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Full text of "OEuvres complètes de Eustache Deschamps, pub. d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale par le marquis de Queux de Saint-Hilaire"

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SOCIÉTÉ 



DES 



ANCIENS TEXTES FRANÇAIS 



ŒUVRES COMPLÈTES 

D'EUSTAGHE DESGHAMPS 



Le Pay, imprimerie de Marchessou fils, boulevard S^int-Luurent, 2 3 











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OEUVRES COMPLÈTES 



DE 



EUSTACHE DESCHAMPS 

PUBLIÉES d'après LE MAXySCRIT 
DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 



LE MARQUIS 

l) E QUEUX DE S A I N T - H I L A I R E 




'%^ ^ 



PARIS 

LIBRAIRIE DE FI RM IN DIDOT ET C- 

56, RUE JACOB, 56 
MDCCCLXXVJil 



Publication proposée à la Société le 24 février 1876. 
Approuvée par le Conseil le 9 mars 1876 sur le rapport d'une com- 
mission composée de MM. le baron de Rublc, Siméon Luce et 
A. Longnon. 

Commissaire responsable : 
M. Paulin Paris. 




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M. PAULIN PARIS 

MEMBRE DE l'iNSTITUT 
rRF^SIDENT HONORAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES ANCIENS TEXTES 

FRANÇAIS 



Cette édition est respectueusement dédiée 
comme un faible témoignage de reconnaissance. 

L'ÉDITEUR 



TREFo^iCE 



PRÉFACE 




Quelques mots de préface suffiront pour indiquer 
fi à nos lecteurs le système que nous avons Tin- 
tention de suivre dans la publication des Œuvres 
complètes d^Eustache Deschamps dont la Société des 
Anciens Textes leur présente aujourd'hui le premier 
volume. 

Partant de ce principe que celui qui commence un 
livre est l'écolier de celui qui Tachève, nous ne fe- 
rons pas maintenant la description du manuscrit 
unique de la bibliothèque de Paris, n° 840, que nous 
nous sommes attaché à reproduire avec tout le soin 
possible. Ceux de nos lecteurs qui voudraient se ren- 
dre compte de l'importance de ce manuscrit, un des 
plus volumineux de notre Bibliothèque nationale, puis- 
qu'il ne compte pas moins de six cents feuillets, qui 
forment ensemble trois cents feuilles de vélin, donnent 
1 162 pages de texte à deux colonnes de 34 à 35 lignes 



X EUSTACHE DESCHAMPS 

chacune, et produisent environ 82,000 vers ou li- 
gnes, pourront s'en rapporter à la description faite par 
Crapelet au commencement de son édition des poésies 
morales et historiques d'Eustache Deschamps (Col- 
lection des anciens monuments de l'histoire et de la 
langue française. Paris, i832, grand in-8°). Pour le 
fonds littéraire, il se compose, toujours d'après Cra- 
pelet, de 1175 ballades, 171 rondeaux, 80 virelais, 
14 lais, 28 farces, complaintes et traités divers, 17 let- 
tres ou épitres; de ces pièces, trois seulement sont en 
prose. 

Ainsi qu'on le voit par ces courts renseignements, 
les pièces publiées par Crapelet en i832, et celles qui 
Font été par P. Tarbé dans sa collection des poètes de 
Champagne (Œuvres inédites d'Eiistache Deschamps, 
Reims, 1849, ^ ^^^- ii^-S°) ne forment qu'une portion 
très-minime des œuvres contenues dans ce volumineux 
manuscrit. 

Nous avons, avec l'approbation du comité de la 
Société des Anciens Textes français, l'intention de pu- 
blier dans leur entier les œuvres d'E. Deschamps, 
et voici le système que nous avons suivi, d'accord 
avec M. Paulin Paris, qui a bien voulu non- seulement 
accepter, mais même réclamer la lourde tâche d'être 
le commissaire responsable de cette publication. 

N'ayant à notre disposition que le manuscrit uni- 
que de la bibliothèque de Paris (nous parlerons plus 
tard d'une copie de quelques pièces de Deschamps 
qui se trouve dans la riche collection de manuscrits de 
lord Ashburnham et que nous n'avons pas encore pu 
voir, mais qui nous a été signalée par notre. savant col- 



PREFACE X] 

lègue M. Paul Meyer), nous nous sommes attaché à 
le reproduire avec une fidélité scrupuleuse quant à 
Tordre des pièces et à Torthographe des mots ; notre 
respect n'a pas été plus loin. Nous avons pensé, en 
effet, qu'il ne suffisait plus aujourd'hui de publier 
fidèlement et exactement un manuscrit, fut-il uni- 
que -, les copistes de tous temps ont commis en effet 
bien des erreurs, et ce serait, croyons-nous, pousser 
trop loin le respect du temps passé que de respecter 
ces négligences lorsqu'elles sont évidentes. Nous avons 
donc cherché à corriger toutes les leçons qui nous ont 
semblé fautives dans le texte même que nous pu- 
blions; cependant, pour laisser toujours nos lecteurs 
à même de contrôler la valeur de nos corrections, nous 
avons rappelé, par un numéro au bas des pages, la 
leçon littérale du manuscrit. A l'aide d'une lettre 
de renvoi, nous avons expliqué, aussi brièvement que 
possible, les mots hors d'usage ou dont le sens nous 
avait paru difficile à saisir. Enfin, nous avons cherché 
à mettre cette édition des Œuvres complètes de Des- 
champs à la portée de tous les lecteurs. Nous avons, 
de plus, numéroté soigneusement chaque pièce, en in- 
diquant celles qui avaient été publiées soit par Gra- 
pelet, soit par P. Tarbé ; nous avons indiqué par 
quelques mots, entre parenthèses, quel en était le su- 
jet, laissant toujours le titre du manuscrit quand, par 
hasard, il s'en trouvait un. Ainsi le présent volume 
comprend d'abord la table des rubriques avec le ren- 
voi aux feuillets du manuscrit, qui permettra de se 
rendre compte des matières qui y sont contenues, puis 
des Balades de moralitei, au nombre de i8o, et 



Xlj EUSTACHE DESCHAMPS 

2 rondeaux. Nous y avons ajouté le fac-similé, repro- 
duit par rhéliogravure de M. Du jardin, d'une quit- 
tance signée de la main même de Deschamps, et 
scellée de son scel ; cette quittance se trouve à la Bi- 
bliothèque nationale. 

Eustache Deschamps, dont nous raconterons la vie 
à Paide de ses œuvres et des documents que nous au- 
rons pu rassembler dans un volume supplémentaire, 
lorsque notre édition sera achevée, a été un person- 
nage sinon considérable, au moins important dans 
toute la seconde moitié du xiv^ siècle et le premier 
quart du xv^ : c'était un chevalier clerc, assez entendu 
en armes, et souvent mêlé aux gens de guerre, ce qui 
donne beaucoup de valeur à ses descriptions et à ses 
renseignements archéologiques. Il fut successivement, 
comme il le dit souvent lui-même, écuyer, huissier 
d'armes du roi, châtelain de Fismeset bailli de Senlis. 
Il vécut longtemps à la cour et vit mourir quatre 
rois, Philippe de Valois, Jean, Charles V et Charles VI. 
Il était le familier des ducs d'Orléans, de Berry et 
d'Anjou, et il eut l'honneur de recevoir le roi Charles V 
dans sa maison des Champs, aux portes de Vertus 
en Champagne. Pour toutes ces raisons, il nous a 
semblé, en le lisant, qu'une grande partie de ses œu- 
vres, la plus grande peut-être, n'avait pas été seule- 
ment des compositions poétiques ou morales dont, il 
faut bien l'avouer, la morale et la poésie laissent 
quelquefois à désirer, mais qu'elles étaient surtout des 
morceaux de circonstance. L'événement à l'occasion 
duquel la pièce a été composée est souvent incertain, 
et le sens n'en est pas toujours facile à saisir au- 



PREFACE 



Xllj 



jourd'hui. Ce sont cependant ces impressions passa- 
gères et fugitives que nous avons essayé de ressaisir, 
et c'est ce qui nous a décidé à ajouter, à la fin de cha- 
cun de nos volumes , des notes historiques et Htté- 
raires qui, on le comprendra aisément, ne sont rédi- 
gées, le plus souvent, que d'après ce que l'on pourrait 
appeler le calcul des probabilités en histoire. — Ce 
travail avait déjà été essayé, avec plus de bonne vo- 
lonté que de bonheur, par P. Tarbé pour quelques- 
unes des pièces qu'il avait publiées. Nous avons 
reproduit presque toujours ses notes, qui témoignent 
de grandes recherches, en les faisant suivre de son 
nom et en les soumettant à une révision sévère, 
grâce au secours de celui de nos collègues qui est 
peut-être, en ce moment, le plus versé dans l'histoire 
du xiv^ siècle. Fauteur de La jeunesse de du Guesclin 
et de la nouvelle édition de Froissart, M. Siméon 
Luce en un mot qui a bien voulu mettre sa science 
au service de notre ignorance, avec une bonne grâce 
dont nous sommes heureux de le remercier publi- 
quement ici, ainsi que M. Léon Pajot, ancien élève 
de TEcole des chartes, et M. le comte de Circourt qui 
connaît si bien l'histoire de tout le moyen âge. M. Gas- 
ton Paris, le savant président de notre Société, et son 
cher et illustre père, notre éminent commissaire res- 
ponsable, ont bien voulu tous deux nous aider dans 
notre travail de reconstitution du texte parfois assez 
difficile de Deschamps, et souvent ils nous ont fourni 
des indications précieuses pour la rédaction de nos 
notes. Qu'ils en reçoivent ici les remercîments de nos 
lecteurs et les nôtres. A vrai dire, nous n'eussions ja- 



XIV EUSTACHE DESCHAMPS 

mais eu la témérité d'entreprendre une tâche qui 
exigeait des connaissances aussi variées, si nous ne 
nous étions senti soutenu par ces savants à la fois si 
érudits et si bienveillants. 

Maintenant, malgré cet appui précieux, nous ne 
nous dissimulons pas toute la fragilité de nos conjec- 
tures historiques; souvent, dans les volumes qui sui- 
vront, nous aurons à rectifier et peut-être même à dé- 
mentir quelques-unes de ces conjectures. Nous le ferons 
toujours avec une entière sincérité et une grande re- 
connaissance pour ceux qui nous les auront signalées. 
Aussi, pour nous aider dans notre tâche, pour essayer 
de rendre cette édition aussi bonne que possible, de- 
mandons-nous le concours de tous nos lecteurs et les 
prions-nous de vouloir bien nous adresser leurs cor- 
rections et les rectifications qu'ils croiront nécessaire 
de nous faire-, toute notre ambition se bornant à être 
moins l'éditeur de Deschamps que le secrétaire de la 
rédaction, comme on dit aujourd'hui. 

Paris, décembre 1878. 




TABLE DES MATIERES 

CONTENUES DANS LE MANUSCRIT 



En ces présentes rubriches sont les refrains 
de toutes les balades et chançons roiaulx, 
et les premiers vers de tous les rondeaux 
et virelays estans en ce présent livre, selon 
l'ordre de l'A B C ; avecques pluseurs laiz, 
traictiez, lettres missibles, commissions et 
autres choses estans en ce présent volume, 
comme il pourra apparoir par ces présentes 
rubriches et par le procès dudit volumine, 
fait par feu Eustace des Champs, dit Morel, 
escuier, huissier d'armes du Roy nostre sire, 
Chastellain de Fismes et son bailli de Senlis. 
Et entre les aultres choses, y a deux traic- 
tiez : cellui de la fiction du Lyon, et l'autre 
du Mirouer de mariage, non complez pour 
la mort qui trop tost lui survint. Dieux ait 
pité et mercy de l'ame de lui. 

Amen. Amen. 



ARiSTOTEs au grant Roy Alixandre 2 3 

A tout convoiteus couraige i 

Ains que veoir de ce monde l'envie ^ 4 

Aage en tristour qui abrège la vie 8 

A homme plus ne fault selon raison 10 

Advise qu'il te fault mourir. . 18 

Autel est il de Gillet et d'Eustace 20 

T.I 



I 



2 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Advise toy, fausse ville de Gand 22 

Ainsi le voit chascun communément 23 

Au jour d'ui n'est ami que de fortune 35 

Amis sanz don pour autre dort 47 

A ce mirer se doivent foui et saige 48 

Ainsi dit on, mais on ne le fait mie 49 

Au jour d'ui voy po qui bien n'oneur face 52 

A paine est il au jour d'ui nul ouvrier 55 

A grant paine congnoist on qui est Roy 57 

Au peuple fay remission et grâce - 59 

A Dieux donné a chascun et chascune 63 

Ayons de ces poins souvenance ^^ 

Amer te doit pour ce toute nature io3 

Addès fine il qui a argent 106 

Ainsis se doit gouverner capitaine 117 

Ainsis sur tous puet avoir avantage 118 

A l'endemain du jour de Magdeleine 119 

A l'expert croiez, ce ^ dit le sage 122 

Au jour d'ui font ainsi les cardinaulx 124 

Ainsi fist ^ on, mais on ne le fait mais 128 

A voz subjectz soit donné bonne paix 134 

Avisent cy empereur, Roy et prince 1 39 

Avec celle qui vous het et vous lui 141 

A tous amans en doit bien souvenir 143 

Ainsis est il de vous, douce rousée 146 

Aux grans vertus de mon loyal ami. . . M^ 

A Bievre voist, a trois lieues de Paris i52 

Adieu, bon temps, drois est que je te pleure. ... i52 

Ainsi les siens doit avancer tout homme i53 

Amons dont tuit et toutes, je vous prie i53 

A main lever ne gist pas li esplois 1 54 

I. Ce que dit. — 2. Dist. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 3 

Aidez vo serf qui en larmes se font i53 

Adieu te di, noble cité de Reins i5q 

Au doulz penser qu'amans a de s'amie 162 

Adieu, adieu l'un des meilleurs qui vive i65 

A Nieppe voit ^ près du val de Cassel 167 

Ainsi m'en va, dont maintefoiz soupir 167 

A ce bon jour aiez pité de my. 168 

Ainsis ont trop cuer et corps a souffrir 171 

A droit juger, je me tiens a la flour 202 

A bon droit n'est d'elle un cuer plus loyal. .... 204 

Armes, amours, dames, chevalerie 204 

A Montagu qu'il lui paie sa debte 208 

Au vin queurent toudis seure 210 

A ce bon jour de renouvellement 141 

Ancre, cire, papier et parchemin 212 

Amour n'y voy fors l'amour de Renart 222 

A grant moqueur convient grant moqueressc. . . 225 

Adieu Paris, adieu petiz pastez 2 35 

Ainsis seront tuit mignez mes quevaulx " 228 

Aussis tost vient a Pasques lymaçon 2 38 

Aies sur ces poins ton advis 242 

Advise cy toute noble personne 249 

Ancor est Dieux ou il souloit 262 

Aises sont ceuls qui n'ont ne filz ne fille 263 

Ainsis cilz mondes se demaine 264 

Alez dis^ner, ce dit maistre Regnault 271 

A dire voir, c'est pourquoi nous amons 272 

Ainsis va des choses du monde 272 

Advisez tuit a ma dolour. 278 

Alez a Dieu, l'aumosne est faicic 281 

Ait homs toudis bonnes mains, bonne bouche. . . 285 

1. Voit manque. — 2. Maqueriaux; c'est une pièce en patois picard. 



I 



4 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Ainsis va chascuns a sa fin 288 

Au monde ne règne que vice 291 

Autre science n'a pratique 294 

Au grant péril et fortune de mer 3o3 

Aies sur ces poins ton advis ^ 807 

Ainsi se doit chevaliers gouverner 309 

Ainsi doit tout vaillant roy faire 314 

A gent qui sont en maladie 32 5 

Atten encor jusqu'à demain 333 

A tart venir a repentence 335 

A tousjours mais comme siens l'ameray 342 

Ainsi se doit garder le bien commun 343 

Atout compter, c'est toute perte 363 

Au jour d'ui n'est vie que de chanoine 363 

Au jour d'ui nul ne se congnoist 387 

Advisent cy tuit foui et saige 390 

Avoir de Dieu, ne plus grant joie au monde 436 

Alez-vous eut en vo maison. . a 449 



Cy- après s'ensuivent les rubriches des Balades qui se commencent 
par B, et premièrement : 

BONNE herbe est mise en non chaloir 7 

Benoit de Dieu est qui tient le moien 19 

Bon congLoistre fait que chascun scet faire 21 

Bonne vie fait a bonne fin tendre 41 

Boa fait vivre liement 46 

Même Ballade qu'au f" 242. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 5 

Bon fait toudis penser a sa besongne 107 

Eabiloine qui vault confusion 116 

Bertran du Guesclin, connestable de France 121 

Benoit soit Dieux qu'il vous est telement . . . • . . i63 

Bon fait jurer Tame son père 212 

Bon fait logier près de son souverain 214 

Benoit soit il qui le visitera 21 5 

Bon fait sanz court vie et chevance avoir. ..... 253 

Bon temps, ne revendras-tu mie? 262 

Bien doit plourer Europe, Aufrique et Aise. .... 107 

Bonne et belle, gracieuse et courtoise 265 

Bon se fait garder de malice 20g 

Bon fait tel gent tenir en sa maison 3oi 

Belle chose est de contenter son hoste 338 

Brennyus fut prince de hault affaire 1 ?43 

Bien croy que je ^ ne gariray jamais 432 



Gy après commencent les rebriches des Balades qui se commencent 

par G. 

CHAscuN dit que c'est grant pité i 

Contre les vens ne puet nulz de la mer. ... 3 

Certainement le siècle ains ordonne'e 3 

Ceuls s'accusent qui dient mal d'autrui 5 

Car riens ne vault tant com obéissance 6 

C'est tout néant par ma foy, ce me semble 7 

Chascuns le veult avoir, soit droit, soit tort. ... ^ „ 

1-3. La pagination manque. — 2. Zq, manque 



6 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

C'est que il se sauve qui puer q 

C'est tout noyent en la conclusion 14 

Car autrement faire ne se pourra 16 

Car chascun dit : « Monseigneur dit trop bien ». . 16 

Condicion de ribault et de pie ly 

Chascun ne pense au jour d'ui que de lui 18 

Car a ^ chascun fault prandre un restraintif. .... 23 

Chantez a l'asne, il vous fera des pés 23 

Car nul ne tent fors a remplir son sac 26 

C'est pour garder le droit de Monseigneur. .... 28 

Car ilz ne sont remeris de personne 28 

Car ly mondes est bien près de sa hn 29 

Car en ces trois n'a raison ne pité 38 

Chacer, voler et tournoier 38 

Car chascuns d'eulx est tenus a ce faire 36 

Certes, je croi, ce ne sera jamais 40 

Car je n'en voy a droit user nullui 45 

Ceuls qui portent l'Ordre de la Couronne 45 

Chascun doit bien tel maleureus hair ^8 

Car saiges homs la fin voit et regarde 5o 

Chascuns deust congnoistre quelz il est 5 1 

Car au jour d'ui c'est la plus seure vie 5i 

Car au derrain le bien vaint tout 55 

C'est droictement la pie qui parole 56 

Chascun ne quiert fors profit sanz honeur 56 

Car ja prodoms n'ara bien en ce monde 5y 

Car tout desplaist fors estude et science 58 

C'est grant péril que de garder justice 60 

Compter, getter et mannier argent 66 

C'est trop bien dit, mais querez qui le face io3 

Crueulx devant, piteus après victoire 109 

1. a, manque. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 7 

Chascun juge selon son sentement 112 

Comment Dieux a confermée noblesse 1 1 5 

Car en ce temps, Dieux est misericors 117 

Contre raison, orgueil et convoitise 120 

Car a chascun doit rendre sa droiture 120 

[^ Car vaincus est homme en adversité 127 

F Car chevaliers ont honte d'estre clercs \3>j 

C'est ce qui me fait endurer 143 

; Car homme n'est qui ait point de demain 145 

\ Ce que je doy pour mes estraines rendre. ..... 148 

Cent mille fois assez plus que ne sueil. ...... 1 5o 

; Car de moy n'est plus amoureus en France. ... i5i 

S Car meilleur temps fut le temps ancien 160 

Ce povre don vous plaise recevoir 161 

C'om lui respond : « Il n'est pas ore temps )'.... 162 

Chiere dame, que j'aie nom d'ami iSq 

Car mes bons jours sont au sel et à l'eaue 171 

C'est ung grant donneur de bons jours 2o5 

C'est grant pechié d'ainsi blâmer le monde 207 

C'est la fille Montagu qui est morte 210 

Ce vous mande le bailli de Valois 2 1 5 

Capitaine de la foire aux chetis 21 5 

Chetis, dolens, es tu bien mariez? 2i5 

C'est droictement Jhesus sur une pelé 218 

C'est Alixandre au poing clos 225 

C'est vérité que l'en doit avoir chier 118 

Conques ne pos avoir grâce d'amours .' . 143 

Convoitise déçoit et foui et saige 229 

Ceuls de Brie, la mousse aux Champenois 232 

Com vieil roncin, mourir à la Sauçoye .' 2 33 

Car vostre amour au cuer trop fort me touche. . . 2 36 

C'est de dancier au son des chalumiaux 240 

Car tout le monde me fait guerre 245 



8 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Char a espée ne vault rien 245 

Congé, pour Dieu, d'avoir noz chaperons 249 

Car de ces deux voy pou joïr nully 25 1 

Char a espée au jour d'ui ne vault rien 25 1 

C'est li règnes de paradis 254 

Car en tous fault que jonesce se passe 255 

C'est grant péril que de tant amer l'or 2 58 

Car nul ne veult fors que parler d'argent 261 

Crions mercy, demandons grâce et paix 263 

Car on ne het fors les gens de justice 267 

C'est ce qui ^ destruit les provinces 267 

Congnoissance trop pou se tient a court 268 

C'est bel gieu, mais qu'on ne te voie 269 

Car chascun jour meschiet il qui que soit 273 

Car un chascun fait du sien a sa guise 275 

Chiere dame qui n'avez vo pareille 277 

Corps, doulz amis, dy moy donc, que ferayje? . 279 

Car Dieu partout pugnit peuple qui pèche 287 

Car quant avoir vient et corps fault 290 

Chascun fait contre son mestier 294 

Chascun d'eulx ses gaiges perdra , . 294 

C'est tout néant des choses de ce monde 298 

Chascun aura sa desserte certaine 299 

C'est grant pechié de legierement croire 3oo 

Chascun sçavoir doit ce que bon lui est 3o4 

C'est ce qui fait le monde anientir 3o6 

C'est de ce mot l'interpretacion 3o6 

Chantons au vray le chant du bois 3 1 2 

Car de tout ce ne vient fors que dommage 314 

C'est le plus sain que d'estre bien rente 322 

Certes tousjours vient pis ouen qu'enten 32 3 



I. Que. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 9 

C'est de bien servir povre exemple 326 

Car don de Dieu est de vivre en leesse 33o 

Car nul ne fait bien son devoir 336 

Car, Dieu mercy, je suis en bonne vie 341 

Car il n'est riens qui vaille franche vie ^ 342 

Ce sont les signes de la mort 344 

Car Dieux pugnist chascun de son mefîait 345 

Chascun veult des tripes mangier. ......... 346 

Car au jour d'hui, nul - ne fait son devoir 347 

Ceuls qui ce font sont plus que droictes bestes. . . 35 1 

Crier me fault : « Oublis, oublie y> 354 

Car en la fin nous fault tous rendre compte 355 

Chascuns est hardis en son art 356 

Congnoissons Dieu en toute humilité 357 

Clers repentiz en nul cas ne vault rien 357 

Chascun le puet veoir a Tueil 364 

Car je voy bien qui aime a tart oublie 366 

Car il n'est riens qui leur souffise 385 

Car jeune et vieil ne sont pas bien d'acort 3S6 

Compains, apran a flajoler 3i3 

Chaperon tant comme yver dure 386 

Chascun veult jouer de la trompe 388^ 

C'est bien dit, mais on n'en fait rien . 389 

Car tu es hais de chascun 435 

Ce dit l'epistre Saint Bernart 436 

Ce n'est pas ce que vous querez 400 

Chascun pour avoir se travaille 454 

I. Franchise — 2. Xallui. 



10 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 



Autres rebriches des dictes Balades qui commencent par D. 

DE cinquante ans en cinquante ans a Romme. . 453 

De tel seigneur fait bon l'amour acquerre. . . 4 

De tous pais le plus mauvais peuple a 5 

De lui ne souvendra jamais 8 

Du noble Mile evesque de Beauvés 11 

Donna le nom a ce lieu de Beauté 14 

Des or fust temps d'avoir paix, ce me semble. ... 21 

Dont bons ne puet au monde bien avoir 2 3 

De l'ame avoir en enfer dure fin 29 

Du cerf volant a la teste legiere 41 

Du plus vaillant qui fust en tout le monde 44 

D'avoir a court un pié hors et l'autre cnz 45 

Dont puet venir au jour d'ui tel usage 45 

De pis avoir que d'accès de tiersaine. 46 

DeJosué, Charle, Hector et Pompée. , 53 

De pis avoir pour le peuple et l'église 53 

Du cours du monde et du deffinement 62 

Durer ne peut royaume sanz justice 65 

D'eschiver homme rumoreus 65 

D'omme qui vient en eage de vieillesce 109 

Dont est cilz folz qui deux foiz se marie 112 

Dampnez sera, et raison s'i accorde i23 

Deffault d'amis est chose trop commune i23 

Desloyaulté, traison et envie 129 

Deffault d'avis est chose ^ périlleuse. • 129 

Dont mon estang est de tous poins perdu 13/ 

Du temps qui est seroient merveilleux i38 

I. Chose trop periUeuse. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 1 I 

Dame d'onour, de grâce et de pité. . 147 

Dydo, Palas, Juno, Penelopée ^ i58 

De tel ami doit amie estre amée 161 

De vo servent, dame, ce petit don 168 

Demandez en a l'amoureux Clifort 170 

Des lais vous veult retenir 2o5 

Délivrez vous , car le temps le désire 21 3 

Des maleureus doit porter la bannière. ....... 21 5 

Deceveurs sont deceuz communément 216 

De tous ces maulx est servie vertus 219 

Dieux gart les veaulx de Vecquessin ........ 223 

De mes seigneurs d'Anjou et de Bourgoigne 22 3 

Dès or me faut jouer à l'esbahy. 226 

D'acort commun a Rodelinghan 228 

De ces trois bons ne vueil nul retenir . 23 1 

De mentir, puis qu'om me ment 23 1 

Donnez leur l'Ordre du Cordier 235 

De voulentiers tenir vostre promesse 239 

De faulx parler et de mauvaise envie 24g 

De jour en jour vo beauté renouvelle 25o 

Dieux nous vueille garder et Nostre Dame 253 

D'estre monarchie muée 257 

Durer ne puet royaume sanz justice - 264 

Du temps qui court ay grant merveille 266 

D'escrevice qui en alant recule 280 

Dont grant doleur venrra prochainement 284 

De deux celles le cul a terre 286 

Dès or me fault boire a un vermical 210 

Depuis que j'ay tout ce que je désir 172 

Dont sont ces ^ maulx dont nul ne puet guarir? . . 145 

Dieux nous vueille touz getter de ta main 247 

I. Et Pénélope. — 2. Même Ballade qu'au f> 65. — 3. Ce maulx. 



1 2 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

D'avoir .11. piez de tous poins hors de court .... 292 

De maie heure fut elle née 45 1 

Doit- on ainsi parler d'amours? 3ii 

Dieux et le monde l'amera 322 

De tout mon temps ne vi si dur caresme 324 

Dieux exaucera ma requeste 336 

Dens de serpent , orde, laide et camuse 339 

De chascun d'eulx ait Dieux merci de l'ame 35j 

Dominium ^ de gente in gentem 363 

Doit estre mise en l'eschielle d'amours 365 

De voz gens bien devez estre servie 365 

D'un droit pour eulx et d'un pour leurs voisins. . . 366 

Deux chiens sont mauvais a un os 367 

De l'an présent, dont je suis presques mors 385 

Dit-il voir? — Par ma ïoj, il ment 390 

Dame , aiez pité de tettine 448 

De ceulx est bon, non d'autres le servise 449 



Rubriches des Balades qui se commencent par E. 

EN tous temps doit homs estre véritable 21 

Et pour ce eurent il pluseurs biens 22 

Et en tous cas leurs ennemis requerre 25 

Einsis fist-on, mais on ne le fait mie 2 5 

Encor y fust Rolant, ce m'est advis 3i 

Et si n'ot onq feste en ce monde ci 33 

Elle est toudis de raison condempnée 34 

En tous temps est fortune decevable 39 

i. Dominum. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT l3 

En ce monde n'a richesce certaine 41 

Et habiter en règne pardurable 56 

Et que surtout ait des bons congnoissance 62 

Et si leur doit toute seureté querre 106 

Encor n'ont pas brebis souppé 1 1 1 

Et pour ce es tu de tous biens tresoriere 121 

Et ne voit nul ce qui lui peut a l'ueil 1 3 1 

Et pour ce a tous bonne paiK octroyons 134 

Et tout me vient par un tres-doulz regart. ..... 149 

Et gardez bien ou vous arez fiance 149 

Et vous seres honourez et chieris i5o 

Et se Dieu plaist vous le saverez bien . . - i5o 

En Orient, servent de tel beuvrage 154 

Et m'ont osté la dolour que j'avoic i55 

Elle a de Dieu et du monde la grâce i56 

Enbien amer ma belle et bonne dame iSy 

En trestous lieux , quelque part que je soie 166 

Estront par la, g'iray par l'uis 2o5 

Et quant vendra le trésorier ? 207 

En ce froit temps, s'en fait bon estrangier 209 

Et qui sont-ilz? — Ce sont les generaulx 209 

En mon logis, dessus la chambre aisic 214 

Et pandus soit qui ainsis m'assena 220 

En tel estât puis bien servir le roy 221 

Et a tous ceuls qui ont pou de cheveux 224 

Et se je fail, je dois bien dire : Helas î ' . . 227 

Excusez-vous par le conseil d'Eustace 227 

Est il saiges qui ainsi se marie ? . 227 

Et de putain ne face ja grenier ' . 238 

Eustace dit que c'est folie 240 

Et comment ferai je, comment? 243 

Envie est en cloistre et a court ...» 248 

Et ce sçavoir nous fait experiance 253 



14 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

En tous estas et par tous les pais 254 

Entre vous, Rois, a ces poins ad visez 257 

Et par ce convient que tout fonde 259 

En jeune amour ne se doit nul fier 260 

Es granz cours n'a sièges qui soit certains 260 

En tous temps fait bon couchier a par soy 271 

Et lors doivent monarchies changier 276 

En tous temps fait bon couchier a par soy ^ 276 

En disant : a A ce coup la quille » 280 

Et si n'est nul qui en ait congnoissance 283 

Et qui sont il? — Ce sont li gênerai'' 290 

Encor fust il Oliviers et Rolans . 295 

Et qu'il puist vivre du sien 298 

Et qui dira vérité ^, sera mors 3oi 

Et conquérir la terre d'oultremer 3o3 

Et ne voist hors s'il ne fait bel et cler 3o8 

En si faiz dons mauves fier se fet 3 10 

En paradis soit s'ame couronnée 3i6 

Et qui sont-ilz? — Femme, peuple et enfans. . . . 340 

Envie ne mourra jamais 341 

En vostre bouche a de beaus mes 382 

Et obsèques soir et matin 433 

Escoutez, Monseigneur dit voir 444 

Exemple aux mondains et au cloistre 446 

Et selon ce fault le temps faire 447 

Et en ce fait condicion de leuvc 451 



I. Même Ballade qu'au /-> 2-] i , — 2. Ballade différente de celle qui est 
au p 20g. — 3. 11 sera mors. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT l5 



Autres rebriches qui se commencent par F. 

FouLz est vielz hons qui jeune femme prant ... 8 

Foulz est li homs qui bon conseil ne croit ... 9 

Fors aux commis a départir argent y 

Fay ce que dois et aviengne que puet 14 

Foulz la poursuit et saiges la délaisse 26 

Fuir te doit un ^ chascun et chascune. ....... 27 

Fors faire bien, et de soy esjouir 42 

François perdent leur temps a conseillier 54 

Franc cuer ne puet de son siège mouvoir 62 

Fuiez, fuiez pour les maillés de plonc 128 

Fay saigement et resgarde la fin i33 

Fors quant je harpe et de vous me souvient 148 

Fors seulement que le chant du cucu iSy 

Faictes crier haultement La Rivière 166 

Fors de languir plus qu'autre créature 167 

Faicte fustes pour enfans estrangler 211 

Fors que tousjours assez boire de vin 2 1 5 

Fors bouche a court sanz riens mettre dedens ... 218 

Faisons le bon plant aluchier 245 

Faictes sur ce vo jugement 270 

Faictes du pis que vous povez 281 

Faictes partout garder loy et justice 295 

Faulx amoureus et de cuer et de bouche 3o6 

Fouis est li homs qui servitute bat 344 

Font en mains lieux causer l'epidemie 35o 

Fraus fraiidulavenitfraiidulenter 352 

Fouis est li homs qui trop s'i tient et crout .352 

I. Un, manque. 



\6 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Fy de semblant, se dedenz n'a bonne euvre ! . . . . 382 

Fay de quanqu'om fait le rebours 388 

Faictes obéissance au vin 436 

Fay bien, l'en ne t'en fera point 441 

Frans cuers vivent a grant dangier 448 

Femme est plus fort lien qui soit 4.S2 



Autres rebriches des Balades qui se commencent par G. 

GUERRE mener n'est que dampnacion j 5 

Grâce de Dieu, vivre et son vestement. .... 24 

Grant translateur, noble Gieffroy Chaucier 62 

Gand en Flandres et tout le faulx pais 1 10 

G'y renonce, adieu les com mens 221 

Geline, oë, ne poucin ne chapon 232 

Garnissiez-vous, avant qu'iver vous fiere 234 

Gardez vos brebis pour les leux 279 

Grant mercis, je suis bien armée 3 1 2 



Autres rebriches des dictes Balades qui se commencent par H. 

H OMS glorieus de fait et de pensée 18 

Hui est le temps de tribulacion 35 

Homme ne voy chevauchier qu'un cheval 43 

Helas! dame, quel dur département! i56 

Hurter ne veult plus a mon huis derrière 23o 

Helas! Justice, et qu'es-tu devenue? . . .' i32 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 1 7 

Humilité attrait le cuer des gens 268 

Haro, haro, est ce bien Gracieuse? 218 

Heu! ubi est nunc Veritas? 366 

Hé, doulz amis, ^ qu'en dit li roys? ........ 453 



Autres rubriches des Balades qui se commencent par I, J. 

JA riches homs n'yra en paradis i 

Jamais ne quier suir guerre ny ost 2 

Ja n'aurons paix, mais tous temps aurons guerre . . 4 

Jorge, Denis, Cristofle, Gille et Biaise 8 

Je ne sçay nul qui a droit aime 8 

Il fault prandre le temps si comme il est i3 

Je ne vueil plus fors que vivre du mien i3 

Je ne sçay mais quel beste devenir 1 5 

Il se dampne qui tele guerre suit 1 5 

Je n'ay cure d'estre en geôle 19 

Je ne voy que foies et foulz 22 

Il estoit mors s'il ne s'en fust aie 35 

Il ne me fault que finance et bon corps 39 

11 n'est homme qui ait point de demain 43 

Il n'est chose que femme ne consume 45 

Je ne di pas quanque je pense 47 

Je ne sçay mais des quelz je suy 52 

Justice en toy, et que bien soit gardée 56 

Je ne vous sçay chose dire meilleur ,58 

Impetre moy pardon de mes meffais 60 

Il n'est trésor qui puist valoir franchise 63 

I. Et qu'en dit li roys. 

T. I 2 



l8 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

J'ay Franc Vouloir, le seigneur de ce monde .... 102 

Ja pié n'en puist il retourner iio 

Il ne règne au jour d'ui que foulz ^ 1 1 1 

Ja ne feront les presens ce qu'ilz firent 1 1 3 

Hz sont tous mors : le monde est chose vaine. ... i23 

J'ay terre et corps, mais je n'ay point de cuer .... i32 

Je ne craim riens fors que droit et justice i36 

Il ne me fault que finance et bon corps ^ 146 

Je vous respons que je m'aviseray 147 

Jour de ma vie plus ne souhaideroie i5i 

Je croy, de moy n'a plus triste en ce monde i55 

Je n'en sçay nul plus propre que Gaichant i58 

Il n'est vie que d'amer i63 

Hz valent pis en ce cas que les bestes 164 

Je vueil amer sanz pensée vilaine 164 

Je n'aray bien jusques je vous revoie i65 

Je n'attens rien fors que mort ou mercy 169 

Jamais nul jour ne se tendroit d'amer 170 

J'aim plus la flour que la fueille ne face 202 

Je pri a Dieu qu'il les maudie 204 

Jamais nul jour ne serez amoureuse 206 

Il fait meilleur séjourner a Paris 206 

J'auray par temps tout joué et foutu 207 

Je suis a court toudis servi d'oublié 212 

Je croy qu'il n'a nui plus ort cul ou monde 212 

Je pri a Dieu qu'il vous en vueille aidier. 214 

Jamais dame fortment ne l'aimera 217 

Il n'est doleur fors que le mal des dens 217 

J'auray des or a nom BruUé des Champs 217 

Ja ne deissent sur autrui tel goulée 217 

Je pri a Dieu que le feu d'enfer larde 220 

I. Même Ballade qu'au f^ 3g. 



A 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT . ÎQ 

Je n'en vueil point; varlet soit il au diable ! 220 

Je me tue et si ne faiz rien 222 

Il ne vault riens au jour d'ui qui ne soufle 222 

Je vous dis que la gist le lièvre 22 3 

}q SUIS de paupere regno . 223 

Jusques il ait verificacion 224 

Je suis perdus quant on ne boit de vin . ^ 228 

Je l'ay juré, ne m'en parjurray mie 228 

Je vien toudis a secourre les nappes 2 3o 

Il a tousjours eufs ou pigons . 23 1 

J'ay grant paour qu'om ne me veille pandre 2 35 

J'estoie trop mal imformez 235 

Il me fault couchier sur l'estrain 2 38 

Ja sur mon corps n'en cherroit une goûte 240 

Je, Mémoire, sçay ce que Dieu fist estre 25o 

Justice fault, loy et honeur a plain 264 

Il fait trop bon son pain en paix mangier 268 

Il me souffist que je soie bien aise 269 

Hz ne cèlent riens l'un a l'autre 270 

Je n'attens riens fors que mors ou mercy^ 274 

Je ne requier fors la paille d'amours. 277 

Je n'ay leesce ne confort 278 

Il n'est chose qui ne viengne a sa fin 285 

J'ay menti, je croy que je songe 290 

Je tien que Dieu fait tout pour le millour 18 

Je ne voy homme qui s'amende 297 

Infeables, desloiaulx et mauvais 3oo 

Je n'ay riens veu fors le moustier de Liqucs .... 3oo 

Tay grant paour de la fin de ce monde 3o2 

Je ne voy, n'oy ne ne parole 3 1 5 

Je m'en rapporte à Loribaut 324 

I. La pagination manque. — 2. Même Ballade qu'au f* r6g. 



20 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Je ne puis Ma queue mouvoir 332 

Je ne puis mais fors que baisier 333 

Je me repens quant je fis onques homme 338 

Je suis des premiers escossez 339 

Je pri a Dieu qu'on ne m'oste ne donne 340 

Jamais jour ne m'i quier embatre 354 

Ja n'y parleront que Thioys 354 

Il ne scet riens qui ne va hors 356 

Justice fault, dont je suis esbahis 358 

In cunctis civitatibus . 362 

Il n'appartient de mentir à prodomme 367 

Je muir de froit, l'en m'a paie du vent 368 

Je vous mande argent et salus 434 

Je ne sçay comment telz gens vivent 448 

Je lui feray d'autel pain souppe 449 



Autres rubriches des Balades qui se commencent par L. 

LARRONS ne croit soy mesmes au jour d'ui .... 227 

Le bon prodomme et chevalier Sempy 4 

Lequel vault mieulx ou parler ou soy taire 10 

La maistre flour moult doit estre honourée 21 

La mort Machaut, le noble rhétorique 28 

Le noble royaume de France 3i 

Les merveilles qui sont a advenir 32 

Lors se fera le trésor d'Antecrist 33 

Lasches, couars, recreans et faillis 39 

L'ordre sçavoir du lire n'est que bon 40 

1. Je ne puis mais la. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT. 21 

Le monde ainsi conquist jeune Alixandre 43 

L'en n'y scet mais quelle voie tenir 49 

Lasche et mol cuer de son siège mouvoir 62 

Ly souverains règne sur toutes loys 104 

Leur propre nature deffont i38 

La flour des flours, c'est ma dame et m'amie. . , . 146 

L'ordre sçavoir du lire n'est que bon ^ ....... . i55 

La feste aux dames est a l'Ascension iSg 

Lasse! languir vois ou désert d'amours 169 

Lances, courez, ferez sur ces Fiamens . 21 3 

L'en leur doit bien tel pais reprouchier 216 

Le crucifix et je n'ont que deux croix 222 

Levez voslre queue, levez 224 

Lors dis : « Ouil, je voy vo queue » 23 1 

Le mal que j'ay jusqu'après la Toussains 233 

Ly mondes en sera perdus 243 

Languir me fault, ma dame souveraine 246 

Labour de mains et hostel de mesnage 253 

Li dieux d'amours qui me desvoie 277 

Les sautereaux et les buissons de Brie 208 

L'en leur oste leur droit de jour en jour 273 

La folie passe le sens 275 

Las ! et de lui si eslongné me voy 278 

Le temps toudis est telz comme il souloit 281 

Les autres mois vueil faire ma besongne 276 

L'en ne doit pas tousjours jugier de Pueil - 304 

L'en ne fait pas tout ce qu'on presche 322 

Les victoires sont en la main de Dieu 328 

Lors se marie qui vouldra. . 33o 

L'en ne craint Dieu, paradis ny enfer 33 1 

Les medicins vous le font tous savoir 33 1 

I. Même Ballade qu'au f" 40. 



22 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Le feu d'enfer puist ardoir vo fournaise 334 

L'en het partout droit, raison et justice 339 

Les clers et ceulx de la cuisine 346 

L'en ne doubte pechié ne honte 348 

Le pais est un enfer en ce monde 355 

Larmes de sang et vengence cruele 364 

Lors ou pourra l'en seur lieu querre? 385 

Le contraire destruit tout homme 887 

La doit Bruthus estaindre sa lumière 389 

Le contraire de quanqu'on fait . 445 

L'esploit n'est pas a grant quantité estre 109 

Laissent le mal, facent le bien 447 



Autres Rubriches des Balades qui se commencent par M. 



M 



AUDIT de Dieu soit tout cuer envieux 2 

Mais ne me plaing fors du pais de Flandre. . 5 

Maujugement et sentence mortele ^5 

Mener ne voy a nul honneste vie 6 

Mais l'en rent mal en lieu de bien souvent 9 

Metheode tesmoing et Jouachin 12 

Mieulx vault honeur que richesce 24 

Mortalité, tempest, guerre et famine 24 

Mue souvent et change sa nature 3o 

Mais au jour d'ui partout double loy règne .... 33 

Maudit de Dieu soit tel chien convoiteux 44 

Mais du paier ne sçay voie ne tour 53 

Merveille n'est si j'en suis esbahis 54 



I . La pagination manque. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 23 

Mais au faire gist toute la manière 54 

Mais vis ou mors, tu ne puez valoir riens 59 

Mais en tous lieux gardez vostre personne 64 

Mort qui par mort veult toute vie mordre io5 

Maudit soit il et benoit soit Charnage 116 

Mais contre moi seulz homs estrive et erre 119 

Maie chose est que de peuple régner i3o 

Moy déguerpir, tous temps vous ameray 141 

Mon corps languist quelque part que je soie .... 148 

Mais si Dieu plait, briefment vous reverray. .... 1 56 

Mais entendez ma piteuse complainte . . iSy 

Maint vray amant et dame diffamée 160 

Mais j'ay du tout failli a ma pensée i63 

Mauditte soit mauvaise jalousie i65 

M'amerez vous ou m'amerez vous mie? 168 

Menalope, Rebeque et Thamaris 172 

Mais je me doubt que ce ne soit trop tart 206 

Milleur marchié a fait de ma maison 207 

Mais en la fin vous convient laisser gaige 208 

Maudiz soiez de par Eustace. . , . 211 

Mauvais y fait, ce dit Eustace 211 

Muser souvent et si ne sçay pourquoy 21 3 

Messeigneurs, j'oy bien que vous dittes 218 

Mieux que n'a fait Jehan, varlet Eustace 229 

Mais a présent n'en suy pas bien d'acort 2 3o 

Mais au jour d'ui ne voy régner que vice 242 

Mais des .vu. ars voy la destruction '. 244 

Mais encores n'est pas le bout 246 

Muez votre verdeur en vin 277 

Mais de paour les voy trembler ' 280 

Ment donc toudis et le voir veilles taire 280 

Mais vous qui me cuidez maudire 282 

Maint ont granz œulx et si ne voient goûte 287 



24 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Mauditte soit la coulle de Brugault 289 

Mal chief fait les membres doloir 266 

Mère de tous suis nommée Fortune 3oi 

Mais au jour d'ui ne voy régner que vice ^ 307 

Mars, avril, may, juin, juil, aoust, septembre. . . . 3o8 

Mais l'on n'a cure de raison 3 1 5 

Me laissier mes gaiges a vie 32 1 

Mais qu'il peust bonne santé ravoir 32 5 

Mais je n'en voy amender créature 329 

Maleureus suis par toute lettre 332 

Mais je n'en voy amander créature ^ 337 

Mais en la fin les truis tous mors en cendre 345 

Mais ce sont tuit larron a Dieu 35 3 

Mal fait mangier a l'âppetit d'autruy 358 

Mais ne prangne ja medicine 390 

Mais je n'ay peu demourer en ce point . 442 

Maistresse de toute science. . . . , , 446 

Mandent : salutem et nummos 45o 



Autres rubriches des Balades qui se commencent par N. 

NUL n'a estât que sur fait de finance 1 3 

Nostre foy tient ceste conclusion 10 

Ne fay passer despens ta revenue 12 

Nul ne se doit fier en apparence 27 

Ne die sien fors que le sens de l'omme 28 

Ne jamais jour la règle ne fauldra 41 

Noble chose est d'avis et congnoissance 46 



I. Même Ballade qu'au f> 242. — 2. Ballade différente de celle qui est au 
f' 3^9- 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 25 

Nul ne veult mais pour moy estre martyr 52 

Noble chose est que de franchise avoir 56 

Nul n'est chetis s'il ne le cuide estre • . . 5g 

Ne soiez pas si convoiteux 64 

Nous n'aurons paix aux Anglois de l'année i ig 

Noble chose est que de constance avoir iSy 

N 'autre après lui jamais ne vueil avoir 226 

Ne plus que fait une biche vestue . ......... 261 

Nostre Seigneur t'a fait grant grâce 282 

Ne face nul grant largesce d'amours 238 

Nous ne devons ne bien ne paix avoir 63 

N'eaue si grant ne se puist epuisier 292 

Nous sommes tous d'une manière né 293 

Noble chose est de bon renon ^ acquerre 29g 

Nulz n'est villains se du cuer ne li muet 3o3 

Ne print bonne conclusion 3og 

Ne pas ne fait des gens mutacion 341 

Nul ne li muet noise, content ne guerre 34g 

Nul, Dieu mercy, ne me scet rien aprandre 220 

Nous serve chaperon en teste 387 

Nostre empire va a sa fin 43o 



Autres Rubriches des dictes Balades qui se commencent par 0. 

ONQUEs n'y pos une fleurette avoir 1 3 

On est amé tant quom fait fruit i6 

On ne congnoit aux robes la pensée 26 

Ou pluseurs sont en péril de noier 3o 

Or lui doint Dieux bien achever sa guerre Sy 

I. Noble. 



20 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Onques ne vi si maleureuse gent 40 

On ne tient pas tousjours ce qu'on convence .... 44 

Ou temps jadis estoit cy Angleterre 45 

Or se gart donc chascun qu'il ne mefface 48 

On se deçoipt par legierement croire 49 

On ne congnoist l'omme jusqu'il est mors 5i 

On ne pourroit convoitise assouvir 60 

Ou un chascun languist desconfortez 126 

On dit que foui ne doubte jusqu'il prant 129 

Onques ne pos avoir grâce d'amours 143 

Or gart chascun qu'il n'y soit atrapé 2 56 

Ont pour déduire les belles 278 

Or se gart donc qui s'ara a garder 279 

Or me soiez vraiz sires et amis 144 

Ou autrement suis a desconfiture 147 

Onques amant n'ot si douce prinson 148 

Ou tel flour croist , a tresnoble vergier i55 

Omont dedens , de dehors Jehan de Trie 162 

On ne pourroit meilleur dame trouver 1 64 

Ou la belle est a qui vostre cuer tent i65 

Or vueillez donc mon fait considérer 1 66 

Or soit il pendus qui en ment 209 

On l'appelle Maistre Jehan Taste Vin 212 

Or prangne donc cy garde qui voudra 44 

Onques ne vis gens ainsi requignier 218 

Or ne vueillez vo promesse noier 2?o 

Or devinez qui ce puet estre. 247 

On ne puet estre amé de tous 248 

Ou puet elle demourer? 3o2 

Or faictes donc leur supplicacion 3 1 1 

Ou noble lieu dit a la Table Ronde 324 

Onques ne vi tant de procès 326 

Onques mais homs n'ot si foible merrien . , 332 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 2'] 

Onques femme n'ot tel dolour 335 

Onques ne fut tele a mon espérance 346 

Onques amour ne fut sanz jalousie 347 

Or y parra que vous en sçaurez faire 348 

Or lui faictes, sire juges, raison ? 349 

On ne doit pas croire a tout homme 359 

O vos Gain quondam Cenocenses 36o 

O peccatrix civitas Francorum .......... 362 

Or quiere chascun son refuge 252 

On ne puet bien sanz règle ouvrer 382 

Ou touz serons condempnez et péris. ........ 383 

On en pert maintefoiz sa debte 384 

Or ^ argent sont cause de mal 433 

Or et argent sont Dieux en terre 433 

Or nous gardons de ces .mi. péchiez 440 

Or y pensons toutes et tuit 283 

Ou sa besongne ira de plat 293 

On ne puet estre amez de tous ^ 297 

On ne doit pas croire chascun 444 

Or es-tu prins au irebuchet 45 1 

O vos legum,juris peritores 363 



Autres rubriches des dictes Balades qui se commencent par P. 



p 



ouR estre tout perdu d'ui a demain i 

Par convoiter mainte terre est perie 3 

Par le deffault de vraie congnoissance 6 

Plus ne prestray ^ livre quoi qui aviengne 6 

Par les respons que l'en donne la gent 7 

I. Or et argent. — 2. Même Ballade qu'au f> 248. — 3. Presteray. 



28 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Puisque je voy Maie Bouche régner 1 1 

Pour conquérir de cuer la Saincte Terre 12 

Par ce sçaura chascun ceste naissance i3 

Périlleuse es et périssable 17 

Par le default d'estre bien gouverné 26 

Pour ce, tristes, te dis adieu, Jeunesce 29 

Pour ce est son cri : Coucy, a la merveille! 32 

Par la mort dont Dieux vint a vie 32 

Par la mort dont Dieux vint a vie 32 

Par la mort dont Dieux vint a vie 33 

Par la mort dont Dieux vint a vie ^ 33 

Pour les humbles devers lui ramener 34 

Par le trépas du roy Charle le Saige 36 

Prenez, pandez, gibez sont en saison 36 

Pourquoy veulx tu les brebiz et leur laine 38 

Pour aler quant la court fauldra 39 

Par l'emprinse de leur commocion 39 

Pour ce dit-on : « Quant avoir vient, corps fault » . 42 

Plourez, plourez, flour de chevalerie 44 

Par ce vaissel no vie est figurée 47 

Pardonnez moi, car je m'en vois en blobes 48 

Pour ce fait bon telz vices remouvoir 49 

Pour ce furent les roys et princes fais 49 

Philippe duc, filz de Jehan roy de France 53 

Pour ce a telz gens dis adieu trop de fois 5j 

Pour ce est li homs eureus qui frans se pest. .... 58 

Povre, riche, saige et de conscience 65 

Pour ce est trop foulz qui en cuider se fonde .... 65 

Pour ce, vous pri , gardez vous des barbiers io3 

Périlleux esti attrayant, decepvable io5 

Par ce devroit tost ce secle fenir 108 

I. Ballades diff'érentcs avec même refrain. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 2g 

Par le doulz son de la harpe joieuse iio 

Preux et vaillans, doulz, larges et courtois m 

Paix n'arez ja, s'ilz ne rendent Calais 1 1 3 

Par franc vouloir, selon m'oppinion 12S 

Par ces .m. poins vient toute paix au bas 126 

Par le règne des maleureus chetis 128 

Pour ce chacié l'ont hors de son boscage i32 

Pour ce, vous pri, gardez vous des barbiers ^ ... i35 

Par le default de vivre sobrement 1 36 

Pour ce du moins vient li fenissemens i3j 

Pourvir aux gens et non pas a l'office. ....... 140 

Plus a de griefs en amours que en armes 142 

Pour cela vueil a tousjours mais plourer 144 

Par les courtilz fut Antioche prise 145 

Par amour entre les rosiers ' 149 

Pour faire un preux comme Artus de Bretaigne. . . i5i 

Pour ce vous tient la déesse d'amours i 52 

Plus l'ameroit que créature née 154 

Pour ce estes vous de chascun bien amée i55 

Plourez déduit a l'ile d'Angleterre 161 

Priez, plourez pour le vray amoureux 162 

Pour Dieu, fay li ma volunté sçavoir 166 

Pour ce languis, c'est ce qui mort m'avance .... 167 

Pour ce a fueille plus qu'a fleur nous tenons .... 2o3 

Puist il mourir qui mal faire me pense 204 

Pour Dieu, me soit hopelande donnée 211 

Pou vault promesse, qui ne l'acomplira 214 

Pour la paie longuement delaier 214 

Pour mariage ouquel je ne suy pas 216 

Perdu avons nostre saison 216 

Pour ce, te pri, garde bien ou tu vas 217 

1. Mente Ballade qu'au/" io3. 



3o RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Pour un perdu, j'en ai deux recouvrez 218 

Pourquoi mist Dieux grant cuer en povre pence ? . 219 

Pour ce mist Dieux en grant corps povre cuer ... 220 

Pour ce vous lo porter queue de martre 226 

Par mon conseil, refusez la a tous 233 

Pour ce ne doit nulz homs amer poulain 234 

Pardonnez moy se j'ay en riens failli 234 

Puis qu'a ma Dame mon cuer ne partira 1 5 1 

Plus me voit on, tant suis je moins prisiez 239 

Pour ce hair doit chascun Mauregart 2 35 

Puis que je voy vouloir régner la lune 246 

Pou dure chose violent 25o 

Pestillence, guerre et mortalité 2 58 

Par vous s'en est tout li bon temps fuis 262 

Par faire mal n'aprivoise on pas chien 267 

Pour ce que foui ne doubte jusqu'il prent 269 

Pour l'amour Dieu envoiez moy requerre 273 

Prions a Dieu que vers nous se rapaise 276 

Perilleus sont partout les grans estas 286 

Pensons de nostre sauvement - . . 288 

Pour ce est homs fouis appelé qui folie 292 

Pour noz péchiez je voy que tout se mue 296 

Perdra du tout ses plumes natureles 296 

Plourons, chetis, nostre foie jeunesce 297 

Par cuider et foie plaisance 3oo 

Pour Dieu, gardons nous de meffaire 3oo 

Pechié seroit et grant faulte de sens 304 

Pour le débat d'Angleterre et de France 3o4 

Par le default d'emprandre saigement 307 

Poursuy honeur et vi joieusement 3i3 

Plourez pour lui toute gent de noblesse 3 16 

Par le default d'amour et charité 328 

Par default de bon vit avoir - . . . 333 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 3l 

Pourcel ne fist bien a sa vie 335 

Peuple soit tousjours cremeteux 336 

Plege vault mieulx, qui y puet advenir 347 

Puis qu'il n'y a autre querelle 35o 

Pour ce fault que Dieux y pourvoie 35 1 

Prenez, pandez et ce sera bien fet 353 

Par ma foy c'est une orde vie . 359 

Plus que fin or vault ^ bonne renommée ...... 368 

Prions a Dieu qu'illui face pardon 383 

Pour convoitier nouvelle région 389 

Pour Dieu, gardez vous de tel gent 390 

Pour compte de ses bourdes rendre 4i5 

Pour mon confort, ou je seray dampnée 434 

Pour Dieu, pensez du revenir 434 

Pensez y, tout vous a mestier 442 

Pluseurs sans cause ont mal en leurs cheveulx . . . 445 

Pensez y, tant comme je puis 447 

Plus aise couche un seul que deux 448 

Prevos vous quierent et sergens 45o 

Par mon serment, je ne sçay lequel faire 452 

Pour ce l'appellon Rabat Joye 452 

Pensons a la fin pardurable 260 



Autres rubriches des Balades qui se commeucent par Q. 

QUI son bien lait pour convoiter l'estrange. . . , 3 

Qui saiges est n'ait de ce faire envie 3 

Quant sonnera le retour de matines 5 



I. Vo. 



32 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Qu'a ma Dame donrray chapel de flour lo 

Qui ainsi fait, il prant bonne ordonnance 12 

Qui pandra la sonnette au chat ? 14 

Qui leur fera droit comme une faucille 17 

Qu'ainsis est il pieça prédestiné 19 

Qui ainsis fait, ce n'est pas sens de beste 19 

Qu'elle sera mise a obéissance 20 

Qu'elle sema et en mainte contrée 20 

Quant plus y vois et mains sai ge qu'on fait 21 

Quatre harnois pour vostre tour de Fymes 24 

Que ^ ne laissons vanitez pour vertus? 25 

Qu'en ce monde n'a fors que vanité 27 

Qu'en le juge viande pour les vers 28 

Qui en dient fors qu'a vostre louenge 29 

Qui abaient et pincent par derrière 3o 

Qui pert chevance, il pert esbatement 3 1 

Qui autrement fait, il se déshérite 34 

Qui jadis fus la lumière de France 35 

Qui il meschiet, toudis on lui mesoffre 35 

Que de vendra la dolente esbaye ? 36 

Que pluseurs sont au jour d'ui ennemis 38 

Qui doit venir au royaume des Gaulx 40 

Qui ne paiera, il sera mis en debte 42 

Qui vit du sien, de Dieu soit il benois 43 

Que m'est il mieulx de quanque je vi onques. ... 5o 

Qui ne prant pas toudis ou ciel la grue 5o 

Qui legier croit, certes c'est grant folie 54 

Quant l'un ne veult fors l'autre decepvoir 54 

Que chascun muert et ne puet sçavoir quant . ... 61 

Qui chetif plant eslieve, il se destruit 66 

Qui desconfis furent en po de temps 1 1 5 



I. Qui. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 33 

Que nulz prodoms ne doit taire le voir 1 15 

Que trestout va ce que devant derrière 1 24 

Quant plus me voit ma Dame et moins me prise . . 142 

Quant j'ay perdu ma Dame, bonne et belle 144 

Quant départir me fault de voz deux yeulx 144 

Qui mal fera, si le compère 145 

Que je soie vostre loial ami i5o 

Qui ont ce dit, penser ne l'oseroie . . i56 

Qu'en lieu de vert me faut vestir de noir i58 

Qui sages est, face ainsi pourveance . . 38 

Que chascun doit plus voluntiers servir. . . . . iSq 

Que j'ay un pié deschaux, l'autre chaucié 160 

Que rousée ne d'avril ne de may 161 

Que ma Dame a, non mienne et je suy siens .... i63 

Qu'onques encor ne vi si belle nue i65 

Que ma Dame fait les hommes de terre 166 

Que lé bon vent vous puist tost ramener 20 3 

Que je soie tresbien beus et batus 206 

Que ma Dame a en tous temps .111. amis 209 

Qui ne puisse jamais aler a chambre 210 

Quant je me voy de touz maulx parsonniers .... 21 3 

Qu'oneur vault po puisque profit deffault 2i5 

Que ce semble le ris d'un cardinal 218 

Qui onques vit corps de tele façon 221 

Qui fuit toudis treuve qui bien le chace 2 36 

Quant revendra nostre roy a Paris? 239 

Qui s'appelle l'Ordre de la Baboe 241 

Quant régner voy le mendre des .vu. ars 244 

Que pour noz maulx la fin du monde approche. . . 247 

Qui voulsist bien ceste conclusion 248 

Que prandre rumoreus, n'yvrongne 252 

Qui se marie, il est foui, ce me semble 255 

Que le monde approuche sa fin 257 

T. I .3 



34 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Que la dance est durement retournée 259 

Que telz porte Tabit de hault parage 261 

Qui en tous temps ne doie bien apprandre 263 

Qui ne craint Dieu et justice, il a tort 263 

Qui voit gens d'armes, chascun fuit 265 

Qu'ainsis est il pieça prédestiné ^ 269 

Quant on baille, je faiz des croix 270 

Que grant profit de la court vous vendra 272 

Quant me souvient du doulz département 275 

Que mon cuer noyé en larmes et en plours ..... 281 

Qui ces piliers et leur nature sent 287 

Qu'a grant paine sont gent de court loyaulx .... 289 

Que les chevaux tendray des or a l'uys 164 

Qui son chien het, on lui met sus la rage 289 

Qui s'amortist pis vault que mors 437 

Quant je l'aime sur toutes loyaument 443 

Qui autrement fait, il a tort 444 

Quant chascun refuse la paix 445 

Qui trop prant, mourir fault ou rendre 454 

Que maie chose est envie 295 

Qui fille a n'est pas a repos 3o5 

Qui de l'argent lui donrroit 3o5 

Qui bien se met sous povre couverture 3o8 

Qu'a nul ne chaut d'enfer ne paradis 3io 

Que bon compains a trop sur lui a dire 3i i 

Qu'est-ce de nous? — Par ma foy, ce n'est riens. . . 3 12 

Quant donné m'a si douce compaignie 3i5 

Qui trop humble est, c'est default de science .... 323 

Qui faussement a esté mis a fin 324 

Que je ne voy de la substracion 327 

Qu'elles aient le chief d'un cahuant 328 

I, Même Ballade qu'au/" ig. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 35 

Que l'en VOUS puist trestouz ardoir 334 

Qui a de quoy pour vivre en sa maison 339 

Que je ne soie révoquez 340 

Quant fruit fault, desserte s'en va 341 

Que n'en fait l'en pugnicion ? 342 

Quant aux autres ont leur règle donnée 348 

Qui me requerra de combatre 349 

Qui me requerra de faire armes . 35o 

Qui jeunes sainctist, vielz enrage 352 

Que pas ne soit par tel vent assotée 352 

Qui se destruist par convoitise pure 356 

Que sont partout les maronniers 356 

Qui se marie, il a mal en sa teste 363 

Qui n'ara argent, si en quiere 384 

Quant il ne sera plus d'argent 389 

Quant les saiges gouverneront 43 1 

Que brief mourrez de mort laide et vilaine 435 



Autres rubriches des Balades qui se commencent par R. 

REPROUCHE prant en vieille et convoitise 3 1 

Reprouché yert ou pais de Bretaigne 34 

Rien ne se puet comparer a Paris 37 

Richesses sont de tel nature 67 

Remission, grâce et miséricorde 114 

Riens estable ne sçay dessoubz la nue i23 

Riens ne me fault mais que j'aie bon chief i3i 

Respondez moy sur ce vostre plaisir 148 

Recevez moy, j'ai failli a Peronne 160 

Remède nul n'y a que boire fort 240 



36 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Ribaulx, trop avez de langaige 287 

Ramenez moy deux couples de Bretons 228 

Restraingnons, si ferons que saiges 244 

Régner ne voy fors l'art d'arismetique 256 

Reformez paix au monde et a l'église 284 

Restraingnons le plus nécessaire. . . , 294 

Rendez l'emprunt des estranges cheveulx 827 

Ribaux, paillards, truandes et coquins 333 

Roy sanz lettre est comme asne couronné 338 

Rethorique a en ce parfection 383 

Romme la grant, Troye, Grèce, Ermenie 435 

Retenue ait et confirmacion 53 



Autres rubriches des dictes Balades qui se commencent par S. 

SE ce temps tient, je devendray hermite 11 

Sanz paix avoir auron nous ^ guerre guerre . . 11 

Servir a Dieu est ^ régner, si c'om dit 18 

Sanz veoir, ouir ne parler 19 

Soubz nom d'amer se tapist trayson 27 

Saiges n'est pas qui en tel service entre 29 

Se voz pitez envers moy ne se fonde 3o 

Se ma pité veulz que vers toy s'affonde 3o 

Saiges est cilz qui puet vivre du sien 3i 

Sanz joie avoir, confort n'esbatement 32 

Si qu'om voie toute bonté en lui 34 

Souffise vous d'avoir santé et sens 40 

Se pité n'est, grâce ^ et miséricorde 41 

I. Nous manque. — 2. Et. — 3. Mercy. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 87 

S'il ne l'est huy, qu'il ^ le sera demain 43 

Sera toudis le monde ainsis mauvais? 46 

Si en devons estre trestuit joieux , . . 47 

Souffisance est uns tres-riches trésors 104 

Sa, de l'argent, sa de l'argent ! 112 

Soiez pour nous au jour que l'en doit craindre ... 117 

Serf eslever est chose périlleuse ............ 1 27 

Sire, fay moy grâce et miséricorde i3o 

Se je Savoie " autant com Salemon ^ 17e 

Seure chose est a prince de sçavoir ^ . .jcahier. 

Sur l'Arbre sec vueil faire mon demour 142 

Se loyauté me veult estre ennemie i/j4 

Si vous suppli que vous me secourez i5o 

Se de Dieu n'ay secours a vo prière i52 

Se pitié n'est, ottroy, grâce et amour 1 54 

Si vous suppli que vous me secourez '^ 157 

Si ferez lors ce que vo noms enseigne 1 58 

Si vous suppli, haucez vo chaperon i5g 

Si veil pour li tout temps porter la ^ palme iSg 

Se vraie amour ne me vient secourir 162 

Sera de moy plus c'onques mais amée 168 

Se fortune ne me veult estre amie. 169 

Se grâce n'est, je suis mors et perdus 170 

Se vo douçour, dame, ne me conforte 171 

Se ma tristesse estoit tournée en joye 172 

Si pri amour que sa grâce m'envoyc ; 2o3 

Sur tous autres dois estre roy des lays 2o5 

Si je suis laiz, si suis je gracieus 209 

Soit maistre Mahieu confundus ^212 

Sanz deffubler mon chaperon 2 1 3 

I. Qui. — 2. Se j'avoie. — 3. Cette Ballade et la précédente se trouvent 

au f" i33. Elles n'ojit pas de refrain, et le vers cité est le premier de la 
pièce. — 4. Même Ballade qu'au f* i5o. — 5. Le. 



38 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Sanz lui maudire, a assez qui lui nuit 214 

Si grant faiseur ne si noble poète 225 

Si prira Dieu pour vous ledit Eustace 233 

Subgiez tiennent touz les offices 243 

Sers, gouverneurs, seneschaux et baillis 247 

Serve Dieu, face sa besoingne 255 

S'ainsis le pers, c'est trespovres consauk 258 

Saiges est cilz qui ainsi se marie 261 

Sire, souviengne vous de moy 271 

S'il ne revient, a tousjours languiray 274 

Saiges est cilz qui ce service fait 284 

Saichiez qui a mangié le lart 285 

Se je dis voir, ne cuidez que je songe 289 

Servir a Dieu, bien régner lui souffise 291 

Se j'eusse mon vit d'Oriiens 293 

Sanz reposer et sanz dormir 297 

Soiez humble, courtoise et débonnaire 3o5 

Selon le dit de la saincte Euvangile 309 

Saige se doit garder d'enfance 329 

Se j'en puis nullement finer 334 

Seule en tes faiz ou royaume de France 335 

S'il est ainsis, Dieu le scet bien 384 

Sur ces poins estandre vo grâce 386 

Sol refulgens, vos septem planète 343 

Se vous voulez vie avoir longuement 35o 

Sine dubio, c'est latin 365 

Sa grant folour le fait partout reprandre 366 

Sur tout mon corps ne maille ne denier 367 

Secourez moy, vierge tresprecieuse 368 

S'estre povoit toudis en vo présence 440 

S'eschuer voulez vostre bière 442 

Soufflez, nostre vie n'est rien 444 

Soy départir vault mieulx tart que jamais 445 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 09 



Autres rebriches des Balades qui se commencent par T ^ 

TANT qu'om dira : « Angleterre fut cy » 7 

Tien toudis vraie ta parole 10 

Trop convoiter fait assez d'ennemis. 11 

Tele est de lui la prophecie dicte 16 

Tant que chascuns devra crier : « Noué !» 16 

Tu bas i'eaue d'un pilet . 22 

Toudis vient un nouvel langaige 24 

Tesmoing Troies, Thebes, Romme-, YUion .... 25 

Telz a po bief qui a assez pain cuit 26 

Tu dois estre sur toutes honourée 27 

Tout est perdu en une heure 42 

Taire le voir en tel cas n'est que bon 47 

Tout se destruict et par default de garde 5o 

Trop de perilz sont à suir la court 55 

Telz faulx amis doit bien perdre la vie 57 

Tiers hoir ne joist de chose mal acquise 60 

Tholomée, David et Salemons 58 

Trop me merveil comment vie vous dure 61 

Tant que France soit par vous honourée 64 

Toudis font gent de court l'estrange 66 

Tuit sommes faiz trespassans par ce monde 206 

Tournez toudis le bec pardevers France , . 106 

Toy mort, n'aras fors que .vu. piez de terre 108 

Tuit voir ne sont pas bel a dire 121 

Tuit y mourront et li foui et li saige 1 36 

Trêves ont pris entr'eulx, vaille que vaille 189 

Triste au départ et joieulx au retour 141 

I. Cette rubrique tnanque. — 2. Romme, Thébes. 



40 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Tele dame estre empereris de Romme 143 

Tendans a fin de double nourreture i52 

Tort a amour, se par amer n'ay grâce i53 

Tousjours sanz demander moustarde ^ 206 

Tu porteras ma bannière 224 

Tout va ce que dessoubz dessus 232 

Tu es foui, pran une massue 242 

Tais toy, les dens devant sont bons , . 245 

Tout n'est pas or ce qui reluit 55 

Tout se destruit, n'est riens qui me conforte .... 268 

Toudis fault ouvrer en viez selle 252 

Toutes vertus au jour d'ui se déclinent 256 

Tout se fonde sur pure convoitise 259 

Tout fut et tout sera autrui 260 

Trop me faictes dure response 270 

Tant qu'il ne m'est demouré croix ne pille 275 

Tant qu'elle dit : « Fui de ci, tu me bleces » . . . . 281 

Tout se destruit et ne scet on comment 288 

Tout ira bien. — Et quant? — L'autre sepmaine . 290 

Telz homs doit bien son Dieu remercier. ...... 291 

Tant que chascun devra crier : « Noué! ))^ 3o3 

Toute vie par toy se détermine ^ 3o3 

Toudis advient ce qu'il doit avenir 3o6 

Tout ce vous fait Renommée scavoir 20 

Toudis sent le mortier les aulx 52 

Tous les diables vous aiment par amours 255 

Tout va ce que devant derrier 3 10 

Toute paix vint par un saint mariage 3x4 

Tyrampnie ne fut onque en saison 317 

Toutes choses vont en TEmpire * . . 327 

Tien toy de mal faire et fay bien 33 1 

I. Ce chiffre manque. — 2, Même Ballade qu'au f^ 16 — 3. Se termine. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 4I 

Tout se pert, le Monde et l'Eglise SSy 

Toute chose est partout mal ordonnée 338 

Terra tremit, aer corrumpitur 343 

Tant que mourir puissiez de maie mort 344 

Tant qu'a paine voyons nous goûte 348 

Tel pais n'est qu'en royaume de France 358 

Tousjours arez d'ui a demain 364 

Tant par pechié comme par sa vieillesce 388 

Tout se fait par force d'argent 43 1 

Toute maladie me nuit 442 

Toute misère me gouverne 446 

Toutes gens n'ont pas ceste guise 442 

Toutes mes forces sont estaintes 453 

Telz simulacres n'aourons 454 

Tu deusses tout faire trembler 288 

Toute chose se desnature 454 



Autres rebriches des Balades qui se commencent par V. 

VOIR dire vueil, laver et manger choulz 46 

Vous n'estes pas sur Grant Pont a Paris ... 1 5 

Vous me chantez mauvaise note 17 

Vieillesce vient, guerdon fault, temps se passe. . . - . 3o 

Voit .im. roys et leur règne fenir 40 

Un coup vendra qui paiera tout 5o 

Vieillesce est fin et jeunesce est en grâce < 61 

Vivre, une chambre, une cote, un cheval. 63 

Voyci d'orgueil la manière et la vie i25 

Vueil faire ainsi de ma Dame l'ymage 141 

Vostre nom est precieus, Marguerite . 171 



42 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Voulez VOUS achater ma vache? 208 

Vous n arez plus de moy ne foing n'avoine 208 

Vous doint Dieux sanglante estraine 211 

Vieille d'avoir, riche de cinquante ans 229 

Un esprevier qui prant vieille perdrix 229 

Vous n'estes pas sur Grant Pont a Paris ^ 242 

Vous ne passerez plus avant 271 

Vueilliez faire vostre grâce 273 

Va a la court et en use souvent 282 

Vueilliez tousjours tel gent acompaignier 3oo 

Vaillant cuer puet en tous temps faire guerre .... 304 

Vous armez bien les compaignons 3i2 

Vous estes tous d'une pel revestus 3i3 

Vetula sum sine mulieribus 3i6 

Vivre, vestir, bonne santé avoir 325 

Vray pappe n'est n'empereur en l'Eglise 326 

Vieille ribaude et maquerelle 33o 

Vous les tenez à vo dampnacion 357 

Vos legum^jiiris peritores 363 

Vont toutes les choses de plat 386 

Ung chien doit presque tout savoir 434 

Vous irés a perdicion , 441 

Voler, chassier, jouster et tournoyer 237 

I Même Ballade qu'au /"Si. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 48 



RONDEAUX 



Rondeaulx qui se commencent par A. 

AMIE, amour, amoureuse et amie 171 

Amour donnez a ce povre malade. ...... 181 

Adieu vous dy, dame nonnain 182 

Adieu, m'amour, adieu Troye en Champaigne ^ . . 182 

Adieu te dy, noble cité de Troie i83 

Assiegié sui en la maison des Champs i83 

Au monde n'a au jour d'ui que ces deux ...... 188 

Adieu beauté, leesce et touz delis 173 

Amour me fait par sa douce maistrie 174 

A ce premier jour de may 1 74 

A faulx ribault ruse et duit 450 



Autres Rondeauk qui ce commencent par B. 

BON an, bon jour et bonne estraine ; . 178 

Bel fait aler en chastel de Glermont 181 

Bien m'a amour prins au sault de la pie 181 

Bien est amour plain de sa volunté ; 182 

Bien doiz estre partout gay et joli 182 

Bien pert son temps, son parier, sa saison 187 

I. Adieu, amour, adiçu Troyçs. 



44 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 



Autres Rondeaulx par G. 

CiLZ qui auroit tout l'avoir de ce monde ... -177 

Coquins, camus, cornus et malostrus 180 

Comment va le monde au jour d'ui ? 181 

Comment puet l'en amer par ouir dire ? 182 

Com plus vous pri et plus vous treuve fiere ..... 182 

Celle qui veult son aumosne donner 182 

Cilz qui oncques encores ne vous vit 182 

Contre moy guettent envie et mesdisans i83 

Chascun doit bien plourer tel chevalier 1 84 

Courtoisement m'avez a servent pris 184 

Certes, plus fors sont les Anglois i85 

Cuer pour l'amour que tu as a ton corps 186 

Couardement et trop acouardis 187 

Certes, amis, je te regnie 187 

Combien doit ce règne durer ? 195 



Autres Rondeaulx commcncens par D. 

DE Meliant, Enguerran et Machault ^ . . . . . . '' r 77 

De grant doleur est en joie venus 178 

Diament ne noble maison 178 

Dolens, doleur, dolereuse et dolente 173 

Doulz mois de may, vray dieu des amoureus .... 175 

De jour en jour toute merencolie 181 

l. Mabliart. — 2. Ce chiffre manque. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 46 

Dame, pour vous languiray longuement i8i 

Des variez suis, je croy, de no pais 182 

Dame a Judich et Hester comparée i83 

Dieux envoia la paix de ciel en terre 184 

Dame que j'aims plus que le corps de mi i85 

Dame que j'aims sur toute créature i85 

Doulz amis, n'en faictes compte. 187 

Dont puet venir a dame tel plaisance ?. ....... 187 

Doulz amis, ne vueillez croire 187 

Doleur, paine, ennuy et tristesse 286 

Dame, cellui qui n'ose a vous parler ........ 346 

De l'ommage de Brandebourt ^ 356 



Autres Rondaulx par E. 

ESTRANGEMENT comme un homme estranger. ... 179 

Est cilz aisés qui ne se puet dormir? 172 

En languissant des doulz maulx amoureus 179 

En chevauchant par le parc ~ de Hedin 179' 

En bien amer vueil emploier mon temps 173 

Est ce donc vostre entencion ? i83 

Enseigniez moy, beau seigneur et cousin i83 

En ce monde n'a nul plus grant péril 184 

En Pruce vont plusieurs ceste saison 186 

En desconfort dame desconfortée 186 

Envolez moy par tout le monde 354 

Eureus est homs de bon pais 36o 

En amendant vostre bonne mercy 436 

I. De Pouvrage de Brandecourt. — 2. Part. 



46 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Autre Rondeau par G. 
Grant foleur fait qui se marie 242 



Autres Rondeaulx par H. 

Hardiement vous faiz chiere au hardi 178 

Hé, Giraudon, qu'est tes vis devenus? i85 



Autres Rondeaulx qui se commencent par I, J. 

JE n'ose aler souper a court 177 

Je doy bien au cuer avoir joye 180 

Il convient malgré qu'on en ait 180 

Jeunes d'âge, vieulz de science 177 

Joieusement par un tresdoulz joir 177 

Il n'est chose qui vaille loiauté 181 

Je pran en gré tout ce que Dieux m'envoie 181 

J'ay a Cambray eu .m. frans de pur sort ...... 181 

Je ne vueil plus a vous, dame, muser 182 

Il n'est riens qu'en peust décevoir 182 

Je ne fusse pas bons truans 182 

Je ne vueil plus servir femme n'enfans 182 

Je suis bon astronomien 182 

Je ne m'ose de ma chambre partir i83 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 47 

Jehan de Dormans, Jouy et Cassinet 184 

Jamais nul jour ne seray Jacopin i85 

Je ne sçay que ce puet estre 187 

Il convient le foui folier 242 

Il a a Pragues trois citez 36o 

Il me semble qu'il gist bien aise 388 

Jamais a table ne serray , • . • 388 



Autres Rondeaulx qui se commencent par L. 

L'en doit aler guerrier en esté Vi79 

Larracine de tous les faulx villains 179 

La grant amour et bien de vo gent corps 180 

Longue vie, joie, santé et paix 180 

Les .im. Temps ne doit nul trespasser 182 

Les noms sçarés du seigneur et servent 1 84 

Les diables m'ont rompu ma hopelande 186 

Le temps passé ne mectez en oubli 186 

Li homs qui vit en leesce et en joie 33o 

L'en doit bien le pais amer 36o 



Autres Rondeaulx qui se commencent par M. 

MACHA UT m'a met que je poy laidement 178 
Mentir n'est autre chose a dire 177 

Mandé m'avez comment j'aprangne a lire 186 

M'amour s'en va, ma joie et mon soûlas i85 

/. Ce chiffre est barré de la main du copiste. La pagination n'a pu être 
retrouvée. 



48 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 



Autres Rondeaulx qui se commencent par N. 

NULZ homs ne puet souffrir plus de tourment . . 180 

Nie que nulz ne pourroit mieulx amer .... 181 

N'a pas longtemps que je fus a Nourroy 182 

Noble cité, ville tresamoureuse i83 

Nul ne tendit onques a cheval d'or 188 

Ne prenez pas char a espée 246 

Ne désire nul ^ les haulx lieux 286 



Autres Rondeaulx qui se commencent par 0. 

Ou monde n'a, tant çom il puet durer 180 

Onques homs n'ot si cruel jugement 174 

Onques homs ne partit si dolereux 177 

Ou doulz air et pais de France 359 



Rondeaulx qui se commencent par P. 

PLUS viens vers vous et plus vous sers et prie. . . 1 79 

Puisqu'il me fault ainsi rungier mon frain . . 179 

Pour Dieu, mon redoubté seigneur 180 

Puisqu'amour ay servi trestout mon temps 177 

I. Nulli. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 49 

Pour rebouter par jurement ^ 33 

Paris sans per qui n'os "^ onques pareille Sy 

Palme de paix et cèdre de haultesse 184 

Pour conforter mes doulz maulx amoureux .... 184 

Par long conseil sanz execucion . .......... i85 

Par orgueil sont maintes villes perdues i85 

Pour .Lx. ans ne doit nulz avoir joie . i85 

Pour trestout l'or qui est et qui sera i85 

Piez, portez moi et le corps ou je veil 186 

Plus me harrez et plus vous ameray . 187 

Puis que soûlas, joie et déduit 286 

Par ma foy mon cheval se lasse 358 

Poulz, puces, puour et pourceaux 36o 



Aultres qui se commencent par Q. 

QUANT je vous aim de si parfaicte amour iSy 

Qui phisiciens veult avoir 177 

Quanrje partis de ma tresdouce amour 180 

Qui puet quérir quiere son sauvement 181 

Quant j'ay sanz plus veu vostre manoir i83 

Quant je vous aims de si parfaicte amour"' i83 

Quant l'esprevier prant la vieille perdrix i85 

Que sont mi penser devenu? 186 

Quant on cerche de trippes les fueilles 346 

Qui veult sur femme resgarder 359 

Qui bien vivre veult en son mariage 363 

I. Ce chiffre manque. — 2. Ot. — 3. Mente Rondeau qu'au f* i5j. 



T. I 



5o RUBRIQUES DU MANUSCRIT 



Autres Rondeaulx par R. 

Revien, joye, revien, déduit 173 

Royne des cuers et de l'oneur mondaine 177 



Autres Rondeaulx qui se commencent par S. 

SE vous estes en tel ploy longuement 178 

Sur tous pais de mortier et de boe 178 

Si je suis loing de vo douce figure 172 

Se mes chevaulx n'ont acort a mon hoste i85 

Se ma tristesce estoit tournée en joie 188 

Sur tous les biens de ceste vie humaine 344 

Servir a femme et a enfans 345 

Se vous m'amez et ne me l'osez dire 346 

Six signes sont de maladie 353 

Supplie vostre serf Eustace 486 



Autres Rondeaulx qui se commencent par T ^ 

TOUTE joie est descendue sur my 1 80 

Tout ne me vient pas a souhait 180 

Troie est beaus noms, plaisant et gracieus i83 

Tuit chevalier qui alez par le monde i83 

Tresdouce flour qui tous maulx puez garir 184 

i. Cette rubrique manque. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 5l 

Treschier sires, mille foiz VOUS mercy i86 

Tresdoulz amis, se vous sçaviez le quart 1 87 



Autres Rondeaulx qui se commencent par V. 

VosTRE servent sui dès que je fu né 179 

Vielz homs ne puet plus sa mort approchier. . 181 

Voulentiers me paie ma Dame i83 

Vous qui portez l'Ordre de la Couronne 184 

Venez a mon jubilé 184 

Vous qui n'osez pour courroux de seigneur 184 

Vous qui venez a Paris séjourner i85 

Vous me dictes que je die de bon 186 

Vous m'escripvez trop amoureusement 186 

Ventre puans, par Dieu! je vous larrav . , 186 

Vous qui vivez a présent en ce monde 345 

Vermendois, Amiens, Senlis 36o 



% 



VIRELAIS 



Virelays par A. 



ADIEU, m'amour, adieu, ma joye 177 
A ce beau jour que temps se renouvelle. ... 179 
Adieu, m'amour, ma joie, m'esperance 200 



52 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 



Virelays par B. 

BIEN devez faire grant joye 175 

Bien doy faire tristement 193 

Bien doy faire triste chiere 196 

Bien doy faire liée chiere 198 

Bonne, belle et bien amée 201 



Virelays par C. 

COMMENT pourra mon corps durer ? 172 

Cuer loyal, jeune et vertueus 178 

Certes jamais ne cuidasse 187 

Comment puet amans durer ? 188 

Certes je croy que plaisance 191 

Cent mille fois vous doy remercier 195 



Virelays par D. 

DAME; je vous remercy 189 
Douce saison tost passée 296 

Dame, vostre grant beauté 199 

Des .vr. signes de maladie prochaine . . . . 47° cahyer ^ 



I. C'est la pièce indiquée plus haut aup 353 et commençant par : Six sUj 
gnes sont de maladie. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 53 



Virelays par E. 

ESTES-vous bien a vo plaisir ? 1 88 

Et de quoy vous puis-je estrener? 198 

Et comment me puis je excuser ? 199 

En bien sera ma pensée 200 

En ma dame poursuivray 200 



Virelais par F. 

FAY tousjours ce que tu dis lyS 

Faictes bonne chiere et lie 189 

Puions tuit courroux et tristesce 201 



Virelay par H. 
HumLiTÉ porteray 191 



Virelais par I, J. 

IL n'est amour ne richesse 174 
Je vueil prandre reconfort 1 74 

Je ne voy ami n'amie 175 

Il n'est avoir ne monnoye 176 

Il me devroit souffire 189 



54 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

^ I 

J aime de beauté la flour 190 

J'oy la voix du martir d'amours 192 

Je suy pour vous en petit ploy 194 

Il fait bon avoir son retret. 195 

Je vous ay longtemps amée 198 

Je languis près de la mer 202 



Virelay par L ^ 

LASSE je ploure et larmie lyS 

Les Bretons ont fait compaigne 195 

Laissez ce mal temps aler 197 



Virelay par M. 

MON tresamoureux pensement 190 

Mort félonne et despiteuse 193 

Me doi ge bien guermenter 194 

Mes dames, je vous mercye 195 

Mon cuer, m'amour et mon désir 197 



Virelay par N; 



I 



N'arez vous de moi pitié 194 

Ne vous chaille de ma vie 196 

1. Cette rubrique manque. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 55 



Virelay par 0. 

OR a mon cuer ce qu'il vouloit 178 

Or sus ! or sus ! il fault chanter 196 

Ouez de la nonnette 19g 



Virelay par P. 

PUIS que j'ay passé le lis lyS 

Pour vous suis entrez en amour 175 

Par ma foy cilz pert sa paine 188 

Pour fuir l'epidemie 188 

Pour la grant amour que j'ay 191 

Pour ma dolour assouagier 192 

Plus dure que fers ne fus 192 

Plus vert que nulle verdure 193 

Pour ma longue demourée 196 

Pour coustume entretenir 197 

Par ma foy, dit Robinette , 1 99 



Virelay par Q. 

QUI puet avoir plus grant rage 173 

Qui veult vivre a chiere lie 190 

Qui puet en ce monde avoir 1 97 



56 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 



Autre Virelay par R. 

Biche beauté ou j'ay tout mon recours 192 

Racine d'umilité 201 



Virelay par S. 

SUIS je, suis je, suis je belle? 174 

Se j'ay aimé longuement 191 

Se ce n'est pas vo deffault 1 94 

S'onques prière de ravi 195 



Virelay par T. 

TOUT cuer triste et dolereux . . '. 1 76 

Trésors poltrons, orribles et punays 180 

Tristour et merancolie 190 

Toudis vous ay loyale esté 196 

Trop me tient amour en mue 197 

Ténèbres et nuit obscure 202 

Tout ne me plaist pas ce que j'oy 323 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 67 



Virelay par V ^ 

VA, espoir et doulz penser 176 

Vous me priez et requérez d'amours 190 

Voist ainsi comme aier pourra 202 



CY APRES SONT LES LAYS 

ET PREMIEREMENT ! 

Le Lay de Vérité : 
Trop me vient a grant merveille 68 

Lay du Désert d'Amours : 
Guynevre , Yseult et Helaine 70 

Lay amoureus : 
Contre la saison nouvelle 72 

Lay de Franchise ! 
Pour ce que grant chose est ^ d'acoustumance . . yS 

i. Cette rubrique manque. — 2. Que d'acoustumance. 



58 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Lay de Vaillance ! 
Venez, chascune a son tour 77 

Des XII Estas du Monde : 
Depuis que j'eus entendement 79 

Double Lay de Fragilité humaine : 
Sur toute chose mondaine 81 

Lay de Plour : 
Las ! je fus jadis contrains 93 

Lay du Roy : 
Prince, pour la grant amour 95 

Lay du Bon Connestable '. 
Lasse I de fort heure née 97 

Lay du Département : 
Puisqu'il me convient partir 99 

Lay périlleux : 
Escoutez mon sentement ici 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 5g 

Double lay de la Fiction de l'Aigle ramenée au gouvernement 
des Princes : 

J'ay une fiction trouvée 317 

D'un petit lay contre la Mort : 
Mort mauvaise, dolereuse et dolente 370 

Un double lay de la Nativité Nostre Seigneur : 
Moult honoura créature 370 



I 



FARCES. 

La Farce de M« Trubert et d'Antrongnart ', 
Uns homs fut qui me demanda 372 

Le Personnaige des .IIII. Offices royaux : 
Or sus, est il homme qui die ? 377 



AUTRES TRAICTIEZ PARTICULIERS: 

Des XII Estas du Monde : 
Chevaliers en ce monde cy. 443 



6o RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Demonstracions contre sortilèges : 
Demonstracions que princes [prose]. 38 1 

Les contenances du gieu des dez : 
On dit qu'om doit les bons suir Sgi 

Un petit traictié de l'Art de dicter : 

u 

Entre les .VII. ars et sciences [prose]. 394 

La Complainte de l'Eglise en françois : 

i 
La povre mère tresdolente. [prose]. 401 i 

Une petite Prophecie : 
L'an de dolours , et ^ de reproche 274 

Un autre petit régime pour santé garder : 
Pour vostre santé maintenir 485 

Un autre Dit amoureus de rimes consonans : 
Belle, jeune et douce l'a prise 369 

Pluseurs demandes et responses amoureuses : 
Ma belle dame et gracieuse 438 

i. Et manque. 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 6l 

Une petite Prophecie : 
L'an de la grant division 441 

Epistola Extacii ad Radulphum Vitardi : 
Heu ! ubi est nunc Veritas ! 363? 

Un traictié de Getta et d'Ampliitrion mis de latin en françois : 
Amphitrion estudioit 455 

Un autre traictié de la fiction du Lyon et autres bestes 
sur le gouvernement du Royaume : 

Je treuve en une fiction 463 

Un autre traictié des biens et inconveniens qui sont en mariage : 
Moult sont d'amis et de parens 487 

Commemoracio historié Cenonum Gallorum : 
O vos Gain quondam Cenocenses 36o 



CHARTRES ET COMMISSIONS:, 

La Chartre des Fumeux : 
Jehan Fumée, par la grâce du monde 404 



62 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

La Chartre des Bons Enfans de Vertus : 
Le souverain des Frequenlans 407 

Sentence d'un débat de Victry : 
Comme débat et questions 409 

Commission pour batre les chiens ', 
Eustace, empereur des Fumeux 406 

Commission des loups en cas de nouvelleté contre ceulx 
d'Espargnay : 

L'empereur de toute fumée 410 

Chartre d'octroy du logis à Gailehault, huissier d'armes du Roy : 

A tous ceulx qui sanz œulx verront 411 

O pecatrix civitas Francorum 362 

Dominium de gente in gentem 363 

Commission du Prince de Haulte-Eloquence aux souverains 

bourdeurs : 

Le Prince de Haute Eloquence 412 

Commission en cas de nouvelleté contre ceuls qui présentent en assises 
aux juges royaulx poz de vin a longs coulz de hairons : 

Le Conservateur gênerai 416 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 63 

Autres lettres envoiées a pluseurs et diverses gens : 

Unes aultres lettres envoiées a un nouvel marié goûteux : 
Tres-chier sires, je me merveil ^420 

Aultres lettres envoiées à un des servens du duc Phillippe d'Orliens : 
Treschier et tresamé - cousin 42 1 

Aultres lettres envoiées sur esbatement de boire : 
Treschier cousin ^ , Chariot Peruche 42 1 

Aultres lettres envoiées par Eustace , lui estant malade , contenant 
la manière de testament par manière d'esbatement : 

Treschier sires et vraiz amis 422 

Autres lettres envoiées par Mess. Pierre de Navarre et Eustace 
a Monseigneur de Valoys : 

Noz chiers et redoubtez seigneurs 422 

Autres lettres envoiées a Mess*" Guillaume de Meleun qui se marîoit : 
Treschier sires, j'ay moult grant joye 423 

I. Ce chiffre manque. — 2. Et amé cousin. — 3. Et Chariot. 



64 RUBRIQUES DU MANUSCRIT 

Autres lettres d'esbatement envoiées a dames de religion : 
Noz redoubtées damoiselles 425 

Autres lettres envoiées a Mess. Regnault de Douy afin d'avoir un 
giron de soye qu'il avoit promis à Eustace : 

Treschier et grans amis 426 

Autres lettres amoureuses envoiées a une dame religieuse de l'église 

d'Andely : 

Ma mie, ma suer, ma compaigne 426 

Autres lettres sur l'estat d'advocacion, envoiées a Mess® Jehan des 
Mares , maistres Jehan d'Ay et Simon de la Fontaine , advocas 
en Parlement : 

Treschier sires, j ay entendu 427 

Autres lettres du pais de Brie envoiées aux compaignons de Crespy : 
Aux Gillebertins frequentans . . . . , 428 

Autres lettres envoiées a Messeigneurs de la Chambre des Comptes 
et trésoriers de France disnans en l'ostel de sires Guillaume 
Brunel : 

A gens de grant discrecïon 429 

Autres lettres envoiées par ledit Eustace, lui estant malade a 
Villers Colderest : 

Treschier amis et vrais compains ■ 429 



RUBRIQUES DU MANUSCRIT 65 



Autres lettres envoiées a Paris avec pluseurs voirres par ledit 

Eustache : 

Le Maistre des foires de Rest 480 

Supplicacîon par ledit Eustace faicte au Roy nostre sire sur le fait 
de non-residence ou bailliaige de Senlis : 

Supplie Eustace humblement 432 

Lettres de M° Pierre Mauguin de Compiengne qui moult blasmoit 
mariage, et au derrain se maria à une povre meschine : 

Matheolus et Theophastes 418 



CY FINENT LES RUBRICHES. 




T. 1 



BALADES DE MORALITEZ 



•iiM^ 




Ci commencent Balades de moralitez. 



(Comparaison des vices des grands avec le naturel 
du chien et du lion.) 

[i369?] 



I a 




|,^AUDiTTE soit condicion de chien 

Et de lion en homme de puissance ; 
Car destruit sont tuit li bon et li bien, 
Qui de ces deux a bien la congnoissance ^. 
Convoiteus est, envieux sanz doubtance, 
Chiens ; et lyons de sa propre figure 
Est orgueilleus et crueulx par nature. 
Qui ces quatre a *, s'il est prince mondain, 
Met son honnour et terre en aventure, 
Pour estre tout perdu d'uy a demain. 



10 



a. Car, par eux, sont détruits le bon et le bien, ce qui est sûr, 
quand on connaît bien la nature de ces deux bêtes. — b. Qui a ces 
quatre vices : Convoitise , Envie , Orgueil et Cruauté. 



70 BALADES DE MORALITEZ 

Car ou li chiens n'a defaulte de rien, 
Et qu'il est saoul, convoite il et s'avance 
D'autri mangier ravir, on le scet bien, 
Par l'envie qu'il a d'autri substance. 

1 5 Orgueilleus est lyons d'oultrecuidance. 

Et trescrueux; toute beste queurt sure ^, 
Chascun le craint pour sa cruauté dure : 
Mais de l'aider ^ l'a chascun en desdaing, 
S'il lui venoit une mésaventure, 

20 Pour estre tout perdu d'uy a demain. 

Princes, qui a ces .nii., or le tien, 

N'est pas seigneuir a qui on ait plaisance ; 

Car Convoitier, qui est vice ancien, / b 

Le fait hair ; Envie desavance 
25 Honnqur en li ; son orgueil, sa bobance 

Le destruira : Cruauté li procure 

A ses subgiez haine et murmure. 

Et, en la fin, com le poisson a l'ain, 

Le lasse et ^ prant a dolente pasture, 
3o Pour estre tout perdu d'uy a demain. 

L^ENVOY 

Princes, qui tient ces poins de nourreture ^ 
Ou de naiscent, si les délaisse a plain : 
Car c'est uns maulx et une pourreture, 
Pour estre tout perdu d'uy a demain. 

I. Amer. 

a. 11 court sus à toute bête. — b. Et Cruauté à la fin l'enlace 
comme le poisson à l'hameçon. — c. D'éducation ou de naissance. 



BALADES DE MORALITEZ 



II 



Balade *. 

(Louange ironique du temps.) 
[i375.] 

DIEUX soit louez de ce bon temps , 
Et que chascuns a congnoissance 
De ses maulx ! Tuit sont repentens 
De vivre ou royaume de France 
Sanz paier ^; c'est belle ordonnance : 5 

Le plat pais s'en sent ja bien, 
Car on n'y ose pillier rien ; 
Gens d'armes n'i sont plus doubté; 
Mais au fort, qui y pert le sien, 
Chascuns dit que c'est grant pité. lo 

Nuiz n'i va courre sur les champs, 
Ne n'y rançonne par puissance; 
L'en n'y prant chevaulx ne jumens, 
Linges, draps, robes ne finance, 
Poulaille, moutons; violence i5 

- Ne s'i fait ; la n'abbaie chien, 
Coq ^ n'y chante : le comun bien 
Y règne en grant auttorité; 
La n'a Sarrazin ne paien : 
Chascuns dit que c'est grant pité. . ' 20 

*. Publiée par Tarbé, tome I, p. 23. 

I. Cog. 

(2. Tous se reprochent de ne rien payer. 



72 BALADES DE MOR ALITEZ 

Plus ne se logent nulles gens 
Es églises, par repentance ; 
I L'en ne bat prevosts ne sergens ; 
\ Tuit rendent grant obéissance. 

25 On fait labeurs en habondance; 
Honourez sont li ancien ; 
On quiert l'ostel Saint Julien : 
Il ne faut mais que charité. 
Tous ces poins a rebours retien : 

3o Chascuns dit que c'est grant pité. 



/ c 



l'envoy 



Princes, je voy les malfaisans, 
Les cuers plains de crudelité ; 
Quant on est de leurs maulx parlans, 
Chascuns dit que c'est grant pité. 



III 



Balade. 

(Contre les riches.) 

[1392?] 

CiLz qui a chois de prandre et départir 
N'est pas saiges, s'il ne prant le meilleur. 
Pour ce voult Dieux le ciel prandre et choisir, 
Et la se tient com souverain seigneur : 
Aux hommes voult la terre de labeur 
Ça jus laissier, et se tint au plus haiilt. 



BALADES DE MORALITEZ . yS 

La li fait on, chascun jour, maint assault : 

Régniez est \ maugriez et laidis ^, 

Et a telz gens dit, car d'eulx ne li chaut : 

Ja riches homs n'yra en paradis. lO 

Car riches veult les autres subvertir 

Et tout avoir ; prandre aux povres le leur, 

Trop convoitier, faire chascun martir, 

Sanz regarder n'a pitié n'a honeur, 

Sanz Dieu doubter, sanz raison, sanz couleur i 5 

Que riches ait, qui le povre homme assault ^. 

Ainsi régner en ce monde lui fault, 

Par son pouoir, desur povre toudis ^, 

En espérant ^ ce mot qui petit vault : 

Ja riches homs n'yra en paradis. 20 

Il soufist bien de ces joies sentir 

Mondainement, et qu'il tiengne en cremeur 

Les basses gens ; qu'il se face cremir ^, 

Qu'il ait argent, or, joyauls et la fleur 

Des richesces dont autres ont doleur. 25 

Qui ainsi fait, on le tient pour vassault ^^ 

Mais, en la fin, leur faurra faire un sault 

Dont la mort fait tumer ^ les plus hardis 

En l'infernal palut, par leur default : 

Ja riches homs n'ira en paradis. 3o 



L ENVOY 

Princes, la part du ciel est la meilleur, 
Pour ce la prinst Nostre Sires jadis, 

I. Est manque. — 2. De povre toudis. — 3. Et qu'il se face cremir. 

a. Il est renié, maugréé et injurié. — b. Sans raison, sans pré^ 
texte qu'ait le riche d'assaillir le pauvre.— c. Espérant, synonyme 
d'attendant. — d. Brave. — e. Tomber. 



74 



BALADES DE MORALITEZ 



Et la terre est aux hommes, la pieur 
Ja riches homs n'yra en paradis. 



IV 



Autre Balade. 



lO 



(Contre les convoiteux.) 

ON parle de seigneurie 
Et d'avoir auttorité; 
Mais je ne sçay telle vie 
Que de nette povreté. 
Souffisance est grant planté 
A noble cuer franc et saige; 
Richesce est mendicité " ' 
A tout convoiteus couraige '. 

Car par convoitier mendie 
Et est en neccessité, 
Et riches a trop d'envie ^; 
Sires de crudelité, 
Orgueilleus est, sanz pité, 
Puis qu'il fait autrui dommaige 



2 a 



I. Courage. — i. Peut-être y avait-il: 

Et est en nécessité 
Li riches trop a d^envie, 
Sire est de crudelité, 
Orgueilleux et sans pité, etc. 

- 3. Dommage. 



BALADES DE MORAUTEZ. 76 

Saige ^ est qui a résisté 1 5 

A tout convoiteus couraige. 

Encor vault mieulx, quoi c'om die, 

Soufrir qu'avoir cruaulté : 

Levez est qui s'umilie, 

L^orgueilleux est surmonté : 20 

En la fin passe Bonté. 

Or en prenons tuit l'usaige : 

Renonçons par charité 

A tout convoiteus couraige. 

l'envoy 

Princes, moult a proufité 2 5 

Qui par raison, sans oultraige, 

N'a eu nulle affinité 

A tout convoiteus couraige. 



Balade. 

(Contre la vie des routiers.) 

JE ne croy pas que de touz les mestiers 
Et les estas de ce monde présent, 
Soit plus doubteus, non pas des usuriers ^, 

I. Saiges. 

a. Pas même l'état d'usurier. 



76 BALADES DE MORALITEZ 

Comme est celi que prannent mainte gent : 
5 C'est d'eulx armer et suir le tourment Jj 

D'exil de corps en convoiteuse vie, 
En mal renom et en tout dampnement. 
Qui saiges est n'ait de ce faire envie ! 

Car on devient, de ce suir, murdriers, 
10 Lerres aussi, et de ravissement 

Consentables, violeur de moustiers. 

Femmes ravir, ardoir villainement. 

Et ses voisins trahir mauvaisement, 

Prandre le leur, d'eulx ^ faire chiere lie 
1 5 Sanz cause avoir du faire aucunement; 2 h 

Qui saiges est n'ait de ce faire envie ! 

Qu'en ce faisant suefrent trop de dangiers, 
De faim, de froit, de mauvais logement ; 
Mieulx leur vausist estre au monde bergiers, 
20 Pour bon renom et pour leur sauvement, 
Que d'eulx tuer ainsi dolentement, 
Et honte avoir a eulx et leur lignie. 
Et procurer a l'ame dampnement : 
Qui saiges est n'ait de ce faire envie ! 

l'envoy 

2 5 Prince, je voy hair communément 

Tous ceuls qui ont tel guerre poursuie, 
Et mal fîner; pour ce vois concluent : 
Qui saiges est, n'ait de ce faire envie ! 

I . Eulx faire. 



BALADES DE MORALITEZ 



VI 

Balade. 
(Contre les envieux.) 

Qu'est Envie ? La mère de tristesce, 
Cause de mort et de destruction 
u amret de corps, quant d'autrui bien se blesce, 
Qui ne lui puet faire impedicion. 
D'orgueil lui vient et de detraction, 5 

De cuer hautain, plein de courroux et d'ire, 
Qui fondre font, corn fait au feu la cire , 
Quant amender voit nul cuer vertueus ^; 
Ainsi languist, d'autrui bien a martire : 
Maudis de Dieu soit tous cUers envieus! lo 

Car tel vice procède de paresce, 
De lascheté, de foie entencion. 
De pou de sens, d'avarice qui presse 
Le dolent cuer, quant il a passion 
D'autrui honeur ou de possession, 1 5 

Qui vouldroit bien sanz cause contredire ^ ; 
Son corps seiche ^, qui ne fait que de frire 
2 c Sanz bien avoir : ainsi li maleureus 
Va a sa fin ou ses péchiez le tire : 
Maudis de Dieu soit tous cuers envieus ! 20 

Et si est il ^.^ quant il a tel destroisse 

a. Quant Envie voit réussir un cœur vertueux. — b. Qu'il voudrait 
bien,— c. Dessèche, et...— d. Et il l'est en effet, (maudit de Dieu). 



78 BALADES DE MORALITEZ 

Que son ame met a dampnacion ; 
Se son penser et envie ne lesse, 
Ne puet avoir bonne conclusion. 

2 5 Ne cil sur qui il prant s'opinion 

N'en vault pas pis un grain d'orge, a voir dire V 
Qui saiges est en ces choses se mire, 
Et ne soit ja d'autrui bien dolereus, 
Dont ame et corps et ^ renommée empire : 

3o Maudis de Dieu soit tous cuers envieus ! 

l'envoy 

Prince, franc cuer, plains de haulte noblesce, 
Sur bien d'autrui ne sera convoiteus ; 
Mais li chetis d'autrui bien se courresce : 
Maudis de Dieu soit tous cuers envieus! 



VU 



Balade. 

(Contre le métier des armes.) 

[après 1396.] 

JE mercy Dieu de ses biens, de sa grâce, 
Qui m'a fourme et fait a sa semblance ^ 
Et des cinq sens qu'il m'assist en la face. 
Par lesquelz j'ay parfaitte congnoissance 
De bien, de mal, d'onneur et de vaillance, 
Et des ars mondainement, 

I. A dire voir. — 2. Et manque.— 3. Semblable. 



BALADES DE MORALITEZ 79 

Par lesquelz tout a son gouvernement 

Ce monde ci, ou l'en fine si tost; 

Et puis qu'on y muert si soubdainement, 

Jamais ne quier suir guerre ne ost. lo 

Car Convoitier fait la guerre et amasse; 
Vaine Gloire tient l'escu et la lance, 
En assaillant tue, omicide ^ et chace, 
2 d Contre raison son pechié ^ a mort lance. 

En deffendant a autre dififerance : 1 5 

L'en seufre paine et tourment 
De faim, de froit; l'en muert en un moment : 
L'ame se part quant chascun pille et tost <^. 
Mais, se ce n'est sur Sarrazine gent, 
Jamais ne quier suir guerre ne ost. 20 

Dieux commande que le labour se face. 

Que nous l'amons, chascuns ait soufisance 

En son estât, et que Justice efface 

Les malfaitteurs qui font persévérance 

En leurs meffaiz, et que nulz ne s'avance 25 

D'acquerre mauvaisement 
Terre d'autrui ; mais l'en fait autrement. 
Si vueil des or vivre en un lieu devost, 
Et pour plus tost faire mon sauvement, 
Jamais ne quier suir guerre ne ost. 3o 

l'envoy 

Princes, temps m'est de quérir lieu et place 
De Dieu servir : j'ay trop suy le rost. 
Compter me fault, se temps ay et espace : 
Jamais ne quier suir guerre ne ost. 

a. Présent du verbe omicider. — b. Peut-être pour : son prochain. 
— c. Et emporte. 



8o BALADES DE MORALITEZ 



VIIÏ 

Autre Balade. 
(Contre la mauvaise mer.) 

DE Nepturnus et de Glaucus me plain 
Qui contre moy font la mer felonnesse, 
Et d'Eolus, dieu des vens, le villain, 
Qui par Eurus m'a empeschié l'adresse ^ 
5 De mon propos, et passer ne me lesse. 

Par ses soufflez fait l'eaue tempester 
En esçriant, quant mon passage cesse ^ : 
Contre les vens ne puet nulz de la mer. 

Li dieux de l'air fait plouvoir soir et main, 
10 L'air obscurcir; Jupiter me courresce, 3 a 

Aux dieux de mer a estandu sa main ; 

Saturne o eulx son froit yver m'adresse, 

Et chascuns d'eulx de séjourner me presse. 

Mon navire font par leur force encrer ; 
i5 Mouvoir ne puis, c'est ce qui trop me blesse : 

Contre les vens ne puet nulz de la mer. 

J'ay du dieu Mars, en guerre souverain, 
Tout le pouoir; de Ceres la déesse. 
Du dieu Bachus, vin, fleur, becuit et grain, 
20 Chars salées ; de Juno la richesce 

Pour bien paier ; de Venus la proesce 
Qui jeunes gens fait par amours amer. 

a. La direction. — b. Est arrêté. 



BALADES DE MORALITEZ • 8 l 

Cause ne sçay se mon fait se delesse : 
Contre les vens ne puet nulz de la mer. 

l'envoy 

Dieux Mars, j'atten printemps de douçour plain, 2 5 
Que l'en pourra paisiblement rymer ^ ; 
Lors y fait bon, en y ver n'y fait sain : 
Contre les vens ne puet nulz de la mer. 



IX 

Autre Balade. 
(Tour de force poétique.) 

VIRGINITÉ, Beauté, Bonté, Saincté, 
Amoureuse, précieuse, agréable, 
Humilité, Pitié, Eternité, 
Glorieuse, piteuse, charitable. 
Vertueuse, doucereuse, honourable, 5 

Tressainctement pour nous tous destinée \ 
Divinité, Vérité inmuable, 
Certainement le siècle ains * ordenée. 

Félicité, Purté, Bien, Honnesté, 

Tresjoieuse, aux humains proufitable, 10 

L'Iniquité as osté et porté 

t. Tous pour nous. 

a. Ramer. — b. Pour : ains le siècle. 

T. I 6 



82 BALADES DE MORALITEZ 

Dolereuse, convoiteuse, et dampnable, 3 b 

Orgueilleuse, derve ^, vaine et muable ; 
Benignement no vie est de toy née 
i5 Charité; O! tu es remerciable, 

Certainement le siècle ains ordenée. 

Deité fut, Purté, t'affinité 
Non doubteuse, Gabriel parcreable. 
Humanité prinst Dieux en ton costé, 
20 Soufraitteuse, crueuse, piteable, 
Redempteuse Marie tresamable, 
Le sauvement a touz, prédestinée : 
Bénignité ta nous soit secourable, 
Certainement le siècle ^ ains ordenée. 



Comment ceste Balade se diversifie en .VIII. ordres et se list par 
huit manières differans l'une de l'autre , tout par bonnes rimes 
et tousjours revenans a une meisme sentence et conclusion si 
comme il apparra aux lisans. 

La première, elle se list de l'ordre droit en descendant 
aval; 

La seconde, elle se rétrograde du premier ver en rever- 
sant contremont ; 

La tierce, en lisant Tun vers a droit et l'autre tout arre- 
bours ; 

La quarte, en prenant au ver de la rubriche par-dessus, 
en remontant amont ; 

I. Secle. 

a. Insensée ou enragée. 



BALADES DE MORALITEZ 83 

La quinte, en prenant dessoubz, au piet de laditte ru- 
briche et rétrogradant contremont jusques au commen- 
cement ; 

La sixte, chacune couple se couppe parmi desseure; 

Item semblablement par dessoubz servent a laditte ru- 
briche ; 

La .vii^., les vers se croissent de l'un en l'autre; 

La .vm^ ou neuvyme, les mos des vers se raportent 
l'un contre l'autre en bonne substance sanz y muer la 
matere. 



Balade *. 
(Convoitise ennemie de vérité.) 

VERITE vi qui s'estoit embatue 
En un pais ou Envie regnoit ; 
Avarice Fa de moult près tenue 
Qui de tous poins le pais destruisoit ; 
Par Gonvoitier nulz homs n'y habitoit, 5 

Car d'oir voir ^, ces deux n'orent l'usaige, 
Foulz y ont lieu et non mie li ^ saige. 
Si fut adonc celle terre envahie, 
Et perdit moult par Orgueil, par Oultrage : 
Par Gonvoitier mainte terre est peric. , lo 

*. Publiée par Tarbé, tome I, p. 5i. 

i . Li manque. 

a. D'entendre îc vrai. 



84 BALADES DE JVIORALITEZ 

Veritez de parler lors s*esvertue, 
Et des Rommains un exemple monstroit 
Qui la terre ont du monde conquerue : 
Au commun bien la ^ chascuns entendoit ; 

i5 Aux bons amer, a vaillance tendoit 

Un chascun d'eulx, sanz orgueil de parage ; 
Honourez fut cilz qui fîst vassellage, 
Et qui ot sens mis ou livre de vie ; 
Lors conquirent du monde Teritage : 

20 Par Convoitier mainte terre est perie. 

Tant comme ilz ont ceste loy maintenue, 
Furent seigneur, nul ne les contrestoit ; 
Mais quant leur fut Convoitise venue. 
L'en les hay, ne nulz ne les amoit. 

25 Lors perdirent tout ce qui leur estoit; 

Par Convoitier, par Orgueil, leur barnage 
Se dépérit, mis furent en servage : 
Par ces trois poins fina leur seigneurie. 
Plus ne vous di, advisez ce langage : 

3o Par Convoitier mainte terre est perie. 



l'envoy 



Princes, quant Vérité fut debatue ^, 3 d 

De ces trois fut durement assaillie ; 
Et pour dire ^ fut durement batue : 
Par Convoitier mainte terre est perie. 

I. La trafique . — 2. Se fut debatue. 
a. Et pour avoir parlé. 



BALADES DE MOR ALITEZ 85 



XI 

Autre Balade. 
{Effets de la convoitise.) 

QUI maison a de grant anceserie 
Et de long temps, dont il porte le non, 
Duchié, conté, royaume ou seignourie, 
Le bien garder et maintenir est bon ; 
Ne ja ne doit, pour acquérir renon, 5 

Celle laissier.pour faire doubteus change. 
Car cellui prant dolereuse parson ^ 
Qui son bien laist pour convoitier l'estrange *. 

Car le certain nul temps ne se varie 

Que li homs tient, fors que par l'achoison lo 

De convoitier le bien qui siens n'est mie. 

Qui veult avoir l'autrui contre Raison 

Qui le deffent, et en une saison, 

Par son pechié pert son bien, sa louenge ; 

Ainsis souvent maint tout perdre voit on, 1 5 

Qui son bien lait pour convoitier l'estrange. 

Soufïisance est tressaincte et bonne vie , 

Et convoitier usaige de larron; 

A nul ne puet valoir mauvaise envie, 

Fors qu'elle fait honte et confusion, ' 20 

Perdre et périr a maint sa région. 



a. F'ait un mauvais partage. — b. Qui laisse son bien pour con- 
voiter celui des autres. 



86 BALADES DE MORALITEZ 

Garde chascuns que son propre ne change, 

Souffise lui : cilz pert possession ^ 

Qui son bien laist pour convoitier l'estrange. 

l'envoy 

2 5 Princes, foulz est qui a noble maison, 

Et par non sens la change a une grange ; 

Lors est chetis, c'est ma conclusion, 4 a 

Qui son bien lait pour convoitier l'estrange. 



s 



XII 



Balade. 

{Contre les vices du temps.) 
[i386.] 

E possible feust a nature humaine 
De susciter ceulx qui sont mis en cendre, 
Hector le preux, Artus et Charlemaine, 
Julles César, Godefroy, Alixandre, 

5 David, Judas et Josué, qui prandre 

Tant de travail vouldrent pour conquérir, 
Et pour honeur et renon acquérir, 
Et fussent tous ressours ^ en propre vie, 
Je croy que tuit vouldroient arrier ^ mourir 

10 Ains que veoir de ce monde l'envie, 

I. Sa possession. 

a. Ressussités. — ô. De rechef. 



\ 



BALADES DE MOPALITEZ 8? 



Et la doleur que chascuns y demaine, 

De convoitier, ravir, tollir et prandie, 

De decepvoir son prochain, sa prochaine, 

D'onnour laissier, des vices entreprandre, 

Faire au bon mal, au mauvais le bien rendre, i 5 

Le noble cuer et le franc asservir, 

Et le mauvais honourer et servir, 

Et guerrier ^ l'un l'autre par folie ; 

Tous ces .IX. preux desirroient fenir 

Ains que veoir de ce monde l'envie. 20 

Moult sembleroit a eulx chose villaine 

Du temps présent au temps passé comprandre *, 

Qu'Oneur estoit au monde, souveraine 

Congnoissance, qui tout faisoit entendre, 

Les bons amer, et Largesce fist rendre 2 5 

Guerdon ^ a touz, vaillance soustenir 

Et loyauté, prouesce maintenir : 

Justice et Droit tenoit la seignourie. 

Autrement va ; tous vouldroient périr 

Ains que veoir de ce monde l'envie. 3o 

l'envoy 

4 h Princes, il est nul, s'il a raison plaine, 
Et du monde sçavoit la tirannie, 
Qui ne voulsist sa fin avoir prouchaine, 
Ains que veoir de ce monde l'envie. 

1. Guerredon. 

a. Guerroyer. — h. Comparer. 



88 BALADES DE MORALITEZ 



XIII 



Balade *. 
(Regrets de la mort du sire de Sampy.) 

[avant 14 10.] 

S 'Argus qui ot cent oeulx pour regarder, 
Et Lins qui voit sur toute beste mue, 
Et Alpheus qui ne se pot garder 
D'Arethusa, qu'il chaça toute nue 
5 Ou fleuve ou elle baingnoit, 

Tant que tous deux ^ en plours convertissoit 
Ne cessoient tous de plourer, ainsi 
A fort plourer la mort ne soufîiroit 
Le bon prodomme et chevalier Sampy. 

10 Car saiges fut, a ses faiz regarder ; 
La frontière a devers Guines tenue 
Pour son seigneur, saigement, sanz errer. 
Ne qu'a son temps ait fortresce ^ perdue ; 
Guines, Calays le doubtoit, 

1 5 Car saigement touz ses faiz emprenoit, 
Et maintefoiz les Anglois desconfy : 
Gravelingues leur basti en temps froit ^ 
Le bon prodomme et chevalier Sampy. 

Et le chasteau de PEscluse sur mer 

*. Publiée par Tarbé, t. II, p. 25. 
I. Tous dieux. — 2. Forteresce. 
a. En hiver. 



1 



BALADES DE MORALITEZ 89 

Dreça, et fist Ardre a bien maintenue, 20 

Et Audruich et Le Planque ordonner ; 
Sceut bien aussi garder la gent menue : 

Li Roys amer le devoit ; 
Picardie bien plaindre le devroit, 
Therouenne, Saint Orner et aussi 25 

4 c Flandre ^ et Artois, et chascun qui congnoit 
Le bon prodomme et chevalier Sampy. 

L^ENVOY 

Prince, en honeur voult tousjours labourer, 
Et loyaument tout son temps vous servi, 
Sanz grant trésor ne grant terre ^ acquester, 3o 
Le bon prodomme et chevalier Sampy. 



XIV 

Balade *. 
{Il faut servir Dieu avant tout.) 

IL n^est c'un Roy qui ait titre certain, 
Et tous règnes procèdent de ce Roy : 
Cest un seul Dieu, qui est le ^ souverain. 
Qui tout créa et qui tout a en soy. 
De luy vient tout; les autres, par ma foy, 

*. Publiée par Crapelet, p. 2. 

i. Flandres. — 2. Grant terre ne grant trésor. — 3. Le manque. 



90 BALADES DE MORALITEZ 

Paet déposer des règnes de la terre, 
S'ilz sont pervers et ne gardent sa loy : 
De tel seigneur fait bon Tamour acquerre. 

Son corps travaille et veult régner en vain 
I o Qui ne le craimt, sert et aime en recoy ^, 

Car nulz ne puet rien fors que par sa main; 
On naist par luy. Créature, apperçoy 
Que tu mourras, tes prédécesseurs voy, 
Qui sont tuit mort ou en paix ou en guerre; 
i5 Aymé donc Dieu, sers, obéis et croy : 

De tel seigneur fait bon l'amour acquerre. 

Car leurs règnes perdent par cas soudain 
Roy terrien ; l'un fait a l'autre efîroy, 
Et par pechié n'ont rien d'uy a demain ; 
20 Leurs titres n'est qu'ainsi comme la noy ^ ^ 
Qui hui appert, demain font au souloy, 
Et laissent tout, quant mort les dens leur serre ; 
Mais cilz grans roys a tout, foy que vous doy : 
De tel seigneur fait bon l'amour acquerre. 



l'envoy 



25 Princes et Rois, duc, chevalier mondain, 4 d 
Soiez piteus, veuilliez ce Roy requerre 
Qu'il vous doint bien gouverner soir et main. 
De tel seigneur fait bon l'amour acquerre. 

1. Larroy. 

a. Ne le sert et ne raime du fond du cœur. — b. La neige qui pa- 
raît aujourd'hui, et fond au soleil. — Le manuscrit porte Larroy 
qui pourrait signifier la rosée; mais la copie qui se trouve à la 
bibliothèque de l'Arsenal a corrigé le mot en la noy, et, en marge, 
est écrit : la neige. 



BALADES DE MORALITEZ Qf 



XV 

Balade. 
(Contre les convoiteux.) 

JE ne vueil mal a personne qui vive, 
Et me souffist ce que Dieux m'a donné ; 
De nul estât ne richesse n'estrive, 
Puisqu'ainsis ^ fust a chascun destiné; 
Mais j'en scay moult qui sont habandonné 5 

A convoitier et tout vouloir acquerre, 
Et telz gens sont de tresmale heure né, 
Ja n'auront paix, mais touz temps aront guerre. 

Petit dure Peaue qui se desrive, 

Si fait Tespart ^ depuis qu'il a tonné; lo 

Mais le cours droit demourra en sa rive 

Et li clers temps, puis l'espart retourné. 

Au bon moien soit chascun atourné, 

Souffise lui son mestier et sa terre ; 

Ceuls qui ont l'or repost * sont mal séné : 1 5 

Ja n'aront paix, mais tous temps aront guerre. 

Car le cuer d'eulx a leur avoir s'avive, 

Et pour ce sont souvent achoisonné; 

Convoitise est pécheresse soutive, 20 

Jamais son temps ne sera deffiné. 

Est donques convoiteus bien ordonné ? 



I. Puisque manque. 

a. L'édair. — b. Caché. 



92 BALADES DE MORALITEZ 

Certes nenil, ains ront plus tost c^un voirre, 

Et ceuls qui sont a tel vice encline 

Ja n^aront paix, mais tous temps aront guerre. 

l''envoy 

25 Princes, qui est par raison gouverné 

Fors le moien ne doit a Dieu requerre ; 5 a 

Car ceuls qui sont en riens desordonné 

Ja n''aront paix, mais tous temps aront guerre. 



XVI 



Autre Balade. 

{Contre la Flandre.) 

[i385.] 

LA maleiçon dont Dieux maudist Cayn, 
Des dix plaies dont fut ^ férus Egipte, 
Du royaume des Argives la fin, 
Et ^ Sodome et Gomorre a Dieu despite, 
5 Pour leurs péchiez soit la terre mauditte 

Du lac parfont que Judée puepla, 
Qui a tous nuist et a nul ne profite. 
De tous pais le plus mauvais pueple a. 

De Judas vint ce pueple, son train 
10 Tiennent; trahir leur semble grant mérite; 

I . Fut manque. — 2 . Et manque ' * 



BALADES DE MOR ALITEZ qS 

Après la mort Jhesus, prinst le chemin 

Vaspasien, Jherusalem despite, 

Et Fassiega; rendue lui fut quitte, 

Et .XXX. Juifs pour un denier donna ; 

Du denier vint la terre dessus ditte : 1 5 

De tous pais le plus mauvais pueple a. 

A rebeller de tous temps sont enclin, 
Presumptueus sariz prisier une mite 
Leur souverain; maint ont fait orphenin, 
Et pour ce veult Dieu qu''on les suspedite. 20 
Quatre cens mil ^ est la mort d^eulx escripte 
Par leur orgueil, en leur terre, mais ja 
N'amenderont ; saiges, ce lieu n'abite : 
De tous pais le plus mauvais pueple a. 



Princes, j^ay leu et trouvé en latin, 25 

Que par la mer celle terre faulra ^ 
Pour son orgueil, car la gent dont je fin 
5 ^ De tous pais le plus mauvais pueple a. 

a. Ea l'an mil quatre cents. — b. Que cette terre sera anéantie 
par la mer. 

L'annotateur du manuscrit de l'Arsenal, qui est sans doute La 
Gurne de Sainte-Palaye, croit que cette ballade tst faite contre la 
Flandre. Elle serait alors de la même date que les suivantes, i385 



94 BALADES DE MORALITEZ 



XVII 



Autre Balade *. 

(Contre le pays de Flandres.) 

[i385.J 

Li uns se plaint de sa grant povreté, 
Et li autres de pluseurs maulx qu^il a ; 
L'autres se plaint qu^il a riches esté 
Et voit trop bien que plus ne le sera ; 
5 Li uns se plaint quant il se maria 

Onques encor; l'autres ^ qui est trop tendres 
Se plaint du froit qui trop le refroida ; 
Mais ne me plaing fors du pais de Flandres. 

Deux fois y fu d'iver, et deux d^esté : 
10 La première, quant li Roys les mata 

A Rosebech, a Bourbourc apresté ^ ; 

Seconde foiz, quant li Roys Passiega; 

Adonc après des Gantoys se venga; 

A PEscluse ne fat pas ses faiz mendres 
i5 Quant passer dubt ^ ; maint plaignent pour cela : 

Mais ne me plaing fors du pais de Flandres. 

Car g'i ay eu toute chetiveté ; 
En cheminant la boe m^afubla 
D'un ort mantel ; je fu dedenz bouté, 

*, Publiée par Tarbé, tome I, p. g3. 

I . Li autres qui. 

a. Peut-être dans le sens àa prestement, rapidement. — b. Quand 
il dut passer en Angleterre. 



BALADES DE MORALITEZ g5 

Et mon sommier jusqu'au coul se plunga; 20 
Bahu et tout long temps y demoura. 
Quant g^issi hors et lui, nous semblions cendres; 
Complaigne soy des Flamens qui vouldra, 
Mais ne me plaing fors du pais de Flandres. 



L^ENVOY 



Princes, jamais mes cuers ne Tamera , 25 

C'est uns drois lieux pour atendrir les ventres; 
De leurs piques se plaingne qui vouldra, 
Mais ne me plaing fors du pais de Flandres. 



XVIII 



Autre Balade ^. 

(Tour de Jorce poétique contre la Flandre.) 

[i385.] 

^ ^ /^"^RGUEiLLEUSE, desloial, tricheresse, 
\^^ Souveraine, traitre, despitable, 
Dolereuse, fausse et deceveresse, 
Maucertaine *, haye, reprouchable, 
Malestraine et doleur inreparable 5 

Prouchainement viengne perpetuele, 
A ton demaine et terre tresdampnable, 
Maujugement et sentence mortelle. 
Haineuse, félonne et cuideresse, 

a. Cette ballade devait apparemment se lire dans plusieurs 
ordres qu'on pourrait découvrir. Voyez ci-dessus la ballade IX*. — 
b. Changeante, peu sûre. 



96 BALADES DE MORALITEZ 

10 Flamanne ^, helas ! tu es deshonourable *, 
Ruineuse est ta terre, ta richesce 
Plus que plaine de dolour decourable ^, 
Primeraine, non pareille, cuidable, 
Soudainement es devenue telle 

i5 Malaventure, fortune decevable, 

Maujugement et sentence mortelle ^ 

Langoreuse désormais pécheresse, 
Tressoudaine est ta fin desesperable, 
Envieuse subjuguer de noblesce 
20 Treslointaine propos ton demnable ^, 
Toute paine te vient redarguable ^ 
Reprochement, o rebelle, cruelle 
Soudaine mort pugnist toy non estable, 
Maujugement et sentence mortele. 



XIX 



Balado *. 
(Du retour de Flandre .) 

[août i385.] 

J'ay en Flandres trois fois oy sonner, 
Et de bien loings suis aie a la messe 
A Rosebech, ou je vi sermonner : 



*, Publiée par Tarbé, tome I, p. 76. 
1. Cruelle. 



a. Flamande. — b. Sans honneur. — c. Découlante, débordée. — 
d. Peut-être : de propos condemnable ; peut-être aussi , proportion 
demnable. — e. Reprochable. 



BALADES DE MORALITEZ 97 

Vint mille hommes furent mors en la presse. 
Au second coup fut a Bourbourc ^ m'adresse; 5 
Le tiers au Dam ~, dont je ne suis pas dignes; 
S'enquier a tous pour oster ma tristesce, 
Quant sonnera li retours de matines. 

d Mauvais y fait longuement séjourner 

Car le pais les gens et chevaulx blesce, 10 

Et quant il pluet, on ne scet ou tourner; 
Pain, vin ne vient; seurté n'y a, n'adresce. 
En fourraige a pou de foing et de vesce; 
Oeufs faillent la, cannes, cogs et gelines; 
En chevauchant demande, est ce simplesce? i5 
Quant sonnera le retour de matines. 

Car lors sera le temps de retourner 

A son hostel ; s'ara chascun leesse : 

Te Deum laudamus en ^ hauït chanter 

Oirez pluseurs, pour oster leur destresse; 20 

Varlet n'y a, ne maistre, ne maistresse, 

Qui en criant a Dieu, les mains enclines, 

N'enquiere a tous, pour finer leurapresse, 

Quant sonnera le retour de matines. 

l'envoy 

Prince '^, en Flandres voy longuement chanter : 25 
Courte messe aim, beau disner, grant cuisine; 
Pour ce vous vueil humblement demander, 
Quant sonnera le retour de matines. 

I. Bonbourc. — 2. Daan. —3. En manque.— 4. Princes. 



T. I 



9^ BALADES DE MOPAIJTEZ 



XX 

Balade. 
(Contre les médisans.) 

TROP me merveil comme ^ uns homs contrefais 
Ose boiteux un autre homme appeller, 
Ne comment cilz qui se sent bien meffais 
Ose des maulx d'un estrange parler. 
5 Mieux lui vaulsist ses oeuvres regarder, 

Si se tairoit, sanz plus blâmer nuUui, 
Que li mauvais a nul blâme eslever: ^ 
Geuls s^accusent qui dient mal d'autrui. 

Car les blâmés leur reprouchent leurs fais, 
10 Pour les crimes mis sur eulx rebouter, 
Et en oient aucune fois de lais, 
Autres aussi qui les vont escouter, 
Que Pen leur seult, puis ce temps, reprouver, 
Et dont ilz ont par eulx honte et cnnuy. 6 a 

1 5 Pour ce, chascuns doit sa bouche garder : 

Geuls s'accusent qui dient mal d'autrui. | 

Chascuns devroit penser a ses meffais. 
Et les autres devroit laissier aler; 
Mais femme ou homs, mehaingnez et meffais, 
20 Vourroit que touz le peussent ressembler; 
Pour ce veulent le bon renom embler 



I. CosTiment. % 

a. N'a nul blâme à soulever, vers obscur. _ i. 



EALADfciS DE MORALITEZ 99 

De ceuls qui sont meilleur d'eulx ou de lui. 
Or vueillent ceuls mesdisans aviser : 
Ceuls s'acusent qui dient mal d'autrui. 



XXI 

Autre Balade. 
(Contre F aveuglement de la convoitise.) 

NULZ ne se doit au Jour d^ui merveillier 
Ne esbahir de chose que ^ il voie. 
Se les uns ont, par trop pou traveillier ^, 
Se les autres n'ont leesse ne joie ; 
Car li temps est que chascuns se desroie, 5 

Et que tout bien est mis en oubliance; 
Convoitise tout ce monde desvoie 
Par le deffault de vraie congnoissance. 

A Foui Plaisir se fait bon conseillier. 

Car maint chetif en hault estât convoie; lo 

Il en a ja fait grans plus d'un millier, 

Mais des haulx lieux pluseurs sages forvoie; - 

Honour s'enfuit; il n'est raison qu^on croie, 

Vérité part; reposte s'est Vaillance ; 

Justice fault, et tout vice s'avoie ,i5 

Par le default de vraie congnoissance. 

t. Quil. 

a. Si les uns possèdent sans avoir beaucoup travaille. 



100 BALADES DE MORALITEZ 

Pour ce ne sçay mais nul homme adrecier 
Que faire doit, fors tant qu'il se resjoie; 
Ne li chaille des bossus redrecier, 
20 Et se chose voit faire qu'on ne doie, 
Face semblant qu'il ne le voit ou oie. 
Sanz li mouvoir, ait bonne pacience, 
Car ce monde est le gieu Boute en courroie ^, 6 b 
Par le default de vraie congnoissance. 



XXI 1 



Balade. 
(Contre les désordres du temps.) 

JE ne voy rien qui me soit agréable, 
Joye, déduit, honnour, sens ne prouesce ; 
Ne nul estât qu'homs puist avoir estable, 
Vertus es cuers, ne nulle gentillesce, 
5 Pité qui soit, humilité, largesce. 

Fors convoitier, avoir orgueil, envie 

Sur tous les bons : c'est ce qui trop me blesce 

Mener ne voy a nul honneste vie. 

Les grans pécheurs voy sir ^ a haulte table, 
10 Les vaillans cuers souffrir moult de tristesce; 
Les prodommes sages sont misérable, 
Les jeusnes foulz eslevez en haultesce ; 
Leur folie est partout gouverneresse. 
Tant que bien pert en maint lieu leur sotie; 

a. Sorte d'escamoiage. — b. Etre assis. 



BALADES DE MORALITEZ • lOI 

Le sens des vieulz sanz cause se dclessc : 1 5 

Mener ne voy a nul honneste vie, 

Fors que faire chose désagréable, 

L'autre ravir, non tenir sa promesse, 

Jurer, mentir et le bien proufitable 

Cesser du tout; nul ne voy qui s'adresse 20 

A bien faire, car congnoissance cesse, 

Qui de tous cuers moult deust estre chérie, 

Par ce que tuit font d'avarice cresse ^ : 

Mener ne voy a nul honneste vie. 

l'envoy 

Princes, pour Dieu , faictes prandre l'adresse 25 
De congnoistre qui fait sens ou folie 
A un chascun, pour ce que mal s'aprcsse : 
Mener ne voy a nul honneste vie. 



XXIII 



Autre Balade *. 

[De Vobéissance due aux princes.) 
[juillet i385.] 

* ^ C ^"^^^ ^^^ biens et toutes les vertus 

X^ Que princes doit avoir en seignourie, 
Il doit faire qu'il soit de tous cremus, 

*. Publiée par Tarbê, tome I,p. j2. 
a. Ou peut-être crèche. 



102 BALADES DE MORALITEZ 

Et ses edits tenus, quant il guerrie, 
5 De ses subgiez, sur le corps et la vie ; 

Et cilz qui fait ou qui ^ dit le contraire 
Digne est de mort, se veult le droit retraire ; 
Car tout se pert par default d^ordonnance, 
Et Salemon par son dit nous esclaire : 
10 Car riens ne vault tant comme obéissance. 

Par obéir est princes soustenus, 

Car autrement sires ne seroit mie; 

Pour ce, en tous temps, doit son fait mettre sus 

Qu^obeiz soit en chascune partie 

i5 De son pais, et s'aucuns lui obvie, 

Pugnir le doit pour donner exemplaire, 
Afin que nulz ne s^amorde a ce faire; 
Car qui le fait, telle perseverence 
Fait maint seigneur et son estât deffaire, 

20 Car riens ne vault tant comme obéissance. 

Justice en est, les peuples maintenus 
En toute paix, Peglise en est servie. 
Dieu aourez, et lui plaist, au surplus, 
Plus c^offrande, obéir, quoy c^on die; 
25 Mais nul ne voy qui ne s^en escondie 
Sur le deffens du prince; son affaire 

Vault lors trop pis par leur desordonnance ; 
Dont chascuns puet sçavoir, ne m'en puis taire 
3o Car rien ne vault tant comme obéissance. 

l'envoy 

Princes, pour Dieu, se nulz fait envaye, 
Contre vo gré et sur vostre deffensc, 

I. Qui manque. 



BALADES DE MORALITEZ T03 

Pugnissiez Foy, et de chiere hardie : 

Car riens ne vault tant comme obéissance. 



XVIV 



Balade *. 

(Contre ceux qui lui empruntent ses livres.) 

■6 d T''ay mes livres en tant de lieux prestez 
J Et a pluseurs qui les dévoient rendre, 
Dont li termes est failliz et passez, 
Qu'a faire prest ne doy jamès entendre, 
Laiz, ne chançons, ne faiz d'amours comprandre, 
Ystorier ^, n'oneur ramentevoir ^; 
Quant je me voy sanz cause décevoir, 
Et retenir mon labeur et ma painc, 
Dolens en sui, a Dieu jure, pour voir. 
Plus ne prestray ~ livre quoy qui aviengne. lo 

Il souffist bien que je soie entestez, 

Que j'aie mis mon labeur en apprandre -^^ 

Et se j'ay fait en mes chetivetez 

Chose qui soit ou biens se doye prandre, 

Donner le vueil liement, non pas vendre, 1 5 

Mais qu'on face de Tescripre devoir * 

En mon hostel; pour ce, a tous faiz sçavoir 

*. Publiée par Tarbc, tome I,p. i4q. 

1. Li ystorier.— 2. Prcstcray.— 3. Et ma paine, ce qui f aussi la rime. 

a. Ni honneur remémorer. — b. Qu'on se fasse un devoir de ve- 
nir les copier chez moi. 



104 BALADES DE MORALITEZ 

Que désormais nulz requérir n'empraigne ^ 
De mes livres ne mes papiers avoir : 
20 Plus ne prestray ~ livre quoy qui aviengne. 

Perdu en ay maint, dont je suis troublez, 
Par emprunter, et ce me fait defFendre 
Que jamais nul ne m^en sera ostez 
Par tel moien, a quoy nul ne doit tendre. 

25 De ce serment ne me doit nulz reprandre, 
Mais qui vouldra de mes choses sçavoir, 
Tresvoulentiers Ten feray apparoir, 
Sanz porter hors ; veoir vers moi les viengne. 
Se sires n^est qui ait trop grant pouoir : 

3o Plus ne prestray ^ livre, quoi qui aviengne. 

L^ENVOY 

Prince, Eustaces, qui a la teste tendre, 
Supplie a tous que des or leur souviengne 
De mes livres non retenir, n'emprandre : 
Plus ne prestray ^ livre, quoi qui aviengne. 



a 



XXV 



Balade. 



(Contre la vie mondaine.) 

QUI bien vouldroit justement regarder 
Les biens de Dieu encontre les mondains, 
L,urc n'aroit de richesces ^ garder. 



I. Que nulz désormais requérir m'cmprangnc.— 2, 3 et 4. Prcâteray .— 5. Richesse. 



BALADES DE MOR ALITEZ lo5 

Qui plus fuitives sont que cours de dains. 
Ceuls qui les ont sont de tristesce plains, 5 

De grant paour qu'on ne leur toile ou emble. 
Qu'est ce del mont qui blesce les plus sains? 
C'est tout noiant, par ma foy, ce me semble. 

L'en n'y puet pas sa vie retarder, 

Au mieulx venir, de .lx. ans ou moins, . lo 

Dont .XX. ans sont en jonesse gastez, 

En doubte d'ame et autres perilz mains ; 

Dix ans y a pour tirer a ses mains 

L'avoir mondain qui a dure s'assemble, 

Dix ans régner et dix ans estre vains : 1 5 

C'est tout néant, par ma foy, ce me semble. 

Mais des biens Dieu, qui ne puelent tarder 

A ceuls qui ont vers lui les cuers certains. 

Se doit chascuns en ce monde farder ^ : 

Car quant il muert, je suis seurs et certains 20 

Qu'il yert jugiez selon ses faiz humains. 

Dont mes las cuer et l'esperit me tremble : 

Pensez y tuit qui du monde estes tains : 

C'est tout noient, par ma foy, ce me semble. 

a. Charger, faire son fardeau. 



J 



106 BALADES DE MORAI.ITEZ 



XXVI 



Autre Balade *. 

(Contre l'Angleterre.) 
[i385 ] 

'ay tant crié, com le viel Symeon, 
Et lamenté, comme fist Jeremie, 
En espérant, que la redempcion 
De Gaule en grec sur la terre d'Albie ^ 

5 Voy approuchier, et que la prophecie 

Bede, Merlin et Sébile, ensement 
Avec le Brut commencent proprement 

Leur grant effect ^ y b 

Et le liepart ^ perdront leur tenement, 

10 Tant qu'om dira : Angleterre fut cy. 

L'aigle venrra des marches d'Aquilon, 

O ses poucins, seoir en Nothumbrie ; 

D'un autre lés passera le lion 

O ses cheaulx ^^ plains de forgenerie ^ ; 
I 5 Deux lieux prandra qui aront seigneurie 

Et destruiront le Nort crueusement ; 

Et le pais qui anciennement 
• Fut renommez d'aventures ^ aussi 

Se doit tourner a leur destruisement, 
20 Tant qu'on dira : Angleterre fut cy. 

*. Publiée par Tarbc, t. I, p. 82. 

I . Cette fin de vers manque dans le manuscrit. 

a. Albion. — b. Les Anglais qui ont pour armes le léopard. — c. 
Petits, du latin cateîli. — d. Rage. — c. Fut renommé comme théâ- 
tre de grandes aventures. 



BALALES DE MORALITEZ IO7 

Franc et Escot, li ancien Breton 

Les filz de Bruth et toute leur lignie 

En un conflit feront crier leur nom, 

Et la sera grant bataille establie. 

Du sang des mors de chascune partie 2 5 

Fleuves courront, et véritablement 

Les fils de Bruth '^ mourront la a tourment , 

Et, des ce jour, n'ont espoir de merci : 

Destruiz seront, c'est leur definement, 

Tant qu'om dira : Angleterre fut cy. 3o 



XXVII 

Balade. 

(Contre la multiplicité des mauvaises herbes.) 
[allégorie.] 

JE voy l'ortie et le chardon , 
Le jonc marin et la sicue, 
La cauppe treppe ^ et le tendon '^, 
Et toute herbe qui point et tue. 
Ou qui a tout mal s'esvertue, 5 

Que chascun veult prandre et avoir, 
Planter, lever jusqu'à la nue : 
Bonne herbe est mise en nonchaloir. 

Je ne voy rose ne bouton, 

Lavende, violette drue, 10 

7 c Marjolaine, basilicon, 

Balme ^ ne douce odeur en rue ; 

I. Baloinc. 

a. Les Anglais, prétendus fils de Bruth. — b. Chausse-Trappe, 
espèce de chardon. — c. Espèce d'herbe. 



I08 BALADES DE MOR ALITEZ 

Le bon plan se destruit et mue : 
Dont le blanc lis devendra noir, 

1 5 Par le faulx plant qui tout remue ; 

Bonne herbe est mise en nonchaloir. 

Dont le beau jardin de renom 
Duquel l'odeur fut loing sentue 
Ne portera plus le fruit bon 
20 Dont la gent estoit soustenue : 

La terre sera povre et nue 
Et tuit bon fuiront ce manoir. 
N'est ce pas grant desconvenue ? 
Bonne herbe est mise en nonchaloir. 

l'*envoy 

2 5 Prince, ostez a vostre venue 

Mauvais plant, s'il veut apparoir ; 
Bonne yert lors vo vie tenue ; 
Bonne herbe est mise en nonchaloir. 



XXVIII 



Autre Balade. 
(Contre V oppression des puissants.) 

S OIT TORT SOIT DROIT cst unc dccrctale 
Dont li mondes use comme de loy, 
En jugenicnt, en marchié, en la haie, 
Ou grant mousticr, en l'empire; et, par foy. 



BALADES DE MORALITEZ I OQ 

Pluseurs en ont usé a court de Roy. 5 

Sur les foibles en usent li plus fort, 
L'interpréter est aux puissans '^, ce croy : 
Chascuns le veult avoir, soit droit soit tort. 

Geste loy court et en chambre et en sale, 
Et ^ par les champs, partout courir la voy ; lo 

Qui a le sien et l'autrui en sa maie 
Plus grant moncel en puet faire par soy. 
Qui a bien beu, il n'a pas si grant soy 
Comme cellui qui sue par effort 
'j d De grant travail ; avise ci un poy : 1 5 

Chascuns le veult avoir, soit droit soit tort. 

Et quant je voy, neis jusqu'à la godale *, 

Ce noble edit régner et faire effroy, 

Et en comptant faire somme totale 

A son plaisir, sanz opposer, j'octroy 20 

Que Justice et Equité, cil doy ^, 

Voisent dormir ; car aise est qui se dort. 

En tel triboul est le monde en bon ploy ^ : 

Chascuns le veult avoir, soit droit soit tort. 

l'envoy 

Prince, le temps tourne et retournera, 2 5 

Rien violent ne puet durer au fort ^ ; 

Saiges est cilz qui cy s'avisera : 

Chascuns le veult avoir, soit droit soit tort. 



I. Et manque. 

a. L'interprétation de celte prétendue décrétale, soit Droit soit 
Tort, est abandonnée aux puissants. — b. Bien. — c. Je permets 
que Justice et Equité, ces deux, aillent dormir. — d. Dans une 
telle confusion le monde est bien lotti ! — e. Aucune chose violente 
ne peut durer à la longue. 



110 BALADES DE MORAL!! EZ 



XXIX 

Autre Balade. 
(Contre les officiers du Trésor royal.) 

QUI me sçaroit bien aprandre a mentir 
Et qu'il semblast que je deisse voir, 
11 me feroit mainte gloire sentir, 
Et honourer. — Le veulz tu donq ^ scavoir? 

5 * 

Oy les mains d'or et les langues d'argent. 
Et tu pourras Mentir ^ appercevoir 
Par les respons que l'en donne a la gent. 

Ou temple Dathan " pourras advertir * 

I o Aux ydoles qui seulent décevoir 

Par leurs respons doubles, et amortir 
Les requerans, et verras apparoir 
Les faulx prestres qui sont de la secte hoir ^.^ 
Gros, gras, fourrez, qui font maint indigent 

1 5 Et maint chetis perdre temps et avoir, 

Par les respons que l'en donne a la gent. 

Car l'idole fait le sens pervertir 
De son respons et ment, c'est son devoir ; 
Car la se fait dons et honeurs offrir, 
20 Et poursuir son temple et son pouoir. 

I. Doaques. — 2. Dathas. 

a. Le Mentir^ substantif.— b. Tu pourras au Icmple Dathan con 
tcmpîer les idoles. — c. Héritiers de la secte. 



BALADES DE MORALITEZ I I I 



8 a Ce que ^ ne veult fait semblant de vouloir. 
Au jour d'ui sont de ce temple régent 
Maint d'Abyron ^, qui devendront tuit noir 
Par les respons que l'en donne a la gent. 



L^ENVOY 



Prince, au jour d'ui voy tout anientir 25 

En prestre, en clerc, en noble et en sergent ; 
Taire le voir ^, regehir le mentir, 
Par les respons que Ten donne a la gent. 



XXX 



Autre Balade. 
(Les absents de la courront tort.) 

BIEN viengnez ! c^est quant vous voulez 
Que vous retournez par deçà ^ ; 
Mais a pièce congié n'arez, 
Vostre demeure vous parra. 
Que dictes vous? est-ce cela? 5 

De tel demeure est bonne paix : 
Puis c''uns homs de court partira, 
De lui ne souvendra jamais. 

I. Et qui. — 2. Dabiran. — 3. Le voir et regehir. 

a. Ce premier couplet est dialogué; nous l'entendons ainsi : 
ft Soyez le bien venu ! Vous ne revenez dans ces parages que quand 
il vous plaît, mais on ne vous donnera pas congé de longtemps, 
vous vous ressentirez de votre retard. Que dites-vous i est-ce cela 'i » 



I I 2 BALADES DE MORALITEZ 

Et c'est droit, que tant en avez 
10 Qu'adès Fun vient et Fautre va ; 

Les viez pour nouveaulx oubliez; 

Ja plus d^eulx ne vous souvendra. 

Demourer ^ puet bien qui vouldra, 

Soit nobles, clercs, bourgois ou lays ; 
i5 Car puis le jour qu^il s'en yra, 

De lui ne souvendra jamais. 

— Se n'est, quant vous le reveez, 
(D'aventure qu'il revendra), 
Adonc bien viengnant lui serez, 
20 Et chascuns le regardera ^. 
Estrangement la se verra. 
Honteux comme uns pors aux abays. 
Qui ainsi de court s'en vendra. 
De lui ne souvendra jamais. 

l'envoy 

25 Prince \ avise cy qui vouldra; 8 b 

Il fait bon avoir un relays ; 
Car puis que tous servens fauldra. 
De lui ne souvendra jamais. 

I, Princes, 

a. Celui qui voudra rester fera bien, car aussitôt parti, oublié. — 
b. Ces premiers vers de la troisième strophe semblent corrompus 
et contradictoires. On peut comprendre : « Alors on lui dira bon- 
jour et chacun le regardera avec curiosité, comme un étranger; il 
sera embarrassé, honteux comme, etc. 



BALADES DE MORALITEZ 1 I 3 



XXXI 



Autre Balade *. 
(Contre le temps présent.) 

TiiMPs de doleur et de temptacion, 
Aages de plour, d'envie et de tourment, 
Temps de langour et de dampnacion, 
Aages meneur près du definement. 
5 Temps plains d^orreur qui tout fait faussement, 

Aages menteur, plain d^orgueil et d'envie. 
Temps sanz honeur et sanz vray jugement 
Aage en tristour qui abrège la vie. 

Temps sanz cremeur, temps de perdicion, 
10 Aage tricheur, tout va desloiaument, 
Temps en erreur, près de finicion, 
Aage robeur, plain de ravissement '', 
Temps, voy ton cuer, vien a repentement ; 
Aage pécheur, de tes maulx merci crie ; 
i5 Temps séducteur, impetre sauvement, 
Aage ^ en tristour qui abrège la vie. 

Temps sanz douçour et de maleiçon, 
Aage en puour * qui tout vice comprant. 
Temps de foleur, voy ta pugnicion, 
20 Aage flateur, saige est qui se repent : 

*. Publiée par Crapclet, p. 5. 
I. Aages. 

a. De rapacité. — b. En puanteur. 
T. I 



114 BALADES DE MORALITEZ 

Temps, la fureur du hault juge descent, 
Aage, au jugeur famé ne fuira mie : 
Temps barateur, mue ton mouvement, 
Aage en tristeur qui abrège la vie. 



XXXII 

Autre Balade. 
(Des saintes et saints à implorer.) 

ILZ sont cinq sains, en la généalogie, 
Et cinq sainctes, a qui Dieux octria 
Benignement, a la fin de leur vie. 
Que ^ quiconques de cuer les requerra 6* c 

5 En tous perilz, que Dieux essaucera 

Leurs prières, pour quelconque mesaisc. 
Saiges est donc qui ces cinq servira, 
Jorges, Denis, Christofle, Gille et Biaise. 

Katerine est des cinq sainctes celle ^ 
10 Qui les tyrans et docteurs surmonta; 

Marguerite, qui le dragon d'envie 

Par sa chaste vainquit et subjuga; 

Marthe qui Dieu maintes foiz hostela * 

Et qui destruit la serpente punaise ^ 
i5 A Terascon; serve donc qui pourra 

I. Qui. 

a, Cdle. — b» Reçut, hébergea. — c. Déiruisit le serpent puant, 
la Tarasquc. 



BALADES DE MORALITEZ I J 5 

Jorge, Denis, Christofle, Gille et Biaise. 

Et Gristine fut de roial lignie 

Qui les faulx dieux des paiens despita ; 

Barbe Tensuit, qui telz dieux n'ama mie. 

Denis aux Frans la créance admena. 20 

Jorge fut fort, Christofle Dieu porta, 

Gilles saicha Charlon de grief fournaise ^ ; 

Biaise fut purs : benois soit qui craindra 

Jorge, Denis, Christofle, Gille et Biaise. 

l'*envoy 

Prince, a ces dix que j^ay nommé deçà 2 5 

Fait bon servir, offrir chose qui plaise; 
Pour ce, a tousjours mes cuers servir vouldra 
Jorge, Denis, Christofle, Gille et Biaise. 



XXXIII 



Autre Balade. 
(Contre les /aux semblants d'amitié.) 

PLUSEURS veulent parler d'amours 
Et chascuns dit qu'il veult amer 
Mais maint homme voy qui a mours ^, 
Plus doubteus que n'est flos de mer; 
Car doulz parlent, puis vient Tamer ; 



a. Cett^ légende est racontée dans la Vie de saint Gilles que 
publie la Société. — b. Mœurs. 



Il6 BALADES DE MORALITEZ 

A ceuls que ^ veulent decepvoir, 
Leur bouche ment, le cuer dit voir. 
Geste amour fausseté se claime, S d 

Qui promet blanc et baille noir : 
10 Je ne sçay nul qui a droit aime ; 

Fors de faire fainctes clamours, 

Et soy las dolereus clamer, 

Jusqu^il ait essaie ses tours 

Et qu^il puist ^ sa proie entamer. 
i5 Ce qu^il loa veult diffamer, 

Et ce qui n^est fait assavoir ^. 

De mençonge veult faire voir ; 

C'est Poysel crient sur la raime, 

Pie janglant qui n'a pouoir : 
20 Je ne sçay nul qui a droit aime. 

J'entens d'amans tout le rebours 

Au jour d'ui, fors que du parler 

Qui semble miel en maintes cours; 

Mais on y fait fiel destremper. 
25 La voit on Faulx Semblant ramper 

De l'un a l'autre, et percevoir 

Le puet on : car chascun avoir 

Vouldroit de l'autre et pesche et saime ^ ^. 

Dieux, quel amour! fy du vouloir! 
3o Je n'en voy nul qui a droit aime. 

l'envoy 

Princes, je ne voy que faulx tours, 
Et parler de fainctes coulours, 

I. Qui. — 2. Puisse. — 3. Farine. 

a. Et il se vante de ce qui n'est pas. — b. Saime (filet) se trouve 
encore dans Deschamps au f° 479. 



BALADES DE MORALITEZ 1 I 7 

Doulz comme let ou comme craime; 

Mais amere en est la savours 

Et la conclusion piours : 35 

Je ne sçay nul qui a droit aime. 



XXXIV 



Autre Balade *. 
(Contre les vieux maris de jeunes femmes.) 



M 



ouLT sont belles les euvres de nature, 
Laides aussi quant au desnaturer ^•, 
Une jument n^aroit d'un toreaux cure, 
Ne la chievre n'a cure du sangler. 
g a Chascun se doit a son per assembler, 5 

Pour bien ^ vivre non dissemblablement *. 
Homme et femme voy en ce trop errer : 
Foulz est vieulz homs qui jeune femme prant. 

Car il est frois et n'a de soûlas cure, 

Et ne het riens tant com veoir jouer, 10 

Et le déduit quiert jeune créature; 

Disassemblés ^ sont en leur marier. 

Si les voit on Tun Tautre jurier ^ 

Souventefoiz se font injure grant ^. 

\ Publiée par Crapelet , p. 6 

1. Bien manque. — 2. Dissemblcs. — 3. Se font mainte injure. 

a. Quant aux œuvres contre nature. — b. Inégalement. — c. Inju- 
rier. 



I l 8 BALADES DE MORALITEZ 

i5 En tel estât se fait mauvais bonter : 

Foulz est vieulz homs qui jeusne femme prant. 

Contraires sont leurs meurs, en Tescripture 
A grant paine se puellent confermer; 
Pour c^est cilz foulz, celle ^ se desnature, 
20 Qui jeune a viel se veulent adrecier; 
G^est ce qui fait mariage blâmer. 
Les vieulx aux vieulx, jeunes aux jeunes gens, 
Ainsi pourront bonne vie mener : 
Foulz est vieulz homs qui jeune femme prant. 



XXXV 

Autre Balade. 
(De Céix et Alcyone.) 

QUANT roy Ceis ^ ala au dieu de Claire ^ 
Et se bouta es perilz de la mer, 
Four"enquerir aux sors tout son affaire, 
Alchione Ten voult souvent blâmer 
5 Pour les perilz, soy chetive clamer. 

Sa femme fut, d^Eolus fille estoit 
Le dieu des vens, qui moult fait a doubter : 
Foulz est li homs qui bon conseil ne croit. 

Car Ceys ot grant fortune et contraire, 
10 Qui son vaissel et ses gens list verser 

i. Selle. — 2. Cirus. -- 3. Clarc. Rime incomplète 



BALADES DE MORALITEZ - 1 I C) 

Et tout périr, combien que luminaire 
Fist Alchione a Juno, sans cesser 
De jour en jour, qu'il peust respasser 
g h A sauveté; la dieuesse ^ sçavoit 

Qu'il yert ja mors; pour ce voult demonstrer : i5 
Foulz est li homs qui bon conseil ne croit. 

Au dieu dormant tramist Yrim ^ pour faire 
En lieu du Roy Morpheus transmuer 
Vers Alchyone, et monstrer exemplaire. 
Et il si fist : par son transfigurer - 20 

Certaine en fu ^. — Toi suppli commander 
Que ma Dame Morpheus briefment voit 
Monstrer mes maulx, car je sçay tout de cler, 
Foulz est li homs qui bon conseil ne croit. 

ENVOI 

Saincte Juno, vueillez moy conforter, 25 

Car je n'ose n'escripre ne parler 

A ma Dame : quelque part qu'elle soit, 

Fay lui mes maulx en dormant figurer 

Par Morpheus; de conseil vueil ouvrer : 

Foulz est li homs ^ qui bon conseil ne croit. 3o 

I. Yrum. — 2. Transfigure.— 3. Li homs manque. 

a. Dieuesse, féminin de Dieu, déesse. — b. Et il le fit ainsi : en 
prenant la forme de Ceix, il la renJit certaine. — Puis le poète 
s'adresse lui-même à Junon : Je te prie de commander â Morphée 
d'aller vers ma dame et de lui apprendre ce que je souflVe, comme 
tu as fait pour Alcyone. 



120 BALADES DE MORALITEZ 



xxxvi 



Autre Balade *. 

(Le paysan et le serpent.) 
[fable.] 

J^AY leu et veu une moralité * 
Ou chascuns puet assez avoir advis, 
C'uns paisans qui, par nécessité 
Cavoit ^ terre, trouva un serpent bis ^ 
5 Ainsis que mort, et adonques Fa pris 

Et rapporta, en son celier Testent; 
La fut de lui peus, chaufez, nourris; 
Mais ^ on rent mal en lieu de bien souvent. 

Car li serpens plains de desloyauté, 
10 Roussiaulx et fel, quant il se voit garis, 

Au paisant a son venin getté. 

Par lui li fut mal pour bien remeris ^. 

Par bien faire est li povres homs péris 

Qui par pitié ot nourri le serpent; 
i5 Moult de gens sont, pour bien faire, honnis. 

Mais on rent mal en lieu de bien souvent. p c 

Cest grant doleur quant Ten fait amisté 
A tel qui puis en devient ennemis; 
Ingratitude est ce vice appelle, 
20 Dont pluseurs gens sont au monde entrepris, 

*. Publiée par Crapelet, p. iSj. 

I. Mal on rent mal. 

a. Fable morale. — h. Creusait. — c. Noir. — d. Rendu. 



BALADES DE MORALITEZ 121 

Retribuens le mal a leur amis 
Qui leur ont fait le bien communément. 
Ainsis fait on, s'en perdront paradis ; 
Mais on rent mal en lieu de bien souvent. 



XXXVII 



Balade . 
(Du bonheur des Commis aux finances.) 

QUANT j'ay veu tous les mondains estas 
Des lieux royaulx et de chevalerie, 
Et advisé des plus haulx aux plus bas 
Les pratiques et la mahommerie, 
Tant sur les queux qu^en Feschançonnerie ^, 5 
Et autre part, je voy communément 
Qu'il n'est honneur ^ en ceste mortel ^ vie, 
Fors aux Commis a départir argent *. 

Aucuns parlent d'onourer advocas, 

Et les autres, clercs en théologie, lo 

Mais ce sont ceuls qui ont plaiz et debas, 

Car un chascun ne les honoure mie. 

On se retrait souvent de seignourie, 

I. Homme. — 2. Mortele. 

a. Les révérences, les génuflexions, tant des gens de cuisine que 
des échansons, et d'autre côté encore. — Mahommerie, d'où vient 
peut-être mômerie. — b. 11 n'y a personne qui soit aussi honorée 
que les commis aux deniers , ceux qui ont les deniers à distribuer. 



122 BALADES DE MORALITEZ 

Mais je ne voy grâce avoir entre gent, 
i5 N^oneur donner a nul, quoy que Pen die, 
Fors aux Commis a départir argent. 

Dieux sont mondains \ qui ont argent en tas, 
Et aourez tant comme ydolatrie; 
On les poursuit humblement, pas a pas; 
30 Si grant n^y a qu'a eulx ne s'umilie. 

En deffublant ^, a genoulz on les prie, 
Obéissant ^ a leur commandement, 
Ne secours n'est qu'aucuns ait ne aie ^, 
Fors aux Commis a départir argent. 



XXXVIII rj d 

Autre Balade. 
(Du service sans récompense.) 

CiLz qui a longuement servi 
Son seigneur, et son temps usé, 
Doit de droit estre remeri. 
Et de son temps guerredonné : 
5 Mais je ne sçay qui a trouvé 

Un mot qui trop desplaire seult 
A tous cuers plains de loyauté. 
C'est que : il se sauve qui puet ! 

Onques mais plus grief mot n'oy : 

I. Mondain. — 2. En obéissant. 

a. En ôtant son chaperon pour saluer. — b. On n'offre de porter 
secours ou aide à nul autre qu'aux commis qui dispensent l'argent. 



BALADES DE MORALITEZ 123 

D'en servir suis destalenté. lo 

S'uns homs n'a rien prins ne ravi, 

Et il s'est loyaument porté 

Vers son seigneur, et supporté 

Ses travaulx, adonques se duelt, 

Quant on lui respont par durté, i5 

Cest que : il se sauve qui puet \ 

Pour ce conseille a ceuls et di 
Qui ont sens, jonesce et santé, 
S^ilz servent, qu'ilz sachent a qui. 



Et quant il a tout amassé 
Pour Testât ou raison le muet, 
Du mot vient il ^ reconforté : 
Cest que : il se sauve qui puet. 



XXXIX 



20 



Balade. 

(Vœu d'une guirlande de fleurs.) 

[i388.] 

J'ÂY veu pluseurs de nobles gens venter ^ 
De faire faiz de grant chevalerie ; 
D^armes aussi, des premiers assembler 
Aux ennemis de s'adverse partie * ; 

I. Il manque ; peut-être faudrait-il : mal. 

a. Plusieurs parmi les nobles gens se vanter. — b. Aux cham- 
pions du parti contraire. 



124 BALADES DE M0RAL1TE2 

5 De plus faire qu'onis de la compaignie, 

Qui me semble grant chose a acomplir, 
Quant chascun a de bien faire désir 
Et que pluseurs ont ceste voulenté, 
Et qu^en Dieux est de touz la poesté. 

10 Mais quant a moy je voue a bonne amour 

Que si je puis revenir en santé, lo a 

Qu^a ma Dame donrray chapeau de flour. 

Et si feray un grant cierge alumer 

Com pèlerin a la vierge Marie, 
1 5 Droit a Paris, après mon retourner, 

En son monstier ou l'en aoure et prie. 

Se Dieux et li vueillent sauver ma vie, 

Et que je puisse a honeur revenir 

Avec le Roy, c''est ce que je désir, 
20 De la duchié de Guérie, ains cest esté, 

Et eschiver d'iver la povreté. 

Le guait de nuit et la dure froidour, 

Je veue a Dieu, si je suis retourné, 

Qu''a ma Dame donrray chapiau de flour. 

25 Et droyt a lui m'iray recommander 

En suppliant que mon las cuer n'oublie, 
Qui loing de lui me fait ^ trop endurer. 
Quant j'oy crier alarme la nuitie, 
Logier a plain, au froit et sanz fueillie. 

3o Adonc me vient d'elle le souvenir, 
Et je ne puis mes gantelez tenir 
S'en mes mains n'ay .ii. ou trois foiz souflé; 
Se pluie vient, je suis desconforté; 
Mais a Dieu veu, se je viens au retour, 

35 Quant je seray en no marche arrivé. 

Qu'a ma Dame donrray chapeau de flour. 



I. Fai. 



BALADES DE MORALITEZ 125 



XL 

Autre Baîade. 
(Que les astres n'enchaînent pas la volonté.) 



D 



lEUx ordonna la franche voulenté 
A un chascun, pour faire mal ou bien, 
Mérite au bien, au mal paine et durté : 
Et, quant a moy, ceste sentence tien ; 
Car les mauvais du temps tresancien 5 

Ont mal fine et eu pugnicion, 
Et les bons ont eu mérite au derrien : 
10 b Nostre foy tient ceste conclusion. 

Les cours du ciel ou ilz sont ahurté 

Leur sont souvent de mal faire moien, IQ 

Aux autres, bien, douçour et charité. 

Mais quant au fort, se lor ^ vouloir, n^est rien, 

Neccessité ne leur met nul loien, 

N^en ce cas n'a lieu d'estimacion ^, 

Il s'ensuiroit Dieu non juste en maintien : i5 

Nostre foy tient ceste conclusion. 

Mais Dieu rendra raison et équité 
A bien faisant. Au mauvais Julien 

I. Selon. 

a. Dans cette ballade le poëte a voulu dire que les œuvres bon- 
nes ou mauvaises, annoncées par les constellations, ne peuvent 
être punies ou récompensées, si la volonté de ceux qui les ont 
faites n'y est pour rien, autrement Dieu ne maintiendrait pas jus- 
tice. 



126 BALADES DE MORALITEZ 

Ne rendit il d^ame et de corps griefté ^? 
20 Mourir le fist enrragié comme un chien. 
S'autrement fust, je voy et sçay trop bien, 
Chascuns usast de constellacion; 
Autrement va, chascun ara le sien : 
Nostre foy tient ceste conclusion. 

L^ENVOY 

25 Princes, les faulx aront maleureté, 
Et les loyaulx remuneracion ; 
Les mauvais, mal, les bons, toute bonté : 
Nostre foy tient ceste conclusion. 



XLI 

Balade *. 
(Il faut être vrai.) 

ENTRE les choses de jeunesse 
Que Pen m'aprinst dans mon enfance, 
Mon maistre me blâma yvresse 
Et a trop emplire ma pence; 
5 De trop parler me fist defiensQ, 

Et a mouvoir de chaude cole ^\ 

*. Publiée par Crapelet, p. 8. 

a. Peine, douleur grave. — b. Et à céder aux mouvements de 
colère. 



BALADES DE MORALITEZ I27 

Et me dist par belle sentence : 
Tien toudis vraie ta parole. 

Garde a qui tu feras promesse, 
La cause pour quoy ; et t'avance 10 

De Facomplir : cuer de noblesse 
10 c Doit acomplir sa convenance. 
Qui ne le fait, il desavance 
Son honeur; le saige parole 
Et dit que mentir est offense. i5 

Tien toudis vraie ta parole. 

Convent tenir est la hautesse 

De cuer de homme de vaillance ; 

Se va rendre en une forteresse 

Prinsonnier, et n'a espérance 20 

D'en retourner, et est pour ce 

Qu'il le promist; foulz est et foie 

Qui concilie ^ sa conscience : 

Tien toudis vraie ta parole. 



l'envoy 



Beau filz, mieulx vault faire silence 25 

Que promettre ; li homs s'afole 
De mentir par acoustumance : 
Tien toudis vraie ta parole. 

a. Deshonore. 



128 BALADES DE MORALITEZ 



XLII 

Balade. 
(Médiocrité dorée.) 

CHETis, que fais? Va demander au Roy, 
Car il ne scet nul homme refuser. 

— J'ai plus que li, ou autant. — Or dy quoi. 

— Tresvoulentiers, vueilles y regarder : 

5 J'ay terre assez pour moy bien ^ gouverner, 

Bien sui vestus, et s'ay bonne maison, 
Et un cheval pour mon travail porter : 
A homme plus ne fault, selon raison. 

De tous les biens n'a plus nulz homs de moy 
10 Qui le puissent long temps faire durer; 
Avise bien a ces choses et voy, 
Et tu verras de certain et tout cler 
Que Roy ne duc, pour chevance amasser. 
N'ont que ces quatre " et en toute saison : 
i5 Manger, vestir, cheval et hosteller : 

A homme plus ne fault, selon raison. lo d 

Car le surplus excède oultre la loy 
De nature, qui se doit contenter. 
Quant elle n'a froidure, faim ne soy, 
20 Ne grant travail de lieu a autre aler. 

Qui ces .nii. a, il doit Dieu moult louer, 

I. Bien manque. — 2. Trois. 



BALADES DE MORALITEZ 1 29 

Et qu'a nullui ne face desraison ; 
Souffise lui. Qui veult vivre et régner, 
A homme plus ne fault, selon raison. 

L^ENVOY 

Princes, qui a ces .iiii. poins pour soy, 25 

Et que faillir n^ puist, m'entencion 
Est qu'il est bien ; et pour ce, en bonne foy, 
A homme plus ne fault, selon raison. 



XLIII 



Autre Balade. 
(Du parler et du taire.) 

DOLENTEMENT, cu doleur desperée ^ 
Triste de cuer, sanz joie et sanz soûlas, 
Voy un chascun, ne créature née 
Au temps qui est ne voy fors dire : helas !- 
Guerre et tourment, riotes et debas, 5 

Prandre et ravir, ce c'om ne suelt pas faire; 
Convoitise a partout tendu ses las : 
Lequel vault mieulx : ou parler, ou soy taire? 

Par trop parler est haine engendrée, 

Et en pert on du sien en pluseurs cas ; lo 

Le dire voir a maintes gens n'agrée. 



1 . Desespérée. 
T. I 



l3o BALADES DE MORALITEZ 

Et qui le dit^ il convient parler bas. 
Qui trop se taist, on ne lui donne pas, 
Mais lui toult Pen ; lors fault crier et braire. 
1 5 Muiaux ^ n'ont rien ; sachiez aux advocas 

Lequel vault mieulx: ou parler, ou soy taire? 

Soit sur ces deux vo sentence donnée. 
— Tresvoulentiers : parler fault a compas, 
Ne trop ne pou, par manière ordonnée ; 
20 Ou il fait dur, qu''on eschive le pas, 1 1 a 

Qu'om soit muyau, tant c'om ne die : las! 
Par trop parler, aussi par le contraire. 

Quant temps sera, lors parole ^ 

Lequel vault mieulx : ou parler, ou soy taire? 



XLIV 



Balade. 

(Contre la Médisance.) 

[i387.] 

SE ce temps tient, je devendray hermite, 
Car je n'i voy fors que ^ dueil et tourment. 
Les maulx régner, gent bonne avoir despite, 
Et aux mauvais prandre gouvernement ; 

I. Que manque. 

a. Muets. — b. Ici, il faut peut-être : diras i L'omission du mot 
qui devait compléter la rime est peut-ctre du fait du pocte qui l'au- 
rait comblée plus tard. 



BALADES DE MORALITEZ I 3 I 

Taire le voir, estre en grâce qui ment, 5 

Aux bons tollir et aux mauvais donner; 
Plus ne me chault dé vivre longuement, 
Puis que je voy Malebouche ^ régner, 

Qui Vérité destruit et supedite : 

Et Justice se porte laschement ; lo 

Amour n^a lieu et Bien Fait n'a mérite, 

Raison s'enfuit qui parle lentement. 

Droit est bossu, qui anciennement 

Souloit les tors et boisteux adrecier; 

Périlleux fait vivre présentement, 1 5 

Puis que je voy Malebouche régner. 

Qui puist mourir de maie mort soubite! 

Entroublier fait Dieu communément. 

Et convoitier; partout ou elle habite 

Gaste et destruit : et ou temps ça devant 20 

La chaçoit Pen et pugnissoit griefment; 

Mais trop la voy au jour d'ui eslever ; 

Si ne vueil plus au monde estre manent, 

Puis que je voy Malebouche régner. 

l'ExNVOY 

Prince, laissier vueil ce monde en présent, 25 
Et quérir lieu désert pour demourer. 
Et de ma vie user le demourant, 
1 1 b Puis que je voy Malebouche régner. 

a. Malebouche est un personnage du roman de la Rose, comme 
Faux Semblant. 



l32 BALADES DE MORALITEZ 



XLV 



Balade. 

(Même sujet ^.} 

[i387.] 

PUIS QUE Je voy Malebouche régner 
Qui Jalousie a attrait de sa part, 
Dangier * aussi en amours gouverner, 
Honte et Paour qui tous maulx me départ, 
5 Et Fortune qui en maint lieu s'espart 

Encontre amant, je feray deux ou quitte ^, 
Quant je ne puis avoir un doulz regart : 
Se ce temps tient, je devendray hermite. 

Car chascun jour ne fait que destourner : 
10 Malebouche le bien de mon cuer art; 
Jalousie fait contre moy tourner 
Honte et Paour, par son dolereus art ; 
Et après, Dangier vient, qui ne se part 
D^avecques eulx, et Fortune en leur guite 
1 5 Qui verse tout : amer n''est que hasart : 
Si ce temps tient, je devendray hermite. 

Qu'Amours ne puet amans guerredonner 

Et en musant lui fait son temps finer. 



a. Cette ballade sur le même sujet prend pour refrain le premier 
vers de la précédente , et commence par le refrain. ■— b. Pcut-ctrc 
force, contrainte. — c. Quitte ou double. 



BALADES DE MORALITEZ 1 33 

20 Et, entre deux, fait Fortune un coquart, 
Sanz estre amant, avoir le doulz espart 
Non desservi de dame qui profite; 
Je muir de dueil, estre vueil papelart : 
Si ce temps tient, je devendray hermite. 

l"'envoy 

Princes, s' Amours me veuit ainsi mener, 25 

Je le regni, ne le prise une mite, 
Mais de touz poins delaisseray Tamer: 
Se ce temps tient, je devendray hermite. 



XLVI 



Autre Balade *. 

(Regrets de la mort de Mille de Donnans, évêqiie de 

Beauvais.) 

[17 A.OUT 1387.] 

SE Mort ne fust a tous si générale. 
Et qu'om peust rachater vie humaine 
Par faire dueul, par plour ', par intervale 
/ c D'argent quérir, par traveil ou Ten paine, 
Soufrir du corps, le pais de Champaigne 
Plourer devroit et crier tousjours mais, 

*. Publiée par Tarbé, tome 1, p. g8. 
1 . Par plourer. 



l34 BALADES DE MORALHEZ 

Pour recouvrer vie, mort et renseigne 
Du noble Mille, evesque de Beauvais, 

Qui a son temps a tenu belle salle, 
10 Chancelier fut de la court souveraine, 

Bons clercs et grans, et sanz manière maie 
Doulz et courtois, sanz pensée villaine; 
A Rosebech fut armez sur la plaine. 
Contre Flamens ou li conflis fut fais ; 
1 5 Chascuns rassoubz fut de coupe et de paine '^ 
Du noble Mille, evesque de Beauvais. 

Avec le Roy, qui leur orgueil ravale, 
Fu ^ ce prélat, per de France en demaine. 
Devant Bourbourc et au Dam, en Itale. 
20 Nobles gens ot ~ toudis en sa compaigne, 

Chiens et oiseaulx, larges com Charlemaigne. 
En tous estas fut puissans et parfais, 
Tant qu^on parloit bien loing en Alemaigne 
Du noble Mille, evesque de Beauvais. 

l'envoy 

25 Princes, pour plour ne pour rien qui aviengne, 
Ce bon Dormans ne raverons jamais. 
Pour ce, a tous de prier leur souviengne 
Du noble Mille evesque de Beauvais. 

i. En. — 3. Et. 

a. Chacun fut relevé de ses péchés et des peines qui devaient les 
suivre par le noble Mile, etc. 



BALADES DE MORALITEZ l35 



P 



XLVII 

Balade. 

(De l'excès des convoitises.) 

iRESUMPCiON est OU grant convoitise, 
Ou po de sens a homme, de vouloir 
Tout gouverner, ne faire s^entreprinse 
Sur autrui fais ; car chascuns doit sçavoir 
Que cilz qui scet bien faire son devoir 5 

1 1 d En un estât, quant il lui est commis, 
Est reputez en ce plains de sçavoir : 
Trop convoitier fait assez d'ennemis. 

En chascun art souffist une maistrise, 
Et un seigneur en une ville avoir, lo 

Aussi fait il, a la court, d'un servise : 
Chascuns frans homs ^ doit faire son pouoir 
De bien servir, n'autre ^ ne doit mouvoir 
Qui service a, n'enprandre '^, ce m'est vis, 
, Sur autre estât : maint s'en puellent doloir : 1 5 
Trop convoitier fait assez d'ennemis. 

Cilz a po sens qui se cuide et se prise 

Et qui veult grans sur les autres paroir, 

Louans ses faiz, et les autres desprise ; 

Ainsis se fait ^ convoiteux apparoir 20 

Et orgueilleus, et hair, c'est tout voir: 

Et au derrain est hors de grâce mis, 

I. Homs manque. — 2. Nautres. — 3. Entrcprandrc. — +, Le fait. 



l36 BALADES DE MORALITEZ 

En estât seur ne puet longues manoir 
Trop convoitier fait assez d^ennemis. 



l''envoy 



25 Princes, foulz est qui fait tele entreprinse ; 
Face chascuns Testât ou il est mis, 
Sanz convoitier l'autre pour avoir mise : 
Trop convoitier fait assez d'ennemis. 



XLVIII 



Autre Balade *. 

(Guerre sans fin.) 

[1385.1 

QUARANTE ans a chanté de Requiem 
Nostre curé, sanz faire porter paix ; 
lant qu'il ne scet d'autre service rien, 
Ne d'autre saint ne chantera jamais. 
5 On l'en a bien reprins pluseurs foiz, mais 

Respondu a qu'il ensuivra son erre; 
De Requiem chantera désormais : 
Sanz paix avoir, nous ^ auron guerre, guerre. 

Blâmé l'en ont tuit si ami ~ prouchain 
10 Pour ce se ^ sont assemblé clers et lays, 12 a 

♦. Publiée par Tarbé, tome I, p. 80. 

I. Nous manque. — 2. Ami manque. ~ 3. Se manque. 



BALADES DE MORALITEZ I 07 

Qui n'y ont peu trouver propre moien. 
— Et dont il est? ^ — Il est d'oultre Calais, 
Mais pour chanter lui est uns autelz fais, 
Gravelingnes, dont ^ li sien cuer lui serre ; 
Quant il le voit, il crie a grans eslais : 1 5 

Sanz paix avoir, nous - aurons guerre, guerre. 

De cel autel ne lui vendra nul bien. 

Ne d'Ardre aussi, qui est un conté gais; 

A Dumquerque puet bien perdre du sien, 

A Boulongne pourra faire son lais. 20 

Ces .1111. lais lui feront tant d'agais. 

Que sanz péril ne sauldra de sa terre. 

Passons premier, ou sinon, doubte fais : 

Sanz paix avoir, nous ^ aurons guerre, guerre. 

l'envoy 

Princes, pour Dieu, mette ^ chascuns du sien 2 5 
Pour conquérir et pour sauver sa terre ; 
Passons la mer, ou, j'apperçoy trop bien, 
Sanz paix avoir, nous ^ aurons guerre, guerre. 

1. Dont tous li sien. — 2, 3 et 5. Nous manque. — 4. Mettez. 
a. D'où est-il ? 



l38 BALADES DE MOPALITEZ 



T 



XLIX 

Balade *. 

(Exhortation à la croisade.) 

[1395?] 

'ous les princes de la crestienté, 
Roys, contes, ducs, chevaliers et barons, 

Qui tant avez Fun contre Fautre esté, 

Ars et destruit et tué, nous sçavons 
5 Que tout se pert et tous nous ^ destruisons, 

Se pitié n'est qui soustiengne la foy; 

Frères sommes, un peuple et une loy 

Que Jhesu Crist voult par son sang acquerrc; 

Soions d'acort, mettons nous en arroy, 
10 Pour conquérir de cuer la Saincte Terre, 

Que nous avons par nostre iniquité, 

Par convoitier, comme fiers et félons, 

Aux ennemis de Dieu, dont c'est pité, 

Laissé long temps. Las! nous nous affolons :12 b 

i5 Po sommes gens, et si nous deffoulons 
Tant que chascun n'ara tantost de quoy 
Vivre ; pensons au bon duc Godefroy ; 
Jherusalem conquist par bonne guerre: 
Au propre sien passa mer, com je croy ", 

20 Pour conquérir de cuer la Saincte Terre. 

Celle conquist; soyons donc exité 

*. Publiée par Tarbé, tome I, p. / 15. 
\. Nons. — 2. Si com je croy. 



BALADES DE MORALITEZ l3c) 

De faire autel : longues trêves prenons, 

Se paix n'avons a nostre voulenté. 

Le Roy des Frans, d'Espaigne requérons, 

Cil d'Arragon, d'Angleterre; querons ^ 25 

Le prestre Jehan, des Genevois Toctroy, 

Veniciens, Chypre, Roddes ^ le Roy 

De Portugal; Navarre alons requerre; 

Pappe, empereur, mettez vous en courroy 

Pour conquérir de cuer la Saincte Terre. . 3o 

l'envoy 

Princes mondain, je vous requier et proy 
Que vous m'aidiez les Sarrasins conquerre; 
Je suis la loy, soiez avecques ~ moy 
Pour conquérir de cuer la Saincte Terre. 



Autre Baiade. 
(Du choix des gens d'office.) 

L^EN doit mettre gens aprins es offices, 
En chascun art qui saichent gouverner. 
Bons et loiaulx, non aprantis et nices. 
Car puellent trop a aprandre coustcr 
Au souverain, ses estas rebouter; 

I. De Roddes. — 2. Avec. 

a. Ce vers et les suivants doivent avoir été mal transcrits, 



140 BALADES DE MORALITEZ 

Et qui aient par longue expérience 
Esté veuz leur fait bien ordonner : 
Qui ainsi fait, il prant bonne ordonnance. 

Un pou en ait a leurs estas propices 
10 Et diligens; a ceuls doit Ten donner 

Gaiges par an selon leurs bénéfices ; 12c 

Soient contens d'iceulx, sanz demander 
Dons au seigneur; ne les vueille muer 
De leurs estas, s^il n^y a congnoissance 
î 5 De leur meffait, et les oye parler : 

Qui ainsi fait, il prant bonne ordenance. 

Lors a hostel sanz péchiez et sanz vices ; 
Sa maison fait partout bien renommer; 
Or fay ainsi, par quoy tu ne perices, 
20 Et chascun jour venrras tout ^ admender. 
Règle tenir et la non excéder 
Fait de tous biens avoir persévérance, 
Le rebours non; chascuns doit espérer. 
Qui ainsi fait, il prant bonne ordenance. 

l'envoy 

25 Princes, Fen doit vaillans saiges amer. 
Et serviteurs loyaulx a la balance 
Querre et avoir, pour les estas garder : 
Qui ainsi fait, il prant bonne ordonnance. 

1 . Tout manque. 



BALADES DE MORALITEZ I4I 



LI 

Balade. 
(De la sage Economie.) 

BON fait garder sens, droiture et raison, 
Et estre en tout de bon gouvernement, 
Soi ^ pourveoir de loing et en saison, 
Règle tenir, et espargnablement 
Vivre du sien non ~ foleablement. 5 

Homs vault petit, s'en lui n'a retenue 
Pour un besoing; euvre donc saigement : 
Ne fay passer despens ta revenue ^. 

Car qui le fait, il destruit sa maison ; 
Et ^ je te puis trop bien monstrer comment : 10 • 
Qui cent frans a de rente ou de moison ^\ 
Et les despent en un an seulement, 
Se cas soudain lui vient soudainement, 
12 d Engaigier fault sa terre de venue ^ : 

Ainsi pert homs ^ demaine et tenement ^ :. 1 5 
Ne fay passer despens ta revenue. 

Qui moins despent, il espargne foison ; 

Au cas soudain pourvoit la clerement, 

Sanz emprunter, et sauve le gason. 

Et tient seur son fait moiennement. 20 

I. Soit. — 2. Et non. — 3. Et manque. — 4. Homme. 

a. Ne fais passer en dépense tout ton revenu. — b. Métairie, 
ferme. — c. D'abord. — d. Fief ou terre. 



142 BALADES DE MORÂLITEZ 

Chascun veillier doit pour son sauvement, 
S^avoir ne veult default et maison nue ^ ; 
Advise ci, pour ton enseignement, 
Ne fay passer despens ta revenue. 



LU 

Autre Balade. 
(Signes de la fin du monde.) 

HELAS ! est il homme qui me sceust 
Dire le temps que cilz mondes faurra? 
— Pour quel raison? — Pour ce que trop plcust 
A moult de gens. — Seufre, li temps venrra ^ ; 
5 Les signes voy que li cours muera 

De ce monde qui approuche sa fm, 
Qui longuement en ce point ne durra : 
Metheode tesmoing et Joachin. 

Les signes sont, qui a droit les leust, 
10 Orgueil trop grant, dont Romme s^esleva, 

Et convoitier trop plus que ne deust : 

Le bien commun a faire délaissa ; 

Et aussi tost que chascuns convoita 

Particulier, Romme ala a déclin; 
i5 Et par telz cas ce monde s^en ira, 

Metheode tesmoing et Joachin. 

I. Mue. 

a. Le temps venrra : C'était la devise qu'avait choisie le duc Jean 
de Berry dans sa vieillesse. 



BALADES DE MORALITEZ 148 

Adjoint encor que la loy despleust, 
Si comme on voit, de Dieu qui tout créa, 
Que Justice effect ne port eust 
Ne pitié, lieu. Quant Pouoir régnera 
Generaument, et qu^om convoitera 20 

i3 a Le maisonner, joyaulx, argent, or fin. 
Le monde viel convoiteux finera : 
Metheode tesmoing et Joachin 



LUI 

Autre Balade *. 
(Sur les financiers .} 

DE tous les .VII. ars qui sont liberaulx, 
Lequel est plus au jour d'ui en usaige ? 
Cellui de tous qui mendres est entr'aulx, 
Et qui moins tient de vertu et de saige : 
C'est de compter et ^ tenir or en caige, 5 

De convoitier et ^ faire demonstrance 
D'argent trouver. Est ce beau vassellaige ^? 
Nulz n'a estât que sur fait de finance. 

Uns receveur, un changeur s'il est eaux, 

Un monnoier, ceuls sont en haulte caige *, 10 

Et les claime on seigneurs et generaulx ^, 

* . Publiée par Tarbé, tome I, p. 64. 

I. Et de tenir. — 2. Et de faire. 

a. Fait de chevalier. — b. Demeure. — c. Généraux des finances. 



1 44 BALADES DE MORALITEZ 

Et c'est bien droiz : grant est leur heritaige; 
Uor et l'argent passent par leur passaige, 
Villes, chasteaulx ferment par leur puissance; 
i5 Aux clers lettrez vault petit leur langaige : 
Nul n'a estât que sur fait de finance. 

Petit puelent ^ aux autres : c'est deffaulx 
D'entendement, de congnoissance saige ^ 
Qui ne congnoist des vaillans les travaulx, 
20 Ne des expers le sens et le couraige : 
Convoitise gouverne, qui enrraige 
D'argent tirer, qui les bons desavance, 
Et fait a tous sçavoir par son messaige : 
Nulz n'a estât que sur fait de finance. 

l'envoy 

25 Prince, pou vault estre homme de paraige ~, 
Saiges, prodoms, n'avoir grant diligence ; 
Pour le jour d'ui vault trop pou vassellaige : 
Nulz n'a estât que sur fait de finance. 

I. Nage. — 2. Parage. 

a. Les clercs peuvent peu par comparaison aux autres (les finan- 
ciers;. 



BALADES DE MORALITEZ 1 45 



l3 b LIV 



Balade. 



(Il faut prendre le temps comme il est.) 

TRESDOULZ compains, dit on riens de nouvel? 
Arons nous ^ plus joie n'esbatement? 

— Au jour d^ui n'est ne feste ne revel ^ 
Fors que procès, guerre, plait et tourment; 
Haine voy régner trop durement, 5 
A convoitier est tout le monde prest. 

— Que fera Ten? — Je te respons briefment : 
Il fault prandre le temps si comme il est ^. 

— Voire, par Dieu ! mais ce temps n'est pas bel, 
Car je n^y voy nul certain jugement lo 
Bien congneu, de vaillant faire appel. 

Ne prodomme qui ait avancement. 

Mais j'apperçoy que qui jangle ^ et qui ment, 

Qui s'orgueillist, qui grandement se vest, 

Ceuls ont estât. — Tais toy, vi liement : 1 5 

Il faut prandre le temps si comme il est. 

Faire convient o les pors le pourcel, 

O les chevaulx le cheval et jument, 

O les corbeaulx fault faire le corbel, 

O les coulons ^ fault vivre simplement, 20 

I. Nous manque. 

a. Divertissement, — b. Proverbe. — c. Babille, Jase. — d. Pi- 



geons. 

T. I 



10 



14^ BALADES DE MORALITEZ 



O les renars renarder ensement, 
Puis qu^on ne puet trouver certain arrest. 
D'un et d'autre pran ton gouvernement : 
Il faut prandre le temps si comme il est. 



LV 



Autre Balade *. 

(En souvenu" des naissances du Roi Charles VI 
et de Louis, duc d'Orléans. J 

[3 DÉCEMBRE 1 368 ET 3 MARS l'^JÏ ] 

EN dimenche, le tiers jour de décembre. 
L'an mil .ccc. avec soixante et huit, 
Fut a Saint Pol nez dedenz une chambre 
Charles li Roys, .m. heures puis minuit, 
5 Filz de Charles, cinquiesme de ce nom, 

Roy des François, de Jehanne de Bourbon, 
Roine a ce temps couronnée de France, 
Le premier Jour de l'Advent qui fut bon ; 
Par ce sçara chascun ceste naissance. 

10 Ou signe estoit, si comme je me membre, i3 c 

De la Vierge la lune en celle nuit, 

En la face seconde; et si remembre 

Qu'au sixte jour dudit mois fut conduit 

Et baptizié a Saint Pol, ce scet on, 
1 5 Ou il avoit maint prince et maint baron ; 



Publiée par Crapelet, p. g. ;? 



BALA.DES DE MORALITEZ I47 

Montmorancy, Dampmartin sanz doubtance. 
Tous deux Charles levèrent ^ Tenfançon : 
Par ce sçara chascun ceste naissance. 

Trois ans après quant li mois de mars entre 

A treize ^ jour, sabmedi, saichent tuit, 20 

Uan mil .ccc. .lx. et onze, entendre 

Puet un chascun la naissance et le bruit 

De Loys né, frère du Roy Charlon, 

Apres mie nuit trois heures - environ; 

La lune estoit a .ix. jours de croissance; 20 

Marraine fut madame d'Alençon : 

Par ce sçara chascun ceste naissance. 

l'envoy 

Princes, parrains fut Bertran, li prodom 

Connestables, qui tant ot de renom , 

De vostre frère; aiez en souvenance : 3o 

A Saint Poul fut nez en vostre maison. 

Et baptisiez fut par Jehan de Craon : 

Par ce sçara chascun ceste naissance. 

I. Tiers. — 2. Lieues. 

a. Tinrent sur les fonds. 



148 BALADES DE MORALITEZ 



LVI 

Balade. 
(Résolution de quitter la cour.) 

PUISQUE je voy que servir longuement 
Et faire bien n^ont point de congnoissance, 
Que promesse mue soudainement 
Et que raison a petit de puissance, 
5 Et que Vouloir fait nouvelle ordonnance, 

Sanz regarder qui a fait mal ou bien. 
Que li bons pert et li chetis s^avance. 
Je ne vueil plus fors que vivre du mien. i3 d 

Car j'en sçay moult qui ententivement 
10 Et par long temps ont gasté leur chevance, 
Et, pour servir autrui tresloyaument, 
Usé leur corps, et en droicte espérance 
D'avoir guerdon ^ ; mais c'est foie cuidancc, 
Qu'a telz servens ja ^ ne donrra l'en rien 
1 5 Ains leur toult on ; quant je voy tele dance. 
Je ne vueil plus fors que vivre du mien. 

Et j'ay bien droit, quant je voy clerement 
Que foui plaisir foulz et foies commence, 
Et leur donne en ^ les biens communément 
20 De ceuls qui ont despendu leur enfance 
A bien servir ; et tele expérience 
Monstre a chascun qu'il doit garder le sien 

1. Gucrredon, — 2. Ja manque. — 3. Donne l'en. 



BALADES DE MORALITEZ 149 

Et servir Dieu; pour ceste conséquence, 
Je ne vueil plus fors que vivre du mien. 



L^ENVOY 



Princes, j'ay veu a mainte court en France 25 
Maint serviteur servir par ce moien; 
Et quant g*i voy si doubteuse balance, 
Je ne vueil plus fors que vivre du mien. 



LVII 



I 



Balade *. 

(Sur lui-même.) 
[i392>] 

IL a .XVI. ans que je suis ou vergier 
Ou tous viennent pour quérir leurs delis. 
Et ou j'ay veu pluseurs boire et mangier, 
Qui estoient lasches et afadis ^, 
Prandre déduit, arrachier ^ du doulz lis, 5 

Planter ailleurs ^, et santé recevoir; 
Mais en ce lieu suis tousjours maladis ^ : 
Onques n^y poy ^ une flourette avoir. 

*. Publiée par Tarbé, tome I, p. 6g. 

I . A arracher. 

a. Languissans. — b. Arracher quelque feuille du Lys de France 
et la planter ailleurs. — c. Malades ou plutôt maladifs. — d. N'y 
pus. 



l5o BALADES DE MORALITEZ 

Par tout ce temps ay servi au closier '^ 
10 De mon pouoir, tant que suis envieillis, 

Sanz riens avoir et sanz prandre loier; 14 a 

D''un po du plant ay esté escondis 
Du doulz vergier, ou j^ay veu toudis 
Mains cueillant fruit sanz fere leur devoir ; 
1 5 Et dont vient ce, doulz ^ Dieu de paradis ? 
Onques n'y poy une flourette avoir. 

Ce m'est trop dur comme g'y voy fauchier 
A plaine faulx les fleurs et les pasquis *, 
Et que la sont saoul li estrangier 
20 Soudainement, et sur Ferbe languis. 

Helas! dont vient au closier tel advis? 
Face qui Fa long temps servi sçavoir; 
En ce vergier seray lors remeris : 
Onques n'y po une flourette avoir. 

l'envoy 

25 Princes, Fen doit cuer loial tenir chier ; 
L'en donne a tel qui n'a mestier d'avoir. 
En ce jardin dont j'ay voulu touchier, 
Onques n'y poy une flourette avoir. 

I. Beau doulz Dieu. 

a. Maître du clos, du verger. — b. Paccages, 



BALADES DE MORALITEZ l5l 



LVIII 



Autre Balade *. 
(Le chat et les souris.) 

[fable.] 

JE treuve qu'entre les souris 
Ot un merveilleux parlement 
Contre les chas leurs ennemis, 
A veoir manière comment 
Elles vesquissent seurement i> 

Sanz demourer en tel débat; 
Uune dist lors en arguant : 
Qui pendra la sonnette au chat? 

Cilz consaulz fut conclus et prins ; 
Lors se partent communément. i o 

Une souris du plat pais 
Les encontre et va demandant 
Qu'om a fait: lors vont respondant 
Que leur ennemi seront mat : 
/-/ b Sonnette aront ou coul pendant. i5 

Qui pendra la sonnette au chat? 

a Cest le plus fort ^, » dist un rat gris 

Elle * demande saigement 

Par qui sera cilz fais fournis. 

Lors s^en va chascune excusant ; 20 

♦. Publiée par Crapelet, p. iS8. 

a. C'est le point difiScile. — b. La souris. 



l52 BALADES DE MORALITFZ 

Il n-y ot point d'exécutant, 
S'en va leur besongne de plat; 
Bien fut dit, mais, au demeurant, 
Qui pandra la sonnette au chat? 

l'envoy 

25 Prince, on conseille bien souvent, 

Mais on puet dire, com le rat. 
Du conseil qui sa fin ne prant : 
Qui pendra la sonnette au chat? 



LIX 

Autre Balade *. 
(Fais ce que dois, advienne que pourra.) 

SOIT en amours, soit en chevalerie, 
Soit es mestiers communs de labourer. 
Soit es estas grans, moiens, quoy c'om die. 
Soit es petis, soit en terre ou en mer, 
5 Soit près, soit loing tant corne on puet aler, 

Se puet chascun net maintenir qui veult. 
Ne pour nul grief ne doit a mal tourner : 
Fay ce que doiz, et aviengne que puet. 

Car qui povre est et vuiz de villenie 
10 Devant tous puet bien sa teste lever; 

♦. Publiée par Crapclct, p. 1 1 . 



BALADES DE MORAUTEZ l53 

Se loiaulx est, Fen doit prisier sa vie, 
Quant nul ne scet en lui mal reprouver; 
Mais cilz qui veult trahir ou desrober 
Mauvaisement, ou qui autrui bien veult \ 
Pert tout bon nom : l'en se seult diffamer : 5 1 
Fay ce que doiz et adviengne que puet. 

N'aies orgueil, ne d'autrui bien envie, 
Vueilles toudis aux vertus regarder : 
14 c T'ame aura bien, le renom ta lignie : 

L'un demourra, l'autre est pour toy sauver. 20 
Dieux pugnist mal; le bien rémunérer 
Vourra aux bons — ainsi faire le suelt — ; 
Ne vueillez rien contre honeur convoiter : 
Fay ce que doiz et aviengne que puet. 



l'envoy 



Beaus tilz, chascuns se doit loiaulx porter 2 5 

Puis qu'il a sens; estre prodoms Testuet, 
Et surtout doit Dieu et honte doubter : 
Fay ce que dois, et aviengne que puet. 



I. Deult. 



ID4 BALADES DE MORALITEZ 



LX 

Balade. 
(Néant des conditions humaines.) 

NULZ au jour d^ui ne puet règle tenir, 
Ne seureté trouver en son estât, 
Quoi ne comment il se puist maintenir, 
Soit prince ou Roy^ chevalier ou prélat, 
5 Bourgois, marchant, laboureur n''advocat : 

Car d^or a ja ^ changent oppinion ; 
Guerre nous sourt, avarice nous bat : 
C'est tout noient en la conclusion. 

A nul ne veult de Pautre souvenir, 
10 Le père au filz pour néant se débat, 
Serf au seigneur, n'a sires soustenir 
Ne veult son droit; ne nulz ne se combat 
Pour son pais, mais, comme chien et chat. 
Sont li parent a leur destruction ; 
i5 Peuple orgueilleus et li subgiet ingrat, 
C'est tout noient en la conclusion. 

Chascuns ne fait fors aler et venir 
Et conseillier sanz achever débat; ' 
Les contremans font maint homme homnir 
20 Des mandemens, dont li pluseurs sont mat 
D'eulx cndebter ; tout se porte de plat, 

a. De ce moment à celui qui l'a déjà suivi. 



BALADES DE MORALITEZ l55 

Au derrenier vendra finicion ; 
i4d Riens n'est certain, pour ce a dire m'esbat : 
C'est tout noient en la conclusion. 



LXI 

Autre Balade *. 
(Sur le château de Beauté.) 

SUR tous les lieux plaisans et agréables 
Que Ten pourroit en ce monde trouver, 
Edifiez de manoirs convenables, 
Gais et jolis, pour vivre et demourer 
Joieusement, puis devant tous prouver 5 

Que c'est a la fin du bois 
De Vincennes, que fist faire li Roys 
Charles — que Dieux doint paix, joie et santé ! — 
Son filz ainsné, daulphin de Viennois, 
Donna le nom a ce lieu de Beauté. lo 

Et c'est bien drois, car moult est délectables; 
L'en y oit bien le rossignol chanter; 
Marne Fensaint, les haulz bois profitables > 
Du noble parc puet Fen veoir branler, 
Courre les dains et les connins aler i5 

En pasture mainte fois , 
Des ciselez oir les douces voix, 
En la saison et ou printemps d'esté, 

Publiée par Crapelet, p i3. 



l56 BALADES DE MORALITEZ 

Ou gentil may, qui est si noble mois : 
20 Donna le nom a ce lieu de Beauté. 

Les prez sont près, les jardins deduisables, 
Les beaus preaulx, fontenis bel et cler, 
Vignes aussi et les terres arables, 
Moulins tournans, beaus plains a regarder, 

25 Et beaus sauvoirs ^ pour les poissons garder; 
Galatas * grans et adrois, 
Et belle tour qui garde les destrois. 
Ou Ten se puet retraire a sauveté; 
Pour tous ces poins, li doulz princes courtois 

3o Donna le nom a ce lieu de Beauté. 



LXII 



Autre Balade *. 

(Campagne d'Ecosse.) 

[i385.] 

Vous qui estes parez comme espousée, i5 a 
Qui des granz faiz si bien parler sçavez, 
Et qui sur tous avez la renommée 
D^estre jolis, qui chantez et dancez, 
Et qui les faiz des grans choses pensez, 
Quant en France est chascun, en son pais, 



*. Publiée par Tarbc, tome I, p. j5. — Cette ballade est transcrite en- 
core deux fois dans le manuscrit, p. 242 et 307. 

a. Réservoirs pour les poissons. — b. Logements d'en haut. 



BALADES DE MORALITEZ l5'] 

Vez ci Foneur, se querre la voulez : 
Vous n^estes pas sur Grant Pont a Paris. 

Veoir pouez du Roy Charles Parmée 

Montée en mer; sur ce vous advisez; lo 

Servez le bien de cuer et de pensée, 

Faittes vers lui ce que faire devez ; 

Aiez bon cuer quant vous arriverez, 

Et que chascuns soit vaillans et hardis. 

Si qu^en la fin n^en soit nul diffamez : i5 

Vous n^estes pas sur Grant Pont a Paris. 

Vous vous boutez en Fanglesche contrée 
Pour conquérir ce que perdu avez. 
— Qu^est ce? — Renom, dont vo terre honourée 
Fut par long temps -, donques vous recouvrez, 20 
Et s^en bataille ou assault vous trouvez, 
Monstrez voz cuers plus que voz granz habis ; 
Ou autrement seriez deshonourez : 
Vous n'estes pas sur Grant Pont a Paris. 

l"'envoy 

Princes, tous ceuls qui sont les mieulz parez 25 
Quant a Toneur soient les premiers mis; 
Avisez bien que fort vous combatez : 
Vous n'estes pas sur Grant pont a Paris. 



l58 BALADES DE MORALITEZ 



E 



LXIII 

Balade. 

(Deschamps changé en oiseaux) 

N trois oiseaulx me muèrent jadis 
Les dieux de Pair, et trop soudainement : 

Je fui faucon, car toutes choses vis ; 

S^en fu en giez ^ tenu trop longuement. 
5 Grue devins qui oit moult clerement, i5 b 

Et tant oy que ce fut mon dommaige ; 

Et après ce, fu pie, et mis en caige ; 

Pour mon parler me fist on la tenir. 

Veoir, oir m'ont grevé et langaige : 
10 Je ne sçay mais quel beste devenir. 

Lors Jupiter venus de Paradis 
Me conforta et me dist doucement : 
« De ces trois poins ne soies esbahis, 
Car Cerberus et Plutho ensement, 
1 5 Les dieux d'enfer, font ce gouvernement, 
Qui n'amerent onques oisel ramaige; 
Veoir, oir reciter leur oultraige 
Leur desplaist trop; vueille ^ fen souvenir. 

— Confortez moi, dittes moy que ferai ge - ? 
20 Je ne sçay mais quel beste devenir. 

— Tu devendras, par mon conseil, fourmis 

I . Veille. — 2 . Dittes moy donc que. 
a. Liens, gects à faucon. 



BALADES DE MORALITEZ I 69 

Qui se pourvoit en tous cas cautement : 

Garnis toy bien, soies en ton trou mis; 

Devient bugles qui oit tardivement ; 

Taupe te tien, qui ne voit nullement, 25 

Et hérissons qui sa bouche assouaige : 

Tout estre en soy se ^ garde de dommaige ; 

Ainsis te fault, pour vivre, maintenir. 

— Ainsis feray? pou y voy d'aventaige : 

Je ne sçay mais quel beste devenir. » 3o 

l'envoy 

Princes, le Dieu que l'en tient a si saige 
Dit qu'on ne doit parler, veoir, n'oir 
Pour le jour d'ui, et pour ce, sanz servaige, 
Je ne sçay mais quel beste devenir. 



LXIV 



Balade. 



(Contre les gens de guerre.) 

[iSGgrJ 



A' 



u jour d'ui veult chascun guerre mener 
Et poursuit, pour avoir renommée; 
i5 c Mais maint le font qui droit se vont dampner. 
Quant ilz ne font justement leur armée 
Sur ceuls qu'on doit, et qu'ilz aient souldée 



I. Le. 



l6o BALADES DE MORALITEZ 

Dont ilz puissent contentez estre tuit. 
Serve homs au sien et voist a son arée : 
Il se dampne qui telle guerre suit. 

Or est li temps qu'om ne fait que mander ^, 
10 Mais li mandez destruisent leur contrée, 

Prannent, pillent quanqu'ilz puelent trouver, 
Sanz riens paier; Feglise est violée, 
Mainte chose est chascun jour ransonnée. 
Et l'un pais Tautre voisin destruit; 
i5 Dieux ! quelle honeur en deshoneur tournée! 
Il se dampne qui telle guerre suit. 

Telz gens se font gens d'armes appeller : 
Trois lieues vont, c'est leur plus grant journée. 
Comme ennemi s'en courent hosteller; 
20 Chambre, huche n'y a, tant soit fermée, 

Qu'ilz ne rompent : vez ci la ^ noble armée, 
Quant pour telz gens li povres peuples fuit 
Qui ne scet mais ou Justice est alée ! 
Il se dampne qui telle guerre suit. 



l'envoy 



25 Princes qui d'or a teste couronnée 

A ses subgiz ne doit soufrir tel bruit, 
Mais doit vouloir justice estre gardée : 
Il se dampne qui telle guerre suit. 

I. La manque. 

a. Faire levée des gens d'armes. 



BALADES DE MORALITEZ iGl 



J 



LXV 

Balade. 

(Contre la guerre J 

\y les estas de ce monde advisez 
Et poursuiz du petit jusqu^au grant, 
Tant que je suis du poursuir lassez, 
Et reposer me vueil doresnavant ; 
Mais en trestouz le pire et plus pesant ^ 5 

Pour ame et corps, selon m^entencion, 
i5 d Est guerroier, qui tout va destruisant : 
Guerre mener n'est que dampnacion. 

Autres estaz ont de labour assez, 

En seureté ^ vont leurs corps reposant, 

Et se vivent de leurs biens amassez ; 

Jusques a fin vont leur aage menant : 

Et Fun estât va Pautre confortant, 

Sanz riens ravir; loy et juridicion 

Tiennent entr'eulx, dont bien puis dire tant : 1 5 

Guerre mener n'est que dampnacion. 

Car on y fait les .yii. péchiez mortelz, 

ToUir, murdrir, Pun va Tautre tuant, 

Femmes ravir, les temples sont cassez, 

Loy n'a entr'eulx, le mendre est le plus grant, 20 

Et Fun voisin va Fautre deffoulant. 

Corps et ame met a perdicion 

1. Le plus pesant. — 2. Seurtc. 

T. I II 



102 BALADES DE MORALITEZ 

Qui guerre suit ; aux diables la comment ! 
Guerre mener n'est que dampnacion. 



l'envoy 



25 Prince, je vueil mener d^or en avant 
Estât moien, c'est mon oppinion, 
Guerre laissier et vivre en labourant 
Guerre mener n'est que dampnacion. 



LXVI 



Balade. 

(Comment on obtiendra la paix.) 
[i385-i389] 

SE Voulentez se tient en son estât 
Et Fortune ne lui est trop contraire, 
Et Bons Advis sa querelle débat, 
Amours aussi qui seult les cuers attraire, 
5 Et chascuns veult, comme il doit, devoir faire ; 

. Le grans contemps des deux Rois finera ; 
Par guerre ou paix le convient a fin * traire : 
Car autrement faire ne se pourra. 

A ce coup fault que Pun des deux soit mat, 
10 Car le puissant ^ ne se pourroit retraire 

A son honeur ; se l'autre ne combat, i6 a 

I , Afin manque. — 2 . Passant. 



BALADES DE MORALITEZ l63 

Il pert du tout son pais, son affaire ^ 

Par un seul trait, se Tun d'eulx veult mestraire ^ ; 

Au mieulx traiant la terre demourra 

Et a cellui qui a Dieu vouldra plaire, i5 

Car autrement faire ne se pourra. 

Mais j^ay espoir que cellui qui s'embat 

Sur l'ennemi qui a voulu deffaire 

Tout bon traictié y fera tel esclat 

Que pour les mors faurra grant luminaire; 20 

L'offrant raison a titre débonnaire *, 

Le refusant par orgueil périra ; 

Par le champ fault que la chose s^esclaire '^, 

Car autrement faire ne se pourra. 

l'envoy 

Princes, vueilliez envers Dieu satisfaire, 2 5 

Vos gens aussi, et Dieu vous aidera; 
Victoire arez se le pouez complaire. 
Car autrement faire ne se pourra. 



I. Et son affaire. 



a. Malfaire. — b. Celui qui ofïre des conditions raisonnables a le 
bon droit. — c. S'explique, se décide. 



164 BALADES DE MORALITEZ 



LXVII 



Balade *. 

(Propîétie en l'honneur de Charles VI.) 
[1400.] 

TRENTE deux ans ara le cerf volant 
Des grans ^ forets de Gaule et de Bourbon, 
Au chief legier, et au corps remuant; 
A .xni. cors fera craindre son nom, 
5 Et a vint cors sera de tel renom 

QuMl destruira, ce dist la lettre escripte, 
Uisle aux geans ^ et Fasne, vueille ou nom ^ : 
Tele est de lui la prophecie ditte. 

Onques n^ssit de son lieu nul plus grant 
10 Que cilz sera qui Fasne au pié de plom 
Et son bestail yra tout destruisant, 
L'isle aux fourmis ^, entour et environ, 
Les corbeaulx gris, leur generacion, 
Mettra a fin, tout ce qui leur profite, 
i5 Mort y aura et grant destruction : 16 b 

Tele est de lui la prophecie ditte. 

Apres yra, ses grans saulz poursaillant, 
En Orient sur les pors de Mahom; 

*. Publiée par Tarbè, tome I,p. 83. 

1 Grans manque. — 2. Grans. 

a. La Grande-Bretagne. — L'âne est peut-être mis pour le lion 
passant ou léopard. — b. Peut-être la Flandre. 



BALADES DE MORALITEZ l65 

Cel ort bestail yra tout subjugant 

Et le mettra en sa subjection; 20 

.XX. et .VIII. ^ cors ara lors le faon 

Qui rendre doit la saincte terre quitte, 

Et acroistre sur touz sa région : 

Telle est de lui la prophecie ditte. 



L^ENVOY 



Ori, occi ^, midi, septemtrion, 25 

Princes, seront au ^ cerf par sa mérite: 
L'aigle ara d'or, ains sa finicion : 
Tele est de lui la prophecie ditte. 



LXVIII 



Balade *. 

(Projets de croisade.) 
[1396.] 

Esjouis toy, Jérusalem dolente. 
Qui tant as eu de tribulacion, 
Et comme buefs a esté mise en vente, 
En servitute et persecucion. 
Dieux a oy ta lamentacion; 

*. Publiée par Tarbé,tome I, p. / 74.— Cette ballade est encore transcrite 
au f" 3o3. 

I. xxviir. — 2. En. 

a. Orient, occident. 



l66 BALADES DE MORALITEZ 

5 A ce coup ci ^ yert le jou desnoé 

De la misère aux filles de Syon, 
Tant que chascuns devra crier Noé ^. 

Car je voy ja de charité la sente, 
I o Et de pitié la douce mocion, 

Amour qui vient et un filz représente 

Pour ton salut et ta redempcion, 

Qui f ostera de la subjection 

Ou cinquante ans a ton peuple noé ^, 
i5 Et lors seras en consolacion 

Tant que chascuns devra crier Noé. 

France, tu es Jherusalem : ce sente 
(Or puet sentir) estrange nascion, 
Qui tant as eu de paine et de tourmente, i6 c 
20 Par la gent ^ Bruth '^; mais, a m'entencion, 
Par cest enfant prandront finicion : 
Car seigneur doit du secle estre advoé 
Trestout ^ soubmettre et en conclusion, 
Tant que chascuns devra crier Noé. 



l''envoy 



25 Prince, pour Dieu, le peuple se démente 
De paix avoir, qui tant vous a loé. 
Craint et chieri ; faictes que guerre absente ^, 
Tant que chascuns devra crier Noé. 

I. Ici. — 2. Par le Bruth. — 3. Tout. 

a. Cri de joie. — b. Nagé ou noyé ou plongé. — c. L'Anglais. 
— d. S'éloigne. 



BALADES DE MORALITEZ 1 67 



LXIX 

Balade. 
(Contre les flatteurs.) 

DOIT bien amer un seigneur son servant 
Qui en tous cas lui acorde son bon ^, 
Dont hais est et diffamez souvent? 
— Certes, nenil ; car il destruit son nom 
Se mal consent, c^est conseil de félon; 5 

Car uns prodoms doit conseillier tout bien 
A son seigneur; le contraire voit on, 
Car chascun dit : « Monseigneur dit trop bien. » 

Tel consenteur * ont honni maint enfant 
Desqueiz ilz ont plumé le pelisson ^, lo 

Pour gré avoir du foui consentement, 
Estre près d^eulx et recevoir guerdon 
Du mal conseil, et d^autrui prandre don. 
En reboutant des loiaulx le merrien ^ : 
Perduz en sont maint prince et maint baron, 1 5 
Car chascun dit : « Monseigneur dit trop bien. » 

Qui prodoms fust, en leurs maulx pugnissant 

On les feist estre de bon renon; 

Aises fust lors soubz eulx la povre gent, 

Et que flateur, menteur, ribault, garçon ^, 20 

N''eussent plus lieu, ne n'^oissent leur son. 



a. Vouloir. — b. Complaisant. — c. Pelisse. — d. Bois, façon de 
parler. — e. Terme d'injure. 



l68 BALADES DE MORALITEZ 

Ainçois fussent rebouté comme chien i6 d 

D^entour telz gens; or court ceste chançon; 

Car chascun dit : « Monseigneur dit trop bien. » 

l'envoy 

52 Prince ^, avanciez est cil qui flate ou ment, 
Mais qui voir dit, on ne Paime de rien; 
Pour ce voit on tous maux ^ communément : 
Car chascun dit : « Monseigneur dit trop bien. » 



LXX 



Autre Balade *. 



(On n'est aimé que tant qu'on peut servir 
[Fable.] 

UNS paisans ot un mastin 
Josne, qui le servit long temps; 
Aux loups faisoit moult de hutin ^, 
Et gardoit ses brebis aux champs ; 
Venoisons prenoit et cerfs grans, 
Et si gardoit Postel par nuit. 
Lors Tama moult li paisans : 
On est amé tant c'^om fait fruit 



*. Publiée par Crapelet, p. 20 S. 
I . Princes. — Tous maux manque. 
a. Guerre, combat. 



BALADES DE MORALITEZ 169 

Mais viellesce vint en la fin 

A ce chien, si devint pesans, 10 

Car fait avoit maint dur chemin; 

Lors fut a son maistre chargans « ; 

Batre le fait a ses sergens *, 

Et dist que cilz vieulz chien lui nuit ; 

Les juenes fut adonc prenans : i5 

On est amé tant c'om fait fruit. . 



Lors dist Rounel ^ en son latin ^ : 
J'ay esté tout mon corps usans 
A vous paistre de maint lopin, 
Garder Tostel, femme ^ et enfans; 20 

Ce me deust estre secourans, 
Mais remuneracion fuit : 
Soiez tuit a ce regardans : 
On est amez tant qu'om fait fruit. » 



l'j a l'envoy 



Princes, mains sont aux cours servens 25 

De pieça que viellesce cuit; 

Les nouveaulx boutent hors telz gens : 

On est amé tant c^om fait fruit. 



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I. Femmes. 



a. Onéreux, à charge. — b. Serviteurs,— c. Nom du chien dans 
le roman de Renart. — d. Langage. 



lyO BALADES DE MORALITEZ 



P 



LXXI 



Balade. 

(Remèdes contre la convoitise.) 
[1392.] 

HisiciEN ^, comment fait Droit? 
— Sur m^ame, il est en petit point. 



— Que fait Raison? — Fièvre la point, 
5 N'est remède que ^ om lui doint; 

Perdu a son entendement, 
Elle parle, mais foiblement, 
Et Justice est toute ydiote : 
En eulx n'a nul bon jugement. 
10 — Vous me chantez mauvaise note. 

J'ay grant merveille que ce doit * , 
Ne qui leur a ce mal empoint ^. 

— Descongnoissance et le vent froit 
De Convoitise, qui se joint 

i5 A Foui Vouloir, leur vray adjoint, 

Ceuls les tourmentent durement. 

Et ne leur laissent nullement 

Avoir fors que plait et riote, 

Sanz donner nul allégement. 
20 — Tu me chantes mauvaise note. 

I. Qu'om. 

a. Médecin, comment se porte le Droit? — b. Je me demande ce 
que cela veut dire. — c. Imprimé, infligé. 



BALADES DE MORALITEZ 1 7 I 

Mais je sçay bien qui les garroit '^. 

— Et qui? — Trois qui sont bien conjoint : 
Congnoissance, scelle y venoit, 

Vérité, dont on n'use point 

A présent, et Pitié qui vaint 25 

Les cuers félons communenient : 

Ceuls feroient legierement 

Ressourdre ces trois d'une flote ^. 

— Par Dieu, tout yra autrement. 

ly b — Vous me chantez mauvaise note. 3o 

l'ënvoy 

Princes, vous estes droictement 
Le medicin, et qui bien note, 
Se pourveu n'y est temprement <^, 
Vous me chantez mauvaise note. 



LXXIÏ 



Autre Balade *. 

(Paris et la Cour.) 
[1392.] 



E 



T dont viens tu? Di moy de tes nouvelles: 

Qu'as tu tant fait a la court, a Paris? 
Que g'i ay fait? G'i vi ^ maintes querelles 



'. Publiée par Tarbé, tome I, p. i38. 

I . G'i ay veu. 

a. Guerrirait. — b. Ensemble. — c. Promptement. 



172 BALADES DE MORALITEZ 

De pluseurs gens qui ne sont pas amis, 
5 Plaidier entr^eulx; mais, s^acort n^y est mis, 

Veu que Justice y va selon Raison, 

Sanz entrer enz ilz perdent leur saison. 

Dont grant meschief venrra en mainte ville; 

Mais on attent Dissimulacion 
10 Qui leur fera droit comme une faucille ^. 

Uun a Tautre font tant de chieres belles. 
Mais par derrier sont mortelz ennemis; 
A celle court Fun prant sur les gabelles, 
Et l'autre tent ^ ses compains soit desmis 

i5 De son estât, sanz ce quMl soit ois; 
L'autre requiert la confiscacion 
D'un innocent sanz condempnacion, 
L'un .III''. francs, Tautre en demande mille; 
Mais tuit aront, en la conclusion, 

20 Qui leur ^ fera droit comme une faucille. 

On y desrompt aux sergens leurs cotelles ^, 

Et s'y en a ^ qui ont esté occis 

Pour exploicter, gettez jus de leurs selles. 

— Et que fait Droit? — En mille '^ nulz pugnis. 
25 — C'est bien romflé, le fait leur est remis ; 

Mais li navré pleurent en leur maison. 

— Fait on ainsi? — Certes, ainsi fait on : 

Qui a de quoy bien treuve qui Testrille; ly c 
Mais brief venrra la grant pugnicion 
3o Qui leur fera droit comme une faucille. 

l'envoy 

Compains, j'entends ta recitacion ^, 

1. Leur manque. — 2. Et si y en a. — 3. En mil. 

a. Faconde parler proverbiale.— b. Tâche.— c. Cottes, casaques. 
— d. Récit. 



B.4LADES DE MORALITEZ I yS 

Mais se tu dis aussi voir qu'euvangille, 
Maint trouveront selon m'entencion 
Qui leur fera droit comme une faucille. 



LXXIII 

Balade. 
(Jeu d'esprit) 

CONVOITEUSE, non convoitable, 
Soufraitable, non soufraiteuse, 
Envieuse, non enviable, 
Hainable, non haineuse, 

Curiable, non curieuse, 5 

Actraicteuse, non actraictable. 
Amiable, non amoureuse. 
Périlleuse es et périssable. 

Engineuse, non enginable, 
Merveillable, non merveilleuse, ^ lo 

Vicieuse, non viciable, 
Orgueillable, non orgueilleuse, 
Vergongnable, non vergongneuse, 
Doubteuse trop, non redoubtable, 
Tresvindicable, po piteuse, 1 5 

Périlleuse es et périssable. 

Honteuse court, non honteable. 
Délectable, non deliteuse, 
Guerdonneuse, non guerdonnable, 



174 BALADES DE MORALITEZ 

20 Oubliable et non oublieuse, 

Mensongable et non mensongeuse, 
Furieuse et non furiable, 
Vertuable, non vertueuse. 
Périlleuse es et périssable. 



LXXIV 



Autre Balade. 



(Conditions pour réussir à la Cour.) 

[i3q2?] 



Q 



ui au jour d'ui veult a court demourer, ijd 
Avoir estât et estre chier tenu, 
AuTgrans seigneurs fault leur bon ^ acorder ^ ; 
Et bien se gart qu'il n'ait riens retenu 
5 De Vérité, s'il ne veult estre nu ; 

Car qui la dit, le temps est que ^ mendie. 
Ait avec lui, pour estre riche et dru ^, 
Condicion de ribault et de pie. 

Car il ara grâce par fort Jurer, 
10 Par regnier les sains et leur vertu, 
Par bordeler '^, par ferir, par venter, 
Par boire aussi; qu'il ait le bec agu 
Comme pie, qu'il se soit maintenu 

I. Faut tout leur bon. — 2. Qui. 

a. Volonté. — b. Opulent, ou favori. — c. Faire le plaisant, di- 
minutif de border. 



BALADES DE MORALITEZ 17^ 

A bien jangler : a ces poins estudie, 

Estât ara : ait lors, pour son escu, i5 

Condicion de ribaut et de pie. 

Lors prandra Pen plaisir en son parler, 

Et entre touz sera le mieulx amé; 

S'autrement fait, il n^y pourra durer, 

Car on y tient saige homme malostru ^•, 20 

Saiges, preudoms, ne vaillans un festu 

N'y conquerront avoir, jour de leur vie. 

Et vil chose est d'y avoir, m'entens tu? 

Condicion de ribault et de pie. 

l'envoy 

Princes, qui veult en bon renom régner, 25 

Estre prodoms et mener nette vie, 
D'entour lui doit ceuls qui ont rebouter 
Condicion de ribault et de pie. 



LXXV 

Autre Balade. 
f Servir Dieu c'est régner.) 

QUANT j'ay veu tous les estas qui sont, 
Il n'est servir fors a Dieu seulement 
Uns homs d'armes se destruit et desrompt 



a. Vil. 



176 BALADES DE MORALITEZ 

De faim, de froit, de gésir durement; 
5 II dure pou, il pèche horriblement, 18 a 

D'ame et de corps en trop ^ grant doubte vit; 
Cilz qui sert Dieu dure plus longuement : 
Servir a Dieu est régner, si c^om dit. 

Riches mondains jamais ne cesseront 
10 Fors d'acquérir a paine et a tourment; 

Les mariez pour leurs enfans se font 

Las et chetis; li marchant ensement 

Et laboureur ont moult de froissement. 

Et sont enfin pour leur avoir maudiz; 
1 5 Religieus vivent bien autrement : 

Servir a Dieu est régner, si c'om dit. 

En leurs moustiers et en leurs cloistres vont, 
En servant Dieu y quierent sauvement; 
De leurs abbez et de leurs prieurs ont 
20 Vivre, vestir et leur gouvernement. 
N'affaire n'ont rien terriennement 
Fors de penser a leur povre esperit; 1 

Qui tel vie a eureus est vraiement : j 

Servir a Dieu est régner, si c'om dit. \ 



l'envoy 



25 Princes, qui veult faire son sauvement 

Rende s'a Dieu, saint Poul ce nous descript; 
Le monde laist; car, a mon jugement, 
Servir a Dieu est régner, si c'om dit. 

I Trop manque. 



BALADES DE MORALITEZ l'/; 



LXXVI 

Autre Balade. 
(De la vraie gloire.) 

L'entendement est de Pâme salus, 
Et des vices le souverain regart ^; 
L'entendement est garde des vertus : 
Par ce mirouer, homs des maulx se départ. 
Les vices fuit, aux biens trait de sa part ; 5 

C'est le désir de bonne renommée : 
Que qui la suit, il sera, tempre ou tart, 
Homs glorieus de fait et de pensée, 

Se sanz faintise est aux biens entendus, 
i8 b En gouvernant par bon et bel esgart; lo 

Mais s'il se faint, d'infâme ^ yert confundus, 
Car gouverner doit chascun par bon art, 
Et seignourir '"; sapience est l'espart 
De mal fuir, d'estre bonne nommée; 
Qui l'ensuivra, il est, se Dieu me gart, - i5 

Homs glorieus de fait et de pensée. 

Gouvernement de soy est presque nuls 

Se renoms n'est qui en maint lieux s'espart '^, 

Et pour ce sont des saiges maintenus; 

Qui autrement le fait, il est coquart. 20 

Et dit on lors que par envie s'art 

a. Discernement. — b. De deshonneur. — c. Maintenir sa sei- 
gneurie. — d. Se répand. 

ï. 12 



17""^ BALADES DE MORALITEZ 

Qui lors lui est par renom destinée; 
Quiere bon nom, voist Faintise a la hart, 
Homs glorieus de fait et de pensée. 



LXXVII 

Autre Balade. 
[Chacun ne pense qu'à soi.) 

LE temps est tel et deçà et delà 
Qu^a nul ne chault du bien de son voisin; 
Quant il espart ^ ou tonne, on crie : en la ! 
Chascun chace le temps en autre lin ^; 
5 Mais je ne voy ne Gautier, ne Colin ^, 

A court n''ailleurs qui s'empesche ^ d'autrui, 
Ne qui cure ait de parent ne cousin : 
Chascuns ne pense au jour d'ui que de lui. 

Si juesnes n^est qui ne demande ja ; 
10 Les enfans sont de convoitier enclin : 
Leur nature de fort heure changa ^, 
Signifiant de ce monde la fin; 
Les anciens sont de dolent afin /, 
Car ilz ne sont honourez de nullui; 
Guerdon de fang ^ : tuit viennent ce chemin : i5 
Chascun ne pense au jour d'ui que de lui. 



a. Eclaire. -- b. Lieu ou ligne. — c. Façon de parler proverbiale. 
•— d. S'occupe. — c. Le changement du naturel des enfants est un 
augure effrayant, — /. Commerce, société. — g. Peut-être fange. 



BALADES DE MORALITEZ 1 79 

Charité fault, toute joie s'en va ; 
On n'a cure de clerc ne de latin ^, 
D'omme vaillant : la science faurra; 
i8 c Prouesce, honeur, la loi vont a déclin; 20 

On ne les voit mais, fors en parchemin; 
Du temps qui court trestous esbahiz sui : 
Face qui puet, qui non voist au moulin ^ : 
Chascuns ne pense au jour d'ui que de lui. 



L^ENVOY 



Princes, saige ^ est qui ci regardera, 25 

Pour lui oster de tristesce et d^ennuy, 
Et qui en paix du sien vivre pourra : 
Chascuns ne pense au jour d'ui que de lui. 



LXXVIII 



Balade '^. 
[Dieu fait tout pour le mieux.) 

[après 1392.] 

DES cas soudains et des cas fortunez 
Qui adviennent a mainte créature, 
Dont j'ay pluseurs veus puis que je fu nez. 
Ne se doit nulz mettre a desconiiture ; 



I. Saiges. 



a. Latiniste, savant.— b. Celui qui n'a pas de pain. — c. Le re- 
frain de cette ballade ne se trouve pas à la table. 



l8o BALADES DE MORALITEZ 

5 Car mainte foiz aler a Paventure 

En ce qu^on craimt, avoir paine et dolour 

Vient a efFect de douce nourreture : 

Je tien que Dieux fait tout pour le meillour. 

Aucunes gens sont des cieuls ordonnez, 
10 Les aucuns mal, autres selon droiture 
Par les signes qui leur sont destinez ^ 
Ausquelz ilz sont plus enclins de nature ; 
Mais Franc Vouloir leur toult la couverture 
Des cours du ciel, tant est de grant valour, 
i5 En résistant; selon vraie escripture. 

Je tien que Dieux fait tout pour le meillour. 

Aux petiz corps est hardement donnez, 
Aux riches non; ceuls de grant estature 
Sont plus souvent aux sens habandonnez, 
20 Li povre, sain, li riche ont grief pointure; 
Dieux n^a pas fait chascun d'une jointure ^, 
Terres ne fleur toutes d\me coulour; 
Mais riens n''avient dont fiour n'ait ouverture : 
Je tien que Dieux fait tout pour le meillour. 

l'envoy ~ 

25 Princes, qui a sens, raison et mesure, i8 d 

S'il pense a bien. Dieux congnoist son labour 
Et s'il a mal ou aucune laidure : 
Je tien que Dieux fait tout pour le meillour. 

I. Donnez, ce mot se trouvant au vers i- ne peut ctre deux fois à la 
rime. — 2 . L'envoy manque. 

a. D'une même complexion. 



BALADES DE MORAI.ITEZ l8l 



LXXIX 



Autre Balade. 

(Penser qu'il faut mourir.) 

[[38o.] 

PuissANS deffaillans de puissance, 
Saiges ou il n'a point de sens, 
Vaillans qui default de vaillance, 
Orgueilleus d'orgueil deffaillans, 
Riches de richesces faillans, 5 

Qui dois par nature pourrir, 
Corps corrumpable et corrumpans, 
Advise qu'il te fault mourir. 

Au naistre cries la pesance 

Du monde, et si n'es innocens : lo 

Toy et ta mort tantost commence ; 

Tes aages est briefs et pesans 

Qui ne puet passer .lx. ans. 

Et encor est ce au mieulx venir. 

Et les pluseurs muèrent enfans : ' i5 

Advise qu'il te fault mourir. 

Certaineté n'as en science, 

Tu n'es en force permanens. 

En seignourie, en éloquence. 

En richesce : ce n'est que vens 20 

Du monde qui est decevens; 

Tantost te fait la mort fenir. . 

Ou est Oliviers et Rolens ? 

Advise qu'il te fault mourir. 



l82 BALADES DE MORALITEZ 



L ENVOY 



Princes, qui fait bien des s^enfancc, 
Sanz mal et sanz enorgueillir, 
Saiges est, qui a la fin pense : 
Advise qu^il te fault mourir. 



LXXX 



Autre Balade. ig a 

(Pourquoi il ne va pas à la cour.) 

[1392?] 

PouRQUOY viens tu si po a court? 
Qui fuit la court, la court le fuit. 
— Pour ce qu^il y fault estre sourt, 
Et sanz veoir ne que ^ de nuit, 
5 Estre muyaux; parler y nuit; 

Or voy, or oy bien et parole : 
Par ces trois poins sont maint destruit : 
Je n'ay cure d^estre en geôle. 

Qui dit voir, nul ne le secourt, 
10 Qui voit trop cler, Ten le defîuit; 

Qui voit et entent, sur lui court 
Chascuns, lors sera mis en bruit ; . 
Li soulaulx fault, la lune y luit 

a. Non plus que. 



BALADES DE MORALITEZ I 83 

Ténébreuse, la se rigole '^; 

Tenez vous y toutes et tuit : 1 5 

Je n'ay cure d^estre en geôle. 

Car je voy qu"'a ces oiseaulx sourt 

En geôles po de déduit; 

Hz sont tenuz crêpes et court *. 

Ceuls qui ont des champs le conduit . 20 

Vivent frans; franchise les duit, 

Et Pangeolé ^ pas ne vole, 

Qui pour yssir hors se deruit ^ : 

Je n'ay cure d'estre en geôle. 



LXXXI 



Autre alade. 

[Sur ce qui doit advenir] 
[1392.] 

PUIS que je voy né le fil de Tentant, 
Selon les diz et exposicions 
Des Prophètes, et Sebille qui sant 
Par esperit les grans avancions ^ ^ 
De ce monde les tribulacions 5 

Doivent fenir, et soubz le petit né 

I. Evancions. 

a. Se délecte. — b. Peut-être accroupis, presséô, à l'étroit 
c. L'emprisonné. — d. Se rend furieux, fait rage, détruit. — e. Les 
choses à venir. 



184 BALADES DE MORALITEZ 

Doit refleurir ^ saincte religions, 
Qu'ainsis est il pieça prédestiné. 

Fleur qui de fleur pure et nette descent, 
10 Sera de Dieu la vraie élections ig b 

Qui doit porter son ceptre en Orient; 

Du remenant des persecucions, 

Du règne saint sa consecracions 

Jérusalem la sera couronné 
i5 Et soubmettra païennes nascions, 

Qu'ainsi est il pieça prédestiné. 

O lui sera un saint pappe Innocent, 
Et soubz ces deux, la reformacions 
Des crestiens sera forte et puissant : 
20 Craindront ^ la loy, et les dissencions 
N'aront plus lieu, et nous esjouissons, 
Car assez tost seront noz maulx fine, 
Les grans pécheurs et leurs intencions ; 
Qu'ainsis est il pieça prédestiné. 



L^ENVOY 



2 5 Princes, je voy le nom du nom naiscent, 
Et rinnocent de Pinnocent cliné ^ 
Qui doit régner sires sur toute gent, 
Qu'ainsi est il pieça prédestiné. 



I. Flourir. — 2. Craindre. 
a. Descendu. 



BALADES DE MORALITEZ I 85 



LXXXII 



Balade *. 

[Eloge de la médiocrité.) 
[1392.] 

Ou hault sommet de la haulte montaigne 
Ne fait pas bon maison édifier, 
Que li grant vens ne la gaste et souspraingne ^ ; 
Ne ou bas lieu ne la doit pas lier : 
Car par eaues pourroit amolier * 5 

Le fondement et périr le merrien ^; 
Nulz ne se doit ne hault ne bas fier : 
Benoist de Dieu est qui tient le moien. 

Es grans estaz est haulte honeur mondaine 
Qu'^Envie tend par son vent trebuchier; 10 

Et la s'endort chascuns en gloire vaine, 
Mais en ce cas chiet honeur de legier ; 
Du hault en bas le convient abaissier. 
Et lors languist quant il dechiet du sien ; ' 
If) c Telz haulz estas sont de foible mortier : 1 5 

Benoist de Dieu est qui tient le moien. 

Ou lieu trop bas qui est assis en plaine 

Ne se doit nulz tenir pour mendier. 

Car povreté est reprouche certaine. 

Et si n'est homs qui vueille au povre aidier; 20 

*. Publiée par Tarbé, tome I, p. i3i. 

a. Surprenne. ~ b. Amollir. — • c. Le cœur du bois. 



l86 BALADES DE iVIORALITEZ 

Fay ta maison en un petit rochier 
Ne hault ne bas, et la vivras tu bien : 
En tous estas vueil dire et enscignier : 
Benoist de Dieu est qui tient le moien, 



LXXXIII 



Balade. 



[Pour vivre enpaixilfault être aveugle, sourd et muet.) 

[1392 >J 

/^*^ui veult vivre paisiblement 
V^ Sanz avoir péril de son corps, 
( Si ait gueule comme oliphant. 
Et com taupe les oeulx dehors, 
5 i Et n^oie ne c''uns harens sors 

S'il veult son corps et biens garder, 
Et face ainsi com s'il fust mors, 
Sanz veoir, oir ne parler. 

S'il oit de nulli parlement 
10 De toulte, d'injure ^ ou de tors, 

Face com le saiges serpent, 

Estoupe ses oreilles lors, 

Ne die mot pour les rappors 

Mauvais, trop lui pourroit grever, 
i5 Et soit en Dieu ses reconfors, 

Sanz veoir, oir ne parler. 

I. Injures. 



BALADES DE MORALITEZ 187 

Et s'il veoit aucunement 

Mauvestiez aux foibles des fors, 

Faire, seufre paciemment; 

Aux .XV. vins soit ses ressors : 20 

S'en lui dit : « Vois tu riens? — Je dors. » 

Sinon pour la vielle cesser ^ 

De rien dire, et en soit recors, 

Sanz veoir, n'oir, ne parler. 

L^ENVOY 

ig d Princes, ne puet avoir trésors 25 

Au jour d'ui, ne terre acquester 
Aucuns, s'il n'est sires trop fors, 
Sanz veoir, oir, ne parler. 



LXXXIV 



Autre Balade. 
[Souhaits aux marins.) 

1E vous souhaide entre vous, gens de mer. 
Qui avez chaut dedenz vostre galée. 
De ce bon vin frisque *, friant et cler 
Dont a la court est ma gueule arrousée, 
Poucins, perdriz, connims a la gelée, 
Et de ce pain legier de Carpentras, 
Lit et coissin, la lavande et blans draps, 

a. Empêcher. — b. Frais. 



l88 BALADES DE MORALITEZ 

Beau cueuvrechief pour couvrir vostre teste, 
Eaue douce, gésir liault et non bas; 
10 Qui ainsi fait, ce n'est pas sens de beste. 

Car vous estes en péril de tumer 
Souventefoiz en tempeste formée. 
Et lors vous fault en la soulte avaler. 
Gésir envers et la gueule baée, 

i5 Pour la pueur la ^ vomir mainte goûte, 
Le cul a bort mettre, crier : helas ! 
Le patron est en poupe souvent las, 
Qui doubte fort le vent et la tempeste. 
En requérant Dieu et saint Nicolas : 

20 Qui ainsi fait, ce n^est pas sens de beste. 

Le patron fait le timon gouverner : 
A ponge ^, a ourse est leur chançon chantée. 
Et proue fait les undes trescouper *; 
Deux mas y a, mainte antene aprestée, 
25 Becuit vireux ^^ et ~ poulz, puces et ras, 
Le vermical, les vers en Peaue a tas, 
Au mieulx venir un pou de char mal preste : 
A Paris sui en joie et en soûlas : 
Qui ainsi fait, ce n'est pas sens de beste. 



L^ENVOY 



3o Enfans, vueillez ici ^ tost aborder, 20 a 

Car la puet on mener et joie et feste. 
Viande et vin et tout bien recouvrer : 
Qui ainsi fait, ce n'est pas sens de beste. 

I. La manque. — 2. Et manque. — 3. Ici manque. 

a, A poge, à orse (poggia, orsa), c'est-à-dire arrive (laisse porter, 
viens au vent). En termes de galère, la poge était l'écoute, c'est-à- 
dire le point de la voile amarrée sous le vent. — b. F'cndrc. — 
c. Peut-être véreux. 



BALADES DE MORALITEZ 189 



LXXXV 



Balade '^ 

(Rigueurs des temps.) 
[1389.] 

101E, déduit, leesce, esbatement, 
Plaisir, dancier, douçour, ne congnoissance, 
Chanter, dancer, vivre amoureusement 
N^ont leur saison ou royaume de France, 
■ Fors que courroux, haine et desplaisance 5 

Et convoitier de Pun Tautre Favoir, 
Pour amasser or, joiaulx et finance : 
Tout ce vous fait Renommée sçavoir. 

Qui ne parle fors de nostre tourment, 

Et que nulz homs n^y va a souffisance 10 

Ne n^a regart a vray entendement. 

Ne a raison, ains toute la plaisance 

Est d^un chascun pour acquérir chevance, 

Et ne lai chaut comment la puisse avoir. 

Soit bien ou mal, par force ou par puissance : 1 5 

Tout ce vous fait Renommée sçavoir. 

Pour ce, vivent ^ pluseurs dolentement, 

Et sanz avoir nulle bonne espérance 

De bien venir ne vivre liement; 

Car, chascun jour, mal sur autre s^avance, 20 

I . Pour ce y vivent. 

a. Le refrain de cette Balade manque à la table. 



l()0 BALADES DE MORALITEZ 

Destruction, tristesce, oultrecuidance, 
Aussi orgueil; nul n^y fait son devoir, 
Dont advenir doit mainte pestillence : 
Tout ce vous fait Renommée sçavoir. 



l''envoy 



25 Prince, mettez sur ces poins ordonnance 
Que vous pouez a vostre oeul percevoir. 
Ou l'en vivra en grant désespérance : 
Tout ce vous fait Renommée sçavoir. 



LXXXVI 

Autre Balade. 
(Contre le duc de Lorraine.) 

DEPUIS la mort du vaillant Roy Basin ^ 20 b 
Qui de Thoringe avoit la seigneurie, 
Et du fleuve qui chiet dedenz le Rin 
Sur lequel chiet ^ la cité orgueillie 
Que duc Guerin ^ avoit a ^ seignourie, 
A son vivant et ^ fut sires clamez, 
Ne fut li temps si dolereus d'assez 
Pour la cité rebelle qui commence ^, 



1. La. — 2. En. 

a. Il s'agit du roi Basin de Thuringe, chez qui se réfugia Childc- 
rlc. -- b. Sied, est assise. — c. Guérin ou Garin de Metz est le 
héros d'une chanson de Geste. — d. Ce temps.... qui commence. 



BALADES DE MORALITEZ IQI 

Comme a présent approuche de touz lez 
Qu'elle sera mise a obéissance. lo 

Et revendra par un duc orphenin 

Qui domptera son orgueil et folie, 

Et par force la conquerra en fin, 

Tant par un Roy com par un duc d^Austrie ; 

Et si sera allez en Neutrie. i5 

Lors li grans vaulx sera de gens peuplez, 

Et d'autre part seront la assemblez 

Mains rebelles qui contresteront ^ ce; 

Mais au derrain plourra celle citez. 

Qu'elle sera mise a obéissance. 20 

La périront les .xii. en ce hutin ^, 
• Et maint autre soustenant leur partie. 
Quant ru du sang courra par le chemin ; 
Ainsi Fa dit pieça la prophecie, 
Et rasera celle cité unie 25 

Qui jadis fut aux seigneurs trespassez 
Portant Pescu de trois aigles bandez ^; 
En ce temps la aront les Bars ^ souffrance, 
Pour la ville yert Porphenin renommez, 
Qu'elle sera mise a obéissance. 3o 

l'*envoy 

Prince, je croy que li enfes est nez 
Qui doit en lui avoir ceste puissance 
De la ville; soiez reconfortez. 
Qu'elle sera mise en obéissance. 

I . Contrester en ce. 

a. Les douze pairs de la ville. — b. Ce sont les armes du duc de 
Lorraine : trois merlettes ou aiglons en bande. — c. Les BarSy 
poissons, armes du duc de Bar. 



192 BALADES DE MORALITEZ 



LXXXVII 

[Balade.] 
(Sur lui-même et sur son fils Gillet Deschamps.) 

JE puis assez comparer no labour 20 c 

A Turturus qui tous temps traveilla, 
.XXXVIII. ans servit dame Erambour^ 
Et pour son fait mainte grief nuit veilla; 
5 Mais en ce temps oncques rien n'acquesta, 

Ainçois toudis fut Turturus en place 
Vestu d'un sac et d'un pourpoint qu'il a : 
Autel est il de Gillet et d'Eustace ^. 

Ces deux toudis portent la paste au four, 
10 On envoie Fun ça, l'autre delà; 

Leurs maistres ont a eulx si grant amour 

Que ja estas donné ne leur sera; 

Mais s'ilz sont mors, on les advancera : 

A leur vivant leur fait Dieu belle grâce 
i5 Qu'après la mort l'exemple d'eulx courra : 

Autel est il de Gillet et d'Eustace. 

Las! cilz qui n'a servi c'un povre jour 
A advisé ce qu'il demandera. 
Et est meri par blandir son seignour ^. 
20 Benoist est il qui bien pour bien rendra, 
Et qui a tous fera ce qu'il vourra 

I. Trambour. — 2. Seigneur. 

a. Eustache Deschamps et son fils Gilles. 



BALADES DE MORALITEZ igS 

Estre a lui fait; autel a autre face, 
Adonc ce mot de dire cessera : 
Autel est il de Gillet et d'Eustace. 



l''envoy 



Princes, tel sert et toudis servira 25 

Qui ja n''ara homme qui bien lui face; 
Ainsi est il, ainsi fut et sera. 
Autel est il de Gillet et d'Eustace. 



LXXXVIII 



Balade. 
(En l'honneur de Marie de France, duchesse de Bar.) 



D 



u doubz vergier de toute douçour plain 
Vi planter hors une plante de lis. 
Qui en Barrois reprinst et fist son raim 
Long, grant et droit, et getta, ce m^est vis, - 
.VI. nobles flours pour repeupler pays, 5 

20 d Et tel douçour, ains qu'elle fut antée. 
Que de l'odeur fut chascuns esbahis 
Qu'elle sema, et en mainte contrée. 

De celle flour saillit au primerain 
Une autre flour, Yolent au cler vis : lo 

En Arragon rent s'odour soir et main; 
Et l'autre flour estoit pourtrais Henris 
De lettres d'or, de Marie maris 
T. 1 ' i3 



194 BALADES DE MORALITEZ 

Qui d^Aiigleterre est et de Coucy née : 
i5 Par ces flours sont mains peuples resjouis 
Qu^elle sema, et en mainte contrée. 

La tierce flour jetta racine et grain 
A Anghien, Pliilippe estoit escrips; 
Charles après et Marie que j^aim, 
20 Et toute Bonne, ange de paradis. 

Belle en tous cas et courtoise en ses dis; 
Cilz trois derrain n^ont racine gettée, 
Mais par les flours yert chascuns replenis 
Qu'elle sema, et en mainte contrée. 

L^ENVOY 

2 5 Princes, la flour qui tant doit avoir pris 
Est Marie, fille de Roy clamée. 
Qui par ses flours a François resjouis 
Qu'elle sema, et en mainte contrée. 



LXXXIX 

Autre Balade *. 
(Sur le même sujet.) 

EN un vergier d'une flour de lis nestre 
Vi .X. branches, chascune a flour de lis; 
En divers lieus et chascune son estre 

*. Publiée par Tarbé, tome I p. j3j. 



BALADES DE MORALITEZ IQD 

Et en ses flours ot divers noms escrips; 

En Tune avoit Yolant, qui a prins 5 

En Arragon son siège ou est plentée; 

En Tautre flour sera par lettre Henris : 

La maistre fleur doit moult estre honourée. 

Car d'empereurs a destre et a senestre 
Est celle fleur de Roys, d'empereris, lo 

21 a Qui le Bar d'or voult de ses flours repestre, 
La droicte flour qui a Coucy saillis, 
A Anghien Philippes, ce m'est vis; 
Charles encor n'a prins bont ne volée, 
Marie yra a Namur; pour ce dis : i5 

La maistre flour doit moult estre honourée. 

Bonne est après au viaire celestre, 

Douce et plaisant ange de paradis, 

La sixte flour, Jehanne furent sa destre 

Puis Odouart, Yolend et Loys; 20 

Toutes ces flours feront en maint pais 

Croistre leur nom, flourir leur renommée, 

Dont je conclus qu'entre toutes ^ ses dis 

La maistre flour doit moult estre honourée. 



l'envoy 



Princes, bien doit li noms estre chieris 2 5 

De Marie, fille de France née; 

Quant sa suite va en tant de pais, 

La maistre flour doit moult estre honourée. 



I. Tous. 



IC)6 BALADES DE MORALITEZ 



XG 

Autre Balade. 
[Demande du paiement de ses gages.) 

PRES a d^un an que je sui messagier 
Et que toudis ay la boiste ^ portée, 
Lettres aussi, et souffert maint dangier 
Pour ii'^ frans en la haulte contrée; 
5 Souvent y ay fait yssue et entrée, 

Mais en un point y est toudis mon fait : 
Quant plus y vois et moins sçay c^om y fait. 

Or ne me sçay plus a qui adrecier, 
Ceuls ou je vois ont fortresce changée; 
10 Comme Dieu font qui s^ala remucier ^, 
Car nulz ne scet leur venue ou alée, 
Et si les quier toute jour ajournée : 
Ou diable puet or estre leur retrait? 
Quant plus y vois et moins sçay qu'on y fait. 

1 5 Si me fauldra ma poursuite laissier, 

Ma lettre aussi qui est vérifiée, 2i b 

Car je n'ay plus maaille ^ ne denier; 

A poursuir ma finance est usée. 

Mes deux seigneurs, faittes que délivrée 
20 Soit ma somme, sanz plus faire Faguait; 

Quant plus y vois, et moins sçe c'on y fait. 

I. Maille. 

a. L boîte qui renfermait les lettres, — b. Se cacher. 



BALADES DE MORALITEZ I 97 



XCI 

Autre Balade. 
[L'homme doit toujours être vrai.) 

FAIRE semblant d'une chose vouloir 
Et en derrier ordonner le contraire 
Ne fait mie les cuers des gens avoir; 
Ainçois les fait de vraie amour retraire; 
Dire une chose et puis une autre faire 5 

A bouche et cuer n'est pas bien concordable ; 
Se le cuer ment, la bouche se doit taire : 
En tous temps doit homme estre véritable, 

Ne par mentir ne doit nul décevoir, 

Vérité doit garder en son affaire; 10 

S'il promet rien, s'en face son devoir ; 

Ne mente ja, ainçois se laist detraire, 

Car Vérité, qui est le droit aumaire 

De toute loy, veult toudis estre estable 

Sanz mal quérir, n'a nul angle contraire : ' i5 

En tous temps doit homme estre véritable. 

Mentir si est, quant cuer fait esmouvoir 
Bouche a parler et monstrer doulz viaire 
D'aucun ottroy que cuer veult remouvoir : 
Lors ment le cuer, qui est propriétaire, 20 

Quant par bouche promet, et veult deffaire 
Ce que dit a : il est droit mensongable ^. 



a. Menteur. 



igS BALADES DE MORALITEZ 

Gardons nous tous d'encourre en tel affaire 
En tous temps doit homme estre véritable. 



L^ENVOY 



1 5 Prince, la loy nous fait a tous sçavoir 
Que Vérité doit estre pardurable 
Et que chascuns la doit prandre et avoir : 
En tous temps doit homme estre véritable. 21c 



XCII 

Balade. 
[Savoir discerner ce que chacun sait faire.] 

EsBAHis sui, et ce n^est pas merveille, 
Comment les gens sont si descongneu 
Que l'un n'oit bien puis qu'il a bonne oreille, 
L'autre a bon oeul et si n'a rien veu; 
5 Maint ont aprins et si n'ont riens sceu, 

Quant selon droit font de bien le contraire; 

Par Foui Plaisir sont souvent deceu : 

Bon congnoistre fait que chascun scet faire ^. 

Cellui qui dort a plus que cilz qui veille, 
10 Le reposant a plus que son deu; 

Le bien n'a pas toudis cilz qui traveille : 
Sçavez pour quoi? Car il n'a pas pieu. 
Le saige clerc qui science a leu 

a. II fait bon connaître ce que chacun sait faire. 



BALADES DE MORALITEZ 1 99 

N^a pas a lui grâce sceu atraire. 

Pourquoy? Pour ce que bien n'est congneu : i5 

Bon congnoistre fait que chascuns scet faire. 

Entendemens et Vérité sommeille, 

Blandir, Mentir ont leur règne acreu 

Et Foui Plaisir de régner s'appareille, 

Qui de pieça Malice a conceu; 20 

Euvrent les oeulx ceuls qui ne Font sceu, 

Haucent les bons, les chetis facent taire. 

Lors seront il saige et bien pourveu : 

Bon congnoistre fait que chascun scet faire. 

L^ENVOY 

Prince, li bon doivent estre esleu, 25 

Le bien avoir, et a tous doivent plaire, 

Et les chetis soient inpourveu : 

Bon congnoistre fait que chascun scet faire. 



XCIII 



Autre Balade. 

(// est temps de faire la paix.) 

'enez a moy, li hault prince ancien, 
.IX. hommes preux, et ^ .ix. femmes de terre. 
Trois Sarrasin, trois Juif, trois Crestien : 
21 d Hector le fort, Alixandrc a conquerre. 



V 



1. Et manque. 



200 BALADES DE MORALITEZ 

5 JuUes César, alez Josué querre, 

David aussi, Judas Machabeus, 
Charlemaine, Godefroy et Arthus 
Pour traictié faire entre le Franc et FAngle ^, 
Car ^ par eulx deux sont mains pais perdus : 

10 Des or fust temps d'avoir paix, ce me semble. 

Semiramis avecques ces preux vien, 
Deyphile, Marsopye o lui erre, 
Synoppe après, Panthasilée tien, 
Tantha que j'aim, va Thamaris requerre, 

i5 Yppolite, Menalope desserre, 

Toutes et touz .xvni. saillez sus, 
Mettez raison et le droit au dessus, 
Et ne vueillez soustenir le triangle ^. 
Qui tort ara, monstrez li voz vertus : 

20 Des or fust temps d'avoir paix, ce me semble ^ 

En cest estât n'a le monde nul bien ; 
A ce coup ci faittes ou paix ou guerre : 
A Fun des deux ne doit demourer rien; 
Se la paix n'est, vé a toy ^, Angleterre ! 

2 5 Car tu ne doiz contre raison acquerre. 

Voy en Merlin, saiche que dit li Bruths: 
Par Orgueil fut li mondes confundus. 
Diable '^ en devint Lucifer qui fut ange ; 
Acorde toy, ou tes noms yert conclus : 

3o Des or fust temps d'avoir paix, ce me semble *, 



l'envoy 



Nobles princes, Roys, empereurs cremus, 

I. Car manque. — a. Me semble manque . — 3. Diables. 

a. L'Anglais. — b. Parlant des guerres de la France et de l'An- 
gleterre, par opposition au Droit. — c. Du latin vce tibi. 



BALADES DE MORALITEZ 201 

Roines, dames, pour moy soiez ensemble ; 
Je vueil raison, soiez donc mes escus ^ : 
Des or fust temps d^avoir paix, ce me semble. 



XCIV 



A 



Autre Balade *. 

{Contre la ville de Gand.) 
[i382.] 

RBRES d'orgueil, plante d^iniquité 
Et racine de toute traison, 
22 a Branches aussi de toute fausseté, 

Fueilles, fleur, fruit, de contradicion 

Cause, moment de grant rébellion, 5 

De Canaam, Caym et Judas née, 

D^eresie contre Dieu forsenée. 

Ingrate en tout que Lucifer atent, 

Dieux contre toy a sentence donnée : 

Avise toy, fausse ville de Gand. . lo 

Contre ton Dieu pour Tîntrux as esté, 

Contre ton Roy fait conspiracion. 

Ne tu n'as pas ton droit seigneur doubté 

Duquel tu dois estre en subjection; 

Corps, ville et biens en confiscacion i5 

Sont envers lui, selon loy ordonnée, 

*. Publiée par Tarbé, tome I, p. 5g. 

a. Protecteurs, défenseurs, mon égide. 



202 BALADES DE MORAUTEZ 

Par ton meffait, a autre f es baillée; 
Destruis serez du petit au plus grant, 
Ton nom pery, com rebelle yes salée ^ : 
20 Avise toy, fausse ville de Gand. 

Mainte fois as faitte desloiauté 

A tes seigneurs et a ta région, 

Et maint pais instruit et enhorté 

A leurs princes faire sedicion; 
25 Dieux, par le Roy, en prant pugnicion. 

A Rosebech, enmy vostre contrée, 

Pou vous valu d'Artevelle l'armée, 

.XXVI. mille mourant sur le champ; 

Vous arez pis ains que passe Tannée : 
3o Avise toy, fausse ville de Gant. 

l''envoy 

Princes, n^atten ne yver ne esté. 
Mais couppe Tarbre ou cilz mauvais fruit pant, 
Et lors sera ton jardin essarté * ; 
Mieulx vault un lieu seul estre déserté, 
35 Que le laissier régner en tel bobant ^\ 
Tu as raison, se bien m'as escouté : 
Avise toy, fausse ville de Gand. 

a. Peut-être allusion à l'usage de semer du sel sur les ruines d'une 
ville rebelle que Ton a rasée. — b. Deffriché. — c. Orgueil. 



BALADES DE MORALITEZ 203 



xcv 

[Balade.] 

(// ny a que folles et fous au monde.) 

'^ ^ /'^ UANT uns homs a jeunes esté 
Vs^Et la vieillesce le sousprant, 
Lors, pour son ancienneté, 
Devient moins qu^en estât d'enfant. 
Et assoté, legierement 5 

Toudis parle, sanz vray propos, 
Et s'en va ainsi deffinent : 
Je ne voy que foies et folz. 

Le monde a la propriété 

De ce vieillart : trop innocent lo 

Fut après sa nativité, 

Et puis fut saiges' longuement, 

Justicier, vertueus, vaillant; 

Or est lasches, chetis et molz, 

Vieulx, convoiteus et mal parlant : - 1 5 

Je ne voy que foies et folz. 

La fin s'approuche, en vérité, 

De tout aage et chose vivant ; 

Le sens n'a nulle auttorité. 

Mais sotie est bien apparant : 20 

Car chascun pour son plaisir prant 

Et veult avoir sotes et sos; 

Tout va mal : pour ce, en concluant, 

Je ne voy que foies et folz. 



204 BALADES DE MORALITEZ 



L ENVOY 



25 Princes, qui a saiges hanté 

Et les vaillans, bien dire Pos, 
Laissier doit tel chetiveté : 
Je ne voy que foies et folz. 



XCVI 



Balade. 
{Les anciens valaient mieux que nous.) 

HUMILITÉ, Honnour, Largesce, 
Senz, Loyaulté et Prodommie, 
Vertu, Congnoissance, Prouesce, 
Amour, Pitié et Saincte Vie, 
5 Craimte de Dieu, et Seignourie 

Furent jadis es anciens ; 

Souffisance leur fut amie, 22 c 

Et pour ce eurent ilz pluseurs biens. 

UEglise fut en grant hautesce, 
10 Le Peuple ne s^orgueillit mie. 

Pour ces deux combatoit Noblesce, 

En lui n'avoit lors Tirannie; 

Li uns n'avoit sur l'autre envie, 

Uon ne pilloit ne tuoit riens, 
i5 Entr'eulx fut Justice establic. 

Et pour ce eurent ilz pluseurs biens. 



BALADES DE MORALITEZ 205 

Or voy Deshonour et Paresce, 

Traison régner et Boidie ^^ 

Convoitise la larronesse, 

Descongnoissance et Menterie, 20 

Desloyauté, Barat, Folie, 

Haine entre les Crestiens ; 

Les bons tindrent meilleur partie : 

Et pour ce eurent ilz plus de biens. 

l'envoy 

Princes, les vertus, quoy qu'on die, 25 

Tindrent Grec, Hébreu et Payens, 

Et Crestiens d'anceserie, 

Et pour ce eurent ilz pluseurs biens. 



b 



XCVH 

Balade. 
[Vanité des remontrances.) 

IE ne finay depuis longtemps 
De ramentevoir les vertus, 
Des vices blâmer, et les sens 
De mon pouoir remettre sus : 
Et lors vint a moy un bossus 
Qui me dit : « Dieu gart le varlet 



a. Tromperie. 



20b BALADES DE MORALITEZ 

Qui prant les asnes a la glus ^ ! 
Tu bas bien l'eaue d'un pilet ^. 

« Veulz tu du doy arer les champs ^? 
10 Veulz tu planter bois de festus ^? 

Au cul de Tasne fais tes chans ^; 

Tu bas froit fer, tu ^ es déçus; 22 d 

Tu chantes comme li cucus/ 

Qui s'estonne et gaste son plet; 
1 5 Tais toy, des or ne chante plus : 

Tu bas bien Peaue d'un pilet. 

« Veuls tu faire loups ^ innocens 
Et que les eufs soient velus S' ? 
Veulz tu les petis faire grans 
20 Et les saiges des malostrus? 

Parle, tes parlers est perdus. 
Autant vault le vent d'un souflet; 
L'en t'oit bien, c'est tout; si conclus : 
Tu bas bien l'eaue d'un pilet. » 



l'envoy 



25 Princes, quant cilz la se fut teus, 

Et j'oy bien pensé a mon fet, 
Vray il me '^ dist, et bien congnus : 
Tu bas bien l'eaue d'un pilet. 

I. Ou tu es decu. — 2 . Les loups. — 3. Lue. 

a. Proverbe. — b. Battre l'eau avec un pilon. — c. Veux-tu labou- 
rer avec le doigt. — d. Brin de bois. — e. Proverbe.— /. Coucou. 
— g. Proverbe. 



BALADES DE MORALITEZ 



XCXVIII 



Autre Balade. 
( Vices des temps.) 

[iSgo.] 

DEPUIS le temps du grant Hermogenès 
Qui saiges clers tut en philosophie, 
De Virgile, Platon, Dyogenès, 
De Philemon qui ot grant estudie, 
Et d'Ypocras jugens phillosomie ^, 5 

Et du prince souverain phillosophe 
Qu'Alixandres appelloit Aristote, 
En nature ne fut si grant estrif 
Comme a présent, ne si dure riote : 
Car chascun fault prandre un restraintif ^. lo 

Pour ce que trop ont fait les corps d'excès. 

Le temps passé, et de gourmenderie, 

Et se sont fait servir de trop de mes. 

Dont encouru ont mainte maladie : 

Les uns vuidier a fallu en partie, , 1 5 

Autres serrer ; Fun meurt et Tautre assote. 

Mains languereus en sont en tele flote ^ 

Qui pas queru n'ont, leur confortatif, 

Creu les expers, dont ventre si leur flote ^, 

Car chascun faut prandre un restraintif. 20 

Les viandes et ces grans delis fès 



a. Physionomie, — b. Astringent. — c. Languissants sont en 
telle troupe. — d. Baloite. 



208 BALADES DE MORALITEZ 

Puis comparer a mainte seigneurie, 

Et aux prelas atout leurs grans bufès, 

Aux ^ officiers, a la chevalerie 
25 Aux serviteurs qui ont par leur folie 

Prins grans estas, de quoy maint saige moque. 

Laissier leur fault, et prandre tele ^ cote 

Qu'avoir devront, ou ilz seront chetif ; 

Nécessité leur fait oir tel note, 
3o Car chascun fault prandre un restraintif. 



l'envoy 



Princes, mieulx vault encor tart que jamais 
En son grant mal prandre un mitigatif ^, 
Pour moins grever son ame et ses subgiès; 
Car chascun fault prandre un restraintif. 



XCIX 



Balade. 
(Conseils donnés par Arîstote à Alexandre.) 

AMEZ les bons, donnez aux soufraitteus, 
Soiez larges ou il appartendra. 
Durs aux mauvais et aux povres piteus. 
Et restraingnez quant temps le requerra; 
Saichez a qui vostre don se fera 

I. Aux manque. — 2. Tel. 
a. Adoucissant. 



BALADES DE MORALITEZ 200 

Et se cilz a desservi pour Tavoir; 

Du bien commun faictes vostre devoir : 

A ce devriez sur toutes choses tendre, 

Car tous ces poins fist jadis assavoir 

Aristote au grant roy Alixandre.. lo 

De Dieu soiez en tous temps cremeteus ^, 

Amez, servez, et il vous secourra ; 

Gardez la loy et justice a tous ceuls 

Et a cellui qui contre offensera 

Sanz espargnier; chascun vous doubtera ; i5 

Ne convoitiez de voz subgiez Tavoir, 

Vo parlers soit toudis trouvé en voir, 

Faictes aux grans et petiz leur droit rendre ; 

Car tous ces poinz fist jadis assavoir 

Aristote au grant roy Alixandre. 20 

Encor lui dist : « Ne soies pareceus, 

Mais diligens quant il le convendra ; 

Saiges tenez anciens et les preus 

En chascun art, et ce vous aidera 

A gouverner, si que nul ne pourra 25 

Vostre règne grever ne décevoir. 

Vous, voz subgiez ferés riches d'avoir 

Et de bon nom que chascuns homs doit prandre.» 

Car tous ces poins fist jadis assavoir 

Aristote au grant roy Alixandre. 3o 



L^ÈNVOY 



Princes, ces poins tint cilz Roy et ama, 
Qui tout le monde obtint et subjuga 
Et d'ensuir les vertus fut vray hoir; 
Si devez bien, pour vous faire valoir 



a. Craintif. 
T. I 



14 



2 10 , BALADES DE MORALITEZ 

35 Et vo renom, telz paroules entendre, 
Car tous ces poins list jadis assavoir 
Aristote au grant roy Alixandre. 



Autre Balade. 
(Inutilité de sermonner les méchants.) 

TROP me merveil de rude entendement 
Qui oit et voit, et si ne veult entendre 
Ce que je di et pour son sauvement. 

— Vous estes sot qui le cuidez aprandre ; 
5 Congnoissance Fa de tous fait le mendre ; 

Il vous oit bien, mais il ne lui en chaut, 
Autant vaudroit batre son cul au chaut ^. 
Ou enseignier a harper dix mules ^ 
Que de parler a lui ne bas ne hault : 
10 Chantez a Pasne, il vous fera des pès. 

— Que dictes vous? Vous parlez folement; 

Ne doit pas homs a toutes vertus tendre 23 c 

Et eschiver les vices telement 
Que de nul mal ne se face reprandre? 
i5 Esperit a de raison ; si doit tendre 

Aux biens de Dieu; la regarder le fault; 
Beste bruthe sanz esperit default 
De ce regart, en terre est touz ses fès. 

a et b. Proverbes. 



BALADES DE MORALITEZ 2 I I 

— Cest bien romflé ^ ; vostre preschier n'y vault. 
Chantez a Fasne, il vous fera des pès. 20 

Pourrez vous bien le cours du firmament 
Faire muer? eaue devenir cendre, 
tt d'un pourcel créer une jument, 
Et faire Dieu en la terre descendre? 

— Certes nenil. — Néant plus entreprandre 25 
Ne devez vous a rude cuer l'assaut; 

Par l'une entre, par l'autre oreille sault * 
Ce qu'on lui dit, n'est que riote et plès; 
Depportez vous d'enseignier tel vassaut <^ : 
Chantez a l'asne, il vous fera des pès. 3o 

l'envoy 

Princes, cil pert les biens qui veult comprandre 
A homme sourt d'enseigner loing ne prés; 
A rude engin ne doit son sens estandre : 
Chantez a Tasne, il vous fera des pès. 

a. Parlé, sermonné.— b. Proverbe. — c. Chevalier, vassal. 



2 12 BALADES DE MORALITEZ 



CI 



Balade. 



fCe qu'il faut demander à Dieu.) 
[1392.] 

Au souverain (c'est Dieu, qui tout créa) 
Requiert Pité et supplie humblement 
Que trois choses qui ne sont par deçà 
Vueille envoier pour bon gouvernement : 
5 Congnoissance qui fault premièrement, 

Et Vérité qui ne s'ose apparoir, 
Et Justice qui se faint laidement, 
Dont bons ne puet au monde bien avoir. 

Car qui ces trois en cest estât tendra, 
10 Considéré que Janglerie ^ ment. 

Et que ja bons essauciez ne sera, 28 d 

Ne Vérité congneue proprement, 

Ne Justice ne fera justement, 

Lors verrez vous toute honeur remouvoir 
1 5 Et inmuer ^ le cours du firmament. 

Dont bons ne puet au monde bien avoir. 

Beneis soit donc qui ci regardera; 
Tu, Roy des Rois, donne Tentendement 
D'avoir ces trois qui avoir les vouldra; 
20 A un chascun qui fera autrement, 

a. Hâblerie. — b. Changer. 



BALADES DE MORALITEZ 2 I 3 

Tout périra par ton droit jugement : 
L'en en voit ja les vraiz signes paroir, 
Car les pécheurs régnent communément, 
Dont bons ne puet au monde bien avoir. 

l'envoy 

Prince des cieuls, je voy tout clerement 25 

Que mains faignent et n'osent dire voir, 
Pour la paour de paine et de tourment, 
Dont bons ne puet au monde bien avoir. 



Cil 



Balade, 

fOn doit être mesuré dans la joie comme dans la 
douleur.) 

TROP esjouir, ne trop desconforter 
Ne se doit homs pour chose qu'il aviengne, 
Mais doit tous cas tresconstamment porter; 
Du bien n'esjouit, ne du mal ne se plaingne, 
Car Fortune, qui a en son demaine 5 

Les cas soudains, mue soudainement 
Leesse en plour, et dueil en joie maine : 
Ainsi le voit chascuns communément. 

Ne nulz ne puet ce monde conquester, 

Ny tenir sien nulle chose certaine, lo 

Se plus puissans lui veult touldre et oster. 



214 BALADES DE MORALITEZ 

Et s'est tele la fortune mondaine 
Que nulz n'y a riens sanz traveil et painc; 
Mais au garder fault bon gouvernement, 
i5 Sens et advis, pour fortune soudaine : 

Ainsi le voit chascun communément. 24 a 

Des oeuvres doit homs la lin regarder, 
Paravant ce que nulle chose empraingne ^, 
Qu'il ait cause de son fait achever, 
20 Qu'il tende a bien, que de Dieu lui souvieingne -. 
Se mal lui vient, com le bien en gré praingne ^, 
Et bien et mal porte ensemble egaument : 
Homs confortez vaint fortune incertaine ^, 
Ainsi le voit chascun communément. 



cm 



Autre Balade. 



(Demande de harnois pour la tour de Fismes) 

[i388.] 

DE tous les biens qu'on pourroit souhaidier, 
Ne qu'il convient a fortresce ^ deffendrc, 
Ne sçaroit pas un trestout seul trouver 
Homs, quel qu'il soit, se l'en le devoit pendre 
Ou fort que j'ay; a ce vueillez entendre 



I. Emprangne. — 2. Souviengne. — 3. Prangnc. — 4 Forteresce. 
a Proverbe. 



BALADES DE MORALITEZ 2 1 5 

Tant que j'aye de Tarmure d'escrimes. 
Dont je seray tenu de compte rendre, 
Quatre bernois pour vostre tour de Fymes. 

Encor fault bien, pour icelle garder, 

Arbalestes .nn. de ma partprandre; lo 

Plaise vous en la lettre commander 

Avec le trait ^ : a celle fin vueil tendre. 

Quant g y entray il n''y avoit que cendre, 

Puces et ras faisoient de leurs dens lymes ; 

Si me fault bien, et ne puis plus attendre, 1 5 

Quatre bernois pour votre tour de Fymes. 

Dieux ! que li lieux est beaux a regarder ! 
. Fumiere * y a, dont il est plus noir qu"'encre ; 
Mais saint Pierre <^ s'i est fait apporter, 
Sur les creniaulx veult son pouoir estendre; 20 
Qui la se tient, si oeul deviennent tendre 
Car en plourant s'i font piteuses rymes ^ : 
Si vous suppli que j'aye sanz reprandre 
Quatre bernois pour vostre tour de Fymes. 

a. Qu'il vous en plaise dresser la liste, mander par lettre et y 
ajouter, les traits, les carreaux, ou flèches nécessaires. — b. Peut- 
être cheminée, — c. Pour y pleurer, allusion aux larmes de saint 
Pierre. — d. A cause de la fumée. 



2l6 BALADES DE MORALITEZ 



CIV 



24 h [Balade.] 

(Il ne faut demander que la grâce de Dieu, le vivre 
et le couvert) 

QUI congnoistroit les grans labours mondains 
Et les perilz qui sont es grans estas, 
Les granz péchiez dont li mondes est plains, 
Et Paage brief incertain en tous cas, 
5 Les envies, tristesces et debas 

Que les bons ont, la paine et le tourment 
Deu aux mauvais, il requerroit embas 
Grâce de Dieu, vivre, et son vestement. 

Mais au jour dMi li linages humains 

10 Ne désire fors richesces a tas. 

Monter en hault, tout tenir en ses mains, 
Estre honouré, et ne regarde pas 
Qu'a coup soudain Fortune le fait cas ^, 
Et de hault chiet trop perilleusement. 

i5 Regardons cy; chascun souffise, helas ! 
Grâce de Dieu, vivre et son vestement. 

Homs, enten ci, et soies tout certains 
Que plus vray n'est de ce que tu mourras ; 
Renom, guerdon\ nul n'a plus, mais bien mains; 
20 Renom aux hoirs, guerdon ^ emporteras 

1 et 2. Guerredon. 
a Le brise, le casse. 



BALADES DE MORALITEZ 2\J 

Se tu faiz bien ; par mal te dampneras : 
Pran le meilleur et vi moiennement ; 
Souffire doit a chascun, s'il n'est las, 
Grâce de Dieu, vivre, et son vestement 



CV 



Autre Balade *. 

(Violences des routiers.' 
[i377 ou i38o.] 

1E ne sçay qui aura le nom 
Dealer par les champs désormais; 
Un temps vi qu'englés et gascon ^ 
Parloient tuit et clers et lais : 
« San capdet » et « Saint George m'aist ^ * ! » 5 
Adonc estoient en usaige 
Et redoubtez par leurs meffais : 
Toudis vient un nouvel langaige. 

Apres ces deux vindrent Breton, 

Des autres ne tint Ten plus plais; lo 

Trop acrurent ceuls leur renom. 

Et n'oissiez dire jamais 

Fors qu' « a Dieu le veu <^ » en touz fais ; 

* . Publiée par Tarbé, tome II, p. 23. 

I. Mais. 

a. Que clercs et laïques parlaient anglais et gascon. — b. « Saint 
Chef et Saint George m'aide. » — c. Je le voue à Dieu, 



2l8 BALADES DE MORALITEZ 

N'y avoit si foui ne si saige 
1 5 Qui ne fust Bretons contrefais ; 

Toudis vient un nouvel langaige. 

Oubliez sont, plus n'y fait bon, 
Il est de leur langaige paix ^ ; 
L'en ne parle que bourgoignon : 
20 « Je regny dé ^. » Voi ce. Or fais 

Demande qui sont plus parfais 
A bien raençonner un mesnaige ^ 
De ces .iiii., dont je me tays : 
Toudis vient un nouvel langaige. 



l'envoy 



25 Prince, quelz gens aront le don, 

Cy après, d'avoir l'eritaige 
De possider cil tiltre ou nom? 
Toudis vient un nouvel langaige. 



a. Cesse, fin, — b. Juron des Bourguignons, d'où notre Jarny. 
— c. Or, je demande lequel est plus habile à rançonner de ces qua- 
tre. 



BALADES DE MORALITEZ 219 



CVI 

Balade *. 
(Mieux vaut honneur que honteuse richesse), 

QUI puet vivre de son loial labour, 
De Part qu^il a, ou de sa revenue 
:5ans excéder, il vit a grand honour, 
Car sa vie est de tous bonne tenue, 
Puis qu'il ne toult, qu'il ne ravit ou tue 5 

Et que tousjours a loyaulté s'adresce, 
N'aquiere ja chevance malostrue : 
Mieulx vault honeur que honteuse richesce. 

Car riche faulx n'a fors que deshonour. 

En un moment est sa terre perdue, i o 

Et ses péchiez fait muer sa coulour, 

Que l'en perçoit sa grant desconvenue; 

Il n'ose aler teste levée et nue 

Pour son meffait, ainz vers terre s'apresse, 

Mas et honteus comme une beste mue : i5 

Mieulx vault honnour que honteuse ^ richesce. 

Car puis qu'uns homs ara fait un faulx tour , 

Monstrez sera au doit parmi la rue; 

Et lors ne fait que quérir un destour 

Pour lui mucier, car son pechié l'argue ; 20 

Povres loyaulx tient son chief vers la nue, 

*. Publiée par Crapelet,p. 14. 
I. Honteuse manque. 



220 BALADES DE MOR ALITEZ 



Homme ne craint, car honte ne le blesce. 

Geste chose soit de tous retenue : 

Mieulz vault honeur que honteuse ^ richesce. 



l'envoy 



25 Princes, prodoms puet de nuit et de jour 
Aler partout; sa teste lieve et dresce; 
Mais desloiaulx ne quiert que tenebrour : 
Mieulx vault honour que honteuse ~ richesce. 



CVII 



Balade. 

(Des quatre fléaux qui annoncent la fin du monde) 

[1392.] 

QUANT élément sont en conclusion 
De ce monde mettre a fin dolereuse, 
Pourlîoz péchiez, pour no pugnicion. 
Pour nostre orgueil et vie convoiteuse, 
5 Et pour la loy sainctisme et glorieuse 

Que nulz ne craimt, mais la destruit et mine, 
Chascuns mauvais suit ^ sentence doubteuse : 
Mortalité, tempest, guerre et famine. 

Prophecie est et constellacion, 
10 Et loy de Dieu, justice non crueuse, 

I et 2. Honteuse manque. — 3. Ensuit. 



BALADES DE MORALITEZ 221 

(Levitique fait de ce mencionj, 

Aux bons promet tout bien, vie joieuse 

Et aux mauvais dolente et paoureuse 

Qui ses commans ne gardent a la ligne ; 

A telle gent donrra maleureuse 1 5 

Mortalité, tempest, guerre et famine, 

Dont nous veons la preparacion : 
L'air nous esmuet guerre tresmerveilleuse, 
Tempest aussi et Tinundacion, 
Famine grant et la terre plugeuse ^; 20 

25 a Ne germera que chose perileuse 

Dont les vivans mourront en brief termine; 
Ainsis la fin amainent haineuse 
Mortalité, tempest, guerre et famine. 

l'envoy 

Prince, je tiens selon m^opinion 2 5 

Que se pitié vers Dieu noz cuers n'encline, 
Que du monde feront finicion 
Mortalité, tempest, guerre et famine. 

a. Pluvieuse. 



2 22 PALADES DE MORALITEZ 



CVIII 

Balade. 
(Il faut laisser la vanité pour les vertus.) 

TOUTE chose qui en joie commence 
Se defenist et par forme de plour, 
Si me merveil pour quoy chascun n'y pence : 
Car regardez noces de grant atour : 
5 Le premier mort, c'est tout dueul et tristour, 

Des .II. costez est chascun noir vestus; 
De guerre autel, tournay, jouste ou estour. 
Que ne laissons vanité pour vertus? 

On se destruit pour un pou de plaisance 
lo Ou nul bien n'a fors sotie et folour. 

Orgueil de cuer, vaine gloire et despence 
Que les chetis veulent nommer honnour. 
Ou chascun pert ; du bien commun Famour 
Cesse et perist, dont maint sont malostrus ; 
1 5 Jouste et tournois en guerre n'est qu'errour ; 
Que ne laissons vanité pour vertus? 

Frère et cousin Tun contre l'autre lance, 
Par envie frappent et font maint tour ; 
A terre vont par un dur coup de lance, 
20 A ce faire s'afolent li plusour ; 

Celle joie leur mue en grant dolour 
Dont ilz furent au premier revestus ; 
Et quant ilz ont dommaige et deshonour, 
Que ne laissons vanité pour vertus? 



BALADES DE MORALITEZ 22 3 



L^ENVOY 

25 b Prince, qui a guerre a quelque seigneur 25 

Ne doit penser fors d'en estre au dessus : 
S'autrement fait, il en a du piour; 
Que ne laissons vanitez pour vertus? 



CIX 

Autre Balade. 
(Iljaut s'exercer d'avance à la guerre.) 

JousTEs, tournois, luttes et ^ bouhourdis ^, 
Pierre jetter, les escuz, Fescremie * 
Acoustumez des Anciens jadis. 
En temps de pais furent, n'en doubtez mie, 
Pour exercer fait de chevalerie, 5 

Chacer, voler : pour ce, se temps de guerre 
Leur retournast, qu'ils sceussent l'envaye,. 
Et en tous cas leurs ennemis requerre ; 

Et ne feussent lasches n'engourdelis ^, 

Mais fors et preux, et, a chiere hardie, lo 

Receussent leurs guerreeurs ^ toudis, 

Sanz trop avoir fait des armes Toublie. 

t Et manque. 

a. Attaque et défense de forts simulés. — b. L'escrime. — c. En- 
gourdie. — d. Ennemis. 



224 BALADES DE MORALITEZ 

Ceuls d'Athènes et ceuls ^ de Rommenie ^ 
Firent entr"'eulx ainsi pour los acquerre, 
1 5 Et aloient, touz les jours de leur vie 

Et en tous cas, leurs ennemis requerre. 

Par ce ne fault, a ceuls qui sont requis 
Et qui guerre ont, chacer ne volerie, 
Dancer, jouster ne querre leurs delis, 
20 C'om le tiendroit en tous lieux a folie; 
Princes garder leur peuple a chiere lie 
Doivent sur tout, et chacer de leur terre 
A leur pouoir et par leur seignourie 
Et en tous cas leurs ennemis requerre. 



l''envoy 



2 5 Princes jamais ne soient ententis. 

Puis que guerre ont, fors que "^ d'onnour acquerre, 
Voisent com preux cerchier leurs ennemis, 
Et en tous cas leurs ennemis requerre. 

I Cq\i\s manque. — 2, Q^ac manque, 
a. De Rome. 



BALADES DE MORALITEZ 2 25 



ex 



Autre Balade. 
(La loy souvent contraire à la nature.) 

2^ ^ A ^^^^ ^^^ ^^^ ^^^^ P^^ Droit ordonnée, 

Xjl Vivoit chascuns en franchise commune ; 
Nature estoit lors si franche donnée 
Que par Amours amoit chascuns chascune, 
• Et se gardoit de faire desplaisir 5 

L'un a Tautre; chascuns avoit plaisir 
De soy monstrer vray ami et amie, 
Pour la doubte de Famour départir : 
Ainsi fist on, mais on ne le fait mie. 

Car puis qu'il fut espoux et espousée, lo 

Amour devint de touz poins pale et brune, 

Pour les sermens et la loy destinée 

Qui le souleil fist muer en la lune, 

Quant celle loy fait Tomme seignourîr, 

Et la clarté d'Amour perdre et périr i5 

Qui ^ onques jour n'ama bien seignourie. 

Que les frans cuers souloient conjouir : 

Ainsi fist on, mais on ne le fait mie. 

S'en est Amour toute désespérée; 

Franchise muert qui est des dames Tune 20 

Qui par douçour est de touz espérée; 

û. L'amour. 

T. l i5 



2 2(3 BALADES DE MORALITEZ 

Mais ceste loy est ^ en amour enfrune ^ 
Qui par force de loy fait obéir * 
Cil qui avant vouloit amours servir ; 
25 Et par ainsis est amour asservie 

Par loy qui veult nature anientir : 
Ainsi fist on, mais on ne le fait mie. 

L'ENVOY 

Prince, Amour veult equalité tenir, 
Amer c^om Taimt franchement, et non mie 
3o L"'amaistrier ^; chascun ait son désir; 
Ainsi fist on, mais on ne le fait mie. 



CXI 

Balade. 
(Tous les États périssent sans la crainte de Dieu.) 

Tous les règnes qui n^ont craimt et doubté 
Le créateur du ciel et de la terre, 
Et qui se sont par orgueil ahurté 25 d 

A leur vouloir, sanz s'aide requerre 
Et n'ont voulu raison, justice querre. 
Sont translatez et en perdicion ; 
Savoir le puet qui en vouldra enquerre : 
Tesmoing Troies, Thebes, Romme, Ylion. 

I . Est manque. — 2 . Fait de loy obéir. 

a. Maussade, importune. — b. Dominer, maîtriser. 



BALADES DE MORALITEZ 227 

Ceuls d^ Israël esclave et tourmenté 

Par leur pechié furent mis en ^ la terre 10 

De Pharaon, et illec transporté, 

Faisant labours comme chetis qui erre; 

Dieu congnurent qui de la les desserre 

Quant il perçut leur grant affliction ; 

Mais ou droit fault, Ten ne puet paix acquerre : i5 

Tesmoing Troies, Thebes, Romme, Ylion. 

Pour quoy furent ly Rommain surmonté, 

Qui le monde soubmistrent tuit par guerre? 

Par leur orgueil, par leur iniquité 

Qui les firent a leurs subgiz conquerre. 20 

Qui Dieu ne craimt, c'un coup n'a ne c^un voirre ^, 

Aler le fault en desolacion; 

Par orgueil Dieu tout prince ainsi desserre : 

Tesmoing Troies, Thebes, Romme, Ylion. 



l'envoy 



Princes, nulz homs ne doit estre bouté 2^5 

Es ténèbres de folle opinion; 
Qui Dieux ne craimt, il est plus qu'assoté : 
Tesmoing Troies, Thebes, Romme, Ylion. 

I. Soubz. 

a. Il ne lui faut qu'un coup pour le briser, non plus qu'un verre. 



2 28 BALADES DE MORALITEZ 



J 



CXII 

Autre Balade. 

(Ballade de nouvel an.) 

'ay puis vint ans au jour de Tan nouvel 
Acoustumé de faire une chançon 
Sur Fart d'amours, de dueul ou de revel ^; 
Mais au jour dMi puis de dolereus son 

5 Faire mon chant, car la belle façon 

Voy dépérir de celle que j'amay. 
Son front pâlir, dont je suis en esmay. 
Son corps languir, perdre sa renommée, 26 a 

Et tout lui vient par un point que je sçay, 

10 Par le default d'estre bien gouvernée; 

Qui jadis ot le viaire si bel. 
Le corps si gent et de si grant renom 
Que nulle autre, depuis le temps Abel, 
En tous estas n'ot si precieus nom : 

1 5 Convoitise la ferit d'un canon, 
Car riche fut; depuis oy dire ay 
Qu'Envie y vint disant : « Je la guarroy ^ )^ ; 
Mais par lui fut destruite et affolée; 
Ainsi languist; jamais ne la verray, 

20 Par le deffault d'estre bien gouvernée 



La povre n'a que les os et la pel. 
Et si ne puis trouver medicin bon : 



a. Joie. — b. Je la garantirai ou guérirai. 



BALADES DE MORALITEZ 229 

Endoulles ^ font pluseurs de son pourcel, 

Tantost n^ara ne boudin ne jambon ; 

Elle gist la; Pun fait a Tautre don 25 

De ce qu^el a; pour s'amour partiray, 

Ne jamais jour ne me rejouiray; 

Ains vueil plourer tous temps sa destinée, 

Puis que ma Dame ainsi fenir verray 

Par le default d'estre bien gouvernée. 3o 



l'envoy 



Prince, je sui en tresgrant souspeçon 
Que ma Dame ne soit morte ou alée. 
Et que ne puist venir a garison, 
Par le default d'estre bien gouvernée. 



CXIII 

Autre Balade *. 
f Chacun ne cherche plus qu'à s'enrichir.) 

JE doubte trop quMl ne viengne chier temps, 
Et qu'il né soit une mauvaise année, < 
Quant amasser voy grain a pluseurs gens 
Et mettre a part; faillir voy la donnée, 
L^air corrumpu, terre mal ordonnée, 5 

Mauvais labour et semence pourrie, 

♦. Publiée par Crapelet, p. i5o. 
a. Andouilles. 



23o BALADES DE MORALITEZ 

Foibles chevaulx, et le laboureur crie, 26 b 

Contre lequel le riche dit : eschac ^ ! 
Par ce convient que le peuple mendie, 
10 Car nulz ne tent fors ^ qu'a emplir son sac. 

Particulier est chascun en son sens. 
Et convoiteus, vie est desordonnée, 
Tout est ravi par force des puissans. 
Au bien commun n'est créature née. 

i5 Est la terre des hommes gouvernée 

Selon raison? Non pas; Loy est perie, 
Vérité fault, régner voy Menterie, 
Et les plus grans se noient en ce lac; 
Par convoitier est la terre perie, 

20 Car nulz ne tent fors ^ qu'a emplir son sac. 

Si fault de faim"perir les innocens 

Dont les grans loups font chacun jour ventrée *, 

Qui amassent a milliers et a cens 

Les faulx trésors; c'est le grain, c'est la blée. 

25 Le sang, les os qui ont la terre arée 

Des povres gens, dont leur esperit crie 
Vengence a Dieu, vé a la seignourie. 
Aux conseilliers et aux menants ce bac. 
Et a tous ceuls qui tiennent leur partie. 

3o Car nulz ne tent fors ^ qu'a emplir son sac. 

l'envoy 

Princes, le temps est brief de ceste vie, 
Aussi tost muert homs qu'on puet dire : clac. 
Que devendra la povre ame esbahie? 
Car nul ne tent fors ^ qu'a emplir son sac. 

I, 2, 3 et 4. Fors manque. 

a. Auquel le riche dit : échec! c'est-à-dire qu'il opprime, me- 
nace. — b. Nourriture, repas. 



BALADES DE MORALITEZ 23 I 



D 



CXIV 

Autre Balade *. 

(Sur lui-même y contre la Cour.) 

IX et sept ans ay au Sathan servi, 
Au monde aussi et a la char pourrie, 
Oublié Dieu et mon corps asservi 
A celle court de tout vice nourrie; 
La est orgueil, luxure et glotonnie, 5 

26 c Convoitise, mentir, detraction ^, 
Omicide, larrecin, traison 
Envie grant, lascheté et paresce ; 
C'est rentrée de Pinfernal maison : 
Foulz la poursuit et saiges la delesse. 10 

Trop pou de gens sainctifier y vi 

De tout mon temps; chascun s'ame y oublie; 

Par vanité y sont maint cuer ravi 

Gastans leurs corps, cuidans, ce que n'est mie, 

Guerdon avoir; ami n'y a n'amie, , i5 

Congnoissance, diligence, raison, 

Manière, senz, honeur, discrecion, 

Preudomnie, loyauté ne prouesce. 

Fors Foui Plaisir; la est sa mansion : 

Foulz la poursuit et saiges la delesse. 20 

Car en servent y sont maint envieilli 

*. Publiée par Crapelet, p. i6. 
a. Médisance ou calomnie. 



2 32 BALADES DE MORALITEZ 

Sanz bien avoir, leur chevance ont perie, 
Dieu delaissié, Fespoir leur est failli 
D'avoir guerdon : tel court est, foulz s'i fie. 

25 L'ame s'en duelt : a ! com dolente vie 
Delaissier Dieu en congregacion 
De telz péchiez ! c'est la destruction 
D'ame et de corps; adieu, court, je te lesse : 
Trop m'as tenu; et, pour conclusion, 

3o Foulz la poursuit et saiges la delesse. 



l'envoy 



O curial ^, tant pleine ^ est - court d'envie 
Et de tourment, qui d'acroistre ne cesse, 
Que dire puis partout sanz villenie : 
Foulz la poursuit et saiges la delesse. 



cxv 



Balade *. 
(On ne connaît pas l'homme à sa robe.) 

TROP de gent sont qui honourent l'abit 
Et au corps font pour robe révérence, 
Et ne tiennent compte de l'esperit 
De cil qui a bonnes meurs et science ; 

*. Publiée par Crapelct, p. / 7 . 
I. Pleine manque. — 2. Es. 
a. Courtisan. 



BALADES DE MORALITEZ 233 

26 d Et n'ont regart a la siifficience ^ 5 

Du corps, s^il n'est parez de riches draps. 
Combien que tel vest robe de bourras, 
Ou la porte cointe et intercisée ^, 
Qui plus a sens qu'en telz est advocas <^ : 
On ne congnoist aux robes là pensée. 10 

L'entendement et la voulenté fist 

Dieu des hommes formez a sa semblance; 

Nuz les créa et puis l'ame leur mist 

Ou chetif corps, sanz faire différence 

De nul qui soit au naistre n'en semence; i5 

Les grans robes saiges ne les font pas. 

Ne fos aussi; riens n'y font en ce cas 

Povres habiz, fors science approuvée, 

Sens naturel, et le bien faire : helas ! 

On ne congnoist aux robes la pensée. 20 

Les Apostres ne le doulz Jhesu Crist 

Ne portèrent draps de grant apparance, 

Mais leurs vertus furent de grant proufit 

Qui ont partout donné bonne créance. 

Robes de vair ne de gris n'ont puissance 25 

D'assagir ^ nul; mais puis que le sens as. 

Se robes vests ^ pour ce ne le perdras; 

Foulz sa foleur pour sa robe herminée 

Ne laissera, ne son sens Tomme bas : 

On ne congnoist aux robes la pensée. 3o 

l'envoy 

Prince, n'aiez nul saige homme en despit, 

I. De robes vestus. 

a. Suffisance, capacité. — b. Ou bien porte robe élégante et à dé- 
coupures.— c. Qui a plus de sens que n'en ont tels et tels avocats 
(malgré leur costume qui suppose des maîtres ou des sages). — d. 
Rendre sage. 



2 34 BALA.DES DE MORALITEZ 

Se grant estât n''a ou robe fourrée, 
Car tel scet moult qui est povre et petit 
On ne congnoist aux robes la pensée. 



E 



CXVI 



Autre Balade *. 

(Ne pas se fier à V apparence.) 
[i388.] 

N mon vergier et en ma pommeroie ^ 
N'avoit d^antes ne mez ^ un seul pommier. 
Ou fruit duquel tout mon espoir avoie, 
Et quMl deust pour moy fructifier, 2^ a 

5 Car il crut fort et flouri au premier, 

Et me monstra tresgrant signe de bien 
En estendant ses raims et son merrien ^, 
Et demonstrant de moy faire plaisance ; 
Mais lui parfait ne me rapporta rien : 

lo Nulz ne se doit fier en apparance ^. 

Quant antez fut, chascun jour le veoie 
Croistre a souhait et ses branches drecier; 
Au cultiver de vray cuer labouroie 
En espérant du fruit avoir loier; 
i5 Mais, lui parfait, le me voult devoier <^, 

I. Publiée par Tarbé, tome I,p. 128. 

a. Lieu planté de pommiers. — b. Si ce n'est. — c. Cœur du 
\50is. — d. Proverbe. — e. Distraire, retourner. 



BALADES DE MORALITEZ 2 35 

Aux estranges de ce fruit disoit : « Tien. » 

Se saiges es, ce prouverbe retien : 

En jeune plant ne te fie d^enfance, 

Se beaus appert; car au fort, saiches bien, 

Nulz ne se doit fier en apparance. 20 

Pour ce jamais, en quelque lieu que soie, 

A plant nouvel ne me vueil traveillier; 

Perdu y ay temps, ans, labour et joie. 

Je prise mieulx un ancien perier ^, 

Car de son fruit aray au derrenier; 25 

Mais plant nouvel n'est pas saint Julien' ^ 

Il se fait bon garder de son lien. 

Et qu'om n'y ait pas toute s'esperance; 

Car de son fruit suis vray experien ^ : 

Nulz ne se doit fier en apparance. 3o 



CXVII 



Autre Balade. 



(Sous nom d'amour se cache trahison.) 
[1392.] 

Las! je ne sçay de quoy sert Jalousie; 
On ne la doit ne ^ craimdre ne nommer, 
Car d'Amour vient; or voy qu'on n'aime mie, 



I . Ne manque 



manque. 

a. Poirier.— b. Façon de parler; bien, joie, satisfaction.— c. Ex- 
périmenté 



236 BALADES DE MORALITEZ 

Ne nulz ne veult plus aprandre a amer. 
5 Ou nom d^'amer voy souvent trop d'amer; 

Qui aime a droit, Jalousie le maine; 

Or n'aime nulz fors d'Amour fausse et vaine; 27 b 

JaJ-ousie n'est pas donc en saison 

Puis qu'Amour faut, ce est ^ chose certaine : 
10 Soubz nom d'amer se tapist Traison, 

Qui avec lui maine tous temps Envie ; 
Celle lui fait venir Dissimuler, 
Et Faulz Semblant use avec eulx sa vie. 
Qui des bouches fait yssir Doulz Parler. 

i5 Soubz nom d'ami fait Haine avaler, 

Les bras au coul son ami noier maine. 
Dieu, quele Amour tissu de fausse laine , 
Qui es faulx cuers a sa propre maison 
Et main*t palais! chascun jour et sepmaine 

20 Soubz nom d'amer se tapist Traison. 

Convoitise a toute chose honnie, 

Car nulz ne tent qu'a richesse amasser ; 

Joie, déduit et leesce est perie. 

Pitié, Honeur ne se pueent ~ trouver, 
25 Et qui voirs ^ est, sur lui fault controuver, 

Afin qu'il ait perte, dommaige et paine ; 

Car un chascun de mal faire se paine. 

Amour n'a lieu. Vérité ne Raison; 

Vices régnent; Vertus n'ont nul demaine, 
3o Soubz nom d'amer se tapist Traison. 



l'envoy 



Princes, je voy toute chose mondaine 
En voulenté et en confusion, 

1. Ccst. — 2. Puent. — 3. Vous. 



-V 



BALADES DE MORALITEZ 287 

Et qui pis est, qui n'est pas chose vaine, 
Soubz nom d'amer se tapist Traison. 



CXVIII 

Autre Balade. 
(Il Jaut fuir la cour.) 

PORTE d'enfer, destruccion de corps, 
Langueur de mort, abrègement de vie, 
Mue en péril, haines et descors. 
En Beau Semblant Traison et Envie, 
Luxure, Orgueil, Paresce et Glotonnie, 5 

De tous péchiez le chaste! périlleux. 
Tour et retrait des hommes convoiteux, 
Le droit palaiz et hostel de fortune. 
Mondaine court, qui faiz les dolereux, 
Fuir te doit un chascun et chascune. 10 

Car par deliz attraiz gens et amors, 

En promettant estât et seignourie; 

La s'endorment;, leur temps se passe lors, 

Vieillesce vient, Tun rit et l'autre crie. 

Paine n'y est a nul homme merie 1 5 

Selon raison ; plus a le pareceux 

Que diligens : mains en y a de ceuls 

Qui ont trouvé ceste chose commune ; 

Et puisqu'on voit ton fait ainsi doubteux. 

Fuir te doit un chascun et chascune. 20 



238 BALADES DE MORALITEZ 

Qui grâce y a, il est pincez et mors ^ 

De maintes gens; qui grans est, qu^on Tescrie *; 

S'il a argent, il fault qu'il soit retors; 

Se povres est, il languist en partie. 

25 Chose n'y a qui soit bien départie; 

L'en ne congnoist la nul cuer vertueux, 
Car Foui Plaisir, le malaventureux. 
Donne son cuer puis a l'un, puis a l'une; 
Et quant ton fait est si maugracieux, 

3o Fuir te doit un ^ chascun et chascune. 



l'envoy 



Mondaine court, de toy bien me recors, 
Ains ne te vy fors doubteuse et enfrune; 
Que saiges est ait en les .11. piez hors. 
Fuir te doit un ^ chascun et chascune. 

I. et 2. Un manque. 

a. Mordu. — b. Parlant de la cour, on crie contre les grans. 



BALADES DE MORALITEZ 'zl)(^ 



I 



CXIX 

Balade. 

(Tout est vanité en ce monde.) 

L me semble, qui bien s''aviseroit 
Des biens mondains, terriens n^auroit cure, 
2j d Ainçois du tout iceulx relenquiroit; 

Car Salemon tesmoingne en Tescripture, 
(Qui ot le sens sur toute créature 5 

Et tous delis jusqu^a infinité). 
Qu'en ce monde n'a fors que Vanité. 

Il planta vigne ou temps que il vivoit, 

Il fist palais, jardins plains de verdure. 

Il ot estancs, boys et quanqu'il vouloit, lo 

Bugles, chamaulx et autre nourreture, 

Chiens et oiseaulx, tous deduiz de nature, 

Et nonpourquant dist il en vérité, 

Qu'en ce monde n'a fors ^ que Vanité. 

Helas, chetis! qui bien se mireroit ' i5 

En son parler, ce secle n'est qu'ordure; 

Mauvaisement jamais riens n'acquerroit 

Pour la mortel charongne qui po dure, 

Ainçois vivroit de vie amere et dure 

Pour faire vivre l'ame en éternité : 20 

Qu'en ce monde n'a fors que Vanité. 

I. Fors manque. 



240 BALADES DE MORALITEZ 



cxx 



Autre Balade. 

(Il ne faut pas s'enorgueillir. J 

[1399-1400.] 

NUL ne se doit pour grant estracion, 
Pour grant sçavoir, pour avoir, pour puissance 
Enorgueillir, n^avoir presumpcion 
De trop valoir, n"'estre plains de bobance : 
5 Car un ^ chascun voit par expérience 

Que telz est hui fors, legiers et appers, 
Cun po de fièvre met ^ en tel balance 
Qu^en le ^ juge viande pour les vers. 

Je ^ suppose que de complection 
10 Fust le meilleur, et de mieudre abstinance 
Qu^en puist trouver, sa generacion 
Doit toutefoiz avoir en remembrance. 
Gomment il naist a dueil et a pesance, 
Trespovrement, plus que biches ne sers, 
i5 Et que sitost quUl a mal ou grevance, 

Qu^en le juge viande pour les vers. 28 a 

A bien faire doit son entencion 
Mettre du tout cilz qui a congnoissance, 
Car ce monde n^est que transaction 
20 De tout travail et de toute mcschance ; 
Hair le doit cilz qui a conscience, 

I . Un manque. — 2 . Le met — 3. Lui. — 4 Et je suppose. 



BALADES DE MORALITEZ 24 I 

Car li mondes est traistres envers ^, 
L^ame murdrist, le corps trait si et lance 
Qu'en le juge viande pour les vers. 



CXXI 



Balade. 
(L'homme n'a rien à lui que son propre sens.) 

DE tous les biens temporelz de ce monde 
Ne s^i doit nulz Roys ne sires clamer, 
Puisque telz sont ^ que Fortune suronde * 
Qui par force les puet touldre ou embler; 
Le plus puissant puet Tautre déserter, 5 

Si qu'il n'est Roy, duc, n'empereur de Rornme 
Qui en terre puist vray tiltre occupper, 
Ne dire sien, fors que le sens de Fomme. 

Veoir le '^ puet chascun a la reonde 

En pluseurs cas. Soit en terre ou en mer, lo 

Tant par guerre, ou convoiteux se fonde. 

Comme autrement,, voit Ten estât muer, 

Riche apovrir, et le povre eslever, 

Le fort ravir qui le plus foible assomme; 

Si ne doit nulz telz biens atribuer i5 

Ne dire sien, fors que le sens de Pomme 

I. Font. — 2. Le manque 

a. Perfide, lâche, viL - b. Inonde, surabonde. 

T. I ,6 



242 BALADES DE MORAUTEZ 

Mais par bon sens ou science profonde, 
Que Ten ne puet a créature oster, 
Se puet chascun maintenir net et monde 
20 Et en touz lieux saigement gouverner. 
Si puis par ce conclure et vueil prouver 
Qu^es biens mondains n^a vaillant une pomme; 
Homs, quel qu'il soit, dont ^ ne se doit vanter, 
Ne dire sien fors que le sens de Pomme. 28 b 



CXXII 

Balade. 
(Sur lui-même; contre ses accusateurs.) 

JE ne doubte qu'Envie et Traison 
Qui vont a court pour moy nuire et grever 
A mon desceu ^\ mais, s'ilz treuvent Raison 
Riens ne croira sanz moy faire appeller. 
5 Se présent suis, ilz n'oseront jangler ^, 

Car en touz cas garderay mon honeur; 
Et s'ilz me heent, a tout considérer, 
C'est pour garder le droit de mon seigneur. 

Mais toudis est Loyauté en saison 
10 Qui se deffent en guise de sangler : 

Tousjours loial vueil garder sa maison 
Et Justice, sanz riens dissimuler. 

I. Dont manque. 

a. Insçu. — b. Bavarder. 



BALADES DE MORALITEZ 248 

Cest ce qui fait contre moy murmurer, 

Ne Traison n^y scet autre coulour ^; 

Envie bruit, qui me veult diffamer, i5 

C'est pour garder le bien de mon seigneur. 

Pour ce supplie en ma conclusion 

Au souverain qui tous faiz doit peser. 

Qu'il ne se meuve en ^ indignacion 

Pour l'accusant, sanz partie escouter : 20 

Faulx rapporteur doit sires rebouter 

Et le mauvais pugnir de sa rigueur ; 

Mais s'innocent me fault pour ce endurer. 

C'est pour garder le droit de mon seigneur. 



CXXIII 



Balade pour Machaut *. 

(Sur la mort de Guillaume de Mâchant.) 

[1377.] 



A' 



RMES, Amours, Dames, Chevalerie, 
Clers, musicans, faititres ^ en françois, 
Tous sophistes, toute poeterie <^, 
Tous ceuls qui ont mélodieuse voix, 
Ceuls qui chantent en orgue aucune fois 
2(? c Et qui ont chier le doulz art de musique, 

*. Publiée par Tarbc, tome I, p. 3o. 

I. Par. 

a. Raison, prétexte. — b. Poètes. — c. Poésie. 



244 BALADES DE MORALITEZ 

Démenez dueil, plourez, car c^est bien drois, 
La mort Machaut le noble rethorique ^. 

Onques d^amours ne parla en folie, 
10 Ains a esté en tous ses diz courtois, 

Aussi a moult pieu sa chanterie ^ 

Aux grans seigneurs, a Dames et ^ bourgois. 

Hé ! Orpheus, assez lamenter dois 

Et regreter d'un regart autentique, 
i5 Arethusa et Alpheus, tous trois, 

La mort Machaut le noble rethorique. 

Priez pour lui si que nul ne Poublie : 
Ce vous requiert le bailli de Valoys, 
Car il n''en est au jour d'ui nul en vie 
20 Tel comme il fut, ne ne sera des mois ^. 
Complains sera de princes et de Roys, 
Jusqu'à longtemps pour sa bonne pratique ; 
Vestez vous noir, plourez tous, Champenois, 
La mort Machaut, le noble rethorique. 

I . Et a bourgois. 

a. Rhétoricien, c'est-à-dite poète. — b. Chansons. — c. De long- 
temps, après bien des mois passés. 



BA.LADES DE MOR ALITEZ 24b 



CXXIV 



Autre Balade *. 



(Sur le même sujet avec les mêmes rimes. J 
[1377.] 

O^ fleur des fleurs de toute mélodie, 
Tresdoulz maistres qui tant fustes adrois, 
O Guillaume, mondains dieux d^armonie, 
Apres voz faiz, qui obtendra le chois 
Sur tous faiseurs? Certes, ne le congnoys. 5 

Vo noms sera précieuse relique. 
Car Fen plourra en France et en Artois 
La mort Machaut, le noble rethorique. 

La fons Circé et la fonteine Helie 
Dont vous estiez le ruissel et les dois ^, 10 

Ou poètes mistrent leur estudie 
Convient taire, dont je suis moult destrois. 
Las ! c^est par vous qui mort gisez tous frois. 
Qui de tous chans avez esté cantique. 
Plourez, harpes et cors sarrazinois, 1 5 

28 d La mort Machaut, le noble rethorique. 

Rubebes, leuths, vielles, syphonie, 

'. Publiée par Tarbé, tome I,p. 3i, et dans la préface du poème de Guil- 
laume de Machaut, le Voir Dit, publié par M. Paulin Paris, pour la Société 
des Bibliophiles français. — Paris, Aubry, i8j6, in-8°. 

I. O manque. 

a. Conduit, canal. 



246 BALADES DE MO F ALITEZ 

Psalterions, trestous instrumens coys ^, 
Rothes, guiterne, flaustes, chalemie, 
20 Traversaines, et vous, nymphes de boys, 
Tympanne aussi, mettez en euvre dois ^, 
Et le choro n^y ait nul qui réplique \ 
Faictes devoir, plourez, gentils Galois, 
La mort Machaut le noble rethorique. 



cxxv 

Balade. 
(Injustice du monde.) 

TROP me merveil de ce monde présent 
Ou les aucuns sont si bien fortuné 
Que sans sçavoir ni estre diligent 
Ont riche estât et sont fort honouré; 
5 Et ceuls qui ont tout leur temps laboure 

Et qui ont sens et diligence bonne 
Sont soufraitteux et de dure heure né <^, 
Car ilz ne sont remeris de personne. 

Dont puet venir de ce le mouvement ^? 
10 Est il par Dieu ^ a chacun destiné 

Que Tun ait bien, Tautre soit indigent? 
Certes, nenil; mais Grâce y a ouvré 

I. Qui le réplique — 2. Par Dieu manque. 

a. Doux et paisibles. — b. Jouez des doigts, que le chœur accom- 
pagne. — c. Nés dans une heure funeste. — d. Motif ou mobile. 



BALADES DE MORALITEZ 247 

Et Foui Plaisir : ce sont 11 dui degré 
Dont maint coquart vont a la haulte bonne ^, 
Sanz lesquelz deux li bon sont tel mené ^ 1 5 

Car ilz ne sont remeris de personne. 

Et certes, c'est merveilleus jugement 

En noble cuer que bon soit décliné 

Par Foui Plaisir, dont tel grâce descent 

Que le chetif est en hault eslevé; 20 

Ignorance a ce plaisir alevé, 

Tant qu'en mains lieux autre cloche ne sonne, 

Contre les bons a trop persévéré. 

Car ilz ne sont remeri de personne. 



CXXVI 

2g-a Autre Balade. 

(Le monde est bien près de sa fin,) 

1E voy Testât de nature abregier 
En Taage humain, en toute beste mue. 
Et la terre fait ses fruis a dangier, 
Ses rappors sont de povre revenue; 
Consequamment tout font ou diminue, 
De pou en pou va le secle a déclin, 
Charitez fault et li uns Tautre tue. 
Car li mondes est bien près de sa tin. 



a. A la borne la plus haute, à la prospérité la plus grande. 
6. Sont ainsi traités. 



248 BALADES DE iMORALITEZ 

L'aage doré commença au premier 
10 A noz pères, com de belle ^ statue ^, 
Et au second se prinst a empirer, 
Car en argent tel aage se remue * ; 
D^argent en fer li tiers aage inmue, 
Et en arain le quart est nostre affin ^, 
i5 Le cinq d^estain, plomc au ^ six s'esvertue, 
Car li mondes est bien près de sa fin. 

En Paage d'or vouldrent estudier: 
Par eulx nous fut la science rendue, 
Nostre ancien; sanz la terre escorchier, 
20 Par .vn^. ans fut leur vie veue, 

Des loyaulx champs leur vie ^ soustenue, 
N'onques Tun d'eulx mua ^ guerre a voisin; 
Autrement va, et par ces poins j'argue, 
Car li mondes est bien près de sa fin. 



CXXVII 



Autre Balade *. 



{A Guillaume de Machaut^ sur le Voir Dit.j 

[1364.] 



REscHiERS sires, vueillez remercier 
^ L'art de musique et le gay sentement 
Que Orpheus fist en vous commencier, 



T 



*. Publiée par Tarbc, tome 1, p. 3-j. 

I. De belle. — 2. Aux. — 3. Fut !car vie. — ^. Ne mua. 

a. 11 s'agit de la vision de Daniel. — b. Change. — c. Notre allié. 



BALADES DE MORALITEZ 249 

Dont VOUS estes honouriez haultement: 

Car tous voz faiz moult honourablement 5 

Chascuns reçoit en maint pais estrange, 

Et si n'y a nul, a mon jugement, 

Qui en die fors qu'a vostre louenge. 

2g b Les grans seigneurs, Guillaume, vous ont chier. 
En voz choses prannent esbatement. 10 

Bien y parut a Bruges devant hier 
A Monseigneur de Flandres proprement 
Qui par sa main reçut benignement 
Vostre Voir Dit ^ sellé dessur la range *, 
Lire le fist; mais n'est nul vraiement i5 

Qui en die fors qu'a vostre louenge. 

Je lui baillié voz lettres en papier 

Et vo ^ livre qu'il aime chierement; 

Lire m'y fist, présent maint chevalier; 

Si adresçay au lieu premièrement 20 

Ou Fortune parla si durement, 

Comment l'un joint a ses biens, l'autre estrange Ç. 

De ce parlent, mais nulz n'en va parlant. 

Qui en die fors qu'a vostre louenge. 



I. Vostre. 



a. Le livre du Voir Dit publié récemment par M. Paulin Paris. 
Voyelz la note de la page 239. — b. Scellé, muni de sceaux sur la 
tranche. — c. L'un donne ses biens, l'autre les refuse. 



2 50 BALADES DE MORALITEZ 



CXXVIII 



Autre Balade *. 

(Adieux à la jeunesse.) 

[i384.] 

ADIEU, Printemps, adieu jeune saison 
Que tous deduiz sont deuz a créature ; 
Adieu Amours, adieu noble maison 
Pleine jadis de flours et de verdure; 
5 Adieu esté, autompne qui pou dure : 

Yvers me vient, c^est a dire viellesce. 
Pour ce, tristes, te di adieu, Jeunesce. 

De printemps puis faire comparaison 
Jusqu'à seize ^ ans que nostre enfance endure, 
10 Que les biens sont a petit d'achoison 

Pour leur tendreur mis en desconfiture ^ ; 
Si sommes nous : par un pou de froidure 
En cel aage pou de meschief nous blesse, 
Pour ce, tristes, te di adieu, Jeunesce. 

i5 Estez nourrist et croist selon raison 

Vignes et blez et tous biens de nature; 
Lors croist aussi et s'enforce li hom : 
Autres .xvi. ans, Fa Jeunesse en sa cure. 

*. Publiée par Crapelet, p. ig. 

1 . Six. 

a. Le printemps où les biens de la terre, encore tendres, sont 
détruits par peu de chose. 



BALADES DE MORALITEZ 



25l 



2r) c Les biens requeult autompne si figure ^ 

Par li .XVI. ans ^; autant yvers m'apresse ^ 20 
Pour ce, tristes, te di adieu, Jeunesce. 



CXXIX 



Balade sur Poeterie. 

PRINCES d'enfer, o ta forsennerie 
Au monde voit on porter Cerberus 
O ses .III. chiefs monstrant ta seignourie; 
Des trois Raiges ^ y est fait tes escus : 
Cest d'Aletho, Thesiphone et Megus; 5 

Trois suers sont qui monstrent le cliemin 
A touz humains en ce monde ça jus 
De Tame avoir en enfer dure fin. 

Car en pluseurs y voy Ypocrisie 

Et autres maulx venans de Titius; 10 

Par Yxion, pechié de lecherie ^ ; 

En convoitant y règne Tantalus ; 

Cuer orgueilleus y est par Sisiphus ^ 

Qui sa roche porte soir et matin, 

Eulx efforçans chascun de plus en plus 1 5 

De Tame avoir en enfer dure fin. 



1. Fugure. — 2. Persisiphus. 

a. L'automne récolte les biens de la terre et représente de son 
côté seize ans. — b. Par autant d'années hiver m'oppresse, ce qui 
semblerait vouloir dire qu'il avait alors 64 ans. — c. Les trois fu- 
ries : Alecto, Thesiphone et Mégère. — d. La luxure. 



202 BALADES DE MORALITEZ 

Mais qui sçauroit bien que ce signifie 
Et les tourmens que fera Eacus, 
Il penseroit tost d'amender sa vie; 
20 Pour ce te pri, piteables Jhesus, 
De Flegiton et de Radamencus 
DefFen mon corps, et fay mon cuer enclin 
A toy servir, en moy gardant tout sus 
De Famé avoir en enfer dure fin. 



F 



cxxx 

Autre Balade *. 
(Sur les ennuis de son ménage.) 



EMME servir et enfans gouverner 



Est grant péril et paine merveilleuse; 
De cent n'en voy pas un guerredonner, 
N'a telz servans avoir vie joieuse. 

5 Femme est toudis trop ^ merancolieuse ^, 

De legier croit, et si se muet souvant ; 25» d 

Mil biens passez pour un mal ignorant 
A oublié, et du meffait lui membre * ; 
Ainsi pour bien va mal guerredonnant - : 

10 Saiges n'est pas qui en tel service entre. 

Petis enfans fait doubteus dotrincr, 

*. Publiée par Crapelet. p. 20. 
I Trop manque. — 2. Guordonnant. 
a. Fâcheuse. — b. Ressouvient. 



BALADES DE MORALITEZ 2B3 

Car dotrine leur est trop haineuse, 

Et au jour d'ui se seulent encliner 

Naturelment a vie dolereuse ; 

Qui les reprant, c'est chose périlleuse; 1 5 

Qui les seuffre leur mal faire consent. 

L'un est coupable et l'autre est innocent : 

Je n'y sçay plus a nul bon tour aprandre, 

Fors que je dis a tous generaument : 

Saiges n'est pas qui en tel service entre. 20 

Par moy le sçay, s'en vueil déterminer, 

Qui mon temps n'ay despendu en oiseuse ^; 

Mais cuer et corps et finance miner 

M'a fait du tout femme artificieuse : 

Assailli m'a vieillesce soufraiteuse 25 

Qui de servir me fait estre dolent ; 

Povre me voy par femme et par enfant, 

Car vray guerdon a nul ne vuelent rendre. 

Or prangne ci chascun chastiement : 

Saiges n'est pas qui en tel service entre 3o 



a. Oisiveré. 



254 BALADES DE MORALiTEZ 



P 



CXXXI 

Autre Balade. 
(De douceur et de violence.) 

iAR la douçour de doulz nourrissement 
S'aprivoisist ^ mainte beste sauvage; 
La domesche * par dur gouvernement 
S^asauvagist ^ et mue son usage ; 

5 Uun par douçour, et ^ Pautre par oultrage 

Que Pen leur fait changent condicion; 
Ainsi est il, selon m^entencion, 
En Paage humain de mainte créature 
Qui par douçour ou par contempcion 

10 Mue souvent et change sa nature. 3o a 

Et je lui puis prouver tresclerement 
Par les hommes qui ont franc arbitrage, 
Qui par douçour muent communément, 
Les muers dMn foui qui depuis devient saige, 

i5 Et par durté maint ami de linaige 
L^un de Pautre font separacion; 
Douçour est donc grant consolacion 
Qui cuers divers attraict par sa droicture. 
Car maint chetif par sa provision 

20 Mue souvent et change sa nature. 

Qui seignourir veult amiablement, 

1. Et manque. 

a. S'apprivoise. — b. La bête domestique. — c. Devient sauvage. 



BALADES DE MORALITEZ 255 

Et en grâce tenir son heritaige, 

De tel douçour doit gouverner sa gent \ 

Non pas contr'eulx user divers langaige ^, 

Eulx retranchier et soubmettre : la raige ^ 2 5 

Leur fait hair tel dominacion, 

Le lieu fuir, et autre mension 

Pour demourer quérir par adventure ; 

Et * Qu'est pour quoy aucuns sa nascion 

Mue souvent, et change de nature. 3o 



CXXXII 

Balade. 
(Vivre du sien, sans rien devoir aux autres.) 

Vous qui avez pour passer vostre vie ^ 
Qui chascun jour ne fait que defenir, 
Vous vivez frans sanz viande ravie; 
Se du vostre vous povez maintenir. 
. Or vous vueilliez du serf lien tenir 5 

Ou pluseurs par convoitise 
Ont perdu corps, esperit et franchise; 
Cest de servir autrui, dont je me lasse : 
Viellesce vient, guerdon fault, temps se passe. 

Car cil qui sert plus tost muert et dévie lo 

Que cilz qui puet franchise retenir. 

I. Sargent. — 2. De divers langaige. — 3. Larrage. — 4. Et manque, 
a. Vous qui avez de quoi vivre. 



256 BALADES DE MORALITEZ 

Pourquoy? Pour ce que Mesdis et Envie 
Régnent sur lui; je Pay veu advenir 
En maintes cours; par ce puis soustenir 
1 5 Que cil ^ fait folle entreprinse 

Qui joie fuit et de dueil fait sa prinse : 
Car en servant avec son corps qui casse, 
Viellesce vient, guerdon fault, temps se passe. 

Mais cilz qui vit du sien a chiere lie, 
20 Et qui se puet par son labour chevir, 
Vit longuement et sanz merancolie 
Et si se puet loyaument enrrichir 
Sanz telz meschiefs ne telz paours souffrir. 
Et pour ce quant je m^avise, 
25 Vueil Dieu servir et aler a Peglise, 

Vivre du mien, ne me chaut qui amasse: 
Viellesce vient, guerdon fault, temps se passe. 



CXXXIII 



Autre Balade. 

(Comparaison du monde avec la mer.) 
[i384.] 

L'eaue descent tousjours et coule aval, 
Mais retourner ne puet naturelment; 
Ghascun jour naist et puis defflue ou val 
De la grant mer : la prant tcrminement; 



ï. Sil. 



BALADES DE xMORALlTEZ 2D7 

La la convient tempester durement 5 

Pour les griefs vens d'Auster et d'Aquilon, 

La sont les flos griez, horrible et félon 

Qui maint vaissel font perdre et perillier ; 

Conclure autel ^ de ce monde puet on 

Ou pluseurs sont en péril de noier. 10 

Nous descendons du ventre maternai 
Povres et nuz procréez villement \ 
Subgiez a mort du vice original 
En ce monde sanz nul retournement; 
Orgueil nous suit, Convoitise ensement i5 

Et Envie nous vente a Fenviron; 
Nostre corps est la nef sanz aviron 
Qui nuit et jour n'attent que trebuchier; 
• En ceste mer, se Dieu n'est, periron, 
3o c Ou pluseurs sont en péril de noier. 20 

Mais qui plus est, et qui plus me fait mal, 

C'est que l'on ^ muert en un petit moment ; 

Sanz espargnier peuple ou prince royal 

Maine la mort chascun a finement ; 

C'est quant au corps, et quant au remenant, 2 5 

Qui aura bien fait s'ame ^ aura pardon, 

Et les mauvais yront en Acheron, 

C'est en enfer, pour tous temps traveillier ;, 

En ce secle, pour Dieu, garde y prenon. 

Ou nous sommes en péril de noier. 3o 

I. Villainmcnt. — 2. Bon. — 3. Son ame. 
a. Pareillement. 



T. 1 17 



2 5(S BALADES DE MCRALITEZ 



CXXXIV 

Balade de Nostre Dame moult belle. 
* 

(Prière à Notre Dame.) 
[vers i38o.] 

SECOUREZ MOY, douce vierge Marie, 
Port ^ de salut que Ten doit reclamer; 
Je sens ma nef foible, povre et pourrie, 
De sept tourmens assaillie en la mer ; 
5 Mon voile est roupt ^, ancres n^ puet encrer ; 

J'ay grant paour que plunge ou que n^afFonde ~ 
Se voz pitiez envers moy ne se fonde. 

Qui est la nef, fors ceste mortel ^ vie 
Qui a paines puet .lx. ans passer? 
10 Les sept tourmens sont Orgueil et Envie, 
Detraccion, Luxure et Murmurer, 
Convoitise qui ne laisse durer, 
Et leurs consors me tuent en ce monde, 
Se voz pitiez envers moy ne se fonde. 

1 5 Mon voile est roupt, qui vertu signifie, 
Et mon encre ne se puet arrester 
Pour ce chetif monde qui me detrie ^, 
Qui ne me laisse a mon ame penser. 
Or me vueillez mon voile relever, 

20 Vierge, ou je doubt péchiez ne me confunde, 
Se voz pitiez envers moy ne se fonde. 

I. Porte. - 2. Ou afTondc. — 3. Mortelc. 

a. Ma voile est déchirée. — b. Me combat, trouble, tourmente. 



BALADES DE MORALITEZ 269 



cxxxv 

Autre Balade de Nostre Dame. 
(Réponse de Notre-Dame à la précédente ballade.) 



^0 ^ T^ RESENTE suis, jc tc vicHS faire aie ; 

JL Mais il te fault mon filz, ton Dieu, amer 
Et delaissier f erreur et ta folie 
Et ce monde qui te fait tourmenter; 
Pour .VII. tourmens qu^il convient rebouter, 5 
• Pran .vu. vertus qui font la vie monde, 
Se ma pitié veulz que vers toy se fonde. 

Humilité et Chasteté n^oublie 

Et Charité, qui tant fait a louer ; 

Abstinance soit en ta compaignie, 10 

Pacience, pour touz maulx endurer. 

De ton avoir doiz aux povres donner 

Pour eschiver d'enfer la mort seconde, 

Se ma pitié veulz vers toy que se fonde. 

Par ces vertus yert ta nef redrecie, i5 

Et si pourras ton voile ^ asseurer, 

Ne les tourmens ne te mefferont mie 

Que - ne puisses a droit port arriver ; 

Ton voile est droit, vueille toy ordener 

Si que péché en ton vaissel n^abonde, 20 

Se ma pitiez veulz que vers toy se fonde. 

I Voile manque. — 2. Que tu ne puisses. 



26o BALADES DE MORALITEZ 



CXXXVI 

Autre Balade. 
f Comparaison des hommes avec les chiens.) 

HOMME ^ et bestes ont leurs condicions 
Tressemblables certes en pluseurs cas ; 
Aucuns chiens veulent toutes destructions, 
Et les autres sont pour mal faire au bas; 
5 LMn abaie, l'un pince et ne mort pas ; 

Assez de gent sont de ceste manière 
Qui abaient et pincent par derrière. 

Puis ^ qu'ilz mordent, n'est ce pas traisons 
Quant par devant sont desconfiz et mas ^, 
10 Ostent aumuces ^, font inclinacions, 
Offrent le leur et font feste de bras ^, 
Et par derrier ^ pourchacent touz debas ? 
Chascun doit bien telz gens bouter arrière 
Qui abaient et pincent par derrière. ,?/ a 

1 5 Et quant ceuls voient leurs acusacions 
Faittes ainsi, et leur félon pourchas, 
Partie absent ^, ce fust drois et raisons 
De dire a eulx : « Tes parlers soustendras 
Devant partie, ou tu t'en desdiras. » 

I. Hommes. — 2. Et puisqu'ilz. — 3. Par derrière. 

a. Abbatus et soumis. — b. Otent leurs chaperons. — c. Em- 
brassades. — d. En l'absence de la partie accusée. 



BALADES DE MORALITEZ 20 1 

Qui en fauldroit, iVeussent ceulx bonne chiere 20 
Qui abaient et pincent par derrière. 



CXXXVII 



Balade. 



(Il est sage, celui qui vit du sien.) 
[i388.] 

UN sens te vueil aprandre et declairer, 
Or f en vueille pour ton preu souvenir. 
Que, se tu sers chevalier, n^escuier, 
N^autre seigneur, bien ne fen puet venir; 
Puis qu'il vueille tout prandre et retenir, 5 

Appercevoir puez que tu n'y faiz rien : 
Saiges est cil qui puet vivre du sien. 

Car puis qu'uns homs a son profit trop chier, 

Et qu'il laisse le droit anientir 

De son servent, ou qu'il le fait lochier ^, 10 

Couvertement et a lui convertir. 

Tu te dois lors saigement départir; 

En retraiant, ce mot glose et retien : 

Saiges est cil qui puet vivre du sien. 

Tant com maistres se puet de toy aidier, 1 5 

Tu es a lui : or pense du servir ; 
Mais s'en .111. ans ne te faiz bien paier 



a. Branler. 



2(52 BALADES DE MORALITI-Z 

Ne faten ^ plus qu^il te doie merir ; 
Et se griefté te fait au lit gésir, 
20 Tu es a toy, ja ne te fera bien : 

Saiges est cil qui puet vivre du sien. 



CXXXVIII 



Autre Balade. 
(Sur ceux qui épousent de vieilles femmes.) 

J'ay puis vint ans veu ^ choses advenir 
Plus qu^il n^avint du quart aage du monde, 
Que Cyrus fist Babiloine périr, 
Et de Ganges vuidier Feaue profonde ; 3i b 

5 Mais ne puis appercevoir 

Que je veisse vice honeur decepvoir, 
De tout le temps dont mémoire m"'avise, 
Si qu'en cellui qui, pour finance avoir, 
Reprouche prant en vielle et convoitise. 

10 Lingurius ^ qui ses loys voult tenir 

Et qui fust Roys, ceuls de Lacedemonde, 
Du temps Jonas, fist son peuple venir 
Pour declairer ce qui es loys habonde ^ ; 

I. Ne natcn. — 2. Vcu des choses. 

a. Lycurgue. — b. Le sens paraît être : Lycurgus qui fut roi au 
temps de Jonas et qui voulut par ses lois tenir ceux de Lacédémonc, 
ordonna que les femmes n'eussent aucun douaire, mais qu'on let; 
prit par amour. 



r" •» 



BALADES DE MORAUTEZ 2b0 

L'une loy leur fist sçavoir 
Que femmes n'eussent pas douaire avoir ^ j 5 

Si c'om les preist par amour, sanz faintise; 
Li contraires fait homs qui pour voir - 
Reprouche prant en vielle et convoitise. 

Si puis par ce devant touz soustenir 

Qu'il ne pourra que tel avoir ne fonde 20 

Dont il convient Toneur anientir 

En pluseurs lieus, et si vueil qu'on me tonde 

S'a justement concevoir, 
Ydolatrie ne puet ci apparoir ^ 
En aucun cas estre par lui commise; 2 5 

Donc, je banni l'omme qui par sçavoir 
Reprouche prant en vielle et convoitise. 



CXXXIX 



Autre Balade. 
(Adieu fortune j adieu plaisirs.) 

Ou temps jadis des pères anciens 
Fut Loiauté et Honeur regardée, 
Les bons furent honourez par leurs biens 
Et les mauvais pugnis par juste espéc ; 
Mais au jour d'ui n'est Justice gardée 
Ne Loyauté, fors qu'en dissimulant; 

T. Davoir. — 2. Mais li contraires fait li homs qui pour veoir. 
a. A penser justement si Idolâtrie ne peut paraître, etc. 



264 BALADES DE MORALITEZ 

Cupido ^ vit, Richesce est honourée, 
Qui pert chevance, il pert esbatement. 

Les loys fist lors ^ li bons Justiniens, 
10 Pour le proufit de chascune contrée. 

Du bien commun sont de praticiens 3i c 

En singulier dont chascun reversée ^ : 
Théologie petit aux clers agrée, 
Aux loys courent tuit pour gaingner Pargent ; 
i5 Loyauté povre est partout reboutée, 
Qui pert chevance, il pert esbatement. 

Amours n'a lieu, car nulz ne feroit riens 
S'il n'en avoit guerredon ^ ou souldée; 
Les cuers avons plus moulz qu'Egipciens; 
20 Mal ressemblons la compaigne ^ Pompée 
Qui combatit mainte dure journée 
Pour le proufit commun tant seulement ; 
Honte nous suist, honeur s'en est alée : 
Qui pert chevance, il pert esbatement. 

I. Lors manque. — 2. Guerdon. — 3. Compaignie. 

a. Cupidité. — b. Par les praticiens, chaque loi est tournée du 
bien commun à leur bien particulier. 



BALADES DE MORALITEZ 265 



CXL 

Balade *. 
(Cause des maux de la France.) 

LONG conseil, Orgueil et Envie, 
Grant Haine et petit Confort. 
Grant Richesce d'autre partie, 
Convoitise, qui chascun mort. 
Ont tant fait par leur grant effort 5 

A Faide d'Oultrecuidance, 
Qu^ilz ont mis bien près de la mort 
Le noble royaume de France. 

Qui deust faire une chevauchie 

Pour gaingnier ou chastel ou port, lo 

Et que chascun deist : « Je Toctrie », 

S'advocas n'en fussent d'acort. 

Il fausist que chascuns eust tort. 

Et par tele persévérance 

Est au jour d'ui en desconfort , 1 5 

Le noble royaume de France. 

Vous sçavez bien que Bourgoisie 
Et Noblesce fut en descort, 
Et se firent mainte envaye ; 
Mais Pen scet bien qui fut plus fort. 20 

3i d Et c'est ce qui, sanz nul ressort, 
Avec trop petite deffense, 

*. Publiée par Crapelet, p. 20. 



206 BALADES DE MORALITEZ 

A fait perdre, si com j^ay sort ^, 
Le noble royaume de France. 



CXLI 



Autre Balade. 
(Plaintes de la France.) 

PAR fondement me doy plaindre et plourer, 
Et regreter des .ix. preux la vaillance, 
Car je voy bien que je ne puis durer. 
Confort me fuit, honte vers moy s'advance. 
5 Convoitise met en arrest sa lance 

Qui me destruit mon plus noble pais; 
Preux Charlemaine, se tu feusse ^ en France, 
Encor y fust Rolans, ce m^est advis. 

Alixandres, qui ot a justicier 
10 Tout le monde par sa bonne ordonnance. 
Quant il sçavoit un povre chevalier 
Armes, chevaulx lui donnoit et finance. 
Pour sa bonté lui faisoit révérence; 
De ce faire sont les plus hauls remis. 
I 5 Preux Charlemaine, se tu feusse ^ en France, 
Encor y fust Roland, ce m^est advis. 

Car chascun jour me fault admenuisier *, 

I et 2 Fcusses. 

a. Comme : j'ai prcJil ou j'ai conjecturJ.— b. Diminuer, dépérir. 



BALADES DE MORALITEZ 267 

Par le default de vraie congnoissance, 

Et par Déduit qui tient en son dangier 

Cellui qui doit en moy faire deffense, 20 

Par le jeune conseil qu'il a d'enfance; 

Dont Roboan fut convaincus jadis. 

Preux Charlemaine, se tu feusse ^ en France, 

Encor y fust Rolant, ce m'est advis. 



CXLII 



p 



Balade. 

[Regrets d^ avoir office de Justice] 

iRiNsoNNiER est sauz cause et sanz raison 
Mon las de cuer qui long temps Fa esté 
Sanz avoir bien ne joieuse saison, 
Fors que toudis languir en obscurté ; 
32 a Mon cuer s'en duelt qui sent toute griefté, 5 

Qui jadis seult vivre tresliement; 
Or me voy serf en grant chetiveté 
Sanz joie avoir, confort, n'esbatement. 

Car logiez suis en la triste maison 

De Justice qui m'a jeune maté ; i o 

Po m'y congnois, c'est ma destruction, 

De pluseurs fault avoir l'inimistié; 

Cesser ^ Amour et toute affinité. 

Et a chascun rendre droit jugement : 

I. Feusses. — 2. Cessent. 



208 BALADES DE MORALITEZ 

i5 C'est de rigueur, Justice et Equité, 

Sanz joie avoir, confort, n'esbatement. 

Et se juges fait nulle mesprinson, 
Combien qu'en ce n'ait point d'iniquité, 
Appelez yert ou menez en prinson ; 
20 Pour faire bien est souvent rebouté. 
Juges languist en grant adversité. 
Et j'ay aprins vivre joieusement : 
Or languiray, se je n'en suis osté, 
Sanz joie avoir, confort n'esbatement. 



CXLIII 



Autre Balade. 



(Sur les merveilles que nous garde l'avenir. 

DEPUIS le temps que regnoit Saturnus, 
Que Jupiter chaça en Lombardie, 
^ Et que prinse fut par le roy Cyrrus 
Babiloyne de quoy parle Ysaie, 
Et que Troie fut des Grieux envaye. 
Ne de tous temps dont ^ il puet souvenir 
Ne fut veu, selon la prophecie. 
Les merveilles qui sont a advenir. 

Car passer doit a naige Lecadus " ^ 

I. Dont manque — 2. Lcceadus. 
a. Leuçade. 



BALADES DE MORALITEZ 269 

Qui par amours n'a amé Germanie, 10 

Avecques ^ lui grant foison de ses dus ; 
Et relever se doit la paiennie. 
Il doit régner une grant hérésie, 
Et Brutus ^ doit de son royaume yssir 
2 b Sanz retourner, car il n'espère mie i5 

Les merveilles qui sont a advenir. 

Mais encontr'eulx nagera Nepturnus, 

Dieu de la mer, et Taigle qui, norrie 

Par les poucins du saige Rocalus, 

Doit obtenir en fin leur baronnie ; 20 

Hz les ^ vaincront, se Dieux leur donne vie, 

Car oultre mer doit Taigle conquérir. 

Et achever par la saincte lignie 

Les merveilles qui sont a advenir. 



CXLIV 



Autre Balade *. 
(Sw la terre de Coucy, en Vermandois.) 

QUI veult terre de grant déduit savoir. 
Et ou droit cuer du royaume de France, 
Et tortresce ^ de merveilleux povoir, 
Haultes forests et estancs de plaisance, 

*. Publiée par Tarbé, tome I, p. i34. 

I. Avec lui. — 2. hQ^ manque, — 3. Forteresce. 

a. Le roi d'Angleterre, l'Anglais. 



270 BALADES DE MORALITEZ 

5 Aires d^oiseaulx, pars ^ de belle ordonnance, 

Ou pais de Vermendoys, 
Devers Coucy acheminer te dois, 
Lors des terres verras la nompareille : 
Pour ce est son cri : Coucy a la merveille ! 

To Voy Saint Aubin où il a beau manoir. 

Aire a hérons, ou maint faucon se lance, 
A Foulambroy puet grant sires manoir. 
Daims a ou parc qui moult vault de finance ; 
Eaues aussi, et que vault la puissance 

1 5 De la tour de Coucioys 

Et du chastel, qui tant est lieux adrois? 
De Saint Gombain durement me merveille, 
Pour ce est son cri : Coucy a la merveille. 

Saint Lambert puet tout home recevoir 
20 Enmi Festanc ou le poisson s'^avance, 
Le chastellain puet bien la chace avoir, 
La Fere ^ est fort pour homme de vaillance, 
Oyse Pençaint, mais mettre en oubliance 
Ne vueil Acy ceste fois 
25 Ne Gercies; pour ce dist li bons Roys 
Que de Coucy ne vit euvre pareille. 
Pour ce est ~ son cri : Coucy a la merveille ! 

I. Lcfere. — 2. Pour est 
a. Parcs 



BALADES DE MORALITEZ 271 



CXLV 

Balade *. 
(Coîitre ceux qui jurent Dieu.) 

IE me merveille d'un abus, 
Quant et pourquoy en commença : 
A jurer Dieu et ses vertus « 
Ne les grans sermens qu^on orra, 
C'uns chetis pour néant vourra 5 

Jurer Dieu et sa progenie, 
Par le sang de Fescamp Tabbaie *, 
Par le serment du pillori, 
Par le sang de Bruges aussi 
Par la mort dont Dieux vint a vie. lo 

Mais c^est mal fait, ne jurez plus, 

Car, par cellui qui nous forma, 

Par le precieus corps Jhesus, 

Par le sang que Dieux estaura, 

Par le saint sang que Dieux lança, i5 

Fut sauvée humaine lignie, 

Dont amours et sa compaignie 

Aussy vray que nous sommes cy, 

Nous mist hors du lieu obscurci, 

Par la mort dont Dieux vint a vie. 20 

Par qui fusmes nous secourus ? 

♦. Par Mahieu. 

a. Miracles. — b. On conservait à Fécamp le Saint Sang. 



272 BALADES DE MORALITEZ 

Par la char Dieu qu'on achata, 
Par la lance dont fut férus, 
Par le sang que Dieux dégoûta, 

25 Par la char dont Dieux s'esconsa 

Ou corps de la vierge Marie, 
Par la char que Dieux ot percie, 
Par cellui qui en croix pandit, 
Par le sang que Dieux espandit, 

3o Par la mort dont Dieux vint a vie. 



CXLVI 



Aatre Balade *. 
(Même sujet sur les mêmes rimes.) 



L 



E suaire ou Dieux fat cousus 
Les cinq plaies dont Dieux saingna. 

Le sépulcre ou fut estendus, 

La couronne et croix qu'il porta 
5 Et le saint sang que Dieu roya ^, 

Jurent hui maint, mais c'est folie; 

Par la passion que Dieux beneie 

Nous est paradis restabli. 

Par cellui que Judas vendi, 
10 Par la mort dont Dieux vint a vie. 

Helas! dont sont telz mos venus? 

* . Par Corbie. 
a. Répandit. 



BALADES DE MORALITEZ 273 

Par cellui qui tous nous créa, 

Par le benoist Dieu de lassus, 

Par cellui qui nous~jugera 

Vivons nous touz, et si n^y a i5 

Si meschant qui encor ne die 

Je regni Dieu, chascune fie, 

A Dieu le veu, a Dieu Taffy, 

Par le sang dont pierre fendi, 

Par la mort dont Dieux vint a vie. 20 

Encores ay je d^autres veus 

Jurer le sang que Dieux spietta ^, 

Et par le ventre Dieu le plus, 

Par le sacre que Dieux sacra, 

Par cil qui sa mort pardonna, 25 

Par les sains ^ qu^en aoure * et prie. 

Par les doux Dieu, par Fescourgie, 

Par les angoisses qu^il souffri. 

Par le saint sang que Dieux radi <^, 

Par la mort dont Dieux vint a vie. 3o 



I . Par tous les sains. 

a. Peut-être répandit. — 6. Honore, adore. — c. Versa avec rai- 
deur. 



T. 1 iS 



274- BALADES DE MOR ALITEZ 



CXLVII 

Balade. 
(Même sujet sur les mêmes rimes.) 



L 



as! bien est li mondes confus, 
Quant la teste Dieu jurera, 

Et sa forcelle ^ uns malostrus, 

Et par les pas que Dieux passa, 
5 Par la sueur que Dieux sua, 33 a 

Par Dieu qui fut mort par envie, 

Par cil dont la char fut traye, 

Par le baptesme dUcellui 

Fut le peuple d^enfer ravi, 
lo Par la mort dont Dieux vint a vie. 

Telz jurans soient confundus 

Et qui bien ne les pugnira ! 

Par Dieu qui est nostre salus 

Par cellui qui resuscita, 
I 5 Par le Dieu qui ou ciel monta 

Fut destruitte la monarchie 

D^enfer, et la proie sa chie ^ 

Par cellui qui son corps offri, 

Par Dieu qui le monde establi, 
20 Par la mort dont Dieux vint a vie. 

Maleureus doit estre tenus 
Qui de jurer ne se tendra ; 

a. Poitrine. — b. Retirée, prise. 



BALADES DE MORALiTEZ 276 

Par Dieu qui pour nous fut batus, 

Par le Dieu que Pen decracha ^^ 

Par le Dieu qui nous rachata 2 5 

Fut complette la prophecie, 

Par la char que Dieux ot fichie, 

Par la gueule Dieu autressi, 

Par le glorieus crucifi, 

Par la mort dont Dieux vint a vie. 3o 



CXLVIII 

Rondeau. 
(Sur les Ballades précédentes.) 

POUR rebouter parjurement 
Qui se fait quant parjure ment 
Sont ces .iiii. balades fettes ^ 
Par damp Mahieu premièrement, 
Par Corbie secondement, 5 

Pour rebouter parjurement 
Qui se fait quant parjure ment. 

Et par Eustace tiercement; 
33 b D'eux sur le derrenier serment 

Aiez donc consciences nettes 10 

Pour rebouter parjurement 
Qui se fait quant parjure ment. 

a. Couvrit de crachats. — b. La quatrième Ballade vient après le 
rondeau. 



27^^ BALADES DE MORALITEZ 



CXLIX 

Balade. 
(Même sujet sur les mêmes rimes. j 



D 



AMPNEZ soit il et esperdus 
Qui le corps Dieu despiecera, 
Le desmembrer est deffendus 
Pour Dieu qui se transfigura, 

5 Par le Dieu qui tous nous sauva, 

Par celluî qui nous vivifia, 
Par le Dieu ou chascun s''affie, 
Par le Dieu qui fut circonci ^ 
Fusmes nous sauvé et gari 

10 Par la mort dont Dieux vint a vie. 

Trop est de sens foibles et nus, 
Par la messe que Dieux chanta, 
Par le Dieu qui mourut ça jus. 
Qui sanz cause rappellera; 

i5 Par le Dieu qui se demonstra 

A la Magdelaine s^amie. 
Par les œulx Dieu ne jurez mie : 
Par Dieu qu^en Bethléem nasqui 
Fust sauvez ce qui ei\ péri, 

20 Par la mort dont Dieux vint a vie. 

De Teglise doit estre exclus 

Cilz qui en vain son nom prandra, 

I Circoacisi 



BALADES DE MORALITFZ 277 

Sa cervelle, face et piez nus; 

Gart soy qui Dieu blasphémera 

Ne qui son corps parjurera, 25 

Car trop fait a Dieu villenîe 

Cilz qui le parjure et regnie, 

De nouvel Ta mort et trahi, " 

Prins, accusé et envahi. 

Par la mort dont Dieux vint a vie. 3o 



CL 

33 c Balade. 

(Louange de Saint Joseph.) 

Vous qui servez a femme et a ^ enfans 
Aiez Joseph toudis en remembrance; 
Femmes servit tousjours tristes, dolans, 
Et Jhesu Crist garda en son enfance; 
A pié trotoit, son fardel sur sa lance ; 5 

, En pluseurs lieux est figuré ainsi, 
Lez un mulet, pour leur faire plaisance, 
Et si n''ot oncq ^ feste en ce monde ci. 

Quant Herode tua les Innocens, 

Pour oster Crist de celle pestillence, lo 

Receu de Dieu les admonestemens ; 

Plus tost qu'il pot en Egipte s^avance, 

Mère et enfant garda en grant doubtancc 

1. A. manque. — 2. Onquco. 



278 BALADES DE MORALITEZ 

Li bon Joseph que ne fussent occi, 
t5 En Bethléem r'ot il moult de pesance 
Et si n'ai oncq ^ feste en ce monde ci. 

Ainsi est il qui veult prandre le sens 
Et de Joseph la vraie conséquence, 
Femme servir est pou d^avancemens 
20 Fors paine avoir et trop ^ po de chevance. 
Leur voulenté se mue en inconstance, 
Mais des hommes sont servans remeri; 
A Dieu Joseph qui tant ot de souffrance, 
Et si n^ot oncq ^ feste en ce monde ci. 



CLI 

Autre Balade. 
(Aujourd'hui règne partout double loi,) 

COMMENT sont ceuls de tresbonne heure né 
Qui bien tendront vraie foy crestienne, 
Et qui sU sont des jonesse ordonné, 
En despitant la vie terrienne ! 
Car par la loy nouvelle et ancienne 
Servir a Dieu est perpétuel règne. 
Mais au jour d^ui partout double loy règne. 

A mal faire est chascun habandonné, 

Prandre et ravir chose qui n^est pas sienne; 33 d 

I. et 3. Onqucs. — 2. Trop manqua. 



BALADES DE MOR ALITEZ 279 

Convoitise a le monde ainsi mené 10 

Que Nature est la loy cotidienne. 

Et si voions une foy arrienne 

Régner souvent entre saint eschevé, 

Mais au jour d^ui partout double loy règne. 

Raison et Sens sont du tout décliné 1 5 

De la vie méchant cclestienne ; 

Briefment devroit ce monde estre fine, 

Toute doleur est advenir prouchaine. 

O, saint Père, que fait PEglise tienne? 

Le cheval d^or veult chevauchier sanz resne, 20 

Mais au jour d'ui partout double loy règne. 



CLII 

Balade. 
[Présages de la fin du monde.] 

EN treuve assez en la saincte Escripture 
Que ce monde prandra certaine tin, 
Car terre et mer et toute créature 
Et les sains cieuls qui de Dieu sont affin 

Arderont au Jugement. - 5 

Quant sera ce ? Ce sera vraiement 
Quant on laira la foy de Jhesu Crist 
Pour amasser joyaulx, or et argent : 
Lors se fera le trésor d^Antecrist. 

Quele yért la loy ? C'iert la loy de nature i o 



280 BALADES DE MORALITEZ 

Ou chascun est a voulenté enclin, 
En délaissant Raison, Foy et Droiture, 
En ravissant les biens de son voisin ; 
Pressure sera de gent, 
1 5 Guerre es pais, de terre mouvement. 

Lune et souleil seront souvent esclipst, 
Chascun vouldra maisonner reaiment, 
Lors se fera le trésor d^Antecrist. 

Par tous ces poins nostre fins se figure 
20 Et li secles va du tout a déclin ; 

Ne saint Pierre n'a plus sa nef en cure 34 a 

Giez y règne, Simon ne veult qu'or fin. 
Charité fault telement 

Que sanz donner toutes grâces il vent ^ 
2 5 Contre raison et le Saint Esperit ; 

Et puis qu'ainsi sera generalment. 

Lors se fera le trésor d'Antecrist. 



CLIII 



Autre Balade. 
[Exemple à suivre des temps anciens. 

SELON les fais et livres anciens 
Orent jadis vaillance les Grejois, 
Saiges furent Athenienciens, 
Et les Rommains establirent les loys. 



I . Toute grâce vent. 



BALADES DE MORALITEZ 28 1 

Tout le monde soubmirent une fois 5 

Soubz leur povoir par leur bonne ordonnance ; 

Le bien commun orent en remembrance 

Ne povreté n'orent pour lors despite : 

Qui ainsi fait, il règne en grant puissance ; 

Qui autrement fait, il se déshérite. 10 

Apparoir puet par les Assyriens 

Dont le sires fut uns trespuissans Roys, 

De Troie ' aussi, des Babiloniens 

Dont les règnes furent grans et adrois, 

Qu'ilz perdirent par leur oultrecuidance i5 

De convoitier trop d^or et de finance, 

Qui a nul prince en tel cas ne proufite ; 

Large cuer ait et bonne souffisance, 

Qui autrement fait, il se déshérite. 

Regarde es faiz des bons Machabiens, 20 

Et par quel art vient honneur aux François, 
Combien dura, puis vient aux Albiens, 
Comment Romme perdit armes et drois 
Qui les conquist, et par quelle ignorance 
De trop vouloir amonceler chevance; 2 5 

Et comment Dieux rent chascun sa mérite. 
34 b Advise toy, met en lui t'esperance, 
Qui autrement fait, il se déshérite 

I. Trois. 



282 BALADES DE MORALITEZ 



CLIV 



Autre Balade *. 

(Devoirs d'un prince. J 
[i3o2.] 

COMMENT pourroit princes bien gouverner 
Ne grant peuple tenir en union, 
S'en soy meismes ne povoit rafrener 
Les meurs mauvais de sa condicion ? 
5 II ne pourroit nullement ; 

Car seignourir se doit premièrement 
Et corrigier pour Pexemple d'autrui 
Qui veult avoir commun gouvernement, 
Si qu'on voie toute bonté en lui. 

10 Premier il doit Dieu et TEglise amer, 
Humble cuer ait, pitié, compassion. 
Le bien commun doit sur touz préférer, 
Son peuple avoir en grant dilection, 
Estre saige et diligent, 

1 5 Vérité ait, tel doit estre régent^ 

Lent de pugnir, aux bons non fere ennuy, 
Et aux mauvais rendre droit jugement. 
Si qu'on voie toute bonté en lui. 

D'entour lui doit touz menteurs rebouter, 
20 Justice avoir. Equité et Raison, 
Le povre oir, le plaintif escoutcr, 

*. Publiée par Crapclet, p. 22. 



BALADES DE MOR ALITEZ 283 

A touz venans avoir large maison, 

Requérir crueusement 
Son ennemi et mener doucement 
Ses vraiz subgiez, sanz asservir nulli. 2 5 

Avarice doit hair mortelment \ 
Si qu'on voie toute bonté en lui-. 



p 



CLV 



Autre Balade. 

(Dieu attire à lui les humbles.) 
[1392.] 

AR .nu. poins vient tribulacion 
A toutes gens en ceste mortel ^ vie, 
Car pour leurs maulx se fait pugnicion 
34 c Quant obstinez sont trop en leur folie. 

Ou pour leur bien Dieu les tempte et chastie, 5 
Pour pacience en leurs faiz éprouver. 
Ou pour pugnir cilz qui les contrarie, 
Pour les humbles devers lui ramener. 

Car se Tomme a grant dominacion, 

Orgueil en soy, et point ne s'umilie, ^ 10 

Dieux het en lui son obstinacion 

Et le pugnist, de ce ne doubtez mie ; 

Et se trop a, son créateur oublie, 

Qui ^ par tourment le veult lors rappeler ; 

I. Morteieinent. — 2. Mortelc. — 3. Que. 



284 BALADES DE MORALITEZ 

i5 Et se bons sont, il les tempte et chastie 
Pour les humbles devers lui ramener. 

Et ceuls qui ont maie condicion 
Sanz advertir nul temps a leur folie, 
Qui aux bons font toute sedicion, 
20 D'iceulx sera la malice pugnie ; 

Toutes telz gens Dieu en ce monde oublie 
Car en enfer les fera tourmenter ; 
Ceuls qu^il aime bat de son escourgie ^^ 
Pour les humbles devers lui ramener. 



CLVI 



Autre Balade. 
(Contre les langues médisantes.) 

[ballade MACARONIQUE.] 

JE me complaing ^ de lingua dolosa 
Que comparer puis au chant de Parronde ^, 
En pluseurs lieux est moult venenosa ^, 
Elle honnist et affole le monde ; 
D^envie bruit et de tristesse habonde : 
Son ny <^ a fait en mainte cheminée, 
Mais en la fin convient que son ny fonde : 
Elle est toudis de Raison condempnée. 

1. Je me plaing. — 2. Venesa. 

a. Courroie, fouet. — b. Hirondelle. — c. Nid. 



BALADES DE MORALITEZ 285 

En tous acors est insidiosa; 

Beau semblant fait, sur fausseté se fonde ; lO 

Amer ne scet, ains est odiosa ; 
Qui trop la croit, il se plunge et afFonde 
En tel péril qu^il n^est ne mer ne onde 
34 d Qui plus grever puist créature née. 

Maudicte soit, le vray Dieu la confunde ! i5 

Elle est toudis de Raison condempnée. 

De touz maulx est le texte cum glosa, 

Mains plaiz esmuet, de touz descors est bonde ; 

De Lymousin nasquit, capitosa. 

Qui maint assault fait sanz pierre et sanz fonde ; 20 

Elle nuist trop, mais au dernier ^ redunde 

Tous maulx sur lui, sa cause est terminée ; 

Chascun la het, pareil n^a ne seconde : 

Elle est toudis de Raison condempnée. 



CLVII 



Autre Balade *. 

[Sur la rébellion du duc de Bretagne.) 
[1392.] 

O peuple ingrat par orgueil surmonté 
Qui veult laissier ton souverain seignour 
Qui fa mis hors de toute povreté 

♦. Publiée par Tarbé, tome I, p. 126. 
I. Derrenier. 



286 BALADES DE MORALITEZ 

Et d'ordure soubhaucié ^ en honour ! 
5 Et tu veulz par cas soudain 

Lui déguerpir, dont rebelle te daim ! 
Advise toy, car, comment qu'il aviengne, 
Sires sera, tu traveilles en vain : 
Reprouché yert ou pais de Bretaingne. 

10 Dont pot venir si foie voulenté. 

Ne qui pensa premier tel deshonour, 
De commettre cas d'infidélité 
Et de perdre de touz loyaulx l'amour? 
Ce fut Pou Sens, Ignorance et Folour; 

i5 Et Desloyauté a plain 

Et Convoitise ont bracié ce levain, 
Si qu'a tousjours de ce forfait souviengne : 
Pour effacier ton orgueil primerain 
Reprouché yert ou pays de Bretaingne. 

20 Dieux het Orgueil, mainte foiz l'a dompté. 
Pou vault Force qui n'a de Dieu cremour ; 
Radresce toy, recueuvre ta Bonté, 
Et ^ crie a Dieu mercy, ton creatour, 35 a 

Vien au bon Roy qui est plain de douçour 

25 De cuer contrict et humain, 

Com vray subject remet tout en sa main 
En suppliant qu'en s'amour te reprangne, 
Ou autrement saiches, et pour certain 
Reprouché yert ou pais de Bretaingne. 

1. Et manque. 

a. Elevé, surhaussé. 



BALADES DE MORALITEZ 287 



CLVIII 



Autre Balade *. • 

(Le lion et les fourmis.) 
[fable.] 

DORMI long temps ont en leur frommiere ^ 
Sanz eulz mouvoir li froumi ^ remuant 
Pour le lyon qui dessus la pouldriere ^ 
Sanz eulx grever aloit seignouriant ^; 

Or a le lyon voulu 5 

Que les fourmiz lui payassent treu, 
Dont ilz se sont contre lui révélé; 
De leur recept sont bien cent mille yssu : 
Il estoit mort s"'il ne s^'en fust aie. 

Puis s^est retrait en clos d''une rivière, 10 

Ou le secours de ses amis attent, 

Car les froumiz ont levé leur bannière, 

Fors abatuz et tué de sa gent; 

S"'il n'est briefment secouru, 
A ce qu'ilz ont en pluseurs lieux couru, i5 

Estre pourra destruit et désolé; 
Mais au besoing se doit monstrer vertu : 
Il estoit mort s'il ne s'en fust aie. 

Pour ce ne doit nulz avoir grant manière 



*. Publiée par Crapelet,p. 18 g. 

a. Fourmillière.— b. Les fourmis, par qui Deschamps veut peut- 
être désigner ici les Flamands? — c. Poussière. — d. Faisant le sei- 
gneur. 



288 BALADES DE MORALITEZ 

20 Ne forcuider ^ que il soit trop puissant; 
Ses amis doit aidier a lie chiere 
Pour estre aidié quant il est indigent. 

Car on a souvent veu 
Que le petit a bien au grant neu ^; 

25 Par leur orgueil sont maint homme affolé; 
Par le lyon est assez parceu : 
Il estoit mort s^il ne s^en fust aie. 



CLIX 



Autre Balade. 
[France dégénérée.) 

PovRE ^ d'amis, deffaillant de confort, 
Vefve au jour d'ui et dolente orpheline, 
Pleine de plour et de tout desconfort ■\ 
Toute doleur envers moy s'achemine; 
5 Chascun me nuist, je suis cheue en ruine, 

De tout perdre me voy en grant balance. 
Quant il convient que ma gloire defîne. 
Qui jadis fui la lumière de France. 

Je conquestay jadis maint riche fort 
10 Et mains pais ^ soubmis par ma doctrine. 
Toutes terres doubtoient mon effort, 
Je n'oy adonc ne voisin ne voisine 

I . Forcuidcur. — 2. Povres. — 3. Tous desconfora. — 4. Mains riches pais. 
a Nuit fait mal. 



BALADES DE MORALITEZ 289 

Qui ne me fust obedient, encline, 
Et qui en tout ne doubtast ma puissance, 
Lasse! et je voy que mon fait se décline i5 

Qui jadis fui la lumière de France. 

Puis qu'ainsis est, venez plourer ma mort, 

Vaillance, Honeur et Pitiez Penterine ! 

De maie heure furent sorti li sort 

Qu^avoir ne doy que le dos et Teschine, 20 

Par le sanglier, atout sa noire crine 

Qui chascun jour en ma fourest se lance 

Et me destruit par la queue vulpine ; 

Qui jadis fu la lumière de France. 



CLX 

Autre Balade. 
[Les amis de Fot'tune.) 

TANT corn j^ay eu Richesce avecques ^ mi 
Et Fortune m'a esté bonne amie, 
Se sont pluseurs appelez mi ami 
Offrans ^ pour moy a mettre corps et vie ; 
Or s^est de moy Fortune départie. 
Si m'ont laissié, et c'est chose commune. 
Qui le sien pert, en lui tourne Toye : 
Au jour d'ui n'est ami que de Fortune. 

I. Avec. — 2 Offerans. 

T. I u, 



290 BALADES DE MORALITEZ 

Car tant qu^on a les biens avecques ^ lui 
10 Et les honeurs, un ^ chascun s'umilie; 

Mais la personne est tost mise en oubli 35 c 

Quant li deffault estât et seignourie. 
C^est povre amour qui est si tost perie, 
Qui plus froide est que le ray de la lune : 
1 5 Qui saiges est ne s^y attende mie, 

Au jour d^ui n^est ami que de Fortune. 

Et quant chascun perçoit qu^il est ainsi, 
Il doit doubter qu^il ne chiée ^ en folie. 
Garder le sien et qu^il ne croie aussi 
20 Les faulx amis, qu'après leur départie. 
Se puist chevir afin qu^il ne mendie ; 
Car qui deschiet, de chascun et chascune ^ 
Est mescongneu, ja Pespreuve en partie; 
Au jour d'ui n^est ami que de Fortune. 



CLXI 



Balade. 



[Les vialheureux ont toujours tort.) 

[i3o5.] 

QUI est eureus et qui scet pratiquer, 
Et de parler a belle rcthorique, 
lant qu"'avoir a, par beau rethoriquer ^, 

I. vcc. — 2. Une. — 3. De cliascune. 
a. Tombe. — b. Par bien discourir. 



BALADES DE MORALITEZ 29 I 

Et enrichist par sa bonne pratique, 
Honourez est plus que saint ne relique, 5 

Des que Ton scet qu^il a deniers en cofre; 
Mais qui riens n^a, chascun lui fait le nique ^ : 
Gui il meschiet, tous jours on lui mesofre ^ 

Toudis verrez le povre homme moquer: 

Son sens n'est nul, car chascun li repplique; 10 

Nulz ne se veult a son fait appliquer, 

Car povreté au maleureus s^applique. 

Eur et meseur est le gieu de la brique : 

Qui est eureus chascun lui donne et offre, 

Mais maleureus est trop débouté, si que 1 5 

Gui il meschiet, tousjours on lui mesoffre. 

• Dolent maleur, qui te fist évoquer? 
Quant de ton droit tu es merancolique, 
Nulz ne te veult en hault lieu coUoquer, 
35 d Gondicion as de povre et d^ethique ; 20 

Et le riche est au monde coUerique 
A qui boneur a pieca fait son offre. 
Pour Dieu, fui fen, périlleux basilique: 
Gui il meschiet, tous jours on lui mesoffre. 

a. La nique.— b. Refuse : c'est un proverbe. 



292 BALADES DE MORALITEZ 



CLXII 



Autre Balade. 

[Les temps de tourments approchent.) 
[1394.1 

AGE de plomb, temps pervers, ciel d'arain , 
Terre sanz fruit, et ^ stérile et brehaingne, 
Peuple maudit de toute ^ doleur plain, 
Il est bien drois que de vous tous me plaingne : 
5 Car je ne voy riens au monde qui viengne 

Fors tristement et a confusion. 
Et qui tous maulx en ses faiz ne compraingne, 
Hui est li temps de tribulacion. 

C'est par pechié, de ce soion certain, 
10 Qui nous emfle plus que venin Pyraigne ^; 
De Dieu servir sommes recuit et vain ^, 
Et d'obéir a ce qu'il nous enseigne. 
Et pour ce vient toute guerre mondaine, 
Faulte de biens, mort, persecucion 
Qui nous destruit, d'ajuder nous souviengne : 
1 5 Hui est li temps de tribulacion. 

Et si n'avons point d'ui ne de demain. 
Que li péchiez et la mort ne nous praingne 
En un moment et par un cas soudain. 
Et si n'est nul qui du mal se restraingne ; 

I. Et manque. — 2. Toute manque, 
a. Araignée. — b. Mous, lâches. 



BALADES DE MORALITEZ 29O 

Or y pensons, car ja droitte est renseigne 20 

Et li glaives de no pugnicion : 
Crions mercy, qu^enfers ne nous souspraingne, 
Hui est 11 temps de tribulacion. 



CLXIII 



N' 



Balade. 

(Santé préférable à richesse.) 

'e vous chaille de tendre a amasser, 
Mais ne pensez qu'a mener bonne vie ; 
Qu^en amassant puet on son corps casser 
36 a Et acquérir courroux, merencolie, 

Dont venir puet crueuse maladie 5 

Qui maintefois a Famé et au corps nuit ; 
Qui a santé, pour Dieu, ne se soussie : 
Telz a pou bief qui a assez pain cuit. 

Riches est cil qui puet partout aler, 

Qui d'autrui bien n'a nulle fois envie, 10 

Et qui se scet saigement gouverner 

Et maintenir en toute compaignie 

Au gré de tous et sanz faire folie ; 

Qui en ouvrant prant ainsi son déduit. 

S'il lui souffist, ce proverbe n'oublie : 1 5 

Telz a pou bief qui a assez pain cuit. 

A paines puet riches homs reposer 
Ne bien avoir, tousjours mcrancolic, 



294 BALADES DE MORALITEZ 

De Tun avoir veult a Pautre tirer, 
20 Tousjours defrit ^, tousjours brait, toujours cric 
Que povres est, et ne lui souffist mie : 
Lors vient la mort en une seule nuit 
Qui le destruit et a coup lui escrie : 
Telz a pou bief qui a assez pain cuit. 



CLXIV 



Balade *. 

(La France veuve de son Roi.) 
[1400.] 

LASSE, lasse, chetive et esgarée, 
Povre d'amis, défaillant de seignour, 
Qui jadis fu partout si renommée, 
Riche d'avoir, franche et digne d'onnour, 
5 Qui au jour d'ui suy si plaine de plour. 

Serve en tous cas et presque anientie, 
Drois me deffault, sur moy règne rigour : 
Que devendra la dolente esbahie ? 

Je deusse estre comme vefve gardée 
10 Et chérie comme la douce flour 

De ceuls de qui je suis emparentée 
Qui deussent supporter ma dolour . 
Car lors voit on et Pami et Tamour 

*. Publiée par Tarbé, tome I, p. 186. 
a. Frissonne. 



BALADES DE MOFALITFZ 295 

36 b Quant li besoings queurt sur la seigneurie; 

Secourez moy, lasse ! ou je ne voy tour : 1 5 

Que devendra la dolente esbahie? 

Vous qui m'avez orpheline trouvée, 

Meuve envers moy Pitié vostre douçour ; 

Que je soie saigement gouvernée, 

Sanz convoitier, afin que deshonour 20 

N'aiez en ce, et que grant et menour 

Puissent veoir que vous m'avez chérie ; 

Ou autrement, adieu sanz nul retour : 

Que devendra la dolente esbahie? 



CLXV 



Autre Balade *. 

[Mort du Pape, de V Empereur et du Roi Charles V .) 

[i38o.J 

S'oNQUES David ploura fort Absalon, 
Ne Jonathas que les Phillistiens 
Avec Saul mistrent mors en Hebron, 
Ne se ploura Ecuba ^ les Troiens, 
Donc doivent bien plourer les Crestiens 
Le pappe Urbain, Fempereur et le Roy 
Qui en brief temps sont trespassez tuit troy. 
Dont FEglise seuffre cruel dommaige ; 

*. Publiée par Tarbé,tom2 I, p. 45 
I. Ecuba ploura. 



296 BALADES DE MORALITEZ 

Si font François jeunes et anciens 
10 Par le trespas du roy Charles le Saige. 

L''en le pouoit figurer Salemon, 

Car moult soufrit tant d^autrui com des siens, 

Et par son sens acrut sa région 

Et a son temps amassa moult de biens. 
1 5 Chasteaux fonda : or n^est ce monde riens 

Quant de la mort nul espargner ne voy ; 

Et si n'est nul qui bien pense, ce croy. 

Qu'au monde n'a nul parfait heritaige ; 

A tous le puis assez monstrer au doy 
20 Par le trespas du roy Charles le Saige. 

Helas ! d'Urbain fut le règne tresbon 

Crestienté tint ^ en ses drois liens; 

Et l'empereur ot gracieux renom. 

L'empire tint com fist Octoviens ^, 36 c 

25 Sanz nul débat; mais comme chas et chiens 

Tiennent aucun présentement la foy; 

En grant doubte est règne, empire, et la loy, 

Qui de ces trois ont touz perdu l'usaige. 

Tailliez * sommes d'avoir assez d'annoy <^ 
3o Par le trespas du roy Charles le Saige. 

I. Tient. 

a. Octavien. — b. Prêts, ici menacés. — c. Ennui, douleur. 



BALADES DE MORALITEZ 297 



CLXVI 



Balade *. 

(Mort du Roi Charles V.) 
[i38o.] 

S'oNQUEs servent durent plourer seigneur. 
Sa mort hair et regreter sa vie, 
Faire souspirs des dolens yeulx, du cuer 
Tristesce avoir, faire chiere esbahie, 

5 

Pour Tame des trespassez, 
De ce faire ne soient ja lassez 
Les serviteurs du prince débonnaire, 
Charles le Roy, qui leur donnoit assez ^ 
Car chascun d'eulx est tenu a ce faire. 10 

Comment fut il? Humble ^ et plain de douçour, 
Dévot vers Dieu et doulz vers sa maignie *, 
Saige en ses faiz, courtois et plains d''onour : 
Chascuns devoit amer sa compaignie. 
Les bons amoit, il haioit villenie, i5 

Il aaidoit aux oppressez. 
Et les sers Dieu furent de lui amez : 
A son pouoir ne leur fist nul contraire ; 
D^iceulx pour lui soit Jhesus reclamez, 
Car chascuns d'eulx est tenuz a ce faire. 20 

♦. Publiée par Tarbé, tome I, p. 46 . 

I. Humbles. 

a. Beaucoup. — b. Domestique, maison. 



298 BALADES DE MORALITEZ 

Il a fondé maint lieu de grant valour, 
Et secouru mainte povre abbaie, 
Et a son temps a eu moult de dolour 
Couvertement et par mauvaise envie; 

25 Le Boys fonda et le Vivier en Brie; 
Saint Anthoine fut fondez 
Par lui, aussi furent remaisonnez ^ 
Les Celestins, dont Dieux pité attraire 36 d 

Devroit vers lui ; d^iceulx en soit priez : 

3o Car chascun d^eulx est tenu a ce faire. 



CLXVII 



Autre Balade ^. 

(Requête aux gens de justice.) 

[1392.] 

OR sus, or sus, baillis et seneschaulx, 
Prevosts, viguiers, vicontes, lieutenans, 
Et procureurs! alez cerchier les maulx, 
Mettez vous sus, conseilliers et sergens, 
5 Informez vous des griefs de maintes gens 

Qui ont ravi, efîorcié et tollu, 
Tué, murdri et encor ont voulu 
Foy, justice, loy, droiture et raison 

a. Rebâtis. — b. Celte ballade doit avoir été faite au retour de 
Rosebech. On a publié les très-curieux Registres du Chatelet de 
cette époque. 



BALADES DE MORALITEZ 299 

Périr de tout, qui n'y eust secouru : 

Prenez, pandez; gibez sont en saison. 10 

Trop ont souffert les bons peine et travaulx 

Par les mauvais, desordonnez, puissans. 

Qui le peuple ont fait manger a chevaùlx. 

Temples polluz, destruis les innocens, 

Et ont couru a milliers et a cens 1 5 

Sanz droit, sanz loy et a glaive esmoulu ; 

Tous les crimes, que nul n'en a fallu, 

Ont exercez pluseurs en traison ; 

Tous ceuls donques qui n'en sont absolu 

Prenez, pandez; gibez sont en saison. 20 

Nulz ne pourroit les péchiez desloyaulx 

Pugnir a droit es mauvais delinquens 

Du temps passé qu'ilz ont fait aux loyaulx 

Pour la guerre qu'ilz furent desirens : 

Or est pitié au pueple secourens 25 

Qui veult la paix; le traictié est venu, 

Trêves avons; se pillart sont tenu. 

Les bons vivront seigneur de leur maison ; 

A touz larrons sera mal advenu : 

Prenez, pandez; gibez sont en saison. 3o 



300 BALADES DE MORALITEZ 



CLXVIII 



Autre Balade *. 

(Etymologie du nom de Charles.) 
[i38o.] 

JE puis assez ethimologier ^ 
Le noble nom de la flour des François, 
Par .vn. lettres, que Ten doit avoir chier, 
Dont nommez est Charles 11 jeunes roys : 
5 Le C premier signifie courtois, 

.H. hardi; .A. appert, et par R 
Riches sur tous, reverens et adrois : 
Or lui doint Dieux bien achever sa guerre ! 

Par .L. doit loiaulx encommencier, 

10 .E. le fera estable a toutes fois. 
Et par .S. le puis saige jugier. 
Pour maintenir son royaume et ses drois ; 
D^empereurs est, et de ceuls de Valois 
Et de Bourbon, qui bien en scet enquerre, 

i5 D'Anjou, Berry et Bourgoingne, ces trois : 
Or lui doint Dieux bien achever sa guerre ! 

En .xiii°. an vient a seignourier, 
Et a garder son règne des Anglois, 
Et si ami le veulent bien aidier, 
20 Vuidier fera le lieppart * de son bois. 

♦. Publiée par Crapclet, p. 23. 

a. Faire l'ctymologic. — b. Le roi d'Angleterre. 



BALADES DE MORALITEZ DOl 

Force et pouoir puist avoir a son chois, 
Tant qu'apaisier puist son pais et terre ; 
Prions en tuit, crions a haulte voix : 
Or lui doint Dieux bien achever sa guerre î 



CLXIX 



Balade *. 

(Sur Paris.) 
[1394.1 

QUANT j'ay la terre et mer avironnée, 
Et visité en chascune partie 
J nerusalem, Egipte et Galilée, 
Alixandre, Damas et la Surie, 
Babiloine, le Caire et Tartarie, 5 

Et touz les pors qui y sont, 
Les espices et succres qui s'i font, 
Les fins draps d^or et soye du pays. 
Valent trop mieulx ce que les François ont : 
3j b Riens ne se puet comparer a Paris. 10 

C'est la cité sur toutes couronnée, 
Fonteine et puis de sens et de clergie, 
Sur le fleuve de Saine située : 
Vignes, bois a, terres et praerie. 
De touz les biens de ceste mortel vie i5 

A plus qu'autres citez n'ont; 



*. Publiée par Crapelet, p. 24. 



302 BALADES DE MORALITEZ 

Tuit estrangier Paiment et ameront, 
Car, pour déduit et pour estre jolis, 
Jamais cité tele ne trouveront : 
20 Riens ne se puet comparer a Paris. 

Mais elle est bien mieulx que ville fermée, 
Et de chasteaulx de grant anceserie. 
De gens d^onneur et de marchans peuplée, 
De touz ouvriers d^armes, d^orfaverie; 

2 5 De touz les ars c^est la flour, quoy qu^on die 
Touz ouvraiges a droit font; 
Subtil engin, Entendement parfont 
Verrez avoir aux habitans toudis. 
Et Loyaulté aux euvres qu^ilz feront : 

3o Riens ne se puet comparer a Paris. 



CLXX 



Autre Balade *. 

(Sur Paris.) 
[1394.] 

Otu, cité, de justice aournée, 
Qui onques jour n'ouvras de tirannie, 
Fille de Dieu et par lui gouvernée. 
Mère de foy, marrastre d^eresie, 
Le vrai estoc de la théologie, 
A qui tuit Crestien vont ; 



• Publiée par Tarbé, tome I, p. t4^- 



BALADES DE M OR ALITEZ 



3o3 



Saincte cité qui de touz faiz respont, 

Dieux a sur toy regart et paradis, 

Soubz le meilleur climat qui soit en mont: 

Riens ne se puet comparer a Paris. lo 

A toy ne soit nulle autre comparée, 
Babiloine ne s^i comparast mie, 
3'] c Ne Romme aussi qui tant fut renommée, 
Ne Ninive, Florence, ne Pavie, 
Troie la grant dont tu es départie; i5 

Ne cil que jamais seront 
A toy seule comparer ne pourront; 
De tes grans biens est chascuns esbahis : 
Plus en prant on et plus en demourront. 
Riens ne se puet comparer a Paris. 20 

Pour ce dois tu partout estre louée, 

Et chascuns doit amer ta seignourie : 

Mainte Dame as de grant beauté parée ; 

Suir te suelt bonne chevalerie; 

Tu as moult d'or, d'argent, de pierrerie 25 

Et de joyaulx sur Grant Pont ; 
Le grant palais qui les mauvais confont. 
Dont le seigneur est chief des fleurs de lis. 
Tes noms durra, tuit dient et diront : 
Riens ne se puet comparer a Paris, 3o 



3 04 BALADES DE MORALITEZ 



CLXXI 

Rondeau *. 
(Sur Paris.) 

PARIS sanz per, qui n^os onques pareille, 
Qui en toy maint, il ne puet perillier, 
S^a son estât veult par raison veillier ; 
Tu es cité de touz biens non pareille, 
5 Ou chascuns puet chevance appareillier. 

Paris sanz per, qui n'os onques pareille, 
Qui en toy maint, il ne puet perillier. 

De demourer avec toy m**appareille : 
Enrrichy sont par toy mille millier 
10 De povre gent, pour ce y vueil traveillier; 
Paris sanz per, qui n^os onques pareille. 
Qui en toy maint, il ne puet perillier. 

*. Publiée par Tarbé, tome I,p. 3. 



BALADES DE MORALITEZ 3o5 



CLXXII 



Baladô *. 

(Sur Reims et le Sacre.) 

[i38o.] 

3y d /^^ tu, cité tresnoble et ancienne, 

\^^ Qui jadis fus fondée de Remus, 
Reins fappella, de son ^ nom Rancienne ; 
Romme fonda ses frères Romulus ; 

Le sénat f acousina ^ 5 

Quant Julius ~ César ses osts mena 
Pour conquerre Gaule, France nommée, 
Et ton confort requist et demanda : 
Tu dois estre sur toutes honourée. 

Car tu laissas premiers la loy paienne lo 

Par saint Remy, qui de Laon fut dus, 
Et te meis a la loy crestienne, 
Quant tes princes nommez Clodoveus 

Adonc se crestienna, 
Par victoire ^ que Dieux a lui donna 1 5 

Des ennemis estans en sa contrée ; 
Et comme Dieux tel signe te monstra, 
Tu doiz estre sur toutes honourée. 

Lors délaissa toute loy arriennc 

*. Publiée par Tarbc, tome I,page 48. 

I. Ton. — 2. Julles. — 3. Par la victoire. 

a. Le sénat t^ fit sa parente, son associée. 

T, 20 



3o6 BALADES DE MORALITEZ 

20 Par Clothilde garnie de vertus; 

En cellui temps estoit la cité sienne. 

Ly premiers Roys crestiens fut veus : 
Saint Rémi le baptisa, 

Et Saint Esprit ^ une empole apporta 
25 Des cieulx lassus, dont sa char fut sacrée ; 

Et quant chascuns de ces Rois tel sacre a, 

Tu dois estre sur toutes honourée. 



CLXIII 



Autre Balade *. 
{De trois choses le plus à redouter.) 

DE trois choses nous vueille Dieux garder 
Et tous les bons en ceste mortel vie : 
La première est de peuple révéler <^, 
Qui tout destruit en sa forsenerie ; 
5 Et de seignour qui a grant seignourie, 

De sa fureur, pour sa hastiveté *; 
Et de la mort qui soudaine s'escrie. 
Car en ces trois n^a raison ne pité. 38 a 

L^en ne porroit peuple esmeu retarder 
10 Qu^il n''ait avant sa folour assevie ^\ 

*. Publiée par Tarbé, tome L p. ijS. 

I. Saint esperit. 

a. Révolte populaire. — b. De la furie impatiente d'un seigneur 
qui a de vastes domaines — c. Assouvie. 



BALADES DE MORALITEZ Soy 

Je le puis bien en pluseurs lieux prouver, 

Par Beauvoisin, Flandres et Lombardie, 

Et par Paris en la greigneur partie, 

Et par autres qui se sont révélé; 

Donc qui ces poins fuit, ce n'est pas folie, i5 

Car en ces trois n^a raison ne pité. 

Ire en seigneur fait moult a redoubter, 

On le scet bien a Milan, a Pavie; 

Ne fist Noiron ^ Seneque a mort livrer 

Hastivement et par mauvaise envie? 20 

Si font pluseurs, que droiz n'est que je die, 

Soudaine mort en a maint craventé. 

Bon eschiver fait tele compaignie. 

Car en ces trois n'a raison ne pité. 



CLXXIV 



Balade. 
[Vœux pour la paix.) 

[iSgo.] 

GUETTiER de nuit, par jour a la barrière, 
Garlander tours * et faire arrier fossez, 
Soudaulx avoir arrier ^, guet par derrière <^, 
Estre tous jours de haubergon armez, 

I, Arrière. 

a. L'empereur Néron. — b. Couronner, créneler. — c. Avoir des 
soldats et le guet en arrière au lieu de les avoir en avant. 



3o8 BALADES DE MORALITEZ 

5 Faire escoutes ^ qu^om ne soit eschelez, 

Savoir le cri de la nuit au certain, 

Arbalestiers avoir et ^ cappitain 

A convenu * et souvent guerroier 

Jusques a cy : or fault, si com je tain ^, 
10 Ghacier, voler, jouster et tournoier. 

Soufert avons ou temps ça en arrière 
Guerre et tourmens dont trop sommes foulez, 
Guez de chasteaulx, mainte parole fiere 
Des ennemis, gens tuez, raençonnez. 

i5 Le plat pais a esté tel menez 

Que Pun estoit Genevois, l'autre Yrain ^, 

Si que prodoms n'osoit logier a plain ^ : 3S b 

Or nous veult Dieux le bon temps envoler; 

Se paix avons, il faut de main en main 

20 Ghacier, voler, jouster et tournoier. 

Ainsis rarons nostre vie première. 
Et revendront les gens déshéritez 
A leurs labours faire, de lie chiere, 
Dances, chançons, festes et menestrelz, 

25 Justice, loy, raison et veritez 

Qui a chascun tendroit la droicte main; 
Ainsi le vuet le prince souverain 
Pour lequel doit mioult le pueple proier, 
Quant de guerre nous fait, par cas soudain, 

3o Ghacier, voler, jouster et tournoier. 

L^ENVOY 

Prince -, en tous cas de la guerre me plain : 

I. Et avoir. — 2. Princes. 

a. Sentinelles. — b. Avoir arbalestriers et capitaine convenus. — 
c. Je tiens. — d. Génois ou Irlandais. ~ e. Les bonnes gens n'o- 
sent plus loger en plaine. 



BALADES DE MORALITEZ 309 

Veuillez a paix vostre cuer avoier, 

Tant que nulz homs n'ait des or en desdain 

Chacer, voler, jouster et tournoier. 



CLXXV 



Autre Balade. 

{Contre un chef de Routiers. ^] 
[iSSg.] 

GOUPIL en faiz et mastin en courage, 
Lyevre au dessoubz, lyon a ton dessus, 
Chas agaitans, tigre dure et sauvage, 
Bugles songans, ours rudes et velus, 
Boucs eschaufez et pourceauls malostrus, 5 . 

Loups ravissans le sang de char humaine, 
Asnes pesans, et hérissons pointus, 
Pour quoy veulz tu les brebis et leur laine? 

Plus que Phiton * merveilleux a oultrage, 
Escorpion qui seult poindre les nus, lo 

Cuer plus coulant que couleuvre en marage <^, 
Souriette '^ qui a. les dens agus, 
Tout est rungé ou tu f es embatus : 
Avoir ne puet fors que tourment et paine ; 
38 c Grifons des mains qui mieulxprannent que glux, i3 
Pour quoy veulz tu les brebis et leur laine? 



a. Peut-être le sire de Bethizac. — b. Peut-être le serpent Pithon. 
— c. Mare'cage. — d. Diminutif de souris. 



3 I O PALADES DE MORALITEZ 

Laisse au bestail son povre pasturage, 
Ton domptement, et tant aras tu plus ; 
Qui escorche sa beste, il n^est pas saige, 
20 Car jamais jour ne prandra noient sus; 
Chiens convoiteus est mainte fois déçus 
En convoitant, procure maleestraine ^; 
Et puisqu^ainsis est pour ce confundus, 
Pour quoy veulz tu les brebiz et leur laine? 



CLXXVÏ 



Balade. 
[Sur le mauvais temps.) 

DONT puet venir le temps si dolereus 
Que pluseurs n'ont fors tristesce et ennuy, 
Et sont pensis et merancolieus, 
Si c"'om ne voit faire joie a nullui? 
5 Et qui plus est, dont trop esbahis sui, 

Le mondes ^ est ainsi partout menez 
Que pluseurs sont au jour d'ui enrumez. 

Vient il du temps, ou se cause en sont ceuls 
Qui le mal ont? Oil, si com je croy. 
10 Mal gouverner en a fait maint tousseus 
Plus que le temps, de pieca Fapperçoi; 
Mieulx vault son corps gouverner ~ que Fautrui, 

1 Le monde. — 2. Mieux vault gouverner son corps. 
a. Malheur, calamité, rcprésaillc. 



BALADES DE MORALITEZ 3 I I 

D'or ^ en avant bien garde vous prenez 
Que pluseurs sont au jour d^ui enrumez. 

Et avec ce li temps est perilleus, 1 5 

Qui se change mainte fois d'or a hui ; 

Pour ce ne puet aucun estre joieus 

Ne remède certain trouver en lui, 

Chascun se plaint, il ^ aussi com cellui 

Qui voit partout, comme desconfortez, 20 

Que pluseurs sont au jour d'ui enrumez 



CLXXVII 



Autre Balade *. 



(La fourmi et le Ceraseron.) 

[fable.] 

ILZ sont a court deux gens equipolé ^ 38 d 

L'un a fourmi et Tautre a ceraseron *; 
Li froumi fait pourveance de blé 
Pour son yver ou temps de la moisson : 

Il vit espargnablement <^, - 5 

Et se gouverne en tous cas saigement ; 
Le temps futur a en sa remenbrance, 
Tant que nul jour ne sera indigent : 
Qui saiges est face ainsi pourveance. 

*. Publiée par Crapelet, p. igi* 

I. Dores. — 2. Et il. 

a. Comparé. — b. Cigale ou grillon. Ce mot n'a partout que trois 
syllabes. Voy. les vers 10 et 24, il se prononçait sans doute ceras- 
ron. — c. Avec épargne. 



12 BALADES DE MORALITEZ 

10 Le ceraseron par le temps de Testé 
Ne fera ja nulle provision; 
Il vit aux champs, et quant s^est aosté ^, 
Il se retrait en aucune maison, 
Et au four communément 

i5 Et es foyers chante doubteusement, 

A grant dangier quiert illec sa substance ; 
Mais li fourmi se pourvoit cautement: 
Qui saiges est face ainsi pourveance. 

Ceuls qui long temps ont a court demouré, 
20 Qui sont pourveu, compère au fremion *, 
Car en servent se sont rémunéré 
Et ont acquis rente ou possession; 

Mais li simple et ignorant 
Sont ceraseron fameilleus, négligent, 
25 Qui ont chanté et mis en oubliance 

Le temps doubteus; le fourmi les reprant : 
Qui saiges est face ainsi pourveance 



CLXXVIII 

Balade. 
{Caractère et portrait de r Auteur.) 

J\y le cuer bon, mais le corps ne puet rien ; 
Argent me fault, mais trover ne le puis ; 
J^ay les jambes de trop foiblc merrien ^, 

a. Il a passé le mois d'août. — b. Je compare à la petite fourmi 
ceux qui — c. Charpente. 



BALADES DE MORÂLITEZ 3l3 

^ Graille le corps, des bras trop menuz suis; 

J^ay voulenté, mais de force suis vuis ; 5 

Je parle trop, mais po vail enz ne hors. 
3g a Merveilles faiz partout ou je me truis : 
Il ne me fault que finance et bon corps. 

Quant j'ay de quoy, je boy et mangue bien, 
I Ja ne serois de fort jangler destruis; lo 

i' Voulentiers vois, mais j^ay petit du mien: 

I Par journoier ^ seroie tôt destruis ; 

J'en tue un cent et les jette en un puis, 

Par mon parler en sont .nii^. mors; 

Je me combat et de jour et de nuit : i5 

Il ne me fault que finance et bon corps. 

Je ne désir fors que Saint Julien 
Et son hostel, dont bon fait trouver Tuis; 
' De saint George pas grant compte ne tien. 

De sa guerre n'est mie grant déduis. 20 

Et sy sui je bien de ses armes duis : 
De gent tuer y ai je un millier mors. 
Se grant fusse, je feisse trop d'ennuis : 
Il ne me fault que finance et bon corps. 

a. Faire des voyages. 



3 14 BALADES DE MORALITEZ 



CLXXIX 

Autre Balade \ 
(Conseils aux gens de cour.) 

Vous qui a court royal servez, 
Entendez mon enseignement; 
Oez, voiez, taisez, souffrez, 
Et vous menez courtoisement. 
5 Faictes bien, servez loyaument; 

Mais cellui qui grâce y aura 
Acquière un lieu secrètement 
Pour aler quant la court faurra. 

En servant ne vous endormez, 
lo Car la cour fault soudainement, 

Ou par mort, que vous Tentendez, 

Ou par rappors faiz faussement, 

Ou par trop y avoir de gent; 3g b 

Et quant la court se restraindra, 
i5 Qui n^a hostel, il est dolent 

Pour aler quant la cour faurra. 

Li temps s^en va vous le sçavez 
Et grâce y fault en un moment. 
Le futur regarder devez 
20 Que vous ^ soiez indigent. 

Et s^il vous vient nul accident ^ 
Cas pourveus vous secourra, 

I. Publiée par Crapelet, p. 26. 

\ . Que vous ne. — 2. Aucun accident. 



BALADES DE MORALITEZ 3l5 

Lors direz : J'ay receptement 
Pour aler quant la court faurra. 

L^ENVOY 

Prince, le froumi nous aprant 25 

Le temps futur et le présent; 

Saiges est qui garde y prandra, 

Car il se pourvoit cautement 

Et porte en son trou le froument, 

Pour aler quant la court faurra. 3o 



CLXXX 

Autre Balade. 
(Vision prophétique de V Angleterre.) 

REUE en paon et parole de gay, 
Cuer de lièvre mis en corps de lion, 
Gueule a serpent, séjour de papegay, 
Chievre gratant, de chien condicion, 
Ce me disoit en une advision 5 

Un prophète qui se nommoit Danis, 
Tu perdras tout, terre et possession, 
Lasches, couars, recreans et faillis. 

Ces mos finez, un autre entendu ay 

Qui m'appelloit filz de perdicion : lo 

Porc vil et ort, certes je t^occiray, 



3 I 6 BALADES DE MORALITEZ 

Soubz toy sera la grant destruction, 
Le ceptre fault de ta cognacion, 
Par tes péchiez Parout tes ennemis, 
i5 Jheremie f en fait ostencion ; 

Lasches, couars, recreans et faillis. 

Mais pour tes maulx enfant roy te donrray, 
Vé ! terre, a toy ! car grant division 
En tes princes et ou peuple mettray, 
20 De toy feray la transmigracion, 3g c 

Car en toy n^a que variacion, 
Envie, orgueil, convoitise et mesdis, 
Sanz craindre Dieu, sanz bonne affection, 
Lasches, couars, recreans et faillis. 



CLXXXI 

Balade. 
(Sur Vinconstance de la Fortune.) 

EN Boece, de consolacion 
Trouverez-vous de Fortune Tassault, 
Ses blandices et sa decepcion, 
S'inconstance, muer de bas en hault 
Les soufraiteus; aux riches ses biens tault, 
Sa nature est toudis d'estre muable. 
De grans moicns ne petiz ne li chault, 
En tous temps est Fortune dccepvable. 



BALADES DE MORALITEZ Siy 

Elle a de droit en sa possession 

Richesce, honeurs, dignitez ne lui fault lo 

Et puissances, dont revolucion 

Se fait par lui : l'un nuist, a Tautre vault, 

Puis se retrait et ces .ini. retault, 

Quant il lui plaist, ne n'a nul agréable, 

Mais qui la croit estre chetif le fault, i5 

En tous temps est Fortune decevable. 

Et puisqu'ainsi fait sa mutacion 

Soudainement la déesse, en sursault, 

Ses œulx bandez, sa roe en mocion 

Tournant toudis, dont tout le monde assault, 20 

Despitez la, aiez cuer de vassault, 

Ja ne croiez qu'elle soit véritable, 

Fuiez ses biens, car se Dieux me consault, 

En tous temps est Fortune decevable. 



CLXXXII 

Autre Balade. 
(Prédiction contre V Angleterre). 

QUANT le grant lac dont sourt la frommiere 
Commencera a mouvoir ses frommis. 
Et qu'ilz prandront une estrange bannière 
Et qu'ilz seront Tun a Tautre ennemis 
3g d Tant que leurs lieux principaulx yert desmis, 
Adonc venrra la grant destruction 



3l8 BALADES DE MORALITEZ 

Dont autres qu^eulx seront mors et malmis 
Par Temprinse de leur commottion. 

Et lors ystra Bruthus de sa rivière 
10 Qui se faindra de ce lac estre amis, 
Et li lions sauldra de sa bruiere 
Qui vers Brutus se sera contremis, 
Et esmouvra par ses horribles cris 
Des grans fourests de Gaule et d'Albion, 
i5 Loups, cerfs, sangliers, tors, vaches et brebis, 
Par Temprinse de leur commottion. 

Là sera grant celle assemblée et fiere, 
Et feront là bestes de mains pais 
Bataille entr'eulx, mais la rumour première 
20 Sanz ferme paix y demourra toudis, 
Jusques atant que Bruthus desconfis 
Et ceuls du lac n'aront possession ; 
Mais trop nuiront Taigle et les oiseaulx gris 
Par Femprise de leur commottion. 



BALADES DE MORALITEZ :> 1 9 



CLXXXIIÏ 

Balade. 
(Allégorie satirique des sept péchés capitaux.) 

N\ pas long temps qu'en une région 
Vi en dormant dolereuse assemblée, 
Ce fut Orgueil chevauchant le lion, 
Ire emprés lui qui se fiert d'une espée, 
Sur un loup siet; Envie la dervée 5 

• Dessus un chien aloit fort murmurant, 
Avarice gouverne la contrée : 
Onques ne vi si dolereuse gent. 

Car celle avoit or, joyaulx a foison. 
Et languissoit d'acquerre entalentée ; 10 

Paresce après dormoit une saison. 
En Fan n'a pas sa quenoille fiUée; 
Sur Fasne siet la povre escheveulée 
Qui en touz lieux est toudis indigent; 
40 a Glotonnie fut sur un ours posée, i5 

Onques ne vi si dolereuse gent. 

Celle mettoit tout a destruction, 

Par gourmander avoit la pence emflée ; 

Luxure estoit moult prés de son giron 

Qui chevauchoit une truie eschaufée, 20 

Mirant, pignant s'aloit comme une fée 

Et attraioit maint homme en regardant ; 

Mais trop puoit sa trace et son alée, 

Onques ne vi si dolereuse gent. 



320 BALADES DE MORALITEZ 



L^ENVOY 



25 Princes, moult est la terre désertée ^ 
Ou telz vices sont seignour et régent ; 
Règne s'en pert et ame en est dampnée, 
Onques ne vi si dolereuse gent. 



CLXXXIV 

Autre Balade. 
(Les pauvres gens voient mourir quatre Rois.) 

ROYS, princes, ducs, chevaliers et barons, 
Pappe, clergié, legalz et cardinaulx, 
Ausquelz pueples communs obéissons 
Ou temporel et en foy, de noz maulx 
5 Ont plus de mal que ^ leurs povres vassaulx. 

Et vivent moins ; et dont puet ce venir, 
G^uns povres homs qui maine ses chevaulx 
Voit .nii. roys et leur règne fenir? 

Je m'en merveil, car ilz ont tous leurs bons, 
10 Et se tiennent moistes, fourrez et chaulx ; 
Et un ouvrier et uns povres chartons 
Va mauvestuz, deschirez et deschaulx; 
Mais en ouvrant ^ prant en gré ses travaulx 

I. Déserte. — 2. Car. 
a. En travaillant. 



BALADES DE MORALITEZ 



321 



Et liement fait son euvre fenir, 

Par nuit dort bien ; pour ce uns telz cuers loiaulx i b 

Voit .iiii. roys et leur règne fenir. 

Les roys pensent plus que nous ne faisons, 
Et les prelaz ont souvent moult d'assaulx 40 b 
Pour leurs estaz, pour maintenir leurs noms, 
Et leur convient avoir pluseurs consaulx; 20 

Leurs grans avoirs ne les font mie saulx, 
Ainçois les font souventefoiz languir; 
Et uns povres qui vit joyeus et baulx 
Voit .nu. roys et leur règne fenir. 



FIN DU PREMIER VOLUME 




NOTES 




NOTES GENERALES 



I. MoRALiTEz. — Les auteurs religieux du xu« siècle et du xm', 
peu soucieux de la vérité historique, recherchaient dans tous les 
livres, quel qu'en fût le sujet, des allusions au mystère de la Ré- 
demption. Ils moralisaient ainsi les choses, trouvaient partout une 
intention morale, une application à la loi chrétienne, et, dans les 
ouvrages anciens, surprenaient toujours quelque allusion à la venue 
du Messie. Ainsi Philippe de Vitry, mort évéque de Meaux à la fin 
de i36i, passait pouravoir moralisé à la prière de Jeanne de Bour- 
bon, femme du Dauphin Charles, les métamorphoses d'Ovide en 
7i,ooovers('B. N., ms.fr. 698G). Dèslexu* siècle, Philippe de Thaon 
composait une Physiologie, un Bestiaire pour moraliser l'histoire 
naturelle; le traité de Guillaume le Normand, le Bestiaire d'amour 
de Richard de Fournival ne sont que des variantes de ce thème 
primitif. On compilait, dans les auteurs de l'antiquité, tous , les faits 
merveilleux relatifs à l'histoire des animaux; on leur donnait 
la valeur delà tradition, puisqu'ils avaient été admis par les meil- 
leurs observateurs, et l'on y reconnaissait des présages et des si- 
gnes moraux relatifs au mystère de la Rédemption du genrù hu- 
main. Jean de Meun transporta ces allégories du domaine religieux 
dans le monde moral; après lui, les auteurs s'obligèrent à rêver 
tout éveillés, à voiler de symboles et d'allégories les idées les plus 
claires et les faits les plus précis. Eustache Deschamps suit la 
mode : dans les détails de sa vie intime, il est volontiers imperson- 
nel; dans les événements les plus saillants de son époque, il cher- 



32vG BALAlîES DE MORAÎ.n EZ 

che le lieu commun et semble ne vouloir être deviné que du petit 
nombre. Guillaume de Machaut est ordinairement plus net, en par- 
lant de ce qu'il avait vu et bien connu. Malgré lui, Deschamps 
nous donne pourtant de nombreuses informations et fait en cela 
œuvre de chroniqueur. On peut donc se hasarder à l'interpréter, 
sans mériter d'être accusé de chercher le mot d'énigmes trop obs- 
cures . 

II. Balades. — La balhde, auxiv'ausv* siècle fut la forme préfé- 
rée des délicats: comme le sonnet au xvii* siècle (on pourrait pres- 
que dire au xix" , la ballade sans défaut valait un long poëme. Le 
Livre des cent ballades, que nous avons publié en 1868, rappelle la 
Guirlande de Julie; les plus grands seigneurs du temps s'y trou- 
vent réunis, ainsi qu'aux joutes de Sai.it-Ingleveri; la palme de ce 
tournoi littéraire est décernée à Jean le Sénéchal; viennent ensuite 
Philippe d'Artois, Jean Boacicaut, Jean de Crésèques, Regnault de 
Trie, le duc d'Orléans, le duc de Berry, Guillaume de Tignonville, 
Guy de la Trémoille, Bucy et le bâtard de Coucy. 



NOTES 

HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES 



BALADE I 

V. 6. Comparez la i83^ ballade: a Ce fut Orgueil chevauchant le 
lion;... Envie la dervée — Dessus un chien aloit fort murmurant. » 
Les bestiaires et riconographie chrétienne représentent le chien 
retournant à son vomissement, ou lâchant sa proie pour l'ombre; 
ainsi, la Convoitise délaisse les Joies du ciel pour les vains plaisirs 
du siècle. 

Cette ballade nous semble être, comme la plupart des ballades 
d'Eustache Deschamps, pleine d'allusions devenues aujourd'hui 
trop obscures pour qu'il soit aisé de les expliquer. Peut-être 
Deschamps fait-il allusion ici à un prince qui aurait eu un lion 
dans ses arm.oiries, et des lévriers, pour supports? Comme on bat 
le chien devant le lion, dit un proverbe du xin' siècle, il ne faut 
réunir leurs défauts ni sur son bouclier ni dans son caractère. 

II désigne peut-être le duc de Bourgogne, héritier du Brabant : 
« Au roi fut présenté un cherf volant, au duc d'Orliens, un blanc 
chisne (cygne), au duc de Bourgoigne, un lion. » (G. Chastelain, 
Chronique des ducs de Bourgogne, 1" partie, ch. 20). Déj-à, dans 
sa Prison amoureuse , Froissart parlait du lion de Brabant, 
emblème de Wenceslas de Luxembourg, que le duc de Juliers ve- 
nait de battre et faire prisonnier à Bastweiier (iSji). 



BALADE II 

On peut dater cette ballade de iSyS. C'est Tannée de la trêve de 
Bruges et d'une ordonnance de Charles V (Ordonnances du Louvre, 
t. II , p. 658) relative aux gens de guerre. La paix et l'ordre ne de- 
vaient point plaire à ces vieux routiers. Ils prenaient en yitié 



328 BALADES DE MORALITEZ 

toutes ces réformes et regrettaient le bon temps du roi Jean ; la bal- 
lade a d'ailleurs pu précéder les réformes. 

Avoir l'hôtel Saint-Julien (c'est avoir un bon gîte'; on se sou- 
vient de la nouvelle de La Fontaine, imitée de Boccace et intitu- 
lée : l'Oraison de saint Julien (Contes, liv. II). 



BALADE III 

Cette ballade a été inspirée par la célèbre parole de FEvangile 
sur la difficulté pour les riches d'entrer en paradis. C'était un 
lieu commun poétique que Villon a traité avec plus d'énergie, 
lorsqu'il montre confondus au Charnier des Innocents le « lanter- 
nier » et le a clerc de la chambre aux deniers ». 



BALADE IV 

Cette ballade nous semble avoir été écrite sous la même inspira- 
tion que la précédente. E. Deschamps, en poète de cour, paraît se 
défendre d'avoir été attaché à un riche ou à un puissant tombé en 
disgrâce. 

BALADE V 

Cette ballade paraît avoir été composée entre la bataille de Poi- 
tiers (i356) et celle de Navarette {i36j). C'est l'époque des ravages 
des grandes Compagnies. 

C'est en mars i368 que la grande Compagnie, revenue d'Espagne 
à la suite du prince de Galles, occupa Fismes, Ay, Epernay, c'est- 
à-dire la région d'Eustache Deschamps. (Chroniques de Froissart, 
édit. Siméon Luce. Vil, p. xxvi, note 4.) 

Dans sa notice sur Guillaume Coquillart (Poètes français, recueillis 
par M. Crépet, I, 436), M. A. de Montaiglon écrit : « En fait, Eus- 
tache Deschamps a été un homme d'épée. » Je crois que la présente 
ballade et nombre d'autres, la 1^2" par exemple, prouvent qu'il 
était homme de loi : 

Car logiez suis en la triste maison 
De Justice qui m'a jeune maté. 

BALADE VI 
E. Deschamps, poète suivant la cour, devait avoir beaucoup d'en - 



NOTES 329 

vieux; il se défend un peu comme le fera plus tard Clément Marot. 
A ne consulter que l'histoire générale, ce dut être vers 1403, 
au début de la rivalité de Je.in-Sans-Peur et de Louis d'Orléans, 
que les envieux commencèrent à parler haut et furent écoutés. Les 
dissensions civiles font oublier les anciens dévouements. 



BALADE VII 

Cette ballade a dû être écrite après la bataille de Nicopolis (iBgô) 
et avant l'assassinat du duc d'Orléans (1407). Deschamps, vieilli, 
aurait refusé de suivre ce prince au siège de Blaye et de Bourg 
(1406}. Ces conjectures concordent avec l'histoire privée de Des- 
champs : il était alors en disgrâce et dépouillé de sa châtellenic de 
Fismes. 

BALADE VIII 

E. Deschamps, dans cette ballade, parle du retard qui l'empêche 
de fournir un message dont il était chargé soit vers les Anglais, 
soit ailleurs. A-t-il été en Syrie, et y fut-il prisonnier? Nous n'en 
avons pas la preuve. Alla-t-il en Chypre et à Alexandrie, à la suite 
de Pierre de Lusignan? Le début de la prise d'Alexandrie par G. de 
Machaut, éditée par M. de Mas Latrie, est aussi riche en noms my- 
thologiques que cette ballade. L'expédition d'Alexandrie à laquelle 
devait prendre part Jean II est de i365. Il faudrait, en ce cas, dater 
cette ballade de cette année. (Cf. Chronique des quatre premiers 
Valois, p. 164 a 1G6;. 

La ballade 84' semblerait encore prouver que Deschamps con- 
naissait les voyages de long cours, et infirmer l'assenion de M. de 
Montaiglon (Notice sur Deschamps, coll. Crépet, I, p. 374) : « II 
faut nier qu'il ait jamais été en Orient. » 

V. r. Cf. Ovide, Metamorp'ioseon, XIll, v. 906. 

BALADE IX 

La Curne de Sainte-Palaye, au mot Balade d: son dicticwinaire 
qui se publie actuellement, cite plusieurs ballades curieuses, ma^s 
aucune du genre de celle-ci. Cela fait un peu song-ir aux scxdn^^s 
et aux pantoums de nos Parnassiens. 

BALADE X 
La note de M. Tarbé sur cette ballade est contredite par le petit 



330 BALADES DE MORALITEZ 

article de M. Sim. Lucc publié dans la Bibliothèque de l'Ecole des 
Chartes en 1875. Le duc d'Anjou donna au duc de Berry le gouver- 
nement du Languedoc, et au duc de Bourgogne, celui de la Picardie 
et de la Normandie. Il fit des emprunts et la ville de Paris lui en 
offrit ; il garda une partie de l'argent laissé par Charles V. La vé- 
rité semble être que le duc d'Anjou qui, comme frère aîné du roi 
mort, devait être et fut nommé régent, commença par ordonner le 
rétablissement de toutes les aides et gabelles qui avaient été facile- 
ment levées sous le règne précédent mais que Charles V avait im- 
prudemment révoquées avant de mourir, car il avait besoin d'ar- 
gent pour soutenir les guerres de Languedoc, de Flandre et de 
Bretagne. Le conseil voulut donc rétablir les aides qui avaient 
été levées jusqu'à la mort de Charles V. De là, une tumultueuse 
sédition dans Paris qui força le jeune roi et son oncle de se reti- 
rer à Meaux. (Voyez Froissart, lui-même, tout malveillant qu'il soit 
pour le duc d'Anjou, livre II, ch. 71, 74, 127, 129, i35.) 

Allusion aux troubles de l'Angleterre sous Richard II, à l'usur- 
pation de Henri III, Les Anglais, comme les Romains, avaient fait 
des conquêtes ; Vambiiion envieuse de la dignité royale les leur fit 
perdre. 

BALADE XI 

Allusion aux revers et à la mort de Louis, duc d'Anjou et comte 
du Maine, en Sicile {1384). 



BALADE XII 

Allusion probable aux malheureuses expéditions de Louis d'An- 
ou, en Sicile (1384), de Charles de Durazzo (i386}, du duc de 
Lancastie, en Portugal (i386}, de Charles Vï, dans le pays de 
Gueldrc(i388). 

BALADE XIII 

« Jean de Scmpy, chevalier d'Artois, avait épousé Marguerite de 
Fienne. Il entra au service de la France dès iSG^, et ne cessa de 
combattre sous ses drapeaux. En 1364, il se trouva au siège d'Ac- 
quigny, en Normandie. En 1371 et 1374, Charles V lui faisait don 
de quelques immeubles. Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, 
l'avait nommé son conseiller et son chambellan. En i373, il était 
gouverneur de Thérouanne, quand les Anglais vinrent assiéger 
Saint-Omer : il sut protéger cette ville et repousser l'ennemi. 



NOTES 33 I 

Comme ingénieur militaire, il rendit à la France des services no- 
tables. En 1 377, le duc de Bourgogne s'était emparé du château de la 
Planque, près de Bourbourg, et de la ville d'Audruick. Il chargea 
Sempy de réparer et d'augmenter les fortifications de ces deux tor- 
terresses. La ville d'Ardres, enlevée aux Anglais dans cette campagne^ 
le reçut pour gouverneur de 1377 à i38o. En i38o, quand les An- 
glais envahirent la Fi ance, il avait préparé à la résistance les places 
frontières. L'ennemi dut renoncer à les prendre d'assaut, et mar- 
cha vers le centre de la France. Sempy le harcela à la tête de 
ses troupes, jointes à celles du sire de Coucy. Il se trouvait à 
Troyes lorsque Charles V défendit de livrer bataille. En i382, 
la guerre s'engagea contre les Flamands; Sempy, qui connais- 
sait le pays, rendit aux Français de grands services. Il guida 
l'avant-garde à la bataille du pont de Commines, et se distingua à 
Rosebecke. Le roi le nomma, à cette occasion, capitaine d'Ypre et 
lui donna 2,000 écus d'or pour la part qu'il avait piise au siège de 
Gravcline. En i386, il reçut une nouvelle gratification de i,5oofr. 
pour avoir fortifié cette ville et celle d'Audruick, En i385, 
le du.c de Bourgogne, pour empêcher les Anglais, déjà possesseurs 
de Calais, d'entrer trop facilement en Flandre, acheta du comte de 
Namur le port de l'Ecluse, et y fit des travaux considérables : ce 
fut encore à Sempy qu'il en confia la défense et l'entretien. Il suivit 
le roi dans l'expédition de Bretagne en 1392, et fut au nombre 
des personnes que ce malheureux prince blessa dans son premier 
accès de folie. Nous n'avons pas trouvé la date de la mort de ce 
vaillant capitaine, dont le nom devrait figurer dans toutes nos 
biographies d'histoire universelle : On voit qu'il prit part à l'expé- 
dition de Hongrie, en i3g6, et qu'il ne vivait plus en 1410; à 
cette époque, sa veuve épousa Jean de Mailly, depuis tué à Azin- 
court. (Tardé). » 

Il serait possible que cete ballade se rapportât au père de Jean de 
Sempy, compagnon de Charles VI; sa mort, arrivée entre i375 
et i38i, fixerait la date de la composition de cette ballade. Un 
autre Sempy combatiit à Rosebecke (i382) contre les Flamands. Or, 
d'après la présente ballade, il semble que la guerre contre les 
Anglais est finie, et que celle contre les Flamai-'ds n'est pas encore 
commencée. 

En 1377, « Monseigneur de Bourgogne et le sire de Clichon et 
moult de nobles hommes avoient assis Ardre, et deux autres 
forts qui furent prins. » (Chroyd.jiie des quatre Valois, p. 2G4/. 
L'un des forts est Audruick situé, comme Ardres, dans l'arrondis- 
sement de Saint-Omer; l'autre est Le Planque^ que Froissart 
place à une demi-lieue d'Audruick, entre ce village et Balinghen. 

Toute la science mythologique déployée dans les premiers vers 



332 BALADES DE MOR ALITEZ 

(ainsi que pour la ballade 8*j vient des Métamorphoses d'Ovide 
V. 599. 

Qjii proféras Aretfiusa, suis Alpheus ab undis 

V. 2. Scyihicas adveriiiur aras, Rex ubi Lyncus evat. I. 02 5. 



BALADE XIV 

Deschamps a-t-il voulu paraphraser !e psaume qu'imita Mal- 
herbe : 

N'espérez plus, mon âme ...? 



Pense-t-il à la mort de Richard II (1399; que Froissart a peinte 
de couleurs si sombres? 



BALADE XV 

Cette ballade peut avoir été faite après l'avènement de Henri 111, 
roi d'Angleterre , elle semblerait plutôt se rapporter au départ du 
duc d'Anjou pour l'Italie. 



BALADE XVI 

Cette ballade, au premier abord, semble dirigée contre les Juifs 
qui avaient joui, pendant les trois dernières années du règne de 
Jean II et pendant toute la durée du règne de Charles V, d'une 
situation vraiment privilégiée. La réaction éclata dès le début du 
règne de Charles VI, et c'est alors que Deschamps aurait écrit sa 
ballade. Cependant il parle d'un peuple ayant « une terre, un pays» ; 
et les Juifs n'avaient que des biens meubles. Deschamps a donc 
pensé aux Flamands, enrichis par l'industrie^ comme les Juifs par 
l'usure; en réalité, cette ballade nous paraît dirigée contre les 
Gantois que Deschamps suppose, on ne sait d'après quelle tradi- 
tion^ un peuple de Juifs venu de ceux que Vcspasien avait consenti 
à laisser vivre quand quelqu'un les rachetait pour trente deniers. 
Les allusions sont claires et se rapportent aux Flamands en géné- 
ral, ou bien seulement aux révoltés de Gand. 

Elle a dû être composée avant la guerre de Flandre, en i382. 



KOTiîs - 333 



BALADE XVII 

V. 9. à 17. Le premier voyage de Deschamps est de l'hiver i382 : 
la bataille de Rosebecke fut livrée le 27 novembre ; le deuxième 
suivit la prise de Bourbourg (i3 septembre i383;; le troisième est 
de l'année i385, quand Charles VI assiégea Damme et envahit ie 
pays des Quatre Métiers (20 août); le quatrième précéda l'arrivée 
du roi à l'Ecluse au commencement d'octobre i386 (Gonf. Ba- 
lade 19). 

V. 18 à 24. Nous sommes ici au milieu des wàtteringues et des 
moëres de la Flandre Orientale. 



BALADE XVIII 

Cette ballade, qui devait probablement se lire dans plusieurs sens, 
comme la ballade 9% a dû être composée eu i382. Elle est uni- 
quement à l'adresse des Flamands contre lesquels on allait entrer 
en campagne. 

Le vers 19*. « Envieuse subjuguer de noblesse », rappelle le 
mot du duc de Bourgogne à Charles VI : « Si les Flamands triom- 
phent, Noblesse et Gentillesse seront détruites, et par là Sainte 
Chrétienté. » 

BALADE XIX 

Voir pour la bataille de Rosebecke (Froissart. édition Kervyn, 
t. X, p. 131-174) ; pour le siège de Bourbourg {iJ., p. 2f)3-273) ; 
pour le siège de Damme (id., p. 360-369). 



BALADE XX 
V. 2. On disait au XV" siècle en proverbe : 

Glochier ne faut devant boiteux. 

(Y. Leroux de Lincv, I, 211.) 

V. i6. Deschamps fait-il allusion ici à son ami l'avocat Des- 
mares, pendu en i383.'' C'est possible, mais il pense aussi à ceux 
qui venaient déposer contre lui et contrd d'autres sans être meil- 
leurs que ceux qu'ils accusaient. 



334 BALADES DE MORALII EZ 



BALADE XXI 

Cette Ballade doit être de la même époque que la précédente, et 
la seconde strophe semble faire allusion fin ministère des Marmou- 
sets; elle pourrait donc être datée de i388-i392. 



BALADE XXil 

De la même date sans doute, 1392, et dans les mêmes disposi- 
tions chagrines. 



BALADE XXIII 

« Charles VI, brave et actif, avait payé de sa personne pen- 
dant les guerres de Flandres : mais il était trop jeune pour avoir 
une grande influence personnelle. Les divisions de ses oncles et les 
habitudes indisciplinées de la noblesse l'empêchcrcnt toujours de 
faire respecter son autorité. Après les trêves de Lelinghem, le sire 
d'Escornay, dont les Gantois avaient pendant la guerre ravagé les 
terres, résolut de prendre sa revanche. Au mépris du traité qu'on 
venait de conclure, à la tête d'un parti de Flamands et de Français, 
il s'empara d'Audenarde (i384\ Les Gantois se plaignirent au duc 
de Bourgogne de cette violation de la parole donnée. Le prince pro- 
testa que le sire d'Escornay avait agi malgré ses ordres et le ré- 
primanda sévèrement. Quelques mois après (juillet 1 385). les gens de 
Gand rompirent les trêves à leur tour, reprirent la ville de Damme; 
et la guerre recommença. C'est peut-être à cet acte d'insoumission 
que Deschamps fait allusion dans cette ballade. Il pouvait avoir de 
graves conséquences. (Tarbé). » 

On pourrait encore placer cette ballade entre janvier et mars 1 383, 
quand furent châtiés les Parisiens et les Rouennais révoltés à l'oc- 
casion du rétablissement des aides et maltôtes. Deschamps con- 
seille de ne pas laisser les révoltés impunis. 



BALADE XXIV 

w Cette ballade nous révèle les tentations auxquelles succombaient 
déjà les bibliophiles indiscrets et les amateurs de livres et d'autogra- 
phes au XIV* siècle. Plusieurs auteurs contemporains se plaignent de 
faits analogues. Guillaume de Machault est obligé de séparer ses ma- 



NOTES 335 

nuscrits en fragments pour satisfaire la curiosité des princes qui s'in- 
téressent à ses œuvres nouvelles. Le duc d'Anjou, pour d'autres mo- 
tifs, fait arrêter 56 cahiers des chroniques de Froissart : i39i.Voy. éd. 
C. A. Buchon. — Deschamps nous paraît, malgré ses réclamations, 
avoir été assez insouciant à l'endroit de ses œuvres, il n'a pas 
pris soin, comme Machault, d'en réunir le recueil et d'en multi- 
plier les copies. Le scribe, à qui nous devons le seul exemplaire 
que l'on en connaisse, nous apprend qu'il a été obligé de consulter 
une foule de cahiers, de fragments et de papiers épars pour for- 
mer son volume : il est à présumer que Deschamps ne gardait 
pas toujours minute des pièces légères, railleuses et parfois im- 
provisées qu'il lançait dans la circulation ; il les prêtait sous le 
manteau à ses amis qui les passaient à d'autres. Sans doute les 
gens qu'elles intéressaient avaient soin de se les procurer, soit 
pour les garder, soit pour les anéantir. D'autres ballades, qui 
n'avaient qu'un mérite de circonstance, tombèrent dans l'oubli 
quand les faits qui les avaient inspirées cessèrent d'être matière 
à conversations. (Tarbé). » 

V. 3 1 : « Prince, Eustaces qui a la tête tendre. » Ce mot de 
tendre est pris ici dans le sens de changeant : 

Le Froit païs de Flandre 
Dont le peuple est mouvant, rebelle et tendre 

(E. Deschamps T'" 2/3, manuscrit.) 

BALADE XXV 

Cette ballade a dû être écrite entre i388 et 1392, quand Des- 
champs avait plus de soixante ans. La faveur des Marmousets 
dut le taire songer à la retraite. 

V. 19. FardCj subsiste encore dans le sens de fardeau. Il est 
synonyme de balle de café : farder se dit à Rouen pour porter 
un fardeau. « Les déchargeurs des navires portent très-lourd, 
parce qu'ils sont accoutumés à farder. » 



BALADE XXVI 

V. 7. Le roman de Brut, achevé par Wace en ii35, est la 
traduction française assez exacte de YHistorîa Brîtoniim due 
à Geoffroi de Monmouth, bientôt traduite elle-même en gal- 
lois par Gautier Calenius, archidiacre d'Oxford. C'est un recueil 
de traditions bretonnes, dont l'origine, presque entièrement fa- 
buleuse, est encore défigurée par les influences chevaleresques 



336 BALADES DE MORALITEZ 

et la fausse érudition du moyen âge. Le roman de Brut a été 
publié par M. Leroux de Lincy, chez Techener, en i(S38. 

V. II. L'aigle qui viendra du Nord s'asseoir en Northumberland 
est le comte de Douglas, tué à Otterburn où son armée fut victo- 
rieuse (juillet-août i388). On chante encore en Angleterre une 
complainte sur cette bataille. (Cf. Froissart, éd. Kervyn, XIII. 
200 à 2 58.) 

V. i5. « Deux lieux prandra. » Tandis que Douglas s'avançait sur 
Newcastle, une seconde armée écossaise, sous les ordres du comte 
de Fife, second fils du roi, traversait le Hiddeshale et se dirigeait 
vers Carlisle. 

BALADE XXVII 

Cette ballade a pu être écrite au début de la rivalité du duc 
d'Orléans et de Jean-sans-Peur. Le duc d'Orléans avait pris pour 
emblème un bdton épineux que le duc de Bourgogne se propo- 
sait de polir avec un rabot. 

Elle pourrait être aussi une allusion au règne des bouchers qui 
étouffaient l'autorité royale. Il n'est là question que de mauvaises 
herbes qui étouffent les lys. 

Partout on remarque Deschamps irrité contre les séditieux ; ja- 
mais ouvertement contre les princes de la maison royale près des- 
quels il vivait, et qu'il respectait. 



BALADE XXVIII 

Deschamps semble combattre, dans cette ballade, l'axiome : 
« Possession vaut titre. » Il fait entendre ici que chacun, à droit 
ou à tort, veut tout prendre pour soi, sans égard pour la Justice. 
Telle aurait été la nouvelle décrétale en vogue : Soit à Droit, soit à 
Tort. 

BALADE XXIX 

Cette ballade paraît dirigée contre les maîtres des requêtes de 
l'hôtel; ils connaissaient des procès intéressant la personne des 
officiers de la maison royale et avaient grande part à la délivrance 
des lettres de rémission. Il paraîtrait, d'après la ballade de Des- 
champs, qu'ils tenaient en mains les clefs du trésor; ils croyaient 
pouvoir recevoir avec brusquerie et insolence ceux qui leur présen • 
taient leurs mandats et demandaient à être payés, sanà, au préala- 
ble, leur graisser la patte. Notre poète put les observer de près, 



NOTES 337 

quand son écuyer Renaut de Montay obtint des lettres de grâce. 
(Arch. Nat. JJ, Reg. 77, fol. 190 ^) 



BALADE XXX 

Cette ballade est une des plus difficiles, à comprendre. Elle 
paraît avoir été reproduite assez incorrectement dans le manuscrit. 
C'est évidemment un dialogue entre deux personnes ; Deschamps 
y rappelle cette vérité que, si les absents ont toujours tort, c'est 
surtout à la cour, et parmi les courtisans. 



BALADE XXXI 

A la fin du xiv° siècle, le roi de France était fou et l'Empereur 
était constamment ivre. On a donc de la marge pour dater cette 
pièce. On pourrait la placer en 1389, alors que, d'après M. Michelet, 
Histoire de France, 1B76, IV, p. 29-33, « le roi Charles VI fit dan- 
ser ses courtisans dans l'abbaye de Saint-Denys, et, pour aviver ce 
plaisir par le contraste, se fit donner lé spectacle d'une pompe fu- 
nèbre, celle de du Guesclin. » 

Les contemporains parlent presque tous de ce bal masqué donné à 
l'occasion de la Chevalerie des deux fils du duc d'Anjou. Les tour- 
nois qui étaient d'usage rigoureux en pareille circonstance, ne se 
donnèrent pas, comme l'avance M. Michelet, dans l'abbaye, mais 
dans la plaine de Saint Denis. Ce ne fut pas non plus dans l'abbaye 
qu'eut lieu le bal déguisé. 

La fête fut surtout chevaleresque. Trois jours de brillants 
tournois terminés par un bal masqué; puis, le lendemain de ces 
trois journées, un service funèbre des plus sérieux et des plus gra- 
ves en faveur de du Guesclin, dont on célébrait l'anniversaire dans 
l'église de Saint-Denis où était son mausolée. Il n'y eut rien de 
commun entre les tournois de la veille et cette pieuse cérémonie à 
laquelle devait naturellement présider le roi. Laissons donc à Mi- 
chelet le plaisir qu'aurait voulu aviver le roi : c'est une indécente 
parodie d'un acte vraiment digne d'éloges. Tous les grands de la 
Cour, tous les chevaliers, tous les parents du Connétable y assis- 
tèrent; l'évêque d'Auxerre officiait, et, en écoutant son sermon, les 
princes fondant en larmes, disaient : 

Pleurez, pleurez, gendarmes, 
Bertran qui trestous vous amoit ;. 
On doit recorder les faits d'armes 
Qu'il parfist tant com il vivoit 

T. I 23 



i 



338 BALADES DE MORALITEZ 

Dieu ait pitic sur toutes âmes 
De kl sienne, tant bonne estoit. 

CManuscrit de St- Aubin d' Angers. J 

(>eite année-là, du reste, le roi avait retrouvé toute sa raison. Et 
voiià comnieni: on écrit notre histoire nationale ! 



BALADE XXXI l 

On peur co-.r^ parer cette ballade à la chanson citée par Et. de 
Langton : 

Belle Alix matin leva, 
Son corps vesti et para. 
En un verger s'en entra 
CiOvi fleurettes y trouva. 

Il reprend chaque vers pour l'appliquer à la Vierge. Nous avons 
ici cinq saints et cinq saintes : 

Saint Georges, saint Denys, saint Christophe, saint Gille, saint 
Biaise; sainte Catherine, sainte Marguerite, sainte Marthe, sainte 
Christine et sainte Barbe. 

Les premiers xylographes connus représentent saint Christophe 
sous la forme d'un géant traversant une rivière et portant l'enfant 
Jésus sur une épaule. D'après la tradition du moyen âge, quiconque 
voyait saint Cliristophe en peinture ou en sculpture, était assuré de 
ne pas mourir de mort violente: aussi peignait-on son image à 
fresque sur les murs extérieurs des églises et lui donnait-on des 
proportions gigantesques. 

La légende sur sainte Marthe et la Tarasque, reproduite par 
M. Lenthéric (Villes mortes du Languedoc), est combattue par 
M. Desjardins {Géographie de la Gaule). 

Voyez sur sainte Barbe, ce qu'en dit M, Jules Quichcrat (Histoire 
de sainte Barbe, tome I", pages 9 et 10). Elle est encore la patronne 
des artilleurs et des canonniers marins. 11 ne faut pas la confondre 
avec les saintes à barbe comnxQ sainte Vilgeforde, sainte Augavène, 
métamorphoses des crucifix byzantins, habillés de la robe longue. 

Sur saint Gille, on pourra voir la prochaine publication de la 
vie de saint Gille publiée pour la Société des Anciens textes, par 
M. Gaston Paris. 

Sur saint Biaise, consulter la prochaine publication de M. de 
Rozière d'après le ms. de Mende, n° 39. 



NOTES 339 



BALADE XXXIII 

Cette ballade pourrait être intitulée Faux-Semblant, personnage 
du Roman de la Rjse. 

Tu semblés estre un saint hermite; 
C'est vrai mais je suis hypocrite, etc. 

Mais ici il n'est question que des Faux-Semblants d'amitié. 



BALADE XXXIV 

Cette ballade pourrait être une allusion au mariage du vieux duc 
de Berry avec la jeune Jeanne de Boulogne conclu en mars i38g. 



BALADE XXXV 

Voir dans les Métamorphoses d'Ovide, livre XI, v. 410 à 5gQ, 
l'histoire de Céyx et d'Alcyone, le naufrage de Céyx, le Palais du 
sommeil, Céyx et Alcyone transformés en Alcyons. 

Interea fratrisque sui, fratremque secutis 
Anxia prodigiis, turbatus pectora Ceyx 
Consulat ut sacras, hominum oblectamina, sortes, 
Ad Clarium parât ire deum ; nam templa profanas 
Invia cum Phlegiis faciebat delphica Phorbas. 
Consilii tamen ante sui, fidissima, certam 
Te facit, Halcyone, etc. 

Voyez aussi la traduction moralisée attribuée à Philippe de Vi- 
try. Elle serait à publier, car nous ne possédons que les Métamor- 
phoses nioralisées par Thomas Waleys (Bruges, Colart Manson, 
1484) et reproduites fréquemment sous les titres D2 la Bible des 
Poètes et du Grand Olympe des Histoires poétiques. 



BALADE XXXVI 

C'est la fable du Villageois et du Serpent (La. Fontaine, vi, f. i3). 
Avant Deschamps, elle se retrouve chez les Grecs dans Esope (éd. 
Coray), II, 170, et dans les quatrains de Gabrias, 42. — Chez les 
Latins, dans Phèdre, 76; Romulus, 10; fables de Nilantius, 11; 
Galfredus, 10, etc. — Chez les Français, dans le Casioiement d'un 



340 



BALADES DE MORALITEZ 



père à son fils, 3, et dans l'Ysopet I, édité par M. Robert dans ses 
Fables inédites des xii% xiii* et xiv* siècles, tome II, p. 33. 

Deschamps semble avoir connu celte dernière fable, car les vers 
du refrain de la ballade se retrouvent presque en entier dans le vieux 
fabuliste: on nous pardonnera donc de la reproduire^ c'est la x' du 
{*' recueil : 



FABLE 

DU V I l. A I N QUI H E B ;; R J A LE SERPENT 

En hyver, quant la gelée prent, 
Un villain trouva un serpent, 
De froidure ainsi comme morte. 
Li vilains le prent et l'emporti 
Pour le aisier en son hosté (i), 
Com cil qui en et grant pitié. 
Si Taisia au mieux que il post 
Et celle, grant mestier en ost. 

Du froid il la garde et du vent : 

Mais l'on rend mal pour bien, souvent faj. 

Quand le serpent fost en bon point, 

De mal taire ne se faint point. 

Son venin geta çà et là. 

Adont le vilain l'apela : 

Issé (2), dit-il, fors de céans; 

Mais de Pissiu (3), est-il néans. 

Vers lui se trait et si le mort. 

Tant que son hoste a laissé mcrt. 

Ainsi rendent les mauvais tult, 

Mal pour bien et paine pour fruit CbJ. 

Une souris qu'est en escharpe 

Le bien dedens menjue et charpe (4). 

Le feu quant il est au giron 

Art (5) et destruit tout environ. 

Le serpent qu'est en sain cachiez 

Fait au seigneur moût de meschiez. 



I. Aisier. — Aider. — Hoste, hôtel, demeure. — 2. Issé, sortez.— 3 îssiu^ 
l'issue. — 4. Charpe, déchire, met en morceaux. — 5. Art, brûle. 

Variantes C<^J : Mais pour bien on rent mal souvent 
CbJ Mal pour bien, espène pour fruit. 



NOTES 341 



BALADE XXXVII 

Deschamps parle ici du premier maître d'hôtel ou de l'argentier 
du roi , chargé de payer les dépenses relatives aux meubles et à la 
garde-robe de la maison du roi, personnage important, comme 
fut plus tard Jacques Cœur; c'est le ministre des finances actuel, 
ou plutôt l'intendant de la liste civile. 



BALADE XXXVIII 

Ce fut un sauve-qiii-peut général à la chute du ministère des 
Marmousets (1392). Le Bègue de Vilaines fut arrêté, Montagu et 
Clisson s'enfuirent. Le procès de Jean le Mercier, sire de Nouvion, 
fut commencé. Ce ministère avait pourtant été fidèle au roi. 

Si Deschamps fut si populaire de son vivant, c'est qu'il parlait 
par allusions vivement senties quand on en découvrait le sens. 
Aujoui-d'hui la clef en est perdue, et nous les goûtons moins parce 
qu'il n'est pas toujours aisé de les comprendre. 



BALADE XXXIX 

Cette ballade a dû être écrite au moment de son départ pour 
l'expédition de Gueldre (17 août, — 12 octobre i388), ou quand 
il soupirait après le retour. 

La dernière étape est Corenzich (Bibl. nat. fr,, 25766. n' 5 16), 



BALADE XL 

Le but de cette pièce est de réfuter ceux qui attribuaient aux 
astres une influence fatale et absolue sur les actions humaines ; 
Deschamps y reproduit les raisonnements de J. de Meung dans 
le Roman de la Rose, 

BALADE XLI 

Cette ballade morale paraît avoir été adressée par Deschamps à 
son fils Gille, lors de son départ pour l'Italie en août 140 1 : elle 
rappelle la pièce où Deschamps précise le caractère de la vie 
chevaleresque et en résume les obligations : 

Vous qui voulez l'ordre de chevalerie 
11 vous convient mener nouvelle vie. 



3.12 BALADES DE MORALITEZ 

On lit dans le choix de pièces inédites relatives au règne de 
Charles VI. ;Douet d'Arcq, 2 vol. in-8"i. En août 1401 : Instruc- 
tion des ambassadeurs français envoyés vers le duc de Milan : 
« Après ces choses parleront aussi audit duc du fait de l'Eglise, en 
reprenant ce que autrefois en parlèrent l'abbé du Mont S. Michel, 
ledit messire Guillaume de Tignonville et maistre Gille des 
Champs, qui derrairement furent envoies de par le Roy devers le- 
dit duc [Jean Galéas]. Et porteront la copie des articles que autre- 
fois y portèrent icz diz abbé, n-sessire Guillaume et maistre Gille. » 



BALADE XLII 

On sent dans cette ballade le bien-être commun aux bourgeois 
du XIV* siècle; on n'a plus besoin de dire comme les paysans de 
Normandie : « Nous sommes hommes comme ils sont, et autant 
souffrir pouvons. » On fait ses courses à cheval, comme le mé- 
decin Guénaud, et l'on rentre chez soi pour éire bien peu, bien 
vesiii^ bien seignouris, et jouir d'autres joies dont je me tais. Voir 
\à Mesnagier de Paris (l, 168-169); il ya, dans ce livre, un tableau 
en prose encore plus décisif que celui de notre ballade. 

BALADE XLIU 

Celte ballade a dû être écrite en i383 , si Deschamps pense 
à l'avocat Jean des iMares (v. i3), pendu à Montfaucon en janvier 
i383 ; ou après sa disgrâce entre 1405 et 1407. 

(V. 2 3). — Omission de la rime : le copiste transcrivait d'a- 
près un brouillon aussi abrégé que mal écrit. Peut-être cette 
omission est-elle aussi du fait de l'auteur, il laissait en blanc les 
mots douteux et remplissait ensuite les lacunes, d'après sa propre 
inspiration. Q,uand l'inspiration ne venait pas, le mot restait en 
blanc : 11 en est souvent de même dans les mss. de Guillaume 
de Machaut. (Ms. de M. de Vogué.) 

BALADE XLIV 

Malc-Bouche comme Faux-Semblant, est un personnage du 
Roman de la Rose. 

BALADE XLV 

Olivier de Clisson fut emprisonné par le duc de Bretagne, en 



NOTES 343 

iS'Sy; rinterrogatoire da Jacquet de Rue, agent de Charles le 
Mauvais (14 juin iSyS), peut expliquer à la fois cet emprisonne- 
ment et notre ballade. Quand le roi de Navarre vint en Bretagne, 
en 1370, il dit du duc Jean IV : « Qu'il aimeroit mieux morir 
que souffrir telle villenie comme le sire de Cliçon lui faisoit : 
car il aimoit la duchesse, sa femme, et la lui avoit veu baisier par 
derrière une courtine, si comme il oy dirci et la commune re- 
nommée estoit tele, et aussi a il oy dire que le dit duc qui fu 
machina des lors en la mort dudit sire de Cliçon. » 

Cette ballade pourrait être aussi purement personnelle, et relater 
les plaintes de Deschamps sur le peu d'avantage qu'il trouve à la 
Cour. 

BALADE XLVI 

« La ville de Dormans, sise sur la Marne, faisait partie de 
la Champagne : Miles de Dormans était fils de Guillaume de Dor- 
mans, chancelier de France. Il entra dans les ordres, fut évêque 
d'Angers en iSyi, de Baveux en iSyS et de Beauvais en iSyf) ; 
il fut chargé de diverses missions politiques et fut nommé 
président des comptes en iSyS; le 1". octobre i38o, les conseillers 
du roi l'élurent au scrutin chancelier de France. 11 se démit de 
ses hautes fonctions en i383, mourut en 1387 le 17 août, et fut 
inhumé dans la chapelle du collège de Beauvais qu'il avait fait 
bâiir. il fit la campagne de Rosebecke et, avant la bataille, il essaya 
de négocier la paix entre les deux partis. N'ayant pu y réussir, 
il donna l'absolution et sa bénédiction à l'armée française. Ce 
prélat intrépide et patriote lutta contre l'invasion anglaise toutes 
les fois qu'elle fut menaçante. — En 1369, Guillaume de Dor- 
mans, père de Miles, alors chancelier du Dauphiné, alla de ville en 
ville prêcher la guerre contre l'Angleterre (Tarbé). ^) 

BALADE XLVII 

Dans VEnvoy de cette ballade, Deschamps a l'air de s'adresser 
aux deux oncles de Charles VI, princes, étant au pluriel. Pense-t-il 
à la courte fortune du ministère des Marmousets? 

Cependant, il n'est pas sûr que malgré sa forme, princes soit 
au pluriel. On sait d'ailleurs que le Prince de la fin des ballades 
est ordinairement le juge du Puy auquel on envoyait ou on était 
censé envoyer les ballades. 

BALADE XLVIII 
« Celte ballade fait dire à un curé français qu'on n'aura 



344 BALADES DE MORALITEZ 

jamais la paix tant qu'on n'aura pas attnqué les Anglais dans 
leur île. Maîtres de Calais, depuis 1347, ils ne cessaient d'envahir 
nos provinces. C'est de Calais que partirent toutes les armées qui 
les dévastèrent pendant un siècle; aussi, disaient-ils que tant qu'ils 
tiendraient cette ville, ils porteraient la clef de la France pendue 
à leur ceinture. Le projet de la reprendre était populaire : les ducs 
de Bourgogne l'exploitèrent souvent; ce ne fut qu'en i558 que 
Calais rentra sous la domination française. — Gravelines : cette 
ville située au-delà de Calais changeait alors souvent de maître. 
En i383 les Français en chassèrent les Anglais: Sempy fit for- 
tifier la place pour arrêter les sorties de la garnison de Calais. — 
Ardres et Boulogne, villes françaises : en i383 les Anglais s'étaient 
emparés de Dunkerque, mais n'avaient pu le garder. Deschamps 
veut dire qu'en possédant ces quatre villes, voisines de Calais, 
on n'en est pas moins à la merci de l'Angleterre. Pour en finir 
avec elle, il faut passer la mer. L'introït de la Messe des morts 
commence par : Requiem dabo tibi, dicii dominus. Le premier 
couplet signifie que on aura toujours guerre destruction et meur- 
tre, et qu'il faudra toujours célébrer des services funèbres tant 
que les Anglais , maîtres de Calais , seront tranquilles chez eux 
(Tardé). » 

On peut, avec toute certitude, placer cette ballade entre i385 
et 1387, au moment des préparatifs de la descente en Angleterre. 



BALADE XLIX 

« L'auteur engage tous les princes chrétiens à se réconcilier et à 
faire la guerre aux enfants de Mahomet. Le roy des Francs^ Char- 
les VI ; — le roy d'Espaigne, il s'agit ici de Jean l"" roi de Castille 
et de Léon, fils de Don Enrique de Trastamare, mort le 24 août 1 390. 
Henry lll, alors âgé de onze ans, lui succéda et mourut en 1406 
Alphonse XI, père de Pierre le Cruel, avait pris la croix en i336; 
il battit les Maures àTarifta et mourut en i3bo. — Cil d'Aragon^ 
Pierre IV, roi d'Aragon, avait pris la croix en i336, mourut en 
1387. Son fils Jean lui succéda.— Roi d'Angleterre : Richard IL— 
Le preste Jehan, Froissart le nomme aussi : liv. III, ch. 23. [Voir 
les mémoires de M. Zarncke professeur à l'Université de Leipzig, 
sur l'histoire du prêtre Jean; Revue critique, 1875, art. 63 et 1876, 
art. 12]. — Genevois: ils avaient fait leur fortune lors des croisades 
des XII» et xiir siècles. Ils étaient toujours prêts à recommencer leur 
rôle de conducteurs; d'ailleurs, ils possédaient alors une partie de 
de l'île de Chypre et se trouvaient en guerre continuelle avec les 
États Barbaresqucs. — Vénitiens : enrichis aussi par les premières 



NOTES 345 

croisades, ils avaient conservé quelques unes de leurs conquêtes, 
mais chaque jour ils en perdaient une partie. Les guerres qu'ils 
avaient soutenues contre les Génois les avaient affaiblis et ils avaient 
été forcés de suspendre les services qu'ils donnaient de temps à 
autre à l'empereur de Constantinople. — Chypre : Pierre de Lu- 
signan P' du nom, roi de Chypre, s'était croisé en i363, il 
tint sa promesse, et en i366, il débarqua en Egypte et s'em- 
para d'Alexandrie. Il fut obligé d'abandonner sa conquête et 
revint dans son île, où il fut assassiné en iSjo. Son fils Pier- 
rino mourut en 1882 et eut pour successeur, en i382, Jacques 
de Lusignan, son oncle paternel. [V. Vhistoire de Chypre dt^A. de 
Mas Latrie et la prise d'Alexandrie de Guillaume de Machaut 
publiée pour la Société de l'Orient Latin. Genève, 1877.] — Rod- 
des : Philibert de Naillac, chevalier français, avait été élu grand 
maître de l'ordre de Saint-Jérusalem en i383. Il ne cessa de com- 
battre contre les Turcs, échappa au désastre de Nicopolis et mou- 
rut en 1420. — Le roy de Portugal, il s'agit du roi Jean !•% fils 
naturel de Pierre l*' ; il hérita du trône en i383, fit toute sa vie 
la guerre aux Maures, s'empara de Ceuta et mourut en 1433. — Le 
roi de Navarre, Charles III, roi en r386, mort en 1425, prince juste 
et sage. — Le pape, il y avait alors deux papes, il s'agit de Clé- 
ment VII reconnu par la France, élu en 1378, mort en 1394, Ur- 
bain VI, pape romain, mort en i38g, avait eu pour successeur 
Boniface IX. — L'Empereur : Wenceslas, empereur depuis 1879, 
dégradé une première fuis en 1394, mort en 14 10. (Tarbé.) » 

Comme Deschamps parle de Chypre, il a pu pensera la Croisade 
dont le grand exploit fut la prise d'Alexandrie (4 octobre i365) et 
qui fut préparée en i363. Mais on voit qu'il écrivit cette ballade 
avant que la croisade n'eut un commencement d'exécution. 

La mention des Génois (Genevois) peut faire allusion à la croi- 
sade du duc de Bourbon contre Tunis (juin 1390). 

BALADE L 

Arnoul Bouchet remplace Guillaume Brunel, comme argentier 
du roi Charles VI en février 1389 : ne devons-nous pas attribuer 
ce fait à l'influence de Clisson et du nouveau ministère.^ Econome, 
Bouchet « fait fondre l'argenterie, vendre vieux draps et vieilles 
fourrures ». (Arch. nat., KK 20, fol. 4 a 22.) 



BALADE LI 
Ces conseils de sage économie pouvaient s'adresser au roi Char- 



046 BALADES DE MORALITEZ 

les VI, comme aux simples particuliers. A la suite des gros pré- 
sents attribués par le Roi à ses courtisans, les honncies gens de 
la cour des Comptes écrivaient : u ni)nis habet recuperetur. » 



BALADE LU 

Deschamps pense-t-il à la guerre entre Raymond vicomte de Tu- 
renne et Clément VU (iSgS)? 

V. 23. Joachin. — Joachim de Flore, moine cistercien, vivait 
retiré dans les montagnes de Calabre à la fin du XII" siècle. Dans 
un voyage à Jérusalem, il avait reçu, disait-on, de Jésus-Christ le 
pouvoir d'expliquer l'Apocalypse et d'y lire, comme dans une his- 
toire fidèle, tout ce qui devait se passer sur la terre. Il vint à Mes- 
sine visiter Richard II et Philippe-Auguste (i 191), et leur fit des pré- 
dictions démenties par les événements. Mais après sa mort (1202), 
on tira de ses ouvrages un liber introduciorius^ introduction à un 
Evangile définitif. Ce livre fut condamné par le pape Alexandre IV 
en I2b6 et par le Concile d'Arles en 1260 ou 1261. La première 
des propositions condamnées était celle-ci : « Vers l'an 1200 de 
a l'Incarnation du Seigneur, l'esprit de vie étant sorti des deux 
« testaments, naquit VEvangile éternel. » Cette doctrine fut peut- 
être remaniée par les franciscains et répandue par leur général 
Jean de Parme (v. la Chronique de Fra Salimbene, dans les Mo- 
numenta historica ad provincias Parmensem et l'iacentinam pcrti- 
nentia). Dieu le père avait opéré depuis le commencement du 
monde jusqu'à Jésus-Christ ; le Fils avait opéré jusqu'en 1260 ; et 
depuis 1260 le Saint-Esprit devait opérer jusqu'à la fin du monde. 
Comme rien n'arriva cette année-là de ce qui avait été prédit, d'au- 
tres prophètes y substituèrent l'an l'i^b ou i335, puis i3(3o 
et 1376. Le tiers ordre de Saint-François, Iqs fraticelles, les men- 
diants, les flagellants s'agitèrent sous l'aiguillon de ces promesses 
et troublèrent la société. Les papes sévirent et plus dune fois il fut 
question de supprimer les franciscains, comme on avait supprimé 
les templiers. (Voir dans la. Revue des Deux Mondes, année 1866, 
t. VI, p. 94, un article de M. Renan, intitulé Joachim de Flore et 
VEvangile Eternel; voir aussi le Discours sur l'histoire des lettres 
et des arts pendant le XIV» siècle de MM. Le Clerc et Renan, 
t. XXIV de V Histoire littéraire de la France.) M. Wallon a ra- 
conté l'histoire de saint Louis et cité Salimbene sans parler 
de cette doctrine; cependant, à son retour de Terre sainte en 1254, 
le franciscain Hugues prêchait à Hyères devant le roi et développait 
la doctrine de VEvangile e/cnid (Joinviile, éd. de Wailly, gg ôSy- 



NOTES 347 

661. Voyez encore dans les chants historiques de Leroux de Lincy 
(t. I'''") deux cantiques sur la secte des tîagellants. 

V. 2 3. Méthode. — Allusion aux Revelaiiones de rébus quœ ab 
initio miindi contigenint et deinceps coiilingere debcni; on les attri- 
bue à saint Methodius de Patras, théologien grec, martyrisé au 
commencement du IV* siècle, mais elles paraissent appartenir à 
Methodius, patriarche de Constantinople en 1240. Elles étaient 
encore lues au XV« et au XVI' siècle; on les réimprimait à Augs- 
bourg en 1496, à Paris, en 1498, à Bàle, en 1498, 

BALADE LUI 

V. I. Des sept arts libéraux qu'on étudiait dans le trivium et le 
quadrivium, l'arithmétique lui paraît inférieure à tous les autres, 
bien qu'elle soit le plus sûr moyen de faire fortune. 

V. 9. Deschamps parle de l'administration du domaine royal. 
L'argent, perçu par des fermiers^ est recueilli par des receveurs 
qui le déposent au trésor, entre les mains du changeur. Il y avait 
de plus des GcnerauLx, maistres des monnoyes. Il n'y avait pas 
d'élus pour le domaine royal. 

BALADE LIV 

Cette ballade peut avoir été écrite après l'assassinat du duc d'Or- 
léans; les Bourguignons approuvaient tout haut Jean-Sans-Peur et 
Eustache Deschamps s'excuse de ne les pas contredire : il faut 
hurler avec les loups et prendre le temps comme il vient. 

BALADE LV 

Louis, duc d'Orléans, naquit non le mercredi 3 mars, mais !e 
samedi i3 mars iSyi, avant Pâques (pour nous, 1372). Commi 
Eustache Deschamps n'a pu se tromper sur une date aussi impor- 
tante, le second m^ot du vers 2a doit être lu trei:{e. C'est à M. Si- 
méon Luce que nous devons cette importante correction. 

Au vers 4, ces mots : Charles li roys^ et le vers Tu \ A Saint 
Poul fut ne^ en vostre r.iaison, semblent indiquer que la ballade est 
adressée à Charles VI. Elle doit être postérieure au 23 novembre 
1407, date de l'assassinat du duc d'Orléans. 

BALADE LVI 

Cette ballade n'ayant pas été comp.ise suffisamment, Deschamps 



348 BALADES DE MORALITEZ 

parle plus clairement dans la 57c, et fait penser au chien du jar- 
dinier : gardien de la cour, il n'a point de part aux faveurs royales, 
mais il voudrait que les autres en fussent privés comme lui. 



BALADE LVII 

Cette ballade a pu être écrite en 1406, en admettant que Des- 
champs devint maître d'hôtel du duc d'Orléans en iSSo : il venait 
d'être dépouillé de sa châtellenie de Fismes. 



BALADE LVIII 

Cette fable si connue du conseil tenu par les rats (La Fon- 
taine, U, 2), ne se trouve ni dans Esope ni dans Phèdre. La pre- 
mière trace qu'on en rencontre est dans le Diilogus Cveaturarum 
(Gouda 1480), dans Absiemiiis, etc.. en latin, et dans l'Ysopet, I, fa- 
ble LXIl. sous îe litre Z)^5 souris qui firent concilie contre le chat; 
mais cette rédaction, un peu lourde, est fort loin du charme de la 
fable de Deschamps qui fait penser plutôt à celle de La Fontaine. 



BALADE LIX 

Guillaume de Machaut, maître de Deschamps, s'écriaitcomme lui : 

Oneur crie partout et vuet : 

Fay C2 que dois, aviengne que puet 

(Kervyn. Biogr. de Froissart. p. 23 0- 

Guillaume de Machaut pensait au roi de Bohême qu'il avait servi 
trente ans; Eustache Deschamps, dans cette ballade adressée à son 
tils, songe-t-il au roi Pierre de Lusignan, qui « sur terre et sur 
mer » se conduisit comme un preux, mais, dans ce cas, ne l'eût-il 
pas dit plus clairemcntî: 

BALADE LX 

De i38o à 1400, Richard III est détrôné, Olivier de Clisson est 
disgracié, l'avocat des Mares est pendu ; nul ne pouvait trouver 
a seureté en son estât. » 



NOTES 049 



BALADE LXl 

Le château de Beauté-sur-Marne était situé entre Nogent-sur- 
Marne et Joinville-le-Pont. 

26. GaLitas. Deschamps veut parier des combles du logis (ga- 
letas qui dominent les courtines intérieures, en s'y adossant, 
comme on peut le voir encore au château de Pierrefonds. 



BALADE LXII 

V. I. Voyez dans le lay de vaillance, de notre Deschamps, le 
portrait de ces mignons anticipés : 

De la [cour] ne puelent mouvoir, 
La se font Hz apparoir, 
La ou ils pignent le crin; 
De draps de soie et d'or fin 
Sont vestus, de bianc, de noir, 
Perles, fourrez à paroir. 
Chascun semble un palazin ;' 
Haquenéc ont et roncin, 
Blancs draps, mol lit, doulz coycin, 
Ou ils vont dormir le soir : 
Plus s'aisent à leur pooir 
Que ne fist le roi Hutin. 

V. g. Tn'ous sommes en octobre i386, au moment du départ de 
l'armée de la mer; il ne faut plus imiter le duc d'Orléans, le roi 
de la mode, mais les neuf preux dont il répète la devise : fais ce 
que dois. 

V. 24. (( Le Grand Pont est aujourd'hui le Pont au Change. Il c' tait 
garni des deux côtés de boutiques de luxe. Les élégants s^ prome- 
naient; c'était alors un des chemins les plus fréquentés de Paris. 
Il conduisait du palais de Saint-Pol au palais restauré et ha- 
bité par Philippe-le-Bel. » — (Tarbé.) 



BALADE LXIII 

Deschamps raconte plaisamment qu'il fut graduellement trans- 
formé en faucon, en grue et en pie, ce qui lui permit de voir à la 
cour ce qu'il est dangereux do voir, d'entendre et dire (comparez 
la ballade 83«). 



350 BALADES DE MORALITEZ 

BALADE LXIV 
Cette ballade a pu être écrite entre i356 et 1364. 

BALADE LXV 

Nouvelles imprécations coutre les gens de guerre et les grandes 
Compagnies. Cette ballade n'est pas plus personnelle que les pré- 
cédentes inspirées par le même sujet La troisième strophe est-elle 
une allusion aux pillages de Geoffroy Tête-Noire, commandant du 
château de Ventadour, de Perrot le Béarnais, capitaine de Chalus- 
set, d'Aymerigot Marcel ; ils ravageaient le Limousin, l'Auvergne 
et les contrées voisines des possessions anglaises où ils trouvaient 
refuge (i386-i3go). 

BALADE LXVI 

Sur la guerre entre Charles VI et Richard II d'Angleterre (i385- 
i3S()); cette Ballade a pu être écrite au moment des conférences 
qui amenèrent la trêve de Leulinghem (juin 1389). 

BALADE LXVlî 

« Deschamps, après avoir interrogé les prophéties hostiles à l'An- 
gleterre, fait parler l'avenir de manière à donner à Charles VI une 
noble confiance. C'est lui qu'il désigne sous le nom de cerf-volant. 
Avant de partir pour les Flandres en i382, Charles VI avait rêvé 
que son faucon s'était envolé : un cerf qui avait douze ailes lui ap- 
parut, l'enleva sur son dos, lui permit ainsi d'atteindre son oiseau 
favori, et le ramena à terre Depuis, le prince avait adopté le cerf- 
volant pour emblème : V. Frois., liv. Il, ch. 164, liv, IV, ch. i. 
Juvénal des Ursins raconte qu'en 1 38o Charles VI, chassant à 
Senlis, prit un cerf portant un collier d'or sur lequel était écrit : 
Caesar hoc. inihi donavit. Depuis, il prit pour devise un cerf-volant 
ayant une couronne d'or au col. Il faisait supporter ses armoiries 
par deux cerfs. — Deschamps, pour stimuler l'amour-propre de 
Charles VI, lui rappelle sa noble origine : sa mère, Jehanne de Bour- 
bon, mourut le 6 février 1 378, à quarante ans : Charles VI était né le 
3 décembre 1 368.11 avait donc dix-huit ans en i386, quand dut être 
faite celte ballade; on préparait l'expédition d'Angleterre.— L'isle aux 



NOTES 35 I 

Géans : c'est un des noms de l'Angleterre. La tradition racontait 
qu'elle était habitée par des géans quand Brutus y débarqua. V. le 
romande Brut. — L'asne : C'est ainsi qu'on désignait Richard II, 
même en Angleterre, pour lui appliquer les prophéties empruntées à 
Merlin. V. Frois., liv. IV. — Les corbeaux gris : ce nom s'applique 
peut-être aux habitants du pays de Cornouailles. — Au troisième 
couplet. Deschamps propose à Charles VI la conquête de l'Orient : 
c'était un des rêves favoris de ce prince. Philippe dé Valois, le roi 
Jean, avaient promis à la cour de Rome de se croiser. Ils n'en avaient 
rien fait. Charles VI voulait tenir la parole de ses aïeux. De plus, 
les Turcs menaçaient de plus en plus Constantinople et par suite 
l'Europe toute entière, — L'aigle représente ici l'empire. — On voit 
que Charles VIII adopta la devise et les plans ambitieux de son 
bisaïeul. » — (Tardé.) 

Nous croyons que cette prophétie a été écrite en 1400, puisque 
le cerf-volant Charles VI aura alors 32 ans. (i368 -t- 32= 1400.) 

Chaque cors représentant une année : 

i3 cors (v. 4) = i38i, guerre contre la Flandre ; 

20 cors (v. 5) = i388, tentative de débarquement en Angle- 
terre ; 

28 cors (v. 21)= 1396, bataille de Nicopolis. 

Sur le cerf-volant de Charles VI, voyez Froissart (édit. Kervyn, 
tome X, p. 68), ou dans les notes de La Curne de Sainte-Palaye, au 
mot cerf. 

V. 7. Dans les anciens chants bretons Arthur est le roi Géant. 

C'est particulièrement la Cornouaille que l'on appelait Vile aiuxr 
Géants, parce que Corineus, compagnon de Brutus, les y avait 
trouvés en arrivant de Troie. 

V. i3. Le neveu et conseiller d'Arthur se nomme Gauvain, 
Gwalh-Mai, en gallois épervier ou faucon de la plaine. Le nom 
propre Morvran signihe corbeau de mer, cormoran. 

V. 27. Déposition de Wenceslas que soutient Louis d'Orléans 
(i399'. Nomination de Robert de Bavière que soutient Philippa-le- 
Hardi . 

BALADE LXVIll 

« Lorsquil fat question de faire l'expédition d'Afrique, le roi 
et son frère voulaient y prendre part; mais le conseil s'y opposa. 
Quand on revint, les deux princes se firent raconter les exploits de 
cette campagne qu'on qualifiait de croisade, et leur jeune imagina- 
tion ne rêva plus que la délivrance de Jérusalem. Deschamps les 
pousse à cette grande entreprise. Il leur rappelle les prophéties qui 
leur promettent le succès. Le second couplet fait allusion à la nais- 



35-2 BALADES DE MORALITEZ 

sance de Charles VI, qui eut lieu le i" dimanche de l'Avent. — La 
guerre avec les Anglais s'opposaità ce qu'on pût réaliser le voyage d'O- 
rient. L'auteur, dans son envoi, fait allusion aux propos que Froissart 
(lîv. IV, ch. 17), met dans la bouche de Charles VI, après la guerre 
d'Afrique : «Si nous pouvons tant faire que paix soit en l'Eglise et 
entre nous et les Anglois, nous ferons volontiers un voyage à puis- 
sance par delà pour exaulser la foi chrétienne et confondre les 
incrédules et acquitter les âmes de nos prédécesseurs, le roi Philippe, 
de bonne mémoire, et le roi Jean, notre tayon; car tous deux, l'un 
après l'autre, ils prirent la croix pour aller outre mer, en la sainte 
terre : et y fussent allés si les guerres ne leur fussent si très fortes 
venues sur les mains. Et se nous mettons bonne action, la paix en 
l'Eglise, et nous en ordonnance de paix ou de longues trêves entre 
nos adv'ersaires les Anglois et nous, volontiers entendrions à faire 
ce voyage. » La paix ne put jamais se faire, et la croisade n'eut 
pas lieu. Il en fut souvent question à la Cour de France, notam- 
ment encore en lUgo et en 1399; mais on se borna à des secours 
d'argent. Deschamps semble dire que Jérusalem est en captivité 
depuis 5o ans. Ce royaume n'existait plus dès 1226. A cette épo- 
que déjà, le dernier roy, Jean de Brienne, abandonnait tous ses 
droits à sa fille Yolande, femme de l'empereur Frédéric II. Ptolémaïs, 
le dernier rempart des chrétiens en Orient, avait succombé en 
1270. — Le Briiih : le breton, l'anglais. — L'auteur reproduit une 
prédiction faite à la naissance de Charles VI. Charles V avait con- 
sulté les astrologues à cette occasion et de sombres prédictions lui 
annoncèrent les malheurs du règne suivant. » — (Tarbé.) 

La date est sans doute 1396, car, en ajoutant 5o ans (vers 14) à 
la date de la bataille de Crécy (1346) on a 1396, date probable de 
cette ballade. 

BALADE LXIX 

Cette ballade semble faire allusion au gouvernement des oncles de 
Charles VI et de Richard II, qui doit servir de leçon au jeune duc 
d'Orléans (1392- 1408). 

BALADE LXX 

Cette fable, inspirée par le roman de Renart, rappelle le discours 
de la vache dans la fable de l'Homme et la Couleuvre de La Fon- 
taine ;X. 2). 

Enfin me voilà vieille ; il me laisse en un coin 
Sans herbe ! s'il voulait encor me lai.^sur paître ! 



NOTES 353 



Mais je suis attachée: et si j'eusse eu pour maître 
Un serpent, eût-il su jamais pousser si loin 
L'ingratitude? Adieu : j'ai dit ce que je pense. 



BALADE LXXI 

tt Cette ballade nous paraît avoir e'té faite au moment de la folie 
du roi, vers 1392, lorsque les ducs de Berry et de Bourgogne 
renversèrent leurs ennemis, confisquèrent leurs biens et les par- 
tagèrent entre leurs créatures. — Le troisième couplet fait sans 
doute allusion aux crimes trop souvent impunis dans ce temps 
et notamment à l'assassinat de Clisson. Pierre de Craon, chassé 
de la Cour pour ses indiscrétions, se fit l'instrument des ven- 
geances du duc de Bretagne, revint à Paris furtivement, as- 
sassina le connétable et se sauva en Bretagne. Le duc de Bour- 
gogne, à peu près informé du complot, n'en avait rien dit. Clisson 
ne fut. que blessé : il fit son testament. On sut que sa fortune 
montait à 1,700,000 de valeur mobilière. La cupidité augmenta 
la haine des deux oncles du roi contre ce brave guerrier. Dès que 
Charles VI fut tombé en démence, on enleva à Clisson l'épée de 
connétable; on le poursuivit pour des crimes imaginaires, et on 
le condamna à une amende de 100,000 marcs d'argent. (V. Froissart, 
liv. IV, ch. 28, 29). On ne donna pas de suite au procès de Pierre 
de Craon, dont cependant le duc d'Orléans et ses favoris avaient 
partagé les biens. Il fut gracié an iSgô, lors du mariage d'Isabelle 
de France el de Richard. — Quant au refrain, voici peut-être ce qui 
en donna l'idée à Deschamps : après la retraite du roi et de son 
armée, Clisson fit la guerre pour son compte au duc de Bretagne. 
A la Saint-Jean d'été 1393, il surprit un parti de fourrageurs armés 
de faucilles qui coupaient les blés des paysans. Il leur fit de justes 
reproches en leur disant : « Et comment êtes-vous tant osés de 
vous mettre sur les champs et de tollir et embler la garnison des 
laboureurs. Vous ne les avez pas semés et si les coupez avant qu'ils 
soient murs.... Or tôt, prenez vos faucilles, et montez sur vos che- 
vaux. Pour l'heure, je ne vous ferai aucun mal. » Peut-être Des- 
champs fait-il allusion à la générosité de Clisson. Son crédit, sa 
valeur, son mérite auraient dû sauver l'Etat. » — (Tarbé.) 

Notre ballade aurait été adressée à Froissart, d'après M . Kervyn 
de Lettenhove, vers la fin de l'automne 1892, mais celte hypo- 
thèse n'est pas admise par M. Scheler. (Edit. de Froissart, tome I, 
I" partie, p. Syo). L'innocent serait le sire de la Rivière, le bon 
ami du chroniqueur. 

T. I 23 



354 BALADES DE MORÂLITEZ 



BALADE LXXIl 

On peut dater cette pièce de l'année i383, au retour de Rose- 
becke et au mo-nent de la rude punition des précédents émeutiers 
de Paris, après la révolte des Maillotins (i" mars). Le sergent qui 
vint proclamer le rétablissement des aides comme elles étaient ac- 
cordées sous Charles V, voulut détourner l'attention populaire et 
commença par promettre récompense à qui retrouverait l'argen- 
terie du roi, soi-disant volée. Puis il annonça le rétablissement des 
anciens droits pour le lendemain et s'enfuit au galop. Les 
collecteurs exigèrent la taxe d'une vieille femme qui vendait des 
herbes, ce fut l'occasion de la révolte. (V. le Religieux de Saint- 
Denys). Froissart aime trop la noblesse pour raconter les exploits 
de cette ribaudaille, il n'insiste que sur la répression; mais il est 
bon de rétablir les choses sous leur véritable aspect. Avant Charles V, 
il n'y avait que des impositions passagères qui devaient cesser, 
une fois terminées les guerres qui les avaient fait établir. Dès que 
son autorité fut reconnue, Charles V avait offert de renoncer au 
droit de changer, d'altérer les monnaies, à la condition de recevoir 
en échange un impôt perpétuel. On y avait consenti, l'altération 
des monnaies permise jusqu'alors aux rois étant plus funeste que 
toute autre manière de remplir les coffres du trésor. Mais après la 
mort de ce sage roi, l'imprudente suppression de cet impôt qu'il 
avait faite avant de mourir, rendit son rétablissement très-difficile. 
De là, la grande sédition de i382. 

V. 26. Rapprochez de ce vers aussi beau que simple, le tableau 
des malheurs des paysans dans la requête de Gerson à Charles VI : 
u Las! un povre homme aura-t-il payé son imposition, sa taille, 
sa gabelle, etc. » 

BALADE LXXUI 

Ce jeu d'esprit peut être daté de i388 à 1392. Voyez les vers 
qui commencent le troisième couplet (17-18). Cour honteuse, à 
cause de ses débordements de tout genre ; délectable^ à cause de 
ses fêtes nombreuses. 



BALADE LXXIV 

Deschamps attaque ici les flatteurs qui, seuls, réussirent à la cour. 
Peut-être aussi fait-il allusion aux rares survivants de la croisade 
de l'SgG qui ne tarissaient point sur leurs propres exploits, mais 



NOTES 355 

se taisaient sur les imprudences de Jean-sans-Peur et de ses compa- 
gnons qui tirent de Nicopolis une autre bataille de Mansourah. 

BALADE LXXV 

Deschamps fait ici l'éloge sincère de la vie religieuse. Il ne parle 
que du clergé régulier, mais la papauté était alors bien abaissée par 
le grand schisme, « la captivité de Babylone » ; évêques et pontifes 
étaient à la dévotion des rois et des politiques. L'hérésie des Lollards 
venait d'agiter l'Angleterre, et Jean Huss, ce huguenot avant la 
lettre, allait être brûlé à Constance (141 5). 

BALADE LXXVI 

Deschamps donne ici des préceptes pour bien gouverner, et peut- 
être pense-t-il à la mauvaise administration du duc de B°rry, en 
Languedoc? (iSSg.) 

BALADE LXXVII 

Dans le Dict de V Université^ Rutebœuf parle déjà de ces fils 
de paysans transformés en étudiants, qui 

Pour chascune rue regarde 
Parmi les tavernes musarde. 

V. 21. Le xiv« siècle a vu en effet, se fonder l'ordre de l'Etoile 
et l'ordre de la Jarretière, ainsi que celui de la Toison d'or : 
Deschamps lui-même fait une ballade a sur le Bachelier d'au- 
trefois ». Voyez la chanson anonyme sur la bataille de Poitiers. 
(i35ô.) 

Chascun chace le temps en un autre Un, c'est-à-dire, chacun 
désire détourner la tempête sur un autre navire que le sien. Le 
mot lin (lat, lignum, provençal linh) servait à désigner, au xiv* siè- 
cle, une espèce de navire de transport. Froissart dit qu'en l'^Cf 
Eustache d'Auberchicourt, capitaine de Carentan pour le roi de 
Navarre, s'embarqua à Cherbourg et se rendit en Angleterre « en 
un vaissel que on appelle un lin. » Bibl. nat., ms. fr. n° -2.641, 
f" 307 v". (Note de M. Siméon Luce.) 

BALADE LXXVIII 

Cette ballade répète ce que Deschamps a soutenu dans les pré- 



356 BALADES DE MORALITEZ 

cédentes : que les astres n'empêchent pas l'homme de garder la 
liberté d'action que Dieu lui a donnée. Peut-être fait-elle allusion 
à la folie de Charles VI 'i L'envoi semble l'indiquer. Si le prince est 
sain d'esprit, c'est à Dieu de le récompenser. « S'il a mal et folie » 
c'est aux hommes à dire : Dieu fait pour le mieux 1 
Cette ballade aurait été écrite alors après iSg^. 



BALADE LXXIX 

(>ette ballade a dû être écrite quand Deschamps avait soixante 
ans. S'il est né en i3-2o, comme on le croit, elle serait de i38o, 
l'année de la mort de Charles V. De là, ces développements sur 
le « mémento, homo, quia puhis es ». 

On peut comparer cette ballade à celle de Villon sur les dames 
du temps jadis, à ses vers sur le charnier des Innocents, et ce 
corps féminin, « poli, tendre et souef. » 

V. 22. Villon a fait aussi une ballade sur les seigneurs du temps 
jadis, dont voici l'envoi : 

« Où est Claquin, le bon Breton, 
Où le comte Daulphin d'Auvergne 
Et le bon feu duc d'Alençon 
Mais où est le preux Charlemagn,; ? » 



BALADE LXXX 

Nouveau tableau des déceptions de la cour et des charmes de la 
vie des champs. 

V. i3. Le soleil serait-il Charles VI et la lune Isabeau de Ba- 
vière? Deschamps savait par cœur son Ovide, et ne voulait pas 
voir ce qui causa la disgrâce du favori d'Auguste. Isabeau de Ba- 
vière était au duc d'Orléans ce que la première Julie était à 
Silanus. Cependant il nous est difficile de croire que Deschamps 
ait jamais rien écrit qu'on pût conjecturer satirique, contre 
Charles VI, Isabeau de Bavière ou le duc d'Orléans. Mais alors 
Toccasion de cette ballade nous reste caché. 



BALADE LXXXI 



i 



Cette ballade a dû être écrite lors de la naissance du dauphin 
Charles, fils de Charles VI (6 février i2y2). Deschamps lui 



NOTES 357 

souhaite d'êlre un autre saint Louis, d'aller en croisade et de 
réformer l'église comme du temps d'Innocent IV. (Voyez les 
ballades 67 et 77.) 



BALADE LXXXII 

« Au retour de Bretagne en 1392, les ducs de Bourgogne 
et de Berry profitèrent de la maladie du roi pour s'emparer du 
pouvoir et bannir tous leurs ennemis; le Mercier, Le Bègue de 
Vilaines, le sire de la Rivière, ministres de Charles VI, furent 
arrêtés; Clisson fut dépouillé de l'épée de connétable; tous les 
favoris des princes furent chassés et dépouillés de leurs places et 
pensions. Depuis ce moment, les revirements de fortune devinrent 
à la cour de France, chose ordinaire; le sceptre changeait de 
main à chaque moment; le roi, la reine, le duc d'Orléans, les 
ducs de Bourgogne et de Berry, régnaient tour à tour; et à chaque 
mutation de gouvernement les uns montaient, les autres tom- 
baient.- Deschamps, dans celte ballade, songe aux disgrâces qui 
frappèrent également les intrigants et les bons serviteurs de 
l'Etat » — (Tarbé.) 

Cette ballade a pu être inspirée aussi par la disgrâce de Hugues 
Aubriot, prévôt de Paris, qui fit construire la Bastille et y fut 
enfermé le premier, comme hérétique. Délivré par les Maillotins, 
qui voulaient en faire leur capitaine, il se hâta de fuir en BourJ 
gogne oùil mourut pauvre et oublié. Q_ue n'imitait-il l'auteur du 
Ménagier de Paris '.^ 

Cette ballade est faite dans le même courant d'idées que la pré- 
cédente : O rus quando te aspiciam ! 



BALADE LXXXllI 

Deschamps revient souvent sur le défaut de trop parler. Etait- 
ce le sien? Aujourd'hui, il semble qu'on pourrait plutôt lui repro- 
cher d'avoir trop écrit. 



BALADE LXXXIV 

Deschamps fait peut-être allusion à l'expédition du duc de Bour- 
bon contre Tunis (i3f)0i. Cette ballade aurait pu être écrite éga- 
lement au retour de Palestine et de Chypre Ci365-i366\ Elle 
pourrait aussi s'appliquer aux préparatifs de Pexpcdition contre 



358 BALADES DE MOR ALITEZ 

l'Angleterre et à la descente en Ecosse d'un corps d'armée. Nous 
inclinons cependant pour la première date. 

V. 8. Beau cueuvre-chief : Voyez le passage du Ménagier de 
Paris, il parle aussi de couvre-chef blancs. Ce n'étaient pas des 
bannets de coton, mais des béguins déjà fort à la mode au xiii* siè- 
cle, et que les comptes de l'argenterie du xiv«, nomment coites à 
yigner. Du reste, le nom de couvre-chef s'entendait à l'origine de 
tous les genres de couverture de la tête : chapeaux, bonnets, etc. 

V. i5. Comparez la description et la tempête dans Rabelais, iv, 

l8 : « Ah! que bien heureux sont ceulx qui plantent choux, s'écrie 

Panurge, ils ont un pied en terre et l'aultre n'en est pas loin ! o 

V. 22. Pouge (poggia), poge dans Rabelais (iv, i8); dans la 
Méditerranée, le commandement pour venir au vent est or^^a ; 
et pour laisser arriver sous le vent, poggia. 

V. 24. Les deux mats d'une galère étaient V arbre de mestre et 
le calcet; le premier descendait jusqu'à la quille, le deuxième 
s'implantait sur le pont entre des massifs; ils portaient chacun une 
voile triangulaire et l'antenne de mestre avait à peu près la lon- 
gueur de la galère sur la couverte. 

V. 26. Les navires faisaient facilement eau. Les chirurgiens 
engagent P. Nino blessé à ne pas s'embarquer à cause de l'humi- 
dité du vaisseau. (Victorial de Guitierre, p. 179 ) 



EALADE LXXXV 

Cette ballade peut avoir été écrite, à propos de la disgrâce du duc 
de Beriy et de la mort du sire de Béthisac (22 décembre iSScj). 



BALADE LXXXVI 

Le duc de Lorraine était, avec le sire de Goucy, à l'avant-gardc 
dans l'expédition de Gueldre (i388\ 

V. 3. La Meuse. 

V. 4. Grave, sur la Meuse, entre Nimègue qui était au duc de 
Juliers, père du duc de Gueldre, et Bois-le-Duc qui appartenait à 
la duchesse de Brabant. 

V. II. Ce duc orphsnin ne peut être que Philippe-le-Hardi, fils 
de Jean-lc-Bon (f en 1364I et de Bonne de Luxembourg (-j- i356). 

V. 14. Un duc d'Austrie: Le duc d'Autriche est Albert IIL 11 
avait épousé la sœur de la comtesse de Nevers, et se trouvait ai^isi 
beau-frère de Jean-sans-Peur. 

V. 28. La duchesse de Brabant et le duo de Bourgogne, son 



NOTES 359 

héritier, ne voulurent pas que leurs auxiliaires, les Français, pas- 
sassent sur leurs terres : On dut donc se réunir à Châlons-sur- 
Marne, passer l'Argonne au défilé de Grandpré et traverser ainsi 
le Barrois qui fut traité par l'armée royale comme l'ctait l'Auver- 
gne par les grandes compagnies. 

V. 3i. Je crojr que li enfes es ne:{ : — Cet enfant était déjà 
vieux, c'était Jean-sans-Peur, né en iSyi. 



BALADE LXXXVII 

V. 3. Dame Eramboiir : « Harembourges qui tint le Magne >>, 
dit Villon dans sa ballade des dames du temps jadis. Elle était 
fille de Foulques-le-Jeune, mort en 11 10. 



BALADE LXXXVIII 

Marie de France, duchesse de Bar, était fille du roi Jean et de 
Bonne de Luxembourg. Elle épousa le 4 juin 1364 Robert, duc 
de Bar, et mourut le 2 janvier 1404. 

V, 10. Yolande de Bar fut fiancée en 1379 à Jean, duc de Gi- 
rone, puis roi d'Aragon. Elle mourut en iz|3i. 

V. 12. Henri, fils aîné de Robert, mourut à Venise, en octobre 
1397, au retour de Nicopolis. 

V. i3. Marie de Coucy, fille d'Enguerrand de Coucy et d'Isabelle 
d'Angleterre, morte en 1405. 

V. 19, Philippe, mourut dans la croisade de Nicopolis, en 
1 396. 11 était marié à Yolande d'Enghien-Gonversan. 

La ballade suivante nous donne de plus un Louis et une Jcaitne 
une Yolend et un Edouard. 



BALADE LXXXIX 

« Cette ballade est composée en l'honneur de Marie de 
France, fille du roi Jean, née en i 344, mariée en 1 364 à Robert, duc 
de Bar, et morte le 2 janvier 1404. Fille et petite-fille de rois, elle 
descendait des empereurs d'Allemagne par sa mère Bonne de Luxera- 
bourg, fille de Jean, duc de Luxembourg et roi de Bohême, dont 
le père Henry mourut en i3i3, ceint de la couronne impériale. 
La seigneurie de Bar fut érigée en duché à cause de celte union. 
Le premier duc de Bar mourut le 12 avril r4n : il portait d'azur 
semé de croix d'or rccroisetées au pied fiché; le tout chargé de deux 



36o BALADES DE MORALITEZ 

bars d'or (poisson) adossés. C'est à ces armoiries que Deschamps 
fait allusion dans le 3" vers du 2" couplet. 11 consacre une autre 
ballade à chanter les enfants de Marie de France et de Robert de 
Bar. — Yolant : Yolande, née en septembre i363, fut fiancée en 
septembre iSyg à Don Juan, duc de Girone, héritier présomptif de 
Don Pedro IV, roi d'Aragon, qu'elle épousa définitivement en 1384. 
Après la mort de son frère Edouard III, tué à Azincourt, elle dis- 
puta le duché à son autre frère Louis II, qui était cardinal. Elle 
perdit son procès ; mais en 1419 Louis II céda ses droits à René 
d'Anjou, fils de Louis II, duc d'Anjou, marié le 2 décembre 1400 a 
Yolande d'Aragon, fille d'Yolande de Bar. — Henris : Henry de 
Bar, né à Bar en 1367, fut fait prisonnier à Nicopolis, et mourut à 
Venise en octobre 1397. Son fils, Robert de Bar, grand échanson 
de France, périt à Azincourt. Il épousa, en février i384, Marie de 
Coucy, fille d'Enguerrand VII et de sa première femme Isabelle 
d'Angleterre, fille d'Edouard III. Elle descendait des empereurs 
d'Allemagne par son aïeule, Catherine d'Autriche, mère d'Enguer- 
rand Vil. — Philippe de Bar, né en 1372, épousa, en 1384, Yo- 
lande d'Enghien, fille de Louis, comte d'Enghien ; elle apporta en 
dot les terres de Brienne et d'Enghien. Philippe périt à Nicopolis. 
— Charles de Bar : Deschamps le nomme ici à tort en troisième 
ligne : il était le quatrième fils de Robert, et seigneur de Nogent- 
le-Rotrou; il mourut sans postérité en 1392. — Marie : elle épousa 
en août 1384, Guillaume de Flandres, comte de Namur. — Bonne: 
elle accompagnait en 1 382 Isabeau de Bavière à son entrée à Paris. 
Elle épousa en mai i393 Vallerand de Luxembourg, connétable et 
grand bouteiller de France. Deschamps ne fait pas mention de son 
alliance, ni dans l'une ni dans l'autre ballade. Elle n'était donc pas 
encore mariée. Cette pièce de vers fut donc faite vers 1392. — 
Jehannc épousa, en décembre rjg3, Théodore Paléologue, marquis 
de Montferrat : AndréDuchesnea mis en doute l'existence de cette 
princesse: en voici une preuve de plus. — Edouard _: Edouard, 
troisième fils de Robert, né en 1377, duc de Bar après ses frères, 
tué à Azincourt, sans avoir été marié. — Yoland: Yolande de Bar, 
la jeune, mariée en novembre 1400 a Adolphe, duc de Berg, comte 
de Ravensberg. — Loys : Louis de Bar, né vers 1378, cinquième 
fils de Marie, duc de Bar après ses frères, céda ses droits à René 
d'Anjou, petit-fils de sa sœur d'Yolande. — Marie de France et Ro- 
bert de Bar eurent un sixième fils nommé Jean. 11 était seigneur de 
Montmirail et fut aussi tué à Azincourt, avec son frère Edouard et son 
neveu Robert. » — Tarbé.) Cette longue note de Tarbé a été entière- 
ment rectifiée quant aux noms et aux dates par M. Siméon Luce. 
La ballade précédente est antérieure à la naissance de Jeanne. 
La présente a dû être écrite après la naissance de Louis. 



NOTES 36 1 

V. 17. Bonne : Elle poitait le nom de sa grand'mère maternelle ; 
elle épousa Walleran, comte de Saint-Pol et connétable de France. 

V. v.o. Odouart : Edouard devint duc en 141 1, il mourut à Azin- 
court en 141 5. 

V. 20. Loys : Louis, cardinal de Bar et évéque de Langres en 
1397, devint duc en 141 5, et céda ses domaines à René d'Anjou, 
son petit neveu, en 14 19. 

V. 20. Yolande la Jeune mariée à Adolphe, duc de Berg et Juliers. 

V. 20 Jeanne mariée à Théodore II, Paléologue, marquis de 
Montferrat. 

BALADE XC 

iSSij-iSqo — 11 estsouvent question de ces messagers dans les 
actes et comptes du xiv" siècle : u Pour les voiages ou despens de 
Colart de Tanques, faiz en alant de Paris à Arras, et d'illec à 
l'Ecluse, au mandement dudit seigneur, fait pour l'armée de mer, 

et parti de Paris le .xxviii*. jour de septembre Du .xxviii'. jour 

de septembre, dessusdict où il a vacqué et esté continuellement en 
la compaignie du Roy, jusques au .111*. jour de décembre qu'il tut 
retourné à Paris. » (Arch. Nat., KK, 34. fol. 112, an. i386.) 

V. 4. Deschamps parle ici du bailliage des montagnes d'Auver- 
gne. (Prévôtés d'Aurillac, St-Flour, Mauriac.) 

V. ig. Mes deux seigneurs : on avait dû l'envoyer près de 
Guillaume le Bouteiller et Jean Bonne-lance qui assiégeaient 
dans Ventadour Alain et Pierre Rous, s'emparèrent du château 
(mars 1390), et allèrent ensuite assiéger la ville. 

Les Anglais avaient occupé des châteaux en Rouergue, Auvergne, 
Gévaudan et Quercy. 

BALADE XCï 

Deschamps veut persuader qu'il faut toujours respecter la vérité 
et haïr le mensonge. Veut-il faire allusion à la conduite du duc 
de Bretagne à l'égard du connétable de Clisson (juin 138;), enfermé 
au château de l'Hermine ? 

Lors de son mariage avec Jeanne de Boulogne, ou lors de l'en- 
trée d'isabeau à Paris (i38c)-i39o), le duc de Berry faisait transcrire 
Le Miroir des dames (n' 9355 de la bibliothèque de Bourgogne;, 
et w un auteur anonyme, dit assez peu clairement M. Kcrvyn 
(Froissart, XIV, pag. 394), écrivait sur le même sujet, un traité 
naïf qui a appartenu à la maison de Moreul. » — Eustache Des- 
champs voyait-il là une concurrence à son livre du Miroir du ma- 
riage ? 



362 BAT.ADES DE MORALITEZ 



BALADE XCIl 

Deschamps a pu écrire cette ballade quand, tombé en disgrâce, il 
perdit la chàtellenie de Fismes ; les vers sont coulants et le style 
est clair; « Le bien n'a pas tondis cels qui traveille y> est une jolie 
paraphrase du sic vos non vobis. 



BALADE XCIIl 

V. 3. Sarrasin est ici synonyme de païen en général, et plus spé- 
cialement de Romain, bien qu'il soit surtout question des neuf 
preux, dont Hector et Alixandre. En Provence, encore, on appelle 
tuiles san'a:^incs les débris de tuiles romaines, qu'on retrouve 
dans les fouilles le long du mur extérieur des églises 

Casteî- Sarrasin semble indiquer, non un château des Arabes qui 
ne surent que détruire, mais un castellum des Romains qui nous 
apprirent à bâtir. De même en Allemagne, dans la Rouhc-Alp, les 
fortifications romaines ayant protégé les champs décumates, se nom- 
ment Heide7i Maul, Hiinmnmaul (murs des païens, murs des Huns). 

Les neuf Preuses, d'après le roman de Jouvencel (Bibl. nat. fr. 
Notre-Dame, 2o5), sont : Sémiramis, Deifimme, Lampedo, Hip- 
polyte, Deiphilc, Thamyris, Tangua, Méneleppe et Pentesellée; 
M. Viollet le Duc a placé leurs statues sur la cheminée de la 
grand'salle à Pierrefonds. 

Les statues des neuf Preux sont placées dans la façade du château 
de Heidelberg. Voyez sur ces personnages une suite xylographique 
peu connue, signalée par M. P. Paris à l'intérieur de la reliure du 
ms. 4g85 de la Bibl. nat , et reproduite en fac simile par M. Pi- 
linski , pour l'Ecole des Chartes. Voyez encore le Triomphe des 
neuf preux (Abbeville, Pierre Gérard, 1487, in-fol. Paris, Michel 
le Noir, 1607, in-fol.) Cette ballade a pu être écrite lors des 
conférences et de la trêve deLeulinghem (18 juin i389\ La trêve 
fut prolongée à Amiens (mars 1392), jusqu'en avril 1393. 

On peut aussi la placer en logO, lorsdu mariage d'Isabelle de 
France et de Richard II. 



BALADE XCIV 

Cette ballade a été reproduite par Kervyn de Lettenhove. (Frois- 
SART, t. X, p. 388.) 
Le ms. de Lille, n" 26(foUo89" et''), nous explique cette fureur 



NOTES 363 

religieuse : « En ce tamps estoit en Flandres grant horreur et 
grant pugnaisnie en le place où le grant bataille devoit estre, dont 
le trache duroit plus d'une grant lieue long, car les mors n'avoient 
point esté enterrés, ne oslé de cette place par la deiïensedu Roy et 
de ses gens, pour ce qu'ils reputoient les Flamens comme gens 
mcscréans, et errans contre Dieu et l'Eglise, et contre le roy et 
leur seigneur. Et les quiens, ieux et bestes sauvaiges, les corps 
humains de ceulx qui là gisoient mors, dévoroient; et y furent 
veu en celle place maint grant et merveilleux oysel dont le peuple 
d'entour avoit grant merveilles. » 

V. 6. « De Canaam, Caym et Judas née. » 

Ce vers montre bien que la ballade i6 est dirigée contre les 
Flamands et non contre les Juifs. 

V. 10. Les Gantois furent obligés de lever le siège d'Audenarde. 
Charles VI entra dans Bruges et brûla Courtray. C'est alors que le 
duc de Bourgogne enleva l'horloge « qui estoit le plus bel que on 
sceust quelque part w, et le transporta à Dijon où il coiffe l'église 
Notre-Dame. En changeant de patrie, la dame et le seigneur ont 
changé de nom. Ils ne s'appellent plus Mante et Caries^ mais 
Carillonne tt Jacquemart, 

V. 28. .XXVI. mille mourant. 

Deschamps est d'accord avec le manuscrit de Lille, 2b (Chroni- 
ques de France, fol. 86'') : « le nombre des ochis du costé des 
Flamens fut de .xxvi.". » 

La chronique des quatre Valois -p. 3o6), dit qu'il mourut plus 
de 18,000 Flamands : « après la bataille, par entre les morts, l'en 
trouva plus de 3, 000 Flamens vifs qui furent tous occis. « 
(P. 307.) 

V. 29. Deschamps prophétisait mal, car en i3S3, les Gantois, 
le 3i janvier, s'emparèrent d'Ardenbourg; François Ackerman 
entrait dans Audenarde le 17 septembre de la même année. 

M. Kervyn de Lettenhove, en citant cette ballade (tome X, p. 388", 
la place après le 3 décembre i382, jour ou, selon les comptes de la 
ville de Gand, le messager du roi de France apporta une lettre 
datée de Thourout du 1"' décembre, où le roi Charles VI est loin 
de parler comme Deschamps. Elle est adressée : « aux bourgue- 
maistres, maieurs, eschevins, bourgeois et habitants de la bonne 
ville de Gand.w (Voir Kervyn, p. 486-487.) La lettre tout entière est 
dans le ton de ce préambule. 



BALADE XGV 
Dans cette ballade, il ne s'agit pas seulement de fous en titre 



364 BALADES DE MORALITEZ 

d'office, mais de la folie de toutes gens. Du reste, il ne faut pas 
trop railler cet usage de fous d'office, ils étaient souvent de très- 
bons moniteurs et avertissaient de ce qui se disait ou se faisait 
dans les chambres du roi. 

V. 8. Le fou de Charles VI se nommait Aincelin Coq (Nou- 
veaux comptes de l'argenterie , publiés par Douet d'Arcq, p. 284); 
le fou du duc d'Orléans était Coquinet; celui de la reine avait nom 
Guillaume Fouel (id., p. 239'. 



BALADE XCVI 

V. 12. Enliii navoitlors Tirannie : c'est-à-dire parmi la no- 
blesse. 

Est-il question de la tyrannie du duc de Berry, en Languedoc 
(1392)? 

V. 17. Or voy Déshonneur et Paresce. 

Jean Wyn, dit le Poursuivant d'amour, châtelain de Beaufort en 
Champagne, abandonna le duc de Lancastre pour combattre avec 
le duc de Bourbon (iSôg), tandis que le chanoine de Robersart 
tournait aux Anglois (1369-1370), 

V. 18. Traison régner et boidie. 

En i385, pendant le siège de Damme, les habitants de l'Ecluse 
complotèrent d'incendier la flotte française et d'égorger la garnison 
commandée par le sire d'Herbaumez, ( V. Froissart , X, 362- 
363.) 

Les châteaux occupés par les Anglais, en i388, avaient pour ca- 
pitaines des Bretons : ils n'imitaient pas ainsi Du Guesclin, mais 
ils pouvaient répondre à Clisson : « Nous avons, comme vous, 
changé de parti. » Il faut remarquer aussi qu'au xiv* siècle, ce 
n'était pas trahir que changer de parti. Il suffisait de prévenir à 
temps et de renoncer à l'hommage. 

V. 23. Les bons tindrent meilleur partie. 

En 1392, il y eut guerre civile à Gand, entre les partisans de 
Boniface IX et ceux de Clément VII. (Voir Chronique des quatre 
Valois). 

BALADE XCVII 

Cette Ballade est curieuse à cause du nombre des proverbes po- 
pulaires qui y sont cités, et dont plusieurs se sont conservés en- 
core de nos jours. 

V. 7. De Baïf dira au xvi« siècle 'fol. 43') : « Dans un mortier de 
Veau ne pile. » 



NOTES 365 

V. i3. Voyez Amyot ;Aratus, 38} : a Et tout ainsi comme JEso- 
pus dit que les petits oyseaulx répondirent au cocu coucou) qui 
leur demandoit pour quelle raison ilz le fuyoient. » 

V. i8. Ce proverbe, encore répété, est au dialogue des deux 
Amoureux : 

Et dont pour vray le moindre et le plus neuf 
'Jrouveroit bien à tondr.; sur un œuf. 



BALADE XCVIII 

Deschamps s'inspire-t-il ici du Roman des Sept Sages de Rome et 
du Dôlûpathcs? On pourrait le croire, quoique les noms des sept 
sages ne soient pas ceux qu'il allègue. 11 rappelle ici les noms des 
Sept Sages, tels que les avait donnés Guillaume de Tigaonville, les 
uns grecs, les autres latins. 



BALADE XCIX 

Eustache Deschamps s'inspire de la chanson de geste d'Alexan- 
dre, œuvre de Lambers le Tors et d'Alexandre de Bernay, publiée 
par M. Michelant ; elle avait été remaniée au x.v* siècle (B. n, fr. 
i375;. 

Le poète donne des conseils indirects à Charles VI, qui peut-être 
préféra lire le joyeux dit d'Arisioie ^xiii* siècle); il n'aurait pas eu 
si grand tort. 

BALADE C 

V. lo On disait au xv* siècle : Ung asne n'entend rien en mu- 
sique » V. Le Roux de Lincy 'J, 144.) 

Le proverbe qui répondrait le mieux au refrain delà ballade se- 
rait : 

Faites du bien à un vilain 

Il vous c. . . . dans la main. 



BALADE Cl 

Cette Ballade a pu être écrite en 1392, lorsque les ducs de Berry 
et de Bourgogne firent arrêter les principaux conseillers de Char- 
les VI, Jean le Mercier, Guy Chrestien , et les envoyèrent à la 
Bastille et au Chastelet. 



366 BALADES DE MORALITEZ 

« Et tirent lesditz ducs par toutes les bonnes villes du royaume 
de France arrester tous les officiers, receveurs des aides, et grene- 
ticrs et tous leurs biens, qui furent trouvez et leurs registres et 
papiers scellés et sur ce partout a une fois réformez. y> [Chronique 
des quatre Valois, p. 326). 

Ces anciens et honnêtes conseillers de Charles VI avaient plus 
respecté Vérité et Justice que le sire de Bethizac. 

V. 5. Quant à la connaissance, elle défaillait au premier rang, 
par la folie de Charles VI. 



BALADE Cil 

On dirait que cette pièce est encore une consolation à l'un des 
conseillers de Charles V emprisonnés, à Jean le Mercier, ou au sire 
de la Rivière, qui fut plaint par les écrivains du temps (Christine 
de Pisan, Froissart, etc.), comme Fouquet sous Louis XIV, par La 
Fontaine et M"" de Sévigné. 

« Le sire de la Rivière fut trop dur mené.» (Froissart, XV, p. 67). 

« Messire Jehan le Merchier, en la prison ou il estoit ou chastel 
de Saint-Anihoine, continuellement plouroit si soubdainement et 
de si grant affection que sa veuë en fut si affoiblye et si foulée, que 
il est sur le point d'en estre tout aveugle, et estoit grant pité à luy 
veoir et oyr lamenter. » (Id , /^., 71). 

Eustache Deschamps restait en liberté, malgré sa hardiesse. Les 
Orléans le protégeaient, comme la duchesse de Berry défendait 
Le Bègue de Villaines. Cf. la ballade 72). 



BALADE cm 

V. 8. Fismes : département de la Marne, arrondissement de 
Reims. 

Voyez dans Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, t. VIII, 
p. i3, le dessin d'un reposoir subsistant à Fismes. 

V. i-z. Avec le ircit. 

Ce mot se trouve au singulier dans les mandements de Charles V, 
publiés par M. Léopold Delisle, pour désigner : les casses de 
viretons qu'on lançait avec l'arbalète. 

V. 19. Ces derniers vers sont fort difficiles à comprendre : que 
vient faire ici saint Pierre? est-ce un jeu de mots pour cinq pier- 
res; Deschamps veut-il dire que les créneaux de la Tour sont tel- 
lement enfumés, envahis par la fumée, que l'on ne peut y rester 
sans cire obligé de pleurer, sans verser autant de larmes que saint 



NOTES 367 

Pierre? ou bien que la plate-forme des créneaux était à cette épo- 
que couverte par une toiture en pavillon; La charpente se délabre, 
et, par les ouvertures, on aperçoit le ciel, royaume dont saint Pierre 
a les clés. Le paradis ne lui suffit plus, il descend sur la terre. 

Veut-il dire encore : La fumée ne nous permettra pas d'habiter 
les salles; il faut monter sur la plate-forme où règne saint Pierre, 
c'est-à-dire le froid, car : . 

A la Saint-Pierre 
LTiyver s'en va ou se resserre. 

{Proverb. du xv* siècle^ Le Roux de Linxy, I, p. 127). 

La tour de Fismes figure parmi les lieux forts restés au pouvoir 
du roi de France, entre 1 356 et i364, et plusieurs documents des 
Archives nationales se rapportent à celte occupation (JJ. 90, n* 484, 
X la 20, f' 2o3, v). V. Histoire de Bertrand du G.œsclin et de 
son époque. S. Luce, p. 487. 



BALADE CIV 

On peut dater celte Ballade de 1392, après la disgrâce des Mar- 
mousets. 

Deschamps revient volontiers, et toujours heureusement, sur les 
avantages de la vie libre et retirée, précisément parce qu'il n'avait 
pas le courage de secouer les liens qui l'attachaient à la cour du 
le retenaient dans les emplois publics. 



BALADE CV 

Cette curieuse ballade a du être écrite (v. 17 a 20) pendant la 
période où dominait la faction bourguignonne, c'est-à-dire après 
l'assassinat du duc d'Orléans en 1408. 

V. 5. Entre i356 et 1369, depuis Poitiers jusqu'à la rupture du 
traité de Brétigny, les compagnies gasconnes et anglaises firent 
du royaume de France « leur chambre ». Elles eurent pour héros 
Arnaud de Cervoles, dit l'Archi prêtre, le Captai de Buch, Robert 
Knolles. 

A Cochercl, ils criaient : Saint Georges Gyane f » c'est-à-dire 
« Saint Georges Guienne, » mais il s'agit moins de leurs cris de 
guerre que de leurs jurons familiers. 

V. 9. Les Bretons de Du Guesclin et d'Olivier de Clisson (1364- 
1392); une quittance du 24 avril i38o(B. N., t. XV, n» 2679), 



368 BALADES DE MORALITEZ 

montre que, dans le Colentin, on redoutait autant les Bretons que 
les Anglais de Cherbourg. Un proverbe disait aussi : « Qui fit 
Breton, il fit larron « Cependant les Bretons ne criaient pas à 
« Didii le vea » mais « Noire Dame Giicsclin ou Malo ou Riche 
Duc. » Sous Charles Vil, en 1449, ^ ^^ prise du Pont de l'Arche, 
ils criaient : « Saint Yves, Bveiagm! w 

V. 19. D'après Chastelain, le cri était : « Noire Djime Bourgo- 
gne ! » Les Bourguignons viennent et dominent à la cour, dès 1 3g2, 
et dans Paris, après l'assassinat du duc d'Orléans (1408). 

V. 'J.O. Ce vers présente une très-grande difficulté de lecture et 
d'interprétation que nous n'avons pu résoudre. Il se peut que, 
pour ne pas jurer Dieu, ils aient dit : Je reny des Bottes, au lieu 
de je reny Dieu ; de même nous disions autrefois : jarnigoi, jarni- 
gué, jarnicoton. 

Faut-il lire « de Regny, de Boiles ? » Regny pour Rigny, séné- 
chal de Bourgogne en i388; de Boiles pour Boil (Saint-iioil, 
Saône-et-Loire) t Nous n'osons trancher la question . 

M. Tarbé, en publiant cette ballade, a simplifié ce vers ainsi : 

Je regny Dé. Vol ces. Or fais., etc. 

C'est la leçon qui nous semble la meilleure ; mais le manuscrit 
porte bien distinctement Boites. 

BALADE CVI 

Cette belle ballade est purement une moralité d'une grande élé- 
vation. 

BALADE CVII 

En 1892 (le i^' septembre, dit la Chronique des Qjuairc Valois, 
p. 32b), « Après mynuict, fut éclipse de lune par longue espace. 
Et mua la lune plusieurs couleurs et estait toute noire plus que 
errement si que on en perd la veue. » 

V. 19. tt En l'an iSyS fut tant grant le fleuve de Saine dedans 
Paris, que les vaisseaux estoient à la place Maubert, attachés à la 
croix Hémon. » (B. N. franc, 5Ô99, fol. 5j ^). 



BAL.XDE CVIII 

Cette ballade semble faire allusion à la fureur du tournois, et 
peut-être à la joute du sire de Cluny contre Pierre de Courtenay, 
qui fâcha tant le duc de Bourgogne, ou aux joutes de Saint-Ingle- 



NOTES 3G9 

vert (mars i Sgo^ ou au combat de Montcndre présidé par Jean de 
Harp^denne (mars 1402). 

En Angleterre, Edouard III ordonnait aux archers de simuler 
entre eux le « Gallovum pugita » . 



BALADE CIX • 

Peu de temps après son voyage en Béarn /'i388;, Froissart vint 
à Paris pour assister à l'entrée d'Isabeau de Bavière, dans la grand'- 
ville. Il dut visiter Deschamps et put lui répéter la conversation 
qu'il venait d'entendre entre le sire d'Albret et un chevalier breton : 

« Le chevallier lui avoit demandé des besoingnes de son pays et 
comment il le savoit maintenu à estre françois, et il respondi 
ainsi : a Dieu merchy, je me porte assés bien, mais je avoie plus 
d'argent, aussi avoient mes gens^ quant je faisoie guerre pour 
le roy d'Angleterre que je n'ay maintenant; car, quant nous che- 
vauchions à l'aventure, ils nous sailloient en la main aucuns riches 
marchans ou de Thoulouse ou de Condon ou de la Riolle ou de 
Bergherac. Tous les jours, nous ne faillions point que nous n'eus- 
sions quelque bonne prinse, dont nous étions frisques et jolis, et 
maintenant tout nous est mort. « Et lors le chevallier commença à 
rire et dist : « Monseigneur, voirement est-ce toute la vie des 
Gascoings; ils volent trop voulentiers sur l'autruy dommaige. » 
Froissart cite comme exemple de Gascons retournés aux Anglais, le 
sire de Mussidan, le seigneur de Rosem et celui de Duras : « Telle 
est la nature des Gascoings; ils ne sont point estables, mais en- 
corres ayment-ils plus les Anglois que les François, car leur guerre 
leur est plus belle sur les François qu'elle ne soit sur les Anglois : 
C'est l'un des plus principauls incidens qui les y encline (xi, 229'.» 

BALADE ex 

Voyez le Castnim amoris offert à Denise de Mounthermer par 
Gauthier de Biblesworth (Kervyn, I », p. 554). 

La plus honnête femme du monde pouvait, comme la Pauline 
de Corneille et la princesse de Clèves de M™* de la Fayette, ne pas 
aimer son mari. On avait un époux pour le monde, mais on avait 
un amant pour le cœur; amant fort respectueux d'ailleurs, et dont 
l'amour était reconforté par un regard plus que par un baiser, dit 
Biblesworth. Deschamps et l'auteur anglais se sont inspirés d'un 
passage célèbre du Roman de la Rose. 

Sainte-Palaye, dans ses notes sur Deschamps, trouve ces vers 
« fort jolis. » 

T. 1 î4 



Syo 



BALADES DE MORALITEZ 



BALADE CXI 



Deschamps veul-il parler ici des troubles de l'Angleterre, de 
l'hérésie des Lollards, des prédications de John Bail, de la révolte 
de Wat-Tyler (i38i), des prédications de ,WiclefF (iSgo-iSgb)} 
Nous savons quil professait une grande haine pour les Anglais. 



BALADE CXII 

Comparez ces regrets sur la perte de la jeunesse aux regrets de 
la belle Heaulmière (Villon). 

Cette ballade paraît toute politique. 

Celle que f aime, est évidemment la France qui se meurt d'être 
mal gouvernée. 

BALADE CXIII 

Cette ballade est la continuation du sentiment qui a inspiré la 
précédente. — Peut-être Deschamps l'écrivait-il après avoir entendu 
le passage de la réplique de Gerson à Charles VI : « Quant mes- 
nages se sont partis du royaume par tels outrages ! Quant morta- 
litez en sont venues sur enfans, hommes et bestes par defaulte de 
nourriture, ou par malle nourriture ! C'est pitié de le savoir : car 
ils n'ont de quoy semer, ou ne osent tenir chevaux ne bœufs pour 
doubte des princes, ou gens d'armes, ou n'ont courage de labourer, 
pour ce que rien ne leur demeure. Et leurs enfans par lesquels les 
anciens pères devroieni estre aidez, incontinent s'en partent : « Nous 
« aymons mieux, disent-ils, faire le gallin gallant i, que labourer 
« sans rien avoir. » Ainsi fault aucune fois que les bonnes gens 
froissez de vieillesse, tirent à la charrue quand ils deussent avoir 
repos. Et quoy oultre ? les vaillants nobles bien rentez ne peuvent 
estre payez de leurs hommes et rentiers ; où rien n'a, le roy perd 
son droict ; ceux de l'église le sentent toutefois très-bien. Les pau- 
vres mendians crient à la rage de la faim, pour ce que rien on ne 
leur donne. « 

On croit lire, à trois cents ans de distance, la lettre de Eénelon à 
Louis XIV, ou les traits rapides de La Bruyère sur la condition des 
paysans. 

I. Il y a dans ce passage de Gerson, mort en 1429, deux mots : Gallin 
Gallant, tout à fait digues de remarque. L'alïîliation normande des Galants de 
la feuillée, dont (itait Olivier Bachelin, date de l'occupation anglaise, mais le 
mot galant s'employait déjà dans ce sens longtemps auparavant. 



NOTES ^7 i 

BALADE CXIV 

V. i5. Gui'rdon avoir. 

Daïf résumant dans un sonnet à Charles IX, le sujet du Roman 
d: la Rose, dit que : 

La Rose c'est d'amours le guerdon gracieux. 

Ce n'était pas le guerdon que Deschamps regrettait de ne pas 
trouver à la cour. 

V. ig. Tout plaisir inspirait aux dames des propos singulière- 
ment vifs et hardis, et aux seigneurs bien de l'inconstance, si nous 
en croyons le chevalier de la Tour et ses trois dames, (p. 5i) : 
« Belles cousines, dit l'une, honnie soit celle qui ne dira avec vérité 
si elle fut priée d'amour cette année. Pour moi je l'ai été. — Vraiment, 
dit la seconde, je l'ai été aussi. — Par ma foi, dit l'autre, et moi 
aussi. — Honnie soit donc celle qui ne dira le nom de celui qui la 
pria en dernier lieu. Pour moi c'est Boucicaut. — Vraiment, dit 
l'autre, et moi aussi. — Et moi aussi, dit la troisième. Elles envoient 
chercher Boucicaut et lui reprochent sa félonie. Mais lui, sans s'é- 
tonner : ce Vous avez grand tort, mesdames, car à l'heure que je le 
dis à chacune de vous, je le pensois ainsi. — Savez-vous, dit l'une 
ce que nous ferons! Nous jouerons au court festu à laquelle il de- 
meurera. — Pour moi, dit la seconde, j'en quitte ma parc. — Et 
moi aussi, dit la troisième. — Eh ! mesdames, reprit Boucicaut, 
par le sabre Dieu, je ne suis point ainsi à prendre ou à laisser; 
aucune de vous ne m'aura. » 

BALADE CXV 

Comparez Esope., f. i35 : 

Asiuus gestans simuîacrum 
Et f. 265 : 

Asiuus gerens statuant. 

Et La Fontaine, 1. V, f. 14. U Ane portant des reliques. 

D'un magistrat ignorant 
C'est la robe qu'on saljc : 

V. G. Dès 1 385, dans une pastorale de Froissart, un berger dé- 
crit ce vêtement à son compagnon. La robe n'était pas encore dé- 
coupée aux manches et aux bordures. 

V. 8. Dans un inventaire de 1394, il est parlé de houppelandes 



372 



BALADES DE MORALITEZ 



entaillées menuement ou grossièrement, en bandes, à pelz_, et en 
quelconque autre manière. Un seigneur, dans une miniature d'en- 
viron 141 o, est revêtu du pardessus décrit ici (Voyez Quicherat, 
Histoire du Costume, p. 2 53.) 

V. 25. Rutebeuf avait répondu depuis un siècle à Deschamps 
que les haillons ne font pas le savant. 

" Si don Renart ceint une corde 
Et vest une cotelie grise, 
N'en est pas sa vie mains orde : 
Rose est bien sor espine assise. » 

CDU de DlscorJe.J 

V. 32. La justice allait un peu au gré des ducs; Clisson et Or- 
léans avaient fait condamner Bethizac ; les ducs de Berry et de 
Bourgogne firent condamner et destituer Clisson. 



BALADE CXVI 

« Cette ballade, qui a pu être écrite en i388, a deux sens dis- 
tincts : et tous deux sont satyriques. Deschamps eut toujours à 
se louer des bontés de Charles V : c'est lui qu'il nomme le poirier. 
Charles VI 'le jeune pommier) lui promit beaucoup et lui donna 
peu. — Ce prince, au début de son règne, semblait annoncer un 
grand roy : a car le roy était jeune et à venir, et en volonté de 
travailler : et bien l'avait montré en Flandres et ailleurs, comment 
de bonne volonté il allait au-devant de ses besoins. » Fr., liv. III, 
ch. io3. Lors de son avènement, on se rappelait avec plaisir que, 
dans son enfance, Charles V lui ayant donné à choisir entre une 
une couronne et un casque, le jeune prince s'était emparé du cas- 
que : chron. de St-Denis, ch, 3.— Charles V n'avait pas été ébloui 
par quelques qualités brillantes du Dauphin. Il avait deviné son 
penchant au plaisir et la mobilité de son caractère. L'avenir lui 
donna raison. Les débauches tuèrent la santé de Charles et altérè- 
rent son intelligence. Le premier accès de folie qu'il ressentit en 
1392 fut la suite de l'affaiblissement de ses forces physiques et 
morales. — Le refrain de cette ballade rappelle encore la réponse 
que fit le duc de Bourgogne à Clisson, qui se plaignait d'avoir été 
arrêté perfidement par le duc de Bretagne : « En beaux semblans 
sont les déceptions, lui dit le prince. •» Frois., liv. 111, ch. 66. — 
(Taubé ) 

Deschamps revient souvent sur les belles espérances et les pre- 
miers succès de sa jeunesse que l'âge mûr ne lui donna plus, et 
convertit en adversité et en abandon. 



NOTES r^yo 



BALADE CXVIl 



Valentine de Milan, qui devait un jour élever le bâtard d'Orle'ans 
avec ses enfants légitimes, s'habituait difticilen::ent aux infidélités de 
son mari (1392). Le duc d'Orléans, alors duc de Touraine, avait 
pris Pierre de Craon pour confident de ses amours avec une très- 
belle, jeune et frisque demoiselle de Paris. La dame refusa mille 
couronnes d'or que le duc lui offrait comme prix de son honneur. 
« Toutes ces paroles, ces promesses et ces secrets furent sceus de 
la duchesse de Thourraine, grâce à Pierre de Craon, laquelle manda 
tantost la jeune dame et la fist venir en sa chambre. Quant elle y 
fut venue, elle la nomma par son nom et luy dist moult iréement : 
u. Comment me voulés vous faire tort de Monseigneur ? » La jeune 
dame fut esbahie et lui dist tout en plourant : « Nenni, madame, 
se Dieu plaist, ne je ne le vueil faire, ne je ne l'oseroie penser. » 
(Froissaht. Kervyn, XIV, Sig.) La duchesse continue et menace sa 
rivale de mort si elle ne donne congé à son amant. Les jalousies de 
sa femme n'empêchèrent pas le duc d'Orléans de porter les yeux 
sur Marguerite de Bavière, femme de Jean-sans-Peur, qui ne put 
s'en venger qu'en 1408. 

BALADE CXVllI 

Enfermées dans leurs châteaux et délivrées de leurs maris, les 
femmes cherchaient leurs distractions dans des mahces ou des 
gourmandises d'enfant. L'une se concerte avec sa chambrière pour 
prendre et manger une anguille que son mari gardait dans un vivier, 
et, trahie par une pie indiscrète, plume de dépit la tête à l'oiseau. 
(Livre du Chevalier de La Tour Landry pour l'instruction de ses 
filles. Composé en 1372, p. 35.) 

Dans le Ménagier de Paris {écrit vers 1393, tom. I, p. 48), c'est 
une gloutonne de qui «les matinées sont : Ha! de quoi burons- 
nous r Y a-t-il rien d'hier soir ? — Après dict ses Laudes ainsy : 
Ha ! nous beumes hier bon vin ! — Après dict ses oraisons ainsy : 
La teste me deult, je ne serai mais aise jusques j'ay beu ! » ' 

On ne s'étonne plus de ces traits de mœurs, quand on lit dans le 
Chevalier de La Tour Landry (p. io5, III) le tarif des châtiments 
d'oultre-tombe. Un ermite révèle à un chevalier, son parent, le 
sort de ses trois défuntes, qu'il avait tendrement aimées. 

L'une est damnée à perpétuité pour ses robes « qui estoient fines 
et fourrées et dont elle avoit plus de dix paires. » 

L'autre endurera mille ans de tortures pour s'être peint les sour- 
cils et les tempes. 



:)7 1- BALADES Dr. iMORAÎJTEZ 

La troisième, coupable de douze ou quinze adultères, demeurés 
secrets, en est quitte pour cent ans de purgatoire; car, pour chaque 
délit, on est sept ans au feu du purgatoire. 



BALADE CXL\ 

Le Chevalier de La Tour dit qu'au temps de son père, les dames 
bien riches et bien nées, passaient derrière plus pauvres qu'elles, 
si leur renommée n'était pas bonne : u Mais aujourd'hui l'on porte 
aussi bien honneur aux blasmées, comme aux bonnes; » aussi, 
maintes y prennent m.al exemple, et disent : qu'importe de mal 
faire? Tout se passe. (P. 229, 23o.) 

Les honnêtes intentions allaient même contre leur but. Voit-on 
ce père qui veut prémunir ses filles contre le vice et qui souille 
d'avance leur imagination par le récit d'horreurs qu'il leur valait 
mieux ignorer. U est certain que les mœurs étaient corrompues 
au xiv« siècle, même au fond des camipagnes. U n'y a guère de 
villages où les lettres de rémission du Trésor des Chartes, pour 
cette période, ne nous signalent des femmes de mauvaise vie ou, 
comme on disait alors, des femmes « communes. « 

Mais cette ballade, en somme, est très-belle et peut s'appliquer à 
tous les temps; quand n'y a-t-il pas eu matière à une G.i^eîte des 
tribuvaux? Ce n'est pas là le miroir des mœurs ordinaires, qu'il ne 
faut pas non plus chercher chez le chevalier de La Tour Landry, 
Brantôme, ou La Fontaine. C'est là le sujet de tous les sermons et 
de toutes les moralités de tous les temps et le xiv" siècle n'en est 
pas plus responsable que le xix*. La différence avec notre temps, 
c'est qu'on ne signale même plus ces choses-là, tant elles sont 
communes. 

En 1399, mourut assassiné Richard H, qui eut \2i^-uissance. 

En 1400, d'après le plus grand nombre des chroniqueurs, inourut 
Froissart, qui eut le savoir. 

BALADE CXX 

Deschamps devient sermonnaire et nous rappelle, à sa façon, que 
le corps devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom en aucune 
langue. 

BALADE CXXI 

La même année iSgg vit la mort du duc de Bretagne Jean IV. 
la d(Jposirion de l'empereur Wenccslas et celle du roi Richard. 



NOTES 375 

V. 14. Henri de Bolingbroke, banni et dépouillé en iSgS, de- 
vint tout puissant en iSqq. 



BALADE CXXII 

Comparez La Fontaine, la Mouche et la .Fourmi (IV, f. 3], 

Les mouches de cour sont chassées, 
Les mouchards sont pendus. 

C'est la même idée. 

BALADE CXXIU 

« Nous ne ferons pas ici la biographie de G. de Machaut. Compa- 
triote, maître et ami de Deschamps, il avait des droits nombreux à 
son amitié. Poète et musicien, il mérita les éloges qu'elle lui donne : il 
mourut en iSyy, et c'est à cette date que furent faites les ballades dont 
il s'agit. Deschamps en fit une quatrième en son honneur. Peut-être 
lui consacra-t-il encore d'autres poésies; nous voyons dans le ma- 
nuscrit de ses œuvres qu'il envoie dé Vertus une ballade à Péronne 
d'Armentières , l'amie de Guillaume et l'héroïne du Voir-dit. 
(V. Crapelet, p. 81.) — 11 n'y a pas d'exagération à dire que la 
mort de Machaut fut pleurée même en Artois. Il était fort estimé 
dans le Nord. Le catalogue des livres de la bibliothèque de 
Bourgogne, publié par M. Barrois, cite sept exemplaires de 
ses œuvres. Deux d'entre eux, n" i354 et i3g3, il est vrai, ne 
portent pas son nom; mais la description qu'on en donne me 
paraît suffisante pour pouvoir les lui attribuer. — Deschamps 
nous apprend qu'il fut chargé par Guillaume de remettre au 
comte de Flandre une copie de celui de ces poèmes qu'on 
nomme le Voir-Dit. C'est celui dans lequel il célèbre les amours 
qui firent le malheur de sa vieillesse. Le prince qui en reçoit le 
manuscrit est Louis III du nom, comte de Flandre en 1364, 
mort en 1384 : Il fut ami du luxe, des arts et des lettres. Ce fut 
contre lui qu'éclata la célèbre insurrection des Chaperons blancs. 
Les Flamands le chassèrent de leurs villes, et l'obligèrent à se re- 
tirer en Artois (1379-1382). Peut-être la ballade de Deschamps fut- 
elle écrite seulement à cette occasion, et par suite, deux ans après 
la mort de Machaut. Le dernier couplet contiendrait alors une al- 
lusion à la chute du comte. Cependant, en 1346, il avait été déjà 
contraint de prendre la fuite pour échapper à la tyrannie de ses 
sujets qui voulaient le forcer à épouser la fille du roi d'Angleterre. 
Le comte Louis fut toujours français de cœur, et les Flamands pré- 



3'jG BALADES DE MORALH EZ 

férèrent toujours l'alliance de l'Angleterre à celle de la France. — 
J'ai reproduit, tel que le donne le manuscrit, le sixième vers du 
manuscrit. Il signifie que Louis fit lire le poëme qu'il recevait de- 
vant les courtisans rangés autour de lui. » — (Tarbé.) 

Voir sur Guillaume de Machaut, dans la Bibliothèque de V Ecole 
des Chartes (année 1876, p. 444 à Syi), un article de M. de 
Mas-Latrie. 

Voyez aussi M. Paulin Paris, les Manuscrits français q\,c., t. VI, 
p. 423, et la récente édition du Voir-Dit. 

Dans le Recueil des poésies de Gilles li Muisis, conservés chez 
lord Asburnham, les auteurs du temps sont cités et appréciés : 

Or sont vivans biaus dis faisant, 
Qui ne s'en vont mie taisant : 
C'est de Machau le boin Willaume ; 
Si fait redolent si quebausme, 

BALADE CXXîV 

Le livre du Voir^Dit a été publié en 1876, par M. Paulin Paris, 
pour la Société des Bibliophiles français. Voir la note précédente. 
Voir aussi la Préface de M. de Mas-Latrie à la Prise d'Alexandrie, 
et la réfutation de M. G. Paris dans la Revue historique, t. IV, 
p. 2i5 et ss. 

Voyez aussi Ovide, Métamorphoses, début du IX* livre. On 
connaît l'île de Circé ; quant au mot de la fontaine de Circé, il vient 
d'une fausse interprétation du mot pocula (boisson); il fallait tra- 
duire breuvage. 

Ne faudrait-il pas lire : La fo:is Dircé? Dircé était la mère d'Am- 
phion. (Ovide, Métamorph., 1. II, v. 289.) 

V. 17. Sur les instruments de musique du xiv siècle , voyez les 
vers mêmes de Machaut, et V Histoire littéraire de la France au xr/' 
siècle (Arts, par RenanJ. 

BALADE CXXV 

V. i3. Comparez la ballade 92 : « Et Foui plaisir de régner 
s'appareille. » 

BALADK CXXVl 

Sur les quatre âges du monde (or, argent, airain, fer), voyez 
Ovide (Métamorphoses I, 89 et 599). 

V. 5. Au milieu des guerres civiles, les poètes de tous les âges 
croient facilement à l'épuisement de la nature et à la fin du monde. 



NOTES 377 

Ainsi Lucrèce nous montre un vieux laboureur qui se plaint de la 
terre et raconte ses labeurs inutiles. 



Nec tenet omnia paulatim tabescere et ire 
Ad capulum, spatio œtatis defessa vetusto. 

(II, II 80) 

V. 10. Voyez dans Jehan de Meung, Roman de la Rose, la des- 
cription de rage d'or. 

V. i5. Ces deux derniers âges, étain et plomb, sont de l'inven- 
tion de Deschamps. 

BALADE CXXVII 

Le Voir-Dit fat composé en i363 ou 1364. M. Paulin Paris l'a 
prouvé et M. de Mas-Latrie l'admet. (Bibliothèque de l'Ecole des 
Chartes, 1876, p. 454.) 

Machault étant mort en 1377, nous devons chercher dans un 
espace de 14 ans, les ambassades françaises en Flandre. 

En 1369 (19 juin), mariage de Philippe-le-Hardi avec l'héritière 
de Flandre. 

En 1375 (27 juin), trêve de Bruges. 



BALADE CXXVIII 

L'auteur divise en périodes de 16 ans (v. 18-20;, la vie hu- 
maine qu'il estime, dans la ballade 79, de 60 ans. 
Voir ballade 124. 

BALADE CXXIX 

V. -20. Comparez à ce mélange des croyances chrétiennes et païen- 
nes, le début de la prise d'Alexandrie, par Guillaume de Ma- 
chaut; édition pour l'Orient latin, par M. de M\s-Latrie (Genève, 

1877). 

V. 21. Deschamps prendrait-il le Pirée pour un nom d'homme. 
Le rapprochement du Phlégéton et de Radamanthe nous paraît 
suspect. fc 

BALADE CXXX 

Dans cette ballade, Deschamps ressemble un peu à Jaquinot dans 
la Farce du cuvier. 



S78 BALADES DE MORALITEZ 

La femme de Deschamps aurait dû lire le Ménagier de Paris et 
s'inspirer de ses conseils : « Sachez que Dieu vous aura fait grand 
grâce si votre mari prend plaisir en vous; car si vous estes la clef 
de son plaisir, il vous servira, suivra et aimera. Je vous conseille 
donc et admoneste de faire son plaisir en très-petites choses et en 
très-étranges, et en toutes, et, si ainsi le faictes, vous, ses enfants et 

vous-même serez son ménétrier et ses joies et ses plaisirs 

et sera un grand bien et une grande paix et honneur pour vous. 
ÇMénagier, I, p. 154-1 55.) 

V. 28-3o. Deschamps aurait voulu une de ces bourgeoises qui 
lisaient, écrivaient comme Berte aux grans pies (couplet XIV). 

En son lit séant, prit ses Heures à dire 
Car bien estoit lestrée et bien sçavoit escrire. 

Elles chantaient, dansaient, cousaient et brodaient. Elles sa- 
vaient même l'arithmétique : « Plusieurs bourgeois mariés con- 
viennent entr'eux que celui qui ne pourrait faire compter sa femme, 
paierait l'écct. « Et tout ceulx qui avoient espousé les jeunes 
bien aprises et bien endoctrinées gagnoient et estoient joyeux. » 
(Ménagier de Paris, I, 140- 141.) C'est là un détail important : 
« L'exactitude de compter souvent, dit Fénelon, dans V Education 
des filles (chap. xii), fait le bon ordre dans les maisons. » Les 
femmes nobles s'en occupaient sans doute bien que le chevalier de 
la Tour-Landry n'en parle pas en son livre. Leurs maris ne pa- 
raissent pas avoir souffert de leurs désordres tant que la guerre fut 
heureuse et que leurs tenanciers fournirent à leurs dépenses, mais 
après Poitiers et la Jacquerie, les revenus diminuèrent. Il n'en fallait 
pas moins entretenir sa maison et son domestique, paraître dans 
les fêtes, servira ses frais dans les armées. Delà une gêne qui rap- 
procha maintes fois la noblesse de la bourgeoisie et qui la mit dans 
la main du roi, dispensateur des grâces et de la fortune. 



BALADE CXXXI 

Dans le Ménagier de Paris (II, p. 71 et suiv.) une attention sé- 
vère préside au choix des domestiques. Mais, une fois admis, ils 
font partie de la famille. On ne lésine point sur leur nourriture ; 
on les encourage, au contraire, « à mangier fort et boire bien et 
largement » , mais d'une seule espèce de viande et d'un seul breu- 
vage, sans permettre que le repas soit prétexte à bavardage ou 
paresse. Ils ont leur chambre meublée simplement et proprement. 
La maîtresse elle-même veille sur leurs paroles et leur conduite, les 



NOTES 



•^79 



reprend sans aigreur, les visite et soigne dans leurs maladies, et, 
par la charité et l'exemple de la vertu, peut exiger d être imitée. 

Dans la dernière strophe, il parle plutôt des tenanciers campa- 
gnards, des vilains ou même des serfs; le droit àQ formariage, le 
droit de route n'étaient plus sévèrement exercés, et le cours et Ven- 
tre-cours ou l'attraction permettaient aux campagnards de changer 
de résidence, de seigneur. Pendant la tévolte des Tuchins (i3S2- 
i385) qui tuaient tous ceux qui n'avaient pas des mains calleuses, 
que de jeunes paysans durent dire à leurs pères en partant : 
a Nous aymons mieux faire le galen galant, que labourer sans rien 
avoir (Gerson, loc. cit.). De fait, plusieurs de leurs bandes suivi- 
rent en Italie Charles de Duras (dit de la Paix). 



BALADZ CXXXll 

V. 7. 11 est peut-être pédant de rappeler ici les beaux vers de 
Malherbe, mais la faute en est à Deschamps : 

En vain, pour satisfaire à dos lâches envies 

Nous passons près des rois tout le temps de nos vies 

A soatfrir des mépris et ployer les genoux. 

V. i5. Geoffroy Chaucer, qu'Eustache Deschamps a comparé à 
Socrate, fut contraint de s'enfuir en Hainaut, peut-être près de 
Froissart, parce qu'on le dénonça comme ami de Wycleff et partisan 
de Wat Tyler(i38i-82). 

V. 25. C'est-à-dire, me retirer dans un couvent. 

Dieu prodigue ses biens 

A ceux qui font vœu d'être siens. 

Il pensait peut-être à son ami Froissart, qui finit ses jours cha- 
noine de Chimay. 



BALADE CXXXin 

V. 23. Le duc d'Anjou, a fils de roy de France, » comme disent 
les chartes, mourut en Italie le 20 septembre 1384. Le duc de 
Bourgogne mourut le 27 avril 1404. 

V. 27. Il vaudrait mieux écrire galée sans aviron, la nef étant 
un navire à voiles; mais la mesure Ta emporté sur le sens. Cepen- 



38o BALADES DE MORALITEZ 

dant il est possible que Deschamps ait pris la nef dans le sens gé- 
néral de vaisseau, bâtiment de mer. Un vaisseau sans aviron est un 
corps sans force ni vertu. 



BALADE CXXXIV 

Cette ballade a dû être écrite vers i38o, alors que dominaient 
sans conteste le duc d'Anjou et le duc de Bourgogne, et qu'on 
tenait à l'écart les amis de Deschamps et les conseillers de Char- 
les V, comme Philippe de Maizières. 



BALADE CXXXV 

Deschamps ne cite que six vices et cinq vertus. Essayons de 
compléter le nombre à l'aide du portail de Notre-Dame de Paris. 

A la droite du Christ, on trouve : 

5° la Prudence : son écu porte un serpent enroulé autour de la 
main droite. Au-dessous, un homme errant, les vêtements déchirés, 
tenant une torche de la main droite et de la gauche un cornet. 
C'est la Folie. (Viollet le Duc, Architecture, tome IX, p. 357.) 
Voilà le 7* vice et la 6® vertu. A Murmurer, on peut opposer Obéis- 
sance, et ce sera la 7* vertu. 

A la gauche du Christ, on trouve : 

5° l'Obéissance : un chameau agenouillé se voit sur un écu; au- 
dessous, un évêque exhorte un homme qui fait un geste de mépris. 
D'ailleurs : 

A Luxure, s'oppose Chasteté (n'existe ni à Paris ni à Chartres). 
A Orgueil, — Humilité (N.-D. de Paris, 6« à droite du 

Christ). 
A Convoitise, — Patience (2^ à gauche du Christ de N.-D. de 

Paris). 
A Détraction, — Charité (3« à droite du Christ, id.). 
A Envie^ — Abstinence (n'existe ni à Paris ni à Chartres). 



BALADE CXXXVI 

V. 10. L'aumusse était, à cette époque, la coiffure des chanoines 
dans les chapitres séculiers; Deschamps parle ici des prêtres, peut- 
être de ceux qui accusèrent Chaucer d'hérésie et l'obligèrent à 



NOTES 38 1 

l'exil. (Voyez dans le prologue des contes de Cantorbéry le por- 
trait du frère quêteur.) 

A la cour de Charles VI, depuis i383, année où Miles de Dor- 
mans, évûque de Beauvais, cessa d'être chancelier de France, jus- 
qu'en 1410, on ne voit pas de personnages ecclésiastiques qui 
aient pu nuire à Deschamps. Le clergé à cette époque avait peu 
d'influence sur la cour. 

BALADE CXXXVII 

Le sujet est celui de la ballade i33. 

V. 17. Deschamps a servi en Flandre jusqu'en i385, et, en i388, 
au moment de l'expédition de Gueldre, il n'était pas encore payé. 
Entre i388 et i3g2, il fut heureux; car ses amis, les conseillers 
de Charles V, étaient au pouvoir. 



BALADE CXXXVIII 

Cette ballade, sur les mariages mal assortis, a été inspirée peut- 
être par la bourgeoise de Bath, veuve de cinq maris et attendant 
le sixième G. Chaucer. 

Dans une autre ballade, Deschamps attaque les vieux maris qui 
prennent de jeunes femmes. Ici, il attaque les jeunes maris qui 
épousent de vieilles veuves, dix mois après la mort de leur époux; 
de cette façon, elles ne perdent pas leur douaire et le jeune intri- 
gant en profite. 

Dans d'autres coutumes inspirées par le droit ancien, la femme 
ne perd jamais son douaire. En Bretagne, on ne le lui enlève que 
si elle épouse son domestique. 



BALADE CXXXIX 

V. i3. Théologie petit aux clers agrée. 

Le haut clergé, lorsqu'il lègue des livres à une église ou à un 
monastère, en excepte souvent ceux de droit civil, pour ne pas en- 
courager chez les clercs une étude propre à les détourner du droit 
ecclésiastique et à en faire, comme on ne craignait pas de le dire, 
u des amis du monde et des ennemis de Dieu » (d'après Richard 
de Bury, évêque de Durham). Histoire littéraire de la France, 
tome XXIV, p. 5o6, par le Clerc et Renan. 

La renaissance des études juridiques à Bologne, sous la direction 



382 15ALADES DK MOI^AI.ITFZ 

d'Irnerius, ramena la taveur et l'atteniion générale vers le droit 
romain. L'Eglise, toute-puissante au xii'* siècle, ne pouvait être 
hostile aux lois justiniennes restées le statut personnel des clercs. 
Une école de droit s'organisa à Montpellier, près de l'école de mé- 
decine, et les papes instituèrent, pour l'étude du droit canon, l'école 
de Paris. Mais bientôt les clercs abandonnèrent la théologie et la 
philosophie pour se donner tout entier au droit romain, et Ho- 
norius III (1220) dut, par une bulle, interdire à Paris cet enseigne- 
ment, transporté à Orléans par Philippe-le-Bel, (i3i2). Cependant 
les écoles épiscopales, sous la direction des écolâlres, continuèrent 
à former, pour la pratique des procès, les juges ecclésiastiques 
d'ordre inférieur qu'on nommait oj/ïciciix. Afin de faire concur- 
rence à ces tribunaux ecclésiastiques comme aux juridictions sei- 
gneuriales, les rois créèrent les baillis qui, en administrant les 
finances et en dirigeant les troupes, rendaient la justice. Mais l'or- 
donnance de 1413 n'avait pas encore distingué les baillis de robe 
longue et les baillis d'épée. Dans les villes épiscopales comme Sen- 
lis, on devait souvent délaisser les assises du bailliage pour l'offi- 
cialité moins sévère au criminel, plus savante au civil. De là les du- 
retés de Deschamps à l'adresse des chanoines du chapitre, coiflés 
d'auniuces (voir plus haut ballade î'SG) et les clercs, barbouilleurs 
de lois. 



BALADE CXLll 

Celte ballade a pu être écrite en i38'i, après Rosebecke, et la ré- 
pression sanglante de la révolte des Maillolins, où la royauté l'em- 
porta sur les Maillotins. (V. 17-18.) Cependant Deschamps paraît 
se plaindre de l'autorité prédominante des bourgeois sur la noblesse; 
alors cette ballade aurait dû être écrite avant Rosebecke, en suppo- 
sant que Deschamps fut hostile à la répression, ce qui n'était pas. 

Les Parisiens payèrent aux oncles du roi 400,000 francs, « et ne 
demandoit on riens as moitains, ne as pelis, fors as grans maistrcs 
où il avoitassésà prendre, w (Froissart, X, p. 97.) 

Rapprochez de cette phrase, la Grant-Richesse de la Convoitise de 
la première strophe. 

V. 12. — Advocas est ici synonyme déjuges ou plutôt des bavards 
et des légistes, qu'on écoutait trop suivant Deschamps : on n'aurait 
dû permettre expéditions et chevauchées qu'aux prétendants dont les 
droits étaient incontestés. 



NOTES 383 



BALADE CXLI 

V. g. — Dans la légende d'Alexandre le Grand, le héros macédo- 
nien, au moment d'un assaut, promet que : 

Cescun avéra ceval u palefroi 
De caus qui monteront le mur et le berfroi. 

V. 12 — Dans les Comptes de VArgentei-ie, publiés par M. Douet 
d'Arcq, Eustache Deschamps n'est jamais cité parmi les seigneurs 
et les fonctionnaires qui reçoivent, en présent royal, des vêtements, 
des chevaux, des armes ou des joyaux, aux grandes fêtes de 
l'année (Pâques. Noël, etc.) 

V. 22. — Ces vers rappellent les dernières paroles de Jean des 
Mares, qui méritait de Deschamps les vers de Marot à l'adresse de 
Samblançay : 

« Jou ay servi au roy Plielippe son ave, et au roy Jehan, son 
tayon, et au roy Gharle, son père, bien et loiaulment, ne onques 
chil troy roy si prédécesseur ne me seurent riens que demander 
et ossi me feroit cils-chi, se il avôit eage d'omme, et quide bien 
que de mon jugié il ne soit en riens coupables. Se ne li ay que 
faire de crier merchy ; mais à Dieu, voel je cryer merchi et non a 
aultruy, et ly pri boinement que il me pardonne mes fourfais. 
Adont prist il congiet du peuple dont la grigneur partie ploroit pour 
lui. (Froissart, édit. Kervyn, X, 199.) 

Janvier et février i383. — Le refrain àe cette excellente ballade 
était un proverbe du temps ; déjà il est dans Adam de la Halle et 
ailleurs. On prétend qu'un chevalier avait déjà fait cette réponse 
au roi Jean. {Gloss. de la Chanson de Roland, édit. Michel, au mot 
Roland.) 

BALADE CXLII 

Deschamps est bailli de Senlis. Il tenait ses assises ambulatoires 
dans les principales villes de son ressort, et se déplaçait, souvent. 
Là, devant les vassaux du roi, les membres éminents du clergé, il 
juge des nobles et des roturiers, en première instance, au civil et 
au criminel. Il reçoit les appels des sentences prononcées par les 
prévôts royaux, par les juridictions municipales et seigneuriales. 
Enfin, il promulgue les ordonnances et édits concernant l'impôt. 
On comprend qu'à une robe mal mise, Deschamps eût préféré l'épe- 
ron d'or du chevalier. 

V. 19. — Au nord de la Loire, et en droit coutumier, on pouvait 



384 BALADES DE MORALITEZ 

appeler tant qu'il y avait des juridictions entre le plaignant et le roi. 
Des causes passèrent ainsi par sept juridictions différentes. 

L'appel avait deux formes : 

1° On faussait jugement; et, comme le duel était aboli, le juge 
était cité devant le tribunal supérieur. 

2« On appelait par défaut de droit et on prétendait qu'on vous 
déniait justice. 



BALADE CXLIll 

Cette ballade, comme toutes les ballades allégoriques de Des- 
champs, est fort embrouillée et passablement difficile à comprendre, 
surtout la dernière strophe. 

V. 9. — On pourrait corriger le nom de Leceandus enVOceanus. 
C'est peut-être aussi un rapprochement de l'histoire de Sapho ; 
il faudrait alors lire Leucadus. La merveille serait qu'un individu 
passât le détroit de Leucade àla mer sans avoir pensé se noyer pour 
le mal d'amour que Germanie lui aurait inspiré. 

Dans ce cas, le n'a du second vers ne serait pas négatif, et la 
phrase signifierait : « celui qui a aimé Germanie, c'est-à-dire qui a 
épousé une germaine (Isabeau de Bavière) et qui voulut passer la 
mer pour opérer une descente en Angleterre.... » 

V. ï2. — Paiennie est une allusion à Bajazet. 

Hérésie désigne l'hérésie ou schisme des deux papes. 

Bruius qui doit de son royaume issir ^ est, peut-être, le duc de 
Lancastre, exilé par Richard II en iSqy, année qui donnerait la 
date de la composition de cette ballade. 

V. 14. — Brutus, fils de Silvius, fils d'Ascagne, fils d'Enée, est, 
pour Wace, le premier roi d'Angleterre, au même titre que Francus, 
fils d'Hector, était le premier roi de France. 

V. 19. — De même, pour le nom de Rocalus, ne faudrait-il pas 
le corriger en celui de Romulus ? Alors, l'aigle norrie par (parmi) 
les poucins du sage Romulus, serait le Saint Empire Romain Ger- 
manique, obligé, par sa situation géographique et ses visées sur 
l'Italie, de repousser les Turcs et de mettre fin au schisme; ce fut, 
en effet, l'empereur Sigismond qui réunit le concile de Constance. 

Ne serait-ce pas aussi pour Carolus? Les poussins ou enfants de 
Charles V? L'aigle ne saurait être du Guesclin, à moins que la 
ballade ne soit antérieure à sa mort, ce qui serait possible. Car 
c'est ici une prédiction de ce qui doit arriver. Ne serait-ce pas au 
moment où se préparait l'espèce de croisade contre les Turcs qui 
devait aboutir à Nicopolis ? On peut expliquer Vaiglc par l'empe- 
reur, soutenu par les poussins de Charles V, les Français? 



NOTES 385 



BALADE CXLIV 

a Nous ne savons à quelle époque précise le roi fit dans les 
domaines du sire de Coucy le voyage dont il est question dans 
cette ballade. Avant sa maladie, il chassait habituellement aux 
environs de Beauvais , de Gisors et de Senlis , surtout après la 
fièvre chaude dont il tomba malade à Amiens, en iSgi. (V. Frois., 
liv, IV, ch. XXVII.) Dans les voyages qu'il fit en Flandre et en Alle- 
magne, il put encore visiter ce curieux pays. Après sa maladie, 
en 1392, il fut conduit à Greil;dans sa convalescence, il faisait de 
longues promenades. C'est peut-être dans cette circonstance, qu'En* 
guerrand VI eut occasion de le recevoir. — Charles VI aimait les 
voyages. Le sire de la Rivière et le Mercier, sire de Nouvion, en 
revenant, en iSSg, du Languedoc où ils avaient vu la misère du 
pays sous l'administration du duc de Berry, lui conseillaient de 
voyager, « car, disaient-ils, un roi en sa jeunesse doit visiter et 
connaître ses gens, et savoir et apprendre comment ils étoient gou- 
vernés. Et ce lui feroient grandement honneur et profit; et l'en ai- 
meroient trop mieux ses sujets. Le roy s'y inclinoit assez, car il 
travelloit volontiers et véoit nouvelles choses : » (Frois., 1. IV. 
ch. XXIV.) — Le roi n'aimait pas moins la chasse. On en trouve main- 
tes preuves dans Froissart (1. III, chap. m, 1. IV, ch. xxvii). Après sa 
maladie, ce plaisir devint plus vif chez lui. Par ordonnance de sep- 
tembre iBgS, du 29 juin iSgg, il révoqua tous les permis de chas- 
ser aux bêtes fauves, dans les forêts royales, concédés par lui et ses 
prédécesseurs : les princes du sang ne furent pas même exceptés. 
En décembre iSgy, il se déclara propriétaire de tous les nids d'oi- 
seaux nobles qu'on trouverait dans le Dauphiné. — Les domaines 
du sire de Coucy, riches de châteaux et de positions pittoresques, 
couvertes de forêts et d'étangs, remplis de gibier, devaient avoir 
pour le royal malade un grand attrait. Peut-être les visita-t-il plu- 
sieurs fois. — Verm 'ndoys : Cette province avait été réunie à la 
couronne dès I2i5, par Philippe -Auguste. Elle formait un baillage 
dont le siège, placé à Laon, se rattacha successivement toutes les 
villes, bourgades et terres que la monarchie enlevait à la féodalité 
dans ces contrées. — Coucy : ce domaine appartint d'abord à 
Saint-Remy : ses successeurs, au siège de Reims, héritèrent de 
ses droits, et vers 920, Hervé, l'un d'eux, bâtissait le premier châ- 
teau qui protégea le pays. Dans le siècle suivant, ce castcl féodal 
était possédé par des seigneurs guerriers; et Enguerrand. premier 
du nom, prenait, en îo86, le titre de sire de Coucy. Le château et 
la tour de Coucyois dont parle Deschamps, et dont on admire en- 
core les ruines gigantesques, furent élevés par Enguerrand III, à la 

T. I a5 



386 BALADES DE MORALll EZ 

fin du XII' siècle; sa fille Alix épousa Arnoul IH, comte de Guyncs, 
et lui porta le domaine de Coucy, qui dès lors changea de maîtres. 
Enguerrand VII, dernier héritier mâle de la branche aînée de cette 
nouvelle maison, n'eut que des filles qui se partagèrent sa succes- 
sion ; Tune d'elles, Marie, vendit sa part à Louis, duc d'Orléans, et 
ses terres furent réunies à la couronne quand Louis XII monta sur 
le trône. L'autre portion appartint successivement aux familles de 
Bar, de Luxembourg et de Bourbon; et c'est Henri IV qui augmenta 
le domaine royal. 38 villes ou communes étaient soumises à la 
coutume de Coucy ; Coucy à la merveille était le cri de guerre des 
châtelains de cette terre; il fut conservé par les seigneurs de Ver- 
vins issus de la maison de Coucy (manuscrit de Jean le Bouvier, 
héraut d'armes de Berry sous Charles VII). Mais Enguerrand VII 
lui avait préféré celui de Notre-Dame au seigneur de Coucy, 
(V. Frois., liv. IV, ch. l.) — Saint-Aubin : ce château, situé entre 
Noyon et Coucy, avait été bâti par Enguerrand III^ sire de Coucy 
dans le xiii* siècle : auprès se trouve sur la carte de Cassini une 
localité nommée Beauvoir. — F oulembray : Follembray, aujour- 
d'hui manufacture, fut aussi fondé dans le xiii» siècle par Enguer- 
rand III; il y joignit un parc et des jardins. — Saint-Gombain : 
Saint-Gobain, château devenu également manufacture, fut aussi cons- 
truit à la même époque; brûlé par les Anglais en 1340, il avait 
été restauré avec soin, et c'est là que demeurait habituellement 
Isabelle de Lorraine, deuxième femme d'Enguerrand VII; c'est le 
châtelain de Saint-Gobain qu'elle envoya en iSgy chercher les res- 
tes de son brave et malheureux époux. — Saint-Lambert : château 
bâti aux bords de l'Oise, célèbre par la beauté de ses étangs et de 
ses viviers. — Le Chastellain : peut-être faut-il lire ici le Chastellier; 
parmi les domaines importants du sire de Coucy se trouvait un 
château de ce nom.— La Fère : château important dont les ruines 
sont encore debout; A. de Roucy l'avait donné, en 1080, à son 
mari Enguerrand I", sire de Coucy : ce domaine était un fief mou- 
vant des évêques de Laon. En 1 1 85, ils cédèrent leurs droits au 
roi, et dès lors, les sires de Coucy furent ses vassaux directs. 
Louis, duc d'Orléans, acheta aussi cette terre qui fut érigée en 
comté, en 141 3. — Acy : ce château passait aussi pour avoir été 
fondé par Enguerrand III. — Gercies : château sis près de Marie, 
dans lequel mourut Enguerrand III. Les rois des premières races 
y avaient résidé. — Nouvion : ce domaine a aussi porté les noms de 
Nouvion, Noviaut, Nouvion le Pont. 11 appartenait alors à Jehan 
le Mercier, maître d'hôtel, conseiller, ami et ministre de Charles VI, 
Il mourut vers ï3g6. Quand le roi tomba en démence, le Mercier 
fut mis à la Bastille : ses biens confisqués furent partagés entre les 
nouveaux favoris : le sire de Coucy eut la terre de Nouvion. En i3g5, 



NOTES SSy 

le Mercier obtint sa liberté et la restitution de ses domaines; mais 
on lui défendit de venir à Paris et même de franchir l'Oise. Char- 
les VI, qui l'aimait, alla le voir, soit avant, soit après son exil. 
V. note iSy. » — (Tarbé.) 

Voir la description du château de Coucy par M. Viollet-le-Duc 
(une brochure in-8°) ; voyez aussi son dictionnaire d'architecture. 

Deschamps fait l'énumération des châteaux qui ne sont pas éloi- 
gnés de Senlis (Oise) et de Fismes (Marne\ 

V. lo. Saint- Aubin (Aisne, arrondissement de Laon, canton de 
Coucy-le-Ghâteau"). 

V. II. Folembray (Aisne) possède une verrerie, comme Saint- 
Gobain. 

y. I 7. Saint-Gobain : la manufacture de glaces est sur l'empla- 
cement de l'ancien château. 

V, ig. Saint-Lambert, hameau de la commune de Fourdrain, 
canton de La Fère ; on y remarque une vieille porte et des vesti- 
ges de l'ancien château, et l'enceinte flanquée d'énormes tours. 

V. 22. La Fère est précisément au confluant de l'Oise et de la Serre. 

V. 24. Acy (Aisne), canton de Braisne. 

V. 25. Gercy (Aisne), canton de .Vervins. 

Deschamps avait pu visiter tous ces châteaux, lors de l'expédition 
de Gueidre. 

BALADE CXLV 

V. le Mémoire de M. le comte Riant sur les reliques rapportées 
de Constantinople par les Croisés, en 1204. 

On sait que saint Louis, non par une ordonnance, mais par un 
acte particulier de son bon vouloir, en entendant un homme jurer 
grossièrement en sa présence, lui fit percer d'un 1er brûlant la 
langue. Sous Philippe-le-Bel, les blasphémateurs payaient de 20 à 
40 sôus d'amende. 

En 1634 encore, dans un règlement revu par le Commandeur 
de la Porte, les marins qui jureront le nom de Dieu seront attachés 
au mât, battus d'un cartier (quart) et paieront deux sous pour les 
pauvres. 

A Marseille, on mettait les blasphémateurs dans un panier et on 
les plongeait dans la mer, autant de fois qu'ils avaient blasphémé. 
Cette estrapade nautique s'appelait acabussar : c'est la cale mouillée 
des marins. 

BALADE CXLVI 

Arnauld de Corbie, chancelier de France, de i388 à i3{j8 et 



388 BALADES DE MORALITEZ 

de 140G à 1405 (Froissart, XV, 184), le qualifie de moult imagi- 
natif. 

Ce sont, peut-être, les reliques de la Sainte-Chapelle qui lui ins- 
pirent ces longues énumérations ; cependant elles portent sur toutes 
les reliques des autres pays par lesquels on jurait. 

V. 27. Escourgie : le fouet dont J.-C. fut flagellé. 



BALADE CXLVII 

C'est le même sujet que les deux ballades précédentes sur les 
mêmes rimes ; et, d'après le rondeau suivant, la seule des trois qui 
soit d'Eustache Deschamps. 

Il semble que ces ballades aient été une sorte de jeu poétique, où 
sur des rimes données, quelques poètes, entre autres Mahieu, Ar- 
naud de Corbie et l'auteur anonyme de la ballade 149, aient com- 
posé chacun leur poésie. 



RONDEAU CXLVIII 

Ce rondeau nous a donné les noms des poètes des trois ballades 
précédentes : La première est de Damp Mahieu. Quel est ce Mahieu ? 
Nous l'ignorons. La seconde est de Arnaud de Corbie , chancelier 
de France. (V. la note CXLVL) La troisième est de Deschamps. 

Il faut avouer que toutes les trois offrent si peu d'intérêt 
littéraire qu'on ne se soucie guère de chercher à qui il faudrait 
donner la palme. Cependant elles sont intéressantes parce qu'elles 
nous donnent la liste des jurons alors les plus habituels. C'est un 
point assez curieux. Comment distinguait-on les adjurements et 
invocations de blasphèmes? Nos anciens jurons ont peu de phrases 
qui ne soient pas émaillées du nom de Dieu. Par saint tel ou tel, 
par le corps Dieu, répondent à nos cordieu, nos sangdieu, etc. ; 
était ce là des blasphèmes punissables ? 



BALADE CXLIX 

De qui est cette quatrième ballade sur les mêmes rimes et de la 
même façon que les trois précédentes ? On ne le sait. Le rondeau 
ne parle que de trois ballades ; celle-ci semble avoir été faite après 
coup. Tout porte à croire qu'elle doit être d'un auteur difTcreni , à 
moins que Deschamps ne se soit amusé, par passe-temps, à faire 
deux ballades sur les mêmes rimes et sur le même sujet. 



NOTES 389 



BALADE CL 

Voyez plus haut la ballade où Deschamps se plaint da sa femme. 
C'est elle qui l'inspire ici plus que saint Joseph. 

V. 21. La femme de Deschamps ressemblait- elle à la duchesse 
de Bourgogne, femme de Philippe-le-Hardi : « Icelle dame de 
Bourgoingne estoit bien dame, car le duc, son mary, ne l'eust 
point voulontiers courrouchie. » (Froissart, XIV, p. 35i.) 



BALADE CLI 

Cette Ballade fait-elle allusion aux Juifs qui trouvèrent asile 
« desous les clés dou pape « (Froissart, V, 275), lors de leur expul- 
sion définitive {17 septembre i3g4)? 

Le poète conjure ici le pape de s'élever contre les impiétés gé- 
nérales. 

BALADE CLII 

Le !"■ septembre i3g2, « après mie nuyct, fut éclipse de lune 
par longue espace, et mua la lune plusieurs couleurs et estaint 
toute noire plus que errement si que on en perdi la vue. » Chro- 
nique des quatre Valois, p. 325.) 

V. 22. Gierzi, le serviteur d'Elisée, qui vendit le don des mira- 
cles. 

BALADE CLIII 

Dernière strophe : Voyez la préface du Catilina de Salluste. 

La comparaison n'est pas juste : les Romains prodiguaient l'or des 
provinces depuis longtemps conquises, tandis qu'on en voulait aux 
oncles du roi du rétablissement des aides et gabelles supprimées à la 
mort de Charles V, 21 janvier! 383. 



BALADE CLIV 

Ces conseils ont dû être adressés à Charles VI, quand l'âge, et la 
raison dont il faisait souvent preuve avant sa maladie, lui permet- 
taient de les comprendre; au même temps, Eustache Deschamps 
était exclu des faveurs royales par les conseillers du duc de Bour- 
gogne (1392-1393). 



390 



BALADES DE MORALITEZ 



BALADE CLV 



Cette Ballade a dû être écrits à la même époque que la précé- 
dente. Deschamps se console de sa disgrâce terrestre, en pensant 
aux faveurs qui l'attendent après la mort. Aux bonnes paroles qu'il 
s'adresse, il joint une leçon pour ses ennemis et leur dit à sa manière : 

Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule. 

Philippe-Ie-Hardi, en effet, après avoir exploité la France, en- 
tre i3()2 et 1404, mourut insolvable, et sa femme vint déposer sa 
ceinture sur le cercueil de son mari, renonçant ainsi à sa succession. 



BALADE CLVI 

V. 18. « De Lymousin nasquit capitosa. » Eustache Deschamps 
avait dû être mal reçu des paysans limousins alors qu'il courait le 
haut pays de Ventadour à Vendat (iSSô-iSqo) « la boiste de mes- 
sager au dos. » Molière ne fut pas mieux traité des compatriotes 
de M. de Pourceaugnac et s'en vengea de même. 



BALADE CL Vil 

« Jean de Montfort, VI' du nom, duc de Bretagne, rétabli 
dans son duché en i365, n'oublia jamais qu'il le devait aux An- 
glais, et fut toute sa vie l'ennemi de la France. Il épousa : i" Ma- 
rie d'Angleterre, fille d'Edouard III, morte en i362; 2" Jeanne 
Holland, fille de Thomas Holland, comte de Kent, morte en i386 ; 
3" Jeanne de Navarre, fille de Charles-le-Mauvais. Il amena l'^s 
Anglais en France, notamment en i373, iSyg, i38o. Cité le 4 
décembre 1378 devant le Parlement, Charles VI lui pardonna le 
22 mai i38o. En 1387, il arrêta Clisson au moment où il allait 
conduire une expédition en Angleterre, et se fit donner pour le re- 
mettre en liberté une somme énorme et trois châteaux. En 1392, 
il donna asile à Pierre de Craon, assassin de Clisson. Cependant 
l'année précédente il avait renouvelé un traité de paix avec Char- 
les VI. Le roi, fatigué des trahisons de son vassal, voulut marcher 
contre lui. Sa tête, affaiblie par les plaisirs et la fièvre cérébrale 
qu'il avait eue à Amiens, ne put résister à un accès de frayeur et 
se dérangea complètement. (V. Froissart, liv. 4, ch. 29.) Celle 
guerre avait clé entreprise malgré les oncles du roi ; ils se hâtèrent 



NOTES 5 ni 

de déclarer qu'elle n'aurait pas lieu. La ballade de Deschamps dut 
paraître au moment où l'expédition fut décidée. » — (Tarbé.) 

A cause des quatre premiers vers, nous croyons cependant qu'il 
vaudrait mieux dater cette ballade de iS^g. La Bretagne était sous 
l'autorité du roi de France, depuis la fuite de Jean V en Angle- 
terre (iSyS), et jusqu'en iSjg elle eut sa part des réformes admi- 
nistratives, comme le reste de la France, sous Charles V ; mais un 
arrêt du Parlement (iSyS) déclara le duché confisqué. La noblesse 
bretonne se ligua contre les Français. Clisson, par haine person- 
nelle contre le duc, et du Guesclin, par esprit d'obéissance, dirigè- 
rent l'invasion du pays. Il ne fallut rien de moins que la résistance 
des Bretons pour faire reconnaître à Charles V qu'il s'était trompé. 

BALADE CLVIII 

Cette fable fait-elle allusion aux luttes des bourgeois Flamands, 
travailleurs comme des fourmis, contre le lion Bourguignon qui 
nous mena à Rosebecke ? Ou bien entend-il la lutte du comte de 
Flandres contre les Flamands révoltés. Après le siège de Damme 
(i385), les Français « durent s'en aller ». 

Comparez cette fable avec celle de La Fontaine, II, 9. 

L'original se trouve dans Esope et se retrouve dans Phèdre. 

BALADE CLIX 

V. 2 1 . E . Deschamps doit parler ici du Breton Geoffroy Téte-Noire, 
plus cruel et hauster de tous les autres (Froissart, IX, 140). Il 
s'empara de Ventadour en i38o, et dès lors, écrivit en ses sauf- 
conduits : « Geoffroy Teste-Noire, duc de Ventadour et comte de 
Limozin; » il mourut assiégé dans Ventadour, dont il était encore 
capitaine en iSSg. 

Le nom Geoffroy Tête-Noire, rappelle celui d'Alain Taille-Col, 
dit l'abbé de Male-Paye, et de son compagnon, Laurent Coupe- 
Gorge, qui prirent part au siège de Conches (iSyi). 

V. 2 3, La « queue du sanglier, » était, sans doute, Aymerigot 
Marcel, Perrot le Béarnais, Alain et Pierre Rous. 

BALADE CLX 

Dans cette ballade. Deschamps semble paraphraser son poêle fa- 
vori Ovide : 

Donec cris felix, multos numer.ibis amico^ ; 
Tcinpora si fuerint nubila, solus cris. 



392 



BALADES DE MORALITRZ 



Il dut être en disgrâce au temps où le duc de Bourgogne était 
assez puissant pour écarter de la cour Valentine de Milan elle- 
même {1395) ; c'est aussi l'idée de S'«-Palaye (voir Bibl. nat., fonds 
Moreau, n'' i653). 

BALADE CLXI 

Gilles Deschamps, fils d'Eustache, ne fit pas partie de la deuxième 
ambassade envoyée en Italie (1401). 

V. i3. « Eur et meseur est le gieu de la brique. » On lit au Mes- 
sagier de Paris ;t. I, p. 71) : « Ainsi fut accordé et vindrent à 
Romme et trouvèrent les unes devisans, les autres jouant au bric.y^ 
Et en note : Le bric, qui me paroit la même chose que la bri- 
che ou bricque, est déjà cité au xiii« siècle dans les œuvres de Ru- 
tebeuf fde brichemer); on y jouait assis et à l'aide d'un petit bâton. 
A la page 72 on lit : a Les autres estoient en la rue avecque leurs 
voisines jouans au tiers et au bric. » 



BALADE CLXII 

Cette ballade nous semble devoir être placée en 1 394. Les Juifs 
expulsés emportèrent avec eux beaucoup de métaux précieux, et, 
nous apprend M. Léopold Delisle, les pluies de l'hiver 1394-1395, 
détruisirent les semences des bas-fonds (Histoire des classes 
agricoles en normandie, p. 641). 

Les chroniqueurs nous parlent de la mortalité et des famines à 
cette époque : s'il faut s'en rapporter aux variations de l'argent, 
pour apprécier l'aisance publique, nous voyons, par le mémoire de 
M de Wailly, que la monnaie a une valeur assez fixe sous le règne 
de Charles VI (i38o, 141 5). Mais il faudrait connaître le prix 
moyen du blé à cette époque pour établir Iq pouvoir de l'argent. 



BALADE CLXni 

C'est un sermon en vers, comme à la balade 120 : la richesse 
n'est rien, pour qui n'a pas la santé. 



BALADE CLXIV 

(( Deschamps a fait plus d'une complainte de ce genre : il fait 
parler soit la France, soit la religion, soit la monarchie. Celte 



NOTES 393 

ballade ne peut-elle pas s'appliquer à Isabelle Je France, à douze 
ans veuve de Richard II .'' Quand il fut déposé, elle fut séparée de 
ses amis et entourée de domestiques dévoués à la maison de 
Lancastre. La dame de Coucy, seule française qui ait pu l'accom- 
pagner, parvint à grand peine à gagner Paris : c'est elle qui raconta 
le dénoûment et la captivité de la jeune maîtresse. Charles VI, à 
cette nouvelle, eut une nouvelle crise de folie. Les anglais propo- 
saient de marier Isabelle avec le fils de Henri IV. La cour de 
France s'y refusa, et la jeune reine fut enfin ramenée dans sa pa- 
trie. Vers le mois de juillet 1400, les Anglais se firent donner une 
quittance de sa dot; il n'est pas certain qu'ils l'aient restituée. Le 
duc d'Orléans avait été lié avec Henri IV, avant son usurpation. 
Plus tard, il la lui reprocha, et dans une lettre de défi qu'il lui 
adressa en 1403, il l'aecusa d'avoir dépouillé Isabelle de tout ce 
qu'elle possédait, et de retenir son douaire. — Le 20 juin 1406, 
Isabelle épousa Charles d'Orléans et mourut en couches le i3 sep- 
tembre 1409. (Tarbé). » 

II parle encore de la reine d'Angleterre, dont le triste sort peut se 
comparer à celui de Henriette de France, femme de Charles I". 



BALADE CLXV 

« Charles V, né en iSSy, mourut le 3 septembre i38o; nous 
ne dirons rien de son histoire : Deschamps, en faisant ^on 
éloge, était le précurseur de la postérité. — Le pape Urbain : il 
s'agit de Guillaume de Grimoard, pape français qui prit le nom 
d'Urbain V ; II tint longtemps sa cour à Avignon, retourna à 
Rome en iSôy, et mourut en décembre 1370, au moment où il 
cherchait à réconcilier la France et l'Angleterre. Ce souverain 
pontife était charitable, éclairé, ami des réformes sages et utiles; 
il mérita les regrets de la chrétienté. Sa perte fut d'autant plus 
douloureuse, qu'elle fut bientôt suivie du schisme et de ses scanda- 
les. — L'empereur : Il s'agit de l'empereur Charles IV, fils de Jean 
de Luxembourg, l'intrépi-de roi de Bohême ; il mourut le 29 novem- 
bre 1 379, après avoir fondé les universités de Prague et de Vienne, 
écrit des mémoires en latin et publié la bulle d'or, loi fondamen- 
tale de l'empire germanique Les historiens en ont dit beaucoup de 
bien et de mal ; sa mort dut être considérée comme un malheur 
public, dès qu'on connut les vices de l'ignoble Wenceslas, son fils 
et successeur. (Tarbé). » 

Urbain V qui tant fu preudoms, bons clers et hardis et qui bien 
tint et garda à son pooir les droits de l'Eglise. (Froissart, VIII, p. 
55.) 



^94 



BALADES DE MORALITEZ 



Grégoire XI, son successeur, mourut en mars iSyS, et son tré- 
pas serait mieux rapproché de ceux de l'empereur Charles IV et du 
roi Charles V, (Septembre i38o). 



BALADE CLXVI 

« Deschamps ne nomme qu'une partie des fondations faites 
par Charles V. — Le Boys : il s'agit ici du château de Vincen- 
nes que ce j^rince fit reconstruire. C'est dans les bois qui l'en- 
touraient qu'il fit élever cette maison de plaisance, si célèbre sous 
le nom de Beauté-sur-Marne. Deschamps leur consacre une bal- 
lade. V. Crapelet, p. i3.— Le Vivier-en-Brie : domaine royal situé 
entre Chaume etFontenay. Philippe-le-long le possédait en iSiq. 
Charles V y fonda une collégiale et releva le château. C'est là 
qu'en i35i on célébra les noces de Charles-le-Mauvais, roi de 
Navarre, avec Jeanne, fille du roi de France. Plus tard, Charles VI 
y fut parfois renfermé dans ses accès de démence : on avait mis 
des grilles aux fenêtres ouvrant sur les viviers qui donnaient leur 
nom au château. Les ruines de ce vieil édifice existent encore. 
— Saint- Anthoine : la communauté des Antonins existait déjà en 
i358, dans le faubourg qui prit leur nom. En i'56ij Charles 'V, 
alors régent, leur donna un terrain nommé le Manoir de la Saus- 
saye. Il entreprit la reconstruction du couvent et de son église où 
il avait fait inhumer en i36o ses deux filles ; mais il ne put mettre 
fin à son plan. Ce ne fut qu'en 1442 que l'église fut achevée. — 
Les Célestins : les moines de ce nom vinrent en France sous le roi 
Jean et s'établirent près de l'emplacement du château de Saint- 
Pol. Charles V posa la première pierre de leur église en 1367, et 
la combla de bienfaits. Se statue et celle de sa femme décorèrent 
le portail. Ce curieux édifice renferma les objets d'arts les plus 
précieux, de nombreuses chapelles et des mausolées exécutées par 
les premiers artistes des xiv% xv'etxvi* siècles. On y vit plus d'un 
chef-d^œuvre de la main de Germain Pilon. C'est dans cette église 
que la famille d'Orléans-Valois avait choisi sa sépulture (Tarbé.)» 

Transformé en caserne de cavalerie à la Révolution, l'empla- 
cement du couvent des Célestins a été récemment traversé par le 
nouveau boulevard Henri IV. 

Au sujet des constructions du roi Charles V, comparez ce vieux 
chant historique, rappelé par M. Kervyn de Lettenhove dans 
Froissart (tome XXI, p. 338). 

Maçon perdiient à sa mort : 
En sa vie maçonna fôrt ; 



NOTES 3g5 



Les Célcstins fist-il fonder 
Bien près de Saint-Pol, sanz faulter 
A Paris (que Dieu gart d'essoine) 
Fonda le petit Saint- Anthoine. 



BALADE CLXVII. 



En i383, Eustache Deschamps était l'ami de ceux que l'on pen- 
dait (témoin Jean des Mares), mais en 1 389-90, il était l'ennemi 
des chefs de brigands, et il n'aurait pas dit comme Froissart, 
d'Aymerigot Marcel : « Le Aymerigot eust tourné ses usages et ses 
argus en bonnes vertus, il estoit bon homme d'arme, de fait et 
d'emprise pour moult valloir. » (XIV,p. 212.) 

V. 14. (( Perrot le Béarnais défendait de deshonorer les femmes, 
d'incendier les villages, de piller les églises, « mais Gieufroy Teste- 
Noire faisoit tout le contraire, car il n'avoit cure où il fust prins en 
l'église ou ailleurs, mais que il l'eust (Froissart XIII, p. 72) ». 

V. 26-27. La trêve de Leulinghem fut signée le i8 juin i38g; 
elle devait durer, pour la Guyenne et pour les pays au-delà de la 
Loire, jusqu'au 1" août i?92. Oh profita de cette paix passagère 
pour pousser les sièges de Ventadour et de Vendat. Aymerigot 
Marcel, capitaine du château de Vendat, Alain et Pierre Rous, 
capitaine de Ventadour, furent amenés à Paris, enfermés à la 
Bastille, puis au Chdlelet, exposés au pilori des Halles, et enfin 
décapités. (Froissart XIV, io5, iSg à 211.) 

Il s'agit ici, croyons-nous, de la punition des Maillotins au re- 
tour de Rosebecke. 



BALADE CLXVIII 

Comparez l'anagramme à l'aide duquel Guillaume de Macbaut 
nous donne le nom de Pierre, roi de Chypre, dans la priss 
d'Alexandrie. (Dict. de S'^'-Palaye, note sous anagramme.) 



BALADE CLXLX 

V. 12-1 3. Charles V avait favorisé l'établissement sur la rive 
gauche de la Seine, des collèges dépendant de l'Université. 

V. 22. Deschamps parle-t-il ici du Louvre, de la tour de Nesle, 
de l'enceinte de Philippe-Auguste, ou même du Temple, que 
Charles V comprit dans la ville avec Saint-Martin-des-Champs? 



396 BALADES DE MORALITEZ 

V. 24. Froissart mertionne spécialement les heaumiers de Pa- 
ris (X, 171); cf. Etienne Boileau. 



BALADE CLXX 

a Cette ballade fut faite, sans doute, vers i3g4, quand l'Uni- 
versité de Paris commença à jouer un rôle actif dans l'affaire 
du schisme : nous en parlerons ailleurs. — Le Grant-Pont, au- 
jourd'hui le pont au Change, était alors ce que sont aujourd'hui 
les galeries du Palais-Royal. Des boutiques de luxe garnissaient 
ses deux côtés. — Le grand palais : il s'agit de celui de la Cité. 
Il datait des rois de la première race. Ceux de la seconde y rési- 
dèrent amsi que les douze premiers monarques de la troisième 
dynastie. Charles V y demeura encore quelquefois : il le quitta 
pour le palais de Saint-Pol. Charles VII l'abandonna tout entier 
au Parlement (Tarbé). » 

On pourrait plutôt reporter cette ballade et les pièces suivantes à 
la fin du règne de Charles V. En déplorant la mort du roi, il cé- 
lèbre ce qui frappe peuple et poète, plus que la sagesse politique et 
la bonne administration, c'est-à-dire les démolitions et la recons- 
truction des monuments. 

V. 26. Le Grand-Pont se subdivisait en deux parties : le Pont- 
aiix-Changeurs, devenu Pont-au-Change, et le Pont-aux-Meuniers. 

V. 27. Le Grand Palais qui les mauvais confont , ne peut être 
que celui de la cité où le Parlement avait continué de siéger à la fm 
du XIV' siècle. 

RONDEAU CLXXl 

Deschamps pensait moins à louer Paris qu'à faire des allitéra- 
tions faciles : « P^^ris sans^er,.... j^^aireille. » 

il est assez curieux de voir ce rondeau, accompagnant les deux 
Ballades sur Paris, comme plus haut un rondeau accompagnait les 
quatre Ballades sur ceux qui jurent Dieu (Ballade 145 à 149). U 
serait bien possible que ces deux Ballades 169 e/ 170, sur les mê- 
mes rimes et le même sujet, eussent été faites par deux auteurs 
différents, comme celles que nous rappelons. 



BALADE CLXXII 

« Cette ballade dut être publiée à l'occasion du sacre de 
Charles VI, qui eut lieu à Reims le 4 novembre i38o. — 



NOTES 397 

Charles VI vint encore séjourner dans cette ville huit ans plus tard, 
le même mois, le même jour : il revenait de la guerre de Guel- 
dres. C'est à cette occasion qu'il fut déclaré majeur. Il dut y avoir 
bals et festins, c'était d'ailleurs la fête du roi. (V. Froissart, liv- 
m, chap. cxxvm et cxxx.) — La première ballade fait allusion à la 
tradition qui désigne comme fondateur de Reims, Rémus, frère de 
Romulus. L'épithète de rancienne, que l'auteur donne à Reims, 
veut peut-être dire très-ancienne, deux fois ancienne. Ce mot peut 
être aussi formé du nom de la ville qu'on écrivait alors Rains, 
Raims. Quand César conquit les Gaules, il tira parti de la croyance 
populaire qui supposait aux Rémois et aux Romains la même 
origine. Les deux nations s'allièrent comme unies par les liens 
du sang. C'est-là ce que Deschamps veut dire par les mots : le 
sénat t'acousina. — Les autres allusions de la ballade sont relatives 
au baptême de Clovis. — Saint Lié : on nomme ainsi une petite 
chapelle élevée sur une des montagnes situées entre Reims et 
Epernay (Tarbé). » 



BALADE CLXXin 

« Deschamps, nous l'avons dit, n'aime pas les révoltes. Il 
assista dans sa jeunesse à tous les désordres qui ruinèrent la 
France après la bataille de Poitiers. 11 les a décrits en partie à la fin 
de son poërae du Miroir du mariage. L'insurrection de la Jac- 
querie éclata surtout dans le Beauvoisis en Brie, dans les comtés 
de Valois et de Soissons. Les Jacques, après avoir élu pour roi, 
Guillaume Gale, assiégèrent Meaux, où s'étaient réfugiées toutes les 
nobles dames du pays. Le duc d'Orléans, le comte de Foix et le 
captai de Buch les délivrèrent et massacrèrent les insurgés. Cale fut 
décapité à Clermont. En i382, l'insurrection desMaillotins se répan- 
dit aussi de Paris dans les environs de Beauvais. Charles V en 
mourant avait aboli les aides. Après son sacre, Charles VI les ré- 
tablit; de là des troubles sanglants qui éclatèrent à Paris en i38o 
et i38i. — Flandres: il s'agit de la guerre des Chaperons blancs, 
qui dura de iSyg à i383. — Lombardie, Milan, Pavie : Deschamps 
fait allusion aux rigueurs exercées par Jean Galéas Visconti contre 
ses sujets, que sa tyrannie avait révoltés, et aux crimes qu'il com- 
mit contre ses parents les plus proches (Tarbé). » 

Cette ballade paraît être dirigée surtout contre les révoltes de la 
Lombardie (i3g6-i40i) 

Les Comptes de l'argenterie nous apprennent que Gilles Des- 
champs n'était plus ambassadeur en 140 1, mais qu'il prit part à la 
mission précédente. (^Traité d'aillance du 3i août 1395, entre le duc 



31)8 BALADES DE MORALITFZ 

de Milan et le Roi .) Au retour de son voyage, Gilles dépeint à son 
père le duc de Milan comme un autre Philippe-le-Hardi . 

V. 12. Beauvoisin. Les habitants du Beauvaisis prirent part à la 
Jacquerie (i3l8).— Flandres. Révolte de i38i à i385.— V. i3. Et 
par Paris. Révolte des Maillotins (i382^, leur répression en i383. 
— V. i8. A Milan, à Pavie. Jean Galéas qui avait emprisonné 
et peut-être empoisonné son oncle Barnabo en i385, fut insti- 
tué par un diplôme de Wenceslas (i3q6-i3 octobre), duc de Mi- 
lan et comte de Pavie. (Muratori tora. XVI, p. 827.) « Et se iist 
cremir trop plus que amer ; et tent l'oppinion et erreur de son 
père, car ils disoient et maintenoient que jà ils n'aourroient, ne 
creroient en Dieu, ne en ses commandemens tant que ils peuissent; 
et osta a grant foison de abbayes et priorés, plenté de leurs revenues 
et les attribua à luy; et dist que les moines estoient trop délicieuse- 
ment nourris de bons vins, et de délicieuses viandes, pour lesquels 
délices et superfluités de boire et de mengier, ils ne se povoient 
relever à my nuict pour faire leur office, et que saint Benoît n'a- 
voit point tenu ainsi ordre de religion, ne commandé à tenir et, de 
fait, les remist aux œufs et au petit vin pour estre plus legiers et 
pour avoir plus clère voix et chanter plus hault. Et ce firent le 
père et le fils et messire Barnabo tant que il vesquirent, ainsi 
comme papes en leurs seignouries, et commirent moult de cruaul- 
tés et de despits sur les personnes de l'Eglise, ne ils ne acomp- 
toient riens a nulle sentence de pape. Et, par especial depuis les 
jours du cisme que se nommèrent deux papes qui excommu- 
nioient l'un l'autre, iceulx seigneurs de Millan ne s'en fai soient que 
gaber etmocquier; et à leur pourpos et exemple aussi faisoient 
plusieurs autres seigneurs parle monde.» (Froissart, t. XV, p. 2 5g.) 

BADADE GLXXIV 

Cette ballade a dû être écrite entre la trêve de Leulinghen 
(8 juin 1389) et les joutes de Saint-Inglevcrt (mars 1390). C'est 
une proclamation en vers , correspondant à la proclamation 
en prose de Regnault de Roye, Boucicaut et Serapy, datée de 
Montpellier (20 mars 1389); (Froissaut, XIV, p. 56). 

V. 16. Genevoys. Est pris ici pour Génois : ces compagnies 
d'arbalétriers étaient à la solde du roi de France. 

V. 16. Yrain. La terminaison ^/n, qui est tout-à-fait insolite, a 
été amenée ici par la rime. La forme ordinaire et normale est : 
Yrois. 

BALADE CLXXV 
Celte ballade qui semble dirigée contre le sire de Béthizac, ou 



NOTES :>(}() 

contre son maître le duc de Berry, dû être écrite pendant le voyage 
du roi en Languedoc (1389). Cette date doit être également celle 
de la ballade précédente. 

BALADE CLXXVl 

V. 14. Enrumez. « Plusieurs gens, tant d'églises, noblez que du 
peuple, furent tellement enreumez et entoussés », dit Juvénal des 
Ursins, à l'année 1414. Cette épidémie avait dû paraître dans les 
années précédentes. La formule : « Dieu vous bénisse, » dite à ceux 
qui éternuait, en est la preuve. 

BALADE CLXXVII 

Ici, ce doit être, comme tous les apologues de Deschamps, une 
allusion dont le sens nous échappe. 

Quant à la fable même qui est la première du livre de La Fon- 
taine, c'est, peut-être, une de celles qui ont été le plus souvent trai- 
tées par les fabulistes et les auteurs de moralités. M. Robert (Fa- 
bulistes avant La Fontaine) ne cite pas moins de quaranie-quatre 
auteurs qui ont traité ce sujet depuis le Pantcha-Tantra et Ésope 
(édit. Coray), où se rencontrent trois rédactions différentes, jus- 
qu'aux contemporains de La Fontaine. 

Le moyen-âge nous en donne plusieurs versions : Marie de 
France (f. 19). — Jehan de Condeit, le second Ysopet (f. 27), publié 
par M. Robert. 

Voici les vers de Jehan de Condeit : 

JEHANDECONDEIT 

L I F O U R M I s 

C'est la fourmis, qui, tout l'esté, 
A son senz, a che apresté, 
Qui tout bêlement, el, a trait, 
Se pourvoit et fait son attrait 
Contre l'yver : c'est ses usages : 
Dont il dist Salomons li sages : 
Tu, parescheus, vas et prens garde 
A la fourmi, et si regarde 
Se maintieng de lui et les voies. 
Et sa grant pourvéance : voies 
Qu'ele a tel senz de sa nature, 
Que l'esté pourveoit s.a pasture 
Dont elle puist en yver vivre : 
Ainsi se pourveoit de son vivre 
Que li yvers ne le détruise. 



400 BALADES DE MORAUTEZ 



BALADE CLXXVIII 

V. 17. « Je ne désire fors que Saint Julien en son hostel. » Com- 
parez la 2« ballade, v. 26 : « Honourez sont li ancien ; On quiert 
VOstcl Saint-Julien ; » et voyez la note, p. 238. Quand Deschamps 
médit de sa femme ou fait le mendiant, il ne faut pas trop le pren- 
dre au sérieux ; il se conforme à la tradition et imite Rutebeuf. 

Il y avait une confrérie de mendiants fondée en l'église Saint- 
Eustache, sous le patronage de saint Julien. Louis XI confirma les 
statuts de cette confrérie dont faisaient alors partie quelques-uns 
des plus grands personnages de la fin du xv= siècle. Le Jeudi-Saint, 
le bâtonnier de )a confrérie lavait les pieds de douze pauvres men- 
diants. (Note de M. Siméon Luce.) 



BALADE CLXXIX 

Voici encore une ballade écrite après la disgrâce de Deschamps 
(1405). Rapprochez l'envoy : « Le fourmi nous aprant Le temps 
futur et le présent », de la lyy*" ballade : « La fourmi et le cera- 
seron ». 

BALADE CLXXX 

Ces malédictions fictives de Deschamps s'adressent à la France, 
à l'Angleterre, à l'empire d'Allemagne où régnèrent des rois en- 
fants : Charles VI, Richard 11, Wenceslas. Mais il ne faut pas trop 
le prendre au sérieux; il cite David et Jérémie, mais c'est pour 
imiter Joachim de Flore ou Méthodius de Patras. Q^uant à l'obscu- 
rité de la pensée, elle n'est pas imitée, mais naturelle. 



BALADE CLXXXI 

La Consolation de Boèce a été fort populaire au moyen âge : elle 
a inspiré la première poésie provençale qui subsiste, et la Biblio- 
thèque nationale en conserve de nombreux manuscrits. 



BALADE CLXXX H 

Chaque fois que Deschamps parle de l'Angleterre, il devient 
obscur : voyez les ballades 26 et 67. On ne peut pas dater de 



NOTES 40 i 

semblables pièces. Deschamps ne songe qu'à imiter le Roman de 
Brut ou les Romans du cycle breton, fort à la mode de son temps. 



BALADE CLXXXIII 
Cette ballade est une paraphrase de la première. 

BALADE CLXXXIV 

Je ne crois pas que, dans cette ballade, le pauvre homme soit 
Deschamps. Il ne faut pas oublier que le peuple n'aima jamais 
beaucoup les Valois. Aussi les gens du peuple, ouvriers et charre- 
tiers, répétaient-ils avec Deschamps : « Je n'habite pas le Louvre, 
mais je vivrai plus longtemps que le roi. » 



FIN DES NOTES DU PREMIER VOLUME 




T. I 26 



i 



TABLE 



DES 



MATIERES DU PREMIER VOLUME 



Pages. 

Préface vij 

Table, par ordre alphabétique, des matières contenues dans 
le manuscrit, des refrains des Ballades, avec les Rondeaux, 
Lais, Virelais, Traités, etc i 



Balades de moralitez : 

I. — Comparaison des vices des grands avec le naturel 

du chien et du lion [iSôg?] 69 

II. — Louange ironique du tempe [iSyb] 71 

III. — Contre les riches [1392 i] 72 

IV. — Contre les convoiteux 74 

V. — Contre la vie des routiers 75 

VI. — Contre les envieux 77 

" VIL — Contre le métier des armes [après 1 3q6] 78 

VIII. — Contre la mauvaise mer 80 

IX. — Tour de force poétique 81 

X. — Convoitise ennemie de vérité.. 83 

XI. — Effets de la convoitise 85 

XII. — Contre les vices du temps [i 386] 86 

XIII. — Regrets de la mort du sire de Sempy [avant 1410] 88 

XIV. — II faut servir Dieu avant tout 89 

XV. — Contre les convoiteux 91 

XVI. — Contre la Flandre [i385] 92 

XVII. — Contre le pays de Flandre [i 385] 94 

XVIII. — Tour de force poétique contre la Flandre 95 



404 BALADES DE MORALITEZ 

Pages 

XIX. — Du retour de Flandre [août i385j..., 90 

XX. — Contre les médisans . g8 

XXI. — Contre l'aveuglement de la convoitise gg 

XXII. — Contre les désordres du temps 100 

XXIII. — De l'obéissance due aux princes [juillet i383].. 10 1 

XXIV. — Contre ceux qui lui empruntent ses livres io3 

XXV. — Contre la vie mondaine 104 

XXVI. — Contre l'Angleterre [1 385] 106 

XXVII. — Contre la multiplicité des mauvaises herbes 

[allégorie] 1 07 

XXVIII. — Contre l'oppression des puissants. 108 

XXIX. — Contre les officiers du trésor royal iio 

XXX. — Les absents de la Cour ont tort 1 1 1 

XXXI. — Contre le temps présent 1 1 3 

XXXII. — Des saintes et saints à implorer 114 

XXXIII. — Contre les faux semblants d'amitié . 1 1 5 

• XXXIV. — Contre les vieux maris de jeunes femmes 117 

XXXV. — De Céix et Alcyone 118 

XXXVI. — Le paysan et le serpent [fable] 120 

XXXVII. — Du bonheur des commis aux finances 121 

XXXVIII. — Du service sans récompense 122 

XXXIX. — Vœu d'une guirlande de fleurs [ 1 388] 1 2 3 

XL. — Que les astres n'enchaînent pas la volonté 12b 

XLI. — 11 faut être vrai 126 

XLII. — Médiocrité dorée 128 

XLIII. — Du parler et du taire 12g 

XLIV. — Contre la médisance [1387] i3o 

XLV. — Même sujet [1387] i32 

XLVI. — Regrets de la mort de Mille de Dormans , évo- 
que de Eeauvais [17 août 1387] i33 

XLVII. — De l'excès des convoitises 1 35 

XL VIII. — Guerre sans fin [i 385] 1 36 

XLIX. — Exhortation à la croisade [ 1 39 5 "r ] 1 38 

L. — Du choix des gens d'office 1 3g 

LI. — De la sage économie 141 

LU. — Signes de la fin du monde 142 

LUI. — Sur les financiers 143 

LIV. — Il faut prendre le temps comme il est 145 

LV. — En souvenir des naissances du roi Charles VI 
et de Louis', duc d'Orléans [3 décembre i368 

et 3 mars 1371] 146 

LVI. — Résolution de quitter la Cour 148 

LVII. — Sur lui-même [1392?] 149 

LVIII. — Le chat et les souris [fable] 1 5 1 



TABLE DES MATIÈRES ^o5 

Pages- 

LIX. — Fais ce que dois, advienne que pourra lb^^ 

LX. — Néant des conditions humaines i54 

LXI. — Sur le château de Beauté i53 

LXII. — Campagne d'Ecosse [i 385] i56 

LXIII. — Deschamps changé en oiseau 1 58 

LXI V. — Contre les gens de guerre ( 1 369 ? ] 159 

LXV. — Contre la guerre 161 

LXVI. — Comment on obtiendra la paix [i38b ou 1389]. 162 

LXVII. — Prophétie en l'honneur de Charles VI [1400]. 164 

LXVIII. — Projets de croisade [1396] i65 

LXIX. — Contre les flatteurs 167 

LXX. — On n'est aimé que tant qu'on peut servir [fa- 
ble] 168 

LXXI. — Remèdes contre la convoitise [iSga] 1 70 

LXXII. — Paris et la Cour [1392] 171 

LXXIII. — Jeu d'esprit 173 

LXXIV. — Conditions pour réussir à la Cour fi392 ? ] . 174 

LXXV. — Servir Dieu, c'est régner. .. . . 175 

LXXVI. — De la vraie gloire 1 77 

LXXVII. — Chacun ne pense qu'à soi 1 78 

LXXVIII. — Dieu fait tout pour le mieux [après 1392 ?]... 179 

LXXIX. — Penser qu'il faut mourir [ 1 38oj 181 

LXXX. — Pourquoi il ne va pas à la Cour [1892?] 182 

LXXXI. — Sur ce qui doit advenir [1392] i83 

LXXXII. — Eloge de la médiocrité [1392] i85 

LXX XIII. — Pour vivre en paix, il faut être aveugle, sourd 

et muet [1392?] 186 

LXXXIV. — Souhaits aux marins 187 

LXXXV. — Rigueurs des temps [1389] 189 

LXXXVL — Contre le duc de Lorraine , . . . . 190 

LXXXVII. — Sur lui-même et sur son fils Gillet Deschamps. 192 
LXXXVIII. — En l'honneur de Marie de France, duchesse de 

Bar 193 

LXXXIX. — Sur le même sujet 1 94 

XC. — Demande du paiement de ses gages iq6 

XCI. — L'homme doit toujours être vrai ' 197 

XCIL — Savoir discerner ce que chacun sait faire 198 

XCIII. — Il est temps de faire la paix 199 

XCIV. — Contre la ville de Gand [i382] 201 

XCV. — Il n'y a que folles et fous au monde 2o3 

XCVI. — Les anciens valaient mieux que nous 204 

XCVII. — Vanité des remontrances 2o5 

XCVin. — Vices des temps [1390I 207 

XCIX — Conseils donnés par Aristote à Alexandre. . . . so8 



406 BALADES DE MORAUTEZ 

Pages. 

C. — Inutilité de sermonner les méchants 210 

CI. — Ce qu'il faut demander à Dieu [1392] 212 

CIL — On doit être mesuré dans la joie comme dans 

la douleur 2i3 

cm. — Demande de harnois pour la tour de Fismes 

[i388] 214 

CIV. — Il ne faut demander que la grâce de Dieu , le 

vivre et le couvert 216 

CV. — Violences des routiers [i 3 77 ou 1 38o] 217 

CVL — Mieux vaut honneur que honteuse richesse.. 219 
CVII. — Des quatre fléaux qui annoncent la fin du 

monde [1392] 220 

CVIil. — Il faut laisser la vanité pour les vertus 222 

CIX. — Il faut s'exercer d'avance à la guerre 223 

ex. — La loi souvent contraire à la nature 226 

CXI. — Tous les Etats périssent sans la crainte de Dieu. 226 

CXII. — Balade de nouvel an 228 

CXIII. — Chacun ne cherche plus qu'à s'enrichir 229 

CXIV. — Sur lui-même, contre la Cour 23 1 

CXV. — On ne connait pas l'homme à sa robe 232 

CXVI. — Ne pas se fier à l'apparence [i3881 234 

CXVII. — Sous nom d'amour se cache trahison [1392].. 235 

CXVIIL — Il faut fuir la Cour. 237 

CXIX. — Tout est vanité en ce monde 23q 

CXX. — Il ne faut pas s'enorgueillir [1399-1400J 240 

CXXI. — L'homme n'a rien à lui que son propre sens 

[1399] 241 

CXXII. — Sur lui-même, contre ses accusateurs 242 

CXXIIL — Sur la mort de Guillaume de Machaut [1377J 243 

CXXIV. — Sur le même sujet avec les mêmes rimes [i 377] 245 

CXXV. — Injustice du monde. . . ; 246 

CXXVI. — Le monde est bien près de sa fin 247 

CXXVII. — A Guillaume de Machaut, sur le Voir-Dit 

[1364] 248 

CXXVIII. — Adieux à la jeunesse [1384] 25o 

CXXIX. — Balade sur Poeterie 261 

CXXX. — Sur les ennuis de son ménage 252 

CXXXI. — De douceur et de violence 254 

CXXXII, — Vivre du sien, sans rien devoir aux autres. . . 255 

CXXXin. — Comparaison du monde avec la mer [i384]... 256 
CXXXIV. — Balade de Nostre-Dame, moult belle [vers 

i38o] 258 

CXXXV. — Autre balade de Nostre-Dame . 259 

CXXXVL — Comparaison des hommes avec les chiens.. .. 260 



TABLE DES MATIERES 407 

Pages. 

CXXXVII. — Il est sage celui qui vit du sien [iSSS] 261 

CXXXVIII. — Sur ceux qui épousent de vieilles femmes. . . , 262 

CXXXIX. — Adieu fortune, adieu plaisirs 263 

CXL. — Cause des maux de la France 263 

GXL!. — Plaintes de la France 266 

CXLII. — Regrets d'avoir office de Justice 267 

CXLIII. — Sur les merveilles que nous garde l'avenir. . . 268 

CXLIV. — Sur la terre de Coucy en Vermandois 269 

CXLV. — Contre ceux qui jurent Dieu, par MAmEU 271 

CXLVI. — Même sujet sur les mêmes rimes. parCoRBiE. 272 

CXLVII. — Même sujet sur les mêmes rimes.... 274 

CXLVIII. — Rondeau sur les ballades précédentes... 275 

CXLIX. — Contre ceux qui jurent Dieu, sur les mêmes 

rimes.... 276 

CL. — Louange de saint Joseph . ... 277 

CLL — Aujourd'hui règne partout double loi 278 

CLII, — Présages de la fin du monde 279 

CLIIL — Exemple à suivre des temps anciens . 280 

CLIV. — Devoirs d'un prince [1892] 282 

CLV. — Dieu attire à lui les humbles [1392] 283 

CLVL — Contre les langues médisantes [ballade ma- 

caronique] 284 

CLVII. — Sur la rébellion du duc de Bretagne [1392]... 286 

CLVIIL — Le lion et les fourmis [fable] 287 

CLXIX. — France dégénérée 288 

CLX. - Les amis de Fortune ,289 

CLXL — Les malheureux ont toujours tort [i395j 290 

CLXIL — Les temps de tourments approchent [139:^ J .. 292 

CLXIIL — Santé préférable à richesse 293 

CLXIV. — La France veuve de son roi [1400] 294 

CLXV. — Mort du pape, de l'empereur et du roi Char- 
les V [i38o] 295 

CLXVI. — Mort du roi Charles V [i38oi ..'. 297 

CLXVII. — Requête aux gens de justice [1392] 298 

CLXVIII. — Étymologie du nom de Charles [i38o] 3oo 

CLXIX. — Sur Paris [1394] 3oi 

CLXX. — Sur Paris [1394] ' 3o2 

CLXXI. -- Rondeau sur Paris 3o4 

CLXXIf. — Sur Reims et le sacre [/38o] 3o5 

CLXXIII. — Des trois choses le plus à redouter 3o6 

CLXXIV. - Vœux pour la paix [1390] 307 

CLXXV. — Contre un chef de Routiers [i38ql. 3o9 

CLXX VI. — Sur le mauvais temps. 3 10 

CLXX VII. — La fourmi et le ceraseron [fabiej 3i i 



408 BALADES DE MORALÎTKZ 

Pages 

CLXXVlIf. — Caractère et portrait de l'auteur 3 1 2 

CLXXIX. — Conseils aux gens de Cour 314 

CLXXX. — Vision prophétique de l'Angleterre 3i5 

CLXXXI. ~ Sur l'inconstance de la Fortune 3 16 

CLXXXII — Prédiction contre l'A ngleterre 3 1 7 

CLXXXIII. — Allégorie satirique des sept péchés capitaux . . 3 19 

CLXXXIV. — Les pauvres gens voient mourir quatre rois. . 32o 

Notes historiques et littéraires du premier volume.. 32 5 

Table par ordre de matières 4o3 

Table alphabétique des refrains des ballades contenues dans 

ce volume 409 




TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES 

REFRAINS DES BALLADES CONTENUES DANS CE PREMIER 

VOLUME 



Pages 



Aage en tristous qui abrège la vie 1 1 3 

Advise toy, fausse ville de Gand 201 

Advise qu'il te fault mourir. .. 181 

A homme plus ne fault selon raison 128 

Ains que veoir de ce monde l'Envie. 86 

Ainsi fist on mais on ne le fait mie 226 

Ainsi le voit chascuns communément 2i3 

Aristote au giant ruy Alixandre 208 

A tout convoiteux couraige 74 

Au jour d'hui n'est ains que de fortune 289 

Autel est il de Gillet et d'Eustace 192 

B 

Benoist de Dieu est qui tient le moien - i85 

Bon congnoistre fait que chascun scet faire 198 

Bonne herbe est mise en non chaloir 107 

C 

Car autrement faire ne se pourra ib2 

Car chascun d'eulx est tenu de ce faire 297 



410 BALADES DE MORALITEZ 

Pages. 

Car chascun dit : « Monseigneur dit trop bien. » 167 

Car chascun fault prandre un restraintif 207 

Car en ces trois n'a raison ne pité 3o6 

Car ilz ne sont remeris de personne • 246 

Car li mondes est bien près de sa fin 247 

Car nulz ne tent fors qu'a emplir son sac 229 

Car riens ne vault tant com obéissance 10 1 

Certainement le siècle ains ordonnée 81 

C'est pour garder le droit de mon seigneur 242 

C'est que : il se sauve qui peut ! 122 

C'est tout néant par ma foy, ce me semble 104 

C'est tout noient en la conclusion . . 1 04 

Ceulz s'accusent qui dient mal d'autrui .. 38 

Chacier; voler, jouster et tournoyer 307 

Chantez a l'asne, il vous fera des pés 210 

Chascun dit que c'est grant pité 71 

Chascuns le veult avoir, soit droit, soit tort 108 

Chascun ne pense au jour d'hui que de lui 178 

Condicion de ribault et de pie 174 

Contre les vens ne puet nulz de la mer 80 

Cui il meschiet , tous jours on lui mesofre 290 



D 

De l'ame avoir en enfer dure fin 25 1 

De lui ne souvendra jamais 1 1 1 

Des or fust temps d'avoir paix, ce me semble 190 

De tel seigneur fait bon l'amour acquerre 89 

De tous pais le plus mauvais peuple a 92 

Donna le nom a ce lieu de Beauté i55 

Dont bons ne puet au monde bien avoir 212 

Du noble Mile, évoque de Bcauvés •. .-• i33 



E 

Elle est toudis de Raison condempnée 284 

Encor y fust Rolant, ce m'est advis 266 

En tous temps doit homme estre véritable 197 

En tous temps est Fortune decevable . 3iG 

Et en tous cas leurs ennemis requerre . . 223 

Et pour ce eurent ilz pluseurs bi(ns 204 

Et si n'ot oncq feste en ce monde ci 2.77 



TABLE DES MATIERES 4I I 



F 

Pages. 

Fay ce que dois et aviengne que peut i52 

Fors aux commis a départir argent 121 

Foulz est li homs qui bon conseil ne croit 118 

Foulz est vielz homs qui jeune femme prant 117 

Foulz la poursuit, et saiges la delesse 23 1 

Fuir te doit un chascun et chascune , 287 



a 

Grâce de Dieu, vivre, et son vestement 216 

Guerre mener n'est que dampnacion 1 6 1 



Homs glorieus de fait et de pensée 177 

Hui est le temps de tribulacion 292 



IJ 

11 estoit mort s'il ne s'en fust aie 287 

Il fault prandre le temps si comme il est 145 

U ne me fauit que finance et bon corps 3 12 

11 se dampne qui tele guerre suit i5y 

Jamais ne quier suir guerre ny ost 78 

Ja n'aurons paix, mais tous temps aurons guerre 91 

Ja riches homs n'yra en paradis .' 72 

Je n'ay eure d'estre en geôle 182 

Je ne scay mais quel beste devenir • 1 58 

Je ne scay nul qui a droit aime 1 15 

Je ne voy que foies et folz 2o3 

Je ne vueil plus fors que vivre du mien 148 

Je tien que Dieu fait tout pour le millour 179 

Jorge, Denis, Gristofles, Gille et Biaise 114 



L 

La maistre flûur doit moult estre honourée 194 



412 BALADES DE MORALITEZ 

Pages. 

La mort Machaut, le noble rhétorique 243 

La mort Machaut, le noble rhétorique . . . , 245 

Lasches, couars, recreans et faillis 3i5 

Le bon prodomme et chevalier Sempy 88 

Le noble royaume de France ,. 265 

Lequel vault mieulx ou parler ou soy taire 129 

Les merveilles qui sont a advenir 268 

Lors se fera le trésor d'Antecrist 27g 

M 

Mais au jour d'ui partout double loy règne 278 

Mais l'en rent mal en lieu de bien souvent 120 

Mais ne me plaing fors du pais de Flandre 94 

Maudit de Dieu soit tout cuer envieux 77 

Maujugement et sentence mortele 95 

Mener ne voy a nul honneste vie 100 

Metheode tesmoing et Jouachin .. 142 

Mieulx vault honeur que honteuse richesce . 219 

Mortalité, tempest, guerre et famine 220 

Mue souvent et change sa nature 264 

N 

Ne dire sien fors que le sens de Tomme 241 

Ne fay passer despens ta revenue 1 4 ^ 

Nostre foy tient ceste conclusion 126 

Nulz n'a estât que sur fait de finance w 14^ 

Nulz ne se doit fier en apparence 234 

O 

On est amé tant c'om fait fruit 168 

On ne congnoist aux robes la pensée 2:52 

Onques ne vi si dolereuse gent 3 19 

Onques n'y poy une fleurette avoir i49 

Or lui doint dieux bien achever sa guerre 3oo 

Ou pluseurs sont en péril de noier 2 5G 

P 

Par ce sçara chascun ceste naissance. 14^ 

Par convoitier mainte terre est perie.... . 83 

Par la mort dont Dieux vint a vie 271 



TABLE DES MATIÈRES 4l3 

Pages. 

Par la mort dont Dieux vint a vie 272 

Par la mort dont Dieux vint a vie 274 

Par la mort dont Dieux vint a vie 276 

Par le deffault d'estre bien gouverné 228 

Par le deffault de vraie congnoissance .... gg 

Par l'emprinse de leur commocion 317 

Par les respons que l'en donne a la gent ... iio 

Par le trépas du Roy Charles le Saige 2g5 

Périlleuse es et périssable 173 

Plus ne prestray livre quoy qui aviengne io3 

Pour aler quant la Cour faurra 314 

Pour ce est son cri : Coucy a la merveille ! , 269 

Pour ce, tristes, te dis adieu, jeunesce 2 5o 

Pour conquérir de cuer la Saincte Terre i38 

Pour estre tout perdu d'ui a demain 69 

Pour les humbles devers lui ramener 283 

Pour quoy veulx tu les brebiz et leur laine 309 

Prenez, pandez ; gibez sont en saison 298 

Puis que je voy Malebouche régner 1 3o 



Q 



Qu'ainsis est il pieça prédestiné 1 83 

Qu'a ma Dame donray chapeau de flour i23 

Quant plus y vois et moins sçay c'om y fait i çG 

Quant sonnera le retour de matines 9-6 

Quatre hernois pour vostre tour de Fismes 214 

Que devendra la dolente esbahie i 294 

Qu'elle sema, et en mainte contrée i g3 

Qu'elle sera mise a obéissance i go 

Qu'en ce monde n'a fors que Vanité 2 3g 

Que ne laissons vanitez pour vertus? 222 

Qu'en le juge viande pour les vers 240 

Que pluseurs sont au jour d'ui enrumez 3 1 o 



Qu 
Qu 
Qu 
Qu 
Qu 
Qu 
Qu 
Qu 
Qu 



abaient et pincent par derrière 260 

ainsi fait, ce n'est pas sens de beste 187 

ainsi fait il prant bonne ordonnauce 139 

autrement fait, il se déshérite 280 

en die fors qu'a vostre louenge 288 

jadis fu la lumière de France 288 

leur fera droit comme une faucille 171 

pandra la sonnette au chat ? 1 5 1 

pert chevance, il pert esbatement 263 



414 BALADES DE MORALITEZ 

Pages. 
Qui sages est, face ainsi pourveance 3ii 

Qui saiges est n'ait de ce faire envie y5 

Qui son bien lait pour convoiter l'estrange.... 85 



Reprouche prant en vie et convoitise 262 

Reprouché yert ou pais de Bretaigne 285 

Riens ne se puet comparer a Paris 3o i 

Riens ne se puet comparer a Paris 3o2 



S 



Saiges est cil qui puet vivre du sien 261 

Saiges n'est pas qui en tel service entre 252 

Sanz joie avoir, confort, n'esbatement 267 

Sanz paix avoir auron guerre, guerre , i36 

Sanz veoir, oir, ne parler . 1 86 

Se ce temps tient, je devendray hermite 1^2 

Se ma pité veulz que vers toy se fonde 2 5g 

Se voy pitez envers moy ne se fonde 2 58 

Se pité n'est, grâce et miséricorde... 000 

Si qu'om voie toute bonté en lui 282 

Soubz nom d'amer se tapist Trayson 233 

Souffise vous d'avoir santé et sens 000 



Tant que chascuns devra crier : hoé ! 1 65 

Tant qu'om dira : Angleterre fut cy! 106 

Tele est de lui la prophecie di tte 1 64 

Felz a pou bief qui a assez pain cuit. 295 

Tesmoing Troies, Thebes, Romme, Ylion. . 226 

Tien toudis vraie ta parole 126 

Toudis vient un nouvel langaige 217 

Tout ce vous fait Renommée sçavoir 1B9 

Trop convoiter fait assez d'ennemis.... i35 

Tu bas bien l'eaue d'un pilet 2o5 

Tu dois estre sur toutes honourée 3o5 



TABLE DES MATIÈRES 4l5 

U V 

Pages 

Vieillesce vient, guerdou fault, temps se passe 255 

Voit .un. roys et leur règne fenir 32o 

Vous me chantez mauvaise note •. 170 

Vous n'estes pas sur Grant Pont a Paris 1 56 

Rondeaux 

Paris sans per qui n'ot onques pareille . .. 3o4 

Pour rebouter parjurement 275 



FIN DES TABLES DU PREMIER VOLUME 




Le Puy, iinpiimeric de Marchessou fw.s, boulevard SaiiU-Lauicnt, 23. 



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B5 

1455 

Al 

1878 
t.l 



Deschamps, Euatache 
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