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Full text of "Instruction /"

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INSTRUCTION 

DES ADMINISTRATEURS 

DU DISTRICT DE LA CAMPAGNE; 

DE COMMUNE-AFFRANCHIE, 

Aux Municipalités , Comités Révolutionaires ; 
, Sociétés Populaires de leur arrondissement , et 
à tous leurs administrés en général. 


jLes crimes sont la garantie du gouvernement 
monarchique et sacerdotal ; 


Mais les vertus sont la garantie dû gouver« 
nement Républicain. 



A Gems-le-Patriote , de l’Imprimerie de P. BERNARD^ 
maison d-deva^î YernoB 3 l’an s» 




S* 




ÉGALITÉ. LIBERTÉ. 

Triomphe de la République ou la mort. 


Citoyens , freres et amis , 

La France , cette nation magnanime et géné- 
reuse , qui sonne aujourd'hui l’allarme sur les 
trônes des rois , & porte le tlamüeau de la libeite 
chez les peuples , que cinq années de révolutions , 
d’orages et de sacrifices , n ont pu ébranler ; cette 
nation n’a été , pendant dix-huit siècles , qu’un 
vaste théâtre de brigandage où l’on ne voyoit au- 
cun terme aux calamités du plus foibie , aucune 
borne aux injustices du plus fort. 

Nous en appelions à vous , liabitans des cam-' 
pagnes , pour nous répéter les cnmes Cl© ces mons- 
tres qu’on appelloit rois ; les usurpations de ce» 
êtres ignorans et altiers qu’on appelloit nobles ; et 
la scélératesse de cette engeance aDominabie ^ 
comme sous le nom de prêtres ; des somanes im- 
menses amassées par les concussions et les impôts 
sur les pauvres , et prodiguées à la sensualité des 
riches , à l â'^Tdité des courtisans , a la rapacité des 
ministies , à des idoles de bois et de pierre , et au 
luxe des oppresseurs ; les peuples accourant des 
confins de l’univers , s’égorgeant les uns les autresj^ 
pour assouvir la barbarie des tyrans ; les désordres ^ 
les crimes, les assassinats des riches tolérés , et en- 
couragés par Timpunité ; Tari; de détruire lea 


^ ( 2 ) 

hommes jdassiirer rmdëpendance du vice;etrcp- 
pression de la vertu , réduite en piiacipes ; les gë- 
missemens , les cris et les cendres des malheureu- 
ses victimes enlevées à la société , arrachées à 
leurs familles et enfouies dans les sombres cachots 
de rinquisitioîi; quelques individus pervers ache tant 
le privilège d’être mechans et corrompus ; Imno- 
cence opprimée , la probité persécutée , la justice 
avilie , riiumanité déshonorée , la violence , base de 
de tousles droits; Tignorance, de toutes les préten- 
tions ; et l’orgueil , de tous les vices : voilà les ta- 
bleaux gravés dans les annales des temps , dans le 
cœur de la génératicn qui naît, et de celle cjui 
s’éteint; voilà les fcrfaits inélFaçables , qui diront un 
jour à la postérité la plus reculée, qu'il fût un 
temps malheureux oii les hommes avoient oublie 

leurs droits et leurs principes Les crimes des 

Rois , des Nobles et des Prêtres.. .. Grand Dieu! 
en faire rénumération I . . . Quel être pourra ^ire 
ceque les nuits des siècles ont dérobé à notre 
connoissance , et ce que 1 histoire et la tradition 
nous ont transmis! Eh quoil liabitans des campa- 
gnes, auriez-vous besoin d’être stimulés par le 
souvenir de vos maux passes ? Quoi ! le feu sacré 
de la Liberté se refroidiroit dans vos âmes, l’esprit 
public degënéreroit !... Ah l loin de nous ces 
tristes pensées 1... mettez en parallèle votre con- 
dition passée avec la présente , vous verrez com- 
bien il est impolitique , combien il est absurde 
lie favoriser aveuglément les efforts impuissans 


des tyrans, coalises contre la République, en re* 
gretlant vos Prêtres , leurs reliques et vos erreurs* 

L^lifice de la monarchie ébranlé Sous les 
violentes secousses de la Liberté, s’est écroulé et 
dans sa cliûte, toutes les dilapidations et vexations 
royales , nobiliaires et saceruoîales ont dispaïu. 
Vous n’avez plus de dîmes a payer , de coryees a 
faire , de contributions inj Listes de toute espece 
à acG^uilter, et de fenéants à nourrir; la révolution 
a ouvert à ses enfans une immense carrière , semée 
de prospérité et de bonheur, dont les despotes 
ne pourront jamais ni altérer , ni empoisonner 
le charme ; ce tableau est nant et agréable , 
nous avons besoin dt en repaître notre esprit 
pour le soulager de la laidpiir et . de la dilFor- 
mité de l’ancien régime : c’est le rivage dont le 
matelot se rappelle avec plaisir les delices, au 
milieu des fatigues d’une navigation orageuse. 

Le nouvel ordre de chose , basé sur les prin- 
cipes immuables de la justice et de • la pro~ 
bité, vous offre la réunion de tous les 'avantages 
en opposition à l’ancien gouyernement , qui ne 
vous offroit dans toutes ses branches qu’esclavage 
et misere. Tous les liommes sont libres; cette 
liberté mal interprétée , est la source de bien 
d’erreurs , de bien de maux ; et ëvaly.ée à sa 
juste signirication , elle est le pouvoir qu a tout 
être intelligent , de faire ce qu’il veut , con- 
formément néanmoins, aux principes de l’équité 


, , ( 4 ) 

et de La saine raison , qui sont ceux de la loi ; 
ce droit le plus beau et le plus sublime que 
la nature a donné à l’homme et dont la société 
lui assure le libre exercice est étayé de 
légalité. Nul ne peut se le prétendre et n’est 
réellement plus privilégié qu’un autre. Jadis 
îe pauvre couverr de haillons étoit pendu et 
roué 5 pour avoir été trop probe ; et le riche , 
revêtu des appareils pompeux du luxe et de 
l’opulence, qui avoit tué, pillé et égorgé, 
ëchappoit au châtiment; aujourd hui la loi frappe 
de son glaive vengeur le coupable , et rend à la 
société l’innocent , sans être mue dans ses dé- 
cisions , par des considérations étrangères ou des 
exemp dons arbitraires. 

Le Français libre ne met plus aucune dif- 
férence entre celui dont les mains sont riide^ 
et encroûtées par le ti'avall , et celui qui les a 
blanches et polies; entre riiabj-:ant de l’Afrique 
€t celui de l’Europe; il ne voit dans tous les 
hommes , quelque soit la couleur de leur peau, 
que des freres que la nature a gratifiés des, 
mêmes faveurs que lui. 

Citoyens , vos terres ne sont plus soumises à 
des impositions onéreuses et injustes ; vous |3ayez 
en raison de leur produit une modique somme 
adaptée aux besoins de la République ; lorsqu’un 
animal destructeur endoraagxTa votre récolte ,, 
vous pouvez châtier ce délit sans appréhender 


C5) 

la censure ni les pouvoirs d’im noble, cl un 
niaitre des eaux et forêts, ou de tout autre op- 
presseur; la jouissance de tout ce qui est vôtre 
vous ap^Ttient , et vous n avez plus à redouter 
rambition d’un voisin puissant qui , par ses in- 
trigues , son or et ses artilices, voudroit aggrandir 
son patrimoine au dëtrimeru du votre. U y a 
oppression contre la société lorsqnnn âe ses 
membres est opprimé , il y a oppression contre 
un membre^ F orsque la société est opprimée. C est 
ainsi que la sûreté des propriétés lait une partie, 
essentielle de la garantie sociale. 

Votre vie n’est plus subordonnée au caprice 
d’un despote; vous ne serez point arrachés à votre 
famille , plongés dans les ters , et condamnés 
sans au préalable avoir été saisis légalement , 
instruits des motifs de votre détention , et avoir 
fourni vos moyens de défense; on ne connoit 
plus les lettres de cachet et les autres artifices 
barbares , . dont le despotisme se servoit pour 
s’assurer de ses vie limes. 

Autrefois Tigiiorance sapproprioit tous les 
hommages, tous les lauriers., toutes les places; 
ces usurpations assez naturelles alors, ëtoient 
légitimées par les prércgarives chimériques dune 
noblesse frivole ou d une opulence insultante ; 
la gloire dîme victoire remportée , étoit toujours 
attribuée au général qui s etoit montré aux soldats 
éur une éraineiice hors de l’atteinte des bombes 

A I 


et du canon. Aujourd’liui on consigne- Iionora- 
blementdans les annales delà révolution Française 
toutes les actions héroïques et vertueuses du 
soldat comme du général ; la répartition des fonc- 
tions publiques , se fait entre tous les indivi- 
dus 5 par rapport à la vertu et au talent. 

Le despotisme avoir élevé des églises à k: 
superstition , au]^urd liui la liberté consacre des 
temples à la vertu, sous les auspices de la divinité; 
on n acheté plus la santé par des grimaces , le 
repos de la conscience par des offrandes , chacun 
est tenu d’éîre vertueux, au moyen de quoi chacun 
est en paix avec lui-même et avec la divinité. 

Réclamiez -vous le secours de la justice contre 
les tyrannies d’un homme riche l la chicane 
fertile en astuces, en détours , engendroit des 
contestations et des procès qu’elle avoir soin 
d alimenter à vos dépens , et dont elle éludoit 
les conclusions , jusqu’à ce qii’eiifin elle avoit 
épuise vos ressources : après un certain nombre 
d’années , vous étiez condamnés ; vos petites 
propriétés , le patrimoine des enfans que vous 
aviez mis au jour , le fruit des épargnes de 
votre vie , tout étoit consommé , il ne vous 
restoit dans votre infortune , qu’à dévorer vos 
chagrins et les sollicitudes d’une vie qui vous 
étoit à charge ; la convention a anéanti toute 
cette race de voleurs C|iii s’enrichissoit inhii- 
Hiainemenr des dépouilles du pauvre. 


( 7 ) 

La bonne fci a été mise à Ibrclre du jour," 
la franchise et la IcyaiUe seront désormais les 
bases de tous les pactes 5 de toutes les coii*' 
vcnticns^ut de tous les accords. 

L énumération des avantages de la révolution 
est immense et iiicalculaüie , et nous pouvons 
en conclure avec justesse, (|u il ny a de vrai 
bonheur et de satisfaction réelle , que clans le 
gouvernement républicain ou le peuple est a 
sa place.' Habitaiis des campagnes , qui mieux 
Cjue vous est intéressé à la clëfense de cette 
liberté , dont vous avez su mettre à profit toutes 
les ressources au milieu des tempêtes , peur 
accroître votre fortune ? Nous aimons à croire 
que votre intérêt pécuniaire et privé , n est 
pas un puissant mobile pour vous déterminer 
à épouser la cause de la liberté ; nous aimnns à 
croire, que vous avez à cœur rintéret de vos 
concitoyens, Fintéiêt de tons les peuples et 
celui de ces jeunes rejettens qui croissent pour 
vous remplacer dans la société , et que votre 
cœur sensible est sincèrement mpiégné de 
lamour de la patrie et du bien universel. Sou- 
tenons donc, par tous les moyens qui sont en 
nous , cette grande et majestueuse révolution 
dont le dénouement sera le reveil de tous les 
peuples du monde et lè triomphe de la liberté 
dans tout lunivers. 

Êtres froids et modérés , êtres égoïstes , vous 


en 

dont le cœur inaccessible aux sendmens de k 
fraternité , est incapable de sentir les besoins 
de vos freres , vous êtes intéressés tout autant 
que nous à ce que les despotes périssent , à 
ce que la liberté soit victorieuse : si par une 
supposition absurde et dénuée de toute vrai- 
semblance , les efforts pusilianimes de la tyrannie 
venoientà renverser la Liberté des Français, nous 
vous le demandons, en seriez-vous mieux traités I 
ne porteriez-vous pas votre portion de la cala- 
mité imiverselle ? en seriez-vous plus considérés, 
plus en honneur? les roues, les gibets, les 
potences , les échafauds seroient 'dressés ; tout 
ce que Fimaginadon peut inventer de plus cruel 
et de plus inhumain , seroit mis en action pour 
tourmenter les patriotes. Ne seroient pas exempts 
des supplices , ceux qui , par leur modérantisme 
et leur apathie auroient entravé la marche de 
la liberté , ni ceux qui en auroient respiré l’air , 
ni ceux qui aurcit vécu sous son liorizon. 

Vous en avez déjà un exemple frappant et 
tout récent encore : Toulon leve 1 étendard de la 
rébellion contre la liberté , il ouvre son port 
aux ennemis les rois s’en em]3arent , c’est dire 
tout son sort ; interrogez les ruines de cette 
ville rcdjelle, interrogez le sang de ses criminels 
enfans qui, après avoir aiguisé le poignard 
de la trahison contre leur patrie , sont morts 
au milieu des supplices , victimes du serpent 
qu’ils avoient accueilli dans leur sein. 


L ovsqu^on vous parle des tyrans et de leurs 
crimes , vous éprouvez un saisissement d’horreur, 
et chacun de vous se promet bien de ne jamais 
ressusciter la tyrannie , cependant vos pretres , 
vos églises, vos idoles que vous regrettez!.* 
que devons-nous conjecturer de votre conduite 
encore sacerdotale? que vous voulez la liberté, 
mais que vous n avez pas assez de force , assez 
de vigueur, assez d’empire sur vous-mêmes 
pour la vouloir tout-à-fait. 

De tous les temps , les rois et les prêtres 
furent coalisés ensemble pour tourmenter Is 
genre-humain; ce sont deux têtes quil faut 
abattre d’un même coup; si vous en laissez exister 
une , l’autre repulluJera bientôt ? à l’anéantisse- 
ment des rois et des prêtres, tient tout le 
succès de notre liberté. 

Au nom de la patrie , au nom de vos intérêts 
les plus chers, freies et amis, nous vous en 
conjurons par tout ce que la tendresse et l’a- 
mitié peuvent avoir de plus énergique et de plus 
puissant ; oubliez vos prêtres , fermez les oreilles 
à leurs discours mensoi^ers , insinuans et perfides; 
que vos églises soient converties en des temples 
cil vous viendrez tous 4es décadis , rendre un 
horamage solemnel à la raison , la paîrone du 
Français. Vous êtes enfin appelés à entrer dans 
cette terre promise , la liberté , dans ce paradis 
Tsel, qui vous dédçmmageia bien des ücîions 


( 10 ) 

ae l’autre monde , et dont les délices sensib.es 
feront le bonheur des sans-culottes sages et 
vertueux. 

Les Administrateurs du District de la Cam- 
pagne de Commune-Affranchie , séant à Genis- 
le-Patriote , après avoir entendu la lecture de 
l’instruction ci-dessus , en ont arreté 1 impression 
et l’envoi aux Municipalités , Comités Révoiu- 
tionaires et Sociétés Populaires de leur arron- 
dissement, avec invitation à tous les bons ré- 
publicains d’en faire souvent la lecture à la tri- 
bune des Sociétés Populaires , et de la rendre 
familière à tous leurs concitoyens. 

Fait en conseil , à Genis-le-Patriote , séance 
du 4 Floréal , l’an deux de l’ere républicaine. 

i'i>^',DUMANOIR,pwfJmr;CHERMETTE, 

Rostaing.Bession, Berne, Guitel, Yern.\y, 

âdminutraîmrs ; 

B E RL I È , Agent national, 

. MEUINIEB 5 secrétaire.