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Full text of "Les Beni-Isguen (Mzab) Essai sur leur dialecte et leurs traditions populaires"

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Moulieres, Auguste Jef.n 
Les Beni-Isguen 




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1895 



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LES 

BENI-ISGUEN 

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ESSAI SUR LEUR DIALECTE 

et lexir^ Tra^ditions popi:ila.ires 



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^ ÂiiccsïK MOULIÉRAS 

I VROFESSEOR A ..A CnATRH LE LAT^.^UF. ET Pi: L,TrÉr,ATi:I>E ARAIÎES 

I . A "HA. 

Hn venu à la hbmim FOUijUE cl 0-; cdUaus, rue UaHlicr, 4, Oran 

l'ROPRIÉTl': DE LAUlKt 1; 



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mPRIMERIE FOUQUE h; C- "PETIT FANAL" j 

1895 I 

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Prof- Dr. H. P. BLOK 

Willem de Zwijgorlaan 18 
OEGSTGEEST 



LES 

BENI-ISGUEN 

(MZ A B) 



ESSAI SUR LEUR DIALECTE 

et le\irs Traditions pop>-u.la.ires 



PAR 



Auguste MOULIERAS 



PROFESSEUR A LA CHAIRE DE LANGUE ET DE LITTÉRATURE ARABES 

A ORAN 



En vente à la librairie FOUQUE et Cie, éditeurs, nie Thuillier, 4, Or an 



PROPRIETE DE L AUTEUR 



OK,A.Kr 



IMPRIMKRIE FOUQUE ^ C- "PETIT FANAL' 
1895 



Q>e¥EA©lS DU MÊMl AUTIUK 



Manuel Algérien. Grammaire comparée de l'arabe litté- 
raire et de l'arabe vulgaire. Ouvrage inscrit au progi^amme 
officiel de l'enseignement secondaire et de l'enseignement 
supérieur. Paris, 1888, in-12, cart. toile 5 fr. 

Nouvelle Chrestoinalliie Arabe. Cours élémentaire 
et moyen. Ouvrage inscrit au programme de l'enseigne- 
ment secondaire. Constantine, 1889^ in-8°, cart 3.75 

Cours Gradué dé'TÎièmes Français-Arabes. Paris, 

1890, in-12, eart'.NLoile 5 Ir. 

Les Fourbèlçîe^ de Si Djeh'a, Contes Kabyles. Ouvrage 
inscrit au'prô'gramme de l^jiseignement supérieur. Texte 
Zouaoua. Oran, 1891, in-12rt broché 5 fr. 

Les Fourberies de Si Djeh'a. Traduction française et 

notes. Paris, ^892, in-12, Irfoché 5 fr. 

Légendes et Contes Merveilleux de la Grande 
Kabylie. Ouvrage inscrit au programme de l'enseigne- 
ment supé.rieHr. Paris, 1893, in-8°, broché. 1" fascicule 
(texte Zoua|iû-a) 3 fr. 

— 2""" fascicule (texte Zouaoua) 3 fr. 

— 3™'' fascicule — 3 fr. 

Les Beni-Isguen, Essai sur leur Dialecte et leur Tra- 
ditions populaires. Oran, 1895, in-8° ... . 6 fr. 

POUR PARAITRE PROCHAINEMENT : ' _ -. 

Le Maroc Inconnu, 1" Partie. Le Rif. i M / 

"Z-Hr Ht 



EN PREPARATION 



/^?J 



Légendes et Contes. Merveilleux de la Grande Kabylie, 

4™° fascicule. 

Le Maroc Inconnu, 2""" Partie, Les Djcbala. 3"" Partie, La 
Province de Fus. 4""" Partie, Les Brabev. 5"° Partie, La 
Dhahra, etc. 

Un Poète Classique Marocain du XVIIT Siècle. Texte 
arabe inédit, traduction et notes. 

Essai sur le Dialecte Thaniazir'th et les Contes Popu- 
laires du Rif. 

Proverbes Arabes de la Province d'Oran et du ]\Iaroc, 
(texte araljo et traduction française). 



dM^ 



I 



A Monsieur René BASSET 



DIRECTEUR DE L ÉCOLE SUPÉRIEURE DES LETTRES I) ALGER 



Hommage AMedtieux 



^57» — 




7' Tlnjt) UAnJU^xi^c^^ 

f 'H'i*^- aJl^ /f3^\ 



LES BENWSGUEN (Mzab) 

Essai sur leur Dialecte et leurs Ti^aditions populaires 

l'AU 

Auguste MOULIÉRAS 

Professeur à la Chaire de Langue cl de Liltcraturc arabes, à Oran 
I NTRODUCTION 



Les At-Icsdjen, appelés par les Avabcs Beni-Isguen, font partie 
de la petite confédération berbère des Beni-Mzab, ([ui, en novem- 
bre 1882, a été définitivement annexée au département d'Alger. 
Actuellement, la vdle des Beni-Isguen a environ six mille habi- 
tants ; elle est située, comme El-Atef, Bou-Noura, Melika et 
R'ardaya, dans une sorte de cirque de 18 kilomètres de long sur 
deux de large que coupe l'oued Mzab. Elle formait autrefois, 
comme ses sœurs les six autres villes du Mzab, une petite répu- 
blique indépendante, ne vivant pas toujours en bonne intelligence 
avec se s confédérées, notamment avec Melika, dont ellt; secoua le 
joug à un e époque qu'on ne saurait déterminer aVec le seul secours 
des tra ditions populaires (1) . 

Ces discordes de l'époque de l'indépendance entre ces sectaires 
abadliites qu'une même foi, une même origine et des périls com- 
muns auraient dû cependant réunir en une confrérie une et indivi- 
sible, font place, depuis l'annexion française, à un commencement 
d'individualisme fort menaçant pour les intransigeantes doctrines 
ouhabites. La vieille solidarité mzabite ne résistera pas au contact 
de la civilisation moderne ; malgré sa préteatiou à l'immobilité, 
cette association de puritains musulmans évolue lentement. Elle 
cherche une direction ; c'est à la France à la lui donner. 

A l'époque où parut le remarquable travail de M. René Basset, 
sur la Zenatia du M^ab, de Ouargla et de l'Oued Rir' (2), je 
venais d'achever un essai de grammaire mzabite basée sur le dia- 
lecte des Beni-Isguen. En rapprochant cet essai de l'ouvrage du 
grand berbérologue, j'ai relevé d'importantes divergences dialec- 



(1) Voir plus loin la légende intitulée « Les Beni-Isguen ennemis de 
Melika » . 

(2) Paris. 189J, In-8', Leroux, éditeur. 



2 INTRODUCTION 

taies entre l'idiome de R'ardaya et de Melika, dont s'est occupé 
M. R. Basset, et le dialecte des Beni-Isguen. Ces différences mé- 
ritent d'être signalées et de figurer parmi les matériaux qui s'amas- 
sent lentement en vue de la future grammaire comparée des Dia- 
lectes berbères. 

Dans le chapitre que j'ai consacré aux verbes, j'ai essayé de les 
diviser en réguliers et irréguliers ; je soumets au jugement des 
personnes compétentes lepi'océdé très simple dont je me suis servi 
pour arriver à ce résultat. 

La numération mzabite, qui représente l'ancienne numération 
berbère oubliée par la plupart des groupes qui parlent encore cette 
langue, a été l'objet d'une longue mention. 

On pourrait fau'e un gros ouvrage sur le seul argot m.sabite, 
car les indigènes de cette singulière petite confédération berbère 
ont un langage conventionnel, uniquement composé de tropes, 
qu'ils emploient pour ne pas être compris des étrangers. C'est sur 
l'ai'got géograpliifiuc (}ue je me suis appesanti le plus. 

Les Traditions populaires qui terminent l'ouvrage ont trait, la 
plupart, aux Mzabiles et à leur pays. La moisson eût été plus 
abondante si les Mzabites n'étaient pas si rares à Oran. Je n'ai pu 
trouver ici qu'un seul individu du nom de Mousa, originaire des 
Beni-Isguen, exerçant au Village-Nègre le métier d'étuviste. Com- 
plètement illettré, mais d'une intelligence assez éveillée, cet 
homme n'a pas tardé à compi'ondre que mes travaux n'avaient 
d'autre but que l'intérêt de la Science et il m'a facilité l'étude de 
sa langue avec une patience et un dévouement remarquables. 

Les imprimeries oranaises étant dépourvues des caractères 
arabes destinés à représenter les consonnes tch, j et g, si fré- 
quentes en mzabite, je ne donne qu'une seule transcription en 
caractères latins ; c'est celle de MM. Ilanoteau et R. Basset que 
j'ai déjà adoptée du reste dans de précédents travaux sur le dia- 
lecte zouaoua. 

Oran, le S Décembre 1894. 
Auguste MOULIÉRAS. 



LES BENHSGUEN (Mzab) 

Leur Dialecte et leurs Traditions populaires 



PREMIÈRE PARTIE 



DIALECTE DES AT-IESDJEX 



CHAPITRE PREMIER 



Remarques sur les mots zenatia, touggôubant et 
toiiggr'arsant 



Ai-/esdjen (Beni-Isguen en arabe, parce que le dj et le 
j mzabites correspondent au g des Zouaouas et des Arabes 
algériens ^^)), signifie les gens de la moitié ou d u milieu. 

Les At-Iesdjen appeleuL leur idiome touggôubant et préten- 
dent que le terme de zenatia ne lui convient nullement. Ils 
disent, les ignorants du moins, que les musulmans de 
langue arabe ont appliqué à leur langue cette dénomination 
injurieuse (zenatia, suivant eux, voulant dire adultère !), dans 
le seul but d'exciter encore davantage contre eux la haine des 
orthodoxes fanatiques. Eloignés du Mar'rib(^), les Béni Isguen 
ignorent, sans doute, l'existence des tribus zénatiennes, dont 
l'idiome, appelé zenatia, constitue l'un des principaux dialectes 
berbères. Il n'y a d'ailleurs aucune analogie entre le radical 
arabe Li ■, fut. ^.' v— ; et le mot berbère AJ LJ ', dont l'éty- 
mologie et la signification restent à déterminer. 

Le mot de zenatia, sonnant fort mal aux oreilles des 
Mzabites, est remplacé généralement par l'un des termes 
suivants : touggôubant ou touggr'arsant, à propos desquels il 
est nécessaire de donner quelques explications. 



(1) 6' f. R. Basset. Zenatia du Mzab pp. 1 et 2 (le dj et lej). 

(2) Les Arabes du nord-onest ilc VA irigne appelant toujours le Maroc_ 
El-R'drh, De Ires rares savautsi't c[iu;l(|ues |ic( Kuiis, au donueut ae" 
temps en teinjis 1:; iioiu do .El-M ar'rib (avec un /). Mi\\iCJàmciis on ne 
prononce El-Mai''rel/ ou Man/iFëT' . (avec un e), mot giu si gnifie unique - 
ment « motiieiit du cov c lter dû snl.eiL ». — .le donnerai fJB pins amples 
rensaignemeats à ce sujet dans mon prochain ouvrage (^Voyages dans les 
parties inconmies du Maroc ». 



■4 LES BENI-ISGtJEN (MZAB) 

vj:^.—' l_; _._t_5 j—i Touggoùhavt correspond à l'arabe 
AJLvJÎ o^lx; ou A-'Lv*.n O'LJ^j^ c'est-à-dire: filles ou 
possesseuses du âban. Aban, qui est évidemment une altération 
de l'arabe algérien A;l"£ (âbbana) (i), désigne en mzabite 
une pièce (Tétoffe de laine de 12 coudées de long .et de 4 ou 5 
de large. 

Les femmes mzabites excellent à fabriquer ces étoffes que 
leurs maris vendent aux Arabes pour leurs femmes qui s'en 
font des espèces de h'aïks. 

Tougg ôuhant est donc composé de deux mots : 

1" Tougg, mot berbère signifiant « possesseuses, filles de » 
féminin pluriel de ut « enfants, gens de » ; 

2" ôuhant féminin singulier de âhan, pluriel iôuhan « longue 
pièce d'étoffe de laine », mot arabe du dialecte algérien 
légèrement altéré, ainsi que nous l'avons vu plus haut. 

Une femme mzabite s'appelle aussi iougg ôiibant ; au 
pluriel tougg ôuhanin ; un mzabite ougg ôuhan, pluriel ai 
iouban. 

La langue mzabite est désignée également sous le nom de 
iouggrarsant, c'est-à-dire j^'-^'î o..;.; On appelle en arabe 
jLaJl et en mzabite ir'ars m, les fils de la chaîne entre lesquels 
le tisserand fait courir sa navette. 

Tougg ir'arsant signifierait donc ^^Uy ou LiM o..Là; 
« possesseuses des fils de la chaîne entre lesquels la navette 
passe », ou, pour mieux dire a les tisseuses par excellence », 

Il s'agit ici de la fabrication du âban que les femmes des 
Beni-Mzab fabriquent seules à l'exclusion, dit-on, de toutes 
les autres femmes du monde musulman. 



Les Mzabites ont deux noms : 



MASCULIN SLN'GULIER 

ougg ôuhan un Mzabite. 
ougg r'arsan id. 

FÉMININ SINGULIER 

toiigg ôuhant une Mzabite. 
tougg r'arsant id. 



MASCULIN PLURIEL 

at iôuhau des Mzabites. 
at irarsan id. 

FÉMININ PLURIEL 

tougg ôuhanin des Mzabites. 
tougg r'arsan in id. 



([) Espèce de blouse de laine, 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 5 

CHAPITRE II 



Pronoms isolés (1) 

PLURIEL 

l'*-' pers. c. ncdnihi nous. Ex. : )tcch)i\n noua cd. Nous, nous 

sonii 11(38 venus 
2" pers. ni. clie(ch(yuim vous. Ex. . tou^^'nn rJielrhouini.Yons (\\), 

vous êtes venus. 

2° pers. f. ehetcltouiniel vous. Ex. : clielchoannei toashnl C((. 
Vous (t), vous êtes venues. 

3<^ pers. f. uctninel elles. Ex. : netninei oiisinl éd. Elles, elles 
sont venues. 



Pronoms affixes complément d'un nom 

SINGULIER 

S'' pers. m. etch, de toi (h). Ex. : taddart etch, la maison de toi fC. 
(ta maison). 

2« pers. f. cnnem, de toi (l). Ex. : laddart enitcm, la maison w*^ 7****" 
de toi (ta maison). 

PLURIEL 

l"""^ pers. c. enner' de nous. Ex. : taddart enner', la maison de 
nous (notre maison). 

2"^ pers. m. ououm, de vous (h). Ex. : taddaH ououni, la mai- 
son de vous (votre maison). 



Pronoms affixes employés avec une préposition 
2^ pers. m. s. latch, à toi. 
2" pers. m. pi. iaoum, aoinn, à vous. 
2*= pers. f. pi, iatchcmt, atchemt, laoumt, aoumt, à vous. 



Pronoms affixes compléments d'un verbe 

3« pers. f. s. /, tet. Ex. : Itchl t ou itdù tel, il l'a mangée. 

2' pers. m. pi. oiim. Ex. : Inra ouw, il vous a tués. 

2'-' pers. f. pi. tcltemt, aomvl. Ex. : Iv'i'es tchemt ou aou))d, il 



vous a efforcées. 



(1) Les lacunes de ce chapilrc iiidiiiueroiit ((u'il n'y a aucune différence 
entre le dialecte des Béni Isgnen el celui de R'ardayu et d^; Melika, pour 
lequel il sera nécessaire de consulter la Zénatia du M:cdi el le Manuel 
de lancine Kahyle de M. R. Basset. 



6 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

Pronoms et adjectifs démonstratifs (êtres ou objets rapprochés) 

Ou et ennl s'emploient indifféremment pour les êtres et 
objets rapprochés. Toutefois, après les mots indiquant une 
époque, ou désigne la plus rapprochée eiomi la plus éloignée. 
Ex. : Us ou, lis enni, ce cheval-ci. 

Tamet't'oiit ou, tamet't'out enni, cette femme-ci. 
irdjazen ou, irdjazen enni, ces hommes-ci. 
tisednan ou, tisedncm enni, ces femmes-ci. 
ass ou, ce jour-ci, aujourd'hui, 
ass enni, ce jour-là, l'autre jour. 
asouggas ou, cette année-ci. 

asouggas enni, cette année -là, l'autre année, l'année 
dernière. 

ouenni, ceci, celui-ci. 
tenni, ceci, celle-ci. 
inennou, inenni, ceux-ci. 
tinennou, tinenni, celles-ci. 



Pronoms et adjectifs démonstratifs (êtres ou objets éloignés) 

innat celui-là, celle-là, ceux-là, celles-là, cela. 
Ex. : ardjaz innat, cet homme-là. 

irdjazen innat, ces hommes-là. 

tamet't'out innat, cette femme-là. 

tisednan innat, ces femmes-là. 



Pronoms démonstratifs sujets 

SINGULIER 

masc. ououni, celui-ci, ceci. Ex. : ououni ir'res ouar, celui-ci 
a égorgé un lion. 

masc. ouinnat, celui-là, cela. Ex. : Ouinnat ir'res oufritch, 
celui-là a égorgé un mouton. 

fém. touni, tenni, celle-ci. Ex. : Toniii ou tenni terres 
oufritch, celle-ci a égorgé un mouton. 

fém. tinnat, celle-là. Ex. : Jinnat terres oufritch, celle-là a 
égorgé un mouton. 

PLURIEL 

masc. inennou, ceux-ci. Ex. : inennou enfin ouar, ceux-ci 
ont tué un lion. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADIT[OXS POPULAIRES 7 

masc. ininudt, ceux-là. Ex. : inlimat enr'in ouar, ceux là ont 
tué un lion. 

fém. thioiiioa, celle=!-ci. Ex. : (Jnennini enr'inl ouar, celles- 
ci ont tué un lion. 

fém. tininnat, celles-là. Ex. : lininnat enr'uit ouav, celles-là 
ont tué un lion. 



Pronoms relatifs 
i que, qui, lequel, I.uiupIIo, lesquels, lesquelles, etc. 
Ex. : Afdjaz i reç/bcr', ThomiTie que j'ai vu. 

Tamet't'oKt i regber', la femme que j'ai vue. 

Gehii qui ouinni. Ceux qui inenni. Celle qui tenni. 
Celles qui linenni. 



Pronoms et adjectifs indifinis 

ain enni, quoi que, quelle que soit la chose que. 

Ex. : ain enni ras tinid oui itiir' aonal etdi, quoi que tu lui 
dises, il ne te croira pas. 

masc. mennaou, quelques. Ex. : niennaou irdjazen ousin d, 
quelques hommes vinrent. 

fém. mennaout, quelques. Ex. : niennaout tisednan ouslnt 
ed, quelques femmes vinrent. 

Bcssi, peu, un peu. Ex. : Aoui d hessi ouaman, apporte-moi 
un peu (Feau. 

Ainnl, ce que (ain cnnV . Ex. : ouv idjdjl ainni as cnnir , il 

n'a pas fait ce que je lui ai dit. 

m. et f. Ain illan, quel qu'il soit (m. à m. ce qui étant). Ex. : Ain 
illan aoui t id, quel qu'il soit, apporte-le. 

masc. Koull (1) iggen, chacun. Ex. : Koull iggen r'crs alom, 
chacun a un chameau. 

fém. Koull igget, chacune. Ex. : Koull iggct r'crs alom, 
chacune a un chameau. 

masc. iggen un, quelqu'un. 

fém. igget une, quelqu'une. 

elhaâdh (2) en tittchal, quelquefois. 

masc. oula d iggen, aucun, personne. 

fém. oula cl igget, aucune, personne. 



(\) De l'arabe JS 

(2) De l'arabe , jaxj précédé de l'article ^') 



8 LES BENI-ISGUEN (:\IZAB) 

SINGULIER 

l''s pers. c. ennechiman iouk, moi-même. 
2^ pers. m. chetck iman etch, toi-même. 
2" pers. f. cJieinnil iman ennem, toi-même. 
3e pers. m. netta iman es, lui-même. 
3^ pers. f. netteha iman es, elle même. 

PLURIEL 

1""^ pers. c, nechnin, ennechnin iman enner, nous-mêmes. 

2^ pers. m. chetchouim, iman ououm, vous-mêmes. 

2® pers. f. chetchmitin, chetchouimet iman entchemt, vous- 
mêmes. 

3^ pers. m. netni iman ennessen, eux-mêmes. 

3® pers. f. netnitint iman ennesent, elles-mêmes. 

SINGULIER 

masc. andou ounni, voici, voilà. Ex. : andou ounni d Us iouk, 

voici mon cheval, 
fém. aneft'ou, antenni, antonnni, voici, voilà. Ex. : anefVou 

trait iouk, voici ma jument. 

PLURIEL 

mas. andinnou, voici, voilà. Ex. : andinnou d ilman iouk, 

voici mes chameaux, 
fém. antinnou, voici, voilà. Ex. : antinnou tihnin iouk, voici 

mes chamelles. 



Pronoms interrogatifs 

1. oui, manain, qui? Ex. : oui ou manain innan^. qui a dit? 

ouï ou manain ir'ersen ow/'riic/t? qui a égorgé le mouton? 

2. batta, que? quoi? Ex.: hatta inna'! qu'a-t-il dit? batta 

idjdjou "} qu'a-t-il fait? 

3. i oui, i manain, à qui? Ex.: i oui ou i manain tzenzed 

oufritch ? a qui as-tu vendu le mouton ? 

4. muni, r'el maiiain, chez qui ? Ex. : mani ou r'el manain 

ichchou^ chez qui a-t-il mangé? 

5. maâ'y'i manain, avec qui? Ex. : maâ manain id idouel"! 

avec qui est-il retourné ? 



d) De l'arabe «.-/ 



C- 



LEUR DIALECTE ET LEUBS TRADITIONS POPULAIRES 

6. S hatla, avec quoi? Ex. : s batta it iouet'l avec quoi l'a-t-il 

frappé ? 

7. mimi, pourquoi? Ex.: mimi in'roii oua»*? pourquoi a-t il 

tué le lion ? 

On dit, on raconte, on prétend, se rendent par enna}i ou 
k'aren. 

CHAPITRE III 

Verbes réguliers 

Tous les verbes, comnienrant et finismnt par une consonne, 
m'ont p aru être réguliers, c'est-à-dire qu'ils se conjuguent au 
passé comme au futur. Ceux tyn coininencont par i, a, e^ 
prostliétiques et se terminent par une consonne me paraissciit 
également réguliers . Ex.: rar, jouer; zoiin, partager; sell, 
entendre; sekreni, cacher; setclien, indiquer; zenz, vendre; 
sondjdjem, espérer ; touaref, être grillé ; snououkheb, percer ; 
segnounï, rouler ; serer', allumer; essouf, mouiller; entef, 
plumer ; ettes. enlever ; ergeh, voir ; er'res, égorger ; idjonr, 
marcher lentement ; enkel, planter ; iredli, s'habiller ; irid, 
être propre ; izzer, devancer ; izedh, mesurer ; imw.oiiejjej, 
être sourd, etc. ; tous ces verbes sont réguliers. 

Conjugaison du verbe régulier rar (jouer) 

(Verbe coaimençant et liais-^aot par une consonne) 
IMPÉRATIF 

SINGULIER 

2<2 pers. c. rar joue (racine du verbe). 

PLURIEL 

2^ pers. m. rar et jouez. 
2^ pers. f. raremt joue/.. 

AORISTE 



PASSÉ 

SINGULIER 
l"""^ pers. c. rarer' j'ai joué. 
2^^ pers. c. trared tu as joué. 
3« pers. m. i/'«r il a joué. 
3« pers. f. trar, elle a joué. 



FUTUR 

SINGULIER 

ad rarer' je jouerai. (.1) 
at trarcdlu joueras. 
ad irar il jouera. 
at trar elle jouera. 



(1) La particule ad qui, par raison euplioni'iup devient or 
indique le futur. 



10 



LES BENI-ISGUEN (MZAB) 



PLURIEL 

l'"'' pers. c. nrar nous avons 
joué. 

2« pers. m.trarem vous avez 
joué. 

2<^ pers. f. trareynt vous avez 
joué. 

3^ pers. m. raren ils ont joué. 

3'-^ pers. f. rarent elles rnt 
joué. 



PLURIEL 

an nrar nous ^ouerons. 

at trarem vous jouerez 

a( traremt id. 

ad raren ils joueront, 
arf rarent elles joueront. 



Conjugaison du verbe régulier er'res fégorger) 

(Verbe commençant par un élif prosthétique et finis- ant par une consonne) 
IMPÉRATIF 

SINGULIER 

2e pars. c. er'res, égorge (racine du verbe). 

PLURIEL 

2*^ pers. m. er'reset, égorgez. 
1^ pers. f. er'resomt id. 

AORISTE 



PASSÉ 

SINGULIER 

1''' pers. c. erWcser' j'ai égor- 

2*^ pers, c. ter'resed tu as 
égorgé. 

3'^ pers. m. ir'res il a égorgé. 
3^ pers. f. terres elle a égor- 
gé. 

PLURIEL 

l^" pers. c. ner'res nous avons 
égorgé. 

2^ pers. m. terresem vous 
avez égorgé. 

2« pers. f. <cr'rcse»if vous avez 
égorgé. 

3« pers. m. er'resen ils ont 
égorgé. 

3^ pers. f, er'refient elles ont 
égorgé. 



FUTUR 

SINGULIER 

ad cr'reser' j'égorgerai. 

at ter'resed tu égorgeras. 

ad ir'res il égorgera. 
at terres elle égorgera. 

PLURIEL 

an ner'res nous égorgerons. 
at ter'resem vous égorgerez. 
at ter'resenit id. 
ad er'resen ils égorgeront. 
at ter' resent elles ésorgeront 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 11 

CHAPITRE IV 



Verbes irréguliers (modification initiale) 

(cumineiiraiil par <i iicm [n'oslliéliqiu») 



Me paraissent être irréguliers presiiHc (ok^ les verbes com- 
mençait par u}i A non prosthéliqiie. Les verbes de cette caté- 
gorie changent au passé cet «en ou. Au futur ils sont toujours 
réguliers. 

Conjugaison du verbe irrégulier aker (dérober) 

(Verbo comiaeiKviiit par un a non prosl!iéli(iue) 

IMPÉRATIF 

SINGULIER 

2« pers. c. aker, dérobe (racine du verbe) 

PLURIEL 

2« pers. m. akeret, dérobez. 
2'' pers. f. akeremt, id. 

AORISTE 
PASSÉ 

SINGULIER 

1'''^ p. C. oukcrer\ j'ai dérobé. 
2^ p. c. toiikered, tuas dérobé. 
3« p. m. iouker, il a dérobé. 
3e p. f. touker, elle a dérobé. 

PLURIEL 



i^^p. c. noaker , nous avons 
dérobé 

2*^ p. m. toukerem, vous avez 
dérobé. 

2^ p. f. ioukeremt, id. 

"3^^. m.oukeren, ils ont dé- 
robé. 

3'' p. f. oukerent, elles ont dé- 
robé. 



FUTUR 

SINGULIER 

ad akcrer, je déroberai. 
at takered, tu déroberas. 
ad laker, il dérobera. 
at taker, elle dérobera. 

PLURIEL 

an naker, nous déroberons. 



at takerem, vous déroberez. 

at takeremt, id. 

ad ukevcn, ils déroberont. 

ad akerent, elles déroberont. 



Conjuguez de môme ali monter, aoui apporter, aouodh 
arriver, aref griller, atef entrer, «jcn envoyer, adjem 
puiser, asem être envieux, jaloux; ari écrire, aber bouillir. 



12 LES BENI-ISGUEN (mZAB) 

Verbes irréguliers (modification initiale et finale) 
{conimençant pare non prosthélique, ladernicre radicale ctaniredouhh'e) 

Les verbes de cette catégorie sont irrégaliers. Ils suivent en 
général l'une des deux conjugaisons suivantes où sont indiquées 
les variations qu'ils éprouvent au passé seulement, le futur 
étant toujours régulier. 



Conjugaison de Verbes irréguliers 

(com menran t par e non prostliétique, la dern iére radicale étant redo uhlée) 



l*^'" type (1). Verbe edjdj (faire). 

AORISTE 



PASSÉ 

SINGULIER 

li^^pers. c. ed/d/ir' j'ai lait. 
2<^ pers. c. tedjdjld tuas fait. 
3"^ pers. m. idjdjon il a fait. 
3« pers, f. ferfjd/oitelleafait. 

PLURIEL 

l'»^ pers. c. nedjdjou nous 
avons fait, 

2^ pers. m. tedjdjdim vous 
avez fait. 

2*2 pers. f. tedjdjinit vous 
avez fait. 

S"^ pers, m. edjdjin ils ont fait. 

3'^ pers. f. edjdjint elles ont 
fait. 



FUTUR 

SINGULIER 

ad edjdjer'' je ferai. 
atdjdjed tu feras. 
ad îedjdj il fera. 
atedjdj elle fera. 

PLURIEL 

au nedjdj nous ferons. 

atedjdjem vous ferez. 

atedjdjemt vous ferez, 

ad edjdj en ils feront. 
ad edjdjent elles feront. 



IMPÉRATIF 

edjdj fais; edjdjel faites (masculin); edjdayit faites (féminin). 



(l) Très commun. 



LEUR DrALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 

2'-'type('lj Verbe e;; (abantloiinci) 

AORI STE 

FUTUR 

SINGULIER 

ad cjjrr j'abondonnerai. 
(tfr.JJrd tu abandonneras. 
ad icjj il abandonnera. 



13 



PASSE 

SINGULIER 

l'"'-' p. c. cjjir' j'ai abandonna. 
2" p. c. /ry'y/Jtuasabandonné. 
3° p. m. iejj il a abandonné. 
3" p. f. Iejj elle a abandonné. 



PLURIEL 

1''^ p. c. nejj nous avons aban- 
donné. 

2'' p. m. /(y'/Z/yi* vous avez aljan- 
donné. 

2'' p. f. (ojjiiid id. 

3'^' p. m. rjjin ils ont aban- 
donné. 

3"^ p. f. rjjint elles ont aban- 
donné. 



alejj elle abandonnera, 

PLURIEL 

au jtcjj nous abandonnerons. 
ulejjon vous al)andonnerez. 
atejjernt id. 

ad cjjen ils abandonneront. 



ad. cjjenl elles abandonneront. 

IMPÉRATIF (yj abandonne ; ejjel abandonnez (niasc.) cjjemt 
abandonnez ffém.) 

Conjuguez sur le l'^'type(c((/'c(/' faire)les verbes ecJicJi. manger ; 
err' (2) être bridé ; ecç rire ; err rendre ; ezdli (2j moudre ; 
enr (2) tuer ; enlh (2) péter ; ouch (2) donner. 



Verbes irréguliers (modification interne) 

Les verbes qui ont un a avant la dernière radicale, cet a 
étant précédé d'une lettre redoublée, changent cet a en ou au 
passé. Ex. : ellaz avoir faim. 

IMPÉRATIF ellaz, ellazet, ellazemt. 

PASSÉ siNG. ellouzcr' tellouzed, illouz, tellouz.. 

Id. PLUR. nellouz , telloxizem, tellonzemt, ellouzen, 
ellouzent. 

Conjuguez de même cnnam être habitué ; e/faJ avoir soif ; 
echchar remplir ; cy^ai^ jurer. 



(1) Très rare. (2) Exception à noter. 



14 



LES BENI-ISGUEN (MZAB) 
CHAPITRE V 



Verbes doublement irréguliers 

Je n'en ai remarqué que de deux sortes : 1° ceux' terminés 
par a, tous d'origine arabe ; 2° ceux commençant par a suivi 
d'une seule consonne et les verbes ini et ili. 

Conjugaison d'un verbe arabe terminé par a 

Verbe ehoua descendre (de l'arabe ^y s'abîmer) 

IMPÉRATIF 

SINGULIER 

2^ p. G. ehoua descends (racine du verbe. 

PLURIEL 

2'' p. m. cliouat descendez. 
2" p. f. ehouaicnit id. 

AORIST E 



PASSE 

SINGULIER 

l''''p. c. ehouir' je suis des- 
cendu, 

2*^ p. c. tehouid tu es des- 
cendu 

3° p. m. ihoua il est descendu. 

3'" p. f. tehoua elle est des- 
cendue 

PLURIEL 

l'cp. G. nelwua nous sommes 
descendus. 

2*^ p. m. fe/îOH ("m vous êtes des- 
cendus. 

2° p. f. tehouimt vous êtes 
descendues. 

3<' p. m. ehouan ils sont des- 
cendus 

3e p. f. c/(OH«n/ elles sont des- 
cendues. 

On voit que l'a final de l'impératif disparait au imssé et, 
chose extraordinaire, au futur, aux l-^^s et 2'-'^ pers. du singu- 
lier et aux 2^'* pers. du pluriel pour ne reparaître qu'aux 3^8 
pers. du singulier et du pluriel et à la !•■« pers. du pluriel. 



FUTUR 

SINGULIER 

ad ehouir je descendrai. 

ai tehouid tu descendras. 

ad ilioua il descendra. 
at tehoua elle descendra. 

PLURIEL 

au nelwua nous descendrons. 
at tcliouim vous descendrez. 
at tehouimt vous descendrez. 
ad. ehouan ils descendront. 
ad ehouant elles descendront. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 15 



Conjuguez de même (niat'fa descendre (synonyme du pré- 
cédent) ; ouillia tomber et erkliu être malade, les deux pre- 
miers empruntés à l'arabe J=- et le dernier à -=.j 

Les autres verbes arabes sont presque toujours réguliers 
dans le dialecte des Beni-Isguen. Ex. : eh'ma être chaud 
( ^o.A ) ; egdhâ marcher ( ---ii) ; esrali paître (~ y^) ; eçhor' 

teindie ( -L-y^ ) ; eslekh écorcher ( <r-U) ; rçlalt' faire la paix 
(-cr-U:) ; e(//(à/' être faible (^_5*^) ; dha être occupé (L^.') etc., 

tous réguliers. 

Conjuguez également sur eitoua descendre schoim faire 
descendre. Le verbe berbère ezoua (partir, aller) est régulier. 

Conjugaison d'un verb3 commençant par a 

suivi d'une seule consonne 

Verbe af trouver 

IMPÉllATlF, SINGULIER. — 2c p. c. af trouve (racine du verbe) 

PLURIEL. — 2*^ p. m. afet trouvez. 

ID. — 2'- p. f. afemt id. 

AORI STE 
PASSÉ 



SINGULIER 

l'"'^ p. C. oufi/ j'ai trouvé. 
2« p. C. toufid tu as trouvé. 
S*' p. m. ioufou il a tiouvé. 
3^ p. f. toufou elle a trouve. 

PLURIEL 

'{•■•^p. C. voufou nous avons 
trouvé 

2« p. m. ton fini vous avez 
trouvé 

2e p. f. toufirnt vous avez 
trouvé 

3e p. m. oufm i's ont trouvé. 

8*= p. f. oH//n/ellesonttrouvé 



FUTUR 

SINGULIER 

ad afer' je trouverai. 
at tafed tu trouveras. 
ad \(if il trouvera. 
at taf elle trouvera. 

PLURIEL 

an naf nous trouverons. 

at iafem vous trouverez. 

at tafemt vous trouverez. 

ad afen ils trouveront. 
ad afent elles trouveront. 



Cet exemple montre que les verbes commençant par a suivi 
d'une seule consonne ont une double irrég .larité au passé : 
!« Va initial se change en ou comme dans les verbes commen- 
çant par un a non prosthétique (Cf., Chap. IV, verbe aker 



16 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

dérober) ; 2« le son ; suit le radical aux l'"'^ et 2^ pers. du sin- 
gulier et à toutes celles du pluriel, sauf à la l'*^ ; le son ou. suit le 
radical à la 3^ pers. masc. et fem. du singulier et à la l'^ du 
pluriel ; sous ce rapport, le verbe af suit également la conju- 
gaison du verbe edjdj (faire), ci-dessus indiquée, ar' (prendre) 
se conjuge comme «/(trouver). 

Le verbe as (venir) est aussi doublement irrégulier, mais il 
se conjugue d'une manière particulière. Ex : 
IMPÉRATIF, as, aset, asemt. 
AORISTE PASSÉ singulier, ousir', tousid, ious, tous. 

PLURIEL, nous, tousuïi, tousimt, ousin, 
ouisnt. 

Le futur est régulier. Ex. ad asor, al tasedli, ad ias, etc. 



Conjugaison des verbes ili i^être) et ini (dire) 
Tous deux étant d'un emploi fréquent, j'en donne la conju- 
gaison qui fera suffisamment ressortir leur double irrégularité 
au passé. 

Verbe i^j (être) et remarque sur ses synonymes itfour' et lakir\ 
IMPÉRATIF SINGULIER. 2'- pers. c. ili sois. 

PLURIEL. 2e pcrs. m.ilit soyez. 
2« pers. f. ilinit soyez. 

AORISTE 
PASSÉ I FUTUR 

SINGULIER : SINGULIER 

!'« pers, c. e/iir' j'étais. ad ?7,ir' je serai. 



2" pers. c. tellid tu étais. 
3'^ pers. m.illa il était, 
S'^ pers. f. tella elle était. 

PLURIEL 

i'"'^ pers. c. nella nous étions. 
2^ pers. m. tellirn vous étiez. 
2c pers. f. tellimt id. 
3<' pers. m. cllan ils étaient. 
S** pers. f. eWaîii elles étaient. 



al tllid tu seras. 
ad un il sera. 
at un elle sera. 

PLURIEL 

an nïlï nous serons. 
at tilim vous serez. 
at tilimt id. 
adilln ils seront. 
ad ilint elles seront. 



Une remarque curieuse s'impose au sujet du verbe iU(èlre)et 
son synonyme ittour' (il a été, il fut). Ce dernier n'est employé 
qu'au prétérit, et n'a, par conséquent, ni impératif, ni 'présent, 
ni futur. Ili (être) est employé au contraire à tous les temps. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRE':; 1' 



tettour'ed terkhid. 
tcUid terkhid. 
ittour^ irkha. 
illa irkha. 
tetlour' terkha. 
lella terkha, etc. 
lettour'emt. 



Exemples sur les verbes ittour (il fut, il était), et ilï (être). 
Ex.: Hier j'étais malade. as ennat eitour' cr' erkhir . 

id. (avec i/i) id. ellir' erkhir\ 

Hier tu étais malade. id. 

id. id. 

Hier il était malade. id. 

id. id. 

Hier elle étaitmalade. id. 

id. id. 

Au pluriel ittour' fait : neltonr\ tettour'em, 
ettour'ent, ettour'ent. 

Remarque. — A. l'impéralif, au présent et au futur ili seu 
s'emploie. Cependant les mots lakir' (je suis) et lakaner'' 
(nous sommes), s'emploient aussi au présent. Ex. : Sois homme. 
ili d ardjaz. Je suis ellir' ou laklr'. Nous sommes lakaner' ; 
ce dernier mot c'est peu à peu substitué à 7iel1a dont on ne se 
sert plus au présent. Demain je serai malade achclia ad ilir' 
erkhir', etc. 

Conjugaison du verbe ini (dire) 

IMPÉRATIF SINGULIER 2^= pers. c. ini dis. 

PLURIEL 2^ pers. m. mit dites. 
2° pers, f. inimt dites. 

AORISTE 



PASSE 

SINGULIER 

l''o pers. c. ennir' j'ai dit. 
2^ pers. c. tennid tu as dit. 
3° pers. m. inna il a dit. 
3" pers. f. tenna elle a dit. 

PLURIEL 

!'''-■ pers. c. îienna nous avons 
dit. 

2^ pers. m. tennbn vous avez 
dit. 

2'^ pers. f. tennimt vous avez 
dit. 

3' pers. m. ennan ils ont dit. 

3° pers. f. ennant elles ont 
dit. 



FUTUR 

SINGULIER 

ad inir' je dirai. 
at tinid tu diras. ^ 
ad Uni il dira. 
at Uni elle dira. 

PLURIEL 

au nini nous dirons. 

at t'mim vous direz. 

at tinlmt vous direz. 

ad iinin ils diront. 
ad iinint elles diront. 



18 LES BEXI-ISGUEN (MZAB ) 



Modificaiions de l'idée verbale 

i^^ FORME 

Les particularités euphoniques, relatives à cette forme, sont 
les mêmes que dans le dialecte de R'ardaya et de Melika (1) 
Néanmoins il y a lieu de faire les observations suivantes : 

1° Les verbes irréguliers, terminés par une consonne à la 
forme primitive, deviennent réguliers à la forme factitive, ce 
qui corrobore la théorie que j'ai émise ci-dessus (Cf. chap. m. 
Verbes réguliers commençant et finissant par une consonne). 

Ex. : 



FORME PRIMITIVE 


l^e FORME 






ellaz avoir faim 


(irrégulier) 


sellaz affamer (régulier) 


echch manger 


id. 


chcchch faire manger 


id. 




eçç rire 


id. 


seçç faire rire 


id. 




aouodh arriver 


id. 


siouodli faire arriver 


id. 




atef entrer 


id 


s itef faire entrer 


id. 




err' être brûlé 


id. 


serr' incendier 


id. 





2" Le verbe effer' (sortir) fait soiifer à la forme factitive, 
comme en zouaoua ; eff'ed/i (téter) garde sa double articulation, 
contrairement à ce qui a lieu en zouaoua. 

AUTRES FORMES DU VERBE 

A la 3c forme, les Beni-Isguen redoublent généralement le 
t du tou préfixe, ce qui les oblige à préfixer un e sourd. Ex. : 
ettouechch être mangé ; ettouar'res être égorgé. 

A la 6e forme, les verbes eioucl (retourner) et ehoua (des- 
cendre) font douggel et hougga. 



CHAFÎTBE VII 



Adjectifs qualificatifs 

Je n'ai relevé aucune différence entre les substantifs du 
dialecte des Beni-Isguen et ceux du dialecte de R'ardaya et de 



(1) 6* f, R. Basset. Zenatia du Mzah, p. 15 et suiv. 



LEinS TRADITIONS POPULAIRES 



in 



Melika que Ion pourra consulter dans la Zénalia de M. R. 
Basset, page 20 et suivantes. 

Je donne plus loin une assez longue liste d'adjectifs, singu- 
liers et pluriels, dont beaucoup ne figurent pas encore dans 
les documents recueillisjusqu'à présent sur la langue nizabite. 
En outre, plusieurs diflerentde ceux de Melika et de R'ardaya. 

Adjectifs qualificatifs masculins 



SINGULIER 
amok'ran, azaà/ouk{a) âgé. 
ajedmr, grand, long. 
amezzan petit jeune. 
ak'ezzoul court. 
aoussar vieu.K. 
madhoun malade. 
ihnin (1) doux. 
amirzadj amer. 
asemmam aigre. 
amellah' (2) salé. 
amessas (3) fade. 
aziouar gros. 
aouassaâ (4) large. 
ir'zou être profond (verbe). 
iùfa (5) être propre (verbe). 
ik'k'our être dur (verbe). 
azdad tendre. 
achettar gras. 
aziouar solide, fort. 
asemmadh froid. 
ifchfif(6) être léger (verbe). 
izza être lourd (verbe). 



PLURIEL 

imok'ranen, izaàlak. 

ijedraren. 

imezzanen. 

ik'ezzal. 

ioussaren. 

imoudJian. 

ibninen. 

imirzadjen- 

isemmanien. 

imellalt'en. 

imessasen. 

iziouaren. 

ioussaân. 



izdaden. 
ichettaren. 
iziouaren. 
isemmadhen. 



(a) •^^âSj^^j (domestique de pèlerin) arabe algérie 
(1) \' p^> (exquis) arabe algérien. 

(3) tj^^ ,^-j.ii^/> arabe algérien. 

(4) de l'arabe ^>^j (5) LS/o (6) v,_^^ s^r;?^ 



20 



LES BENI-ISGUEN (MZAB) 



SINGULIER 


PLURIEL 


aâzzab savant. 


xàzzaben. 


imekredh voleur. 


inikerdhen. 


ouartisent flatteur. 


id ouartisent. 


amezouar premier. 


imczouar. 


amedjdjarou dernier. 


hncdjdjoiira. 


illouz être affamé (verbe). 




amellal blanc. 


imellalen. 


ahertchan noir. 


ihertchanen. 


azouggar' rouge. 


izouggar'en. 


aoiirar' jaune. 


iourar'en. 


azemlal gris. 


izemlalen. 


azizaou vert. 


izizaouen. 


adali houd, violet. 


idaUin. 


amejjouj sourd. 


imejjaj. 


ahekkouch (1) muet. 


ibekkach. 


aàggoun (2) id. 


iâggan. 


ouardar boiteux. 


idouaridaren. 


shoukrouê id. 


sboukrouên. 


ichchour s ouitli riche (il est 




rempli de fortune). 




agellil pauvre, (a) 


igellilen. 


douchchen joli. 


douchchanen. 


ouchthn laid, mauvais. 


oiichtimen. 


CHilPïT 


BE VIII 


Noms de nombre (m. 


imératifs cardinaux) 


MASCULIN 


FÉMININ 


1. iggen. 


igget. 


2. sen. 


sennet. 


3. chared. 


charei. 


4. okkoz. 


okkozet. 


5. sewmes. 


semmeset. 


6. sezz. 


sesset. 



(l) ff-j^^_ (arabe algérien). (2J ^J ^Ac (arabe algérien). 
(A) De l'arabe algérien J,Jî 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 21 





MASCULIN 




FÉMININ 


7. 


sa. 




sat. 




8. 


taiu. 




tamet 




9. 


tes. 




tosset. 




10. 


meraou. 




mcraout. 


11. 


meraou d iggen. 


meraou d iggct. 


12. 


id. essen. 




id. 


essen)iet. 


13. 


id. ihcha) 


•cd. 


id. 


echcharet. 


14. 


id. d oh'hoz. 


id. 


d okkozet. 


15. 


id. essemncs. 


id. 


ssemmeset. 


16. 


id. essczz 




id. 


ssessct. 


17. 


id. essa. 




id. 


ssat. 


18. 


id. itam. 




H. 


ttamet. 


19. 


id. ttes. 




id. 


ttesset. 


20. 


sennet temerouin (1). 


comme le masculin. 


21. 


sennct temerouin d iggen. 


sennet temerouin d igget. 


22. 


id. 


d sen. 




id. d sennet. 


23. 


id. 


d char éd. 




id. d charet. 


24. 


id 


d ok/coz. 




id. d okkozet. 


25. 


sennet tevierouin d 


sennet temerouin d ssemmeset 




semmes. 








26. 


seunet temerouin d sezz. 




id. d sesset. 


27. 


id. 


d sa. 




id. dsat. 


28. 


id. 


ettam. 




id. ettamet. 


29. 


id. 


ettes. 




id. ettesset. 


30. 


cliaret temerouin (2j. 


comme le masculin. 


31. 


id. 


d iggen. 


charet temerouin d igget. 


32. 


id. 


d sen. 




id. d sennet. 


33. 


id. 


d char éd. 




id. d charet. 


34. 


id. 


d ok/coz. 




id. d okkozet. 


35. 


id. i 


^ semmes. 




id. ssemmeset. 




etc. (comme de 20 à 


29 pou 


r les unités). 


40. 


okkozet temero 


xin (3). 


comme le masculin. 


41. 


id. 


d iggen. 


okkozet temeronin d igget. 




etc. (comme de 20 à 


29 pour les unités). 



(1) Deux dizain, >t^. (2) Trois dizaines. (3) Quatre dizaines. 



22 



LES BENI-ISGUEN (mZAB) 



MASCULIN 

50. semmeset temerouin (1). 

51 . id. d iggen. 

60. sesset temerouin (2). 

61. id. d iggen. 

70. sat temerouin (3). 

71. id. d iggen. 

80. tamettemerauin {^). 

81. id. d iggen. 

90. tesset ^ewieroiùn (5). 

91. id. d iggen. 
100. touinest. 

ICI . ïd. d iggQ'^- 

102. id. d sen. 

103. touinest d chared. 

104. id. d okkoz. 



FEMININ 

comme le masculin. 
semmeset temerouin d igget, et 

comme le masculin. 
sesset temerouin d igget, etc. 

comme le masculin. 
sat. temerouin d igget, etc. 

comme le masculin. 
tamet temerouin d igget, etc. 

comme le masculin. 
tesset temerouin d igget, etc. 

comme le masculin. 
touinest d igget. 

id. d sennet. 
touiyiest d charet. 

id. d okkozet, etc. ; 



comme de 1 à 10 avec la particule d devant les unités, 
excepté devant les chifîres 8 et 9 où le d, par raison eupha- 
nique, se change en t. (Cf., 28 et 29. 



110. 
111. 
112. 
113. 
114. 



touinest d meraou. 



id. 


d iggen. 


id. 


essen. 


id. 


eekchared. 


id. 


d okkoz. 



touinest d mer août, 
touinest d meraou d igget. 



id. 


d essennet. 


id. 


d echcharet. 


id. 


d okkozet, etc. ; 



comme de 11 à 19. 



comme le masculin. 



120. touinest d sennet temer- 

ouin. 

121 . touinest d sennet temer- 

ouin d iggen. 

comme de 20 à 29 pour les unités et les dizaines 



touinest d sennet temerouin 
d igget, etc ; 



130. 
131. 



comme le masculin. 



touinest d charet temer- 
ouin. 

touinest d charet temer- 
ouin d iggen. 

comme de 30 à 39 pour les unités et les dizaines 



touine^^i d charet temerouin 
d igget., etc. ; 



(1) Cinq dizaines. (2) Six dizaines. (3) Sept dizaines, (i) Huit dizaines. 
(5) Neuf dizaines. 



LECR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS PUPULAIRES 



23 



FÉMININ 

comme le masculin. 



touinest d okkozet (emerouxn 
d igget, etc ; 



MASCULIN 

140 . touinest d okkozef temer- 

ouin. 

141 . touinest d okkozet temer- 

ouin d iggcn. 

comme de 40 à 49 pour les unités et les dizaines. 

150. touinest d semmeset te \ comme le masculin. 

merouin. \ 

151. touinest d s'mmeset ic- j louinestd semmeset temerouin 

merouin d iggen. \ d igget, etc. ; 

comme de .^0 à 59 pour les unités et les dizaines. 

160. touinest d sesset tem'^'r- 1 comme le masculin. 

ouin. 1 

161 touinest d sesset temer- \ touinest d sesset temerouin 



d igget, etc. 

comme le masculin, etc. 

id. 



id. 



oain d iggen 

170. touinest d sat temerouin. 

180. touinest ettamet temer- 
ouin. 

190. touinest ettesset temer- 
ouin. j 

200. sennet touinas [kwirnimi] \ id. 

201. id. d iggen. 1 sennettouinas d igget, etc. 
210. id. dmeraou.l id. d meraout, eic. 

220. sennet touinas d sennet temerouin (masc. et fem.) 

221. id. d iggen {m^sc.) 
221. id. d igget fém.) etc. 

230. sennet touinas d charet temerouin (masc. et fém.) 

231. id. d iggen (m^sc.) 
231. id. d igget {ïém.) etc. 
240. semet touinas d okkazet temerouin, etc., jusqu,à 299. 

300. charet touinas (=: 3 centaines). 

301. id. d iggen, eic. 

400. okkozet touinas {— 4 centaines). 

401. '"'• d iggen, etc. 
500. semmeset touinas, etc. 
600. sesset touinas, etc. 

700. sat touinas, etc. 
800. tamet touinas, etc. 
9oO. tesset touinas. etc. 



1,001. 


id. 


1,001. 


id. 


1,002. 


id. 


1,002. 


id. 


1,003. 


id. 


1,010. 


id. 


1,010. 


id. 


1,020. 


id. 


1,021. 


id. 


1,021. 


id. 


1,030. 


id. 


1,031. 


id. 


1,031. 


id. 



24 LES BENl-ISGUEN (MZAB) 

1,000. meraout tournas ( =r 10 centaines). 

d iggen (masc.) 

d igget (fém) 

d sen (masc). 

d sennet (fém). 

d chared (masc.) 

d charet (fém.) 

d meraout (masc.^ 

d sennet tenierouin (masc. et fém ) 
id. d iggen (masc.) 

id. d igget (fém.) 

d charet temerouin (masc. et fém.) 
id. d iggen (masc.) 

id. d igget (fém.), etc. 

(jusqu'à 1,009). 

1.100. meraou d igget touinas (masc. et fém.)rr:dix etune cciitaiiiss. 

1.101. id. d iggen, etc. 
1,110. id. d meraou (masc.) 

1.110. id. d 7neraout ((ém.) etc. 

1.111. meraou d igget touinas d meraou d iggen (masc). 
1,111. id. d igget (ïém.) etc. 

1.120. 7neraou d igget touinas d sennet temerouin (masc. et f.) 

1.121. id. d iggen (m.) 
1,121. id. d igget {l)(:k 

1.130. meraou d igget touinas d charet temerouin (masc. et f.) 

1.131. id. d iggen (m.) 
1,131. id. ■ digget{î.)di. 

1.200. meraousennettouinas (ma.sc. et fém. )i=: dix et deux centaines. 

1.201. id. d iggen (masc.) etc. 

1.210. id. d meraou (masc.) 
I,2i0. id. d meraout (ïém.). 

1.211. id d meraou d iggen (masc.) etc. 

1.220. meraou sennet touinas d sennet teincrouiii (masc. et f.) 

1.221. id. d iggen (m.) 
1,221. id. digget(U\s\.)ûi 

1.300. meraou cchcharet touinas (m. et f.) = dix et trois csd 

1.301. id. d iggen (masc.) etc. 
1,310. id. d 7y}craou (ma.sc.). 



4,311. 


id. 


1,400. mer""' 


• '' nk^- 


1,40 î. 




1,410. 


ni. 


1,420. 


ici. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 25 

1,310. mevaou echcharet toulnas d meraout (férn.) 

(■ mcraou d iggen (masc.) etc. 
'X (m. et f. rzdix et quatre cenhines. 

d iggcn (masc.) etc. 

(/ Dirraou (masc.) elr. 

d sonnet temcrou'in (ni. et f.) etc. 
1,500. meroou semmeset touinas (masc. et fém.) =: 15 centiines. 
1,510. /'(/. .' mcraou (masc.) etc. 

1.520. meraou semmeset touinas d sennet temerouin (m. et f.) etc. 

1.521. id. d iggen. (m.) t,k 

1.600. meraou. se.<s.'!^^ foninafi (masc. et fém.) zn 16 centaines. 

1.601 . ' iffgen (masc), etc. 

1,700. meraou c^srri louinus i.masc. et fém.) r= 17 centaines. 

1,800. i;/. ettamet fouinas (masc. et fém.) r=: 18 centaines. 

1,900. /■ '. .//-.S'/ id. (masc. et fém.)=:19centaines. 

2,000. sennet tetnerouin touinest =: 20 centaines. 

2,010. id. d meraou (masc.) 

2.010. id. d meraout (fém.) 

2.011. id. ilmeraoudiggen{m'^^'^.')eic. 
3,000. charet temerouin touinest (30 centaines). 



4,000. 


okkozet 


id. 


5,000. 


semmeset 


id. 


6,000. 


sesset 


id. 


7,000. 


sat 


id. 


8,000. 


tamct 


id. 


9,000. 


tesset 


i' . 


9,999. 


tesset tenier 


ouln touinc^^ 




temerouin 


ettes. 



I tuuinas d tesset 



10,000. meraout temerouin touinest. 

11,000. meraou d igget temerouin touinest. 

12,000 id. essennet id. 

13,000. id. echcharct id. 

14,000. /'/. '/ oA7,-:>: ■' /m. etc. 

20,000. sennet temerouin tiouinas. 

20,030. id. '' ■■'•■n-'"' l'uiicrouin, etc. 

30,000. charet id. 

40,000. okkozet id. 

40,010. (■(/. i,}. d meraou. 



26 LES BENI-ISGUEN (mZAB) 

40.020. okkozet temerouin tiouinas clsennet temerouin. 

40.021. ici. id. id. d iggen 
(masc), etc. 

50,000. semmeset temerouin tiou'mas. 

60,000. sesset id. 

70,000. sut id. 

80,000. tamei id. 

90,000. tesset id. 
100,000. meraout temerouin tiouinas. 

100,100. id. dtouinest. 

100,110. id. id. dmeraoii{m). 

100,125. id. id. d sennet te- 

merouin d semnies. 

200,000. sennet temerouin timerouin en touinas. 
200,010. id. dmeraou(m 

200,020. id. d sennet te- 

merouin . 

200,023. sennet temerouin timerouin en touinas d sennet 
temerouin d chared. 

200,100. sennet temerouin timerouin en touinas touinest. 

200,200. id. d sennet 

touinas. 

300,000. charet temerouin tim.eroui>i tiouinas. 
400,000. okkozet id. 

400,173. id. id. ettouinest eiêat 

temerouin d echchared 

500,000. semmeset temerouin timerouin tiouinas. 
600,000. sesset id. 

700,000. sat id. , etc. 

1,000,000. meraout temerouin timerouin tiouinas. 

1,100,000. id. d meraout 

timerouin tiouinas. 

1,2000,000. meraout temerouin timerouin tiouinas d sennet 
temerouin timerouiu en touinas. 

2,000,000. sennet temerouin timerouin tiouirias. 

3,000,000, charet id. 

4,000.000. ok'! ozet temerouin timerouin tiouinas. 

4,444,444. id. d ok'wzet te- 

mey^onin timerouin tiouinas d okkozet temerouin 
tiouinas d okkozet temerouin toii}nest d okkozet 
touinas d okkozet temerouin d okkoz (masc.j 

5,000,000. seynmeset temerouin timerouin tiouinas, etc. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 27 

Il est inutile d'allonger cette série de chiffres, car la numé- 
ration des Mzabites ne va guère au delà de cent mille, et encore 
n'arrive-t-elle à ce nombre qu'en soumettant le calculateur à 
une tension d'esprit tiès douloureuse, (1) 

Passé dix mille, les Mzabites se servent toujours de la nu- 
mé ration arabe, bien plus simple et [)lus claire que la leur . 

La numération berbère leur sert principalement quand ils 
parlent entre eux, en présence d'étrangers dont ils ne veulent 
pas être compris. 



CHAPITRE IZ 



Numération secrète des Beni-Isguen et Noms réels et 
conventionnels des monnaies 



Leur numération réelle, étant par elle-même très difficile, 
les Beni-Isguen, comme très probablement leurs frères de 
tout le Mzab, n'ont pas éprouvé le besoin de la modifier beau- 
coup pour ne pas être compris par les étrangers. Je n'ai 
observé que les deux nombres de convention suivants : 

500. touinest tamok'rant (la centaine grande). 
1,000. irneroued (en rouleauj ; ce nombre est ainsi nommé 
parce que, quand on a une pareille somme, soit en argent, soit 
en or, on la met généralement en rouleau. 

Très-commerçants et très méfiants, les Beni-Mzab, pour 
ne pas être compris des étrangers, ont imaginé plusieurs 



Cl) On aura une idée de celte numération compli((uée par le nombre 
suivant qu'un Mzabite ne Irouvera qu'après une d' mi-journée de réfli^xioti : 
meraou nidh (\) meraout en tenieroum tiouiiias d tamet temerouin 
timerouin tiouinas d c/iaret temerouin tiouinas d sennet temerouin 
timeroidn en touinas d ohho:et temerouin tiouinas dsemmeset teme- 
rouin touinest d sessettouinas dsat temerouin ettes = 183,245,679. 



(1) On emploie le mol nidh après le mot meraou dans les centaines de 
millions. 



28 



LES BENI-ISGUEX (MZAB) 



mots conventionnels pour désigner les monnaies. J'ai observé 
les suivants : 



Centime, 
Sou. 



Franc. 



Nom réel. 
centim . 

souldi. 



frank , 



1(1. 



id. 



50 centimes. crrchoù. 
de l'arabe a; j 

quart (s. entendu de2fr.) 

Real == 2 francs. rial. 
plur. rialat. 



5 francs (en argent), dourou. 



5 francs (en or). 



10 francs (en or) . 

Une pièce de 20 francs 
(en or) 



Une pièce de 40 francs 
(en or) 



Nom convontionael. 
azdad plur. izdaden. 

azouf/gar' plur. (co^r/g'ar'en oubien 
semwes izdaden (5 centimes). Le 
sou est appelé azoïiggar' (rouge) 
à cause de sa couleur (quand il 
est neuf). 

asdjen plur. isdjenan (la moitié), 
c'est-à-dire la moitié d'un rial, 
qui vaut 2 francs. 

Le franc s'appelle aussi afrad plur. 

ifraden ainsi quesemiet tiourar'in. 
Afrad signifie « morceau, parcelle 

détachée » (sous-entendu d'un 

rial, de 2 francs. 

meraou izouggar'en (dix sous). - 
meraou inesmar. 
meraou iourircn. 

tamellalt plur. temellalin (blanche). 
Ils disent souvent pour ne pas être 
compris des étrangers : « ouch i 
sonnet temellalin d ar'i, donnez- 
moi deux blanches de lait » ; c'est- 
à-dire, deux pièces blanches com- 
me le lait. 

tao}issaât pluriel tioui^saîn. Cette 
pièce s'appelle ainsi parce qu'elle 
offre une grande surface ; du ver- 
be arabe ^*^^ (être vaste). 

taourekht ne tououssaàt ; c'est-à- 
dire, la jaune d'une (pièce) vaste 
(la pièce de 5 francs). 

taourekht ne sennet tioussain (la 
jaune de deux (pièces) vastes. 

taourekht n okkozet tioussain (la 
jaune de quatre (pièces) vastes), 
c'est-à-dire, 4 pièces de 5 fr. en 
argent. 

taourekJd ne inmet iioussàn (la jau- 
ne de huit (pièces), vastes). 



LEUR DTALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES ÎÎ9 



Kom réel. 
Une pièce de 100 francs 
(en or) 



Billet de banrîue 

Billet de banque de 
1,000 francs 

Billet de 500 francs 

Billet de 100 francs 

Billet de 50 francs 



Nom conventionnel. 
taourekJit ne sennct temerouln ta- 
oiissaât (la jaune de vingt (pièces) 
vastes =z 20 pièces de 5 fr. en 
argent. 

tifrit plur. tifrai. 

kl. ne meraout toiiinas d afrad. 

id. ne semmeset touinas d afrad. 

id. ne iouiiiast d afrad. 

id. ne meraout tiotissaîn (c'est-à- 
dire de '10 douros) ou bien tifrit 
semmeset temerouln d afrad. 



Numératifs ordinaux 



amezouar plur. imezouar. 
tamezouart plur. t imezouar. 
fait (1) sen sans plur. 
id. sennet sans pluriel. 



id. 


chared 


id. 


masc. 


id. 


char et 


id. 


fém. 


id. 


okkoz 


id. 


masc. 


id. 


okkozet 


id. 


fém. 


id. 


sommes 


id. 


masc. 


id. 


semmeset 


id. 


fém. 



Premier 
• Première 

Second 

Seconde 
Troisième 
Troisième 
Quatrième 
Quatrième 
Cinquième 
Cinquième 

Sixième 

Sixième 
Septième 
Septième 

On obtiendra un numératif ordinal en plaçant devant le 
nombre cardinal le mot arabe fait o^L? . Le singulier servi- 
ra également de pluriel. On aura soin de marquer le féminin 
par le nombre cardinal. 

Dernier amedjdjarou plur. imedjdjoura. 
Dernière tamedjdjarout plur. timedjdjoura. 



fait sezz sans pluriel (masc). 

id. sesset id. (fém.). 

id. sa id. (masc). 

id. sat id. fém.), etc. 



fl) de l'arabe O^; ^ (qui passe) c'est-à-dire qui passe au second, au 
troisième, au quatrième rang, etc. 



30 LES BEM-ISGUEN (WZAB) 

Bu nombre fractionnaire 

Les Beni-Isguen se servent des nombres fractionnaires 
arabes. Ex. : Un quart errehôu ; un cinquième khemous ; un 
huitième tmoun, etc. Ils n'ont conservé de leurs anciens nom- 
bres fractionnaires que le mot asdjen moitié, plar. i^djcncui. 



Influence des niimératifs sur îes noms 

Le nom de la chose nombrée se met au plur iel de deux à 
dix-neu f. Ex. : deux hommes sen irdjazen ; trois femmes 
charet tesednan. 

A part ir de vingt on peut, à volonté, mettre le nom de la 
chose nombrée au pluriel ou au singulier en faisant précéder 
ce nom de la particule d. 

Ex. : vingt hommes sennet (emerouin d irdjazen ou bien 
sennet temerouin d ardjaz. 

Vingt et un hommes sennet temerouin d iggen d ardjaz ou 
bien d irdjazen. 

Vingt et une femmes semiet temerouin d igget tiamei'Vout 
ou bien ttisednan. (La particule d s'est changée en t en vertu 
des lois de l'euphonie). 

Trente brebis charet temerouin d eunaâdjet (i) ou bien d 
eunaâdj (1). 



CHAFITBE ^ 



ARGOT DES BENHSGUEN 



Noms communs 

M. R. Basset, qu'il faut toujours citer quand il est question 
des dialectes berbères, s'est occupé de l'argot du Mzab dans 
un court vocabulaire paru dans sa IV^ série de Notes de lexi- 
cographie herhère (2). 

Les Beni-Isguen, et tous les Mzabites en général, font un 



(1) De l'arabe dsr*J plur. -»-t.xJ 

(2) Paris 1888, in-8. ^ 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITION? POPULAIHI 



grand usa ge de la méionymw et de la mélaphore dans le seul 
but de se rendre inintelligibles aux étrangers qui les écoutent. 

Au Mzab, tout le monde parle et comprend cette langue 
conventionnelle à laquelle il ne convient peut-être pas d'appli- 
quer le terme (l'argot puisqu'elle ne réalise qu'une des deux 
conditions qui définissent tout argot : elle est seulement con- 
ventionnelle, mais elle n'est pas à l'usage d'une seule classe 
d individus car elle est parlée et comprise par tout le monde. 

En l'absence d'un terme plus expressif, et sous le bénéfice 
des observations qui précèdent, on peut, sans inconvénient, 
conserver au langage conventionnel des Beni-Mzab la dénomi- 
nation (ï argot, dans le sens le plus étendu qu'on puisse donner 
à ce mot. 



Nom réel. 
Abattoir, rar el medhah 



de l'arabe 



oudhou 
Ane 

Argent 



Ablution 

ar'ioul. 



rial. 



Aveugle 

aderr'al, akfif 

de Tarabe algérien 

Bain maure , 
elh'ammani À^s:-\ 



erroua 



Balance 



elmizan 



Balle de fusil 
boiildoiin (plomb) 



Barbier 
mot arabe. 



h'affaf w?'-?^^^ 



Argot. 
taddart mani ir'arsen ou taddart n 
idammen « maison où l'on égor- 
ge » ou « maison du sang. » 

enr'el aman imezzanen (ablution 
simple) enr'el aman imok'ranen 
(ablution générale). 

outmezr'in pkir. attmezr'in (celui 
aux oreilles). 

atchmas plur. ilchmasen (nœud de 
mouchoir ou de vêtement où l'on 
met l'argent). 

ouar tit'faoïiin (celui qui n'a pas 
d'yeux). 



aman Uùnan (eau chaude). 



aâiar plur. iâiaren de l'arabe jLc 
contrôleur. 

azizaou plur. izizaoun « bleu » h 
cause de la couleur du plomb. 

ouounni itetsen ezzaou pi. inenni etc. 
litt. : « celui qui enlève les che- 
veux. » 



32 



LES BENI-ISGUEN (mZAB) 



7< 



Nom W'cl. 
Bâtard ferkit 

pïïir. feroukiia 
de l'arabe algér. -:- ,? (1) 

Burnous 
ahernons. plur. ibernas. 



Beurre (fondu) 
oudl plur. Iduiiondi. 



Blé 



irden. 



Bouillon clmergct 



de l'arabe 'is.jf> 



Café 



k' alloua 



de l'arabe '^j^J 

Caid j-;Li 
elk'aid plur. elk'ouiad. 



Capitaine 
k'aht'an pi. k'ebafen 

Chien 
aidi plur. iidcm 



Chienne 
taidet plur. fiidan 

Chrétien 
ançari plur. inçariln 

de l'arabe ^j L-^i 



Argot. 
atc/iehhoul pi. Hdiehhal, litf. : «en- 
fants de l'urine. )^ 



ouggafriduii pi. atouafrloun, litt. : 
« celui qui a des ailes » à cause 
des deux pans du burnous. 

oiinnï itfouKan pi. iinni ilfoulfan 
X celui qui est odorant » de l'ara- 
be -.b , _j,o 

ounni izouggarcn n Ichcha plur. 
inni, etc. « celui qui est rouge 
pour la nourriture. » 

tcnni iljouren « celle qui marche » 
parce que le bouillon, répandu à 
te'rre, coule et semble marcher. 

aman ihcrlchanen « eau noire. « 



terril pi. ai ler rin a celui au bâton » 
parce que le CHld, ULUreroltJ, iiilli- 
geait lui-mcme la Dastonnade "ù 
ses administrés . 

ou tsek'k'est ainok'ran « celni qui a 
un grand sabre » plur. atsek'k'sin 
ime/c'ranen. 

asemmad n ienzar iilnc.isemmaden 
n tenzar « celui qui a le nez froid ; » 
ou bien ouounni dcffer tekhkhamt 
« celui qui est derrière la tente » 
plur. h\enni, etc. 

tassemrnat n tenzar pi. tlsemmadin 
n tenzar « celle qui a le nez froid. » 

ougg aman plur. at ouanian « les 
gens de l'eau » parce que Tes" 
Chrétiens d'Europe sont obligés 
de traverser la mer pour venir en 
Afrique ; ou bien ou dhallalt 
plur. ad dhallalt « celui qui a un 



chapeau » de l'arabe JS 



.^j> 



(0 



-t jS dans la province 



d'Oran si.q-nifie bâtard. 



LEUR DIALECTE ET LEtJRS TRADITIONS POPULAIRES 33 



Nom réel 

Cochon 
ah'allûuf plui-. ih'allaf 

de l'arabe algér. ^^ ^_^I^ 

Châtaigne k'ast'el 
de l'arabe ^l_i_^_i 



Colonel 

kounounir masc. et plur. 

du français colonel 

Lieutenant-Colonel 

tetna kounounir plur. 

ietnaouat kounounir 



Commandant 

coumandad 

plur. coumandadat 

Eau aman 



Général 

djininar pi. djininardî 



Argot. 



Gouverneur 

goufernoun 

plur. idgoufernoun 



Imam 
imam plur. imamat 

de l'arabe ^U f 

Interprète tonljeman 
plur. ii tordjeman 

de l'arabe j L_^^.^ ..V 

Ivre 
8eA:mn pi. soukardjiya 

de l'arabe j^^C 



akhpnfour ajcdrar plur. ikhenfar 
ijcdrarcn a nez long. » 



clhcllonC n at ouaman « les glands 
des Chrétiens ». clbellouV vient 

de l'arabe i>jl- 

bah ne semmesei tlsradh ouourer' 
« celui qui a cinq galons d'or. » 



bah ne semmeset tisradh, cliaret 
ouourer', sennet n elf'adhdhet Çi^i) 
« celui qui a cinq galons, 3 en or 
et 2 en argent. » 

bab n okkozet tisradh ouourer' « celui 
qui a quatre galons d'or. » 

inni itjouren « ceux qui marchent. » 
aman est pluriel. 

ajlim en tefaout plur. ijlimen en 
tefaout ^eau de feu )). C'est la 

traduction de l'arabe jLJt jjçs. 
Les Beni-iMzab croient que les 
Arabes appellent ainsi nos offi- 
ciers généraux. 

ou teboulboult plur. at teboulboulin 
« celui qui a un plumet ; d allu- 
sion au panache qui ornait jadis 
le chapeau des généraux gouver- 
neurs de l'Algérie. 

ouounni itzallan dessat midden 
plur. inenni itzallan, etc. « celui 
qui fait la prière devant le peuple. » 



ouounni iterran aoual plur. ine7ini 
iterran aoual « celui qui traduit 
les paroles. » 

ichcltour plur. eclichouren « plein » 
sous-entendu (.Valcool. L'argot 
mzabite se rencontre ici avec 
l'argot français. 



u 



LES BENI-ISGUEN (mZAB) 



>C 



k'adJti 



Nom réel. 

Juge 
pi. k'oudhdliat 



j^.-m^ 



Kilogramme 
kilou plur. kilaouat 

Lieutenant 
ietna plur. ietnaouat 



Maçon 
hennai plur. ibennain 

de l'arabe algérien J.\> 

Marché 
essouk plur. csouak' 

de Tarabe . é --= 



Marin 
hah'ri plur. ihah'riln 



de l'arabe 



^ 1* 



Mère 
iamma plur. idmamma 



Mufti 
we/ï/ plur. mefata 

de l'arabe c'^?^ 



Musulman 
imesleyn pïur. imeselmln 



de l'arabe ^L 



Argot. 

temoiisni plur. timovsnaouin ou bien 
tanieclicltlt pi. timechdiin « parce 
que, au temps où les bêtes et les 
végétaux parlaient, le liguier étaiT 
chargé de rendre la justice . » 
Cf. ci-après le conte intitulé : Le 
Figuier. 

adr'ar' amok' ran plur. idr'ar'en 
imek'ranen « caillou gros. » 

ou tsek'k'est amezzan pi. atsek'k'sin 
imezzanen « celui qui a un petit 
sabre ». Même nom pour le sous- 
lieutenant . 

ouoimniisetclien pi. inenni isetchen 
ft celui qui construit. » 



a Sound « lieu où l'on tourne et re- 
tourne. » 



hah ouaman izizaoun plur, idhab 
oxiaman izizaoun « l'homme de 
l'eau bleue. » 

tennï ai ierouen « celle qui m'a en- 
fanté » (ma mère) ou bien tenni 
acJi ierouen « celle qui t'a enfan- 
té » (ta mère), etc. plur. tinenni 
ar'en ierouen, etc. 

izri plur. idizri « armoise blanche » 
parce que les mots arabes -^-r-^ 

(docteur, savant) et <rr:-^ (armoise 

blanche) sont presque homo- 
phones, d'après les Mzahites. 

ouounni icltemmeren dltad plur. 
inenni ichemmeren dhad « celui 
qui lève le doigt » parce que les 
musulmans lèvent les mains 
quand ils prient. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 35 



Nom réel. 

Navire 
hahour plur. haboami: 
corruption de vapeur 



Océan (mer) 

Oncle 
àmni plur. aàmm((m 

de l'arabe *-: 

Orange 
tchina plur. tcJiinat 

en arabe algérien aà.v^ô' 

Papier 
kar'cd plur. kouar'ed 

de l'arabe J.t^ 

Pèlerin 
Kadjdj pi. li'oudjdjadj 

de l'arabe -^l=s^ 

Père 
baba plur. idbaba 



Prophète 
eunabi plur. lenbia 

de l'arabe ^i 

Proxénète 
ak'ouad pi. ik'ouaoïideii 

de l'arabe ^i jà 

Quintal 
ak'ent'ar pi. ik'ent'ayen 

de l'arabe jLi:;.3 

Raisin (sec) 
sefeib de l'arabe v ^-^ J 



Argot. 

asr'ar ouaman izizaoun pi. isr'aren 
ouaman izizaoun « bois de l'eau 
bleue )). Les Beni-Mzab s'imagi- 
nent que tous les navires sont en 
bois. 

aman izizaouii « eau bleue » seul 
terme employé. 

iouas n ouounni ai ierouen a le frère 
de celui qui m'a enfanté « plur, 
aitma n inenni aven ierouen. 
Cf. plus haut le mot « mère ». 

ellïmmet ih'loii pluriel ellimynat 
ih'Iouut « citron doux » de l'arabe 



ariradh ne tira plur. irivadhen ne 
tira « chilTon pour l'écriture. » 



ouounni inzen plur. inenni inzen 
« celui qui a prié » sous-entendu 
à La Mecque. 



ouounni ai ierouen « (mon père), 
pi. vienni ar'en ierouen, ououmi 
ach ierouen « celui qui t'a enfan- 
té )) (ton père), etc. 

baba midden plur. idbaba inidden 
« le père de l'humanité. » 



ouounni itek'k'en iclicharen plur. 
inenni itek'k'enen ichcliaren « ce- 
lui qui attache les cordes. » 



louinest d idrar'en imek^ranen 
({ cent cailloux gros. » Cf. kilogr. 



adItU ik'k^ourcn « raisin sec. » 



36 



LES BENI-ISGUEN (mZA.B) 



Nom réel. 

Soie 
elh'arir de l'arabe ^j^=^ 

Soldat 
âskri plur. âsaker 

de l'arabe ^X^^c 

Spahi 
açhaih'i plur. iç.hali'iin 

de l'arabe ^sr^.L^ 

Vin 
cherab de l'arabe v >u.i. 

Vinaigre 
/c/taîi de l'arabe J-â- 



Argot. 

tagechcha plur. tigechchouin « ver 
à soie. » 

ouounni ittouahezen plur. inenni 
ittouahezen « celui qui a été ins- 
crit. » 



bafe n ouggafriouen azouggar'' plur. 
idhab n atouafrioun izouggafen 
a l'homme au burnous rouge. » 



aman izouggar en (( eau rouge. » 
aman n oudliil « eau de raisin. » 



ARGOT GÉOGRAPHIQUE 



ALGERIE 



Département d'Alger 



Nom réel. 
Alger 
edzair de l'arabe algé- 



rien j>j j 



Jî 



altération de ji^j^^^ 

Aumale 
sour el r'ozlan 

de l'arabe ^"^ v^^^ j j^ 

Blidah 

el-hlidet 

de l'arabe ï:>.AJ] 

Boghar 

Lek'cir hou Kharï 

du nom du K'car qui se 

trouve au sud de Boghar. 



Argot . 
tamourt tamellalt « ville blanche. » 



tamourt ne tr'allet a pays de la 
jument. » 



tamourt ouanimas « ville du milieu » 
parce que cette ville se ti'ouve 
entre Alger et Médéah. 

arWem n Boa Khari « K'çar de Bou 
Khari. » 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 37 



Nom réel. 

Bou-Sada 

hou-saâda 

do l'arabe i^.x^ »>î 



Djelfa 
cl-DjcJfa 

de l'arabe Ail^r-'î 



Douera 
Eddoulra 

de l'arabe 



5 jr. j- 



Kabylie 

tamourt u Ik'balilln 

pays des Kabyles. 



Lagbouat 
oui larouat 

oui vient du verbe mza- 



bite 



'Ji 



i iou « être cuit 



à point » ; lar'oual en 
mzabite signifie « rapi- 
dement » ; oui larouat 
signifie donc dans le 
dialecte desBeni-Isguen 
« il a été cuit rapide 
ment. » 

Médéah 

Lemdiija 

de l'arabe '-^:J~'} 






Argot. 

tamourt n tiia « ville de la négresse » 

parce que, d'après les légendes ^^^îL£^:::^»^£^^c^, 
my.abites, ce Fut une neg r essa qm 
bàtit la première maison de cette 
ville. Voir la légende arabe repro- 
duite dans le auide Piesse, page 
413, édition de 1874. 

tamourt n ai flezdiin « pays de la 
laine ou des oulad Naïl y>. Les 
Bcni-Isguen ont deux mots pour 
désigner la laine « eddouft ou 
tlezdiin ». Ils appeletit les Oulad 
Naïl « at Vlezdiin » parce qu'ils 
ont beaucoup de moulons. Les 
gens de Djelfa ayant aussi beau- 
coup de moutons, leur pays est 
appelé « ta)noui't n at flezdiin. » 

tamdint en tcddart « la ville de la 

petite maison » parce que ï^ijj>,^\ 

signifie en arabe a petite maison » ; 
il signifie surtout « rucher, enclos 
où se trouvent des ruches. » 

tamourt n at imechchan u temourt 
temcllalt « pays des possesseurs 
de figues de la ville blanche » 
(Alger) parce qu'il y a beaucoup 
de figues en Kabylie. 

tamourt u at imechchan ouour'lan 
« pays des possesseurs de figues 
de Mzab » parce que Laghouat 
n'est pas très loin du Mzab. 



tamourt tasernmat « ville froide. » 



38 



LES BENI-ISGUEN (MZAB) 



Nom réel. 

Milianah 
El-Meliant 

altér. de l'arabe 'i.iiJj> 



Argot. 

tamourt u iouzan « ville de la se- 
moule V ainsi nommée parce que 
les musulmans de ÎMilianah aiment 
beaucoup la semoule et en man- 
gent, paraît-il, tout l'hiver. » 



Nom réel. 

Beni-Isguen 
at-Iesdjen 



Berrian 
Berr'ian 

Bou-Noura 
At hou Nour 

El-Atef 
Tojnint 

Guerara 
El- Grava 



Ghardaïa 
Tar'erdait 



Melika 
At Melitchet 



Metlili 
Ametlili ou At OumelUli 

Mzab 
Ar'lan ou Ouad Mzah 



MZAB 



Ar£?ot. 



tamourt u at iidis « le pays de ceux 
qui sont en face » sous-entendu, 
de Ghardaïa, Bou-Noura et El- 
Atef. 



tamourt n ifrar « pays des ci- 
trouilles. » 



tamourt u ouhoudh u ir'zer « pays 
du lit de la rivière. » 

tamourt u tefza « pays des pierres 
qui se désagrègent. » 

arreni u our'erda <L citadelle de la \ 

femelle du rat «.Voir plus loin la \ Z'^^. 
légende intitulée : « GhyrdayaJ ' 
pays de la femelle du rat. » -^ 

tamourt oiiourir « pays de la mon- 
tagne. ;) 

tamourt ououk'dlii « pays du coin. )> 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 



39 



Département de Constantine 



Nom réel. 

Biskra 

Beskra 



Bône 
ânnaba 



de l'arabe h ^>.= 

(celle quia beaucoup de 

jujubiers). 

Bougie 
bedjaia 

Constantine 
K'semt'ina 

Guelma 
G aima 



Ouargla 

Oiiardjlcn 

Sétif 
Sfif 

Souk-Ahras 
Soug Ahras 



C 



Argot. 
tamourt ne tini « pays des dattes » ; 
ou bien tamourt ne tezdait « pays 
des dattit-rs. » 

tamourt ne tor'iouin « pays des oli- 
viei's. » 



tanumrl u at imechchon ne temourt 
tameUalt y pays dos gens de figues- 
de la ville blanche (Alger), » 

tamourt ouadliou « ville du vent. » 

tamourt ouammas « ville du milieu » 
parce qu'elle est située entre Bône, 
Souk-Ahras et Constantine. 

tamourt en Uni « pays des dattes. » 

tamourt ïhhan « ville propre. » 

tamourt n ifirran « ville des ser- 
pents » parce qu'elle est liabitée 
par des gens de la tribu des 
H'anencha A_i._^_-._^ , mot qui se 
rapproche de l'arabe ^—v_^ 
(( serpent. » 



Département d'Oran 



Nom réel. 
Frenda 
F rendu 



Géryville 

El-beyyodh 

de l'arabe ^-_>-.Ji 
déminutif de ^c^;^^--' « blanc ; 



Argot. 
tamourt n ovfounas « la ville du 
bœuf » parce que, d'après les 
Mzabites, le mot frenda est une 
altération du mot arabe -^^— ? 
« bœuf » (arabe de la province 
d'Oran). 

tamourt n at taâkkain a pays des 
marabouts « parce que c'est la 
résidence des Oulad Sidi-Cheikh, 
marabouts issus du Calife Abou- 
Becr. 



40 



LES BENI-ISGUEN (mZAB) 



Nom réel. 

Mascara 
Maâsker 

de l'arabe S^x? 

Moslaganem 
77iestr'anem 



Oran 



ouahran 



Jr> 



Dans le dialecte rifain 
des Beni-Gmil oimhran 
signifie '< preuve, dé- 
monstration. )) Ex. : 
ouahyaner ak ts d'aou- 
ahrnn u Je te l'ai prouvé 
par démonstration. » En 

arabe L-.^^.o '^v..' i.:.i-^^) 
Il existe dans les Beni- 
Gmil (Bit) un grand vil- 
lage du nom de o(<«// an 
Oran. 

Il y a d'ailleurs des 
petites villes et des vil- 
lages au Maroc qui por- 
tent ce nom (I). 

Belizane 
R'dizan 



Saïda 

S a Ida 

de l'arabe 'i:.^x^ 
(heureuse) 

Sidi-Bel-Abbès 

sidi J)el âhbas 
de l'arabe 



C. 



X^ ,^sx^ 



A rgot . 

tamourt ovammas « la ville du 
milieu » parce qu'elle se trouve 
entre Tiaret, Saïda et Oran. 

tamourt n ij'rq, « ville des poissons » 
parce que la mer à Moslaganem 
est, paraît-il, très poissonneuse. 

tamourt n at onaynan « la ville des 
gens de l'eau » parce que c'est uii 
port de mer. 



tamourt n izan « la ville des mou- 
ches « ; les Mzabites prononcent 
7-' il izan pour rir izan mot com- 
posé de l'arabe j^t et du berbère 

izan (mouches), ce qui signifie : 
« il n'y a que des mouches. » 
Les Zouaoua j^rétendent que Re- 
lizane vient de ir'il izan « le 
plateau des mouches. » 

tamourt en tidet « ville de la chien- 
ne » sous prétexte que les Arabes 
donnent souvent le nom de ïx.^x^ 
à leurs chiennes. 

tamourt ne taàkkain « la ville 
du marabout » ; son fondateur 



^ 



x> ■, »-^ 



C^ 



L_. ^j.-.- 



était un saint marabout. 



(I) Cf. A. MouLiÉRAS. Voyages dans les parties inconnues du Maroc. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 41 



Nom réel. 



Tiaret 

Tiare t 



Tlenicen 
Tlemsan ^.^L^-I^' 

Tlemcen, dans le dia- 
lecte des Brabers du 
Maroc, signifie « anti- 
que ^ en parlan t des villes 
ou villages seulement. 

Ex. : Tleynsan elbeni 
itiesd'atlemsart « Tlem- 
cen est une ville anti- 
que ». C'est pour cette 
raison sans doute que 
les Arabes appellent 

Tlemcen eldjidar J ô^-' 
mot qui signifie antique 
en arabe vulgaire. On 
n'applique cette déno- 
mination arabe quaux 
villes ou villages (1). 



Nom réel. 
Le Kef 
El Kaf 

Tunis 

Tonnes 

Djerba 
Djirba 



Argot. 

iamourt n ounr a la ville du lion » 
parce (jue, d'après les Beni-Mzab, 
tiaret n'est qu'une corruption de 
tart « lionne. » 

tamnurt ne ter'iouin « pays des 
oliviers. » 



TUNISIE 



Argot. 
tamourl ouourir « ville du piton. » 



taniourt ouourouai « ville arrosée 
par la pluie. » 

taniourt n ouliouli (( pays du hou- 
li ^) (sorte de robe portée par les 
femmes de file). 



(1) On trouve dans la tribu de Tar'zouth, au sud de Fas, dans les 
Brabers, un vieux village de lOU feux du nom de Tlemcen. Cf. A. Mou- 
LiÉR.\s. Vouanes dans les parties inconnues du Maroc, de i872 à 
1898. 



LES BENI-ISGUEN (MZAB) 
PAYS DIVERS 



Nom réel. 

Le Maroc 
El-R'arb > ^jk \ 



Fas 

Fas , y^ld 



Sahara 

eççah'ra î ^s-'^-i 

Tafilalet 

Tafilalt du berbère 

a filai, fém. tafilalt 

« cuir rouge » 

dialecte des Brabers du 

Maroc et des Zouaouas. 

Le pays des Touareg 
tamourt n ttouareg 



Soudan 
essoudan ^^^_^^JÎ 

Djebel Nefousa 
Djehel Ne fous 



Angleterre 
hlad el Engliz 



Constantinople 

Stamboul 

Espagne 
Sbania 



Argot. 

tamourt n Vit n te fouit « pays de 
rœil (disque) du soleil » parce 
que, pour les Algériens, le soleil 
se couche du côté du Maroc. 

tamourt n onkadoum a pays de la 
pioche >■> parce que le mot arabe 

, ^.Ls signifie 'pioche. 

tamourt taoussaât « contrée vaste » 
taoussaât vient de l'arabe p*v« 

tamourt ououjlim ou bien tamourt 
n ijiimen « le pays des cuirs. » 



tamourt n ichemjan « le pays des 
esclaves » parce qu'autrefois les 
Touareg amenaient et vendaient 
des esclaves aux Mzabites. 

tamourt n ihertclianen « le pays 
des noirs. » 

tamourt ouourir n at lôuban a pays 
de la montagne des Beni-Mzab » 
parce que les habitants du Djebel 
Nefousa ont la même origine que 
les Mzabites. 

tamourt n at fmadiaz « le pays 
des gens aux ciseaux » parce que, 
disent les Mzabites, les Anglais 
ont le ton tranchant. 

tamourt ta^nok'rant « ville grande. » 



tamourt at tekouffet « le pays des 
gens aux couffins )-■ parce que les 
Espagnols fabriquent beaucoup de 
couffins, paniers, corbeilles, etc. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 43 



Nom réel. 



France 
Fraii.sa 



La Mecque 
Mekka 'àS-/> 

Malte 
Malta 



Djedda 

Djedda ^'j.^ 



Russie 
el mouscou 



Argot. 

tamourl tahertchant « pays noir » 
parce que les Français portent 
îiabitueliement des vêtements de 
couleur sombre. 

tawourt onainiz «ville de la prière.» 



tamoio t n at tebeclichicht « pays du 
l)etit morceau deviandew.Voirplus ^ 
loin la légende intitulée : El djedd ^^ '-fi,. 
n Imalt iùi & l'ancêtre des Mal- 
tais. » 

tatnourt n at ouoxthr''d « ville des 
gens de la route » ; c'est-à-dire 
des pèlerins qui se rendent à La 
Mecque. 

tamourt n at iz-an n at ouaman 
« pays des gens (nombreux com- 
me) des mouches parmi les Chré- 
tiens. » 



y 



CHAPITRE XI 



Adjectifs relatifs et noms propres 

Le substantif devient adjectif relatif quand il est précédé 
du pronom ou pour le masculin et ton pour le féminin. 
Ex. : Un citadin ou temouri, plur. at temourt. Une citadine tou 
temourt, plur. tou temourin. En argot, citadin se dit ou 
ter'elloust, fém. tou ter'elloust, littér. celui au vase de nuit. 

Un métlilien ou temourt ououk'dhi, plur. at ououk'dhi, 
fém. tou temourt ououk'dhi, plur. tisednan ououk'dhi. 

Un algérien ou temourt tamellalt, plur. at temourt tamellalt. 

Un constantinois ou temourt ouadhou, plur. at temourt 
ouadhou. 

Un français oug ouaman, plur. at ouaman, fém. toug 



44 LES BENI-ISGUEN (mZA.B) 

amant, plur. toug anianin. La langue française est appelée 
toug amant (a). 

J'ai relevé pour le mot jw/ plusieurs synonymes dont voici 
les principaux avec les commentaires qu'ils comportent : 
Un juif, sing. oudai, ahjouk'i, ou tjehhat, ou thertchant, ou 
tsennant, ou tscnnarin, deffer ouh'bas, ou toufret. Une juive, 
sing. toudait, tabjouk'it, ton tjehhat, tou thertchant, tou 
tsennant, tou tsennarlnt, tou deffert ouh'has, ton toufret. 

Juifs, plur. oudain, ihjak' atjehhat, athertchant, atsennanin, 
atsennarin, at deffer ouh'has, at oufratin. Juives, toudain, 
tihjak' , titjehhatin, tou g ouhertchanin , tou tsennanin, 
titsennarm, tideffert ouh'has, titoufratin. 

Explications des synonymes d e oudai juif : 

oudai, juif, est une corruption de l'arabe ^ 3 j.^) . 

ahjouk'i signifie chien. Ce terme indique assez le mépris 
dont les juifs sont l'objet au Mzab. 

tjehhat signifie morceau de fer qui maintient l'étoffe sur le 
métier à tisser. Les juifs fabriquent ces morceaux de fer. 

outhertchant signifie celui à la couleur noire, parce que les 
juifs au Mzab sont rétameurs et ont généralement les mains et 
le visage noircis par la fumée. 

ou tsennant (1), celui aux dents (sous-entendu du peigne à 
carder), parce que ce sont les juits qui fabriquent les cardes. 

ou tscnnarin (2), celui au hameçon, parce que les juifs 
fabriquent les petits crochets de fer des quenouilles. 

ou deffer ouh'has, celui de derrière la rivière, parce que les 
juifs habitent à R'ardaya près des remparts de la ville, tout 
près de l'oued Mzab. 

ou toufret, celui aux mèches de cheveux (qui tombent le 
long des tempes). 



(a) Depuis l'annexion française, les Mzabifes appellent les Français 
ougg ouaman ne temourt taberchant, chrétien du pays noir. 
CL p. 32. chrétien, France. 

(1) de l'arabe v-*- 



(2) de l'arabe ïj LI\.* 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPIJLAÎRES 45 



Noms propres 

La plupart des noms propres mzabites sont arabes. Les 
mots o (fils) et son pluriel ^'^J se rendent par les mots 
berbères ou (fils) plur. taroua. Ex.: Mousa fils de Amor Mousa 
ou Amor. Mousa et Brahini fils de Aisa Mousa d Brahim 
taroua n Aisa. vJ>à.j (lille), entre deux noms propres, se rend 
par iiii au singulier et id illi au pluriel. Ex.: Aicha fille de 
Mousa Aicha illi s ne Mousa. Aicha et Mariama filles de 
Sliman Aicha d Mariama id illi ne Sliman. 



Noms d'action 

Le classement méthodique des noms d'action de tous les 
dialectes berbères, étudiés jusqu'à ce jour, est encore à faire. 
Cette tâche présente, il est vrai, de réelles difficultés, car le 
jô~^j> berbère semble être rebelle à toute classification. Dans 
le dialecte que j'étudie ici, un a placé devant le radical et un i 
suffixe constituent la forme la plus fréquente des noms d'ac- 
tion ; mais que d'exceptions à cette règle ! Voici quelques noms 
d'action que j'ai relevés dans le dialecte des Beni-Isguen : 

Amentri demande (de emter demander). Amenr'i rixe (de 
mener' f-e battre). Azoummi succion (de zoumm sucer). Azouni 
partage (de zou7i partager). Akli divorce (de ekli divorcer). 

Akeffi cécité (de akeff être aveugle). Cf. ^ ^^if et v^j?^^^). 

Assououi rôtissage (de ssoue rôtir). Abbar ébullition (de aber 
bouillir). Attaf entrée (de atef entrer). Akmaz grattage (de 
ekmez gratter). Azda mouture (de ezd moudre). Ardha pet 
(de erdh péter). A7''a préhension (de ar prendre). Amjer 
moisson (de emjer moissonner). Asousem silence (de sousem 
se taire). Anr'a meurtre (de ener' tuer). Arraf torréfaction 
(de aref torréfier). Ammouejjej surdité (de emmouejjej être 
sourd). Ourar jeu (de rar jouer). Ik'k'a coït (de ek'k'i coïter). 
Idhes sommeil (de et't'es dormir). Tisertchas mensonge (de 
sérielles mentir). Tk'ououVt'ift piqûre (de sk'ouel'Cef piquer). 



46 LES BENI-ISGUEN (mZAB) 

Ter'arit course (de r'ar courir), de l'ArabejU. Oufouz masti- 
cation (de effez mâclier). lichcha mangerie (de cchch manger). 
Eddagget combat (de eddag combattre), ar. vulg. ^j^'-x". 
Ekliou toux (de eklioii tousser), ar. vulg. <:- . 



TRADITIONS POPULMKES DES BENÏ- 
ÏSGUEN (1) 



I 
Tamechchit 



Tamechchit si iiiour' teh'kem (2) azman (3) amezouar, asen 
d sen cdjdjen temousni vers. Touch as elliak'k' (4) i bah (5) n 
elh'ak'k' (4). Ir'adh (6) it Ui'al (7) i ouidhidhen. Achcha inna 
ias i ourfig (8) es: « Anedouel r'el temousni. » — Inna ias : 
<i ma âlih{9). »Ezouan. laouikadoum{iO)ouounniilla lach{li) 
r'ers elh'ak'k (4). Inna oui es : « Batia ou aiitouchielh' akli (4), 
at efler' s oukadoum (10). )) Ezouan. Aoudhen tamechchit. 
Tenna iasen tamechchit: « Rel mani ittousim?)) Inna ias : 
a Nous ed r'el temousni. » — Tenna iasen : « Iak (12) .' OucJtir' 
aoitm elh'ak'k' (A) ass'imiat ! » Inna ias oun^ii illan lach (11^ 
r'ers elh'ak'k' (4) .• « Oucli. id elli.'ak'k' (4), emmer' am efler' s 
oukadoum (10). » — Tenna ias : « Ezzeman (3) n ousousem. 
Oui innan elh'ak'k' (4) ad immet ! » 

Si ouass enni, boukkechen (13) essedjour (14) d idr'ar'en d 
elh'aouaich (15). 



(1) Les mots d'oi'igine éirangére seront relevés dans les notes. Les 
termes employés par les Arabes algériens seront désignes par les lettres 
A. V. (arabe vulgaire). 

(2) S=i. (3) v-^ ('i) ^4^ précédé de l'article arabe. (5) ^^_^1 , j^l , 
j-> A. V. (6) isi-ù (7) jL=v avec l'article arabe. (8) ^4-?j , ijt-'r?) 
(9) Ajvic L.;» (c'est bien, soit, vooutiers). A. V. (10) jjiLs (binette A. V,) 
(11) ^.L^ (12) CJ'L.; altération de ^^fL; f quoi ! (interjection). 

(13) ^,^ , rr^^ -^^ ^'- <^1^) tsr-^ (15) A^l^Aa plur. ^.;L»A. V. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 47 

LE FIGUIER (a; / u^^uM<u.ù^ .-- 

Quand le figuier rendait la justice au temps passé, deux 
hommes vitirent plaider devant lui. Le figuier donna gain de 
cause à celui qui avait raison. L'autre homme s'irrita. Le len- 
demain, il dit à son adversaire : « Retournons devant le juge. » 
— Bien, dit l'autre. » Ils partirent. Celui qui n'avait pas raison 
emporta avec lui une hache. Il disait en son cœur : « S'il ne 
me donne pas gain de cause, je le fendrai avec la hache. » Ils 
partirent. Arrivés auprès du figuier, celui-ci leur dit : « Où 
allez-vous ?» — Nous venons devant la justice. — Gomment ! 
Hier j'ai jugé votre procès. >) Celui qui n'avait pas raison lu^ 
dit : « Donne-moi gain de cause, sinon je te fends avec la 
hache. » — L'heure du silence a bonné, dit le figuier. Quicon- 
que (à l'avenirj dira la vérité, périra. » Depuis ce jour-là^ les 
arbres, les pierres et les animaux sont muets. 



II 
Ardjaz irsin ouah'des (16) lekhla (17) 



Ittour' ezzeman (3) amezouar iggen ouardjaz r'ers sa ne 
bourekhs (emmer' sa n elouachoul). Rers taiziout ; nettaha 
teh'kcm (2) i ouitli en baba (5) s. R'ers sa iidan, idjdji ten 
tamefmourt (18), doug ouass ittajja ten iamet' mourt (iS) ; dedj 
idh itceyyib (19) asen. Koull (20) ass itmouda iasen tzioua 
ououchchou d ououfritch. Asen d at âmmi (21) s bac/i (22) at 



(a) Dans mes traductions, je me suis attaché à reproduire textuellement 
les documents berbères inédits qui font l'objet de cette étude. On aura 
ainsi une image fidèle du style ra«abite, qui manque absolument d'am- 
pleur. La phrase est sèche, courte, monotone. Ge langage est resté tel 
qu'il était sans doute il y a des milliers d'années, c'est-à-dîi'e sobre d'ima- 
ges et de synonymes, n'ayant manifestement subi ni les ornements des 
rhéteurs ni les arguties des grammairiens. 

(16) J^j (17) iU (18) ^*i , 'éjj^L- (19) _,U 2« f. \_.,"^ A. V. 
(20) 3-^ (21) :^ (22) J:h A. V. 



iS LES BENI-ISGUEN (mZAB) 

akren ; oui nejjemen (23). las ed imdebher (24) ennesen, inna 
iasen : Sennet as okkozet temeroum tr'allet t chared touinas d 
irdjazen hach (22) at tenr'erti ; altaoulm aitli s. » — Ennan as : 
(S. Ma âlih (9). » Ennen, ezouan. Ass enni iaoudhen r'ers, ier- 
geb (25) ten s baid (26). Inna iasen i taroua s : a Etcheret 
atennem, » \Ennen. InnaHasen : a Oula d iggen sedj ouem oui 
ichchit eloudjeh (27) r'i (28) batta ennir' aoum. » louaçça (29) 
mis : « Quel tceyyib (19) i idan r'i (28) hatta tergebed (25) ass 
d amok'ran.Dikessaâ (30) clib (19) asen.» Ezouan. Imlaga (31) 
maâ (32) lâdou (33). Inna iasen : « Gerrebet (33). Batta tekh- 
sem9 Tekhsem atechclieni? la llahou (34) r'eZ taddart. Tekh- 
sem d aitli ? Chetai d r'er ououni ; aouit\y> — Ennan as : a Ou 
yier'ris oula Ih'aiit (35). Nekhs t'a tchroum etch. » — Inna 
iasen : « H'addet (36) iman ououm ! » Oui r'isen. Ih'add (36) 
in s cheriàit (37) chared titchehal. Oui r'isen. Ennan as : 
Ououet firnan etch. » — Inna iasen i taroua s : « K'abelet (38) 
s ebid (26). » lououet netta amezouar, iououet f ouàddis ; 
iekhboV (39) tamourt. Ikemmel{4:8) memmis ; iououet ouidhid- 
hen. Manetch iououet babas (5) iououet r'a netta memmis. 
Khabodhen (39) sen. Kemmelen(iff) tarouas idhidhnin; Kheb- 
dhen (39). Elh'açoul (41), okkozet teiucrouin d ardjaz ikhab- 
dhen (3U).iEk''k'iment (42; ed tir'allin ennesen di inni. ler- 
geb (25) ass d amok'ran, izagga (43) ; « Mesâouda (44) illi / » 
Si tsell iilis, tciib (19) ase^i i idan. Aoudhen d iidan r'er sen ; 
âden (45) iidan enni, ounni it't'fen, enren t. Irouel làdou{3'3i). 
Elh'agen (46) ten iidan. Ardjaz enni, netta tarouas, 



(23) ^^'' A. V. (24) ^O ,jZj..^ (25) ^_^j (26) ^x^ , j..*; 
(27) A^j A. V. (28) abréviation de ..c (29) ^.^j 2^ f. ^^j A. V. 
(30) AxL*J! vjXr;») A.V. (31) ^i..' précédé du ^ de la 2" forme berbère. 
(32) 5^/ (33) !jx , _5j.c (33)tL*3 A.V. (34) i^î L A. V. (35)i.=v 
A.V. (36) 1-=. (37) ^j-i, , :(-x.^^.i (38) J_.-i 3^ f. JiLi A. V. 
(39) L^ A. V. (40) J^r 2e f. J._;_^ A. V. (41) J^^ , J-UJ] 
A.V. (42) ^Li (43) Uj 2« f. 3j A. V. (44) -<L^j.x.^.^ (45) >5Lr) 
(46) ^' 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 49 

goouden (46) tir'allin enni r'el taddart. Aouodhen elâdou (33) 
enni l (47) e/ieZ(48) ennesen. Ennan asen at âmmit CHi) ensen : 
s Ba illan doux (49) flan (50) ?» — Ennan asen : « Nek'k'im (42) 
ed ri (28) nechnin ; idhidhnin emmouten (51). » — Ennan 
asen : a Oui ten nenr'in? » — Ennan asen: « Ardjaz ar' en 
touznem r'ers ; netia tarouas d iidan es, netnin iten nenrHn. » 
Eteheren, ennan : As nejedded (52) clr'achi (53) ouidhidhen. » 
Itclier ed iggen ououssar, inna iasen: « Ou as tek'addim. (54) 
oula (55) d elWaiit (35). Elcherel, çalh'et (56) ma«s (32). £a(fa 
ot// terissem^ altnedemeni (57) /" en-aii (58) oiiouem. Batta 
tezouim as, aoum ik'dlia(59) gaâ (60) / î Eicheren, ar'enaoual 
n ououssar. Ennen, ezouan as elmiâd (61); aouodhen dis. 
lennou nelia tarouas; ilaga (31) iasen, inna iasen: a Batta 
tekhsem ? o — Ennan as : « Nous ed a^ineçlah' (56) maâ (32) 
tdi. » — Inna iasen : « Oui celh'e/ (50) niaà (32) oum r'i (28) 
?>a(to tendhïem midden ouoiim. Dik essaà (30), ad celh'er' (56) 
waà (32) ououm. » Etcheren d. endhelen wiedden ennesen. Si 
k'edhan (59), iaoui ten r'el taddart. Jdjdja asen ar'ejjar. Si 
r'ovjjeren, ennan as : « la llali (34) ! attersed maâ (32) ner. » 
Inna iasen : « Oui r'isser'. Ad ek'k'imer' (42) r'i (28) nec/i 
taroua ok. » — Ennan as : « £/r'a (62) â?a (63) khir (64). » — 
Inna iasen : « ^ouii tir'allin ououem. » louch asen okkozet 
temerouin tr'allet ennesen, inna iasen : « Tir'allin ou n imed- 
doutchal ennououm inimouten (pi).y> loiiintent, ek'dhaânÇGô). 
Aouodhen tiddar ennesen. Ennan asen at âmmit {2i) nesen : 
« Tir'allin ou? » — Ennan asen: a Tir'allin n enni inimou- 
ten (51). » — Ennan asen: a Batta aoun inna'? » — Ennan 
asen : « Oui ir'r'is ad ias maà (32) ner'. Inna ianer' : Ad 
ek'k'imer (42) daninech taroua ok. » Ardjaz enni ik'k'im (42) 
di inni ouah'des (16) netta tarouas, al ass ennii immout (51). 



(46h) ^Li 2« f. ^y (47) J (48) J:^! (49)^3 plur. ^^.3 (50 j^a 
(51) wL^ (52) 1:^ 2c f. û !x-:^ (53) l^t , ^Lc A. V. (54) ^xJ 
2° f. A_3 (55) y ^ (56) <r--^ 3« f. ^■'L_^'(57) ,y-> (58) ^îj 
(59) ^h A. V. (60) p Is A. V. (61) j._£^ , ^L;r^/ A. V. (62) i; 
(63) > (64) jU ,^,^ (65) ^i» 



50 LES BENI-ISGUEN (mZAB) 

II 

L'HOMME CAMPÉ TOUT SEUL DANS LA CAMPAGNE 



'ftbvMti fiL(nJi^ku'. Il y avait au temps jadis un homme qui avait sept fils; il 
avait une fille. C'était elle qui administrait la fortune de son 
A/tiii'tuui^/tïîi^.. père. Cet homme avait sept chiens, il les gardait dans un silo; 
pendant le jour, il les laissait dans le silo, la nuit, il les lâchait. 
Chaque jour il leur faisait cuire un plat de couscous et un 
mouton. Ses proches parents vinrent pour le voler. Ils ne le 
purent point. Leur conseiller vint et leur dit : a Faites monter 
contre lui quarante juments et trois cents piétons pour le tuer 
et prendre sa fortune. » a C'est bien, dirent-ils. » Ils mon- 
tèrent à cheval, ils partirent. Le jour où ils arrivèrent chez cet 
homme, celui-ci les vit de loin. Il dit à ses fils : « Levez-vous 
et montez à cheval. » Ils se mirent en selle. Leur père leur dit : 
« Aucun d'entre vous ne fera feu que lorsque je vous le dirai. » 
Il fit à sa fille ces recommandations : a Ne lâche les chiens que 
lorsque tu nous verras en danger (a). Alors tu les lâcheras. » 
Ils partirent. L'homme se rencontra avec les ennemis. «Appro- 
chez, leur dit-il. Que voulez-vous ? Voulez-vous manger? Allons 
à la maison. Voulez-vous ma fortune? la voici devant vous, 
prenez-la. » — Ils lui répondirent : « Nous ne voulons absolu- 
ment rien ; nous ne voulons que ta tête (b). y> — Il leur dit : 
« Eloignez-vous (c). » Ils ne voulurent pas. Il les pria de s'en 
aller au nom de la religion (du Prophète) à trois reprises diffé- 
rentes. Ils ne voulurent pas et lui dirent : « Défends-toi (d). » 
— Il dit à ses fils : « Tenez-vous à l'écart. » Il frappa (l'ennemi) 
le plus rapproché, l'atteignit au ventre et le lit tomber par 
terre. Son fils (aîné) fit feu à son tour (e) et frappa un autre 
(ennemi). Comme avait frappé le père, frappa aussi le fils. Ils 
firent tomber deux hommes. Les autres fds tirèrent à leur 
tour et abattirent des ennemis. En un mot, ils firent mordre 
la poussière à quarante hommes. Leurs juments restèrent là. 
L'homme voyant grandir le danger (Cfn. A),cria: « Mesaouda, 
ma fille ! » Dès qu'elle l'eut entendu, elle lâcha les chiens qui 



(A) littér. Que lorsque tu aui'as vu le jour grand. (B) liUér. Ton cou. 
(C) litlér. Tene:-vous dans vos limites. (D) littér. Frappe pour toi- 
même. (E) littér. compléta. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 51 

arrivèrent près de leurs maîtres et se mirent à tuer tous les 
ennemis qu'ils saisissaient. Ceux-ci prirent la fuite, poursuivis 
par les chiens. L'homme et ses fils conduisirent les juments à 
la maison. Les ennemis étant arrivés dans leurs familles, leurs 
parents leur dirent : « Où sont tels et tels? » — « Il n'y a que 
nous qui restions ; les autres sont morts, répondirent-ils. » — 
Qui les a tués ?» — Ils dirent : o: L'homme que vous nous avez 
indiqué, c'est lui avec ses fils et ses chiens qui les ont tués. » 
Ils se levèrent et dirent : « Envoyons-lui de nouvelles troupes.» '^^^^.^^C'^^jl ^v<a.. 
Un vieillard se leva et dit : « Ne lui envoyez absolument rien. "hi^^Âtt^*^ l 'h^nt^.- 
Allez et faites la paix avec lui. Si vous refusez, vous vous 
repentirez de votre décision. Si vous marchez contre lui, il 
vous anéantira tous. » Ils se levèrent et suivirent le conseil du 
vieillard. Ils montèrent à cheval et envoyèrent à l'homme une 
députation. Les ambassadeurs arrivèrent chez lui. L'homme 
monta à cheval avec ses fils, alla à leur rencontre et leur dit : 
« Que voulez-vous ?» — Ils répondirent : « Nous venons faire 
la paix avec toi. )-> — -Je ne fei' ai la paix avec vous, leur dit-il, 
que lorsque vous aurez enterré vos gens. Alors je ferai la paix 
avec vous.» Ils se mirent aussitôt à ensevelir leurs gens. Quand 
ils eurent fini, l'homme les amena à la maison. Il leur fit à 
déjeuner. Lorsqu'ils eurent déjeuné, ils lui dirent: «Allons! 
viens camper avec nous. » Il leur dit : « Je ne veux pas. Je ne 
demeurerai qu'avec mes fils. « Ils lui dirent: «Adieu (F)» — 
« Emmenez vos juments leur dit l'homme. » Il leur donna 
leurs quarante juments en leur disant : « Ces juments appar- 
tiennent à vos compagnons morts. « Ils les amenèrent et par- 
tirent. A leur arrivée chez eux, leurs parents leur dirent: 
« Ces juments (g) ! » Ils répondirent : « Ce sont les juments de 
ceux qui ont péri. » — Ils leur dirent : « Que vous a-t-il dit ? « 
— Il répondirent : «Il n'a pas voulu venir avec nous. Il nous 
a dit : Je resterai ici, moi et mes fils. » fCitù-u^* <■ -^ ^/-t ^ 

Cet homme resta là tout seul, lui et ses fils, jusqu'au jour où 
il mourut. 



(F) littér. Porte-ioi bien. (G) lillér. sous-rntendu : A qui sont-elles 



52 LES BENI-ISGUEN (mZAB) 

III 

Oudhan at ichcharen f at Berrian 



Assougas meraouat îouinasettamettouinasdseçcettctnerouin, 
tarikh (66) n at ouaman, si oudhan at ichcharen f at Berrian, 
oudhan r'efsen elrahet (67); ehhin isemmoura n elr'ahet (67). 
Egdhaân (65) maâ (32) Tlat (68) n at hgen, egdhaân (65) 
niaâ (32) louad (69), egdhaân (6o) maâ (32) Tiourarin, atfen 
maâ{3'2) Ouzouil. EfVefen ahrid, aoudhen elouad (69) n Ber- 
rian, egdJtaân (65) r'el r'ahel (67). Ousind midden âmren(70) 
eh\abet (67); oudhan ref sen. Bedan (71) midden seroualen 
tisednan ennesen. Oudhan ref sent at ichcharen, ârran (72) 
mennaout tesednan ; ettesen asent tiouinas (73) s temezr'in 
ennesent, ettesen asent ouzlan s idharen ennesent. Dik essaâ{20) 
oudhan r'ef sen at our'erm, setchcherén ten se inni, sioudhen 
ten s Soudan (74). Itchcher e'zzega (43) ar'rem. Edououlen d 
midden, iouodhen d imi n elhab (75) n temdint (76). At ich- 
charen elh'agen (46) ten s elr'ahet (67). Ouchin ass maâ (32) 
sen al d dedj idh. Atfen at Berrian r'el temdint (76). Ek'k'eseri 
elhiban (75) Etchchren, arin sen tikirdhaouin (77) ; igget r'el 
Ter ardait, igget l at Isjen. Ennan asen : « Azent aner' hessi n 
elr'achi(b3). » Etchcheren at Isjen, ct'elben{18)tamejdida (87 his): 
« Oua r'a nezoua i Rehhi (79)? )) Djerouen charct touinas d 
ardjaz, ennan asen : aR'ehechcha, in cha Allah (SO), attezouim 
attaâounem (81) at Berrian. » Etchcheren at Ter'ardait, dje- 
rouen r' netnin, azenn asen ehnah'allet (82). Azenen at Tef ar- 
dait i at ichcharen, ennan asen : «c At lesjen ellanousin d. Ast 
ed si inni, nechnin sia. Annedjdj at lesjen amrnas hach (22) 
aten nener\y> Tas ed tekirdha (77) s Berrian i at Isjcn, ennan 
asen: uKetter kJtir koum (83) / Lakaner' nerna cher'ol (84j 



(66) ^jî , ^.jlJ (67) X_,>Lr (68) ^.-IJ (69; ^^\j , j?^, 
(10)j.^-c (71) 'î J-^ (72) ^j.c 2« f. ^}c (73) ■l^>}j plur.^^Lv, 
A. V. (74) ^J^J-*- (75) ,_;L,' plur. ^U; (76) a;.:^/ (77) ^.t'S 
(78) ^il (79) S) (80) ^^ ^L^ J (81) J.C 3e f. ^.Ic (82) J^ , 
Al^^ A. V. (83) <j^ (iS^])yS (84) ^Ujl. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 53 

enner\ Chetcltouim, a at Isjen, ellan ekhsen ai Tererdait d at 
ichcharen aoun khedaân (85). Atni tousim d, aoun edjdjen 
ammas, aoun cnr'en at ichrJiarendat Ter'ardait, ousselam (86). » 
Si àzzemen (87) at hjen tekirdliaÇll) asen d ousin s Beriaii, 
k'bnen (42) tiddar ennesen, oui ezouin. 



III 
EXPÉDITION DES CHAAMBA (a) CONTRE BERRIAN (b) 



L'an mil huit cent soixante de l'ère chrétienne, quand les 
Ghaàmba tombèrent sur les gens de Berrian, ils les assaillirent 
dans les jardins dont ils emportèrent le mobilier (c). Ils 
passèrent près du Tlat (d) des Beni-Isguen, longèrent la 
rivière, passèrent près de Tiourar'in (e), s'engagèrent dans 
l'Azouil (f), et, poursuivant leur route, ils parvinrent à l'ouad 
Berrian. Ils se dirigèrent vers les jardins, y trouvèrent les 
gens qui les habitaient et se jetèrent sur eux. Les gens (de 
Berrian) se mirent à faire sauver leurs femmes. Les Chaâmba 
se jetèrent sur elles et en dépouillèrent plusieurs, leur enle- 
vant les boucles d'oreilles de leurs oreilles et les périscélides 
de leurs pieds. A ce même moment, les gens de la ville tom- 
bèrent sur les Ghaàmba, les chassèrent de là et les repous- 



(85) p J-i. (8Gj ^l_^.'l j (87) ^jx ? (SI bh) Hltération de TAi-abs 

(A) Tribu du sud algérien dont les terres de parcours s'élendent du 
Mzab au pays des Touaregs. At ir/ic/iaren (ceux aux cordes) tevine 
d'argot mzabite, que désigne les Clbaàmba qui fabriqiunt toutes sortes de 
cordes. (B) Ville du Mzab. ((;) Beaucoup da Mzabit> s passent les fortes 
chaleurs de l'été dans des maisons de campagne situées dans des jardins 
avoisinanl les villes. Les Ghaàmba firent main basse sur les objets qui se 
trouvaient dans C''s maisons. (D) Tlat, nom donné aux jardins des Beni- 
Isguen. (E) Tiourar'in signifie dattes. Ce nom désigne ici uu endroit, 
couvert de dattiers, distant d'un kilomètre de la ville des Beni-Isguen. 
Ces dattiers n'appartiennent à personne. (F) Azouil. nom d'un ravin tri- 
butaire de l'ouad Berrian, ainsi nommé, jarce qu'un (•eriain A^ouil y creu- 
sa jadis un puits. Azouilest à trois kilomètres des lieni-I.'^giien. (Vi) Sou- 
dan, nonj d'une grande plaine à deux kilomètres de Berrian. (H). Littér. 
Ils donnèrent. 



54 LES BENI-ISGUEN (mZAB) 

sèrent jusqu'à Soudane (g). Des cris s'êlevant dans la ville, les 
gens (de Berrian) revinrent vers elle et arrivèrent au seuil de 
la porte de la ville. Les Chaàmba les rejoignirent dans les jar- 
dins. Ils combattirent (h) ce jour-là avec eux jusqu'à la nuit. 
Les gens de Berrian entrèrent dans la ville, fermèrent les 
portes et se mirent à écrire deux lettres ; une àR'ardaya, l'au- 
tre aux Beni-Isguen. Ils leur disaient : « Envoyez-nous un peu 
de monde. » Les Beni-Isguen se levèrent et demandèrent dans 
la mosquée : « Qui ira pour l'amour de Dieu?» Ils réunirent 
trois cents hommes et leur dirent : « Demain, s'il plait à Dieu, 
vous irez porter secours aux gens de Berrian. » 

Les gens de R'ardaya se levèrent. Eux aussi se réunirent. 
Ils leur envoyèrent une colonne. Ils envoyèrent (un messager) 
aux Chaàmba pour leur dire: « Les Beni-Isguen viennent. 
Venez de là-bas et nous (nous viendrons) d'ici. Nous mettrons 
les Beni-Isguen aux milieu pour les tuer, » Vint une lettre de 
Berrian aux Beni-Isguen ainsi conçue : « Que Dieu augmente 
votre bien (merci). Nous avons vaincu notre affaire (nous 
sommes vainqueurs). Vous, Beni-Isguen, les gens de R'ardaya 
et les Chaàmba veulent vous trahir. Si vous venez, ils vous 
mettront au milieu et ils vous tueront. Salut. » Quand les Beni- 
Isguen eurent lu la lettre qui leur était venue de Berrian, ils 
restèrent dans leurs maisons et ne se mirent pas en marche. 

IV 
Ouar d Our'ioul 

Onar inna ias ii/g ouass i our'ioul: Ouch i iabejna tcJi; at 
echclief\ acii ouchei''.iôuiar(S8) en temz'ui. » — Lina ias our'i- 
oul : Baâd CiG) fa lecitdied tahi'jnaok, ouar a nechch timzin- 

ou? 

IV 

^LUaj^.^ LE LION_ET_L'ANE (a) 

Le lion dit un jour à l'àne: « Donne-moi ta tête ;je la mange- 
rai et je te donnerai (ensuite) un çaâ (quintal) d'orge. » 

(88)jL. , ,L,. 

(A) Voir mes Légendes et Contes merveilleux de la Grande Knhylie. 
3- fascicule, 11°'^. l'aris. E. Leroux. KS95-iu-8'. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES OD 

L'âne lui répondit : « Après que tu auras mangé ma tête, 
qui mangera cette orge '? d 

V 
Ouggôuban (89) d ougouchchareu (90) 

lous ed ougouehcharen. d edhdltif (91) ver oaggônban (89). 
las ed ougoHcJicharcn issers tazdelt en iiazit tahejna mammas, 
ionet et s elh'ahbci (92) en houldoun, it'eyyer (93) t s tebejna 
mammas. las ed ouggâuban (89), inna ias : a k'aim (42) 
alechched. » las ed ongechcharen, iebbi tar'endjait, idjdji t 
ver l imis. las ed ouggôuhan, iouet et s eWabbet (92) n boul- 
doun, it'egyer (93) as t s ouanbour nés. Ou us içar (94) oula (55) 
d elliaiit (35). 

V 

LE MZABITE ET LE CHAAMBI 'U^tMïii^ÀMo^,^ 

Un Chaàmbi vint en qualité d'hôte chez un Mzabite. Le r 

Chaâmbi alla placer un os de poule sur la tête de la mère du 
Mzabite et tira sur cet os un coup de fusil chargé à balle (a). 
Il fit voler l'os loin de la tète de la mère du Mzabite. Celui-ci 
vint et lui dit . « Assieds-loi pour manger. » Au moment où 
le Chaâmbi levait la cuillère et la mettait dans sa bouche, le 
Mzabite tira sur la cuillère un coup de fusil chargé à balle (a) 
et la fit voler loin des lèvres du Chaâmbi sans lui faire aucun 
mal (b). 

VI 
Ichemjan d idbab (5) ennesen 



Zeman (3) arnczouar, tour'en sennet temeronin d irdjazen 
Ouad (69; Mzab ; r'er sen sennet temerouln d ichemjayi ; r er 
sen {^cnnet temerouin tiziouin. Etcheren d ichemjan, ennan 
asen i 'vibab (5) ennesen : « Anemlelcht anar' idillit ououm. » 
Etchcven d at lôuhan (89), khammen (95)-maà (32) tibejniouin 



(89) voirpa-e 1. (90; Cf. conte III A. (91) ^_^l-<^ , ^_^c:^ (i^'^) 
^.^, :C^ A.V. (93)jLi 2e f. A (94) :.^ (95) îi. 2e f. ,1^. A. V. 

(A) liuér : il le fy^appa avec une balle de plomb. (A) carabine. 
(B) litlér : il ne lui aigrira rien. 



56 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

ennesen, ennan : a: Kifach (96) lernr (97) ou illan 9 Ichemjan 
khesen ad meltchen idillit enner' ! » Khummen (95) maâ (32) 
iman ennesen : « Betta r'a neijdj maâ (32) ouamm ou ? » 
Itcher d amok'ran ennesen, inna : » Aten nennar'. Balta nejj 
in, ad aouin idillit enner' s our'il. Eicheret, ia Llahou (34) / 
aten nennar, annrah' (98) si isen, ia. Llahou (34) ! asen nini : 
v( la Llahou (34) / ad naoui isr'arcn hach (22) annedjdj elârs 
(99). » Djerouen iman ennesen, ennan : « Koull (20) iggen 
oui inir' ichemj es, ad iner' ichenij n oumdoutchel es hach (22) 
oui icheffeg (100) r'efs. » Asen d, âmmren (70) idk'arahila (a) 
ennsen, ezouan ad aouin isr'aren. Sioudhen Ir'abet (67) n isr'- 
aren, djerouen isr'aren, edjdjen ten tizedmln. Koull (20) iggen 
ichemmer tazdemt f ichemj es. Tdjouren, egdhaàn (65), 
aoudhen azdjen ououhrid. Koull (20) iggen iferrer' (101) 
ichemj n otimeddoiUchel es. Enner'en ten, ejjen ten diinni, 
ezouan r'el temdint (76), eddahanten. Ennan : a EWamdou 
Llah (102), s ar' enni hennet (103) Rebhi (79) si isen. 



VI 
LES ESCLAVES ET LEURS MAITRES 



Au temps passé, il y avait vingt hommes des Beni-Mzab (a) ; 
ils avaient vingt esclaves et vingt lilles. Les esclaves se 
levèrent et dirent à leurs maîtres : « Mariez-nous à vos filles. » 
Les Beni-Mzab se mirent à réfléchir, a Quelle est cette afi'aire, 
se dirent ils ? Les esclaves veulent épouser nos filles ! » Et ils 
pensèrent en eux-mêmes : « Comment ferons-nous en cette 
occurrence ? » Leur chef se leva et dit : « Nous les tuerons. 
Si nous les laissons, ils prendront nos filles par force. Levez- 
vo s, allons, tuons-les ; nous serons débarrassés d'eux. Allons 
leur dire : « Allons chercher du bois pour préparer la noce. » 



A. V. (96) ^i. C;\ oO - , ;^.Lq.S prononcé à la mode algérienne. 
\ / y5 '"•-' ^»— '•• ^ 

(97) yÀ précédé de l'article arabe. (98) -^ ^ j 2 «f. ^'.j A. V. (99) ^ ^jC 
(100) ^J^t, (101) Lj3 2« f. i-js (102) aL' j.^^-'I (103) Lj» 
"(A) C'était l'époque où il n'y avait encore que 2J Mzabites 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 57 

Ils se rassemblèrent et dirent : « Chacun ne tuera point son 
esclave, il tuera l'esclave de son compagnon afin qu'il n'ait pas 



pitié de lui. » Ils vinrent, ils chargèrent leurs carabines et 
allèrent chercher du bois. Ils arrivèrent à la forêt, ramassèrent 
du bois dont ils firent des fagots. Chacun chargea un fagot 
sur son esclave, ils partirent et cheminèrent. Ils arrivèrent à 
mi-chemin et chacun déchargea son fusil sur l'esclave de son 
compagnon. Ils les tuèrent et les abandonnèrent là Ils allèrent 
à la ville, tranquillisés. Ils dirent : « Louange à Dieu puisque 
Dieu nous a délivrés d'eux ! » 



VII 

Ar'erda n ouh'affaf (104), ar'erda n teh'anout (105) elât'riet (106) 



Ar'erda n ouh'affaf (104) iârat'' (107) ar'erda n teh'anout 
(105) elât'riet (106), i7ina tas : a Eijya (108) edhdhef (91) d 
r'eri. » lezoaa, niaâ (32) s l teh'aiioul flOo) n elât'riet (106). 
hina ias : « Ergeh (25) baita r'eri ; » inna ias : « r'eri kaou- 
kaou (109) d ezzebib (110), tini d imechchan. » Jbda (71) 
ar'erda n teh'anout (105) elât'riet (106) itlerar animas en teh'- 
anout (115j. Akh iedjdjen bab (5) en teh'anout (105) ibna (111) 
ias elmecidet (112) ; ioudha animas es. leroucl ar'erda n 
ouh'affaf (iO^) , izoïiar r'el teh'anout (lOô) n ouh'affaf (iOA), 
Hier' elmileg, inna ias i oui es : « Ad eller'er' elmileg (113) 
ad et't'eser' niehenni (103) / » 



VII 

LE RAT DU BARBIER ET LE RAT DU MAGASIN /*^^^*^ 

D'ÉPICERIES ^tîlL'-^^oL -^uZà^PHiiU, 



Le rat du barbier fut invité à un repas par le rat d'un maga- 
sin d'épiceries, qui lui dit : « Viens manger chez moi. » Il alla 



(104) ^-^ , ^_9l~?-=^ (105) Oj-iL^ (106) ^ic (107) j=,jo 
(108) L!î a. V. {m)J^jJ A. V. (110) ^ _.-; J (llj) .Jo 
(112) ^U , ïj.^/ (113) ^ A. V. 



58 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

avec lui à l'épicerie et il dit : « Vois ce que j'ai. » Il dit : 
« J'ai des cacaouètes (a), du raisin sec, des dattes et des 
figues ! » Le rat de l'épicerie se mit à danser au milieu de la 
boutique. Or, voici que le maître de la boutique lui avait 
préparé une souricière dans laquelle tomba le rat. Le rat du 
barbier prit la fuite. Il alla à la boutique du barbier, il lécha 
la pierre à aiguiser les rasoirs, disant en lui-même : « Je 
lécherai la pierre à aiguiser et je dormirai tranquille. » 



VIII 
At les j en tour'en d elâdou (33) maâ (32) at Melitchet 

Tour'en at Melitchet Kagaren (114) at lesjen zernan (3) 
amezouar. Aden (45) at Melitchet taou'in d 1er bar (115), kellin 
t at lesjen. lous ed iggen s eddaharet (116), iemletcJi. Ik'k'im 
(42) i imi n elhah (75) n elkhouîdit (117), ijemii ahhciiirt (118) i 
tmeVtout es. las ed adhefli (119) s at MelUchet ioui d tar'cnnet 
n elr'ehar (115j. Inna ias ourdjaz enni : o Oaekhkher (120) 
bessi r'el dinnat. » legdhà (65) adhefli (119) enni, iah'ger (114) 
t ; iaouodh at Melitchet, inna ias i tahas (5) : « Chetou haita 
inna i ouisjen, inna i : Ouekhkher (120) hessi rel dinnat. » 
— Inna ias babas (5j i oudhefli (119) : « R'ar (121), âmmar 
(70) tar'ennet n elr'ebar (115) lllan dis aman, s taouit et, s ar' 
ach Uni : Ouekhkiier (120), — ferrer' (101) t r'ef s. » lezoua 
adhefli (119), iaoai tar'ennet n elrebar{\\'ô)tebzedj, dis aman, 
Iaouodh at lesjen. S ionedh imi n elbab (75), iouedh idis 
ouourdjaz. Inna ias ouoardjaz enni : « Iak (12), enjiir' atch 
ouekhkher (120) r'el dinnat ! » las ed adhefli (119), iferrer' 
(101) t refs. Itcher ourdjaz, it't'ef adhefli (119), izzoun ijednan, 
iedjdj it tar'ennet, iedjcij it nedj our'ioul, iaoai t al imi n 
elbab (75) n at Melitchet, idouel d al at lesjen. Etcheren d at 



(A) De l'espagnol cacahuète (arachide). Les Arabes ont adopté ce mot 
qu'ils prononcent caoucaou. En Algérie, les Français appellent les ara- 
chides cacaouèie . 

{iU)jè.^ {nb)j,c,jLc A.V. (116) ^^^J= , h^ii A.V. (117)^U, 
^j.=. (118)^_ç-,jLç- (119) J-?-i (120) ^-Ij pour^lî A. V. 
(121)jLé 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 59 

âmmis (21), ennan as : « Tioivid aner'd lehlak (122). » Inna 
iasen : » EVVefet imaoueii ouen, tessey'dem, teCt'efem imi n 
elbab (75). Ennech va aten nek'abel (38). ^) lezouar'el faddart, 
ibhi d sennet Imoukah'el 123), iaoui d tamet'l'out es maâ (32) 
s ; h'add (124) Ik'k'ar tamet'Vout es, h'add (124) ik'k'ar taxa s. 
Jezoaa r'el oumersid ik'abol (38) l al Melitchet. lergeb (25) 
miedden effer'en s al Melilchel s elmoukaK el (123) ennesen. 
Il' V ef amersid s touffaouin iekhbat' (39) tamourt ; iedjdj r'ers 
anekram, inna ias i tmet'foiit es emmer' i tiya s : « loua (125) ! 
âmmer (70) elmoukah'elt (123) ! Batla am izzar eloudjeh (27), 
ou ai tououdjdjed (126) tamrout, ad bedir (71) essedj em. » 
Ibda (11) ichchat ; djemiâ (127) oui d effer'ens imi n elbab 
(75), ikhbof (39). Al igget tilchelt, ik'k'el l ennedj, iergeb (25) 
c/ii/c/i (128) sidi (129) Aisa (130) isses. Inna ias i tmet'fout es 
emmer' i tiya s : a At enr'er\ » Tenna ias : « Nelta batla 
idjdjou ? Aouet ta^nennast barka (131). » louet tamennast ; 
toudha si imis: Inna iasen chikh (12S) sidi (129) Aisa (130) : 
« Eyyaou (108), edouelel, a taroua ouk. Illa ik'der (132), 
Wader (132) d Rebbi (79), ai iner' ; illa ifeyyir (93) i tamen- 
nast si imi ouk. » Edoueln r'el temdint (76). lazen as d chikh 
(128) sidi (129) Aisa (130) essebh'et (133) ci elaman (134), imia 
ias : « I^i/a (lOSj! ach sestner\ » lezoua rel al Melitchet, 
iaouodh dis, lezoua k'ebalaÇ^-i) r'el chikh (128) sidi (129) Aisa 
(130), iiellem (135) r'e/s, ik'klm (42) issaoual maâ (32j s. yll 
igfgref titchelt, ik'k'el rel at les j en, iergeb (25) eddoukhan (136) 
teff'er'ends temejdlda. {87 i3is)Akh iedjdj en d al Melitchet es ouan 
k'arrek'en (137) takhzant (138) en lektoub (139) n etmejdida. 
Inna ias : ec Tekhdaâd (140) i, a c/ii/('/i, (128) sicZi (129) 
iiisa(130)! -a Inna las: « Rouh' (98). Ott ac/i kliedaân (iàO), 



(122) ^-I> , ^lTAU (123) J-^-" , aIs:-^" a. V. (124) proncia- 
tion algérienne de Jl=.Î (125) \j:} A. V. (126) J.=^j 2^ f. j.l_, A. V. 
(127) ^^ , ^.^ (128) ^Li , g-r;-- (129) iU , j,L (130) ^..c 
(131) ^<'y , iT^; A. V. (132) j 3.3 (133) ^>- , iV>- (134) ^À , 
JJ (135) a. , 2^- f. ,L (136) ^v^3 , jU^ (137) ^.^^(laS) 
^j^ , -L'^j.-^ (139) w^^^ (140) ^j^ 



60 , LES ËENI-ISGUEN (MZAB) 

at ikdâ (140) Rehhi (79) / Rouh' (98). Rehhi (79) iaoun iedjdj 
ialini an eddovÂ'han (136) r'el oujenna ! Bcbhi (79) ateri iedjdj 
tout' fan r'el ouaddai an ir'ed ! » Si ouass enni, oui terni tad- 
dart at MeVdchet. Si ouh't (141) enni, oden (45) at lesjen ernin 
tiddar ; tezzaâlek at Isjen al d âdent (45) tiddar r'elant (142) 
dis. Si ouass enni, ikter (143) dis elbenian (111). 



VIII 

LES BENI-ISGUEN ENNEMIS DE MELIKA 



Les gens de Melika avaient sous leur domination (a) les 
Beni-Isguen au temps passé. Les gens de Melika apportaient 
habituellement le fumier et le jetaient chez les Beni-Isguen. 

Vint un homme du nord (b) ; il se maria. Il s'assit sur le 
seuil de la porte des pêchers (c), cousant un foulard pour sa 
femme. Un jeune garçon de Melika vint, apportant un double 
panier ^^,-^j de fumier. L'homme lui dit : « Recule-toi un peu 
là bas. » Ce garçon passa son chemin, se taisant (par mépris) ; 
il arriva à Melika, il dit à son père ; « Voici ce que m'a dit un 
isgueni; il m'a dit: Recule-toi un peu là-bas. » Le père dit à 
l'enfant : « Cours remplir un double panier de fumier conte- 
nant de l'urine. Tu l'emporteras. Quand il te dira : recule-toi », 
décharge-le sur lui ». L'enfant partit, emportant le double 
panier de fumier humide, contenant de l'urine. Il arriva chez 
les Beni-Isguen. Quand il parvint au seuil de la porte, il arriva 
devant l'homme. Celui-ci lui dit : « Hé ! Je t'ai déjà dit de 
reculer jusque là-bas». Le garçon vint décharger le panier 



(141) .j:^j (142) là (li3)yr 

(A) Tel est en Algérie le sens de ^_i_cv duquel découle naturellement 
celui de « mépriser, regarder quelqu'un comme vil ». (B) C'est-à-dire 
« un Isgueni, qui était allé faire du commerce dans le nord de l'Algérie «. 
(C) C'était, il y a un siècle et demi, la porte de la ville des Beni-Tsguen. 
Près d'elle, et à l'extérieur, était un verger de pêchers. La ville s'étant 
beaucoup étendue durant ces 160 dernières années, la jjorte des pêchers 
lut englobée dans les maisons, dont quelques-unes s'appuient encore, 
parait- il, sur sa robuste voûte. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 61 

sur lui. L'homme se leva, saisit l'enfant, le partagea en deux 
moitiés, le mit dans le panier sur l'àne, emmena le tout jus- 
qu'au seuil de la porte de Melika et retourna chez lesBeni- 
Isguen. Ses contribules se levèrent et lui dirent: » Tu nous as 
apporté la mort ! » Il leur dit : « Tenez vos bouches. Taisez- 
vous. Gardez le seuil de la porte. Moi, je leur tiendrai tête. » 
Il alla à sa maison, il apporta deux fusils. Il prit sa femme 
avec lui. Les uns disent que c'était sa femme, d'autres disent 
sa négresse. Il alla à un palmier mâle qui faisait face à Melika. 
Il vit des gens qui sortaient de Melika avec leurs fusils. Il 
saisit le palmier mâle par ses palmes, le lit tomber par terre et 
se fit près de lui un affût. Il dit à sa femme ou à sa négresse : 
« Allons, charge le fusil. Si mon tir va plus vite que toi et si 
tu ne me tiens pas prêt (l'autre) fusil, je commencerai par toi.» 
Il commença le feu. Tous ceux qui franchissaient le seuil de la 
porte, il les abattait. A un moment donné, il porta ses regards 
du côté d'une terrasse et il vit le cheikh Sidi Aisa qui buvait. 
II dit à sa femme ou à sa négresse : « Je le tue. » Elle répondit : 
Lui, qu'a-t-il fait? Vise le gamelon seulement. » Il tira sur le 
gamelon qui tomba de la bouche du cheikh. Celui-ci s'écria : 
« Battez en retraite, mes enfants. Il pouvait (Dieu est le puis- 
sant) ! me tuer ; (il s'est contenté de) faire voler le gamelon de 
ma bouche. » Ils revinrent (a) vers la ville. Le cheikh Sidi Aisa 
envoya à l'homme un chapelet (en signe) d'armistice en lui 
disant : « Viens, je te demande. » L'homme se rendit à Melika. 
Arrivé dans cette ville, il alla directement chez le cheikh Sidi 
Aisa ; il le salua, s'assit et engagea la conversation avec lui. 
Au bout d'un moment, il regarda du côté de la ville des Beni- 
Isguen. 11 vit de la fumée qui sortait de la mosquée. Or, voici 
que les gens de Melika étaient allés brûler la bibliothèque de la 
mosquée. Il dit : a Tu m'as trahi, ô cheikh Sidi Aisa ! » — 
< Pars, lui dit le cheikh. Celui qui t'a trahi. Dieu le trahira. 
Pars. Que Dieu vous fasse monter comme la fumée vers le 
ciel ! Que Dieu les fasse descendre en bas comme la cendre ! î 
Depuis cette époque, Melika n'a pas augmenté d'une maison. 
Depuis ce jour-là, Beni-Isguen a vu ses maisons se multiplier 



(A) Il s'agit des gens de Melika. 



62 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

et elle a pris de l'extension au point que les maisons y sont 
devenues très chères. C'est depuis cette époque que l'on y a 
beaucoup construit. 

IX 
Ouar d ben adem (144) 



Ass enni ouar ikhs ad ihres f ben adem (144), iniia ias i 
mammas : « Ai ie&etchned hen adem (144), » Tenna ias m,am,- 
m,as : « Lach (11) o^ia r'a ennejem (23) fhen adem (144) r'er{'28). 
Rebhi (79) it khalk'en (145). » Inna ias ouar : « La (146) 
kan (147) ai tedjdjed lâouin (148) d ouaman ; ad herser' r'ers, 
at ergeher' (25) manetch idjdjou. » Tetcher mammas, tedjdj as 
lâouin (148) d ouaman. lezoua itJiaoues (149). Imlaga (31) 
maâ (32) oufounas, inna ias : « Chetch d ben adem (144) ? » 
Inna ias oufounas : « Ami ioudha dedj n'er ben adem (144), 
nech ai ir'res, ai iechch, ad issou aissoum, iouk i tefaout, at 
iechch ; chetch, ach iner\ » Izoua ouar, imlaga (31) r)iaâ (32) 
oufritch, inna ias : a Chetch d ben adem (144) emmer' ouhou9j> 
Inna ias oufritch : « Am,i ioudha dedj ner' ben adem (144), ai 
ir'res, ad iechch aissoum iouk; chetch, a ouar, ach iner\ » Izoua 
ouar, hnlaga (31) maâ (32) ouiis, inna ias : Chetch d ben 
adem (144) ennmer' ouhou ? « Inna ias ouiis : « Ami ioudha 
dedjner' ben adem. (144), nech, aiis, ad iedjdj r'efi esserdj (ibO), 
ad ienn dennedj iouk, ad ibda (71) idjerrah' (151) Idjnab (152) 
iouk s errekab (153) emmer' s echchabir (154), ad ibda 
(li) itter'ar {i2i) de7inedj iouk. Ass enni ar' d emme ter' (51), 
ai iekli louad (69), ai ichchen iidan ; chetch, a ouar, 
botta inejjem (23) r'ef tch, ach itier'.y) Izoua ouaouar, im- 
laga (31) m,aà (32) our'ioul, inna ias : « Chetch d hen 
adem (144) emmer' ouhou 9 ce Intia ias our'ioul : « Am'i ioudha 
dedj ner' hen adem (144), nech, ai ar'ioul, ad iedjdj r^efi Iber- 
daàt (155), ad iâd (4?) itchemmer r'efi aman d idr'ar'en ; chet- 



(144) vJi! ^>\ (145) ^é. (146) ^ (147) J^ (148) ..>j^ A. V. 
(149) ^U 2« L ^j=x A. V. (150) ^ _^« (151) ^^=v (152) wv^^ 
plur. wM (153) ^j , wB^ (154)^^-;Li A. V. (155)a«:>^ 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 63 

chi, a ouar, ach iner'. » Izoua ouaouar, imlaga (31) maâ (32) 
Ibr'el (156) inna ias : « Chetchi d hen adem (144) emmer' ou- 
kou? y> Inna ias Ibr'el (156); n Ami ioudha dedj uer' ben 
adem (144), nech, a Ibr'el (156), ai ik'k'en, ad iâd (45) ih'ar- 
ret (157) r'ef i. Ass enni ad k'edhir' (59) elh'art (157), ad 
âder' (45) techemmerer' isr'aren. Chetchi, a ouar, ach iner'. • 
Izoua ououar, nnlaga (31) maâ (32) oulem, inna ias d « Chetch 
d ben adem (144) emmer' ouhou ? » Inna ias oulem : « Ami 
ioudha dedj ner' ben adem (144), yiech, ai alem, ad ichemmer 
r'efi irden eVVemzin. Ass enni ra d h'aceler' (41), oui tenej- 
jemer' (23) ad ijourer', ai ir'res, ad iechch aissoum iov.k, ajlim 
iouk atiedjdj d elmeIkJiet (158). Chetchi, a ououar, ach iner' . » 
Izoua ouaouar, imlaga (31) maà i32) Ih'adjel (159), inna ias : 
« Chemmi d ben adem (14i) emmer' ouhou 9 » Tenna ias elh'ad- 
jelet (159) : « Batta ioudha dedj ner' ben adem, nech ai iououet, 
ai iner' ad iechch aissoum iouk. ChetcJi, a ouar, a ouar, ach 
iner' .'o Izoua, iaouodh lr'abet{61). Ias ed ben adem (iAA)itfelleg 
{!&)) tikhchebt (161). Inna ias ououar: r) Chetchi dben adem (i^i) 
emmer' ouhou '? » Inna ias : » Anyiech d ben adem (144). » 
Inna ias ben adem fl44) : « Batia tekhsed'} » Inna ias ouou- 
ar : Khser' annemner' . » hina ias ben adem : « Aoun (81) i 
annefelleg (160) tikhchebt (iQi) ou; dik esseâ (30), annemner^ y» 
las ed ououar, inna ias : « Ya Llah (34) .' > las ed ben 
adem (144), ibbid echchak'our (162), iououet tikhchebt (161), 
inna ias i ououar : « Edjdj fous etch dani. » las ed ououar, iedjdj 
fous es. lejbed (163) ben adem (144) echchak'our (162), itouaf- 
t'ef fous n ououar. Ias ed ben adem, iououet tiiti tidhidhet, 
inna ias ï ououar : « Edjdj fous etch ouidhidhen da bach (22) 
amiek'da (59) fissà (164) tikhchebt (161) ou bach (22) annek'- 
da (59). » H'aççalen (41) ifassen n ououar. lezoua ben 
adem (144) inkodh (165) lemt'areg (166) n ezzebboudj (167), 
tas ed r'el ououar, ibda (71) ichchat dis, ibda (71) ik'k'ar as 
hen adem : a Andouou d hen adem (144) it tebersed r'ers. > 

(156) J^-j (157) ôr=x (158) :(ir^ A. V. (159) J% (160) 
jL 2e f. ij^ (161) s^iLc. (162) j y L^ A. V. (163) j_*-^ (164) 
dcL*«.Jt ^_ (165) jciS ?(166) ^^i , ^^i^ plur. ^jl^ 



64 LES BENl-ISGUEN (mZAB) 

Ibda (71) ichchat dis al d ierz elmet'areg (166) enm r'efs ; di/t 
essaâ (30), iççih (19) as. Inna ias hen adem (144) : d Ar'ar (121), 
sioudh as lekhhar (168) imemmetch, in as : lakir'melagir' (31) 
maâ (32) bcn adem (144). » lezoua ououar si inni, itter'ar(i'2i) 
al mammas, inna ias i mammas : « Melagir' (31), maâ (32) 
hen adem (144). » Tenna ias mammas : a Batta ach idjdjou? » 
Inna ias ououar : « Ikhsan iouk gaâ (60) ierz in ! » Tenna ias 
mammas : « S hatta ach ten irzou9 » Inna ias : « loui d elk'ai- 
met (169) lemfareg (166), z'erz ifen elkoull (20) r'e/ï. » Tenna 
ias mammas: « Lh'amdou Llah (102) si ttousid teddered ! 
Neofi ennir' attemmeted (51) diinni âla khat'er (170) ennir' : 
OM c/i idhchit s elmet'areg (166). Nech ennir' : ach iououet $ 
eloudjeh (27) n elharoud (171). Attemmeted (51) diinni âla 
khat'er (170) oui tired aoual iouk, âla kahl'er (170) nech esse- 
ner' hatta illani hen adem. Oula (55) dh'add (124) oui issellek 

(172) si is ; oui itnejjem{^3) oula {5b) d h'add (124) r'efs m 

(173) khelaf (174) Rehhi (79) if khalk'en (145). » 



IX 

tUm^yUM,^ LE LION ET L'HOMME (a) 

Le jour où le lion voulut chercher (voir) l'homme, il dit à 
sa mère : « Montre-moi l'homme. » Sa mère lui répondit : « Il 
«^^^ n'est personne d'aussi puissant que l'homme, excepté Dieu qui 
SoUffC^.^ l'a créé. » Le lion lui dit : a II faut absolument que tu me pré- 
pares des vivres et de l'eau, je le chercherai et je verrai 
comment il est fait. » Sa mère se leva et lui prépara des vivres 
et de l'eau. Il partit, allant de côté et d'autre. Il fit la rencon- 



(167) ^y j A.V. (168) j^ (169) ç\=^ , l^j^ (170) ^iU J.c 

A.V. (171) ^jj l> A.V. (172) ^.L2^ f. ^Jw (173) abrév. 

de v/ (174) ^^^U , ^çildL 

(A) Ce conte se retrouve, mais bien plus développé, dans aL J h aL ' ,___^i ' 
Cf. ma Chrôstomathie arabe^ p. 77. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 65 

tre d'un bœuf à qui il dit : Toi, es-tu l'homme? b Le bœuf lui 
répondit : « Si l'homme tombait sur nous, moi il m'égorgerait, 
me mangerait, ferait cuire ma viande dans le feu et la mangerait. 
Toi, il te tuerait. » Le lion s'en alla. Il rencontra un mouton et 
lui dit : «Toi es-tu l'homme ou bien non?» Le mouton lui 
dit : Si l'homme tombait sur nous, il m'égorgerait et mange- 
rait ma chair. Toi, ô lion, il te tuerait. » Le lion partit. Il ren- 
contra un cheval et lui dit : « Toi es-tu l'homme ou non? » 
Le cheval lui dit : Si l'homme tombait sur nous, moi cheval, 
il mettrait sur moi une selle, il monterait sur moi, il commen- 
cerait à blesser mes flancs avec les étriers ou avec les éperons, 
il commencerait à me lancer au galop, lui étant sur mon dos. 
Le jour oîi je mourrais, il me jetterait à la rivière et les chiens 
me mangeraient. Quant à toi, ô lion, il te tuerait, d Le lion 
continua sa route. Il rencontra un âne et lui dit : « Toi es-tu 
l'homme ou non ? » L'âne lui répondit : « Si l'homme tombait 
sur nous, moi âne, il mettrait sur moi un bât, il se mettrait à 
porter sur mon dos de l'eau et des pierres. Quant à toi, ô lion, 
il te tuerait. » Le lion s'en alla. Il rencontra un mulet et lui 
dit : « Toi es-tu l'homme ou non ? » Le mulet lui répondit : 
« Si l'homme tombait sur nous, moi mulet, il m'attacherait et 
il se mettrait à me faire labourer. Le jour où j'aurais terminé le 
labourage, je me mettrais à porter du bois. Toi, ô lion, il te 
tuerait. » Le lion continua sa route. Il rencontra un chameau 
et lui dit : « Toi es-tu l'homme ou non ?» Le chameau lui dit : 
Si l'homme tombait sur nous, moi, chameau, il porterait sur 
moi du blé et de l'orge. Le jour où je serais décrépit et que je 
ne pourrais plus marcher, il m'égorgerait et mangerait ma 
chair. Quant à ma peau, il en ferait des semelles. Toi, ô lion il 
te tuerait. « Le lion poursuivit son chemin. 11 rencontra une 
perdrix, et lui dit : « Toi, es-tu l'homme ou non ?» La per- 
drix lui répondit : « Si l'homme tombait sur nous, moi, il me 
frapperait, il me tuerait et mangerait ma chair. Toi, ô lion, il 
te tuerait? » Le lion s'en alla et arriva à la forêt. Un homme 
vint tendre des troncs d'arbres. Le lion lui dit : « Toi, es-tu 
l'homme ou non? L'homme lui dit : Moi je suis l'homme. » Il 
ajouta: «Que veux-tu?» Le lion lui dit: «Je veux que nous 
luttions ensemble. » L'homme lui dit : Aide-moi à fendre ce 



66 LES BENI-ISGUEN (mZAB) 

,_ i^^UM£nthr^t. tronc, alors nous lutterons. » Le lion s'approcha et dit : 
^ « Allons 1 » L'homme vint, leva la hache, trappale tronc et dit 
au lion : « Mets ta patte ici. » Le lion vint et mit la patte. 
L'homme enleva la hache, et la patte du lion se trouva prise. 
L'homme vint, frappa un autre coup et dit au lion : « Mets ton 
autre patte là afin d'achever promptement cette poutre et que 
nous en finissions. » Les deux pattes de devant du lion furent 
prises. L'homme alla couper des bâtons d'olivier sauvage, 
s'approcha du lion et se mit à lui donner des coups en lui 
disant : « Le voici l'homme que tu cherchais !» Il se mit à le 
frapper jusqu'à ce qu'il eut cassé ces bâtons-là sur lui ; alors 
il lui donna la liberté en lui disant : « Cours apporter à ta 
mère cette nouvelle : Dis-lui : « J'ai trouvé l'homme. » Le lion 
partit de là. Il alla en toute hâte chez sa mère et lui dit : « J'ai 
rencontré l'homme. » — Que t'a-t-il fait, demanda la mère? > 
Mes os, il les a brisés, répondit-il. » Sa "mère lui dit : a Avec 
quoi te les a-t-il brisés ? » Il lui dit : a II a apporté une charge 
de bâtons et il les a tous cassés sur moi o Sa mère s'écria : 
« Que Dieu soit loué puisque tu est revenu vivant ! Moi je me 
disais que tu périrais là-bas, parce que je pensais qu'il ne te 
frapperait pas avec des bâtons. Je croyais qu'il te tirerait un 
coup de fusil et que tu serais mort là-bas, car tu n'as pas suivi 
mon conseil ; car je connais l'homme, personne ne peut lui 
résister ; personne ne peut rien contre lui, excepté Dieu qui 
l'a créé (b). » 

X 
Tar'erdait ar'rem n ter'erdait 



Iggen our'rem henan (111) t eldjouhala (175^1. Te/fer' asen 
d tar'erdait, teddagg (176) maâ sen, temdha (177) ten gaâ (60). 



(B) Dans un de mes prochains fascicules des Légendes et Contes mer- 
veilleuca de la Grande Kabylie, on trouvera un conte, qui n'est qu'une 
variante de celui-ci, intitulé: Izevn, d'emmis temet't'outh (Le lion et le 
fils de la femme). 

(175) J.^^ , JâU plur. ilp. (176) ^>5 e^ L ^ f J^" A. V. 
(177) ^^/ 2e f. ^:c^ A. V. (178) U^ 



LEUR DIAIECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 67 

Tek'k'im (42) ed dis m (173) khelaf(\l^) tamet'fout. Asen d ai 
lôuhan (178) ; ekhsen ad âmren (70) dis. Tetcher d tameVtout, 
ienna iasen : a Rel mani ittousim ? » Ennan as : « Nous ed 
anâmer (70) dani. » Tenna iasen : « Tar ardait teila teddagg 
(176) maâ (32; miidden amezouar, tek'dha (59) ten gaâ (60). 
Ek'k'imer' (42) d rH (28) nech ouah'd (16) tow/c. Baita tekhsem 
aUaâmrem (70), ergehel (25) ?>a»a r'a tedjdjem maâ (32) fer'er- 
datt bac/i (22) attaâmerem (70). d Ennan as : « Andegg (176) 
maa (32) s. J5a(fa îaerna fei, annaâmer (70). jBaifa owi i nerni, 
annegdaâ (65). » Tenna iasen tenieVfout : « Achcha, in cha 
Allah (80), ^abe/ef (38) waâ (32) s. TeiZa ateffer\y> Si itteffer' 
tar'erdait, tenna iasen : « Rel mani ittousim ? » Ennan as : 
Nous ed annaâmer (70) dard. » Tenna iasen : «. bnezouar oui 
àmiren (70) ; enr'ir' ten gaâ (60). » Ennan as : « ^Innemener' 
ma« (32) m. Batta nerna iam, annaâmer (70). Batta ternid 
aner\ annegdaâ (65). » Etcheren. Emmenr'en maâ (32) ter'er- 
dait, ernant, enr'en t. Ameren(10)taïndint (76), rab&an (79) 
distarouadouitli. Tezzaâlek temdint (16). Ennan imezouar : 
« Batta r'a s nesemma (178) ? » Etcheren, ennan : « Ou as net- 
simmi (178) r'ei (28) Tar' ardait. » Semman (178) as Tar' ar- 
dait. 



X 
R'ARDAYA (GHARDAIA) PAYS (a) DE LA FEMELLE DU RAT ^/'•^^•' 



C'était une ville qu'avaient bâtie les païens. Une femelle ^^ ^ui^ fixd.U. ^ 
rat les ayant attaqués, elle les anéantit tous. Il ne resta dans la 
ville qu'une femme. Vinrent lesBeni-Mzab qui voulurent habi- 
ter dans la ville. La femme se leva et leur dit : a Où allez- 
vous? » — Nous venons, dirent-ils, demeurer ici. » La femme 
reprit : « La femelle du rat a fait la guerre aux anciens habi- 
tants, elle les a tous exterminés et il n'y a plus que moi qui 
reste. Si vous désirez vous installer, voyez comment vous ferez 



(178) ^.ô^ 2'' f. ^-^ (A) ar'rem correspond an mol arabe algérien 

, ^_3 « citadelle, bonrg /orlifié ». Les Beni-Isgnen hii donnent souvent 

le sens de « ville, pays. » 



68 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

avec la femelle du rat pour habiter (ici). » Ils lui dirent : « Nous 
la combattrons, et, si nous la vainquons, nous demeurerons 
ici. Si nous ne la vainquons pas, nous partirons. » La femme 
^ leur dit : « Demain, s'il plaît à Dieu, mesurez-vous avec elle ; 
f^J^^2^^!^ï|pelle sortira. » Quand la femelle du rat sortit, elle leur dit : a Où 
allez-vous?» — «Nous venons habiter ici, répondirent-ils. » 
Elle leur dit : « Les anciens n'y ont pas habité. Je les ai tous 
tués, y) Ils lui dirent : « Nous nous battrons avec toi. Si nous te 
vainquons, nous habiterons ici. Si tu nous vaincs, nous nous 
en irons. » Ils se levèrent. Ils se battirent avec la femelle du 
rat, ils la vainquirent et la tuèrent. Ils s'installèrent dans la 
ville, ils y élevèrent des enfants et (y firent) fortune, La ville 
ayant pris une grande extension, les anciens dirent : Comment 
l'appellerons-nous ? » Ils se levèrent et dirent : « Nous ne 
l'appellerons que Tar'ardait (la femelle du rat). Ils lui don- 
nèrent le nom de Tar'ardait (R'ardaya en arabe). 



XI 

Oudzit (179) netta d ougg oudlicen (180) 



Si zouan ad saferen (iSi) doug ountchan, edjdjen lâouin(i4!S). 
Oudzit idjdjou tazenwiiC (182) d elâouin (148) es. Ougg oudli- 
cen idjdjou lâouin (148), idjdjou aisoum, idjdjou lemliin, 
idjdjou arWoum d e?sou/t/fer (183), ikemmel (40) IWalaouai (184). 



(179) oudzit signifie arabe, son pluriel est ad^tt. Ex.: Ad^it ousin d 
ou bien ousin d adzit « les Arabes sont venus ». Les Mzabites ont encore 
un mot conventionnel pour désigner les Arabes. C'est ou ter'mas plur. 
at ie7-'mas (celui uu ceux aux molaires^') parce qu'ils prétendent que les 
Arabes sont desgoulus ! 

(180) Adlicen plur. idlicen (moustacbe). Ounçi oudlicen plur. at 
tdlicen « celui aux moustaches », mot d'argot désignant les Turcs qui 
ont en général de fortes moustaches. 

(181) fÇ*" 3» f. j._?l--> (182) Mot employé par les arabes marocains 
qui le prononcent zemmit', c'est la A-a_3jj des Algériens (183)^f-\-« 
(184) iU. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 69 

Saferen (181), aoudhen abrid , sersen lâouin (148) ensen 
hach (22) ad echchen. Inna ias oudzit i ougg oudlicen : 
c Eyya (108) attechched. » Inna ias ougg oudlicen : a Ououni 
d hatta ? » Inna ias oudzit : a Touni troumha (185). » Oui 
ichchi ougg oudlicen. Ass enni as ik'dha (59) ias Idouin (148) i 
ougg oudlicen. inna ias i ououdzit : « Aoui d hessi ne 
troumha (185). » louch as oudzit. Si ichchou, bedan (71) 
edjdjouren. Inna ias ougg oudlicen i ououdzit : a Oualan{iSQ), 
al d r'irer' d ifadcn idjdjouren. Tercnni d daddis idjdjouren ! » 
lououet elmousi (187) adddis es, iner' iman es. 



XI 

L'ARABE ET LE TURC 



Quand ils partirent pour voyager ensemble, ils firent des 
provisions de voyage. L'Arabe emporta de la rouina (a) pour 
toute provision. Le Turc fit des provisions de viande, de gâ- 
teaux au beurre ( .y-*-^-^), de brioches sucrées (b) et, enfin, 
de bonbons. Ils voyagèrent, ils arrivèrent dans un chemin, ils 
posèrent leurs provisions pour manger. L'Arabe dit au Turc : 
« Viens manger. » Le Turc lui dit: « Ceci, qu'est-ce? » L'Arabe 
lui répondit ; « C'est (b) delà troumha (185). » Le Turc n'en man- 
gea pas. Le jour où les provisions du Turc turent épuisées, il 
dit à l'Arabe : a Donne-moi un peu de troumha ». L'Arabe lui 
en donna. Aussitôt qu'il eut mangé, ils se mirent à marcher. 
Le Turc dit à l'Arabe : » Mon fils, j'en étais encore à croire que 



(185) L^ . f'î « tu la désireras ». Le turc ne sachant pas bien l'arabe 
s'imagine que troumha est le nom de la farine de blé grillé que son 
compagnon lui olfre malicieusement, et qu'il désirera plas tard en effet. 

(186) altération de ijibL (187) , ^.jj> 

(A) Farine de blé grillé qu'on détrempe dans l'eau pour la manger. (B) 
littér.; du pain de sucre. C'est le Lj ^ij» des Arabes Le mek'rout' est 
une espèce de gâteau en forme de losange au milieu duquel se trouvent 
des dattes pilées. 

(B) littér. celle-ci, tu la désireras. 



70 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

c'étaient les genoux (jambes) qui marchaient; or, voici que c'est 
le ventre qui marche ! « Il se donna un coup de couteau dans 
le ventre et il se tua (a). 



At Tekouffet (188) maâ (32) outertchefin n at Idlicen (180) 
tamourt tamellalt 



Ass enni immenr'en ou tekoufjet (188) netta d outertchefin n 
at Idlicen fe ternourt tamellalt, iar' it ou tekouffet (188) s 
teh'ilt (7j. Issers sk'alet (189) fe temdint (76). Alin d at tekouf- 
fet(i8S)souamanizizaoun, feedan (71) bennan (1 11) e/bordj (190) 
i idh ; semman (178) as elbordj (190) Bou (5) Lila (191). 
Idhech (192j outertchefin. las ed imdehher (24) es ; d ou tebert- 
chant(i93). Innaias outertchefin i ou tehertchant: « Dehbeï{l4:) 
r'ef i. Batta r'a d edjdjer' ? At Tekouffet (188) our'/n tam- 
dint (76) hla (194) ahertchan. » Inna ias ou tehertchant i outer- 
tchefin : 8 Ou ach (195) ineffad (196) oula (55) d elKait (35) r (28) 
at loûban (178j. » letcher outertchefin, iazen asen i at loû- 
han (178), inna iasen : « Eyyaou (108 j r'er i. » Ezouan as at 
lôuban (178), sellemen (135) r'e/s, ennan as : « Ea^to tekh- 
sed '? » Jnîza iasen : « Om tekouffet (188) ii/a ieA-^s a(i iaotti tarn- 
dint (76). Ergébet (25) batta r'a tedjdjem maâ (32) s. » Ennan as at 
lôuban (89): (tLach (11) batfa r'a nedjdj maâ (32) s. » /nna 
iasen outertchefin : « Becficlïet maâ (32) s. ylinni ték/isem, aoun 
t edjdjer'.r) Etcâeren at lôuban (89), ecâcâarfen (197) r'e/s, 
ennan as : f( Errouaouat, lacâ (11 j oim r'a nekâdem (198) di 
sen r'î (28) nechnin at lôuban, d ifournaoun (199) d ezzart (200) 
tkâadâdliart (201). Tarid aner^ asjen ne ternourt tamellalt. » 
Inna iasen outertchefin : o ihi. » Ennan as at lôuban (89) : 



(A) Comparez Les membres et l'estomac, de La Fontaine.. Le turc se 
donne la mort parce qu'il est dégoûté de la rovina de son compagnon, 
seule provision qji leur reste en plein désert. 

(188) A« (A.V.)Cf. Espagne, p. 42. (189) AJU^ A. V. (190) ^ r^ 
(191) A.I_J (192) jji-a:) (193) V. p. 44. (194) % (194) ^cTji 

(196)) ^s;" ^ ■ •• ' 

(197) ifi, (198) ^J-^ (199) ^\j3 (meunier) A. V. (200) allération 
de ïj\^'^ -^0\) S ^-^.^ 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 71 

« Moud aner' okkozet temeromn en teziouaouin ououcficâou ; 
oucfi aner' okkozet temerouin ne tiouin ; oucâ aner' d 
ciar'et (202) n okkozet temerouin temet' t'ont. > loucâ asen 
ainnit'olbenÇlS). Ennan as : « Sili lâlam{203) itilid touarnid. » 
IssiU t. loudj (126) ed oucâcrtou. Chemmerent tiouini. At 
lôuhan (89) en ni iredrte^i an tesednan, edjdjen fiottsam (204) s 
aggoud ennesen, ezouan, cffer'en le taourt en temdint (76). 
Ergeben (25) ten at Tekouffet, eferfi'en (205), ennan : « Outert- 
cfiefin iouzen aner' d edfidftifet (91) tsednan ! » Aoudâen at 
lôuhan (89) ; ennan usent i tiouin : « Sersemt tiziouaouin, 
tek'dfiaâmt (65j. a Outcfen at lôuhan (89). Efferh'en (205) at 
Tekouffet, ennan asent i tesednan (oui ten essînen d xrdjazen : 
u K'imcmt (42 j di inni al d necâcâ ; o b ac â ('2'2 ) ad k'edrt an (59) 
tir'aousiouin ennesen maâ (32) sent. Etcfieren d at lôuban(S9) 
Si âden (45) at Tekouffet tetten, ejbeden (163) at lôuban tious- 
sam (204) s aggoud ensen, ferrer' en (iOi) di isen, enrenten 
gaâ (60). Emnaân (206) at lôuban (89) m (173) kfielaf (174J 
iggen si isen immout (51j ; iouin t Ir'elat' (207). Tek'k'im (42) 
ed tarnourt tamellalt fous n outertcriefin n at Idlicen al d ias 
ougg ouaman, iaoui t r'efs. 



XII 

LES ESPAGNOLS ET LE BEY DES TURCS 
DANS LA VILLE BLANCHE (ALGER) (a) 



Le jour où se battirent l'Espagnol et le bey des Turcs au 
sujet de la Ville Blanche (Alger), l'Espagnol s'en empara par 
la ruse ; il plaça une passerelle sur la ville (b). Les Espagnols 
montèrent de la mer (débarquèrent) et se mirent à construire 
un fort en une nuit. Ce fort fut appelé bordj bou lila (fort 
d'une nuit). Le bey fut stupéfait. Son conseiller vint ; c'était 



(202) ^L^ , AcLj^ (203) ^ , ^Ic (204) ^j (205) ~^? 
(206) ^i.^ (207) Lie ' ' 

(A) Il s'agit ici, sans doute, de la malheureuse expédition de Charles- 
Quint contre Alger en 1541. 

(B) C'est-à-dire : Les Espagnols débarquèrent au moyen de passe- 
relles. 



72 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

un juif. Le bey lui dit: ((Conseille-moi. Que ferai-je? Les 
Espagnols ont pris la ville sans poucîre {sans coup férir). »Le juif 
dit au bey : « Rien ne te sera utile, absolument rien, excepté les 
Béni Mzab. » Le bey se leva, envoya chercher les Mzabites en 
leur disant : a Venez auprès de moi. » Les Mzabites vinrent 
chez lui, le saluèrent et lui dirent : (( Que veux-tu? » Le bey 
répondit : « L'Espagnol veut prendre la ville. Voyez ce que 
vous ferez avec lui. » Les Beni-Mzab lui dirent : « Nous n'avons 
rien à faire avec lui. » Le bey reprit : (( Mesurez-vous avec lui, 
et, ce que vous voudrez, je vous le ferai (donnerai). » Les 
Mzabites se levèrent. Ils imposèrent des conditions au bey et 
lui dirent : (( Les bains maures, personne n'y travaillera, excepté 
nous, les Mzabites; les moulins, les boucheries et la vente des 
légumes (également). Ecris-nous la moitié de la Ville Blan- 
che (a). » Le bey leur dit: ((C'est bien.)) Les Mzabites lui 
dirent : « Fais-nous cuire quarante plats de couscous ; donne- 
nous quarante négresses; donne-nous les bijoux de quarante 
in/VH^ypuLfiuC^ femmes. » Le bey leur donna ce qu'ils demandaient. Ils lui 
vi^fi«^>^ * dirent : (( Hisse le drapeau (indiquant) que tu es vaincu. » Le 
bey le hissa II tint prêt le couscous que les négresses enlevè- 
rent Les Mzabites se vêtirent comme des femmes, ils prirent 
des tremblons sous eux (sous leurs vêtements), ils partirent et 
sortirent par la porte de la ville. Les Es^^agnols les ayant vus, 
furent joyeux. Ils s'écrièrent : « Le bey nous envoie une difîa 
et des femmes ! » Les Beni-Mzab arrivèrent. Ils dirent aux 
négresses : a Posez les plats et partez. i> Les Mzabites entrèrent. 
Les Espagnols, tout joyeux, dirent aux femmes (ils ne s'étaient 
pas rendu compte que c'étaient des hommes) : (( Asseyez-vous 
là jusqu'à ce que nous ayons mangé », dans le but de satisfaire 
leurs désirs charnels avec elles. Les Mzabites se levèrent. A 
peine les Espagnols s'étaient-ils mis à manger, que les Beni- 
Mzab, saisissant sous eux leurs tromblons, les déchargèrent sur 
eux et les tuèrent tous. Les Beni-Mzab ne perdirent aucun des 
leurs, sauf un d'entre eux, qu'ils emportèrent (tuèrent) par 
erreur. La Ville Blanche (Algei) resta dans la main du bey 
d'Alger jusqu'à l'arrivée du Français qui la prit. 

(A) C'est-à-dire : Donne-nous par acte authentique la moitié d'Al- 
ger. Les Mzabites sont persuadés t[ue la moitié d'Alger devrait leur ap- 
partenir, conformément à cette convention. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 73 
XIII 

Eldjedd (52) n Imalfiin (208) 



Ezzeman (3) n at Idlicen (180), izoua iggen ougg oudli- 
cen (180) r'el temourt làmalct (209) Lerbâ (210) Béni (111) 
Iraten, ienzel (211) r'el atzit (179) Béni (111) Iraten. Rersen 
as tiazit', seouen t. Si touou, esersen t tamourt. Ibda (71) 
itr'arret oudhefli (119) d amezzan. Tetcher d manimas, touch 
as tar'ma; ichchit. Si id iousou ougg oudlicen, inna iasen : 
« Aouit ed amensi. » Aouin as t id. Si d iouodh amensi jar 
ifasen es, iergeh (25) t. Inna iasen : « Bai tella tar'ma 9 » 
Ennan as : « Adhefîi (119) itr'arret, nouch as t bach (22) ad 
issousem. » Inna iasen ougg oudlicen : a. Aouit id adhefli (IIW).» 
Aouin as t id. Sioudhen t jar ifasen es. Si iouodh ifasen es, 
if eijyir (93) as tar'ma s an tebechchicht (211''). lemmct (51) 
oudhefli (119). letchcr d babas (5), inna iasen i at âmmis{2\) : 
« Etcheret annereouelet. Ass ou, adhefli (119) ichchou tar'ma 
n tiazit' ; ienr' it. As ou, ami netcher nemmener' maà (32) s, 
ar'en iner'. Ass ou, annerouel ; r'a n if. » Erouelen. Ennen el- 
babour (212), aoudhen i iggen oumtchan (147) tadzirt (213) 
ammas n ouaman izizaoun. Ebnan (111) dis tamdint (76), 
edouelen d d at ouaman. Semman (178) asen Imalt'iin (208). 
Nechnin at lôuban (89) asen nesemma (i78)at tebechehichtÇiOS) 
àla khat'er (170) ougy oudlicen (180) intef as tar'mas n oudhe- 
fli (119) an tebechchicht (211 b). 



XIII 



L'ANCÊTRE DES MALTAIS ^Z" "^'^ 

Au temps des Turcs, un Turc alla au pays de la circons- 
cription de Larbâ des Beni-Iraten (a). Il descendit chez des 
Arabes des Beni-Iraten qui égorgèrent pour lui une poule. î's 



(208) V. p. 43. Malte. (209) J*c , ^Uc (210) ^j (211) Jy 
(211b) ^; , Ai^A. V. 

(A) Tribu du cercle de Fort-National. (212) V. p. 35. (213) jj — =^ 



t^iî^ 



74 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

la firent cuire. Quand elle fut cuite, ils la posèrent par terre. 
Un petit enfant s'étant mis à pleurer, sa mère se leva et lui 
donna une cuisse (de la poule) ; il la mangea. Quand le Turc 
vint, il leur dit : oc Apportez le souper. » Ils le lui apportèrent. 
Quand le souper parvint entre ses mains (devant lui), il le 
regarda et leur dit : « Où est la cuisse? » Ils lui répondirent : 
« L'enfant pleurait ; nous la lui avons donnée pour qu'il se 
taise. » Le Turc leur dit : « Amenez-moi l'enfant. » Ils le lui 
amenèrent et le firent arriver entre ses mains (devant lui). 
Quand il fut arrivé dans ses mains, il lui fit voler la cuisse 
comme un petit morceau de viande. L'enfant mourut. Son 
père se leva et dit à ses contribules : « Levez-vous, fuyons. 
Aujourd'hui, l'enfant a mangé une cuisse de la poule ; il l'a 
tué. Aujourd'hui, si nous nous levions pour nous battre avec 
lui, il nous tuerait. Aujourd'hui, nous fuirons ; cela vaudra 
mieux pour nous. » lis s'enfuirent. Ils montèrent dans un 
navire, ils arrivèrent à un endroit ; c'était une île au mi- 
lieu de l'eau bleue (la mer). Us y fondèrent une ville et devin- 
rent chrétiens. On les appela ImaWiin (Maltais). Nous, les 
Mzdbites, nous les appelons At tehechchicht (ceux au petit 
morceau de viande), parce que le Turc a enlevé la cuisse de 
^^^^Y"f**^'\'enîant comme (aussi facilement que) un petit morceau de 
viande, (b). 

XIV 
Imenr'an at lesjen menr'en maâ (32) baâdh (214) ennsen 



Koull (20) iggen ik'k'ar : « Ad h'akmer' (2) ennech tamdint », 
at Mousa d at Anan (215). las ed chikh (128) n ieme/dida(216), 
inna iasen i at A)ian (215) : « Barket (131) s imenr'an. j Akh 
idjdjen iekhs aten ikhdà (85) hach (22) asen iouch tamdint (76) 
i at Mousa. Ar'en aoual es, oui r'issen ad hak'k'an (62) 
lkhafr('2\l)es. Tamedjdjarout, ikhdâ{8o) ten. Ami loudjid (126) 



(B) Cette légende est très connue en Algérie. Arabes et Kabyles la 
racontent avec quelques variantes. 

(214) joxj (215) jUc (216) J,ar- , J.3r-^ (217)^1^. oulr'issen, 

etc., équivaut à l'arabe vulgaite 5,-i;L.à. _3 L2.0 „.i L_juj Lj» 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRE^ 75 

echchikh (128), oui tiouin lamdint (76) at Mousa âla kha- 
t'er (170) at Mousa ouchin os tiôutchchatin ououdH, oiichin as 
aoggainn irden, ouchin as tichkarin (218) ?i riai (219) 6ac/i (22) 
itsasen tamdint (76) i at Anan (215). louch asen i at Mousa. 
Ad. (45) Kakmen (2} inantch ikhscn. Tamedjdjarout, zouan 
ioiiin ougg aman s temourt tamellalt ; iouin t id le Ouar'lan. 
leioh (78j refsen: « Atkheserem (220) ; koull (20) chi (22) s 
r^er ouem. » Ennan as : « Nek'hal (38). Ya Llah (34) maâ (32) 
ner\ » laouodli Ar'lan, inna iasen : « Oucht id mani r'a d 
henir' (111). » Ennan as : <l Ekhtar (64) mani tekhsed. Tam- 
dint (76) ou ach nettich. » Innaïascn : a Manlch itekhsem. » 
Ouchen as azr'ar ihna (111). Jâd (45) ih'akkem (2) ; 
iedjdj elk'ouyad (46^) koull (20) iggen tamdint (76) ; koull (20) 
tamdint (76) iedjdj as temousni. Aden (45) h'akkemen (2) /" 
oufous es ; âden (45) farran elmechouert (222) r'ers ; ad C45) 
/cottZi (20) chi (221) idjdjour f oufous n ougg aman. El- 
k'aid (46'') n ai lesjen iàd (45) ih'akkem (2) s ezzour (223). 
Techkan (224) si is af temdint (76). i4d(45) itedjdy ezzour (223), 
ih'agger (114) at Anan (215). At âmmis (21), a( Mousa, idjd- 
jour maâ sen s teouah'dit (116). Etcheren at Anan : « Atuou 
oua r'a nitsellek (172). Anetcher ansiouel f iman enner' ; an- 
siouel i Ih'oukkam (2). Batta edjdjin aner' ettaouil (225), 
d'aouah'di (116). Batta ouel r'issen, andehber (24) f iman 
enner\ Ra naoui tamdint (16), emmer' aneffer' tamdint (16). » 
las ed iggen d imdehher (24), inna iasen : « Bâlemahl (226 j 
refouml Tamdint (16), in cha Allah (oO), atedouel teh'ak- 
kemem (2) dis chetchouim. » Ennan as : « Bih (227) fiii (227) 
atedouel, emmer' ou nk'ahhel (38) eddell (228). » Inna iasen : 
« Oucht id chahrin (229). Batta oui tedouel tamdint (76) fous 
ououm, teh'akkemem (2) dis mantchi tekhsem, souseft i iler'b 
iouk. » lezoua l temourt n at ouaman, izoua Ik'amra (230), 



(218) SjLCi A. V. (219)J:jj (220) ^^^d. (221) ^i (222) jL^ , 
'ij.L.^ (223) h (224) Si 8« f. /aJ (225) Jî , Jj .Li'A. V. (226) 

locution composée des mots arabes v / , ^-c et J.-^,;» (227) y\^ ./vj 

A. V. (228) Ji (229)^^^ (230) de l'espagDol camara, ou de ntaliea 



caméra. 



76 LES BENMSGUEN (MZAB) 

issionel dis, inna iasen : « Elk'aid (46^) n at lesjen illa ïKag- 
ger (114) at Anan (215). At àmmis (21), ikhs in ; iedjdj 
maâ (32) sert taouah'dit (16). » Ennan as : a j¥antc/ù tkham- 
med (95) '? 5atta ach tedhahren (116) ? /a Allah (34) atzouid 
d outer'rit (231) /" af dmmi(c/i (21). » Inna iasen : « Oui tijjir' 
taroua ouk d elahl (48) iouk d crrezV (232) iouk âla kha- 
t'er (170) ellir' âmrer' (70) tamourt ouadhou. » Ennan as : 
« Ekhtar (64) oni tckhsed, edjdj it d'outerrit. » /nna iasen : 
« JBafto ad edjdjer' oui ikhsa, illaadih'akkem{^)madam (233) 
illa idder. Baita ad ikhdem (198) asouggas emmer' sen, 
tehat't'elem (234) t, oui fsinir'(235) /" ouamou. » ^'wnan as ; 
t Lanek'bel{3S) setchaoualou. » Inna iasen: a Seniat (235) 
i ïeA-ar'd (77) ott. » Ennan as : « Ouch aner' khat'V (236) n 
qufous etch itellid tek'beled (38) amou. » /omc/i asen ei/c- 
/laf t' (236) n ow/'ous es. Ennan as : a Azen dihhich (238) ie 
Ouar'lan. » 

XIV 
DISCORDE ENTRE LES BENI-ISGUEN 



Chacun disait: Moi je gouvernerai la ville ; (ainsi parlaient) 
les Oulad Monsa et les Oulad Anan (a). Vint le mufti de la 
mosquée ; il dit aux Oulad Anan : « Assez de discordes )). Or, 
il voulait les trahir pour donner la ville aux Oulad Mousa. Ils 
suivirent son conseil, ne voulant pas lui faire de la peine. 
Finalement il les trahit. Sans la présence du mufti, les Oulad 
Mousa n'auraient pas pris la ville. Ceux-ci, en effet, avaient 
donné au mufti des outres de beurre, des charges de blé, des 
sacs d'argent, afin de prendre la ville aux Oulad Anan. Le 
mufti donna la ville aux Oulad Mousa. Ceux-ci se mirent à 
gouverner comme ils l'entendirent. Finalement ils amenèrent 
le baptisé (chrétien) d'Alger ; ils l'amenèrent au Mzab. Il exi- 
gea d'eux (ceci) : «Vous payerez, leur dit-il, et tout sera fourni 



(231) V. p. 32. (232) ^Jj (233) .b U (234) JL (235) du fran- 
çais sùjner. (236) i-i. (238) du français dépêche. 

(A) Noms des deux partis qui divisent encore actuellement les Béni- 
Isguen. 



LEUR DIALECTE ET LEURS TRADITIONS POPULAIRES 77 

par vous. » Il lui dirent : «Nous acceptons ; viens avec nous. )> 
Il arriva au Mzab, il leur dit : « Donnez-moi (un empiacement) 
pour y bâtir. )) Ils lui répondirent: «Choisis où tu voudras. 
La ville, nous ne te la donnerons pas (tu n'y bâtiras point). » 
Il leur dit : « Comme vous voudrez. » Ils lui donnèrent dehors 
(du terrain). Il construisit (une maison), il commença à gou- 
verner, il institua des caïds, chacun dans une ville; dans cha- 
que ville il plaça un cadi. Ils se mirent à administrer sous sa 
main (ses ordres) et à lui fournir des renseignements. Enfin, 
toute chose (toute l'administration) passa par les mains du 
baptisé (chrétien). Le caïd des Beni-Isguen se mit à adminis- 
trer injustement. Les gens de la ville se plaignirent de lui. Il 
faisait des injustices, méprisait les Oulad Anan. Ses contri- 
bules, les Oulad Mousa, il marchait avec eux avec ensemble (a). 
Les Oulad Anan se levèrent (et dirent) : « Ceci n'est pas fait 
pour nous délivrer. Levons-nous et parlons pour nous-mêmes. 
Adressons-nous aux autorités. Si elles nous indiquent une 
solution, c'est bien. Si elles ne veulent point, nous agirons à 
notre guise ; nous prendrons la ville de vive force (b), ou bien 
nous en sortirons, n Un homme de bon conseil vint : « Douce- 
ment, leur dit-il ! S'il plait à Dieu, vous serez les maîtres de 
la ville (c). » Ils répondirent : « Qu'elle nous soit soumise (d) 
sur le champ, sinon nous n'accepterons pas l'humiliation. » 
Il leur dit : a Accordez-moi deux mois, et, si la ville ne tombe 
pas entre vos mains (de manière à ce que) vous y commandiez 
comme vous voudrez, crachez-moi à la figure. » Il alla au pays 
des baptisés (en France) ; il alla à la Chambre, il y parla et 
leur dit : « Le caïd des Beni-Isguen traite avec mépris les 
Oulad Anan. Il aime ses contribules et agit bien à leur égard. » 
Ils lui dirent : « Qu'en penses tu? Quel est ton avis'? Allons, 
pars (en quahté de) caïd de tes contribules. » Ils leur dit : 
Je n'abandonnerai point mes enfants, ma famille et mes biens, 
car je suis domicilié dans la ville du vent (Constantine). » Ils 
lui dirent : « Choisis qui tu voudras et fais-le caïd. » Il leur dit : 



(A) c-.a.-d. il les traitait avec bienvaillance. (B) litérr, avec nos bras 
(C) littér.: elle deviendra vous commanderez dans elle vous. (D) littér. 
qu'elle devienne. 



78 LES BENI-ISGUEN (MZAB) 

a Si je désigne celui qui me plaît, il commandera tant qu'il 
vivra. S'il sert un an ou deux et que vous le révoquiez, je ne 
signerai pas cela. » Ils lui dirent : « Nous acceptons de toi cette 
parole. )) Il leur dit : Signez-moi ce papier. » Ils lui dirent : 
« Donne-nous la signature de ta main si tu veux accepter cela. » 
Il leur donna la signature de sa main. Ils lui dirent : « Envoie 
une dépêche au Mzab (a) » 



FIN 



(A) A cet endroit de son récit, l'étuviste Mousa, dont j'ai fait trop tôt 
l'éloge dans la préface, s'imaginant, contrairement au proverbe arabe, 
que ses paroles étaient d'or, et, ayant voulu les taxer au poids de ce métal, 
j"ai été forcé d'interrompre ici mon étude pour échapper à la cupidité de ce 
sectaire ;ibadhite. Néanmoins, je crois savoir que le caïd actuel des Béni- 
Isguen. appartient au çofî des 0. Anan et qu'il agit envers les 0. Mousa 
comme le caïd de ceux-ci agissait autrefois envers les 0. Anan. 



1 






PJ 

2395 
1895 



Moulieras, Auguste Jean 
Les Beni-Isguen 



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