par leurs privilèges mêmes. Il leur reprocha 
aussi les immenses richesses qu'ils avaient recueillies ^ 
en faisant le commerce des marchandises que les In- * 
diens étaient obligés de fabriquer pour leur compte* 1> 
Enfin dans le dix-huitième siècle on leur a fait un crime ^ 
de la. domination qu'ils exerçaient sur les Indiens et \- 
qu'on a comparée au régime auquel les Nègres, ont \ 
été soumis par leurs maîtres. Dans cette discussion , \ 
les pères ont été condamnés par l'esprit de parti sans ■ 
avoir été entendus dans leur défense. 



r 
le 



i 



8ECT. X. LITTÉRATITRE. 57 



SECTION X. 
LitiéraUtre espagnole du seizième siècle* 

Le seizième siècle fut Tépoque de la littérature clas- . ^p^XV^'i*". 
ique en Espagne. La réunion de tous les états de la^™f"" *p*' 
iresqu^lle en un seul corps ; Téclat des victoires de 
Charles-Quint; le bruit que faisaient les exploits des 
espagnols dans le Nouveau -Monde , inspirèrent à la 
lation unjenthousiasme qui réagit sur la littérature. 
j'incyuisitioQ soigneuse de fetnier la porte des Pyrénées 
LUX principes novateurs qui à cette époque boulever- 
èrent l'Allemagne et la France, en préservant la reli- 
[ion des attaques de ses ennemis, arrêta en même 
emps les progrès des sciences et des lumières ; mais 
iUe n'empêcha pas la poésie de prendre son élan, parce 
pie chez les Espagnols, plus que chez aucune nation , 
a poésie se montra toute pénétrée de l'esprit religieux. 
[Jn Espagnol qui a écrit sur la poésie de sa nation ^ 
lit : « Il a manqué à la poésie espagnole une cour 
'omme celles d'Auguste, de Léon X, des ducs de Fer- 
rare et de Louis XIV. Ambulante avec Charles-Quint, 
sévère et mélancolique sous Philippe II, la cour de 
Castille n'a commencé que sous Philippe m à porter 
irers la poésie cette attention qui la perfectionna \ et 
déjà alors et surtout pendant le règne suivant, époque 
où le goût se corrompit, la coopération des grands ne 
pouvait qu'autoriser la corruption. » 

> Don Manuel Qui NT ANo. 






58 LIVRE TI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

AkSÎL^îr*" Depuis la réunion des monarchies d'Aragon et de 
Castille, les Aragonais renoncèrent successivement à 
la langue provençale ou limousine qu'ils parlaient , 
pour adopter celle des Castillans qui est nommée au* 
jourd'hui espagnole. Ce fut un Catalan qui , sous le 
règne de Charles-Quint^ opéra une révolutioa daii$|| 
la poésie castillane, en y introduisant le rhjrthme i^ 
lien, en remplaçant les anciens vers courts composéj 
de quatre trochées et les assonances, par le vers hti 
roïque de cinq ïambes ^ avec une syllaUe miietie, à 
par la lime. Ce réformateur fut Juan Boscan Alrhifh 
gaver j mort vers 1544:. Ilfutl'imitateuriîe Pétntrqoft! 
La révolution commencée par Boscan fat contfiiaAf 

la \?g*al"" ^ par GarcUaso (ou plus correctement Garcias<' Iauo) ^ 
de la Vega^ qui, après avoir accompagné Charte»!*. ^ 
Quint dans son expédition contre Tunis, commaniidsi ^ 
à l'invasion de la Provence en 1536, un corps de 
onze compagnies d'infanterie, fut blessé à l'attaque 
d'une tour, et mourut à l'âge de trentci-troîs^ ans à 
Nice. (( N'estcil pas étonnant, dit M. Quintana, qu'on 
homme qui mourut si jeune et qui a suivi la carrièie 
des armes , ait pu, sans études classiques, aidé selile- \ 
ment de son talent et d'un goût inné, tirer tout A coap , 
notre poésie de Tenfauce, la faire marcher sinr It 
trace des aDoiens et des écrivains modernes alors les 
plus célèbres, souvent rivaliser avec eux, et^ l'omaflf i 

de grâces et de sentimens qu'il tire de son propre <^ 

• 

* Ori appelle trochée uii pied de deux syllabes dont la première \ 
e&t longue cl la seconde brève : Vianibe a la première brève et la se* 
coude longue* 



t 






4 
\ 



\ 



SBCT. X. LITTé&ATURE. fi9 

hnà», loi ùât parler iia langage doux , pur, élégant 
et bannQnièiix ? » Les sonnets de ce jeune poète dis- 
tkigaé pM* la plus belle figure et par une grande araé* 
lité de caractère, se rapprochent encore mieux de ceux 
dePétran{ue que les poésies deBoscan. Ses églogut'S 
«it fait connaître aux Espagnols la poésie pastorale 
dcMit elles sont détenues le modèle qu^ancun autre de 
leors poètes n'a pu atteindre. Le genre le plus parti- 
:idîer à Garcîlaso est le tendre et le pathétique qui 
régnent at& plus haut, degré dans toutes ses composi- 
tions, qui d'ailleurs sont peu nombreuses et renfermées 
ea un setil volume in-8^. 

Le troisième des daasiqvet e^gnols est un des jJJj^^J^^ 
grands ministres et des grands généraux de Charles- 
IJninty don Diego Huriado de Mendoza qui fut tour 
I tonr ambassadeur à Venise, au concile de Trente et 
i Rome, capitaine général et gouverneur de Sienne , 
■t dans toutes ces places un des ennemis les plus 
uharaés des Français et de la liberté, faisant partout 
iétester la dureté et le despotisme du maître , mais 
adnnirer le^ talens et l'éloquence du serviteur. 

Depuis Pétrarque et les premiers Médicis, personne 
ne s'oocupa avec autant de zèle à recueillir les manus- 
crits grecs et romains^ et les trésors qu'il recueillit 
ferment une partie précieuse de la bibliothèque de 
l'Escurial. Il mourut en 157&. Mendoza l'Ambassa* 
deox, cair c'est par ce titre qu'on le distingue des quatre 
frères qui, comme lui , ont occupé les plus hautes 
charges, donna, le premier, des modèles d'épîtres di- 
^cliques dans le genre de celles d'Horace, à côté des- 



va: 

ir 

8- 



l 



60 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

quelles on peut les placer. Ses écrits en prose, le ro- 
man comique deLazarille de Tormes qu'il compost^ 
(chose étonnante à cause de la peinture des miœun 
qu'il renferme) ëtant encore écolier à Salamanque , et 
qui est le. premier dans son genre; et l'Histoire de h 
guerre de Grenade de 1568, sont ses plus grands titres 
à la gloire littéraire. Nous reviendrons sur son His- 
toire. T " 
wSîteSÎJr. George de Montemqyor , né en Portugal, d'une 
famille obscure , fut soldat et ensuite attaché comme 
chantre à la chapelle de l'infant don Philippe qui fat . 
par la suite Philippe II. Il mourut vers 1562. Sa 
Diane est le plus ancien roman pastoral en vers qui 
ait été écrit. Il appartient aux poètes espagnols du, 
premier rang. Les Espagnols placent encore à C6 
même rang S^« Thérèse, Louis Ponce de Léon et Fer- 
dinand de Herrera. 
Sainte Thé- gte Thérèsc de Jésus • fille d'Alphonse de Cepëde, 

téMd* Jésus. ' \ ^ L " 

née en 1515 , à Avila , ayant l'imagination exaltée par 
la lecture des Vies des martyrs , quitta , avant l'âge de 
douze ans , avec un de ses frères , la maison pater- 
nelle , pour aller chercher la palme du martyre chez 
les Maures. Un parent qui rencontra les deux enfans, 
les ramena dans la maison paternelle; ils y continuèrent 
pendant quelque temps à passer en prières , et enfer- 
més dans des cellules qu'ils avaient arrangées dans un 
• jardin, les heures destinées à leur récréation. Thérèse 
ne persévéra pourtant pas dans sa ferveur : deux fois, 
dit-elle dans sa Vie, elle se laissa entraîner par les 
vanités du monde ; mais après une maladie où k 



'c 



s 



ÎE 



SECT. X. LITTÉRATUKE. 61 

luveur lui apparut^ elle entra, en 1535, dans un 

uvent de Carmélites^ , à Âvila. Elle est célèbre dans 

listoire ecclésiastique par la réforme de l'ordre des 

irmes, qu'elle opéra , et dans la littérature sacrée, 

r ses ouvrages spirituels. Elle mourut en 1582 , 

ant vécu quarante-sept ans dans le cloître , les pre- 

ères vingt-sept années dans le monastère de l'Incar- 

tion j parmi les Carmélites anciennes et mitigées , 

les vingt autres parmi les déchaussées de son insti- 

tion. 

S^* Thérèse a écrit plusieurs ouvrages , parmi les- 

lels l'Histoire de sa vie , qu'elle a composée par 

dre de son supérieur , est un des plus curieux ; elle 

aussi écrit l'Histoire des maisons de sa réforme , un 

aité du Chemin de la perfection , ouvrage regardé 

»ninie très-utile ; une allégorie intitulée le Château 

) l'Ame, une Explication du Cantique des Cantiques. 

Ile devait être bien propre à expliquer ce livre, elle 

n, en parlant du diable, dit : u Le malheureux 1 il 

) saurait aimer ! » C'est k cause de ses vers pleins 

esprit , de sensibilité et d'enthousiasme , que cette 

iute est placée parmi les poètes classiques de cette 

toque. 

Louis Ponce de Léon y né à Grenade^ en 1527, LeP. Louî» 

itra 9 à l'âge de seize ans , dans l'ordre de S. Au- 

istia , et mourut, en 1591, vicaire - général de 

n ordre dans la province de Salamanque. On ra- 

nte qu'ayant y sur une fausse dénonciation , passé 

iq ans dans les prisons de l'inquisition, le lende- 

lia de sa sortie , il monta en chaire , et comme si cet 



62 LIVRE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

intervalle n'avait pas existé , il ddbuta par œs mots : 
« Nous vous disions hier**. » Ce poète religieux est 1< 
plus correct des poètes espagnols* Ses odes , pour les- 
quelles Horace a ëté son modèle , réunissent la sim* 
plicité classique à la gravité de ce genre ; elles son 
remplies de sentences comme celles d'Horace ; mai 
elles respirent une dévotion mystique. D'habiles cri 
tiques ont douté à qui, du Pindare romain ou de l'es 
pagnol, il fallait accorder la préférence. Ponce d 
Léon a aussi traduit des chapitres de Job 9 les Psaume 
de David, le Cantique des Gintiques, les Bucolique 
de Virgile, le premier livre de ses Géorgiques, le 
odes d^Horace, et la première ode de Pindare. L 
plus fameuse de ses odes est la Prophétie du Tage 
adressée à Rodrigue , dernier roi des Visigoths. 
newe'ra?"'^ "^ F^^dinand de Herrera , né à Séville , on ne sai 
pas précisément quelle année, mourut en 1578. L< 
Espagnols l'appellent le Diidn. Us reconnaissent dat 
ses poésies de l'élévation unie à la profondeur et à 1 
sévérité. « Sujets , sentimens , pensées , images , versî 
(ication , tournures , tout dans Herrera a du grai 
diose , » dit don Juan Marias Maury ; <( on voit qi 
c'était le but de ses soins : la poésie , à son avis^ devs 
se montrer toujours extraordinaire. » D'autres, < 
reconnaissant cet éloge comme vrai , lui reproche) 
d'avoir voulu se former une langue particulière , 
(le l'avoir fait aux dépens de la simplicité. Parmi I 
ouvrages d'Herrera, on distingue un poème lyriq 
sur là catastrophe du roi Sébastien, une ode à d< 
Juan d'Autriche , et surtout l'hymne qui célèbre 
bataille de Lépante. 



a - -'-u: w mt* 



8BCT. X. litt£raturb. 63 

Tek furent les principaux poètes de l'époque clas- 
iiq«e de la littérature espagnole. EUle ne produisit 
f»a une épopée digne de ce nom , quoiqu'une foule 
4e poètes se fussent essayés dans ce genre. Peut-être 
ouèrent-ils, parce que la plupart d'entre eux se 
mpèrent dans le choix de la fable, en croyant que 
r grand Charles , el uunca yencido (l'invincible) , 
it un héros digne de la muse épique. Ce fut cette 
eur qui donna naissance au Carlos famoso de Louis Uah de z^ 
Zapaio, au Carlos yictorioso de Jérôme cT Urrea, i^âma d'Ur- 



t: 




Li Carolea de Jérôme Samper de Valence. Alonzo '^'^«« 

Pinciano avait mieux choisi le héros de son„.^"^'"" 
foème , el Pelago , mais il ne fut pas heureux dans 
ïexëcution. Alonzo de Ercilla de Zunigaj né eng^ÎJ**''* 
J1533 , et mort en 1583 , a composé en Amérique, où 
servait avec éclat dans les troupes espagnoles , un 
e épique , intitulé TAraucana , d'après le sauvage 
trict d'Araucan. Cervantes a comparé cette pro- 
ction aux meilleurs poèmes italiens. Voltaire l'a 
^ Uaucoup dépréciée. D'autres critiques , en la plaçant 
^ pu-dessous de la Jérusalem délivrée et au-dessus de la 
. Keuriade , la font marcher de pair avec la Lusiade. 
^}*MUefois l'Araucaua est moins uu poème épique 
'uoe histoire eu vers , écrite dans un style correct , 
fermant de belles images et descriptions , et inte- 
nte d'un bout à Fautre. Ercilla est certainement 
premier poète épique espagnol. 

La poésie classique eut un adversaire en Cristovai cnnoTmide 
Castilleio, qui a fait la plupart de ses ouvrages à ^'•"'"•*°- 
ieoue, étant secrétaire de Ferdinand P'. Plus tard, 



9 



64 LIVRE VI» CHAP. Vni. ESPAGNE. 

il entra dans un couvent de l'ordre de Giteaux, 
Espagne, et y mourut en 1596. Admirateur jusqu'au 
fanatisme de tout ce qui tenait à l'antiquité castilla 
il se moqua de Garcilase et des autres poètes de 
temps , et pour rendre ridicules leurs chants am< 
reux , il s'ëleva contre toute la poésie de Tamour, qa' 
traita de badinage : c'était oublier qu'il était Castil 
Réprouvant le rhytbme italien , que les classiquef ' 
avaient imité, il retourna aux redondilles ^ il exe' 
dans ce genre au point que des auteurs espagnols , 
que Velasquez , l'ont placé au premier rang des poèl 
de leur nation. On lui accorde une facilité extraop* 
dinaire , mais le cercle que son imagination parcoih 
rait était fort restreint. 

La poésie espagnole en général , et la poésie dra 
tique des Espagnols en particulier ^ ont pris un c 
tére qui leur est propre , et qui ne se retrouve 
celles d'aucune autre nation. Né sous un soleil méii 
dioual , dans un pays entouré de la mer ou séparé 
continent européen par une haute chaîne de m* 
lagnes, l'Espagnol paraît appartenir plutôt à l'Afri 
qu'à notre partie du monde. « Le feu de l'honneur 
de Pamour , dit un écrivain allemand ^ , nourri 
l'esprit chevaleresque , se manifesta dans des 
brùlans où respirait la tendresse. La poésie lyiii 
des Elspagnols ressemble à un ruisseau limpide 
roule ses vagues argentées sur un terrain couvert 

* M. Thomas fiasY. Nous dc connaissoos pas cel aateor) 
même le litre dc son livre. Nous avons trouvé ce passage dans 
journal (^ui le cite sans donner aucune indication. 



8EClr. X. LITÏ-fettATtritE. 6& 

fleurs; la gloire des armes et Pamour des dames al- 
ternent dans ses vers, auxquels une langue sonorf< 
donne un charme extraordinaire. La romance célébra 
les exploits des guerriers qui dans la lutte contre les 
Maures versaient leur sang pour la religion et la pa- 
trie. Successivement cette po&ie emprunta plusieurs 
autres formes dès Italiens ; la po&îe lyrique portait 
des fleurs et des fruits dorés , comme le jardin des 
Hespërides , lorsque le drame n'ëtait encore qu^une 
bible plante (^i montrait à peine sa tète* » 

Le véritable inventeur de la comédie espagnole est niâtn «#- 
ThrresNaharro. Avant lui , quelques auteurs avaient J''**™* **^ 
essayé d'inspirer à leurs contemporains le goût du 
théâtre antique , en traduisant les tragédies et les co- 
ttiédies grecques ou romaines. Parmi ces versions , 
celle de Térence , par Simon Pedro de Abril , est 
encore estimée des Espagnols. D'autres , trompés par 
le titre de tragi-comédie que porte un roman drama- 
tique en vingt-un actes, dont Galliste et MâiBée sont 
les interlocuteurs, roman qui, à cause de sa tri- 
^lité , mais de la vérité de ses caractères , était très- 
aimé du public , croyaient créer un théâtre en faisant 
des pièces de ce genre. Torres Naharro , un des pro- 
t^és du pape Léon X , qui doit avoir trouvé aaisez de* 
^aisir à ses pièces de théâtre pour les^ faire jouer en ifa^ 
nrësence, a le premier fait des comédies d'intrigue, di^* 
visées en trois-actesom journées, forme :l6ng-temps ré- 
tenue par les Espagnols. Naharro négligea entièrement 
les «îaractèresi^ il écrivît en redondilles huit tfômédiesi 

Il parait que leSièoïkiédies de QTaharro ne se main-^'i«>pe d« Rued». 

XVIII. 5 



Cucva. 



\ 



\ 



66 LIVRE VI, C9AP. VIII. ESPAGNE. 

tinrent pas long-temps sur le théâtre, puisque Cerf» 

vantes n'en parle pa&« Elles firent place aux pièces en: 

prose de Lope de Rueda^ que l'auteur du Don Quir 

cbotte appelle le grand Lope. Il n'ëtait pas littérateur i |' 

directeur d'une troupe ambulante de comédiens, acteur f 

lui-même, il composait pour son public des pièces dant ^ " 

lesquelles se retrouvaient toujours- certains caractàret* I* 

ou<ma3qi^es, comme disent les Italiens, tds que Fen-' 

tremetteur^ le niais , le lourdaud , le père ouïe râtej" 

à barbe. Un libraire de Valence, Jean Timoneda^ 

donna à ces farces une forme un peu régulière, en les 

retouchant, et les publia en 157Ç. CervaUtea dit ^Mf^j 

ce genre de drames fut perfectionné par le comëdieiii 

Naharro de Toledo ; mais ce perfectionnement ne re^ 

garda que la forme extérieure. Naharro enrichit let' ^ 

décorations et la garde-robe, plaça à rôrohestre k: 

musique qui se trouvait jusqu'alors derrière les cour 

lisses ,ret fît déposer la barbe slux pères. 

jcB d« la , Un littérateur de Séville, Jean de la Cueva^ ma 

chant sur l^s traces de Torres de Naharro, donna à ki 

comédie espagnole la forme qu'elle a conservée jusqu'il 

Képpque française. Il dit dans son Art poétique^ qnff 

ll^ poètes de Séville, ses. contemporains , parmi I 

qclels. il do^i^né )à un certain Malara lé titre du M( 

nandre du. Giiadalquivir , et nomine quelques 

avec éloge , faisaient des efforts pour ramener le 

ancien sur le théâtre \ que s'ils neréussirent pas , cek^ 

vient de ce que les anciennes loisjde. la^^médie avai 

perdu leur force ^ et que le public s'était hau 

déclaré contre l'imitation du théâtre ancien; Q est^ 



8ECT. X. LITTi&AJURE. 67 

ermis de lutter, dit-il, pour le génie et l'art, avec 
s anciens I sans Fespoir de les jamais surpasser ; mais 
inrcntion^ les grâces et la disposition (iraza) doivent 
tre le caractère propre de la comédie espagnole, et , 
yus le rapport de l'intrigue {marana) , elle doit 
tre inimitable pour les étrangers. Enfin Cueva ajoute 
ae pour sa part il avait aidé à renverser la barrière 
ni séparait anciennement la tragédie et la comédie, 
t n'avait pas bésité à faire paraître, au milieu des 
0189 des individus portant le sarrau. 

Cueva avait opéré cette révoli]||îon du tbéfttre es- ^^JJ^ ■^" 
n^gnoly lorsqu'un Galicien, religieux Dominicain, 
lommé Jérôme Bermudezj entreprit d'écrire en cas- 
illan, dialecte qui lui était un peu étranger, et sous 
e nom fictif d'Antoine de Silva, deux tragédies à 
^antique, mais dont la fable était choisie dans l'bis- 
oire . de Portugal. C'est la catastrophe dînes de Castro 
[ai lui fournit la matière des deux pièces qu'il publia 
ous le titre ridicule de Nise lastimosa et Nise laureada, 
Tjse digne d'être plainte , et Nise couronnée. La pre- 
Kiière n'est rien moins que parfaite sous le rapport de 
a composition , mais il y a des scènes dignes des plus 
prands maîtres, et le quatrième acte est un chef- 
l'œayre. Le dialogue ne manque pas de noblesse et 
le chaleur, quand même l'action n'avance pas. Un 
îliœar de femmes deCoïmbre que l'auteur fait pa-* 
rattre en scène, est tour à tour un inutile remplissage 
>a un heureux artifice pour avancer l'action. L'unité 
le temps et de lieu est n^ligée. La seconde pièce, mal- 
^ quelques beaux détails dans les premiers actes, est 



6îJ' LÎVKE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 

très^-mauvaise et même dégoûtante. Au reste il faut 
remarquer queBermudez a eu le mérite de mon- ■ 
trer quel parti la poésie pouvait tirer de l'histoire 
d'Inès ; car quand il a publié ses tragédies , la Lusiade 
n'existait pas. Toutefois on ne sait pas avec certitude 
si le Portugais Ferreira n'a pas eu la priorité sur lui. ' 
dt^nTu" ^^ premier Espagnol qui ait écrit un ouvrage en \ 
classique. ^^^ prosc corrcctc , noble , élégante et soutenue est ' * 
v«ff?533.^'*' Perez de Olwa de Cordoue, professeur de théologie ' ^ 
à Salamanque , mort en 1 5 33 , à l'âge de trente-six ans. " s 
Il a publié un dtal4^ie dans le genre de Cicéron , ^ 
Ambroîsede gur la dignité de l'homme. Son neveu, Ambroise de f- 
1590. Morales^ né vers 1513, à Cordoue, instituteur de p 

don Juan d'Austria, fils naturel de Charles-Quint, f 
dans la littérature ancienne , ensuite historiographe i| 
d'Espagne , a écrit divers discours sur des sujets mo- \ 
raux et littéraires dans un style naturel , clair , orné |^ 
d'images agréables. Il continua l'Histoire d^Espagne, 'p 
Fiorian de Qu la Chroniquc générale que Florian de Ocantpo de M 

Ocampo, "f- ver» a v i X^ i 

^"^SVvantes de Zamora avait publiée en 1544. Francesco Cerpontes « 

**j^S Mexia. ^ Salazar continua le dialogue. d'Oli va. Louis Mexia l 

écrivit dans un style soutenu un roman allégorique, - 

sous le titre de Labricio ou Apologue de l'Oisiveté et f 

du Travail. » 

Diego tjriado Lc seî^ièmc siècle a produit peu d'historiens en f 

d« Mendoza. «i.!-! »- 

langue espagnole, mais on lui doit le seul qu'on puisse ^ 
comparer aux auteurs classiques de l'antiquité et des k 
siècles modernes , à Salluste et Tacite , à Machiavel et '^ 
Gruichardin. Cest Diego Hurtado de Mendoza^ sur- il 
nommé l'Ambassadeur , ce poète , dont nous avons 



SfiCT. X. L1TT£EATUR£« 69 

dcjà parlé ^. Son Histoire de la guerre de Grenade 
sous Philippe II , est un chef-d'œuvre accompli^ ad- 
mirable comme composition historique et comme ou- 
vrage d'éloquence, înBoiment estimable par sa véra- 
cité et par les renseignemens intéressans qu'il fournit. 
Jamais peut-être aucune histoire n'a été écrite par un 
honmie qui fut mieux au fait des localités, dos carac- 
tères des acteurs, des intrigues de la politique, des 
détails militaires. Jamais on 4'a mieux peint les hor- 
reurs d'une guerre civile ^ jamais on n'a dévoilé avec 
une plus noble franchise les fautes et les erreurs qui 
ont été commises; il fallait avoir vieilli dans la poli- 
tique pour pouvoir dire ou faire sous-entendre tout 
ce que Mendoza se permit, sans offenser le prince sous 
lequel il vivait. IVIalgré l'étot^nante perfection du style, 
on remarque dans l'original quelques taches qui in- 
diquent que l'auteur n'a pas donné le dernier coup de 
lime à sa ccmipositioD, ou que les manuscrits qui en ont 
circulé pendant trente-six ans, ont subi des altéra- 
tions par l'inadvertence des copistes^ car le livre ne 
fut imprimé qu'en 1 6i 0. 

Louis deAvilay Zuniga, après avoir accompa- ATiujZiâiga. 
gné Charles-Quint dans sa. marche contre les, princes 
protestans confédérés, écrivit l'Histoire de la. guerre 

de Smalcalde* 

I/HistoÂre d'Espagne par Esievan de Garihey y Ganbej 7 
ZcunaUao qui va jusqu'en 1566, se distingue par sa 
-véracité et par une bonne diction» 

L'institut des historiographes d'Espagne fondé par 

' Voj. p. 59 de ce vol. 



70 LIVRB YI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 



c 



c 



Alphonse X^ subsista; mais ces écrivains soldés m 
gardaient bien de s'occuper de l'histoire de leur temps, 
ou d'écrire en espagnol ; ils gagnèrent leurs a(^<Mn- 
temens. en travaillant sur les antiquités du pays et ea 
écrivant en latin* 

Mi^MZurita. Nous devons & Jérôme Zuritaj premier historio" 
graphe nommé par les États d'Aragon^ un exoeUent 
ouvrage intitulé Annales de la couronne d'ÂvagOD) 
cpi parut, depuis 1562 , en six volumes in-folio. C'est 
par cette grande composition exacte et savante que 
nous connaissons l'histoire de la constitution de oefl 
royaume. Les deux derniers volumes, consacrés à His- 
toire de Ferdinand et d'Isabdle,sont particulièrement 
recommandables. i 

Sons le nom fictif de Jérôme Conertaggio> JééM'da 
SyhalP^^qni comme ambassadeur d'Espagne accoio- 
pagna le roi Sébastien en Âfriq[ue ^ , a écrit un me-* 
moire sur la réunion du royaume de Portugal à k 
couronne de Castille, ouvrage plein ' des meillemes 
notices sur l'histoire et la politique. 

ifom^iu U^^ nouvelle époque de la littérature espagnole 
**«i^îî- commence avec Cervantes et Lope de Vega. T 

Miguel Cervantes Saavedra naquit, en 1 547, dans , 
la pauvreté et dans une condition obscure & Alcâlà de r 
Henares. La vie de cet homme extraordinaire fotunro- \ 
man qu'il faut connaître , mais qu'on ne peut dnr^er. r 
Nous rappellerons seulement que servant aous don 
Jean d'Autriche dans la bataille de Lépante , il y per* 
dit la main gauche et fut ensuite , pendant plus de , 

• Voy.vol. XVll,p.311. * 



lau àm 8/lva. 



I 



CtrvaBtcf. 



SBCT. X. LITTÉRATURE. 71 

einq ans, eselaTe i Alger. En 1584, Cervantes publia 
sa Galatée, ouvrage de sa jeunesse, faible par lui- 
même et uniquement destine i lier entre elles xme suite 
de poésies Ijrriqnes qui font le mérite de cette compo- 
sition. Son Vopge au Parnasse, poème en huit 
chanta, fiiible d'imagination , est une satire contre les 
mauvais poètes , entremêlée de tant d'éloges exagérés 
qu'on doute si certaines parties sont un penifflage ou 
l'expression d'une admiration aveugle. Cervantes pu- 
blia successivement -une trentaine de comédies, que 
aon amour-propre re^rdait comme appartenant à ses 
meUleoTS ouvrages , mais que le publici ne goûta pas. 
Sa tragédie de Nnmance qu'on -ne connaît que depuis 
une quJBirantaine d'amie, est une production trè»- 
mauvaiseaux yeux de ceux qui demandent une unité 
d'action, des caractères soutenus , un intérêt tragique 
et l'observation des règles tracées par les matires dV- 
près les beaux modèles , ou pour mieux dire d'après 
les lois données pan là naftureméme. A: entendre d'au- 
tres critiques, la Numance est un cfacf-d*(ènvré. Ils en 
trouvent Finvention grandiose et lé .langage pathéti- 
que. .Douze. nouvelles de Cervantes, peignant "|es 
mcrars et les ridicules det8<m'tempp,siuipassent'tout ce 
que lalittérature espagnole posibédaiti alors enicegenre. 
Sa dernière produoftion .fut ie. roman 'de Persilèa et Si- 
'gamonà , )ustoire< i^teàtrignale^ <i<(;.Ge qui distiugpie 
ce roQûian , c'est l'eatrélAe aimpUeité, la'lâcd prédsion 
et le poli delà diction; )>.dit'un «reellent juge du parti 
romantique, u Bon^n inintelligible oàl'enfldffèHet l'en- 
tortillage du style ajoutent encore à la confusion et à 



72 LIVRE VI. CHAP. VIII. B8PAGNE. 

l'iiLvraisemUaiicé des aventures» i^'dit un de» mollfiin ' 
«ritic[ues frtineab ^. l 

Aucun de ces livres n'aurait peut-être rend» Cer- 
vantes immortel, s'il n'avait compose son Don Qttixot» |^ 
dont la première partie parut en 160&; ouvrage éton- 
nant sous le rapport de l'invention , des caractères, 
des tableaux , des situations comiques, des ëpisodesy 
'de la morale et du style , et le pluis parfait en 80n:geme ' 
qui existe dans aucune littérature. « On héros fantas- 
tique et qui cependant ne s'écarte jamais de la natore^ 
des caractères nouveaux ^ créés et soutenus avec va 
talent admirable ; des observations aussi justes qùrin- 
génieuses y la plaisanterie la .pins piquante , un.îiaVurel 
exquis , l'art de peindre porté au plus haut degré de 
perfection; voilà le mécile de cette concepfioii eiH 
•traôrdinaîre. » JSous ajouterons à ce jûgemeiit'de 
M. Villenave, que ce qui nous, parait surtout admlrl»- 
ble dans- cette composition, c'est ique le héros, malg^ 
soii extraragaiice^ est un ai ^puiait modèle de généro^ 
sité^ de désintéressement, de piété, debrsivôure et dé 
-galanterie , qo'il inspire au lecteur tin intérêt* atisé{>>{f 
r que le héros d-una tragédie. ^ Cet "ouvrage eèt -ddtic 
•sans défaut? HLa qqdqùes^^mEs de ceox'deison' êlèolê. 
.Cervantes mourut fcâS^flvrîl ICI 6.' •■^^'^ >' - • 

i«p«deVesa. ' Sou rivdl et son vftînt^piisdr'^coiniàe'poète dMihati-- 
vp» j Lope Fdix^ t^^ga CU/r]9sb, étâithéle'36 ««h 
"vembre ib6i^eiiùi!MC^^^ dbBs 

sa jeuhessesecrétaire du dûôd'Âlbè; une affaire d'hob- 
- neur l'obligea de' fuir ;. rèvetiu'à Madnd^ ii|]iérdit tiiiQ 

:i JMIM« Bôirr ea^Bcc et* VlLLÉMAYË. 



8ECT. X. LITTÉRATURB. 75 

lue adorée qui est cëlâ>rëe dans ses- ters sous le 
■om d'Amaryllis; il servit ensuite sur la flotte invioi- 
; à son retour il se maria uue seconde fois , per- 
bieotAt son ëpouse et se réfugia dans le sein de 
m. religioQ. Il prit les ordres, s'affilia à des confréries , 
r exerça des chaires supérieures , et plus tard il reçut 
ht pape Urbain YIH des dignités de la chambre apos- 
olique et la décoration de l'ordre de Malte. 

Cet éerivain fécond fit des poésies de tous lesgenres^ 
stent des succès en tous; mais ses pièces de théâtre 
îrent sa eélâ)rité. Jamais poète ne fut admiré par ses 
contemporains y comme .Vega ; jamais aucun n'a fait 
povir |Jaire a son public ce qu'a fait Vega. Se mettant 
ttt-dessoa de toutes les règles, il s'abandonnait à sa 
i^ecre» loiproyisateur heureux,: il a composé 2200 
^ièoes de théâtre , y compris 400 autos sacramentaléi. 
Dn a cakolé qu'il a écrit 21,300,000 vers. En comp- 
tant qn'àl'âge de dix-rsept ans il a commencé à.verst- 
fier et continué jusqu'à sa i o, cela fait mille Vers 
par joor. ' Ikm Manuel Qu t : u L'homme qui 

reçut de la nature le plus < d lu poète, et qui eu 
■bnsa .davantage, fut sans doute Lope de Vega : djcfu 
d'écrire sa langue avec pureté^ avec clarté, avec élé* 
pOÈCty don d'inventer.,, don de peindre, don de ver- 
aifier comme il le voidait; flexibilité d'imagmation et 
d'esprit pour se prêter à totfs les tons,, et une.Teiiie 
^pd ne comml jamais d'appauvrissènienit ni d^obstacle. 
Ajfwrtfftiff qu'nnie mémoire très-omée de bonnes lectu- 
laa et nneapplication infatigable augmentèrent eoiisî- 
^durablement sesfaKmltés naturelles. G'estaveccesannjts 



74 LIVRE YI. CHAP. YIII. ESPAGNE. 

qu'il se présenta dans Parène , n'admettant ni fre: 
bornes pour son audacieuse ambition. Du madr^ 
l'ode , de l'églogue au drame, du roman à l'ëpopi 
parcourut tous les genres , laissant partout les t 
du talent et des sujets de chagrin. Il asservit le tM 
attira sur lui seul l'attention gënërale : les poèt 
son temps ne furent rien devant lui ; son nom 
un cachet d'approbation ; on le suivait dans les 
les étrangers le recherchaient comme un objet ext 
dinaire , les monarques s'arrêtaient pour le r^ 
La critique s'éleva contre ses négligences blâmable 
envieux médisaient de son talent ; des méchens 1< 
lomniaient : triste exemple ajouté à tant d'antre 
montrent que l'envie et la calomnie s'attacheront 
jours àlacélébrité,puisqueFaimable urbanité du[ 
la douceur de son caractère, et le plaisir quHl prei 
louer les autres, furent insuffisans pourd^rmer s 
tracteurs^Maianul neT( ussit à luienleverle sceptre 
il ^étsLit saisi, ni la <u idération que luiarait ac 
des travaui si nômb ix et si renommés.* Sa mo 
un deuil public, son ei tivoi un rendez^voùs nniv 
Il ociste un volume de poésies espagnoles , < 
autre de vers îtalveiis en l'honneur <deÀa mén 
Ainsi , vivant et^mort , il n'a cessé 'de reeevoii 
éloges, de cueillir ides lauriràs, admiré oomme 
merveille , et.prodaimé4e phénix des génies, y^ 

Serait«-il possible qu'avec une mauâèreide itrav 
comme cdHe de LopedeiVega il eûtfproduit Mp» 
iehose de parfiiH^ Accordons que dans -seaioui 
les plus incorrects il régbe unoertaiu génie , e 



SBCT. X. littAraturb. 75 

S^i^ imitprecisëment le caractère qnfil&Uait pour 
m â-k nation parmi laquelle il était né. Nous ponr- 
9 encore 8oaacrire,qaoiqa'aTec quelque restriction , 
f que dit un des grands admirateurs de Vega^ lord 
land : « Sans Lope de Vega, les cheA-d^ceurre de 
œille et de Racine n*euss< t t-ètre pas existé , 
ins l'existence de ces comp ions sublimes , le 
e castillan pourrait être e ore considéré comme 
des meilleurs auteurs drai tiques de l'Europe * • » 
Inant i nous , nous rappel is aux admirateurs 
Bonsiastes de Lope de Vega, le morceau tiré de 
Noorel art de faire des comédies , que Voltaire 
idnit ainsi : 

Les Vaodales , les Gothf , dans teort ëeriff bUarrei « 
IV-daignèrent le goM èiÊê Grec» et des Romaîu. 
M<M ^Seos ont mt^rthé dans ees noavaaaz cbemîns ; 

Nos aleov étalant das barbares. 
L*abus règne , Part tombe , et la raison s'enfiiU : 

Qui veut écrire avec décence , 
Avec art , avec goâl , n'en recueille encan frait ; 
11 vît dans le mépris, et menrt dans Tindigence. 
Je me vois obligé de serrtr Tignorance , 

IVen fermer sons quatre irerront 

Sophocle, Eoripide et Térenee. 
J'écrie en insensé f hmis î*écrit pour des fonx : 
Le publie est mon aattre « iliaot bien le §êrwir, 
11 frnt pour son argent lui donner ce qu*il aime* 

J'écris pour lui , non pour moi-même. 
Et cbercbe des succès dont je n'ai qu'à rougir. 

Sif/ne aecountof the lift ondmHUngt of Lope "Félix de Vega 
HO, hf IIXHRT Richard lord Holland ( neveu de Cbarles 

) 



76 LIVRB VI. CHAP. Vni. ]^SPAGN£. 

d'A^wï. 1*0$ premières places parini les poètes de ^la sec< 
moitié du Seizième siècle appartiennent à. 
et Barthélémy cPArgenacla , fila d'un secrétaii^^ 
Maximilite , nomme Jiean Léonard de R^venna 
d'une; Espagnole de la famille d'Argensola. Ils^ 
quirentà Barbastro, en 1565 et 1566. Loipeccicn^: 
secrétaire de l'impératrice Marie d'Autriche > fil 
Charles-Quint, qui, après la mort de son ép( 
Maximilien II , s'était . retirée en Espagne. Il moiv-^ 
en 1619, à Naples, secrétaire d'état de la .viceTrajjSi'^ 
Avant sa vingt-unième année, il composa trois tragV 
dies , Isabelle , Phyllis et Alexandra , qui: ne sontpf 
ce qui a fondé sa réputation, Barthélémy,: SQnficèrQ,) 
fut chapelain de la même impératrice dont son frèi4 
était secrétaire , accompagna celui-ci à Naples , d 
revint après sa mort , s'adonna entièrement. aux lettrei 
et mourut en 1 631 . Les deux frères ont été historio 
graphes d'Aragon. 

« Les deux d'Argensola , dit don Juan Mari 
Maury , exercèrent, une espèce de magistrature su 
leurs contemporains. Leur érudition , la sévériré d 
leur morale , peut-être au^i la protection du comt 
de Lemos , secondèrent en cela leur talent poétique. 
Il existe entre les ouvrages' des deux Argebsola un 
telle analogie qu'on ne peut presque pas les distinguei 
Tous deux ont excellé dans Tépitre , et obtenu le titi 
d'Horaces espagnols. On leui- accordé de la finesse, d 
l'élégance^ de la facilité, de la clarté, et une pureté d 
langage qui a fait dire à Cèrvantçs que ces Aragonai 
étaient venus en Castille donner des leçons de CastiQai 



SECT. X. LITTÉII.VTURB. 77 

et le mauvaistrouvent leurs imitateurs qui o'^^mm, 
uent pas d'exagérer* Lope de Vega était ad- 
■^uoique son style fut incorrect. H s'éleva un 
^i voulut se faire remarquer par la barbarie du 
V^^iie tôte mal organisée, jLoid» de Gôngora y 
é 9 né à Cordoue , en 1561 , aumônier du rot 
^ne , en fut le chef. Avec une peine extraor- 
:e îl se créa un jargon ridicule qu'il appela espa- 
',îl y introduisit les coastructions et les inversions 
es , et une nouvelle ponctuation , et changea ar- 
lirement la signification reçue des mots , en 
sndant leur donner une plus grande dignité et 
intention plus profonde. Il appela cette manière 
ire le style soigné , estilo culto» u Trouvant , dit 
^intana , que le langage poétique s'énervait , 
lant le naturel pour de la pauvreté j la pureté 

de la minutie , et la facilité pour de la négli- 
* , il aspira à étendre les limites de la langue et 
poésie. Il s'appliqua à inventer un nouveau dia- 

qui retirât l'art de la simplicité rampante où , 
nt lui 9 il se traînait. Ce dialecte devait se faire 
rquer par la nouveauté des mots ou de leur em- 
, par Tétrangeté et la dislocation de la phrase y 
Si hardiesse et la profusion des figures* » Dans 
yrle bizarre il écrivit les Solitudes et le Polyphëme^ 

poèmes inintelligibles à force d'érudition my- 
)gique. Le mot de Solitudes doit signifier forêts y 
t pris dans le sens que Stacea donné à son Recueil 
3ésies , en l'appelant Sihœ. Dans les sonnets , 
omances et les 'chansons que Gôngfira a publiés 



78 



LIYBE VI. CHAP. VIII. ESPAGNE. 



Crifttoval de 
ViniM. 



dans sa jeunesse , et avant que les contrariétés 
éprouva dans le monde eussent fait uuq im 
si malheureuse sur son esprit , il régne de la p 
de la facilité et de Féléganoe. A une époque in: 
diaire , il écrivit des satires mordantes contre les 
vains de son temps. A celle que nous sommes 
d'appeler sa folie ^ il les désavoua j et son 
tère devint doux comme il avait été à son p 
âge. 

Le croirait -on? UestUo cidto trouva une 
d'admirateurs qui formèrent un parti considérable 
mirent ces extravagances à la mode ; mais comme 
enthousiastes n'avaient pas les talens et la. facilité 
la nature avait départis à leur chef , ils remp 
le génie qui leur manquait par la pédanterie et r< 
travagance. Ils se partagèrent en deux classes ^ 
culioristes qui se firent honneur de commenter 
ouvrages inintelligibles du maître^ par une pro 
d'érudition^ et les concetUaii qui , se d 
de cette précbion que Gôngora avait observée, 
ses plus grands écarts , ne recherchaient que les 
^ées les plus extraordinaires. Nous nous dispensons 
nommer ici ces partisans de la barbarie. 

Nous nommerons encore deux poètes dramai 
espagnols , contemporains de Lope de Yega. 

Criatoi^al de P^iruea^ de Valence , militaire , et un 
de ceux qui ont combattu à la bataille de Xiépante 
n'était pas un des imitateurs de Vega; comme celuÎHiif 
il renonça aux règles du théâtre classique ^ quoiqn'i 
en coïi^ervât quelques formes. Il avait du génie et de^ 



4 



SECT. X. LITTÉKATURB. 



79 



•diesse. Ses tragédies ne passent pas le nombre 

I» Ferez de Manialpân , disciple de Yega , Mo.t«iTi«. 

îcrit nne centaine de pièces de théâtre, lora- 

Donrot, en 1639, âgé de trente-six ans. Sa ma- 

M celle desonmattre, et son exemple proaTe 

le fiiut pas le génie de Vega pour produire en 

e temps beaucoup de pièces dans son genre. 

Ivàn a montré tant de talent pour peindre des 

bres, qu'on regrette qu'il ne l'ait pas mieux 
i 

I acmlr les principaux poètes espagnols'^de la fin 

izième siècle , et du commenoement du dix- 

ne ; car Quevedo qui fait le passage de l'époque 

pe de Vega à une autre , appartient entièrement 

[«-septiènie siècle. 

ons reste à parler de quelques auteurs en prose 

5n du seizième siècle. 

go Hurtado de Mendoza avait donné l'exemple Prosmumn. 

genre que les Espagnols ont nommé le goût 

^eque , par son roman de LazariUe de Tormes. 

imité par Mathieu Aleman qui , en 1599 « ainsi Maibim ai*- 

s ayant le Don Quixote , publia son Guzman 

irache , roman comique qui peint admirable- 

les classes inférieures de la société. 

listoire eut des hommes distingués dans la se- 

! moitié du seizième siècle , et au commencement 

(-septième; mais comme les historiens n'entrent 

lOtre plan qu'autant qu'ils se distinguent , non 

ne érudition infiniment estimable , mais par le 



80 LIVRE VI* CHAP. VIII, ESPAGNE. 

talent historique et par le style , nous nous born 
jeao Mariana. 4 parlcF du jésuitc Jeon Mariana , né en 1557, b 
en 1623. Cet écrivain s'étaiit formé par une assez^ 
gue absence hors de son pays, qui lui fit conn; 
les mœurs d'autres peuples j le dégagea des préj 
de sa nation , et rectifia son jugement ; car il pro 
successivement à Rome (depuis 1561) , en Sicile 
puis 1565) et à Paris (depuis 1569). En 1574 
retira à Tolède où il publia , en 1592, les vingt 
miers livres de son Histoire d'Espagne , qui fi 
portés par la suite à trente , et renfermant l'hb 
d'Espagne jusqu'à la mort de Ferdinand le Cat 
que , en 1516. L'ouvrage était écrit en latin , j 
que , comme le cardinal Bembo dans son Histoii 
Venise , il s'était proposé pour but l'antiquité cl 
que. Il atteignit ce but, et surpassa Bembo qc 
maniéré. Après avoir achevé cet ouvrage , il le trs 
sit luî-môme^ comme avait fait Bembo. Cette His 
d'Espagne, louée outre mesure par les contempo; 
de Mariana, est d'un grand mérite. Lecture éten 
saine critique^ véracité, esprit observateur, sag 
dans le choix des objets et dans la distribution 
matières, diction claire et élégante; telles sont les 
lités qui distinguent Mariana ; mais on n'y trou^ 
profondeur des idées, ni éloquence, et s'il appar 
aux écrivains classiques de sa nation , il ne fait 
comme les Espagnols l'ont prétendu , époque da 
science de 1 histoire. 
Barthélémy Nous revcuons encore une fois sur BarthÀ 
d'Argensola , que nous avons nommé co 



8BCT. X« LITtArATURB. 81 

poète. Parmi les historiens espagnols il occupe une 
jilaoe très-émînente. A l'aide des papiers de son 
ftàre LuperciOy qui avait été historiographe avant lui, 
tl coutinua jusqu'en 1520 les annales de Znrita , et si 
sUes n'ont pas été continuées après lui, on prétend 
[ne c'est parce que personne n'osa suivre les traces 
['an tel maître. On estime pareillement son Histoire 
es lies Moluques et de leur conquête. Les Espagnols 
ssvrent qu'aucun auteur en prose n'a surpassé la 
orrection classique de sa diction. Son style est par- 
iitement simple sans manquer de chaleur* 

Au siècle de Mariana appartient encore Antoine de .J^f'"*^> t 
Serrera y TordesiUfu de Cuellar^ né en 1519 , mort 
tn 1625 , que Philippe II nomma archichronographe 
les Indes et chronographe de Castille. Il écrivit avec 
beaucoup de soin et dans un beau style l'Histoire de 
la découverte et de la conquête de l'Amérique , depuis 
L492 jusqu'en 1554, en quatre-vingts livres, et une 
Histoire du monde sous le règne de Philippe H. Les 
deux ouvrages sont farcis de préjugés nationaux. 

GarciUiao (ou plus correctement Garcias-Laso^ ^'"'•'^ii 
delaf^egaj né en 1510, à Cuzco en Amérique, d'une 
princesse de la famille des Yncas , qui , à la prise de 
Gnzco, en 1525 ^ était tombée en partage à un des 
compagnons de Pizarre. Il porta lui-môme le nom 
XYnca et mourut, en 1620 , en Espagne où le soup- 
çonneux Philippe II l'avait fait venir, et qu^on ne lui 
permit plus de quitter. Garcilaso a composé une His- 
toire des Tncas du Pérou jusqu'à la conquête du pays 
par Pizarre, puisée, à ce qu'il prétend^ dans des do- 

xvin, 6 



8^ LIVRE iri. CHÀP. Vlil. EâPAGN£. 

ciuneiia përuYiens , mais plntât dans des ttaditions 
famille et des chants nationaux remplis d'épiso< 
romanesques; ouvrage bien ëcrit et amusant, a 
quel on conteste le droit d'occuper une place pai 
les compositions historiques. Il se compose de d( 
parties qui ont paru séparément. Garcilaso ou l'Yi 
a aussi laissé une Histoire de la Floride. 



SKCT. I. ÉDOVARD IT, 1461—1483. 93 



'<". 



^ CHAPITRE 

histoire d'Angleterre , depuis ravènement ép 
la maison dYork jusqu^à 1618. 



SECTION I. 

Edouard IV, 1461 — 1483. 

I^ 5 mars 1461 Edouard, dac dTork, descen- at^mmmj» 
dant au quatrième degrë du roi Edouard III par Ed- ^i*««>«^>^ 
moud , quatrième fîl^de ce prince , héritier , par Aune 
Mortîmer, son aïeule , des droits de Lionel , duc de 
Clarence, second fils d^douard m , héritier légitime 
du trône d'Angleterre ( puisque la maison de Lan- 
castre qui l'avait usurpé en 1399 ne descendait qne 
du troisième fils de la souche commune) avait été 
proclamé roi d'Angleterre sous le nom à^ Edouard IV. 
Mais Henri VI et son fils Edouard vivaient encore, et / 

la reine Marguerite d'Anjou, qui, après la batiillicf 
de S. Albans , s'était retirée avec le roi et son fils dans 
le nord de l'Angleterre , se trouvait encore à la tête de 
60,000 hommes. Ainsi la lutte entre les deux Roses 
n'était pas décidée : il fallut que des torrens de sati^ 
teignissent encore la Rose blanche avant quVIlé pût 
prendre racine. Edouard et le comte de Warwîck "^ 
marchèrent contre Henri VI; le 29 mars 1461, les 
deux parib se livrèrent, entre Ttoîrtori et Sa^uftoW 

■ Hichard Nevil. Voy. vol. IX, p. 160 $uiv. 



84 



LIVRE YI. CHAP. IX. ANGLETEKRE. 



BaUUkd* 
TooUNi, 39 
■ttnl461. 



Bal«ill« de 
H«xbam , 15 
mai i4i>2* 



(Torkshire, Westriding ) , la bataille la plus ach 
née et la plus sanglante de toutes ces guerres ; les his^ 
toriens disent que plus de 36,000 hommes restèrent 
sur le champ de bataille^ et ce nombre ne parah pas 
exagéré , puisque dans une lettre confidentielle à sa j 
mère , Edouard dit que les hérauts ont compté 
28,000 cadavres de Lancastriens. Ce prince avait dé- 
fendu à ses partisans de donner quartier: ce ne fut pas 
ainsi que, cent quarante ans après , Henri IV de Bour- 
bon conquit son royaume. Plusieurs chefs illustres 
du parti de Lancastre périrent sur le champ de ba- 
taille dont Edouard resta le maître. Henri VI et sa 
famille se sauvèrent en Ecosse* 

Le parlement , assemblé sept mois après cette bou- 
cherie, déclara les trois règnes précédens illégitimes^ 
et révoqua, à quelques exceptions près, les conces- 
sions fiiites par Henri IV, V et VI. On dressa une 
longue liste de proscriptions où furent inscrits les 
noms de Henri VI, de la reine et du jeune Edouard , 
enfant de huit ans , des princes de la maison de Lan* 
castre, des principaux seigneurs de ce parti, et de 
cent trente-huit chevaliers , prêtres et écuyers. Plu- 
sieurs autres qui étaient tombés entre les mains da 
^oi furent décapités. La véritable raison de l'étendue 
qu'on donna à ces proscriptions , fut la nécessité de se 
procurer les moyens de récompenser les partisans du 
pouveau roi. 

Marguerite d'Anjou à qui restait son courage, 
pas^a sur le continent, et obtint de Louis XI, roi de 
France, contre la promesse de lui céder Calais, un 



SECT. I. EDOUARD IV, f461 — 1483. 85 

secours en hommes et en argent; Elle pouvaîtcompter 
SOT l'assistance des Ecossais qu'elle avait achetée par 
la. remise de Berwîck, A la tête d'une nouvelle armée 
qu'elle avait réunie en Ecosse , elle entra en Angleterre 
et poussa jusqu'à Hexham en Northumberland où elle 
fut défaite, le 1 5 mai 1463 , par lord Montagne , frère 
Ju comte de Warwick. Le duc de Sommerset * , ar- 
rêté dans sa fuite, fut décapité. La reine et son fil^MjSSTà'il^ 
tombèrent entre les mains d'un brigand , auquel Mar- 
guerite se confia ; il les conduisit au quartier des Lan- 
castriens ; ils s'embarquèrent pour l'Ecluse en Flandre. 
Benri YI trouva moyen de se cacher pendant plus 
d'une année; enfin, en juillet 1465, il fut trahi, ar*^ 
rété et enfermé à la Tour de Londres. 

Edouard semblait afiermi sur un trâne qu'il devait Coiitpimiion 
à Warwick^ par un enchaînement de circonstances 
dans le récit desquelles les historiens se contredisent ^^ 
ce même Warwick l'en précipita. 

Edouard IV qui aimait beaucoup les femmes , se 
maria secrètement à Elisabeth, fille de Richard Wyder 
ville ou Woodville et de Jaqueli^e. de Lu^cçmbourg 3, 

' Henri BeaufbrC. 

* Noos adoptons le récit moiivé du D** L|WGA&D préférablement 
aux narrations de RâPIN Thotras et de HuME , c|uî sOQvent sont 
re jetées par la critique. 

' Jaqueliue était fille de Pierre I de.Luz^mboiirg, comte de Coo- 
versan,et depuis 1430, comte de S. Pol (père du connétable Loals. 
Yo^. vol. Xyi , p. 12). Veuve de Jean de Lanca»tre, trobième fils 
de Henri lY , elle épousa Ricbard -Woodville que les auteurs de 
TArt <le vérifier les dates. nomment. Ricbai d Donderville, seigneur de 
Rivière, 



96 hVttHË VI. GHAP. IX. ANGLBTBfIRB; 

Elisabeth était reuve de John Gray, partisan 
Henri YI, qui avait été tué à la bataine de S. AU); 
Lorsque^ quelques mois après ^ Edouard déclara 
mariage dans un conseil des pairs, George, duc de< 
rènce^ son frèi^, et le eomte de Warwick eurenf 
àe Fap{MFoaVer ; mais bteutèt l'élévation des W j 
ville, et la nomination du père de la reine à la dig 
dé comté de Riv«i's et à la change de grand conn 
Me, iùdispoeèrent les trois frères Nevilsqui jusqu'i 
avaient gouverné le roi. C'étaient Richard, comt 
Warwick, garde des frontières de Test, gouverneu 
Calais , principal ministre et général du roi 
lord Montagne^ comte de Northmnberland, efGec 
archevêque d'York. Le refroidissement entre le 
et Yeé NeVils éthîA , lorsqu*en 1467, Édouai*d, co 
Favis^ de Wanirîck, fiâuçsc Marguerite , sa sœur 
cointe de Gharolais qtli deviilt etrSuîfe duc de B< 
gogne *. Il y eut, en 1468, une réconciliation ; : 
elle ne dura pas long^temps. BientAt le due de < 
renée entra en liaison avec Warwick, se rendit à 
lais, et, le il jniltet 1469, y épousa, ^nsle conse 
ment du roi, Isabelle Nevil, fille de ce comte. 

Le baSard ou les intrigues du comte de War 
firent éclater à la même époque une révolte dai 
Yorkshire. Edouard traita cette affaire avec l'in 
ciance qui lui était habituelle. Ses troupes , conii] 
dées par Guillaume Herbert, comtes de Pcmbr 
essuyèrent, le 26 juillet 1469, un échec à Da 
I^oor prèsEdgeoote. Les rebelles se saisirent du p( 

^ Charles le Tëmc'raire* 






S9CT. 1. iatocAMB !▼« 1461 — 14lt5« Sf 



5 dalimAeUmM,dbcxMledeP(adar«ke<tAicoaite 

r de DevcB, où des WTdevîlk« el les fircml d^oiipft^ 

Qanmoe d Wanrkà^ dâMnpM en A ngfet t i f^ se 

lémncnt à Puchevèq«e dTork ^ s^avmeteenl wn 

EdcNttid, lai offrirent leurs miikes ci « «ovsce pnf- 

4ezie, «"astarèrent de U personne dm roi, qm fnl en-* 

voyé â Middlehsm sons k pide de r«relief<fqne« Il 

ne fidlnt qu'on moi de Wsrwick pour que les rebdks 



Pendant que les denz rois rÎTswx, Edouard IV d 
Henri VI, âaient en prison^ sir Humphrey Nefil Ai^ 
pkiya la bannière de Lancastre dans les Marches de 
rÉcoase. Warwîck défit les insurgés^ et, à la suite dHin 
traité signé avec Edouard IV, rendit à celui-d la li- 
berté. Le 6 novembre, le duc de Glarence ci son beau* 
père firent devant un conseil des pairs leur justifica- 
tion que le nÀ reçut comme satisfiiisantr • On proclama 
une amnistie générale* Edouard fiança sa fille. Agée 
de quatre ans, au jeune comte de Nortbumberland, 
b^tier présomptif des trois Nevils, lequel fut créé 
duc de Bedford. 

 la suite de quelque nouveau motif de défiance, 
Qarence et Warwick, d'accord avec des rebelles du 
Lincolnshire, reprirent les armes au commencement 
de 1470^ mais cette fois-ci Edouard dc^ploya une plus 
grande activité y et ne laissa à ces hommes turbulons 
d'autres ressources que de s'embarquer pour le conti* 
nent. Vauderc, lieutenant deWarwick k Calais^ ayant 
refusé au gouverneur l'entrée du port, les fugitifs dé- 
t^arquèrent it Harfleur. 



boÎM. 



88 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

Tnîitfd'Am-. Aniboise, où Louis XI tenait sa cour, ofirit eTorf 
au monde un spectacle singulier. Richard Vi^arwick 
et George Clarence y trouvèrent Marguerite d'Aiigon, 
ëpouse du prince qu^ils avaient dëtrôné. Le malhear 
réconcilia ces ennemis. Edouard, fils de Henri YI et 
de Marguerite^ <^'on appelait le prince de Galles, 
ëjpousa Anne Nevil, seconde fille de Richard War- 
wick ; on convint que Henri VI serait replace sur le 
trône et que, dans le cas où la descendance de ce prince 
viendrait à manquer, la couronne appartiendrait au 
duc de Clarence^ fils légitime du duc d'York^ car Gla* 
rence avait répandu le bruit que la naissance d'E- 
douard lY, son frère aîné, n'avait pas été légitime* ' 
J^àé^J^ Le projet formé en faveur du roi prisonnier déjoua 
l'ambition de George qui ne s'était brouillé avec son ) 
frère que pour lui succéder ^ aussi se rapprocha-t-il 
secrètement d'Edouard IV. Celui-^ci resta tranquille 
pendant qu'on préparait une invasion de l'Angleterre. 
Lorsque vers le 13 septembre 14:71, les exilés, proté- 
gés par une flotte française , débarquèrent dans l'île, 
le nom du comte de Warwick, l'idole du peuple, 
excita un soulèvement général. Edouard s'embarqua 
en toute hâte> le 3 octobre, à Lynn et se sauva auprès 
de son beau-frère, le duc de Bourgogne. La reine ^ 
son épouse, se réfugia avec ses trois filles dans le 
sanctuaire de Westminster où, le 6 octobre, elle ao* 
coucha d^un fils. Cet asyle fut respecté. 
^!!î"*t?î**" ' Clarence et Warwick installèrent de nouveau 
Henri YI, qui restait leur captif et leur instrument. 
Le parlement déclara, le 26 octobre, Edouard IV usur^ 



1471 



d* Umti VI. 



8BCT. I. EDOUARD IV, 1461 — 1483. 89 

tll^teur , transporta la couronne à la descendance mâle 
?^ Henri YI, et, à défaut de cette descendance, au duc 
«e Clarence et â ses enfans, et nomma ce prince, ainsi 
He Warwick, protecteurs du royaume pendant la 
iiDoritë d'Edouard, fils de Henri VI. On n'exerça ni 
proscriptions, ni vengeances. 

Cependant Edouard IV, avec 1,500 hommes qu'il B-m^! u «vrii 
ifait levés dans les Pays-Bas, débarqua le 14 mars 
472 à Ravenspur^ et , sous prétexte de ne venir 
ne pour réclamer Théritage du duc d'York, son père, 
[ue le duc de Clarence s'était fait adjuger , s'avança 
lans le pays jusqu'à ce que sa petite armée se fut ac- 
rue à 50,000 hommes. U prit alors le titre de roi 5 le 
lac de Clarence jeta le masque^ et avec un corps 
loxnbreux qu'il avait levé pour Henri VI, il rejoignit 
ion frère à Coveutry. L'archevôque d'York aussi aban- 
ionna la cause des Nevils, ses frères , et introduisit 
Edouard IV par une poterne dans Londres. Gelui->ci 
ne s'y arrêta pas, mais emmenant Henri VI avec lui^ 
il marcha au-devant de Warwick qui de Coventry 
s'était tourné vers la capitale. Les deux armées se 
rencontrèrent à Barnet, où elles se livrèrent bataille , 
le 14 avril 1472. Le comte de Warwick et Montagne, 
son frère, furent tués \ le duc d'Exeter, arrière petit- 
fils de Jean de Gand (troisième fils d'Edouard III) , 
laissé d'abord pour mort sur le champ de bataille, fut 
ensuite transporté par ses gens dans le sanctuaire 
de Westminster. La victoire fut décisive pour 
Edouard IV. 

1 • Bataille dt 

Le jour même de la bataille de Bamct, la reine T^^^J^^>» 



90 UVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERBS. 

Marguerite d'Anjou débarqua à Plymouth avec 
corps d'auxiliaires français. Quand elle reçut la no 
velle de cette défaite , elle se mit en marche pour }0 
dre le comte de Pembroke ^ qui lerait un corps 
troupes dans le pays de Galles. Â Tewksbury (Oxfc 
sbire) elle trouva, le 4 mai, Edouard avec des fo 
supérieures. Ses troupes se battirent bravement, i 
succombèrent sous le nombre. La reine et le je 
Edouard furent faits prisonniers. Ce prince fut c 
duit à la tente d'Edouard IV, et quand on lui 
manda ce qui l'avait iait venir en Angleterre : Je 
venu^ répondit-il, défendre la couronne de mon | 
et mon héritage. Edouard frappa le jeune princ< 
visage avec son gantelet ^ les assistans (on dit qu( 
furent Glarence et Glocestre, frères du roi) le tuèi 
à coups d'épée. 
dTMÎuVrdtv ; I^®22 "^^ 1472, Écbuard IV fit son entrée dan 
Tvif Hn^dTll capitale : le mime soir Henri VI périt dans la T< 
?^. ^* """ Richard, comte de Glocestre , est accusé de ce cri 
La reîiie douairière resta prisonnière pendant I 
ans. En 1470, Louis XI paya sa rançon et elle 
mourir dans sa patrie* Le duc d'Exeter resta soc 
garde du roi; en 1475, (m trouva son cadavre flot 
sur la mer entre Douvres et Calais. L'asile des ég 
fut violé à r^ard de plusieurs Lancastriens qui 
étaient réfiigiés« 

Ainsi finit la guerre entre les deux Roses, après 
durée de soixante-douze ans . 

* Guillaume Herbert, fils de celui qui avait r(é iTccapilé en 
\a fîh fut par la suite norninê conitt de lluntrin^on. 



SECT, I. EDOUARD IV, 1461 — 1485. 91 

affermi sur son trône, Edouard IV conclut, en ,,^Î;;;;:X m74. 
4, le traité d'alliance pour le partage de la France 
) Qiarles , duc de Bourgogne , son beau-frère , et 
a campagne de France, dont nous avons parlé 
aiBi. Elle fut terminée, en 1475, par la trêve 
diande , qui fit peu d'honneur à Edouard , mais 
onna ce qu'il aimait par-dessus tout , de l'argent ^. 
[ amassait de toutes les manières , sans avoir re- 
s à des impôts additionnels , en retirant les con- 
oas faites par ses prédécesseurs , en demandant 
grands et aux particuliers des dons gratuits qu'il 
irait de leurs mains , en faisant pour son compte 
(péculations commerciales en étain , laine et toile, 
s'éleva de nouveau une brouillerie entre le roi et cond«niimti«ii 

et mort du duc 

uc de Clarence qui croyait avoir des sujets de *^' c'*'*™^- 
ites contre son frère, et celui-ci accusait le duc 
liguer avec ses ennemis. Inopinément Edouard 
rrêtet George , et l'envoya à la Tour. Un parle- 
t fut convoqué le 16 janvier 1478, et le duc de 
enice parut à la barre , accusé de haute trahison* 
oi dirigea la procédure. On reprocha an duc tous 
orts couverts par le pardon , et une foule de nou- 
a, beaucoup d'actions arrogantes ou imprudentes, 
principal crime était probablement d'avoir été 
are par un parlement le plus proche héritier du 
le après Edouard , fils de Henri YI ; car on lui im- 
i à haute trahison d'avoir conservé une copie au- 
Ltique de cet acte. Un roi qui accuse persuade 
ement les juges : les pairs dâ^larèrent le duc de 

IToy. vol. XVI, p. 29. • Voy. ibid., p. 32, 



92 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

Clarence coupable, et, le 7 février 1478, le duc 
Buckingliam , grand sénéchal , prononça contre lui 
sentence de mort , et la chambre des communes 
manda au roi que justice fût faite de son frère. Envii 
dix jours après , on apprit que le duc était mort ; oi 
fît courir le bruit qu'il avait été noyé dans un tonn< 
de vin de Malvoisie. 
do!îïdrv>T L'aflront qu'Edouard IV essuya de la part 

MB caractère. * . --^i- | l • . ' • J a *a.i J> 

Louis AI , lorsque ceJui-ci , au mépris des traités da 
près lesquels le dauphin devait épouser la fille du 
d'Angleterre , fiança son fils à Marguerite d'Âutridiej 
fille de Maximilien et de Marie de Bourgogne ^ , 
causa une telle agitation , qu'il en tomba malade , 
mourut enfin le 9 avril 1483, après avoir ordonn^ 
que sur le trésor qu'il laissait, on restituât l'argen 
qu^il avait extorqué à ses sujets , à titre de don gratuit} 

Edouard IV aimait à l'excès tous les plaisirs , el 
' surtout les jouissances de la table. U était indolent'^ 
et, dans les dernières années de sa vie, il abandonnail 
la conduite des afiaires à son frère, le duc de Glocestre; 
Sa passion pour les femmes ne resta pas toujours dam 
les bornes de la décence. Cruel , soupçonneux et im- 
placable , il entretenait une foule d'espions. Sa mé- 
moire était prodigieuse. 

Il laissa deux fils , Edouard , Agé de douze ans , qui 
lui succéda, et Richard qui fut duc d'York. Parmi 
ses filles , nous n'en remarquons qu'une seule , ÉHsa- 
beth, qui , en 1486 ^ épousa Henri Vil Tûdor. 

» Voy. vol XIV, p. 231 ; XVI, p. 36. 



SBCT. II. RICHARD III^ 1483 — 1485. 95 

iiniie Sliore, dernière maîtresse d^Edouard, i la- 

kdle on n'avait d'aillears aucun reproche à faire* 

|B doctenr Shaw, firère du lord maire de Londres^ 

IIbus un sermon public, attaqua la l^^^timitë de la 

pMisance d'Edouard V et du duc d'York , son frère. 

^ sermon n'ayant pas produit l'effet que le protec- 

pÊtr en avait espéra , le duc de Buckingham harangua, 

fe|â4juin, les citoyens assembles pour les élections 

■JEhAlel de ville (guildhall ) , et leur proposa de nom- 

y» le protecteur roi. Quelques personnes ayant rë- 

■Hida favorablement , le duc fit semblant de croire 

me tous les assistans s'étaient déclarés pour Richard , 

^invita l'assemblée à l'accompagner le lendemain au 

^■lais du protecteur , pour lui offrir la couronne. 

Il Cette visite eut lieu le 25. Le duc de Buckingham Jff.??*^*^'*^ 

pésenta au protecteur une prétendue adresse des^J^^^^** 

prds spirituels et temporels et des communes du '"'""'' "'* 

iBjanme, par laquelle la couronne était déclarée re- 

tiir de droit à Richard, duc de Glocestre, à cause 
la naissance illégitime des enfans d'Edouard IV, et 
lel'eicliision donnée à Edouard ^ , fils du duc de Qa- 
■nce, par l'acte qui avait proscrit le père, comme 
le de haute trahison. Lie duc de Buckingham 
nça que , si Richard abandonnait une couronne 
i lui revenait aussi bien par le droit de sa naissance 
par l'élection des trois Etats du royaume , la na- 
kon saurait trouver un autre prince qui la délivrerait 
de la honte d'être sons le sceptre d'un bâtard. Le pro- 
kectenr parut effrayé de cette menace , toute hésitation 

* NMnmé Edouard Plantagenet, comle de Warwick par sa mère. 




tr 



94 UYEE VI. GHAP. IX. ANGLBTERiEIS. 

yrîï^leuu " Le 4 mai 1483 , le duc de Glocestre amena le y 
roi à Londres, et, sous prétexte de sa sûretë, le fit 1( 
à la Tour. Le couronnement fut fixé à la fin de ji 
afin de laisser à Richard le temps de mûrir ses pr(^< 
Cet ambitieux , sans prendre le consentement du 
lement , commença par se faire nommer proteci 
par le conseil. Le 15 juin , il fit arrêter et dëcapit 
lord Hastings , ministre de confiance du feu roi et 
des membres les plus influens du conseil : une pi 
clamation annonça que ce seigneur et trois antres 
furent arrêtés avec lui , avaient fait un complot coni 
la vie du protecteur et Se sou ami , le duc de Buci 
gham. Le même jour , les (juatre captifs de Pohi 
furent exécutés par son ordre , et une nouvelle 
clamation annonça que la reine et tous les Wyd< 
avaient trempé dans la conspiration de Hastings.' 
importait au protecteur d'avoir sous sa puissance' 
duc d'York, frère du roi : par des moyens de 
suasion et par des menaces , il arracha ce dépAt à- 
reine , et les deux frères furent réunis à la Tour. 

Les partisans du protecteur firent alors courir pi 
sieurs bruits pour préparer la nation à l'évèni 
qui devait arriver. On fit revivre le conte invéfll 
autrefois par le duc de Clarence , d'après leq 
Edouard IV avait été un fils adultérin du dernier 
d'York. On afiectait de jeter des doutes sur la validi 
du mariage d'Edouard IV et d'Elisabeth. Pour rap 
peler au peuple l'irrégularité de la vie de ce prince, S 
protectetir, affectant un grand zèle pour les mœurs , m 
laire pénitence publique dans les rues de Londres i 



SBCT. II. RICHARD III^ 1483 — 1485. 95 

ipame Sliore, dernière maîtresse d^Edouard, i la- 
haUe tm n'avait d'aillears aucun reproche à faire. 
|B docteur Shaw, firère du lord maire de Londres^ 
pua un sermon public, attaqua la l^^^timitë de la 
pHssance d'Edouard V et du duc d'York , son frère* 
11^ sermon n'ayant pas produit l'effet que le protec- 
en avait espérë , le duc de Buckingham harangua, 
; juin j les citoyens assembles pour les élections 
tel de ville (guildhall ) , et leur proposa de nom- 
le protecteur roi. Quelques personnes ayant rë- 
favor^lement , le duc fit semblant de croire 
tous les assistans s'étaient déclares pour Richard , 
invita l'assemblée à l'accompagner le lendemain au 
du protecteur , pour lui offrir la couronne, 
visite eut lieu le 25. Le duc de Buckingham pJ^ÇJ*S!î" 
au protecteur une prétendue adresse des^î^jg^*^ 
spirituels et temporels et des communes du "***'** *"* 
urne, par laquelle la couronne était déclarée re- 
de droit à Richard, duc de Glocestre, à cause 
la naissance illégitime des enfans d'Edouard IV, et 
l'eiclnsion donnée à Edouard ^ , fils du duc de Qa- 
, par l'acte qui avait proscrit le père, comme 
le de haute trahison. Lie duc de Buckingham 
nça que , si Richard abandonnait une couronne 
i Ini revenait aussi bien par le droit de sa naissance 
par l'élection des trois Etats du royaume , la na- 
saurait trouver un autre prince qui la délivrerait 
k honte d'être sous le sceptre d'un bâtard. Le pro- 
leur parut e&rayé de cette menace , toute hésitation 

' Nmnmc Ëdouarcl Plantagenct, comle de Warwick par sa mère. 



94 LIVRE VI. GHAP. IX. ANGLBTEHÏtB. 

pi^J^!eu.f " Le 4 mai 1483 , le duc de Glocestre amena le j( 

roi à Londres, et, sous prétexte de sa sûreté, le fit 1< 

à la Tour. Le couronnement fut fixé à la fin de ji 

afin de laisser à Richard le temps de mûrir ses prc^ef 

Cet ambitieux , sans prendre le consentement du 

lement , commença par se faire nommer proteci 

par le conseil. Le 15 juin , il fit arrêter et déca] 

lord Hastings , ministre de confiance du feu roi et 

des membres les plus influens du conseil : une 

clamation annonça que ce seigneur et trois antres 

furent arrêtés avec lui , avaient fait un complot conl 

la vie du protecteur et de son ami , le duc de Bnci 

gham. Le même jour , les (juatre captifs de Pohl 

furent exécutés par son ordre , et une nouvelle 

clamation annonça que la reine et tous les Wyd< 

avaient trempé dans la conspiration de Hastings.^ 

importait au protecteur d'avoir sous sa puissance' 

duc d'York, frère du roi : par des moyens de 

euasion et par des menaces , il arracha ce dépAt i- 

reine , et les deux frères furent réunis à la Tour. 

Les partisans du protecteur firent alors courir 

sieurs bruits pour préparer la nation à l'évèn^ 

qui devait arriver. On fit revivre le conte înv^ 

autrefois par le duc de Clarence , d'après leq 

Edouard IV avait été un fils adultérin du dernier 

d'York. On afiectait de jeter des doutes sur la validi 

du mariage d'Edouard IV et d'Elisabeth. Pour raj^ 

peler au peuple l'irrégularité de la vie de ce prince, i 

protectetir, affectant un grand zèle pour les mœurs , D 

l'aire pénitence publique dans les rues de Londres 1 



SBCT. II. RICHARD III^ 1483 — 1485. 95 

iputine Sliore, dernière maîtresse d^Edouard, i la- 
haUe on n'avait d'aillears aucun reproche à faire* 
l^doctenr Shaw^ frère du lord maire de Londres^ 
llpas un sermon public, attaqua la l^^gitimitë de la 
iHSsance d'Edouard V et du duc d'York , son frère. 
|p sermon n'ayant pas produit l'effet que le protec- 
en avait espër^ 9 le duc de Buckingham harangua, 
4 juin , les citoyens assembles pour les élections 
tel de ville (guildhall ) , et leur proposa de nom- 
le protecteur roi. Quelques personnes ayant rë- 
du favorablement , le duc fit semblant de croire 
tous les assistans s'étaient déclarés pour Richard , 
invite l'assemblée à l'accompagner le lendemain au 
is du protecteur , pour lui offrir la couronne. 

visite eut lieu le 25. Le duc de Buckingham .^21^!*?**" 

au protecteur une prétendue adresse desj^^^^*]] 

spirituels et temporels et des communes du *''*'** *"* 

urne, par laquelle la couronne était déclarée re- 

de droit à Richard, duc de Glocestre, à cause 

la naissance illégitime des enfans d'Edouard IV, et 

l'eiclnsion donnée à Edouard ^ , fils du duc de Qa- 

, par l'acte qui avait proscrit le père, comme 

le de haute trahison. Lie duc de Buckingham 

nça que , si Richard abandonnait une couronne 

lui revenait aussi bien par le droit de sa naissance 

par l'élection des trois Etats du royaume , la na- 

n saurait trouver un autre prince qui la délivrerait 

la honte d'être sous le sceptre d'un bâtard. Le pro- 

teur parut effrayé de cette menace , toute hésitation 

* NMnnié Edouard Plantagcnct, comle de Warwick par sa mère. 



96 LIVRE VI. CHAP* IX. ANGLETEBAE. 

qu'il pouvait avoir affectée cessa. Richard ré| 
qu'il acceptait les deux couronnes d'Angleterre et' 
France qu'on lui offrait , et qu'il espérait gouvi 
l'un de ces royaumes et conquérir l'autre. 

Le lendemain 26 juin 1485, il se rendit à MVi 
minster , s'assit sur le trône et se fit proclamer roii 
le nom de Richard III ; le 6 juillet , il fut coan 
avec son épouse , Anne Nevil , fille du dernier 
de Warwick et veuve d'Edouard, fils de Henri VI. 
premiers momens du nouveau règne furent si| 
par des grâces , par des pardons et par une toi 
que le roi fit dans les provinces septentrionales 
royaume pour administrer la justice en personne i 
pour se montrer populaire. 
,itt^7ac * ae'°° Aussitôt il se forma une conspiration contre Ricl 
Buckingb-m. ji gg^^j^ inutile de chercher les motifs qui y firent 

trer un grand nombre de personnes qui abhon 
l'usurpation ^ mais on ignore absolument ce qui 
y avoir déterminé le duc de Buckingham^ le prii 
instrument de Félévation de Richard et qui en ai 
été récompensé par des richesses et des dignitéB.1 
eioîlTvefd^' s'agissait de faire remonter sur le trône Edouard) 
son frère. ^^^^ Buckiugham était l'oncle ^ car il avait épousé 
sœur d'Elisabeth. Au moment où les conjurés prii 
les armes en sa faveur, on apprit que les deux 
d'Edouard IV étaient morts à la Tour. On dit que 
chard n'ayant pu séduire Brakenbury, gouverne 
de cette forteresse , en avait donné le commandemeil 
pour vingt-quatre heures à un de ses atàdés, i 
Jacques Tyrrel, qui la nuit même avait étouffé k 



SECT. lî. RICHARD III, 1483—1485. 97 

^Jieax primées sous les couvertures des lits où ils étaient' 
^couchés. L'endroit de leur s^ulture resta un secret , 
^^rceque^ selon le récit de Thomas Morus , un prêtre 
transporta les deux corps de la place où ils avaient été 
' assassinés & un autre endroit de la forteresse , et que 
^«on secret périt avec lui , parce qu'il mourut peu de 
•temps après. En juillet 1674, des ouvriers creusant 
^os les escaliers qui conduisaient des appartemens du 

* toi à une partie de la forteresse qu'on appelait la Tour 
^^lanche, trouvèrent , à dix pieds sous terre , les osse- 
^3iiens de deux enfans qu'on jugea être morts à l'âge de 
^ douze ans environ ; on croit qu'ils étaient ceux des 

deux princes. 
La mort du roi légitime et de son frère fut un coup Letow^F»- 

^ ^ ^ ^ * t«nra offinrat la 

terrible pour les conspirateurs; il fallait trouver un«?"jj^*^ 
" autre compétiteur de Richard. Morton , évêque d'Ely, *• 
' proposa Henri Tudor, comte de Rîchmond, jeune 

* bomme de vingt-six ans , â condition qu'il épouserait 
^EUsabeth, fille d'Edouard TV : ainsi, dit-il, les droits 
^ des maisons d'York et de Lancastre seraient confon- 
' dus. Effectivement Elisabeth était, par la mort de ses 

frères, héritière des droits de la maison d'York; et 

^ Henri représentait celle de Lancastre , car il descen- 

^ dait par sa mère de Jean Beaufort , comte de Som- 

inerset , frère du roi Henri IV : il est vrai que la nais* 

' Sauce de Jean était illégitime , et l'acte du parlement 

par lequel il avait été légitimé l'excluait expressément 

de la succession à la couronne. Buckingham aurait 

donc pu se mettre sur les rangs , comme descendant , 

ainsi que Jean Beaufort, d'un fils d'Edouard III, sa- 

xviii. 7 



98 LIVRE VI. ClIAP. IX. ANGLETERRE. 

voir de Thomas , duc de Glocestre ; Thomas était, i 
est vrai , cinquième 61s de la souche eommuife , taudi 
que le père de Jean Beaufort descendait du trobûème 
mais ce dc^savantage ëtait largement compensé par 1 
légitimité de la descendance, et la maison d'York 
descendant du quatrième fils^ n'avait été portée su 
le trône que parce que les descendans du troisièm 
avaient été exclus , comme étant d'une origine illégi 
time* Buckingham, sans former des prétentions, àd 
héra à la proposition de Morton ; en conséquence oi 
annonça au comte de Richmond , qui était en Bre 
tagne, le choix qui était tombé sur lui et on le press 
d'arriver pour le jour convenu , qui était le 18 octobre 
Il accepta la condition attachée à sou élection et jur 
d'épouser Elisabeth. 
RxfeaUon du Richard III n'eut connaissance du çpmplot que 1 
gbam. 15 octobre ; sur-le-champ il déclara Buckinghai 

traître. Le jour cpnvenu Henri fut proclamé çn plu 
sieurs parties de l'Angleterre à la fois. Richard se mi 
à la tète de son armée , mais il n'eut pas besoin d 
s'en servir pour écraser la conspiration. Des veni 
contraires empêchèrent Henri de débarquer 5 d'autre 
accidens s'opposèrent à la réunion des divers corj 
d'insurgés 5 le duc de Buckingham fut livré à Richar( 
par un traître et eut ia tête tranchée ; les autres chel 
se dispersèrent •, la plupart cherchèrent un refuge ej 
France. 

Le parlement que Richard III convoqua pour \ 
H novembre 1483, conCrraa Ja pétition qui lui avà 
été présentée le 25 juin , le déclara roi d'Angletei 



SBCT. O. ^iCfiJklLr Ul. li^>-^4^V M 



LC 



son fikEidk«Mnâ« priwr deOiilA^^ M ^(^^MlWlll IMH 
héritier. Car Ic n ^gut lirtc A* pw^i>cri|i<»t>Mi» f^ |mKI«f^ 

IVmbt croire À <« ^pK' »MK$^ <i4ki3i$ nKiiMilirr » i) liiiil f»^!î^^«w 

saatÎBMitt de U mfttiuv. Le prQ$H de «iMrK<r U j^w^ 
Élisabrtli à Henri Tudor^ oMiiti^ de RkhwnMH) % <«ii« 
sait à Riebard Illla |4iis vi^nr mquk^ude« H rt>A^iild^ 
le tniTener en &i»iut cpooser « celle |MriiH>c«!^^ 4HHI 
fils le prince de Galles moim ji^' qu^elle de «e|A aiMk 
La vewre d*Edooard IV^ flatUV de cette |>er»|>etiivii» » 
condescendit i une reconciliation A>rmeHe% l«a m^n^ 
d'Edouard V» de Richard^ duc «l*York» et «ic loni John 
Graj, parut avec ses filles à la «HUir du meurtrier «1^ 
sesenfiins, de celui qui avait voulu la tlibhmum^r en la 
bisant passer pour la concubine «le »on li^re» I«a Jeunr 
Elisabeth fut attachée à la conipaguie île U iviiie» 
épouse de Richard IlL 

Les plans de Richard liiroul dtVaii^rM |>ar un ooup 
du soil; son fils y le prince <lc (ialhm, mourut «ubitr^ 
ment au mois d'avril 1484. (iOnimo'il n'avait pan 
d'autre enfant légitime et qu'il u'eNprrail pan qun U 
reine lui en donnât encore ^ Richard p(*nMa d'alNird 
Il nommer son héritier présomptif In (iln du dito df^ 
Clarence, Edouard ^ qui par na iiM^n? était roml^ t\t 
Warwick ; mais il changea iKidéis : ee priiinr, Af^é Av 
treize ans^ fut enfermé (\huh unr pruiorii fit iwm ^ 
comte de Lincoln , fils de hinn tU' la P/ili* , diiit d«' Hiil 
Mk) et d'FJisabeth , fusmr tUî hirhunl^ lut nornirté hé 
ntier présomptif. Enfin h: roi Vavin* d'iitt tiifnU\'wt*^ 



100 LIVRE VI. tHAP. iX. ANÔLRTERRfi^ 

singnlier pour èmpôcher le mariage de la jeune Elisa-^ 
betti avec le comte de Richmond. Il offrit luî-méme 9k 
main à cette princesse dans le cas qu'il devint veuf , 
et lui annonça en même temps que ce cas arriverait 
vers le mois de février 1485. Cette proposition éblouit 
et la mère et la fille *, la mère ordonna au marquis de 
Dorset, son fils, qui était à Paris ^ d'abandonner k 
cause de Henri ; et il existe une lettre confidentielle ' 
de la fille dans laquelle elle exprime en termes pas* 
sionn(^s son attachement pour son oncle ^ et son dëpit 
de ce que la reine tardait de mourir. Richard s'ouvrit 
alors à ses confidens de son projet ; mais Ratcliife qui 
avait ëté le meurtrier des prisonniers de Pontefract y 
trouva moyen de l'y faire renoncer en lui peignant en 
couleurs très-fortes l'horreur que l'iiiceste dont vou- j" 
lait se rendre coupable le réformateur des mœurs, 
inspirerait au peuple et au clergé ; en conséquence 
Richard démentit publiquement le bruit qui s'en était 
répandu. 

/E«i«rnyde Cependant le moment approchait où le sort de Ri- 
chard devait être décidé. Il faut peut-être mettre sur 
le compte de l'imagination et de l'art oratoire de Tho- 
mas Morus ce qu'il rapporte des terreurs qu'éprou- 
vait l'usurpateur; il n'en est pas moins vrai que l'état 
de ses finances, qu'il avait épuisées pour se ùÀre des 
amis , était alarmant. Il n'osait demander des subsides 
au parlement, et eut enfin recours aux soi-disant 
dons gratuits qu'il avait si hautement blâmés. 

lomoilh *** ^^ '^ ^^^* 1485 , Henri , comte de Richmond, dé- 
barqua à Milford dans le pays de Galles , traversa cet^^ 



SBCT. II. RICHARD III, i4S3 — 1485. 101 

principauté et prit poste à Slirewsbury avec 4,000 
hommes seulement. Il comptait principalemeut sur 
^assistance delà famille Stanley à laquelle il citait allié, 
puisque sa mère avait ëpousë en troisième noce Tho- 
mas lord Stanley ; mais cette famille n^osait se déclarer 
pour lui avant le dernier moment, parce queRichard I II 
avait retenu comme otage de sa fidélité y lord George 
Strange» fils de lord Stanley. 

Le jti août 1485 , Richard , à la tête de son armcCj 
partit de Leicester^ la couronne sur la tête, et marcha 
jusqu'à Bosworth.. Le 22 , on se hvra bataille. Aussitôt 
que Richard vit dans les rangs de Henri les Stanley qui 
Pavaient joint la veille, il donna ordre de décapiter 
lordStrange ; mais ce seigneur trouva moyen d'échap^ 
per dans la mêlée. Richard , apercevant daus son ar- 
mée des mouvcmcus, précurseurs de la trahison^ 
piqua son cheval , alla droit à son rival et lui porta 
un coup terrible; sir William Stanley, firère de Tho- çi^^"^,!!' ***' 
mas, sauva Henri. Richard III fiit accablé par le 
uombre et tué. Stanley lui arracha la couronne , la 
posa sur la tête de Henri> et le proclama roi. L'armée 
répéta ce cri. Ce fut ainsi que la maison de Tudor ^ 
descendant par les femmes de celle de LaAcastre, par-^ 
xint, au trône d'Angleterre.. 



105 UVBtE Vf. CHAP. I^. AKGLBTERll£< 



•eMion 



SECTION ni: 

Apènement de la maison de Tïidor, règne de 
Henri ni, 4486—1609. 

Aoie d« »uc- Le comte de Riehnkond que nôtis nommerons do- 
dénavant le roi Henri T^H^ mettait la plus ^nde 
importance à ne pas paraît i^ devoir le trAne à l'enga- 
gement qu'il avait pris d'ëpotiser Théritière delà mai- 
son dTTork. Une maladie épidcmique qui renaît en 
Angleterre le força d'ajourner son couronnement jus- 
qu'au 50 octobre 1486. Il assembla ensuite un parle- 
ment auquel il annonça qu'il était monté sur le trône 
par le droit de sa naissance et par la volonté de Dien 
qui lui avait donné la Victoire ; et, pour rassurer le^ 
personnes que le tnot de conquête pouvait efifrayer , il 
ajotita que chacun devait être maintenu dans ses droite 
et ^es possessions, excepté les personnes qui dans le 
présent parlement seraient punies pour leurs offeni^ 
envers la majesté royale. Il fît passer des actes par le^ 
quels tous ceux que Richard ill avait dc^ouiUés de 
leur patrimoine et cent sept personnes en particulier 
furent réhabilités. Il refusa de faire revivre l'acte de 
Henri IV qui établissait la succession au trône dans 
la ligne de . Jean de Gand , troisième fils d'E- 
douard III, souche de la Rose rouge i, et de révoquer 
celui d'Edouard IV , qui la plaçait dans la ligne de 
Lionel , duc de Clarence , souche de la Rose blanche 

• Voy.vol.lX,p.446. 



8BCT. III. HENRI Vil, 1485 — 1509. lOS 

mais il annula celui dHÉdouard lY qui déclarait Hen- 
ri IV, V et VI usurpateurs », aussi bien que celui de 
Richard III, qui déclarait les enfans d'Edouard IV il* 
Intimes. Dans l'acte de succession que le parlement 
passa en faveur de Henri VTI, on ne fit aucune men- 
tion ni du droit d'hérédité ni de celui de conquête 
qu'il avait tant fait valoir, et qui l'un et l'autre pou- 
vaient prêter matière à discussion ; le parlement ar- 
rêta simplement que la succession à la couronne était, 
restait , demeurait et appartenait à Henri VII et aûi 
héritiers légitimes de son sang à perpétuité. 

Cette affaire éthnt ainsi réglée, et le subside accou- 
tumé de tohtiage et pondage étant accordé au roi pour 
sa vie, il se fit piner par le parlement d'épouser la 
princesse Elisabeth, fille d'Edouard IV. Il répondit 
^'iï était très-disposé à conclure cette alliance. Pour 
^onser cette princesse, sa parente, il fallait une dis- 
pense 5 elle fut donnée par un légat du pape, et le lùèt- 
riàge eut Iku le 18 janvier 1486. Mais Henri VU avait 
des motiâ de politique pour demander une dispense 
du pape hiî-même , et l'acte par lequel Innocent VIU 
la donnsc est très-remarquable. Le pape y reconnaît 
que la couronne d'Angleterre appartenait à Henri VII 
par le droit de la guerre, par le droH de la nature et 
par un acte des trois États du royaume ; ma[is que ce- 
pendant, cédant à là ptcssante sollicitation de ces trois 
Etats, et pour mettre fin aux guerres sainglantes cau- 
sées par la rivalité de la maison dTork, le roi avait 
\ consenti à épouser la princesse Elisabeth, Clic iiînée et 

' Voy. p, 04 tic ce vol. 



104 LIVEE VI. CHAP« IX. AXGLBTERRIl. 

véritable héritière d'Edouard IV. Eu conséquence 
souverain pontife confirme la dispense accordée 
son légat et l'acte de succession passé au parlement 
déclarant que le sens de cet acte est que, si la rei 
mourait sans enfans avant le roi , ou si ses enfans 
survivaient pas à leur père, la couronne passerait a< 
autres enfans de Henri, s'il en avait d'un mariage sub- =1 
séquent» ^^ 

Ainsi Henri VII croyait avoir solidement établi aowi 
droit à la couronne d'Angleterre ; néanmoins jl se^ 
présenta successivement trois compétiteurs. t 

id^ïSd'vî!"'' I^ existait un prince qui, sans contredit, avait plus* 
de droit au trône que Henri Vil \ c'était Edouard , \ 
comte de Warwick, fils de George, duc de Clarence, i 
frèrC: d'Edouard IV. Ce jeune prince était enfermé i 
la Tour. Un prêtre d'Oxford , nommé Richard Sî- 
mons, dressa un eu&nt de onze ans à jouer le rôle .du 
comte de Warwick, qu'on disait échappé de la Tour. 
Beaucoup de personnes furent les dupes de cet aven* 
turier ^ d'autres feignirent de l'être. On ne connaît pas 
le but de ces derniers, si ce n'est qu'ayant dessein de 
placer sur le trône le véritable Warwick, ils voulurent 
engager Henri VU à lui conserver la vie pour pouvoir 
le confronter avec l'imposteur. Celui-ci débarqua en 
Irlande, où Thomas Fitzgerald , comte de Kildare , 
lieutenant du vice-roi, chef des Yorkistes, le reconnut 
en la qualité qu'il se donnait. Bientôt il fut proclamé 
roi par les Irlandais sous le nom d'Edouard VI. 
Henri VII assembla en février 1487 un grand conseil 
de pairs et de prélats, et, d'après leurs avis , annula 



SECT. III. HENRI VII, 1485 — 1509. 105 

les restrictions qu'au commencement de son règne il 
Mvait ajoutées à' l'amnistie , de manière que celle-ci 
devint générale ; il tira le véritable Warwick de la 
GTonr, et le logea avec lui au palais de Shene pour le 
Sûre voir à toutes les personnes de la cour; il le laissa 
converser avec tout le monde* 

Parmi ceux qui pouvaient s'assurer ainsi de la vé- 
sité fut le comte de Lincoln que Richard IIl avait dé- 
jflilaré son héritier. On ne conçoit pas le motif qui peut 
^ivoir engagé ce seigneur à vouloir placer un imposteur 
^r le trône qui lui était destiné à lui-même ; mais le 
jsfiût est que le comte de Lincoln se rendit en Irlande , 
pzeconnutle disciple de Simons^ et pressa son couron- 
nement qui eut lieu le 28 mai 1487. Il avait amené 
^2,000 vétérans allemands commandés par Martin 
Sdiwarz y avec ces troupes et 6,000 Irlandais il passa 
en Angleterre et attaqua, le 16 juin, l'avant-garde du 
roi à Stoke. L'action fut bientôt décidée. Les Alle- 
mands se battirent bien, et périrent tous; les Irlan- 
dais l^èrement armés ne pouvaient soutenir le choc 
de la cavalerie anglaise. Lincoln resta sur la place. Si- 
tuons et son pupille tombèrent entre les mains du 
vainqueur. Le prétendu Edouard VI reprit son nom 
réel de Lambert Simnel et fut fait marmiton des 
cuisines du roi , puis avancé au poste de fauconnier. 

Henri VII connut par cette aventure qu'il s'était 
aliéné l'affection des Yorkistes. Pour la regagner, il 
fit couronner son épouse qui languissait dans une es- 
pèce d'abandon , quoiqu'elle eût déjà donné au roi 
un héritier , le prince Arthur. 



106 LIVRE VT. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

l'uilic dîî" ^"^ ^ paiement abolit & cette rpoqwc un usage qm . 

?rîi"iedeu* ' cxistûit (lepuls (les siècles sons le nom de maintenance^ 
Un appelait ainsi une association d individus sous un 
clief dont ils portaient les livrées et auquel ils dtaiedt . 
lies par serinent; ils étaient engagés à soutenir, 
armes a la main, les querelles particulières de ce cli 
et des membres de l'association. Plus d'une fois l 
cours de lîi justice était arr/^té par les maintcnaiicrs » 
^et les coupables échappaient à la peine qu'ils avaient 
méritée. 

C'était aussi h l'aide de ces associations qui rappcllcfl) 
l'usage des peupler germaniques , dont parle Tacite ' 
que les lords pouvaient à chaque instant lever de! 
troupes pour s'opposer au roi. Le chancelier , le tn?-^ 
sorier, le garde du sceau privé, et quelques autfe» 
magistrats furent institués juges pour la répression it\ 
ces délits. C'est là l'origine de la chambre étoUéè aitWij 
nommée d'après la décoration delà salle où cette coûH 
siégeait. ' j 

•umTîv"'" ^^ second imposteur qui parut pour dî.^puter le trône t 
à Henri Vil fut un nommé Perkin Warbeck. Ce ftrtj 
Marguerite , duchesse douairière de Bourgogne, soetUr^ 
dTKdouard rV et db Richard lll qui le produisit Stir^ 
la scène. Porkîii ou Peterken (Pierrot) était Itf flb 
d'un Juif baptisé de Tournay ; il était né à Lo^iclfés, 
(!t Kdouard IV avait été son parrain. IaI ressemblance 
frappante de ce jeune homme avec V^douard avait ac- 
crédité le bruit cpvil était son fils. Marguerite le jugea 
pro]>re à jouer le rAle de Richard , duc d'York , qu'oft 

» Voy. v(il. 1, 1». 2*2(> (le n- Cours. 



8KCT. m. iiENiu VU, 1185—1509. 107 

disait avoir «Scliappé lorsque Edouard V fut assassine. 
Henri Vil ayant, en 1492, déclare la guerre à 
'Tjharles VIII , roi de France , et ayant formé le siège 
de Boulogne , ainsi que nous l'avons raconté ^ , la du- 
^chesse crut le moment arrivé pour exécuter son pro- 
■ jet. Perkin se montra d'abord en Irlande et y prit le 
nom de Richard IV. Invité par Charles VllI, qui était 
du secret, à venir se concerter sur les moyens de faire 
la guerre à V usurpateur, Perkin fut reçu en France 
' comme le véritable duc d'York , et conmie ThcTitier 
r légitime de la couronne d'Angleterre. Marguerite, 
pour mieux jouer la comédie, affecta d'abord de le 
traiter d'imposteur et refusa de le voir 5 puis elle con- 
sentit à le mettre à l'épreuve par des questions qu'elle 
loi proposerait. W^arbeck avait bien étudié le rôle au- 
quel on l'avait préparé. Marguerite montra la plus 
grande joie, le reconnut comme son nevCu et ne Tap- 
pda plus que la Rose blanche de l'Angleterre. 

Le bruit de l'apparition d'un héritier de la maison 
d'York fit une sensation extraordinaire en Angle- 
terre. Les partisans de celte famille relevèrent les tètes 
et formèrent un complot \ mais , avant de faire une 
démarche décisive, ils voulaient s^assurer de la vérité. 
Us envoyèrent Robert CliiTord et Guillaume Barby 
dans les Pays-Bas pour scruter Torigine de celui qui 
se donnait pour le fils d'Edouard IV. Cliflbrd , trom- 
pé ou gaigné par Marguerite, assura ses commettans 
que Perkin était le véritable duc d'York. Henri VII , 
de son côté , apprit toute la vérit(' i>ar sets émissaires , 

» V'oy. vol. XVI, |). 78. 



' 108 LIVRE VI. CHAF. IX. ANGLETERRE* 

et exigea de l'archiduc Philippe Pextradilion de W 
bek qui vivait toujours à la cour de Marguerite 
conseil d'état (car Philippe était mineur) ayant i 
pondu que la duchesse possédait son douaire en plei 
souveraineté , le roi prohiba tout commeree en 
l'Angleterre et les Pays-Bas , et porta ainsi un co 
bien sensible à l'industrie des Flamands. 

Henri VII corrompit Clifford, l'agent desYorkis 
et apprit ainsi toutes leurs menées. En un même jour 
( 1494) , il fit arrêter tous les chefe comme prévenus 
de haute trahison. Leur correspondance avec les a 
du prétendu Richard IV fut le motif sur lequel î 
furent condamnés à mort. Quatre furent exécutés^ 
les autres reçurent leur pardon. m 

L'arrestation du lord chambellan, sir William Stan» 1 
ley, causa une grande consternation. GliiSbrd l'accusa ! 
au grand C0]^seil d'avoir été impliqué dans la conspi- 
ration. Sir William était le frère de Thomas Stanley i 
comte de Derby, troisième époux de la mère du roi, 
et il avait sauvé la vie a celui-ci à la bataille de Bos- ■^ 
worth. Néanmoins il fiit condamné et exécuté le 15 , 

* 

février 1495. On prétendit que tout son crime avait ' 

été de dire que s'il était sûr que le prétendant fut le 

fils d'Edouard , rien ne l'engagerait à combattre contre 

lui. C'était, aux yeux de Henri VTI, méconnaître léa 

droits de sa naissance. D'autres disent que le véritable 

crime du lord chambellan était son immense richesse. 

de*l"!ÏISli^e* Les Flamands souffraient beaucoup de Tinterrup- 

*er*re ï^^î^s^ ^^^^ dclcur commcrcc avec l'Angleterre. Leurs plaintes. 

'^'" ** engagèrent l'archiduc à chercher à se rt'concilier avec 




SECT. III. HEVRI VÎT, 1485—1509. 109 

Henri VII. Le 24 février 1496, il fut conclu, entre 
^Angleterre et les Pays-Bas , un traité d'amîtié qui 
îrt connu sous le nom du grand traité de corn-' 
• n rétablit la liberté du commerce, mais on y 
une clause qui depuis ce temps devint coutu- 
Itoire : les parties contractantes s'engagèrent mutuel- 
Béinent à ne pas souffrir dans leurs états respectifs les 

tneniis de Tune et de l'autre. Cette stipulation força 
Wrbeck à chercher fortune ailleurs. Après une ten- 
%tàfe infructneuse pour être reçu en Irlande , il se 

t en Ecosse. Jacques IV qui régnait dans ce pays, Onenvas- 
teQement convaincu de la vérité du récit que lui 
Fimposteur, qu'il lui donna en mariage Elisabeth 
rdon , demoiselle d'une grande beauté et alliée à la 
■Biiiilli royale ^. En violation de la trêve qui existait 
fktftre l'Angleterre et TEcosse , Jacques leva une armée 
^ fit une irruption en Angleterre où Pcrkin publia 
tai manifeste contre Henri. Il ne produisit pas d'effet, 
^^mie seconde irruption, faite en 1497 , n'eut pas 
J.'^his de résultat. Henri VII et Jacques IV conclurent, 
\3t 39 septembre 1498, une trêve de sept ans , qui en- 
^^ohe fut prolongée pour tout le temps de la vie des 
' drax rois y et un an après la mort du dernier survi- 
î: Tmt Ce Ait don Pedro Âyales', ambassadeur du roi 
^ f Aragon y qui négocia ce traité* 

Avant sa signature > Warbeck était parti avec son 
épouse et une centaine d'aventuriers ; le 7 septembre, 
il aborda dans la baie de Whitsand, et marcha vers 
Bodmin. Environ 5,000 habitans du Cornouailles, 

^ Aiezindce Gordon a?ait épouse aoe fille de Jacques I. 



faux 
IV. 



110 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

qui s'etaîent révoltes à cause d'une taxe , se joigniri 
au faux Richard IV. Mais désespérant de se main 
contre les troupes qui marchaient pour le combattre^ 
il se sauva au monastère de Bewdley. Son épo 
tomba entre les mains du roi qui fut si touché de | 
beauté et de ses grâces , qu'il l'envoya à la reine et 
fit un sort honnête. Elisabeth fut long-temps l'o 
ment de la cour de Londres , où on ne l'appelait 
la Rose blanche , par allusion au nom que la duch 
de Bourgogne avait donné à Warbeck, ainsi qu'à 

Ex^ution dû beauté et à la candeur de son épouse. Warbeck 

par une promesse d'avoir la vie sauve , s'était lai 
engager à sortir de son asile , fut conduit à Lond 
et mis sous la garde de quelques personnes de c(^ 
fiance. Ennuyé de sa rtclusion , il s'échappa au bai|| 
de quelque temps , et se voyant poursuivi , il se sauig 
dans un monastère, d^où il fut tiré et ra.mené à Wç% 
minster. Deux fois on le plaça sur un échafaud^ody 
par des moyens violens, on le força à doi^nçr publîif 
quement lecture d'une déclaration par laquelle 1 
avouait sa fourberie ; après quoi il fut mis à la Touxk 
Après quelques mois de détention , il forma Iç projf|| 
de s'échapper avec Edouard Plantagenet , CQmte ^ 
Warwick. Ce complot ayant été découvert , Warbet^ 
fut condamné à être pendu, à Tyburn. La ^utenqf 
fut exécutée le 2 3 novembre 1499. 
poules sur TcUcs sout Ics circoustances de l'avepture d^Perkîi 

WRichaiHi Warbeck, rapportées (à quelques erreurs près ^am 
lesquelles Rapin et Hume sont tombés ^.et qu^le dpo* 
teur Lingard a redressées), d'une manière unifornu 




SECT. III* UEMU VII, 1485 — 1509. 111 

rir tous les historiens anglais. Malgré cette unanimité^ 
nous est impossible d'y attacher une foi implicite* 
pl y a quelques points qui nous paraissent entièrement 
Kbuleux y inventes par un prince qui voyait son trône 
Rienacë, et crus par des courtisans complaisans. Il se- 
rait possible que la passion de la vengeance eût em- 
ié la duchesse de Bourgogne à jouer le rôle odieux 
l'on lui prête } mais qui croira jamais que le cheva- 
que Charles VllI et le noble Maximilicn V (car 
Best aussi mêlé dans cette intrigue) , aient donné les 
à une telle imposture? D'après nous y on- ne 
ira y à moins de produire des faits non encore 
nus, résoudre les doutes que M. de Berlrand- 
oleville a élevés sur cette histoire. Gomment , en 
, pour ne nous arrêter qu'à une seule considéra- 
, n'a-t-on jamais confronté Perkin avec les deux 
cesses qu'il disait être sa mère et sa sœur? Un 
fedésaveu donné à Perkin par la reine douairière et par 
Nft reine régnante , aurait nécessairement désabusé la 
Ihation >. 

L * « Ricbarcl, duc d*York, dit le ministre de î^nU XVf , second fils 
ffÉdoiiard IV, ayant ëtë renferme à la Toar , en 1483, à l'àgc de 
^Waf an», on avait toujours suppose depuis qu^il y avait été assas<- 
pûié. Ce bruit s*était répandu non-seulement en Angleterre , mais 
irim toute l*£urope , et , en 14d2 , il avait acquis une t!elle consis- 
tance , par la croyance générale établie depuis neuf ans , qa*il était 
^ÎBBpossible d'admettre que Richard fût encore en vie, à moins qu'il ne 
fit constaté, par les preuves les plus évidentes, comment il était sorti 
de la Toar, par qui il avait été assisté, dans quels lleax et avec qui il 
avait véca depuis son évasion. Il fallut aussi qu'il fût confronté avccles 
personnes auxquelles avait été confié le soin de son enfance et de son 




112 UVRE VI. CHAP. IX. ANGLETEHRE. 

jjjj^ yT* Pendant que Warbeck ëtait en prison avec le coi 
àe Warwick, un nouvel imposteur répandit le bi 

ëducahon ; il devait surtout être reconnu parsamèreet par ses sa 

Or, il est certain qoe cette confrontation n*a pas eu Heu , et qu 

Gune de ces preuves n'a été produite. Ainsi, soit que Perkin fûti 

lement le duc d*York on non , ses prétentions nVtaient fondées 

\ sur la conformité de son &ge avec celui de ce prince , sur sa gr< 

ressemblance avec lui , attestée par plusieurs personnes , sur sa 

faite connaissance de la langue anglabe , sur la pureté de sa 

nonciation y sur l'exactitude de ses récits concernant les aneci 

particulières à la famille royale , ainsi que sur les incidens )ou 

liers, les occupations et les compagnons de ses jeunes ans) d*aiU 

on ajoutait en sa faveur que sa reconnaissance pour les perse 

qui avaient contribué à lui procurer sa liberté et à lui sauver la 

ne lui permettait pas de4es exposer à la vengeance de l'usurp 

en découvrant leurs noms; que, quoique dans ses proclamalioi 

se fût abstenu d'entrer dans aucun détail à ce sujet , il est év 

qu^il avait été moins réservé avec la duchesse de Bourgogne et 

les rois de France et d'Ecosse , puisqu'ils l'avaient tons reo 

pour le véritable duc d'Tork; que quant à sa confrontation av 

mère et sts sœurs , il était constant qu'il n'avait jamais été ei 

pouvoir de leur être présenté. Cependant toutes ces circonslan 

ces raisonnemens , admissibles seulement en manière de probal 

et de conjectures propres à appuyer et à confirmer une pi 

réelle , ne pouvaient pas la suppléer. Il en résulte que Perkin 

qu'il fût , n'établit jamais sts droits par des preuves assez sat 

santés pour autoriser la nation à le reconnaître pour son souv 

légitime. Il reste à examiner s'il fut mieux prouvé par Henri 

Perkin était un imposteur. » 

a C*est par erreur que Rapin et Hume ont avancé qu'aussitâ 
Warbeck parut, le premier soin d'Henri fut de constat 
mort du véritable duc d'Tork; que des cinq personnes qui ai 
été employées par Richard lU pour Passassinat de ses neveux,*] 




SBGT. III. HENRI VII, 1485 — 1509. 113 

me ce prince était mort , et ensuite un autre, d'après 
Jeqpiel le premier bruit n'aurait été inventé que pour 

.d Dighton étaient les seuls qai existaient alors , et que leurs aveux 
furent couformes. Thomas More à qui ces deux historiens se réfèrent, 
£t que Tjrrcl étant renfi^rmé à la Tour pour trahison commise 
^contre Henri , avoua le fait (rassassinat) ^ ainsi que Dighton. La 
Sble (le cet aven doit donc s'accorder avec celle de la trahison et de 
rempoisonnement de Tyrrel. Or , il est pfouvé , par des documens 
Ritbenliques , qu'à Tépoque où Perkin parut , et après sa réception à 
rîs, Tyrrel élail honoré de la confiance du roi , qu*il avait oh— 
Z^tnn le commandement de Guines, et qu'il fut nommé un des com- 
■ûssaires pour la conclusion du traité d*Éiaples(RYHER Fad, VoK 
, pag. 481). Il ne fut mis en prison que dix aus après , lors de la 
lite de SufTolk, en 1502; et étant accusé de trahison , il fut con- 
'^mnéet décapité, tarnlis que Dighton, qui s*étail déclaré un des 
•enrtriers des deux princes, fut mis en liberté au grand scandale de 
h justice publique ; mais le témoignage de ce misérable obtint si 
^|ra de confiance, qu'Henri n'en fit jamais usage dans ses déclara- 
, tîoos subséquentes (Bacon, pag.l'i3). On peut donc regarder comme 
L une vérité înconlestab le , qu'avant l'exécution de Perkin, Henri 
[ n'avait pn découvrir aucune preuve du fait important et décisif de 
l Fassassinat des deux princes. Le récit historique qu'il publia sur U 
■lissance et les prétendues aventures de Perkin, d'après le rapport 
de »t% espions, est une fable ridicule et incroyable, imaginée par 
cm on composée sur d'absurdes ouï- dire, dénués de toute espèce 
de preuve , se contredisant l'un l'autre , et entièrement démentis par 
la prétendue confession de Perkin , si elle a jamais existé , ce qui 
eit encore très -douteux. Henri n'ayant pas pu parvenir à établir son 
[ titre d'une manière satisfaisante, il en résulte qu'il n'avait, pas le 
; Boindre moyen de mettre en évidence les. prétendues impostures 
dont il accusait Perkin , dont ridenlitc avec le duc d'York était 
idutôt confirmée que réfutée, non-seulement par le récit historique 
I poblié par le roi lui-même , mais surtout par sa persévérance à ne 

I XTIII. 8 



; 



114 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLBTBKltli»^ 

cacher l'éTasion du prince. Ralpk Wilford panil 
alors , et se donna pour Warwiek. Cette intrigue fol 
bientôt découverte ^ et le faux Edouard exéc*uté aa 

faire aucun usage du moyen infaillible quMl avait en son pouvoir 
pour découvrir la ve'ritë. L*idientitë personnelle, à des époques diffé- 
rentes , ne peut être prouvée que par la reconnaissance et les déclara- 
tions des parens et des amis. La mère et les sœurs de Perkin de- i ' 
vaient se rappeler , Tune de son fils , les autres de leur fîrère ; le laps 
de neuf années ne pouvait pas avoir effacé de leur mémoire l'obje 
des tendres regrets que leur causait sa perte. La virilité avait sans * 
doute grossi sti traits, mais elle ne pouvait pas les avoir fait entière- , 
ment disparaître , ou , s'ils étaient altérés, quelque marque ou tache i 
particulière plus ou moins remarquable sur la figure ou sur quel- : 
qu'un de ses membres n'était pas effacée , et aurait réveillé des sou- 
venirs mutuels; mille autres incidens auraient pu produire le même 
effet , et particulièrement les circonstances de la nuit mémorable où 
toute la famille royale se réfugia dans un monastère , leurs mal- 
heurs , leurs dangers , leurs caresses et leurs aiHeux solennels. Lts 
déclarations de la reine douairière , de la reine régnante et de sa 
sœur, auraient décidé qui était Perkin; si elles ne Teussènt pas re- 
connu , la nation aurait nécessairement été désabusée , parce que 
leur décbion n'était pas suceptible d'appel. Jusqu'à présent aucun 
historien n'a fait mention des motifs qui avaient pu empêcher Henri 
d'avoir recours à un moyen aussi naturel et aussi sûr pour décou- 
vrir la vérité : il n'est donc pas improbable qu'il ne le rejeta que 
dans la crainte que l'identité de Perkin avec le duc d'York , déjà at- 
testée par Stanley, Fitzwalter et plusieurs autres amis d'Edou- 
ard IV , qui avaient scellé leur conviction de leur sang , ne fût en- 
core confirmée par le témoignage des princesses. » 

a Si ces circonstances ne suffisent pas pour constituer cette preuve 
légale et concluante sur laquelle un jugement doit toujours être 
fondé , on peut les considérer , peut-être , comme équivalant à une 
preuve morale , que Perkin nVtait pas un imposteur. » 



SECT. ITl. HEVRÏ VH, 1485—1509. 115 

mois de mars 1499. Ce fut verë là fin de la même 
minée ^ que le vc^ritable Warwîck se laissa entraîner 
dans le complot de Perkm Warbeek. Condamné j^ar 
la chambre des pairs , il fut décapité le 28 novembre 
1499. Avec lui s'éteignit la ligne masculine des Plan-- Kxtmctkm d« 

Is nuivoii die 

tagenetsqui avait régné en Angleterre trois cent trente- Pi«nt«ge««<. 
un ans ^ depuis Henri II, en 1154, jusqu^à Tavène- 
ment de Henri VU, en 1485. 

Henri VII eut k combattre plusieurs révoltes aux- i>îve«« n*- 
quelles son avarice donna lieu. Il se servait de tous les 
prétextes pour se faire accorder pnr le parlement de 
gros snbsides qu'il feisait rentrer avec rigueur , mais 
qui furent employés ensuite à grossir son trésor. Une 
de ces révoltes éclata , en 1488 , dans le comté de 
Durham; elle fut sérieuse, et ne put être apaist'^ que 
par l'emploi de forces considérables. LNrmeute des 
kabitans de Gomouailles qui refusaient de payer tes 
subsides votés par le parlemiéht, an mois de janvier 
1497, fut bien plus dangereuse. Sons la conduite de 
lord Audley, d'un avocat, nommé Thomas Flam- 
mock, et de Michel Joseph, maréchal-ferranl , l<»s 
rebelles poussèrent jusqu'à Blackhcath , où il fallut 
leur livrer une bataille , dans laquelle ils perdirent 
3,000 hommes. Leurs chefs furent pris et exécutés ; le 
reste se dispersa. 

Comme c'est sous le règne de Henri Vil qtie fu- j^^*"' *** ^'^"^ 
rent rédigées pour l'Irlande les ordonnances con- 
nues sous le nom de sixttuts de Poynings , il sera à 
propos de jeter un coup d'œil sur Tétat de cette île 
à celte époque. 



116 ' LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERKE. 

Depuis la conquête de l'Irlande^ sous Henri II, le 
gouvernement anglais avait adopté un principe qui est 
la vraie source de tous les maux qui ont affligé ce pays 
jusqu'à nos jours, maux que. la sagesse des princes et 
la prudence des ministres ne sauraient guérir , tant 
qu'on n'aura pas fait tarir la source d'où ils découlent. 
Et comment tarir cette source , sans un bouleverse- 
ment général de l'ordre des choses actuel ! L'Irlande 
est un monument qui rappellera éternellement aux ' 
souverains , qu'en politique comme dans la vie privée> 
toute injustice qui n'est pas prompt ement réparée , 
force celui qui Va commise à une suite de nouvelles 
injustices, jusqu'à ce que le poids de toutes ces vio- 
lences , retombant sur l'auteur, l'écrase. 

D'après un principe qui est celui des états d'Asie, 
Henri II et ses successeurs se regardaient comme pro^ 
priétaires de toute la surface de l'Irlande, sans ad- 
mettre d'autre titre de propriété particulière que celui 
qui se fondait sur une concession royale. Pendant 
quatre cent quarante ans , c'est-à-dire depuis 1170 
jusqu'en 1610 (époque où nous verrons un change* 
ment s'introduire ) , l'Irlande nous montre deux 
peuples ennemis , dont l'un tend perpétuellement à 
subjuguer l'autre : dans la partie orientale, formant 
environ le tiers de l'île , des Anglais parlant anglais^ 
ayant des mœurs et des institutions anglaises ; au 
nord , à l'ouest et au sud , une foule de tribus à moitié 
barbares , ayant leurs chefs indépendans les uns des 
autres, sur lesquels le roi d'Angleterre prétend exercer 
la suzeraineté et auxquels il demande tribut. Ces peu- 



8BCT. m. HEVEi VII, 1485 — 1509. 117 

• 

pies s'y soumettent quelquefois par peur , s*y refusent 
quand ib sont les plus forts ; tous se réunissent dans 
leur haine pour les étrangers intrus, tous s'entre- 
détestent et se font la guerre. La partie de Hle babitée 
et possédée par les Anglais , était nommée Pale* 

Méconnaissant l'importance dont la possession tran- 
quille de l'Irlande aurait été pour les rois d'Angleterre^ 
ces princes dirigèrent toute leur politique sur le con- 
tinent , et s'épuisèrent à faire des conquêtes précaires 
en France , abandonnant à des aventuriers le soin de 
soumettre File. La nécessité de soutenir quelquefois 
ces entreprises particulières par la force des armes , 
devint très-onéreuse aux rois d'Angleterre, et l'his- 
torien Hume remarque qu'au lieu d'être de quelque 
rapport à ces princes , l'Irlande coûtait annuellement 
â Henri V la somme de 2,000 livres sterlings. 

Les aventuriers qui allèrent faire la conquête de 
llrlande y étaient encouragés par les concessions que 
leur firent les rois d'Angleterre; on leur alloua , à titre 
de fiefs de la couronne , les terres dont ils réussiraient 
à se rendre maîtres*, mais, pour qu'ils pussent s'y 
maintenir^ il fallut nécessairement leur accorder la 
permission de faire la guerre pour leur propre compte. 
La supériorité de leur discipline leur donna de grands 
avantages sur ces peuples à demi sauvages , et leurs 
conquêtes devinrent pour eux des titres à la recon- 
naissance publique , et ils continuèrent à se faire ac- 
corder, à eux et à leurs amis et serviteurs, de nou- 
velles concessions de terres. Telle est l'origine des 
vastes territoires que les descendans des premiers con- 



il8 LIYRB VI. CHAP. IX. ANGLETERICE. 

^éfws possèdent dans l'île. Ces hommes irouvëreol 
plus d^avants^ge à faire cultiver le sol par les indigènes 
réduits en état de servage plutât que d'y fixer des co- 
lons libres. Ils retardèreat ainsi à dessein les pvogcËs 
de la civilisation , et joignirent le mëpris à la d^rada- 
tion. I^e meurtre d'un indigène par un Anglais ne fut 
pas regardé comme un criiqe cppital. 

Les possesseurs de ces vastes domaines aimèrent * 
mieu^ jouer le rôle de chefs de tribus , que celui de 
grands vassaux de la couronne d'Angleterre. Les pe- ' 
tits vassaux imitèrent leur exemple ; les uns et les «u- ~ 
très adoptèrent les moeurs des indigènes et auraient ^^ 
peut-ét^e fini pair devenir Iriandais , d'Anglads qi^âs ^ 
étaient , si le gouvernement , remarquant le pas rétiXH 
grade que faisait la civilisation dans l'île d'Irlande, 
n^avait craint que sa ^uïeraineté ne fût compromise 
s'il n'arrêtait cette marche. Par ce motif le parlement 
deKilkenny de 1 567 défendit les mariages^entre Anglais: 
et indigènes ^ ^ interdit aux Anglais de placer leun ' 
enfàns, pour l'éducatipn , che;^ des Irlandais, de leur 
donner des pa^fi^ps «de cette nation , d'entretenir des 
bardas. Le parlen^ent de 1117 ajouta la ^fense de 
laisser croître les cheveux et la barbe k la façon du 

9 

pays. 

L4 constitution irlandaise était modelée mf celle 
dç la ;mère-patrie ; mais elle ne s'était pas perfection-^ 
née comme la .derniâ'e. La forme du gouvernement 
é^u^t une w^ ^jatocratie } car la chambre des com- 
mi^nes p'avait ^iicune autorité. Les petits propriétaires 
dépendaiçnl; des seigneurs dont ils étaient les' vassaux 



6BGT. III. IIEBnU VU, 118& — 1509. 119 

•u les fermiers. Dublin et Waterford «fiaient presque 
les seules villes consicl<5rables ; les grands y possédaient 
le droit de cité et y exer^ient la principale autorité. 
Ils continuaient à faire la guerre aux indigènes , soit 
pour augmenter leurs possessions ^ soit pour faire des 
prisonniers qu'ils pussent réduire en état de servage. 
Us ne voulaient pas que les rois d'Angleterre ache- 
vassent la conquête de Itle, parce qu'elle n'aurait pu 
se faire que par UDe armée nombreuse à l'aide de la- 
quelle les rois auraient sans doute mis fin aux vio- 
lences des grands. 

Les grands vassaux d'Irlande profitèrent surtout suim j* ^ 
des guerres civiles d Angleterre pour s afiermir dans 
kur puissance. Richard, duc d'York, père d'E- 
douard IV, avait été lord-lieutenant d'Irlande avant 
de prendre les armes contre Henri VI. Dans ce poste . 
il avait gagné, par son administration aristocratique , 
l'affection des Anglais établis en Irlande : elle passa i 
sa descendance > la maison d'York. Nous avons vu 
avec quelle facilité les seigneurs avaient reconnu Lam* 
bert Simnel pour Edouard VI. Ils ne se montrèrent 
pas moins favorables à Perkin , lorsqu'il se donna pour 
Richard , duc d'York. Henri VII jugea alors néces- 
saire d'établir l'autorité royale en Irlande, en mettant 
des bornes à celle des grands vassaux. Il conféra le 
gouvernement de l'île avec le titre de duc d'York à 
Henri , son second fils *, mais comme ce prince n'avait 
que quatre ans, il lui substitua sir Edouard Poynings. 
Celui-ci assembla, eu 1495, à Drogheda, un parle- 
ment j où , |>ar son autorité , i>eut'ctre aussi par l'in«* 



120 LIVRE Vï. CHAP. IX. ANGLBTEKRB; 

fluence des communes qu'il y avait encouragées, il ISI 
passer des statuts ordonnant : 

1**. Que divers actes du parlement d^Angletente s^f 
rapportant à des affaires civiles qui n'ëtaient pas en-. 
core réglées par des lois en Irlande , y seraient intro* 
duits ^ 

2*. Que les guerres privées des lords cesseraient ; 

3°. Que les tributs payables par les sujets au roi et 
aux seigneurs seraient réglés; ^ 

4°. Qu'il ne pourrait être tenu en Irlande un parle- * 
ment légal , ni être fait des décrets valables , sans le I 
consentement et l'approbation du roi -, \ 

5^, Que le parlement d'Irlande ne pourrait délibé- : 
rer que sur les matières qu'un arrêt du conseil; privé 
du roi aurait approuvées. \ 

Tels sont les actes connus sous le nom de statut de 
Poynings : ils n'étaient pas , comme quelques écri- 
vains l'ont pensé, la première tentative des Anglais 
d'opprimer la liberté des Irlandais j ils tendaient plu-» 
tôt à prémunir les communes d'Irlande contre le des- 
potisme des grands. Il est vrai pourtant que par la 
suite on s'en est servi pour l'oppression de la liberté 
des Irlandais. 
LoisdeHen- L'Angleterre aussi dut quelques bonnes lois au 
règne de Henri VII. Tel est le fameux statut par le- 
quel il fut déclaré que quiconque aurait , par la voie 
des armes ou autrement , soutenu la cause du roi ré- 
gnant de fait, ne pourrait jamais par la suite être 
poursuivi devant les tribunaux ou par acte du par- 
lement pour une telle obéissance. Telles sont en-- 



SBOT. m. HBNRi Yii, 1485>— 1509. 121 

core les lob contre le rapt , contre l'usure , contre la 
Diligence dont les juges de paix se rendraient cou- 
pables dans l'exercice de leurs fonctions; contre Fabus 
du bénëâce du dergd ; telle fut encore la loi qui dis- 
pensait les indigènes du paiement de tout droit dû aux 
juges, avocats, procureurs et greffiers^ loi équitable 
si die n'avait donné à cette classe le go&t des procès. 
Une loi de 1489 donne à la noblesse la faculté d'alié- 
ner ses terres : elle eut des suites importantes et con- 
tribua à la décadence de la noblesse et à l'enricbissc- 
ment des communes. Henri fut le protecteur du com- 
merce qui lui payait des droits d'entrée considé- 
nbles. 

Nous avons parlé dans le chapitre destiné i l'his- «^'^^492 
foire de France ^ de la guerre que Henri VTI fit en 
1492 à Charles VIII ^ guerre peu glorieuse pour les 
armes anglaises et qui fut terminée promptement, le 
3 novembre, par la paix d'Etaples qui ne fit pas plus 
dlumneur à Henri VII que la trêve marchande n'en 
avait fiiit à Edouard IV. 

Ob a remarqué une singulière analogie entre les ca- iNojeici* m». 
nKtèresde Henri VII et de Ferdinand le Catholique. F"«<^e'»«''-»»*»- 
Comme ces deux monarques n'étaient pas dans le cas 
d'exercer l'un envers l'autre leur dissimulation et leur 
politique astucieuse, cette conformité leur avait ins- 
piré une estime mutuelle. Depuis 1497, ils étaient 
eonvenns d'un mariage entre Arthur , fils aîné du roi 
d'Angleterre, et Catherine, quatrième infante d'Ara- 
gon. Ce mariage eut lieu, le 14 novembre 1501, à 

• Voj. %oL XVI, p. 76. 



t32 UYRB YI. CHAP. IX. ANGLXTSRRC^ 

Londres. Cinq mois après, Arthur qui donnait 
plus belles espérances, mourut, et ce décès foumit^ 
deux princes l'occasion de lutter l'un contre l'autre 
talens. Dans ce combat Henri triompha; il est 
qu'il avait l'avantage en main. Pour ne pas être ofob 
gé de renoncer à la dot de l'infante qui devait se 
ter à 200,000 ducats, Henri YH proposa un maria{ 
^atre son second fils, le duc d'York, qui fut aloi 
nommé prince de Galles, et qui avait douze ans, et 
veuve de son frère âgée de dix-^neuf. On convint qn^g 
cette union aurait lieu deux niois après l'arrivée de ii^ 
dispense du pape, et seraijt célébrée quand le prino^ 
aurait atteint sa quinzième année , mais qu'en atteii«^ 
dant Ferdinand enverrait 100,000 ducatsqui restaient^ 
à payer pour la dot de Catherine. La dispense nêà 
manqua pas; mais l'argent n'était pas arrivé, lots4 
que le jeune Henri atteignit sa quinzième année^ c'est^ 
à-dire le 38 juin 1505. Alors ce prince, par ordre de 
son père, protesta qu'il n'avait aucune intention dft^ 
rendre légal le contrat de mariage qui avait été conclu^ 
pendant sa minorité. En même temps Henri VU as- 
sura Ferdinand le Catholique que la protestation de- 
son fils n'avait d'autre but que de constater sa libertéf 
et qu'il avait toujours le désir d'épouser Catherine^ 
Cependant le mariage fut retardé , parce que les. 
100,000 ducats n'arrivaient pas. Enfin Ferdinand 
promit de les payer en trois termes , chacun de six 
mois. Les deux premiers furent payés , mais avant 
l'expiration du troisième Henri VII mourut, et ainsi 
le mariage n'eut pas lieu de son vivant. 



I 



8B6T« III. HENRI YII, 1485 — 1509. 123 

H^^L'avarice ipii faisait la base du caractère de Henri , h^vu? ^ 
£foonde en expédicns pour faire passer dans ses 
l'or de ses sujets, et il fut secondé dans ses ope- 
ions par deux jurisconsultes barons de Téchiquier, 
i ne connaissaient pas de scrupules, Richard Empson 
Edmond Dudley. Ils firent revivre toutes les pres- 
ions fëodales, tous les droits de la couronne tombés 
Poubli ; exigèrent les arrérages , exécutèrent 
iennes confiscations et condamnations à des 
ides auxquelles on n'avait pas voulu donner suite, 
accuse ces ministres avides non-seulement d'avoir 
imé à leur profit une partie des sommes qu'ils 
irquaient ainsi à la nation^ mais aussi d'avoir fa- 
lé de fausses pièces qui donnaient lieu à des 
Toutes ces causes devant être jugées par 
cour de l'échiquier, l'étaient en faveur de la cou- 
une. 
Henri Vil mourut au château de Richmond . le 22 *'«'*•«•!?*- 

. "^ tire el familln 

^•vril 1569, n'étant âgé que de cinquante-deux ans. Il **• "*^"" ^* 
Savait régné avec un pouvoir sans borne. La nation fa- 
' lignée par de longues discordes, était heureuse d'avoir 
' m souverain qui sût réprimer les factions et tenir 
- JLWe main ferme les rênes du gouvernement. Son 
caractère s'est peint par ses actions. Il était naturelle- 
ment sérieux, sombre et ennemi des plaisirs ; il ne de- 
venait riant et aimable que lorsqu'il avait des vues 
lor la bourse ou les services des autres. 

Outre son fils Henri^ il laissa deux filles, Marguerite, 
aiariée à Jacques IV Stuart, roi d'Exosse, union qui« 
xevs la fin de notre période, produira les suites les plus 



424 LIVRE VI. GHAP. IX. ANGLETERRE. 

importantes, et Marie qui sous le règne suivant ëpoi 
Louis XII, roi de France, et par un second mari; 
avec un particulier anglais i devint Taïeule de l'infc 
tunëe Jeanne Grey. 

' Voy.vol. XVI,p.i50. 



8BCT. IV. HBNRI VIII, 1509 — 1546. 125 






SECTION IV. 



r Règne de Henri VIII, 1509 — 1546. 






V 



. Affaires du continent jusqu'à la paix de Cambrai 

de 1529. 
Henri VIII ^ fils unique de Henri Vil , monta au cumi»i« et 
oe , sous les plus heureux auspices. A la place d'un Henri viii. 
scTère, jaloux et avare, la nation allait être gou- 
ëe par un jeune prince de dix-huit ans , d'un ex- 
ieur prévenant j intrépide^ actif et affable , parlant 
ieurs langues , instruit dans la philosophie sco- 
(pie et la théologie plus qu'il n'appartient à un 
▼erain , aimant avec passion la musique. H ne lui 
quait que l'expérience des affaires dont son père 
rivait soigneusement tenu éloigné ; mais le goût qu'il 
naturellement pour les occupations sérieuses lui 
aurait bientôt donné la connaissance ; si un peu- 
Ht excessif pour les plaisirs et pour la débauche lui 
it permis de s'y livrer. 

Deux mois après la mort de son père , c'est-à-dire 
3 juin 1509 , le mariage de Henri VHI avec Cathe- 
d' Aragon , que l'avarice de son père avait si long- 
ps retardé , fiit conclu. Les jeunes époux se mon- 
une affection mutuelle. Catherine ayant déclaré 
son mariage avec Arthur , mort à quatorze ans et 
^kmi , n'avait jamais été consommé , elle fut tnariée 
Yee les cérémonies usitées aux noces des vierges ^* 

' Yctue de blanc, les cheveux ëpars. 



126 LIVKR n. CHAP. IX^ ANGLfiTEmB. 

Henri Vni confirma l'assertion de la jeune reine, 
une lettre qu'il adressa à son neveu , l'empereur. 

Empson et Dudley , ces ministres de TaTidité 
HenriYII, furent traduits en justice, 
non pour leurs exactions , mais pour une préteo< 
conspiration contre le roi , et exécutés à la grande 
tisfaction du peuple. 

Les deux premières années du règne de Henri 
furent une succession de fêtes et de âivertisseï 
Pendant les dix-huit suivantes, la politi<]ue de» affai 
du continent occupa toute l'attention de ce 
Dans les chapitres destinés à l'histoire de France 
d'Allemagne, nous avons parlé de toutes les-guei 
et transactions politiques auxquelles l'Angletrerre 
part. Il suffit ici de les rappeler en deux ïaots à la mb 
moire du lecteur, en ajoutant quelques circoastaiMll 
relatives à l'Angleterre en particulier. i 

stiuie ligue. L'espoir d'obtenir du pape le titre de roi très-cb>|| 
tien , dont devait être dépouillé le roi de France , ett 
gagea Henri YH! à entrer, au mois de décembre 1 514| 
dans la ligue de la sainte alliance que le pape Jules 1 
avait conclue avec le roi d'Aragon et avec la réptf 
blique de Valise i. En conséquence de ses engage) 
mens, Henri VIII envoya, en 1512^ 10,000 honunei) 
commandés par le marquis de Dorset , en Bîscaie^i 
d'où ils devaient entrer en France, pour faire, avec h 
secours des Aragonais, la conquête de la Guienne- 
mais Ferdinand le Catholique n'avait demandé Tas 

' Voy. vol. XIII, p. 312 ; vol. XVI, p. 132. 
* Voy. vol. XVI, p. 13Ô. ^ 



f 

l 



^ 8SCT. tv. srami yiii, 1509— 154S. 127 

Ifcjwliiiirir du corps anglais que pour eiécuter ses projets 
pi«ntre la Navarre, qui lui réussirent, parce que, 
k refus da corps anglais de prendre part à une 
DUpour laquelle il n'avait pas d'ordre , Fer^ 
iTiiL servit an moins comme d^nn corps d'ob- 
ration. Une rébellion des soldats anglais força le 
de rttonmer en Angleterre avant l'arrivëe de 
rdre qui le mettait à la disposition de Ferdinand le 
ilique* n y eut aussi un combat naval entre la 
te ftançdise et celle des Anglais, commandée pai^ 
Edovard Howard, ffls de lord Surrey , principal 
Ipe de Henri Vllï : chacune perdit un de ses 
grands vaisseaux , sans que la victoire fut décidée 
une partie ni pour l'autre. 
I^a haine de la nation anglaise pour les Français se ^i^ll^su. 

par le vote d'un subside considérable, au 

>yen duquel Henri continuerait avec vigueur la 

contre la France. L'alliance de Malines du 5 

ë 

1513; lesiége de Térouanne formé par Henri Vin ; 

bataille de Guinegote , du 17 août, ou la journée 

Éperons , que l'empereur Maximilien , en qualité 

génàal du roi d'Angleterre, à la paie jouma- 

de cent couronnes , gagna sur les Français; la 

léte de Toumay , ville appartenant à l'Empire 

Ijlloiit la France était en possession, sont les principaux 

[ifènemens de cette guerre i qui fut terminée par la 

fftix de LfOndres , du 7 août 1514 =». Cette paix laissa à j^^^^^^^^ 

' Pour tous CCS évcnemeiis, voy. vol. X1II| p. 315 ef sutv.; XVI, 
p. 142. 
i ' Voy. vol. XVJ, p. 148. 



/ 



Floddet), 1513. 




i28 LIVRE VI. GUAP. IX. ANGLETEBRS. 

Henri Yin la possession de Tournay etMui donna 

million de couronnes d'or qui était dû h l'Anglete 

par la paix d'Etaples. Louis XII épousa la 

Marie , soeur du roi d'Angleterre. 

Bauiiie (U Pour compléter l'histoire de cette guerl||^ W m 

reste à parler d'une diversion que fit Jacques IV, 

d'Ecosse , en faveur de son alliée , la France , pat 

invasion du Northumberland ^ où il prit Norhàln 

plusieurs autres forteresses. Thomas Howard , comtd 

de Surrey qui habitait le château de Pontefract ,' nM 

massa, dans les provinces du Nord , 26^000 hommei 

avec lesquels il attaqua, le 9 septembre 1513 , l'armA 

écossaise très-avantageusement postée sur la colline dâ 

Flodden. Cette bataille est très*-mémorable à cause drf 

la tactique et de la bravoure que les deux armées 5 

déployèrent : elle ne dura qu'une heure, mais fut trbi 

sanglante. Elle coûta aux Écossais 10,000 hommesi 

parmi les morts se trouvaient leur roi chevaieresqvM 

lui-même, plusieurs évoques, comtes et barons. LesÂtt 

glaispaièrent la victoire du sang de beaucoup desleun 

Comme l'évêque de Tournay qui était seigneur di 

la ville et en cette qualité membre du corps germani* 

que, avait refusé. de prêter serment à Henri VÏIl, ce 

lui-ci avait donné l'administration de l'évéché à Tho 

mas W^olsey, son aumônier, qui pendant la guen 

avait été chargé de la direction du département d< 

vivres. Ce prélat joua, depuis ce moment et pendan 

quinze ans, un rôle très-important sur la scène d^ 

monde. Né à Ipswich de parens riches , mais de 1 

classe des bourgeois, cet ecclésiastique avait été re 



F«ve\ur Je 
Tliomaii Wol- 
9«y. 



SBCT. IV. HEKRi VIII, 1509 — 1546. 129 

roAmaadé i^Henri VUl par Richard Fox , ëvèque de 
lYinchester ; 3 fat employé dans une négociation se- 
erète ^yec la cour impériale et récompensé par le 
iojgffÊjàe Lincoln ^ on des bénéfices les plus riches 
d^A^MP^* Le jeune roi le nomma son aumônier et 
loi donna une grande part dans sa confiance : l'élé- 
jpnce de ses manières et la gaîté de son esprit captivè- 
jrent Henri VIII- Les ennemis de Wolsey Taccnsèrent 
Àd devoir la faveur dont il jouissait au soin qu'il se 
donna d'éloigner le jeune roi des affaires : le grand 
.nombre de lettres adressées à Henri, ou écrites par lui, 
1^ s'est conservé , paraît réfuter ce reproche. Wolsey 
Lie maintint dans la faveur par la souplesse de son ca- 
Lractère qui sut se plier à toutes les idées du monarque, 
.n fut nommé 9 en 1514^ évéque de Lincoln^ et la 
^Boème année archevé(|ue d'York. Il cumula ensuite 
t?ec ce bénéfice , les évôchés de Durham et de Win- 
.diester et plusieurs abbayes et prébendes, et, en 1515, 
|.kpape Léon X le nomma cardinal. Le 33 décembre 
[ 1515, Guillaume Warham, archevêque de Cantor- 
I béry , ayant résigné les sceaux, le cardinal fut nommé 
chancelier, et on lui rend la justice qu'il a rempli cette 
fonction avec une entière imparlialitr et déployé des 
connaissances qu'on ne supposait pas à un prêtre. 
Léon X le nomma ensuite son légat avec des pouvoirs 
extraordinaires. Rien n'égalait l'ambition de Wolsey 
«pie son avidité. Le roi de France lui payait annuelle- 
ment 13,000 livres *, comme compensation de l'évê- 
clié de Tournay, cette ville ayant été rendue à la 

' Fr. 50,000 d'aujoura'hui. 

xviii. 9 



/ 



130 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETBltREt* 

France par le traite de Londres du 4 octobre ISIff» , 
et, en 1520 , LëonX et Charles^Quint lui assignèrent 
une pension de 7500 ducats^ sur les évèchés (le To- 
lède et de Palencia. Le cardinal dépensait s^Hofiw^u^ 
en tenant un état somptueux, en bâtissant leiiiM|pKi8que 
palais de Hamptoncourt dont il fit ensuite présent aa 
roi, en dotant des établissemens d'instruction publi- i 
que , en distribuant des récompenses aux hommes de 
( lettres et aux artistes. Ghristchurch, le plus vaste et le 

plus riche de tous les collèges d'Oxford , lui doit son 
origine. 

Tr«uë de Ainsi que Wolsey avait négocié avec Tamiral Bon- 

1518. nivet le traité de Londres de 1518, qui stipulait la 

restitution de Tournay , de même il fut l'âme de la 

négociation qui amena la conférence de Henri \111 et 

cmp du «ir.p deFrançois I*" au camp de drap d'or de 1 5203^ mais d^à 
il était gagné par l'empereur, qui , avant l'entrevue des 
deux rois , avait passé en Angleterre; et il réussit à dé- 
tacher entièrement son maître de ses liaisons avec la 
France. La politique tortueuse du cardinal le fit pa-* 

Congrès de raîtrc, au mois d'août 1521, à Calais , comme média- 

(''aliii», 1631. . |. 1 • 1 -rv z 

teur entipe le pape , 1 empereur et le roi de France * ; 
à l'issue de cette négociation fallacieuse , selon toute 
apparence, il ébaucha à Bruges l'alliance de Windsor 
par laquelle on partagea la France dont on espérait 
Alliance de f^ire U conquêtc 5. La princesse Marie , promise au 
dauphin, fut accordée ^ l'empereur. Une expédition 

» Voy, vol. XVI, p. 176. « Fr, 360,000 craujourd'huî. 
s Voy. vol. XVI, p. 186. 4 Voy. vol. XV, p. 21. 
5 Voy. vol. XV, p. 22. 



SBCT. IT. HKxai VIII, 1509 — ^^1546. 131 

qwicdaci , 1$}3 ^, < Pn e ( il 

eatqndqncB avantages qv ti *, 

ÙA funiqne rendtat de ce traité. 

La l^oiie que les armes deCkarles-Quiiit acquirent JJ^i^ . 
i Pavicy le reft&s de livrer son prisoniiier k Henri qui 
voulait s'asseoir à sa place sur le trône de France « et 
Tabos qœ fit Charles-Quint de ses avantages , mirent 
fin à Tamitië entre l'oncle et le neven. Déjk aussi le 
f fifi^ffl Wolsey avait |m s^apercevoir qu^on Tavait 
joué en lui promettant la tiare* La France et PAngle- 
terre se rapprochèrent , et « le 50 août 1535 , fut cou- 
da le traité d'alliance de Moore, l'ouvrage de Wol- 
sej ^. Ainsi la politique de Henri VIII changea pour Tmii^ «w 
la seconde fois. Sorti de sa captivité, François i^" cou- isir.Tt tm 
firma par le traité de Londres de 1527 celui deMoore ^. «oac^ a loui 
Un de ces traités assurait k Henri VIII une pension p/^^^*** 
de 50,000 écus d'or par an et la moitié à ses succès • 
seurs. Tout en conservant le titre de roi de France , 
Henri renonça, pour lui et ses successeurs, à toute 
prétention à ce royaume. Par Tautre traité, les deux 
monarques s'accordèrent de déclarer la guerre à Tenir- 
pereur. Cette déclaration eut lieu le 22 janvier 1528. p-i» d« Gm». 
La guerre fut terminée par la paix de Cambrai du 5 
août 1529 4. 
2°. Divorce de Henri f^III et de Catherine 

^Aragon. 
Nous allons nous occuper de Tévènement qui est canM du ai^ 

• Richard de la Pôle. Voy. vol. XIV, p. 196. 
' Voy. vol. XVI, p. 199. » Voy. ibhL, p 208. 

* Voy, vol. XV, p. 63 ; XYI, 207. 



voroe. 



132 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

devenu la cause de la séparation de la nation anglaise 
d'avec la communion de Fëglise catholique, savoir le 
procès pour le divorce de Henri VIII et de Catherine 
d'Aragon , son épouse. Ce procès qui dura plus de 
cinq ans, se compose d'une foule de négociations, dé 
démarches et d'incidens , tous remarquables par eux- 
mêmes y mais dans le détail desquels nous ne saurions 
entrer. Nous nous contenterons d'en rapporter les 
principaux faits et ceux qui nous paraissent importans 
sous le rapport de la politique et du droit ecclésias- 
tique , ou comme ayant amené l'introduction de la 
réforme. 

Henri VH! vivait depuis dix-huit ans dans une 
union heureuse avec Catherine d'Aragon , princesse 
belle 9 douce et vertueuse. Elle lui donna successive^ 
ment trois fils et deux filles; tous moururent fort 
jeunes, à l'exception de la princesse Marie destinée à 
survivre à ses parens. La reine fit ensuite plusieurs 
fausses couches qui détruisirent sa santé et flétrirent ses 
charmes. Elle avait quarante-quatre ans quand le roi 
n'en avait encore que trente-six. Pendant cette union 
Henri avait eu quelques attachemens, dont il cacha 
le scandale. Elisabeth Tailbois lui avait donné un fils 
qui mourut âgé de dix-sept ans-, Marie Boleyn, fille 
de Thomas Boleyn et d'une demoiselle de la maison de 
Norfolk, captiva ensuite le roi, jusqu'à ce qu'il vit sa 
sœur Anne, qui avait, enfant encore, accompagné 
Marie, sœur de Henri VIII, lorsqu'elle épousa 
Louis Xn , et était restée en France après le départ de 
sa maîtresse. Revenue en Angleterre en 1522, elle 



SECT. IV. HENRI VUI, 1609 — 1546. 153 

cfiacait toutes le» daines de la cour par sa beauté, les 

pâces de sa personne , et la TiTacité de son esprit. 

EDe captiva Henri Percy, fils du comte de Northum* 

berland, qui demanda sa main. Le roi sur le cœur du* • 

quel elle n'avait pas fait moins d'impression , trouva 

I moyen d'emp<k:ber le mariage de Percy et éleva le. 

: père d'Anne au rang de vicomte Rochford. Adroite et 

[coquette, Anne Boleyn repoussa les propositions de 

; Henri, sans laisser sa passion se refroidir, et en. lui 

■■ iàisant voir qu'elle la partageait. Cette passion ou les 

niggestions de quelques amis d'Anne Boleyn firent 

naître dans la conscience du roi des scrupules sur la 

i%itimité de son mariage avec la veuve de son finère. 

La mort prématurée des enfans de Catherine et ses 

fréquentes fausses couches se présentèrent^ dit-on , &. 

limagination effrayée du roi comme des marques de 

f la colère céleste qui punissait l'inceste. 

^ Pendant les négociations de 1527 entre la France He^"/'vni*rt 
et l'Angleterre, Gabriel de Grammont^ évêque deT.'il^ï.cvL 

rp-i 1 l'*A»»' r* •«■■• 1 menl Vil, 1627. 

iarbes , un des plénipotentiaires français a Londres , 
fit une question indiscrète que Henri VIII rappela 
souvent depuis pour justifier ses scrupnies. Un des 
objets de la négociation était le mariage de la prin- 
cesse Marie, âgée de onze ans, avec le roi de Franco 
ou un de ses fils. Grammont demanda si la légitimité 
' de la princesse était à Fabri de toute attaque. Cette 
question servit de prétexte au roi pour demander l'o- 
pinion des plus sa vans casuistes. Les uns, se fondant 
sur un passage du Lévitique ^ , déclarèrent qu'aucune, 

* Qui duxcrit uxorcin fralris sui , rem fa cil illicitaui ; turpi- 



134 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

dispense ne pouvait autoriser un mariage avec la ve 
d'un frère ^ les autres conclurent d'un passage du 
téronome que la prohibition admettait une exœpti 
si le premier mariage n'avait pas produit d'enfaijs , 
D'après cette décision, les personnes qui flattai 
l'idëe du roi d'une dissolution du mariage, abandoi 
lièrent les argumens tirés de la loi divine , et atta 
rent la bulle de dispense comme ayant été rendue 
un faux exposé de motifs. En effet , on y disait 
Henri avait sollicité la dispense , comme étant n 
saire pour maintenir la paix entre l'Angleterre 
l'Espagne. Or Henri n'avait alors que douze ans , et 
second motif, très-vague, était nul parce qu'on 
vait assurer qu'à cette époque il n'y avait pas l'ap 
rence d'une brouillerie entre les deux puissances. 

Pendant les négociations de Londres de 1527 d 
il vient d'être question , Rome fut prise et sacca 
par les troupes de l'empereur Charles-Quînt , et 
pape Qément VII réduit en captivité. Cet évènem 
engagea Henri VH! et François I**" à conclure, le 
août, un traité particulier qui établissait qu'aussi 1 
temps que le souverain pontife demeurerait en ca 
vité> les deux monarques ne consentiraient à la 
vocation d'aucun concile général , ni à l'admission 
bùUes ou brefs émanés de Clément en dérogatii 
dé leurs droits ou de ceux de leurs sujets ; 

tudînein fralris sui revelavit : absque libcris erant. LeviL XX) ^ 
1 Qoando habîtaveruDt fratres sîmul , et uniu ex eis absquc libc^ 
ris moitaus fïieril, uzor defuncti non nubet alteri; séd accipiat ea^ 
fratcr ejus, et »u$citabit sevnen fratri$ sui. Deuter, XXV, 5. 



8ECT. IV. HEKRI YIII, 1509 — 1546. 155 

idant le même temps les intérêts de PÉglise fran- 
le et de PÉglise anglaise seraient réglés par leurs 
»pres ëvèqnes ; et que les décisions de Wolsey, en 
ilitë de l^at^ seraient mises à exécution , quel que 

le rang de la partie condamnée, et nonobstant' la 
ense du pape. 

dépendant Henri VIII, adoptant le conseil d^un de wdl^^^t 
>fes8eur d'hébreu , nommé Wakefield , résolut de «ortèr 
'enir à l'examen de la question d'après le droit mo- 
ulue* Il composa lui-^néme un petit traité sur ce 
et^ traité pour lequel on peut lui a voit fourni des 
tériaux, mais cpj'il rédigea, ainsi qu'on le voit par 
correspondance avec Anne Boleyn. U communiqua 
elle occasion sa résolution d'épouser sa maîtresse, 
cardinal Wobey , qui le supplia k genoux d'y re- 
Dcer; voyant cependant son mattre bien décidé, iF 
vint dès ce moment, un des plussélés prètnoteurs du 
roroe. Wolsey sollicita alors rassentiment de plu- 
nrs théologiens ; tout ce qu'il put obtenir fut une dé^ 
tration que les motifs allégués dans l'écrit du roi , 
aient suflSsans pour faire naître un scrupule , mais 
l'il était nécessaire de soumettre la cause au ju^e- 
icnt du pape. 

Les premières personnes que Clément VU trouva à 
trviète, où il s'était réfugié, forent les commissaires 
ta roi d'Angleterre^ qui présentèrent à sa signature 
leox actes par l'un desquek il aurait donné pouvoir 
I Wolsey de juger la cause du divorce, et par l'autre 
me dispense à Henri pour épouser, après la répudia- 
ion de Catherine, toute autre femme, fut -elle même 



136 LIVRE VI. CHAP^ IX. Angleterre; 

déjà fiancée à un autre, ou parente du roi au premiev ^ 
degré d'afiinité. Ces deux clauses furent ajoutées, pi 
(ju'on aurait pu s'aviser de regarder Anne' dé BoleTfÉ* 
comme liée par l'espèce d'engagement qui exis 
entre elle et Percy^ et parce que U sœur de cette deJ|*i^ 
moiselle avait été notoirement la maîtcesse du roi. 
dernier acte fut signé. san» diffiicuUé , le premier ne 
fut qu'avec quelques modifications^ etlepapesup 
1q roi de ne pas faire Uisage de la commission accord 
à Wolsey avant; l'évacuation du territoire de VÉgli 
Clément VU accéda aussi à là demande qu'on lui 
d'envoyer un légat en Angleterre pour assister Wol 
dans sa commission;* 'il, dit ces. paroles renïd1i*^i 
blés : Si le roi est convaincti en sa conscience, ai 
qu'il rafBrm.Q, que son mariage est rirul; ^^ que ne se n 
marie^t-il? Jfe pourçais dans ce cas^éciderlaquesti 
sans que par des appels, dès récùâations:^ des.ajob^^ 
nemens que je préyois, le procès ne se traîne en Ion*" 
gueur. . . : ; î 

Le cardinal n';était pas satisfait des deux actes qu'oai 
avait arrachés au pape» Il envoya deux savans cancH 
nistes, Étienn/e .Qàrdiner et Edouard Fox, pour pro^* 
poser à Clément VII la signature de deux autres 
actes, savoir une dispense plus précise et plus détailla 
que la première, et uno bulle décrétale par kqtielle le 
pape déclarait quje la prohibition du Lévitique n'ai" 
met ni exception ni dispense. Le pape refusa péremp^ 
toirement de signer la décrétale; mais il autorisa Wol- 
sey à examiner, avec l'assistance de quelques prélats 
anglaia, la validité de la dispense accordée par Jules I^ 



/ 

S6CT. IT. HBNllI YIII, 1509 — 1546. 157 

la légalité du mariage de Henri et Catherine. 
^ette bnlle mit Wolsey dans un tièa-grand emhar- 
. Son influence était compromise , soit que le di«- 
"ce eût lieu ou non, parce que dans un des deux 

le parti de la maîtresse qui ne Taimait pas , l'écar*- 
ait^ et dans l'autre il perdrait la confiance du roi. U 
ninuniqua la dccn'tale qui le chai^eait d^une corn- 
68ion si importante, à une assemblée de docteurs 
ien proposèrent une autre rédaction. Le cardinal 
mstnit ce projet au pape , et demanda que le cardi- 
1 Laurent Campeggi lui fût adjoint dans cette corn- 
ission ; il supplia Clément VII, dans les termes les 
us humbles et les plus pressans, de signer le nou*^ 
iau projet de décrétale, qui était, disait le cardinal, 

seul moyen pour le sauver de la ruine. Le pape re- 
sta loDg-temps aux instances de Gardiner et des 
itres ambassadeurs *, pour échapper à ce quUls lui de- 
landaient, il promit de ne jamais évoquer la cause à 
û, et de ne pas annuler le jugement des légats : enfin 
ourtant il signa la décrétale le 8 juin 1528, mais sans 

insérer ces deux conditions^ et la confia à Cam- 
eggi, avec ordre de ne pas la laisser sortir de ses 
lains, mais de la brûler après en avoir donné lecture 
n.roiet au cardinal. 

Le pape voulait prolonger la discussion , dans l'es- rommeiu*- 
>oir que quelque incident y mettrait fin. Campeggi, i5^. 
pii avait la goutte , voyagea lentement. Quand il ar- 
riva à Londres , il tomba malade , et quand enfin il 
put s'occuper des affaires , il entama une négociation 
«vecla reine, pour l'engager à prendre le voile. Ca-» 



138 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

therine s'y refusa dans l'intérêt de sa fiHe. Gam 
établit ensuite une forme de procéder qui entraîna 
longueurs infinies. Ce fut enfin le 31 mai 1529 que 
tribunal des légats ouvrit ses séances dans la salle 
parlement , et manda le roi et la reine de compara 
La reine comparut , mais protesta contre les juges , 
en appela au pape. Dans la seconde séance , elle tondl 
aux genoux du roi et implora sa justice. Elle pr-"^ 
avec beavcoup de modération et de dignité ; puis 
se retira pour ne plus paraître. Âpres sa sortie ^ le 
rendit un témoignage éclatant à ses vertus. La pro^^^. 
dure continua , malgré l'appel de Catherine qui , a 
une seconde citation, fut déclarée contumace, 
avocats du roi s'attachèrent à prouver que le mari ^ , 
entre Arthur et Catherine avait été consoimmé , ei 
qu'en supposant qu^Hie dispense eût pu autoriser U 
princesse à épouser son beau-frère, la bulle de Julê^Ii 
au moin» était sans effet , comme motivée pat tm firtSt 
exposé des faits. La procédure était assez avancée^ 
^ lorsque , par des motifs qui tenai^it aux formes ^ M 

eour s'ajourna le 25 juillet au 1^' octobre. Veaii 
jours après, on reçut la nouvelle que le pape avpôt' 
adnlis l'appel de la reine , et révoqi^ la commtsmtf 
des légats. Clément YII, qui avait fait sa pàîx 9W 
Qiarles-Quint , n'avait plus les anciens^^ moti& 4^ mé* 
nager Henri VIIL , 

iSe wou ^^ colère du roi tomba sur le cardinal contre lecpaà 
intriguait Anne Boleyn. Le 9 octobre 1529 , l'a^ 
vocat-géneral présenta à la cour -du banc au roi deux 
actes qui l'accusaient d'avoir, comme légat > trans- 



it 



i 



i\ 



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mortde Wol— 



1 

i 



SBCT. iv. HBimi vni, 1509—1546. 159 

les sUtats de la onzième annt% du règne de 
n, connus sons le nom de statuts de prce^ 
ire, qui défendent, sons peine de vie, d'accepter 
provisions du pape * • Cette accusation était mal 
idée j parce qu'il était douteux que les dispositions 
ce statut attendissent sur le tribunal du légat, et 
irce q[ue, dans tous les cas , ]e cardinal avait obtenu 
^avance la licence royale, d'après le droit que les 
tatnts avaient reconnu au roi. Wolsey, sentant d^où 
Nurtait le coup, résigna, le 17 octobre, les sceaux, 
t déclara qu'au lieu de se justifier, il s'en remettait à 
I miséricorde du roi. On lui fit savoir que le roi dé- 
irait occuper pendant la session du parlement le pa- 
ais de York-place que le cardinal avait fait bfttir avec 
me magnificence royale ; sur-le-cbamp , il le résigna 
lu roi 9 avec tous les. meubles précieux qu'il renfer- 
nait : c'est le palais de Whitehall , où les rois d'An- 
ijleterre ont résidé depuis. Henri VHI relégua le car- 
linal dans sa maison d'Asher , qu'il lui avait donnée 
^ ëcbange du palais d'Hamptoncourt. Le 26 octobre 
1529 , les sceaux furent confiés à Thomas Morûs 
[More) , et c'est le premier exemple qu'un simple che- 
valier ait été nommé chancelier. More était un homme 
célèbre en Europe^ comme savant, et respecté pour son 
intégrité et ses vertus. Au milieu de sa disgrâce, Wolsey 
recevait de temps en temps des messages du roi , rpii 
tendaient à le consoler et qui paraissaient prouver que 
le roi se repentait d'avoir sacrifié un serviteur fidèle 
^ux caprices d'une femme. Néanmoins telle était Vin- 

« Voy. vol. IX , p. 130. 



140 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

consëquence de son caractère , qu'il permit qu'oi 
continuât à persécuter son ancien favori. Il fit cepeni 
dant rejeter , à l'aide de Thomas Cromwell , dans li 
chambre des communes , un bill d'accusation en quat 
rante-quatre points , que quatorze pairs et des gens ch 
loi de la couronne avaient présenté contre le cardinaL 
Quelque temps après, le 7 février 1530, Wolsey iuj 
obligé de résigner tous ses bénéfices ecclésiastiques, 
à l'exception des sièges d'York et de Winchester, don 
toutefois on ne lui laissa pas tous les revenus. On lu 
intima l'ordre d'aller résider à Caword, dans son ar- 
chevêché j c'était afin de l'éloigner de la cour. Dan 
sa nouvelle résidence^ il se conduisit avec luie rési 
gnation si religieuse , déploya tant de charité et d'hos 
pitalité , qu'il se concilia l'amour des pauvres et de 
riches des environs. Le 4 novembre 1530, il fut ino 
pinément arrêté , sur l'accusation de haute trahison 
pour être transféré à Londres. En route , il fut attaqu 
d'une dysenterie. En entrant, le 26 novembre, dan 
le monastère de Leicester : Père abbé, dit-il ausupé 
rieur , je suis venu déposer chez vous mes dépouille 
mortelles. Il y mourut en efiet le 29 « dans la soixan 
tième année de son âge. Henri VIII exprima les plu 
vifs regrets d'avoir perdu un serviteur si fidèle. 

On continua cependant les négociations avec 1 
cour de Rome, où Henri envoya une ambassade, 
la tête de laquelle se trouvait le père d'Anne Boleyn 
qui avait été élevé au rang de comte de Wiltshire. 
consulta les universités et les théologiens les plus C( 
lèbres, même Luther et Melanchthon, que le roi haïj 



/. 



8BCT. IX. HBimi yin, 1509 — 1546. 141 



y mais dont il espërait une décision Êirorable. Il se 
>iDpa : les réformateurs allemands , sans regarder le 
;e comme un lien indissoluble, désapprouvaient 
^orce non motivé par l'adultère* Luther répondit 
plutôt que d'approuver celui que le roi méditait , 
permettrait de proidre une seconde feoune, à 
iple des patriarches et des rois de l'Ancien Tes- 
iU Les opinions des universités se partagèrent ; 
imoins le plus grand nombre se déclara pour le 
rorce. L'université de Paris opina dans ce sens ; mais 
lui escamota , s'il est permis de s'exprimer ainsi y 
vote par un détour et dans une assemblée in- 
iplète. 
L'affidre qui tenait si fort à cœur au roi n'était AvUdeHio- 

avancée , lorsque Thomas Cromwell qui alors "** "" 
^exerçait pas d'emploi qui l'approchât de la personne 
roi , lui suggéra un moyen de sortir d'embarras ; 
[était de se déclarer chef de l'Eglise d'Angleterre, 
î Vin goûta cette idée , et Cromwell , nommé 
»re du conseil privé, dressa le plan qui devait 
le consentement du clergé. 
Gomme Wolsey , accusé d'être contrevenu aux sta- ^e clergé m- 
àeprœmunirej avait imploré la clémence du roi , t^^ d^^^t^ 
bt6t que de produire les lettres de licence sous le |^uVs<^*cher, 

ià sceau qu'il en avait reçues , on en inféra qu'il 
fêlait senti coupable ; et de cette thèse, on conclut 
tout le clergé qui pendant quinze ans s'était sou- 
à sa juridiction illégale', avait encouru la peine 
fauteurs et complices du délit commis par l'ar- 
ievêque. En conséquence, l'avocat-général dirigea 



1S31. 



142 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE^ 

devant la cour du banc du roi une information coi 
le corps entier. Les députas du clei^ë, alarmés 
cette di^marche, offrirent, le 22 mars 1531 , au roi| 
présent de 118,840 livres sterlings, pour rach< 
leur faute; mais cette fois-ci son avarice fut m( 
forte que sa passion. Il refusa le présent , à moins 
dans le préambule de Facte de donation , il ne 
reconnu chef suprême de l'Église et du clergé. Il j\ 
à ce sujet de longues conféreoces , et à la fin , on 8*( 
corda sur une rédaction d'après laquelle le cl 
reconnut le roi comme le premier protecteur^ lesA^ 
et suprême seigneur , et , autant que le pei 
loi du Christ , le chef suprême de V Église et 
clergé. On voit bien que , moyennant la réserve j| 
sérée dans cette déclaration , il dépendait de cbt 
de l'enlendre comme il voudrait. 

Le 14 juillet 1551 , la reine reçut ordre de quil 
le palais de Windsor : elle se fixa à Âmthill, dai 
Bedfordshire. Cette démarche du roi engagea 
ment VII à lui écrire une lettre polie^ mais énergie 
où il lui reprocha l'indécence de sa conduite, etj 
supplia , comme de la faveur la plus signalée qu'il 
jamais faite au saint siège, de rappeler Catherine eti 
renvoyer sa rivale, avec laquelle il vivait publ 
ment *, mais Henri , qui était décidé à user de moj 
violens, fit, au commencement de J532, décréter 
Aboiitioii de» le parlement l'abolition des annates, en se faisant 
tetbis accorder le droit àe suspendre, modifier ou 
nuler le statut par des lettres patentes. Au mois 
mai il fit un nouveau pas vers la séparation d'aï 



annatc». 



\ 



SBCT. IV. HRNRI VIÏÏ, 1509—1546. 145 

glise de Rome que cependant il n'avait pas encore 
olue^ son seul but était d^effrayer la cour papale. Il 
gea que le clergë s'engageât à ne &ire aucune cons- 
ition sans la coopération et la sanction de l'autorité 
raie 9 et ordonna de soumettre toutes les constitu- 
as existantes à l'examen d'une commission qu'il al* 
: nommer. Le clergé fiit obligé de céder , mais il le 
par une formule qui semblait n'accorder la de- 
inde du roi qu'à cause de son érudition supérieure 
de sa piété. 

Se fondant sur une décision de la faculté de droit o. "uJ* bSL, 
Paris, Henri avait réclamé contre le mandat qui le ^^^ 
quérait de paraître à Rome en personne ou par 
ocnreur, vu que, d'après ces jurisconsultes, sa cause 
ïvait se plaider dans une ville neutre, devant des dé- 
gués contre lesquels les deux parties n'auraient pas 
i motifs de récusation. Clément VU rejeta cette re- 
Diète, et, le 15 novembre 1552, somma Henri de 
imparaitre par son représentant , auquel cas des 
^mmissaires délégués seraient envoyés en Angleterre 
our y prendre des informations, mais le jugement 
éfinitif serait prononcé à Rome. 

Ce fut quelques mois avant ce jugement interlocu- Em •»▼««• Je 
dire qu'avait eu lieu l'entrevue de Marquise entre 
(enri VIU et François P' i, à laquelle Anne de Bo- 
syn assista. On y convint d'une seconde entrevue qui 
levait avoir lieu à Marseille entre le pape et les deux 
tionarques , ou un des premiers seigneurs d'Angle- 
erre comme représentant Henri VHI. Celui-ci pro- 

• Voy. vol. XYI, p. 209. 



144 LIVKE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE.' 

mit de s'abstenir dans l'intervalle de tout acte 
tendrait à augmenter la désunion entre lui et ( 
ment VII. 
Mariage de Jusou'alors l'infécoudité d'Anne Boleyn , ci 

Henri VlIIavec * •' 

Auue Boleyn. marquisc dc Pembroke, avait calmé l'impatience 
roi de voir son divorce prononcé ; mais lorsque 
amante lui annonça qu'elle était enceinte, la néces 
de mettre la légitimité de l'enfant à couvert, lui fit' 
1er l'engagement pris envers François I*^ .Le 25 j 
vier 1533, le mariage fut béni par le docteur Rowl 
Lee , chapelain du roi , dans un grenier du palaiî 
Wbitehall, en présence de deux valets de chambre 
roi et de deux femmes d'Anne. Henri promit au ro 
France de tenir le mariage secret jusqu'à l'entrevu» 
Marseille, qui devait avoir lieu au mois de mai', i 
comme elle fut retardée par les circonstances que r 
avons fait connaître, le mariage fut rendu public ; 
cacha l'époque où il avait été béni , en répandant 
la cérémonie avait eu lieu le 14- novembre 1532,] 
OÙ Henri et Anne avaient quitté Calais. 
Thomas Cran- La moft dc Guillaumc Warham , archevêque 

niei", aven*'— ' 1 

toil^ry! ^"" Cantorbéry , fournit au roi l'occasion d'élever au i 
de primat un homme qui s'était prononcé avec la 
grande chaleur pour le divorce, savoir Thomas C 
mer. Clément VII confirma cette élection ^ le no 
archevêque, avant de jurer l'obéissance canoniqu 
pape, déclara, par une protestation faite devant qw 
témoins, que, par le serment qu'il allait prêter, il r 
tendait s'engager à rien qui fût contraire à la loi 
vine , ni aux droits du roi, ni qui fît obstacle aus 



8KCT. IV. IIBNKI VITJ, 1609 — 1546. 145 

mu» que le roi ae proposait de faire dans l'Église 
Angleterre. Sûr de l'appui de Cranmer , le roi fit 
L'fendre par un acte du parlement tout appel d'une 
)nr ecclésiastique d'Angleterre aux tribunaux du 
ape. Avant d'aller plus loin , rarchcréque, dans une 
Bsemblée du clergé, fit décider par une majorité de 
oixante-six théologiens contre dix^neuf, et de trente- 
tuit canonistes contre six, qu'aucune dispense n'avait 
m autoriser le roi à épouser la veuve de son frère , et 
[ue les dépositions faites par devant les légats fbar* 
lissaient la preuve canonique que le mariage* entre 
Arthur et Catherine avait été consommé. 

Après cette démarche préalable , Tarchevèque , as- craMi« 
listé de Févèquc de Lincoln , comme assesseur , se !!^, 3S Imi 
transporta à Dunstable, près d'Amplhill , où. la reine 
avait été citée de comparaître le 8 mai 1 635. Le 25 
maiy à l'expiration du délai légal, Catherine fut décla- 
rée contumace et son mariage annulé. Immédiatement 
après, dans une autre cour ecclésiastique, Cranmer 
déclara ofiiciellement que Henri et Anne élaient unis 
en légitime mariage* Catherine reçut l'ordre de re- 
prendre le titre de princesse douairière de Galles, et 
sa pension fut réduite dans la pro[>ortion du rang in- 
férieur que dès-lors elle devait occuper. La nouvelle 
reine fut couronnée le 1"' juin , et mit au monde , le 7 
septembre^ une fille, la célèbre Elisabeth. 

Les instances des ambassadeurs impériaux forcèrent N«gM i«tioM 
Clément Yll à casser, le 11 juillet, la sentence pro*iû Home*. 
noncée par Cranmer ; il mena^ Henri et Anne de 
l'excommunication, si , au 30 octobre , ils ne s'étaient 

xviix. 10 



là 



146 UVaB VI* CHAP. IX..' ANOLBTERRB^ 

sépares. Le pape se rendit alors à Marseille , où il 
Fran^ob P' i • Ce monarque refusa d'entamer au< 
matière politique, qu'il n'eût reçu de Clément la pi 
messe de faire pour Henri tout ce que son autorité li 
permettait. Une négociation s'ouvrit ; elle était d^i 
atancée, lorsque Henri y mit fin , en interjetant ap{ 
du pape à un concile. Néanmoins Clément VU coiH' 
sentit à renouveler les négociations, et Jean du Bellay^ 
évéque de Paris, ancien évéque de Bayonne, qui jouis* 
sait de toute la confiance du roi d'Angleterre, iiit 
envoyé à Rome en qualité de médiateur. Il obtint la 
promesse d'une décision favorable au roi , si celui-ci 
voulait consentir , dans un délai fixé , à s'en remettre V 
à une assemblée de cardinaux^ dont tous ceux qui F 
étaient du parti de l'empereur seraient exclus. Comnie fi 
If? consentement du roi n'arriva pas à temps , le pape, '| 
toujours pressé par les ambassadeurs de Charles^ ' 
ia Mmtraoe Quiut , Uissa uu libre cours à la justice. Le 25 man 

de Cranmer est j riy>i «i • • • / i • 'i ' 

ea»»éeporeid- loû4, il tmt Un consistoire composé de vmgt-aecix 

ment VU. i 

cardinaux^ dont dix-neuf déclarèrent le mariage de 
Henri et de Catherine valable. La procédure contre la 
reine fut cassée, et il fut ordonné au roi de la re- 
prendre pour femme. Le pape suspendit la publica- 
tion du décret , et deux jours après , arriva le courrier 
porteur du consentement du roi à faire juger son di- 
vorce par une assemblée de cardinaux. 

Il parait que Henri VIII ne l'accorda que par com- 
plaisance pour son allié le roi de France ; car , pen- 
dant les trois premiers mois de l'année 1534 , et 

• Voy. vol. XVI, p. 210. 



SBCT. IV. HENRI VIII, 1509 — 1546. 147 

iidani que da Bellay traraillait avec zèle h le ràK>n- 
lier avec Ciment VII , il fit une série de démarches 
u rendirent toute réconciliation impossible , et qui 
jérèrent une scission complète entre l'Église d'An- 
«terre et celle de Rome. Henri VIII , en s'érigeant 
1 réformateur des abus , devint lé créateur d'une 
oérelle rdigion ^ tenant le milieu entre la religion 
itlioliquè et celle des novateurs d'Allemagne. Cette 
£v<ilotion nous force à revenir sur nos pas, pour 
^yporler les circonstances de l'introduction de la ré- 
lAnation en Angleterre. 

Au préalable, nous remarquons qu'en 1535, '^ |J[*'"**"iJj"*' 
arlement rendit un acte pour le soulagement Jes **"''"' *•*• 
aavres, A l'aide de collectes volontaires. Deux rai- 
tms nous engagent à remarquer cet acte peu impor- 
mt par lui- môme , d'abord parce qu'il a été la pre- 
aière pierre de ce système de lois sur la mendicité 
[oi pèae sur l'Angleterre ; lois qui ont converti en 
ontribntion forcée ce qui était d'abord une aumône^ 
ystème d'après lequel deux tiers de la population 
ont obligés de nourrir le troisième, auquel son indi- 
gence donne le privilège de se livrer k l'oisîvelé. La 
teoonde raison est que les partions de la réformatiou 
(^appuient sur cette loi , lorsque ses adversaires pré- 
tendent que la suppression des monastères a nécessité 
les secours paroissiaux pour les pauvres. En effet , la 
loi de 1553 est antérieure à la sécularisation des mo- 
nastères en Angleterre. 



148 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

3. Progrès du bUJiéranisme en Angleterre et ék^ jg 



bUssemerU dune nouvelle religion^ 

Aî^ïïiuIÎLtt- I^ réformation suivit en Angleterre une mardM^ 

^''' entièrement différente de celle que nous lui ayons vi 

prendre en Allemagne , en Suisse et en Fran]ce. 



1€ 



Elle avait été préparée par les LoUards, nom donn^ 
par suite d'un malentendu, aux sectateurs de Wikkf^^ ^ 
Ce furent eux qui firent connaître en Angleterre \sk .v 
écrits de Luther. Henri Vin, sincèrement attadiéi 
sa croyance et dévoué à la cour de Rome , d'aUleors V-; 
très-instruit et même savant en. matière de théologie \^ 
et de philosophie scol^tique , au surplus grand admi- 
rateur de S. Thomas d'Aquin , ne pouvait goûter k 
doctrine dHiommes qui afiectaient un souverain mé- 
pris pour ce qui lui paraissait la plus sublima dei 
sciences» tl fut cpnfirqiié dans ^a répugnance pooif 
le dogme des novateurs par Wojsey, qui exer^it ea 
Angleterre toute la puissance pontificale. Henri YIII> 
après s'être fi^it accorder p^r le pape la permission de 
lire les écrits de l'hérésiarque saxon , publia contre lui 
un traité, sous le titre : ^ssertio,septein soeramen" \. 
torum, adversm jMfartinum LiUherwn. Cet ou- i 
vrage, revu peut-être par Jean Fisher, évêque de ^ 
Rochester, est véritablement sorti de la plume du. roi* 
Quoiqu'il ne fournisse aucun nouvel argument en 
faveur de la doctrine des sept sacremens, il a cepen- 
dant le mérite d'exposer cette doctrine et les taisons 
sur lesquelles elle se fonde , avec une certaine vivacité 
et d'une manière quelquefois originale. Léon X , à qui 

• Voy. vol. IX, p. 150. 



8BCT. ly. HENRI viii, 1509 — 1546. 149 

! roi fit-présenter cette production , lui accorda , par 

De buUe du 11 octobre 1521 , le titre de Déferueur^^ "îïï^itojT.*' 

e la, foi ^ i la place de celui de roi très- chrétien qui 1^17*^ 

li avait ëtë promis, lorsque Louis XII convoqua le 

oncile de Pise ^. La bulle ne dit pas que le titre pas- 

era aux successeurs du roi. Luther réfuta iVcrit du 

oi 9 dans lequel il n'avait pas été ménagé , avec toute 

& véhémence de son caractère et la grossièreté de sou 

iècle. 

Malgré le zèle du roi pour la pureté du dogme , '** duTîwH'MiiwIi 
loctrinede Luther était tombée en Angleterre sur un ^ *■ "*"•• 
ol beaucoup trop bien préparé pour ne pas y fructi- 
ier. Une traduction de la Bible en langue vulgaire 
laraissait aux yeux de ses adhérens comme le meilleur 
noyen de la répandre. Celle qu'ils publièrent fut 
'oavrage de Jean Fryth et Guillaume Tindal , deux 
iavansquele cardinal deWolsey avait placés, en 1525, 
la collège de Christchurch , à Oxford , dont il était le 
fondateur, et qui finirent d'une manière tragique une 
carrière agitée. Après diverses aventures, Fryth fiit 
condamné au feu conune hérétique par les évèques 
assemblés à Londres, en 1535, et exécuté. Tindal eut 
un sort semblable en 1535, à Vilvœrd, en Brabant. 
La traduction du Nouveau Testament , par ces deu^ 
amis, parut pour la première fois à Anvers , en 1526 \ 
elle fut condamnée par tous les évèques d'Auglétcrn? 
comme Toeuvre des Luthériens, renfermant des er- 
reurs et des falsifications. 

Les discussions auxquelles FaSaire da divorce a«.im a»* !•««. 
1 Voy. vol. XVI, |i.l32. 



150 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETSRRS. 

lemeni êe 1634 donna Ucu , datent nécessairement conduire à F( 
•cciniaxù^uM. jj^gj^ ^ Forîgine et du fondement de la puissance 
pape. Le résultat de ces recherches, tel qu'on 1' 
nonça au public dans plusieurs écrits , fut que 
puissance n'était fondée ni daris les Saintesr Ecrit 
ni diins les livres dos saints Pères ; que dans les si 
du moyen âge elle avait été usurpée au détriment 
princes auxquels avait appartenu l'autorité supr 
en matières ecclésiastiques. Telle fut la doctrine 
l'archeyéque de Çantprbéry, Thomas Cranmer, d'à 
près laquelle procéda le parlement de 1554, 
principalement p^ ce prélat .^ Ce parlement fit 
statuts suivans. 

1®. Le parlement sanctionna et érigea en loi foncfar 
mentale de l'état, un acte par lequel le clergé s'était 
soumis à ne tenir, sans la pem^ission du roi, aucune {^ 
assemblée, à ne faire aucune constitution sans la sano-^'^ 
tio^ royale. On omit un,e clause qui paraissait borner 
au règne de Henri YIII la durée de cette soumission, 
mais pn y ajouta que tous les anciens canons et les 
ordonnances: antéiieures à cet acte qui n'étaient pas 
contraires a^x statuts et aux coutumes du royaume on 
aux pr^ogî^tives jde la couronne, auraient force de loi 
j^fsq^'a ce qu'Us eussent été révisés. 

2°. Les appels en cour de Rome furent interdits ab- r 
solument et pour tous les cas. \ 

3**. La défense de payer les annates fut renouvelée, - 
la confirmation des évêques parle pape fut abolîe>, et ' 
il fut statué que i^s évèques: nommés à l'avenir ne lui 
demanderaient plus de bulles, mais qu'à la vacance 



8BCT. IV. HBNRI VIII, 1509—1546. 151 

|d'iin siège le roi accorderait aa chapitre ou A ceox qai 
aTaient le droit, un congé d'élire, en vertu «luquel 
pourraient choisir la personne dont le nom aérait 
Jttentionnë dans le congé : si au bout de douae jours 
3$ n'avaient pas procédé à une élection, In nomination 
ferait dévolue pour cette fois à la couronne. Lie nouvel 
f9tt ayant juré fidélité au roi, Tarchevôque le consa* 
frétait ^ ensuite il recevrait son temporel des mains du 
roi. 

4**. Toute espèce de paiement à la chambre apoiiln- 
lique , sous quelque dénomination que ce ilit, iiit in- 
terdite. 

Par un autre actede ce parlement, ladissolation dn a<«« i^iNt^ 
mariage entre le roi et la veuve de son frère fut con- 
firméey ainsi que son union avec Anne Bolejn. Tcms 
les enfans nés ou à naître de ce mariage furent d<^<;lfl- 
rés Intimes et habiles a 8ucc(;der k la couronne ; la 
descendance du roi et de Catherine fut exclue de la 
snixeaaîon. Tous les sujets du roi devaient jurer le 
maintien de cet ordre de succession^ tonte tentative 
poor dîfiâmer le second mariage du roi fut d^ar^e 
hante trahison. Thomas More, ancien chancelier, qui 
depuis loog'temps s'était retiré des aflairev parvse qu'il 
désapprouvait le divorce, et le vénérable Jean Fislier, 
évêqoe de Rochesler, ayant refosé de prêter ^entiMtt 
sur Tade de Mioocsnon^ painte qu'on j avait im^de» 
points de théologie oontraîn» k leur ofkmfm ^ forent r,m4,mmfim 
taStnm» a ki Tour, le 1 7 avnl i ^Sl. T^oo^ #lens fn- '^^ ^^"^f*»^ 
rent cmodaBadM» a vu esafrâci«ne«nent |MTpéli«elt rt 
on priMMMiea U c««fiscaflmi de ktvrt MevM^ M^yre* lurf 



1&2 LIVRE yi. CHAP. IX. ANGLBTERBB^; 

nourri des. charités de ses amis qui passaient par 
mains de sa fille, Marguerite Roper. Fisher, rieiDa! 
de soixante-dix-sept ans, fut laisse sans vêtement 
couvrir sa nudité. 
I* "w e«t d^ \jQ parlement réuni de nouveau, en autonme 153 
FïÏÏuX'ï&al décréta, le 4 novembre, que le roi était le seul chef 
la terre et protecteur de FEglise d'Angleterre, qu' 
ajouterait ce titre aux autres qu^il- portait, <pi'àl 
appartenait la pleine puissance d'examiner, réfo 
et corriger les erreurs^ hérésies et abus dans l'Egli 
anglaise et de &ire telles ordonnances^ qu'il convi 
à la puissance ecclésiastique de faire pour la gloire 
Dieu , pour le bien de la. chrétienté et pour le main- 
tien de la paix. Un acte subséquent adjugea au roi 11» 
annates de tous les. bénéfices et la dîme des émoln- 
mens annuek qui étaient attachés aux bénéfices. On 
déclara crime de haute trahison de refuser au roi les 
qualifications dues à sa dignité. On demanda aui 
évoques un nouveau serment par lequel ils abjuraient 
la suprématie du pape et reconnaissaient celle du n». 
Exfooiion d« Depuis la mort du cardinal Wolsev, le caractère de 

Fitb«r et More, * . . * 

Henri yni avait entièrement changé, ou plutôt k 
çi:u£^uté qui en faisait le fond se développa librement. 
V Les exécutions commencèrent après les actes du par- 

lement que nous venons de relater. Beaucoup de pré- 
lats et de moines qui refusèrent le nouveau serment de 
suprématie ,r expièrent par le supplice leur constance 
dans la foi.. Paul III ayant honoré la vertu malheu- 
reuse, en conférant le chapeau de cardinal à Fisher, 
Henri yni en. fut irrité au point qu'il fit accuser le 



8BCT. IT. HBNRI YIII, 1509 — lSi6. 15S 

lat de haute trahison , et décapiter le 33 jain 1555, 

ir avoir rduaë k prestation du serment* Le jorj^ 

trament de hi cmantë du roi, condamna aussi 

ornas More , et ce bon citoyen , ce loyal serriteur, 

Ugne magistrat , qui avait cru qu'on pouvait nffor- 

r les abus de TEglise sans la dëtruire, mourut , le 

lillet suivant , sur Tëchafeud , avec une r^îgnation 

étienne et avec cette hilaritiS qui lui iHait naturelle. 

mort de ces deux hommes fit la plus vivo sensation 

15 toute l'E^irope^ elle causa In plus grande fer- 

ntation i Rome. Le 30 août 1655 • Paul III signa ir»««ii»i"im- 

î bulle par laquelle Henri VIII fut cîtt? à compa- *^ ^'"» *•*' 

re dans quatre-vingt-dix jours à Rome j en per* 

ne ou par procuration , à dëfaut de quoi il serait 

oramunië et privé de la couronne. La bulle décla- 

: que les enfans qu'il avait ou aurait d'Anne Bo- 

1 seraient incapables d'hériter^ mit l'Ânglctern* 

interdit ^ requit toutes les corporations religieuses 

:[uitter ce pays ; dégagea les sujets du roi de leur 

nent de fidélité, et leur ordonna de prendre les 

les contre lui ; interdit à toutes les nations étran- 

es le commerce avec l'Angleterre , etc. 

Ze fut l'indignation qui arracha celte bulle au ^n'^,"î»*!|!lj"' 

>e ^ mais dans un moment plus calme , il en sentit ^"i'*^"** 

iprudeuce , et suspendit la publication d'un acte 

e personne ne serait disposé à exécuter, et qui ne 

sserait plus d'espoir de ramener le fougueux Henri 

sein de l'Eglise. 

Cependant ce prince ne croyait pas avoir renoncé k 

foi catholique ; il ha'issait la doctrine des réforma-^ 



154 LIVRE Vf. CHAP. IX. ANGLETBBBB. 

leurs, et son dessein était seulement dliumilier 
pape et le clergé. H n'en est pas moins vrai qu'il é 
entouré de partisans du luthéranisme. Anne Bok 
et l'arcbevèque Cranmer étaient i leur tête. Le den 
professait comme principe que l'Église devait née 
sairement être soumise à l'autorité temporelle. Tl 
mas Cromwell partageait sa manière de voir. Le Ava 
Norfolk, oncle d'Anne; Etienne Gardiner, éré 
de Winchester, et Jean Longland, évêque de I 
coin, étaient les che& des Catholiques : presque i 
le clergé persistait dans la foi. Cromwell et Cran 
se gardèrent bien de trahir en présence du roi 1 
opinions en matière de doctrine *, les Catholique 
maintinrent dans sa croyance religieuse , en ne s 
posant pas à sa suprématie ^ mais en lui représen 
qu'il ne pouvait rien changer en matières de relig 
sans s'avouer vaincu par Luther^ sur lequel il i 
anciennement triomphé , et sans avoir l'air d'agii 
passion. 
cromwei est Cromwcll fut uommé vice-cérent du roi , vies 

nomme Tice— *-' 

gèrent du roi. général ct commissairc , avec toute l'autorité s 
tuelle appartenant au roi comme chef de l'Eglise 
cette qualité, il eut le rang avant l'archevéqv 
Cantorbéry. Pour mettre à l'épreuve la soumi 
des évéques , le vicaire-général les suspendit toi 
leurs fonctions pour un mois, avec faculté de solli 
leur réintégration. On donna ensuite à chaque év 
séparément une commission qui l'autorisait à ex 
les fonctions épiscopales durant le bon plaisir du 
et comme son délégué. 



9BCT« lY. HENRI VIII, 1509 — 1546. 155 

te pana ensuite à la suppression des monastères , ^^^Hu lîl^. 
ommençant par les petits, dont les supérieurs ne '^^^'^ 
Baient pas au parlement en qualité de barons 
ésiastiques. Des commissaires furent envoyés par 
e l'Angleterre, pour examiner l'état de ces fon- 
ons ; on découvrit beaucoup d'abus dans leur ad- 
istration , et probablement on les exagéra , pour 
iplaire au roi. Quelques couvens^ /prévoyant le 
qui les menaçait , résignèrent toutes leurs posses- 
is entre les mains du roi , et obtinrent des pén- 
is alimentaires pour tous les membres. On permit 
lite à tous les religieux et religieuses n'ayant pas 
e de vingt-quatre ans , de quitter les couvens. 
in, au mois de février 1556, le parlement su^- 
na tous les couvens n'ayant pas plus de 200 livres 
lingi dç revenus, et réunit leurs possessions au 
wne de la couronne. Cet acte frappa trois cent 
i^nte-seize établissemens; il augmenta les revenus 
roi de 32,000 livres sterlings, et fit refluer dans 
cofires la valeur de 100,000 livres sterlings en ar- 
t , vaisselle et joyaux. 
iu comm^icement de cette année , le 8 janvier Mon de u 

% i>A "I • reine Calheriae. 

\6^ Catherine d Aragon, mourut, à lage de cm- i636. 
mie ans, à Kimbolton, dans le «comté de Hun- 
gtpn. Cette princesse vertueuse s'était soumise à 
ks les caprices du roi, quand ils ne concernaient 
e sa pei^nne ; mais rien ne put jamais l'engager ni 
[uitter le pays ,nik déposer le titre de reine , parce 
l'elle aurait craint de compromettre par là les inté- 
^ts de sa fiUe. Depuis sa séparation , on ne lui avait 



156 LIVRE n. CHAPv IX. Angleterre; 

pas permis de la voir ; sa santë s'affaiblissant^ elle » 
licita cette faveur pour une seule fois : Henri eat 
duretë de la lui refuser. Marie , qui avait alors vii 
ans y avait été bannie de la cour, et reléguée succeî 
vement dans plusieurs maisons de campagne^ pa 
qu'elle. avait montré' autant de fermeté que sa mère, 
refusant constamment le titre de princesse de Gi 
à Elisabeth qu'elle n'appelait jamais que sa sœur. ! 
son Ut de mort , Catherine dicta une courte letti 
son très-cher lord, roi et mari , pour lui dire qu' 
avait oublié tous ses torts et pour lui recomman 
leur fille. En la lisant , Henri pleura et chargea l'a 
bassadeur de l'empereur de porter à la reine quelq 
mots de consolation. Eustache Chapuis, c'était 
nom , ne la trouva plus vivante. 

On accuse Anne Boleyn d'avoir montré public 
1636."* ^**^"' ment la joie que lui causait la mort de celle dont 
occupait la place. Si cela est , elle fut bientôt crue 
ment punie de tant d'insensibilité et de légèreté. I 
elle avait une rivale dans le cceur du roi : elle en 
la preuve , et la douleur qu'elle en ressentit la fit 
coucher avant le terme , le 29 janvier 1556 , c 
enfant du sexe masculin, qui ne vivait pas. Henri a 
conçu delà jalousie contre son épouse, bu sa nom 
passion, qui lui faisait désirer une séparation, lui ] 
suada qu'il était trompé, comme il trompait 
même. La conduite d'Anne Boleyn était quelqu< 
imprudente ; pcut-^ètre seulement les manières fai 
qu'elle a,vait prises par son éducation française , c 
trasiantjivec les mœurs graves des Anglais, la faisai 



Procès et 
eséoation 



5BCT. lY. HBNRI YIII, 1509 — 1546. 157 

es paraître coupable aux yeux de censeurs moroses ^ 
land sa conscience ne lui reprochait rien. Le 1*' mai^ 
înri affectant de voir un outrage pour sa personne 
ns une circonstance qut n'était peut-être que for- 
îte 9 fit arrêter son épouse ayec le frère de cette prin- 
Bse et quatre jeunes gentilshommes de la cour. En- 
rmée à la Tour^ Anne s'abandonna au désespoir, et 
tnba daiis un état qui indiquait un dérangement 
mplet du cerveau. Accusée d'adultère et même d*un 
»rrible inceste , ainsi que d'une conspiration contré 
vie du roi'y elle fut condamnée aVec son frère , par 
le commission de lords. L'histoire ne connaît pas 
I motifs vrais ou supposés de cette condamnaftion , et 
.plupart des écrivaiils en parlent d'après leurs pas- 
)ns. Linocenle aux yeux des Erotestans^ Anne est 
•upable aux yeux des Catholiques. Douter de sa 
iveté aurait été haute trahison durant le règne d'É- 
abeth. 

L'archevêque Cranmer éprouva une mortification 
li dut lui être extrêmement sensible. Il ne suffisait 
ts à Henri de faire mourir celle qui avait été l'objet de 

passion ; il fallait qu'elle fût dégradée jusqu'au rang 
une concubine , et que sa fille Elisabeth fût déclarée 
légitime. Cranmer, qui avait élevé Anne sur le trône, 
it ordre de prononcer comme juge sur la validité 
'un mariage qu'il avait si souvent déclaré légitime. 

Le roi et la rei^e comparureixt par des potteurs de 

procuration. Deux jours après la condamnation de la 

xeine par les pairs, le 17 mai , l'archevêque prononça 

(joe le mariage avait toujours été nul et invalide. La 



158 LiyilE VI. CHAP. IX- ANGLETERRE. 

proo(5dure fut ensuite communiquée à l'assemblée 
clergé et au parlement ; Tune et l'autre confirnièretil 
divorce. 

Le roi avait comniencé par intimider Cranmef) 

lui faisant sentir que sa vie dépendait de l'issue 

procès. On ne peut cependant pas croire que ce p 

lat et l'assemblée du clergé aient sacrifié leur con^ 

tion et leur honneur à la passion du roi. II faut i 

mettre que la procédui^ a fourni des motifs de d 

pour casser le mariage. Comme ils sont incont 

quelques écrivains ont supposé qu'on affecta de 

garder comme un engagement matrimonial , ce 

s'était passé anciennement entre Anùé et le je 

Percy, depuis comte de Nortbumberland. D'ai 

ont pensé que le mariage fut déclaré incestueux, |) 

que Henri avait cohabité avec Marie , sœur d'^ 

BôlejUi et que les lois canoniques regardent la c 

bitation comme équivalente, dans ce cas, à un 

riage. Nous avons vu que le roi avait obtenu 

dispense qui s'y rapportait, mais comme Crai 

avait établi que le pape ne pouvait pas en accc 

pour des unions de ce genre^ il fut obligé d'appli 

à Anne Boleyti le même principe à la faveur duqi 

l'avait élevée sur le trône. 

Mariage du Anuc Bolcvu fut décapitéc, le 19 mai, àsmà 

roi avec Jeanne iim ^ it!» 

iiejmour, 1536. cour dc k Tout. Cc jour-là Henri VIII , en sigi 
réjouissance , s'habilla en blanc , et le lendéhi; 
épousa Jeanne Seymour , fille d'un chevalie 
Wiltshire , et dame de compagnie de Tinforl 
Anne. La princesse Marie, intimiidée par une 



SJBCT* lY. HENRI TIII, 1609—1546. 159 

ri dure de Gromwel , se soumit , le 26 juin^ aux 
thés de son père, reconnut qu'il dtait chef de l'É- 
we et que le mariage entre son père et sa mère avait 
l illi^l. Henri lui donna alors un état de maison 
bveoable, et lui confia la jeune Elisabeth, qui n'é- 
A plus la princesse de Galles. 

Un nonreau parlement fut convoque pour le 8 juin ^^^^^^^^^^f 
96» Il fut aussi docile à la volonté du roi que l'avait ^*^' 
E Taiicien qui , pendant six ans , avait été Pinstru- 
BBt de ses injustices. C'est une chose digne de re- 
irqne que la lâcheté qui caractérisait à cette époque 
dergë , la noblesse et les communes d'Angleterre, 
Igoère défenseurs si turbulens des droits de la na- 
m. Le nouveau parlement ne se contenta pas de 
lifirmer la dissolution du mariage du roi avec Anne 
llejn , de déclarer illégitimes les enfans qu'il avait 
ks pendant ses deux premiers mariages, de défendre 
us peine de haute trahison dénonciation de toute 
Mnion contraire, et de déférer la succession au trône 
a enfans à naître du troisième mariage ou d'une 
lion subséquente du roi; ce parlement trahit les 
ppits de la nation qu'il représentait , en statuant que 
'le roi se voyait sans héritier légitime, il pourrait li- 
rement disposer de la couronne par lettres patentes 
u par testament. Henri pensait à laisser la couronne 
mm ûh naturel, le duc de Richmond, mais ce prince 
Bounit dans sa dix-huitième année, avant que le bill 
le succession eût pu recevoir la sanction royale. 

Les principes des réformateurs n'avaient pas fait ^^*""«« ^ 
LÎ les basses classes du peuple anglais des progrès 



1€0 LIVRE Vlé CHAP. IX. ANGLETERRE. 

aussi considérables que dans quelques autres pa^ 

Dans les comtes du nord surtout , il était resté ai 

à ses opinions j et la destruction des monastères 

nourrissaient anciennement une foule de pauvra 

avait causé un grand mécontentement. Quarante 

hommes prirent les armes ^ sous la conduite d'un geft , 

tilhommc nommé Robert Aske. Ils se donnèrent Ytif ^ 

parence d'une association religieuse y et appelèren ^ 

leur entreprise le Pèlerinage de grâce. Ils- de 

(laient la suppression des livres hétérodoxes^ k p 

t ion des hérétiques, le rétablissement jle l'autorité 

pape et celui des monastères , la reconnaissanice de 

légitimité de la princesse Marie, etc. Le roi les troi 

par une fausse négociation, en promettant dé fi 

examiner leurs griefs dans un parlement qui serait ii 

ccssamment convoqué à York , et ils se dispersèrei 

Us reprirent ensuite les armes , quand ils se vii 

trahis ; mais Thomas Howard, duc de Norfolk, ta 

sur eux : leurs chefs furent pris , envoyés à Lon 

et exécutés ; les autres furent pendus par vingtaines^ 

et le soulèvement fut étouffé. 

Suppression H causa la suppression des grands monastères qui 

de» srands mo— . • • 

aèrw. avaient été conservés jusqu alors , mais qu'on accufli 
d'avoir trempé dans la révolte. Sous prétexte d'infor^ 
mer sur leur conduite, le roi nomma une commissioDrI 
présidée par le comte de Sussex, qui se rendit dansleii 
différens couvens, et en examinant la conduite poli-< 
tique des moines, leurs opinions religieuses, l'état dfr 
leurs comptes, trouva partout de quoi fonder des ac- 
cusations de trahison , d'hérésie , c^est-à-dire d'opi ' 



na«lèr«s. 



8BCT. ly. HB.VRi VIII, 1509 — 1546. 161 

lions différentes de celles du roi, on de mainraise ad- 
ninislratioii. Les commissaires engagèrent^ par la pear 
ït par Tappas de bonnes pensions, la plupart des mo- 
nastères à transférer à la couronne leurs maisons et 
tous leurs biens* On laissa mourir de faim les réfrac- 
biires; plusieurs abbés furent enécntés comme traîtres. 
Enfin nn acte du parlement, du 13 mai 1538^ investit 
b couronne de toutes les propriétés, meubles ou im- 
menbles des monastères supprimés ou existant encore. 
Le revenu annuel du roi aurait été augmenté par cette 
mesure de 160,000 liv. st. S ce qui formait la vingt- 
unième partie du produit de toutes les terres de l'An- 
l^eCerre proprement dite ; si les propriétés monas- 
tiques n'avaient été distribuées aux gens delà cour, de 
manière que, loin d'ôtre soulagé par cette conGscation, 
le peuple paja des impositions surpassant tout ce 
qu'on avait vu jusqu^alors. 

Pour réduire au silence les murmures du peuple, sivetSMae 
le roi se fit autoriser, par acte de parlement , a em- cbe». 
ployer une partie des terres provenant des monastères, 
à la dotation de nouveaux évêchés , doyennés et col- 
lèges qu'il se proposait de fonder. Le nombre des 
nouveaux sièges épiscopaux devait être de seize; mais 
Henri n'en établit effectivement que six à Wesmînster, 
Oxford, Peterborough, Bristol, Cbester et Glocester. 

Les deux partis, celui qui voulait introduire la ré- Artiri** de 
formation^ et celui qui tenait h l'ancien dogme , se ba- 
lançaient toujours. La chambre basse de la convoca- 
tion ou de l'assemblée du clergé dénonça à la cham- 

' Équivalant à environ 523,000 livres st. dVajourd'hui. 
XVIU. 11 



162 LIVRE Yl. CIIAP. IX. ANOLBTERRB. 

bre haute soixante-sept propositiojOB erronées ou 
hérétiques qu'elle avait extraites des livres des IjoI- 
lards^ des Luthériens et des Ânab|aptistes. Cette dé- 
marche avait pour objet de forcer Cranmeret Crom- 
welly chefs secrets des Luthériens, à se prononcer et à 
se perdre par là dans l'esprit du roi : mais ces deux 
prélats représentèrent à Henri la conduite du clergé 
comme attentatoire à sa suprématie^ et l'engagèrent à 
faire inviter la convocation à s'occuper aussi d'un pro- 
jet pour la simplification du culte. Quelques jours 
après, le roi transmit à cette assemblée un recueil 
d'articles réglant la doctrine qui dorénavant devait 
être professée dans le royaume. Ces articles déclaraient 
que les saintes Écritures et les Symboles des apôtres, de 
Nicée et de S. Athanase étaient les bases de la foi ; le 
baptême, la pénitence et l'eucharistie étaient reconnus 
sacremens. La présence réelle du corps de Jésus-Christ 
(de celui même qu'il avait reçu par son incamation) 
dans l'eucharistie et la nécessité des bonnes œuvres pour 
le salut étaient sanctionnées. Les images devaient être 
conservées, l'invocation des saints était permise, 
pourvu qu'elle ne donn&t pas lieu à des superstitions, 
et qu'on n'attendit pas des saints ce que Dieu seul pou- 
vait accorder. Les habits pontificaux des prêtres celé* 
brans, l'usage du pain béni et de Teau bénite , les cé- 
rémonies religieuses du mercredi des cendres, du 
dimanche des rameaux et du vendredi saint étaient 
consacrés. On devait apprendre au peuple que la 
charité réclame la prière pour les morts , uhêiê que 
comme on ne sait rien sur le lieu et l'état où les âmes 



8BCT. IT. UBVRI VIU, 1509 — 1546. 163 

se trouvent avant d'être aiïmiset au paradis , 'A fallait 
abandonner ce point â la miséricorde divine ; qu'en 
conséquence tous les abus qoe la doctrine du pufga- 
toire avait introduits dans l'Église, comme indul- 
gences, messes devant des images devaient être abolis. 
Cromvrell, en sa qualité de vicaire général , ordonna, 
le 12 juillet 1537, que ces articles fussent lus au peuple 
dans les ^lises , sans aucun commentaire. 

En conséquence d'un ordre donné par Henri à la Oî^iM imii- 

1 1*11 vêAmmi ftmum 

convocation de mettre entre les mams du peuple une i';^ •ji^i^ 
exposition nette de la doctrine, elle publia un ouvrage 
intitulé : Divine et pieuse instUuiion de ffiomme 
chrétien» Il j est déclaré qu'il n'y a pas de salut hors 
de l'Eglise catholique; la suprématie du pape y est re- 
jetée et l'obéissance passive envers le souverain y est 
prescrite comme loi divine* 

Le roi fit supprimer un grand nombre de fêtes, j^^l^^^ 
briser les châsses des saints , brûler les reliques^ les ^or*"»"/* 
croix et les images réputées miraculeuses. Jl fit faire , 
chose incroyable si elle ne reposait sur des témoi- 
gnage dignes de foi , il fit faire le procès à S. Thomas 
Becket^ devant une cour siégeant à Wesminster. 
Le saint fut accusé, le 24 avril 1538, par l'avocat du 
roi, et assigné à comparaître pour se défendre. Comme 
il ne se présenta pas, on lui nomma un défenseur d'of- 
fice, et le 11 juin il fut déclaré coupable de rébellion, 
d'obstination et de trahison. La sentence ordonnait 
de brûler ses reliques, et confisquait ses immenses ri- 
chesses au profit de la couronne. 

• Voy. vol. V, p. 232. 



f. 



161 



LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 



ficTision de 
la traduction de 
la Bible. 



Naissance 
d'Edouard, 
prince de 
Gallei. 



Mort de la 
reine Jeanne 
Sejfmour. 



i 



Publication 



L'assemblée du clergë avait désapprouvé la traduc- 
tion du Nouveau Testament par Tindal, à laquelle on 
avait réuni depuis celle de l'Ancien Testament. 11 s'en 
était répandu un si grand nombre d'éditions, que 
Henri crût devoir en faire enlever partout les exem- 
plaires pour les détruire. Il promit néanmoins qu'il 
ferait faire une autre traduction plus exacte. Crom-well 1 
etCranmerlui rappelèrent souvent sa promesse, et ob- 
tinrent enfin pour deux libraires le privilège de publier 
une édition in-folio de la Bible en anglais. Elle parut, 
en 1537 ^ sous le nom supposé de Tbomas Matthews. 
Xe roi en permit la lecture sous des restrictions. 

Le 12 août 1537, la reine Jeanne accoucha d'un 
fils, qui fut nommé Edouard et décoré des titres de 
prince de Galles , duc de Corn ouailles et comte de 
Gh ester. Sa naissance coûta la vie à sa mère. 

Henri, fondateur d'une nouvelle religion , ne ba- 
lança pas de l'introduire le glaive à la main. Aucun 
fanatique n'a été plus intolérant que lui. Les persécu^- 
tions frappèrent aussi bien les Luthériens que les Ca- 
tholiques qui ne reconnaissaient pas sa suprématie. 
Granmer et Cromwell, tous deux Luthériens, "pour 
échapper à sa colère , se virent obligés de prêter leur 
ministère pour condamner à mort ceux qui profes- 
saient des opinions qu^eux-mêmes approuvaient sans 
oser les avotier publiquement. Aucune persécution 
ordonnée par Henri VIII ne causa une plus grande 
consternation que celle de la famille Pôle qui était 
alliée à la maison royale. 

Paul UI avait enfin publié, le 27 décembre 1558^ 






8BCT. IV. HENRI TIII, 1509 — 1546. 165 

a bulle qui. excommuniait Henri. Il somma Tempe- t^^^l^^ 
eur et les rois de France et d'Ecosse d'exëcuter cette ***" 
entence et de s'emparer des ëtats d'un prince hëréti- 
[ue, adultère, homicide et perfide. Le pape chargea 
le la négociation avec ces souverains un individu té- 
tant de près à Henri VDI, et que celui-ci avait jadis 
beaucoup affectionne. C'était le cardinal Reginald 
^ole, petit-fils par sa mère de ce duc de Clarence 
[u'Edouard IV , son frère, avait condamne à la mort^ 
n 1477 1, et par conséquent neveu du dernier Plan- 
agenet qui avait été décapité par ordre de Henri VTI^. 
ilenri Vlll Tavait comblé de bienfaits et l'avait envoyé 
aire ses études en France et en Italie. Il l'avaitconsultét 
iprès coup n sur son premier divorce et sur les chan- 
^emens qu'il avait faits dans la religion. Pôle les ayait 
hautement désapprouvés dans un livre sur l'Unité de.,,.^"?*^"**"»". 

LX dirigée eoBlrnla 

l'Église 3, qu'il adressa au roi. Quand celui-ci apprit la ^'"'"* ^'"* 
mission dont ce parent s'était chargé^ il entra dans une 
fureur extrême , et n'ayant pu obtenir que le gouver- 
nement français lui livrât ce sujet félon , il fit arrêter 
Henri Pôle lord Montagne, et Geoffroy Pôle, ses frères, 
ainsi que Henri Courtney, marquis d'Exeter, petit-fils 
d'Edouard IV ^. C'étaient, avec le cardinal, les der- * 

niers rejetons de la maison d'York. Le 31 décembre 
1538, lord Montague et le marquis d'Exeter furent 

' Voy. p. 91 <le ce vol. * Voy. p. 115 de ce vol. 

^ Lib. IV (le Unitate ecclesÎK. 

^ Calhcriue, fiile ci^Ëduuaril IV, avait épouse' Guillaume Court- 
i^ey, cômlc de Devoushire. lleori , leur fils, avait éle' Ctéé marquis 
«i'Exciei en 1525. 



Qription* 



166 LlTRB VI. CHAP. IX. AIStiLBTERRS: 

aoeusës de haute trahison derant la chambre despaîrs, 
eî exécfMs le S janvier 1559. Geoffroy Pôle sauva sa 
YÎe en déposant contre son frère et son cousin. Au 
reste la mission du cardinal n'eut pas lieu , le ppe 
Fayaiit rappelé à Borne. 
MiudTï^.i*' La vengeance de Henri VIII n^étaît pas assouvie.!! 
fit arrêter coïnme coupable de haute trahison, la mère 
de» frères Pôle , la vénérable comtesse Marguerite de F 
Sàlîfibuiiy^ fille du duc de Glarence. Cette dame con- l 
fondit lellement ses accusateurs, qu^il n'y eut pas 
moyen de la cohdamtier. Gromwell imagina alors an 
des pitts exécrables moyens dont la tyrannie se soit 
avisée, «avoir un bill de ptoscrîption (attainder)^c^esi- 
à'-dn'e wh acte de la chambre haute du parlement y 
j^ronoticaiit, sans anctlne procédure préalable , la con- 
damiiation d^Un accusé. On fit usage de cette inven- 
tion poui^ perdre là comtesse de Salisbury. Proscrite 
salis jugement par un bill, elle fut retenue pendant 
deux ans en prison, et finalement exécutée le 7 mai 
iÔtt. Agée de soixante-douze ans , cette princesse 
consetvft, sur Téchafaud comme en prison, la dignité 
de sa hâassàncé et le calme de la vertu. 
rS^rtiîîe. lïcnri VIII opposa à Fexcoiilmunîcation une décla- 
téftioti que dix-neuf évêques et vîngt-cinq docteurs en 
théologie eurent la hasse^e de signer : elle portait que 
Jésus-Ghrist avait expressément interdit aux apôtres 
et à leurs successeurs l'usage du glaive et de leur auto- 
rité contre les rois , et que le pape de Rome, ayant 
usurpé ce pouvoir, était un tyran qui perdait k 
iTOyaume de Jésus-Ghrist. Une assemblée du cierge 



des ùx articles, 
1639. 



SBCT* IV. HBNRi vni, 4509»— 1546. 167 

ajani été convoquée, en 1638, te roi lui fit dire qu*il 
était tesip» de mettre fin à kl dÎTérsit^ des ophiious 
religîeiises, par la publication d'artkles de foi sur les- 
quels ou se serait accordé. Les comité nommés par la 
\ . chambre haute pour s'occuper iïe cet objet , n'ayant 
i pu se réunir dans leurs opinions, Thomas Howard, 
duc de Norfolk, communiqua aux deut chambres du 
I parlement six articles dont le roi demandait Padop- 
tion. Après de longs débats le parlement leur donna , 
le 28 janvier 1539, la forme d'un acte c{ni , ayant été 
revêtu de la sanction royale, devint h>i de PAat. Les 
six articles établissent ; 

1°. Qile dans l'eucharistie la substance du pain et 
du vin cessent d'exister après la consécration (cW-A- 
dire qu^il y a transsubstantiation); 

3^. Que la communion sous les deux espèces n'est 
pas nécessaire ; 

3**. Que la loi divine ne permet pas le mariage dea 
prêtres; 

4**. Que les vœux de chasteté doivent ôtre observés ; 
5^. Que les messes privées étant fondées dans les 
saintes Ecritures , ne peuvent être abolies : 

6**, Que la confession auriculaire est utile et néces- 
saire. 

L'acte ordonne ensuite : 

1^. Que quiconque écrira , prêchera ou disputera 

contre le premier article sera mis à mort comme héré^ 

tique ; c'est-à-dire brûlé sans que son abjuration puisse 

le sauver ; ses biens seront confisqués au profit do rb»; 

2®. Que quiconque attaquera de la même manière 



1 



168 LIVRE VI. CHAP» 4X* ANGLBTERRB; 



( c'est-à-dire en écrivant , préchant ou disputant )\e$ 
cinq autres articles, ser^ puni de la peine de félonie > 
c'est-à-dire par la corde ; quiconque , sans les atta- 
quer directement^ énoncera seulement des opinions | 
contraires^ sera puni la premiérefois, de la prison, | 
de la séquestration de ses biens immeubles pendant < 
sa vie, et de la confiscation de ses biens meubles ; la se^ ' 
conde fois de mort* i 

3^. L'acte annuUe tous les. mariages contractés pr 
des prêtres ou des religieuses, et condamne comme fé- 
lonie toute cohabitation future. 

4®. Tout prêtre et toute religieuse vivant en concu- 
binage seront condamnés pour la première fois à la pri- 
son et à la confiscation, et pour la seconde fois à la morfL« 

Cet acte remplit de terreur les amis nombreux de 1^ 
réformation , et particulièrement Cranmer qui éta:^ 

marié à la nièce d'André Osiander ^ , un des plus foi^ 
gueux réformateurs , et en avait des enfans. Il em- 
ploya toute son éloquence pour faire annuler l'articW 
ordonnant le célibat des prêtres; n'y ayant pa^ 
réussi > il se soumit aux lumières supérieures du roi^ 
et renvoya sa femme. Henri VIH ne lui en voulut patf 
de sa résistance momentanée. 
l^«w.t?nlbroiu Cromwell aussi qui avait été élevé au rang de ba- 
Mtdéfei^au ^^^^ ^j^ s'évanouir, par Pacte des six articles, l'espoir 
dont il s'était flatté de conduire le roi à embrasser la 
doctrine des Luthériens. Il fit passer au parlement de 
1^39 un acte qui renversait toutes les libertés de k 
riation , et conférait au roi seul la puissance législa- 

"*'.^l eo sera qucsiiixn dans Wr^ia pitres suivant. 



SECT. IX. HBNKI VIIl, 1509—1546. 169 

daxïs toute son étendue. L'acte déclare qu^au roi 
it le droit de publier, sans l'avis de son con- 
9 des édits ou proclamations ayant force d'actes du 
*lement, et de condamner à l'emprisonnement et i 
amende les transgresseurs de ces ddits. Quitter le 
aume dans l'intention de se soustraire à ces amen- 
9 c'était haute trahison. Les historiens remar- 
it que ce ne fut toutefois pas sans de grandes dif- 
^tés qu'on put faire passer cet acte dans les deux 
xVipixibres; on y introduisit une clause qui maintenait 
lois existantes, et devait garantir la vie des citoyens. 
onolPour renforcer son partie Cromwell résolut de ma- hUm^I^ 
^ PF Henri à une princesse protestante. Le roi avait jeté iwS *"' 
»3«iBjreux sur les princesses les plus jeunes et les plus bel- 
^if de l'Europe; ses recherches avaient rencontré 
^Y^ obstacles. Cromwell lui proposa la princesse 
f^^' «CBur de Guillaume, duc de Clèves , et lui en 
'nta un portrait peint par Holbein et excessive - 
^ flatté. On la demanda en mariage*, dès.qw^ 
roi la vit , il prit du dégoût pour clic. Elle avait' 
*^'*le élevée ( qualité que Henri regardait comme 
^*^iinent nécessaire à une reine ) , mais les traits 
'^^i^s ; elle était sans instruction , ne savait pas la 
'^que que Henri aimait passionnément , et ne par- 
lât qu'une seule langue, l'allemande, que le roi igno- 
, Wt.n voulait la renvoyer sur-le-champ , mais les re- 
^ Bresentations de Cromwell le retinrent et le mariage 
1. pt «eu le 6 janvier 1540. 

l' précéda de cinq mois la chute de Cromwell. La kv^cuimu. ii. 
^^Dance du roi pour la nouvelle reine s'accrut de 



/ 



170 LIVRE VI. GHAP. IX. ANGLETERKÈ. 

jour en jour et il résolut de s'en séparer, insii 

même temps de punir celui qui Pavait engage â c 

union , en le sacrifiant à la btftne de la nation. Oi 

la charge de grand vicaire, ce ûh d^un foulon é 

garde du sceau privé , grand chambellan et de\ 

peu dievalier de la Jarretière et comte d'Essex : I 

cumulation de tous ces honneurs en avait fait un 

jet de jalousie pour la noblesse. Les Catholic^es le 

testaient, comme l'ennemi secret de leur religi 

les Protestans, comme celui qm faisait exécuter c 

tre eux la rigueur des lois, s^il n'en était pas l'âtit 

Henri espérait probablement regagner l'amour cl< 

sujets en perdant Cromwell. Celui-ci n'aurait pi 

faire illusion sur le sort qui l'attendait, s'il s' 

aperçu que le roi était amoureux de la nièce du 

de Norfolk , son ennemi juré. C'était Catherine 

ward , j^nne personne d'une taille peu digne à 

reme , mais dont Fair de candeur avait séduit le 

Henri ne pouvait satisfaire sa passion qu'en fa 

casser le mariage que Cromwell lui avait fait cod 

ter, et la famille Norfolk prévit que ce ministr 

opposerait. Elle fournit au roi la preuve que le vî 

général était en correspondance avec les princes 

ligue de Sraalkalde , et qu'il était le fauteur du h 

ranisine. Le duc de Norfolk reçut l'ordre d'arrêl 

grand criminel , et il l'exécuta au milieu du c( 

d'état, le 10 juinl540. Cromwell fut accuse de ! 

trahison devant la chambre des pairs , et cond 

sans forme de procès par un bill de conviction 

quité dont it avait été Tinventeur. Aucune voix i 



sacT. IT. HBimi vm, 1509 — 1546. 171 



ùm^m» Son ami Cranmer écriTÎt an roi 
l«i rappder les services du comte d'Essez , raab 
potesTcclesaiitres, et, le 28 juillet 1540, la tête 
; ^rand TÎcaire tomba sous la hache du boarreau. 
Le parlement avait poussé la bassesse jusqu'à snp- ^^^^^ 
pcr le roi de lui permettre d'examiner la validité de ^ 
m mariage avec Âone de Clèves. L'al&ire fut renvoyée 
k eonvocation. La reine Anne ne fit aucune oppo- 
licm ; le procès ne dura que deux jours, et le 9 juillet, 
m les nM>ti& les plus frivoles , le mariage fut déclaré 
H1« Le parlement confirma la sentence y Anne , à qui 
li avait &it un sort très-honordble , la signa. Elle ne 
iMlat pas retourner en Allemagne. 
r Le 8 août suivant , le mariage du roi avec Catherine .'*'^^. 



loward fut célébré. Cet événement fut très-malheu-j^"""^' 



pour les Protestans ; Norfolk'et Gardiner, évèque 
ke Winchester , firent exécuter la Ipi des six articles 
Umt Gromwell avait tempéré la rigueur. Les Protes- 
ans ne furent pas les seuls à éprouver Fefiet de la per- 
Ccntion; elle frappa également les Catholiques qui re- 
liaient^ de reconnaître la suprématie du roi. Bon 
CKeil! s'écria un Français témoin de ces exécutions, 
aoel pays î on y pend les Catholiques, et on y brûle 
les hérétiques. 

Henri VIII se félicitait d'avoir épousé le parangon ««^aiH»*» 
de rînnocence , lorsqu'on vint fournir à Cranmer la How»rd. 
preave que Catherine Howard n'avait pas été très- 
scrupuleuse avant son mariage , et que probablement 
m concfaiîte n'était pas plus réglée depuis qu'elle était 
sur le trône. L'archevêque communiqua à deui^ 



172 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE; 

ministres du roi une dénonciation qu'il aurait 
dangereux de supprimer. Ils l'engagèrent à en i 
truire le roi^ et il le fit par écrit. Lé roi fut attër^ 
cette nouvelle et ordonna une enquête. Gatbei 
avoua n'avoir pas ménagé sa pudeur avant son i 
riage ; mais elle soutint n'avoir pas manqué au roi 
faut convenir qu'il y avait de forts indices du o 
traire. Le parlement la condamna pour haute tra 
son , et avec elle plusieurs autres personnes pour i 
voir pas révélé son crime. La reine et lady Rochfoi 
qui avait beaucoup contribué à faire mourir Ai 
Boleyn, furent exécutées le 12 février 1512. Di 
amans de Catherine y ou réputés tels ^ furent égt 
ment mis à mort. Le parlement inséra dans le bill 
conviction que toute femme qui ne serait pas vierg( 
épousant un roi d'Angleterre, et n'en aurait pas fai 
déclaration, et toute personne qui, ayant connaisse 
du fait, ne l'aurait pas révélé, commettaient le cr 
de haute trahison. 
hJÎÎhX c- Le 12 juillet 1543, Henri se maria pour la sixii 
fois. Il choisit Catherine Par , veuve de lord Latin 
femme prudente et vertueuse. Elle était secrèten 
attachée au luthéranisme , et faillit devenir victime 
sa croyance. Déjà Henri avait donné l'ordre de 1 
rôter; elle fut avertie du danger qu'elle courai 
s'en tira avec beaucoup d'adresse •, car elle connai 
parfaitement l'art de gouverner un époux d'un ca 
tère si bizarre. 
ceîi^^'î't^otd Averti qu'il était résulté beaucoup d'inconvéc 
îîqM. "' de la permission illimitée qu'on avait accordée 



1614. 



SBCT. IV. HENRI VIII, 1609 — 1546. 173 

■pie de lire la Bible , Henri VIII y mit des restric- 
ris , et , en 1543 , il fit publier un nouveau code de 
strine et de cérëmonies auquel on donna le titre de 
H^trine nécessaire et science de tout Chrétien* Les 
■z chambres du clergé avaient approuvé ce nouveau 
re symbolique. 

Lorsqu'en 1544 Henri VIII se préparait à attaquer Acte a. 
roi de France sur le continent, il résolut de régler 
paravant la succession au trône et de réparer l'in- 
Btice criante dont il s'était rendu coupable envers 
I propres filles. Un acte du parlement, du 14 jan- 
rr 1544, statua que la succession au trône apparte- 
it d^abord à Edouard, prince de Galles et à tous ses bé- 
liers, ensuite à la princesse Marie et aux siens, et enfin 
Elisabeth. Le roi se réserva d^exclure ses filles si elles 
dsaient de se soumettre à certaines conditions, et, 
! cas arrivant, de disposer autrement de la couronne. 

Le même parlement régla le titre du roi ainsi qu'il 
lit : Roi d'Angleterre , de France et d'Irlande , dé- 
tisear de la foi et chef sur terre de l'Eglise d'Angle- 
-rre et dlrlande. Ainsi le titre honorifique que le 
ipe avait conféré personnellement à Henri fut rendu 
erpëtuel. Ce parlement modifia aussi la rigueur des 
^is pénales relatives aux six articles. 
. Autres évènemens du règne de Henri VIII ^ 
depuis ibd^ jusqi£à sa mort* 

Depuis 1554, Henri VIII, dont la famille était p,^»^;^"„„ 
riginaire du pays de Galles ^ , travailla à l'union de ce îsâ^*^'*"** 

* Owen Tudor , son aïcal , était Gallois et dérivait son origine 
un ancien roi breton. 



171 LIVRE ¥1. CHiLP. IX. ANGLBTJ^iBJUB^ 

pays avec le royaume d'Angleterre* Déjà les provil 
primitivement conquises par les armes des rois d'i 
gleterre étaient régies par la loi anglaise ; mais A i 
d'elles, il existait cent quarante-une seigneuries < 
avaient été concédées à ceux qui les avaient conqui 
Leurs descendans, appelés les seigneurs des Mard 
avaient c)iacun sa juridiction particulière , et re| 
sentaient autant de princes entièrement ind^pends 
se faisant; entr'ejux une guerre perpétuelle , et vit 
de rapines« Le parlement de 1536 prononça l'ai 
définitive de la principauté au royaume d'Ânglete 
toute juridiction particulière fut abolie , el les 
gneuries furent annexées aux comtés voisins. 
L'Irlande en Dans Ics prcmièrcs années du rèene de Henri V 

<<rtgée en *• *^ 

ï«jfauine, 1541. j^^ trauquilUté de l'Irlande fut souvent troublée 
les guerres entre les deux principales familles de I 
lesFitz-Gerald et les Butler qui avaient pour chefs 
premiers les comtes deKildare , et les autres les co 
d'Ossory . Ces troubles furent enfin apaisés par l'én^ 
et l'activité deslieutenans du roi , et le parlement ii 
dais se montra aussi docile que celui d'Ângleter 
confirmer tous les actes que Henri se permit coni 
cour de Rome. Jusqu'en 1511 y les rois d'Angle 
avaient possédé l'Irlande comme vassaux du ^ 
auquel ib en payaient tribut ^ aussi se qualifiaiei 
simplement de seigneurs de ce pays. A cette épo 
le parlement de l'île abolit le tribut, et conf 
Henri VIII le titre de roi d'Irlande^ celui d'Angb 
confirma cet acte, le 23 janvier 1512. Le roi 
avec les seigneurs indigènes, et acheta la soum 



SBCT. IV. HENRI VIII, 1509 — 1646. 175 

rois d'entre eux j en leur donnant , a titre de fiefê y 
biens conâsquÀ sur les couvens. Ce furent Connor 
féal , Mnrrogh O'Brian et UUiac de Burg. Ils jn- 
nit fidélité au roi, consentirent à tenir leurs terres 
Irê de fiefs, et furent créés, le premier, comte de 
roue ; le second, comte de Thomond, et le troi- 
ne , baron de Clanricard* Ce sont les trois plus 
siens pairs indigènes ; car les Osmond ou Ossory , 
Fitz-Gerald , les Lacy ^ et les Fitz-Maurion , qui 
iaédaient la pairie irlandaise, étaient d'origine fran^ 
ise ou anglaise. 

Ija guerre que Henri VIII eut avec l'Ecosse, depuis coîJTdTiwSu 
Al jusqu'en 1546 , et qui fut interrompue par des 
^nsactions politiques très-intéressantes , trouvera 
ie meilleure place dans le chapitre destiné à l'his- 
fure d'Ecosse 3. 

Henri Vni était fort mécontent de François I*',„^"*^^cAi_ 
B|i avait soutenu ses ennemis en Ecosse et suspendu ^^^* 
ppaiemens qu'en vertu des traités, il devait faire k 
Ibigleterre. Le 11 février 1513 , il conclut avec 
Siarles-Quint Falliance dont nous avons parlé 3. 
kprès avoir confié la régence du rojaume , pendant 
pu absence, à Catherine Par, son épouse, il passa, 
^ 14 juillet 1544, sur le continent, et forma le siège 
■e Boulogne. Nous avons dit que son opiniâtreté à 
Vouloir prendre cette ville, engagea son allié à l'aban- 

' Nous cj^icrvoiu en paMant (jue le reièbre feld maréchal autri- 
ihieo « (|a*on appelle communëioent Lascy, était de celte famille et 
icrivaîl son nom comme elle. 

• Livre VI, chap. X, scct. I. » Voy. vol. XV, p. 119. 



176 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

donner^ et à conclure sans lui la paix à Grespy ^ ;■ 
Henri réussit enfin à prendre Boulogne , le 14 
tembre , et retourna en Angleterre. Notts avons 
porté les autres évènemens de cette guerre , que I 
mina la paix du 7 juin 1546, qui laissa à l'Ângli 
Boulogne pour un temps déterminé ^. 
oomte^J'e sûii" Henri se sentant attaqué d'une maladie qui deVa 
d^^NoifoikT conduire au tombeau, fut agité d'inquiétudes si 

sort qui attendait son fils Edouard , âgé. de neuf"^ 
seulement. Thomas , duc de Norfolk , le plus puis 
parmi les grands d'Angleterre , ayant' acquis beau< 
de gloire dans les guerres d'Ecosse et de FranceJ 
étant regardé comme le chef des Catholiques d'Anj 
terre y lui devint suspect •, mais il craignait encore 
les talens brillans et l'ambition de son fils , Heni 
comte de Surrey , et il s'était persuadé que ce jei 
homme avait formé le projet d'épouser la prince 
Marie, pour se frayer le chemin au trône. Le 12 
ceml)re 1546 , le roi fit arrêter le père et le fils : le 
comme suspect d'être en correspondance avec le cal 
dinal Pôle , fut condamné par les jurés , et exécuté 
19 janvier 1547. Nous reviendrons sur ce seigneur] 
un des poètes anglais les plus distingués du seizièi 
siècle. Son père fut condamné le 28, et devait êti| 
exécuté le lendemain ^ la mort du roi , arrivée dan 
l'intervalle , lui sauva la vie. 
Testament et Hcuri VUI avait fait de nouveau son testament , 1 

mort de Ht n- » i r 4 r» * i • 

ri VIII. 50 décembre 154d, au moms on en produisit un 

mais il existe des doutes sur son authenticité. Il exch 

• Voy. vol. XV, p. i23. a Voy. vol. XVI, p. 219. 



8BCT. IV. HENRI VIIX, 1579 — 1546. 177 

t la succession ses deux filles y si elles se mariaient 
us le consentement du conseil de régence qu'il allait 
ablir. Après Edouard ^ Marie et Elisabeth, il nomma 
éritiers de la couronne les descendans de sa sœur 
idette , la reine de France (épouse de Louis XII) , à 
exclusion de sa sœur aînée , la reine d'Ecosse. U 
astitua seize personnes partisans de la £imille de Sey- 
nour^ comme exécuteurs testamentaires , et conseil- 
ers privés, du jeune roi y pour exercer l'autorité de 
a couronne jusqu'à ce que le roi fût parvenu a l'âge 
3e xlix-buit ans , et il leur adjoignit un second conseil 
ïe douze personnes qu'il ne munit d'aucun pouvoir. 
On <ie sait pas dans quels sentimens religieux Henri 
mourut ; mais il est certain qu'il communia sous une 
beule espèce. 



xviii. 



12 



178 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 



SECTION V. 

Règne dÉdouard VI, 1547—1553. 
^labUMement ÂoFès k mort dc Henri VIII , son fils , âgé de n eirf 

d'un oonMil de •*• uu 

régence. g,jg ^ f^ij- proclamé roi sous le nom à^ Edouard VI ^ et 
les seiase exécuteurs testamentaires ou rëgens entrèrent 
en fonction. Les plus remarquables parmi eux étaient 
Granmer, archevêque de Cantorbéry; le lord Wrio- 
thesley, lord chancelier», Edouard Seymour , comte de 
Hertford, oncle maternel du roi , et William Paget,r^ 
secrétaire d'état. Par une bizarrerie du testateur, le F^ 
comte d'Arundel et sir Thomas Seymour, deux autres *'* 
oncles du jeune roi , ainsi que le comte d'Essex, frôre ^ 
de la reine douairière , n'avaient été nommés que 
membres du conseil des Douze. 
Ledûcde La première opération des régens fut d'élire un 

nommé protec- protcctcur pour représenter la majesté royale dans les 
rapports avec les ministres étrangers , et pour mettre 
de l'unité dans les délibérations. Leur choix tomba 
sur le comte de Hertford. On proclama ensuite les 
titres que, d'après l'assurance de sir William Paget, le 
roi avait résolu d'accorder avant de mourir , en leur 
affectant des dotations convenables. En conséquence 
le protecteur fut créé duc de Somerset; le chance- 
lier, comte de Southampton ; le comte d'Essex, mar- 
quis deNorthampton; Thomas Seymour, lord Seymour 
de Sudley. Parmi les membres du conseil des Seize, il 
s'en trouvait un dont la fermeté gênait beaucoup le 



ssCT* y« EDOUARD VI, 1517 — 1555. 179 

protecteur dans rexécution de ses plans ambitieux : 
^'ëtait le nouveau comte de Southampton. Heureuse- 
ment il découvrit que , comme chancelier, ce seigneur 
iàvait commis une irrégularité dont on put lui faire un 
crime. On lui retira le sceau j et il reçut Tordre d'at- 
tendre dans sa propre maison, qui lui servirait de 
]pri80p , qu'on eût fixé Tamende à laquelle il serait 
«condamné. 

Débarrassé de cet antagoniste, Somerset fit une 
liémarche bien hardie. Par des lettres-patentes qu'il 
fit signer, le 13 mars 1547, h Edouard YI, toute Fau- 
torité que les seize régens avaient dû exercer en com- 
mun , fut attribuée k lui seul ; les deux conseils 
ihrent confondus en un seul , et le protecteur fut dis- 
pensé de la nécessité de se conformer à leur avis. 

Le protecteur était un zélé Luthérien; parvenu «^ïIjJ^ÏÏJS^**. 
pouvoir^ il ne cacha plus ses opinions et ses projets. «'^•'■^••* 
Son premier soin et celui de Cranmcr fut de ne con- 
fier l'instruction du roi qu'à des adhérens du luthéra- 
nisme. Après le protecteur et l'archevêque , les chefs 
des Protcstans étaient Nicolas Ridley et Latimer , 
évèques de Rochester ^ et Worcester. La princesse 
Marie, soeur du roi, était à la tête des Catholiques $ elle 
avait pour conseils le comte de Southampton , avec 
Etienne Gardiner, CuthbertTonstal et Edmond Bon- 
ner , évèques de Winchester , Durham et Hereford. 
Cranmer eut soin de placer les évèques dans une plus 
grande dépendance du roi , en insérant, dans les nou- 
veaux pouvoirs qui leur furent expédiés, une clause por- 

' Ridlev fol élev^ plus lard au siège de Londres. 



480 LIVRE VJ. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

tant qu'Us en jouiraient aussi long-temps qu'il plairait ^^ 
au roi* Il fit ensuite enlever, sans autorisation du gon 
vemement , les images et les crucifix , et Pëvéqu 
Ridley prêcha contre la superstition de Feau bënitejt- 
Cranmer ordonna une visite générale des églises ,4-^ 
pour la commodité de laquelle le royaume fut divisa' ^' 
en six provinces. Les visiteurs , qui étaient pris enf 
divers états, furent chargés de réformer les mœurs der 
ecclésiastiques^ et d'établir partout le culte protestant, p 
Comme on manquait d'un nombre suffisant de prédi- * 
cateurs, le gouvernement fit rédiger douze sermons f^ 
sur les principaux dogmes , et les prédicateurs eurent 
ordre d'en donner lecture à leurs ouailles. Gardiner 
et Bonner qui s'opposaient à ces innovations , furent P 
emprisonnés ^ Tonstal perdit sa place au conseil de 
régence et son évêclié. 

Oiien»d»Ê- JjC commencement du règne d'Edouard VI fut 
troublé par une guerre avec l'Ecosse, dont le but 
principal était d'obtenir la main de la jeune reine 
pour le roi d'Angleterre. Quoique l'Angleterre y fut 
victorieuse , cependant le protecteur ne put empêcher 
que Marie Stuart ne fût envoyée en France, pour y 
être élevée et mariée au dauphin ^ . 

Loi» iHjnaieB \^q parlement assemblé au mois de novembre 1647, 

contre le» re- L ' 

l!rpi!éi^«»îei- fit plusieurs lois très-çemarquables. Il effaça du code 

dMiakiuiue du p^g^j toutes ces nouvelles espèces de félonie et de 

trahison qui avalent été imaginées sous le règne de 

Henri VIII ; les lois contre les Lollards , la défense de 

lire la Bible , le statut des six articles , et celui qui 

' 11 sera i^ucslioa de relie guerre dans le chapitre suivant. 



cosee^ 



SBCT. y« i&oouARD Ti, 154T — 1655. 18 1 

Hvait transféré toute la puissance législative au roi y 
turent, révoqués. Quiconque nierait la supn'niatic An 
poi , ou soutiendrait eii chaire celle ilu j^qio »ur TK- 
fjiise d'Angleterre , devait être puni , la premit>ro foin, 
par la prison et la coniiscatioti di^ biens ; ki seconde 
Ibis, selon le statut de prœmufiire ; la (roiitit>nie lois 
seulement, il devait âtre di'claré coupable de li«mte 
Irahison. On demanda a la convocation ou «chambre 
basse du clergé, assemblée à la môme époque, son opi- 
nion sur la légitimité du mariage des pn>lri^ et sur la 
communion sous les deux, espores. L\uianimité se 
(>rononça sur Tutilité de la dernière, et il fut p-issi^ & 
«se sujet un acte qui reçut la sanction i*oyale. [Jne ma- 
jorité de deux tiers dcclara le mariage des prôtn^s légi- 
time^ mais on ajourna la décision de cette question k 
une autre session. 

Voyant que dès-lors il poitv«iit cfMn|)t4>t' .sur le [)ar- 
lement et le bas clergé , Cranmer donna suite à ses 
projets de réforme. Le conseil de régence défendit, eu 
janvier 1548 , les cérémonies usitées â la (lliafideleur , 
au mercredi des Cendres et au dimanche des Hameaux. 
On enleva des églises toutes les images san.H distinc- 
tion. On nomma une commission cliargée de revciret 
de corriger la liturgie. La communion sous les deux 
espèces fut introduite, la messe fut oonsi^rvée avec 
quelques cbangemens^ on permit la con(es.sion auri- 
culaire, en déclarant cependant qu'elle n'était pan 
nécessaire. Cranmer publia un nouveau caté<:lii.sme 
pour Finstruction de la jeunc^sse. 

Le parlement de la fin de rannée lf>18, approuva AuiiiMft4« 



182 LIVRE TI. CHAP. IX. ANGLETBRRB. 

MfliUt des le livre de comrtuine prière que )a cômmtssioii cbaNJ 
gée de la rërision de la liturgie^yait rédige. Âpres onil' 
discussion longue et orageuse, il adopta, le 19 fértuSt 
154:9> un bill portant que , quoiqu'il fut à désirer qoi 
le clergé observât une contenance perpétuelle, con* 
forme à son caractère évangélique , néanmoins touttt 
les lois provenant des hommes, qui défendaient lé 
mariage des prêtres , étaient révoquées. 
kJdsiïîio" n* ^^ protecteur n'avait pas de plus grand ennemi qoe F 
son frère, lord Seymour, grand-amiral, qui^ tièi^ 
peu de semaines après la mort de Henri YIII , avait 
épousé sa veuve , moins pour ses attraits qu'à causé 
des richesses qu'elle avait amassées et du douaire dold 
elle jouissait. Seymour n'était pas moins ambitient 
que son frère *, mais il lui était bien supérieur en tft* 
lens. Pendant que Somerset était occupé de la guerre ^■ 
d^Ecosse , le lord-amiral se fit un parti dans le conseil 
de régence , et, par une suite de complaisances, s'in^ 
sioua dans la faveur du jeune roi , au point que celui^ 
ci écrivit au parlement , pour demander qu'on lu 
donnât lord Seymour pour gouverneur. Le protecteur 
revint en toute hâte d'Ecosse , fit échouer les projet! 
de son frère qui fut enfermé dans la Tour ; niais s'é- 
tant humilié devant le protecteur, il obtint son par* 
don. Bientôt une nouvelle perspective s^ouvrit à soa 
ambition. Son épouse mourut en couches , le 30 sep- 
tembre 1548, et, dès ce moment, il porta ses vues 
sur la princesse Elisabeth , à peine âgée de seize aiM«^ 
La familiarité qui régnait entre eux, et qui fit quelque 
tort à la réputation de la princesse , parait indiques 



SECT. y. ÀDOtJARD Vï, 1547 — 1553. 183 

i^ue ses recherches furent agréées ; mais comme, d'après 
le testament du feu roi , la princesse ne pouvait se 
marier sans le consentement du conseil de n^nce, 
qpe Seymour ne se flattait pas d'obtenir , il résolut 
de se mettre à la tête d'un parti , et de renverser Fau- 
t«>rité de son frère. Ses projets furent trahis par le 
drecteur de la monnaie de Bristol , qui déclara avoir 
«Sté chargé secrètement de battre de l'argent pour être 
ployé au paiement de la solde de 10,000 hommes 
le grand- amiral comptait incessamment mettre 
pied. Le protecteur ordonna de Teufermer à la 
3*oiir j et produisit au parlement trente-trois articles 
^oi devaient motiver un bill de conviction pour crime 
^ hante trahison. Quoique cette forme inique de 
|iro€:édure parût avoir été abolie par les lois de 1547, 
néanmoins le bill passa sans contradiction à la cham- 
bre des pairs, et 6nalement aussi à celle des communes. 

n reçut la sanction du roi. L'ordre de rexccntion de 

» 

Seymorur fiit signé par son propre frère , et l'amiral 
fat décapité le 20 mars 1549, victime de l'ambition de 
Somerset^ contre lequel seul son complot était dirigé. 
Le feu de la discorde entre les deux frères avait été souf- 
flé par l'ambition de Jean Dudiey, comte de Warwick. 

Au mois d'août 1549 , éclata une guerre avec la ««lerwHr 
France. Henri II voulait faire une diversion en faveur 
de l'Ecosse, et surprendre Boulogne avant le temps 
stipulé pour sa restitution ; telle fut la cause qui ren- 
gagea à prendre les armes i. Comme la campagne ^ 
d'Ecosse n'avait pas été heureuse, et que Somerset 

• Vol. XVI, p. 253. 



184 LIVRE VI. GHAP. IX. ANGLETERRR* | ë 

craignait que la double guerre n'eût des suites p 
diciables pour la reformation , il proposa au -éo 
de rendre Boulogne que d'après les traites on ne pour*! 
vait garder que jusqu'en 1554. Cette proposition 
rut conseillée par la timidité , et derint l'occasion de 
la chute du protecteur. Son arrogance , la supériorité 
qu'il affectait sur les membres du conseil y le mécon- 
tentement de la noblesse et des grands propriétaires, |C^ 
cbntodeSo. qu'Jl ayait indisposés en agissant avec peu de vigoeof 
contre le peuple dans une émeute que la cherté des 
vivres et le manque de travail avaient excitée en 1549^ 
la haine des Catholiques ; tous ces motifs ^ auxquels 3 
faut joindre l'ambition du comte de Warwick, qui 
s'était fait une réputation en combattant les rebelles^ 
engagèrent ses ennemis à se déclarer publiquement 
contre lui^ et à réclamer par des circulaires l'assistance 
de la noblesse. Tout le conseil ^ à Texception de Cran- 
mer .et de Paget y entra dans ce complot , et la ville 
de Londres y accéda. Le protecteur , qui était i 
Hamptoncourt , se sauva à Windsor. Le conseil dresn 
un acte d'accusation contre lui ^ on ne lui reprocha 
aucun crime, mais on le taxa d'ambition, d'impru- :: 
dence et d'abus de pouvoiî:. Somerset perdit cou- 
rage, et, renonçant à se justifier, se remit a la discrétion 
de ses ennemis : le 14 août 1 549, il fut envoyé â la Tour. 
Leoomfede Lc parlement du mois de novembre suivant s^oc-* 
éteaMafikirM. ^„p£^ dc l'accusation portée contre lui. Somerset 
souscrivit aux vingt-neuf chefs de cette accusation , 
confessa sa présomption, sa négligence , son incapa- 
cité et implora l'indulgence de ses juges. On le con- 



SECT. V. EDOUARD VI, 1547 — 1555. 185 

damna à perdre toutes ses charges, ses biens meubles 
f9A une partie de ses terres d'un rapport annuel de 
2,000 liv.'st. (environ 7,00.0 liv. st. d'aujourdhui). 
Quelques jours après il sortit de prison. Depuis ce 
moment, Jean Dudley, comte de Warwick, sans ôtre 
président en titre du conseil de rcigence, y jouit de la 
plus grande autorité. 

Quoique la simple proposition de rendre Boulogne ^,^,****^*lk'îj*' 
i la France eût excité un si violent orage contre So- *''■«»«•• 
merset, néanmoins cette restitution fut la condition à 
laquelle ^Angleterre fut obligée de se soumettre par 
le traité de paix du 24 mars 1 5 50 ^ 

Le parti catholique avait espéré que le comte de ^^^J|^,^'j^ 
Warwick, qui avait montré une certaine indifférence 
dans les disputes religieuses, mais qui ^tait personnel- 
lement attaché à la foi catholique, travaillerait a l'ex- 
tirpation de l'hérésie; il se garda toutefois de com- 
promettre son autorité en combattant les sentimens 
du roi qui , parvenu à l'âge de douze ans, se montra 
zélé Luthérien. Il ne fit rien pour s'opposer aux me- 
sures que prit Cranmer pour faire triompher la cause 
du protestantisme. Toutes les démarches de ce réfor- 
mateur étaient fermes et bien calculées, mais lentes et 
successives*, il mit une prudence consommée à les 
exécuter. Comme les bons prédicateurs étaient rares , 
Farchevêque en fît venir du continent. Dès 1547, 
Pierre Vermiglio de Florence, ancien moine Augustin 
plus connu sous le nom de Pierre Martyr 2, y vint de 

' Voy. vol. XVI, p. 256. 

' Nous en avons drjà parle , vol. XYI) p. 297. 



186 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE*^ 



/ 



' Strasbourg et fut nomme professeur de théologie i|Ls 

Itinîversité d'Oxford. On assure que ce fut lui qui en- 
gagea Cranmer à renoncer à la doctrine de Luthet sur 
l'impanation , et à adopter celle de Zwingli. Pierre 
Martyr fut accompagné en Angleterre par son ami , 
Bernard Occhino de Sienne, ci-devant général de 
l'ordre des Capucins qui, par les mortifications aux- 
quelles il s'était soumis, avait anciennement acquis la 
réputation d'un saint et par ses sermons pleins d'onc- 
tion , celle du prédicateur le plus éloquent dltalie, 
jusqu'à ce que le jurisconsulte catalan, Jean Valdès^, 
lui fit connaître et aimer le système de Luther. Ce fat 
en Angleterre qu'il publia, en latin, neuf dialogues 
qui sont une satire virulente contre le pape. Cranmer 
fit aussi venir deux fameux réformateurs de Stras- 
bourg, Martin Bucer de Sélestadt , dont nous avons 
fait mention ailleurs ^ , et Paul Fagius (proprement 
Bùchlin) de Rheinzabem, qui mourut à Cambridge, 
en 1549. Bucer plut beaucoup au jeune roi, pour le- 
quel il rédigea un mémoire intitulé : Du royaume de 
Jésus-Christ , dans lequel il montra qu'il restait en- 
core beaucoup à réformer dans la discipline ecclésias- 
tique, dans le culte et en général dans l'administration 
de l'Église. Le jeune roi en fut tellement frappé qu'il 
dressa lui-même un plan pour réformer les mœurs du 
haut clergé. 
Confession .le Buccr , vovaut QUC Ics différcus réformateurs qui 

foi anglaise • ^ J 1 * 

troisiâne livre . i i • 

s^mbolif|ue. ^ Conou aussi SOUS U nom (le Valuesius ou uc Val u Esso. 11 ap- 

partient aux Unitaires, 
a Voy. vol. XV, p. 70, 108, 111. 



\ 



SBC3T. V. EDOUARD VI, 1547 — 1553. 187 

«tétaient ëtablia en Angleterre , ne s'accordaient pas 
«Uns leur doctrine et craignant qu'il n'en résultât des 
suites pernicieuses pour la cause du luthéranisme (car 
nous avons remarqué ailleurs qu'il avait renonce au 
dogme de Ziwingli^ pour lequel il avait d'abord pen- 
ché), pressa là rédaction d'une confession de foi géné- 
rale. Ce furent Cranmer et Ridiey, évéque de Lon- 
dres, qui s'en chargèrent », mais le projet en fut com- 
muniqué aux évèques y et enfin approuvé , en 1552 , 
dans une assemblée du clergé. Cette confession, troi- 
sième livre symbolique de l'Église anglmse^ dans l'or- 
dre chronologique , est divisée en quarante-deux arti- 
cles. Dans celui où il est question de l'eucharistie, 
l'impanation et la présence réelle sont absolument re- 
jetees. La prédestination des élus n'est ni admise , ni 
rgetee. La nécessité de la grâce prévenante et efficace 
est reconnue, Fhomme ne pouvant rien faire pour son 
salut par son prétendu libre arbitre. Le roi est déclaré 
chef de l'Eglise, l'obéissance passive est ordonnée, et 
la l^itimité de la peine de mort pour délits graves , 
et celle de la guerre 'sont proclamées. L'année 1551 où 
la confession de foi fut rédigée , on publia aussi une 
nouvelle liturgie dans laquelle l'extréme-onction , les 
prières pour les morts et le signe de croix furent abolis. 
L'usage de recevoir la communion à genoux fut dé- 
claré être un pur acte de révérence. On exigea de 
toutes les personnes qui prenaient les degrés dans les 
universités , de prêter serment qu'elles préféreraient 
toujours l'autorité des saintes Fxritures au jugement 

' Buccr venait de mourir. 



188 LIVKE Vr. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

des hommes^ et regarderaient comme vrais et certaii 
les articles publiés par autorité royale ^ et les défen-| 
draient partout comme conformes à la parole deDi( 
Singulière contradiction qui rejette l'autorité Ai 
hommes et soumet la foi aux ordres du roi ! 
coj!^°S"ia6- E^ 1552, on s'occupa de la réforme du droit ecch 
tKiue de 1552. giastiquc. Lc roi en chargea une commission de treute*^ 
deux personnes, présidée par Cranmer, qui eut la' 
principale part au travail de la commission : un pro«4 
fesseur de Cambridge, nommé Haddcm, et le cheva-»^ 
lier John Gheke , précepteur du roi, le traduisirent' 
en latin sous le titre de Reformatio légion ecclesiatH 
iicarum. Ce code qui n'obtint pas la sanction légale, 
parce qu'Edouard VI mourut trop tôt , ordonnait que 
tous les sujets du roi seraient chrétiens , et que tous 
les ennemis du christianisme seraient punis de mort < 
et de la confiscation de leurs biens. Les saintes Écri- 
tures y sont déclarées l'unique source de la religion- 
La doctrine de la possibilité du salut dans chaque 
religion^ celle de la présence réelle du corps de Jésus- 
Christ dans l'eucharistie ; celle de l'autorité du pape , 
enfin la doctrine qui rejette la rémission des péchés 
par la foi seulement, sont réprouvées comme héré- 
tiques. On accorde aux évêques le droit d'informer 
contre les hérétiques , qui sont déclarés incapables 
d'exercer une fonction publique, de rendre témoi- 
gnage en justice et de tester. Les lois matrimoniales 
de Moïse sont déclarées valables, et les mères sont ex- 
hortées à renoncer à l'usage barbare de confier leurs 
enfans à des nourrices. L'adultère est puni de la con- 



SfiCT. V. EDOUARD VI, lil? — 1553. liSD 

Mcation des biens et de la prison perpétuelle ou de 
'«xil. Le divorce est permis pour adultère, sévices, 
Lésertion d'un conjoint et incompatibilité d'bunieur. 
^^conquc est accusé d^un crime par la rumeur pu- 
blique (sans autre preuve) j pourra s^en purger par un 
icrment que quatre individus de sa condition confir- 
Kieront par un serment de crédulité. Les fidclcs doi- 
r«nt Tobéissance aux évoques. L'excommunication ne 
MHirra être prononcée que par des évéques et des 
kyens, en présence d'un juge séculier et de quelques 
dodésiastiques éclairés ; elle ne frappera que des pé- 
sibeurs endurcis ; Texcommunié sera exclu de la so* 
siété des fidèles, et si au bout de quarante jours il ne 
^t pénitence, il sera mis en prison. Le pardon ac- 
sordé par le roi à un criminel^ ne le soustraira pis aux 
censures ecclésiastiques. 

La principale affaire du gouvernement, depuis la ^"^"*'***J^ 
chute du duc de Somerset , était la persécution des 
ifvéques restés fidèles à la religion catholique, c^uoiquc 
{plusieurs , pour ne pas perdre leurs bénéGccs, se fus- 
sent montrés très-concilians. La princesse Marie , 
«œur du roi, se voyait obsédée par des personnes qui 
devaient l'engager à renoncer à la religion catholique : 
«lie Ait inébranlable dans sa foi, et projeta même d'a- 
bandonner le royaume pour se mettre sous la protec- 
tion de Charles-Quint, son cousin. Elle ne put donner 
suite à ce dessein *, mais l'empereur menaça d^unc 
guerre si on n'accordait la liberté de conscience à la 
princesse. On eut de la peine à empêcher le jeune roi 
d'user de violence envers elle. 



190 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRB. 

.auo*dî*NS!-**" Pendant que la révolution religieuse feisaitdes 
thumbtrUnci. g^.^^ rapidcs, le pouvoir de Warwick augmenta 

jour en jour. Cet homme dont Tambition ne connaii 
sait pas de bornes, travailla à se faire parmi la noble 
et les communes des adhércns à Taide desquels il 
atteindre le but qu'il se proposait , quelqu'élevë qo'i 
fût. La riche maison de Northumbcrland ayant été 
gardée comme éteinte en 1551 par la mort de Henii^ 
Piercy (son frire Thomas ayant été privé de la 
cession pour avoir pris part à la révolte de 1536; 
Warwick se fit accorder ses domaines et son titre * 
il devint ainsi le seigneur le plus riche et le plus put 
sant du royaume, et rien ne paraissait plus s'op 
h l'exécution de ses plans , si ce n'est la faveur 
pulaire dont jouissait toujours le duc de Somer 
Celui-ci, impatienté par les tracasseries- que la faction 
de Nprthumberland lui suscitait sans cesse, ne fut pas 
toujours prudent dans ses paroles. On recueillit soi^ 
gneusement toutes celles qui lui échappaient dans n 
mauvaise humeur, et en les combinant et commentant 
avec adresse , on put construire à leur aide un crime' 
Kx^rtitinn <iu de liautc trahison. Le 16 août 1551 on l'arrêta avec 
•Cl. qu^ques-uns de ses amis. Il fut jugé par un jury com- 

posé de vingt sept pairs parmi lesquels se trouvaient 
ses ennemis les plus prononcés et le duc de Northum- 
bcrland lui-même. On ne trouva pas moyen de le con- 
damner pour haute trahison, mais on le reconnut cou- 

1 Thornas Piercy fut restaure $ou$ 1c r^gne. de Marie. La famille 
(le Piercy sV^tcignit en 1668. La pairie de Northumbe rland nassi ï 
la famille de Scymour, et, en 1766, à celle de Smithsoii* 



8BCT. V. EDOUARD VI, 1517 — 1555. tS)l 

pablc de félonie pour un prétendu complot contre la 
vie de Northumberland et de ses amis. Le 22 janvier 
1552 il fut décapité. 

La session du parlement qui fut ouverte la veille de Nouv«it« u 
K'exëcution de Somerset, s^occupa de la réformation. 
On confirma la liturgie nouvellement revue *, il fut or- 
donné sous peine à tous les individus , de fréquenter 
les églises les dimanches et jours de fâte, et de s'abste* 
mât de viandes pendant le carâme les vendredi et sa- 
anedi. On renouvela en faveur des prc^tres, la permis- 
sion de contracter mariage , et on reconnut la l(*giti- 
anité des enfans nés de pareils unions. Ce qui doit inumiicium 
surprendre, c'est que dans un état qui déjà était riche rf".*" 
«a manufactures et avait un commerce florissant, on 
«it encore confirmé , en 1552, la loi du droit canon 
qui interdit le prât a intérêt : dix-huit ans après, en 
1570 , elle fut abolie. La diminution du crédit du 
nouveau lord Northumberland se montra par quelques 
échecs qu'il éprouva dans la session de 1552. Un bill 
rétablissant les lois sévères relatives à la haute trahison, 
qu il avait porté à la chambre des pairs , n'y trouva 
à la vérité de Topposilion que de la part du seul Tho- 
mas Wentworth ; mais la chambre des communes le 
rgcta avec indignation et provoqua un autre acte par 
lequel quiconque donnerait au roi ou à un de ses hé- 
ritiers les qualifications d'hérétique , de schismatique, 
de tyran, d'infidèle ou d'usurpateur, serait puni la pre- 
mière fois de la prison et de la confiscation de ses 
biens , à la récidive de la peine dxiprœmunire et en- 
fin de celle de haute trahison ^ quiconque répandrait 



192 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLBTKRÎlfi. 

une telle injure par écrits , tableaux ou d'une mar 

semblable ^ serait puni dès la première fois con 

traître. Les communes firent ajouter une clause j 

tant que quiconque serait accusé de haute trahi 

ne pourrait être regardé comme convaincu si son cr 

n'avait été prouvé par la déposition de deux témc 

assermentés et confrontés avec l'accusé. A une ai 

occasion les communes rejetèrent un bill qui a 

passé à la chambre haute , à cause d'un article qui 

prouvait la condamnation du duc de Somerse 

de ses prétendus complices. Les communes eurent < 

la même session encore une occasion de forcer 1' 

cution de l'acte sur les procédures contre les 

sonnes accusées de haute trahison. Le duc de ] 

thumberland avait trouvé la chambre des pairs j 

complaisante pour adopter, malgré l'oppositioi 

Granmer et d'un autre membre , un bill de dépos 

contre Tonstal, évoque de Durham, prélat sa^ 

vertueux, et ennemi de la réforme; les comm 

exigèrent un procès régulier, parce qu'un bîl 

déposition équivalait à une condamnation pour 1 

trahison, et rejetèrent le bill. 

Northumberland établit alors une commissioi 
docteurs et de jurisconsultes , qui sans forme de 
ces condamna l'évêque à la perte de tous ses bénél 
Pour ne pas éprouver d'opposition dans le parle: 
de 1555 , il employa toutes sortes de moyens < 
fluence et d'autorité. En effet ce parlement appi 
la division du diocèse de Durham^, proposée j 

» Voy. vol. V , p. 254. 



SBCT. T1. EDOUARD VI» ibVf — 15S7. 193 

\e comté Paiabn attacbé à IVrîlché de Dnrliâni fat 
oofoféré «I doc hii-mêoie. 

l-es plans de NorthiraiberlMid se déreloppèreiil oi 
bîeutAt après. La conslitatîon fkîble d'Edouard VI m 
i. menaçait d'une prochaine dissolution. Northumber* 
knd représenta à ce jeune prince , que la nation ne 
reconnaîtrait jamais pour reine ni Tune ni Vautre de 
ses soeurs, toutes les deux ayant été d^arto illi^- 
tunes sans que les actes qui les flétrissaient eussent 
jamais été annulés; que d'ailleurs l'intérêt de la reli- 
gion protestante à laquelle le roi était attaché, exigeait 
Texclusion de Tune ; mais qu'on ne pouvait la priver 
de la succession sans étendre la mesure sur Vautre , 
la princesse Elisabeth, qu*Edouard aimait tendrement; 
qu'après ces deux princesses la succession appartenait 
à la reine d'Ecosse, cousine germaine du roi; mais 
que cette princesse, très-zélée catholique, boulever- 
serait le royaume et finirait par changer VÂngleterrc 
en province d'Ecosse. Ces trois héritières étant écar- 
tées , la succession appartenait à une autre cousine- 
germaine du roi, Françoise Brandon^ fille de Mario, 
sceur cadette de Henri VIII , laquelle , après la mort 
de Louis XII , son époux , s'était remariée & Charles 
Brandon, duc de Suflfolk i , dont cette reine avait 
laissé deux filles -, l'aînée de ces filles, Françoise Bran- 
don , épouse du marquis deDorset, qui venait d'Atre 
nommé duc de Suffolk, avait trois filles, dont l'nînée, 
Jeanne Grey, âgée de seize ans, était une personne 
accomplie et bonne Luthérienne. Le duc njontii 

• Voy. vol. XVI, p. 150. 

XVIII. 13 



19i EIVRE VI, CHAP. IX, ANGLETERRE. 

qu'Edoxiard avait le droit de régler la succession par 
lettres patentes , comme son père l'avajt réglée par tes- 
taient. U se 'dépecl^a de .marier Jeanne Grej au lord 
Guilfqrd Dudley.^, f son quatrième fils^ et ne laissa 
approcher que ses (jiéaJUires du jeune roi dont la santé 
s'affaiblissait de jour .en. iourw A force d'obséder 
Edouard, on lui arracha enfin la signature de lettres 
patentes qui, déféraient la succession à Jeanne Grey , 
arriè^e-petite-fille do HenriyiL Aiiisi le roi abolit 
arbitrairement l'acte de succession de 1544 1. Par un 
second acte, ks membres du conseil et quelcjnes ju- 
ges signèrent l'engagement de maintenir et de défen- 
dre la succession établie par Edouard YI. Edouard 
Montagne^ chef-justice des communs plaids, et les 
autres juges ne le signèrent qu'après que le tout-puis- 
sant Northumberland eut menacé de les faire punir 
comme traîtres : un seul homme ne se laissa pas inti- j 
mider pour dévier de son devoir j c'était Jacques 
Haies , un des juges y zélé protestant. Cranmcr refusa 
d'abord la signature ^ les instances du roi l'engagèrent 
enfin à un acte de faiblesse. | 

Mort et c- Edouard VI mourut à Greenwich, le 6 juillet 1553 : î 
louard VI. ses clispositions hem^euses , son application et ses qua- 
lités douces et aimables furent long-temps regrettées : 
par la nation , mais personne n'en eut plus de sujet 
que les Protestans qui perdirent en lui un zélé adhé- 
rent. Il faut cependant rendre la justice à ce jeune 
prince que, malgré son attachement pour la nouvelle 
religion j il résista au fanatisme persécuteur des Lu- 

' Voy. p. 173 de ce vol. 



8BCT. V. EDOUARD VI, 1517 — 1553. 195 ^ 

tliériens* H en donna un exemple mcmomble dans 
le procès d'une certaine Jeanne Bocher, nommée com« 
:nunéinent Jeanne de Kent. Dans un temps où chacun 
^ croyait autorisé à se faire une religion , cette fana- 
tique trouva dans la Bible que le Vtrbe qui avait été 
iucaméy n'était pas Jcsus-Christ. Cranmer eut beau- 
coup de peine à obtenir du roi la confirmation de la 
sentence qui condamnait c«tte pauvre femme au bu-* 
cher; le prince signa enfin en pleurant et en rendant 
l'archevêque responsable devant Dieu, s'il lui faisait 
commettre un péché. On a des luolifs de penser que si 
Edouard eût vécu plus long-temps, il aurait établi le 
calvinisme à la place de l'organisation distante de TÉ* 
glise , et que tous les évéchés auraient été supprimés* 

La suppression des monastères sous Henri VlU App«»frim- 
avait produit des effets pernicieux sur l'agriculture et i**»*^*' 
la richesse nationale , et la misère qui en résulta , eU'* 
gendra des révoltes dangereuses sous Edouard VI* Le 
besoin avait forcé les nombreux moines expulsés dnê 
convens k se nourrir du travail de leurs mains, et ceiti5 
multi{Jication des ouvriers tourna , dit>-on , au préju- 
dice des métiers , tandis qu'on devrait croire qu'elle 
vivi6a l'industrie des artisans. Les biens ecclésiastiques 
étaient anciennement affermés , et occupaient un 
grand nombre de manouvriers ; les moines , en Angle- 
terre comme partout, se contentaient de fermages 
très-modérés, et les fermiers parvenaient a l'opulence. 
Les nouveaux possesseurs haussèrent outre mesure le 
prix des baux ; les fermiers , pour augmenter le rap- 
l>ort des terres , renoncèrent à les labourer : les plus 



196 LIVRE VI. CHAI».. IX. AKGLKTËRllÊ. '^ 

beaux champs qui ancîcunement avalent donné du 
bld, furent changes en prairies couvertes de bestiaux 
et surtout de troupeaux de brebis; car le commerce 
des laines était devenu plus lucratif que Tagriculture. 
L'usage des grands proprie'taires d'entourer de clô- 
tures une partie de leurs domaines , et de les réserver 
pour le plaisir de la chasse, força beaucoup de fa- 
milles à déguerpir le sol que leurs ancôtres avaient 
fructîGé. Ainsi , une foule de paysans et de journaliers 
resta sans abri et sans occupation , et en même temps 
le pain renchérit , parce que la culture des blés dimi- 
nuait. L'importation des métaux précieux d'Amérique 
fit hausser le prix de toutes les marchandises : la paie 
des journaliers ne haussa pas, parce qu'il y avait beau- 
coup de bras inutiles. 

Mous avons raconté ailleurs^ les atteintes qu'on 
porta sous Henri VIII et Edouard VI aux privilèges 
dont jouissait depuis long- temps la Ligue Hanséa- 
tique : la restriction de son monopole fut avantageuse 
au commerce indigène. Il a été également question des 
expéditions qu'on fît à la même époque pour décou- 
vrir une seconde route maptime conduisant aux Indes 
orientales 2. 

• Voy. vol. XV, i». 315 el suiv. » Voy. vol. XUI , p. 194. 



SBCT. VI. MAEIR, 1&55 — 15&8. t97 



SECTION VI. 

Règne de Marie Tudoty 1555 — 1558. 

!• Événemens (Ultérieurs au mariage de Marie. 

La mort d'Edouard VI fut cachet? pendant quatre ^^*?^^2!? 
jours au public , pour laisser au duc do Northurober- Sîi'*'^'**^ 
land le temps de placer lady Grey, sa bru y sur le 
trône d'Angleterre. Ce seigneur s\'tait aperçu un peu 
tard de la nécessité de s\issurer de la personne de lady 
Marie : il Pavait appelée h la cour , pour assister son 
frère mourant , et elle était déjà arrivée à Haddesdon , 
à cpielques lieues de Londres, lorsqu'elle fut se- 
crètement avertie par le lord Ârundel , un des mem- 
bres du conseil , de la mort de son frère, et du des* 
sein qu'on avait formé de Tcnfermor à la Tour y si elle 
entrait dans Londres ; sur-le->chanip elle se rendit à 
Kennnry-Hall en Norfolk^ et de là à Franlingbam en 
Suffolk , d'où , en cas de mésaventure y elle pourrait 
s'embarquer pour les Pays-Bas. 

Lady Grey ignorait qu'on eût l'intention de la pro- 
clamer reine. Elle l'apprit seulement par la visite que 
lui firent, le 10 juillet, le duc de Norihumbrrland , 
le marquis de Northampton, le comte d'Arundel et 
deux autres seigneurs. A l'offre de la couronne, Jeanne 
poussa un cri de terreur, et tomba évanouie; revenue 
à elle, elle protesta de son incapacité, en ajoutant 
cependant que si la couronne lui appartenait de droit, 
elle espérait que Dieu lui donnerait la force de la 



\ 



198 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 



\ 



remc 



porter. Elle fut proclamée à Londres et dans le voi- 
sinage, sans que le peuple marquât par des cris la 
moindre satisfaction. On Fétablit à la Tour. 
Marie fille ^^ lendemain arriva une lettre de la princesse 
«i P^Yalie* Marie, par laquelle elle se plaignit de ce qu'on lui eût 
caché la mort du roi dont elle était l'héritière , or- 
donna au conseil de la proclamer sur-le-champ à 
, Londres , et offrit le pardon à tous ceux qui auraient 
un instant méconnu ses droits. Marie appela , par des^ 
circulaires, la noblesse à son 5ecours : Catholiques et 
Protestans, tous obéirent à cet appel, et, au bout ■ 
de peu de jours, elle se trouva à la tête de 40,000 
hommes qui refusèrent toute paie. 

Il ne régnait qu'une union apparente parmi les 
membres du conseil. La plupart n'attendaient que Yé- 
loignement de Northumberland , pour se déclarer 
contre lui. Le duc , qui s'en aperçut , voulut con6er à 
Suffolk , père de lady Grey, le commandement de 
10,000 hommes qui devaient marcher contre lady 
Marie \ mais , à l'instigation de ses ennemis , Jeanne 
exigea qu'il s'en chargeât lui-même. Il partit enfin , 
trouva l'armée à Cambridge, et avança jusqu'à S» Ed- 
monsbury ; dans cette courte marche ^ près du tiers 
de ses troupes l'abandonna , et il se vit obligé de 
rétrograder et de presser ses collègues qu'il avait lais- 
sés à la Tour, de lui envoyer des renforts. Cette requête 
servit de prétexte à Ârundel et à six autres conseillers 
de quitter la Tour ; mais au lieu de se mettre à la tête 
de différens détacliemens de troupes , ils se réunirent 
au château de Baynard , où ils appelèrent le maire et 



SECT. VI. MARIE 9 1555 — 1558. 199 

nne députalîon d'aldermen , reconnurent Marie, et k 
proclamèrent, le 19 jnillct 1553, reîne cT Angleterre, 
an milieu des acclamations du peuple. Le duc de Sùf- 
folk leur ouvrit la Tour, et se déclara pour Marie. 
Jeanne G rey d<^posa volontiers- la (îignîti? royale qui 
loi avait causé neuf jours d'anxiétc, et retourna à SiOn- 
House , d'où on l'avait tirée. Le conseil envoya ordre 
au duc de Northuniberland dc'congcdier ses troupes* 
n notait besoin de cet ordre , Nortluimbcrland n'avait 
plus d'armée; ses soldats ravatciit abandonné, et lui- 
m.éme avait proclamé la reine Marie sur la place du 
marché de Cambridge, où , on signe de satisfaction , 
il avait jeté son chapeau en Tair. Le 25 juillet, il fht 
arrêté par le comte d'Arundcl, comme accusé de 
haute trahison , et envoyé à la Tour avec quelques-uns 
de ses amis. Le nombre des ])risonniers destinés a c:tre 
jugés était de vingt- sept. Quand on en remit la liste 
à la reine, elle en raya seize ^ et dans le nombre, le 
duc de SufTolk , propre père de Jeanne Grey. Les prin- 
cipales personnes arrêtées^ outre le duc de Northum* 
berland , furent Jeanne Grey et son époux , Granmer, 
Thomas Palmer , Jean et Henri Gates, principaux 
instrumens de Tambition du duc. 

Le 3 août, la reine Marie fit son entrée à Londres ; snti^.ir u 
elle était accompagnée de sa sœur Elisabeth à laquelle '->»*«• 
elle avait envoyé Tordre de venir la joindre. Marie 
était âgée de trente-sept ans , petite et d^une taille 
épaisse 5 elle n^avait rien de la majesté de son père ni 
de la beauté de sa mère 5 ses yclix noirs inspiraient la 
terreur. Elisabeth, âgée de vingt ans, d'une figure 



200 LIVRE yi. CHAPé IX. ANjO^iiETEB^E. 

.gi:]^ieu$e plutôt que belle, à,*Mn port noble, avait les 
yeux bleus et des mains d'une bes^t^ remarquable; 
aussi en fut-elle vaine toute sa vie- Arrivée à la Tour, 
Marie trouva, ccmime prisonnier d^état^ le duc de 
Norfolk dont l'exëçution. avait, été suspendue par 1 a 
n)prtde,.Qenri VIII; Edouard Courtney , arrière- 
. petit-fils d'Edouard IV , qui y ét^it enfermé de- 
puis quinine ans * , les évéques Gardiner, Tonstal et 
Bonner. Elle les. fit mettre tous en liberté, et le 51 
septembre Gardiner fi^t nonimé chancelier. 

Aucun des conseiller^ ^ d^ la nouvelle reine ne jouis- 
sait de sa pleine, confiance, parce que, plus ou moins, 
ils avaient tous participé aux actes des deux derniers 
règnes^ elle sollicita , par l'entremise de Simond-* 
de Renard de Vesoul , ambassadeur de Charles- 
Quint , l'avis de ce prince , son cousin-germain^ 
sur la conduite qu'elle devait observer à l'égard de 
trois objets qui étaient : la punition des conspirateurs^ 
le choix d^un époux, et la. restauration de la religion 
catholique. 
Ex^utiondu Charles-Ouint lui conseilla de faire une prompte 
Ununberiand. justicc dcs che& dc la couspiratiou, et d'accorder en- 
suite spontanément une amnistie illimitée. Mairie or- 
donna en conséquence- de faire le procès au duc de 
Northumberland, à son fils, le comte de Warwick, 
au marquis de.Northampton , à sir JTohn Gates , sir 

èenri Gates, sir André t)udley et sir Thomas Palmer. 

■ • ''*',■ ■ ' ^ ■• 

Après une légère tentative de couvrir ses crimes de 

* Depuis Tcxëcutioa du marqui} trEieler, ^n pèi-e, en 153& 
Voy. p. 105 Je ce vol. 



8BCT. yi« MARIE, 1553 — 1558. 201 

Tégide du grand sceau soas lequel il avait «gi, Nor- 
thumberland se reconnut coupable avec ses comp»- 
gnons : ils furent tous condamnés, mais la senleoce 
ne fut exécutée^ le 22 août 1553, que contre Nor- 
ihumberland, John Gates et Thomas Palmer. Tous 
' trois, avant de mourir, se déclarèrent catholiques. 
L'empereur avait insisté sur la nécessité de faire mou* 
rir Jeanne Grey et son époux ; Marie déclara qu'elle 
ne pourrait s'y résoudre ; mais, pour retenir leurs amis 
dans Fobéissance, elle fît prononcer, le 15 novembre, 
la condamnation du jeune couple. 

Pour ce qui regardait la restauration de la "^lîgioï^ j^^^^^^ 
catholique , Charles-Quint , tout en approuvant Icp **>*m"^ 
pieuses intentions de la reine , lui conseilla de procé- 
der avec mesure et de ne rien changer avant devoir 
obtenu le consentement de son parlement. En consé- 
quence die déclara au conseil, qu'elle ne forcerait per- 
sonne de professer la religion catholique , jusqu'à ce 
(pe tout ce qui concernait la religion eût été déter^ 
miné par le parlement. Elle interdit en même temps 
toute assemblée non autorisée, et défendit de prêcher 
sans permission particulière. Gardiner et les autres 
évèques destitués furent rétablis sur leurs sièges , et 
Térèchë de Durham réintégré. Ridiey, évêque de 
Londres , le £inatiqne Jean Hooper, évoque de Glo- 
oestre, et Holgate, archevêque dTork, furent arrêtés 
pour avoir agi contre la volonté de la reine. La prin- 
cesse Elisabeth fut obligée d'abjurer la nouvelle 
croyance, le 8 seiitembre. L'archcvêciue Cranmcr , Ar,«M.ia««M» 
l'auteur du divorce de la mère de la reine, n'avait 



'202 



LIVRB VI. CHAF. IX. ANOLETERRR. 



Confîrinntion 
en. mariag*» de 
Henri VIII et 
de Catherine 
d'Aragon. 



R^YOcalion 
tle» actes du 
rè^ne d'E- 
douard VI en 
■natièret reli— 
gieutes. 



d'abord eu pour prbon cpie sa maison de Lamb 
Une démarche fougueuse qu'il se permit, le fît en 
mer à la Tour^ le 14 septembre 15 53* La messe aj 
ctë célébrée dans son t*glise de Cantorbéry, le bru 
répandit que cela s'était fait par son ordre, et que 
tait le prix de son pardon. L'archevêque crut de 
démentir ce bruit; mais au lieu d'une simple dent 
tion qui pouvait lui paraître nécessaire pour son l 
neur, il rédigea une déclaration qui fut publié 
dans laquelle , dépassant toutes les bornes de la i 
dération^ il appela la messe une invention du dia 

La reine ayant été couronnée le 1«' octobre 15 
par Gardiner, évoque de Winchester, 4)uvrit son i 
mier parlement, et à cette occasion la messe du S. 
prit fut célébrée avec toutes les cérémonies légalen 
abolies. Plusieurs bills très-importans passèrent à < 
assemblée. L'un déclara légitime le mariage e 
Henri VIII et Catherine d'Aragon, et annula le 
vorce prononcé par l'archevêque Cranmer. Pai 
acte, l'illégitimité de la naissance de la princesse E 
beth fut indirectement établie. 

Le second acte cassa tous les actes relatifs à la i 
gion quune faction avait fait adopter pendan 
minorité d'Edouard YL Ainsi la liturgie rcfori 
le livre des communes prières , l'administration t 
communion soti^ les deux espèces , l'autorisatioi 
mariage des prêtres , la nouvelle juridicition ecclé 
tique furent abolis. Néanmoins la religion cathol 
ne fut pas absolument rétablie; l'acte statua seulcc 
que les cérémonies du culte seraient praiiqu 



8BCT. VI. MARIE, 1553 — 1558. 203 

K^amsi qu'elles avaient 6ié en usage dans la dernière an- 
p^nëe du règne de Henri VITI . 

^ Un troisième acte abolit toutes les espèces de tra- Aboiuion .!<• 
ll^hisons inventées depuis 1352 , avec les nouvelles félo- p*«« ^ *«*"- 
^nies et les cas de prœmunire introduits depuis 1509. 
ff La dernière question sur laquelle Marie avait de- JJfÇ^^^J, 
^^ mandé la direction de Charles-Quint concernait son ^'*"** 
1^ mariage. Des divers ^poux qu'on avait proposés à la 
llf reine, elle aurait préféré le cardinal Pôle , allié à la 
■ fiimille royale » , homme plein de talens çt d'expé- 
rience , cardinal sans être prôtre , zélé pour sa reli- 
gion et pour l'église de Rome , mais loin d'être persé- 
cuteur ou sanguinaire. Son âge de cinquante -trois ans, 
r son penchant pour la retraite, et d'autres causes l'em- 
pêchèrent de se mettre sur les rangs. Marie avait fait 
prier secrètement le pape d'envoyer ce prélat en 
Angleterre pour l'assister de ses conseils. Pôle se mit 
en route; mais Charles-Quint qui avait d'autres des- 
seins, obtint du pape un ordre de suspendre son 
voyage ; le cardinal le reçut à son arrivée à Dillingen. 
Le second prétendant était Edouard Courtney , 
que Marie avait tiré de la Tour , et qui depuis avait 
pris le titre de comte de Devonshire , qui appartenait 
à sa famille. C'était un jeune homme beau et aimable, 
qui avait fait impression sur le cœur de la reine ; mais 
il l'efiaça bientôt par la légèreté de sa conduite et par 
les débauches crapuleuses où il se plongea. Voyant 
qu'il avait perdu les bonnes grâces de la reine , il 
adressa ses hommages à la princesse Elisabeth qui ne 

■ Voy. p. 165 (le oc vol. 



204 LIVRE VI. CHAP. >IX. ANGLETERRE. 

les refusa pas. II entra même dans des complots 
tendaient à faire monter cette princesse sur le trônej 
mais la timidité qu'il avait contractée pendant sa caj 
tivité ne lui permit jamais d'agir au moment décisif. 
L'empereur , consulté sur le mariage de la reine 
proposa son fils Philippe , âgé de vingt-six an» , 
veuf depuis neuf ans. Marie fut presque la seule 
sonne en Angleterre à qui ce mariage agréa. Elle ren-j 
contra de l'opposition de la part de ses ministres 
particulièrement du nouveau chancelier. Marco Gi<|-j 
vanni Micheli, ambassadeur de Venise, et Antoine de 
Noailles , ambassadeur de France , allèrent jusqu'à] 
nouer des intrigues criminelles pour empêcher un 
mariage qui devait augmenter la puissance de l'Es- 
pagne, et pour faire plutôt descendre Marie du trône. 
Les partis catholique et protestant firent trêve à leur 
querelle pour se réunir contre le mariage projeté. La 
chambre des communes vota , le 50 octobre 1553 9 
une adresse par laquelle elle supplia la reine de ne pas 
choisir son mari dans une famille étrangère ; mais elle 
donna une réponse sévère , et la même nuit , ayant 
conduit l'ambassadeur de l'empereur dans sa chapelle , 
en présence de Dieu engagea sa foi au prince des 
Âsturies. 
conirai de Voyaut ouc Sa rcsistaucc serait vaine • Gardiner 
Pb^ii^.ped'i!:s. retira son opposition, et s'efforça de stipuler des con- 
ditions par lesquelles le mariage qu'il désapprouvait, 
serait moins désavantageux pour le royaume. Le con- 
trat de mariage fut signé » Westminster , le 12 jan- 
vier 1654. 11 y fut convenu que Philippe à qui sou 



SBCT. VI. MARIE, 1553 — 1558. 205 

Cre avait cédë le royaume de Naples et le duché de 
ilan, porterait le titre de roi d'Angleterre ^ mais 
abandonnerait entièrement le gouvernement à son 
■épouse ; que le premier fils à naître de ce mariage, suc* 
«Bederait en Angleterre , dans les Pays-Bas et la Fran- 
îilie-Comtë ; que les autres enfans recevraient des apa- 
caages ; que si la postérité de Philippe de son pre- 
. Jtiier lit > s'éteignait , le fib ou la fille aînée du second 
ftl succéderait en Espagne et dans tous les états du 
toi ; que dans tous les cas les privilèges , les lois et 
- eoutumes des divers royaumes et pays seraient invio- 
.bblement maintenus ; que si Philippe mourait avant 
Marie, celle-ci jouirait d'une pension de 60,000 liv. st.; 
qu'aucun étranger n'obtiendrait un emploi en Angle- 
terre ; que Philippe ne ferait aucun changement dans 
la constitution et les lois anglaises; qu'il ne conduirait 
la reine hors du royaume malgré elle , et aucun de ses 
enfans ^ans le consentement des lords ; que s'il sur- 
vivait à la reine, il ne formerait aucune prétention au 
trône ; qu'il ne sortirait du royaume aucuns joyaux ni 
autres choses précieuses; enfin que l'Angleterre ni di- 
rectement ni indirectement ne serait enveloppée dans 
les guerres de l'Elspagiie avec la France. 

Un certain Thomas VViat, dans le comté de Kent« n^^oiut 6e 
et Pierre Carew, dans le Devonshire, résolurent de 
soulever le peuple, pour empêcher le mariage entre 
)Iarie et PhiUppe. Le duc de Suflblk entra dans le 
complot , dans Fespoir de faire remonter sa fille sur 
le trône. Le comte de Devonshire y prit aussi pirt, 

' C'cjt-à-dîic l*'tttïuMl lion C^rSof. 



206 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

mais avec la Icgcrctc et Tirrt'solulion qui le caractéri- 
saient. Il n'est pas constaté qu'Elisabeth ait trem] 
dans une entreprise qui devait dctrôner sa sœur ^ 
pouvait la conduire elle-même sur le trône ; il y i] 
pourtant des indices qui paraissent prouver, soit que Ul 
chose ne fut pas un secret pour elle , soit au moins^ 
qu'elle a eu des relations avec les conspirateurs, 
rcvolte aurait pu devenir dangereuse , si Wiat u'avail 
perdu du temps. Il occupa Westminster ; Guil-' 
laume Herbert, comte de Pembroke, qui avait eu le 
tem])s de le tourner, l'arrêta près de Temple-Bar. Le 
duc de SufTolk , abandonné de ses gens, se cacha dai 
la maison d'un fermier, mais fut trahi et conduit à li^ 
Tour. 
Bxëcuiiotidefl II esi certain que lord Guilford et son épouse Jeanne 
Grey, bien loin d'avoir eu part à la révolte de Wiat '' 
et de Suffolkj l'ignoraient parfaitement^ Marie avait 
eu malheureusement la preuve que l'impunité ne 
fait qu'encourager les factieux à recommencer leurs 
trames, et elle donna ordre d'exécuter le jeune cou- 
ple qui depuis trois mois vivait à la Tour sous une 
sentence de condamnation. Lord Guilford Dudleyet 
son épouse furent exécutés le 12 février 1554. On 
leur avait donné trois jours pour se préparer à la 
mort. Guilford avait obtenu la permission de voir en- 
core Jeanne •, mais celle-ci refusa l'entrevue , en di- 
sant que dans peu d'heures, ils se reverraient au ciel. 
Dudley fut décapité sur la place ordinaire des exé- 
cutions. Jeanne l'y vit conduire, et contempla sonca- 
davrequand on l'en rapporta. Parce qu'elle était du sang 



lOtt 



8ECT. VI. M.\RiE, 1653 — 1558. 207 

royal, peut-être aussi pour ne pas exciter la compas- 
iâon du peuple , elle fut exécutée dans Tîntéricur de la 
P*our. Elle mourut avec beaucoup de fermeté^ dans 
ni cro^rance reli§;ieuse dans laquelle on avait instruit 
^oa enfance, se reconnaissant coupable d*avoir accepté 
couronne qu'elle n'avait pourtant pas recherchée; 

lis persistant à d<kîlarer qu'elle n'avait pas eu part à 

conspiration deNorthumberlaiid.Le duc de Suffolk 

\i exécuté cinq jours après. 

I^ princesse Elisabeth et Courtney furent enfer- Aiwi.i 

"■■ ^ •^ de l.i |)i-iui 

î"«i^k la Tour. Gardiner leur sauva la vie, en soutenant*''****'' 
S^e quoiqu'ils eusiient participé aux desseins des re- 
pelles, il n'existait pas de preuves suffisantes pour 
leur appliquer lu lettre de la loi. On voulut profiter 
de cette déclaration de Gardiner pour le perdre ; main 
r^ Marie approuva sa conduite. Vers la fin de 1554, 
rElisabetli fut transportée à Woodstock, et le comte 
* de Devonshire à Fotheringay. Ces deux châteaux leur 
servirent de prison. 

Une flotte espagnole amena à Marie l'époux qu'elle MaïUge de i« 

attendait. Philippe arriva le 18 juillet 1554, avec 

d'immenses trésors, et le mariage fut célébré à Win- 

L chester, le 25. Ija jeunesse du roi , la grâce de sa per* 

^ sonne, lui concilièrent d'abord la faveur publique; 

^ mais il la perdit bientôt par la morgue qu'il affectait 

et par la roideur de l'étiquette espagnole. Dans Ses 

rapports avec la reine , il se montra tout autre ; il ne 

cessa de lui marquer une véritable tendresse et des 

allcntions délicates. 



reiue. 



208 LIVRE VI. CHAP. ÎX. ANGLETERRE. 

2®. Depuis le mariage de Marie apec Philij 

(PEspagne. 

J^u^^^^^ Aussitôt que le mariage de la reine fut consom 

Kl^cîëJw- cll^ "^»t 1^ m2L\n à la restauration de la constitu 

ti<iUM. religieuse du royaume. Elle prévit beaucoup d'ol 

clés , non de la part des grands qui étaient indiffé 

à toute religion , mais de celle des familles opulc 

qui possédaient les biens ci- devant ecclésiasticj 

Gardiner sachant que l'opinion du cardinal Pôle 

devait arriver en qualité de légat, était rigoureuse 

. ce point , obtint , par> des négociations direct 

Rome, une bulle du pape Jules III, autorisant son 

à donner, aliéner et transférer aux possesseurs ac 

toutes les propriétés mobiliaires et immeubles 

a 'aient été enlevées à l'Eglise. 

L»Angieifrre Avant oue Ic Cardinal pût arriver en Anglet< 

rmti-e dan» la ^ ^ * . ^ ■■ *^ ^ 

communion du iJ (Çtait néccssairc que l'acte passé sous Henri "^ 
qui le condamnait pour haute trahison * , fût cî 
Cv.la eut lieu par un bill que le parlement adopta 
novembre 1554 , et , le 24, Pôle arriva à Westmin 
Le 28, le parlement reconnut l'autorité du pap 
arrêta la réunion à l'Eglise de Rome; et le 29 , 
ime séance solennelle, le cardinal prononça l'abî 
tion de la nation de toutes les censures , et la 
dans la communion de l'Eglise. Il publia ensuit 
décret qui conservait les fondations faites penda 
schisme, légalisait les mariages contractés sans 
penses aux degrés prohibés , validait toutes les 
tences prononcées par les autorités ecclésiastic 

■ Voy, p. 165 et suiv. 



sfiCT. VI. MARIE, 1553 — 1558. 309 

enfin défendait et annulait d^avance toute procédure 
Dontre les possesseurs de biens ecclésiastiques , à raison 
de cette possession et des oensnres qu'ils auraient en«- 
courues. 

Ensuite de ce décret, le parlement , pour maintenir 
Fautorité séculière ^ sanctionna par un acte l'acqui- 
sition des ci-devant biens ecclésiastiques , et mit lés 
possesseurs à l'abri de tout procès devant toute cour 
ecclésiastique, sous peine de prœmunire. Cet acte 
rendit au pape, sans diminution ni augmentation, 
l'autorité el la juridiction qui lui avaient légalement 
appartenu jusqu'à la vingtième année du règne de 
Henri Vfll. 

Les deux chambres adressèrent une pétition i PJbi- '^^ JJ^^ 
lippe pour le prier que, s'il arrivait quelcpe malhei.r h jâS^aTiT* 
la reine au temps de ses couches , il voulût bien se 
charger du gouvernement du royaume pendant la mi- 
norité de l'enfant. Lie rot y ayant consenti, il fut "pkfisê 
a cet égard un acte qui a donné lieu au reproche sou- 
vent fait à Marie d'avoir voulu placer la couronne sur 
la tète de son époux. 

Après la dissolution du parlement, au mois de jan- 
vier 1555 , la reine rendit la liberté à tous les prison- 
niers d'état qui étaient encore détenus pour avoir pris 
part à la conspiration de Northumberland et à celle de 
Wyat. La même faveur fut accordée à la princesse 
Elisabeth et à Gourtney, comte de Devonshire. Le 
dernier reçut une permission ou un ordre de voya- 
ger, et alla mourir en Italie. Elisabeth reparut à la cour 
et fut traitée avec amitié par le roi et la reine. 

XVIII. 14 






210 LIVRE VI. CHAP. IX. AVGLRTERRE. 

Le décret du légat Pote et l'acte du paiement de 
1551, ne furent pas suOisans pour tranquilliser les 
possesseurs de biens ecclésiastiques , parce que , le 14 
juillet 1555 , Paul IV publia une bulle qui condam- 
nait généralement toutes les aliénations des propriétés 
ecclésiastiques pour un usage séculier. Pour détruire 
les inquiétudes qu'elle causa en Angleterre , le cardi- j 
nal se fit donner une seconde bulle qui déclara ex- 
pressément que les biens ecclésiastiques d'Angleterre 
étaient exceptés de ce^te constitution. 
éie^i'uôe W-' La cour de Rome ne pouvait reconnaître le titre de 
o«udejoi» uu YtînQ d'Irlande que Marie portait ; une bulle du pape, 
roj«am«. du7juinl555, érigea l'Irlande en royaume. Trois 
jours après, il reçut l'ambassade d'obédience que Ma- 
rie lui avait envoyée^ et .i^^tifia l'absolution prononcée 
par son b'^gat. 
Verwoiiiion JusQu'aloçs Mario n'avait fait <jue suivre les mouve- 
meus de sa conscieuce , abolif les innovations, que les 
réformateurs , p rutilant des passions de son père et de 
la jeunesse de son frère , Avaient introduites , et réta- 
blir dans ses droits la religion de ses pères à laquelle , 
sinon la majorité, au moins Li moitié de la nation, 
était encore attachée. Tout ce qu'elle avait fait, ne 
peut qu'être approuvé par les CatUoliques, et les Pro- 
testans ne peuvent avec justice la blâmer d avoir suivi 
sa croyance, comme Edouard avait fait pour la sienne. 
Mais à l'époque où nous sommes parvenus , la scène 
change-, la reine devient persécutrice, on l'a môme 
accusée d*être sanguinaire, et tous les partis sont d'ac- 
cord pour blâmer sa conduite. Qu'est-ce qui a donc 



de* Fiotettaus. 



user. TK atikKiK^ i[iv;\>--^lixk^ ttk 



tootes Is aaircs csrrevi^auwv» die m xW^ $^^| hmwUw 

feat rorBcnwnt ile ?0n «mt'? Ce tal If^ lUiAllik^r J'Mvv 
née dans an siècle cTintolit^^uo^ « i^i\ h (muîlioH ^ 
hérÂiqnesrtait ni^nltv «t^miviv un ilv'voir el ^^^uum» 
une action méritoire « et oik eh^nin «Wi^iNiml en jiig|e 
des opinions <I*autmi« condjimnAit eomnic? hk^i^lit|ilM 
tontes celles qui nVtaient pws eonlornu^ aux lîiennii^) 
c*est ce fanatisme religieux (|ui m en|^a|\iU^alvin à hinV- 
lerServet^ et ({iii aurait |xnit*^trt« Iciit t*xtir|k^r \^à Sa-> 
cramentaires par les Lutiit^riens, s'ils en avaient eu k 
pouvoir; ce fanatisme qui avait itirttf àCraniner la lui 
de son code eccKrsiastique qui eonitaninait an teii qni* 
conque professerait avec obstination la transsulistan* 
tiation. 

Deux hommes ont «Ht* Hcc:uf>i's (favoir M Itts iin»ti* 
gateurs des mesures rigoureuses que |>rit Marie , le 
lord chancelier (Jardiner 9 et le cardinal l'oie. 1 /ac- 
cusation de Gardiner repose sur des siip|»ositioiM> i au- 
con fiiît historique n<t le |)n>uv4\ v\ elle est t'ii eont ru- 
fiction avec ce qu'on sait «If* son c;irart<'*re. l/u«u-us<i- 
tionest certainement fauss(^ à IVgard du «cardinal, qui 
demandait une sévère discipline , luuis regarda il la 
▼iolence comme uu mauvais moyeu de couvertir U's 
hérétiques. 

Les persécutions commencèrent avec Tuna^* ^ &&(>. 
Hooper, évêque dépossédé df (jrlo^îfsli't; , i^ trois uu 
très ecclésiastiques dialinywîs, Ko^<*is^ Saundt^rs 4»i 
Taylor, cités devant une cour com|>05ée do tiei/x» (-vÊ 



212 LIVRE VI. CHÀP. IX. ANGL£T£RRB. 

ques et de beaucoup de lords, et présidée par le lord 
chancelier^ furent condamnés , lirrés an bras séca- 
lier et brûlés viiis en février. Dés ce moment , Gar- 
diner ne présida plus, Bonner, évéque de Londres , se 
chargea de cette fonclion. On continua les procédures, 
et , le 9 février , six autres Luthériens furent condam- ] 
nés ; mais le lendemain un moine espagnol^ Alphonse 
de Castro , confesseur de Philippe , préchant devant 
la cour , tonna contre la persécution comme contraire 
à l'Évangile : de ce moment on suspendit les ex^* 
lions ; le conseil délibéra de nouveau , et tes procé- 
dujres cessèrent pendant cinq semaines. 

Une insurrection qui éclata dans quelques comtés, 
les fît recommencer. Le lord Winchester se plaignit 
au conseil de la tiédeur avec laquelle Bonner et les 
autres évéques procédaient contre les hérétiques ; ils 
reçurenj: ordre , le 24 mai , de faire preuve de plus 
de zéie. T^a plaine de Smithfield se couvrit alors de 
bûchers. Les plus distingués parmi les victimes furent 
Ridley , ancien évéque de Rochester , puis successeur 
de Bonner au siège de Londres en 1550, et depuis 
1555 , prisonnier à la Tour; Latimer^ ancien ëvômie 
de Winchester que Henri VIII avait fait enfermer, et 



qui fut ensuite prédicateur d'Edouard VI , et Thomas 
Cranmer. Une commission d'évéques condamna les 
deux premiers; on suivit à l'égard de l'archevêque les 
formes prescrites par le droit canon. Après avoir subi 
deux interrogatoires , il fut cité pour répondre de- 
vant le souverain pontife dans le délai de quatre-vingts 
jours. Latimer et Ridley furent brûlés le 16 octobre 



155S* Ds iiH>iadcèik»% une gruide cousUiice i l«^ |Mr«* 
mier dil^ ea «dressant )a parc^ i Ridiey : La lon^W 
que nous allamons aujoQr<l*hui produira un Mwt^udnp 
^'on ne pourra pas «îteiudrc. 

Le courage de Cianuiei faiblit kirtqn'i^ IVxpira* ^s^^''** *^ 
tiondes quatre-vingts jours , Paul IV eut pronoiHîtt 
contre lui la senteucc de condaniniitiun. I«a peur An 
la mort lui dicta une rétractation Av ses upiniouA an- 
ti-catholiques , qu'il rédigea successivt^niout mous «ÎK 
formes , Tune plus forte que Tautre. Le crinio quHl 
avait commis contre TEglisc, et celui dont il cHaU eon« 
pable envers la reine qu'il avait fait déclarer illi^fçitinK*, 
étaient trop grands pour être pardonni&i, et «i Omii» 
mer avait conservé sa présence dV/iprit , il Nurait mtiilt 
que sa perte était inévitable ^ et se serait i^irgni^ tWn 
<lémarches qui^auxycux des Catholique*» ^td<«s Proi<'»' 
tans, ont imprimé une taclie inefraçoble k son efime» 
tere* Le ton d'humilité, les expressions de rttnonis itl 
les cris de miséricorde qui distinguaient Mirtiml m 
siiième rétractation, convainquirent la reine Ae la im* 
cérité de sa conversion , mais ne \mtimi rien aï^MUff/nr 
an uxi de lliomme qui avait houiewtsrfié \e npymtma* 
L'ordre de son ezécntion foi âmtné* fiim^ IM* 
tons d'agoalrr foi a mie sàoamdkm ifmi f §i éAU /fUil 
pranrée, vouerait «a mânoine k VhAmm* ^mt^mitm^ 

dàbaol «|ull loi mr ïiAsÊSmà tammm «m Uim^ 
gsta^ pnUk: d«! mm wiq^îir* Cf!M$mmr Uc ptmmi H 
iruÈttm'JwA wUt piitiàot; num il itm fiily 4ii^'*m^ A^s»* 4»*»^ 



214 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

lire Vil s'apercevait qii\)n lui ferait grâce de la vie (cal* 
il avait conserve cet espoir), l'iiutre seulement s'il fal- 
lait mourir. Le 21 mars 1556 fut le jour de son exé- 
cution. On le conduisit à l'dglise de S" Marie, pour 
y faire amende honorable; mais au lieu de confirmer 
son abjuration , il dit qu'il était trop tard de dissîma- 
Icfr ; qu'il devait dire la vërité que la crainte de la 
mort lui avait fait trahir; il désavoua toutes ses rétrac- 
tations, rejeta l'autorité du pape et confirma la doc- 
trine contenue dans son livre. Arrivé au bûcher, il re- 
nouvela cette protestation, et, le feu étant allumé, il 
présenta sa main à la flamme en s'écriant : Que celle 
qui a commis le crime en souffre la première punition ! 
Les flammes s'élevèrent aussitôt sur sa tète, et il expira 
en peu d'instans. 

. Le lendemain, 22 mars 1556 , le cardinal Pôle fut 
consacré archevêque à sa place : depuis ce moment 
une réforme rigide du clergé fut introduite dans le 
diocèse de Gantorbéry, mais les persécutions y cessée 
rent. Elles continuèrent dans les autres parties de 
l'Angleterre j et les écrivains en ont recueilli des d^ 
tails révoltans ; la défiance qu'inspire la critique ne sau- 
rait les reconnaître comme vrais ; mais on a remarqué 
quepatmi les personnes qui en furent les victimes, ilse 
trouve à peine un 'nom distingué par la richesse, par le 
rang ou la considération. Les martyrs étaient tous de la 
classe moyenne de la société. Leur nombre se monta, 
jusqu'à la mort de la reine , à plus de deux cents. 
iSh\^^^\é^ Le roi ayant perdu Tespérance d'avoir des enfans 
Bis aTToiJ^ de la reine , et les affaires du continent exigeant sa 



SECT. VI. MA.R1E, 1553 — 1558. 215 

présence, il partit pour la Flandre , le 4 août 1556. 
Avant son départ y il avait acquiescé à la résolution 
de la reine , de rendre au clergé tontes ses anciennes 
propriétés qui avaient été réunies à la couronne. Il 
(allait pour cela le consentement du parlement; Gar- 
diner se chargea de ^obtenir. 11 parla deux jours de 
sQÎte avec une éloquence et un effort qui épuisèrent ses 
forces, n mourut le 12 novend)re 1556. Alors la reine 
elle-inâme négocia Fainûre avec les chambres r elle 
réussit , non sans quelques diflicultés. En conséquence 
de cet acte, dllc se dépouilla d'un revenu de 60,090 
livres sterlîngs pai* an. Le cardinal fit cesser le paie- 
ment des annates ; les petits bénéfices furent dispensa 
ie celui des dîmes -, la collation des cures dont la cour 
sVtait emparée fut rendue aux évvques. 

Le 17 mars 1557, Philippe qui dans TintervaHe c*Mn«fk 
avait été dcx^laré roi d'Espagne , revint en Angleterre , 
pour entraîner la reine dans sa guerre contre la 
Frauce , en vertu des anciens traités entre l'Angleterre 
et la maison de Bourgogne. Le 17 juin, la guerre fut 
effectivement déclarée , et le comte de Pembroke joi- 
gnit, avec 7,000 Anglais, Parmée espagnole, com- 
mande par Philibert, duc de Savoie. 11 eut part à la Pene jec>- 
victoire de S. Quentin du 10 août 1557 ^ ; mais, le 8 
janvier 1558, le duc de Guise fit l'importante con- 
quête de Calais ^ , que les Anglais avaient possédé 
pendant deus cent dix ans. On peut s'imaginer à quel- 
point celte perte fut sensible à Marie et à li nation 
anglaise. Le parlement accorda'de larges subsides |>our 
i V..>.%ol. \VI,|» 2a{. » Voy. //i//.,|>. '265. 



tf ort el ca- 
letètede Ma- 

M. 



216 LIVaE YI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

une expédition contre Brest. Le lord Clinton com- 
mandait la flotte ; François Hastmgs , comte de 
Huntingdon y et Henri Roos, comte de Rutland, de- 
vaient diriger les opérations de 7,000 hommes dé 
troupes de débarquement. Le plan fut trahi ; il échoua 
complètement. On commença alors des négociations 
dont Marie ne vit pas la fin. 

Depuis quelque temps, cette princesse dont la santé 
avait toujours été très-délicate, était tombée dans une 
espèce de mélancolie. La certitude de ne pas avoir d'en- 
fans, la solitude dans laquelle la laissait son époux, 
depuis qu'il était monté sur le trône d'Espagne , la 
peur de voir l'ouvrage de sa vie, la restauration de la 
religion, détruit par son successeur, la- tourmentaient; 
la perte de Calais , qui menaçait d'imprimer une tache ' 
à son règne , vint combler la mesure de ses chagrins. 
Elle s'adressa plusieurs fois à sa sœur , pour en obtenir 
un aveu bien sincère de ses sentimens religieux. Eli- 
sabeth ne balança pas d'affirmer par serment quelle 
était Catholique. Marie expira, le 17 novembre 1558, 
à l'âge de quarante-deux ans. Le lendemain , le car- 
dinal Pôle , son ami , décéda , à celui de cinquante- 
neuf. 

Les plus équitables parmi les écrivains protestans 
ont rendu justice au caractère de Marie qui, sans son 
intolérance religieuse que l'esprit de son siècle excuse 
jusqu'à un certain point, mériterait une place parmi 
les meilleurs princes. Sa conduite, comme femme, n'a 
jamais essuyé la moindre atteinte de la médisance. 



SBCT. Tii. ]6lisab£tu, 1558 — 1603. 217 



SECTION VIL 

Règne dÉlisabeili, 1558—1603. 

1". Jutmpjifiu meurtre juridique de Marie Siuart. ^,^^^^'1^ 
Le jour même où Marie avait expiré , le 17 no-'^** 
Ttembre 1558, l'archevêque d'York , Heath , qui avait 
ptaccéàé à Gardiner en qualité de chancelier, annonça 

- la parlement l'avènement h la couronne de la prin- 
^cesse Elisabeth , qui fut proclamée sans aucune oppo- 
isition. On alla lui annoncer cet événement à Heath- 
^field, où elle résidait , et le 19 , elle fit son entrée dans 
-Londres. Elle nomma un conseil composé de onze 
^- conseillers de la reine Marie, parmi lesquels se trou- 
blait Heath, le marquis de "Winchester, le comte 

- d'Ârundel, etc., et huit nouveaux, tous réformés, 
. savoir le ci-devant marquis de Northampton ou Guil- 
; laume Par (car on lui avait fait reprendre son nom de 
' Emilie) , François Russel , comte de Bedford, Nicolas 

Bacon (père du célèbre chancelier) , Guillaume Cecil 
et quatre autres. Cecil , créé ensuite lord Burleigh , 

. fut le principal ministre d'Elisabeth , sous le titre de 

j secrétaire d'état. 

r Elisabeth annonça sur-le-champ son avènement 
aax puissances étrangères. Elle chargea l'ambassadeur 
qu'elle envoya à Philippe H, dans les Pays-Bas, de 
remercier ce monarque de la protection qu'il lui 
avait accordée sous le règne jirécédent. En effet , soit 

- par un sentiment de justice, soit par politique, Phi- 



218 LIVRE VI. CUAP. IX. ANGLETERBB. 

lippe avait rdsistë aux avis de quelques conseillers 
Marie , qui avaient voulu envelopper Elisabeth d 
une des conspirations qui avaient été formées con 
la reine. Philippe aimait infiniment mieux qu'u 
princesse d'une foi équivoque, et même une héré- 
tique, succédât à son épouse , plutôt que de voir réu- 
nies sur la tête d'une princesse catholique les couron- 
nes d'Ecosse et d'Angleterre , et peut-être celle 
France, puisque la plus proche héritière du trône] 
d'Angleterre, après Elisabeth, était sans contredit 
la fille de Marguerite, soeur aînée de Henri VIII, sa- 
voir Marie Stuart , reine d'Ecosse. 
a^sii^piur la Une imprudence du pape Paul IV, vieillard plu» 
^jKion re oiw g^'^ç^Qg^^jj^jpg ^ ardcut et inflexible , décida peut-être 

de la croyance d'Elisabeth qui balançait encore entre 
le catholicisme et le protestantisme, tous les deux in- 
diiTérens à ses yeux. Quand l'ambassadeur d'Angle- 
terre annonça son avènement au pape, celui-ci refusa 
de reconnaître le droit héréditaire d'une princesse qui 
n'était pas née en légitime mariage , au préjudice de la 
reine d'Ecosse, qui réclamait la couronne d'Angleterre, 
en qualité de plus proche descendante légitime de 
Henri VU. Comme à la mort de Marjc, la reine d'E- 
cosse, dauphîne de France, avait pris le titre de reine 
d'Angleterre i , Elisabeth se décida à repousser une 
religion qui la déclarait bâtarde et ne reconnaissait 
pas son droit à la couronne. La prudence de Cecil 
obtint qu'on ne précipitât pas les mesures résolues. 
On donna la liberté à tous les prisonniers pour 

' Voy. vol. XVI, p. 254. 



SECT. TU. ELISABETH, 1558 — 1603. 319 

Eise de rdigion ; les tiiéolc^eDs Inthériens revinrent 
leur exil ; le chancelier Heath eut ordre de resigner 
sceaux qni furent donnés â Nicolas Bacon. Une 
proclamation ordonna d^observer le culte établi , jus- 
itp^k ce que la reine et les trois Etats en eussent dcr- 
^ôdé autrement. Après cette démarche cpii parut de 
maoTais augure aux Catholiques , une assemblt^ des 
'éréques décida unanimement qu'ion n^officierait |>as 
|an couronnement d^Elisabeth , et cette cén^monic , 
'vegardée comme devant précéder rouverturc du pre- 
mier parlement , n'aurait pu avoir lieu , si on n'avait 
réussi à gagner un seul évéquc , celui de Carlisle , 
nommé Oglethorp : il couronna Elisabeth ^ le 1 5 jan- 
' fier 1559 ^ mais elle fut obligée de prôter le serment 
accoutumé d'obédience au pape , et de se conforuier 
i tous les rites de TEglise. 

Cecil avait eu soin de faire élire beaucoup de Lu - 
thériens , comme députés au parlement qui fut ouvert 
le 25 janvier 1559. Le chancelier exhorta les deux 
chambres à s'occuper avec calme , sans esprit de parti 
et en évitant les expressions de papistes et d'hérétiques, 
d'une réforme de l'Eglise, sur laquelle toutes les opi- 
nions pussent se réunir. 11 fit un assez triste tableau 
de l'état politique du royaume , dont les finances 
étaient tellement délabrées , qu'on ne pouvait pas es- 
pérer de reconquérir Calais. 

Avant tout , le parlement fit présenter a la reine ^^^'^^ ^ 
mie adresse pour l'inviter à contracter une alliance ^••* *^ '' 
qui pût assurer la succession. Elisabeth fit une réjx>nse 
évasive, en ajoutant que, s'il ne tenait qu'à elle, elle 



320 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

désirait qu'on gravât sur sa tombe le titre de rei 

vierge. Sans s'occuper de la légitimité du mari 

d'Anne Boleyn, sans annuler l'acte qui avait ce 

damné cette reine , le parlement de 1559 décréta q 

d'après la loi divine et humaine , Elisabeth était 

légitime, indubitable et vraie héritière de la couron 

descendue en ligne droite et légitimement du s 

royal d'Angleterre , et que Facte de succession 

•c^^'Se u"w 1544: était toujours en vigueur. On révoqua les a 

passés sous le dernier règne , en faveur de l'ancie 

croyance ; on supprima les couvens fondés par Ms 

on rendit à la couronne les annates et dîmes auxqui 

la reine Marie avait renoncé , on déclara que la su] 

matie ecclésiastique appartenait à la couronne ; c 

fut pourtant pas le titre de chef de l'Eglise qu'on < 

fera à la reine 5 ce fut celui de suprême gouvem 

Cette suprématie lui donnait toute la puissance ec 

siastique , et nommément la nomination des évéq 

le droit de leur assigner des appointemens , au 

d'une dotation en terres ; le pouvoir d'extirper 1 

résie , de sanctionner ou rejeter les lois ecclésiastic 

de réformer la discipline et les cérémonies religie 

Il fut de plus statué que quiconque maintiendrait 

torité du pape , serait puni , la première fois , < 

confiscation de ses biens, ensuite de rcmprisonnei 

perpétuel, et finalement de la mort , telle qu'on 

fligeait dans le cas de haute trahison (c'est-à 

selon la condition des coupables, de la potence c 

glaive 9 mais non du bûcher) ; que tout ecclésias 

prenant les ordres , étant en possession de béné 



SBCT. TII. ELISABETH, 1558 — 1605. 331 

t oflicîer percevant des appoîntemcns, font laTc 
kâtant la mise en possemon de ses terres, prêterait 
serment par lequel il feooanattrait la suprématie 
lareioe, et renoncerait k toute juridiction étran- 
e. On accorda à la souYeraine la faculté d'exercer 
Mitssance ecclésiastique par une commission, ce qui 
ina lieu à Férectîon d'uue cour suprême ecdésias* 
ne (Jùgh commission court). On voulut aussi faire 
irre l'acte d'Edouard VI , qui permettait le mariage 
I prêtres ; la reine déclara qu'elle n'y consen- 
lit jamais, mais que toutefois die tolérerait ces 
tes donnions. 

La convocation assemblée, comme de coutume, 
même temps que le parlement, présenta A la 
imbre haute une d^laration renfermant les bases 
idamentales de la religion catholique , dont elle dé- 
ait le maintien. C'étaient les dogmes de la trans- 
[>stantiation , de la suprématie du pape , et le droit 
serve au clergé de régler la doctrine et le service di- 
i. La reine ordonna à huit Catholiques et k huit 
otestans de discuter ces articles dans un colloque ; 
. réduisit la controverse aux trois questions suivan- 
; : S'il n'était pas contraire à la parole de Dieu et 
ix usages de la plus ancienne église , de célébrer le 
rvice divin dans une langue que le peuple n^enten- 
dt pas? Si toutes les églises n'avaient pas toujours 
ai du droit de réformer les cérémonies ecclésiasti- 
les? Si l'on pouvait prouver par la Bible que la messe 
tafermait un sacrifice pour les vivans et pour les 
orts? Les Catholiques trouvant que le mode d'abord 



Sermrat do 
•u|)rein«iie. 



332 LIVRE yi. CHAP. IX. ANGLETEHHE. 

i 

suivi d'après lequel les commissaires catholiques î 
tenaient leurs thèses un jour , et les Luthériens 
répondaient le lendemain, donnait à ceux-ci trop 
vantages aux yeux du public peu instruit , refusé 
de continuer la dispute. Les évoques de Wincb 
et de Lincoln s'étant oubliés à dire que la reine 
ritait d'être excommuniée , furent envoyés à la T 
Après la dissolutioi^ du parlement on s'occnp 
l'exécution de l'acte qui ordonnait la prestatior 
serment de suprématie. Un seul évéque lé prêta , 
les autres s'y refusèrent et furent arrêtés 5 cepen 
on relâcha bientôt après le plus grand nombre ; ] 
tous les réfractaires furent déposés , et leurs si 
successivement conférés à des Protestans. L'arch 
ché de Cantorbéry était vacant par le décès du 
dinal Pôle ; la reine le destinait à Mathieu Pai 
qui avait été son précepteur. Ce prélat refusa 
dignité ^ il ne l'accepta finalement que sur les ini 
ces réitérées d'Elisabeth. Parker est célèbre pai 
ouvrage latin de l'Antiquité de TEglise britano 
Il avait éprouvé sous le règne de Marie des per 
tions qui ne l'empêchèrent pas de persécuter à 
tour dès qu'il en eut le pouvoir. Elisabeth fui ol 
plus d'une fois de tempérer le zèle avec lequel il 
sait la guerre , non -seulement aux Catholiques, 
aussi aux Protestans qui n'adoptaient pas toute 
opinions et ne partageaient pas sa haine pour les 
cifix , les cierges et les images. Parker conser 
grand nombre d'évêques et curés. On a fait le < 
que sur neuf mille quatre cents bénéficiers qui se 



SSCT. TU. iLlSABETH, i&à8 — 1605. 9Î3 

ent en Angleterre, il nj en eul que cent soixante- 
E-sepi, mYoir qnatone ér^oes » six doyens, tlouxe 
Ilidiaeies, quinze che6 de collège , cinquante cha- 
ines et quatre-TÎngis curés ^ qui refusèrent obstine- 
nt le serment. 

La confession de foi en quarante-deux articles, 
1551 , fut revue, et moyennant quelques change- S^IIIiX'iî^Sit. 
s», réduite en trenie^neitf articles , qui jusqu'à ce*^** 
UT forment le livre symbolique de F^lise t'piscopale 
bigleterre* Ces articles forent reçus dans un synode 
m, en 1562, à Londres. On y conserva le d<^me 
la descente de Jésus-Christ aux Elnfers , mais sans 
cnne explication ^ on y ajouta une liste des livres 
ioniques et apocryphes de la Bible, et on rappela 
jugement de S. Jérôme diaprés lequel les derniers, 
it recommandablcs à cause de leur mérite, sans 
avoir être cités pour prouver les vérités du dogme. 
. parlant de Teucharistie, le vingt-huitième article 
ploie les termes dout les râbrmés suisses ont èou- 
ne de se servir ^. 

On est embarrasse à Tëgard du nom (]u*on doit donner aux 
l'-Càthoiiçues anglais de cette «époque, La dénomination de /fr- 
Ttatmrs et de Réformés serait la plus exacte, si le second mot ne 
iplîqaait plus pariiculièrement à une secte de novateurs , et que 
Anglais sont plutôt Lulhéricns que Calvinistes. Ce ii*est qu*îm«* 
prement qu on peut les nommer Protestans ; ce nom, qui est his— 
ique , ne leur appartient pas ; aujourd'hui ils sont Épiscopaux , 
îs ce système n'a été consolidé que dans la seconde partie du dix* 
tièmc siècle. Dans cet embarras^ nous les nommerons à l'avenir 
tôt Protestans , en prenant ce mot pour synonyme de non-Calho- 
les, tantôt Episcopaux, en tant que le système épiseopal commcn* 



234 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

NouTaiie tr»- Q^ gj aussî UDC Douvelle tr&ductioii de la Bible< 

onction de la 

^'^^ travail fut partagé entre les ëvéques et quelques th 

logiens sous la direction de l'archevêque Parker, 
appelle cette version la Bible épiscopale ^ elle p 
en 1568. 

La reine publia diverses ordonnances en vertu i 
juridiction ecclésiastique. Elle ne céda qu'à regre 
désir de son clergé qui demandait la suppressioi 
toutes les images. Elle céda aussi au clergé dans 
point qui intéressait vivement ce dernier. Elle ] 
mit le mariage des ecclésiastiques , mais avec qnek 
restrictions , tendantes à prévenir les mariages m 
daleux dont on avait vu des exemples sous Edouard 
Elle prescrivit au clergé un costume distinctif , 
tous les pères de famille la fréquentation du ser 
public. 

Tels sont les principaux traits des changemens 
la reine Elisabeth introduisit dans la foi et danis 1 
ganisation de l'Eglise. 

Les affaires de France , et surtout celles d'Eco 
occupèrent Elisabeth pendant toute la durée de 
règne. La lutte entre les deux factions qui déchira 
la France était soigneusement entretenue par la r 
d'Angleterre qui , par Tintérêt de sa politique et 
celui de sa religion, fournit sans cesse des secour 
parti réformé. L'histoire d'Ecosse des quarante i 
nières années du seizième siècle est si intimement 
à celle d'Angleterre , qu'il est difficile de les sépa 

çAÎt déjà à ft^afrermir en Angleterre , et qu*il e'taît opposa ao pr< 
trriaolimc i tanliVl Anglicans. 



8ECT* VU. ;&LI8ABBTH, 1558 — i603. 33l5 

celle deft demièref années dn règtfe d^lisabeth se 
!le à la révolution des Pays-Bas. Dans cette complî- 
tion d'éténemens , nous réservons anx chapitres 
itinà à l'histoire d'Ecosse et & celle desPays-^Bas, 
an qni regardent ces deux pays, comme nous avons 
t k l'%ird de ceux qui se rapportent à la France , et 
ms ne marquerons ici comme dés pierres d'attente 
le les fidts d'une haute importance poUr l'Angleterre 
ème 9 afin d'y rattacher ce qui touche plus partîcu- 
ïrement ce pays. 

ÉHisabeth avait hérité de sa sœur une double guerre Double pus 
neclaFranceetl'Ecosse, quifîit termlnéelemèmejour bmu. 
» une double paix que les puissances belligérantes 
gnèrent , le 2 avril 1559 , à Giteau Caïnbresis i. On 
laaqua la cession de Calais à laquelle l'Angleterre fut 
bligëe de se résoudre , en la déclarant temporaire. 
alais devait rester pendant huit ans aux Français ; si 
u bout de ce temps la France ne rendait pas cette 
îlle , elle devait payer 500,000 écus d'or' à l'Angle- 
erre qui pour cela ne renoncerait pourtant pias k ses 
irétentions sur la ville ; mais si pendant ces huit ans 
SUsabeth commettait des hostilités contre la France . 
ni IfxxMse, elle perdrait tous ses droits ; enfin si le 1*01 
}fi France en commettait contre l'Angleterre, îlper-^ 
Irait par le fait même ses droits sur Calais. Elisàbelh 
Commit des hostilités avant le délai stipulé, en sonte-^ 
Qiant les Congrégationistes d'Ecosseet les Huguenots 'de 
B'rance ; le roi de France ne rendit pas Calais et né 
[>aya pas le dédit. 
" Voy. vol. XVI, p. 265. 

XVIII. 15 



326 LIVUB VI. CHAP. IX. ANOLETERRfi. 

*îldto?it*IÎ''' François II, roi de Fraiice, et son ëpouse M 

^u)ïr/ ^°" Stuart, reine d'ÉeOsse , avaietit pris les titres d'An 

terre et d'Irlande. U &% vrai que Marie d'Anglet 

et Elisabeth se Salifiaient de reines de France; i 

ce titre ne faisait que rappeler une vieille préteni 

< abandonnée, tandis que cdui que prit Marie St 

était une offense sanglante pour Elisabeth qti'il ai 

rait bâtarde. Les troupes anglaises et françaises, 

liées des deux partis qui divisaient TEcosse , s'y i 

contrèrent ; les circonstances amenèrent tin ti 

qui fut conclu le 6 juillet 1560^ à Edimbourg, et 

lequel U fut convenu que les Français et les Ângla 

retireraient d'Ecosse, que François II et Marie St 

renonceraient à jamais au titre d'Angleterre et i 

lande. La contestation aurait ainsi été terminé 

Marie Stuart, dont FépOUK venait de mourir, n'a 

refusé de ratifier le traité d'Edimbourg, par les rai: 

que nous ferons connaître au chapitre suivant. I 

une haine et une suite de disputes, de guerres e1 

malheurs qui, au bout de vingt-sept ans , coûtérei 

vie à la reine d'Ecosse. 

PrttendMi» à Lç ch<>ix d'un époux pour Elisabeth fut un c 

la main d Kli— '■■ ■ 

sabeth. qui, pendant de longues années, occupa, non se 

ment lé cabinet anglais , mais toute la nsAion et m 
les puissances étrangères. Nous verrons successive! 
paMutre en ^oène plusieurs prétendans dont la rec 
çhe tenait â la grande politique européenne. Ici i 
passerons en revue ceux qui se présentèrent au c 
mencement du règne d'Elisabeth. 

Le premier était Philippe II, roi d'Espagne, vei 



8BCT. VU. ÉLisAp]ST9f 1658 — 1603. 3S7 

(BUT Marie* Il y avait proportion d'âge, le roi 
it irente-trois ans, Elisabeth vingt-cinq. La per- 
le de Philippe n'était pas désagréable à la reine ; la 
tique pouvait conseiller cette union ; la religion et 
[>iivenance s'y opposèrent. Elisabeth déclina poli- 
it la proposition qui lui en fut fiûte. 
l'archiduc Charles de Grœtz, fils cadet de Tempe- 
r Ferdinand P'i, prince âgé de vingt ans, se mit 
les rangs ^ les négociations étaient assez avancées 
<jue des difficultés que la maison d'Autriche éleva 
lajet de la religion les firent rompre. 
je fils de Gustave Wasa, Eric XIV, roi de Suède, 
même âge que la reine , sollicita sa main par son 
re Jean , duc de Finlande; il fut un de ceux dont 
; accueillit le diieu^ la recherche^ fit Éric ^ mit 
ax fois en route pour y donner suite* Les deux fois 
I circonstances fortuites Tempâchèrent de pour- 
vre son voyage» A la fin il fut éconduit« 
Adolphe I*% premier duc de Iiolsteinf>Gottorp ^, ai* 
lit la reine et en fut aimé. Elisabeth lui accorda une 
nsion à vie ; mais Thorreur qu'elle avait pour le ma- 
ige ne put être vait . rue par Taffection que lui inspira 
prince. 

Jacques, comte d'Arran^ dont le père, le duo de. 
lâtellerault 3, était rheritierpresomptif.de la cout-. 

• Voy. vol. XV, p. 196. • Voy. chap. XXI du lîvre"VI. 
^ Jacqoes HamiUon, comted'Arran, père de celui dont noui j|k«tr-' 
M , avait été rtfgent d*£coiM tCMU Marie Scuart : îl ëlait arrière-L- 
it -Ali y du cM des finnnesi du roi JaequM IL 11 ea aéra ^es- 
B au chap. X. 



228 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLÈTERàjE^. 

ronne d'Ecosse^ était fortement recommandé par 
parlement de ce royaume ; le refus qu'il essuya lui 
perdre la raison. 
mîiHTirftl Un certain Guillaume Pickering, homme de peu 
HIiiJ^mT naissance, mais beau et ayant des talens pour les ai 
d'agrément, fut pendant quelque temps un amant 
vorisé. Le comte d'Ariindel, très-riche, s'endetta 
des fêtes données à sa maîtresse,' et 'fut repoussé. Ei 
l'homme qui fit sur le cœur d'Elisabeth rimpression] 
plus profonde- et la plus durable, fiit le lord Roi 
Dudley , frère du duc de Northumberland exécuté 
1535, le même qui lut dohfiû par la suite sous le ne 
de comte dé Leicester. Peût-étrè là i*eihe aurait- 
fini par l'épouser, si elle n'aviit craint le scaiw 
Dudley était accusé par l'opinion publique d'avi 
fait mourir son épouse pOii'r écarter l'obstacle 
s'opposait à ^ôH union avec Elisabeth. Nous vei 
dans l'histoire de Marie Stuart que la Yeitié d'Ai 
terre lui offrit une fois Leicestei^pbur époux;* 
H^m'ioulourt, Élisabeth prit part à la pi-enilère guerre civile 
^^' France, par le traité d'Hampto'iïcôurt de 1 5 62 '' ^ , 

lui valut la poissèssibh du Hâvrede Grâce, ^oùr lui 
Paix de vir de sûreté pour la restitution de Calais. Le§ fiftigÎM 
'^^'^' ' ûôts firent la paix sans elle ; après avoir perdu lé H^i'i 
elle fit , en 1564 , ime paix désaviaA^ageuse à Tirôyes'' 
Politique d'E- Elisabeth, suivit une politique tortueuse dans;li 

lUabelh dan* les v i " - ' î i r< > 1 • ' 

affaire» d'ji«- troublcs qui s élevèrent çn Ecosse çipres Je mariagB 
entre Marie Stuart et le comte de fiothwell , qui était' 
l'assassin de sou second époux, Henri Stuart de Dam* 

* Voy. vol. XVI, p. 308. '^ Voy. iWJ., p 311. 



COSM 



8ECT. VII. l&LISABETH^ 1556—160S. 339 

^f et dont cette infortunëe reine a long-temps passe 
or complice. Elisabeth dësapprouTa publiquement 
rebelles qui avaient emprisonné leur souveraine et 
i avaient arraché un acte d'abdication ; elle adres- 
t des messages consolans à Marie, prisonnière « et 
mr gage d'amitié et de secours , elle lui envoya un 
neau ; mais en secret ses agens encourageaient les 
belles et leur transmettaient des avis qui pouvaient 
ir êtfe utiles. Echappée de sa prison, mais vaincue à 
ngside , le 15 mai 1568 , Marie se réfugia en toute 
ifiance en Angleterre ^ cependant au lieu de l'amitié 
lu secours qu'elle attendait, elle y trouva une rivale 
ineose qui prétendit s'ériger en juge entre elle et ses 
ets j qui , sous un prétexte offensant , refusa de la 
ir, et qui finit par la confiner dans une prison. 
Thomas Howard, duc de Norfolk, fils de Henri, cousinration 
tnte de Surrey • qui avait été décapité en 1547 , Nonhumber- 
rma le projet d'épouser la reine d'Ecosse , à condi- "^dand. 
>n qu'elle donnât pleine satisfaction à Elisabeth au 
jet du titre de reine d'Angleterre qu'elle s'était ar- 
gé. Plusieurs seigneurs d'influence, et même le 
mte de Leicester , favori d'Elisabeth , approuvèrent 
plan , et Leicester le communiqua à la reine. Elisa- 
Âl le rejeta avec colère, et le favori encourut sa 
sgrace pour un moment. Norfolk et plusieurs per- 
unes qui avaient eu connaissance, de son projet fu* 
nt envoyés à la Tour. Deux de ces seigneurs , le 
ic de Northumberland i et le comte de W^tmoreland 

• Tlioiiias Percy, fils de Thomas Pcrcy, duc, de Norihumbrrîand, 
îculc en 1537. ■ ') • .•;•:. 



• •«•<(.• 



230 MVfeB VI. CHAP. I^. ANGLETERKE. 

organisèrent une insurrection dans le nord del^. 
terre , dans la vue de délivrer là reine d'Écossé 
forcer Elisabeth à la reconnaître héritière p 
tive du trône d'Angleterre. Us adressèrent une 
clamation à tous les Catholiques du royaume , 
engageaient à unir leurs efforts pour rétablir Panel' 1 
culte et obtenir le redressement des griefs de la m^ 
tion. Leduc d'Albe, gouverneur des Pays-Bas, k""- 
promit un secours en troupes et leur envoya, pour 
commander, Ciapino Yitelli , capitaine expérimdfl''*' 
Mais les secours promis n'arrivèrent pas , les tévdF"^ 
furent dispersés sans coup férir , le comte de Ni 
thumberland tomba entre les mains des 
Trente mois plus tard, le comte de Morton^ alors 
gent d'Ecosse , vendit à Elisabeth son prisonnier 
fut exécuté. Le comte de Westmoreland se râugia 
Flandre. Un grand nombre de prisontiiers & 
pendus pour servir d'exemple ; mais Norfolk et 
amis furent remis en liberté ^ parce qu'Elisabeth 
convainquit qu'ils n'avaient pas eu part à là révd 
Norfolk s'engagea par écrit à ne pas donner suite à 
projeta 
Dédaniioii Après la suppression de là rébellion , Elisabeth 
retendue de'» blia une proclamation dans laquelle elle prot 

suprématie eo— _. , . , , 

dériastique. contre le projet qu on lui attribuait de persécuter 

qui ne partageaient pas ses opinions religieuses, décla- 
rant qu'elle n'entendait exercer , comme chef de ¥É^ 
glise , d'autre autorité que celle qu'elle tenait de ta\ 
prédécesseurs*, qu'elle ne s'arrogeait pas le droit de 
définir les articles de foi ni de changer les anciennes 



8BCT. VII. JÊLISABETH» 1558—^1605. 331 

frémonies et la manière d'administrer les sacremens ; 
l'elle ne gênerait personne dans ses opinions r«li- 
eusesy pourvu qu'on ne s'opposât pas aux saintes ëcri- 
ures ; qu'elle ne mettrait empêchement ni à la foi ca- 
Loliqueet apostolique, ni aux cërëmonies religieuses, 
nt qu'elles seraient extérieurement conformes aux 
is du royaume qui prescrivaient de fréquenter le ser- 
ce divin dans les églises ordinaires* 

Cependant le pape Pie V fit instruire â Rome un pro- J^^^^^Zn 
is contre Elisabeth, qu'on accusa de s'être arrogé le ^ ^^^' 
tre de chef de l'Eglise^ d'avoir déposé et emprisonné 
«évéques canoniques pour les remplacer par despré- 
its schismatiques , et d'avoir imposé à ses sujets un 
erment contraire aux droits du saint siège. Une bulle 
lu 25 février 1570, la déclara hérétique et déchue de 
tes droits à la couronne , et releva ses sujets de leur 
ierment de fidélité. La bulle fut envoyée à Londres 
lar les soins du duc d'Âlbe. 

Le parlement qu Elisabeth, après un intervalle de ^Jf'*'*'"*"* **• 
plus de quatre ans, convoqua pour le 2 avril 1571 , 
est remarquable , tant par les lois qu'il rendit , que 
par le pouvoir arbitraire que la reine y déploya , et 
par les efforts que la chambre des communes fit pour 
maintenir ses privilèges. Dès l'ouverture, le chance- 
lier invita les deux chambres à ne pas se mêler d'af- 
fisdres d'état : cela se rapportait probablement à la té- 
mérité que la précédente assemblée avait eue de près* 
ser la reine de se marier. Un des membres des oom- 
ihunes , nommé Striokland , ayant appuyé des péti- 
tions présentées par les Puritains qui denuindaient 



252 LIVRE VI, CHAP. IX. ANGLETERRE. 

que la réforme commencée fût achevée par l'aboli 
tien du régime épiscopal , la reine lui défendit de ro*' 
paraître. au parlement. Cet ordre inconstitutio 
causa une grande rumeur dans la chambre des com- 
munes , qui le déclara attentatoire à son privilège. 
Pour étouffer l'ojpposition naissante, la reine révoqu» 
spn ordre. Les Anglais regardent cet événement comme 
Fépoque d'une nouvelle ère dans l'histoire de leurpia^-ltci^ 
lement, et comme une victoire remporté^ sur le pou- 
voir arbitraire. Les principaux^ actes de ce parlement 
sont les suivans : 
«.iî^SSiSîw ^*** A^cte déclarant coupable de trahison tout indi- 
ct"onii« feT^"* yidu qui durant la vie de la reine prétendrait à la cou- 
ronne ou la revendiquerait pour un autre qu'dk*, 
qui qualifierait la reine d'hérétique, de sehismatique ^ 
de tyran, d'infidèle ou d'usurpatrice , ou qui nierait 
que la succession et l'héritage de la couronne pus- 
sent être déterminés par des statuts. Le même acte pr(h 
nonça des peines contre quiconque affirmerait par écrit 
ou dans un ouvrage imprimé que quelque personne 
était héritière de la reine , excepté sa descendance na- 
turelle. Cette clause dirigée contre les adhérens de 
Marie Stuart, mais mal comprise par le public , 
donna naissance à des bruits très-extraordinaires et 
défavorables à la chasteté de la reine-vierge. 

2°. Acte qui menace de peine de trahison ou de 
pr^smunire tout individu qui solliciterait, obtien- 
drait ou exécuterait quelque bulle du pape ou accep- 
terait des agnusdei, chapelets , etc. bénis par le pape, 
't 3^* Acte qui prononce la confiscation des biena 



^aK ' 



SBCT. VII. ÂLISABETHy 1558—1603. 333 

aeiil>le8 et celle des revenus des terres de ceux qui, 
yant quitte le royaume sans permission , ne rentre- 
raient pas six mois après en avoir été avertis par pro- 
clamation. 

Un quatrième bill^ plus tyrannique que 1^® *ro**i.,oîf^"Jj„ 
premiers , enjoignit à tout individu d'un certain âge °'^^* 
le se conformer au service divin établi , et de recevoir 
% communion sous la nouvelle forme. Les ministres 
\e réussirent pas à le faire passer. En prorogeant le 
parlement, le 29 mai 1571 , le chancelier déclara au 
lom delà reiue que la majorité des chambres s'était 
onduite avec modestie et loyauté, mais que quel- 
pes-uns de ses membres avaient mérité le reproche 
le témérité et de présomption ; qu'elle engageait ces 
ndividus à ne pas s'oubUer à l'avenir de cette ma- 
lière , faute de quoi ils devaient s'attendre à un aver- 
issement plus sérieux. Le mécontentement de la reine 
)rovenait des cris qui s'étaient élevés contre les privi-f 
èges et monopoles qu'elle avait accordés. En vertu 
l'une patente de monopole , un individu en récom- 
3ense de ses services réels ou prétendus , obtenait le 
Iroit exclusif de vendre quelque denrée , comme vin , 
nnaigre , huile , sel , fer-blanc , acier, etc. Le breveté, 
juand il ne pouvait exercer le droit par lui-même, le 
rendait à d'autres pour des abonnemens annuels , et 
mposait ainsi une taxe souvent insupportable aux con- 
sommateurs. 

En parlant des opérations du parlement de 1571 , p^^ST** 
lous avons nommé les Puritains. Gomme cette secte 
ouerapar la suite un rôle dans l'histoire d'Ângleterre<^ 



234 LIVRE YU CHAP. IX. ANGLETERRE; 



II 



i 



le 



il est nécessaire de remonter à son origine. Elle se 
composait d'un certain nombre d'adhérens de la/ré- 
formation , telle qu'elle avait été introduite sons 
Edouard VI , lesquels , sous le règne de Marie> avaient 
quitte l'Angleterre , et passe le temps de leur exil , soit 
à Francfort , soit en Suisse. Revenus dans leur patrie, 
ils furent scandalises^ lorsqu'au lieu des temples dé- 
garnis d'autels et dënuës d'images , qu'ils avaient (ri- 
quentës pendant leur exil , ils virent des églises déco- ^ 
rëes, des crucifix, des cierges, des évéques revétos 
d'habits somptueux , et des cérémonies qui , d'après 
leurs idées , souillaient la pureté du culte divin. Ils ne 
purent se décider à y assister^ et demandèrent à être 
dispensés de l'ordonnance qui prohibait la diversité 
des cultes : on rejeta leur supplique. Ce qui les cho- 
quait le plus^ était le régime épiscopal , inconnu , di- 
saient-ils, aux premiers chrétiens. Ils voulaient que 
l'Eglise fut gouvernée par des anciens , tous^^aux eu la 
rang et en pouvoir , et ils citaient pour modèle ïe lé- » 
gime presbytérien que les réformés avaient établi en 
Suisse , en France et en Ecosse. Ils désapprouvaient 
surtout la part que les évéques prenaient aux affiiires 
politiques , en siégeant au parlement ; ils rejetaient 
aussi les autres dignités que l'Église anglicane avait 
conservées, tels que les doyennés, archîprêtrés, etc. Le 
principe des Anglicans , d'après lequel le christia- 
nisme devait être ramené à l'état ou il avait été dans 
les quatre ou cinq premiers siècles, leur paraissait er- ^ 
roné , puisqu'à cette époque , il était d^à loin de sa 
pureté primitive } ils contestaient au pouvoir séculier 



b 



[ 



: 



' 



8ECT. VII. éLISABBTHy 1558—1605. 335 

le droit de rëgler par des lois Forganîsation des églises - 
et les cérémonies religieuses : ils attribuaient cette 
faculté à chaque communauté en particulier, et nom- 
mëment à ses ministres ; ils réprouvaient les formules 
de prières prescrites dans la liturgie^ et réclamaient pour 
chaque prédicateur la liberté de prononcer teUe prière 
que la matière de son prêche et les circonstances exi- 
geaient ; ils rejetaient , comme abus provenant du ca- 
tholicisme , les habits pontificaux^ les fêtes des apôtres 
et saints, le carême, les orgues, la musique instrumen- 
tale, le plain-chant^ le signe de la croix , l'ondoiement 
des enfans, l'admission de parrains, quand les parens 
de l'enfant étaient en vie, la confirmation des enfans, 
les relévailles , l'usage de recevoir la communion à ge- 
noux, sa distribution dans les hôpitaux , l'échange des 
anneaux à la bénédiction nuptiale, etc. Mais de toutes 
les coutumes provenant du catholicisme , il y en a une 
surtout que les Puritains abhorraient ; c'est la même 
par laquelle l'Église anglicane se distingue de tous les 
Luthériens et Béformés, avec leurs variétés, savoir l'ins- 
titution des évêques par le sacrement de l'ordination. 
Les Puritains , qu'on appelait aussi Non^Con» 
fomiistes , étaient odieux à Elisabeth , dont ils ne 
reconnaissaient pas la suprématie. Elle défendit sévè- 
rement leur culte , et les persécuta avec plus d'ardeur 
encore que les Catholiques. Us avaient beaucoup d'a- 
mis dans la chambre des communes , et à chaque nou- 
velle session on présentait des bills pour l'achèvement 
de la réformation, c'est-à-dire pour l'abolition du 
régime épiscopal ; mais la reine repoussa sévèrement 



/ 



^3fi LIVRE YI. CHÀP. IX. ANGLETERRB. 

ces atteintes portées à son autorité spirituelle» L'ar- L 
chevèque Parker seconda avec vigueur sa fermeté) |^^ 
tant qu'il vécut. Grindal ^ qui lui succéda en 1575 ^ 
fut ou plus tolérant ^ ou lui-même infecté des prin- 
cipes de Genève^ il fut su3pendu en 1677 9 ensuite 
rétabli , et allait être destitué , lorqu'il mourut en 
1585. Son successeur, Jean Whitgift, zélé épiscopal, 
purgea l'Église de ces ennemis^ il avait une sagacité 
particulière pour découvrir l'hétérodoxie cachée , et 
il expulsa trois cent cinquant;e ministres crypto«cal* I- 
vinistes. 
auîdîrSl'wir Un Florentin, nommé Ridolfi, qui s'était établi 
comme banquier à Londres , concerta, en 1571 9 avec 
le duc d'Âlbe , un nouveau plan pour enlever Marie 
Stuart. On accusa le duc de Norfolk d'y être entré : 
un hasard le fit découvrir. Le duc de Norfolk fut 
arrêté, et on lui fit son procès» Un jury composé de 
vingt-cinq lords , le condamna unanimement pour 
haute trahison , le 16 janvier 1572. Ce jugement 
rendu d'une manière tumultueuse, sans qu'on laissât 
à l'accusé le temps de se défendre, et sans qu'on l'eût 
confronté avec les témoins , ne prouve pas aux yeux 
de la postérité la culpabilité de Norfolk , qui protesta 
de son innocence avec un air de candeur qui inspire 
de la confiance. Norfolk fut peut-être une victime 
de la politique. Les ministres demandèrent sa mort 
comme nécessaire pour étouffer tous les complots des 
amis de Marie Stuart. Deux fois Elisabeth , cédant à 
leurs instances , signa l'ordre de son exécution ^ deux 
fois elle le révoqua , quelques heures seulement avant 



8BCT. yn. ELISABETH, 1558 — 160S. 237 

l^àrriyée du moment qui devait être fatal. La troisième 
fois, rartificieùx Bùrleigh (Cecil) fit intervenir le 
parlement t la reine signa , et cinq mois àpfrès sa con- 
damnation y le i juin 1572 > la tête du duc de Norfolk 
tomba* 
La politique d'Elisabeth & l'ëgard dés Pays-Bas ligoede 

. - . ,,_, 1 i» 1 1 Bru»ell«t, de 

insurgés contre le roi d Espagne , lut pendant quelque ifi^. •^^m ^* 
lempb ibcei^àine et vacillante;; elle ne prit à leur ^^y»-^- 
%ard une résolution ferme ^ que lorsque le prinde 
rOrange lui communiqua le projet , vrai ou supposé 
le don Juan d'Âùstria , gouverheur des Pays-Bas , de 
délivrer la reine d'Ecosse et de Tëpouser. Aussitôt elle 
conclut, le 7 janvier 1578, à Bruxelles, avec les con- 
fédërés, une ligue, par laquelle on se promit rëcipro- 
quement un secours de 5,000 hommes de pied et 
1,000 chevaux ', si l'Angleterre était attaquée par 
mer , les confédérés promirent en outre de lui four- 
nir quarante vaisseaux. Elisabeth annonça* elle-même 
à Philippe n la conclusion de ce traité, comme l'u- 
nique moyen d'empêcher les cbtifêdéréls dé se donner 
à un prince français : elle offrit de jouer le rôle de 
médiatrice pour faire rentrer les confédérés dans le dé- 
voir , pourvu qu'il consentît à rappeler don Jaan , 
qu'elle était obligée de regarder comme son ennemi 
mortel, à faire évacuer les Pays-Bas par les troupes 
espagnoles, et à rendre aux habitans leurs anciens 
privil^es. 

Le prince français dont Elisabeth voulait parler , contrat de 

*■ . 1 * • -i 1 '• mariage entre 

était François, l'ancien duc d'Alencon qiil à cette ^ii»«beih et 

» ' * ■■• Fraoçoift) duo 

époque portait le nom de duc d'Anjou, le plus jeune d'Anio.». 



238 IJTK.B YI» CHAP. IX. AITGLBTERRB. 



des fils de Henri ITei de Catherine de Médicis. Depiois 
1575, sa mére travaillait au projet de le marier à l^^ 
^abeth^et cette princesse, son aînée de vingt-deux 
ans, paraissait disposée à lui donner sa main, qiie le 
duc vint rechercher lui-même en 1579- La cour et 
France envoya , en 1580 , une ambassa4e sdennelle 
pour terminer cette affaire. Le contrat de mariage 
entre les deux iiiturs ^>oux fiât conclu le 11 juin 1581 
avec une disposition très-précise, concernant les en- 
fens à naître de I'uhiool entre une reine de qui^rante- 
huit ans et un prince de vi|igt-s^x^ Il fut expressément 
stipulé que la reine ne serait engluée que lorsqu'on «e 
serait entendu sur certaius pointa. Il s'agissait d'une 
alliance offensive et défensive entre la France et l'An- 
gleterre sur laquelle on ne put s'accorder* Le duc 
d'Anjou auquel les confédérés avaient conféré la sou- 
veraiueté de Bcabant, Flandre, {loUatide^ Zéelamde et 
Frise, revint en Angleterre. Elisabeth le reçut avec une 
grande affection, et lorsque, le 17 navéimbcel581, 
anniversaire de son couronnetnent ^ les: courtisaBS 
virent qu après un entretien confidentiel la reine nût 
son auneau au doigt du prince, ils ne douterait plus 
de sonprochain mariage, et les habitais de Loadres-en 
firent des réjouissances publiques. Gependbnf ^tous les 
ministres d'Elisabeth , et même ses femmes lui témoin 
gnèrent leur désapprobation de ce mariage , et après 
un long combat entre la politique et l'attachement, 
la reine fit appeler le duc ^auprès d'elle et rompit toute 
l'affaire. Sa passion pour le duc était devenue si forte 
^u^elle ne put supporter l'idée d'une séparation ^ elle 



é 



i 
1 

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( 



SBOT» y II» iftusABBTHy 1558—1603. 239 

retint le prince pendant près de trois mois, et lors- 
qu'au mois de février 1582, elle en prit congés elle 
fondit en larmes et le conjura de revenir la voir dans 
un mois. Le duc ne put tenir sa parole; ses impru- 
dences lui firent perdre la souveraineté des Pays-Bas , 
et il mourut le 10 juin 1584 '• La passion de la reine 
était encore si vive que pendant quelque temps on 
n'osa pae lui annoncer cette nouvelle. 

H faut toujours revenir sur les persécutions que le sémimirm 
Fanatisme religieux engendra sous le règne d'Elisabeth. Hq»» ragiM* 
Comme le nombre des prêtres catholiques ne fit que «««tUMnt. 
diminuer de jour en jour, Guillaume Âllen^ autrefois 
principal d'un collège d'Oxford, imagina d'établir k 
l'étranger des séminaires destinés à élever des jeunes 
gens pour la prêtrise. Il en fonda un i Dooay ; mais 
le ministère anglais acheta, en 1 575, sa dissolution en 
promettant k Requesens , gouverneur des Pays-Bas 
pour le roi d'Espagne, d'exclure à ce prix la flotte des 
insurgés des ports aurais. Allen s'établit alors sous la 
protection de l'archevêque, cardinal de Lorraine , à 
Elbeims. Grégcûre XIII ouvrit un semblable collège à 
Rome. De ces institutions sortirent de nombreux mis- 
sionnaires qnise répandirent en Angleterre. Mercurien, 
général des Jésuites, conformément au but de l'insti- 
tution qu'il dirigeait, autorisa les membres de l'Ordre 
a prendre part à ces missions. Robert Parsons et 
Edonard Gampian, deux Jésuites anglais, arrivèrent 
dans l'île ca 1580. Elisabeth , avertie de leur voyage, 
défisndit sous peine de mort de recevoir un Jésuite^ Le 

• Voy. vol, XVII , p. 76. 



3iO LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETEmUBi; 

dJS£nHUM.P**^^^°^®"* ^ ^^^^ multiplia Ifes moyens de pei 

ter les Catholiques. La simple cëlëbration d'une im 
fut punie de 200 marcs (10,878 francs) et d 
^nnëe d'emprisonnement ; pour l'avoir entendue 
payait 100 mates et on était puni d'un empriso 
ment d'un an. Pour n'avoir pas fréquenté 1' 
anglicane quatre semaines ou un mois lunaire j 
payait 20 liv. st. Tout prêtre remplissant dans 
maison particulière les fonctions d'instituteur 
ptmi d'un an d'emprisonnement et le père de fami 
qui l'avait employé, de 10 liv. st. par mois. 

Parsons et Campian rédigèrent un écrit qui ne 
vaît être publié que si Vun d'eux était arrêté, 
que le zèle ardent de Tami auquel ils l'avaient CO 
£t connaître avant le temps sous le titre de Lettre 
^^lampian aux lords du conseil. Ce missionnaire y m 
ijynçait que les Jésuites avaient fait une sainte ligt 
p^r la restauration de la foi catholique ; mais qil 
le ir était défendu de se mêler d'affaires politiques. ^ 
g luvernement cbei*cha inutilement pendant un a^ 
st saisir de la personne de Gampian. Durant ce Xeuat 
les Catholiques éprouvèrent des persécutions beae^ 
coup plus fortes qu'auparavant. Non-seulement toosl 
les prisons du royaimie furent remplies de gens sdl 
pects ; mais on dressa des listes de suspecta dont*! 
nombre se monta à 50,000. Personne ne jouisirf 
plus de la tranquillité dans l'intérieur des maisoirf 
des visites domiciliaires faites par quelques magistffl 
à la tête cPune populace armée, troublaient de joî 
et de nuit l'asile des citoyens. On étendait les M 



8£CT. ini. ELISABETH, 1558 — 1605. 211 

Dches jusqu'aux cofires et aux tiroirs des meubles j 
EL fouillait les lieux les plus secrets pour découvrir 
Ique prêtre, quelque livre, quelque calice ou 
Lqtie emblème de catholicité. Daus ces recherches 
riotiques , on ne ménageait pas la pudeur du sexe. 
lit-on le bonheur de trouver quelque personne 
pacte, la torture, ce moyen infaillible pour con- 
tre la vérité j était employée avec le plus grand suc- 
ipour découvrir des crimes cachés. Campian, qu'on 
lenfin la satisfaction de prendre, le 17 juillet 1581, 
Lyfford en Berkshire, et qu'on conduisit en pro- 
m. et comme en triomphe à la Tour, fut deux fois 
tiqué à la question sans qu'on pût lui arracher les 
itions que le fanatisme des ministres d'Elisabeth en 
idait. Cette princesse elle-même voulut voir ce cap- 
; elle l'interrogea dans la maison du comte dcLeicc*' 
Elle fut étonnée des réponses sages et prudentes *.e 
lissionnaire qui , tout en déclarant qu'il la recdi- 
.Issait comme reiûe légitime, lui contesta l'autor té 
d'après son système elle avait usurpée sur iTlgliIpi»; 
convint en même temps que l'autorité ordîn«'iii*e 
pape ne suf&sait pas pour excommunier Tes 



ifin par le moyen d^une de ces conspirations que 
it de parti a été toujours habile à inventer, on 
ra moyen de condamner Campian et douze de ses 
idus complices pour crime de haute trahison, 
ipian et quelques-uns de ses compaglïons qu'on 
accuser d'avoir recherché avec fanatisme Thon* 
du martyre, mais qui certainement étaient inno- 

XVIII. i 6 






242 LIVEB VI. CHAP. IX. ANGLBTERRB. 

cens de tout dâit politique^ furent exécuta le 1* d^ 
cembre 1581 y le supplice des autres fut retardé^ afin |) 
qu'on pût périodiquement réjouir le peuple du spec- 
tacle de quelque exécution. Nichol qui avait été k 
principal dénonciateur des nûs^nnaires, se rétracta 
après s'être sauvé sur le continent, déclarant qne 1 
toutes ses dépositions lui avaient été arrachées par la 
crainte de la torture. 

Il fallait une fortune considérable pour payer l'a- 6 
mende de 20 liv. st. par inois^ ou 160 liv. st. psr 
an S ^ laquelle était soumis chaque Catholique qui 
regardait comme une apostasie d'assister à tin erite 
que sa religion condamnait. Un grand nombre de geii^ 
tilshommes furent forcés, pour y satisfaire, de vêndie : 
une portion considérable de leurs terres; d'autres, en 
achetant l'intervention des &voris d'Elisabeth^ s'a*- 
bonnaient pour une somme annote. 
aJ^'^xu\M* ^®* Catholiques ne furent pas seuls en butte atn 
persécution». Les Anabaptistes qui à différentes 
époques essayèrent de se glisser dans le royaume, et 
les Puritains ou Presbytériens dont le nombre aug- 
mentaient d'une manière effrayante, éprouvèrenltoute 
la rigueur des lois contre ceux qui ne se conformaient 
pas au culte établi. Us se divisaient en plusieurs partis, 
l'un plus fanatique que l'autre. Ce fut en vain que le 
conseil de la reine prit tes mesures les plus violentes 
pour les détruire. Dans les dernières années de soq 
règne, quaiMl on put prévoir qu'un prince qai ahin 
paraissait favorable aux principes du purîtanisme, 



SBCT. YII. ELISABETH, 1S58 — 1605. 945 

Dnouterait sur le trône, les persécutions cessèrent gra- 
duelleinent. 

Le conseil de la reine avait résolu la mort de Marie AiÉ««kiiw 
Stuart; mais il fallut yaincre, dirai-je les sentimens 
^nërenx <jui reposaient peut-étre au fond du cœur 
d^Élisabeth , ou Tirrésolution de son caractère, pour 
ramener insensiblement à une action qui devait im- 
primer une tache ineffaçable k sa n^utation? A Toc- 
casiou de quelques conspirations mal conçues et 
étouffées dès leur naissance (comme celles de Throg- 
morton et d'un fanatique catholique, nomm^ Guil- 
laume Parry, Gallois), lord Burleigh, le comte de 
Leicester et sir François Walsingham, feignant des 
craintes pour la sûreté de la vie de leur reine , for- 
mèrent le projet d'une association entre les amis 
d'Elisabeth, qui tous s'engageaient k poursuivre jus- 
qu'à la mort quiconque attenterait k la vie de la 
reine, ainsi que l'individu en faveur de qui on ferait 
une pareille tentative. Une foule de personnes bien 
pensantes entrèrent avec empressement dans une ligut; 
dont le but paraissait si loyal. Au parlement de 1385, 
il passa un bill qui changea cet engagement en une 
loi obligatoire pour tous les sujets de la reine* C'était 
mettre la vie de Marie Stuart à la merci de ses enne- 
mis qui pouvaient à chaque instant feindre un com- 
plot pour justi6er son assassinat. Le bill déclara en- 
core la personne en faveur de qui une entreprise 
illégale aurait eu lieu ^ privée de tout droit à la suc- 
ceseion. Elisabeth se donna l'apparence de la modé- 
ration , en faisant amender ce bill ; il fut interdit aux 



& 



244 LIVRE YI. CHAP. IX. ANGLBTBRKB. 

confédérés de poursuivre à mort une personne qui 
n'aurait pas été d'avance déclarée complice de la tn-" 
hison par. une cour de vingt-quatre commissaires: 
Marie et sa descendance furent déclarées inhabiles 
à succéder , dans le cas où la reine périrait de mort ^ 
violente. Avec ces modifications, le bill devint acte, p 
»wkI*d«cJ^ Comme si Tintolérance n'avait pas été pourvue 
**M»i»q»«« d'assez d'armes , le parlement décréta encore que tout 

ecclésiastique ordonné par l'autorité de l'évéque de ^- 
Rome, qu'on trouverait dans le royaume, après le 
délai de quarante jours , serait considéré comme cou- 
pable de haute trahison ; que toute personne qui l'ai- 
derait ou le recevrait , serait punie comme félon ; que 
quiconque saurait qu'il existe un tel prêtre dans le 
royaume, et ne le dénoncerait pas dans douze jours ^ 
serait mis à l'amende et emprisonné, selon le bon 
plaisir de la reine ^ que tous les étudians dans les sé- 
minaires qui ne seraient pas revenus six mois après 
la proclamation par laquelle on les aura appelés , se- 
raient punis comme traîtres ; que les personnes qui 
leur feraient passer de l'argent, encourraient les peines 
de prœmunire; que les parens qui enverraient leurs 
enfans à l'étranger, sans permission, seraient con- 
damnés, pour chacun, à une amende de 100 livres 
sterlings^ et que les enfans qui entreraient ainsi aux 
séminaires étrangers, deviendraient inhabiles â succé- 
der aux propriétés de leurs parens. 
TnMé dw- La politique astucieuse du cabinet anglais réussit à 

tië de' lierwick JT T. ^ O 

uTecia roid'iÈ- brouillcr l'infortunéc Marie Stuart avec son fils , Jac- 
ques , qui régnait en Ecosse , depuis sa captivité. 



«.(M»e. 



SBCT. VII. 3&LISABETH, 1558—1603. 345 

Effrayée de Falliance conclue, en 1584, entre Phi- 
lippe II et la Ligue française, et qu'on disait tendre à 
détruire la religion protestante dans tous les pays de 
l'Europe, Elisabeth conçut le plan d'une alliance 
de tous les Protestans, pour leur défense commune. 
Elle réussit à faire partager ses craintes au roi d'E- 
cosse, et le 5 juillet 1586 , ce prince signa, i Berwick, 
une ligue offensive et défensive pour le maintien de la 
religion protestante et la sûreté des royaumes des 
deux parties contractantes. Elisabeth enleva ainsi un 
allié à la France, et priva Marie Stuart de son dernier 
appui. 

Le moment de la sacrifier était arrivé. Quelques ,„fij^'j£i' 
prêtres catholiques et quelques gentilshommes exaltés ^"•'** 
par les persécutions , formèrent le projet de délivrer 
la reine d'Ecosse et d'assassiner Elisabeth.' Un certain 
Antoine Babington , du Derbyshire , et plusieurs élè- 
ves du séminaire de Bheims ^, étaient les chefs de cette 
conspiration. Ces étourdis étaient, sans le savoir, les 
jouets de François Walsingham , le plus rusé des mi- 
nistres d'Elisabeth et le plus acharné des ennemis de la 
reine d'Ecosse. Il tenait tous les fils de cette conspira- 
tion ridicule, qu'il conduisit vers le but d'y impliquer 
l'auguste prisonnière. Dans le chapitre suivant^ on 
verra comment ce complot infernal réussit : ce fut en 
vertu de l'acte du parlement de 1585 qu'on fit le 
procès à Marie. Le 8 février 1587, la hache du bour- 
reau termina la vie d'une princesse qui fut rornement 
de son siècle. 

• Voy. vol.XVU,p.80. 



H6 LITRE VI. CHAF. IX. ANGLETERRE. 



2. Depuis la mort de Marie Siuart jusqi/à h 

guerre et Irlande. 
ifmM deMÎH Quelque tortueuse que fût la politique d'Elisabeth 
cïvenîiah^ê! ^iivers tous ses voisins, dont nous allons nous occuper^ 
*^"'*''' n^0nmoins l'historien et le lecteur se sentent soulagés 
d'un grand poids , lorsque , sortis du dëdale de crimes 
que tes passions haineuses et l'intolérance religieuse 
d'Elisabeth et de ses conseillers Walsingham et Bar- 
leigh les ont forces de parcourir , ils sont arriv(?s sur 
un terrain où ils ne rencontreront plus que la dupli- 
cité et la perfidie ordinaire que les ministres à courte 
vue voudraient faire passer pour de la politique. 

Dans le second chapitre de ce livre, nous avons 
parlé 1 des entreprises faites par des Anglais de la se- 
conde moitié du seizième siècle, pour découvrir, soit 
au nord-oubst^ soit au nord-est de l'Europe, un pas- 
sage conduisant aux grandes Indes , sans qu'il fût 
nécessaire de doubler le cap de Bonne-Espérance , ni 
de passer le détroit de Magellan. Quoiqu'elles n'eus- 
sent pas le succès qu'on en avait espéré , elles inspi- 
rèrent cependant à la nation le goût des expéditions 
maritimes. John Ha'wkins se rendit célèbre ^en ouvrant 
i ses compatriotes une nouvelle branche de commerce 
que les Portugais , les Espagnols et les Génois s'étaient 
itfeervéc jusqu'alors, la traite dés Noirs. De 4 562 à 
1668, il fit trois voyages d'Afrique à Hispaniola, 
dont le dernier fut malheureux. La reine Elisabetk 
récompensa le service qu'il avait rendu à sa nation, 
en l'autorisant à orner le cimier de ses armoiries d'un 
' Voy. vol. XUI , p. 193. 



b 



•a 

£ 



8ECT. Vil. ELISABETH^ 1558 — 1603. 247 



Maure à mi^corp y lûS d^une oorde. Hawkias ne se 
procurait paus aa marchandise par (Schange, comme 
firent ses successeurs ; il enlevait les Nigres de vive 
force. Cette espèce de commerce était alors regarde 
comme honorable en Angleterre , et Elisabeth elle- 
même y prit part. Aussi Hawkins parvint-il à la 
charge de trésorier de la marine et de vice-amiral. Ce 
fut en cette qualité qu'il se distingua dan/i la cam- 
pagne maritime de 1588 , contre l'armade espagnole- 
Dans le troisième voyage de Hawkins , un marin de 
vingt-deux ans montra une bravoure brillante k la 
défense du vaisseau qu'il commandait , contre la flotte 
espagnole. C'était François Drake qui dès ce moment 
conçut une profonde animosité contre les Espagnols. 
Il fit sans autorisation de son gouvernement p mais 
avec sa connivence, plusieurs expéditions dans l'A- 
mérique espagnole, prit et saccagea, eu 1563^ la 
ville de Nombre-de-Dios. Ayant aperçu pour la pre- 
mière fob, du sommet des montagnes de l'isthme de 
Panama^ le grand Océan Pacifique, il fit voeu de por^ 
ter le pavillon anglais sur cette mer inconnue à ses 
compatriotes. Avec cinq vaisseaux et 160 aventuriers^ 
il passa , en 1578 , le détroit de Magellan, dévasta les 
villes situées sur les côtes du Chili et du Pérou, tra- 
versa l'Océan Pacifique , doubla le cap de Bonne-Es- 
pérance > et au bout de près de trois ans revint i Ply- 
mouth, le 3 novembre 1580. Il fut le premier aven- 
turier en chef qui eut fait le voyage autour du globe; 
car Magellan dont les vaisseaux achevèrent ce voyage, 
eu 1522 , était mort en route. 



248 iJVRE VI. CHAP. rx. Angleterre: 

Un autre naTigateur, Walter Baleigh , obtint ^le^ 
25 mars 1584 , d'Elisabeth une patente calquëè, di- 
rait-on y sur une bulle papale. Elle l'autorisait à dS- 
couvrir et conquérir toute terre étrangère ou déâerte 
qui n'appartiendrait à aucun prince chrétien ; à les lii 
tenir delà couronne d'Angleterre par le paiement d'un 
cinquième de tout l'or et l'argent qui pourrait être- 
extrait des mines , à capturer tout vaisseau qui* cher- 
cherait à commercer, et à expulser toute personne 
qui s'établirait à moins de 200 lieues de la place où 
lui ou ses compagnons se seraient établis dans les six 
années suivantes. La même année Raleigh expédia deux 
vaisseaux qu'il dirigea vers la partie du Nouveau- 4 
Monde qui, d'après ses conjectures^ devait exister au ^ 
nord de la Floride ; ils abordèrent effectivement dans le 
pays fertile de Vingandacoa, qui en l'honneur d'Elisa- 
beth (ut nommé Virginie. On y fonda une colonie qui 
ne put se soutenir contre les sauvages^ de manière que 
Drakequi passa dans ces parages, en 1586, la ramenai 
On dit que ce furent ces colons qui portèrent en Eu- 
rope l'usage de fumer le tabac ou au moins celui d'em- 
ployer pour cela des pipes de terre. On connaissait 
depuis 1496 le tabac comme une plante dont les jon- 
gleurs américains se servaient pour des fumigations , 
et à laquelle on attribuait toutes sortes de vertus. Jean 
Nicot qui, en 1560^ fut ambassadeur de France i 
Lisbonne , l'apporta à Paris et on lui donna le nom Ah 
Nicotiane ^ mais ce sont les Anglais qui apprirent atix 
Européens l'usage malpropre de fumer le tabac qui 
peut être regardé comme un des obstacles des progrès. 



▼n. Aluabetv. lS5ft— 1S05. ii9 



ht offlinÉMMi chec ks Bâtions qni s*t Kncnt a^rec 
, pnce qoll lo rend moins conmimîcatrnB H 
stmit legODt dl'ane coDvcmtioB animée suis te^e 
vrante, iBstmctire sans Hre trop siTuite. Drake 
L Ralei^ sont fleTenos les Trais bienfaiteurs de la 
aae indif^te des habîtans de notre partie dn 
onde, en t apportant , en 1585 on 1586 . nne 
mte ratrcmcnt utile qne le tabac , savoir la porame 



Après Drake, nn antre Anglais, Tbomas CaTendish, 

j Jke 1586 à 1589, un vojage autour du globe. 

muDe son devancier , il rapporta beaucoup d*or en* 

ré aux Espagnols ; comme lui il n'enricbit pas les 



Elisabetb ayant n%olu de soutenir la cause des oon- 
dérés des Pays-Bas, nomma Drake amiral d'une 
Dtie destinée à c;zercer des pillages dans les posses- 
DUS espagnoles en Amérique. Christophe Carlisle 
nninanda les troupes de terre qui y furent endMir- 
iiées. Elles prirent, au mois de novembre 1585, Itle 
e San lago , une de celles du Cap-Verd , et en jan- 
ier 1586 Domingo, capitale d'Hispaniola, et revinrent 
vec un butin de 60,000 livr. st. et ayec 240 canons 
nlevés aux Elspagnols. 

Le 6 février 1596, Raleigh s^embarqua pour aller à 
1 découverte du fabuleux empire de la Guîane , de 
es incalculables richesses , et de la ville d'or de Ma- 
oa 9 appelée par les aventariers espagnols Eldorado. 
I remonta rOrénoque à quelques centaines de milles, 
lais la crue subite des eaux ayant augmenté la rapi- 



250 LIVRE VI. CHAF. IX. ANGLBTERRB; 

dite du courant, ses embarcations furent rainei 
parfoixe à Tembouchure du fleuve, où étaieol 
vaisseaux. La relation qu'il publia à son retour, < 
pleine de forfanterie et ^itretint la croyance k Yî 
tence de TEldorado. 
Alliance avec Les bostilitës comuiises par Drake et Carliste i 

Ict confédérés r 1 

det Pays-Bas. valent paraître avoir été exercées par des javentn 

sans autorisation de Iqur gouverpement; mais 

avertissaient Philippe II de ce qu'il avait à aUei 

de sa bonne sœur et alliée. L^ oonfédérés des t 

Bas auxquels un assassina): ^vait enlevé leur défei 

principal, GuUlaume,, prince d'Orange, etqiii> 

les circonstances critiques où se trouvait Henri U 

pouvaient espérer aucun secours de la France, i 

lurent de se jeter wtl^e les bras de l'Ângleterp 

offrirent à Elisabeth la aouveraineté de leurs pn 

ces. Elle balança de l'aceepter , nmis le 10 août i 

elle conclut avec ces états un traité d'alliance d 

sive, par lequel elle leur promit un secours de i 

hommes de pied et 400 chevaux ; secours qu'elle 

ensuite à â, 000 piétons et 1,000 chevaux. Le c 

de L^oester qui depuis tant d'années avait su se i 

tenir dans la faveur d'Elisabeth , fut chargé du 

mandement de ce corps auxiliaire. Les conféd^ 

nommèrent capitaine-général de leurs forces ; n 

se brouilla bientôt avec eux, et par des vues d'ami 

pei:so«mdle fit manquer les opérations de la gi 

Au mois de novembre 1587^ Elisabeth fut o 

Guerre avec dc Ic rappeler. 
Philippe II. La Tir-I« 

autteinvinoibie. Philippe U U avaît oublié aucun des outrajge 



SBCT. yil. ELISABETH, 1&58— iS03. 251 

it reçus ; il armait 9 mais d'après son caractère, 
tement et avec secret , et préparait cette flotte in-* 
cible qui devait écraser l'Angleterre. Lorsque ses 
^ratifs commencèrent à fixer l'attention da gou- 
nement anglais, François Drake fut envoyé pour 
rvrillcr les ports d'Espagne ; ce marin n'était pas 
mmeà se borner à l'exécution précise de ses instruc- 
iis. Il ne crut pas pouvoir mieux surveiller ce qui 
Élisait dans le port de Cadix qu'en y entrant, et de- 
visant les vaisseaux qu'il y trouverait. H exécuta ce 
fop bardi le 29 avril 1586; de là il entra dans le 
m/Sy insulta Tamiral espagnol^ et revînt en Angle- 
rre cbargé de butin. 

Pbilippen avait enfin terminé ses préparatifs et' il 
Qiuva que la mesure des offenses était au comble, 
lisabetb qui s'élait toujours flattée que par les arti- 
ies de sa politique elle dissiperait l'orage qui la me- 
içait, et qui par sa parcimonie avait négligé demiettre 
gi;i armée sur le pied de gu/erre, se vit enfin obligée 
; lever des troupes. La conquête de l'Angleterre n'é- 
it pas un projet aussi chimérique que cela peut nous 
iri^trc aujourd'hui. L'île n'était fortifiée ni par la 
ftture ni par l'art ; la nation qui depuis long-temps 
Naissait de la paix, était étrangère à toute discipline 
lilitaire et manqiuait d'expérience» Le roi d'Espagne 
smptait sur les vœux et sur l'assistance de la moitié 
p la populaHion, attachée à la religion catholique et 
onr laquelle Elisabeth s'était montn^ une injuste ma* 
itjre* H se trompa dans ee calcul, et rien ne prouve 
lieux l'exagération des écrivains qui ont parlé des in- 




dite du couroDl. 

parTorcc ù l'cmbotu. 

vaisseaux. I-a rclaliui 

plciae àe forfantcii' 

teiice de l'Eldofado 
Les liostllitûa coq 

valent paraître 
i autorisation <l 

avertissaient Phili[if 

de sa bonne sœur * 

Bas auxquels un a»:^ 

principal , Guillauio 

les circonstances cnt 

pouvaient espérer av 

lurent de se jeter eiii 

olTrircnt à Elisabeth * ' 

ces. E]1q balança de l'oi 

elle cODclut avec ces éU 
sive, par lequel elle 
bommcs de pied et 400 
ensuite à 5,000 piétou'. 
de Leieesterqul depuis lii 
tenir dans la faveur d'Klts 
mandement de ce corps ai < 
nommèrent capitaine-genéni 
se brouilla bientôt avec eux, i 
personnelle fit manquer les o] 
Au mûisde novembre 1587 
« de le rap))eler. 

Pbilippe II n'avait oubli 



VBETH, 1558—1603. 255 

Elle nomma une commission 
4?ertain nombre de ceux qui 
l'exercice de leur culte ; l'arrêt 
rt, ne leur reprocha pas d'autre 
des victimes des passions hai- 
es Marie Stuart, fut le premier 
■ lippe Howard, fils atné du der- 
xc'cuté en 1572 » , et de l'héritière 
Il avait été un des favoris d'Eli- 
ti coup il s'attira sa haine, on ne 
a colère d'Elisabeth s'enflamma , 
il avait abjuré le protestantisme 
1 1585, pour quitter le royaume. 
Il •, il fut ramené et condamné à 
liv. st. et à une détention au 
le. Après la destruction de la 
'ondamné à mort comme sus- 
cussitede l'entreprise de Phi- 
' pas exécutée ; pendant six 
he suspendue sur sa tète. Il 
idant une captivité de onze 
seule fois, même aux ap- 
'ssion de voir sa femme , 
mois après son arresta- 
catholique soit protes- 

e de Leicester avait ï'«^«"|;«'" 
alors âgée de cin- 
*t rempli par une 



coofted'Eïsex. 



263 UVRB VI. CHAP. IX. anglbtbrrb; 

trigu^ du clergë et des Jésuites en particulier , que 
loyauté inébranlable, dont les Catholiques anf 
firent preuve dans ce moment de danger. 

Nous avons raconté dans le chapitre consacré àllul 
toire de Philippe II S comment la grande expéditioi 
fruit de tant d'années de peine et de dépenses si ooi 
dérables, fut détruite en 1588, bien plutôt par 
tempêtes que par la bravoure et l'habileté des Ângl 
Il faut rendre la justice à Elisabeth qu'au moment 
plus gratid danger son courage ne faillit pas ; elle 
douta pas un instant du succès de sa flotte. Mais 
se montra femme par la manière dont elle récùO^ 
pensa les services du comte de Leicester qui, cl 
du commandement des troupes destinées à la dt 
des côtes, n'avait pas eu la moindre occasion de faira 
preuve de valeur ni de talens. Gomme s'il avait étél^ 
sauveur de l'Angleterre, elle créa en sa faveur une 
charge dont on n'avait pas vu d'exemple : elle luictBi^ 
fera une autorité presqu'ifgale & la sienne , en le nbtf 
mant lord lieutenant d'Angleterre et d'Irlande. esi 
vrai que Tordonnance qui l'élevait à une puissanoi 
comme jamais particulier n'en a légitimement joui, 

a«^keît«."* *^c fut pas signée, parce que Leicester s'étant mis ei 
route pour se rendre à son château de Kenilwortii 
mourut presque subitement le 4 septembre 1588. Ce 
homme, d'un caractère vil et vicieux et de talens mi 
diocres , avait conservé pendant trente ans un asœn 
dant inconcevable sur sa maîtresse. 

du^comu*a'A- ^* conduite loyale des Catholiques n*àvait pu adou 

» Voy. p. 21 de ce vol. 



8ECT. VU. ELISABETH, 1558 — 1603. 255 

r la haine d'Elisabeth. Elle nomma une commission 
Hir faire mourir un certain nombre de ceux qui 
'uleaiété arrêtés pour l'exercice de leur culte; l'arrêt 
li les condamna à mort, ne leur reprocha pas d'autre 
ime. La plus illustre des victimes des passions bai- 
snses d'Elisabeth après Marie Stuart, fut le premier 
lir du royaume^ Philippe Howard, fils aînë du der- 
ierduc de Norfolk ezécutd en 1572 ^ , et de l'hëritiére 
Bs titres d'Arundel. Il avait ëtë un des favoris d'Éli- 
I>eth, puis tout d'un coup il s'attira sa haine, on ne 
jt pas comment. La colère d'Elisabeth s'enflamma , 
«iscpi'elle apprit qu'il avait abjure le protestantisme 
:«'était embarque, en 1585, pour quitter le royaume. 
Ile fit courir après lui ; il fut ramène et condamne à 
ae amende de 10,000 liv. st. et à une détention au 
on plaisir de la reine. Après la destruction de la 
otte invincible, il fut condamné à mort comme sus- 
ect d'avoir souhaité la réussite de l'entreprise de Phi- 
ppe. La sentence ne fut pas exécutée ; pendant six 
us Elisabeth laissa la hache suspendue sur sa tête. Il 
lourut enfin en 1595. Pendant une captivité de onze 
us il ne put obtenir une seule fois, même aux ap- 
proches de la mort, la permission de voir sa femme , 
d un fils qui était né quelques mois après son arresta- 
ion , ni uu de ses parens, soit catholique soit protes- 
ant. 

Le vide que la mort du comte de Leicester avait ^"'^i;*'" 
aissé dans le cœur d'Elisabeth, alors âgée de cin- 
[uante-ciuq ans , fut promptement rempli par une 

■ Voy. *p. 236 (le ce vol. 



1589 



S54 LIVRE yi. CHAP. IX. ANGLSTBIULE. 

passion ridicule qu'elle prit pour un jeune homm 
vingt ans , Robert Derereux , comte d'Essex , fil 
Laetitia KnoUes, comtesse douairière d'Essex, q 
risque de perdre la faveur de la reine , le comfa 
Leicester avait ëpousëe, en 1576. Â la mort de 
beau-père , Essex succéda au poste de premier fat 
et la vieille Elisabeth , par la patience avec laqi 
elle supporta les caprices et la présomption d 
jeune étourdi , gâta entièrement son caractère. D^ 
en^'îJt^' 'ir d'ambition , Essex prit , malgré la reine , part 
1589 , à l'expédition d'Edouard Nervais et Fra 
Drake , tendant à placer dom Antonio sur le trAi 
Portugal 1. Cette expédition fut malheureuse, i 
que les partisans de dom Antonio , s'il en ava 
Portugal, n'osèrent se déclarer. Elle coûta la 
11,000 Anglais : elle a fourni le premier exemp 
cette guerre de famine qui depuis a été établie o 
lérée par le droit des gens. La flotte anglaise e 
alors soixante bâtimens appartenant aux villes 
séatiques, et conduisant des objets de première i 
site à Lisbonne. Elisabeth déclara qu'elle v< 
réduire l'Espagne par la famine, 
Destrudion Eu 1596, Philippe n paraissait avoir repri 
projet de conquérir l'Angleterre. Elisabeth éq 
une flotte de cent cinquante voiles , dont l'a 
Charles Howard d'Effingham eut le commander 
et qui portait 14,000 hommes de troupes de i 
sous les ordres du comte d'Essex. Le 20 juin, la 
força l'entrée du port de Cadix , où il y avait <] 

i Voy. vol. XVII, p. 32!2. 



<}« Cadix, 1596. 



8BCT. TH. ELISABETH, 1558 — 1605. 255 



knx de guerre. Le 22, la ville même capitula; 

habitai!» furent obligés de payer 120,000 con- 
uaB , pour avoir la vie sauTe , et d'abandonner 
un habitations et toutes leurs propriété. Essex 
irit de rester dans l'île avec 3,000 bommes; mais 
»près l'avis de la majorité du conseil de guerre , 
mIîx fi&t réduit en cendre, et la flotte retourna en 
tagleterre. 

3. Depuis la guerre d Irlande. 

Sous le rëfme d'Elisabeth , il éclata en Irlande une <?«•»« d'h 
«r^ction^ne fut entièrement n5prim,fe que sous ^"" 

«ocxesseur de cette princesse. Par le rétablissement 
î la religion catholique^ qui eut lieu après la mort 
Edouard YI , l'Irlande paraissait réconciliée avec la 
Miination anglaise , lorsque la révolution religieuse 
pérée par Elisabeth , vint rallumei^ toutes les haines 
EU allaient s'éteindre. Sous le dernier gouvernement , 

comte de Sussex , gouverneur de Itle, avait con- 
ique un parlement pour établir le culte catholique ; 
i 11 janvier 1560 , il en convoqua un pour l'abolir, 
c parlement obéit comme il avait obéi la première 
Ms ^ mais ses actes ne purent être exécutés que dans 
Is dix comtés véritablement soumis à l'Angleterre ^ . 
«a che& {cfUefiairui) de^ cantons qni par la suite 
armèrent vingt-deux autres comtés, reconnaissaient 
noOre moins l'autorité spirituelle de la reine que sa 
luissance séculière. Dans cette partie de l'tle , régnait 

< Cei 4ix coiialés étaient : Dublin , Meath , Oaest-Mcath , Louth, 
UMaft , Catherlone , Kîlkentij, Waterford , Tipperarj et Wex- 



256 LIVRE yi. CHAP. IX. ANGLETEBlLS. 

encore l'ancienne simplicité des mœurs. Il n'y exis 
pas de ville qui méritât ce nom ; les habitans éta: 
plutôt pasteurs qu'agriculteurs j ils ne cohnaissa 
pas d'industrie, avaient un gouvernement patria 
dans lequel la ligne aînée, descendue d'une soi 
commune, jouissait de la principale autorité. Glia 
tribu était sous les ordres d'un chieftain qui exerçai 
pouvoir illimité ^ il le transmettait à son fils aînë 
celui de ses enfans qu'il préférait ; toutefois son c 
devait être agréé par les chefs de famille* Quan 
n'étaient pas d'accord, la guerre décidait du difféi 
Le peuple était paresseux , grossier, ignorant , bi 
mais détestait la discipline. 

A l'avènement d'Elisabeth, les plus puiisaù 

chefs j et par conséquent les plus puissantes des t 

(car les chefs et les tribus se confondaient) , é1 

en Munster, les Mac ^Çarty et les O'Brian ; en 

naught , les O'Hally , les Feix , les Burke (don 

branche , celle des Glarincarde , avait adopt 

mœurs anglaises) •, en Ulster, les O'Nial. Parmi 1 

milles d'origine anglaise, les comtes de Desm 

d'Osmond et de Fitzgerald, étaient les princip 

Henri VIII avait créé Connor O'Nial , com 

Tyrone , et son fils Mathieu , baron de Dungai 

successeur du père dans la dignité de pair ; 

Shame O'Nial , autre fils de Connor , tua Mat 

chassa le père , et , s'étant fait reconnaître chef 

tribu, se rendit indépendant, et fit revivre les pi 

tions de sa race sur le royaume d'UIster. Néan: 

il vint lui-même, en 1562, se soumettre à Elisa 



SECT. VÎI. ELISABETH, 1568 — 1663. 257 

et la cour s'amusa beaucoup de son costume et de 
celui de sa garde , armëe de haches à longs bâtons y «t 
vêtue de toile teinte de safran. Quelques années plus 
tard , Sbame se révolta de nouveau, et tomba victime 
d'une trahison^ 

Un acte du parlement éteignit pour toujours le nom 
et le titre d^OIVial; les terres de Shame et de ats 
adhérens, comprenant la moitié de ITJlster, furent 
conGsquées au profit de la couronne. Sir Thomas 
Smith , un des secrétaires d'état , proposa alors à la 
reine un plan d'après lequel les districts confisqués 
devaient être distribués à des paysans anglais qu'on 
transplanterait en Irlande. Ces colons seraient chargés 
de défendre leurs propriétés contre les nationaux^ 
«ans qu'il en coûtât des frais au gouvernement. Wal- 
ter Devereux , comte d'Essex , père du favori , fut 
celui des commissaires qui travailla avec le plus de 
zèle à Tcxécution de ce plan de colonisatioru 

Il était naturel que les indigènes regardassent avec 
horreur un homme envoyé pour consommer leur 
ruine : ils sollicitèrent Fappui des puissances catho- 
liques , pour expulser les intrus hérétiques. Gré- 
goire Xin déclara que quoique l'Irlande n'eût pas été 
nommée dans la bulle qui excommuniait Elisabeth , 
cette princesse n'en avait pas moins perdu tous' ses 
droits à ce royaume. Fitz-Maurice , frère du comte de 
Desmond , débarqua , en d 579 , dans l'île avec quel- 
crues soldats et un légat du pape , le docteur Sanders , 
son entreprise échoua complètement : lui-même et 
son frère périrent. 

xviir. 17 



258 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

Elisabeth envoya successivement comme lords dé- 
putes en Irlande deux hommes sévères , mais justes 
et éclairés, qui travaillèrent à faire adopter aux chief- 
tains les mœurs et les institutions anglaises. C'étaient 
sir Henri Sidney et sir lohn Perrot. Le dernier réus- 
sit, en 1584 , à organiser six nouveaux comtés dans 
la province de ConnaUght ^ et ensuite sept en Ulster. |es 
Il obtint des chefs de ces comtés la promesse de por- p 
ter leurs différens aux cours royales , au lieu de les s 
décider par des guerres civiles. Au parlement de 1585, 
il eut la satisfaction de voir paraître en costume an- 
glais plusieurs itidividus des familles O'Relly, Mue 
Jennis , 0*Brian , Mac-Brian , OTergal et Tirlaugh. 
Sous Tadminlstration de Perrot , le dernier comte 
deDesmond fut condamné pour haute trahison par le 
parlement; ses terres, composées de 600,000 acres , 
furent distribuées à des seigneurs anglais , à condition 
d'y établir une famille par 240 acres. 

Un fils de ce Mathieu , baron de Dnngannon , que 
Shame O'Nîal avait tué , ainsi un petit-fils du premier 
comte de Tyrone , Hugues OTSial , conçut un plan 
plus sage que celui de Desmondpour délivrer l'Irlande 
de ses oppresseurs. Il en prépara l'exécution en secret 
pendant plusieurs années , et sut si bien dissimuler 
qu^Elisabeth , à laquelle il promit de travailler à la 
civilisation de ses compatriotes , le .nomma comte de 
Tyrone. Il eut de fréquentes réunions avec les dif- 
férens chefs , mais c'était pour modérer leur ardeur 
jusqu^à ce que le moment de secouer le joug odieux 
fût arrivé, et pour les engager à lui abandonner 



8BCT. VII. ELISABETH^ 1558 — 1603. 359 

la direction de rinsurrection* Il prit à son serrice une 
foule d'offioiers irlandais qui s'étaient formés au mé- 
tier de la guerre en s'engageant parmi les troupes 
espagnoles dans les Pays-^Bas. Comme Tlrlande n'a- 
vait pas de commerce , les habîtans manquaient d'ar- 
mes et de munitions *, mais Perrot avait pris tant de 
conâancedans la loyauté de ceux des nouveaux comtés, 
qu'il leur en distribua , afin qu'ils pussent se défendre 
«outre les pirates écossais qui se montraient fréquem- 
ment sur leurs côt(is. L'Espagne fournit aussi secrète- 
ment des armes à Tyrone. Quand ses préparatifs 
furent achevés^ il reprit publiquement le nom d'O'Nial, 
et réclama les droits dont sa famille avait ancienne- 
ment joui. Le 11 août 1598 il gagna une victoire 
décisive au fort de Blackwater *, Bngnal , général des 
Anglais, y fut tué avec 1,500 hommes ; l'artillerie, les 
munitions et le fort lui-même tombèrent au pouvoir 
des vainqueurs. L'Irlande , théâtre de guerres éter- 
nelles , n'avait pas encore vu de bataille si sanglante. 

Lorsqu'on délibéra en Angleterre sur les mesures à ^^ ««■*• 
prendre pour étouffer une rébellion qui menaçait de ^y^' 
devenir dangereuse , le comte d'Essex , qui avait été 
créé lord-maréchul , et qui depuis la mort de lord 
Burleigh, avait tout pouvoir sur l'esprit d'Elisabeth , 
demauda à y ôtre envoyé. Il avait fait preuve de bra- 
voure dans. l'expédition d'Espagne ; la reine à qui il 
avait su plaire ne doutait pas de ses talens ; ses enne- 
mb secrets , lord Robert Cécil , fils de lord Burleigh , 
et Walter Raleigh , étaient enchantés qu'on lui four- 
nît une occasion de se perdre. Il fut nommé , et la 



OB Ir— 



260 Î.IVRE VI. CHAP, IX. ANGLETERtlE. 

reine lui confia une année qui devait sufiBre à con- 
quérir nie dans une seule campagne : 20,000 hommes 
de pied et 2,000 chevaux ► 

Essex arriva en Irlande au mois d'avril 1 599. Au 
lieu de suivre les instructions précises qu'il avait re- 
çues , et de marcher droit sur le comte de Tyrone, 
il perdit son temps et son monde à se rendre maibe 
de quelques châteaux. Finalement , son armée étant 
réduite , il conclut , le 8 septembre ^ avec le vainqueur 
de Blackwater , une trêve de six semaines , et se char- 
gea de transmettre à la reine les conditions auxqudies 
O'Nial consentait à lui accorder la paix et à la recon- 
naître comme souveraine : c'était que le culte catho- 
lique fût rétabli \ que le gouverneur fût un comte 
irlandais , revêtu du titre de vice-roi 5 que les prin- 
cipaux officiers de l'état et les juges fussent choisis 
parmi les indigènes 5 que les (yNial, les O'Donnd, 
les Desmond et tous leurs partisans fussent rétablb 
dans les biens que leurs ancêtres avaient possédés ; et 
que la moitié de l'armée irlandaise fût composée de 
naturels du pays. 
chttie d'E5»ex. Lorsquc Elisabeth reçut la nouvelle d'une transac- 
tion si ignominieuse que les etinemis d'Essex pou- 
vaient représenter comme le premier pas d'une tra- 
hison , elle se mit dans une colère violente qu'elle 
exhala dans une lettre qui fut expédiée au favori. Ce- 
lui-ci quitta sur-le-champ l'armée sans en demander 
la permission, et parut inopinément, le 28 septembre, 
devant la reine. La passion d'Elisabeth était si vio- 
lente que dians le premier moment elle le reçut assez 



1 
lu 



S£GT. VII. JÉLISABETH, 1558 — 1G03. 261 

>ien ; mais ayant rc^flëchi ensuite sar l'irrégularité de 
la conduite, elle le fit remettre le même jour k Egcr- 
.on, garde-des-sccaux, pour le tenir en garde libre 
»ous sa responsabilité. 

L'opinion publique qui ordinairement applaudit à 
La chute des favoris, n^approuva pas l'apparence de 
sévérité avec laquelle Essex fut traité : c'est que depuis 
«joelque temps le favori de la reine était devenu celui* 
«de la populace. Depuis son retour de Cadix, l'homme 
le plus dissolu de la cour s'était montré dévot et affec- 
tait le zèle d'un nouveau converti. On le voyait conti- 
liuellement aux temples où avec un saint recueillement' 
il écoutait les sermons fanatiques et interminables 
des Puritains. L'affection avec laquelle il accueillait 
tout le monde et sa prodigalité avaient achevé d'en 
(aire l'homme du peuple. Les prédicateurs, dans leurs 
sermons incendiaires , plaignaient la disgrâce d'un 
homme si vertueux , et firent des |>rières publiques 
pour que Dieu ouvrit les yeux de la reine sur son in- 
nocence; les prétendus amis du peuple firent pleu- 
voir des libelles contre les ministres d'Elisabeth. 

La conduite de la reine envers son ancien, favori 
fut celle d'une amante offensée, dont le cœur éprouve 
une certaine volupté à punir l'objet de sou affection. 
n paraît qu'elle voulait humilier cet enfant gâté et se 
réserver le plaisir de le relever ensuite^ mais les intri- 
gues des ennemis du présomptueux jeune homme, 
Timprudcnte activité de ses amis, et son e^sprit tur- 
bulent le j>erdircnt, en le précipitant dans des démar- 
ches criminelles qui ne |K.Tniettaient plus à Klisabetli 



' 






262 LIVRE VI. cha:p. ix. Angleterre. 

Se le soustraire à la peine qu'il avait mëritée. Son 
procès fut d'abord instruit par dix confiinissaiifts^doiit 
lé pronloncé devait être appelé censure et non juge- 
ment. Ils le condamnèrent , le 15 juin 1600, à Ôtrç ' 
suspendu de ses fonctions et à rester prisonnier, dans 
sa maison, au bon plaisir de la reine. Comme il mon- 
tra beaucoup de soumission et de contrition, Elisa- 
beth lui fît bientôt retirer son gardien, avec permission 
d'aller à la campagne*, mais lui défendit de paraître i 
à la cour. 

La soumission d'Essex fut mise à l'épreuve, lorsque 
le monopole des vins doux dont il jouissait, étant ex- 
piré le 29 septembre 1600 , la reine ne répondit k la 
requête par laquelle il en sollicitait le renouvellement, 
qu'en disant qu'il était prudent de diminuer la ration 
des chevaux trop fougueux. Depuis ce moment Essex 
tomba de son rôle. Il continua ses assemblées reli- 
gieuses avec les Puritains, mais sa maison devint en 
même temps le rendez-vous de tous les courtisans 
méeontens. Il 'entra en liaisons secrètes avec le roi 
d'Ecosse, en le prévenant que les ministres d^Élisabeth 
travaillaient à le priver de la succession. Il tînt des 
conciliabules à Drury-Housse , maison appartenant 
à sir Charles Dawers , avec le comte de Southampton, 
sir Ferdinand Georges , sir Christophe Blount, beau- 
père du comte d'Esse! (car Blount avait épousé la veuve 
dii vieux Essex et dé Leicestet) et avec quelques autres 
en présence desquels il se vantait de pouvoir compter 
sur cent vingt comtes, barons et chevaliers , ainsi que 
sur rattachement du peuple. On convint du plan 



8ECT. VII. ELISABETH, 1558 — 1603. 263 

Êl^ane émeute, dont Tobjet était de forcer le palais de 
ta reine qu'on prierait de changer de ministère et d'a- 
dopter un autre système de gouvernement. Tout n'é- 
tait pas encore prêt pour rcxécution, lorsquV)n sut 
que la reine avait eu vent de la conspiration et; qu'on 
avait mis le château en mesure de défense. Cette cir- 
constance engagea Essex à ne pas attendre plus long- 
temps. Ayant réuni environ 200 de ses amis, il entra^ 
le 8 février 1601, dans la cité et appela le pciqple aux 
armes; mais personne ne bougea. Essex se voyant 
abandonné, repassa la Tamise et s^enferma dans sa 
maison, où il se prépara à se défendre. L'amiral, 
comte de NottinghamS 1^ cerna de toute ps^rt, et allait 
la forcer lorsque le malheureux Essex se rendit à dis- 
crétion avec ses amis. 

Dix jours après, les deux grands coupa]t,).les , les 
comtes d'Essex et de Southamptou , furent traduits 
devant un jury composé de vingt-cinq pairs, parmi 
lesquels se trouvaient les ennemis les plus avoués d'Els- 
sex : celui-ci voulait les récuser, mais on lui déclara 
que les pairs ne pr(ltant pas serment, mais jugeant sur 
leur parole d'honneur, ne pouvaient pas être envisagés 
comme des jurés, ni par conséquent être récusés. 
On accusa les prévenus d'avoir voulu attenter a la vie 
de la reine j tel n'avait certainenient pas été leur des- 
sein , quoiqu'ils se fussent rendus très-coupablps- Les 
pairs les condamnèrent unanimement pour haute tra- 
hison. Essex protesta de son innocence ; mais au bout 
de quelques jours Ashtpn ^ ministre protestant , le 

' L*ancieD lord Ef^ll^llal^ ; voy. p. 22 et 254 de ce vol. 



26^4 LIVRB VI. CHAP. IX. AKGLBTER&K. 

pressa si fort de ne pas s'attirer la colère câeste par 
une dénégation , qu'il fit un aveu dëtaillë de tons 
les projets criminels: qui lui avaient passé par la téte^ 
et trahit le secret des amis q[u'il avait séduits et de 
ceux qui l'avaient assisté de le]iirs conseils. 

On croyait généralement qu'Elisabeth, touchile du 
repentir de son favori, lui pardonnerait; mais les 
dames qui avaient eu à se plaindre d'Essex, rapporté* 
rent à la reine que dans des momens d'humeur il l'a- 
vait traitée de vieille femme , aussi disgraciée d'esprit ^ 
que de corps. Elisabeth ne put pardonner cet outrage; 
d'ailleurs Essex poussa la fierté jus(|a'à ne pas deman- 
der son pardon. L'ordre de son supplice fût donné. 
Essex fut décapité le 25 février 1601 , âgé de trente- 
quatre ans. Ses complices le suivirent quelques jours 
après, excepté le comte de Southampton, à qui Elisa- 
beth fit grâce de la vie. 
sowiMMîonde Lord Mouutjoy, nommé lord député d'Irlande â la 
place de son ami , le comte d'Essex, agit avec vigueur 
contre les rebelles. Au mois de septembre ceux-ci re- 
çurent un secours de 4,000 Espagnols, qui sous les 
les ordres de don Juan d'Âguilar débarquèrent à 
Kinsale. Le général anglais les y assiégea par terre, 
pendant que Richard Lewison bloqua la place par mer. 
Un second corpa de 2,000 Espagnols commandés par 
Ocampo, vint se réunir au comte de Tyrone et mar- 
cha à la délivrance de Kinsale ; mais ce corps fut dis- 
persé, et Ocampo tomba entre les mains des Anglais. 
Après cet échec Aguilar capitula, rendit, le 2 janvier 
1602, Kinsale et quelques autres places dont il s'était 



SECT. YII. ELISABETH, 1558 — 1605. 265 

ndu maître, et retourna en Espagne. Tyrone^ n^uit 
L'eztrémitë, vint en posture de suppliant auprès de 
onn^oy, et implora sa clémence. Le lord députe le 
t arrêter pour Fenvoyer en Angleterre, lorsque 
% ministres d'Elisabeth voyant dépérir la santé de 
!tte princesse, chai^rent Mountjoy d'annoncer à son 
risonnier qu'on acceptait sa soumission. Ainsi finit 
le guerre de dix ans qui avait coûté 3,400,000 liv. 
erlings^. 

Le parlement que la reine convoqua, le 27 octobre leo"'*'^'*' 
501, est remarquable dans Fhistoire delà constitution 
Qglaise. L'abus des monopoles ^ était parvenu à un 
û point qu'ils étaient devenus un fardeau insuppor- 
ible pour la nation. Les premiers besoins de la vie 
vaient plus que décuplé de prix. Le parlement de 
557 *'en était plaint, sans pouvoir obtenir le redres- 
îment de ses griefs. Au parlement de 1601 plusieurs 
éputés de la chambre des communes demandèrent 
u'on fit un acte formel pour l'abolition de tous les 
lonopoles ; mais le parti de la cour rejeta cette ttzo- 
'x)n comme un attentat à la prérogative royale ; les 
linistres soutinrent, sans être rappelés à Tordre ni 
ontredits, que la souveraine avait le droit d'accorder 
les privilèges contraires aux statuts, et de dispenser 
le l'observation des lois ; qu'il était aussi peu loyal de 
liscuter sur sa prérogative que de la contester ; qu'un 
ouverain absolu, comme étaient les rois d'Angleterre, 
essemblait à la divinité, etc. L'orateur ayant reçu uu 

' Plus ()c dix millions d'aujounrhui. 
* Yoy. p. 233 (le ce vol. 



266 LIVRE VI. CHAP. IX, ANGLETERRK^ 

message de la reine qui lui fit savoir qu'elle avait 
solu d'abolir sur-le-champ les monopoles les ] 
onëreux à la nation, la chambre chargea une dépi 
tion de quatre-vingts membres d'aller remercier! 
sabeth de sa bienveillance ; les reprësentans de la 
tion anglaise s'acquittèrent de cette commissioi 
s'agenouillant devant la reine. Cet acte de justice 01 
prudence d'Elisabeth la réconcilia un peu avec IN 
nion publique qui lui était devenue bien défavor; 
depuis l'exécution du comte d'Essex. 
»ci^ cf Eiisli- Le caractère de cette princesse avait entîèren 
changé depuis ce fatal événement. Le regret qu 
éprouvait deTavoir ordonné, surtout depuis qu'ell 
que ce favori avait fait une démarche pour obtenir 
pardon, que la méchanceté de la comtesse de Nott 
ham lui avait cachée, et la découverte qu'elle fit 
ce temps d'une correspondance dans laquelle ses ' 
affîdés ministres, et nommément Robert Cécil, éti 
entrés avec le roi d'Ecosse , son successeur préso 
tif, la plongèrent dans une mélancolie profonde 
la rendit incapable de toute occupation sérieuse. *A 
avoir passé quelques mois dans ce triste état, 
forces dépérirent à vue d'œil, et les avant-coureurs • 
mort se manifestèrent. Une députation de trois n 
bres du conseil d'élat la pria de nommer son su< 
seur. EUe indiqua celui auquel la loi de l'état a 
geait le trône , le roi d'Ecosse. Elle expira le 24 
1603 , à l'âge de soixante-dix ans. 

Les Anglais citent avec orgueil le règne d'Elisa 
comme un des plus brillans de leur histoire. Sa 



SECT. VII. ÉLis.vRKTiï, 1558 — 1605. 267 

? , sa vigilance et son adresse élevèitinl TAngle- 
* an premier rang des puissances européennes , 
ni lesquelles elle n'avait joue jusqu^alors qu'un 
secondaire. La tranquillité dont jouirent ses états 
dant ce long règne , la prospérité à laquelle ils suè- 
rent par l'industrie et le commerce , la marine 
ilîsabeth créa et les succès de ses armes contre le 
i puissant monarque , sont ses principaux titres h 
loire. Ses défauts étaient l'opiniâtreté, l'irrésolu- 
i , la dissimulation , une avarice insatiable, un des- 
ispie qui ne connaissait pas de frein , un fanatisme 
gieux qu'on peut comparer à celui des plus fou- 
ax inquisiteurs. Sa conduite perfide envers Marie 
art, son égale, sur laquelle elle s'arrogea la juri- 
tîon et qu'elle feignit de croire coupable d'un 
ne, pour la sacrifier h une basse jalousie, est une 
be qu'elle n'aurait pu effacer que par beaucoup de 
tnsqui lui manquaient, et par un repentir qu'elle 
prouva pas. Aucune faiblesse de son sexe ne lui 
it étrangère; elle était envieuse, vaine jusqu'au ri- 
nie de sa prétendue beauté, fausse, impérieuse, 
prate , colère , passionnée , vindicative , coquette et 
gile comme la dernière des femmes* 



268 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 



SECTION Vin. 
Règne de Jacques h^ depuis iQQ'ijusqiCen 1 618. 

de u'tSÎ de Jacques P' , fils de Henri Stuart de Dandey • et 
^""'** Marie Stuart, reine d'Ecosse, ëtaitâgéde trente-septans^j 

lorsqu'à la mort d'Elisabeth, il fut proclame roi d'An- 
gleterre , comme arrière-petit-fils de Marguerite Tu-' 
dor, Taînée des sœurs de Henri VIU^ laquelle aYaiti 
ëpousé Jacques IV , roi d'Ecosse , aïeul de Marie Stu-H 
art. Ainsi le trône d'Angleterre passa tranquillement 
de la maison irlandaise de Tudor à la maison écossaise 
de Stuart. Depuis l'âge d'un an , Jacques était décosv { 
de la dignité royale \ depuis celui de douze ans il ré- 
gnait par lui-même ; mais il n'était roi légitime qae 
depuis l'assassinat juridique de sa mère , car il n'avait 
hérité de son père aucun droit à la couronne d'Ecosse. 
Gomme roi d'Ecosse , on le nommait Jacques VI. D 
était marié à Anne , fille de Frédéric II , roi de Da- 
nemark , dont il avait deux enfans , Henri-Frédéric 
âgé de neuf ans , et la princesse Elisabeth de laquelle 
la maison d'Hai^ovre tient son droit au trône de la 
Grande-Bretagne. Jacques fut couronné à Westmins- 
ter, le 25 juillet 1603*, il augmenta encore ce jour là 
le nombre de chevaliers dont il avait déjà créé quel- 
ques centaines. 
Traiid Parmi les ambassadeurs étrangers qui vinrent félici- 

«oiirt, 1G03. ter Jacques au nom de leurs souverains , se trouvait le 
marquis de Rosny, depuis célèbre sous le nom de duc de 



?= 



SKCT. viiî. JACQUES î, 1G05 — 1618. 269 

rally. Il était charge delà part de Henri IV de négo- 
mer une grande alliance contre la maison d'Autriche : 
acques était trop pacifique pour y consentir. Tout 
« que le ministre de France put obtenir, ce fut le 
«aité de Hamptoncourt, du 30 juillet 1603, en fa- 
^cnr de la cause des Provinces unies des Pays-Bas >• 

A peine Jacques eut-il pris possession du trône, «i.î?Hljr!rt** 
pe Robert Cecil, secrétaire d'état, découvrit une cons- '^' 
siratjon contre le gouvernement^ accompagnée decir- 
isi singulières qu'on ne sait ce qu'il faut ad- 
davantage , ou de l'accord qui s'est établi entre 
des personnes de principes religieux et politiques en- 
tièrement opposés , ou de la nullité des moyem qui 
étaient à la disposition des conjurés. On ignore même 
qnd riait lenr but. Voulaient-ils seulement opérer un 
it dans le ministère? ou prétendai#mt-iU 
sur le trône Arabelle Stoart , petites-fille de 
Ibrgpmte Stnart et par conséquent dencxndante de 
MnpBcrite Tndor an même Segté que JaoqiMsSf math 
avaoA «or liiî rav^ntase d'être net en Angleterre? Ce 
qn wtmA la cho<e encore- fJa« cKMDpsiqme, c^M qi/il 
eiûltiûit ji Là i^j-sS' deux c«r>iu|Mfatioai qni avakrit r./>f»- 
-aaBsmumot S'one de Tactre « et ajckvMiîeAt cependant ^ 
pamtautaA «ttl ^/ttut-éUrt pour de» ImU didSérftai^ Umif: 

pc-Httîr •m ikuroi yjàÀàxm , \ax-A Gvtv et die WsJter lU* 

ku^. mauitiuit» kTËî: tMibiitllh) lâiHtçncii^ pw I.wt»fm»>^ 

L. 

ouBis»;; .duo» li tjuc::^ • ftib çttroitkt â^ûie iye^ «^ ne lit ^n^ 



270 LIVRE ¥!• CHAP. IX, ANGLETERRE. 

posait peut-être que de se saisir de la personne du 
pour gouverner en son nom ^ se trouvaient Gril 
Markam et George Brooke , père de lord Coblu 
Pour jeter plus d'obscurité encore sur celle intrigi 
on nous dit qu'elle fut dénoncée par le père Gérai 
missionnaire jésuite. On serait tenté de la reg«E 
comme une fable , si trois des accusés , condamnés 
leurs aveux , n'avaient confirmé leur déclaration 
l'échafaud même au moment où ils croyaient; rece^ 
le coup mortel ^ le roi changea la punition des ui» 
une prison perpétuelle^ celle des autres en un ,ban 
sèment. Watson et un autre prêtre ^ ainsi queBro 
furent seuls exécutés • 
Frincippsde Jacqucs avait été • élevé dans les principes duJ 

tolérance de , , . • 1 T ' vi 

Jac4ues. scvcrc puritanismc^ mais les uesagremens qu uett 

ensuite de la part des Presbytériens, lui ouvrirend 
yeux sur. la tendance républicaine de cette secte 
dès qu'il (iit arrivé en Angleterre , il déclara sapr 
lection pour l'Eglise épiscopale. Les Gatboliques^ 
raient que le 'fils de Marie Stuart retournerait 
religion pour laquelle elle avait souffert le mart] 
et les Puritains l'accusaient d'en avoir le projet, 
uns et les autres se trompèrent. Le roi déclara 
Catholiques anglais qu'il était obligé de tout lai 
sur le pied où il avait trouvé les choses , et s'il dé 
dait quelquefois l'Eglise catholique contre les inj 
des Êmatiques , s'il l'appelait TEglise-mère, s'il ex 
mait le voeu d^une réunion avec elle, cela ne i 
parait pas suffisant pour établir la preuve de 
penchant pour cette religion , que la plupart des 



SECT, Vîlî. JACQUES 1, 1603 — 1618. 271 

iens anglais ont cru y apercevoir. Son disir de 
inir anssi les Puritains et les Anglicans, et plus 
it-être celui de briller par sa science théologique , 
igagèrent à faire tenir, au mois de janvier 1601, 
colloque à Hamptoncourt , où les Puritains furent 
mtés dans leurs demandes. Le théologien couronné 
réfuta lui-même, et, s'il ne les convainquit pas, 
les réduisit cependant au silence , en répétant sou- 
si une de ses maximes favorites : « Point d'évéque , 
int de roi ! » Il finit par annoncer que tons ceux 
i, dans un temps donné, ne se joindraient pas à 
^lîse épiscopale, seraient exilés. Le 22 février 1604, 
publia un édit, enjoignant à tous les ecclésiastiques 
kholiques, comme étant dangereux à l'état et à la 
ligion, nommément aux Jésuites et aux séminaristes, 
! quitter le royaume avant le 19 mars. 

Cfëtait l'époque pour laquelle il avait convoqué son ^rtmitr par- 
emier parlement. Il l'ouvrit par un discours élo- 
lent, au moins d'après le goût du temps, mais un 
u long , qui mécontenta les Episcopaux et les Puri- 
htis, parce qu'on jugea qu'il );raitait les Catholiques 
>p favorablement , en déclarant Li guerre à leurs 
reur8> promettant cependant protection à ceux qui se 
ndairaient en bons citoyens. Ce discours déplut à 
us les partis, parce qu'eu parlant de son droit à la 
ililronne, Jacques dit qu'il la tenait de sa naissance ^ 
os demander la confirmation du parlement. Il 
loqua principalement les Presbytériens qui étaient 
)mbreux dans la chambre des communes, en les 
aitant de tourbe ochlocratique , qu'on ne pouvait 



272 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLBTEREE. 

tolérer dans un état bien organisé. Aussi cette seaffoi 
fut-elle très-orageuse , et se passa-t-elle en di 
très -désagréables entre le roi et les Etats, tant^ 
la prérogative de l'un, tantôt sur les libertés des ai 
Jacques n'obtint rien de ce qu'il voulait , ni 
ni l'adoption de son projet favori d'union entre T 
gleterre et l'Ecosse, qui lui avait paru si cer 
que déjà il avait pris le titre de roi de la Grande-! 
tagne , dont il ne put dès-lors se servir que dans 
rapports diplomatiques. En revanche, le pari 
reconnut le droit du fils du roi à la succession; fo 
lité qu'il ne lui avait pas demandée , parce qu'dk 
lui paraissait nullement nécessaire. 
^ p»ix ovec La répugnance que les principes républicains i 
raient à Jacques, facilita sa réconciliation avec 
pagne. La guerre qui subsistait entre les deux pi 
sauces n'avait depuis long-temps d'autre motif qi 
Tanimosité entre Philippe et Elisabeth. Jacques ne | 
partageait pas, et Philippe II n'existait plus ; il n'âi 
donc pas difficile de rétablir la paix : elle fut sigillé 
Londres , le 18 août 1604. Jacques promit de redb 
aux archiducs de Bruxelles les trois places de la BnU 
de Flessingue et de Rammekens , que les Etats-géa 
raux avaient engagées à Elisabeth , si les Etats lefi 
saient de faire la paix à des conditions équitables , 
de défendre à ses sujets de conduire dans des pof 
espagnols des vaisseaux, marchandises ou négociai 
hollandais ou zélandais. Nous verrons ailleurs cou 
ment Jacques crut concilier cet engagement avec cel 
qu'il avait pris avec Henri IV. 




. vin. JACQUES I, 1603—1618. 275 

krent alors kur travail et se dispersèrent. 

îcommcncfïront afcc deux nouveaux a&so- 

Ejlnur (le neuf pieds dV'paUseur, construit 

ftpicires massives qu'il fallut traverser, leur 

jbcancoup de (li0icultcs. Ils no les avaient pas 

Uorsqu'un hasard leur lit dt'couvrîr Texis- 

c cave roûtee plact^e immédiatement sons la 

s pairs; elle L-tait loude à un marchand de 

ï di.- (erre auquel elle servait de magasin , 

l tin- disponible- Percy la fit louer pnr 

li passuit pour son agenl, et acheta en 

: toute la provision de churbons qui s'y 

"' inspirateurs y transporti^rent nuîtum- 

[ictits barils de poudre i|u'ils cachè- 

- ! uns, sons des fsgots et d'autres pro- 

;>:!« oreiller le soupçon, ils lais- 

iiTC ouverte pendant le jour. 

.1 voulu ^nuvcT la reine et le 

lissait impossible parce qu'ils 

■islcr A l'ouverture du pnr- 

liarlts. sccort'l filu du roi. 



276 LÎVtlte Vï. CHAP. IX, ANGLETERtlti; 

noritë du roi. On n'a jamais su à qui les conjura 
avaient destiné ce rôle. 

Par suite d'une nouvelle prorogation, l'assemblée 
du parlement fut fixée au 6 novembre 1605. Quelque 
temps avant, lord Mounteagle avait invité des amis à 
venir* souper dans une maison de campagne qu'il avait 
près de Londres. Pendant qu'on était à table, un in- 
connu dont on ne put reconnaître les traits dans l'obs- 
curité, remit à un page une lettre pour le maître de k 
maison* Mounteagle l'ayant ouverte^ et remarqué 
qu'elle était sans signature, la fit lire haut par quelqu'un 
des assistans. L'auteur de la lettre suppliait le lord de 
ne pas s'exposer à un danger qu'il ne pouvait éviter ^ 
s'il assistait à l'ouverture du parlement^ « car> diiait- 
il , ce parlement doit recevoir un coup sans savoir de 
qui il vient , et le danger sera passé aussi vite que voinr 
brûlerez cette lettre^ » Il est probable que l'auteur de 
cette lettre était François Tresham^ beau-firère de 
lord Mounteagle, homme d'un caractère peu sûr, 
mais auquel on avait fait part du complot > parce 
qu'on avait besoin de son argent. Il avait montré de 
l'irrésolution et essayé de faire ajourner l'exécution 
du complot ^ et il paraît qu'en avertissant lord 
Mounteagle, lorsqu'il était en société nombreuse^ il 
avait voulu en même temps faire savoir indirectement 
à ses amis que leur projet était trahi , et les engager 
ainsi à y renoncer. 

On a fait honneur à la pénétration de Jacques, 
d'avoir deviné le sens de la lettre : il ordonna de visiter 
les caves du vieux palais de Westminster. Le comte 



8BCT. Vin. TkcqvEa i, 1665—1618. 277 

ie Suffolk, lord chambellan, cliargé de cette visite , 
la remit, dit- on, à huitaine, pour laisser aux con- 
jurés le temps d'achever tous leurs préparatifs. En 
effet, ces scélérats avaient été avertis de l'histoire de 
la lettre : ils avaient conçu des soupçons contre Tre- 
sham ; mais celui-ci leur avait juré qu'il n'en était pas 
l'auteur, et quand ils virent qu'on ne donnait pas 
suite à l'avertissement que Mounteagle avait reçu, 
toutes leurs craintes se dissipèrent. Peut-être aussi le 
retard de la visite par Suffolk ne fut-il pas le résultat 
d'une combinaison : il se pourrait que ce fut une fable 
inventée après coup par ce ministre , pour faire valoir 
sa prévoyance. Ce qui nous engage à faire cette sup- 
position , c'est une circonstance sur laquelle se taisent 
tous les écrivains anglais que nous sachions , mais qui 
paraît positive. Dès le 2 ou 3 octobre , il n'y avait phis 
de doute sur la nature du complot , puisque le 2 oc- 
tobre , le lord Mounteagle reçut un second billet de 
deux lignes qui le préyint que. le & était le jour où le 
complot devait éclater , et qui lui conseilla de faire 
enlever quatre barils de poudre ^ • 

> Le billet disait : 

Mfy hrdf saturdajr is the day* 

Letfoiir barrels 0/ poudre corne açqjr, 

Your/riend York.^ 

Ce billet se trouve au Mnsde britannique ^ dans le Codex V^S" 
pasiani^ F» N.o III , où M. de MURR Ta tronrê en 1762, ainsi qyie 
ce savant Tasfure dans le Journal zur Kunstgesch. vol. IV, p. 61. 
Cette notice a échappe aux hbtoriens , probablement parœ qn*ils i|e 
Font pa^ cherchée dans un journal consacré «ux ftrta. 



|78 UYRE YI. GHAP. IX* ANGLBTBHBJifr« 

Quoiqu'il eu soit^ vers le soir du 4 novembre, Veille 
de la réunion du parlement , le lord chambeUan, 
qui f par le devoir de sa charge , faisait la visite da 
local préparé pour la cérémonie j entra comme pu 
hasard dans le cellier loué à Percy, où il trouva le pré^ 
tendu agent de ce seigneur. Il jeta les yeux de tous 
côtés , mais si^ns marquer aucuii soupçon ; il se con-^ 
tenta de faire à Fawkes l'observation que son niaitre 
avait fait une abondante provision de combùstihles. 
Après sa retraite , la çave fut fermée comme tous le9 
soirs , et Fawkes s'y enferma. Â deux heures du nur 
tin, il en ouvrit la porte; au moment où il ea 
sortait , il fut arrêté par un jiige de paix et une 
compagnie de soldats que Suffolk y avait placés* On 
trouva dans sa poche quelques, allumettes , et dau 
un coin du cellier ^ne lanterne sourde, contenant de 
la lumière, Bîn epleyant le charbon <^, on décinivrit la 
poudre, 

A quatre heures «du matin ^ Fawkës, en présiBtice 
du ipoi, fyX interrogé par le con^il; il répondît avee 
fermeté et même avec ironie. Un des seigneurs ëcos^ 
^is lui ayant demandé à quelle fin il avait réuni tani 
de poudre : Pour engager, répondit-il, les gueui^ 
écossais à s'envoler dans lei$ montagnes de leur pays. 
Il ne fit aucune révélation, que lorsque ses complices 
^e furent trahis eux-mêmes. Ils s'étaient sauvés à Dun- 
church, où Digby, pour exécuter le coup de maia 
dont il s'était chargé , a,vait réuni ses. ami?, sous le 
prétexte d'une chasse^ Ils se retirèrent' av«c lui au 
château d'Holheiich , où deme^rait ui^ de leurs asso- 



8ECT. vin. JACQUES I, 1603—1618. 279 

^ ciés : ÛB étaient, avec leurs domestiques, cnyiron 

\ .quatre-vingts hommes. Quatre d'enlr'eux , Gatesby, 

1 Pcrcy et les deux Wright, se firent tuer par les 

hommes qui les poursuivaient : Wînter, Digby et 

les antres furent pris. 

On traîna pendant deux mois le procès des cou- 
pables arrêtes y qui étaient au nombre de huit , parce 
que les ministres du roi voulaient absolument y im- 
pliquer les missionnaires jésuites. Les accusés avoués 
rcnt leur crime, qu'ils s'efforcèrent de justifier, non 
devant la loi , mais devant la morale et la religion ; 
on employa en vain toutes les ruses de l'inquisition 
pour leur arracher une déclaration qui pût compro-> 
mettre les Jésuites. Sur l'échafaud où ils périrent , le 
30 janvier 1606, ils persistèrent dans tout ce qu'ils 
avaient dit dans l'instruction. 

Quoique jusqu'alors il n'existât pas la moindre 
preuve contre Garnet, provincial des Jésuites, ni 
contre les pères Gérard et Greenway du même ordre , 
néanmoins une proclamation du roi les déclara fau- 
teurs du complot. Gérard et Greenway se sauvèrent 
sur le continent ; Garnet se cacha à Henlip, chez Tho- 
mas Âbington qui avait épousé la soeur de lord Moun- 
teagle. Il y fut découvert avec quelques autres prêtres 
et enfermé dans la Tour. Vingt interrogatoires né 
purent rien lui arracher; enfin on le mit en société 
avec un de ses confidens , et on écouta leur conversaf- 
tion. Garnet ne se doutant pas qu'on l'entendait , dit 
qu'il n'y avait sur la terre qu'un seul être vivant qui 
pût lui nuire dans cette matière. On le mit alors à l'a 



£80 LIVRE yi. CHAP. IX. ANGLETEJLRS. 

torture pour qu'il nommât cet individu. Il dédart 
que la sain^té du sacrement l'ay^^it jusqu'alors forci 
cLe garder le silice sur \ia fait , maia qu'étant appli- 
qué à la torture 9 il profiterait de la permission qui lui 
çn avait été antérieurement dqnnée pour ce cas, ea 
l^ivouant le fait suivant* Soupçonnant Gates][>y d'un |,- 
dessein criminel , Gamet auquel le p^pe avait pi^donn/é 
de surveiller les Catholiques pour qu'ils ne troublas- ^ 
jsent pas la tranquillité publique, ce qui n'aurait seryi 
qu'à compromettre la çausç de leur religion, lui fijt 
promettra qii'il ne ferait rien avant d'ayoir consulté t 
le pape sur la légitimité de l'entreprise qu'il méditait, 
çt d'en avoir reçu la réponse. Le 28 août 1605 y G^r- 
?piet écrivit à sqn supérieur auquel il devait compte de 
tout ce qu'il voyait , qu'il croyait que les Catholique 
se tiendraient tranquilles et attendraient du roi et dç 
son fils , un adoucissement d^ leur sort. Cependant 
Çatesby éprouvant des remords de conscience 3^ dé^ 
couvrit tout, sous le sceau de la confession, au père 
Greenway , et le pria de lui procurer^ également sous 
le sceau du sacrement, l'avis de Garnet, son provin- 
ciale Qette confe^ion doit ^vçir çu lieu très^-peu dç 
^mps av^nt le jour de l'exécution; car on voit par 
une lettre de Garnef adressée à Pçrsons^, le 5 octobre^ 
qu'alors il i^e s'en doutait pas encore, Greenway , ser 
Ion la déclaration solennelle qu'il fit, étant eji pac- 
{aite liberté, reçut de Gai^ne^ des reproches d'avoir 
ftdmUune pareille cpnfession, et;de V&voir comm|i« 
piquée à un autre, mais en même temps l'ordre d^ 
travailler de to^te^ ces» forces à faire renoncer spn pé- 



6BCT. Tin. JACQUES i^ 1603 — 1618. 281 

imitent & on projet si criminel. Gamet dans sa déposi- 
tion dit ^e, tourmente par cette communication , il 
mit en route pour voir lui-même Catesby, et il 
pporta les circonstances qui l'avaient empêché de le 
joindre à temps. 

Gamet fut déclaré coupable et écartelé; avant de 
snonrir il demanda pardon au roi, non, dit-il, pour 
Avoir trempé dans le complot, car il en était innocent , 
9ii pour n'avoir pas révélé ce qui lui avait été confié 
«ous le sceau du sacrement, puisque sa religion le lui 
défendait, mais pour avoir, dans l'origine, gardé le si- 
lence sur les soupçons qu'il avait conçus de lui-r 
méme. 

Telle fut la fameuse conspiration des poudres. Sa eoîli«'iM*ciï* 
déçpuyerte rçtard^ , jusqu'au 21 janvier 1606 , Ton- •*~"'^""- 
verture du parlement. Le roi y parla de cet événe- 
ment dans un discours fort long et étudié , comme 
c'était son habitude; il s'expliqua sur les Catho- 
liques en général avec une modération et sur les Puri- 
tains avec une aigreur qui indisposèrent beaucoup la 
chambre des communes. Le parlement ajouta de nou- 
velles lois pénales contre les Catholiques à celles qui 
existaient déjà : plus de soixante-dix articles infligè- 
rent des peines aux Catholiques suivant leurs diffé- 
rentes conditions ou les rapports de famille dans les- 
quels ils se trouvaient. On leur défendit entre autres 
de pratiquer la chirurgie et la médecine ; on les ex- 
clut de toutes les fonctions de judicature ; on punis- 
sait les époux qui ne se faisaient pas donner la béné- 
fiiction nuptiale par im ministre protestant»' On ai^-- 



282 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

réta Un nouveau serment d'allëgean(;e par leqdd 
Catholiques devaient reconnaître le roi Jacques 
leur roi légitime, déclarer qu'ils n'attribuaient au pa^ 
aucun pouvoir sur le roi et ses royaumes , et pro: 
tre qu'ib ne se laisseraient induire à infidélité par 
cune bulle d'excommunication et par aucun fiiit 
roi. La plupart des Catholiques , et entre autres Far 
chiprêtre George Blackwall , prêtèrent ce sermeni 
mais Paul V le condamna comme illégititne 
qu'il contenait plusieurs choses contraires à la 
et au salut. Jacques P' écrivit une savante apologi 
du serment. Blackwall publia le bref du pape 
la forme d'un dictum particulier de Paul. N 
moins le crime d'avoir reçu des ordres d'outre mer a 
rait été puni de la mort , si Jacques qui approuvait 
conduite de ce vieillard septuagénaire^ n'avait inter- 
cédé pour qif il ne fût pas traduit en justice. Il languit 
en prison jusqu'à sa mort en 1615. 
n^nli^vAnZ L'uuion des deux royaumes d'Angleterre et d'EIcoase < 
l^È^ZleT *^' tenait toujours fortement à cœur au roi. Il la proposa 
de nouveau au parlement de 1606, où il éprotiva la 
même résistance qu'en 1604. A la vérité des commis- 
saires nommés de la part des parlemens d'Angleterre 
et d'Écosscj convinrent des conditions de l'Union^ 
et Jacques qui regai^dait la chose comme certaine, s'em- 
pressa de prendre foi^mellement le titre de roi dé la 
Grande Bretagne ; mais its conditions proposées pat 
la commission y le parlement n'accorda qu'une seule, 
savoir que toutes les lois hostile^ seraient révàquées. 
Le roi obtint cependant par leé cours de justice qœ 



6B0T. VIII. JACQUES I, 1603—1618. 38S 

sujets de chacun des deux pays seraient naturalisiSs 
kms l'autre 9 ce qui était un des points rejetés par le 
Murlement. La chambre de FÉchiquier prononça que 
toutes personnes nccs sous l'obéissance du roi étaient 
^r cela même naturalisées dans tous ses états. Ainsi 
htt barrière derait tomber entre les générations futures. 
Jacques fut si mécontent du parlement qu'il ne le 
Aonyoqua que pour le 9 février 1610, lorsque l'é-* 
Itet de ses finances épuisées par ses prodigalités sans 
ure le força d'y avoir recours. Le parlement mon^ 
peu de complaisance pour le roi et lui accorda de 
Subies subsides. Ce prince si savant en droit public 
jMirait avoir parfaitement ignoré le secret des gouver* 
Siemens représentatifs , où la corruption est le grand 
^Bobile de l'administration. Ses idées sur l'origine di- 
'^rine de la puissance monarchique, qu'on ne pouvait , 
disait>-il j nier sans blasphème , ni même soumettre à 
une discussion, parurent le comble du despotisme à 
des hommes dont les fils devaient donner au monde 
l'exemple d'un forfait qui est long-temps resté unique 
dans l'histoire , celui d'un souverain égorgé par son 
peuple à l'aide des formes judiciaires. 

Ayant de monter sur le trône d'Angleterre, Jac- ^Jf^^^^VlvIii 
ques P' avait toujours eu des mignons qui le gouver- **" ^'***"*"* 
naient. 11 paraissait guéri de cette manie, lorsque, 
vers la fin de Tannée 1607, un jeune Écossais de vingt 
ans, nommé Robert Carr, réussit à fixer son atten- 
tion } Jacques en fit son élève pour la grammaire la- 
tine, et s'attacha tellement à ce fils adoptif qu'il le 
préférait à ses enfans. Il le combla de richesses, le créa 



284 LIVRE VI. GHAP. IX. ANGLETERRE; 

vicomte de Rochester et, à la mort de Robert Gec3 ji 

ii mai 1612 , comte de Salisbury , lui confia la 

prême direction des affaires sans lui donner toat 

le titre de ministre. Rochester avait pour consâl 

homme de mente 9 nommé Overbury, que le roii 

testait par jalousie ^ car il ne pouvait pas souffrir qu' 

autrç eût part à Famitié de son favori. Bientôt cdmi 

ci se l>rouilla avec Overbury qui avait voulu remj 

cher de contracter un mariage scandaleux avec 

jeune épouse du comte Essex (fils de T^ncien fatc 

d'Elisabeth) qu'il avait séduite. La comtesse d' 

fut séparée de son époux sur un motif honteux, 

donna sa main au favori que le roi créa cointe de So(l 

Viçrset^ Overbury fiit mis à laTour^ sous quelque pié| 

texte. La haine de la comtesse de Somerset l'y pouisdl 

vit; elle engagea son époux à le faire empoisonna* " 

Depuis ce forfait le favori tourmenté par des te 

mords perdit sa gaîté et avec elle la haute faveur à 

monarque. Aussitôt que les ennemis de SomeiA 

s'aperçurent de ce changement^ ils firent paraître A 

vant le roi un beau jeune homme de vingt^un a» 

George Yilliers,. d'une bonne famille. Sa figure firap| 

le roi qui le nomma son échanson. La cour se difv 

alors en deux factions^ celle de Somerset et celle i 

Yilliers; jusqu'à ce que l'indiscrétion d'un apothicai] 

divulgua la part que le comte et la comtesse de Soma 

set avai^it eue à la mort d'Overbury. Le roi ordom 

d'arrêter Somerset ; cet ordre fut exécuté (1615) i 

présence de Jacques et on fit le procès au couple & 

piinel* Les pers09nes, qui lui avaient servi d'instn 



SEOT. YIII. JACQUES I, 1605—1618. 28$ 

iimt forent exécutées ; Somerset et la comtesse res- 
^vent en prison, et auboutde quelques années Jacques 
mur rendit la liberté et une pension pour viirre 
mns Tobscurité. L'amour qui anciennement liait ce 
Bnple criminel, se changea en une haine mortelle qui 
tSle tourment de leur vie et leur supplice. 
. La chute de Somerset écarta tous les obstacles qui „ f« ^œ d« 
citaient opposés à l'élévation de Villiers. Ce jeune ''"J^*'^'*" 
pomme s'empara absolument de l'esprit du roi et le 
HHiverna en maître. En peu d'années il passa par tous 
Bi grades de la noblesse et fut enfin nommé duc de 
fcnckingham. H cumula les places de grand écuyer, 
pand maître des forêts , gouverneur des cinq ports ^ 
pràident du tribunal nommé ban du roi , stuart de 
Bl^estminster, inspecteur de Windsor^ et grand ami- 
7?d. Ses richesses furent immenses. 

. .Walter Raleigh, déclaré coupable de conspiration, nmî^ex- 
m 1603. était resté treize ans en prison, où il s'oc- W'}^'" "*~ 
|npa d'abord de chimie et composa ensuite son célèbre ^^"^' ^^^^ 
EHEvrage intitulé x Histoire du monde, qui fit une 
pande sensation. Â la demande du nouveau favori il 
ébtint, en 1616, sa liberté^ mais le roi qui se méfiait de 
laloyantéj refusa de lui accorder son pardon, et laissa 
planer sur sa tête la sentence de condamnation. Ce 
célèbre navigateur se nourrissait toujours des illusions 
que lui avaient faites les aventuriers espagnols sur 
l'existence de l'Eldorado ^ si plusieurs tentatives pour 
découvrir ce pays faites depuis 1196 avaient été in- 
fructueuses, Raleigh attribuait leur mauvaise réussite 
à l'inexpérience de ceux qui les avaient dirigées.' Soit 



386 LIVRE VI. CÙXPi iXé ANC^LEtÉRltÈ» 

que Jacques se laissât entraîner par l'opinion publi 
qui s'était fortement prononcée pour Raleigh, soit 
la pénurie d'argent dont il souffrit l'ait porté à don 
les mains à une entreprise qui lui promettait une] 
k un riche butin, il signa, le 20 mars 1617, des let 
patentes qui autorisaient le navigateur à une exp 
tion en Amérique ; mais l'ambassadeur d'Espc 
ayant représenté que le but de Raleigh n'était a 
que d'exercer la piraterie contre les établisses 
espagnols dans l'Amérique du sud , le roi r^ 
et corrigea de sa main la patente qu'il lui avait ac 
dée. n fut expressément défendu aux ayentai 
d'envahir des pays chrétiens ; leur commerce fui 
mité à ceux qu'habitaient des nations sauvage 
payennes ; il fiit très-particulièrement recomman 
Raleigh de n'offenser aucun sujet du roi d'Espa 
Pout plus de sûreté, Jacques se fit donner par Bal 
la désijgnation écrite de tous les lieux où il se pn 
sait d'aller. Celui-ci trompa le roi en lui lai 
ignorer qu'il existait un établissement espagnol da 
partie de la Guyane où il se proposait d'aller. Jac 
déclara à l'ambassadeur d'Espagne que Raleigh ] 
rait de sa tête toute entreprise contre les ELspagi 
il montra même son écrit à l'ambassadeur qui ei 
assez pour juger nécessaire d'avertir son frère qui 
gouverneur de S. Thomas de Guyane, afin qu'il 
ses précautions. 

L'expédition de Raleigh se composait de quai 
vaisseaux. Malade lorsqu'il aborda les côtes de la 
nitë, il envoya deux cent cinquante homtmes, c 



8ECT. VIII. JACQUES I, 1603—1618. 287 

pfudës par son neveu , dans des bateaux diriges par 
jrieymis, pour remonter FOrénoque et prendre pos- 
pssion des mines que sans doute il trouverait. Les 
ÉLnglais arrivèrent y le 2 janvier 1618 , à S. Thomas , 
llrirent cette ville espagnole, et, voyant qu'ils ne 
Marraient s'y maintenir, bien loin d'aller vers les 
Mmtagnes à la découverte d'une mine, brûlèrent 
1^' Thomas , et se hâtèrent de rejoindre leurs cbmpa- 
^M>iis à la Trinité. Le gouverneur de S. Thomas et 
bt 61s de Raleigh avaient péri. La mutinerie se mit 
^•rmi les marins, et Waltcr fiit obligé de retourner 
^I^lymoatb. 

On lui avait assuré un asile en France , et une 
parque l'attendait pour l'y transporter. II balança 
pendant quelque temps sur le parti qu'il devait pren^ 
dre, et refusa enfin l'offre de ses amis du contiûent. 
Bient6jt.a{Nrè3 9 le 27 juillet 1618 , il fut arrêté, trans- 
porté à. Londres , et enfermé à la Tour, après avorr 
éehoué dans une tentative de se sauver en France. 
Vambassadeur d'Espagne demanda vengeance de la 
mort de son frère, et Jacques résolut de punir Ra- 
leigh^ dont la conduite l'avait personnellement offensé; 
mais les juges déclarèrent que puisqu'une sentence de 
mort pesait sur sa tête, il était mort civilement, et 
ne pouvait être mis en jugement. Amené à la barre du 
banc du roi, Raleigh soutint que sa commission, en 
lui donnant puissance de vie et de mort sur d'autres, 
était équivalente d'un pardon ; mais le président lui 
déclara qu'en cas de trahison, les lois n'admettaient 
pas un pardon accordé implicitement, et les juges 



388 LIVRÉ Vî. dHAP. IX. ANGLSTÈRlLE; 

prononcèrent que la sentence devait être exécol 
Depuis ce moment , Raleigh qui auparavant « 
coAmis quelques extravagances , jusqu'à simule 
folie^ dëploya une grandeur d'âme qui en fit l'obje 
Fadmiration générale* H mourut avec beailcou| 
courage, le 29 octobre 1618.^ 

Il nous reste à parler de quelques nëgociation 

Jacques P' , antërieures à la guerre de trente ans 

la nouvelle législation que ce monarque introduis 

Irlande 9 et des colonies qui sous son règne furent 

blies en Amérique* 

•uîleîe^avîc Nous aurons une occasion plus convenable de 

j« Btat»-gene- connaître Ic rôle subordonné que l'Angleterre joui 

négociations qui amenèrent la trêve d'Anvers eut 

Provinces unies des Pays-Bas et leur ancien souve 

le roi d'Espagne, et du rôle déplacé dont Jacqi 

chargea dans la querelle de Parminianisme^ où l'a 

tion et le républicânisUié se combattaient soos le 

que de la religion et du zèle -pont la gloire de 1 

Nous ne ferons mention ici que de la conclusic 

traité du 6 juin 1616^ Jacques était toujours en 

session des villes de la Brille, de Flessingue 

Rammekens , que les insurgés avaient confiée 

1584 y à Elisabeth , comme sûreté des avances q 

ferait pour leur défense. Il devait les restituer au 

que les États-généraux lui auraient remboun 

frais qui , en 1609 , avaient été liquidés à une s< 

de 818,108 livres sterliugs. La détresse perpé 

dans laquelle se trouvait Jacques P', faisait et 

aux n<%oeians' dont se composaient les États-géa 



SECT. viii. JACQUBs I, 1603—1618. 289 

^l'oii ponrrait marchander avec lai. Ils chargèrent 

^ie cette commission un de leurs concitoyens les plus 

^^Bstingués , Oldenbarneveld, arocat d'Hollande, qui , 

^lar une négociation très-adroite , parvint à faire oon«- 

^ientir le roi h la remise de deux tiers de sa prétention. 

^n vertu d'une convention conclue le 6 juin 1616, 

Jacques rendit son dëpAt pour la somme de 2,728,000 

florins d'Hollande «, il fîit ainsi débarrassé de l'entre- 

'tien des garnisons des trois places, lesquelles entrèrent 

in service de la république. L'argent qu'il reçut fut 

promptement dépensé ; la plus grande partie alla dans 

la poche du favori , et Jacques V s'aperçut bientôt qu'on 

avait abusé de sa facilité. La nation fut indignée de ce 

trafic par lequel l'Angleterre perdit toute l'influence 

qu'elle avait eue jusqu'alors sur les affaires des Pays-Bas. 

Aucun événement du règne de Jaccnies I*' ne flatta NooYeiv w- 

" * RMlaiion d*Ir- 

mîeox son amour-propre que la législation qu'il éta- 
blit en Irlande. Hume reproche aux Anglais de n'a- 
voir pas connu , comme les Romains, l'art de civiliser 
les nations barbares qui ont été soumises à leur domi- 
nation ; leur égoïsme rétrécissant leurs vues , ne leur 
a jamais inspiré à l'égard de ces peuples que des demi- 
mesures, dont les faits ne s'étendaient pas au-delà des 
conjonctures du moment i. Jacques, observe cet his- 

> Car, (lit M. Fa. WOLF, de ^rlin, si en arilhmétîqae la moîlîc 
ajoutée à la moitié prodait un toot, il n'en est pas ainsi en politiqae ; 
une demi-mesure renforcée par ane seconde deml-raesure, et peut- 
être par une troisième , ne devient jamais une chose positiTe ; au 
contraire , tontes ces demî-mesures engendreront plutôt une chose 
• négative. {Uber Machiavel). 

xvïrr. 19 



8« 
Umle. 



290 LIVUE VI. CHA.P. IX. ANGLBTERRfi. 

torieti^ a le premier conçu un plan digne des Ko* 
mains et conforme à une noble politique > pour ac* 
coutumer les sauvages Irlandais à une vie réglée et 
sociale , et grâce à ce |dan , aussi sagement conçu que 
bien exécuté , la civilisation a fait en neuf ans plus de 
progrès que pendant quatre siècles antérieurs à son 
règne. Â l'occasion du jugement de Hume , un écri- 
vain allemand ^ remarque que le philosophe du dix- 
huitième siècle n'a fait que s^approprier ropiaion 
énoncée par un auteur contemporain , témoin des 
eifets qu'avaient produits les règlemens de Jacques I*'; 
ce fut sir John Davis, orateur de la chambre des 
communes, dans le parlement de 161 5 ^ la première 
assemblée où toute l'Irlande fut représentée. Si le 
désir qu'on peut supposer à Davis de faire un compli- 
ment au gouvernement avait quelque part à cet éloge, 
peut-être la prédilection de Hume pour ses Écossais 
l'a-t-elle engagé à adopter comme un fait ce qui était 
plutôt une phrase oratoire. Peyt-étre les mesures 
prises par la reine Elisabeth , pour civiliser l'Irlande, 
auraient - elles suffi , si cette princesse avait joui y 
comme son successeur , de la possession tranquille de 
l'île. Néanmoins , en écartant l'exagération de Hume, 
on ne peut contester à Jacques d'avoir donné à l'île 
une sage législation. 

Une des principales causes de la confusion qui avait 
si long-temps régné en Irlande^ fut le pouvoir arbi- 
traire et absolu que les chieftains exerçaient sur leurs 
clans ou tribus. Ces hommes grossiers, accoutumés 

» liKGEWISCH. 



f 

I 



9KCT. VIII. JACQUES I, 1603 — 1618. 331 

depuis leur {eanesse à s'abandonner â leurs passions , 
«mplo jaient leur pouvoir pour satisfaire leurs dësics ion 
moraux et effrénés. L'autorité de cliaqne propriétaire 
de terre sur les habitans de ses possessions ne connais^ 
sait pas de bornes légales. A l'instar de ces chefs , les 
autres propriétaires étaient sans éducation et inca- 
pables de modérer leurs passions. Sous de tels mattres 
la basse classe de la population dut nécessairement 
tomber dans tous les vices qui caractérisent Fescla^ 
vage : la paresse, l'envie , la malpropreté, et un esprit 
de vengeance que le sang seul pouvait satisfaire. Le 
statut de Poining ^ avait, à la vérité, déterminé les ser- 
vices que les vassaux devaient rendre à leurs seigneurs^ 
mab il ne s'agissait dans ce règlement que du tiers de 
l'île qui , à cette époque , était soumise aux Anglais : 
l'institution des clans était* restée intacte hors du 
Pale 2. Tous les chefs, tous les propriétaires avaient 
trempé dans la dernière insurrection sous Elisabeth. 
Jacques leur accorda un pardon général, hormis ceux 
de la province d'Ulster, mais il y attacha des condi- 
tions. Il régla exactement les droits des propriétaires 
et les prestations de leurs paysans. Le pouvoir judi- 
ciaire que les chefs et les propriétaires avaient possédé 
jusqu'alors et exercé arbitrairement, leur fîit enlevé et 
transféré à des tribunaux institués par le roi. Pour l'ad- 
ministration de la justice criminelle^ Jacques intro-> 
duisit les circuits^ des juges nommés par le roi par- 
couraient , à des époques fixes , les provinces , pour 
punir les délits qui y avaient été commis. 

» Voy. p. 120 de ce vol. • Voy. p. 117 de ee vol. 



292 UYEE VI. CU\P, JX. ANGLETERRE. 

Le droit héréditaire particulier aux Irlandais , en 
vertu duquel la fortune d*un ddfunt passait, non à ses 
desccndans^ mais k tous ses pareils sans distinction, 
même à des bâtards, de manière que le nouveau chef f 
la partageait nrbitrairemeut entre toute la famille, en 
s'appropriant à lui-môme ce qui lui convenait i ce 
droit, qui ëtouffait toute industrie et empâcbait les 
progrés de Tagricullure, fut supprim<$ et remplace par 
un ordre de succession plus rcglé. 

Avec la suppression de la juridiction criminelle des 
chefs cessa aussi un usage des Irlandais qu'on trouve 
chez la plupart des peuples qui , de la condition de 
sauvages, ont passe dans l'état de barbarie, premier 
échelon de la civilisation , l'usagô de racheter les plus : 
grands crimes par une amende , qu\'n Irlande on 
nommait éric. 

Les rebelles de la province d'Ulster avaient été exclus 
du pardon , et toutes leurs terres avaient été confis- 
quées, parce que leur attachement pour la religion 
catholique et leur haine pour les Anglais np leur 
avaient pas permis de le solliciter *, ils avaient préfère 
rémigration. On estime que deux millions d'acres de 
tei^re étaient échus ainsi à la couronne. Jacques or- 
donna qu'on fit un second essai de colonisation sur 
un plan nouveau et perfectionné. Les terres à coloni- 
ser furent divisées en quatre parties ; deux de ces par- 
ties furent subdivisées en lots de mille acres^ une troi- 
sième en lots de quinze cents , et une quatrième en 
lots de deux mille. Les plus vastcd lots furent réservés 
pour les aventuriers les plus connus d'Angleterre et 



8BCT. VIII. JACQUES If 1603 — 1618. 293 

d'Ecosse, et pour les officiers militaires et eivib de la 
coaronne. Les plus petits furent indistinctement dis- 
iribaés entre des Aui;lais ou des Ecossais et des indi^- 
gènes* On arrêta cependant que les derniers rece- 
vraient leurs lots dans les plaines et dans la contrée 
ouverte^ et qu'ils ne jiaieraient à la couronne que la 
rétribution d'un marc pour cliaquc soixantaine d'acret, 
tandis que les autres seraient astreints au serment de 
suprématie, et ne pourraient recevoir aucun tenan»- 
cier qui ne fût d'origine anglaise. 

Pour l'entretien d'une armée destinée à la défense 
de l'Ulster, le roi créa un titre de noblesse intermé*- 
diaire entre ceux de barons et de chevaliera , «avoir 
celui de baronet. Le nombre des baronets fut fixé ^ 
deux mille et chacun de ces titres vendu 1,095 liv. 
sterl. a des personnes possédant des terres d'un revenu 
annuel de 1,000 liv. st. au moins. 

Les eiforts de Jacques 1*' pour faire cultiver l^r- 
lande furent couronnés de succès ; la province d'Uls- 
ter se couvrit de villages et de hameaux ^ et la dixième 
année du règne de Jacques I'% en 1613, on put tenir 
le premier véritable parlement général irlandais, 
composé de membres de toutes les parties de Itle, 
tandis que les anciennes assemblées ainsi nommées 
n'étaient composées que de représeutans du Pale ou. 
de la seule province qui reconnaissait la domina- 
tion anglaise. Au })arlement de 1560, il n'y avait dans 
la chambre des communes que les députés des dix 
comtés des quatre villes et d'une trentaine de bour- 
gades; dans celui de 1615 parurent les représentaus 



V 



294 LIVRB \t. CHAP. IX. ANGLETERKS; 

de trente-trois comtés qui formaient dès-lors la âifi^ 
sîon de l'ile, et de quarante nouTelles villes ; sur deux 
cent vingt-six députes ëlus il y avait cent vingt-cinq 
protestans , le reste était catholique. Dans la cham- 
bre haute siégeaient vingt-cinq lords laïcs et vingt- 
cinq évéques protestans. Parmi les lords calh(^- 
ques se trouvaient les Gormonston, Fermoy, Stone, 
Kiteen, Trimblestone, Dunsang et Louth. Les évéqaes 
catholiques n'étaient pas admis parce que^ d'après un 
statut de 1560 , on ne reconnaissait que ceux que k 
couronne avait nommés. Les Catholiques laïcs refu- 
sant de prêter le serment de suprématie et nommés 
Récusons j n'étaient pas exclus pour cela. Jacques 
projetait de donner aux Irlandais catholiques les m^es 
droits dont jouissaient leurs coreligionnaires en An- 
gleterre y et il est probable qu'en suivant ce principe 
on serait parvenu à établir une parfaite harmonie 
entre les adhérensdes deux religions, et à prévenir les 
événemens sanglans qui depuis deux siècles ont souillé 
le sol de l'Irlande ; mais d'un côté y le fanatisme des 
colons presbytériens venus d'Ecosse et surtout de 
leurs ministres^ aux yeux desquels le culte catholique 
était une abomination et une idolâtrie que tout goiN 
vemement devait extirper, de l'autre, les liaisons se- 
crètes que les Catholiques d'Irlande ne cessaient d'en* 
tretenir avec l'Espagne, où un grand nombre de leurs 
compatriotes s'était fixé, et avec la cour de Rome, fu- 
rent autant de causes qui s'opposèrent aux intentions 
charitables de Jacques P*^. 
EtabiUMment Cc mouarquc aimait par principe les colonisations. 



SBCT. VIII. JACQUES I, 1603 — 1618. 295 

Les tentatives faites sons la reine Elisabeth pour for- ^^^'^^î*. 
mer des établissemens dans FAmëriqne septentrionale gt^e. ' °~ 
avaient complètement ëcboué et la navigation pour la 
Virginie avait cessé. Jacques qui desirait la faire re- 
vivre, accorda, en 1606, aux chevaliers Thomas Gates 
et George Somniers , au capitaine Barthélémy Goth- 
nold et à quelques autres individus le privilège de cul- 
tiver la Virginie ; ce nom était alors donné à toute 
la c6te d'Amérique qui s'étend entre le 34 et le 48« 
degré. Les intéressés se partagèrent en deux so- 
ciétés dites de Londres et de Plymouth ; à la première 
furent attribuées les provinces qu^on nomma par la 
suite les Carolines, la Virginie et la Peusylvanie; à 
l'autre les contrées plus septentrionales ou h Nouvelle- 
Angleterre. Le roi permit aux deux compagnies d'en- 
voyer des sujets anglais dans ce pays et d'y transpor- 
ter pendant sept ans , sans payer aucun droit de 
sortie, des vivres , des armes et d'autres objets de 
première nécessité ; se réservant la nomination de 
toutes les autorités dans chaque colonie , et statuant 
qu'elles seraient entièrement soumises à l'autorité 
royale. / 

La première colonie, forte de cent personnes sous ta 
conduite des capitaines Smith etNewport, aborda, au 
mois d'avril 1607 , au cap Henri, et, après quelques 
démêlés avec les sauvages, fonda Jamestown. Cet éta- 
blissement eut long-temps à lutter contre le climat, 
la mauvaise nourriture et les maladies qui en furent 
les conséquences, et les entrepreneurs* ne trouvèrent 
pas dans le bénéfice que produisit le commerce d'é- 



296 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

cbiange avec les sauvages , de quoi couvrir les frais de 
l'entr^rise. De cinq ceots personnes qui furent succes- 
sivement transportées à Jamestown, il n'en vivait plu» 
que soixante en 1612. Ce qui empêcha cette colonie: 
de prospérer, c'était le vice de son organisation.. Le» 
colons de Virginie étaient traités en esclaves ; ils àé^ 
frichaient les déserts et labouraient les champs pour 
la société, sans avoir de propriété. Cet état de choses 
cessa en 1615; chaque colon reçut cinquante acres à 
titre d'emphyléose. En 1618, Jacques P' lui-même 
pourvut à un autre besoin de la colonie. Il ne s'y 
trouvait que deux femmes *, Jacques y fit transporter 
quatre-vingt-dix jeunes filles d'une réputation sans 
tache, et en 1619 encore soixante. La société de Lon-^ 
dres , probablement pour se rembourser des frais de 
transport ^ vendit les futures épouses à l'enchère ; le 
prix moyen d'une femme était de 100 livres de tabac 
à 15 liv. st., mais il haussa bientôt de 50 pour cent. 
Les colons ne s'occupèrent que depuis 1616 de la cul* 
ture du tabac qui devint ensuite la principale source 
de la richesse de la Virginie. Cette culture trouvn 
de grands obstacles dans les idées nationales et nom- 
mément dans la haine que Jacques avait pour l'usage 
du tabac. Il avait défendu de souiller le sol fertile de 
l'Angleterre par la culture d'une mauvaise herbe \ il 
daigna écrire un ouvrage intitulé Miaocapnua ou la 
H^ine de la fumée, pour prouver tous les inconvé- 
niens de la fumée du tabac, « cetteherbe pestilentielle 
pour la propreté et la santé. » Il s'éleva au parlement 
de vifs débats sur l'introduction du tabac , et le gou- 



SECT. TIII. JACQUES I, 1605—1618. 297 

pemement de Virginie décida que dorënavant on ne 
ferait plus de concession de terres, sinon en interdi- 
■int aux concessionnaires la plantation du tabac, 
iiais que peuvent les ordonnances contre la mode ? 
Dès l'année 1619 les colons de la Virginie envoyèrent 
20,000 livres de tabac en Angleterre, et lorsqu'on 
i621 le parlement voulut interdire l'introduction de 
cetteplante, on lui prouva que le nombre des Anglais 
établis en Virginie qui vivaient de cette branche d'in- 
dustrie, se montait à quatre mille. On défendit alors 
Tintroduction du tabac d'Espagne et on permit celle 
du tabac de Virginie contre un droit de 6 pences 
par livre, qui fut porté à 9 dans les années suivan- 
tes* En 1 634 , la société de Londres fut supprimée, 
et de cette mesure date la prospérité de la Vir- 
ginie. 

La colonie de la Nouvelle-Angleterre n'eut pas 
moins de difficultés à vaincre. Le premier vaisseau 
que la compagnie de Plymouth expédia , en 1606 , 
tomba entre les mains des Espagnols. L'année sui- 
vante, deux vaisseaux sous la conduite de Gilbert, en- 
trèrent dans la bouche du Sagadahoc dans la province 
de Maine ; le capitaine y établit' une colonie et bâtit le 
fort de S. George 5 mais les Anglais ne purent soute- 
nir le froid rigoureux de ce climat, la plupart périrent, 
et le reste s'en retourna en Europe. Malgré cela l'avan- 
tage que présentait la pèche de la baleine sur les bancs 
de Terre-Neuve engagea la société de Plymouth à en- 
voyer, en 1614, le capitaine Smith à la baie de Saga- 
dahoc, pour examiner les côtes de cette partie de l'A- 



:- n-.--: •- 



298 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERHB. 

mf^rique. Smith fit une carte très-exacte du pays qal 
nomma Nouvelle-Angleterre. Néanmoins il se 
encore quelques années avant qu'on y formât des éta-|i 
blissemens. Enfin la secte des Indépendans, qui sous 
règne de Jacques P' naquit en Angleterre, résolut As 
chercher dans les déserts de l'Amérique septentrio- 
nale la liberté religieuse qu'on lui avait refusée en 
Europe. En novembre 1620, une centaine de ces fa- 
natiques, y compris les femmes et les enfans, arriva au 
cap Godd en Messachusets ; l'année suivante il en ar- 
riva cinquante-neuf autres , et successivement plu- 
sieurs sectaires qu'on ne voulait pas tolérer en Angle- 
terre prirent le même parti. Chaque société forma \ 
une communauté religieuse et une république démo- ; 
cra tique indépendante. Bientôt tout le pays situé entre 
le cap Codd et le Connecticut se couvrit de petits 
états* En 1620, la ville de Boston fut bâtie ; mais son 
accroissement fut si lent qu'en i65& elle ne contenait 
pas au-delà de 50 maisons. Toutes ces colonies souf- 
fraient fréquemment de la faim, et il fallait qu'on leur ' 
amenât d'Europe ou de Virginie du blé et du maïs. 
Les premières plantes céréales européennes y furent 
semées en 1633. 

Lorsqu'en 1609 la compagnie de Londres envoya 
sir Thomas Gates , sir George Sommers et le capitaine 
Newport avec une flottille en Virginie, deux de ces 
vaisseaux chavirèrent près des îles de Bermudes qu'on 
ne* connaissait pas encore. Sommers conçut le projet 
d'y faire des établissemens ; il l'exécuta à l'aide d'une 
société qu'il fonda en 1612. La baie deHudson que 



SECT* VIII. IÂCQUE8 I, 1603 — 1618. 299 

Benri Hudson découvrit en 1610 ne fut utilisée que 
Hepuis 1669. 

Le reste du règne de Jacques I" appartient à notre 
ième période. 



300 LIVRE VI. CiUP. IX. ANGLETERRE. 



SECTION IX. 

Littérature anglaise et écossaise dans le quinzii 

et le seizième siècle» 

infliwncede Sî l'étudc dc la littérature classique del'antiau 

la régnent ion *■ ^ 

rûftsi ue'sTr""* ^'vcillce par les Grecs qui s'étaient fixés en Italie , 

cHiedMAtt- jj^jtra plus tird en Angleterre qu'en France et 

Allemagne j elle y trouva un accueil d'autant plus 

vorable, et eut un succès d'autant plus universel. 

devint l'occupation favorite de toutes les classes d 

société , des princes et des grands , aussi bien que 

savans. On fit une foule de versions des poètes latins 

traduisit aussi l'Iliade ; mais on n'osa pas encore lu 

contre les difficultés qu'offrait l'entreprise de rej 

duire dans la langue du pays les chefs-d'œuvre 

théâtre grec. Il fut encore plus difficile, ou plut 

fut impossible d'imiter dans l'idiome vulgaire les 

très antiques , parce qu'aucune langue n'a un si gi 

nombre de mots monosyllabes sans quantité Ai 

minée, que la langue anglaise. Comme cependai 

mètre des chansons et des ballades nationales ne i 

vait convenir à l'Enéide ou aux Géorgiques , les 

ducteurs choisirent les vers à cinq ïambes et la strc 

de sept vers rimes , ou bien le long vers qui ai 

remplacer Fhexamètre , et qui n'était qu'un com 

de deux vers des ballades. 

Rien dans la littérature classique ne s'apprc 
mieux à la tournure qu'avait prise Timagination 



N 



SECT. IX. LITTÉRATURE. 301 

Ibise qne la mythologie grecque. Elle devint telle- 
ment k la mode sous le règne d'Elisabeth , qu'il n'y 
Ht plus de banquet, de fête, de partie de chasse ou 
l^adiennitë publique, sans l'intenrention des dieux 
le rOlympe* Cette habitude de s'occuper des divinitt's 
le la fable, donna une nouvelle consistance à Tem*- 
■ire des Fëes et des Elfes, que l'imagination des poètes 
■Btérienrs au seizième siècle avait crëés. 
P' La renaissance des lettres anciennes se fit sentir par ^°"'''"' 

r poésie roman- 

kchangement qu'elle opëra dans l'esprit et les formes "«'-• 
dé la po^ie romantique des Anglais; mais elle ne 
pnodnkit pas , comme en France , une révolution 
Mmjdiète : les poètes anglais ne furent pas frappés de 
Il reniante et de la pureté antiques. Pendant qu'en 
ïcincèy l'imagination se soumit & la direction de la 
raison supérieure , en Angleterre , elle sWvrit de 
'kouvdlei routes, au risque de dépasser les règles du 
boft goût 'j et si la sévère critique ne veut pas recon- 
naître que le règne d'Elisabeth fut l'âge d'or de la 
ppésie anglaise, parce qu'elle manquait do pureté, 
«8 romantiques se contentent de soutenir que cette 
qKHjae £at celle du génie. 

• Le passage de Tanoiemie poésie romantique des lc comte de 
Anglais à la nouveUe , également romantique , se fit 
sans secousse et lentement^ plutôt par l'infinencè de la 
|K>éaie italienne que par celle de la littérature an- 
cienne. L'Angleterre eut des imitateurs de Pétrarque , 
et la poésie anglaise sa Laure. Henri Howard^ comte 
de Surrey, l'ami et le compagnon d'études du comte 
ie Richmond, fils naturel de Henri VUI , s'enflamma 



502 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

pendant ses voyages en France et eu Italie , pott 
fille d'un comte de Fitzgerald ; il la célébra dans 
sonnets imités d'après ceux de Pétrarque ; pour ( 
il rompit plus d'une lance dans un tournoi qu'il il 
tua à Florence 9 pour faire avouer à tous les an 
reux de la terre que Géraldine était le parangon c 
beauté. Accusé de conspiration ^ il fut décapité 
19 janvier 1547, neuf jours avant la mort du bii 
Henri YIII ; il ne peut pas avoir eu quarante ans. 
sonnets, premier essai dans ce genre, se distingi 
de toutes les poésies antérieures des Anglais, par Y 
gance et le goût ; mais ils n'égalent pas la délica 
et la grâce, les pensées fines et la vérité des imag< 
son modèle. On associe communément à Surrej 
Thomas wvat. ami, sîr Thomas PFjreU Faîne ^ mort en 1551, 
de trente-huit ans , qui lui est bien inférieur. 
Thomas Sack- Uq hommc d'uu vaste génie, Thomas Sacipill 
e;n 1550 d'une famille originaire de la Normandie, 
para pour ainsi dii^ l'époque de Shakespear • Cré^ 
bord lord Buckhurst, et ensuite comte deDorset, 
employé par la reine Elisabeth aux plus impart 
ionctions. Ce fiit lui qui fut chaîné de la triste con 
sion d'annoncer à Marie Stuart sa sentence de i 
En 1598, il remplaça lord Burleigh (Guillaume G 
dans la charge de grand-trésorier. Il mourut en i 
Sackville conçut le plan d'un grand ouvrage do 
n'acheva qu'une faible partie; mais ce plan se 
l'introduction^ qui sont de la plume de ce poète 
sufii pour l'immortaliser. Réfléchissant à la foule 
vénemens tragiques que présente l'histoire de 




SECT. ÏX. LITTÉRATURE. 503 

8 , il conçut Yu]6e de former une galerie de ta- 
iux tragiques^ réunis en un ensemble. Il choisit 
r cela la forme d'une vision et celle de Fallégorie , 
fennant lesquelles chaque acteur raconte lui-même 
iloire dont il est le héros et la victime. Outre rin<« 
ludion , Sackville n'a rempli que le premier 
re par la Vie de Henri de Buckingham , instru- 
it de l'usurpation de Richard III : ce morceau est 
ivre d^un enthousiasme vraiment poétique, et su- 
leur à tout ce que la littérature anglaise avait pro^ 
t jusqu'alors. Sackville abandonna à d'autres, nom- 
nent à ses amis, RicJiard BalcUpirij ecclésiastique^ 
jreorge Shirley Ferrera , homme de cour d'une 
ode famille , le soin d'achever son croquis , auquel 
vait donné le titre de Miroir des hommes d'état 
rrour for Magistrales). Ce que ses deux amis ont 
ité a peu de mérite poétique. Le Miroir des hom- 
( d'état devint le manuel des poètes tragiques qui 
'ouvèrent des fables , des situations , des caractères 
in modèle de diction à imiter. 

Jn autre précurseur de l'âge d'or de la nouvelle ^^>«'«>îw« sa- 
isie romantique des Ânglab fut Philippe Sidney^ 
en 1554 , un des hommes les plus accomplis et un 
omemens de la cour de la reine Elisabeth , qui 
nploya, dès l'âge de vingt et un ans, aux missions les 
s importantes. Il fit le tour de l'Europe, et étudia 
tes les langues qui avaient une littérature. Brave 
itaire, il mourut^ en 1586 , d'une blessure qu'il 
it reçue à la bataille de Zutpheu. Gomme poète il 
liait imiter l'antiquité classique^ mais son penchant 



làL 



504 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

pour le romantique Pempécha de réussir ; il se tro 
ainsi dans ses ouvrages un mélange de deux gouti 
sont en opposition; il est cause que ses poésies nejo 
sent, de la part d^aucun parti, de l'estime qu'elles 
raient méritée sous quelques rapports. Son Ârcai 
roman pastoral, dédié à la comtesse de Pembrol 
sœur de Fauteur , est une imitation de la Diane 
Montemayor ^ ; elle est écrite en prose poétique : 
lée d'églogues et de poésies lyriques. L'histoire p< 
que de l'ancienne Ârcadie y est combinée avec 
d'aventures dans le goût chevaleresque, et d'év 
mens réels enveloppés de fictions. Des réfiex 
morales qui y sont entremêlées font tort à l'in 
poétique. Dans quelques-uns des morceaux ven 
insérés dans sa prose, Sidney a fait une tentative : 
heureuse de faire des hexamètres anglais. Parm 
petites poésies de Sidney , on distingue cent huit 
nets réunis sous le titre d'Astrophel et Stella, et < 
posés en l'honneur de la maîtresse dé l'auteur : 
ce genre il est non-seulement au-dessus de Surrc 
Wyat , mais il n'a été surpassé par aucun des p 
suivans de sa nation. Nous reviendrons encore 
fois sur cet écrivain . ^ 

F.<in)onii Nous sommcs arrivés à l'époque des grands pi 

Spea^er i • 1 t • ti 7 7 o 

anglais, dont le premier est Edmond openser 
probablement en 1560 ^ à Londres. Après avoii 

* Marie Sîdney avait épousé Henri Herbert, comle de Peml 
mort en 1601, fils de Guillaume, dont il a été question p. 206 de c 

* Voy. p. 60 de ce vol. 

S 11 est singulier que la pierre sépulcrale de Spenser, à Fal 




8BCT. IK. LITTÉRATURE* 505 

todes , il vécut pendant quelque temps dans le 
] de l'Angleterre, apparemment dans unëtat d'in- 
nce. Dans cette retraite, il composa son Calendrier 
bergers, et pour se donner un protecteur, il le 
ia à Philippe Sidney , le favori de la cour et de la 
on. Ce Mécène se chargea de sa fortune , et l'en- 
ragea à travailler au grand poème qui l'a rendu 
lortel , et dont il avait dëjà tracé le plan. A la re- 
imandation du comte de Le^cester , oncle de Sid- 
, lord Grey de Wilton se rendant comme lord 
uté en Irlande, prit Spenser pour son secrétaire. 
IX ans après , en 1586, il fut récompensé de ses 
^îces par une concession de terres prises sur les pro« 
:tés confisquées du comte de Desmond. H fixa alors 
lemeure au château de Kilcolman dans une con- 
r romanesque où se trouvent la montagne de Mole 
es rivières de Mulla qu'il a rendues classiques pour 
Anglais. Ce fut là qu'il connut Walter Raleigb qui 
int son protecteur après la ^ort de Sidney. Chassé 
ui demeure paisible qui fut dévastée dans une in- 
rection , il se sauva à Londres où il vécut proba- 
ment de la pension de 50 liv. st. que la reine Eli- 
eth lui avait accordée; il mourut en 1596. 
Lie beau génie de Spenser, nourri par la lecture des 
Mens et des poètes italiens, ne put pas s'élever au- 
»us du goût prédominant de son siècle pour l'al- 
orie et le merveilleux : fidèle à la poétique de ces 
Dps, il crut que l'essence de la poésie ciOnsistait dans 

Westminster renferme une erreur chronologique : elle fixe la 
isance de Spenser à 1510. 

' XTiii. 20 



306 LIVRE yi. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

l'art de revêtir la raorale de formes historiques. Il con- 
çut le plan du poème le plus étendu qui ait peut-être 
jamais été entrepris. Gloriane, reine des Fées, célèbre 
dans son pays enchanté la fête de douze jours qu'elle 
donne annuellement à ses chevaliers et féaux. EDe 
charge douze chevaliers dont les noms sont tirés au 
sort , d^aller remédier aux plaintes de ses sujets. Cha- 
cun de ces chevaliers est le représentant d'une verta 
ou qualité déterminée. La reine des Fées qui réunit en 
elle toutes les vertus n'est autre que la reine Elisabeth, 
et le roi Arthur , le plus accompli des chevaliers dans 
lequel quelques critiques veulent voir Philippe Sid- 
ney , recherche la main de la reine , c'est-à-dire il 
cherche d'atteindre au dernier but de la Gloire. Le 
poème intitulé the Fairy Queen , la reine des Fée», 
est divisé en douze légendes. Chaque légende compo* 
sée de douze chants dont chacun renferme quarante â 
soixante stances de huit vers , est destinée au récit des 
exploits d'un des douze chevaliers , mais les faits et 
gestes de ces chevaliers , quelque grands qu'ils soient, 
sont éclipsés par èeux du roi Arthur qui paraît de 
temps en temps pour prouver sa supériorité. 

Il n'existe qu'à peu près la moitié de ce grand 
poème , la dernière partie s'étant perdue avant l'im- 
pression, soit par l'infidélité d'un domestique, soit 
par le pillage du château de Kilcolman. Il en est ar- 
rivé qu'il serait impossible de se faire une idée claire 
du plan de l'auteur, et on ne saurait pas même pour- 
quoi il a donné au poème le nom qu'il porte ( car la 
reine des Fées ne paraissait que dans le dernier livre) 



? 



8ECT. IX. LITTÉRATURE. 307 

À Spenser n'avait eu soin d'exposer son dessein dans 
nne épitre adressée à sir Walter Raleigli* 

Spenser paraît avoir eu une haute opinion du plan 
mr lequel il a travaillé. La postérité n'a pas confirmé 
œ jugement ; mais dans les inventions , dans Tensem- 
ble que forme chaque légende , dans la variété des si- 
tuations, dans les descriptions magnifiques, dans la fa- 
cilité et la grâce delà diction, elle a reconnu un génie 
poétique du premier ordre. Il est inférieur à Chaucer 
dans l'art de tracer les caractères. Â la place des stan- 
ces en sept vers usitées en Angleterre, Spenser a &rit 
la Keine des Fées en stances de huit vers suivis d'un 
neuvième qui est quelquefois ïamhique à six pieds, 
quelquefois alexandrin. Ce genre de versification ne 
convient pas k la langue anglaise pauvre en rimes ; 
aussi Spenser s'est-il vu dans la nécessité d'emprun- 
ter â Chaucer des mots qui étaient surannés , même 
de son temps; ce langage étrange doit avoir rendu 
la lecture de ce poème un peu &tigant pour ses 
contemporains; elle l'est infiniment plus aujour- 
d'hui , tant à cause de la bigarure du style que 
parce que le goût moderne ne supporte pas les longues 
allégories. 

Le Calendrier du berger (the Shepherd's calendar)^ 
ouvrage de la jeunesse de Spenser, est un recueil de 
onze églogues ou poésies bucoUques , entre lesquelles 
il n'y a aucune liaison. Chacune porte le nom d'un 
mots, et le sujet de l'églogue se rapporte à la saison 
À laquelle le mois appartient. Elles sont imitées des 
idylles de Théocrite , et renferment de ^andes beau- 



Poésie icos— 
saiâe. 



tejf 



508 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

tés ; quelquefois le ton naturel qui y règne de?ieiil: 
presque trivial. 

Il existe d'autres ouvrages de Spenser, une églogue 
intitulée le Retour de Colin Clout ( Colin QoutV 
Corne home again)^ c'est-à-dire du poète, car c'est 
sous ce nom qu'il paraît dans ses églogues antérieures^ 
des poésies lyriques , des hymnes , les plus anciens àt 
la littérature anglaise^ des élégies , des sonnets, etc. 

A côté de la poésie anglaise , celle des Ecossais se 
maintint dans son ancienne forme romantique ^ mais 
comme les Ecossais négligèrent l'étude des langues de 
l'antiquité, ou au moins n'en tirèrent qu'un £iible i 
parti , leur littérature ne suivit pas les progrès que fit ■ 
celle des Anglais; elle commença à tomber en déca- 
dence vers la (in du seizième siècle. La réunion du 
royaume avec l'Angleterre lui porta un coup mortel ^ t 
et la langue des anciennes ballades descendit au rang 
d'un dialecte qui ne se conserva que dans la bouche 
du peuple. k 

David Lind- Lc succcsscur ct cu partie le contemporain de Goil- ^ 
laume Duubar et de Gawin Douglas i, sir Douid i 
Lindsey, né en 1490, fut page d'honneur de Jac- 
ques V, alors enfant. Depuis 1530 il fut employé soit » 
comme héraut d'armes , soit comme négociateur au- 
près de l'empereur, en France et en Danemark, et 
parut à toutes ces cours avec beaucoup d'éclat. Il fot 
un des plus zélés partisans de la réforme religieuse 
dans sa patrie^ et contribua puissamment par ses sa- 
tires à rendre le clergé odieux au peuple. Il jouit 4'une 

' Vo^ vol. IX, p. 190. 



» 



: 



8ECT. IX. LITTÉRATURE. 309 

rande faveur à la cour , dont il fut une espèce de 
laître des plaisirs ; mais différent en cela des courti- 
ins qui ordinairement sont chargés d'amuser les 
rinces , il employa la faveur dont il jouissait pour 
lire parvenir la vérit<$ aux oreilles du roi. On fixe sa 
lort à l'année 1557 ou à 1567. Ce qui distingue ses 
oésies , c'est le caractère d'innocence , de candeur et 
e bonhomie qui y règne : quant à l'amour de Fal- 
égorie , c'est un défaut que Lindsey partage avec tous 
et écrivains de son temps. « Son savoir varié , dit un 
Ateur anglais S ^^ parfaite connaissance des coeurs et 
lu monde , la facilité de sa ycrsification , son talent 
^r adapter ce qu'il écrivait, au caractère de ses 
divers lecteurs , contribuèrent beaucoup à sa popula- 
rité qu'il dut au reste à ses opinions plus qu'à son mé- 
rite poétique. » Il a laissé deux grands poèmes, le 
lé?e (Dream) et les Monarchies. Le Rêve est une 
'ision poétique dans le genre de la Divine Comédie ^ 
oais ne peut pas être mis à côté de cet immortel ou- 
rage : les crimes de quelques papes et les vices qui 
ominaient en Ecosse , y sont peints avec énergie. Le 
•oème des Monarchies est une esquisse poétique et 
lorale de l'histoire universelle, ouvrage agréable et 
K>piilaire : l'introduction , dialogue entre l'empereur 
\t un courtisan , a une forme peu poétique. Parmi les 
>etits poèmes de Lindsey, l'Histoire et le testament du 
4raire Meldrum est le plus agréable. 

L'Ecosse produisit d'autres poètes à cette époque , 
L't un peu plus tard , tels que : Jacques Jnglis , abbé 

" Euis. 



310 LIVRE yi. CHÂP. IX. ANGLETERRE. 

de Calrose, auteur d^unc complainte de rÉcôsse^ 
Alexandre Scot, surnommé^ on ne sait pas trop poiu>- 
quoi, l'Ânacréon de l'Ecosse; Richard MaiÛani; 
Alexandre ArbuÛmot, célèbre théologien, qui i 
écrit un poème du Mérite des femmes ( tbe Praiseï 
of women) et les Misères d'un pauvre homme de 
lettres (Miseries of a poor scholar); un fidèle imita- 
teur du sonnet italien , Alexandre Moniffomery, et 
le roi Jacques VI lui-même, auteur du Phénix , on , 
comme il a lui-môme intitulé ce poème, d^une Inven- 
tion métaphorique d'une tragédie, titre obscur d'nne 
allégorie plus obscure encore. Avec lui la poésie écos- 
saise finit , et le dialecte écossais fut remplacé par k 
langue anglaise. 
^oAriedr»- j^^ théâtre anglais dans sa forme primitive n'était 
qu'une imitation des mystères^ des moralités et des 
farces qui avaient de la vogue en France. On nommait 
les premiers Miracles jles SLUiresIrUerludes. Il existe^ 
du milieu du seizième siècle une moralité intitulée : 
le gai Juventus ( the lusty Juventus ) , qui forme le 
passage des pièces informes du quinzième et du seizième 
siècle , aux pièces régulières des temps suivans. Elle 
est d'un certain Richard ou Robert fVeifer. Ce fct 
-pendant le règne de la reine Marie que les Anglais 
firent connaissance avec le théâtre ancien , et à peine 
Elisabeth fut-elle montée sur le trône que les mys- 
tères disparurent de la scène pour faire place à des 
pièces dans le nouveau goût , mélange bizarre de poésie 
antique et romantique , que cette reine aimait beau- 
coup. Les universités s'empressèrent de représenter 



8ECT. IX. LITTÉRATURE. 511 

4itB drames de ce genre ; et les hommes du monde les 
imitèrent. Il sVleva une foule de théâtres particuliers, 
-et vers la fin du règne d'Elisabeth Tart dramatique 
ilorissait plus en Angleterre qu'à la même époque en 
■Espagne et en France. 

Le théâtre anglais se forma d'une manière indépen- 
dante de celui des Espagnols; mais comme celui-ci, il 
conserva le caractère romantique, préférant la har- 
diesse, et ce qu'on prenait pour la vérité, à la régularité 
antique, et ne permettant pas qu'une cour polie don- 
nât le ton à la poésie nationale et épurât le goût du 
peuple. Ce théâtre prenait ses fables dans des tradi- 
tions vulgaires, dans les chroniques du pays et surtout 
dans des nouvelles italiennes. La dernière circons- 
tance explique le grand nombre de noms italiens qui 
8e sont conservés dans les drames anglais. 

La première comédie vraiment nationale est la farce 
intitulée : l'Aiguille de mère Gurton (Gommer G urton*s 
needle), imprimée en 1551 et jouée bientôt après par 
les étudians de Cambridge. Elle est d'un auteur in- 
connu, grossière , souvent obscène, mais pleine d'un 
vrai comique. Le prétendu vol d'une aiguille est le 
sujet de la pièce ; après avoir mis en désordre un mé- 
nage entier, l'objet volé se retrouve subitement lors- 
que l'auteur de tout cet imbroglio donne au valet de 
la maison un coup si fort que l'aiguille qui, après avoir 
servi à racommoder sa culotte, y avait été oubliée, an- 
nonce sa présence en pénétrant bien avant dans la 
chair du patient. 

Dix ans après cette comédie, Tliomas Saclçille ^.^^^^^•' 



512 LIVRE VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

dont il a été question plus haut^ fit parattre la 
miëre tragédie anglaise sous le titre de [Gordobuc 

_ Ferrex et Porrex, sujet emprunté de l'histoire falm- 

leuse d'Angleterre. Quoique l'auteur se fut écarté 
plus d'un point des règles sévères du drame antiquey 
cependant le manque d'action et la régularité dek 
marche ne plurent pas à la cour d'Elisabeth , devant 
laquelle la pièce fut représentée en 1561. Sackvillene 
trouva pas d'imitateurs. 

shakMpear. Nous pouvous passcr SOUS silcncc . dans cet aperça : 
les autres poètes dramatiques antérieurs à Guillaume 
Shahespear. Ce fut cet homme d'un génie extraordî- i 
naire, né en 1561, mort en 1616, qui donna au théi- l 
tre anglais la forme qu'il devait prendre pour plaire à 
cette nation. Shakespear est regardé par les habitaos 
de la Grande-Bretagne comme le premier génie poé- 
tique que cette île ait produit. Avec lui commence ce 
qui, d'après leur manière de sentir, est la perfection ds 
goût. Arrivé ainsi à l'origine delà véritable httératnie 
anglaise , nous avons rempli la tâche que nous nom 
étions imposée et nous terminons ici ce que nous avions 
à dire sur l'origine de la poésie anglaise.Pour apprencbe 
à apprécier Shakespear nous ne renverrons nos lec- 
teurs ni à l'enthousiasme national des Anglais, ni ani 
jugemens guindés de quelques critiques allemands, ni 
à la mauvaise humeur de Yoltaire> choqné des exagé- 
rations de Letourneur^. Nous les renvoyons à un ar- 

1 Ce traducteur de Shakespear ayant dit dans son protpectoi ifit 
Shakespear avait été ie dieu créateur de l*art sublime du théâtre^ qui 
reçut de ses mains l'existence et la perfection , Voltaire , indigne 



SECT. IX. LITTÉRATURE. 315 

licle plein de raison, de justice et de bon goût qu'un 
des écrivains français les plus judicieux et les plus sa- 
vans de nos jours, M. Yillemain, a inséré dans la Bio- 
graphie universelle. 

'. Les admirateurs aveugles de Shakespear rejettent-ils 
le jugement d'un homme sensé qui , en sa qualité de 
Français, ne peut rien voir de supérieur à Racine 
parce qu'il ne conçoit pas qu'au-delà de la perfection 
il y ait quelque chose de plus sublime encore , l'en- 
thousiasme de ces fanatiques pourra se calmer en li- 
sant ce que le commentateur le plus généralement 
approuvé de Shakespear, l'Anglais Samuel Johnson, 
dit du fondateur du théâtre de sa nation ^ • 

u Le premier défaut de Shakespear , dit S* Johnson, 

d'ane pareille absurdîle', écrivit, en 1775, sa Lettre à l'acadénaîe, 
dans laquelle se trouvent entre autres les expressions suivantes : 
« Oui y ce Shakespear si sauvage , si effréné , si absurde , avait des 
étincelles de génie. Oui , dans ce chaos obscur composé de monstres 
et de bouffonneries, d*héroïsme et de turpitude, de discours de halles 
et dt grands intérêts, il y a des traits naturels et frappans. Shakes- 
pear fut un composé de grandeur et d'extravagance. Quelquefois 
digne modèle de Corneille , quelquefois travaillaut pour les Petifcs- 
Maisons , s*abandonnant à la folie la plus brutale , le sachant très- 
bien et l'avouant publiquement dans des vers qu'il nous a laissés. 
Tel fut le génie de Shakespear que ce Thespis fut Sophocle quelque- 
fois. On entrevit sur sa charrette , parmi la canaille de ses ivrognes 
barbouillés de lie, des héros dont le front avait des traits de majesté. 
Parmi ces bizarres pièces , il en est plusieurs où l'on trouve de 
beaux traits pris dans la nature , et qui tiennent au sublime de l'art, 
quoiqu'il n'y ait aucun art chez lui. » 

' L'auteur doit dire qu'il n'a pas extrait lui-même les observa-* 
tiens suivantes du commentaire de Johnson ; il les emprunte à un 



514 LIVRE yi. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

c^est qu'il cherche plus à plaire qu'à instruire, et qu^il 
semble avoir écrit sans aucun but moral. 

« L'intrigue de ses pièces est , en général , tissm 
lâchement et conduite sans art. Il n'a eu aucun égard 
aux dififérences de temps ou de lieu , et il donne, sans 
scrupule, à un siècle ou à une nation, les mœurs, les 
coutumes et les opinions d'un autre temps ou d'un 
autre peuple. » 

« Lorsqu'il veut être comique , sa plaisanterie est 
communément grossière, et sa gattë licencieuse. Les 
hommes et les femmes qu'il met sur la scène , ne sont 
presque pas distingués des paysans , et par leurs lan- 
gages et par leurs manières. y> 

« Dans la tragédie, quand il est obligé de solliciter 
son imagination à produire, il n'en sort que bassesse, 
enflure , platitude et obscurité. » 

(( n affecte dans les narrations des circonlocutions 
fatigantes, et une pompe de langage qui n'a nulle pro- 
portion avec les choses qu'il raconte. » 

« Lorsqu'il veut être orateur , il devient froid et 
énervé ; car il n'est grand qu'autant qu'il ne sort pas de 
la nature. Il s'embarrasse souvent dans des idées qu'il 
ne peut pas rendre et qu'il ne veut pas rejeter. Pour 
se tirer d'affaire , il s'énonce alors d'une manière va- 
gue et confuse , qu'il laisse le soin de débrouiller à 
ceux qui en auront le courage. » 

« Shakespear exprime souvent d'une manière em- 
barrassée une pensée commune, et cache une petite 

journal très-estimable dont le rédacteur àfGrme les avoir prises dans 
Toriginal. 



1 



5. 

: 



SECT. IX. LITTÉRATURE. 315 

image sous un vers pompeux. Il connaît peu cette pro- 
portion des mots avec les choses qui constitue la tc* 
rite du style. » 

if Lorsque Shakespear veut attendrir et toucker 
par la peinture 4e la chute de la grandeur, dès dan- 
gers de l'innocence , des traverses de l'amour , c'est 
alors que l'inégalitë de son gënie se montre plus sensi- 
blement. Il ne peut pas être long-temps tendre et pa- 
thétique. Â peine a-t-il commencé à vous émouvoir 
^e cette première impression est efiacée par une im- 
pression contraire; une froide plaisanterie^ une mi-> 
sérable équivoque vient dans les momens les plus inté- 
ressans glacer au fond du cœur la terreur et la pitié au 
moment même qu'il avait su les faire naître par un 
Irait touchant et sublime. » 

« Le défaut le plus remarquable de notre poète est 
son goût pour les jeux de mots ; il n'y a rien qu'il ne 
sacrifie au plaisir de faire une mauvaise pointe. C'est 
pour lui la pomme d'or qui le détourne sans cesse de 
sa route et lui (ait manquer son bm. » 

« Dans cette longue éuumératîon des vices dont sont 
infectés les meilleurs ouvrages de Shakespear, dit l'é- 
crivain français auquel nous avons emprunté ces pasr^ 
sages, le critique, tout sévère qu'il se montre, ne com- 
prend pas la violation des règles , les. transpositions 
de lieux , la prolongation des actions de ses héros pen- 
dant plusieurs années. Ce sont là des peccadilles pour 
lesquellies il n'a que des indulgences. Après avoir frappé 
aussi fort que juste sur les gros péchés, il avait le droit 
d'être généreux. » 



316 LIVRB VI. CHAP. IX. ANGLETERRE. 

« Récapitulons les reproches adressés par S. Johnson 
a son poète favori : point de but moral dans les ou- 
vrages dramatiques de Shakespear y point de consis- 
tance dans le tissu ^ point d'adresse dans la conduite 
de Faction ^ confusion dans les mœurs et dans le laii« 
gage des différentes époques et des différentes nations ; 
grossièreté et licence dans les plaisanteries , bassesse , 
enflure^ platitude, obscurité^ toutes les fois que , 
sortant de la situation naturelle et du caractère histo- 
rique de ses personnages , il s'abandonne à son imagi- 
nation; longueur et fatigue dans ses narrations, froi- 
deur et mollesse dans les mouvemens d'éloquence; 
disproportion entre les mots et les choses , entre les 
images et les couleurs dont le poète essaie de les re?é- 
tir ; inégalité dans l'expression des sentimens passion- 
nés -y emploi de jeux de mots , équivoques, des calem- 
bourgs , au plus fort de la terreur et de la pitié : tel 
est l'homme rare , l'homme incomparable , l'être sur- 
naturel et divin , devant lequel tous les genoux doi- 
vent fléchir , toulèSles réputations doivent s'abaisser, 
et qui comme Homère , n'ayant point eu de modèle, 
est élevé comme lui au-dessus de la crainte de rencon- 
trer jamais des rivaux. » 
Prose an- Il uous rcstc à dire quelques mots de la prose an- 
glaise. Avant Elisabeth aucun Anglais formé dans l'^ 
cole de la littérature antique n'osa se servir de sa 
langue maternelle rude et grossière , pour écrire en 
-prose. Samuel Daniel y coniemporain de cette sou- 
veraine, écrivit dans un style simple et clair un pré- 
cis de l'histoire d'Angleterre jusqu'à Edouard IH, 



ghtue. 



SECT. IX. LITTÉRARURE. 317 

ouvrage remarquable pour l'époque où il parut. 

Sir fValier Raleighy un des créateurs de la ma- 
rine anglaise et la terreur des Espagnols , s'est occupé 
pendant sa prison d'un ouvrage étonnant pour son 
temps j mais dont le langage est suranné \ c'est une 
Histoire du monde pragmatique , et destinée à Tins- 
traction des hommes d'état. Il ne l'a poussée que jus- 
^'à environ 150 ans avant J. C. Le plan , les pensées 
et le style de cette composition célèbre sont de Ra- 
leigh ; la plus grande partie des matériaux lui a été 
ibomie par ses amis , principalement par Ben John- 
son j Harriot et le docteur Burrel. 

Il existe du célèbre philosophe François Bacon lord 
f^endanij né en 1561 , mort en 1632, une histoire 
du règne de Henri Vil , inférieure à sa réputation 
Sous le rapport de la composition et du style. 

Le poète Philippe Sidney appartient aux prosateurs 
les plus éminens d'Angleterre par ses Traités ( Trea- 
tises ) et une Défense de la poésie qui renferme des 
knorceaux de la plus grande beauté. 



518 LIVRE VI. CHAP. X. ÉC08SE. 



CHAPITRE X. 

1^ 



Itl 



Histoire d^ Ecosse, depuis 1452 y^^çr^^^» ICTo. fc^ 



SECTION I. 






Depuis iiSi jusqu^en 1543 , époque de Papinemeid 

de Marie Stuartau trône. 



\ 



F' 



^tt^ii» Nous avons vu ^ dans le cinquième livre , la minorM 
turbulente du quatrième Stuart , de Jacques II y M 
terminer par un coup violent^ par le meurtre du plus If 
puissant seigneur d'Ecosse , du comte de Douglas ^ 
que le roi lui-même poignarda pour punir son inr Ig 
solence. 

Jacques II, poursuivant le plan de son. père qui 
tendait à humilier la noblesse et à diminuer la prf* 
pondérance qu'elle avait acquise dans le gouverne* 
ment, profita de la terreur que son action irréguliin^ 
pour ne rien dire déplus, avait causée, pour £iire 
adopter , en 1455 , par son parlement , une sërie de 
lois très-avantageuses à la prérogative royale. Elles 
sdnt au nombre de quatre. 

1*^. Non-seulement les vastes possessions de la mai- 
son de Douglas furent réunies à la couronne , mais 
toutes les aliénations antérieures et futures de domaines 
dé la couronne furent annulées , et le roi fut autorisé 
à se mettre en possession , sans aucune forme de pro- 
cès , des domaines qui avaient été concédés par ses 



SECT. I. D£ 1452 A 1542. 319 

r<^€l<5ce8seur8 , en exigeant même des possesseurs la 
28titution des fruits perçus. 

2^« Il fut défendu de ccmfërer la garde {warden" 
hip) des Marches à titre héréditaire ; la juridiction 
es gardiens fut restreinte en faveur de Vautorité de 
i cour royale des lords de la session. 

3°. Il fut défendu de conférer k Tavenir, sans le 
>Dsentement du parlement , des régalités^ c'est- &- 
ire le droit régalien de la juridiction. 

4**. Toute création d'offices héréditaires fut intcr- 
ite 9 et ceux qui avaient été obtenus sous la minorité 
u roi , furent révoqués. 

Tout le reste du règne de Jacques II fut une suite 
'efforts pour abaisser la noblesse, et comme ce prince 
e manquait ni de génie ni de courage, peut-être au- 
)it-il réussi avant tous les princes européens à boule- 
erser le système féodal , si un accident n'avait mis 
n à sa vie avant qu'il eût atteint sa trentième année. 
^près la malheureuse bataille de Northampton , le 19 
lillet 1460, Marguerite d'Anjou, épouse de Henri VI, 
oi d'Angleterre, chercha un asile en Ecosse^ et par 
31 cession de Berwick engagea le jeune roi à entrer à 
I tâte de son armée dans les provinces septentrionales 
l'Angleterre. Au siège de Roxborough , ime pièce d'ar- 
illerie qu'on essaya en sa présence, éclata et le tua, 
e 5 août 1460. Disons^ encore que Jacques II fonda , 
fn 1453, l'université de Glasgow. 

Son fils , Jacques III y enfant de sept ans , lui suc- i4eîuÏ488"^ 
éda^ On l'accuse d'avoir mis dans la poursuite du 
lan de son père et de son ai'eul , qui tendait à abais-^ 



330 LIVRB yi. CHAP. X. ECOSSE. 

ser la noblesse ^ un despotisme révoltant. On lui 

voulait surtout de ce qu'à la société des seignei 

orgueilleux et ignorans , il préférait celle d'artist< 

mèiue d'artisans, qu'il traitait comme ses favoris. 

deux frères, Alexandre^ duc d'Âlbany, et h 

comte de Mar , se mirent à la tète des mécont 

Jacques les fit arrêter ; le duc d'Âibany s'écha]; 

Jean fut condamné à mort^ pour avoir employé 

moyens magiques contre la vie du roi : on lui 01 

les veines en 1480. Alexandre , sous prétexte qi 

naissance de son frère était illégitime , prit le titi 

roi, s'allia le 10 juin 1482 avec Edouard lYj 

d'Angleterre, qui promit de le placer sur le t 

d'Elcosse, à condition qu'il tiendrait ce royau] 

titre de fief d'Angleterre et restituerait Berwick 

chard ,duc de Glocestre, frère du roi, entra enE 

à la tète de 22,000 hommes et assiégea Berwick. 

quesin ayant assemblé ses vassaux^ ceux-ci, ofl 

par la présence d'un architecte que le roi vena 

créer comte de Mar^ s'emparèrent de sa personne 

sixautres favoris du roi, pendirent ceux-ci etconc 

rent le roi au château d'Edimbourg où ilfutenf! 

Les ducs d'Aibany et de Glocestre , à la tête d 

armée qui s'était considérablement accrue , suii 

les rebelles et le roi prisonnier , et furent reç 

amis par les habitans d'Edimbourg. On s'atten 

voir Alexandre monter sur le trône , lorsqu'à 1' 

nement des deux partis , deu?^ pairs et deux p 

écossais parvinrent à faire signer un arrangemei 

lequel , en retour d'un pardon absolu qu'on pr( 



SBCT. I. DE 1452 A 1542; 3âi 

î prince, il rentra dans le devoir ; la ville de Berwick 
Lt restituée au roi d'Angleterre. Âpres cette réconci- 
ation^ Albany prit d'assaut le château d'Edimbourg, 
; délivra son frère, avec lequel il vécut dès-lors dans 
ne grande amitié. Elle ne dura pourtant pas. Jac- 
ues m reprit ses anciennes habitudes ^ et l'ambition 
'Alexandre n'était pas satisfaite. Il renouvela , tA 
^3 , ses intrigues à la cour d'Angleterre, et voyant 
u'elles avaient été trahies ^ se réfugia en France , oà 

perdit la vie dans un tournoi. 

Jacques m conclut avec Henri Vil , roi d'Angle- 
^rre , une trêve ; car l'esprit turbulent dé ses vassaux 
e lui permit pas de signer une paix. Il se brouilla de 
DUveau avec la noblesse , en abandonnant les rênes 
u gouvernement à ses favoris, nommément à un 
îrtain Ramsay , homme d'une condition obscure , 
tt'il avait créé comte de Bothwel. Ne se croyant sans 
oute pas à l'abri d'une insulte dans son château de 
I part d'hommes aussi passionnés que les nobles 
cossais, il défendit à tout le monde de paraître en 
rmes dans l'enceinte de sa cour. Dans un temps où 
ucun seigneur ne quittait sa demeure sans être en-* 
ouré d'une suite nombreuse , une pareille défense fut Bataille ^ 
egardée comme un ordre qui bannissait la noblesse 
e la présence de son roi. Elle prit les armes, força 
i duc de Rothesey, fils du roi , et enfant de quinze 
os , à se mettre à sa tète , et déclara le roi indigne du 
roue* Jacques III marcha contre les rebelles ^ mais , 
» 11 juin 1488, il fut battu à Bannockbnrne ou Can- 
lor, et tué dans sa fuite au moulin de Belon. 

xviii. 21 






Sf 



522 LIVRE VI. cnAP. x. i:cosse. 

iiwl'SrsJ^' J^cgf^^ If^y 801^ fils et successeur, se montra brarc 1^ 
et gdnércux , magnifique et passionne pour la gloire. \ 
Sous son règne, le conflit entre l'autorité royale et 
celle des nobles , anciennemeut si fréquent , cessa en- 
tièrement. Les meurtres et les brigandages furent ré- 
primés par la sévérité des lois , et le commerce devint 
florissant. Gomme la cour d^s lords de la session, én« 
gée par Jacques l^, ne sufEt plus pour l'administration 
d,îcî.nwi*rj^tï- d'une boune justice , Jacques IV érigea un second 
*** '''^' tribunal , non ambulant comme l'autre , mais séden- 

taire à Exlimbonrg, et permanent. Les lorda du con- 
seil journalier j c'est ainsi qu'ils furent nommés, quoi- ^ 
qu'ils ne fussent pas choisis parmi les membres dn 
parlement , furent revêtus de la même autorité que Ie$ 
lords de la session. 

Nous avons raconté , dans l'histoire d'Angleterre^ 
que Jacques IV accorda un asile , des secours et même 
la main d'une de ses parentes à cet être énigmatiqoe * 
qui est connu sous le nom de Perkin Warbeck i. La ' 
guerre qui à ce sujet s'éleva entre Jacques IV et 
Henri VII fut terminée, en 1498 , à Aytown , sous la 
médiation de don Pedro Ayales, ambassadeur d'Ara- 
gon , par une trêve de sept ans. Le roi d'Ecosse rctin 
sa protection à Perkin *, mais refusa de le livrer aux 
Anglais. 
Fin dj« guerre. Lcs trèvcs cutrc l'Angleterre et l'Ecosse étaient mal 

entre l'EcoMe et ^ 

l'Angieurre. obscrvécs , à causc de l'animosité qui régnait entre les 
deux nations. Avant l'expiration de la trêve d'Ay- 
town , il s'éleva de nouvelles brouilleries. Les hosti- 

' Voy. p« l(to de ce ▼ol. . -, ■ 



[ 



X 



l 



8ECT. I. DE 1452 A 1542. 525 

liés allaient commencer, lorsque l'esprit conciliant 
le Fox 9 évéque de Durham, opéra une réconciliation, 
lèpres cent soixante-dix ans de guerres j interrompues 
par des trêves mal observées, il fut conclu, en 1502, 
an traité de paix perpétuelle entre les deux royaumes; 
L'amitié fîit consolidée par le mariage de Jacques IV 
»Tec Marguerite , fille aînée de Henri VU. Quelques 
membres dû conseil d'Angleterre ayant manifesté des 
Craintes que , (>ar ce mariage , l'Angleterre ne de- 
rtnt un jour une province d'Ecosse : Non , répliqua 
Henri VU d'un esprit prophétique, l'Ecosse devien- 
dra une dépendance d'Angleterre. L'événement a vé- 
rifie la prédiction. 

La prévoyance de Henri VII fut pourtant en défaut 
ior un point : il avait espéré que le mariage de sa fille 
maintiendrait la paix entre les deux royaumes ; mais 
lacques IV, tout en rompant pour le moment ses liai- 
sons avec la France , s'était réservé de pouvoir les re- 
nouveler. La guerre ayant éclaté , en 1512 , entre 
Henri Vin et Louis XH, le roi d'Ecosse > qui préten- 
dait avoir à se plaindre de son beau-firère, se laissa 
entraîner à une alliance avec la France. Dans tous les 
tournois , il s'était déclaré le chevalier d'Anne de 
Bretagne. Cette princesse lui envoya un anneau qu'elle ^SSl^^ifiz. 
tira de son doigt , et le sonmia de prendre sa défense. 
Jacques entra en Angleterre à la tête de la plus 
grande armée qu'on eût jamais levée en Ecosse : elle 
était de 100,000 hommes. Cette circonstance réfute 
l'assertion des historiens écossais , qui voulant rendre 
Jacques seul responsable des malheurs de cette guerre^ 



5S6 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

tances le comte d'Ângus, époux de la reine, P^tk^iè 
régence en main. Une trêve avec l'Angleterre lai»! 
jouir l'Ecosse de la paix extérieure pendant quelque 
temps. Le comte d'Ângus consentit à faire divorce L^ 
d'avec Marguerite, afin qu'elle pût se marier à Henri M 
Stuart, son amant; et Henri YIII, depuis long 
temps brouillé avec sa sœur , la laissa rçntrer dans la 
^ie privée* 

N'ayant pu réussir à gagner l'affection de son royal 
pupille j Douglas résolut de s'assurer de sa personne. 
Il l'entoura d'espions qui surveillèrent toutes ses dé- 
marches afin d'empêcher qu'il n'échappât. Le jeune 
prince trompa leur vigilance; il quitta, en 1528^ se- 
crètement Falkland où il était retenu, et se sauva au- 
près de sa mère qui résidait au château de Stirling. 
La noblesse, jalouse de la puissance des Douglas, se 
réunit autour de la personne du roi ; le régent voulut 
d'abord marcher contre lui ; mais il n'eut pas la force 
^ d'exécuter cette résolution. Proscrit pay le parlement, 
il fut finalement réduit à chercher un refuge en An- 
gleterre. 
oilëSTiir Jacques V qi^i depuis ce moment gouverna par Ini- 



r 



ni< 



i^iaf* 



même , était né avec les plus heureuses dispositions 
qu'une mauvaise éducation avait gâtées. Ses précep- 
teurs avaient été des flatteurs , et le comte d'Ângus 
lui avait inspiré le goût des plaisirs , afin qu'il ne prit 
pas trop tôt celui des afiaires. u Ainsi, dit Robertson, 
nous découvrons dans ce prince toutes les marques 
d'un esprit supérieur non cultivé 5 d'un côté des po- 
sions violentes, un ressentiment implacable, un désir 



tiùiÀr:!,r:iiL^jd 



SECT. I. DE 1452 A 1542. 527 

îminodérë de pouvoir, et, dans les contrariétés, une 
colère allant jusqu'à la rage ; de l'autre , l'amour de 
son peuple^ le zèle pour la punition de l'injustice, la 
confiance en ses favoris, la plus aimable candeur , la 
plus séduisante afiabilité. » »* 

Les événemens de sa minorité l'avaient convainca . ^^'f*'»^ i^*" 

bu miner le» 

de la nécessité de réprimer l'insolence des nobles 5 ""^''•* 
mais il suivit pour cela un plan plus systématique , et 
l'exécuta avec plus de constance et de vigueur que ses 
devanciers qui avaient travaillé pour le même but. 
Leur exemple lui avait appris que ni la sagesse des lois, 
ni la violence et encore moins le mépris ne sauraient 
dompter la fierté de ces grands vassaux. Jacques V 
sentit que pour être en état de vaincre leur r^istance 
et de balancer l'aristocratie nobiliaire, il lui fallait un 
aide sur lequel ses ancêtres n'avaient pas pu compter. 
11 le cbercha dans le clergé^ qui était riche et puissant, 
siégeait dans le parlement et jouissait d'une grande 
considération. Le clergé écossais différait de celui des 
autres pays catholiques par sa grande dépendance du 
pouvoir séculier ; il contribuait aux besoins de l'état 
dans une bien plus grande proportion. La distance de 
ce pays septentrional n'avait pas permis aux papes 
d'appesantir leur autorité sur ses souverains comme 
sur ceux de quelques autres pays. Ils avaient laissé les 
rois d'Ecosse en possession du droit de nommer aux 
évêchés et aux abbayes. Jamais légat du pape n'avait 
mis le pied en Ecosse. Le haut clergé se distinguait de 
la noblesse par son érudition, qui, à la vérité, était celle 
de la scolastique. Le clergé presqu'exclusivement était 



528 LIVKE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

chargé de tous les emplois , et nommément de la dh 
gnité de lord chancelier. La moitié des juges de tom 
les tribunaux était choisie parmi les ecclésiastiques, bt 
Une grande partie de la petite noblesse était dépen- ici 
dante de l'église dont relevaient ses fiefs. Les mœuw 
^u clergé se ressentaient de la barbarie de la nation. 
J^sonne n'était scandalisé de voir aux évêques on 
grand nombre d'enfans naturels. Le plus illustre pré: 
lat du règne de Jacques V, le cardinal David Beaton, 
archevêque de S. André , célébra publiquement et 
avec grande pompe le mariage de sa fille naturelle 
avouée, avec le comte de Crawfurd. 

Il existait une espèce d'antipathie entre la noblesse 
guerrière et le clergé ; la première ne caèhait pas le 
mépris que lui inspiraient les occupations toutes paci- 
fiques d'une caste qui ne savait pas manier les armes. 
Les ecclésiastiques, qui devaient leur existence aux 
bienfaits du roi, se réunirent volontiers à lui pour ré- 
primer l'insolence féodale. Douglas, comte d'Angus, 
l'ancien tuteur du roi, était le plus habile membre de 
la noblesse , le seul qui aurait pu entraver ses des- 
seins : Jacques jura solennellement qu'il ne lui per- 
mettrait jamais de rentrer, et il tint parole. H répara 
les fortifications des châteaux royaux , et garnit leurs 
magasins de vivres et de munitions de guerre. Ayant 
ainsi pourvu à sa défense , il ne montra plus à la no- 
blesse que de l'indifférence et de la réserve. Il lui en- 
leva les offices qui, par une espèce de prescription, 
semblaient être devenus sa propriété, et les conféra à 
^es ecclésiastiques. Le cardinal Beaton et les s^utrcs 



ftfiCT. I. DE 1452 A 1512. S29 

nseillers qui étaient prêtres ou de la petite noblesse, 
r?irent fidèlement ses desseins. Insensiblement le 
épris que le roi avait affecté pour les grands vassaux, 
; place à une sévérilé excessive. Toiit délit commis 
ir un noble fut transformé en crime; chaque accu- 
tîon donna matière à un procès } chaque procès fut 
bal aux accusés. La patience avec laquelle les nobles 
pportèrent cette rigueur, augmenta le mépris que le 
i avait conçu pour eux , sans diminuer la vigilance 
ec laquelle ses ministres surveillaient leur conduite. 
Jacques V contribua , mais d'une manière indi- , i:inbii».em«w 

•*• ' nu roliege de 

!Cte, à Faffaiblissement du pouvoir nobiliaire, parJ"»^»^"- 
irection d'un nouveau tribunal , nommé le collège 
? justice j dont les membres portaient le titre de 
nateurs ou lorda du conseil et de la session. Cette 
>UT remplaça en effet les deux tribunaux dits session 

conseil journalier. La considération dont jouis- 
ient les juges du roi par leurs connaissances et leur 
tégrité , fit tomber dans le mépris les justices 
igneuriales ; les tentatives perpétuelles des pre- 
iers d'étendre leur pouvoir aux dépens des ân- 
es, eurent l'approbation de l'opinion publique, et 
urs succès tournèrent à l'avantage de l'autorité 
)yale. 

Une fausse démarche que firent Jacques et son mi- 
istère, fournit enfin aux nobles une occasion de sa- 
sfaire leur ressentiment. 

La réformation avait pénétré en Elcosse comme commetice- 
ins les autres contrées ; celui qui y fit connaître le ^"'"' 
ramier les principes de Luther , fut Patrice Hamil* 



iiulion. 



} 



530 LIVHB VI. CHAP, X. ÉCQSftE/ 

ton, d'une famille alliée au sang des Stuarts ^« 1 

avait été imbu à Marbourg, et les porta dans sa p 

PfttiîM Ha- Q^ [\ prêcha avec un grand succès. Cité devant l 

milton, premier t O 

TXllïte!'^ bunal des archevêques de Saint-André et de Glas 

^*^* il soutint sa doctrine avec beaucoup de force ; a 

quoique généralement estimé pour ses mœui 

fut brûlé en 1527^ à l'âge de vingt-quatre an 

mort fit 9 par un accident , un grand nombre de 

sélytes h la nouvelle doctrine. Un moine, ne 

Campbell , l'ayant insulté dans ses derniers moo 

Hamilton lui dit que sous peu il serait dans le c 

paraître devant le tribunal de Jésus-Christ; p 

' jours après Campbelil mourut dans des convulsic 

rage , à ce qu'on dit. Alexandre Seton , prédi( 

de la cour , condamna publiquement plusieurs 

trines de l'église ; ayant déclamé contre les mœi 

haut clergé , il allait être arrêté quand il se sai 

Angleterre* On cite plusieurs novateurs qui , dî 

années suivantes , furent condamnés au bûcher , 

auteurs protestans prétendent que le roi ému d< 

ayant voulu sauver uii^de ces malheureux , le 

déclara que son droit de faire grâce ne s^étendc 

à des criminels condamnés par FEglise. 

David Beaton qui , après avoir été long-temps 
juteur de son oncle Jacques , archevêque de 1 
Andrews, monta lui-même en 1539 sur le 
métropolitain , développa un grand zèle pour 1 
pation des germes de l'hérésie qui commençai 

* Par le mariage de Jacques llamilton avec Marie Stuai 
de Jacques^ 111. 



8ECT. I. DB 1452 A 1543* 531 

cire. Le plus remarquable parmi les Luthériens 
i trouvaient alors en Ecosse , était George Bn- 
n , célèbre comme antiquaire , comme poète 
;t comme historien. Cet Ecossais avait fait ses 
i à Paris , et ce fut probablement à cette univer- 
iMl fit connaissance avec la doctrine des nova- 
De 1526 à 1529 , il enseigna la grammaire au 
e de Sainte-Barbe ^ • Un seigneur écossais le ra-* 
dans sa patrie j et le roi le nomma précepteur 
1 fils illégitime, Jacques Stuart , prieur de Saint- 
é y qui par la suite devint célèbre sous le nom de 
Q de Murray. Il s'attira la^ haine des moines par 
latire mordante contre les Franciscains , qu'il 
a sous la forme d'un Songe. Jacques Y , auquel 
e avait donné quelques moti& de mécontente- 
, le chargea de les châtier par un second poème 
y qu'il intitula Palinodie , et comme celui-ci 
Lrop modéré aux yeux du roi , par un troisième , 
lié le Franciscain et les Frères , qui a été tra- 

en français sous le titre : Le Cordelier de Bûcha-- 

\ 

omme c*e5t Panique fois qu'il est question dans ce Cours du 
e de S^c Barbe , nous saisissons cette occasion pour exprimer 
estime pour une institution qui a rendu tant de services aux 
es. Celte maison fut fondée, en 1420 , par Jean Hubert , doc- 
n droit canon , sur un emplacement qui appartenait à l'église 
'■ Geneviève. Il existe encore comme pensionnat. I>epuis la rts-^ 
ion, des bommes qui y avaient été élevés, et qui aimaient à se 
aer Barbistes, ont fondé, dans la rué des Postes, un autre pen- 
at qui , sous la direction d'un prêtre vénérable, M* l'abbé Ni~ 
ancien recteur de l'Université, est parvenu à une grande rc-* 
ion* 



55J LIVRE VI. CHAP. X. écOSSE. 

nan. La haine du clergé qu'il s'attira fut si violente^ 
que le roi ne put empêcher qu'en 1559 il ne fàt 
prisonné comme hérétique* H se sauva sur le conti^lpc 
nent , d'où nous le verrons revenir vingt ans apriiyi 
pour jouer un rôle peu honorable dans les t roubles ( 
royaume d'Ecosse, 
Gueule d'An. JacQucs V ue sc laissa ébranler dans sa croyance nk 

i;lctcrrc(lol543. ^ ... 

par la société de Buchanan , ni par la haine qu'il por-^ 
tait à une partie des moines^ ni par un traité sur k- 
supréniatie ecclésiastique des princes que son savant 
oncle, Henri VIII, lui adressa. Peut-être les charmes 
de Madelaine de France, fille de François I*'^, qa'il 
' épousa à Paris , le l®"^ janvier 1537 ^, auraient-ils 
mieux réussi à ébranler les principes du roi, si cette 
princesse , attachée en secret à la doctrine des nova- 
teurs, avait vécu; mais elle mourut cinquante jours 
après son arrivée en Ecosse. Jacques épousa, le 10 
janvier 1538, Marie de Lorraine*», duchesse douai- 
rière de Longueville. Henri VIII espérait que sa pré- 
sence pourrait faire ce que son livre n'avait pas opéré; 
il Invita son neveu à une conférence qui devait se te- 
nir à York. Le roi d'Ecosse déclina deux fois cette 
proposition que son clergé l'avait supplié de ne pas 
accepter, parce qu'il craignait que Henri n'engageât 
/ son neveu à mettre la ïnain sur les biens de TEglise. 

La troisième fois, Jacques avait déjà donné sa parole 
de venir à York, et Henri VIII l'attendit pendant 
huit jours \ de nouvelles représentations des évoques 

• Voy. vol. XVI, p. 248. 

* Filic (le Claude, premier duc de Guise* Voy. vol. XVI, p. 253. 






. SECT. I. DE 1452 A 1542. SSS 

tigagérent à rompre sa parole : c'était en 1541. 

Henri VllI vengea cette offense par une invasion de sohîL*-!iï»*îr.. 

Icosse , et ce fut là le moment que la noblesse choi- ^^^^* 

pour faire ^ntir au roi son mt*contentement. 
cques avait bien été force de recourir à ses Vassaux 
iir repousser les étrangers; mais lorsqu'à la suite de 
Lelqnes avantages remportés par lès Ecossais, la di- 
:te de vivres eut forcé les Anglais à la retraite , et 
Le Jacques voulut les poursuivre , tous ses vassaux 
bnndonnèrent. Il est vrai que les ministres obtin- 
Qt ensuite, à force de sollicitations, que les barons 
^s provinces de l'Ouest se rassemblassent de nouveau 
mr entrer en Angleterre, mais quand ils virent ar^ 
Fer, pour les commander, Olivier Sinclair^ un des 
voris du roi, l'insubordination la plus complète 
lata parmi eux. Dans ce momeîit, 25' novembre 
i42, cinq cents Anglais attaquèrent, à Solway-moss, 
),000 Ecossais qui se dispersèrent sans coup férir. 
?s Anglais ne purent faire que 1,000 prisonniers^ 
ais ils les choisirent bien 5 150 personnes de distinc' 
on se trouvèrent dans le nombre. 
Ainsi Jacques apprit à ses dépens qu'aussi bien que 
s prédécesseurs il s*étalt trompé sur les moyens de 
3nipter sa noblesse. Tant que pour faire la guerre , 
s rois dépendaient de leurs vassaux, il fallait en sup- 
3rter la morgue. Cette découverte plongea le roi 
ans le désespoir et une profonde mélancolie , qui le 
>nduisit promptement au tombeau. Il mounit le 14 ^^'^{Jf 'J^Jj^' 
écembre 1512, sept jours après la naissance d'une 
lie, la célèbre Marie Stuart. 



534 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

Nous ajouterons encore qu'en 1554 Jacques > 
institué Tordre militaire du Chardon ou de S. An 
Le collier était de chardons entrelacés de feuille 
rue en or j avec la légende : Nemo me impune h 
saL Sur leurs habits les chevaliers portaient une c 
de S. André d'argent. Jacques II, roi de Grande-1 
tagne , fut le dernier qui conféra cet ordre apr< 
fuite. 



SECT. n. mahie stttart, 1542 — 1560. SS!> 



Smart 



SECTIOÎ^ II 

^gne de Marie Stuari depuis i5^2 jusqi/à la paix 

d^ Edimbourg de 1560. 

Le triste état dans lequel Jacques V avait passé les ^^^^"Sûl 
emicrs momens de sa vie , ne lui avait pas laissé as* '"r^^!^ d. 
ïz de tranquillité d'âme pour pourvoir à la régence y ****** "** 
i même à l'éducation de la fille qu'il laissa au bcr- 
^u. A la vérité le cardinal Beaton réclama la régence 
ti vertu d'un testament qu'il produisit, et par lequel 
acques l'aurait nommé régent de la jeune reine , sa 
Ue unique, avec l'assistance de trois nobles ; mais la 
«blesse accusa le prélat d'avoir forgé ce document , 
t les écrivains protestans ont perpétué cette accusa- 
ion sans nous dire sur quoi elle se fondait. Jacques 
lamilton, comte d'Arrau, héritier présomptif de la 
:ouronne , comme petit-fils de Marie , sœur de Jac- 
|nes m, qui n'avait pas d'ambition , mais qui cédait 
àcilement aux impulsions étrangères^ réclama la ré- 
gence , et la noblesse assemblée la lui décerna : cVtait 
in prince faible de corps et d'esprit, aidiant lé repos^ 
timide et irrésolu. Henri VlU fit aussi connaître ses 
prétentions à la régence ; il était soutenu par le parti 
de Douglas, dont le chef, le comte d'Angus ^ , rentra 
dans le royaume. On finit par s'arranger moyennant 
une transaction ^ le roi d'Angleterre renonça à son 
droit à la régence ; on convint que la jeune reine 

f Yoy. p. 926 àt ce vol. 



L. 



338 LIVRE VI. CITAP. X. iiCOSST.. 

épouserait Edouard , fils de Henri VIII , et serait 
voyce eu Angleterre aussitôt qu'elle aurait dix ans. 

Le comte d'Ârran passait pour ôtre attache ad 
opii^ions luthériennes. Il confirma ce soupçon en pel 
mettant à des prédicateurs d'attaquer, jusque dans il 
chapelle, la suprématie du pape, Pin vocation dtf 
saints et le culte des images. Sur la proposition A 
lord Robert Maxwel ^ un acte du parlement permit il 
peuple de lire la Bible dans une traduction vulgaire 
Gawin Dunbar , archevêque de Glasgow et chance 
lier du royaume^ protesta contre cette loi en son noi 
et en celui du clergé , et le cardinal Beaton , que 
régent avait tenu pendant quelque temps en prison 
était à peine relAché qu'il déclama violemment cont 
l'hétérodoxie du régent et contre le traité que edni- 
avait conclu avec l'Angleterre. Le parti qui s'appcL 
écoaaaie fut renforcé par l'arrivée de Mathieu Stuai 
comte de Lennox ^ , époux d'une fille de Margueri 
Tudor que , dans son second mariage contracté api 
la mort de Jacques lY , elle avait eue d'Archibs 
Douglas j comte d'Angus. Comme oncle de la jeu; 
reino par alliance y il prétendait avoir plus de droi 
la régence que le comte d'Arran , quoiqu'héritier pi 
somptif de la couronne. Le cardinal s'empara de 
personne de la reine et de sa mère et , 90us prêtes 
de les mettre à l'abri d'un coup de main des Anglai 
les conduisit dans le nord de l'île. Le régent effra 

^ Celte brntirhc de la tnaUoii de Stuarl u^ava-it aucun ciroll 
trône; le mariage du comle de Lennox avec Mar^^urrile ])ouni 
fille de Marguerite Tudor, ne (louvait lui en donner aucun. 



8ECT, lU MARIE STUART, 1542 — 1560. 557 

mpit le traité avec TÂngleterre pour enti'er dans le 
rti français ou écossais , et se réconcilia ayec le car- 
nal. Celui-ci abandonna le comte de Lennox y et 
régent abjura publiquement , à Stirling, la doctrine 
*ote5lante. Conjointement avec le prélat il parcourut 
Ccosse pour exécuter un arrêt du parlement qui 
oscrivait les Protestans. La guerre avec l'Angleterre 
ntinua jusqu'en 1544. L'Ecosse fut alors comprise 
ns la paix entre Henri VIII et François V"^. Peu de 
oaaines avant cet événement, le régent avait été 
îlivru d'un colique qui s'était emparé de presque 
ute Fautorité. Le cardinal Beaton était tombé vie- AinMîuitaa 

ordinal Bwittm» 

ne de la haine que lui portait Norman Lesly, fils 

aé du comte de Rotbes. Ce gentilhomme, pour 

tnger une offense 9 se réunit à quinze de ses amis , 

rprit , par un coup de main très-hardi , le cardinal 

msson château de S.-André et le tua, le 20 mai 1546. 

Les intrigues du duc de Somerset, protecteur d'An- .®"**"-l^ 

sterre^ engagèrent le régent d'Ecosse à lui déclarer 

giierreen 1547. Le 10 septembre de cette année, 

I Écossais furent défaits dans la sanglante bataille de 

Inkey, qui leur coûta 8,000 hommes. Le vainqueur 

; sut pas profiter de la victoire, qui n'eut d'autre ré- 

iltat que de lier les Écossais plus étroitement à la 

rance. Entraînés par la reine douairière, qui sut ha- 

ilement ménager leurs passions, les nobles , dans 

ur ressentiment contre les Anglais , offrirent la main 

s Marie Stuart au dauphin de France , fils du roi Fiaoçaitus d* 

[enri II. Le traité fut signé , le 5 juin 1548 , par un » 

' Voy. p. 476 de ce vol. 

XVIII. 22 



Marie stuart 
avec le Dau>. 
kin de Vranc*. 



558 LIVRE VI, CHrVP. X. ECOSSE. 

parlcineul assemble près d'IIaddingtoun ; le rége 
fut récompensé de sa condescendance par une pensi* 
et par le duché de Chatellerault que le roi de Frai 
lui accorda. Une flotte française qui avait porté ( 
troupes auxiliaires eu Exosse, emmena la jeune rei 
en France pour être élevée à la cour la plu8p( 
d'Europe. L'Ecosse fut encore une fois comprise ai 
la paix de 1549 entre la France et l'Angleterre. 

roini-mère *m1- Dcux persomics partageaient avec le régent le p 
rie de Lon-aine. ^^jj. j^ ^^ placc , savoir Jcau Hamilton , frère 

comte d'Arran et archevêque de S.-André depui 
mort de Beaton, et la. reine-mère, Marie de Lorn 
ou de Guise. Les frères de cetle princesse , le du( 
le cardinal de Guise , la pressèrent de se saisir de te 
l'autorité. Par une conduite très-adroite, elle sut n 
seulement se rendre favorables tous les partis d< 
nation , même les Protestans , mais aussi gagne 
régent. Le 10 avril j 564: , Jacques Hamilton , co 
d'Arran , abdiqua sa charge entre les mains du ] 
lement qui la conféra aussitôt à la reine-mère, 
principal chef des' Protestans que Marie avait fl 
était Jean Knox , un des plus fougueux réformate 
Mariage de Pour affermir son autorité , la reine-régente pr 

Marie Staavt ' O l' 

ûbîu.^ "*"" le mariage de sa fille avec le dauphin. Il s'agissait 
conclure le contrat de mariage 5 on se montra i 
part de la France très-facile sur les conditions^ p 
que la jeune reine ne connaissant sans doute 
l'importance de la démarche qu'on lui faisait fa: 
avait signé un acte secret par lequel, protestant co 
tout ce que les Etats d'Ecosse lui feraient signer, 



CT. II. MAKlE STUART, 1542 — 1560. 559 

a aux rois de France des droite qu'il ne dc^pen- 
I d'elle d'accorder ^. Une seule condition pré- 
es diiEcultés : il avait été convenu dans les 
du traité que le dauphin porterait le titre de 
:osse *, mais ce prince demandai qu'on lui con* 
couronne matrimoniale. Les historiens du 
l'expliqueit pas clairement la signification de 
;s ; mais on voit qu'avec la couronne matri- 
: l'époux de la reine obtenait une part au 
lemcnt et Jevenait co-régent. Un acte du par- 
j du 29 rovembre 1558 , accorda cette cou- 
m roi-daaphin François , car c'était li le titre 
>rtait depiis le 24 avril que son mariage avec 
kuart avût été célébré. Le parti protestant qui 
it qu'augmenter en nombre ^ et dont les chefs 
les étaieiA le comte d'Argyleet Jacques Stuart, 
le S.-AEdré , frère naturel de la reine • avaient 
ip contnbué à la réussite de cette affaire qui 
mcontrc de l'opposition de la part du parti 
ilton , à a tôte duquel se trouvait l'archevêque 
Lndré, fièreduducd'Arran', l'ancien régent, 
ersuadcra-t-on que la'scour des Guises qui c'omimmee- 

* *■ ment den trnii— 

iitcs SCS démarches était guidée par les instruc- '*''* '^"«î«"«- 
l'elle recevait de Paris , ait véritablement été 
s à favoriser la cause des Protestans? Geux«-ci 
lient ; ils pensaient avoir assez bien mérité de 
atc pour compter sur sa reconnaissance ; il 
n eiFet que par une sage politique Marie do 
oulait éviter de s'aliéner un parti auquel ap- 
vo\. XVI, p. 254. 



540 LIVRE VI. CHAP. X, ECOSSE. 

parteuait dès-lors le plus grand nombre de la p( 
lation. n fallut quelque temps aux Prolestans ] 
s'apercevoir de leur erreur. Depuis la mort de Pa 
Hamilton , regardé comme le premier martyr du 
théranisme en Ecosse , il s'était passé trente ans 
que cette secte commît quelque excès ( car le mei 
du cardinal Beaton n'était pas FciFci du fanatism 
ligieux ) ; on attribue cette tranquiBité à la pruc 
des chefs , à la politique de la régente et à la mo( 
tîon de l'archevêque de S .-André. Les historiei 
temps ne sont pas assez impartiaux pour qu'on j. 
s'en rapporter à leur récit sur les causes qui on 
recommencer les persécutions. L'archevêque vouli 
en déployant son zèle religieux , créesr un parti 
tique pour l'opposer à celui de la régente ? ou él 
secrètement d'accord avec cette princesse? ou les 
que les Protestans commirent en brisant les im 
les crucifix et les reliques , excès que leurs ëcr 
représentent comme ayant été provoqués par k 
sécutions qu'ils éprouvaient , en furent-ils plu 
Origine de la gausc ? Eu 1557 , Ics Protcstans conclurent à É 

coogregaliOD. ' 

bourg une confédération pour leur défense , s 
titre de congrégation de Jésus- Christ» Le su| 
d'un prêtre, aussi vieux. que pauvre, nommé \/ 
Mill , qui eut lieu eu J 558 , nourrit le fanatis 
lieu de l'étouffer. L'archevêque l'avait condam 
bûcher ; mais les officiers de la justice civile refu 
de prêter leur bras à Texéculion de cette sent 
on ne trouva dans toute la ville ni un individ 
voulût y aider , ni même une corde pour attac 



SECT. II. MARIE STUAIIT, 1542 — 1560. j4t 

tlheureux ; il fallut que les domestiques du prJlat 
chargeassent des fonctions de bourreau. La même 
Dée^ les membres de la congrégation présentèrent à 
Trente une requête pour obtenir le libre exercice 
leur religion. Ils demandèrent aussi dans une péti- 
m qui devait être adressée au parlement y que les 
\B qui dans des temps d'ignorance avaient accordé au 
îTgcS la &culté de juger les hérétiques , fussent abro- 
es ; que les prélats et autres ecclésiastiques fussent 
dus des tribunaux , et que les accusations ])Our 
Srésie fussent portées devant les cours séculières ; 
l'on accordât aux accusés tous les moyens légaux de 
^ense ; enfin qu'on ne condamnât personne comnie 
érétique^ à moins d'avoir prouvé par les saintes 
Icritures la fausseté de la doctrine professée par le 
révenu. La régente à laquelle les réformateurs com- 
luniquèrent cette pétition leur défondit de la porter au 
ftrlement. Ils protestèrent contre cette défense , et 
^mmencèrent dès ce moment à se détacher de leur 
icienne protectrice. 
Le système de politique adopté par la cour de France, M«rie stvn 

« ,: 1 c prend le litn. 

tauquel la reine-régente fut obligée de se oontormer, do roiBed'Aii- 
le lui permit plus de garder envers les Protcstans le 
nasque de la bienveillance. Â la mort de Marie, reine 
['Angleterre, Henri II avait exigé que sa bru prît le 
lire de reine d'Angleterre , et les Guises avaient formé 
e projet de détrôner Elisabeth. On ne pouvait espé- 
•er d'y réussir , sans auparavant détruire le lutbéra- 
lisme en Ecosse. Les Protestans auxqupls il ne fut 
Jus possible de méconnaître le dessein de la rcincj- 



342 LIVRE VI. CHAP. X- ECOSSE» 

régente , renoncèrent à toute modération. Ils établi 
de force Texercice de leur culte àPerth , une des v 
les plus considérables , et la reine-régente ayant 
tous leurs prédicateurs à un tribunal assemblé àj 
ling , ceux-ci se mirent en chemin , accompagnés d 
telle foule , qu'à leur approche Marie les fit prie 
se disperser , promettant qu'elle ne donnerait pas i 
au procès instruit contre eux. Les prédicateurs ohé 
et ramenèrent leurs amis ; mais avec une mauvais 
inconcevable la reine les fit condamner tous coi 
contumaces. 
Guerre civile Dès cc momcut la guerre fut déclarée. Elle 
soufflée par JeanKnox, qui, après avoir séjourne 
dant quelque temps à Genève , revint, en 155S 
Ecosse. Ce fanatique prêcha à Perth avec une 1/ 
mence extraordinaire contre l'exercice du culte 
tholique ou, comme il disait, contre l'îdolâtr 
communiquât sa fureur au peuple qui brisa les a 
et les images des églises , se répandit dans les cou 
les pilla et dévasta leurs églises. La reine-régei 
mit à la tête de 7,000 hommes de troupes frani 
et écossaises pour châtier la ville rebelle ; la coi 
gation rassembla ses forces •, l'effusion du sang fu 
venue par un traité que négocièrent le comte d'A 
et le prieur, qui ne s'ét^ent pas encore bro 
avec la reine. Les portes de Perth s'ouvrirent 
Marie de Guise, à condition qu'aucune troupe frau 
n'y serait introduite et que les habitans jouir 
d'une pleine amnistie. Il paraît que les chél 
la congrégation se méfiaient de la reine , cai 



SBCT. II. MARIE STUART, 1512 — 1560. oio 

LS mai 1559, ils renouvelèrent leur confédëration. 
^ Leur appréhension ne fut pas sans fondement, 
k^ussitôt que les troupes de la congrc^alion se furent 
lispersées, la reine-n'gente fit entrer à Perth un corps 
[u'ellc prétendit ôlre écossais , cpioiqu'il fût soldé par 
it France 9 et proscrivit le culte réformé. Dus ce mo- 
Kient le comte d'Argyle et le prieur de S. André qhit- 
iiérent la cour de la régente et joignirent les clicfs de . 
« congrégation, qui reprirent les armes. Knox eut 
Uie grande part à cette résolution. Il porta ^^euple 
^ commettre de nouveaux excès ; lui-même eut la liar- 
liîesse d'entrer dans l'église métropolitainedeS. André, 
quoiqu'il sût que l'archevôque avait une garde de cent 
hommes; il y monta en chaire, et, prenant pour 
texte de son s(;rmon Jésus-Christ chassant du temple 
les acheteurs et les vendeurs, il engagea ses auditeurs 
k purger les temples de Tidolatrie qui y régnait. Aus- 
sitôt toutes les églises furent pUlées , tous les couvens 
dévastés. 

iKntOf ne se contentait plus de prêcher la liberté Mouvomni* 
religienae; à Genève il avait connu une autre liberté ''»^'"ian». 
ju'il s'était proposé de donner à son pays. A son ins- 
tigation la congrégation exigea des concessions qui 
devaient préparer l'institution d'un gouvernement ré- 
publicain. Sa première demande, et on ne saurait le 
blâmer d'y avoir insisté , était l'éloignement des troupes 
françaises que les I^rotestans croyaient ou faisaient 
semblant de croire arrivées pour subjuguer la nation. 
La reine-mère, désirant gagner du temps afin que les 
renforts qu'elle attendait de France pussent arriver , 



>'j?:i. 



Mi LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

entra en négociations ^ conclut des traités , en exécute, 
quelques conditions pour se dispenser de donner suite 
aux autres^ et ne fit ainsi qu'empirer sa position. Li 
congrégation s'empara de Perth , et même , le 29 jim |p 
15 59, d'Edimbourg. Marie deGuise se sauva àDunbar. 
Partout où les Protestans mirent le pied, les plus 
grands excès furent commis dans les églises et danslei 
monastères : il ne s'agissait plus d'obtenir la tolérance 
pour eux-mêmes ; la destruction du culte cathplique 
était (ttjklors leur objet. L'imprudence de leurs chefr 
qui croyant avoir vaincu ^ laissèrent leurs troupes se 
débander , les exposa ù perdre tous leurs avantages, 
lia reine ayant réuni ses forces , parut inopinément 
devant Edimbourg , et les Protestans durent s'estimer 
heureux qu'elle leur accordât une trêve depuis le 24 
juillet 1559 jusqu'au 10 janvier suivant^ à condition 
que la capitale lui fût livrée : au lieu de renvoyer les 
troupes françaises y elle promit seulement de ne pas 
les faire entrer dans Edimbourg. Elle conclut cette 
trêve, dans l'espérance que l'arrivée des renforts hn 
permettrait de la rompre. Le duc deChâtellermilt iet 
le comte de Huntly , les plus puissans seigneurs 'ca« 
tholiques , qui ne voulaient pas prêter aide à la reine 
pour l'exécution des desseins ambitieux qu'on lui sup- 
posait , promirent aux chefs de la congrégation de ae 
joindre à leur parti, si la reine violait cette transaction 
et qu^elle refusât décidément le renvoi des troupes. 
ch'4S.uïSiuû. ^^ ^^^^ ^^ Henri II, roi de France, qui arriva au 
^teluSû''* moment où cette trêve fut conclue, fut un événement 
favorable aux projets de la reine-régente. Ce prince ,, 



8ECT. II. MAKIE STUART, 1542 — 1560. 545 

|tli commençait à se défier des Guises, aurait proba- 
dement retiré son assistance h leur sœur , 8*il avait 
reçu plus long-temps. François II, son successeur, et 
«8 princes de Lorraine qui le gouvernèrent , promirent 
i la régente une armée assez forte pour exterminer la 
"eligion protestante. Ils résolurent de faire voir par 
.'exemple d'une illustre victime le sort qui attendait 
les récalcitrans. Le jeune comte d'Arrau , fils du duc 
leChâtellerault, et héritier présomptif de la couronne 
l'Ecosse , était cette victime désignée : il n'échappa k 
Une mort certaine que par une prompte fuite. Ârrau 
arrivé en Ecosse, engagea son père à se déclarer pour 
les Protestans. Depuis ce moment le duc de Châtelle- 
rault fut le chef des Protestans, mais seulement de 
nom , car toute l'autorité était exercée avec autant do 
l>ravoure que d'habileté par Jacques Stuart , prieur 
de S. André. 

Un corps de troupes françaises étant arrivé , Marie 
fit fortifier Leith , qu'elle destinait à être sa place 
d'armes. Encore une fob la congrégation prit les 
armes ^ mais avant d'en faire usage elle sollicita la 
reine de démolir les fortifications de Leith. Sa réponse 
fiit fiëre et péremptoire. Les chefs des Protestans con- 
voquèrent alors une assemblée générale de tous les 
pairs, barons et représcntans de bourgs de leur parti. 
Comme la politique était inséparable de la religion, 
l'assemblée consulta les plus fameux prédicateurs. 
Jean Wittoks ctKnox, fidèles aux principes, non du 
protestantisme, mais du calvinisme de Genève, dé- 
montrèrent par des exemples tirés des saintes Ecci^ 



346 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

tures, qu'il est permis aux sujets, non-seulement Je 
résister h des tyrans, mais aussi de les déponilkr 
d'une autorité dont ils abusent. En consëqucnce (A 
de'cret unanime de la congrégation , publié le 22 oc- 
de la ré^enîê. ytobre 1559, priva la reine de la charge de régente. On 

allégua pour motifs l'entrée de troupes françaises dans |ï 
le royaume, et la violation des droits et des liberté 
de la nation , et on ne fit mention qu'en passant des 
griefs religieux. 

Ainsi les membres de la congrégation avaient jelc 
le gant ; mais le fanatisme ne suffisait pas pour mener 
à fin une entreprise aussi hardie que la leur : le grand 
nombre de leurs soldats ne pouvait pas résister à une 
petite troupe de Français aguerris et disciplinés. Les 
chefs manquaient d'argent et d'union; il y avait même 
des traîtres au milieu d'eux. Ayant essuyé quelques 
échecs, leurs troupes furent saisies d'une terreur pa- 
nique ; le 6 novembre elles sortirent d'Edimbourg en 
grande confusion , et s'enfuirent jusqu'à Stirling. La 
reine-régente envoya ses troupes françaises pour les 
exterminer-, la cause de la congrégation paraissait per- 
due lorsque, le 23 janvier 1560, on aperçut une flotte 
formidable se dirigeant vers le Frith of Forth. Les 
Français , ne doutant pas que ce ne fût le roarqais 
d'Elbœuf 1, avec des secours envoyés par leur roi, 
firent des réjouissances. Leur joie ne dura guère; ou 
ne tarda pas à apprendre que la reine Elisabeth en- 
voyait ce secours à ses coreligionnaires , et qu'une 
autre armée allait arriver par terre aussitôt que la sai- 

* ElbœufnVlaîf pas encore dach('. . - 



SECT. II. MARIE STUART, 1512 — 1560. 347 

KOn le permettrait. Les Français consternes se jetèrent 
lans Leith , et la flotte anglaise se plaça de manière à 
1^8 priyer de tout secours qui pouvait arriver par 
ciEier. 

Des commissaires de la conerdeation se rendirent tw'» «^ d« 

" ® Bemick, «la 

& Berwick et conclurent, le 27 février 1560, avec**®^* 
le duc de Norfolk i , un traite par lequel les Ecos- 
Bais s'engagèrent à ne pas permettre l'alliance de 
leur pays avec la France; Elisabeth promit de les 
assister contre toute attaque étrangère : cet engage- 
anent fut réciproque. La reine d'Angleterre ne de- 
manda aucune place de sûreté ; mais on promit de 
lai remettre des otages avant l'entrée de son armée 
6n Ecosse. 

Cette entrée eut lieu au printemps. Lord Grey de 
Wilton arriva avec 6,000 hommes de pied et 2,000 
chevaux. Réuni aux troupes de la congrégation, lord 
Grey commença , le 6 avril , le siège de Leith. La gar- 
nison qui était plus nombreuse que les assiégeans, 
plus aguerrie et plus expérimentée , se défendit avec 
un courage qui ne permit aux Anglais que d'avancer 
lentement. 

La reine-régente avait confié la sûreté de sa per- ^"'^f^^ij, 
sonne au gouverneur du château d'Edimbourg r c'était 
lord Erskine , Protestant qui n'avait pris aucune part 
aux dissensions poUtiques ^ et , ce qui est bien rare en 
pareil cas , jouissait de l'estime deâ deux partis. Marie 
de Lorraine , qui possédait toutes les qualités requises 
pour gouverner, et à laquelle ses adversaires n'ont 

^ Thomas Howard , fils de Henri, comte de Surrey. 



548 LIVRE yi. CHAP. X. écossB. 

jamais pu reprocher qu'un amour trop prononcé pour 
sa patrie et une trop grande condescendance pour ses 
frères j mourut le 10 juin 1560. Avant d'expirer, elle 
avait fait appeler le comte d'Argyle et le prieur de- 
S. André 9 pour leur exprimer ses regrets de s'itie 
laissée entraîner h des mesures violentes , et pour les. 
exhorter à la fidélité envers leur jeune reine.. 
uàti'l^im. La découverte de la conspiration d'Amboise * coa- 
vainquit les princes de Lorraine de la nécessité de^ 
renoncer à la conquête de TEcosse^ et même à la 
délivrance de Leith par une force armée. Jean de 
Montluc 9 évêque de Valence , et le sieur de Randan 
furent envoyés à Edimbourg pour négocier la paix 
avec Cécil et Wolton, doyen de Cantorbéry , pléni- 
potentiaires d'Angleterre. Elle fut signée le 6. juillet 
1560. Honneur en soit rendu aux ambassadeurs fran- 
çais 'y quelque grand que fût leur désir de conclure la 
paix , aucune considération ne put les engager à trai- 
ter avec des rebelles comme d'égal à égal. François U 
et Marie accordèrent aux Protestans le redressement 
de leurs griefs et tout ce qu'ib demandaient pour g^ 
rantie de leur sûreté; mais ils ne l'accordèrent que 
comme des grâces et des faveurs. Néanmoins pour lier 
ces princes , Montluc consentit à ce que ces conces- 
sions fussent insérées comme obligatoires dans le traité 
entre la France et FAngleterre. Ces deux puissances 
promirent réciproquement de faire évacuer l'Ecosse à 
leurs troupes, et ce qu'il y a de plus important, le 
droit d'Elisabeth à la couronne d'Angleterre fut for- 

• Voy. vol. XVI, p. 283. 



SECT. ir. MARTE STU.VRT, 1542 — 1560. 3i9 

SifteUement reconnu , et Marie avec son époux renon- 
usèrent solennellement et pour toujours au titre et aux 
^âAmies d'Angleterre. 

Les articles accordés par Marie Stuart aux Ecossais ahîcIm ae- 
mont les suivans : Aucune force étrangère ne sera in- i«««»»- 
Produite dans le royaume sans le consentement du 
parlement ; les fortifications de Leîth et de Dunbar 
seront rasées et aucune nouvelle forteresse ne sera 
construite sans le consentement du parlement; un 
parlement sera convoqué pour le !«' août , et cette 
assemblée sera regardée sous tous les rapports comme 
aussi Ic^ale que si elle avait été appelée par l'exprès 
commandement de la reine. Durant l'absence de la 
reine 9 l'administration dû gouvernement sera confiée 
à un conseil de douze personnes , choisies parmi vingt- 
quatre candidats présentés par le parlement; savoir 
sept par la reine et cinq par le parlement; aucun 
étranger ne sera nommé à une place de confiance ou 
h une dignité du royaume; la charge de trésorier ou 
contrôleur des finances ne sera jamais donnée à un 
ecclésiastique. Le parlement prochain passera un acte 
d'amnistie pour toutes les offenses commises depuis le 
6 mars 1558, et le roi et la reine le sanctionneront. 
Pour ce qui regarde les controverses religieuses , les 
ambassadeurs déclarèrent qu'ils n'avaient pas voulu 
prendre sur eux de les décider, et qu'il serait permis 
au parlement d'examiner les points litigieux et d'en 
représenter le sens au roi et à la reine. 

Ainsi l'autorité souveraine fut entièrement trans- 
férée au parlement ou plutôt à la congrégation ; la 



\ 



560 



LIVRE VT. CHAP. X. ECOSSE. 



prérogative royale, déjh très -limitée, fut presque 
anéantie et le pouvoir aristocratique fiit consolidé.' 
L'influence française sur les affaires d'Ecosse dispanitl 
avec le truite d'Edimbourg. 



r.^ 



HîCT. III. MAUii: STUART, jv.squ'en 1568. 3;)1 



SECTION III. 

fiègne de Marie Stiiart depuis la paix ^Edimbourg 
jusqu'en 1568, ou pendant sa présence en 

Ecosse. 

Le parlement convoque en vertu de la paîx d'Edim- , R*n^7f»n*'n« 

V X 1 d4* la rtligion 

lx>urg , fut un des plus nombreux qu'on eût encore "^^^^'h»**- 
^wus eu Ecosse. Tous les pairs ecclésiastiques et laïcs , 
"mne centaine de barons d'un moindre ordre et les re- 
présentans de presque tous les bourgs y parurent. 
Aucun commissaire du couple royal n'arriva , mais la 
congrégation, qui formait la majorité, décida que 
l'assemblée était légale en vertu des articles du traité. 
Toutes les opérations prescrites par ce traité furent 
promptemcnt consommées ; il n'y eut que les affaires 
religieuses qui prirent quelque temps. Le clergé , cé- 
dant au torrent de l'opinion publique , ne fit qu'une 
l^ère résistance , et le parlement condamna par un 
premier acte toutes les doctrines de la religion catho- 
lique que la congrégation , dans une pétition viru- 
lente rédigée par Knox, lui avait désignées comme 
abusives , superstitieuses et idolâtres , et ordonna que 
les prédicateurs réformés lui présentassent une expo- 
sition de la doctrine chrétienne , telle qu'à l'avenir elle 
devait être professée. 

Au bout de quatre jours cette exposition fut pré- confi.»»îon <ie 
sentée et approuvée par le parlement. Elle est connue 
sous le titre de Confession de foi écossaise , et rcn- 






552 LIVRE VI. CIIAP. X. llilCOSSE. 

ferme tous les dogmes du protestantisme oppa 
ceux de la religion cathoUcpe. Dans les deux ào{ 
de la prédestina lion pour le salut et de la prés 
réelle dans l'eucharistie, cette confession s'expi 
en termes ambigus qui, sans décider entre les c 
opinions sur lesquelles les novateurs n'étaient 
d'accord , montrent cependant une propension vc 
système de Calvin. Chose étonnante *, cette confei 
aurait été adoptée à l'unanimité, si trois gentilsli 
mes n'avaient déclaré qu'ils voulaient persister 
la religion de leurs pères. 

Un second acte abolit la juridiction ecclésiastii 
un troisième l'exercice de la religion catholique , 
fut statué que quiconque dirait, ou entendra 
messe, ou y assisterait, serait puni, la première 
par la confiscation de ses biens ; la seconde fois 
lexil^ et la troisième , par la mort. 

La majorité des seigneurs laïcs approuva ces 
actes *, mais ces mêmes seigneurs opposèrent la 
vifi;oureuse résistance à une quatrième propositio 
lative à la destination future des biens ecclésiasti( 
 l'époque de la destruction des monastères , les 
blés s'étaient mis en possession des terres apparte 
à ces fondations ; ils espéraient faire de même à l't 
de celles que l'Eglise possédait encore. Plusieurs a 
avaient pris part à cette spoliation *, en se décli 
protestans , ils s'étaient appropriés les biens des 
vens , à charge de donner des alimens aux mo 
Les prédicateurs protestans ayant demandé que 
les biens des couvens supprimés fussent employée 




BCT. III. MARIE STUART, JUSQU*EN 1568. 355 

ppoîntcmens des ministres du culte , à l'éducation de 
& jeunesse et au soulagement des pauvres, cette pro- 
Kisition fut rejetëe tout d'une voix. 

En donnant à ses décrets la forme d'actes du parle* 
ment, et ordonnant qu'ils fussent exécutés comme 
3cU, l'assemblée avait violé la constitution qui ne lui 
Mrmettâit que de présenter des bills à la sanction 
?t>yale pour que celle-ci leur donnât le caractère d'actes 
ït de lois ; elle avait encore plus particulièrement en- 
freint les articles du traité d'Edimbourg qui prescri- 
vaient au parlement d'examiner les questions litigieuses 
en religion et d'en faire connaître le sens au roi et à la 
■eine^ sans l'autoriser à en faire la matière de bills et 
encore moins d'actes. Aussi les députés que le parle- 
ment envoya en France, pour soumettre à Marie 
Stuart les opérçitions du parlement, n'obtinrent-ils 
pas la sanction royale. 

François II mourut le 4 décembre 1560, sans laisser MondePn»^ 
* . . . . . . f«"»w» 

<le ^postérité. Marie Stuart qui jusqu'alors avait fait ^ 

par sa beauté et les grâces de son esprit , l'ornement 
de la cour de France, et qui, par l'empire qu'elle 
exerçait sur son époux , avait assuré à ses oncles la di- 
rection des affaires , maintenant abandonnée des cour- 
tisans, parce qu'ils savaient que Catherine de Médicis 
ne l'aimait pas, se retira à Rheims où elle vécut dans les 
ennuis et les regrets. 

Sans se donner beaucoup de peine pour obtenir la FM»iî»mede» 
sanction royale de ses actes , le parlement continua 
d'établir en Ecosse la réformation et d'y extirper la 
religkyQ catholique. Ce n'était pas le régime épiscopal 

XVIII. 23 






554 LIVllE VI. CHA.P. X. ECOSSE. 

introduit en Angleterre, que les réformateurs vou 
latent donner à leurs églises. En Angleterre, lecluui-| î 
gement de religion avait été fait par le monarque; eo 
Ecosse , il partit des «lasses inférieures et surtout des 
prédicateurs plébéiens. Knox avait connu à Genèfe 
im système d'égalité qu'il résolut de transporter et 
Ecosse. On l'appelle presbytérianisme, parce qu'il 
rejette toute hiérarchie et tout pouvoir du chef de 
l'état. Knox se persuada cependant qu'il ne pourrait 
établir immédiatement l'égalité des ministres de l'É- 
glise; il résolut de procéder par degrés; il proposa 
d'abord de nommer dix à douze surintendans à h 
place des évéques ; on les chargea d'inspecter la vie et 
la. doctrine des pasteurs, et de présider leurs assem- 
blées ; on leur laissa même quelques attribut ions épis- 
copales, mais ils n'eurent pas de siège au parlement. 
Par ordre des Etats , Knox et quelques-uns de ses 
Pwmier livre amis rédigèrent le PremierUvre de discipline^ ou une 

de discipline. ^ " x 7 

liturgie semblable à celle de Genève , et qui fit dispa- 
raître tout ce qui restait encore de la pompe de l'an- 
cien culte. Après avoir sanctionné cette liturgie, k 
parlement arrêta que tous les moriumens de la par 
pauié fussent détruits. Cet acte autorisait tons ks 
excès; une fureur générale s'empara de toutes les 
tètes ; c'iétait à qui montrerait le plus de zèle en bri- 
sant les images, en volant les omemens et les vases 
sacrés; les plus belles abbayes, construites dans ce 
qu'on appelle vulgairement style gothique , disparu- 
rent dans un instant; de riches bibliothèques, les 
archives des couvenS| furent dispersées } le fimt- 



»ECT. III. MARIB 8TUART, ltJ8QU*BN 1568. 355 

isme iiV5pArgiia pas niAme les 8<Spultares des morts. 

Le parlement de 1561 envoya le prieur de S. An- Mar» stnan 
Ir^ en France, ponr inviter Marie Stuart à venir rrendremMin 

le goufvnMBeBC 

prendre le gouvernement de son royaume. Le parti ^* ^*^**^' 
catholique la sollicita par un député particulier de se 
■oettre â sa tète et d'extirper les armes à la main les 
innovations qui avaient été introduites dans l'Église. 
Marie Stuart se laissa guider dans cette circonstance 
par le conseil de ses oncles qui, n'ayant pas de moyens 
pour soutenir leur nièce, désiraient qu'elle pût pren- 
dre pacifiquement possession du trône. Elle résolut de 
flnivre les avis prudens du prieur. 

C'est i cette époque qu'il faut placer l'origine de la P^'r^j* *• 
iuronillerie entre Marie et Elisabeth , qui se termina *^* d'A«gj2« 

' X lorro pour vu^ 

par une triste catastrophe. La reine d'Angleterre , la "* *"*^ 
plus vaine des femmes , haïssait Marie à cause de la 
grande supériorité que la reine d'Ecosse avait sur elle, 
par rapport aux grâces personnelles; mais elle la 
haïssait peut-être plus encore parce que, ne pouvant 
ae résoudre an mariage , elle prévoyait qu'à sa mort 
Marie ou ses enfans seraient appelés à la succession , 
par les lois du royaume. Par une bizarrerie de son 
caractère , cette idée lui était insupportable. Pour la 
flatter, Cécil avait ÙlH insérer dans le traité d'Edim- 
bourg la clause par laquelle Marie renonçait pour 
ioujoura à porter le titre de reine d'Angleterre. Il est 
probable que Tévêque de Valence ne sentait pas l'im- 
portance de l'engagement qu'il contracta pour la reine. 
Marie Stuart , mieux avisée , ne pouvait pas se sou-^ 
-mettre à une condition par laquelle non-seulement 






356 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE* 

elle aurait renoncé à sa prétention très-mal fondée ^|^ 
pour le moment, au trône d'Angleterre, mais atisâl 
son droit indubitable de succéder à Elisabeth , si dk 
ne laissait pas de descendance. Ce fut la raison qui V 
porta Marie Stuart à refuser la ratification du tnité 
d'Edimbourg. Elle employa pour s'en dispenser ^ 
sieurs subterfuges , parce que, connaissant le caractère 
de sa rivale , elle craignait de se brouiller à jamùs 
avec elle , si elle énonçait le vrai motif de son refiis. [ 
Que si les deux princesses avaient voulu s'expliquer 
franchement l'une envers l'autre , il était très-facile 
de faire cesser tout sujet de jalousie. Il suffisait que 
Marie Stuart renonçât à porter le titre de reine d'An- 
gleterre pendant la vie d'Elisabeth et de ses descen- 
dans. 
Arrivée de Marfc cûfin Quitta Ic pavs où elle avait été élevée. 

Marie Stuart en 11 . •»•■•' 

Ecosse. OU elle avait passé les plus belles années de sa vie, et 

auquel elle devait devenir étrangère. Une suite bril- 
lante l'accompagna à Calais où elle s'embarqua. Bran- 
tome qui se trouvait dans le nombre , fait le récit sai- 
vaut de ce voyage. « On commença , dit-il , à &ire 
voile. Elle , sans songer à autre action , s'appuya les 
deux bras sur la poupe de la galère du côté du timon, 
et se mit à fondre en grosses larmes , jetant toujours 
ses beaux yeux sur le port et le lieu d'où elle était 
partie, prononçant toujours ces tristes paroles : Adieu 
France! adieu France! les répétant à chaque coup; 
et lui dura cet exercice dolent près de cinq heures, 
jusques qu'il comijiença à faire nuit et qu^OQ lui de- 
manda si elle ne voulait point ôter de là et souper 



iJBCT* ni. MARIE sTUAaT^ jusqu'bn 1568. 557 



peu. Alors redoublant ses pleurs plus que jamais, 
^Ue dit ces mots : C'est bien à cette beure , ma obère 
France , que je vous perds du tout de vue , puisque 
Im, nuit obscure est jalouse de mon couteutement de 
rons voir tant que j'eusse pu , et m'apporte un voile 
t^oir devant mes yeux pour me priver d'un tel bien* 
^dieu donc , ma chère France ! je ne vous verrai ja- 
mais plus. Ainsi se retira, disant qu'elle avoit fait tout 
Le contraire de Didon , qui ne fit que regarder la mer 
quand Enée se départit d'avec elle , et elle regardoil 
lx>ujours la terre. Elle voulut se coucber sans n'avoir 
Knangé qu'une salade , et ne voulut descendre en bas 
dans la chambre de poupe *, mais on lui fit dresser la- 
^averse de la galère en haut de la poupe , et lui dressa 
on là son lit : et reposa peu , n'oubliant nullement 
ses soupirs et larmes. Elle commanda au timonier , 
«tôt qu'il seroit jour, s'il voyoit et découvroit encore 
le terrain de la France , qu'il l'ëveillat et ne craignît 
de l'appeler. A quoi la fortune la favorisa ; car le vent 
li^étant cessd , et ayant eu recours aux rames , on ne 
fit guère de chemin cette nuit, si bien que^ le jour 
paraissant, parut encore le terrain de France; et 
n'ayant failli le timonier au commandement qu'elle 
lui avait fait, elle se leva sur son lit et se mit à con- 
templer la France encore, et tant qu'elle put. Mais> 
la galère s'éloignaut , elle éloigna son contentement , 
^t ne vit plus son beau terrain. Â donc redoubla en-^ 
core ces mots : Adieu la France , je pense ne vous voir 
jamais plus ! » 

Sa gîdère échappa à la flotte d'Elisabeth > qui avAÎt 



358 LIVRE VI. CHAP. X. ÈCMBÉ. 

donne ordre, dit-on , de Tintercepter, et elle arrita 
à Leith* Elle fut reçue aux acclamations du peuple, 
mais l'aspect de la pauvreté du pays dut nécessaire- r 
ment faire une triste impression sur Tâme d'une jeune 
reine habituée depuis son enfance à la splendeur et 
à la magnificence* Les applaudissemens qui Faccneil'- 
lirent, n'étaient ni simulés ni commandée; depuis 
près de vingt ans la nation était gouvernée au nom 
d'une souveraine quMle n'avait pas vue ; cette reine 
arriva dans toute la fleur de là jeunesse et de la 
beauté , ornée des grâces de l'esprit et de la politesse 
d'une cour élégante , et tous les cœwrs volèrent an- 
devant d'elle. 
i^^S^tJ^^ Le prieur de Saint-André obtint du zèle fanatique 
des Puritains, la promesse que la reine et sa suite 
jouiraient du libre exercice de leur religion. En re- 
vancbe Marie Stuart qui n'avait pas encore sanctionné 
les actes du parlement , et qui était décidée à ne rati- 
'fier jamais la paix d'Edimbourg , publia une procla- 
mation portant que jusqu'à ce que de concert avec 
son parlement elle eût donné des ordres définitifr 
sur ce qui regardait la religion , toute tentative de 
renverser celle qu'elle avait trouvée universellement 
établie dans le royaume, serait regardée comme un 
crime capital. C'était sanctionner indirectement tout 
ce que le parlement avait fait. Aucun catholique ne 
fut admis au conseil que Marie Stuart établit. Jacqatf 
Stuart, prieur de Saint-André, son frère naturel^et 
Maitland de Letbington , furent ses ministres de con- 
fiance. Le premier fiit élevé au rang de comte de 



mite 



*KCT. 111. MARIE 8TUART, JUSQU'eN- 1568. 369 

SSaTj mais comme la propriété de ce comté était 
sontestée j on y substitua le titre de comte de Murray. 
Malgré tous ses eiforts la reine ne put se concilier 
L'affection du fanatique Knox, qui croyait n^avoir 
rien fait tant qu'il existerait un Catholique dans le 
royaume, et que l'état, comme l'Eglise, ne serait gou- 
verné par des principes républicains. Â côté de ces 
exagérations religieuses , le royaume fut troublé par 
la haine que se portaient les deux maisons de Stuart 
et deHamilton. Le comte de Murray était h la tÊte 
de l'une. Le duc de Châtellerault , héritier présomp- 
tif de la couronne, dirigeait l'autre. Les deux chefs 
s'accusèrent réciproquement de projets homicides. 
George Gordon, comte deHuntly, le plus puissant sei- 
gneur d'Ecosse , égaré par sa haine pour le comte de 
Murray, prit les arines ; il fallut marcher contre lui , 
et dans cette lutte Huntly fut défait et tué le 28 oc- 
tobre 1562. 

Depuis le traité d'Edimbourg il existait des négo- Négociation» 

xiT -1 i ■««• 1 1 ■■ # • pour le maiiujjo 

dations entre Elisabeth et Marie, dont le but était <ie Marie siuan. 
pour la première d'obtenir la ratification du traité, 
afin d'être délivrée de ce fantôme d'une héritière pré- 
somptive qui effrayait son imagination, et pour la se- 
conde de faire reconnaître ce droit éventuel. Marie 
Stuart, sûre de gagner tous les cœurs par ses manières 
insinuantes , demanda à sa rivale une conférence 
pour écarter tout sujet de mésintelligence ; Elisabeth 
déclina une entrevue où elle aurait brillé par des ta- 
lens supérieurs, mais où Marie aurait effacé sa préten- 
due beauté. Ses terreurs s'accrurent bien lot, lorsqu'il 



360 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. kc 

fut question pour Marie Stuart de choisir un second { 
ëpoux. Elle se mêla de ce choix avec un ton d'autorité 
qui choqua vivement la reine d'Ecosse, lui conseillant 
de renoncer, à son exemple, aux douceurs du mariage, 
faisant des observations sur chaque prince étranger 
qui se mit sur le rang, et oubliant finalement tout sen- 
timent de décence en offrant à la femme qu'elle détes- 
tait le plus, la main et le cœur flétri de son propre Ak 
vori, le comte de Leicester. On ne peut croire que cette 
proposition offensante ait été sérieuse. Elisabeth était 
trop passionnée pour renoncer à son amant ^ et il eit 
difficile de découvrir l'artifice que cachait cette pro- 
position qui fut rejetée avec le dédain et l'indignation 
qu'elle méritait. 
Mariage de MaHc fit SOU choix par des motifs de politique ; il 

Marie Sluart i JT i '^ 

î^risâ"""^ tomba sur un jeune seigneur qui avait quelques droits 
à la couronne d'Angleterre. La maison de Stuart s'é- 
tait partagée en deux lignes , l'aînée qui depuis 1371 
portait la couronne ^ et la cadette, ou la ligne de 
Darnley. Cette ligne n'avait aucun droit à la couronne 
d'Ecosse, parce qu'elle ne descendait pas de Robert II, 
premier roi de cette maison, du temps duquel elle 
existait déjà ^ mais Mathieu Stuart, comte de Lennox, 
qu'en 1542 nous avons vu prétendre à la régence, 
avait épousé Marguerite Douglas, fille de Marguerite 
Tudor, sœur de Henri VIII, du second mariage qu'elle 
avait contracté après la mort de Jacques IV • Dans ces 
temps où le droit public n'avait pas encore réglé ^ par 
des lois expresses et précises, l'ordre de succession dans 
les divers états, Marguerite Douglas, à laquelle sa nai&- 



itt-ft" _* .. • t'i 



lECT. ni. MARIE STUABT, jusqu'en 1568. 361 



ice ne donnait aucun droit au trône d'Ecosse, pou- 

"^rait devenir un jour un compétiteur redoutable de 

3tfarie pour celui d'Angleterre. Le droit de Marie à ce 

«iemier se fondait sur sa desceudance de Marguerite Tu- 

dor dont elle était la petite-fille *, mais Marguerite Dou- 

glasen était la fille, etse trouvait par conséquent placée 

dans un d^ré de parenté plus rapproché. Ausurplus, 

Marguerite Douglas avait sur Marie l'avantage d'être 

née en Angleterre, qui était d'un grand poids. Ces 

considérations engagèrent Marie à donner sa main k 

Henri Stuart, comte de Darnley , fils de Marguerite 

Douglas et du comte de Lennox. 

Les terres de ce seigneur étaient situées en Augle- 
terre, et le jeune Darnley était sujet d'Elisabeth. Cette 
prmcesse approuvait-elle ou non le projet de Marie 
de l'élever sur le trône d'Ecosse? Cette question peut 
paraître douteuse d'après la conduite énigmatique 
qu'elle observa, et il est indifférent pour notre objet 
de l'approfondir. Lord Darnley quitta l'Angleterre 
avec la permission de sa souveraine qui ne pouvait 
ignorer le but de son voyage : il arriva en Ecosse au 
mois de février 1565 ^ et parla beauté et les grâces de 
sa personne qui cachaient la nullité de son caractère, 
il gagna promptement le cœur d'une reine de vingt- 
deux ans. L'amour le plus vif ratifia un choix fait par 
la politique. 

H s'éleva cependant des obstacles contre l'accom- ^J^^f^^"!^ 
plissement du mariage. Elisabeth affecta de le désap- '^^' 
prouver,^ et envoya sir Nicolas Throgmorton comme 
ambassadeur, chargé, en apparence au moins, de 



362 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

Tempéclier. Le comte de Murray s'y opposa égale» 
ment. Darnley complota de le faire assassiner *, Mur* 
ray de son côté, d'accord avec l'héritier présomptifet 
le comte d'Ârgyle, ajoutant foi aux protestations dÉ- 
lisabeth j voulait se saisir de la personne de Darn- 
ley et le livrer à la reine d'Angleterre. Les deux com- 
plots furent trahis avant l'exécution. La passion fit 
oublier à Marie Stuart les services que son frère lui 
avaient rendus ; comme il n'avait pas obtempéré à une 
assignation de comparaître pour se justifier des 
charges qui avaient été produites contre lui, elle le mit 
hors la loi, lui et ses amis et marcha contre eux. Mur- 
ray se retira en Angleterre. Une bulle de dispense 
pour affinité étant arrivée de Rome, le mariage entre 
lord Darnley et Marie Stuart fut célébré le 29 juillet 
1565. Une proclamation conféra à l'époux de la reine 
le titre de roi ; c'était une atteinte portée aux droits 
du parlement. 
riage*de Mane ' A vcc cc managc commcuce une époque de malheurs 
riar^îe^'^^pottr Marié Stuart. La haine de Darnley pour ceux 
qui s'étaient opposés à son élévation ne connaissait 
pas de bornes. Marie avait convoqué un parlement 
dans le but de faire condamner les plus coupables 
/ parmi les rebelles fugitifs. Darnley exigea que le duc 
de Ghâtellerault fut compris dans la proscription,, 
et qu'on le privât de son droit à la succession. Marie 
s'y refusa constamment et irrita par là au dernier 
point son époux. 

La passion que Marie avait d'abord conçue pour 
Darnley, dut se refroidir aussitôt que ce prince or- 



SSCT* III. HARIB STUART, JUSQU'EN 1568. 563 

goeîlleax, violent, ingrat, manquant de caractère, 
i&'ayant ancim sentiment de délicatesse , n*eut plus de 
motif de cacher ses dëfauts. Henri se plaisait dans la 
plus mauvaise socii^të et se plongeait dans la crapule. 
Ijliabitnde de s^enivrer lui faisait oublier, même en 
jNiblic , le respect qu'il devait k la reine. Il exigea 
^pi'elle lui conférât la couronne matrimoniale *, ce 
^'elle ne pouvait faire sans le consentement du par- 
lement. U attribua la cause du refus de Marie à un 
personnage obscur qui avait su acquérir de l'influence 
sur la reine. David Rizzio , fils d'un musicien de Tu- 
rin 9 était venu à Edimbourg avec un envoyé de Sa- 
voie; son talent pour la musique lui avait procuré 
l'entrée à la cour ^ et ^ lorsqu'au mois de décembre 
1564, Baulet, secrétaire de Marie pour la correspon- 
dance française , retourna dans sa patrie^ Rizzio ob- 
tint son emploi. U gagna la confiance de sa maîtresse 
au point qu'elle le consultait sur les affaires les plus 
importantes , et qu'il devint la source de toutes les 
grâces. La malveillance a anciennement accusé Marie 
Stuart de l'avoir aimé *, son innocence est aujourd'hui 
liors de toute atteinte. La faveur de Rizzio commença 
précisément à l'époque où la reine conçut une vive . 
passion pour le jeune Darnley. Rizzio était assez 
#ttvancé en âge et laid, mais fidèle et éprouvé, en même 
temps avide d^argent et insolent comme un parvenu. 
Tous les grands le détestaient. 

Le chancelier comte de Morton , Maitland de Le- A^^sHnat d* 
thington , secrétaire d'état, les lords Ruthven et Lind- 
say, et George Douglas , oncle maternel du roi j cons - 



364 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. . 

plrèrent avec celui-ci la mort de Rizzio. Les conjura 
s'engagèrent à procurer à Damley la couronne matri- 
moniale et à défendre de toutes leurs forces son 
droit à la succession j si la reine mourait avant loi 
sans descendance. Henri promit de se charger de 
la responsabilité du meurtre de Rizzio , principal 
but du complot, d'empêcher que Murray et ks 
lords qui, avec lui, s'étaient retirés en Angleterre, 
ne fussent proscrits, et de travailler plutôt à leur 
retour. 

Le 9 mars 1566, la reine soupait à son palais de Ho« 
lyroodhouse avec la comtesse d'Argyle , quelques 
courtisans et Rizzio ^ elle était dans le septième mois 
de sa grossesse. Le roi entra soudain par un escalier 
dérobé, et, s'asseyant à côté de la reine, passa soii 
bras autour d'elle. Dans le même instant , cinq cons- 
pirateurs entrèrent précipitamment dans la chambre, 
tombèrent sur Rizzio, et l'assassinèrent presque sur le 
corps de la reine, derrière laquelle l'infortuné avait 
cherché à se sauver. 

On peut se représenter la terreur et l'indignation 
de Marie. Lord Ruthven, qu'elle accabla de reproches, 
lui répondit que Rizzio avait été tué par ordre du roi 
qu'il avait déshonoré. Darnley avoua le fait et se plai* 
gnit de ce que Rizzio avait semé la désunion entre euxo 
Les conspirateurs prirent possession du palais et y 
tinrent la reine prisonnière. Le roi, de sa propre au*» 
torité, prorogea le parlement. Le lendemain Murray 
et ses amis, avertis de ce qui s'était passé , arrivèrent à 
Edimbourg. La reine reçut son frère avec tendresse; 



SECT. III. MARIE STUARTy JUSQU'eN 1568. 365 

il en fut touché et résolut d'abandonner la cause des 
meurtriers de Rizzio. 

Aussitôt que Marie Stuart fut seule avec son mépri- j^-i"î' o,f;. 
sable ëpoux , elle s'efforça de le dégager des infilmes ^'^* 
liaisons qu'il avait formées. Ses charmes reprirent 
leur ascendant sur le coupable ; il renvoya les gardes 
^pie les conspirateurs avaient placées auprès de son 
<épouse f et, dans la nuit du 11 mars, il s'échappa avec 
Marie et avec trois individus , et s'enferma au château 
de Dunbar. Les lords Huntley, fils de celui qui avait 
péri dans la guerre avec Murray, et Bothwell, tous les 
deux ministres de Marie Stuart, y joignirent, avec 
leurs vassaux , le couple royal. Bientôt celui-ci se vit 
entouré d'une force armée de 8,000 hommes, à la tête 
desquels la reine marcha sur Edimbourg. Les assas- 
sins de Rizzio s'enfuirent en Angleterre : on leur fit 
le procès , et deux de leurs complices furent exécutés. 

Il était impossible que la reine oubliât Foutrage Naissance de 
qu elle avait reçu de son époux ; le mépns avait rem- 1^^^* 
placé l'affection qu'elle portait anciennement â cet 
homme indigue de la place qu'elle lui avait accordée. 
Ainsi le meurtre de Rizzio , au lieu de lui procurer la 
couronne matrimoniale , le priva de toute influence. 
Après être accouchée, le 19 juin 1566, au château 
d'Edimbourg , d'un fils qui fut nommé Jacques , 
Manc , sans égard pour les avis de Damley , forma 
une nouvelle administration, composée de lord Hunt- 
ley, chancelier, de Jacques Hepburn , comte de Both- 
well , un des plus puissans seigneurs du royaume , et 
amiral héréditaire d'Ecosse, du comte de Murray et 



568 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

W 

une maison hors des murs, appartenant au prévôt de ha 
Sainte-Marie. Les agens des conspirateurs s'introdui- W 
sirent dans cette maison par une ouverture de la mu- W 
raille de la ville, percèrent les fondations et placèrent U 
une quantité suffisante de poudre sous les angles du. U 
bâtiment. La reine visitait son époux tous les jours, et 
couchait fréquemment dans une salle au-dessous delà 
chambre où il reposait. Elle n'y coucha pas le 9 fé- 
vrier parce qu'elle avait promis d'assister au bal qui se 
donnait au château de Holyroodhouse en l'honnenr 
des noces de deux de ses serviteurs. La certitude (Jtt'dle 
serait absente cette nuit, engagea Bothwell à la choisir 
pour l'exécution du complot^ car c'était sur luiqoe 
Bothwell avait pris cette exécution. ^ 

Marie Stuart avait quitté le roi à onze heures pour 
se rendre au bal ; après minuit elle se retira dans sa 
chambre, et le 10 février, vers deux heures du matin, 
la ville et le château éprouvèrent une commotion ter- 
rible. La maison où demeurait le roi avait sauté en 
l'air ; on trouva son cadavre et celui d'un page dans 
un jardin^ ceux de trois hommes et d'un enfant étaient 
ensevelis sous les ruines. Lorsqu'on vint annoncer cet 
événement à la reine^ elle en fut extrêmement émue 
et jura qu'elle perdrait plutôt la couronne et la vie 
que de ne pas venger ce forfait qu'elle croyait dirigé 
contre elle-même aussi bien que contre le roi. Elle 
n'en douta plus lorsqu'elle reçut une lettre , datée de 
Marseille du 25 janvier , par laquelle l'archevêque de 
Glasgow, son ambassadeur en France, la prévenait 
d'un complot tramé contre elle et son époux. Elle fit 



SECT. I!I. MA.RIE STITVRT , JUSQU'eV 1568. 369 



\ 



publier par le conseil une proclamation par laquelle 
on promit à celui qui ferait connaître les coupables, 
une somme de 2,000 liv. st. et une pension viagère, 
quand même il serait un des complices. Une affiche 
qu'on trouva quelques jours après à la porte de la 
prison publique , indiquait comme auteurs du crime 
le comte de Bothwell, James Balfour , David Ghal-' 
mers et Jean Spenser ; mais comme cette dénonciation 
«tait anonyme , elle ne pouvait donner lieu à aucune 
poursuite* 

Il est très-<;ertain que Bothwell fut un des coupa- J««tifiM(M» 
Ues^ mais jusqu au milieu du dix-huitième siècle tous 
les auteurs ont admis comme un fait historique que 
Marie Stuart était sa complice ; et le mariage qu^elle 
cdtfjheiCtaL ensuite , ne laissa pas de doute sur un crime 
qui paraissait suffisamment prouvé par huit lettres 
d'amour adressées à Bothwell et par douze sonnets, 
les uns et les autres écrits de la main de Marie. Néan- 
moins il est prouvé aujourd'hui jusqu'à l'évidence que 
Marie Stuart était parfaitement innocente d'une ac«- 
cusation que la malignité de ses ennemis a répandue, 
et qui a été soutenue par une classe d'historiens qui, 
ajant passé toute leur vie dans leurs cabinets et ne 
connaissant le monde que par leurs livres, sont tou- 
jours disposés à attribuer à des vues politiques ou à un 
crime des événemens très-naturels. Le philosophe 
Hume, et Robertson qui est toujours parfait quand 
son intolérance religieuse ne l'égaré pas^ né sont pas 
libres de ce défaut. 

Trois écrivains écossais ont vengé la mémoire de 

XVIII. 24 



370 LIVRE VI. CIIAP. X. ECOSSE. 

Marie Stuarl de cette inculpation. Goodall , dans un 
ouvrage publié en 1754 > , prouva d'une manière sans 
réplique la fausseté des pièces produites pour établir 
la culpabilité de Marie; en 1782 , Gilbert Stuart , dans 
son Histoire d'F>osse , fit connaître les véritables cir- 
constances du meurtre , et somma Robertson de réfu- 
ter son récit, sans que celui-ci le fît 2. enfin, en 
4787, Jean Wliitaker prouva d'une manière lumi- 
neuse que Marie Stuart ignora et le complot et la part 
que Bothwell y eut 3. Les lettres d'amour out été fa- 
briquées par rinfôme Maitland , les sonnets par Bu- 
chanan; en les transcrivant , Maitlaud imita récriture 
de la reine. La veille du jour fixé pour l'exécution du 
forfait, Murray, sous prétexte d'une maladie de sa 
femme , demanda et obtint de la reine la permisXn 
de se rendre dans le comté de Fife. Il voulait éviter 
que le soupçon ne s'arrêtât sur sa personne ; mais il 
trahit les idées qui l'occupaient en disant à un confi- 
dent avec lequel il voyageait : « Cette nuit , avant le 
jour , lord Damley périra. » 
Ptroc^d» Aussitôt que le comte de Murrav apprit que la 

chose était consommée, il retourna à Edimbourg et 
mit tout en mouvement pour faire tomber les soup- 
çons sur son innocente Sœur. Le fanatisme des prédi- 

I Ëxaniînation o(* ihc ietters suppoMcl to bo wriUea hy Mary 
Qaecn of Scots. Kdiab. 1754^ in-8o. 

• Gilbert Stuart, History of Scotlaod. 

^ John Whitacbr: IVIary Qucen of ScoU vindicated.LoaJon, 
1787, 4 vol. ia-80. Je mis étonné que Bertrand de Molevîlle n*aU 
pas cooRu les troi* ouvrages cîiés* 



!l-^. ■ ... ^r. «M 



SBCT. m. MARIE STUART, jusqu'e.v 1568. S71 

cateurs de sa secte le servit à merveille pour cela. On 
répandit le bruit que Bothwell et Marie étaient les 
auteurs du crime. Le comte deLennox , père deDam^ 
ley, recueillit assez de preuves delà culpabilité du 
premier pour le dénoncer à la reine. Marie Stuart qui 
n'ignorait pas lesbruits injurieux qu'on avait répandus 
contre elle-même , ne douta pas que Bothwell ne tat 
aussi innocent qu'elle ; mais elle ne put refuser de 
fixer le 12 avril comme le jour où Lennox produirait 
ses preuves devant des assises. Lennox voulait y 
paraître en personne^ il se laissa intimider par la 
puissance de son adversaire et demanda la remise de 
la cause. Une lettre de la reine Elisabeth ^ écrite le 
8 avril, mais arrivée ou plutôt remise trop tard pour 
oi|irrir les yeux de Marie sur l'abîme qui se creusait 
devant elle, \i\i conseilla d'accorder la demande du 
comte 1. Bothwell arriva avec une escorte de 4,000 

■ ce Je ne puis mais, dit £H5abeth , sinon pour Tamour de vous- 
méme, à qui il touche le plus, et pour la consolation des innoceni 
de vous exhorter de leur conce'der cette requesle, laquelle si elle leur 
seroît iiiëe, vous tourneroîi grandement en soupçon , de plus que 
j'espère ne pensez et que ne voudriez volontiers ouyr. Pour Tamour 
de Dieu, madame, usez de telle sincérité et prudence en ce cas qui 
vous touche de si près, que tout le monde aye raison de vous louer 
comme innocente d*un crime si énorme ; chose que si ne Ciaieiy séries 
di{|;nement abloyë hors de rancz de princesse, et non sans cause faite 
opprobre de vulgaire ; et plus tôt que cela vous advienne , )e vous 
souhaiterois une sépulture honorable , qu'une vie maculée. Vous 
voiez, madame, qae je vous traite comme ma fille et vous promets 
que si j'en eusse, ne lui souhaiterois mieux que je vous désire, comme 
le seigneur Dieu me porte témoignage à qui je prie de bon cœur de 



5t2 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

gentilshommes : l'ancien chancelier défendit sa cause. 
Gomme il ne se présenta pas d'accusateur , le jury 
ayant entendu le réquisitoire, tendit un verdict en fa- 
veur de l'accusé. L'opinion du public ne fut pas d'àc- 
jcord avec le prononcé du tribunal. 

Peu de jours avant le procès, le comte de Murray 
avait reçu la permission de faire un voyage en France, 
En passant par l'Angleterre, il répéta à la reine Elisa- 
beth tons les bruits qu'il avait répandus lui-même 
contre Marie ; il lui annonça aussi qu'elle épouserait 
BothwelL 11 est vrai que cet homme intriguait alors 
. pour obtenir la main de la reine. Le 20 avril 1567, 
vingt-quatre des principaux pairs conclurent avec 
Bothwell une association par laquelle ils promirent 
de conseiller à la reine de se remarier et de choisir 
Bothwell pour époux. D'après les aveux de Marie , ce 
serviteur lui parla lui-même de son désir de l'épouser; 
elle lui répondit, dit-elle , d'une manière si ferme, 
qu'il vit bien qu'il n'obtiendrait jamais son consen- 
tement. 
iwJ^ref'îf-'* ^^ Bothvell ne réussit pas à gagner le cœur dç sa 
f^îoijsît^- souveraine , il est certain que comme ministre il exer- 
uonn >r ^^j^ ^^^ graudc influencc sur elle. Il venait d'en 
donner une preuve en l'engageant à une démarche à 
laquelle elle n'avait jamais voulu consentir jusqu'alors. 
Les actes du parlement de 1560 n'avaient pas été 
sanctionnés ; seulement Marie Stuart^ par une procla- 

vous inspirer à faire ce qui vous sera plus à l'honneur et h vos amîs 
plus de consolation , etc. » Robertson, Hisiory of ScoUand» Ap- 
pend XIX. 




SECT. III. HARIB STUART, JUSQU'SN 1568. 373 

mation publiée à Fépoque de son retour en Ecosse » 
avait consenti à leur éxecution temporaire ; mais au 
parlement de 1567^ on passa un acte révoquant toutes 
les lois et tous les actes contraires à la religion refor- 
mée , et exemptant ses adhérens de toutes les^ peines 
qu'ils pourraient avoir encourues diaprés ces lois-» 
déclarant en même temps leurs personnes, états ^ 
honneurs et bénéfices placés sous la protection pa«^ 
blique contre toute cour civile ou ecclésiastique qui 
voudrait les molester par rapport à leurs opinions re«^ 
ligieioses. Par l'adoption de cet acte Bolhwell vou-* 
lait, sans doute, s'assurer la faveur des Réformés pouv 
le but auquel il tendait. 

Voyant qu'il ne vaincrait pas par des moyens de 
persuasion la répugnance de la reine de Tépouser , ce 
factieux hardi résolut d'employer la ruse; ou, comme 
" disent les adversaires de Marie Stuart , pour masquer 
sa connivence , on convint d'un plan d'après lequel 
elle aurait l'air d'avoir cédé à la violence. 

Après la dissolution du parlement, la reine alla Mmnmg»J^ 
voir son fils qui était à Stirling. Lorsqu eue retourna Boihw«u. 
à Edimbourg , Bothwell l'attendit avec mille cavaliers 
sur la grande route , s'empara de sa personne et la 
conduisit à son château de Dunbar. Afin que ses fi- 
dèles serviteurs ne se réunissent pour la délivrer , il 
répandit le bruit que l'enlèvement avait été concerté 
avec elle. Arrivé à Dunbar, Bothwell supplia Marie 
de lui pardonner la violence que sa passion lui avait 
fait comniettre, çt lui présenta l'écrit des pairs qui 
votaient pour son mariage. Marie Stuart se trouvait 




574 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

dans la situation la plus pënible ; elle espc^raît d^abord 
que ses vassaux viendraient la tirer des mains de son 
ravisseur , et ne conçut pas un manque de zèle dont 
elle ne put deviner la cause. Elle a proteste' par la 
suite que dans ce moment même elle ne soupçonna 
pas Bothwell d'être l'assassin de son époux , parce 
que toutes les personnes qui l'entouraient , l'avaient 
toujours assurée de son innocence. Enfin à force d'in- 
sinuations et d'instances importunes, accompagnées 
de violences, dit-elle, il t amena au but qu'il se pro- 
posait. Jacques Melvil qui a été un de ses conseillers 
et qui a laissé des mémoires intéressons sur cette 
époque , explique le sens de ces paroles : « L'auda- 
cieux Bothwell força Marie de le recevoir dans son 

a 

lit. » Le 15 mai 1567 , trois mois après l'assassinat de 
Damley , l'évêque protestant d'Orkney leur donna la 
bénédiction nuptiale. Bothwell ne prit pas le titre 
de roi. 
,iwvoUedo8 Ce mariage qui aux yeux du public, instruit du 
crime de Bothwell, paraissait le comble du scandale, 
révolta toute la nation , et Findignation générale 
monta au dernier point , lorsque Bothwell exigea du 
comte de Mar qu'il lui livrât le jeune prince royal qui 
était confié à sa garde. La noblesse, réunie à Stirling, 
conclut une confédération ayant pour but de venger 
le meurtre du roi et de sauver la vie de son fils. Les 
complices de Bothwell, lord Morton et Maitland, 
qui , certes , n'avaient pas trempé dans le crime dans 
l'intention d'en faire profiter leur associé seul, en- 
trèrent dans cette ligue avec d'autant plus de chaleur, 



SECT. III. MA.RIB STUART^ JUSQU'EN 1568. 575 

qu'ils n'avaient pas d'autre moyen de faire croire à 
leur innocence ; mais Murray^ quoiqu'absent y était 
Tâme de l'entreprise. Les confédérés ayant marché 
sur Edimbourg , la reine et son indigne épouic se re* 
tirèrent ^ le 6 juin , à Dorthwick ^ et de là à Duiibar. 
Les confédérés entrèrent dans la capitale, où ils pu- 
blièrent une proclamation tendante à justifier leur 
prise d'armes. Marie Stuart y était représentée comme 
la captive de Bothwell. Celui-ci, de son côté, assembla 
aussi une armée qui , près de Carberry, se trouva en 
tète de celle des confédérés. Le Croc, ambassadeur de 
France , interposa sa médiation , et Botbwell ayant 
quitté l'armée sans aucune suite , Marie Stuart se 
rendit, le 15 juin 1567, au camp des confédérés. 
Morton , fléchissant le genou , lui adressa ces paroles : 
<( Madame , vous êtes ici à la place oà vous devez être; 
nous vous honorerons, vous servirons et vous obéi- 
rons de la même manière que la noblesse écossaise a 
fait envers vos ancêtres. » L'accueil qu'elle éprouva 
du soldat fut mortifiant : on l'accabla d'injures. Les 
confédérés la conduisirent à Edimbourg, et la don- 
nèrent en spectacle à la populace , dans le triste état 
où elle se trouvait. Sur toute la route, on portait de- 
vant elle une bannière où l'on avait peint le cadavre 
du roi gisant par terre , et le jeune prince à genoux 
et prononçant ces mots : « Seigneur ! jugez et vengez 
ma cause. » La reine fut déposée à l'hôtel du prévôt , mn^rito^ 

ment de BiarM 

et enfermée dans une chambre. Pendant les vingt- siumu 
deux heures qu'elle y passa seule, elle se présenta 
plusieurs fois à la fenêtre, dans un état qui pouvait 



S76 LIVKB VI. CHAP. X. ECOSSE. 

exciter la pitî^ , ses cheveux épars sur les épaules et 
son sein, et une grande partie de son corps nue, im- 
plorant le secours du peuple contre les traîtres qui 
Favaîent jetée en prison. 

Le lendemain, vers neuf heures du soir, on con- 
duisit la reine d'abord à Holyroodhouse , et (après 
Favoir laissé reposer pendant une heure) au château 
de Lochlevin , résidence de William Douglas , frère 
utérin de Murray. Pour colorer remprisonnement de 
Marie , on l'accusa d'entretenir encore une correspon- 
dance secrète avec Bothwell , et on fabriqua une lettre 
qu'elle devait lui avoir écrite. Ce fut alors aussi qu'on 
produisit, pour la première fois, les lettres et les sonnets 
dont nous avons parlé plus haut. Morton prétendit 
les avoir trouvés dans une cassette que Bothwell avait 
oubliée au château d'Edioabourg. Les confédérés , qui 
avaient pris le titre de lords du secret conseil y mirent 
la tête de Bothwell à prix. Il se sauva dans les îles Shet- 
lands , où il vécut pendant quelque temps de pira- 
terie. Le vaisseau où il se trouvait avec plusieurs de 
ses gens fut pris un jour *, mais il avait eu le temps de 
se jeter dans un canot qui le porta en Danemark. Il y 
fut emprisonné, tomba en démence^ et mourut au 
bout de huit ans , dans un état misérable. 
SSï-êûsa. ^^ reine d'Angleterre, effrayée des excès auxquels 
•• les lords écossais s'étaient portés, ou feignant de l'être, 

et les attribuant au fanatisme de Knox^ envoya le 
chevalier Nicolas Throgmorton en Ecosse, pour io- 
ter poser sa médiation entre les partis , tout en décla- 
rant qu'elle ne souffrirait pas qu'on attentât à la dignité 



BCT. III. MARIE STUART, JUSQU'bN 1568. 377 

e sa bonne sœur. On prétend que Throgmorton , en 
^position du but apparent de sa mission ^ s'appliqua 
stimuler le zèle des ennemis de la reine y et leur dit 
[u'ils n'avaient rien à craindre de l'intervention de sa 
oaitresse. Ce qui est certain, c'est que les lords du 
«cret conseil firent présenter à Marie, par lord Lind- 
feay, le plus fanatique des Presbytériens^ trob actes, 
cjne des lettres de Trogmorton et de quelques autres 
traîtres qui prétendaient être ses amis secrets, lui con- 
■eillaient de signer , parce que , dans l'état où elle se 
trouvait , sa signature était nulle. Lindsay, jetant les 
^piers sur la table , lui ordonna de les signer ou de 
se préparer à la mort , comme complice du meurtre 
de son époux. Le 24 juillet^ Marie signa ces actes sans ^J^f 'ST^"^* 
les avoir lus. Par le premier, elle résignait la couronne 
ea faveur de son fils ^ le second nommait Murray 
régent du royaume durant la minorité de Jacques , et 
le troisième établissait ua conseil poiu* remplacer 
Murray en cas d'absence ou de mort. 

Les lords du conseil secret, croyant être parvenus à ,^J""*^"5^' 
leur but, firent sacrer et couronner, le 29 juillet ^^^* 
1567, le jeune prince, par l'évêque d'Orkney, et le 
proclamèrent roi sous le nom de Jacques YI. Le 
comte de Murray, averti par^ Morton et ses autres 
amis de tout ce qui s'était passée quitta la France, 
vit Elisabeth en passant par l'Angleterre , et arriva à 
Edimbourg le 11 août 1667. 11 professa des sentimens 
très-modérés , ne parla de son infortunée sœur qu'a- 
vec beaucoup de ménagement , et refusa de se char- 
ger de la régence si elle ne l'en conviait. 11 se rendît à 



378 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 



EC" 



LocUeviny témoigna beaucoup d'amitié à Fangnste 
prisonnière , promit de veiller à sa sûreté, et se donni 
l'air de ne céder qu'à regret à ses vœux en acceptant 
la régence. Il fut installé le 22 août , et convoqua on 
parlement pour le 15 décembre 1567 ..Cette assem- 
blée lui confirma la n'gence , approuva la conduite 
qu'on avait tenue envers la reine comme suffisamment 
justifiée par la prétendue correspondance avec Both- 
well, qui fut produite^ et qui prouvait, disait-on > 
son adultère et tout ce qui s'en était ensuivi ; enfin on 
prononça une amnistie en faveur de ses persécuteurs 
pour le passé et le futur. Au mois de janvier 1568, 
on fit le procès à quatre complices de Botbvvell, con- 
vaincus de participation au meurtre de Darniey ; on 
voulait leur arracher un témoignage contre la reine; 
mais ils persistèrent jusqu'au dernier moment à la 
déclarer innocente, et ajoutèrent que leur maître leur 
avait dit que les comtes de Murray et de Morlon 
étaient les véritables auteurs du meurtre. 
irtlîâ^suiwi.^* Cependant les partisans de la maison de Haniilton 
.ou du duc de Cliâtellerault , ne purent voir , sans de 
vives appréhensions, l'élévation de Murray. Les mal- 
heurs de la reine commencèrent à exciter de la pitié^ 
le nombre de ses partisans augmenta de jour en jour*, 
tous les Catholiques, qui prévoyaient la persécution à 
laquelle ils allaient être en butte, se joignirent aux 
mécontens , et le régent « dont les vertus étaient sé- 
vères , » dit Robertson , ne possédait pas l'art de se 
faire des amis. Marie, de son côté^ s'occupa des 
moyens de sa fuite-, elle était étroitement enfermée 



JECT. III. MARIB 8TUART, JUSQu'EN 1568. 379 

9ar lady Douglas qui , après avoir été la maîtresse de 
Km père, Jacques V, et lui avoir donne un fils, le 
même Jacques Stuart ou comte de Murray qui alors 
lAait rëgent d'Ecosse , avait épousé Douglas , père du 
propriétaire du château de Lochlevin , et en avait eu 
plusieurs fils. Le plus jeune de ces fils^ George Dou- 
^isiSj âgé de dix-huit ans seulement, ayant conçu 
«ne vive passion pour Marie, trouva moyen de déro- 
ber les clefs de sa prison ; Marie , accompagnée d'une 
femme de chambre, passa, le 2 mai 1568, dans un pe^ 
tit bateau, le lac au milieu duquel sa prison était si- 
tuée 5 elle fut reçue sur la rive par le lord Seton, et 
conduite au château de Hamilton. Neuf évèques, au- 
tant de comtes et dix-huit barons, à la tète de leurs 
vassaux , la joignirent , et ce fut par eux qu^elle apprit 
enfin l'histoire véritable du meurtre de Damley et du 
crime de Bothwell • 

Marie Stuart se trouvant en liberté , révoqua son Kcbauironr^ 

' ^ dé LangMde. 

abdication, somma Murray, qui était à Glasgow, de se 
démettre de la régence, et annonça à la reine d'Angle- 
terre et au roi de France sa délivrance. Elle offrit au 
régent de s'en référer pour toutes les causes de dissen- 
tion, à un parlement libre , et de remettre à la justice 
toutes les personnes qu'il accusait du meurtre du roi, 
pourvu qu'il en fit autant de celles qu'elle accusait de 
son côté. On sent bien que cette proposition ne pou- 
vait convenir aux grands coupables , « aux pertus sé- 
vères » de Murray , ni au scélérat Morton. On arma 
des deux côtés. Le 15 mai 1568 la reine voulut se 
rendre à cheval au chalcau de Dunbarton , accompa- 



380 LIVRE VI. CHAP. X, ÉCOSSH. 

gnée d'un corps de 6,000 hommes , lorsque le rt^i 

à la tête d*une troupe inférieure en nombre parut 

une éminence près du village de Langside. Marie 

connaissait les talens militaires de son frère , vo 

éviter le combat ; mais elle ne put réprimer Tari 

des Hamilton , et particulièrement de l'archevèqu 

Saint- André, qui espéraient terminer la guerre c 

par un seul coup. Us chargèrent confusément la p< 

armée du régent, furent reçus en bon ordre et a 

un court combat, mis en fuite. 

^^jjefnïl- Marie Sluart voyant Tarmée royaliste, sa derr 

g «terre. espérauce, dispersée, s'enfuit presque d'un seul 

à l'abbaye de Dundrenan prèsKirkudbridge, dis! 

du champ de bataille de 60 milles ( 21 lieues.) , 

compagnée d'un petit nombre d'amis, avec lesc 

elle délibéra sur le parti à prendre. Malgré les re 

sentations de l'archevcque , elle résolut de cher 

un asile auprès de sa bonne sœur , la reine d'Âr 

terre, chargea Béton, son fidèle domestique^ de 

porter à Elisabeth un anneau qu'elle lui avait en 

comme gage d'affection et de secours, traversa, 

une barque de pécheur le détroit du Solway , dt 

qua^ le 16 mai, au port de Workington^ d'où e 

rendit à Carlisle. 



6ECT. IV. MAIUK STUAllT, 1568 — 1578. 381 



SECTION IV. 

^uite du régne de Marie Stuart depuis sa fuite 
jusqiCà la majorité de Jacques ^/, 1568-1578. 

Arrivée à Carlisle , la reine d'Ecosse écrivît à Élisa- f„]f 'a'^,Jr " 
•eth pour lui demander la faveur d'une entrevue à ^"* **^""'^** 
-.lOndres. Elle fit celte démarche avec une pleine con- 
^ànce, car elle savait que sa bonne sœur avait publi- 
j|aement protesté contre son emprisonnement et an- 
noncé aux autres souverains qu'elle la délivrerait ; et 
Vie ignorait les intrigues secrètes des ministres anglais 
Iwrec le parti des rebelles. Quel dut ôtre son étonne- 
nent lorsqu'elle reçut la réponse d'Elisabeth qui lui 
îBssura un asile à Carlisle , mais déclina sa visite , sous 
P>rétexte que la reine d'Angleterre ne pouvait pas re- 
^voir une personne accusée de tant de crimes. Marie 
tdemanda alors d'être admise à se justifier ou de pou- 
"^oir se retirer en France. Elisabeth qui ne voulait ni 
■a laisser remonter sur le trône d'Ecosse, ni lui per- 
'^etlre d'aller en France, ni enfin lui accorder un 
^sile libre en Angleterre qui pouvait devenir le foyer 
* Je conspirations , chercha un prétexte pour pouvoir 
- la retenir en prison. Après quelques nouvelles négo- 
*<îiations, elle déclara à Marie qu'elle ne pouvait la re- 
cevoir et lui accorder sa protection qu'après une pro- 
cédure formelle , par laquelle son innocence des crimes 
dont on l'accusait aurait été reconnue : il est vrai 
qu'on donna à la proposition une autre tournure j ce ^ 



582 LIATIE VI. ClIAP. X. ECOSSE. 

n'était pas à Marie qu'on voulait faire le procès, 
voulait confondre la calomnie de ses accusateurs, 
justifier ainsi aux yeux de l'univers les efforts que 
reine d'Angleterre allait faire pour replacer sur kl 
trône une reine innocente. Marie ^ que dans rinter-K 
s valle on avait transportée au château de Bolton cb' 
Yorkshire, consentit enfin à se justifier, et on choisit 
la ville d'York pour lieu des conférences. 
confereneft EUsabeth uonima commissaires Thomas Howardi 
duc de Norfolk, Thomas Radcliffe , comte de Susses^ 
et sir Ralph Sadler, créature de CéciL Jean Lesley, 
évéque de Ross, les lords Levingston, Bbyd , Herria 
et trois autres vinrent comme accusateurs au nom de 
Marie. Du côté opposé, Murray comparut en per- 
sonne avec le comte de Morton, Févôque d'Orkney, 
l'abbé de Dumformling et lord Lindsay, assistés de 
Maitland, de Buchanan et de quelques autres per- 
sonnes. Les conférences s'ouvrirent le 4 octobre 1568, 
après qu'on fut convenu , comme d'un point prélimi- 
naire, que la promesse d'Elisabeth de remieitre Marie 
sur le trône serait insérée dans les pouvoirs de ses 
commissaires ^ mais que celle qu'elle avait faite à Mu^ 
ray de ne pas laisser rentrer Marie en Ecosse, fût aussi 
confirmée. Les commissaires de Marie Stuart protes- 
tèrent contre toute induction qu'on voudrait tirer de 
leur présence au détriment des droits de leur reine 
comme souveraine indépendante , ou à celui des droits 
de sa couronne *, ensuite de quoi ils détaillèrent dasi 
un long discours toutes les ofienses qu^ leur souve- 
raine avait éprouvées de la part de ses sujets rebelles. 



SKCT. lY. MARIE STUART, 1568 — 1578. 583 

jdurray ne répondit pas sur-le-champ; il voulait 
ouer à coup sûr. Il se rendit près des commissaires 
inglais, leur communiqua confidentiellement lès 
pièces fabriquées pour perdre Marie Stuart , déclarant 
i|uH ne voulait pas hasarder une accusation avant de 
lavoir si ces preuves seraient regardées par eux comme ^ 

Miffisantes pour établir la culpabilité de la reine. Les 
commissaires anglais, avant de s'expliquer, en ré- 
férèrent à leur reine, en observant qu^il n'y avait au- 
^ne preuve de Tauthenticité des pièces , si ce n'était 
i'pffre des accusateurs de l'affirmer par serment. En 
attendant la réponse d'Elisabeth , le procès continua 
pour la forme. 

York fut à cette époque le siège d'intrigues multi- ^J^'fijjjj^ 
pliées et qu'on ne connaît qu'obscurément. Murray , * WetuwiMtor. 
qui n'avait pas grande confiance dans le succès d'une 
accusation ) négocia à la fois avec le duc de Norfolk et 
avec Levingston ; il s agissait d'obtenir de Marie Stuart 
une renonciation formelle à la couronne , et la re- 
connaissance de son frère comme régent ; elle devait 
eu même temps donner sa main à Norfolk. Tout d'un 
coup Elisabeth transféra les conférences à Westmins- 
ter, et adjoignit à ses commissaires le chancelier Ni- 
colas Bacon, les comtes d'Aruudel et deLeicester, 
Cécil et lord Clinton. Elle dit à Murray que, quoi- 
qu'elle espérât que Marie serait trouvée innocente, 
néanmoins , dans le cas contraire , elle la déclarerait 
indigne du trône. Ses intentions furent mieux expli- 
quées par Cécil qui engagea le régent à former son 
accusation. 



38 1 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

Marie Ml ac- Marie Stuart et ses commissaires auguraient Irès-I ■ 

cnMw du maar*» *j mVL. 

rf^uî.***" bien de l'issue de la procédure commencëe, lorsque, 
le 26 novembre 1568, le comte de Lennox se pré- 
senta pour accuser cette princesse de complicité dii 
meurtre de son ëpoux. Ses commissaires s'opposèrent 
à ce que cette accusation fut admise, déclinèrent k 
juridiction d'Elisabeth , se rëférèrent à ce qui avait 
Cité convenu avant l'ouverture des conférences , savoir 
qu'il ne serait pas question de soumettre leur souve- 
raine à un jugement, et demandèrent que Marie ftllj 
admise à prouver son innocence devant la reine, les 
pairs d'Angleterre et les ministres étrangers. Gomme 
on n'eut aucun égard à leur demande , ils protestèrent, 
le 3 décembre 1668, contre toute la procédure et 
déclarèrent que les conférences étaient terminées. 
Mais il importait à Cécil que les pièces qui devaient 
prouver le crime de Marie Stuart, fussent produites 
avant la rupture des conférences ; en conséquence il 
refusa d'accepter la protestation. 

Elisabeth convoqua une assemblée extraordinaire 
du conseil, auquel on adjoignit plusieurs seigneurs 
très-influens^ les documens produits parles ennemis 
de Marie furent communiqués à ces seigneurs, mais 
on leur cacha que Marie s'était inscrite en faux contre 
ces œuvres de la fraude qu'on leur donna pour- au- 
thentiques. Les membres du conseil furent requis de 
dire si dans cette situation de l'affaire, la reine pou- 
vait admettre Marie Stuart en sa présence. Us se dé- 
clarèrent naturellement pour la négative. Le lende- 
main, 15 décembre, Elisabeth donna aux commis- 



SBCT. lY. MABIE ârVAMt, 1&68 — 1578. 38S 

seires de Taccnfée FaBcBeiu qa^ a r 

iouiatëejiisqiralof8,leiir j o tre de 

son coDMÎI 9 et leur pfoposs tu i 

de défense dont lent maître p ait: ^^ ; 
maift elle n'ofiirit pas de la c ' ' I 

aar lesqndles Facduatkm. i et t : 

Stpart connaiwait k pqne Te; e, i li su 

•Toir jamais pa prendre l ; < d a 

pas été publiées, et ne forenl otrées qa% Yi b 
du secret aux personnes a vès c es on ronlait 

perdre la reine d'Ecosse. Ses < hres rejetèrent 

constamment les trois mojf opoi (, comme in** 

jnrieoz pour lenr sonreraii le. 

Elisabeth ne fiit pas pli tue dans nn autre m^ 

moyen qu'elle prit poor d^ * Bfarie. Elle lui fit ('^•««««''^■iM 

proposer, le 21 décembre, par i François KnoUjs , 
son geôlier, de rester en Angleterre , de laii^r la ré- 
gence à Hurray , et de fiiire venir son fils en Angle^ 
terre pour y £tre âewi par des Écossais; & cette condi- 
tion le procès serait & jamais étonffé.Fière de son in- 
nocenoe, la prisonnière rejeta cette proposition arec 
itidignation, et ordonna & ses commissaires de persis- 
ta: dans leurs protestations, mais de demander corn-» 
monication des pièces produites par ses ennemis , afin 
qu^elle put, aux yeux de l^urope entière, prouver 
leur fausseté. Pour que les calomnies répandues par 
Sfnrray ne reçussent pas de la consistance si elle n'y 
répondait, elle ordonna à ses commissaires de recom- 
mencer les conférences, et d'accuser formellement 
Murray et les autres Gbe& du parti de complicité avec 
xvifi. 25 



BpthwdU Çeii^,{^}pme\é de Mwrié étouna les coupa- 
ble^. Elisabeth, leur coiueilla de s'en retourner en 
/Écpsse, e^ leur .donna ui>e e&pèœ de certificat portant 
qu'an, n'avait riei^ prouvé contre eux qui entacblt 
leur ho];ln^^r%AioJ5i 6e, termina cette fameuse procès 
durer, dont tout ^'avanl^g^ resta à la reine d'Ecosse. 
Murraj partijble i3 janvier 1669, après avoir reda 
d'Elisabeth ,!SO]jLS le. noiiDi d'un. pràt, une gratificatic» 
de 50 G livrets sterling. 

IJne dqpéche de Marie ^ dans laquelle elle stimulait 
le zèle de ses apiis en Ecosse et peignait en coijems 
très- vives la pei;fidie d'Elisabeth y ayant ëtë intercep- 
tée, la captive fut transférée. de Bolton à Tutbury en 
Staffbrdshire, ainsi d^ns le qoeur du royaume, où elle 
fi^t gardée par Jean. Talbot ^ , coiptè de. Shrewsbnry; 
sur la fid^Hté duquel la reine d'.Angkterre pouvait 
cpxhpter. » ,, . . : , . 

Ku»«beih Divers complots qui, dans, le courant de l'année 

traite avec le _• ri' 

régent pour lui 15 gg furcut formés pour délivrer Marie Stuart, 
Mnnière. fircut rcpci^tir Elisabeth de St'être chargée de ](a garder 
prjsonniëre, plutôt que de la. remettre entre les maim 
de ses sujets r^b^lle^^ Elle entra en traités :avee' le ré^ 
genl;^ et conclut avec lui, au commencement de l'an- 
née 1570 , ui^e Goiiyeation par laquelle elle promit de 
lui livrer ]V1[^fie, , à. condition .qu'^ jui citMnfieMit le 
jeune Jacques ;^ la. mettrait en possession des plus «b^ 
portantes places d'Ecosse , et s'engagerait à lui fournir 
un secours en troupes, en cas de guerre aveo la France. 

> La femills des Talbot est d^origioe aYiglo - saxonne. Rickard 
Talbot, sa MHicbe, vivait sous Guiliaumé leC<9#E)uélliat. 



SKCT. IV. MARIB STUART, 1568—1578. 587 

Celte DégocIatioD ayant traîné un peu , fat découverte 
par la vigilance du fidèle évéque de Ross , qui , réuni 
aux ambassadeurs de France et d'Espagne, fit des re- 
montrances contre l'infamie de l'action qu'Elisabeth 
allait commettre ; ils lui dirent que la remise de Marie 
entre les mains de ses sujets rebelles équivaudrait à un 
meurtre. Il en résulta quelque retard dans l'exécution ^ 
de l'accord , et pendant ce délai , il arriva un événe- 
ment qui la rendit impossible. 

Hamilton de Bothwelhaugh avait été pris à la ba-> AMMÛMia» 
taille de Langside , et condamné à mort pour avoir ^^- 
défendu sa souveraine. Le régent lui avait fait gr&ce ^ 
de la vie , mais l'avait privé de ses possessions et de sa 
maison , d'où son épouse fut expulsée d'iuie manière 
barbare. Hamilton attendait depuis long-temps l'oc- 
casion de se venger; il la trouva le 23 janvier 1570. 
Lor^^e le régent passa par LinlithgoW; pour se rendre 
de Stirling à Edimbourg , il le tua d'un coup de fusil , 
et se sauva en France. 

La mort du comte de Murray mit l'Ecosse dans ^l'êcomc drf- 

•' cairee par aenx 

un état d'anarchie complète. La nation se divisa en^*^^*^^' 

X^ mie*» 

deux partis : l'un , composé d'hommes qui se disaient 
amis du roi , avait b sa tête le comte de Morton , dont 
Fambition aspirait à la régence; le duc de Châtellç- 
rault et les comtes de Huntley et d'Argyle étaient les 
chefs du parti de la reine. Ce parti s'assembla , le 
1*' avril 1570 , à Linlithgow, et marcha sur Edim- 
bourg qui , le 10 avril , lui fat ouvert par Kirkaldy de 
la Grange , qui en était gouverneur. L'incursion que 
quelques gentilshommes de ce parti firent dans les 



388 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

provinces septentrionales de l'Angleterre, fournit h 
Elisabeth un pr(5texte pour envoyer en Ecosse le comte 
de Sussex, à la tète d'une armée. Les amis de la 
reine abandonnèrent Edimbourg, où Morton entra 
avec les troupes anglaises, au mois de mai 1570. Ces 
troupes ne restèrent pas long-temps en Ecosse. Elisa- 
beth , qui affectait la neutralité entre les deux partis , 
les rappela , après avoir obtenu de sa captive la pro- 
messe qu'il n'y serait pas envoyé de troupes françaises. 
Marie fut alors ramenée dans sa prison^ d'où on l'a- 
vait déjà fait partir^ et le comte de Shrewsbury eut 
l'ordre de la mieux traiter. 
LoVfio'îrwt* ^ Pour pouvoir conserver plus long-temps le masque 
B^mmé réum, j^ |^ neutralité , Elisabeth conseilla au parti du roi , 
comme il se nommait toujours , d'ajourner l'élection 
d'un nouveau régent. En conséquence , ces factieux 
conférèrent au comte de Lennox le titre de lieutenant 
du roi , et en donnèrent avis à la reine , en la sup- 
pliant de ne pas s'opposer plus long-temps à l'élection 
d'un régent. Us reçurent une réponse si favorable à 
Lennox, que leur parlement proclama, le 17 juil- 
let 1570, ce seigneur régent jusqu'à la majorité de 
Jacques VI. 
Traîie d« Quclqucs mois plus tard , les sollicitations de Marie 

Stuart, lés efforts de ses amis en Angleterre, les remon- 
trances des rois de France et d'Espagne , et un motif 
que nous ferons connaître plus tard , arrachèrent à 
Elisabeth la promesse de fixer les conditions auxquelles 
sa captive serait rendue à la liberté. Le 1*" octobre, 

r 

Cécil et sir Walter Mildmay fièrent envoyés à Chats- 



SECT. ly. MARIE OTUART, 1568 — 1578. 389 

wortli qui ëtait alors la prison de la reine d'Ecosse* 
Celle-ci consentit à tout ce qu'on lui demandait ; elle 
promit de ratiâer le traite d'Edimbourg de 1560 , et 
de renoncer à tout droit à la couronne d'Angleterre f 
tant que vivrait Elisabeth ou sa descendance natur' 
relie (tels sont les termes sur lesquels on convint, 
après de longues discussions) ; ^n cas d'agression 
hostile 9 les deux royaumes devaient se secourir mu- 
tuellement ; toutes les troupes étrangères devaient être 
renvoyées d'Ecosse , et l'oif n'en devait pas admettre à 
l'avenir ; Marie s'engagerait à rompre toute corres- 
pondance avec des sujets anglais , livrerait les rebelles 
anglais qui s'étaient retirés en Ecosse , ferait sévère- 
ment punir les assassins de Henri Darnley et du comte 
de Murray *, avant sa mise en liberté, le prince Jacques 
serait envoyé en Angleterre , pour y être élevé ; Marie 
n'épouserait aucun Anglais sans le consentement d'E- 
lisabeth, et ne se marierait en général pas sans celui des 
Etats d'Ecosse \ enfin Marie devait désavouer le bruit de 
son mariagje avec le duc d'Anjou , et renoncer à cette 
union. Elisabeth communiqua aussi à sa captive un 
plan de réconciliation avec sgs sujets , et on s'accorda 
qu'elle inviterait le régent à envoyer à cet effet des 
commissaires à Londres. Elisabeth se montra très- 
satisfaite du résultat de cette négociation ; mais sir 
William Cécil ,. dans une lettre qu'il écrivit au régent ^ 
non sans doute sans autorisation , exprima son mé- 
contentement du résultat de sa propre négociation à 
Chatsworth , et engagea Lennox à envoyer des com- 
missaires fermes et inflexibles. Il nomma lord Morton, 



390 LITRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

Pitcaire, abbé de Dumformling , et Jacques MacgiD; 
les amis de la reine en Ecosse choisirent l'évéque de 
Galloway et le lord Levingston , auxquels elle adjoi- 
gnit l'ëvôque de Ross , qui dans l'intervalle avait pris 
l'avis du pape et des rois de France et d'Espagne : 
tous les trois approuvèrent le plan de réconciliation , 
et engagèrent la reine à l'accepter. Les commissaires 
d'Elisabeth étaient le garde des sceaux , Bacon , les 
comtes de Sussex et de Leicester , Cécil qui vers ce 
temps fut créé lord Burleigh , et quelques autres. 

Avant l'ouverture des conférences , lord Morton et 
ses collègues firent lecture à Elisabeth d'un mémoire 
par lequel ils espéraient arrêter toute négociation 
ultérieure ; ils y établirent la doctrine du plus saint 
des devoirs , de la légitimité de l'insurrection contre 
un prince ambitieux ou tyran , et peignirent le r^e 
de Marie comme portant tous les caractères de l'usur- 1 
pation et de la violence. La reine d'Angleterre , qui | 
n'aimait pas le dogme de la souveraineté du peuple^ 
iiit indignée des principes qu'on établissait en sa pré- 
sence , et sans doute choquée de l'impudence avec 
laquelle on s'eflForçait de peindre l'infortunée Marie 
comme usurpatrice et tyrannique ; elle répondit à 
Morton qu'elle ne voyait rien qui pût justifier le trai- 
tement que celle-ci avait éprouvé , et l^engagea à son- , 
ger plutôt aux moyens de préserver la vie du jeune 
roi de tout danger, et d'obtenir une sûreté pour la 
faction à laquelle il s'était livré lui-même, 
conterencw Lcs coufércnces Commencèrent au mois de mars 

de l4>iidre9, 

1671. 1571, dans la maison du lord chancelier, entre les 



SECT. IV. HARIE STUART, 1568 — 1578. 391 

commissaires anglais et ceux de la reine Marie. Le 
lord chancelier déclara à ceux-cî qu'il y avait deux 
articles sur lesquels il fallait préalablement s'en tend rcf/ 
savoir la sûreté que la reine d'Ecosse donnerait à Eli- 
sabeth pour l'observation des articles convenus, et le 
mode et l'étendue de l'amnistie qu'elle accorderait à 
ses sujets qui l'avaient offensée. A titre de sûreté îl 
demanda que le duc de Ghâtellerault , les comtes Ar- 
chambaud d'Argyle et de Huntley , les lords Hume 
et Herrîes et une autre personne de haute qualité,' 
avec les châteaux de Dunbarton et de Hume, fussent 
livrés à la reine d'Angleterre pour trois ans. Les ècrtn- 
missaires de Marie Stuart ne refusèrent pas de doi/- 
ner des otages pour deux ans ; mais ils déclarèrent que 
leur maîtresse ne se séparerait pas des cinq individus 
réclamés , parce que c'étaient précisément ses conseil- 
lers de confiance , et ils observèrent que la remise de 
deux forteresses obligerait Marie d'en remettre deox 
autres au roi de France, conformément au traité 
d'Edimbourg de 1 560, qui avait exclu les troupes des 
deux nations. 

Pendant ces premiers pourparlers , les négociations 
pour le mariage d'Elisabeth et du duc d'Anjou avan-^ 
caieut ; or, ces négociations avaient été le motif secret 
pour lequel elle avait voulu se réconcilier avec Marie 
Stuart. Quand elle s'aperçut que son but était atteibt, 
son désir d'un accommodement se refroidit. Déjà les 
commissaires écossais avaient déclaré qu'ils étaient 
autorisés à traiter des moyens de consolider l'amitié 
entre les deux royaumes et de maintenir là traie rell- 



S9S LIVRE YI. GHAP. X. ÉCOSSB. 

gion, maïs qu'ils n'avaient aucun pouvoir de recevoir 
Marie en Ecosse, ni de remettre la personne de leur 
roi à Elisabeth. Les conférences s'arrêtèrent làj ks 
commissaires écossais reçurent des lettres de rappel, 
et Elisabeth les exhorta à revenir bientôt avec des 
pouvoirs plus amples ; elle dit à ceux de Marie de se 
tenir prêts à rouvrir les conférences, aussitôt que les 
autres seraient revenus, 
«twm oItiI*^ Cependant les deux factions des lords du roi et des 
lords de la reine recommencèrent les hostilités, et le 
feu de la guerre civile couvrit de nouveau le sol de 
l'Ecosse. Les troupes du régent surprirent le château 
de Dunbarton. L'archevêque de Saint- André , un des 
plus zélés serviteurs de la reine, et, comme chef du 
parti Hamilton, Tobjet principal de la haine du ré- 
gent , y fut pris et pendu quatre jours après ; premier 
exemple d'un évêque écossais , auquel on fît souffrir 
cette mort ignominieuse. En revanche le duc de Ghâ-» 
tellerault s'empara de la ville d'Édiml^ourg , dont le 
château était toujours commandé par le fîdèle Kir- 
caldy de la Grange. Les deux partis tinrent des parle* 
mens; le régent, le 14 mai 1571, à Leiih, et les 
adhérens de Marie à Edimbourg , le 13 juin. Les diefs 
jde chaque parti furent mutuellement proscrits. Le 
parlement du régent s'ajourna au 50 août. On vit pa- 
raître dans cette seconde réunion le comte d'Ârgjle, 
le lord Boyd, et d'autres seigneurs qui avaient aban- 
donné la cause de Marie Stuart comme désespérée. 
On y vit aussi le jeune roi qui prononça son premier 
discours parlementaire : après avoir gravement récité 



8ECT. IT. MA&IB STUA&T, lS6ft— 1578. 593 

sa leçon, Teoilmt rojil, aperoerant une ouTertnre 
dans les lambris, s'écria avec llngâmité àt son âge ; 
4( Âh ! il j a nn tron dans le parlement ! » Ce moi 
prononcé dcrant nn anditoire coupable et snpersU- 
tienx j parut d'un manvais angnre ; pea de temps après 
on fut tenté de le croire inspiré* 

Le régent et sa £K!tion TÎTaient en nne profonde ^*'|^^^*~ 
sécurité à Stirling, lorsque le 4 septembre ayant le 
jour îb furent surpris par le comte de Huntley , par 
Claude Hamilton et par Scot de Buedeugh. Morton , 
Argyle et plusieurs autres chefs furent faits prison- 
niers; mais pendant que la troupe s'abandonnait au 
piUage 9 le comte de Mar fit une sortie du château , 
délivra les captifs et força les assaillans de se sauver. 
Dans cette bagarre le r^ent fiit mortellement blessé ; 
il mourut quelques jours après; tout le monde se 
rappela alors la prophétie de Jacques VI. 

Ce fut vers cette époque qu'eut lieu la conspiration 
de Ridolfi pour la délivrance de Marie Stuart, qui 
coûta la vie au duc de Norfolk. Nous en avons donné 
les détails ailleurs ^. La situation dç Marie n'en devint 
pas meilleure; elle fut resserra de plus près et traitée 
avec plus de rigueur. Cependant Elisabeth eut encore 
quelques considérations pour les représentations que 
fit Charles IX en faveur de la veuve de son frère , et 
d'une douairière de France ; mais après la malheu- 
reuse journée de la Sainte-Barthélémy, Marie se res- 
sentit de l'indignation que la reine d'Angleterre éprou- 
va* Sir Francis Walsingham , ambassadeur d'Elisabeth 

• Voy. p. 236 de et vol. 



394 LIVRE VI. CHAP. X. ECOSSE. 

à Paris , lui prëdH qu'elle ne serait assise en sûreté sur 
son trône, que loràqu^elle aurait fait mourir Marie 
Stuart et réuni l'Ecosse k ses états. 
coSfîdTîiw, Après la mort de Lennox , le comte de Mar avait 
été élu régent. Zélé réformateur, ce seigneur était 
entré dans la cabale par des motifs religieux ; mais il 
s'était aperçu depuis long-temprf qu'Elisabeth ne vou- 
lait pas que l'Ecosse fût indépendante , et que le cmel 
et avide Morton était le serviteur dévoue de cette 
princesse. Une fausse délicatesse l'empêcha de quitter 
une faction dont ce scélérat était l'âme v mais il se 
rapprocha du parti de la reine, et il travailla k une 
réconciliation à des conditions équitables. Morton 
qui avait plus d'influence sur les lords du roi que le 
régent môme, et qui était assisté par Randolp , le mi- 
nistre d'Angleterre , contraria ses bonnes intentions. 
Il en tomba dans une profonde mélancolie , et mourut 
dans le courant de l'année 1572. 
lâuuutenent Après l'cxécution de l'archevêque de Saint- André, 

d'un gouverne— i ■*• 

ment ecciëMa»- \q ;rapace comtc de Morton s'était fait adjuger le tem- 
episcoimu porcl dc l'archcvêché , sauf à donner un salaire au 
recteur de l'université de Saint- André, qui s^engagea 
à faire les fonctions métropolitaines et prit le titre 
d'archevêque. Le clergé protestant se plaignit haute- 
ment de cette profanation. Le régent nomma une 
commission pour examiner et réformer l'état de TE- 
^ glise. Il y fut décidé que les titres d'archevêque et 

d'évêque seraient conservés; qu'un chapitre serait 
attaché à chaque siège ; que les archevêques et évêqtfes 
seraient soumis au contrôle dc l'assemblée générale 



SBCT. IV. MARIE 8TUART, li68 — 1578. 595 

de l'Eglise; ({ue le roi ou le régent présenteraient des 
candidats pour les sièges yacans , et que les chapitres 
auraient le droit de choisir. Une conséquence de cette, 
organisation fut l'admission des prélats au parlement 
pour y former un des trois États. Comme le régent, 
comte de Mar, sanctionna ces articles, ils furent mis 
en pratique , au grand chagrin des Puritains , et sur- 
tout de Knox qui mourut peu de temps après. 

Un parlement, assemblé le 24 novembre 1572, ^'^X'ifo?- 
conféra la régence au comte de Morton, et confirma **"' ^^'^^ 
une disposition faite par Mar, immédiatement avant 
sa mort, en vertu de laquelle Alexandre Erskine , son 
frère, avait été mis en possession du château de Stir- 
ling et de la garde du roi jusqu'à ce que le fils 
du comte de Mar fût parvenu à la majorité. On 
donna à Erskine des instructions sévères pour empê- 
cher que les amis de la reine n'approchassent de la 
personne de Jacques VI. Elisabeth venait d'envoyer 
en Ecosse sir Henri Killegrew, pour guider le régent 
d'après ses vues , et pour diviser les partisans de Ma- 
rie Stuart. Il réussit à gagner le duc de Ghâtellerault, 
les comtes de Huntley et d'autres qui conclurent , le 
25 février 1573, à Perth, la paix avec le régent. Le 
brave Kircaldy résista à la séduction, ainsi que le lord 
Hume et sir Robert Melvil , qui étaient avec lui au 
château d'Edimbourg; quant à Maitland de Lething- 
ton, qui avait eu part au meurtre de Darniey , le ré- 
gent, son complice, lui avait juré une haine irréconci- 
liable. Par ordre d'Elisabeth, sir Guillaume Drury, 
gouverneur de Berwick, mit le siège devant le châ- 



396 LIVRE yi. CHAPé X. ECOSSE. 

teau d'Edimbourg. Après une vigoureuse défense, 
Ç.ircaldy de la Grange fut obligé, par la mutinerie de 
la garnison, de se rendre ; Drury lui garantit, au nom 
de sa maîtresse, ainsi qu'aux personnes se trouvant 
avec lui , leur vie et leurs possessions , mais , à la de- 
mande du régent , Elisabeth désavoua la parole don- 
née en son nom , et ordonna au gouverneur de Ber- 
wick de livrer ses prisonniers à Morton. Celui-ci 
commit l'indignité de faire pendre Kircaldy el son 
frère ; M aitland de Lethington fut empoisonné dans 
sa prison, et on annonça qu'il s'était suicidé; lord 
Hume racheta sa vie pour 10,000 liv. st. , Melvil ob- 
tint sa grâce. Toute l'Ecosse reconnaissait dès-lors 
l'autorité du régent. 

iJa!th^S^Z> ^^ parlement convoqué au commencement d« 
1573, rendit des lois contre les Catholiques, et les ex- 
clut de la société en les privant de tous les droits civils 
et politiques. La profession de la religion réformée fut 
déclarée être une marque de loyauté. 
Jacques VI Lc régcnt abusa de son pouvoir d'une manière qui 

prend Im rènet , z/l «i 

dii Koaverne- cxcita un mecontcntcment général, et%son avidité in- 
satiable le brouilla avec quelques-uns de ses anciens 
- amis , particulièrement avec Colin Campbel qui, par 
la mort de son frère Ârchambaud, était devenu comte 
d'Argyle, avec le comte d'Athol, et les lords Arbroth 
et Claude Hamilton. Alexandre Erskine , gardien du 
jeune roi, et George Buchanan , son instituteur, réu- 
nis à Argyle et Athol , convoquèrent à Stirling une 
assemblée de nobles, tous ennemis du régent , qui m-^ 
v itèrent Jacques VI, âgé de/ moins de douze ans^à 



SKCT. IV. MARIE STUART, 1568 — 1578. 397 

prendre en main les rines da goaTemement , avec 
Fassistance d^on conseil àe doaze personnes, dont 
trois alterneraient de trimestre en trimestre. Le jeune 
prince ayant accepté cette proposition^ lord Glammis, 
qui depuis la mort d'Archambaud d'Argyle ëtait 
chancelier, et lord Herries, allèrent à Edimbourg 
pour sonuner le r^ent de se démettre de ses fonc- 
tions ; Morton n*en fit aucune difficulté ; il demanda 
seidement que le roi et le parlement lui donnassent 
ime décharge de son administration : elle lui (ut pro- 
mise. Aussitôt ce changement (iit annoncé au public 
par une proclamation, et l'ancien rt^ent se retira 
dans son palais de Dalkdth, pour j jouir de Pim- 
mense fortune qu'il avait ramassée » et y tramer des 
intrigues* Cet événement est du commencement de 
Tannée 1578. 



( La suite du chap. X se trouve au \oK XIX. } 



598 

TABLE DES MATIÈRES 



CONTBMUBS 



DANS LE DIX-HUITIÈME VOLUME. 



Suite du livre sixième. 
Suite duchap. Vlll. Histoire d'Espagne, de/nUs le milieu du 
gnirizième siècle jusqu'en 1621. 

Sect. VIII. Règne de Philippe II, 1556—1598. Philippe II, 
roi de Jérusalem , duc de Milan et roi d^Angleterre , page 1. 
-— Trêve de Vaacelles (1556), 2. — Renouvellement de la 
guerre avee la France , ibid* — Arrivée de Philippe II en 
£«pagQe (1559) , .3, — Guerre avec les Turcs, 7. — Don 
Juan d*Autriche, frère du roi, ibid, — Bataille de Lepante 
(1571), 9. — Projet d*<?riger un royaume chrétien en Afrique, 
11. — Perte de la Goulette et de Tunis , ibid. — Mort de don 
Juan d* Autriche (1578), 12, — Procès d'Antoine Perez, 
ibid» — Procès de don Carlos , prince des Asturics , 13. — 
Suppression de la charge de justicier en Aragon , 19. — 

Conquête de Portugal (1580), 21 Flotte invincible de 

Philippe II (1587), ibid. — Guerre de France et paix de 
Vervins (1598), 24. — Résumé du règne de Philippe 11,25. 

— Caractère de Philippe 11^ 26. — Famille de Philippe 11, 
ibid, 

Sect. IX. Règne de Philippe III, 1598—1621. Caractère de 
Philippe m , 28, — Le duc de Lerma , premier ministre , 29. 

— Calderon , favori du premier ministre , 30. — L*infante 
Claîrc-Eugcnic et l*archlduc Albert, souverains des Pays-Bas, 
ibid. — Paix d'Anvers de 1609, 31— Paix de Londres de 1604, 
ibid, — Renouvellement de Tordre des chevaliers de Jésus- 



/ 



TABLE DES MATIERES. 599 

Chrîjft, 31,— Espobion 4es liaareM|iics (1609), 33. — Causes 
ùe la «lépopolatioB «le r£spa^BCy38.— Chute <ln cartlioal, duc 
(le Lerma , 43. — Guerre 6e Miwtferral (1612) , 44. — Guerre 
lie trente aos (1618) , /5/i/. ^ Mort de Pbilippe III , a sa fa- 
mille , ilid. — Ori(^inc et progrès de la graudessc espagnole , 
45. — Orii^oe de la république de* Jésuites eu Paraj^naj, 49. 
Sect* X« Littéraiun espagnole du seUiime siècie. £po<]ue 
classique de la littérature espaguolc ,57. — Jnaa Boscan Al> 
mogaTcr , 58. — Garôlaso de la Yéga , ibid, — Diego Horta- 
Ho de Meudoxa , 59. — George de Montemayor , 80. — Sainte 
Thériie de Jéfos, ibid. — Le P. Louis de Léon, 81. — 
Ferdinand de Herrera ,82, — Louis de Zapato ,63. — Jérdme 
d'Urrea , ibid^ — Jérôme Samper , ibid^ — Alonxo Pinciano , 
ibid, — AloBxo de Erdlla , ibid, — CristOTal de Castilleio , 
ibid* — Théâtre espagnol, 85. — Torres Naharro , ibid, — 
lA>pe. de Rueda , ibid' — Jean de la Cueva , 68. — Jérôme 
hermadea, 67. «> Prosateurs de l'époque classique , 68. — 
Pères de Oliva , -f- 1533 , ibid, — Ambroise de Morales , \ 
iDiH)fibid.^ — Floried de Ocampo, -f- vers 1576, ibid. — 
Cervantes de Salasar , ibid» — Louis Mezia , ibid. — Diego 
llartado de Mendoza, ibid,-^ Avila y Zuniga , 89. -~ Garibey 
y Zamallao , ibid, — Jérôme Zarita , 70. — Jean da Sylva , 
ibid, •» Nouvelle époque de la littérature espagnole , ibid, — 
Cervantes , ibid, -» Lope de Vega , 72. — Les deux d'Argen^ 
sola, 78.-~G6ngora, 77. — Cristoval de Yirues, 7Q, — Moutal- 
vin,79.— /Voial^uri, ibid, — Mathieu Aleman , ibid, — Jean 
Mariana ,80. — Barthélémy de Argensola , ibid, — Herrera, -t~ 
1625 , 81. — Garcilaso de la Vega , t'1620 , ibid. 
Chap. IX. Histoire d* Angleterre ^ depuis l*avènement de la mai^ 
son d*York jusqu'à 1818. 

Sect. .1. Edouard IF (1481—1483). Avènement de la Rose 
blanche à la couronne , 83. — Bataille de Tonton , (29 mars 
1461) , 84. — Bataille de Hexam (15 mai 1463) , ibid. ^Hen- 
ri VI prisonnier à la Tour , 85. — Conspiration de Warwick , 



400 TABLE DBS MATIÈRES. 

ihnL—TiViU d*Amboiso » dS.—Éâouard IV est tl^lr6a<^(1471) , 
ibid, — Restauration de Henri VI ^ ibid, — Bataille de Darnet 
(14 avril 1472) , 89.— Bataille de Tewksbury (4 mal 1472) , 
ibid. — Restauration d^Édouard IV } mort de Henri VI ; fin de 
la guerre des deux Roses, 90. — Guerre de France de 1474 , 91. 
^- Condamnation et mort du duc de Glarence , ibid, «- Mort 
d*Ëdouard IV et son caractère ^ 92. 

Sect. II. Jièfprke d'Edouard F et de Richard itl, daçHiOSS" 
22 août 1485. Le due de Glocestre sVmpara de la persoDae 
d'Edouard V et est nommé protecteui , 93. — Projets du pro- 
tecteur , 94. — Le protecteur prend le titre de roi ibù$ le nom de 
Richard III , 85.— Conspiration du duc de Buckingham, 96. — 
Meurtre d*£douard V et de son frère , ibid, — Les conspira- 
teurs ofifrent la couronne à Henri , comte de Richmond , 97.— 
Ese'cutiondu duc de Buckingham, 98.— ^Projets de Rrcfaard III 
sur Elisabeth , fille d'Edouard IV , 99. — Embtrrms de Ri- 
chard III , 100.— Bataille de Bosworth , ibid» — Mort de Ri- 
chard III , 101. 

Sbct. IIL Aoènementde ia'maison de Tudor\ règne de Hen" 
ri f7/ (1485— 1509). Acte de succession » 102. —Premier faux 
Edouard VI t 104. ^- Abolition de Tusage des maintenances : 
origine de la chambre ëloilëe , 106. — Faux Richard W ,ibid, 
^•Grand trailë de commerce entre l'Angleterre et les Pays-Bas, 
108. — Guerre d'Ecosse , 109.— Execution du fimx Richard IV, 
110. — Doutes sur l'histoire du faux Richard IV , ibrd, — Se- 
cond faux Edouard VI , 112. — Extinction de la maison de 
Plantagenet , 115.— Diverses rëvoltes, ibid.'— Étal d'Irlande, 
/6iW.— Statut de Poynings (1495) , 119. — Lois de Henri VII , 
120, — Guerre de France de 1492 , 121. — Projet de mariage 
pour le prince deGalles, ibid, — Exactions de Henri VII, 123. 
— Mort , caractère et famille de Henri VII , ibiiL 

Sect. IV. m^ne de Henri VIII (1509-1546). 1. Affaires du 
continent jusqu* à la paix de Cambrai de 1529, 125. — Caractère 
et mariage de Henri VIII) ibid» — Sainte ligue, 126.— Al- 



TÂBLb ]>ES HATIERB5. 401 

iWànm Oc Mâlim;» (151$), 127— P.M <Ve Lamires (1M4), /^iV/. 
-Piaille <li;)i^iûa^eo.(1513), l2a.wKi(veur Ut T4iomiftWoi^ 
"se;, ibêd, -^ InUé. de Lûnarei de 1518 ^ IdO; — Camp du 
<liap dW (1528), iftiU ^ Congi^ de Valais (1521} , rbid.,-- 
Ailianoe de iWind^r (1521), ibîd, ^ TraiU de:Moofe(1525>, 
ISl. — TraiU de Londres de 1527. Le roi d^Aogleterre renonce 
k tout droit ao royauitiie de Franoe , ibîd. — > Paix de Cambrai 
(1629), iWci — 2. AW/Vtf de HtnH VIH €t de C^^erme 
é* Aragon* Cause du divorce, ibid, — AH'"'^ ^^ Hen- 
ri VIII et François I en ftveur de C\4^m yH(1527), 153.— 
iàtenrentîonde-WoIsey^lans F^fl^ire du divorce, ld5.-^Com- 
mp n cément 4u procè* (^^29), 137. *- Disgrâce et toort de 
W'olsey , 138. ^ Avis è» Thomas Crémwell , 141. — Le clergë 
tinglnU fioonnatt , avec des restrictions , le roi pour son chef 
(1531) , ibid. — ^Midon des annaCes , 142. ~ Henri VIII est 
icité à Home (1532) ^ 143. — Entrevue de Marquise , ibid. -^ 
'M^ariage de Henri YIII avec Anne Boleyn , l44. ••» Thomas 
Cranmer , archevêque de Càùtorbery , ibid. -* Cranmer pro- 
.inunce le divorce (28 mai 1533) , 145. — Négociations de Mar- 
seille et de ^om^y ibid. — La sentence de Cranmer est cassëepar 
Clément VU, 146.— Première coHlictefOur les pauvres (1533), 
147. -—3. Progrès du luthéranisme en Angieierrêy et établisse" 
'ment d'ttne nouvelle religion. Henri VUI écrit contre Luther, 
148. — Henri obtient Icititjnc de défenseur de .la.fbi , 149.— 'Pre- 
mière traduction angtaise.de la Bible, /^«r/.-— Actes du parlement 
de 1534 sur des matières eecUsvistiques, /&i</.-— Acte de succession 
de 1534 , 151. — Condamnation de Jean Fisher et de Thomas 
More , ibid, — Le.rpi est déelaré ehef et proOeçteur de TÉglise 
(1534), 152.— Exécution de Fisher et More , i^iV/. — Ez- 
icommunication de Hefiri VUI (1535), ilÂS. ?— :Deax partis re- 
ligieux en Angleterre , ibid.^^ CromwelLut pommé vice-gé- 
rent du roi ,■ 154. — Suppression des petits çmnastères ^ 155. — 
Mort de la teinci Catherine (1536) , /i6/</. — Procès et exécution 
<l*Anne Boleyn (1536) , 156. -^ .Mariage du roi avec Jeanne 

XYIII. 26 



402 taBuk .Dr.s matu^iuia. 

Se\mour (1536) | 1Ô8, — Nouvel acle de sut-cussioB de 1536 , 
159. — Pëlerioage «le grâce , ihid, — > SupprcMÎon cle« grands 
monastères ^ 160. — ^ ËMlion de nouveaux évèchés , 161. — 
Arllcles de foi de 1537 , ibid, — Divine? âmlitutioa.; premi^ 
livre symbolique , 163. — .Procède 6. Thomas dvCantorbéry, 
ibid. — Révision de la. Iraduction .i)b la Bible , 164. — Nais- 
sance d*Édouard , prince de Garlles» ibid*'-^ Mort de la reine 
*^nne Seymour, ibid% -"Publication de là bulle d'excommu- 
nicatiou^4538] , if^, _ Persëcukion dirigée contre la famille 
Pôle , 165, — lu..f«i[|iion des bills d4 prosortj^ion ^ 166. — Pu- 
blication de%,aix articles ^1539) , ibid. — Le pouvoir ygislatif 
absolu est défère' au roi , 16ti- — Mariage de Ucari avec Anne 
de Clèves (1540) , 169. — Exécution ûc Crdmwell (1540),#6iU 
-<- Divorce de Henri d'avec Anne de Clèves , 171. — Mariage 
du rpi avec Catherine Howard (1540) , ibid, — Exécution de 
Catherine Howard , ibid» — Mariage de Henri avec Catherine 
Par , 172.— Doctrine nécessaire ; second livre symbolique, ibid, 
— Acte de succession d» 1544 , 173.— 4« Autres Mnemens 
du règne de Henri VIll^ depuis i53& jusqu'à sa ntorL Union 
du pays de Galles à FAngleterre (1536) , ibid» — LUrUnde est 
érigée en royaume (1541), 174. — Guerre d'Ecosse de 1541 à 
1546, 175.— Guerre de France de 1541-1546 , i^/c/.— Exécu^ 
tion du comte de Surrey et du duc de Norfolk (1546 , 1547) , 
176. — Testament et mort de Henri VUI , ibid» 
Sbct. y. Bègne d'Edouard VI, 1547—1553. Établissement 
d*un conseil de régence , 178. — Le duc de Somerset est 
nommé protecteur, ibid» •— Progrès de la réformatioa ecclé- 
siastique , 179. -» Guerre d*Ëcosse , 160. — Lots pénales contre 
les réfractaires à la suprématie ecclésiastique du roi , ibid, — 
Abolition du célibat des prêtres, 181. — Exécution de lord 
Seymour, 162. — Guerre de France (1549), 183. — Chute 
de Somerset , 184. — Le comte de Watwick à la tète des af- 
faires , ibid» -~ Restitution de Boulogne è la France , 185. «- 
Arrivée de réformateurs du continent ^ ibid» -^ Confession de 



foi anglaise ; troisième livre symMiqne, 186. ^^ Nouveau code 
«ccl^siasiii)iM de 155i2 1 . i88, — Persécution des Catholiques , 
i9ù. —-Puissance du duc de,Nortbumberland, 190. ^ Exécu- 
tion du 4oc <le Somerset, tbtd, — NouvvHe liturgie , 191* — 
Interdiction du prêt à intërit, ibîd. — Changement dans Tor- 
dre de surceisjon » 199^. — Mort et caractère d'Edouard VI , 
194. — Appauvrissement de TAngleterre , 195* 

Sect. VL JUgM de Marie Tudor^ 1553^1558. !• t^éaemens 
antérieure aiâ mariage de Marie ^ 197. » Jeanne Gfey est 
proclamt^a reinç ù^^ia^t\Artt » ibi^» — Marie , liile de 
Henri V|il^ast proclamée reîue, 198. — Entrée de la reine 
Marie à Lon^rea, 199. -* Exécution du duc de NorthumJi»er- 
laady 200. -« Besfcauratiçn des évèques catholiques, 20,1. — 
A restation de Cr.ai»m#r, (bid* — Confirmation, du mariage de 
Henri VIH et de Catheiine d'Aragon » 202. — Révocation des 
actes du règn^ (|*Éd^^(| Vl en matières religieuses, ibid» — 
Abolition des noiivellesespeces.de trahison, 203. — Négocia- 
tions pour \^ piiriage de la reine, ibiiL —' Contrat de mariage 
avec Philippe d*£4p^gne , 204. — Révolte de Wiat , 205. — 
Exécution de Jeanne i^rey, jI^« -* Arrestation de la princesse 
Elisabeth » 207^ /-r Blariage.d^ iarelpe , ibid» — 2o. Depuis le 
mariage de Mari^ apec Philippe d'Espagne, 208. — Bulle 
du pape eu ÎS{vp^r des possesseurs de biens ecclésiastiques, ibid, 
— L'Angleterre rentre dans la communion du pnpe , ibid, — 
Acte qui nqmn^ pkiltjppe régent en cas de décès df: la reine , 
209. — L.'(r^nde cH élevée une seconde fois au rang de 
royaume, 210. — - Persécution des Protestans, ibid, —, Exécu- 
tion de Çrafimef f( 2^.— Restitution des bieos ecclésiastiques 

. réunis ii la couronne , 214. — Guerre de France , 215. — Perte 
de Calais , ibid, — Mort et caractère de Marie , 216. 

Sect. Vil. Règne d*ilisabeth, 1558—1603. lo. Jusqu'au nuur- 
tre Juridique de Marie Siuart, 217, — Avènement d^Élisa- 
belh au tr6ne , ibid, -— Elisab<;th se déclare pour la religion 
nrforméc ,218. — Première adresse pour le mariage de la reine , 



iupnfmâlie , 222. ^Trt^ii-tfeiif ih^lkl*iVlîvr*-iéy*il>b1Ç»(iJe de 
I* Égrise éVkgHtâ'Aè,12J2d.~NôatiilletVsiUbdtoa*dirU Bibfef,221. 

— Doûbîb piix «le C^(éari CambreMs ,* 225. '-^ Rkrît* Slàart 
pVendlc toréât te\oé èhtt^Utérté , 228. -^'PWletiibiM à la 
inàîh d^lîsabetW, /»/<£• — Coïttmirii&inënmtf fa flrvëtii' du 
cow»le lie Lei«««tBr,'2î$. — fraiVé' <fe HWnïWo*tAurt (^!^M52), 
tbfà. — Vxiix «fc Tro'yei i^5H)', ibld: — ^blMijoé <l'ÉUsabfe*h 

' dam les afliirrcs a'Éhisse , thid, ^ Goti^^f^tron dè4 eethèe» de 
Narthumberlantl et db WéstmofeFànd , 2^9;* -^ Déekratiun 
d'Elisabeth sur IVlendue d«f m ^n^^rhatic e«cl<^a4ii(|iie ,'JfôO. 
-^Ralle dWommunicaiion de 1570, 2ï)1..^^4rléfMeAnr tke i$71, 
i0iW. — Actes |>our Icinaîntî^rt db Ta/atorlV^'cM U rctîifc' et càMNw Us 
ëmigi^s, 232; ^ Acte poài^ runi^bnntCé Ai'cu)M/28d% -^ Orî- 
gîtfe desPactiahs;/6/ifi^EWcàticm da dbe de MÂitolk (1572), 
236.— Ligutt de Bruxelles*, de id^6l,' iTvecles coiVfé^^r^'des ^js- 
Bas , 237. — Contrat dé nlàfia'gje enrt^é Éifèifbeifr et PraW^is , 
ducd*AnjoQ , ibid. — Séminaïres pOuC les GythôtM|ites- anglais 
établis sar le cootineiA , 239; '— ^ jPerséeulîona^ îdei Gôthàtt^es , 
240. — Persëcutidns dès Purittins, 242.*^ AssftcMtîolv rbi^ale, 
243. ~ Nouvelle peWcùfioii des; CatîioHqaèàrf 244^ ^ tèaîté 
d*amitié de BerW-iek avec k rorti*Éctfss<^'j'- tê^iuf. «^ Procès et 
éxecution de tVlariè Stuart, 215. ^ 2. DbfHii^Ul èhoridè 9tane 
Siuàrt Jiisifu'à là ^iàh-e d'Iltiandè^ 2461^ Eijilbils'ndriirraes 
de Hawkiris , DtiVt ; Cîivéndîsh et Raleigf^ V /^if. '^ Alliance 
aveic les cônfëdérés des Pa}fs-Bàs » 250. -^ Guti4e Svcrè i^hî> 
lippe II: ta floilé Irivincibl'e , /5/^. -^ îflort îtidac de Lèices- 
ter , 252. :— Pëhe'Culfon dti cdmrë d'^Àrûadèl; îbté. ^ Fâfteur 
du comté d*£s.<èx ,253. -^ Éxpediri^n ëh PoTlùçrkl (1589), 254. 

— Destrùciiôn de Cadix (I596j , Wid. — 3. Dupish ta guerre 
d'Irlwtde , 255. — Guerre cl*lrlande , itid, — tÀ c6hi\e d'JK- 
sex est envoyé' en Irlande, 259. ~ Cbutè d'Essëit, 2G0. — 
Soumission de Plrlande, 264. -^ WrleiUent dé 1601, 265. — 
Mort et caractère d*Élisabelh , 266. 



nement di.U> n^AÎton de Stoa^tf 26B..-— Tfaitë (l4iftinpton> 
rourt (1603) , ibid, — Conspirations JU«s.Mtm etBye^ 269. — 
l^riAcipet delolâréAce île itfoqm^^ 2^A^'*^ Premier parlement , 
271. ^Paiva«tor£s|iagnev272.«-Péfteoi>tioa dKrîg^acofiire 
kes Calholîiiyeiiy' 273> -^ ConspiratioMi- «tes^poWilres , iàiti, — 
No«veHfcs Iw ieohire' tes Gatbolif|«es ;2G1. ^ Base de V-'^^on 
«le VAiigUterrcieC de l'Ecosse , 2^2. -^ Le comte «^ *^<*^<^^ • 
favori de Jaof|«ei, 283. -T te duc de Bir^'og^**» fcvori c!e^ 
Jacques , 285/ t-: Dcrniètè «iprfditi»*- da Wakeii Ralaigbj son 
supplice (1618)^ îU^««uXi'aiti(^«<6^9tt>B'i6i6ave<) les £talsM||^D<'- 
raux , 238.-^ ^«wytfllo^é^ttlAtiMi à'J(rlaiMk:, 28». — ÉibbUasi - 
o)cnL des cak>BMi de Virginie al .drl!tiaNotivelW''ABgleterre> 294. 

$ECT. IX, — • f4lfM'rattÊrÉ àngiàiseiét êàossaisà'dkr^Ale quinzième 
et sei'ziètt»^\sièçif^,Ufi^tï^t de.barii^oër»tièà 4eUlktéf^ure 
classique f|ir jpri|e4ea:Apgteis^r 30Q. ir-ii^mW/f /w^ie^hului/i- 
i/çue , SOI* -r U covm de -fintra^r y iM. -.-^ ThoiaiaaWyat , 
302. ^ Thomas Sackville ^ ibid. — Philip(B S^àiucsj , 303. — 
Edmond Spe«9er » 304. -^. ./W/^ «1dE(«^'j«) 388/^ Biivjd 
Lindsey, /6i4> -r. Pitéêie «firvW9MMc^FMr ^31Q.'WTh««ia^ Sack- 
ville , 311,': TT Shalte^ai: ^ .91X* -^ i^s^, am^iàite , 316. 
;«AP. X. HUtaint. 4^XiiùêtM, i/Ufptds l^âflT/Vtf^a'^c^.l^^ 3ia 

8£CT. 1. Depuis %^% jusqu'en lâ43i;,. époque âû. lUii^neweni 
de, Marie SUtari au ifoœ. jMif^Uûs l\ (i437-^4(iQ) , /^Mi. — 

^;,Jac«]ues UI(t460^1488), 319. 4r Baiaiire.ijQ BffUnbdcbitfnc , 
. 321.-r;Ja4qupsl^/(li88-l&13Ji»3%2.,^/ÉiablissemeAt du 
Coti^eil)ourMali.er,.ff^V/fcrr' Fin:d/Bs.gueri:^ en^re TÉcoese et 
TAnglaterre , .('64</. -^. RatailU de I^Uddi^o (1$13)» 323. — 
Jacques V (1613^1^^) , ^24. ^ Bégence-deiM^rgocriie^ Tu- 
dor, /&f'<i.-— iRégeikce du tkic' d'AU)a4y» #6/«<(* -T-:Hégence de 
Douglas t CQmte d'A.figUs, 32,$. «f iJaciques V gouverne i par 
Iui-mènia-v32^* — Mesures poun Kursiliér les nobles ,v 827. — 
Établissonicui du collège de /Justice , 329. .-~- Commenceaient 
de la reformât ion , ibid. — Patrice , lUmiliott , premier marljf 




406 TABIiB DEB MMlÈM^J 

dupMMUnlîsme (ia27),ddO. ^ GmrrtA'àOê^ttèm <le i^, 
332. ^ Balùlle de aolvay^moMe (iôéijl).^ i^Sk, -^ Mort de 
.JacqucsV(1542)^i^iM/. : ' ' 

8ect« 11* Règn€ dêMimiê SUÊoHdq^uis iô4c2jtu^'à ia'foix 
d'Edimbourg €leX^^, Avènement de Mayiir^^SHrtht «u trôoe, 
33S. -^ Régence du oomte d*Arran ^ j'âiVI. -— AsMMÎnal Ju 
^*^dinal Beaton, 387.^ ^*^ GatFre d'Angletem (1547) , ihià. 
—Fiaij^jjli^ de Marie Stuart avec lis DkupbÎB.dt* Fk-ajr»cc, ibid. 
r- Be^a09 o., u reiue^mèffs , NIiiHe ikrl^tfmiM ; 338. - 
Mariage de Marie Stun^ i^ec le Babphla , ibidi -^ Commeo- 
flemem des troubles relîgieux^89.-*-OrigMe delà congiVgelioo, 
340. — Mm4c StiMMrt prend te titre à*, «vÎm d'Angteierre, 341. 
-r^ iîruerre cïvîfe de t&5!>y'd42>^Mo«]veii|pi^M« répubVicains des 
Protestans, déS. «.^ Le )duc dé Cbàtellennih ^ tJbef ' du paru 
protestant , 344. -^ Destitafieit de ia rêpsn\t / 346. -^ Traité 
de Berwîck , de 1560, 347. '— ' Mort de la^reine nfgcfote , ibid. 
— Pai«>d'JËdinibottrgydedk560,^46. -^ Article^ Mreordésaux 
Proles(t«nst^349L 
$ICT. III. Mègne de Marié Stumrt depuis ia péiae d'Edtmbourg 
' Jusqu'en 1568. ^' 4^ ft fà kin^ n» ptéierice en Éeosse. Reo- 
versénieot de la retigfîdn^eatbofifja^y 9^' "^ -Con^flteion de foi 
écossaifléy il6i<i. ^^Moâi et jPrançoirlI| 353. ^ Fanatisme 
des Réfi»rfnatétti9 , /(àM^/*^ Premier Uvi^ Jk discipline, 354, 

- .-i- Marie ^taigrt est invftëe'M prendre en wam iê gouverne- 
ment de r^t ,355. ^ Ortgihê de 1« haine dCÉItiabrlK d*Aa • 

- gheterre poor Marie-^uart , ihfdi, -^ Ar^Lvë^ :àt Marie 8iuart 
«tt Ecosse, 356; «-*, Conduite prudeirte d< U reine-, 356. -*- 
Négociations pour le mariage de Marie -Stuàrt , 359. — Ma- 
•riagede Marie Stnnrt avec lord Damiey (1565) , 360* -— Dis- 
grâce du comte^ d» MtfcrWy\ 361. «^ Suites dû mariage de Ma- 
rie Stuàrt avec lord Dandey , 362^ — Assassinat - di RIzaio 
(1566), 363. — Retraite de Marie à Danbâr , 365. — Nais- 
sance de Jacques VI (1566) , ibid, •— Conspiration contre la 
vie du roi , 366. — Assassinat du riït (ip67), 367. — Jostifi- 






#■ 



irmon <i^ 




«Jk-mBDESv 



407 




y mi, — CoairresCB» 'i^'wk 'i50^ , 382. — 

■iffimM* a ^Vetfohmlrr , 30. «. Marie eat 

«fe Mnvfns fit MMi ^pHKK* .3M: — Marte u p p a ii «ic Ta 

À PartMiK CKUMBMfe y 3H^. <^ EnsÉidi tiailiB avce le 

nf^nc Xflvraf (1^^ t •'91^' " rtawr «iédbne par 

|çeat(l^iy,aHL^TrartiiF ér Ckatsvpotdh, iSiUL -- 

rcM> ^ LMfa» (iS'i) r 3Bt. — C«enc rWOr . 392. 

<lc Unes (i^l)* 3B3.— Bé^çrao da CMle ^ Nar (1574^ 39t. 



m » 



— Loi» 



IttCailMl 



4e MerlM (1373) , 396. 
VI pcead les 



rèocs «la go«v< 



^Aéd. 



FÏN DU TOME DIX-UUITIÈME. 






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CORRlîtTîONS X FAÏRl AD NOL.0ÎVÎ. 

Page 248f .1, 19, ùh ihu de ^arable- «leui ans; Usez vÎBgt-quktrè; 
(Quarante-deox est uûe résolution ftiutivcila ckîffre 24 qne portait 
lo manuscrtl.) 

P«g. 265, 4. 10 d*em bas^ iiù iseu de 1559, //trà 1S58. 

Page 901 ^ï. SyOti thu de AntoÎAe de Bobrgogne , Jiset Antoiae i 
(le Bourbon* 1 

ClIftRECTlONS POUR LE VOL. XVIL 

Page 162. Parmi les n^daoteufs «le IVdit de Nantep, îl fiiut encore 

nommer Pierre Forgel , sieur de Fnsnea (aacr^taire-dVtat depuis 

lôd»). 

Page 176, 1. 1 du dernier alinésr, tout lefateur aora, et lui'^mâme, 

lubslilué le nom de Marguerite à celui de Catherine- 
Page 183, 1. 21 et 22, au/iVci de de Monc <;/ Ghaimplaîn, iiset de 

'Mont ei Champlain. 

Page 237, l. 23 , au lieu de Lingon, lisez Lignon. ' 

Page 262, 1. 10, au lieu de de la Fronde, lisez de U minorité. j 

CORRECTION POUR LE VOL. XVHL 

Page 262 , 1. 8 d'en bas , an lieu de Drury-Housse , lisez Drurj- 

Huuse. 



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