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Full text of "La femme pendant la période menstruelle : étude de psychologie morbide et de médecine légale"

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LA FEMME 

PENDANT LA PÉRIODE MENSTRUELLE 



LA FEMME 



PENDANT 



LA PÉRIODE MENSTRUELLE 



ETUDE DE PSYCHOLOGIE MORBIDE ET DE MÉDECINE LEGALE 



LE D S. ICARD 

Médailles d'or, d'argent et de bronze des épidémies. 



Matvstat xat iraAiv ffioaoovîîi 

Hiwociiats. t. VIII, p. 50î. 



PARIS 

ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET Ci 

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR 

108, BOULEVARD SAINT -GERMA IN , 108 

1890 

Tous droits réservés. 



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in 2011 with funding from 

Open Knowledge Commons and Harvard Médical School 






http://www.archive.org/details/lafemmependantlaOOicar 



A MON TRÈS SAVANT MAITRE 



MONSIEUR BENJAMIN BALL, 

Professeur de clinique de Pathologie Mentale et des Maladies de 

l'Encéphale à la Faculté de Médecine de Paris, 

Membre de l'Académie de médecine, 

Médecin des hôpitaux, 

Chevalier de la Légion d'honneur, etc. 



TEMOIGNAGE DE PROFONDE GRATITUDE 



Paris, 5 décembre 1889. 



INTRODUCTION 



« Il n'y a pas de gens plus malheureux que les cri- 
minels. » Cette pensée de Montesquieu, sous une forme 
un peu paradoxale, exprime une terrible vérité et nous 
donne un grand enseignement. La société et la religion 
d'autrefois semblent l'avoir compris. Aussi, de tout temps 
et partout, chez les peuples les plus civilisés comme 
chez les barbares, existait-il des lieux sacrés, des asiles 
inviolables où le criminel pouvait venir chercher un der- 
nier refuge. 

Aujourd'hui ces asiles n'existent plus, le seul qui reste 
à l'accusé que poursuit la justice, c'est la science ; et ce 
sera une des grandes gloires de notre siècle d'avoir ou- 
vert ce nouvel asile en mettant les lumières de l'intelli- 
gence au service des misères humaines. Grâce aux pro- 
grès ou plutôt à la création de la médecine mentale et 
de la médecine légale, qui, si souvent, ont fermé les 
portes de la prison pour ouvrir celles de l'hôpital ou ar- 
rêté le couperet de la guillotine prêt à tomber sur la 
tête d'un fou, grâce à ces deux grandes bienfaitrices de 



II PSYCHOSES MENSTRUELLES 

la morale et de l'humanité, nous essayons de guérir ou 
tout au moins de soulager ceux que nos pères condam- 
naient ou abandonnaient à leur triste sort. 

Si nous en croyons Voltaire, il n'est pas un tribunal 
qui, pendant les siècles qui nous ont précédés, ne se 
soit souillé par des assassinats légaux. Il porte à plus de 
cent mille le nombre des victimes de cette jurisprudence 
qu'il appelle idiote et barbare : car elle s'adressait le 
plus souvent à des femmes et à des filles enceintes. L'ap- 
préciation de cet auteur, non toujours impartiale, est 
malheureusement trop juste, et, si l'on voulait se donner 
la peine de feuilleter les dossiers concernant la sorcellerie, 
la magie ou autre crime semblable plus ou moins fantas- 
tique, on serait épouvanté de la facilité avec laquelle on 
brûlait ces pauvres infortunés dont la seule faute était 
d'avoir un système nerveux mal équilibré et de vivre à 
une époque de ridicules préjugés.. 

Dans le Languedoc, en 1527, le sénat de Toulouse 
condamna 400 démonolâtres à être brûlés vifs. 

En 1616, de Lancie, président du parlement de Bor- 
deaux, envoya au bûcher un grand nombre de malheu- 
reuses femmes, donnant pour raison que « c'est une 
chose monstrueuse de voir à l'église plus de 40 femmes, 
qui, à la fois, aboient comme chien, faisant de la maison 
de Dieu un concert et une musique si déplaisante qu'on 
ne peut rester en prière ». 

Il suffit de recommander au juge la prudence et la mo- 



INTRODUCTION III 

dération, dit Gorres, pour être soupçonné de favoriser 
les sorciers. 

Grey, dans son édition à'Hudibras, raconte avoir eu en 
sa possession une liste de 3,000 personnes accusées du 
crime de sorcellerie et qui périrent toutes sur le bûcher 
pendant le Long Parlement. 

En 1610, le duc de Wurtemberg ordonna aux magis- 
trats de dresser un bûcher le mardi de chaque semaine 
et d'y brûler chaque fois de 20 à 25 sorcières, mais 
jamais moins de 15. 

Sous le règne de Jean YI, électeur de Trêves, la fu- 
reur du peuple et des juges fut si extrême que, dans 
deux villages, il ne resta que deux femmes l . 

En voilà assez, n'est-ce pas, de cette triste nécrologie, 
et, pleins d'horreur pour ces temps de deuil où les 
hommes étaient moissonnés par la guerre alors que les 
femmes étaient dévorées par la flamme des bûchers, nous 
les condamnons sans appel. Ceux que nos pères pendirent 
ou brûlèrent, nous, nous les exaltons et nous allons 
même jusqu'à élever des statues aux plus nobles victimes 
de leur superstition. Est-ce à dire pour cela que notre 
justice soit parfaite ? Le jugement que nous portons avec 
tant de rigueur sur nos devanciers, ne sera-t-il pas un 

1 Tous ces chiffres ont été empruntés aux ouvrages suivants : Delà 
fjolie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, his- 
torique et judiciaire, de, par Calmeil. Paris, 1815. La mystique divine, 
naturelle et diabolique, par Gorres, traduit de l'allemand, par Sajnte- 
Foix. Paris, ISôi. 



IV PSYCHOSES MENSTRUELLES 

our retourné contre nous? Nos arrière-neveux, à leur 
tour, ne s'indigneront-ils pas de notre justice et n'au- 
ront-ils pas pour elle le mépris que nous avons pour 
celle de nos pères ? Combien d'actes qualifiés de crimes 
et condamnés par nous comme tels, qu'ils appelleront 
maladies, qu'ils soigneront et guériront peut-être ! 

La statistique nous montre que la gradation et la fré- 
quence du crime suivent exactement celles de la folie : 
le mois où il y aie plus de criminels, est aussi celui où 
l'on compte le plus grand nombre de cas d'aliénation 
mentale. La coïncidence de ces deux faits semblerait 
prouver que la folie n'est pas étrangère au crime et 
qu'elle en est très probablement un facteur des plus 
importants. Cettecroyance n'est pas encore assez acceptée 
par les tribunaux, et, trop souvent, en face d'un crime, 
les juges négligent de rechercher la participation de la 
folie ou refusent de la reconnaître alors même qu'elle 
leur e*st signalée par le médecin expert. On va en juger 
par les chiffres suivants empruntés à l'excellent ouvrage 
de M. Gullerre 1 . 

En 1866, un surveillant en chef déclarait qu'il y avait 
dans la prison à laquelle il était attaché, au moins 12 dé- 
tenus, chez lesquels la folie était présumable. Gutsch. 
médecin des prisons de Bade, établit qu'il a constaté 
chez plusieurs détenus un trouble évident des facultés 

1 Cullerre. Les frontières de la folie. Paris, 1888. 



INTRODUCTION 



devant faire admettre qu'au moment de leurs crimes, 
ils étaient déjà atteints d'aliénation. 

Dans l'enquête de la commission anglaise instituée en 
1865 par le Parlement pour étudier la question de la 
peine de mort, lord Sidney Godolphin, examinateur de 
l'asile de Denham, reconnut que la peine de mort avait 
été appliquée à des aliénés. 

Le jurisconsulte Fitzroy Kelly déclara, en 1864, que 
pendant les soixante-quatre dernières années on avait 
commis 60 meurtres légaux en exécutant autant d'aliénés. 

Une brochure du D r Madden nous apprend qu'en quel- 
ques années 11 aliénés furent condamnés à mort : 8 fu- 
rent exécutés, les 3 autres graciés furent renfermés. 

Vingtrinier rapporte 82 condamnations d'aliénés, pro- 
noncées sans qu'aucun médecin n'ait été consulté ou 
même contre opinion de celui-ci nettement exprimée. 

De l'aveu de Krafft-Ebing, savant aliéniste allemand 
dont les travaux font autorité en médecine légale, le 
bagne est rempli de fous moraux, victimes d'erreurs ju- 
diciaires, et Verga prétend que si la folie morale est si 
commune dans les asiles de riches et si rare dans les 
asiles de pauvres, c'est que les premiers doivent à des 
magistrats plus éclairés et à des avocats plus habiles l'a- 
vantage d'être soustraits à des condamnations auxquelles 
ne peuvent échapper les autres. Il ne saurait pourtant y 
avoir deux justices, celle du riche et celle du pauvre : la 
vraie justice est une comme Celui de qui elle émane, tous 



VI PSYCHOSES MENSTRUELLES 

les hommes sont égaux devant elle, et tous, sans aucune 
distinction de rang et de fortune, y ont également droit. 

Pourquoi la magistrature, trop jalouse de ses préroga- 
tives ou trop confiante en elle-même, a-t-elle une ten- 
dance à considérer comme un empiétement toute inter- 
vention de la science? Pourquoi refuse-t-elle encore 
d'admettre que tous les criminels ne sont pas justiciables 
du code et des tribunaux? Le président Troplong, ne 
pouvant pardonner aux aliénistes et aux médecins légistes 
de vouloir éclairer la justice, a essayé de tourner en 
ridicule leurs nobles et laborieux efforts ; et, pour cela, il 
n'a rien trouvé de mieux que de les comparer aux pré- 
tentieux et grotesques médecins des scènes de Molière; 
puis, avec toute la gravité qui convient à un magistrat, 
il conclut: « Je pense que la médecine légale n'a ajouté 
aucun progrès sérieux aux doctrines reçues dans la juris- 
prudence et quelle ne doit en rien les modifier. » Et que 
penser de ce criminaliste, pourtant célèbre, qui, en plein 
dix-neuvième siècle et dans le sanctuaire même de la 
justice, n'a pas craint de s'écrier : « Si la monomanie 
homicide existe, il faut la guérir en place de Grève », 
nous transportant ainsi à cette époque reculée où les 
juges condamnaient impitoyablement au bûcher et 
croyaient excuser leur cruauté en disant : « Si la magie 
est un talent, il faut la soumettre à l'épreuve du feu » ? 
Est-ce bien de nos jours qu'un jurisconsulte a osé dire : 
« Si on ne peut condamner le monomane comme criminel; 



INTRODUCTION VII 

du moins, doit- on le tuer comme une bête fauve »? 
Comment qualifier encore cet autre qui a écrit: « Ce? 
fous sont très embarrassants, il faut en délivrer la so- 
ciété » ? Et que répondre à la logique de celui-ci : « 11 y a 
peu d'inconvénient à condamner un aliéné ; la violation 
d'équité qui a lieu à son égard, ne lui est pas fort préjudi- 
ciable, puisque l'effet moral exercé sur son esprit est nul 
ou faible » ? N'ai-je pas entendu, au dernier Congrès in- 
ternational d'anthropologie criminelle 1 , un orateur légiste, 
confondant la responsabilité sociale avec la responsabilité 
légale, donner comme critérium et mesure de celle-ci le 
seul degré de nocuité de l'acte, déclarer que nous de- 
vrions tous être également responsables devant la loi et 
réclamer l'abolition de l'article 64 du Code pénal ? Et ce 
sont des magistrats qui parlent de la sorte, c'est-à-dire 
des hommes qui, de par Dieu et la société, ont été créés 
prêtres de la justice, qui seuls en sont les distributeurs 
et doivent en garder le dépôt sacré ! Pareil langage dans 
leur bouche retentit à mes oreilles comme un affreux 
blasphème et soulèvera d'indignation quiconque a encore 
quelque souci du droit et de l'équité. 

La loi cependant, hâtons-nous de le dire pour l'hon- 
neur de la morale, en dépit de ces monstrueuses doc- 
trines, ne s'attaque pas aux irresponsables. 

Or, comment juger qu'un homme est fou ou raisonna- 
ble ? Est-ce que pour cela le simple bon sens suffit comme 

1 Tenu à Paris, du 10 août au 17 avril 1889; séance du 10 août. s 



VIII PSYCHOSES MENSTRUELLES 

le pensent Elias Regnault et autres jurisconsultes? Non, 
certes ! La folie revêt quelquefois toutes les apparences 
de la saine raison, et ne saurait être découverte sans les 
lumières d'un homme compétent. Au moyen âge, alors 
que l'on jugeait par les textes sacrés, le juge avait tou- 
jours avec lui le clerc théologien chargé de l'éclairer sur 
les points douteux. Les codes ont changé, mais la justice 
est toujours la même, et on doit féliciter ces rares ma- 
gistrats qui, dans leur prudente sagesse, avant de se pro- 
noncer sur le sort de certains accusés, appellent à leur 
aide les lumières de la médecine mentale et de la méde- 
cine légale 1 . Et nous, médecins, nous ne saurions trop 
faire de notre côté pour cultiver et répandre ces deux 
branches d'une même science qui est celle de la justice 
entendue non suivant les lois conventionnelles des 
hommes, mais suivant les lois éternelles et immuables de 
la conscience, de la morale et de la raison, science par 
excellence, car elle est celle qui nous rapproche le plus 
de la Divinité. C'est pour y contribuer suivant mes faibles 
moyens que j'ai écrit ces quelques pages de psycho-phy- 
siologie appliquée à l'étude de la responsabilité morale 
et de la médecine légale. 
Mes intentions sont bonnes et pures ; je tiens à rafiir- 



1 Le Congrès international d'anthropologie criminelle qui s'est tenu 
à Rome en novembre 1885, a exprimé le vœu qu'une clinique crimi- 
nelle fût créée dans les prisons comme complément de l'Ecole de 
Droit, à l'usage des jeunes gens qui se destinent à la justice pénale. 
(Voir la Revue scientifique du 9 janvier 1886, et la Criminalité compa- 
rée de Tarde, p. 21.) 



INTRODUCTION IX 

mer dès le début de ce travail, et à dire avec l'illustre 
Esquirol : « A Dieu ne plaise que, fauteur du matérialisme 
ou du fatalisme, je veuille créer ou défendre des théories 
subversives de la morale, de la société et de la religion. » 
Je crois cette œuvre très moralisatrice et digne de tenter 
le travail d'un honnête homme; voilà pourquoi je l'entre- 
prends. Quel que soit du reste le jugement que l'on por- 
tera sur elle, je l'accepterai sans me plaindre, trouvant 
dans le témoignage de ma conscience la seule récom- 
pense que j'ambitionne et qui me dédommagera suffi- 
samment de toutes les peines et de tout le labeur que je 
me suis imposés. 

L'étude de l'homme physique, d'après Cabanis, est éga- 
lement intéressante pour le médecin et pour le moraliste; 
elle est presque également, nécessaire à tous les deux. 
Cette vérité ressort surtout par l'étude de la partie faible 
du genre humain, par l'étude de la femme qui, suivant 
l'expression d'Hippocrate, est un foyer d'infirmités et de 
douleurs. Ce n'est qu'à travers mille tourments d'esprit 
et de corps qu'une jeune fille parvient à la puberté; ma- 
riée ensuite, à peine entrevoit-elle la douce espérance 
de devenir mère, que ce plaisir est troublé par les incom- 
modités de la grossesse et remplacé bientôt par les dou- 
leurs de l'enfantement, les suites de couches et les fati- 
gues de l'allaitement. Et lorsqu'elle perdra le signe de 
sa fécondité, que de nouvelles inquiétudes, que de tour- 
ments ne l'attendent-ils pas ? 



X PSYCHOSES MENSTRUELLES 

La femme est une malade, mais elle l'est surtout à cer- 
taines époques, qui, douze ou treize fois par an, lui 
rappellent douloureusement son sexe et le rôle qu'elle a 
à remplir. 

On a étudié l'influence de la grossesse, de l'accouche- 
ment et de l'allaitement sur le moral de la femme, et c'est 
un fait acquis aujourd'hui et admis par la science que ces 
différents états physiologiques peuvent soustraire momen- 
tanément la femme à l'empire de sa volonté. 

Existe-t-il aussi une relation entre la fonction mens- 
truelle et les fonctions psychiques? De nombreux auteurs 
ont écrit sur ce sujet; mais tous les adversaires ne se 
sont pas rendus, et il s'en trouve encore quelques-uns 
qui s'élèvent contre la doctrine dont je me fais l'apôtre et 
en faveur de laquelle je viens apporter cette contribution. 

La fonction menstruelle peut, par sympathie, surtout 
chez les prédisposées, créer un état mental variant depuis la 
simple psychalgie , c est-à-dire le simple malaise moral, la 
simple inquiétude de l 'âme jusqu'à F aliénation, à la perte 
complète de la raison, et modifiant la moralité des actes 
depuis la simple atténuation jusqu'à F irresponsabilité 
absolue. Telle est la proposition que je formule et que je 
vais essayer de démontrer. 

J'ai longuement et consciencieusement étudié mon 
sujet. Ce travail est le fruit de plusieurs années d'étude. 
Je citerai à l'appui de ma thèse l'opinion des auteurs les 
plus célèbres. Je ferai parler quelquefois les anciens ; car 



INTRODUCTION XI 

point n'est nécessaire ici de formules chimiques ou de 
microscope, et, si nos pères n'avaient pas la science que 
nous possédons aujourd'hui, ils avaient du moins une 
puissance d'observation et d'intuition supérieure à la 
nôtre : nous le reconnaissons tous les jours en décou- 
vrant dans leurs ouvrages les germes des plus beaux 
fleurons scientifiques de notre siècle. Après avoir entendu 
les maîtres, nous laisserons la parole aux faits ; leur élo- 
quence ne sera pas moins convaincante. A dessein j'ap- 
porte peu d'observations personnelles ; ce n'est pas, en 
effet, dans un hôpital où les malades ne font que passer 
que l'on peut faire une pareille étude. C'est dans le 
monde, dans l'intérieur domestique et jusqu'au sein du 
foyer conjugal et de la famille qu'il m'aurait fallu péné- 
trer. J'y suis allé quelquefois et bien que j'aie observé de 
nombreux faits et obtenu des confidences soit de la part 
d'un mari, soit de la part d'une épouse ou d'une mère, 
je ne crois pas qu'il soit dans l'intérêt de mon travail de 
publier ces faits dont j'ai été le seul témoin et dont je 
ne puis établir aux yeux de mes juges l'authenticité ni 
la véracité. J'ai pensé que la preuve de ma thèse serait 
plus rigoureusement établie par des faits pris un peu 
partout, empruntés aux meilleurs auteurs et les plus 
dignes de foi ; ils n'en auront que plus de valeur et ne 
seront que l'expression plus générale et plus nette de 
la vérité que je défends. 

J'ai consulté avec soin des aliénistes distingués, des 



XII PSYCHOSES MENSTRUELLES 

prêtres confesseurs et directeurs de couvents de femmes, 
des directrices de pensionnats et de refuges, des accou- 
cheuses, des femmes du monde, en un mot, tous ceux 
qui, de près ou de loin, auraient pu me donner quelque 
renseignement intéressant mon sujet. 

Je ne me suis pas contenté d'étudier l'ovulation chez 
la femme ; j'ai poussé mes investigations jusque chez 
les animaux, et, de l'étude comparative des phénomènes 
du rut et de la menstruation, je compte tirer de très 
sérieux arguments en faveur de mon travail. 

Il y a un siècle à peine que le docte Cabanis, un Fran- 
çais de la Révolution, brisait avec la vieille Ecole, et, par 
ses immortels travaux sur Y influence réciproque du 
Physique et du Moral, jetait les véritables bases de l'an- 
thropologie criminelle ; et, déjà, cette science s'est répan- 
due par tout le monde, trouvant des défenseurs parmi les 
plus illustres jurisconsultes et médecins philosophes. 
Toutes les nations cependant ne se sont pas mises avec 
le même zèle au service de cette idée éminemment phi- 
lanthropique ; c'est parmi les races latines, généralement 
plus sensibles, plus enthousiastes et plus passionnées 
pour le bien, en France et en Italie surtout, qu'elle a 
rencontré ses plus chauds partisans. 

Influence réciproque du physique et du moral, idée 
toute neuve, inconnue aux siècles passés qui ne voyaient 
partout que Dieu et diable, appelée, je crois, à opérer 
toute une révolution dans le monde moral, et qui, sans 



INTRODUCTION XIII 

détruire le libre arbitre, transformera la pénalité future 
et pèsera, dans bien des circonstances, sur la décision 
des juges à venir. 

Loin de moi, je le répète, toute idée de matérialisme. 
Je ne conclus pas au rôle prépondérant de la matière au 
point de ne voir dans les phénomènes moraux qu'un 
ébranlement ou une excitation de celle-ci. Je conclus sim- 
plement à l'union intime, du monde moral et du monde 
physique, de l'âme et du corps, et à l'action réciproque 
de l'un sur l'autre. Je ne fais que redire en mauvaise 
prose ce qu'Alfred de Musset a dit si bien en vers : 

L'âme et le corps, hélas! ils iront deux à deux, 
Tant que le monde ira, pas à pas, côte à côte, 
Comme s'en vont les vers classiques et les bœufs, 
L'un disant : « Tu fais mal ! » et l'autre : « C'est ta faute, » 

Comment agit la matière sur l'esprit, quel est le lien 
mystérieux qui unit ces deux éléments si disparates, 
comment passe- t-on insensiblement de l'un à l'autre? Je 
l'ignore; mais leur solidarité n'en existe pas moins, 
grâce à la force brutale des faits, je compte le prouver 
surabondamment. 



Je remercie mes maîtres et tous ceux qui m'ont aidé 
dans cette tâche. Je garde à M. le professeur Bail ma plus 
grande reconnaissance : c'est grâce à l'enseignement de 
Sainte-Anne et aux travaux de l'illustre maître, qui sont, 
en la matière, un des plus beaux monuments scientifiques 



XIV PSYCHOSES MENSTRUELLES 

de l'époque, que j'ai dû d'être initié aux mystères de la 
pathologie mentale et d'aimer avec passion une science, 
trop souvent, hélas ! négligée et à laquelle pourtant se 
rattachent les plus grands problèmes de morale et de 
haute philosophie. 

Je veu* aussi en terminant, saluer avec la plus pro- 
fonde admiration, les noms de ces grands hommes qui 
m'ont éclairé de leurs lumières, Pinel, Esquirol, Foville, 
Parchappe, Marc, Morel, Voisin et Falret pères, Lasègue, 
et tant d'autres célèbres par leur science, mais plus en- 
core par les grands services qu'ils ont rendus à l'huma- 
nité souffrante. Ils ne sont plus aujourd'hui, mais ils 
vivront éternellement par leurs œuvres ! 



PREMIERE PARTIE 



DES PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GENERAL 

Voici la marche que je vais suivre dans cette première 
partie. Je démontrerai dans un premier chapitre qu'il existe 
une sympathie génitale, c'est-à-dire des rapports très intimes 
entre les centres psychiques et les organes de la reproduction. 
Cette sympathie est beaucoup plus prononcée chez la femme 
que chez l'homme. Pourquoi n'existerait-il pas une sympathie 
menstruelle, c'est-à-dire des rapports entre la fonction mens- 
truelle et les fonctions psychiques ? Dans un second chapitre, 
je démontrerai que l'existence d'une sympathie menstruelle 
est possible et probable, et, dans un troisième chapitre, qu'elle 
est certaine. Pour corroborer ma preuve, dans un quatrième 
et cinquième chapitre, j'exposerai, d'une part, l'état précaire 
de la menstruation chez les aliénées et les névrosées; d'autre 
part, l'exacerbation des troubles psychiques chez les aliénées 
et les névrosées pendant la période menstruelle. Enfin, un 
sixième chapitre sera consacré à l'étude de l'étiologie et de la 
pathogénie des pychoses menstruelles. 



CHAPITRE 1 

De la sympathie génitale ou des rapports qui existent 
entré les centres psychiques et les organes de la repro- 
duction chez la femme. 



Rien n'est au hasard dans la nature ; partout nous cons- 
tatons l'ordre et l'harmonie ; à tout pre'sident le nombre, le 
poids et la mesure. Les êtres et les mondes" s'enchaînent, les 
mouvements se succèdent et s'engendrent réciproquement, 
les lois qui les régissent sont si solidaires que le moindre 
trouble apporté à l'une empêche le fonctionnement normal 
de l'autre : l'étude de l'astronomie qui n'est en réalité qu'une 
mécanique parfaite, nous en donne une preuve sans réplique. 

Cet accord qui existe entre les différentes parties de l'uni- 
vers, nous le trouvons aussi entre les différentes parties d'un 
tout naturel. C'est vrai pour tout ce qui a un but déterminé, 
et plus ce but est noble et grand, plus l'accord entre les 
parties est intime et parfait. C'est pourquoi nous ne cesserons 
jamais d'admirer les lois et la structure de l'organisme 
humain. Tout y est disposé pour l'union, pour le concours et 
pour l'aide réciproque. Des fonctions tout à fait disparates et 
qui semblent avoir leur autonomie propre, se prêtent souvent 
un mutuel appui, et c'est un fait réel plus qu'une conception 
mythique, une vérité physiologique autant qu'une vérité 
morale qu'exprimait La Fontaine lorsqu'il écrivait sa fameuse 
fable sur les membres et l'estomac. 

Si l'union est plus marquée entre deux organes, s'il existe 
communauté de souffrance entre deux parties dont Vune 



SYMPATHIE GENITALE ô 

attrait été affectée primitivement (Gallien), on dit qu'il y a 
sympathie. Celle-ci est comme un mouvement spontané de 
compassion, de pitié, et on pourrait la définir : « Un cri de 
douleur poussé par un organe autre que celui qui souffre. » 
D'après Magendie 1 , la sympathie d'un organe est d'autant plus 
marquée que cet organe a une influence plus grande sur le 
système entier : ses relations se trouvent subordonnées à son 
rôle. C'est ainsi que le cerveau qui est l'organe central de la 
vie et qui commande à tout l'organisme, est le point principal 
où viennent se répercuter toutes les souffrances de l'économie. 

Georget et Voisin veulent que, dans toute affectation 
mentale, le cerveau soit primitivement malade. L'autopsie, il 
est vrai, semble leur donner raison : car il est rare de ren- 
contrer sur la table d'amphithéâtre, un cerveau d'aliéné qui 
ne présente pas quelque altération; mais pourquoi, dans 
certains cas, le trouble organique ne serait-il pas secondaire 
et la conséquence du trouble fonctionnel? « 11 n'y a pas d'acte 
morbide, écrit Fonsagrives 2 , qui puisse laisser intact après 
lui l'organe ou le tissu dont il perturbe les fonctions. » Tous 
les auteurs du reste ne pensent pas comme Georget ou 
Voisin, et un grand nombre, parmi lesquels de très illustres, 
acceptent de préférence, en la modifiant toutefois, l'opinion, 
évidemment exagérée d'Esquirol. Celui-ci, en effet, enseignait 
que le délire dans les 19/20 des cas est indépendant de toute 
affection idiopathique de l'encéphale. 

La pratique de la médecine, d'après Cabanis 3 , nous prouve 
par des exemples journaliers que les affections des différentes 
parties influent de la manière la plus directe sur le goût, sur 
les idées, sur les passions. Ils sont rares, en effet, les troubles 
organiques qui n'ont pas un retentissement du coté du 

' Magendie. Eléments de physiologie, t. II, p. 465. 

- Fonsagrives. Principes de thérapeutique générale. Paris, 1875. 

3 Cabanis. Rapports du physique et du moral de l'homme. Paris, 1821, 
t. IV. p. 308. 



4 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GENERAL 

cerveau. Ne voyons-nous pas souvent, dans les affections de 
poitrine, les malades devenir langoureux et ouvrir facilement 
leur cœur aux sentiments doux et tendres, alors qu'ils sont 
tristes et mélancoliques dans les affections des organes de la 
digestion et plus particulièrement dans celles du foie et de la 
rate? 

De tout temps, on a remarqué la relation intime qui existe 
entre deux fonctions qu'un langage par trop pudibond vou- 
drait séparer en appelant l'une, celle du cerveau : la fonction 
noble; l'autre, celle de la reproduction : la fonction basse. 
Dans les pays froids où l'activité de l'innervation est moins 
puissante, le caractère est plus tranquille, plus apte à réflé- 
chir, il y a peu d'imagination, la sensibilité est obtuse ; mais 
aussi il y a moins d'activité' génitale, moins d'excitation, les 
femmes y sont réglées beaucoup plus tard. 

M. le professeur Bail 1 enseigne que, de tous les instincts 
réguliers et normaux dont la nature nous a pourvus, il n'en 
est certainement aucun qui exerce une influence aussi 
marquée sur nos sentiments et notre caractère que l'instinct 
génital. « Nulle part, dit l'illustre aliéniste 2 , on ne voit se 
manifester plus fortement l'action de la sympathie; nulle 
part, on n'observe des corrélations aussi palpables et des 
résultats aussi concluants. Il n'existe nulle part dans l'éco- 
nomie, une sympathie plus intime que celle qui relie aux 
centres nerveux les organes de la reproduction, et tel est leur 
empire sur les manifestations de la vie intellectuelle qu'on 
pourrait sous ce rapport partager V existence humaine en 
trois grandes périodes : avant, pendant, après la période 
des fondions génitales. » Que de faux jugements, suivant 
Bordeu 3 , combien de fausses sensations, quels grands 

1 Bail. Encéphale, 1883, p. 129. 

2 Bail. Leçons sur les maladies mentales : folies génitales. Paris, 1883, 
p. 571. 

3 Bordeu. Œuvres complètes. Paris, 1818, t. II p. 959. 



SYMPATHIE GENITALE 5 

désordres ne procure pas la passion de se reproduire 
qu'il appelle la fièvre chaude! S'il faut en croire Giviale, peu 
de malades atteints de spermatorrhée, d'engorgement de la 
prostate, de fongosité ou de névralgie vésicale, d'anomalie 
des organes génitaux, sont exempts de disposition à la tris- 
tesse, à la mélancolie, au désespoir. La simple blen- 
norrhée peut devenir une cause de mélancolie : d'après 
Ricord, la chose serait très commune. Les malheureux qui 
subissent la double castration, finissent presque tous par 
le suicide; d'où le précepte chirurgical de toujours laisser 
un testicule, le testicule moral du professeur Verneuil 1 . 

La sympathie dépend non seulement de l'organe, mais 
encore du tempérament et du sexe de la personne. Quoi qu'en 
aient dit certains aliénistes, nous ne sommes point tous 
égaux devant la folie. Formée toute de nerfs, la femme réagit 
plus vivement que l'homme et paie aux affections mentales 
un plus large tribut. Ne voyons-nous pas, chez elle, la plupart 
des maladies d'espèce et de nature différentes se compliquer 
le plus facilement d'accidents nerveux, soit du mouvement, 
soit de la sensibilité, soit même de l'intelligence ? 

C'est par son tempérament, il est vrai, mais aussi par les 
fonctions propres qui lui ont été dévolues, que 'la femme 
présente aux troubles sympathiques une plus grande prédis- 
position. Les accidents nerveux se manifestent plus souvent 
chez la femme, non seulement parce qu'elle est femme, mais 
aussi parce qu'elle est ou peut devenir mère. Dès le commen- 
cement de la médecine, on a regardé les différentes affections 
de l'utérus comme l'unique cause des malaises que l'on 
appelait alors vaporeux ; c'est pourquoi on les englobait tous 
sous la dénomination générale de troubles hystériques (de 
oorxspa, utérus), a Là, dit Uippocrate en parlant de l'utérus, 
se trouve le point de départ de mille maux. » Platon et 

' Voir Raffegean : Du rôle des anomalies conye'nitales dans le déve- 
loppement de la folie chez V homme. Paris, 1884 



6 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

Arétée nous représentent l'utérus comme un animal vivant 
(utérus animal in animait), doué de sentiment et de mou- 
vement, capable de s'élancer avec fureur dans toutes les 
directions pour y apporter les plus graves désordres. Van 
Helmont en fait le centre vital, le siège de son Archée. La 
folie pour cet auteur provient des émanations de l'utérus: 
c'est lui qui fait la femme tout entière, il l'entraîne comme la 
lune entraîne les eaux de la mer, il est comme un étranger 
dans l'économie dont il ne dépend que par la nutrition ; 
néanmoins il la maîtrise et l'oblige d'obéir à sa triste domi- 
nation 1 . Suivant Diderot, la femme porte au dedans d'elle un 
organe susceptible de spasmes terribles, disposant d'elle et 
•suscitant dans son imagination des fantômes de toute espèce. 
« C'est là, dit Dubois dans son" Traité sur l'hypocondrie et 
l'hystérie, ce qui constitue la femme pendant la période 
moyenne de sa vie ; là est son plus grand, pour ne pas dire 
son unique foyer de sensibilité. Les émotions brusques et 
vives viennent toutes se concentrer et retentir dans le foyer 
inférieur c'est-à-dire dans le système utérin; et lorsque trop 
de sensibilité est excitée dans ce foyer, elle déborde pour 
ainsi dire, elle est renvoyée aux centres nerveux de la vie 
animale. » L'enseignement de Trousseau est aussi expli- 
cite. 

De tous les délires post-operatoires, aucun n'est plus 
fréquent que celui qui succède chez la femme aux opérations 
pratiquées sur l'appareil génital. Depuis 1885, c'est-à-clire 
dans l'espace de moins de quatre ans, il a été publié, dans 
différents journaux de médecine et de chirurgie 2 , plus de 
'18 nouveaux cas de folie consécutive soit à des hystéro- 

1 •• Propter solum uterum, mulier id est quod est. Perigrini hospi- 
tis instar, a corpore non nisi alimenter dependens, mero regiminis 
imperio totam régit mulierem. » In Ortus medic. ect. Amstelodami, 
apud Elzevirium, 1618. 

° Pour les indications bibliographiques voir le Bulletin médical : 
28 août et 1 er septembre 1889. 



SYMPATHIE GÉNITALE i 

tomies, soit à des ovariatomies ou à des castrations. Loiseau', 
Azam 2 , le professeur Mairet 3 de Montpellier, dans de remar- 
quables travaux, ont démontré, de la manière la plus nette, 
la relation qui existe entre les lésions de l'apareil génital et 
le développement de la folie chez la femme. Tous ces auteurs 
citent de nombreux exemples, où la marche des troubles 
mentaux, exactement calquée sur celle des troubles utérins 
ou ovariens, ne laissait aucun doute sur le rôle pathogénique 
de l'influence génitale : l'utérus devient malade, la femme 
délire ; l'utérus guérit, la femme est rendue à la raison. 

Guislain rapporte '" qu'il a donné des soins à une fille 

atteinte de descente de matrice, laquelle se trouvait prise 

■ d'une profonde tristesse avec propension au suicide, chaque 

fois que le col de l'utérus venait se présenter à l'entrée du 

vagin. 

Lisfranc a établi qu'un grand nombre d'affections diverses, 
regardées comme idiopathiques, sont souvent symptomatiques 
et dépendent d'une lésion de l'utérus. « La matrice, dit cet 
auteur, est le foyer du mal, d'où s'irradient des souffrances qui 
souvent ne s'y font pas sentir et qui sévissent avec force plus 
ou moins loin d'elle. » D'après M. Bail (/oc. cit., p. 580 et 581), 
il est universellement admis que, dans certains cas, les affec- 
tions utérines peuvent déterminer la rupture de l'équilibre 
intellectuel. « On a vu, dit-il, la guérisonde l'affection locale 
faire disparaître les aberrations intellectuelles », et il conclut 
en proclamant qu'on ne saurait aujourd'hui contester l'in- 
fluence de cette cause. 

Lu pathologie mentale, dans certains cas, marche donc de 



' Loyseau. Mémoire sur la folie sympathique. Paris, 1857. 

2 Azam. De la folie sympathique provoquée ou entretenue par les 
lésions organiques de l'utérus et de ses annexes, Bordeaux 1858. 

3 Mairet. Rapports entre les besoins de la sphère génitale et V aliéna- 
ion mentale. Montpellier médical, 1880, 1881, 1882. 

1 Guislain. Traité sur les p/irénopat/ties. Bruxelles, 1835, p. 305. 



8 l'SYCUOSES MENSTRL'ELLES EN GÉNÉRAL 

pair avec la pathologie utérine ; mais, chose bien plus 
curieuse encore ! l'influence génitale sur le cerveau peut se 
faire sentir alors même que l'utérus semble ne pas agir en 
dehors du cadre normal et rester dans les limites mêmes que 
lui a tracées la physiologie. Il est tout un groupe de troubles 
mentaux, compris sous le nom générique de folies puerpé- 
rales, qui se trouvent étroitement liés au fonctionnement 
normal des organes reproducteurs chez la femme. Après les 
savantes recherches de Marcé i et celles de tant d'autres alié- 
nistes distingués, il n'existe plus aucun doute sur les psycho- 
pathies diverses qui peuvent accompagner toutes les phases 
physiologiques ou pathologiques de la maternité (grossesse, 
avortement, accouchement, allaitement). 

Baudelocque avait coutume, dans ses cours, de raconter 
l'histoire d'une femme enceinte qui mangeait du foin dérobé 
à une voiture, et celle d'une autre qui mangeait avec plaisir 
des poissons crus qu'elle avait volés. 

Marc 2 cite l'observation d'une femme de magistrat, dans 
une situation aisée, qui, se trouvant enceinte, n'avait pu 
résister au désir de prendre une volaille à l'étalage d'un rôtis- 
seur, et celle d'une autre qui, dans sa première couche, tenta 
de se couper le cou. voulut s'étrangler dans la seconde et 
réussit à se noyer dans la troisième. 

Marcet rapporte (loc. cit., p. 36) l'observation d'une Espa- 
gnole qui, sept fois enceinte, sept fois fut atteinte de mélan- 
colie, et celle d'une autre qui, dix fois enceinte, dix fois aussi 
fut atteinte de la même maladie jusqu'à la démence com- 
plète. 

Cazeaux 3 parle d'une jeune dame primipare qu'il eut à 

1 Marcé. Traité de la folie des femmes enceintes, des nouvelles accou- 
chées et des nourrices. Paris, 1858. Voir aussi Behier. Aliénation men- 
tale chez les nourrices, in Gazette des hôpit., 1875, p. 354, 377. 

* Marc. In Ann. d'hyg. et de méd. légale, 1842, t. XXV, p. 181. 

3 Cazeaux. Traité d'accouchement. Paris, 1874, p. 515. 



SYMPATHIE GÉNITALE [) 

examiner, et, chez laquelle, l'amour qu'elle avait auparavant 
pour son mari, avait fait place à une antipathie qu'elle avait 
beaucoup de peine à surmonter. 

Gustave Lebon cite ' une femme de la Haute-Marne, mère 
de neuf enfants, qui, à chaque grossesse, avait un désir irré- 
sistible de tuer son mari bien qu'elle l'aimât beaucoup. 

Gall rapporte 2 qu'une jeune dame enceinte, assaillie d'un 
penchant irrésistible à tuer son mari, l'assassina, sala son 
cadavre et en mangea pendant plusieurs mois. Goulard assure 
qu'un fait semblable s'est passé dans le village d'Audernac, 
sur le bord du Rhin. 

M. le professeur Brouardel constate 3 que souvent, pendant 
la grossesse, on observe des impulsions incendiaires ou homi- 
cides et une perte absolue des sentiments. Il raconte à l'appui 
le fait suivant : Une femme e.iceinte avait cinq enfants. Elle 
envoie du poison à celui qui était en pension, et, pendant 
qu'on avait été chercher de sa part celui qui était en nour- 
rice, elle se jette avec les trois autres dans un puits. 

Chez une femme en parlurition, chaque contraction utérine 
s'accompagnait d'une divagation qui s'évanouissait avec le 
relâchement de la matrice '\ 

Suivant le professeur Bail, l'aversion profonde n'existe pas 
seulement pour le mari ou l'amant ; la femme récemment 
accouchée montre' quelquefois pour son enfant une indiffé- 
rence absolue, indifférence qui peut se changer en haine et 
aboutir à l'infanticide. 

Les mêmes troubles peuvent s'observer pendant l'allaite- 
ment, et je pourrais citer de nombreux exemples de nour- 



' Gustave Le Bon, cil. par Witkowski : La génération humaine, G' édi- 
tion, p. 321. 

s Gall. Organologie. Paris, 1825, t.. IV, p. 10j. 
:; Brouardel. État mental de» femmes enceintes [cours delà Faculté), 
in Gu:. Médic. hôpitaux, 29 mars 1888. 

* Société médico-psychologique, séance du 28 octobre 1856. 



10 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

rices criminelles dont la responsabilité, fort douteuse et très 
difficile à apprécier, les mettait au même rang que les femmes 
enceintes ou récemment accouchées. 

Ainsi, la femme, en état de puerpéralité, est capable de 
tout : il en est qui, excellentes mères, égorgent froidement 
leurs enfants qu'elles aiment pourtant passionnément, et qui, 
bientôt rendues à elles-mêmes, se tueront de désespoir; d'au- 
tres qui, toujours bonnes et bienveillantes, se posent alors en 
victimes, et, avec les accents les plus pathétiques de la sincé- 
rité, portent contre leurs amis les accusations les plus infa- 
mantes et dénuées de toute vérité ; d'autres encore qui, 
chastes et pures en toute autre circonstance, se livrent alors 
à une obscénité de langage et d'action dont le seul souvenir 
plus tard les fera rougir de honte. 

Pareils désordres peuvent-ils se manifester sous l'influence 
de la menstruation ? Je réponds : Oui ! et pour quatre raisons 
principales que je vais essayer de développer. Je les résume 
dans les propositions suivantes : 

1° Il existe des rapports très intimes entre la menstruation 
et les différents états physiologiques et pathologiques des 
organes de la reproduction engendrant des troubles psychi- 
ques. 

2° La menstruation fait partie de l'état puerpéral et peut 
intervenir dans l'étiologïe des folies puerpérales au même 
titre que la grossesse, l'accouchement et l'allaitement. 

3° La menstruation se rapproche plutôt de l'état patholo- 
gique que de l'état physiologique ; elle n'est pas une fonction, 
mais la simple manifestation d'une fonction très importante: 
l'ovulation, fonction presque toujours difficile et doulou- 
reuse. 

4° L'influence du cerveau sur la menstruation est évidente; 
pourquoi la réciproque ne serait-elle pas vraie, et n'existe- 
rait-il pas, de retour, une influence de la menstruation sur le 
cerveau ? 



CHAPITRE II 

De la sympathie menstruelle ou des rapports qui exis- 
tent entre la fonction menstruelle et les fonctions 
psychiques. Son existence est possible et probable. 

§ 1. RAPPORTS DE LA MENSTRUATION AVEC LES DIFFÉ- 
RENTS ÉTATS PATHOLOGIQUES ET PHYSIOLOGIQUES DE 
L'UTÉRUS ENGENDRANT DES TROURLES PSYCHIQUES. 

Des troubles psychiques, la folie même, nous venons de le 
voir, peuvent accompagner les affections ute'rines : or celles- 
ci se trouvent étroitement unies à la menstruation. C'est par 
des troubles de cette fonction que commencent presque tou- 
jours les maladies de l'utérus, et,dans certains cas même, ces 
troubles résument à eux seuls toute la maladie. 

La métrite aiguë s'observe chez la jeune fille au moment 
où s'établit la première menstruation: l'absence ou la dimi- 
nution des règles sont un symptôme de métrite chronique, et 
la plupart de ces mêmes affections, quelle que soit d'ailleurs 
leur nature, augmentent alors d'intensité au point d'obliger la 
malade à garder le lit et à se condamner à un repos absolu. 

Rossignol, dans sa remarquable étude sur les détenues et 
les prostituées de Saint-Lazare (Th. de Paris, 1856), rapporte 
que sur 1236 femmes, desquelles il faut encore retrancher un 
certain nombre d'enfants, il acompte 980 affections utérines. 
Or, il nous dit que quelque fréquents que fussent les troubles 
de la menstruation, ils n'accompagnaient pas nécessaire- 
ment tout état morbide de l'utérus, mais tout état morbide 



12 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

de l'utérus s'accompagnait d'une recrudescence à chaque 
nouvelle époque menstruelle. 

Il résulte également des observations empruntées àLoiseau, 
à Azam et à Mairet, que c'est souvent au moment de la mens- 
truation ou au moment où elle devrait avoir lieu, que se 
manifestent les troubles cérébraux engendrés par l'état de 
souffrance des organes reproducteurs. Je ne citerai que l'ob- 
servation suivante : 

Observation I. — Une femme de quarante ans voit se développer 
dans la région hypogastrique droite une tumeur sensible à la 
pression, mais qui devenait surtout très douloureuse à l'époque 
des règles. Dès ce moment, elle devint triste et sombre; elle fit 
plusieurs tentatives de suicide, et, convaincue que le démon était 
d'accord avec son mari pour la faire mourir, elle choisit le 
moment où celui-ci dormait pour lui plonger un coutelas dans la 
poitrine : la mort fut instantanée. (Azam, loc. cit., Obs.X, p. 24.) 

Certains auteurs, et Lautum en particulier, ont pensé que 
les cas de folie consécutifs aux ovariotomies et autres opéra- 
tions sur les parties sexuelles, étaient dus aux troubles mens 
truels causés par la mutilation des organes. 

La fonction menstruelle ne doit pas être séparée des fonc- 
tions de la reproduction. Ses rapports avec la grossesse et les 
différents états physiologiques et pathologiques auxquels 
cette dernière donne naissance, sont des plus évidents. 

La grossesse et la menstruation ont le même siège ; la 
menstruation, en tant que confondue avec l'ovulation, est la 
condition sine quel non de la grossesse, et ce n'est que très 
exceptionnellement que l'apparition de celle-ci n'entraîne 
pas la disparition de celle-là. M. le professeur Tarnier a cons- 
taté que l'époque menstruelle qui précédait la conception, 
était souvent plus abondante que les autres. L'absence mo- 
mentanée des règles peut être prise pour un commencement 
de grossesse, mais bientôt l'erreur se dissipe avec l'écoule- 
ment sanguin ; elle persiste au contraire quand il s'agit d'une 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 13 

rétention prolongée. Dans l'un et l'autre cas, on peut observer 
tous les désordres cérébraux qui accompagnent l'état réel de 
grossesse ; ces désordres, néanmoins, n'ont rien de commun 
avec la grossesse et reconnaissent une origine menstruelle. 

Des troubles psychiques qui ont commencé pendant une 
grossesse, prennent ultérieurement la forme périodique et se 
manifestent à nouveau aux époques menstruelles. Il a été 
également constaté depuis longtemps (Monro) que les incom- 
modités des femmes grosses reviennent vers le temps où 
devraient couler leurs menstrues ; et, pour n'en donner qu'un 
seul exemple, je citerai l'hydrorrhée, qui prend quelquefois 
le type cataménial 1 . Suivant Emet, les femmes qui, physio- 
logiquement ou pathologiquement, ont été longtemps sans 
rien voir, sentent à l'époque où leurs mois devraient avoir 
lieu, des douleurs qui se dissipent quand la période est passée 
bien qu'il n'y ait pas eu la moindre évacuation. « Durant la 
grossesse, écrit Cabanis (loc. cit., t. III, p. 344), une sorte 
d'instinct animal régit la femme, et pour peu qu'on sache 
entendre le langage de la nature, on ne saurait méconnaître, 
pendant tout ce temps, les signes d'une sensibilité qui s'exer- 
cent par redoublement périodique d'énergie et qui peut se 
laisser entraîner facilement à tous les écarts. » Or, ces redou- 
blements périodiques de la sensibilité, si l'on veut bien se 
donner la peine de suivre pas à pas la marche des accidents 
nerveux d'une grossesse, coïncident presque toujours avec le 
moment de la menstruation. 

Bien que la femme, en elTet, ne soit plus réglée, elle 
éprouve, tous les mois, une tendance, un effort vers la mens- 
truation. C'est ce que Steinzel appelle le nisus périodique, 
et il trouve dans ce phénomène mensuel la véritable cause 
de l'accouchement. Cette hypothèse d'après Depaul mériterait 
quelque attention. Tylcr Smith, reprenant sous une autre 

1 Charpentier. Traité des accouchements, l. F. p. 388. 



14 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

forme la théorie de Steinzel, admet que les contractions 
utérines apparaissent pendant la dixième époque mens- 
truelle : il se ferait à cette époque une congestion qui devien- 
drait la cause déterminante de l'accouchement. 

Les avortements spontanés ou fausses couches, accidents 
capables d'occasionner des troubles psychiques, coïncident 
souvent avec la congestion utérine mensuelle. Le fait est 
beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit : le plus ordinaire- 
ment il passe inaperçu, et l'on prend pour un simple retour 
des règles un peu plus abondantes ce qui est un véritable 
avortement; les symptômes sont à peu près les mêmes, et 
l'œuf, gros comme un grain de groseille, glisse sans éveiller 
l'attention ou reste caché au milieu d'un caillot sanguin. 
Certaines femmes sont si sujettes à ces sortes d'avortements 
qu'elles sont obligées, aux jours présumés de leurs époques, 
de garder le repos le plus complet pour conjurer tout danger 
et permettre à leur grossesse d'arriver à bonne fin. 

L'avortement s'observe surtout chez les femmes qui sont 
puissamment réglées; celles qui se marient tard, en raison 
de l'habitude menstruelle, y sont également plus exposées 
que les autres. Nos pères avaient coutume de saigner les 
femmes enceintes tous les mois; aujourd'hui encore, la sai- 
gnée mensuelle est indiquée chez une femme fortement 
pléthorique, menacée d'avortement. 

Baillarger a signalé depuis longtemps l'influence de la 
première menstruation après l'accouchement sur la produc- 
tion de la folie : il l'attribue au rétablissement d'une fonction 
supprimée depuis près d'une année chez des femmes pour la 
plupart anémiques ou qui ont été en proie à de vives émo- 
tions. C'est généralement vers la sixième semaine après l'ac- 
chement que la folie apparaît : elle peut coïncider avec le 
début des époques ou éclater dans le cours de celles-ci ; dans 
d'autres cas, elle précède de quelques jours l'écoulement 
menstruel. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 15 

Marcé ' classe également le retour des couches comme la 
cause occasionnelle la plus fréquente de la folie puerpérale. 
« Le retour de la menstruation, dit-il, nous paraît être l'une 
des causes les plus sérieuses et en même temps l'une des plus 
naturelles. » Sur 44 aliénées, il en compte 11, qui, n'ayant 
pas allaité, furent prises de folie à l'époque même où elles 
revirent l'écoulement sanguin; et, sur un total de 60 malades, 
douze fois il constata le développement de la folie se faire 
vers la cinquième ou sixième semaine, c'est-à-dire au 
moment même du retour des règles. Yoici d'ailleurs quelle 
a été, dans certains cas, l'ordre d'apparition et l'influence réci- 
proque de ces deux phénomènes : trois fois, il y eut quelques 
traces d'un délire, encore peu caractérisé, lorsque l'arrivée 
des règles donna une nouvelle impulsion à la maladie et 
nécessita l'entrée de la malade à l'hôpital; deux fois, le délire 
éclata au moment même où devaient apparaître les règles 
qui subirent un retard de huit à quinze jours; enfin, dans 
2 cas, les règles apparurent à l'époque normale et leur appari- 
tion devint le point de départ du délire. A cette dernière 
catégorie se rattache l'observation suivante : 

Observation II. — Une dame de grande intelligence était accou- 
chée depuis six semaines et entièrement rétablie, lorsqu'un jour 
pendant qu'elle travaillait dans sa chambre, elle sent tout à coup 
un trouble inexprimable : sa tête s'égare, ses idées s'obscurcissent 
elle cherche à se rendre compte de ce qui l'entoure sans pouvoir y 
arriver. Ce trouble mental passager ne dure que quelques instants, 
quand elle revient à elle, elle s'aperçoit que ses règles ont coulé 
pour la première ibis depuis son accouchement. 

Marcé ajoute : « Voilà dans son plus faible degré ce trouble 
mental qui accompagne l'apparition de la première époque 
menstruelle, mais il ne se borne pas toujours à des phéno- 
mènes aussi passagers. » Ainsi, pour cet auteur, l'influence de 

1 Marcé. Elude suj- les causes de la folie puerpérale, in An. mcit. 
psych., 1857, I. III. p. .">77. 



16 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

la première menstruation ne fait pas l'ombre d'un doute. La 
conclusion pratique qui découle de ses nombreuses observa- 
tions, est que la sixième semaine estime époque dangereuse : 
elle exige de grandes précautions pour être traversée sans 
incidents fâcheux. 

Le D 1 ' Garcio-Rijo est du même avis que Marcé; il termine 
son excellente étude sur les causes de la folie puerpérale (Th. 
Paris, 1879) en recommandant de surveiller attentivement le 
retour des couches : la chose lui paraît très importante au 
point de vue psychique et médico-légal. Entre autres obser- 
vations, il cite celle-ci : 

Observation III. — Une femme, trois mois après son accouche- 
ment devint subitement folle au moment même du retour des 
règles. C'était la quatrième fois qu'elle accouchait et, aux trois 
précédentes couches, elle avait présenté les mêmes troubles psy- 
chiques. Le délire disparut au bout de quelques jours pour éclater 
de nouveau à l'occasion de la seconde époque menstruelle. 

Quelles sont d'ailleurs les femmes qui sont le plus exposées 
à la folie puerpérale? Ce sont celles qui, précédemment et 
plus spécialement à l'époque de la puberté, ont présenté des 
troubles psychiques en rapport avec la menstruation. C'est 
l'opinion de Falret, du professeur Brouardel (loc. cit., p. 2) 
et celle du professeur Bail. « Bon nombre de jeunes filles, dit 
l'éminent auteur (loc. cit., p. 589) ont été aliénées avant leur 
mariage à l'époque de la puberté : cellesdà sont éminemment 
exposées à tomber dans la folie puerpérale. » Il est vrai qu'il 
n'est pas toujours facile d'être renseigné sur ces troubles psy- 
chiques d'origine puerpérale et menstruelle, car les parents 
ont grand soin de les cacher pour ne pas nuire au futur éta- 
blissement de leurs filles. Quoi qu'il en soit, il semble que, 
sous l'influence du long repos accordé aux ovaires par la 
grossesse, ces femmes prédisposées aient en quelque sorte 
oublié la fonction menstruelle, et lorsque celle-ci reparaîtrait, 
elle s'annoncerait comme l'aurore d'une nouvelle puberté et 



SYMPATHIE MENSTRUELLE M 

s'accompagnerait de troubles psychiques rappelant réclusion 
de la première menstruation. 

Des liens mystérieux unissent la mamelle à l'ovaire. C'est 
au moment de la puberté, alors que les ovaires commencent 
à fonctionner, que les seins prennent du développement, qu'ils 
s'épanouissent et deviennent le plus bel ornement du sexe. 
A chaque époque menstruelle, ils se gonflent, se tendent, 
deviennent plus durs, plus sensibles, quelquefois même pré- 
sentent de véritables élancements douloureux. Ils se flétris-' 
sent et disparaissent presque complètement chez les femmes 
que l'on prive de la fonction ovarique et chez celles qui sont 
arrivées à la ménopause. Guislain a vu la suppression cata- 
méniale s'accompagner d'une abondante sécrétion de colos- 
trum. Chez les animaux la sécrétion lactée peut s'établir en 
dehors de la gestation, et on a marqué que les mamelles des 
chiennes se gorgent de lait au moment du rut. La menstrua- 
tion cesse généralement pendant la lactation, et lorsqu'elle 
se rétablit ou qu'il survient une grossesse, le lait perd ses 
qualités; il devient plus aqueux et reprend peu à peu les 
caractères du colostrum '. 

Ces deux fonctions sont si intimement liées l'une à l'autre , 
leurs rapports sont si sensibles que l'on ne doit pas être 



1 Lorsque, après l'accouchement, la mère, pour la première fois, 
met l'enfant au sein, elle éprouve généralement quelques coliques 
utérines. Chez certaines femmes, ces coliques sont si fortes qu'elles 
sont obliger de renoncer à l'allaitement. Cette sympathie entre l'utérus 
et la mamelle peut être mise à profit pour provoquer les contractions 
utérines : les Anglais recommandent la succion, la titillation du ma- 
melon ou tout autre manœuvre semblable pour hâter le travail de la 
partusition ou arrêter une hémorrhagie. Chez quelques femmes, des 
attouchements répétés du sein suffisent pour provoquer l'orgasme 
vénérien : j'ai lu l'observation d'une femme qui avait recherché une 
grossesse à la seule lin d'éprouver la jouissance que lui promettait 
l'allaitement de son futur nourrisson. Nous savons d'autre part, que 
tout excitation les organes génitaux s'accompagne de sensations 
voluptueuses clans les seins et d'une érection plus ou moins prononcé 
du mamelon suivant que le plaisir est plus ou moins violent, plus ou 
moins ressenti. 

s. îr.ARu. 2 



18 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

étonné de voir la menstruation jouer un rôle dans la genèse 
des troubles psychiques observés chez les nourrices. Et de 
fait, c'est au moment du retour des couches que leur appari- 
tion a été le plus souvent constatée par les auteurs. 

Observation IV. — Une femme âgée de vingt-six ans, réglée à 
douze ans, mariée à dix-huit ans, sans aucun accident nerveux 
antérieur, au moment d'un sevrage, après treize mois d'allaite- 
ment, fut prise d'un état mental très voisin de la folie avec ten- 
dance erotique. Les accès revenaient régulièrement à chaque 
époque menstruelle : d'abord ils précédèrent les règles et étaient 
d'une intensité extrême; survinrent ensuite en même temps 
qu'elles; puis n'apparurent que lorsqu'elles avaient totalementcessé. 
Entre deux accès, calme parfait. (Gazette des hôpitaux, ilnov. I806, 
p. 526.) 

L'explication que Marcé et Baillarger donnent de cette 
coïncidence est des plus simples. Les nourrices sont souvent 
des femmes épuisées par une lactation prolongée, supérieure 
à leurs forces, travaillant beaucoup et se nourrissant d'une 
manière insuffisante; les règles apparaissent, voilà une nou- 
velle cause d'anémie dont les troubles nerveux sont la consé- 
quence, que la femme continue à nourrir, ou qu'elle ait 
sevré son enfant depuis peu de temps. 

§ 2. — LA MENSTRUATION DOIT ÊTRE COMPRISE DANS L'ÉTAT 
PUERPÉRAL 

Chomel limitait l'état puerpéral à l'accouchement et au 
retour des règles. Marcé, Pouchet, et d'autres auteurs y firent 
entrer la grossesse et la lactation. Monneret faisait remarquer 
dans sa Pathologie générale (t. II, p. 131), que la parturition 
n'est qu'une phase de l'état physiologique qui commence au 
moment de l'imprégnation, continue pendant la grossesse, 
aboutit à la parturition, et a pour terme le moment où la 
femme cesse d'allaiter et redevient apte à concevoir par le 
retour des règles. Enfin, aujourd'hui, de l'aveu des gynéco- 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 19 

loghtes les plus autorisés, l'état puerpéral doit aussi com- 
prendre le retour périodique de l'écoulement menstruel. 

Et pourquoi la menstruation ne ferait pas partie de l'état 
puerpéral? M. Tarnier, professe qu'on doit l"y faire entrer, et 
Delasiauve 1 pense que c'est à tort que Marcé, dans son traité sur 
la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des 
nourrices, a omis les cas se rattachant à la fonction cataméniale. 

Menstruation, grossesse, etc., etc.. n'est-ce pas là une 
série de faits entièrement subordonnés dont l'un ne saurait 
exister sans l'autre et tendant tous au même but : la procréa- 
tion de l'espèce ? La menstruation n'est-elle pas comme la 
première étape de la maternité ? Le pouvoir d'engendrer ne 
commence- t-il pas et ne cesse-t-il pas avec elle ? Il est des 
femmes qui peuvent concevoir, donner le jour à plusieurs 
enfants sans qu'on n'ait jamais noté chez elles la moindre 
apparition des règles; mais, si on observe avec soin, on s'a- 
perçoit bientôt qu'il existe chez elles quelques-uns des carac- 
tères propres à la fonction, de sorte qu'il est permis d'affirmer 
que toutes les femmes, même celles qui n'en portent point 
la marque extérieure, sont soumises à la fonction cataméniale. 
Burdach et Brierre de Boismont 2 avaient donc raison de consi- 
dérer la menstruation, le premier comme le prototype de la 
parturition, le second comme l'œuvre entière de la procréa- 
tion chez la femme. 

Bien plus, suivant l'heureuse expression du professeur 
Courty, la menstruation serait elle-même un accouchement 
en miniature : elle en résumerait toutes les phases. D'après 
Bernutz 3 les douleurs de la dysménorrhéique rappellent en 
tous points celles de la parturiente. Et, puisqu'il chaque 
période correspond la ponte d'un œuf, qui, lorsqu'il n'est 

1 Delasiauve. Journal de médecine mentale, juillet 1805, p. 241. 

- Brierre de Boismont. Loccit., p. 191. 

3 Bernutz, Leçons faites à la Charité, in Courrier médical, 1871, 
p. 1ÔS. 



20 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

pas fécondé, est entraîné avec le sang menstruel, ne peut-on 
pas dire aussi, avec quelque raison, que la menstruation est 
une espèce d'avortement folliculaire ? 

Pajot non seulement classe la menstruation dans l'état 
puerpéral, mais il dit en propres termes que la menstruation 
à elle seule constitue un état puerpéral en petit. « Longtemps, 
dit l'illustre professeur, la menstruation resta un phénomène 
nrystérieux, mais sa véritable nature nous est enfin connue. 
La menstruation est une ponte, c'est un avortement, c'est un 
embryon d'accouchement. Mais tous les phénomènes sont ici 
en miniature : c'est un état puerpéral en petit, et, en effet, 
voyez s'il y manque quelque chose : la menstruation s'accom- 
pagne de déchirures de vaisseaux, c'est là un fait que les re- 
cherches modernes ont mis hors de doule. Voilà donc une 
plaie comme dans l'état puerpéral ; chez beaucoup de femmes, 
la menstruation est caractérisée par des douleurs et des 
contractions utérines, faibles ébauches de celles qui survien- 
nent après le part. » 

Nous avons d'ailleurs pour nous : 

1° L'artatomie pathologique. — Suivant John Williams J , 
Lcopold - et d'autres auteurs, les modifications de la mu- 
queuse utérine au moment de la menstruation présenteraient 
une identité parfaite avec ce qui se passe pendant la 
grossesse et après la délivrance : dans l'un et l'autre cas, en 
effet, la muqueuse utérine subirait la dégénérescence 
graisseuse et s'exfolierait complètement cellule par cellule. 
Le museau de tanche se ramollit pendant les règles et res- 
semble à celuid'une femme enceinte vers la iin du premier 
mois 3 . 

1 John "Williams. Obst. journ., 1874-75-76 et Ann. detocolog., 1874-75. 

* J.éopold. Archiv.ffûr Gyn., t. XI-XII. 

3 11 en est de même pour les seins qui, chez la femme menstruée, 
ressemblent quelquefois^ s'y reprendre à ceux d'une femme enceinte 
dont la grossesseîremonte à peu de temps. J'insiste sur cette analogie, 
car elle a sou importance en médecine légale. Le médecin expert 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 21 

2° La physiologie. — Elle nous montre, nous venons de le 
voir, dans la ponte et l'expulsion de l'œuf, dans la nature et 
l'intensité des douleurs menstruelles, dans les organes qui en 
sont de siège, que la menstruation est un vrai petit avorte- 
ment, un accouchement en miniature, constituant à elle 
seule un état puerpéral en petit. 

3° La clinique. — Le professeur Tarnier a démontré que 
des élèves sages-femmes avaient pu, à l'époque de leurs 
règles, contracter la fièvre puerpérale tout comme des 
femmes en couches l . On a vu des femmes qui, devenues 
folles à la suite d'une grossesse, une fois guéries, reprenaient 
leur vésanie à l'occasion d'une menstruation normale ou 
anormale. Tous les auteurs qui ont e'crit sur la folie puerpé- 
rale, ont eu soin de nous faire remarquer que des troubles 
de même nature peuvent s'observer pendant la menstruation. 
Ces deux causes, alternant entre elles pour produire les 
mêmes désordres, semblent justifier assez l'analogie que j'ai 
essayé d'établir. 

La menstruation fait donc partie de l'état puerpéral, et, par 
cette expression : folie ou manie puerpérale, nous sommes 
en droit d'entendre non seulement les troubles mentaux qui 
se manifestent pendant la grossesse, l'accouchement et 
l'allaitement, mais aussi tous ceux que l'on observe pendant 
la période cataméniale et sous l'influence de la menstrua- 
tion. 



chargé d'examiner le cadavre d'une femme, se basant, d'une part, sur 
le gonflement, le développement exagéré des seins et la présence de 
colostrum à la pression, d'autre part, sur l'état de congestion, souvent 
même d'irritation, dans lequel se trouvent les organes de la sphère 
génitale ot en particulier l'utérus, pourrait conclure à un avorte- 
ment, alors qu'il ne s'agirait d'aucune tentative criminelle, mais sim- 
plement d'une femme morte pendant la période menstruelle. 

1 Voir également sur les accidents puerpéraux pendant la période 
menstruelle; Académie de médecine, séances du 24 février et du 
2 mars 1886. 



22 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 



§ 3. RÔLE IMPORTANT DE LA MENSTRUATION. SON ÉTAT PUÉ- 
CAIRE CHEZ LA PLUPART DES FEMMES. ELLE SE RAPPROCHE 
PLUTOT DE L'ÉTAT PATHOLOGIQUE QUE DE L'ÉTAT PHYSIO- 
LOGIQUE. 

Nous savons que. d'après la loi de Magendie, l'activité des 
réactions sympathiques d'un organe ou d'une fonction est en 
raison directe de l'importance du rôle physiologique de 
ce même organe ou de cette même fonction. Il est donc 
très intéressant pour notre sujet de répondre à cette ques- 
tion : « La menstruation est-elle une fonction importante ? » 

Intimement liée à l'ovulation, la menstruation""! toute 
l'importance de celle-ci, c'est-à-dire qu'elle résume à elle seule 
la plus belle et la plus longue période de la vie de la femme : 
la période d'activité génitale pour laquelle seule, suivant 
Van Helmont, la femme semble avoir été créée (inulier 
propter uterum nata). La menstruation est la mesure de la 
puissance génératrice de la femme et une des circonstances 
de la vie que celle-ci oublie le moins. Brierre de Boismont 
(loc. cit., p. 116) rapporte avoir vu maintes fois des femmes 
de soixante-douze à soixante-quinze ans lui faire l'historique 
de leur fonction cataméniale dans le menu détail et avec la 
plus grande lucidité. Témoin, cette femme dont parle 
Béclard, dans son Traité de physiologie, qui relata pendant 
toute sa vie, mois par mois, toutes les péripéties de ses épo- 
ques menstruelles. 

La menstruation est de toutes les fonctions celle qui 
préoccupe le plus les femmes; elles en font entre amies 
l'objet de leurs conversations intimes, et lorsqu'elles sont ma- 
lades, elles savent toujours bon gré au médecin, qui, appelé 
auprès d'elles, s'enquiert avec délicatesse de l'état de leurs 
époques. Combien de fois, à l'hôpital, interrogeant une ma- 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 23 

lade, lorsque j'en venais à l'examen des organes de la géné- 
ration, dès que je m'informais de l'état des menstrues, 
n'ai-je pas vu cette malade verser des larmes et comme me 
dire avec un accent plein de tristesse : « C'est là toute la cause 
de mon mal, vous avez mis le doigt dans la plaie ! » Le 
moindre trouble, en effet, constaté dans l'écoulement sanguin 
frappe l'esprit de la femme à ce point qu'elle lui impute 
toutes les maladies qui peuvent alors survenir. D'autre part, 
que de malades guéries de leurs affections ou qui les oublient 
pour le moment en voyant reparaître leurs règles dont 
l'absence était l'objet de toutes leurs préoccupations! Et de 
fait, la menstruation semble résumer toute l'histoire patholo- 
gique et physiologique de la femme. 

D'après Moriceau l , les femmes ne sont ordinairement en 
bonne santé que lorsqu'elles sont bien réglées, comme il faut 
et quand il faut, dans l'évacuation de leurs menstrues; il 
appelle la matrice Yhorloge de la. santé de la femme. Nonat, 
spécialiste distingué en ces matières, dit que l'utérus est le 
régulateur de la santé de la femme. C'est cette même pensée 
qu'exprimaient Sérapion, médecin arabe, lorsqu'il disait : 
« Retinentur menstruaquando corpus totum non estsanum », 
et Rabbi Higa, quand il écrivait dans leTalmud : « Comme le 
levain est bon pour la pâte, ainsi les menstrues sont bonnes 
pour la femme. » Un médecin, appelé auprès d'une malade, 
doit toujours s'informer de l'état de ses époques avec la 
même exactitude que l'on met ordinairement à s'informer 4e 
l'état des garde-robes. Suivant Brierre de Boismont et Gui- 
bout, il ne devrait jamais aborder une cliente qu'en lasaluant 
en ces termes : « Et vos règles, madame, comment vont- 
elles? » 

Sauvage, Tissot, Cabanis veulent comme Moriceau que le 



1 Moriceau. Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui 
sont accouchées. Paris, 1691, p. 53:?, aphorisme, 26. 



24 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

dérangement des fonctions de la matrice et des ovaires soit 
cause de la plus grande partie des maladies de la femme. 
Landouzy, Piorry pensent que la plupart des troubles nerveux 
chez la femme sont causés par un désordre de l'utérus ou de 
ses annexes « lesquels sous l'influence d'un état physiolo- 
gique ou morbide réagissent sympathiquement sur le système 
nerveux ». 

L'importance des glandes génitales et de leur rôle physio- 
logique dans l'organisme, vient récemment encore d'être 
mise en évidence par les expériences de Brown-Sequart l . 
L'illustre professeur du Collège de France pense que le rôle 
de la glande génitale ne se borne pas à la sécrétion de pro- 
duits destinés à être rejetés par excrétion : elle sécréterait en 
même temps des substances qui, ramenées dans la circulation 
générale, auraient une influence très marquée sur le système 
nerveux et en particulier sur les phénomènes d'ordre psy- 
chique. Il n'a expérimenté, et pour cause, que sur lui-même 
et qu'avec la glande testiculaire ; ses résultats sont très 
concluants : le vénérable académicien déclare se sentir 
rajeuni de quarante ans et avoir retrouvé toute la vigueur 
physique et intellectuelle de sa première jeunesse. 

L'influence que le testicule exerce sur les phénomènet 
vitaux de l'homme, l'ovaire ne l'exerce-t-il pas sur ceux de 
la femme ? Telle est la question que se pose Brown-Sequart 
en terminant. Il y répond en disant que tout ce qu'on sait 
jusqu'ici des observations faites à la suite de la castration 
chez la femme, semble prouver que les actions vitales dues à 
l'existence des ovaires sont les mêmes que celles résultant de 
l'existence des testicules, au moins pendant la période active 
sexuelle. 

Voici en effet ce que nous montre la physiologie expéri- 



1 Brown-Sequard. Société de biologie, séances du 1 er juin et du 
15 juin 1889. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE ^a 

mentale. Les sujets que l'on prive de leurs ovaires, tombent 
dans une déchéance si profonde, que l'importance de ces 
organes, aux yeux des bons observateurs, ne fait pas l'ombre 
d'un doute. On a coutume dans certains pays de chaponner 
les jeunes poulardes; cette opération qui les met hors d'état 
de faire des œufs et leur fait fuir les assauts amoureux du coq, 
métamorphose complètement ces victimes de la spéculation 
humaine. « Ces femelles mutilées, dit Bobdeu, mènent une vie 
triste, solitaire et mélancolique. Elles fuient la société et 
passent leurs jours en recluses. » « Ces phénomènes, conclut 
le même auteur (loc. cit., t. II, p. 940), devançant ainsi Brown- 
Sequart de tout un siècle, prouvent que les femelles sont 
sujettes ainsi que les mâles à recevoir des parties de la géné- 
ration, un surcroît de vie qui les ranime et les échauffe. Les 
femmes sont certainement clans le même cas », Cabanis fait 
la même remarque [loc. cit., t. III, p. 309). D'après lui le sys- 
tème glandulaire exerce une grande influence sur le système 
cérébral, et cela doit être vrai surtout pour les glandes qui, 
comme l'ovaire et le testicule, se distinguent par leur éminente 
sensibilité. 

Le D r G. Bobert l , chargé d'une mission scientifique dans 
l'Asie centrale, rapporte que dans certains pays on a coutume 
d'extirperles ovaires àdes femmes pourse servir d'ellescomme 
eunuques. Il en a rencontré un certain nombre aux environs 
de Bombay où elles sont désignées sous le nom de hedjeras. 
Ces infortunées perdent bientôt tous les attraits de leur sexe : 
leurs mamelles vont en s'atrophiant tous les jours et bientôt 
elles n'en portent plus que des vestiges; leurs hanches devien- 
nent grêles crmme chez l'homme; les fesses s'aplatissent 
et le pubis se dénude; le tissu cellulaire, qui rend les formes 
si agréables en les arrondissant, disparaît en peu de temps 
pour faire place aux saillies désagréables d'un squelette 
décharné : elles ne sont jamais réglées et présentent quelque 

1 <;. Robert. Journal de l'Expérience, 9 février 18i3. 



26 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

chose de viril dans l'attitude et dans la voix. La même obser- 
vation a été faite dans nos pays pour les femmes qui, dans un 
but thérapeutique, ont été châtrées des deux ovaires; elles vieil- 
lissent vite, arrivent prématurément à la ménopause et mar- 
chent à grands pas vers le type mâle. Cette déchéance du sexe 
féminin sous l'influence des troubles ovariques et menstruels, 
a été constatée de tous temps : elle est signalée dans les livres 
hippocratiques l . 

Objection. — La menstruation joue donc un rôle important 
dans la vie de la femme. On me le concède et on va jusqu'à 
m'avouer que cette fonction, si elle vient à être troublée, 
puisse dans certaines limites réveiller des sympathies du côté 
des centres nerveux. « ftlais ! se hâtent d'ajouter mes adver- 
saires, lorsqu'elle s'accomplit normalement, régulièrement 
tous les mois, sans douleurs, sans difficultés ni entraves, com- 
ment pourrait-elle occasionner ces grands troubles dont vous 
voulez nous effrayer? La nature aurait-elle attaché des phé- 
nomènes manifestement morbides à une fonction dont le 
but final est la conservation et la perpétuation de l'espèce ? 
Ce que revendique la physiologie ne saurait appartenir à la 
pathologie. » 

Et d'abord qu'il me soit permis de dire que la menstruation 

n'est pas une fonction, mais la simple manifestation d'une 
f . . ... 

'onction : la véritable fonction, c'est l'ovulation. Les variétés 

que présente la menstruation, au point de vue de sa régula- 
rité comme de la quantité et de la qualité du sang, prou- 
vent que nous n'avons rien à faire ici avec les lois stables, 
immuables qui président à une fonction. Normalement, en 
effet, la menstruation peut varier depuis la simple congestion 
des organes génitaux jusqu'à l'écoulement sanguin très abon- 
dant, et l'on peut dire qu'il existe presque autant de types de 

1 « Retentis menstruis, mulieres deformantur et hirsutse fiunt et viri- 
lem habitum contrahunt. » 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 27 

menstruation que de femmes menstruées. Envisagée dansée 
sens, la menstruation que je continuerai du reste à décorer 
du nom de fonction pour me conformer au langage reçu, 
doit être considérée sinon comme une affection, du moins 
comme un simple épiphénomène ou mieux comme un acci- 
dent, accident qui cesse d'être pathologique pour devenir 
physiologique uniquement parce qu'il est le compagnon 
obligé de toute bonne ovulation. Si dans la pratique, journa- 
lière de la médecine, loin de considérer la menstruation 
comme un état pathologique, nous l'observons au contraire 
avec tant d'attention, au point de faire soupçonner un état 
morbide, dès que nous en constatons un dérangement, c'est 
uniquement parce que nous confondons, ou plutôt parce que 
nous sommes obligés de confondre l'ovulation, avec la mens- 
truation, celle-ci étant le seul moyen de contrôle qui soit en 
notre pouvoir pour constater l'état de celle-là. 

11 en est de la menstruation comme de la grossesse. Cette 
dernière n'est-elle pas l'ordre naturelle des choses? Et cepen- 
dant, sur «cette mer orageuse à travers laquelle la femme doit 
naviguer pendant 9 mois » (Moriceau), que de tourmentes, que 
de tempêtes avant d'arriver au port! Ces accidents néanmoins, 
tant qu'ils ne dépassent pas certaine mesuré, sont considérés 
comme physiologiques, parce qu'ilsse manifestent chez toutes 
les femmes enceintes et qu'il sont intimement liés à l'état de 
grossesse. 

Et l'accouchement ? Les anciens disaient volontiers qu'ils 
préféraient rester sous le poids des armes et soutenir pendant 
dix jours un combat acharné plutôt que d'endurer une seule 
fois les douleurs de l'enfantement. Ces douleurs redoutées de 
toutes les femmes, nous les considérons pourtant comme 
physiologiques, parce qu'elles ont existé de tout temps, qu'elles 
sont inévitables et communes à toutes les parturientes. 

L'état mensl ruel frise l'état pathologique et lorsque Rousseau 



28 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

et Michelel 1 écrivaient : « La femme est malade tous les mois », 
leur opinion pour avoir été émise dans des ouvrages, qui ne 
sont rien moins que savants, n'en reste pas moins, dans la 
grande majorité des cas, l'expression sincère de la vérité. Je 
me base pour le prouver sur la compétence des auteurs et 
l'observation clinique. 

Bordeu 2 considère l'apparition des règles comme un vrai 
mouvement fiévreux, une véritable fièvre hémorrhagique 
marquée par le rythme du pouls, suivie et calmée par la crise, 
qui est l'évacuation sanguine. « La grossesse, dit Alarcé (loc. 
cit., p. 21), est avec la menstruation un de ces états physio- 
logiques, qui, tout en rentrant dans le but de la nature, avoi- 
sine l'état morbide ou du moins y prédispose. 

Moreau appelle la révolution menstruelle une sorte de ma- 
ladie de l'utérus. 

Azam, dans ses Cliniques sur les maladies de l'utérus (Paris 
1858, p. 372), dit quelamenstruationest un état physiologique 
qui touche de très près à l'état morbide. 

Trousseau est aussi affirmatif ; l'illustre professeur a même 
consacré toute une clinique à l'étude de la fièvre ménorrha- 
gique, c'est-à-dire à l'ensemble des phénomènes morbidesqui 
accompagnent normalement les règles. « L'ovulation men- 
suelle, dit-il 3 , est dans une certaine mesure un acte patholo- 

1 Michelet (je cite la chose à titre de curiosité) a voulu expliquer 
l'origine de la famille et de la société par les nombreuses souffrances 
dont est affligée la femme à l'époque menstruelle. Voir son livre : 
V Amour. Paris 1870, p. 54 et 55. 

- Bordeu (loc. cit., t. II, p. 964); Wunderlich a constaté parfois pen- 
dant les règles une ascension considérable de la température qu'il 
considère comme fébrile et comme un véritablephénomène (De la tem- 
pérature dans la maladie. Trad. de Labadie, 1872, p. 105). D'après 
Henning, la température axillaire monte et descend dans les quatre à 
cinq jours qui précédent la menstruation, puis s'élève de nouveau le 
jour de l'apparition du sang, et redescend au moment de la cessation 
pour retourner à son taux normal {De la température dans la menstruation. 
Archio. fur gynœcologie. Band II, lie ft II, 1873). 

3 Trousseau. Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu. Paris, 1885, t. Ilf, 
p. 636. 



. SYMPATHIE MENSTRUELLE 29 

gique, dans lequel la turgescence de l'ovaire et de l'utérus, la 
rupture de la vésicule de de Graaf constituent un espèce de 
travail morbide auquel certaines constitutions sont plus 
sensibles que d'autres;» et il ajoute : «Chez certaines femmes, 
vous le savez, il survient non seulement le malaise dont 
je parlais tout à l'heure, mais encore de véritables accidents 
fébriles. » 

Stolz l pensait de même et enseignait à la Faculté de 
Strasbourg qu'au moment de la menstruation, la femme est 
dans un état voisin de la maladie. Certains auteurs ont même 
exagéré etsont tombés dans le paradoxe : c'est ainsi que, sui- 
vant Emet, Aubert, Roussel et d'autres, la menstruation aurait 
une origine pathologique et constituerait une véritable ma- 
ladie. 

L'observation clinique, d'autre part, nous offre ses puis- 
sants arguments. Le véritable état normal ou physiologique, 
en effet, est celui dans lequel toutes les fonctions de l'écono- 
mie s'accomplissent avec un sentiment du bien-être ou sans 
que nous en ayons connaissance. Or, sans parler des troubles 
psychiques dont l'étude fait l'objet de ce travail,. qui oserait 
nier que la menstruation ne s'accompagne de troubles soma- 
tiques très nombreux et quelquefois d'une intensité telle chez 
certaines femmes qu'elles sont obligées de garder le lit pen- 
dant tout le temps de leurs époques. 

La céphalalgie est le premier symptôme morbide qui 
annonce la menstruation. Elle s'observe dans plus de la moi- 
tié des cas : sur 344 femmes, Brierre de Boismont l'a notée 
chez 192. Elle commence à se faire sentir quarante-huit ou 
vingt-quatre heures avant les règles ; elle disparaît avec les 
premières gouttes de sang ou se continue pendant tout le 
temps de l'écoulement ; elle est générale ou n'occupe qu'un 
seul côté de la tête (hémicrânie ; céphalalgie frontale, occipi- 

1 Stolz. In Dictionnaire de Jaccoud, t. XXII, art. Menstruation 
p. 25. 



30 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

taie, pariétale, etc.). Quelquefois c'est ua véritable étour- 
dissement s'accompagnant rie vertiges. La douleur peut être 
assez intense pour arracher des cris, et il est des femmes qui, 
ne pouvant trouver un instant de repos, cherchent dans le 
suicide un terme à leurs tourments (Jolly). 

L'état de souffrance, chez la plupart des femmes, se traduit 
sur la physionomie : les traits s'altèrent, la figure s'étire, une 
ligne bleuâtre se dessine sous l'orbite ; elles présentent en 
un mot, un faciès particulier où dominent la langueur et la 
tristesse, et que j'appellerai volontiers faciès menstruel. 

Bien rares sont celles qui n'éprouvent pas des élancements 
dans les seins, dans la région lombaire, dans les aines et les 
cuisses. Un grand nombre ressentent de violentes coliques, 
dues aux contractions douloureuses de l'utérus, et qui durent 
jusqu'à ce que, la résistance des orifices ducol complètement 
vaincue, le sang puisse couler sans obstacle. Ces coliques 
menstruelles rappellent, parleur siège et l'intensité delà dou- 
leur, les coliques néphrétiques dont il est souvent difficile de 
les distinguer (Potain). Les névralgies (costale, faciale, utéro- 
ovarienne, etc.) sont également très fréquentes. L'hypéres- 
thésie est quelquefois si prononcée que certaines femmes ne 
peuvent supporter le moindre contact, pas même celui de 
leurs vêtements. D'autres fois, au contraire, les sens s'émous- 
sent et l'anesthésie est assez marquée pour qu'on ait pu noter 
la paralysie de la vessie. Ces accidents sont encore plus pro- 
noncés aux deux époques extrêmes de la vie sexuelle, à la 
puberté i lorsque la jeune fille commence à être réglée, et à 
la ménopause si justement qualifiée d'âge critique, d'enfer 
des femmes. Je passe sous silence toutes les maladies dont la 
marche se laisse influencer par la menstruation : l'énuméra- 
tion en serait trop longue. Je me contente de signaler certains 

1 D'après Lîoriieu, la puberté s'accompagne d'épistaxis, conjectivite, 
.angine tonsillaire, vaginite, vulvite, etc. Boerrhaave a écrit: «In ter mille 
fœminas, vix una reperitur quae, ante primos menses, non febricitat. » 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 31 

érysipèles à forme périodique, qui, chez quelques femmes 
reviennent périodiquement à chaque époque menstruelle. 

La statistique des auteurs prouve que les femmes dont la 
menstruation est annoncée par des symptômes locaux et 
généraux, sont de beaucoup plus nombreuses que celles dont 
les règles ne se signalent que par le seul écoulement sanguin. 
Brierre de Boismont a étudié, avec un soin tout particulier, 
les symptômes qui précèdent, accompagnent et suivent la 
période menstruelle; ilconclutde son travail que la menstrua- 
tion s'annonce presque toujours par des phénomènes précur- 
seurs dont la durée varie ordinairement de un à huit jours. 
Ces observations se rapportent à 654 femmes : sur ce nombre, 
496, c'est-à-dire plus des trois quarts présentaient, à 
chaque époque, des symptômes locaux nettement déterminés, 
et chez 158 seulement la menstruation se faisait le plus 
souvent sans signe précurseur. 

L'irrégularité menstruelle, sans être aussi commune, n'en 
est pas moins fréquente. Sur les 654 femmes de Brierre de 
Boismont, 242 avaient présenté des irrégularités, et, parmi 
celles-ci, 65 n'avaient jamais été menstruées régulièrement 
depuis leur puberté. 

D'après Osterloh 1 dont l'examen a porté sur 3,212 femmes, 
2,073 offraient le type régulier de la menstruation, les autres, 
e'est-à-dire 1,139, étaient toujours menstruées irrégulière- 
ment. 

Sur 800 femmes, interrogées par Bossignol à la prison de 
Saint-Lazare, il s'en est trouve 65 p. 100 qui présentèrent des 
irrégularités , des suppressions, des niénorrhagies ou des 
accidents dysménorrhéiques. 

Mais ce ne sont pas seulement les livres et les auteurs com- 
pétents qui me prêtent leur autorité ; je puis encore pour 
défendre mon opinion m'appuyer sur d'autres preuves. Je 

' Osterloh. Comptes rendus annuels de la Société des sciences natu- 
relles et médicales de Dresde. 1877-78. Voir lluyom ; vol. XV, p. 578. 



32 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

les tire des croyances religieuses, des légendes et des expres- 
sions populaires. 

Quelques auteurs ecclésiastiques 1 enseignent, dans leurs 
commentaires sur l'Ecriture Sainte, que les ennuis et les 
douleurs de la menstruation ont été imposés à la femme à 
cause de son péché et qu'ils font partie du : in dolore 'partes. 

On sait que la femme de Loth (Gen., ch. xix, y. 26), ayant 
enfreint l'ordre du Ciel qui lui interdisait de regarder derrière 
elle, fut subitement changée en statue de sel. La légende nous 
apprend que la vengeance divine s'appesantit encore sur ce 
corps de sel, et, que pour le punir, elle ne trouva pas de châ- 
timent plus sévère que celui de l'assujettir, tous les mois, 
pendant plusieurs siècles, aux tourments d'une menstruation 
abondante 2 . 

Quant aux expressions populaires peignant l'état de 
souffrance de la femme pendant la période menstruelle, elles 
sont très nombreuses et très significatives. Je me contente de 
relever les suivantes. Être fatiguée, être malade, pour la 
plupart des femmes, veut dire avoir les règles. On disait au 
xvn e siècle {être mal sur soi), et on dit encore aujourd'hui 
d'une femme qui a ses époques (qu'elle est prise de sa mi- 
graine, qu'elle a ses vapeurs). Dans certains pays, d'après 
Bordeu (loc. cit., t. II. p. 961) les règles s'appellent maladie, 
indisposition. 

Ainsi les troubles de la menstruation sont si fréquents, les 
femmes qui souffrent à cette époque sont si nombreuses que 
certains auteurs, nous Tavons vu, n'ont pas hésité à faire de 
la menstruation une véritable maladie. Je ne pense pas qu'il 
faille aller jusque-là ; cependant je me crois autorisé à con- 
clure que, si la menstruation n'est pas encore la maladie, 

1 Cornélius a Lapide. Commenlaria in Genesim, t. I, p. 107. 
Dicitur et vivens alio jam corpore sexus, 
Munificos solito dispungere sanguine menses.] 

(Tertulianus in Sodomia.) $ 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 33 

elle n'est déjà plus l'état parfait de santé. Toutes les femmes, 
du reste, sont d'accord sur ce point. Elles subissent patiem- 
ment la menstruation, mais ne l'admettent pas. Elles sentent 
qu'il y a là quelque chose d'anormal et qui aurait pu être 
différemment. Instinctivement elles se révoltent contre cet 
ennui de tous les mois et se demandent bien souvent si la 
nature n'aurait pas mieux fait de les dispenser de cet impôt 
de douleur et de sang. 

§ 4. INFLUENCE DU CERVEAU SUR LA MENSTRUATION 

Il n'est certainement aucun organe qui, sous l'action d'une 
influence morale, réagisse plus vivement que ceux de la 
reproduction. Nous en avons une preuve évidente dans l'acte 
même des plaisirs de l'amour où les plus beaux succès et les 
plus tristes déboires ne sont souvent que le résultat d'une 
imagination plus ou moins exaltée ou trompée tout à coup 
dans l'espérance de ce qu'elle avait rêvé. 

Les noueurs d'aiguillettes, au moyen âge, n'agissaient que 
par le crédit qu'on accordait à leur pouvoir : quelqu'un se 
figurait avoir été l'objet de leurs maléfices, et voilà que, 
devant cette conviction erronée, disparaissaient subitement 
toutes ses forces viriles. Ne nous suffit-il pas d'un rêve 
lascif où nous voyons la personne aimée pour goûter non un 
simulacre de plaisir, mais le plaisir complet et assouvi 1 ? 

Une simple influence morale n'est-elle pas capable à elle 
seule de provoquer un avortement, de ralentir ou de hâter 
le travail de la parturition 2 ? 

1 11 snfïit de se Ggurer cum fœminiâ aliquâ concumbere, et semen 
vere exercinitur, non tamen concubitus ille realis est. 

î Voici un fait que l'on observe journellement à la clinique. Une 
femme est en travail; tout va bien. Surviennent quelques élèves, l'émo- 
tion ressentie est suffisants pour arrêter instantanément la marche de 
l'accouchement. Que ceux-ci se retirent, et aussitôt, reparaissent les cons- 
truction utérines. Même remarque a été faite dans la clientèle privée: 
l'arrivée du médecin arrête tout d'abord le travail, el ce n'est que lorsque 
la femme est habituée à une présence que les douleurs recommencent. 



34 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

Des nourrices, à la suite d'une vive émotion, n'ont-elles pas 
vu leur lait perdre ses propriétés ou se tarir, ce qu'on 
exprime dans le vulgaire en disant que le lait a tourné ou 
s'est répandu ? 

Ainsi l'influence du cerveau sur les organes de la repro- 
duction est des plus manifestes ; or, nous avons vu combien 
est puissante l'action que ces mêmes organes exercent à leur 
tour sur les centres cérébraux. Ici la sympathie est mutuelle; 
il y a réciprocité entre les deux fonctions, et l'influence de 
l'une semble être en raison directe de l'influence de l'autre. 
Il en est de même de la menstruation, et ce sera un très bon 
argument que j'apporterai en faveur de ma thèse, si je 
parviens à établir qu'il existe une influence très marquée des 
fonctions psychiques sur la fonction menstruelle. 

Des ouvrages entiers ont été écrits sur l'aménorrhée et 
autres troubles menstruels d'ordre psychique. Je ne citerai 
que pour mémoire ceux d'Albert Michel 1 et de Raciborski 2 . 
Ce dernier, célèbre par ses études sur l'ovulation et la mens- 
truation, a écrit : « C'est un fait vraiment curieux, mais réel 
que cette immixtion des opérations de l'esprit et de l'âme 
dans l'exercice des actes de la vie organique et en parti- 
culier de ceux qui sont relatifs à la reproduction. » Il estime, 
avec preuves à l'appui, que la dysménorrhée peut s'établir de 
toute pièce sous l'influence d'une cause morale, telle que : 
vif chagrin, contrariété, jalousie ou toute autre forte passion. 
Il explique comment une impression profonde et -vivement 
ressentie aux approches de la menstruation, peut réveiller, 
du côté des ovaires, une synergie capable de paralyser pour 
quelque temps les appareils érectiles qui se préparaient à 
entrer en mouvement pour le besoin de l'orgasme menstruel. 

Voilà, par exemple, une femme qui, dans un moment de 

1 Albert Michaeli. Casus menstrui fluxus anomali ex animi pathœma- 
libusperturbui... Ilallœ, 1741. 

2 Raciborski. Archives gén. de me'd., ma-i 1865. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 35 

faiblesse et d'égarement, a failli à son devoir. Effrayée des 
conséquences de sa faute, elle est sans cesse poursuivie par 
la peur d'une grossesse qui viendrait à la trahir; tout entière 
à cette idée, elle compte, avec une impatience fiévreuse, les 
jours qui l'éloignent encore de la prochaine époque, et épie, 
avec une anxiété extrême, tous les symptômes qui précèdent 
chez elle l'apparition des règles ; mais c'est en vain, la seule 
crainte d'être enceinte a suffi pour supprimer la menstruation. 

En voilà une autre qui, mariée depuis longtemps, est 
inconsolable d'être sans enfant ; elle désire être mère de 
toute l'ardeur de son âme et ne voit jamais son vœu se réa- 
liser. A un moment, la violence de son désir est telle qu'elle 
croit le fait accompli ; elle se dit enceinte et les règles ne 
coulent plus : l'émotion les a supprimées. 

Les observations de suppression de règles par influence 
morale sont très nombreuses : on en trouve dans tous les 
auteurs et tout médecin en a à son acquis. Les vingt-quatre 
que je rapporte dans le cours de cet ouvrage sont des plus 
probantes'. Je ne citerai ici que les trois suivantes. 

Observation V. — Une fille vertueuse avait un amant : il se fit 
moine. Elle en eut un grand chagrin, ses secours cessèrent, elle 
tomba dans le délire, dans des spasmes et des mouvements con- 
vulsifs. Elle resta près d'un an dans ce désordre. Elle recouvra sa 
raison avec ses règles et oublia la cause de ses malheurs. (Raulin, 
Traité des affections vaporeuses du sexe, Paris, 1758, p. 198.) 

ObservatiOxN VI. — Une jeune femme de dix-neuf ans, ordinai- 
rement bien réglée, reçoit le jour même où elle attendait ses règles, 
la nouvelle de la mort d'une personne qu'elle aimait beoucoup. 
L'écoulement menstruel ne parait pas : symptômes de congestion 
cérébrale ; quelques jours après, mort de la femme. Autopsie fort 
curieuse et très probante (Witebead in London médical Gazette, 
n" d'avril.) 

Revillod, dans la Revue médicale de la Suisse romane, 

1 Voir Obs. 19, 21, 42, 50, 55, 58, 74, 130, 159, 177, 180, 182, 201, 204, 
21 4, 220, 224, 225, 238, 239, 255. 



36 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

rapporte un cas très curieux de périodicité morbide qu 1 
prouve jusqu'à la dernière évidence l'influence du moral sur 
la menstruation. 

Une clame avait eu une suppression accidentelle des règles au 
mois de juin. Le seul souvenir de cet accident, en dehors de toute 
autre cause, fit que, pendant quatre ans, celte dame eut une amé- 
norrhée complète au mois de juin, tandis qu'aux autres mois elle 
était parfaitement réglée. 

D'autres fois, au contraire, sous l'influence d'une vive 
impression, le flux menstruel peut se rétablir comme il s'était 
supprimé. 

Observation VII. — Une jeune fille apprit inopinément la fausse 
nouvelle de la mort d'un homme qui lui était cher. Elle avait alors 
ses règles qui se supprimèrent. Bientôt après, elle fut prise de 
convulsions. Des événements extraordinaires ramenèrent cet 
homme dans son pays, il alla visiter les parents de la malade. 
Elle le reconnut et les accidents se calmèrent à sa -vue... Quelques 
heures après les règles avaient reparu. (Ghambon, Maladies des 
filles, des femmes et des enfants, Paris, an VIII, t. II, p. 28.) 

Le D 1 ' Martin (de Lobus) rapporte l'histoire d'une aliénée 
aménorrhéique depuis cinq mois, dont les règles reparurent, 
et avec elles la raison, à la suite d'une vive intimidation ; on 
l'avait menacée de lui couper les cheveux. 

Lorsqu'une jeune fille se marie, elle a bien soin de choisir 
son jour; il est assez fréquent pourtant d'apprendre l'histoire 
de quelque malheureux mari, qui, le soir de ses noces, s'est 
vu séparé de sa femme par une barrière de roses. *La cause 
de cet inopiné et malencontreux retour doit être recherché 
dans les fortes émotions du mariage. 

On a pu obtenir par simple suggestion hypnotique le réta- 
blissement et la régularisation de la menstruation 1 . 

1 Liebeault et Voisin en rapportent plusieurs cas. Celui du professeur 
Bernheim de Nancy, est des plus curieux. (Voir Association française 
pour l'avancement des sciences; Congrès de Toulouse, p. 84J.) 



SYMPATHIE MENSTRUELLE 37 

L'influence morale se fait encore sentir sur l'époque de la 
première apparition des règles, qui est retardée ou avancée 
suivant l'éducation que reçoit la jeune fille et le milieu dans 
lequel elle vit. Toute excitation génésique (roman, bal, 
théâtre, fréquentation mondaine) hâte le moment de la 
puberté pour la jeune fille, et, pour la femme déjà réglée, 
augmente la quantité de sang perdue à chaque époque. Tout 
le monde sait qu'à la campagne, la menstruation est plus 
tardive qu'à la ville. J.-J. Rousseau nous dit qu'il a rencon- 
tré dans le Valais et le Tyrol de grandes filles, d'ailleurs très 
formées, qui n'avaient aucun signe périodique de leur sexe. 
Il se rend compte de cette différence d'avec les jeunes filles des 
villes, par la simplicité de leurs mœurs et la tranquillité de 
leur imagination, qui, plus longtemps paisible et calme, 
« fait plus tard fermenter leur sang et rend leur tempérament 
moins précoce- ». 

Le cerveau a donc une grande influence sur la menstrua- 
tion : la chose me paraît prouvée; mais il serait temps, je 
crois, de clore ce chapitre et je me hâte d'arriver aux conclu- 
sions. 

Partant de ce fait, que les affections des organes repro- 
ducteurs chez la femme et l'état puerpéral peuvent retentir 
du côté du cerveau, j'ai prouvé que la menstruation ne reste 
pas étrangère à ces différents états, qu'elle doit être comprise 
dans la puerpéralité et qu'en conséquence, elle peut réveiller 
les sympathies cérébrales au même titre que les affections 
utérines, la grossesse, l'accouchement et la lactation. 

A ceux qui m'ont objecté que la menstruation, étant une 
fonction physiologique, ne pouvait normalement donner 
naissance à aucun trouble, j'ai répondu avec preuves à la 
main : « La menstruation n'est pas une fonction, niais la 
simple manifestation d'une fonction qui est l'ovulation. Elle 
est un état mixte, situé sur les limites de la pathologie et de 
la physiologie, un état vulnérable, un état de réceptivité 



38 rSYCHOSES MENSTRUELLES en général 

morbide, caractérisé par le facile développement et la fré- 
quente apparition d'actes pathologiques les plus variés. » 

En dernier lieu, j'ai démontré combien est puissante l'ac- 
tion du cerveau sur les fonctions de la génération et plus 
spécialement sur celles de la menstruation. Or les organes 
de la reproduction agissant à leur tour sur les centres céré- 
braux, la menstruation ne saurait faire exception et rester 
étrangère à la sympathie génitale. Elle a sa part d'influence : 
car, ce n'est pas d'un organe, mais de tous les organes de la 
génération que partent des impressions, et celles de l'ovaire 
comme les autres doivent atteindre le cerveau. 

Tout ceci n'est qu'une hypothèse : je vais l'appuyer de 
l'autorité d'auteurs éminents, j'y ajouterai l'autorité écra- 
sante des faits, et cette hypothèse, qui n'est pas déjà sans fon- 
dement, se changera en certitude, je l'espère, pour le lecteur 
qui voudra bien me suivre jusqu'au bout. 



CHAPITRE III 

L'existence d'une sympathie menstruelle est certaine. 

§ 1. l'REUVE D'AUTORITÉ 

L'existence de troubles psychiques en rapport avec la 
menstruation a été observée et affirmée dès la plus haute 
antiquité ; elle est sanctionnée de nos jours par l'autorité des 
aliénistes les plus compétents. 

Les anciens, en soumettant la fonction menstruelle à l'ac- 
tion d'un astre qu'ils croyaient aussi agir très puissamment 
sur la raison et la destinée humaine, nous prouvent qu'ils 
connaissaient déjà toute l'influence morale de la menstrua- 
tion. Ils traduisaient leur pensée en disant que la femme est 
alors lunatique, expression qui s'est conservée jusqu'à nous et 
qui peint très bien l'état d'instabilité nerveuse et pyschique 
dans lequel se trouve la femme à cette époque. 

Le Zend-Avesta, livre sacré des Babyloniens et des Perses, 
nous apprend que, chez ces deux peuples, on considérait 
comme possédées du malin esprit, feeeiâs les femmes dont le 
flux menstruel se prolongeait au delà de neuf jours, et qu'on 
les rouait de coups pour chasser le démon qui entretenait en 
elles cet état anormal. 

Les mots menstruatio, mêmes, menstruata, etc., etc.. 
reviennent à chaque instant dans le Penlaleuque, et il n'est 
pas une question hygiénique qui ail plus préoccupé le légis- 
lateur hébreu. Moïse croit non seulement à la souillure cor- 
porelle, mais encore à la souillure spirituelle de la femme par 



40 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

ses menstrues. Il ordonne à celles qui ont des pertes en 
dehors de leurs époques ou des règles très abondantes, de 
venir dans le Temple se purifier aux yeux du Seigneur. « Le 
prêtre priera pour elle, dit-il, et immolera une victime j/ro pec- 
cato... etpro flitâu immundiHae. » (Lévit., ch. xv, v. 30 l .) 
Le prophète Jérémie, reprochant à la ville de Jérusalem 
ses crimes et ses débauches, lui dit (chap. n, v. 24) qu'elle 
ressemble à la chamelle du désert. « Habituée à vivre sans 
joug, la chamelle flaire de loin ce qu'elle aime, elle s'y pré- 
cipite avec ardeur sans que rien ne puisse l'en détourner, 
mais le jour où elle aura ses menstrues, ceux qui la chas- 
sent, V atteindront facilement. y> Pourquoi cette comparaison? 
Parce que Jérémie croyait à la plus grande vulnérabilité de 

1 Au Levit., ch. xx, v. 18, Moïse interdit tout rapport pendant la 
période menstruelle et punit de mort la violation de cette loi. Tout 
rapport à cette époque est considéré par Ezéchiel comme la consom- 
mation d'un adultère. De nos jours encore, certains théologiens ensei- 
gnent que, si ce n'eot pas un péché mortel de voir sa femme lorsqu'elle 
a ses règles, c'est au moins un péché véniel (Cornélius a Lapide, Com- 
mentaria in leviat., t. II, p. 131). Un concile de Nicée défend aux 
femmes chrétiennes d'entrer dans les églises pendant tout le temps 
que dure l'écoulement périodique. Le Talmud prétend que tout enfant 
conçu durant l'impureté de la mère est forcément voué au vice et à la 
maladie; il sera ivrogne ou fou ou épileptique ou assassin; rien ne 
saurait en faire ua honnête homme ou une femme vertueuse. Ce malheu- 
reux enfant s'appelle en hébreu Mamser Bénidah, c'est, paraît-il, la plus 
grande injurede la langue hébraïque. Le Coran déclare impure la femme, 
huit jours avant et huit jours après les règles, et défend tout rap- 
port pendant ce temps. Moreau de la Sarthe (1803) nous apprend que 
les nègres, les naturels de l'Amérique, les insulaires de la mer du Sud 
reléguaient leurs femmes dans des cabanes particulières et les tenaient 
dans un isolement complet pendant toute la durée de la menstruation. 
Chez les Illinois, la femme qui n'avertissait pas de l'indisposition pério- 
dique, était punie de mort. La même sévérité régnait chez les Oréno- 
ques et chez les Acadiens. Au rapport de Gardane (1816), les Brésiliennes 
étaient soumises à de si grands ennuis pendant leurs règles, qu'elles 
se préservaient ordinairement du flux périodique en se faisant de lar- 
ges scarilications aux jambes, ce qui a fait dire à certains voyageurs 
que les naturelles de ces pays n'étaient pas réglées. Tous ces usages 
humiliants et même cruels nous prouvent tout au moins que, de tout 
temps et partout, l'état de la femme pendant la période menstruelle, 
de quelque nature du reste qu'il parût à leurs yeux, a su fixer l'atten- 
tion des savants et même du simple vulgaire. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE d' AUTORITÉ 41 

la femme pendant la période menstruelle, et son langage 
figuré peut se traduire de la sorte : « Tant que tu t'es con- 
servée pure et chaste, Jérusalem, tu étais invulnérable, mais 
aujourd'hui, à cause de tes souillures, tu es comme la femme 
qui, forte et vigoureuse en dehors de la souillure menstruelle, 
tombe facilement, cède sans résistance aux coups de ses 
ennemis, lorsqu'elle subit la corruption du sang. » 11 consi- 
dérait donc le flux menstruel comme une cause de faiblesse 
morale qui rend l'âme incapable de fuir l'ennemi, de résister 
à ses attaques. C'est l'opinion d'un grand nombre de com- 
mentateurs 1 , parmi lesquels Vatable et saint Grégoire. Le 
texte de ce dernier est très catégorique. « C'est au moment 
des menstrues, dit-il (Homel. 29 in Ezech.), que les malins 
esprits portent leurs coups, alors que la souillure externe 
éveille en l'âme des pensées qui la portent au mal et l'expo- 
sent à succomber plus facilement. » 

C'est probablement en se basant sur les textes de l'Ecriture 
Sainte qu'un concile 2 , au moyen âge, agita la question de 
savoir jusqu'à quel point la femme, dans le temps des mens- 
trues, est responsable de ses actes. 

Hippocrate est très explicite sur ce point. Voici les princi- 
paux textes que j'emprunte à la traduction de Littré. 

« Quand chez une jeune fille, la menstruation ne s'établit 
pas, elle souffre de la bile, a la fièvre, des douleurs, faim, 
soif,' des vomissements, du délire et puis des retours de 
raison (t. VIII, p. 505). 

Au tome V, page 703, il parle de femmes qui, « à la suite 
des règles, sont prises d'une certaine agitation ». 

1 Cornélius a Lapide in Lecit., t. II, p. 99 et in Jerém., t. XII, p. 33. 

- Ce concile est signalé par Berthier; c'est en vain que j'ai consulté 
les actes des conciles et que j'ai eu recours à l'érudition d'eclêsiastiques 
très distingués ; je n'ai pu en retrouver l'époque précise. Peut-être l'au- 
teur le confond-il avec le concile de Màeon (b&b) dont les Pères employè- 
rent plusieurs séances à discuter cette question : « La femme jouit- 
ellc de la raison et doit-elle être qualifiée de créature humaine ? » 



42 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

Au tome YIII, pages 27o et 277, il est question d'une affec- 
tion hystérique dans laquelle Hippocrate renvoie la femme 
auprès de son mari et dont la solution est une grossesse. Or. 
dans cette affection, les règles arrivent plus tôt ou plus tard 
que d'habitude ou ne paraissent pas du tout. 

« Les délires dus aux menstrues sontférins, dit-il au tomeV, 
page 553, cela arrive souvent ; » et il rappelle à ce sujet 
l'observation de la fille d'un cordonnier dont le délire com- 
mença en pleine période menstruelle. 

Au tome VIII, page 467 et suivantes, il décrit très longue- 
ment les troubles psychomorbides qui accompagnent la pre- 
mière éruption des règles : ils sont surtout l'apanage des 
jeunes fdles qui ne se marient pas lorsque vient l'époque du 
mariage. La femme a le transport, l'envie de tuer ; elle a des 
craintes et des frayeurs, elle désire s'étrangler ; son senti- 
ment est dans l'angoisse, se trouble et se pervertit; elle dit 
des choses terribles ; les visions lui ordonnent de sauter, de 
' se jeter dans les puits, de se tuer comme étant meilleur et 
ayant toute sorte d'utilité. « Les femmes sont délivrées de 
cette maladie, dit-il, quand rien n'empêche l'éruption du 
sang. » 

Arrêtée parle de la mélancolie engendrée par la rétention 
menstruelle et nous en donne le traitement : « Si a coercitis 
mulierum mensibus morbus creatus est, irritandi sunt 
loci *. » 

Ccelius Aurelianus range parmi les causes de la manie 
l'absence de l'écoulement menstruel (abstinentia in fœminis 
solitœ purgationis) 2 . 

Les auteurs qui suivirent furent aussi affirmatifs, et, parmi 
ceux plus rapprochés de notre époque qui attribuèrent une 

1 Arrêtée. De causis et signis acut. et diut. morborum. Lugd. Batav., 
1731 in Liber Melancholiœ. 

- Cœlius Aurelianus. De morbis aculis et chronicis. Amstelœdami, 
1709, iib. I. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PliEUVE D'AUTORITÉ 43 

grande importance au rôle de la menstruation dans la genèse 
des troubles nerveux et psychopatiques, je citerai Félix 
Flatner *, Willis \ Warclemburg 3 , Freind *, Le Camus -, 
Lorry 6 , Van Swieten 7 , etc. 

Les auteurs contemporains nous offrent l'embarras du 
choix; je dois me contenter de citer l'opinion de quelques-uns 
pris au hasard parmi les principaux. 

Cabanis accordait un grand crédit à l'influence menstruelle : 
il en parle longuement et y revient à plusieurs reprises dans 
ses savants et nombreux travaux sur les rapports du physique 
et du moral 8 . 

Au dire de Philippe Pinel 9 , c'est surtout avant et pendant 
l'époque menstruelle que les émotions de toute espèce sont 
dangereuses ; c'est ce concours qui rend l'aliénation beaucoup 
plus fréquente parmi les femmes que parmi les hommes. 

Esquirol y attachait également une grande importance ; il 
en est question à chaque instant dans ses ouvrages et plus 
spécialement dans ces articles : causes et crises de la folie, 
manie, lypémanie, suicide 10 , etc., etc. La menstruation qui 



I Fœlix Plâtrier, médecin à Bàle, 1587 à 1641 . Observât ionum llbri 
quatuor. Basiliae, IGOi. 

- Willis. Pathologiœ cerebrl et nevrosi generi spécimen. Amstelce- 
dami, 1668. 

3 Wardemburg. De morbis animi ex anomaliis hemorrhagiois. llallse, 
1719. 

* Friend. De emmenologia in quâ fluxus mulieribus menstrui phéno- 
mène/, exlguntur. I'arisiis, 1727. 
s Le Camus. Médecine de l'esprit, 1753, t. I, p. 365. 

6 Lorry. De melancholla et morbis melancholicls. Lutetiœ Parisio- 
rnm, 1765. 

7 Van Swieten. Commenloria in Herm. Boerrhaavœ aphorismos. 
I'arisiis, 1765, t. IV. Morbl vlrglnum, p. 377. 

8 Cabanis. Loc. cit., t. III, p. 344, 350, 351. 

II Philippe Pinel. Traité médlco-philosop/iique sur l'aliénation men- 
tale. Paris, 1809. 

,0 Esquirol. Traité des maladies mentales, t. I, p. 36, et art. Folie du 
Dlcl. en 60 vol. des Sciences médicales. 



44 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

joue un si grand rôle dans la santé de la femme, ne saurait 
être, selon lui, étrangère à la production des troubles ner- 
veux; il nous assure avoir constaté qu'elle est, après les pro- 
grès de l'âge, une des causes les plus fréquentes de la folie ; 
il lui attribue le sixième des cas qu'il a observés. 

Fodéré, qui n'admet pas la folie sympathique, se sent 
obligé de reconnaître la folie menstruelle 1 . 

Guislain 2 considère la suppression des règles comme une 
cause directe de l'aliénation mentale 3 . « Je connais plusieurs 
jeunes filles, dit-il. qui à l'époque des règles ou avant 
l'apparition du flux menstruel, offrent une espèce d'hyper- 
phrénie qui devient, chez quelques-unes, d'un caractère aigu 
violent. » 

« Combien de fois, s'écrie Marc 4 , la disparition brusque 
des menstrues n'a-t-elle pas été suivie soit de manie, soit de 
mélancolie ou encore d'un véritable accès de démence. » 

D'après Moreau, de Tours, les réactions de l'appareil 
génital sur le cerveau sont surtout manifestes au moment de 
la puberté, dans chacune des révolutions menstruelles et à la 
ménopause. « Aux différentes époques de l'apparition des 
règles, de leur écoulement mensuel, de leur cessation, le 
système nerveux, personne ne l'ignore, est dans un état de 
surexcitation qui. chez beaucoup de femmes, se traduit au 
dehors par les phénomènes les plus divers, par des anomalies 
de la sensibilité générale, des fonctions nerveuses au point de 
vue physique et moral. » 

Voici quelle est la conclusion des remarquables travaux 5 

1 Focléré. Traité du délire et essai médico-légal sur diverses espèces de 
folie, p. 204. 

2 Guislain. Loc. cit., p. 165. 

3 Voir aussi Suger. De insania ex menstruis suppressis orta. 
Kilite, 1855. 

1 Marc. De la folie considérée dans ses rapports avec les questions 
■médico-judiciaires. Paris, 1840, t. 1, p. 317. 
:i Brierre de Boismonl. De la menstruation considérée dans ses rap- 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE D AUTORITÉ 4û 

de B'rierre de Boismont. « 11 y a une fonction chez les femmes 
qui, même dans l'état physiologique, ébranle souvent leur 
moral et a fait dire de celles qui ont été célèbres par leur 
esprit viril, qu'elles cessaient alors d'être femmes. La mens- 
truation est, en effet, leur grand régulateur, et. quand elle 
s'exécute mal, surtout chez celles qui ont un germe hérédi- 
taire ou sont prédisposées d'une autre manière, elle est une 
cause puissante d'aliénation. Sur 19 femmes auxquelles 
nous avons donné nos soins, douze fois la menstruation, soit 
lors de son début, soit au temps critique, devenue cause de 
récidive, a exercé u-ne action marquée sur le développement 
de la folie ou des accidents nerveux, hystériques qui l'ont 
précédée. » 

Tardieu, après avoir constaté qu'aux époques où apparaît 
et où cesse le flux menstruel, il existe une exaltation singu- 
lière de la sensibilité, ajoute * : « Il est certain que l'époque 
menstruelle, soit qu'il y ait rétention des règles, soit que 
leur écoulement ait été modéré, soit même que cette époque 
n'offre rien d'extraordinaire, joue un grand rôle dans la pro- 
duction des névroses et de la folie. » 

Azam, dans son travail sur la folie sympathique en rapport 
avec les lésions organiques de l'utérus, rapporte quarante 
observations de troubles mentaux caractérisés par de lalypé- 
manie avec tendance au suicide et à l'homicide. « Or. dit-il 2 , 
le même état mental ne se rencontre pas seulement chez les 
malades atteintes de lésions organiques de l'utérus, il peut 
accompagner les désordres purement fonctionnels de cet 
organe, l'état puerpéral et la lactation. » « La douce mélan- 
colie, continue-t-il, qui apparaît chez la jeune fille dont 
l'utérus fonctionne pour la première fois, est le premier 

ports physiologiques et pathologiques. Paris, 1842, et Ann. méd. psych -, 
1858, t. X, p. 381. 

'Tardieu. Manuel de palh. et de clinique médicale. 

' Azam. Loc. cit., p. 49 el 50, nui' conclusion. 



46 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

anneau d'une longue chaîne dont le dernier peut être la 
démence consécutive à la Iypémanie homicide. » 

Une des conclusions de l'excellent ouvrage de Berthier l 
est qu'il existe des névroses et des troubles psychiques évi- 
demment liés, soit aux troubles de la menstruation unique- 
ment et directement, soit à ces troubles causés ou entretenus 
par un ou plusieurs états pathologiques variables, soit à un 
état de la menstruation en apparence convenable. 

Krafft-Ebing, dans un mémoire sur le même sujet 2 , cite 
19 observations personnelles de psychoses revenant périodi- 
quement à chaque époque menstruelle. 

Schule 3 dit très nettement, que les anomalies des fonctions 
sexuelles chez la femme et les maladies mentales sont intime- 
ment liées, et, que clés unes aux autres s'exerce un action réci- 
proque. 

Le professeur Gourty '* de Montpellier, ainsi que son col- 
lègue Mairet (loc. cit.), enseignent que, sous l'influence de 
la menstruation, le délire peut survenir, et alors les actes de 
la femme échappent à la volonté, tournent à la folie, et il 
peut même se déclarer de la propension au suicide. 

Le D 1 ' Paris 5 , médecin à l'asile de Ghàlons-sur-Marne, a 
rapporté cinq observations de femmes aliénées, chez lesquelles 
les troubles mentaux étaient de toute évidence liés à des 
troubles menstruels. 

La Gazette médicale de Paris a donné une statistique des 
causes de la folie chez les femmes dans le Schleswig : sur 
235 cas observés, 40 sont dus aux suites de couches, 27 à la 
menstruation. Dans la statistique de Hood, dressée à l'asile de 

1 Berthier. Des névroses menstruelles. Paris, 1874, 

2 Krafft-Ebing. Archiv. fur Psychiatrie, 1878, t. VIII, Heft I, p. 65 à 
107. 

3 Schule. Geister-Krankheinsten. Ziemsens Handbuch, 1878, p. 306. 
1 Courty. Maladies de V utérus. Paris, 1880, 3e édit., p. 431. 

5 Paris. Encéphale, 1886, p. 551. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE D'AUTORITÉ 47 

de Bedlam, sur 697 malades, figurent 49 femmes devenues 
folles par suite de troubles menstruels. Pour le plus grand 
nombre d'auteurs, d'après Petit 1 , la suppression complète 
des règles, détermine le développement de la paralysie géné- 
rale, que cette suppression survienne au moment de méno- 
pause ou qu'elle soit prématurée. 

Guibout, médecin à l'hôpital Saint-Louis et très versé dans 
l'étude des maladies de la femme, a écrit 2 de fort belles pages 
sur le nervosisme menstruel. D'après lui, c'est l'innervation 
tout entière qui est atteinte et surexcitée au moment où 
s'opère la fonction menstruelle qu'il appellle la grande et 
perturbatrice fonction. « C'est alors surtout, dit-il, que l'on 
voit des femmes qui ne sont plus maîtresses d'elles-mêmes, 
chez lesquelles les choses les plus indifférentes produisent les 
impressions les plus vives et les plus désordonnées ; c'est alors 
qu'on assiste à des scènes de violence et d'emportement non 
motivées et que l'imagination s'égare dans les conceptions les 
moins raisonnables et les plus exagérées. C'est alors que l'on 
constate une altération dans le caractère, une irritabilité 
excessive, des impatiences qui ne tardent pas à être regrettées 
et désavouées, mais qui n'en ont pas moins eu lieu. Une 
sage pondération entre les impressions et les actes a cessé 
d'exister : la femme n'est plus équilibrée. » 

M. le professeur Bail insiste sur l'étiologïe menstruelle de 
certaines psychoses; je lui emprunte la citation suivante 3 : 
« Les troubles de la menstruation peuvent engendrer la folie, 
soit au début, soit à la fin, soit pendant le cours de cette grande 
fonction physiologique.» Il signale le retour des règlescomme 
pouvant amener la guérison de la folie, lorsque celle-ci 

1 Petit. Des rapports de la paralysie générale avec certains troubles 
de la menstruation. Th. de Paris, 1887. 

- Guibout. Traité des maladies des femmes. Paris, 1886, p. 379 ri 
380. 

'Bail. Maladies mentales : folies sympathiques. Paris, 1880-83, p. 578. 



48 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

est due à une suppression. Parlant ensuite des troubles mo- 
raux que l'on peut observer chez les femmes normalement 
réglées, il dit : « J'arrive à un fait plus curieux encore. Il 
existe chez certaines femmes, une folie périodique qui se 
reproduit à chaque époque menstruelle... Certaines femmes 
deviennent absolument aliénées à l'époque des règles pour 
reprendre leur raison immédiatement après ' . » 

Ce que j'ai dit jusqu'ici s'applique d'une manière générale à 
toute la période de la vie sexuelle de la femme, et plus spé- 
cialement à la période active; je dois voir, pour être complet, 
s'il existe un état psychique plus particulier à la puberté et à la 
ménopause, et dire quelle est l'opinion des auteurs à ce sujet. 

1° Puberté. — L'époque de la puberté est celle d'un change- 
ment général dans l'être physique comme dans l'être moral. 
Raciborski la considère comme une espèce de cour d'appel où 
tous les sujets dont la santé a été compromise clans l'enfance, 
passent définitivement condamnation ou sortent victorieux. 
Chez les dégénérés, l'évolution pubérale est lente et difficile, 
et c'est souvent à ce moment que se décide leur avenir. 

De nouveaux organes de développement, de nouveaux 
besoins se font sentir. La différence entre les deux sexes, 
jusqu'alors peu marquée, s'accentue d'une manière très nette; 
les amusements cessent d'être communs et sont plus en rapport 
avec les nouvelles idées qui s'élaborent silencieusement et vont 
bientôt se faire jour. Tandis que le garçon, perdant la gentil- 
lesse et l'aménité de sa compagne, prend un aspect plus grave 
et plus viril, la jeune fille, quittant la brusquerie et la pétu- 
lance de son compagnon, revêt une forme plus gracieuse et 
voit se développer avec rapidité tous les attributs de son sexe. 
Les saillies disparaissent, les contours s'arrondissent, les han- 



' Cet éminent maître qui a si puissamment contribué à la création 
des folies sympathiques, nous a montré dans son cours d'ouverture de 
1889-1890 un cas type de folie menstruelle. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE D'AUTORITÉ 49 

ches se dessinent; le bassin que Burdach appelle le laboratoire 
de la génération, augmente ses diamètres; des poils follets 
apparaissent sur le pubis; les grandes lèvres, comparées par 
Linné aux pétales d'une fleur, s'épanouissent, les seins pren- 
nent de l'ampleur, en un mot, suivant une expression heu- 
reuse, la jeune fille se forme et se prépare à sa grande mis- 
sion d'épouse et de mère. 

A cette transformation physique que les peintres aiment à 
représenter, correspond une transformation morale chantée 
parles poètes 1 . Des désirs vagues et inconnus s'emparent de 
l'àme de la jeune fille ; toute une révolution se fait dans ses 
idées et ses sentiments; elle ne sent plus, elle ne pense plus 
comme autrefois. Les amies qu'elle recherchait, elle les fuit 
maintenant; elle aime à être seule, demandant à la solitude 
l'explication de la tourmente qui passe en elle. Elle devient 
trist 2 et mélancolique, elle s'abandonne à de douces rêveries, 
et, sans en connaître la cause, elle verse des larmes involon- 
taires qui calment momentanément le trouble de son cœur. 
Ce trouble, bien que caché, se trahit à chaque instant par un 
regard, un geste, une parole, un soupir; il se reflète sur son 
visage, se répand dans toute sa personne, la remplissant de 
poésie et éveillant chez l'homme des idées dont l'interpréta- 
tion facile lui apprend qu'il n'est plus en face d'une enfant. 

Les jeunes filles qui ont l'habitude de confier au papier 
leurs impressions de chaque jour, écrivent alors des pages 
fort curieuses et très intéressantes pour le psychologue : il y 

1 Dis, quelle est ta folie? 

Quel est le vin nouveau qui trouble ta raison? 

Qu'est-il donc arrivé? 
Regardez : ce n'est pas un songe, une chimère. 
Sur le petit rosier que lui donna sa mère, 
Le plus joli bouton a fleuri ce matin. (L. Ratisbonne.) 

Ton seizième printemps et ton cœur vient d'éclore, 
L'inconstante Phébé le marquant ses retours, etc. 

(Elégie de Lebrun. Mes premières amours.) 

s. [CARD. ^ 



50 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

règne la plus noire mélancolie, quelquefois l'exaltation la 
plus enthousiaste, le tout exprimé en style fort bizarre, de 
très mauvais goût, plein de recherche et d'affectation. 
Lorsque la crise pubérale est passée et que la jeune fdle, plus 
âgée, continue de faire son journal, il ne faut pas être très 
exercé, j : en parle par expérience, pour distinguer les pages 
qui ont coïncidé avec une période menstruelle. On y lit 
presque aussi clair que si la jeune fille avait écrit : « Aujour- 
d'hui, j'ai mes règles. » 

Cet état n'a rien de pathologique, car il est commun à 
presque toutes les jeunes filles; mais quelquefois l'orage est 
plus violent, les troubles sont plus graves et la jeune fille, 
franchissant les frontières de la raison, verse complètement 
dans la folie. La statistique prouve que le plus grand nombre 
des maladies mentales se produit de 16 à 22 ans et qu'elles 
prédominent surtout parmi les jeunes filles l . Cet état 
mental lié à l'évolution pubérale a été décrit sous le nom 
à'hébéphrénie. Etudié d'abord par Hecker et Kahlbauu, il a 
été de nos jours l'objet de savantes leçons de la part du pro- 
fesseur Bail 2 . De nombreuses et intéressantes pages y ont 
été consacrées par d'autres aliénistes; je nommerai Wigan 3 , 
Wend 4 , Sepelli 3 , Mairet 6 , Rousseau 7 , Paul Moreau (de 
Tours) 8 . Il résulte des observations de tous ces auteurs « qu'il 
existe une folie de nature pubérale revêtant une physionomie 
propre ». Elle se traduit tantôt par un arrêt de développement 

' Voir : la folie à Saint-Pétersbourg in Bulletin médical, 1889, p. 813. 

2 Bail. De la folie à la puberté ou hébëphrénie. Encéphale, 1884, p. 1. 

3 Wigam. Journal ofpsychological médecine, 1849, vol. II, p. 499. 

4 "Wend. Perturbation mentale au moment de l'évolution de la pu- 
berté. 

5 Sepelli. Les psychoses de la puberté, in Revisla speriment. difre- 
niatr., t. XII, n° 3, p. 231. 

6 Mairet. Folie à la puberté, in Ann. méd. psych., novembre 1888. 

7 Rousseau. De la folie à la puberté. Thèse de Paris, 1857. 

8 Paul Moreau de Tours. La folie chez les enfants. Paris, 1888. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE D'AUTORITÉ 51 

intellectuel avec ou sans troubles délirants concomittants, 
tantôt par une perversion de l'intelligence {folie pubérale 
simple) se manifestant par du délire maniaque ou de la 
stupeur lypémaniaque. Elle est contagieuse par imitation; on 
l'a vue quelquefois éclater, sous forme de véritable épidémie, 
dans un pensionnat, dans un orphelinat, en un mot dans 
toute agglomération de jeunes filles. Elle parait si bien liée 
à l'évolution des fonctions sexuelles que, suivant M. Bail 
(loc. cit., p. 12), elle cesse quand la menstruation s'établit 
d'une manière définitive. 

Observation VIII. — Une jeune fille, non encore menstruée, est 
atteinte d'un délire maniaque qui dure dix jours et se dissipe avec 
la première apparition des règles (Morel; empruntée à Jacobi). 

Observation IX. — Dévideuse, âgée de douze ans. Manifestations 
hystériques, délire, hallucinations de la vue et de l'odorat : gué- 
rison après l'apparition des règles. (Girard, Considér. phys. et path m 
sur les affections nerveuses, etc., Paris, 1841, Obs. II.) 

Observations X et XI. — Deux jeunes filles, l'une de douze et 
l'autre de treize ans, s'imaginent avoir été ensorcelées par des 
pommes de terre qu'une vieille femme à qui elles avaient refusé la 
charité, leur avait données. Elles sont prises de vomissements, de 
convulsions, de fureur ; perdent la parole et se livrent à mille 
extravagances. Après un fort purgatif administré vraisemblable- 
ment dans l'intention de débarrasser l'intestin des substances 
crues vénéneuses, le délire redouble. Les règles paraissent et 
aussitôt le calme renaît avec la lucidité. (Buisson, thèse de Mont- 
pellier, 1810. cité par P. Moreau, de Tours : L< folie chez les enfants, 
Paris, 1888, p. 86.) 

2 U Ménopause. — La cessation physiologique des règles 
crée une époque dangereuse à traverser; la fréquence tirs 
troubles psychiques et nerveux, le grand nombre des mala- 
dies qui l'accompagnentexpliquent lesépithètes d'âge critique, 
d'époque infernale qui lui ont été données par le bon sens du 
vulgaire et que certains auteurs s'obstinent à lui refuser. A 
ire vrai, ces derniers sont peu nombreux, et la plupart de 



52 PfcYCnOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

ceux qui se sont occupés sérieusement de cette étude, recon- 
naissent l'influence ménopausique sur le développement de 
certains troubles psychiques. 

D'après Cabanis ', un changement si important que celui 
apporté à l'organisme par la ménopause, ne peut se faire 
sans qu'il en survienne en même temps beaucoup d'autres 
dans les dispositions générales et dans les afl'ections inté- 
rieures de la femme. 

Moreau (de Tours) admet l'influence morbifique de la mé- 
nopause ; il l'attribue à « l'excès de force et de vitalité qui se 
développe alors de la part de l'utérus ». Celui-ci renoncerait 
difficilement à ses habitudes d'excitation, et, dans un dernier 
effort pour conserver sa puissance et sa prédominance 
d'action, bouleverserait tout le système vivant et occasionne- 
rait surtout des affections nerveuses. 

« L'approche de l'âge de retour, écrit Brierre de Boismont, 
la période de temps qu'il embrasse, la cessation complète du 
flux menstruel sont souvent le point de départ de la folie. » 

Sur 179 malades observées à Charenton par Barbier 2 ,. 37, 
c'est-à-dire environ le cinquième, étaient devenues aliénées 
à l'époque de la ménopause, soit que celle-ci eût agi comme 
cause occasionnelle, soit qu'elle fût la cause unique et essen- 
tielle. Chez 9, la folie ne put être attribuée qu'à l'influence 
ssule de la ménopause sur l'économie. 

Tilt, médecin anglais 3 , a eu occasion d'observer 500 fem- 
mes parvenues à l'âge critique: sur ce nombre 122 furent 
atteintes d'affections mentales et 337 présentèrent différents 
troubles nerveux caractérisés par de la tristesse, de l'irrita- 
bilité, de la tendance à la mélancolie; 41 seulement furent 
exemptes de toute indisposition. 

1 Cibanis. Loc. cit., t. III, p. 350. 

2 Barbier. Thèse de Paris, 1849. 

* Tilt. The change of Jife in heallh and descase. London, 1867. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE D AUTORITÉ 53 

L'enseignement de M. le professeur Bail à ce sujel ne 
laisse aucun cloute. « La ménopause, dit le maître, est une 
des causes les plus importantes de la folie chez les femmes. » 

Les modifications qui s'opèrent dans l'être moral de la 
femme travaillée par la ménopause, sont du reste si évidentes, 
qu'elles n'ont même pas échappé à l'attention des gens du 
monde. Bon nombre de romans et de pièces de théâtre sont 
brodés sur ce thème. Je signalerai entre autres la Crise 
d'Octave Feuillet et la Femme de cinquante ans d'Edmond 
Lepelletier. 

La mauvaise réputation dont jouissent les belles-mères n'a 
pas d'autre origine. C'est l'opinion de M. Bail, et il la justifie 
pleinement en faisant remarquer que, de quarante-cinq à 
cinquante ans, beaucoup de femmes, sans être positivement 
aliénées, ont un caractère insupportable. C'est ce qui explique 
encore pourquoi les prêtres trouvent leurs gouvernantes si 
difficiles. « Vraiment, me disait un jour un abbé, si toutes 
les femmes leur ressemblent, je comprends le célibat. » 
D'après le droit canon, en effet, une femme ne peut entrer 
en service chez un prêtre qu'à l'époque où elle commence à 
abdiquer son sexe, c'est-à-dire vers la quarantaine. 

La mélancolie, la monomanie du suicide, la nymphomanie, 
telles sont les principales formes qu'affectent les psychoses 
m.'nopausiques. Je reviendrai d'ailleurs sur cette question 
lorsque j'étudierai les psychoses menstruelles en particulier. 
On a également signalé la paralysie générale comme très fré- 
quente à l'époque de la ménopause 1 . 

1 Sur 68 femmes atteintes de paralysie générale, Sander en a trouvé 
51 chez qui la maladie avait apparu à la ménopause {Berlin Klein. 
]]'ochcnschri/'t, n" 7). D'après Krafft-Ebing sur 80 femmes, 22, soit 27,5 
pour 100, deviennent paralytiques générales au moment de la méno- 
pause. Buccola affirme que, dans certains cas, la cessation des règles 
est la seule cause de la maladie, et il cite 12 observations dans les- 
quelles on ne peut attribuer son développement à une cause étrangère. 
Les opinionsdes principaux aliénistes surles psychoses ménopausiques. 
se trouvent résumées dans les ouvrages suivants : Rapports 'le la 



54 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

Je n'en finirais plus si je voulais citer tous les auteurs qui 
ont enseigné et vaillamment défendu la doctrine de la sympa- 
thie menstruelle contre les attaques de quelques incrédules ; 
mais, j'estime que bon nombre de mes adversaires se sont 
retirés devant les noms illustres que je leur ai opposés, et 
que, s'il en est encore quelques-uns, ils ne résisteront certai- 
nement pas à la preuve que je leur ai réservée dans la seconde 
partie de ce chapitre. 



§ 2. — PREUVE CLINIQUE 

A défaut d'autres arguments, l'autorité des maîtres dont je 
viens d'invoquer l'appui, devrait nous suffire, mais à leur 
témoignage je veux ajouter la preuve irrésistible des faits. Et 
certes, ceux que je raporterai seront si nombreux et emprun- 
tés à des auteurs si connus et si dignes de foi, que je me 
fais fort, avec eux, de porter la conviction pleine et entière 
dans l'esprit de ceux qui doutent encore de l'existence de la 
sympathie menstruelle. 

D'aucuns plus récalcitrants me diront peut-être : « Ces 
troubles menstruels que vous nous donnez comme engendrant 
des troubles psychiques, ne pouvons-nous pas les considérer 
comme une pure coïncidence ou plutôt comme postérieurs 
aux troubles psychiques et engendrés par eux. » Des écri- 
vains distingués ont répondu et Mayer 1 est même allé trop 
loin lorsqu'il a dit : « Le cerveau et l'ovaire sont inégalement 

ménopause et de Valiénatian mentale, Pages, thèse de Nancy, 1876 ; 
Etude sur la ménopause, Barié, thèse de Paris, 1877. Avis aux femmes 
qui entrent dans V âge critique, Paris, 1816, et Traité de la ménopause, 
Paris, 1821, de Gardane; Essai sur la physiologie et la pathologie de la 
ménopause, Paris, 1858, Bocque ; Conseils aux femmes sur l'âge de 
retour, Paris, 1875, Mayer, 

1 Mayer. Die Beziehungen der Krankhaften Zustande in den Sexua- 
lorganem des Weibes zur Geistesstorungen. Berlin, 1870. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE CLINIQUE 00 

l'un avec l'autre en rapport réciproque. Si l'un ou l'autre de 
ces organes ou si tous les deux en même temps présentent 
des troubles, on ne peut admettre qu'une seule influence : 
celle de l'ovaire sur le cerveau. » Mais pas n'est besoin de 
preuves d'autorité, car l'objection ne saurait tenir debout 
devant la discussion et l'analyse de certains faits. 

1. — Si les troubles de la menstruation étaient sous l'in- 
fluence des troubles cérébraux, comment expliquer ces cas 
où l'apparition et le redoublement des psychoses coïncident 
avec une menstruation absolument normale en quantité et 
en qualité, s'eflectuant régulièrement tous les mois sans la 
moindre douleur? 

Observation XIL — Cuisinière de vingt-six à vingt-huit ans, 
tempérament sanguin. La menstruation était régulière non seule- 
ment sous le rapport de la périodicité, mais encore sous celui de 
la quantité et de la qualité de l'excrétion. Cependant, à chaque 
époque, cette fille éprouvait une sorte d'exaltation qui ne troublait 
pas sensiblement les opérations de son jugement, mais la rendait 
très dangereuse, puisque, sans provocation, elle menaçait de son 
couteau, et qu'un jour, entre autres, elle faillit réaliser ses me- 
naces. On fut obligé de l'envoyer à l'hôpital des aliénés. (Marc, 
De la folie considérée, etc., Paris, 1840, t. II, p. 112.) 

Sur les 19 malades de Krafft Ebing, 8 avaient une mens- 
truation parfaitement normale '. 

2. — Si troubles psychiques et troubles menstruels n'étaient 
que pure coïncidence, comment comprendre ces cas nom- 
breux où les troubles psychiques surviennent en même temps 
que les troubles menstruels et chez des malades ne présen- 

1 Si l'on s'en rapportait exclusivement à ce que semble dire le ta- 
bleau synoptique que j'ai mis à la fin de mon travail, on croirait peut- 
être que les cas de menstruation normale avec troubles psychiques 
sont peu fréquents, et que leur existence doit avoir pour condition 
essentielle celle des troubles menstruels. Telle n'est pas cependanl 
la conclusion qui doit ressortir des nombreuses observations que j'ai 
publiées : si dans la plupart, en effet, les auteurs ont omis de dire quel 
était l'état d 3 la menstruation, c'est que suivant toute apparence elle 
devait être normale. 



56 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

tant pour expliquer leur folie aucune autre cause héréditaire 
ou acquise, morale ou physique ? 

Barbier rapporte dix observations longuement et sciemment 
discutées à l'aide desquelles il établit de la manière la plus 
péremptoire que des troubles de la menstruation survenus 
sans cause appréciable peuvent être la seule cause de folie à 
invoquer chez certaines malades. Pareilles observations abon- 
dent et le lecteur en trouvera un très grand nombre dans la 
seconde partie de ce travail. 

Observation XIII. — Une femme, sans chagrin, sans affection 
morale aucune, éprouve un dérangement intellectuel régulièrement 
tous les mois, au moment de la période menstruelle. Bien loin de 
se laisser influencer par des causes morales, la malade se fortifie 
d'avance l'imagination, elle cherche à la prémunir. ïcut concour 
à nous faire rejeter ici une cause métaphysique. Cela est si vrai 
que, pendant deux mois, la réaction, au lieu de se faire sur l'or- 
gane de l'intelligence, s'élant opérée sur les membres inférieurs, il 
y eut les douleurs les plus vives, mais l'imagination resta calme. 
(Berthier, /oc. cit., p. 138 '.) 

3. — Si les troubles psychiques n'étaient pas sous l'in- 
fluence de la menstruation, comment expliquer ces cas où les 
troubles psychiques paraissent régulièrement tous les mois, 
durent pendant toute l'e'poque, disparaissent avec elle, cessent 
pendant tout le temps intercataménial pour se reproduire 
invariablement à la prochaine menstruation. 

Observation XIV. — Une denlelière fut réglée pour la première 
fois à quinze ans, une deuxième fois le mois suivant; puis resta 
onze mois sans voir et sans souffrir. Au bout de ce temps la mens 
trualion reparut et revint régulièrement. Tous les mois, pendant 
huit jours, elle s'annonce par des coliques, des picotements aux 
seins, et surtout par des maux de tête. Dans ce laps de temps, 
cette jeune fille dont la physionomie annonce la douceur, devient 

1 Voir également les Obs. 21, 58, 93, 105, 170, 177, 182, 224, 225, 232, 
233, 245, 257, 258. Dans toutes ces observations, les auteurs ont 
constaté l'absence complète d'antécédents nerveux héréditaires ou 
personnels. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE CLINIQUE 57 

méchante, irascible, furieuse à la moindre objection ; si elle est 
alors à la campagne, seule avec son troupeau, elle décharge sa 
colère sur ces animaux, les injurie, les frappe, et n'est satisfaite 
que lorsqu'elle les voit fuir ou qu'ils font entendre des gémisse- 
ments. L'époque terminée, tout rentre dans l'ordre. (Brierie de 
Boismont, De la menstruation, p. 98 1 .) 

Observation XV. — Autre jeune fdle qui n'avait jamais mani- 
festé aucun désordre de la pensée, et qui, tous les mois, aux appro- 
ches de ses règles, était prise d'une espèce d'aliénation mentale; 
les idées se troublaient, elle ne savait plus ce qu'elle disait ni 
ce qu'elle faisait. Cet égarement cessait avec l'apparition des 
menstrues, dès que celles-ci coulaient abondamment, tout était 
fini; aucun symptôme n'avait lieu pendant le cours du mois; sa 
conduite était très raisonnable, et on n'aurait jamais soupçonné le 
délire que déterminait chaque retour des menstrues. (Brierre de 
Boismont, De la menstruation, Paris, 1842, p. 100.) 

Observation XVI. — Dame du monde devenant maniaque pério- 
diquement aux approches des règles; aussitôt que l'évacuation 
mensuelle s'arrêtait, tous les désordres des facultés intellectuelles 
cessaient complètement, (Leuret, cité par Raciborski, Traité de la 
menstruation, Paris, 1868, p. 467.) 2 

4. — Si les troubles psychiques n'étaient pas sous l'influence 
des troubles menstruels, pourquoi la marche des premiers 
serait-elle entièrement subordonnée à la marche des seconds ? 
Pourquoi l'apparition, l'amélioration, la disparition de ceux- 
zi entraîneraient-elles l'apparition, l'amélioration; la dispa- 
rition de ceux-là. 

Observation XVII. — Une jeune fille, qui ne fut réglée que vers 
sa vingtième année, cessa de .l'être après la seconde menstruation 
et fut affectée de lypémanie : elle était dans un état d'agitation et 



1 Petit, dans sa thèse inaugurale (Paris, 1872 p. 98) rapporte l'obser- 
vation d'une jeune fille qui, à chaque époque menstruelle, châtrait le 
premier animal qui lui tombait sous la main, sans offrir dans l'inter- 
valle aucune trace de délire. Celle observationn, je pense, n'est pas 
autre que celle que j'emprunte à Brierre de Boismont. 

2 Voir aussi les Obs. 17. 25, 29, 17, 56, 61, 87, 88, 89, 96, 108, 129, 
131, loi, 205, 210,217, 225, 2 i9, 250, 251, 254. 



5b PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GENERAL 

d'inquiétude extraordinaire, et avait l'idée fixe qu'elle était entou- 
rée de persécuteurs, qui voulaient la tuer elle et son père. La réap- 
paritition des règles fit cesser la maladie. Cinq ans après, elle eut 
une nouvelle suspension de flux menstruel, et sa mélancolie 
reparut avec le même caractère. (Edme Courot, Thèse de Paris.) 

Observation XVIII. — Une jeune fille, devenue aliénée par la 
suppression des règles, un matin, en se levant, alla se jeter au cou 
de sa mère, en criant : « Maman, je suis guérie! » Les menstrues 
avaient coulé abondamment et sa raison s'était rétablie aussitôt. 
(Esquirol, cité par Loiseau, Thèse de Paris, 185»), p. 53.) 

Observation XIX. — Jeune fille de dix-huit ans, frayeur, amé- 
norrhée pendant douze ans : hallucinations de la vue. Retour des 
règles, guérison. Calme pendant deux ans. Nouvelle aménorrhée, 
nouvelles hallucinations accompagnées de mélancolie avec stu- 
peur. Traitement, règles abondantes, guérison. (Duckworth, Journal 
of mental science, octobre 1864.) 

Observation XX. Une dame de vingt-neuf ans, prédisposée héré- 
ditairement, éprouva de violents accès de jalousie après son ma- 
riage : ses règles se suspendirent, et elle devint aliénée. Un jour, 
c'était un lundi, les règles paraissent; elles coulent abondamment 
le mardi. Dès lors toutes les idées sont justes, les préventions se 
dissipent, les hallucinations se taisent, les excrétions se rétablis- 
sent. (Esquirol, Des maladies mentales, 1838, t. I er , p. 364.) 

Observation XXI. — Marie, trente et un ans, pas de prédispositions 
héréditaires ou de maladies antérieures graves. Six mois avant 
son entrée à Maréville, elle tomba amoureuse d'un jeune homme 
au-dessus de sa position et se berça d'illusions qu'elle vit tout à 
coup s'envoler; elle avait ses règles quand elle .reçut la nouvelle 
qui détruisait ses espérances. Le sang cessa de couler, et aussitôt 
éclata un accès de folie à tendance erotique. Il ne dura que quinze 
jours, mais après une période égale de rémission et de raison 
apparente, il revint avec la réapparition de l'écoulement sanguin. 
Les crises se reproduisirent ainsi régulièrement tous les mois, 
jusqu'à ce qu'enfin, les règles faisant entièrement défaut, l'exci- 
tation resta continue. La menstruation, suspendue pendant dix- 
huit mois, reparut enfin, en même temps l'état mental de Marie 
devint satisfaisant et elle sortit bientôt après complètement gué- 
rie. (Dauby, Thèse de Paris, 1866, p. 52.) 

Observation XXII. — Poncelet, trente-huit ans, est atteinte de 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE CLINIQUE 59 

lypémanie. Pendant trois mois, elle garde une immobilité et un 
silence obstinés, ne pouvant même pas aller chercher sa nourri- 
ture. Tout à coup elle se trouve mieux. Elle sent son cerveau et 
rend compte de sa situation. Depuis une heure, les règles avaient 
paru. Elles coulèrent durant trois jours, et la guérison fut peu à 
peu consolidée. (Bouchet, Annules médicales psych., 1844, # t. , 
p. 341*). 

5. — Si les troubles psychiques n'étaient pas d'origine 
menstruelle, pourquoi leur disparition suivrait-elle la dispa- 
rition physiologique de la menstruation, soit par la méno- 
pause, soit par la grossesse ? 

« La folie, dit Ilaslam 2 , accompagne quelquefois les règles 
et cesse à la ménopause. » « Malgré sa gravité incontestable, 
dit le professeur Bail (loc. aï., p.' 580) en parlant de la 
psychopathie menstruelle, cette folie périodique peut guérir. 
La grossesse, à cet égard, exerce une grosse influence. Enfin 
on voit quelquefois les accès périodiques disparaître à l'âge 
critique. » 

Esquirol dit avoir vu plusieurs malades qui recouvrèrent 
complètement la raison en cessant d'être menstruées. Il rap- 
porte l'observation suivante qui est des plus caractéristiques. 

Observation XXIII. — Il y avait à la Salpêtrière, quand j'étais 
médecin de cet hospice, une femme qui, lors de la première mens- 
truation, était devenue folle et qui guérit à quarante-deux ans, 
lors de la disparition des menstrues. (In art. « Folie» du Dict.en 
60 vol. des Sciences médicales.) 

Observation XXIV. — Une femme dont les troubles psychiques 
avaient commencé vers la puberté, sous l'influence de son état 
mental, commet un crime qui la fait condamner aux travaux 
forcés à perpétuité. La folie étant devenue patente, elle est en- 
fermée dans l'asile. Elle y séjourna pendant vingt ans, el, arrivée 

1 Voir aussi les Obs. 5, 9, 10, 11, 31, 34, 37, i2, 72, 7.:», 7'.). SI, 87, 89, 
92, 93, 96, 101, 105, 107,212, 125, 126, 127, 130, 140, 148, 150, 154, 158, 
175,176, 178, 170, ISO, 181, 182, 185, 100, 201, 207, 208, •- , o«.i. 212, 213, 
214, 215, 219, 220, 221, 223, 224, 239. 

* Ilaslam. Madnes and melancholia. Paris, 1809, p. 248. 



60 PSYCHOSES MENSTRUELLES EX GÉNÉRAL 

à la ménopause, guérit subitement. C'est à la suppression seule des 
règles par la ménopause que les médecins de l'asile attribuent la 
guérison. (Boyer, Thèse de Montpellier, 1880, p. 41.) 

Observation XXV. — M mc X..., réglée à douze ans. Menstruation 
irrégulière et douloureuse s'accompagnant de mélancolie et d'en- 
vies de se donner la mort. Vingt tentatives de suicide. La malade 
s'en montrait désolée et chaque fois pendant le temps intercalaire 
entre deux menstruations, elle promettait, mais en vain, de ne 
pas recommencer. Elle ne fut guérie qu'à quarante-deux ans, 
lorsque le flux menstruel cessa complètement. (Xégrier, in loc. 
cit.) 

L'apparition et la recrudescence des troubles psychiques 
sous l'influence de la menstruation ont paru si évidentes à 
certains aliénistes qu'ils n'ont pas hésité à conseiller la gros- 
sesse comme moyen thérapeutique. Ils espéraient que le long 
repos de neuf mois accordé à l'ovaire ferait perdre à l'orga- 
nisme de la femme l'habitude pathologique de l'éréthisme 
menstruel. Les Anglais ont même été plus loin : ils ont 
conseillé la grossesse pour toutes les femmes des asiles, 
quelles que fussent, du reste, la nature et l'origine de leur 
folie ; non seulement ils permirent les visites conjugales, 
mais ils voulurent même les rendre obligatoires par un 
règlement administratif. Le temps de la grossesse et de l'al- 
laitement ne serait donc qu'une longue période intermens- 
truelle, et agirait, non en supprimant les douleurs de la 
menstruation, comme le pensent certains auteurs (il existe, 
en effet, des psychoses menstruelles sans disménorrhée), mais 
simplement en supprimant l'orgasme mensuel ovarien. 

« Des femmes énergiquement douées sous le rapport sexuel, 
dit Négrier [loc. cit., p. 173), affectées pendant leur jeunesse 
et aux époques menstruelles de différents troubles nerveux 
ont été délivrées pour toujours de ces pénibles accidents 
aussitôt ap.'ès une première grossesse 1 . » 

1 llippocrate a dit, en parlant des jeunes fdles dont la menstruation 
s'accompagne de troubles psychiques : « Je leur recommande de se 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE CLINIQUE 6i 

Observation XXVI. — M mo A... a des antécédents héréditaires. 
A l'âge de quinze ans, elle éprouvait tous l^s mois, vers l'époque 
des règles, des accidents nerveux très caractérisés : déliante, soup- 
çonneuse, se croyant entourée d'ennemis, elle se sauvait dans la 
campagne vêtue au hasard, dérobant ce qui lui tombait sous la 
main, parlant de mettre le feu et d"cmpoisonner. Au bout de douze 
à quinze jours, elle revenait à elle, racontait que dans ces mo- 
ments-là, elle n'était plus maîtresse d'elle-même et cédait à une 
impulsion irrésistible. Deux fois elle entra à la maison de Gha- 
renton, de 1843 à 1843. Pendant ces accès, elle manifestait des 
tendances erotiques et poursuivait les hommes qui se présentaient 
à elle. Pendant huit ans M n,e A... resta chez elle, un peu bizarre, 
un peu singulière, mais bien réglée et n'offrant pas d'accès de 
manie. Elle se maria sur ces entrefaites et eut une première gros- 
sesse qui fut très heureuse. Peu de temps après cependant, les 
senliments moraux et affectifs commencèrent à s'altérer chez elle 
et on vit de nouveau reparaître les symptômes suivants : penchants 
erotiques très prononcés, onanisme porté au plus haut degré- 
provocation envers les gens qui l'entourent, parfois même véri- 
table prostitution, tendance au vol; de plus, elle craint d'être 
empoisonnée, croit qu'on la surveille et qu'on dit du mal d'elle ; 
par instant, accès de fureur avec mots grossiers. Lorsqu'elle entra 
à Charenton pour la 3 e fois (31 mai 1854) ses règles manquaient 
depuis trois ou quatre mois, et on supposait qu'elle était enceinte. 
Elle l'était, en effet, et à mesure que sa grossesse se confirmait et 
se révélait par les signes les plus positifs, l'état psychique de 
M mc A... s'améliorait et tous les troubles disparaissaient. Elle 
accoucha, n'allaita pas son enfant, les suites de couche furent sans 
accident. Le retour des règles s'effectua, l'amélioration resta par- 
faite. On la surveilla pendant les quatre époques suivantes, sa 
santé ne se démentant pas, on dut insister près de son mari pour 
qu'il la reprit chez elle. (Marcé, Ann. mëd. piych., 1857, t. 1II T 
p. 337, et Legrand du Saule, Les Hystériques, Paris 1883, 
p. 430.) 

Ce qui prouve que la grossesse agit réellement par la sup- 

raarier le plus tôt possible ; en eiïet, si elles deviennent enceintes, 
elles guérissent. Dans le cas contraire, à l'époque même de la puberté 
ou peu après, elles sont prises de cette alTection sinon d'une autre. 
Parmi les femmes mariées, les stériles y sont plus exposées. •• (T. VIII. 
p. i67 et suiv.) 



62 psycïïoses menstruelles en général 

pression de la menstruation, et que, par conséquent, les 
troubles psychiques sont sous l'influence de celle-ci, c'est que 
souvent, ce calme n'est que momentané et ne dure que pen- 
dant le temps de la grossesse : l'orage, un instant maîtrisé, 
reparaît avec une nouvelle intensité dès le premier retour de 
la menstruation. 

Observation XXVII. — Une dame, hystérique dès la puberté, 
frappée de folie presque aussitôt après son mariage, recouvrait 
toujours son intelligence pendant le temps de ses nombreuses 
gestations et pendant les premiers mois de l'allaitement de cha- 
cun de ses huit enfants, elle retombait dans son aliénation mentale 
aussitôt que la fonction ovarienne se manifestait ; elle était réglée 
pendant cet état d'aberration, mais moins abondamment qu'avant 
son mariage. (Négrier, loc. cit., p. 80.) 

Observation XXVIII. — Une institutrice de vingt-neuf ans, d'une 
constitution forte et pléthorique, éprouve des vapeurs depuis l'âge 
de quatorze ans, à chaque époque menstruelle. Ces vapeurs se 
dissipent pendant une grossesse. Quatre mois après l'accouche- 
ment, première attaque d'hystérie avec convulsions, qui se renou- 
velle et s'accompagne d'un vrai délire maniaque. Elle a le don des 
langues, elle interprète la Bible, elle accuse les médecins de la 
faire souffrir, elle est agitée, turbulente, casse les vitres, etc. Dans 
l'intervalle des époques, la jeune femme est calme, douce, 
aimable et affectueuse. (Taguet, Thèse de Paris, 1872, p. 24.) 

Observation XXIX. — Une dame de trente ans, éminemment 
nerveuse, jouit, dans l'intervalle de ses règles et durant chaque 
grossesse, d'une parfaite santé. Malheureusement, deux jours avant 
leur apparition, surviennent de la tristesse, des douleurs vagues, 
puis tous les symptômes de l'hypocondrie au plus haut degré. Le 
sang se met à couler, et, vingt-quatre heures après, tous ces 
phénomènes ont disparu. (Brachet, Traité complet de l'hypo- 
condrie, 1844, p. 88.) 

Observation XXX. — Une femme, aliénée presque tous les mois, 
recouvrait complètement la raison pendant tout le temps de la 
gestation. (Guislain, Leçons sur les phr empathies, 1852, t. II, 

p. 278/.) 

1 Voir aussi les Obs. 33, 91, 155. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE CLINIQUE 63 

Les bienfaits de la grossesse n'étant souvent que passagers 
et celle-ci, du reste, n'étant pas toujours possible, certains 
ont jugé qu'il était mieux de supprimer définitivement la 
menstruation et ont conseillé l'extirpation des ovaires. 

M. le D r Félix Voisin, dans ses cours de l'année dernière 
nous rappelait l'observation d'une de ses malades de la 
Salpêtrière, atteinte d'un kyste de l'ovaire et qui présentait 
mensuellement une aggravation caractéristique de son état 
mental. Il la confia à M. Terrillon, pour qu'il enlevât à la fois 
et l'ovaire sain et l'ovaire malade. L'ovulation disparut 
et, avec elle, tous les accidents paroxystiques mensuels. 
(Obs. XXXI.) 

6. — Il existe une identité parfaite entre le rut et la mens- 
truation. Raciborski qui a étudié comparativement chez la 
femelle et chez la femme les caractères anatomiques des 
organes de la génération à ces deux époques, assure qu'au 
point de vue physiologique le rut et la menstruation consti- 
tuent absolument la même fonction, destinée à mener les 
ovules à maturité et à préparer dans l'utérus les conditions 
nécessaires à leur développement en cas de fécondation. 

Le professeur Courty l enseigne également que l'écoule- 
ment sanguin chez la femme, l'écoulement sanguinolent chez 
les singes, l'écoulement muqueux chez d'autres mammifères, 
et, chez d'autres enfin, la simple turgescence, sont autant de 
phénomènes identiques concourant au même but physiolo- 
gique à savoir : la continuation de l'espèce. 

Suivant J.-G. Saint-Hilaire, les femelles des guenons, des 
macaques, des magots, des cynocéphales sont sujettes à 
un écoulement périodique reparaissant avec assez de régu- 
larité de mois en mois. Raciborski dit avoir vu au Jardin des 
Plantes des guenons chez lesquelles l'hémorrhagie était 
quelquefois si abondante que la cage de l'animal en étail 

1 Courly. De l'œuf et de son développement dans l'espèce humaine, 
Montpellier, 1845. 



64 PSYCUOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

arrosée dans une grande étendue. Pouchet a constaté l'écoule- 
ment de sang sur des chiennes, des truies, des chattes, des 
lapines, etc., etc. Les assertions de ces deux savants ont été 
contrôlées et affirmées par d'autres naturalistes et un grand 
nombre de voyageurs 1 . 

Or, les phénomènes du rut ne sont pas seulement locaux : 
l'organisme tout entier y participe. Le chevreuil, le chamois, 
le cerf, etc., etc., tués aux époques favorables, fournissent 
une viande généreuse et aisément digérée; tués à l'époque du 
rut, n'offrent plus qu'une viande mauvaise et dangereuse 
pour l'alimentation. Dans nos pays tempérés, il n'est pas 
prudent de manger du poisson au moment du frai, et, dans 
l'Inde, climat plus ardent, il y a des poissons « dont la con- 
sommation est des plus dangereuses à ces moments d'excita- 
tion génésique, et que, pour cette raison, on a qualifiés 
momentanément de toxicophères » (Peter 2 ). 

Les signes d'excitation cérébrale sont alors évidents. Ils ont 
été constatés surtout chez les animaux femelles par Bufïon, 
Darwin, Brehm, Pierquin 3 et tous les grands zoologistes. 
Chez la chatte cette excitation est poussée quelquefois jusqu'à 
l'apparence de la folie. : on la voit courir dans l'appartement, 
sauter d'un meuble à l'autre, s'élancer sur les fenêtres sans 
calculer les dangers. Gornavin raconte qu'une jument, d'ordi- 
naire docile, devenait intraitable pendant le rut : deux fois 
elle manqua de casser le bras à son maître. Huzarcl fils rap- 
porte un fait semblable. 

Et pourquoi cette excitation n'existerait-elle pas chez la 
femme ? Pourquoi la menstruation et le rut dont les phéno- 
mènes ont le même siège, les mêmes causes, les mêmes effets, 

1 Menstruation chez les singes in Archives de locologie, 1887. 

2 Peter. Clinique médicale in Semaine médical, 21 novembre 1888. 

3 Pierquin. Traité de la folie chez les animaux, de ses rapports 
avec celle de Vhomme ; revu par G. Cuvier et Magendie. 2 vol. in-8, 
Paris, 1839. 



SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE CLINIQUE 65 

qui sont absolument identiques sur tous les autres points, 
différeraient-ils sous ce seul rapport? De ce que la raison, 
l'habitude de maîtriser ses sensations, le sentiment des con- 
venances permettent généralement à la femme de garder le 
voile et de dissimuler son état, de ce que cette excitation 
n'est pas apparente pour tout le monde et n'éclate pas au 
grand jour, n'allons pas conclure à son absence, dire que le 
système nerveux ne reçoit aucune influence du molimen 
menstruel et refuser tout crédit à la preuve tirée de l'identité 
du rut et de la menstruation. 

Ainsi les assertions des maîtres que je citais au début de ce 
chapitre, n'ont point été faites au hasard : elles sont basées 
sur la clinique et l'observation journalière des faits. Si, à ces 
arguments, j'ajoute ceux qui ressortent des pages suivantes, 
où j'étudie, d'une part, la fréquence des troubles de la mens- 
truation chez les aliénées et les névrosées, d'autre part, l'ag- 
gravation de l'état psychique de celles-ci, sous l'influence de 
la période cataméniale, on conviendra que la forme hypo- 
thétique ne nous convient plus. Nous ne devons plus dire, 
comme à la fin du précédent chapitre : « Il est possible, il 
est probable » ; mais : « Il est certain qu'il existe une sym- 
pathie. » Je crois l'avoir suffisamment démontré. 



3. IGAKD. 



CHAPITRE IV 
Folie et menstruation. 



Une autre preuve en faveur de la sympathie menstruelle, 
de la relation intime qui existe entre le cerveau et l'ovaire, 
nous est donnée par l'étude des rapports de la folie avec la 
menstruation. 

Tous les auteurs qui ont écrit sur l'aliénation mentale, 
s'accordent à dire que les femmes aliénées présentent fréquem- 
ment des troubles de la menstruation, et qu'à l'approche et 
pendant le cours de leurs règles, même lorsque celles-ci sont 
normales, elles éprouvent une augmentation plus ou moins 
forte des symptômes qui caractérisent leur maladie. 

L'importance de cette fonction chez les folles est telle 
qu'au dire d'Esquirol, on doit toujours conserver un certain 
espoir de guérison tant que les troubles de la menstruation 
persistent. Elle est en quelque sorte le réactif physiologi- 
que, la pierre de touche de la folie : une aliénée ne saurait 
être considérée comme complètement guérie tant que la 
menstruation n'est pas revenue à son état normal, et, pour 
bien s'assurer de la stabilité de sa guérison, il n'y a rien de 
mieux, d'après Schrôter *, que de garder la convalescente 
en observation pendant une ou plusieurs périodes mens- 
truelles. 

1 Schrôter. Die menstruation in ihren Beziehungen zur den Psychosen. 
Zeitschrift f. Psychiatrie, 1874, Bel. XXXI, p. 234, etc., etc. 



ÉTAT DE LA MENSTRUATION CHEZ LES ALIÉNÉES 67 

La statistique me paraît être la meilleure base de cette 
étude; c'est donc aux chiffres que je vais m'adresser, et j'étu- 
dierai successivement l'état de la menstruation chez les 
aliénées et l'état des aliénées pendant la menstruation. 



§ 1. — ÉTAT DE LA .MENSTRUATION CHEZ LES ALIÉNÉES 

D'après Calmeil 1 , l'aménorrhée complète ou incomplète a 
lieu chez un tiers au moins des jeunes filles ou des jeunes 
femmes dont l'aliénation ne remonte encore qu'à une date 
récente : « Le flux menstruel demande à être surveillé avec le 
plus grand soin; il se rétablit chez les personnes qui recou- 
vrent la raison. » 

Lawson Tait 2 , après une étude sérieuse sur les relations 
des anomalies menstruelles avec les maladies du système 
nerveux, conclut : 

1° Dans le cas de crétinisme et d'idiotisme, la puberté est 
retardée, quand elle n'est pas supprimée; 

2° Un grand nombre de femmes mélancoliques sont atteintes 
d'aménorrhée; 

3° Chez les femmes atteintes de paralysie générale, la mé- 
nopause survient le plus souvent prématurément ; 

4° Chez les femmes atteintes de maladies mentales, le 
retour de la menstruation est excessivement rare après la 
ménopause. 

Schrùter (loc. cit.), dont l'étude a porté sur 184 aliénées, a 
constate que la moitié était aménorrhéique. Il les divise en 
deux groupes : celles chez qui il nota l'absence de la mens- 
truation au commencement même du traitement, celles dont 



1 Calmeil. Traité des maladies inflammatoires du cerveau. Paris, 
1869. 

* Lawson Tait. Obsk'tr. journal^ I, I873-7V. 



68 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

la menstruation se supprima pendant leur séjour dans l'asile. 
Les premières étaient au nombrede 59, soit s ~; ] , les secondes 
au nombre 43. soit ^-^~- 

' 1 ou 

J.-G. Skeine 1 , sur 192 aliénées, n'en signale que 27, cliez 
qui la menstruation se faisait régulièrement et Barbier 63 sur 
179; chiffre bien minime qui élève à 86 p. 1001a proportion 
des anomalies fonctionnelles. 

Danillo 2 , médecin de la clinique de Saint-Pétersbourg, dit 
« que pendant la période active des fonctions sexuelles, la 
folie se complique très fréquemment d'anomalies mens- 
truelles ». 

Telle est aussi la conclusion du D r Giovanni Algeri, de 
l'Institut psychiatrique de Reggio-Emilia. Yoici les chiffres 
que je lis dans le remarquable travail 3 que l'auteur a bien 
voulu mettre à ma disposition : sur 314 aliénées qu'Algeri a 
observées, il n'a constaté une menstruation normale que 

chez 94, soit ^r- 1 , les autres, c'est-à-dire 220, soit 4^ présen- 

' loo ' lou r 

taient différentes anomalies, dont 58 aménorrhées complètes 
et 164 irrégularités menstruelles. 

Dans le dernier congrès de l'Association médicale anglaise 4 , 
Campbell Clarke s'est posé toute une série de questions très 
intéressantes, relatives aux rapports qui existent entre les 
fonctions sexuelles et les affections mentales. A celle-ci : 
« Existe-t-il un rapport entre l'irrégularité de la menstruation 
et les désordres cérébraux ?» il a répondu par l'affirmative 
et déclaré avoir, rencontré de nombreux cas de folie précédés 
d'aménorrhée pendant de longs mois. 

Jung, ayant recherché l'état de la menstruation chez 130 
femmes atteintes de paralysie générale, a trouvé qu'elle était 

1 J.-C. Skeine. Rapports des affections utérines avec la folie, in 
Arch. of med. New-York, février 1880. 

2 Danillo. Archives de neurologie, 1882, vol. IV, p. 186. 

'■' Algeri. Le f'renopatie in rappvrlo alla menstruazione. Milano, 1884. 
* Tenu à Glasgow du 7 au 10 août 1888. 



ÉTAT DES ALIÉNÉES PENDANT LA MENSTRUATION 69 

irrégulière ou s'étaitsuppriméc prématurément chez73 d'entre 
elles. Régis ' considère comme un symptôme très important 
de celte maladie l'absence ou l'irrégularité très grande de 
la menstruation. 

On aura sans doute remarqué, que dans cette statistique 
l'énumération des troubles menstruels ne comprend pas la 
dysménorrhée : ce trouble, en effet, ne se traduisant que par 
des symptômes subjectifs, on comprend combien il est difficile 
de le diagnostiquer chez des femmes aliénées, mais tout laisse 
à supposer qu'elles en sont fréquemment atteintes. 



§2. ÉTAT DES ALIÉNÉES PENDANT LA MENSTRUATION 

L'aggravation momentanée des symptômes de l'aliénation 
mentale, sous l'influence de la menstruation, est un fait d'ob- 
servation quotidienne qui n'a échappé à aucun aliéniste. Les 
malades doivent être alors l'objet d'une surveillance toute 
particulière. « L'époque des retours menstruels, dit Esquirol 2 , 
est toujours un temps orageux pour les femmes aliénées. » 11 
n'est pas rare de rencontrer des malades qui, tranquilles 
pendant toute la période intermenstruelle, tombent alors 
dans une violente excitation. On en a vu se jeter par la croisée; 
plusieurs, chercher à s'étrangler ou à se donner la mort de 
toute autre façon; d'autres frapper furieusement leurs com- 
pagnes. 

La manie est de toutes les maladies mentales celle qui se 
juge le plus facilement par le retour des règles : si l'influence de 
la menstruation ne se fait pas sentir, on peut affirmer qu'elle 
est à la veille de devenir incurable; dans les cas chroniques, 
les maniaques ne présentent qu'une exacerbalion très passa- 

1 Régis. Leçons faites à l'asile Sainte-Anne. Année 1882. 

: Esquirol. Traité des maladies mentales. Paris, 1838, t. I, p. 136. 



70 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

gère. Krafft-Ebing (loc. cit., p. 65) envisage ce fait comme 
le résultat probable d'une diminution de l'impressionnabilité 
du système nerveux central due à des lésions de l'encéphale 
plus avancées. 

Quelquefois, chose singulière ! le retour menstruel exerce 
une influence heureuse : les symptômes, au lieu de s'aggra- 
ver, diminuent ou disparaissent momentanément. C'est ainsi 
que le docteur Pouchet (thèse de Paris, 1827, p. 26) a observé 
18 malades chez lesquelles le délire paraissait cesser ou dimi- 
nuer pendant tout le temps de l'évacuatien menstruelle. 
Berthier a rapporté trois observations d'aliénées qui , à 
chaque époque, recouvraient leur raison et la gardaient tant 
que durait l'écoulement sanguin, pour la reperdre immédia- 
tement après. Dauby (thèse de Paris, 1866, p. 87) cite un cas 
semblable. Ces faits, bien que nombreux, n'en constituent 
pas moins l'exception ; ce que l'on constate le plus souvent 
c'est l'explosion ou l'augmentation du délire. 

Chez les démentes de Danillo 1 , deux ou trois jours avan 
l'arrivée des époques, on observait les phénomènes suivants. 
Les malades ordinairement apathiques devenaient plus vives; 
l'expression de la face changeait : elle était plus animée; les 
mouvements étaient plus rapides, de même que la parole, 
sans que toutefois l'incohérence de l'idéation se fût améliorée, 
Chez les hallucinées, les hallucinations devenaient plus in- 
tenses; ce phénomène était tellement évident que les mala- 
des, généralement tranquilles pendant la période intermens- 
truelle, quoique toujours hallucinées, s'excitaient à ce point 
durant leurs règles, qu'elles réagissaient avec la dernière 
intensité sur les excitants extérieurs et les expliquaient dans 
le sens de leur délire. Les malades dormaient alors encore 
plus mal qu'à l'ordinaire. A la fin de la menstruation, 
laquelle durait quatre ou cinq jours, tous ces phénomènes 

1 Danillo. Bévue de médecine, 1882, p. 755. 



ÉTAT DES ALIÉNÉES PENDANT LA MENSTRUATION 71 

s'affaiblissaient pour reparaître avec une nouvelle force à 
l'époque suivante. 

Sauvet assure qu'à l'asile de Fains, il a vu conjointement 
avec Renaudin, plusieurs femmes qui , pendant l'époque 
menstruelle, éprouvaient avec un surcroît d'agitation des 
idées de suicide ou d'homicide vraisemblablement occasion- 
nées, dit-il, par la pléthore. 

Certaines aliénées, raisonnables pendant la période inter- 
menstruelle, sentant gronder l'orage dont les menace l'arrivée 
de la menstruation, réclament elles-mêmes la surveillance de 
l'autorité. Elles expriment leur état en disant qu'elles ont 
alors des rages. M. Félix Voisin, dans ses cours de la Salpê- 
trière (1888), nous disait que l'influence menstruelle chez 
certaines de ses malades était tellement marquée que, pour 
prévenir l'accident, il avait coutume de les endormir et de les 
garder plongées dans le sommeil magnétique jusqu'à la fin 
de la période cataméniale. 

D'après Baillarger 1 , c'est pendant la période menstruelle 
que les maniaques contractent le délire qui leur est fatal. 

Schlager 2 a observé l'aggravation de la maladie mentale 
chez le tiers de ses malades. L'influence de la menstruation 
se manifestait par des symptômes d'irritation cérébrale, de 
l'hyperexcitation sexuelle avec période de répit dans l'inter- 
valle des époques : les malades qui avaient l'habitude de se 
masturber, le faisaient alors avec frénésie. Yoici d'après 
Renaudin 3 le résumé du long travail du savant professeur de 
psychiatrie de Vienne sur les rapports de la menstruation et 
de ses anomalies avec le développement et la marche de l'alié- 
nation mentale. 

1° L'intensité des manifestations menstruelles est surtout 

1 Baillarger. Gazelle des hôpitaux, 1855. 
1 Sclilager. Zeilschrifl fur Psychiatrie, 1855, Bd. XV. 
3 Renaudin. Revue des journaux allemands in An. médico-psycholo- 
giques, 1860, vol. VI, p. 272. 



13 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GENERAL 

remarquable dans les cas d'hyperphrénie clironiquie où les 
formations plastiques du cerveau et de ses cavités, ayant en 
quelque sorte éprouyé un temps d'arrêt, continuent à se déve- 
lopper dans une période aiguë intercurrente. 

2° Quand l'hyperphrènie maniaque est compliquée d'épi- 
Jepsie, c'est pendant la période menstruelle que les accès 
sont plus multiples et que l'agitation maniaque est des plus 
désordonnée. 

3° Dans l'hyperphrènie mélancolique, c'est au moment de 
la menstruation que l'on observe la recrudescence de la dé- 
pression lypémaniaque. C'est aussi surtout dans cette période 
que les impulsions au suicide sont plus irrésistibles. 

4° Dans les cas où la mélancolie est chronique, la période 
menstruelle est ordinairement signalée par une certaine agi- 
tation intercurrente. 

5° Même observation pour les cas d'aphrénie. 
Griesinger admet aussi une augmentation des phénomènes 
psychiques pendant la période menstruelle consécutive, 
d'après lui, à une irritation du cerveau ayant son point de 
départ dans les organes génitaux. 

Telles sont également les conclusions de Sutherland dont 
les observations ont porté sur plus de 500 malades. 

Schroter a noté une augmentation des symptômes chez 
46 de ses malades, et plus spécialement chez £6 dont l'exa- 
cerbation était telle qu'elle ressemblait à une attaque d'épi 
lepsie, alors que, pendant la période intermenstruelle, leur 
état mental était presque normal. 

Sur un total de loi femmes qui, pendant le cours de 
l'année, présentèrent des accès d'agitation, Giovanni Algeri 
trouva que chez 97, c'est-à-dire chez les deux tiers, il exis- 
tait un rapport entre la période d'agitation et la période 
menstruelle. 

Point n'est nécessaire pour que l'influence menstruelle se 
fasse sentir que la fonction présente des anomalies : l'exacer- 



ÉTAT DES ALIÉNÉES PENDANT LA MENSTRUATION 73 

bation périodique a été observée chez des malades dont la 
menstruation était parfaitement normale. 

Les fonctions utérines jouent un rôle si important cbez les 
aliénés que, d'après Marcé (loc. cit., p. 20) le médecin devrait 
toujours avoir son attention fixée sur elle, afin de ebereber 
là quelque indication thérapeutique sérieuse, c On a vu le 
rétablissement des règles, dit-il, servir de crise aune maladie 
mentale. » Barbier, qui a étudié l'influence de la menstrua- 
tion sur la marche de la folie, dit que, d'une manière géné- 
rale, les troubles cérébraux persistent aussi longtemps que 
les troubles de la menstruation. Sur 68 cas dont les débuts 
avaient coïncidé avec des troubles menstruels, voici les résul- 
tats qu'il a notés : chez 56, aucune guérison ni amélioration 
ne furent constatées tant que durèrent les troubles menstruels; 
la menstruation s'étant rétablie régulièrement chez 40, 20 fois 
la guérison immédiate s'ensuivit ; o fois amélioration puis 
guérison, 7 fois amélioration, 8 fois seulement la folie ne 
subit aucune modification. 

Il résulte des chiffres que je viens de citeretque je pourrais 
d'ailleurs augmenter d'autres statistiques non inoins élo- 
quentes, que les troubles de la menstruation sont très fréquents 
chez les aliénées. Le plus souvent primitifs, quelquefois, en 
apparence, consécutifs à la maladie, ils ne cessentpas d'exer- 
cer sur celles-ci une influence considérable, et c'est là, je 
crois, avec celui qui suit, un des bons arguments à l'appui de 
ma thèse. 



CHAPITRE V 

Névroses et menstruation. 



Les troubles somatiques chez les névrosés se compliquent 
presque toujours de troubles psychiques. Le plus ordinaire- 
ment ils se trouvent réunis; ils peuvent cependant exister 
séparément, il n'est pas rare même de rencontrer une névrose 
dont la seule manifestation apparente consiste en troubles 
psychiques. Seuls ceux-ci nous intéressent. Bien qu'inter- 
mittents et survenant le plus souvent sous forme d'accès, ils 
ne cessent jamais néanmoins de faire sentir leur influence. 
Ils pèsent à chaque instant sur la conduite de l'homme et de 
la femme, imprimant à tous leurs actes un cachet de maladie, 
difficile à distinguer dans certains cas, il est vrai, mais qui ne 
saurait être négligé pour établir le degré de responsabilité en 
présence d'un crime ou d'un délit. On peut dire des névrosés, 
surtout lorsqu'il s'agit d'une femme, qu'ils sont en équilibre 
instable entre la raison et le délire. Leur état mérite au plus 
haut point de fixer l'attention du médecin légiste. C'est 
pourquoi il m'a paru très important de chercher s'il existe 
une relation entre les névroses et la fonction menstruelle. Si 
oui, dans quelle mesure agit celle-ci? Intervient-elle dans la 
genèse même de la névrose, au point de la créer de toutes 
pièces chez une prédisposée; ou bien, favorise-t-elle simple- 
ment le retour périodique de ses manifestations psychiques ? 
Telle est la question; essayons d'y répondre. 



NÉVROSES ET MENSTRUATION : UYSTÉRIE 7.") 



§ 1. HYSTÉRIE ET MENSTRUATION 

Je n'ai pas à insister sur l'e'tat mental des hystériques : la 
question est classique. Rien n'est plus fréquent chez elles que 
la rapidité et la soudaineté des impressions et des actes (Bail). 
Elles deviennent subitement homicides, voleuses, incen- 
diaires, etc., etc. Ellessontsurtoutsimulatrices, feignent le sui- 
cide, quelquefois même le recherchent. Elles ont des halluci- 
nations des sens, et plus spécialement du sens génital; elles 
présentent aussi des perversions des sentiments religieux. 

La véritable formule de l'état mental des hystériques a été 
donnée par M. Huchard, dans son intéressant travail publié 
dans les Archives de Neurologie, 1882. « Les hystériques, dit- 
il, ne savent pas. ne peuvent pas, ne veulent pas vouloir. » 
Ce qui constitue en effet le fond propre de cette névrose, c'est 
la faiblesse de volonté, jointe à un besoin perpétuel de s'agi- 
ter, d'intriguer, de faire parler autour de soi. Pour arriver à 
ce but, les hystériques ne reculent devant aucun moyen, tous 
sont bons; mais elles emploient de préférence le mensonge et 
la calomnie : elles en possèdent en quelque sorte le génie, 
c'est là leur arme favorite et elles la manient avec la plus 
grande habileté. Morel nous dit qu'elles trompent aussi bien 
leurs maris, leurs parents, que leurs confesseurs ou leurs 
médecins. Lassègue insiste sur leur duplicité; il en a ren- 
contré chez qui le besoin de tromper s'exaltait jusqu'au 
délire. Très tenaces et audacieuses, pleines de ruse et de 
sagacité, elles savent donner de la vraisemblance à tout ce 
qu'elles racontent, et finissent souvent par convaincre ceux-là 
mêmes qui sont en garde contre leurs artifices. 

« Cette déplorable tendance à la calomnie, dit le pro- 
fesseur Bail (loc. cit., p. 525), peut atteindre, chez les hysté- 



76 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

riques les proportions d'un crime. L'une des accusations le 
plus fréquemment proférées, estcelle de viol.» Des procès en 
ont souvent été la conséquence, et nombreuses sont les vic- 
times des hystériques. Or, dans la plupart des cas, la mens- 
truation n'a pas été l'objet d'un examen sérieux de la part du 
médecin expert, lorsque toutefois, celui-ci n'a pas omis d'y 
porter son attention. C'était là une très grande faute ; on en 
conviendra par ce qui suit. 

1. Début de l'hystérie et menstruation. — D'après le; 
recherches de Georget, de Beau, de Landouzy et de Briquet, 
c'est dans l'intervalle compris entre dix et vingt ans, c'est-à- 
dire vers la puberté ou à une époque plus ou moins rappro- 
chée ou éloignée de celle-ci, que l'hystérie fait sa plus fré- 
quente apparition. Sur un total de 821 malades examinées 
par ces auteurs, plus de la moitié ont eu leurs premières atta- 
ques à cette époque : 157 entre dix et quinze ans, 259 entre 
quinze et vingt ans, 39 seulement sont devenues hystériques 
au moment de la ménopause ou après la disparition des règles. 

La statistique de Briquet i se compose de 392 hystériques 
de tout âge jusqu'à soixante-cinq ans. Sur ce nombre 221 doi- 
vent invoquer l'influence de la puberté dans l'étiologie de 
leur maladie. Bien que cet auteur ne soit pas favorable à la 
théorie de l'influence menstruelle sur le développement de 
l'hystérie, il n'en conclut pas moins d'une façon générale que 
la menstruation chez les 3/8 des femmes peut être considérée 
comme cause prédisposante. Il a constaté, onze fois sur 
vingt, la suppression subite des règles immédiatement suivie 
d'accidents hystériques; il cite 22 femmes chez lesquelles 
l'apparition des premiers phénomènes de la maladie coïncida 
avec une époque menstruelle': 7 avec la première époque, 
15 avec des époques ultérieures. 

1 Briquet. Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie. Paris, 1859, 
p. 71. 



NÉVROSES ET MENSTRUATION : UYSTÉRIE 77 

Parmi les 247 malades sur lesquelles portent les observa- 
tions de Beau *, il faut en compter 3o qui furent atteintes 
d'hystérie ou d'épilepsie l'année même où elles furent inens- 
truées pour la première fois. 

Bernuz 2 a réuni toutes les statistiques données par les 
auteurs et il a pu constater que, dans un peu plus de la 
moitié des cas, l'hystérie se manifeste à la révolution pubé- 
rale, un peu avant ou un peu après l'établissement de la 
menstruation. 

Je ne serais certes pas très embarrassé, s'il me fallait citer 
plusieurs observations d'hystérie où la marche de la maladie 
suivit pas à pas celle de la menstruation. On a vu l'accès 
débuter au moment de la première période menstruelle, s'en 
aller en même temps que le flux sanguin pour revenir mathé- 
matiquement tous les mois, se suspendre complètement 
pendant tout l'intervalle qui sépare deux époques ou pendant 
une grossesse, pour reparaître avec le retour des règles, 
continuer ainsi régulièrement jusqu'à la me'nopause et alors 
disparaître pour jamais. L'observation qui suit, n'est-elle pas 
assez probante. 

Observation XXXII. — M rao L..., réglée à seize ans, est prise 
aussitôt d'une crise hystérique des plus violentes ; le mariage 
est conseillé. Première grossesse, cessation des accidents; retour 
des règles, nouveaux accidents. Seconde grossesse, nouvelle sus- 
pension des accès qui reparaissent avec la première menstruation 
après l'accouchement. (Brachel, Nature et siège de l'hystérie et (/<• 
l'hypocondrie, 1844, p. 132 3 .) 

L'hystérie menstruelle a le droit de cité dans les traités de 
pathologie ; ce droit, elle l'a autant et au même titre que 

4 Ueau. Archives générales de médecine, juillet 1836, liv. XI, p. 341. 

'• bernulz, cité par Legrand de Saule : Les hystériques, p. 25. 

3 Des cas semblables oui été rapportés par F. Hoffmann. De main 
hypochondriaco, 1750, obs. 6 ; Forestus, De mulierum morbis, obs. 31 ; 
Olliver («l'Angers), Journal heôdo/n. de méd., t. XI, p. WS. Lucas - 
(Iliampionnière. Juurn. de méd. et de chir. pral., 1836, p. 136. 



78 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

l'hystérie traumatique, l'hystérie alcoolique, l'hystérie satur- 
nine, l'hystérie hydrargyrique, l'hystérie tabagique, etc. 
Gomment comprendre, en effet, que la menstruation qui prend 
le plus souvent un caractère maladif et dont le rôle est si 
important dans la physiologie générale de la femme, reste 
sans influence sur les prédisposées, alors qu'il suffit d'un léger 
traumatisme, d'une intoxication quelconque pour éveiller la 
névrose hystérique. 

De tout temps, la menstruation a été incriminée de favoriser 
ou d'engendrer l'hystérie. Il ressort de l'analyse étymolo- 
gique de tous les noms employés par les anciens pour dési- 
gner cette névrose, qu'ils ne lui reconnaissaient qu'une seule 
origine: l'origine utérine. Evidemment ils étaient trop 
absolus 1 , mais ce n'est pas à dire que leur enseignement 
péchât en tous points et que l'hystérie menstruelle doive être 
reléguée parmi les mythes qu'ils nous ont laissés. Nos pères 
décrivaient Yhysteriaamenorrhagiâ. Rodrigues (de Castres) 2 
disait en parlant du pronostic de l'hystérie : « Minus malum 
est si ex menstruis fiât », et Sennert 3 : « Malum nimirum 
hoc virginibus familiare est, cum sanguis ad uterum 
confluens, ibique excitum quœrens, excitum non inveniet... 
ut et aliis feminis quibus menses aut post partum purga- 
tiones, ex aliquâ causa évidente, supprimùntur aut non 
recte fiunt. » 

Aux yeux de Verette 4 , les cas dans lesquels on observe 
une coïncidence marquée entre les troubles de la menstruation 
et l'apparition de l'hystérie sont si nombreux que, s'il ne 
craignait pas dépasser pour exclusif, il dirait « qu'il n'est 

1 Les auteurs contemporains ne le seraient-ils pas davantage, s'ils 
applaudissaient au mot décoché par Georget contre la sympathie 
utérine : « L'utérus n'est qu'une mauvaise poire tapée ? » 

2 Rodrigues de Castres. Part. II, lib. II, p. 155, année 1614. 

3 Sennert. T. III, part. II, ch. xm, p. 106, année 1644. 

* Verette. De l'hystérie aiguë conséquence de l'arrêt subit de la mens- 
truation. Paris, 1875, p. 13 



NÉVROSES ET MENSTRUATION : HYSTÉRIE 79 

pas une seule forme de l'hystérie qui ne puisse reconnaître 
pour cause efficiente et occasionnelle l'acte de la menstrua- 
tion. » Il conclut de son travail que : 

1° La menstruation a une marche incontestable sur le 
développement de l'hystérie; 

2° L'arrêt subit peut déterminer des accidents d'hystérie 
aiguë ; 

3° Le praticien doit surtout s'attacher à rétablir le flux 
cataménial. 

Meyer (de Berlin) ' enseigne que l'hystérie est le résultat 
d'une irritation qui, de l'utérus ou de tout autre organe, 
mais surtout de l'utérus, va se réfléchir sur la moelle épi- 
nière pour aller jusqu'au cerveau. 

Négrier rapporte avoir vu quelquefois des sujets encore 
très jeunes atteints d'accès hystériques peu prolongés et 
cependant accompagnés de pertes de l'intelligence : « Ces 
accès, dit-il 2 , se manifestent aux approches des époques 
menstruelles. » Il ajoute avoir constaté également l'hystérie 
chez des jeunes filles dont la menstruation avait été excessi- 
vement précoce. 

Suivant Landouzy, la menstruation en dehors de toute ano- 
malie, de toute irrégularité, de tout désordre, peut être la 
seule cause de l'hystérie ; et il rapporte un grand nombre 
d'observations où les accès coïncidèrent avec une mens- 
truation parfaitement normale 3 . 

Legrand du Saule reconnaît les troubles menstruels comme 
prédisposant à la névrose hystérique. « Ce genre de prédis- 
position, dit-il (loc. cil., p. 51) se reconnaît à l'insistance du 
trouble menstruel et à l'absence d'autres causes, à des dou- 
leurs dans le bassin et à des hémorrhagies supplémentaires. » 

' Meyer. Journal de physiologie de Wirchow, vol. IX. 

* Négrier. Faits pour servir à l'hisloire des ovaires, 1858, p. 107. 

* Voir cuire autres dans son Traité de l'hystérie, Paris, 1816, les 
Obs. 14, 107, 124, 137, 138, 180, 211, 224, 259. 



80 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

Il fait remarquer que, dans ces cas. le retour des menstrues 
si longtemps qu'ait duré leur suppression, est le signal de la 
guérison complète de l'hystérie 1 . La folie hystérique, d'après 
F. Voisin, s'observe à la puberté et souvent aussi après une 
suppressionbrusque des règles. Suivant Axenfeld et Huchard 2 , 
les troubles menstruels prédisposent surtout à l'hystérie lente 
et graduelle. 

2. Retour des accès hystériques et menstruation. — L'hys- 
térie, une fois établie, la menstruation fait encore sentir son 
influence sur le retour et la marche des accès alors même que 
la névrose se serait développée en dehors de toute cause 
génitale. 

Beau a constaté que le retour menstruel des accès est le 
plus fréquent : il est aux autres retours périodiques comme 
8 est à 1 . 

Pinel Scipion fait la même remarque. 

La recrudescence des symptômes à chaque époque est telle 
que souvent la menstruation par le coup de fouet qu'elle 
donne chaque mois à la maladie devient une cause 
d'incurabilité. 

D'après Brierre de Bois:nont 3 , les symptômes hystériques 
sont susceptibles, sous l'influence de la menstruation, de 
prendre les formes les plus variées, de se compliquer de 
crises épileptiformes, extatiques, cataleptiques, et il déclare 
que, plusieurs fois, il a constaté dans ce cas quelques-uns 
des phénomènes du magnétisme animal. 

M. le professeur Bail (loc. cit., p. 523) pense de même. 
Après avoir fait un tableau saisissant de l'état mental de 

1 Voir dans Landouzy plusieurs observations d'hystérie due à la ré- 
tention des règles el guérie par la disparition de l'obstacle à l'écoule- 
ment sanguin; entre autres les obs. 328, 329, 331,339. 

4 Uxenfeld et Huchard. Traité des névroses, Paris, 1883, p. 1080. 

3 Brierre de Boismont in Ann. iVhyg. de médec. légale, 1850, t. .\. 
p. 386. 



NÉVROSES ET MENSTRUATION : ÉPILEPSIE 81 

l'hystérique, il continue en ces termes : « Tous ces accidents 
que nous venons de signaler redoublent d'intensité aux 
époques menstruelles et c'est surtout alors qu'on voit appa- 
raître le caractère hystérique sous ses véritables couleurs. » 



§ 2. ÉPILEPSIE ET MENSTRUATION 

Le délire des épileptiques est impulsif et brusque ; il peut 
accompagner une attaque de petit mal, difficile à diagnos- 
tiquer et passant souvent inaperçue. L'impulsion peut même 
exister en dehors de toute attaque apparente et constituer à 
elle seule toute la maladie. C'est là une forme larvée de l'épi- 
lepsie, relativement assez fréquente et qui met bien souvent 
des irresponsables aux prises avec la justice. 

La première période menstruelle, au dire des auteurs, est 
capable de juger l'épilepsie essentielle, désignée sous 
l'expression de mal des enfants. « Ceux qui sont pris d'épi- 
lepsie avant la puberté, dit Esquirol (p. 157), guérissent lorsque 
cette crise est finie. » 

Beau (p. 34 i) a établi que c'est à la puberté que l'épilepsie 
a sa plus grande fréquence, chez la jeune fille surtout. Sur 
neuf femmes, la maladie s'est développée de douze à quinze 
ans trois fois ; de quinze à vingt ans, quatre fois. 

La circonstance qui agit comme cause occasionnelle dans 
l'apparition de l'épilepsie, peut être suivie immédiatement de 
son effet ou être séparée par un intervalle plus ou moins 
long. A ce sujet, voici les chiffres donnés par Beau : 

Épileptiques chez qui la cause a agi au moment des règles 30 

chez qui l'effet a été immédiat 17 

chez qui l'effet a été médiat 4 

chez qui l'effet a été douteux 4 

— chez qui l'effet a été nul îi 



s. ICARD. 







02 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GENERAL 

L'observation faite pour l'hystérie par Pinel Scipion et 
Beau, les mêmes auteurs la font pour l'épilepsie. Les 
chiffres les plus forts, exprimant les retours périodiques 
des attaques chez les malades de Beau, sent 57 et 30 : or, le 
premier appartient au retour mensuel, le second au retour 
hebdomadaire. 

Tissot 1 parle d'une épilepsie liée à la fonction menstruelle : 
il la décrit sous le nom à' épilepsie ovarique. 

Voici, suivant Marotte 2 , quelle est l'influence de la mens- 
truation sur le retour et la marche des attaques épileptiques : 

1° La menstruation peut n'avoir concouru en rien à la pro- 
duction de l'épilepsie, mais donner néanmoins une impulsion 
aux attaques; 

2° L'épilepsie, tout en étant antérieure à l'établissement 
des règles, reçoit quelquefois une activité inaccoutumée des 
retours périodiques de la menstruation, et ses attaques 
deviennent plus fréquentes ; 

3° L'épilepsie, quoique produite par d'autres causes effi- 
cientes que la menstruation, revient néanmoins périodique- 
ment, simultanément, avec le retour des règles. 

Les conclusions de J.-G.-F. Makonneuve 3 , deSchlager, sont 
aussi affirmatives. 

Lawson Tait 4 a constaté qu'à chaque époque les attaques 
d'épilepsie augmentent de nombre, d'intensité, et que la 
malade présente alors une agitation considérable. D'après 
MM. Axenfeld et Huchard, il existe une influence réciproque 
entre la menstruation et le mal comitial \ « On sait, en effet, 

1 Tissot. Traité de l'épilepsie. Paris, 1778. 

1 Marotte. Son rapport est basé sur de nombreuses observations. 
Revue médico-chirurgicale, 1851. 

3 Maisonneuve. Recherches et observations sur la menstruation et l'é- 
pilepsie. Paris, 1803. 

4 Lawson Tait. Obst. journal, I, 1873-74. 

» Nous n'observons, du reste, aujourd'hui que ce qu'Hippocrate a écrit 
il y a près de 25 siècles : « Il est avantageux, dit-il, que les flux fémi- 



NKVROSES ET MENSTRUATION : CHLOROSE 83 

disent ces deux auteurs (loc. cit., p. 862), que les attaques 
surviennent plus souvent chez les femmes au moment des 
époques menstruelles et que celles-ci deviennent très irré- 
gulières par le fait même de l'épilepsie. » 

Griesinger accuse l'âge critiquede donner un coup de fouet 
à l'épilepsie larvée : c'est cette recrudescence qui expliquerait 
certains crimes féroces accomplis par des femmes jusque-là 
très honnêtes. 

Ce qui prouve encore l'existence de rapports entre la 
menstruation et l'épilepsie, c'est l'influence généralement 
heureuse que la grossesse exerce sur cette maladie. Il résulte, 
en effet, des opinions des gynécologïstes les plus compé- 
tents, consignées dans la thèse du D r Raoul Béraud *, que, 
sous l'influence de la grossesse, l'épilepsie s'améliore, guérit 
quelquefois, mais souvent ne disparaît que pendant la gesta- 
tion et apparaît de nouveau après l'accouchement lors du 
premier retour des règles 2 . 



§ 3. CHORÉE ET MENSTRUATION 

Les désordres psychiques sont fréquents chez les cho- 
réiques 3 : leur caractère est irritable, ils ont des insomnies 
terribles, des cauchemars, des hallucinations accompagnées 
de délire et de véritables accès de manie aiguë et de copro- 
lalie. 

Or, souvent la menstruation intervient dans l'étiologie de 

nins ne s'arrêtent pas ; de l'arrêt résulte l'épilepsie, je pense. » (T. V, 
p. 703 ) 

1 Raoul Béraud. De l'épilepsie dans ses rapports avec la grossesse et 
r accouchement. Th. de Paris, 188 i, p. 17 à 22. 

* Voir Obs. in Clamant. Thèse de Paris, J883, p. 10. 

3 Voir Marcé. De Vëtat mental des choréiques, in Mémoires de l'aca- 
démie de médecine, 1800. Rigal, in Ann. d'hyg.et deméd, légale; Mail, 
loc. cil., p. b'iQ. 



84 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

la chorée. Fréquemment on a vu celle-ci débuter à la puberté 
soit qu'elle commençât un peu avant ou un peu après la pre- 
mière époque, soit qu'elle coïncidât exactement avec l'écoule- 
ment sanguin. 

Elle peut succéder à une suppression brusque des menstrues 
et guérir par le retour physiologique ; on l'a notée quelque- 
fois à la ménopause. A chaque période, les symptômes redou- 
blent d'intensité et de force. Dans certains cas, la chorée 
paraît si bien liée à la fonction ovarienne, qu'il suffît de sup- 
primer l'influence menstruelle par une grossesse pour la faire 
disparaître. 

Observation XXXIII. — Suppression des règles chez une mar- 
chande de dix-sept ans, aussitôt apparition de la chorée. Retour 
des règles, disparition de la chorée. Nouvelle suppression des 
règles, nouvelle apparition delà chorée. L'intelligence se trouble. 
Administration du sirop de strychnine. Après soixante jours environ, 
la guérison est obtenue : les règles n'avaient pas reparu, mais il 
y avait état de grossesse. (Trousseau, Bull, général de Thérapeut., 
sept. 1846.) 



§ 4. CHLOROSE ET MENSTRUATION 

Sandras était certainement dans l'erreur quand il écrivait 
qu'il n'est pas une seule forme d'aliénation mentale qui ne 
reconnaisse la chlorose comme cause. Il n'en existe pas moins 
nn état psychique des chlorotiques, rappelant un peu celui 
des hystériques. D'après Trousseau 1 , la cholorotique devient 
irascible, bizarre, et les troubles intellectuels vont quelque- 
fois jusqu'à la folie. LeD'Drouet 2 a prouvé que la chlorose 
était la cause qui avait amené le plus de malades dans les 
asiles d'aliénées pendant les années qui suivirent la guerre. 

1 Trousseau. Loc. cit., t. III, p. 543. 
* D.-ouet. In Ann. méd. psycholog, 1872. 



NÉVROSES ET MENSTRUATION : GOITRE EXOPHTHALMIQUE 85 

Ici encore nous avons l'influence menstruelle : elle est 
admise du reste par presque tous les autours. La plus grande 
fréquence de cette maladie, chez la femme, semble déjà indi- 
quer que l'appareil sexuel n'est pas étranger à son étiologie. 
Hoffmann ne lui reconnaît pas d'autre origine. Son appari- 
tion paraît intimement liée à l'évolution des organes génitaux : 
c'est au moment de la puberté en effet qu'on l'observe le 
plus souvent ; c'est ce qui lui a valu les noms de cachexia 
virginum et de fièvre amoureuse . 

Les troubles fonctionnels (aménorrhée, dysménorrhée, 
ménorrhagie) sont constants dans la chlorose. « La grande 
sécrétion ovulaire de la femme se supprime très souvent avec 
la menstruation qui en est la conséquence. » 

La chlorose peut apparaître subitement à la suite d'une 
suppression brusque des règles, par une vive émotion ou par 
toute autre cause. Trousseau a décrit une chlorose ménorrha- 
gique. « Des règles trop copieuses, dit cet illustre praticien 
(loc. cit., t. III p. 543), causent l'altération et la dissolution 
du sang, et l'altération et la dissolution du sang sont une cause 
d'hémorrhagie utérine », e.t nous tombons ainsi dans un cercle 
vicieux qui nous explique la profonde anémie et le profond état 
chloro tique dans lesquels tombent les femmes ménorrhagiques. 

Certains auteurs 1 ont accusé la ménopause d'occasionner 
la chlorose, même chez les femmes non sujettes à des 
métrorrhagies. 



§ 5 GOITRE EXOPHTHALMIQUE ET MENSTRUATION 

Les troubles psychiques et nerveux, à des degrés divers, 
sont à peu près constants dans la maladie de Graves; quel- 



1 Voir Osterloh. Quelques détails statistiques sur la menstruation, 
in Berlin. Ktin Wochens, 1879, n° 21, p. 310. 



86 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

quefois môme ils dominent la scène, alors que les symptômes 
organiques font défaut ou sont à peine indiqués. Ils varient à 
l'infini, depuis la simple bizarrerie de caractère jusqu'à 
l'aliénation mentale 1 . Les malades deviennent fantasques, 
irascibles, ingrats, égoïstes, sujets à de violentes antipathies 
contre les personnes de leur entourage et plus particulière- 
ment contre celles qui étaient l'objet de leur affection ; la vie 
avec eux devient très difficile. « Leur exigence, dit Trousseau, 
ne peut trouver d'excuse que dans la maladie, » et il cite 2 
l'observation d'une jeune fille qui, ordinairement d'un carac- 
tère très doux, devint alors emportée, irrespectueuse et 
presque violente. « A ces inégalités de caractère, ajoute le 
professeur Bail 3 , peut succéder une véritable psychose. » 

Or, la maladie de Graves est baaucoup plus fréquente chez 
la femme que chez l'homme : sur 50 cas rapportés par 
Withuisen, 8 seulement se rapportent à l'homme. M. Bail 
attire l'attention sur ce fait que presque tous les cas de goitre 
exophthalmique dans lesquels la folie a été observée, se rap- 
portent au sexe féminin. 

M. le professeur Charcot, dans la première observation de 
maladie de Basselow qui ait été publiée en France, faisait 
remarquer à la Société de Biologie (1856) que cette maladie 
se rencontre souvent « chez les femmes mal réglées et de 
vingt à trente ans », c'est-à-dire pendant la période la plus 
active de la vie sexuelle. 

Trousseau, qui a signalé l'hypertrophie des mamelles dans 
le goitre exophthalmique, insiste à plusieurs reprises dans 
ses cliniques sur les troubles de la menstruation, et leur 
attribue une influence étiologique prépondérante. « L'exoph- 
thalmie, dit-il (t. II, p. 552), se prononce surtout sous l'in- 



1 Voir Obs. in ïissier : Du goût exophthalmique. Paris, 1863. 

* Trousseau. Loe. cit., t. II, p. 558. 

3 Bail. Leçons sur les folies névropalhiques, Paris, 1884, p. 538. 



NÉVROSES ET MENSTRUATION : GOITRE EXOPHTHALMIQUE 87 

Aiience des émotions morales ou aux époques menstruelles, » 
et il rapporte plusieurs observations ' qui ne laissent aucun 
doute à ce sujet. 

Quelques pages plus loin il continue : « La plupart des 
femmes qui sont affectées de la maladie de Gravrs, ont de 
l'aménorrhée. Chez elles, au début, la menstruation est trou- 
blée, bientôt supprimée. » Il y revient à la page 573; après 
avoir signalé les rapports qui existent entre les paroxysmes 
de la maladie et l'effort cataménial, et laissé espérer que le 
clinicien trouvera peut-être dans ces rapports de précieuses 
indications thérapeutiques, il ajoute : « La maladie, chez les 
femmes, semble se juger quelquefois par le retour des règles 
et la grossesse 2 . » 

Je n'insiste pas davantage ; l'auto:ïté de l'éminent clinicien 
doit me suffire. Pour lui, le rôle de la manstruation est si 
important que « l'issue heureuse de la maladie ne doit être 
espérée qu'à partir du moment où la fonction menstruelle est 
bien établie ». 

Telle est l'influence de la menstruation sur le développe- 
ment et la marche des névroses. Elle est assez marquée et 
assez fréquente pour mériter toute l'attention du médecin 
légiste. Les troubles menstruels et les troubles psychiques 
marchent si bien de pair dans les névroses, que si l'on divi- 
sait celles-ci en névroses avec troubles menstruels et névroses 
sans troubles menstruels, à cette division correspondrait 
exactement cette autre : névroses avec troubles psychiques, 
névroses sans troubles psychiques. 

C'est là un fait curieux et qui m'a paru intéressant d'èlre 
signalé en terminant. 

' Voir pages 573, 575 et suivantes. 

* Le D r Fallen, dans sa thèse inaugurale (Paris 1889) rapporte plu- 
sieurs cas de goitre exophthalmique, avec troubles cataméniaux et 
paroxysmes menstruels, améliorés ou guéris par la grossesse. 



CHAPITRE YI 

Etiologie et pathogénie des psychoses menstruelles. 

§ 1. — - MÉCANISME DES PYSCHOSES MENSTRUELLES 

Les psychoses menstruelles, avons-nous dit, sont d'origine 
sympathique. Pareille explication ne saurait avoir de la 
valeur et ne serait qu'un grand mot dissimulant assez mal 
notre ignorance, si nous nous contentions d'affirmer qu'il 
existe une sympathie menstruelle, sans dire pourquoi et 
comment elle agit. Nous devons aussi et surtout donner les 
raisons de son existence et de son mécanisme; les faits clini- 
ques ne nous suffisant pas pour cela, nous devons nous 
adresser à l'étude de l'anatomie et de la physiologie du sys- 
tème nerveux. 

L'anatomie nous démontre qu'aucun organe, plus que ceux 
de la génération, ne présente des relations plus intimes et plus 
nombreuses avec les centres nerveux. Nous trouvons dans ces 
organes et plus spécialement dans les ovaires et l'utérus, 
toute une pléiade de ganglions sympathiques, puis un riche 
réseau de nerfs mixtes émanant des plexus hypogastriques, 
sacro-lombaires, coccygiens et fémoraux 1 . 

Tous ces plexus nerveux, par leur anastomose et leurs vastes 

1 Si l'on prend un morceau de l'utérus d'une lapine pleine et qu'on 
le plonge dans l'eau chaude, on constate très netlement pendant un 
temps assez long (trois quarts d'heure, une heure même) des contrac- 
tions fibrillaires ; ce qui certainement n'existerait pas à un degré aussi 
prononcé, si l'utérus ne renfermait pas des ganglions sympathiques, 
jouant le rôle de petits centres nerveux automoteurs propres. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 89 

ramifications, sont en rapport avec les autres plexus et gan- 
glions du trisplanchnique. Or, les savants travaux de Claude 
Bernard sur le grand sympathique ont démontré toute l'in- 
fluence fonctionnelle, qui, par l'intermédiaire de ce nerf, 
s'exerce des organes au cerveau et réciproquement. Et nous 
n'avons plus aucune peine à comprendre comment de si sur- 
prenants phénomènes que ceux dont nous avons parlé, puis- 
sent s'ohserver pendant la menstruation, alors que toutes les 
périodes de cette difficile fonction s'accomplissent au milieu 
d'un si puissant foyer nerveux en connexion si intime et si 
directe avec l'axe cérébro-spinal. La même raison anato- 
mique nous explique pourquoi les troubles nerveux mens- 
truels appartiennent plus fréquemment à l'ordre des pertur- 
bations fonctionnelles du système ganglionnaire, et présentent 
ces caractères vagues, mobiles, changeants, appelés par 
Sandras état nerveux, qualifiés par Cerise de névropathie 
protéiforme et décrits plus récemment par Bouchut sous le 
nom de nervosisme. 

Les relations anatomo-physiologiques qui existent entre 
les organes génitaux de la femme et le système nerveux cen- 
tral et périphérique, sont mises en lumière, non seulement 
par la dissection, mais encore par les expériences de labora- 
toire. Flourens, Longet, Vulpian, Frankenhauser ont pro- 
voqué, en effet, chez les animaux divers mouvements des 
ovaires, des cornes et du corps de l'utérus, en irritant le bout 
central des nerfs spinaux, certains endroits de la moelle et de 
l'écorce grise des hémisphères. 

Selon Krafft-Ebing, la période congestive de la menstrua- 
tion, avec rupture subséquente du follicule, provoque une irri- 
tation réflexe des nerfs de l'ovaire. Celle-ci irait toujours en aug- 
mentant et atteindrait son maximum à la seconde période de 
la fonction, c'est-à-dire au moment de l'écoulement sanguin ; 
elle serait assez forte pour rompre l'équilibre de l'innervation 
normale et provoquer des troubles de toutes sortes. 



90 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

Mais quel serait le mécanisme de la production de ces 
troubles? Sont-ils purement réflexes? Avons-nous affaire 
à un simple trouble de la force vitale, à un trouble dyna- 
mique, à un trouble sine sede et sine matériel, ou bien 
existe-t-il une lésion anatomique qui puisse les expliquer, 
comme par exemple : une phlegmasie cérébrale consécutive 
à une phlegmasie utéro-ovarique menstruelle? 

Cette dernière hypothèse a pour elle l'autorité de Meyer 
(de Berlin), qui, dans de nombreuses autopsies, a trouvé, en 
même temps que des méningites suppurées, une inflammation 
de l'utérus ou du péritoine pelvien 1 . 

Je préfère la théorie de PlLiger : cet auteur enseigne que 
l'irritation des nerfs ovariens, par l'effet de la menstruation, 
se porte spécialement aux nerfs vaso-moteurs de l'utérus; de 
là, se transmet aux organes nerveux centraux pour réagir sur 
leur circulation, en sorte que la psychopathie menstruelle 
aurait son explication dans la congestion cérébrale. Et de fait 
pourquoi le cerveau, sous l'influence du molimen menstruel, 
ne se congestionnerait-il pas comme se congestionnent les seins 
et tant d'autres organes? D'autre part, l'examen du pouls et 
des contractions cardiaques ne nous montre-t-il pas que la 
circulation, pendant la période menstruelle devient plus 
agitée, plus forte, plus active ? 

Vulpian, cherchant les raisons de l'écoulement sanguin dont 
s'accompagne l'ovulation, en donne l'explication suivante : 
« Lorsque la maturition d'une vésicule de de G;*aaf est sur le 
point d'arriver à son terme, l'utérus devient le siège d'un 
travail préparatoire dont la nature est loin d'être connue. 
L'imp.-ession qui en résulte, est transmise au cerveau et elle 
suspend l'activité des parties de ces centres qui régisssnt 

1 Werth deKiel dit avoir rencontré des lésions organiques de l'en- 
céphale chez plusieurs femmes qui étaient devenues folles à la suite 
d'opérations pratiquées sur l'appareil utéro-ovarien : in Annal, de 
gynécologie, août 1888. Savage a fait la même constatation chez deux 
femmes atteintes d'aliénation à la suite d'opération du sein. 



ÉTI0L0GIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 0! 

le tonus des vaisseaux; une congestion se produit alors et 
les vaisseaux laissent échapper le sérum et les globules san- 
guins en quantité variable. » Cette impression qui suspend 
l'activité des centres commandant aux vaisseaux utérins et 
que l'illustre physiologiste invoque pour expliquer la con- 
gestion utéro-ovarienne, pourquoi n'agirai t-clle pas sur les 
centres voisins présidant à l'irrigation sanguine cérébrale, ou 
encore mieux sur les centres nobles eux-mêmes commandant 
aux fonctions intellectuelles et aux fonctions morales ? 

11 paraîtra peut-être surprenant qu'à une si faible excita- 
tion partie des organes génitaux succèdent de si graves dé- 
sordres cérébraux. Et d'abord, rien ne prouve le peu d'inten- 
sité de cette excitation : les souffrances qu'endurent la plupart 
des femmes, disent hautement -le contraire. Admettons néan- 
moins que l'excitation ovarique sjit très faible ; mais elle est 
prolongée, elle est continue pendant plusieurs jours. Or, la 
physiologie expérimentale a prouvé, dans ces dernières 
années, que les irritations périphériques très faibles, mais 
continues, augmentent considérablement l'excitabilité de la 
couche corticale, et, par addition lente et prolongée de leurs 
effets, sont capables d'exercer du côté du cerveau une action 
sympathique très sérieuse. Ceci du reste est d'accord avec la 
loi des causes infinitésimales énoncées par Maupertuis au 
siècle dernier : a La nature arrive à certains résultats très 
prononcés par une série de causes très minimes etpeu appré- 
ciables à elles seules. » 

Et puis, quelque minime que soit cette excitation, il faut 
encore tenir compte du sujet sur lequel elle s'exerce. Or, si 
l'homme, suivant l'expression de Halle, est la partie muscu- 
laire du genre humain, la femme en est la partie nerveuse. 
Et cet état nerveux particulier, qui constitue le fond même de 
son tempérament, n'en fait-elle pas un terrain admirablement 
préparé pour l'éclosion de tous les troubles d'ordre réflexe ? 
« Quand jedis : femme, écrit Rabelais, je dis un sexe tout fra- 



92 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

gile, tout variable, tout inconstant et imparfait, que nature 
me semble (parlant à tout honneur et réve'rence) s'être égarée 
de ce bon sens, par lequel elle avait créé et formé toutes 
choses quand elle a basti l'homme. Et, ayant pensé cent et 
cinq cent fois, ne sait à quoi me résoudre, sinon que forgeant 
la femme, elle a eu égard à la sociale délectation de l'homme 
et à la perpétuité de l'espèce humaine, plus qu'à la perfection 
de l'indivuale muliébrité. » Nos pères avaient coutume de 
dire : «Varîum et mutabile femina quse colligit utque ponit 
iram temere et mutabitur inhoras. » Chez la femme, en 
effet, le système nerveux est très instable. Les trois grands 
appareils qui le composent : encéphale, axe bulbo -spinal et 
sympathique, sont liés par une subordination bien moins 
assurée que chez l'homme, et, pour troubler une harmonie 
si précaire, la menstruation est certainement une cause plus 
que suffisante. 



§ 2. DES CAUSES PRÉDISPOSANTES ET ADJUVANTES. 

COMMENT ELLES AGISSENT 

D'après ce que nous venons de voir, le processus physiolo- 
gique qui se fait pendant l'ovulation, sans que celle-ci fran- 
chisse, pour ainsi dire, le degré d'excitation normale, peut 
occasionner du côté d'un cerveau parfaitement sain les plus 
grands désordres sympathiques. Mais si la femme est prédis- 
posée, si son cerveau offre un locus minoris résistent iœ, si 
la menstruation est en souffrance et présente des anomalies, 
si à la cause ovarique ou cérébrale viennent s'ajouter d'autres 
causes agissant dans le même sens, n'est-il pas certain que 
nous aurons plus de chance de voir se manifester la sym- 
pathie menstruelle, et que sa fréquence et son intensité seront 
en raison directe de l'état pathologique préexistant constaté 
du côté du cerveau ou de la menstruation? 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 93 

L'ordre que nous avons à suivre dans celte étude, paraît 
tout indiqué. Nous étudierons tout d'abord les causes prédis- 
posantes qui agissent sur toutes les femmes soumises à la 
fonction ovarique, quelle que soit l'époque de leur vie 
sexuelle; nous aurons à examiner ensuite des causes prédis- 
posantes plus particulières à certaines femmes et qui varient 
suivant qu'on les considère à la puberté, pendant la période 
active ou la ménopause. D'où deux parties : 



A. — Causes prédisposantes agissant sur toutes les femmes. 

Elles peuvent être d'origine cérébrale ou d'origine mens- 
truelle. 

1° Causes prédisposantes cV origine cérébrale . 

Le rôle joué par la prédisposition dans l'étiologie et la 
pathogénie des psychoses mentruelles, est des plus importants. 
Je le mets en première ligne, même avant celui joué par les 
troubles menstruels. Bien que des observations nombreuses 
et recueillies avec le plus grand soin établissent que le moli- 
men menstruel est capable, à lui seul, en dehors de toute pré- 
disposition, de pr ovoquer l'action pathologique du cerveau, il 
n'en reste pas moins démontré que, dans la majorité des cas, 
les malades présentent des antécédents nerveux. C'est un 
point que le médecin expert ne doit pas oublier et sur lequel 
il ne doit jamais manquer de porter son attention. 

Une femme est prédisposée lorsqu'elle présente une grande 
irritabilité de la masse nerveuse se traduisant, sous l'influence 
de la cause la plus légère, par des modifications du caractère, 
des convulsions, des spasmes, voire même de simples palpi- 
tations. Dans ce cas, la prédisposition est patente et n'échappe 
pas à l'examen d'un bon observateur; d'autres fois, elle <st 
occulte, et se déclare brusquement par l'apparition île trou- 



94 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

bles mentaux. Au point de vue étiologïque, elle peut être 
héréditaire, conge'nitale ou acquise. 

La prédisposition héréditaire a pour caractère d'être trans- 
mise par les ascendants qui étaient eux-mêmes affectés d'alié- 
nation mentale ou de névroses diverses. Très tenace et très 
bizarre, elle peut rester à l'état latent pendant plusieurs 
générations sans rien perdre de sa puissance. 

La prédi:- position congénitale n'est autre chose que l'idio- 
syncrasie: elle imprègne la constitution tout entière, lui donne 
une expression spéciale et constitue le tempérament ner- 
veux. 

La prédisposition acquise est la conséquence, l'aboutissant 
de toutes les causes morbides, physiques ou morales qui peu- 
vent modifier l'organisme et diminuer sa résistance ; l'éduca- 
tion en est pour la femme un des facteurs les plus actifs. 

Au point de vue psychologique qui nous occupe, il est une 
quatrième prédisposition que j'ai bien garde de passer sous 
silence, étant donné son importance. Je l'appellerai la prédis- 
position du moment; elle tient surtout à l'âge, aux habitudes 
à la position sociale, au milieu, en un mot aux dispositions, 
à l'état moral de la femme au moment où elle se trouve sur- 
prise par la menstruation. 

Éducation, âge, habitudes, position sociale, milieu, tels 
sont les principaux agents qui, en dehors de l'hérédité et de 
la naissance, me paraissent exercer la plus grande influence, 
comme causes prédisposantes, dans la genèse des psychoses 
menstruelles. 

Que l'on ne s'étonne pas de rencontrer tant de femmes sou- 
mises à l'influence menstruelle. Elles ont toutes, à des degrés 
divers, un germe de prédisposition, n'auraient-elles que celui 
qu'elles tiennent de leur nature même et qui rend leur sys- 
tème nerveux beaucoup plus vulnérable que celui du sexe 
fort. Elles sont nombreuses celles qui, à leur insu et sans que 
personne ne s'en doute, ont élu domicile sur les frontières de 



ÉTIOLOGIE ET PAT1IOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES ( J5 

la folie, « cette région, dit le professeur Bail 1 , que l'on croit 
habituellement déserte et qui renferme non passix cent mille, 
mais plusieurs millions d'habitants. » Et puisqu'un rien suffit 
pour faire franchir la barrière, on comprend comment le 
simple processus menstruel puisse amener un si grand nombre 
de femmes sur le territoire de l'aliénation mentale. 

2° Causes prédisposantes d'origine menstruelle. 

Avant d'étudier par quel mécanisme les troubles de la 
sphère génitale augmentent la sympathie menstruelle, il ne 
sera pas sans intérêt de signaler, en passant, quelques groupes 
de femmes qui, parle seul fait du genre de vie qu'elles mè- 
nent, de la disposition d'esprit où elles se trouvent, du milieu 
qu'elles fréquentent, sont plus exposées que d'autres à 
éprouver des dérangements dans leurs époques, en dehors, 
bien entendu, des autres causes banales qui interviennent 
généralement dans l'étiologie des anomalies menstruelles. 
La chose me paraît d'autant plus importante au point de 
vue médico-légal que bien des femmes, suivant le conseil de 
M me de Gasparin: « La femme ne doit pas se laisser voit- 
dans la triste réalité de la nature, » évitent, par une fausse 
pudeur, d'entrer dans certains détails, qu'elles voudraient 
bien laisser deviner, mais dont l'aveu semble les humilier 1 . 

Je signalerai tout d'abord les jeunes filles qui sont élevées 
dans les maisons d'éducation: chez elles, le premier établisse- 
ment de la fonction ovarique est toujours très pénible, et elles 

1 Dali. Les frontières de la folie in Encéphale, 1882, p. 0. 

s 11 n"cst pas une femme, aurait-elle même perdu toute la pudeur et 
la vergogne de son sexe, qui ne fasse un certain mystère de tout ce 
qui a trait à la menstruation et en cause librement. Lombroso et 
Pasini, ayant examiné 122 femmes criminelles (homicides, infanticides, 
voleuses ou empoisonneuses), ont constaté que la plupart rougissaient 
lorsqu'ils les interrogeaient sur leurs troubles menstruels, alors qu'elles 
ne trahissaient aucune émotion, lorsqu'ils évoquaient le souvenir de 
leurs crimes. Voir Lombroso : L'homme criminel, trad. Paris, 1887, |>. 306 



96 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

sont bien rares celles dont les époques sont régulières et ne 
s'accompagnent d'aucun trouble. Même observation doit être 
faite pour celles qui quittent leurs familles, alors qu'elles sont 
déjà réglées : dès leur arrivée dans le pensionnat ou quelque 
temps après, leur menstruation devient difficile, douloureuse, 
irrégulière, quelquefois même se supprime complètement. 
Les perturbations menstruelles sont encore plus prononcées, 
si au changement de demeure vient s'ajouter le séjour dans 
une grande ville. Le nouveau genre de vie, les habitudes 
qu'on ne tarde pas d'y contracter, exercent une si triste 
influence sur la fonction que la plupart des nouvelles venues, 
au dire de Trousseau l , cessent d'être réglées. 

« Rien n'est plus commun, dit également Brierre de Bois- 
mont 2 que de voir des jeunes filles arriver de la campagne 
se mettre en condition à Paris et avoir presque aussitôt une 
diminution ou une suppression de leurs règles. » 

C'est ce qui se passe aussi dans les couvents : les novices 
qui y viennent prononcer leurs vœux, sont le plus souvent 
frappées d'aménorrhées ou d'autres troubles menstruels. Voici 
du reste, au sujet de la menstruation chez les religieuses, ce 
que pense Pidoux, dont l'étude a porté plus spécialement sur 
les religieuses cloîtrées: « C'est lorsque les règles sont déjà 
bien établies que la vie claustrale commence. Il est rare 
qu'après quelques mois, il n'y ait pas une diminution fort 
notable dans la quantité de l'hémorrhagie fonctionnelle de 
l'utérus. Je n'en ai observé aucune qui fût réglée très exacte- 
ment et à jour fixe ; mais, chez la plupart, c'est une apparition 
qui, tout au plus, dure vingt-quatre heures, une véritable 
signature, laquelle pourtant conserve son importance vis-à- 
vis de la santé de ces personnes. Il semble que leur économie 
tout entière ait subi la même modification que l'appareil 
utérin, de manière à ce que l'harmonie des fonctions n'en 

1 Trousseau. Loc. cit., t. II, p. 630. 

2 Brierre de Boismont. Traité de ta menstruation. Paris, 1842, p. 142. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÊNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 97 

soit pas troublée. Cet équilibre ou plutôt ce consentement de 
tout l'organisme vivant à accepter la loi de l'appareil sexuel 
ne s'établit pourtant que très graduellement et souvent à 
travers mille accidents qui finissent par faire contracter à 
certains appareils des habitudes pathologiques. » Laennec 
raconte que dans un couvent où la règle était très sévère et 
où les religieuses et les novices avaient continuellement l'es- 
prit fixé sur les punitions et les châtiments de l'autre vie, la 
menstruation était constamment en détresse et se supprimait 
presque toujours. Ceci dit, revenons à notre sujet. 

D'après certains auteurs, il n'y aurait aucune relation de 
cause à effet entre les troubles menstruels et les troubles 
psychiques. Ceux-ci ne devraient être considérés que comme 
le résultat de l'inquiétude, de la préoccupation morale dans 
laquelle se trouvent les femmes qui souffrent de l'utérus ou 
de ses annexes. Je reconnais qu'il y a là une cause, mais une 
simple cause adjuvante, favorisant dans une certaine mesure 
la sympathie menstruelle en ajoutant son action à celle des 
troubles qui, eux, sont la cause principale et essentielle. Dire 
le contraire serait éloigner la sympathie menstruelle et nier 
une vérité qui tombe sous les sens. Ce qui vient à l'appui de 
ma théorie, c'est que les troubles psychiques comme nous 
l'avons dit, s'observent en dehors de toute anomalie et de 
tout état de souffrance de la menstruation, et qu'ils existent 
chez des folles inconscientes de leur situation et chez lesquelles, 
par conséquent, l'inquiétude et la préoccupation morale ne 
sauraient être revendiquées. 

Les lésions de l'utérus et des ovaires pouvant à elles seules 
développer et entretenir un état mental, il est évident que la 
femme affligée de pareilles affections offre une cause de pré- 
disposition, que n'a pas celle dont les organes de la généra- 
tion sont parfaitement sains. La chose se comprend d'autant 
mieux que les troubles organiques se compliquent presque 
toujours de troubles fonctionnels et reçoivent, à chaque mois, 



98 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

une nouvelle poussée, augmentant d'autant leur influence 
psycho-morbide. Ce point a déjà été élucidé; je n'y revien- 
drai pas et n'étudierai ici que la prédisposition créée par les 
seuls troubles de la menstruation, à savoir : l'aménorrhée, la 
ménorrhagie et la dysménorrhée. 

1. Aménorrhée. — a. Intoxication du sang. — Si le sang 
menstruel possédait réellement toutes les propriétés toxiques 
que lui attribuaient les anciens et que lui attribuent encore 
de nos jours certaines peuplades sauvages et les bonnes gens 
de la campagn?, l'explication des psychoses menstruelles sous 
l'influence de l'aménorrhée n'offrirait pas grande difficulté. 
Nous aurions affaire à une intoxication se manifestant par un 
délire analogue à celui de l'alcoolisme, de l'urémie ou à tout 
autre d'origine toxique. 

C'est ainsi que Houillier ' expliquait la mélancolie a 
resistente menstrua purgatione, par l'impureté des esprits 
vitaux et le reflux du sang vicié de l'utérus au cerveau. 
« L'expérience journalière, dit-il, fait tellement voir la 
puissance de ces sécrétions interceptées sur l'esprit, que ce 
serait vouloir prouver qu'il fait jour en plein midi que d'en 
essayer la démonstration. » Les anciens, en effet, consi- 
déraient la menstruation comme une sorte d'émonctoire 
naturel destiné à débarrasser l'organisme de principes émi- 
nemment délétères. C'est cette erreur physiologique qui 
valut aux femmes toutes ces pratiques barbares auxquelles 
elles étaient condamnées pendant la période menstruelle, et 
leur mérita cet adage qui avait cours dans l'antiquité : 
« Mulier pulchra, sepulcrum dealbatum, splendidum 
exterius sed interius sanie et sordibus plénum, » ou cet 
autre : « Mulier speciosa, templum sedificatum super 
cloacam. » 

Au livre VII, ch. xv, de son Histoire naturelle., Pline 

1 Houillier. Maladies internes, liv. I er . 



ÉTI0L0GIE ET I'ATIIOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 99 

l'Ancien a écrit : « Nihil facile reperiatur mulierum 
proflumo inagis monslriflcum. » D'après cet auteur, et son 
opinion fit école, la toxicité du sang menstruel est si violente 
qu'il suffît de sa vapeur ou de son seul contact pour éprouver 
immédiatement son action nuisible : les vins nouveaux s'ai- 
grissent, les semences deviennent stériles, les jeunes plantes 
sont brûlées, les greffes des arbres meurent et les fruits 
tombent tout desséchés, la glace des miroirs se ternit, le 
tranchant de l'acier s'émousse, le cuivre et le fer se rouillent, 
la beauté de l'ivoire disparaît; les abeilles en meurent et les 
chiens qui en goûtent deviennent enragés, etc. 

Pour détruire les chenilles et autres insectes nuisibles aux 
récoltes et aux jardins, il suffit, d'après Columelle, qu'une 
femme, ayant ses menstrues, se promène à travers champs, 
les vêtements relevés jusqu'au-dessus des reins. De même 
Elien, pour détruire les limaces des potagers, propose d'y 
faire promener une dame à l'époque où elle est en commu- 
nication réglée avec V astre des nuits. 

D'autres auteurs, au contraire, exaltent les vertus bienfai- 
santes du sang menstruel. Pline le Jeune lui attribue une 
influence heureuse sur la marche de divers phénomènes 
naturels et morbides : la présence d'une femme, au moment 
de ses règles, à bord d'un navire, conjure la tempête, et 
l'administration du sang menstruel soit en topique, soit à 
l'intérieur, isolée ou combinée à celle d'autres médicaments 
puissants, peut guérir les maux de tête, les maladies de la 
peau, etc. Boerhaave 1 parle d'un arbre qui pousse en Palestine 
et dont les racines sont si puissantes qu'elles ne cèdent à 
aucune force humaine : les prêtres juifs disent qu'il n'est 
qu'un seul artifice capable d'en venir à bout, c'est de faire 
promener tout autour de l'arbre une femme qui ait ses 



1 Boerhaave. I'rxlectioncs académies, etc. Gottingue, 1739-1744, i. V, 
part. II, p. 517. 



100 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

menstrues. Des hérétiques (les gnotistes), suivant saint Epi- 
phane, allèrent jusqu'à enseigner que le sarig des menstrues 
était le sang du Christ, et ils le mêlaient comme élément 
divin au breuvage monstrueux qu'ils buvaient dans leurs- 
cérémonies religieuses. 

Le temps et la science ont fait justice de toutes ces- 
croyances superstitieuses, et nous ne sommes plus en droit 
aujourd'hui de revendiquer la raison d'intoxication pour 
expliquer les troubles psychopathiques consécutifs à l'amé- 
norrhée : le sang des menstrues, en effet, ne diffère que peu 
du sang veineux; suivant l'expression hippocratique, il est 
aussi pur que celui d'une victime '. 

Andral et Gavarret 2 ont constaté que la production d'acide- 
carbonique croit jusqu'à l'apparition des règles, reste sta- 
tionnaire jusqu'à l'époque de la ménopause, augmente à ce 
moment pendant un temps assez court, puis décroît jusqu'à 
l'extrême vieillesse. En outre, chaque fois que les règles sont 
supprimées, le chiffre d'acide carbonique exhalé augmente 
momentanément. Les règles pourraient donc être considérées 
comme une sorte de dérivation, une soupape de sûreté, par 
laquelle l'économie se débarrasserait d'une partie du sang 
dont les matériaux non utilisés encombreraient l'organisme. 
Les troubles d'origine aménorrhéique s'expliqueraient par 
la pléthore, c'est-à-dire par l'augmentation de la masse san- 
guine. C'est à cette théorie que je me rattache et je vais 
essayer d'en démontrer le bien fondé. 

b. Pléthore. — Une femme, habituée à perdre réguliè- 



1 II est curieux de constater que ces croyances aient pu s'enraciner 
dans l'esprit des peuples et jouir d'un si fort crédit en face de l'en- 
seignement précis d'IIippocrate : « Procedit autem sanguis velut a vic- 
tima. » Tant il est vrai que tout ce qui touche à la menstruation a frappé 
de tout temps l'attention des hommes et exercé leur sagacité. Il 
semble que, surpris par l'étrangeté des phénomènes menstruels, ils 
n'aient pu s'en rendre compte que par l'intervention du merveilleux. 

* Annuaire de chimie et de physique. Compte rendu, t. LXXXII, 1843» 



ÉTI0L0G1E ET PATIIOGÉNIE DES PSYCnOSES MENSTRUELLES 101 

reinenttous les mois une quantité de sang aussi considérable 
que celle de la menstruation, ne peut pas. ce me semble, voir 
cette perte diminuer et surtout se supprimer brusquement, 
sans que tout l'organisme et plus spécialement le système 
nerveux n'éprouvent le contre-coup fâcheux d'une pareille 
perturbation. 

Les accidents d'ordre pléthorique sont les plus fréquents; ils 
sont quelquefois évidents et se traduisent alors par des symp- 
tômes cle congestion viscérale et des hémorrhagies supplé- 
mentaires. 

Celles-ci, comme leur nom l'indique, n'ont d'autre but que 
•de remplacer les règles supprimées; elles sont providentielles 
et doivent être considérées comme l'expression spontanée du 
trop-plein de l'économie cherchant à se débarrasser par un 
effort du superflu qui la gêne. Il a été donné de les constater 
dans toutes les parties du corps; j'en rapporte plusieurs 
observations dans le cours de ce travail '. Elles sont du reste 
si nombreuses que Puech 2 a pu en réunir plus de 200 cas. 

Les œdèmes supplémentaires sont également très communs. 
Ils se forment aux jambes et plus particulièrement aux pieds 
et aux mollets. Une des malades de Berthier, à l'asile de Bourg, 
avait ses règles remplacées par un œdème actif de la face, 
avec idée de suicide. 

Le cerveau, comme les autres organes, peut être le siège 
de poussées congestives ; nous aurons alors de la céphalalgie, 
des vertiges, des éblouissemenls, des troubles psychiques, 
etc., tout dépendra du point et de l'intensité de la lésion. 

Voyez ce qui se passe chez l'homme : combien de fois la 
folie n'a-t-elle pas suivi la suppression d'un flux hémorroïdal 
ou d'une ancienne épistaxis passée à l'état d'habitude 3 . 

1 Obs. 19, 34, 101, 182, 1%, 201, 204, 251, 236. 

'* l'uucli. Académie des Sciences, dée. 1861. 

3 Voir Obs. in Anna. d'hy. et de méd. lc<j-, 1879, t. 1, p. 117. et in 
Miillor, Méd.leg., t. II, p. 115 et 2S7. 



102 l'SYCUOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

Les ouvrages d'ophthalmologie rapportent des exemples de 
cécité ayant succédé aune suppression ou à une interruption 
brusque des règles. Comment expliquer cette perte subite de 
la vue, si ce n'est par une forte hvpérhémie du nerf optique ou 
du centre visuel. Les observations l citées par Santerson, 
Desmares, Andral, Musselbourg, Samblsohnde Cologne, H. Ga- 
lezowski, ne laisse aucun doute à ce sujet, et souvent il fut 
permis de constater avec l'ophthalmoscope une congestion 
intense des deux pupilles. 

Nombreux sont aussi les cas d'apoplexie, d'hémiplégie, de 
paraplégie survenus dans les mêmes conditions 2 . S'il en est 
ainsi, pourquoi les centres nobles, les centres de la pensée et 
de l'intelligence ne se prendraient-ils pas à leur tour ? Pour- 
quoi, seuls, seraient-ils privilégiés et échapperaient-ils à 
l'action de la pléthore ? 

Griesinger et Ashwel affirment avoir vu souvent survenir, 
après une cessation brusque des règles, une violente hypé- 
rhémie cérébrale aiguë et apparaître aussitôt des phénomènes 
d'aliénation mentale. 

Observation XXXIV. — Une jeune fille de vingt ans, à la suite 
d'une suppression des règles, vit se former sur la cuisse un ulcère 
par lequel s'échappait tous les mois une forte quantité de sang. 
La malade ainsi que ses parents ayant demandé avec instance la 
cicatrisation de l'ulcère, Forestus s'y refusa. Cependant un autre 
chirurgien fut moins scrupuleux, et fit sécher l'ulcère. Aussitôt le 
sommeil s'enfuit, l'agitation survient, le délire arrive caractérisé 
par des idées tristes de damnation auxquelles se mêlent parfois 
des idées nymphomaniaques. Un homme de l'art appelé ordonne 
un saignée du pied, et obtient, après une évacuation copieuse, la 
réapparition des règles. Les désordres intellectuels cessent immé- 
diatement et le calme renaît comme par enchantement. (Forestus, 
De cerebr. rnorbis, 1660, Obs. 2i.) 

1 V oir Edimbur g h médical and sur gical journal, y o\. XXVI, p. 279; 

Berlin. Klein Wochens ; 18 janvier 1875, n° 3 ; Gazette des hôpit ., 
24 mars 1864. 

*Voir l'Obs. 6. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 103 

Observation XXXV. — Une dame ayant en ses règles supprimées, il 
lui survint une petite tumeur entre l'os de la pommette et celui 
du nez. Ennuyée de la voir saigner à certaines époques, elle prit 
la résolution de s'en débarrasser. Le chirurgien en fit la ligature. 
L'opération réussit ; mais elle fut suivie de différents désordres 
des facultés intellectuelles et plus tard d'apoplexie mortelle. 
(Cauffé, Thèse de Paris, an X.) 

La guérison de ces mêmes troubles psychiques par le trai- 
tement dérivatif plaide encore en faveur de leur origine plé. 
thorique. Hippocrate parle de la folie guérie par les varices 
et les hémorrhoïdes ; au tome V, p. 709, je lis : « Les brouil- 
lards devant la vue se dissipent par d'abondantes menstrues. » 
Landouzy (loc. cit., p. 195) dit que la quantité de sang perdue 
pendant les règles n'est pas indifférente puisque l'hystérie dis- 
paraît avec une saignée ou des règles supplémentaires. 

On connaît l'histoire de cette malheureuse femme atteinte 
d'aliénation qui, depuis vingt ans, était enchaînée dans un 
cabanon de l'hospice d'Angers, et qui guérit subitement à la 
suit d'une perte utérine grave. Les rares aliénées, qui, pendant 
leurs règles, recouvrent un instant la raison, sont ordinaire- 
ment très pléthoriques et abondamment réglées. 

Observation XXXVI. — Une institutrice, âgée de vingt-six ans, 
était sujette depuis quelques années à des accès de fureur utérine. 
Ses règles s'étant supprimées, la maladie augmenta d'intensité et 
de fréquence ; mais six mois après, un flux hémorrhoïdal très 
abondant étant survenu, les accidents nymphomaniaques dispa- 
rurent complètement. (De Bienville, Traité de la nymphomanie, 
Paris, 1771, p. 76.) 

Observation XXXVII. — Une blanchisseuse de trente-trois ans, 
ayant éprouvé une suppression des règles, fut prise de monoma- 
nie avec agitation, illusions, hallucinations, vertiges. Saignée de 
quatre palettes et, deux heures après, apparition de règles abon- 
dantes. Dans la journée même, disparition de tout délire. (Bouchot, 
Annales mèd. psycholog. de 1844, t. IV, p. 3 42.) 

Observation XXX VIII. — La nommée Sebert, âgée de vingt-huit 
ans, est irrégulièrement menstruée. Survient un violent accès de 



104 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

panophobiequi s'apaise avec les règles. Lorsque celles-ci sont abon- 
dantes, le délire cesse complètement : cette coïncidence est constante. 
[Ibidem, p. 339.) 

Inutile de commenter pareils faits. Ils sont, du reste, aussi 
nombreux que probants: je pourrais les varier à ma fantaisie, 
la litte'rature médicale en abonde. Je me contente de ceux-ci 
et de quelques autres épars çà et là dans le cours de mon 
travail 1 ; leur témoignage m'autorise à croire que la pléthore 
chez certaines aménorrhéiques n'est pas étrangère à la genèse 
des troubles psychiques. 

Dans certains cas cependant la pléthore n'est pas la cause 
ou du moins l'unique cause à invoquer. Il est en une autre 
que je dois signaler. Pour toute femme qui use sans fraude 
des plaisirs sexuels, suppression des règles signifie grossesse 
ou tout au moins menace de grossesse. On comprend donc, 
en face d'un pareil accident, quelle doit être l'angoisse de 
celles qui, pour différents motifs, ont tout intérêt à ne pas 
devenir mères et redoutent une grossesse à l'égal d'un grand 
malheur : celles, par exemple, qui ont une faute à cacher ou 
pour qui la naissance d'un nouvel enfant créerait une charge 
trop lourde à la famille. 

Raciborski 2 rapporte plusieurs observations de ce genre, 
entre autres celle d'une femme qui, ayant manqué à la fidé- 
lité conjugale, fut prise d'un véritable désespoir le jour où 
l'absence de la menstruation attendue lui fit craindre d'être 
enceinte. La suppression ne fut que temporaire et je laisse à 
penser quelle fut la joie folle de cette femme en revoyant ses 
règles si désirées et dont le retour lui rendait le désir de vivre 
en lui rendant son honneur. 

2. Ménorruagie. — Suivant un vieil adage de l'Ecole, le 
sang est le régulateur du système nerveux : « Sanguis mode- 

' Voir Obs. 61, 74, 110, 140, 183, 203,252. 

1 Raciborski. Traité de la menstruation, p. 575. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 105 

rator nervorum. » Il faut qu'il y ait accord parlait entre ces 
deux éléments ; or, l'équilibre nécessaire est rompu, non 
seulement par l'aménorrhée, qui augmente la masse san- 
guine, mais aussi par la ménorrhagie qui, en la diminuant, 
affaiblit l'économie et rend le système nerveux plus accessible 
aux impressions. 

« N'est-ce pas, dit Trousseau 1 , une chose bien digne de l'atten- 
tion des physiologistes et des praticiens, cet antagonisme per- 
pétuel entre le sang et les nerfs, entre la prédominance de la 
force d'assimilation et la prédominance des phénomènes ner- 
veux : antagonisme duquel il résulte que, plus le système 
nutritif et les phénomènes végétatifs sont pauvres et languis- 
sants, plus ce liquide est dépouillé des parties organisables, 
plus aussi les phénomènes nerveux sont mobiles, exaltés, 
irréguliers, désordonnés. » 

La physiologie expérimentale nous apprend que, si on 
enlève une grande quantité de sang à un animal, il est pris 
aussitôt d'étourdissement et de convulsions : ces troubles 
cessent par la réplétion du système sanguin. 

Griesinger raconte avoir vu des femmes qui, à la suite de 
pertes très abondantes, devinrent anémiques, puis folles. 

Scholz (de Brème), dans une étude sur la folie consécutive à 
l'anémie, parle également d'un grand nombre de femmes qui, 
affaiblies par une menstruation abondante, furent prises de 
mélancolie simple et autres manifestations de la folie. 

Esquirol racontait souvent l'observation suivante : 

Observation XXXIX. — Une dame avait un accès de fureur au 
moment de chaque menstruation; plus l'hémorrhagie était abon- 
dante, plus la crise était violente; elle ne cessait qu'avec l'hé- 
morrhagie. (Citée in Annal, méd. psychol., 1844, t. IV, p. 347.) 

Nous avons vu dans le chapitre des névroses qu'il existe un 
état psychique des chlorotiques, et comment des perles men- 

1 Trousseau. Cliniques de l'Ilôtel-Dieu, 1868, t. 111, p. 507. 



106 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

suelles abondantes peuvent à elles seules créer une forme parti- 
culière de chlorose : la chlorose ménorrhagique. Or, les femmes 
atteintes de ménorrhagie sont plus nombreuses qu'on ne pense. 

L'état ménorrhagique, en effet, est quelque chose de tout à 
fait relatif, n'ayant aucune mesure précise et bien définie, 
variant suivant les tempéraments et les constitutions, au point 
qu'une menstruation, sous des aspects normaux, peut être une 
vér.itable ménorrhagie et, tout comme elle, une cause puis- 
sante de débilitation. Ainsi s'expliquent certains troubles 
psychiques, observés à la suite d'une menstruation que l'on 
croit physiologique et qui, en réalité, constituent une perte 
trop considérable pour un organisme pauvre et délicat. 

Ainsi s'explique encore l'influence salutaire de la méno- 
pause qui, en supprimant la menstruation, supprime une 
puissante cause d'anémie. Baillarger 1 , après avoir signalé 
plusieurs cas de guérison de folie par la suppression des 
menstrues chez des femmes arrivées à l'âge critique, ajoute : 
« Ces faits n'ont d'ailleurs rien qui doive surprendre quand on 
songe à l'influence de l'anémie sur la production de la folie. 
Les malades qui ont guéri, étaient précisément de celles 
chez lesquelles l'âge critique s'était accompagné de pertes plus 
ou moins abondantes. » 

3. Dysménorrhée. — On a dit de la folie puerpérale qu'elle 
est due au travail de l'accouchement 2 : les douleurs sont telles 
que par l'excitation fébrile qu'elles provoqueraient, elles 
détermineraient l'asthénie des vaisseaux cérébraux et occa- 
sionneraient chez l'accouchée, malgré son anémie, une folie 
congestive. 

Si cette explication est bonne pour la folie puerpérale, elle 
le sera aussi pour la folie dysménorrhéique : nous savons, en 

' Baillarger in Griesinger. Maladies mentales. 

t Voir lleibel. De la folie puerpérale. Paris, 1876, p. 55. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 107 

effet, qu'une menstruation difficile n'est rien autre qu'un petit 
accouchement laborieux, et que les douleurs qu'elle engen- 
dre, sont en tout semblables à celles de la parturition. Elles 
sont, du reste, assez intenses pour qu'à défaut de tout autre 
explication, je trouve dans leur intensité même la cause des 
troubles réflexes qu'elles engendrent. La dysménorrhée agi- 
rait donc par l'élément douleur; elle agirait à la manière des 
coliques néphrétiques et hépatiques dont les crises, très vio- 
lentes et souvent répétées, peuvent à la longue retentir du 
côté du cerveau. 

Les souffrances de la dysménorrhée suffisent à elles seules, 
d'après Briquet 1 , « pour monter le système nerveux jusqu'à 
un degré pathologique ». Elles sont parfois si atroces, si 
intolérables que, pour y mettre un terme, certaines femmes, 
avons-nous dit, ont eu recours au suicide. 

Ajoutez que, le plus souvent, la dysménorrhéique, par une 
ridicule pudeur qui lui empêche de se dévoiler et lui fait dis- 
simuler son mal, souffre en silence et sans se plaindre, 
obligée à vivre de la vie commune et à se soumettre à toutes 
les exigences d'un monde, qui, ignorant son état, n'en a 
aucun souci. « Voulez-vous savoir, dit Michelet 2 , la personne 
malheureuse, vraiment malheureuse et l'image de la Pitié ? 
C'est la femme qui, dans l'hiver, à certaine époque du mois, 
souffreteuse et toute craintive de tels accidents prosaïques, 
est forcée d'aller au bal dans une foule légère et cruelle. » 

4. Influence éloignée et médiate des troubles menstruels 
par l'intermédiaire d'autres organes. — Nous venons de 
voir par quel mécanisme l'aménorrhée, la ménorrhagie et la 
dysménorrhée prédisposent aux psychoses menstruelles : elles 
agissent directement et inirnédialement sur le cerveau. Il 

1 Briquet. Loc. cit., p. 117. 
! Michelet. L'Amour, p. ;>7. 



108 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉKAL 

n'en est pas toujours ainsi pourtant; leur action, dans cer- 
tains cas, peut se porter sur un autre organe, et alors celui- 
ci ajoute son influence à l'influence menstruelle ou se charge 
à lui seul de réveiller toute la sympathie cérébrale. 

Les organes abdominaux sont en rapport intime avec le 
cerveau. Le plexus solaire présenterait même avec le plexus 
vertébral des anastomoses qui lui permettraient d'agir sur la 
moelle allongée, le cervelet, les lobes postérieurs et moyens 
du cerveau; c'est ce qui explique, d'après Milner Forther- 
gill S l'état de langueur et de découragement que l'on cons- 
tate dans les affections abdominales. L'influence menstruelle, 
se faisant sentir au plus haut point sur les organes de l'ab- 
domen, on comprend comment la fonction cataméniale, par 
leur intermédiaire, puisse développer l'hypochondrie, la 
mélancolie, la lypémanie, en un mot, tout le cortège des affec- 
tions tristes. 

La congestion hépatique s'observe même avec une mens- 
truation normale, elle est fréquente à la ménopause et couiv 
mune dans l'aménorrhée incomplète ou après une suppres- 
sion. Or, la folie réflexe d'origine hépatique a souvent été 
constatée. Le D r Poucel - rapporte l'observation d'une dame 
qui, sous l'influence d'un trouble hépatique, présenta tous les 
symptômes de Y hystérie viscérale, elle prit son mari en 
haine et éprouva l'irrésistible besoin de l'étrangler. 

Buschmann 3 , dans une étude sur les troubles physiques et 
psychiques en rapport avec la menstruation, dit avoir été 
appelé près d'une femme qui, chaque mois, présentait les 
symptômes suivants : œdème généralisé, respiration ster- 
toreuse, tuméfaction congestive du foie et de la rate; les 
seins étaient tellement gonflés, qu'ils étaient prêts à se rom- 

1 Milner Forthergill in Ami. med. psych., 1878. 

2 l'oucel. La congestion chronique du foie, 188 i, p. 52. 

a Buschmann. Société império-royale de Vienne, séance du 28 sep- 
tembre 1888. 



ÉTIOLOGIE ET PATflOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 109' 

pre ' : à côté de ces troubles physiques, il existait d'autres 
troubles d'ordre psychique et notamment un véritable délire 
des persécutions. Un état analogue a été observe par le 
même auteur, au Caire, chez une Brésilienne. (Obs.XL et 
XLI.) 

Je n'insiste pas sur la fréquence des troubles psychiques 
accompagnant les troubles du tube digestif; le fait est presque 
banal. Qu'il me suffise de signaler qu'il existe des rapports 
entre la menstruation et la digestion, et que la femme qui est 
mal réglée, souvent mal digère. 

L'ectopie rénale ou rein flottant, par l'intensité et la répéti- 
tion des crises douloureuses qu'elle occasionne, affecte péni- 
blement le système nerveux et conduit rapidement le sujet à 
l'hypochondrie et à l'hystérie, surtout s'il s'agit d'une femme 2 . 
Or, sur lOOcasd'ectopie rénale, 87 appartiennent à la femme 
(Gallais). La congestion répétée de l'organe au moment de 
la menstruation est invoquée par Pecquet comme une des 
causes de l'affection ; à cette époque, la tumeur augmente de 
volume, devient douloureuse et donne lieu à des paroxysmes 
aigus, très violents (Lancereaux). Le pronostic est d'autant 
plus sérieux que la malade est plus jeune et, par conséquent, 
plus exposée aux congestions mensuelles, la ménopause atté- 
nue généralement les accidents. 

Je ne dirai rien d'autres organes : tels que le poumon, le 
cœur, etc., etc., etc. Des faits cliniques prouvent que ces 
organes, comme le foie et le rein, peuvent servir de point de 
réflexion et transmettre au cerveau l'excitation qu'ils reçoi- 
vent de l'ovaire. 



1 La congestion des seins sons l'influence de la menstruation, surtout 
après une suppression, est fréquente. Or, llippocrate a écrit : « La 
congestion intense des seins annonce la folie, » t. VI, p. 21. 

'- Voir Bouiliy. Palh. ext. maladies des régions, p. 26; et Dieulafoy. Pa- 
thologie interne. Paris, 1889, t. II, p. 490. 



110 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 



B. — Causes prédisposantes plus particulières à certaines femmes 
et à certaines époques. 

Nous allons rapidement les passer en revue en les étudiant 
dans chacune des grandes époques de la vie sexuelle. 

1° Puberté. 

Toutes les jeunes filles ne sont pas également prédisposées 
aux troubles psychiques de la puberté. En dehors de la pré- 
disposition héréditaire, qui est le facteur le plus important, 
nous devons surtout tenir compte de l'éducation que reçoit 
l'enfant et des conditions dans lesquelles s'effectue l'évolution 
pubérale. 

1. Education. — Son influence est très appréciable sur la 
jeune fille, elle retentit sur toute son existence et contribue 
puissamment à faire d'elle la femme qu'elle sera un jour. 

Un bloc de marbre était si beau 
Qu r un statuaire en fit l'emplette. 
« Qu'en fera, dit-il, mon ciseau ? 
Sera-t-il dieu, table ou cuvette? » 

Ce bloc de marbre précieux, c'est la jeune enfant, matière 
encore vierge, d'où doit sortir un jour, suivant la main qui 
la travaillera, ce quicl divinum, dont parle Tacite, cet être 
adorable qui sera le foyer de toutes les vertus, le centre de 
la famille, les délices de la société ou bien cet être dangereux 
et méprisable, vil instrument du mal, réceptacle honteux de 
toutes les immondices. 

L'éducation de l'enfant est absolument faussée dès le début 
de la vie. A peine âgée de neuf à dix mois, on l'habille 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 111 

comme une grande personne, on l'admire et on cherche à lui 
inculquer des notions et des idées qui ne sont nullement en 
rapport avec son âge et la prédisposent à l'apparition des 
accidents nerveux. 

Vers l'âge de onze à douze ans, dans les grandes villes, on 
ne laisse pas à la jeune fille le temps de se former ; on veut 
en faire immédiatement une demoiselle ; dans la campagne, 
au contraire, on retarde l'époque de la puberté, on virilise 
en quelque sorte la jeune fille en l'astreignant à des exercices 
trop violents, à des travaux grossiers et pénibles qui devraient 
être l'apanage exclusif du sexe fort. 

« Une nourriture trop forte, soit au point de vue de 
l'intelligence, soit au point de vue des sentiments, est abso- 
lument funeste, » dit le professeur Bail (loc. cit., p. 12). 
Les tristes effets de l'une et de l'autre sont également à 
craindre. 

Qu'on ne se figure pas que la même éducation convienne 
à tout le monde. C'est là un des grands vices de l'éducation 
des pensionnats où toutes les jeunes filles sont élevées suivant 
la même règle, façonnées suivant le même moule, sans qu'on 
exige des parents les moindres renseignements sur la consti- 
tution, le tempérament, les antécédents de leurs enfants, 
sans qu'on ait pris connaissance de leurs dispositions morales 
et intellectuelles, de leurs qualités et de leurs défauts. 

a. Education morale. — Il faut que la jeune fille soit élevée 
dans les principes religieux, sauvegarde future de sa vertu ; 
mais pour ce qui est (comment m'exprimerai-je?) de la partie 
sentimentale de la religion qui s'adresse au cœur et à l'ima- 
gination, en promettant des joies ineffables à la vertu, et au 
péché des supplices éternels, soyons sobres vis-à-vis des 
jeunes filles à l'époque de leur formation, mesurons la sanc- 
tion du bien et du mal à l'hnpresionnabilité de chacune d'elles. 
La puberté prédispose énormément aux hallucinations et aux 
conceptions délirantes religieuses. Brierrc de Boismont a 



112 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

constaté que les scrupules religieux sont communs chez les 
jeunes filles. Leur conscience s'alarme facilement et, pour la 
moindre peccadille, elles se croient damnées. 

Un scrupule, un enseignement imprudent, l'éloquence peu 
sage d'un prédicateur ont suffi, dans quelques circonstances, 
pour troubler, tout à la foi-, les fonctions cérébrales et la 
fonction menstruelle. 

Observation XLII. — Une jeune fille, de bonne maison, dont la 
vertu répondait à la naissance, éprouve une suppression brusque 
des règles à la suite d'un scrupule de conscience. Aussitôt elle 
présente du délire et des convulsions, la santé et la raison ne 
revinrent qu'avec le retour de la menstruation. (Raulin, Traité des 
affections vaporeuses du sexe, Paris, 1758, p. 197.) 

M. le professeur Bail a eu plusieurs fois occasion de voir et 
de montrer à ses nombreux auditeurs de la clinique de 
Sainte-Anne, des jeunes filles qui, « pour avoir entendu un 
sermon trop énergique, pour avoir conçu des scrupules exa- 
gérés, pour s'être préparées avec trop d'ardeur à la première 
communion, étaient tombées brusquement dans le délire avec 
ou sans hallucinations ». J'emprunte au mémoire de E. Bou- 
chut sur la contagion nerveuse, l'observation suivante : 

Observation XLIII. — Une enfant de douze ans, qui faisait sa 
première communion à Montmartre, fut si effrayée des terreurs de 
l'enfer nées dans son esprit par l'influence du prédicateur, qu'elle 
perdit connaissance et eut quelques mouvements convulsifs ainsi 
que plusieurs de ses compagnes. Le lendemain, les attaques se 
reproduisirent et en même temps, pendant la journée, il y eut 
l'hallucination d'un crucifix rouge de feu au milieu de l'espace. 
Cette hallucination se montra plusieurs jours de suite (Gaz. Méd. 
de Paris, 1869) l . 

L'éducation morale ne doit pas être laissée à l'entière di- 
rection de certaines religieuses au zèle trop ardent et souvent 
irréfléchi. L'autorité ecclésiastique agit très sagement lors- 

' Voir aussi les observations 170, 171. 



ÉTI0L0G1E ET PATIIOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 113 

qu'elle met à la tête des couvents des prêtres expérimentés, 
pour surveiller et diriger eux-mêmes l'éducation des jeunes 
filles qui y sont élevées. 

Rien, du reste, au moment de la puberté, ne saurait rem- 
placer le rôle de la mère. « J'estime fort l'éducation des bons 
couvents, a écrit Fénelon, mais je compte encore plus sur 
celle d'une bonnemère quand elle est libre des'yappliquer 1 . » 
Une autre cause prédisposante très importante, c'est le 
passage brusque de la jeune fille de la vie calme et sereine 
du pensionnat àla vie fiévreuse et tourbillonnante du monde. 
Elle part pleine d'illusions, et elle n'a pas encore fait la moitié 
de sa route, qu'elle reconnaît son erreur et ne compte plus 
que des déceptions. Souvent la mère qui aurait dû initier 
lentement son enfant et lui servir de transition naturelle, 
vient encore aggraver la situation par l'intervention de son 
amour égoïste, se cachant assez mal sous le masque de 
l'amour maternel. Elle veut établir sa fille, et alors rien n'est 
négligé : spectacles, bals, concerts, privations de toute sorte, 
et puis... insuccès et déboires. Ces émotions brisent la jeune 
fille, troublent la fonction menstruelle, épuisent son système 
nerveux et lui enlèvent toute résistance morale. 

b. Education intellectuelle. — Les victimes de l'éducation 
intellectuelle sont encore plus nombreuses : celle-ci, en effet, 
est mal comprise et nullement en rapport avec la vocation et 
les aspirations de la femme. Dans les pensionnats, l'ovulation 
et la menstruation sont généralement en souffrance : des 
occupations intellectuelles trop assidues, trop abstraites, une 
vie renfermée et loin de la famille, exercent une influence 
défavorable sur la marche des fonctions dévolues aux organes 
reproducteurs. 

M. Dujardin-Beaumetz, médecin depuis vingt ans à l'Ecole 

1 C'est dans ce sens que Napoléon disait : <> L'avenir d'un enfant esl 
toujours l'œuvre de la mère. » 



414 PSYCHOSES MEiNSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

normale supérieure des institutrices de Paris, a signalé, à 
l'Académie de médecine 1 , le triste résultat du surmenage in- 
tellectuel chez la jeune fille : aménorrhée, hystérie, excita- 
bilité du système nerveux. 

A. de Gandolle a fait remarquer la grande proportion de 
jeunes filles destinées à la profession d'institutrice qui, dans 
la Suisse française, dans le canton de Genève et deNeufchàtel, 
entre, chaque année, dans les établissements d'aliénées. 

Schaftesbury, président de la Commission of Lunacy, di- 
sait, à la Chambre des lords, qu'en 4882, sur 483 personnes 
appartenant à l'enseignement, admises clans les asiles d'Angle- 
terre et du comté de Galles, on comptait 435 femmes. 

Le malaise physique et moral qui, chaque mois, menace la 
femme et la tient indisposée pendant plusieurs jours, doit 
nous engager à veiller avec le plus grand soin sur sa santé, 
sur celte de son corps comme sur celle si fragile de son esprit, 
et à éloigner d'elle tout ce qui pourrait favoriser l'influence 
menstruelle. Voilà pourquoi Guibout 2 veut que l'on ménage 
l'intelligence de la femme, qu'on ne la fatigue pas par des 
travaux trop assidus, par des études arides, difficiles, trop 
élevées, sous peine de porter atteinte à sa santé, d'imposer 
à son esprit une tension trop forte, au risque de l'affaiblir et 
de le fausser en lui imprimant une direction qui n'est pas 
dans ses moyens. 

Au surmenage de l'intelligence et du sentiment, s'ajoute 
encore la triste influence des lectures faites à tout hasard et 
dans toutes sortes de livres. Tissot disait au siècle dernier 3 : 
« Si votre fille lit des romans à quinze ans, elle aura des 
vapeurs à vingt ans. s 11 ne sera pas déplacé, je crois, de 
rappeler ce conseil aux mères de famille qui ont à cœur l'in- 



1 Séance du 14 septembre 1888. 

- Guibout Loc. cit., p. 379 et 380. 

3 Tissot, in Compendium de médecine, t. V, p. 85. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 115 

térêt de leurs enfants, dans un siècle où nous sommes inon- 
dés par lesélucubrations malsaines de cerveaux plus ou moins 
malades ou travaillés par le vice. 

2. Conditions dans lesquelles s'effectue le premier écou- 
lement sanguin. — a. Conditions morales. — Les règles, 
suivant Bordeu, sont les compagnes et l'aurore delà puberté. 
Or, nous savons quelles sont les dispositions morales de la 
jeune fille à ce moment intéressantde son existence. A la vue 
de ce sang dont on lui a laissé ignorer la signification», son 
trouble augmente encore ; puis, dans quelque temps, elle 
comprend tout, ses idées se fixent, elle sent ce qu'elle veut, 
elle sait ce qu'elle aime, et voilà que dans la société où elle 
commence à entrer, tout va s'opposer à la réalisation de ses 
désirs les plus légitimes. 

Ces désirs que plusieurs essaient de tromper par des habi- 
tudes honteuses, deviennent quelquefois un véritable besoin, 
et la jeune fille qui en est agitée, qu'elle succombe ou qu'elle 
résiste, en éprouve toujours les plus grands détriments pour 
la santé: vertueuse, elle luttera sans cesse et dépensera contre 
le penchant qui l'entraîne, toutes ses forces physiques et mo- 
rales; vicieuse, elle se laissera dominer par sa passion, ne 
mettra plus de bornes à son assouvissement et deviendra la 
malheureuse victime de sa puissante organisation sexuelle. 

Pour un grand nombre, la puberté et les quelques années 
qui la suivent, ne sont qu'une longue mélancolie remplie de 
larmes et de tristesse : d'où fréquence et variété des troubles 
menstruels et nerveux. 

b. Conditions physiques. — L'écoulement sanguin lui- 
même, en devenant une cause d'affaiblissement , augmente 

1 Lignât rapporte l'observation d'une jeune iille qui fut aux portes 
de la mort, faute d'avoir été prévenue sur ce qui devail lui arriver; 
in Michel Villemont : L'Amour conjugal ; Paris 1886, p. 1"7. 



116 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

encore le nervosisme de la jeune fille. Ne voyons-nous pas 
chez les enfants une hémorrhagie insignifiante s'accompagner 
de violentes convulsions ? Or, qu'est-ce que la convulsion 
chez l'enfant dont les facultés psychiques dorment encore 
dans leur état rudimentaire, si ce n'est une forme du délire ? 
Evidemment la jeune fille est plus forte, mais elle n'est pas 
encore formée, et c'est au moment même où elle se développe 
le plus, où la nature a le plus besoin de matériaux pour 
achever rapidement son chef-d'œuvre, qu'elle perd cette 
quantité de sang, toujours très précieuse, quelquefois très 
abondante. 

Quelque minime qu'il soit, du reste, ce tribut payé à la 
nature, nous le trouverons souvent trop onéreux si nous con- 
sidérons le tempérament débile et faible de toutes nos jeunes 
filles, surtout dans les grandes villes où nous ne voyons 
plus que les pâles couleurs de la chlorose et de l'anémie. 

Ajoutons le défaut absolu d'hygiène et les conséquences 
funestes de ce ridicule préjugé sur lequel les hygiénistes 1 ont, 
à diverses reprises, attiré l'attention des mères de famille et 
directrices de pensionnat. Je veux parler de ce travers sin- 
gulier qui porte les personnes chargées de l'éducation à faire 
envisager par leurs élèves la fonction menstruelle et tout ce 
qui a trait à la génération, comme quelque chose de hon- 
teux et de bas dont une fille honnête ne doit ni parler ni 
s'occuper. 

Gueneau de Mussy 2 dit avoir vu des jeunes filles qui 
avaient cru bien faire et entrer dans l'esprit de leur éduca- 
tion en supprimant l'écoulement de leurs règles par des pédi- 
luves froids, et avaient amené dans leur santé les désordres 
les plus graves. 

Le règlement n'établit souvent aucune distinction entre 

1 Voir Gallippe. De la menstruation dans les maisons d'éducation. 
Bulletin de la Société de médecine publique, 1880, III, p. 277. 
- Gueneau de Mussy. Cliniques médicales, 1885, t. VI, p. 531. 



ÉTIOLOGIE ET PATIIOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 117 

l'enfant et la jeune fille pubère. Celle-ci, surprise par récem- 
ment sanguin, n'ose rien dire ; elle est astreinte à la prome- 
nade commune, obligée à sauter et à courir comme les autres, 
et, si elle souffre, si elle a des pertes abondantes, ce qui 
est fréquent, elle manque des soins de toilette les plus élémen- 
taires, s'assied, marche et couche avec une chemise durcie et 
toute souillée du sang menstruel. 



2° Période active. 

Pendant la période active, comme à la puberté et à la mé- 
nopause, toutes les femmes à quelque classe qu'elles appar" 
tiennent et quelle que soit leur situation dans le monde, ne 
sont pas également prédisposées : en dehors des causes com- 
munes que j'ai déjà signalées, il existe une prédisposition 
particulière, propre à chaque femme et qui tient à ses habi- 
tudes, à son milieu, à la position qu'elle occupe dans la 
société. 

Je dois tout d'abord établir une différence entre la femme du 
monde et la femme du peuple; il est certain, en effet, toutes 
• choses égalesd'ailleurs, que la mondaine qui ne sait comment 
passer ses heures et dont la vie n'est qu'une longue surexci- 
tation nerveuse, offre plus de prise à la sympathie menstruelle 
que Partisane dont la vie n'est qu'un travail continuel et qui 
trouve son bonheur loin de toute intrigue, au sein même de 
la famille. 

Autre question importante et à laquelle je veux répondre 
un peu plus longuement : « La femme est-elle mariée, veuve 
ou vierge, en un mot, peut-elle céder librement et donner 
satisfaction au besoin de son cœur et de ses sens; ou bien, 
très portée à l'amour et victime du devoir et des convenances, 
se consumc-l-elle lentement en des désirs inassouvis ? » 



148 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

a. — L'usage des plaisirs de l'hymen, en effet, n'est pas 
sans influence sur le moral de certaines femmes. Les anciens 
(Platon, Hippocrate, Gallien), des auteurs plus récents (Fres- 
nel, Forestier, Hoffmann, Withof 1 , Bordeu, Cabanis) regar- 
daient la continence absolue comme la cause unique des 
troubles nerveux observés chez la femme. Ils expliquaient 2 
son action nuisible par Y aura seminalis, qui « s'accumulait 
dans l'organisme, agitait le sang et secouait tout le système 
nerveux ». Leur opinion, pour être exagérée, erronée même 
n'était pas précisément dénuée de toute vérité, et des faits 
nombreux ont prouvé l'influence heureuse du mariage sur la 
marche de certaines psychopathies, surtout lorsqu'elles sont 
d'origine ovarique. 

Négrier conseille le mariage aux femmes qui, puissamment 
menstruées, éprouvent tous les mois des troubles psychiques 
en rapport avec la fonction cataméniale. « Ces femmes, dit-il 
(loc. cit., p. 172), sont souventd'une fécondité remarquable. 
Le mariage chaste est évidemment pour elles le premier des 
moyens de guérison radicale, comme il est aussi la vraie source 
d'une santé florissante. » Plusieurs de nos observations sem- 
blent donner raison à cet auteur. 

D'une manière générale, lorsqu'un organe ne remplit pas 
la fonction pour laquelle il a été créé, il en résulte des pertur- 
bations morbides dont la fréquence et l'intensité sont en 
raison directe de l'importance de l'organe et de la fonction. 
Or, est-il une fonction plus importante et dont l'exercice soit 
sollicité avec plus de force que celle de la génération ? Dans 
toutes les religions, elle fait l'objet d'un précepte divin, et 
l'intensité du besoin qui nous y porte, ne peut s'expliquer 
que par la grandeur du but qu'elle a à atteindre. 

C'est pour cette fonction seule que la femme semble avoir 

1 Withof. Traité des eunuques ou De castris commentaliones quatuor, 
1756. 
a Voir Bordeu, loc. cit., t. If, p. 962; et Cabanis, loc. cit., t. III, p. 310. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 119 

été créée : pr opter uterum millier condita est ' . Dans toutes 
les langues, les mots femme et engendrer ont la même 
origine étymologique. Platon disait que la matrice des 
femmes est un animal qui veut à toute force concevoir et qui 
entre en fureur s'il ne conçoit pas. 

Bâillon affirme que l'hystérie n'arrive qu'aux filles que 
l'on marie tard, et, d'après Louyer-Villermay, les accidents 
seraient moins prononcés chez les femmes mariées. Dugès, 
M mc Boivin, Briquet, Landouzy et d'autres considèrent, 
comme prédisposées à l'hystérie, les femmes qui ont toujours 
vécu dans la continence et celles qui, ayant usé du mariage, 
sont obligées de s'en priver 2 . 

Les femmes des harems qui sont abandonnées de leur 
maître ou qui n'en reçoivent des visites que très éloignées, 
sont plus exposées aux troubles névropathiques que leurs 
compagnes plus favorisées. Cette remarque a été faite par 
tous les médecins qui ont exercé auprès des grands de 

1 M"™ de Staël dit quelque part que les femmes ont été créées pour 
produire et que celles qui ne font pas d'enfants, font des livres. Chose 
singulière! il semble que pour certaines femmes, la progéniture intel- 
lectuelle, comme pour d'autres la progéniture utérine, soit intimement 
liée aux fonctions de l'ovulation. On cite, en effet, des femmes de let- 
tres célèbres par leurs écrits, qui ne composaient que pendant le 
temps de leurs époques. Au dire de Raciborski, p. 466 et 85, l'imagi- 
nation s'exalte souvent pendant les règles, et il n'est pas rare de voir 
des élans généreux, des conceptions d'esprit étonnantes, des composi- 
tions surprenantes par leur fond et surtout par leur forme. 11 ne faut 
pas que le fait nous étonne : nous savons que certaines aliénées 
n'ont un moment de lueur que pendant le temps de leurs règles. 
Brierre de Boismont (p. 97) rapporte l'observation suivante (Obs. 44): 
« Une dame, mariée à un pharmacien, éprouve une telle surexcitation 
quand elle est menstruée, qu'elle élonne toutes ses amies et ne se 
reconnaît pas elle-même. Elle s'entretient alois de sujets qui ne sont 
point en rapport avec ses habitudes ordinaires ; parle histoire, géogra- 
phie, politique, fait des vers, écrit des harangues. Elle a deux sœurs 
dont l'une présente les mêmes symptômes, l'autre a des attaques 
d'hystérie. » 

5 Vix unam invenies quae prope maritum impotentem decumbere 
possit : idem de uxoribus a mariti neglectu valet (Frank 1 . Gueneau de 
Mussy dit avoir observé plusieurs cas d'érotisme ou de nymphoma- 
nie développés sous l'influence de cette cause (t. II, p. 317^. 



120 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

l'Orient, et, entre autres, par le D 1 ' Gombay . La statistique nous 
apprend que le mariage, même quand il est stérile, est une 
grande mesure préventive contre la folie. 

Voyez ce qui se passe chez les animaux, lorsque le besoin 
génésique ne peut être satisfait. D'après le professeur Peter 1 , 
tout semble prouver que chez les chiens la salive, sous l'in- 
fluence d'une excitation génésique intense et contrariée, 
acquiert les qualités virulentes de la salive rabique. Le Cœur 2 , 
de l'Ecole de Médecine de Caen, apporte de très sérieux 
arguments et des faits nombreux en faveur de l'origine 
génésique de la rage spontanée chez les chiens : il demande 
qu'on traite ces animaux avec douceur et qu'on leur donne la 
clé des champs afin qu'ils puissent sans obstacle convoler, 
quand il leur plaît, à de faciles amours ; d'autres ont proposé 
l'émasculation. 

Les génisses, les chattes et la plupart des femelles tombent 
dans la torpeur et la prostration, dans une espèce d'état mélan- 
colique qui souvent leur est funeste, lorsque, pendant le rut, 
elles n'ont pu recevoir les approches du mâle. 

Le professeur Goste, du collège de France, rapporte l'his- 
toire suivante : 

« Deux magnifiques chattes angora, élevées dans un apparte- 
ment où elles n'avaient jamais été eu rapport avec le mâle, com- 
mencèrent à entrer en chaleur quand vint l'époque de la puberté. 
Les signes extérieurs du rut durèrent d'abord huit, dix ou douze 
jours, mais, dans certains cas, se prolongèrent bien davantage. 11 
s'écoulait quelquefois des mois entiers avant que l'éréthisme 
s'apaisât. Ces femelles entraient alors dans un état violent : elles 
étaient en proie à une agitation nerveuse qui les faisait tomber 
dans un marasme croissant et ne reprenaient leurs forces que 
lorsque le rut avait cessé, c'est-à-dire après la rupture ou la réso- 
lution des capsules ovariennes dont l'évolution était trop lente. 



1 Peter. Clinique médicale in Semaine médicale, 21 novembre 1888. 

2 Le Cœur. Elude sur la rage, son éliologie, sa transmission, sa fré- 
quence. Paris, 1850. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCUOSliS MENSTRUELLES 12] 

Enfin l'une d'elles, tourmentée depuis quarante jours par cette 
ardeur inextinguible, menaçait de périr de consomption. Craignant 
alors de la perdre, je pensais qu'il n'y avait qu'un seul moyen de 
la sauver, c'était de déterminer la rupture immédiate des capsules 
en ranimant une fonction languissante. Pour atteindre ce but, la 
chatte fut enfermée, pendant une nuit seulement avec le mâle, et, 
le lendemain matin, tous les signes caractéristiques du rut avaient 
disparu. L'influence du coït avait triomphé de tous les obstacles et 
ramené le calme dans l'organisme depuis si longtemps troublé 1 . » 

Or, la femme a aussi son rut : de par la nature, comme la 
femelle, elle est soumise à l'excitation périodique. Tous les mo- 
ments sont égalementbons pour goûter des plaisirs de l'amour; 
c'est ce qui, d'après le langage humoristique de La Rochefou- 
cauld, distinguerait la femelle de la femme ; mais, pour la 
procréation, il n'en est pas de même. Il y a pour elle des mo- 
ments choisis, des époques marquées : ce sont les jours qui 
précèdent ou qui suivent l'écoulement menstruel. Le conseil 
que donnait Hippocrate sur la stérilité : « Virum adeat 
ineunle purgatione menstrua », est basée sur ce fait d'obser- 
vation biologique. C'est celui que préconisent encore les 
médecins d'aujourd'hui, et bien des ménages, désolés de ne 
pas avoir d'enfants, se sont bien trouvés de l'avoir mis en 
pratique. Il ressort, en effet, des travaux d'Osiander, de 
lleckel, de Gendrin, de Pouchet, de Négrier, de Coste, 
d'Èngelman. de Bischoff, de Raciborski, de Courty, etc., etc., 
que la menstruation est le résultat d'un travail ayant son 
point de départ dans l'ovaire au moment du développement, 
de la distension et de la rupture de la vésicule de de Graaf. 
L'opinion de ces auteurs, il est vrai, a rencontré quelques 
adversaires : l'origine et le rôle de la menstruation ne 
semblent pas encore être définitivement établis ; la théorie 
de sa coïncidence avec l'ovulation n'en est pas moins jusqu'à 
présent la seule théorie classique. 

1 Coste. Histoire générale et particulière des êtres organisés. Paris, 
18i7, t. I, p. 230. 



122 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

Donc tous les mois, il y a ponte de l'œuf humain ; la femme 
en est avertie par la menstruation qui la rappelle impérieu- 
sement à son rôle physiologique et l'invite à devenir mère. 
Quoi d'étonnant qu'elle se sente alors plus portée à l'union 
sexuelle, et qu'elle éprouve des désirs plus intenses en 
rapport avec ce qui se passe du côté des ovaires ' ? Dans 
tout son être retentit ce cri de la nature : « Ne laisse pas 
mon travail inutile, le moment est venu de me secourir et de 
donner ensemble la vie à un enfant. » 

C'est pour répondre à ce cri que les législations et les cou- 
tumes des peuples, souvent inconscientes, mais toujours 
sages lorsqu'elles sont anciennes et universelles, ont voulu 
que de tout temps et dans tout pays, l'âge de la nubilité eût 
pour base celui de la première menstruation. Ce cri, l'animal 
lui-même le comprend, et il cède à l'impulsion qui l'entraîne, 
mais la femme, elle, doit" résister : la raison, les convenances 
sociales lui en font un devoir. 

Bordeu a écrit 2 : « Il est certain que l'esprit séminal 
remonte tous les ressorts dans une femme comme dans un 
homme, qu'il maîtrise, conduit et dirige tout l'individu dans 
le physique comme dans le moral », et, d'accord avec les 
anciens physiologistes, il enseignait que c'est surtout aux 
époques menstruelles que l'aura seminalis est sécrété en 
grande abondance. Bordeu, comme ceux qui l'avaient pré- 
cédé, interprétait mal le mécanisme du fait, mais le fait lui- 
même, il l'avait bien observé. Changeons le mot aura semi- 
nalis par cet autre instinct sexuel ou besoin génésique, et 
notre théorie est la leur. Avec elle, nous comprenons com- 
ment la femme dont le système nerveux est alors si puis- 



1 Voir ch. vi, p. 206. Excitation génésique et menstruation. La 
femme qui fait l'objet de l'Obs. 155, déclare qu'à chacune de ses épo- 
ques, elle est tellement portée à l'acte vénérien, que rien ne pourra 
jamais l'empêcher de succomber. 

5 JJordeu. Loc. cit., t. 11, p. 963. 



ÉTIOLOGlE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 123 

samment travaillé et secoué, puisse ne pas toujours sortir 
triomphante de la lutte qu'elle a à soutenir contre elle-même, 
contre sa volonté impuissante, contre ses sens violemment 
sollicités, et trahisse par des troubles psychiques variés l'agi- 
tation intérieure qu'elle essaie en vain de dissimuler. 

Yoyez ce qui arrive chez la jeune fille chaste qui vient 
d'être fiancée. Le contact de celui qu'elle aime, la douce inti- 
mité et la familiarité qui s'établissent bientôt, les aimables 
prévenances dont elle est l'objet, stimulent chez elle les 
fonctions sexuelles, alors que, d'autre part, la plus sévère 
retenue lui est imposée par les habitudes et les contraintes 
de la vie civilisée. Et, dans ces conditions, un état nerveux se 
développe, voire même quelquefois un véritable e'tat mental 1 . 
Or, la même chose se passe pour la femme à l'époque de ses 
règles, à cette seule différence en plus que l'excitation géné- 
sique au lieu d'être en quelque sorte artificielle et de venir du 
dehors, est toute naturelle et la conséquence inévitable du 
travail ovarique. 

L'influence de l'éducation, l'habitude de dominer e$ de 
vaincre ses passions, peuvent faire que certaines femmes, à 
tempérament peu prononcé, perdent ou plutôt oublient 
l'instinct génital; et cet état nerveux particulier, ce malaise 
général mal défini qu'elles présenteraient pendant la période 
menstruelle, ne serait que la sanction inconsciente d'un 
devoir naturel non accompli, se cachant sous les apparences 
d'une satisfaction purement personnelle. 

b. — La privation des jouissances sexuelles peut être 
funeste non seulement parce qu'elle est contraire au but de 
la nature, mais encore parce qu'elle exerce une fâcheuse 
influence sur la marche de la menstruation. 

De Gardane, parlant de l'action bienfaisante du coït sur la 
fonction ovarique, affirme que là est la raison pour laquelle 

1 Consulter Savages : Les troubles d'esprit développés à l'occasion des 
fiançailles, in Journal of mental science octobre 1888. 



124 PSYCHOSES MENSTRUELNES EN GÉNÉRAL 

on voit la vie célibataire déranger le flux menstruel et le 
mariage au contraire en favoriser le cours. « Les femmes de 
complexion amoureuse, dit-il 1 , ont des règles plus abon- 
dantes lorsqu'elles satisfont leurs désirs, tandis que la 
malheureuse fille qui lutte sans cesse contre ce penchant de 
la nature, dépérit consumée. De là le chagrin, la tristesse, 
l'ennui, le dérangement des mois ou d'étranges désirs, les 
cachexies différentes auxquelles sont sujettes les femmes qui 
n'habitent pas avec leurs maris, et les religieuses. » 

On ne saurait nier que certains auteurs et plus spécialement 
ceux qui ont précédé notre siècle, se basant sur l'aphorisme 
hippocratique : « Fœmina hysterica eget viri, ergo virprae- 
bandusest », ontexagéré les bienfaits du mariage comme agent 
thérapeutique, et n'ont fait souvent qu'aggraver le mal de 
leurs clientes en leur administrant un mari. Il n'en est pas 
moins vrai cependant que tel que nous l'entendons, c'est-à-dire 
non une simple union officielle, mais une union physique et 
morale des êtres selon les vues et le but de la nature, le ma- 
riage est considéré à juste titre comme un excellent remède 
dans certaines affections ou mieux chez certaines malades. 

C'est ainsi qu'il réussit très bien contre l'aménorrhée, et 
Hoffmann avait raison lorsqu'il disait que l'emménagogue le 
plus puissant est un mari jeune et bien-aimé. Les œuvres 
de Yan Swieten renferment l'histoire d'une femme qui n'a- 
vait pas été réglée jusqu'à quarante ans et qui, mariée à cette 
époque, fut menstruée périodiquement pendant deux ans. 

Le mariage favorise l'ovulation 2 ; c'est pourquoi, dans le 



De Gardane. De la Mejiopause.Pa.via, 1821, p. 32. 
s Des observations nombreuses et des expériences suffisamment répé- 
tées et variées par plusieurs auteurs, entre autres, par Coste, ne lais- 
sent aucun doute sur l'influence heureuse que l'excitation génésique 
exerce sur l'ovulation, du moins chez les animaux. Il suffit de la pré- 
sence de l'étalon dans une écurie pour faire devancer l'époque habi- 
tuelle du rut chez les juments voisines. Les lapines qu'on laisse avec 
le mâle entrent plus souvent en rut que celles que l'on tient éloignées. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DUS PSYCHOSES MENSTRUELLES 125 

cas de dysménorrhée, Bcrnulz ' le conseille et cela dès l'âge 
de dix-huit ans, parce que si l'on attendait plus longtemps, 
la dysménorrhée pourrait persister et de plus entraîner la 
stérilité. 

J'ai vu à la Clinique, dans le service du professeur Tarnier, 
une femme qui, depuis la puberté, éprouvait à chaque époque 
des douleurs atroces : le mariage fît disparaître tous ces 
accidents dysménorrhéiques et amena la menstruation à son 
état normal. Brierre de Boismont dit que, sur 2o femmes 
mariées, il en a rencontré 14 chez qui la menstruation n'était 
devenue régulière qu'après le mariage 2 . 

La privation absolue des plaisirs sexuels, surtout chez la 
femme qui en éprouve fortement le besoin, favoriserait donc la 
sympathie menstruelle de deux manières : la première en créant 
à chaque époque un état nerveux admirablement préparé pour 
l'éclosion des troubles psychiques; la deuxième, en détermi- 
nant la dysménorrhée et autres troubles de la menstruation. 

Observation XLV. — La nommée Bourg est amenée à la Sal- 
pêtrière, le 3 janvier 1835, dans l'état le plus extraordinaire de la 
manie la plus violente : elle déchire et brise tout, les yeux sont 
rouges; la figure, enflammée; les propos, les cris incohérents; 
elle est dans le désordre le plus affreux, les cheveux épars, les 
vêtements en lambeaux, ses règles coulent abondamment. Ces 
symptômes durent depuis quatre jours avec la même intensité. Le 
cinquième jour, elle commence à se calmer, le sixième jour, elle 
parle seule, et, le lendemain, elle me rend ainsi compte de son 
état : « Je suis mariée, mais mon mari est absent depuis deux 
ans; j'ai beaucoup de tempérament, et c'est son absence qui est 
cause de ma maladie; car je suis plus pure que personne, mai? 
chez moi la nature parle, el c'est elle qui cause tout mon mal. Je 
vous dis cela sans aucune idée sale, mais comme une vérité que je 

1 Bernutz, in Courrier médical, 1874, p. 158 et suiv. 

* Uippocrale a écrit : « D'un autre côté, le coït, échauffant le sang et 
" l'humectant, rend la voie plus facile aux menstrues : or, si les mens- 
« trues ne cheminent pas, les femmes deviennent malades. » T. Vil, 
p. 177. 



126 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

sens profondément et qui me désole. » (Scipion-PineL Tr<a7é de Pa- 
thologie cérébrale, Paris, 1844, p. 420 '.) 



3° Ménopause. 

Les troubles psychiques observés à la ménopause peuvent 
reconnaître les causes suivantes : 

1° Pléthore nerveuse. — Cette explication appartient à 
Raciborski. D'après cet auteur, l'innervation du grand sympa- 
thique, privée de l'important débouché que lui présentait 
périodiquement l'orgasme ovarien, répandrait l'excédent de 
sa force sur d'autres fonctions qui, par leur hyperactivité, lui 
assureraient son parfait équilibre. 

Or, de toutes les fonctions, celles de l'intelligence et des 
facultés morales sont certainement celles dont le travail 
demande la plus grande somme d'influx nerveux. Ce sera 
donc par elles que l'organisme se débarrassera de la sur- 
charge qui menace de l'encombrer. 

L'expérience démontre, en effet, que les femmes qui savent 
se créer un travail absorbant, donner à leurs idées et à leurs 
sentiments une direction nouvelle, soit en s'appliquant plus 
activement aux soins de la famille, soit en s'adonnant tout 
entières aux œuvres de charité et de bienfaisance, évitent plus 
facilement les troubles de la pléthore nerveuse, sortent plus 
souvent indemnes de l'époque critique que celles qui, con- 
fiantes en la nature, s'en remettent à son entière direction et 
se reposent sur elle du soin de régler la dépense nerveuse. 

Instinctivement, du reste, la femme éprouve alors le besoin 
de changer son genre de vie et de modifier ses habitudes. 
Plusieurs donnent dans la de'votion ou le bel esprit; d'autres 

1 Plusieurs observations de ce genre se trouvent disséminées çà et là 
dans le cours de mon travail. 



ÉTIOLOOIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 127 

se lancent dans l'intrigue et ne vivent plus que de scandales 
et de bavardages; d'autres encore aiment à s'entourer d'un 
essaim de jeunes filles qu'elles ont soin de choisir brillantes 
de fraîcheur et de beauté, et passent leur temps à les endoc- 
triner, aies diriger et à les marier. 

2. Plétuore sanguine. — La menstruation s'arrêtant à la 
ménopause, la masse sanguine augmente de toute la quantité 
de sang que la femme était habituée à perdre régulièrement 
à chaque époque menstruelle : d'où amélioration de l'état 
général et disparition de certains troubles pour les femmes 
anémiques; pour les femmes sanguines, au contraire, appari- 
tion de symptômes pléthoriques. 

Les bouffées de chaleur, les céphalées intenses, les érup- 
tions diverses, les congestions multiples que présentent alors 
presque toutes les femmes, indiquent bien l'état de pléthore; 
ce que prouve encore plus clairement le traitement dérivatif 
emplo}'é par l'art et la nature pour ia guérison de tous ces 
accidents. 

Oi^ervatiox XLV1. — Une femme, parvenue à l'âge de retour, 
fut prise d'hémorrhoïdes, de fureur utérine et d'envie de se dé- 
truire; un écoulement de mucosité et de sang par l'anus la guérit 
de ces symptômes. (Annales tVhyg. et de mêd. légale, 1841, p. 171.) 

Les accidents dus à la pléthore ménopausique peuvent 
encore exister longtemps après la cessation du flux catamé- 
nial. Pendant, de nombreuses années, tous les mois, il y a 
comme un réveil menstruel, et c'est à ce moment qu'appa- 
raissent les troubles psychiques. 

Observation XLVII. — Une femme de quarante-cinq ans, qui 
n'était plus réglée, devint aliénée aux époques où venaient autre- 
Ibis ses règles; le délire durait plusieurs jours. Dans l'intervalle de 
ces retours d'aliénation, cette malade était d'un calme parfait, 
(Belhomme, Recherches sur la localisation de la folie.) Paris, 1 8 48 . 

Observation XLYIII. — Vers l'âge de cinquante ans, une 
femme atteinte de délire maniaque cessa d'être réglée. Le délire 



128 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

qui était continu, prit alors la forme périodique, et, tous les mois, 
pendant quatre à cinq jours (temps que durait la menstruation 
et à l'époque correspondante), la malade était en proie à tous les 
symptômes de la manie incohérente. (P. Berthier, Clinique de la 
Madeleine de Bourg, 1861.) 

Observation XLIX. — Femme G..., quarante-huit ans : délire des 
persécutions développé à l'époquede la ménopause. Chose curieuse ! 
Bien que cette femme ne soit plus réglée depuis deux ans, les jours 
qui précèdent mais surtout qui accompagnent l'époque à laquelle 
paraissaient autrefois ses règles, on remarque chez elle une très 
sensible agitation. (Bruant, Thèse de Paris, 1888, p. 67.) 

Brierre de Boismont cite 25 femmes dont les accidents 
ménopausiques durèrent un laps de temps qui varia de deux 
à vingt-deux ans (loc. cit., p. 240). Cabanis en a observé qui, 
dix ou douze ans après avoir cessé d'être réglées, éprouvaient 
encore, chaque mois, une pléthore locale, une sensation de 
pression et de tension vers l'utérus et divers autres symp- 
tômes dont s'accompagne la menstruation véritable (loc. cit., 
t. III, p. 352). Charpentier 1 rapporte l'observation d'une 
femme chez laquelle les règles cessèrent à quarante-huit ans 
et qui, à soixante ans, vit apparaître pendant deux ans ses 
époques avec la même régularité et la même intensité que 
lors de son âge adulte. 

Les auteurs qui considèrent la ménopause comme cause 
ordinaire de la démence paralytique chez la femme (et ils 
sont nombreux) invoquent une action réflexe neuro-paraly- 
tique, qui, favorisant l'accès du sang au cerveau et occasion- 
nant ainsi des congestions répétées de l'organe, déterminerait 
à la longue une périencéphalite interstitielle diffuse 2 . 

Je passe les autres théories, car elles ne sont autres que 
celles développées plus haut au sujet des accidents pléthori- 

* Charpentier. Traité des accouchements, t. I, p. 88. 

* Voir Sepelli. Paralysie générale chez la femme, in Ann. méd. psijch., 
novembre 1884. 



ÉTIOLOGIE ET PATUOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 129 

ques survenus à la suite d'une aménorrhée ou d'une suppres- 
sion brusque des règles pendant la période active. 

3. Antécédents menstruels et nerveux ; position sociale de 
la femme; son état moral; réveil de l'instinct génésique. — 
a. — Toutes choses égales, les troubles nerveux, à la méno- 
pause, se manifestent plus facilement chez les femmes qui ont 
déjà présenté des crises en rapport avec la menstruation, et 
plus spécialement chez celles qui ont eu à souffrir lors du pre 
mier établissement menstruel. Certaines femmes ont vu repa- 
raître à la ménopause les accidents qui avaient accompagné 
leur puberté et dont elles avaient été débarrassées pendant 
tout le temps de la période active. 

Observation L. — Guislain a vu une manie se manifester à 
l'époque de la puberté, cesser immédiatement après une première 
et seule menstruation et se montrer de nouveau à l'époque de la 
ménopause après vingt-cinq ans de calme parfait. (Leçons sur les 
phrénopathies, t. II, p. 7o '.) 

b. — La distinction que nous avons établie plus haut entre 
la femme du monde et celle du peuple, doit être maintenue 
pour la ménopause : l'état moral, en effet, sera moins 
marqué chez l'ouvrière dont la vie a été plus sérieuse, dont 
les jours se sont passés à gagner du pain pour ses enfants et 
non à s'enivrer des succès éphémères d'une beauté qui passe. 
« Les orages de la cessation menstruelle, dit EsqUirol, 
l'abandon du monde et de ses plaisirs exposent les femmes à 
mille maux divers, particulièrement celles qui ont fait du 
monde et de la coquetterie l'unique occupation de leur vie 
frivole. » « Vieillir les irrite, ajoute Renaudin, et le vide qui 
se fait autour de celles qui n'ont pas su placer le bonheur dans 
la famille, est la cause d'un agacement continuel qui se révèle 
presque toujours par différents désordres intellectuels. » 

c. — Et vraiment, n'est-ce pas pénible pour ces femmes 

1 Les Obs. 89 et. 129 sont aussi caractéristiques. 

S. IC/UID. 9 



430 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL 

qui ont eu les plus beaux succès, de voir leurs charmes dispa- 
raître tous les jours, de descendre de ce piédestal que leur 
avaient élevé des milliers d'adorateurs, pour être reléguées 
dans l'oubli comme un meuble inutile que la société égoïste 
rejette avec dédain. 

Ce miroir où elles se contemplaient autrefois avec tant de 
satisfaction, ne leur montre plus que des ruines et leur ar- 
rache des larmes de dépit. Tous les artifices, au détriment 
même de la santé, sont alors employés pour essayer de 
reconquérir l'influence d'autrefois ; mais, peine inutile ! 
replâtrage superflu ! de tous leurs triomphes, il ne leur reste 
plus que le triste souvenir. Elles se voient bientôt contraintes 
d'abandonner à des plus jeunes et à des plus belles qu'elles 
la place où elles avaient régné en souveraines, pour aller 
dans la retraite cacher leurs rides et se livrer tout entières à 
leur mélancolie *. 

Heureuses celles qui font de nécessité vertu, acceptent avec 
résignation le congé que leur donne le monde, et savent 
remplacer par des jouissances pures, par des occupations 
sérieuses une vie pleine de frivolités et de plaisirs qui ne sont 
plus de leur âge ! 

cl. — L'appétit vénérien disparaît ordinairement à l'époque 
de la ménopause, et ce n'est plus que par devoir et pour la 
paix du ménage que la femme consent encore aux rapports 
conjugaux. C'est la conséquence naturelle des modilications 
que subissent les organes de la génération : ceux-ci, en 
effet, se flétrissent et, par suite de l'atrophie des ovaires et 
des autres annexes, perdent leur sensibilité et leur excitabilité 

1 Pareil phénomène s'observe chez les animaux, surtout chez les ani- 
maux domestiques, qui, en perdant leurs grâces avec les années, per- 
dent aussi les caresses de leur entourage. Lombroso rapporte le fait 
suivant dans son traité de l'Homme criminel. Une chatte angora en 
vieillissant devint laide, elle fut négligée et maltraitée par les gens de 
la maison. Son caractère s'en aigrit, et elle qui avait toujours été fort 
tendre, perdit, alors, tous ses instincts maternels : elle refusa la nour- 
riture à ses petits et en dévora même un. 



ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 431 

normale. Nous verrons cependant au chapitre consacré aux 
troubles génésiques que les feux de l'amour (je parle de 
l'amour physique et sexuel) déjà bien peu ardents, loin de 
s'éteindre alors complètement chez toutes les femmes, sem- 
blent vouloir se raviver chez quelques-unes pour briller d'un 
nouvel et dernier éclat. L'absence de toute satisfaction sexuelle 
devient pour celles-ci un véritable supplice, dontTissue fatale 
a été pour certaines des habitudes honteuses, pour d'autres 
des scrupules exagérés, la mélancolie, le suicide même. 

Observation LI. — Une femme supporta sans se plaindre et le 
plus facilement du monde, jusqu'à la ménopause, la négligence de 
son mari; mais, arrivée à cette époque, l'excitation génésique fut 
telle qu'elle devint intolérable, et elle se donna la mort pour éviter 
de manquer à la fidélité conjugale. (Gueneau de Mussy, Cliniques 
médicales, t. II, p. 344, Paris, 1885.) 

Je me résume. 

L'anatomie et la physiologie du système nerveux nous per- 
mettent de comprendre comment, par la voie du grand sympa- 
thique, la menstruation, même normale, peut porter son in- 
fluence jusqu'aux fonctions cérébrales; à la cause première et 
essentielle qui est le molimen menstruel ou excitation engen- 
drée par le travail physiologique de l'ovulation, viennent 
presque toujours s'ajouter d'autres causes prédisposantes et 
adjuvantes (prédisposition nerveuse, acquise ou héréditaire, 
anomalies menstruelles, etc.). 

J'ai longuement discuté l'action de toutes ces causes 
réunies, ayant soin d'attribuer à chacune la part qui lui 
revient dans l'étiologie et la pathogénie de la sympathie 
menstruelle; j'ai minutieusement analysé leur mécanisme, 
et leur influence me paraît solidement établie. 

Il ne me reste plus qu'à apporter des faits et à décrire les 
ormes principales qu'affectent les troubles psychiques d'origine, 
menstruelle : c'est ce qui va faire l'objet de la seconde partie 
de ce travail. 



DEUXIEME PARTIE 



DES PSYCHOSES MENSTRUELLES 

EN PARTICULIER 

Les troubles psychiques en rapport avec la menstruation 
sont aussi variés que fréquents. Toutes les facultés' morales 
peuvent être atteintes, soit simultanément, soit séparément, 
et dans des limites qu'il est impossible de déterminer, tant 
elles sont instables. 

Le délire peut être général ou systématisé, c'est-à-dire 
porter sur l'ensemble des facultés et les toucher toutes en 
même temps ou être réduit à certains groupes d'idées ou de 
sentiments. 

Il affecte tantôt la forme maniaque aiguë, tantôt la forme 
dépressive : tout dépend de l'âge, de la disposition d'esprit, 
du caractère, des habitudes et surtout de la prédisposition de 
la femme. La forme maniaque est plus commune à la puberté 
et pendant la période active; la forme mélancolique avec ou 
sans hallucinations, plus commune à la ménopause. Chez les 
prédisposées, la menstruation agissant comme cause occa- 
sionnelle, les troubles psychiques sont le plus' souvent de 
même nature que ceux éprouvés antérieurement et dont 
l'existence plus ou moins éloignée constitue la prédisposition. 

Les troubles de l'intelligence sont les moins fréquents ou 
du moins rarement non accompagnés. C'est sur la sphère du 
sentiment et plus spécialement sur celle de la volonté que la 
menstruation fait le plus sentir sa triste et puissante influence. 
L'instinct se pervertit : c'est alors le moment de toutes les 



PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 133 

passions. La moindre résistance, la moindre contrariété 
irrite la femme. Elle n'a plus des désirs, mais des besoins 
impulsifs, des nécessités fatales, des penchants irrésistibles 
dont elle ne peut se débarrasser qu'en leur donnant pleine et 
entière satisfaction. 

Rien de bien fixe également pour l'époque de l'apparition 
des troubles. Chez la plupart, ils commencent la veille ou 
l'avant-veille de la menstruation, atteignent leur apogée au 
moment de l'écoulement et diminuent avec lui; chez quel- 
ques-unes, ils précèdent de plusieurs jours la menstruation et 
cessent dès les premières gouttes de sang : l'écoulement joue 
alors le rôle de crise salutaire et ramène immédiatement le 
calme ; ce n'est que très exceptionnellement qu'ils apparaissent 
après la menstruation. 

Je vais étudier en détail chacun de ces troubles. 
, Je commencerai par ceux de la volonté puisqu'ils sont les 
plus fréquents et les plus importants au point de vue médico- 
légal. Je suivrai dans leur étude la marche suivante: 1° délire 
des actes (kleptomanie, pyromanie, dipsomanie, monomanie 
homicide) ; 2° délire des instincts (nymphomanie, monomanie 
suicide); 3° manie aiguë, délires innommés, impulsions 
diverses se rapportant tantôt au délire des instincts, tantôt au 
délire des actes (actes de violence, de destruction, de fureur 
aveugle et subite). 

Après les troubles de la volonté, j'étudierai ceux des senti- 
ments et des affections (méchanceté, fourberie, dissimulation, 
mensonge, révolte, haine, jalousie, vengeance). 

Enfin, en dernier lieu,, arriveront les conceptions délirantes 
ou troubles de l'intelligence (idées de désespoir, de ruine, de 
maladie, de persécution; délire religieux ; illusions, hallucina- 
tions de l'ouïe, delà vue, de la sensibilité générale ; hallucina- 
tions génitales, etc.). 

Je terminerai par quelques considérations pratiques se 
rapportant plus spécialement à la médecine légale. 



CHAPITRE I 
Kleptomanie. 



La kleptomanie ou monomanie du vol se présente sous des 
formes nombreuses qui, toutes, peuvent affecter des rapports 
avec la menstruation; mais il en est une sur laquelle j'insis- 
terai de préférence à cause des liens plus étroits qui l'unissent 
à la fonction ovarique. Je veux parler de cette forme presque 
toute parisienne, étudiée avec tant de talent et de finesse 
d'observation, sous le vocable de vol à l'étalage, par le pro- 
fesseur Lasègue, Legrand du Saule, Lunier, Letulle, etc., et 
qui a été l'objet de nombreuses et savantes discussions au 
sein de la Société de médecine légale l . 

Il n'est pas rare d'apprendre qu'une grande dame vient 
d'être surprise, dans un magasin, en flagrant délit de vol. Ceux 
qui sont à l'affût des scandales, peuvent nous assurer que la 
chose est même assez commune 2 . On fait force bruit autour 
de cette affaire, étant donné les titres et qualités de la délin- 
quante. Celle-ci, traduite en justice, est le plus souvent l'objet 
d'une ordonnance cle non-lieu, mais non toujours et nous en 
citerons qui ont dû expier un moment de délire par la perte 
de leur honneur et les peines de la réclusion. 



1 Voir le Bulletin de la Société, t. VII, p. 1880. 

2 Le 4 février 1889, jour d'exposition, 49 voleuses ont été arrêtées 
dans les magasins du Bon Marché : parmi elles, des marquises, des 
comtesses, des baronnes et autres grandes dames des nobles faubourgs. 



KLEPTOMANIE '135 

Ces vols s'observent de préférence dans les grands maga- 
sins de Paris {Louvre, Bon Marché, Printemps). Les femmes 
se promènent dans ces magasins, comme sur une place 
publique, avec liberté entière de tout voir et de tout toucher. 

Un art diabolique, inspiré par l'esprit mercantile du jour, 
a présidé à ces étalages luxueux, fascinants où tout est prévu, 
disposé en vue de réveiller l'instinct d'appropriation. « On 
comprend, dit le professeur Lasègue 1 , qu'étant donné ces 
incitations, les faibles succombent et que leur défaillance soit 
non pas excusée mais motivée. » 

Les voleuses à l'étalage doivent être divisées en deux 
classes. La première, comprend celles qui agissent avec 
conscience de leur méfait : elles sont pleinement responsables 
et du ressort des tribunaux; la^deuxième, celles qui, prises de 
vertige kleptomaniaque, cédentà une impulsion et dontl'acte 
n'est qu'un réflexe d'origine cérébrale, puisqu'il est né d'une 
idée instinctive involontaire : leur responsabilité est atténuée 
ou nulle, elles relèvent de la pathologie mentale. Les pre- 
mières sont très habiles et échappent souvent à la surveil- 
lance; les autres sont maladroites et tombent toujours sous les 
coups de la police. Ce sont le plus souvent de jeunes femmes 
appartenant à des familles honorables, d'une conduite exem- 
plaire et d'un passé sans tache. 

Ce qu'elles convoitent est sans valeur : c'est ordinairement 
un petit objet de toilette. Elles pourraient l'acheter; mais 
non, il faut qu'elles le volent, et encore, si c'était pour s'en 
servir : le vol commis, presque toujours, elles se débarras- 
sent de l'objet ou vont le cacher, semblables en tout cela à la 
pie voleuse ou gaza ladra qui vole pour le plaisir de voler. 
Interrogez ces malades, dit Legrand du Saule 2 , elles vous 
répondent toutes : « Je ne sais pas pourquoi, c'est incompré- 

1 Lasègue. Archives générales de médecine, février 1880, p. 158. 
* Legraml du Saule. Les hystériques, p. 144. 



136 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

hensible; je ne manque de rien, je n'avais pas besoin d'un 
tel objet, j'avais l'argent pour le payer. » 

Il est assez fréquent de voir ce délire coïncider avec la 
menstruation, que celle-ci soit normale ou pathologique. 

Brierre de Boismont 1 nous dit que la monomanie du vol 
perversion morale fort commune parmi les aliénées, semble 
redoubler d'intensité aux époques menstruelles. 

Legrand du Saule a examiné au dépôt de la Préfecture de 
Police, 405 voleuses caractérisées ou étiquetées pathologiques 
ou demi-pathologiques : on peut les diviser en deux caté- 
gories. A la première appartiennent 49 accusées, filles ou 
femmes, ayant présenté des signes non dubitables d'aliéna- 
tion mentale ou qui y étaient héréditairement prédisposées, 
avec plus ou moins de manifestations hystériformes. La 
seconde se divise comme suit : 

Hystériques de 15 à 41 ans. . 41 
Femmes enceintes ..... 5 
Autres. . .' 10 

L'auteur ne parle pas du rôle que la menstruation a pu 
jouer chez les 49 femmes de la première catégorie ; mais il n'en 
est pas de même pour les autres. Sur les 56 femmes, en effet, 
qui la composent, 35 étaient en pleine période menstruelle au 
moment où elles se rendirent coupables du vol qui motiva leur 
arrestation, et 10 étaient des femmes arrivées à l'âge critique ou 
débilitées gravement à la suite de pertes utérines abondantes. 

Voilà certes une statistique assez éloquents et qui se passe 
de tout commentaire. Je dois cependant, pour la corroborer, 
faire remarquer que la plupart des voleuses arrêtées dans les 
grands magasins ne sont pas toujours livrées à la justice. 
Lorsque la femme offre de bonnes références et ne paraît pas 
trop suspecte, on se contente de lui faire payer l'objet volé, de 

1 Brierre de Boismont. De la folie puerpérale. Ann. méd. psych.,18bl, 
p. 587. 



KLEPTOMANIE 137 

prendre son nom, et on la renvoie après une légère admones- 
tation; et e'est autant de perdu, car nul doute que nous trou- 
verions chez ces femmes qui ne paraissent pas responsables 
aux yeux mêmes d'un vulgaire employé, de bons éléments en 
faveur de notre statistique. 

Dans une intéressante ébauche de médecine légale sur les 
voleuses honnêtes 1 , M. Letulle admet pour ces femmes un état 
de demi-démence pendant lequel des idées instinctives, se 
réveillant sous l'influence d'une violente sollicitation des sens, 
immobiliseraient la conscience et la volonté ; et il ajoute que 
cet état est favorisé peut-être par la période menstruelle. 
Quoique donnant dans notre sens, M. Letulle ne me paraît 
pas assez affirmatif. Au lieu de dire : « favorisé peut-être », 
il aurait dû dire « favorisé certainement par la période 
menstruelle ». 

C'est l'avis de Legrand du Saule, lequel a écrit dans un 
autre ouvrage 2 sur le même sujet: « Lorsque des jeunes 
filles hystériques volent des objets qui peuvent leur servir, 
surtout des bibelots, des rubans, des parfumeries, c'est 
presque toujours pendant la période menstruelle que le vol 
est commis. » 

il est une autre classe de voleuses pathologiques sur 
laquelle je veux dire un mot. Tandis que les voleuses à 
l'étalage volent par perversion du sens moral, inconsciem- 
ment et sans savoir pourquoi, celles-ci semblent voler plutôt 
par perversion des sens physiques, en connaissance de cause 
et avec d'excellentes raisons pour expliquer leur vol. Ce sont 
des femmes qui éprouvent des besoins irrésistibles, comme 
celui de sentir telle odeur, de manier ou de briser cer- 
tains objets, de plonger les mains dans certains liquides, 



1 Letulle. Gazette médicale de Paris, 1 er oct. 1887, n" 40, p. 471. 
- Legrand du Saule. A'nn. d'hyg. et de méd. U : <j., août et sept. 1881, 
t. VI, p. J6i et 261. 



138 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

mais surtout de goûter telle boisson ou de manger tel ali- 
ment. Rien ne les arrête dans la satisfaction de leur convoi- 
tise; si elles ne peuvent acheter ce qu'elles désirent, elles se 
le procurent autrement : par la violence quelquefois, plus 
souvent par le vol. On a même rencontré des femmes dont 
l'appétit ne pouvait être satisfait qu'avec des aliments dérobés 
par elles. 

Pareils désordres peuvent avoir leur cause dans la mens- 
truation. De Gardane (loc. cit., p. 421) nous dit même qu'ils 
s'observent très souvent chez les jeunes filles au moment où 
s'établit la fonction, chez celles qui sont mal réglées et chez 
les femmes à l'époque de la ménopause 1 . 

Observation LU. — Une jeune fille de douze à treize ans, bien 
constituée, d'une bonne santé habituelle, ne pouvait passer devant 
la devanture du magasin de son père, bijoutier, sans être entraî- 
née, comme malgré elle, à voler à l'étalage de petites cuillères 
d'argent, qu'elle allait ensuite jeter dans la fosse d'aisance de la 
maison. Deux ans plus tard, cette fille était atteinte d'accidents 
hystériformes assez graves. (D 1 ' Lunier, Ann. méd. psych., 1880, 
t. IV, p. 212.) 

Observation LUI. — Lambert, quinze ans et demi , se rend 
coupable de plusieurs vols et plusieurs tentatives d'incendie, et 
porte ses accusations sur une autre personne. Cette fille n'est pas 
encore réglée, elle ressent, de temps en temps, des douleurs de tête 
assez .vives accompagnées de malaise et de courbature dans la 
région lombaire. On ne constate aucune autre cause de son état 
psychique, si ce n'est le trouble apporté par l'approche de la 
menstruation. 

Rapport d'Ollivier (d'Angers). Déclarée irresponsable par le tribu- 
nal. (Ann. d'hijg. et de méd. légale, t. XXV, 1841, p. 110, et Le- 
grand du Saule, La folie devant les tribunaux, Pciris 1864, p. 474.) 

Observation LIV. — M me M..., hystérique est héréditairement 
prédisposée à la folie. Pendant ses périodes menstruelles, on 



1 Voir également Hoffmann : De malo hysterico, t. III, sect. III, cap. v. 
De nombreux auteurs rapportent des cas de pica et de malacia en 
rapport avec la menstruation. 



KLEPTOMANIE 439 

observait des absences momentanées de mémoire, nne tendance 
très accusée à la mélancolie, des actes étranges et inexpliqués. 

Une première fois, pendant l'une de ses grossesses, M me M... 
a volé un ruban dans un magasin, et elle a immédiatement pré- 
paré avec ce ruban une petite cocarde pour un bonnet d'enfant. 
Depuis, et toujours pendant ses époques, elle a été instinctive- 
ment attirée vers les étalages des grands magasins, et il lui est 
arrivé un certain nombre de fois — elle l'avoue avec une très 
grande franchise — de se sentir inquiète, agitée et portée irrésisti- 
blement à mal faire. Moins d'une minute après, sans qu'elle eût pu 
se rendre compte de ce qui s'était passé, elle s'éloignait, tenant à 
la main, aux yeux de tout le monde, un objet soustrait, qu'elle 
n'avait cependant pas désiré et dont elle n'avait nul besoin. 

Arrivée à la ménopause, elle a été en proie à un état nerveux 
très prononcé caractérisé par des troubles physiques et des éga- 
rements passagers de la raison. Sous l'influence déprimante d'une 
perte utérine abondante, elle commit encore dans les magasins 
du Louvre un acte certainement inconscient. Elle a été déclarée 
irresponsable. (Legrand du Saule, Les hystériques, Paris, 1883, 
p. 442.) 

Observation LV. — La veuve P... est âgée de vingt-huit ans; 
elle s'est mariée à dix-sept ans. A l'âge de quinze ans, elle fut 
sujette à des accidents vertigineux survenus à la suite d'une sup- 
pression menstruelle déterminée par une vive émotion. Le réta- 
blissement des fonctions menstruelles et plus tard le mariage sem- 
blaient avoir fait disparaître ces accidents, mais ils ne tardaient 
pas à reparaître plus graves même qu'auparavant. 

Tous les mois, à l'époque des règles, M mo P... était prise de 
véritables accès de folie avec hallucinations. Pendant ces crises, 
qui duraient quatre à cinq jours, elle présentait souvent les allures 
d'une femme en état d'ivresse; elle chancelait, se tenait à peine sur 
les jambes; elle ne savait ni ce qu'elle disait, ni ce qu'elle faisait ; 
elle se mettait à parler allemand, agissant et marchant comme 
une somnambule. C'était pendant ces crises qu'elle avait commis 
les nombreux vols, presque toujours insignifiants d'ailleurs, pour 
lesquels elle avait été arrêtée à plusieurs reprises et qui lui 
avaient valu un séjour de deux mois à Saint-Lazare et une condam- 
nation à quinze jours de prison. Pour son dernier vol qui consistait 
en 4 paires de bas, valant ensemble 2 fr. 60, elle fut déclarée irres- 
ponsable. (Limier, Aun. méd. psych., 1880, t. IV, p. 221.) 



440 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

Observation LVI. — Nous avons observé une dame fort bien 
élevée, qui, pendant ses menstrues dérobe avec une adresse infinie 
tout ce qu'elle trouve, soustrait ses larcins à toutes les recherches, 
et s'emporte si on lui fait quelques observations à ce sujet. Dans 
d'autres moments, elle répond : « Si j'agis ainsi, c'est que je suis 
folle, c'est à vous de me surveiller. » (Brierre de Boismont, Ann. 
méd. psych., 1851, p. 587.) 

Observation LVII. — Emilie, vingt-quatre ans, confectionneuse, 
hystérique, elle s'est rendue coupable de vol et a été déclarée 
responsable. Elle présentait une suppression menstruelle datant 
de trois ou quatre mois et un écoulement blanc très prononcé. 
(Legrand du Saule, Les hystériques, Paris, 1885, p. 438.) 

Observation LVIII. — M m0 X..., juive très attachée à son culte, 
a du assister au spectacle de son frère abjurant sa religion pour 
épouser une chrétienne. Au moment de la cérémonie, elle est 
prise d'un spasme nerveux, perd connaissance. Les règles, sur- 
venues la veille, se suppriment ; elle se plaint d'un mal de tète 
atroce. 

Le lendemain, on la voit sortir, la figure bouleversée, la toilette 
en désordre ; le soir, dînant avec son mari, ses enfants et sa 
domestique, dans un, restaurant du Palais-Royal, elle est surprise 
par un garçon, au moment où elle cachait dans ses poches plu- 
sieurs couverts qui avaient servi au dîner. Cette femme n'a pas 
d'aliénés dans sa famille, est dans l'aisance, a des antécédents 
les plus honorables ; elle fut acquittée. (Boys de Loury, Ann. 
d'hyg. et de méd. lég., 1847.) 

Observation LIX. — M me C..., femme relativement aisée et à 
qui son mari n'a jamais refusé le nécessaire, a été arrêtée le 4 fé- 
vrier 1878 sous l'inculpation de vol de chemises et de camisoles 
de femmes dans les magasins du Tupis rouge Elle ne peut com- 
prendre à quelle impulsion elle a cédé quand elle a commis ce 
délit; dès qu'on lui en parle, elle fond en larmes et ne sait que 
répondre. 

Mariée à l'âge de vingt ans, elle a fait trois fausses couches. En 
1873, après sa dernière fausse couche, elle a eu un accès de délire 
qui n'a eu que peu de durée, mais depuis la menstruation est 
devenue irrégulière et insuffisante, des pertes sanguinolentes, alter- 
nant avec des flueurs blanches, sont venues augmenter l'affaiblis- 
sement progressif de M me C... Elle devient alors triste, bizarre, 
excentrique. La nuit, elle dort mal, rêvasse, éprouve des cauche- 



KLEPTOMANIE 141 

mars; le jour, elle ne peut rester seule et va chez l'un et chez 
l'autre ; le soir, elle attend son mari avec impatience et le que- 
relle quand il est en retard de quelques minutes. Préoccupations 
exagérées relatives usa santé; idées de suicide, etc., etc. Elle a 
été placée dans une maison de santé. (Lunier, Ann. méd. psych., 
J880, t. IV, p. 225.) 

Observation LX. — La femme Ch ..., vers les 2 heures du matin, 
est « subitement prise de l'idée d'aller dérober des volailles ». 
Obéissant à cette impulsion, elle vole vingt et une poules, et va 
avouer son vol à un marchand et à une voisine. Arrêtée le lende- 
main, elle menace de se tuer. 

Antécédents héréditaires peu marqués. La menstruation s'est 
établie tardivement ; dès cette époque, son caractère devint iras- 
cible, jaloux ; elle manifesta des tendances erotiques; son amour 
de la famille, peu développé, il est vrai, fit place à de la haine. 

Mariée, elle rendit son mari malheureux, l'accusait d'entretenir 
des relations avec ses voisines, elle essaya même de le frapper 
avec un instrument tranchant. Devenue enceinte, son état ne fut 
pas modifié. A diverses reprises elle fit des menaces de suicide. 

L'aliéniste, chargé de son examen, constata qu'à l'époque de 
ses règles, la femme Ch... dont l'état s'était amélioré, redevenait 
agitée, voulait sortir, préférait mourir, se montrait agressive, 
déchirait ses vêtements; puis de nouveau le calme reparaissait. 
Déclarée irresponsable. (Legrand du Saule, Les hystériques, Paris 
1883, p. 421.) 

Observation LXI. — M mo M... a des antécédents héréditaires. 
Le premier écoulement menstruel s'accompagna d'attaques de 
nerfs avec perle de connaissance : les hémorrhagies étaient diffi- 
ciles et peu abondantes. 

A l'âge de dix-huit ans, à la suite d'une suppression, survenue 
sans cause appréciable, mêmes accidents convulsifs auxquels se 
joignirent des désordres moraux que dissipa une perte abondante. 
A certaines époques, particulièrement à celles coïncidant avec 
ses grossesses, ou avec les dérangements de la menstruation, on 
observait chez M me M... une grande mobilité dans les idées, dans la 
sensibilité : elle prenait en haine sans motif appréciable son mari, 
ses enfants, ses amis, et en dégoût sa position, ses occupations de 
ménage ; sa raison se montrait rebelle aux conseils les plus affec- 
tueux; quelque temps après, elle redevenait calme, raisonnable, 
économe, appréciait ses torts et s'efforçait de les réparer. 



142 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

Insensiblement cet état fit des progrès. Les anomalies de la 
menstruation s'accrurent et avec elles tous les désordres psychi- 
ques, si bien qu'un jour, étant dans la période cataméniale, 
M me M .., aisée d'ailleurs et ne manquant absolument de rien, 
déroba un coupon de dentelle, une paire de gants, une pièce de 
ruban dont elle se para le lendemain à un bal. Au retour, les 
règles parurent, et avec elles se dissipèrent tous les troubles que 
leur absence avait occasionnés. 

A plusieurs reprises et sous l'empire des mêmes excitations, 
cette dame vola des objets de peu de valeur. Condamnée enfin à 
treize mois de prison par un tribunal, elle fut acquittée par un 
autre. 

M me M... présenta en outre à plusieurs reprises, des accès de 
délire religieux. Naturellement peu religieuse, elle part un soir à 
l'approche de la nuit et va voir un abbé qu'elle avait connu lors 
de ses dernières couches. Elle lui parle de ses projets de réforme, 
de ses enfants, de son mari, en des termes si expressifs que le 
vénérable prêtre est frappé de son imagination exaltée, du flux 
exagéré de ses paroles qu'il était impossible de modérer. « Elle 
était tellement absorbé, dans ses projets religieux, ajoute l'abbé, 
qu'elle aurait, sans s'en douter, passé la nuit à en parler si j'eusse 
voulu l'écouter. » 

Après ses vols, elle courait se confesser et montrait le plus 
grand désespoir : les yeux baignés de larmes, le visage décom- 
posé, elle ne voulait plus recevoir les consolations de la religion, 
s'en croyant indigne. (H. Girard, Ann. méd. psych., t. VI, 1845, 
p. 231.) 

Observation LXII. — Une jeune femme, appartenant à une fa- 
mille honorable et dans l'aisance, comparaît devant le tribunal 
correctionnel d'Amiens sous l'inculpation de vols nombreux. Celte 
femme s'est formée tard, et n'a jamais eu de régularité dans ses 
époques menstruelles qui sont restées quelquefois supprimées 
pendant trois ou quatre mois. Elle a toujours été sujette à des 
maux de tête, à des étouffements, à des spasmes qui redoublaient 
au moment des règles. Mariée à vingt et un ans, sa santé n'est 
pas devenue plus régulière. Elle est d'une grande sensibilité, et, 
au dire de son mari, agitée par des désirs très violents qu'il se 
déclare incapable de satisfaire toujours. Elle croit avoir fait une 
fausse couche. C'est seulement après cette époque qu'elle a com- 
mencé à se livrer au vol sous l'influence non pas seulement d'une 



KLEPTOMANIE 143 

tentation instantanée, mais d'une obsession constante, ne pensant 
qu'à cela et sans cesse prête à recommencer. Malgré les conclu- 
sions du rapport médico-légal, elle fut condamnée. (Tardieu. Etude 
médico-légale sur la folie, p. 169.) 

Observation LXIII. — M mo B..., quarant-huit ans, veuve sans 
enfants, a une sœur aliénée; elle a été arrêtée dans les magasins 
du Louvre sous l'inculpation de vol de dentelle et d'une robe. Six 
mois auparavant, elle avait déjà subi une première condamnation 
pourvoi. Or, elle était à son âge critique; depuis douze à quinze mois 
la menstruation était très irrégulière et elle avait parfois des pertes 
très abondantes. Elle prétendait que, pendant les époques mens- 
truelles, surtout depuis qu'elles étaient irrégulières, elle était en- 
traînée à prendre ce qu'elle trouvait à sa portée. Elle savait qu'elle 
faisait mal, mais elle ne pouvait résister à la tentation. (Lunier, 
Ann. méd.psych., 1880, t. IV, p. 226.) 

Observation LXIV. — M mc M..., cinquante-sept ans, était de- 
venue depuis quelque temps difficile à vivre ; elle se brouillait 
avec ses locataires et avec ses voisines. Elle s'est mise à boire de 
l'eau-de-vie pour se monter la tête et s'étourdir de ses ennuis, 
disait-elle : le sang la travaille. Vols insignifiants dans les maga- 
sins du Printemios : acquittée. (Lunier, Ann. méd. psych., t. IV, 
p. 230.) 

Voir également les observations 10, 26, 78, 79, 91, 216. 



CHAPITRE II 

Pyromanie. 



Les peines infligées 1 au crime d'incendie parles articles 434 
et 436 du Code pénal sont assez sévères pour que cette étude 
mérite toute l'attention du médecin légiste. Un incendie n'est 
pas toujours l'effet d'un accident, ni l'œuvre de la mal- 
veillance, de la jalousie ou de la vengeance. Il peut avoir 
pour cause une volonté malade, agissant irrésistiblement 
sous l'influence d'une impulsion qui porte à incendier avec 
plus de force encore que la faim ou la soif ne portent à 
manger ou à boire. 

La propension à la pyromanie est si puissante, que des 
incendiaires déjà condamnés ne peuvent s'empêcher de réci- 
diver bien qu'ils sachent que la peine capitale les attend ; 
quelquefois, découragés par l'inanité de leurs efforts et 
prévoyant l'issue fatale de la lutte qu'ils soutiennent vaine- 
ment contre leur penchant, à la veille de succomber une 
nouvelle fois, ils ont recours au suicide pour mettre fin à 
leurs tourments. 

Il n'entre pas dans mon cadre de faire Pédologie complète 
de la pyromanie et de décrire tous les signes qui la font 
reconnaître, je ne parlerai que de ce qui a trait à mon sujet, 

4 Elles varient suivant les circonstances énumérées dans l'article 434 : 
peine de mort, travaux forcés à perpétuité, travaux forcés à temps, 
réclusion. La menace d'incendie est punie comme la menace d'assas- 
sinat (Art. 436). 



PYROMANIE 145 

voulant amener le lecteur à cette conclusion : « Lorsque sans 
motif bien avoué, une femme, paraissant d'ailleurs posséder 
toute sa raison, se rend coupable du crime d'incendie, le 
tribunal ne doit jamais négliger de faire statuer sur l'exis- 
tence de la pyromanie, et le médecin expert dont l'examen, 
en pareil cas, ne porterait pas sur la menstruation, man- 
querait gravement à la tàclie que la justice attend de 
lui. » 

La plupart des auteurs qui se sont occupés de la question 
(Ernest Platner, Osiander, K, Henke, Marc, Marandon de 
Montyel) accordent à la menstruation un rôle prépon- 
dérant dans la genèse de la pyromanie. C'est surtout à la 
puberté qu'ils ont observé son extrême fréquence ; ils l'ont 
notée aussi à la ménopause et pendant toute la période active 
de la fonction menstruelle, plus particulièrement lorsque 
celle-ci présente un état pathologique. 

La pyromanie est si commune à l'époque de la puberté 
que certains l'ont définie : « Une perturbation de l'esprit 
qui, 'lors de la puberté, pousse les jeunes filles à commettre 
des incendies. » Les médecins allemands ont fait remarquer 
que les auteurs d'incendie étaient le plus souvent des jeunes 
filles de neuf, douze, quinze et dix-huit ans. C'est Henke surtout 
qui, parmi eux, a étudié la pyromanie avec le plus grand 
soin. 11 a constaté qu'elle coïncidait fréquemment avec les 
efforts de la première menstruation. Cette vérité résulte pour 
lui de la lecture des Annales judiciaires publiées par Klein. 
La plupart des pyromanes dont l'histoire est renfermée dans 
ces annales, offraient un changement insolite en rapport avec 
le développement retardé, arrêté ou troublé des fonctions 
sexuelles, au point que Henke s'est cru autorisé à admettre 
comme principe la proposition suivante: « L'envie du feu, 
chez la jeune fille, résulte particulièrement d'une involution 
organique irrégulière à l'époque ou à l'approche de la 
puberté. » 

s. ICARD. 10 



146 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

G.-H. Massius' s'exprime d'une manière très nelle sur l'exis- 
tence de la pyromanie en rapport avec la menstruation. 11 
confirme le principe établi par Henke enassurant qu'il résulte 
des procédures criminelles que le plus grand nombre des 
incendies a été commis par des personnes du sexe féminin 
âgées de douze à dix-sept ans. ou encore, ainsi que le dé- 
montre le tome II des Archives de jurisprudence criminelle 
du Nord, par des femmes arrivées à la ménopause. 

Vers le commencement de 1830, nous eûmes en France 
une preuve éclatante en faveur du principe de Henke. A. cette 
époque, en effet, de fréquents et inexplicables incendies 
ayant désolé plusieurs contrées de notre pays, entre autres le 
département du Calvados, les enquêtes judiciaires démon- 
trèrent que les personnes accusées étaient toutes des jeunes 
filles. 

« Beaucoup de crimes, dit Osiander 2 , tirent leur source 
d'une affection particulière du cerveau, et il est bien prouvé 
que la disposition à incendier peut résulter d'une semblable 
affection, surtout pendant le développement de la puberté. » 
Et cet auteur va jusqu'à vouloir donner les raisons de cette 
pyromanie pubérale. Il l'explique (je donne son explication 
pour ce qu'elle vaut et à titre de simple curiosité) par la pré- 
dominance du sang veineux sur le sang artériel, par son accu- 
mulation dans certaines parties, spécialement dans la région 
des nerfs de l'œil. A l'époque du développement sexuel, le 
sang se dirigeant vers les organes de la génération, ceux de 
la vision se trouveraient privés d'une grande partie de leur 
irritabilité et il se développerait alors un besoin de lumière 
déterminant l'appétence au feu. 

Marc 3 , étonné de l'importance que les médecins allemands 

1 G.-H. Massius. Commentaires médico-légaux sur le droit civil et cri- 
minel, 2* cahier, Rostock, J 821 ; Manuel de méd. légale, Stendal, 1822. 
1 Osiander. Traité du suicide. Hanovre, 1813. 
3 Marc. Ann. d'hyg. et de méd. lég., 1883, t. X, p. 447. 



PYROMANIE 147 

accordaient à la puberté, a fait une enquête pour savoir si le 
crime d'incendie était aussi fréquent chez les jeunes filles en 
France qu'en Allemagne. Ses conclusions furent que, dans le 
plus grand nombre des cas, la pyromanie coïncide avec l'âge 
où « les facultés sexuelles préludent à leur développement » 
et que l'apparition des règles peut s'accompagner d'une pro- 
pension irrésistible à incendier suivie d'exécution. 

Le D r Limas 1 dit avoir constate' chez les jeunes filles 
incendiaires des troubles de la menstruation et des habitudes 
d'onanisme. 11 ajoute : « Beaucoup d'observations ont noté la 
coïncidence de cette disposition morbide avec le développe- 
ment et avec l'exagération du sens génital. » Flemming 2 fait 
la même remarque. Or, nous verrons plus loin que d'après 
Négrier, l'activité du sens génital et la force de l'appétit 
sexuel chez la femme se mesurent par l'activité des fonctions 
menstruelle etovarique. 

Ce n'est pas seulement à la puberté que l'on observe la 
pyromanie; j'ai dit, et les observations le prouvent, qu'on 
l'observe encore à la ménopause et pendant toute la durée 
de la période active. 

11 résulte de certains faits que chez la femme à l'époque des 
règles, comme chez la jeune fille à l'époque de son évolution 
pubérale, la simple vue d'un incendie est capable de faire 
naître une tendance invincible à mettre le feu. « La pyro- 
manie, dit Marandon de Montyel 3 , apparaît souvent quand 
l'organisme naît et meurt à la vie sexuelle, à la puberté et à 
la ménopause. Parmi nos malades, deux étaient à l'époque 
de la première révolution génitale; une, au retour de l'âge. 
Ces deux périodes sont les périodes critiques de l'existence, 
celles où l'organe faible succombe ; mais il semblerait que 

1 Limas. Ann.méd. psych., 1879, vol. I, p. lOi. 

* Flemming. Archives de Horn, 1830. 

3 Marandon de Montyel. Archives de Neuroloqie, 1885, t. X, p. 322, 
et in idem 1887, p. 19. 



148 PSYCHOSES MENSTRUELLES EX PARTICULIER 

l'impulsion au feu se présente avec une fréquence relative 
telle, à ces deux phases de l'évolution vitale, qu'un rapport 
existerait entre elle et l'état des organes génitaux, d'autant 
plus que chez la femme, quand la maladie éclate durant les 
années d'activité génésique, elle est habituellement liée à des 
troubles de la menstruation, particularité que l'expert ne 
doit pas ignorer. » Cet aliénisteest si convaincu de l'influence 
menstruelle que, lorsque le diagnostic de la pyromanie est 
impossible par l'examen direct, soit à cause de la dissimu- 
lation des accusées, soit à cause de leur faiblesse intellec- 
tuelle qui ne leur permet pas de fournir des renseignements 
sur l'état de leur esprit au moment du crime, il recommande 
de faire entrer en ligne de compte, comme élément précieux 
de diagnostic, l'état sexuel de l'incendiaire : puberté, méno- 
pause, troubles de la menstruation. 

Taguet 1 admet que toutes les pyromanes, si elles ne sont 
pas épileptiques ou hystériques, présentent une anomalie de 
la menstruation. « Le retard, l'absence, le désordre ou la 
suppression de l'évacuation menstruelle, dit Marc 2 , sont de 
la plus haute importance, lorsqu'il s'agit de juger l'état phy- 
sique des filles incendiaires. » Esquirol 3 est du même avis. 

C'est pour avoir négligé ces préceptes que, si souvent, la 
justice condamna comme criminelles des pauvres femmes 
absolument irresponsables de leurs actes. Je pourrais multi- 
plier les exemples à l'infini : on n'a qu'à feuilleter la Gazette 
des Tribunaux pour voir que les juges n'ont pas toujours su 
profiter des lumières que lui offrait la science. 

Observation LXV. — Une jeune fille de seize ans met le feu à 
une auberge. Le procureur soutient l'accusation avec véhémence 
et repousse l'admission de toute cause atténuante : « Un verdict 

1 Tuguet. Ann. méd. psych., novembre 1872. 

5 Marc. De la folie dans ses rapports avec les questions médico-judi- 
ciaires. Paris, 1840, t. I, p. 379. 

3 Esquirol. Maladies mentales, t. I, p. 60. 



PYROMANIE 149 

d'acquittement ne viendra pas affliger la justice. » (Annales d'hyg. 
et de méd. lég., 1838, t. XX, p. 220.) 

Trélat, à qui j'emprunte cette observation, la l'ait suivre du 
commentaire suivant : 

« Les débats n'indiquent pas même qu'on ait eula pensée de 
faire constater l'époque, les circonstances, la régularité ou 
l'irrégularité de l'évolution menstruelle. C'est une investi- 
gation qu'il ne faut jamais négliger, la monomanie incen- 
diaire est très fréquente à l'âge du développement sexuel, et 
tout ce qui le retarde, l'avance ou le caractérise, acquiert une 
grande valeur en médecine légale. Ces documents se lient 
essentiellement à l'instruction judiciaire, et, dans l'état actuel 
de la science, il n'est plus permis aux tribunaux d'en mé- 
connaître l'importance et la nécessité. » 

Observation LXVI. — Au mois de juin 183o, un incendie éclate 
à Bonneville (Calvados) ; un mois après, le 12, lo, 16, 18 juillet, 
autres incendies. La coupable est la nommée Elise liibaux, âgée 
de quinze ans. Elle fait des aveux complets, et l'enquête ne peut 
assigner à ses actes criminels qu'un fatal instinct de destruction 
et une rare précocité de vice. Le tribunal ne songe pas à s'éclairer 
de la science médicale et condamne la jeune fdle. (Voir Gazelte des 
Tribunaux, 24 juin 1836, p. 742.) 

Observation LXVII. — Rosalie P..., bizarre dès l'enfance a des 
antécédents héréditaires. La puberté se passait sans orage, lors- 
que, vers sa seizième année, en voyant mourir son père d'apo- 
plexie, elle éprouve un arrêt de la menstruation. Aussitôt la 
bizarrerie augmente, l'humeur parait moins égale et survient une 
espècede stupeur qui la rend indifférente pour sa mère qu'elle ai- 
mait pourtant et qu'elle laisse mourir. A dix-huit ans, elle entre 
chez les Trappistines de Vaise; même état psychique, elle devient 
d'une dévotion qui effraie même ces dames, menace à plusieurs 
reprises de se tuer et finit par se précipiter dans une pièce d'eau. 
Congédiée de chez les Trappistines, elle entre au couvent de Mau- 
bec, d'où elle sort bientôt pour cause de maladie. Le certificat du 
médecin porte : gastralgie, dysménorrhée, surexcitation. Ileçue 
chez les Bernardines, elle édifie tout le monde par sa bonté, sa 
piété, sa moralité, et néanmoins, du 22 au 26 septembre, elle 



150 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

allume cinq incendies dans le couvent, vole cinq couverts d'argent, 
80 francs et un coffre plein d'écus ; le 15 octobre, nouvel incendie. 
Traduite devant la cour d'assises, sur la déclaration du jury, sœur 
Rosalie a été condamnée à cinq ans de travaux forcés. Or, la 
menstruation chez elle était en souffrance. Bien plus, les cinq pre 
miers incendies et les vols coïncidèrent avec une période mens- 
truelle ; le 22 septembre, en effet, jour du premier incendie, sœur 
Rosalie avait ses règles et il est fort probable que le sixième in- 
cendie, étant donné son époque, coïncida aussi avec une période 
menstruelle. Dans le rapport du médecin expert, je n'ai pas yu 
qu'il fût question de l'examen menstruel. (Berthier. Gazette méd. 
de Lyon, 1838. p. 148.) 

Observation LXVIII. — Jeune fille, âgée de quatorze ans et dix 
mois qui, dans l'espace d'un an, incendia deux fois afin de quitter 
ses maîtres et de retourner chez ses parents. Dès son premier in- 
terrogatoire, elle avoua le second incendie et se déclara spontané- 
ment coupable du premier, dont on ne l'avait pas soupçonnée. 
L'avocat de l'accusée, ayant cherché à prouver l'absence de ma- 
turité intellectuelle, comme aussi l'existence d'un trouble physique 
et moral, fui contredit par le médecin légiste chargé du rapport. 
La Faculté de Leipzig, consultée sur la question de savoir si les 
assertions de ce dernier étaient suffisantes, déclara que, chez les 
enfants, surtout chez les jeunes filles, la nostalgie est une passion 
des plus violentes et en même temps des plus naturelles ; que la 
menstruation, lorsqu'elle n'est pas encore normalement établie, 
exerce une influence sur l'état moral du sexe féminin; que, chez 
les très jeunes filles, à l'époque qui sépare l'enfance de la puberté, 
la roideur du caractère et ce qu'on appelle vulgairement tête éva- 
porée avec tendance à des déterminations audacieuses et déses 
pérées, sont moins souvent le résultat d'un mauvais naturel que 
d'un trouble des fonctions nerveuses ; que l'accusée s'est trouvée, 
à la fois, dans un âge critique ainsi que dans les circonstances 
dont il vient d'être parlé, et que chez elle le flux menstruel a été 
parfois excessif, parfois faible et même nul. La question cependant 
fut résolue autrement par le tribunal qui déclara la jeune lille ir- 
responsable du premier incendie, mais responsable du second, se 
basant sur ce que ses règles étaient établies et qu'aucun fait, au- 
cun symptôme morbide n'existaient pour prouver qu'un désordre 
de la menstruation avait pu contribuer à déranger ou à affaiblir 
les fonctions intellectuelles. En conséquence, la prévenue fut con- 



PYROMANIE 1 51 

damnée à la peine de mort!!! (Ernest Platner, Quest. med. forens. 
Part. XII. De excusalione œlatis observatio. Lipsiœ, 1824.) 

Observation LX1X. — En 1802, une femme de quarante-cinq 
ans fut décapitée et son corps brûlé dans une ville d'Allemagne 
pour crime d'incendie. La manie incendiaire lui était venue depuis 
qu'il lui avait été donné, vers l'âge de la ménopause, d'être témoin 
d'un incendie dans son pays. Elle donnait pour raison que c'était 
chez elle un penchant irrésistible. Malgré la crainte, la terreur et 
le repentir qu'elle éprouvait après chaque incendie, elle ne pou- 
vait s'empêcher de recommencer une autre fois. (Archives géné- 
rales de médecine, t. VIII, p. 317.) 

Dans d'autres cas, et malheureusement ils ne sont pas assez 
nombreux, les tribunaux ont su tenir compte de l'opinion 
du médecin expert. Albrecht Mickel i appliqua la doctrine 
de Kenke dans un cas fort compliqué relatif à une incen- 
diaire âgée de seize ans. Dans quelques observations 
extraites des Annales de Klein, les circonstances de la 
menstruation ont même été indiquées dans les actes judi- 
ciaires, bien que, presque toujours, les recherches médico- 
légales n'aient pas été assez profondes. Toutes les fois que 
la Faculté de Leipzig a été consultée, elle s'est fermement 
prononcée en faveur de l'influence de la menstruation et du 
développement sexuel sur l'origine de la monomanie incen- 
diaire. 

Quelles sont les règles à suivre lorsque le médecin se 
trouve chargé d'investigation sur l'existence de la pyromanie 
sous l'intluence de la menstruation? Voici d'après Marc, les 
circonstances qui doivent être prises en considération : 

1° L'époque à laquelle la pyromanie se développe chez les 
jeunes sujets comme résultat d'un développement anormal 
des fonctions sexuelles, coïncide à peu près avec l'intervalle 
compris depuis la douzième jusqu'à la vingtième année, 
quelquefois de la dixième à la onzième année. 

1 Albrecht Mickel. Matériaux sur la psychologie judiciaire, 1820. 



152 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

2° S'il existe des symptômes, des indices d'un développement 
irrégulier, des signes de mouvements critiques marqués au 
moyen desquels la nature cherche à parfaire l'évolution, ils 
doivent être saisis en faveur de l'inculpée. 

3° S'il existe, avant l'exécution de l'acte incendiaire, des 
symptômes de développement dans l'appareil génital, comme 
des efforts de menstruation, ils mériteront la plus grande 
attention. Ils rendront d'autant plus vraisemblables que le tra- 
vail du développement sexuel trouble les fonctions du cer- 
veau, qu'ils seront eux-mêmes étayés d'autres symptômes 
comme absence, retard, suppression, diminution, abondance, 
difficultés et autres désordres de l'évacuation menstruelle. 

Marc ne dit rien de la période active, ni de la ménopause. Le 
médecin expert cependant, quel que soit l'âge de l'inculpée, 
doit toujours rechercher l'influence de la menstruation et 
voir si l'impulsion incendiaire a coïncidé avec une époque 
menstruelle ou avec rétablissement de l'âge critique ; il ne 
doit jamais manquer de consigner ces circonstances dans 
son rapport. 

Observation LXX. — Une jeune fille de douze ans allume trois 
incendies et étouffe à dessein deux enfants. (In Annules judiciaires 
de Klein, vol. VII.) 

Observations LXXI et LXXII Une nommée Kostorf, âgée de 

douze ans et demi, et une autre jeune fille mettent le feu pour 
pouvoir quitter leurs maîtres. [Idem., vol. XIII.) 

Observations LXXI1I et LXXIV. — Komnraska, âgée de douze 
ans et demi, et Florin, âgée de quatorze ans, toutes deux servantes 
et mécontentes de leur position, mettent le feu pour quitter le 
service. (In idem., vol. XX.) 

Observation LXXV. — Thréèse X..., âgée de quatorze ans, est 
une héréditaire vésanique par sa mère et par son père. Avec une 
ruse et une habileté incroyables, elle était parvenue à tromper la 
surveillance et avait mis sept fois le l'eu pour se venger de sa 
famille et des habitants du village qui, sans affection ni sympa- 
thie pour elle, lui infligeaient de mauvais traitements ou la pour- 
suivaient de quolibets. Elle était toujours la première et la plus 



PYROMANIE 153 

empressée à porter secours. Or, Thérèse était à l'époque critique 
de la puberté : réglée depuis un an, sa perversion morale et ins- 
tinctive s'en était accrue ainsi que ses habitudes déjà anciennes 
d'onanisme et de lubricité. Irresponsable. (Marandon de Montyel, 
Archives de neurologie, 1885, t. X, p. 343.) 

Observation LXXVI. — Une jeune paysanne, âgée de quatorze 
ans, mit le feu après avoir été maltraitée par sa maîtresse. Elle 
avoua tout et ne donna aucun signe d'aliénation mentale. Cepen- 
dant la Faculté de Leipzig, se fondant d'une part sur la faiblesse 
des facultés 4iiorales et d'autre part sur l'absence de tout déve- 
loppement sexuel chez cette fille, la déclara irresponsable. (Ernest 
Platnei , Quest. med. forens. De veniaœtatis observatio. Lipsiœ, 1824.) 

Observation LXXVII. — Une fille de moins de quinze ans, nom- 
mée Grabowska, atteinte de nostalgie, mit deux fois le feu, afin 
de pouvoirquitler ses maîtres. Elle déclara que, dès le moment 
où elle entra à leur service, elle fut sans cesse obsédée du désir 
d'incendier. On a remarqué que cette fille a souffert pendant long- 
temps de violents maux de tète et que la menstruation était en 
retard chez elle. (Marc, Ann. d'hygiène et de médecine légale, 1833, 
t. X, p. 435.) 

Observation LXXV1II. — Le 28 août 1835, Joséphine Duchemin, 
âgée de quatorze ans et demi, met le feu chez ses maîtres. On ne 
put trouver aucun motif pour expliquer pareille détermination. 
Joséphine avait eu soin de mettre à l'abri du danger, au moment 
où personne ne la soupçonnait encore, l'enfant du fermier confié 
à sa garde. [Gazelle des Tribunaux, 9 septembre 1835, p. 107-9.) 

Observation LXX1X. — Marie-Emilie, âgée de seize ans, n'ayant 
jamais été menstruée, éprouve des maux de tête, des palpitations, 
desgoûls bizarres. Puis, sous l'empire d'instinct morbide, elle met 
le feu dans plusieurs endroits et vole dans les églises. On la traduit 
en cour d'assises, qui la renvoie à l'asile d'aliénés de Maréville. 
Sous l'inlluenee d'une médication appropriée, les règles sont 
venues, les instincts se sont modifiés, le caractère s'est montré 
plus franc, plus expressif, et deux ans après son entrée, elle offrait 
les signes d'une franche guérison. (Morel, Etude classique sur les 
mal. ment., 1852, t. I 01 ', p. 319.) 

Observation LXXX. — Kleinbarth, âgé de dix-sept ans, a incen- 
dié afin de sortir de l'état de domesticité où elle se trouve chez 
ses parents. Il n'existait en elle aucune trace sensible d'aliénation 



154 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

mentale. Parmi les motifs donnés pour établir que l'accusée n'est 
pas responsable de son acte, la Faculté de Leipzig fait surtout 
valoir que, bien qu'âgée de dix-sept ans, la fdle Kleinbarth n'est 
pas encore réglée et que ses organes de la génération n'offrent 
encore aucune apparence de développement. (Ernest Platner, 
Quest. med. forens, part. XV, Leipzig, 1824.) 

Observation LXXXI. — La jeune Eugénie P..., jusqu'alors bien 
portante et n'ayant jamais présenté de troubles intellectuels, a ses 
premières règles en février 1877. Elle a dix-sept ans. Pendant les 
trois jours qui ont précédé l'hémorrhagie, elle éprouve des dou- 
leurs abdominales, de la céphalalgie, des insomnies. Elle entend 
en elle-même des voix confuses, mais impératives qui lui comman- 
dent de mettre le feu. Elle ne peut résister à cette impulsion, et 
incendie la maison où elle est en service. Aussitôt après elle se 
sent calmée 

La deuxième époque menstruelle a eu lieu en septembre de la 
même année et s'est passée régulièrement. 

La troisième survient le24mars 1878 et se complique, comme la 
première fois, d'accidents nerveux, d'anxiété, d'obsessions, d'im- 
pulsions irrésistibles; dans cette même journée, elle met le feu à la 
maison de ses parents. A parLir de cette époque, lesrègles n'appa- 
raissent plus, et, pendant tout le temps de leur disparition, la ma. 
lade, chez qui je constatai les stigmates de l'hystérie, fut plusieurs 
fois atteinte de délire. 

Dans la nuit des 6 et 9 août, rires incoercibles, impulsions à 
détruire. Elle tente de se couper les cheveux. Elle dit qu'elle ne se 
couperait pas le cou, mais se pendrait bien; on approche évidem- 
ment d'une époque menstruelle. En effet, le 13 août de 9 heures 
à minuit, elle est prise de violentes convulsions hystériques avec 
délire ; elle se tord, se roule, criant qu'elle étouffe, que tout brûle, 
qu'elle veut mettre le feu aux quatre coins, qu'elle veut tout casser, 
tout briser. Je remarque que sa chemise est tachée d'un peu de 
sang : elle a ses règles pour la quatrième fois, mais elles se sup- 
priment dès le lendemain. La malade avoue que la veille, elle a été 
tout le jour mal à l'aise, anxieuse, qu'elle sentait venir l'accès et 
qu'elle a elle-même demandé la camisole. Elle ajoute ne se sou- 
venir de rien de ce qui s'est passé pendant sa crise. A mesure que 
la menstruation devient plus régulière, le calme renaît. 

Les 12 mars, 7 avril, o mai, retour d'une menstruation régulière 
et normale, disparition de tout symptôme hystérique ou vésa- 



PYROMANIE 155 

nique; la malade est renvoyée comme guérie. (Cullere, Les fron- 
tières de la folie, Paris, 1888, p. M9.) 

Observation LXXXIl. — Servante de dix-sept ans, continuelle- 
ment poursuivie, disait-elle, par une voix qui lui ordonnait d'in- 
cendier et ensuite de se détruire. 

Après avoir incendié, une première fois, elle avait regardé avec 
calme et plaisir l'incendie éclater; la seconde fois, elle s'était 
empressée de donner elle-même l'alarme, et, immédiatement après, 
elle avait essayé de se pendre. On ne put découvrir en elle aucune 
trace de dérangement intellectuel; mais, depuis l'âge de quatorze 
ans, elle avait été sujette à des spasmes qui, plus tard, dégéné- 
rèrent en épilepsie, dont les accès devinrent plus violents chaque 
fois qu'ils coïncidèrent avec l'époque menstruelle. Or, elle avait eu 
un fort accès, précédé d'une anxiété extrême, plusieurs jours avant 
l'incendie. La Faculté de Leipzig, consultée, fit remarquer la con- 
nexion entre l'épilepsie et l'anxiété qui caractérisait chaque époque 
menstruelle, et déclara l'accusée irresponsable (Eraest Platner, 
De àmenlia occulta alla observaiio qusedam, Qusest. mcd. forens. 
Part. II.) 

Observation LXXX1II. — La nommée Weber, servante, âgée de 
vingt-deux ans, mit trois fois le feu. Sa maîtresse avait remarqué 
en elle de la tristesse. Des témoins établirent que cette fille avait 
éprouvé, deux ans auparavant, une maladie qu'accompagnaient de 
violents maux de tête, une circulation sanguine très agitée avec 
perte de connaissance et accès épileptiques; enfin que, depuis 
cette époque, la menstruation avait cessé. (Marc, Ann. d'hyg. et de 
méd. lég., 1833, t. X, p. 435.) 

Observation LXXX1V. — La femme Toussaint met le feu à une 
grange dans laquelle se trouvait une servante qu'elle disait avoir 
commerce avec son mari. Elle a déclaré au tribunal que : <■< Huit 
jours avant ce mallieur, elle avait éprouvé une perte de sang consi- 
dérable et, à la suite, un ou deux jours de délire, que depuis ce temps 
sa tête était affaiblie, qu'elle avait eu des idées singulières, que 
l'idée de mettre le feu lui était venue, lorsqu'elle était couchée, 
qu'elle s'était levée et habillée et qu'elle était partie, en bas et en 
ebaussons, n'ayant plus la tête à elle. » Elle fut déclarée non cou- 
pable. (Gazette des Tribunaux, 23 lévrier 1831.) 

Observation LXXXV. — D'un tempérament sanguin, Marie-Anne 
B..., a toujours joui d'une santé physique excellente, niais comme 
la menstruation se produit insuffisamment chez Hlr, elle a l'ba- 



156 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

bitude de se faire saigner deux fois par an. A défaut de cette pré- 
caution, elle est prise de maux de tête, de bourdonnements d'o- 
reilles et d'éblouissements. Elle a des antécédents héréditaires. 

L'envie d'incendier s'était développée chez elle depuis que le l'eu 
du ciel avait brûlé la maison d'un voisin : « C'était pendant la nuit, 
dit-elle; j'ai entendu du bruit, j'ai vu le feu, j'ai eu une frayeur 
horrible; puis après, cela ne m'a plus rien fait; au contraire, quand 
tout a été éteint, j'aurais voulu voir encore les llammes. » 

Or, à ce moment-là, elle avait ses règles depuis la veille; sous 
l'influence de l'émotion qu'elle éprouva, elles se supprimèrent pour 
ne revenir que trente-neuf jours après, et ce fut pendant cet inter- 
valle que, poussée par une impulsion irrésistible, elle incendia 
plusieurs maisons. « Je suis comme les hommes quand ils sont 
ivres, disait-elle, ils demandent encore à boire; moi, j'ai vu du feu, 
cela m'adonne envie de tout brûler. » (Legrand du Saule, La folie 
devant les tribunaux, Paris, 1864, p. 463.) 

Observation LXXXVI. — Femme de quarante-sept ans qui, en 
vingt-trois jours, alluma huit incendies. C'est à l'influence de la 
ménopause que le médecin de la localité rattache cet accès de 
pyromanie. (Archives de Neurologie, janvier 1887, p. 41 ). 

Voir également les observations 26, 53, 216, 225. 



CHAPITRE III 
Dipsomanie. 



Le dipsomane n'est pas un ivrogne. L'un et l'autre, il est 
vrai, s'adonnent à l'alcool et en subissent l'action funeste ; mais 
tandis que les ivrognes sont des gens qui s'enivrent quand ils 
en trouvent l'occasion, les dipsomanes sont des malades qui 
s'enivrent toutes les fois que leur accès les prend (Trélat) l . 
Les premiers, suivant l'expression devenue classique de 
M. Magnan, sont malades parce qu'ils ont bu, les autres ont 
bu parce qu'ils étaient malades. 

M. Bail 2 divise les dipsomanes en deux catégories : les 
cyniques et les mystérieux. Les cyniques ne dissimulent rien,, 
ils courent les cabarets et les cafés donnant partout le spec- 
tacle de leur ivresse et acceptant le premier venu comme 
compagnon de leur orgie. Les mystérieux ou pudiques 
s'enveloppent de précautions et cherchent à garder le secret 
de leur habitude. « Plus d'une existence régulière en appa- 
rence, ajoute l'éminent professeur, est traversée par des 
crises dont personne n'a jamais soupçonné la gravité. » 

Les dipsomanes sont doublement dangereux et par leur 
état d'ivresse qui les soustrait momentanément à l'empire de 
la raison, et par leur état maladif qui, en dehors même de 
toute influence alcoolique immédiate, en fait des impulsifs 

1 Trélat. La fulii lucide. Paris, 1861, p. 263. 

* Bail. Leçons sur les maladies mentales. Paris, 1883, p. 672. 



158 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

redoutables: penchant irrésistible au vol, à l'incendie, au 
suicide, au meurtre et à l'anthropophagie. On constate sou- 
vent l'excitation génitale « surtout chez les femmes qui sont 
quelquefois atteintes d'une véritable fureur utérine » (Bail). 

Les accès de dipsomanie présentent un caractère essen- 
tiellement intermittent et paroxystique. Toutes les boissons 
sont bonnes pourvu qu'elles soient fortes. Les femmes y sont 
plus sujettes que les hommes dans une assez forte proportion 1 , 
et c'est dans les classes aisées et instruites de la société plutôt 
que dans les classes pauvres, qu'on l'observe le plus fréquem- 
ment: sur 54 femmes dipsomanes, 41 appartiennent à la classe 
aisée ou riche, 13 seulement à la classe ouvrière (Decaisne). 
Lorsque l'accès arrive, lorsque le moment de boire a sonné 
pour ces malheureuses, elles oublient tout pour satisfaire 
leur abjecte passion. A un verre d'alcool, les plus sobres sacri- 
fient leur dignité de femme, leurs devoirs d'épouse et de mère. 
Leurs ressources épuisées, elles vendent jusqu'à leurs vête- 
ments ; les plus honnêtes foulent aux pieds leurs principes, 
n'ont point honte de voler et vont jusqu'à faire métier de leur 
corps pour se procurer quelque argent. On a vu des "mères 
vendre leurs enfants pour quelques verres d'eau-de-vie. 

L'orage calmé, elles ont conscience de leur état, prennent 
des résolutions, se fortifient contre l'assaut à venir ; mais 
c'est en vain qu'elles résistent : leur constitution l'emporte, 
et, à l'approche ou pendant une nouvelle attaque, honteuses 
de leur conduite et pleines de mépris pour elles-mêmes, ces 
malheureuses, impuissantes contre leur passion, cherchent 
souvent un suprême refuge dans les bras de la mort. 

« Bois donc, misérable ; bois donc ivrogne, vilaine femme 
qui déshonore ta famille. » Ainsi s'invectivait une dipsomane 
de Trelat, et, ce disant, elle mêlait des excréments à son 
breuvage alcoolique... et elle buvait ! 

1 Voir Gullerre. Les frontières de la folie. Paris, 1888, p. 105.; 



DIPSOMANIE 1 59 

On ne saurait nier ici le rôle de la menstruation. 

La première attaque coïncide souvent avec la première 
éruption des règles ; la maladie cesse alors complètement avec 
la crise pubérale pour se reproduire quelquefois à la méno- 
pause, ou persiste plus ou moins longtemps avec des accès 
revenant régulièrement à chaque époque. 

D'autres fois, c'est pendant la période active ou à l'âge cri- 
tique qu'on note le début. Bouchardat et Delasiauve 1 sont 
les premiers à avoir observé qu'à la ménopause se révélait 
tout à coup un goût très prononcé pour les boissons : Royer- 
Collard en rapporte plusieurs exemples. 

M. le professeur Bail admet le rôle de la menstruation 
dans l'étiologie de la dypsomanie. « Chez la femme, dit-il, 
(loc. cit., p. 676), il faut tenir compte de tous les antécédents 
de la vie génitale : la menstruation est souvent l'occasion de 
pareils désordres ; la ménopause à son tour peut marquer le 
début de la dypsomanie. » 

On a vu des femmes qui, pour réagir contre leur penchant, 
portaient la sobriété jusqu'à ne boire que de l'eau pendant 
toute la période intermenstruelle et qui, à l'époque de leurs 
règles, vaincues par l'impulsion, se livraient aux derniers 
accès de l'alcoolisme. 

Le D r Decaisne de Paris a lu au Congrès des Sociétés 
savantes, dans la séance du 25 mai 1888, un très curieux 
mémoire sur la dypsomanie chez la femme 2 . L'auteur a 
poursuivi ses études sur l'alcoolisme pendant vingt-cinq ans; 
il a pu recueillir cinquante-quatre observations de femmes 
dipsomanes. Or, sur ce nombre, plus de la moitié subirent 
l'influence menstruelle : i24, âgées de quarante-cinq à 
cinquante-quatre ans, eurent leurs premiers accès à l'époque 



1 Delasiauve. Journal de médecine mentale, juillet 1861, p. 2io. 
* Je remercie M. Decaisne de l'obligeance avec laquelle il a mis son 
manuscrit à ma disposition : je lui emprunte les observations 87, 88,89. 



160 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

de la ménopause; 7, âgées de quatorze à dix-sept ans, à l'oc- 
casion de l'établissement plus ou moins irrégulier ou diffi- 
cile de la menstruation. Les observations qui suivent sont 
des plus concluantes. 

Observation LXXXVII. — M lle B..., pensionnaire dans une des 
grandes institutions de Paris, éprouva à l'âge de quinze ans, au 
moment de l'établissement des époques, des troubles digestifs 
contre lesquels on employa vainement toutes sortes de remèdes. 
Son sommeil était agité et elle éprouvait une difficulté très grande 
pour le travail intellectuel. 

Les vacances de janvier lui permirent de retourner dans sa 
fimille. Quelques jours après, on reçut une lettre de la supé- 
rieure du couvent avertissant les parents que certaines révélations 
des compages de M lle B... et d'une infirmière portaient à croire 
que la jeune fdle buvait depuis deux mois du rhum, de l'eau-de- 
vie, de l'eau de mélisse et même de l'eau de Botot qu'elle se pro- 
curait par toutes sortes de moyens. 

Les parents établirent une surveillance active et découvrirent 
bientôt la vérité. 

Des aveux de la jeune fille même, on put établir qu'au couvent 
elle avait eu, en deux mois, deux accès de dipsomanie, qui avaient 
duré chacun huit jours. En dehors de ses accès, elle avait un 
dégoût prononcé pour les boissons fortes. Avec le retour régulier 
des époques M ,le B... recouvra une santé parfaite et une aversion 
profonde pour les liqueurs alcooliques. 

Observation LXXXVIII. — M 1Ie G..., d'un tempérament franche- 
ment lymphatique, n'était pas encore réglée à seize ans. 

A cette époque, elle éprouve les préludes de la menstruation, 
et l'on eut pour sa poitrine des inquiétudes qui cessèrent avec les 
premières apparitions des règles. A partir de ce moment, l'humeur 
de M llc C... changea tout à coup. Elle devint triste et irritable, 
aimant à rester seule et pleurant souvent. En même temps, elle 
présentait tous les symptômes de l'intoxication alcoolique. Deux 
fois, au moment de ses époques, elle avait eu de véritables métror- 
rhagies. 

M lle C..., que j'interrogeai, m'avoua que, depuis longtemps, elle 
avait de véritables accès de dipsomanie qui duraient cinq ou six 
jours, au moment des époques, pour reparaître régulièrement à 
l'époque suivante. 



DII'SOMANIE 161 

J'ai suivi cette malade pendant deux ans. Les accès de dipso- 
manie finirent par ne se représenter que tous les deux mois, puis 
tous les quatre mois, et ils disparurent complètement au bout de 
dix-huit mois, époque à laquelle M llc G... se maria. 

Observation LXXXIX.. — M me B..., quarante-trois ans, est une 
femme d'une bonne constitution. Elle a été réglée à quinze ans; 
mariée à vingt ans, elle a eu deux enfants. 

Au moment de la première apparition des règles dont l'établis- 
sement a été laborieux, elle a été prise d'un goût très prononcé 
pour les boissons alcooliques, surtout pour l'anisette et le kirsch, 
dont elle buvait sept à huit petits verres par vingt-quatre heures, 
pendant cinq à six jours, à chaque époque menstruelle, malgré 
toutes les remontrances de ses parents et la surveillance dont elle 
était l'objet. 

Dans l'intervalle d'une époque à l'autre, honteuse de sa passion, 
elle ne buvait que de l'eau. 

A partir de la huitième époque, elle rompit tout à fait avec cette 
habitude. Depuis l'âge de seize ans, jusqu'à quarante-trois ans, elle 
n'a jamais bu de liqueur et avait même un dégoût prononcé pour 
le vin. 

A quarante-trois ans, M me B... éprouva dans la menstruation les 
troubles ordinaires qui indiquent la cessation de cette fonction. 
C'est alors que se réveilla chez elle le goût pour les boissons fortes 
qu'elle avait éprouvé dans sa jeunesse. 

Bientôt elle ne s'appartint plus, elle buvait de tout et partou 
avec tout le monde. Son humeur de douce qu'elle était, devint 
acariâtre et sombre. Tout à coup, un mois juste après cet accès 
de dipsomanie, M me B... se remit au régime de l'eau, demandant 
pardon à son mari de ses excès de boisson. On put croire que tout 
était définitivement rentré dans l'ordre. Trois mois après, elle pré- 
sentait les symptômes de l'alcoolisme : crampes d'estomac, pituite, 
tremblement des mains, fourmillement des pieds, hallucinations, 
cauchemars, terreurs sans motif, etc., etc. Elle eut en quinze 
jours deux pertes utérines fort abondantes, des vomissements de 
sang et plusieurs poussées d'éruptions cutanées. 

Je fus appelé en consultation. M mo B..., après bien des hésita- 
lions et des réticences, me confessa qu'elle était revenue à sa mal- 
heureuse passion. Dans la vie de famille, elle ne buvait que de 
l'eau, mais en cachette, elle absorbait chaque jour jusqu'à dix ou 
douze petits verres d'absinthe, de rhum ou d'eau-dc-Yic. 

s. ICAHD. 1 1 



162 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

Cinq mois plus tard, je revis M me B... en parfaite santé. La mé- 
nopause s'était définitivement établie, et tous les accidents avaient 
disparu. Elle avait renoncé à toute espèce de boissons fortes et 
«< elle se croyait, disait-elle, dans un autre monde ». 

Observation XC. — Une veuve de trente et un ans, éprouve du 
changement dans le flux menstruel : aussitôt elle s'abandonne à 
un usage copieux du vin et présente les symptômes de l'hystéro- 
épilepsie. Plusieurs médicaments furent employés sans succès. Un 
second mariage lui est alors conseillé : elle choisit un mari jeune 
et très amoureux, devient bientôt enceinte et se rétablit parfai- 
tement. (Lanzonius, Ephémêrides des curieux de la nature ■> 
1691.) 

Observation XGI. — M me B..., trente-cinq ans; antécédents hé- 
réditaires et personnels. 

Le premier accès de dipsomanie s'est produit à la puberté, lors 
de l'éruption menstruelle, et s'est renouvelé à diverses reprises au 
moment des règles. 

Un jour, sans avertissement d'aucun genre, on la voyait ivre, 
hargneuse, s'abandonnant à la violence ; dans la nuit, les règles 
arrivaient, et le lendemain elle était guérie. 

D'habitude, pendant ses accès, elle cesse tout travail et se cache 
le plus possible. Depuis la puberté, les crises dipsomaniaques 
n'ont cessé de se produire. Elle s'est mariée à dix-huit ans : pen- 
dant le cours de ses grossesses, les accès se suspendaient d'une 
façon complète, mais se reproduisaient quelques jours après l'ac- 
couchement. 

On reconnaît l'imminence de la crise à ses yeux égarés ; elle 
devient triste, absorbée, somnolente: elle est méchante et frappe 
brutalement ses enfants. Elle se met à boire, surtout de l'eau-de- 
vie, mais au besoin, tout ce qui lui tombe sous la main. Même 
sans argent, elle réussit à se procurer de l'alcool. Elle a volé plu- 
sieursfois. 11 lui est arrivé de dire : « Si vous m'empêchez déboire, je 
me ferai du mal. » Elle est souvent ivre au point de rouler dans les 
rues et les chemins. (Cullere, Les frontières de la folie, p. 105, 
Paris, 1888.) 

■ Observation XCII. — Madame a toujours été sobre et d'une con- 
duite régulière. A quarante-deux ans, elle éprouve les premières 
anomalies delà menstruation: elle a des maux d'estomac et des 
lassitudes spontanées. Dans l'espoir de se fortifier, elle boit du 
vin, elle augmente peu à peu la quantité et finit par boire à l'insu 



DII'SOMANIE 163 

de son mari et de sa famille. Plus tard, elle se procure de l'eau- 
de-vie, elle s'enivre, etl'ivresse l'oblige à rester couchée une grande 
partie de la journée. Cette dépravation a persisté pendant six ans. 
Les menstrues ont cessé de couler: peu à peu, madame s'est bien 
portée, a pris en aversion les liqueurs fortes, même le vin, est 
rentrée dans ses habitudes de' sobriété, et jouit d'une excellente 
santé, jusqu'à l'âge de soixante-douze ans. (Esquirol, Maladies 
mentales, t. il, p. 75.) 

Observation XCIII. — Femme L..., cinquante-deux ans, aucun 
antécédent héréditaire ni personnel. Réglée à quatorze ans et 
demi, depuis menstruation tous les mois, toujours très régulière 
et durant cinq à six jours. Caractère gai, aimant à plaisanter, elle 
s'est toujours bien entendue avec son mari qu'elle affectionnait. 

En 1885, à l'âge de cinquante ans, ses règles deviennent irrégu- 
1 ières et plus abondantes, durent sept à douze jours. Elle est alors 
prise de dégoût de la vie, dit-elle, toujours triste, rien ne pouvaitla 
distraire : elle s'ennuyait partout, surtout dans son intérieur, dont 
elle s'occupait très peu. Elleeut plusieurs discussions avec sonmari 
qu'elle accusait de la négliger et de sortir pour aller s'amuser. Les 
voisins lui en veulent, la regardent passer dans la rue, disent à son 
mari de la quitter. 

Au commencement de 1887, elle s'est mise à boire. Elle ne buvait 
que du vin et plutôt à certaines époques qu'à d'autres. A son entrée 
dans l'asile, elle présentait des symptômes très nets d'alcoolisme 
aigu, occasionné par ses accès de dipsomanie. Les règles n'ont plus 
reparu depuis six mois, et la malade est calme. (Bruant, Thèse de 
Paris, 1888, p. 49.) 

Voir également les observations: 64, 97, 158. 



CHAPITRE IV 
Monomanie homicide. 



Henriette Gornier, domestique, âgée de vingt-sept ans, 
avait porté toute son affection sur la petite fillette d'une de 
ses voisines et se plaisait à la combler de caresses. Un jour, 
le 4 novembre 1826, elle obtint de la mère la faveur de la 
garder quelques instants. Aussitôt, elle l'amène dans sa 
chambre, l'étend sur un lit, dispose un vase pour recevoir le 
sang; puis, s'armant d'un couteau de cuisine, elle lui tranche 
la tête. La tête tombée, elle l'enveloppe d'un linge et l'envoie 
rouler dans la rue à travers la fenêtre. Cet incident fait rumeur 
et porte l'effroi dans le quartier; la police judiciaire arrive et 
trouve Henriette assise d'un air tranquille et sans la moindre 
émotion auprès du cadavre de son innocente victime. 

Rien ne put expliquer ce crime atroce : Henriette était 
d'un caractère très doux et aimait beaucoup les enfants ; il 
n'existait entre elle et sa voisine aucune inimitié, ni jalousie. 
A toutes les questions qui lui furent faites, elle répondit : « Je 
ne sais, j'ai eu une idée subite, quelque chose de plus fort 
que moi m'a poussée. » 

Une pléiade d'hommes illustres écrivirent sur le procès 
d'Henriette Gornier. Forts de l'enseignement récent de 
Pinel sur la manie sans délire, ils essayèrent de démontrer 
qu'en dehors de tout dérangement de la raison, il peut se 
développer accidentellement, chez la personne la plus 



MONOMANIE UOMICIDE 165 

honnête, une impulsion aveugle, un penchant irrésistible à 
des actes de férocité et de barbarie. 

Une des plus belles études fut sans contredit celle de Marc, 
membre de l'Académie et expert près la Cour royale de 
Paris l . Elle se terminait par ces paroles : « Il est une cir- 
constance physique qui a immédiatement précédé et accom- 
pagné l'événement funeste du 4 novembre : elle mérite 
l'attention la plus sérieuse. Henriette Cornier était alors à 
l'époque de l'évacuation menstruelle : elle avait ses règles. Ce 
fait, selon moi, est d'une importance extrême, et pour prou- 
ver que mon opinion de l'influence qu'il a pu exercer sur 
l 'acte commis par Henriette, résulte de mon intime conviction 
et non du désir de chercher péniblement des possibilités en 
faveur de l'accusée, il suffira de rapporter textuellement ce 
que j'ai consigné, il y a quatorze ans, comme principe de doc- 
trine sur ce sujet 2 . Après ce qui vient d'être dit, je m'abstiens 
de tout autre raisonnement, de toute autre réflexion, je répète 
seulement que, le 4 novembre dernier, Henriette Cornier 
avait ses règles. » 

L'intervention de la science ne fut vraiment pas heureuse 
dans cette affaire. Le ministère public fut sourd à sa voix, et, 
loin de trouver dans la coïncidence signalée par Marc une 
cause d'acquittement ou une circonstance atténuante, n'y vit 
au contraire qu'une nouvelle preuve contre l'accusée. « Elle 
n'a éprouvé aucun trouble, dit-il, puisque ses règles n'ont 
pas été supprimées et ont continué leur cours », et Henriette 
Cornier fut condamnée aux travaux forcés à perpétuité et à la 
marque infamante des lettres T. P. 

Le cas de cette malheureuse femme n'est pas un fait isolé 
dans la science et les observations que j'ai réunies m'auto- 



' Consultation médico-légale sur H...C. femme Berlon, par C. -II. Marc, 
Paris, 1827. 
1 In Dictionnaire des sciences meut, en 60 vol., art. Aliéné, p. 66. 



166 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

risent à dire que le tribunal aurait dû accorder plus de crédit 
à la parole autorisée de Marc. 

Dans cette affaire, le célèbre aliéniste s'était inspiré d'un 
procès retentissant qui, quelques années auparavant, avait 
occupé le monde scientifique en Danemarck. 

Le 8 novembre 1821, la nommée Marie-Anne Lorentzen se 
présente devant la justice de Copenhague et demande qu'on 
l'arrête pour avoir maltraité sa maîtresse. Cette fille est 
sujette aux maux de tête, à l'insommie et à des interruptions 
des règles qui exagèrent ces accidents. Chaque fois qu'elle 
entend parler d'un assassinat, elle éprouve un sentiment 
d'horreur. Au mois de juillet, les règles subissent de plus 
grandes irrégularités : les vertiges, la céphalalgie augmen- 
tent. Au mois de septembre, les règles cessent de paraître ; 
la mémoire s'égare quelquefois, et la malade, pendant ses 
heures d'insomnie, est prise de mélancolie, de cauchemars, 
d'envies homicides. Le 8 novembre, elle essaie de tuer sa maî- 
tresse contre laquelle pourtant elle n'a aucun grief. Elle se 
raisonna longtemps avant de tenter son action criminelle, 
réfléchit sur la peine capitale qui l'attendait, se lamenta 
d'être la cause du déshonneur qui allait retomber sur sa 
famille ; mais rien ne put l'arrêter, elle dut céder à son im- 
pulsion, et, si le crime ne réussit pas, ce ne fut certes pas 
mauvaise volonté de sa part. Un instant, avant de se cons- 
tituer prisonnière, elle avait songé à se donner la mort, et 
c'est dans cette intention qu'elle s'était sauvée à travers 
champs : chemin faisant, elle changea d'avis '. 

Le professeur Wendt. le professeur Lund, tous les membres 
éminents du Collège de santé de Copenhague, consultés parle 
parquet, se déclarèrent nettement et formellement en faveur 
de l'influence menstruelle et conclurent à l'irresponsabilité. 
Plus heureuse qu'Henriette, Anne-Marie fut acquittée. 

1 Annales de Henke, 1827, 3" cahier, Copenhague. 



MONOMANIE HOMICIDE 167 

La connaissance de la monomanie homicide d'origine 
menstruelle est, du reste, aussi ancienne que la médecine. 
Elle est signalée dans les livres hippocratiques 1 et les auteurs 
qui suivirent, n'étant que les commentateurs d'Uippocrate, 
lui donnèrent tous une part dans leur enseignement. 

Lacaze et Bordeu considèrent comme « centre primitif d'où 
peut se propager le délire impulsif des actes, les organes de 
la reproduction, surtout ceux de la femme dont l'empire est 
si grand ». 

Les auteurs d'aujourd'hui n'ont pas d'autres doctrines, et 
M. Gullerre 2 , se faisant l'écho de la science moderne, pou- 
vait écrire récemment : « La forme paroxystique des impul- 
sions à l'homicide ressort de beaucoup d'observations. 
Diverses circonstances physiques, comme l'époque de la pu- 
berté, l'éruption des règles, coïncident avec le retour de 
l'accès. » 

Nous avons vu que les folles deviennent souvent homicides 
à l'époque de leurs règles. Mais inutile d'insister, laissons 
parler les faits. 

Observation XCIV (bis et ter). — Une bonne, âgée de quinze 
ans, égorge un enfant de deux ans dont on lui avait confié la 
garde. On reconnaît que, le même jour, elle avait ses règles pour 
la première fois. Le rapport des médecins fut favorable à la non- 
responsabilité. 

Une fille, réglée sur le tard, tue l'enfant de sa voisine. On l'ar- 
rête, elle ne se rappelle rien et affirme avoir perdu la mémoire. 
Dans la prison, elle a une deuxième époque menstruelle qui se 
caractérise, cette fois, par un état de mélancolie avec refus des 
aliments. Elle ne se rappelle toujours rien de la première mens- 
truation. (Brouardel. Etat mental des femmes sous l'influence des 
fonctions génitales, Gazette des hôpitaux, 28 mars 1888.) 

Une jeune tille de quatorze ans, très bonne et très douce jusque- 
là, tue son père, lui ouvre la poitrine et lui mange le cœur. Cette 
observation est extraite d'un opuscule de Wendt dans lequel se 

1 llippocrate. Maladies des jeunes filles, t. VII, p. 167. 
4 Cullerre. Les frontières de la folie. Taris, 1888, p. 101. 



168 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

trouveut plusieurs autres observations de perturbation mentale, 
au moment de l'évolution pubérale. perturbation accompagnée 
d'actes homicides et incendiaires. 

Observation XCV. — Le 16 avril 1874, Héloïse-Désirée, veuve 
D..., âgée de trente et un ans, sortit dans la soirée accompagnée 
de ses deux enfants. Arrivée auprès d'une mare, elle prit sous son 
bras sa petite fille âgée de cinq ans et, tenant fortement par la 
main son petit garçon âgé de huit ans, elle se jeta violemment 
dans la mare en entraînant ses enfants. Elle fut retirée, mais les 
deux enfants furent noyés i . M. .Legrand du Saule, qui fut chargé 
d'examiner cette femme, constata dans son rapport que la veuve 
D... était au deuxième jour de l'apparition de l'époque mens- 
truelle lors de sa crise et qu'elle présentait de la céphalalgie et 
des troubles momentanés de la raison presque à chaque époque 
menstruelle. Elle fut placée à l'asile de Vaucluse. (Legrand du 
Saule, Les hystérique*, p. 480, Paris, 1883.) 

Observation XCVI. — Une femme de bonne santé habituelle- 
ment a quelques démêlés légers avec son mari, devient mélanco- 
lique, puis, au bout de quelques jours, coupe le cou à ses trois 
enfants et se blesse elle-même avec un rasoir. 

Elle répond à l'interrogatoire qu'elle n'a aucun souvenir de son 
crime, que le sang lui est monté à la tête parce que les règles, 
attendues depuis huit jours n'avaient pas apparu. Diverses cir- 
constances, l'apparition des règles trois semaines plus tard, firent 
conclure aux médecins que cette femme avait commis le crime 
en pleine connaissance de cause. 

Cependant elle entra dans le service d'aliénés de Westphal. Pen- 
dant dix mois, la menstruation resta suspendue; en même temps, 
l'accusée présentait un état de mélancolie assez prononcé avec un 
peu d'abattement et d'anorexie. Tous ces symptômes disparurent 
brusquement au moment où l'écoulement menstruel se rétablit. 

En conséquence Westphal conclua que cette femme ne jouissait 
pas de sa raison au moment de l'infanticide; elle fut acquittée par 
le jury. (Westphal, Charité annalen, III Jahrg., 1878, p. 370.) 

1 Depuis quelque temps, il existe une véritable épidémie de pareils 
drames. Trop souvent les journaux nous racontent l'histoire lamen- 
table d'une femme qui s'est détruite avec tous ses enfants. La publicité 
de pareils faits ^devrait être interdite : elle nous paraît malsaine et 
n'est certainement pas pour rien dans la détermination funeste de cer- 
taines prédisposées. 



MONOMANIE HOMICIDE 169 

Observation XCVII. — Agnès Paterson, âgée de vingt-huit ans, 
a des prédispositions héréditaires, surtout du côté de sa mère. 

Au mois d'août 1871, elle a été fortement éprouvée par la perte 
de deux de ses enfants ; le 3 janvier, elle égorge son troisième 
enfant, Marie-Anne, âgée de six ans sept mois, le seul qui lui 
reste et qu'elle aime vivement. 

Le matin de ce jour-là, elle était avec la petite Marie-Anne chez 
un voisin, le nommé David : il était 9 heures. Peu de temps 
après qu'elle fut rentrée chez elle, David entendit des cris partant 
de la maison d'Agnès. A 10 heures, la fille de ce témoin, une jeune 
camarade de Marie-Agnès, va la chercher pour aller à l'école, et, 
en ouvrant la porte, elle trouva le corps de sa petite amie gisant 
sur le sol, baignant dans le sang. Les blessures sont affreuses, le 
corps a été frappé avec une fureur aveugle : on ne compte pas 
moins de douze entailles dans la région du cou, l'une d'elles a 
divisé les vertèbres. La mère est là, debout, un rasoir à la main, 
contemplant sa victime. 

David, appelé par sa fille, accourt, voit le corps de l'enfant, 
mais la mère est partie. Où est-elle ? Dans la boutique d'un 
cabaretier voisin. Elle explique froidement, sans qu'aucune ques- 
tion lui ait été faite, qu'elle a les mains couvertes de sang parce 
qu'elle a coupé de la viande : elle achève tranquillement un verre 
de wiski. 

Ainsi que l'a révélé l'enquête, elle avait déjà fait dans le même 
cabaret, le matin de bonne heure, de copieuses libations. David 
revient bientôt accompagné d'une voisine, et, cette fois, l'accusée 
est dans son lit. La physionomie ne décèle aucune émotion, elle 
paraît être dans l'ignorance de ce qui vient de se passer. Pendant 
les deux jours suivants, sa seule préoccupation est de demander 
de l'eau-de-vie à sa gardienne. Elle fait à cette femme une décla- 
ration compromettante en affirmant que c'est son mari qui est 
l'auteur du meurtre de l'enfant. A la prison, elle essaie de se sui- 
cider et fait dans la suite au D 1 ' Batty Tuke des aveux com- 
plets '. 

Or, le jour du meurtre, Agnès était en pleine période menstruelle 

ce dont on s'est assuré) ; elle fut prise d'une véritable attaque de 

dipsomanie : elle avait absorbé dans la matinée un décilitre de 

wiski et avait ordonné à l'enfant d'aller encore en acheter au 

1 A l'époque où elle faisait ces révélations, elle n'était plus folle et 
avait toute sa raison. 



170 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

débit. C'est sur le refus de sa fdle, qu'emportée par une fureur 
inconsciente, elle l'avait massacrée. Elle s'avouait coupable et 
s'attendait à être exécutée. Le jury de Perthe a prononcé un ver- 
dict d'acquittement. (Mental science, 1872, p. 198, et Ann. méd. 
psych., 1876, t. XV, p. 289 '.) 

Observation XCVIII. — Une mère tue son enfant en le jetant 
à l'eau. Elle est arrêtée et mise en jugement. Pour se défendre, elle 
prétendit qu'à l'époque de ses règles, elle éprouvait toujours un 
malaise extrême de corps et d'esprit, et c'était sous l'influence de 
cet état pathologique qu'elle avait commis son crime. Comme elle 
paraissait absolument saine d'esprit, elle fut renvoyée en prison 
pour y être soumise à une observation rigoureuse. On put alors 
constater qu'à chaque époque menstruelle, elle subissait, en effet, 
une crise d'aliénation mentale. En conséquence elle obtint un ver- 
dict d'acquittement. (Hitzig, Arch. fur Psychiatrie de Westphal, 
t. VIII, p. 65, citée par Bail, loc. cit., p. 579.) 

Observation XCIX. — Une malade était prise, à chaque période 
menstruelle, d'impulsions homicides. Sous l'influence de cette 
triste disposition, elle avait tué ses trois enfants. (Dagonet, Traité 
des Maladies mentales, Paris, 1862, p. 216.) 

Observation C. — Une femme âgée de trente-cinq ans est prise 
subitement de monomanie homicide : elle égorge deux de ses 
enfants, le troisième, étant à l'école, put lui échapper. Aussitôt "sa 
soif du sang assouvie, elle va se jeter dans une mare pour se 
noyer. 

Sauvée à temps, elle est traduite devant la cour d'assises de 
Versailles et condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Les 
règles chez cette femme étaient irrégulières; mais aucun des trois 
médecins qui furent chargés de l'expertise et qui conclurent du 
reste à l'irresponsabilité, ne rechercha et ne nota dans son rapport 
la coïncidence de l'époque menstruelle avec l'accès de monoma- 
nie homicide. (Voir Assises de Versailles, 20 avril 1827, et Georget, 
Discussioji sur la monomanie, etc., p. 75.) 

Observation CI. — A l'âge de quatorze ans, M me B..., jouissait 
d'une très bonne santé apparente ; elle avait de l'embonpoint et 



1 L'enquête nous apprend que trois semaines au moins avant le 
meurtre, c'est-à-dire à l'époque où elle était sous l'influence mens- 
truelle, Agnès avait commis la même débauche de boisson en avalant 
une quantité considérable de wisky. 



MONOMANIE HOMICIDE 171 

tous les signes de la puberté très prononcés. Mais elle n'était pas 
encore réglée; lous les mois, à chaque époque où elle aurait dû 
l'être, elle se plaignait de céphalalgie ; elle était inquiète, irascible, 
sombre. Bientôt la face s'injectait fortement ainsi que les yeux, 
tout était pour elle une contrariété, un motif d'irritation. Elle 
cherchait dispute à sa mère, l'injuriait, la menaçait, la maudis- 
sait, et, se saisissant d'un couteau, se précipitait sur elle ou faisait 
des tentatives de suicide. Au plus haut période de l'accès, le sang 
s'échappait par la bouche, par le nez, quelquefois par les yeux, 
alors survenaient des pleurs, un tremblement général, des dou- 
leurs convulsives dans les membres, des regrets suivis d'un long 
affaissement. A l'âge de seize ans, les accès de colère furent rem- 
placés par des convulsions hystériques, la maladie diminua pro- 
gressivement et ne cessa qu'à dix-sept ans, époque où les règles 
parurent quoiqu'en très petite quantité. Le mariage a fait dispa- 
raître tous les accidents nerveux. (Esquirol, Maladies mentales, 
t. II, p. 814.) 

Observation CIL — Une femme, à l'époque de la menstruation, 
éprouve le désir de tuer son mari et ses enfants ; le désir est plus 
vif lorsqu'elle les voit endormis. (Esquirol, Maladies mentales, 
t. II, p. 101.) 

Observation GUI. — Une cuisinière bien portante, mais mal ré- 
glée, dont le caractère était habituellement doux, à l'approche de 
l'époque menstruelle, tombait dans un état de manie furieuse. Il 
lui était arrivé, plusieurs fois, de poursuivre, un couteau à la main, 
les personnes qui lui déplaisaient ou lui avaient fait éprouver la 
plus légère contrariété. Dès que les règles coulaient, toute exal- 
tation maniaque cessait, et elle était la première à reconnaître 
l'extravagance de sa conduite. (Marc, loc. cit., 1. 1, p. 317.) 

Observation CIV. — Jeune personne qui, pendant longtemps, à 
l'époque des règles, fut poursuivie par l'idée de faire du mal ; dès 
qu'elle apercevait sur la table une fourchette, un couteau, celte 
idée se réveillait avec une très grande force. Il lui semblait alors 
que ses mains étaient rouges de sang et elle les lavait à chaque 
instant, sans que personne dans la famille connût le motif de 
cette propreté que l'on trouvait excessive. (Brierre de Boismont, 
An»,. méd.,ïi II, 1858, p. 386.) 

0ii>KuvATi0N CV. — Une jeune paysanne fut conduite dans les 
premiers jours d'août 1820, à l'hôpital Beaujon. Elle était en proie 



17:2 PSYCHOSES MENSTRUELLES en particulier 

à une mélancolie profonde et répondait en fondant en larmes, 
qu'elle était tourmentée du désir violent de tuer quelqu'un. C'était 
surtout sur son mari et ses enfants qu'elle aurait voulu assouvir sa 
passion. Aucun antécédent ni personnel, ni héréditaire. Cet instinct 
meurtrier l'avait prise tout à coup, il coïncidait avec un dérange- 
ment des menstrues. Les accès avaient lieu surtout aux époques 
menstruelles. La menstruation fut régularisée et les accidents 
cessèrent aussitôt. (Brierre de Boismont. Traité de la menstruation, 
Paris, 1842, p. 531.) 

Observation CVI. — Femme atteinte d'accès de monomanie ho- 
micide. En dehors de ses accès, elle est souvent poussée à faire du 
mal selon son expression, surtout aux époques menstruelles; 
mais alors la conscience de ses mauvais desseins s'éveille vive- 
ment, elle réagit avec force, et, si elle sent que la réaction soit im- 
puissante, elle a assez de raison pour demander la camisole de 
force et sa translation dans le quartier des agités. (Falret, Des 
Maladies mentales, Paris, 1864, p. 159.) 

Observation CVII. — Une dame de trente ans, passant près d'un 
fossé, tomba dans l'eau. Ses règles qui coulaient s'arrêtèrent. 
Elle sentit quelques coliques qni se calmèrent; mais, peu à peu, 
elle fut prise de chlorose et du désir de tuer ses enfants. N'ayant 
pas eu de chagrin, elle ne savait à quoi rapporter cette affreuse 
manie. — Le mois suivant, les règles vinrent, tout se passa con- 
venablement. (Dussourd, Traité pratique de la menstruation, Paris, 
1850, Obs. CXLIX ) 

Observation CV1II. — Parchappe rapporte , dans les Annales 
médico-psychologiques, l'histoire d'une dame qui, à la suite d'un 
retard de la menstruation, fut tourmentée de l'idée fixe de tuer 
son mari qu'elle soupçonnait de la tromper. Cette malheureuse 
pensée se reproduisait fatalement à chaque période menstruelle. 
(Berthier. Névroses menstruelles, Paris, 1874, p. 126.) 

Observation CIX. — En 1785, une femme âgée de quarante-cinq 
ans, en proie à des chagrins domestiques très violents, commença 
à ressentir des maux de tête, durant lesquels elle ne savait ce qu'elle 
faisait ; elle priait souvent sans savoir ce qu'elle disait. Elle forme 
le projet de quitter son mari et d'emmener avec elle ses deux en- 
fants. La détresse qui l'afflige et la crainte de ce qui pourrait ar- 
river à ses enfants si elle venait à mourir, en même temps que 
son ardent désir de mettre un terme à sa propre existence, toutes 
ces choses réunies lui font former et exécuter le projet de noyer 



MONOMANIE nOMICIDE 173 

ses deux enfants. Aussitôt clic rcLourne au village et raconte ce 
qui s'est passé. (Georget, Archives générales de méd., juillet 1 s 2 : . , 
t. VIII, p. 336.) 

Observation CX. — Femme à la ménopause, cinquante el un 
ans, tombée depuis plusieurs semaines dans une morosité indéfi- 
nissable. Elle cherche à se noyer dans une baignoire; coupe la 
gorge à une enfant de trois ans qui est une fille de son mari. 
Acquittée par le jury. (Journal des Débats, 2 juin 1826.) 

Voir également les observations : 1, 26, 60, 70, 128, 139, 161, 16i, 
180, 223. 



CHAPITRE V 
Monomanie suicide. 



Dans l'ancienne jurisprudence , le suicide était regardé 
comme un crime. La loi, ne pouvant s'attaquer à la personne 
du mort, se vengeait sur le cadavre en lui faisant subir les 
derniers outrages. La sentence était ordinairement conçue 
ainsi 1 : « Déclarons le défunt X... coupable de s'être défait et 
homicidié soi-même. Pour réparation de quoi, condamnons sa 
mémoire à perpétuité, et sera le cadavre dudit défunt attaché 
par l'exécuteur de la haute justice au derrière d'une charrette ; 
traîné sur une claye, la tête en bas et la face contre terre, 
par les rues de cette ville jusqu'à la place de... où il sera pendu 
par les pieds à un poteau, qui, pour cet effet, sera placé audit 
lieu et, après qu'il y aura demeuré vingt-quatre heures, sera 
jeté à la voirie. Déclarons tous et chacun ses biens confis- 
qués. » 

Grâce aux progrès de la civilisation ou plutôt de la science 
qui a démontré que ces criminels n'étaient le plus souvent 
que des malades, ces mœurs barbares ont disparu de notre 
pays. L'Eglise cependant prive le suicidé des honneurs de la 
sépulture religieuse, et, en Angleterre, le Gode ordonne encore 
que son cadavre soit ignominieusement enterré entre trois 
chemins ; mais hâtons-nous d'ajouter que, presque toujours, 
l'exécution de la loi ecclésiastique et civile est éludée par une 

1 Voir Desmaze, Les pénalités anciennes (années 1449-1499), p. 95. 



MONOMANIE SUICIDE 175 

déclaration du médecin attestant que le défunt était atteint 
d'aliénation mentale. 

De l'aveu d'un grand nombre d'auteurs, il existe un rapport 
entre la monomanie du suicide et la menstruation; de nom- 
breuses observations démontrent que ce rapport est très in- 
time et certain. 

En parlant de l'exacerbation périodique des troubles psy- 
chiques chez les aliénés, j'ai dit combien il est fréquent de 
constater chez celles-ci des idées de suicide pendant la période 
menstruelle. Les aliénistes le savent bien ; c'est pourquoi ils 
recommandent tous de surveiller à ce moment les malades 
avec le plus grand soin, surtout celles qui sont atteintes d'accès 
de manie. Rien n'est plus commun que de voir celles qui ont 
essayé de se suicider, renouveler alors les mêmes tentatives et 
les recommencer à chaque époque menstruelle. 

Observation CXf. — Ces jours-ci, à la Salpètrière, dans le service 
de M. Legrand du Saule, une femme épileptique a essayé de se 
pendre : elle était à la veille de ses règles, époque où les crises 
redoublent chez les malades. (Clamant, Thèse de Paris, 1883, p. 13.) 

Les aliénées refusent alors de manger et prient qu'on les 
tue au plus vite. « 11 n'est pas rare, ditBrierre deBoismont 1 , 
de voir des femmes qui, pendant le flux menstruel, cherchent 
tous les moyens imaginables de se détruire, et qui perdent de 
vue cette idée pendant tout le reste du mois. » 

Le suicide éclate quelquefois chez les femmes sous forme 
épidémique. Plutarque nous a laissé le récit d'une épidémie 
de suicide qui régna chez les filles de Milet et menaça de 
dépeupler la ville. Un fait de ce genre s'est produit, il n'y a 
pas longtemps, à Lyon, où de nombreuses jeunes filles se 
jetèrent dans les flots du Rhône, choisissant toutes le même 
point de la rive pour faire le saut fatal, et en Artois, où une 
mare fût également choisie comme un lieu de prédilection par 

1 Briftrre de Boismont. Du suicide et de la folie suicide. Paris, 1865, 
p. 206. 



176 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

plusieurs jeunes filles qui vinrent y chercher la mort. Mais ce 
fut surtout au moyen âge que ces épide'mies , s'étendanl 
comme de véritables fléaux, firent leurs plus grands ravages ; 
et, d'après Delasiauve, l'influence de la menstruation ne fut 
pas pour rien dans leur apparition. 

Suivant le même auteur l , les désordres de la menstruation 
concourent évidemment dans une foule de circonstances aux 
morts volontaires attribuées à la misère ou à l'abandon. 

Rien de plus précis et de plus net que le texte d'Hippocrate, 
sur la fréquence du suicide, parmi les jeunes filles, au moment 
de la première éruption des règles, et plus spécialement 
parmi celles dont la menstruation est laborieuse. « Elles 
éprouvent un certain plaisir, dit-il (t. VIII, p. 469), à recher- 
cher la mort comme quelque chose de bon. » 

Brierre de Boismont, dans son Traité du suicide, donne 
plusieurs observations de jeunes filles qui se suicidèrent vers 
l'âge de la puberté. Je lui emprunte le fait suivant, p. 413 : 

Observation CXII. — Une demoiselle, élevée dans les principes 
religieux et qui n'avait jamais quitté ses parents, devint sombre 
et taciturne quelque temps avant la première menstruation. Aux 
demandes répétées qui lui furent faites, elle répondit que la vie 
l'ennuyait et qu'elle éprouvait le plus vif désir de la quitter. Tout 
désir de la mort cessa avec l'apparition des menstrues. 

Un rien, la moindre contrariété, la plus petite menace suf- 
fit pour faire naître alors dans la tête d'une jeune fille des 
idées de suicide. 

Observation GX1II. — Pendant mon passage à l'hôpital duPharo, 
j'ai été témoin du suicide d'une jeune fdle de quatorze à quinze 
ans, qui se tua, sous prétexte qu'elle était à charge à sa famille, 
et que, par sa mort, elle permettrait à sa mère de quitter l'hôpi- 
tal pour se faire soigner chez elle. 

Observation CX1V. — Une jeune fille de quinze ans, pour éviter 
des reproches qu'elle avait encourus de la part de sa mère pour sa 

'Delasiauve. Journal de médecine mentale. Juillet 1864, p. 243. 



MONOMANIE SUICIDE 177 

gourmandise, résolut de se précipiter dans la rivière. Sauvée à 
temps, elle dissimula, sous des promesses trompeuses, son idée 
bien arrêtée et s'empoisonna quelque temps après avec de l'arse- 
nic. (Paul Moreau, de Tours, La folie chez les enfants, Paris 1888, 
p. 246.) 

Observation CXV. — Alphonsine Richard, quatorze ans et demi, 
s'est donné la mort, en faisant preuve d'une énergie incroyable, 
parce que sa mère l'avait grondée pour être sortie seule avec une 
voisine. (Voir la chronique des journaux de Paris du 10 mars 
1889.) 

Observation CXV1. — Joséphine V..., âgée de treize ans, ayant 
perdu une jeune sœur qu'elle aimait avec idolâtrie, écrivit à ses 
parents que, ne pouvant supporter la mort de sa sœur, elle allait 
la rejoindre en mettant fin à son existence. Quelques jours après, 
le corps de Joséphine, retiré du canal Saint-Martin, gisait sur une 
dalle de la Morgue. (Le Droit, 3 juin 1817.) 

Observation GXVII. — A Northampton, une jeune fille de treize 
ans se jette à l'eau. La veille, elle avait été réprimandée par son 
père, qui lui reprochait d'aller jouer avec d'autres enfants à la 
sortie de l'école. (Gazette des Tribunaux, octobre 1843.) 

Si nous consultons la statistique, voici les résultats que 
nous obtenons. Les matériaux du travail de Brierre de Bois- 
mont embrassent la période décennale de 1834 à 1844 et 
forment un total de 4,595 suicidés se divisant en 3,215 hommes 
et 1,380 femmes, soit 3 hommes pour 1 femme. Or, de quatorze 
à seize ans, l'auteur compte 32 garçons et 34 filles, alors que 
le chiffre de ces dernières, si aucune cause particulière ne fut 
venue changer la proportion, aurait dû être 9 et une fraction. 

Petit, dans ses Recherches statistiques sw Vétiologie du 
suicide (Thèse de Paris, 1850), arrive aux mêmes conclusions 
et donnent des chiffres qui militent en faveur de l'influence 
menstruelle. 

Tout aussi concluants sont les chiffres que nous donne 
l'élude de la statistique publiée par l'administration de la 
justice criminelle en France. J'ai fait le relevé de tous les 
suicides portés à la connaissance des procureurs de la Repu- 

S. [CA.RD. 12 



178 PSYGUOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

blique de 1876 à 188o, et voici dans quelle proportion se 
trouvent les hommes et les femmes. Sur 100 suicidés de tout 
âge etde tout sexe, je trouve 79 hommes et 21 femmes ; mais, 
au-dessous de vingt et un ans, la proportion n'est plus la 
même : sur 100 suicidés, je compte, de 1876 à 1880. 69 femmes 
pour 31 hommes ; de 1880 à I880, 62 femmes pour 38 hommes. 
A quoi attribuer une pareille différence pour cette seule 
époque de la vie, si ce n'est à l'influence pubérale beaucoup 
plus prononcée chez la fille que chez le garçon. 

Après la puberté, l'influence génitale la plus prépondé- 
rante est celle de la ménopause. C'est l'avis de Krugelstein, 
médecin à Ohrdruff en Saxe, qui a écrit un très beau mémoire 
sur le suicide *. « Ces deux périodes de la vie, dit-il, amènent 
souvent une espèce d'aliénation mentale et cest pendant 
leur durée que la plupart des femmes se suicident. » L'in- 
fluence de la ménopause s'expliquerait "par cette espèce de 
spleen, de tristesse profonde, qui s'empare alors de la femme 
et lui fait prendre la vie en dégoût : le suicide ne serait 
qu'un épisode fatal et tragique de la mélancolie ménopau- 
sique. 

Pour être plus prononcée aux deux périodes extrêmes de la 
vie sexuelle, l'influence de la menstruation ne se fait pas 
moins sentir pendant la période active des fonctions ovari- 
ques. 

Le professeur Goste a pu réunir, au musée du Collège de 
France, une belle collection de matrices et d'ovaires ayant 
appartenu à des femmes de tout âge qui s'étaient suicidées 
pendant leurs époques menstruelles, Brierre de Boismont et 
tous ceux qui se sont occupés de l'étiologïe du suicide, signa- 
lent les troubles de la menstruation comme s'accompagnant 
souvent d'idées noires et de propension au suicide. Au dire 
de Petit (loc. cit., p. 26), des idées de suicide peuvent naître 

1 Annalen der Staals-Arzneikunde, Freiburg, 1840, t. V, p. 203 et 
Annales d'hyg. et deméd. lég., 1841, t. XXV, p. 171. 



MONOMANIE SUICIDE 179 

pendant l'époque de la menstruation, alors même que la 
fonction paraît normalement s'accomplir. 

M. Archambault a observé le fait chez une dame traitée à 
Mareville. (Obs. CXVIII.) 

« Il est fréquent, a écrit Esquirol (t. I, p. 634), de voir des 
femmes qui, pendant l'écoulement menstruel, désirent se 
détruire, font des tentatives pour cela et n'y pensent plus 
dès que les menstrues ont paru ou ont cessé de couler. » 

Les troubes de la menstruation peuvent rappeler des idées 
de suicide qui ont disparu depuis longtemps, et qui s'en vont 
de nouveau, dès que la menstruation redevient régulière. 

Il se développe quelquefois, sans motif réel ni imaginaire, 
un désir violent et bientôt irrésistible de la mort, s'accom- 
pagnant d'anxiété et cle tristesse ; c'est ce qu'on appelle le 
suicide anxieux. Ses accès sont irréguliers et, chez la femme, 
leur recrudescence coïncide souvent avec l'époque des règles 1 . 

Pour la période active, comme pour la puberté, l'accident 
le plus insignifiant est motif à suicide pendant la menstrua- 
tion. 

Observation CXIX. — Une femme pendant ses règles était d'une 
irritabilité telle, qu'une contrariété la mettait hors d'elle-même: 
pour le motif le plus futile, elle se serait tuée, elle avait des envies 
de toute espèce. (Brierre de Boismont, Ann. méd. Tpsxjch., 1851, 
p. 581.) 

Voici textuellement la phrase que je copie dans letravau 
de Krugelstein : « Chez toutes les suicidées que j'ai eu l'oc- 
casion de voir, l'acte avait été accompli pendant la période 
menstruelle. » Et, de fait, cette coïncidence est notée dans de 
nombreux rapports de médecins légistes. 

La monomanie du suicide peut se trouver unie à la klepto- 
manie, à la pyromanie, à la nymphomanie et autres mono- 
manies d'origine menstruelle : elle s'explique, dans ce cas, 

* ' Voir Paul Moreau de Tours, art. Suicide in Diction, de Jaccoud, 
vol. XXXIV. 



180 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

par le remords qu'éprouve la femme d'avoir succombé à sa 
fatale passion et par le désespoir de ne pouvoir en triompher. 

Observation CXX. — ■ Domestique de dix-huit ans, qui, deux fois 
pour des motifs futiles, avait, à l'époque des règles, voulu se dé- 
truire et qui réussit dans une troisième tentative. (Van Holbeck, 
Bulletin de l'Acad. de Belgique, 1869, p. 1021.) 

Observation CXXI. — Dame de dix-huit ans. Les règles, surve- 
nues à seize ans seulement, avaient paru à des intervalles inégaux, 
puis s'étaient supprimées. La santé, dès lors, avait langui : lypé- 
manie avec propension au suicide. Sous l'influence d'un traite- 
ment, les règles se rétablissent et la guérison survient. (Duckworth 
Wiliam, ext. Journal of Mental Science, octobre 1864. L'aménorrhée 
came de la folie.) 

Observations CXXII et CXX1IL — Corolan Pison parle d'une 
jeune fille qui se pendit à l'époque de ses règles, etBohnius, d'une 
autre jeune fille qui se tua aussi pendant ses règles, dans un vil- 
lage, près d'Iéna. (Extrait de Berger : De naturà humana, p. 253.) 

Observation CXXIV. — Une fille de dix-neuf ans, appartenant à 
une famille dans laquelle trois personnes s'étaient suicidées, était 
à l'époque de ses règles, lorsqu'elle se jeta par une fenêtre d'un 
quatrième étage et s'enfonça le crâne. (Gendrin, Traité philosoph. 
de médecine pratique, 1839. t. II, p. 18 et suiv.) 

Observation CXXV. — Une femme de Paris, ayant depuis trois 
mois une suppression des règles qui lui causait des douleurs de 
tête continuelles et la jetait dans un état permanent de mélancolie, 
forma le projet de se donner la mort en se précipitant dans la 
Seine, au delà du pont de Sèvres. Elle ne choisit cet endroit, dit- 
elle, que pour n'être pas exposée à la risée du public, quand on 
viendrait à la ramasser dans les filets destinés à retirer les noyés. 
Elle allait pour exécuter ce dessin lorsque, chemin faisant, ses 
règles parurent; elle sentit aussitôt ses idées se modifier; elle re- 
nonça à son projet et revint guérie chez elle. (Vering, Nasse Zeitsch, 
1822, cité par Loiseau, Thèse de Paris, 1856, p. 54.) 

Observation CXXVI. — Une jeune femme avait tenté, plus de dix 
fois, de se donner la mort. Sa maladie était due à une dysménor- 
rhée : on eut recours à la saignée et à dix applications de sang- 
sues, répétées chaque mois à l'époque des règles. Les menstrues 



MONOMANIE SUICIDE 181 

reprirent bientôt leur abondance, leur régularité normale, et 
tous les accidents disparurent. (Landouzy, De l'hystérie, p. 209.) 

Observation CXXVII. — Femme hystérique, trente-quatre ans, 
suppression brusque des menstrues : manifestations de l'hystérie 
plus intenses que jamais, s'accompagnant de lypémanie avec idées 
de suicide et refus de prendre des aliments. Cette tendance à se 
donner la mort cesse complètement deux mois après le retour de 
la menstruation. (Taguet, Thèse de Paris, 1872, p. 34.) 

Observation CXXVIir. — Femme de vingt-six ans, éprouvant à 
chaque époque menstruelle la tentation affreuse de se détruire et 
de tuer son mari et ses enfants, qui lui étaient infiniment chers. 
Lutte terrible entre ces sentiments et cette impulsion irrésistible. 
(Gall, t. I, p. 457, cité par Georget, Archives de médecine, juillet 
1825, t. VIII, p. 333.) 

Observation CXXIX. — Une dame voit apparaître, à quinze ans, 
les signes précurseurs de l'évolution menstruelle; l'écoulement est 
douloureux, difficile, irrégulier. Avec eux, se manifeste un vif désir 
de se donner la mort. Tendresse des parents, soins éclairés, sur- 
veillance incessante, rien n'est épargné. Le malheureux penchant 
persiste pendant toute la durée du flux, s'affaiblit et cesse avec 
lui pour reparaître à chaque époque. Esquirol est consulté ; après 
un an de traitement, l'idée s'affaiblit, cesse complètement. 

Trente années s'écoulent sans qu'aucun symptôme ne réveille le 
souvenir du passé. Survient le temps critique, les mêmes idées de 
suicide reparaissent. Madame est de nouveau conduite dans une 
maison de santé. Son raisonnement est parfait sur tous les autres 
points, mais elle ne peut chasser la pensée de mort qui l'obsède, 
elle se sent, dit-elle, poussée fatalement à se tuer ; elle ne le vou- 
drait pas, elle fait tous ses efforts pour ne pas succomber, et ne 
cesse de répéter qu'elle ne pourra résister, dîrierre de Hoismont, 
Ann. d'Hyrj. et de Méd. lég., 1858, t. X, p. 281.) 

Observation CXXX. — Anne, dont la mère a été aliénée et s'est 
suicidée, était d'une constitution robuste et avait toujours joui 
d'une excellente santé. 

La puberté s'était accomplie dans de très bonnes conditions, et 
la menstruation, arrivée en temps opportun et sans malaise, avait 
toujours suivi une marche régulière. Elle était revendeuse, veuve 
depuis un an et avait un enfant. 

Un jour, revenant au marché après une courte absence, cil'' 



182 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

trouve sa place occupée par une concurrente ; une vive colère en 
fut la conséquence et ses règles, qui coulaient depuis vingt-quatre 
heures, s'arrêtèrent brusquement. 

Dès ce moment, notre malade éprouva tous les symptômes d'une 
congestion grave et devint d'une tristesse exagérée ; tout était pour 
elle une cause de désespoir ; dans son esprit étaient déjà décidées 
sa perte et celle de son enfant. En même temps, surgirent des 
idées de suicide, si bien que, le 13 juillet 1864, elle s'ouvrit les 
veines des deux bras ; trois jours après, elle se précipitait par une 
fenêtre, et plus tard encore, elle cherchait à s'étrangler avec son 
mouchoir. 

C'est à la suite de ces nombreuses tentatives qu'elle fut conduite 
à Mareville, le 26 juin 1864. Elle n'en sortit que le 10 septembre 
1865 avec un certificat du médecin constatant que la fonction 
menstruelle, longtemps suspendue, avait repris son cours, et 
que, à dater de cette époque, il s'était manifestée chez elle une 
amélioration qu'on avait vu grandir chaque jour et aboutir aune 
guérison complète. (Dauby, Thèse de Paris, 1866, p. 47.) 

OasERVATiON CXXXI. — M c R..., vingt-six ans, hystérique, réglée 
à quatorze ans, dysménorrhée. Agitation et délire pendant la 
durée des règles ; en dehors, elle est absolument lucide. Elle se 
montre violente, frappe son mari et ses enfants, se dit inutile sur 
la terre et a fait au moment de ses époques plusieurs tentatives de 
suicide. (Combes, cité par Chabrum, Thèse de Paris, 1878, p. 22.) 

Observation CXXXII. — Une femme de trente ans, chez laquelle 
on avait remarqué un certain degré de dérangement des facultés 
intellectuelles, aux époques des règles, fut trouvée pendue à la 
tringle de son lit. Son mari déclara qu'elle était en pleine période 
menstruelle. (Gendrin. Traité philosoph. de médecine prat., 1839, 
t. II, p. 18 et suiv.) 

Observation CXXXIII. — Jeune femme dont l'observation est 
rapportée par Grégoire Horst, chez laquelle éclataient chaque mois 
des accès de fureur utérine et d'envie de se tuer qui finissaient 
toujours par des coliques. (Ann. d'kyg. et de méd. légale, t. XXV, 
p. 177.) 

Observation CXXXIV. — Dans le même recueil et à la même 
page, il est question d'une jeune veuve sujette à des accès momen- 
tanés de catalepsie, qui se pendit sans cause connue. Or, on trouva 
ses parties génitales irritées et baignées de sang ; il est à suppo- 



MONOMANIE SUICIDE 183 

ser que c'était du sang menstruel, car l'auteur fait remarquer 
que cette femme jouissait d'une excellente santé. 

Observation GXXXV. — M Ue ..., trente-six ans, a toujours eu une 
menstruation dérangée et accompagnée d'orages. Les jours qui pré- 
cèdent les règles, se font remarquer par une hilarité insolite, un 
bien-être extraordinaire ; puis, subitement, survient un air sombre, 
triste, rêveur ; le pouls s'accélère, le corps s'agite, une cha- 
leur monte du ventre à la tète, l'imagination se pervertit, et 
M Ue ... se sent prise d'un penchant à la fureur et d'une envie 
excessive de se détruire. (Amart, Traité analy. de la folk, 1807, 
p. 23.) 

Observation CXXXVI. — A seize ans, Sophie commença à éprou- 
ver certaines douleurs vagues, erratiques et une nonchalance peu 
conforme à ses habitudes antérieures. A dix-neuf ans, l'apparition 
des règles cause chez elle une telle révolution, qu'il s'ensuivit un 
accès nerveuxdont nous ne saurions précisernila forme ni la durée. 
Quoi qu'il en soit, à partir de cette époque jusqu'à l'âge de trente- 
sept ans, la menstruation restant toujours très pénible et se pré- 
sentant souvent d'une façon irrégulière et incomplète, s'accom- 
pagna souvent de névralgies variables, de douleurs abdominales 
et de bizarreries de caractère dont la durée restait limitée à quel- 
ques jours. 11 y a cinq mois à peu près que les règles cessèrent, et 
bientôt on s'aperçut d'un changement plus marqué et continu 
dans le caractère et les habitudes de Sophie. Elle devint incohé- 
rente dans ses paroles et ses actes ; quoique n'ayant jamais été 
bigote, elle lit preuve d'une religiosité exagérée et se laissa aller 
à des idées de suicide qu'elle essaya de mettre à exécution en 
s'ouvrant les veines du bras. On essaya de ramener l'écoulement 
menstruel, mais ce fut en vain ; les règles ne parurent plus et 
l'état mental de Sophie ne présenta aucune amélioration. (Dauby, 
Thèse de Paris, 1806, p. 43.) 

Observation GXXXVII. — M" .. ., âgée de trente-trois ans, grande, 
belle de forme et de ligure. Tout, dans la physionomie remar- 
quable de cette femme, révélait des passions énergiques. Sa beauté, 
le charme de ses yeux surtout l'avaient perdue; elle voulut les en 
punir, et, dans un délire frénétique, complètement nue, sur un 
balcon, armée de ciseaux, elle tailla cent fois ses seins, son ventre, 
sa ligure ; elle creva ses yeux, et, dans cet état, muette et san- 
glante, elle l'ut apportée à l'hospice de la ville, où elle vécut en- 
core quatre jours. Avant d'expirer, ses réponses étaient justes 



184 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

elle parla peu. Au moment du suicide, M Ue ..., était au dernier 
jour d'une époque menstruelle. (Négrier, Recueil de faits pour servir 
à l'histoire des ovaires, 1858, p. 20.) 

L'autopsie de cette malheureuse femme que l'auteur regarde 
comme une victime de son organisme, dévoila l'immense 
influence que dut exercer sur elle la puissance de ses fonc- 
tions menstruelles : les ovaires étaient d'un volume plus 
qu'ordinaire. Ils mesuraient de 6 à 7 centimètres de longueur 
sur 5 de hauteur et d'épaisseur. 

Observation CXXXVIII. — La femme M..., âgée de quarante- 
quatre ans, de petite taille, mais d'une constitution forte, d'un 
tempérament sanguin, est entrée à la Salpêtrière, le 24 octobre 
1842. Quelques jours après son entrée, elle essaya de s'étrangler 
avec un mouchoir. La malade avait alors ses règles. Cependant la 
raison revint presque immédiatement, et, dans les premiers jours 
de novembre, cette femme était tout à fait bien. Sa famille la fit 
alors sortir malgré l'avis du médecin, et son délire ayant reparu 
peu de temps après, elle fut ramenée à la Salpêtrière. Le lendemain 
de son entrée, étant encore dans ses règles, elle fit une nouvelle 
tentative de strangulation. Le 27 décembre, les règles parurent et 
coulèrent plus abondamment qu'aux époques précédentes. La 
malade, surveillée avec soin, ne manifesta aucune idée de suicide. 
(De la Stupidité, par Baillarger, Ann. méd. psych., 1843, t. I, 
p. 256.) 

Observation CXXXIX. — Marie B..., vers l'époque de la méno- 
pause, assiste à une exécution capitale ; elle est vivement émue 
et, dès lors, ses règles ne paraissent plus. Elle ressent une grande 
pesanteur dans le bassin, des ardeurs dans les organes génitaux, 
présente d'abondantes pertes blanches et des douleurs lombaires. 
Pensant avoir le diable dans le corps et se croyant frappée de ré- 
probation éternelle, elle a cherché à se tuer ; elle a même été 
tourmentée de l'idée d'assassiner son fils. La crise dura six mois. 
(Azam, Folie sympathique, bordeaux, 1858, p. 13.) 

Observation GXL. — M me M..., est âgée de quarante-cinq ans. 
Depuis quelques mois, l'irrégularilé de la menstruation annonce, 
chez cette malade, la ménopause. Ses dernières règles ont été 
excessivement abondantes et accompagnées de trouble mental 
avec hallucinations terrifiantes. Elle a essayé de se pendre; à l'a- 



MONO MANIE SUICIDE 185 

sile elle a voulu s'étrangler. Depuis plusieurs mois, le cours de 
ses règles étant tout à l'ait suspendu. M mc M..., n'a pas tardé ù 
entrer en convalescence. ^Taguet, Thèse de Paris, 1872, p. 32.) 

Observation GXLI. — M me ..., a joui d'une bonne santé jusqu'au 
moment de la ménopause. Depuis un an, elle voit irrégulièrement, 
et se trouve affectée d'une tristesse morbide. Elle fuit la société, 
les plaisirs ; elle qui, auparavant, était très vive et très recherchée 
dans sa mise, a un négligé insoutenable. Plusieurs fois, celte dame 
a essayé d'attenter à ses jours. (De Gardanne, De la Ménopause, 
1821, p. .215.) 

Voir également les observations : I, 22, 34, 57, 60, 81, 82, 97, lui, 
109, 110, 130, 149, 172, 183, 184, 185, 188. 



CHAPITRE VI 

Excitation génésique. 
Érotomanie. — Nymphomanie. 



De tous les troubles d'origine menstruelle, ceux de la sphère 
génitale sont certainement les plus fréquents. Ils peuvent 
varier depuis la simple excitation dépa sant à peine les limites 
physiologiques, jusqu'à la nymphomanie, véritable accès de 
fureur utérine, transformant en bacchante la fille la plus 
timide et la vierge la plus chaste en Messaline éhontée dont 
n'approche même pas l'effronterie des plus basses prostituées. 

La nymphomanie doit être distinguée de l'érotomanie. La 
nymphomane veut, envers et contre tout, la satisfaction des 
besoins qui la tourmentent. Tous ses sens respirent la volupté, 
rien ne saurait l'arrêter ni la rassasier ; l'épuisement phy- 
sique seul est capable de mettre un frein à ses débordements : 
Manget ' parle d'une jeune fille noble et très honnête qui, en 
proie à la nymphomanie, homines et canes ipsos ad congres- 
sum provocabat. 

Les jouissances de la chair, au contraire, n'entrent pour 
rien chez l'érotomane. Elle reste chaste et pure dans la con- 
templation amoureuse de celui qu'elle a choisi et qui n'est le 
plus souvent qu'un être imaginaire ; elle ne vit et ne pense 
qu'en vue de lui être agréable : c'est l'amour idéal, dégagé de 
tout désir sexuel, l'amour parfait capable d'être poussé jus- 

1 Manget. Dlct. en 60 vol., art. Nymphomanie, vol. XXXVI, p. 580. 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 187 

qu'au dernier dévouement ; en un mot, c'est la folie de 
l'amour. 

Chez la première, les troubles semblent partir des organes 
de la génération ; chez la seconde, c'est le cerveau qui tout 
d'abord paraît frappé. Quel que soit du reste l'organe primiti- 
vement atteint, en vertu des lois de la sympathie, l'autre entre 
immédiatement enjeu, en sorte que la variété de la folie instinc- 
tive qui en résulte, peut, d'après Foville, présenter à la fois 
les caractères réunis, mais inégalement développés de l'éroto. 
manie et de la nymphomanie. C'est du moins ce que l'on 
observe sous l'influence de la menstruation. Rarement, en 
effet, les deux types sont nettement tranchés. Presque tou- 
jours, c'est la nymphomanie qui domine, si ce n'est à la 
puberté et dans certaines formes de délire extatique où l'éro- 
tomanie semble tenir le premier rang ; dans ce cas, néan- 
moins, il y a toujours une légère teinte de nymphomanie. 

Les rapports de la menstruation avec le sens génital sont 
de toute évidence. Nous avons déjà vu que, dans les asiles, 
une recrudescence s'observe à chaque époque dans l'état des 
nymphomanes et des érotomanes. Or, celles-ci ne sont pas 
les seules chez qui l'influence menstruelle se manifeste par 
de l'excitation génésique : pareil trouble, en effet, est constaté 
chez la plupart des aliénées quel que soit d'ailleurs le genre 
de leur folie. « Chez la femme aliénée, dit Morel ', l'époque 
de la menstruation est doublement critique. Il est des malades 
épileptiques, hystériques et autres, soumises à des crises d'a- 
gitation périodique et qui, avant et pendant l'accès, se signa- 
lent par leur tendance erotique. » 

Voyez les idiotes et les imbéciles : le plus souvent elles sont 
régulièrement et abondamment menstruées. Chez elles plus 
d'instincts, si ce n'est celui de la génération : elles semblent 
ne vivre que pour l'onanisme. Leur puberté, généralement 

1 Morel. Traité des maladies moniales. Paris, 1800. 



188 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

un peu tardive, est une époque très grave, tant est violente 
l'excitation vénérienne qui l'accompagne. Elles se livrent 
alors à leur penchant honteux avec une impudence sans égale. 
Chez certaines, ces mauvaises habitudes sont de tous les 
jours; chez d'autres, les organes génitaux ne semblent accu- 
ser de la vie qu'au moment de la menstruation. L'expérience 
démontre que, chez ces malades, la suppression des règles ne 
peut être que salutaire. 

Une croyance vulgaire, qui a cours dans le monde, c'est 
que la femme, lorsqu'elle a ses règles, est plus facile à tenter 
et oppose une moins grande résistance. Et de fait, interrogez 
une femme, et, si vous êtes assez habile et assez délicat pour 
en obtenir des aveux, vous aurez toujours à noter, dans le 
tracé graphique de sa vie génitale, une brusque ascension 
coïncidant avec la période menstruelle, la devançant ou la 
suivant de quelques jours. Michelet, qui n'était pas physiolo- 
giste, il est vrai, mais qui parlait suivant ce qu'il avait vu 
et entendu de lui-même, insiste sur ce point à plusieurs 
reprises dans son livre sur Y Amour. Ce qui domine tout à ce 
moment-là, serait, d'après lui, un surcroît de tendresse et 
d'amour même. La langueur de la femme semble dire : « Je 
souffre et c'est pour toi ; je t'aime encore plus quand je suis 
malade. » A la page 162, je lis : « Cette crise qui n'est, chose 
aujourd'hui démcntrée, que la crise de l'amour qui permet la 
fécondation, c'est pour l'amour même qu'elle vient. » Et plus 
loin, parlant ele la femme qui succombe, Michelet considère 
Y orage du sang, comme une occasion très fréquente de 
chute. « Un point grave à noter, dit-il encore à la page 285, 
c'est l'amie qui, livrant son amie, savait d'elle-même des 
circonstances de vie, de tempérament, à? époques mensuelles 
qui lui faisaient apprécier ce qu'on pouvait oser, la situation, 
les moments où la femme est toujours plus faible et plus 
facile à troubler d'émotion quelconque, de surprise ou même 
de frayeur. » 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 189' 

Et certes, si je voulais m'adresser aux auteurs compe'tents, 
ce ne saurait pas leur autorité qui me ferait défaut. 

Haller a noté que l'utérus se gonfle pendant la menstrua- 
tion, et que la femme à cette époque est plus portée aux 
plaisirs vénériens. Il cite, à l'appui de son opinion, le témoi- 
gnage de Riedlinus, lequel observa directement les organes 
génitaux pendant la période cataméniale et constata la tur- 
gescence du clitoris '. 

Emet 2 était si convaincu de l'existence des relations que 
j'essaie d'établir, qu'il avait basé sur elles toute une théorie 
pour expliquer la physiologie de la menstruation, théorie 
acceptée du reste par Lecas 3 et Aubertet que nous pourrions 
appeler : la théorie de la phlogose amoureuse. 

Suivant ces auteurs, le flux menstruel ne serait qu'une 
incommodité acquise, ayant pris sa source dans les institutions 
sociales qui empêchèrent la femme de se livrer aux plaisirs 
de l'amour aussitôt que le besoin s'en faisait sentir. Ils en- 
seignent que la femme, comme les animaux, est soumise 
périodiquement à l'orgasme vénérien et que, sous son 
influence, la matrice et tous les autres organes de la généra- 
tion entrent en érection à la manière des corps caverneux chez 
l'homme. Si les désirs ne sont pas satisfaits, s'ils persistent, 
la stase sanguine continue, la congestion augmente et les 
vaisseaux de l'utérus, regardés par eux comme les plus friables 
de l'organisme, finissent par se rompre, d'où hémorrhagie. 
C'est pourqu i Emet disait (p. 37) que les femmes libidineuses 
sont sujettes au flux menstruel plus tôt et plus abondamment 

' •< Ilinc vulgo nala co lemporc ad venerem proclivitas, eliam ana- 
lomico experimento confirmata cùm Riedlinus turgentem clitoridem 
viderit. » Noies de Haller in Boerrhaave Prœlectiones Academiœ, etc., 
etc., Gollingaj, 1739-174i, t. V, II" pari., p. 58. 

*Tentamina medica de mensium fluxu, etc. London, 1752. Trad. 
franc., 175i. 

3 Lecas. Nouveau système sur la cause de l'évacuation périodique.. 
Rouen, 1770. 



190 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

que les femmes d'un tempérament froid qui se soucient peu 
des rapports sexuels. De Gardane partage dans une certaine 
mesure l'opinion de ces auteurs; il rapporte [loc. cit., p. 38), 
l'observation d'une femme à passions ardentes et qui ne pou- 
vait se rassasier du commerce des hommes : or, cette femme 
était réglée toute l'année en petite quantité, il est vrai, 
n'avait aucune affection de l'utérus et jouissait d'une très 
bonne santé. 

D'autres, au contraire, parmi lesquels Bordeu *, Roussel 2 , 
Duffîeux 3 , J. Arnould '", considèrent la menstruation comme 
un moyen établi par la Providence pour maintenir l'équilibre 
de l'économie. Elle serait destinée à éliminer les matériaux 
de la génération lorsque ceux-ci ne seraient pas employés, 
deviendrait ainsi la sauvegarde de la virginité, une sorte 
d'exonération naturelle équivalente aux évacuations séminales 
spontanées chez l'homme, et aurait pour but d'aider la 
femme à conserver sa continence sans danger jusqu'au mo- 
ment où il lui sera permis de céder à sa vocation naturelle 
d'être épouse et mère. D'où pléthore amoureuse, excitation 
génésique dans les cas d'aménorrhée et d'insuffisance mens- 
truelle. 

Dans le traité de la nymphomanie de Th. de Bienville 5 , se 
trouve longuement décrite l'observation d'une jnymphomania- 
que de seize ans, qui ne put être guérie de sa nymphomanie que 
par une menstruation abondante. « D'où nous pouvons con- 
clure, ajoute l'auteur, que la fureur utérine peut se guérir 
d'elle-même par un flux immodéré des menstrues, ce qui est 



1 Bordeu. Œuvres complètes. Paris, 1818, t. II, p. 963. 

! Roussel. Du système physique et moral chez la femme. Paris, 1860. 

3 Duffîeux. Nature et virginité. Examen par Diday, in Gaz. méd. de 
Paris, 1854. 

4 J. Arnould. Traité d'hygiène. Paris, 1881, p. 1014. 

s Th. de Bienville. Traité de la nymphomanie. Amsterdam, 1771, p. 64 
à "75. 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 191 

confirmé par le rapport de plusieurs médecins qui ont observé 
la même chose dans d'autres sujets. » 

D'après Tardieu 1 . la folie nymphomaniaque se de'clare soit 
dans le tempsdu veuvage, soit àl'approche des règles. Brierre 
de Boismont a parfaitement défini et décrit l'excitation plus 
grande de la femme à cette époque. Voici ce qu'il en dit 2 : 
< Menstruantes fœminas acrior fïammasœpius occupât : oculj 
languent, libidinumpleni: vultibusinsidet nescioquid mollius. 
Sic compositœ, viri amplexus ultrô excipiunt; imo mens, 
truantes non nullas furor agit stupendum in modum. » 

Stolz 3 fait la même remarque et nous apprend que la 
femme est beaucoup plus prédisposée aux rapprochements 
sexuels, qu'elle est plus amoureuse à ce moment-là qu'à 
toute autre époque du mois. 

Alexis Meyer '" déclare pouvoir affirmer avec tous ceux qui 
ont voulu ou voudront diriger leur attention sur ce point, que 
l'appétence génitale atteint alors son paroxysme, « que telle 
femme, ordinairement étrangère à ces impressions, ne sent 
jamais qu'immédiatement après le tribut mensuel poindre 
en elle des sensations qui l'étonnent ». 

« Il est des femmes, dit le professeur Ball (loc. cit., p. 580), 
qui, à chaque apparition des règles, ont un accès de nympho- 
manie. » ♦ 

D'après Guibout 8 , le nervosisme menstruel à la région gé- 
nitale affecte deux formes. 

La première est la forme douloureuse ou névralgique : elle 
a pour siège toute la vulve, les grandes et les petites lèvres, 

'Tardieu. Traité de médecine légale des maladies mentales. Paris, 
1822. 

2 Brierre de Boismont. Traité de la menstruation. Paris, 1842, p. 101. 

3 Stolz. In Diction, de Jaccoud, art. Menstruation, vol. XXII. 

1 Alexis Meyer. Des rapports conjugaux considérés, etc., 7° édition, 
Paris, 1882, p. 180. 

"Guibout. Traité clinique et pratique des maladies des femmes. 
Paris, 1886, p. 370 et 371. 



492 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

le clitoris, le méat urinaire, les plis génito-cruraux, la face 
interne et supérieure des cuisses. Deux ou trois jours avant 
l'écoulement, toute la région génitale externe commence à 
présenter une légère tuméfaction et une chaleur plus ou moins 
vive s'étendant jusqu'au col. Bientôt c'est une hypéresthésie 
agaçante, énervante, douloureuse ; ce sont des démangeaisons, 
des élancements très pénibles qui portent les personnes qui 
en sont atteintes « à se gratter et souvent d'une manière 
irrésistible avec une sorte de rage dont elles ne sont pas maî- 
tresses ». 

La seconde forme est encore une hypéresthésie, mais une 
hypéresthésie qui porte tout spécialement sur le sens géné- 
sique; hypéresthésie, excitation aphrodisiaque qui éveille des 
besoins, des désirs sexuels, et qui porte fatalement à des actes 
erotiques réprouvés par la conscience et tout à fait en désac- 
cord avec les habitudes ordinaires. « Il y a des femmes natu- 
rellement froides, dit-il, insensibles en tout autre temps aussi 
bien aux pensées, aux désirs qu'aux excitations génésiques, 
et qui, aux époques menstruelles, deviennent très fortement 
possédées d'inclination erotique. C'est à ce moment que celles 
qui vivent dans le désordre, s'y abandonnent avec plus d'ar- 
deur et de débordement. C'est à ce moment que l'onanisme 
s'exerce, même chez les personnes auxquelles ce vice n'est pas 
habituel, et qui, malgré leurs efforts pour y résister, y suc- 
combent cependant. C'est à ce moment surtout que les mères 
doivent exercer sur leurs filles la plus délicate, la plus diffi- 
cile de toutes les surveillances. Combien est grand, en effet, 
le nombre des jeunes filles qui, à leurs époques menstruelles, 
se laissent aller aux tentations de l'onanisme. On les voit 
souffrantes, fatiguées, nonchalantes, sans entrain, les yeux 
cernés, la figure tirée, paresseuses à se lever, aimant à rester 
au lit; tout cela passe sur le compte des règles qui, sans 
doute, peuvent bien y être pour quelque chose; mais tout 
cela aussi n'est que trop souvent la conséquence de la mas- 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 193 

turbalion à laquelle ces jeunes filles s'abandonnent sous l'in- 
fluence de l'excitation génésique dont elles subissent les 
atteintes. » 

Maintes fois, Guibout a reçu des confidences et il se croit en 
droit d'affirmer que parmi les femmes veuves, les femmes non 
mariées et tout à fait chastes, nombreuses sont celles qui, à 
toutes leurs époques menstruelles, se sentent très malheu- 
reuses par la lutte qu'elles ont à soutenir contre elles-mêmes, 
celles encore qui succombent malgré leurs efforts de résis- 
tance ou chez qui, pendant le sommeil, se produisent des 
soulagements voluptueux salutaires, soit sous l'influence de 
rêves erotiques, soit spontanément, sans rêves et comme 
par l'effet d'un trop-plein dont la nature se débarrasse elle- 
même. 

Rossignol, dans son travail sur les prostituées de la prison 
de Saint-Lazare, nous dit que, parmi ces femmes, il yen a un 
certain nombre qui sont hystériques et dont les accès coïnci- 
dent souvent avec l'époque menstruelle. Chez quelques-unes, 
on observe pendant les jours qui précèdent l'hémorrhagie 
utérine, une excitation particulière : elles s'agitent, devien- 
nent loquaces et turbulentes, en même temps elles accusent, 
vers les parties ge'nitales, une sensation de chaleur, de dou- 
leur qui les porte parfois à s'adonner à une masturbation 
effrénée. 

Négrier 1 , qui, pendant plus de vingt ans, s'est livré à des 
recherches laborieuses sur les ovaires, leur fonction et l'in- 
fluence qu'ils exercent sur le cerveau, raconte le fait suivant. 
Les salles d'accouchement de l'HOtel-Dieu d'Angers reçoivent 
chaque année de '112 à 130 femmes. Sur ce nombre, plus de 
la moitié proviennent de la population des campagnes. Ce 
sont des domestiques de fermes ou des journalières habitant 



1 Négrier. Recueils des faits pour sei'vir à l'histoire des ovaires. 
Paris, 1888, p. 83. 

S IOAUD. 13 



194 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

le village; elles sont pour laplupartjeunes. le plus ordinaires 
ment primipares. L'auteur n'a consigné dans ses observations 
que les réponses de celles qui n'avaient eu qu'un seul rapport, 
ayant soin de rejeter celles des filles-mères inculpant leurs 
maîtres ou les fils de leurs maîtres, parce qu'en pareil cas 
les rencontres avaient dû être multiples. « Toute pudeur, dit- 
il, n'a pas abandonné nos malheureuses campagnardes; leurs 
yeux sont baissés, leur attitude est des plus humbles et sou- 
vent, répondant à nos questions à huis clos, une larme ou un 
sanglot venait suspendre leur réponse. Ces femmes disaient 
vrai. » Quelque variées que fussent les questions et les 
réponses, l'interrogatoire peut se résumer en ceci : Vos rap- 
ports avec celui qui a causé votre malheur, ont-ils été nom- 
breux? — Oh! non, Monsieur ! — A quelle époque faites- 
vous remonter votre grossesse? — Deux jours après la 
Saint-Jean, ou : Aux jours gras, ou : Aux jours de la Noël. 
— Aviez-vous vos règles ? — Elles coulaient encore, ou bien : 
J'en étais quitte depuis deux jours, ou encore : Je devais les 
avoir bientôt. De ce fait, certes, je ne vais pas conclure que 
toutes les filles qui se laissèrent surprendre au milieu des joies 
enivrantes d'une fête, étaient sous l'influence menstruelle; 
mais je n'en constate pas moins que, pour les malheureuses 
observées par Négrier, l'époque de leur chute, de leur unique 
chute, coïncida avec l'époque de la menstruation. 

Et du reste, les observations ne sont-elles pas là nom- 
breuses et probantes, nous montrant des femmes dont la 
vertu, éprouvée en maintes circonstances, est toujours sortie 
saine et sauve et qui, au moment de leurs époques, perdent 
toute réserve et toute retenue? Il en est qui se contentent de 
rechercher les occasions, de faire quelques avances ou de 
déguiser leur consentement sous les apparences d'une ré- 
sistance toute de convention; d'autres vont jusqu'à men- 
dier la satisfaction de leurs sens et provoquent le premier 
venu. 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 195 

Observation CXLII. — Taguet déclare avoir connu une dame 
qui, à chaque époque menstruelle, demandait à entrer dans une 
maison de prostitution. (Thèse de Paris, 4879, p. 23.) 

La crise passée, ces femmes retournent pleines de honte à 
leur honnêteté première ; le remords et le désespoir ont été si 
violents chez certaines qu'elles sont tombées dans la mélan- 
colie et ont fini par le suicide. 

La menstruation et l'ovulation jouent si bien un rôle dans 
l'excitation vénérienne, que leur suppression physiologique a 
suffi quelquefois pour faire disparaître les troubles nympho- 
maniques. Ex utero furentes, si concipiunt, sanse fiant, a. dit 
Hippocrate. C'est si vrai que, dans certains cas, le retour des 
règles, après l'accouchement, amène infailliblement le retour 
des accidents. J'ai déjà rapporté plusieurs faits de ce genre, 
j'ajoute le suivant. 

Observation CXLIII. — Jeune imbécile, qui mettait en réserve 
tout ce que lui rapportait son travail de chaque jour et qui, lors- 
qu'elle avait amassé une petite somme, la portait àun ouvrierpour 
qu'en échange, il lui prodiguât ses caresses. Chaque fois qu'elle 
était enceinte, on constatait la disparition des symptômes de 
nymphomanie. Le retour des règles amenait infailliblement les 
mêmes symptômes. (Esquirol. Traité des Maladies mentales, 
p. 101.) 

L'exagération de l'instinct génésique coïncide souvent avec 
l'exagération des fonctions menstruelles. C'est ainsi que, dans 
presque tous les cas de menstruation précoce qui ont été 
publiés, on a noté la précocité du tempérament sexuel. Telle 
est, pour n'en citer qu'une seule, l'observation de Cormar- 
mond J . Il s'agit d'une petite fillette qui, réglée sur le troi- 
sième mois, présentait un développement exagéré desseins et 
avait les parties génitales ainsi que les aisselles couvertes de 
poils. Lorsque l'auteur la vit pour la première fois, elle avait 

1 Dictionnaire des sciences //(<■</., en GO vol., art. : Puberté. 



196 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

sept mois; il fut étonné de l'expression du visage, dont les 
traits fortement prononcés n'avaient rien d'enfantin, et sur- 
tout de la vivacité , des yeux qui semblaient exprimer des 
désirs. A vingt-sept mois, elle offrait tous les signes physiques 
de la puberté, lesquels avaient commencé à se manifester dès 
la naissance l . Dans les pays chauds, les femmes, plus tôt et 
plus abondamment réglées, sont généralement plus tôt et plus 
enclines aux plaisirs de Tamour que dans les pays froids et 
tempérés. Hérodote attribuait une ardeur vénérienne exces- 
sive aux femmes d'Egypte, et la plupart des voyageurs ont 
signalé le même fait pour les pays tropicaux, Comment expli- 
quer la coïncidence de ces deux phénomènes, si ce n'est en 
disant qu'ils reconnaissent l'un et l'autre une seule et même 
cause : le développement exagéré de l'appareil ovarique ? 

Plus l'ovaire est développé, plus la menstruation est abon- 
dante et plus les besoins génésiques sont puissants. C'est 
ce qui semble nettement ressortir des faits suivants. 

Négrier rapporte plusieurs observations de jeunesfilles qui 
se livrèrent à la masturbation dès l'âge de dix ans. Or, ces 
jeunes filles furent réglées de bonne heure (douze à treize 
ans), très abondamment (six à huitjours), et à l'autopsie pré- 

1 Carus parle également dans ses écrits d'une enfant qui fut réglée 
à 2 ans et devint enceinte à 8 ans; Molitor, d'une autre enfant qui, 
réglée à 4 ans, devint aussi enceinte à 8 ans. Le D r Diamant a décrit 
dans la Internat. Klin Rundsc/ian, 1889, le cas d'une petite fille qui a été 
réglée à l'âge de 2 ans. La menstruation avait lieu régulièrement tous 
les mois, et durait chaque fois 5 jours. Vers le douzième mois de son - 
existence, l'enfant, qui est né en 18S2, avait déjà toutes ses dents. La 
tète et les extrémités supérieures sont formées comme chez les en- 
fants de son âge, tandis que les extrémités inférieures, surtout les 
régions lombaires, fessières et les cuisses, présentent un développe- 
ment qui ne s'observe que chez les sujets pubères. Les seins sont très 
développés, le pubis et les aisselles sont garnis de poils, l'enfant aune 
voix de basse. Depuis janvier 1887, les règles ne viennent plus, mais 
sont remplacées à chaque époque par des accès épileptiques dont le 
nombre va en augmentant chaque mois. Voir aussi l'observation de Vel- 
p^au et les suivantes : Otto Stocker (de Lucerne), in Cor. Bl. f. Schweiz. 
Aerzte, n° 9, p. 261, T r mai 1879. David Drumond in Brït. méd. 
jou-n.. 12 juillet 1879, p. 47. 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 197 

sentèrentdes ovaires très hypertrophiés. Comme contre-par- 
tie, le même auteur ajoute plusieurs autres observations de 
jeunes filles, qui, réglées très tardivement et peu abondam- 
ment, ne furent presque jamais sollicitées par des désirs véné- 
riens ; l'autopsie démontra que leurs ovaires étaient très peu 
développés, et Négrier conclut non sans raison que « rin- 
fluence des ovaires et l'activité de leur fonction sont en raison 
directe de leur volume ». 

Rossignol parle de 58 jeunes filles qui commencèrent leur 
vie de prostitution entre neuf et onze ans. Or, toutes ces 
jeunes filles étaient déjà sous l'influence du travail ovarique, 
lorsqu'elles eurent [ leurs premiers rapports sexuels; chez 
33, en effet, ce fut après quelques rapports seulement qu'ap- 
parut la menstruation ; chez les autres, ce fut après quelques 
mois, 27 furent réglées avant dix ans, 19 avant onze ans, 
10 avant douze ans, Savant 13ans. Il est probable que l'abus 
prématuré des plaisirs vénériens avait contribué pour quelque 
chose à la précocité de la menstruation ; mais ce qui me por- 
terait à considérer ces malheureuses comme les victimes de 
leur puissante organisation ovarique, c'est que la plupart, 
âgées de dix-huit à vingt-cinq ans, à l'époque où Rossignol les 
observait, présentaient, à chaque période menstruelle, des 
phénomènes qui ne laissaient aucun doute sur le rôle impor- 
tant que la menstruation avait dû jouer dans leur existence. 

Louyer-Yillermay rapporte également plusieurs observa- 
tions de nymphomanes chez lesquelles, à l'autopsie, on trouva 
des ovaires très fortement développés. M. le professeur Bail 1 , 
après avoir invoqué le témoignage de cet auteur, donne une 
autre preuve empruntée à l'art vétérinaire. Certaines génisses 
peuvent être atteintes de véritables accès de nymphomanie. 
On les voit alors chercher ardemment le mâle et lorsqu'elles 
entrent dans une étableoù se trouve un taureau, elles causent 

1 Bail. La folie érotiqu'e. Taris, 1888, p. 19 et 89. 



198 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

un épouvantable tumulte par leurs mugissements furieux et 
leurs mouvements désordonnés. Privées du mâle, elles cher- 
chentà satisfaire leurs désirs sur leurs compagnes elles-mêmes, 
d'où le nom de vaches taurelières qui leur a été donné. « Il 
est un moyen aussi simple que radical de les apaiser et de 
les guérir, dit le professeur, c'est de leur enlever les ovaires, » 
et on constate que ces organes sont visiblement rouges, tumé- 
fiés, hypertrophiés. 

L'ablation des ovaires non seulement tarit la source du 
sang menstruel, mais éloigne aussi les désirs vénériens et 
détruit peu à peu l'instinct génital. Wiers et de Graaf citent 
un châtreur de porcs qui, irrité du libertinage de sa fille, lui 
extirpa les ovaires. Autrefois, en Arabie, lorsqu'il était 
d'usage d'employer des femmes comme eunuques, on avait 
soin, avant de les introduire dans le sérail, de les castrer pour 
leur enlever tout appétit vénérien. 

Il se passe chez la femme, sous l'influence du molimen 
menstruel, ce que nous constatons, tous les jours, chez les 
animaux sous l'influence du rut. Nous avons vu que les par- 
ties de la génération chez les femelles sont alors le siège 
d'une irritation bien marquée, caractérisée par du gonflement, 
une augmentation des sécrétions, un écoulement séreux, 
souvent sanguinolent, quelquefois même par une véritable 
hémorrhagie rappelant à merveille l'écoulement menstruel 
de la femme. « Un nouveau besoin, celui de l'amour, dit 
Moreau * , répond constamment à cette disposition des 
organes. Un phénomène de même ordre et non moins lié 
à des circonstances d'amour physique, se manifeste chez la 
femme à l'époque de la puberté, et, se renouvelant ensuite 
avec régularité, revient périodiquement tous les mois. » 

Suivant les zoologistes, les femelles des singes, qui 
reçoivent fréquemment le mâle en tout temps, deviennent 

1 Moreau. Loc. cit., vol. II, p. lii. 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 199 

alors très avides de leurs approches. IIi.ll * , médecin de 
l'armée néerlandaise à Surinan, possédait une guenon qui, à 
chaque renouvellement de lune, était sujette à un flux sanguin 
abondant dont la durée était de trois jours environ, et pen- 
dant lequel l'animal donnait des signes d'une excessive lubri- 
cité. Ce n'est pas là un fait exceptionnel et propre seulement 
à l'espèce simienne : pour toute espèce et toute race, l'époque 
du rut est une époque d'ardeur génésique. On dit alors de la 
femelle qu'elle est en chaleur, et, si ses désirs restent inas- 
souvis, elle présente quelquefois de violentes crises de 
fureur génésique. 

Les génisses courent à travers les prairies avec une sorte 
d'anxiété, comme si elles étaient effrayées du changement qui 
s'est opéré en elles; leurs yeux deviennent brillants, et on les 
voit s'approcher du taureau avec des démonstrations câlines 
et affectueuses, exagérant la dépression naturelle de leurs 
lombes pour se donner des poses lascives et provocantes. La 
chienne elle-même, d'ordinaire si fidèle et si attachée, oublie 
volontiers son maître et quitte le logis pour aller satisfaire 
l'instinct qui domine tout alors. Mais, dès que la période ova- 
rique est terminée ou que la femelle se sent pleine, loin de 
rechercher le mâle, elle le fuit, et résiste avec force et obsti- 
nation à tous ses assauts amoureux. C'est ce qui semble aussi 
s'observer chez la femme : d'une manière générale, en effet, 
la femme enceinte est moins portée aux rapports conjugaux, 
et, si elle s'y soumet, ce n'est certainement pas pour donner 
satisfaction à ses désirs sexuels. 

Ne nous étonnons pas de rencontrer chez la femme la 
même excitation génésique que chez les animaux; elle est le 
résultat du même travail ovarique et a le même but physio- 
logique, à savoir : la perpétuité de l'espèce. Chez la femme 
sans doute, elle est moins ostensible ; elle existe plus cachée, 

' II i 11, cité par Longet. Traité de physiologie, t. II. p. 723. 



200 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

plus dissimulée ou rendue plus ou moins impuissante par les 
efforts énergiques de la volonté, mais elle n'en existe pas 
moins. 

La femelle n'a qu'à se laisser guider par l'instinct, tandis 
que la femme, supérieure par la raison, se trouve arrêtée par 
mille considérations de morale, d'honneur, d'intérêt, par les 
principes de son éducation et par toutes les entraves que la 
société moderne apporte aux mouvements les plus impérieux 
et à la réalisation des aspirations les plus naturelles. Elle 
conserve généralement assez d'empire sur elle-même pour 
résister aux sollicitations de l'instinct ou tout au moins pour 
laisser ignorer le combat qu'elle soutient contre ses sens 
dans le secret de son être, combat terrible se terminant 
quelquefois par le désespoir et le suicide ou par une défaite 
qui la livre tout entière et sans résistance à la fougue de ses 
passions et alors 

Ce n'est plus une ardeur en ses veines cachée, 
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée. 

La période active des fonctions sexuelles est la plus 
féconde en troubles génésiques ; on les constate cependant au 
moment de la puberté et plus souvent encore à l'époque cri- 
tique. 

Le Talmud appelle la puberté Y âge du devoir : à ce mo- 
ment, en effet, s'éveille l'instinct génital, et alors seulement 
commence le véritable rôle de la femme. « Il se développe, 
dit Muller dans sa Physiologie, instinctivement et confu- 
sément des idées ayant trait aux rapports des sexes, qui 
s'emparent de l'imagination et qui exercent leur influence 
sur l'esprit tout entier, mettant en jeu les plus nobles facultés 
pour la glorification de l'amour. » Suivant Osiander, jamais 
une jeune fille n'éprouve un amour plus pur, plus délicat et 
plus tranquille ; jamais elle n'est plus mystique et plus 
enthousiaste et, en même temps, plus portée aux plaisirs 



EXCITATION GÉNÉSIQUE -01 

sensuels, plus séduisante et plus passionnée que dans le début 
de la période de développement, ordinairement même avant 
que le flux menstruel ait commencé son cours ou qu'il ait 
reçu une organisation régulière. 

Il semblerait que l'ovulation, en disparaissant, dût éteindre 
à jamais l'appétit génital. 11 n'en est rien, et bon nombre 
d'auteurs des plus autorisés ont constaté que les troubles 
nerveux ménopausiques se rattachent surtout à l'instinct de 
la reproduction. On dirait que les sens, endormis jusque-là, 
se réveillent tout à coup par suite de la cessation du stimulus 
mensuel. Est-ce coquetterie de la part de la femme qui, se 
sentant vieillir, voudrait donner le change en laissant deviner 
des désirs que l'on est habitué à rencontrer dans un âge plus 
jeune, ou plutôt ne devons-nous pas voir dans cette recru- 
descence comme le chant du cygne, l'agonie agitée d'une 
fonction toute-puissante qui ne peut se résoudre à aban- 
donner son empire. « Il nous est arrivé plusieurs fois, écrit 
Raciborski 1 , d'être consulté par des femmes qui, se trouvant à 
l'époque de la ménopause ou l'ayant même dépassée, étaient 
tourmentées par des désirs vénériens. Dans ce nombre, il y 
en avait qui nous ont déclaré n'avoir jamais rien éprouvé de 
pareil dans leur jeunesse. La passion peut devenir si forte 
qu'elle finit par égarer la raison et nous avons vu des femmes 
qui commettaient des actes blâmables et ridicules, qu'elles 
n'auraient jamais commis, étant plus jeunes. Nous en 
connaissons qui avaient vécu toujours cangées et tranquilles 
dans leur ménage, attachées à leur famille et à leurs devoirs 
conjugaux, et qui, sous l'influence du trouble provoqué par 
la pléthore nerveuse ménopausique, allaient briser tout d'un 
coup toutes ces conditions de leur bonheur passé, pour 
suivre des jeunes gens de rien dont elles s'étaient prises 
d'amour. » 

1 Raciborski. Traité de la menstruation, p. 271. 



20i PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

Il est assez fréquent de voir des femmes, devenues veuves 
quelques années après leur mariage, vivre paisiblement dans 
leur veuvage jusqu'à l'époque critique, et, à ce moment 
éprouver un irrésistible besoin de contracter de nouveaux 
liens. De Gardane nous dit que la nymphomanie est moins 
rare qu'on ne pense à la ménopause : la pratique lui en a 
offert de nombreux exemples. 

Queneau de Mussy a décrit 1 sous le nom d'érotisme à la 
ménopause, un trouble de l'instinct génésique qu'il a observé, 
un certain nombre de fois, à l'âge critique. Il rappelle sept à 
huit observations de femmes qui, jusqu'à la ménopause, 
supportèrent le plus facilement du monde leur veuvage ou 
l'indifférence de leur mari, et qui alors éprouvèrent des désirs 
violents insurmontables aboutissant à des troubles physiques 
et psychiques fort graves. Il dit avoir vu souvent, dans les 
hôpitaux comme dans la clientèle civile, des femmes qui 
éprouvaient un singulier plaisir à se faire sonder tous les 
jours, pendant des semaines entières, ou encore d'autres 
malades qui simulaient une affection de matrice et venaient 
sans cesse consulter le médecin pour réclamer un examen 
au spéculum. 

Depaul, Gueniot, Brierre de Boismont parlent aussi des 
excitations génésiques, des désirs vénériens, qui apparaissent 
ou augmentent d'intensité à la ménopause. « Il peut survenir 
alors, disent-ils, une véritable fureur utérine. » Il suffit, du 
reste, d'aller dans un asile d'aliénées pour voir des femmes 
âgées de quarante à cinquante ans qui présentent du délire 
génésique coïncidant avec la ménopause. 

Il arrive quelquefois qu'une femme, après avoir cessé 
d'être réglée pendant un certain nombre d'années, voit repa- 



1 Gueneau de Mussy. Clinique médicale. Paris, 1875, t. II, p. 343, et 
Gazet. hebdomadaire, 1870. 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 203 

raître l'écoulement sanguin et, ave»' lui, des désirs qu'elle 
croyait à jamais éteints. 

Observation CXLIV. — Une femme de cinquante-deux ans, qui 
n'était plus réglée depuis dix ans, ayant vu reparaître ses mens- 
trues, fut prise d'un délire erotique très tranché. Elle se croyait 
enceinte, et avait entre autres hallucinations celle de sentir son 
enfant remuer. 

A la suite de cette observation communiquée par Baillarger, 
le 28 juin 1852 à la Société médico-psychologique, une petite 
discussion s'engagea entre différents membres sur les rapports 
de la menstruation et de la folie amoureuse chez les personnes 
âgées. Calmeil déclara que cette vésanie est très fréquenta 
chez les vieilles aliénées ; Gerdy fît observer qu'un fait certain 
était le retour des règles dans la vieillesse ; Pinel raconta 
qu'il avait connu la femme d'un général, qui fut en proie à 
la passion la plus désordonnée pour les hommes, passion 
qu'elle avouait elle-même en disant qu'elle avait la rage de 
V amour. Or, cette femme n'était point aliénée, mais depuis 
l'âge de soixante-ans éprouvait des pertes sanguines. 

Esquirol a signalé une femme de soixante-quatre ans, affec- 
tée d'érotomanie, et qui, pendant les deux ans que dura cette 
maladie, vit reparaître le flux menstruel. Un cas de ce genre 
est rapporté par Legrand du Saule (loc. cit., p. 502) : il s'agit 
d'une femme de quatre-vingt-quatre ans qui se mit à aimer 
passionnément un jeune homme, et assurait que la mens- 
truation s'était rétablie chez elle. 

Le délire génésique d'origine ménopausique peut débuter 
brusquement ou progressivement. Dans ce dernier cas, il y 
a gradation successive dans l'intensité et le mode d'évolution. 
Du simple trouble fonctionnel, la femme passe à l'illusion ; 
de celle-ci, à l'hallucination confuse d'abord, puis devenant 
peu à peu nette, précise, distincte et s'imposant bientôt 
comme la réalité. Sous l'influence de cet état hallucinatoire 
on voit des femmes accuser des hommes huit à fait étrangers 



204 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

à leurs troubles, de dresser des embûches à leur vertu et de 
leur procurer, contre leur gré, par toutes sortes de maléfices 
les jouissances de la nature. 

Ces troubles génésiques, pour n'être pas toujours patents 
et ne pas constituer une vésanie franche qui nécessite d'ur- 
gence l'admission de la malade dans un asile, n'en constituent 
pas moins un état morbide caractérisé par des désordres intel- 
lectuels et des anomalies instinctives échappant au contrôle 
et à la domination de la force morale. « Ces malades, dit Ri- 
card 1 , souffrent en silence, et c'est à l'insu de tout le monde, 
après une longue lutte entre leur conscience et l'instinct qui 
les tourmente, qu'elles cèdent la rougeur au front à leurs 
instincts génésiques. » 

Gneneau de Mussy pense que cette excitation des sens est 
beaucoup plus commune que n'autorise à le croire le silence 
des gynécologues. On comprend d'ailleurs combien de motifs, 
peuvent engager les femmes à garder le secret sur un point 
aussi délicat. 

Pour Brantôme, qui n'était pas médecin, il est vrai, mais 
qui, très curieux de tout ce qui touchait au beau sexe, a beau- 
coup observé la femme, les désordres génésiques constatés à 
la ménopause ne seraient que le résultat d'un calcul machia- 
vélique. « Estant âgées et venues sur les cinquante ans, et lors 
ont plénièreet toute ample libertéde se jouer et recueillir les 
arréages des plaisirs que, possible, aucunes n'ont osé prendre 
de peur de l'enflure de leur traistre ventre. » Cette explica- 
tion, bonne peut-être pour l'époque de Brantôme, ne saurait 
nous suffire aujourd'hui où l'abominable science des fraudes 
conjugales est connue des plus ignorantes et ne permet que 
trop souvent à la femme de se livrer à ses appétits désordonnés 
sans craindre Y enflure de son traistre ventre. 



1 Ricard. Elude sur les troubles de la sensibilité génésique à l'époque 
de laménopausc. Thèse de Paris, 1879. 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 205 

Observation CXLV. — Jeune fille d'une précocité extraordi- 
naire, bien avanl l'âge de la puberté, mais qui, au moment de la 
première menstruation, sentit se développer en elle des besoins 
précis et mieux déterminés. Dès qu'elle put se soustraire h la sur- 
veillance de ses parents, elle saisit la première, occasion qui se 
présenta de goûter un plaisir qui suivant sa propre expression 
dépassa de beaucoup ce qu'elle s'en était promis. (Renaudin, 
Archives cliniques, 1862.) 

Observation CXLV1. — Jeune fille de douze ans qui, sortant le 
soir sous prétexte d'aller chez des amis de sa famille, se tenait sur 
le trottoir pour arrêter et provoquer les passants. Elle les condui- 
sait dans une maison qu'une autre jeune fille lui avait fait con- 
naître. (Legrand du Saule, L < folie dioanl les tribunaux, p. 510, 
Paris, 1864.) 

Observation GXLVII. — Une enfant de quinze ans, soignée à 
la Salpètrière dans le service de M. Trélat, honnêtement élevée 
par ses parents, appelait par la fenêtre les soldats qu'elle voyait 
passer, pendant que son père, resté veuf, était occupé hors de chez 
lui. (Legi-and du Saule, lu:, rit., p. 510.) 

Observation CXLVJIf. — Une jeune fille, âgée de quinze ans et 
non encore menstruée, fut atteinte de convulsion avec fureur uté- 
rine. Une saignée de pied modéra les symptômes, mais elle ne fut 
parfaitement guérie qu'avec l'apparition des règles. (Louyer- 
Yillermay, in Dict. en 60 vol , vol. 30, art. Nymphomanie, p. 591.) 

Observation CXLIX. — M Ue L...,née dans l'aisance, fut élevée dans 
les principes religieux les plus rigides : à l'âge de seize ans, elle 
devient nymphomane et se fait prostituée gratis. Deux ans après 
de disespoir, elle mit fin à ses jours. (Louyer-Villermay, loe. cit., 
p. 58k) 

Observation CL. — M 1Ie X..., appartenant à une honorable fa- 
mille d'Angers, âgée de dix-sept ans, de petite taille, traits du 
visage expressifs, grands yeux bruns, humides, lèvres épaisses, 
réglée et déjà formée à quatorze ans, fut atteinte de symptômes 
nerveux hystériformes qui coïncidèrent avec les dérangements de 
la menstruation. Un délire erotique la poussait irrésistiblement 
aux actions les moins chastes. Des propos obscènes, des expres- 
sions d'une trivialité repoussante surprenaient autant qu'elles 
épouvantaient sa famille. 

Elle lui, renfermée dans une loge de l'hospice : presque nue. 



206 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

provoquant sans cesse à l'union sexuelle et par ses paroles et par 
ses gestes, elle ne mourut pas. Réduite au marasme, elle parut 
enfin tranquille, elle rentra dans sa famille et sembla commencer 
une nouvelle vie. Sans doute une révolution favorable s'était 
opérée dans le système génital, 'l'esprit resta calme, l'embonpoint 
revint et la menstruation se rétablit. (Négrier, loc. cit., p. 79.) 

Observation CLI. — Lucile, âgée de seize ans, à sa sortie du cou- 
vent où elle avait été élevée, est prise d'un violent amour pour 
un domestique qu'elle y avait vu : mort du domestique. 

La fureur utérine fait des progrès : presque toute nue, elle court 
dans la chambre d'un chevalier qu'elle savait être encore au lit et 
lui fait les propositions les plus déshonnêtes. Apparition abon- 
dante des règles qui, selon toute apparence, n'arrivaient pas depuis 
longtemps, mariage et guérison. (D. T. de Bienville. La nympho- 
manie ou Traité de la fureur utérine, Amsterdam, 1771, p. 64 à 75). 

Observation CLII. — Une jeune fille de vingt ans, dans le service 
de M. Voisin, à la Salpêtrière, présente, à chaque époque mens- 
truelle, des troubles erotiques très prononcés et qui jurent avec 
l'éducation morale qu'elle a reçue. M. Voisin l'hypnotise à l'épo- 
que des règles et la laisse endormie pendant toute leur durée : 
suggestion de sentiments et de pensées plus honnêtes; succès. 
(Cours de la Salpêtrière, année 1888.) 

Observation CLIII. — Une jeune personne, âgée de vingt ans. 
grande et bien constituée, souteuue par des principes religieux, 
n'ayant connu ni les lectures erotiques ni les conversations lubri- 
ques, resta jusqu'à l'âge de seize ans en parfait état de santé. A 
cette époque, elle reçut les confidences d'une amie, qui l'entre- 
tenait de ses rapports avec un amant. Peu à peu un trouble léger 
se produit dans l'entendement. A dix-sept ans, les règles s'an- 
noncent, mais ne coulent que peu... Depuis, à chaque période, 
aberration de l'intelligence, qui progresse avec le temps : elle 
s'abandonne aux mouvements les plus désordonnés, parlant sans 
cesse d'un beau jeune homme, prenant des attitudes lascives, le 
regard égaré, la bouche brûlante. (Louyer-Villermay, Dictionnaire 
des sciences médicales, v. XXX, p. 563, art. Nymphomanie.) 

Observation CL1V. — Adèle, née d'une union illégitime, re- 
cueillie à l'hospice des Enfants-Trouvés. Elle n'a été réglée qu'à 
l'âge de vingt ans et les premiers symptômes de son délire ont 
coïncidé avec la première apparition des menstrues. Ses idées sont 



EXCITATION GBNÉSIQUE 207 

incohérentes et revêtent une forme lubrique. Depuis, tous les mois, 
à chaque période menstruelle, l'excitation renaît et avec elle ses 
tendances erotiques; dans l'intervalle, son esprit reste calme et lui 
permet de s'occuper aux services de la maison. (Dauby, Thèse de 
Paris, 1866, p. 24.) 

Observation CLV. — Marie 0..., domestique, vingt-six ans, 
grande et vigoureuse fille; menstruée régulièrement à douze ans, 
cheveux noirs, peau brune, grands yeux humides et lascifs, ma- 
melles très développées, transpiration fortement odorante, réglée 
de vingt-cinq en vingt-cinq jours avec abondance et pendant une 
semaine entière. A chaque époque menstruelle et dès le début de 
la fonction, fatigue générale, sentiment de gonflement dans le 
bas-ventre et les reins, fourmillement sur Je devant des cuisses, 
excitations sexuelles insoutenables. Un écoulement blanc succède 
à toutes les htmorrhagies fonctionnelles. La fille X... devint 
grosse à vingt-deux ans. Sa grossesse et son accouchement n'offri- 
rent rien d'anormal; elle n'allaita pas son enfant. 

Moins d'un mois après la parturilion, une perte sanguine très 
abondante signala le retour de la fonction ovarienne, et, dans 
la suite, chaque époque ramena les mêmes phénomènes généraux 
et locaux produits par l'énergique l'onction des ovaires : <r Au 
temps des règles, dit-elle, je suis tellement tourmentée par des désirs 
que rien ne pourra m 'empêcher de succomber. » 

La fille X... n'a pas tardé à devenir enceinte pour la seconde 
fois. (Négrier. Recueil de faits pour servir à l'histoire des ovaires, 
1858, p. 13.) 

Observation CL VI. — Junior quœdam, optimis artibus ad mo- 
destiam inslitula, si menstruaret, viri in amplexus ruebat auda- 
cissimè, et cùm in œtate vigeret et Yiribus, insatiatam tamen 
deserebat. Die quadam, in libidines femina cûm indesinenter insur- 
geret, ille, ira amens, dirreplam dejecit, jacentemque verberai; 
verberibus tacla statim, quasi jubente deo, deferbuit furor, nec 
visus est loto mense recrudescere. Quo autem exacto, similem 
tumultum similis vis compescuit. Et jam pridem mos ille domi 
invaluerat,cùm forte superveui, et rei novitate percuJsus, tum pre- 
sertim obstupui, cùm feminam taies injurias non modo marito 
condonanlem sed etiam sibi gratulantem audivi. (Brierre de 
Boismont. De la menstruation, Paris, 1842, p. 101.) 

Observation CLVII. — Une veuve, devenue folle par suite de ré- 
tention îles règles, entre, eu erranl dans la ville, dans un corps 



208 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

de garde où elle se livre à quinze hommes. Ses règles, ayant coulé 
abondamment ensuite, amenèrent la guérison du délire. (Bene- 
dictus de Lignano, De curandis morbis, lib. I, cap. xxviii, De 
insanki, t. II, ch. xxxm.) 

Observation CLVIII. — Eléonore R..., vingt-sept ans, sans pro- 
fession, entrée à l'asile le 29 août 1834. Tous les renseignements 
sont bons pour cette fille, jusqu'à l'âge de la puberté. 

Ce fut à quinze ans que se manifestèrent les premiers signes de 
la menstruation ; mais l'hémorrhagie fut pénible, difficile, dou- 
loureuse, et, au bout d'un an, elle s'arrêta complètement. Depuis, 
son caractère se modifia du tout au tout ; elle devint triste, rê- 
veuse, paresseuse, extravagante. Fuyant la société, détestant sa 
famille, elle recherchait la solitude, et, une fois seule, elle se livrait 
avec fureur aux manœuvres les plus honteuses. 

Souvent, elle simula de vouloir se tuer, et entre autres tenta- 
tives, elle se jeta dans la rivière ; mais, ainsi qu'elle le raconte, 
elle eut sein de choisir l'endroit le moins creux et de s'y allonger 
assez pour qu'on n'y vît que la tète. Cet état, véritable incubation 
cérébrale chronique, dura pendant douze ans ; on se contenta de 
renfermer la malade quand on pouvait la saisir. Au mois de mai 
dernier, elle boit un litre d'eau-de-vie : un violent accès de délire 
se déclare. 

Ce ne fut qu'à vingt-sept ans, après un traitement rationnel et 
méthodique, qu'on put rendre cette femme à la raison. Sa gué- 
rison morale coïncida avec sa guérison physique: en même temps, 
en effet, parurent les règles qui n'avaient pas coulé depuis onze 
ans. (Rousseau, Thèse de Paris, 1857, p. 37.) 

Observation CLIX. — Hystérie chez une femme de trente ans. 
Suppression brusque des règles à l'annonce de la mort de son 
mari. Paroxysmes compliqués de nymphomanie. Redoublement 
des accès aux époques menstruelles. Guérison à dater du second 
mariage. (F. Hoffmann. Beepilepsia, Obs. IX.) 

Observation CLX. — Hystérie compliquée de nymphomanie; dys- 
ménorrhée. Accès aux époques menstruelles. (Nicolaï, Journal de 
Yandermonde, 1758, t. IX, p. 114.) 

Observation CLXI. — M mo Cécile, âgée de trente-six ans, a été 
mariée fort jeune, à un instituteur ; elle n'a pas trouvé dans le 
ménage toute la félicité dont s'était bercée son imagination de fille. 
Son caractère est devenu difficile, bizarre. Depuis la puberté jus- 



EXCITATION GÉNÉSIQUE 209 

qu'à vingt-cinq ans, cette malade a eu une crise hystérique à cha- 
que période menstruelle. Elles ont disparu alors pour faire place 
à des symptômes de nymphomanie qui ont poussé cette malheu- 
reuse femme à des actes déplorables. Elle a essayé à plusieurs 
reprises de tuer son mari, d'autres fois, et sans provocation aucune 
de la part de ce dernier, elle ameutait tout le quartier par les cris: 
«Au meurtre, à l'assassin!» Elle provoque les passants à prendre sa 
défense au moyen d'affiches apposées à ses fenêtres. Elle pour- 
suivait en même temps de ses lettres et de ses obsessions amou- 
reuses, un ecclésiastique qu'elle prenait pour un bâtard de la fa- 
mille impériale ; elle espérait l'épouser lorsque le divorce aurait 
été autorisé et le mariage des prêtres décrété par le Concile. Non 
seulement ce prêtre ne répondit pas à sa flamme, mais encore 
informa le mari en lui envoyant la correspondance de sa femme. 
Cet état des choses durait déjà depuis quelques mois, M ma Cécile 
A... nese décourage pas et porte son affection sur un jeune hom- 
me qui ne tarda pas à la rendre enceinte. Depuis que la menstrua 
tion a disparu par suite de l'état de grossesse, M m0 A... a com 
plètement recouvré son bon sens. (Taguet, Thèse de Paris, 1872, 
p. 26.) 

Observation CLXII. — Une dame anglaise, âgée de quarante- 
huit ans, et mère de huit enfants, vint me consulter. Elle avait 
souffert quelques années auparavant d'une métrite catarrhale et, 
chez elle, l'écoulement menstruel ne venait plus que d'une manière 
irrégulière. 

Depuis sa maladie, elle avait cessé de cohabiter avec son mari. 
Cette dame se plaignit d'abord de dyspepsie, de constipation, 
mais au bout de quelques jours, elle m'avoua que sa maladie 
principale consistait en spasmes erotiques qui se répétaient plu- 
sieurs fois par jour, sans aucune provocation de son imagination 
et sans qu'elle pût même les repousser. Un jour, étant avec elle et 
une de ses amies, je fus témoin d'une de ses crises. Elle marchait 
dans la chambre, elle s'arrêta tout à coup, rougit : ses yeux de- 
vinrent fixes; un léger tremblement agita ses membres et sous 
elle s'échappa une sécrétion liquide, sécrétée parles glandes vulvo- 
vaginales. Cette malade n'était qu'accidentellement à Paris. Cette 
affection lui inspirait une tristesse profonde. Entourée d'une 
famille respectable, de filles déjà mères, elle n'avait osé en con- 
fier le secret à son médecin babituel qui, ne voyant là qu'un état 
nerveux, lui avait conseillé de voyager sur le continent. Chez cette 

S. (GARD. 14 



210 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

dame, il y avait non seulement des désirs, mais de véritables pol- 
lutions diurnes. (Guesneau de Mussy, t. III, p. 343 et suiv.) 

Observation CLXIII. — Une femme de quarante-sept ans est 
condamnée à deux ans de prison pour excitation à la débauche. 
Bien que sa conduite eût été régulière pendant toute sa vie, elle 
eut successivement dans les deux ou trois années qui précédèrent 
sa condamnation plusieurs amants, et, en même temps, recevait 
chez elle des filles mineures. En prison, elle présenta bientôt des 
signes évidents de folie : elle se figurait que les différents em- 
ployés de la maison centrale voulaient avoir des rapports avec 
elle. Tous les bruits qu'on entendait autour de la prison, étaient 
des voix de jeunes gens qu'elle avait connus. A l'asile, son délire 
roule complètement sur des idées de ce genre et des idées de per- 
sécution. S'il y a des personnes qui veulent la sauver, il y en a 
d'autres qui cherchent à lui nuire, et ce sont celles avec les* 
quelles elle a refusé d'avoirdes relations. (Boyer, Thèse de Montpel- 
lier, 1880, p. 35.) 

Observation CLXIV. — Le même auteur rapporte à la p. 34, 
l'observation d'une femme dont la vie avait été très honnête et 
qui, à la ménopause, sous l'influence de l'excitation utérine, avait 
tué son mari dont la présence la gênait dans les rapports fréquents 
qu'elle avait avec son fils : elle fut condamnée aux travaux forcés 
à perpétuité. 

Observation CLXV. — Femme arrivée à la ménopause: l'éro- 
lisme domine si bien dans son délire, qu'elle saisit les internes 
et cherche à les attirer dans sa chambre. (Dauby, Thèse de Paris, 
1866, p. 54.) 

Voir également les observations : 21, 39, 46, 51, 54, 60, 62, 127, 172. 
174, 186,232,249. 



CHAPITRE VU 
Délire religieux. 



Le délire religieux n'est pas aujourd'hui ce qu'il fut autre- 
fois. 11 varie essentiellement avec les époques, suivant pas à 
p;is la marche des idées religieuses, de nos croyances vis-à-vis 
de Dieu et des puissances infernales. Tout délire, en effet, 
n'est que le reflet des pensées et des sentiments qui nous occu- 
pent à l'état sain; et, plus que tout autre encore, le délire reli- 
gieux demande pour se développer un terrain préparé. Les 
personnes qui en sont le plus facilement atteintes, sont celles 
qui, par leur naissance, leurs dispositions naturelles, leur 
éducation, leur profession, le milieu qu'elles fréquentent, 
sont le plus soumises à l'influence de l'action religieuse. 

Nous commencerons par étudier le rôle de la menstruation 
dans le délire religieux, tel que nous le voyons aujourd'hui ; 
et, après avoir constaté combien ce rôle est important, nous 
nous demanderons si la menstruation ne joua pas aussi un 
certain rôle dans l'apparition des maladies religieuses qui 
affligèrent les siècles passés. 

§ 1. — DÉLIRE RELIGIEUX AUJOURD'HUI 

Les formes les plus communes qu'affecte le délire religieux, 
lorsqu'il se développe sous l'influence de la menstruation, sont 
la forme mélancolique et la forme hallucinatoire. 



212 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

1. — La forme mélancolique est caractérisée par des scru- 
pules, des idées de culpabilité, des craintes de damnation, 
etc. Pour échapperauxcrisde la conscience, qui leur reproche 
sans cesse les crimes les plus affreux, les mélancoliques reli- 
gieuses se livrent à la pénitence la plus rigoureuse, allant 
jusqu'à accomplir sur leur propre corps des mutilations épou- 
vantables, et, si elles ne parviennent pas à étouffer leurs 
remords, se croyant à jamais réprouvées, elles mettentsouvent 
fin à leurs jours par le suicide. On a vu des mères de famille 
qui, pour soustraire leurs enfants à la corruption du monde et 
leur procurer les joies éternelles du paradis, ont immolé en 
holocauste le fruit de leurs entrailles, renouvelant ainsi le 
sacrifice d'Abraham et croyant par là se rendre très agréables 
à Dieu. Témoin la femme Lombardi, qui tua ses quatre enfants 
pour les envoyer au ciel et les mettre à l'abri de la perdition 
qui les eût menacés, s'ils fussent restés plus longtemps sur 
terre. 

2. — Les illusions et les hallucinations que présentent les 
malades dans la seconde forme, sont des plus intenses et affé- 
rentes presque toujours à la sphère génitale. 

Le diable intervient pour se livrer sur elles à des pratiques 
voluptueuses et leur faire goûter les plaisirs de la chair. Ce 
n'est pas toujours le diable, c'est quelquefois Dieu lui-même, 
la sainte Trinité, qui, dans ses trois personnes, se transforme 
en époux charnel ; et l'on voit ces pauvres hallucinées se de'- 
clarer enceintes de leur commerce divin ou diabolique. Elles 
basent leur déclaration sur l'absence des règles, et, si celles- 
ci reviennent, elles trouvent toujours un motif pour expliquer 
la disparition du produit de la conception. 

Les hallucinations de l'ouïe offrent chez la mystique, au 
point de vue médico-légal, une gravité tout exceptionnelle. 
Celle-ci, en effet, ne se contente pas toujours de catéchiser ou 
de faire part des révélations dont elle se dit favorisée. Elle 
s'effore aussi d'obéir aux voix qu'elle entend, et, si ces voix 



DÉLIRE RELIGIEUX 213 

lui désignent un ennemi de la religion, elle s'acharne après 
lui, le menace des foudres vengeresses de la colère divine, elle 
va même jusqu'à le frapper. 

D'autres fois, c'est sous la forme mixte que se développe 
le délire, surtout à la ménopause « où la forme mélancolique 
à tendance suicide apparaît presque toujours, et quelquefois 
aussi la nymphomanie »,chezcelles surtout qui à l'époque de 
la puberté ont présenté des troubles psychiques en rapport 
avec la menstruation (Brouardel). 

« Très souvent, dit le savant doyen de la Faculté, entre 
quinze et dix-huit ans, la jeune fille qui avait des sentiments 
religieux plus ou moins développés, est prise d'une exaltation 
religieuse extrême. Elle perd le sommeil, témoigne une loqua- 
cité excessive, a des hallucinations de la vue et de l'ouïe, sous 
la forme de spectacles et de concerts célestes. Généralement 
cet état mental disparaît au bout de quelques mois et ne 
revient pas jusqu'à la ménopause. » 

Observation CLXVI. — Dans un cas que l'auteur a vu, la jeune 
iille a dit pendant six semaines, sans s'arrêter : « Je suis perdue, 
je suis perdue !» Il y avait un peu de fièvre et de photophobie. 
Le premier médecin avait diagnostiqué une méningite; mais 
Lasègue vint ensuite et affirma que la maladie durerait six mois 
et guérirait. C'est ce qui arriva. (Cours de la Faculté. Etat mental 
de la femme sous l'influence des fonctions génitales. Gazette des 
hôp., 27 mai 1888, p. 346.) 

C'est à la puberté que, bien souvent, des jeunes filles éle- 
vées dans les principes sévères de la religion, subissent 
l'affreuse torture morale des mauvaises pensées. C'est ainsi 
qu'on désigne en théologie des pensées ordinairement eroti- 
ques et toujours fort bizarres, se transformant maintes fois 
en véritables hallucinations, tant est puissante et vivace la 
ténacité avec laquelle elles s'imposent à l'esprit. Pour chasser 
la mauvaise pensée, la jeune fille lutte de toute la force de 
son âme et comme corps à corps avec le diable qu'elle in- 
vective publiquement et en termes les plus drôles et les plus 



214 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

originaux; elle se livre ouvertement à toute une gymnastique 
de signes de croix, à toutes sortes de grimaces et de contor- 
sions, et, à chaque instant, croyant avoir succombé, on la 
■ voit courir chez son confesseur. Et celui-ci, soit dit en passant, 
peut être d'un grand secours thérapeutique, si ses conseils 
savent s'inspirer des circonstances physiologiques ou mor- 
bides qui sont la cause réelle de l'état pathologique de sa 
pénitente. 

Observation CLXVII. — Une jeune fille que nous avons eu occa- 
sion de voir récemment, s'accuse en pleurant d'avoir des mau- 
vaises pensées qu'elle ne peut chasser. Pressée des questions, elle 
finit par avouer qu'elle a des hallucinations qui lui présentent 
toujours les parties sexuelles de l'homme. Nous avons tout lieu 
de la croire parfaitement chaste et même ignorante. Il s'agit chez 
elle d'une sorte d'érotisme inconscient. (Bail, De la folie à la 
puberté ; 'Encéphale, 1884, p. 7 et suiv. i .) 

Observation CLXVIII. — Une jeune fille éprouve dès l'âge de 
quinze ans des scrupules de conscience. « Elle a ri le jour de sa 
première communion ! Elle a dû aussi cacher un péché à son con- 
fesseur! Elle n'est donc pas en état de grâce? Que peut-il en résul- 
ter? Qu'est-ce qu'un sacrilège? Comment racheter un sacrilège? 
Serait-elle pardonnée, si pendant un an elle ne mangeait que du 
maigre? » Cette jeune fille, on le voit, était atteinte de la folie du 
doute à forme religieuse. (Legrand du Saule, La folie du doute, 
Paris, 1875.) 

Observation CLXIX. — Une jeune fille, depuis quatorze jusqu'à 
dix-huit ans, c'est-à-dire pendant tout le temps à peu près que 
dura l'évolution pubérale, fut poursuivie par la crainte d'avoir 
une mauvaise pensée; elle s'imposait aussitôt l'obligation de la 
rétracter. Lorsque la mauvaise pensée survenait alors qu'elle était 
en présence de sa mère, il fallait que cette dernière répétât plu- 
sieurs fois : Oui, oui, oui, sinon, la malade devenait anxieuse et 
passait des heures entières à faire de rétractations. (Baillarger, 
cité par Cullère, Les frontières de la folie, Paris, 1888, p. 70.) 

Observation CLXX. — Célina M..., âgée de quinze ans, n'était 

1 Le même auteur signale la forme religieuse comme la forme la plus 
commune du délire menstruel chez certaines femmes. [Maladies men- 
tales, p. 588.) 



DÉLIRE RELIGIEUX 21 o 

pas encore réglée. Celte jeune fille était d'un caractère doux et 
facile, avait beaucoup d'intelligence et menait une yie très régu- 
lière; sa piété était donnée comme exemple aux enfants du vil- 
lage. Malgré sa dévotion et la rigidité de ses moeurs, le curé, pour 
des raisons qu'on n'a pu connaître, refusa de l'admettre à la pre- 
mière communion. L'enfant fut tellement affectée qu'elle cessa brus- 
quement ses occupations, ses exercices religieux, ses habitudes régu- 
lières. Son père et sa mère ne furent plus dès lors l'objet d'au- 
cune attention de sa part, et des idées de réprobation, d'enfer, de 
crimes, de tortures vinrent l'assiéger nuit et jour. On a remarqué 
aussi chez elle des hallucinations de l'ouïe et de la vue. Il n'y a 
pas d'influence héréditaire. (Rousseau, Folie à la puberté, Thèse de 
Paris, 1837, p. 44.) 

Observation GLXXI. — Une jeune fille du peuple, âgée de qua- 
torze ans, atteinte de folie à la suite d'une mission, discourait sur 
des objets religieux comme si elle se fut livrée à l'étude de la 
théologie. Elle parlait comme un prédicateur sur Dieu, sur les 
devoirs du chrétien, et savait résoudre avec sagacité les objections 
qu'on lui faisait pour l'éprouver. (J. Frank, cité par Paul Moreau 
(de Tours), La folie chez les enfants, Paris, 1888, p. 68.) 

Observation GLXXII. — Une jeune fille à peine âgée de seize ans, 
intelligente, laborieuse et douce, mais adonnée à des habitudes 
secrètes, se jette dans les bras de la religion, espérant trouver 
dans l'accomplissement des devoirs religieux un frein contre ses 
passions. Un jour, quittant la table de la communion, elle se per- 
suade qu'elle a communié en état de péché et qu'il y va du salut 
de son àme. A partir de cet instant, elle a renoncé au travail, passe 
sa vie à gémir et prend la résolution de se laisser mourir de faim. 
A tous ceux qui tendent de la consoler, elle répond en hochant la 
tète : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi un aussi terrible ciiâli - 
ment ! » Ce n'est qu'en la nourrissant malgré elle qu'on parvint à 
soutenir ses forces et à pourvoir à sa conservation. (Sandras, 
Maladies nerveuses, Paris, 1831, t. I, p. 68.) 

Observation GLXXIII. — Julienne, dix-neuf ans, antécédents 
héréditaires. Dès l'âge de treize ans, elle s'occupe des problèmes 
relatifs à la sainte Trinité, et des bouffées d'idées délirantes sur- 
viennent d'emblée, par séries , et disparaissent de même. La 
menstruation s'établit tardivement, à dix-huit ans; avec elle, légère 
rémission psychique. Les règles cessent, aussitôt les obsessions 
religieuses deviennent plus actives; délire ambitieux, folie du 



216 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

doute, délire du toucher, peur des poisons, inversion du sens géni- 
tal. (Krafft-Ebing, cité par Dupain, Le délire religieux, Thèse de 
Paris, 1888, p. 72.) 

Observation CLXXIV. — Une jeune fille, menstruée à dix-sept 
ans et avec beaucoup de peine, subit à vingt-trois ans une nou- 
velle perturbation dans la fréquence et l'intensité du flux. Concur- 
remment avec ces anomalies et la puberté, survinrent des crises 
hystériques se compliquant peu à peu de troubles sensoriels à 
teinte mystique. Elle se jeta dans une dévotion extrême, le travail 
fut délaissé, le caractère changé, l'irritation à son comble. Sortie 
d'une maison en apparence guérie , elle se montra arrogante, 
impérieuse, orgueilleuse, et se fit un rôle de persécutée : symp- 
tômes unis à un érotisme contenu et coïncidant avec les désordres 
menstruels. On la mit dans un asile. Les sentiments affectifs se 
pervertirent complètement, l'érotisme déborda, et s'organisa un 
délire mystique dans lequel elle était enceinte par des œuvres 
toutes secrètes. Cet ensemble morbide était lié à une exagération 
des fonctions menstruelles, devenues irrégulières et accompagnées 
soit de douleurs abdominales très vives, soit de vrais accès hys- 
tériques. (Renaudin, Archives cliniques des maladies mentales, 1862, 
Obs. XCIX.) 

Observation CLXXV. — Arrêt de la menstruation chez une fille 
de vingt ans qui a des prédispositions héréditaires. Elle éprouve 
alors des chagrins, des remords de conscience; elle devient triste, 
inquiète, recherche la solitude et finit par délirer. Elle s'imagine 
être poursuivie par l'obsession déshonnête de jeunes gens de son 
pays. Hallucinations de la vue : visions effrayantes. L'amélioration 
mentale suit l'amélioration utérine, et la guérison de l'une amène 
la guérison de l'autre. (Berthier, Clinique de l'asile d'Auxerre, 
1853.) 

Observation CLXXVI. — Enthousiasme religieux , hallucina- 
tions, envies d'entrer au couvent, et autres troubles psychiques 
revenant périodiquement chez une dame qui avait été réglée à 
dix-huit ans, et dont les menstrues, d'abord peu abondantes, ces- 
sèrent complètement un an plus tard. L'application prolongée de 
courants d'induction sur l'utérus amena, à la fois, le retour des 
règles et la bonne santé antérieure. (Shramm, in Revue du Hayem, 
cité par Boyer, Th. de Mont., 1880, p. 24.) 

Observation CLXXVII. — M me M..., tempérament nerveux, ne 
compte pas d'aliénés dans sa famille. Mariée à l'âge de vingt-deux 



DÉLIRE RELIGIEUX 217 

ans, elle fut bonne épouse, excellente mère; elle eut six enfants et 
sa santé ne souffrit nullement de ces couches nombreuses et rap- 
prochées. A trente-cinq ans, elle fut obligée de vivre avec une 
belle-mère dont le caractère et les exigences ne tardèrent pas à la 
rendre impatiente et à exalter son impressionnabilité. Un jour à 
la suite d'une vive querelle de ménage, ses règles se supprimèrent 
et elle donna aussitôt des preuves d'aliénation. Elle devint 
méfiante, emportée, et cessa de s'intéresser à ce qui naguère fai- 
sait l'objet de ses préoccupations constantes. Sans cesse exaltée 
par des idées religieuses, elle passait des journées entières à prier; 
elle alla même, dans son délire, jusqu'à se figurer que ses enfants 
étaient des dieux; et, s'emparant des deux plus jeunes, elle quitta 
son domicile pour parcourir les campagnes voisines et entrer dans 
les églises, sans négliger de déposer ses enfants sur l'autel, pré- 
tendant que c'était là le seul lieu digne de les recevoir. (Dauby, 
Thèse de Paris, 1866, p. 50.) 

Observation GLXXYIII. — Une fille de vingt ans, après une sup- 
pression totale des menstrues, tomba dans l'exaltation religieuse 
et devint très agitée. Avec un traitement approprié, le flux san- 
guin reparut et laguérison s'effectua progressivement. (Duckworth, 
Journal of mental science, octobre 1864.) 

Observation CLXX1X. — M mc B..., âgée de trente-sept ans, 
éprouve des irrégularités menstruelles ; aussitôt, il lui semble 
voir le diable en personne à ses côtés. Suppression, aggravation ; 
retour des règles, cessation de l'hallucination. (Duckworth, Jour- 
nal of mental science, octobre 1864.) 

Observation CLXXX. — Une fille de vingt-sept ans éprouve des 
affections tristes qui amènent des dérangements dans la mens- 
truation. Incohérence dans les idées à chaque époque périodique, 
actes de fureur dans l'un desquels la malade tente d'étrangler sa 
mère, puis mélancolie sombre avec idées de possession. Elle court 
les églises pour se faire exorciser, elle porte des reliques pour em- 
pêcher que le diable ne l'enlève, etc. Conduite à la Salpêtrière, les 
menstrues se régularisèrent et cette fille sortit peu de temps après 
parfaitement rétablie. (Foderé, Traité du délire, 1817, t. II, p. 191.) 

Observation CLXXXI. — Femme de vingt-huit ans. Suppression 
des règles par le froid ; léger trouble des idées, monomanie reli- 
gieuse. Au mois suivant, absence des règles, exacerbation. L'alié- 
nation ne cesse qu'au retour des règles, provoqué par des Iraitc- 
ments. (Bouchut, Ann. méd. psych., 1844. t. IV, p. :t:i7.) 



218 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

Observation GLXXXII. — Anne, a toujours joui d'une bonne 
santé, n'a aucun antécédent ni héréditaire, ni personnel. A l'âge 
de seize ans, n'étant pas encore réglée, elle commença à éprouver 
des lourdeurs de tête, des étoufîements et des épistaxis. Elle per- 
dit en même temps un peu de son activité, et, moins soucieuse 
de son travail habituel, elle s'adonna aux pratiques religieuses 
d'une façon inaccoutumée. Son excentricité ne fit que s'accroitre 
et aboutit bientôt à un accès de manie aiguë. Sa crise ne fut pas 
de longue durée et cessa avec la première apparition des règles. 
Pendant six ans où la menstruation s'exerça régulièrement, rien 
ne troubla la régularité de son existence, lorsque son père lui im- 
posa un mari pour lequel elle professait une répugnance bien 
marquée. Anne n'osa résister à une volonté impérieuse et consentit 
au mariage ; mais, peu de jours après ce sacrifice, la menstruation 
fit défaut, un nouvel accès éclata qui l'obligea à rentrer à l'asile 
de Maréville. Elle est plongée dans la tristesse la plus profonde, 
elle se croit maudite, possédée du démon, condamnée aux feux de 
l'enfer pour les sacrilèges qu'elle a commis. Elle ne cesse de se 
lamenter, de crier qu'elle est Judas, l'Antc-Christ, qu'elle doit 
brûler éternellement. Elle reproche à Dieu de l'avoir fait naître, 
jure, blasphème et vomit des imprécations contre lui. Cet état 
dura six mois et ne disparut qu'avec le retour des règles. (Dauby, 
Thèse de Paris, 1866, p. 26.) 

Orservaïion CLXXXIII. — La fille X... perdit ses règles à l'âge 
de quarante ans. Depuis certains mois, elle rendait une grande 
quantité de sang par la vulve, mais si cet écoulement venait à 
cesser, elle tombait dans une profonde tristesse et se livrait alors 
à des actes de piété exagérés. Puis elle e:i vint à s'occuper des 
supplices des âmes et à craindre les peines éternelles ; elle se se- 
rait donné la mort si on ne s'y fût opposé. Elle fut guérie par des 
saignées multiples. (Obs. XGI, de Chambon de Montaux, cité par 
Chauffé, Thèse de Paris, 1794.) 

Observation CLXXXIV. — Femme à la ménopause, quarante- 
quatre ans, pratiques religieuses exagérées; communiait tous les 
jours, quelquefois trois fois par jour, sans jamais se confesser. Un 
jour, elle rencontre, dans la rue, un beau jeune homme blond, le 
prend pour le Christ et cohabite avec lui. Elle lui confie des obli- 
gations, le Christ les emporte et ne revient plus. Quelques jours 
après, elle reconnaît, dans la rue, Dieu le Père à ses cheveux gri- 
sonnants. Elle l'emmène chez elle, puis celui-ci s'esquive et dis- 



DÉLIRE RELIGIEUX 219 

parait. Quinze jours plus tard, elle a des rapprochements conju- 
gaux avec le Saint-Esprit sous les apparences d'un homme brun 
d'un âge intermédiaire entre Dieu le Père et Dieu le Fils. Les 
fonctions utérines s'arrêtent, les règles cessent ; plus de doute 
dans son esprit, elle va enfanter un nouvel enfant Jésus et rem- 
placer la sainte Vierge sur la terre. (Dupain, Thèse de Paris, 1888, 
p. 123.) 

Observation CLXXXV. — Catherine, quarante ans, est en proie à 
une lutte imaginaire avec le diable; insomnie, agitation, idées de 
suicide. Amélioration avec le traitement ; mais bientôt, peu avant 
les règles, retour du délire. Les bains tièdes font reparaître les 
règles et le mieux devient stable, puis la convalescence survient. 
(H. Girard, Ann. mêd.psych., 1844, t. IV, p. 329.) 

Observation CLXXXVI. — Erotisme survenant à l'occasion de la 
ménopause et jetant la malade dans la confusion et les scrupules 
désolés. (Gullère, Les frontières dj la folk, Paris 1888, p. 237.) 

Observation CLXXXVII. — Jeannette, âgée de quarante-huit 
ans, célibataire, a toujours été bien réglée. Depuis quatre mois, 
les menstrues ne sont plus arrivées, et un accès de lypémanie 
s'est manifesté avec des hallucinations religieuses. (Sauvet, Ann. 
méd.psych., t. XII, p. 178.) 

Observation CLXXXVIII. — B..., religieuse, quarante-trois ans. 
Pertes abondantes, puis suppression des règles qui ne reparurent 
qu'une seule fois trois mois après. Elle se croyait possédée du 
démon, se disait être elle-même le démon et parlait souvent de la 
bête de l'Apocalypse, etc. Elle répétait souvent que Dieu l'avait 
abandonnée, qu'elle était perdue, et alors, pour échapper à cette 
cruelle alternative, elle eut plusieurs fois l'idée d'attenter à ses 
jours, de se jeter dans un puits ou dans une rivière. Elle sortit 
guérie après huit mois de séjour à l'asile. (Bruant, De la mélan- 
colie survenant à la ménopause, Thèse de Paris, p. 72 1 .) 

On voit par ces quelques observations combien est varié le 
délire religieux sous l'influence de la menstruation, et com- 
bien il serait difficile de lui assigner un caractère particulier 
pour chaque époque de la vie sexuelle de la femme. D'une 
manière générale pourtant, ce qui domine à la puberté, c'est 

« Voir également les observations : 34, 61, 136, 139, 212, 232, 234 
et 258. 



220 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

l'extase jointe à la nymphomanie et à la mélancolie; pendant 
la période active, ce sont les scrupules et les hallucinations, 
quelquefois aussi l'excitation génésique; à la ménopause, 
nous voyons l'érotisme s'associer volontiers au mysticisme, et, 
comme conséquence, apparaître des remords qui jettent la 
malade clans des craintes perpétuelles pour le salut de son 
âme. 

§ 2. DÉLIRE RELIGIEUX AUTREFOIS 

Le moyen âge et les siècles qui suivirent, sont inscrits en 
lettres d'or dans les annales de l'Église. La foi brilla alors 
dans tout l'éclat de sa splendeur, mais elle tourna bien sou- 
vent à la superstition, et les croyances de nos pères, il nous 
faut l'avouer, ne furent pas toujours marquées au coin de la 
sagesse et de la saine raison. C'est ce qui explique pourquoi 
les troubles psychiques affectèrent si fréquemment à cette 
époque la forme religieuse. 

Je ne viens point faire ici le procès du surnaturel : ce serait 
aller contre mes idées les plus chères; mais dans l'intérêt de 
la religion même comme dans celui des fidèles, il convient 
de distinguer le naturel du surnaturel, et de ne pas aller 
chercher une intervention divine ou diabolique dans ce qui 
n'est que la simple manifestation d'un état pathologique. La 
maladie peut s'allier à la vertu; une grande sainte peut être 
une grande malade : ne les confondons pas l'une avec l'autre 
et donnons à chacune la part qui lui revient. Sainte Catherine 
de Sienne prétendait qu'elle n'avait pas de cœur: son confes- 
seur lui-même était le premier à en rire, mais toutes les plai- 
santeries et les raisons de celui-ci ne purent la convaincre 
qu'elle était faite comme toutes les autres femmes, et elle 
persista dans sa croyance erronée. Evidemment, ce qui par- 
lait en elle, en ce moment-là, ce n'était pas la sainte, mais la 
malade, et. si elle eût dit quelque chose de moins absurde, 



DÉLIHIi RELIGIEUX ^il 

raconté, par exemple, une apparition, un entretien divin, les 
plus sérieux de son temps, faute d'établir la différence sur 
laquelle j'insiste, l'auraient crue sur parole et enregistré à son 
acquit un miracle de plus. L'abbé Gailfredi (1611), prêtre 
bénéficié en l'église des Acoules, à Marseille, l'abbé Urbain 
Grandier (1632), les abbés Uoullé et Picard (1642), accusés, 
le premier par les Ursulines d'Aix, le second par les reli- 
gieuses de Loudun, les deux autres par les fdles de Sainte- 
Elisabeth à Louviers, ne sont-ils pas morts sur le bûcher, 
victimes des hallucinations génésiques de nonnes hystéri- 
ques? 

La menstruation doit-elle entrer pour une part dans la 
genèse des maladies religieuses de cette époque ? 

Marc l enseigne que l'extase, les visions, les hallucinations 
et les illusions de toutes sortes peuvent naître d'une cause 
menstruelle. 

Delasiauve pense que les désordres de la menstruation ne 
furent pas étrangers aux différentes épidémies de folie con- 
vulsive et religieuse observées dans les communautés de 
nonnes et parmi les populations aux croyances trop faciles. 

D'après Loyseau, il existe une liaison étroite entre la folie 
religieuse et les anomalies du système sexuel; l'auteur se 
demande si cela ne tiendrait pas à ce que beaucoup de per- 
sonnes cherchent dans la religion la consolation d'un amour 
malheureux ou non satisfait. Berthier partage cet avis et 
ajoute que, parmi les religieuses, le délire génésique est peut- 
être le plus fréquent. Cette remarque s'applique avec plus 
d'exactitude encore aux religieuses d'autrefois, dont un grand 
nombre entraient au cloître, contraintes par la naissance et 
non appelées par leur goût et leur vocation. Nous avons vu 
combien est précaire l'état de la menstruation chez les reli- 
gieuses; la vie monocale n'ayant pas changé, il est à sup- 

1 Mari-. Annales cPhyg. et de med. légale, L X, 183.'!, p. 156. 



222 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

poser qu'il ne fut pas plus florissant dans les couvents des 
temps passés. 

Régis l considère comme offrant plus de prise à la folie 
religieuse les personnes vouées aux ordres mystiques et con- 
templatifs, et, parmi celles-ci, plus particulièrement celles 
qui subissent la crise pubérale ou ménopausique : « On sait, 
d'ailleurs, ajoute-t-il, qu'il existe un lien étroit entre les idées 
mystiques et les idées erotiques et que, le plus souvent, ces 
deux ordres de conceptions se trouvent associés dans la folie. » 

Voici quelques faits à l'appui; nous les rangeons sous trois 
catégories : 

1. Les mystiques. — Les plus célèbres écoles de mysticisme 
au moyen âge furent les couvents d'Unterlinden, de Schô- 
nensteinbacb, d'Adelhausen , de Thoss, tous couvents de 
femmes. Les extatiques y étaient en grand nombre : Elisabeth 
Steiglin, du monastère de Thoss dans la Turgovie suisse, a 
laissé un manuscrit duquel Steill a extrait la vie d'une 
dizaine de sœurs, la plupart extatiques, eu dans un état 
approchant de l'extase. L'institution des Béguines fut celle 
qui produisit le plus et mérite ajuste titre le nom de pépi- 
nière du mysticisme qui lui a été donné. 

L'extase, la catalepsie et toutes les autres formes merveil- 
leuses du mysticisme peuvent avoir une origine menstruelle. 
Bonet guérit par la saignée une fille qui avait des mouve- 
ments convulsifs fréquents et des extases : elle croyait voir 
Dieu, les anges et toute la gloire du Paradis. Raulin 2 , à 
qui j'emprunte le fait, ajoute qu'il n'y a pas de médecin pra- 
ticien qui n'ait eu lieu d'observer des cas semblables; d'après 
lui, ces accidents arrivent ordinairement aux femmes en- 
ceintes et à celles qui ne sont pas réglées. 

Observation CLXXXIX. — Elisabeth Delvigne, âgée de vingt- 

1 Régis. Manuel pratique de médecine mentale. Paris, p. 31. 

2 Raulin. Traité des affections vaporeuses du sexe. Paris, 1758, p. 309. 



DÉLIRE RELIGIEUX 2:23 

cincf ans, vit ses ordinaires se supprimer dans le mois de novem- 
bre 1708, de sorte que, dans la suite, n'étant plus réglée, sa santé 
commença à se déranger. Elle présenta des attaques de catalepsie 
dans lesquelles elle gardait les positions les plus bizarres qu'il 
prenait envie aux assistants de lui donner. A la fin de l'accès, elle 
faisait des signes de piété: tantôt elle portait le bout du drapa 
son menton, comme si elle eût reçu la sainte communion, tantôt 
elle faisait un cercle sur sa tête comme si on eût dû la couronner, 
ce qui faisait dire au peuple qu'elle était une sainte, qu'elle était en 
extase et que tout ce qui se passait ne pouvait se faire sans miracle. 
Cette fille fut conduite, par ordre du lieutenant de police, dans la 
maison des religieuses hospitalières de la place Royale. Plusieurs, 
des plus célèbres médecins de la Faculté consultèrent ensemble 
sur cette maladie, qui, voyant qu'elle venait d'une abondance de 
sang par une suppression des ordinaires pendant huit mois, con- 
vinrent de la nécessité qu'il y avait de la saigner. Le jour même de 
son entrée chez les hospitalières, Elisabeth eut son accès de cata- 
lepsie, le soir, ces ordinaires survinrent ; le lendemain l'accès 
revint, mais beaucoup moins fort: du reste ce fut le dernier. Les 
règles coulèrent abondamment pendant six jours. Cette malade a 
été observée par plusieurs académiciens, par un ministre et le pré- 
fet de police. (Dionis, Dissej'tations sur la catalepsie, Paris, 1718, 
p. 45.) 

Observation CXC. — Une jeune fille de treize ans, nommée 
Gorardin, perdit tout à coup la parole et l'usage de tous ses sens, 
le mal fut court et l'accès passa vite. L'enfant paraissait bien, 
quand, au bout de quatre jours, il survint un nouvel accès qui la 
saisit debout au même instant qu'elle était occupée à prendre un 
sac suspendu à un mur, dont l'élévation la mettait dans la néces- 
sité d'étendre le bras droit et de lever le pied gauche, en sorte, 
qu'elle demeura dans cette position, sans connaissance, sans pa- 
role, sans sentiment, sans mouvement et dans un parfait équili- 
bre. L'accès fut assez long et serqnouvela assez fréquemment pour 
que les assistants le crussent l'effet d'un sort. La malade ne fut 
parfaitement guérie que par l'éruption des règles qui arrivèrent à 
quinze ans. (Delalour, Journal de Médecine, juillet 1756, t. VI, 
p. 40.) 

Observation CXCI. — Hélène Renault (de Saint-Malo), âgée de 
dix-neuf ans, à la suite d'une suppression des règles, tomba dans 
une véritable et parfaite catalepsie. Les doigts, les phalanges, le 



224 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

poignet, l'avant-bras, le bras, les yeux, la tête, tout restait immo- 
bile dans la situation où l'on s'avisait cle les mettre; l'odorat pré- 
sentait une excessive délicatesse. Il arrivait aussi, de temps en 
temps, qu'elle rêvait durant ses accès de catalepsie ; il était alors 
assez plaisant de voir cette jeune fille assise dans son lit, sourire 
agréablement avant de parler, comme une statue à ressorts, sus- 
ceptible de toutes sortes de mouvements. (Bourdin, Traité de 
la catalepsie, Paris, 18 H, p. 60.) 

Observation GXGII. — Fille âgée de vingt-deux ans. Les 
règles ne parurent qu'à dix-huit ans; à plusieurs reprises, elles 
se suspendirent et revinrent spontanément; depuis huit mois, elles 
sont régulières, abondantes, et durent ordinairement de dix à 
douze jours. A l'époque de l'établissement de la fonction mens- 
truelle, cette fille fut atteinte d'une affection extraordinaire, qui 
appela l'attention de la famille et des médecins. Cette affection 
était intermittente : la malade raconte qu'elle mangeait avec avi- 
dité tout ce qu'on lui mettait dans la bouche. Actuellement elle 
est atteinte de somnambulisme : elle se lève la nuit et travaille à 
des ouvrages de couture délicate, qu'elle ne saurait faire lors- 
qu'elle est éveillée. Entrée dans le service de M. Fouquier, elle pré- 
sente des attaques de catalepsie. Les premiers accès se montrèrent 
en même temps que les règles, lorsqu'elles apparurent pour la 
première fois, depuis qu'elle était dans le service. Ils se renouve- 
lèrent périodiquement: elle perdait alors complètement connais- 
sance, ignorait tout ce qui se passait autour d'elle et restait 
insensible à toutes les épreuves qu'on lui faisait subir. [Bourdin, 
ut suprà, p. 81.) 

Observation GXCIII. — Jeune fille de vingt-deux ans, catalep- 
tique: ses crises sont mensuelles. Deux jours avant ses époques, 
elle tombe dans une torpeur toute spéciale : la malade se tient 
assise et peut marcher quand on l'entraîne ; mais elle est insen- 
sible à la douleur; ses yeux sont fixes, ses membres conservent les 
positions qui leur sont données ; elle ne mange que par force et 
ne sait plus satisfaire ses besoins naturels. Cet état bizarre dure 
tout le temps des règles, plus deux jours et, jusqu'au mois sui- 
vant, la malade est en parfaite santé. (Azam, De la folie sympathique, 
etc., Bordeaux, 1838, p. 48.) 

L'influence menstruelle est ici évidente et ne laisse aucun 
doute. Ces faits cependant, en apparence, ne tiennent-ils pas 



DÉLIRE RELIGIEUX 225 

du merveilleux? Et si, au lieu de les observer à leur époque 
et dans le monde, on les eût observés dans un couvent et à la 
belle époque du mysticisme, n'aurait-on pas de toutes parts 
crié au miracle et à l'intervention divine. Les bonnes sœurs, 
fières du clioix que Dieu aurait fait de leur communauté pour 
manifester sa grâce et jalouses de posséder un trésor qui les 
aurait rendues célèbres parmi les autres, auraient-elles été 
plus sages que le peuple décernant à Elisabeth Del vigne le 
titre de sainte, parce qu'elle était en extase et que tout cela 
ne pouvait se faire sans miracle ? Celle-ci pouvait être une 
personne très pieuse, et les phénomènes extraordinaires dont 
elle était l'objet, n'ajoutaient ni ne retranchaient rien à sa 
vertu ; il n'en est pas moins vrai pourtant que ce qui la 
faisait valoir comme sainte, n'était qu'un trouble nerveux 
mal interprété et si bien engendré par une aménorrhée 
passagère qu'il disparut avec le retour de la menstruation. 
Certains écrivains ont pensé que l'absence du flux mens- 
truel, chez Jeanne Darc, ne fut pas sans influence sur l'exal- 
tation et le patriotique mysticisme de cette héroïne. 

Observation CXCIV. — C'est à l'âge de treize ans, c'est-à-dire 
vers l'époque de la puberté, qu'elle commença à entendre ses voix 
et à être visitée par l'archange saint Michel, par l'ange Gabriel et 
plus souvent encore par sainte Catherine et sainte Marguerite, 
auxquelles elle avait voué une dévotion toute particulière. Lors- 
qu'elle fut brûlée à Rouen, en 1431, elle avait dix-neuf ans, et 
l'historien Villaiet rapporte que « par un phénomène particulier 
« qui semblait se lier à sa haute destinée, elle n'était pas sujette à 
« ce tribut périodique que les dames paient à l'astre des nuits ». 
Ce détail delà vie intime de Jeanne Darc a pu être connu, puis- 
que plusieurs fois, de par l'autorité ecclésiastique, elle fut soumise 
à l'examen direct d'une matrone '. 

' On croyait à celte époque que lorsque le diable prenait possession 
d'une femme, il commençait toujours par lui enlever sa virginité ; et 
ces examens auxquels fut [soumise Jeanne Darc, démontrent la méfiance 
que ses révélations éveillèrent tout d'abord auprès des autorités ecclé- 
siastiques et civiles. Ce qui a l'ait dire, non sans raison, au vénérable 
Calmeil que, si notre héroïne n'avait pas cessé d'appartenir à la vie 

S. [CARI). lo 



226 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

Une autre preuve en faveur de l'influence menstruelle 
dans le délire des mystiques, c'est la forme même qu'affectait 
ce délire. Nous savons, en effet, que de tous les troubles 
psychiques engendrés par la menstruation, les plus com- 
muns sont ceux de la sphère génitale. Or, si nous consultons 
les auteurs ascétiques et si nous analysons les portraits qu'ils 
nous ont laissés des extatiques les plus renommées, nous 
voyons que ces religieuses présentèrent le type le plus 
achevé, le type parfait de l'érotomanie. De toute leur personne, 
s'exhalait ce parfum exquis de l'amour chaste, délicat, dégagé 
de tout désir honteux, plein de poésie et de surnaturel qui 
caractérise cette maladie. D'après Gorres *, les phénomènes 
de la vie mystique prenaient chez les extatiques un caractère 
particulier de fraîcheur, surtout lorsqiC elles étaient jeunes 
encore. Bien souvent, alors, on voyait se produire entre elles 
et Dieu un mariage mystique, qui, presque toujours, était 
précédé par des fiançailles de même genre. Aucune n'a 
mieux représenté cette union que l'extatique du couvent de 
Briken : dans ses extases, elle parlait souvent et longuement 
de ses fiançailles, de son union avec le Seigneur et- des 
sept enfants qui naquirent de son commerce divin, à savoir : 
l'abstinence, la pauvreté, etc., etc. 

2. Les stigmatisées. — Elles nous intéressent, non par leur 
étrange écoulement sanguin, mais par leur état psychique qu'ac- 
compagnent le plus souvent des hallucinations de l'ouïe et de 
la vue. 

De l'aveu des livres ascétiques eux-mêmes, la stigmati- 

privée, elle eût été exposée à périr également sur le bûcher comme 
possédée. Ce fut du reste le sort réservé à une autre jeune fille qui se 
disait être appelée à continuer l'œuvre de Jeanne Darc. Deux autres 
aussi, contaminées par l'exemple, s'étant attribué une mission divine, 
ne durent leur salut qu'à une haute protection et en furent quittes pour 
une simple excommunication. (Consulter Calmeil, t. I, p. 129, et Notice 
et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale concernant le 
procès de Jeanne Darc.) 

1 Gorres. Lamystique divine, naturelle et diabolique, éd. 1854, t. V,p. 157. 



DÉLIRE RELIGIEUX 227 

salion n'est pas toujours d'œuvre divine. Nous y lisons que 
« l'esprit de l'abîme essaie de faire .tomber l'âme dans le piège 
en apparaissant tantôt sous la forme ténébreuse qui lui est 
propre, tantôt sous le masque d'un ange de lumière * ». 
N'étant pas compétent en la matière, je serais mal venu de 
m'immiscer dans une discussion purement théologique. Je 
respecte et laisse intacte la classification des traités ascétiques 
en stigmatisées divines et en stigmatisées diaboliques; je me 
permets simplement de faire remarquer que cette classifi- 
cation me paraît incomplète et qu'elle a le tort de ne pas 
admettre les stigmatisées d'ordre pathologique. 

Nous avons vu que le sang emmagasiné dans les vaisseaux 
par une suppression des règles ou une menstruation insuffi- 
sante, peut faire éruption par tous les points de l'orga- 
nisme. Il est des femmes qui, sous l'influence de cette cause 
morbide, ont présenté des phénomènes de prime abord aussi 
étranges et merveilleux que ceux de la stigmatisation. 
Certaines ont eu des sueurs de sang abondantes et cela pé- 
riodiquement, tous les mois, au moment de l'époque catamé- 
niale. Il y a quelques années, on aurait pu voir à la Salpê- 
trière, une hystérique qui pleurait du sang : le linge dont 
elle se servait pour essuyer ses larmes était tout rouge et tout 
humide d'un sang vermeil et rutilant. (Voir l'Obs. CI.) 

Et dans de pareilles conditions, pourquoi l'hémorrhagie 
ne se manifesterait-elle pas aux endroits privilégiés de la 
stigmatisation, chez une mystique aménorrhéique qui serait 
aussi hystérique et dont la dévotion particulière serait la Pas- 
sion? Elle s'exalte à la pensée des souffrances du Christ, elle ne 
cesse de se les dépeindre, elle voudrait souffrir à la place de 

1 Dans tous les livres de sorcellerie se trouvent des exemples de 
possédées qui présentèrent tous les signes de la stigmatisation. Sœur 
Lacadière (1728), célèbre par ses accusations calomnieuses contre le 
l'ère Girard, était stigmatisée. Elle n'en l'ut pas moins condamnée par 
le tribunal ecclésiastique d'.Vix, qui déclara mensongères toutes ses 
assertions et acquitta le l'ère Girard. 



228 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

son divin Maître, et, dans cet ardent désir de souffrance, elle 
endure ses douleurs, elle sent ses plaies sans les avoir. C'est 
ainsi qu'il se fait en ces régions, par suite d'un trouble vaso- 
moteur, un point faible, un point de moindre résistance favo- 
rable à l'éruption du sang dont regorge l'organisme. 

Les auteurs ascétiques eux-mêmes ne peuvent s'empêcher 
de dire que le système nerveux et le système vasculaire 
ressentent d'une manière spéciale les effets de l'action surna- 
turelle. Sans aller à rencontre d'une telle proposition, je fais 
observer qu'elle peut ne pas être vraie dans tous les cas : les 
troubles nerveux et vasculaires, en effet, loin d'être toujours 
secondaires, ont pu dans certains cas être la cause primitive 
et engendrer un état psychique qui, faussement interprété, a 
paru d'origine surnaturelle aux yeux de personnes ignorantes 
des choses de la médecine et trop portées vers le mystérieux. 
Quoi qu'il en soit, c'est surtout chez les femmes que se re- 
marque la stigmatisation : d'après le calendrier des stigma- 
tisés, on compte 122 femmes et 21 hommes. La biographie 
des premières démontre également qu'elle est surtout fré- 
quente pendant la période active des fonctions sexuelles. 
Voici à l'actif de l'influence menstruelle deux observations, 
que je choisis à dessein d'époques fort différentes, afin de 
pouvoir les comparer et juger de ce qui fut autrefois par ce 
que nous voyons aujourd'hui. 

Observation CXGV. — Christine de Stombelle, naquit en 1242. 
Elle fut célèbre par ses extases, ses stigmates et ses luttes avec le 
diable qui durèrent de quinze à quarante-six ans, c'est-à-dire de la 
puberté à la ménopause. Cet état extraordinaire la fît passer pour 
folle et épileptique chez les Béguines de Cologne qui la rendirent 
à ses parents. La même raison l'empêcha d'être admise aux Bé- 
guines de Stombelle. Ses actes, publiés par les Bollandistes, à la 
date du 22 juin et écrits par Pierre de Dacie, prieur des Domini- 
cains, confident et consolateur de la vierge, signalent les stigmates 
dès l'année 1257 et n'en font plus mention à parlir de 1288. Elle 
mourut en 1312. 



DÉLIHE RELIGIEUX 229~ 

Une des plus célèbres stigmatisées de notre siècle et qui a 
passionné au plus haut degré le monde religieux et scienti- 
fique, est Louise Lateau, née à Bois-d'IIaine, dans le Ilainaut, 
le 30 janvier 1850. De nombreux volumes ont été écrits sur 
cette femme ; je n'entrerai pas dans toutes les discussions qui 
partagèrent en deux camps les médecins et les théologiens. 
Je me contente de narrer le fait, laissant au lecteur le soin de 
l'apprécier. 

Observation CXGVI. — Louise Lateau a deux sœurs dont l'une 
a trois ans, l'autre un peu plus de deux ans qu'elle. Toutes les 
deux sont calmes, pieuses, et n'ont pas d'accidents hystériformes. 
L'aînée, Rosine, a été réglée à dix-huit ans; la cadette, Adeline, à 
seize ans. Louise est une âme simple, droite; elle aime la solitude 
et le silence, son caractère est d'une grande tranquillité. Un trait 
saillant de cette nature, c'est la charité. Elle a montré dès son en- 
fance une piété exceptionnelle. La Passion de N.-S. était sa pensée 
familière, habituelle; elle s'y sentait portée soit en faisant le che- 
min de la croix, soit autrement, et ses méditations lui faisaient 
comprendre de plus en plus la nécessité de souffrir. Louise va avoir 
dix-sept ans, mais la puberté tarde à venir. Elle est très peu déve- 
loppée pour son âge. « Il n'est pas difficile de reconnaître, dit Le- 
fèbvre, qu'elle traverse cette phase de chlorose si commune chez 
la jeune fille vers l'époque delà puberté. » Au commencement 
de 18b8, elle eut une lumière intérieure qui lui fit comprendre que 
quelque chose d'extraordinaire allait se passer en elle. Son désir 
de souffrances s'accroît, et « dès lors elle commença à éprouver 
dans son corps les sensations douloureuses des stigmates qu'elle 
devait bientôt recevoir ». Dans le mois de mars, douleurs névral- 
giques violentes, perte d'appétit, rejet de sang par la bouche à di- 
verses reprises durant une quinzaine de jours. Le lo avril, l'enfant 
Jésus lui apparaît. Ce jour-là, Louise était d'une faiblesse extrême, 
Le curé l'administra et aussitôt après, l'interrogea sur son état. 
Elle affirma ne plus souffrir; puis elle retomba dans une espèce 
d'extase, parlant continuellement de choses édifiantes: elle voyait 
la sainte Vierge, saint lioch, sainte Thérèse et sainte Ursule. Cet 
état extraordinaire se continua, par intervalles, jusqu'au 21 avrif 
Les personnes qui l'approchèrent pendant ce temps-là, racontent 
d'elle des choses toutes plus merveilleuses les unes que les autres. 
Or, tous ces phénomènes précédèrent de trois jours et accompa- 



230 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

gnèrent l'éruption des premières règles qui apparurent le 19 et se 
prolongèrent jusqu'au 21 avril. La crise menstruelle passée, tout 
rentra dans l'ordre, et, le 21 , Louise put aller à pied assister à la 
messe à l'église paroissiale distante d'environ un kilomètre. Trois 
jours plus tard, le 24 avril, elle eut une hémorrhagie par le côté 
gauche de la poitrine, hémorrhagie dont elle ne parla à personne, 
pas même à sa mère. A partir de là, les phénomènes névropa- 
thiques allèrent bon train ; elle présentait bientôt les troubles 
somatiques de la grande hystérie et devenait stigmatisée. Nous 
devons ajouter que Louise était d'un tempérament puissamment 
ovarique: quoique réglée sur le tard, la fonction menstruelle chez 
elle était très régulière, très abondante et se faisait remarquer par 
sa longue durée. (Voir sur Louise Lateau les ouvrages des D rs Le- 
febvre, Imbert-Goubeyre et Bourneville.) 

3. Les possédées. — On sait combien nombreuses et ter- 
ribles furent les épidémies de démonopathies au moyen âge 
et aux siècles derniers. Les quelques chiffres que j'ai donnés 
au début de ce travail, tous tirés des Annales judiciaires de 
l'époque, nous ont dit avec quelle rigueur étaient poursuivies 
les malheureuses posséde'es. La croyance aux malins esprits 
était telle qu'un grand nombre finissaient par se convaincre 
elles-mêmes de leur propre possession, confessaient ouverte- 
ment leur participation au sabbat, leur abominable liaison 
avec le diable, et expiaient sur le bûcher le crime d'être folles. 

C'était surtout dans les couvents de femmes que le diable 
régnait en maître. Suivant Wiers 1 , « lorsqu'il y a plusieurs 
ensorcelées ou démoniacles en un lieu, on les voit advenir es 
monastères principalement de filles côme estas les cômodes 
organes des tromperies de Satan » . 

Maurice Macario, dans son étude clinique sur la démono. 
manie 2 , considère l'âge critique, la suppression des règles 
comme une cause fréquente de cette maladie. 



1 Wiers. De l'imposture et de la tromperie des diables, traduit par 
Grévin. Paris, 1567, p. 336. 
* Maurice Macario. Annales médko-jjsychologiques, t. I, p. 440. 



DÉLIRE RELIGIEUX 23'1 

Bien avant lui, du reste, l'influence menstruelle avait été 
signalée par les auteurs. Paul Jacchias, médecin du pape 
Innocent X, avait déclaré que les femmes mal réglées, qu'on 
tenait pour possédées, étaient des mélancoliques, des folles à 
idée fixe. Des faits nombreux et observés de nos jours viennent 
donner raison au médecin juif. 

Observation CXGVII. — Une pensionnaire de quinze ans, mal 
réglée et hystérique, poussait des hurlements lorsqu'elle entendait 
sonner la cloche de la maison. Bientôt plusieurs jeunes filles de 
ses camarades lurent prises de la même manie et ce fut dans le 
pensionnat une véritable épidémie, rappelant exactement l'épidé- 
mie d'aboiement de Krintorrp en 1552, l'épidémie de bêlement au 
couvent de Sainte-Brigitte et celle de Dax en 1613. (Itard cité par 
Legrand du Saule, Les hystériques, Paris 1882, p. 121.) 

Observation CXGVIII. — En 1878, une épidémie d'hystéro-démo. 
nopathie éclata dans une petite commune d'Italie. Durant leurs 
accès, les malades parlaient du démon qui les possédait, indi- 
quaient la date de la prise de possession, les noms des personnes 
qui avaient été possédées avant elles. Quelques-unes se vantaient 
d'être prophètes et clairvoyantes, d'avoir le don des langues; pour 
faire preuve de ce don, elles prononçaient des paroles incohérentes 
qu'elles affirmaient être des phrases latines ou françaises. Le plus 
souvent l'accès était déterminé par le son des cloches et la vue de- 
prêtres. Le zèle trop ardent de certains prédicateurs, la fréquence, 
la solennité exceptionnelle et la publicité des pratiques d'exor- 
cisme aggravèrent l'affection et contribuèrent à la généraliser. 
L'épidémie avait débuté par une nommée Marguerite : on crut au 
diable. Les personnes présentes aux premières pratiques d'exor- 
cisme furent vivement impressionnées et convaincues de la réalité 
de la possession démoniaque. De là l'épidémie se répandit, n'atta- 
quant que les femmes de seize à vingt ans, sauf trois âgées de 
quinze, cinquante-cinq et soixante-trois ans. (Giornale délia société 
italiana tVIgiene, 1879, n° 4, p. 397.) 

Observation GXCIX. — Sous ce titre : Un singulier cas patholo- 
gique, les journaux de juillet 1889 rapportaient une curieuse his- 
toire que l'on aurait dit tirée d'un vieux livre de sorcellerie et qui 
avait cependant pour héroïne une jeune tille de quinze ans, du ser- 
vice du professeur Charcot. M Ue M... était à l'époque de sa for- 



232 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

mation. Conduite à la clinique du U r P., celui-ci se disposait à lui 
examiner les yeux, lorsque tout à coup on la vil se précipiter à 
terre et marcher à quatre pattes, sa figure douce et même char- 
mante devint dure, les traits se déformèrent, la bouche se crispa. 
Puis elle fit entendre des miaulements, cherchant à mordre les 
personnes qui se trouvaient auprès d'elle et jetant l'effroi parmi 
les assistants. Après les miaulements, la malade poussa des aboie- 
ments plaintifs, imita le cri particulier du chat en furie. Ensuite, 
après un laps de temps assez long, la crise se passa et la malade 
reprit sa physionomie et son allure habituelles. Un autre crise du 
même genre se produisit en présence du professeur Charcot. Une 
boule de papier fut lancée à la jeune fille, qui la flaira, tourna 
autour, la saisit avec sa main, la fit sauter et vint se frotter con- 
tente contre les assistants. Mais le mécontentement succéda bien- 
tôt à cette joie apparente, et le professeur en eut la preuve par une 
morsure que la malade lui fit au mollet. Il se proposait de l'étu- 
dier attentivement quand elle disparut subitement de la Salpê- 
trière, on ne sait comment. 

Tantôt c'est la femme elle-même qui se croit et se dit 
possédée, comme dans l'observation suivante, tantôt ce sont 
les assistants qui, peu instruits, superstitieux et frappés des 
phénomènes étranges que présente la malade, croient à la 
possession, à l'intervention d'un sort ou du diable. 

Observation CC. — P..., cinquante-trois ans, religieuse, n'était 
plus réglée depuis six mois, lorsque tout à coup, sans cause con- 
nue, ses règles reparurent pour couler même avec plus d'abon- 
dance que précédemment. En même temps, elle ressentit de 
violentes douleurs à la tête, accompagnées d'une tristesse pério- 
dique, reparaissant à chacune de ses époques. P... se croyait pos- 
sédée du démon qui dirigeait tous ses actes, refusait d'aller à 
l'église, prétendant qu'elle ne faisait qu'y blasphémer. Avec cela 
elle manifestait des tendances au suicide et avait même fait plu- 
sieurs fois des tentatives, en essayant tantôt de se pendre, tantôt 
de se jeter à l'eau ou par la fenêtre, disant que c'était le démon 
qui lui ordonnait de se donner la mort. Longtemps elle refusa 
toute nourriture. (Bruant, De la mélancolie à la ménopause. Thèse 
de Paris 1888, p. 72). 

Observation CCI. — A l'âge de vingt-un ans, Constance de Vin- 
gue, s'étanl mise dans une colère furieuse à l'approche de ses rè- 



DELIRE RELIGIEUX ZÔÔ 

gles, tomba malade : ses mois ne parurent plus et furent remplacés 
par des vomissements noirs accompagnés d'autres troubles du 
c'orps et de l'esprit qui la firent prendre pour une possédée. On 
eut recours aux plus habiles exorcistes qui la rendirent plus souf- 
frante que jamais. Elle ne pouvait faire un signe de croix, un acte 
de dévotion, entrer dans une église, sans avoir un hoquet et un 
étouffement très inquiétant. On rétablit le flux menstruel et la 
malade fut immédiatement guérie. (Desmilleville, Journal de mé- 
decine et de chirurgie, 1739, t. X, p. 408.) 

Des observations comme celles-ci se trouvent en très grand 
nombre dans les auteurs des xvn e et xvni siècles, et inutile 
d'ajouter que c'était presque toujours à l'exorcisme qu'on 
avait recours pour faire disparaître les troubles psychiques. 

Les mystiques, avons-nous dit, étaient érotomanes, et nous 
avons vu, dans cette forme de leur délire, une présomption en 
faveur de l'origine menstruelle; le délire des démonopathes 
se portait également sur l'instinct sexuel, mais sous forme 
nymphomaniaque avec hallucinations génésiques 1 . 

Bon nombre de possédées confessaient avoir eu pendant de 
longues années commerce avec le diable jouant le rôle d'in- 
cube 2 ; plusieurs même se déclaraient enceintes de ses œuvres. 

Ces hallucinations génésiques commençaient le plus sou- 
vent à la puberté : c'est à cette époque que la plupart fai- 
saient remonter leur première entrée au sabbat et leur pros- 
titution au Prince des ténèbres. Jeanne Ilerviller, brûlée en 
1578 à Ribemont, racontait que son commerce avec le diable 
avait commencé dès l'âge de douze ans. Lorsque celui-ci fai 
sait une descente dans un couvent, c'était toujours les jeune 
nonnains qui étaient ses premières victimes. 



1 Virgines et mulieres, cœteroquin honesLe, solutis verecundiœ habc- 
nis, vehementer suspirant, ulalant, indecore moventur, partes obeœ- 
nas patefaciunt, motum pensilem amant. Baglivi opéra omnia, etc., 
curante Ph. Pinel, Parisiis, 1788, t. 11. 

* Voir. De dœmonialilale, incubis et succuùis H. 1'. Ludovici Maria.' 
Sisistrani a Ameno, 1753-1754, traduit sur le manuscrit par Isidore 
Liscux. Paris, 1882. 




234 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

D'autres fois, au contraire, l'excitation génésique semblait 
se réveiller sous l'influence de la me'nopause. C'est ainsi que 
l'abbesse Madeleine de Gordoue, regardée comme une des plus 
grandes saintes de son époque, qui avait le pouvoir de faire 
des miracles et dont la bénédiction était implorée à deux 
genoux par des évêques, des cardinaux, le légat du pape lui- 
même, par le roi et tous les grands d'Espagne, arrivée sur 
l'âge de retour, se déclara tout à coup l'amante d'un chéru- 
bin déchu à qui elle devait toute sa réputation de sainteté, 
disait-elle, et avec qui elle partageait sa couche depuis l'âge 
de treize ans. On ne sait comment son procès ne se termina 
pas par le bûcher : elle fut condamnée à passer le reste de 
ses jours, sans voile et sans droit de voter, dans un couvent 
situé hors de la ville. 



CHAPITRE VIII 
Psychoses multiples et variées. 

§ 1. MANIE AIGUË, DÉLIRE INNOMINÉ, IMPULSIONS DIVERSES 

Je réunis sous ce titre différents états psychiques, tous très 
intéressants au point de vue médico-légal, mais non assez 
nettement définis , différenciés , ou à manifestations trop 
multiples et trop variées, pour trouver place dans un des 
chapitres qui précèdent et être décrits sous une rubrique 
scientifique particulière. La forme maniaque aiguë qu'ils 
affectent tous, m'autorise du reste à ne pas les séparer et à 
faire d'eux un seul et même groupe, caractérisé par la sou- 
daineté de l'acte, l'état passager du trouble, mental, le retour 
subit et souvent complet de la raison. 

Esquirol considère la menstruation comme une des causes 
de manie les plus ordinaires. D'après sa statistique, sur 
132 maniaques admises à la Salpêtrière, 27 reconnaissaient 
pour cause un trouble de la menstruation, et 12 la dispari- 
tion de la fonction; à Gharenton, sur 51 malades, 19 offraient 
la première étiologie, et 8 la seconde. Tous les auteurs ! , qui 
ont écrit sur la folie subite passagère, ont attribué un rôle à 
l'influence menstruelle; et je suis fort étonné que dans l'étude 



' A consulter : Fall von Mania menstrualis. Wien.,medic. Presse, 1865, 
VI, p. 927, 929. Case of acute mania iïom arrested menstruation. 
Med. Vestruk. St-Pétersb., 1880, VI, 25, 35, 50. De la folie subite pas- 
sagère an point de vue médico-légal, par Van iïoolsbeek. Bulletin de 
V Académie de Belgique, 186, p. 1015. 



236 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

de De Tulié, sur le Délire aigu sans lésions, Th. de Paris, 1865, 
étude de longue haleine et d'ailleurs fort remarquable, il ne 
soit nullement question du délire sympathique qui accom- 
pagne les règles ; c'est en vain que j'ai cherché : le mot 
menstruation n'est pas prononcé une seule fois dans le 
travail. 

Observation CGII. — Nous connaissons une demoiselle chez 
laquelle la première menstruation détermina une manie furieuse, 
passagère, et qui n'a plus présenté aucun signe de folie depuis 
cette époque. (Van Holbeck, Bulletin de l'Académie de Belgique, 
1869, p. 1022.) 

Observation GGIII. — Marguerite, seize ans, tempérament san- 
guin, bien réglée pendant deux ans. Deux ans après, suspension 
de l'écoulement et aussitôt accès de manie de trois ou quatre 
jours de durée, coïncidant avec l'époque menstruelle. Depuis ce 
moment, tous les mois, le délire éclate et disparait après une 
application de sangsues. (Fauvel, Ann. méd. psyclt., t. II, 1848, 
p. 178.) 

Observation CC1V. — Une jeune fille est surprise par la première 
éruption à l'âge de treize ans. Onze mois se passèrent ensuite sans 
que rien ne reparût; puis, trois fois, à intervalles inégaux, le flux 
se montra. Dès lors on remarqua une loquacité turbulente, un 
grand changement moral, des soupçons mal fondés, des visions 
effravantes, des craintes continuelles, etc., etc. Enfin le délire 
éclata. En un an, huit accès analogues, précédés d'épistaxis et 
survenant au milieu des règles. (Delasiauve, Journal de méd. 
ment., juillet 1864, p. 262). 

Observation CCV. — Fenet, vingt-sept ans. Manie aiguë avec 
commencement de démence. A dix ans, dartres aux jambes, dis- 
paraissant à quatorze ans, époque des règles. 

Première grossesse en mai 1818, et cependant, règles à deux 
époques. La frayeur les arrête, accès de manie dont la durée est 
de quatre mois. Au bout de ce temps, retour des règles et gué- 
rison complète. 

Deuxième grossesse heureuse. La malade continue d'avoir ses 
règles à trois époques, mais en conservant une légère nuance de 
démence. 

En mai 1819, suppression de la menstruation, et accès de manie 



MANIE AIGUË ; IMPULSIONS DIVERSES 237 

en même temps, qui dure trois mois, et se termine par le retour 
de la menstruation. 

En mai 1822, suppression des règles, accès comme le précé- 
dent, durant cinq mois et disparaissant encore au retour des 
règles; mais en laissant les facultés intellectuelles affaiblies. 

En 1824, quatrième accès plus caractéristique parla démence; 
absence de règles depuis cette époque. Leucorrhée abondante se 
déclarant pendant la maladie, ne changeant rien à son caractère. 
Persistance de la démence. (Germain et Bouchet, in Annales médico- 
psychologiques, 1844, t. IV, p. 339.) 

Observation CGVI. — M Ue P. T... âgée de dix-huit ans, vit ses 
règles se supprimer, à la suite d'une exposition au froid prolongé. 
Quelques accidents survinrent tout d'abord : ils furent combattus 
à l'aide d'émissions sanguines; mais, au bout de trois jours, le 
délire arriva. La malade devint indocile, hardie, résolue; elle 
avait perdu toute retenue; à la moindre occasion, elle se livrait à 
des emportements contraires à son caractère naturel : elle riait et 
chantait alternativement; souvent aussi elle versait des larmes 
involontaires. La menstruation se rétablit et elle fut guérie. 
(Perfect, Annales de la folie, Londres, 5° édition.) 

Observation CCV1L— Une jeune fille, très forte, devint maniaque 
à la suite d'une frayeur qui supprima ses règles. Elle était aliénée 
depuis un mois, lorsqu'elle fut électrisée pendant quinze jours; à 
l'époque menstruelle, l'écoulement parut et elle fut guérie aussitôt. 
(Esquirol, Maladies mentales, t. I, p. 155.) 

Observation GGVIII. — Rétention des règles simulant une gros- 
sesse chez une femme de vingt-deux ans; manie hystérique, agi- 
tation. Ecoulement abondant des menstrues, cessation du délire. 
Nouvelle absence des règles, nouvelle apparition de délire. (An. 
méd. psych., 1881, t. IV, p. 341.) 

Observation GCIX. — La mort d'une amie avait très sensible- 
ment affecté une dame de vingt-quatre ans. A la lecture du testa- 
ment, elle s'aperçoit qu'on l'a oubliée. Ses règles s'arrêtent brus- 
quement et elle est prise d'un accès de manie. Une saignée abon- 
dante ne diminue en rien l'intensité des symptômes; douches, 
injections morphinées ne réussissent pas mieux. Deux mois après, 
les règles reviennent, mais peu abondantes et l'amélioration n'est 
que légère. Trois mois après la menstruation se fait normalement 
et disparaissent alors tous les accidents. (Taguet, Thèse de Paris, 
1872, p. 37.) 



238 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

Observation CCX. — Clarisse, âgée de vingt-neuf ans, est agitée, 
verbeuse, déchire ses vêtements, parle sans suite pendant quatre 
à cinq jours, avant, pendant et après la menstruation. Tout le 
reste du mois, elle est calme, docile, raisonnable, pleine de bons 
procédés pour ses camarades. (Berthier, Asile d'aliénées de Bourg, 
1864.) 

Observation CCXI. — Une jeune fille est arrêtée à une gare de 
chemin de fer, en proie à une violente agitation maniaque • elle 
avait ses règles. Conduite à la Salpètrière, l'accès de manie se re- 
nouvelle aux époques suivantes et finit par disparaître sous l'in- 
fluence d'un traitement approprié. (Baillarger, Ann. méd. psych., 
1855, p. 555.) 

Observation CCX1I. — Jeune fille qui, sous l'influence d'une 
suppression des règles, se livrait tour à tour à |la colère et à la 
frayeur, s'élançait sur les assistants et se livrait sur eux à des 
voies de fait. Elle se croyait condamnée aux feux éternels, et 
poussait des cris lamentables, proférait des paroles obscènes et 
commettait des gestes indécents. La réapparition des règles fut 
provoquée par une saignée du pied et tous les symptômes de la 
maladie disparurent. (Forestier, cité par Petit, Thèse de Paris, 
1870, p. 14.) 

Observation CCXI1I. — Délire fébrile chez une jeune fille de 
vingt-trois ans, irrégulièrement menstruée depuis dix mois. Appli- 
cation de sangsues à la vulve; pendant deux menstruations, il y 
eut un mieux très marqué ; à l'époque de la troisième, les règles 
reparurent et la malade fut guérie. (Vandermonde, Journal de méd. 
et de chir., 179©, t. X, p. 21.) 

Observation CCXIV. — Une jeune servante, un soir d'orage, fer- 
mant les volets de la chambre de son maître, vit tomber la foudre 
à quelque distance. Elle en fut si effrayée que, dès lors, ses règles, 
qu'elle avait en ce moment, se supprimèrent et furent suivies de 
l'explosion de l'aliénation mentale, d'une manie qui ne cessa que 
huit mois après, lorsque les règles reparurent. (Edme Conrot, 
Cause de l'aliénation mentale, Thèse de Paris, 1824.) 

Observation CCXV. — Une femme, ayant ses menstrues, est 
mouillée par une pluie abondante ; suppression des règles. Manie 
pendant trois mois. Elle ne guérit que par le retour de l'état or- 
dinaire. (Edme Courot, Cause de l'aliénation mentale, Thèse de 
Paris, 1824.) 



MANIE AIGUË; IMPULSIONS DIVERSES 239 

OnsERVATioN CCXVI. — Joséphine Ciloleux, vingt-deux ans, tem- 
pérament lymphatique, antécédents héréditaires. Dans l'espace 
de huit ans, cette femme fut traduite neuf fois devant les tribu- 
naux. 

1° Au mois d'octobre 1870, elle avait alors quatorze ans, elle 
essaie de mettre le feu chez ses parents, brise les meubles, dé- 
chire ses effets et fuit le domicile maternel. (Inculpation non suffi- 
samment établie, ordonnance de non-lieu.) 

2° Le 15 novembre 1872, vol chez les sœurs de l'église d'In- 
grandes. (Rapport du D 1 ' Feillé, concluant à la responsabilité, 
deux mois de prison.) 

3° Le 24 janvier 1874, vol et dévastation de plantes dans le pres- 
bytère d'Ingrandes. (Pas de rapport médico-légal, deux mois de 
prison.) 

4° Dans la même année, vol dans l'église de Saint-Martin-du- 
Fouilloux, profanation des objets du culte. (Rapport du D r Ba- 
huand, ordonnance de non-lieu.) 

5° Au mois d'avril 1875, nouvelle inculpation de vol chez 
M. le curé d'Ingrandes. (Rapport du D 1 ' Dufour, acquittée.) 

6° Le 22 avril 1876, vol, dévastation de plantes et bris de clô- 
ture. (Pas de rapport, deux mois de prison.) 

7° Le 29 septembre 1877, violence et outrage envers des agents. 
Pas de rapport, deux mois de prison.) 

8° Le 19 décembre 1878, Joséphine s'introduit dans le pres- 
bytère d'Ingrandes, adresse à M. le curé les injures les plus gros- 
sières. Conduite au poste de police de la gendarmerie, elle 
continue ses invectives contre le curé, se dépouille de tous ses vête- 
ments, ne gardant que la chemise. Cependant, le lendemain, le 
calme était revenu, la jeune fille se reconnaît coupable, mais 
elle ajoute : « Quand je suis dans cet état, je ne suis pas maîtresse 
de moi. » On apprit alors que ce n'était pas la première fois 
qu'elle s'introduisait chez M. le curé pour l'injurier. On sut qu'elle 
l'avait attaqué jusque dans l'église. (Conduite à la maison d'arrêt 
d'Angers, elle n'y séjournaque quelques jours ; le 26 décembre, il 
y eut un ordre de mise en liberté.) 

9° Dans la nuit du 1 er au 2 février 1879, Joséphine pénètre dans 
la cour du presbytère et nouvelle attaque contre M. le curé. 
Dans la nuit du 7 au 8 février, aune heure du matin, nouvelle 
tentative , elle retourne au presbytère, mais ses projets sont déjoués 
par le bruit d'un carreau qu'elle brise et par les aboiements du 
cliien de la maison qui réveillèrent M. le curé, Le 8 février, vol 



240 PSYCUOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

d'argent au préjudice de l'instituteur. Elle est de nouveau écrouée 
à la prison d'Angers. (Rapport des D rs Combe et Saprée établis- 
sant l'irresponsabilité de l'accusée, ordonnance de non-lieu ; elle 
est internée à l'asile Saint-Gemmes.) 

Voilà les faits. Existe-t-il un rapport entre eux et la mens- 
truation ? 

Nous voyons tout d'abord les troubles cérébraux de Joséphine 
débuter à quatorze ans, époque où elle fut réglée pour la première 
fois ; elle est alors atteinte de pyromanie et autres manifestations 
de manie aiguë. 

Depuis les certificats des" médecins établissent que le flux mens- 
truel s'accompagne chez elle de surexcitation cérébrale, qu'elle 
est atteinte de nymphomanie et que son délire erotique se porte 
sur M. le curé d'Ingrandes. 

Le D 1 ' Lannelongue, en 1872, certifiait qu'il avait eu à soi- 
gnerla fille Gitoleux depuis cinq ans, que cette jeune fille, au mo- 
ment où la menstruation s'est établie, avait souvent perdu l'usage 
de la raison. Plus tard, à l'époque des règles, elle se portait à des 
actes prouvant l'état maladif du cerveau. M. le D 1 ' Dufour, en 1875, 
déclarait l'inculpée atteinte d'un état névropathique intermittent 
qui, dans certains moments, pouvait troubler les déterminations 
de sa volonté. Le D 1 * Lannelongue certifiait que, le 19 décembre 

1878, la fille Gitoleux était au moment d'une époque menstruelle 
et en proie à une agitation causée par le flux périodique. La dé- 
position faite par ce praticien, en qualité de témoin, le 11 février 

1879, n'est pas moins explicite : « Joséphine est toujours agitée à 
l'époque de ses règles. Elle est amoureuse de M. le curé d'In- 
grandes et par conséquent jalouse de la personne qui est chez lui 
à titre de gouvernante. » Les événements scandaleux de février 
qui nécessitèrent son emprisonnement, précédèrent de quelques 
jours et accompagnèrent le flux menstruel. Lors de son entrée à 
l'asile Saint-Gemmes, elle était à la fin d'une période menstruelle. 
Elle a déclaré plusieurs fois que ses époques n'avaient rien de 
fixe et que les intervalles qui les séparaient, variaient en durée de- 
puis douze jours jusqu'à deux mois et même davantage. Celle qui 
eut lieu le 5 avril, a été séparée de la précédente par un intervalle 
de quarante et un jours et s'accompagna d'une très grande agi- 
tation contrastant singulièrement avec l'état de calme et de tran- 
quillité qu'elle avait montré jusque-là. 

Les conclusions des D rs Combes et Saprée se résument en ceci : 
« La fille Citoleux est un être dégénéré ; sous l'influence des 



MANIE AIGUË ; IMPULSIONS DIVERSES 241 

époques menstruelles, elle est sujette à des accès de surexcitation 
cérébrale pendant lesquels elle est poussée irrésistiblement à des 
actes dont elle n'a pas conscience, et ne jouit pas de son libre 
arbitre. » (Résumé extrait du rapport médico-légal des D rs Combes 
et Saprée sur l'état mental de Joséphine Citoleux, inculpée d'ou- 
trage envers un ministre du culte, de bris de clôture, de vol et de 
violation de domicile. Ann. méd. psych., 1880, vol. III, p. 251.) 

Observation CCXVJI. — Jeanne F..., vingt-huit ans, hystérique, 
pas d'antécédents héréditaires. Réglée à dix-huit ans, mens- 
truation irrégulière et abondante. Un irrésistible besoin d'injurier, 
de chercher querelle, de taquiner, d'exciter l'impatience et la 
colère s'empare d'elle deux jours avant l'éruption des règles et dès 
que celles-ci se mettent à couler, tout état nerveux disparaît. 
(Observation personnelle recueillie à la Pitié, février 1888.) 

Observation CCXVIII. — Accès passagers de folie à la suite 
d'une suppression brusque des règles par immersion des jambes 
dans Teau froide. (John-Rose Cormarch, Etudes cliniques, ch. xv.) 
Observation CCX1X. — Une demoiselle, au début de ses règles, 
se baigné dans l'eau froide. Celles-ci se suppriment : délire violent, 
agitation extrême. Les troubles nerveux ne cessèrent définitivement 
que lorsque les indices de la menstruation reparurent. (Dussour. 
Traité pratique de la menstruation, Paris, 18o0.) 

Observation CCXX. — Une demoiselle de trente ans, d'une 
imagination très exaltée, d'un caractère doux et sensible, est 
abandonnée par son amant qui l'avait rendue mère : dysménor- 
rhée. Quelques mois après , on vole M Ue ... : les menstrues se 
suppriment, son enfant meurt. Dix jouis après : délire géné- 
ral, agitation extrême, cris, menaces. Amélioration de l'étatmens- 
truel, amélioration de l'état mental ; guérison de l'un, guérison 
de l'autre. (Esquirol. Des maladies mentales, t. I, p. 366.) 

Observation CCXXI. — U. .., trente-quatre ans, réglée à dix- 
huit ans: menstruation irrégulière, douloureuse, peu abondante. 
Désordre mental fort curieux survenant trois ou quatre jours 
avant l'apparition des règles : à mesure, que celles-ci prenaient 
leur cours et devenaient plus abondantes, l'obscurcissement de 
l'intelligence disparaissait peu à peu, la raison se rétablissait 
entièrement. La guérison fut obtenue par le retour à l'état normal 
delà fonction menstruelle, et elle s'est maintenue. U... s'est 
mariée, elle a trois enfants et sa raison n'a pas chancelé. iBrierre 
de Boismont. De la menstruation, Paris, 1842, p. 332. > 

s. ir.viii). 16 



242 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

Observation CGXXII. — Un homme de la campagne disait naï- 
vement au D r Liège} 7 : « Tous les mois, quand elle a ses règles, 
ma femme me querelle et même me bat sans motif aucun ; dois- 
je m'en fâeh?r. » (Voir l'observation, Journal de ta Société des 
sciences médicales cl naturelles, t. XL1I, 1866, et Courrier médical, 
1868, p. 306.) 

Observation CCXXIII. — Femme de trente-trois ans, devenue 
maniaque pendant un accouchement long et laborieux. Elle reste 
trois mois dans cet état (agitation continuelle, cris, propos gros- 
siers et inconvenants, idées d'homicide sur la personne de la sœur 
chargée de sa surveillance). Un matin, elle demande qu'on lui 
enlève la camisole de force, promettant de se montrer sage et 
obéissante, elle tint parole : les règles venaient de se montrer 
pour la première fois depuis ses couches. (Taguet, Thèse de 
Paris, 1872, p. 38.) 

Observation CCXX1V. — Laurence, trente-huit ans, hystérique, 
mais pas d'antécédents héréditaires ; menstruation régulière, 
quoique peu abondante. Ses règles sont supprimées à la suite 
d'un profond chagrin. Aussitôt : agitation extrême, menaces, cris, 
objurgations, loquacités, céphalalgies, insomnies, incohérence des 
idées, hallucinations. Le retour provoqué des règles a pu seul 
ramener la raison. (Berthier, Névroses menstruelles, Paris, 1874, 
p. 202.) 

Observation CGXXV. — Femm.3 D..., quarante-six ans, ne 
compte dans sa famille aucun aliéné : elle a été réglée à quinze 
ans. Elle perdit son mari en 1878 au moment où elle avait ses 
règles. Cette mort l'impressionna vivement : l'hémorrhagie mens- 
truelle s'arrêta et ne reparut pas de huit mois. Pendant ce temps, 
elle présenta quelques manifestations spasmodiques et resta sous 
l'empire d'un état nerveux assez caractérisé. 

Au bout de huit mois, ses règles se montrèrent égales à ce 
qu'elles étaient précédemment. Depuis lors elles eurent assez 
de régularité dans leur apparition. 

Dans le courant de 1880, chacune des époques menstruelles 
s'accompagna de phénomènes nerveux peu importants. 

Au mois de janvier 1881, l'apparition des règles s'annonça par 
des troubles nerveux plus accentués, puis brusquement la malade 
fut prise d'une crise de manie aiguë qui se répéta pendant plu- 
sieurs périodes menstruelles ; elle courait hors de son logis, les 
cheveux épars, la voix égarée, se livrant à des actes de folie évi- 



jalousie; mensonge et calomnie 243 

dente, courant nue malgré la rigueur du froid, brisant tous les 
objets qu'elle pouvait atteindre, et tenant une série de propos 
incohérents et dénués de sens. Elle essaya d'incendier une maison 
voisine et frappa avec la dernière violence sa mère qui essayait de 
la maintenir. Cet état durait pendant tout le temps de l'écoulement 
menstruel et disparaissait avec lui : la malade revenait alors à la 
raison sans avoir conservé le moindre souvenir de ce qui s'était 
passé. (Gabadé, V Encéphale, 1883, p. 572.) 

Observation CCXXVI. — Femme âgée de cinquante ans, qui, à 
chaque époque, a toujours été d'une impressionnabilité telle que 
son mari a eu besoin constamment d'une rare prudence pour 
éviter de déplorables scènes. (Liegey. Courrier médical, 27 no- 
vembre 1868.) 



§ 2. — jalousie morbide; mensonge et calomnie 

Paul Moreau (de Tours) L rapporte l'observation d'une 
femme de trente-trois ans. atteinte de folie jalouse à l'égard de 
son mari et dontla guérison eut lieu à la suite du retour des 
règles supprimées. L'auteur cite le fait comme une simple 
coïncidence, et il ajoute : « Il ne saurait être juste de faire 
jouer à ce phénomène un rôle quelconquedans la guérison. » 
L'influence de la menstruation dans la genèse et sur la 
marche de la jalousie morbide est pourtant considérable. 
Paul Moreau a eu tort de la méconnaître et de pas porter 
son attention de ce côté-là. 

Dorez, dans sa thèse inaugurale (Paris, 1889), d'accord en 
cela avec ses juges, MM. Bail et Raymond, donne comme 
cause sérieuse et fréquente de la maladie, la première appa- 
rition des règles, leur irrégularité, leur suppression et la 
ménopause. Le rétablissement et la régularisation de la fonc- 
tion ont suffi quelquefois pour arrêter toute manifestation 
morbide et ramener le parfait état de santé psychique. Le 
trouble menstruel, pour être favorable, n'est pourtant pas 

'Paul Moreau (de Tours). De lu folie jalouse. Paris, 1877, p. 36. 



244 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

indispensable, et chez bien des femmes, les crises de jalousie 
coïncident avec une menstruation normale. 

Observation CCXXV1I. — Le plus ancien exemple de jalousie 
morbide en rapport avec la menstruation est celui qui nous a été 
transmis par les classiques latins dans la mort de Lucrèce. Un 
jour que celui-ci était dans un enthousiasme poétique, sa femme, 
qui avait alors ses règles, crut qu'il était épris d'amour pour une 
rivale, et, pour se venger, lui fit boire du sang de ses menstrues. 
Le malheureux poète, dit la version, devenu aussitôt enragé, 
tourna sa fureur contre lui et se donna la mort. 

Observation CGXXVJIL — Une jeune fille de quatorze ans, char- 
gée du soin du ménage, tandis que sa sœur paraissait être l'objet 
de toutes les tendresses, devint mélancolique et triste. Un jour 
elle monte dans sa chambre ; plusieurs heures s'écoulent, sa mère 
se rend auprès d'elle et trouve sa tille morte près d'un réchaud 
rempli de charbon. (P. Moreau (de Tours), loc. cit., p. 83.) 

Observation GCXX1X. — Ch..., âgée de cinquante et un ans, ré- 
glée à onze ans et demi, menstruation normale. A quarante-neuf 
ans, cessation brusque des règles à la suite d'une discussion, et 
début des troubles psychiques. Autrefois très affectueuse pour son 
mari, gaie, aimant à plaisanter, elle est devenue tout d'un coup 
triste, jalouse, insupportable, pleurant et gémissant facilement, se 
plaignant continuellement; hallucinations multiples. (Bruant, 
Thèse de Paris, 1888, p. 55.) 

Bien souvent la jalousie d'origine menstruelle engendre le 
mensonge et la calomnie 1 . D'après Delasiauve (loc. cit., 
p. 24 J 2), rien de moins rare, pendant les jours de la mens- 
truation, que le mensong ? e s'unissant à la méchanceté et à la 
ruse, que les lâches médisances, les délations calomnieuses, 
les trames perfidement ourdies, l'invention de fables satani- 

1 Dans les cas d'imputation de viol — et ce sont les plus fréquents, 
étant donné l'érotisme menstruel — le médecin chargé de l'examen 
médico-légal doit être mis en garde contre une erreur qu'il pourrait 
commettre, s'il n'était point prévenu. Je veux parler de l'état des orga- 
nes génitaux, toujours plus ou moins irrités pendant la période mens- 
truelle, surtout lorsque la femme manque de soins de propreté; ce 
qui. joint à l'écoulement sanguin, pourrait faire croire à des traces de 
violence, alors qu'on est en présence d'un état menstruel physiolo- 
gique. 



JALOUSIE, MENSONGE ET CALOMNIE 245 

qués et même les détournements dont on prend le soin habile 
de faire tomber les soupçons sur autrui. 

Observation GGXXX. — M" de Merlac, âgée de dix-huit ans, 
déclare avoir été victime d'un grand nombre de viols commis sur 
sa personne par des prêtres et avec l'intermédiaire de sa cousine. 
Le mobile de toutes ces inventions parait être la jalousie : elle 
s'est imaginée que le père spirituel avait des préférences pour sa 
cousine. Elle alla jusqu'à se donner des coups de couteau dans 
une sacristie, et prétendit ensuite que, pendant une syncope 
occasionnée par ses blessures, elle avait été violée par un abbé. 
Le père, devant les souillures dont sa lille se disait avoir été vic- 
time, s'était lue. Les professeurs Cavallieret Estor (de Montpellier) 
constatèrent que, quoique venue à l'âge de la puberté de très 
bonne heure, M Ue de Merlac n'avait pas encore subi la complète 
transformation qui fait la femme et qu'elle était à l'époque de l'in- 
fluence transitoire par laquelle passent d'habitude les jeunes filles 
avant d'avoir leur tempérament entièrement formé. L'enquête 
démontra qu'elle était vierge et l'abbé fut acquitté. (Gazette de 
Tribunaux, 20 juin 1873.) 

Observation CCXXXI. — G..., trente-trois ans, bonne santé, 
régulièrement menstruée, laborieuse, est intelligente, aime sot. 
mari et ses enfants ; douce, patiente, elle fait preuve, en un mot, 
d'un bon caractère, quand elle est dans son état ordinaire. Mais à 
partir du début et jusqu'à la tin de l'écoulement menstruel, elle 
n'est plus la même: constamment agacée, excitée, elle murmure 
si on ne lui parle pas, et si son mari ou toute autre personne lui fait 
une observation, même la plus juste, elle s'emporte et elle injure 
si on veut lui tenir tête. « Ah ! que je suis malheureux ! me disait 
son mari, ma femme a comparu en justice de paix pour avoir dit 
à une voisine des vérités qui n'étaient pas à dire. C'est que, voyez- 
vous, quand elle a ses règles, elle dit tout ce qui lui passe par la 
tête. » (Liegey, Courrier Médical, 17 octobre 1868.) 

Observation CGXXXII. — L... n'a pas d'antécédents hérédi- 
taires. 

A quinze ans, elle veut dominer au sein de sa famille et y met 
le désordre à cause du ton impérieux avec lequel elle commande. 
A dix-huit ans, la culture des livres religieux, jointe à une prati- 
que immodérée de ses devoirs ayant trait à la religion, devient sa 
principale préoccupation, et dans l'entraînement de ses idées mys- 



246 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

tiques, exagérant un éloignement déjà marqué pour le travail, 
elle abandonne presque entièrement sa profession de couturière. 

C'est seulement à dix-neuf ans que ses règles paraissent pour la 
première fois, mais elles coulent mal et ne se montrent plus pen- 
dant plusieurs mois. « Cette fonction, dit le certificat du médecin 
habituel de L.., a toujours été d'une exécution difficile et désor- 
donnée; j'ai même remarqué que les accidents nerveux et les 
bizarreries de la maladie s'exagéraient sensiblement à ce mo- 
ment. » 

Ainsi L .. traîna longtemps une existence pénible, et à quarante 
ans seulement, époque où les règles cessèrent, son état, après 
avoir subi des exacerbations et des rémittences nombreuses, prit 
un caractère alarmant. Agitation, incohérence des idées, délire 
des persécutions, tristesse profonde entretenue par des idées reli- 
gieuses exagérées et mal entendues. A quarante-deux ans, accès 
de fureur: la malade devint très bavarde, menaça tout le monde, 
et se prit de haine pour plusieurs ecclésiastiques contre lesquels 
elle proféra publiquement des accusations dépourvues de toute 
vraisemblance. Elle se rendit même à l'évèché où elle donna le 
scandale par un langage peu en harmonie avec les idées mystiques 
dont elle faisait naguère un si brillant étalage. A la suite de cette 
extravagance, elle fut amenée à l'asile. (Dauby, Thèse de Paris, 
1866, p. 41.) 

Observation CCXXXIII. — Une dame d'une haute naissance, 
parvenue à l'âge de quarante-cinq ans, au moment de la méno- 
pause, sans aucun trouble psychique antérieur, s'échappe un soir 
de chez elle, et disparaît pendant plusieurs jours sans qu'on sût 
ce qu'elle était devenue. A force de recherches, on la trouva un 
soir dans une des rues les plus fréquentées de Paris, faisant des 
propositions aux hommes de la plus basse classe. 

Conduite dans une maison de santé, elle fut soumise à l'obser- 
vation. Rien dans ses paroles, dans ses actes, ne mettait sur la 
voie de cette perversion de l'instinct génésique. A son ton plein de 
décence, à ses manières empreintes de la plus haute distinction, 
à la nature de ses entretiens, au choix des mots et des sujets, il 
eût été impossible de soupçonner le moindre désordre. Sous les 
apparences d'une politesse exquise, de sentiments de bienveil- 
lance, elle jetait le trouble parmi les pensionnaires en répandant 
les médisances et les calomnies les plus adroites, en inventantune 



ILLUSION ET HALLUCINATION 247 

foule de mensonges, en débitant île faux rapports qu'elle confiait 
sous le sceau du secret. 

Dans les premiers temps, l'empire que cette dame avait sur son 
raisonnement, ses promesses, ses engagements, lui firent obtenir 
sa liberté, mais de nouveaux actes d'un cynisme révoltant con- 
traignirent à la séquestrer de nouveau. (Brierre de Boismont, Ann. 
méd. psz/c/t., t. XV, p. 600.) 

Observation CGXXXIV. — Femme de quarante-cinq ans, mère 
de dix enfants qu'elle avait tous allaités et élevés, dont l'âge de 
retour fut signalé par les péripéties les plus tristes. Les premiers 
troubles de l'intelligence se montrèrent sous forme de soupçons 
concernant la fidélité de son mari. Elle l'accusa ensuite de tenta- 
tive de meurtre sur sa personne et sur celle de ses enfants. Elle 
semblait jouir de toute la lucidité de son esprit et colportait en 
tous lieux ses accusations insensées. Elle refusa obstinément le 
debitum conjugale et plus tard elle fut en proie à desexacerbations 
erotiques. (Morel, Traité des maladies mentales, Paris, 1860, 
p. 197'.) 

§ 3. ILLUSION ET HALLUCINATION 

Je n'ai pas à insister sur l'importance qu'offre l'étude des 
illusions et des hallucinations au point de vue médico-légal. 
L'illusionné et l'halluciné dont la volonté est fatalement 
déterminée par une fausse perception des sens, ne sauraient 
être des responsables : chez eux, l'acte le plus criminel peut 
s'allier aux intentions les plus nobles et les plus pures. 

Les illusions et les hallucinations, lorsqu'elles sont d'origine 
menstruelle, se présentent le plus souvent sous la forme ero- 
tique et sous la forme lypémaniaque. La malade déclare 
éprouver des sensations voluptueuses qu'elle interprèle à sa 
manière ou se croit en butte à des persécutions imaginaires 
qui l'attristent et la rendent mélancolique. 

Obskkvatiun (ICWXV. — Hallucinations de l'ouïe et de la vue 
cbez une jeune tille de treize ans, à la suite d'une frayeur. Elle 

1 Voir également les observations 53, 00, 204. 



248 PSYCIIOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

était si convaincue de la réalité de ce qu'elle croyait voir et 
entendre, qu'elle poussait des cris de terreur et que rien ne pou- 
vait la rassurer. 

Observation CCXXXVI. — Berthe est née d'un père épileptique ; 
à quatorze ans, au milieu de la première menstruation, pendant 
la nuit, elle a eu sa première attaque d'épilepsie. Hallucinations 
diverses : elle voit un homme coupant la tète à une femme au 
moyen d'un grand couteau. 

Observation CCXXXVII. — M Ue X..., âgée de quatorze ans, formée 
depuis six mois, aussi grande et aussi forte qu'une femme de 
vingt ans, souffre beaucoup des régions ovariques au moment des 
époques menstruelles. Hallucinations sensorielles, hallucinations 
de l'ouïe et de la vue, illusions diverses. (F. Bouchul, Halluci- 
nations chez les enfants, Thèse de Paris, 1886, p. l'a, 21, 27.) 

Observation CCXXXVIH. — Une femme de vingt-deux ans est 
témoin, au moment de ses règles, d'une dispute très vive, suivie 
de coups de couteau. Elle rentre effrayée et poursuivie par l'image 
de ces hommes. Pendant la nuit, hallucinations : elle se lève, 
s'agite dans sa chambre et trouble le repos de ses voisins. 
(Baillarger, Mémoires de l'Académie de Méd., mai, 1842.) 

Observation CCXXXIX. — A la vue d'un assassinat, Alexandrine, 
âgée de trente ans, est saisie d'effroi, ses règles se suppriment. 
Depuis elle a des frayeurs sans motifs, des visions terribles, entend 
des voix qui l'appellent au moment où elle va s'assoupir et s'en- 
dormir. A la suite d'une application de sangsues faite aux cuisses, 
les règles supprimées depuis trois mois reparurent, et le délire 
et les hallucinations cessèrent. (Baillarger, loc. cit., Obs. IV.) 

Observation CGXL. — Julie D..., réglée à quinze ans, époque à 
laquelle se manifestèrent les premiers symptômes de l'hystérie. 
A vingt-cinq ans, suppressions des règles ; à la suite, hallucinations 
multiples et troubles nymphomaniaques : c'est ainsi qu'on la 
contraint de coucher avec des hommes qui n'ont pas « de bonnes 
mœurs ». Une puissance invincible, dit-elle, la rend inerte et para- 
lyse tous ses mouvements, etc., etc. (Taguet, Thèse de Paris, 1872, 
p. 26.) 

Observation CCXLT. — Une femme, pendant ses règles, ne pou- 
vait se livrer au sommeil, tant elle était tourmentée par des rêves 
effrayants, qui ne lui laissaient aucune trêve ; elle voyait des 
spectres, des visages sanglants, elle se sentait étouffée, sur le 



ILLUSION ET HALLUCINATION 249 

point de périr. (Brierre de Boismont, Ann. méd. psych., 1851, 

p: 581.) 

Observation CGXL1I. — Femme de quarante ans, jusque-là bien 
portante ; à cette époque, elle eut une métrorrhagie : à peine en 
convalescence, elle fut prise d'hallucinations terrifiantes. (Taguet, 
Thèse de Paris, 1872, p. 31.) 

Observation CCXLIII. — Pal... a quarante-deux ans. Depuis 
l'âge de vingt-deux ans et consécutivement à un accouchement, 
elle est sujette à des attaques d'hystérie, se traduisant sous forme 
d'un état syncopal avec effets délirants consécutifs: hallucinations 
de la vue, de l'ouïe, apeurement. Elle croit voir des individus qui 
viennent pour lui faire du mal, et entendre le bruit de la pluie. 
Ces troubles psychiques ne sont que momentanés, et tout rentre 
dans l'ordre après quelque temps. Ils reviennent généralement 
une fois par mois et sont en rapport avec la menstruation qui est 
cependant assez régulière au point de vue de son moment d'appa- 
rition et de son abondance. (Mairet, de Montpellier, Leçons sur la 
folie post-opératoire. Bulletin médical, 28 août et 1 er septem- 
bre 1889.) 

Observation CCXL1V. — Une femme de quarante-deux ans, 
forte, sanguine, mais très impressionnable, éprouvait, depuis quel- 
ques mois, les symptômes du temps critique, lorsqu'en passant 
dans la rue Saint-Martin," elle aperçoit un enfant qu'elle croit être 
le sien ; à l'instant, elle se précipite sur lui, Je serre dans ses bras, 
l'accable de caresses, en fondant en larmes et en poussant des 
cris de joie. Un rassemblement se forme autour d'elle; les vérita- 
bles parents veulent avoir leur enfant, mais l'état d'exaltation de 
P... est si grand, qu'il y a lieu de craindre pour la vie de l'être 
qu'elle tient pressé contre son sein. 'On la suit jusque chez elle ; 
à peine est-elle arrivée dans sa chambre, que son délire est dis- 
sipé; elle ne peut s'expliquer son action que par la ressemblance 
de l'enfant avec le sien, car il y a six ans que sa fille est morte. 
Jamais elle n'a eu d'accident semblable. Cette femme, qui a de 
l'intelligence et rend très bien compte de sa position, attribue cette 
excitation à l'époque critique; tout annonce, en effet, que nous ne 
devons pas lui chercher d'autre cause. (Brierre de Boismont. De la 
menstruation, Paris, 1842, p. 237.) 

Observation CCXLV. — G..., quarante-trois ans, pas d'antécé- 
dents héréditaires, réglée à treize ans, menstruation présentant 
des irrégularités depuis quelques mois. Lypémanie avec idées de 



250 psychoses menstruelles en particulier 

persécution, hallucinations, troubles de la sensibilité génésique: 
« elle reçoit des fluides électriques clans les parties génitale; on 
lui procure la « sensation de la nature ». (Ricard, thèse de Paris, 
1879, p. 13.) 

Observation CGXLVI. — M me M..., âgée de quarante-quatre ans, 
n'a eu ses règles que deux fois dans l'espace de deux ans. « La 
première fois, dit la malade, j'ai tellement souffert que j'ai cru 
devenir folle. » La santé fut bonne jusqu'à la seconde apparition 
du flux menstruel qui s'accompagna d'hallucinations terrifiantes 
de l'ouïe et de la vue. Quelques jours après, la malade était dans 
un état de stupidité le plus complet. Sous l'influence d'un régime 
tonique, elle ne tarda pas à recouvrir la raison. (Taguet, thèse de 
Paris, 1872, p. 31.) 

Oservation CGXLVII. — S..., quarante-cinq ans, depuis deux 
ans voit l'hémorrhagie cataméniale ne se produire qu'à de très 
rares intervalles. Elle est en proie à un accès de lypémanie avec 
hallucinations de l'ouïe, qui lui font croire que certaines personnes 
qu'elle désigne, veulent l'assassiner. Elle porte constamment sur 
elle un couteau pour lui permettre de vendre chèrement sa vie. 
(Bruant, Mélancolie à la ménopause, thèse de Paris, 1888, p. 69.) 

Observation CGXLVIII. — Mil... (Maria), dix-sept ans, entre à la 
Charité le 15 novembre 1857, pour une chorée intense généralisée, 
due à une frayeur durant les règles. Insomnie complète; la ma- 
lade garde le lit. Etat semi-comateux, sanglots hystériques, réveils 
en sursaut, cris: elle voit des diables,rhomme qui l'a effrayé. Dé- 
plétion sanguine, guérison après deux mois de maladie. (Marcé, 
Du Irouhle mental dans la chorée. Mémoires de l'Académie de méde- 
cine. Avril 1857.) 

Observation GGXL1X. — Une fille de quinze ans, réglée depuis 
dix-huit mois, éprouvait, à chaque époque menstruelle, de petites 
attaques convulsives hystériformes. Celles-ci furent bientôt rem- 
placées par une espèce d'imbécillité accompagnée devisions plus 
ou moins erotiques. Une fois les règles parues, la raison revenait. 
(Brochin, Ann. mél. psych., 1857, t. IV, p. 120.) 

Voir également les observations 11,55, 104, 163, 176,204,224,228. 



§ 4. MÉLANCOLIE 

La mélancolie n'est qu'un degré plus élevé de cet état de 



MÉLANCOLIE 251 

tristesse, d'ennui mal défini qu'éprouvent presque toutes les 
femmes pendant la période menstruelle. Mendel (de Berlin) 1 
affirme qu'elle s'accompagne presque toujours d'hallucina- 
tions visant le système génital. « Un des phénomènes les 
plus remarquables de cette affection, dit-il, c'est un onanisme 
très prononcé, des désirs sexuels très intenses. » 

Pour Lorry 2 , il n'existe aucune cause plus fréquente de 
mélancolie chez la femme que l'éruption difficile, le retard 
et la suppression des règles. 

Esquirol {loc. cit., p. 215), dans le tableau des causes de 
la mélancolie, fait figurer les troubles de la menstruation 
dans la proportion de 6 p. 100 et l'époque critique dans celle 
de 9 p. 100. 

Dagonet 3 signale également la suppression des règles 
comme une circonstance fâcheuse favorisant l'éclosion de la 
mélancolie ; et leur cessation, d'après le professeur Bail v , en 
est un des symptômes les plus communs. 

La mélancolie peut s'observer pendant la période active 
des fonctions génitales, surtout lorsqu'il existe des troubles 
de la menstruation 3 ; la puberté et la ménopause sont néan- 
moins ses époques privilégiées. 

Nous n'avons pas à revenir sur l'état mental de la jeune 
fille lors de la première éruption des règles. Bien que fort 
variées et fort complexes nous savons que cet état se dis- 
tingue surtout par sa note mélancolique, dont il n'est pas 



1 Mendel. Société de médecine interne de Berlin, séance du 4 fé- 
vrier 1889. 

2 Lorry. De Melancholia et morbis melanc/tulicis. Lutetiœ Parisio- 
rnm, 1705. 

3 Dagonet. Maladies mentales. Paris, 1876, p. 215. 

4 Bail. Maladies mentales. Paris, 1883, p. 224. 

5 Voir : Dysménorrhée à la suite de rétroversion utérine comme 
cause de mélancolie, in Xew-Y'orker médical Presse, 1887, n° 6 ; el : .Me- 
lancliolia suicide during llie catamenial molimen, in Boston Médical 
and Surgicaljovrnal, 1864, l. I..W, p. 189-200. 



252 PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER 

toujours facile, je le reconnais, de saisir toutes les nuances. 
Ce n'est tantôt qu'une douce rêverie entrecoupée de soupirs et 
de larmes, une poétique langueur mêlée à un peu d'érotisme, 
un amour exagéré de la solitude ; d'autres fois, c'est le déses- 
poir avec toutes ses craintes et ses découragements, le déses- 
poir sans consolation et n'ayant d'autre issue que la mort : 
la fréquence du suicide chez la jeune fille à l'époque de la 
puberté en est la conséquence. 

« La mélancolie apparaît assez fréquemment pour la pre- 
mière fois à l'époque de la ménopause. » Telle est la conclu- 
sion de l'excellent travail de Bruant ' et que l'auteur se croit 
autorisé à tirer de ses richesses personnelles et de celles des 
principaux aliénistes dont il a analysé et discuté les opinions. 
La forme de mélancolie la plus communément observée à 
cette époque est celle décrite par le professeur Bail et appe- 
lée par lui mélancolie avec conscience, parce que la malade 
comprend son délire, bien qu'il lui soit absolument impos- 
sible de réagir contre lui. a Les malades de cette catégorie, 
dit le maître, ne se rencontrent presque jamais dans les asiles, 
ni dans les maisons de santé particulières ; mais on les voit 
souvent dans le monde, et la pratique civile nous offre à cet 
égard de sérieux avantages. » 

Le délire de la mélancolie ménopausique, en effet, rare- 
ment violent et aigu, à invasion lente et graduée ne nécessite 
pas souvent l'internement des malades. Il est caractérisé par 
des craintes, des préoccupations exagérées relatives à la 
santé, par des troubles de la sensibilité générale et spéciale, 
par des illusions et des hallucinations de toute sorte, par des 
idées de perséculion et de suicide. La femme abandonne les 
siens pour ne plus être exposée, dit-elle, à leurs insultes, ou 
bien elle va se plaindre à la police. Cet état mental, selon 

1 Bruant. De la mélancolie survenant à la ménopause. Thèse de 
Paris, 1888. Voir aussi llarreaux : Essai sur une variété d'hypochondrie 
particulière aux femmes de l'âge critique. Thèse de Paris, 1837. 



MÉLANCOLIE 253 

Bruant, serait souvent l'origine de discussions et de sépara- 
tion entre mari et femme. 

Observation GGL. — M mc D..., nervoso-sanguine, ayant été bien 
réglée depuis l'âge de treize ans, se marie à vingt ans, et voit ses 
règles avancer chaque mois de cinq jours et devenir plus abon- 
dantes. Dis lors, tous les mois, le caractère s'exalte; elle devient 
triste, irritable, ne veut voir personne; la plus petite résistance à 
ses volontés la fait tomber en convulsions; les marques d'amitié, 
de tendresse lui sont insupportables; elle s'emporte surtout contre 
ceux qu'elle affectionne le plus, et s'ils cherchent à la calmer, sa 
colère n'a plus de bornes. Tout cesse avec la fin du flux menstruel. 
(Brierre de Boismont, Traité de la menstruation, p. 98.) 

Observation CGLI. — Pendant plusieurs années, Michel a été 
très malade; à chaque instant le sang lui jaillissait parle nez; la 
moindre contrariété la mettait en fureur, et lui donnait des atta- 
ques de nerfs. A l'âge de dix-sept ans, ses règles la surprirent, et 
il y eut une amélioration notable dans ses symptômes; puis à dix- 
neuf ans, elle fut définitivement bien menstruée. Elle a maintenant 
vingt-cinq ans : pendant les trois jours que durent ses règles, elle 
est irritable, triste, mélancolique, s'impatiente, s'emporte pour un 
rien. Dans les intervalles, elle retrouve son caractère normal et se 
trouve transformée. (Brierre de Boismont, Traité de la menstrua- 
tion, p. 97.) 

Observation CGL1I. — Une jeune femme de vingt-quatre ans, 
très estimée pour son caractère et sa conduite, devient apathique,, 
triste, morose. Elle se plaint d'avoir perdu tout sentiment moral, 
les objets les plus chers lui sont devenus indifférents, la religion 
n'a plus le pouvoir de la soutenir, tout est changé pour elle. Après 
quelques informations, j'appris que ses règles avaient disparu 
quelque temps avant le développement des symptômes indiqués. 
Une première application de sangsues aux grandes lèvres rétablit 
la santé; les sécrétions reprirent leur cours naturel, et cette femme 
se porta parfaitement bien. (W.-C. Ellis, Traité de l'aliénation 
mentale. Trad. d'Archambault, p. 122.) 

Observation GCLIII. — Gelin, âgée de vingt-sept ans, d'un tem- 
pérament sanguin, rit et parle seule, tient des propos décousus, 
même en travaillant, excepté pendant sept ou huit jours, avant. 
pendant, après l'époque menstruelle. Pendant ces temps, il y a de la 
mélancolie, la malade est muette, ne mange plus, cesse ses occu- 



254 PSYCUOSliS MENSTRUELLES E.N PARTICULIER 

pations et aime à rester couchée. (P. Berthier, Asile d'aliénées de 
Bourg, 1864.) 

Observation CCLIV. — M lle N.... vingt-sept ans. Aménorrhée ; 
accidents hystériques et mélancolie ; rétablissement du flux 
menstruel, guérison. (Perfect, Annales de la Folie, Londres, 
5 e édition.) 

Observation CCLV. — Suppression brusque des règles chez une 
demoiselle à la suite d'une vive frayeur. Aussitôt tristesse pro- 
fonde faisant un contraste frappant avec la gaieté d'autrefois. La 
menstruation ne paraissant pas, les facultés intellectuelles furent 
bientôt altérées. Tous les mois, en outre, il se manifestait sur le 
visage une grande quantité de boulons. (Reydelet, Dictionnaire en 
60 vol., art. Métastase.) 

Observation CGLVI. — Mélancolie avec délire chez une femme 
de vingt-huit à trente ans à la suite d'une suppression des règles. 
(Ghambon, Maladies des femmes, V e partie, p. 387.) 

Observation CCLVII. — Accès de mélancolie chez une femme 
de quarante ans, n'ayant aucun antécédent héréditaire et ayant 
toujours eu une menstruation très régulière. Si on cherche la 
cause du trouble mental, on n'en trouve d'autre qu'un retard de 
quatre ou cinq jours dans l'apparition des règles. (Baillarger, 
Ann. méd. psyeh., 1882, t. VII, p. 416.) 

Observation CGLVIII. — M Ue B..., ne présente aucun antécédent 
ni héréditaire, ni personnel. Elle a toujours joui d'une bonne 
santé. Réglée à douze ans et demi, la menstruation a toujours 
été régulière jusqu'à l'âge de quarante-six ans, époque où elle fut 
brusquement arrêtée et remplacée par des métrorrhagies qui sur- 
venaient tous les quatre à cinq mois. Elle devint progressivement 
mélancolique au point qu'on fut obligé de l'interner; hallucina- 
tions, craintes, frayeurs, insomnie. Elle se reproche des fautes 
qu'elle ne peut préciser disant que le Ciel l'abandonne et qu'elle 
est une grande coupable. Son amélioration fut assez rapide et, en 
dix mois, elle se rétablit presque complètement. (Bruant, Tbèse 
de Paris, 1888, p. 35.) 

Observation GGLIX. — Femme D..., quarante-six ans. Depuis 
six mois, ses règles paraissent très irrégulièrement. Lorsqu'elles 
ont du retard ou qu'elles sont peu abondantes, D... éprouve un 
malaise général, caractérisé par de la céphalée, etc. Pendant que 
s'effectuait ce changement, elle reçut de mauvais traitements de 



MÉLANCOLIE 258 

la pari de son mari. C'est alors qu'éclata le délire. Elle racontait 
ses malheurs, se croyait coupable de grands crimes, prétendait 
que son mari voulait l'empoisonner, pour se délivrer d'elle et 
épouser ses maîtresses. Sous l'influence de cette idée délirante, 
elle voulait noyer ses enfants, brûler sa maison et se détruire en- 
suite pour mettre fin à sa pénible existence. (Bruant, Thèse de 
Paris, 1888, p. 68.) 

Observation CCLX. — M me X..., quarante-six ans, réglée à qua- 
torze ans, a toujours été menstruée avec régularité et pendant 
cinq à six jours à chaque époque. Ces hémorrhagies se manifes- 
tent sans vives douleurs, mais non pas sans angoisses nerveuses 
générales. « A ces époques, dit-elle, j'ai des vapeurs, des ennuis. » 
(Négrier, loc. cit., p. 11.) 

Observation CCLXI. — Femme de cinquante ans dont les règles 
se supprimèrent presque subitement sans cause connue et ne 
reparurent plus ; id}es tris.les qui prirent bientôt le caractère de 
persécution avec tœdium vitœ et tendance au suicide. Elle sortit 
guérie après un séjour de dix mois à l'asile. (Pages, Thèse de 
Nancy, 1876.) 

Voir également les observations : 11, 17, 93, 105, 114, 120, 127, 130, 
141, 180, 229, 247. 



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17 



CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 



Il faut savoir beaucoup pardonner à 
la femme qui souffre et qui est 
deveflue exceptionnellement plus im- 
pressionnable. 

Professeur Stolz, in Dict. de 
Jaccoud, yoL XXU, art. Mens- 
truation, p. 3"25. 



La fonction menstruelle peut, par sympathie, surtout chez 
les prédisposées, créer un état mental variant depuis la simple 
psychalgie, c'est-à-dire le simple malaise moral, la simple 
inquiétude de l'âme jusqu'à l'aliénation, à la perte complète 
de la raison, et modifiant la moralité des actes depuis la 
simple atténuation jusqu'à l'irresponsabilité absolue. 

Cette proposition que j'énonçais en débutant sous forme 
dubitative et interrogative, je la répète ici sous forme affir- 
mative et comme l'unique et grande conclusion de tout mon 
travail. Je crois en avoir rigoureusement établi la démons- 
tration, grâce à des preuves reposant sur les bases les plus 
solides. Je dois la faire suivre de quelques considérations 
pratiques. Bien que celles-ci ressortent d'elles-mêmes, de la 
manière la plus nette, de tout ce qui précède, et que le 
lecteur les ait certainement présentes à son esprit, je veux, 
une dernière fois, les rappeler brièvement, car elles sont 
capitales. Les unes ont trait à la médecine légale : ce sont 



LA FEMME DANS LA FAMILLE ET DANS LA SOCIÉTÉ 259 

les plus importantes ; les autres, et c'est par elles que je com- 
mencerai, se rapportent à la conduite pleine de tact, de déli- 
catesse, de respect et de prudence, que doivent garder vis-à- 
vis des femmes pendant leur époque menstruelle, ceux qui, 
parleur situation de famille, leur position sociale ou un hasard 
quelconque, se trouvent en commerce journalier avec les 
personnes du sexe. 



§ 1. LA FEMME DAN > LA FAMILLE ET DANS LA SOCIÉTÉ 

Les organes et les fonctions de la génération exercent une 
grande influence sur l'état général de la femme et plus parti- 
culièrement sur son état psychique. En dehors de la grossesse, 
de l'accouchement, de l'allaitement, des différents états 
pathologiques de l'utérus et des ovaires, cette influence se 
fait surtout sentir aux trois grandes époques de la vie sexuelle 
de la femme : la puberté, la période active, la ménopause. 

1° La. puberté. — C'est le moment de la formation physique 
et morale de la jeune fille: d'où hygiène phyùque et hygiène 
morale. 

L'hygiène physique est en défaut dans la plupart des 
maisons d'éducation et quelquefois même dans la famille. La 
jeune fille grandit dans l'ignorance de ce qui doit lui arriver : 
surprise par l'écoulement sanguin, souvent elle se trouble, 
presque jamais elle ne s'inquiète de sa toilette intime e 
manque des soins de propreté les plus élémentaires. 

Au lieu d'habituer la jeune fille à regarder comme quelque 
chose de bas et de honteux tout ce qui a trait à la génération, 
il serait à désirer qu'on lui fît moins de mystère et qu'au 
moment opportun on lui apprît, avec prudence, tout ce que 
doit savoir une femme soucieuse de sa santé. 

Dans quelques rares pensionnats modèles, il existe des 
régis 1 res où se trouve consignée, mois par mois, dans tous ses 



260 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

-détails et toutes ses péripéties, l'histoire menstruelle de 
chaque élève. C'est là une excellente mesure hygiénique qui 
devrait être mise en vigueur dans toutes les maisons d'édu- 
cation. 

Ce registre renseignerait les maître.-ses sur l'époque cri- 
tique de chaque élève, et il y a grand intérêt à ce qu'elles en 
connaissent le moment précis, ne serait-ce que pour user de 
plus de bonté et pour ne pas astreindre aux exigenees du 
règlement une jeune fille qui ne peut sauter, courir, aller à 
la promenade, etc., etc., comme ses autres compagnes plus 
jeunes ou non menstruées. Par là encore la jeune fille aurait 
tous les soins de toilette nécessaires : à la directrice seule, 
dont le rôle est ordinairement plus maternel, incomberait la 
tâche délicate d'avertir celles qui négligeraient de les de- 
mander. Combien de métrorrhagies, de cas de dysménorrhée 
et d'aménorrhée que l'on pourrait soigner et guérir, grâce à 
cette sage précaution, et qui, sans elle, passent inaperçus ! 

Bien plus, à la sortie du pensionnat, une note, extraite du 
registre et remise à la famille, deviendrait pour le médecin 
une source précieuse de ^enseignements sur les antécédents 
menstruels de sa cliente et pourrait lui servir de base à une 
bonne thérapeutique. 

Tandis que l'hygiène physique pèche par défaut, l'hygiène 
morale pèche par excès: on s'occupe trop de l'intelligence au 
détriment du corps. L'éducation actuelle vise à faire des 
diplômées et non des femmes robustes et fortes capables de 
remplir dignement le rôle d'épouse et de mère. Aux victimes 
du surmenage intellectuel, je dois encore ajouter celles du 
surmenage sentimental dont les conséquences sont tout aussi 
meurtrières. M ens sana in corpore sano, telle doit être la 
devise qui doit présider à toute bonne éducation. 

La note dominante du caractère de la jeune fille pendant 
tout le temps de l'évolution pubérale, c'est la mélancolie 
jointe à une facile exaltation et à une légère teinte d'éro- 



LA FEMME DANS LA FAMILLE ET DANS LA SOCIÉTÉ 261 

tisme. Cet état qui peint très bien le trouble inconscient de 
son âme et résulte de la surprise occasionnée à l'organisme 
par l'introduction d'un nouveau rouage, dont le fonction- 
nement n'est pas encore assez bien assuré, il faut savoir le 
respecter ou le dissiper habilement. Un rien, une réprimande 
légère, une peine insignifiante infligée même à propos, 
suffit quelquefois pour jeter la jeune fille dans le désespoir et 
lui faire rechercher la mort. Les nombreux cas de suicide 
que j'ai rapportés, n'ont pas eu de causes plus importantes. 

2° La période active. — La plupart des femmes, au temps 
de leurs règles, deviennent plus susceptibles, plus impres- 
sionnables et d'humeur non toujours commode. Les maris, 
certes, n'iront pas à l'encontre de cette assertion. Point ne 
leur est besoin d'un aveu ; ils savent bien deviner, comme ils 
disent dans le vulgaire, le moment de la lune : les change- 
ments de caractère qui surviennent et dont ils sont les 
premiers à souffrir, leur apprennent que l'heure est venue de 
se surveiller et de faire preuve d'intelligence et de bonté. 

Les règles constituent momentanément, chez la femme, un 
état de prédisposition, de vulnérabilité, de réceptivité mor- 
bides. La cause la plus futile est capable de lui faire éprouver 
les plus vives émotions ; elle réagit sous l'excitation la plus 
légère, tout est pour elle motif de crainte, de tristesse, de 
colère. C'est ce qui explique pourquoi certaines femmes se 
plaignent constamment de leur peu de chance et ne cessent 
de répéter que tout ce qui peut leur faire du mal ou leur être 
désagréable, leur arrive toujours lorsqu'elles ont leurs 
affaires: c'est qu'un événement qui, dans toute autre circons- 
tance, n'eût pas même attiré leur attention, alors les tour- 
mente et les bouleverse. 

Il en est pour qui chaque époque menstruelle est une véri- 
table crise psychique. Elles sont sujettes à des caprices, à des 
penchants ; deviennent acariâtres, jalouses ; se fâchent pour 
le plus petit motif, dénaturent Jes meilleures intentions, 



262 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

s'offensent des plaisanteries les plus innocentes. Certaines ne 
peuvent garder des domestiques plus d'un mois, elles renou- 
vellent presque mensuellement leur personnel et rendent la 
vie très difficile à ceux qui les entourent. 

C'est à ceux-ci et plus particulièrement aux maris à user 
des plus grands ménagements. Du reste, l'orage passé, la 
femme est la première à reconnaître ses torts, à demander 
pardon, à faire des promesses pour l'avenir; mais quelles que 
soient la sincérité de sa parole, &a bonne volonté, sa force de 
caractère, il lui est presque impossible de se maîtriser, et une 
nouvelle menstruation amène de nouveaux écarts. 

Comme le dit le professeur Stolz, il faut savoir beaucoup 
pardonner à la femme qui souffre; qu'elle soit l'objet tout 
particulier de nos soins, de notre bienveillance et de notre 
sollicitude ; protégeons-la contre toutes les causes physiques 
et morales qui peuvent si facilement la troubler en ces heures 
plus douloureuses encore pour l'âme que pour le corps. 

Les règles sont les prémices de la maternité; elles nous di- 
sent que la femme peut devenir mère, elles expriment en 
miniature ce même état de souffrance qui nous valut la vie. 
Plus respectueux encore que les anciens, ayons pour la femme 
en travail menstruel, le respect religieux que ceux-ci témoi- 
gnaient pour la femme enceinte et la femme récemment 
accouchée 1 . S'attaquer alors à elle, c'est s'attaquera la source 
même de l'existence, c'est nuire aux générations futures. 

L'outrage fait à la femme pendant la période menstruelle, 
acquiert du fait même de cette coïncidence une gravité excep- 
tionnelle: nous avons vu les règles se suspendre brusquement 
à la suite d'une injure, les plus grands désordres se mani- 
fester aussitôt, quelquefois même la mort. 

1 A Athènes et à Carthage, il était défendu de faire du bruit aux 
alentours de la maison d'une femme enceinte ou en couches ; les meur- 
triers qui parvenaient à s'y réfugier n'étaient pas poursuivis. A Rome, 
une couronne était suspendue à la porte des nouvelles accouchées, 
pour indiquer que leur demeure était un asile sacré. 



LA FEMME DANS LA FAMILLE ET DANS LA SOCIÉTÉ 263 

La chronique des journaux parisiens racontait récemment 
l'histoire d'un mari qui, sous prétexte que sa femme n'avait 
pas procédé à certains soins de toilette, se porta envers elle 
à la dernière brutalité en l'obligeant de recevoir sur la région 
génitale une douche d'eau glacée: la malheureuse, qui avait 
ses règles, mourait le lendemain. 

De Sauvage rapporte l'observation d'une servante qui, dans 
le temps de ses règles, ayant été vivement attaquée par un 
jeune homme, vit l'évacuation menstruelle s'arrêter aussitôt. 
Le jeune homme imprudent ayant renouvelé ses tentatives 
quelques heures après, survint un délire violent. Malgré la 
médication la plus active et la mieux dirigée, la malade 
mourut trois jours après 2 . 

Brierre de Boismont affirme que « sans aucun doute la 
menstruation est la cause d'une foule de froideurs, d'inimitiés, 
de procédés étranges dont il est impossible de se, rendre 
compte ». Que de ménages, en effet, troublés par cette cause 
passée inaperçue! Que d'incompatibilités de caractère qui ne 
ressortent qu'à ce moment-là, et deviennent l'origine d'une 
rupture qu'il serait pourtant si facile d'éviter! 

Si nous en jugeons par les faits relatés dans certaines de 
nos observations, la menstruation peut jouer un rôle dans les 
affaires de divorce et de séparation, soit que le mari plaide 
contre sa femme, soit que celle-ci ait à se plaindre de son 
mari; la recherche de son influence ne doit pas être négligée 
dans l'appréciation du bien fondé des doléances de chaque 
partie. 

L'état physique et psychique de la femme pendant la pé- 
riode menstruelle me paraît une des raisons principales qui 
doivent la tenir éloignée de la gestion des affaires publiques. 
On ne saurait, en effet, se reposer sur une santé aussi délicate 
et si souvent troublée; les erreurs de jugement et les appré- 

1 De Sauvage. Nosologie méthodique, traduit par Nicolas. Paris, 1771, 
t. XI, p. 70i. 



26i CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

dations fausses dont elles donnent alors si souvent la preuve, 
ne peuvent lui permettre de s'occuper convenablemen t et 
avec succès de ce q;ii doit être l'apanage exclusif du sexe 
fort. 

3°. La ménopause. — Nous avons expliqué les troubles de 
la ménopause parla pléthore nerveuse et parla pléthore san- 
guine. Pour celles dont la vie s'est passée dans les plaisirs du 
monde et dans l'adulation perpétuelle de leur beauté, nous 
avons ajouté une antre explication : l'ennui de vieillir et de 
se voir tous les jours repoussées avec plus de dédain par une 
société injuste et égoïste, toujours prête à sacrifier ses an- 
ciennes idoles pour offrir son encens à des divinités nou- 
velles . 

Sous l'influence de la pléthore nerveuse, instinctivement la 
femme cherche un débouché à l'influx qui la travaille. On la 
Yoit se démener et intriguer partout; elle se jette dans les 
œuvres de charité, aimant et pratiquant la bienfaisance sous 
ses formes les plus originales. Un grand nombre deviennent 
plus religieuses, souvent même tombent dans le mysticisme, 
et comme, chez certaines, il existe en même temps une 
violente excitation génésique, nous voyons apparaître, en- 
gendrés par la lutte de la conscience contre les sens, des 
scrupules, des craintes de damnation, des tendances au sui- 
cide. Ces troubles étant le plus souvent cachés, c'est à la per- 
sonne choisie comme confidente (le plus ordinairement un 
prêtre) qu'incombe le devoir d'une direction sage et pru- 
dente. 

La pléthore sanguine est du ressort du médecin et de l'hy- 
giène privée de la femme. 

Quant à la troisième cause, c'est à la femme elle-même et 
à son entourage qu'il appartient d'en atténuer les effets, et 
mieux, de la faire disparaître complètement. 

La femme n'attendra pas sa disgrâce; elle renoncera d'elle- 
même à des succès auxquels elle ne saurait plus prétendre 



LA. FEMME DEVANT LES TRIBUNAUX 265 

sans se couvrir de ridicule et ne recueillir que des humi- 
liations et des déboires. Elle se créera d'autres occupations 
suivant son rang et plus en rapport avec ses nouvelles aspi- 
rations; elle cherchera dans la famille les joies calmes et 
tranquilles qui conviennent à son âge et qui la dédommage- 
ront amplement des autres plaisirs qu'elle aura spontanément 
abandonnés. 

L'entourage redoublera de précaution et de bienveillance. 
Non seulement il ne froissera pas dans son amour-propre une 
femme qui n'a plus rien à donner (les convenances les plus 
élémentaires lui en font un strict devoir), mais il sera encore 
assez indulgent pour flatter la coquetterie de certaines 
femmes trop habituées aux succès mondains et leur laisser 
croire quelquefois à l'empire des charmes qu'elles n'ont 
plus. 



§ 2. — LA FEMME DEVANT LES TRIBUNAUX 

1° Témoin, accusée, prisonniers. — La femme légalement 
ne saurait se prévaloir de son état menstruel pour se sous- 
traire à un appel devant les tribunaux. 

J'estime cependant qu'une femme en pleine période mens- 
truelle, surtout si la fonction est en détresse et s'accompagne 
du cortège morbide habituel, ne devrait comparaître ni 
comme témoin ni comme accusée et échapper momentanément 
à toute action du ministère public l . 

a. Témoin. — La mise en scène d'un tribunal ou d'une 
cour d'assises, le grand nombre de spectateurs, l'ennui de se 
voir l'objet de la curiosité publique, les questions embar- 
rassantes des juges et plus souvent celles de l'avocat qui 

* A Harlem, il existait une loi qui ordonnait de mettre un signe sur 
les maisons des nouvelles accouchées pour leur servir de sauvegarde 
contre les huissiers et tout fonctionnaire du ministère public. 



266 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

essaie de mettre en contradiction et d'embrouiller les ré- 
ponses, tout dans l'apparat solennel de la justice est fait pour 
troubler, impressionner une femme, ordinairement illettrée 
et timide, et chez laquelle, dans un moment aussi critique, les 
violentes émotions peuvent avoir les plus graves conséquences 
pour sa santé physique et sa santé morale. 

Ajoutez l'éloignement du tribunal qui oblige parfois la 
femme à de grandes fatigues, alors qu'elle a besoin d'un repos 
absolu et qu'elle ne saurait se soustraire un instant aux lois 
de l'hygiène la plus rigoureuse. 

C'est dans l'intérêt de la femme, mais aussi dans celui de la 
justice que je formule cette opinion. Le tribunal, en effet, ne 
saurait s'appuyer sûrement sur la déposition d'une femme 
soumise au molimen menstruel. Nous avons vu combien la 
jalousie est fréquente à cette époque et comment plusieurs, 
dévorées du besoin de nuire ou de faire parler d'elles, ne re- 
culaient devant aucun mensonge ni aucune calomnie. 

Bien plus, il en est qui, pendant le temps intermenstruel, 
n'ont aucun souvenir de ce qu'elles ont fait pendant leurs 
règles*; d'autres au contraire qui, pendant leurs règles, 
perdent tout souvenir de ce qu'elles ont fait pendant le temps 
intermenstrueli 

Pyl cite l'exemple d'une femme qui, à chaque période 
menstruelle, oubliait ce qui lui était arrivé précédemment. 
Une fois, durant l'intervalle des règles, elle avait injurié gra- 
vement, devant témoin, une personne avec qui elle se que- 
rellait. Appelée en justice, peu de jours après, alors qu'elle 
avait ses menstrues, contre l'avis de son médecin qui 
connaissait son indisposition périodique, elle répondit à la 
citation. Elle prêta le serment qu'on exigea d'elle et nia le 
fait qui lui était imputé. La plaignante, condamnée aux frais, 
produisit des témoins qui confirmèrent sa déposition. Le 

1 Voir entre autres les observations 81, 94, 96, 225, 



LA FEMME DEVANT LES TRIBUNAUX 267 

professeur Berends, chargé d'examiner l'état psychique de 
l'accusée, démontra que, sous l'influence du molimen mens- 
truel, elle avait nié par serment, quoique sans mauvaise foi, 
une chose qui était vraie, et conclut à l'irresponsabilité '. 

Une observation semblable a été rapportée par Dumoulin 2 : 
le trouble psychique s'était ^développé à la suite d'une 
suppression 3 . 

La déclaration d'une jeune fille traversant la crise pubérale 
est également fort suspecte et ^ne mérite qu'une confiance 
très limitée. Il en est qui poussent le mensonge jusqu'à 
s'accuser elles-mêmes de crimes qu'elles n'ont pas commis *. 

b. Accusée. — La loi du 28 germinal an 111, abrogée lors 
de la rédaction du Gode Napoléon, voulait qu'une femme 
prévenue d'un crime comportant la peine de mort ne pût 
être mise en jugement avant qu'il eût été vérifié qu'elle n'était 
pas enceinte, et cela, non seulement à cause des émotions qui 
pourraient compromettre la vie de l'enfant, mais encore 
parce qu'une femme dans cette situation pourrait ne pas avoir 
toute la présence d'esprit nécessaire pour se défendre. L'oubli 
de la visite fit casser plusieurs jugements. 

Pareil amendement légal devrait intervenir en faveur de la 
femme menstruée. Elle ne devrait être traduite devant le 
tribunal que pendant la période intermenstruelle; si elle n'a 
pas, en effet, à craindre pour la vie d'un enfant, elle a à 
craindre pour sa propre santé, et l'état de trouble, d'instabilité 
psychique dans lequel elle se trtuvp. r.e lui permet pas 
d'assurer pleine et entière la défense à laquelle elle a droit 
et que comporte toute justice vraiment digne de ce nom. 

t. Prisonnière. — La femme retenue prisonnière devrait, 



1 Voir Hofl'baucr. Médecine légale relative aux aliénés et aux sourds- 
muels, traduit de l'allemand, par Chambeyren, p. 81. 
"Dumoulin. Traité du rhumatisme et des vapeurs. Paris, 1703, p. '292, 
3 Voir OIjs. M. 
* Voir OIjs., in Annales d'hyg. cl de médecine légale, t. X, p. 162. 



268 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

pendant toute la durée de la période menstruelle, avoir droit 
aux dispositions bienveillantes du règlement qui s'adressent 
à la prisonnière malade. 

L'administration lui évitera toute cause capable de procurer 
un dérangement de la fonction et veillera tout au moins à ce 
qu'elle puisse procéder facilement à sa toilette intime. 

Uue fille, détenue à la prison de Bourg, donna tout à coup 
des signes d'aliénation mentale. Elle devint agitée, loquace, 
puis finit par être prise d'un délire général. Tous ces 
symptômes coïncidèrent avec la cessation des menstrues 
arrêtées par une imprudence ». 

Si le geôlier ou toute autre personne de l'établissement 
remarquent par hasard, chez une détenue, des phénomènes 
nerveux ou psychiques insolites, il sera de leur devoir d'en 
avertir le médecin. Une enquête, immédiatement ouverte et 
dans laquelle l'examen de la menstruation aura une part 
importante, mettra peut-être la justice sur la voie de certains 
troubles morbides qu'elle n'avait pas soupçonnés et qui 
l'empêcheront de condamner une irresponsable. 

2 J Responsabilité et menstruation. — a. Responsabilité 
morale. — Je n'en dirai qu'un mot, caries hommes n'ont 
rien à y voir, la loi et la société n'ont rien à démêler avec 
elle, nous n'en devons compte qu'à Dieu et à notre conscience. 
Seuls les confesseurs ont charge de l'apprécier chez ceux qui 
s'adressent à leur tribunal, et pour ce faire, lorsqu'il s'agit 
d'une femme, ils ne devront pas oublier les faits suivants. 

Les femmes adonnées aux pratiques de la dévotion pré- 
sentent fréquemment, durant leurs époques, des scrupules 
exagérés, des craintes non motivées de culpabilité et de 
damnation, aboutissant au désespoir, chez quelques-unes 
même pouvant aller jusqu'au suicide; des obsessions intel- 



1 Observation communiquée au D r Berthier par le directeur de la pri- 
son de Bourg, en juin 1860. 



LA FEMME DEVANT LES TRIBUNAUX 269 

lectuelles, émotives et instinctives, dont elles s'accusent et se 
croient coupables, auxquelles elles opposent une lutte de 
chaque instant, n'ayant d'autre résultat que de les déprimer 
et d'augmenter leur état psychique; des troubles très marqués 
de la sphère génitale pouvant devenir une occasion de chute 
pour les personnes les plus chastes; parfois un véritable délire 
religieux, presque toujours faussement interprété, considéré 
comme d'origine divine ou diabolique, alors qu'il n'est que 
la manifestation d'un état pathologique. 

La femme qui fait l'objet de l'observation LXI. ne manquait 
jamais, après chacun de ses vols coïncidant avec une époque 
menstruelle, de courir chez son directeur de conscience pour 
lui confesser sa faute, montrer le plus grand désespoir, et, 
en fin de compte, refuser le pardon dont elle se croyait 
indigne. 

Les confesseurs prudents et sages auront soin de distinguer 
la part de la maladie et celle du libre arbitre. Ce n'est 
qu'ainsi qu'ils pourront donner un remède efficace, se réser- 
vant de traiter la seule part qui leur revient et renvoyant au 
médecin celle de la maladie. 

b. Responsabilité légale. — En bonne justice, devant les 
tribunaux comme devant notre conscience, nous ne devrions 
être absolument responsables que si nous avions été abso- 
lument maîtres des circonstances qui ont pu influencer notre 
liberté et nous déterminer à l'acte criminel ou délictueux : 
la responsabilité est en raison directe de notre liberté et de 
l'intervention de notre volonté. 

C'est sur ce principe de morale élémentaire que paraît être 
basé l'article 64 du Code pénal : « 11 n'y a ni crime ni délit 
lorsque le prévenu était en état de démence au temps de 
V action ou qu'il a été contraint par une force à laquelle il 
ne pouvait résister. » 

Que cette force soit physique ou morale, que le prévenu 
ait cédé à une impulsion irrésistible ou à une force étrangère, 



270 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

qu'importe ? dans l'an et l'autre cas, il doit bénéficier des 
dispositions de la loi et ne saurait être condamné. 

Le 20 juillet 1830, sur la déclaration du jury du Calvados, 
le tribunal condamnait à la peine capitale une jeune fille 
âgée de dix-neuf ans, coupable du crime d'incendie; or, cette 
infortunée était enceinte et en proie à une monomanie reli- 
gieuse patente. Depuis les idées ont changé, et je ne pense pas 
qu'on puisse aujourd'hui constituer un jury capable de per- 
pétrer une pareille forfaiture. Entraînés par le mouvement 
scientifique, les tribunaux se sont enfin rendus à l'évidence 
et à la force des faits : ils acceptent générale m 3iit l'influence 
puerpérale. 

La menstruation faisant partie de l'état puerpéral, mieux 
encore, constituant à elle seule un état puerpéral en petit 
(Pajot), peut, au même titre que la grossesse, l'avortement, 
l'accouchement, la lactation, engendrer un état mental, et 
mérite en conséquence toute l'attention des juges. 

Les observations nombreuses et dûment contrôlées que j'ai 
rapportées, l'autorité et la bonne foi des auteurs à qui je les 
ai empruntées, la compétence des maîtres à qui j'ai demandé 
mes arguments, les noms illustres sur lesquels je me suis 
appuyé, l'étude comparative que j'ai faite des phénomènes du 
rut et de ceux de la menstruation, me permettent de regarder 
comme suffisamment démontrée et d'admettre comme cer- 
taine l'existence de psychoses menstruelles. 

Un magistrat éclairé disait qu'en toutes causes de femme, 
les tribunaux devraient s'assurer de l'assistance permanente 
d'un jury médical. Sans aller jusque-là, je pense qu'un juge 
ne doit jamais négliger de s'éclairer des lumières de la science 
avant de se prononcer sur le sort d'une accusée dont l'action, 
restée inexpliquée, est en contradiction flagrante avec un 
passé des plus honnêtes et laisse présumer un dérangement 
des facultés mentales : condamner une femme en pareilles cir- 
constances, sans examen médical préalable, serait manquer 



LA FEMME DEVANT LES TRIBUNAUX 271 

aux premiers devoirs de l'équité. Et, certes, la faute a été 
commise bien souvent : on n'a qu'à ouvrir les Annales judi- 
ciaires, et c'est par milliers que l'on comptera les procès où 
l'intervention de l'homme de l'art était indiquée et ne fut pas 
réclamée par le tribunal. 

L'expert qui, appelé dans ces circonstances, oublierait de 
porter son attention sur la fonction menstruelle, commettrait 
une faute non moins grave : il s'exposerait à faire condamner 
une innocente 1 . Cet oubli n'a été que trop fréquent ; on en a 
la preuve par la lecture de la Gazette des Tribunaux, des 
Annales médico-psychologiques , des Annales d'hygiène et de 
médecine légale. 

Tardieu insiste sur la nécessité de cet examen et déclare 
« qu'il y a pour l'expert un intérêt considérable à interroger 
chez la femme l'état de la menstruation ». 

Briand et Chaude nous disent dans leur Traité de médecine 
légale (t. I, p. 142). « Le s jin avec lequel des hommes de la va- 
leur de Tardieu, Talmouche,Moreau (de Tours), Galmeil, etc., 
etc., interrogent la menstruation, le cas qu'ils font de la régu- 
larité, de l'abondance des flux menstruels, de l'époque pre- 
mière de leur apparition, etc., nous montrent qu'une enquête 
relative à une hystérique serait incomplète, si le médecin s'en 
tenait à la constatation des actes et des paroles délirantes 
sans en chercher sinon la cause, du moins l'occasion dans 
l'état anatomique et le fonctionnement des organes de la 
généra lion. » 

Brierre de Boismont enseigne que, sous l'influence de la 
menstruation, les troubles de la raison peuvent être assez forts 



1 L'examen de la menstruation présente encore comme avantage 
celui de mettre sur la voie d'une grossesse ignorée et de trouver ainsi 
l'explication de certains troubles psychiques. Voir l'observation sui- 
vante : Délire mélancolique détermine par une grossesse passée ina- 
perçue de tous, même de la malade, et jugé par un accouchement et 
une délivrance simultanés, également accomplis à l'insu de la malade, 
in Gazette médicale deLyon,îBb9, p. 116. 



272 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

pour déterminer des actes repréhensibles, coupables même, 
sans que la volonté puisse y apporter le moindre obstacle. 
La femme pourra lutter dans quelques circonstances, mais, 
dans d'autres, elle sera subjuguée, entraînée. Et il ajoute : 
« Ces désordres du système nerveux ne sont pas seulement 
utiles à connaître sous le rapport médical, mais ils offrent 
encore des considérations de la plus baute importance en 
morale et en médecine légale. » 

Raciborski, S.-C. Vogel et tous ceux qui ont étudié la ques- 
tion, sont absolument de cet avis. 

« Les médecins légistes, dit Berthier, sont persuadés que 
l'instinct de la destruction se remarque presque toujours chez 
les jeunes filles de douze, quinze, vingt ans et surtout, comme 
le fait remarquer Tauffiel, à l'époque de la menstruation. » 

L'Ecole allemande est celle qui a le plus appuyé" cette 
opinion, et, à sa tête, se place la Faculté de Leipzig. Souvent 
consultés sur le fait de la responsabilité, les éminents profes- 
seurs affirmèrent le rôle de la menstruation dans l'étiologie 
des troubles psychiques, et le plus souvent les inculpées 
furent acquittées. Leur avis cependant ne fut pas toujours 
goûté, et, devant leur déclaration la plus formelle, le tri- 
bunal quelquefois passa outre. 

De semblables faits se sont passés en France : bon nombre 
d'accusées ont dû leur liberté, leur honneur, peut-être même 
leur vie, à l'habileté et à la science d'un médecin expert. Dans 
certaines observations que j'ai rapportées, l'influence mens- 
truelle parut si évidente que le tribunal n'hésita pas un ins- 
tant à admettre l'irresponsabilité. Mais, trop souvent aussi, les 
conclusions du médecin furent rejetées, et de malheureuses 
femmes durent expier comme un crime la perte momentanée 
de leur raison. Marc insista longuement sur l'influence que la 
menstruation avait dû avoir dans le crime d'Henriette 
Cornier; celle-ci n'en fut pas moins condamnée à vingt ans 
de travaux forcés et à la marque infamante du feu. 



LA FEMME DEVANT LES TRIBUNAUX 273 

Est-ce à dire qu'il suffît à l'expert de constater la coïnci- 
dence de la menstruation avec l'acte coupable pour conclure 
à l'irresponsabilité? Non, certes! car ce serait protéger 
ouvertement le vice et lui ouvrir un chemin bien facile. N'a- 
t-on pas vu des femmes enceintes s'autoriser de leur grossesse 
pour se croire tout permis ? Bientôt nous verrions aussi d'au- 
tres femmes profiter du moment de leurs époques pour se 
livrer librement à tous leurs instincts pervers, et se prévaloir 
ensuite de leur état menstruel pour réclamer l'impunité. 

C'est toute une enquête que l'expert devra faire, étudiant 
avec le plus grand soin et dans tous ses détails l'histoire 
physiologique et pathologique de la menstruation chez l'ac- 
cusée. 

La précocité des règles, comme leur apparition tardive, est 
un signe de nervosisme : c'est une des conclusions du travail 
de Boussi 1 ; Lombroso 2 a constaté que la menstruation 
paraissait plus précoce chez les criminelles. L'expert n'ou- 
bliera pas ces faits et s'informera de l'époque de la première 
menstruation. 

Il insistera sur les phénomènes morbides qui l'ont accom- 
pagnée, en déterminera la nature, se rappelant que les trou- 
bles psychiques de la puberté constituent une puissante 
prédisposition pour les époques subséquentes et surtout pour 
la ménopause. 

Il notera les accidents des époques qui ont précédé ; dira 
quel est l'état actuel de la menstruation et son état antérieur 
(dysménorrhée, aménorrhée, ménorrhagie, hémorrhagies 
supplémentaires). 

Pour obtenir tous ces renseignements, il s'adressera non 
seulement à l'accusée, mais à ses parents, à ses amies, à son 
médecin ordinaire et surtout à ceux qui ont vécu ou vivent 

1 Boussi. Thèse de Paris, 1880, p. 12i. 

* Lombroso. Les caractères anthropologiques des criminels; Congrès 
international. Paris, du 10 au 17 août 1889. 

s. icard. 18 



274 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

encore dans quelque intimité avec elle. Ceux-ci, en effet, 
mieux que tous autres, sont à même d'observer les change- 
ments survenus dans le caractère sous l'influence de la 
menstruation, « changement, dit Trousseau *, qui n'est pas 
toujours appréciable pour le médecin, mais qui l'est pour les 
personnes qui vivent dans l'intimité de la femme ». 

Dans certains cas, avant de se prononcer, l'expert deman- 
dera un sursis de plusieurs mois. Durant ce temps, à chaque 
époque, il surveillera la femme à son insu, notant et étudiant 
tous les phénomènes menstruels : il pourra ainsi se faire une 
conviction et arriver à un bon diagnostic. Tel fut le moyen 
employé par Westphall et Hitzig clans les cas intéressants 
que j'ai rapportés. 

Nous avons constaté l'existence de psychoses menstruelles 
chez des femmes ne présentant aucune prédisposition acquise, 
congénitale ou héréditaire ; le plus souvent néanmoins 
elles s'observent chez des prédisposées. La menstruation n'est 
alors qu'une cause occasionnelle : elle est la goutte d'eau qui 
fait verser le vase, l'étincelle qui met le feu aux poudres, la 
goutte de rosée qui fait éclore la semence prête à germer 
dans un terrain déjà tout préparé -. 

Les antécédents nerveux héréditaires seront donc recher- 
chés avec minutie : l'arbre généalogique sera remonté aussi 
haut que possible et dans les branches directes et dans les 
branches collatérales. Les descendants seront aussi examinés : 
l'état nerveux et psychique des enfants (imbécillité, idiotisme, 
crétinisme, surdi-mutité, rachitisme), la cause de leur mort 

1 Trousseau. Clin. mêd. Paris, 1885, vol. III, p. 639. 

" Voici quelle est l'opinion du Collège de santé de Copenhague sur l'in- 
fluence menstruelle chez les prédisposées : « Le Collège de santé est 
d'avis que conformément aux faits qui précèdent, ainsi qu'à l'expé- 
rience généralement acquise de l'influence de cette excrétion, l'inter- 
ruption des menstrues a été la cause principale des accidents. Il regarde 
donc comme très probable que, malgré la prédisposition innée de l'in- 
culpée, sa maladie morale n'aurait pas donné lieu à un résultat aussi 
grave, si la suppression des règles n'y avait contribué. » 



LA. FEMME DEVANT LES TRIBUNAUX 275 

seront étudiés et savamment interprétés. Les antécédents per- 
sonnels (convulsions, paralysie, attaque hystérique ou épilep- 
tique, etc., en un mot tout accident nerveux ou psychique 
observé à n'importe quelle époque) seront consignés et 
appréciés dans le rapport. 

S'il existe une anomalie anatomique, une asymétrie faciale 
ou crânienne, un tic quelconque, l'expert aura garde de les 
laisser passer sans les relever : pareils signes, en effet, peu- 
vent devenir un indice précieux, et lui apprendre qu'il est en 
présence d'une dégénérée. 

Il analysera également et mettra en relief toutes les circons- 
tances du crime ou du délit qui seraient de nature à jeter un 
certain jour sur l'état mental de l'accusée : sa position sociale 
ses antécédents moraux, son état pécuniaire (surtout s'il s'agit 
d'un vol), sa conduite immédiatement avant et après l'acte, 
la soudaineté ou la préméditation de celui-ci, la futilité ou 
l'importance du mobile '. 

Chacun de ces signes, pris séparément n'a pa< grande 
valeur, mais envisagés dans leur ensemble, rattachés les uns 
aux autres, ils pourront devenir la base d'une preuve sérieuse 

4 L'importance du mobile ne doit pas éloigner l'idée d'impulsion : 
l'irrésistibilité et l'intérêt peuvent très bien marclierensemble. Ilfautdu 
reste accorder peu de crédit au mobile avoué; car le mobile conscient 
n'est pas toujours le mobile vrai. Il n'est pas rare de rencontrer des 
irresponsables qui obéissent à une impulsion et ne manquent pas pour- 
tant d'excellentes raisons pour motiver et justifier leur action folle, 
Le 18 août 1839, treize ans après le procès d'Henriette Cornier, alors 
que la croyance à la monomanie avait gagné du terrain et qu'il était 
question de réhabiliter la malheureuse condamnée, on apprit tout à 
coup que celle-ci avait eu des relations avec le père de sa victime, et 
que par conséquent c'était pour se venger d'avoir été abandonnée de 
lui, qu'elle avait tué son enfant. Les journaux ne manquèrent pas de 
dire que cet aveu tardif d'Henriette donnait un éditant démenti •< aux 
conjectures avenUu-euses de la science ». Le projet de réhabilitation fut 
rejeté de ce chef. Marc riposta victorieusement (loc. cil., t. II, p. 72), 
et démontra de la manière la plus péremptoire, que la vengeance n'a- 
vait été pour rien dans la détermination d'Henriette. Mais supposons 
que celle-ci, en accomplissant son crime, ait eu réellement l'intention 
arrêtée de se venger de l'abandon de son ancien amant. Lst-ce à dire 
pour cela que l'influence mjustruelle ne devait pas entrer en ligne de 



276 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

qui permettra l'expert, dans le plus grand nombre des cas, 
de se prononcer sur les degrés de responsabilité de l'in- 
culpée. 

c. Responsabilité sociale. — L'irresponsabilité pénale 
n'implique pas l'idée d'irresponsabilité sociale. La société a 
le droit de se protéger contre les attaques d'un aliéné que la 
loi ne peut condamner ; il est même de son devoir de le 
soustraire à sa propre direction, de lui imposer son appui, 
de le défendre contre lui-même et contre sa propre volonté. 

On a vu des femmes venir, à chaque époque menstruelle, 
demander elles-mêmes leur internement ; d'autres, pour se 
soustraire à l'orage dont elles se sentaient menacées par 
l'arrivée des règles, réclamer la camisole de force 1 , implorer 
l'aide de leurs parents et amis et se mettre sous leur sauve- 
garde. 

Le plus souvent il ne sera pas nécessaire d'avoir recours 
l'internement : une surveillance bien faite et surtout beau- 
coup d'indulgence et de bonté permettront à la malade de 
subir la crise calameniale sans de trop graves dangers pour 
elle et son entourage. Mais si les manifestations psychiques 
de la sympathie menstruelle dépassent certaines limites, s'il 
y a crainte pour la société et péril pour la femme elle-même, 
dans l'intérêt de l'une et de l'autre, le séjour clans un asile 
est nettement indiqué. 

M. le professeur Bail 2 enseigne qu'un médecin ne doit 
jamais signer l'exéat d'un aliéné homicide : toute sa vie 



compte dans l'appréciation des causes multiples qui pesèrent sur la 
volonté d'Henriette et la déterminèrent à son acte coupable? Non certes ! 
car telle femme qui aujourd'hui est dévorée de la soif de se venger, 
parce qu'elle a ses règles, n'y songera plus demain alors que l'écoule- 
ment menstruel aura cessé, et cela, bien que sa vengeance ne soit 
qu'une juste représaille et puisse s'expliquer par des motifs très graves. 

1 Voir les observations 81 et 106. 

* Bail. Enseignement oral de Sainte-Anne, et Congrès international 
des maladies mentales. Paris, 5 août 1889. 



LA FEMME DEVANT LES TRIBUNAUX 277 

durant, présenterait-il les signes d'une guérison certaine, il 
doit être soustrait à sa liberté d'action. La doctrine de l'émi- 
nent clinicien de Sainte-Anne est la vraie : des exemples par 
trop célèbres lui ont donné maintes fois raison. Elle seule 
assure d'une manière certaine la protection de la société et 
arrête cette épée de Damoclès toujours menaçante et dont 
un rien peut à chaque instant couper le fil. 

Ne pourrait-on pas cependant proposer en faveur de la 
femme devenue criminelle sous l'influence unique du nervo- 
sisme menstruel, une modification qui sût mieux allier le 
respect de la liberté individuelle avec celui de la sécurité 
publique? Ici nous connaissons les circonstances de l'acte ; la 
cause du crime est nettement déterminée. Intimement liée à 
la fonction menstruelle, il est à craindre que l'impulsion pre- 
mière ne se réveille à des époques ultérieures et surtout à 
l'âge critique ; mais, à ce moment, toute crainte cessant par 
le fait même de la cessation de la menstruation, il me semble 
que, tous les accidents de la ménopause passés, la coercition 
n'a plus sa raison d'être et la femme devrait être rendue à sa 
vie privée. 

Dans l'affaire de Marie-Anne Lorentzen, le tribunal de 
Copenhague poussa trop loin le sentiment de l'équité. Au 
lieu de faire enfermer la malade pour la surveiller et prévenir 
toute récidive, comme la monomanie homicide s'était déve- 
loppée'chez cette jeune servante à la suite d'une suppression 
des menstrues, le tribunal se contenta, avant de l'absoudre et 
de la renvoyer, de lui faire jurer solennellement que, partout 
où elle se trouverait, en cas de cessation des règles, elle irait 
immédiatement consulter un médecin autorisé* Cette décision 
ne me paraît pas assez sûre, elle respecte trop l'individu aux 
dépens de la collectivité et offre certainement moins de 
garantie que la mesure que je propose. 

Telles sont les quelques considérations que je soumets 
à l'appréciation du lecteur. Exprimées par ma voix, 



278 CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

elles paraîtront peut-être un peu hardies, et jouiront pro- 
bablement de bien peu de crédit; mais qu'on le sache bien, 
je ne suis que le faible écho d'autres voix pleines d'autorité 
qui se sont élevées, nombreuses et puissantes, pour défendre 
la thèse que je soutiens. Si, à mon tour, je me suis trompé, 
ce sera encore un grand honneur pour moi de me trouver 
en si illustre compagnie; si, d'autre part, en prouvant que la 
fonction menstruelle exerce une grande influence sur les 
déterminations de la femme, j'ai pu éclairer la conscience de 
certains juges et arracher une infortunée malade à la vindicte 
publique, mon travail aura été utile et j'aurai eu toute ma 
récompense. 



TABLE DES MATIERES 



Introduction. — Il existe beaucoup de malades parmi les crimi- 
nels. C'est par l'étude de l'aliénation mentale et 
celle de la médecine légale que nous apprenons 
à les connaître. But et importance du sujet traité. 



PREMIÈRE PARTIE 

Des psychoses menstruelles en général. 

Division de cette partie I 

CHAPITRE I. — De la sympathie génitale ou des rapports qui 
existent entre le cerveau et les organes de la 
reproduction. Elle est beaucoup plus prononcée 
chez la femme que chez l'homme. Psychoses dé- 
veloppées sous l'influence des affections organi- 
ques de l'utérus et de ses annexes. Psychoses 
puerpérales (grossesse, avortement, accouche- 
ment, lactation). Pourquoi n'existerait-il pas une 
sympathie menstruelle 

CHAPITRE II. — De la sympathie menstruelle ou des rapports qui 
existent entre la fonction menstruelle et les 
fonctions psychiques. Son existence est possible 

et probable 

§ 1. — Rapports de la menstruation avec les différents 
états pathologiques et physiologiques des organes 
de la reproduction engendrant des troubles psy- 
chiques 

§ 2. — La menstruation fait partie de l'état puerpéral. 
Elle peut en conséquence intervenir dans l'étio- 
logie de la folie puerpérale au même titre que la 
grossesse, l'avortement, l'accouchement et l'allai- 
tement 1» 



280 TABLE DES MATIÈRES 

§3. — Rôle important de la menstruation dans la vie de 
la femme. Son état précaire chez la plupart des 
femmes. Elle se rapproche plutôt de l'état patho- 
logique que l'état physiologique 22 

§ 4. — L'influence du cerveau sur la menstruation est 
des plusévidentes. Pourquoi n'existerait-il pas de 
retour une influence de la menstruation sur le 
cerveau 33 

CHAPITRE III. — L'existence d'une sympathie menstruelle est 

certaine ." 39 

§ 1. — Preuve d'autorité 39 

Zend-Avesta chez les Perses et les Babyloniens, 
Bible et Talmuld ches les Hébreux, Coran chez 
les Mahométans, Pères de l'Eglise et conciles, 
Hippocrate, Platon, Aretée, Cœlius Aurelianus. 

De Bienville, Emet, Forestus, Friend, van Hel- 
mont, Hoffmann, lion illier, Jachias, Le Camus, 
Lorry, Félix Platner, Raulin, Senner, vanSwieten, 
Wardemburg, Wilis. 

Algeri, Amart, Aswel, Axenfeld, Azam, Bail, Bail- 
larger, Barbier, Beau, Bernutz, Berthier, Boys de 
Loury, Bordeu, Bouchet, Bracher, Brierre de Bois- 
mont, Briquet, Brouardel, Buschman, Cabanis, 
Calmeil, Collège de santé de Copenhague, Courty, 
Dauby, Decaisne, Delasiauve, Depaul, Dorez, 
Duckwort-Wiliam, Ellis, Esquirol, Falret, Flem- 
ming, Foderé, de Gardane, Gendrin, Girard, Gue- 
neau de Mussy, Gueniot, Guibout, Guislain, Has- 
lam, Hecker, van Helbeeck, Henke, Hitzig, Hood, 
Huchard,Kahlbaum, Klein,*Krafft-Ebing, Krugeils- 
tein, Lacaze, Landouzy, Lasègue, Legranddu Saule, 
Faculté de Leipzig, Limas, Lisfranc, Loyseau, 
Lunier, Mairet, Marc, Marcé, Marotte, Maurice 
Macario, Marandon de Mon tyel, .1. Moreau (de Tours), 
Paul Moreau (de Tours), Moreau (de la Sarthe),Morel, 
Mùller, Négrier, Ollivier (d'Angers), Osiander, Oster- 
loh, Paris, Perfect, Philippe Pinel, Scipion Pinel, 
Piorry, Ernest Platner, Raciborski, Raymond, 
Rousseau, Sauvet, Schlager, Schroter, Schule, Se- 
pelli, Stolz, Taguet. Tardieu, Tild, Trélat, Trous- 
seau, V'erette, Voisin, Westphall. Wend, Wigam. 
§ 2. — Preuve clinique 54 

1. Les troubles menstruels ne sont pas consécutifs 
aux troubles psychiques. Ceux-ci s'observent 
chez des femmes dont la mentruation est abso- 
lument normale. Observations 55 

2. Les troubles psychiques et les troubles menstruels 
ne sont pas pure coïncidence. Certaines malades 
ne présentent aucune autre cause pour expliquer 
leur folie. Observations 55 



TABLE DES MATIÈRES 281 

3. Les troubles psychiques reviennent mathémati- 
quement tous les mois, durent pendant toute 
l'époque, disparaissent avec elle, cessent pen- 
dant tout le temps in ter menstruel pour se repro- 
duire invariablement à la prochaine menstruation. 
Observations 56 

4. La marche des troubles psychiques est entière- 
ment subordonnée à celle des troubles menstruels. 
Observations 57 

5. Les troubles psychiques disparaissent avec la 
suppression physiologique de la menstruation 
soit par la ménopause, soit par une grossesse. 
Observations 59 

6. Le rut et la menstruation sont deux phénomènes 
absolument identiques. Les troubles que le rut 
développe chez la femelle, la menstruation peut 

les développer chez la femme 03 

CHAPITRE IV. — Folie et menstruation 66 

§1. — Etat de la menstruation chez les aliénées .... 67 
§ 2. — Etat des aliénées pendant la menstruation 69 

CHAPITRE V. — Névroses et menstruation 74 

§ 1. — Hystérie et menstruation 75 

§ 2. — Epilepsie et menstruation 81 

§ 3. — Ghorée et menstruation 83 

§ i. — Chlorose et menstruation S4 

§ 5. — Goitre exophthalmique et menstruation 85 

CHAPITRE VI. — Etiologie et pathogénie des psychoses mens- 
truelles 88 

§ 1. — Mécanisme des psychoses menstruelles; preuves 

anatomiques et physiologiques 88 

§ 2. — Des causes prédisposantes et adjuvantes; com- 
ment elles agissent 92 

A. — Des causes prédisposantes agissant sur toutes 

les femmes et à toutes les époques 93 

1. Causes prédisposantes d'origine cérébrale 93 

1° Prédisposition héréditaire 94 

2° Prédisposition congénitale 94 

3° Prédisposition acquise 94 

4" Prédisposition du moment 94 

2. Causes prédisposantes d'origine menstruelle. ... 95 

1° Aménorrhée 98 

2° Ménorrhagie 10 i 

3° Dysménorrhée 106 

4° Influence menstruelle médiate par l'intermédiaire 

d'autres organes 107 

B — Causes prédisposantes plus particulières à cer- 
taines femmes et à certaines époques 110 



28.2 TABLE DES MATIÈRES 

1. Puberté 110 

1° Education 110 

a. Education morale 111 

b. Education intellectuelle 113 

2° Condition dans lesquelles s'effectue le premier 

écoulement sanguin 115 

a. Conditions morales 115 

b. Conditions physiques 115 

2. Période active 117 

1° Position sociale de la femme 117 

2° Rut et menstruation. La femme cède-t-elle ou 

résiste-t-elle à l'instinct sexuel 117 

a. Influence des rapports sexuels sur l'état moral 

de la femme 118 

b. Influence des rapports sexuels sur son état 
physique et plus spécialement sur la menstruation 123 

3. Ménopause 126 

1° Pléthore nerveuse 126 

2° Pléthore sanguine 127 

3° Autres causes multiples 129 

a. Antécédents menstruels et nerveux 129 

b. Position sociale de la femme 129 

c. Etat moral de la femme 129 

cl. Réveil de l'instinct génésique 130 



DEUXIÈME PARTIE 

Des psychoses menstruelles en particulier. 

Division de cette partie 132 

CHAPITRE I. — Kleptomanie 134 

Observations 138 

CHAPITRE II. — Pyromanie 144 

Observations 149 

CHAPITRE III. — Dipsomanie 157 

Observations 160 

CHAPITRE IV. — Monomanie homicide 164 

Observations 167 

CHAPITRE V. — Monomanie suicide 174 

Observations 176 

CHAPITRE VI. — Excitation génésique : érotomanie et nym- 
phomanie 186 

Observations 195 



TABLE DES MATIÈRES 283 

CHAPITRE VII. — Délire religieux 211 

§ 1. — Délire religieux aujourd'hui 211 

1° Forme mélancolique 212 

2° Forme hallucinatoire 212 

Observations 214 

§ 2. — Délire religieux autrefois 220 

1° Les mystiques ■ 222 

2° Les stigmatisées 226 

3° Les possédées 30i 

CHAPITRE VIII. — Psychoses multiples et variées 235 

§ 1. — Manie aiguë; délire innominé; impulsions diverses. 235 

Observations 236 

§ 2. — Jalousie morbide; mensonge et calomnie 243 

Observations 244 

§ 3. — Illusion et hallucination 247 

Observations 247 

§ 4. — Mélancolie 250 

Observations 253 

Tableau synoptique des observations 256 



CONCLUSION ET CONSIDÉRATIONS PRATIQUES 

§ 1. — La femme dans la famille etdans la société. . . . 259 

1° Puberté 259 

2° Période active 256 

3° Ménopause 264 

§ 2. — La femme devant les tribunaux 265 

1. Témoin; accusée ; prisonnière 265 

a. Témoin 265 

b. Accusée 267 

c. Prisonnière 267 

2. Responsabilité et menstruation 268 

a Responsabilité morale 268 

b. Responsabilité légale 269 

r. Responsabilité sociale 276 



ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HERISSEY 



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(Mar., 1890. 20,000) 



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