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Full text of "Les oiseaux et les fleurs, allégories morales d'Azz-Eddin Elmocaddessi"

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LES OISEAUX 

ET 

LES FLEURS, 

ALLÉGORIES MORALES 

D'AZZ-EDDIN ELMOCADDESSI, 

PUBLIÉES EN ARABE, 

AVEC UNE TRADUCTION ET DES NOTES , 

Par iM. GARCIN DE TASSY. 




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• 



II 



PARIS, 

IMPRIMERIE ROVALE. 



M. DCCC. XXI. 



Mon livre est, pour les amis assemblés, comme un parterre de 
fleurs ; il éloigne le chagrin, il est incomparable par son élégance 
et unique par son exécution ; il offre le plaisir , mais les pensées 
les plus sérieuses y sont cachées. 



toijal De L ç)u«5ttuclioii pulnimic^ v ^jj icieo 
t)c' L oïDte toual De la J Cciioit D boiiiieuu, 
^btvctlicu De 2. ctatS.Nc De l otDte Dc^ 
^ix lu le -cillai i lie De cJiiuicMc^, elc. elc, c\c. 



tÀ6û??,4i€t/r le (yja?v/i. 



//e mcj //*m'ai/jc^ cc??i??ie (z ce///ù r/cr?/ /rj u'^c^iJ e/ /r.f 



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tyf^a net/ (/c 7'r//c/eréa acj c/oacj aue f/n/f7f/e 

i€ r^'où^ nu u me Jicci /n/ea^ c/e ?/i aWt?H?r?cr Âar 
ce carfçfrçr mf/r/ j /n/^j aaftf/c??l 7)u/le /oiJj Je/on^ 

a ameu?'J r/u4ùJc ^ a ^'Cf/J lot/crj /mz/eJ ccj ?*^ou^C€à 
ae / e/oijucnc^j aac /e '7t c/t dc^»^ùJ Actà 7nci?tJ 

jj au co9?2??i€ru€??ie?2/ ae ^>o/re' ecoye. j. 



CiboLUMCLlU le uba^Ott^ 



c/aârc lyej -/iu?nc'/e e/ l/'cJ'o/'et^an/ 
f^e?^vi/eur e/ ù/cve ^ 



J. H. Garcin. 



AVANT-PROPOS. 



I. J_jES allcgories que je publie ctaieiit iné- 
dites. Hagi-Khalfa , dans sa Biblio^rciphie 
( QyoJfj t_>-v^l ^L«[ ^ oy^' <-^ — *^-^ c^Us ), et , 
probablement d'après lui, d'Herbeiot, dans 
sa Bihlioîlicquc orientale, se contentent d'en 
donner le titre sans aucun autre détail ; mais 
le célèbre William Jones s'exprime ainsi au su- 
jet de cet ouvrage, dans ses Poeseos ûsiûtic^ 
Commetïtcirii , p, ^^y,édït. or.: « In ter opéra 
» rhetoricanumerari potest libellus , qui ap- 
» pellatur jUjVl^jyJJI ^^ à J^j^^ (_^^^s=^ hoc 
'> est, Arcanoriim patefaciïo de avïum et forum 
proprietcîtibus. Auctor fuit Eup'Jdiii , qui 
cognomen ^\J\ , sive O/v/ro/vi, adeptusest. 
Argiimcntum persimile est Couleii libro , 
quem Sylvûs nomijiat ; scd non flores 
soliim atque berba[', veriim aves etiam , 
pnctereà apis, aranea, bombyx et zepby- 



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[ viij ] 
rus etiam, in hoc opusculo loquentes in- 
ducuntiir, ac de suis virtutibiis veniistis- 
simè disserentes. Est profecto libelius cùm 
piilcherrimarum imaginum copia, tum 
» orationis nitore ac venustate absolutissi- 
" mus. » 

Ainsi que l'observe l'orientaliste anglais , 
i'auteur ne s'est pas borné à mettre en scène 
des fleurs et des oiseaux, ce que le titre semble 
annoncer , mais il y fait paraître des in- 
sectes, des quadrupèdes > la nue et la bougie 
même. Du reste, il y a quelques différences 
entre les titres des manuscrits, comme je 
l'indiquerai plus bas. 

Azz-eddin commence par établir qu'il 
n'est rien dans la nature qui ne soit doué de 
la faculté de se faire entendre d'une manière 
sensible ou intellectuelle. A l'homme seul 
est réservé l'usage de la parole ; mais les autres 
créatures animées ou inanimées semblent 
aussi s'exprimer dans un langage figuré, dont 
leur manière d'être, leurs propriétés, leurs 
habitudes donnent l'intelligence. L'auteur 



[ ix ] 

nomme cette sorte de langage Jlil qLJ (*), 
Li/iL^ue de l'ctdt ou de la situation ; ce que Ton 
peut rendre par langage muet. 

Partant de cette idce , il se suppose au 
milieu d'un jardin : là, occupe à étudier les 



(♦) Rien n*est si commun, chez les écrivains arabes, 

que ce Jliî qLJ . On trouve dans la Vie de Timur, ^ar 
Ahmed ben-Arabschah, édit. de Manger, t. II , p. go8 , 
un passage qui explique parfaitement ce que les Arabes 
entendent par cette expression. II y est dit qu'un des 
soldats de Tamerlan avait pris une vache, sur laquelle 
il avait mis tout ce dont il s'était emparé, et qu'après 
deux ou trois jours de marche, cette vache, épuisée 
de fatigue , sembla dire , par le langage muet de sa 
situation, qu'elle n'avait pas été créée pour cet usage: 

c>jlU. f jotJ Lo Lfcjf LaJL^ ^LJj c^3l jj Nos langues 

d'Europe, quoique bien plus sobres de métaphores que 
les langues de l'Orient, mais cependant fertiles en figures, 
sur-iout dans la conversation, peuvent même nous four- 
nir des exemples qui feront comprendre le sens de cette 
expression. Nous disons, par exemple: « Ce gazon invite 
5> à se reposer, ce fauteuil vous attend, 5> <?cc. : voilà ce 
qu'en arabe on appelle langage de L'état j en eftet , c'est 
comme si l'on disait : ce Ce gazon semble , par sa 
3> manière d'être , vous dire , reposez-vous ; ce fauteuil 

» semble par sa propriété vous dire, je vous attends, (Sec. » 



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[ X ] 

discours emblématiques des objets que la 
nature offre à nos sens , il s'applique à les 
interpréter , et son livre développe tout ce 
qu'une imagination orientale peut découvrir 
dans ce langage mystérieux. 

Azz-eddin, dans sa préface, expose son 
plan à-peu-près comme je viens de le faire; 
toutefois il ne s'exprime pas avec la pré- 
cision que l'on attendrait d'un Européen : 
d'après les expressions dont il se sert , la 
dernière partie de son discours préliminaire 
semblerait devoir en être la première. 

Il est évident que, dans ces allégories, l'in- 
tention de l'auteur est de tirer, de ce langage 
muet de la nature, des idées non-seulement 
morales et religieuses , mais encore spiri- 
tuelles et mystiques; idées qui sont bien plus 
naturelles qu'on ne le pense communément. 
En effet, « ne trouvant rien ici-bas qui lui 
» suffise, l'ame avide cherche ailleurs de quoi 
» la remplir : en s'élevant à la source du sen- 
« timent et de l'être, elle y perd sa séche- 
» resse et sa langueur; elle y renaît, elle s'y 



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[ ^i ] 

ranime, elle y trouve un nouveau ressort, 
elle y puise une nouvelle vie, elle y prend 
une autre existence qui ne tient point aux 
passions du corps ; ou plutôt, elle n'est plus 
» en elle-incme, elle est toute dans Tctre ini- 
>» mense qu'elle contemple, et, dégagée un 
» moment de ses entraves , elle se console 
'• dV rentrer par cet essai d'un état plus 
sublime , qu'elle espère être un jour le 
sien.» (J. J.Rousseau, Nouvelle Heloise , 
t. IVJ.ip.) 

Toutefois , pour enduire de miel les bords 
de la coupe amcre de la morale et de la 
pictc , l'auteur a suivi une marche progres- 
sive dans son ouvrage; aussi ses premières 
allégories sont-elles bien plus gracieuses et 
bien moins mystiques que les suivantes. 

. . Vcluti puerîs absïnthïa tetra medentes 
Cum dare conantur , prias oras pocida c'ircùm 
Continuant jucllis dulci jiavoque lïquore , 
Ut puerorum œtas ïmprovida ludijicetur 
Lahrorum tcniis , ïnterea pcrpotet amariun 
Absïnthi iatÏQcni i dcceptaquc non c aplat ur , 

a 4 



[ xij ] 
Scd potïus t al ï facto rccrcata valescat (*). 

Lucrèce, de Rer. 7iat. 1 , pjj — 4^- 

Le voile du mystère , d'abord épais , s'é- 
claircit peu à peu , et se soulève même quel- 
quefois ; enfin il tombe entièrement, et le 
nom de Dieu vient, dans la dernière allé- 
gorie, expliquer toutes les énigmes. 

La mysticité qui règne constamment dans 
cet ouvrage n'est pas toujours fort intelli- 
gible : mais ce qui la rend sur-tout difficile à 
comprendre ( comme dans tous les livres 
des auteurs mystiques orientaux), c'est l'em- 
ploi d'un grand nombre de mots détournés 
de leur signification propre , et adaptés au 
langage spirituel. Quoique je me sois atta- 
ché à donner, dans mes notes, l'explication 



(*) Le Tasse a imité ainsi ce passage : 

Cosi aW egrofanciul porgiamo aspersi 
Z)i soave lîcor gli orli del vaso : 
Succhi amari inaannato intanto ei beve, 
E daW ïnganno suo vita r'iceve. 

Jér. dél. 1,3. 



[ ^iJJ ] 
Je tout ce qui offre quelque dilllcultc , je 
vais cependant présenter ici une iJce du 
mysticisme oriental, pour l'intelligence de 
l'ensemble de l'ouvrage. 

Le mysticisme ou spiritualisme oriental , 
connu sous le nom de doctrine des sofs . jy^] 
se nomme en arabe amÎ f^jsu> /a coniîdissducc de 
Dieu. Il se divise en divers degrés ( voyez le 
Pend-namèh de M. de Sacy, p. i()y et suiv. et a 
Treat'ise on Sufism , or A4dhomcddn mysticism, 
dans le recueil intitule Transaciions ofîlic Iiîe- 
rary Society of Bombay, p. (j^ et suiv. ) ; mais il 
suffit de savoir qu'il consiste, en général, à 
se détacher totalement du moi humain , à 
ne désirer que Dieu , à ne respirer que pour 
Dieu, à n'aspirer qu'à jouir d'un état par- 
fait d'intuition surnaturel et extatique ; et qu'il 
va quelquefois jusqu'à se mettre non-seule- 
ment au-dessus des préceptes positifs de la 
religion, mais encore à être indifférent à la 
foi et à l'incrédulité, et à oublier le monde 
présent et le futur. Voici i\^\\\ vers de Hafiz 
à l'appui de ce que je dis : 



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3» 



[ xiv ] 

o^ — -jî c>_À_-* ^L jjj ^:>j^ 

« Moi qui ne daigne pas baisser la tête 
vers l'un ou l'autre inonde, je plie le cou 
sous le fardeau du désir qui m'oppresse 

>' d'obtenir ses faveurs ( de Dieu ). » Pend- 

iiameli; p. p^ et pj. 

^sjli c>5Lj ^*»^ oy^ ijj^^ ^jj 

«' Ne nous demandez ni vertu, ni péni- 
tence, ni piété: la vertu ne fut jamais le 
partage d'un libertin que l'amour ( de Dieu) 
'> agite de ses transports les plus furieux. '» 
Pend-namèh , p, 2S6 ; et voyez p, pj et suiv. , 
/y et suiv. , 168 et suiv. , 182 — 8^, 2ji et suiv. 

Une autre observation très-essentielle à 
faire, c'est que les auteurs mystiques parlent 
toujours de la divinité sous les traits d'une 
beauté humaine. Les Arabes emploient com- 
munément le mot s>fï'i^, et les Persans, le mot 
o—j^ pour désigner la Divinité. 11 est bien 
rare que les sofis nomment cette amie par 



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[ XV ] 

son vcritable nom; leurs poésies sont le plus 
souvent voluptueuses , quelquelois mcnie 
trop libres , et l'on aurait de la peine à les 
distinguer des autres poésies , si quelques 
mots n'échappaient çà et là à ces fervens 
adorateurs de Dieu. 

Azz-eddin Elmocaddessi ne tombe pas 
dans les excès où bien des quictistes Persans, 
Hafiz sur-tout, sont tombes. Il règne, à la 
vérité , dans son livre , ini ton mystique ; 
mais ce ton même étant modéré, donne à 
l'ouvrage une teinte douce et sentimentale 
qui ne laisse pas d'avoir des attraits pour un 
lecteur sensible. 

II n'est pas inutile de remarquer que , 
dans ces allégories , les vers ne se lient 
presque jamais avec la prose, et qu'ils sont 
ordinairement placés dans la bouche de l'au- 
teur , quoiqu'ils viennent après le discours 
de la fleur ou de l'animal mis en scène, et 
qu'ils semblent souvent, sous certains rap- 
ports, être une suite de ce discours. Dans 
un des manuscrits, l'auteur place toujours, 



[ xvj ] 
avant les vers, les mots (jj»^ cilfi j cJ^j, ce 
qui est une preuve de ce que j'avance. Il 
n'est pas rare que les vers n'aient même au- 
cune analogie avec ce qui précède. 

Je crains que le jugement qu'on portera 
de l'ouvrage d'Azz-eddin , ne soit pas très- 
favorable , si on l'établit d'après les règles 
sévères de notre goût ; mais si on se laisse 
diriger par le goût asiatique , ce qui paraît des 
défauts deviendra des beautés réelles , et ce 
qui semble bizarre ne sera plus que des jeux 
d'esprit. Toutefois, j'ose dire qu'en jugeant 
même cet ouvrage conformément au goût 
européen , on ne peut disconvenir que le style 
n'en soit facile et élégant, qu'il n'y ait de l'es- 
prit, des idées heureuses, des expressions 
vraiment poétiques et souvent un agréable 
parallélisme de pensées et de mots (*); mais, 

(*) On peut voir dans le fragment des Poeseos asiat. 
Comm. , cité ci-devant, que W. Jones, à la vérité un peu 
enthousiaste quelquefois, n'hésite pas à considérer cet 
ouvrage comme parfait, tant, à cause du grand nombre 
de belles figures qui s'y trouvent, qu'à cause de l'élé- 
gance et de la grâce du style. 



[ xvij ] 
d'iiii autre côte, on ne saurait se clissiinuler 
qu'il n'y ait en général trop de vague, et 
quelquefois de l'obscurité et peu de liaison 
dans les idées. 

L'épigraphe ne se lit que dans le ins. a: 
elle est très-probablement d'un copiste, ce 
que paraît indiquer le mot'vxjlcll. 

II. Je n'ai que peu de choses à dire sur 
l'auteur de ces allégories. Son véritable nom 
[i_ij est inconnu (*) ; car Azz-eddin n'est 
qu'un titre lionorifirjue [ oJJ ], et j«.XJf o^ ^\ 
/U (jj c^\ ^ ne sont que des surnoms [ *aâjê=> ] . 

Quant à l'adjectif relatif ^j-ill Elmocaddessi 
( formé de ^jû^\ , sous-entendu o^ , Jéru- 
salem ) , il signihe de Jérusalem , ce qui in- 
dique qu'Azz-eddin était natif ou originaire de 
cette villeou àw territoire, ou qu'il y habitait. 
Hagi-Khalfa, comme je l'ai déjà fait obser- 



(*) Cependant Abou'Imahassen le nomme f,!3<^\ o^\ 
mais je crains que ce ne soit une faute du copiste, qui 
aura oublié de faire précéder ce mot de ^| 



ver, ne dit rien de cet auteur. Abou'lmahas- 
sen, dans son Dict. des hommes célèbres, intitulé 
jjyitXAj j^j^wilj jUJf ,)^\ (mss.ar.dehiBihJ. 
du Roi, ///"^ 7^7 ^^ suiv.) , se contente de dire 
qu*Azz-eddin faisait les fonctions d'iman et 
de vaez (*), qu'il était érudit et éloquent, 
qu'il imitait le style d'Ebn-Elgiouzî, et qu'on 
i'écoutait avec plaisir; qu'il pérora un jour 
devant la Caaha , en présence d'une foule 
de grands et de savans; qu'il s'en acquitta 
parfaitement bien , et que des gens ins- 
truits prirent copie exacte de son discours ; 
que sa mort arriva un mercredi 1 8 scheval 
678 de l'hégire [2 i février i2 8ode J. C], et 
fut occasionnée par une chute qu'il fit d'un 
lieu élevé. 



(*) Aucun des manuscrits dont je me suis servi ne porte 
ie titre de Vaez [ iicL ] qu'Abou'Imahassen et W. Jones 
donnent à Azz-eddin : du reste ce mot signifie prédi- 
cateur ; et l'on désigne ordinairement par ce nom la per- 
sonne obligée de prêcher, chaque vendredi, après l'office 
solennel de midi. Voyez Mouradgea d'Ohsson , Tabl. de 
l'Empire ottoman, t, II , p. ?6p. 



[ >^i>^ ] 

Soyouti, dans son ouvrage sur l^Egypte , 
intitulé oji>UJIj j^-^jL^Î j ïj^U-Jl (j.^ cjU^ 
(man. av. de la Bïhl. du Roi, //." 7^/ A parle 
trcs au long d'un ^>^l_*-JI cm^ ^ ^.^^ y- ^^>^ 
ne en 577 ou 78 de l'hcglre [ i 181-83 de 
J. C. ], et mort le 10 de gioumada i/*", 
660 de l'hcgire [ 2 avril 1262 de J. C.]; 
mais j'ai peine à croire que ce soit notre 
Azz-eddin , attendu qu'on ne trouve point 
dans Soyouti le ^^^.^ Ehn-Ganem, ni le *^ 
Elmocaddessi, et que l'cpoque de la mort n'est 
pas la même. Makrizi , dans ^j3 i3jsX djLJI 
S^\ ( ?Uiin. ûr. de îci Bihl. du Roi , /// ^7^)> 
parle aussi d'un a^^\ o^ ^ ^jJIjxi ^; je 
pense que c'est le mcme dont Soyouti fait 
mention. 

Outre les allégories que Je publie (*), on 
connaît encore d'Azz-eddin les ouvrages sui- 
vans, qui sont tous mystiques ou ascétiques: 

\ ^ — ^ Jl ^w«.L:tf« jLh^' O^^-^j jIj-*^! (^«■« ^—> c_jlx^=> 

Liber de detegendis îuysteriis virtutibusque sanc- 

(*) II paraît que les exemplaires du j\jj)i\ ,^^^=> sont 



[xx] 

toruîu , ûc pmcldvis dotihus optimorum ( Bihl. 
BoiUcianœ m an. Or. &c, cataJ, a J, Uri conf. 
p- i8j ). d^^J^ ,3-U^j JJLyi ^Jo Via ad Deum 
accedcndi , cum eo se coiijiingendi , atque ah eo 
henignam poUiciîaîîoncîu repetendï ( Bihlioth. 
Av. Hisp. Escurial. de Casiri , t.l^\p. 221). 
^j«JjÎ ^jJ^ c_)Ué=> Dï aboli confuîatio ( ihid. 
p. 22y ), iit^l J ^^\ j'jyJî ij<j,^ p nicher 
Hortus (ihid. ihid. ). jySl}\ ^^^^ jyj\ ^}^ lj\^ 
Arcaiwriim clavis (ihid, p. ^2p), Ce dernier 
se trouve également indiqué dans Hagi- 
Khalfa. 

III. Les manuscrits que j'ai consultés pour 
cette édition , sont au nombre de quatre, 

I .° Manuscrit de format in-i8 , écrit avec 
soin, et vraisemblablement par un homme 
instruit. Jai suivi presque constamment ce 
manuscrit. 

2.° Manuscrit de format très -petit //;-^/ 

rares en Europe : je n'ai trouvé son indication que dans 
le Catalogue des Manuscrits de la Bibliothèque Bodleyenne ^ 
par J. Uri, -p. iS^^, 



[ ^v ] 

ou //;-(?/ Ce manuscrit n'est pas tout écrit 
de la même main ; le premier quart est d'une 
autre écriture que le restant du volume. 
Cette première partie est bonne, et vaut 
au moins ia partie correspondante du ms. 
///-/(? ; aussi m'en suis-je servi utilement 
quelquefois: mais quant au reste du volume, 
il est plein d'interpolations de mauvais goût, 
et ne m'a cté de presque aucune utilité. 

Ces deux manuscrits appartiennent à 
M. Varsy, de Marseille , négociant, ancien 
vice-consul à Rosette , qui possède une collec- 
tion assez considérable de manuscrits arabes. 
Ce modeste et savant orientaliste a bien voulu 
me communiquer de la manière la plus obli- 
geante ces deux manuscrits , avant que j'eusse 
connaissance des deux autres que j'ai eus de- 
puis à ma disposition, et m'engager lui-mcme, 
on ne peut plus amicalement, d'en donner 
une édition. 

3.'' Manuscrit arabe de la Bibliothèque 
du Roi, apporte par Petis de la Croix, cote 
^66. Ce manuscrit, déformât très-petit ///-^.'^ 



[ ™i ] 

ou ithS.^ est presque illisible, a cause de 
Fextrcme i:^^::^e::ce avec :...^- .... -. c>iccrir. 
li y avait une lacune au commencement, qui 
a été réparée , avec aussi peu de soin , par 
une main européenne. Je :: ai lirc presc.;e 
aucun secours de ce mar/c^^crii , qui e-: ic:;- 
pli d'omissions et defautc> _.:.i\:^- 

- 4-° Manuscrit Je format tres-peiit in-^f 
ou in-S.'^ Ce manuscrit . qui irA^p^a rient, 
est, après le manuscrit ui-ià de M. A arsv , 
celui qui vaut le mieux; mais la icv: action en 
est presque toujours ! r .vc:;p 'f:.i T :_ :e 
que celle ces trois aui.'r-, i;.:-:out dan- les 
dernières aiie^'ories . cù ion reconnaît de 
inierpolations i::^: :c:?:er. J .,: ^onné ces 
ditions dans mes notes, seuiement : : ^ ^:.e 
j*ai cru qu'elles pourraient intéresser ?e lec- 
teur; du reste, ce manuscrit m'a servi . jz 
utilement. 

Ces quatre mss. re c : ::c: : e: : : : des 
ni gloses. Je désignerai le premier par la lettre 
A , le second par la lettre b , fe troisième par 
ia lettre c, et le qua:r:e:::e par la Jettre D. 



3 
j 



Outre les différences que Ton remarque 
dans la rédaction de ces mss., on en voit éga- 
lement quelques légères dans le titre. Au lieu 
de fJ^ ^wt &c. , qui est la leçon du ms.A, le ms. 

B porte oL^jjj^^jJ^j^'^'^L?^^ L^ ' '^ ^^- c- 
jyj^^ j &c. simplement, et le ms. d J^ j &c. 

Je dois faire observer ici que les vers qui 
accompagnent plusieurs des dernières allé- 
gories, sont tout différens dans les quatre 
mss. , ce qui semble indiquer qu'ils n'appar- 
tiennent pas à fauteur, mais qu'ils ont été 
ajoutés par les copistes. 

IV. Traduire à la lettre un écrivain arabe , 
c'est s'exposer à écrire de l'arabe en mots 
français et à ne pas être entendu; traduire 
trop librement, c'est risquer d'être à coté du 
sens de l'auteur, de dénaturer ses idées, et 
de ne point faire connaître la hardiesse des 
métaphores et fexagéraiion du style orien- 
tal. J'ai tâché de tenir, dans ma traduction, 
une rouie intermédiaire. Quand je me suis 
un peu trop éloigné du mot à mot, j'ai ordi- 

b 2 



[ xxiv ] * 

iiairement donne l'interprétation littérale 
dans mes notes; quand j'ai omis quelque 
chose , j'en ai le plus souvent averti; quand 
j'ai déplacé des phrases , j'en ai presque tou- 
jours prévenu le lecteur. Mais, pour ne pas 
multiplier inutilement les notes , je me suis 
dispensé de ces détails, lorsque j'ai cru pou- 
voirie faire sans inconvénient. Dans les pas- 
sages où l'auteur, entraîné par le parallélisme 
des expressions , a sacrifié la clarté et la jus- 
tesse de la pensée à une rime ou à une anti- 
thèse , j'ai été forcé d'adopter le sens qui 
m'a paru le plus plausible : les orientalistes 
savent combien il est alors difficile d'être 
certain de celui qu'a en vue l'auteur. 

Je n'ai mis dans les notes que les expli- 
cations qui m'ont paru nécessaires à l'intelli- 
gence du texte et de la traduction. Si j'avais 
voulu m'étendre sur tous les mots peu usités , 
sur toutesles expressions énigmatiques et figu- 
rées, sur toutes les tournures hardies, enfin 
sur la couleur mystique qui règne par-tout 
dans cet ouvrage, mes notes seraient devenues 



[ XXV ] 

lin commentaire perpétuel, et j'aurais outre- 
passé les bornes que l'on s'impose pour l'ordi- 
naire dans ce genre de travail. Par la même 
raison , je n'ai fait que les citations que j'ai 
crues véritablement utiles (*). 

J'ai puisé dans le Seïd Jorjani , Kitah Ta- 
rifdî, les définitions des termes mystiques , 
et dans le commentateur Beïdhawi, des dé- 
veloppemens sur différens textes du Coran , 
ou sur des allusions à des passages de ce 
livre. J'ai eu ainsi l'occasion de citer de ces 
deux auteurs plusieurs fragmens qui étaient 
inédits. Motarrézi , Meïdani &c. m'ont en- 
core fourni quelques autres morceaux qui 
paraissent aussi pour la première fois. 



(*) Rien n'eût été plus facile , dans un livre de ce 
genre, que de mettre à profit le conseil de l'ami de Cer- 
vantes : ce No hay mas sino hacer de manera que vengan 
3î a pelo algunas sentencias, ô latines, que vos sepais de 
33 memoria , 6 a lo ménos que os cuesten poco trabajo 
3> el buscallos, (Sec. « Sans parler des écrivains orien- 
taux, les ouvrages d'une multitude d'auteurs anciens et 
modernes eussent été pour moi des sources inépuisables 
de citations. 



[ xxvj ] 

Dans les endroits obscurs , je me suis fait 
une loi de donner les variantes ; dans le res- 
tant de l'ouvrage , j'en ai peu donné , par 
une raison toute simple : c'est que , ies mss. 
orientaux s'accordant rarement entre eux, ce 
travail, d'ailleurs peu utile, aurait également 
trop alongé les notes. 

J'ai suivi à la rime l'orthographe que mes 
manuscrits, et tous les manuscrits en géné- 
ral , observent dans ce cas; laquelle consiste 
à retrancher les points du o [ f^yj^ ^L>] et à 
substituer, dans les adjectifs verbaux défec- 
tueux, le ci à la nunnation du kesra , exi- 
gée par les règles de permutation. 

Comme j'ai donné la traduction de ces 
allégories, j'ai cru pouvoir me dispenser de 
mettre des voyelles et des signes orthogra- 
phiques au texte arabe : aussi n'en verra- 
t-on que lorsque cette omission aurait pu 
jeter du louche. 

Sur plusieurs objets d'histoire naturelle 
descriptive, j'ai eu recours à l'extrcme obli- 
geance de M, le Baron Alexandre de Hum- 



[ xxvij J 

bolJt, qui veut bien m'honorer d'une amitic 
particulicrc. Cet illustre savant, pour exécu- 
ter plus facilement le plan Je son voyage 
en Asie , se livre avec ardeur, et avec le suc- 
cès qui couronne toutes ses entreprises, à 
l'ctude des langues orientales : aussi doît-on 
ajouter le titre d'orientaliste à ceux que 
lui donne l'universalité de ses connaissances. 
Je dois à ce cclcbre voyageur, et à deux de 
ses doctes collaborateurs, M. Kunth, cor- 
respondant de l'Acadcmie des sciences et 
professeur de botanique à Berlin, et M. Va- 
Jenciennes, aide-naturaliste au Muséum du 
jardin du Roi, des notes intéressantes que 
j'ai refondues dans les miennes, et qui ne 
peuvent manquer d'y répandre un intérêt 
scientifique. 

Je prc'sente cet essai de mes travaux sous 
les auspices de M. le Baron Silvestre de Sacy, 
qui a la bonté de m'accorder une affectueuse 
bienveillance, et qui m'a permis de recourir, 
dans les passages les plus épineux, à fa mine 
également inépuisable de sa complaisance et 



[ xxviij ] 

de son savoir. «Lorsque quelque chose vous 
» paraît embrouiilé , dit un poëte arabe, 
» consultez un homme habile , et suivez 
» avec docilité ses avis. » 

A — ^<t* — y Vj Ix^ jjLi3 L^y^i ^Ay^ j^' <-jv (jU 



Paris , ce 2 avril 1 821. 




PREFACE 



D AZZ-EDDIN ELMOCADDESSI. 



'^•^^--^/^.'*^^^*-^ ■%^'^ ■%, 



AU NOM DU DIEU CLEMENT ET MISERICORDIEUX. 



JLoUANGES à Dieu, dont réJoignement est 
proximité, dont la proximité est éloignement; 
dont la grandeur ne saurait se décrire, ni en style 
léger, ni en style sérieux; dont la sainteté sublime 
est au-delà de toutes bornes et de tout cafcuf. 
Louanges à Dieu, qui a tiré le Monde du néant; 
qui a déposé dans chaque être des vues de sagesse 
qui prouvent l'existence d'un créateur; et qui a 
doué l'homme de raison pour juger entre les choses 
contraires. C'est par l'inspiration de ce Dieu tout- 
puissant que l'homme a acquis les connaissances 
qu'il possède, et qu'il a su distinguer le vrai du 
faux, la certitude de l'erreur. 

Celui qui, dirigé et soutenu par des intentions 
droites et pures, se livrera à des réflexions sé- 
rieuses, ne tardera pas h comprendre que toutes 

' A 



('■ ) 

les créatures sont dans les mains de la Provi- 
dence, qui, ainsi qu'elle condamne les unes au 
malheur, accorde le bonheur aux autres, et les 
comble de ses bienfaits et de ses dons les plus 
précieux, sans que personne puisse arrêter l'effet 
de la miséricorde de Dieu , ni donner ce qu'il 
refuse. 

Si l'œil de ton intelligence était dégagé de toute 
matière hétérogène ; si rien ne souillait le miroir de 
ta conscience, et si tu prêtais l'oreille de l'attention, 
chaque être saurait t'apprendre ce qui manque à 
ses désirs , et la peine qu'il endure de cette pri- 
vation cruelle. Ecoute le zéphyr qui murmure 
dans le feuillage, sur les pleurs des nuées dont 
les mouvemens semblent imiter le fîux et le re- 
flux de la mer, et qui gémit sur le doux sourire 
de l'éclair que suit l'éclat de rire de la foudre. 
Considère ensuite le printemps : il vient te ré- 
jouir par l'heureuse arrivée de ses roses ; il vient 
t'annoncer que la rigueur du froid , qui l'avait pré- 
cédé , est passée. Il s'avance vers toi : le sombre 
hiver se retire, et un manteau diapré vient revêtir 
la nudité des champs. Le saule d'Egypte se plaint 
à toi du balancement de ses rameaux : la margue- 
rite semble te présenter l'armée des fleurs , où 
règne la plus agréable variété, et qui agitent de- 
vant toi leurs étendards empreints de leur bon- 



( i ) 

heur: le narcisse se lève sur sa lige, comme })our 
faire sa prière : l'anémone paraît avec sa rohe 
déchirée ; elle frappe ses joues de rose , comme si 
elle avait perdu quelqu'un qui lui fût cher; le gre- 
nadier t'exprime ce que lui fait souffrir l'excès du 
feu ardent qu'ont allumé en lui les cruels dédains 
et l'éloignement de son amie : le rossignol , sur le 
rameau qui le balance, module de tendres ac- 
cens ; on croirait qu'il fîatte les cordes d'une Ivre. 
L'amant, en proie à la mélancolie de l'ajiiour, 
n'est plus maître de sa passion, et il confie au 
zéphyr le nom adoré qu'il tenait caché avec tant 
de soin: troublé par l'odeur suave qui vient de 
Najd , séjour de sa maîtresse, il erre ivre de plaisir 
dans les lieux solitaires, asiles de ses tête-à-tête, 
et va se réfugier auprès de cette beauté divine, qui 
connaît ce qu'il exprime de son amour et ce 
qu'il cache dans son cœur. 

Le contemplatif, pénétré de reconnaissance 
pour les faveurs abondantes qu'il a reçues , s'étudie 
k creuser la mine de la sagesse, ne veut du lait 
que la crème la plus pure, et n'ignore pas que 
Dieu n'a créé aucun être pour l'abandonner dans 
un état d'inutilité. Chaque créature occupe en effet 
le rang qu'elle doit tenir; elle ne s'écarte jamais de 
la route qui lui a été tracée, et elle confesse la 
vérité des promesses et des menaces de Dieu : il 

A 2 



(4) 

n'est rien , enfin, qui ne paie au Très-haut un tribut 
de louantes. J'unis mes faibles accens à ce concert 
unanime des êtres , et je prie ce Dieu tout-puis- 
sant de seconder mes efforts et d'inspirer mon 
génie. Je bénis et salue son Prophète, à qui il a 
accordé une révélation , pour faire éclater sa gloire, 
et qu'il a condiiit au travers des sphères célestes , 
dans le célèbre voyage nocturne. Puissent la misé- 
ricorde et la faveur de Dieu reposer à jamais sur cet 
envoyé, sur ses compagnons et sur sa race ! 

Rempli des pensées que je viens d'exprimer, 
j'ai jeté sur l'univers le regard de Ja plus sévère 
attention, et, éclairé du flambeau du discernement 
et du secours divin , j'ai vu que tous les êtres pu- 
blient l'existence du Créateur, et que ceux qui 
ne peuvent exprimer leurs sentimens par l'organe 
de la parole , prennent un langage muet pour 
leur servir d' interprète. J'ai donc examiné scrupu- 
leusement les allusions que présentent les objets 
de la nature , j'ai approfondi les allégories qu'ils 
nous offrent , et je me suis convaincu que tout 
est réellement doué de la faculté de se faire en- 
tendre , ou d'une manière sensible , ou d'une 
manière intellectuelle: bien plus, j'ai reconnu que 
le langage muet est plus éloquent que la parole, 
et plus essentiellement vrai que quelque discours 
que ce puisse être. 'En effet, quand quelqu'un a 



( i ) 

parle, on peut convenir de la justesse de ses obser- 
vations, ou démentir ce qu'il a dit; au lieu que 
le langage emblématique repose sur la vérité et 
sur la certitude. Mais aussi Tètre qui s'ex})rime de 
cette manière figurée, ne s'adresse-t-il qu'îi ceux 
qui ont des affections toutes surnaturelles , tandis 
que celui qui communique sa pensée à l'aide de 
la parole, s'adresse à ceux qui sont dans l'état 
ordinaire et commun. 

J'ai composé mon ouvrage pour expliquer les 
différentes allégories que les animaux, les végé- 
taux , et même les corps inorganiques , ont offertes 
à mes méditations : je redirai aussi ce que le 
merle solitaire m'a raconté, au sujet de son repos 
et de ses courses dans les champs. Puissent , dans 
cet écrit, les gens sensés et dociles trouver d'utiles 
leçons: les gens profonds et réfîéchis, le souvenir 
de leurs devoirs; tous enfin, des instructions 
salutaires ! Celui qui entrera dans l'esprit de 
mes sentences et qui comprendra mes paraboles, 
lira mon livre avec plaisir ; mais celui qui les 
trouvera étranges, ne saurait le goûter. 

Je ne sais quelle pensée m'engagea un jour à 
aller contempler ce que les mains de l'Eternel 
ont produit, et ce que la Sagesse divine, qui 
atteint toujours le but qu'elle se propose, a créé 
dans une vue d'utilité. Je me rendis, à cet effet, 

A 3 



(6) 
dans un jardin spacieux: un tendre gazon, que 
courbait l'haieine frémissante du zéphyr , en for- 
mait le tapis ; des odeurs balsamiques s'exhalaient 
du calice des fleurs ; les cimes touffues des arbres 
s'agitaient en murmurant ; les rameaux se balan- 
çaient au souffle du vent printanier ; le rossignol 
gazouillait tendrement, soupirait des airs, balbutiait 
ses amours. Ici un ruisseau sillonnait la prairie, 
là une cascade se précipitait irrégulièrement ; plus 
loin, des fleurs fraîches et brillantes émaillaient 
la pelouse veloutée ; de toutes parts enfin , la 
vue se reposait sur des sites pittoresques et variés. 
Je me dis à cet aspect : Peut-il y avoir un séjour 
f)îus délicieux et une solitude plus agréable! Ah! 
que n'ai-je un compagnon sincère et affectionné , 
avec qui je puisse m'entretenir familièrement! Mais 
tout-à-coup je crus distinguer ces paroles dans le 
langage muet et énigmatique de la nature: Peux-tu 
trouver un ami meilleur que moi , et espères-tu 
entendre des réponses plus éloquentes que les 
miennes! II n'y a rien de ce qui est en ta présence 
qui ne s'exprime dans un langage figuré , rien 
dont la situation et la manière d'être n'annoncent 
la fin prochaine. Applique-toi donc à comprendre 
cette voix allégorique, si tu es capable de l'en- 
tendre. 



(7 ) 



VERS. 



Vois le zéphyr du matin , dont le souffle exhale 
des émanations balsamiques qui s'élèvent dans l'at- 
mosphère. Tantôt, comme l'amant qui a perdu l'ob- 
jet de sa passion , il fait entendre des sons tristes 
et plaintifs; tantôt, comme celui qui retrouve une 
maîtresse adorée , il se charge de parfums exquis. 
Les nuées qui répandent leurs ondées rafraîchis- 
santes ; le roucoulement monotone de la colombe; 
le frémissement de la branche qui la soutient ; le 
crépuscule de l'aube matinale; la camomille , lors- 
que le nuage, chargé de l'éclair et de la foudre, 
vient agiter sa corolle; le printemps, qui, accom- 
pagné de la rose son interprète , amène de si doux 
changemens dans la nature ; tout ce qui existe et 
qui est destiné à ton utilité , ô homme insensible 
aux grâces du Créateur I tout, oui tout célèbre 
les bienfaits de Dieu , confesse son existence , le 
remercie, le bénit; oui, de chaque chose, on 
peut tirer une preuve de son unité. 




A4 



LES OISEAUX 



ET 



LES FLEURS. 



k -«,«/%/%'%/%/«» -«/%/^'«/«/«> %/%/^'%f%/^'%f^r^'^^^/\. %/«^^'«/«/^'«/%/^'%/%'%.'%/«/%'«/%^ %<^'V«.'«/ 



ALLÉGORIE L 



LE ZEPHYR. 



RE 



iVloN attention fut d'abord réveillée par le gé- 
missement du zéphyr, qui, voulant célébrer la lan- 
gueur et la volupté de son souffle , semblait par 
ses soupirs emblématiques moduler ces paroles: 
Fidèle messager des amans , je porte sur mes 
ailes les soupirs brûfans de celui qu'agite la ma- 
ladie de l'amour , à l'objet qui peut seul remédier 
à ses maux. Je transmets avec exactitude les se- 
crets que l'on me confie , et je redis les nou- 
velles telles que je les ai entendues. Si je ren- 
contre un voyageur , mon haleine devient plus 
douce ; ce ne sont que cajoleries, que badinages , 
que jeux familiers. Je règle cependant ma con- 
duite sur la sienne: s'il est bon, je Je caresse 
d'un souffle voluptueux ; est - if méchant , au 
contraire, je le moieste de mon vent importun. 



( -o) 

Mon haleine légère et odorante donne la santé 
à l'infirme , et rend paisible et agréable le sommeil 
du midi. Si mon frémissement agite le feuillage , 
celui qui aime ne peut retenir ses soupirs ; et il 
dit sa peine à l'oreille de sa maîtresse, si mon mur- 
mure se fait entendre. La douceur et la mollesse 
composent mon essence : celui qui jouit des fa- 
veurs de Dieu, est le seul qui sache m'apprécier. 
N'est-ce pas a mon souffle vivifiant que l'atmo- 
sphère doit la pureté dont elle jouit î Et ne t'imagine 
point que la mobilité que tu remarques dans ma 
nature soit l'effet d'un vain caprice; c'est pour 
ton utilité et ton avantage , que mon haleine suit 
les saisons dans leurs variations diverses. Au prin- 
temps, je souffle du côté du nord, je fertilise ies 
arbres , et je rends la nuit égale au jour. Dans l'été > 
mon souffle , parti de l'orient , favorise le dévelop- 
pement des fruits et donne aux arbres le degré le 
plus parfait de leur beauté. Dans l'automne, je 
souffle du côté du midi ; alors tous les fruits 
acquièrent leur perfection , et parviennent au der- 
nier terme de leur maturité. Dans l'hiver enfin, 
je souffle des régions de Toccident ; et c'est ainsi 
que je soulage les arbres du poids de leurs fruits, 
et que je fais sécher les feuilles sans altérer les 
branches. C'est moi qui mûris les fruits , qui donne 
aux fleurs leur coloris brillant, aux ruisseaux leurs 



( " ) 

chaînes argentées ; c'est moi qui fais parvenir aux 
arbres le pollen qui les féconde ; h la inaîtresse 
les soupirs du cœur qu'elle a enflammé; et c'est 
encore mon haleine parfumée qui annonce au 
pèlerin de l'amour qu'il approche de la tente de 
sa bien-aimée. 

VERS. 

Ohl combien est doux ce que le zéphyr est 
venu raj)porter à mon oreille de la beauté de ce 
site élevé ! Il s'est plu à répandre l'odeur balsa- 
mique dont il s'était chargé, et à m'enivrer de ce 
parfum délicieux. Lorsque les premiers soupirs de 
cet amour qui me consume s'échappèrent de mon 
sein , le zéphyr semblait les seconder de son 
haleine mourante. La brise fraîche et embaumée 
du matin aurait dû étancher la soif de ma passion; 
mais ayant passé, durant la nuit, auprès de ces 
pavillons printaniers et de ces tertres élevés , et 
s'étant imprégnée des émanations musquées qui 
se répandent de la tente de ma maîtresse, elle a 
rendu bien plus violent le feu de mon amour et 
de ma souffrance. Ivre de plaisir , je n'ai pu reve- 
nir à moi, ni rappeler mes esprits. Attentifs la 
voix du zéphyr, j'ai compris le secret que mes 
rivaux n'ont pu deviner, et j'ai entendu ce qu'ils 
n'ont pas entendu. J'ai su que, dans un lieu où le 



( '2 ) 

viii excitait à la volupté la plus pure, mon amie 
adorée a laissé voir l'éclat de sa beauté, sans qu'au- 
cun voile vînt dérober ses appas, et a montré à ses 
amans fidèles ce visage ravissant , inaccessible 
pour l'ordinaire aux regards les plus avides. 



ALLEGORIE IL 

LA ROSE. 

Après que j'eus compris les paroles que sem- 
blait proférer le zéphyr , tandis que je cherchais 
à interpréter le sifflement du merle , et que je 
réfléchissais sur les couleurs variées des fleurs , la 
rose en exhalant son parfum m'annonça sa douce 
venue, et s'exprima ainsi dans son langage muet: 
Je suis l'hôte qui vient entre l'hiver et l'été, et 
ma visite est aussi courte que l'apparition du 
fantôme nocturne : hâtez -vous de jouir du court 
espace de ma fleuraison , et souvenez-vous que 
le temps est un glaive tranchant. J'ai à-la-fois 
et la couleur de la maîtresse, et l'habit de l'amant : 
j'embaume celui qui respire mon haleine; je cause 
à l'innocente beauté qui me reçoit de la main de 
son ami une émotion inconnue. Le temps de ma 



(lurce est comme une visite que je fais auxliomiiies : 
et celui qui espère me posséder long -temps est 
dans Terreur. 

Pourquoi faut-il qu'en butte à la fortune con- 
traire qui m'abreuve d'amertume, par-tout où mon 
bouton s'épanouit , un cercle d'épines m'entoure 
et me presse de toutes parts î Les aiguillons acérés 
et les flèches aiguës de mes épines me blessent , 
et , répandant mon sang sur mes pétales , les 
teignent d'une couleur vermeille. Voil^ ce que 
j'endure; et je suis cependant le plus noble des 
hùtes , le plus élégant des voyageurs. Mais, hélas I 
personne n'est k l'abri des tourmens et des peines; 
et du moins celui qui saura les supporter, attein- 
dra l'objet de ses vœux. 

Brillante de fraîcheur, je suis parée du vête- 
ment de la beauté, lorsque, tout à-coup, la main 
des hommes me cueille et me fait bientôt passer 
du milieu des fleurs dans la prison de l'alambic: 
alors mon corps est liquéfié et mon cœur est 
brûlé; ma peau est déchirée et ma force se perd; 
mes larmes coulent, et personne ne les arrête, 
personne n'a pitié de moi. Mon corps est en 
proie h l'ardeur du feu , mes larmes à la submer- 
sion, et mon cœur à l'agitation. La sueur que 
je répands est un indice irrécusable des tourmens 
que le feu me fait endurer. Ceux que consume 



( '4 ) 

une chaleur brûlante , reçoivent de mon essence 
du soulagement à leurs maux, et ceux que les 
désirs agitent , respirent avec plaisir mon odeur 
musquée. Lorsque mes agrémens extérieurs quit- 
tent les hommes, mes qualités intérieures restent 
toujours au milieu d'eux. Les contemplatifs , qui 
savent tirer de ma beauté passagère une allégorie 
si instructive , désirent le temps où ma fîeur 
orne les jardins, et les amans voudraient que 
ce temps durât toujours. 

VERS. 

Si je t'ai quittée corporeîlement, mon esprit n'est- 
il pas toujours auprès de loi î Fais-y réflexion , et 
tu ne mettras aucune différence entre ma présence 
et mon éloignement. Il a bien raison , celui qui 
me dit: On peut te comparer à la rose, qui dis- 
paraît, mais qui faisse son essence. 



( «5) 

ALLÉGORIE 111. 

LE MYRTE. 

A PEINE le myrte eut-il compris le langage 
muet de la rose, qu'il lui adressa ces mots dans 
le même langage : Déjà les nuées semblent jouer 
au trictrac et disséminent des perles éclatantes ; le 
zéphyr dit son secret ; le béhar répand ses trésors 
parfumés ; le printemps est fier des guirlandes qui 
rembellissent; les fleurs, ne cherchant qu'à plaire, 
et non contentes d'orner les jardins les plus beaux, 
veulent briller dans d'autres lieux ; le rossignol 
chante ses amours; le bosquet, rendez -vous de 
Tamant , reprend son éclat printanier. Viens , 6 
ma compagne , divertissons-nous , et, fiers de notre 
beauté, saisissons les momens fugitifs de la joie, 
sans en laisser échapper la plus petite partie. 

La rose, surprise des leçons du myrte, reprit 
aussitôt la parole en ces termes : Peux-tu tenir 
lin pareil langage, toi le prince des végétaux 
odorans î non, dusse- je te fâcher, ce n'est pas 
ainsi que tu devrais t'exprimer; et ton conseil per- 
nicieux te rend indigne du rang distingué que tu 
occupes parmi les fleurs. Qui pourra atteindre le 
but, si tu erres ; qui dirigera, si tu t'égares l Tu en- 



( '6) 
gages tes sujets à venir jouer auprès de toi , et tu 
les excites à se divertir. Quoi ! celui qui est à la tête 
des autres doit -il avoir des idées si peu saines î 
Mais que ta beauté ne t'enivre point, parce que 
tes rameaux se balancent mollement , que tes 
feuilles sont d'un vert harmonieux, et que ton ori- 
gine est noble. Tu es l'image des jours heureux 
de la jeunesse, qui fuient et disparaissent avec 
tant de rapidité. Tels sont les instans toujours 
si courts que l'on passe auprès d'une amante 
adorée; tels sont encore ces prestiges fantastiques 
qui , durant ia nuit , viennent assiéger l'imagi- 
nation , que rien n'interrompt et qui cependant 
ne peuvent jamais se terminer. 

Déjà , à l'aspect du printemps , les champs se 
couvrent d'un vêtement de verdure qu'ornent mille 
fleurs , dont les variétés sont aussi multipliées que 
celles des animaux qui peuplent la terre. De ces 
fleurs, les unes font le charme de l'odorat et se 
fanent ensuite ; on tire des autres d'heureuses 
allusions, et on rapporte leur langage allégorique: 
celles-ci sont le jouet des rigueurs du sort ; celles-là, 
privées de vie , sont étalées sur les tertres de la 
campagne. Parmi les végétaux , il y en a dont on 
mange les fruits et qui font la base de ia nourri- 
ture des hommes ; mais bien peu échappent aux 
flammes dévorantes : et cependant, si ce n'était la 



( '7 ) 

prédestination et la préniotion , ils seraient tous à 
l'abri de cette fin cruelle. Mon frère, ne te laisse 
point séduire par les plaisirs apparens que t'offre 
ie caravanserai de ce monde; les lions du trépas 
ont la gueule béante pour te recevoir. ^^oiIà l'avis 
que je crois devoir te donner. Adieu. 



ALLEGORIE IV. 

LE NARCISSE. 

Le narcisse, regardant alors le myrte son com- 
pagnon , lui expliqua ainsi sa pensée : Toujours 
auprès des fleurs , je me plais h les considérer ; je 
m'entretiens avec elles au clair de la lune, et je 
suis constamment leur camarade: ma beauté me 
donne le premier rang parmi mes compagnes , et 
je suis néanmoins leur serviteur ; aussi appren- 
drai-je à quiconque le désirera , quelles sont les 
obligations du service. 

Je me ceins les reins de la ceinture de l'obéis- 
sance, et, toujours prêt à exécuter les ordres, je me 
tiens humblement debout comme l'esclave. Je ne 
m'assieds point avec les autres fleurs, et je ne 
lève pas la tète vers mon commensal ; je ne suis 
jamais avare de mon parfum pour celui qui désire 
le respirer; je n'oublie jamais ce que je dois h celui 

B 



( '8 ) 
qui fait usage de moi , et je ne suis jamais rebelle 
h. ia main qui me cueille. Je me désaltère à 
chaque instant dans mon calice, qui est pour moi 
comme un vêtement distingué par sa pureté; une 
tige d'émeraude me sert de base , et l'or et l'argent 
forment ma robe. Lorsque je réfléchis sur mes 
imperfections , je ne puis m'empêcher de baisser 
avec confusion les yeux vers la terre; et lorsque je 
médite sur ce que je dois devenir un jour, je pense 
au moment fixé par le destin pour le terme de 
mon existence. On sera peut-être étonné que je me 
livre ainsi à de sombres idées , dans le lieu le plus 
agréable : j'avoue que l'odorat peut bien avoir une 
juste idée de mon parfum ; mais l'oreille ne pourra 
point entendre mes paroles allégoriques, ni l'esprit 
en saisir le sens. Je veux, par l'humilité de mes 
regards , confesser mes défauts ; et si je baisse la 
tête, c'est pour considérer le moment cruel de ma 
fin. 

VERS. 

Lorsque le terme de ma vie arrivera, pénible 
instant qui me couvrira de confusion et de honte , 
je me loverai, les yeux humblement fixés sur la 
terre , k cause de mes fautes. Quand même j'aurais 
fait tous mes efforts et que j'aurais chassé de mes 
paupière.s le sommeil de la tiédeur , j'avouerais 



( '9 ) 
afors mon impuissance, et je craindrais d'être déçu 
dans mon espoir: à bien plus forte raison, après 
avoir précédeminent commis des fautes graves, 
lorsque, au moment de mourir, je serai au nom- 
bre des repentans , quel fruit retirerai -je de ma 
science et de mes actions , puisque ma prunelle 
n'espérera plus revoir Ja lumière du jour ! Eh bien 1 
que dès ce moment une crainte salutaire dirige mes 
pas 1 hâtons -nous, la précipitation est inhérente 
à Thomme. 



ALLEGORIE V. 

LE NÉNUFAR. 

Le nénufar, si remarquable par sa couleur 
triste et par son air languissant , tint alors ce 
langage : Toi qui te repais de chagrins , jette le 
regard de l'attention sur la pâleur de ma corolle, 
et vois si je puis échapper aux décrets immuables 
du destin. Je me soumets à mon malheur; mais 
je ne renonce pas à l'amour. Si tu es amoureux, 
toi qui écoutes avec avidité mes leçons , use de 
ménagemens , comporte-toi avec prudence. Les 
jardins sont mon habitation , et les lieux aqua- 
tiques le lit de mon repos ; j'aime l'eau limpide et 
courante , et ne m'en sépare ni le matin , ni le 

B 2 



( 20) 

soir, ni l'hiver, ni l'été. Ce qui est bien plus 
extraordinaire, c'est que, tourmenté d'amour pour 
cette eau, je ne cesse de soupirer après elle , et 
qu'en proie à la soif brûlante du désir qu'elle 
m'inspire , je l'accompagne par-tout : mais as-tu 
jamais vu rien de pareil î être dans l'eau , et se 
sentir dévoré par la soif la plus ardente. 

Lorsque le jour paraît , je déploie mon calice 
doré , et mille mains jalouses viennent fondre sur 
moi : au contraire , lorsque la nuit enveloppe la 
terre de ses ombres , l'onde m'attire vers elle ; ma 
corolle quitte sa position et s'incline ; je m'enfonce 
dans l'eau, qui me recouvre ; je me retire dans mon 
nid de verdure, et je reviens à mes pensées soli- 
taires. Mon calice, comme un œil vigilant, est sub- 
mergé dans l'eau , pour contempler ce qui fait son 
bonheur , et les hommes irréfléchis ne savent plus 
où je suis. Le censeur importun ne réussira pas 
à. m'éloigner de l'objet de ma flamme. Bailleurs, 
quelque part que mes désirs me portent , je vois 
que l'eau est toujours a mes côtés : si je viens la 
prier de soulager l'ardeur qui m'enflamme, elle 
m'abreuve de sa douce liqueur; si je lui demande 
un asile, elle me reçoit avec complaisance. Mon 
existence est liée à la sienne , et la durée de ma 
fleur dépend du séjour qu'elle fait auprès de moi. 
Enûn , c'est par l'eau seule que je puis acquérir le 



( 2> ) 

dernier degré de la perfection ; c'est à ses seules 
qualités que je dois les propriétés dont je suis 
pourvue. On ne me verra jamais sans cet objet 
adoré , car sans lui je ne pourrais exister en aucune 
manière. 

VERS. 

L'amour a couvert mon corps du vêtement 
décoloré de la langueur ; troublé par la passion 
qui l'agite, mon esprit s'abandonne au plus noir 
chagrin. Lorsque l'amour décoche son trait, il 
semble que c'est moi qu'il veuille frapper de préfé- 
rence à tout autre. La beauté cruelle que j'adore 
feint de venir auprès de moi, et elle excite dans 
mon sein un amour qui l'agite et le brise. Je ne 
vis que pour elle , et je veux mourir pour elle ; oui , 
l'amour lui-même me préparera cette mort glo- 
rieuse. Il me dit: Ne rêve qu'amour, si tu veux jouir 
du bonheur que je promets. Je défends, par la 
pointe des lances, l'approche de ce divin objet : ce 
n'est qu'auprès de mes piques rembrunies que tu 
trouveras les douceurs que j'accorde. Ne t'afflige 
donc point de la blessure cuisante des flèches , ni de 
l'amertume de la peine; le bonheur en est le résul- 
tat. Imite ces amans fidèles qui sont morts d'amour 
pour leur divine maîtresse, mais qui ont obtenu 
l'objet de leurs désirs. Quand , après avoir traversé 

B 3 



( 22 ) 

la. mer Rouge , les enfans d'Israël , épuisés de 
fatigue , entendirent sur le mont Sinaï ces douces 
paroles , « Je suis celui qui suis , 5> ils ne re- 
grettèrent point leurs peines et leurs travaux. 



ALLÉGORIE VI. 

LE SAULE DEGYPTE. 

Lorsque les arbres eurent vu que le saule 
était le seul d'entre eux dont les rameaux flexibles 
se balançassent sans cesse , ils critiquèrent la 
mollesse de ses mouvemens , et censurèrent sa 
fierté et sa complaisance pour lui-même. Alors 
le saule agita de nouveau ses rameaux légers , 
et s'exprima ainsi dans son langage muet: A-t-on 
quelque chose à me reprocher ! pourrait-on blâ- 
mer le tremblement de mon feuillage et l'agita- 
tion de mes branches ! C'est pour moi que la 
terre déroule ses tapis nuancés, que les prés dé- 
ploient toute leur parure , et que l'haleine du 
zéphyr matinal répand ses douces émanations. 
Lorsque je m'aperçois que les végétaux sont sur 
le point de ressusciter , que la terre s'agite et se 
ranime, que la trompette de la promesse que Dieu 
m'a faite sonne , que l'accomplissement de cette 
promesse abroge la menace dont j'avais été l'objet, 



( '.3 ) 
et que mes fleurs vont s'épanouir ; quand , d'un 
autre coté , je vois que déjà la rose a paru , que 
les frimas se sont retirés , que les fleurs brillent 
des plus vives couleurs, que le grain commence 
à se former , que déjà le rameau dépouillé se 
couvre de feuilles , que les différens végétaux 
destinés aux mets et aux boissons de l'homme 
s'unissent pour lui fournir la substance qui le 
fait vivre, je m'élève alors à la connaissance du 
créateur et du maître de toutes ces choses, et je 
reconnais qu'il est unique, éternel, tout-puissant; 
qu'il n'a besoin de personne , et que personne ne 
peut se passer de lui, bien loin de partager son 
empire ; qu'il n'a point engendré et n'a pas été 
engendré, et qu'aucun être enfin n'est semblable 
à lui. C'est par ces considérations que ma cime 
élevée s'agite pour se réjouir de la vision intui- 
tive qui fait mes délices , et que les rossignols de 
mon bonheur gazouillent sur mes rameaux trem- 
blans. Ensuite, par un effet de la grâce de Dieu, 
objet de mon culte, je pense au néant de mon 
être; et , de crainte de manquer mon but, je me 
tourne vers la rose , je lui annonce ma venue , 
et, tandis que mes fleurs lui forment en tombant 
comme une robe élégante, je lui demande quel 
est l'objet de mon existence. Nous nous ressem- 
blons parfaitement en tout , me répond-elle : si tes 

B 4 



( 24) 

rameaux paraissent s'incliner pour prier le Très- 
haut, on dirait que les miens se prosternent pour 
l'adorer; si ta beauté consiste dans ie vert de ton 
feuillage , la mienne consiste dans l'incarnat de mes 
joues. Mon frère, n'attendons pas le feu éternel 
qui doit nous consumer; jetons-nous nous-mêmes 
dans les flammes, pour nous offrir en holocauste. 

Si tel est ton désir, lui répliqué -je, et si tu 
consens à périr, je ne m'y oppose point et je veux 
bien ne pas me séparer de toi. On nous arrache 
donc ensemble du milieu des fleurs nos com- 
pagnes ; on nous livre à un feu ardent qui fait mon- 
ter nos esprits, et qui, sans pitié, fait couler nos 
larmes. Nos corps périssent, mais nos âmes restent; 
notre beauté extérieure s'évanouit , mais nos qua- 
lités intérieures demeurent : il est vrai cependant 
qu'il y a une grande différence entre ce que nous 
étions et ce que nous devenons. 

V£RS. 

Déjà la rose était venue ; elle annonçait les 
propriétés agréables qu'elle possède, lorsque le 
saule à la taille légère se tourna vers elle pour 
se plaindre de la violence de l'amour dont il était 
épris, et s'inclina avec grâce pour respirer le 
parfum délicieux qu'elle exhalait. La rose , parta- 



( ■^'-> ) 

géant sa douleur , Jui dit : Amis intimes , en 
proie h la même ardeur, nous ne faisons qu'un 
et nos qualités sont les mêmes. Combien de fois 
n*avons-nous pas éprouvé les tourmens les j)Ius 
violens des flammes ! Mais jamais mon compa- 
gnon n'a perdu de vue l'objet de sa passion , 
et jamais je n'ai oublié l'objet de la mienne. Com- 
bien de fois aussi des mains avides ne nous 
ont - elles point privés de nos rameaux encore 
verts 1 On ne saurait comprendre à quel point la 
flamme cruelle tourmente nos entrailles, et dans 
quel brasier nos cœurs sont consumés. Le feu 
sépare nos esprits de nos corps, comme il a com- 
mencé par nous priver de nos forces. Nous nous 
plaignons tous deux des mêmes douleurs, quoique 
chacun nous ayons l'objet particulier de notre 
amour. Je le jure par celui qui de toute éternité 
repose sur son trône, et mon serment est véritable, 
il y a dans l'exposition de ma peine un sujet de 
réflexion pour les gens sensibles, dont le cœur 
est éloigné du mal : j'étais hier comme la pleine 
lune qui se lève, et je suis aujourd'hui comme une 
étoile qui disparaît. 



( 26) 
ALLÉGORIE VIL 

LA VIOLETTE. 

Alors la violette soupira d'une manière plain- 
tive , comme celui que les peines de l'absence 
affligent ; et , dans son langage emblématique , 
elle m'adressa ces réflexions : Qu'il est digne 
d'envie , celui qui a vécu de la vie des heureux et 
qui est mort martyr 1 Pourquoi faut-il que je me 
fane , consumée de chagrin , et que je paraisse 
sous le vêtement de la maigreur et de la tristesse ! 
Les décrets immuables du destin m'ont changée et 
ne m'ont laissé ni peau ni force; les vicissitudes du 
temps ne m'ont point permis de prolonger mon exis- 
tence et m'ont fait périr impitoyablement. Qu'ils 
ont été courts les instans où j'ai joui d'une vie 
agréable , tandis qu'au contraire je suis restée si 
iong-temps sèche et dépouillée de mes feuilles ! 

Aussitôt que ma corolle s'ouvre , on vient 
me cueillir et m'enlever de mes racines, sans me 
laisser le temps de parvenir au terme de ma crois- 
sance; et il ne manque pas de gens qui, abusant 
de ma faiblesse , me traitent avec violence , sans 
que mes agrémens , ma beauté et ma fraîcheur 
puissent les arrêter. Je cause du plaisir à ceux 



( '-7 ) 
qui sont auprès de moi, et je plais à ceux qui 
m'aperçoivent: mais à peine se passe-t-il un jour, 
ou même une partie d'un jour, que déj^ l'on ne 
m'estime plus, qu'on me vend au plus bas prix, 
après avoir fait le plus grand cas de moi, et qu'on 
finit par me trouver des défauts , après m'avoir 
comblée d'éloges. Le soir , par l'influence de la 
fortune ennemie , mes pétales se roulent et se 
fanent; et le matin , je suis sèche et sans beauté. 
C'est alors que les gens studieux et livrés aux 
sciences naturelles me recueillent : avec mon se- 
cours , ils dissipent les tumeurs répandues sur le 
corps ; ils apaisent les douleurs rebelles ; ils adou- 
cissent les tempéramens secs, et ils éloignent enfin 
bien des maux qui attaquent l'humanité. Fraîche , 
je fais jouir les hommes de la douceur de mon 
parfum et du charme de ma fleur; sèche, je leur 
rends la santé. Mais ces mêmes hommes ignorent 
mes qualités les plus précieuses , et négligent de 
scruter les vues de sagesse que Dieu a déposées 
en moi. J'offre cependant un sujet de réflexion bien 
utile à celui qui , en m'étudiant, cherche à méditer 
et à s'instruire ; car les leçons que l'on peut tirer de 
ma manière d'être , suffisent pour retenir celui qui 
n'est pas sourd h la voix de la raison. Mais, hélas I 
tout avertissement est inutile. 



( 28) 

VERS, 

J'ai considéré avec admiration la violette , et 
j'ai vu que ses fleurs, sur leurs pédoncules, res- 
semblent à une armée dont les voltigeurs, d'éme- 
raude , auraient orné de saphirs leurs lances , et 
auraient adroitement enlevé avec ces lances les 
têtes de leurs ennemis. 



ALLEGORIE VIIL 



LA GIROFLEE. 



Alors la giroflée, fière de son coloris, répandit 
son doux parfum , et sembla dire ces paroles : Pour- 
quoi se laisser séduire par les charmes d'une vie qui 
nous est arrachée au moment que nous nous y atten- 
dons le moins l Pourquoi se réjouir follement d'une 
existence que mille accidens ne cessent de troubler! 
Si tu veux prendre une leçon instructive , considère 
ma tige inclinée , ma couleur qui se passe, ma vie 
qui finit sitôt , et le petit nombre d'instans que 
dure ma fraîcheur. Les révolutions du temps ont 
changé ma couleur première , et en ont formé trois 
différentes nuances qui constituent autant de va- 
riétés. 



( 29) 

La première se présente sous le vêtement jaune 
du mal de l'amour ; la seconde s'offre à tes re- 
gards, vêtue de la robe blanche de l'inquiétude 
produite par les tourmens de la séparation ; la 
troisième enfin paraît sous un voile bleu, en signe 
du chagrin qui la consume. Quant à la variété 
blanche de ma fleur , elle n'a ni éclat , ni parfum ; 
aussi l'odorat dédaigne-t-il sa corolle, et l'on ne 
vient point enlever le voile qui couvre ses appas. 
La raison , c'est qu'elle cache soigneusement son 
secret, qu'elle renferme en elle-même son parfum, 
et qu'elle dérobe ses trésors avec tant de soin, que 
ni les désirs ni les vents ne peuvent en jouir. La 
variété "jaune , au contraire , se promettant de sé- 
duire , prend , dans ce dessein , un air de volupté 
et de langueur ; répand le matin et le soir son 
odeur musquée ; et à l'aurore ainsi qu'au coucher 
du soleil, laisse échapper son haleine odorante. 

VERS. 

Jamais le doux zéphyr , chargé de vapeurs 
parfumées , ne s'élève de la plaine où est placée 
ta tente adorée, sans que des larmes causées par 
la douleur ne coulent de mes paupières. Hélas I 
si ce n'était toi qui habites cet asile sacré , 
jamais une flèche meurtrière n'aurait percé mon 
sein. Tu as fait mon coeur esclave; je te l'aban- 



( 3o) 
donne, je rends les armes : ah! ne me tourmente 
point par de cruels chagrins. 



Si, pressé par les désirs de mon amour, je 
confie ma peine au zéphyr, peux-tu m'en faire 
un reproche! 

VERS. 

Ne me blâme point, ô mon frère! quand je 
découvre la passion qui m'expose à l'ignominie. 
Va , l'amant qui trahit son secret n'est pas cou- 
pable ; il est vaincu par la violence de son 
ardeur. 



Pour ce qui est de ma variété bleue, elle com- 
prime sa passion , elle supporte sa peine avec pa- 
tience , et jamais elle n'exhale son odeur durant 
le jour. Tant que le soleil répand sa lumière, 
dit-elle, je ne manifeste point mon secret à ceux 
qui m'aiment, et je ne prodigue pas mon arôme k 
ceux qui viennent le respirer ; mais dès que la nuit 
m'a couverte de ses ombres , je décèle mes tré- 
sors a mes amis, et je me plains d.e mes maux à 
ceux qui souffrent les mêmes peines que moi. 
Lorsque les coupes font la ronde , je bois à mon 
tour ; et lorsque l'instant me paraît favorable , 



{3i ) 
j'exhale mes émanations nocturnes , et répands 
un parfum aussi doux , pour ceux qui sont au- 
près de moi , que la société d'un ami qui console. 
Toutes les fois que l'on recherche ma présence, je 
cède avec empressement à l'invitation , et je me 
contente de me plaindre à Dieu de ce que des 
cœurs durs me font souffrir. Sais -tu pourquoi 
je retiens mon parfum durant le jour, et que 
je n'ôte mon voile que durant la nuit î C'est 
parce que ce sont les ténèbres que les amans choi- 
sissent pour leur tête-h-tête, et que la maîtresse 
attend ce moment pour se montrer à son bien- 
aimé. Dans cet instant heureux, le rival importun 
est absent et tout facilite l'accès de la divine amie: 
aussi , à peine s'est-elle informée des besoins de 
ses amans , que j'élève vers elle mes soupirs 
comme des épîtres amoureuses , et lui présente 
mon humilité comme intercesseur. 

VERS. 

Je dirige vers ma maîtresse les soupirs enflam- 
més de mon amour, et je lui présente le parfum 
de mon hommage. Pour obtenir le doux instant 
de bonheur que j'ambitionne, je n'ai d'autre inter- 
cesseur que la pureté de mes vues et mon humilité. 
Que cette amie agrée mon hommage, ou qu'elle 



( 32 ) 

le rejette (cruelle alternative qu'il est impossible 
d'éviter ) , mon amour n'en est pas moins le 
même. 



ALLEGORIE IX. 



LE JASMIN. 



Alors le jasmin proclama cette sentence , avec 
l'éloquence expressive de son langage muet : Le dé- 
sespoir estune erreur. Mon odeur pénétrante l'emporte 
sur le parfum des autres fleurs; aussi les amans me 
choisissent-ils pour m'offrir à leurs maîtresses. On 
me tire des trésors invisibles de la divinité , et je 
ne me repose que dans les sortes de pièges que 
forment sur le sein les plis de îa robe. L'homme 
dont le cœur est sensible aux charmes de la vie 
contemplative, distingue facilement l'odeur balsa- 
mique que j'exhale sans cesse ; et celui qui est en 
proie à un amour violent, ne méconnaît pas mon 
mérite. Mon parfum est préférable, je le répète, 
à celui des autres fleurs , et l'haleine embaumée 
qui s'échappe de mon sein, est bien au-dessus de 
celle de mes compagnes. En effet, l'homme dont 
les qualités sont pures est vraiment bon et reli- 
gieux; et celui dont les prétentions sont fondées, 



( ,53 ) 
mérite d'acquérir du lustre et de i'dclat. O toi qui 
desires parvenir aux degrés les plus élevés du spi- 
ritualisine, cherciie h acquérir des mérites et des 
vertus, afin de pouvoir franchir Téchelie de la vie 
intérieure ; mais si tu n'oses approcher de la carrière 
mystique, n'espère pas jouir de la protection spé- 
ciale que Dieu accorde à ceux qui s'y engagent. 

Mon nom offre une énigme dont fe sens propre 
ne peut que plaire aux novices dans la vie s})iri- 
tuelle : il est composé de deux mots différens , 
dcsespoïr et erreur ; or fe désespoir est une erreur, 
et l'erreur, une honte. Quand donc les mots 
désespoir et erreur sont réunis, ils indiquent la 
cessation du malheur , et pronostiquent la fcli- 
cité et la joie. 

VERS. 

Je vois l'auorure venir m'annoncer le bonheur 
en me donnant le jasmin. Cesse de te chagriner, 
le chagrin a quelque chose de honteux ; et ne dé- 
sespère point, car le désespoir est une erreur. 



(34) 



ALLEGORIE X. 

LE BASILIC. 

Voici le moment où ma fleur orne ton jardin, 
dit alors le basilic ; donne-moi donc tes ordres , et 
prends-moi pour ton commensal. Mes feuilles 
fraîches et délicates t'annoncent mes rares qualités : 
de même que la danse ne saurait être agréable sans 
le son des instrumens, ainsi l'esprit ne saurait 
être réjoui sans moi qui sers à le fortifier. Je suis 
promis aux élus dans le paradis; ma couleur est 
la plus harmonieuse de toutes les couleurs ; dans 
ina forme, je n'ai point d'égal; et mon sein ren- 
ferme un parfum précieux, qui pénètre jusqu'au 
fond des cœurs , et que connaît celui qui vient 
me cueillir dans mon parterre. Je suis l'ami 
des ruisseaux, et le compagnon des fleurs; je 
partage les secrets de ceux qui s'entretiennent au 
clair de la lune, et j'en suis le dépositaire le plus 
fidèle. Cependant tu auras peut-être entendu dire 
qu'il existe un délateur (la menthe ) parmi les 
êtres de mon espèce; mais, je t'en prie, ne lui fais 
pas de reproches : il ne répand que sa propre 
odeur; il ne divulgue qu'un secret qui le regarde; 
il ne dévoile enfin que ce qu'il peut découvrir. S'il 



( ^5 ) 

manifeste ses trésors, il est Lien le maître de les 
produire au jour; s'il exhale son odeur, lui est-il 
défendu de se faire connaître ! Et voila cependant 
Tunique cause qui lui a fait donner le nom inju- 
rieux de délateur. Mais celui qui est indiscret pour 
lui-même, ne peut être assimilé h celui qui révèle 
des secrets qu'on lui a confiés; de même que celui 
qui prodigue le bien qu'il possède, ne peut être 
mis en comparaison avec celui que son naturel 
pervers porte h. faire du mal. Quoi qu'il en soit, 
il est certain que tous les hommes conviennent, 
d'une manière irrévocable, que rien n'est plus blâ- 
mable que la délation. Mon frère, refléchis la-des- 
sus. Adieu. 

VERS. 

O toi qui veux pénétrer le secret de mon amour, 
cesse tes instances, je t'en conjure, et laisse -moi 
avec ma passion. J'ai reçu en dépôt le doux secret 
que m'a confié mon amie; pourquoi veux-tu que 
je le divulgue! je ne suis point un indiscret. 



( 36) 



ALLEGORIE XL 



LA CAMOMILLE. 



La camomille, ravie de sa propre beauté, exalta 
ainsi son mérite : Voici le temps de ma venue ; 
voici l'époque où j'embellis les champs, où ma 
végétation est dans toute sa vigueur, où ma beauté 
est plus douce et plus agréable. Comment les 
jours, où ma fleur s'épanouit, ne seraient-ils pas 
délicieux! ces ruisseaux mentionnés si souvent 
dans le Coran ne viennent-ils pas baigner mes 
tiges î Et comment ne paierais-je pas avec recon- 
naissance ma dîme annuelle, puisque, sans avoir 
employé la force ni la violence, les bienfaits, au 
contraire, de tout ce qui m'entoure, me font un 
devoir de la payer! Mes pétales blancs servent à 
me faire connaître de loin , et mon disque jaune 
imprime une douce langueur sur m^a corolle : on 
peut comparer la différence de ces deux couleurs, 
à celle qui existe dans les versets du Coran, dont 
les uns sont clairs et les autres obscurs. 

Si tu es en état de comprendre les emblèmes, 
lève-toi et viens profiter de ceux qui te sont offerts; 
sinon, dors, puisque tu ne sais pas interpréter la 



( ''7 ) 
nature qui te déploie ici tous ses cliarines : mais , il 
faut l'avouer, ton ignorance est bien coupable. 

VERS. 

Ne me blâme point si tu ne saisis pas le sens 
caché de ce que je te dis, et si tu ne comprends 
j)as les mystères de mes allégories : c'est par pure 
compassion pour toi que je te parle dans le lan- 
gage expressif des emblèmes ; mais c'est en vain; 
ton oreille est sourde h mes leçons. Eh quoi 1 tu ne 
sais pas tirer une utile instruction de ma mort 
a])parente, qui a lieu chaque année, et des tour- 
mens cruels que les destins me font souffrir ! Tu 
es souvent venu m'admirer, lorsque ma fleur épa- 
nouie brillait du plus doux éclat; tu es venu de nou- 
veau peu après, et tu ne m'as plus trouvée. Lorsque 
je conte ma peine aux colombes du bosquet toufîu , 
elles calment mes ennuis, et semblent répondre 
à mes gémissemens ; car elles n'ignorent pas 
que je suis exposée à mille genres de morts. Tu 
})rends ces plaintes douloureuses pour le chant 
du plaisir et de la volupté , et joyeux tu te divertis 
sur le gazon émaillé de mes Heurs : hélas I il 
est ficheux que tu ne saches pas distinguer ma 
gaieté d'avec ma tristesse. 



C ^^ 



( 38 ) 



ALLEGORIE XIL 

LA LAVANDE. 

Lorsque la lavande eut vu les peines et 
les tourmens que souffrent les fleurs , tantôt 
entassées en gerbes , tantôt étalées , puis aban- 
données au mépris : Oh I que je suis heureuse, 
dit-elle, de ne pas être au nombre des fleurs 
qui ornent les parterres ! je ne risque pas de 
tomber entre des mains viles, et je suis à l'abri 
des discours du censeur. Contre la coutume de 
la plupart des plantes, la nature me fait croître 
loin des ruisseaux et des terrains inclinés et 
humides. De même que les bêtes sauvages , je 
me tiens éloignée de la société, et mon séjour 
est constamment dans les déserts et dans les soli- 
tudes : j'aime les lieux isolés; et je ne me mêle ja- 
mais dans la foule. Comme personne ne me sème 
ni ne me cultive, personne n'a à me reprocher les 
soins qu'il m'aurait donnés. Les mains d'un esclave 
ne me cueillent pas, et l'on ne me porte jamais ni 
au joueur, ni à l'homme vain et frivole. Si tu viens 
à Najd, tu m'y trouveras : là, loin des demeures 
des hommes, une plaine spacieuse i^ait tout mon 
bonheur, et la société de l'absinthe et des gazelles 



( ^9) 

est mon unique plaisir. Le vent se charge de mes 
émanations balsamiques, et les porte h. ces fervens 
anachorètes qui, retirés du monde comme moi, ne 
s'occupent qu'îi des exercices de piété : aussi puis- 
je dire que celui-là seul respire mon odeur, qui, 
passionné pour la vie contemplative et animé d'un 
amour ardent et véritable, a la piété du Messie 
et la patience d'Ismaël. Le matin et le soir, je 
suis la compagne du pèlerin qui traverse le désert; 
je jouis des avantages de la société des bons , 
et je suis à l'abri de celle des méchans : on 
ne m'oblige point à paraître dans des réunions 
illicites, et je ne suis jamais auprès de celui qui 
boit et qui s'enivre. Je suis semblable à l'homme 
libre que l'on n'acheta jamais, et ne suis point 
exposée en vente dans les marchés, comme l'hypo- 
crite qui a contrefait sa religion. Les libertins ne 
me recherchent point; mais celui-là seul m'estime, 
qui, formant un dessein inébranlable, se découvre 
la jambe, s'élance sur le coursier rapide de la réso- 
lution , et le pousse dans l'arène du spiritualisme. 
Je voudrais que tu fusses dans le désert , lorsque 
la brise du matin erre auprès de moi dans les val- 
lées. Mon odeur fraîche et aromatique parfume le 
Bédouin solitaire; mon exhalaison humide réjouit 
l'odorat de ceux qui se reposent auprès de moi : 
aussi , lorsque le chamelier vient à décrire mes rares 

C 4 



(4o) 

qualités aux gens de la caravane , ne peuvent- 
ils s'empêcher de reconnaître avec attendrisse- 
ment mon mérite. 

VERS. 

Le zéphyr vient me dire de douces choses de la 
part de la lavande, et m'apporter le salut de l'ab- 
sinthe. iMon amour est couronné du succès ; je 
Je comprends à ce langage figuré. Heureux état! 
puisse-t-il durer toujours ! La brise s'avance dans 
le mystère de la nuit , et , tandis que mes compa- 
gnons sont plongés dans un profond sommeil , 
elle me réveille doucement : son souffle rafi^aî- 
chissant et balsamique excite en moi une émo- 
tion qui me rend semblable à celui que trouble 
l'ivresse. Le zéphyr, toujours chargé d'émanations 
odorantes, et que la bonté divine a doué des qua- 
lités les plus précieuses, m'environne de sa fré- 
missante haleine, comparable aux soupirs de mon 
amour, et ma passion prend de nouvelles forces. 
J'erre à la poursuite de ce vent parfumé , plongé 
dans la joie et dans l'amour le plus pur, et l'éclair 
semble sourire en voyant mes transports. Le 
zéphyr passe sur les campagnes de Najd , et 
les rameaux flexibles s'inclinent devant lui , comme 
par respect. Les colombes du Ijocage voisin me 
rappellent, par leur roucoulement plaintif y ces 



( 41 ) 
lentes et ces pavillons chéris, où tant d'amans 
empressés accourent en foule, pour recevoir fe 
prix de leur amour et de leur constance : c'est 
laque l'idole qu'appellent mes soupirs, laisse voir 
ces traits radieux dont la splendeur dissipe les 
ténèbres de la nuit ! 



ALLEGORIE XIIL 

l'anémone. 

L'anémone, que l'on distinguait de loin au 
milieu de ses compagnes, par la teinte de sang 
qui colore ses pétales , soupira alors , et , soule- 
vant sa tige inclinée, seinbla dire ces paroles : 
Pourquoi ai -je si peu de part aux hommages 
que l'on rend aux autres fleurs, quoique ma beauté 
soit éclatante et ma couleur agréable! Quoi! per- 
sonne ne fait l'eloge de mes agrémens, personne 
ne désire me cueillir ! Quelle est donc la cause 
de cette indifférence marquée! Je m'enorgueillis 
des riches nuances de mon tètement , et cepen- 
dant celui qui m'aperçoit me dédaigne : on ne me 
place point dans les vases qui décorent les salons; 
que dis-je ! je semble rebuter également et la 
vue et l'odorat; on ne me donne que le dernier 
rang parmi les fleurs qui ornent les parterres ; on 



( 42 ) 

va même jusqu'à me chasser du milieu d'elfes, et 
à m'éloigner de leur douce compagnie. Tout cela 
n'a lieu, à ce que je m'imagine , que parce que mon 
cœur est noir; mais que puis-je contre les décrets 
de la providence! Aussi, en considérant que mon 
intérieur est plein de défauts , et que mon cœur 
est souillé de vices , et sachant que le très-haut 
ne fait pas attention aux formes extérieures, mais 
seulement aux qualités du cœur , je vois que ma 
complaisance pour ma beauté apparente est pré- 
cisément ce qui m'a privée de la faveur divine. 
Je suis semblable a l'hypocrite, dont la conduite 
est irréprochable en apparence , mais dont l'ame 
renferme la turpitude : au dehors, son mérite ne 
saurait être trop prisé ; mais au fond il est bien 
petit. Si mon intérieur était conforme à mon ex- 
térieur , je ne serais pas obligée de me plaindre, 
et si Dieu l'eût voulu, j'aurais pu être estimée et 
offrir à l'odorat une émanation suave ; mais le bien 
ne provient que de celui qui est réellement bon. 
C'est ainsi que les signes de la faveur ne paraissent 
que sur ceux dont la divine maîtresse a agréé les 
hommages. Qu'il gémisse douloureusement et qu'il 
verse des larmes abondantes , celui que les dédains 
de sa céleste amie plongent dans le chagrin, et qui 
est privé de connaître l'essence véritable de cette 
éternelle beauté I 



(43) 

VERS. 

Ne me bhune point si j'ai déchiré mes vêtemens; 
ton rej^roche aggraverait le mal que rameur m'a 
causé. Mes fautes ont noirci mon ame , et le destin 
contraire a fixé l'arrêt de mon malheur. Ceux qui 
me voient, m'admirent; mais, hélas! celui qui m'a 
formé sait que je renferme un cœur hypocrite : 
mon extérieur est la heauté même ; mais les 
vices sont renfermés dans mon sein coupable. 
Quelle honte , lorsqu'au dernier jour je serai 
interrogé 1 hélas î je n'aurai point d'excuse à ap- 
porter. Ah ! si tu écartais le voile qui cache mon 
ignominie, tu verrais la joie sur le visage de 
ceux qui me haïssent. 



ALLÉGORIE XIV. 

LA NUE. 

Lorsque la nue crut que le moment était favo- 
rable pour faire entendre son langage embléma- 
tique, elfe répandit des pleurs, s'étendit et s'agita 
dans le vague des airs, et sembla prononcer ces 
mots: Végétaux, pouvez -vous méconnaître les 
bienfaits dont je vous comble , moi qui favorise 



(44 ) 

votre croissance de mon ombre et de ma pluie! 
N'êtes-vous pas les enfans de ma libéralité ! pour- 
riez-vous même exister sans moi î Grâce à ma 
bienfaisance , les champs ne se couvrent - ils pas 
d'épis dorés , la mer ne s'enrichit-elle pas de 
perles étincelantes î Je nourris les germes des 
plantes dans le sein de leur mère, et je les dé- 
barrasse peu -à~ peu de ce qui gênait leur crois- 
sance. Quand ensuite les graines , comme la 
femme féconde , ont mis au monde leurs em- 
bryons, et que j'ai fait paraître les jeunes plantes 
hors du creux de sable où elles étaient , je me charge 
d'en avoir soin et de les élever, et la mamelle de 
mes bienfaits, comme celle d'une femelle de cha- 
meau au lait abondant, ne cesse de leur fournir 
l'eau nécessaire à leur développement progressif. 
Mais lorsque le temps de l'allaitement est fini, et 
que le moment du sevrage arrive , alors je cesse de 
leur tendre mes mamelles; aussi se dessèchent-elles 
bientôt, et ce ne sont que mes larmes abondantes 
qui les rendent à la vie, et que les gouttes de 
mes pleurs généreux, qui leur redonnent la fraî- 
cheur. Tous les êtres qui existent sont vraiment 
mes enfans ; n'a-t-on pas en effet entendu dans 
toutes les tribus ce passage, du Coran : Nous avons 
domié la vie a chaque être par le moyen de l'eau! 



( 4i ) 

vi:rs. 

Lorsque je vois ce pavillon prinianier , jadis sé- 
jour de ma maîtresse, aujourd'hui vide et inhal)ité, 
je ne puis m'empècher de verser des pleurs seni- 
pjlahles à ceux que tu répands dans une ondée 
légère. L'amant laisse éciiapper des larmes de joie, 
tandis que l'éclair semble sourire, et que le zéj)hyr 
de l'espérance apporte à son oreille de douces nou- 
velles ; il soupire alors amoureusement, en se tour- 
nant vers les vestiges, k demi effacés , de l'habita- 
tion de son amie. 

Ne lui fais pas de reproches sur son amour , ne 
blâme point sa passion ; tu n'apporterais aucun re- 
mède à ses maux. Pour toi, laisse ces violens 
désirs; une ardeur brûlante, un chagrin dévorant, 
voilà ce que tu en retirerais. 



ALLEGORIE XV. 

LE ROSSIGNOL. 



Tandis qu'assis sur le bord du ruisseau qui 
sillonnait ce jardin , je prêtais mon attention au 
langage muet des fleurs qui l'embellissaient, lout- 
h-coup des voix éloquentes s'élevèrent des nids 



(46 ) 
suspendus aux cimes des arbres qui me cou- 
vraient de leur ombre. J'entendis d'abord la voix 
mélodieuse du rossignol , qui , se promettant de sé- 
duire par la beauté de son chant, laissa échapper 
les secrets qu'il cachait avec soin , et sembla , dans 
son gazouillement emblématique , bégayer ces 
paroles : Je suis un amant passionné, ivre d'amour, 
dévoré par la mélancolie et brûlé par la soif du 
désir. Lorsque tu verras le printemps arriver, et 
la nature entière reprendre alors un aspect 
riant, tu me trouveras tout joyeux dans les jar- 
dins , ou tu m'apercevras çà et là dans les bos- 
quets , soupirant mes amours , chantant et sau- 
tillant sans cesse sur les branches. Si l'on me pré- 
sente la coupe, je m'y désaltère, et, satisfait du 
son harmonieux de ma voix , ivre de l'odeur em- 
baumée que je respire, lorsque les feuilles mobiles 
frémissent au souffle caressant du zéphyr , je me 
balance sur les rameaux agités : les fleurs , et le ruis- 
seau qui traverse la prairie, occupent tous mes 
momens , et sont pour moi comme une fête perpé- 
tuelle. Tu t'imagines pour cela que je suis un amant 
folâtre : tu te trompes; j'en fais le serment et je ne 
suis point parjure. Mon chant est le chant de la dou- 
leur , et non celui de la joie ; les sons que je fais en- 
tendre sont les accens de la tristesse, et non ceux 
du plaisir. Toutes les fois que je voltige dans un 



( 47 ) 

jardin , je balbutie l'affliction qui va J^ientot rem- 
placer la gaieté qui y règne ; si je suis dans un 
lieu agréable, je gémis sur sa ruine ]>rochaine ; si 
j'aperçois une société brillante , je pleure sur sa 
séparation. En effet, je n'ai jamais vu de félicité du- 
rable; la paix la plus douce est bientôt troublée, la 
vie la plus délicieuse devient bientôt amère. J'ai lu 
d'ailleurs dans les écrits allégoriques des sages, 
ces mots du Coran : Tout passe dans le inonde présent. 
Comment donc ne point gémir sur une situation 
si peu assurée, sur un temps exposé aux vicissi- 
tudes de la fortune , sur une vie qui s'évanouit, 
sur un instant de volupté qui va finir! Voilà l'ex- 
plication de ma conduite ; je pense que cela te suffit. 

VERS. 

Ce qui seul soutient mon existence , c'est de 
m'entretenir de ce lieu sacré , séjour inaccessible 
de celle que j'adore. Ne me blâme point, si tant 
de fois je répète les chants démon amour: quel 
mortel ne serait pas ivre de volupté, en pensant à. 
un jardin où des plantes odorantes embaument l'air 
de leur parfum, où des vins délicieux excitent au 
plaisir, où des fleurs dont rien n'égale le charme et 
la beauté, ornent la terre d'un tapis nuancé, ici d'un 
blanc pur ou d'un rouge éclatant, là d'un vert 
tendre, plus loin d'un jaune foncé! Le ruisseau, 



(48) 
les fîeurs, les rameaux, semblent s'agiter dans 
Tarène de mon amour, au son des cordes de ma 
lyre. Les obstacles cessent, et je vois arriver enfin 
l'heureux moment du bonheur Douces pen- 
sées , vous êtes ma vie; sans vous elle finirait. 



ALLEGORIE XVL 

LE FAUCON. 

Le faucon , du milieu de l'enceinte de fa 
chasse, prenant aussitôt la parole : Quoique tu 
sois bien petit , dit - il au rossignol 5 tes torts 
sont bien grands : ton chant continuel fatigue 
les oiseaux , et c'est l'intempérance de ta langue 
qui attire sur toi le malheur, sans pouvoir te 
procurer aucun avantage. Ne sais-tu donc pas 
que les fautes dont la langue se rend coupable , 
sont précisément ce qui perd l'homme ! En effet, 
sans la mobilité de ta langue indiscrète , on ne 
t'enlèverait point du milieu de tes compagnons ; 
on ne te retiendrait point captif dans le séjour 
étroit d'une cage , et la porte de la délivrance ne se- 
rait pas irrévocablement fermée pour toi. Réponds, 
n'est-ce pas a ta langue que tu dois ces malheurs 
qui couvrent de honte ton éloquence î Au con- 
traire , si , me prenant ])our modèle , tu imitais 



(4o ) 

ma tacitiirnité, tu serais alors exempt de reproche, 
et tu verrais que cette qualité précieuse est com- 
pagne de la sûreté. Jette un regard sur moi; 
vois comme je suis fidèle aux règles du silence. 
Que dis - je ! la discrétion même de ma langue 
fait mon mérite, et l'observation de mes devoirs, 
ma perfection. Enlevé du désert par force , et 
emmené malgré moi dans un pays lointain, jamais 
je ne découvre le fond de ma pensée; jamais tu ne 
me verras pleurer sur des vestiges qui me rappel- 
leraient un objet chéri. L'instruction , voilà ce que 
je recherche dans mon voyage : aussi mérité-je 
d'être récompensé toutes les fois qu'on me met à 
l'épreuve; car on connaît le proverbe : C'est V épreuve 
qui décide si l'on doit honorer ou mépriser quelqu'un. 
Lorsque mon maître voit la perfidie du temi)s , il 
craint que je ne sois en butte à la haine , et il 
couvre alors ma vue avec le chaperon qu'indiquent 
ces mots du Coran , N'étends point la vue ; il en- 
lace ma langue avec le lien qu'ont en vue ces 
paroles du même livre, Ne remue point la l an crue ; il 
me serre enfin avec les entraves désignées par 
cette sentence du même ouvrage , Ne marche pas 
sur la terre avec pétulance. Je souffre d'être ainsi lié, 
et cependant je ne me plains point des maux que 
j'endure. Après que le chaperon a long-temps cou- 
vert mes yeux, que j'ai reçu les instructions néces- 

D 



( 5o) 
saires , que l'on m*a assez essayé et que j'ai acquis 
un certain degré d'habileté , mon maître veut 
m'employer a la chasse , et , me délivrant de mes 
iiens , il me jette, et m'envoie avec le signal indi- 
qué par ces mots du Coran , où Dieu , s'adressant 
à Mahomet , lui dit : Nous t'avons envoyé , &c. 
On n'ote ie chaperon de dessus mes yeux que 
lorsque je suis en état d'exécuter parfaitement 
ce qu'on m'a appris ; et c'est alors que ies rois 
deviennent mes serviteurs , et que leur poignet 
est sous mes pieds orgueilleux. 

V ERS. 

J'interdis à ma langue l'excès de la parole, et 
à mes yeux le spectacle du monde : la mort mena- 
çante, qui , chaque jour , s'avance avec plus de ra- 
pidité , me fait oublier les voluptés les plus déli- 
cieuses. Je ne m'occupe qu'à prendre les manières 
des princes , et à me former aux belles actions : 
la main du roi est le point de départ de mon vol ; 
je me dirige vers ma proie , bientôt je la saisis 
de mes serres victorieuses , et je reviens , au 
moindre signal, vers celui qui m'a envoyé. 

Par ma vie, voilà quelle doit être la règle de 
ceux qui s'assujettissent aux lois sacrées de la sou- 
mission à la foi. 



( ^i ) 



ALLEGORIE XVIT. 

LA COLOMBE. 

J'ÉTAIS encore tout occupé des paroles agréables 
du faucon , et je méditais sur les leçons de sagesse 
et de prudence qu'il m'avait données , lorsque je 
vis devant lui une colombe ornée du collier de l'o- 
béissance. Parle-moi de ton discernement, et de 
ce que tu aimes, lui dis-je alors; et révèîe-moi les 
motifs qu'a eus la Providence en te parant de ce 
beau collier. Je suis chargée, me répondit-elle, de 
porter les doux messages qui gagnent les cœurs, 
et ce collier est le signe de ma fidélité à remplir 
les commissions qu'on me confie ; mais, pour parler 
avec franchise , car la religion ordonne la sincé- 
rité, tous les oiseaux ne méritent pas qu'on se fie h 
eux , de même que ceux qui prêtent serment , ne sont 
pas tous véridiques , et que ceux qui s'engagent 
dans la vie spirituelle , ne sont pas tous du nombre 
des élus. Les individus seuls de mon espèce ren- 
dent exactement ce dont on les charge ; et ce qui 
prouve mon intégrité , c'est cette sentence : ce Les 
3> oiseaux bigarrés de noir et de blanc, et ceux qui 
3> sont verts, remettent fidèlement ce qu on leur con- 
» fie , parce que de même qu'ils sont préférables à 

D 7. 



( 52 ) 

3-> l'extérieur, ils le sont aussi en réalité. :» Lorsque 
l'oiseau est noir, il n'est pas propre à l'objet dont if 
s'agit ; s'il est blanc, cette couleur est le signe d'une 
imperfection naturelle , et indique un manque 
d'énergie qui le rend incapable de faire ce qu'on 
désire. ( Les vues et les desseins élevés ne se trou- 
vent que dans l'ame pure, noble et droite. ) Mais 
lorsque la couleur de l'oiseau est dans un juste 
milieu , il est excellent pour les messages, et on doit 
l'élever pour cet emploi. On l'achète alors dans les 
bazars , aux cris des courtiers qui annoncent les 
marchandises , et on le dresse peu-à-peu à recon- 
naître son chemin. Aussi , dès que je m'offre pour 
quelque message , n'hésite-t-on pas à me confier 
des lettres pleines de secrets, et à me charger de 
nouvelles agréables. Je pars; mais bientôt la crainte 
vient troubler mon esprit ; je veux éviter l'oiseau 
de proie sanguinaire , le voyageur aux pas rapides, 
et le chasseur impitoyable : j'accélère donc mon 
vol, supportant une soif ardente dans les déserts du 
midi, et une faim cruelle dans les lieux pierreux. 
Si je voyais un grain de froment , je m'en éloi- 
gnerais même , malgré le besoin qui me presse , 
me rappelant le malheur affreux que le blé fit 
tomber sur Adam ; et, dans la crainte d'être exposée 
à ne pouvoir porter la lettre à sa destination , et à 
conclure ainsi le marché de la dupe, j'évite avec 



( 5,5 ) 
grand soin de tomber dans un filet caché sous la 
poussière, ou d'être prise dans des lacs perfides. 
Dès que, parvenue au but de mon voyage, je me 
vois dans un lieu de sûreté , je remets alors ce 
dont on m'a chargée , et je me comporte de la ma- 
nière que l'on m'a apprise. Tu vois actuellement 
pourquoi je suis ornée d'un collier: j'ai été créée 
pour transmettre de bonnes nouvelles, et je re- 
mercie Dieu de m'avoir choisie pour cet emploi. 

VERS. 

Chère amie, puis-je espérer d'obtenir de toi la 
moindre faveur, ou me délaisses-tu î L'esclave de 
ta beauté ne cessera point , dans l'un ou dans 
i'autre cas , de t'être fidèle : il n'est pas ébranlé 
parles paroles du censeur; rien ne saurait le faire 
renoncer à sa noble passion. Pour ton amour, je 
n'ai pas craint d'accepter ce que les monts les plus 
élevés ont refusé. Oui , je serai fidèle à la foi que 
je t'ai jurée : la fidélité aux engagemens que l'on 
a contractés , est le plus bel ornement qui puisse 
décorer Thomme bien né. 

Laisse-le se livrer h. l'amour de la beauté qui le 
captive; car ton sort est le même que le sien , ô toi 
qui lui fais de cruels reproches. 



D 3 



{H) 



ALLEGORIE X\ III. 



L HIRONDELLE. 



Tandis que je m'entretenais, avec la colombe, 
des qualités qui constituent la perfection , et de ce 
qui constitue la perfection de ces qualités , voilà que 
j'aperçus une hirondelle qui voltigeait autour d'une 
chaumière : Je suis étonné, lui dis-je aussitôt, de te 
voir toujours, auprès des maisons, aspirer à l'amitié 
de l'homme; ne serait -il pas plus sage de ne 
point quitter tes semblables , et de préférer la 
douce liberté des champs à ton emprisonnement 
dans nos demeures î Pourquoi ne te fixes-tu donc 
jam.ais que dans les endroits cultivés et dans les 
lieux qu'habite l'espèce humaine î 

Puisque ton esprit est si peu délié et que ton 
oreille est si dure, me répondit-elle, sache donc 
quel est le motif de ma conduite , et pourquoi je me 
sépare ainsi des autres oiseaux : si j'ai abandonné 
mes pareils ; si j'ai fréquenté des êtres d'une autre 
nature que la mienne; si j'ai pris pour mon habi- 
tation les toits plutôt que les rameaux et le creux 
des arbres , c'est qu'à mes yeux il n'y a rien de pré- 
férable à la condition d'étranger , et que je veux 



( w ) 

me faire aux manières élégantes de la société. Je me 
mêle donc parmi des êtres qui ne sont j)as de mon 
espèce, précisément pour être étrangère au milieu 
d'eux; et je recherche le voisinage de celui qui est 
meilleur que moi, pour recevoir l'influence de son 
mérite: je vis toujours en voyageuse, et je jouis 
ainsi de la compagnie des gens instruits. On 
traite d'ailleurs avec bonté celui qui est loin de 
sa patrie , et on l'accueille d'une manière obli- 
geante. Lorsque je viens m'établir dans les mai- 
sons , je ne me permets pas de faire le moindre 
tort à ceux qui y demeurent ; je me contente d'y 
bâtir ma cellule, que je forme de matériaux pris 
au bord des ruisseaux , et je vais chercher ma nour- 
riture dans des lieux déserts. Jamais d'injustice , 
jamais de perfidie envers celui auprès de qui je ré- 
side ; j'use au contraire avec Jui des règles les plus 
exactes de la complaisance qu'un voisin doit avoir 
pour son voisin, et cependant il ne pourvoit point 
à ma subsistance de chaque jour. Comme j'habite 
dans les maisons, j'augmente le nombre des gens 
du logis , mais je ne demande ])oint à partager 
leurs provisions; aussi le soin que je mets h m'abs- 
tenir de ce qu'ils possèdent, me concilie leur atta- 
chement ; car , si je voulais prendre part à leur 
nourriture , ils ne m'admettraient point dans leurs 
demeures. Je suis auprès d'eux lorsqu'ils sont 

D 4 



{ 56 ) 

assemblés ; mais je m'éloigne lorsqu'ils prennent 
leurs repas : je me joins à eux dans les mo- 
mens de leurs prières , jamais lorsqu'ils se ren- 
dent à la salle des festins ; c'est à leurs bonnes 
qualités que je désire participer, et non à leurs 
banquets ; c'est leur état heureux que j'ambi- 
tionne, et non leurs richesses ; je recherche leur 
mérite , et non leur froment ; je souhaite leur 
amitié, et non leur grain; me conformant, dans 
ma conduite, à ce qu'a dit celui à qui le Très- 
Haut a daigné révéler ses volontés ( que Dieu lui 
soit propice et lui accorde le salut I ) : «Si tu sais 
35 te priver des plaisirs de ce monde, tu jouiras de 
33 l'amitié de Dieu ; et si tu t'abstiens scrupuleuse- 
33 ment de ce que possèdent les hommes, tu auras 
33 leur affection. 3i 

VERS. 

Oui , abstiens-toi scrupuleusement de ce que 
possèdent les autres , et tout le monde t'aimera. 
Ne vois-tu pas l'hirondelle! elle ne touche jamais 
à nos provisions ; aussi la recevons-nous dans nos 
foyers comme un pupille que l'on presse sur 
son sein. 



{ V ) 

J'Aï entendu avec plaisir ton éloquent discours, 
dis-je alors à l'hirondelle : que tu es heureuse I ta 
conduite sensée est digne de louange; tes paroles 
sont sages, j'en profiterai. Adieu. 



ALLÉGORIE XIX. 



LE HIBOU. 



Le hibou , tristement retiré dans une masure so- 
litaire, m'adressa, bientôt après, la parole en ces 
termes : Vrai et sincère ami , ne te ûe pas au dis- 
cours de l'hirondelle et n'imite pas sa conduite ; 
car, quoiqu'on ne la soupçonne point de se nourrir 
des mets de votre table , il n'en est pas moins 
vrai qu'elle participe à vos plaisirs , à vos joies , 
à vos fêtes , et qu'enfin elle habite au milieu de 
vous : or, tu sais que celui qui se ûxe auprès d'une 
classe quelconque de gens , en fait partie par cela 
même, et que , n'y fût-il resté qu'un instant, il est 
dans le cas d'être interrogé sur ces personnes. Tu 
sais encore que, de même qu'une seule goutte est 
la source éloignée d'un torrent impétueux , de 
même la société est la source des crimes ; aussi ne 
doit-on pas y placer sa félicité. La paix et le bonheur 
ne se trouvent que dans la retraite : ah I celui qui 



(58) 

s'y réfugie , n'a pas à craindre que l'envie l'éloigne 
de son emploi. Suis donc mon exemple et imite mon 
isolement : laisse les palais somptueux et celui qui 
y fait sa résidence ; les mets délicats et celui qui 
s'en nourrit. Fais attention à ma conduite : je ne 
réside point dans vos demeures , et je ne suis jamais 
dans vos assemblées ; mais un creux dans un vieux 
mur est mon habitation solitaire , et je préfère , pour 
mon séjour, des ruines à des lieux soignés par la 
main de l'homme : là , loin de mes compagnons , 
de mes amis et de mes proches , je suis à l'abri des 
tourmens et des peines , et je n'ai pas à craindre les 
envieux. Comment, en effet, celui dont l'ha- 
bitation doit être un jour la poussière, peut- il 
demeurer avec les autres hommes! Chaque jour et 
chaque nuit viennent empiéter sur sa vie et la 
détruire sourdement; et il ne se contenterait pas 
d'une masure ! Celui qui a le bonheur de com- 
prendre que la vie , qui paraît longue , est réelle- 
ment si courte , et que tout s'avance vers la des- 
truction, celui-là, au lieu de passer la nuit sur un 
lit voluptueux , prendra pour sa couche une natte 
dure et inégale, se contentera d'un pain d'orge 
pour toute nourriture, et ne goûtera que le moins 
possible des voluptés du monde, en se rappelant 
qu'une partie des créatures sera placée dans le 
paradis, et que l'autre sera précipitée dans l'enfer. 



( ^'0 ) 
Pour moi, j'ai jeté un regard sur la vie pré- 
sente , et je l'ai vue en proie k la dévastation; j'ai 
tourné alors mes yeux vers la vie future , et j'ai vu 
qu'elle s'approche rapidement. Me rap|)elant en- 
suite le compte terrible que Dieu fera rendre au 
jour de la résurrection, j'ai médité sur l'ame , et 
j'ai pensé au bien qu'elle peut faire el au mal dont 
elfe peut se rendre coupable : c'est alors que , réflé- 
chissant sur ma situation et faisant une attention 
sérieuse à moi-même, j'ai conçu de l'éloignement 
pour un monde qui n'offre qu'un grand vide; j'ai 
oublié ce que mes semblaljles ont droit d'attendre 
de moi, et ce que j'ai droit d'attendre d'eux; j'ai 
abandonné ma famille et mes biens , et j'ai mé- 
prisé les châteaux élevés. Bientôt la foi écartant de 
la vue de mon intelligence le bandeau du doute, 
j'ai reconnu que ni joie ni plaisir ne demeure ; 
que tout périt , si ce n'est l'Etre par qui tout 
existe. Je me suis élevé à la connaissance de cet 
Etre , sans pouvoir pénétrer ce qu'il est : son 
image adorée est tout ce qu'aperçoivent mes 
yeux , et son nom béni , ce que prononce ma 
bouche. 

V i: R s. 

Pour cette divine amie j'ai quitté les hommes; 
ce n'est qu'elle que je désire , qu'elle seule h qui 



(6o) 

je veux plaire. Pour elle , je m'isole de toute société , 
et, guidé par l'intention la plus droite, je m'aban- 
donne à l'amour le plus pur. Je la verrai , je l'es- 
père ; mon amour ne sera point frustré. Mes amis 
ont réprouvé la noble passion de mon cœur , sans 
connaître le sentiment qui l'agite. Si l'objet sacré 
de ma flamme otait le voile qui cache ses appas, la 
pleine lune elle-même en emprunterait son éclat 
argentin. Je n'ose par respect nommer cette beauté 
divine que toutes les créatures étonnées admirent; 
mais, lorsque mon amour violent ne peut se 
contenir , mes soupirs font entendre un de ses 
attributs. 



JE saisis avec la plus grande avidité les avis 
du hibou , et je jetai loin de moi les vêtemens de 
l'amour-propre ; mais les passions semblaient me 
dire : Reste, reste avec nous. 



^%/\/%,f%/%/\/\/^f\, 



(6, ) 



ALLliGORlK XX. 

LE PAON. 

Je me tournai d'un autre coté , et je vis un 
paon , oiseau qui , après avoir vidé la coupe de fa 
vanité, et s'être couvert du vêtement de la dissimu- 
lation , fut associé aux mallieurs d'Eblis. Des cou- 
leurs variées embellissent ses plumes ; mais sa vie 
est en proie h mille genres de douleurs , et il ne 
reverra jamais le paradis ( Dieu en sait la raison). 
Oiseau malheureux, lui dis-je, combien le sort 
que le destin t'a réparti est différent de celiy 
du hibou 1 le hibou porte son attention sur les 
qualités intérieures et réelles, et tu ne t'attaches 
qu'à ce qui est extérieur ; tu te laisses tromper par 
une folle sécurité , et tu ne places ta joie que 
dans ce qui est périssable. 

Faible mortel qui viens m'insulter, me répondit- 
il, laisse tes reproches, et ne rappelle pas h celui 
que le chagrin accable, ce qui lui a été ravi; car 
il est dit dans la tradition : Aye:^ pitié de l'homme 
illustre qui a perdu son rang, et de l'homme riche qui 
est devenu pauvre. Je voudrais que tu m'eusses vu 
lorsque je me promenais dans Eden auprès des ruis- 
seaux limpides et des grappes vermeilles qui J'cm- 



( 62 ) 

bellissent, et que , le parcourant dans tous les 
sens , j'entrais dans ses palais superbes et jouissais 
de la compagnie de ses échansons ravissans et de 
ses houris voiupteuses. Louer Dieu était mon breu- 
vage ; célébrer sa sainteté, mon aliment: je tins 
toujours fa même conduite , jusqu'à ce que le fatal 
destin poussa vers moi Eblis, qui me couvrit du 
vêtement de l'hypocrisie , et changea en défauts 
mes plus belles qualités. J'eus d'abord horreur de 
ce qu'il me proposa ; mais , hélas ! le destin plonge, 
lorsqu'il le veut , dans le malheur et dans l'infor- 
tune , et fait fuir les oiseaux de leurs nids pour 
les livrer au chasseur. 

Quant à Eblis , il marchait fièrement, revêtu des 
habits célestes de la faveur de Dieu ; mais son 
mauvais destin finit par le porter à refuser avec 
orgueil de se prosterner devant Adam. C'est pré- 
cisément dans l'événement qui suivit ce refus , 
que j'eus , par malheur, quelques relations avec 
cet ange rebelle. Il m'entraîna dans le crime , me 
déguisant ce qu'il y avait de pervers dans son des- 
sein; et, pour tout dire, je lui servis d'introduc- 
teur dansEden , tandis que, de son côté, le serpent 
machinait pour l'y faire entrer. Après l'événement, 
Dieu me précipita du séjour de la gloire dans 
la demeure de l'ignominie , avec Adam , Eve , Eblis 
et le serpent, en me disant : Voilà la récompense 



(63 ) 
de celui qui sert de guide pour une mauvaise 
action , et le salaire que l'on mérite j^our avoir 
fréquenté les médians. Dieu me laissa mon plu- 
mage nuancé de mille couleurs, pour que cet orne- 
ment, me rappelant les douceurs de la vie que je 
menais dans Kden , augmentât mes regrets , mes 
désirs , et mes gémissemens ; mais il plaça les signes 
de sa colère sur mes pattes , afin qu'en y jetant sans 
cesse des regards involontaires, je me ressouvinsse 
de la violation de mes engagemens. Que j'aime ces 
vallées , où tous les charmes de la nature sem- 
blent être réunis pour donner une idée de ce lieu 
d'où j'ai été chassé, et d'où mon destin malheureux 
m'a éloigné pour toujours 1 Les jardins agréables 
me font souvenir des prairies printanières de mon 
ancienne habitation , sujet des larmes abondantes 
qui coulent de mes yeux ; et c'est alors sur-tout 
que je me reproche ma faute , et que je m'écrie 
en pensant à mon malheur : 

VERS. 

Séjour délicieux, puis -je espérer de te revoir 
jamais ! goûterai-je encore dans ton sein un instant 
de sommeil paisible I Habitans de ces lieuxfortunés , 
lorsqu'au moment cruel de la séparation, je vous 
dis un dernier adieu, je fus sur le point de inourir 



(64) 
de douleur et de tristesse ; n'aurez-vous donc jamais 
compassion de mon malheureux éiatî Vous avez 
éloigné le sommeil de mes paupières, et vous m'avez 
uni de la manière la plus étroite à l'affliction : mon 
corps est loin de vous, mais mon esprit est au 
milieu de vos tentes ; pourquoi ne pas permettre à 
mon corps de s'y réunir à mon esprit! Lorsque je 
me rappelle les nuits délicieuses que j'ai passées 
avec ces objets ravissans , sous des pavillons pro- 
tecteurs , si l'abondance de mes larmes ne soula- 
geait ma peine , je mourrais consumé de désir. J'ai 
cru , dans mes rêveries , que vous me promettiez de 
venir voir votre ami fidèle; hélas 1 mon ardeur en 
a été accrue, et mon désir augmenté. Si je dois 
cet éloignement pénible à une faute dont j'ai pu 
me rendre coupable, que ma situation malheureuse 
soit aujourd'hui mon meilleur intercesseur I Mais, 
hélas 1 ces doux momens sont passés pour tou- 
jours, et mon partage doit être la soumission et la 
modestie. 



Pour moi, affligé des malheurs du paon, je 
répandis des larmes sur ses peines. Je sens, en 
effet, que rien n'est plus douloureux que l'absence, 
quand on a joui des avantages de la réunion la 
plus douce ; et que rien n'est plus triste que le 



( <>^ ) 

voife qui cache des appas adorés, après qu'on a eu 
le bonheur de les contempler à découvert. 



ALLKGORÏK XXï. 



LA PERRUCHE. 



Tandis que Je paon, tantôt soupirait en pro- 
menant la vue sur ses phimes, qui lui rappe- 
laient son bonheur, tantôt, en jetant des regards 
involontaires sur ses pattes, poussait des cris plain- 
tifs et douloureux; voilà que je vis à coté de lui 
une perruche, dont la robe verte figurait celle d'un 
chérif. Elle s'adressa au paon , et lui dit ces paroles 
éloquentes : Jusques à quand garderas-tu cet air 
sombre ! Ton plumage superbe ressemble h la pa- 
rure d'une jeune mariée ; mais, en réalité, tu es com- 
})arable à l'obscurité du sépulcre. Ton jugement 
faux t'a amené au point d'être chassé du lieu de dé- 
lices où tu étais ; et tu ne t'es vu traité de la sorte 
que pour avoir usé de perfidie envers l'homme, 
qui habitait cette demeure sacrée, et pour avoir 
troublé un bonheur qui devait être inaltérable. Si 
tu pensais h, ton bannissement , et à l'homme , 
qui en a été la cause , je ne doute pas que tu 
ne t'occupasses alors à réparer ta faute, et non h 

E 



( 66 ) 
te divertir dans un jardin. Puisque tu t'es rendu 
coupable envers Adam, dans Eden , il faut donc 
actuellement que tu travailles à t'excuser ; que tu 
te joignes à lui, lorsque, dans la retraite, il adresse 
h. Dieu de ferventes prières pour implorer sa clé- 
mence, et que, dans l'espérance de visiter un jour 
les demeures célestes avec le père des hommes, 
tu avoues ta faute , que tu as d'abord refusé de 
reconnaître : car il retournera immanquablement 
à son premier état, et les jours de bonheur lui 
seront rendus. Voici, en effet, ce que l'on dit à 
Adam, lorsque, chassé d'Eden, il fut placé dans le 
champ du monde : Sème aujourd'hui ce qui doit 
être récolté demain; peut-être encore n'en re- 
cueiileras-tu pas le fruit : alors , quand tu auras 
achevé de semer, et que tes plantes auront pris de 
l'accroissement , tu retourneras dans ton heureux 
séjour , en dépit de l'ennemi et de l'envieux. Celui 
qui t'imitera dans ta pénitence , sera fortuné ; et 
celui qui se comportera comme toi , recevra pour 
sa récompense la demeure de l'éternité. 

Ne vois-tu pas combien je suis estimée lorsque 
mes idées s'élèvent et s'étendent î Méprisant ce 
qui occupe les autres oiseaux , j'ai considéré le 
monde et ses créatures, et j'ai vu que l'homme 
est le seul modèle que je doive me proposer. 
En effet , Dieu a créé tous les êtres pour les hommes, 



( f>7 ) 
et c'est pour lui qu'il a créé les hommes; il se les 
est attachés ]\ir des liens iiulissoluhlcs , et les a 
combles des faveurs les plus si^nalccs. Aussi, 
cpioique ma nature soit bien clirtérente, ciiercliû-je 
h me rapprocher de leurs habitudes, sur-tout en 
imitant leur laniiacre , et en me iKHUTissant des 
mêmes alimens. Mon Pjonheur est de leur adresser 
la parole; je ne recherche qu'eux; et ce sont les 
efforts que je fais pour me rendre semblable a eux, 
qui me concilient l'estime qu'ils ont pour moi; car 
ils me considèrent comme un commensal, et nous 
sommes unis d'une amitié réciproque. Conformant 
mes actions aux leurs, je prie comme ils ]:)rient, je 
rends grâce comme ils rendent grâce ; et j'ai droit 
d'espérer qu'au jour où ils paraîtront devant Dieu , 
ils se souviendront de moi , me donneront des 
éloo^es , et qu'en conséquence, après avoir été du 
nombre de leurs serviteurs dans le monde présent, 
je serai aussi leur esclave dans l'autre. 

VERS. 

Cherche h ine connaître, et tu verras que je suis 
du nombre de ceux qui sont réellement tels qu'ils 
paraissent être. L'objet de ma passion est une 
beauté qui possède des perfections éclatantes et 
sublimes, que la pureté et fa sainteté décorent, et 

E 2 



(68) 
dont le rang suprême est respecté et béni. Oui, 
je l'espère, mes vœux seront exaucés; Mahomet, 
la plus excellente des créatures , et dont les paroles 
ne sauraient être trompeuses , assure que l'amant 
sera uni à sa maîtresse. 



Lorsque la perruche, en exaltant ses propres 
qualités, se fut ainsi placée dans le cercle des 
êtres les plus éminens , je me dis à moi-même : Je 
n'avais jamais étudié l'état emblématique des ani- 
maux ; mais, que vois-je aujourd'hui l ils veillent, 
tandis que je suis dans le sommeil le plus profond 
de la tiédeur et de l'indifférence. Pourquoi ne 
point m'approcher de la porte du miséricordieux! 
peut-être qu'on me permettrait l'accès auprès de 
ce Dieu clément , et qu'il dirait ces consolantes pa- 
roles : « Que celui qui arrive soit le bien-venu ; 
» je pardonne sa faute à celui qui se repent. :>:> 



'^.'%/%, X'%^'^ -%/%/^/ 



( ^>9 ) 



ALLKGOHIF. XXII. 

LA CHAUVE-SOURIS. 

La chauve - souris , engourdie et tremblante, 
m'adressa bientôt après ces mots : Ne te mêle point 
dans la foule, si tu veux participer aux faveurs de 
la beauté divine que tu chéris. Jadis Cliam erra 
long - temps autour de Fasyle sacré ; mais Dieu 
n'en j)erniit l'entrée qu'à Sem. 

VERS. 

Ce ne sont point les lances noires qui nous 
rendent maîtres de l'objet de notre désir; ce n'est 
point le tranchant du glaive qui nous fait atteindre 
aux choses élevées. 



Il faut consacrer des instans à la retraite , et 
passer les nuits obscures en ferventes j)rières. Fais 
attention h ma conduite: dès que le soleil se lève, 
je me retire dans mon trou solitaire; et là, mon 
esprit libre de tout soin se livre à de douces pen- 
sées. Tant que dure le jour, isolée, loin des regards, 
au fond de nia cellule , je ne vais voir personne, 
personne ne vient me voir ; cependant les gens 

E 3 



( 70 ) 
éclairés m'aiment et me considèrent. Mais lors- 
que la nuit a répandu ses ombres sur la terre, je 
sors de ma retraite , et je choisis ce temps pour 
veiller et pour agir. C'est au sein des ténèbres 
que la porte sacrée s'ouvre , que le voile importun 
est écarté, et qu'à l'insu des rivaux jaloux, la 
bien-aimée reçoit ses favoris en tête-k-tête. A i'ins- 
tant où les amans de cette céleste amie , et les 
malheureux relégués sur cette terre d'exil, baignent 
de larmes leurs paupières brûlantes , elle entr'ouvre 
îe rideau et se montre sur ce seuil béni. Elle appelle 
elle-même ses adorateurs, et leur accorde des en- 
tretiens secrets. C'est alors qu'ils lui adressent de 
ferventes prières qu'interrompent leurs sanglots, 
et qu'ils ont le bonheur d'entendre ces douces 
paroles : Messager céleste, endors celui-ci, réveille 
celui-là. Annonce à l'amant qui a celé l'ardeur dont 
il brûlait pour moi, qu'il peut maintenant la dé- 
couvrir avec confiance ; dis à cet amant altéré que 
la coupe est remplie ; apprends à celui que son 
amour a jeté dans l'agitation la plus vive, que le 
moment délicieux de l'union avec l'objet de ses 
désirs est arrivé. 

VERS. 

O toi I dont la noble passion n'a que moi pour 
objet, que des reproches ne t'éloignent pas du seuil 



( 7- ) 
de ma porte ; les engagcinens doivent être stables, 
et l'amour doit être constant. La renommée de ma 
puissance , de ma beauté et des faveurs que j'ac- 
corde , s'est répandue par tout l'univers , et les pèle- 
rins ont commencé leur voyage. Si tu te soumets à. 
ma dignité suprême, les souverains et les monarques 
se soumettront avec respect à la tienne. O amans î 
hâtez-vous ; voilà le coursier et l'hippodrome. 



Petit et faible oiseau , dis-je alors à la chauve- 
souris, explique-moi pourquoi, lorsque le soleil 
paraît sur l'horizon , tu cesses de voir, et ne re- 
couvres la vue qu'au moment de son coucher; cet 
astre , de qui les autres êtres reçoivent la lumière , 
te rendrait-il aveugle î 

Pauvre mortel , me répondit - elle , c'est que , 
jusqu'à présent , je ne me suis occupée qu'à con- 
naître la voie droite, et que je n'ai pas encore acquis 
les vertus qui en méritent l'entrée: celui qui est 
dans cet état d'investigation et de crainte , est 
ébloui par la lueur des astres du spiritualisme; 
mais celui cjui possède les vertus de la vie inté- 
rieure , soutient l'aspect des mystères que Dieu 
veut bien lui communiquer. Mon état de faiblesse , 
d'hésitation et de doute , tient à ce que je ne remplis 
qu'imparfaitement mes devoirs; voilà pourquoi je 

E 4 



( 72 ) 
cache mes imperfections durant le jour , en me dé- 
robant aux regards. Mais lorsque la nuit enveloppe 
Ja terre de ses ombres , je parle en secret et avec 
humilité à mon amie, qui, touchée de ma misère, 
daigne me retirer généreusement de l'état d'abjec- 
tion où je suis plongée. La première marque de 
bonté que cette céleste maîtresse m'a donnée et la 
prejnière faveur qu'elle a accordée à mes humbles 
j)rières , c'est de m'avoir assigné la nuit pour le 
temps du plus doux tête-à-tête , en me permet- 
tant de me réunir alors à ses amans , et d'élever 
mes regards vers elle. Aussi, lorsque ces précieux 
înstans sont passés , fermé-je les yeux pour ne 
point voir mes rivaux. Il est d'ailleurs bien juste que 
celui qui a veillé durant la nuit, dorme pendant le 
jour ; et ce serait un crime pour un œil qui a joui de 
ïa vision divine, de se tourner vers un autre objet. 

VERS. 

Un cœur qui se consume d'amour pour sa 
céleste amie , ne doic palpiter pour aucune autre 
maîtresse. Pourrais-tu aimer cette beauté divine, 
et adresser ensuite des vœux à une autre qu'elle! 
ne sais-tu donc pas que seule dans le monde elle 
est digne d'être aiméeî Mon frère, puisque celle 
que tu aimes est incomparable, et si tu l'aimes vé- 
rîlablement , sois sans égal dans ton amour. 



( 7^ ) 



ALLEGORIE XXIll. 



LE COQ. 



Ceux qui jouissent des faveurs particulières de 
Dieu , me dis-je alors à moi-même , sont les vrais 
heureux ; ceux dont l'occupation est la prière , 
jnéritent d'être distingués des autres , et il est im- 
possible que les indiffèrens s'approchent jamais de 
cette divine maîtresse. J'étais dans ces réflexions , 
lorsque le coq m'adressa ces paroles : Combien de 
fois ne t'appelé-je point ii remplir les devoirs reli- 
gieux, tandis que tu es dans l'aveuglement des 
passions et dans l'illusion des sens 1 Je me suis 
engagé à faire l'annonce de la prière, réveillant 
ainsi ceux qui sont plongés dans un sommeil si pro- 
fond qu'ils paraissent comme morts, et réjouissant 
ceux qui invoquent leur Dieu avec humilité et avec 
crainte. Tu peux observer dans mes actions des 
aïléorories charmantes : le battement de mes ailes 
indique qu'il fiut se lever pour faire la prière , et 
l'éclat de ma voix sert à réveiller ceux qui sont 
endormis; j'agite mes aifes pour annoncer Je bon- 
heur, et fais entendre mon chant pour appeler au 
temple du salut. Sï fa chauve-souris s'est chargée 



( 74 ) 
de l'emploi de la nuit , elle dort tout le jour du som- 
meil le plus profond , en se dérobant par crainte 
aux regards des hommes; quant à moi, je ne 
cesse, ni le jour ni la nuit, d'exercer les fonctions 
de mon ministère, et je ne m'en dispense ni publi- 
quement ni en secret. Je partage les devoirs du 
service de Dieu entre les différentes heures de la 
journée , et il ne s'en passe aucune que je n'aie 
une obligation religieuse à remplir : c'est moi qui 
te fais connaître les heures fixées pour la prière ; 
aussi , puis-je dire qu'on ne m'achèterait pas ce 
que je vaux , quand même on donnerait de moi 
mon poids en rubis. En outre, plein de tendresse 
pour mes petits , je suis toujours auprès d'eux ; 
et au milieu des poules , l'amour est le seul objet 
qui m'occupe. Me conformant aux règles d'une 
affection véritable , je ne prends jamais sans mes 
compagnes le moindre aliment ni la moindre bois- 
son : si je vois un grain , loin de m'en emparer , 
je le leur fais apercevoir et les engage à en faire 
leur nourriture ; comme aussi je les invite à man- 
ger , lorsque je sens l'odeur de ce qu'on a préparé 
pour nous. Du reste, obéissant aux gens de la mai- 
son, je supporte avec patience ce qu'ils me font 
souffrir: je suis leur tendre ami, et ils ont la cruauté 
d'immoler mes petits ; j'agis pour leur utilité , et 
ils m'enlèvent mes fidèles suivantes. Tels sommes 



(75) 

qualités et mon bon naturel. D'ailleurs, Dieu me 
suffit. 

V ERS. 

Invoque Dieu , et tu seras à l'abri de toute 
crainte; espère en lui, et tu trouveras le bonheur. 
Mais, hélas! quel est celui qui prête une oreille 
attentive à ce que je dis , qui sait en saisir le 
véritable sens et le graver dans sa mémoire î 



ALLEGORIE XXIV. 

LE CANARD. 

Le canard , en se jouant dans Peau , adressa 
bientôt après la parole au coq : O toi dont les 
pensées sont viles et rampantes, lui dit-il, tu ne 
saurais t'élever dans l'air comme le reste des oi- 
seaux, ni te conserver en évitant le malheur; tu es 
comme un mort qui ne peut parcourir la terre, et 
ton séjour constant dans un même lieu est la seule 
cause de tes maux. La bassesse de tes inclinations 
te fait rechercher les ordures ; et, satisfait de recueil- 
lir la rosée, tu laisses la pluie abondante. Ignores-tu 
donc que celui qui ne voyage pas , ne saurait obte- 
nir des bénéfices dans son négoce, et que celui qui 



(76 ) 
reste sur la grève, ne recueillera jamais des perles î 
Si ton mérite spirituel était plus réel, si ta foi était 
plus vive, tu volerais dans l'atmosphère et tu 
te soutiendrais sur l'onde. Vois comment , maître 
de mes désirs, et disposant de l'air et de l'eau , je 
marche sur la terre , je nage sur les flots roulans, 
et je vole librement dans les régions éthérées. 
C'est sur-tout La mer qui est le siège de ma puis- 
sance et la mine de mon trésor : je m'élance dans 
son onde limpide et transparente ; je découvre les 
perles précieuses qu'elle recèle , et je pénètre les 
mystères et les merveilles de Dieu. Celui-là seui 
connaît ces choses, qui s'y applique sérieusement; 
mais l'indifférent qui demeure sur le riva2;e , ne 
peut prétendre qu'à l'écume amère. Celui qui, en 
se plongeant dans cet océan, ne réfléchira pas h 
sa profondeur incalculable , sera submergé dans 
ses gouffres , par Je choc impétueux des flots. 
L'homme prédestiné au bonheur monte l'esquif 
de la bienveillance de sa divine amie , déploie les 
voiles de ses supplications, les orientant de ma- 
nière à recevoir le souffle du zéphyr protecteur; 
et après avoir franchi les ténèbres épaisses qui 
cachent les mystères, il fixe enfin le câble de l'es- 
pérance , par le moyen des attractions de la divi- 
nité , au confluent des deux mers de l'essence et 
des attributs , et parvient ainsi à la source même 



{ 77 ) 
de l'existence, où il s'abreuve d'une eau plus douce 
que le miel le plus pur. 

viens. 

O toi qui veux parvenir aux plus hauts degrés 
du spiritualisme , tu acquerras difficilement cette 
perfection à laquelle tu aspires. Si tu avances , tu 
seras bientôt obligé de te soumettre à l'anéantis- 
sement le plus complet, ^ cet anéantissement qui 
ne peut devenir doux que pour ceux à qui Dieu a 
donné une idée de ce qu'il réserve à ses favoris. La 
pointe des piques défend l'approche de cette cé- 
leste maîtresse : telles sont ces citadelles élevées, 
autour desquelles les lances rembrunies forment 
un rempart redoutable. Avant de goûter la dou- 
ceur du miel, il faut endurer une piqûre aussi 
cuisante que la blessure des flèches. Que de 
gens d'une naissance illustre errent autour de 
cet asyle sacré ! Ils supportent avec patience les 
peines amères attachées à leur noble passion ; ils 
jeûnent, ils passent les nuits obscures en humbles 
prières; la violence du désir anéantit leur esprit, 
une ardeur brûlante consume leur corps: mais, 
hélas ! le divin amour n'aperçoit encore dans leur 
cœur qu'un vide affreux. Renonce donc aux de- 
meures des braves qui ont vaincu généreuse- 



(78) 
ment leurs passions , si tu ne peux vaincre les 
tiennes. 



ALLÉGORIE XXV. 



L ABEILLE. 



Quelle prétention! s'écria aussitôt l'abeille. 
Ce que le canard a dit de ses courses n'est point 
vrai, et cet oiseau en a imposé. L'homme vraiment 
religieux est bien différent; son mérite paraît d'une 
manière évidente, sans qu'il affecte aucune jac- 
tance, et la pureté de son intérieur se manifeste 
par ses actions les plus secrètes : d'ailleurs , celui 
qui ne s'enorgueillit point, quelque droit qu'ii en 
ait , ajoute le plus grand prix à son mérite. Ne 
dis donc jamais une parole que ton action dé- 
mente , et n'élève pas un fils que ta race renie- 
rait. Sache connaître le prix des mets sains et 
légers et des boissons pures et naturelles : vois, 
en effet , comme ma dignité augmente et s'ac- 
croît , et comme mon mérite se perfectionne, 
lorsque je suis à portée de prendre une nourriture 
excellente et de me désaltérer dans une eau lim- 
pide. Dieu aurait-il daigné m'inspirer, comme le 
Prophète l'assure dans le Coran, si je ne me fusse 



( 79 ) 
nourrie de mets permis ; si je ne me fusse attachée 
aux qualités les plus nobles , ])()ur marcher en- 
suite avec humilité, ainsi que les amis de Dieu, dans 
la voie du Seigneur , et le remercier de ses bienfaits î 
Je construis ma ruche dans les collines; je me 
nourris de ce qu'on peut prendre sans endomma- 
ger les arbres, et de ce qu'on peut manger sans le 
moindre scrupule. Aucun architecte ne pourrait 
imiter la construction de ma cellule ; Euclide 
lui - même admirerait la forme régulière de mes 
alvéoles hexagones. Je me pose sur les fleurs 
et sur les fruits ; et sans jamais manger aucun 
fruit ni gâter aucune fleur, j'en retire seulement 
une substance aussi légère que la rosée; con- 
tente de ce faible butin , je reviens ensuite à. 
ma ruche. Là, faisant trêve à mon travail, je me 
livre alors à mes réflexions, et, dans mes prières, 
j'offre constamment à Dieu le tribut de ma recon- 
naissance. Instruite par l'inspiration divine , je 
m'abandonne, dans mes travaux, à la grâce qui 
m'a été prédestinée; ma cire et mon miel sont le 
produit de ma science et de mon travail réunis. 
La cire est le résultat des peines que je me donne; 
le miel est le fruit de ce qu'on m'a enseigné : la 
cire éclaire; le miel guérit: les uns recherchent 
la lumière que ma cire procure , les autres le 
remède salutaire que leur offre Ja douceur de mon 



(8o) 

miel ; mais je n'accorde aux premiers l'utilité 
qu'ils désirent , qu'après leur avoir fait sentir 
l'amertume de mon aiguillon, et je ne donne 
mon miel aux seconds , qu'après leur avoir 
opposé une résistance vigoureuse. Si l'on veut 
m'arracher de force mes trésors , je les défends 
avec ardeur contre ies attaques, au péril même 
de ma vie, en me disant: Courage, 6 mon amel 
J'adresse ensuite ces mots à celui qui veut me faire 
sortir du jardin que j'habite : Suppôt d'enfer , pour- 
quoi viens-tu me tourmenter ! 

"Si tu recherches les allégories , ma situation 
t'en offre une bien instructive : réfléchis que tu ne 
peux jouir de mes faveurs , qu'en souffrant avec 
patience la blessure de mon aiguillon. 

VERS. 

Supporte l'amertume de mes dédains, toi qui 
desires t'unir a moi; ne pense qu'à mon amour, 
et laisse celui qui follement voudrait l'éloigner 
de moi et oserait insulter à ta peine. Si tu veux 
vivre de cette vie spirituelle que tu ambitionnes, 
sache mourir en devançant l'heure fixée par le 
destin. Qu'elle est difficile , la voie étroite de 
l'amour 1 pour s'y engager, il faut briser tous les 
liens qui nous retiennent au monde. Mais ces 
peines qui paraissent si amères , sont cependant 



( î^l ) 

douces, et l'amour rend léger ce qu'il y a de plus 
pesant. 

Si tu tends au même but que nous, sache saisir 
les allégories qui te sont offertes : si tu les com- 
prends, avance; sinon , reste où tu es. 



ALLÉGORIE XXVI. 

LA BOUGIE. 

La i)Ougie, en proie h. la douleur que lui faisait 
ressentir un feu dévorant, répandait des larmes 
en abondance et faisait entendre des plaintes dou- 
loureuses. A ces gémissemens , l'abeille , touchée 
de compassion, prêta une oreille attentive, et la 
bougie lui adressa ces paroles : Pourquoi faut -il 
que la fortune contraire m'éloigne à jamais de toi 
qui es ma mère, puisque je te dois l'existence, et 
qui es ma cause, puisque je suis ton effet. Hélas ! 
on employa le feu pour nous arracher de ta de- 
meure , moi et le miel mon frère £t mon compa- 
gnon. J'étais avec lui dans un même asyïe ; la 
flamme vint nous en chasser, et, détruisant l'al- 
liance qui nous unissait, mettre entre nous un im- 
mense intervalle. Mais ce n'était pas encore assez 
de cette cruelle séparation I on me livre de nouveau 

F 



( 82 ) 

à la violence du feu ; et , quoique je ne sois pas 
criminelle, mon cœur est brûlé, et mon corps 
est dans l'esclavage. A la lueur que je produis en 
avançant vers ma destruction , les amans se fami- 
liarisent , et les sofis se livrent à leurs méditations. 
Répandre ma lumière, brûler, verser des larmes, 
voilà mon sort. Toujours disposée à servir, et 
supportant avec patience le mal et la peine, je me 
consume pour éclairer les autres, et je me tour- 
mente moi-même pour les faire jouir des avantages 
que je possède. Comment pourrait-on donc me 
reprocher avec raison ma pâleur et mes larmes ! 
Ce n'est pas tout : des nuées de papillons veu- 
lent éteindre ma flamme et faire disparaître ma 
clarté. Irritée, je les brûle pour les punir de leur 
audace ; car on sait que le mal retombe sur son 
auteur. Du reste, quand les papillons rempliraient 
la terre, je ne les redouterais pas ; de même que 
les gens sans principes, le monde en fourmillât-il, 
ne parviendraient pas à obscurcir le flambeau de 
la foi. Leurs bouches sacrilèges essaient d'étouffer 
cette lumière ^crée , mais le miséricordieux par 
excellence ne le permettra jamais. Voilà une 
énigme qui se changera en démonstration pour 
celui qui saura la pénétrer. 



( H^ ) 



VERS 



Lumière de ma vie , quelle clarté n'ai-je pas 
reçue de toi 1 Que je sois dans le vrai chemin , 
ou que je m'égare, tout vient de ta main bénie 
et adorée. Le censeur ne pourra jamais me taxer 
de fausseté à ton égard ; aucun vent n'éteindra la 
lumière divine dont tu m'éclaires. 



ALLÉGORIE XXVII. 



LE PAPILLON. 



Alors le papillon , à demi consumé par fa 
flamme , se débattant et se retournant en tout 
sens sur le tapis , se plaignit amèrement à la 
bougie , en ces termes : Se peut-il qu'au moment 
où, livrant mon cœur à ton amour, je ne dirige 
mes vœux que vers toi, tu me traites comme un 
ennemi! Qui t'a donné le droit de m'oter la vieî 
qui t'a excitée à me faire périr, moi ton amant sin- 
cère, moi ton ami le |)lus tendre ! Je supporte avec 
patience l'ardeur de taHamme, et seul, entre tous 
tes amans, j'ose braver la mort : mais, dis-moi, 
as-tu jamais vu une amie qui se plaise à tour- 

F 2 



( 84) 

]iîenter son ami , un médecin qui cherche à aggraver 
les souffrances de son malade ! Quoi ! je t'aime , 
et tu me fais du mal ! je m'approche de toi , et tu 
me perces de tes rayons embrasés : cependant , 
bien foin de diminuer mon amour, tes mauvais trai- 
temens ne font que l'augmenter, et je me précipite 
vers toi , tout abject que je suis , emporté par le 
désir de voir notre union consommée; mais tu me 
repousses avec cruauté , tu déchires le tissu de gaze 
de mes ailes. Non , jamais un amant n'a rien éprouvé 
de pareil ; jamais il n'a enduré ce que j'endure : et 
malgré tant de rigueurs , c'est toi seule que j'aime, 
toi seule que j'adore. N'ai-je donc pas assez des 
maux que je souffre , sans que tu me fasses encore 
des reproches que je ne mérite point. 

VERS. 

Je venais me plaindre des tourmens de mon 
cœur à ma maîtresse , et, au lieu de les soulager, 
elle me repousse loin d'elle avec les verges du châ- 
timent. Ainsi le papillon demande à s'unir à son 
amie , et elle ne lui répond qu'en l'enveloppant 
de flammes dévorantes : il tombe auprès de la cruelle , 
succombant aux atteintes du feu et plongé dans 
fabyme de la tristesse. Je me promettais de jouir 
d'un instant de volupté , mais je ne pensais pas 
aux peines amères de l'amour. Se consumer de 



( «5 ) 

désir et cFardeur, telle est la loi que cIcMvent subir 
les amans. 



Lorsque le papilFon eut exprime le sujet de sa 
douleur, et qu'il se fut plaint de ses afiiiciions et 
de ses peines, fa hougie , touchée de compassion, 
lui adressa ces paroles: Véritable amant, ne te 
hâte pas de me condamner ; car j'endure les 
mêmes tourmens que toi, les mêmes peines, les 
mêmes rigueurs. Ecoute l'histoire la plus extraor- 
dinaire, et prends j)itié de la douleur la plus vio- 
lente. Qu'un amant se consume, rien d'étonnant; 
mais qu'une maîtresse éprouve le même sort, voilc\ 
ce qui doit surprendre. Le feu m'aime , et ses soupirs 
enflammés me brûlent et me liquéfient; il veut se 
rapj)rocher de moi, et il me dévore : il j)rétend à 
mon amour, il veut s'unir h. moi; mais, dès que 
ses désirs sont accomplis , il ne peut exister qu'en 
me détruisant. II est étrange sans doute qu'une mai- 
tresse périsse , et que son amant lui survive ; qu'un 
ainant soit en possession du bonheur, et que sa 
maîtresse soit malheureuse. 

O toi, lui répondit le feu , qui, toute interdite au 
milieu des rayons de ma clarté , es tourmentée 
par ma flamme, pourquoi te plaindre, puisque tu 
jouis du doux instant de l'union î Heureux celui 

I- 3 



( 86 ) 
qui boit, tandis que je suis son échanson ! heureuse 
la vie de celui qui , consumé par ma flamme immor- 
telle , meurt à lui-même, pour obéir aux lois de 
l'amour, 

VERS. 

Je dis à une bougie qui m'éclairait , tandis 
que la nuit étendait son voile lugubre sur la terre : 
Mon cœur s'attendrit facilement sur le sort de mes 
amis , et lorsque je vois répandre des larmes , je 
ne puis m'empêcher de pleurer. Avant de blâmer 
ma tristesse, écoute, me dit-elle, l'exposition dé- 
taillée de mon histoire. Si l'aveugle fortune t'a déjà 
fait éprouver le chagrin, sache qu'elle m'a privée 
de mon frère, d'un frère doué de propriétés salu- 
taires et d'une saveur douce et pure. Tes yeux se 
mouillent de larmes , en pensant à cette beauté dont 
les lèvres sont aussi douces et dont la bouche dis- 
tille une liqueur semblable ; je m'aperçois de ton 
chagrin. Pourquoi ne veux- tu pas que je sois 
affligée d'avoir perdu mon frère ! ne serais-je pas 
blâmable, au contraire, si j'épargnais mes larmes! 
C'est le feu qui m'a séparée de ce frère chéri , 
et c'est par le feu que j'ai juré de terminer mon 
existence. 



( 8; ) 



ALLEGORIE XXVIII. 

LE CORBEAU. 

J'ÉCOUTAIS encore le discours de la bougie 
me livrant en même temps aux idées voluptueuses 
qu'elle m'avait rappelées , lorsque j'entendis le 
croassement lugubre d'un corbeai^ qui , entouré 
de ses amis , annonçait la fatale séparation. Cou- 
vert d'un habit de deuil, et seul, au milieu (.]es 
hommes, vêtu de noir, il gémissait comme celui qui 
est dans le malheur, et déplorait sa douleur cruelle. 
O toi , qui ne fais que te lamenter , lui dis - je alors , 
ton cri importun vient troubler ce qu'il y a de plus 
pur et rendre amer ce qu'il y a de plus doux: pour- 
quoi ne cesses-tu , dès le matin , d'exciter h la sépa- 
ration, en t'adressant aux campemens printaniers î 
Si tu vois un bonheur parfait, tu proclames sa fin 
prochaine ; si tu aperçois un château magni- 
fique, tu annonces que des ruines vont bientôt lui 
succéder : tu es de plus mauvais augure que Cacher, 
pour celui qui se livre aux douceurs de la société, 
et plus sinistre que Jader, pour l'homme prudent 
et réfléchi. 

Le corbeau, prenant alors, pour se défendre, le 
langage éloquent et expressif de sa situation : Mal- 

i- 4 



( 88 ) 
heureux , me dit-il , tu ne distingues pas ie bien 
d'avec le mal ; ton ennemi et ton ami sincère sont 
égaux h tes yeux ; tu ne comprends ni l'allégorie , ni 
la réalité ; les avis que l'on te donne sont pour toi 
comme le vent qui souffle aux oreilles , et les pa- 
roles du sage sont à l'ouïe de tes passions comme 
l'aboiement du chien. Eh quoi, tu ne réfléchis donc 
pas à ton départ prochain de la vaste surface de la 
terre pour les ténèbres du tombeau et pour le réduit 
étroit du sépulcre î tu ne penses pas à l'accident 
qui causa au père des hommes des regrets si cui- 
sans ; aux prédications de Noé sur ce séjour où 
personne ne jouit d'un instant de repos; à l'état 
d'Abraham, l'ami de Dieu, au milieu des flammes 
où l'avait fait jeter Nemrod ! Tu ne sais point te 
régler sur les exemples instructifs que t'offrent la 
patience d'Ismaël , sur le point d'être immolé par son 
père ; la pénitence de David , qui pleura son crime 
si amèrement; la piété exemplaire et l'abnégation 
du Messie l Ignores-tu que le bonheur le plus 
parfait a un terme, et que la volupté la plus pure 
s'évanouit; que la paix s'altère, et que la douceur 
devient amertume ! Quel est l'espoir que la mort 
ne détruise , la prudence que le destin ne rende 
vaine! Le messager du bonheur n'est -il pas suivi 
de près par celui du malheur! ce qui est facile 
ne devient -il pas difficile î Où trouve-t-on une 



(80 ) 
situation iinnuiable! quel est riionime qui ne passe 
point! quelle est la fortune qui reste dans les mains 
de celui qui la possède! Que sont devenus ce vieil- 
lard dont la longue vie étonnait, cet heureux mor- 
tel qui nageait dans l'opulence , cette Leauté au 
leint de roses et de lis! La mort ne vient-elle pas 
retrancher les hommes , les uns après les autres , du 
nombre des vivans! ne met-elle pas au même ni- 
veau, dans la poussière, le vil esclave et le maître 
superbe! L'inspiration divine n'a-t-elle pas fait en- 
tendre au voluptueux, plongé dans le sein du plai- 
sir, ces mots du Coran, où Dieu dit a Mahomet. 
Annonce que la jouissance de ce monde est peu de chose î 
Pourquoi donc censurer mon gémissement et 
prendre h mauvais augure mon croassement plain- 
tif, soit au lever de l'aurore , soit aux approches de la 
nuit ! Si tu connaissais ton bonheur véritable comme 
je connais le mien, ô toi qui blâmes ma conduite , 
tu n'hésiterais pas à te couvrir comme moi d'un 
vêtement noir, et tu me répondrais en tout temps 
par des lamentations : mais les plaisirs occupent 
tous tesmomens; ta vanité et ton amour-propre 
te retiennent. Pour moi, j'avertis le voyageur que 
les lieux où il s'arrête seront bientôt ravagés ; je 
prémunis celui qui mange , contre les mets nui- 
sibles du monde , et j'annonce au pèlerin qu'il 
approche du terme. Ton ami sincère est celui qui 



(90) 
te parle avec franchise, et non celui qui te croit 
sur parole ; c'est celui qui te réprimande , et 
non celui qui t'excuse; c'est celui qui t'enseigne 
la vérité , et non celui qui venge tes injures : car 
quiconque t'adresse des remontrances , réveille en 
toi la vertu lorsqu'elle s'est endormie ; et en t'ins- 
pirant des craintes salutaires , il te fait tenir sur tes 
gardes. Quant à moi, par fa couleur obscure de 
mes ailes et par mes gémissemens prophétiques, j'ai 
voulu produire sur ton esprit les mêmes impres- 
sions ; je t'ai fait même entendre mon cri dans les 
cercles de la société. Mais on peut m'appliquer ce 
proverbe : Tu par /es à un mort, 

VERS, 

Je pleure sur la vie fugitive qui m'échappe, et 
j'ai sujet de faire entendre des plaintes : je ne puis 
m'empêcher de gémir toutes les fois que j'aperçois 
une caravane dont le conducteur accélère la marche. 
Les gens peu réfléchis me censurent sur mes habits 
de deuil ; mais je leur dis : C'est précisément par ce 
langage emblématique que je m'efforce de vous ins- 
truire ; je suis semblable au khathib , et ce n'est pas 
une chose nouvelle que ies khathibs soient vêtus de 
noir.Tu me verras, à l'aspect d'un campement prin- 
tanier, annoncer dans chaque vallée qu'il changera 
bientôt de place , et gémir ensuite sur les vestiges 



(g- ) 

h demi efîacés, me plaignant de la cruelle absence. 
Miiis ce ne sont que des objets muets et inanimés 
qui répondent h ma voix. O toi qui as ToreiKe dure, 
réveilIe-toi enfin , et comprends ce qu'indique fa 
nuée matinale: il n'y a personne sur la terre qui ne 
doive s'efiorcer d'entrevoir quelque chose du 
monde invisible. Souviens-toi que tous les hommes 
sont appelés plus tôt ou plus tard. Je me serais fait 
entendre, si j'eusse adressé la parole h. un être vi- 
vant ; mais , hélas ! celui à qui je parle, est un mort. 



ALLÉGORIE XXIX. 



LA HUPPE. 



Après que le corbeau fut venu troubler les 
heureux momens que je passais dans ce jardin , 
et qu'il m'eut engagé h me tenir en garde contre la 
haine que je pourrais m'attirer, je cessai de fiire 
attention aux rians objets qui m'environnaient, et 
je retournai à la solitude de mes pensées : alors une 
douce rêverie s'étant emparée de moi, je me sentis 
comme inspiré, et je crus entendre distinctement 
ces paroles : O toi qui écoutes le langage énigma- 
tique des oiseaux , et qui te j)Iains que le bonheur 
semble te fuir, sache que, si le cœur était attentif 



(92 ) 

à s'instruire, l'intelligence pénétrerait îe sens des 
allégories ; ie pèlerin de ce monde demeurerait dans 
la voie, et celui que les plaisirs éblouissent, ne s'éga- 
rerait pas. Si l'esprit était bon, il pourrait apercevoir 
les signes de la vérité ; si la conscience savait com- 
prendre , elle apprendrait sans peine les bonnes nou- 
velles ; si l'ame s'ouvrait aux influences mystiques, 
elle recevrait des lumières surnaturelles ; si l'on 
savait écarter le voile, l'objet caché se montrerait; 
si l'intérieur était pur, les mystères des choses invi- 
sibles paraîtraient à découvert, et la divine maî- 
tresse se laisserait voir. Si tu t'éloignais des choses 
du monde , la porte du spiritualisme s'ouvrirait 
pour toi ; si tu te dépouillais du vêtement de 
l'amour-propre, il n'existerait pour toi aucun obs- 
tacle ; si tu fuyais le monde de l'erreur, tu verrais 
le monde spirituel; si tu coupais les liens qui 
t'attachent aux plaisirs des sens, les vérités dogma- 
tiques se montreraient à toi sans nuages ; et si tu 
réformais tes mœurs , tu ne serais point privé 
de l'aliment divin. Si tu renonçais à tes désirs , 
tu parviendrais au plus haut degré de la vie con- 
templative ; si tu subjuguais tes passions, Dieu 
te rapprocherait de lui ; il te réunirait à lui , si , 
pour lui plaire, tu te séparais de ton père; enfin 
si tu renonçais à toi-même , tu trouverais auprès 
de la divinité la plus douce des demeures. Mais, 



( 9Î ) 
bien loin de Ih, captif dans fc cachot de tes inclina- 
tions, enchaîné par tes habitudes, esclave des vo- 
luptés, soumis aux illusions des sens, tu es retenu 
par la froideur de ta détermination, tandis que le 
feu de hi cupidité te consume, et que l'excès d'une 
joie insensée t'accable. Une langueur funeste 
t'aveugle ; les impulsions d'un amour déréglé t'en- 
flamment le sang; ta faible volonté ne forme que 
des résolutions tièdes , et ne se livre qu'à des j)ensées 
enlacées; ton esprit corrompu te jette dans un état 
d'iiesitation pénible , et ton jugement vicieux te fait 
paraître mauvais ce qui est bon , et bon ce qui est 
mauvais. 

Tu devrais entrer dans l'hôpital de la piété, et, 
présentant le vase de l'affliction, exposer le récit 
de tes souffrances à ce médecin qui connaît ce 
qu'on tient secret et ce qu'on lui découvre. Tu 
devrais tendre vers lui le poignet de ta soif brû- 
lante , pour qu'il tâtât le pouls de ta maladie , 
qu'il examinât la nature de ta fièvre , et qu'après 
avoir connu exactement ta situation malheureuse, 
il te livrât à celui qui est chargé d'infliger les 
peines de la loi , lequel te lierait avec les liens de 
la crainte , te frapperait avec les verges de l'indé- 
cision et de la tuturition, en te rafraîchissant en 
même temps avec l'éventail de l'espérance; te gar- 
derait ensuite dans le sanctuaire de la j^rotection, 



(94) 
et écrirait sur le cahier de ton traitement le réta- 
blissement de ta santé. II préparerait pour toi le 
myrobalan du refuge , la violette de l'espoir, la 
scammonée de la confiance , le tamarin de la di- 
rection, la jujube de la sollicitude, la sébeste de la 
correction , la prune de la sincérité et la casse du 
libre arbitre ; il concasserait le tout sur la terre de 
l'acceptation , le pilerait dans le mortier de la pa- 
tience, le tamiserait dans le tamis de l'humilité, 
le dépurerait par le sucre de l'action de grâces, 
et t'administrerait ensuite ce médicament , après 
la veille nocturne , dans la solitude du matin , 
en présence du médecin spirituel , en tête- 
à-tête avec la divine amie , à l'insu du rival ja- 
loux , pour voir si ton agitation s'apaiserait , 
si la chaleur de tes passions se refroidirait , si 
ton cœur , que les voluptés t'avaient arraché, 
pourrait reprendre sa place , si ton tempérament 
acquerrait ce degré d'équilibre qui constitue la 
santé spirituelle ; si ton oreille pourrait s'ou- 
vrir au langage mystique , et entendre ces douces 
paroles , Quelqu'un demande-t-il quelque chose î 
je suis prêt k l'exaucer; pour voir enfin si ta vue 
intérieure ferait des efforts afin d'être éclairée, et 
si tu serais capable de contempler les choses extraor- 
dinaires et merveilleuses du spiritualisme. 

Considère la huppe : lorsque sa conduite est 



( <)^> ) 

régulière et que son cœur est pur , s.i vue per- 
çante pénètre dans les entrailles de la terre, et y 
découvre ce qui est cache aux yeux des autres êtres ; 
elle aperçoit Teau qui y coule , comme tu pour- 
rais la voir au travers d'un cristal; et, guidée par 
l'excellence de son goût et par sa véracité , Voici , 
dit-elle, de l'eau douce, et en voilh qui est amère. 
Elle ajoute ensuite : Je puis me vanter de pos- 
séder , dans le petit volume de mon corps , ce que 
Salomon n'a jamais possédé , lui à qui Dieu avait 
accordé un royaume comme personne n'en a jamais 
eu ; je veux parler de la science que Dieu m'a 
départie, science dont jamais ni Salomon, ni au- 
cun des siens , n'ont été doués. Je suivais par-tout 
ce grand monarque, soit qu'il marchât lentement , 
soit qu'il hâtât le pas , et je lui indiquais les lieux 
où il y avait de l'eau sous terre. Mais un jour 
je disparus tout h. coup, et , durant mon absence, 
il perdit son pouvoir : alors s'adressant à ses cour- 
tisans et aux gens de sa suite , Je ne vois pas la 
huppe, leur dit-il; s'est-elle éloignée de moi! S'il 
en est ainsi , je lui ferai souffrir un tourment vio- 
lent, et peut-être l'immolerai- je à ma vengeance, 
h moins qu'elle ne me donne une excuse légitime. 
( Ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'il ne s'in- 
forma de moi que lorsqu'il eut besoin de mon se- 
cours. ) Puis voulant faire sentir l'étendue de son 



(96) 
autorité , il répéta les mêmes mots : Je la punirai ; 
que dis-je ! je l'immolerai. Mais le Destin disait: Je 
la dirigerai vers toi , je la conduirai moi-même. 
Lorsque je vins ensuite de Saba , chargée d'une 
commission pour ce roi puissant, et que je lui dis, 
Je sais ce que tu ne sais pas , cela augmenta sa 
colère contre moi, et il s'écria : Toi qui, dans la 
petitesse de ton corps , renfermes tant de malice , 
non contente de m'avoir mis en colère , en t'éloi- 
gnant ainsi de ma présence , tu prétends encore 
être plus savante que moi 1 Grâce , lui dis-je , ô Salo- 
mon ! je reconnais que tu as demandé un empire 
tel qu'aucun souverain nen aura jamais de sem- 
blable ; mais tu dois avouer aussi que tu n'as pas de 
même demandé une science à laquelle personne ne 
pût atteindre : je t'ai apporté de Saba une nouvelle 
que tous les savans ignorent. O huppe , dit-il alors , 
on peut confier les secrets des rois à celui qui sait 
se conduire avec prudence ; porte donc ma lettre. 
Je m'empressai de le faire , et je me hâtai d'en rap- 
porter la réponse. II me combla alors de ses faveurs ; 
il me mit au nombre de ses amis , et je pris rang 
parmi les gardiens du rideau qui couvrait sa porte, 
tandis qu'auparavant je n'osais en approcher : pour 
m'honorer, il me plaça ensuite une couronne sur la 
tête , et cet ornement ne sert pas peu à in'embellir. 
D'après cela, la mention de mon immolation a été 



( 97 ) 
abrogée, et Jes versets où il est question de ma 
louange ont été fus. 

Pour toi, si tu es capable d'apprécier mes avis , 
rectifie ta conduite, purifie ta C(Miscience, redresse 
ton naturel, crains celui qui t'a tiré du néant, pro- 
fite des leçons instructives qu'il te donne, quand 
même il se servirait, pour le faire, du ministère des 
animaux; et crois que celui qui ne sait pas tirer 
un sens allégorique du cri aigre de la porte, du 
bourdonnement de la mouche , de l'aboiement du 
chien, du mouvement des insectes qui s'agitent 
dans la poussière ; que celui qui ne sait pas com- 
prendre ce qu'indiquent la marche de la nue, la 
lueur du mirage, la teinte du brouillard, n'est pas 
du nombre des gens intelligens. 

VERS. 

Tu es plus douce à mes yeux que le souffle du 
zéphyr qui erre la nuit dans les jardins : la moindre 
idée me trouble et m'agite ; chaque objet agréable 
me seinble être une coupe où j'aperçois tes traits 
adorés , et dans chaque son je crois entendre ta 
voix chérie. 



( 9«) 



ALLEGORIE XXX. 

LE CHIEN. 

Tandis que j'étais plongé dans le charme de la 
conversation des oiseaux, et que j'attendais la ré- 
ponse qu'ils feraient à la huppe, un chien, qui 
était près de la porte, m'adressa ces mots, tout en 
recueillant des miettes de pain parmi les ordures : 
O toi qui n'a pas encore soulevé le voile du mys- 
tère ; toi qui, tout entier aux choses du monde, 
ne peux t'élever à la cause première ; toi qui traînes 
avec pompe la robe de l'aniour-propre , imite mes 
nobles actions , prends mes qualités recomman- 
dâmes , et , sans t'arrêter à l'infériorité de mon 
rang, écoute ce que je vais te dire de la sagesse de 
ma conduite. A ne me considérer qu'à l'extérieur, 
je serai à tes yeux un objet de mépris ; mais pour 
peu que tu m'examines , tu verras que je suis un vrai 
faquir. Toujours à la porte de mes maîtres , je 
ne recherche pas une place plus distinguée ; sans 
cesse avec les hommes, je ne change point de 
manière d'agir : on me chasse , et je reviens ; on 
me frappe, et je ne garde jamais de rancune ; 
mon amitié est toujours la même, et ma fidélité 
est a toute épreuve.» Je veilfe , lorsque les hommes 



( ^M ) 
sont plongés dans le somnieil , et je fais une 
garde exacte quand la table est servie. On ne 
m'assigne cependant ni salaire, ni nourriture, 
ni même un logement , encore moins une |)face 
distinguée. Je témoigne de la reconnaissance 
lorsqu'on me donne ; je suis patient lorsqu'on me 
repousse ; et l'on ne me voit nulle part me plain- 
dre , ni pleurer sur les mauvais traitemens que 
j'éprouve. Si je suis malade , personne ne vient 
me visiter ; si je meurs , on ne me porte point 
dans un cercueil ; si je quitte un lieu pour me 
rendre dans un autre, on ne me munit d'aucune 
provision ; et je n'ai ni argent dont on puisse 
hériter , ni champ qu on puisse labourer. vSi je 
m'absente , on ne désire pas mon retour ; les 
enfans eux-mêmes ne me regrettent point; per- 
sonne ne verse une larme; et si l'on me retrouve, 
on ne me regarde pas. Cependant je fais sans cesse 
la garde autour de la demeure des hommes, et 
je leur suis constamment fidèle. Obligé de 
rester sur les ordures qui sont auprès de leurs 
portes, je me contente du peu que je reçois, à 
défaut des bienfaits dont je devrais être comblé. 
Si mes mœurs te plaisent, suis mon exemple, et 
conforme-loi a ma conduite; et si tu veux m'imiter, 
règle ta vie sur la mienne. 



G 2 



( ïoo ) 
VERS. 

Apprends de moi comment ii faut remplir les de- 
voirs de l'amitié, et , à mon exemple, sache t'élever 
aux vertus les plus nobles. Je ne suis qu'un animal 
vil et méprisé; mais mon cœur est exempt de vices. 
J'ai coutume de garder les habitans du quartier où 
je me trouve , sur-tout durant la nuit. Toujours pa- 
tient, et reconnaissant même, de quelque manière 
que l'on me traite , je ne me plains jamais des 
injustices des hommes à mon égard, et je me con- 
tente de mettre toute ma confiance en Dieu seul. 
Malgré ces habitudes précieuses , personne ne fait 
attention à moi , soit qu'une faim cruelle me fasse 
expirer , ou que l'infortune m'abreuve de la coupe 
amère de la peine et de la douleur. Du reste, j'aime 
mieux supporter les mauvais traitemens que 
j'éprouve , que de perdre ma propre estime et de 
m'avilir k demander. Oui, je ne crains pas de le 
dire , mes qualités , malgré le peu de considéra- 
tion dont je jouis , l'emportent sïir celles des autres 
animaux. 



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( 101 ) 



ALLKGOIUE XXXI 



LE CHAMEAU. 



Toi qui desires marcher dans le chemin qui 
conduit au palais des rois, dit alors le chameau, 
si lu as pris du chien des leçons d'abstinence et de 
pauvreté volontaire, je veux t'en donner, actuelle- 
ment, de fermeté et de patience. Celui, en effet, 
qui se décide à embrasser la pauvreté volontaire, 
doit s'appliquer aussi à acquérir la patience ; car le 
pauvre doué de cette vertu a droit d'être compté 
au nombre des riches. 

Chargé de pesans fardeaux, j'achève les traites 
les plus longues, j'affronte les dangers du désert et 
je souffre avec patience les traitemens les plus durs , 
sans que rien me décourage jamais. Je ne me pré- 
cipite point dans ma marche comme un insensé, 
mais je me laisse conduire même pnr un jeune 
enfant, tandis que, si je le voulais, je pourrais ré- 
sister à l'homme le plus robuste. Doux et obéissant 
par caractère , je porte les fardeaux et 1-es bagages 
divisés en deux parties égales. Je ne suis ni perfide 
ni facile îi me rebuter: ayant réussi à vaincre tout 
obstacle , je n'en suis pas plus présomptueux ; et les 

G 3 



( I«'^ ) 

difiicultés ne nie font point rebrousser chemin. Je 
m'enfonce hardiment dans les routes fangeuses et 
glissantes, où les voyageurs les plus intrépides eux- 
mêmes craindraient de s'engager. Je souffre avec 
constance la soif ardente du midi, et je ne m'écarte 
jamais delà ligne qui m'est tracée. Après avoir rem- 
pli mon devoir envers mon maître , et être arrivé 
au terme de ma course, je rejette mon licou sur 
mon dos, et je vais dans les champs, prenant pour 
ma nourriture ce qui appartient au premier venu et 
dont on peut s'emparer sans le moindre scrupule : 
mais si tout* à-coup j'entends la voix du chamelier, 
je lui livre de nouveau ma bride , en m'interdisant 
la jouissance du sommeil, et portant le cou en 
avant , comme pour parvenir plutôt à mon but. 
Si je m'égare , mon conducteur me dirige; si je 
fais un faux pas, il vient à mon secours; si j'ai 
soif, le nom de mon amie est mon eau et ma nour- 
riture. Destiné au service de l'homme, d'après ce 
passage du Coran où Dieu dit , Il porte vos fardeaux, 
je ne cesse pas d'être en voyage ou sur pied , 
jusqu'à ce que je parvienne au point où finit le 
pèlerinage de la vie. 

VERS. 

O Saad ! si tu viens dans ces lieux , interroge 
un cœur qui a pénétré dans l'asyle inviolable où 



( '"5 ) 
clenieure cet objet ravisbant; et si les yeux aper- 
çoivent au loin ce tertre sablonneux, souviens- 
toi de cet amant passionné que trouble et agite 
l'amour le plus tendre. 

Chameaux , quand nous verrons Médine , 
arrêtez-vous. . . . Ne quittons plus cette enceinte 
sacrée. Mais quoi ! lorsque la vallée d'AIakik pa- 
raît devant eux, ils s'éloignent en imitant la marche 
balancée de l'autruche. 

Mon frère, verse avec moi des pleurs de désir 
})our cette beauté dont le visage ravissant couvre 
de confusion la pleine lune; et ne manque pas de 
dire, quand tu seras dans ce jardin béni: Habi- 
tant de la tribu , je te salue. 



ALLEGORIE XXXIL 



LE CHEVAL. 



O TOI qui es devenu faquir par les leçons que 
t'a données le chien, et patient par celles que t'a 
données le chameau, dit ensuite le cheval, si tu 
desires connaître le sentier qui mène aux actions 
glorieuses , je t'apprendrai , à mon tour , en quoi 
consistent les choses distinguées, et ce qui constitue 



( 'o4 ) 

le véritable emploi des efforts pour obtenir le suc- 
cès. Vois comment , le dos chargé de celui qui m'ac- 
cable d'injures, je m'élance, dans ma course , avec 
autant de rapidité que l'oiseau dans son vol, que 
la nuit lorsqu'elle étend son voile lugubre sur la 
terre , que le torrent fugitif. Si mon cavalier est celui 
qui poursuit, il atteindra facilement par mon se- 
cours l'objet qu'il désire ; s'il est poursuivi, au con- 
traire, j'empêche alors qu'on ne le joigne , et mon 
galop précipité le soustrait à. son adversaire, qui, 
atteignant à peine la poussière que mes pieds lui 
rejettent, me perd bientôt de vue, et ne peut plus 
s'en tenir qu'à ce qu'il entend dire de moi. Si la pa- 
tience du chameau est éprouvée, ma reconnais- 
sance pour les bontés qu'on m'accorde est connue: 
le chameau parvient à la vérité au but qu'il se pro- 
pose; pour moi je suis toujours au premier rang 
dans la guerre contre les infidèles. Au jour de la 
bataille , lorsque l'heure de l'attaque est arrivée , 
je me précipite avec audace comme le brave que 
rien ne saurait effrayer, et je précède les coups 
de ses flèches meurtrières; mais le chameau reste 
en arrière, pour qu'on le charge de pesans fardeaux , 
ou pour que l'on cherche dans ses bagages. Les 
obligations qui me sont imposées, ne sont remplies 
que par celui qui sait tenir ses engagemens ; et 
celui-là seul qui est léger et rapide dans sa marche, 



( io5 ) 
peut faire le chemin que je dois parcourir : aussi 
m etudié-je à acquérir de l'agilitc , me préparant 
ainsi au jour de la course. Si je vois quelqu'un qui 
soit plongé par sa folfe étourderie dans une ivresse 
dont il ne peut revenir, et que les agrémens de 
la vie jettent dans l'illusion la plus com])lète , 
« Tout ce que vous possédez, lui dis-je, est péris- 
5> sable ; les biens seuls de Dieu sont éternels. :» 
O toi qui es repoussé foin de cet objet que tu 
desires avec tant d'ardeur , et qui es écarté de ce 
combat mystérieux, jette sur la nature un regard 
attentif, comprends quel est le but du Créateur, 
et ne tarde pas k t'imposer h toi-même des lois sé- 
vères, k donner à tes sens des liens étroits. Rap- 
pelle-toi que le destin a ûxé l'instant de ta mort, 
qu'il a calculé le nombre de tes respirations; et 
crains le jour terrible du jugement à venir. 

Quant k moi, lorsque le palefrenier m'a couvert 
de mes harnais, celui qui me monte n'a rien k re- 
douter de mafouorue. Combien de fois ne mancre-t- 
il pas les produits de la chasse que j'ai rendue fruc- 
tueuse par ma vitesse. Toujours je laisse derrière 
moi celui qui cherche k me devancer, et je devance 
toujours celui que je poursuis. On me lie avec 
des entraves, afin que je n'attaque pas les autres 
chevaux; on me guide avec des rênes, pour que je 
ne m'écarte pas de la route que je dois tenir; on 



( '"6 ) 
nie met un frein, pour que mon encolure élégante 
ne s'altère pas ; on me serre la bride , de crainte 
que j'oublie de me tenir droit; et l'on me ferre les 
pieds , pour que je ne me fatigue pas lorsque 
je m'élance dans la carrière. Le bonheur m'est pro- 
mis ; un rang distingué m'est donné : on me traite 
avec égards , et ce n'est que pour ma propre con- 
servation qu'on m'impose des liens. L'Etre bienfai- 
sant par excellence a répandu ses bienfaits sur moi, 
et, dans sa bonté éternelle, a dicté en ma faveur 
ses jugemens en ces termes : « Jusqu'au jour de la 
35 résurrection , le bonheur est lié à la touffe de 
33 crins qui orne le front des chevaux. wFils du vent, 
j'ai reçu l'inspiration de bénir et de louer Dieu : 
mon dos procure une sorte de gloire à celui qui le 
monte ; mon fîanc est un trésor pour ceux qui me 
possèdent ; et ma société , un amulette. Combien 
de fois ne m'a-t-on pas poussé dans l'arène , sans 
que j'aie jamais laissé voir de la faiblesse ! com- 
bien de fois, ayant remporté la palme de la vitesse 
dans la course, n'ai -je pas été couvert de la soie, 
ornement des infidèles î combien de fois aussi 
n'ai-je point triomphé des hypocrites , et ne les 
ai-je point fait disparaître de la surface de la terre 1 
Est-il encore question d'eux, et les entends-tu en 
aucune manière! 



{ 107 ) 

VERS. 

Avance d'un pas rapide et léger; tu obtiendras 
un bonheur d'autant plus précieux, qu'il est plus 
difficile de s'unir à cet objet chéri. Amans géné- 
reux, marchez avec courage à la suite du Pro])hète 
que la sainteté la plus parfaite décore. Ceux qui ^ 

sont parvenus , dans la carrière mystique, aux plus 
hauts degrés du spiritualisme, ont joui de la vue 
de ce visage ravissant, qui brille du plus vif éclat. 
Peut-être atteindras-tu ces hommes heureux qui , 
dès l'aurore de leur vie, ont goûté ces doux instans 
de plaisir extatique. 



Oui , dis-je alors au cheval, on trouve en toi 
les plus belles qualités, et tes actions sont les plus 
recommandables. 



ALLEGORIE XXXIII. 

LE LOUP-CERVIER. 



J'ÉTAIS plongé dans la réflexion, lorsque le 
loup-cervier m'adressa ces paroles : Sage admi- 
rateur de la nature , apprends de moi la fierté 
et les manières superbes. Dirigé par l'élévation de 



( io8 ) 

mes vues et par la hardiesse de mes desseins , je suis 
attentif à tout ce qui peut me rapprocher de l'objet 
de mon amour , et je finis par m'asseoir à ses 
côtés. Lorsque je poursuis ma proie, je ne suis 
pas aussi prompt que le cheval ; et lorsque je l'ai 
atteinte, je ne la terrasse pas à la manière du lion : 
mais je cherche à tromper par mes ruses et par 
mon astuce, l'animal que je veux immoler, et si, 
dès l'abord , je ne puis y réussir , ma colère s'al- 
lume avec violence. Ma famille cherche alors à 
m'apaiser ; mais je ne veux rien entendre , et je 
suis insensible aux bonnes manières et à la dou- 
ceur. La seule cause de mon émotion provient 
de ma faiblesse et de mon impuissance. Oui , 
il faut que celui qui veut devenir parfait, et qui 
n'en a pas la force , qui veut embrasser la vertu , 
et dont l'ame s'y refuse ; il faut, dis -je, qu'il 
fasse éclater contre lui-même la colère de l'amour- 
propre , qu'il prenne ensuite de nouvelles résolu- 
tions , qu'il redouble d'efforts, et que, pour réussir, 
il ne se contente point d'une volonté faible et 
de projets mal concertés. 

On trouve encore dans ma manière d'être une 
leçon instructive, intelligible seulement pour celui 
qui a l'esprit propre à saisir les allégories ; c'est 
que ma gloutonnerie , accroissant la masse naturelle 
de mon sang et de ma chair , me procure un excessif 



( ï09 ) 
embonpoint. Appesanti par cette graisse surabon- 
dante, je crains d'être atteint, si l'on me poursuivait, 
et de rester vaincu dans l'arène, si l'on m'attaquait. 
Tu me verras alors fuir les animaux de mon espèce , 
et me cacher au fond de mon repaire, pour mettre 
ordre à ma conscience. Je me traite moi-même , 
en quittant mes habitudes et en comprimant mon 
naturel; je mortifie mon cœur par l'abstinence, 
qui est la base de la dévotion ; et lorsque mes 
pensées s'élèvent, que mon ardeur est vraie, que 
inon corps est purifié de la corruption et mon 
ame guérie de la langueur, je sors de ma retraite 
solitaire: mes infirmités sont passées ; je ne suis 
plus gêné sur le lieu de mon habitation , et je 
m'établis où je me plais. Si tu te sens capable 
de m'imiter, parcours la même carrière que moi; 
h mon exemple , abandonne pour toujours tes an- 
ciennes habitudes. 

VERS. 

J'ai vu le loup-cervier s'emporter avec violence, 
lorsque, attaquant sa proie, il ne peut la terrasser : 
ainsi doit faire l'homme sage et généreux qui 
marche dans la voie du spiritualisme, s'il désire 
acquérir cette douce gaieté d'esprit à laquelle on 
parvient si difficilement. 



( l'û ) 



ALLEGORIE XXXIV, 

LE VER-X-SOIE. 

Les qualités viriles ne consistent ni dans les 
formes athlétiques , ni dans la privation des bois- 
sons et des mets, dit alors le ver-à-soie ; et ce n'est 
point un mérite de prodiguer des choses faites pour 
êtreprodis^uées. La véritable générosité est celle qui 
apprend à donner libéralement son nécessaire et sa 
propre existence. Aussi, en faisant lenumération 
des bonnes qualités , trouve- t-on les plus précieuses 
chez de simples vers. Je fais partie de cette classe 
innombrable , et je suis susceptible d'attache- 
ment envers ceux qui ont de l'amitié pour moi. 
Graine dans le principe , je suis recueilli comme 
la semence que l'on veut confier à la terre ; ensuite, 
tantôt les femmes , tantôt les hommes, m'échauffent 
dans leur sein. Quand la durée de ces soins vivi- 
fians est parvenue à son terme , et que la puissance 
divine me permet de naître , je sors alors de cette 
graine , et je me montre à la lumière. Je jette ensuite 
un regard sur moi-même, le jour de ma naissance , 
et je vois que je ne suis qu'un pauvre orphelin , 
mais que l'homme me prodigue ses attentions, 



( M, ) 

qu'il éloigne de moi les mets nuisibles, et qu'il 
ne me donne jamais que la même nourriture. 
Mon éducation étant terminée , et dès que je 
commence à acquérir de la force et de la vi- 
gueur, je me hâte de remplir envers mon hien- 
fîiiteur , les devoirs qu'exige la reconnaissance , 
et de rendre ce que je dois h. celui qui m'a bien 
traité. Je me mets donc à travailler d'une manière 
utile à l'homme, me conformant k cette sentence: 
La récompense d'un bienfait peut-elle être autre que 
le bienfait'. Sans la moindre prétention, \\\ sans 
me plaindre du travail pénible que je m'impose, 
je fais avec ma liqueur soyeuse , par l'inspiration 
du destin , un fil que les gens doués du plus grand 
discernement ne sauraient produire , et qui , après 
ma mort, excite envers moi la reconnaissance. Ce 
fil sert h. faire des tissus qui ornent celui qui les 
porte , et qui flattent les gens les plus sérieux. Les 
rois eux-mêmes se parent avec orgueil des étoffes 
que l'on forme de mon cocon , et les emj^ereurs 
recherchent les vêtemens où brille ma soie : c'est 
elle qui décore les salles de jeu, qui donne un 
nouvel attrait aux jeunes beautés dont le sein com- 
mence à s'arrondir , qui est enfin la jxnrure la plus 
voluptueuse et la plus élégante. 

Après avoir fait pour mon bient'aiieur ce que 
la reconnaissance exige de moi, et satisfait ainsi 



{ "2 ) 

aux lois de la réciprocité , je fais mon tombeau 
de la maison que j'ai tissue , et dans cette enve- 
loppe doit s'opérer ma résurrection ; je travaille 
à rendre ma prison plus étroite , et , me faisant 
mourir moi-même, je m'y ensevelis comme la 
veille. Pensant uniquement à l'avantage d'autrui, 
je donne généreusement tout ce que je possède, 
et je ne garde pour moi que la peine et les tour- 
mens. De plus, exposé aux peines de ce monde, 
dont les fondemens sont le malheur et l'infortune, 
je suis obligé de supporter ce que me fait souffrir 
un feu violent, et la jalousie de l'araignée ma voisine, 
qui est injuste et méchante envers moi. Cette arai- 
gnée , dont l'emploi est de faire la plus frêle des 
demeures , non contente de me chagriner par son 
voisinage importun , ose encore rivaliser avec 
moi, et me dire : Mon tissu est comme le tien, 
notre travail a les mêmes défauts, et nous éprou- 
vons également l'ardeur du feu : c'est donc en 
vain que tu prétendrais avoir la supériorité sur 
moi. Fi donc 1 lui dis-je de mon côté , ta toile 
est un filet à prendre des mouches et k rassembler la 
poussière , tandis que mon tissu sert d'ornement 
aux princes les plus distingués. N'es-tu pas d'ail- 
leurs celle dont le Coran a publié de toute éternité 
la faiblesse, et ta faiblesse n'est-elle point, par suite, 
passée en proverbe. Oui, je puis le dire, il y a entre 



( "M 

toi et moi la même différence que celle cjui existe 
entre le noir arlificiel que donne l'aniiinoine, et fa 
noirceur naturelle de l'œil ; entre la pleine lune 
et une étoile h son couchant. 

VERS. 

C'est de celui qui dirige dans le sentier de la 
vertu et qui dispense les bienfaits , que je tiens 
le secret de filer ma liqueur soyeuse. O toi qui 
veux imiter mon travail , crois-tu que l'on jouisse 
jamais tirer de ta toile grossière les parures magni- 
fiques que l'on forme avec mon fil précieux ! Peur- 
on donc sans mentir s'arroger un mérite quel- 
conque , lorsqu'on n'est pas utile a autrui ! 



ALLÉGORIE XXXV. 

l'araignée. 

Quoique tu prétendes que ma demeure est 
la plus frêle des habitations, et qu'on doit ni'a- 
bandonner au mépris, répliqua l'araignée, ma su- 
périorité sur toi est néanmoins tracée dans le livre 
de mémoire. Personne ne peut me reprocher de 
m'avoir donné des soins ; je n'ai pas même été 

u 



{ "4) 

Tobjet de la tendresse de ma mère , ni des bontés 
de mon père. Dès le moment de ma naissance, je 
m'établis dans un coin de la maison et je com- 
mence à y filer. Une masure est ce que je préfère , 
et j'ai une propension naturelle pour les angles , 
parce qu'on peut s'y cacher et qu'ils offrent une 
foule de choses mystérieuses. Aussitôt que j'ai trouvé 
un lieu où je puisse commodément tendre ma toile, 
je jette alternativement de l'une à l'autre paroi ma 
liqueur glutineuse , en évitant avec soin de mêler 
les fils de mon tissu ; puis je fais sortir par les 
pores de ma filière , une soie mince qui descend 
au travers de l'air, et m'y tenant à la renverse, ac- 
crochée par les pattes , je laisse pendre celles qui me 
servent de mains ; aussi , trompé par cette posi- 
tion , croit-on que je suis réellement morte. C'est 
alors que si la mouche passe , je la prends dans 
les filets tendus par ma ruse , et je l'emprisonne 
dans les rets de ma chasse. Je sais que tu es en 
possession d'un honneur dont je suis privée , en 
ce que je ne tisse point comme toi des étoffes pré- 
cieuses pour cette maison de passage : mais où étais- 
tu, la nuit de la caverne, lorsque de ma toile pro- 
tectrice je voilai le Prophète choisi de Dieu, que 
j'éloignai de lui les regards , et le délivrai ainsi des 
légions infidèles , faisant pour lui ce que ni les fugi- 
tifs de la Mecque, ni les Médinois, n'auraient ja- 



( "^ ) 

mais pu faire! Je protégeai de inéine le respectable 
vieillard Aboubecre, qui accompagna Mahomet 
à Médine et dans la caverne , et qui le suivit dans 
Je chemin de Thonneuret de ha gloire. Pour toi, tu 
n'emploies tes vaines parures qu'à tromper et h sé- 
duire; aussi tes étoffes, destinées à l'ornement des 
femmes dont l'esprit est si^ peu solide et à l'amu- 
sement des enfans qui n'ont pas de raison , sont 
interdites aux hommes , parce que l'éclat n'en sau- 
rait durer, que leur usage n'est d'aucun profit réel , 
et qu'on nen peut tirer aucun avantage pour la 
vie spirituelle. Hélas 1 combien est malheureux celui 
que sa maîtresse délaisse, en lui ôtant l'espoir de 
se donner jamais à lui; qu'elle prive de ses faveurs, 
en lui interdisant même la douceur de la demande ; 
qu'elle éloigne impitoyablement de sa présence , 
en lui défendant d'approcher î 

VERS. 

O toi qui te complais dans des salons somp- 
tueux et magnifiques, tu as donc oublié que ce 
monde n'est autre chose qu'un temple pour prier 
et pour adorer Dieu. Après avoir dormi sur ces 
lits voluptueux, tu descendras demain dans l'étroit 
et sombre caveau du sépulcre ; tu seras au milieu 
d'êtres silencieux, mais dont le silence énergique 
équivaut k des paroles : ah ! qu'un simple habit 

H 2 



( "6) 
soit tout ton vêtement, et que quelques bouchées 
forment ta nourriture; comine l'araignée, prends 
une habitation modeste, en te disant a toi-même : 
Demeurons ici en attendant la mort. 



ALLEGORIE XXXVL 

LA FOURMI. 

« 

Si la fortune ennemie te décoche ses traits , 
dit alors la fourmi, oppose-lui un calme inalté- 
rable ; et lorsque tu verras quelqu'un qui se prépare 
à parcourir la carrière du spiritualisme , pars avant 
lui, et ne néglige point follement de régler tes 
actions dans cette vie. Prends leçon de moi , et 
sens combien il importe de faire des préparatifs et 
de se munir d'un viatique pour la vie future. Vois le 
but élevé que j'ai constainmenl devant les yeux, et 
considère de quelle manière la niain de la Provi- 
dence a ceint mes reins comme ceux de l'esclave , 
afin de me dispenser de serrer et de délier tour- 
â-tour m^a ceinture. Des qu'au sortir du néant 
j'ouvre les yeux a la lumière , on me voit empressée 
a me ranger parmi les serviteurs de la céleste 
amie; je m'occupe ensuite, dirigée par l'assistance 
divine, a recueillir les provisions nécessaires, et 



( "7 ) 
j'ni pour cela un avantage que l'homme fe plus in- 
telligeni ne possède point , c'est que mon odorat 
s'étend à la distance de plusieurs parasanges. Je 
mets en ordre, dans ma cellule, les grains que j'ai 
ainsi rassemblés pour ma nourriture; et celui qui fait 
ouvrir l'amande et le noyau , m'inspire de couper 
chaque grain en deux parties égales : mais si c'est 
de la semence de coriandre , je la divise en quatre , 
guidée par le même instinct ; et cette précaution 
est nécessaire ])our détruire en elle la faculté 
germinative ; car, partagée en deux, elle ne lais- 
serait pas de se reproduire. Lorsque, dans l'hiver, 
je crains que l'humidité du sol n'altère mes grains , 
je les expose à l'air un jour où le soleil luit , afin 
que sa chaleur les sèche. Tel est constamment 
mon usage : et tu prétends que ces mesures sont 
mal prises , qu'elles doivent m'ètre funestes , et 
que c'est , d'ailleurs , marquer trop d'attachement 
pour les biens de ce monde 1 Tu te trompes , 
je le l'assure ; si tu connaissais ce qui me porte 
b. agir de la sorte, tu m'excuserais toi-même, 
et tu ferais de moi plus de cas que tu nen fais. 
Sache que Dieu ( qu'il soit béni et loué 1 ) a des 
armées que lui seul connaît , comme l'attestent 
ces mots du Coran : Personne ne connaît les armées 
de ton Seig;neur , si ce n'est lui seul. Or il y a sous 
terre l'armée des fourmis , dont le nombre est 

H 3 



( '>8 ) 
incalculable. Nous observons les règles du service 
de Dieu, nous ne nous attachons qu'à lui, nous ne 
nous confions qu'en lui , et nous n'avons que lui 
en vue ; aussi suscite-t-il, du milieu de nous, celles 
qu'il veut élever sur nous, et il demande que nous 
soyons soumises, afin que nos chefs nous promettent 
des bienfaits. Après avoir entendu cette promesse, 
nous sortons sans contrainte , nous résignant à 
mourir; et, au moment de notre départ, notre si- 
tuation semble exprimer ces mots : 

VERS. 

Reçois, ô ma bien-aimée, fes adieux que je 
t'adresse, les yeux mouillés des larmes de la dou- 
leur, en pensant que je vais être séparé de toi. 
Nous vivrons , je l'espère , et Dieu couronnera 
notre amour ; mais si la mort vient nous frapper, 
nous nous retrouverons ensemble dans une vie 
plus heureuse. 



Nous employons tous nos efforts, amassant sans 
cesse pour être utiles à d'autres qu'à nous. Mais 
exposées à mille genres de mort , parmi nous 
les unes périssent de faim ou de soif, les autres 
tombent dans un précipice, d'où elles ne peu- 
vent sortir : ici c'est une mouche qui les saisit ; 



( ""O ) 
là un quadrupède ou un animal quelconque qui fes 
foule aux pieds ; plus loin , c'est un oiseau qui en 
fait sa nourriture. Parmi nous, les unes meurent 
saintement, tandis que d'autres ne sauraient obte- 
nir le salut; enfin, d'après ces mots du Coran , // 
y a des croyans qui ont observé sincèrement ce qu "ils ont 
promis a Dieu, nous mettons devant nous ce que 
nous avons , et nous le partageons également entre 
nous sans aucune partialité et sans aucune injustice. 
Si tu es du nombre des élus, tu te convertiras 
par l'autorité du Coran; mais si l'aile de ta volonté 
ne peut atteindre aux choses élevées , le destin t'est 
contraire. 



ALLÉGORIE XXXVII ET DERNIÈRE. 

LE GRIFFON. 

O vous qui savez comprendre les allégories, 
en voici une qui ne peut manquer de vous être 
agréable : si vous croyez pouvoir saisir le sens caché 
de la parabole que je vous présente, écoutez atten- 
tivement ces allusions énigmatiques qui renferment 
mon secret. 

On rapporte qu'un jour les oiseaux s'assem- 
blèrent, et qu'ils se dirent les uns aux autres : Nous 

H 4 



( ^^-^ ) 

ne pouvons nous passer d'un roi que nous recon- 
naissions, et par qui nous soyons reconnus : allons 
donc en chercher un, attachons -nous à lui, et, 
soumis à ses lois, nous vivrons a l'abri de tout mal, 
sous sa protection semblable à l'ombre d'un arbre 
au feuillage épais. On nous a dit qu'il y a, dans 
une des îles de la mer, un oiseau nommé Anca- 
moffreb , dont l'autorité s'étend de l'orient à l'occi- 
dent : pleins de confiance en cet être, volons donc 
vers lui. Mais la mer est profonde , leur dit-on ; 
la route est difficile et d'une longueur incalculable: 
vous avez à franchir des montagnes élevées , à 
traverser un océan orageux et àes flammes dé- 
vorantes. Croyez -le , vous ne sauriez parvenir à 
cette île mystérieuse ; et quand même vous sur- 
monteriez tous les obstacles , la pointe acérée des 
lances empêche d'approcher de l'objet sacré : res- 
tez donc dans vos nids , car votre partage est la 
faiblesse, et ce puissant monarque n'a pas besoin 
de vos hommages, comme l'expose ce texte du 
Coran : Dieu n'a pas besoin des créatures. Le Des- 
tin vous avertit d'ailleurs de vous défier de votre 
ardeur, et Dieu lui-même vous y engage. Cela 
est vrai , répondirent - ils ; mais les désirs de 
l'amour ne cessent de nous faire entendre ces 
mots du Coran : Alle-^ vers Dieu. Ils s'élancèrent 
donc dans l'air, avec les ailes auxquelles fait allu- 



( •'•' ) 

sion ce passage du inôme livru , Us pensent à lu 
création du ciel et de la terre , supportant avec pa- 
tience la soif brûlante du midi , d'aj)rès ces pa- 
roles , Celui qui sort de sa maison pour fuir C7"c. lis 
marchèrent sans se détourner jamais de leur roule : 
car, prenaient-ils à droite, le désespoir venait les 
glacer; prenaient-ils à gauche, l'ardeur de la crainte 
venait les consumer. Tantôt ils s'efforçaient de se 
devancer mutuellement; tantôt ils se suivaient sim- 
plement l'un l'autre. Les ténèbres d'une nuit obs- 
cure, l'anéantissement, les flammes, ladéfiillance , 
les Mots irrités, l'éloignement , la séparation, les 
tourmentaient tour-à-tour. Ils arrivèrent tous enfin 
à cette île pour laquelle ils avaient abandonné 
leur patrie, mais l'un après l'autre, sans plumes, 
maigres et abattus, tandis qu'ils étaient partis sur- 
chargés d'embonpoint. 

Lorsqu'ils furent entrés dans l'île de ce roi, ils y 
trouvèrent tout ce que l'ame peut désirer , et tout ce 
que les yeux peuvent espérer de voir. On dit alors 
à ceux qui aimaient les délices de la table, ces mots 
du Coran , Prene^ des ali/nens sains et légers , en 
récompense du bien que vous ave^fait dans l'autre vie ; h 
ceux qui avaient du goût pour la parure et pour la 
toilette , ces mots du même livre , Ils seront revêtus 
de draps précieux et d'habits moirés , et seront placés 
en face les uns des autres ; h ceux j:)our qui les 



( "22 ) 

plaisirs de l'amour avaient Je plus d'altraits, Nous 
les avons unis aux hour'is célestes. Mais lorsque les 
contemplatifs s'aperçurent de ce partage : Quoi I 
dirent-ils , ici comme sur la terre notre occupa- 
tion sera de boire et de manger ! Quand donc 
l'amant pourra -t- il se consacrer entièrement à 
l'objet de son culte î quand obtiendra-t-il l'hon- 
neur qu'appellent ses vœux brûlans î Non , il ne 
mérite pas la moindre considération , celui qui 
accepte le marché de la dupe. Quant à nous , 
nous ne voulons que ce roi pour qui nous avons 
traversé des lieux pierreux, franchi tant d'obstacles 
divers , et supporté avec patience la soif ardente 
du midi , en nous rappelant ce passage du Coran : 
Celui qui sort de sa maison pour fuir , &c. Nous fai- 
sons d'ailleurs peu de cas des parures et des autres 
agrémens. Non, encore une fois, par celui qui 
seul est Dieu, ce n'est que lui que nous desirons, 
que lui seul que nous voulons pour nous. Pour- 
quoi donc êtes -vous venus, leur dit alors le 
roi, et qu'avez -vous apporté! L'humilité qui con- 
vient à tes serviteurs, répondirent- ils ; et certes', 
nous osons le dire, tu sais mieux que nous-mêmes 
ce que nous desirons. Retournez-vous-en, leur 
dit-il. Oui, je suis le roi, que cela vous plaise ou 
non ; et Dieu n'a pas besoin de vous. Seigneur, ré- 
pliquèrent-ils , nous savons que tu n'as pas besoin 



( >^^ ) 

de nous; mais personne parmi nous ne peut se passer 
de toi. Tu es l'être excellent, et nous sommes dans 
Fabjection; tu es le fort, et nous sommes la fai- 
blesse même. Comment pourrions-nous rcimirner 
aux lieux d'où nous venonsî nos forces sont épuisées, 
nos cohortes sont dans un état de maigreur inex- 
primable, et les traverses auxquelles nous avons 
été en proie ont anéanti notre existence corporelle. 
Par ma gloire et par ma dignité, dit alors le roi, 
puisque votre pauvreté volontaire est vraie, et que 
votre humilité est certaine, il est de mon devoir 
de vous retirer de votre position malheureuse. 
Guérissez celui qui est malade; et venez tous dans 
ce jardin frais et ombragé, goûter le repos le plus 
voluptueux. Que celui dont l'espoir s'est attiédi , 
prenne un breuvage où l'on aura mêlé du gin- 
gembre; que celui, au contraire, qui s'est laissé 
emporter par la chaleur brûlante du désir , se désal- 
tère dans une coupe où l'on aura mêlé du camphre. 
Dites à cet amant fidèle qui a marché dans la voie 
du spiritualisme. Bois à la fontaine nommée Sa/- 
sabil. Amenez à son médecin le malade , puisque 
sa fièvre amoureuse est véritable; approchez de sa 
maîtresse l'amant , puisque sa mort mystique est 
complète. Alors leur seigneur les combla de bon- 
heur et de joie; il les abreuva d'une liqueur qui 
les purifia ; et aussitôt qu'ils en eurent bu , ils 



( ' ••'•4 ) 

furent plongés dans la plus douce ivresse. Ifs dan- 
sèrent ensuite au son d'airs mélodieux: ils dési- 
rèrent de nouveaux plaisirs , et ils les obtinrent ; 
ils firent diverses demandes, et ils furent toujours 
exaucés. Ifs prirent feur vof avec fes aifes de fa 
familiarité , en présence de Gabriel ; et , pour saisir 
le grain sans tache du chaste amour , ils descen- 
dirent dans le lieu le plus agréable, où était le 
roi fe plus puissant. Aussitôt qu'ils y furent arri- 
vés, ifs entrèrent en possession du bonheur, et, 
jetant avidement îeurs regards dans ce fieu sacré, 
ils virent que rien ne cachait pfus fe visage de 
feur maîtresse adorée ; que fes coupes étaient 
disposées ; que les amans étaient avec leur divine 

amie Ifs virent enfin ce que î'œif n'a jamais 

vu , et ils entendirent ce que l'oreille n'a jamais 
entendu. 

VERS. 

O mon ame, réjouis-toi à l'heureuse nouvefîe 
que je vais t'apprendre : ta maîtresse chérie re- 
çoit de nouveau tes vœux et tes hommages ; sa 
tente, asyfe du mystère, est ouverte à ses amans 
fidèîes. Respire avec vofupté fes parfums enivrans 
qui s'exhalent de cette tribu sacrée. Vois f'écfair, 
avant- coureur de l'union la plus tendre, briller 
au foin dans la nue. Tu vas vivre dans la situation 



( ■•^' ) 

la plus douce; toujours auprès de ta hien-aiiiiée, 
toujours avec l'idole de ton cœur, sans que rien 
puisse jamais t'en séparer. Les larmes de l'absence 
ne mouilleront plus tes paupières ; une barrière 
funeste ne t'éloignera plus de ce seuil héni ; un 
voile im]:)ortun ne te cachera plus ces traits radieux: 
tes yeux, ivres d'amour, contempleront, h. tout 
jamais, la beauté ravissante de cet objet dont une 
foule d'amans désirent si ardemment la vue, et 
pour qui tant de cœurs sont consumés d'amour. 




( "7 ) 



NOTES. 



HQ-l'O'i-^Qy 



PRÉFACE d'aZZ-EDDIN ELMOCADESSI. 



AGE //', ligne S. Les mots ^^j CAs^ ^ manquent dans fcs 
manuscrits A et B. 

r. tJ', 1. 12. Le ms. D seul omet le mot W^-^>J, que j'aurais 
peut-être retranché également, si j'avais eu ce manuscrit dès le 
commencement de l'impression de ces allégories. 

P. iJ', l. I). J'ai suivi la leçon du ms. A ; les mss. B et C portent 

^^^ O^ ajLoI Lo ^à^ , et le ms. D porte ^^^j «Ojî^ ^^\ô^ 

P. 2, l. 6. Les mots ^-JM v^ jusqu'à CAaj sont du Coran, XXXV, 
2, édit. de Hinckeimann. Il y a ici une difficulté : c'est de savoir 
pourquoi on lit 1^ la première fois, et «*-' la seconde, Beïdawi, 
Comm.du Coran (J^j'^l J/^J (J'^-i^' j'j^' )» s'exprime ainsi 
sur ce passage : j.*Ju JjVf Jj^jlî qV ^'^jJ^\ <_9>^Li!wL 
qL jLuil cdl^ Jj t->w.iji]fj IgljUxj ^jJii^o jjLJîj '-?'>îl-^ 
«^A-àx. c>JiA^ <^j <.<■ La différence que l'on observe dans les 
» deux pronoms, provient de ce que le premier conjonctif (^JM L»j 

>» s'explique par la miséricorde, tandis que le second est absolu et 
» comprend la miséricorde et la colère; et c'est pour faire connaître 
» que la miséricorde de Dieu a précédé sa colère. » 

P. 2, l. 12. Cette phrase est mystique. L'auteur veut indiquer 
par les mots ^'tV^ et tV-Ji^ la privation de l'union avec la Di- 
vinité. La leçon que j'ai suivie est celle des mss. A , c et D; le ms. 
B porte cvJii qÎj^j ^ e.^^ '-«j cv^j ^ e^r. U 



( '28 ) 
p. 2, î. /j". Les ms?. A et B portent (^aS «a_jJ| 4^1 «Au-j' U 
eiLoj «_>=?• j <J^ cj^-:^' '-^J '-fi-*«' |Cu>Aj 

P. 2,1. ib. Les Arabes, en pariant de l'éclair, se servent sou- 
vent du terme de iuxj" sourire, et, en pariant du tonnerre, de 

celui de LgJLa^ ^'^^^^ ^ ^^^^- Ceux qui ont lu des poètes arabes 
sont habitués à cts expressions. 

P. 2, l. 2;. Les mss. B et C portent (j^ ^^ au lieu de (^o L». 
Je suis fâché de n'avoir pas suivi cette leçon , qui est certainement 

préférable, à cause de rallittération qu'il y a entre (J*'^ et la der- 
nière syllabe de (ji^^l , et du parallélisme qui existe entre les 
mots de cette phrase et ceux de la phrase précédente. 

P. j , l. /. Le j^-^^*^ est le Puiiica Granatum de Linnée. 

P. j, l. 6. Je pense que j'aurais pu traduire aussi y^ J^ par 

■fleurs de feu , J-?» signifiant en arabe, comme J^en persan et en 

turc, une fleur quelconque : la leçon du ms. B, qui porte jU-A^^, 
confirmerait même cette interprétation. D'ailleurs on trouve sou- 
vent chez les poètes orientaux les fleurs du grenadier comparées à 
du feu. Ainsi on lit dans le Guiistan : 

« Bien des branches de grenadier portaient des fleurs que l'on 
» aurait prises pour du feu suspendu à des rameaux verdoyans. " 

Mais comme le sens ici est mystique , je crois ma traduction 
plus conforme au style figuré et allégorique de l'auteur. 

P. J , l. p- Je ne mets pas de point après ^^j^ , et je lis ^jj 
qui est la leçon du ms. D. A la lettre : « Le rossignol chante sur 
« son rameau flexible et sur son laurier. » Forskal, Flora ^g}f- 
tiaco-arah., traduit tVj par Artemisia pontica. 

P. j, l. J2. A la lettre : « Il révèle ce qu'il tenait caché de son 
5> amour pour sa Zénab et pour sa Hend. » Les mots f-^i^.j et t>-*^ 
sont des noms de femme assez communs chez les Arabes ; mais on 
voit bien que, sous ces noms, l'auteur veut désigner la Divinité. 



( »->^) ) 

P- J . //y. ^ p:\raii ctrc ici dans le sens de stniir. signilicaiioii 
c|uc les Persans donnent cjuclqucfois au vcrhc (jtW-ii ; c'est ainsi 
cju'on lit dans le Gulistiin , III , jy ; 

« Les pauvres sentaient seulement l'odeur de ses mets. •» 

On pourrait aussi, peut-être, traduire CV_^ »->t^ ^ •^•^^ ^ 

par : " à cause de ce qu'il croit entendre dans le langage allégo- 
'• ri(jue de l'odeur embaumée venant de Najd. " Quant au mot 

c\^ , il signifie terra emineritior ; mais on a donné ce nom à une 
petite province de l'Arabie, dans laquelle la ville de iVlédine est 
située , parce que son terrain est un peu plus élevé que celui 
de la province de Tahamali , où la ville de la Mecque est bâtie. 
Voyez d'Herbclot, BiHioth. orient, au mot Nagi4ni. 

P. y. /. /y. Par rapport au sens qu'a ici le mot lJj^ , voyez 
les notes sur la rose. 

P. j , /. -?j. C'est à-dire, « qui ne se contente pas des pratiques 
i> extérieures du culte , mais qui veut une religion toute intérieure 
>• et toute spirituelle. >• 

P. 4 ' l- '• Les mots pV^, -c „i,.u._) Vf *^" ^ qL sont tirés 
du Coran, XVII , 46. 

P. 4 , l- 4- (y^y^ signifie l'action par laquelle Dieu rend con- 
forme à ce qui lui plait, ce que tait son serviteur ( l'homme) : 

oLr^» à.^ U UiLo eUx^ Jvjti Awf JL«-^ Kitid Tarifât. (*), 

P. 4 , '■ ~- Cette phrase est le commencement de la XVII.* su- 
rate du Coran, dans laquelle il est question du voyage nocturne 

de M.ahomet au ciel : c'est de ce voyage, nommé ^ '_>*-•, que 
parle ici l'auteur. 

P. 4 • l- ^S- Le '""^ J ^^ trouve assez souvent employé comme 
nom; on le rencontre, entre autres, dans la Vie de Tamerlan , tom. 
If. p. pço, édit. de Manger. 

(') Voyez, sur cet ouvrage, U savante notice de M. <\c Sac/, Netiets et rxiTuiii 
dts AIss. tom. X, pd(. 1 — p^ 

I 



( -30 ) 

P. j , l. 6. Le mot Jij=*' , pi. de J^, est pris ici dans un 

sens spirituel. L'auteur du cJ*«^r>r*-* C-s*-"'^, Livre des définîtions , 
le rend par *->*>|^ 

P. ;, 1. 14- Turdus Mcrula de Linnée. Le mot Jj>^ , pi. ^J^ » 
manque dans nos dictionnaires ; mais on le trouve dans Russel , 

Natural Histor}'of Akppo , t. II, p. 20 f, et ailleurs. On ne lit v *j 

^XAJsLb»., et ce qui suit jusqu'à *o»^_>-^' , que dans les mss. A et D. 

P. j , l. Tj. Dans ma traduction, j'ai omis à dessein les mots 
jLfcjVL jyJaJl f^^^ O^ jL^*^' (^ <» ^ «UL^'j, qui signifient 
à la lettre : « Je lai nommé la manifestation des secrets, d'après 
'» les vues de sagesse que Dieu a déposées dans les oiseaux et dans 
» les fleurs. » Le mot ( J > *'> ^~» signifie ici : 'Ijj ^^ (^ c-vXbVi 

\^c ^ù.^ \^i^^ iL^â_^^jLii jyo^U ^^f>-S-t^i vi'^'-*-^' O^ CJ^^I 
\'oyez les Notices des Alanuscrits , t. X , p. 26. 

P. ; , l. ip. Les mots jUa^Vl J,Ji L> L^.-yxL5 sont du Coran , 
LIX , 2 édit. de Hinckelmann, et signifient à la lettre : « Profitez 
5> des instructions , vous qui avez de l'intelligence. » 

P. ^ , I. 22. Quoique cette phrase ne soit pas traduite très-litté- 
ralement, je crois cependant que j'ai rendu le sens que l'auteur a 
voulu exprimer; car les mots (JvjU! ^ (j)\ô^ signifient à la 
lettre , « Celui-là est de mes semblables , » c'est-à-dire, « ii pense 
>» comme moi ; il goûtera par conséquent mon livre ; » et les mots 
^LCil Q^ (_/Yr^ veulent dire , « Il n'est point de ceux qui me 
» conviennent ( pour lecteurs ). » On voit que dans ces deux 
phrases l'auteur joue sur la double signification de J ^^ ' et de JLCi I 

P' J , l- 2^. Il semble que ce que l'auteur dit ici, à partir de 
t>iJj jusqu'à la fin de la préface , a précédé les réflexions qu'il 
vient d'exprimer , et les a peut-être occasionnées. 

P. J , L 2). On voit que l'auteur a voulu faire une antithèse , 
en opposant pô^ k Oi^^k 

P. S ,1. 2j. On lit dans le ms.A : «O'j^jlj o_^U î ^Sl^ c5<>-! ^ 

p. 6, I. ^. L'auteur joue sur jjj et jjjij 



( "3. ) 

P. 6 , l. S. Dans le texte ar. , les trois membres de phr.«e sur le 
rossignol sont séparés et contiennent chacun un nom d'uiscau dit- 
fcrent. J'ai réuni, dans ma traduction , ces trois noms sous celui de 
rossignol , et j'ai joint ensemble les trois membres. Voyez , au sujet 
du rossignol , les notes sur l'allégorie qui porte rc titre. 

F. 6. I. /,-. jLil /> est ici sur-tout à cause de l'homonymie. 

P. y, l. I. Ces vers ont été cités par William Joncs, dans ic% 
Vdcseos asiatica. Commentarii , chayitre XVl . p.ige ^j^ , édition 
originale , et par M. de Sacy , dans la préface persane qu'il a 
mise à la tête du Pcnd-nnmck d'Attar , Ebn-Arabschah en cite 
les deux derniers dans son ouvrage intitulé *UtL>- *sgi=.L3 

A 7, /. //. L'auteur joue sur la double acception du mot 
j «J , qui signifie litmière et calice d'une fcur. 

P. 7, /, 16. William Jones et M. de Sacy ont imprimé Ja-SU^— ^ ; 
mais tous mes manuscrits portent i2>-À-J<.-^^. \'oici comment on lit 
ce vers dans le ms. C : 

ALLÉG. I."^ — LE ZÉPHYR. 

P. g, L //.J'ai un peu paraphrasé les mot"; (Jj— ^-— o '^-^J 
«Ly-Oï (J,\ Jl^JjJi , pour développer le sens que ces paroles me 
paraissent renfermer. Ce passage est cite dans les Potseos asinticcr 
CommentiiTii , p. ^64 de l'édition originale; mais, comme l'a déjà 
fort bien remarqué M. Humbcrt dans son Anthologie araèc , p. 2^j, 
le célèbre orientaliste anglais , trompé par une laute de son ma- 
nuscrit , a lu iuyS^ au lieu de 4jood?, qu'indiquent le sens et la 
rime , et qui est la seule leçon de mes quatre manuscrits. 

P. p, /. ij. Au lieu de cette phrase , on lit dans le ms. A , cJtV^ ' 

fj»^^ t^^'j^ ij'^] ïiLLL) o 

p. 10^ l. F. Tou<; les mss. portent ^^LUVÎ (j:j3 ; mais c'est 
uniquement par inattention que j'ai laissé cette défectuosité du 
langage vulgaire-, car il faut ici le nominatif. 

P. n . /. /. J'ai voulu rendre à la lettre le verbe ,J-uX— ), Le 
niot i-LX- signifie catenn\ de là Jv.*X^' , deuxième forme ({ua- 

I -x 



( '32 ) 
driiitcrc : Fluxit aqua , peculiariter catefice forma; uti fit leniter im- 
pellcnte vento. 

F. Il , l. 2. Les Arabes reconnaissent la distinction des ^tJiti 
dans le palmier, et probablement dans d'autres végétaux. On peut 
voir l'intéressant article sur le dattier , qui se trouve dans l'extrait 
de Kazwini, donné par M. de Chézy dans la Chrcstomathie arabe de 
M. de Sacy, t. III , /'. jjS. 

P. Il, I. lo. Les mots c?^j^' (J^-' ' indiquent assez que ces vers 
sont mystiques. Je dois laire observer que, dans (J^jy , (^yà^^ , 
^^L-JjVI, c.?xuo', ^^_y^ et ij^^JS^ ^ le ij, n'est autre chose que 
la saturation [ P^-il ] du kesra. Voyez la Grammaire axahe , t. II ^ 

T-374' 

P. II , L i^. Au lieu de la leçon que j'ai suivie , on lit dans le 

ms. B, f>^i^ ItN-^î 

P. II , h i6. L'auteur a fait ^'^^ du féminin; mais on sait que 
ies poètes font masculin un nom féminin, et féminin un nom 
masculin. Gramm. ar. t. II , p. pz. 

P. II , l. ly. Le verbe ^j-S* signifie se couvrir du ^J^, qui 
est le voile que les femmes mettent en Egypte lorsqu'elles sortent. 
C'est une pièce de mousseline blanche, avec deux trous pour 
ies yeux , afin que la personne ainsi voilée puisse secondaire. On 
peut voir la figure et la description du ^^ dans Niebuhr, 
Voyage en Arabie, t. I , p. /j»^, et pi. XX 111. 

P. 12 , l. I. Le mot (j^ signifie, comme «oLi. ^, en persan , 
lieu où l'on vend du vin , cabaret, ire. On ne trouve pas ce mot 
dans ies dictionnaires , mais on trouve «-jUw traduit par anopolium; 
ce qui suffit pour déterminer le sens de o*»-=*: M. de Sacy a 
d'ailleurs donné à ce mot la même signification que je lui donne 
ici. Voyez ia Chrest. ar. t. II, p. zy^, 2j4- 

Ces vers , comme je l'ai annoncé plus haut , sont mystiques. Dans 
ies deux derniers , le cabaret est le couvent ; le vin est l'amour de 
Dieu ; la beauté qui laisse voir ses charmes , est la divinité elle-même , 
qui accorde un instant de jouissance extatique à ses amans fidèles. 
Le mot c^-iv , qui est un nom de femme, équivaut ici au «V^. ^ 
des Persans. 



( '3i ) 

Quoicjiie le ma'un du diLiret ci l'échamon ne paraissent pas dans 
ces vers, je crois devoir faire remarquer que, dans les poésies mys- 
tiques, on veut designer par le premier, le supérieur du couvent , 
et par le second, le prédicateur qui excite ii l'amour de Dieu. Té- 
moin ces vers de Hafk : 

'« Souille de vin le tapis où tu fais ta prière, si le cabarcticr te 
« l'ordonne ; >> c'est-à-dire , «■ Renonce aux pratiques extérieures 
" de la religion, si telle est la volonté de ton supérieur spirituel. -> 

•< Echanson , porte la coupe à la ronde, et donne-la moi; » c'est- 
à-dire , «« Prédicateur , parle de l'amour de Dieu , et viens m'y 
•« exciter. » 

ALLÉG. II. LA ROSE. 

P. 12 , I. j. Rosii ccntifollii de Linnée. 

P. 12, l. II. Cette première phrase f;iit partie de l'allégorie pré- 
cédente dans le ms. A. 

P. 12 , /. iS. Au lieu de ij^-^ , le ms. B porte ij»^ ; mais j'ai 
cru devoir préférer la leçon des autres mss. On retrouve ailleurs 
cette expression proverbiale , entre autres dans des vers du Bous- 
tan cités par M. de Sacy , Pcnd-namch , p. 22/. 

P. 12 , l. ip. On trouve l'inverse de cette pensée dans la troisième 
séance de Hariri : 

A cette occasion , je dois rappeler que les Orientaux comparent 
toujours les êtres inanimés aux êtres vivans, ce qui est le contraire 
de ce que nous faisons pour l'ordinaire. Ainsi, de même que nous 
comparons le teint d'une beauté au coloris de la rose , ils com- 
parent la rose au teint d'une beauté, &c. Voici une comparaison 
de ce genre , tirée de VAnvari Soheili, p. ,/6 recto 



( '34 ) 

•■• La brise embaumée du matin répandait sur ce parterre une 
>» odeur suave ; k jasmin qui i'ornait avait les charmes des joues 
* de ma maîtresse ; le bouton de la rose, entr'ouvert par le zéphyr 
» matinal, était semblable à la jeune beauté qui ouvre à demi lA 
>' bouche pour sourire à son ami. » H^ 

Je renvoie à la fable de l'Ours et du Paysan ( Anvari Soh. p. 6j 
et suiv.y, ceux qui voudront, en ce genre, lire des exagérations 
qu il serait impossible de faire passer en français. 

M. de Fontanes a imité cette manière de comparer des Orien- 
taux, dans son poëme intitulé les Fleurs: 

* 

La rose embaumant ce sentier 

Brille comme le front d'une vierge ingénue 
Que fait rougir l'Amour d'une flamme inconnue. 

Cimoens a dit également : 

Pintando estava alli Zephyro e Flora 
As violas, da cor dos amadores , 
O lirio roxo, a fresca rasa btlla, 
{^uaî reluze nas faces da donzclla. 

Lusiade, IX , 6i. 

Par jU^Wl CJj^ , l'hahitde l'amant , l'auteur entend l'hahit vert, 
et il veut parler du bouton de rose, qui semble habillé d'un vête- 
ment vert, Saadi se sert à-peu-près de la même expression dans 
la préface du Gulistan , en parlant des feuilles des arbres : 

^VJvi^Xo (V^ «^Lsfc Mj^ (^y^ — ^J-' J^ _yy^ 0^->^^ 
"Un vêtement vert, semblable à ÎTiabit de fête des heureux, or- 
» nait les branches des arbres. » 

Au lieu de cette phrase, on lit dans les mss. B et D c>-;>^2_£,| 



( I V-, ) 

H. iz,l. jj. Celte icitc me raj»[»cllc une jolie cpigraininc <\< 
Martial, XJ. <po. 

An POLLAM. 

Inuictiis quixre mittis rnihi, Po/Ia , coronas ! 
A u vexatas malo tcncre rosas. 

P. ij, L y. On lit dans le ms. A Cilib qLj ^Uj j ^J? ^^.> 

P. t^, /.y. Dans les poètes orientaux on trouve souvent le mot 
sang employé en parlant de la rose ou de ses pétales. Je me con- 
tenterai de citer cet hémistiche de \ Anvari Sohcili ,]y. -yz verso: 

«• Du sang ( c.-à-d. des pétales teints de sang ) n'orne plus Ici 
»» rameaux du rosier: est-ce l'effet du zéphyr printanierî >» 

P. ij, l. iS. A la lettre, «« les mains des chrétiens; »» en effet, ce 
sont eux particulièrement qui distillent les roses dans le Levant. Au 

lieu de SjLo-iJl , qui est probablement pour (J^La-Jf à cause de 

la rime, j'aïu-ais peut-être mieux fait d'imprimer ë .LkjJl, qui est 
ia leçon de deux manuscrits. 

P./j, L 21. On voit que l'auteur joue sur oJ^^peau, ett>-l^, 
force. 

P, /;, /. jy. Les mots ij>^^. à^y. ^j iS^y^ p^. ^ signi- 
fient à la lettre, « on ne redresse pas ma courbure et l'on ne prend 
" pas mon licou. » Le mot 3 | est le nom d'action du verbe ^If ,in- 
curvavit , &c. On trouve la même expression dans la \ i.<^ séance 
de Hariri : ij^y f^'^^ Cy^ ij^*-^^' c>-*^ , &c. 

P. jj , 1.2;. Tout ceci est bien oriental; mais j'ai conservé les 
figurcî de i'original, de crainte de dénaturer les idées. 

P. 14, /• à' *-5^>-«-^ signifie ici la vie spirituelle et avttemplative ; 
mais ce mot est proprement le nom du troisième degré du spiritua- 
lisme. Voyez le Pcnd-namèh de M. de Sacy,^. i6j, et la Bihlioth. 
orient. , aux mots Are^ et Arefoun. 

P. 14, l. tj. '^à^i ^ est la leçon du ms. A ; les trois autres mss, 

1 4 



( '36 ) 

portent ^^1 jj-*. Il n'est peut-être pas inutile de iaiie observer 
que Ui:i.l Le est une formule admirative, et que vXjliî est à 
l'accusatif, comme chjet de l'admiration ( «»-*-« t_>o*Ai[ ). Voy. la 
Grammaire arak, t. II , p. iy6 etsuiv, 

ALLÉG. III. LE MYRTE. 

P. jj , l. I. Cette allégorie ne se lit que dans le ms. A, où elle 
remplace celle du narcisse, qui ne s'y trouve point. Comme ce 
manuscrit est très-correct , et que c'est celui dont j'ai toujours suivi 
îes leçons préférablement, j'ai cru devoir la conserver. Les vers 
qu'on lit dans ce manuscrit à la fin de cette allégorie, sont les 
mêmes que ceux qui, dans les autres manuscrits, se trouvent à la 
fin de l'allégorie du narcisse, et que j'ai placés en cet endroit. 

P. ij , I. 2. {J^f^j^ est le nom usuel de l'arbrisseau nommé , en 

arabe plus littéral, ^J\ A'Jynus communis de Linnée ( Forsk. Flor- 

yEg.-araL p. LXVl; VOuv. sur l'Eg)p. Hist. naî. t. II, p. 6^ , &c. } 

P. ij, l. 6. J'ai traduit ^j-» par trictrac, sur l'autorité de Hyde , qui, 
dans son Historia nerdiludii ( Syntagma dissertationum, t. II, ;; 2iy et 
suiv. ) , a traité de ce jeu ex professa et fort au long. Ce qu'il y a de 
plus intéressant dans cette dissertation, est le S- VI (p. 2fo}, Depri- 
maria Nerdiludii scopo seu intentione , et quid eo designctur et représente- 
tur; et le S- vu, De Nerdiludii antiquitatc et primo auctore seu inventore. 

On voit souvent, et dans toutes les zones, par un temps très- 
serein, de petits nuages floconneux rangés par lignes parallèles et 
très-régulièrement espacés : c'est peut-être à cette disposition parti- 
culière de la vapeur vésiculaire que l'auteur a voulu faire allusion, 
en comparant le ciel au tablier d'un trictrac couvert de dames et de 
dés. Les petits nuages que le peuple désigne sous le nom de moutons, 
ont beaucoup occupé les physiciens modernes. Ils se trouvent à 
d'immenses hauteurs, peut-être à plus de cinq mille toises au-dessus 
du niveau de l'Océan. Le célèbre voyageur M. de Humboldt les a 
vus lorsqu'il était sur le sommet des Andes; les stries parallèles pa- 
raissent convergentes, apparence qui estl'efl^et de la perspective de 
leur projection sur h voûte céleste. L'espacement àes petits groupes 



( >57 ) 

de vapeurs est ii icgulier, qu'on pourrait croire qu'il cit dû ù 
(juciqiic force répulsive , ou a i'ciectricitc. 

P. I ), I. 7. Le texte imprime porte ^^^^^ , et c'est ainsi qu'on 
lit dans le ms. A , qui , comrac je l'ai dit, est le seul où se trouve 
cette allégorie ; mais ce passage me paraissant altéré, j'ai consulté 

Al. le Baron de Sacy, qui conjecture qu'il faut lire j^^' ; et if 
est probable que c'est la vraie leçon. 

La signification du mot j^r" ne me parait pas bien précise ; 
ce mot se trouve dans la dixième séance de Hariri, mais le com- 
mentateur se contente de dire que c'est une fleur jaune. On lit 

dans Golius : "j^ U. quodyj^ i-; y-i-y 1 {J^ , Buphthalmum, herha 

» (odoraui, Q\.) vcrnalis , luteo flore ; >• et au mot j[_>c ^ « Buphthal- 

•» mum sUi'cstrc, hni Oiioris herha quadam. » 

Le mot Xoi signifie aussi en turc et en arabe vulgaire des épi- 



ceries. 



P. //, /. 1^. On trouve presque les mêmes paroles dans le Can- 
tique des cantiques : 

ry pN3 iN"i2 zD*2ï:n : iS "|Sn c]Sn Di^^n "iny mon r\ir-\ - o 

n'3D nain n^Nnn : ij^^^xn yQK^3 *^inn bipi y^jn i^Din 

: "]S - ':h'\ ^'^s' *n'y-i oS 'oip n^"^ i3n: "iidd zD'is:m 

«• L'hiver est passé, la pluie a cessé d'inonder nos campagnes. Déjà 
» les fleurs s'épanouissent dans nos prés , des gazouillemens se font 
» entendre, le roucoulement du ramier frappe nos oreilles; déjà 
» on aperçoit la figue verte sur son rameau ; fa vigne en fleurs 
5> répand son doux partum : lève-toi donc, 6 ma bien-aîmée î 
»• viens, ô beauté que j'adore! » Ch. II, v. 11 etsuiv. 

P. 16 , /. 2. ojj est le pluriel de *^JJ . 

P. ij, l. I. J'ai mis à dessein les mots prédestination et prémo- 
tion, qui sont la traduction littérale des mots arabes v.<s-a 'I et 

P. 1/ , /. 4' Voici encore une irrégularité du langage moderne , 
que j'ai, mal à propos, négligé de corriger j car il faut j'tV' ^^ . 



( >.^8 ) 

ALLÉG. IV. — LE NARCISSE. 

P. ly, i. S. Le ^j»^^jj ou ,jVrTt>* > en persan ^j*.^j^ , est le 
Nardssus Tiizena de Linnée, selon Forskal (Flor. yEg.-ar.y. LXV )y 
€£ selon M. Dclile (Ouvrage sur l'Egypte , Hist. nat. t. II , p. jpj, 
et le Narcissus orientalis, selon Sprengel ( Rci herh. Hist. t. I,p. 2)jJ. 

Il paraît plus probable que le ly^j^ est le Narcissus orientalis , 
qui croit dans les campagnes de l'Orient, i^Mt\& Narcissus Tazetta, 
<JUT se trouve sauvage en France , en Espagne et en Portugal. Les 
deux espèces se ressemblent d'ailleurs beaucoup , et l'on peut faci- 
lement les confondre : leurs fleurs sont également blanches', à 
centre jaune , et très -odoriférantes. 

P. ly, l. p. J'aurais pu mettre également, au lieu du viyrte , la 
rose ou toute autre fleur. 

P. ij , l. ij. C'est probablement à cause de la hampe du narcisse, 
laquelle donne à cette fleur l'air d'être debout , que l'auteur nomme 
le narcisse a^L^ , serviteur. Cet ouvrage n'est pas le seul où l'on 
peigne le narcisse sous ces traits. On trouve par exemple dans Ebn- 
Tamin ( Poés. as. Comm. p. i4î > édit. or.y*: 

Aottne vides rosam sedentcm , ad cujus scrvitium surgit narcissus '. 

P. ly y l. ly. Il est peut-être ici question du f^o-^ dont parle 
M. de Sacy dans le Pend-nameh , p. jç6 , c'est-à-dire , du service 
des hommes consacrés à Dieu d'une manière particulière, ou du 
service de Dieu que l'on appelle plus communément *-cua 

P. ly^ l. 2.O. Deux manuscrits portent '-^^^-^ , qui est l'ortho - 
graphe et la prononciation vulgaire; car, comme on le sait, les 
lettres O, ^ et ■*' n'existent point dans le langage commun : on 
substitue , soit dans l'écriture, soit dans la prononciation, à la pre- 
mière un c:> , à la deuxième un i , et à la troisième un -^ \ mais 
il faut observer que toutes les fois que les lettres O , -^ et -i^ sont 
écrites, on est obligé de les prononcer suivant leur véritable pro- 
nonciation , c'est-à-dire , O M^ ( th anglais dur ) , ^ tha ( th an- 
glais doux ) , Cl i» za (z) ; et viu versa, lorsqu'on les a remplacées par 
<^ % ^ ^"^ (j' ; il ïie faut point admettre l'autre prononciation. ._ 



( ..5c) ) 

/'. //, /. -'/. Je voulais d'abord donner au verhc jj**^ le sens 
ligure que les Persans donnent souvent au verbe ^;;^w«.-o , comme , 
par exemple , dans ces jolis vers de la préface du CylistuH : 

iS — « — * ^ j^.y^ lS^ y '^■^ 

*Ji- — ^ J — :^ — f^*-» J^ (J-* L>JlCj 
rv ^ — .^ ^D L J.cV» (^;>^!yj 

«« J'étais un jour au bain , lorsqu'une main chérie me jeta une 
» boulette d'argile parfumée. Els-tu musc ou ambre, lui dis-je ! je 
M suis enivre par ton odeur délicieuse. Je n'étais , me répondit-elle, 
» qu'une misérable argile ; mais j'ai demeuré avec la rose ( je me suis 
» assise avec la rose , c'est-à-dire, on m'a mise avec la rose ) , et sa 
>' précieuse société ( la perfection de la personne assise avec moi ) 
» a produit l'effet que tu admires ; sans cela , je serais toujours ce 
» que j'étais d'abord. >" 

Mais il est plus naturel de traduire ici (j*^^ dans le sens 
propre , et le vers d'Ebn-Tamim que j'ai cité plus haut, m'y a 
entièrement décidé. 

P. iS , l. ^. Je lis avec fc ms. D, (jwo <^j^ ^^ 
F. tS , 1. 4- Of^ vo'^ ^^^ l'auteur joue ici sur les mots (_^o , ma 
coupe , et (j^^, pour ^k^, nom d\igeftt, de (j-^^^ 

P. jS, /. /. Ahmed 1 eifaschi , Fior di pcmitri suIU picirc preziosc , 
i>. ly, dit qu'il faut ponctuer le jl-^ de ^j^j ; je n'ai cependant ja- 
mais vu ce mot écrit de cette manière. Je suis forcé de relever ici 
une méprise assez forte de l'éditeur italien , qui, ne s'ctant pas sou- 
venu de la signification du mol «-«►s*-* , qui est le terme technique 



( '4o ) 

pour désigner une lettre affectée de points diacritiques, a traduit 

les mots *-6jA/8 J'i^o par /'/ dzal dcgli Ag'iamini , et qui de plus -x 

ajouté en note /;. S2, Agiamini, plurale di Agiami (vocaholo che signi- 

jicn harharo , estraneo , stnvticro ) , son chiamati dagli Arahi tutti coloro 

<he non apyartengono alla loro nazione , ma piii spccialmente i Persiani 

P. jS , l. S. Saadi a dit également, Gui. II, S : 

jji;,A_j o^Ui oJ^ _>-*" P^v ^-'"'i'^J 
«« Ma personne est un objet agréable aux yeux des hommes; mais 
» je baisse la tête de la confusion à cause des vices de mon in- 
» térieur, » 

On retrouvera encore la même pensée dans l'allégorie de l'ané- 
mone. 

P. jp, l. j. he ij , dans cij^l, est la saturation du kesra : on 
l'a mis pour conserver l'uniformité de la rime ; car il faut lire 

J jl, plur. de (J,ji 

P. /p , l. 4- Le mot lt>^ demain , se prend souvent en arabe, de 
même que i3^5 en persan, pour la fin de la vie , comme dans cet 
hémistiche du Boustan de Saadi ( Pend-nameh , p. 2^0 ) : 

^•JOÎ jUo lijj d.i=> (J^IOÔ 

« Cet avare ne donnait point, négligeant ainsi d'amasser des mé- 
" rites qui pussent lui servir à l'heure de la mort [ demain J, » 

(jyft^UJl est la leçon du ms. A ; les trois autres manuscrits 
portent ^jv^^UJl 

P. jp, l. 6. A la lettre : « ma prunelle, que dis-je î le petit 
» homme ou la petite figure que Ton y voit. » Les Orientaux se 
servent souvent de cette expression. 

P. ip , l. 7. Au lieu de (J^i (j , le ms. D porte (J^J O^ '■ cette 
ieçon serait peut-être préférable, mais le sens alors différerait. 
P. ip , l. jo. Allusion à ces mots du Coran, XVII, 12, (joj 

^y^ (J^-^^y II est probable que l'auteur veut aussi jouer sur 
la signification de limon , hue, &c. qu'a également le mot J-=^ . 



( '4" ) 

ALLÉC. V. — I.F. SÊNUFAK. 

P. iç, 1. 12. Le ms. A porte j^y-^. Les mots j^j^ , J^y^ et 
^y .sont les manières plus vulgaires d'écrire et de prononcer le mot 
->^J^ , qui est \cNj'mphita Lotus, de Linnée, Forsk. ( De script, anim. 
A1dt.mcd.jK i/jSj dit qu'on nomme aussi cette plante OS>^- Dans 
YOuvrnge sttr l' Egypte , Hist. mit. t. II , p. ô/f. M. Dclilc lui donne 
encore le nom de o Lo- /jy-ij f ^^ celui de ^^J^ OV^ au nc- 
nufar bleu. Ce qu'il y a de certain, c'est que le nom que l'on 
donne communément en Egypte au Njmphaa , est (JS^^ , et ce- 
lui que l'on donne à ses fleurs J^l ij^^J^» \ oyez les ou- 
vrages susdits, et Savary, Lettres sur l'Egypte , t. I , p. p^. 

P. 20, l. I. Ceci, et une grande partie de ce qui suit, est certai- 
nement mystique. H n'est pas difficile de s'apercevoir que le né- 
nufar est l'amc , et que l'eau est la Divinité. 

P. 20 , l. 7. C'est absolument la fable de Tantale : Qjiœrit aquas 
in ei(juis. 

P. 20, /. //. J'ai tâché de rendre, aussi exactement que je l'ai pu, 
le jeu de mots de l'auteur sur le mot (JS^ ; mais il est impossible 
de traduire ù la lettre ^V>c- 'Ôj3 , qui signifie proprement « la 
'> fraîcheur de mon œil » ; car , la fraîcheur de l'œil signifie , en 
arabe, « le bonheur, le plaisir, la joic,&c. » C'est par une idée 
analogue , que , pour « Bonne nuit » , les Arabes disent c^^bjLJ 
LiA-) " Que votre nuit soit blanche ». 

P. 20, l. 21. On a imprimé ij}c^^ , qui est la leçon des quatre 
manuscrits; mais M. de Sacy conjecture qu'il faia ci''>^. " ^''^- 
» à-vis de moi. »» 

P. 2t , l. I. Au lieu de (ûW-' , le ms. D porte j»^-^ 

P. 21 , I. j. ^j*>-£- V» j-j\ V c>>^ ^ pourrait se traduire par 
l'expression familière : « Je n'existerais, ni en peinture, ni en 
n figure. » 

P. 2/ . l. 6. Il est indispensable d'avertir que ces vers sont 
complètement mystiques , afin qu'on puisse les entendre. 

P. 21, 1. 10. Les Orientaux comparent souvent les sourcils des 



( '42 ) 
beautés à un arc , et leurs œillades à des flèches. Rien n'est si 
fréquent chez les poètes persans : je me contenterai d'en citer un 
exemple tiré de V Anvûri Soluiili , p. S4 , r. 

•« Elle avait fait de ses sourcils un arc , et de ses œillades des 
" flèches : au moyen de cet arc et de ces flèches , elle avait rendu 
>» cent cœurs esclaves. » 

Il est probable qu'il faut entendre ainsi «W^ ^j 31 iSj^i (jo 

P. 21 , l. i^, H y a ici un jeu de mots entre o''^ et j>-^l. Cet 
hémistiche signifie à la lettre : «Elle a fait semblant de s'appro- 
>• cher de moi , et elle a approché de mes cotés un amour, &;c. « 

P. 21, l. i4- On voit qu'il y a encore ici un jeu de mots entre 

*J3 CV5 , « il s'est approché , » et LjlS3 , « il nous amis en pièces.»» 
C'est une suite du premier jeu de mots. 

P. 22 , L 2. Au lieu de ^■^ , on lit dans le ms. B , 3j^ ^ dans ie 
ms. C , (j^O^ , et dans le ms. D , <->^ 

Le mont Sinaï est en grande vénération parmi les musulmans , 
à cause que c'est là que la loi fut donnée aux Israélites. On lit dans 
ie Gu lis tan , J , J ■ 

« Le mont Sinaï est la plus petite des montagnes ; mais elle est 
» en très-grande considération auprès de Dieu , par sa dignité et 
» par le rang qu'elle tient par-dessus les autres montagnes. » Voyez 
d'Herbelot , Bièi. or. au mot Thoiir. 

J'ai paraphrasé le dernier vers , pour amener un peu mieux 
a mention du mont Sinaï. 

ALLÉG. VI. LE SAULE d' EGYPTE. 

P. 22, l. 6. Le mot arabe (jv se donne à deux végétaux très-dif- 
férens. Le premier est le Guilandina AJoringa de L\nn. f A'foringa 
oleifern , Lam. ; Aîoringa zcjlajiica , Persoon. ; Hyperanthcrn Afo- 
r/«^rt, Vahl. et Willd. ; 



( ■ (.5 ) 

Cci arbre croit au Malabar, à. Ccy lan et dans d'autres régions des 
Indes orientales. Ses Heurs sont odoriférantes. Nos disiiilateurs se 
*crvent de préférence de l'huile de ben pour fixer le parfum<îes 
rieurs: on mouille du coton d'huile de ben ( Oleum t-alankum , tiré 
du fruit ou A'//.r hen ), et on place les feuilles de rose ou de toute 
autre fleur entre ce coton mouillé; en chargeant d'un poids la 
masse entière , l'huile essentielle et aromatique s'unit à l'huile fixe 
du Cuilandina. ( Aldin. Hon. famés, p. ij^ ). 

(^laus Celsius, dans son HieroboraHuon sive iU Plantis sacra scriptura, 
t. Il, p. I, dit que lcl"^3 hébreu a été traduit en arabe par (^^'^dans 
plusieurs endroits de l'Écriiure, Dt: quoban, ajoute-t-il, intcr hcrbarios 
non niinima est controvcrsia. Plane iiutcm ca cstqiuz Grads (icLKcuoç fxu- 
pl'^AKYi, et Laiinis Clans unguentaria, diàtur ; génère , Bonduk Plumicrio, 
Cuilandina Linnœo. Fructus est /jIaJ I «._>-^ ''"^' ^^'*'"" exprimitur, ire. 

Ce que dit d'Herbelot , Bitlioth. orient. , soit à l'article Ban , soit 
à l'article AJaharah , a trait a.u Cuilandina AJoringa. Voyez aussi 
Alurray , Appar. mcd. tom. Il, p- )2^. 

Le second végétal auquel le nom de (j»^ s'applique , et que 
les Arabes nomment aussi t_>ÛA — i^ ^ est le Salix agyptiaca de 
Linnéc, qui est originaire d'Egypte, de Syrie, de Perse et des 
environs d'Astracan. C'est un grand arbre à rameaux alongés et 
un peu cassans: il diffère par ce caractère seul du Salix hahylo- 
nica , que tous les botanistes regardent comme une espèce distincte 
qui croît dans le Levant et en Egypte , et que les Arabes appellent 
<_>>è Carf. ( 0*3^y ) Voyez Rauwolf, Dcscript. It. 

Pour ne rien laisser à désirer sur ce second qv , je vais citer 
ce que Prosper Alpin (de Plantis A^gypti, p. 6i , 62 J dit de cet 
arbre. « Arbusculum fruiicosum in ytgypto reperitur, quod mcâ 
>» quidem sententia salicis gcnus existit, nascirurque in locis hu- 
y midis , foliis aliquatcnùs salici proximis , sed multô majoribus ; 
»' quippc longioribus ac lalioribus. Florçsque ejus sunt quidam 
» globuli oblongi , aibi , lanuginosi , caudici , penè foliorum radiées 
» nascentes, quotquc in arbore folia existunt, tôt flores emittit : 
" crescit arbusculum hoc p.d viticis magnitudinem , ramis multis, 
»» sive stolonibus rectis : ex floribus, ut audio , distillant aqiiani 



( '44 ) 

^> macaiai vocatam, quam inslgnçs vires ad exsiccandam putredi- 
» nem,atque ad vcnena et ad cor recreandum habcre illi prae- 
» dicant: in febribus pestilentibus , ipsa pro secreto auxilio apud 
>» îHos habetur. Aquam etiam, in quâ multi flores infusi aliquan- 
» diù manserint, vel in quâ ebuiiierint, exhibent ad dolores ca- 
j> pitis , atque ad virium recreationem , quam et ipsam valide pu- 
'> tredini ac venenis obsistere experti sunt. Estque ipsorum decoc- 
>» tum, ac infusio in aqua paratâ , ad quoscumque febricitantes , 
>• apud ilios in maximo usu, " Voyez aussi ce que dit de cet arbre 
Vesiingius , dans ses observations sur Alpin , p. 21. 

Sprengel f Rei herb. Hist. t. I,p. 2jo ) dit égaieraent que l'on dis- 
tille des boutons des fleurs de cet arbre une eau très-parfumée. 
Cette eau est sans doute la même dont parle Chardin, sous le 
nom persan de tVo ^^ ( tom. III , p. 1^6 , édit. de M. Lan- 

glèsy^, de laquelle les Persans tirent un esprit excellent qui sert 
aux parfums et à se frotter le corps. ( Tom. IV , p. 66. ) 
Kaempfer , dans ses Amœnitnies exoticœ , parle aussi d'une eau que 
l'on distille d'un saule de Perse, qui est probablement le même. 

La cause de la dénomination de ,X > , donnée à deux végé- 
taux si difi^érens l'un de l'autre, vient peut-être de l'usage qu'on 
a de fixer les parfums sur l'huile de hen , ce qui aura fait donner 
au parfum le nom de i'huiie sur laquelle il est fixé, ou vice versa; 
d'où l'on aura ensuite confondu les deux végétaux qui produisent, 
l'un, l'huile de l>en, et l'autre, l'eau de khalaf ou ben ; végétaux 
bien diflerens sous le rapport même des essences qu'on en tire , 
puisque l'huile de (^^« est le produit de la graine du Ginlandina , 
tandis que l'eau de khalaf csl celui des fleurs du saule. 

Il reste actuellement à savoir si le ban , auquel les Arabes com- 
parent sans cesse la taille légère et les mouvemens pleins de 
grâces de leurs maîtresses, est le saule ou le Morlnga; mais nous 
avons vu que le Guilandina Aloringa n'est proprement indigène 
que dans les Indes orientales ; or les Arabes ne parleraient pas si 
fréquemment d'un arbre qu'on ne cultive q;ie dans quelques jardins. 
Nous voyons, au contraire, que le Salix ctgypùaca croît dans tout 



( il'. ) 

i'Oricnt; et le genre auquel il appartient nous indique assez qu'il 
a de la grâce dans son port, et que ses rameaux se balancent faci- 
lement. S'il faut une preuve plus convaincante, j'invoquerai l'au- 
torité de Soyouti , qui, dans son ouvrage intitulé yi/m/m^/r ( man. 
ar. de la Bibl. du Roi, n.° i 590), place ceci dans un art. sur le ,..Lj : 

oLLiJî ^jj ^1 ^:^ |.i ^^M ^jJf .Lot U^U- 

«« Nous nous sommes disputés pour savoir laquelle a le parfum le 
" plus fin, de l'eau du khalaf, ou de celle des feuilles de l'arroclic : 
» après nous être bien querellés, la paix a été faite, et d'un commun 
» accord nous nous sommes décidés en faveur du khalaf. » 

D'où ilest évident que Soyouti considère le .Aj [ qui est néces- 
sairement celui des pottes arabes ) comme synonyme de ovXi^: 
or ce mot est un autre nom du Salix ceg^'ptiaca (*), comme on 
Ta vu plus haut. Il résulte donc de ces différentes preuves que le 
^t» des poètes arabes est le Salix ag)'ptiacd , et non le GuiLindina 
Aloringa , ou Clans ungtieniaria. 

Lorsqu'on réfléchit sur l'habitude de mettre en contact l'huile 
de hen et les fleurs dont on veut fixer les parties aromatiques , 
on pourrait être tenté de trouver dans cette allégorie des preuves 
que le çAj dont il est ici question, est celui qui donne l'huile 
de len : mais tout ce que l'auteur dit du port de cet arbre s'op- 
pose à cette idée. La rose et les fleurs du saule donnent enraiement 
des essences ; elles subissent le même sort , on les livre à un feu 
ardent pour faire monter leurs esprits : il n'est donc pas surprenant 
que le poète fasse allusion à cette fraternité et à cette analogie 
dans l'usage de deux productions naturelles. 

Jusqu'à ce jour, les orientalistes ont cru que le lan, dont parlent 
si souvent les Arabes, est le Aloringa, et ils l'ont traduit par my- 
rohalan. Je viens d'exposer les raisons qui me font penser que le 
<jL» qui joue un si grand rôle dans les poésies arabes, est le saule 

(*) Il ne faut P4S cenfondrc ce Khalaf avec \c Chi\c{ [ El(vngnus ] , en :ir. C^^-S»! 

K 

\ 



( '46 ) 

d'Egypte : actuellement, en supposant que ce fût bien le Aloringa , 
peut-on le traduire par Aîyrobalan ! 

VWnt [Nat. Hist. l XII , 46 ) parle d'un Myrohalan que le P. 
Hardouin donne comme synonyme du ÇaKayoç juuupi.-^x.Y[ (Clans 
unguentaria ) de Dioscoride, /K 160. 

Bodacus à Stapel fTheophrasd Hist. Plant, l. II, c. S , p. py ) , 
dit: «' Idem sunt /uv^pCdhca/oÇy et flâhccvoç juvpiyjÀX.Yi. Clans un- 
" gucntaria, quod unguentis pretiosis adderetur. >> 

Aëtius (lih. X , cap. n ) parie en ces termes : A'm' y\ %v /Lwpt- 

Plempius , Canon d'Avkenne, lié. II ,tr. 2, c. 2 , p. 6y, au mot 
Ban ( Clans unguentariaj , dit en note : '<■ Craci Balanum myrepsicam 
3) vacant et Alyrobalanum.'» 

Tout ce qu'on vient de lire a donc autorisé les orientalistes à 
traduire le Clans ungucntaria par Afyrolalan ; mais comme ce der- 
nier nom s'applique aussi à des végétaux très-différens, on a donné 
au Clans ungucntaria le nom de Myrobalan des Latins, et au J^^JU 
celui de Myrobalan des Arabes. 

Le texte suivant de Saumaise ( Plinianœ exercitationes in Solinum . 
p. ^^^ ) jettera de la clarté sur cette distinction : « Vetercs Myro- 
:» balanum de Clande unguentarià îantîim dixere , quant et ficihoivov 
i) /MjpiyjÀKy\y. Cui simile nihil habent, quœ Myrobalana hodiè vocatttiir, 

» prunorum in génère [ J^cr^ ] Nec leviùs errant qui Myroba- 

•yy lanum /« eodem Plinio, non de Clande unguentarià capiunt, sed de 
■>^ flavâ Alyrohalano offîcinarum , quce. Palmulcz similis est , ire. » 

Je crois cependant que , pour éviter la confusion , il vaut mieux 

réserver le nom de Myrobalan au rÀ-^ [ Myrobalan des Arabes]. 

Relativement à ce dernier végétal, voyez les notes sur la huppe. 

Richardson fPers. ar.andengl. Dict. by Wilkins, v. I, p. ijS ) 
dit que le qv est un myrobalan qui donne le benjoin', qui 
croit dans l'Arabie heureuse et qui ressemble au tamaris Les 



( '4; ) 

quatre assertions de ccne phrase sont également crronccs et contra- 
dictoires : le èan n'est pas le myrobalan; celui-ci ne croit pas en 
Arabie; le benjoin vient d'un styrax, et ni le styrax ni le my- 
robalan / Tcrminalid j ne ressemblent au tamaris ; c'est plutôt le 
saule qui, vu de loin, a, par son port, une faible resicniblancc 
avec le tamaris. 

P. 22, I. 21. Les mots c>jj3 c^J^I sont du Coran, XLI , ^p. 
P. 22, l. 22. Allusion à la résurrection générale. Les mots ^ 

jY^ ^j se trouvent sans cesse dans le Coran. Je me contenterai 

d'indiquer le verset 99 de la surate XVill. 

P. 22, l. z4- Allusion aux versets abrogcajos et alvogés. \'oyez 
Marracci, Rcf. Ak. p. 4o. 

P. 2s, L ib. Les mots j^wl Lii=> J ^JCL L cOLj f j 0^ f 
sont du Coran , CXII. ) -^ I 1 

P. 2^ , L rp. C'cst-à-dirc , « nnon bonheur comme un rossignol. » 
Cette manière de s'exprimer se voit très-fréquemment chez les 
écrivains orientaux. J'en citerai un seul exemple, tiré de la Vie 
de Tamcrian, par Ahmed ben-Arabschah ^ édit. de Manger, 

tom. II, p. i64): ooJo' »jjJiJl ^Lw J.0LL) ^^.J\ c-jUiC^j 

OÀJjf^ ^5jiwj Lôiwi- L.\ya qa C3t3^l jj j^j>' f {J'*J^^ 

Ces mots signifient à la lettre ; « Les pages des jardins se coloraient 
» par le moyen des doigts du teinturier de la puissance divine, et 
» l'épouse des parterres se parait d'ornemens précieux , fournis par 
" l'orfévrc de la sagesse divine. » Ce qui veut dire : <• La puissance 
>• divine , que l'on pourrait comparer aux doigts d'un habile tein- 
»• turicr , colorait les jardins , dont la surface aplanie ressemble 
» aux pages d'un livre; et ta sa«rcssc divine , comme un orfèvre 
" intelligent , donnait aux pré« , semblables a une nouvelle mariée , 
>' leur beauté et ieiir verdure. •• 

P. 2/1 , L 2). Les mots j^\ / » ne «ont pas très-dairs ; Hs sem- 
blent signifier faisant l'odeur . et c'est le sens que j'ai suivi en adou- 
cissant l'expression. Peut-être pourrait-on traduire aussi, brisant son 

K 2 



( '48 ) 

hurgeon ; car S^ signifie cncoxt frcg'it , quassit y et J^ prima 
planta gcrminatio. 

P. 2jy l. S. Les mots c$y^l iS^} signifient à ia lettre , les mains 
de la distance; mais ci tNJ \ comme tXJ , est souvent explétif , et peut- 
être i'est-il également ici : c'est ainsi qu'on lit dans ia Vll.c séance 

de Hariri, j^_j c^Ous.y l^tX3t;v«;[ U ( cUjJl) 1^'3l)^ ù^ 

cUjJl <jt).:=».| oJU c\5 pLwJI 
P. 2), l. lo. ^.3 est la leçon du ms. D. Le ms. A porte (Çj3, 
et les mss. B et c portent ^.3 . Du reste, ce vers ne me paraît 
pas très-clair. 

P.2J, l. ib\ Les mots ijy-^^ (JLW' (J^ sont du Coran, XX, 4- 
P. 2j, l,2j. Allusion au premier verset de la surate LUI du Coran. 

ALLÉG. VII. LA VIOLETTE. 

P. 26 , l. 2. Viola odorata, Linnée. (M. Delile, Ouv. sur l'Egypte, 
Hist. nat. , t. II , p. j6. ) Je dois faire observer qu'en arabe vulgaire 
on dit également ^mjX^: comme l'on dit j«JooJL) et juJ.jJLo 

persil ( Apium Petroselinum de Linnée. Forskal , FI. j^g.-ar. p. 
LX IV ) y Aj^^X. Ajji propriété y &c. 

P. 26, l. 12. On voit que l'auteur joue sur les mots ^v i '«w 

et oJ^ j ^^^ s'écrivent de même , mais dont les voyelles sont 

différentes. On a déjà vu ce jeu de mots dans l'allégorie de la rose. 

P. 26, l. 22. On lit dans le ms. A. ^^^..^L ka^ J^c (_$ JijL 

p. 2y , l. II. Les mots iU.* et ,*XL [ qualités cachées , vertus 
intérieures, (Sic. ] sont ici par opposition ^.'oX^ [beauté exté- 
rieure]. L'auteur veut dire que les gens qui ne font attention qu'à 
ia beauté extérieure, méprisent la violette lorsqu'elle se fane; 
mais qu'alors ceux qui considèrent les qualités intérieures , les 
vertus des simples, &c, la prennent. 

P^ 2y , l. 21, C'est-à-dire : « Ils n'ont en vue que mes propriétés 



( '49 ) 

>• physiques, et ne liejineru point compte de mes qualités morales , 
» ni des leçons qu'ils pourraient tirer de moi. .• 

P. 28,1. /. L'iacout cJ>j^^ a six variétés. C'est, à n'en pas 
douter, le saphir de Wcrner et de Brochant , la lélésic (Corin- 
don relaie) de Haùy , qui renferme l'iacout rouge ou rubis 
d'Orient, l'iacout jaune ou topaze d'Orient, et l'iacout bleu ou 
saphir oriental. 

On confond facilement avec le ^^^L , le jiùJLo , !<-' il^ 

et le 2.!:)^, q»^' sont des variétés d'almandinc ou de grenat 

d'Orient. 

Comme Ats orientalistes peu versés dans la connaissance des mi- 
néraux de l'Asie , n'en traduisent pas toujours avec assez de pré- 
cbion les noms arabes , j'ajouterai ici les observations suivantes : 

Le 3j-*; des Arabes est notre émeraude ; le j^^k. vj\ c*^^ '*» 
chrysolithe , le Lj le spinclle [ spincllc rubis et rubis balais], 
le *,<JLc 1^ cornaline; le cj:^ onyx, se divise chez les Oricn-. 
taux d'après le nombre de ses couches ; le 3.<okV est Iclazulite; 
!c ^_vi.j 'c jaspe , le ^^_y,.^ l'améthyste , le oj^j^ ''^ turquoise , 
et le Ji, le ulc (*). 

Voyez Jos. von Hammer , Auszug aus dcm Wcrke 4^Lj liblo^ 

jfon Aiohammcd ben AJanssur ( Mines de l'Or., tom. Il, p. met 
suiv. ) , et Ahmed Texfaschi ( S. F. Ravii Spec. Arab. &c. p. yp et 
suiv., et Fior di pensieri ire. par Raineri, p. yp et suiv.). 

ALLÉG. VIII. — LA GIROFLEE. 

P. 28, l.p. Les trois variétés de Cheiranthus dont parle l'auteur 
dans cette allégorie, ne peuvent pas être des variétés d'une même 
espèce y mais ce sont probablement autant d'espèces différentes. La 

(*) On voit que les moti turquoise et ulc sont formes de o j • _a3 et de "iXl? > 

c'est ainsi que ckaux [cnixj vient de . j»JS ; imtraudt [ smara^duj J At ^^j '• 
hyacinthe de 4^J>Lj i &.c. 

K J 



( i5o ) 

variété jaune odoriférante est peut-être notre Cheiranthus Cheiri: \-\ 
bleue odorante pendant la nuit, le Cheiranthus incanus ou grœcus 
des jardiniers , ou le Cheiranthus odoratissimus de Pallas , dont 
il est dit: «« Crescit in Taurica et Persià, flores colore et magni- 
>• tudine Hesperis tristis , vespertino tempore odoratissimi ; » la 
blanche inodore , une variété à fleurs simples du Cheiranthus in- 
canus. ht Cheiranthus chius a de petites fleurs violettes et inodores. 

P. 2S,/. Jo.Je n'ai pas traduit le mot j_j^^l ; je ne saisis pas 
bien la signification qu'il peut avoir ici. Au lieu de ce mot, 

on lit dans le ms. B jj^y>' ; et à la place dejy^\ j^^ , le ms. 
A porte jyçd\j^[j 

F. 2p, i. 2. A la lettre : « Elle est revêtue, en fait de maladie, 
d'une robe jaune, et elle est comme les amans, par ce qu'on 
en voit , et par ce qui est réel. » 

tii;^ est précisément le contraire de y^ : le premier mot 

signifie l'extérieur, ce que l'on voit, Slc. ; le second, la réalité, les 
qualités intérieures, &c. On oppose encore plus souvent à y^ 
le mot o^ , qui signifie , « ce que l'on apprend , ce que l'on en- 
» tend dire. » On trouve ces deux mots employés tort souvent dans 
cette signification précise. Voici ce qu'on lit dans le comment, de 
Hariri publié par M. de Sacy, sur ces mots de la première séance : 



••Par <^j^ l'auteur veut dire tes actions, ce que tu fais , efp^ir 
■» (J^j^ , ton intérieur, ce que l'expérience apprend de toi. Le mot .>S^ 
» est le contraire de jjàJ^ , « 

Quant à la comparaison que l'auteur fait de la couleur de la gi- 
roflée jaune à celle du teint des amans, elle ne doit point éton- 
ner: la pâleur est la couleur dts amans; et sous le soleil de l'Asie, 
la perte du coloris doit nécessairement laisser jaune un visage 
balé ; aussi les poètes orientaux parlent-ils souvent du teint 



( '5' ) 

jdiunc des amans {* ). li csi aussi souvent parle de la pâleur des 
amans dans nos pocies européens. On lit, par exemple , dans Us 
Saisons de Thompson : 

The grey morn 

Lift htr pale lustre on the fhiler wretch 
Exanimate ky love. 

Ovide leur en a fait même un précepte : 

Palleat omnis amans : hic est color aptus amanti. 

De Arte amandi , 1 , 7 3 I , 

P. 2p. l. 6. Au lieu de ^r^' '^^'*-^ 3k^(j<>J^ , le ms. B porte 

r.2ij , l. /j?. On ne lit ces trois vers que dans le ms. A. 

P. ^o , L 22. Ceci est mystique. J'ai déjà dit que le vin est l'amour 
de Dieu : cc% coupes sont donc des coupes du vin de l'amour de 
Dieu. 

P. jf , /. /. (j"^j (s^ signifie à la lettre j//r ma tête: c'est l'ex- 
pression dont on se sert pour répondre aux ordres ou aux demandes 
de quelqu'un. 

P.jr, /.y. CiUJ> signifie proprement déchirer. 

P. ^i , l. II. Le mot oj^ signifie, dans le langage mystique, 
« s'entretenir en secret avec Dieu, sans aucun témoin, pas mcmc 
» en présenced'un ange: » jc^^f V ^^^^ ^lil *^JLJf aJ'^L^ 
tAU Vj Kitah Tarifât. 

Tout ceci et les vers qui suivent, sont mystiques; et il est bon 
de se le rappeler pour mieux en saisir le sens. 

ALLÉc;. IX. Li: JASMIS. 

P. J2, l. j. Jiisminum offieinaL: de Linnéc, suivant Forskal, Flora 



(*) Je croU qu'il esc inuùlc que j'en donne des exemples ; je me contenterai de 
rc.ivoycr au vers de Hariri que j'ai cité dans mes notes sur la rose, où cet auteur 
Compare une piccc d'or au teint d'un amant. 

K4 



( i32 ) 

yf^flyptiaco-nrahica , p. LIX ; Jasviinum grandlforum , suivant M. 
Deiile, Ouv.sur l'Eg)fte, hîst. nat. t. II , p. 4^; et Jasminum fru- 
ricans , suivant Sprengel, Rci hcrk Hist. t. I, p. 242. 

Le Jasminum officinale est originaire de ia côte de Malabar et 
de quelques autres parties de i'Inde. Le Jasminum grandiforum , 
très-voisin du précédent, croit avec lui et dans l'île de Tabago ; ii 
est plus odorant. Serait-ce plutôt le Jasminum Samhac de Linnée 
(Alogorium Samhac, Lamb. ; Jasmin, sive Samhac arahicum, J. Bauhin, 
Htst.Jl Ce dernier croit également dans l'Inde et sur les côtes de 
jMalabar, où les femmes en enfilent les fleurs, qui sont blanches 
et très-odorantes, pour les entrelacer dans leurs cheveux. 

Le Jasminum f ru ticans est presque inodore, et n'est point, par 

conséquent, notre {J^^ — J, qui doit exhaler une odeur très- 
forte. 

P.J2, l. y. L'auteur joue sur le mot (jS^v , qui se compose 
de (j-S? , désespoir, et de cJS* j inensonge , erreur, &c. Les mots 

O^^ (J'W f CJ' signifient par conséquent : " Le désespoir est une 
■» erreur, on ne doit pas s'y livrer. » 

Je n'ai pas traduit le mot ^ — ^.^ , qui vient immédiatement 
après , parce qu'il est difficile de le rendre ici d'une manière 
satisfaisante. Les lexicographes et les glossateurs arabes disent 
que ce mot est *— ^j *-,iO ; on pourrait donc le traduire par 
•< pauvre malheureux! » Desdichado de til que les Espagnols disent 
dans le même sens, est la traduction littérale de ce mot. 

P. ^2 , L 14. Le mot ^Jjj ^ est emprunté au langage mystique ; 
l'auteur du cj^^y-aj" C-^U^ |e définit ainsi: *V*-* <J O^'^^ 

<« Le mot ^J^^ , comme terme mystique, signifie une lumière spi- 
» rituelle que Dieu met, par manière de révélation, dans Je cœuv 



( >>n 

>• des hommes qui lui sont agréables; lumicrc par laquelle ces 
» hommes s;iveni distinguer la vcritc du mensonge , sans tirer 
r> cette connaissance d'un livre ni d'aucune autre chose. •• 

P. jj, l. II. \'oycz , sur ce jeu de mots , la note qui précède. 

P. yy, /. /./. J'ai traduit {J^ par malheur, parce que j'ai consi- 
déré ce mot comme l'opposé de %2^ dans le sens de ton/uur. 

Cette allégorie n'est pas un modèle de clarté, et ces derniers 
roots sur-tout ne me paraissent pas très intelligibles. 

ALLÉG. X. LE BASILIC. 

P.j4' J' ~- Ocymum Basilkum de Linnée. 

P. S4> ^' S' Au lieu de ^jj f r""*^ c3^^ . le m$. A porte 
^.>3j t->-yiJ KJ^'yr=* '■ quant au mot ^^ , qui suit, il signifie 
chant, concert, &c. ; mais on l'emploie plus ordinairement pour 
exprimer la sorte de danse, accompagnée de chants ou de sons 
d'instrumens, qu'exécutent les derviches. 

Pour ce qui est du mot ^^j^ , pluriel {y->- , il signifie propre- 
ment ton; de là la musique se nomme q^j' |^ , la connaissance 

des tons. Voyez, sur la musique des Orientaux, le Traité de 
M. Villoieau, Ouu. surl'Eg., Et. mod. t. I,jk6o6 et suiv.: l'extrait 
d'Ibn Khaledoun , publié par iM. de Hammer, Mines de l'Orient , 
t. VI , p. jof et suiv. ; enfin la note de M. Langlès sur la musique, 
Voyages de Chardin, tom. Il", p. ipç et suiv, , où l'on trouvera 
la notice des ouvrages qui traitent de cette matière. 

Dans les livres de liturgie, les chrétiens arabes se servent du 
même mot y^ pour exprimer les tons de leur chant d'église, tons 
qui sont au nombre de huit, comme les nôtres. 

P.j4' l' 9' L'auteur joue sur la double signification de {y^j , 
Ocymum et sustentatio vita ; j'ai tâché de rendre ces deux idées. 

P.j4'l' 'O' Voici ce qu'on lit dans le Coran, LVI, Sy , S8 : 
promis aux élus dans le paradis n'est point le basilic , l'orthographe 



( >54) 

en est même différente : l'auteur joue donc sur l'homonynmie des 
consonnes de ces deux mots. 

Le commentateur Beïdawi explique le mL^j du Coran par 
o^ OJ'J » ^^ Marracci le traduit par alimentum optimum. 

P. ^4' ^- ^S' L'auteur joue sur la répétition de j>^-*^ \^ dans 
un sens différent. Ce jeu de mots est très-sensible en vulgaire , car 
on prononce toujours mcn , que ce mot soit conjonctif ou qu'il soit 
préposition. On dit donc ici mcn jénani, men jénani, ou men ghé' 
nani, men ghénani, suivant la prononciation d'Egypte. 

Il y a de nouveau , à la fin de la phrase, le mot 3^^ encore 
dans un autre sens. 

P. ^4 > ^' ~o- f^ y ^^ Forskal nomme A'Ientha Lmam vel Nmam 

(FI. /Eg.-ar., -p. LXVUl), signifie aussi , avec l'addition d'un tesch- 

did ( aC^ ), délateur, sycophante, &.c. : voilà la clef du jeu de mots. 

Il y a une autre observation à faire : il faut frotter les feuilles du 
basilic pour en sentir l'odeur, au lieu que Ifi menthe répand son 
parfum d'elle-même, et c'est à quoi l'auteur fait allusion. 

P. jj , l. ^. L'auteur a voulu jouer sur les mots j>s^ î , plur. de 

JLc signum, vexillum, et «v^î , nom d'action de la quatrième 

forme , faire connaître. Cette phrase signifie donc à la lettre : « {[ 
» a divulgué son secret comme des signaux , et a répandu son 
» odeur pour se faire connaître. » 

P. j»/, /. 12. Les mots -ftjlsJl os ° '> se trouvent plusieurs 

fois dans les livres des Druses, toujours dans le sens de « il n'y 
» a plus moyen d'y revenir, c'est une affaire finie, &c. » A la 
lettre, «^ il n'y a plus d'encre à la plume ( il est impossible de 
» continuer d'écrire ou d'effacer ce qui est écrit ). « 

P.JJ, L 20. Il y a encore ici un jeu de mots que l'on ne peut faire 
passer en français. Ces vers s'appliquent à l'auteur, et le mot p^ 

(la mesure, qui est du_>^ nommé ij>c^^ , indique qu'il faut 
un teschdid ) doit se traduire par délateur ; mais on voit que 
l'auteur a eu en vue de dire aussi, en faisant parler le basilic : 



( 1-,;. ) 

•• Pourquoi veux tu que je rcp:mck' mon oHcur plus que je ne !c 
" fais, puisque je ne suis pas \^ menthe î » 

ALLÉG. XI. LA CAMOMILLE. 

P. j6, l. j. Il est probable que la AJiitricnrii Chtimomillit , si 
commune en Ruropc, se trouve tgalcmcnt sauvage en Syrie cl 
en Egypte. Trois espèces de Alatricarja ( la AJatriairia argentca , 
Linn.; la Aliitricaria jmnctiUa et la ALitr/'caria tanacetifolia ), origi- 
naires du Levant , ont beaucoup de ressemblance avec notre ca- 
momille, et exhalent comme clic une odeur aromatique. 

Le pluriel de o'j^' est ^'Jl , que l'on a déjà vu dans la pré- 
face d'Azz-eddin. 

P. ^6 , /. 10. Ceci fait allusion à c^ttc phrase qui se trouve ré- 
pétée dans toutes les pages du Coran : ^^-^-^ ,j-* (Jy^ <— J*^^ ^ 
jLaj jf ., Ceux qui auront bien vécu, se reposeront dans des 
» jardins baignés par des ruisseaux. » 

P. j6 , /. 12. Le mot que je traduis par Jînic , est éo^ , qui est le 
nom que les musulmans donnent à la partie de leurs biens qu'ils 
doivent distribuer aux pauvres. Voyez d'Herbelot, Bitliôih. or. au 
mot Zaca^ ; Mouradgea d'Ohsson , Tahl. de l'Emp. ou. t. II , p. 4oj 
et su! v. (cdi t. ///-<$'.<'), et Chardin, édit. de M. Langlès, tom. Vif, 
pages i//f tt suiv. 

Pour que l'on comprenne parfaitement ce que l'auteur dit ici , 
je ferai observer que ce devoir n'oblige que ceux qui possèdent 
une certaine quantité de biens déterminée par la loi. 

P. j6» I. 2o. Allusion (-(jJ-J") à ces mots du Cor. III, ; : l5^^' j^ 

^^LAJuis^» « C'est Dieu qui t'a envoyé ce livre où il y a des 
» versets clairs, qui sont l'essentiel de l'ouvrage, et des versets 
» obscurs ( c'csi-à-dirc , qui ont diHerciis sens). » ^^ 

P.jj, l. 2. L'auteur joue sur l'homonymie de >J Li , « qui 
£st ici , et ^\jt,fiiute, &c. 

P-S? > l' '4- J^' ^^j-^ parlé, dans les notes sur le jasmin, du sens 



( i56) 

du mot ^ opposé à (J^ ; le voici, dans le même sens, opposé 
P. j^, l. iS. Au lieu de j,Lij Jlc ^ (Xc ^ Jo , le man. A 

P. jy , l. ip. ,^J3 est pour /\i à cause de la rime. 
P. jy, l. 24. Le ms. D ajoute ce vers : 

sj;^^ — « — ti Aj ^ c->>W? f j s^->^ clûJl j-i^ ;j^j 

« Que Thomme insensible qui assiste à un concert sans éprouver 
i» aucune sensation de plaisir, ne critiffue pas, du moins, le chan- 
•" teur. » 

ALLÉG. XII. LA LAVANDE. 

P. ^S , l. 2. Forskal rend ï^lj:^ , qui est le nom d'unité de 
^ î>^ , par Lavandula Spica. , de Linnée fDescript. an. AJat. med. 

fcLg. 147), et A [j^ , par Chôme omithopodioîdes ( FI. /^.g.-nr. p. 

CXVl ) ; mais notre ^'J^ est certainement une espèce de Ixtvan- 
dula, peut-être la Lavandula Spica ^ ou la Lavandula carnosa de 
Linnée fils , laquelle croit dans l'Inde , sur des rochers , et non le 
Chôme omithopodioides, qui est une plante puante et sans apparence. 
Pour saisir le sens de tout ce que l'auteur dit dans cette allé- 
gorie , il faut savoir que la lavande n'est pas cultivée dans l'Orient, 
qu'elle ne se trouve que dans les lieux incultes et déserts , et qu'on 
ne l'estime pas assez pour en porter dans les marchés; tandis que les 
autres plantes odoriférantes, comme le basilic, la menthe, &c. , sont 
recherchées , et ornent \ts chambres et les salles a manger des 
Levantins. Avec ces données, on comprendra aisément ce qui sans 
cela paraîtrait énigmatique. 

P. ^8, l. 6. »\2^jJ\^ J, L» signifie à la lettre : « qu'ai-je a faire 

» avec la troupe ( des fleurs ). » 

P' 3^ » ^- '3' J^ <-J» est proprement la berge rongée par la 
rivière. 



( '5; ) 

P.jS, l. 21. La sensualité des Orientaux, par rapport aux odeurs 
ec aux pari ums , est poussée à un point indicible. Ils emploient 
sur-tout le musc et l'odeur composée qu'exhalent les pastilles du 
sérail: ils ornent en outre leurs salons de plantes céphaliqucs , 
comme le basilic , la menthe , &c. et de toutes sortes de plantes 

odoriférantes : ils brûlent dans des cassolettes ( *_^^ ) , du bois 

d'alocs ( 3^ ) , du benjoin ( (Jy^ JJ"^ ) ' ^^ d'autres aromates ; 

et ils répandent sur eux-mêmes et sur les personnes qui viennent 

les visiter, de l'eau de rose ( 3jj *Lt ] , en la faisant dégoût- 

ter d'une sorte de flacon ( #*^-^ ou L:^ja ) , dont le bouchon 

d'argent ou d'autre matière est percé en sorte que l'eau peut passer 
au travers. Mais les der^•iches et les gens d'une morale sévère ne se 
laissent pas aller ■Jicti excès de sensualité: aussi voit-on que l'auteur 

traite de v_>x: JUI ^ Jj*^' , et plus bas de jjLlÀJl , ceux qui s'y 
livrent. 

P. ^S, I. rj.Voyez , à cause du mot cV^ , les notes sur la préface. 

P.^S.l. 24' Artemisiti judaica de Linnéc , suivant M. Delilc 
fOuv. sur l'E^gj'ptc , Hist. nat. t. Jf , p. j^). Golios dit qu'on se sert 
de la graine du Ji^ pour détruire les vers. 

L'espèce nommée «y^, qui est , à ce qu'il parait, la plus com- 
mune en Egypte, est ÏArtcmisia artoresccns. 

P. jS , L 24. Le JIjc des Arabes est V Antilope Dorcas de Linn. 

Au lieu de JfjjJf , le ms. A porte c.f>c Jf et le ms. D Xcj»}]- 

P. jp , / j. ^^-"^ signifie proprement •« déclarer Dieu exempt 

« de toute imperfection , le louer; >» mais, dans l'acception ordi- 
naire , ce mot signifie lAii/v/^;, parce qu'en efll't les iMusulmans, 
dans leur chapelet , louent Dieu de toutes ses perfections , ou 
invoquent ses noms exccllcns. Ces noms ou attributs de Dieu 
sont au nombre de quatre-vingt-dix-neuf , lesquels, avec le nom 
À' Allah . font cent. C'est pourquoi leurs chapelets sont ordinaire- 
ment de cent grains. \ oyez d'Hcrbclot , Biél. or., au mot Esnu. 

*= Les lajqucs tiennent le chapelet a la main ou dans la poche. 



( i58) 

'» par pure dévotion ; ii est encore d'usage, chez les femmes de qua- 
»> lité, de tenir dans leurs mains un long chapelet, dont les grains 
" sont pour l'ordinaire de jaspe, ou d'agate, ou d'ambre blanc , ou 
>» de corail, très-artistement ciselés ; quelques-uns même sont entre- 
» mêlés de perles fines , et ornés de glands à fil d'or. Les femmes 
» comme les hommes s'en servent par manière d'amusement et 
5> de contenance. Les derviches portent le chapelet à la ceinture , 
'> par état. » Mouradgea d'Ohsson , Tahl. de l'Emp. ott. t. IV, p. i4y 
€t 6p , et voyez Chardin , éd. de M. Langlès , t. VII , p. 24 et suiv. 

Je renvoie ceux qui désireraient connaître les quatre-vingt-dix- 
neuf attributs de Dieu , dont se compose le chapelet des musul- 
mans , à la dissertation de M. de Hammer , intitulée Ukr dit 
Talismane der Aloslimen , qui est insérée dans les Alines de V Orient ^ 
t. IV, p. ijj et suiv. 

Le mot ^j^^tNAJ s'unit presque toujours à J^-wj , et signifie, 

encore plus particulièrement que .^^ , « déclarer Dieu exempt 
" de toute imperfection , et de tout ce qui ne sied pas à sa majesté; 
» célébrer sa sainteté , &c. » 

P- jp > l- S. Le mot ^tVl, qui signifie l'immolé, est le nom 

que les Orientaux donnent à Ismaël. Ils disent qu'Abraham ayant 
voulu le sacrifier, Gabriel l'en empêcha, par ordre de Dieu, et 
substitua en sa place un bélier , que le père et le fils sacrifièrent au 
même lieu où ils bâtirent depuis le temple de la Mecque. D'Her- 
belot , Bihl. or. , au mot Ismdil hen-Ibrahim. On voit que c'est abso- 
lument ce que Moïse raconte d'Isaac. 

P. ^p , l. 16. (y^^ OJ^ signifie à la lettre, « le marché où les 
» marchandises se vendent bien. » 

I M ! • 

p. j-j?, /, ly. jjLIs est le pluriel de J^^ 

P. ^p, l. 20. j^ç Q signifie laciniam amiculi seu operimenti sustuîit ; 

de là qL« j>fc youi signifie « se découvrir la jambe. » On sait que 
les Orientaux ne portent point de bas, et que leurs habits, qui sont 
très-longs, leur couvrent entièrement les jambes; il est donc na- 
turel qu'ils les relèvent, et qu'ils découvrent ainsi leurs jambes. 



{ ''9) 

toutes les fois qu'ils veulent monter à cheval. On emploie le même 
vcrbc^^: pour signifier: se retrousser, afin de marcher plus libre- 
ment (*). On lit dans Hariri , séance XV.<^ j^ iW^^s (^^^\ 

(J^yJl j.iVj (J^ iVl " Voici la nuit , pense à rejoindre ta famille, 
» retrousse ta robe et n'attends pas la pluie. » 

On trouve la même idée dans Horace, Sat. l. //^ s. y. 

Hoc iter ignavi divisimus , altiùs ac nos 
Pracinctis unum. 

A la lettre: « \ oyageurs indolens , nous avons fait en deux 
» traites un trajet que des gens retroussés plus haut [plus ingambes] 
»> que nous eussent fait en une. » 

P' J9, l. 2y.Ox\ traduit ordinairement le mot ^L^ par chamelier, 
mais ce mot désigne proprement celui qui précède les cha- 
meaux en chantant. <« Une chose fort à remarquer sur les cha- 
•» meaux, c'est qu'on leur apprend à marcher et qu'on les mène 
»» à fa voix avec une manière de chant. Ces animaux règlent leur 
»> pas à cette cadence, et vont lentement ou vite , suivant le ton de 
» voix ; et tout de même, quand on veut leur faire faire une traite 
» extraordinaire, leurs maîtres savent le ton qu'ils aiment mieux 
'> entendre. » [Chardin , t. III, p. J7p-J « Les chameliers, pour se 
soulager, chantent tour-à-tour» (Tavernicr, t. I, p. 162, éd. de 
1724^ : c'est-à-dire qu'ils font tour-à-tour les fonctions de ^L:^ , 

P. 40, L II. UloJJl ou ^itvJf est le plur.de (j^<>J, compotor, 
sodalis , ifc. j on a déjà vu ce mot dans l'épigraphe. 

P.4o,l. -2-2. Au lieu des mots 3,J^ O^ . on ''t dans le ms. B 

ALLÉG. XIII. l'anémone. 

P. ^/, /. f. ^y^ , pi. jkjLû-i , et plus souvent ^L^l ^y\sJ:i 

• I "* .-. 

(*) "^^ (j^ .>— ^ signifie cn&uiu simplement itudiotus, jpromplus <t txpt- 
ditus fuit, fesfinav'it in ncgolio. 



( '60) 

est généralement traduit par anémone f Anémone coronaria, Linn.^; 
mais M. de Nerciat assure que c'est , en Perse , le nom du coque- 
licot ( Papavcr Rhœas , Linnée^. D'un autre côté, la description 
du j^^A-i-i ^ qu'on lit dans cet ouvrage , soit ici , soit dans la 

préface ( e,Viw oj^^ (^ ^b &c. ) , convient parfaitement au co- 
quelicot ; bien plus , toutes les descriptions du »yj^ que l'on 
rencontre dans différens poètes orientaux, conviennent également 
à cette papavéracce , et il me serait facile de le prouver par des 
citations. On lit, par exemple, dans VAnvari, p. Sy , rect. et vers. 

ï^L j»U». ^_yj T^ J^ jT^ «^LwjÎ L ^jo ji (^J"^ 

<€ Le coquelicot sur sa tige , ressemble à une coupe de vin sur 
» un rameau d'émeraude, » 

Je crois donc qu'il est difficile de douter que le iW^ né soit 
réellement le coquelicot. 

P. 4i > !■ ^' Au lieu de ^p-û-«, le ms. B porte ^-j-o-*. 

P. 4t , l- ^7- Quoique tous les manuscrits portent de même 
^L* ^1 >bLj Va , j'ai peine à croire qu'il n'y ait pas de faute. 
M. de Sacy conjecture qu'il faut lire (j^Vui 

P. 4-2- y l.2/.]\ faudrait L^^a.^ et UJlw, mais j'ai laissé ces 
mots comme ils sont dans les mss. , à cause de la rime. Je remar- 
querai aussi que, quoiqu'on ait imprimé oU«-o ^J^ je lis oUa-« ^^ , 
qui est la leçon du ms. B. 

P^4s> ^-2' S' P^*" ci'-^J oix*i , l'auteur veut parler de la 
peluche de l'anémone , qui ressemble à un vêtement déchiré , 
c'est alors l'anémone qui parle dans ces vers ; mais on pourrait 
les mettre aussi dans la bouche de l'auteur , ce qui me paraît 
même plus naturel. 

P.4j,i.io. Dans t^L2*"'j et i^'vXsblj , le y est la particule 

de complainte iùtN/Jl lJj^ . Voyez la Gram. ar. de M. de Sacy, 
tom. II , pag. 8o. 

P. 4S' l- ^4- Le (J dans (_$l<>£vA) est la saturation { ^^^i ) 

du hsra , toujours permise en poésie. Cram. ar, tom. II,rûg. jy4f 



(.'G. ) 

ALLÉG. XIV. — [..4 NUE. 

P. 44» /./.On Voit que l'auteur joue sur la triple significa- 
tion du mot^ ,, selon qu'il c>t affecte (\\\n fit/iii , <\\m tl/uim- 



ma ou d'un ktsrd. Quant au mot j_j , je ne sais s'il est syno- 
nyme (ks mots LoXa et ^ Triiiium Spclta de Linnée, ou s'il 
exprimerait une espèce diHércntc. 

P. 44» l' ^' Voici encore un jeu de mots entre ^3 et ji.Ccci 
fait allusion à l'idée qu'ont les Orientaux que c'est l'eau de la 
pluie qui forme les perles de la mer. Il y a une très-jolie fable 
à ce sujet dans le Boustan de Saadi. Voyez William Jones, 
Poës. as'uK. Comm.-p. //o, cdit. originale, et Toderini , Lcitcrnttini 
turchcscii, t. I , ch. XV. Pignotli en a donné une imitation en 
vers italiens, fiih. XXIII. 

P. 44' /• 7' On voit par les termes dont se sert l'auteur, qu'il 
fait une allusion continuelle à la génération. a\ mcrc peut être 
pris ici métaphoriquement pour ^rrr, d'autant plus que le ms. c 
porte ij'j' au lieu de pi 

P. 44' /• "■ A la lettre, « les filles des plantes. » On trouve la 

même pensée dans la préface du Gulistan , ^y^j^ ij iJj^ji^ "M ' -^ 

^Jjy^ {J>^j tM^ J-^ ij oyj CJ^ ^ &c. « Dieu a ordonne à 

» la nuée printanière , comparable ii une nourrice , d'allaiter les 
" filles des plantes dans le berceau de la terre ècc. » 

P. 44' /• ^j?» ï' laudrait [ AU^ ; mais c'est à cause de la rime 
que l'on a retranché Wi/cf, signe de l'accusatif, 

P. 44>f' ^4'^^ "''^' P*^^ traduit les mots Jf-s^ i?^->^' ^J 
(J, \j>-û\ Jl ^ [y^^ 4^1 n<^ ïnc paraissent nullement clairs. 

L'auteur a voulu jouer sur les mots (JSslc\ et ci ^^^ , mais il 
aurait dû le faire d'une manière moins obscure. On trouve dans 
la septième séance de Hariri le même jeu de mots, dans un scus 
différent: 

L 



( '62 ) 

« Ah ! plût au ciel que la fortune cruelle , qui m'a choisi pour 
3' le but de ses traits, m'eût enlevé mesenfans! » Traduction 
de M. de Sacy, Chrest. Ar. tom. III , y. ij6. 

P. 44, 1. 26. Les mots ^Ui ^^ ^^^^^^^j, &c. sont du Coran, XXI, 
ji. Voyez ia Bii'l. or. au mot Bal>. L'auteur , dans la phrase qui pré- 
cède ce passage , a voulu jouer sur la double signification du mot 
(^ , qui se trouve aussi dans le verset du Coran. 

P. 4), l. j. Comme les Arabes du désert sont divisés par tri- 
bus, et que ces tribus n'ont pas de demeures fixes, ils sont sou- 
vent dans le cas de pleurer le départ de la tribu de leurs maî- 
tresses , et d'aller gémir sur les traces qu'ont laissées les pieux Sic, 
des tentes de la tribu de leurs amies ; aussi trouve-t-on sans cesse , 
dans les poésies erotiques des Arabes , des idées semblables à celles 
qui sont exprimées dans ces vers. Les orientalistes connaissent 
la belle moailata de Lébid qui commence par cet hémistiche : 

« Ils se sont évanouis des lieux où elles avaient établi leur campe- 
» ment, les vestiges de leur demeure passagère. « Trad. de M. de 
Sacy , Cailla et Dimna , y. 1^0. 

P. 45 > l- ij- J'ai été forcé de couper en deux le mot '^' , à 
cause de la mesure , qui est duj--^ nomnié J^LCJ f . Voyez, sur 

la prosodie , le Clerc , Prosodia arabica , et Gladwin , Dissertations 
on the rhetorick , prosody and rhymc of thc Pcrsians. 

P. ^/, /, 16. tiy-V est pour JLL 

Après ces vers , on lit ce qui suit , dans le ms. D : 

iLoiîû vJI ièjLciil 

r N^JIj j^j 1 C^i3 ritA^c-* f^y^ <'*t>ê^ i3jM>jt) i-^^j ^3^ 0>î>*^ 

«-jj^Jl ^ «-_sa^ J-^ Oj€^ ij>^ 



( i('.5 ) 

LE JAIWIN , ALLllGORIE. 

«Je passai dans un jardin on ne peut mieux exposé, aus-ii 
i> frais et riant que beau et agréable : des Heurs brillantes , 
»» des ruisseaux limpides, des fruits, des oiseaux, en augmen- 
» taient le charme; la joie la plus vive y régnait; ni des 
» chaleurs excessives , ni un troid trop vif, n'en altéraient la tem- 
>» pérature. 

« H est facile à Dieu de rendre aisées les affaires les plus 
»> difficiles. » 

ALLÉG. XV. LE ROSSIGNOL. 

P. 4) , A i^- Je ne sais si les mots t-vJ^SÀXi , j[^ et J^>Jj p(. 
^ûli sont synonymes, ou s'ils expriment des variétés ou des 
espèces du rossignol proprement dit. j'J* c>t probablement l'abré- 
gé de {y'^^^^ y ji> mille histoires , ou de j[^lj[>^ mille voix (*}. 
£n arabe vulgaire, on nomme le rossignol yji> JLAjjjctl 
trouve dans Méninski (ju-^^ jl^ J-Jj : i| paraîtrait donc q 
j[j* ne serait qu'une épithctc , et que (J->-V et «-mJjJ^ seule- 
ment pourraient être synonymes. 

Linnéc n'a connu qu'une seule espèce de rossignol, AîotacilU 
luscinia ; mais Bechstein en distingue avec raison deux espèces 
très-différentes par la taille. La plus grande, qu'il nomme Alota- 
cilla philomcla ne vient pas en France, mais parait propre aux 
contrées méridionales de l'Allemagne et à l'Italie; peut-être la 
trouve-ton dans l'Orient. La seconde, plus petite, nommée Alota- 
cilld luscinia, commune dans toute l'Europe, se trouve aussi en 
Egypte ; car on l'a rap|K)rtée de l'expédition d'Egypte. If pourrait 
donc se faire que si les deux noms (J-yV et <_vJ jJ^ appar- 
tiennent à des êtres semblables par les couleurs, mais différens 

(*) Le mot numérique jl i^ rappelle le nom mexicain cJu Turdus Orpheus , ou 
CtnunUiitoUi , qui signifie <« quarante langues u . 

L a 



on 
ue 



( 'G4) 

par la taille , on retrouvât ainsi les deux espèces. Voyez les Orien- 
tal, collcct. îom. 1 , y. ij et siiiu. et p. zoy. 

P. 4)> J- JP' Plusieurs ojLif de cet ouvrage commencent par 

^y- — 5 . Ce mot se rapporte toujours à l'auteur; et il n'est pas 
inutile de le remarquer, car il serait facile de croire cju'il faudrait le 
traduire par» il dit »\^dixit: âç (pavo* ] , et cette manière de 
rendre Jl._3 pourrait, dans certains cas, paraître meilleure et 
plus poétique. C'est ainsi q\ie , dans la septième séance de Hariri, 
celui qui raconte, après avoir cité les paroles d'Abou-zeid , ajoute 
_^| LfiO t>-<2_gÀ9 Jb &c., qu'il semblerait tout naturel de tra- 
duire, <' Il dit, et je me levai promptement pour aller chercher 
3> ce qu'il demandait; « mais ici , comme par-tout ailleurs , J^^ — 9 
se rapporte à l'historien. Je n'ai pas cru devoir traduire ces 

P. 46 , î. /j". Au lieu de -^-^j' le ms. D porte jj-^f , ce qui 
vaut beaucoup mieux. 

P. 4é, l. 21. A la lettre, « comme deux fêtes.» Le premier o'tVjXi 
est le pi, de 3^ hanche, ou le collectif de 'ij\iyj£. pocerajml- 
ma, et le 2.^ est le duel de ù^p- feic. 

P. 4.J, l. p. Les mots qU IgJlfr ^ ^}^ sonlà\i Coran, LV, 26. 

P.4S , l. j- o'*^^ ^st ici le plur. de 3yi Ijre. 

P. 4S , l. /. Cette allégorie rappelle la jolie fable de Saadi , dont 
l'aimable et sensible traducteur de Djami a donné le texte et la 
traduction la plus élégante et la plus fleurie, dans la Chrcst. Ar. 
îom. III , }y. 4S2 et suiv. , et celle de Kaschefi { Anvari Sohéili , 
p. y 2 , édit, de Calcutta y, que William Jones a donnée avec 
une traduction anglaise dans sa Grammaire persane, p. loj et suiif. 
et M Wilken avec une traduction latine dans la sienne, p. 182 et 
suivantes. 

ALLÉG. XVI. LE FAUCON. 

P. 48, l. 7 Falco palumharius de Linnée. De j^—^ vient proba- 
blement notre mot Buse. Je pense que l'on me dispensera d'entrer 



( '« ) 

dans des détails sur la fauconnerie ; chacun eu sait assci pour 
comprendre cette allégorie. On peut voir d'ailleurs, sur la fau- 
connerie des Orientaux , Chardin , édit. de M. Langlès , tom. HI , 

r'393' 4- 

P: 4^> f- "• On voit que l'auteur joue sur la douMe signitica- 
tion du mot p>^ prononcé avec des voyelles différentes. 

y. ^y ,/.//. Ce proverbe se trouve dans d'autres écrivains 
arabes , et entre autres dans Hariri , 11.'= séance. 

P. 4^ > /. ^/. Je crois devoir faire observer que les passages du 

Coran cités ici forment avec les mots a__Lj > iiViLc • o-^ ^^ is \Li| 

des rapports d'annexion ( *3Lol J. Ces mots sont donc les antécc- 

dens , et ces fragmens de versets sont les conséquens {<^Ji c^^-*:^) 

Les mots C^vy^ O^^ X^ ^*^"^ ^^ Coran, XV, SS ; les mots 

cAjLJ «vj (J^' V LXXV, i6, et les mots Uj^ j^j^^ (j (J^' "^j 

XV II, J^. 

p. )0, l. 6. Les mots (>)LJL«jî Lil se retrouvent sans' cesse dans 
le Coran. Je me contenterai d'indiquer le verset 113 de la II.<= 
surate. 

P. jo, L 14. (J^«*^' signifie à la lettre , « le petit homme , c'est- 
« ù-dire , la petite figure qu'on aperçoit dans la prunelle. » 

P. jo, l. 2). Le mot CjUr' est synonyme de jft>3L«l . Ces deux 
mots signifient, « croire de cœur et confesser de bouche » O^' 

RisaUhi Barkoui ( Exposé en turc des dogmes de la religion 
musulmane ) , />, -:./. édit. de Scutari. 

AI.LÉG. XV ir. LA COLOMBE. 

P. )i. l. J. Forskai traduit pW*" simplement par Columhi ; mais 
on doit supposer qu'il a voulu nommer la Columha livia , qui est 
ia source de toutes nos variétés de pigeons domestiques. 

L ^ 



{ i66 ) . 

P. ;/, /. 7, Les mots ^^ Lgi^ j aj^jaJÎ ^y? Ja::». oj* 
stgniiîeni à la lettre , « sur ie cou de laquelle le colîier de 
» l'obéissance avait placé son signe. » 

r.ji. 1. S. Les mots ^j^ etjjjj-^ont probablement ici, comme 
dans plusieurs endroits de cet ouvrage , un sens mystique ; mais 
j'ai préféré les traduire à la lettre , pour imiter le vague qu'il y a 
dans l'arabe, 

P.ft, Lp. f-à-^-^ <^ pourrait signifier, «quelles sont les vues 
» de sagesse que Dieu a placées dans ton beau collier , » c'est- 
à-dire , « quelles sont les leçons allégoriques qu'on peut en 
« tirer. » 

P. fj , /. //. Je ne dis rien de cet usage ; je me contenterai 
de renvoyer à Touvrage «le Michel Sabbagh , intitulé la Colomhe 
messagère » où Ton trouvera des détails intéressans sur cette ma- 
tière. On connaît d'ailleurs ces vers du Tiisse : 

Una Colomba per l' aerec strade 
Vista c passar sevra h stuol francese ; 
Che ne dimena i presti vanni, c rade 
Quelle liqjùde vie con Vali tese : 
E già la messaggiera pcregrîna 
Dali' alte nubi alla Citta s' inchina. 



Essa nel gremh al pio BugUon ricovra. 
La raccoglie Goffredo , e la difende : 
Poi scorge , in lei guardando ( estrania cosa ) 
Che dal collo ad un jilo avvinta pende 
Rinchiusa carta, e sotto un ala ascosa. 

. . . Tai wessi in quel tempo usa il Levante, 
Libéra il Prence la colomba; e quclla , 
Che de' secret i fu rivelatrice , 
Corne esser creda al suo signor rubella. 
Non ardi pià tornar nunzia infelice. 

Jér. dél. XVIIl ; 4r> et suiv, 



( '<'" ) 

Les Grecs, comme \cs Arabes, confiaient sur-tout à ces messa- 
gères la correspondance de leurs amours. On connaît l'ode d'Ana- 
créon , ''^pcLa/M\', ^îhaa. , &c. où la colombe de ce poctc dit : 

Lyù Jl* AveixptorTt 

K(U VUV , Of>aCÇ y iKUVOV 
^LtTIÇOKcLÇ X£/U4^CjCI. 

P.j'i, I.iS. cyjLw , cjul signilîc à l.i lettre •< un homme qui 
»' marche », se prend , dans les livres mystiques , pour» un homme 
»> qui se livre à la vie spirituelle et contemplative. » On en trouve 
plusieurs exemples; comme dans Saadi , Gulistiin , l. 11/ , hist. zS , 

tXJl <^S=> ^_>JL.)^ ^jIXJL», a-xoU^ .< (ommc ont dit les gens 
" engagés dans la vie spirituelle. » 

P. )2, I. I. Ceci est probablement unvlsJcX^ / tradition]. 

P. J2, l. 4- Ce que l'auteur dit ici ne me parait pas très-conforme 
avec ce qu'on lit dans lu Colomh messdgcre , p. 26 et suiv. « Suivant 
» les habitans de l'Irak » , dit Michel Sabbagh , traduit par M. de 
Sacy, «« le pigeon blanc à collier est celui qui s'apprivoise le plus 
» aisément : il doit être préléré pour l'objet dont il s'agit. » 

P. J2, L 6. Je n'ai traduit les deux phrases arabes que par une 
seule. 

P. J2, 1. II. M. de Sacy pense que yj-^ veut dire , «c en criant 

^[>^ , '^'Lp^ , >• qui est un mot dont se servent Ic^ jy3 [ sorte 

de courtiers], en criant dans les bazars l'annonce des marchan- 
dises. 

P.j2, L iS. L'auteur joue sur la double signification du mot 

P.j2,i 22. .à^ est le synonyme de *-<2-iL^ , Triticum Spdta de 
Linnée. Forskal , Flor. A^.g^pt.-drah. p. LXl. 

P. /-2, /. j/. Suivant quelques rabbins et quelques musulmans, 

L 4 



( '68 ) 

Je klé eit le fruit défendu qu'Adam mangea. Voici ce que dit 
!e commentateur Beïdawi , sur ces mots du Coran, II, j-j». 

O^ 3j-ûiLlî jsî> Lo ei^j^ pi>a] ïLjVÎ (j 

■« Cet arbre est ou le blé, ou ia vigne , ou le figuier, ou un arbre 

« qui rajeunissait ceux qui en mangeaient; mais il vaut mieux 

« ne point s'arrêter à déterminer quel il était , attendu que le 

« Coran nous laisse dans l'incertitude sur ce point. » 

P.j2,I. 2y. Cette expression se rencontre très-souvent chez les 
écrivains arabes. On la trouve entre autres dans la IV.® s. de Hariri : 

P' S3' ^-S' Quoiqu'on ait imprimé c::>^'>^l , je lis o^, qui 
est la leçon du ms. B. 

P. /j», /. 10. Ces vers sont au pluriel en arabe; mais comme je 
crois que le pluriel est ici pour le singulier, je me suis permis de 
les traduire par ce dernier nombre. 

P. )^ , l. i6. A la lettre : « Celui qui le reprend avec dureté ne 
-» peut lui faire tourner bride. » 

P. SS> l- iS. L'aureur fait allusion au verset 72 de la sur. XXXIIl 

du Coran : ^J^[^ J^jJ^J^^'j o^yuJt J^ wLoVl L^_^ CjI 

que Marracci traduit ainsi : «t Nos sanè proposuimus fidem cœlis, 
5> et terrae , et montibus ; sed renuerunt portare eam , et formidâ- 
» runt ab eâ > et portavit eam homo , atque ipse fuit iniquus , 
» stultus. » 

ALLÉG. XVIII. l'hirondelle. 

P. j4> ^' -• Selon Bochart, Hierozoicon , tom. II, page 60, 

l'hirondelle se nomme, en arabe , tJ^-*^, à cause de la rapidité 
de son vol. 



( I'") ) 

VHirundo rusina a été rapportée d'Egypte, et est figurée danj \c 
grand Ouvrage sur l'Egypte , Hist. iiat.pl. IV. Il est probable que 
VHirundo urfiùi , qui vit en société avec la première , et qui , 
comme elle, fait son nid près des habitations, existe aussi en F.gypte. 
Il faut remarquer que la première niche dans les cheminées, et la 
seconde sous les corniches , les portes des granges, entre les solives 
qui sont ordinairement à découvert. 

P. f4' l- )' On ^'<J'ï ^^c, dans cette première phrase, l'auteur 
joue sur les mots. 

P. //, /. 14. « L'hirondelle bâtit son nid de chaume, de foin et de 
5» paille , en prenant toujours une becquée de boue avec chaque 
«brin de chaume, afm de mieux mastiquer le tout ensemble: 
» elle lie son ouvrage comme un ma^on &c. » ( V^ilmont de 
Bomare, Dia. d'hist. nat. ). Il est donc naturel qu'elle aille faire 
%ts provisions auprès des ruisseaux, où elle trouve tous ces ma- 
tériaux réunis. 

P. //, /, ij. Jeu de mots entre .Uv voisin, tl 'X^ ctrc injuste fc. 

11 y a littéralement : « Je ne suis point pour mon voisin comme celui 
» qui est injuste, ni pour les gens de la maison , comme le perfide. » 

P. j6, l. j?. Jeu de mots sur l'homonymie des consonnes dcj j 

et >_j,ct de (_>s:>w et c_s=^ 

P. )6, /. 16. Les mots ô^y jusqu'à (j*»*-*^' , sont un cl>^(>^ . 
P. ;6, l. ip. ^j^^ est pour ^ qu'exigeraient les règles de la 

syntaxe; mais la mesure, qui est du j-^ nomme J-«<^l , a 
obligé notre poète à saturer le /^csra , licence toujours permise 
en poésie. 

P. //, /. 4- A la lettre : « Je ne demande pas de prolongation 
» à ton discours. >» 

ALLEG. XIX. — Lr IIIEOU. 

P. j/, l. 6. Strix Scops de Linnéc , suivant M. Savigny, 
Ouvrage sur l'Egypte, Hist, nat. 1. 1 , p. loS. 



( 17°) 

P. ^8, l. 6. J'ai traduit trois phrases paf une seule , pour éviter 
des répétitions qui, je crois, ne sont supportables qu'en arabe. • 

P. )S , l. 2^. Hordcum vitJgare de Linnée , suivant M. Deiile 
fOuv. sur l'Egypte , Hist. jmt. tom. II , f. 5; } , et Hordeum hcxa- 
stichon ,%\x\\dXi\. Forskai ( Flor. yEg.-ar. ji.LXl ). Quant à ^j^, 

ce mot signifie proprement, « un petit pain rond, très-mince et 
■>•> croquant. » Son synonyme est ^ y^— > . Voyez sur ce mot la 
note savante et curieuse de M, de Sacy , dans la Relation de 
l'Egypte par Abd-aliatif , p. ^28. 

P. Jp , l. 6. Au lieu de it^yJJf Je ms. A porte 'ôjiVl. 

P. jp , l. iç. Les mots ^^^^ I C^U. p ^ Js sont du Coran , 

XXV m, 88. 

P. jp, L 2j. j — 4» Hou , qui est le cri du hibou, est l'un des 
quatre-vingt-dix-neuf noms ou attributs de Dieu. Voyez les notes 
sur l'allégorie de la lavande. 

P. 60 , L 7. (^^ est un terme du langage mystique. On lit 
sur ce mot, dans le Seïd Jorjani, Kitab Tarifât, un article inté- 
ressant, que son étendue m'empêche de donner ici. 



ALLEG. XX. LE PAON. 



P. 61 , l. 2. Pavo cristatus de Linnée. 

P. 61 , L 6. (T^V' Ehlis , corruption du mot grec ^idCoXoç , 
est le nom que les Arabes donnent au prince et au chef des 
anges prévaricateurs. 

P. 61, L p. 0*^4^ (j L« icî AWij signifie à la lettre, «< Dieu 
5' connaît le fond du cœur. » On voit qu'il y a un jeu de mots 
entre qU-::i>. et qU^ ; cette phrase n'est guère qu'un remplis- 
sage qui n'est là que pour la rime. Les personnes qui ont lu 
le Coran sont habituées à ces phrases détachées qui coupent le 
sens de la période. Les Arabes nomment ces expressions inci- 
dentes j^ [>^£- 1 ou y^^>^ . Voyez à ce sujet les Notices des mss. , 
tom. X , p. 68 et 6p. 



( i7> ) 

P. 61 , /. 12. Au lieu de P^ — i le ms. A porte fi^ — ^ . 

P. 62, l. 4- Le mot (j'tVj signifie ici les beaux udolcsccns 
qui feront dans le paradis les fonctions d'échansons ; quant au mot 
jy^> il signifie, « les jeunes beautés destinées aux habiians du 

» paradis, beautés qui auront de grands et beaux yeux noirs ( ce 

» que signifie ^J^ j^^ , qui est le nom qui leur est donné dans 
>» le Coran) , qui seront pures , toujours vierges, et n'auront point 

>» d'enfans. » On sera pcut-ctrc étonné de trouver ces mots en 
parlant du paradis terrestre, mais on sait que les musulmans le 
confondent avec le paradis proprement dit. Voyez d'Herbelot , 
au mot Gentuih, 

P. 62, l. //. Dieu ayant commandé aux anges de se prosterner 
devant Adam, en marque d'honneur et de respect, ils y satis- 
firent tous, excepté Eblis, qui refusa d'obéir. V'oyez le Cor. sur. 
Vil , et la Bi^lioth. or. aux mots AJiim et Ltlis. 

P. 62 , /. 2y. J'ai paraphrasé le mot ^*^ , qui signifie à la lettre 

«« avec eux. » 

Il est essentiel de savoir, pour comprendre parfaitement l'histo- 
rique de cette allégorie, que Dieu ayant défendu à Adam de 
manger du fruit d'un certain arbre , ce fut alors qu'Eblis le 
maudit , s'associant avec le paon et avec le serpent, s'accosta 
d'Adam et d'Eve, et fit tant, qu'après un long entretien qu'il eut 
avec eux, ils mangèrent du fruit défendu. Mais à peine eurent-ils 
pris cette fatale nourriture, que les habits dont Dieu les avait re- 
vêtus ( car , selon les musulmans , Dieu avait habillé Adam et 
Eve d'habits merveilleux, tels qu'ils convenaient à leur dignité ) 
les quittèrent aussitôt et tombèrent à leurs pieds ; ce qui leur fit 
connaître le péché qu'ils avaient commis, en les couvrant de 
honte et de confusion à la vue de leur nudité. Us coururent in- 
continent vers un figuier pour se couvrir de ses feuilles, et ne 
Jurent pas long-temps sans entendre la voix foudroyante du Sei- 
gneur , qui prononça ces paroles : Dcscenikz et sortez de ce lieu ; 
foui deviendrez ennemis les uns des autres , et vous aurez sur la terre 



( J7'^ ) 

votre hiihitntbn et votre suhistance pour un temps, f Coran, sur. VU, 
XX, &.cj. 

La tradition la plus commune est ({u'Adam tomba sur la mon- 
tagne de Serandib (c'est l'ilc de Ceyian, où il y a encore au- 
jourd'hui une montagne nommée par ies Portugais Pico de AcLim). 
Eve tomba à Gidda, port de ia Mer rouge, assez près de la 
Mecque; Ebiis tomba à Missan, près de Bassora ; le paon dans 
l'Indostan, et le serpent à Nisibe ou à Ispahan, c'est-à-dire dans 
les lieux où ces villes ont été depuis bâties. Y>'WQx\)t\oi, Bihlioth. 
orient, au mot Adam. 

P. 6j, l. 2j. Si ces vers sont dans la bouche du paon, le mot OL*» 

signifiera ici « les anges » , ou mieux encore , <« les houris et les 
■>■> échansons du paradis » ; s'ils sont dans la bouche du poëtc, ce qui 

est plus naturel , alors le mot ë,^^ signifiera « les habitans de 
» la tribu de la maîtresse de l'auteur », ou mieux, « les chefs de 
«la tribu qui, ayant fiiit décamper cette tribu, ont ainsi privé 
» notre amant de la vue de son amie, dont la tribu avoisinait la 
» sienne. » On peut aussi donner à ces vers un sens mystique ; et 
malgré le vague des vers arabes , il est probable que c'est le 
sens qu'a en vue l'auteur. 

^ P. 64, L I. Voyez, pour la particule I j , les notes sur l'ané- 
mone. 

P, 64, î. 2. Les mots ^^y^ , lj.€^j, et plus bas, \yS^\ y 

sont pour è^^ , ^^^^ et ^S-^ I . On ne les a orthographiés ainsi 

que par licence poétique; licence exigée par la mesure, qui est 

du^H^ nommé J^lxJ) . Voyez la Cramm. arabe , t. Il, p. ^y4^ 
n.°^ 6pi et 6p2. 

P. 64, l. j. Le mot (j-^, qui est traduit, dans les dictionnaires , 
par cil, ne signifie cependant que paupière. Outre la preuve qu'en 
fournit son autre acception de pagina gladii , en vulgaire , on ne 
l'emploie jamais que dans le sens de paupière , et je pourrais citer 
plusieurs passages de Hariri où il est impossible de le rendre par 
ai : le nom le plus usité pour cil est c->OJfe 



p. ^4 > f' 7' ft-i est un mot tout difltrciu de ^ : relui -d 

est une conjonction, et l'autre est un adverbe de lieu ( Ol^ des 
Hébreux ). 

P. 64 , /. S. Vv^ est jHJur (JLi par la même licence dont 
nous avons parlé plus haut. 

ALLÉG. XXI. LA PERRUCHE. 

P. 6) , I. 4' °J-^ est le nom arabe de la perruche à collier 
couleur de rose, Psittacus Alexandri de Linnéc, suivant Sonnini, 
Vii)'age en Egypte, t. IIf,p.pj. 

P. 6j, l. t^. On lit dans Saadi , //, S : 

« On ne peut se lasser de louer le paon ù cause de la richesse et 
» de l'élégance de son plumage ; mais lui-mcme il a honte de la 
» laideur de ses pattes. » 

P. ôj, l. II. J'ai traduit Js^-^é-^w par chcrif, et je crois que c'est 
le sens que Tautcur a voulu donner ici à ce mot; car on sait que 
les chérifs , c'est-a-dire , les descendans de Mahomet par Ali son 
gendre et par Fathimeh sa fille, portent le turban vert, tandis que 
les autres Musulmans le portent blanc. Bbl. or. au mot Schcrif. 

P. 6j, I. t). Le mot (Tj j"^ signifie tpmhau , cercueil , sarco- 
phage, &c. M. de Sacy a traduit ce mot par sarcophage, p. ly'j de 
la Relation Je l'Egypte, par Abd-allatif; et dans sa note, p. 219, 

il observe que Pococke a rendu iy*J^ p^ir sepulchrum , et que ce 
mot a constamment ce sens chez les écrivains arabes. Méninski le 

traduit par (j'-^—j»-^ j-^-*-^^ Cameterium Alagorum. 

P. 66, l. /. Au lieu de j^ Sz] , le ms. A porte jLCJVl • 

P. 66 , l. /;. Les mots ^y^y^ *^jj^ signifient à la lettre , «« le 
» champ de l'existence »; ce qui veut dire le monde , In terre : la 

preuve , c'est que les mss, B et D portent Ujcv I *-^jj^. On trouve 



('74) 

cTaii leurs cette périphrase, ou du moins des périphrases semblables , 
dans les écrivains orientaux, avec le sens que je donne ici à cette 
expression; comme, par exemple , PlcN^I oliLili*., dans ÏAnvari 
So/ici/i , fol. 6j verso. 

P. 66, l. iS, Les mots ^j^ a^^ se trouvent dans le Coran , 
XVII, Si, 

P. 66 , l. 21. La demeure de l'éternité signifie la demeure éternelle. 
Les Arabes, ainsi que les Hébreux, les Persans , &c. déterminent 
souvent un nom par un autre nom , au lieu de le modifier par un 
adjectif; ainsi, au lieu de dire montagne sainte, mons sanctus , ils 
disent montagne de la sainteté, mons sanctitatis ( *1M3 piy*"*Q 
•]î!:^'7p , ps. XV, I ). On a déjà vu, dans cet ouvrage, plusieurs 
exemples de cette construction. 

P. 6y, L 12. Les mots (gvJ.su I itf:AiJl ^^-âa-u vj^a-j (3^|o signi- 
fient à la lettre , « celui qui entend et qui sait ( Dieu ) , a fait naître 
» entre les hommes et moi une amitié réciproque. » Les mots ^f^c^-^l 
et A-^l , sont deux des quatre-ving-dix-neuf noms ou attributs de 
Dieu. 

P. 6y, L jp. ^icN5 I c>-^ signifie mot à mot, « ( je serai ) sous 
» leurs pieds. » 

P. 68 , l. I. Ces vers sont au pluriel en arabe , et semblent placés 
dans la bouche de la perruche ; je crois cependant plus naturel de 
les entendre comme je les ai rendus , vu le style de l'auteur et 
l'ensemble de l'ouvrage. Voici comment on pourrait traduire les 
quatre derniers , en les supposant prononcés par la perruche: 

«t J'aime des êtres qui sont excellens, soit en réalité , soit à l'exté- 
» rieur; qui sont grands en dignité et en réputation, et dont les 
» vertus sont pures. Dans l'autre vie, je l'espère, j'aurai encore 
» le bonheur d'être avec eux; car Mahomet, la plus excellente 
»> des créatures, a dit et annoncé ( et c'est une vérité): Celui 
» qui aime une -personne ressuseitera avec elle. » 

On voit que je rends différemment le C^^.ô^^ qui termine ces 



( "75) 

vers; mais c'est à cause des derniers mots de la prose , (j\ii semblent 
nécessiter ce sens , si on place les vers dans la bouche de la per- 
ruche. 

P. 6S, I. 12. Les derniers mots de cette allégorie me rappellent 
ces quatre jolis vers du Gulistnn , liv. II , 26. 

^^j>» <>^^ UVS^ cii>* '-^'^v 

n Sur le matin de la nuit dernière , le gazouillement plaintifd'un 
» oiseau vint frapper mon oreille. Une émotion involontaire s'em- 
>» para tout-à-coup de moi et troubla mes esprits. Le hasard fit 
» qu'un de mes amis les plus intimes entendit les soupirs que je 
" poussais. Je ne puis comprendre , me dit-il , que le chant d'un 
» oiseau ait pu produire en toi une sensation pareille. Ah ! lui ré- 
» pondis-je , est-il conforme aux lois de la nature que les oiseaux 
>» chantent les louanges de Dieu , et que je garde le silence. » 

P. ôS, l. i4' fj^J^ signifie proprement, <« celui à qui il a été 
i> fait miséricorde " ; et , par suite , on emploie ce mot pour dési- 
gner un dcfunt , un mort , un trépassé. Je crois qu'il faut ici rapporter 
f^j^ au poète, et prendre ce mot dans sa signification propre. 

ALLÉG. .XXIl. — LA CHAUVE-SOVRI S . 

P. 6p, 1. 2. Selon Bochart , Hicrozoicpn , t. II , p- jjO , la chauve- 
souris est nommée en arabe (j-*-^ ( de la racine /jiÂsh, cktilis, 
imkcillis fuit ) , à cause de la faiblesse de ses yeux. 



( 176) 

Je n'ai pas besoin d'avertir que cette allégorie est toute mystique 
d'un bout à l'autre ; mais il est nécessaire de se ie rappeler en la 
lisant , pour en saisir le sens parfaitement. 

P. 6p , l. S. Ce qu'on lit ici est une allusion à une tradition 
( c!>JcN^ ) ; car il n'y a rien absolument dans le Coran qui ait trait 
à cela : Cham peut être aussi le symbole des gens mondains , Sem 
celui des hommes de Dieu , et (JS^ le lieu qu'habite la divinité. Je 

n'ai pas besoin de faire observer qu'il y a un jeu de mots entre jol^^*- 

ohivit, et 1»''^ Cham. Toutefois le ms. A seul porte ce passage tel 

que je l'ai imprimé. Voici ce qu'on lit dans les autres mss. : tN^^S 

^UJI ^^1 l^ r jdU.j/1 ^P G-^J^J ' ^^^ C^ Jj^ f*^ 

C JsLuJ ô I 

p. 6p, l. ip. Quoiqu'on ait imprimé o^^ c>^\c. 1 3ij , &c. leçon 
du ms. A , je lis oÂ^j ^j^'ÂJi o-li.^1 , &c. qui est la leçon des 
autres mss. 

P. yo , l.j. (J-rt^ ^-^J/^ signifie à la lettre : « je traîne après 
» moi la queue de ma robe. 

P. /o , l. /<^. Il y a dans le texte , Gahriel. Or on sait que 
cet archange joue un très-grand rôle dans le Coran , et par suite 
dans les livres orientaux. C'est lui qui apportait à Mahomet les ré- 
vélations célestes , et ce fut lui qui le conduisit , lorsque , monté 

sur le Borac, il fit au ciel le voyage nocturne nommé ^L>*^ > c'est- 
à-dire, -wc^-w^/o//, Gabriel est aussi de cet ordre d'esprits célestes que 
îes musulmans appellent qo iL« , c'est-à-dire, « qui approchent de 
« plus près le trône de Dieu. » Voyez d'Herbelot,au mot Céhràil. 

P.yo , L 20, J'ai déjà remarqué que, dans les écrits mystiques, 
le vin signifie l'amour de Dieu. Les mots l j^ (jUis jî^ ,^ (J^j 

(^^À/> ^liUl équivalent donc à ceux-ci: «■ Dis à l'amant pas- 
» sionné que son amour va être couronné. » 

P. yo, L 24. Ces vers sont placés dans la bouche de Dieu, 



{ Ï77 ) 

c'est-à-dire du «->^^^ ; mais on se souvient que ce mot, que je 
traduis par maîtresse, ifc. , indique toujours, dans cet ouvrage, la 
Divinité. 

P. yi, l. y. J'ai été forcé de diviser CiljjÊ , à cause de la me- 
sure, qui est du ^>-^ nommé (J^vXJl Ce vers est différent dans 
les quatre mss. Le sens est : « Si tu m'aimes et que tu pra- 
>• tiques mes lois, ta vertu te fera honorer de tout le monde et 
» t'éievera au-dessus des monarques. » 

P. yi, l. 8. J'ai coupé ie mot (^^*^ , toujours à cause de la 
mesure. 

P. yi , l. 14. C'est a dessein que j'ai omis dans ma traduction 

^vJiJl o>JUw I tSjfcj « ce serait ie contraire de la règle com- 
mune. » 

P. yi , l. //. Tout ceci, depuis ie mot o^ jusqu'à j'J^^va^ ^ 
est si mystique et tellement obscur , que chacun des mots exi- 
gerait une ample explication. J'ai tâché de rendre ce passage 
aussi exactement que je l'ai pu, et je me contenterai d'expliquer 
ici les mots qui présentent le plus de difficultés. D'abord le mot 

\^.y^ est ainsi expliqué dans le c:j'^^>aj' cjU^=> Livre des 
Définitions : iColi_j;^V| ^j^J^ ^ çjû-a&llj t_>-U2if |bLJL«^^ 
et voici , selon le même ouvrage, ce qu'on entend, dans la langue 
mystique, par le mot iCoUu-wl : iO»j>X«j K^)6 3^^1j ^y'^s^ 

Le mot c)S^<f^ > qui vient dans la ligne suivante , est, toujours 

d'après îe Tarifât: io»LsLj^ Y f (^ *lji — ^^^'j T'j^J^' /»^ 

Quant aux mots cij*-^ et ïJj»^ , pi. Oj*-»-* , on les a déjà vus 
employés dans un sens mystique. Voyez les notes sur la rose. Enfin , 

voici la signification mystique de (jyij ( ^^-^^^ Jj*"' t>-^ ) 

l*) Cette dcfinitioii du moj ft-»Vfl.X.w| se trouve dans les NotUes dts mss. {om. X, 
P- -fvf tt ^;. 

M 



{ '78 ) 

toujours suivant le oIâj-aj":qI — (tVi cS — j (^^sJi f-?.jj 

p. yr , l. 2/, Peut-être faudrait-il traduire /j^*^ ôj^ "3^ 
(^j^, " parce que je suis dans un état d'imperfection. » 

P. y2, l. i4' On pourrait peut-être traduire jV^c^l par « ies 
autres ( que Dieu ) » , c'est-à-dire , <■<■ tout autre objet. >» 

ALLÉG. XXIII. — LE COQ. 

P, yj , /. ij. Le mot que je traduis par anjwnce de la prière , est fe 

mot (J'-^f izan , qui est l'appel à la prière, que \qs muezzins 
( c'est-à-dire ceux qui font l'izan ) font à haute voix du haut du 
minaret des mosquées , pour avertir le peuple que c'est l'heure dé- 
signée par la loi pour louer et prier Dieu. Cet appel a lieu cinq fois 
par jour. Dans le mois de Ramadhan , qui est consacré au jeûne, 
il y a deux appels, et par conséquent deux prières de plus; mais 
ces prières sont surérogatoires et de pure dévotion. 

I ^ 
P. y^, l. ly. Les mots 'Lsi^^ \&j,^ sont dn Cor., VII, 2o4' 

P. yj , L 22. Allusion aux mots que prononcent les muezzins 

en faisant l'annonce de la prière: «^1 û qI tX^I _»^=i awI 

Cette annonce est la même pour les cinq heures canoniques , 
excepté celle du matin, où le muezzin ajoute ces paroles : ëJL^i 
jijJl t^ J^ « la prière vaut mieux que le sommeil. » Voyez 
Mouradgea d'Ohsson, Tahleau de l'Empire ottoman , t. IV, p. loS 
et suiv. édit. in-iz. 

P. j4, L p. fsXjo est ici dans le sens de devoir religieux : ce 
mot a souvent cette signification chez les auteurs mystiques. 

P. y4 , L 10. Or^i^ est le pluriel irrégulier de la trentième 
forme, qui est une de celles que les Arabes nomment cî^» ou 
ÇyJ^ c/^^^^ : son singulier est CiJ^-î^ 



( '79 ) 

P. j4' ^- 'S- *^^^'j^ "ï *^" pluriel de C->j3lj . Voyez , par rap- 
port à cette pierre précieuse, les notes sur la violette. 

P. 7/, /. j*. Ces deux vers ne se lisent que dans les mss, A et F). 
Le ms. B en porte trois diffcrens , et le ms. c en porte également 
trois autres ditférens aussi. Le ms, D contient en outre près d'une 
page de prose de plus que les autres manuscrits. Je n'ai pas cru 
devoir m'éloigner du ms. A ; et je ne crois pas mcmc devoir sur- 
charger mes notes des vers des mss. B et C , qui ne présentent rien 
d'intéressant, et encore moins de la prose du ms, D, qui ne con- 
tient que des pensées triviales et des lieux communs de morale. 

ALLÉG, XXIV. — LE CANARD, 

P. 7/, /. /^, La signification du mot ^ n'est pas exposée trcs- 
claircmcnt dans nos dictionnaires. Voici la définition exacte de ce 

mot, d'après le Kimh Tarifât : o 1^ ^-rV-^-?Ç '^^--^j t_>^' '*^'^ 

o^^^jfjUidil J,^^:J^ c-mU^ Jl iL'^j^f « La "direction du 

» cœur et l'emploi de toutes les forces spirituelles , vers un but quel- 
» conque, pour parvenir à la perfection, ou pour autre chose. » 

P. 7/ , /. 20. J^ est toujours oppose à J^j. (J-o signifie pro- 
prement rosée, et de Jà il s'emploie pour exprimer le peu , V exi- 
guïté , ire. (Jjo, au contraire , signifie pluie , et de là , l'ahn- 
dance , ire. Le sens est donc ici : « Tu te contentes des ordures, 
» et tu ne portes pas ton ambition plus haut. » 

P. j6, l. /. Les Arabes disent en proverbe : tj>-U? ^^J\ ^jiji 

(\,^\ "■ Celui qui veut des perles doit plonger dans la mer.» 

P. yô , l. 2. Ceci et une grande partie de ce qui suit aurait 
besoin d'un commentaire ; mais comme je l'ai traduit littéralement , 
je me contenterai de renvoyer aux notes sur la chauve-souris, pour 

les mots 0^:^ ^^ cTr^ . Quant aux mots ^iCk et ^Ia/o , on les 

a déjà vus plusieurs fois dans cet ouvrage, dans le sens qu'ils ont ici. 
V'oyez, dans d'Herbclot, au mot Ftidhail , un fragment du Kaschf 

Mz 



( «80) 

Asrar, qui jette diu jour sur les métaphores cjui terminent la prose 
de cette allégorie. 

P. 76 , l 10. \\^ ( * ) est le nom d'action de H^ [fulsit , 
mlcuit] , deuxième forme du verbe quadrilitère V 

P.y6, 1.24. (j'-ynese trouve dans les dictionnaires que dans 
le sens de poitrine : mais je l'ai souvent entendu employer en 
vulgaire , pour exprimer îe cable à l'aide duquel on haie les ba- 
teaux. De ce mot (j'-y , vient probablement le mot lièan , dont les 
pêcheurs se servent pour désigner la corde qui est au bas du filet. 

P. y6, L 2). *^ô<^ , plur. c:>VtX^, signifie proprement attrait , 
entraînement , attraction , fc. Toutefois , dans le langage mystique, ce 
mot est l'abstrait de CJ>jc>^, qui signifie un homme qui , attiré par 
la grâce de Dieu, quitte le monde et les choses du monde , pour 
se livrer à la contemplation. M. de Sacy l'a traduit par illuminé. 
Voyez le Pend-namèh , p. LV et suiv. où ce célèbre orientaliste cite 
M. J. W. Graham , a Treatise on sujiism, or Alahomedan myzticism , 
dans le recueil intitulé Transactions of the lit. society of Bombay, p. pS 
et suiv. 

P. y6 , l. 26. Les mots q-|1^i *^ sont également dans le 

Coran , XV 111, /^ ; mais ils sont pris ici métaphoriquement, et signi- 
fient ce degré où l'on n'est plus qu'à la distance de deux arcs {**) 

de l'union mystique avec la divinité : {J^. — «^ S^ ë^)-ê — ^ 
êUn^W Kitah Tarifât. 

P. -jô, l. 2y. Je crois qu'il est inutile que je m'étende ici sur la 
source ou la fontaine de vie , que les Arabes nomment g Lit ^^^ , 
les Persans qU^ cjI ou c:>Vr2* t-Ji , et nos trouvères Fon- 



(*) H y a duJsAJ' dans le texte, parce que ce mot étant au génitif, ic dernier | 
est affecté d'un kara et se trouve de plus placé au milieu du mot, ce qui nécessite son 
changement cnya. Gramm. ar. t. I.",p. jp , «.' /^, et p. p^, «.* 2J^. 

(**) Cette expression se retrouve dans le Co^^an, un , g. 



( .8. ) 

tiiirte (k Jouvence [ fons jiivcntutis ]. Je pense d'ailleurs que l'auteur 
veut parler ici métaphoriquement de la divinité. 

P. yj, l. j». Conformément à mes manuscrits, j'ai termine tous 
ces vers par un (j , par licence poétique , et à cause de la rime. 

P. yy, L y. L'auteur veut sans doute parler ici de la mort spi- 
rituelle *^ , qui est le septième degré de la vie contemplative 
AMI i3j»jt. On nomme aussi ce degré jJi^ , pauvreté. Voyez le 
Pcnd-namch , jnig. iSi et suiv. 

Il y a, à la lettre : « Avance, et le premier argent comptant 
'> ( que tu recevras ) sera la plus prompte des fins. » 

P. yy , L 8. Voici la définition du mot CJj^ , dans le sens mys- 
tique , suivant le cjLajy-*^' cJ>'''^^=' : 

P. yy , l. ly. Les manuscrits portent (Jj-^, qui est l'orthographe 
vulgaire; car on sait qu'en arabe moderne , les duels et les pluriels 
n'ont qu'un cas ^ lequel est le cas oblique du littéral. Ainsi l'on dit 

toujours {jJ^j , deux hommes , Q.J ù^.j , plusieurs zéïds , et 

jamais (J^^^J ^* Oj'^j- Le ms. A porte Oj-^ 

P. yS , l. 2. JU2J est pour VLkj , par licence poétique. 

ALLÉG. XXV. l'abeille. 

P. y S, I. 4 ■ Apis violacca, de Lin née , selon Forskal , Descrlpt. 
an. p. XXIII , et Apis mcllifiai, suivant Russel. Nut. Hist. of Aleppo , 
t. Il, p. 212. Voyez , sur l'abeille , le joli morceau de Cazwini , 
que M. de Chézy a donné dans la Chrcswmathie arabe , toni. T , 
p. jy^ et suiv. , et tom. III , p. 4^o et suiv. 

P. yS , /. /. On voit que l'auteur joue sur *Xk: , nom d'unité 
de J^^ , ahellle , et iX^, prétention. 

P. yS , L 6. Dans ^^}^j , l'affixe ^ paraît se rapporter à 

M3 



( '82 ) 

^ , fcminin , par une licence poétique. Pour ce qui est de «*A:^j ^ 
ou le » est ici un affixe , et il se rapporterait encore au canard , 

ce qui serait bien irrcguiier; ou il fiiut lire i-o».j , les points du » 
étant retranches à cause de la rime , et c'est ainsi que j'ai lu ce mot. 

P. jS , l. I). Les manuscrits portent o^ > rnais comme les 
règles de la grammaire exigent ici le mode conditionnel ( pj^ ) , 
j'ai reformé cette irrégularité du langage vulgaire. Ces mots v_j>J' o 
C^LLsf «uiJLo U.J.9 signifient , à là lettre , « Ne nourris pas une 
» branche que ta racine détruira. » 

P, yS, L 2^'. Voici ce qu'on lit sur l'abeille dans le Coran, sur. XVI, 
intitulée J^f «•jj-»*' [sur, de l'abeille],!/, yoctji: ci' ^j cl'j'j 

Qj-^jJO \£ o j-:£Lj\ ^j^j ^^ U^. ' L>'* L^tX^' (J' J"^' 
L>^ ^J^. ^^'^ ^J J-^ JiLJé c^îjiJI (j^ ^ ^Jé / 

(Jj^.xJuj jsJJ iSi Comme les deux traductions françaises du 

Coran de du Ryer et de Savary , les seules que nous ayons, sont 
peu littérales, j'essaierai de traduire ainsi ce passage presque à 
la lettre : « Ton Seigneur inspire à l'abeille ce qu'elle doit faire; 
» il lui dit : Place ta ruche dans \cs montagnes , dans A^i 
î> creux d'arbres ou sous des voûtes. Fais ta nourriture des fruits, 
î> et suis avec humilité les voies de ton Dieu. Les abeilles four- 
» nissent une matière de diverses couleurs et qui est un remède 
5> utile aux hommes. Certes il y a dans cela une preuve de la toute- 
» puissance de Dieu, pour celui qui réfléchit. » 

Plusieurs phrases de notre allégorie font allusion à ce morceau 
du Coran. 

P. 7^, /. 4- Les mots ow^jVj'â.3, que je n'ai pas traduits, 
signifient à la lettre : en détail et en somme. 

P. 7^ , /. j?. Les Principes ou Elémens de la géométrie et de l'arith- 
métique d'Eue (ide ont eu chez les Arabes plusieurs traducteurs 
et un grand nombre de commentateurs. On a imprimé à Rome, 



( "85 ) 

en 1594, une traduction arabe de ces EIcmcns avec un com- 
mentaire de Nas5ir-eddin. \'oycz d'Herbclot, ànxmots AAlit/ei cl 
Ocluiis, et la Bio^TAphic de M. Michaud. 

P. So , /. S. L'auteur joue sur ^jj , esprit, et (_^jj , fcminin 
de i'impcraiit du verbe ^'j. Ce dernier mot est pcut-ctrc aussi 
une simple répétition du premier : ô ame de mon nme. 

P. So , l. (f. J'ai suivi la le<,on du ms. D; les autres portent 

p. So , l. 10. Ou les deux o'^ doivent ctre pris dans le même 
sens , ce qui serait fort mauvais, ou le premier est de la racine 

jv::!^ , et signifie ik la race des démons. 

P. So, l. tj. Cette dernière phrase est certainement mystique, 
et signifie qu'on ne peut parvenir à la vision intuitive sani avoir 
passe par les degrés, si ditîicifes à parcourir, du spiritualisme. 

Les vers qui suivent sont également mystiques. L'auteur les a 
placés dans la bouche de la Divinité. Je pense que le lecteur , 
déjà accoutumé au style de l'ouvrage , les comprendra sans expli- 
cation. 

P. Si , /. j". l-^*^' est une deuxième forme quadrilitcre, formée 
de <sv*/» , qui signifie saisir le \^^aa ^ comprendre le sens caché et 
allégorique des choses, &c. ] Ce verbe pourrait signifier aussi devenir 
vj.\A>o f cesser d'être une substance corporelle et devenir une idée , une 
chose purement spirituelle]; mais dans les passages de cet ouvrage où 
ce mot se trouve employé, il parait plus naturel de lui donner le 
premier sens. Il y a plusieurs exemples de verbes formés de cette 

manière : de i^ySL^/» on a formé ^j^^^>*^' ; de *-^jO^ t ^J^^ '> ^*^ 

cH<>^ , J J-vtf^" &c. 

ALLÉG. XXVI. LA BOUGIE. 

P. Si , l.tp. De même que les Orientaux comparent aux larmes 
les gouttes de cire qui découlent de la bougie, ils comparent 

M 4 



( '84) 

Souvent aussi les larmes aux gouttes de cire. Voyez-en un exempfe 
dans le Pend-nameh , ji, ^oy et joS. 

P. Si , /. //, Il y a dans le texte mon -père , parce (|ue J-^ est 
du masculin; mais j'y ai substitué ma mère, pour me conformer 
au genre de l'abeille en français. 

P. Si, l. 22. j\_y>\ signifie proprement vis'itatîo , visitatîonis 

hcus , ifc. Le mot-à-mot est donc : la visite entre nous a été éloignée. 

P. S2, l. j>. On voit que l'auteur joue sur les mots (^y^ et 
(^j O^ , qui se prononcent absolument de la même manière , à 
cause de la pause [ t_^j ]. 

P. Sz, h 7. Les mots ^Lv ^J^ LojJ^ (j ^^ signifient à k 
lettre: delout, sur jned , pour servir. 

P. S2, /. ^2. Les mots ^I^U Awt j^ [^^^^^-^ Oj<^-H 
sont du Coran, LXI , S, édition de Hinckelmann. On trouve une 
allusion à ce passage du Coran dans les beaux vers qu'Ahmed 
ben-Arabschah place dans son Histoire de Timur, au sujet de la 
mort de ce prince , /. //, p. 4^8 de l'édit. de Manger. 

ALLÉG. XXVII. LE PAPILLON. 

P. 8^,1. ç. Le mot (j^'L^ répond au mot persan '*^lj/^ • On 
peut voir dans l'extrait de Cazvi^ini , donné par M. de Chézy , 
Chrestomat. arah. t. I, jj2 et jjj , et t. III , p. 4^0 , comment 
les naturalistes arabes expliquent la sorte de manie que le pa- 
pillon a de traverser la flamme de la bouc/ie. 

P, 8j, /. 16. L'auteur , par les mots Ci^Us 1 fj^>^ q* , fait allusion 
au (Jj^ ou sentence juridique ou légale du cadhi. Cette phrase 
signifie donc à la lettre : Qui t'a donné une décision juridique pour 
t' autoriser à me tuer / 

P' 84 , l. 26. Au lieu de o»» , un manuscrit porte >^' . 
Cette leçon est peut-être préférable. Alors il faut traduire: mais 
je ne croyais pas que la cruelle absence dût venir interrompre mon 
bonheur. 



( i85) 

P. 8) y l. ^. Dans le ms. A, cette seconde partie forme une 
nouvelle allégorie, sous le titre de /ji[>^ ^ ' Hj • • 
P. 8j, l. iS. Jeu de mots entre ^Lj et ,U3 
P. S; , l. 24. Je n'ai pas traduit les mots o^-^ O^ O' 
Jllj eUl ^^1 j Jjli Ll^ Jl, ^I Jl>^l, faute d'en 

comprendre le sens. L'auteur, d'après son malheureux usage, a 
sacrifié la clarté à une allitération et à une équivoque. 

Au lieu de ^^^\ j , le ms. A porte >:S?-ÎÎ j . Je ferai obser- 
ver que , dans cette phrase, 0*^0' > ^u' » ^^ premier abord , paraît 
être simplement dans le sens de si, comme en arabe vulgaire, 
ne doit pas être analysé de cette manière. Le verbe (jo et le par- 
ticipe (jlj forment ici l'attribut ou le prédicat, et (J^^ ^^ 

(jlj-'^l est l'inchoatif. 

Quant au mot ^l§5 , H est pour Ul Igi . On sait que les mots 

l — st> et V — j peuvent se joindre avec les mots qui commencent 
par un alef, et perdre alors leur alef. Voyez la Gramm. arah. , t. I , 
p. ^87. 

P. 86, l 4- Ces deux dernières phrases sont certainement mys- 
tiques. On pourrait traduire ainsi la première : « Heureux celui qui 
» se désaltère dans la coupe du vin de l'amour de Dieu , tandis 
» que les désirs les plus brulans lui servent d'échanson. » 

P. 86, L //. ^ — t est le nom d'action de ^ — * , rem totam comedit. 
W>J| jJ^a^ équivaut donc à cM=* ^ I jAsw 

Entre ce vers et le suivant, le ms. D en place un fort insignifiant. 

Les mss. B et D contiennent ici une allégorie intitulée a ^\ 

«uuU L JaJUl , c.-à-d. Allégorie des mouchettes et de la èougie. La ré- 
daction de cette allégorie est toute différente dans les deux mss. 
Dans le ms. B elle est beaucoup plus correcte et contient des 
vers qu'on ne lit point dans le ms. D. Comme ces additions me 
paraissent d'un très-mauvais goût , et qu'elles n'ont été faites très- 



( i86 ) 

certainement que par des copistes , je ne crois pas devoir en sur- 
charger mes notes. 

P. Sb , l. 24. \jj^^ -^1 signifie proprement, je ine rehruleraî. 
Voilà le verbe ^Le ^ 3^aj dans le sens vulgaire de réitération 
que nous exprimons en français par re devant le verbe simple , 
refaire , recommencer, fc. M. de Sacy a déjà fait cette observation 
dans les notes de la Colombe messagère, -p. ^2. 

ALLÉG. XXVIII. LE CORBEAU. 

P. Sy, L 2. Corvus corax, Sonnini, Voyage en Egypte, t. Il, p. 2y4' 

P. Sy, L 8. Le mot y^ù^^ signifie des habits de deuil, c,-à-d. 
noirs. D'après le principe de la résignation musulmane, qui in- 
terdit toute marque extérieure de douleur , personne ne porte 
actuellement le deuil. Anciennement les Arabes le prenaient et 
le portaient en noir. Le deuil fut aboli à la cour ottomane , sous 
le règne d'Ibrahim L'^'' ( Mouradgea d'Ohsson , Tabl. de l'Emp. ott. 
t. II,p.jj^ ^t 334- > ^t t- I^'^> P' ^H ). Niebuhr ( Descript. de l'Arab. 
p. j) ) assure qu'il n'a vu chez aucun des peuples mahomé- 
tans la coutume de porter le deuil. Voilà pourquoi notre auteur 

dit que le corbeau porte un vêtement de deuil ^Uail (jo ^ 
Quant au mot ^Uc ^ piur. de tN-j^ (*), il signifie propre- 
ment j^'nwww; et avec l'ellipse de <^l, serviteurs de Dieu, c'est- 
à-dire , les hommes. 

P. 8y , L i4' Le corbeau est en effet le plus matineux àts< oi- 
seaux , et sa diligence a passé en proverbe chez les Arabes. 

C'est ainsi qu'on lit dans la iv.'^ séance de Hariri (JaS ojt^c. 
(^\jiJ\ ^ft>Jx.| Yj <— iojJ' J^Âa-wÎ . « Devançant le corbeau, 
5> je me levai avant que les chameaux fussent chargés j » et 



(*) Il faut remarquer que tNA£. a deux pluriels, dont le premier, ^\j^ , s'entend 
toujours des serviteurs de Dieu ; et le second, qui est ^Vo^C. , signifie « les c&- 
5j clavcs des hommes. » BibUoth. or. au mot Ebad. 



( i87 ) 

dans la glose, qu'on demanda àBuzurjmehr {j^^jj^ ) , visir de 
CosroèsNuschirvan, de quelle manière il était parvenu au rang qu'il 
occupait , et qu'il répondit: « En me levant aussi matin que le cor- 
•» beau, étant aussi avide que le porc, et aussi caressant que le chien.» 

oJdf (^J^^LrVj jj^jJi- ^jà, ^J^j (^^j^^ j^^j^^ 

P. Sy , l. ly. On pourrait traduire aussi , «■ Si tu vois une société , 
5> tu prédis sa dispersion prochaine; » mais je crois ma traduction 
meilleure. On a déjà vu dans cet ouvrage plusieuVs passages où les 
mots fj^ et T^ sont employés dans le sens que je leur donne ici. 

P. Sy, L .y. j^\B ^ joLif est une expression proverbiale 
à laquelle on donne deux origines différentes. Selon les uns , 
Cacher serait le nom d'un étalon que des gens qui avaient des 
femelles de chameau qui ne mettaient bas que àts petits mâles , 
empruntèrent dans l'espoir d'en avoir des femelles ; mais bien 
loin de là , leurs femelles et les petits moururent. Selon les 
autres , Cacher serait le nom d'un homme qui mena ses che- 
vaux boire une eau infecte, et qui les fit ainsi périr. Voici 
le texte de Meïdani ( Ji^V I *6j^ c-jVXirs ), d'où je tire ces 



explications: (j-? tX*^ [^ ^-^î^ '<^^ x}^ J^ _^V5 ^ jùUif 
qÎ s>\^j ^syjh^i^ij jijo* Jj( joyl) qIs^ £^' Qi oi^ 0^3 

\S^ j^ (J,^ (Jfp- S^-^- (Jtvî j^j LoWÎ s>\3jj jà.1 oj» Q^ 

P. Sy, L 21. j'y^ (j.'O joVl signifie à la lettre, plus vilain que 

Jader. Ce proverbe se joint ordinairement à celui-ci: \j/> fi^\ 

^Jr^y pl^t^ vilain que Dhoèara. Meïdani dit qu'Ebn-Bahar, dans 

son ouvrage intitulé îles A'Iets des Araks, raconte qu'un roi des 
Arabes désira savoir quel était le plus vilain de la nation, pour 
que le nom de cette personne passât en proverbe. On lui indiqua 
Jader et Dhobara, et Jader lui fut amené. Le roi lui fit couper 
le nez. Dhobara, qui craignait le même traitement , prit la fuite , 



( <88) 

et de la vint le proverbe , Dhohara a fui lorsque Jader a eu le nez 
coupé. Voici le texte de iMeïdani: ojU^ ^a jbVIj ijô^ q^ ^ 
O' C-JjaJi ij^ c->^-^s — ^^ (l?'*J^^ «»jU^ j j^^ (jjj ^j 

p. SS , l. 6. Le mot -^'j [vaez] signifie prédicateur : je n'ai pas 
cru devoir employer un mot dont nous ne nous servons que pour 
désigner les ecclésiastiques qui prêchent dans nos chaires. 

P. 88, l. II. L'auteur parle apparemment du regret qu^eut Adam 
d'avoir mangé du fruit défendu. 

P. 88, 1. 12. Je pensais que l'auteur a voulu parler des discours de 
Noé avant de construire l'arche, et dont le Coran ( XI , ly et s.) fait 
mention ; mais il est probable qu'il fait simplement allusion aux 
larmes et aux gémissemens de ce patriarche , sur les iniquités et la 
corruption générale des hommes. J'aurais donc mieux fait de traduire 

littéralement le mot -, J • Les Orientaux disent que Noé futd'a- 
bord appelé Sikenn , pour indiquer qu'en sa personne se concen- 
traient la génération passée et la génération future; mais qu'il eut 

ensuite le nom de ^^ ( de la racine ^U gémir) à cause de ses 
lamentations. Voyez Mouradgea d'Ohsson , Tahî. de l'Emp. ott. , 
t. I , p. yy et suiv. 

P. 88 , l. //. Les Orientaux racontent que Nemrod fil jeter 
Abraham dans une fournaise , à cause de grands démêlés qu'il 
eut avec les principaux officiers de sa cour , touchant l'unité 
de Dieu qu'il voulait leur prêcher; mais qu'il sortit néanmoins 
sain et sauf de cette fournaise. Voyez la Bihl, or. au mot Ahraham^ 

P. 88 , l. ly. Voyez, au sujet d'Ismacl, les notes sur la lavande.;:; , / (i 



p. SS , l. 2j. .>^y-^ est au lieu de I vy-x. , à cause de la rime. 
P. S^, l. 10. (3-^ si^ific proprement nppcicr à hiiute voix sans 

se faire voir [ <»-û^ ,J,^, ij o^ *û^ q^ l^^^] ; et dans le 
langage mystique , inspirer . &€. 

P. S^, l. ij. Les mots J^ ^ytVÎ pl^ J^ sont du Coran , 
JV . 79' 

P.Sp, I. ij. Le ms. A est le seul qui porte cette phrase, et 
on y lit j*.wJwJ' qui est la manière vulgaire de prononcer 
Xv.4 ; i;X..w-) que j'ai rétabli. 

Les Arabes disent en proverbe cj'j«Ji ^^ A^\ , ylus sinistre 
que le corhau. Mcïdani donne , au sujet de ce proverbe , des dé- 
tails curieux que leur longueur m empéciie de placer ici. 

Les anciens tiraient des présages du corbeau , comme le prouvent 
ces vers de Phèdre { 111 ^ fSJ.où Junon fait cette réponse au 
paon , qui vient se plaindre de sa voix ; 

Fntorum nrbitrio partes sunt votis data: : 
Tihi forma , vires aquiliz , luscinio melos , 
Augurium conv , lava cornici omina. 

Et peut-être même considéraient -ils , ainsi que les Arabes, (c 
croassement du corbeau comme un signe de mauvais augure : 

Tristia nam crocitans scmper vomit omina corvus. 

P. S^, /. 20. (jJj^\ >jL. jv» signifie à la lettre: (ù tous les 
côtes ou des autres cotés. 

P. Sp , l. 26. Voici quelques vers de Kaschefi, Anvari Soheili, 
p. yj , recto et verso , qui roulent sur l'idée qui est exprimée ici: 



( 190 ) 

/à>—^ — > 

« Mon ami , n'étends pas la main du désir sur Ja table de ce 
5> monde : les mets délicieux qui la couvrent sont empoisonnés. 

» N'espère point que ce monde te donne jamais un sorbet de 
•>y miel : le miel qu'il offre est mêlé avec du poison. Séduit par les 
» apparences , tu crois que c'est véritablement du miel ; mais non , 
» c'est la coupe de la mort. » 

P. oo , L j?. On lit également dans la XLVIlI.e séance de Hariri : 
Cib'tV"^ ^ C^UjO^j c (JjÔ-s- (JoJÎ û C^OwC (Jtvî C^Uwf qÎj 

P. po, l. JJ. M. de Sacy conjecture que ^i ï^y^ i O^J 
^J ^\Xi est un proverbe. 

P. 00, l. 22. Le mot khathih ( i-vJais». ) signifie proprement, 
« celui qui fait la khoMa ( ï-j^xl^ ) , ou le prône. » Ce mot s'em- 
ploie aussi pour désigner celui qui tient, dans les mosquées, la place 
que les curés tiennent dans nos paroisses. Voyez d'Herbelot , au * 
mot Khathih. 

P. po, l. 24. Comme les khathibs représentent le prince , ils doi- 
vent porter nécessairement la couleur de la maison régnante : or, 
on sait que la couleur des Abbassides était le noir. Voilà pourquoi 
l'auteur dit qu'il n'y a rien d'étonnant que des khathibs soient 
vêtus de noir. 

P. pi , L 7. On ne lit le vers J^Li ^ l^ , &c. que dans le ma- 
nuscrit A. Le ms.B ne donne que deux vers. Le ms. c, qui n'en 
donne que neuf , remplace celui-ci par un autre. Enfin , le ms. D 



( '«)' ) 

en porte douze , comme le ms. A ; mais il remplace ce vcrf; par 
celui cju'on lit dans le ms. c , et que voici : 

^ J ci i^" exil o^Jj L^f^^\ ^ ^^^^'^ J J^3 
" Si tu soufflais sur du feu , il jetterait des Hammcs ; mais tu souffles 
» sur de la cendre. » 

P pi , /, S. Les mots ^^j ^-^ f-'j o^ (*^^ signifient, à 
la lettre, « combien d'allans et de venans sur fa terre, au matin 
>» et au soir, qui &c. » 

ALLÉG. XXIX. LA HUPPE. 

P. pr , 1.12. Uptipa fyj^y;^ de Linnée. Voyez Sonnini, l'pyagc eu 
Egyfte, t. J , p. j4- et suiv. et , voyez la figure du û^ù^ dans 
Ouscley, Oricntiil Collcciions , t. II , y. ipy. La Iiuppe joue un très- 
grand rôle dans les poésies mystiques. 

P. p2 , l. /. ^Lo| ne se trouve pas dans les dictionnaires; mais 

on trouve dans Meninski l'j^i , qui est son singulier, rendu par 

signum [ ioo>jlc ]. 

P. p^ , I. 14. Le mot (jU^jL^N-j est , selon l'ouvrage sur 
l'Egypte, Etat moderne, t. I , p. 221 , un hôpital pour les fous, les 
vieillards et les malades indigens. Le iSj^^ C^Uib^ |e rend par 
«ùU. jUu , cl par liuJf jÎ3 ; ( jÎ3 e.U-)jt àj=, i^\j^ jU-J 
yj2>,^ La-ijf ).Ce mot est persan; il est forme de jm\j, malade ^ 
et de (j»-^^ , terminaison qui désigne un lieu avec idée de multi- 
tude de lax-hose.On dit dans le même %ci\Sy «OUa. jU\J' , en turc. 

P- p^, l. //. Le mot '^j^J^ signifie proprement huteille. De là, 
on l'emploie pour exprimer le vase de verre dans lequel on met 
l'urine du malade , pour la montrer au médecin ; car les méde- 
cins arabes font toujours l'inspection des urines, où ils cherchent 
des signes diagnostiques. 

Le mot '^Jjj*^ se trouve plusieurs fois, en ce sens, dans le 
Schahnamch ( poème qui contient l'histoire des rois de Perse , en 



( 192 ) 

soixante mille vers ) de Ferdousi. Je dois cette dernière remarque 
à M. Auguste Schroner , Prussien , dont les muses orientales pleu- 
rent la perte récente. Ce jeune orientaliste , après avoir lu en entier 
le Schahnnmèh , la plume à la main , en avait fait un extrait, ac- 
compagné d'une traduction latine et de notes philologiques , qui 
devait servir de spccimcn du grand travail qu'il préparait sur cet 
ouvrage. Il est à désirer que ce spccimcn , auquel l'auteur avait mis 
la dernière main , soit livré à l'impression. 

Ce savant et vertueux jeune homme passait les jours et les nuits 
sur l'arabe, le persan, le turc, l'arménien et le sanscrit, sans 
qu'aucun plaisir vînt un seul instant faire diversion à ^t^ travaux. 
Cette assiduité constante et les dispositions extraordinaires qu'il avait 
reçues de la nature , laissent concevoir facilement ce qu'il aurait 
été un jour. C'est sur-tout dans le sanscrit, cette langue si difficile et 
pour laquelle on a si peu de secours (*) , qu'il avait fait des progrès 
surprenans.Son professeur, M. deChézy, qui enseigne cette belle 
langue avec tant de succès , m'en témoigna plusieurs fois son éton- 
nement. Mais, hélas! à peine y avait-il trois mois que M. Schroner 
était à Paris , qu'une fièvre nerveuse, produite par une application 
excessive, l'enleva aux lettres et à ^t^ amis. 

Affecté douloureusement de la perte d'un condisciple dont une 
conformité de goûts m'avait fait un ami , j'ai cru pouvoir saisir 
cette occasion pour jeter quelques fleurs sur sa tombe. 

P.pj > l. ip. On a imprimé .l ?^j , qui est la leçon du ms. A, que 
j'ai ordinairement suivi ; mais je pense qu'il faut lire avec les mss. 
B et D , 1^-^ , pulsus artcriœ. 

P.ç^, l. 2/, AjJ et <Jfy^ sont deux adverbes, dont le premier 
signifie proprement, /^^tt^-^/r^, pourvoir si , et dont le second in- 
dique une chose future. Hariri a dit aussi : (J^j (J«^ (J'^'j' 
à la lettre , « Je me traitais avec les mots, il peut se faire que, et 
■>■> peut-être. » (Séance U.^ ) 



(*) Le Dictionnaire Sanscrit-anglais de Wilson n'a paru qu'après la mort de M. 
Schroner. 



( '93 ) 

P. p4, I. y. On croit que l'arbre nomme pnr les Arabes 

J>-^ est le Phyllnnthus EmHiùi de Linnce { Aljroi-alanus Emblicn 

Rumpli. EmUkii offîdna/is, Gaert. Nux EmHicap^cinnr.). Cet arbre 
a un fruit de la grosseur d'une cerise , qui est charnu : c'est une 
capsule à trois coques, comme celle de la plupart des cuphorbia- 
cées. Le Ph^lLinthtis Einhltca croît dans l'Inde , particulièrement 
au Malabar. On apporte communément les scgmens de la pulpe 
desséchée , que l'on employait autrefois comme l'on emploie au- 
jourd'hui le séné et le tamarin. 

Il y a trois espèces de myrobalan dont les fruits se trouvent 
dans le commerce : le AJjrol'dlanus ChchuLi de Gaertn. Lam. 
{Termirhilid Chchi/n fV/ïWd.J ; le A[}r. Bcl/irica, Go-cnn. Brcyn 
( Tani Rhccd. Malab.), et le Aljr. citrinn , Gaertn. Tous les trois 
sont originïiires des Indes orientales. 

\'oici ce qu'on lit dansSprcngel ( Reihcrb. H'ist. t. I , p. 262 ) ^ 
sur l'arbre qui nous occupe: « Terminalia Chchula -i^fyV Avic. i44* 
n AJterum nomen r^^y^ , non huic soli speciei, sed et Phyllantho 
^> Emèlica et ipsi Alcliœ Azcdarach [ o^j-^ "^'j J convenit : hinc 
i. vagiim est. Sed distinxerunt cum Avicennà Arabes ferc omnes 
» citrinum fructum à kebalensi , subnigro hoc et subrubro. Esse 
>' autem utrumquc cjusdem arboris; primam enim messim iilum, 
M secundam hune largiri. Consucrunt medio aevo quinque species 
•> numerare , ad versum illum : 

» AJyrohalanorum species sunt (juinquc honorum : 
^'Citrbius, Chehlus, Delliricus , Ejnhlkus ^ Indus. 

( Ahis. Brasav. exiim. simpl.p. 222. ) 

» \'ox hhalcusis, quac à Latino-barbaris in Belliricos kehli mu- 
t. tata luit, originem habet ab urbe Kabol in Zablestan, non 
.. quùd ibi proveni.mt, sed quùd mercatores eu déférant ( Ahlfcd. 
r> Biisc/iings A fdg. j, ^j 2 J. Ab c'ddcm arbore varios hos fructus 
>' venire, Adiinsonius etiam nuperis tcmporibus testatus est ( Eeim. 
• des plantes , 2, 44/ J- Qui myrobalanorum species illustrarunt, 

N 



( 194) 

» Garcias et Costa, in solo ferè Phyllantho substiterunt. Termina- 
î' liiim nostram nemo ante Kœnigium ( Retz, oherv, S , p ) cog- 
î> novit. In Caiicut et Cananor praecipuè invenit myrobalanos 
" tebalenses Odoard. Barkssa ( Ramiisio , i , ^j'p. a ). Gaertnerus 
'> ( deFruct. etScm. 2 , go, ^i ) optimè kebulos et citrinos myro- 
5j balanos ad eamdem speciem pertinere, beliiricos autem specie 
'> differre. Cf. Antiquit. ht. 100. » 

II est (juestion du ^Ay^ dans le Catéchisme des Druses. Voici 

ce (ju'on y lit ( Adier , Aluseum cujicum Borgianum, p. i2y ) : > t>— ^ 

_j_à.lj ^!iKLÎi £0' — Jj c_>i — lai^ C'y ^ dijAJ (jl (•) '^^^^sa^r 

qI — w— ^Vf «vJ Jj .< Vj Llo (JjXj sXs I jJÛb o^. L (jlj 

« Cognoscimus eos ( fratres nostros fidèles peregrinos ) ex con- 
5> suetudine , ex exordio sermonis , et ex fine salutationis, Nobis 
" enim interrogantibus , Seminant-ne , amice, in urbe tua (***) , semen 

■» Halalig (pi. tS sfJ^fï^ J- si respondet , Scminatum est in corde jide- 

î> //«m, noster est, nec peregrinus habendus, sed honore perci- 
5> piendus. Quod si aliter respondet, alienus est à nobis, nec ho- 
5> nore dignus. » 

Serait-ce le Hedj'sarum Alhagi de Linnée ( Rauwolff, Descr. It. ) 
dont il est parlé dans ce catéchisme, qui , comme l'esparceîte 



(*) Pour XjjSZ^ , quatrième forme, 

(**) On a imprimé, par erreur typographique, avjLmVi ; j'ai rétabli la vraie 
leçon. I 

(***) Il fallait traduire , h regione tuâ , ^>Ju , plur. de jju ville , signifiant 
K une réunion de \iilcs », et, par suite, un pays. 



( >9'' ) 

f î^edysitrum Onohrychh ], donne un excellent pâturage, et qui est 
originaire de ia Tartarie, de la Syrie, de la Perse et de la Mé- 
sopotamie î 

Il est en effet difficile de croire que s'il avait été ici question d'un 
arbre, on se fût servi de l'expression -liJ^X^i e>2w (j^j^ 

P. pi, 1.4- Lî* plante nommée »3^^^ est le Convoluulus Saim- 
moniadc Linnée. La scammonée est un suc concret, résineux , 
gommeux et très-purgatif. On en trouve de deux sortes dans le 
commerce, celle d'Alep et celle de Smyrne ; mais la meilleure 
vient de Marasch, ville à quatre journées d'Alep, près des fron- 
tières de l'Arménie. On l'apporte, dans de petits sacs de peau, à 
Alep, d'où les marchands l'envoient à Londres et à Marseille. 
On la tirait autrefois du mont Carmel par la voie d'Acre; rqais 
il n'en vient plus aujourd'hui. N'oyez Hasselquist , Voyages cLins 
le Lci'iint , t. Il, p. pp. 

P. p4 ' ^' /♦ Le^^Ucx. est le Rhamnus 7.izyphus de Linnée. 

P.p4,l.). On donne, dans le commerce, le nom de sékstcs 
aux fruits du Cardia Afyxa de Linnée. 

Le Conù'a Afjxa croît dans les Indes . au Malabar et en Egypte. 
Ses fruits, macérés dans le sel et le vinaigre, se mangent dans 
rinde. Les Egyptiens se servent du mucilage tiré de la pulpe 
pour toutes les humeurs squirreuses , et avec du sucre candi et 
de ia poudre de réglisse pour se guérir de la toux. Voyez /a 
Relation de l'Eg. d'Abd Allatif , trad. par M. de Sacy, p. yi , yi, 
et y 66, 

P. p4' ^' ^' Ee _y:^^^ jY^ , ou^>^ que l'on écrit aussi ^K-^ 
est la Cassia Fistula de Linnée, suivant Sprengcl , Rei herfaria His. 
toria , t. I , p. 260. L'arbre qui porte la csasse ou cassier, a quelque 
ressemblance cvec le noyer. Il croît en Afrique, en Eg)pte, 
dans le Levant et dans tous les pays chauds des Indes orientales. 
Voyez Hasselquist, Voyages dans le Levant, t. II , p. p^. 

Il est bon d'observer que l'auteur ne fait pas ici allusion, comme 

N 2 



( <9G) 

on pourrait ie croire, à cette sorte de langue de convention 
des Turcs , où l'on emploie des fleurs pour exprimer ses pen- 
sées. Au reste , je renvoie ceux qui désireront connaître ce lan- 
gage mystérieux, au Secrétaire turc de du Vigneau, à ia XL.*^ 
Jettre de miiady Montagu, et à une dissertation de M. de Ham- 
mer, insérée dans les Alines de l' Orient , t. I, p. ^2 et suiv. 

P. p4 > ^- p- Quoiqu'on traduise souvent Jhj^ et (J-jî^^ par 
les mêmes mots , il n'y a pas moins une grande différence entre 
ces deux termes : le premier signifie crihle et le second tamis. De 
^L 1^ \ienl crihum , et de ce mot, crièle. 

P.p4> i- ij- On a déjà vu une expression à-peu-près semblable 
dans l'allégorie de la chauve-souris , et j'ai traduit, comme ici : 
«< à l'însu du rival jaloux. » Je crois cependant qu'on pourrait tra- 
duire aussi bien et peut-être mieux par : « sans témoins. » 

P.p4> ^- ^7' Tout ce qui précède fait partie de l'allégorie du 
corbeau, dans le ms. D , et la rédaction en est beaucoup plus 
longue que dans les autres mss. A la fin de la prose , on lit ces 
vers ; 




C_)>k-A_A- 



( >07 ) 



f^lj 3,L=. L^\'^\ l^f 

" Entre les tertres de Jaza et h vallcc de Kathib , j'ai vu les 
» traits adorés de ma bien-aimée. Les coupes ont fait la ronde , 
» et, heureux dans mon amour, j'ar goûte le plus doux plaisir 
» et la volupté la plus pure. O toi , qui me fais de cruels re- 
» proches , si tu eusses ressenti les délices que j'ai éprouvées , tu 
» aurais joui , je te l'assure , du bonheur le plus parfait. J'ai vu 
» la face de la divinité qui m'est apparue , et mon amour s'est 
>» comme plongé dans sa beauté extraordinaire. Tons ceux qui 
» tont de cette maîtresse , dont la beauté est incomparable, l'objet 
» de leurs vœux , ne sont point frustrés dans leur espoir. L'excès 
» de mon amour pour elle jette mon esprit égaré dans la mélan- 
» colie ia plus profonde ; mais vient-elle me visiter , voici , me 
» dis-je , un secours de la part de Dieu , et une victoire est 
>» proche. » ( Ces derniers mots sont du Coran, LXIy ij.) 

P. pj, /. 7, Les mots ^*^' J^^ '«^^j i^^j^ c-> t-^ '«>^ son 
du Coran ^ XXXV , ij, édit. de Hinck. 

P'PS , i 24. Les mots ijy û ^ U , jusqu'à {J:^ , sont du Cor, 

XXVII y 20. Les mots qui sont plus bas «^ \i-j^ t l — tf; oii::».! 

et ItX* ^LX-XJ t_>^3i sont pris de la même surate, v. 12 et 28, 
Il y a plusieurs autres phrases dans cette allégorie qui contiennent 
des allusions à des passages du Coran. On peut lire des détails 

curieux sur l'histoire de la huppe de Salomon dans Beidhawi j'jJI 

^LjUf ^[>*-îj ,]^.y^\ ATs. ar. de la Bitlioth. du Roi , »." 2;2. 

P.pô , l. 4- Selon les Musulmans , qui ont emprunté cette fable 
aux Juifs, comme beaucoup d'autres, la huppe était la messa- 
gère dont se servaient, pour s'écrire mutuellement, Salomon et 

la reine de Saba Dalkis ^jm-oJj Comme il est asicz curieux 

N3 



( 198 ) 

de chercher l'origine de ce nom, je pense que le lecteur me 
saura gré de lui communiquer la note suivante de M. le Baron 
de Sacy, qui m'a permis d'en enrichir mon ouvrage. 

Joshiphe f Ânt. jud. I. S, ch. VI, t. I,p. 43^-) prétend que 
cette reine, qui régnait en même temps sur l'Egypte et l'Ethio- 
pie , se nommait Nicaule ou plutôt Nicaulis , si on lit dans son 
texte N/XûifX/v avec plusieurs mss. , au lieu de NixafAnK ; et il 
attribue à cette reine ce qu'Hérodote dit de Nitocris. Dans le 
Youchasin (f.° ijé. Caimet, /// , Rois, ch. X , v. i ) elle est nom- 
mée Nicaula ; d'autres l'appellent Nicanta ( Ludolf. Comm. in 
hist. y€.tk. -p. 2^1 ). L'auteur du Modjmel altewarikh , parlant des 
fables persanes sur l'origine des hommes , dit que Hamza Isfahani 
les compare aux fables arabes de Lokman fils à'Ad, et aux fables 

juives concernant Og et Beloukaya. De D^'^lpJ (^j»-Jyij ), qu'on 

aura confondu avec D''7lp3 , les Arabes ont fait ^J*'*^?^^. Ce nom 
n'est point dans le Coran. Il est même vraisemblable que les Juifs 

en avaient fait D\"5"I73 ou Î*<"'pib3 . 

P. p6, l. iS. o^j' est le passif de la huitième forme de ^>*f, 

P.pô, l, -2/. fr*— " fait allusion à la huppe que le ;;jbjj& porte 
sur la tête , et qu'il élève et abaisse à volonté. 

P. py, L 2. Allusion aux versets abrogeans et abrogés du Coran. 

P. py, î. i4' Le mot mirage a été adopté par les voyageurs 

pour désigner ce que les Arabes et les Persans nomment C-Jtj-^. 

On entend par-là l'effet que produit une réfraction extraordi- 
naire que subissent des rayons du soleil , lorsque des couches 
d'air de densités différentes se trouvent superposées les unes aux 
autres; ce qui a l'apparence d'un étang. Voyez, sur ce phéno- 
mène d'optique, un savant mémoire de Monge, dans l'ouvrage 
sur l'Egypte, t. I , p. 64 à y p. 

Le synonyme de of^-^ est %■ — <^J , dont on trouve le pluriel 

^>X* dans la xx.^ séance de Hariri. 

P. py, l. j4* Je crois qu'il est plus naturel de firec^U^ pi. de 



( «99 ) 

iL-Ajlb «r/«/i:, que (_jXa^ plur. de c-x^ licntii ; mais comme 
ces deux le(;^ons sont également admissibles, je saisirai cette occa- 
sion pour donner quelques détails sur le reptile nommé c_x^. 

Le CrocpJilus terrestris des auteurs est un Sauvegarda ou Alonttory 
tantôt le AîcnitorAw. Nil ( Lacerta Nilotka , Linn. ) ou Jjj Ouaral 
des Arabes, que le peuple croit être un jeune crocodile éclos en ter- 
rarn sec; tantôt, et plus souvent, le A'ionitor terrestris d'Eg. (Cuvicr, 

Règne animal , t. I, p. 2j) ou J^j^' Oj^ Ouaral-d-ard des Arabes. 

Ce dernier est l'animal employé à faire àç.s tours au Caire ; c'est 
aussi l'animal que les anciens appelaient Scincus , et à qui ils attri- 
buaient des vertus aphrodisiaques. Comme , dans le moyen âge 
( Cuvier, Règne animal, t. //,/;.//), on a substitué au Sauve- 
garde ou Crocodilus terrestris un autre lézard plus petit , le Lacerta 

Scincus de Linnée (*Ui«Jl El-adda des Arabes), il est arrivé que 
îe nom de Scincus a passé à un genre de lézards à pieds très- 
courts, voisins des Seps, 

Le mot arabe <_>^ est très-remarquable. Seps , chez les Grecs , 
signifie «« un lézard à trois doigts de la Grèce f Lacerta Chalcides , 
Linn.^ » Les zoologistes ont conservé ce genre Seps et le placent 
près du Scincus. On fait venir communément îe mot Sqn de 
GVt-miv, corrompre. Le scholîaste de Nicandre en donne cette étymo- 
Jogie ( 'T^f^ To ayîmiY ']«$" 7r^YiyiVTa.ç ) : mais les Grecs , comme 
bien d'autres peuples , aimaient à chercher dans leur propre 
langue l'étymologie des mots dont ils se servaient , toutes les 
fois qu'ils pouvaient être ramenés à une racine. Les espèces de 
Seps étant communes dans TOrient, il est bien plus probable 
que les Grecs auront pris ce nom d'une langue sémitique. 

Il dérive , en elTet , de la racine arabe ,^j^ , hœsit in terra , 
ei appactus fuit. 

Richardson dit que le 4_v-b est bon à manger et est recherché 
pour le goût de sa chair. En Amérique , on recherche la chair du 
Lacerta Iguana, Le savaut voyageur M. de Humboldt s'en est 

N4 



( 200 ) 

5ouvent nourri. li est certam que , dans l'Eg)'pte, on a, de toirt 
temps , mangé comme stimulant ( mais seulement en petites 
doses) le Ouaral et le Scincus , qui est voisin des Seps des zoolo- 
gistes modernes. Il serait donc probable que le ;_).^des Arabes se 
trouvât ou dans les Scincdides de M. Cuvier , ou dans les Sau- 
vegardes (Crocodilus terrcstris ou Scincus des anciens^. 

P. py, 1. 16. Le ms. B omet ces vers , et contient à la place 
une sorte d'introduction aux allégories des quadrupèdes ; le ms. C 
donne trois vers différens ; enfin le ms. D en donne aussi trois 
autres , mais tout diiférens , que voici : 

jj — ^ — s^_J ij^\ o_>5j 




« On a choqué les coupes et on a savouré la boisson la plus 
•» délicieuse. Les convives ont passé les momens les plus agréables 
w et les plus voluptueux. Plus de tristesse causée par de cruels dé- 
» dains; mais au contraire la faveur et la félicité. Mon œil a été 
» enivré du bonheur de voir ma maîtresse : rien ne me sépare 
» plus d'elle ; plus de rideau , plus de voile. » 

P. py , /. 20. J'ai développé dans ma traduction la pensée que 

l'auteur a, selon moi, voulu exprimer par les mots vi^-*'» Jo j^ 

UfcjJ' cJ-^^ t_^;y^ On trouve souvent chez les poètes mystiques 

la figure que je crois renfermée dans cette phrase. C'est ainsi 

tjue Hafiz a dit : 




]j j.Lv — ^ 

« y M vu dans ma coupe le reflet des joues de mon amie 
» ( Dieu ). Comment pouvez-vous comprendre le pLiisir que j'ai 
» goûte , vous qui ne connaissez pas ce que c'est que lu boisson 
» délicieuse du vin ( de l'amour de Dieu ) ! » 

ALLLG. XXX. — LE CHIEN. 

P. pS, l. 2. « Les cliiens sont pour les musulmans des bctes 
» immondes qu'ils ne souffrent point dans leurs maisons, qu'ils 
» évitent avec soin et qu'ils n'osent toucher sous peine de devenir 
»» impurs. Ils sont constamment réunis dans les rues, leur seule 
» habitation. Ils n'ont d'autre nourriture que celle qu'ils peuvent 
» ramasser aux portes des maisons ou découvrir en fouillant dans 
»» les immondices. Les femelles déposent leurs petits dans quelque 
» coin d'une ruelle écartée ou peu habitée ; car un sectateur de 
» Mahomet ne les supporterait pas chez lui. Continuellement en 
» butte aux coups des passans ; quelquefois massacrés sans pitié 
" par une canaille armée; exposés aux intempéries de l'air; ne 
» trouvant qu'avec peine de quoi soutenir une vie souffrante ; 
» maigres , décharnés, souvent rongés par une gale qui dégénère 
" quelquefois en une espèce de lèpre; hideux même par leur 
» état de délabrement , ces malheureux animaux inspirent autant 
» de compassion que l'on ressent de mépris et d'indignation pour 
"les barbares au milieu desquels ils habitent. Il est sans doute 
» étonnant que plusieurs de ces chiens ne soient pas fréqucm- 
» ment attaqués de l'hydrophobie ; mais cette maladie, rare dans 
■» le nord de la Turquie , l'est encore plus dans la partie méri- 
» dionale de cet empire. » Sonnini , Voyage en Egypte, t. I , 
pag. p2 et suiv. ; et voyez Mouradgca d'Ohsson , 7".///. de l'cmy. 
on. t. IV, Ijf part. p. joS { édit. in S.' ), et Chardin, édit. de 
M. Langlès, /. \\ V. ^OS. 

Je crois devoir citer un vers de Saadi (Gui. Il , ) ) à l'appui 
de ce qu'on vient de lire . 



( 20:î ) 

« Si l'on remplissait d'eau de rose un bassin , et qu'un chien 
>» vînt à y tomber , ii ia rendrait immonde.» 

P.pS, l. II. Après les mots (_)l^VI c->Lo s^tw^ L r on iît , 
dans le ms. D, le morceau suivant : 

<- CjU^ ^j CiUIft Oj-y^ cK-1^ O'"'^ ^ J^t ro'^îj 

4ls.j J^ J A Uî J ^Uj 

è^j-J — à. j «Ulj ^y 3^ L* 



<_,\LJ*L 



c^v 



CJ' 



( 'oJ ) 



CJ 



!>^ d^jj^ z^ ^j ur^ 



«« Ne sais-tu donc pas que le monde est une habitation qui 
>» s'évanouit et qui disparaît, et que la mort doit venir couper 
» pour toujours les liens de la parenté et ceux que forma l'amour î 
» Ne sais-tu pas que bientôt tu seras dans la poussière , et qu'au 
» jour où tu dois rendre compte de tes actions, tu paraîtras avec 
» ton adversaire devant le souverain juge f Ne crains-tu pas de re- 
» cevoir alors des reproches et des réprimandes! Tu le sais, tu 
» peux actuellement faire ce que tu veux: mais le livre de tes 
«•œuvres en reçoit le détail circonstancié. Si tu es dirigé vers la 
'> vraie religion , tu seras dans le bon chemin ; mais si Dieu t'égarc 
» de la voie droite, sache qu'il égare qui il veut, et dirige celui 
« qui se repcnt. Plaçons donc toute notre confiance en Dieu : 
» c'est vers lui que nous retournerons, et auprès de lui que 
» notre demeure sera fixée. 

VEHS. 

» Heureux celui qui cherche un asyle auprès de cette majesté 
» sacrée; qui passe la nuit à lui exprimer son amour et à gémir 
» amoureusement ; qui veille constamment durant les ténèbres, 
» dans l'espérance d'avoir le bonheur de soulever le voile qui lui 
M cache cet objet radieux. Heureux celui que cette divine amie 
>» a pris en tcte-a-téte î elle lui a fait des reproches , mais ces rc- 
'> proches mêmes sont de douces faveurs. Esclave de l'Eternel , 
» ne mcttros-tu pas fin à tes injustices î Vois ta vie qui s'avance 



( 204 ) 

» avec précipitation vers le terme , et hâte-toi de demander 
» pardon à ton Seigneur, dans l'espérance quMI effacera ce qui 
» est écrit dans le livre de tes œuvres. Crains Dieu , soumets- 
» toi à sa volonté ; car c'est l'équité même. Aie recours au 
'^pouvoir de son Prophète élu, Mahomet, qui nous a dirigés 
" dans la voie droite. Que Dieu lui soit propice, tant qu'un soleii 
'> se lèvera à i'Orient , et que , durant le sombre hiver , une 
>» gelée blanche couvrira les prés! » 



» Si tu es du nombre de ceux qui craignent Dieu , reconnais 
" donc la vérité , suis le chemin que suivent les gens du spiri- 
» tualisme &c. » ç 

P. ^S, L iS.VouY concevoir l'allusion que fait ici fauteur, il 
faut savoir que le mot ^J-^ , qui signifie pauvre malheureux ^ ifc. 
s'emploie plus ordinairement pour désigner celui qui est pauvre 
dans le sens mystique (Maxa^/o/ 0/ ^0^%-^) r47TviviuuL*n.Mat.V, ^.) 
c.-à-d. « celui qui est dans le degré du spiritualisme nommé jA3 » 
De là on appelle les moines _jc^ en arabe, et ^J^.jj^ en 
persan, parce qu'ils renoncent volontairement au monde et qu'ils 
embrassent cette sorte de pauvreté volontaire et spirituelle. Qu'on 
ne soit pas étonné que j'emploie le mot moine; car , quoique Ma- 
homet ait dit, |D>jU«j! ^J 'L^\j^j j « H n'y a pas de vie mo- 
» nastique dans l'islamisme » , je ferai observer que le prophète 
parle ici de la vie monastique chez les chrétiens , et non de 
l'état religieux chez les musulmans, où les moines ne font point 
vœu de chasteté , mais sont mariés , ou peuvent du moins se 
marier lorsqu'ils le veulent. 

Le mendiant se nomme JLjLwen arabe, et !<>-=» en persan. 

P. pS , l. ip. Voyez , par rapport aux mots ^j^ f^^j ies 
notes sur l'allégorie de la perruche. 

P. p^i l. 2. Je pense que le mot o'j^ répond au oji-w ^t^ 
Arabes, qui est une sorte de grande bourse de cuir, ronde, et 
bordée de franges. Elle sert à-la-fois et de bissac et de nappe , 



( 20-) ) 
ou , pour mieux dire , de table , car la taMc des Orientaux n'est 
autre chose cju'un (jU^ ou un is^^i—' étendu par terre. 

P. pç, l. n. Le mot -^'j^l , pi. de 3j£ , désigne ici lu bière; 
mais il ne signifie proprement que les montans et les traverses : le 
véritable nom de la bière est (J*-*^ 

P. pp, l. 2^. Voyez, sur les mots JJ? et Jj'j ou J^j , les notes 
sur l'allégorie du canard. 

P. pp, l. 2/. A la lettre : « Prends le pan de ma robe, et 
» attache-toi à mes cordes. » 

P. loo, l.p. La forme «»-' V I se rencontre assez souvent en poésie; 
on la retrouvera encore dans l'allégorie du ver-à-soie. 
Je me contenterai de citer Hariri, séance XXI: 

ALLÉG. XXXI. — LE CHAMEAU. 

P. loi , /. 2. Camelus dromcdariiis de Linnée. Voyez dans Son- 
nini , Voyage en Egypte, t. II , -p. uS, la distinction du Camelus 
Bactrianusy à deux bosses o^ , de celui-ci , à une seule. 

P. loi, l. S. A la lettre , « qui se décide à mettre sous son che- 
:» vet &c. » Une chose à remarquer, c'est que , dans le second 

membre de la phrase, l'auteur a employé le mot i^^<A^ embrasser , 
dans le même sens figuré que nous employons notre mot em- 
brasser , et que les Latins emploient amplecti. 

P. loi , L II. Cette sentence, qui se trouve dans bien des au- 
teurs , sous des formes différentes , se lit entre autres dans Hariri, 

XVII.^séance: JUVI _>wJi->' j JL^Vl lJj^j 

P. loi, l i6. Au lieu de J'-^jo', leçon du ms, B , le ms, A 
porte J ûi I , et les mss. c et D J Vis I 

P. loi , l. 21. Les mss. portent ôyj . On trouve dans les dic- 
tionnaires , à la racine \j^j , cucinrit inclinans ad uniiis hiteris 



( 206 ) 

omis , et litus altentm attoUens : îtt jiimentum càm tnaquaViter onustinn. 
Comme cette signification n'est pas satisfaisante, par rapport au 

contexte, M. de Sacy conjecture qu'il faut lire 0^^ in incursu 
vacillans in umimque la tus came! a. 

P. Jo2f l. iS. Nous avons déjà vu une expression à-peu-près 
semblable dans l'allégorie du paon ^j«kJt\JUJI^U-bj ^^wJl ^Ij-i 

Ceci fait sans doute allusion au jeûne rigoureux des derviches , 
à qui la prière sert pour ainsi dire de nourriture et de boisson. 

P. 102, l. 20. Les mots -».^Uui J-«^j sont du Cor. XVI, y. 

P. 10^, l. ). c->j^ Jathrcb est l'ancien et véritable nom de 
Médine , qu'on appelle aujourd'hui f^.O^i la vilk par excellence ^ 
parce que Mahomet y établit le siège de l'empire des musul- 
mans. On dit aussi *t>jW itÀjcvil ou isi^^l ^tV» ville du Pro- 
phète, à cause que cette ville renferme le tombeau de Mahomet, 
que les pèlerins visitent ordinairement au retour de la Mecque. 
Voyez Rommel, Ahulfcdœ Arabiœ Descripiio ire. p. y 2 et y^ , et la 
Billioth. or. au mot AJedinah. 

Plusieurs villes d'Espagne ont conservé la dénomination arabe 
de Aledina: telles sont, Aledina-del-Campo , Aledina-Sidonia, ire. Les 
Maltais appellent aussi Aledina l'ancienne capitale de leur île , la 
Civita- Vecchia, 

P, 10 j, l. y. Voici ce qu'on trouve sur ce jj^^^^' (J-^'j flans 

Rommel , Alulf. Ar. Descr. p. yj : « Ex vallibus , quae (^c^^ ' vocan- 

î>tur, est Al-Akik superior propè Madinah seu urlem Apostoli , 

» quâ parte spectat Al-Harrah bjSf usque ad viciniam Al-Bctki 

5) »^^i-y I , quae est cœmiterium Al-xMadinah. Porro 

» Al-Akik inferior, quae valiis est infrà priorem. » Et voici le texte 
d'Abulf. [Geogr. vet. scrijn. Oxford, 1 7 1 2 , t.IJI,p. y) que j'ai corrigé 

d'après les observations de M- Rommel : JJjj — g — *i-^' ^|_5^' \J^j 
I^àJ? *r^^jî «vXjJ SL,\ «^ J_y-4ilf JI5' j^AajJî i^j»j\ jL>cM 



( ^'«7 ) 

p. foj , l. ç. Le >'^ est le Struihio camclus de Linn^c. 
P. 10 j, I. lo. (Jj^> est pour ik.[ par licence poétique. 

P. 10^ , L i4- Le ms. B porte dix vers tout ditfcrcns; le ms. <: 
en porte trois, tout ditîcrcns aussi ; enfin, le ms. D porte les mêmes, 
mais avec ces variantes : ie premier iiémistiche du second ver^ est 

ainsi : *>^ cj j»^-^ ^ ' (JjJ (j'j ; ce qui paraîtrait prouver 

qu'il faut lire [JJI pour *tj]( qui a le même sens que Ji é. 

mais le ms. porte (J_j^l. Quant à *c^, c'est, comme CJ>>V , un 

des anciens noms de Médine. Au troisième vers , il y a <^î^^ , au 

lieu de U^Jt ; puis il y a un vers intercalé. Dans le suivant , il y 

ac_)tVscl au lieu de c>>»^'. Dans le dernier , au lieu de ^ — J 

^Jii' ^i=>Lv j on lit u^y^ f^^ V "ô cachet des prophètes 
» ( Mahomet ) î » puis viennent les vers suivans : 

jbU^I t3^ jJ ««^y^Â^ jL; ^ ^"^ ^'^ Ô^ C>JcM ^ 

« Un songe agréable n'est pas même venu récréer les paupières 
» de ton amant malheureux , qui désire si ardemment de parvenir 
" à ta tente adorée. Ce sont mes infidélités qui m'ont éloigné du 
" seuil de ta porte; c'est mon indifférence qui m'a privé de la 
» vue de ta sainte caaba. » 

ÂLLÉC. XXXII. LE CIlEyAL. 

P. loj, /. i6. Equus cafdllus de Linnce. 

P. lo.i.l. />• Hariri , s. XIII.', se sert d'une expression à-peu- 
prcs semblable, mais dans un sens figuré. .U«j X^j» a] JUj V 
«< Leurs rivaux n'atteignaient pas même la poussière de leurs pieds.» 



( ^'08 ) 

p. 10) , l. S. Les mots j^L» awÎ jJx U^ cNÀ^? j*^^.࣠L^ 
sont du Coran , XVI, pS. 

P. lO) , L ij. Le jour du jugement est souvent indiqué, dans le 

Coran , par les mots ^^yM («j-iy '• On les trouve entre autres , 

dans ce sens, tout au commencement de la ZATXXK/ j//r. .pUuJIj 

J^j_il <«»_^'j Tô-^ cjl"^ « J'en jure par le ciel qu'ornent les 

» signes du zodiaque , par le jour du jugement, &c. » 

P. 10 j , L iS. Cette phrase et une partie des phrases qui suivent, 
sont remplies d'allitérations et de jeux de mots , que les orienta- 
listes apercevront facilement dans le texte. Ces sortes de beautés 
( si toutefois ce sont des beautés ) , disparaissent dans les traduc- 
tions. 

P. Jo6, L ij. Il est probable que les mots ^yi*^ 0^ > ^^' ^^"^ 
une tradition. 

P. io6, l. /j». Je ne sais si les mots -^^-y^ jj^ csi^-^ ont rapport 
à une tradition; mais il est certain que les anciens croyaient que les 
cavales pouvaient concevoir par l'effet du vent. 

Homère dit des chevaux d'Achille : 

BocncojjUivy) Kei/unùvi ttv^ pôov cokhclvoio. 

m ad. XVI, ijo-p. 

et en parlant d'Erichthonius : 

TûLCùV X.CLI BopiYlÇ M^COttTO [hoOKO/UJcVOLCùV , 
'l^'TTCp e/J,' eiOTtJUiVQÇ "^mpthi^CLTt xjucLvo^nyï ' 

Ai </C vTnKJu osajbUivoLi hdcûv SboKctfcfïKs^ ttcùAovç. . 

Ilind. XX, 221- 2J. 
et Virgile dit des jumens : 

Orc omncs vcrsœ in Zephj'rnm siant rupilius altis. 



( 2Û9 ) 

Exceptnntque levés aurais ; et sapé , sine ullis 
Conjugiis , vento griividœ f minéile Sctu ) , 
Saxa per et scopttlos a ilepresstts convallcs 
Diffuginnt : non, Eure, tuos neque solis ad ortus : 
In Boream Caurum(]ue , aut umlc nigcrrimus Austcr 
Nascitur, et pluvb contristat frigorc cœlum. 

Gcorg. III, 273-79. 

« Rcs vulgata , dit Hcyne, vctcrcs credidissc , 'i'^a.nfxoZa^i , 
» vento gravidas rcddi posse equas, Procter Crctam ( v. Aristotcl. 
>' Hist. anim. VI, iS) , in Lusitanià, circa Olyssiponem (cf. Varro, 
» R. R. II, I, i(^), Favonio seu Zcphyro fiante, id potissimùm con- 
>• tingere, existimatum est (loca v. ap. Cerdum), quoniam acstuantes 
» amorc cquas , versus Oceanum currentcs, Zephyrum hiantc ore 
»> excipere videbant. Vide imprimis Colum. VI , 2j, j, sipj., ubi 
" totus hic locus adscribitur. » 

P. 106, I. i4- Voyez, par rapport aux mots ^juatsiLJi et 
^yvwjf , les notes sur la lavande. 

P. 106 , l. 77. « Les Arabes ont beaucoup de confiance aux amu- 
" letles ou talismans. Ils les composent de passages de l'Alcoran 
» et des hadis ( qui sont les dits des premiers successeurs de 
î> Mahomet ) , de prières de leurs saints, mêlées de termes caba- 
» listiques : le tout écrit avec de grandes circonspections à l'égard 
>» du papier , sur- tout à l'égard du temps et du lieu. Ils les portent 
" au cou, à la ceinture , mais plus communément au bras , en de 
>• petits sacs de soie ou de brocard, 6vc. » Voyez Chardin, édit. 
de M. Langlès, /. //, p. zj) et suiv. 

P, to6, l. 21. Voyez, par rapport à ce que l'auteur dit de la soie, 
les notes sur l'allégorie de l'araignée. 

P. 106 , L 2j. Au lieu de i>^ (J)^^' u^^ <-0>^ . on 'Jt dans 
le ms. D : IJ^ (3^' J^' iS3J 3 ^j^ 

P. 106 . I. 26. Les mots ^i »^-Cuo ^1 (V^^i ^ ^J^ lT^ J^ 
Li-^j sont du Coran , XIX , ^S. xMarracci traduit ainsi ce verset : 

o 



( 210 ) 

.< An invenies ex eis ( hominibus litigiosis ) , vd unum , aut audies 
M de cis mussitationcm î >» 

P. loy, l. //' On ne lit point de vers dans le ms. B ; le ms. C 
en porte trois différens, et le ms. D dix-sept , tout différens aussi, 
qui contiennent une foule d'allégories et de jeux de mots: on y 
trouve plusieurs phrases que l'on a déjà lues dans l'allégorie de la 
huppe , et , dans les derniers vers, des conseils qui ne me paraissent 
présenter rien de saillant, et qui ne sont guère qu'une répétition 
de ce qu'on a lu dans l'allégorie du corbeau : je ne crois donc 
pas devoir surcharger mes notes de cette tirade, 

ALLÉG. XXXIII. LE LOUP - CERVI ER. 

P. joy, /. ly. Voyez, sur cet animal , le Dictionnaire d'histoire »a- 
/i^rr/Zf impr. chez Déterville, au mot Lynx, et l'extrait de Démiri 
qui se trouve à la suite du poëme de la Chasse d'Oppien, traduit 
en français par M, Belin de Balu. 

P. loS, L 20. Le mot i^js signifie non-seulement « revenir à 

» Dieu en renonçant à la mauvaise conduite que l'on menait , » 
mais encore « se mettre ensuite à pratiquer les devoirs que nous 

» prescrit la religion.» ëXic J. :s: wol <JI o^^^iî^ *^j^î 

i^y\ i^y^ Jso *Uii[ / OvUll (j^ j!>^ûl Kitah Tarifât. 

P. loS , L 2j. On peut lire, la seconde fois, L$^-a-», esprit , &c., 
ou ^-'A^ , avec nous. J'ai conservé l'orthographe par [ à cause de 
cette espèce de jeu de mots. 

P. lop, L p. Les mots OU»Jl ± ji> çJ(X-j\ signifient à îa 
lettre , « qui est la moelle de la dévotion. » 

On trouve dans Hariri, séance XV, y^J^ ^ (JcX — Ji Pj — >• 
j>LJjV! ityJ.^j ^Lwo j f ce La faim est le vêtement des prophètes et 
» l'ornement des amis de Dieu. » 

P. lop , L If. Le texte porte à la lettre : « Je dresse mon trône 
>• par-tout où je veux, et j'étends mon tapis par-tout où je m'amuse. >» 

P. lop , l. ip. Le ms. c ne contient point de vers ; le ms. B en 
contient un seul ; enfin le ms. D, dont la rédaction est toujours 



( 2" ) 

i>caucoup plus longue, dans ces dernières allégories sur-tout, en 
cuntieut quatre que voici ; 

cpbj ^M-^b O'^^^J J^^ 
juif ^_i, j ^J^Vf ^y 

«« Puisque tu desires t'unir a cet objet sacré , ne tarde pas un instant 
»» ù faire tous tes efforts pour mériter ce bonheur; dans l'obscu- 
»» rite des nuits, associe-toi à ses fidèles adorateurs , pour t'élcver 
» aux degrés sublimes du spiritualisme. Poursuis vivement l'objet 
« de tes feux , suis ta passion sans te mettre en peine de rien : tu 
» obtiendras ce que tu desires, et les faveurs de la beauté que tu 
« adores seront le prix de ta constance. » 

ALLÉG. XXXIV. LE VER-À-SOIE. 

P. 110, l. 2. Le j^\ 3j3 est \e Bomfjx Alori de Linnée ; 
Russe!, Natural Hîstory of Alqipo , t. II, p. 222; et Hasselquist, 
V'o)'ûgcs dans k Levant, t. II , p. 62. 

P. 110, l.p. Les Arabes disent en proverbe: ^U. ^j«âJIj }>ysl 

^^si n Donner sa propre vie , c'est le comble de la libéralité. >» 

P. no, L If. Dans cette partie de ma traduction je n'ai pas rendu 
les mots -^j^ Xj ^ J -^^ L^ y"^ « je v iens au monde 

«•sans père ni mère, » attendu qu'ils sont répétés plus bas. 

Il faut observer que ^^j^y* est ici pour ^ '-^^ mère; à la 
lettre , « celle à qui est né ( un enfant ). » 

P. /lo , /. //. '« En Syrie, on fait éclorc les œufs des vers-à-soic 

O y. 



( 212 ) 

V dans un endroit chaud, ou bien les femmes les tiennent dans leur 
» sein ou sous leurs oreillers. » Hasselquist, Voyages dans le Levant, 
t. II, y. ài. 

P. no, l. ip. (J^ r^ signifie littéralement « la réunion de ma 

" dispersion ; » mais cette expression indique souvent, comme je 
l'ai déjà fait remarquer , le passage d'un état malheureux à un état 
heureux ; c'est donc ici, « le passage de la non-existence à l'exis- 
5> tence. » 

P. 110, l. 20. On voit que l'auteur joue sur la signification op- 
posée des mots J-<a-5 et J-^j 

P. iio, î. 2j. A la lettre : « Je vois que je n'ai ni père, ni mère, 
» ni oncle maternel ni paternel. » 

P. III , l. /. Jeu de mots sur la double signification de J^ 

P. m , L 21. Cette sentence se trouve dans le Coran, LV, 6o ; 
on la rencontre aussi dans divers auteurs orientaux, et, entre 
autres, dans une fable de \ Anvari Sohéili (fol. /2 verso) , que j'ai 
déjà citée, 

P. 112, /, j". Les mss. A et C portent «-y^ \^^ : On peut conjec- 
turer que l'auteur avait écrit {Sj^ *-^-^J " ie lieu où j'espère 
5> ressusciter. » 

P. 112, l. I/. Les mss. portent (^>-j , qui est la manière vulgaire 
d'écrire ciU ; car toutes les fois qu'il est nécessaire de pro- 
noncer le P.esra , on y substitue , en arabe moderne , un (_5 
pour fixer la prononciation. C'est par une suite de ce système 
que, lorsque les Arabes qui ne connaissent pas les règles de ia 

grammaire [^-^' ] veulent prononcer la nunnation du hesra,\\s 

écrivent souvent la nunnation }* , la seule qu'ils emploient ordi- 
nairement. Ainsi il n'est pas rare de lire à la suite des adresses àes 

lettres : t vjiç *jLo| , et, au commencement : (yy*'^ <>*J \j — ^ 

î^^^ (J^ ^Jx. ^«ioO^Li-o ^1 , ou d'autres phrases semblables. 

P. 112, L iS, Les mots fj^ ^J^^j (Jj^'j font allusion au ;.<^ 



( ?'3 ) 

versel de la L.^ sur. du Cor. , qui porte : ^J* J^' 3 ^ Cette ex- 
pression n'est pas très-facile à rendre ici; Beidhawi l'explique ainsi: 

^^0 «Ol ojLj ^L, 4JI JJjUj^Li «vjf Le A'^/«i7tti( éd. de Cal- 
cutta, f. 2)6) la rend par Ja-Ui^ perpkxum et confusiim ncgotium. 

P. 112 ,1. iij. Les mots "^y^ Va signifient à la lettre, <' ni sur 

» aucun autre. » Au lieu de cette phrase, le ms. D pxjrte : q ^j 

(_>j^ H^ ^^ (Jj jÊ.)ij c cJy^ (J (Jy^ 

P. 112 , i. 26. L'auteur fait ici allusion à ce qu'on lit dans le Cor. 
XXlX,4o: J— A_<-^ 'Wj^ *wt Qj.i ^ 'j^^ [J^.^^ J^ 

«« On peut comparer ceux qui prennent des protecteurs autres que 
» Dieu , a l'araignée, qui se construit un asyle qui est la plus frtlc 
» des demeures. » 

Hariri, séance XV, dit, en décrivant une maison : jj~-« f>-^' 

O^aX^I t>^ (j^ L>*JJ <^^^' " plus étroite que la bière, 
i> et plus frêle que la demeure de l'araignée. " 

P. 11^ , l. ^. Jeu de mots entre A <^ , collyre , et J^-X ^toir- 
ceur de l'ail. Pour comprendre l'allusion de l'auteur, il fauts;ivoir 
que, selon les Orientaux, les plus beaux yeux sont les yeux noirs, 
et qu'en conséquence, les Levantines, pour suppléer à cette beauté 

ou pour l'augmenter, font usage du jLi , qui est une poudre 

extrêmement fine, composée en grande partie d'oxide de zinc, 
qu'elles posent sur le bord de leurs paupières avec une sorte d'ai- 
guille nommée j-y^ . \'oyez la Bil'l. or. au mot Surmeh [*^_>*- ], 
qui est le nom que les Persans et les Turcs donnent au J>^ 

P. ir^, /. /. Le ms. B porte quatre vers tout ditférens , qui ne 
sont que la répétition de ce qu'on a lu dans la prose sur les soins 
que l'on donne au ver-à-soie. 

O 3 



( 2'4 ) 

Le ms. D contient sept autres vers, tout diffcrens aussi ; je me 
contenterai de donner les quatre derniers : 

^ — ^"U^ Jj^ ^j^^ o'J-»" f ^ 

< dX Jtj j[jj V^L \J^Jt^ 

IsiAb --uJo jiJI 3jtN^=> ôî^* 

*fl_JL-\-) «^-VAAJ (^Ô^^ U>J.a£û 

« Pendant toute sa vie, l'homme se livre à des affaires qui occupent 
>' tous sts momens : te! est ie ver-à-soie, qui file continuellement 
» et qui périt de chagrin au milieu de son travail. 

5> Après avoir employé tant d'instans à amasser des richesses, 
>» l'homme avide meurt, et ce qu'il laisse devient la proie des acci- 
î> dens et de ses héritiers : tel est encore le ver-à-soie ; la demeure 
'> qu'il se construit cause sa mort , et un autre fait son profit de 
» la cellule qu'il s'était formée. » 

ALLÉG. XXXV. — l'araignée. 

P. iij , l. ij. Le OjAXiXi est ÏAranea domestka de Linnée ; 
Kussel, Nat. Hist. of Aleppo , t. Il, p. 2j4' 

P. iij , L 18. CL>j>^ est pour \^y^. 

P. J14. l 10. Le mot o»aJ salive , signifie aussi toute sorte 
de matière visqueuse et gluante: de là, il se prend pour la ma- 
tière glutineuse avec laquelle les insectes fîleurs tissent leurs 
toiles ou leurs cocons, pour le miel, &c. 



( î>^ ) 

p. 1/4, /. fJ- H y a ici un jeu de mots. L'auteur , par icj mots 

^jfjfa ilAÉp- , veut indiquer ic malheur de mcicr les fils de ia 
toile, et lait, en même temps, allusion à la société et aux maux 
qui en proviennent. 

P. 1/4 , i 12. c^v3Lt? est le plur. de ^y^^ ou de *^'-^ qui signifie 

proprement y?»tYr<r. Le mot '-SU? me rappelle quelque chose de 
fort singulier que je crois devoir mettre ici. Il circule dans le Levant 
des pièces de Hongrie en argent qui portent un écusson, des dollars 
de Hollande qui portent la figure d'un lion , tnfm des piastres 
d'Espagne qui ont les deux colonnes d'Hercule, avec lu fameuse 
inscription: Non plus ultra. Les Arabes, prenant l'écusson des 

pièces de Hongrie pour une fenêtre, nomment ces ccus *^l-b^l 
U père Je la fcnctre (d'où vient le mot yvrA?/^//^ ); croyant que le 
lion des dollars de Hollande est un chien , ils nomment ces ccus 

4->*-^ ^1 le pcre du chien ; enfin, s'imaginant que les colonnes 
des piastres d'Espagne sont des canons , ils nomment ces piastres 
>3tM^I le père du canon. 

P. 1/4 . /. O'- ^" ^^^^ ^'^ ^^J "'j^^ (j t*-^'», le ms. n 
porte ^-^mi Lc.j^j-4 c (Jj^i (J l_>x-a.-* ce qui vaut peut-être 
mieux. 

P. //4, l. ::^. Les mss. portent [J,k/J=) -^ j'ai rétabli la vraie 
orthographe. 

F. //4, /. 26. Lorsque Mahomet voulut se retirer de la Mecque 
à Médine, avec ses nouveaux prosélytes, pour éviter la persé- 
cution des Coraischitcs, qui ne pouvaient souffrir qu'il abolit l'ido- 
lâtrie pour y établir sa nouvelle religion , il sortit un soir de la 
maison d'Abou-bccre , son beau-père, accompagné de lui seul, 
pour passer la nuit dans une grotte de la montagne nommée 
Thour . à une heure de chemin de la Mecque. 

«< Aussitôt que l'on eut appris dans la Mecque sa retraite, les 
» Coraischitcs se mirent en campagne pour se saisir de sa per- 
» sonne , cl arrivèrent jusqu'à l'entrée de la caverne où il s'était 

O 4 



{ 2l6 ) 

» caché , dès le grand matin du jour suivant. Le premier miracle 
5> qui se fit , fut que cette même nuit , en vertu de la toute- 
» puissance de Dieu , un arbre d'acacia ou de gagie était cru à 
» l'entrée de la grotte , et une paire de pigeons ramiers y 
j> avaient déjà fait leur nid ; ce qui restait d'ouverture à la ca- 
»verne, se trouva de plus fermé d'une toile d'araignée. 

» Toutes ces choses, étant des marques certaines qu'il n'y avait 
» personne dans ce trou , ôtcrent la pensée aux Coraïschites d'y 
» fouiller. Abou-becre fut saisi d'une fort grande peur , lorsqu'il 
» vit approcher leurs ennemis si près du lieu où ils étaient; mais 
î> Mahomet lui dit: Vous croyez que nous ne sommes ici que deux; 
» mais il y en a un troisième , et c'est Dieu , qui est au milieu de nous 
» et qui nous protégera. » Bihlioth, or. au mot Hegrah. 

P. II j, l. 8. On trouve également le mot Jy^^-* avec la significa- 
tion de bon sens dans la préface des séances de Hariri. Voici ce qu'en 
dit la glose: is.>>^_ai — ^ jy*^^^ ijis^I^ t^^^ />^\ J^*^t 

p. iij, l. p. Les étoffes de soie , quoique permises aux 
femmes, sont interdites aux hommes. Ceci est fondé sur ces 
paroles du Prophète : « Ne portez point d'habit de soie , car 
î> celui qui s'en revêt dans ce monde, ne s'en revêtira jamais 

« dans l'éternité. » l ^ oJ^ à ^^ ^^^ j^.^ ^j^ V 

*jib.Vi (j «*— y^ . Mais, si l'on en excepte les oulémas et 
quelques dévots parmi les laïques , toutes les familles opulentes font 
usage des habits de soie et des plus riches étoffes. Voyez les détails 
dans Mouradgea d'Ohsson, Tahl. de l'Emp. ott. t. IV, p. loi et ij2. 

P. 11; , L 2^. Voyez, par rapport au mot \ù ê , les notes sur 

le narcisse. 



( ?'7 ) 

ALLÉG. XXXVI. LA FOURMI. 

P. 11 6, l. S. On voit que l'auteur joue sur les mots '^Xr pour i^X^ct 

p. ii6, 1. 1^. Allusion à la forme de la fourmi, qui a le pé- 
dicule du ventre étranglé , et à l'usage des domestiques , dans 
le Levant, qui , lorsqu'ils servent, serrent leurs larges habits avec 
une ceinture pour agir avec moins de gêne. 

P. iiy, I. j. La parasange est une mesure itinéraire de Perse. 
Voyez Chardin, édit. de M. Langlès, t. IK p. r/7 et suif. 

P. iiy, l. 6. L'expression, «« celui qui fend l'amande et le noyau,» 
se trouve dans le Coran , VI , pj , et signifie Dieu , le Créateur. 

P. tiy, I. S. «LhJ-^ ou v ^ ,^ ^— > ( leçon du ms. A ) est le 
Coriandrum satiuum de Linnce (M. Dclilc, Ouv. sur l' F.gjptc , 
Hist. nat. t. Il , p. )S ). Le fruit de la coriandre se divise , à 
l'époque de sa maturité, en deux moitiés ou graines : il est clair 
que quand on divise le fruit en quatre, on coupe chaque graine 
en deux et on l'empêche de germer. 

P. iiy, l. 26. Ces mots sont de la surate LXXIV, v. 34. 

P. iiS, L I. Depuis le mot nous ohscri'ons, jusqu'à la fin de 
l'allégorie , la fourmi parle d'elle et de ses compagnes à la troi- 
sième personne du pluriel ; mais j'ai mis dans ma traduction la 
première personne, pour donner plus d'ensemble et plus de 
clarté. 

P. iiS, l. II. Ces vers sont au pluriel en arabe, et peut-être 
aurais-je dû les rendre également au pluriel et leur donner un 
autre sens. Je crois cependant ma traduction fidèle ; car il me 
semble qu'on ne peut les placer que dans la bouche du poète , 
et, dans ce cas, il me parait difficile de leur donner une autre 
signification. 

Ces vers ne se lisent que dans les mss. A et D. Le ms. B en 
contient cinq tout différens, et finit ici l'allégorie. On en lit un 
seul dans le ms. C. 



( s'8 ) 

P. iiS . l. 21. C'est à dessein que je n'ai pas traduit les mots 

c^fj^Vf joLû-x». ; je me suis contenté d'exprimer le sens d'une 

manière vague. 

P. np, L 4. Voyez sur le mot j^^jU^I les Notices des AIss. 
t. X, p. ^2. 

P. ji^, L 7. Ces mots sont tirés de la xxxiii.^ surate , v. 23. 
ALLEG. XXXVII ET DERNIERE. — LE GRIFFOrf. 

P.iip, I. ij. Je traduis ^"^^.^ t^:\x griffon; on pourrait peut-être 
\t traduire aussi bien par phénix. Cet animal peut se comparer 
à l'hippogriffe de l'Arioste : les Persans le nomment ^r^^ si- 

morg. Voyez M, Freyherr von Daiberg, Simorg der pcrsische Phônix. 
(Mines de l'Or. t. I , p. ipp.) 

Voici ce que dit, sur cet oiseau fabuleux, Motarrézi , dans son 
commentaire sur la L.^ séance de Hariri, Je citerai ce passage en 
entier, quoique fort long, attendu qu'il est inédit, et qu'il peut 
ne pas être indifférent aux orientalistes. 

\ J^ ô^ f^-^ Jj^ fwVI (j>j^ f^ Ji^ ^^^\ 

O^J l^AÀC JjL] J^^ ^^\^J:>Li l^iXCr j (jl^<0V Uàc 

(Ai^ ^J^ (jji=aj ool^-i xA-ûj<;Jw>» «iLj' ojlX_3 ^jJ J& ^j-» 



( 2»9 ) 

^jLcLo Lib-oLob *.3\ L^aJU j2_jL_— .j l^i*-j ^^U Ujuk ^t 

0_^Ll3 A.M-Jf «y^U ^_^_J^ ;J^j (j ,3^^ (J,^ ^' (jf J^ <>^ 

<=i.^ [jl^^ e-SjLsw (_!— .^ ,j>« *^-iS-2*.l *-*Jjf Lu liÀAjf l^Xul 

\j — ^3 l^ (3~5 ^ — ^^-***^ O"**^ cS^ à^ \y '^^-^ij (jL-jVÎ 

^j^— »-A;_^ jjJ-jL-b c>iLli^ J,l ^>X*Jl <kÀ£, <»-J| (j-y^ ^^^^ 
(_îL*-Jlj ^c\ill L_VH ^jy^ <^^\ ^^J\ ^ ^^jj o-^Jt^j 

lx.cX3 «UJÎ l>>j^4^9 jBsÎ^LjI W^aJx. cX^g (J^'^ U^-^J c5^*^' 
(jLjù'Î o^ ^V^^^ c_>oLf Jj^ qI^«»jÎ AXiU cV-«.<i>Okiî qCj 

^^^ UjJ^' j:>^j^ j-^ L>^^ c5> ^'Ji ^ ^^j ^Vl 



( 220 ) 
ç^yXj Ut\2».j ^J> yU ÂiU= ^^A*^ ^iS^ Uxaif rwfj J(i 

« Uanca est un grand oiseau que l'on ne connaît que de nom. 
5> Khalil s'exprime de la même manière. 

î> On dit qu'on l'a nommé anca , parce qu'il a au cou un tour 
« blanc qui ressemble à un collier. D'autres disent qu'orv l'a ainsi 
» nommé à cause de la longueur de son cou ; mais Ebn-Elkelbî 
3> dit : Les habitans de la ville de Res avaient un prophète que 
» l'on nommait Hantala, et il y avait dans leur pays une mon- 
« tagne nommée Damaj, qui avait un mille de hauteur. Il y 
« venait un oiseau très-grand, qui avait un cou très-long, très- 
5> beau et de diverses couleurs. Cet oiseau se précipitait en se 
" posant tout debout, et il tombait sur les oiseaux qui étaient sur 
5' cette montagne et les mangeait. Un jour il eut faim, et les 
» oiseaux lui manquant, il se jeta sur un enfant et il l'emporta. (On 
« le nomma arica mogreh , parce qu'il emporte bien loin toutes 
5> les proies qu'il saisit.) Il se jeta ensuite sur une jeune fille, la 
» mit entre deux petites ailes qu'il a, et l'emporta. Les gens de 
" la ville se plaignirent alors à leur prophète, et il dit : Mon 
5' Dieu ! délivre-nous de cet oiseau ; empêche-le de se repro- 
5>duire,et abandonne-le au malheur. Bientôt après, l'anca fut 
3> frappé de la foudre. 

3' Dans l'ouvrage intitulé /?(2^/ alnhrar, on rapporte , sur l'auto- 
« rite d'Ebn-Abbas, que Mahomet a dit que, du temps de Moïse, 
5> Dieu créa un oiseau femelle nommé anca. 11 avait quatre ailes de 
'> chaque côté et portait la figure d'un homme. Dieu lui donna 
■>■> une portion de chaque chose, et lui créa ensuite un mâle de la 
» même espèce. Alors Dieu fit cette révélation à Moïse ( sur qui 
3> soit la paix '. ) : J'ai créé deux oiseaux extraordinaires , et je leur 
M ai assigné pour nourriture les bêtes féroces qui sont autour de 
«Jérusalem. Je t'ai rendu familier avec eux, et je les ai donnés 
5> par surcroît à ce que j'ai accordé aux enfans d'Israël. 



( 5'^» ) 

» Mais leur espèce s'augmcni;i par la prog(?niturc; et lorsque 
» Moïse fut mort, ils allèrent dans la terre de Najd et de Héja/., 
» et ne cessèrent de manger des bctcs féroces et d'enlever des en- 
»> fans, jusqu'au temps où Khaled lils de Scnan Abasi fut fait pro- 
» phète entre le temps de Jésus-Christ et de Mahomet. Alors on 
» se plaignit de ces oiseaux; Khaled invoqua Dieu, et Dieu ne 
» leur permit plus de se multiplier , et leur race même fut 
» éteinte. 

» Jahez dit : Tous les peuples citent l'anca en proverbe, pour 
» exprimer une chose dont on entend parler sans la voir. C'est ainsi 
'> qu'Abou - Navas a dit : <« Son pain ( d'un avare apparemment) 
» est comme l'anca mogrcb, que l'on peint sur les tapis des rois, 
» et au sujet duquel les hommes ont fait des proverbes sans qu'on 
» l'ait jamais vu: c'est une figure qui ne passe ni ne reste. » 

"On rapporte que Alotadcd - biilah disait: Il y a trois choses 
>» admirables dans le monde; deux ne se voient pas, et une se 
» voit. Celles qu'on ne voit pas sont l'anca mogreb et le soufre 
» rouge ( la poudre de projection ) ; et celle qui se voit, c'est Ebn- 
» EJjassas le joaillier, Caroun des musulmans. 

» L'anca se nomme simorg en persan , ce qui signifie trente 
» oiseaux (*). 

5> Lorsque les Arabes veulent exprimer qu'une chose a péri et 
>' s'est anéantie , ils disent : Anca mogreb l'a emporté dans l'air. » 

Je dois ajouter à ce long récit , que les auteurs mystiques parlent 
souvent de la Divinité sous le nom de Vanca ou du simorg, \ oyez- 
en un exemple dans le Pcnd-namch , p. iji. 

P. np , l. ij. Comme je n'ai jamais traduit le Jv — 3 qui com- 
mence une grande partie des allégories , je ne le traduirai pas 

non plus ici , quoiqu'il soit suivi des mots oj^^ ^^^^J if^ 



(*) En effet, le mot persan -a» signifie trente , et 6>>o signifie oiseau. 



( 122 ) 

ajoutés par les copistes, dont le sens est : «< Que Dieu sanctifie son 
>• ame et son tombeau ! » 

P. iip, l. 21. J'ai omis à dessein , dans ma traduction, les mots 

ëjL^ L c^^^ cl^JJ^ Si ,jC^^ i::^.^] qI j,UIL.« Les sens 

»> caches sont pour ceux que j'ai eus en vue ; mais ma voisine 
" l'histoire est pour vous : écoutez-la donc. » 

P. iip, l. 22. Cette allégorie est toute mystiqne. Les oiseaux 
sont les hommes; le grifîbn ou anca est Dieu; l'île où les oiseaux 
se renaent est le ciel ; la route si difficile qui y conduit, ce sont 
ïes vertus et les différens degrés du spiritualisme. Je pense qu'avec 
ces données on comprendra facilement tout le reste. 

P. 120, 1. 4- On trouve également dans le Coran, lll , py, 

AWi (J-S^ l^.<w2Js£. Ij et voici comment Beïdhawi explique ces mots : 

LTÎ^ (jl_^l joJïLJL iSs^LaJl «ulc cJyU cuU5oj ^sX*./Vf jjJJuJ 

iS^J-^^ O*" " Attachez-vous à la religion musulmane et au 

» Coran, d'après ce qu'a dit Mahomet : le Coran est la corde 

» ferme et solide de Dieu ( J-p»- ). Le prophète a employé ici 
y* le mot corde par métaphore , parce qu'en effet , ceux qui 
" viennent à tomber dans un puits se sauvent par le moyen d'une 
» corde. » 

P. 120, l. 21. Ces mots sont tirés de la XXIX.' surate, v. 5, 

P. 120, l. 2j. Les mots «wù awi j^^=ijo^j sont du Coran ^ 

III, 2j , et ils signifient à la lettre : » Dieu vous engage à le 
)» craindre. » 

P. 120, L 2j. Les mots <_>i-ûJ I (j3Uw« signifient à la lettre, 
•< le harangueur de la recherche » : toutefois, il faut observer que 

c-M^aJi est ici le premier degré de la vie religieuse et spirituelle 

(jk^jUlj <_>JJL "^.iL o-*-J^ ) • Voyez le Pend-nameh, -p. 168 et 

suiv. Quant aux mots am| j! Ly^ > 4^^' suivent, ils sont pris de 
la z:// surate, v. jo. 



( "■5 ) 

P. !2i , l. 2. Les mot^ jj»j J ij c->ljXuJi ijjjjfc (j Qj^iLiujj 
sont du Coran , III , iSi^\ 

P. izi, l. 4- Les mots |j^L->o «Uaj ^ '^'J-^. ir*5 -^on^ ^^ ^^- 

ran , IV, joi. J'ai mis, dans ma traduction, ire. après le mot 

fitir , parce que le sens n'est pas complet. Voici ce qu'on lit dans 

le Coran, à la suite de ces mots, «v — ^cSJ / «Uj-u<jj axjI ^| 

AMI ^Jx. »^i ♦^j (>i3 c_)^i : « Celui qui quittera sa maison 
»» pour suivre la cause de Dieu et de son prophète , et que la mort 
«atteindra ensuite, certes Dieu se charge de le récompenser. » 

P. 121, L 11. Les mots jiJilj' et jCUj' sont deux noms d'action 

de la sixième forme des verbes (jf^ et (jf^ . Le (_5 est ici retranché 
en vertu d'une des règles de permutation. Gr. ar. t. I, p. Sa. 

P. 121, 1. 20. Les mots ^jv-cVI jJjj ^jJljVi <*^vgX-iJ' L* sont du 
Coran, XLIII, ji. 

Tout ceci et ce qui suit , jusqu'aux vers , est la description 
du paradis. H n'est pas difficile, en lisant ces lignes, de se con- 
vaincre de la fausseté de l'opinion de ceux qui croient que Ma- 
homet n'admet dans le ciel que des plaisirs sensuels. D'abord, 
comme l'observe Reland Z' de Rel. Alohamm. f. XVU ) , d'après 
Hyde , plusieurs musulmans, et même les plus raisonnables, 
pensent que ces plaisirs sont purement allégoriques ; mais, dans 
la supposition mcme que Mahomet admette réellement dans 
l'autre vie ces plaisirs corporels , ils sont purement accessoires, 
et la vision béatifique et l'union avec Dieu sont toujours la 
première et la principale jouissance des bienheureux. Mahomet, 
d'ailleurs, dit en propres termes dans le Coran ( IX , yj J, après 
avoir fait la description du paradis : « Mais par-dessus tout , la 
" complaisance et la faveur de Dieu , bonheur au-dessus de toute 

» expression. » P^-^^ jy^^ ^'^ J^^^ *^' O^ Oj^JJ 

J'avoue cependant que, dans le Pràis de la Foi musulmane, 
intitulé ^^i=>jj «JL«j , qui n'est autre chose qu'un catéchisme, 



( 224 ) 
il n'est point parlé de la vue ck Dieu ni d'aucune autre jouis- 
sance spirituelle. Voici ce qu'on y lit simplement ,p. 21 ( édit. de 

Scutari): tty *î I<>-JI ojXo q çV ^-> 3;;^i=:> Aj<J^ ^ib| oN^ 

Le latin, dans les mots, brave l'honnêteté; 
Mais le lecteur français veut être respecté, 

a ditBoileau: ainsi, comme il me serait impossible, sans blesser 
la délicatesse française , de traduire littéralement dans notre 
langue le texte turc que je viens de citer, je vais y suppléer 
par une traduction latine: 

«Electi, in paradisum introducti , sempiternam ibi sedem ha- 
w bebunt , ex eo nunquam exituri. Ibi, neque senectus, neque 
« mors ; nulla alteratio. Vestes iliorum haud deterentur. Ibi, nec 
» ventrem laxare, nec somnum capere opus erit. Virgines pa- 
5>radisi, et mulieres in eo admissac , menstruis non laborabunt , 
» non parturient , neque aliis omnibus incommodis erunt ob- 
« noxiae. Quidquid de cibo aut potu desiderabunt, aderit; nec 
» de arte coquinariâ , nec de cœnatico apparatu curandum. Para- 
» disi terra erit moschea, et iliius structurae lateres, alii ex auro , 
« alii ex argento. » 

On voit par ce passage même qu'il n'y a également rien de plus 
faux que l'assertion de ceux qui disent que Mahomet a exclu les 
femmes du Paradis, et , pour le prouver encore , je pourrais citer 
une foule de passages du Coran ; mais , comme cela m'obligerait 
à faire une longue digression , je me contenterai de faire men- 



( o,..5 ) 

tion de CCS mots tires de l.i surate XL , v. .^ j : l^Lo Jl^ ^ 

C-)^^— *^h^ l^^ .< Celui qui fera le bien, qu'il soit hornmc ou 
"femme, pourvu qu'il croie en Dieu, entrera dans le paradis , 
» où Dieu le comblera da faveurs les plus abondantes. >» 

P. 121, l. 2^. Ces mots sont tires de fa s. Lxix, v. 24. On 

traduirait littéralement Sy^ en stylo d'Amyot , par hn prou 
vous fasse. 

P. 121, l. 2j. Les mots jjjaX*«Ij^OJ^ q-o qj-u.aàj sont du 

Coran , XV III , ^o , et le mot (JVV^-^^ , LV l , 16. Voici comment 
le commentateur Beïdhawi explique dans ses gloses les mots lyô-'^^ 
et jjj^>>-v-l : ^J<£.yJ\ ij^J ^ *^ Jilcj ^U_)tVl",j.>» ^JJ U^ 

P. 122, l. 2. Les mots^j\^j^ j^Low» \j sont du Coran, 
jjl , ip. Voyez, sur les mots {J^ j^ , les notes sur le paon. 

P. 122 , L 10. Voyez, sur les mots (jj'^*^' *-^^'-^, les notes sur 
la colombe. 

P. 122, l. jj. On a mis ^'^ pour ij^*^, à cause de la 
rime. 

P. 122 , L 2b. Il semble qu'au lieu de c5tV^^ , il devrait y avoir 
'JcV^*-; cependant tous les mss. portent la même leçon. Les 
Arabes tont peut-être comme nous, qui, dans ce cas, disons 
monsieur, et non notre sieur (excepté en style de commerce). 

P. 12^, l. I. Ceci fait allusion au verset \6 de fa xxxv.<^ sur. 
du Coran. 

P. 12^, l. /;. Ce qui suit, jusqu'à la fin, ne se fit point dans 
le ms. A ; mais fes trois autres ms>. fc donnent rédigé à-peu-prcs 
de la même manière. En général, j'ai suivi de préférence le ma- 
nuscrit B. 

Voici comment le ms. A termine cette allégorie et tout l'ouvrage: 

P 



( 226 ) 

c |Bs!^LJIj <c Ensuite ils allèrent dans un lieu où la félicité et 

« le bonheur étaient sans bornes. On y voit des châteaux élevés, 
•i^ àtî, rameaux inclinés, et on y jouit d'une volupté étemelle. 
5) Ceux qui y entrent sont fortifiés par la grâce \ ils ne goûtent 
» pas ia mort (*) , et leur bonheur ne cesse point. Ils ont des 
M biens excellens (**) , des houris, de jeunes échansons , et , par- 
« dessus tout , quelque chose qui ne peut se décrire , comme 
5) Dieu l'assure dans son livre précieux. Cette demeure enfin est 
^. la demeure de la paix, et le lieu de la félicité et de l'honneur. 
3) Nous finirons ici ce que nous avons voulu dire dans cet ou- 
•>■> vrase. Adieu. » 

p. 12^, l. i4' Le mot (J-r^ signifie, «^ dormir dans le temps 

nommé idjU c.-à-d. à midi [ j»^l c>-cJ ]. liamous , p. jj^4. 
Il est également dit dans le Coran: XXV, 26. * — ^ cjUel 
C^^A ^^^*^U [>îU«L/o j^ C^^y. • Beïdhawi explique le mot 
J^fji^ de plusieurs manières. J'ai suivi sa première explication. 

P. 12^, l. ly. Cette phrase se trouve dans le Coran , LXXVI, 
ij. Quant au jj^ï-î-^j , c'est VAmomum Zingihcr de Linnée. Voici 
la glose de Beïdhawi sur ce mot: /«AiaJf ^j J^yv^jJf «u^ U 

«^) ^ «3^' LJ^j^ '' OjtN'^''».**^ M>*^' *^-^\} "P^^ Zengébil, ii 

'> faut entendre ici ce qui a de l'analogie avec cette graine, quant 



(*) Coran , xuv, ^6. 
(**) Coran, LV, 70. 



( "-7 ) 

'•au goût; rar les Arabes aimaient beaucoup les boissons faites 
» avec du gingembre. « 

Selon le A ,imous. p. 1464 > " le Zârtgé^il est une racine qui s'étend 
» dans la terre; la plante qu'elle porte ressembla au roseau et au 
>» papyrus: elle a une vertu cchaufîântc, clic aide à la digestion ; 
» elle est un peu adoucissante, belle, répandant une odeur dé- 
» licate : mêlée avec la partie humide du foie de bouc , séchéc 
» et réduite en poudre très- fine, on s'en sert comme d'un col- 
» lyre pour faire cesser l'obscurcissement de la vue. «< ^jj~^ 

_j*^\ 0^x^=3 Lit^jj lajJ^ lifj f-^S^ *^v '_>ry*^ tJoXa fS^\ji 

p. T2J, /. /j?. Cette phrase est du Coran, IJCXVI, /. \'oici 
ce que dit Beïdhawi sur le mot J^^^ '■ S^-r^j *^J^J ^--L><^ 

« Le camphre est cité ici à cause de sa vertu rafraîchissante , de 
» sa douceur et de sa bonne odeur. On dit aussi que , dans ce 
»» passage , il s'agit du nom d'une chose qui se trouve dans le 
» paradis, et qui ressemble au camphre par son odeur et par sa 
» blancheur. » 

P. 12^ , l. 2J. Voici la glose de Beïdhawi sur le mot J— :^ — -wi— 

(Cor. LXXVI, iS) : L^L^ i^jJn^j ^ j U^Lv^'ï ^Xj 

O^Ij^^ r*-^-^ Cil-JjJn Ax.-y.Xwa J L«Xu,j jJk..«Xw (_j'^y^ cJ *^ 

4^.,i>JiJo LtLa-dj. J^-^^^^[ 0(3J Lgix kÀJ iji «o .ii^io LJl 

. il ^'f Js^L X^ UJf jL ^^ VI 

« Cette eau se nomme sababil , à cause de la facilité avec laquelle 
» elle descend dans le gosier. On emploie dans le même sens les 

" mots J^-^^ ' jLwL* et (JrvS**^ ; c'est pourquoi l'on dit que 

P z 



( 2->8 ) 

< le c-> est ajoute à Ja racine. Par ce mot on veut nier que cette 
) eau ait le piquant du gingembre, et lui attribuer la qualité con- 

' traire ; d'autres disent que l'origine de ce mot est ^.-v^*- J^ 

> [ demande un chemin ] , et qu'on a ainsi nommé cette source 

> de ce nom composé (comme on a nommé un poëte l^^ JajLj" ] , 
parce que celui-là seul boit de cette eau, qui demande le chemin 
pour y aller, en se comportant bien. » Voyez aussi, sur ce mot, 

Chardin, édit. de M. Langlès, t. VI, p. 4^ , note. 

P. I2J, l. 2^. Le mot *^^ que j'avais d'abord cru syno- 
nyme de V— ÀwS ne se trouve pas dans les dictionnaires; d'ailleurs 
l*idée de mort, même dans le sens mystique, ne paraît pas conve- 
nable ici. On peut conjecturer que l'auteur avait écrit ^cr^ cura, 
soUicitudo , studium fc. Le sens serait donc alors: « approchez de 
5> sa maitresse l'amant, puisque sa passion est à son comble. ■» 

P. 12^, l 26. Les mots \Jjy^j oj^ i^^J ^^^^ ^^ Coran, 
LXXVI , II. 

P. i2j, l. 2y. Les mots \ju^ Llj-i È^j (^^^J ^°^^ ^^ ^°^' 
LXXVI, 21. Voici comment Beidhawi explique ces mots : ù Jj'ï? 

« Dieu veut indiquer par ces mots un autre genre de boisson 
« qui surpasse les deux espèces précédentes , et c'est pourquoi 
" Dieu est le sujet du verbe ; quant à la qualité de purifiant qui 
» est donnée à ce breuvage , c'est parce qu'il purifie celui qui le 
«prend, de toute inclination aux plaisirs sensuels, et de toute 
î» confiance en ce qui n'est pas Dieu , en sorte qu'il ne pense 
«plus qu'a contempler la beauté ineffable de Dieu, et à jouir 
» de l'union naystique avec la divinité , n'existant plus qu'en 



( ^'^9 ) 

»» elle , ce qui est le dernier degré où puissent pancnir les justes ; 
» et c'est pourquoi Dieu finit par ces mots: la description de 
» la récompense des élus. >• 

P. 124 , l. /. On lit de mcme, dans la Vlll."^ séance de Hariri : 

^\j (>j;^-A-«l o»^j «Toutes les fois qu'on demande ( du collyre 
'> à l'aiguille ) , elle en donne. » 

P, 124, L p. Les mots jtSxiLo c^La — Lo (>J^ (^^^-^ cvaji» ^j 

sont du Coran, LfV, //. Bcïdhawi explique les mots .àjc-w. jatiL» 

par l^jj» ^^[SCo j 

Après ces mots le ms. D intercale six vers, qui ne me paraissent 
pas assez intéressans pour que j'en surcharge mes notes. 

P. 124,1- ly. On lit les mêmes mots dans Isaïe ( LXIV , 4 ) - 

Hît'y' "]rSiT D'nSx nrNn - nS py i^'TNn nS lyas:/ - nS zuSiyQi 

Et dans saint Paul ( l Cor. Il , p ) , qui ne fait que citer Isaïe : 

Qioç TDtç cLyccTnocnv oLwnv. 
P. 124, i 24. Au lieu du mot o«Ai» ^ les mss. c et D portent 




P î 



( 23o ) 



ADDITIONS 

AUX NOTES. 



Jlage j>j', ligne 6. Je devais traduire simplement: « N'espère 

î) pas jouir de l'objet de tes désirs. •>•> o^' est le pi. de *^y^i 
res optata. 

P. j'j', /. 14. Les mss. portent j-^ , comme je l'ai imprimé ; 

mais il faut \_y^ au duel. Il est possible que l'on rencontre quel- 
ques irrégijlarités semblables du langage vulgaire : cependant je 
ne crois pas qu'on en trouve beaucoup, car je me suis fait une loi 
de rétablir toujours le texte d'après les règles de la grammaire. 

P. 142, l. 8. Je pense qu'on ne sera pas fâché de trouver ici des 
vers de Malherbe, /, ^ (Larmes de S. Pierre), qui expriment abso- 
lument la même idée que le vers persan que j'ai cité dans ma note : 

Les arcs qui de plus près sa poitrine ( de S. Pierre ) joignirent, 

Les traits qui plus avant dans le sein l'atteignirent, 

Ce fut quand du Sauveur il se vit regardé. 

Les yeux furent les arcs; les oeillades, les flèches 

Qui percèrent son ame et remplirent de brèches 

Le rempart qu'il avait si lâchement gardé. 

P. i4s y !• ^^- J<^ n'avais pas besoin de chercher une preuve de 
mon assertion dans Soyouti ; mon allégorie contient de même la 
preuve que le Ban des poètes arabes n'est autre chose que le Khalaf 
[Salix agjptiacaj . Voici ce qu'y dit le Ban [ (j V ] , p. 22, L /y du 
texte ar. ; (^jsl^Lk {^^^ iT^ " ^^ Khalaf \ le Ban ] ne s'y op- 
pose pas. » 



( 23i ) 

La conclusion que je tire dans mu note acquiert donc un nou- 
veau degré de certitude , et je suis toujours plus convaincu de la 
vérité de mon observation. 1 outelois le Kamous ne parie que du 
(jl J CLitis unguentaruî. Voici ce qu'on y lit , p. \jz6 : j p^ 

1\ 0J9 ^>iî»3 oj^' Jj^j . " C'est un arbre dont le fruit a 

»> une graine qui donne une huile excellente &c. » Mais à l'article 

O»^^ /'. i/fS, je trouve une preuve de plus que le oûli^ est 
un saule: « ]^c khalaf, y est-il dit, est du même genre que le 
i^ sûfsiif ( synonyme de oj^ Salix t'ahylonica , voyez jy. i4s) > 
" mais non pas de la même espèce. On le nomme C-jOiJ^ [ con- 
» traire ], parce que, transporté par le courant, il croit en sens in- 

" verse. » J-wif ^V l3>Mi^ ^^^ «^) ^r^^ o ^^-û-^'--ûJ f q/« (.>i.-<s 

P. /./7, /, 20. Les mots^jL V^j^j i^ô^\ sont du C". A', 2j. 

P.104, l. ip. Comme mes mss. ne portent pas de voyelles, 
on peut donner plusieurs sens aux mots (J, _>AàJ1j^^I W'»'-^-^ 
(jljovc Celui que je leur ai donné dans ma traduction est peut- 
ctre le plus vrai; toutefois je traduirais actuellement ainsi ; « Je 
>» sautille sur les rameaux, tandis que les fleurs et le ruisseau sont 
» comme deux lyres qui accompagnent mes acccns. » 

P. iSj , l. II. Je crois qu'il est bien plus simple de considérer 

le premier 3^ comme le nom d'agent de ^^ carpsit , legit, &c. 
3^ est pour qL^ à cause de la rime. 



P4 



( ?,3. ) 



TABLE ALPHABETIQUE 

DES MOTS ARABES ET PERSANS 



EXPLIQUES 



DANS LES NOTES. 



'4-.''et'0-/<rQ^i>- 



Nota. Les mots arabes sont rangés suivant l'ordre des racines. 



I p/^ge 2 12. 

^ " ^ ^ 

*3(>o^| ^ 215. 
^slLjjf, 21J. 
tj>i-^^l ,215. 

JVI, 205. 

cjLof _j-iLoi , 191. 

•b^ ' '35- 

^^L, 149. 
jl — ^ , ,64. 



'44. 145» i4<>, i47' 230 > 
23 1. 

o^, 20;. 

'-ij-^ , 157. 

j J, 161. 

(3>y^L 22J. 
t^^ - ^>y> 132. 
«^îj^, 184. 

CUiAJ", 128. 

3 j — ^ <jy^ / 1 4 1 • 

■JùJf^ 20(;. 



( ^3^ ) 

(j^' . '70. 
(j-^U» , 197, 198. 






^»-a/^ , i4î>. 



cr^. 149. 

J^ — ft— ^. M?- 
<»-^*-~^. '49- 

cr>oJiJ', ,58. 

Jùjj', 210. 

o , 138. 
j< — '' '73- 

> — j» •73- 

^^UJI cjy , J34. 

180. 
^iU , ^^j, 188. 

^j^, 149- 



VJ 



ô^ 



J-, .18. 

(j-'^ . '3';- 
^UU , .28. 

<j^'' '70- 

cx-^ , 149- 

^, 'H' '5^' '^7. ^'2. 

j^3^î ^, '80. 

^|j._:a.. 186. 



17'. 



^l :^, '59- 

j-*-.:^ , 170. 
«L>^^ , 175- 

o^j^ , 195. 
iiia-L^ , 161, I (>"]. 

J^- OV^ J,?^' '7 
JU_ Jl^l , .30. 
qUw -^U., ,32. 
^^_^^ , i;o 
L»ù^ , I 38. 

' I . .. t . 

1_>-U2J^ — <^ ^"^ , I 90. 
(^Lc2_i^ , i(^>8, 169. 

O^. -43» '44' '45' 230, 
M'- 



fj^, .5.. 

o!^, 204, 205. 

J-t-^jr?^ — >y^— >y^, 195. 

zji, 173. 

J^\ ^j^, 2... 
^ , .38. 
^oJ\ , 158. 

Jy>3 , Z06. 

OJ-^' '52, i;3, jd6. 

p^^, '75- 

M 



{ '-34 ) 

^^J^ ,215. 
15jJLw ^ 204, 2 0). 

Jw/wwL*/, 227. 

j — -cw, 129. 

^l eu., ,53. 

ç>xuJl, 174. 

^tVww, 223. 



■^J, 128. 



oUj, '53' '5;- 
^^->t;> '49- 

■^.>^j» '39» '49- 
o^j , '28. 

i}-<1^j, 2 2(5. 
jl>, '84. 

(J — )L«, 204. 

;si-^— »■, 157, ,;8. 
O^*^ > '9'. 
V-^' '98. 



C-Jj^ , «92. 
^jjliJf ^^^, ,58. 

c$0-^--, 225. 

^y^ , 218, 221. 

^ .'. I .'. 

^L_,^l I J9, \(iQ. 

yxi— j^L« (j^j^*» '58» 'S9- 
(J — cw' , 1^6, 187,21a. 

^3j^, i66. 
*y^ > 157* 

^, 132. 

t_>..^>g — (^UA^ . 199, 200- 



isjL^, ,87, 188. 

J — t , 179. 

* ^ 

^y^ , 149. 
^^, '38. '7^. 

*>-U3 , 207. 

^, .î8. 

cy^ — -^y>^ — lW^ , 186. 

*-<o*>«> , r^.;, 140. 

^Lh*-^ , 1^9, \y6. 

tJ J Le _ fjjSLyO _ AW I *3_^A» 

129, 135, 177, 181. 
^^ dJ^' '44- 

*LJajJl j i(^r^. 
(j^ , '49- 

Jy^ ,2,^. 

(£y^'^ . '74. 

<_j LIii , 19;. 

^^ , io;. 
^^i^, 218. 



( '^35 ) 

.8j. 
3U, .86. 

jy^, iî7. 3Îy^l , 20J. 
^>^^ eX^ , '37- 

oLsi- ^jN^ , 180. 
IlMÏ , 140. 
c_j>, 143. 

Jl^^ , 196. 

Jii^ , ';7- 

^LcVf , .78. 

ciy-5. «84. 
f3>, ,40. 
^f>9, .84. 

J^ —J^ , '81, 204. 
V. À 9 j 181. 

^jjJ'i^, '49- 
J-^'. '57- 

''JJJ^' '9'- 

CT^ ' '70- 
^^l^', .87. 

U^', 157. 
1^, >;7- 



( 236 ) 



«r,^ , \6i, \6y. 
Jv — 5, 129, 164. 

^j^ jûuLo, 174. 

0^ , 226, 

J£, 215. 

'<>^y 204. 

ï^j^=D _ Oj g ^,» *^ ,217. 

(^ ^ •' ^— » , 130. 

<.:5Ui=3, 170. 

jiy L^ , 227. 
J^, 128. 

^JIJ^û, 149. 

oW, 180. 

> — ;^ — ' , 148. 

. çj'^\j t 223» 

tJ>'>«-î , 214. 

JaJ, 149. 

M 
jjj, 192. 

^J^-, 15;. 
U, 185. 

O^J-^"> 177. 

tiy , 132. 



^/«A/0| 



^j^^L 



^Ux._ ^Uj, 148. 
^jô^' , 183. 

^^^uJl *-otM , 206. 

CJS^iJ-* , 136. 
^>^^' , 183. 
«S^, ^, 132. 

(j^Xr" . 177. 
JtN^^* ,183, 

î — v3*^L 230. 

cjy> , 181. 
«ùU. ^^ , 132. 

J^ , 213. 

LTJJ^ • 173- 
tS^ , 129. 

»tH^*, 145. 
J — :^*, 181. 
J^ , 196. 

QUtNJ —Uît^J , 159. 
3jJ, 136. 

J^ y 148. 

(J^-w»-mO , 139. 

ïjJUlj , 148. 



( ^.37 ) 



i88. 



ijr^> 20;. 

l4'. 



<kj 

V 



j^^y» '-9- 

cjUu^ — cvJlj^, 178. 

qÎjJj ,17,. 



LîLs: 



l. 



:j, 152. 

i8j. 



c>^ , 189. 
cjJJ^ , 172. 

•93' '94. '9>- 

M 

179. 



146, 



tV^ , 128. 

J — *> '70- 

^. .8;. 

(JSC^^^ , 151, I>2. 

(->y ^ — o-^fjj , 148, 179. 

S>^ , 149, 
<J-^. , 177- 
f^ — ^^. , 198. 

3j£jll jBjJî , 208. 



*£Cv-. ITN' •ï'V .2» 



( 238 ) 



TABLE 
DES MATIÈRES 

CONTENUES 

DANS CET OUVRAGE. 



A, 



-VANT-PROPOS Page vij 

Préface d'Azz-eddin Efmocaddessi i 

AllÉG. I.^'^ Le zéphyr 9 

II. La rose .- . 12 

m. Le myrte 15 

IV. Le narcisse ij. 

V. Le nénufar 19 

VI. Le saule d'Egypte 22 

VII. La violette z6 

VIII. La giroflée 28 

]X. Le jasmin 32 

X. Le basilic 34 

XI. La camomille ^6 

XII. La lavande 38 

XIII. L'anémone 4' 

XIV. La nue 43 

XV. Le rossignol. . , 4) 

XVI. Le faucon 48 

XVII. La colombe 51 

XViii. L'hirondelle S 4 

XIX. Le hibou 57 



{ •■'.39 ) 

AjXÉG. X\. Le paon Page 6 1 . 

XXI. La perruche 65. 

XXII. La chauve-souris 69. 

XXIII. Le coq 7j. 

XXIV. Le canard 75. 

XXV. L'abeille 78. 

XXVI. La bougie 81. 

xx\'ii. Le papillon 83. 

XX VIII. Le corbeau 87. 

XXIX. La huppe 91. 

XXX. Le chien 98. 

XXXI. Le chameau ici. 

XXXII. Le cheval 103. 

XXXIII. Le loup-cervier 107. 

XXXIV. Le ver-à-soie i i o. 

XXXV. L'araignée 113. 

XXXVI. La fourmi 116. 

xxxvu. Le griffon 119. 

NOTES. 



Préface d'Azz-eddin Elmocaddessi 
AllÉg.I.^*= Le zéphyr 

II. La rose 

III. Le myrte 

IV. Le narcisse , 

V. Le nénufar 

VI. Le saule d'Egypte 

VII. La violette 

AMI. La giroflée 

IX. Le jasmin 

X. Le basilic 

XI. La camomille . . . 

XII. La lavande 

XIII. L'anémone 



27. 

3'- 

33- 
3^. 

38. 

41. 

42. 

48. 

49- 
5'- 
53- 
5S' 
>^. 

;9- 



AlLÉG. XIV. 
XV. 
XVI. 
XVII. 
XVIII. 
XIX. 
XX. 
XXI. 
XXII. 
XXIII. 
XXIV. 
XXV. 
XXVI. 
XXVII. 



( 240 ) 

La nue Pimc 

Le rossignol 

Le faucon 

La colombe 

L'hirondelle 

Le hibou 

Le paon 

La perruche 

La chauve-souris 

Le coq 

Le canard 

L'abeille 

La bougie 

Le papillon 



XXVIII. Le corbeau, 

XXIX. La huppe . . 



XXX. Le chien 

XXXI. Le chameau 

XXXII. Le cheval 

XXXIII. Le îoup-cervier 

XXXIV. Le ver-à-soie 

XXXV. L'araianée 

XXXVI. La fourmi 

XXXVII. Le griffon 

Additions aux notes 

Table alphabétique des mots arabes et persans expliqués dans 

les notes 



6i. 
63. 
64. 
65. 

68. 
69. 

70. 

73- 

78. 
179. 

81. 

83. 

84. 
M. 

91. 
201. 
205. 
207. 
210. 

2 I T. 
214. 
217. 
218. 






232. 



FIN. 



M^ 






b^w 


jv^ 5«-fJ3 


JÇ^^ 


U 


^%^^ 


Uilt, OiAîiSjJ^ ^ 


j* 




J.ÔUVI 


iUJt 


j\.j\ 




UjJ\ 






V 






c^;. 


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uk- 


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c:wJC!àaJ1 JsjLil 

V iJUol ijLil 



UajJI ojlit 



ë;^^r-^î 



IH 



1^1 cjl^I isjLil 

Ft" jîjAil CjLI 

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