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Full text of "Le miroir des enfants : estampes morales o`u sont réprésentés les principaux défauts et les meilleures qualités de l'enfance"

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iMFAMTS. 



Coil)til, imp.dÈ CnÉTÉ. 



LE 



MIROIR DES ENFANTS 

Oii soni i'('|)r('seiilés les principaux dcfaiils el les meilleures (jiialilés de reiilaiice. 

NEUVIÈME ÉDITION. 




PARIS 

A LA LIBRAIRIE DL l' ENFANCE ET DE LA JEUNESSE 

P. C. LEHUBY 

^? , nie de Snine, fav.bours Saint- Germain- 



►^^^'^^^^*w° 



LE MIRUIU DES ENFANTS. 



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Victor et Finette attendaient avec impatience 
madame deVilmont, lenr mère, qui était sortie, 
et qui devait leur rapporter quelque chose; c'é- 
tait une récompense qu ils avaient méritée par 
leur bonne conduite depuis quelque temps. On se 



6 LE MIROIR DES ENFANTS, 

souvenait bien encore de quelques petites fre- 
daines, mais ils avaient bien promis de faire ou- 
blier tout cela, et on les en croyait sur parole. 
Enfin madame de Vil mont rentra ; ses enfants 
coururent l'embrasser, et Finette, remarquant 
sous son bras un petit cahier d'estampes, sauta de 
joie en battant des mains, et en disant: « Mon 
frère, mon frère, des estampes !0h ! comme nous 
allons nous amuser! >; 

Dans leur empressement, ils ne voulaient pas 
donner à leur mère le tem])s de remettre elle- 
même son cadeau; ils l'arracliaient en (juel([uc 



LE MIROIR DES ENFANTS. 7 

sorte; mais, pour calmer ee désir impatient, elle 
leur rappela qu'il leur restait encore une leçon 
à apprendre, et, bon gré, malgré, il fallut se 
mettre à l'étude. Dans l'après-midi , lorsqu'ils 
eurent rempli tous leurs devoirs, elle les appela, 
les fit asseoir à ses côtés, et prit le caliier, dont 
elle leur explicpia les estampes, comme vous 
allez le voir. 



A 



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i i.lW'"^ 



•KOIIi:i;i: KSTAMPK. 



liON pctitN Câoiirinaii«l!)«. 



u Vous voyez hieii cette petite fille qui a ou- 
vert le buffet, et qui est montée sur une ehnise 
pour prendre des fruits pendant qu elle croit que 
personne ne peut la voir? Eli bien, cette petite 
[>ourmande s'appelle Finette. — () maman! in- 



10 LE MIROIR DES ENFANTS, 

terrompit Finette, je ne suis plus gourmande. 
— Je veux le croire, reprit la mère; mais tu las 
été. Cette petite (ille était habituée a voler les 
poires, les pêches, les cerises, et même quelque- 
fois les macarons et le sucre; cela était très-vilain. 
Un jour qu'elle était occupée de cette belle expé- 
dition, son étourdi de iVère vint a entrer et lui 
causa une orande frayeur ; mais elle se remit aus- 
sitôt: u Ah! c'est toi, Victor! lui dit-elle... 

— O mon Dieu! maman, interrompit Victor 
à son tour, est-ce que vous allez nous racon- 
ter cette vilaine histoire qui nous est arrivée:^ 



LES PETITS GOURMANDS. \\ 

D'où donc le faiseur d'estampes a-t-il su cela? 
— Je n'en sais rien, poursuivit la mère; 
mais je dois rendre justice au petit garçon. ]l 
dit d'abord a sa sœur qu'elle faisait très-mal, 
et qu'elle serait punie si sa maman le savait. 
-^Oli! elle ne le saura pas, dit la petite fille, 
et mon petit Victor m'aime trop pour aller le 
dire a maman. Tiens, regarde, Victor, comme 
voila une belle pêche! Le petit garçon , qui 
sûrement n'avait pas envie de mal faire, prit 
la pêche, la regarda ; elle était magnifique et ré- 
pandait une odeur délicieuse; il respirait à longs 



12 LE iMlROlK DES ENFANTS, 

traits cette odeur; contre sa volonté sans doute 
il ouvrit la bouche, et, crac! voila la pèche enta- 
mée, et bien entamée, je vous assure; en moins 
de rien elle disparut au noyau près. Jl en reçut 
une autre, prit deux grosses poires cpi il mit dans 
ses poches, puisse retourna en sautant, comme 
si de rien n'était. Mais fî(>urez-vous sa surprise, 
sa frayeur, et comme le petit drôle resta immo- 
bile et n'osant plus remuer la mâchoire , en 
voyant son père, oui, le père lui-même cpii était 
tout débouta la porte entrouverte... Oh! les pe- 
tits malheureux ! 



Î.ES PETITS GOURMANDS. i:^ 

— ( ) maman ! dit Finette en joignant les mains, 
je vous en prie, ne nous parlez plus décela. Vous 
savez que nous avons été punis, et depuis ee jour- 
la je n'ai plus touché aux pèches et aux poires du 
buffet ; oh ! plus du tout. 

— Et moi, maman, dit Victor, je vous assure 
que je n'ai pris que trois pommes dans le jardin. 
Vous voyez que nous avons été bien sa[>es. Voyons 
l'autre estampe; elle sera peut -être plus jolie que 
celle-ci. 



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DEUXIÈME ESTAMPE. 

lis flonncnt une parlic de leur déjeuner. 

« Certainement cette gravure est l)eaucoLip 

plusjolie que l'autre, continua madame de V^il- 

mont, car elle représente une bonne action. Je 

voudrais que ce fut vous qui l'eussiez faite, et je 

vous embrasserais de toutmon cœur. 

« Ces deux aimables enfants que vous voyez re- 



16 LE MIROIK DES EM ANTS. 

venaient de chez leur grand'maman avec un petit 
panier tout plein de raisin et de poires, et ce n'é- 
taient point des fruits volés dans le buffet ou 
même dans le jardin ; c étaient des fruits que la 
bonne maman avait choisis elle-même et qu'elle 
leur avait donnés en leur disant: a Allons, mes 
enfants, comme vous avez été bien sages, voilà 
pour votre déjeuner, v Ils avaient répondu : 
(( (xrand merci, bonne maman; " et ils s'en al- 
laient en pensant au plaisir qu ils auraient à ero- 
(juer ces belles poires et a éplucher ces belles 
p^rappe^ dorées. 



ILS DONNENT UNE PARTIE DE LEUR DÉJEUNER. 17 
(( Comme ils en parlaient, voila qu'ils voient 
au pied d'un arbre un petit garçon a moitié nu 
qui leur ôte très-poliment son chapeau et qui 
leur demande quelque chose pour l'amour de 
Dieu. Il n'avait rien pour déjeuner, rien pour 
dîner, rien pour toute la journée ; il attendait tout 
de la bienfaisance des passants. 

— Hélas ! dit la petite fille, nous n'avons que 
nos poires et notre raisin ; tenez, voilà une poire. 
— En voilà trois, dit le petit garçon. Le panier 
était déjà à moitié vide. — Ecoute, mon frère, 
dit tout bas la petite fille au petit garçon, pour 



18 LE MIKUIK DES ENFANTS, 

une lois nous déjeunerons bien avec du pain 
sec; donnons-lui tout. Et en disant cela elle prit 
le panier et le vida tout à fait dans le chapeau 
du pauvre enfant; puis elle prit la main de son 
frère, et tous deux, bien joyeux, s'en allèrent à 
la maison. 

(( De pareils enfants méritent la bénédiction 
de Dieu et l'amitié de tout le monde, v 



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TROISIÈME ESTAMPE. 



Voyeas comme la colère les enlaidit. 



u Oh ! quels vilains enfants j'aperçois dans cette 
gravure! — Ge sont de petits misérables qu'un 
rien irrite, qui trépionentcomme des furieux à 
la moindre contrariété. — Et d'où vient cette co- 
lère horrible qui les transportée! qui rend leur 



20 LE MIROIR DES ENFANTS, 

figure affreuse? — Vous le voyez : le garçon, qui 
est un petit imbécile, a voulu enlever son cerf- 
volant auprès d'un arbre et le cerf-volant s'est 
accroché aune branche; la petite fille voulait 
que sa poupée se tînt debout, et la poupée tom- 
bait toujours. Elle la battait comme si la poupée 
eût pu sentir quelque chose; enfin, dans sa rage, 
elle la jeta par terre, marcha dessus et la brisa 
sous ses pieds; c'était une véritable furie. Une 
bonne femme, qui demeurait aux environs, ef- 
frayée du caractère dangereux de ces enfants , 
leur prédit que, s'ils nese corrigeaient pas, ils se- 



VOYEZ COMME LA COLÈRE LES ENLAIDIT. 21 

raient capables un jour de verser le sang humain. 
La colère est en effet une fureur qui aveugle 
riiommc et qui souvent lui fait commettre des 
crimes. Détournons les yeux de ce hideux ta- 
bleau. V 




°'^^K5"'^'^5 



QUATRIÈME ESTAMPE. 



liCiir donccnr les emliellit. 



a Ail! voilà comme j'aime les enfants! Le frère 
et la sœur, bien d'accord, faisaient sauter M. Poli- 
chinelle et mademoiselle Colombine. Un polis- 
son qui passait imagina de les tourmenter. Il prit 
en courant M. Polichinelle et mademoiselle Co- 



24 LE MIROTR DES ENFANTS, 

lombine, les fit sauter sur tous les sens et sauta 
lui-même autour des enfants en se moquant 
d'eux. Le petit garçon, qui était très-raisonna- 
ble, lui dit : « Ce que vous faites là est bien vi- 
lain; vous êtes plus fort que nous, et vous abu- 
sez de cet avantage : nous attendrons qu'il vous 
plaise de nous rendre ce qui nous appartient. » 
Le polisson, voyant qu'ils ne se fâchaient pas, 
leur rendit leurs joujoux en disant: a Vous êtes 
de bons enfants, vous autres ; j'aurais tort de vous 
tourmenter. » 



"^^ï; '^^^'£«'%r ^ ^-j ■^«'Mi^_> ^^^^s> ^ 



CINQUIÈME ESTAMPE. 



li'or^ncil les rend aiiS6»l sots <|ue le diii<lon. 



M. de la Lézard ière se promenait gravement 
avec sa sœur dans le beau jardin de leur père. 
Ces deux importants personnages pouvaient 
avoir neuf a dix ans. Ils avaient la plus haute 
opinion d'eux-mêmes; la jeune personne se 



26 LE MïROm DES ENFANTS, 

croyait la plus jolie demoiselle du iiioiide et le 
petit monsieur se regardait comme bien au-des- 
sus de tout ce qui l'environnait. Jamais il ne sa- 
luait personne, et quand quelque bon villageois 
lui adressait la parole, il ne répondait qu'avec 
impertinence. Il ne faut pas demander si deux 
enfants aussi sots étaient détestés: on les fuyait 
du plus loin qu'on les apercevait. 

Un jour donc qu'ils se promenaient dans le 
jardin, ils rencontrèrent un petit paysan qui 
jouait dans une allée. M. de la Lézardière lui dit 
avec dureté : u Que fiu's-tu là, polisson? — Mon- 



L'OKGl EIL LES KUND SOT. 27 

sieur, répondit le petit paysan enôtant son cha- 
peau, j'attends le jardinier qui doit me donner 
de l'occupation. — Oui, reprit l'orgueilleux , 
mais en attendant tu fainéantes. Apprends, ma- 
lotru, que, quand on voit des gens comme nous, 
on se dérange de leur chemin et que l'on se tient 
dans le respect devant eux. » Le jeune paysan 
sentit toute la dureté de ces mots; mais il s'éloi- 
gna sans rien dire. 

A quelques jours de la, l'important M. de la 
Lézardière, jouant dans un champ voisin, tomba 
dans un fossé plein de bourbe ; il en eut jusqu'au 



28 LE MIROIR DES ENFArsTS. 

milieu du corps. Sa soeur, effrayée, courut appe- 
ler dusecours. Le petit paysan se trouvait là. a O 
mon ami! lui dit-elle, venez sauver mon frère 
qui se noie. >; Le petit paysan s'empressa de cou- 
rir vers le fossé; mais remarquant que le petit 
orgueilleux ne courait aucun risque, il s'arrêta 
sur le bord, ôta son chapeau bien humblement 
et se mit a faire de profondes salutations, a Eh ! 
mon ami, que faites-vous? dit la jeune demoi- 
selle; secourez donc mon frère! — Omademoi- 
selle!repritlepetit narquois, vous me faites beau- 
coup d honneur, et je connais trop bien mon 



I/ORCxUElL T.KS REND SOT. 29 

devoir; je me tiens dans le respect devant mon- 
sieur, comme il me l'a recommande, v 

Et là-dessus il fit une nouvelle salutation et 
s'en alla, laissant le fier personnage se tirer d'af- 
faire comme il pourrait. 

Le petit paysan eût sans doute mieux fait de 
secourir l'orgueilleux ; mais ce dernier méritait 
certainement qu'on le punît de cette manière. Il 
eut bien de la peine a se retirer du fossé, et n'en 
sortit que couvert de houe depuis les pieds jus- 
qu'à la tête. 



SIXIÈME ESTAMPE. 



Voilà comme il faut «^trc Iionnétc avec tout le monde. 



Dans les environs du château de la Lézar- 
dière était un autre cliâteau où il y avait aussi 
deux enfants, mais d'un caractère tout oppose à 
celui des deux petits sots dont nous venons de 
parler. Quoique leur père fut extrêmement ri- 



32 LE MIROIR DES ENFANTS, 

che, ils ne pensaient pas pour cela que le reste 
des hommes fût un amas de misérables qu'on 
avait droit de mépriser , précisément parce 
quils sont pauvres; ils savaient, au contraire, 
que la religion veut que nous nous traitions 
tous en frères, et que les riches doivent leurs 
soins et leur bienveillance à ceux qui sont indi- 
gents; aussi n'y avait-il pas d'enfants plus aima- 
bles et que l'on eût plus de plaisir à voir, et, loin 
de fuir leur présence, on venait au-devant d'eux 
pour les saluer et leur souhaiter toutes sortes de 
prospérités. Une bonne femme, qui avait un 



IL FAUT ÈTUE IIO.N.NÈTK AVEC TOI T LE MONDE. X\ 
troupeau, vint un jour trouver iajeiine demoiselle, 
et lui présenta un joli agneau blanc qu'elle con- 
duisait avecun ruban rose. aTenez, ma belle de- 
moiselle, lui dit-elle ; vous êtes si douce et si al- 
lable avec tout le monde que je vous compare à 
un petit agneau, et je vous prie d'accepter celui- 
ci, que j'ai élevé pour vous. ^^ La jeune demoi- 
selle, transportée de joie, reujercia beaucoup la 
l)onne femme, caressa lagneau et courut deman- 
der à sa maman la permission de le recevoir ; cette 
permission fut accordée. Depuis te temps, elle ne 
sortait plus pour se promener qu'avec son joli 



34 LE MIROIR DES ENFANTS. 

agneau, qu'elle menait en laisse comme un petit 
chien. Son frère était également aimé, parce qu'il 
était également aimable. 

Vous voyez les effets différents que produisent 
l'orgueil et la politesse ; c'est à vous, mes enfants, 
de voir si vous aimez mieux être aimés que haïs. 
En général, on déteste les orgueilleux; on fait 
plus, on les méprise, parce que l'orgueil est tou- 
jours le signe d'un petit esprit, et l'on saisit avec 
joie l'occasion de l'humilier. 



-^>>^-fe>^5-|<;f<*<f'! 



I 



lui 



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î^H- 



SEPTIÈME ESTAMPE. 



I^eM petits ParesiMéiix. 



Une bonne mère disait sans cesse a ses deux en 
fants : a Quoi ! vous serez donc toujours paresseux ! 
Ah! mes amis !(jue de malheurs vous vous préparez 
pour l'avenir ! " Les enfants ne 1 écoutaient pas; 
cependant, comme elle les surveillait sans cesse, 



36 LE MIROIR DES ENFANTS, 

elle les forçait de s'occuper, et leur donnait peu 
a peu lliabitude du travail. Par malheur pour eux 
elle mourut; alors ils se livrèrent à la paresse au- 
tant qu'ils le voulurent. Le père les engageait 
bien a s'instruire, et leur donnait des maîtres ; 
mais ses affaires ne lui permettaient pas de les 
surveiller comme faisait la mère. Le petit garçon 
jouait avec son bilboquet, son cerf-volant ou sa 
toupie; la petite lille emportait quelquefois son 
livre dans le jardin, mais elle n'y regardait point; 
elle cueillait des (leurs, courait après les papil- 
lons, ou, nonchalamment assise, jouail avec 



LES PETITS PMIESSELX. 37 

le chat, son favori. Les années s écoulèrent ; ils 
n'apprirent rien, et contractèrent un des plus 
vilains vices, la paresse. Leur père n'ayant pas 
été heureux clans ses entreprises mourut de cha- 
(>rin, et laissa ses deux malheureux enfants sans 
ressources et n'ayant aucun talent qui pût leur 
en devenir une. Comme la fainéantise et la lâ- 
cheté se remarquaient facilement dans toutes 
leuis actions et même dans leurs regards, per- 
sonne ne se soucia de se charger d'eux ; ils se 
trouvèrent absolument abandonnés : la petite 
demoiselledemanda l'aumône , et le petit garçon, 



38 LE MIROIR DES ENFANTS, 

qui avait un peu plus décourage, seJStdécrotteur. 
Dans cette triste position ils prirent les manières 
de penser de la canaille et restèrent toute leur 
vie parmi les mendiants et les gens sans aveu. 
Voilà où les conduisit la paresse. 




HUITIEME ESTAMPE. 



Iniiifrnf^ieK-Tons, almaltleio onrants, et vous plaIrCK à font 

le monde. 



Deux autres enfants, qui avaient pour mère une 
pauvre femme qui passait tous les jours a travail- 
ler pour les nourrir, se disaient souvent entre 
eux : a Oh! si nous pouvions apprendre à lire et à 



écrire comme les enfjints des gens riches! 



40 LE MIROIR DES ENEANTS. 

Ecoute, niaïuan, dit un jour le petit garçon, 
donne-nous un livre, et nous nous instruirons 
coninie nous pouiions, ma sœur et moi. >^ La mère 
leur donna un livre, et ils se mirent a l'examiner 
de tous leurs yeux ; hélas! ils n'y comprenaient 
rien. La petite fille dit : « il faut demander aux 
premières personnes que nous rencontrerons 
ce (jue tout cela signifie. >) Ils le demandèrent en 
eliet; les uns leur répondaient : (^ C est un A, 
c'est un B, ?; suivant les lettres qu'ils montraient. 
Quelques personnes bienfaisantes leur donnè- 
rent des leçons plus étendues , et ce fut de cette 



INSTRIÏSEZ-VOIS, AIMABÎ.ES ENFANTS. 41 

manière qii ils apprirent appeler, puisa lire cou- 
ramment. Une dame ricliedes environs ayant été 
témoin de leur bonne volonté,et persuadée que 
des enfants qui désiraient aussi vivement de s'in- 
struire ne pouvaient que foire honneur à la per- 
sonne qui se cliar^^erait de leur sort, les prit eliez 
elle et leur donna des maîtres. Vous les voyez dans 
l'estampe tous deux occupés de leurs études : le 
(>areon devintun peintre habile, etiafilleunedes 
meilleures musiciennes de son temps; à l'aide de 
leurs talents ils acquirent une petite fortune qu'ils 
partagèrent avec leur mère. Tout le monde les 



42 LE MIROIR DES ENFANTS, 

estima, et leur bienfaitriee se réjouit d avoir fait 
le bonheur de deux enfants qui en étaient si di- 
gnes. Voilà jusqu'où élève le travail. 






L/% o -:«'l^j> 'i^i-'s) ^^o°^éi9 5 



^'EUVIÈMI^ ESTAMl^E. 



Ils boudent. 



a Ne serait-ce pas encore vous, mes enfants, 
que je vois dans cette gravure? dit madame de 
Vilmont. Ils boudent! Je me souviens de vous 
avoir, il n'y a pas bien longtemps, trouvés dans 
le jardin, assis de cette manière, dos à dos, et 



44 LE MIUOIK DES ENFANTS. 

VOUS amusant a bouder ; je me moquai de vous, 
etvousle méritiez. J'aurais du vous punir, mais 
vous fûtes punis par vous-mêmes, car vous êtes 
restes une grande partie de la journée sans jouer 
ensemble. Si je n'étais pas satisfaite aujour- 
d'hui, je vous ferais honte de ce vilain défaut; 
mais comme je m'aperçois qne vous voulez vous 
corriger, j'aime mieux passer a l'estampe sui- 
vante. V 



DIXIEME ESTAMPE. 



Ils sont (l'accorcl. 



A la bonne heure, au moins! voilà d'aimables 
enfants, bien d aecord^ eomplaisants l'un pour 
1 autre, et qui sûrement doivent le soir être bien 
contents de leur journée. C'est de cette manière, 
vous tenant amicalement par la main, que je vous 



46 LE MTROIR DES ENEAMS. 

retrouvai le lendemaiii du jour où vous aviez 
l)Oudë ; vous vîutcs à moi en dansant pour me 
dire que vous vous amusiez beaucoup. J'en suis 
persuadée, vous répondis-je; car c'est du bon ac- 
cord que viennent les plaisirs de la société, et je 
vous embrassai de tout mon cœur. '^ 






•iî 






ONZIÈME ESTAMPE. 



Allez-\'OU8-cii* petits vilains menteurs! 



C'est ce que disait un père à ses deux enfants 
en les chassant de la maison. Croirie/-vous (jue 
ces deux petits misérables , après avoir cassé un 
carreau de la croisée, dirent, pour détourner la 
punition qu'ils méritaient , que e était la honne 



iS LE MIUOIR DES EiM AlMS. 

qui avait l'ait ce beau coup ? La bonne fut d'a- 
bord orondée ; mais a peine sut-elle de quoi il 
était question qu'elle se justifia facilement et 
prouva que c'étaient les deux enfants eux-mêmes 
cjui étaient coupables. Le père, effrayé d'un men- 
songe aussi al)ominable et du caractère qu'il dé- 
couvrait, les repoussa avec indignation et les 
cliassa delà maison, en leur ordonnant de ne re- 
paraître devant lui que lorsqu il le leur permet- 
trait, ïl resta un mois sans vouloir les voir, et il 
jie leur pardonna que lorsqu'il fut convaincu 
qu ils s'étaient corrigés d'un vice aussi odieux (pie 



ALLEZ-VOUS-EN, PETITS MLALNS MENTEURS ! 49 

celui du mensonge. Le menteur, ne faisant ses 
mensonges que pour cacher le mal qu'il a fait ou 
celui qu'il veut faire, est un homme dangereux 
qu'il faut craindre comme on craint un voleur; 
repoussez-le et couvrez-le de mépris. 




DOUZIÈME ESTAMPE. 



Il» «liront la vérité, et leur papa oiihlicra leur faute. 



Imite/ ces deux enfants. En jouant clans le pa- 
villon où leur père venait de déjeuner, ils eassè- 
rent un vase de porcelaine. Ils auraient pu ca- 
clierles morceaux et se sauver dans le fond du 
jardin ; personne ne les avait vus entrer dans le 



52 LE MIROTR DES ENFANTS. 

pavillon; ils aime rent mieux avoiici leur foute; 
ils appelèrent leur papa et lui montrèrent les 
preuves de leur ètourderie. Le père leur dit dou- 
eement qu'ils avaient eu tort de toucher à ce vase ; 
mais, ajouta-t-il, en faveur de votre aveu, je vous 
pardonnerai cette faute, désirant avec ardeur 
que l'amour de la vérité ne sorte jamais de vos 
cœurs. 



W^^^ff^ 



^^!^^^*^"5B^ 



rUElZllME ESTAMPE. 



Fi: lc!« vilains lualproiirc»». 



Quoi (le plus hideux (jue ces deux eulantsi^ Le 
p:arcon, les bas tombant sur ses souliers, les vê- 
teuicnts en desordre, entre dans un bourbier et 
mérite bien d'avoir pour eompa.onon un eoehon, 
(pii n'est pas plus sale (jue lui. La fille, les clie- 



oi LE MlllOlU DES ENEAiNTS. 

veux mal peignés, les souliers h moitié défaits, se 
vautre pour ainsi dire sur le fumier et va se trou- 
ver dans un état qui ne lui permettra plus de 
paraître devant personne... Je ne veux pas vous 
parler davantage de ees petits malpropres ; ils font 
soulever le cœur ; je profiterai seulement de l'oc- 
casion pour vous engager, non pas à fuir des 
jeux aussi dégoûtants que ceux qui sont repré- 
sentés dans cette estampe, mais a sqigner vos vê- 
tements, à éviter tout ce qui peut blesser les sens 
des personnes avec lesquelles vous vous trouvez. 



FI! LES VILAÏNS ^fALPROPRES. 55 

La malpropreté, en .^(uieral , donne mauvaise 
opinion de nous et repousse ceux qui seraient 
tentés de nous accueillir. 




^^^^^ 



QUATORZIÈME ESTAMPE. 



lienr proprctc^ m'enclianto. 



Si la malpropreté annonce la paresse et la bas- 
sesse des sentiments, la propreté, au contraire, 
est un signe de Tordre que nous mettons dans 
nos actions, des soins que nous apportons dans 
tout ce qui est de notre ressort, et nous fait en 



58 LE MIROTR DES ENFANTS, 

(juelque sorte paraître plus riches que nous ne le 
sommes véritablement ; le fait est qu'elle con- 
court à conserver nos vêtements et à entretenir 
notre santé. Je n'ai pas besoin devons expliquer 
l'estampe que nous regardons maintenant; le 
petit garçon, qui vient de se lever, lave ses mains 
et sa figure, et la petite fille, après avoir pris le 
même soin de sa personne, range et nettoie au- 
tour d'elle. Ce sera une excellente femme de mé- 
nage, et dès à présent c'est un enfant charmant 
à qui tout le monde donne des louanges. 



^*- 



>i^^' 



aUlP^ZlÈMi: ESTAMPE. 



là» dcfi»ol>ci»»iiancc punie 



Soyez bien siirs, mes enfants, que chaque fois 
que vous désobéissez il en résulte (juelque 
désagrément pour vous. Voilà deux enfants à 
qui on avait eent fois défendu de jouer sur le 
bord de la rivière; non-seulement ils vinrent 
y jouer, mais ils s'avisèrent de monter dans un 



(30 LE :\IIROm DES ENFANTS, 

bateau qui était mal attaché sur le rivage ; ce ba- 
teau se détacha, et les deux petits imbéciles, le 
voyant filei" au courant de leau, se mirent à pleu- 
rer. Us avaient bien raison de s'effrayer, car il y 
avait à peu de distance une écluse où leur bateau , 
qu'ils ne savaient pas conduire, devait ni^cessaire- 
ment chavirer, c'est-a-dire se renverser. C'est ce 
cjui arriva en effet, et ils auraient été noyés si un 
bon villageois, qui avait vu ce qui se passait, ne 
fut accouru à leur secours et ne les eût retirés de 
leau. On les transporta chez leurs parents, où 
ils furent malades j)endant plusieurs jours. 






|T^ i i ,"Ç| vJ'^^^'^'^'^^^S'^'^P^i'^^^*^ ''^P^W' " 



SEIZIEME ESTAMPE. 

l<a Rccoiupensc» 



a Ah ! maman ! s écria Victor en voyant la der- 
nière estampe, je reconnais cela! Vois-tu, Fi- 
nette, voilà cette belle récompense que nous avons 
eue clans ce temps où pendant huit jours nous 
avons été si obéissants. Te souviens-tu que nous 
nous promenions le matin en déjeunant dans le 



62 LE MIROIR DES ENEANTS. 

fond du jardin contre la charmille? J)ëjà notre 
déjeuner était presque fini, et nous nous apprê- 
tions à rentrer apprendre nos leçons pour faire 
plaisir à papa ; tout à coup nous voyons un beau 
troplii'e (comme papa appelait cela); nous som- 
mes étonnés, nous examinons : il v avait une 
lance plantée en terre et surmontée d'une cou- 
rornie de Heurs; au pied de la lance, sur deux 
pierres, étaient assis, d'un coté M. Polichinelle, 
et de l'autre mademoiselle Colomhine ; un carton 
en écusson était pendu avec une guirlande à la 
lance; on avait écrit dessus : 



AUX ENFANTS OBÊISSAN I S. 

C'était pour nous. Oli! comme nous nous mî- 
mes à sauter! Mais nous n'avons touché à rien 
que quand papa nous a eu dit que tout cela nous 
appartenait. Oh! comme nous étions contents! 

— Je m'en souviens, mes enfants, dit madame 
de ViUnont. Eh bien! je vous promets que vous 
éprouverez toujours le même contentement cha- 
que fois que vous aurez obéi et rempli vos devoirs 
suivant vos forces. C'est parce que je suis encore 
satisfaite de vous que je vous ai acheté ce beau 



64 LE MIKOIK DES EKFÂINTS. 

cahier d'estampes : je vous le donne. Embrassez- 
moi ; je vous aime comme on doit aimer des en- 
fants qui se sont bien conduits. >^ 




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