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Full text of "Étude sur Pétrone:"

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HARVARD 
COLLEGE 
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ÉTUDE 



SUR PÉTRONE 



t.A CBITIQUK Lt'rr£:HAEHK 

L.*IMITATION KT l^A PAUOOIK 

DANS r.E SATIRICON 

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THESE 

ratSBXTÉB A LA PACVLTË DES LKTTIIKS DE PAIIIS 



A. CPLLIGNON 



PARIS 

LIBRAIRIE HACHETTE ET C<* 

79, IKWLETAnD XAI!«T>OKIISIAtIt, *9 

1892 



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ÉTUDE 



SUR PÉTRONE 



t.A CBITIQUK LI'rr£:HAIHK 

l«*IMITATION KT l^A PAnOOIK 

DANS t.E SATIRICON 

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THESE 

rttSBKTÉB A LA PACVLTÊ OKS LBTTIIKS OB rARIS 



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A. ÇOLLIGNON 



PARIS 

LIBRAIRIE HACHETTE ET C* 

79, ROVLBrAnD fAINT*OKMMAII«, *9 



1892 

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r QP 70^861 

CoDisMB, Albert» 184».1988. i 

Étude nur Pétrone; la critique littértiret limitation et là ; 

parodie dam le Satiricon, par A. Colli|piOB ... Paria, Ha- j 
èhette et c^, 1892. 

▼iii,4oe»«iL as». 

«"Iodes alpbabétlqQt dce prfadpaoa fraTtoa ea articlii iilatifli a P^ 
tfOM qol oot été dtéi aa eoatt de ce fclomt^: p^ iSeaHOt. 



AiMter. 

iFM mÊimiêi CirMlea Albert OolMaawi i 



Ubraiy of Ooaf f tw PAe8Ba.oa 

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ÉTUDB 



SUR PÉTRONE 



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INTRODUCTION 



On ne saurait trop multiplier les précautions ora- 
toires quand on se hasarde à traiter une question re- 
lative à Pétrone. Les critiques modernes qui parlent 
du Satiricon le font avec une extrôme discrétion et en 
demandent^ ou peu s*en faut^ pardon à leurs lecteurs. 
Le temps est passé où les personnajj^es les plus distin- 
gués faisaient profession de le goûter infiniment, où il 
était un des auteurs préférés de Condé, où Racine le 
citait sans scrupule. Nous sommes devenus plus déli- 
cats, et tout en reconnaissant le très rare mérite du 
SaiirirMfi, nous exigeons que Ton s*excuso d*abord de 
nous entretenir de cette étrange comi)osition, en fran- 
<;ais surtout. 

Il est certain que, malgré le vernis d*élégance dont 
Tœuvre tout entière est revêtue, elle recèle la corrup- 
tion la plus profonde. Le sens moral parait faire com- 
plètement défaut il ruuteur. Il s*arrC*te aviM; complui- 
snnce sur des tnMetiux dont la. donnée seule est déjù 



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VI inthoduction. 

révoltante. Et encore que Pétrone Boit Bouvent moins 
obscène dans les termes que Martial et que Juvénal, il 
est beaucoup plus immoral qu'eux, parce que le vice ne 
provoque cliex lui aucun dégoût , aucun mouvement 
de colère. 

L*étudo limitée que nous entreprenons laisse de côté 
les scènes et les descriptions licencieuses qui ont fuit 
nu Satiricon une mauvaise réputation bien méritée. Si 
parfois nous sommes obligé d*y faire quelque allusion, 
nous nous ofrorcei*ons do ne pus oublier le respect qui 
i*st dil au lecteur fran(;ais. 

Mais il y a dans Pétrone autre chose que le peintre 
trop fidèle de la dépravation romaine à Tépoque de la 
décadence. 11 y a le letti*é fin Co spirituel \ Thomme de 
goût, le curieux d*art et de poésie. C est ce Pétrone 
que nous voudrions dégager de son œuvre, ou, si Ten- 
trepriseest ti*op délicate, nous nous pi*oposonsdu moins 
de réimndre aux questions suivantes : Quels sont les 
jugements littérairc*s de Pétrone et que valent-ils? 
Quels auteurs a-t-il lus et imités de pi'éféi'cnco ? Dans 
quel esprit les a-t-il imités ? Kst-ce pour les panMlier ?. 
Kt, en particulier, le poème de la Gtieirc civile Cbt-il 
une parodie de la PA/iAVff/r»? Jusqu'à quel jioint Pétrone 
nous semble-t-il original ? Si Ton parvient à apporter 



1. r«rlottt est cité lo mot do Jasto Lipso : « Auctor piiriesimffi 
iinpiirititis. » 



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INTnOUUCTIOIf. VII 

à 008 divoraos quo^tioiis do8 rcpoiim» «uflîsaiitoSy on 
mira on mémo tomps joté quolquo lumièro mr uno 
œuvre singulièro^ énigmatiquo, très divcri»cinont intor- 
prétooi où bion dos pointe dein3uront obscurs, ot dont, 
malgré Topinion moyenne qui provaut aujourdliui, on 
no saurait fixer avec précision ni la date ni Tautour. 

I/ëtude où nous nous aventurons présente d*extrc- 
mes diflicultés. Jjq Satiricon n j nous est arrivé que trî»s 
mutilé. A peine peut-être en possédons- nous la sixième 
partie. De plus, le textj est en b^auc uip de passages 
altéré ou douteux. CwU*taines pliras.*s dem jurent \\ i>eu 
pros inintelligibles, inâlgi*é les innombrables conjec- 
tures des commentateurs. Ailleurs, nnus n*avoiis, au 
lieu du texte même de PétnuK?, qu'un abi*égé fait par 
Tauteur des extraits qui nous sont parvenus. C est ce 
que M. Buocbeler a établi dans sa savante édition de 
Pétrone qui servira de base lï iiotri» travail *. Ainsi, 
quellesque soient les conclusi:>nsde nos n^clieirJies sur 
ce « r/tt'f'd'œf(irc il'un iêtvonnii » si maltraité par le 
temps, il conviendra d'éviter toute atlirmation traii- 
clianto et, parmi tant dliyputlii'ses, de ne prétendiv 
apporter qiio quel(|ues conjectures plausibles avec un 
certain nombre de preuves il Tappui. 

Sans entreprendre une analyse détaillée du Sttfirieon 
qui ne peut être tentée décemment, nous allons iiidi- 



I. .V ('dîtioii. ncrliii, Wei«liiitiiiii. 1H82. 



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VIII INTMODUCTtON. 

qucr en quelques moto rorgument do eot ouvrage, tel 
que ees extraita si incomplets nous le laissent entre* 
voir; puis noiu essaierons d*en fixer les caractères prin- 
cipaux. Cette étude préliminaire nous aidera à résoudre 
les questions que nous nous sommes posées, en nous 
l)crmettant de déterminer Tobjet du livre et d*appré- 
ciur Tesprit de Tauteur. 



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ÉTUDE . 

SUR PÉTRONE 

LA CRITIOUK LlTTÉRÂlRK 

L*IMITATIOX KT LA PARODIE 

DANS LE SATIRICON 



CHAPITRE PREMIER 
ARGUMENT DU SATIRICON. CARACTERE DE l'OSUVRE. 

Nous avons sous lo nom de Petronii Arbitri SaUrarum\ 
ou Satiricon, on Satirici, ou Satyri liber, selon les manuscrits, 
des ft-agments d'un roman considémble. Car le Codex Trù" 
guriensis, qui porte le titre le plus complet , nous apprend 
que les extraits qui nous restent appartiennent au lo*" et 
au IG* livre, Petronii Arbitri Satijri fragmenta ex libro xv et 
XVI. Ces extraits durent t'tro faits d'assez bonne heure, 
peut-être dès le milieu du v" siècle. Il semble prouvé que, 
dès Tépoque d'Isidore de Sôville (570*G3G), lapins grande 
partie des satires était perdue et qu'on possédait seulement 
les fragments tels qu*ils nous sont parvenus. 8i, dans le 
glossaire dont n'est servi Pierre Daniel, il y a des mots qui 
ne se retrouvent pas dans le Satiricon actuel, il faut, d*après 
toutes les vraisemblances, reporter la composition de ce 



1. M. F. ISuccliolcr ii iiilupté le titre ilo'Sufirœ. 

CNITiqUK L:TTICII4lilll. 



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2 GMAPiTm raimiii. 

glosvaire à la ftn de l^nii^u^ÎMi ù répoqua da Mariut Mar^ 
catOFi qui yen Tan 430lul oaoorra Pétronai ou à Tépoqua 
da Fulganiiut Planciadaiir, qoi/vâcut de 480 à 650aoyiroo* 
Quant à Jaan da Salisbury (1120-1180), si son texte dif- 
fère parfois da celui des extraitSi c'est qu'il y a intercalé 
des phrases de ra faron*. Les Exeerpta remplacèrent donc 
ln*s tôt l*œuvre originale, comme il est arrivé pour tant 
d*AUtres éirrits reiimrqunbles de l'antiquité. Les Justin 
tuent les Trogue-Ponipt^e. 

Tous les manuscrits qui nous ont été conservt^s paraissent 
provenir d'un arcliélype comprenant, outi*o les fragments 
de Pétrone, un grand nombre de pièces empruntées à divers 
auteurs* Le plus ancien est le Coflex Bernensis du x* ou du 
XI* siècle. Ces manuscrits nous offrent lesm()mes extraits, 
les mêmes lacunes, les milmos altérations du texte. Seul, 
le Codex Tragurieiisis, du xv* siècle, découvert à Trau, en 
Dalmatie, vers 1G50, nous a enrichis d'un nouveau frag- 
ment très important, le Festin de Trimaicluon, publié pour 
la première fois en 1C64 à Padoue, chez Paul Frambotti*. 

1. VX, lu rârit du voin* iiiallciililo iIuiih Pt*lruiio, r. 51, ot dnim 1m 
Mêtrnlicui {Pniéeraiicui de n^ijèi rHréniiHM ri petligiU ithiiosopkO' 
mm JoQMHh SnteMlierieHMiM; \U*m\M\U l'ii:i; Ttil. i.xxiii. revto) oIuiiskI 
le (MMilc ili» la Mairone ddithènr dll, \Vl) \J, f/r Stitlib,, tUitl., Hil. 
cxcvi, rrr^o), où JcMUido Salinbury m(* ruiiloiilo d'iijtiiilpr nii dod<*|ilii- 
cor do leiiiptt im tiMiipsi un mut. 1! ii connu du niuiiiH Iouh Ioh tm^» 
nionlrt <pio nouM ponsi^duns, y compris celui do Tran, rar (lui. clxxxvi, 
9erM) il |Mtrle d*un iiH'idonl du FcHlin do Trimalfliiuu qui no su truuvo 
ipu» dans lo munumTit do Trau, c. 10 : • CiMiani Triumlc'liioui.s apud 
Potniuiuui si |Nd«*i« ingrodoro, el pun*uni sic graviduri poMMo miralM** 
ris. 1 S.|. 

?. La (pioAlion do!4 mauu8critrt ot des éditions do Pétrono e.nt trailôo 
Murtuul dauit Ioh ouvnigoH suivant h : 

C. llivk, The mnHUMcripii of Ifie iat. o/ /Wr. Àvb, t/eicribed and 
cûUnted» flaudiridgo, MassachusetlM, 18(»3. 

PkiMogHt, XX, p. t.»KN)l. Veber die ieidner und berner Hd9. des 
PHr, UHti éhr VerhûUniêt 2ii eênander. 

V. nwiUv\orJ'eiroHii Arbitré »aHrarHmretiqnim,éii, do 18G2. Ber- 
lin, Woidumnn. Prônioo, p. Xi ii xi.iii. 

J. K. Pétrotpiin, KouveHei Recherchée hiêforiquei et criiiquet tur 
Pétrone. Paris, J. H. llailli^ro, IHOil. 



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ARGUIIINT OU •ATiniCON. 8 

Ces extraits aux-mômet sont très mutilés. L'abréTiateur 
a coupé à sa guise, ici ne retenant qu'une phrase, ailleurs 
transcriyant des passages étendus. Avec une sagacité pé- 
nétrantei M. Buecheler a indiqué les lacunes, séparé des 
plirases réunies par les anciens éditeurs, éclûirci par 
d'heureuses conjectures autant que par une collation ri- 
goureuse des manuscrits un texte plein d'obscurités. 

Le Satiricon rncoiUe les aventures d'Eucolpo, un affran- 
chi, escroc et libertin, qui court le monde en compagnie 
de deux autres afTranchis, Ascylte ut Giton, aussi cor- 
rompus que lui. La narration les promène de Naples à 
Crotone i travers des incidents de tout genre. C'est le 
principal personnage, Encolpe, qui fait lui-môme ce récit. 
Ainsi Guzman d'AKarache et Gil Blas * nous content leur 
propre histoire. 

L*ouyrage de Pétrone peut être aussi rangé parmi les 
romans à tiroirs. Il nous expose une série d'aventures qui 
s'enti*e-croisent, avec des épisodes, des digressions poéti- 
ques ou oratoires. Les héros, dont le passé est déplorable, 
ont semé derrière eux quantité de méraits, vols et autres 
actes coupables, dont les conséquences les poursuivent. Ils 
vont de ville en ville € chatouilleux de la gorge », et 
à mesure que la scène se déplace, de nouveaux person- 
nages s'introduisent dans l'actiou, de nouveaux tlls s'em- 
mêlent. 

Ce seniit perdre son temps que de chercher i retrouver 
dans ces fragments un plan logique et un rigoureux en- 
chaînement. U semble que le hasarl seul conduise ici les 
événements. Les mots casus, forluna^ fatum sont prodigués 
par Pétrone. 

1. nicn souvent on a rapproché d'Kncolpo les deux liéron ilo Lo 
8ago. Cr. Vollairo, i. XXVIII, éd. do Kchl, ISOI, p. 203, Da Men- 
êonges impritèiéâ ol pauim, Maié les pires avoiiluriors des ronmns do 
Lo Sage sont do mœurs très pures, si on les l'ompare h Knrolpo ot A 
Ascylto. 



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4 GHAPiTm raimiii. 

La narrateur n*a nulle hAte d*arriyer à un dénouement. 
Le récit s'accélère ou te ralentit au gré de la fantaisie. 
Souvent il l'interrompt pour déclamer par la bouclie de 
ses personnages sur quelque sujet de littérature ou de 
morale, ou pour traiter, soit en prose, soit en vers, quelque 
généralité satirique* C'est d'ailleurs avec une certaine vrai- 
semblance que ces morceaux peuvent ^tre débités par 
Kncolpe ou par Ascylte qui nous sont donnés connue des 
lettrés', par Agamemnou, \ux rhéteur, et par le vaniteux 
poète Eumolpc, € de ses vers fatigants lecteur infatigable ». 

Si on laisse do cAlé un certain nombre de plimses iho* 
léos, on peut dire que l'auteur des extraits nous a conservé 
trois grandes coupures du Satineoiu Dans clincuno de ces 
sections, malgré len lacunes *, les faits se lient a^sez bien 
entre eux. La premièi*e nous fait connaître les incidents de 
l'arrivée d'Rncolpe, d'Ascylto et ('e Giton dans une ville 
de Campanie, qui est probablement Naples'. Nous assis* 
tons à une discussion littéraire et pédagogique entre le 
lieras do Pétrone et le rhiHeur Aganieninon. 

Nous le suivons sur le forum où, avec Ascylte, il essaie 
de vendre un manteau volé et où nos larrons reutrent 



1. G. I0| : • cl tu liloruM itcbol ego •. Nuih nMiveiToni» Ipi^oiirii & 
la 3« i^dilioii do M. V. lUuvholor, \mi Wciiliiiuiiii. 

2. Kii lUil.l, V* Nodul Ht piirallro A Puris, hoim la niliHi|iio do Golu* 
fTHC, un milHliHaiit lexU* do Pélruuo miih Incuiioii avoi* iraducUun Ihin* 
«;ai;»o. Il prélrndait avoir iiciiu«h un mauuHcril coin|>U*tde notro auteur 
îjui aundl élu d«Vouvcrl i\ llilgrado on I65G. CoUo Auporclicrio liiié- 
rain^ lit lioau<*ou|i do dupog, in(*'ino |iunui Ioh duclott. (V. :»ur lo Pétrone 
do Noilui ; l*6lroi|uiu, o/i. cet,, MaMUxerif de Itrit/rntle ou de Kotfof, 
I». 80.) ha fhuido oopoiidiiui omI fucilo à pori'or u Jour. Li* lutin d«» 
Nmlot 110 ftupporto pai« un oxunion iiu peu attontif. Si*^ couiplé- 
moiitM 110 non! ini*^nio piin assox iiigôuioii.soniont inMi|.'inô.s pour rouoi- 
tii*r loM rontradirliouM apparoiitos du rêrit on rusoudn» Ioh dillicHlté't 
ipio projioiitont dlvur;» puHiMigod. \\ a otfsoz mal Justilié sa pumpouso épi- 
graplio : • Nudi nolvunlur n Nuilot ■. 

3. r«etto villo pont ètro ausisi Put.^oli, Misoiio ou Cunics. M. Tb. 
Moinm.Hon tiont pour Cuinon. TrimaUhioi Heimath und (Jrabsdiri/i, 
Ilonuoit» XllI, IS78, p. KHi nq. 



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AMUmNT DU SATiniCON. 

en postetsion d'une tunique aux coutures garni et de pièces 
d'or qu'ils avaient perdue* Puis vient l'épisode de Quartilla 
qui pourrait être intitulé : € La première vengeance de 
Priapo », dont les mystères ont été profanés par Encolpe. 
(Cbap. là 26.) 

L'épisode le plus important de la seconde coupure est 
celui du Festin de Triinalchion, dont le fragment retrouvé 
àTraunous a restitué la plus grande partie*. C'est de 
tous celui dont on pourrait parler avec le plus de sécurité. 
Les obscénités y sout rares et ou est plus ù Taise pour y 
louer le talent du conteur. II est à remarquer que cet 
épisode se rattache à l'action par un lien bi^n fragile. A 
peine les persounagen priucip^uix y sout-ils mentionnés 
une douzaine de fois. Ils disparaissent pour ainsi dire et 
tout rintérôt se concentre sur Trimalcbion et son entou- 
rage. Nous avons donc bien afTaire i un roman à tiroirs, 
dont ccrlainK tableaux peuvent se détacher et former un 
tout distinct*. 

Parmi les créations de Pélrono, il n'en est pas de plus 
connue que celle de ce légendaire Trimalcbion, ce turcaret 
latin, type achevé de rafTrancbi qui a fait fortune et qui 
étale avec une impudence naïve la maladresse do son faste 
et la grossièreté de son ignorance'. La descriplion du festiu 
donné par ce ridicule amphitryon nous ollVe une peinture 
de mœurs prise sur le vif. Nous pénétrons dans le moufle 



t. Lf uiuiiiiscrit do Truu coiniii«>n«!0 i\ coh motn: • I|imo nCHoit f|iiiil 
liubciit », c. 37, cl Huit par cciix-ci : • ox incoiuliu riiffiiiiiiH », c. 7S. 

2. Cent ce «{ito Honililfv iii(li<|iicr ralin*vittt<;ur liii-môiiic ; cor Ioh moU : 

• iil f*si i»x|M*i'liiUii lihoni* rcim* » huiiI iiiin gltmi* ; cl romino lo lormo 

• cxpocluUu » f*4l on foiilruftictidii éviilciito uvoc lu coiili*xlo, Jo cniJM 
qu'H fuiil lire : « iil est ox|Hi:»iliu lilionit l'ciiii* •• « Ici cumuionco la i1(*m* 
cripUoii il'iiii rt*pUH fort libre. • 

3. Cf. Frjfilhiiider, Peiron'i Cagimahl de$ Trêfntilcio. Deutiche 
HuHdMdiau, Juin IStN). M. FiicMlliinder vu pi'tH*lminenionl fuin* piiniUrc» 
une édiliun, avec iniduclion cl comme uluii'c, du /'enfin i/e TriMttl* 
chlon. 



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CHAPiTM paimiii. 

des aflhmchii et des geos du peuple. Nous écoutons leur 
curieux bavardage ; nous sommes initiés à leur existence 
quotidienne, h leurj pensées, à leur langage ; nous sur* 
prenons leurs locutions familières, leurs proverbes, leurs 
métaphores triviales mais expressives. Ces conversations 
di) tnble, uniques en leur genre dans la littérature latine, 
nous pn^sentent le plus intérestfant spécimen du sermopU" 
beiut. Avec un art délicat et discret, Pétrone nous a con* 
serve jusqu'à la physionomie do cette langue populaire de 
laGmndo-Gràce, bariolée do imtois, d'Iiellénismos, éirange 
pAlo-mélO| Jargon singulier et attacliant, où confusément 
s'iigitent les germes do notre idioniei où la plirase conrti*, 
claire, d'une construction siniplifléo, s'achemlnt! vers les 
tonrnuriM dt*M langues analytiques. 

Dans Tépisode qui suit le I«'cstin de Trimalchion, nous 
voyons outrer en scène un nouveau personnage, Ënmolpe, 
poète bafoué et insupportable. Digue compagnon d'Ën« 
culpe et d*Ascylte, il est mêlé à leurs répugnantes que- 
r«*lles et reçoit sa part des horions qui se distribuent dans 
Tauberge où le narrateur a transporté son action, L'in* 
tempérance de sa verve poéti(|ue éclate à tout propoi^; 
c*est lui qui récite lea pièces les plus longues insérées 
dans le Satiricon, entre autres le poème sur la Guerre civile. 

Nous retrouvons ensuite Encolpe et Giton embarqués 
avec Kuniolpe sur un vait'seau qui fait voile vers Ta- 
rente; mais un hasard funeste veut que les niatlres du 
navire, Li(*lias et Tryphèno, soient précisénuait les per- 
sonnes dont ils ont le plus u rodouter la vengeance. Après 
de vaines tentatives île fuite et de déguiseuicut, ils soiit 
reconnus i*t la gurrre va s'allumer sur le vaiseau. Mais, 
grAco II l'intervention d'Kuniolpo, une trêve ^e conclut, 
bientôt suivie d*uno réconciliation générale. 

I^endant les loisirs do la trav^raée, h* poète narre aux 
passagers riiisioire de la Matroim d'Éithhe, ce conte mile- 



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AMUMIUT OU tATIIIICOlt. 7 

tien d'une élégante ironie et d'une spirituelle brièveté, qui 
•era souvent imité au moyen Age, agréablement traduit 
par Saint- Évremond et rajeuni par La Fontaine '• 

Soudain une tempâte assaille le navire, un coup de vent 
jette Lichas à la mer. Les autres passagers sont sauvés ; 
mais ce n'est pas sans peine qu*on extrait de la cale ce 
vieux fou d'Eumoliie quis*y était réfugié et composait des 
vers, insoucieux du naufrage. (Cliap. 2G-llti.) 

Bien que la dernière partie du Satiricon se lie presque 
sans interruption à ce qui précède, on peut la considérer 
comme une ii*oisiènie section du roman, subdivihéeendeux 
épisodes princi|i:nix, la cliasse aux liériUiKes a Crotono et 
les aveuturrH galanies d*Knrolpo avei* (îircé. 

Nos liions entreprennent de faire fortune en exploitant 
Tavidilé des c^iptateui's de lehtanirnts; c'est A Crotoiie le 
seul moyen do s'enrichir. On combine toute une comédie. 
Eumolpe se fera passer pour un opulent propriétaire d'A« 
frique qui vient de perdre sou lils unique ; Ëncolpe et Giton 
seront ses esclaves. Tandis qu*ils gravissent la mon- 
tt'igne sur laquelle b'élèvc Crotone, le vieux métromane 
régale ses conix)agnons d'un long poème sur la guerro 
civile. 

La ruse ourdie par nos larrons réussit A souhait, et les 
Crotoniates prodiguent à Eumolpe des dons de toute sorte. 

De son côté, Ëncolpe, sous le nom de Poly.'enos, noue 
une intiîgue amoureuse avec une dame dç Crotone, Circé. 



I. On n*troiivo l'é |iiiviil«*iil iln co c<»ntn chez lfi*fiiii!oii)i iln poii|»tf)ii| 
clioz Wa caiiiiiiiH eiilro jiiHn^H. Cf. Aa Maironr du pttffi de Soung, pu* 
bliéf* par Mm*! niMiiUMit. (Coniti vhinoéM, Paris IK27, iii-18.) 

M. K. G.'i.Hi'liacli, Pie Trtutone Wdlwê (SdiUpinl, Ki«i'iii*r, IH77). 
a écrit la moiingnipliii* ilii ciHilmln lu Matrone c/'A'/'/irif (mom orif(iiii*(i, 
itcs iViiiivalriiis ilaiiH k*.4 aiitnvH lillt*raliir«'H). 

M. II. llff^iiior (CéU\\**viUtn «Ioh gniiiiU é«'rivain.H ilo la Vmwv, Aa 
Fontaine, l. VI) doiino aiinsi Ich orif^iiioH il«i rn eoiilo, piii» c*n énii- 
in6re toutos Wà vi'r.sion.<i ot loiiUvs \fs iinilatioiH JtiH«|irii lu n*iiiiiiiiM*oneo 
<lo M. Al|»liunir> Datulf*!, nu cliajiiln* \I ilc V immort et. 



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8 QNAPITIIB PMIIim. 

Dani 06 damier épisode te montre eurtout le PéUoao ga« 
lanti celui que iet éorivaint li^gers du xvii* •iède ont 
iiuild de préférencei Butty-Rabulin entre autres, et que 
Palissot a api)elé le Cribillon latin. Mais cette galanterie 
u*est le plus souvent que du libortinage. Après mainte 
mdsaventur6| Encolpe cliercho à désarmer le courroux de 
Prinpe qu'il a olTenëé. Car ou peut dire que le dieu de 
l^nipsiique est, de concert avecla Fortune, le deus ex ma* 
china do eu roman'. 

La lin des extraits nous rameue à Eumolpo, dont le 
crédit commence à baisser auprès des captateurs do teëla- 
menls. Le vieux poète imagine d'arrêter dans i^es dernières 
dispositions que ses légataires ne toucheront leur legs 
qu'à la condition de couper son cadavre en morceaux et de 
le manger on présence du peuple. Il les encourage en un 
discours d'une ironie réroce, et c'est sur ces farces funèbres 
que s'arrêtent les fragments conservés du Satiricon. (Chap. 
116.141.) 

Ce qu'il pouvait advenir ensuite des personnages, peu 
importe de le savoir en cotte narration au lien si lâche et 
Kuis apparente unité. Kncolpe échappait a tous les périls, 
puisque c'e^t lui-mémo qui nous raconte ses infortunes. 
Je suppose que le tiénouement avait lieu à Taronte où se 
rendaient nos aventuriers ainsi queTryphène. 

Le gnunnmirien Fabius Fiilgentius Planciades parle 
(Fragment VI, Uueclieler)d'uneAlbuciaqui ligure dans Pé- 
trone, et qui est donnée conmie un exemple de la crainte 
que la satii*e inspire aux femmes. 11 ue nous parait pas 



t. Voir, Miir U^ n^lo ilo Priiipi* «Iiiih !•* Satiricon ol Mur la compusition 
do co ruiiiiiii, un intérosiuiiil iirlirli* du M. Klimar Klebs {Pftitotogtii, 
li'eue F9i$e, KritU^r lliind. (ttiuiiigon, 1889, p. Oi'S 6i[. xxxi. Zur Com* 
position i^n PetroHiut Saiirœ.) 
Malgré ipiolipies (*xiigéruliuiis, l'aulciir me somblc avoir suisti lo fll 
il d(!Viiil lior los diirôroiileM imrtion tlii rumun cl cluiromont indiqué 
iléu |Niro«liipic do ru'iivn*, bi«*n coururmo uu tour d'esprit do Pétrone. 



fiui 
riilt 



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AHOUMBNT du tATIRICON. 

néeaitaire d'imagineri comme beaucoup Tout faili un 
second roman de Pétronoi dont Albucia sérail Vbérolne. 
Ne pouvait-elle pas trouver place dans un des épisodes de 
ce vaste roman a tiroirs * ? 

J'en dirai autant de <*et Euscios, avocat, que nomme 
Fulgentius (Fragment VIII, Bueclieler). Co serait aller 
bien loin que d'induire d'une phrase peut-être altérée, chez 
un écrivain d'ailleurs suspect, l'existonce d'un roman on* 
tier sur Ëui^cios. 

La même observation s'applique à plus forte raison à 
TEndymion que mentionne VApfMjraphwn Uidetise en tâto 
du cliapitre 132. Rien ne nous oliligo même à croiro qu'il 
s'agisse ici d*un personnage distinct. Le mot Eiidymion peut 
être employé comme un simple qualilicalir*. 

A la suite du Satiricon, M. Bueciielor a placé un certain 
nombre de fragmt^nts et de pièces de vei*s que les écrivains 
anciens ou les anthologies donnent connue étant do l^étrono. 
L'édition do 18G2 on contenait 53 qui ont été réduits à 30 
dans la ti*oisiemo édition. D'autre part, M. Krohn' reven- 
dique pour Pétrone quelques-unes des pièces que M. Bue* 
cheler lui a retirées. On trouvera à la Un de co travail (Ap- 
pendice 1) Tanalyso de ces pièces et notre sentiment sur 
le plus ou moins de vraisemblance qu'il y a à les attribuer 
à Pétrone. Mais, dans l'étude particulière que nous avons 
entreprise, nous ne nous appuierons que sur colles do ces 
pièces qui ne sont pas sériousoment contestées â notre 
auteur. 



I. • (Ipiiior Alliiiliiiiii tii'iMo iiuaiii df riMiiiiiis, (|iiiih in Sntyni pro* 
iliixoril Prlroniiis. • (l^iflhùyraphé ceteres, M§lhologieoH ynigcHUi,^ 
Nolo dii l'édîtiun do Tliuinu» Miiiickoroii. AiiiHlrrduin, J(*uii d(} Bunio- 
ren, IC81.) 

1. Cf. Juvéïml, Sut. X, V. 3IS. — A|niléi«. Met., I, VI. • Hic l'ut, «oror 
Punlhia, l'iirii» Eiidyiiiion. t 

3. Krohn, Ile Anthohgiw ta/ ente carmitiittUM, qutv iutt PetroHii no- 
mine JtrunlHt, llaln* 8a\onum, 1SS7. 



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10 QRANTM niBIIIBII. 

Après ea rtpida coup d'œil jeté sur la Sailrican, nous 
voudrions essayer d'indiquer avec précision le caractère 
de celte (Buvroi de la définir, de voir s'il est possible de 
la faire rentrer dans une classe déterminée d'écrits. Cette 
étude doit nous aider à comprendre les intentions de 
Pétrone quand il semble moraliser, quand il insère dans 
son Satiricon des jugements liltémires, quand il imilei 
parodie, ou semble parodier certains écrivains. 

Longtemps on a considéré le Satiricon, soit comme une 
satire générale des mœurs du temps visant toute une 
société sans désigner aucun iudividu ou ne procédant que 
par voie d'alhuion, soit comme une satire personnellei un 
jmmphlet violent contre Néron et sa cour. Cette dernière 
opinion a été jusqu'à ce siècle la plus accréditée et a 
compté jusqu'à nos jours quelques partisans. 

Un texte Tameux de Tacite semblait ronrnirdcs preuves 
i Tappui de cette hypolbèse. Il est dit au livre XVI des 
Annales, chap. 18, qu'un certain C. Petronius fut long- 
temps le favori de Néi*on et donna le ton a la cour, où il 
était considéré comme l'arbitre du lion goAt, arbiter cle- 
gantix ;ifuiê il fut incriminé près de l'empereur parTigel- 
lin, jaloux d'un rtval plus babile que lui dans la science 
des voluptés. Pétrone s'ouvrit les veines, mais avant de 
mourir, « trara souilles noms ' de jeunos impudiques et de 
femmes pe^lues, le récit des débaucbes du prince, avec 
leurs plus monstrueuses recbercbes, et lui envoya cet 
écrit cacbeté ' ». 

V. Rilter a établi' par une solide argumentation que le 



1. (lu pliiltU: ntreteM momu don Joiin*'!» im|m(li<|iio.4... V. |>. 333. 

2. • N<* nMlii'illiM (|iiiil«*in, (|iiod |»l<«ri(pio ponMiiiUum, Noniiiom aut 
TiKHliniim nul «iiumii iiliiiiii |H»(oiiliiiin uiliilutiis c^tt; ho«I flitgitm 
priiiri|iii«, hiiIi noiiiinihiiH oxuloiuniiii roiiiiimriiiuipi«\ ol nuvituloiu 
ri^iiH|iio Hlii|iri |iorHi*ri|mil, iil|UO uiHi((iiuUi iiiinil Nonmi. ■ 

a. HhrittiêchrM .UuHnm, ISU. ZwiSlor Jahivung. Zitei IVtrkê éa 
S^etrottéM Arbttrr, 



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CABACTftlIB DB L*€IUVIIB. 11 

roman que notii potsédoni n'est pas l'écrit relatant les 
flaffiUa principitf et que ce libellw, envoyé par P^^trone à 
Néron avant de mourir^ n'est pas, comme Ta supposé 
Studer \ un fragment de son Satiricon qu'il en aurait dé- 
taché. Le Satiricon est pour Ritter une œuvre composée par 
Péti*one au temps de sa faveur, peut-ôtre pour amuser 
Néron et sa cour *• 

Que le Pélrone de Tacite soit ou non Tauteur du Sati' 
ricoHf il est constant que l'œuvre etst uu roman et non un 
pamphlet. 

L'hislorique de l'inlerprétalion contraire serait curieux 
a faire ot a été fait en partie '• Nous ne nous attarderons 
donc pas a rechei'cher toutes les clefs plus ou moins bizarres 
que Ton a proposées pour leSatiricon\ Prenons simple- 
ment connue type do ces invraisemblables applicalious 
celles que Nodot a reproduites ou inventées*. 

Suivant lui, sous le nom d'Agauiemnon, Pétrone a 
prétendu désigner Sénèque. Circé, « dame de Grotono », 
serait Silia, dame romaine. Œnolhée, la prrtrosne de 
Priape, et la sorcière Prosélénos fout voir combien Néron 
était adonné aux superstitions. Sous le nom d'iiumolpe, 
l'auteur peint Néron niétromanc. 

« Il est nécessaire de remai*qucr qu'il n'a voulu don- 



1. BheiMiMrhtê Muneam, ISI.1. 

?. Cetlo idée a élc ri'pri.^i? par M.(f. liolnsiiT duiiH ro/i/>o«///oii fON« 
ie» CtMarM : L'n roman #/*? i#ia*M/*f mohê Arron. 

3. V, Pétn'<|iiin, op. c«7. — Sliidcr, op. cif, — Ilcck, The âge (^ 
PéiroMhii Arbitcr. ili\nihrU\^i\ Mussiioliiisi^lls {|8;»li», p. 16 »*•(. 

4. Ou 11 él<; jiis<|uïi truiivrr diinn et*, ruitiiin dcH allusions un cliris- 
tiaiiisiiif». KuiiKilpo, duiiM miii t«*;iUimiïiil, ordoiiiio «pio m*H liérititTM 
iniinK**iil .HOU rorpH roupô <*u uiurcMMiux, rli. ht : « Si corpun ukmuu 
ïu parles cuncidoriul, rt ad.stauU* pupulo iMMu<*df>rint. ■ (!fTtain coin* 
mcnlaliMir, au i-uppurl di* Studer {op. cit,)^ a iuiaKiiu'; «(uo rKucliurii»- 
tie «'sl viH<*i> par cch inol^. 

5. l'étroite UifiH et FraH^oii. Aui<»l<*rdaiu, lmI. d(* I7:K> (la 1^ éd. 
est do 1G0:1), p. xi.i h<|. Cloruu laide alpIiali/'lifpK' rontcuant Io.h pria* 
cipaux persouuages de cette siiliro. 



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12 QHAPiTM pmmu. 

ner à Néron auitun pertonnoge qui lui cooTiennean géné« 
rati aOn de laisser i son esprit la liberté de représenter en 
particulier les dilTérents caractères de ce princOi chacun 
dans son ridicule paniculieri sous difTérenis noms dont 
les principaux sont TrimalcioUi Ëuuiolpe et Poiysenos. • 
(P. xtv.) 

Kst-ce asses clair? Ainsi Néron, le jeune et brillant 
Néroui est Hguré par trois personnages, un homme plus 
que mAr, un vieillard et un jeune homme. Qui ne le 
roconnatlrait du premier coup? Cette satire à doses 
homéopathiques devient tout i Tait hiolTensive. 

Poui*sulvons. Si quelqu'un adA, dans ce pamphlet, être 
cruollement Uécliiré| c*est ce Tigellin, Tauteur de la dis- 
gi*ftco de Pétrone, son rival auprès de l'empereur. Or, 
selon Nodot, Tigellin, c'est Norbanus, qui est nommé en 
paiisnit, et dans les termes les phis insignifiants, aux 
chapitres 45 et 4G. Dans Portunata, il reconnaît Acte. 

Mais n'insistons pas sur une réfutation trop aisée, dont 
nombre de critiques se sont chargeas dès le xvr siècle \ 
On a surabondamment démontré combien il est puéril do 
chercher sous le masque des héros do Pétrane les flgures 
de Néron, de ses courtisanes, de ses compagnons de dé- 
bauche '• Quelle inutile ingéniosité a été ilépenséo à ce 
sujet! Il n'est [mis jusqu'aux détails les pins indillérents 
qui n'aient été détournés do leur sens par les commeu- 
tsileurs et où, sous Tobsession du texte do Tacite, on n'ait 
découvert une allusion satirique. On lit, par exemple, au 
chapitre :^U (description dos fresques qui ornent le palais 

I. Voir, ontrt* niilrnji, Ailrion iln Viiloi«, Suliit-livrcmoiid. Yultuirc, 
i|iii érril : « Il y a pliK loin d*i Triiiialrliiun ii Néniii «iiio do Gilles à 
Loui.H XIV. ■ Y. uiisjii La llurpe, do Guorlo {Hecherche» Mcrptiqueê 
sur PéfroHêl 

). Un tradiirioiir iiiliUile satin liésilor son Pétrone : lUiloire necreUe 
de KéroH, 9h ie k*esUn de Trimairion (traduit avec doi nutos liislo* 
riqiiOA imr Lavaur, uvoc li^ toxto. 2 tuinoë in-12. Paris, 17*20). 



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CAftACTftlIB Dl L'OiUVlIB. 18 

de Triinalohion)| 1. 26 : Ip$ê Trimalchio eapittaîui eadueeum 
Unebaî Xineroaque dueerUe, liomam intrabai. Pour qui sait 
que Trimalchion s'est enrichi par le commercei rien de 
plus transparent que cette allégorie : il entre à Rome en 
Mercure (dieu du négoce)| conduit par Minerve, déesse 
de rintelligence et do Tindiistrie. Mais Burmann, qui a 
lu dans V Apokolokyntose (Chap. 3) au sujet do Claude : 
Mereurhis, fini semper ejus iiujenio delectatus esset, voit ici 
une critique (laquelle?) à Tadresse de Claude \ 

Quant à Minerve, liourdelot nous répond : Péti*one 
Fonge sans aucun doute & ce sénalus-coubulte dont parle 
Tacite, Ann., XIV, 12 : i//.... nnrenm Minrnw simnlaci-nm 
in euriaf et juxtn principis imayo xlaiucrrntnr. On se 
demande ce que de somMableb tmits ponvnnt avoir de 
plaisant. Quelle satire pou caraclprisée que celle qui s'ap* 
lilique, au gré des scoliastes, à Chuidc nussi bien ou plu- 
tôt aussi mal qu'à Néron! Quelle invraisiinldiiuce n'y a- 
t-il pas à supposer tant de détours, de circonlocutions, do 
déguisements, do précautions oratoires, dans un pamphlet 
in extremis dout Tauteur, sAr de la morl, n*a plus rien & 
ménager ! 

Mais, même dans l'esprit de ceux qui se refusent à voir 
dans le Satiricon le tihcUns dont parle Tacite, il est reslé 
un préjugé et par suite une tendance à cliorch(*r dans 
l'œuviv des allusions satiriques. Ainsi Ton vent que le 
roman, composé cctt<* fois par Pétrone pourdivertir Néron 
aux dépens des afl'ranchis scandalensonient riches et sots 
comme Trimalchion, contienne des milleries & l'adresse 
de Lucain, parodié dans le De bcllo cicili, do Sénèque, éga- 
lement ridiculisé dans, son style. Nous ant*ons à examiner 
le cas qu'il faut faire de ce.s hyiiothêses. 



I. Puiiniiiui pan îi l'adnvsHO di* Caligiila iltiiil Ptiiloit ilit : 

r^t«Cii«$ fifi{ ré(«v, |l. 1003, TumÙliOt t^fl. tlo If 10.) 



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14 CHAPITH PMIIIIII. 

Pour rinitanti oublioni ea nom de Petroniut Arhitari 
oublioni la pagt de Tacite et Tépoque de Néroni à laquelle 
on rattache d'ordinaire la composiiton du SaUricmi, et ne 
considéroiie que l'œuvre en elle-mdme. On peut alRrmer 
que ce récit des infortunes d'EncolpOi cette libertine 
épopée des Jeux de la Fortune et île Priape, n'a en nul endroit 
]*apparence d'une satire quelque peu véhémente et pas- 
sionnée. Quand on a lu et relu à plusieurs reprises le Sati- 
rieon, on demeure frappé au contraire de ce qu'il y a là 
dans la peinture des ma*urs do général et d'impert»onuel. 
Pas un travers, pas une coutume, pas un ridicule qui 
semble réellement dater. Ces mœurs sont celles de l'em- 
pire depuis Auguste jusqu'à Alexandre-Sévère. Il n'y a 
pas trace d'allusion politique'. Les noms propres sont 
choisis à dessein imrmi les plus répandus. (V. Tappon- 
dlcelP.) 

Mais ce qui prévaut encori'i c'est l'impression d'en- 
semble que nous laisse cette a)uvi*e. Le ton no cesse pas 
d'être enjoué et llnament ironique. L'auteur esl un rail- 
leur qui s'amuse des travers des honmies ; mais sa rail- 
lerie est galoi sans amertume. Pas un instant il ne s'in- 
digne ; on sent qu'il ne songe qu'à nous divertir. Avec une 
l.'Onne humeur qui ne se dément pas, il étale son inuno- 
ralité sereinoi son épicurisme narquois. Nulle alpreté. 
Rien qui ressemble à do haineuses personnalités. 

Une prévention obstinée a seule pu découvrir tout un 
pamphlet dans le roman d'aventures que nous a raconté 
Pétrone avec la plus tranquille ironiOi nans laisser appa- 



t. Ainsi Pélroiio no prôto h l'alTninclii Trlmalclilon aucune in- 
fluonco |iuliUi|uo. On no poul itunKcr un innianl h NiircisMO ou & 
Pallai. 

2. 8*il y avait dani Tiuuvro une intontiun Milirif|ii«*, lo liou ilo la 
scrno mmiil Uomo ; or colto villn n'ont Udunni^i* >|u'ini'.'tlonnnunt, 
clinp. 29, m, 70, 71, 70, ot dun* le puènio iJe ùeito rieiii. 



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CAllAGTftlIB DB L^OtOmi. 15 

ratire ce moique las auteurs de satlree véritablee ne cachent 
pat d*otdhmire avec tant de soin, qui s'indignei dt^clamoi 
maudit, tempdte dans les vers emportés et tumultueux do 
Juvénal et de Victor Hugo. I^ célèbre page de Tacite a 
réellement hypnotisé les commentiUeurs. Le Satiricon a 
été sollicité, torturé en tout sens, pour qu'il portât témoi* 
gnage contre Néron et son entourage. 

Ne changeons pas une ligne à cet ouvrage et imaginons 
qu'un des auteurs de Vllisioire Auguste ait parlé d'un 
Petrouius Arbiter ay<int <*crit sons Hadrien un pamphlet 
contre ce prince. Tout un chœur de critiques s'écriemit que 
le Satiricon est ce iiamphlol. Los allusions seraient incon* 
tinent signalées et percées à jour. Puisqu'on est bien par* 
venu h reconnaître Néron dans le grotesque Trimalchion, 
Iladrieiiy l'empereur errant et sceptique, aurait pu, avec 
autant do vriiseniblance, s'incarner dans lo vagabond 
Kncolpe, et il eAt été tout naturel de ilélrir en Gilon lo 
trop fameux Antinous. Avec lléliogabalo, les applications 
eussent été plus faciles encon! à trouver. 

Le Satiricon n'est pas non plus une satire génth*alo a la 
manièred'lloraco' et dans le sensoii l'entend l'inscription 
trouvée par Claude Binet sur nu vieux manuHcrit de Pé- 
trone*: 

PctrotiiearmeH dîvtno jfondere currit 
Qtto JttvenuM moreti aiyuit utque êenum. 

Non, la composition que nous étudions rentrerait malai* 
sèment dans ce genre littéraire à qui l'on attribue pour 
objet, selon les déflnitions classiques, « la censure des 



I. (roHt ainsi f|uo lu coruclôritfoiil lc« duiix Vuluis fît hion d*auircB. 

1. • Kpigniinnitt Jiilii cuiutMJuai quod lioniat in Vulicana blbliu- 
Uioca cuni Poirunii frogaionto duifcriiitum ïo^\. » liiauius» p. 118. 
Iluccliolor. 



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16 CHANTAI PMlim. 

vioeti dei puiiont dérégléei, dei soUitei et ridicules dee 
hommee »• Quelque bonne volonté qu'on puisse y mettre, 
on ne parviendra Jamais i voir dans Pétrone le satirique 
moraliste^ le justicier qui c marque comme d'un i^tigmate 
indélébile el dénonce à la haine et au mépiis de la pos- 
térité les turpitudes d'une HOciiHé corronipuO| ou les dé- 
bauchei des grands que leur puissance défend des insultes 
du présent •• Le plaisant et gouailleur historiographe 
d'Kncolpo n'est pas de ceux qui : 

Vetigtnt rhuiuble vertu de U ricbeito alticro 
Kt riiouuûtu lioiiimu à piotl du faquiu on litière. 

I4i préoccuihitiou morale est à pou près absente de son 
œuvre; il n'a songé qu'à faire un roman amusant et fort 
libre, varié par de nombreux épisodes, d'une intrigue très 
lAche, ndmcatant de nombreux ornements poétiques, tous 
les tons et tous les stylos. 

Ce que nous pouvons entrevoir, par les fragments con* 
servies, dos parties do l'œuvre qui sont perdîtes, nous per- 
met do dire que la matiài*e en était identique et traitée 
dans le mémo esprit. 

Knrolpoaété gladiateur (Gliap. 0, 1. 32); il s'est échappé 
de l'arène, grAre peut-être à un tremblement de terre; il 
s'est soustrait & un jugement. (Le romancier nous décri- 
vait sans doute l'existence des gladi.i tours, nous faisait 
assister aux jeux du cirque, nous offrait la parodie d'un 
procès.) Ifncoliie a tué son hôte Lycurguo et a pillé sa villa. 
(Cliap. 81, 1. 11; 117, 1. 10.) A son actif il a d'autres lar- 
cins, le vol du vêtement de Quartilla (Chap. 12, 1. 33), le 
pillage de la maison do eampa^ne et du navire de l^ichas 
(Cliap. 113, 1. 14); il a dérobé dann un temple d*Isis la 
robe sacrée et le sistre de la déesse. (Chap. 114, 1. U.) 
Séducteur de la femme do Liclias (Chap. 113, 1. 14), il 
a été pendant longtemps l'amant d'une certaine Doris. 



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Googte 



cabactIbiib db l'oeuvab. 17 

(Gbap. 126, L 8.) AutanI de scènes qui othrent beaucoup 
d'analogies avec celles qui sont décrites dans le Satiricon 
actueli quoiqu'il semble que la peinture des mœurs ait dft 
y tenir moins de place et l'action y être menée avec plus 
de vivacité. 

Ascyite, complice d'Encolpe dans la plupart des méfaits 
précités, mérite l'exil et le reconnaît. (Chap. 81 , 1. 14.) 
Il a été csrlave ainsi que Giton, et rien n'empêche d*arl« 
mettre que les premiers livres contenaient quelque épisode 
nous introduisant dans l'ergastiile. 

Nous no savons rien du rôle qui pouvait être joué dans 
les autres livres du Satiricon par Agamcninon et par 
Euniolpe. Ils ne nous sont prét^cntés que sous leurs traits 
les plus généraux do rhéteur et de poète riiliculo, écorni* 
fleurs et parasites, riches de tous les vicen. 

Sans nous perdre dans d'aventureuses hypothèses, nous 
pouvons cependaiit| d'ciprès ces quelques indications, con* 
dure que le reste de l'œuvre rcsseaiblait à ce que les 
manuscrits nous en ont conservé. D'un bout à Tautre, 
c'était l'histoire humoristique d*uno bande de coquins et 
de débauchés. 

L'auteur m^dait à son récit des pièces de poésie, dos 
généralités morales et déclamatoires d'une intention le 
plus souvent ironique. Il y faisait Hgurer comme com- 
pares les types los plus connus de la satire et de la co* 
médie. De même que nous trouvons dans les fragments du 
Satiricon le poète intempérant et vaniteux, et le captateur 
de testaments, peut-être rencontrait-on ailleui*s le parasite, 
le miles gloriosus, le Groc oincieux et intrigant'. 

I. n y a clii'z IV'd'uiin i|ui*liiiif*.4 triiUHf|iii vUoiit |r> tîrtirufuê. Aiiini 
COH (Iniiii-Orocs ou élrniigiT.-* do la CirMu\0'^,rvrti fM^iiiciil ili» mi! iIuii- 
nor un oir de culluro latino. Triimilcliion dit UHiiip. .V), I. 'iS; : • iUuiuv» 
dos... uiidui... Alolliiiiifim riii'<*ri\ ot rlioriinloii uiouui Junni LnUun 
ranUiro. > — Juvt'nal tvra du Oroc In niuUi'n! d'un long dùvclopponiiMil 
de la itaUro III, v. 58 sr|. 

CRiTiqi'a littAiiaiiiii. t 



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18 CHAFITRB PMIIIBR. 

L'œovro que noui étudions est doAc pour le fond un 
simple roman. 811 pouvait subsister encore des doutes i 
cet égard| ils seraieiU levée par un des rares textes qui dé- 
signent expressément notre Pétrone, je veux parler du 
texte de Macrolie' qu'on Ut d(ins le Commentaire iur le Songe 
ileSciphn, I, 117. 

Parlnnl de ceux qui critiquent Temploi des fables et 
des mythes dans les ouvrages philosophiques (mythe d'Er, 
fils d*AnnenloSy le Songe de S(*.ipion)| Testiinable compila- 
teur ajoute ' : c La philosophie ne repousse pas toutes les 
fabloK, mais elle ne lc*s accueille pas toutes. Aussi, pour 
discerner celles qu'elle rejette loin d'elle et qu'elle exclut 
comme profanes du vestibule mi^mo de ses dibcussions 
sacrées et cellei» dont elle aime â faire uu Fréquent usage, 
il nous faut les diviser et les classer en diverses caté- 
gories. 

c I^es fables, dont le nom même indique qu'elles ont pour 
domaine la fiction, cherclicut à plaire, soit uuiquement 
pour eharmer nos oreill(*s, soit pour nous exhorter en 
mémo temps à la vertu. A ce gunrt! appartiennent les 
comédies, telles qu'en ont donné à la sceue Ménaudre et 
ses imitateurs, ainsi que ces i*écits remplis des aventures 
imaginaires de héros amoureux. Pétrone s'est beaucoup 



t. Macrubius TliooilosiiiH, lin ilu iv« sièclo et commencement du v*. 

2. • Noc oninibuf TabuIlH iiliiluKopItia ropugnat noc umnibu» ailriuics* 
4«it ; et, ut l^cilo Aocomi poMsit, t{\m ox liis ab »c abtiicet qc velut 
pninuiA ab IpiHi voHtibulo Micnr diftpulaUonU cxchidiit, qnir vcro 
ntinm K<i*po ttc libonior admilliil, divisionum grndibuH cxplicnndum 
f*iit. Fiibuiiu «pmrum mimon indirnt fiilsi pnirossiunf^m, nul liintuni 
roncilinndii* auribuH voInploti.H nut odliorlatiuniH quuquo in bonnm 
rhigcm Kraiia ropcrtjp Kunt. Auditum mulconl, vclut coniaMlia*, qualos 
Mcnandcr rjuiivo imitaton>fl ofrondafl dodcnmi, vd • nr^^nmonlu flctiii 
« casibus amalonim rcforlii, quibus vol niullum sn Arbilcr oxcrcuii 

• vol Apuloium noiinunquam IusI.hm^ miramur •. Cjuintilion, II, 4. '^ 
oppoAo : • ArKumonium ■» quod rulsum Hod veru Kimllo comiiMlhit 

• flngunt •, Il • nibula t quat versntui* in troh'u'diiM otipio cunninibuji. 
ii«in a vcritato modo scd ctiom a forma voritatis rcmula. t 



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CABACTillB DB l'cBUVAB. 19 

exercé dane ce genre où nous Toyonf | non eane surprisOi 
qu'Apulée s'est quelquefois amusé. » 

De ce texte important et clair il ressort qu'Arbiter est 
considéré par Macrobe comme le principal représentant 
d'un genre, le roman. De même que Ménnndre est le type 
des poùtes comiques, Pétrone est le romancier par cxcel* 
lence, muUum se exercuit» Apulée n'a composé des romans 
qu'exceptionnellement. Macrobe, qui a pour lui beaucoup 
de respect, s'étonne presque qu'il se soit laissé aller à ces 
jeux frivoles, tel Ajntleium nonnuiiqvam hisisse mivamur. 
Dans un autre passage (5(i/unia/<!f, Vil, 3, 23) Macrobe met 
en bonne compagnie Tauteur do VAnc d'or et dos Fhrides : 
Qtiod geuvs {sconimalvm) veines ila Ivdicrum von jnUaruut 
vl et Arlsioieles de ipsis aliqua ctnscripserit et PliUarchus et 
vester Apuleius. Le texte allégué plus liaut semble l'ex- 
cuser d'avoir suivi les traces d'Arbiter qui eët un modèle 
moins rccommaudablc, et dont ce fut le métier de faire 
des romans. Il faut avouer que ces mots : undlum se exer* 
cuit couvieuueut nh^cz n)al au C. Pctrouius de Tacite. 
Eût-il été de la dignité d'un proconsul de Uithyuio dn 
composer beaucoup do romans? Sa molIesHo (ifjuaria) se 
fiU-elle arconnnodéc do ce travail? Tacite, on mention- 
nant le Ubcllus envoyé à Néron, eiU-il négligé d'indiquer 
d'un mot cotte fi'conde activité du i*oniauciei*? 

Le Satiricon est donc défini par Macrobe un simple ro- 
' lit pour tlivertir, sans aucune arrièro-pensée morale, 

conciliandœ auribus voluplatis. 

autres textes qui, en très petit nombre, parlent de 

e, ne sont pas en formel désaccord avec cette déQ- 
Le dernier des vers de Sidoine Apollinaire, 

XXIII: 

JlrtletipotUiaco parem Priapo*, 

olloApuntinciis t rappelle lo culto do Priapo h Lamp^affiio, sur 
d de nioUo.Hpont. . . 



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90 CNAPITRB MBIIIBII. 

peat être tmdoU tinii : 

Toi qui M 4U à Ift hautear da Priapo de l'HelItipoiil. 

C'eit-i-dlrei ti ce n*est pas li forcer un peu le senfi toi 
qui| dans tes romans priapiques latinS| as égalé les œuvres 
grecques de même nature. 

Quand Terentianiis Maurus appliquai Pétrone Tépithète 
disertus, ce terme caractérise justement l'élégance aisée 
du romancier. 

Sans doute Jonnnes Lydus*, De magistratibus, 1, 41, pla- 
çant Pc^^rone après Turnus et Juvénal, le compte au nom- 
bre des satiriques. Mais Terreur d'interprétatioui si com- 
mune chex les modernes, qui a fait méconnaître le vrai 
caractère du Satiricon, a bien pu se pi*oduire dès Tanti- 
quitta 

L'œuvre dont nous nous occupons est un roman, mais 
qui se présente à nous sous une forme inattendue, un ro- 
man coulé dans le moule de la satire Mènippie. 

La grande originalité de Pétrone nous paraît consister 
en elTet à avoir emprunté le caflre de l'ancienne Mènippie 
pour y faire entrer un genre nouveau. L'élasticité de ce 
cadre va se prêter i une grande liberté de composition. 
La Uénippée admet le mélange des termes nobles et du 
langage populaire, de la prose et de la poésie. Elle auto- 
rise rimitntion de beaucoup de styles divers. 

C'est sous ce déguisement de la Ménippée que va s'in- 
troduire le roman latin. Il conservera de la satire le goAt 
des généralités morales*. Il tirera du mime qui peint la 



t. VI» mIi'cIo. 

3. M. Diiocliclor, pn^fuco do rédition do ISG2. Sourcos laUnoH. p. tO. 
• Pélfuno n poiir modMos chez los llomains, non foulemcnt la 3té» 
9ifppée do Varrun, mais encoro ceux |ui ont oxcollé dans l'autro gcnro 
do MUm. • Cr. Pctont, aeichédtfe Home, t. 111 (I8S1), p. 355. • ...La 
Mtin? do Pétrono .... ohI la mitiro Ménippée, cette furmo do poésio 



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CARACTftlIB DB L*€IUV1IB. 21 

Tie da meno peuple quelques scènes el quelques incidents. 
Tout cela trouvera place dans un récit i tiroirs, presque 
sans intriguCi et il en résultera une œuvre singulière au 
premier abord, qui n'olTre d'analogie complète avec aucun 
des écrits similaires qui nous sont parvenus, mais qui 
s'explique cependant et se classe quand on Ta déflnio: 
€ un roman sous forme de UénippCe. » 

Cherchons les ressemblances etlesdifTérencesquenous 
oiTre le Satiricon avec ce qui nous a été conservé des Jfé- 
nippies d'un côté, et de rautre avec Tunique exemplaire 
du roman lalin qui nous soit parvenu en dehors do celui-ci, 
je veux dire : VAne iVor d'Apulée. Cetlo comparaison, par 
les rapports qu'elle nous mettra à même de saisir entre 
l'ouvrage do Pétrone et les deux catégories d'écrits de la 
nature desquels il participe, nous aidera à en préciser le 
caractère particulier. 

Le nom de Varron n'est pranoncé nulle part dans le 
Satiricon, tel que nous l'avons, et il nous est impossible, 
avec les fragments très mutilés que nous possédons des 
Minippées, de déterminer ce que Pétrone a pu leur devoir. 
Il n'en est pas moins très vraisemblable et presque cer- 
tain que notre auteur les avait lues. Aurait-il ignoré celui 
qui était, à Rome, le créateur et l'ancêtre de cette JVé- 
nippée, destinée à devenir, de didactique qu'elle était à 
l'origine, tour & tour politique avec Sénèque et romanes- 
que avec Pétrone? 

C'est depuis Varron qu'existait à Romo le cadre de la 
ilénippie. Avant lui, il y avait dans la littérature latine 
deux genres de satire, c La plus ancienne était celle 



tK'» libfo, r|ui ne ho lui^so rcsAorror par aucune barriiTo, m<*;lc la prose 
et la puéiiie, et Mute très arbitmiremeut d'un Hi^et & un autre. » 

Hitler, HheiHitcheu Mmeum, 18t3, avait dit aussi : • Pour la furaiCt 
Pétrone imite les Stilutœ do Varron, mais» il n'a rien pu prendre à 
Varron pour les aveulurcs do ses héros. > 



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29 CRAFITRB pniyiBR. 

d*Bnniu8| dint laquelle les dlvereet espèces de vers étaient 
libremenl mâlées. Sous une forme asses vive sans doutei 
et avec des ven enflammii, elle était morale et contenait 
des principes généraux pour la conduite de la viOi égayés 
de temps en temps par des apologues, ou relevés par des 
allégories (fable de l'alouette et ses petits ; allégorie du 
eomliot de la Yio avec la Mort). L'autre satii*e avait été 
c*réé(« par Lucilius. Gelui-li\, esprit liarili et vigoureux, 
tromtportant à Rome la liberté do la vieille comédie atlié* 
niennOi avait remplacé les leçons gtinérales de morale par 
d'amàres personnalités. Il prit à partie le peuple entier 
par tribus et les plus grands personnages en les désignant 
par leur nom * ; et il les raillait avec tant d'emportement 
que Jn vénal * compare srs vers au glaive qui glace le 
cœur des coupables do son éclat menaçant'. » 

Do CCS deux satiresi c'est la première que Varrou a 
imitée. « Mais il n'inventa que cornue inventaient d'ordi- 
naire les Romains, c'est-à-dira en s'aidant dos Grecs, et 
no clicrclm pas à le cacher, puisque, au dire d'Aulu-Gelle 
(AT. A.f II, 18), il appelait ses satires Ménippées. 

€ Il Ut une combinaison nouvelle, celle de la satire d'En- 
iiius et des dialogues du cynique Ménippe de Oadara. 
' € Le carnctero est^ontiel de la satire de Varronest qu'elle 
se compose d'un mélange de prose et de vei*s ; c'est par là 
qu'il HO distinguait d'Ennius qui n'avait osé môlcr entre 
elles quo les dill'érenlcs espèces do màti*e8^. • 



I. Ilurnct*, Sttf,, II, I, 70. 
). Jii\i^iiiil, Sat., I, V. IC»5. 

3. (t. lloi<^or. f.tnde Mur M. T, VarroH, p. CI u G3. 

4. Lo iiiélttiik'f* (1(* la pruAO cl don veri oxistuil-il iléjit cboz Ménippe? 
I>» Avis Hoiil piirla^ÔA Miir co point. Toiiti'IuU, un inclino h ponMr 
quo Xli^iippo nviiit itilnxliiit cIom vor.4 dAiis so:i clhilogucA. C'est Topi- 
uion (II* Hioso. (M, Trrenfii Varromêê ioturafum Menippemrum reié' 
f s/ir, receHMUit A, Hint, Loipzifr, TtMiliiior, 184m.) 

OmI aiishi celle (lo M. Th. II. Mnrlin. (Préfaco do la traihicllon da 



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CARACTfcllB DB l'CBUVRB. 23 

Ce mélange de prose et de yen, où d^ailleurs la prose 
tient beaucoup plus de place que les versy voilà ce que 
Pétrone paraît devoir à Varron. A prendre le fond des 
deux œuvresi il n'y a pas de rapprochement possible. Pé* 
trône écrit un roman ; Vurron voulait attirer Tatteiition 
des Romains sur les études philosophiques. Pour piquer 
la curiosilé de ses conteniporatnS| il appelle h son aide les 
ressources de la satire et de la poésie. Il raille tout eu 
instruisant. 11 cherche en un mot à fuir toute apparence 
didartiquci et à c déguiser la sévérité du fond sous les 
agréments de la forme' ». 

Aucun dos titres des Mhnppéci ne rappelle un nom ou 
tme situation analogue chez Pétrone. La forme du dialogue, 
dont Varron use souvent, n*exibte pas dans leSatiriam, On 
n'y retrouve pas davantage les prologues, ni l'emploi des 
autres procédés dramatiques, non plus que l'érudition qui 
s'éuilait dans les Uénippêes. Car Vari*on parlait non seule* 
ment de la philosophie, mais de Tasti^onumio, do la méde* 
cin0| de la musique, etc. 

Sur quelques points repondant Pétrone a pu se souvenir 
de Varron ou se i*encoiitrer avec lui. Les génémlités mo* 
raies sont comnumes à l'un et à l'autre écrivain (attaques 
contre les vices du temps, les exrës de la table, etc.). 
Mais tous les satiriques ont des thèmes do ce genre. L'un 
et l'autre ont certaines descriptions légères et gracieuses 
(cf. Paria Pa^hv, I, II, III, VI, p. 200, 201, éd. Uueche- 
ler, portrait d'une femme, et Pétrone, chap. 12G, portrait de 
Circc), des maximes d'un tour épicurien. (Varron, IVû^t 



YWâfoire ilê la littérature iafine d<* TimiIFoI, |Nir lluiiiinrd et Pier.Hoti. 
Viowo)^, I8SJ, |i. XIII.) 

Tuiil4*rois, QiiintiH«*ii semble neeonler ù Vorroii la ^\oïro d'avoir crue 
co genre {Êm-J, oral,, X, h: • Alleriiiii illiul.... non .nula niniiimiiii 
varielule iiiixliiiii run«ti«lit Varro. • 

I, G. Biiissier, op. cil,, |i. 63. 



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24 CHAPITM MBSIIBR. 

nmtèv, VI| VU; Eit tnodui fnaîuUt, 1, etc.) Et encore ce 
genre de morceaux con«erve«.i-il chei Varron une appa- 
rence de gravité et de pnid'homie que l'on chercherait en 
vain chet l^dtroiie. 

Un autre trait commun aux deux écrivains serait la 
parodie des fables tragiques, à la façon de Ménippe 
et de Lucien. On l'entrevoit dans Varron. M. Boissier' 
fait remait]uer que les Euménides semblent être la paro- 
die d'une dos plus belles tragédies d'Eschyle. Il pourrait 
y avoir là le goruie d'un des procédés comiques dont Pé- 
trone fait un fréquent usage, lo mélange du style tragique 
ou épique nvoc dos tormes jdasiants ou fami liera, ou son 
application à dos situations vulgaires. (Cf. Varron, Sei* 
eulixes.) 

Tout comme Varron, Pétrone aime à imiter la manière 
des poètes ou dos prosateurs en rcnom^ et à rivaliser en 
quelque sorte avec eux sur un si jet donné. (V. la Trojx 
halosis, lo poème De betlo civiU, etc.) 

c Varron, dit M. Boissier', est entré en lice avec les 
vieux écrivains latins; s'appuyant sur eux-mêmes et sou- 
tenu par leur imitation, il ne se propose rien moins que 
de lutter avec leura morceaux les plus célèbres, et quelque- 
fois il en atteint la beauté. » Dans la description de la 
temiiéto du ilarcipor, il imite celle du DuhresUs de Pacu- 
vius. De même la tempête de Pétrone s'inspire de celle de 
Virgile. (Ghap. 114.) 

Un élément que Pétrone a pu, dans une certaine me- 
sure, emprunter à Varron, ce seraient ces proverbes, ces 
maximes iiopulaires dont les Minippécs étaient semées, et 
qui abondent dans la partie du Satiricon qui décrit le fes- 
tin de Trimalcliion. On trouvera au chapiti*e IV les rares 



I. Op. ta., p. 71. 
9. lùid,, p. 7S. 



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CAïucTkiiB DB l'cbuviib. 26 

eiprestioni ou pensées qui se lisent dans les deux œuvres 
inégalement mutilées que nous rapprochons. 

L'auteur du Satiricon doit-il quelque chose klàMinlppie 
de Varron au point de vue de la versiûcation? Les mètres 
de cette Minippée sont très variés, ainsi que ceux de Pé* 
trône. Tous les deux ont l'ïambique senaire ; mais tandis 
que ce mètre doniiue chez Varron, Pétrone ne l'emploie 
que deux fois, et dans des morceaux qui sont des imi- 
tations. Le senaire scazon ou choliambe, assez fi*équent 
chez Varron, n'est employé qu'une fois par Pétrone dans 
la pièce où il imite Lucilius. (Ctiap. ô.) Il se sert, ainsi que 
Varron, du vers sotadique. Pétrone n'a ni les octonaires, 
ni les septénaires ïaniliiques', ni les trocliaïqucs septé- 
naires, octonaires, scazons, qui Si? tt*ouvent chez Vart*on. 
Il n'a non plus ni anapestes diniètrcs et ariHtophaniens, 
ni ioniques ni galliambes, ni péons cnHiques et bacchia- 
ques, ni glyconiens, comme Varron*. En revanche, l'hexa- 
mètre et levers élégiaque, qui dominent dans le Satiricon, 
sont rares, le dernier surtout, dans la Slénippée : l'hendé* 
casyllabe pamît aussi avoir été beaucoup plus employé par 
Pétrone que par Varron. 

Ainsi, sauf le vers anacréontique, fréquent chez Pé* 
troue au dire des grammairiens, mais dont il n'y a pas 
trace dans les fragmentsilu Satiricon, tous les mètres dont 
il se sert figurent aussi dans la Uènippèe. Il est vrai que 
si cette satire était réellement omni (ère numéro, il n'aurait 



t. Sauf un dotitoux, celui do l'énigme populaire, chap. 58, teptena 
rius HalicHS, dit M. Bucchelcr. 

2. Nous nouH guiduns ici sur la nomonclaturo do M. Duochdur, Var» 
ronii Menip/tearum reliquitc (p. 'it7), Haus pordro do vuq cepundant 
lc*8 sagcH ré.-iorvcH do M. Iloissier à propo.4 d'une édition do Varroa 
(Reçue critique, I8(i(i, l«r m>m., p. 2H|): f M. I(a*pcr voulait qu'il n'y 
oiH quo des vors dans les satires do Varron.... On sait que le moyen 
le plus sûr de trouver des vers quelque fMirt, c'est du les y mottrc« 
et cette entreprine n'est pas dilllcile avec un pou do bonne volonté 
et beaucoup de connaissance de la métrique ancienne. • 



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S6 CRAPITHB rilBllIBll. 

pas été pottible à Pétrone de composer des ren sans re* 

tomber dans un des mètres dont son prédécesseur avait 
teiit usage. 

Il y aurait donc à restreindre l'imitation de Varron chet 
Pétrone aux quelques points suivants : 

1* La forme générale de Tœuvre. (Mélange de prose et 
de vers.) 

2* L'insertion de morceaux où est reproduite la ma- 
nière des poètes antérieurs ou contemporains. 

8* L'emploi parodique du style de la tragédie ou de 
Tépopi^e. 

4* l/iisago dos expressions et locutions populaires. 

Kt encore pour les deux derniers points peut-il y avoir 
rencontre aussi bien qu'imitation. 

Dnns quels rapports oët le Satiricon avec les antres Mi* 
uipprfi romaines ou avec les œuvrcH qu'on a qualillées de 
ce nom ? 

La ilénippie de Sénèquey connue sous le nom d'Jpofco/o- 
kyiUose, est le type unique à Rome d'une ilénippie composée 
dans une évidente intention de satire, où la raillerie est 
franche, agressive, incisive, où elle se montre à nu, dé* 
chirant tout voile d'allégorie. Les hommes et les choses y 
sont désignés par leur nom, sans amliages : Claule, Dru- 
•illa, Silanus, Messaline, G. Siliuis, Polyl)e, Narcisse, 
P. Potronins, Lyon, Vienne, etc. Los dates sont précises : 
Alite fliem II! idm octobri», les faits noltnuitMit articulés : 
Grecs, Gaulois, Espagnols, Hrotons ailniis au droit do 
cité ; mise à mort dos doux Julio, de L. Silanus, do Mes- 
saline, do CrasHus Ma.^nns, do Scribonia, Trisiioniu, etc. 
(Cliap. III, X, XI, XIII.) Claude apiiaratt avoi* tous les 
traits do sa physionomie parfois grossis on charge, avec ses 
tics et ses inllrmités'. Ses gestes, ses manies, ses préten- 



1. • llimn* ntntiirii*, l)on«^ niiiiiiii... aHsiiiuo nipiit tii«ivoi*«!, V«iccni nul* 
Hua lprn*slriM au iiiiiili :«.... niuiMini et iuiplicutiini.... nvH|HiUflisM ucucio 



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CAïucTtaB DB l'cbuviib. 27. 

tiODi sont ridiculisés avec vne ironie nette et tranchante*. 
Dans ce signalement physique et moral dressé par un cari« 
caturiste impitoyable, aucun travers n'est omis*. Toutes 
les allusions sont claires ou Télaiont pour les contompo* 
rains. C'est le pamphlet rempli de flel et dicté par la haine, 
où à chaque ligne perce le ressentiment d'une Ame aigrie 
contre Claude et qui avait soulTcrt par lui. 

Si Ton applique les niâmes procédés à la composition 
d'une satire contre Néron, qui ne voit que rien ne ressem- 
blera moins aux peiiilui*cs générales et impersonnelles du 
Saliricon, on pas un fait historique précis n'est relaie? 

Dans la forme cependant on peut saisir quelques analo- 
gies entre les deux mnvres. Pétrone avait, selon toute 
probabilité. In la Ménippée* de Sénmino, uïï dos autours 
qu'il connaît le mieux et dont il imite volontiers lu style. 

Parmi ces ressemblances, si^malons en priimiôie ligne 
le mélange de la prose et des vers qni rentre ilans la déd* 
nition même de la M'^nippèe, W AjH)MoJ;ynlose contient 
22 pièces de vers ou fragments de vers citéd. Lrs mètres, 
beaucoup moins variés qne ceux du Satitucon, sont Tliexa- 
mèlre, Tiambique triinèirc, la dipodie anapestique. D'au- 
tre part, on rencontre dans r^/;oto/o/;f//i/o.frqninze citations 
grecques, vers ou prose, tandis que le SaUricon ne nous en 
offre aucune. On y relève, il est vrai, quelqnes mots 
grcM;s* ; mais dont la forme paratt avoir été le plus souvent 



«jiiid )M>rtiJi-)iiilo Moriii ol vucn euutnmx, • (diiip. V.) « (!iiiii miijorcin 
itoiiiliiin oniJHi.H^ct illii purlo ifiia r.iiriliiH lu |ii«'lmtiii'. • (Cliiip. IV.) 

I. « lllu «fMtii Hiiliil.f iiiiiiitiHCl oil liiie iiiiiiiii Miiliit llniiif i|iiii d«*(Mil- 
liim lif)iiiiiii*8 Miil«*l»iit. • ((«liiip. VI). « (»iuifli*t iMHi* lllif iiliilolo^oM lui* 
iiiiiifM, h|M*i'iit ruliiniiii iitif|ii<*iii liÎMloriiH HtiiA lurutii. » ((Uni)». V.; 

*2. B«m citiitiun.H f(n*ci|iii*A ((«liii)i. V); m timnii) <(«* Jiitff'r, « (piiMinific 
jiifinx lolii litcH uii(lii*t iiiiriu?» ((Jliii|i. XII.) 

3. Lo titro fin VApokolok^Htoic «Iiiiih li* iiinniKcntd** Kaiiil-Oullottt ; 
Dioi ClautUi AnoOr;o9'.; Annei Seurcm pcr safurnm, 

à, V. lu listn f|ii'f*ii donne 8tiidi*r (o//. cU») aluM (|iin d«M grôcisiuot 
syiitaxii(ii(,>i. 



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88 OHAPITRB PRBIIIBII. 

latlniiAa* t ùnattiymla$l$, Chap. 47| eataphagm, 89| exeoiartê^ 
soiU, 67| monoenemoi, 88| mhla, 57, schéma, 44, 117| WXec, 
182| lofMifila, 87. Quant à Moftita, n»Çi|xdi6cta, chap. 62| 
on ne sait en vérité ce que cela veut dire. Je ne voie 
qu'une seule phrase de gi*ec autlienlique dans le roman de 
PétronCi c'est colle que prononce Trinialchion : SfpvXXai 
tC Ukt%;; àiro^vsîv OiXci (Chap. 48). Pout-ôtre Tabréviateur 
du Satiricon savait-11 mal le grec el a-t-il coupé les citations 
faites en cette langue. Car plus d'un passage nous révèle 
que Pétrone est versé dans les lettres grecques (voir au 
chap. V| les sources grecques du Satiricon). 

Dans la Minippie de Séneque et dans celle de Pétrone 
règne le niéme scepticisme à Tégard des dieux et des 
légendes religieuses. Les fables du paganisme sont chez 
les deux écrivains l'objet de railleries et de quolibets assez 
impertinents '. Hercule dans VApokolokyntose n'est qu'un 
sot: imposucrat Uerculi minime vafro (Chap. VI). Il éprouve 
un sentiment de crainte devant Claude , tum Hercules 
primo aspectu saiie pcrturbalui est (Chap. V). L'assemblée 
des dieux parodie les formes de la délibération dans le 
Sénat (Chap. IX). Janus eët un vieux bavard (Chap. IX). 
On rappelle les coups de tôte de Jupiter, ses emporte- 
ments contre Vulcain, contre sa femme : uni Vokano crus 
fregit... et iratus fuit uxori et suspendit illam (Chap. XI). 
Auguste, par égai*d pour Néron, est épargné (Chap. X, 



I. A. von Ouoricku {De Ungum vuigaris retiquêiâ apud Peironium 
el in inscript êonibui parMarUi Pompeianii, 1S75 [GuinbinDon])(chttp. 
Il) fait Justemonl uoAorvor que ces muU nn sont ni grecs ni lutins. 
Ils appartiennent à uno sorte de dialecte propre à ces villes demi- 
rco(|ues de la Campanie. Jl se peut aussi que ces mots grecs estro- 
piés on n.*v6tus d'une terminaison latine soient les restes d'une ins* 
InicUon liliénilo snperlU^iello dont te targue Trinialchion et dont U 
8*itntoriso |K>nr Tuiro le Môci*ne. 

^ («etto tendance sceptique est dé|à chez Ennius, Lucilius et Var- 
ron. Cf. U, lloissior, op. eit„ p. 71. 



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CAlUCTfcllB DB L'OBUniB* 29 

XI). Mais il s'exprime sur le compte des dieux en ter- 
met pou flaiteure ; dtim laies deoi faettiê, mmo vo$ deot esse 
eredtl. On songe au mot que Voltaire prête à Spinoza 
s'fldressant à Dieu ' : 

Mail Je penso, autre noitS| qae voai ii*siittes pas. 

Il est vrai que MercurOi ApolloUi Éaque, les Parques 
jouent dans VApokolokynlose leur rôle ordinaire et n'ont 
rien de comique. 

Nous constatons chez Pétrone la môme irrévérence on- 
vers les dieux dans les rares endroits où ils sont nommés. 
Quel rôle Encolpe attribue à MercurOi qui animas ducere el 
reducere solel (Cliap. 140| 1. 27) ! Dans quelles circonstances 
ose-t-ilso comparer à Protéstlas, ce ressuscité de l'amouri 
héros d'une gracieuse légende mythologique '? Ce type de 
la passion tendrement partagée : 

BeUa gérant alti, Prottiilauê amel * ; 

se trouve ici en bien mauvaise compagnie. 

Le scepticisme de Sénèqne et celui de Pétrone éclatent 
dans des propositions presque identiques : Apokolokyutoêe, 
Chap. IX, Magna r:i eral deum fievi : Jam famam minium 



1. les Sffttèmei» 

2. « Illic Phylacidoii Jiicunda3 coiijiigm lioroA 

Non potiiit cwcisi iinmomor osao lucis ; 
8<*d ciipidus rulsis udtini^oro Kiitidia palniin, 
Th(*:kuili» onti(|iituii voncrat timbra duiniiin. > 

(Propcrcc, I, £ieg, 19, 7 so'f.) 
Chez loA Grecs aussi Protésila.^ était un héro:i pruvorbial. Cf. Cha- 
num, De Chœrea et Callirrhoe, I. V, c.JO, p. 172. Kroléci artvei (Didut) : 

t(v« t#î«v 6ro/0ov^mv 0j*7jv r/jiift^a, tv« i5pw (aoc vtxj^ôv «vTi^aiTf.v. . . ; * — 
Cf. Minucius Fclix, Ovtaviui, II, 8 : « Quls iniiiH nlliis ab Marin vei 
Prutctiitai Murto rcinc^avit lioninini Haltoui poniii^sto ('«iniini*atii triuiu ? • 

3. Ovido, lléroldei, XIII, 81. 



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80 OHAPITBB PRBIIIBII. 

fectiUt. et. SaUrtc. (Ghap. 17| 1. H), Ot faelttuê poiêii 
deum quom homtnem invenire» 

TouiefoiSi ce manque de respect à l'4gard des légendes 
mythologiques n'est piis une caractéristique absolue de la 
Minippie. Les mimes et les atellanes ont de semblables 
audaces. 

L'usage ironique ou parodique de vers empruntés i des 
auteurs célèbres, déjà observé chez Varron, peut être aussi 
relevé ches Sénèque ainsi que chez Pétrone. Il en est de 
môme de Timi talion plaisante, propi*e au genre hêroI«comi* 
que, du style épiquo ou tragique appliqué, avec unearrière- 
pensOe gouailleuse, à des scènes familières ou triviales. 

Ainsi la premièi*e pièce de vers de VApokolohytitoie, Ghap. 
11, ost d'une allure et d'un ton épiques. Sénèque révèle lui- 
miîme l'ironie de ce procédé quand il ajoute : l^uto magis 
intellegl, si dketv : viensis erat octoher, dies III idus octobrU, 
et plus loin : Nimis ruitiee, inqvÀei, cum ofiincs poeUe, non 
contenu orlui et occasvs describere,... etiam médium diem 
inquiètent, tu sic transibis horam tam bonam '. 

Notons pareillement des vers d'Homère et de Virgile 
détournés de leur sens et appliqués à Claude : 

C. 5 : *IXt(!Otv |ii ^i^w £vi|iOc K(x(>y299t nAai^tv, 

(Oâ^êê., IX, 89-40.) 
C. 1 1 noHpaêêibuê eequiê, (II, 724.) 
C. 8 t Dede neei, meNor vacua êine regnet in aula» 

(Qeorg., IV, 90.) 

Une autre similitude plus sensible' entre VApokolokyntose 



I. Cr. Ghsp. vit. Et auo terrlblUor esset, tragieusjtt et ait sq. 

%, Béntniuo, ce que n a pas ftiit Pétrone, nomme an moins le crés* 
tour do In Ménlppée à Homo et cite uno phrase do lui : • Qiiomodo 
potost • rotundus • osso, ut ait Varro, sino rupile, sino prtupntio ? i 
(Ghap. S.) 



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I • 

CARACTtaB DB l'OKOVRB* 81 

et le Saiirtean est celle que l'on remarque dans le style et 
la langue des deux ouvrages. On peut l'expliquer par ce 
làit que l'un et l'autre ont puisé dans le iermo pUbeius, 
dans ce fonds populaire riche en dictons et en locutions 
proverbiales. Mais je croirais plus volontiers que Pétrone 
ë*e8t plus d'une fois souvenu de VApoliolokyntose, l'œuvre 
de Séuèque qui était le plus appropriée à son dessein de 
combiner la ilénippèe et le roman*. 

Pour nous résumer^ voici à quoi se bornent les ressem- 
blances entre VApokolokyiitose et le Satiricon : 

V Môme forme. Mélange de prose et devers. C'est Tes- 
sence de la Ménippée ; 

2* Mc^me tour d'esprit ironique et sceptique ; mais ches 
Pctrone» nulle personnalilé, nulle injurieuse viob^nce; 

3* Parodie badine du slyle des grands écrivains ; 

4* Usage do la langue populaire et des locutions pro* 
verbiales. 

On a encoi*e rangé dans le geni*e de la Ménippée une au* 
ti*c œuvre latine qui, à part le mélange do la prose et des 
vcrS| ne rappelle en rien lo Satiricon^ le De nuptiis PhilO' 
logix et Mercurii de Martianus Capella, de Madaure, qui 
vécut au IV* ou v* siècle après Jésus-Christ. L'auteur se 
guide sur VaiTOn et intercale dans sa fastidieuse allé- 
gorie des hexamètres, des pentamètres, des senaires, des 
vers anacréontiqueSy anapestiques et asclépiades. Il em- 
prunte aussi à Vari*on des détails sur les dieux, et les 
sciences se succèdent chez lui dans le mtlme ordre que 
dans les DiscipUnx du même écrivain. Il cite Virgile, 
Horace, Cicéi*on, mais pour y puiser des exemples gram- 
maticaux ; jamais il ne les imite ni ne les parodie dans ses 
vers non plus que dans sa prose. Tout chez lui est sérieux 



1. Nous étudierons, au chap. V, les rapports de style ot do langue 
entre les deux écrivains. 



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82 ORAriTHB PRBIIIKII. 

00 du moins Toadnit l'ôtre. Cette composition tounnentée, 
d'un ityle souvent barbaroi n'a aueun rapport avec le 5fftf- 
Heon, que Martianas Capella n*a certainement pas lu. 

Fulgentius Planciades a lu Pétrone et le cite de temps 
à autre. Est-ce à limitation du Satiricon qu'il introduit 
quelques pièces de vers dans son livre: Mythologiconf 
(p. 11| éd. de 1681 : Invocation aux Muses, en vers ly- 
riques, 28 vera ; p. 18, deux liexamètres ; p. 23, onze 
hexamètres descriptifë : Arrivée do la nuit, sanscomptor 
les citations). Il n'y a pas d'autre similitude entre le Sati* 
ricon et Tœuvre didactique de Tiiisipide bavard Fulgentius 
Planciades, de ce pédant, dont le style abominablement 
obscur Tait songer aux énigmois de certains décadents mo- 
dernes *. Que n'a-t-il fait do plus larges emprunts à ce 
Satiricon qu'il a eu tout entier entre les mains ! 

Eniin la Coniolation de Boèce {De consolatione philo^ 
sophiic)^ 011 il y a dos vers môles à la prose, ne saurait être 
considérée, eu raison de la gravité du sujet et du ton, 
comme une Ménippée ; car ce genre implique une grande 
part do fantaisie, de raillerie, de gattc^ 

La dernière des Mèiiippia antiques serait le Banquet ou 
les Césan de l'empereur Julien. Cet écrit Batiri(|ue a le ton 
incisif de VApokolokyiitosf, le scepticisme spirituel et Tim- 
piété railleuse, le mélange des vers avec la prose. Mais 
écrite on grec, cette sorte de Mènippie échappe à notre su- 
jet et n'ollVe aucun souvenir, m<^mo lointain, du Satiricon. 

Les n^ssomblances que nous avons signalées entre 
Trcuvre do Pétrone et diverses .Vén/p/i^ff sont, pour la plu- 
part, extérieures et de pure forme. En comparant le "•- 
ricon avec les romans grecs et surtout avec VAne d*or 



I. ToiilofuU, If. Zinck a cm pouvoir relever dans Fulgentius qucl- 
<|ues imiUiiinnA du stylo do Potrune. /irr Mfffhoiop FuigenUui, Wùrz- 
Iiury, IS07, p. 10 et 3S. 



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CARACTfcllB DB l'CBUVRR. 83 

d* Apulée, c'est plutôt pour le fond et pour la matière 
même de leurs récits que uous aurons à les rapprocher. 

Il serait très intéressant de s^ivoir d*abord pi Pétrone a 
eu pour modèle quelque roman grec. La question est inso- 
luble, puisque les roniaus grecs que nous possédons sont 
tous postérieurs & Tépoque de NéioUi au moins dans leur 
rédaction actuelle. Ce qi^i est très probabloi c*eHt que Pé- 
trone avait lu les Contes milésiens, soit ceux d'Aristide de 
Milet| soit la traduction qui en avait été faite par L. Cor- 
nelius Sisenna. 

Quant aux romans grecs qui nous sont restés, ils dilTè* 
rent beaucoup du Satiricon. On n*y trouve que très excep- 
tionnellement le mélange des vers et de la prose. Aucun 
n'ottve une telle variété de tons et de pointures. Aucun, il 
faut rajouter, malgré la liberté d'un certain nombre de 
scènes, ne lappelle, mémo de loin, Textrôme licence du 
Satiricon. Dans aucun enfin n'apparatt un souvenir direct 
de Pétrone. 

Bornons-nous, pour faire ressortir ces différences, i 
une comparaison sommaire*. Les Èthiopitiues (ou TMagène 
et Cliariclée) d'Iléliodore, le roman cher & Racine qui 
aimait aussi Pétrone, peuvent élre considérées comme le 
type du roman grec. Elles nous racontent Tliintoire de 
deux fldèles amants dont les amours sont traversées par des 
infortunes de tout genre. Jetés au milieu de périlleuses 
aventures, ils sont faits prisonniers par des brigands, 
attaqués par des pirates, assaillis par des tempêtes. Mais, 
gr&ce à la protection des dieux qui les cmcouragent par des 
songes prophétiques, des oracles et des apparitions, ils 
luttent avec constance et leur inébranlable Vfrtu est fina- 
lement récompensée. Telle est la formule générale du ro- 
man grec, qu'il s'agisse de Uucippe et Clitoplhon (Achille Ta- 

L Nou^ mettons îi pari IMiif dor do Luciuit <lo l^alras, prototype 
des MéiatHorphoses d'Apulée. 

CKITI^OB UTTAiUIKB. 8 



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84 OHAPITHB PRBIIIBR. 

Uiit)i de Daphnie et afoé(Longui)| à'AbrocamêtAnUa(Xéù<h 
phott d*ftpbète). Ao xii* iièclei Nicéta« Bugenianuii en tdte 
de tes neuf lifrei en vert sur l'histoire de DrosiUa et de 
ChaiidèSi plaçait un argument qui pourrait tenrir de ré- 
sumé à la plupart de ces romans. 

AtSto0 Afw«{Ur|C «XX« iic\ X^pvûdmâ^ 

fiiXcOf ft dciv« xft\ xstcl^ofiaijivft, 
h IjXffti Xd[|ii:ovTi )&c«?à toSI Wtowc * 
xXotd; «1^7,^00; Ivpuf 7|XaTr,)jivoc * 
y«ipt9|Adc otxtpoc l(u«TvyJ}ç ix«Ttfp«iv * 
icXf|V «XXft xc\ vu)&7ûvic ô{4 x«\ 7dl|âOt. 

Ainsi DrosiUa et Cliartclès prendront la foitOi s'égare- 
ront| essuieront des tempêtes ; nous aurons des enlève- 
mentS| des violences^ des brigands, des cachots, des pi* 
ratcS| des jeAnes cruels, d'iiorribles et ténébreux séjours, 
où en plein midi ràgne In nuit, des chaînes et des carcans 
de fer. Joignons-y les pièges tendus à la fidélité des mal*' 
heureux amants, les menaces faites à leur pudeur. Ils 
seront douloureusement séparés Tun de l'autre ; mais un 
joyeux hjménée viendra tout terminer à souhait*. 

A part de rares incidents, qui ne voit que le roman de 
Pétrone s'éloigne beaucoup de ces données édifiantes? 

Le roman grec, malgré des scènes voluptueuses et des 
jieinlures très hasardées, est au fond moral, en ce sens 
que, si les personnnges accessoires y ont parfois des mœurs 



t. Tout rolTori des Erotici $rtcci tomble consister à broder sur les 
Ihemos comnunA, à cuin|)li«|ucr de circonstances étranges les rapts, 
le» sci*ncii do brigands, les riH^onnalssunces (miel empoisonné par un 
M^rpcnt, cadavres mangés par des chiens, résurrections, etc.). 

V. entro autres Tanalyso donnée pur Photius du 'UjACXtyou dpa{A»» 
Tixôv, Erolêck $rmei, F. Didot, ISTiC, éd. llirschig, p. 515 sq.' V. aussi 
Chariton d'Aplirodisias, Chirreaâ et Caiiirhoé, (On ensevelit CaUirhoé, 
la croyant morte ; elle n'enl i|u*cn létliargic, comme Arcliostrata dans 
l'histoiro d'A|>ollonius de Tyr.) 



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CARACTtal DB l'iBUTIIB. '85 

fort libresi du moins le héros et l'héroïne restent chastes. 
Li aussi larmoient et bénissent les bons fieillards protec- 
teurs do rinnoeoncei là s'ouvre au malheur la demeure 
hospitalière des bons campagnards (MégaclèS| LaihoUi 
dans DaphnU et CMoi). Certains contes sont de tout point 
irréprochables au point de vue des mœurs, ainsi le Chas« 
seur ou Histoire Eubéenne de Dion Chrysostome. 

Le Satiricon est profondément immoral ou amoral. C'est 
le poème enjoué des amours infâmes. Assurément on 
trouve des traces de ces ignobles passions chez les Erotiei 
grxci; mais nulle part elles ne constituent le sujet môme 
du roman et, parfois flétries ', ne 8*étalent jamais avec la 
sérénité qui nous indigne dans le Satiricon. 

Nul de ces romancierd ne prête à l^riape le rôle que lui 
attribue Pétrone. Chez Longus, Pan, les Nymphes et 
l'Amour sont les divinités qu'on invoque. Les dieux in- 
terviennent dans les amours de Théagène et de Chariclée, 
où règne le mei*veil!cux épique. 

Dans les romans grecs, M. Chassang en a fait la re- 
marque ', la peinture des mœurs est vague et générale. La 
société qu'ils rcprésentcntost toute factice. Nulle précision 
dans le détail des mœurs, nulle vérité dans la couleur 
locale. Qu'on mettd en regard de ces tableaux de conven« 
tion les pages éclatantes, d'un réalisme si exact, qui nous 
décrivent le festin de Trimalchion. Maîtres et valets, in* 
vités et cuisiniers, salle du banquet, mets, incidents du 
i*epas, verbiage des gens du peuple, fadaises des conver- 
sations de ce monde bizarrement réuni par le caprice d'un 
amphitryon mal élevé, tout est mis sons nos yeux, et se 
détache avec un relief incomparable. Nous sommes trans- 
portés dans une ville gréco-romaine, en pleine époque de 
la décadence; chaque ligne nous en avertit. On feuillettera 



1. Daphnie et Chtoê, 1. IV. 

2. iliiioire du roman dam VantêquHé, p. 243. 



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86 chàfitiib raiMiBA. 

inottlement tout les EroUei gncei pour y chercher une scène 
qui ait cette intensité de vie et cette puissance de rendu. 

Ils n*ont pas davantage cet air d'ironie, de blague, si l'on 
nous permet ce terme familieri qui a fait prendre si long- 
temps le roman de Pétrone pour une satire véritable. Ces 
rhéteurs grecs ne s'abstiennent certes pas de déclameri 
disMortcri moralisori mais c'est toujours d'un ton sérieux. 

Le roman grec, toi que nous le coimaiKsons, ne présente 
en sonnne avec le Satiricon que quelques ronsomlilancos de 
formif. D'ulK)rd, comme dans les Amoun ilt leitcippe et de 
Clitophon d'Achille Tatius, c'est chez Pétrone le personnage 
principal qui fait le récit de ses aventures. Il en sera de 
mémo cliex Lucius de Patras et chez Apulée. Le Satiricon 
admet, comme le roman grec, des narrations épisodiques, 
dos songes, des descriptions. (Cf. lléliodore, TMagène et 
Charielie. Songe envoyé par Isis, 1. 1, 18; tempête, ibid., 
l. V, 27. Achille Tatius, Leucippe e, Clitophon, L III, 1 sq.) 
Lorsqu'il développe le thème banal de la tempête, Pétrone 
offre quelques traits que l'on retrouve chez les romanciers 
grers. Ainsi, cliap. 114, 28, et ne sic cohérentes, sq. Cf. 
Achille Tatius, Leucippe et Clitophon, 1. III, 5 : 

*l*IX^r,«ov, l^r^v, ^«noT« llôist^ il d' f|(AS; «noxTitvsi OAst;, |aI) 

f,|jL«; fnpin nin^nxm yt^Mtn, iT; f^jAi; l/O;^; «vftXi»«aTfa * (v« x«\ Iv i/Ow«t 

lléliodore, Thiagène et Charidie, V, 24 : 

'KY<*t ^^ xft\ f| X«^/xXit« tftl BiotY^vit nipt^iivTtc 1} |Uv, Uti ^tfil 

nftOoVf i[A0(0V X0tVlilVl[9IICV. 

et passinu 

Au resie, les descriptions de Pétrone sont très courtes, 
si on les compare à celles des romans grecs qu'Apulée 
imitera ainsi que leurs longs discours. 



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CARACTftRB DB L'OBUVIIB. 87 

Pétrone a en commun avec les EroUci grmei le cadre de 
certaines scènes. Le héros visite une galerie de tableauX| 
y rencontre un étranger avec lequel il lie conversation au 
sujet des peintures exposées et qu'il prend pour confident 
de ses infortunes. Tel Encolpeauchap.83 : in pinacolkecam 
perverti, sq. 

Cf. Achille Tatius, Leueippe et Clitophon, I, 2. 

Clitophon dit ; 

"ICCXinov tôv Sy^vta îiv ^Sv * "Kpf'itft xftt * OTov, iiisov, Ip/it Pf /70c 
oùp«voC x«\ Y^; xft\ OftXélTTriC. T«St^ |&ou X/yovTO;, viftvfvxo; xft\ ftwtic 
ff«f<T;ci'i;. X. T. X. 

Cf. aussi chap. 6 : 

K«\ tavTX nfô; l|iftWTÔv IXfyov * 'I^ x«\ 'AnAXinv Ipf.... 

avec PétronCi chap. 83| 1. 17 : Tanquam imolitudine exela* 
mavi : ergo amor etiam deos tangit....^ sq. 

Plusieurs fois les Erotici grxci ont décrit, comme le fait 
ici Pétrone, des galeries de chefs-d'œuvre imaginaires. 
(Cf. les tableaux du temple de IMluse. Achille Tatius, 
Leueippe et Clitophon, I II, 6, et aussi V, 3.) 

Les héroïnes sont comparées â des t-tatuesi à des divi- 
nités. Iléliodore. Xénophon d'Êpbùso, pauinu Cf. Pé« 
tronCi 12G, I. 37 : mulierem omnihus iimulucris emendati<h 
rem. 

On trouve chez les romanciers grecs comme cliez Tauteur 
i\ï Satiricon l'emploi de certains artiflccs do comédie. Le 
couteau dontlo for rentre dans le manclie (AcliillcTaliu9| 
III, 21) faiti^ongerau rasoir émoussé des cluip. 94 et 108. 

Les liéros de ces Erotici sont, comme ceux de Pélroue, 
les jouets de la Fortune. Mais c'est la condition môme du 



1. Jupitor métamorphosé en taureau et portant Euroiio. 



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88 OHAPITRI miHlIR, 

roman d*aT0utuMt| que mènent las capricat du hasardU 
(Achilo Taiiui» 1. IV, 0, ij|i«c oiawm 4^ xit% l. Y, 11, 

Les analogies que noua venons de signaler sont, on le 
voit, fort superflcielles. Les romans grecs que nous possé* 
dons et le Satiricon ne proviennent pas des mêmes sources, 
etn*ont ni le nidme objet, ni le mémo ton. 

On no rencontre pas non plus ches Pétrone au même 
degré que ches les Erotici cette tendance purement scolas- 
tique qui les porte à disserter longuement, à amplifler 
avec abondance des lieux communs. Ces sortes d'exeursta 
sont d*ordinaire ches lui asses brefs et s'approprient le 
plus souvent au caractère des personnages qu'il fait parler. 
11 est rare que ses déclamations ne tournent pas à la plai- 
santerie. Les romanciers grecs s'appliquent à faire montre 
de leur talent dans les exercices dï^cole, plaidoyers, let- 
tres, descriptions, etc.*. 

Celte littérature de rhéteurs ne présente guère de con* 
formité avec la manière gaie, spirituelle et railleuse du 
SaUricon. Non qu'il n'y ait quelques parties comiques ches 
les Eivticê grxei : par exemple, le discours du prêtre qui a 
lu Aristophane et s'en souvient. (Achille Tatius, 1. VIII, 9.) 
Mais c*cst une exception à la gravité de ces récits prolixes 
d*oii natt l'ennui. Pas de trace de parodie. L'imitation 
che« Iléliodore est grave ; il fait de bonne foi de la prose 
poétique quand il pastiche Homère et Euripide. M. Erwin 



t. Cr. Luciiiii, tAne, c. 35 : c Quand Fortuno qui se Jouoit h ino raire 
éprouver tant d'acciilcnts divers. • Trud. de Paul-Luuis Courier. 

2. cr. Acliillo TaliuH. Plaidoirie dans un procèn criminel, liv. VII, 7; 
1. VIII. — LetU^es d'amour (Xéuoplion d*Éphèso,II, 5, Manto à Abro* 
corne, etc.), — muin qui n'ont pas io curiicti*re plus ipie li^ger des 
letlroi do Circé et do Polyienos. ^ Descriptions copieuses do villes 
ou d*animaux ci.iioux. (Achille Tatiufe, I. V, I, Alexandrie; IV, 2, 
rilippO|ioUimo; III, 4, l'Éléphant; VI, 2ô, le Phénix.)— DissertaUons 
morales. (Ach. Tatius, I. VI, 19, sur la colère et l'amour, etc.) 



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CARACTfcRB Dl l'oBUVRI. 89 

Rohde ' a fait voir tout ce que ces Erotlei grwel doivent 
aux poètes épiques et tragiques. Quant à Pétronoi s'il em« 
prunte aux représentants latins de ces genres littéraires 
des expressions et des membres de phrasci c'est soit dans 
des morceaux poétiques où il s'exerce sur des sujets iden- 
tiques, soit dans doé passages d'une intention plaisante où 
il s'amuse à parer de termes nobles et solennels l'exposé 
des plus vulgaires événements. Les rapports entre le Sati* 
rieon et les romans grecs que nous avons sont donc bien 
lointains et bien vagues. 

Une hypothèse séduisante et sur laquelle nous rcvien- 
dronsi serait celle de l'existence d'une (Puvre grecque li- 
cencieuse à laquelle Pétrone aurait pris l'idée et quelques- 
unes des situations de son roman. Il en aurait d'ailleurs usé 
fort librement avec son modèle. Do môme que la Lueiade 
devient VAne d'or, roman très étendu, farci d'épisodes de 
tout genre où s'embarrasse l'action principale, de môme 
la IIçia;:c'.a grecque se serait accrue dans de grandes pro- 
portions et la narration hellénique aurait été largement 
saupoudrée de sel latin. 

Car, si le Saliricon n'est pas une œuvre absolument ori- 
ginale, s'il a eu un prototype» ce n'est pas dans la littéra- 
ture romaine que nous pourrions le découvrir. Le recueil 
considérable' de Sisenna n'est qu*uue adaptation des 
contes d'Aristide de Milet. S'il y a des histoires romanes- 
ques dans les Ilârohieg, les Amours et les Mélamo^^phoia 
d'Ovide, si les arguments de certaines Controverga donnés 
par Sénèque le Rhéteur peuvent être considérés comme 
de véritables sujets do romans, ces récits sommaires, sans 
tenir compte des autres différences, ne sauraient être en- 
visagés comme les modèles ou les germes du Satiricon. Il 



1. Criech, Roman u, $, Vorla(t/er. Leipzig, 1S7G. 

2. Cbarisius en cito le XIII* livre. 



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40 CUAPITUI PRIHIM. 

faut oa bien I0 tenir pour une créaiioni pour une eombi- 
ualion de genres diverti ou le rattacher à une composi- 
tien grecque très libre dont la trace serait perdue. 

Sans nous attarder ici à une invériOiÂle bypoihèseï 
étudions en quoi le Saiirleon se rapproche et diffèi*e du 
seul autre exemplaire que nous possédions du roman latin. 

VAne dfor est un pur romaii| non une itinippii. A part 
les qualre distiques de l'oittcle d'Apollon oi*donnant d'ex- 
|iosor Psyché (h IV, chap. 83) et deux vei*s qui coniien* 
nent la réponse prophétique des praires de la déesse sy- 
rienne (1. IX| chap. 8), il ne s'y rencontre aucun mélange 
de poésie. 

Les incidents romanesques sont bien plus multipliés 
ches Apulée que dans ce qui nous reste de Pétrone. Ainsi 
que dans les romans grecs dont il a été question , on y 
trouve on aliondance les histoires de hrigands, les récits 
épisodiques(dont un, le conte de P«ychë| occupe près de 
deux livres); les descriptions foisonnent, beaucoup plus 
étendues que celles de Pétrcttie. Néanmoins c'est encore 
au point de vue de la structure du roman que les deux 
œuvres présenteraient le plus d'analogie. Toutes deux ap- 
partiennent au genre du roman d'aventures, à tiroirs, ad- 
mettant des intercalations diverses, contes milésieus, 
tirades de rhétorique, éthopées, récits fantastiques. 

Au conta de la Uairoiu d^Èphite répondent chez Apulée : 
le conte du Cuvier (1. IX, 5-7), les Sandales de Philésié- 
tère (1. IK, 17-21), la Vengeance du Meunier (1. IX, 22- 
28), qui tous mettent en scène des maris trompés. Aux 
déclamations d'iincolpe sur la vanité des desseins de 
l'homme, sur la vénalité de la justice, font pendant certains 
morceaux au tour oratoire où Apulée exprime des mora- 
lités; telles les réflexions de Lucius sur l'iniquité de la 
Fortune qui distribue ses faveurs aux plus indignes (1. VII, 
2) ; le morceau de rhétorique où Lucius, à l'occasion du 



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CAAACTfcm Dl l'obuyiii. 41 

jugement da PâriS| déclame contre les Tautoure en togCi 
togati vuUurii, qui vendent leur sentences à prix d'or, sen* 
Uniiaê êuas prelio nundiiwniur (l. X, 83). 

Dans i'ilne iTor, Taventure des outres transpercéeS| qui 
amène Lucius devant un tribunal, fournit à Tauteur un 
prétexte pour reproduire les différentes parties d'un procèsi 
l'accusation» la défensO| les paroles du magistrat. Ce sont 
des pièces de rliétoriquo comme Pétrone nous en offre 
quelquei$«unes (plaidoyer d'Kiimolpe sur le vaisseau; ré* 
plique de Lichas, chap. 107). 

Les récits licen«*ieux sont moins fréquents cliex Apulée 
que cliez Pétrone. Les deux écrivains nous présentent le 
tableau de mcpurs infûtiics. Toulefoisi Pétrone s'arrête bien 
plus longuement et avec une ironique impassibilité sur 
ces peintures graveleuses. 

Tous deux emploient avec une intention plus ou moins 
ironique le style de l'épopée dans des circonstances fami* 
Hères ou triviales : 

Apulée, MrJam,, 1. IX» 22 : Sol iptmm quidem drlapêUê Oceanum 
êvhttrrtmiê orhU plagaê iUuminahat ; ei ectsc, tq. 

L. I, 18 : Et Jam Jubariéi erortu cuneta cottuêtrantur, tq. 

L. 111, 1 : Coinmodum punieanttbttê lÈhaUrU Aurora roêeum qua* 
téthê hteerlum, etchim ineqnitabat, et me êtcurœ quiet i rcvHUum, 
nox diti rtddidit. 

Il est peu de situations absolument Identiques dans 
Y Ane d'or et dans \b Satiricon. Plusieurs incidents se rencon- 
trent cependant eu l'un et en l'autre roman. EncolpCi pour 
tromper la longueur du chemin en gravissant la hauteur 
où s'élève Crotone, récite à ses associés son poème De bello 
eivili. Ainsi Lucius se fait conter par ses compaguons de 
route des histoires merveilleuses, Metam., I, 2 : SimxUjugi 
quod insurgimus aspritudinem fabularum lepida jueunditas 
Uvigabit. 

Les menaces de Méroé à Lucius ne sont pas sans ana- 



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4f CHAPITmi PRIIflBA, 

logl0 ftTeo eellM que Quaiiilla adrette à Booolpa. On 
pourrait extraira da cet épisode de Méroéplufieurs phrasaa 
qui| intéréet dans le SaUriam, ne feraient nullement dis- 
parate. 

MHam., I, 19 : fteo mm Cf. Satiric, ehsp. 17 : € !«• 

sers, imwèo êlaitm, îmmo vers ssroor msdios fidiiis Tsstri ; 

Jam munû, %U.... ùuiantiê ûurith nsque eniro impoua qoiiqiiaiii 

ÊtÊaiêÊ pteniieai. quod non lisait adtpezit. » 

Mtiam.p I| 18 s êudort/rigido Sulirie., 61 : sudor mihi par 

miitr perfluo.... bifnrcnm rolsbat, ete. 

Les liérosde Tun et de Tautre roman s'informent d'une 
auberge ou d'un logis auprès d'une vieille» 

Mitiam., I, 21 : quodprimum Satirie. (6, 7) : Accedo snl- 

éb^rcMiM tlobnlum C0H$j4eatHê cnlsinquanidsni....et, rogo,in- 

mM,aeetfêiêidfquadamanucau* qaam, mstur, numquid scisuU 

p9miperoimior;Eêi»nê,wquamp ago hsbitem?... DelactaU ast 

Hyjtala httcciviîaêf.... Adriêii. ills nrbsnitata tam ttalta, sq. 

Nous ne poursuivrons pas ici ces menus rapprocliements 
de mots ot de situations qu'on retrouvera à l'appendice III. 
De ces ressemblancesi la plus incontestable est celle que 
nous avons signalée la première, cette contamination du 
roman par toutes sortes de récits épisodiquesi de morceaiuc 
oratoirosy de moralités. 

Les (liiTén'ncos s'accusent plus nettement. Un élément 
considérable de VAnt d'or est le merveilleux, le Tantasti- 
que : or cet élément tient une place extrômemeut res- 
freinte dans le Satiricon. L'œuvre d'Apulée nous entre- 
tient sans cesse des sorcières et de leurs incantations, des 
métamorphoses, de la nécromancie, de la thaumaturgie. 
L'écrivain se complaît en ces récits et ne nous laisse pas 
oublier un instant qu'il nous a conduits sur cette terre de 
Thessalie, terre classique des enchantements, artis mû" 



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CARACTtas DB l'obuvrb. 48 

* gkM naUva, oA Lucius voit partout un mystère. (Metam., 
' 1. IIi 1.) C'est là que les sagm mutilent de leurs dents les 
visages des morts pour leurs opérations magiques, c'est là 
qu'elles se transforment en oiseaux, en rats, en chèvres, 
eif belettes, c'est là que TÉgyptien Zaclilas rend pour un 
moment la vie à un cadavre. (Récit de Téléphron, 1. Il, 
21-30.) Et tout cela est minutieusement raconté par un 
écrivain superstitieux ou du moins fort préoccupé du 
surnaturel, et que déjà ses conleniporaius accusaient de 
magie*. 

Dans Pétrone il y a Mondes sorcières et quelques récits 
fantastiques. Mais ce sont des gens du peuple, fort cré- 
dules, qui racontent ces histoires de loup-garou. (Récit de 
Nicéros, chap. 61-62*.) C'est le sot Trinialchion qui nous 
narre les méfaits dos ëtriges substituant un mannequin de 
paille au cadavre d'un adolescent qu'elles ont volé. Ce 
sont des ignorants qui tremblent au récit de ces horribles 
aventui*08, baisent la table et supplient les nocturnx de ne 
point sortir de leur repaii*e. (Chap. 63-64.) 

En dehors de ces chapiti*es on est plutôt raillée la 
grossière superstition de ces petites gons qui croient aux 
lycanthropes et ;iux sorcières, le Satiricon ne fait plus inter- 
venir la magie que dans une scène d'une drolatique obscé- 
nité. (Chap. 134 sq.) Œnoihée a beau vanter, en des vers 
d'un accent épique, la puissance de ses enchantements ; le 
rôle que lui proie Pétrone prouve bien qu'il n'a voulu 
tracer qu'une caricature de sorcière. 

Plus effrayante, certes, et plus tragique est dans Apulée 
Méroé la magicienne {iletam., 1. 1, 8) ; Saga....etdivina, pO' 
tens cxlum deponere, terram suspendere, fontes durare, montes 



1. Y. Paul Monrcaiix, Apiilop, itoman et magie, Apulée magieisn. 

2. Dans Yir((ilc il t^ai déjà <|UOâtiun ilo lycantliropos, AW.^VIII, 97 : 

■ IIÏH Qfio Sit'pn liipiiiii tiiTi et »e cuiiiloro silvi:», 
lluTiin.... vidi. » 



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44 CHAriTRI PRBIIIBII. 

dihÊirip mên$$ iuMman, dioi infiman, êUêra êXêUngUên, 
Tartarum ip$um iUumlnan. 

Tout autre auMi se montre à nous la teraîrix êoga et dl* 
i^lnipoitni qu'invoque la femme du meunier (1. IX, 28) pour 
▼enger ton amant sur son mari. Cette histoire plaisante a 
un dénouement fantasligue. Un spectre évoqué par la sor- 
cière Tait sa proie du malheureux mari. 

Encore moins y a-t-il trace dans le Satiricon de cette 
religiosité mystérieuse dont est imprégnée surtout la der- 
nière partie de VAne d'or. Ici, rien qui réponde à Tappari- 
tion d'Isis, à la procession et aux cérémonies symboliques 
de la purincatioUy de l'initiation de Lucinsi à sa dévole 
prière. 

Si l'on en croit les llermétiëten, VAne d*or tout entier 
ne serait qu'un symbole, et dissimulerait ëous d'ingénieux 
emblèmes les plus hantes vérités do la science. Quelle que 
puisse être la valeur de coUe aflirmatioui on peut assuré- 
mont déclarer eu toute conllauce que jamais le Satiricon de 
IMtrone ne suggérera la ti.Mitation d'une inlerprclation de 
ce genre. Il est peu d'œuvn^s dont l'idée religieuse soit 
aussi complètement absente. Voilà donc enli*e i^élrone et 
Apulée' une ditrèrenro Tondamenlale. 

DauH VAne d*or on constate le goAt du tragique et même 
du mélodramatique, une recbei*che de réalismequi va jus- 
qu'à l'horiible. Tantôt des contes au dénouement sanglant 
renouvelés des antiques tragédies, 1. Vlll, 1-14, This- 



1. Il chI vmi t\u'h ri*^'nril don divmiti*s ilo la Piiblo, Apiiléo on ii.ho 
liii-niAmo uviM* t\n>ot di» .siin.H.(rAn<*. Au livro VI, *i*2-*23, cVhI hiip un lun 
flo Ininno huunMir t{Wï\ ra<*uuh» runsfMuhlùo den di«*ux duut Mercure 
ont lo prirro, Quiciin<|uo, pnnui los immurtidH, umnt|ucrii a l'upind, 
»f*ni rru|iii<* d'uno iini«*nilo do l(),()U(f écus. On vorru Jupilor fuir» uno 
moriMirialo audcido i\ (hipidun et lo )(rund<T d'avoir onfroint la lui 
JuUa. IMulMinlprion ItV'<**roM du frcnro do roIlc8 quo uuuh avoni* trou- 
vdo» dans VAftokoioktfMtose, ot i|ul, Uhxùoê JuH4|u*à la cliari^o, seront 
ropritoii par la niudi*nio upéretti*. 



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caract&rb db l'obuvr». 45 

toiro d0 Thrasjrllei de Tlépolème et de Charitei 1. IX| 
* 80-81 1 l'histoire du mounier, 1. IX, 83-89, le riche et le 
pauvre, etc. Apulée nous prévient lui-même du caractère 
de ces nanationf, L X, 2 : Jam ergo, Uetor opUme, seito te 
ti^agœdiam, non fabuiam légère p et a sœeo ad cothunium 
adscendere. 

Pétrone tourne bien vite au comique les biluations les 
plus dramatiques en apparence. Ses tragédies ne sont que 
des tragédies pour rire. 

Quoi de plus atroce au contraire que le supplice imaginé 
par les brigands d'Apulée ' pour punir la tentative d'éva- 
sion de leur pri:<onniàre 1 (L. VI, 31-32.) Ils ont résolu do la 
coudre vivante dans la peau de Tàne, alln qu'elle éprouve 
à la fois toutes les tortures, et les détails de cette mort 
airreuse, révéo par des misérables en délii*e, sont décrits 
avec une repoussante crudité. La niéme remarque s'appli- 
que au récit du supplice de l'esclave que son mattro fait 
dévorer par les fourmis, après l'avoir enduit do nii«d des 
piedsàlatéle.(L. VIII, 22.) 

Rien de tel dans rélrono. L'antliropopliagio préconisée 
par Eumolpc, imposée par lui en son testamenl(Cliap. 141), 
n'est qu'une facétie lugubre, à laquelle l'ironie qui s'y 
mêle enlève ce que les images ont par elles-mêmes d'o- 
dieux. 

Il est un réalisme d'une autre nature, qui recherche le 
pittoresque et la vérité des détails dans la représentation 
des objets et des personnes. On le trouve dans le Satiricon, 
mais plus discret et plus sobre que chez Apulée. Dans 
VAne d'or les descriptions sont surchargées. Pétrone se 
borne d'ordinaire à quelques traits expressifs. 

Les procédés des deux narrateurs nous présentent encore 



I. Sans flouto ici Apul6o 8iiit son original grt*c (Liiciui»,cliiip. *^5)» maJN 
il insiste »ur cotlo duitcripliuii cl nifliiiM. 



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46 ClUPITAt PAimiR. 

cette différence qiie Vun^ Apuléei se met plosieort fois en 
•cène sous le nom de LuciuS| et que sa personnalité appa^ 
ratt fréquemment dans ses œuvres * , tandis que la per- 
sonne de Pétrone ne se révèle presque jamais dans le 5a* 
tirieon. 

Kiifln les morceaui littéraires du Satiricon n'ont aucun 
équivalent dans VAne d'or. 

La comparaison du style des deux écrivains demanderait 
un examen approfondi, mais qui dépasserait les limites de 
notre sujet. Dornous-nous à dire que les artifices de la 
rhëloriquo régnent beaucoup plus ches Apulée que ches 
Pétrone. La langue du premier est précieuse etraUinée; 
son style est emphatique et semé d'antithèses. Il ne paraît 
pas, comme PétronCi nourri des bons modèles, et, pour 
le goAt, lui Cet Tort inférieur. Cet Africain do Madaure a 
eu soin, dès le début de VAne d*or, précaution nécessaire, 
de demander grAce au lecteur pour les imperfections de 
son style. Il allègue que le latin n'est pas sa langue 
maternelle et qu'il lui en a coûté pour l'apprendre de 
pénibles efforts. L. 1, 1 : i!ox in urbe latia advena, sludio- 
rumque Quiritium indigenam sermonem , wrumnahUi labore, 
nullo magiilro prxeuntCf aggressui excoluL Kn ecee prxfamur 
veniam, ii quid exotici ae forensit êermonis rttdis focutor 
offoidero. M. Monceaux énumère' les divers éléments dont 
se compose la langue d'Apulée. € Patois sémitiques de 
Cartilage et de Numidie, grec, latin de province, archaï- 
que et populaire, argot des gens de métier, néologismes 
créés d'eux-mêmes par l'instinct de la mce ou la coucep- 



1. II. Monceaux (op, eth, p. 115) en Oiii l'oliiarvation : c Apiil6o 
nvoriit liil*niAmo iiti'il miUH iotitcë k-s occasiuiiM ilo muniror non talent. 
Voici commonl il cummenco iino doscripliun : C'est maintenant le mo- 
ment de décrire raspeet df^s lioux et la caverne qu'habitaient les vo- 
leurs. Kn nii^mo temps Je vouh soumettrai un échantillon do mon 
Mvoir^niiro. • 

t. Op. ێt, p. 209. 



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CARACTkEB M L'CBOTAB. 47 

Uon littéraire do l'auteufi TOilà de quoi s'est formé le riche 
Tocabulaire d^Apulée. Nous sommes loiny on le voit, de 
Cicéron ou de Virgile. C'est Tarsenal très complexe d'un 
Africain forti des universités de Cai-tliage ou d*Ath6neS| 
clirieux de la vio populairei soucieux de rendre tout l'in* 
dividuel de ses impressions, décidé pour cela à ne reculer 
devant aucune Iiardiesse*. » 

M. Monceaux analyse les procédés de style d'Apulée, 
remploi très particulier de Fadjectif (fatigationem sedenta* 
riam), les libertés que l'auteur prend avec la syntaxe, 
son goAt maniéré et sa recherclie de récriture artiste. 

A prendre Pétrane dans rcnscnili'e, il nous apparaît 
fort diiïérent. Mettons à part les passages en latin popu- 
laire, ceux où il fait parler les gens du peuple, sa langue 
et son style sont autrement sains et élégants. On roconiiatt 
non seulement un Latin qui a appris sa langue dès Ten- 
fance, qui ne s'est point gâté par un long séjour à Tétran* 
ger, mais un Latin fort lettré qui a pmtiqué assidAment 
les modèles classiques. 

Toulerois, cotte langue est, même dans les morceaux où 
n'entre pas le sermo pUbeiui, mêlée do locutions qui ne 
sont plus classiques, d'expressions qui semblent puisées 
dans le langage de la conversation familière, ou renou- 
velées des écrivains archaïques. A ce point de vue, il 
prête à quelques rapprochements avec Apulée. On les lira 
à l'appendice III. 

Pour résumer ce parallèle, on peut dire : UAne d'or, si 
peu semblable au Satiricon pour la donnée et les péripéties 
de l'action, pour la magie et la religiosité qui y dominent, 
oiTre celte conrormité avec l'œuvre de Pétrone qu'il est, 
lui aussi, un i*oman à tiroirs, apte à recevoir des épisodes 



t. Cf. Boissonadc, Biog. univen, (art. LucIm), sur Apiiluo : ■ 8a 
proso est luboricuscment élcgnnte cl il y a M4*mô moins lu» llciirs (|iio 
les épines du vieux langage dos cumi'iues» latins. « 



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48 OHAPiTRt mmin. 

di?art| det moieaaux detcriptifsi des contesi det moralités^ 
omtolreii mais qui n'admet pas les vers et les tirades liu 
térairet. 

Tel est le véritable point de contact entre ces deux ro- 
mans. Ils sont de plus analogues par un certain goût de 
réalisme qui s'attache à la peinture des gens et des scènes 
vulgaires. Les meuniers, les foulonsi les pAlres, les pale- 
freniorsi les e»claveS| les &iiiorS| les paysans d'Apulée, 
font pendant au chiiïonnier Échion, aux marmitons, aux 
hôteliers do Pétrone. Cependant le monde do celui-ci est 
en général un peu plus relevé, c'est celui du petit com- 
merce et de la bourgeoisie. Les lettrés, tels qu'Agamemnon, 
Eumolpe, n'ont pas leurs équivalents chex Apulée. 

Tous deux représentent aussi la société galante. En 
face de Méroé et de Byrrhène so placent Quart i lia et Tr)** 
phône (magie à part)« et la suivante Psyché nous fait res- 
souvenir de Fotis. Mais les aventures d'amouret les scènes 
de débauche sont la matière princi|iale du Satiricon, tan- 
dis qu'elles so partagent VAne d'or avec la magie, les his- 
toires tnigiques et les faits romancsquen. 

Los thèmes de la satire sont plus abondants chex Pé- 
trone que chex Apulée. Il semble les avoir puise s dans les 
traditions classiqu«>s latines qu'Apulée connaît moins et 
consulte peu, soucieux avant tout de suivre son original 
grec et ses coûtes miléslens. Le roman de Pétrone semble 
plus latin, celui d'Apulée plus grec. Au point de vue de 
la composition, on constatera que jamais les épisodes de 
Pétrone n'ont la disproportion qu'ils atteignent chex Apu* 
lée (épisode de Psyché). 

La langue du Satiricon est autrement ferme et précise 
que celle de VAnc d'or. Le style est de bien meilleur aloi, 
le goAt bien plus sAr. Les deux œuvres emploient le lan- 
gage populaire, mais la première avec beaucoup d'art et 
de discrétion. 



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CAlUCTfcRB DB l'oIUVIIB. 49 

Concluons ceiia comparaiiK>n de Pétrone avec les écri- 
raiusqui se rapprochent le plus du genre où il s'est exercé. 
Il ressort de ce qui vieutd'dti*e dit que, de toutes les om- 
Très antiques qui nous sont panrenueS| VAne d'or est, d'une 
parti celle qui, par la nature des sujets traitéSy s'éloigne le 
moins du Satiricon. D'autre part, pour lo stylCi la forme 
(mélange de prose et do veri^), le goftt de parodie et de 
fine raillerie I celte composition nous rappelle surtout 
VApokolokyntose. A s'en tenir à l'aspect d'eusemblo du Sa* 
tiricun, il appartient à la Tois au roman dont VAne d*or 
est le type, et à la Uinippée dont VApokalokyntose, avec la 
satire politique et personnelle en plus, nous olVre le seul 
exemplaire complet dans la littérature latine. Nous avons 
donc le droit de dire que Tœuvre de Pétrone est une ha- 
bile et originale combinaison de deux genrcS| et à ce seul 
titre déjà, doit dire ronsidéréo comme une véritable créa- 
tion. 



csingtn Mrré«Ai*«. 



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CHAPITRE IT 
MORALE ET DOGTIIIKE LITTÉRAIRE DE PETRONE 



L'étude des caractères du Satiricon nous a expli^é 
pourquoi l^auteur y a môle des vers alusi qiie des gêné* 
ralités oratoires ou littéraires. Il se conformait par là aux 
traditions de la Kinippie, bien qu'il la modlQflt sensible- 
ment pour le fond en y faisant entrer le romain 

Mais dans quel esprit sont traités ces sortes d*accea- 
soireS| ces morceaux poëtiquesy ces lieux communs do 
moralei ces déclamations? Nous no pouvons essayer de 
répondre à cette question avant d'avoir examiné ce que 
Pétrone nous laisse entrevoir de lui-mémo^ de sa philo* 
sophiOi de ses principes littéraires. 

L'homme et l'œuvre s'expliquent réciproquement. Ce 
que nous ignoi*ons de l'auteur, son écrit peut, dans une 
certaine mesure, nous l'.'ipprendre. Or, nous ne possédons 
aucune certitude sur la personnalité, la vie, l'époque de 
Pétrone. C'est au Satiricon lui-niémc qu'il faut demander 
quelques renseignements sur celui qui Ta composé. Maid 
quand il s'agit d'un i*oman, combien la difliculté se com* 
pliquel L'induction d(*vient singulièrement basardeuseï 
surtout pour les romaus antiques, qui sont tout objectifs 
et si peu ouverts aux conlldences personnelles. Adolphe 
nous révèle Benjamin Constant; Chateaubriand est prcs* 
que tout entier dans neni. De telles œuvres ont la valeur 
do mémoires poétisés et arrangés. Déjà il est plus ma- 



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62 CHAFITRI II. 

laite d0 démêler dans GU Bla$ le véritable caraeièxe de Le 
Sage. Ce serait aMurément faire le plus grand tort à rhon- 
n£te et laborieux écrivain que de lui prêter la morale asses 
accommodante de son héros. On peut donc risquer de se 
tromper si on va chercher dans leurs écrits la personne 
des romanciers grecs et Intins. N*a*t-on pas douté long- 
temps si Tantenr des Avenlureg de Théatjène et de Charielie 
fut un év<}quo? Si ce bavard d*ApiiléO| le plus coumiimi* 
calif doA hommeS| nous a un peu ontn^tenus de lui-ni£me 
dan» VAne d*or, c*Oht surtout grAce à son Apologie et à ses 
autres œuvres que nous discernons co qui concerne sa per- 
sonne ot les idées qui lui sont propres dans ce roman. Mais 
PtHrone est antranienl discret. Cet ironiquOi € ce Mérimée 
sceptique, au ton froid et exquis », comme on Ta si juste- 
ment qualifié*! n*est pas homme à se livrer. 11 s'est retiré 
de son œuvre pour no laisser paraître que les personnages 
qu'il fait agir et parler. Il semble bien être de ceux qui 
d'instinct ont pratiqué le principe énoncé par G. Flaubert : 
« L'artiste doit s'arranger de façon à faire croira à la pos- 
térité qu'il n'a pas vécu. » 

Et pourtant le romancier le plus imporsonno? ne par- 
vient pas à s'olTai'or tellement qu'on ne puisse distinguer 
aucun d(* ses traits. Le choix même du sujet est un indice 
de son caractère. ITno certaine conception de la vie se ma- 
nifeste par la manière dont il imagine, conduit| dénoue les 
avtMituras de ses héros. Ceux-ci, quoique dissemblables 
qu'ils puiHBont être do l'auteur qui les ci*ée, n*en parlent 
pas moins son style et nous disent ses habitudes d'esprit. 
l/indifTérence même de l'écrivain, son scepticisme flegma- 
tique dans la peinture des scènes lf>s plus libres, peuvent 
être considérés comme une sorte de profession de foi. 

Or, nous voyons Pétrone prendre pour matière de son 



1. E. Honaii, VAntechNsi, p. 139. 



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MOftAU BT DOCTRINB LITTÉIUIRB hU PÉTRONB. 63 

roman las faits et gestes d'un trio de débauchés qu'il guide 
avec indulgence parmi les situations les plus scabreuses. 
Pour se plaire en la société de tels héroSy il Taut avoir 
' tout au moins Tesprit alTranchi de tout préjugé. On n*ar- 
rôle pas avec complaisance son esprit sur des scènes 
cyniques et des tableaux voluptueux si l'on n'a soi-même 
un goAt prononcé pour la philosophio qui proche le plaisir, 
pour l'épicurismo. 

Pétrone est un adepte de cotte doctrine. Il peut prendre 
à son compte le mot qu'il prête à un do ses personnages : 
Epicurum Iwminem esse divinnnu (Cliap. 104, 1. 29.) L'épi- 
curisme pratiquCi facilci sensuel| qui enseigne à jouir do 
la vie parce qu'elle est courte, qui aiguillonne la volupté 
trop lente par la pensée de la mort toujours menaçante, cet 
épicurisnie qui a trouvé son expression la plus élégante et 
la plus littéraire dans Horace, s*ailinne à cliaque page du 
roman de Pétrone. Il n'en peut être autrement dans cetto 
épopée libertine. On peut noter dans le Satiricon boa 
nombre de passages tout imprégnés des maximes de l'épi- 
curisme vulgaire, par exemple les eleijUlaria improvisés 
par Trimalchion \ le conseil donné par le soldat à la ma- 
trone d'Éphese : ipsum te jacenlis corpus admonere debetf ut 
vivas (Chap. 111 , p. 78, 1. i:i), etc. 

Il somhle même qu'à un moment donné, Pétrano s'ap* 
plique ouvertement à mettre son récit sons le patronage 
d'Êpicure. Au chapitre 132 se lit une pièce de quatre dis- 
tiques, où l'on croit entendre l'auteur lui-même s*adres- 
sant à ses lecteurs et non plus cette fois par la bouche 
d'un do ses personnages. Ces quatre distiques ne se lient 
pas étroitement avec ce qui précède. On peut, avec 



1. Chap. 34 : 

■ Ëhou nos miscroft! quam tutu;» homiinciu nil est. 
8ic oriiouâ cimcU, poslquaui nos aiirorct Orcut, 
Ergo vivQinut, dum licot esso bcue. • 



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M OHAPITM II. 

M. Buechalari tuppotar une lacona. Ou bian il y a au 
Innspoailion da ea morceau primitivamant placé aillaun 
à Tandroit qu'il occupa aujourd'hui. Ou plutôt ancorOi 
Tautaur inlerrompant la narration de eon héros, sa montra 
ici en personne pour présenter la di^fense de son œuvre au 
moment où elle paraît atteindre la limite extrême de la 
licence. Il s'écrie : 

Qm'ci Me eonutrirta $peetaJtiê /route, Catones, 

D^winatiêque novm êimpliciiatiê opuêf 
Stirmoniê jiiir/ non triât à gratia ridet, 

Qttodqne faett iMimhê, eandida itugua rrferf; 
ICam qHtê coHeubitHit, Vénerie quiê gaudia nescit f 
Qniâ vetitt in tepido wtmhra eafere toro f 
i«i mfit^ Jjne pater veri dortgf Epieurui amart 

MSS* Juâttit, et hoc vitam dixU habert tAo;. 

Cas vers s'appliquent bien mieux à l'ensemble du Sait- 
rieon qu'à la déclamiition d'Ëncolpe «]ui les précède. Le 
mot oput débignemit avec peu de jnstesse le morceau il 
court qui prùcèdei tandis que l'originale composition de 
Pétrone serait caractérisée à merveille par ces exprès- 
iions : uovx simplicUnlis opus. C'i'si le snjet mé ne du Sa- 
tiricon qui est déterminé par ce vers : 

Quodqne facit popiilus, eandida lingua t^/ert. 

Le style da l'auteur no peut pas mieux être défini que 
par cet autre vers : 

Sermouitt jmri non triât i$ gratia ridrt. 

Remarquons do plus que, dans ces distiques, Pétrone ne 
présente nullement l'apologie d'Eucolpe coupable d'un an- 
tretii*n iutléceut. La justificition est plus générale et l'écri- 
vain plaide pour son œuvre tout entière. Ovide a fait de 
mémo, notamment dans ces vers des liemèdes d*amour : 

96 1-302. Nnprr en An noâtroâ quidutn carpâere Httrlioâ, 
QttorHM eeuâura Mttâa proterva mea eât. 



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MOIULB BT DOCTRmB LITTÉRÀIM DB PtTBONB. 65 

S86*886. TktXi lu arie mea têt : hêcivia Uhera noêlrti têt. 
Ktl mihi eum viita : Thaïe in arie mea e$t. 

Martial présente à plusieurs reprises sa défense et dans 
des termes qui ne sont pas sans analogie avec ceux qu'em* 
ploie Pétrone : 

Ep. 2« Ut. XI, T. 1-S. Triête êupereiiium, durique êeveraCêtonh 
Front, et aratoriê fiiia Fabrieii 



Quidquid et in tenebrie non êumuêp iie foroê, 
Ep. 15, lÎT. XI, V. 1-4, 7-9; et Ep, I, Epiitnla ad leetorem : 
Absit a Jocorom nostrorom êimpUeitate maliguiif interpres.... 
non intrct Cato theatrum nostrum; sut ti iutravcrit, spectet'.... 

Pétrone ne proteste pas comme Martial de la pureté de 
ses mœurs : Lasciva est nobis pagina, viUi proba ett '. {Ep., 
Ii 5, V. 8.) Son impudence prend un air de naïveté ^ de 
candeuri eandida lingua refert. Qu'a-t-il représenléi sinon 
ce que fait le peuple, quodque facil populusf Ce n'est pas à 
des enfants qu'il s'adresse : Nam qiiis coneubitus, Vénerie 
guis gaudia nescitf Ces joies de l'amour sont joies per- 
mises : Quis vetat m lepùlo membra calere lorof La vie n'a 
pas d'autre but, selon la parole d'Épicure, père de toute 
vérité, pater veri, ot c'est aux philosophes mêmes, docios, 
que s'adresse cette exhortation & aimer. 

N'avous-nous pas ici la déclaration de principes du par- 
fait Épicurien et une réponse catégorique à ces Gâtons au 
front plissé qui feraient mine de condamner ces badinages 
erotiques? 

Épicurien, Pétrone ne l'est pas seulement par le choix 
de son sujet et par tint de maximes empruntées à cette 



l.Cr. £p., I, 5;!,36;X!, 16. 

S. Catulle avait dit déjft, XY!» v. 5-6 : 

■ Nam cajftum esso docot pium poetan 
Ipsum : vert iculo» nihil noept so est. • 



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M CHAPITAS II. 

doctrine chère aux bons vivants. Il a puisé aussi à plu- 
sieurs reprises des principes et des arguments philoso- 
pliiques dans ce répertoire du scepticisme et de l'irréligion. 
Plusieurs des morceaux poétiques insérés dans le SaU* 
ricon sont d'évidentes imitations de Lucrèce (Fragments 
XXVII, XXIX, XXX). Quant à l'impiété de Pétrone, 
elle éclate on mainte page du Satiricon. Le seul dieu dont 
on parle avec respect ou crainte, c'est Priape. Il faut 
faire ccpondant exception pour les gens du peuple qui 
seuls, en ce ronmu, témoignent de quelques sentiments 
religieux. Observateur Qdàle, le romancier a peint tels 
qu'il les a vus, ceti airrancliis supcrittltieux, ce Ganyuiède 
qui déplore Tincrédulité de ses contcmiioraius et l'abandon 
dos vieux rites '• Mais, à part ces regrets naïfs do la foi du 
bon vieux temps, bien à leur place dans la bouclie d'un 
homme du i)euple, on n'apeiroit dans le Satiricon nulle trace 
d'un sentiment pieux, tandis qu*aboudent les preuves du 
scepticisme do Pétrone. Il est vrai que les dieux sont men* 
tiennes de temps à autre dans le roman. Les divinités en 
quelquesorteclassiques,ofliciell(*s, Jupiter, Martt, Minerve, 
Junou, Neptune, figurent comme ornemen.s poétiques 
dans les pièces de vers dont le Satiricon est semé. Mais ce 
sont des macliines, rioii de plus. Ailleurs encore leurs noms 
ro vilement, mais dans des formules consacrées, des jurons 
populaires, des locutions do la conversation familière qui 

t. 8i loH iliiMix nuurt ilôlninsonl, (**<*hI piirro nui' iioiih ne Ion prions 

pliië. • Un nioijM rnuiiHi'iir, ut o^^o piilo uniniii ilia n (liilaiM llcri. Nonio 

«•iiini t*ii*luin pulat, uemo Jojuniiim mm'viiI, ni*mu Juvoiii pili raoit, Hi*d 

ouiiK^M, uporlU uoiiHh, Iniua miiii itumpuliiiil. AnliMi Hlulalin ihiint, nudis 

IMMiiliim, hi diviim, piiHMiti rrinilms, nioiitihiis purÎM, i*i Jiivimii iii|iiiim 

t)\iiiiilHinl. Iltitpio Hliiliiii uiviMiliiii plovcliiit : nul tuui\ luit nuui|uiim : 

1*1 uinuoH rodilNUil u<li tttui|uani unirr^si. llnifui! dii podoH liuiiitu8 liu- 

lM*nl, ipiin nu.H Mi^ioMi nuu mumus, iiki'ï JucimiI. • (Clitip. 44, !• 33 sq.) 

C*OHt, rt'ndut* on lau^uo vulgain*, lu pUinli) puiHiipio do CuUdIo : 

Ownêa /audit Hi/anda tMtito pn'miiia /urore 

JnêUflcnm nohés mrnfem ucertere deorum. 

(LXIV, EpUhai. Pêiei vt Thdidoi, v. 40G. 407.) 



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MORALR BT DOCTRINE LITTÉRAIRR DB PÉTRONB. 67 

ne supposent pas plus une foi quelconque chez ceux qui en 
usent que l'emploi de : parbleu! et do : corbleu! n'implique 
une croyance théiste. Quartilla dira (Chnp. 2d| L 30) : 
Junotum nuam iratam habeam, Trimalchion (Chap. 34| 
1. 19) : xquum Mart amat. Minerve apparatlra dans Tex- 
pression proverbiale: Ofnnis Minervx Iwmo (Cliap. 43 , 
p. 29| 1. 4)| ou se montrera comme un motif décoratif dans 
les fresques qui ornent le mur du palais do Trimalchion 
(Chap. 29| L 25) : et ipse Trimalehio capUlalut catlueewn 
tenebatp ilintrvaque ducciUe, Roiimm iiUrabuL 

Sans doute les héros du roman sont don coquins passa- 
blement supei*tttitieux et ont nssez souvent sur les lèvn^s 
les noms dos dieux. Ëncolpe, avant do s'endjaniuor, invo- 
que les astres, et, adovatis sidcribus, intro imvigimn (Chap. 
U9| p. 08, 1. 8). Trimalchion croit aux striges, aux nocturnœ 
pluseisf {Chap. 63, 1. 22). Lirhas, dans un grand péril (Chap. 
114)| supplie Encolpe de rcndi*e le sisli^e vi le vêtement 
d'Isis qu'il a dérobés, et redoute les funestes présages (Chap. 
104-105). Mais, d'ordinaire, les circonstances mêmes dans 
lesquelles ils font appel à la divinité nous appiennent 
assez ce que vaut leur piété. Euinoli)e et ses comiuignons 
ont combiné dans tous leura détails les escroqueries qui 
doivent les enrichira Cratone. Le narrateur ajoute : hU 
ita ordinatis quod bene fcUciterque eveniret, preeati deos viam 
ingredimur (Chap. 117, p. 84, 1. 1). Admettons que ce eoit 
ici un trait de caractère : tels les brigands et les voleurs 
modernes de ce pays de Naples invoquent la Madone et 
les saints pour le succès do leurs mauvais coups. Mais quel 
scepticisme inilleur & la manière de Lucien ou de Voltaire 
dans des propositions connue celles-ci : utique nostra regio 
tain prxseidibus plena est numinibus, ut faciiins poms dcum 
quani homiiwn invenirel (Chap. 17, 1. 10.) Quoi de plus 
impertinent que ce rapprochement de mots fait par Kn- 
colpe (Chap. 137, 1. 20): ecce duos aureos poiio unde possUis 



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58 OHAFITIII II. 

H iiOê H ûnanê imiref Cet lémoignagas et d^autret qu'on 
poumtt y Joindre* nous montrent dans Pétrone un parfait 
sceptique. 

Quelle peut être la morale d'une œufre aussi profondé* 
ment épicurienne et irréligieuse, ou le devine sans peine. 
Les personnages du roman sont des coquins sans scru- 
pules et sans remords. Non qu'ils ne se repi*oclient parfois 
Tignominie de leur conduite et leurs supercheries coupa- 
bles. Au chapitre 125, 1. 6, Encolpe, redoutant que la ruse 
d'Eumotpe ne soit évenlée, s'écrie : DU deitque, qnam mafi 
M extra Ugetn viventibut: tiukquUl nievuerunt temper exspeC" 
tant; mais ici c'est la peur qui parle et non la i*epentir; 
l'aventurier trenihlo à la pensée d'avoir a recommencer, 
toujours par les mêmes moyens, celte rude gui>rre coulre 
la pauvreté qui le poursuit '. 

On doit donc se délier des maximes de sagesse que Ton 
rencontre dans le Satiricon, quand on voit par quelles sin* 
gulièros bouches elles sont prort^rdes. Oui, les débauchés, 
les filous, les écorniilfurs que Pétrone met on scène énon- 
cent parfois quelques sentences vertueuses, quelques ré- 
flexions philosophiques, mais ce sont là stuiples Jeux et 
matières à déclamation. L'ironie du romancier accompa- 
gne à la sourdine ces lieux communs di? momie. Quand, 
on ce ruman Joyeux, la note grave, sérieuse, mélancolique 
mémo se fait parfois entendre, restons en déllunce, car 
elle no se soutiendra pas longlemiis. Il arrive que le héros 
do Pétroni^ se trouve jeté dans une situation critique ou 
mis on présence d*un spectacle qui l'amène à \m i*etour 



l. Cf. olinp. 1.17, lo vorn 10: 

• CliiiiMiiui poMniiJcl arca Juveiii >, 
qui niontro les iHimix mix-iiiôim*» soumis h la luuln-piiisstinco do l'ar- 
gml; cliii|i. 88, 1.31 : «ruui ouuiihuK iliis liomiuibus«|uo fonnusior vi- 
dcdiur uuiHiia auri, qunm quic«|uid A|icllcii l*liidiutf|Uo, Groîculi do« 
liruiilo», iVcorunt. • 

2. • El landom oxpuipiiils poupnruis nova inoudicituto rovocunda. • 



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IfORALI BT DOCTRIMI LITTiRAIRB DS PÉTROirB. 60 

•ur lui*oiéme. Ainsi un naurrage lui fait voir la mort de 
prèi. II est sauvé, mais bientôt le flot pousse au rivage le 
cadavre de Lichas, naguère son ennemi. (Chap. 115.) Le 
style s*élàve soudain : Substiti ergo irislit cœpique umentibitt 
oculit marit fidem inspieere, ei hune forsUan, prodamo, in 
aliqua parie terrarum secura exspectat uxor... et tout le déve- 
loppenient qui suit a du mouvement, de la clmlouri de 
Téloquence. Il semble que Péti*one oublie son personnage 
pour s'inspirer uniquement du la situation. Mais bientdt 
il nous avertit de ne pas prendre au sérieux cette belle 
tirade: En homo quemadnmlam natal. C'est sur ce trait ii*o* 
niqui* que s'interrompt cette ampliiication sur le thômo 
éternel : vanitù I ô nt^ant ! ô mortels ignorants de leur 
destinée ! Puis un autre lieu commun : Qu'importe par 
quel moyen notre corps sera détruit, le feu, la llammo ou 
la dent des liéles Tanvesl Et encore une fois \m trait 
plaisant, une pointe contre la crémation vient conclura le 
discours '. 

El peut-être, après tout, le morreau tout entier, même 
dans les parties que nous avons supposées sérieuses, n't!st-il 
qu'un contraste clierché et une longue ironie? Ces scènes 
tmgiques et funèbres sont en quelque sorte un a>saison« 
nement de celte épopée libertine. Un naufrage, une mort 
survenue tout à coup au milieu des plaisirs de cette nef 
flotUmle qui semblait ne porter que les joioH elVrénét^s des 
amours pervers, c'est comme le condiment niar^ibre de 
cette orgie sans Un. Le cadavre de Liclias remplit l'olllce du 
squelette que Trinialcliion fait circuler au «lébut du festin, 
il nous crie à sou tour: Enjo vivamis dum lieet esse hene. 
Et après qu'on a rendu à Lichas les donnera honneurs, 



I. V, Si, 1. Il : • Tiitif|iiiini iiioliii!4if(iiifiiirfi|iiia; iiiiino liiiiic pd'iinm 
gravisHiiniiin ri'Ofliniiiit, iihi ftorvin ini.H<*hiiiir. Qiiii* oiyu (Jouioiiliii ont, 
oiiiiiia ru(*f*re no ipiifl ilc iiubiit roliinpiiiil Hopiilliini ? • 



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00 0II4PIT1II II. 

qu'Bumolpe a Jeté rar ton tombeau let maiiift élégiaquati 
Ton ne songe plut dam toute la bande qu*à vivre gatmeut. 
En route nuintenant pour Crotone 1 La chasee aux testa* 
ments va s*ouvrir et la fortune sourire à ces rusés coquins. 

Cependanti par suite d'une méprise surprenanto, dès 
l'antiquité et surtout au moyen Age, Pétrone a élé con- 
sidéré comme un moraliste. L'abréviatçuri auteur des 
extraits que nous posi>édonS| a quelquefois détaché ducon« 
texto une maxiniOi une réllexion philosophique. D'autros 
ont constitué des recueils de sentences puisées dans le 
SatirUioiK M. TImrot * mentionne un manuscrit du xii* 
siècle 'i Suinnva Petii Ilelie de arte grammatiea, où à la tfuite 
du commentaire de Pierre ilélio sur Priscien, on lit des 
sentences et extraits de morale tirés de Quiutilien, Ci- 
céit>n| Sénèque, Platon, Macrobe, Boèce, Aulu-Gelle| 
Pétrone, TéroncCi etc. Notre auteui a donc eu auprèii do 
quelquoH-uns la méine fortune quj le licencieux minio- 
graphe Publilius Syrus, élevé d'une manière fort imprévue 
àla dignité de moraliste. M. Duecheler' parle du Florilegiutn 
Parisinum du xtii* siècle, recueil de senteace» morales où 
Pétrone a fourni sa part. De môme, Vincent de Ueauvais, 
Jacques le Grand, dans son Sophologium, ont contribué à 
transformer le sceptique et malicieux romancier en ijih)- 
feseeur de sagesse *. Cela est plaisant. 

Non, la morale n'a jamais préoccupé Pétrone. Quelles 
qu'aient pu être ses mœurs (car le romancier crée les pcr- 
sonnagoH qu*il lui platt), dans Tœuvre qu'il notis a trans* 
mise, il n'a songé qu'à divertir. S'il a cru à la vertu, il 



t. Koticrt H êxtrald lie» manuscfUt de tu illMiothèaue naNouaie, 
I. XXII, I». n, n. 

*2. (N) llililioUiniiin iln I'AnoiiiiI (HHlos-loUrotf laUiiCtf, i, o/^m Baint* 
Vklor, 7H). 

3. PrôlUcn do IVmI. iIo mvi, p. 20 i4|n. 

I. Yliirontilo lloiiiiviiiM : ■ Do ipiiiiliiin libro Fctrunil purlini inctrico, 
iurtim pruiMilco, \w\ica liirc muruHa, ipuu soquuutur, cxcerpla nutavl. ■ 



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MOIULB BT DOOnillB LITTÉRAIIIB OB rÉTBONK. 61 

n'en a rien laissé voir; lur la rertu dai femmes en parii- 
culleri il semble aussi incrédule que les auteurs de nos 
vieux Tableaux \ 

Cette esquisse i^ommairei que nous traçons de ta morale 
ou plulôt de rimmoralité de Pétrone, demeure conjectu- 
rale eu raison des doutes qui subsistent sur sa personne 
et son (époque. Si le Saiiricon a été réellement composé par 
le Péti*one dont parle Tacitei il est certain, tous lt>s criti- 
ques en ont Tntt la remarque, que la physionomie retracée 
dans les Annales* concorde asst.'z avec celle que nous 
imaginons pour l'auteur du Satiricon. Los termes erudilo 
luTu, scicntia volupiatum, conviennent a l'épicnricu tUi^gant 
que le rom.'in nous révèle. I/aimnliloot savante simplicitt^i 
la gracieuse nonclialanre de son style, seraient justement 
caractùrisées [uiv cette phrase : Ac dicta factaqne ejiii, 
quanta iolatiora et qaaintlaai sui neijlcijentiam pr»vfetrntia, 
tanto fjratius in specicni iimpiintnlix aecipicbantur. Mais 
cette assimilation entre le Pétrone de Tacite et Técrivain 
que nous étudioué , reste encore prohiématiqne et con- 
testée. Il ne nous est donc pas permis de comparer la doc- 
trine morale de ses héros avec celle rpril a lui-même pra- 
tiquée dans sa vie. Que nous ayons afTaire à un Épicurien 
convaiu(*u, rien n'est plus problable. Toutefoi^i nous de- 
vons nous en tenir à des présomptions. 

I^onr ses principes littéraires, il en est auti*cment. En 
écrivant ce roman, Pétrone Tait œuvre de lettré et nous 
pouvons contrôler la sincérité do ses doctrines parTappli- 
cation même qu'il en fait. Si, ici encore, l'auteur dispa- 
raît d(*rri6re ses personnages , du moins est-il obligé do 



I. • MiilUi iii miilichi'fiii |o\italiMii nrpit Jiu'Ijii'is i|iiniii liirili» inlii* 
iii.in'iil, <|iuMii nto oiiniii lllioniiii uMiviMnTcfiliir; inilliiiiii|iii' ««m^i* r«<« 
iiiiiiiiiii hiiii |Miiliriiiii, ipiiit iiiiii iMM'i*f(niiii liliiiliiiit iim |iii» <ii1 riiroi'iiiii 
uviM'tcn'Iiir. ■ (r«|iii|K ItO.) 

3. L. \V1, IS. 



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69 CNAPITRB II. 

nous déoottYiir quels «ont tes goAU| tas prédilectionfi 
quels auleura il a lui et imités de préférencei quels pro* 
cédés de composition il suit, à quelles règles il se con* 
forme. Quand l'exposition de certains principes, quand 
certnins Jugements littéraires interviennent dans le romaUi 
sans qu'aucune nécessité les y amène, c'est qu'apparem- 
ment l'auteur y attache quelque prix. Quand enfin, énon- 
cés par divers personnages, ces principes oiTrent un corps 
de doctrine suivi, se présentent avec un caractère d'utiité, 
on est fondé à croire qu'ils sont bien dans l'esprit de 
l'écrivain. 

Assurément nous ne devrons jamais oublier, en étudiant 
les morceaux littéraires du Satiricon, que le romancier ne 
les prend pas directement à son compte. Comme dans une 
comédie, rhacuu des héros du roinau parle hon langage. 
Ces morceaux ne sont attribués, nous l'avons dit, qu'à des 
personnages qui peuvent les débite:* avec vraii>emblance : 
Eumolpe, un poète, Agamemnon, un rhéteur, Encolpe, 
une sorte de bachelier déclassé, mais qui a Tait de bonnes 
études. Et encore d*un auteur comique est-il plus aisé do 
dégager une critique ou une esthétique. Molière a des in- 
terprètes de sa propre pensée, des raisonneurs, des Cli- 
tandre, des Alceste, francliement opposés aux Trissotin et 
aux Oronte. Les gens du Satiricon sont sans exception des 
sacripants ou des grotesques. Aucun ne peut être considéré 
comme muni d'une procuration de Pétrone pour parl(*r en 
son nom. Leurs tirades n'engagent, à vrai dire, qu'eux- 
mêmes. L'écrivain a le droit de se récuser si on lui impute 
toutes les théories qu'il fait exposer par ses personnages. 
Ainsi cette critique prétendue de la Pharsale, il la prête à 
un imète sifllé et lapidé; c'est Encolpe, censeur de mœurs 
plus que douteuses, qui prononce la véhémente invective 
contre la fausse rhétorique des i^coles. 

Néanmoins, nous no pensons pas qu'il faille soupi;onner 



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MORALB BT DOCTRINB LITTÉBAIRB DB PÉTRONB. 6S 

chei Pétrone des arrière-pensées profondes. Il est bien 
plus naturel de supposer que, moitié sérieux, moitié plai- 
sant| ilexprimoi par l'intermédiaire d'EncolpOi d'Agamem- 
non et d'Êumolpei les idées qui lui sont personnelles sur 
la littératurei et leur fait réciter des essais de poésie aux* 
quels il s'est diverti. De môme, toute proportion gardéOi 
Cervantes prêle à Don Quichotte des dissertations pleiues 
de sens et de nobles discours. Quand Le Sage (I. VII| 
chap. 13) nous rapporte la conversation de Fabrice et de 
Gil Blas sur quelques auteurs du temps et leur apprécia- 
tion sur le sonnet imité do Gongora, ce sont ses propres 
Fentimeiits qu'il nous communique. 

Examinons donc en eux-mêmes ces morceaux littéraires'i 
sans trop nous préoccuper des perhonnnges qui les débi- 
tent, et tilclions d'en extraire, si elle s'y trouve, la doctrine 
de Pétrone. 

Les tirades relatives aux lettres et aux arts sont les sui- 
vantes : Attaques d'Encolpe contre la déclamation ; ré- 
ponse d'Agamemnon, à laquelle fait suite une pièce de 
vers imitée de Lucilius (Chap. 1-G); quelques passages de 
la plainte d'Eumolpe sur la misèie des gens de lettres 
(Cliap. 83-84) ; causes de la décndence des arts énoncées 
par Eumolpe (Cliap. 88-89) ; dissertation d'Eumolpe sur les 
difficultés de la poésie, qui se termine par la théorie sur 
l'emploi du merveilleux dans l'épopée et précède le poème 
de la Guerre civile (Gbap. 118). On pourrait en outre glaner 
quelques jugements littéraires épars dans l'œuvre; mais 



1. On ]ioul 80 domiiiiilor si. on inH(';run( iliin.H nun iiMivro dnji mor- 
ceaux do celle nuliirc, Pélroiio Miiit iiiio Inidilion du m*nro (|u'il va 
Iran^rurmer on piirlie, de la Minèppée. Le peu f|iii imiiih rc^lo de 
Vnrruii ne |ii*nnet pan de répondre iivce précision. Varron »cinblA 
h'èlre allaché à Taire cunnullro les syslèuies pliiloHophi<pies plulôt qu'à 
trailer des (|uesliuns lilléraires. Dans LuciliuH, il y availdes iMunageâ 
consarrén îi ces «pieslions. Son XXVI» livre comprenait trois parties; 
Ift prcmièro avait pour si^et los poùtos ot la |K)ésio. 



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64 OHAFITAB II. 

la plupart tonl évidemment ironiquei. L'auteur se moque 
do la sottise de ceux qui les prononcent. Telle est lacom* 
paiaison burlesque instituée par Trimiilchion entre Cicé* 
ron et Publllius. (Chap. 65| 1. 20.) Il est prohlable que ces 
sortes de discussions liltéraires, qui devaient ()tre un dos 
attraits du roman, se retrouvaient aussi dans les parties 
perdues du Satiricon. On entrevoit môme que certains des 
fragments rclatirs aux lettres que nous possédons ont été 
i^courU^s. Ainsi le dialogue entre Encolpe et Agamemnon 
ne devait pas se borner aux tirades conservées. Il corn- 
nienrait sans doute par des doléances d'Agamemnon lui- 
même sur la décadt!nce de l'éloquence ; lo professeur en 
donnait d'autres causes que les causes véritables signalées 
par Encolpe. C*ei^t ce que celui-ci semble nous indiiiuer 
p;ir ces mots : parc vestra liceat itixi$sr, primi omnium elo* 
fptentiam peê'ditlisit t. (CUaiu 2, 1. 16.) 

Quelles sont b'S idées générales communes à ces di- 
vers morceaux et qui ont par conséquent le plus de chances 
d'être celles de Pétix)ne lui-même? 

Tout d'abordi de la simple lecture de ces diil'éreutes 
tiraileS| il ressort que, aux yeux do l'auteuri les lettres, 
los sciences, les arts tiont, au moment où il écrit| en pleine 
décadence. Pétrone (*st donc un ancien. Sed accusalores « nn^ 
tiquilatis •, vitia tanlum docemus et discimus. (Chap. 88, 
1. 2d.) Où sont les grands noms d'autrefois? Il eût dit 
volontiers avec La Fontaine' : 

Art et guides, tout CHt dans les Chauipt-ÉI/sëus. 

Lei mattroii, c'est Sophocle, Euripide, Pindare, les neuf 
lyriques, Ilomèi'e, Platon, DémoUhàue, Thucydide, lly« 
pérido, les disciples do Socmto (Chap. 1-3), et, dans une 
mitre ^numération, de nouveau Homère, puis Virgile et 



t. fipUiv II Uuct. 



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MORALB BT DOCTRIHB LITTllIAinB OB PITIIOHB. 66 

Horace. (Chap. 118.) Pétrone est un elai$lque{ lei Juge* 
menu iur Virgile et Horace le prouvent*. II reproche au 
siècle présent d'avoir oublié le passé et de négliger les 
illustres modèles. Les sciences sont dans le marasme 
au6»i bien que les lettres. Où est la dialectique? Où est 
l'astronomie? Où est la philosophie jadis si cultivée'? 

Mais de quelles causes provient la décadence actuelle'? 
Les unes tiennent aux mœui'Si les autres à Téducation. 
Ce qui a corrompu les esprits, c*e8t avant toute cliose la 
corruption des Ames. On n'aime plus, on ne cherche plus 
que l'argent \ Au temps jadis, quand la vertu toute nue 
savait plaire, il se produisait entre les honmies une géué- 
reuso émulation à mettre au jour tout ce qui pouvait être 
utile à l'humanité, et lesarts libéraux lleurissaieutà Tenvi*. 
Cette noble rivalité des savants et des artistes est attestée 
par les grands exemples des Démocrite, des Kudoxe, des 
Chi7sippc, des Lysippe et des Myrou. 

Aujonrd'liui, nul n'aspire plus à la gloire de lu pliiio* 
soptiie ou de l'éloquence. On ne songe qu'au plai*>ir| à la 
débauche V La richesse, voilà le mot d*orch*o uuiversel. 
Un lingot d'or, tel est l'idéal de la beauté pour les hommes 
dégéuérés. (Chap. 88.) 

Malheur donc a jeux qui se hasardent encore à cultiver 
les lettres ! La mihère les att(;ud. 

iSotn j ritinofi» horrrt facuwUa panm'ê 

Atque inojti liiiyua désertai invocut aiia. (CImp. 83.) 



t. • IluraUi ciiriojui rclioilns • fCliap. tl8) .... « Ut tune priinum mo 
eUaiii Vir({iliii!i uiri^inlorit. • (CHiiip. (i8.) 

2. • Vhï C8t iliiiloi*ii«!u ? iiiii aHlrunuiiiiu ? iibi HUpictiUn>* cuUisiinia 
via? • (Cliap. 84.) 

3. « Clii'pi.... causaiii floKiiliin pnrsonlis cxi*u(orc, riiiii piilchorriui .) 
m ton périssent • (Chap. 88.) 

4. « l'nfuiiûn ciipidita.H hwv, trupii'ii iiiHUtiiit. ■ (Cliap. 88.) 

5. « Vif^obant urtos iii^ciiiia*, Hiiiiiniiiiinpio corlaiiioii iiitor hominci 
onil lie i|iiiil proriiluriiiii mui^iiliii iliii lali^rol. • (Cliup. 88.) 

G. « Viiiu Kiiuilistiiio (lciii<!r:ii. » ((«liap. 88.) * 

ct.iTiQVB i.itti(bajm;i. a 



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66 OHAPITIIB II. 

Les riches leur feront la guerre ; car ils ne sauraient tolé- 
rer qu'on essaie de mettre quelque chose au-dessus de leur 
opulence ^ Telle est la première cause dis la décadence 
des arts libéraux : l'amour de l'argent a tué le culte de la 
vertu. 

Mais il est d'autres causes dérivant en partie de la pre* 
ml6re. Les mauvaises mœurs ont engendré la dépravation 
du goAt. On n'imite plus les ancêtres ni dans leur simpli- 
cité et leur détfintéretfsementi ni dans la sévère discipline 
de leur éducation et leurs fortes études. Avocats et poètes 
mettent aujourdliui un déplorable empressement à réiolter 
avant d'avoir berné. Il n'y a plus d't^coliers : on n'hésite 
pas & se pi-oduire avant d'avoir rien appris de solide. Le 
maître se fait le complice des parents , qui, dans leur 
ambitieuse vanité, ont liillo de [lousiier au barreau leurs 
lUs à peine i^orlis de l'onrance. Pécheur d*un nouveau 
genre, il amoR*e ses dihciples, ainsi que des petits {lois- 
sons, par l'appAt d'un enseignement agréable et flatteur. 
S'il s'y prend autremcnti il ve morfondra dans son rcole 
déserte, attendant en vain des élèves S Aussi cuisiue-t-il 
à cette jeunesse les friandises les plus douces : melUtot 
verborum ghbulos et omnia dicta faclaque quasi papavere et 
Misamo gpartn. (Chap. 1, 1. 18.) De là ces déclamations 
sans nul i*apport avec la réalité, ce tapage creux, ce flux 
de paroles gonflées et vides*. Élonnrz-vous, devant ces ri- 
dicules matières de l'école et ce» procédés de développe- 
ment puérils et frivoles, que l'éloquence épuisée s'aflaisse 
ainsi qu'un corps débilité par l'anémie ! (Chap. 2.) 

A l'impatience inconsidérée des pères de famille ré- 



1. • Qui Hiilus oxMiruoro ilivilins iMiruiil, niliil vuliint inicr liomin^s 
niHiiiM rrcili, i|iiiiin iiiiutl ipsi toiinnt. » ((Ilia|i. 8t, I. H.) 

2. • Sine Mpo i»ni>(iii* iiiuniliitiir in bcopulo. » (Cliiip. 3, I. 24.) 

3. ■ Itcruni tumuru cl srntonUiiruni vaniiuiinu htrcpitu. • (Chap. 1, 
I.C.) 



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MOEALB IT DOCTRINE UTTÈRAinB DS PÉTRONB. 67 

pond rouirecuidanca des Jeunet geni| petits prodiges en 
herbe, dlevés en serre cliaude. Sortes-Ies de l'ombre de 
récolOi transportes-Ies au grand soleil du forunii ils paraî- 
tront stupides (stuUittimot, Chap. 1^ h 9); ils seront aussi 
dépaysés que s'ils se trouvaient tout à coup jetés dans un 
autre univers '• Voilà pour les futurs avocats. 

Même sottiFO pi*ésomptueu8e chez les apprentis-poètes. 
A peine saveul-ils dresser un vers sur ses pieds qu'ils se 
flgurent avoir gravi rili'licon. (Cliap. 118.) Ou bien tel 
avocat manqué, après s'être éimibé sans profit aux besognes 
du barreau, se réfugie dans la poésie comme en un port 
plus tranquille. '11 s'imagine qu'il e^t plus aisé de cens* 
truire un poème qu'un plaidoyer constellé de petites sen- 
tences scintillantes. Mais il échoue piteusement. 

Ainsi, paresse, ignorance qui ne doute de rien, dédain 
des saines traditions, vanité des élèves encouragée par la 
coupable industrie des déclamateurs, ces maixrhands d'élo- 
quence, voilà les vices de l'école actuelle. La décadence 
des mrrura explique celle des lettres. 

Telle est la part de la critique, de la satire, si l'on veut, 
dans les morceaux littéraires dix Satiricon. On jugera peut- 
être que celle peinture indignée de la corruption du siècle 
et cet appel ù l'antique vertu sont en formelle contradic- 
tion avrc ce que nous savons de la ])hilosophio do l'au- 
teur. Cet épicurien déclaré, ce conteur libertin est peu 
qualifié lour s'rriger en moraliste. S*est-il amusé de ce 
désaccord qui éclate entre les belles théories d'Eumolpe 
et ses vilaines nm*urs? Celte intention plaisante n'est pro- 
bablement pas étrangère à Pétrone. Mais je crois surtout 
qu*il s'est emparé d'un lieu comnmn pour le traiter avec 
esprit et élégance. De même, dans le De bello civili, nous 
aurons une invective contre rinmioralilé, l'avidité, le luxe 



I. • Putciit tto in alium orbcm (orruruiu doluluM. » (Ghup. 1, I. 7.) 



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68 eHAnTM tt« 

•SMné des Romaiiiti causes de la guerre cirile. Ce sont 
là des th^es de rhétorique que se sont appropriés tous 
les écrivains de Tempirei les plus légers comme les plus 
austères. Le eonvieium ixculi est à la mode. Ne roit-on 
pas dans toutes les littéralureii les écrivains les plus libres 
somor leurs œuvres do tirades coiitro la perversité du 
siècle? 

Au surplusi rien n'empdche d'admettre que Pétrone est 
sincère quimdil déplore la perte de la simplicité ancienne, 
quand il se plaint qne la passion de l'argent ait succédé au 
goAt deslielles choi^es. C*est Tartiste qui parle alors. Je le 
croiH plus convaincu encore quand, condamnant le stérile 
enseignement des écoles, la faiMcsse intéresséedcs mattres, 
Tambition irréfléchie des parentSi la naïve inratuation des 
élèveSi il regrette les nobles et fécondes études d'autrefois. 
Sceptique eu momie, Pétrone est en litti^ratnre uu homme 
do foi et do tradition. Il le prouve pir la pureté i*elative de 
son siylSi par do fiH^quentes réminiscences des bons mo* 
dèles, par Tafllrmation réitérée de son admiration pour les 
matlroH. Sur ce point, tous les critiques sont d'accord. On 
a toujours fait honneur à l'autour du Satiricon do ses pro- 
testatiuns contre le mauvais goAt «les déclamateurs et des 
faux poètes; on s'est accoixlt^ à les connidérer comme 
l'expression de ses sentiments intimes, encore que ces 
tirades soient prononcées par des rhéteurs et par un poète 
ridicule. Nous nous croyons donc autorisé à tirer de ces 
morceaux le credo littéraire de Pétrone. 

Quelle est la doctrine qu'il voudrait voir i*égner dans 
l'école etquepri^chent Agamemnon, lincolpe et Eumolpe? 
Elle coniporle des préceptes généraux et dex règles parti- 
culières soit à Têloquence, soit â la poésie. Mais elle offre 
un ensemble bien coordonné et procède d'une inspiration 
unique. Elle est d'ailleurs peu originale. C'est la doctrine 
classique, tout au plus renouvelée par des comparaisons 



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XORALI BT DOOTHINI L1TTÉII4IIIB OB PÉTRONB. 69 

piquantes eldlngénieuses expressions. On peut la réduira 
tux propositions qui suivent. 

1* Nul n'a le droit d'aspirer au rôle d'orateur ou de 
poète si ses mœur« ne sont pures : 

priiti moreâ 

FittgaHtatiâ Ugt polfai txarta. (Chap. 5, 1. %.) 

Qu'il ne se fasse ni le client des richeSi ni leur adula- 
teur gagé) qu'il sache fuir tous les excès ; 

Kte perditiê addictuê obruat vino 

Mcnti$ calorem..,. (Chap. 5, l, 6.) 

2* Mais, comme la doctrine de Pétrone est plutôt lit« 
téraire que morale, la condition essentielle est celle-ci. 11 
faut s'imposer dans ses études une règle sévère. Le mot 
est trois fois en quelques lignes : severa tege, ketionesevera, 
avtii ieverx. (Chap. 4 et 5.) On ne devient un orateur ou un 
poète digne de ce nom qu'apràs s*étre nourri de la subs- 
tnncedu meilleur enseignementi après avoir passé partons 
les degrés d'une savante initiation : laborum yixtdus fieri. 
(Chap. 4| 1. 2D.) Le programme do cette indispensable 
éducation nous o^t tracé dans les vers imités de Lucilius. 
On commencem par la poésie : 



, dtt priinoi vtfibuê annoê (Chap. 5, 1. 11) | 



on se Tortinera par la philosophie avant de se hausser jus* 
qu'à l'éloquence : 

Mox tt Sacral tcopltnui grtgt mittat hahtnaê (Chap. 6, 1. 13); 

alors seulement ou essaiera de manier les armes du grand 
Démosthène. 

Mais l'idée fondamentale, celle & laquelle Pétrone re- 
vient avec obstination, c'est l'obligation de lire beaucoup. 



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70 eiiàriTiii II. 

attn de te Ikira une riche résenre de souranirt où rimite- 
tion piilite trouver largement à puieer. La maxime : 

Voê exemptaria Ormûa 

Kociunu» vtnate manu, verêoU diurtM*. 

est déreloppée à Taide de nombreutei métaphores em- 
prmiU^ei à l'eau dont on s'abreuvoi à la nourriture que 
l'on s'Assimile. Cotte espèce d' « irrigation » do l'esprit 
|>ar les l)olles*lettros qiio Ton y verse à flots est recom« 
mandée à plnsiours roprises ot toujours on dos termos 
pn*squo Montiques. 11 oi^t évident quo Pétrone tient à sa 
comiiarsiison : ut stiulioii Jmmet lecUone sevcra inigarentur 
(Cliap. 4| 1. un); M^ronimuiue bibat fatici peetore fonteni 
(Chap. 6| 1. 12); si philosophix fontem aUigisscL (Ciiap. 88, 
1. 2G.) 

êio • finmint t largo 

l'ItHHn Pierio c th/nudrê peetorM t verba. (Chap. 6, 1. 21.) 

L'cxprosiiion Pierium pccuu est hardie. La poitrine du 
poàtu devient la grotte du Pieruu d*on «lécoule Tonde sacréo 
des Muses*. 

Et enfin: tieque condpeve autedere partummens potesinisi 
ingenti (lamine Itierarum tnum/rila*. (Chap. 118| 1. 19.) 

Les images tirées de la nourriture sont également fré- 
qnoutes : qui iuter hre nutriutHur (Chaih 2, 1. 15) ; — omnia 



t. ll(irui*n, Kp, ad Piiùnrê, v. 2(W» t09. 
). Cr. Oviilo, Amnr,, III» V, v. 20 : 

• Vatiini PieriU ura ritfantur sqiili . • 
Pro|w>rr«, m, «, 51 1 

t Titlia Oilliopi^, lyinplii»|iio a (bnio peUUs, 
Ont lMiili)lii*a nostni rigavll aifua. • 

S. La timilitiiilo ili>« UXdo* ol «Ioa oxprosuioii* onlro lo Sekadiam 
iMeiiêanum i*l ilivnrx unirez piiHJiatfot U<> Pétruno Q*i une raisoo da 
pliM do ralU*ibuor k coliii«ci. (Cf. cliup. Y.) 



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irOlULI BT DOCTIllIfl LtTTÉlUtlIB ÙM PtTBOIfB. 71 

quasi eodem eibo posta (Ghap. 2» p. 8| 1. 8); — - plenus gregs 
(Ghap. 5| 1. 18) ; — pknus lileris. (GImp. 118, L 28.) 

Aiiisii aux yeux de Pétrone , le futur poète ou orateur 
semble dtre un récipient où Ton entonne la poé^ie ou 
l'éloquence des grands modèleS| afin qu'il Téiianclie à son 
tour. Il paraît oublier le eoneoqvuimns lecla do Sénèque, ou 
plutôt il lo sous entend ; rar d*autros précoples corri- 
gont et complotent colui-ci. Grilco à ci*s longues et Truc- 
tueuses lectures, on atleindni le but buprânie des études ; 
on aura acquis la Taculté d'imiter. LUtnitation, tel semble 
être en eilet lo terme un aboutit la théorie de Pétrone. 
11 ne cesse d'en faii*e la règle de l'écrivain : ut quod vellent 
€ imiUtri » diu awlireiit (Cliap. 4, 1. :)2); — fjmndiaque 
mlomiti Ciccronis vcrba minentiir (Cliap. ô, I. 20), — Happe- 
Ions encore ces phrases caractéristiques : neque citncipere 
aut edcre jHtrtnm meus potest uni iivjcuU flumtne literarum 
ifiuHtUUa (Chap. 118, 1. 10); — ecce helli civilig ùujens opus 
quisquis atthjcrit,nisipleuus litcris, sub oncre labelur. (Chap. 
118, 1. 27.) 

La prencription capitale, celle sur laquelle Pétrone re- 
vient avec le plusd'iiisistunce, est donc la suivante: Pour 
arriver à écrire, il Tnut se faire un fonds de lectures consi* 
déi*able et amasser des matériaux qu'utilisera une intelli« 
gente imitation. 

Certes, cette doctrine n'a rien do rare. Il n'est pas un 
traité do rhétorique ancien qui ne l'énonce. Elle est ex- 
posée avec ampleur dans l'/nj/i^dl/onora/o/r^deQuintilien 
et remplit le X* livre. Elle est bien conforme à l'esprit 
mêmi! de la littératui*e latine, habituée à vivre d'imita- 
tions et souvent de plai^'iats. Il n'en est pas moins curieux 
de la voir énoncée à plusieurs reprises parmi les frivolités 
et le libertinage d*un roman. On se d«*mande si ce n'est 
pas là une idée chère à Técrivain, une conlMcn<;e invo- 
lontaire par laquelle il nous avertit dignes principes et de. 



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79 CHAPITRI II. 

•et procédés de composition. On la croirait d'aotant plus 
aioément que l'étude du Satiricon noua montre en maint 
endroit ces préceptes mis en pratique. Pétrone a reçu 
cotte forte éducation littéraire qu'il préconise : il s'est 
nourri des œuvres classiques, et, pour reprendre sa meta- 
phore, bien souventi comme d'une source, jaillissent de 
son esprit des réminiscences des grands maîtres et des 
écrivains contemporaine. 

Mais ces préceptes généraux ne sufllsent pas. Ce n'est 
pas asscs do s'être ai^quis par la lecture d'abondantes ros- 
sources pour l'iniilAlion. Il faut que la personnalité de 
l'écrivain apparaisse. Par quoi va*t-elle se manifester ? 
Pétrone ne semble pas attacher beaucoup de prix à Tin- 
vention des idées. Ce qui est essentiel à ses yeux, ce qui 
doit appeler tout notre effort, c'est Télocution. Presque 
louit ses conseils portent sur ce point. Pour ce qui est des 
idées, il se borne à recommander la bimplicité, le naturel, 
naturali pulchriludine exsurgit (Cliap. 2, p. 8, 1. 2), le goût 
et la mesure, pudica omtio. (Cliap. 2, p. 8, 1. 1.) Il con- 
damne la déclamation, renllure, rei um tumore {Chap. 1, 
1. G), non eu maeulosa née iurgida. (Cliap. 2, p. 8, 1. 2.) Il 
blflme l'empliaDO et la bouraouduru de l'éloquence asia- 
tique : ventosa istxe et enormis loquacitat Atheiias ex Asia 
eommigravit. (Chap. 2, p. 8, 1. 3.) Il veut que l'éloquence 
ait de la grandeur et de la majosté : illa grandis oratio 
haberet majestatit ttiir pondus. (Cliap. 4, 1. 34.) 

Mais le style, plus que tout le resto, parait le préoccuper.' 
Trouver les mots par lesquels on doit rendre sa pensée, 
telle est à ses yeux la diillculté suprême. C'est l'écueil 
contre lequel viennent échouer ceux que n'ont pas formés 
et approvisionnés de sérieuses études. La tftche du poète 
surtout est délicate, car les termes communs lui sont in- 
terdits, refugiendum est ab omni verborum, xU ita dicam, vi' 
Uiate et sumendx voees a plèbe semotie, ut fiât : « odi profanum 



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UOUALU BT DOCTRINI LITTtlIAIIII 01 PÉTRONE. 78 

wlgui €t areeo. • (Gbap. llS, L SO.) LHdéal est le curieux 
bonheur d'expression qu'on admire chez Horace : IloraUi 
cwriota félicitas. (Chap. 118 , I. 25.) Plus que tout autre 
écrivaini le poète devra travailler son style avec une patiente 
industrie et s'efforcer d'atteindre i la distinctioUi i l'origi- 
nalité de la forme. Ce mérite du stylCi que Pétrone semble 
mettre au-dessus do tont| le frappe chez les grands écri- 
vains plus que leurs autres qualités, si éniinentes soient- 
elles. Il louera Sophocle et Euripide d'avoir trouvé les 
mots dont il convenait qu'ils so sorvibsent : nondumjuveiui 
declavmtUmibus contineimnlttr, cum Sophoclet atque Euripidet 
inveneruiU verba quibus deberent loqui. (Chap. 2, 1. 19.) 

Une autre qualité du style est celle qui résulte de l'u- 
nité et de Tharmonic du ton. On doit veiller à ce que les 
pensées ne se détachent pas du corpâ de l'ouvrage en fai- 
sant saillie ; il faut qu'elles se fondent dans la trame du 
poème et brillent du même coloris. Pnvterea curandum est 
ne sententix emineanl extra corpus oralionis exprcssœ, sed tn* 
texto vesiibus colore vileant. (Chap. 118, 1. 22.) 

Eu mettautâ part ce que Pétrone dit de l'épopée, c'est i 
cesgénéralitésqueso réduit sa théorie litténiirc,telloqu'ello 
ressort des discourrt de ses personnages. Qui peut douter 
qu'un écrivain de ce talent oilt eu hi<*n plus à nous con- 
fler sur un pareil sujet? Y a-t-il touché encore dan» les 
parties perdues du Satiricon f Cotte supposition est plau- 
sible, mais nous no pouvons raisonner que surcoque nous 
avons. Esl ridiculum ad ea qux videmus uihil dicere, quxrere 
qux habcre non possumus '• 

Les théories qui viennent d'être exposées visent seule- 
ment les genres élevés, l'éloquence, la poésie épique, ly- 
rique ou dramatique. Nous avons prééisément de Pétrone 
deux fragments d*épopées et il nous sera facile de consta- 



I. Gicéron, Pro Archia, IV, 7. 



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74 CBAnTM II. 

ter qu'il y a oharohé las effets de style bien plus qu'il ne 
s*y est mis en frais d'invention. En proseï mais dans un 
genre fort différent de ceux dont il nous a entretenuS| il 
s'est cependant conrormé aux règles qu'il a tracées et qui 
sont après tout celles que suit par principes ou spontané- 
ment tout écrivain de valeur. Il a la simplicité élégantCi 
le naturel. Ses imitations se fondent harmonieusement 
dans la trame de sou style. Nul n*e8t plus ennemi de la 
déclamation; ou, s'il déclamOi c'est par jeu et avec des 
souH-enlendus plaisants. Son goût, pour un auteur de 
TAge d'argent, est relativemout pur. Assurément il n'a pu 
échapper aux défauts do sou temps et dans ses vers sur- 
tout ou trouve des tracon de l'aircctation et de l'euHure 
qui caracl(?risent Lucaiu et Juvéual. Mais sa prose, où f e 
rencontrent tous les tou8, depuis le langage le plus raf- 
finé et 1<* plus voisin de la poésie jusqu'au jargon popu- 
lairo, mérite les éloges que lui a donnés Dunnann : scrip* 
iorem, in quo tain expressa priscx elegantix et muniiitix 
vestigin [deprehemluntur] , non in uno aut in alitjuo hujus 
icripti membrOf ied per omnem libeUinr xquali tenore dilJusa, 
(Prrfat., p. 3'.) Ou sent à la lire l'heureuse influence des 
bons modèles quo Pétrone a eus sous les yeux. On peut don- 
* ner aussi comme une preuve du goftt de Pétrone la retenue 
de son langage, alors qu'il traite les sujets les plus scabreux. 
11 semble s'âlre appliqué à employer le moins possible les 
tonnes obicèues dont d'autres écrivains latins ont abusé. 
Celte observation a été faite plus d*uue fois *, en particu- 
lier par M. Baillard': € Jusque dans ses pages les plus 



1. Titi PcfroHii Arùitri .^atyriron quœ âupcrMunt, UlnM'Iit, 170!). 

2. • lliiiiH lojt phiH viv(*H il«*Ht*n|UiuiKH f|iril rail di*s il«*lMUK*h«*s ilo 
lViiip(*n»iir i*t ili* SOS nivoriH. (l*«*tn)ii<>)« niuloiicit lotijoiirs los iiiin^^oH 
|Mr Uofl liTiiios iliiiil riiuiiiirtoli* ol la iiiu«l<*Htiu iio pourruiit être blcs- 
imVs. • [Histoire tiltéraire tir In France par los liciicMlictiiiH. T. I, 

i>. tus.) 

3. VrùUce do lu IruiliicUun do Pêtruno (collection Niitard), p. v. 



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XOIULI IT OOCTIlIlfl LITTtRAIIIB 01 PÉTIIONB. 75 

éroUqueti Pétrone s'interdit constamment les grarelures 
et crudités de mou si familières à CatullCi à Martial et 
même à Horace. » 

De tout ce qui précèdOi on est en droit d'induire que 
Pétrone avait été lidèle aux principes qu'il édicté par la 
bouche de ses liéros. Il est lui-même ingenti flumine lilera* 
rum inuudatus. Il est de ceux qui ont su faire leur profit de 
nombreuses et intelligentes lectun'Sy qui aiment à utiliser 
leurs souvenirs, et excellent à' leur donner une forme per- 
sonnelle et neuve. Nous allons examiner si le Satiricon 
juslilie cette hypothèse, si Ton y trouve la trace des lec- 
tures et des iuiitations de Pétrone, et dans quel esprit ces 
imitations ont été faites. 

Comnienrons cette enquête et cotte vérification par les 
moixeaux uiêmes d'où nous avons essayé d'exti'aii*o ses 
principes. Mettons en parallèle le tuxledes principaux mor- 
ceaux littéraires du Satiricon et les textes des écrivains la- 
tins antérieurs à Tépoquo de Néron ou contemporains de 
son règne qui offrent avec ces morceaux quelque analogie 
d'idée ou d'expression. 

I. Tirade d'Encolpe contre les dcclamateurs. 



Chsp. 1 . Num alio o^ciicre fu- 
riaruiii declainatorc» iiiquictaii- 
turqui clainsiit : « llnîc vuliicra 
pro libcrtato excepi ; liuiic ocu- 
lum prii vobis iiiiiH*iidi : date , 
milii duceiii, qui ino ducat ad li- 
bcroë iiiei)8, nain succini poplitei 
uicmbra non sustiiicut » ? 



Cette parodie des contro- 
verses et du faux pathétique 
des déclamations est bien 
dans le ton ironique du 
roman. 

On trouve un mouvement 
analogue dans Sénèque le 
Rhéteur (Contivv., IX, 4, 1, 
éd. Kiessling) : 

Ih'e vidnerti qun* m ore vide* 
fia tnro jtoêten feci quam diiniê» 
$UÊ êmn, . 



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16 



OKAflTll U. 



Hao Iptft tolorabOla ettmil, d 
ad dofvenlUm € Hurtê » Tlam* 



Nfiiio ot MTOin tamoM •! Mn« 
tontlannn TanlMliiio ttrepiU 
hoo tftotmn proflcionti ut Goni 
In fonim T6nerint« putent te in 
nliom orbem terranim deUtoi, 



Pour rexpretsion génère 
furiarum, rapprocher Séné- 
que le Rhéteur {OnUrw.p 
IX, 26, 27): 

8td %€ hoe gemuê • furoriê » 
proiegere videar. 

Cette expression paraît 
propre à Pétrone. Il Tem- 
ploiera encore : 

Cotcri onim aut non Tidemnt 
€ vùtm qua irelur ad earmen ». 
(Chap. 118, 1. 86.) 

Pour les mots tentenUa* 
rum vaniiiimo strepitu, il 
peut y avoir un souvenir de 
Cict^ron, cité par Aulu- 
Celle {N. A., I, ch. 15) : 

Qiu4 eniiH est tam furioêum 
(cf. num alio génère furianim) 
quQM verboruiH vel optmorum 
atque ornât ùmoHorum êonituê itto* 
nt»f nufla »uhjecîa êententia aui 
êcientia f 

Quant à Tidée de cette 
phrase, elle a été plusieurs 
fois rendue par Séneque 
le Rhéteur {Controv., III, 
Proœnu, 18): 

AgeduM iêtoê declamatotu 
prwiue m fenatum, in forum : 
eum hco mittabuniur, velut ad* 
êueia cfautio et dclkatm umbrm 



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MOBALB IT DOCmifl LITTtRAIM 01 PtTIIOlfl. 77 

e&rpara mb dio êtatê wm poê* 
êuni, non imhrem ferre, non «o- 
lem êcittut, vix te inveni^tU. 

Arec : eum in forum vene- Cf. Sénëque le RhtHeur 
fijfU. {Conirov., K IX, Proœm., 11): 

Cum ventum têt in forum.,., 
aut dr/ic/mii atit lafmnt. 

Voici qui se rapproche 
encore davantage du texte 
de Pétrone : Sénequc lu 
Rhélenr {Coiitrov., 1. IX, 
Proœm, , 6): 

JUiqtie vrhit ex nmbrwo et 
oh»ruro protieutiten loco rtarw 
luch futgor ohewcnl, êic htoB 9 
êchulh /il « fontm Irtw^eimleê 
ùmuHi (anfpniM nova et titHêio 
tafa » jteHuriHint. 



ot Ideo ego adaleteentulot ejiit* 
timo in tcholis ttultiMinios fierl, 
quia uiliii ex Us, qun* in ura 
habemut, ant aadiunt aut vl* 
dcut, 

•cd piratât cnm catenit in Htore 
•tantes I sed tyrannos edicta 
scribcntcs, qnibus iuipercnt filiis 
ut patruin suoriim eapita prie* 
cidaiit, sed rcsponsa iu pesttlcn* 
tiam data, ut virgines très aut 
plun*8 immoleutur. 



Cf. Sénëque le Rliét. (C^i- 
trot\, IX, Proœm., 4) : 

Non etit uutnn util!» extrcittî* 
t/o, iittii tjiifv oyert tn'iêitttma e»t, 
in quod excrrct. 

Ce sont là des matieros 
bien connues dans Técoleci 
dont le Recueil do Sénèque 
le Rhéteur nous oflVe plus 
d'un exemple (Sén., Cou* 
(ror., 1,2, 8): 

J'irafaâ oiiiiti rrudth'ftih rffara» 
toê... prtrjcrcnteê ante »e vim'itfa 
et catenaê:,. 



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18 



Un tutra sqjet de contro- 
yarse te trouve mentionné 
dans Pétrone. Cbap, 48, L 
81,Trimalchiondit : 

< 8od iinm tu mlhl« Aga- 
mcmitouv quant «ontrovertiam 
iMMlIcdoclaiiiAtfi y.,.. Die ergO| 
•I mo atiiatt poristasiin déclama- 
tloiiii tua*. » Cunt diiintet Aga- 
mcmiioii t t Pait|ier et divet 
ittiinici oraiit • , ait Triiiialchio : 
« Qoid eat pauper ?» « Urbaiic » » 
luquit Agamemiion I et iictcio 
qttam coiitrovortiam oxpusuit, 
Statim Triiiialcbio : « Hoc, iii- 
quit, n\ ftictinii ctt, coiitroveritia 
•Miii v>t ; èi factum iiou est, iiiliil 
est. » 



ORAriTHB tu 

CmiiTûv., I| t. OapHu m pt* 
roHê êeripêU paM de retf emp. 

tioM 2| vidimeê ûmniamem^ 

bra vinculêi preua..... obêritoê 
eateniê mannê. 

11 eat également question 
de pirnlea dnna lea Contro* 
vend, 1, 7, — VII, 1 — 
Vil, 4, Ole. 

St^n. IcUli^t. (Controv., IX « 
4) ! « TynmtiHê » palrtm in areem 
en M duoftMê fiUi» arceênit^ impe* 
ravit atlnfeticeutibuê ut patrtm 
ctpdereHt, 



Ce sujet ('st conmiun duns 
les rcctciU de controverse. 
Séu. le l\\\H. {Excerpta eon- 
trov.,l V,2); 

OvHcr iutMiei divifiâ. 

CoHf» *jv,, 1. V, 5. Domuê euht 
arbore ejtnêta. 

Dive» pottperem vieinum ro- 
gavit Ht êibi arborem venderei 
qaaM $if»i direhat obatare.., 

CoHiror,, X, 1. Unidam eum 
haberei jUinm et divitem inimi^ 
eum, tq. (I«e Kicho et le fils da 
pauvre.) 

L'interruption baroquede 
Triinalchion pourrait être 
un subvenir de Tauecdote 
rapportée i^ir Séuèque le 
Uhéteur : 

CoHtrov., IX, 6, 12. Cetitittê 



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XORALB IT OOCTAINI LITTtRAIM 01 PtTROlfl. 77 

e&rpara mb dio êtare non fot • 
êwU, non imhrem ferre, fum eo* 
lem êciuntp vix te invenintU. 



Arec : eum tn forum vene- 
Tint. 



et Ideo ego adnleteentuloe ejJt« 
timo in tehoUs stoltiMinios fierl, 
quia uiliil ex his, qun* in uiu 
habemus, aut aadiunt aut Ti* 
dcut, 

•cd piratât cnm catenis in litore 
•tantes, sed tyraunoi edicta 
8cribcntC8,qttibu0 iiiiperciit filiis 
ut patruin tuorum capita prie* 
cidaiit, sed rcsponsa in pettilcn* 
tiam data, nt virginet très aut 
plures immoloutur. 



Cf. Sénëque le RticHeur 
{Controv., 1. IX, Proœni., Il): 

Cum ventum eêt in /ortfiii..., 
aut dffictuni mit faijanf. 

Voici qui se rapproche 
encore davantage du texte 
de Pdlrone : Sénùque le 
Rhéteur {Coiitrov., L IX, 
Proœm.p 6): 

Itiiqiie vrhtt ex nmbrwo et 
ùhêcttro prothvnie» toco rtane 
lun» fiifgor obctvcat, »ic Moe e 
gchoN» în « fonnn tmmamteÊ 
omnta tawpuiM nova et iiiff«i* 
tata » jterturbant. 

Cf. Sénëque le Rhét. {Con- 
trov,, IX, Proœm.y 4) : 

2Con fM atitetn nt/l/t» extrcita» 
ttOp ii/W fjiin* oj'crî tiiim'ffma e»t, 
in quod exerret. 

Ce BOut là des matièros 
bieu connues dans l*écoleet 
dont le Recueil de Séuèque 
le Rhéteur nous oll're plus 
d'un exemple (Sén. , Con* 
tror., I, 2, 8): 

pirata» oiitui rnulch'tute rffura» 
toâ,,, prtvjcrcnteê ante »e viwufa 
et catenaê:,. 



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18 



Un iiatra sqjat de contro- 
verse te trouve mentionné 
dans Pétrone. Cbap. 48, L 
81|Trimalchiondit : 

€ 8od iiArm tu mlhl« Aga- 
mcittitoitf qnAnt «ontrovortiam 
hodiedocUiuastl Y.... Die ergO| 
•I ino lunatf poristasiin déclama- 
tloiiii tua*. » Cuin diiintet Aga- 
mcmiioii t t Pait|ier et divet 
ittimici eraiit • , ait Trimalchio : 
« Qoid et! pauper ? • « Urbaiic » , 
iuquit Agamomiion, et iietcio 
qiiam coiitrovortiam oxpusuit. 
8tatim Triiimicbio : « Hoc, iii* 
qttit, pi ftictuiii ctt| coiitrovervia 
non Vêt ; èi factum nou est, tiiliil 
eat. t 



ORAriTHB tu 

C9iiirùv., I| t. OaptMê m pi* 
tûHê êeHpêU poM de rtiemp^ 

tfon0 9| pidimeê ûmniamem^ 

bra vinculiâ pttma..... cbirUat 
eateuiâ mannt, 

11 est également question 
de pirales dans les Contro* 
verses, 1, 7, — VII, 1 — 
Vil, 4, elr. 

8^*11. leUli^t. (Controv., IX « 
4) : « Tywnnm • patrem in arcem 
euM ilMoftM» fi fit» arreânit, mpc 
ravit atlnUticeutibuâ ni patrem 
cwdereHt, 

Co sujet est commun dans 
les rectcils de controverse. 
Sén. le l\l\H. (Excerpta eon- 
iror., 1. V,2); 

Of.Her iHiMici divitiâ. 

CoHh 'jv., 1. V, 5. Domuê euht 
arbore exuêta. 

Dive» jnwperem vieinum ro- 
f^atii ni êibi arborem veuderei 
qnaiH »ibi direfmt obutare... 

CoHiror.f X, 1. Quidam cum 
haberet jUinm et divitem m/iNi* 
cMiN, tq. (I«e Kicho et le fila dn 
pauvre.) 

L'interruption baroquede 
Triinalchion pourrait être 
uu subvenir de Tauecdote 
rapportée {Kir Sénèque le 
Uliéteur : 

CoHtror., IX, 6, 12. CcMtittê 



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•od mellitot Terboium globnlot 
et omnia dioU faetaque quasi 
papavero et tetamo «pana. 

Chap. II. Qui iiitcr hœe nu- 
triuQtur uoii magin tapcro pot* 
•mit, quam bcue olere, qui iu 
culliia habitant. 



MOlUtl BT DOCTmifl LITTtRAIM OB PÉTIIOIfB. 79 

puerûiier «e dimiM^ MeltegAai t 
€ Mater, qnid eêt vmenumf t 
Deridfibat tnim Murredmm qui 
hanc êententhm imifatuâ in epi^ 
logo, rum adioqui cœpùmei puel* 
lam et dtrerel,,, t ,,,. rea e» •, 
JerenU rettpmuhuteM puellam : 
• pafer, quld eut reti f » 

Cf. 8atiricuii,c*liap.dl,l.ll: 
glircs iiiuUe ac papavcre tpanos, 

Horace, Ep, ad Pi»., v. 876 : 
Sardo cMin m^.Ue iniiiaver. 

Cf. 8éii. lo Uhét. (CoHtrov., 
IX, Protem., 4) : 

Vêtjue eo ingénia in êchotoM» 
iiriti cxervilalionibn» deficate 
nutrinutur, ut clamorem, êilen» 
tiiUH, rintun, cwinin denitpte jtati 
neêriant. 



Dana Pdtrone cutto indta* 
pliore : mUriunlur fi*%i Kuivie 
d'uiio aiitro compamiBOii fa« 
iniliùri} et plnisanto, bien 
dans Tcspril du ronmni et 
qui ©81 prc^yaréo par les ima- 
ges culinaires do la phrase 
précédente : melUtos verbe» 

ruhi tjlohuios (gâteaux)i 

onmin,... papuvei*e et sesumo 
sparsa. 

Y a-l-il ici une réniinis- 
cence de la lettre d'Auguste 
a Marc-Antoine citée par 
Suétone {Auguste, 86) : 

An potiitti Asiaticorutn orato* 



Paee Testra lieeat dlzitie, 
primi omniiiiii eloquentiam per« 
didiatis; leribus euim atqne iua^ 
nibtts •cuis Indibria quioclam 
eicitando effeeittis, ttt corpus 
oratiouisouervaretur vt cadtrvt. 



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80 



NondmM J«V6B6t deolamatlo* 
mIInm oontlnebantvr» ewn 8o- 
pboelM ant Enripidet iiiTene- 
rant Terba qoibnt ik^bcront 
loqvl. Kondnm nmbrttleiisdoo- 
lor iiigoiilft dolovorat, eniii Pin* 
d«nis iiovonif|it» lyriol lluiiiori* 
eli voriibiii vAiiuro tiiiinoruiit. 



OHATITM II. 

m NI Ammi AiM âmUmiUiê f9$rborum 
vofubûHoê Al noêirum Hrnumem 
iranrferemh t 

Quelquesligneiplusloiiii 
Pétrone va parler des ora- 
teurs asiatiques. Quant au 
tomie : corpui orationis, il le 
répétera au chapitre llS, 
1. 23: Kxtra corpus orationis 
expressiu (sentcntisc). 

• Umbratieus > ci^t employé 
tu nii^ine sens par len Sénë- 
que^ QnintiUeUy etc. Cioéron 
avait dit : 



Kihiremh tlr.hnh dtctto rét ex 
har thmvêtmi rjrnrrititlluuti 9i 
c Huihriitifî • iHrtUmn in iigiiicHp 
IM inh*ri*rM, lit cftiMornêi, tiê rrtâm 
tm tthpic /m (int:M furcHMcM . (De 
Omt., 1, 34, 167.) 

Pétrone compti* dix iioèles 
lyriques ' ; Quinlilicn nVn 
compte que neuf : « Sooem 
vcro lyricointvi loiitje Pimhmts 
princept. (Inst. orai., 1. X, 
l,Gl.) 

Le srholiaste de Pindare 
dit : A'jçtxct nctT,Totl |Wjatxi3v 
aap.'XTcjv sCalv rma.... Ttvcc 
ftk xxl tTjV Kéftv/av. 



t. M. Bogebsdo {OèêerMièûn$ê truMMuUiK tt rrit en* in Pefro* 
mlum, llaUo, 1S8D, p. 3^) fliit obiior\i'r, imi parlant <lo Vxisn^so ilo t/ne 
«latiA Pélroiio, quA, d*apK«s coUo cunHtni<!lii>ii, Piiuliiro ii'«'»t |iu4cuiih 
|irU dans kê nouf lyri«|uot« 



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MORALB BT DOCTBINB LITTÈluillB 01 PÈTRONB. 81 

PcHrone ajoute Corinne 
à Stésichore, Alcée, Simo- 
nido, Ibykui, Alcman, Sap* 
plio, Anacréon et Baechy- 
lide. Ou bien il y a de sa 
part une simple inadver- 
tance. 

Les mots Ilomei'icii ver* 
iibui « eanere timuerunt » 
rontionneat une bizarre ex- 
plication du la naissance du 
mètre lyrique. 

Pour la construction, rap- 
proclieri chap. 1 18| 1. 20 : atU 
visam {viam) « Umvcntnt » 
ealcau. 

Ce qui peut 6treneurici| 
c*e>t remploi de ces dpi* 
tliètes jntdira, maeuhsaf lur* 
yida, appliquées au dis- 
cours. Nous n'eu trouverons 
d'exemples que chez les écri* 
vains poslôrienrs à IVpoque 
présumée de Péti*one. Cf. 
Fronton, Laudes fumi et put» 
verts : 

Modo dufre illud wcorntpitm 
êit et c imdirum » , tuêctdanum et 
iouicim, id est Catoniê et liera» 
dott; 



al ne poetiis [quldem] ad tottl- 
monlnm eltero, eorto neque PU« 
loua, iteqoe Demottheuen ad 
hoc geutts exercilatloiiis aeeos* 
sisM vidoo. Oraiidli, et, ni lia 
dicsm, pudica oratio non est 
macalosa, noc turgida, ted na* 
tnrali palchritudine exsargtt. 



OMTt^oa uttAiaimm. 



Ei: Ad. M.Cwsarem,\.lllf 
lettre 1 (oralio, niii gravi' 
tate) verborum honeslatur, fit 
f 



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8S CHAPITBB 11. 

plané impudent aifue • impu* 
diea ». 

Ad Jf. Anioninum d$ arth 
tionibui, lettre 8 : 

^ poflHta 0i eaniaminata ei varia 

Horace avait dit : 

profeêt^Hâ graivîia turgei (Bp. 
ad PAtoH., V. 27); 

TurgtilM AlptHUê jugulai dum 
MemtioHa. (8a(., I« 10, r. 86.) 

Dans une phrase qui n'est 
pas sans rapports avec celle 
de Pétrone I l'auteur de la 
Rhétorique à Ilérennius se 
sert des niâmes termes (IV, 
10): 

Ut eorporU honam habiludmem 
intèioi imiUitnr «ir^ie; Ua gravie 
oratio êiepe imperith vhletur ea, 
#/ffn* turgel et hifiata têt *• 

Cf. pour ronsemble de la 
phrase: Sénèque le Rhé- 
teur {ExcerpL Controv., X, 
Pivfvfn. 9)f i>arlant du rhé- 
teur M usa: 

Omnia tuN/tie ad uUmum /n- 
morem jf^rducta, ut n<m extra 
êam'tatem, âed extra naturam 
e»$ent. 



1. Cf. PertSt 4il.. V. V. t9t 

• NoD aquldem hoe studeo, bullaUs ut milii Dugis 
Psgliui lurgcscsi, dard pondue idonca Aimo. ■ 



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Naper vantoM bUM c$6iior* 
mis loquâcitas Athenat ez AsUt 
commigraTit animofqaa Java- 
uam ad magna aargontai veluti 
peiiileuti qaodam tiderc afilavit. 



IIORALB BT DOCTEflfl LITTilUmB OB PÈTBONB. 83 

On a beaucoup diacuté 
aur ce nuper. — Bock {The 
âge, etc.) veut établir par 
des exomplea puisés dana 
Cicéron (Pro Ligario, 12, 37; 
Pro SexUo, 6, 53), César (De 
bello GalL, 1, 6) que nvper 
a bien le sens de ricem^ 
ment, et cette phrase est un 
do SCS arguments pour rot- 
taclicr le Satiricon à l'époque 
d'Auguste. Mais d'autres 
textes prouvent que nuper 
peut avoir un sens beaucoup 
plus large et équivalent à 
celui de nagtièrei. 

Cicc*roii, De divin., 1, 80 • 
Netpte anh philotophiain jtate* 
factam, quœ € fifij>er » inventa 
eut. 

De net. dcor.f 2, 60. Ka qum 
€ HujMsr •, id eut jMneiti anteêos» 
eut in,,,, reperta mtnt. 

Tacite, DIal. de oral,, 
XVI, parlant dos quatre 
cents ans qui séparent Té- 
poque (lu dialogue do colle 
de Déiuostlione, dira : 

Si ad natnram ntendorHin.,,. 
jteniitam brève et in proxiino e«/. 

L'éloquence asiatique a 
commencé à Athènes avec 
Déméiriua de Phalèrcs (v* 



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$4 



OHAFITM II. 



•hmdqM «omipta Mgah 
«Matia tlelll ai oboinlall. 



Ad tamaMi, qnif poftea 
Thae/dldit, qub Hjrparldit ad 
Auaan proeatsItT 



•ièda avant J.-C). On est 
surpris de voir ici nommer 
Aibèues et non pas Rome. 
Y auraii-il cbes Pétrone une 
réminiscence de quelque 
rhéteur grec? 

Lo terme : vmtoia avec le 
sens de vide, enflé, et appliqué 
au discours, est particulier 
A Pétrone. 

Cf. Perse, 5a/., V, 10: 

Th netjue auhelanf/, cotjuiturdum 
[maêêa eamino 
Folle premU € vento$ ».,.. 

Quant à l'expression : pet» 
Ulenli sidère, elle est dans 
Tite-Live,l. V11I,9, 12: 

jtenti/ero êidere #>//, 

Séiièque le Rhéteur ex- 
prime les mêmes plaintes 
au sujet de la décadence 
de l'éloquence (Conii'ov., I, 
Proœnu, ti, sq.): 

. , , w/ poênitêê wntiiHare m tjuau- 
inm eotid/e ingmia decrencatif, 
et ne^no t^tta iuiquifate natutw 
elwjuentia ne rétro tnlerit. 

Pétrone est dans la tradi* 
tion du pur atticisme et ron- 
sidère comme des modèles 
Thucy«lide et Uypéride, 
qu'il oppose aux orateurs 



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00 M eannen quidem sant eo« 
loris enitolt. 



Bed omnia qnasl eodem dbo 
pasto Don potuenint mqae ad 
ieneetotem eaneseere. 



MORALI m DOGTBINI LITTÈRAIRB Dl PtTRONS. 86 

asiatiques. Cf. Cicéron, Bru- 
tui, passim. 

Cette ^pithète : lanunap* 
pliquée à i'atticisroe est fré- 
quente chez Cicéron (BrutuSp 
cil. Xni,5i): 

ei qnani c nanitattm » jterderei» 
Ibid. Rhodii « êanioreê » H 

AtticoruM êéMiliore», 

LV, 202. Nîhit erai in tjua 

oratione ntêi Mt'ncerttm, nihil niêi 

iiccHM utque « êantuu », cte. 

L'expression est singu- 
lière. Canescere a le sons de 
mûrir, comme dans ce pas- 
sage de Cicéron, dont il y 
a peut -être ici une loin- 
taine réminiscence {BfiUm, 
11,8): 

Ctun /j$a omtio jma uoulra 
€ euneêccrtt » haht-rcique êuam 
quamdam mnturiUiiem et quoêi 
« êeuectittem >• 

Ce n'est pas une nou- 
veauté que ces rapproche- 
ments entre la peinture et 
l'éloquence ou la poésie. Cf. 
Cicéron, Urutus et De Ora^ 
tore, past'im; Horace, Ep. 
ad Pis., ut pictura pocsis, 
V. 3(>l,etc. 

Au ciiap. 88, Pétrone dé- 
plore de nouveau la déca- 
dence de la peinture : cutn 



Fietora qaoqoa non allom 
ezitum feelt, postqoam JEgyp« 
tiorum andacia tam magnœ artis 
compeudiariam invcnit. 



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86 



OVANTM II. 



Ck. m. BApoDit d*Ag«mM* 



AdoleiMiuii iaqvit^ qionlam 
•emoiiMiluilMt non pubUolMi- 
porh eti i|ttod ntriatimum mIi 
«nasboiMun mentenii nou fran* 
lUbo te arta laorota. 



SM nlmlraa In hlf 
eltatbnlbat doelorat paaeaiil« 
q«l itacoMa habani txm Inta» 
nlantlbvafurcro.Xam nlildlia* 
rint qaœ adulateantali probanti 
«t ait Cierroi € toll lu scholla 
reliiiqaeutnr »• 



pulOmrinm aru$ pêHênni, 
inUr gua$ piaura ne mftij- 
mum quidem iut vattgium re- 
UquUset. 

Cf. Pline rAndeii, nut. 
nat., 1. XXXV, 1, et 1. 
XXXV, 10,86: 

Hie eehrtiaism prmce^itùriê 
(Kicomaeh!) êeaitnê breviore» 
eihfHnum quaMlampictHrœ • eom* 
peHdiaria9 » invcntt. 

L'expression bona mem 
est fréquente ches Sénèque 
le Pliilosoiihe. Cr. Natur. 
QwTit., III, Proœfn. 14: 

• • • oi>(are, *jHod $m9 advenario 
^tatuff c iKmam mentem »• 

Mais chez Pétrone ce mot 
est tantôt pris, comme ici, 
au sens de : bon goût, tantôt 
au sens de : sagesse, comme 
au cil. 88, 1. 27 : ac ne bonam 
quidem mentem aut bonam va^ 
Ktudinem petunt. 

Cvm insanientibui furere 
est une locution pi*overbiale 
qu'emploie aussi Horace : 

luêano» qui inter vereare intianuê 
[iiaberi. 
(Sat., II, 8, T. 40.) 

Cf. Théognis, v. 313 : 



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MOiALg wr oocmnm littéiuiiii di FimoNi. 87 

La phrasedu ProCMid,!?^ 
qui contient la citation faite 
par Encolpe, est la suivante : 

Ilfud nnum ad laudem emm 
îahort dircetum iter f^ni probo' 
verunt projte êoti tb êekoiiê êuni 
reitctê. 



BtsttI (fleti] adttlalores eam 
eenas divitum captant, nlhil 
prias meditanturqoam id qaod 
patant gratittimam auditoribas 
fore : noo oui m aliter impetra* 
baiitqaod potaiit, uisi quasdam 
Insidias auribus feceriiit i 



aie elequentUa magUteri nisi 
taDqaain piaeator eam imposae- ^ 
rit hamit escam, quam scient 
appetitarot ctse pUcicnlot, tiae 
spe pranla) morabitur in scopulo. 



Rien de plus commun 
chez les écrivains latins que 
la mention du parasite et 
de Tadulatour. Cf. Plante, 
Téronce, etc. 

Bt'm., Kp., 128. Varuêeque9 
roitumHti rewirum bonurHm êee» 
tatof, qnaê mprohiiaU lingum 
merebafar, etc. 

Pétrone répétera un peu 
plus loin Texpression : cenas 
divitum captave. 

Chap. 5, V. 5. Clienêve oe»a# 
m^ofeuttiim capief, 

Pétrone reproduira au 
chap. 140 cette métaphore 
empruntée a la pèche : 

KtMê ant loccUoê unt êonanieit 
mrft mctiUon pro hami» in iurbam 
mittrreut,,,,»ieHf mntaanimaiia 
eibo mencanfur. 

L'image est proverbiale : 

Ovid«« An amator., 8, 4S5« 
Semper ttbi jfeudeat • hamuê • • 



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88 



CIUPITM 11. 



Chap. IV. Q«id oigo Mtf pa- 
reniât objurgiitione dlgnl tunti 
qni ttolant liberot tooi toTora 
lege profleoro. Primam aulm tia 
at omnla, ipet quoque tuât aro- 
bitioni donanl. 



Daiada aam ad vota propa* 
faal, arada adhae ttadta la fa- 
nua pellant, al aloqaonttam, 
qaa alhil eita majos eanfitan- 
tar, paarit Indnant adliao aat* 
eantibat. 



Horaaa, Bp., I« 7, 74 1 

Oeeultum viêuê dêcmrrerê fùdê 

[ad € AoMMia »• 

Cf. ParM, Soi., h r. 79 t 

Uo$ pneriê moHÙnâ jHttrdê inftm* 

[dere Itppoê 

Cnm tideoê, qHwriêue, vnde hwe 

{êartago ioquendi 

Venerit iu iiuguaê, nnde têtue de» 

[ilecuêf.». 

Ces doléances sur l'impa- 
tiente ambition des parents 
et sur la f&clieuse situation 
qu'ellecréenux mattres^rem- 
plissaient tout un livre com- 
posé par le professeur d'Ho- 
race, L. Orbilius Pupillus : 

.... ItTtrHM rJi\un mi cmî tifitluê 
nt^tftXyf,; cdtdit contôientein que» 
rrfiiM de injurth qwiê profcMoreê 
nrghgnititi aut timhitt'one jMren-' 
tmn arr/jmrettf, (Siijtone, De 
grumMttttc/ê et rhetoribnti, p. 107, 
éd. Ueilfcrscheid.) 

Cf. St^iièq. lo UhiSt. (Exrerid. 
CoHtrov,, 111, ProœiH., 15.) { 
qni i-ueri ftre autJMVcneê êcho» 
fiiê freijitrittaHf , 

Ad vota properanl est une 
expression que Pétrone ré- 
pétera, cliap. 89, Trojx halo» 
iis, V. 16 : 

Ih vota properat» 



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MOIULI IT DOCTRINl LITTiRAIRl 01 PÉTROIfl. 89 



Qnod ti pftlereiitar labornni 
gradtttfieiii ot ttudioii Juvenet 
leeHonc levora irrigarentur, ot 
•apiontin» pnuceptU aniinot 
eomponerent, nt vorba atroei 
•tilo fffodereiity ntqiiod relient 
Imitari diu audireiit, ut ;>er* 
êuitdertni tibi nihil et»80 ma* 
gnificum quod pneris placerct : 
Jain illa grandis oratio hnbcret 
inajcfttttU fuu! poudui. 



Nane paerl in fcbolit In- 
dant, Javenei ridentur in foro, 
et quod utroque turpiui est, 
quod quiiqne |>crperaui didicit, 
in teiiectute couiîteri non ?ult. 



Pour ruxpreiaion noicen* 
Ubui, cf. Cicéron : 

Quod ni iitt tum m novùi rebwi, 
quast modo • nanrenteê » hieêita» 
vtrHut. (Academ,, 11» 6), ete. 

Pour le roouveinoiit de la 
phraseï cf. Sùnéq. le Rhét. 
{Çontrov.fl. I, Procnn., 10): 

JCf êtrêarernataM fftHinadtHmp 
tjtua prœêhire non jioMMtnèt, r/o- 
farr non d*rêtnunf. 

Cf. pour gradus, Cicéron, 
Brutus, LXV, 232: 

c OradtiM • /wcw»,,, êfudeo ro» 
gntmvfre. 

Le tenue airoci sUlo aur- 
prcud un peu. Cicéron Tap- 
plicpic ù réloqueucedansle 
BOUS de : vigoureuxi huic ge* 
neri orniionU vehe. menti atque 
airoci.(l)eOvai., 11,49,200.) 

Elfodio en re tteua ne se 
trouve que dans Pétrone. 

Nous nvouH relové tléjàla 
nouv(*aut édi» rcinploi d'/r» 
ritjare. 

Cicéron, De Oralorr, III, 
24, 04, Appelle les éiolcH des 
rhélours : impuUntlix hului. 

Iloraco, A>., II, 1 , v. 84 : 

Vel quia titrjte putunt parère mi» 

\norHttt/i, et tjiiK 

Imberheê didirere, êene»j>erdenda 

[faieri. 



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90 



OHArirai ii. 



Cnkf. V. — Pièce d$ ven imtU$ de LueUiuê. 

Nous étodiaronsi au chapitre des imitations de Pétrone ^ 
le Sehedium LueUianM humilitatit quMmprovise Agamemnon. 
On se bornera ici à quelques rapprochements d'idées et 
d'expressions. 



Y. 1. Artit MTone si qnii smlit 

[effectni 

Meutemquo inaguit applicAt, 

[prius mores 

Fragalitatit loge poliat exacta. 



V. 4. Mes suret alto rogtam 

[tracem vulta 

CUenaTS esnaa impotsutinni 

(captety 

Née perJitia addlctua obritat 

(rino 

Mentia ealorenif nevo plaasor 

|in acn*iiam 

Hedeat redomptua hiatrlonii ad 

(rictua, 

Y. 9, 6ed aire arailgcra» ridunt 

[Trlfoiiidii arçon, 

8ett Laeod«)tiiotiio tollua hnbi* 

[tata euloiio 

Hlrenuinve dninua, 



La n^pélition de l'adjectif 
ieverus a déjà été signalée. 
Cf. chap. 4 : « severa » kge, 
leetione « tevera ». 

S^n., EiK ad Lueil.p 17, 5. 
Kon jtotent êtmlhm tiafutare fieri 
êhie € frugafititttu » cura. 

8iSii.| Dit brtivif. viYn*, eh. 18. 
A' #11 thanv.it et • fnigntitaîh » 
exact n* konimnn. 

L'expre8«ion obruere vino 
semble cmpnintée à Cicé* 
ron(P/ii7iy)p., III, 12): 

/jMie afitein êf, ttt fmtrem mi» 
îetuVf oftnat vino. Cf. Pro De- 
jotaro, IX, 26. 

Riflenl est sans doute pris 
au sons qu'il a dans ce vers 
d*lloraco,(;cf.l.ll,0,v.l3: 

lUe terraruin mthi prtcter omneê 
Anguluê ridet. 



I. Chap. IV. 



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MORALI BT OOCTBINB LITTtRAIRB DS PÈTRONB. 91 

Pétrone désigne Athènett 
Tarente ci Naples, aimables 
et studieux séjours, propices 
au culte des Muses. Cf. Se- 
nëque, Ep. G8| 5 : 

JiU Turentnm #e ahdidlÈ. Uh 
Neajtoli iuciuêitÊ est. 

Cicéron recommaufle , 
ainsi que le fera Quintilieni 
de comnioncer par la lecture 
des poètes Téducntion des 
jeunes gens. Cf. Lettre VI 
Ad fiimil. et passim. 

V. 12. ihconiumfonienijiGXXi 
£tre un souvenir d'OvidOi 
Amor., III, ol. 9, v. 25: 



V. 11: 

• • .. det primot Tsrtibiit annoi 

Mnonionqao bilMt feUci pse- 

[tore fontem. 

Moz et Socratieo plennt grege 

(mittat habenas, 

Liber et ingoDtls quatiat Demot- 

[theiiif anna. 

Utiic Romana naiiiii circum* 

[fluat et niutlo Graio 

Kionerata souo uiiitet luffuna 

(saporom. 



V.14. M.Deinostheiiisarma. 



Atljke Mwonidnif a nuOf cew 

\ftmle jmreHUt, 

Vithim VierHê ont figaularanniê. 

V. 18. Socradco jtlemui grege. 

Cf. Horace, Ep. ad Pâ., 
V. 310: 

Jietn ttbt Socrttftcœ jtoierunt et- 
[tendere chartœ. 

Cic<Sron, De Oral., 1, 10, 42. 
PhifoêOf horitm gregen, jum ab 
illo foute ef cttpite Soerate, 

Cicéron emploie la mémo 
métaphore : 

Jhutnti, II, 7. Ingenii.,.armi9 
et jHtnwi, 

Pruporcu, I. III, ol. 90, v.97. 

PerncuHitr aut ntitdmm Ihguttp 

[iJemotifheniê arma. 



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os 



CHAPITBI 11. 



V. 17 1 Intifdii» rabdneUfaro 

[del iNigina ennam 

El ferittiui tonot oalarl dltUneU 

|meattt ; 

Dent apttlaa ot bella trud me- 

(moimta eanore 

Omndlaqiie Indoniiti Cicerouit 

[verba minctar. 

V, 21 : Hit aDlinuifi tuecingo 

[boiiU: tic flumiiio Inrgo 

llennt Pierio defuudct pectore 

(vorba. 

Chap. VI 

Dum ergo Juvenet sentoiitiat ri* 
deut onlineiniiue totiut dictloiiit 
infamant.... 



Le ▼. 16 et les aulvants 
sont peu intelligibles et res- 
tent tels, malgré toutes les 
conjectures et corrections 
proposées. 

Il semble que les vers 18 
et 19 indiquent la matière 
mémo du poème que traitera 
Pétronoi le De bello eivili, où 
lu Fortune joucraun si grand 
rôle. 

Cf. Ovide, Fastes, I, 23- 
24: 

Sr/muÊ, • . myettti CHrm^itfinmina 
[nuauta lui. 

Cf.Perse,A'al.III,v.8C: 

//#> lojmluê ridet, muNumque tO' 

\ro»a JuveutHê 

Jn^CMmai tremufoê miêo eris» 

[j/an/e eaehinnoê. 



On a pu voir que ces morceaux, ainsi que le Sehedium 
qui les complète et en répète parfois les idées, nous pi*é- 
sentent une doctrine peu personnelle. C'est bien la doc- 
trine classique exposée par Bénéque le Rhéteur, auquel 
Pétrone n fait sans doute plus d'un emprunt, et qui est 
reprise par Quinlilien ainsi que par Taciie dam» son IHa^ 
loyue des Onileurs. Il faut avouer de plus que cette critique 
de renseignement des rliéleurs et do l'usage des déclama- 
tions reste assez superflcielle. Les causes profondes aux- 
quelles est due la perle de Téloquence des anciens temps 



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MOEALI IT DOCTRINl UTTÈRAIRI 01 PÈTROMI. OS 

n'ont môme pas été entrevues ici. Elles n*ont pas échappé 
à Tacite. On aurait mauvaise grAce à exiger de Pétrone, 
au cours d*uu roman et dans des morceaux en quelque sorte 
adventiceS| qu'il nous donne lui-même pour une dc^clama- 
tion \ dos vues originales et un encliatiiement rigoureux 
de principes. 11 s'est fait rinterprùte de ce que ponsaicut 
les pert^onnes sensées de son temps^ et s'est le plus souvent 
borné à énoncer la doctrine traditionnelle. 

Ce qui paraît surtout lui appartenir dans ces morceaux, 
c'est la forme qu'ont rerue ces idées quelque peu banales. 
On remarque d abord la vivacité du tour, Tallure oratoire 
qui se manifeste dans certains passages (Répétition des 
particules, sed, chap. 1, nondum, chap. 2, Inten*ogations). 
Sur ces lieux communs, Pétrone a aussi laissé l'empnûnte 
de son esprit humoristique. Il a d'heureuses trouvailles de 
stylo, des métaphorob familières, des comxianiisons pitto- 
resques {mellUot verùorum globulos, chap. 1 ; quum bene oiere 
qui in eulina Iwbitanl, chap. 2)', des épithètiïs nouvelles ou 
employées dans un sens imprévu (pudica walio, chap. 2; 
ventosa loguacitas, chap. 2), des termes hardis et poétiques 
(eloquentia stetii et obmutuit, chap. 2 ; insidias anribus facere, 
chap. 3 ; teetione severa irrigare, chap. 4 ; eruda adkuc sludia 
in forum peliniU, chap. 4; verba atroci siilo effoderc, chap. 4, 
etc.). Autant de teimes piquants, d'ingénieuses alliances 
de mots, qui paraissent bien appartenir en propix» à Pé- 
trone. Ainsi, sur un tissu d'idées communes, il brode des 
expressions neuves et personnelles. Tel u»t le procédé qu*il 
a i*ecommamlé et qu'il pratique. 

Il est difficile, en lisant les morceaux littéraires pi*écé- 
domment étudiés, do n'être pas frappé de la ressemblance 



1. Cliiip. 3. • Nun OMi piiHiiUtf A(niiiioiunun nio diuUu» dedamare in 
purlini, iiimni iptte in si'holu Midavonil. • 

2. cr.clmi). X. • SiMitoiitiiiM, id est vitrca (Vucta ot »fiinniuniin hitcr* 
pretamoiiUi. • 



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94 



OÉAFltAB !!• 



qu*ils prétentaot a?60 certains pattigee de Quintilien et 
du ùtaloguê ia OraUun de Tacite. Stoder (op. ett.) dit : 
• Pétrone te rencontre presque mot pour mot avec Tauteur 
du Dialogui sur le mauvais choix des sujets que l'on traite 
dans les écoles des rhéteurs. » M. Lud. Kleiber' (p. 70) 
émet l'opinion que Tacite avait lu Pétrone et s'en souvient 
dans sou Dialogue. Voici les rapprochements que Ton peut 
faire entra les textes de Pétrone et ceux de Quintilien et 
de Tacite. 



Ckap. 1. Putant te In allum 
orbem tamurtiiii dolatot. 



Ckap. S.KoadamJnvsMsde» 
danuUiottibiiscoutiiitbaaUir.... 
Cbap. 1.... et Idée ego adnlet» 
eentolot exiilimo In ackolla «toi* 
tiiainoa Bari, qnia nihU as hii| 
iinflD In oso habamoi, ant an* 
diunt ant vident..,. 

Bed retponta lu paatilantiam 
d.ifa... 



Ces mots rappellent ceux 
dont se sert Quintilien par- 
lant de Porcins Latra, X, 6, 
18: 

•• . tf/.«, impcMû jteti'erîf, nti êub* 
netita in btf/*ittram iraHê/emutHK 
Itn ilh* • ririnm novnm • fmt, ut 
omntti tJHê efotjHenUa eouttueri 
tttto ae intHelilM videretur. 

Voici dans Quintilien la 
«néme iicnséc et un des exem- 
ples qui vont suivra dans 
Pétrane, II, 10,4: 

ShU ergo et quKe materm qnm 
flygeninr, tjuaiH êimiUmw vtri» 
iatùi, Ntîm magon, • ef in jteMtim 
lentitim retijov.êa », aiiatiue ma» 
gi$ adhue fahulona fruêtra inter 
$liOn$ioneê et interdicta quatre* 



I. Çuié TneUuM in Dialofo jftHorttàUi leripiariCnâ debetit, llalia 
8axonuni, IS8J. 



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MOIULB IT OOCTEINB UTTtlIAlBI DB PÉTRONB. 96 

La différence est que Quiniilien admet la sage pratique 
de la déclamation. Pétrone la condamne absolument, et, 
par une exagération plaisantOi afllrme que les écoles ac- 
tuelles ne font que des sots. 

Les mots in paiUenUam retpoina rapp4*llent une dos dé- 
clamations qui nous sont parvenues sous le nom de Quin- 
tilien. 

Declam.i CCCLXXXIV: Jn peUikntia responsum estvir* 
gineni immolandam, torU ductam ; pater virglnem negavit, 
magiitratut immolaviU Non finiebatur pettilentia. lUrum lor* 
titi iunl, altéra immola ta est. 

Cr. Declam*! CCCXXVli et i>our le Riche et le pauvre, 
Declam., VII, IX, XI. 

Un passage de Tacite, Diatogus de Oratorihus (Cliap. 35), 
éuonce le mémo exemple et contient la mt^mo criliquo à 
l'adresse des exei*cicc8 de déclamation : 



Chap. 1. Sed tyraiiiiot edicta 
•criboiitei.... 8od reiponsa In 
pestileiitism data. 



Chap. 1. Nihil ex bis qua) in 
osa habemas. 

Cbap. 9. Pace roitra liceat 
dizifso, primi omnium eloquen- 
tiam pcrdidiftif. 



LeTlbos enim atqns tnanibvs 
•onif. 



Sirfif tii tyrannicidarum prw* 
mia uut vifiatarum elrcttoneti, 
a ut c peêttlenh'K » remédia , aut 
inre»ta niutrHtèê, aut tjuidqMid in 
êrhola cofidie agitur, inforo vei 
raro vcl nttWjHam, ingtinithnê 
verbU jterêctjMtutttr, 

Dtiilog., 81. Uifictin née uVo 
modo ad vcrUatem acredcntêbiai 
coiifrot*er*//>.,.. 

Qiiiiititicii, 1. II, 10. EoqHÎ^ 
dem reê iêta ndpa doctintinm 
ren'ilH, nt iuter irteripuan^ f/Nir 
eorrumpcrcMf eloquentiam, «!«• 
êwi Iteeutia aUjue ÎMcitia decla» 
manfium fuerif, 

Dialog,, 26. iMêciviam verho» 
rum et « ievifatem » êcHienfiarum. 



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06 



CHAriTAI II. 



Ul eorpos orttionls enenrtr»- 

Onuidb et» ni tU dieani, pu* 
dle« orallo non est maonlosa 
1100 tnrglda* lecl natnmli pnl- 
chrilndino oxiurgit. 

Cli:ip. 3. Hicut iicti aduUto« 
rct... pïo oloquentiiD magistcri 
iiiii Uiiquoin piscntor coin lm« 
posuerit hiitnit eteam, qtinm 
■clerit oppetitiiros ossc piscicu* 
los, tiiio spo pra»d(u morabitur 
lu scopnlo. 

....Huvorn loge proiloore. 



Chnp, 4. Parenles objniga- 
tlone digui snnt. 



Doindo onn id rott propo* 
rnnti ornda adhno stndla in fo- 
mm pollnnl. 



Dialog., ohap. S9. DMiUa* 
tur ae framgiiur eloqnmUia» 

Diafog,, ohap. 91. Qratio... 
êtd iûmpera/Hê ae bonne êangnU 
imjihi membra et exnnrgU toHê... 

Diatoff., ohap. 99. CoUîgnnf 
enîiH diÊCi'puioê non • êevertlale » 
diâctpHnœ née ingénié experi* 
menfOf ned ambih'one stitutatio» 
num et tiiecebris • adutatîoniê ». 



Chap. 98. € DeêeveriMe »... 

•NCVOrNfM. 

Ibîd. Qum dêêcipUna et • êeoe» 
rtUii ». 

Chap. 40. < SevenêêiMœ diê^ 
eipii'nu! ». 

« Severtêêtm» » !eçe», 

Cr. pour tout le dévelop- 
pement. Tacite, Dialogut, 
chap. 28 : 

Qiuê enÎM ignorai et eloquen» 
tiam et eeteroê artes deêeiviêêe 
ab itfa vetere ghria non inopia 
homiuiim, Hd deeidia JuventHiiâ 
ei negfegentia parentum et in» 
êcitntia prœcipientium..,,f 

Cf. Pline lo Jouno, £/>., 
11,14: 

Cetcri andaceê, atque etiam 
magna ex parte aduieêcentuH 
obêcuri a declamando hue tran* 



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MOIULI 'IT DOeTRIN I LITTiRAIRI 01 PÉTIIOMI. 97 

êiermit, tam irrevermUer m ie* 
mère «1 mihi AttiHue noder eav 
jireMie dixÎMe videattir, aie in 
foro jmeroê a eentumtnrafUntê 
eauftê awjneari, ut ab Ifomero 
tu êfhoUê. 

Jhatoff., 28. VtVlê.,., qum 
• nntoê » êiatm exciju'uui, 

Chap. 89. Et diUgmtiê êtili 
aHxhfatem. 

Cliap. 80. Nce in anetoribu» 
eogfioêccndif, née in ecoieenda 
auttijuitafe, uee m notitia ve/ 
reruM vd hominum vel teMjiorum 
$atiâ operte inêumitur» 

Cbup. 4. Sanrttorem illam et 
anguêttorem éloquent iam colam, 

Chap. 35. Kam m toco nikii 
révèrent ive eft, m quem nemo nui 
œque imjterituê tntret, in conduis 
eipuUê nihil y ro/ccfHH, mm pueri 
nUerjtueroê et adulencaituliinter 
adnlcticentuloti pari êentritate et 

dicant et andiantur cum ad 

veroâ Jndirce ventitm .... 



La lacune qui suit ces 
mou peut i^tre complétée, 
comme lo fait obtforver 
M. Gœlzcr', par le passage 
de Péti*oney cliap. 1, 1. 7» 
ut cum in fm'um renerint, sq. 

Cf. pour l'expressiou 
Quiiitilien, I, 2 : 



Poerls adhne iiâscaiitlbitf. 

Ut Tirba alroet stilo effode» 
rent. 

Ut qaod Tellenl Imltari dla 
andlreut. 



Jam illa grandis oratio haba- 
ret majostatis su» pondns. 

Nune pneri iu scholis ludonti 
Juveiiei rideutur iu fom. 



Chap. 6. Kee parditis addiotns 
[oUraat Tino 



I. Tacita, Diai9§uê dei Orûteun. (IIuclicUo.) P. 77, nuto 23. 
«•inaoa UTTisAiia. î 



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98 CRAPITM II. 

Mentit eilofenii MVâ plmitor 

(in scsnAui 

Sadial iwlMiptai hittrionlt ad 

[ricint. 

Ifvonianqna UlMt feliei poc- 

[ton fontom. 

Liber et ingentii quatiat De- 

[noitlieiiit anna. 

Interdam •ul>dneta foro dot pi^ 
[giiia cnnum. 



• •••••••• tic flumine largo 

Plenof Pierio dcfoiidot pectoro 
[vcrba. 



quieoriariêeum memiem ofrme- 
runt. 

Taeite« Dialog., 99. Jam veta 
propria €ipeeuliariàk^f9lêurhiÊ 
riï/rt... c hêêtrUmaliê favar »• 

Cliap. 98. Talo jfeetore arri- 
piaui arteê koneâtaê, 

Cliap. 89. Eut aUquiê orato^ 
ruM enmiiHti, ;#er qnem nM • /•• 
beri » et »o!uti /eraniur..., 

Chap. 4. Ui omitmh form^ 
$huH eaHMnuHangtinfon, in qui* 
buM MttM Mthi êujterqite undatum 
et/.... 

Ckap. 81. 8ftd ui Un artibuÊ 
yeclHM /mpfereut,,, 

Kx hin /outi'bim etiam iflapro» 
/fiuint»,» 

Chap. 80. Kx multa erudi- 
ffonn,.,. exHttdtU clexuberat ilia 
luÏMirabiUfi eloqn ^ntia . 



Pour expliquer ce« rapports aenaiblea ot aaaei fréqiienU 
aveo le Dtahgui de Tacite, divenioa hypothèses so présen- 
tent : d*abord celle d'une simple rencontre d'idées et d'ex- 
pressions. Mais les ressemblances paraissent asses directes 
pour que l'on soit tenté de croire qu'il y a chtx l'un des 
auteurs une réminiscence de l'autre. Auraient-ils puisé i 
une source commune? Cela encore est possible. Toute- 
foiSi si Tacite s'est souvenu du Satiricon, il est fort sin- 
gulier qu'il n*ait pas mentionné l'existence d'un roman 
auquel il Taisait ces emprunts et se soit borné à désigner 
très sommairement le pamphlet écrit par Pétrone à la 
veille do mourir. Une œuvre qu'il avait jugée digne de 
HGs imitations méritait de n'être pas pasbée souh nilence 



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100 



CRAriTIII II. 



Qttit, ittquMt rmdt la 
plom «t Tolttin fbeltt tl ad eio- 
«IveatUm porrtttltMC? QaU tl 
plillotoplii» fontem atHgisaet ? 



Iptt MMitMi ratti bonifie I 
•aiptoTi nllla poodo anrl Capl« 
tolio promItUrt tolat.».. 



tandi êoltamdique cUemia étudia 
0feminûicê laaail.... 

Même mouvemeni dans 
Sénèque le Rhéteur (Cdii- 
trov.p I| Prootm., 10): 

Qttiti eH qnimtmoHm êiudealf 
finie qui, non dico magniê vtWif- 
tibuti, »cd tiHin jfiaeeatf 

Cf. Pline TAncieni Hist. 
Nul, 1. XIV, 1 : 

Qni» non, eommunicato orbe 
ierraruM maje$Uite romani impe* 
rii, jirofeeiMe vilam jtuM com^ 
merr/o rermn ae fociefate feêtm 
parif, omninqHti etiam qum œ» 
cnfta ante f aérant iu promiâcno 
•MM facta f Ai ilercnîe» non r^ 
j}eriuntHr qui norint mtdia ah 
anfiquiê jtrtHl/tti : tanio priuro» 
ruM rnra ferti/ior aul induMtria 
/eftrior fuit! Cujuê âomni eau»aê 
quiê alioê quam jmbUcaM mundi 
inuenerii f ICiMinun alii êubicrn 
rituel, eirraqu9 afin Mentcê ho* 
Miuum dctinrntur et avaritinf 
tautum artcM cotuntur,... 

Poêtquam êenator eenêu letji 
eofptwi, Judex finri rennu.... ae 
fotn gandin in j oMidendo, pen» 

nu m iere vif a* prrfia eodem 

tamen habcndique nd^ji^omiimm 
tendante voto. 



Déji ridée générale du morceau se trouve dansées vers 
d*llomce : 



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IIOIULI BT OOCTBmB LITTÈRAIRB DB PiTiiOtfB. 101 

...Ai ktee animoê mrugo ei euro peeuli 
Cum êemel imbuerit, »])eramH» carmina fingi 
Pome Unenda reiro 9t hvi âervanda eHpri»$of 
(Ep. ad Fiêon., v. 330 sq.) 

Abordons le chapitre 118 qui, avec les morceaux du dé- 
but| e8t le plus important pour Tétude de la doctrine litté- 
raire de Péti'one. Il précède immédiatement le poème De 
beUo eivili. 



Chsp. 118. Multoi [inquit 
Kninolput o] juvcnci carmen 
dccepit. Nam ut qoieqiio vcr- 
nam pedibiis instruxit tcn- 
fumquo triiorioreiii vcrbornm 
atnbitii iutexuit, piitavit bo con- 
tinuo in llvlicoiioiii vciiiiBe... 



81e forensibot minUteriit 
eicrcitati frcqooutcr ftd cartni- 
ni» tranquillitatem tnncioam ad 
portniii feliciorem rcfiigcTuiit, 



crcdentci fscilinn poama axitrui 
pofse, qnam coiitrovcniiam sou- 
tvntiolis vibraiitibut plctsm... 



llor., Ep. ad Piê.t ▼• 24. 
Mitxiina paré vaimu, pater ei 
[Juveneu jMtre tUtjnif 
Deripîmur npneU rccU,,» 

240. Aui niminm te.nerh ^n* 

(wrMCM/«r vemhftê, 

296. Et exriudif êtmtm ilcii* 

\foue poatati. 

Ep., Il, 1, ftd AutJHâtHlH, 

V. 218: 

Ut ntudio majore jfefnni Jieti' 
[cona vireuhM. 

Erhard^ croit voir ici une 
allusion à Silius Italiens* 
et à Lucain, qui, abandon* 
naut le forum, s'adonnèrent 
à la poésie. Rien n'est moins 
probable, ainsi qu'on le 
verra au chapitre IV. 

llor.. Ep. ad Piti., V. 3H2. 

Qiti wjivU vannu la mm andfd 

[fiagere. 

Cic, Oralor, 70, 23 t. Oratio 
inrHata tit vihrann. 



1. i:ilâ pur Hiirinniin, «'d. do I7(I9, p. .'ii<>. . 

2. Cr. Plin». Kp., m, 7; Mnrtltl, Kpigr., VU. 61. 



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108 

Ctttrom B«qM fMarotior 
•ptritiii fanltalem anati neqae 
eoaelpere ant «dera piirtom 
ni0iit potett nltl tngenti fin* 
mina lUanuram InoodAU. 



Rofugiendnm Ml «b onnl ver- 
bortiui, ni tU dioam, Tilitota 
et ■iimeiidio vocei « plobe se* 
uiotH», ut fiât € odi profanum 
viilgiit et aroeo ». 



l*nBterea eanuidnni est» ne ten* 
tentte emtneant eitra corpus 
onitioiile expresM»! 



•ed Intexto vettlbne eolore ni 
teani. 



Homenui tcttit et l/riel Ro« 
manuiqne Vergilint et HoratU 
enrioaa foUeitat. 



CHAPITai II. 

Cet emploi métaphorique 
et poétique de inmdatvs so 
retrouve encore chei Pé- 
trono dans cette phrase : 

Inundatus liac Eomolpan in* 
vidia. (Chap. 101.) 

Cr. Séuèq.leRhét.|C^n- 
/rot^, 1. I, 2, 23 : 

léOngn rteedf.nilHM cêt ab omni 
obêcruittifti et verbonun et ««•• 

ilur.9 Ep. ad Vie., v. 182. 

Ker circiî vihM jHifHlmmjue mo* 

[ralftirin orbem. 

La citation dMIorace : Odi 
profanum, utc.| est tirée de 
l'o<lo I du livre III, vers 1. 

Cr. plus haut, chap. 2, 
eovpui orationis» 

Cic, JJe Ortifore, III, 25 : 
Ornutur it/itur orafiu ijruere pri^ 
MiOH et qmtni colore t/iiodam et 
tiNco êHo... in toto $jiertantur 
ha*e roriiore. 

Cl. plus haut| en ce mâme 
chapitre, intcxuli, et cliap. 2, 
ae ne cunnen quUiem sani co* 
loris eiiiluit. 

L'idée première dece ju- 
gemcnt bur Horace est dans 
ces vers d'IIoraco lui-niâme : 

Ejf, ad Piê., V. 45, eqq. 

lu verlin etiaiM tcuuin cautnutjue 

[ferendiê 



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ICOIULB BT DOeTRIffB LITTÈRAIRB DB PÈTHONB. 108 

Dixerh egregie, noimm »ieallidm 

[verbum 

BtddiderU Jundura iiotmm. 

Cf. Ep.^ II, 1, ▼• 16G : af 

[/rficiler audet» 

S6n. la Khét., Controv., 1 111, 

Proam,,Si VergiVumiffa/eti' 

eifan fngenti m onifiane êoluta 

reh'tjutt. 



Ceterl tnlm a«t non vldanint 
▼iam qnn tretnrad earmen, ant 
Titam timnenint ealcare. 

Eeeo bellî clvilit logent oput 
qulsquis attîgerit, nisi plenut 
literis, tub onero labctur. 

Non ciiim ros gestic vcnibna 
couipTchciidcnda) suiit , quod 
lo:igc DicliuM hifitorici faciuut, 
sed pcr aiubagct deoriiniqtio 
DiiuÎKteria et fabiiloBiim («en* 
tontiariiinl torincntiim pni»cipi- 
tandufl est liber spiritiis, 



nt potiuii fureutia animl vatici* 
natio appareat quam ruligios» 
orationia tub testibut lidea. 



Noler toiijoiim l'usage 
dea expreaaions poéliquea; 
cf. Iloraco, OJ. I,28,v.l6: 

Et cafeawla tiemd via leti. 

\lor.,Ep., II, 1, V. 109: 
.... êtd hithet comtetUa fanto 
PUm oHfirts, , . , 

Ep. ad Pin.f v. 78. Jieêge»t» 

[regum*jHe duramqHe. 

Vîrg., ACu., VI, V. 98, 99: 

Tah'LuM ex adgfo dictU Cumwa 

[Sébglla 

llorrendan canit aêithageti 

llor., Ep. ad Pin., s. 217: 

Ei tutil efoquiHiii inêolitum fa» 

\fnwlia / rœcejm, 

Ufifiittuipte Mgax reruM H di» 

[t'iMii Juturi 

Sofiihgiê non dinrre^uil ne»* 

[fenda JJefphit. 

Cf. Ovide, Fastes, l. VI^ 
V. 5: 

Ent drM in nobis, agitante ca- 

[feMcituMéi illo : 

Impetuê hic âarrtv feiuina menti9 

[hahût. 



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104 CRAPITM II. 

Cio., />• Omiore, U, 4<, IM. 
Smpe enim €mdipipoeiambamum 
meminêm (id qttod a Demoerito 
€i Plai&ne im •eripto relieium 
€$$€ dieuni) »ime ii^fianmaiionê 
animorum exêhtere poêêt, H êint 
quodam afialu quanifurorU. 

Qic.Dt LegibHê, I, 1, 4. 
iMif Tite, fariuni tmj^ente, qui 
tu iêto jiûricHto non ui a poeta, 
êedut a tftitep verUalem ex/gant. 
— Q. Intelhgo te, f rater, attitê 
in ktMtoria l^geti obêervandati jtu» 
tare, tdàiê tu poemate»,. 

Cf. Ovide, Amor., III, 
el. 12, V. 41 : 

* KxH m immeHMHm feeuHda tU 

[centm vatHm, 

Obt/gat hhtorien nec »Ha verha 

[/de. 

Iliid., V. 19. Née tamen, ui 

\te$teâ, moê eêt aud!repoeta». 

Cf. AriBtote, Poétique , 
chap. XXIII (diiTéreuces 
emre rhisioiro et répopt^e)* 

TMiqMBi il pltoel Ue in* Ovido, Trhteti, I, o, v. 27 : 
ptftM, etian tl nondun r«eepU Ker tamen if la hgi poteruut pa- 
wMmtm maii«B. [tienfer ab ullo, 

Keêciatkiâ fummam tiiquiâ abesêe 
[manum, ete. 

Pour les idées comme pour les termes, les textes ci-apres 



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MORALB BT DOeTillIIB tITTtlIAIIII DE PÈTEONB. 105 

Indiqués da Dhlogtti de Tacite prétenlent cerialnei rc»- 
•emblances avec le chapitre 118 de Pétrone. 



Cbap. 118. Sic forentibnt 
mloisteriltexareitati ffeqncnter 
ad carminit tranqnilHtatein tan- 
quam ad portum feliciorem re» 
fngerunt. 



neqoe coneipera aut edere par- 
tam mena poleat niai Ingonti du* 
mine litararuni iiiuiidata. 



et anmenda» voela a plcbe ■«- 
mota». 



Pneterea carandum est, ne aen* 
tentin emineant, extra corpua 
oraliouîa exprestn. 



et Horatii enrioia félicitas. 



Tac, Dial., 11. Ae Jam me 
dtjimgere aforwêi hbore conê* 
titui. 

12.... ui tHter yrttcîjmoê ear^ 
Miitifm fmctw nnmercm, qhod 
mon in être] if h,., eomponunfnr, 
$ed finctdit an/mnâ in loea pura 
atijne innoreutia /ruiturqne $ۥ 
dtlêHê êtterin, 

13..*. ar. ne.fortHnam quidem 
ra/fcm et iUwlfcUx rontHlnminm 
eoMj arareftfHHsriMeHM inquitta 
et auxia oratomm tita. 

80.«.. ex Mntta erutUtione el 
pluriMiê ar/ihim nt omuîhm rerum 
»rit!ufta rjrnmltit H nxiiherai if fa 
admirabiVâ elonnenlia (Même 
inétii|ihorc). 

»2.... nt in art*onibuê eorum 
ht9jnii qnotint rotidiani êermoni» 
fœda ae i.udenda vit in deprehen» 
ditêitnr» 

2 1 . OratéO , . . , nient corpnt Ao- 
minin, ra dtimum pufrhra eêt, in 
qna non emincnt rente, née OM$a 
nuMerantur, $ed terni eratnn ae 
lonun tiangui» itnpfet membrop et 
exêurgit torif,,. 

Cf. aussi Qninlilicn, liist. 
Orut., X, 1, 96, parlant 
d'Horace : 

varittnfiguriê et verhiMfefieimm9 
uudnx. 



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106 CHAPITM II. 

Comme nous ravont coustaié au sujet des passages re- 

latifs i la déclamation et i Téloquencei il n'y a dans la 
tirade sur la poésie que bien peu d'idées originaleS| si 
même il s'en trouve. Nous mettons i part la question du 
merveilleux dans l'épopée. 

L'auteur s'est borné à des gùtiéralités sur la poésie, et 
n'a établi nuciino distinction entre les genres. Tous les 
conseils d'Euniolpe se réduisent à ceci : 

1* Il fnut, pour iHrc poète, beaucoup de littérature; 

2* On doit eliercbcr les mots éloignés de l'usage du 
vulgaire; 

3* Éviter les peuséetf qui font saillie sur le corps du dis- 
cours et répandre sur Tunivre un coloris harmonieux. 

Cela avait été dit cent fois. Puis il passe h l'épopée, 
exige derechef de fortes connaissances littéraires et ajoute 
(c'est là le seul point intéresimnt) l'obliKution de se distin- 
gtier ties liihtorienK en mêlant au poème les embellisse- 
ments (le lu fable, en substituant à l'allure calme et posée 
de la narration historique, le libre essor du génie et le 
délire d'un prophète inspiré. 

Ici, connue dans les morceaux précédents, l'imitation 
est érigée en règle. Ces deux tirailes offrent non seulement 
pour les idées, mais aussi pour la forme, des ressemblances 
qui ont été ndevéos. Ce retour de termes identiques ou 
analogues révèle la personnalité de l'autenr qui semble 
s'exprinitT tn son propre nom, bien que trois interlocu- 
teurs différents aient pris la parole, Encolpe, Agamennion, 
Enmolpe. 

Toutefois, il y a dans ce chapitre 118 moins de trou- 
vailles de style que dans les prérédcnts; mais il s'en ren- 
contre encore qui trahissent un curieux souci de la forme*. 

I. • Cotilnivoisiiiiu Mi'iiltMiliiH vihrnniiliiiii iiiclnin; * 8fMi(on(iiP 

iMl«*\lfi vt*.<«liliiiM iMiliin* niliMitii ; — iiiciis itipMili lliimino lilerarum 
iiitiiKliilii : — llnrtilii f*iiri<iMi fflioilns: — \tor ambuges dcuniiii«iuo mi- 
niKloriii |iruM*iiiiiaiMlii.<i osl lilicr spiriliis. • 



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MOBALB KT OOCTlIlSd UTTÉftAIRI UB PÈTHONK. 107 

Le Style, d^ine élégance louteiniOi a une couleur frauohe- 
ment poétique. Quo nous voilii loin du parler populaire 
d'un Ganyniède et d*un Nicéros ! Ces sentences seraient à 
leur place dans les meilleures pages de Qiiinlilien et du 
Dialogus do Tacite. 

Mais ce qui n'et^t chez Pétrone qu'un court épisode est 
ressenliel chez Tacite. Dans cette étude i^ur les causes de 
la décadence des lettres, celui-ci apporte des préoccu{iatianA 
politiques et une |iénétration d*esprit qui lui permet do voir 
mieux et plus loin qu'aucun écrivain contemporain. Chez 
IMtrone, le regret de réloi]uence ancienne est pui*ement 
liltéraire; cet épicurien devait aisément ^'accommoder de 
tous les régimes. Il ne parle nullemcnti s'il compare le 
poète à l'orateur, do la sécurité de la poésie opposée aux 
dangers que raiicourirréloiiuenco'. (Cr. Tacite, cliap. 13.) 

Il n'en est pas moins vrai que Pétrone a touché diuis 
ces chapitres 1-5, 88 et 118 aux trois point:» principaux 
qu'a iraités Tacite dans son Uialotjus^ les rhéteurs et la 
décadence de l'éloquence, — la comparaison entre le 
poète et l'orateur — et incidennnent la question des 
anciens et des modernes*. (Chap. 88.) 



« Ait |u»i'liiiii r<'li<'iur«*iii l'oriipM'imt « fC!lm|i. 118) tl<iit KViitoiiili*o 
I sons (!•• : uii<* ('«iiidiiioii iiii)iii<i |M''iiihl<\ moins liihuriiMisi*. 
"l. Ou |>(iurniit ««nfuiv rxlniin* i|nel<|u<*s jugonimls lilU' mires d*iiti- 
os rliiipilrcs ilii Stiîêi'icoH, Mnis lo sont, iionr ainsi iliro. dos Juiro* 

..-«•. :...i: «.. !•....•...... ..m:....i; i..^ ^ .-..: i..^ ............ 



on sons 
Iros 



. oronio. t.iir ininyinoiio miii-ii <'o ipio v osi ipio i oio<|noni'o iis:iiiii|iiur 
An f'iiiip. fO« nous iiviins, n |M'o|M»sdoM niiillio.H du polit Ciiiiro, do trou 
sonimairos indioalMins pôdii^/o^'j pio4. l^Irliion Oiil, miU'» Io \oidoii', lu 
l'urinilin'o d<' corhiin-* pi'id'<'.<«^onis; nini.** son* lu oliinyo. un ^ont ilon 
tniits ju^los. Li* ifioniioi* ohI nn p«'*diinl «pii no so n\o h rion : « ma* 
Ki>lor ojns sihi plaocnH lii noo. nno Imu oonni^^lil ». l/aiitro ost xclû, 
mais ignorant : ■ (^ni pin.s ilnooi i|iiani soit a. Kn ro\anolio, il so oun- 
tontn do ce qu'on lui donno. C*o>t«|uo|ipio pau\r<* diaMo do ivpiHilour 
au rulmis. 



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106 0N4PITIII II. 

8'U nous a para légitime de chercher dans les morceaui 
Uttérairee du SaUrkm les principes de PétronCi nous n'a* 
vous cependant Jamais d6 oublier qu*il choisit pour orga* 
nos des personnages de roman. Le contraste entre leur 
sage doctrine et leurs actes si peu dignes produira un effet 
romique. Ainsi les vers i la façon de Lucilius condam- 
nent d*nno manière formol le les mœurs d*Agamemnon et 
d'Encolpo. léQ vers : dienxve ceims impoteiitium eaptet, nous 
fait songer que lo rhâleur sera le surlendemain le convive 
do Triiiialcliion. En lisant : Nec....obrual viiio mentis ealo- 
rem, nous nous rappelons qu'à ce festin Eucolpe et Aga- 
memnoii ne donnent pas Texemple do la sobriété. Eumolpe 
est plus surprenant encore quand il articule ces grands 
mots : si quis viliorum omnium inimicns recium iter vitx cœ» 
pit iuiistere. (Cliap. 84.) 

Pour réi^unier tout ce qui i»récède| il convient de dird : 
Dans ces divers morc«'aux littéraires, la forme seule pa- 
rait originale. On y rcti'Ouve des redites d'écoloi des sou- 
venirs de Sénèque le Rhéteur et d'autres écrivains. Mais 
le choix f.iit par Pétrone dans ces emprunts est déjà une 
intliiation de ses préférences de doctrine. Il n'insiste psis 
sans raison sur la nécesbilé de lire beaucoup aAn de pou- 
voir pratiquer l'imitation. Cetto méthodoy il^l'a suivie et 
divers rapprorhements ont fait voir qu*il applique la règle 
enmémo temps qu'il la formule. Ces fragments nous ont 
fourni une preuve de la manière dont procède l^élrono 
quand il emprunte et imite duis des sujets sérieux, sans 
intention de parodie. 

Il nous faut voir maintenant fî, dans les autres parties 
du roman, nous saisissons aussi la trace de ses imiUstionSi 
et élutlier dans quel esprit élites ont été faites. Ceci nous 
mène à la question de la parodie dans le Satiricon et à 
rexamen du De brito civtti. 



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CHAPITRE III 

% 

DE LA PARODIE ET DE l'iM ITATION DANS LE SATIRICON 
DE PiTRONB. — VIRGILE ET LUCAIN. 



Pétrone mirait pu s'appliquer le moi de Ifàcrobe par« 
lant de Virgile : hune eue fructum legendi, xmulari ta 
quM in aUii probes, et qum maxime inter aliorum dicta mire* 
ritp in aliquem usum tuum opportunaderivalione convertere\ 

Il esti nous l'avons dit déjà, de ces lettrés qui, ayant 
beaucoup lu, ont tiré le plus ingénieux profit de leur lec- 
ture et ont su pratiquer Timitation avec lu plus d'origi- 
nalité. 

Tantôt il se contente de nuancer son slyle de la cou- 
leur de tel ou tel écrivain ; tantôt il parodie spirituelle- 
ment un auteur célèbre et s'amuse à accommoder à une 
situation comique les réminiscences do quelque passage 
épique ou tragique. D'autres Toix, quitUuit le ton du 
persiflage, il s'attache à rivaliser soit en vers, soit en 
prose, dans des pièces étudiées, avec un prosateur ou 
un poète en renom. Ces morceaux d'apparat, purament 
épisodiques, destinés à relever la narration et à en varier 
l'uniformité, nous montrent un écrivain qui s'exerce, sous 
le nom des déclama teurs et des poètes qu*il met en scène, 
A déclamer et a veraiQer pour son propre compte. En effet, 
bien que l'ironie et lenjouement qui caractérisent la ma- 
nière de Pétit)ne se retrouvent dans tout le cours de son 



1. satHnwiii, Vl, 1. 



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110 CHAPITM III. 

romaiii ee senlt uno erreur de croire qu'il ne se souvient 
dei auteurs qu*U a lus que pour les parodier. Celte tlièse 
A dtd soutenue avec exc*èS| et ce point de vue exclusif 
nous semMe faux. Si l'on s'est trompé dans Tappréciation 
du poème : De hello civili, c'est qu'on t*st parti de cette 
idée pn^ronrue qu'il y a partout chcs Pétrone satire et pa- 
rodie. Le iioint délicat do noire étude est précisément 
d'arriver A disconuT les morceaux où il y a simplement 
imitation ou réminiscence et ceux dont l'intention paro- 
dique n'est p.is douleuso. 

Essayons dt* retrouver les principaux aut<*nrs que Pé- 
trone a AU lire et imiter. Maiis, dans relte nM-lierche, il 
faut proi*édi*r avec beaucoup de prudence. Ou doit se garder 
avant tout d'atlirmor qu'il y a un souvenir de tel écrivain 
parle fait «eul dtf la remontre de ipielques oxpresbioii* 
analogues. II. arrive rréqniMunient que Pétrone emiiloie 
le stylo épiquOi tragique ou cirattiire dan» i^a généralitéi 
et ce serait tovcvr siugniièrcniont la note que du vouloir 
toujours rapporter a uu auteur déterminé loi» express^ious 
poétiqueS| les comparaisons nobleS| leé piirpurei itaimi que 
l'auteur a cousus à sa narration. 

Kn dehors des scènes ou llgurent les gens du peuple, 
le style de Pétrone a souvent une teinte poétique. I^t» ré- 
cit| placé d'un bout à l'autre dans la l)Ouche d*I'^ncolpe| 
est d'ordinaire d'une élégance familière et siué prétcntioui 
d'une urbanité légère et aîrée, qui, selon la remarque de 
Studer, devait se rapprocher beaucoup du lang.ige de la 
conversation chez les gens cultivés et rappelle le style de 
certaines lettres de Cicéron. Maiéii coi hniniledicemUgenuM 
se nu'^lenti même lorsque c'est Enrolpe qui parle, des ter- 
mes et des tournures d'un genre beaucoup plus relevé. 
Quant aux tira*les d*Ëuiu6lpo, elles iiouriaient parfois être 
raractérifiées par cette phrase do Tacite : iive urtisus alh 
tiuis artjuta et bvcri senlcntia elJuUU, sive locut rxqtiisito et 



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LA PAUODIB BT l'imitation dans LB BATiniCON. 111 

poetico euUu enltuUK La poète ridicule va Jusqu'à Tem- 
pbat'e. 

Qu'il y ait dans c*et emploi du la langue de la poésie et 
de réloquence« au milieu de sci^nos triviales ou sca- 
breuses, une intention badine ou ironiquei c'est ce qui ne 
semble pas douteux. Le procédé est familier aux romans 
burlesques ou aux poèmes héroï-comiques. Ils décrivent 
en des termes d'une élégance recherchée et exagérc^e des 
événements vulgaires ou affublent le langage des person- 
nages l«*s plus vils de la pompe majestueuse propre aux 
confidents de Inigédie. Ainsi Ëncolpe, vainqueur de Toio 
de Priape'y célèbre sa victoire en des vers épiqu(*s d'une 
emphnse voulue qui esl un élément de comique. 

Nombreux sont les exemples de ce pa^saKc soudain du 
Ion simple au ton oratoire ou poétique dont Pélrone Tait 
un spirituel usage. Une ignoble querelle i^clate entre As- 
cylie et Ëncolpe au sortir d(*s orgies de Trimalcliion. 
C'cbt le moment que choisit Pélrone pour emboucher la 
trompette héroïque ; le style se gonlle d*uno empliaso nar- 
quoise : .... Al ille tjUuHum pavnridali manu xlrinTil^,,. 
Plus loin ce sont des réminiscmces de Virgile qui parais- 
sent avoir hanté la mémoire du romancier. Qitod si tiiiqutf 
proclamahat, faciiwre opus est, nudo ecce jwjiduni, convcrtUe 
hue manus *, iuiprimite mucvnncs. Eyo mori debeo, qui amici» 
lix sacmmcntum delevi. 

Cet accent oratoire, tragique, ce pathétique inattendu 
et gouailleur, se retrouvent en nombre d'endroits du 5///i- 
iicvn*. Dans ces scènes de taverne et de mauvais lieu ré- 
sonne souvent la Tanfare de l'épopée. 



I. Dinhgun de oratoribus, XX. 

i. <:iuii». i.ui. 

3. ciiiip. se, 1. 10. 

4. yBneéi, IX, m. 

5. Lu luinMlii) ilfH roniiiiloM ilo rô|iojic*o omI itofi»i)ilc, |>or e.\fmi|»l(*, 



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112 eHAPITAI III. 

A rinfeiM du : 

itiffrai to ^bêcuraê hmmfii âêrmùM iabêmoê * 

d'Hoinod, on pourraii dire avec une variante dans l*eeprii 
de Pétrone : 

ttîgtîit im obteuraâ Iraghorinm jiomjni taber»aê. 

Ce pasimge du etyle simple au etyle épique ou déclama- 
toire est fréquent clans le Satiricon. Avec bien peu de 
chaugomontS| on transformerait en vers beaucoup de phra- 
SCS du roman ; il n'y a» par oxemple^ qu'un mot à dépla- 
cer dans la ligne suivante pour en faire un très convena- 
ble hexamètre (Chap. 00, 1. 5) : 

Kitra tcii coiijoctum Uciiit consistere. 
Extra coHJtctuM Ucnit confitêtere ttti. 

Au chapitre 83, 1. 21, un mot modillé nous permet de re- 
coni^truire ce vers : 

/m ftoreiH pneri « mants» » reistcavit Àitotlo. 

Le caractère de ce style est parfois si évidemment poé- 
tique*! qu'on en vient à so demanderi en présence de cer- 
tains morceanxi s'ils n'auraient pas été primitivement 
écrits en vers, puis remis en prose par l'abréviateur. Pour 



dans cottfî pliraso du clmp. 19 : « Tune voro cxcidit omnis Constantin 
attuniti» ot niun nun dubin niiscruruni ocuIuh cœpit obducoro* • 

Il serait uUû do rocoiiHtiUior don TniKUionU do verë : 
« Tuno voni cv\.*idit uinnis.... 
t Mors niii«cronuu oculus ulNlucoro cœpU. • 

1. Cr. chap. 80, 1. \i\ : • liumilis tiiborna •• 

S. Cf. ToliHorx'ation de M. 8oK«'*l>"di» {Obier oationeê grammaticm et 
trittem in PetroiîiHmU chnp. 9, | 5, îi pnipoH do : • nsi ubi aratro do- 
tnofticU ■ ; il numlrc ipm • tint ». à partir d'Augusto, no so roncontn* 
«|uVn poû;dn ci rlioz Iom ocrivuiHii ipii iiiiilont lo langage poétique : 
• Pétnino, i^ouio»t«il, somblo hdiro hduvoiui ici do quoique pansagi» 
poétii|uo, alors surtout que la Tormulo ant ubi est souvent cmployé«9 
en do tels passages. • 



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LA PARODIB BT L'IMITATION DANB LB BATIlIlCOSf. 118 

• nOQi limiter à un seul exemplei on est tenté d'essayer de 
retrouver un mètre dans les lamentations de la vieille 
Proséléuos à l'adresse d'EncoIpe. Cette tirade, par son 
tour, rappelle en ofTet les caniiea des tragédies. (Chap. 134| 
1. 25.) 

II est impossible toutefois d'arriver k uno combinaison 
satinfaisanto ; à moins do multiplier les catalectiquos t^iin- 
picS| doubles ou triplcsi les licences ou les infractions 
aux règles, on no pi'ut reconstituer ici des vers et surtout 
des vers d'un seul mètre. Or il e^t certain que dans ce 
pnssagOy il ne saurait âlre question que d'un seul mètre. 
Les libertés des caniiea de Piaule et deTéreuce n'existent 
plus dans Tâge d'argent de la poésie latine; la métrique 
a des règles plus sévères et les caniiea de SénèquO| par 
exemple, sont construits très rigoureusement. Ce qui y 
domine, ce sont les anapestes, et, dans le pnssag<! de Pé- 
trone, il est impossible d'en retrouver un. Les eantica ont 
presque enlièremcnt peinlu cette variété de mèlres bac- 
cliiaque8,Iambiques, Irochaïques, crétiques, ioniques, etc., 
qui rend si diflicile la scansion de ceux de Plaute. On 
serait donc obligé de supposer ici une espèce particulière 
de canlieum, avec toutes les libertés et les inconséquences 
qui ne sont plus admises à l'époque impériale. 

Il n'en est pas moins certain que la tirade de Prosélé- 
nos a un caractère poétique, dA snns doute à l'innuenco 
des vers qui précèdent et aussi à la recherclie d'nn con- 
traste comique entre le personnage de la vieille, le sujet 
de ses lamentations d'un côté, et de l'autre le ton grandi- 
loquent dont tdlo traite ce sujet. C'est ainsi qu'on peut 
justifier le cnractcre harmonique de ce thrène grotesque. 

Cet exemple est un de ceux qui nous font le mieux corn* 
prendre comment Pétrone, en maint passa;;e, sans viser 
positivement tel ou tel auteur, parodie le style épique ou 
tragique. 

CttiTtqUK LItTlêlIAIIIK. fl 



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114 eHAPiT»! m. 

Tout roman comique an uie de mémo. Ourrout colui 
do Scarron. Dès lot promièrot lignoo, uout tommos on 
prétonoo d*uno parodie de ce gonre^ : « Le soloii arait 
achevé plue de la moitié de sa courte et ton char, ayant 
attrapé le penchant du monde» roulait plue vite qu'il ne 
voulait.... Pour parler plue humainement* et plui Intel- 
ligll)lement| il émit entre cinq ot six heures quand une 
charrette entra dans les halles du Mans. » Et ailleurs' : 
« Kl le lui sauta aux youx» furieuse comme une lionne à 
qui on a ravi ses petits (J'ai peur que la comparaison ne 
soit ici trop magniUquo). » Il e^i inutile d'apporter d'au- 
tres preuves d'un procédé aussi commun et aussi élémen- 
tairis 

La parodie est une loi du genre dont Pétrone nous a 
laissé le plus ancien modèle» et mâme quand nous pour- 
rons discern<*r les écrivains chex lesquels il va chercher 
des expressions h dessein disproportionnées avec le sujet 
et détournées à un sens railleur» nous ne devrons pas en 
induire qu'elle ait cliex lui une arrière-pensée de satire ou 
d'irrévérence envers l'auteur parodié. 

M. O. Dolepierre' a tracé une esquisse rapide et très 
incomplète de la parodie dans l'antiquité ; il ressort tout 
au moins do ce travail qu'elle est fort ancienne en Grèce 
et y fut trè4 cultivée. Indépondainmcnt des écrivains qui 
empruntèrent avec une intention plaisante ou comique des 
vers de l'épopée ou de la tragédie, Platon et Aristophane 
entre autres» il y eut des auteurs qui composèrent» sous le 



t. Bcarron, Momam comique, f* parlio, cliap. 1 : Uno troupe de 
comédiens arrive dans la ville du Mans. 

2. Cf. PéUMno, SaUHcoM, cliap. iM), I. 7 : • et swpius pooUce quam 
kumoMê locutus on •• 

3. Hcarrun, Moman comique, ?• partie, chap. VII. 

4. De la Parodie chez U» Crées, chez ie$ Momaiiu et chez leê mo" 
éemtê, Londres, Trûbner, IS70, 182 pages. 



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LA TABODtM IT L^IHITATlOlf DANS LB tATiniCON. 115 

nom de parodies, des ouvragée complète où ce genre ré* 
gnail sans partage. Tels sont, pour ne citer que les prin- 
cipaux , Ilégémon de Thasos'i auteur d*une Ciganioma* 
ehie, Eubée de Paros*, contemporain de Philippe de Ma* 
cédoinei Matron'qui parodia plusieurs mtlliot*» do vers 
d'Homère en les appliquant & Tart culinairci Timon lo Sil- 
lographe* et plus lard Lucien. 

La parodie qui semble avoir dominé dans ces oouvroe 
est celle qui substitue un sujet à un autrOi un badinago à 
un sujet sérieux et réciproquement. Plusieurs de ces poè- 
mes pourraient avoir appartenu au genre qu'on a ches 
nous app(?Ié burlesque, ou le sujet de l'auteur pai*odié est 
conservé, mais traité en charge ou en caricature. Telle 
devait être celte Gigantomachie d'IIég(^moU| accueillie au 
théâtre d'Athènes avec un tel succès de gatlé que la nou- 
velle du désastre éprouvé en Sicile no put empéclier lo 
public de vouloir ent'judre le poème jusqu'à lalln. C'était 
imr avance, avec phis du discrétion peut-être et de goAt, 
le Typhon do Scarron. 

Il est une auti*e sorte de parodie, non essentielle, maia 
en quelque; sorte accidenlellei qui su glisHO dans un ro- 
man, un poème, une comédie, un entretien, où elle fournit 
une plaisante saillie. Cellu qui s'exerce sur. une œuvre 
déterminée a d'ordinaire une intention critique; telles 
sont colles àHIemani et de Marion Détonne par de Lau- 



1. Ilégéinun do Thusos vivait à lV|iu<|iii* do lu giiorre du Pèlu|K>* 
nèâo; voir «iir llégi*ni(m : Arislolc, Poétique, 11, 4 ; AUiéiiêo, livre IX, 
406. 407 (ciUUiun do (:iiuiiia*léon du INmii. oi livre XV, CîlS, GOO. 

2. Los nin'8 débris i|ui nuun r<*.sii*iit d'Kuliêu do Parus so irouvoni 
dans loCorputtHium poeiit epicus grœeœ tHdibitndœ ilo Brandi. Tumo I 
(Toubnor). 

3. Mutrun do PiUuia vécut au temps d'Alt'xaniIro. Vuir lo fnigmoni 
do Matnin ninsorvé pur Athénéo (IV, I3I-IJ7) : AiTrvov •Arrtxov. 

t. TiiUDU ilo Plilius, mort vers22(»; voir Diogéno LuCm'Io (IX, loe* 
ll'i); Wuchsmuth, Sillographi grxci, CorpMcuium poesii epicœ Im- 
dilfUHda:, tani. II. 



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116 eHAPIT»! III. 

laiiiie ; mali eu ptrodiaiU avec Chapelle quelques vert du 
Cid dans eon Chapelain dieatffi, Boileau ne te figurait nul- 
lement être inconvenant ou irrespectueux envers le vieux 
Corneille. Racine se divertissait sans doute quand il s*em- 
paraiti dans ses PlaUeurt, d'un vers fameux : 

Soi ridot tnr ton front gravaient tout toi exploits*, 

et quand le bon Casimir Delavigne écrivait dans les Omit* 
diem (Acte I, scène 2) : 

OaAMviLLa. 

lit étalent trois docteurs et pourtant 

Pbnbbock, 

Le pauvre homme t 
Que voulioB-vous qu'il fit eontre trois ? 

Gbamtillb. 

Qu'il mourût I 

il ne méconnaissait certes pas la beauté de rimmortelle 
réponse du vieil Horace. 

C'ost| à mon avis^ cette dernière sorte de parodie^ in- 
nocente et visant seulement à amuser, que Ton retrouve 
cbox Pétrone. 

On a distingué plusieurs formes de la parodie. Tantôt 
i*llo consiste dans le cimngoment d'un mot ou môme d'une 
li*ttre dans un mot. Tantôt elle applique malicieusement 
quelques vers roniiuSy sans en modifier un soûl terme. 
Tantôt elle façonne^ connue Boileau quand il veut railler 
Chapelain, des vers dans le stylo et le goAt de l'auteur 
qu'on cliercho A ridiculiser. Ënflni elle cmpinintc ù un 
écrivain un morceau plus ou moins long qu'elle délourne 

I. Aclu I, Hcèiio 5. 



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LA PARODII IT L^miTATION DAKt LE tATIHICOlf. 117 

à un autre sujet ou à un autre seus eu y introduieant 
quelques Tariantes. 

C'est ce dernier genre de parodie, sans nulle aigreur et 
purement enjouée que Pétrone a pratiqué quelquefois. 
Chez Cicéron, surtout dans sa correspondancoi on trouve 
assez fréquemment cités des vers d'Uomèrei d'Ennius, do 
Pacuvius, de Térence, d'Âccius, sous lesquels il met des 
sous-entendus malicieux ou auxquels il prèle une inten- 
tion comique. Pétrone en usera de la même Taron avec 
certains vers de Virgile. Mais quand il reprendra à Vir- 
gile ou à Lucain un thème poétique pour le développer & 
sa mauiùrOy quand il com|N)Bera, en s'iu3piraut d'eux iK)ur 
ridée, souvent mémo pour Toxpredëion, Tépiiiode du che- 
val de Troie ou le dêhiit dNni poùine sur la guerre civile, 
il ne faut plus chei*clicr chez lui une pi*t*occupatiou paro- 
dique ou railleuse. La Trojx halosis u'odro point d'analo- 
gie avec ces Antibiicotica qui, au dire de Douât {Vita Ver* 
fjiUi)j fuirent composés imr un détracteur du poète et com- 
mençaient par ce vers qui nous donne la note du morceau : 

Tityre, #/ foga ealda Ubi wt, qito t*:gmme /agi * ? 

En étudiant les divers passages qui trahissent chez Pé- 
trone des réminiscences do Virgile, uouh tenterons dédis* 
tinguer de quelle Taron il a tiré parti de ses souvenirs, 
tantôt pour donner d'une manière générale une teinte poé- 
tique à »on style, tantôt enfin pour s'exercer ù la suite de 
son modèle et l'imiter dans des pièces de vers. 

Nous avons établi par l'étude de ses principes littéraires 
que Pétrone, pour la doctrine tout au moins, est un clas- 
sique.Virgile semble son poète préféré. 11 est cité comme 
un matti*e, on l'a vu, au chapitre 118. llomerus teslii H 



1. Siimélorii AMtitucoiica, p. 3U. Hiohrous, Fragment a poeiarum 
Momanorum» 



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118 eNAPITRB III. 

lyriel lUmanuêfUê Yet*gttiui. Il a montré la route qui con- 
duit à la poéiie. Las autresi à Texcaptiou d'HoracOi ne 
Tout pas vue. 

La thdorie du merveilleux dans Tépopée que soutient 
Eumolpe est colle qu'a appliquée Virgile, et dans le dis* 
sentiment littéraire entre les Virgiliens et les partisans 
de Lncaini Pétrone se range ouvertomont parmi les pre- 
miers. 

On donne comme une preuve de la popularité de Vir- 
gilo AU I" siàclo de Tare clirétienne les graUlU de Pompéi| 
qui nous font voir nombre de ses vers gravés ou charbon- 
nés sur les murs par des gens qui parfois les massacraient. 
N'en est-ce pas une aus»i que cette citation faite par la 
bouche de Tignorant Trimalchion : 



, Si'r nohiâ Ulixe$ • ? 



Wuhle* suppose que ce mo( était devenu proverbial. 
Mais Trimalchion a pu retenir cette bribe de V Enéide dont 
il fait lire par ostentation des fragments à ses repas. Au 
chapitre G8| un esclave déclame le début du chant V : 

A cet endroit meniez Péti*ouo déclare encore sa prédilec- 
tion pour Viri^ilo. L'esclave lit si mal| mêle si grossière- 
ment k sa lecture des voi*s iratellanoque pour la première 
fols Virgile Iui«nu1nie déplaît à Kncolpe : ut lune primum 
weetiam Vrnjiliits offcnderit*. 

On peut placer sans crainte Virgile au premier rang des 
écrivains que Pétrone a lus, qu'il possède et imite. Wehle 



i. Viiyilo, .-Kneii, II, il, <*t l*éli*iiiii>, Satiricon, cliap. 39, ligtio S. 
)• OftMerffdiinMei crihciv Ih Pelmnlum, lloiiii, 1801, pago 10. 

3. Vir^il.», .Knei», V, I. 

4. Piaruiie, Saiérlcfm, rlinp. CH, im^o 40, li^'no I. 



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L 



LA PARODIB BT l'iHITATIOII DANS LB BATIAICON. 119 

(Op. eii.) a déjà indiqué un certain nombre do rapproche- 
menu entre le Satiricon et V Enéide f nous ensaierous d'en 
donner une liste plus compl6ie| en suivant dans cette revue 
Tordre mdmo des chapitres de Pétrone. 

Passons rapidement sur les tournures et termes poéti- 
ques mêlés à la prose du Satiricon et dont l'emprunt à 
Virgile est hypothétique, puisqu'ils se rencontrent chez 
d'autres poètes ; il n'en faut pas moins noter que le haud 
mora, si fréquent dans V Enéide, se retrouve dans Pétrone; 
ainsi qu'au cliapitie 61 le : liwc tihi dicta dédit (Cf. /Encis, 
VI, 028 ; VII, 323, 471 ; VIH, 541 ; X, G33, etc.), et que 
ces mots : inter tut altitsimos geuiitus, au ciiapilre 81, rap- 
pellent une expression souvent employée par Virgile : 

^11., XI, 95. Subêtitit jKueaê, gemitwjut hœe addidit alto. 

Voici d'.iutres réniinisceuces ou certaines, ou proba- 
bles, ou simplement possibles : 

Chap. 16, 1. 4. Sera sua fpoiite dolnpsa cocidit. 

^n,, VJ, 81, 82, Ontia jiimque domuê patuere ingeuiia ctnfum 
Sj.onte êua, 

Chap. 17, 1, 27. l'rotendo igitur ad gentia vettra tupinaa rnaniis* 

III, 176, 177. Corripio t êtratiê eorpuâ tendoque êupinoê 
Ad ctvIuM cum voce mamiâ,,,. 

Peut-être y a-t-il un souvenir du chaut VI de VÉniide 
dans le passage où Pétrone nous montre Ëneolpe et ses 
compagnons s'eiroi*çant do trouver une issue pour sortir 
du palais de Trimalchion. Giton se délivre du chien par 
le moyen dont se sert la Sibylle pour apaiser la fureur de 
Cerbàre. 

Chap. 72, 1. 8. Quicquid enim a nobls acccpcrat do cciin, latrantl 
sparscrat ; at iUo avocatus cibo furortsm supprcusjrat. 



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190 eUAPITRB III. 

JEkf VI,4174Si. O^rberm kmû %eii# hUraiu régna irtfamei 

Ptmmai • • • • • 

Oui wUiÊ komn vidm$Jam ûoUa tolyMê^ 
HMU êoporaiam d medioaHê frugibuê ofam 
OOjkù. IUe,fame rabida iriagutturapandeuif 
Corripii objeciam atque immauia ierga rcêolvù. 

De mémei chapitre 72, 1. 11, on lit : Nemo unquam ean» 
vharum per tamdtm januam emissus est : alla hUrant, alla 

N'est^e pat beaucoup rafllaer que de chercher ici un 
lointain souvenir de co mâmo sixième client? Ênée sort 
dee enfers par une porte autre que celle par où il est 
entré. 

^n,, VI| 808 portaqne tmillU ebuma. 

Faut-il remarquer aussi que les mots : mvi generis taby^ 
rlntho inelusi, qui sont dans le mâme chapitre 72, semble- 
raient encore prouver que, à w moment, Pétrone a pré- 
sent à Tesprit ce sixième chant, où le labyrinthe est dési« 
gué par ces vits : 

JSh., VI, 27. Ilie labor illt domuê ti ÎHexirUabiliê trror. 
VI, 21) ip»e doh» ieefi afHbagetiquê reêohU. 

Hasarderai-je enfin le rapprochement suivant? 

Au chapitre 80, Giton s'écrie, 1. 18 : Nudo eeee jugulum, 
convertitehuemanui, imprimUeviMrones. Ego ttwri debeo. On 
croit entendre l'écho ironique du cri touchant de Nisus 
(jEn., IX, 420-427) : 

Me, me adtium qui/eci; im me eonvertiU /errum, 
O liuittli, meafrauê omniê *. 



1. Cf. oiicuro clmiK 70, 1. 2 : • Si qua ont amantibut Odes •, et jÊn.g 
VI, 450 1 

• . t et si qua Odes tellure sub ima est. ■ 



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LA PARODIB BT L*IIIITATI01f DAK8 LB BATIRICON. 121 

Les chapitres 81 et 82 soat à étudier. Wehle (Op. cit., 
p. 46) a fait obsenrer avec raison qu'ils contiennent une 
parodie plaisante (joeulartm)^ sans aucune arrière-pensée 
de critique, du style et de la manière de Virgile. Ces 
plaintes d'Encolpe sont d'un ton soutenu et d'une noblesse 
de langage peu en rapport avec le personnage et les cir- 
constances. Nous voyons ici de quelle faron Pétrone pa« 
rodie un passage délenniné; car, bien que quelques 
autres souvenirs s'y môlenti c'est aux vers GG4 à G72 du 
livre II de VÉtiéide qu'il songe en ce chapitre 81 du 
Satiricon, où| comme le remarque WolilCi le tour est le 
même que dans ces vers. 

Chap. 81 y 1. 10. EflTugi Judiciutn, liaroiiio impotui, boMpitcMn ce* 
cidi, ut ititer tôt audaciiD notiiiiia iiiuiidicui, oxul, in deveriorio 
Grascn urbi« Jaccrciii dcuortut ? 
L. 23 : 8cd nou iin|iunc.... 

^£fi., Il, GG4 tq. Ilocerai, afmapar€Hê,quodmepêriela,p€r$ffneÊ 
Kripiêf ut mtdiiê hoêiem in junelralibn» ut^Uê 
AtieauiuMquepatrttHtjue meumjujctaque CrêHêom 
AHetum tu aiteriuê maetaioê êanguîne etruamt 

. , • • titfii//MaM omneê kodie moriemur inuld, 

Chap. 82, 1. ^5. Hnc locutus, gladio latut ciogor, et ne infinni- 
tas mUillniii perderet, largioribus cibis excito vires. Mox in 
pnblicam protilio furentisque more omucs circutnoo porticoa. 
8ed dum attouito vultu cfferatoque iiibil aliud quam casdem et 
•anguiuem cogito fre<|uciitiu8<|ue iiiatiutn ad capuluiUf quem 
davovcram, refero 

JSn , II, 67 1 , G72. Ilîneferro aeciwjor rurêuâ, dipeotpteêiniêtram 
Jnnertaham aplaiêâ, meque extra tecta/erebam» 
II, 749. Jpêeurbrinrejf€to,eteingor/ufffrutibuêarmiê. 

I, 214. IVm vicia revoeani viren. 

II, 814-81G. Arma amené capio; née êat rattoniê in artniêf 

/nror iraque mentem 

PrœcipiiafU, 



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122 eiIAFlTRI lit. 

n, 588. TMajaiUaham eifmriata wmU/knlbmr. 
IIi 761. n j€m portieibtiê vaeuiê 

Ca qui autorisa noire suppositioa que Pétrone se sou- 
Tient ici du II* cliaiily c'est qu'il tirera autei de ce chant 
Tépisode du cheval de bois et de LaocooUi qu'il va traiter 
•ept chapitres plus loin dans le fragment de poème : Trojx 
haUnit. Ce fragment sera examiné à part. 

Eu suivant la succession des chapitres du Satiricon, nous 
notons encore au passage des expressions poétiques qui 
peuvent dire des réminiscenceë de Virgile. 

Chap. 94, 1. 9. folicam, liiquit, iiiatroiii tuam, qu» ta talem 
poporit I 

Ain., I, G05, 606 Quœ It tam Imia tuleruni 

Sœeufaf qui tanti tatem yenuert parmUêt 

IX, 997, 998 nto partum gralia iaUm 

Parva manti, 

Chap. 98, p. 67, 1. 98. Ego omnium teolerum matériau «go 
sauia tnm. 

IX, 497 meafrauê omnis 

Ces réminiscences s'accusent davantage dans le passage 
que voici : 

Au chapitre 108» dans l'épisode du vaisseau, Tiyphène 
intervenant comme conciliatrice, apparaît en parlemen* 
taire pour conclure une iréve entre les combattants. 

Cliap. 108, p. 75, I. 19. Data orgo necoptaqito ox mors patrie 
Mo protondlt ramiim oliva* a tittola navigil riiptum atque iu 
colloqtiiitm voiilro aiiia. 

jfjfi., VIII, 116, 116 ;/iij>;ii êicfalnr ab àlta, 

Poûijertpque manu ruvttUiujtrœtendUolivœ, 

Xi, 100, 101. Jamqne oraivreê aderant ex urbt Latina 
Velaii ramiê oUm., . . 



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LA PABODIB IT L'iHITATIOII DANS LB SATIRICON. 128 

» 

Les vert qui Buiventi prononcés par Tryphène, sontéri* 
demment une parodie de style épique : 

Chap. 108, p. 75, 1. 16. Qait faror, eielamsti pscem eonYoïiit 

[in «rma? 
Qnid nostne meraere mannt? non Troius héros 
Ilao in claase vehit dcccpti pignttt Atridn. 

^m., V, 670 sq. : 
Qmêfuror ùtt novuêf ^uo nttne, quo teudiiiê, inquùp 
Jleu! miêerœ cive$f non kontein istMcaque eaêira 

Argivum* 

Cliap. 108, 1. 21. Oui non est mon uns ratit? 

IX, 139. Sfd periiêit êeiuel êiUiê e»f • • . . 

Il se pcmt qu'il y ait aussi une réminiscence des Ters 
1 et 2 du livre II de VÉnéide dans ces mots du cliapitre 
110, 1. 8 : 

Conversit igitur omiiiam lu se vallibus auribusf|ue sic orsns est. 
Cf. C(mfieu€r€ omne» intcntique ora Unehant ; 
Inde toro pater ACnea$ $ie orêuê ah aUo,*.. 

Le conticuere otnnes était devenu proverbial ; on le lit 
deux fois dans les gra/fiU de Pompéi*. 

Les deux chapitres suivants^ 111, 112 (conte de la Ua- 
trône d'Éphèse) contiennent d'ailleurs non seulement des 
souvenirs, mais des citations expi*esMes de VÉnéide. On 
peut conjecturer sans invraisonildanco quo I^tHrono paro* 
die d'une plume légora et discrùle, dans ce conte milésieni 



i. Isiiiliiro vïio iiinMi m vi»rM : « QiiU riin»r, o f'ivi*M. . • . . • 
Wohh) (op. ciL, |i. \\) fi'uii «pril fi l'iMiiiiiiii) lo t<*\tn du l'ctroiio pour 
no pas répiHor lo vorlm t oxclamaro •, (iUimmIii «pt'il nvuU liii-mômo 
écrit aiipiiraviiiii : « oliii «piH* «;uiii «»\<-luiiiiilioiio prori*niiitiir •. La 
qiK'sUun est sans iinporUinrc ; iiiiiih hî la l<'<;oii d'Isiilon^ vliiil la vraie, 
Pélruiio cil cot ondruil iiiiili*rait pliilùl lo dr*liiii ilf> la P/utnaie : 

• QuiH fiiror, o riv<»H. , • 

2. Cr. CuinpurcUi, VhtjUiù ml Mtr'tfo cro, p. 30. 



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124 eiunTM m. 

les amoun olastiquat de Dldon et d'Ênée. Telle est éga* 
lemeut ropinioa de Wehle. (fip. eli., p. 46.) 

Tout d*abord| le soldat qui exhorta la matrone à vivre 
prononce un vers de Virgile : « Que gagnera-t-elle à mou- 
rir de blm^ à 8*ensevelir vivantOi et avant que les destins 
Texigenti à exhaler le dernier souffle d'une vie inno- 
cente ? » 

81 «ntequam fiito poMsnt, indemnatam ipiritaiii effudorit. 

Ceci fait déjà songer à Virgile Ç£n., IV, 696) : 

^Taiii quia Hêo/ato, wkerUa nec morte peribai, 
8ed miêera auie ditm 

L'oOIcieux soldat lui dit donc, empruntant un vers que 
Virgile met dans la l)oucIie d'Anna {Mn., IV, 84) : 

Id einerem aui maneê crtdiê eurart êepuitoê t 
La servante de la matrone intervient à son tour : 

Chsp. 119| 1. 91. Coueilisnto gratittin aneiUs oo lubinda dieenls... 

l^oeùane eiiampugmabiê amorif 
Nêc vmii im menUm quorum oouHderù arvù t 

Vers tirés de nouveau de VÉniide, 1 V, 88, 89. Pétrone 
s'amuse à rdlever son conte milésien d'une petite pointe 
de parodie latine. 

Le beau soldat no tarde pas à s'éprendre de l'inconsolable 
veuve ; ce sera, si l'on veut, le pieux mais tendre Énée, 
r£néo persuasif, entreprenant de la première partie du 
livre IV, le héros dont la m&le vigueur a séduit la reine 
de Cartilage : 

^£b., IV, 11. Quêm êtêê orêftronê! quam/orti peetorc et armiel 

1V| 4 liwrent ii^/bt peetore vultuê 

Verbaque 



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LA PARODII BT L'iMITATIOII DANS Ll tATIHICOlf. 125 

Cf. SaUrkan, cbap. 112| l.TOiNee defomiU oui info- 
cimius juvenii ea$lm vldthaiur. 

La veuve si pudique, désespérément Adèle à sou pre- 
mier épouX| ce sera Didon qui s'écrie {Mn., IV, 25 sq.) : 

Vtl paier omnipoienê adigoÈ mefidmine ad umbroê, 
PaUenUê umbnu Erebi noetemqme profimdam, 
Ante, Pudor, quam te violo oui tua Jura rtêolvo» 

Notre matrone succombera touterois dans le cofulUorium 
comme Didon dans la caverne ; mais la similitude s'arrête 
là ; rhéroino du conte éphésiaqne ne connaît pas le re* 
mords et encore moins songe-t-elle à gravir le bAclier de 
Didon. 

Toutes ces allusions, que nous ne croyons pas prêter 
gratuitement à Pélronoi ^e laissent seulement devineri 
tant la touche de Téerivain est délicate I et dans celle ra- 
pide ot joyeuse contreroçon des amours épiques, rien 
assuréinent n'autoriserait à croire que Pétrone ait voulu 
manquer de resptfct à son poète favori. 

Do distance en distance apparaissent encore, dans ce 
morceau, des expn^ssions poétiques et Ton voit briller un 
instant la lueur d*un lointain souvenir. 

Chap. 111, 1. 12. FaniiB passis proscqni crinibiit aut nndatum 
pectuii io conspcctu friMpicntias plaiigcre 

ACn., I, 479 tq ibant 

Criiiihiin liiadeê paêêùi 

€i ftiiftn* peetora italmiê. 

Chap. 112, 1. 83. Sapromoqiio mandavcrniit officie. 

XI, 61. qui êtiprtmum eomitentur htmortm. 

Notons encore : 

Chap. 111, 1. 88 facicmqao anguibus sectam- 

Ov., Faêteê, VI, 148. Et rigide $tctaê invaut uvgue genoê. 



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1S6 OBAPini nu 

•t remploi tout poétique de diduan dans cette phrase 
(Ghap 111| h dl)iae nihU profiUuro gitnUu peehtê diduee^ 
ret; ainsi que les tours oratoires (Chap. 112): iedgladlojui 
dieturtm ignavim iUMf et (Chap 112) : Ne iitud, inquU, dt 
tinanU 

Sautons doux chapitres et nous voici encore une fois 
en présence de souvenirs de VÊniide. C'est une tempête 
que Pétrone va nous décrirCi tempête classique dont les 
chants I| III et V de VÉniide lui fourniront les traits 
principaux. Tout au plus une intention très générale de 
parodie se tmduit-elle par une certaine enilure du style; 
mais le morceau parait en somme traité avec soin comme 
un thème d'école. 

Les tempêtes des livres I et V de VÊniide éclatent 
comme colle qui va briser le vaisseau d'Encolpey non loin 
de la Sic'ilei bien que dans une région différente : 

Chap. 114| 1. 8. Bieiliam modo ventus dabat, saspiMime [iu oram] 
Italici litoris aquilo poMe»8or eonvcrtebat hue illiic obnosiam 
raicin. 

i&'fi., J, 84, 86. Vîx e eontpectu Sicutn teNuriê in altum 
Vefa datant. 

V| 17| 18. Magnanime JEnta^ nan^ «• iiiî!!^ Jupititêr anetor 
Spandêat, koe $perem Italiam eantingere e«h. 

Comparons! pour ce passage, Pétrone à Virgile. 

Chap. 114» I. 4. luhorrult mare, uubesqiie uudique adduet» 
obnisre tensbrit dion. 

w^ti.,111, 104: 

imber 

Koelem kiememqM ftrtnê et inkùrruU nnda tentbHf, 

Cf. le même vers, V, 10, 11. 



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LA PARODII IT l'imitation DAlff Ll lATIRICON. 127 

Cf. aussi : 

JSb., I9 88| 89. EripiwU êMio tmbtê tmlumfuê dimfuê 
Teuerorum ex oeuliê, 

m, 198. Jnvolverê ditm nimU. 

V, 20 aiqu€ in nuhem cogiiur aer. 

Cbap. 114| 1. 6. Sed née eertos fluctas ventât impolerat, née qno 
destinaret eursum gubernator sciebat. 

JEn., I1I| 200. Exeulimur eunu, et eweiê erramuê 1» tmcUr. 

V, 20-24. ConuHrgunt venti. 

Née noê ohniti eonira uee iendere tanium 
SifffictmHê, tSuperai quoniam forluna, êequamurp 
Quaqne vocat, vertatHUê lYei*. 

Cbap. 114, 1. 10 tam spistMO rcpoute teiiebm lueem snp* 

presterant, ni no proram quidom totam gubernator rideret. 

JEn.fW^ 12, 18. Ip»e gubernator puppi Paiinuruê ah alta : 

« Heu t quianatH tantieinxerunt wthera nimhit » 

III9 201, 202. Tpee diem noetemque negat diêeemere eœio 

Née meminiêtte vite média Pùlinurue in unda, 

Cbap, 114, 1. 18. Licbas trcpidans ad me supinas porrigit manus. 
^k,p I, 93. Ingemil, ei dupUeeê tendais ad êidera palmoê. 

Cbap. 114, 1. 17. Et illam quidem vociferantem in mare ventus 
ezeuMiti raptatumqne infeste gurgito procella eircumegit atque 
baasit. 

^£fi.,Ii 116 exetititur proMiêque magiêter 

Voivitur in eapui; ait illam ter fluctué ibidem 
Torquet agenê circum et rapidun vorat icquore veriem» 
Apparent rari nauteê in gurtjite vasto. 

Cbap. 116, 1. 19. Cibisqiie naufragio corruptis ntcnnque curati. 
JEin,f I, 177, 178. Tum Ctrerem eorrupiam undis, , • 



Ejtpediunt, 



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188 OHAPITRI tll. 

Cliap, 116| !• tO. Cwm pottaitmM •osttUuii enl aot i^gloal •!•• 

Chap. 116t 1. 86. Ita nuno mortalett ai magnlt cogittliontbos 
ptatom Impiété *. 

Aln.^ VII, 426, 420. / nwne^ higraîiê offw te, irrin, frMiê, 
Tffrrh%na$f i, tUmt aeUê; 

Chap. 116, 1. 18. DeetliiAtnm earpiniu lier m momento temporU 
In nontem sudantes eontooodimae, ei qoo haud procul impo- 
iitmii aree enblinil oppidum eemimoi, 

^M.,I,418-420« CorriiiHtre viam itUetêa qua êemUa monêirat. 
JamtjHê anendebani eoiiem qui plurimuê urhi 
Imminet adverêoêfue oêpeetat dtêuper artu. 

Chap. 124, p, 02,1. 4 icbeitauttum, qiiod ^niii hominum 

ant nndo feiiiremni. 

I, 689. QMd genuê hoe komiHnm f 
VIII, 1 14. Qa/ genuêt amb domo f 
I, 617, 6t8. Qiue/ortHna viriê, elaêHm quo litor$ finquant, 
Qiêid vea^al. ..•••• 

Il eat claiFi d'après la collation qui vient d'être faiiOi 
que, dans le passage précédemment étudié, Pétrone a mis^ 
à contribution lo vocabulaire de V Enéide. 

AiuHi qu'il est naturel, dans les vers de Pétrone, plus 
encore quo dans sa proso, se renconircut des imitaiiona 
directes de Virgile. Los poèmes sur la prise de Troie et 



1. i\o iiiniivom«*nl i*iil diitiM lltirnco uiimiI liicii quo ilans Vir^ilo. liais 
M. UiiUiM'Iilicli (V. (:iitt|i. lY, |i. 211.*») nviinl voulu ivcunnalln« ici uno 
imiUliiin ol nl^nlo \\\\t^ iMirmlio ilo 8i*U(M|iin, noun no TiiIimius roUc eol* 
IsUou 4|uo |Niur m(Miln*r riuiinili* ilo roiiaiuH ra|i|»riM*licuicuU Tundu* 
»ur do »iui|iloii ivuiMiulron do mou uu do liMUiiurt*». 



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^ 



LA PANODII IT l'imitation DAlff Ll SATllIlOOir, 129 

•UT la guerre civile vont dire étudiés k ce point de vue. 
Signaloni encore quelques autres réminiscences éparses 
dans les morceaux poétiques du Satiricon : 

Chap, 127) 1. 7 com te eoneoMO Jutixlt amori 

Jnppiter et loto eooeepU poctoro flamroat, 

JEn., y 11^ 856. Kecdum animuê Mo peretpit ptdore flammam, 
Cbap. 181» p. 98, 1. 2. Et nollos violas. 

Ecfoff., V, 88. Pro molH viola 

JEh.^ Xly C9. 8eu mollùi violie 

Et dans la prose qui suit : 

Chap. 131, 1. 8. Preincbat Ula resolnta marmoroU cervicibos ao* 
renm tonim '. 

Otorg., IV, 522. Tum quoique marmorea oopui a urvieo rttmUum. 

Cbap. 18d| I. 12 • . • sed inops et rebui s^ols, 

^n,, Vly 91 êupptex in rebuê êgenU 

Cbap. 133, 1. 20. Spuuiabit patorii boruas liqaor. 

Ain., I, 738, 789 hamU 

Bputnaniem paieram, 

Cbap 184, 1. 28 liiiin descoiMlit Imago 

Canniiiibas dodiiuta neb, 
^c%., VIII, 69. Carmina vel ewh pouunt dedueere ImutmK 

Cbap. 184,1. 27 PhœbeU Cires 

Canninlbus magicis socios mutavit Ulixis. 

C'est un vers de Virgile pi*eBque liltéralement transcrit. 
Eclog.p VIII, 70. Carminibuê Circt êoeioê muiavii Ulùd. 



I. Goraoliston, Ad Peirontum; Mnémoii/nt, 188*2, lit : • revoluta •, 
ifui torait alurH à ropproclior de ^n,, IV, G91 : 
• Ter revoluta loro ohI •• 

1 Ce vert se trouve parmi les gn^tè de Pompél. ComporotU, Vfr* 
§êlio nêi m€dêo tvo, page 36. 



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180 cMAPiTai m. 

Le mot magUlt se lit quntre vers plut haut : 
• • • • • «1 wkagkiê êamoê attrlên êocriêp eto* 

De lamdine t^glogue VIII, Pétrone peut s'dtre aouvenu 
dana ce pussagu du chapitre 181, L 22 : 

Illa de ibtt lielam protalit varii coloris fllit latortam eer?ioeaM|ae 
vintit moam. 

Cf. Eclog., VIII, 78 : 

Tema fibi kme primuM tripiiei dwna colora 
IJcia circnmdo, 

Chap, 189, V, 8. Ilellespootiaci lequittir gravit ira Prtapl. 
Oeorg,, IV, 111. Heifn$i0Hiiari êervH Meta Prùijti. 

Fragm. XXVI. 8io tlue coiicubita textis apis eselta cerb. 

Oeorg., IV, m, 198 i 

JNuiH adûo liacuêêêe aj Wuê mirahw^ mortm 
Qnod titfryaie omenbHu imMgmU 

Prtgm. XXX oppida belle 

Qui quatlt. 

A^i.ilX,tf07. Antraiifiê hnam domat, aut^aiitopfidahélfo, 

Nout avons ri^servé un pat^aMe on det vert de Virgile 
sont reprodnits dans une évidente intention parodique et 
tout forme de contons. C'est la seule trace de ce genre de 
plaisanterie que nous saisissions dans Pétrone. Ces cen* 
tons de Virgile n*ont qu un rapport tout extérieur avec 
ceux que plus inrd, sérieuiieniont et lalioriousement, coni- 
(léseront des autours dont lUoMe a i-éuni les pièces au 
tome P' do son AuihoUnjk latine^ On songerait plutôt à la 

I. AHfkùiuçia iaiêHù, iUin isNor, Vurmina vodivii PuriMêHi I03IM 
miém Saimaiiattê : |iI6oi*m 7 à 18. On y roiiiart|tio, utilro Aulron, la 
imgédio «lo Mi'dt'e (p. 17, 401 ver.O, uMivro d'ilu^idius Geta, conicm- 
IHirain (11) Tertiiliion, soloii CumiiareUi. 



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LA PARODIB BT L*IMITAT10!f DANS Ll lATiniCOX. 131 

dernière partie du Cento nupiialit d'Ausone (Idylle XIII, 
Pareebatii). Mais ce qui est ches Ausone un jeu prolongé| 
un exercice qui a ses règles (voir la l^réface à Paulus), 
n'est pour Pétrone qu*uu divertissenieut d'un instant. Il 
n'est pas homme à s'attarder à ces futiles ingéniosités où 
se complaira une littérature vide d'idées. 

On s'étonne toutefois qu'Ausone, dans l'Apologie dont il 
fait suivre son centon, n'ait pas cité Pétrone paimi les écri* 
vains dont l'exemple l'autorise ; nmisy cette surprise, nous 
l'éprouvons clicz bien d'autres auteuré, également nmets 
sur le Stitiricon, et copemiant si voisins parfois «le, Pétrone 
par l'inspiration conmio par la date, Martial et Apulée en- 
tre autre.4. 

On ne peut nier que la pai*odie à laquelle nous faisons 
allusion, rhap. 137, 1. 27 sq., soit spirituelle, bien qu'étran- 
gement risquée. Les beaux vers de Virgile y sont trans- 
posés avec uno impudeur singulière. Les deux premiers 
nous peignaient au sixième livre do VÉnêide (v. 4G9-470) 
le farouclie reésontiment dn Didon insensible aux tardives 
et froides rx(;ui«es de celui qui Va abandonnée. Nous la 
voyons, implacable, iullexible, s'enfoncer dans la forêt do 
myries où errent les tristes virtimos do l'amonr dont l'iu- 
gnérissublo blessure saigne élernellemont. Mais au lieu 
de poursuivre comme Virgile : 

Qmhm fi dura tiVnx tnit titet Marjicêia ctut(t!â, 

Pétrone termine sa phnise par deux bémisticlies em* 
pruntés, le premier à TÊglogue V, v. IG : 

Leiita safix 

le second à VÊniide, IX, v. 435 : 

......... tufâoifû pajHiv^ra eo!fo. 

Pas plus qull n'a respecté le pathétique épisode de 



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182 CHAFlTai III. 

Didon, il ne respectera la comparoiion si gracieuse ^par 
laquelle Virgile eiprime la mort touchante du jeune 
héros Euryale. 

L'eiTet est comique : Pétrone n'a pas voulu autre chose 
et n'a certes pas cru manquer de respect à son poète de 
prédilection, Ausone lui aurait reproché d'avoir transcrit 
littéraloniont doux vem de suite : Yariis de loeii sensibus" 
que diveviU qxurdam eartninis itruetura ioUdaiur : in wium 
versim vt coeaiH aut c^$i duo, aut unus et sequens eum me» 
dio. Nam duo$ juneUm loeare ineplum est, et très nna série, 
merx uuijx. (Ausonius ad Paulum.) !.e dernier vers se 
confoimerait donc seul aux règles du centon, telles que 
les a édictées Ausone. 

Nous croyons avoir indiqué les principales réminis- 
cences de Virgile chez Pétrone. Peut-âtre un dépouille- 
ment eucoro pi is rigoureux en découvrirait-il de nouvelles. 
Les exemples i]ue nous avons apportés prouvent que Pé- 
trone se souvient & propos, soit en vers, soit en prose, des 
expraMsious et des tours de son poète favori. Il sait à Tucca- 
sion faire dévier à uue signiflcation comique les vers qu'il 
empruule; leplus souvent il puise dnnsr£nê<V/ele vocabu- 
lairade ce style épique dont il revêt avec une It^gère ironie 
la narration d'évéueuients qui ne sout rien moins que uo- 
Mes, fuite pur don héros do tavonio et do lieux pii*es oucoiv. 
Go style hérul-eouiiquu est celui que dr^fluit Doilcau daus 
la préface du Lutrin : « C'est un burlesque nouveau dout 
je me suis avisé en notre langue î car au lieu que daus 
l'autre burlesque Didon et Énée parlaient comme dos 
harengères et des ci'oclieteurs, dans celui-ci un liorloger 
et une horlogèra parlent comme Didon et Ënée. » 

A quel genre d'imitalion appartient le poème : Trojx 
hahsis (fihap. 89), que Pétrone fait déclamer par Eumolpc? 
C'est ce qu'il convient maintenant de i*echei*cher. Cotte 
étude entralnem logiquement celle du poème : De Mlo 



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LA PARODIB BT L'IMITATION DANf LS •ATinieO?'. 188 

ehili, débité aussi par Eumolpe, et où nous rencontrerons 
encore des imitations de Virgile, unies cette fois à de 
nombreux souvenirs de Lucain. Sont-ce là deux parodieSi 
comme on l'a soutenu? 

L'une et l'autre pièce tiennent au sujet par un faible 
lien. Maisi puisque c'est le procédé de l'auteur do mêler, 
connue dans la Minippée, len vers à la prose, puisque les 
vers ou les déclamations inséréM dans son œuvre ont pour 
but d'y introduire plus de variété, et qu'enfin il CMt vrai- 
semblable de pri^ter à un poète la manie do réciter ses 
poésies, nous accepterons sans la discuter la donnée de 
l'auteur. 

Donc, à la vue d'un lableau qu'Encolpe considère avec 
une extrémo ailenlion et qui représente la priëe^e Troie, 
Eumolpe, poète improvisateur, éprouve le besoin d'expli- 
quer à son compagnon dans la langue dos muses le sujet 
de ceUe peinture '• Il nous gmtilie de G5 senarii grxcanici 
qui racontent exclusivement Tépisode du clieval de bois. 
Ils correspondent aux vei*s 13-5G, 105-227, 250-267, du 
cliant II de VÈnèUle. Un seul vers : 

hoe ad fiirta comiiositut Binon 

Firmabat 

résume l'épisode de Sinon. (57 à 104 de VÉniide.) l/intro- 
duction du clieval dans les murs de Troie (/En., Il, 228- 
249) est ici complètement omise. Au total, la matière tral- 
tée en 102 vers hexamiares de Virgile, pour nous l»orner 
aux parli(*s directement imiléen, est chez Pétrone conden- 
sée en G5 sénaires. CeUe première constatation rend déjà 
fort suspecte toute supposition de parodie. La parodie est 



1. 1\ osl flinicilc do ilcvinfr, d'apn^a lu fro/zc halonét, loipiol don 6p!* 
sodofl f|iii y Moiit rrliit«'*ii ctiiil Miippont* ropnWfiili* nnv li* liil»lf»ttii. Pni- 
balihMiicnt lu iiHirlilu Luncoim i*l île ««'m eiifunu. ((Jf. lo fuiiioiix gruu|io 
d'AgciMindre, l'ulydufo c*l Allirnudoro.) 



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184 OHAPITRK lU* 

d'ordinaire parallèle à TcDarre qu'elle reut railler, puis* 
qu'elle porte surtout sur certain! détails qu'elle exagère 
ou ridiculisa. En fait| nous avons ici une réduction d'une 
partie du chant II de VÈniide. 

L'auteur a*t-il voulu on critiquer les idées? mais son 
résumé suit de très près et sans y rien changer d'essen- 
tiel la narration de Virgile ; le style ? mais il lui emprunte 
textuellement bon nombre d'expressions; la versification? 
mais son mètre n'est pas le mémo que celui do VÉnéide. 

AlorSi ost-ce d'Kumolpe qu'il se moque? de cet outre- 
cuidant qui ose rivaliser avec le divin poète? Mais, dans 
ce raSy il lui aurait prôté des vers franchement mauvais. 
Ceux-ciy pou originaux, sont rerlierchés quolquefois, né- 
gligés souvent, mais non pas ridicules ou dépourvus de 
qualités. On peut miluie recounattre uno certaine valeur 
i ce morceau d'écolo, exercice de versiUcation qui ne 
manque pas do brillant. Le jugement énoncé iiar M. Mau- 
rice Souriau ' me semble le vi*ai. Péti*une a ëimplonieut uti« 
lise à cet endroit une de ces pièces d'école où les jeunes 
gens s'attachaient à refaire à leur manière quelque page 
célèbre dos grands autours. 11 fallait, dans un travail de 
cette nature, tirer parti de ses souvenirs, mais innover 
dans l'expression, étendre ce qui était bi*er, raccourcir ce 
. qui était long, varier les couleurs ot le tour; n'est-ce pas 
là prtVisément le point capital de la doctrine littéraire de 
Pétrone, toile que nous l'avons extraite de divers chapi- 
tres du Salirieon f 

On no saurait décider si nous avons sous les yeux uno 
composition do ce genre, essai de jeunesse que Técrivain 
glisse dans un roman, ou s'il s'est anmsé à refaire ici un 
développement analogue à ces exercices d'élève. Quoique 



1. De ûeoTHm mMêlêréèi in Pharsalêa, Tll^so luUno pour lo doc- 
torat, 1SS5. 



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LA PAnODll IT L'iMlTATfOff DAlff U fATINICOK, 185 

. Pétrone te soit affranchi et parle avec beaucoup d'indé- 
pendance et d'ironie dei travaux de l'école, il a pansé par 
cette discipline et s'en souvient*. 

Remarquons seulement que Pétrone va moderniser Vir- 
gile tout en l'abrégeant. Les hexamètres de VÉnéide seront 
réduits en sénaires et le sujet sera repris à la façon de 
Sénèque le Tragique. On croirait lire un chœur des 
Troyennes. Telle est la nouveauté. Que vatii-elle? Pétrone 
nous en laisse juges et su dérobe. La pièce déclamée par 
Eumolpe i*sl accompagnée du commcntairn que voici : .•# 
€X is, qui in porUcibus spatiahnntur, lapida in Eumolpum reci* 
tantem mitennit. (Cliap. 90, 1. 1 •) C'est ainsi qu'on accueille 
ces vers : on lapide l'auteur; mais Eumolpe e^t habitué 
à de tels applaudissements : at ille qui plausum ingenii iui 
noverai (Chap. 90, 1. 2) et ne s'en trouble pas. L'auteur ne 
saurait mieux indiquer qu'il n'attnclie aucune vanité à un 
moi*ceau hasardé dans ces conditions. C'est par précau- 
tion oratoii*o qu'il lance sur Eumolpe quelques cailloux. 
En tout cas, on ne saurait considérer comme une parodie 
de Virgile une pièce où nous relèverons constamment des 
centons, des vers du poète, simple adaptation en sénaires 
et raccourci plus ou moins heureux de l'épisode du cheval 
de bois, tel qu'il est raconté au deuxième cliant de VÉnéide. 

Ainsi que chez Virgile, le récit est ici placé dans la 
bouche d'un Troyen, qui raconte les événements funestes 
dont il a été témoin. 

patria, piilnas millo credidimiis rates. (Vors 11.) 

Mettons en regard Pétrone et Virgile dans la Ti'ojm Aa- 

Vers 1. Jatn dscima mœstos inter ancipites mstus 

1. Cr. chap. IV,.p. 28S. 



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V 



186 CRAPITM III. 

Vert t. PhfygM oteidtbat neMlt et YAtis Ûâm 
&• Calehanib atro dabia pandebat mata, 

JBk., Ut 14 iùijam tabmUib^m < 

198. Na9^ wmU domH€r$ d^oêm ••. 

182 ita âigêfU omha Cûiéktm. 

IX| T18. JmmiêHqHêfugam Twcriê airumq^ fimorm^ 

V..4. Cttin Délia * profante eati verticee 

6. Id» trahantar eciesaqae in nolem eadant 
Ifi 18A. liane iamen immenêam Ctthkaê aitoHere melm 
186. BobwUàHê iextiê enfaque edueere Juêêii. 

V. 6* Robora, miuaeem qn» fignrareut equam. 

Ifi 150. Qiio mofem hane immaniê equiêtafueret 

V. 7. Aperltnr in^ns antrum et obducti speens 
8. Qui eaitra oaperent. Ilao decenni pnolio 
Ht 19. iHcludfttU emûo iaieri, penituâque cavemoê 
Inginleê uUrumqne armato mifite compietU» 
et Ut 198, Non annidomnere deeem, 

V. 9. Irata virtas abditiir ; itipant graves 
10. Danai reeeieue, in sao veto latent. 

Vit 516 Et armainm ^teditem gravie oiMU éhê. 

Ut 18. //ne dûfeeta virum êortiii toritora /krttm 
Inelndunt cireo iaieri. 

Ut 17. Voinm pro rediin êimuiant 

Ut 48. ilNl aiiquii iaiei errer 

V, 11. patriat paltas uiillu eredidiinue rates 

II, 241. pairia, e divum domuê liium 

Ht 198. • . • • non miile earinm. 

Ut 26. Aes aiUiêee raii et vente petiieee Mgeenae. 



U Comme il â'sgit do Diane, • Palladis arte •, Je lis v. 15 : t Délia •• 
Cr. jÊn., Il, 171 : 

• Née dubiis ca signa dédit Tritonla monstris. • 



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LA PARODIS BT L'IMITATIOU DAKf LS SATIlilCOlf. 187 

y. 12. Solamqiie \Mo liberum t boe tituliu fero 
Incitas, 
n, 28. Detertof^tM ridere l0eo9p tifwique rtiêcium. 
IIi 61 inqHtfwi eurvam compagibuê aXfmm. 

¥•18 Hoe ad Airta composltai Sinon 

14. FinnalMt et m^pê tcnper in dnmnum potons. 
II, 162. lile dofi» in»tmclHÊ et arîe Petatiga. 

II, 164. Voê wtemi iyneu (Sonnent do Sinon.) 

II, 64 «I mené non itcva /niêêet. 

V. 16. Jam tarba portis libéra ac belle careni 
In rota proporat. 
II, 27. Pandunftir j/ortm ; Juvai ire et Doriea eastra 
DeMertoêfjue vtdsre loeoê, Utuêque reUelum. 

y* 16 PIctibus manant gcnn 

17. Mentisque pavidn g;andium lacrimas habet 
II, 2G. Ergo omniê iottgo êotvii êe Tettena !uctH. 

V. 18. Qoas Dictai abegit. Namque Xcptuno taeer, 
II, 201. Laocoan, dueluê Xe^ttimo êorte eaeerdoê, 

V. 19. Orinem solutut, omne Laocoon roplot 

II, 41* Ixioroon ardeuê êumma deenrrH ah aree, 
Et prorul : • mUeri • 

y. 20. Clamore valgus. Mox reduota catplde, 

II, 280 eaerHm qni enitpide robur 

Lteêerit, 

V. 21. Uterom notavit, fata sod tardant manum, 

II, 62 uteroque reetiêio, 

YI, 516. Cumfataliê eqnuê 

II, 64. Etf ii/ata deuM, «i mené n<m lieva fuiêêet, iq. 
II, 34 êeujam Trejm êie fata /erebatU. 

y. 22. Ictasqoe resillt et dolis addit fidem. 

II, 48 AutHlIa putaiiê 

Dùna earere do!i$ Danaumt 



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158 ottAPiTm lit. 

y. tS. IltniM taman eonilniiiit invalldaai kM»»», 



S4. Atqao bipenni latara portampUt. Framit 
26, Captiva pubaa intui, ot dam monaunUy . • 

26. Roboraa molat aplrat aliéna meta. 
II« 68, tmcmnert cav» gemitumqHe deden ea»emm. 

V. 27. Ibat Juventof oapU, diini Trojain eapil, 
28. lUslIumque totam frauda daoebat nova. 
VII, 295. Kum eaptt potuere iMpi * ? 

y. 20. Ecco alia monttra ! cclsa qua Tenedoi mara 

IIi 208. Keee antem gemini a TetMdo tranquiUa jMf «lia. •' 

V. 80* Dorio roplavtt, tamida conaurgniit frota 

81. Undaque résultat, seUsa trauquillo minori \ 

82. Qunlii silouti nocto roinorum toiiut | 
Z^. Longe rcfertar, omu premunt classes mare 

84. Pulsumqie marmor abiete iinposita gemlt. . 

Oeorg,, I, 264 reiMtê iniittlhm «lafMar. i 

y, 85. Ucspicluius ! angacs orbibns geminii fernut 
86. Ad saxa Huctus, tuiiiida quorum pcctora 
i&Vi., II, 204. • . . '• immemiê orbtbuê aa^ss. 

y. 87. Rates ut ait» lateribus spumas aguut. 
II, 209. Fit êonitun êpumante êàfo 

y. 88. Dat cauda sonitum, liber» ponto Jubn 

II, 206. Peeiora quorum inter fluctué arrteta jubteque 
Sauguinem êuperant undoê* 

y. 89. Consentiunt luminibiis, fulmineum Jiibar 

II, 210. Ardent esquû oeutoê êuffeeti 9anguine et igni. 



1. Cr. Lucrèce, 1, 034 : 

« deeeptaquo non eâpiatur •• 

Horaoe, egUt., Il, I, 150 : 

• Grtrcia capta Terum viclorem cepit • 



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LA PARODII IT L'iMITATlOlf DAHS Ll lATlRICON. 189 

y. 40. IneaAdit «qaor sibillsque imto flfemanl. 

Ily Sll. Sibila lambebani Unf/uiê vibraniilmê ora. 

V. 41. Stopaere mentes. lofuUs stabaut sacrl 
II, 212. DtffMgmuê visu exêangunê 

V. 42. Phfjgioquo caltu gemliia nati plguora 

48. Laaconte. Quos repente torgoriboa Hgant 
44. Anguet eornscL l'arvnliia illi manus 

11^ 218 et prÎMHm parva dncrum 

Corpora natorum ierjienê ainplexuê %Uerqu$ 
Implicat 

V. 45. Ad ora référant, ncnter anxilio sibi, 

46. Uterqne fratri : tran8tuUt pictaa vicei 

47. Morsque ipsa miscros niutuo perdit meta. 

II, 218 htê colio êquamea dreum 

Ttrga datt\ 

V. 48. Accumulât ccce lilieruui funus iiarens, 

49. IndrmuB auiiliator. Invadunt virum 

II, 216. Pwii qmîM aitxiVo êuhmnUm ac Ula/enniem 
II, 218. Laocoouta petunt , • 

V. 60. Jam morte paiti, membraque ad terram trahunt, 
II, 216 et miêeroê Monu depaêcHur artuê. 

V. 61. Jacet tacerdos Inter araa vietima, 

Virgile noua offkre également la comparaison avec une 
victime : 

II, 228. Qualii mugi'uM, ftigit eum êaueiuê aram 

Tauruê et ineertam excuêiit eervicû êeeurim. 

V. 62. Terramque plangit, 8ic profanatis saeris 
• 68. Feritura Troja perdtdit primum doos. 

II, 851. Exeetiêere omnes, adytiê arinjue reh'etiê, 
Difqiuibuê imper inm hoc êteterat 



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140 OHAriTM III. 

V. 64. Jam plena PbcBlM candidam eitster»! Jvbar» 
55. UliKHra doeans tttra radiaiiti fiM«« 

II, 250, Vêrtitur imUrea enium, et ruU Ouam mom. 
II, 255 tacitm per arnica ê^mUia lumm, 

V. 56, Cam Inter topiiltof PrUmidiit noete et mero 
II, 2G5. /tiMuiiiiil urbem êomno viuoqhû êepuliam» 

y. 57. Dmiftl reliixaut cliiuatni et effnndmit riros, 
II, 259. Laxat dannira Smon 

V. 58. ToinpUnl in araiis te ducos, ceu n^i solet 
69. Kodo roniUfus Thetsiili quadrapcs JugI 
QO. Cervicom et altas qtifttoro ad excursum Jabat, 
61. Qladios rétractant, coinrooveiit orbes manu 

X, dtlG, 8eMtaHme»qH9 mtetmi dtffilf, ferrHunjae rtiradani^ 

y. 62. lIcilunKiae suiiiaiit. Hic gravée alias mero 
68. Obtraucat et continuât in roortem ultimam 
bouinos, 
IX, 331-387. Etjuvenem SerranuM, iila liui pluriwM noeto 
Luêerai, iwii*fni9 fach mnHotjHe jae^ai 
Memhra deo vietuê. 

Cf. IX, 824. 

Cf. encore PétronOt cliap. 79| p. 64| 1. 2 : 

Jhtbiiavi, an utrumqu^ irafieerem giadîop êomnumpie mwrH * 
jwigerem. 

V. 64 ab aris aliiii acccndit faces 

65. Contraqoe Troas iuvocat Troi» sacra. 

Ainai qu'on a pu en juger par cette comparaiaoni dana 
tout ce monceau I lu préoccupation des idées et des termes 
de Virgile est sensible. Ce pamllàle nous montre Pétrone, 
tantôt reprenant les ox pressions de son modèlOi tantôt dé- 
Teloppant une indication fournie par un mot du poète. 
Quant à la parodiOi on en cliorclie vainement les traces. 



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LA FARODll IT l'IMITATION DAlCt LB tATfRfCOK. 141 

Nulle part n*apparati chex notre auteur le desseia de ridi* 
culiser celui dont il pille ainsi le vocabulaire. Uu corn* 
mentateur, Oonsalo de Salas, comparant les deux mor* 
ceaux, va môme jusqu'à donner la supériorité à celui de 
Pétrone'. 

Mais il y a dans la Trojst halotit autre chose que des 
imitations de Virgile et c'est le caractère de ces additions 
qu'il nous faut à présent étudier. 

Tout virgilien qu'est Péironci il u'a pas pu 8e dégager 
de son temps ; il aime le trait, les antithèses brillantes, 
les expressions rares : refugiendum est ab omni verborum 
vilUaU. (Chap. 118, 1. 20.) S'il a encore des prédilections 
classiques, le goût classique lui manque ; il en ettt ainsi 
de tous ceux qu'on a nommés les pseudo-virgiliens, de 
Stace, de Silius Italiens. On n'a pas impunément lu et 
imité Lucain. Les fautes de goût, la préciot^ité, la bour- 
souflure, qui déparent si rarement la prose de Pétrone, 
sont, au contraire, très fréquentes dans ses vers. 

Dès lors qu'il refait un morceau de Virgile, il se tra- 
vaille à imaginer du nouveau. Il semble, s'il m'est permis 
de hasarder de tels barbarismes, qu'il ait voulu ici titeani* 
ter Virgile, alors que dans le De bello eivili, il s'efforcera 
de virgUianiser Lucain. 

D'abord, c'est bien le môme écrivain qui a composé les 
deux morceaux; on en est averti par la couleur géné- 
rale du style, par le retour de certaines expressions qui 
paraissent plaire à i^étrone. Le début de la Trojx halosU 
a quelques rapports avec celui du De bello eivili. 

Trojtc hahêiê, v. 1. Jam docima iiinstot inter ancipitot metos 

Phrygas 

De bello riv,, ch. 119, 1 • Orbr^m jam (olnm vieîor Romanw habebat. 



I. Cr. tos Commenta, p. 142. Durmann, édit. do Pétrone, 1709, tome II. 



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142 QHAPITm III. 

Tf^m kàlûêbf ?• 84» Pubumqno mamor, • • • • • ^ 

Ht bMp Wv.f oh, U0«8 • gratidii/rtla jmba carM$. 

M. • • • Ilbom poato JalMi 

80. CoiiMnttuiit lumlnlbut. • • • • 
246, CoH»9HêUqM fngm cvli iimar. • . • • 

58* Teinptant In armlt m dooat. 
175. Et temjiiate manuê 

Le morceau dont celui-ci te rapprocherait le plus serait 
UD chœur de VAgamemnon de Sénèque. Pour le ton générai 
et les eiTets de style, les deux passages offrent des ressem- 
blances aisées à saisir. 

Cf. Trqf» kaloêh : 29. Ecce alia monstra 

De hrVo citifi: 18. Ecco aliw cladcs. .... 
Agam. 522, Keee uh'w ehulm : /nfuiina irali Joviê. 
618 iq. HrMitii annh 

Trt{Ja bt'n qti/tttâ, 
UuiM nocif» jHirilHra fato. 
Vidimuê MMHhtfa doua moNm immenêm 
DananiHtjHe /atafe MHuitê ditxmHê noÊtra 
CredhH dexfra : inMHthjne «ir/io 
Limfne m primo $oin)tfJi, eavemiê _ 

CondiioÊ rf.gen beffhMqHn geêtawi, 
Ki Henit vennre dofon, ut i;mi 
Fraude »ua rajtti caderent Pelangi. 
Sirpe eommotw êonuere /MinMU*, 
Tacitumqut muruiur percurrit auresp 
Kt freuiuit malt Mubdoh 
Parcnê Pyrrhu» Uh/m. 
Strura matuê Troiûa pubeê 
Sacro» gaudet taugere funeê. 

On reconnatt ici lu même procédé d'imitation que dans 



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LA FARODII IT L*IMITATIO!f DANS Ll •ATIRICOK. 143 

Pétrone : des expreitiont prises à Virgile , des traits 
cherchés et des oppositions de mou : 

• iremUéiqM «irp« 

IAwUm in ^rrimo mm/fteê. . • • . . 
TaeUumqu9 murmur. 



Les vers 



rappellent : 



Ei/remnit maie êubdolo 
Parent Pyrrkaê Ufytm 



.frsmii 

Captiva pabeê intM, et dum iMNrutNm/. (t. 2I-26.) 

Cf. encore : 

Fraude ma eapU eadereni Pdaêgi {Àffam., C23) 

avec: ^ 

JbiUjuveiUHê eajiiap dum Trojam eajtit, (r* 27 K 

Mais ces affinités sont toutes fortuites. Pétrone subit 
simplement les mômes influences littéraires que Séneque, 
lequel, bien qu'il cite et loue souvent Virgile, n'en est 
l>as moins dnns ses œuvros poétiques asHox pou virgilien. 

Voici lei principaux cnjoliveuienls ajoutés [lar Pétrone 
à la nialièro traitée par son modèle, avec lequel il rivalise 
discrètement, en écrivant dans le mètre Imgiquo un frag- 
ment d'épopée. Il Homble s*élre proposé par-dessus tout de 
rechercher la concision ; il a une préférence marquée pour 
les expressions énergiques, les alliances do mots bi-èves 
ou frappantes, les tours hardis, les tenues emphatiques. 

Chap. 89, 2. Obsidebat meêtu'ê. . ., aa Heu do : annuê. 

e. Qtu eoâtra eapercuf . . . , au lien du •iuiplo i 
• . • • armato mlile eoMjtieni 
' de Virgile. (éEn., H, 20.) 



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144 ONAPITIII III, 

t. /rola «A>liff oM/tef. 

19. CWWeM êoftUHêf M Uoa àê t mrim$. 

n roiee pratique toujours TeipreMion juste et naturelle 
qui est dans Y Enéide; il ajoute des traits presque puérils : 

10. . • • inêuo voto laimU. 

OU oontoumés ; 

1 7 • ilmUiêqH$ pavidm gaudium lowiwmê ioôel. 
que suit cette brusque transition : 

18. QiMU métuÊ abegii. 

24 sq firmU 

Capliva pubeê intuê, ei dum mwrmmrat, 

BiÂorea moieê êftirai alimkù metu. 

Ces derniers mots ne peuvent guère s'entendre qu'ainsi : 

La masse de bois semble respirer par reOét d'une peur 

qui n'est pas la sienne 'i ce qui est évidemment détestable. 

D'autres vers sont encore plus recherchéS| par exemple : 

81. Undaque reêuHai êcina tranqutllo mim>r\ 

88 liberté potUojHbm*. 

47. Monque ipea miêeroê mutuo perdît mdu. 

Les antithèses sont nombreuses : 

27. IbaiJuvetUuê capta, dum Trojam eapU. 
61. Jaeet êaeerdoê, inter aroê vietima. 
68. Perttura Troja ptrdidU primum deoê. 
86. Ctmtra^e Trooê invoeai Trojm êoera. 



1. Oa pourrait encore expliquer : • par relTei de la crainte qa'sfle 
cause à autrui •» mais ce tiens semble bien Turcé. 

t. Il compare les seriients h un navire ; Tonde qu'ils ont fendue 
s'abaisse au-dcMoiis du niveau de la mer {tranquUlo minor). sa creusa 
an sillon (êclua) et rejaillit iraMat). 

3. Uberm ponto : fluttant & la surface comme la proue d un navire 
sortant do la mer, tandis que lo roste du corps y est plongé. 



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LA PAROOll IT l'imitation DANS Ll tATllIieOlf. 145 

C'est lur rexpreision que Pétrone lemblo donc avoir 
ooncentré ses efforts. Pour ce qui est du fond| il a rnodi- 
flé en deux ou trois points la donnée de VÈniide. Dans Vir- 
gile, Laocoon enfonce du premier coup le javelot dans le 
flanc du cheval de bois. Dans Pétrone, le javelot rebon- 
dit; c'est avec la hache que le grand prêtre essaie de son- 
der rimmense machine. 

V Enéide nous peint Laocoon qui accourt pour dégager 
ses enfants étouITés dans les replis des serpents. De ces 
enfants, Virgile dit simplement : mUeros artut» l^étrone 
va enchérir et prêter aux deux flb de Laocoon un senti- 
ment de tendresse héroïque : il» s'oublient pour songer 
uniquement Tun a l'autro (v. 45-47) : 

neufer atixtVo $ibip 

Uterqm fratri : traMiiifH pietoê viceê 
Iforêijiie IpM mhnroê tttutuo perdit metn. 

J'interprète ainsi ce dernier vers pou intelligible: «C'est 
la crainte qu'ils éprouvent Tun pour Tautrequi est la vraie 
cause do leur mort » ; ù moins qu'on n'entende ; € Et la 
mort les perd alors qu'ils tremblant seulement l'un pour 
l'autre >. On reconnaît ici une pointe à la Lucain. 

J. Tollius {Collatio Petronii eum VirgUio, édition de Lon* 
gin, 1694, p. 364-371) a fait la critique de ce fragment de 
poème que Lessing*, Deck, Studer et d'autres ont jugé 
sévèrement. Bumiann suppose que Pétrone a composé i 
dessein un morceau plein d'enflure pour ridiculiser Eu- 
molpe. C'est, je crois, aller trop loin. 

Nous n'avons pas dissimulé les faiblesses de la Trojx 
hfilotit. Outra les taches de mauvais goAt que nous avons 
signalées, on y trouve de nombreuses négligences; les ré- 



1. LaocooH, t. VI, cd. I^rhiuano, p. 390 m|. 



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146 QiuriTiii ttt. 

pétitUmi de mots abondent ; ainsi mtiêi rtriant dnq fèii 
en aolxante-oinq vert { fnanuê quatre foii| eaptooneapitêrti 
quatrei bellum quatre, ê^ar quatre» altu$, mars trois fols; 
voîum, g$mina,Jubm, moUi, ara, raUi, graves, faee,jubar, 
deux fois. Quatre Ters commencent patjamf quatre finis- 
sent par iaeer, $aeri, sacra, saeris, quatre jiàTmanu,manus, 
manum, quatre par metu ou meius, deux par fldes, fidem, 
deux ^TjubM,juba$, ddux par mero, mare, etc. 

On ne saurait cependant refuser à cette pièce certaines 
qualités; le style y est quelquefois d'une concision vigou* 
i*euse, d'une poétique Imixliesse. Ainsi : 

V. 89. • . /ulynHeHmJubar 

Tneendii mqnor êibtVêqne nnda fremmU, 

Plusieurs comparaisons sont lieureusesi expressives 
dans leur brièveté. Le sourd murmura des flots que fen* 
dent les serpenls monstrueux est comparé au bruit que 
font au lointain les rames d'une flotte dans la nuit silen« 
4'ieuse : 

V, 82-84. Qua!iê iitenti noeie remorum $onuê 

Jjotngt refertur, cum premwnt eloêsei wiare 
Puhnmque marmor abteie impoêita gémit. 

Pour n*étra pas neuve, la comparaison suivante n'en 
est pas moins Torte et randuo en bons tonnes : 

V. 68| iq* Temptani m armiê se duee$, àeu uhi êoiet 
Kodo remiêêuê TheuaH quaimpu fvgi 
Certfieem et altoê qnatere ad txcurtumjyhaê. 

Notons encora ces vers précieux, mais d'une expression 
poétique ; 

V. 64, 55. Jam pleiM nethe eandidum extulenU jukar 
Minora dueene oêira radianii/aee. 



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LA FAAODIB BT t'iMITATlOK DAlCt Ll tATIIIieOlf. 147 

Ritn dans tout cela qui tenta la parodie, ni de Virgllei 
ni de quelque autre poète. Certains critiques otit supposé| 
en efléti que Pétrone a voulu se moquer dans ce morceau, 
soit du poème de Néron : 'AXuotc ^IXtov, que celul«ci chan* 
tait eu s'accompagnant de la lyre pendant Tincendie de 
Rome (Suétone, Néron, 38), soit d^mo œuvre de Lnrain : 
« ExiUint ejut crmipluret et alii [Hbri] et Iliacon. > (Vacca, 
Vie de Lueain,) Examinons brièvemout ces bypotlièses. 

TeuITel dit ' : < Il est certain que la Trojx halosis viso 
un poème de N<!*ron du mâmo genre et que le Dellum civile 
n'est qu'un persiflage, exagéré, il est vrai, de la manière 
de Lucain, bien qu'il ne le nomme pas, quoique vivant 
encore. » Est-ce pour le parodier que Pétrone viserait le 
poème de Néron ? Mais, à l'époque supposée de la compo* 
sition du Satiricon, PéliDue était nu Hiiou;c avoc Tempo* 
reur; et si, dans le De bello civili, il persifle Lucain, il 
serait difllcile d'admettre que la môme œuvre critiquât à 
la fois les poé^^ies de Néi*on et celles de son rival, alors 
en disgrâce. Il fnul opter. 

TeuITel veut-il dire que Pétrone puise seulement sou 
inspiration à la même source que l'emiiereur, et cela pour 
n.'itter sa manie ; qu'il lui fait une cour indirecte en em- 
pruntant ainsi un sujet au cycle de Ti*oie? Il serait pi.T- 
mis dans et) cas de s'étonner que l'empereur pAt éprouver 
quelque plaisir à la rencontre d'un concun*ent tel qu'Ëu- 
molpe. Est-ce que les pierres lancées sur le versilicateur 
ne devaient pas par ricochet i*ebondir sur les i^paules de 
l'empereur? 

De plus nous ne savons que bien peu de chose de ces 
Troica de Néron dont parlent Dion, LXII, 29, Servins, 
ad Ccorg., III, 36, et dont nous possédons à peine quel- 



I. iiittoire de ta tiltérafure tatine. Trail. nonnonl et Pier^on. 
Tuuio II, p. *233. 



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148 CNAFiTRi nu 

quet Tert ou hémistiches. (Cf. SehoUm Lueani, III| 201; 
Perse, 1, 08| 96, 09, 102; Sénèque, Nai. Qtmit., I, b.)Lf 
peu que nous en entrevoyons ne ressemble guère à la 
TroJ» haloiii. Pétrone, avec sa concision précipitée, paratt 
avoir adopté une mnnière directement opposée à celle de 
Néron, dont les quelques vers conservés se distinguent par 
une surabondance d'épithètes mres, par un cliquetis de 
mots vides et rotontissuints. Une parodie ou une imita- 
tion eAt fuit ressortir cette enflure. D'autre imrt, le mor- 
ceau le plus célèbre de ces Troica, celui que Néron, en 
costunio do tliéiUre, m illo suo scœnico habitu, aumit, suivant 
une tradition très douteuse % clianté devant Rome en flam- 
mes, roulait évidemment sur Tincendie de Troie* dont il 
n'est pas un iuittant question dans le fragment de Pétrone. 
Est*ce alors Lucain qu'il aurait eu en vue ? Rien de 
moins vraisemblable. Les Iliaca de Lucain étaient une œu- 
vre de première jeunesse, assi*s insigniilante i^ans doute, 
une réduction de VlliatU, exécutée par un brillant écolier, 
un simple exoi*cico pour le futur auteur de la Pharsale. 

Ae iirmMm Unerh atfhtœ m auu/êf 
/«Kf/ct Jfeeforn Tlumêafoêi^ue eurruê, 
Kl êHjtjihx l^ktim iHttcuhê antum, 
Kl êtideê reêtimbtê mferorum, 

nous dit Stace, SUvet, II, 7. (Genethliacon Lueani ad PoUam^ 
V. Ô5, sq.) Ces vers nous apprennent que Lucain avait 
traduit ou imité les derniers clinnts de Vliiade (mort 



I. Cr. E. Ucnnii, tÀnlethrM, p. 17. 

1 La prcuvo on est «lans res vort d'une des doux églogties sur 
N^run, comiNiHÔoA par un pucto cunloniponiin du prince (Carmina 
toUItU KiMiéëienêêê. IWo^e. Anthot. lai., tome II, n^ 725, v. 36 i»<|., 
namffra) : 

• Tu ipio*|UQ Truia iiocro]! ciucret ad sidéra tulle, 
Jam tauii cocidisio Hiit ! Gaudotc ruinn» 
Kt laudato rogos; vostor vos tullit alumnus. * 



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LA FARODII IT l'iMITATIOK DAlCt Ll tATIRICOlf. 149 

d'HeetOTi tupplicatioa de Priam). Ceci n*olft^ aucun rap* 
port avec le sujet de la Trojm haloils, qui se rattache bien 
au cycle TroyeUi mais & une époque qu'Homère a laissée 
en dehors de son épopée. Au reste, Stace n'attribue que 
peu de valeur à ces essais qui furent dos jeux d'enfants : 

V. 68 à G5. Mox eajtta generoêhr Jnventa 
Aiboê oênhuÊ Italie PhiHjtpOê 
Et Pkar$aliea befia detowîbii. 

Rien de plus commun i cette époque que les poèmes 
sur la guerre do Troie'. Stace nous l'apprand encore 
(v. 48 à 51): 

Koetumoê afii Phnjgnm ruinai , 
Et tarde redueiê via$ Ulixiê, 
Et puppem temerariam Minervn, 
Trita vatibuê orbita, êequ€ttttur. 

N'insistons pas davantage. La Trojx halotii de Pétrone 
n'est pas une parodie, mais un morceau poétique tel quel, 
avec des défauts et quelques qualités, dont Virgile a fourni 
beaucoup d'élémonts, mais qui a été remanié danslegoftt 
de Sénèque ou de Lucain. Les vers sont do Pétrone, mais 
c'est Eumolpe qui en endosse la responsabilité. 

Si ces conclusions sont justes, elles nous aideront à ex* 
pliquer l'intention du poème De bello eivili, où Pétrone a 
refait le début de la Pharsale. Est-ce celte fois une parodie 
que nous avons sous les yeux et Lucain n'y est-il pas di- 
rectement pris à partie? Oui, sans aucun doute, répond la 
majorité des critiques, et poui* le démontrer, on a écrit 
des dissertations très étendues et très minutieuses. Selon 
d'autres, Pétrone s'est seulement proposé de rivaliseriivec 
Lucain et de montrer par eon exemple comment il con* 

1. Cr. A. Carlaiilt, Keoue de philologie, 1887, II : Sur uii im^sogo do 
la vio de Lucain itrce du coinmenUiru do Vaccu. 



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150 CHAFiTiii m. 

Tient de traiter un pireii sujet. Contemporain de Lœain 
et écrivant alon que celui-ci vit encoroi il le raillOi mais 
sans le nommer. Autant d'affirmations à discuter. 

Avant tout| il faut éiudier Tœuvre en elle-mômei cher- 
cher de quelle inspiration elle procède, quelles sont les 
iroitalions qu'elle nous révèle. Établissons par une corn* 
paraison détaillée les rapports qui existent entre la Phar^ 
sale et le De bello civili. 

Le passage suivant du premier livre de la Phartale a 
d'abord été visiblement imité par Pétrane. 

CliM|i« ll!l, v. !• Orboiiijsm totiiin viotur Komaiiiii hsliobat. 
120| 8U, Luxurlnm niMilioruiii ot eoiisuiii lu diiiiina furentsm. 
87. tffSillAcaiit auro todeëquo ad sidora iiiittuiit. 

1 lOf 81 omtiiiiqiio orbis 

82. rrwmia corruptis miles vagut csurii armlt. 
2G. Et laxi criiics et tut nova iioudiia vcutit, 
27. Quoique viriiin qunruiit. 

Pharê,,\^ 1 GO, sq. XaMqne ut ojte» mumlo utmtaê/ortuna êubaetQ 
ÏHtnh'i, et r,:fiH9 morcê eeênere êecuudiê, 
PrtrdatfMe r.t hontiteê Iuxhm êuaêere nipifue : 
A'oN auro t-.ethve mwlimf mcMtuiqus prtoreê 
AMjmriMtafaêtm»; euitiiâ geêtare deeoroê 
Vix niirtbuâ, rapuere mare» 

Chap. tt9, V. G fatiiiquo in tristia bolla paratis 

7. Qiuorebantur opci 

166. •••••.• tototjHe aecerêttur orbe, 

Qho ijeM qtmfjHe périt. 

5ë Uomaiii 

69. Qa» potoraiit artos lana rationo movero, 
GO. Ni furor ot liolluiii forroquo oxoita libido Y 

171 . Aon erttt i« itopuiu», queM jmus tranquillajuvartâ. 
42. Est favor in prctio 

17H. Hine rai»ti preth fa»ce$, settorqne favoriê 
Ipêe #«i pùpuluê ; 



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LA FARODII ET L'IMITATIOII DAlCt Ll tATIllICOK. 161 

CiMp. 119, ▼• 46 faseetqve podet impnlite Cttoni. 

49 qttara Jam perdita Boom 

60. Ipta tui mereet arat. 

89. Nea minor in Campo faror est . • • . 

nan., I, 179 letaUêque ambUuê urbi, 

180. Amma venaii r^ermu etrîamÙM Campo. 

41. Venalit populoti Tenalit curia Patram, 

61. Proterca gemino doprontam gurgito plvbem 
69. Fnnorit iulavivt usoaqne eiedcr«it osrls. 

181. Whc uêumvoraxp avidumtiue iw Umitota fmnui. 

66* Arma placent mUcrU 

12. UeUa geHitiacuêi nniloê kabitura triHmjikoê, 

67 inops audacia tuta ott. 

182 ei iMuZ/â Hiile MUm. 

Voici maintenant d'autres emprunts faits aux difléreota 
livres de la Phartale. Nous les notons en suivant la suc* 
cession des vers dans le poème de la Guare civile : 

Chap. 119-124. 1. Orbcm Jam totum victor Uomanus habobat, 
2. Qaa maro, qaa terrœ, qua tidiis cnrrit utruinquo. 

Phart. Cf. pour Tidée, I. VU, 423, sq. 

liand mnitum terrœ »iKUiuiH rentahai Kotr, 

Ut tibi nox, tibi tota d/tuf, ttbi rurrerei wtker, 

Omnîaque errantcê êtelim Homana vitlercnl, 

VII, 422. Te grminHtH TtUîu prorednre vidit in axem* 

I, 110. Qnœ mare, qnœ terra», qftm totum rontinet orbem. 

6. • fatioquo In trittia bvlla parntU ^ 

?• Qusrcbantiir opes 

II, 351 Jam/afo in betia voeante. 

X, 149 Xon êtt fieet iiie nefando 

150. Marte pàratM opes mnndi qnœMêe ruina. 



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168 CHAPITRE III. 

16. • • • flMMt promit ftdfena c imai . 

Ii 4t •••••••• af qiêOê prsmU a$pera étaêÊiê ^ 

48. UmuÊ. 

SI. Sttiripttore virot eiieelaquo Tiieera ferro 
M. I» renerem firogoro. 

Cf. ye I Et hud oriaet 

97. QiMDqvo Ylnim qiUDnmt. 

X| 181 tq • Paré êangtihUt udi 

Toria eapuif reffêgoêqw gertmê afiimU capûtoêp 
Kee mon in/eUx ferro moiiiiajuvmituê 
Atqnt exÊectavirmm. 

yilli 867. HUe ei !axaê vcêteê tijluxa virorum 
Vefameuia viden. 

S8 Eoco Afris erata terris 

29. Ponltur ao maculis ImiUtar rilint anram 

80. CItrea mensa, grcgos serToruiii ostrnmqae renideat^ 

81. QiUD sonsoin tmhat. 

IX, 420*480. Tantum MautÊnia §mM 

Boborti divttiœ'f quorum non novemi mtmm : 
8ed cUri contenta eomiê vtvebai ei umhriê. 
In nemuê itfnotum noêtrm venere êoeureêp 
Kxtremwjue epuloâ menêoêque petivimui orhê. 

Cf. encore |)Our Tidée plulAt que pour les mots. 

SI. ••«••.••• omuisque orliU 

82. PmsmU eormptis miles Tagat esarit armis. 
86» Ut rénovent per damna famon. 

Plar». IV» 878*876 prodiga rerum 

lAtxurieêf nunquam jiarvo rontenta paratu. 
Et qumêitorum terra pelagoque etborum 
AmbUioêa ftimeê 

86 • Jam Phasidos nnda. 



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LA FAKODIB IT l'IM1TAT101« DAlCt Ll tATllUCOlf. 168 

Cette fin de vers le rencontre deux fois dans la Phar* 
ide: 



U,586 adPkaêidoêi 

III 716 p^erti cum Pkaâiéoê unda$. 

68. Hoo merism e»iio Bomam iomnoquejaccntom 

69. Qu» potorant artes sana rstione movero, 
60. Ni furor et bellom ferroquo excita libido ? 

Il, 812,318. kac ewde luatur 

Qui'dquid Romani mernenint pcmUrt 

Telle est Tidée fondamentale du développement de Pé« 
trône : la guerre civile a pour cause la corruption des 
mœurs. 

65, Et quasi non postet tôt telloi ferro lepulcra, 

66. Divisit cinorcs. 
Phare. \l, 817, 818: 

Europam, miêeri, Ubyamque ÀM/amque timele : 
DUiribuU tumtUoê veêtriê Fortuna triumpkiê, 

80. Fort, cui nulia placct nimiuui tocura poteitas. 

II, 12, 13. Sine nthil ifOtittHm eâf, 9ed Foré ineerta vagaiwTp 
Fcrtque re/ertque vicen, et kabei moriatia eatmê. 
I, 81-84. In êe Magna muni ; litth hune nupnina rebuê 
CreMcendi jKfêuere motium ; née gentibuê ulUê 
CoMModat in jtojtulHM, terris prtagitjue ftoteniemp 
Inmdiam fortuna êiuun, 

82. Ecqoid Romaiio sentis to pondère victam, 
88. liée poste nlterius pcrituram extollere molem ? 

I, 70, 71 êummtêque negatum 

Stare diu, nwuoque grave» mb jtondere lapêuê» • 



86. Et qnas stroxit opes, maie sustinot. . . . . 
I, 73. Née $e Uomafcren$ 

93. lofcnii mânes csolum spectaro Jubcutur. 



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154 QNArtTM Itl. 

VIi 748|744 t • • • immUUm nipMi IKona etwenUê, 

Mi êMlù ftrierê di$ 

Lnoain te touTiant lul-mdme de Virgile (jBti., VUI^ 
S48iq.)t 

16. Jam pridam »illo parAindimus ora eniore. 

If dO, • • • H Pomi êaêuneniHr êonguinê Mamê, 

et. pour ridée VI, 718 : Êricbtho aux difinitée du Styx* 
Si benû de vMê ctvûia héila mermUur. 

98. Ex quo BulUnnt bibit eosU 

I, d80*88>. 8ie eê Sn/Zomnim êofito Ubi tamberê/ermm 

Durai, Magnê, êiiU. KiHIhê êûmel on meepdi* 
Pollutaê imtifHf êtingHiê manêue$ewt famc^, 

lI,ldM41.Sii//(f 

• . . • • qnod exi'guum rcâiabat •angmniê urbi 
IlttHÊit 

m. Cemo eqaidom gomioa Jam ttratos morlo PbiUppos. 

Prophéties aemblablea dans Lucain : 

I, 879| 680 Video Pangtea nivotiê 

Canajngh, tafotque Ilmmiêub rmpe Fkiliypoê. 

I, 694 vidijam, Phi^, PhVpitOê. 

116. Pand«| âge, terraram titientU régna luorain, 

VI, 799, 800 Jiogni poê$e$$or inorii» 

Paftenteê a}9trii ieden. 

117. VU navita PoHbmeua 

118. Saflelot ilmulaora vlnim traduccre cumbà. 

IIli 16, 17. Prmjmmi inu^meroâ imppcM Acherontiê aduuH 
Portifor. 



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LA FAnODII IT l'imitation DANI LI lATIHfCOlf. 1S5 

119. ClatM opat «tt 

Vly 704, 705. ••••••••• lif^M ùjhgraniiipartUor undm, 

Jam loiêote êene» ad wte rtdeunii^ umbrii. 

It6« Contlnao cl$des homlnam yentaraque dami» 

127. Antpiciit pataere deain ; 

II, li 2. Jainque ira patuere deum, maniftitaqut heili 

Signa dédit mundm 

VII| 151 f 152. Nim tamen abutinuit veuturoê prodere eami 
Per varias Foriuna notas ^ • • . • • 

Pour la description des présages de la guerre civilOi 
Pétrone et Lucain ont uu modèle commun, Virgile : no- 
tre auteur a puisé ches Virgile et ches Lucain. 

128. DeformU Titan vnltum callgino toxit. 

Phare» 1, 540, 541 . Ijne raptd wedio Titan eum/erret Ofi^mpo, 
Condidit ardentes atra ealigine eurrus, 

180. Parte alla plenot extiuxit Cyuthia rultat 

181. Et luoem scolori sobduzit. • • 

I, 588, 589. JaM Piiœbe totofratreia eum redderet orbâ,.'>, 
Terrarnm snbita pereussa expailuit umbra^ 

181. • Rupta tonabant 

182. Vertioibus lapsls tuontis Juga • 

I, 552*554 Thui cardine tettas 

Sulfsedit, veteremqae jngis nutantibus Alpes 
Disrusnere niveêu 

182. • ncc vaga ptiMim 

188. Elamlna per notas ibant morieiitia ripas. 

I, 554, 555 Tetitys majoribus ttndis 

Ilesperiam Catjteup situnnumque imptevit AHansta» 

184. Armomm strepitu csBluin furlt ot tuba Martom 

185. Sideribns tremcfacta ciet 

I, 669. Tune/ragôr armorttm 



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160 oHAPtni ut. 

Ii M8-680. /ii#oiiii#r« luto, «I q^anto damên ^&H€9 

KdidU 

185, • • • '• jMnqno JRtnû Toratnr 

186, ItttibM InsoUtli et lo nthera fulmioa mitllt. 

Ii 64A-647. Orafarox S/eu!» laxavU ituMber JStnm ; 

Kee iufit in nvtnm Jlammoê, nd vtrikê pr ûnê 
Igniâ iu Heêperium etetdU laiuê 

Pétrone l'écarte ici du Lucaln, mais il ne semble pM 
moins Tafoir eu sous les yeux» ainsi que Virgile. 

187, Eees lotor tumaloi atqito otts oarontia buttii 

188, Umbraruia faeios diro ttridoro minantur. 

Ii 608. Comitoêifiê itien» gtmntrH^l oêêibnê umm. 

670 tt vtnituteê coMminHê umbrm. 

VII| 179, 180. Defunrtothpteimtrtâ, ticHnrioê êanguiniêumbrmÊ 
Ante ocnioê voitiare êhm ••••••• 

VI* 023. Auribui ineeHwu /eraiiê utrideat timbra. 

189, Fai •telUt eonitata iiovit incendia dacit. 

. I| 690«699. Ignota obêenrm v/deritni aidera noeieê, 

Ardentemquû potum fammiêp cmtoque votaniêê 
Obtiqwtâ lier inanefaceê, cnnemqHû Umemdi 
Sidertê 

168. • . • tummo do vvrtice moutis ** - 

16i, Hotporlio oain|>ot lato proa|>0Kit 

III, 88. héXceUa de rnjte procHt fam pro$pieii urbem. 

166. « Juppitor omnipotent ot te, Salurnia tcllnt, 

Ii 196y 190. • magnœ qui mania proêpiciê wrbiê 

Tarjteia de rnjte, Tonanê » 

168. Tester, ad bas acies invitum accenere Martom. 

VII, 91,92. Tester, Roma, iamen : Magnum, quoeunetapêrtrmiif 
Àeetpiue diem. 



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LA FARODIB IT L*III1TAT10N DAHS LB tATlRICON. 167 

161, Dttm OaIIos itentm CapItoUa nottra petentoi 

162. Alpibos esdiidoy Tineando oertior eiol. 

I, 807*309 Qnidt êi mihi êigmJaôêrmU 

itarU êub adveno, rHirmUquê in Urgaftroem 
Oathrum popuiit 

108. Sangaiue Oermano taxagintaque triumphit 
164. Eue noeoni oœpi. 

VU, 2M. In quam diêtulimuê veiifoê remearê îriHmpkoê. 

I, 203. ///e «rtif, ilh noeens, qui me tibi/êeerit koêUm. 

166 ncreodibut cmptas 

166. Ac vilei opère, quorum oit moa Roma novorea. 

X, 407-109. Kulla fidn pietamjH€ viri$, qui eoêtra êeqHWÊtêtr ; 
Venaîeniue Manu$; ubi/nn, nfr/ maxima mirées, 
Aùrn murent parvo» 

168 VIctorc» ite fnrontct, 

169. Ite, mei eonitet 

I, 200 Non te/urialibuê armiê 

Penequor 

II, 498, 499. Kquitum proptrate eatervm : 

lit 9êmul pedittê 

169 et causam dicite ferro. 

170. Namque omnee unuoi crimen voeat, omiiibut una 

171. Impondet cladct. 

VII, 262. jam fatum aecertite firro, 

VII, 303. Àut merem hodit beiiorum, ant jtœna jtaratur. 

174. Judice fortuna cadat alca. Buiititc bellum 

175. £t ti^mptato manni. 

I, 226. « Te, Fortuna, iequor 

I, 227 Utendum estjudiee belle, » 

VI, 7 Plaeet aleafati. 

Quelques rapporta lointains entre la peinture de Tinon* 
dation devant llerda et celle de la fonte des neiges au pas* 
sage des Alpes par César. 



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168 CHAmai m. 

187. Bol pootqum tvin» nimbot tnguê llgAtoi* 

IV| 60| ftl. Pljfrû Iruma géiu, êMê AquOcrnUuê imrmêf 

189. loMluaro niTeti moi flumina nontlbiii altii 

190. Undabant modo nata. 

IV, 83-85. Jamque Pffrenmm, qwu nunquam êdvert Tiiw% 
Evalttii, Jluxerê nive$, fraetoque madenewU 
Saxa gtlu. 

191 «... et vineta fluetot ttnpuoro raina. 

Vif 472 De rupepependU 

Abêcùta fixuê iorrenê 

Vif 848|849 êubUttque rumam 

ScHêit aqum Nerêuê 

MB Nondum Cnsar orMt, 

III, 108. Oti*Hin Cœêar «raf, 



908. Et poritarorum di^ooit tela Qlgantum. 

Ii 80. AVm m'ff «A*t*orf«ffi ftotuit jtoêî be!!a Oigatahm. 

910. Iiitoroa voluorlt motit contorrita ponnb 
Fama volât. • . • • • 

Analogie, au moine pour le mouvement de la phnteOi 
avec ces vers : 

I, 469 tq. Vàna qw)quê ad vêroê aeetiêiifama timorée, 
Irrupiifu$ animoê poinUi, eiademquê futuram 
IniHiii, et veiox pro^ttranth nnntia beiiif 
Innumtraê $olvii/ai$a in prœcoHta iingmti, 

91il £rgo pulsAta tumultu 

917. Poetora perque duos scinduntur torrita cautat* 

918, llttio ftiga per terrai, illi magU uiida probatnr, 
991 • Quantum quitquo tiiiiut, tantum fugit 

11,447,448. 7*ifN0 wrbe$ iMÎndnhiKf vnrioqne favùtû 
AneipUf 



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LA FARODIB BT L'tlClTATfOlf DAHS LB lATmiCOK. 159 

Ii 490t 491* 7\$nôpmiutapeiafd,$ipmm6Uimidar0Ufiquani, 
Incmiip pio fuemquâ/uffm iulU impHuêp utg^ni 
Prmeipittm populum, 
Ii 486. Q^m finxert iimeni. •••.•• 

m* Hot inter motnt popalut, mlterabilo vUn^ 

Quo ment icU Jubeti deierta ducitur orbe. 

Ii 495-498 Sk iurba per urhem, 

Prwcijnti lymphata gradu, velut UHica re6tit 
Speê foret adfiictin, pairioê exeedere muroê, 
Incontmlta ruU, 

986, nio mana pavida natos tenct, ille pénates 
227. Ocenltal gremio deplorattimque relinqait 
298/Limen 

I, 511-614 Urhem 

ftirilem veiiiuro Cœuare prœdam 

Jffiiavœ Ittjuere inaun»^ , « « 

229. Sont qui conjugibut masroiitla pcctora Jungaotf 

280. Granfla)voiquo patres oiiorttfque Ignara Juveutun 

281. Id pro qao inetuit, taiitiiiii trahit 

282 prasdamr|iie in prœlia duclt : 

Cf. 228 déserta ducitur urbe. 

I, 504-508 NuilttfH Jam tanguiduê mvo 

Evaluit revocare jtarentif cof^fuxve maritum 
Fleiibuê, aut patrit, ditbiœ dum vota êolutU 
Concipereiit, tenuere Lareê, neo iimint qHiâtiuam 
Iltsêit 

288. Ae yelot ez alto eum msgnus iiiborruit Austor 

284. £t pnlsas evertit aqaas, non arma miuistris» 

285. Non regimen prodest, ligat alter pondéra pinus, 
280. Alter tuta sinus trauquillaque litora quicrlt. 

I» 498-504. QnatiHf eum turhiduê Auêter * 

BejMh't a lÀlycU immemuta Syrtibuê miiuor^ 
Fraetaque veliferi êouueruut jfondera maii, 
DeêUit injittetuê, detierta j/upjte, mngiêter, 
Kavitaque, et, nondnm êpana eompage eariiUÊp 



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160 ORAFITHI III. 

Na^firojfhm Mi q^dÊ^uêfaeii: êie, mrb€ réHeUip 

If ftl9t690« Tm tanhtm audito beliorum nomiMp B^ma, 

Deêereriê. 
VII, 126t 120 ei^a tietHê vMeiUo mavUa Cùto 

Dot régimes ventiê, 

188. Qoid tam parva queror? i^omino oum eontule Magnos, 

289, nie tramor Ponti 

248 f ugit. 

I, 621, 622. Damia tame» venia ett, taittormm daêêdapawmtm: 
l\fni^eio /ngientûf timent. 

241 qaem fraeto gurgite Pontoa 

242. Rt veneratni orat pubmitsa llotporot unda. 

If, 68(M>82. Idem ego per SryikM pro/ngum divorîia Pànii 

ludomithm regem 

Ad MoHoM ire eoegi. 

(finuméraiion que fait Pompée de ses rictoires.) 

245. Ergo tanta Inot difum quoqae nnmina yicit, 
240* Contotttitqno fagai c«li timor. Eeee per orbem 

247. Mitit turba deum terras eiosa furontea 

248. DeMrit 

Cf. 126, 127. Continuo cladct hominum yenturaquo damoa 
Auipiciit patuvre dunin... 

I, 522*52A Tnm, ne qua/ttturi 

S^teê MiteiH trepidan mentee levet, additafaii 
Pejorin manifeêta fideê, êujtertque minaeeê 
Prodigit» terraê imiderHHlf mihera, poninm. 

204. Hanlit torra doot miitataquo tidora pondus 
265. QuoMivare •uum. 

I, 56, 57. JKih^.r/ê immenêi parietn »i prenêerie twain, 
Sent/et axte ohh». 



271. lutremvwo tubas 

I, 678. tnêOHHûre tnlm. 



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LA FABODll IT L*llllTAT10!f DANS LB tATIRICOy. 161 

877. 8aiigaiiieiim tremvla qiuitiebst lAmpula deztra. 
Cf. 284 in médian imnittite l«npatlmt nrl>et. 

llli 14t 15 Vidé f)#Mi teHentôÊ 

EHmeuida^f fjtmier^i quaê rrMriê lampada» armf», 
VII, 668. StînifmHtiHm veittti qmtiintê» Hefionn fagellnm. 

X79. Alla petit gradient Juga nebilis Apcuiiini, 

280. Unde omues terras atqae omiiia litora poMot 

281. Aspieere ae toto fluitantet orl>e catenraii. 

Il, 896-398. Umbrontfi m^Uam tjmt coth'hM Aitettmmt» 
Krif/tf liuitaMf HHlio ijna vcriicc lelln» 
AUtHH i'tttHMHi'f 

VII, 649-G51 SMit ttiftjéim ramin 

KMtutm, Htide OMUdM 0jMirftni per Thenêala fwra 
Ad^jNveret rhuh», qt9a* Mh obnUtute latehatU* 

288 tu cuncute plel>em, 

289. Curie 

Ii 269-271. Audax veuali romitalur Curio hngna, 

Vox qHOiidiiM populi, Ubcrttitemqm tnzrl 
Attênê, ei armatoê jdef^t m/ncere jtoteHtcti, 

Cf. IV, 799-801 5 

Qnid uitMc roêtra Uhi protiHHÎ inrffata, fontmqnep 
Unde tribnuicta plehein* êignifer aree 
Armn daba» jtopnth t 

Le parallùle qui vient d'ôtre poiiniulvl on détail entre 
le De bello eirili et la Pliarsate aura prouvé, plus complète- 
ment peut-dire ({u'un ne l'a Tait jui(]u'ici, à quel |ioint P.é* 
troue se souvioul de Lur^iin. Do si nombreuses rencontres 
et de mots cl d*idéos wa peuvent provenir que de la préoc- 
cupation constante ou Péti*one est do son modèle. Même 
là où il prétend innover^ il reprend inconsciemment les 

C'«IT19UR 1.ITTKII%IK1(. Il 



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16S CHAPITRI ÎU. 

exprewioni du poème dont la mémoire est remplie, yne 
toumorei u& mot lui en suggère d'enaloguet. L'emprunt 
alorty pour n*étre pas direeti n*en est pas moins réel. 

La collation qui précède me permet aussi de penser 
que Pétrone a eu entre les mains la PhanaU tout entière 
et a puisé ses réminiscences dans tous les chants de ce 
poème. Ce n'est pas l'opinion généralement acceptée ; ce* 
pendant M. Wosterburg' avait déjà constaté que PétronOi 
contrairement à ce que croyait Môssler, n'avait pas eu 
SOUS les yeux seulement les trois premiers chants do Lu- 
cain, mais aussi le bcptième. 11 suppos.iit que Péti*one au- 
rait connu ce septième chant par une recitatio. Lucain, on 
le sait par deux do ses biographes, faisait des lectiu*e8 de 
ce goiire. 

Il est incontestable que les emprunts de Pétrone ont 
été faits surtout aux trois premiers cliants et au septième ; 
nous avons cependant retrouvé quelques traces de l'imita- 
tion des autres chants. En fait, le clunt I est celui qui de 
beaucoup a fourni le pins au poème Ik bcUo civili. La rai- 
son en est simple. Conuno Péti*one essaie de refaire le dé- 
but île la Pkarsalc, il est naturel qu'il kh souvienne surtout 
dans sou œuvre îles morceaux correspondants de Lucain. 
K*il avait choisi pour sujet la mort de Pompée, nous au« 
rions nécosKairomeut des réminiscences du chant VIII. 
Quand M. Wesiterlmrg découvre dinn le De Mlo eivili cer* 
taines imitations du cliant VII de Lucain, il n*en indique 
pas la vraie cause. C'est que Pétrone, voulant prêter un 
discours & César aii'ivé au sommet des Alpes, ne se con- 
tente pas de celui que Lucain lui attribue après la prise 
d'Ariminum, mais va chercher dans un autre discours de 
César ches Lucain (VU, 250-320) dos idées et des exprès- 



I. êfkfêtiêtrhfi MuMCHm fitr Phiioiogir, 1SS3: Potron unil Liican. 



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LA FAB0D18 IT L'l)ClTATI01f DAMS Ll tATIRlCON. 168 

•ioni. Or, cette abondanle harangue de César à tes soldats 
avant Pliarsale oITre une riche matière à rimitatiou. 

Pétrone en agit donc avec Lncain romino avec Virgile. 
Quand on voit que dans la fiti/» hahiii, il H^nspire près* 
que exclusivement du deuxième clmnt de V Enéide, en con« 
durait-on a bon droit qu*il ne connaissait de Vir^^'ile que 
ce chant? Au detneunuUi dans d'autres [lartics encore du 
Satiricon, je crois enirevoiri assez rarement^ il est vrai, 
des souvenira de la Phurtale, assez cepi^ndunt pour me 
confirmer dans l'idée que P(}trone avait lu tout le poème. 
Voici ces rapprochements plus ou moins discutables : 

Chap. 19,1. 2G. Et mon non dnbia niUcroruiii oculon cœpit obdticcro. 
i'/icfi*«.i III, 735. Aox fuhît, iihjtnovtifoét vathc obthx :r^ tfinebrœ, 

Cliap. 89, V. r». Sciuaque in molem eaJunt. 
I, 306. lu c!aM€iH atdit omhq n^smiui 

Chap. 93, 1. 33 atqiio arata Syrtit 

8i quid naiifragio dcdit, probator. 

IX, 440, 441 #yMciM mmtdi burbitm damnlê 

Sijrli» tdtt, 

IX, 443, 444 Sic cum Mo eommereia mundi 

ymifrtiffHâ XantiHoneê habcMl .•••••• 

La pensée est diiférentei mais le vers de Lucain a pu 
donner à Pétrone l'idée du sien. 

Chap. 114, I. 9. AqitUo pos-^cMor. 

If, 454 Ht, cHiêi mare itoêêidct Au$t9r 

Flatibuê horrUoHiê 

Chap. 115, I. 33. Ncinpo pisribut bclnitciae cxpotitut ea. • . .\ • • . 
P. 82, 1. 10. Ferœ taineu corpus lacerabunt. 

VIII, 764*706 ne ponté beina tjHidtjHom, 

2Ce/cra, ne volttereê, Ne $œoi Ca^mrU ira 
Aiuieut 



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164 OHAFITBB ÎIU 

Au même chapitre 116| les réflexions d'Encolpe sur la 
mort de Liohas offrent quelque similitude de mouvement 
avec celles quMnspire à Lucain la mort de Curion. 

L. tïi. Ubi nnNoett.... iraeuudia tnaV ubi impotetttiattui? Nempe 
piscibttt belttiiqua eipositas et 

I%ur9,, IV, 709 tq. Qw/i/ nnur roêini iibtprofHntiHrbata,forHmtiH'if 
qitt'i jnwiiia Jura âtmtM f 

Ihê ttrbi mherw veêtro de êangnoie imiian 
KeMp9 dati», 

Chap. 115, p. 82, 1. 8. TaiHiuam intonit pcriturum corpus qn» 
ratio oouiumat, Igiiis an A notât au mora... Oinnia hwo codcm 
veiitura tuiit. 

VII, 800-811 inhcêun ctuiavnm êolmi 

An roffMtip hami mfert : phndo HutMm rerejttat 
Cnurta êiUH, fintm^ne êiif $ibi roriiom debent. 

818, 810 r«f;.fV ommim trlluê 

Qwn» ffciêHit : ewlo hytlnr ijttt mu /mW HniaiH. 

Chap. 117, I. 22. Ke sodalefque Alii su! aut tqinlcrum 

qaottdio cautain laorlmarom coniorct 

III|G07,G08. Mnruiê canâum lat^rimh : ienei ilh dotorem 
SûMjter 

Peut*âlro dans leg vers où Proséldnos (Gliap. 1S4) énu* 
mèi*o les prodiges que son i)Ouvoir sait accomplir, y a*t-il 
un souvenir du chniit VI de Lucaini où colui-ci nons dé- 
crit les euchaniements et les nmléilces de la magicienne 
do TliesHalio, Les traitrt qui se mpportent à Ërichtho sont 
pluH parliculiors ot plus mncaliros. Néanmoins los deux 
morceaux ont quelques points conununs. 

Cbap. i:U, vori4 M| MIbi pontui inertes 

Hubmittitlinctuii, Kv|iliyriquo tiiceiitla ponunt 
Anto inooii tua tiiibra pcdoi. • 



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LA FARODII IT L^IIIITATIOM DAKS Ll SATiniCOy. 16& 

Vert 6» • . • • MiM flunliui panmi.... 

4, Nlliaeat jMalantitr aqiuM, 

7| Iljrreannqne tigres et JutsI ttare drieonet. 

Fkan., VI, 4G0-471 itfiHor 

IniH/HuH : rmrêHê vHtium êenUre proeeUa» 

CoHtêCHttf tHrbante Nota 

473« ftMitiêtpte eurnrrit 

Ao» tina proHH» état. NîIhm non exinlit mêtaê, 

VI| 487 tq. Ifoê avtda h'greu 

Orefoveni hlando : gelidoê hie exjdkat orbe» 
Inque prninoM rofuber dUttsuditHr arvo. 
Vi}»erei eoeufti, ahfHfdo roqtorep notU; 
JlitmimaijHe aulit êerjteu» adfttiUi vrHeHO» 

Telles sont les rdiitiiiirtceiicos po^siblon do Lucain dans 
le Satiricon en dehors du De brtlo ciriii \ 

Revenons à ce poème et i*oclitfrclions les autres élé- 
ments qui y eulrcnit. Comme Pétrone critique clies Lucain 
la trop petite place laissée au morveillouxi il va s'efforcer 
de verser à doses convcualdes dans sou fragmcut d'épopée 
la mythologie qui mauquait à la l^harsale; c'est chez Vir- 
gile qu'il la puisera ; mais il eiupruntera encore au maître 
classique beaucoup d'expressions, ainsi que le tableau sui- 
vant permet d'en juger. 

2. QiiA iimre, qiia tcrrii*, qun sidiii currit iitrumque. 

ACn,, VII, 100, 101 t/ita ntd ntniiMt/ne reenrrenê 

jUju'ctt OceaiiUM. 

9. JEs Ephyrelaciiin 

Oeorff.f II, 403 Eiihyreitiiine itra. 



t. lUppolons encoro lo • Primiis in orbo ilcoi fcrlt timor », imité 
selon le sroliniito ilo BUco, duliiis Flrmlanuii Lni.'Uinliii» PlaciduN, du 
versili) Lucain, I, 480.: 

' • Quoi flnKf*ro timunt. • 



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166 CHAFiTM nu 

su Torbft septtlte nmo 

iE^.i ir, 9U. hvadHHi urb$m êomm «AiogiM Hfàliwm. ' 

78, Mollia diseoidl •trepltn Ttignlte loe«otar, 

iïe/.i V1II|92. UwnalHê argniumq^ nmuêpitMque loqmUm 
Sûmper kabet. 

78. Ao tait Tolttorom Fortunam roet laoeiflt. * 

A^H.p Xf 044, Jrritatqm vhnm teliê ei tœe laeeêÊti. 

19. Rerum bnmaiiarum diviiiarumqne potettat, 

AHh^p X, 18, jmfêff koMÎHHiH divHMQHt mtêrMH poieêtùê I 

98, Infttnii luanot va^lum iipoetara Jubontur. 

VlIIi 943, iq, XoH êenu ae $i qua i^tnitHê vi terra dehlêcenê 

Infimaâ reserei 9edeê •...• 

treiidcut iiHmtêw hmine Manet» 

98, El quo Svllanat bibit atitb, 

XI, 808, 804. Haêta âtib exnertam dùnee periata papûiam 
Hœ^it, virffineHmque alte hibU aeta ernorem. 

99. Eitttlit in luoem imtrltai sanguiuo frugcf. 

Oeorff., 1, 491|492.AV;(t/ff«V imlitjHHM SiiperUbiêmntjHintnoHrù 
Emnihiam et tatou Jltcmi pingneêeere campoê, 

lll, Conio oquidem goiiiina Jam •tratoi norto PhiHppot. 
I, 400, Homanaê arie» Hernin vidnrt l%li}9iti. 

lia. Actiaootqtio f\nvi% ot Apollluit arma timoutoi, 

^M., Vin, 704 aq. ActiH» hn*e remenâ fcirmii tutendebat Apolto 
De9H}ter 

198. D«fonnit Titan vultum caligino toxit. 

Oeorg., 1, 467. Chm cajnU ob$enra nitidum fermgint iexU. 
184. Armornui ttrepitu ea*lum furit 

I, 474, 47A, ArmorHm êonitHm toto Oermauia emto 



ÀHitiit, 



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LA FARODll BT L'iICITATION DAKI LB •ATIRIGON. 167 

186. • • • • • • • • • Jamquo JEttA voratar 

186. Igolbos Intolltlt. 

Oeofy.|I, 471,479 QHùiieê Cffelùpum tfferven Ai offroê 

Vidimuê undautem mptiâ/omaeUmêJEtnam t 

144. Alpibui aerilt 

III, 474 aerfoê AfjHUi 

14G, • • bano iiire dura 

147. ClattJit bloint 

' II, 316. Ilura getn inm efawUt hUinê, • • . • • 

155. Intentant cnni voce nianot ad sidcra diiit : 

JEn.f X, GG7. Kl dHpfiecê enm voce manuê ad êidwa iendii : 

156 et te, 8aturnia tellue. 

Oearg., 11, 172 SatHmia iéfluê. 

180 flamma tonuere tequonti, 

JEn.f VllI, 432 fiamMÙupie êequaeibuê irai» 

197 née ropti turbbe venti. 

II, 416 rttjtto ceu quondam turbine venti. 

S03, • sed magnam nizue in baiitam* 

XII, 398. ingenletêi nixn» in hoâtam. 

ll.Fainayulat 

m, 121. Fuma volât 

S17« ••••••• perquo duat leliiduntur torrita eautaa* 

^H,, H, 89* Scind/tur ineertum ntudia in contraria wUgui. 

228 et abaenteui vutia interficit boetem* 

IX, 63. Stevit itt abnente* 

(Emprunt à Variua : Sênvit in absetitem.) 

^ 226. llle manu pavida nato» teuet, ille pénates 
.227 OceulUt gremid 



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168 CHAPITRE m. 

^«•1 VII. 61 8, Si înpUm tuaireê yrêêiûn ad pôctora naioê. 
II» 717. Tu, gmUiorp cape êoera manm pairioêqu$ PmuUeê. 

S80. Gnind»votqQ« patrat onoriaque (gnam Juvoutut, 

AUuiion à Ênéo portant Auchise : 

II, 707« Krgo âge, eare inUer, eerviei imponere noêtrm; 
Ijiêe êuUbo humwhf mw me lahor iêtt gravahit. 

ii2, Kt TeoeratQii crat submiMa Doiporot nnda. * 

ASh., VIII, 796 Kniàmteê ibiUjam moUior undiê. 

268 ino^reiii lacera Coneonlla palla. 

Cf. 971 ao scbiio Dliicurdia criiii*. 

VIII, 702, Kt Êciêna gnwUii» vatlH Dincordia jHtHa. 

266. Et Dellona minai faeibiuquo armata Megiura. 

VI, 288 0aMiHtm^ue anuata Ckiêiuera. 

267 .•••••••• et lurida Mortis imiigo, 

II, 800 et il H ri ma mort in iênago. 

289 Cylleiiia prolet. 

IV, 268 Vgllenia prolee. 

272. Eitulit ad luperoa Stygium oaput 

V1I| 476. Àllûcto in Tencroe Stggiie $e eoneitai aiiê. 

274 toabra rubigîno dentef. 

Oeorg., I, 496 êrahra rohigine pita. ** ' 

278. Ilno ut Cocytt touebrat et Tartara liquit. 

A!n., VII, 662, CoeytitjNe ^tetit eedem, etiperaarduaiilèqiienê. 

296* Factitm ett io terris, quicqiiid Diiicordia Jasslt, 

VII, 646. Allecto à Janon : 

t Kh perfecta titn bello diêrordia triêtit » 

Ces exemples sont suillsants pour démontrer que dans 
le De bello civili Pétrone s'est asses fréquemment ressou* 



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LA PARODIE IT L'IMITATION DAMS LB SATIRICON. 169 

venu de Virgile. Les réminiscences soni moins franches 
que dans la Trope halotit ; c'est Lucain que notre auteur 
suit ici de préférence. Mais, a-t-il besoin d*uue épitliète, 
d'une fin de verS| d'un reinpliss<age| on dirait qu'il inter- 
roge VirgilOi comme un écolier consulte son Thésaurus. 
Voyes ces vers que terminent un dactyle et un spondée 
virgiliens : 

100 dextne coiijuiigcre duxirnin. 

ACn., VIII, 1C4 r.t tlnxfne roujHi$fjfere dextram. 

106 IwioniNC cziirit flamina inmliilla». 

IV, 66 Kift molhtt fiamma tnntlnihi», 

122 . . cum fulguro rupta corusco. 

VIII, 891, 892 tonttru enm rupta conuteo 

Jt/HCii riina ttu'eaim 

222 uiÎMOrabilo vii<a ! 

I, 111 «... Minr^rahiU vinH t 

Tout compte fait, c'est moins encore par les emprunts 
de mots que par la manière de traiter le sujet et la place 
laissée au merveilleux que Pétrone imitera Virgile dans 
le De hello civiti. 

Doit-il quelque chose à d'autres auteurs pour la compo« 
sition de son poème ? On trouvera au cliapitre relatif à 
Ovide quelques rapprochcmentS| mais qui peuvent s'ex- 
pliquer par ce fait que tous les deux ont imité Virgile. 
Certains passages de Manilius oirrent aussi des ressem* 
blances avec le De bdlo civili; mais il est plus que probable 
que Pétrone et le poêle des Astronomiques so sont renQou- 
très dans l'expression de lieux communs qui alimentaient 
les exercices de Técole. Par là s'expliquent aussi des rap* 
ports assez fréquents avec Sénèqne le Hliétenr et Séneque 
le Philosophe. Bien que Pétrone ait dA lire ces deux écri- 



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170 CHAFITRI lit. 

falot (pour le secondi ce n'est pas doateax)| U ne faut 
pas concIured*une similitude dldées et mdme d'expressions 
à une Imitation directe, surtout lorsqu'il s'agit de thèmes 
aussi généraux que ces déclamations contre la corruption 
dii siècle ; on les lit dans Pline TAncieu aussi bien que 
dans Sénèque. 

Le De bello civili nous présente encore bon nombre de 
termes ot do traits qui somblonl des réminiscencesi mais 
qu'on ne sait à quel prototype rapporter. Sur des données 
tant de Tois traitées, comme celle de la guerre civil0| les 
poètes étaient exposés à répéter, souvent sans s'en douter, 
des expressions ou des sentences qui étaient la monnaie 
courante des décloinations de Técole. Ou bien, telle pen- 
sée exprimée par un historien ou un poète célèbre circu- 
lait dans les controverses ou les épopées, sans qu'on sût à 
quelle empreinte elle avait été primitivement frappée. 
Que de mots do ce genre ont dA passer, suis que nous 
puissions le soupçonner, des anf:iens annalistes, ou des 
poète sépiqnes archaïques, tels qn*Knniu8, chez Tite-Live, 
Virgile, et de là dans les écoles et dans la littératiure des 
premiers siècles de l'ère chrétienne ! Ponr quelques pla- 
giats hautement avoués, combien d'autres emprunts igno- 
rés ont dA être faits â ces œuvres dont nous ne connais- 
sons plus que de bien rares fntguionts ! 

Voici, par exemple, une idée qui de bonne heure a dû 
trouver sa formule chez un prosateur ou un poète : < Rome 
succombe sous le poids de Fa propre grandeur. » Pétrone 
l'a rendne sons deux formes (De bello cimli) : 

V. 82. Ecqnid nommio •oiitii te poiidoro victam ? 
V. 85. Et qiist ttriixlt opes, inalo iiiMliiiot. 

Quel est l'écrivain qui le premier a énoncé cette pen« 
sée? Il est impossible de le deviner. On lit dans Tite-Live 



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LA FARODIB BT L*IlCITAT10lf DANS LB •ATlIlfCOtf. 171 

{Prmfatio) : Jampridem prmoalenUi populi vires $e ip$9 confi" 
eiuni. P^perce dira (1. III| élég. Il, v. 60) : 

FrangitHr ijmi tntiéi lioma êu^perba b<mi$. 
Dans Caipurniut (Eelog. I) reparaîtront ces mots : 
nomanœ pondéra moUt», ote. 

Pensée et termes sont du domaine public : pubtiea ma* 
Uries. 

Pétrone a-t-il eu besoin de lire Salluste pour apprendre 
que Rome a conquis runivers, que tout peuple riche est 
devenu son ennemi? Non, ces idées étaient banales : 

li tq. Orbom Jttm totum victor liomanutf habobal. 

Qua marc, sq 

iiec satiatuB erat. 



Si quifl hUiub abdltus ultra, 



Hofltit crat. 



Jag., 81. Bomauot injHétoê, pro/unda avar/tia eommuneê omnimm 

hoêUê eut. . • • îum $e»e, pauto aute Carthagmiemêeê, item 

rtgem J^erâen, pot^i, nbi ijtiimjue oi»tihutiââtimn$ videninr, iia Bo* 
wumiê hoêttm fore 

Ces pensées que Pétrone revêt d'un style plus ou moins 
poétique appartiennent à tout le monde; le mérite d'un 
écrivain consistera à les j*enouveler par la Torme, Ainsi 
Tacite {Vie d'Agricola, cbap. 80) dira : « liaplores orbiif 
postquam cunctu vastautibiis dcfucre teir«t, jam et mare icni" 
tantur : si locuples hotlis est, avari, si pauper, ambitiosi, 
quos non Orienx, non Occidens satiaverit. » 

La mrmo remarque s'applique vmisemMalileihont à des 
coïncidences d'expressions, telles que celles-ci : 

26 et tôt nova nomiiia vestis. 



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172 OHAFITBI III. 

PhMito, SpUUeuÊ, «Ole II| te. 9, r. 911. Quid iêim, pmymU 
tjHùfatmiê nomkM hvmUwU nova» 

45. Pellitar a populo rletat Cato : triitlor Ulo ott, 

46. Qai Tteit| fateotque pudot rapuiita Catoni, 

Valère-llazimey V1I| 5| 6. Aon CatonitHm prœtmra, êedpmiwrm 
Catù nrgutM erai. 

Cf. Sénèqu6| De cotuL sap., II : 

àb. Intra membra fureut eurit Utrantibut errai. 
Bnnius cité par Varron {De Ung. LaUna, VII| 108) : 

AniMHê €Hm i^eetore laîrai» 
L'expression est reprise par Slace {SUv.p II| 1| 18) : 

• admoio latraMt ptntcorâia taeim. 

ti Thibalde, II, 838 : 

• ••••• e< magnaê iatrantia p^etora euroê» 

06. Et quasi non pottot tôt tsllut forro sepulera, 
66. DMsit oineras 

Martial, Ep., V» 74 jaeere 

thio 9I0H potemt tanta îMtna /oeo. 

Cet hémistiche de Pétrone : 

V. 88, Ingoniota gula est. 

se retrouve textuellement dans Martial (Epig., l. XIII, 62) : 

Oallina alItUs. 

Pltêrtinr et dhlcifaeifiê gatlina farina, 
i\ueêtHr et tenebriê. Ingenioêa gula efl. 

Ceci a tout Tair d'un vers proverbial que les deux au* 



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LA PARODIB BT L*llflTATIOIf DAV8 LB •ATIIIICOV. 178 

leurs peuvent avoir repris à Lucilius ou & Varroni ou, se- 
Ion Wehle'i aux Ileduphagetiea d'Ennius, 

On pourrait admettre encore, avec Mossler'i comme une 
source du De hello civili, la partie du livre XXI de Tite- 
Live ou est décrit le passage des Alpes par Ilaiinibal. 
Voici les rapports que Ton saisit entre les deux morceaux : 

152. Ilœe obi ealeavit Ca!tar Jugii milito Imto 

153. Optavitque locum, suinino do voKice montit 

154. Hesporiiu campos lato proHpexit 

Tite*Live, XXI, chap. 3.5, 8 \ l^rœgrtwnB »igna Uannihal in 
proièiunlono fjuoditM, vndc fonge ae hUe prottjteetM erat, eoHê/$trre 
Jui»iê miUlibuê Ifaliam Oêteutaf, êq. 

185. Prima quidcm glaoiet ot caiia vincta pruiua 
18G. Non pugnavit liainus mitique horrore quievit. 

Chap. 36, 5. Naw, eum »uper veteretn niveta intactam iMva imo- 
J/c/r aifitudinîê esiet, molli uec jprœuliti* facile pedeê ingredie^tinm 
inêtêtehanU 

187. Sed postqoaiii turincD nimbus frcgcro Ugatos 

188. Et paviduB quadrupes nndarnm vinciila rupit, 

189. lucaliiero nivcs. Mox ilumina montibus altit 

190. Undabant modo nata. 

Cbap. 30, G. Ut veto foi hominnm jumtntomiHque ineenn dilayen 
e^t, ptr nwlam infm glariem fimidemqHe tabem liqnentiê niviê /m* 
gredieUmlur, 

193. Tum vero maie fida priut vestigia luslt 

194. Decvpitqiie podot; paritor tiinna*quo viriquo 

195. Arniaquo oongotta strue doplorata Jacobant. 

Chap. 3tf, 7. Turtm ihi htctatio emt lia hhrira glacie nou re« 

cipitsnftt VfMtgtum et in jtrono citiu* pudrtt f al lente , ut 

r;./»/* admintadiê prohjtêiê iterma corruerent , tq, ' 



I. Op. e//., p. 40. 

'l. Ouxitlonum Petronianamm iftecimcn alterum. 1805. 

3. Ètlilion Weittstctibom, Teulmor. 



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174 oHAntu uu 

Uhtp. 86, !>• OimUê mim fntmt tia fmeepê, tuiguêia, Mrhà 

«ml, ut ««TNe 9uMiHer0 h a iapêu poêêmU» • aliique êuper 

0jlhê 9t JnmêHia in komtHoê ôeridstsiiU 

107 UM ruptl turbine veatt 

108, Dorant aut tumida ooiifraetiim grandine enlam* 

109, IptiB Jam aubes ruiifn^ supei^amia eadebant, 
800, £t eononta golu pouti velut uuda ruebat. 
SOI. Victa orat ingjntl tellus nlve vietar|ue ca*ll 
202. Hiilera, victa suis ka*reutia fluinina ripis. 

Chap, HA, 0, Feêitê fiptho M MtthrHM nlviâ eiiam mêuê, ceet» 
tiitHti^JtiM tiihiM Vtirffih'artiiHf iHtfmffut lerrorcm m^JteU^ 

E«t*ce encoi*ti une réiiiiiiiDcence do Tite-Live que ce 
tanno de Uibeif appliqué cliex l'élrono comme cliei This* 
torien à Tuaure qui, comme une gangrène, rongeait la mi* 
aémblu pl&l)o ? 

A4, Hvd Vttliiti Cabet tacitlf cuucepu iiiDilulli<i. 
Tite-Live, II, 20, tf. AU ith'mnm loêircmo veluti taf^m 

Il ne Korait nullement surprenant que Pétrone efit pris 
Tile-Live i)Our modèle dans sa description du passage des 
Alpes par César. Car la Pharsale no lui offrait pas de mor* 
c«au qui corres|)ondtl directement à celui-ci. 

Quant aux analogies qui existent entre Pétrone et Flo* 
rus dans certains passages du De bello eivlli, elles ne pa- 
raissent pas avoir d'nutivs causes qu'une commune imi- 
tation du Lucain*. 



I. VS. |iuiir !*«« «|iil nMHHMiii» \on ni|iporU oiilro Liiniin el Klorii.4 : 
O. Jiiliii, ihL iIi» Munis p. XLVll, h|.; Mrinert, Wiener InhHnch. 
XXVli, |i. INO, M|. K<*|iin Ituior ibe Ucio luvaitl in carminé « Ile 
éf//o cirUi • audore; Siiliiiliiii*iii% 187 K les n«iiM*iiililiint't*4 i*iilro lt*H 



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LA FAIIODIB KT t*ltflTATl02f DANi tB 8ATIBIC0N. 176 

49. , • , • qaaro tam pcnlita Hoina 

50. Ipta tnl mereet erat et sino vindlco pnrda, 

Floruty 111, ld| O, Ki misera r.*«y nhNra ni extVuM uni tMreeê 

Le ternie mercei irest pas dans Lucaiiii mais il a pu être 
puUé à nue même source par Pétrone et par Florus. Cf, 
Velleius PuterculuS| II, 22 : uL.. nui guisque pericuti mer* 
ces font. 

58, Hoc tnertam cœno Romam tonmoquo Jacentein, 

dO. Ut rctiovent por damna famem 

Florus, !• 111, 12, 7. ///n* ojn:ê attjtto dhitîw ajft/xere $ipmtimo» 
reê, mermtMfjHe Vffih êiun, tjtmêifienttha, reèMj.nUtcom pefêHmdeder^, 
8 nhi ler famem quam luxttê fererat. 

42 BcuibuB qaoi|uo lilxsra virtiis 

4». Eiciclcirat. 

• L* 111, 17, 8, Rentihm omun deruê majetitat/ê am/terai^ 

L*idée que la FortunOi envieuse de la puissance exces- 
sive de HomOi Tarmo enlin contre elli*«nic(me| est corn* 
muue à PôtronOi à Lucain, à Florus, à bien d'autres assu* 
rément. C'est la Némésis des Grecs. 

FloruSy h IV, 2, 1. Jam Mo partie orbe pacatu, ma}u$ eral 
mpeiium Romanum, quam ut utiis eiternis vitibui opprimi 
posset. Hnque invideiis Fortuna principi gentium populo, 
ipium illum in exilium siii arttiavit. 

De bel, r/iy.y 243 (Pompée). l*ro piidor, imperll dcnerlo nomiue 
fugit. 

Même mouvement chez Florus , 1. IV, 2| 20: Turpe 



doux iVrivuiiiM pi'ovinmlnthfnl do ro iiiriU ont loim le« dont «iilvl 
d'utfiM'x pn'*:* lo roi'it dn T(to*Live. MuU plut d'un pav^iigo linliit clioa 
Fluru» l'iuApiration directe du Lucain. 



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176 .' ofuriTiii m. 

Hictiêt modo prlneepê Palrum, paeti betttquê moderator, per 
trhnnphalum a se man.... fuglebal. 

Daut Pétrone commo dans Flonii| on tronve des ex* 
presBioni à effet. I/abrégé oratoire de Florus est le type 
de riiistoire composée en vue des lectures publiques. 
Mémo enllure dans le De bello civili. 

^U. I>uiii (*ii»Mir tniiiiiliit iintiit (lo|iriiiiit sroes, 
Florutt lllf 10, 22, WrtMti rrerertiHt Atjteâ» 

Gommi* dans la l^havtale et dans le De bello eMfi, la For- 
lune joue ch(*s Floms un ràle considérable. (IV, 2, 8d| 
Sefljam debitumpar Fortuna flagitante}'-^ ibid.^ 44, ....For- 
luna Vf dit; — ibid., 61 , quasi de industria captante For^ 
tana ; et ^lassim.) Il mentionne également les présages de 
la guerre civile (!V| 2, 45) : Nanquani immineiitis ruinsr 
vianifestiora proiliijia : fwja virlimarum, exaniifia in signis, 
intfi'aiu tenebiw. 

Mémos antillièsos que dann Lnc^iin et Pétrone. 

04. ilulitii iiignitnm |iorfiidil snugiiiiio Konmin. 

Florus, IV, 2, 95, Sie Hh, #/mi isrntrHm orbem civili mingHiae 
imiihcerafp Uîmlrm «angniHe «no cnritiM imideeif^ 

Il serait aisé d*élenclre la liste de ces rapprochements. 
Ooruons«nons à constati.T que Pétrone et FloruS| tantôt 
imitent Fun et Fantro Luralui tantôt développent à la fa- 
çon des rhéteurs un sujet qui n'était rien moins que neuf. 

Do tcmt co qui vient d*étro dit, il réi<ulte que les mode- 
les indiscutables de Pétrone dans le De bello eirili sont 
Lucain d*alH)rd, puis Virgile. Tito-Live lui a prêté peut- 
être quelques traits du plissage des Alpes par Ilnnnibal. 
Sur cett<» trame, Técrivain a brodé les ornements que la 
poéidtf ou les déclamations de Técole mettaient à sa portée. 

Nous voyons don«; Fautour du Satiricon pratiquer ici 



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LA PARODIE BT L^HITATIOlt DANS LB SATIRICON. 177 

cette théorie de rimitation qu'il a fait exposer par Aga- 
memnon et par Enmolpe ; le poète qu'il met eu scène est 
Yraiment : ingenti fluniine Uterarum inwulatus ; pareil à 
OvidO| dont la mémoire était si admirablement meublée et 
qui se souvenait alors qu'il croyait improviscri Ëumolpo 
dans cet imjitUa, fait rouler péle-môlo les hémislichos du 
Lucain, les lins du vers de Virgile ot grosHit de ces rémi- 
niscences le flot do sa propre poésie. 

Personne n*a pu sériouscment contester la prédomi* 
nance de Timitalion de Lucain dans le De bello civili. 
Mais Tintenlion de Pétrone en composant ce poèmo a été 
interprétée d'une manière fort différente par les divers 
critiques. Les hypothèses exprimées à ce sujet peuvent se 
ramener aux trois suivantes : 

1* Le De betlo civili est une parodie du début de la Phar* 
sale. 

2* C*c6t un poème fait par Pétrone dans la pensée de 
rivaliser avec celui de Lucain et avec la prétention d'indi- 
quer la vi*aie manière dont le sujet devait être traité. 

S'* EnflUi c'est une imitation pure et simple du début 
de la Pliarsale, qui n'implique en aucune faf;on le désir de 
rabaisser LucalUi mais constate uniquement chex Pétrone 
une doctrine différente en ce qui concerne le merveilleux. 

Gliacune de ces hypothèses doit être examinée séparé- 
ment. Nous ne répéterons cependant pas les arguments 
qui| concluant contre l'unoisont par le fait mémo en faveur 
de l'autre. 

M. Eugène Westerburg (nheinisches ihiseum fur PhilO' 
logie, 1883, p. 93 ; Petron und Lucan) a soutenu cette thèse 
que le De betlo civili est un persiflage de la manière de 
Lucain. 

Môssler, en de copieuses dissertationSi avait seulement 
tenté d'établir que Tintention de Pétrone était de donner 
un spécimen de la façon dont il convenait de traiter le 

nilTI^P» UTTiMAlKN. H 



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178 OHANTIII III. 

•i^jeide la Pkanali. Pour M. Westerburgi Pétrone aparodM 
et travesti Lucain. Tout en suivant de près la PhartaU, il 
pousse tout au ridiculOi refond les pensées et les expres- 
sions de telle sorte qu'elles produisent un effet grotesque. 

Telle serait la vraie tendance du De belto civUi. M. Wes* 
terburg i^oute que ce traveslisëement n'existe pas dans 
tout le poèmei et voilà qui déjà complique la diillculté. 
Selon lui, leperaiflago de Pétrone ne vise pas uniquement 
Lucain ; Tauteur du Satiricon dirige aussi ses traits contre 
les adversaires du poète. II se propose d'atteindre en 
même temps ceux qui critiquaient les nouveautés de Lu- 
c*ain et le blAmaient do c« que, supprimant Taction du des* 
tin, jetant par-dessus bord la machinerie mythologiquCi il 
n'avait admis que des moteurj purement liumains. Eu- 
molpe qui débite le De bcllo civili est le reprébentant de 
ceux qui| dans une épopée historique, voulaient conserver 
les formes de Tépopûe héroïque et dont se moque aussi 
Pétrone. Le merveilleux qu'il ajoute à la Pharsale est en* 
core une parodie. 

Rien de moins clair assurément. Parodier tout le monde, 
c'est en réalité ne parodier personne. Si la satire frappe à 
tort et à travers sur Lucain et sur ses adversaires, elle n'a 
plus aucune portée ; c'est la libre fantaisie d'un esprit mo- 
queur qui s amuse. 

M. Friodiander' a déjà fait justice de l'hypothèse de 
M. Wcsterburg; il montre l'invraisemblance qu'il y aurait 
à attribuer & Pétrone dans une même œuvre deux points 
de vue si différents. Il est convaincu que, dans les passa- 
ges où Pétrone imite Lucain, il ne le persifle nullement, 
et que, dans ceux où il introduit les machines mytholo- 
giques, il n'apporte aucune arrière-pensée railleuse. De 

I. tahretbeHchi voh Bursinit, tSST», p. 1% : Hômische Satériker. Y5ir 
tUHHi, ibid., 1800, p. IH'i, lo Jugoiiiciil do M. Liidwig Jocp sur Tar^ 
Ucio do M. K. Wosleibiirg. 



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LA PARODIB BT L*IXITATION DAKt LB SATmiCOlt. 179 

mémei dani ta déclamation contre le laxe, il n*y a nulle 
raison de le considérer comme moins sérieux que Séné- 
que et Lucoin dans des moix*eaux analogues. Il conclut 
que Pétrone trouvait fon poème assos bon pour avoir 
voulu le soustraire à roubIi| qu'il y donne son propre sys- 
tème siur le morvoilleuXi et qu'il a moins cherché à criti* 
quer Lucaiu qu'à le surpasser. Gejugomeiit sera en grande 
partie le nôtre et nous nous eirorcerons de le jusliiier par 
d'autres raisons encore. 

Sur quelles preuves s*appuio M. Wcsterburg pour ëou- 
tenir que Pétrone a parodié Lucain? Une parodie, on Ta 
dit déjà, s'attache À suivre pas ù pas Tœuvre qu'elle veut 
ridiculiser. Quand Scarron travestit Virgile, il ne s'écarte 
guère de l'ordre dans lequel les évéucmenls s'enchatnent 
dans V Enéide. Pétrone, au contraire, ne respecte nullement 
la succession dus idées et des faits telle qu'elle se pré- 
sente dans la Pharsale. 11 bouleverse le plan adopté par 
Lucain, développe loiiguemont des épisodes que celui-ci 
a indiqués en un vers (le passage dei Alpes par exemple), 
en omet de très importants (apotliéose du Néron ; passage 
du Rubicon; joie de la Gaule au départ de César). Il taille 
à sa fantaisie dans l'œuvre et recoud aux morceaux (ju'il 
conserve toute une partie mythologique, oi'i il ne pourrait 
en somme parodier que Virgile. 

Est-ce donc aux idées et au style qu'il s'en prend ? Mais, 
à part la question du merveilleux, ses idées ressemblent 
fort i colles de Lucain, son style également ; il est concis, 
parfois jusqu'à l'obscurité, tendu, boursouflé. Mais ici, 
M. Westerliurg nous arrête : cette tension, cette boursou- 
flure même, voilà !a parodie. Et il allègue les cxemph^s 
suivants : Lucain dit, 1, 42, parlant des Hottes qui seront 
envoyées à Actium : 

, ,^et quai preiHtt aêpera clunm 

Lenraê. '. 



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180 oHAriTM m. 

Pétfon6| lelon M. Weitarburgi applique cette exprès- 
•ion AUX bêles féroces qui par les mers sont transportées 
k ^ome {De betheiviU^U): 

Famtê premiî ndvtma c/oMdt, 

Si le texte n*est pas altéréi l'expression : famtt advena 
est à coup sAr singulière. Elle ne peut se comprendre 
qu'ainsi : ces tigres affamés qu'on va chercher à l'étran- 
ger\ C'est précieux et d'un goût bien peu classique. Mais, 
quel rapport peut-il y avoir entre le vers de Lucàin ou 
première a le sens de : détruire, et celui de Pétrone ou 
fremere signille : remplir, combler, cliarger, comme dans 
ce vers de TibuUe (f/., I, 3, 40) : 

Pre$$erai extema navita meree ratemf 

L'intention de parodie, si elle existe, est tellement sub* 
tile qu'elle s'est entièrement évaporée. 

En est*il autrement dans ce second exemple ? Lucain 
écrit, III, 16, 17 : 

Prwparat iimumeraê pupitu AekerùHtiê aânHi 
Poriitor 

Pétrone, remarque M. Westerburg, parodie très bien 
cette fadeur quand il prête à la Fortune cette prophétie : 
la barque du vieux nocher ne suffira pas; il faudrait une 
flotte entière pour transporter la foule des ombres, vie* 
times des guerres civiles. {De belto eivili, 117-119.) 



I. If. Krairort llfeue Beêtrùge zur KriUk und Erkiùrung laieiniieher 
Autortn, Vvnlon, 1888, p. 18) vont voir ici uno allusion & co (kit 
impportô par Suétono, Séron, c. 45 : • Porto accidit, ut in publica 
fimo AlcxanUrina naviH nuntiarclur pulvorem luctatoribus aulicis 
ailvoxiitto. ■ 81 l'ail UMiun oxitto, on doit rcconnaltro qu'elle manque 
do transiiaronee. 



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tA PAnODII BT L'iMITATIOlt DAM Ll tATlRICOlt. 181 

• • • • Vil aAvita Porthmeui . 

Suffieiet timiilaera rirum tndacera eomba; 
Claaio opnt est. 

Biais, en véritd| y a-t-il une telle différence entre cet 
deux expressions : innumeras puppes et classe f On peut se 
demander laquelle est la plus emphatique'. 

Pétrone montre les dieux courant au combat : 

246-248 ecee i>cr orbem 

Mitis tarba doam terras exota furcntes 

Doserit atque hominam daiimatiim arortitar agmeii. 

et il ajoute, 2G4, 2G5 : 

Bcutit terra deos, mutata(|ae sitlora pondus 
Quicsivero snam. 

Il se moque ainsii selon M. Westerburg, de Tapothéose 
de Néron dans la Pharsale (I, 45, sq.) et siurtout de ces 
vers-ci : 

50. JEtherU iintnenê/ jMrtem êî prcêêeriê unam, 
Senféfi axiê onnf» 

Mais ce vers de Pétrone n'est qu*une exagération poétique 
conforme aux habitudes de Tépopée. Lucain s*est emparé 
de cette convention pour son apothéose de Néron. Elle est 
déjà dans llomero {Iliade, XIII, 18). BurmanUi d'après 
Cuperus, nous oilre des exemples analogues. Le poids des 
dieux Tait penclier la partie de la terre où ils se trouvent. 



1. Séiièi|iic s'ont montre pliu siuiplo ipio Tun et i|Uo ruu(r<* ilun.H ce 
chœur d'Œdipe, W» fuf. : 

• Quiquo cupari lurbiila cnniba 
Fluniina sorval duriiH, Monior 
Niivitii cnidiin, vix tts^iidiio 
Hiiirliiii ounto lusHula refcrt, 
Fe.sstu turbum vecturo nuvum. > 



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182. ohàfitiii III. 

Oyld«| FadêÊp 1X1^ 819. OmiHai Avenikm irmmii$ê$ eammina êfftnt, 
Terraquê êubêedii pomden prtêêû Javiê. 

Cf. Jarénal, Sai., XIII, 46 : 

Kee iurhA dearum 
Tolii, «1 €ti kodi0 : eoiUeniaque êidwa paueiê 
NumMbuê mlnrum urgebant AUatUa mùwri 
Ihmdere. 

Bt Claudien, De Ut eornulatu Itonorli, v. 100 : 

QMamviê êmeritum peieret natura reverti 
KnêHen, €i auratiiê aêtrornin itnnderei arce», 
KHiantqwe ontri venturo conneinê Atiaê. 

Mais pourquoi ne pas chercher plutôt dans Virgile lui* 
même le passage où Pétrone aurait pu puiser tout au moins 
l*idée première de ces vers enipluiliques? 

Eef.p 1V| 60, 51 • Aiptee convexe nufantem jfondere munànm, 

Terramjue, trartuwjue marte, rœfHmqHepro/Htutmm» 

Le dernier exemple cité par M. Westerburg est encore 
moins concluant que les précédenls. Lucain, nous dit-il, 
au livre t, v. 330, fait déclamer César; celui-ci cependant 
se contente de cette expression en parlant de Pompée: 

8/c et SuffiiiiUM êoliio fiht « hmifter^ • /errHiu» 

c lécher Tépée de Sylla ». Chez Pétrone, Thyperhole de- 
vient une ironie flagrante ; Tépéo de Sylla boit elle-même 
le sang : 

Ot) SI qoo Bullniius bibit oasis. 

Or, bien loin qu'il y ait là dans Texpression un enché- 
rissement grotesque, c*cst Pétrone qui est le classique ; il 
se souvieut simplement de Virgile : 

^M,, XI| 803| 80 &• //ffn/ii êub cxfertam donec perfata papittam 
Ilwêtt, virtfmeHMque atfe bîbit aeta truorem. 



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LA PAAODIB BT L'ilCITATlOlf DA!tS LB •ATiniCON. 188 

Ainsi tombent les arguments les plus précis mis en 
arant par M. Westerburg. Non, le poème De belh eivili 
n'est pas une parodie au sens que la déûniiion de Riche* 
let (Diee*^ 1732)| reproduite par Littré, donne à ce mot : 
« Ce sont des ouvrages en prose et en verS| où Ton tourne 
en raillerie d'autres ouvrageS| en se servant de leurs ex- 
pressions et de leurs idées dans un sens ridicule et ma- 
lin'. » 

Si le dessein de Pétrone eût été réellement de composer 
une parodie de la Phanale, les éléments ne lui eussent i»as 
manqué. 11 aurait prodigué les trailS| les antitliàseS| les 
images forcéeSi les brèves sentencc^s stoïciennes. D'antre 
parti tout ce luxe d'érudition scienlillque et géograpliiquCi 
qui s'étale hoi*s de propos dans la Pharsale, prêtait à de 
spirituelles couti*efaron8, à des cliarges facétieuses. On a 
justement bhlmé cette airectation pédantesque do Lucain; 
on dimit que, pressée de tirer parti de ëon bagage de con- 
naissances, il pi-enne plaisir à utiliser tous ses cahiers de 
notes. Ne jurerait-on pas, par exemple, qu'il s'est imposé 
la tâche d'énuinérer dans son poème à peu près tous les 
coui*s d'eau connus de son temps ? Sa Pharsale ressemble 
par instants à un coui*8 de géographie flnviab!. Certains 
noms supposent en vérité une science très informée. C'est 
se piquer d'être bon géogmphe que de nommer l'iEas, 
neuve d'Épire (L. VI, 3G1), le Sapis (Picennni, II, 400), 
le Genuse (Épire, V, 462), le Rutuba (Ligurie, II, 422), 
le Cinga (Espagne, I, 432), l'Iadar (Dalmalie, IV, 405), 
le Dipsns (Cilicie, VIII, 255) et bien d'autres. 

Lucain semlile porter aux fleuves un tendre intérêt; il 
sait leur état civil, les déllnil, les compare, les classe. 



I. Tello e^t aus4i Topinion de Bi.tIc (The ageU de TciifTel {Hhth 
nitches ^fu$eHm, tSiC),— qui a, il est vnii, inodillê son Jii^oinont dans 
son iiisioire de la Uttérature latine, — el do beaucoup d'ttuu*cs. 



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164 CHAriTM III. 

IV, IS, U. riattMêprmtMliêrumUê 

HoÊf^rkê Mw SUorh non uMmuê imtiiet, ' 

11 oonnatl lourt dioUt ot lours devolrsi a souci de leur 
gloire, les oouBole quand uu autre fleuvOi plus ambitleuxi 
leur ravit l'honneur de porter leur nom Jusqu'à la mer : 

IV, 20-28 CamjtoitqH9 coerreê, 

Ciêtga rapaXf vetîtêiê JIhHh$ et litora rnr$H 
Ofteani jHiimline tHo; nam ffnrgiU mixto 
Qniprwêtaî terne, an/ert ttbi nomen Jbernê. 

Il les interpellei les excite contre les faïuteurs des guer- 
res civiles : 

IV| 116, 117. . • • • Itoê etmiioê Rhennê iutmdet, 

Uo9 BhodanHê: voêto* ohltquent finmina foniet. 

81 un fleuve dôbordOi il est puni : 

IV| 141*14d, Ae ne qn/d Sirorin rffimtitii andeat undtêf 
Sjmrgitur în infron, et ttrhio gurgite rinâ 
Dat j.œHaê m^Joris aqnai. 

De tels traits pouvaient dtre aisément parodiés ; or il 
n'est fait aucune allusion dans le De belto civili à toute 
celte science géographiquoi historique, médicale répandue 
dans la Pharsale. On répondm que Pétrone la désap* 
prouvCi puisqu'il n*imite pas Lucnin en ce point. Mais, 
c'est alors une critique et non plus une parodie. 

liO De bello cwili doit-il donc être envisagé comme une 
critique do la Phanale t Telle est la seconde question qu'il 
nous faut examiner. Mais, avant de reprendre le poème 
lui-mi^me et do le comparer do plus près avec celui de Lu- 
cain au point do vue des idées, de la composition et du 
style, il convient de reciieixlier si, dans le morceau litté- 
raire qui précède, nous trouverons déjà quelque preuve 
que Pétrone vise directement Lucain. 



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LA FAnODII BT L*ISflTATIOlf DANi L« iATiniCON. 186 

Cette tirade d'Eumolpe (Chap. 118) arrive en effet Bani 
être préparée par rien, et uniquement pour Justifier VUu 
aertion dana le Satiricon du po6me l)e bello elvlU. Keli- 
Bons-la : 

tluUas juvtnes earmen dectpU. Nam %U quisque venum pedl* 
btu insiruxU iensumque ieneriorenx verborum ambitu intcxuU, 
pulaiilse eontinuo in Ileliconem venUse. — Rion do phia ba* 
nal que cette idée. C'est le développement du : 

ScribiMHâ indorli docfùjHe jtoeitmta jiafgm * 

et de ces autres vers : 

Sitnr âtiftê tut dtjcme : « Kt/o mira potttiata pango ; 

Kt t/timi tion didici mtnr,p nnurire /aleri^, 

Voudrait-on voir dans cette phrase une allusion à Tes* 
clamation orgueilleuse attribuée à Lucaiu : El quantum 
mihi reitat ad Ctdieem t Mais ce mot est de Lucain adoles* 
cent| et il s'agirnit ici de l'auteur de la PImrsale. 11 serait 
absurde eu tout cas de prtHendro que liucaiu peut être dé- 
signé par ce qui suit : Sic forcmibus minUleriis exercitati 
ftequenter ad carminU ttvnquillUalein tanquatn ad jMrtum 
fetieiorem refitgerunt, credentet facilius pocina exstmi passe 
quam controversiam sentcnlîoUs vibrantibus pictam. « Exerei* 
tatux » suppose un long exercice. Or Lucain a été avocat 
pendant peu do temps, et il est mort & vingt-six ans. Il avait 
d'ailleurs commencé p<ar la poésie, puisqu'on le voit dès 
l'Age de seize ans composoi* ses Itiaca. A l'inverse du texte, 
ce serait la poésie qu'il aumil quiuée pour le barreau, 
momentanémenl, il est vrai. ËnUn, l'adveibo fréquenter 
prouve que, aux yeux de Pétrone, co cas n'a rien de rare 



1. Iloi-aocî, f;/i., H, I, 117. 

2. lluracc*, Hp,, ad Visones, UC-U8. 



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186 OHAFtTIII III. 

Quand il poursuit : Merum mquê generoiior $ptritui mii/« 
fafem amat, on peut penner à Lucain dont la vaniié nous 
est bien connue. Mais, que le trait est général et com« 
bien sont atteints du même coup parmi le genus irrUabik 
tatiim t Eumolpe continue : iieque coneipere aut tdere partum 
ment potest m'si ingenti flitmine lUerarùm inundata. Tci| toute 
allusion posttiblo & Lucain nous échappe. L'élève de Rem- 
mius Palémon et de Gomutus, le neveu de Séuèque, ne 
Tut jamais considéré comme un ignorant, ni nii^me comme 
un esprit médiucrcmonl lettré. Il Tant retenir, même en 
faisant la {mrt de l'cxagc^rationi ce que nous apprend sur 
son éducation la biographie écrite par Vacca' : c Prxcepto* 
rihui titne emtneiUhximis r$t erutlUus eotqut inira brève lem^ 
poiii ipatiiun iivjenio athuiuavil, una vero sUulentei iui^eravit 
pivfeelibus. DeeltunavU et giwce et latine cum magna oilinira* 
tione (uulientinm. • 

Lucain ne tombe pan davant^ige sous le coup de la cri- 
tique qui est ensuite exprimée par Pétrone : RefUgieiulum 
e$t ab oinni vrrbontin, ut ita dieam, vililate et iamemlx vocei 
a plèbe seinotx ut fuit : • otli profanum vulgus et areeo ». La 
recherche du rexprossion rare jnsqu*îi la bizarrerie, lett 
efiTorlë continueU du style pour rajeunir les idées commu- 
ne», les innovations dans les mots, voilà ce que M. Nisard 
a depuis longtemps relové dans Lucain*, et ce qu'il lui 
reproche le plus sévèrement. Vilitt^s vevborum, c'est la der- 
niàre dos critiques qu'oAt tolét*éos Lucain. Qu'il soit 
guindé^ contourné, apprêté, on l'accorde, mais banal dans 
son stylo, jamais. 

Voici qui somhlo l'atteindre mieux : Pnvterea eurandum 
e$t, ne tententix emineant extra corpui orationis expreax, $ed 



I. Vifa M, .ïMitrfè Inrant tie Commentario Vacem êubtata, p. 77 — 
Cf. SuefoMêi rriiijitiÊf, iM. hniirer/tchuid. 
t. S^êfriiatiHêUela Oécadetiee, iuino II, Lucuiii, IV«pArUo,|Krâf/Mi. 



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LA PAnODIB XT L*IICITATI0N DANS tK 8ATIII1C0N. 187 

inîexto verijbus edore nluant. Oul| comnie tous les poèloë 
de la décadencoi Lucain poursuit le brillant et le trait. 
Les ienteruim chez lui se détachent et Tont saillie : c Je 
crois superflui dit M. Nisard', de donner des exemples du 
trait. On peut ouvrir Lucaiu au hasard; il n'y a presque 
pas une page de la Plianate où Ton n'en rencontre. » On 
ne saurait méconnaître ce caractère du style de Lucain. 
Mais cette rediie de la doctrine classique condamne tous 
les écrivains contemporains, à commencer P'ir Pétrone 
lui-même. Les imteniix ne manquent pas dans le De bello 
eivili, par exemple : 



221. Qututum quisqns tiitiet, taiitum fugit. ..•••• 
60. • • • . • hoi gloria roildît honores I ete. 

Cet épiphonèmo à la façon de Juvénal, sans rapport 
aucun avec la guerre civile, snns lien avec le sujet, indi- 
que bien d'ailleurs la tendance pui*ement déclamatoire, 
nullement critique et satirique du ijoème. Si Pétrone avait 
entendu donner à Lucain une leron do goAt, il se serait 
eCTorcé de joindre Texcmple au préceple. 

Dans toute la partie du morceau littéraire que nous ve- 
nons de pairourir, je ne vois qu'une* Kérie de règles gêné* 
raies, de jugements consacrés, de principes classiques, 
dont rencliatnement n'est pan des plus rigoureux, malgré 
toutes ces conjonctions : tiam, eetennn, prsrlereap emm. 

Si, dès ce mument, Pét]*one avait visé l^uc^iin, il ne ci- 
terait conmie modèles qu'Homère et Virgile. Pourquoi 
leur adjoint-il les lyriques et Ilonice en tant qu'autour des 
0//f5*? Cent que, courorniémeiit à la dortriqne clansique, 
il met ensemble les mattres de la poésie i>our les opposer 



\. lUd., |i. m (Ml. iii-IG. 

2. ■ Ciii'itiiMi fcliriliiH » ili*MiffiM* i*ii rirol Ion Oc/cf«. lIonM'O rc|Hiiid uux 
lyni|iiotf greci» cuuiiii»» Virgilo ii lluinèro. 



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188 ONANTM III. 

à qui? A Lttcain ? Non pat, mais à tout les autres poètes/ 
eeurlp ce qui semble bien se? èrOi mdme si Ton admet que 
par ce mot| Pétrone condamne eu bloc tous les modernes. 
VoilA certes une critique littéraire fort vnguei et combien 
pou inspin^e d*un sentiment d'animotfité ou mémo de riva- 
lité contre Lucain ! Ceteri enitn uon vhleritnl viam, qua ire^ 
tHradcann€ii,aut9fisamtimuennit calenre. Dans laquelle de 
ces catégories faudrnit-il ranger Taulour de la Phanalef 
Celle dos ignorants, i^ans doute, quelque invraisemblance 
qu*il y ait à cela, puisque les mots : nisi plennt literis in- 
diquent que l^étrone va reprendre ua sujet trailé par un 
auteur insuinsaniment lettré. Quant a la timidité (limue' 
rwH)f elle n'a jamais été la caracté^i^^tique de Lucain. 

Après cet exposé de doctrines très général, Pétrone se 
llxe enfln sur un exemple, celui d'une épopée sur la 
guerre civile : Ecce btUi civilis ingens opus qnisquisaUigerU, 
nisipleniis litcrirp iuh onere Uibeinr. Il n'hésite ims à décla- 
rer que c'est 1& une tAclio malaisée : ingens opus^ Quitquii 
aUigerit est plein de ménagements et ne désigue personne 
avec quelque précision. Nisi plenus lUcris ne fuit nulle- 
ment songer à Lucain, qui possède à Tond Virgile, l'imite 
et se souvient de lui, — M. Nisard l'a abondamment 
prouvé, — même quand il s'ellbrce de s'en distinguer. 

Si Pétrone a eu Lucain en vue, ce ne peut être qu'à 
partir dos mots qui suivent : Non enim res gestx vcrsibus 
comprehendcmir sunl, qnod longe meh'us liistorici faciunt, sed 
per ambages deonnnqne ministeria et fabulosum stnlentiarum 
totynentum pro'CipHandus est'liber spivilus, ut potins furentis 
animi vaticinatio appareat quam religioSiV oralionis sub tesli» 
bus fuies. Ce jugement offre en ell'et certaines analogies 
avec ceux qu'ont portés sur Lucain Quintilien et Servius. 



I. <If*ë nioû imiirraionl ôtre un wiiivoiiii' do Lucain. Pharsaie, 1, CS : 
• Iimnon«uui«|uo aporitur o|»u8 • 



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tA PARODIB BT t'iMlTATIOy DANS LB •ATIIIICOK. 189 

Au sujet de remploi du merveilleui dans Tépopée, il existe 
un dissentiment entre Lucain et Pétrone, qui critique la 
part trop restreinte faite h la myttiologio dans la Plhanale. 
Et encorOi cette critique n*a-t*eUe rien d'amer et seniblo* 
t-elle Tort atténuéCi si on considère le personnage qui Tex* 
prime, ce poète ridicule, souvent lapidé, insupportable. 
L'appréciation d'Enrolpe sur le poème que son comiiagnon 
oppose à celui de Lucain se borne & ces mois : 

Giiap. 124» p. 92, L 1. Cuni lixe Eumolpus ingenll ro/u- 
bilUate verbot'um effudisset. L'éloge est modeste. Eumolpe 
lui-même parait s'excuser de rivaliser avec la Pharsale ; 
Chap. 118, 1. 33. Tamquam ii placet hic impetus, etianni 
tioudum recepit ulUmam mamtm. 

Ainsi, les critiques de Pétrone, à supposer qu'elles 
soient adresëées à Lucain, sont simplement d'un homme 
qui pense autrement que lui sur un point de doctrine, mais 
le méprise si peu qu'il lui emprunte beaucoup. Ici aucun 
trait mordant, aucun coup de dent & la Lucilius ou à la 
Juvénal. Que de circonspeeliou, de mesure et de Tormos l 
Lucain se montrait moins délicat & l'égard des poésies do 
Néron : adeo ut quondam in latrinis publieis elariore eum 
e^^epitu ventrli hemisliehium Neronis, magna consessomm 
fuga pronuntiarit : 

êtêb ierrU tonuiêêe jtuteê *• 

Auprès de cette parodie grossière, la critique de Pétrone 
serait d'un atticisme parfait et tout académique. Ni Luci- 
lius, ni Horace n'apportent dans la satire littéraire une 
telle modération. On se demande d'ailleurs en quoi la 
gloire de Lucain aurait pu offusquer Pétrone, dont les 
poèmes ne sont qu'un accident dans son roman. Rodou« 
tait-il un parallèle entre César et Encolpe, entre Caton et 

1. Suùlono, De virés Hinêirébuê, XXXIII, p. 51, éd. RciiïonKïboid. 



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190 CHAPITRI IIK 

QuurtiUafBaQn, sHl était si éfident que le Dé 6^ eivUl 
etk dirigé contre la Phanale, les commentateurs ne te 
donneraii*nt pas tant iIh peine pour le prouver et on ne se 
trouverait pas en face d'appréciations aussi contradictoires 
que colle^i : € Je ne crois pas que cette déclamation s'ap- 
plique à la Phanale. Lncain était très lettré. Le liber sph 
rittu ne lui a [mis manqué. J*estinie bien plutôt que Lucain 
a t^té très apprécié de Pétrone, qui l'imite de près dans ce 
lioème tant pour les idées que pour les roots. » (Résumé 
de Gonsalo de Salas; Comvtmta, p. 195, t. XI, Burniann.) 

« Il est certain que le liellum civile u'est qu*un persitlnge, 
exAg(*réy il est vi*ni, de la manière de Lucain, bien qu'il 
ne le nomme pas, quoique vivant eucoi*e. » (Teuflèl, op. 
rii., t. Il, p. 283.) 

Voyons ni le De bello rlcili révèle cliez Pétrone, commo 
Mossler a voulu le démontrer, l'intention de critiquer Lu« 
cain et de corrigor, eu le refaisant, lo début de la Phanale. 
Telle est la thèse soutenue par Mossler dans quatre disser- 
tations', dont les drux dernières ont pour objet rétablis- 
sement du texte et la discussion d'un certain nombre du 
li'cons. Dans les deux premières, il traite la question de 
la rivalité avec Lucain, et prétend en même temps appor- 
ter la preuve indubitable que l'époque de Pétrone est celle 
do Néron. 

Nous ne pouvons reproduire dans sa minutie et sa cou- 
fusion l'argumentation de Mfissler, d'où les idées généra- 
les se dégagent péniblement. Sa comparaison entre la 



1. 1. CommeMiatio ûe Petronéi poemaie ■ De bello cieiii ■ ; nrcsliui, 
ISti, Gnui, ISarlli i«l O: — 11. QuasfioHum PeirOHiantirum «peci- 
men f no poema • De beiio cêeiii • cum Phanalêa Lvcûhû compara' 
fur; llir^i'lihorK, Umloll, 1857. ~ 111. QiiœiNoHum PeiroHéanurum 
âprcimen atfrrum ; llin(clib«»iv« Wilh«*liii PAiiid, 1865. — IV. QHteê- 
iêtèH9tm PeiroHéattamm êpecimen teriUm ; llir»clilK*rir, Williclm 
VtùtuU IS70. 



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tA FARODll BT t*llllTATIOIf DANS LB SATIKICOIf. 101 

PhanaU et le De bello etvUi est trèit déiallléei très consclen* 
cieuseï très savante; mais je crains que, à force de regar- 
der chaque vers à la loiipei le critique n*ait ûualemeiit 
perdu la vue de rensemble. Son principal mode de rai- 
sonnement est celui-ci. Quand , en mettant en parallèle 
Pétrone et Lucain, on constate entre eux des diiréi*ence8y 
c'est qu'à cet endi*oit il y a un blâme à l'adresse de Lu- 
cain. Il rei^te à chercher le motif qui a déterminé Pétrone 
à traiter difTéremment nttB donnée de la Pliarsale. 

Au lieu de nous perdre à la suite de Môssler dans une 
analyse extrêmement menue et éparpillée, nous nous con- 
tenterons d'examiner de nouveau après lui le poème De bello 
civiti, en le comparant à la Pharsnle, Chemin faisant, nous 
discuterons ceux de ses arguments qui ont quelque poids. 
Il en est en elfet qui ne méritent pas une réfutation. 
Ainsi, il fait honneur & Pétrone do sa déclamation sur le 
luxe et la corruption de Rome. (V. 85, sq.) Il lui sait gré 
de s'être étendu sur une donnée qui ne fournit à Lucain 
que quelques vera sobres et expressifs. Il n'a pas vu que 
Pétrone, composant une sorte de déclamation poétique, 
reprend un développement d'une flagrante banalité, tandis 
que Lucain l'a rejeté comme usé et fastidieux. 

Le De bello civili correspond au premier chant de la 
Pliarsale. Mais, de même que, dans la Trojx Iwtosis, Pé- 
trone a réduit Virgile et s'est borné à amplifier quelques 
détails et accessoires négligés par son modèle, de mémo 
ici, il va condenser le premier chant de Lucain, en clion- 
ger la disposition et y importer quelques développements 
nouveaux. 

Le premier chant de la Pharsale compte 695 vers, le De 
bello eivili 295, c'est-à-dire 400 de moins. Ainsi, Pétrone 
est loin de suivre pas à pas celui dont il aurait eu Tambi* 
tion de devenir à la fois le censeur et l'émule. Les pro- 
portions des deux ;ilorceaux dilTèrent sensiblement. 



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192 ohàpitrb m* 

Le tableau suivant indique ce que Pétrone a pris et ce 
qu'il a laissé dans Lucain. Le De biUo civdi peut se diviser 
en sept parties principales. 

il. 1 à 60. Peinture de la corruption de Rome. Causes 
de la guerre civile. Ghers qui la conduisent. 

B. G7 à 121. Plutoii exhorte la Fortune à ruiner la puis- 
sance de Home. La Fortune y consent. Elle prédit Phar* 
salCi Pliilippes et Actium. 

C. 122 à 140. Prùsiiges de la guerre civile. 

Ù. 141 & 17G. Du sommet des Alpes, César harangue 
ses soldats. 

£. 177 & 208. Passage des Alpes. 

F. 209 à 244. L'épouvante s'empare de Rome. Fuite de 
Pompée. 

6. 244 à 295. Les dieux se partagent entre César et 
Pompée. Triomphe de la Discorde. 

Mettons en regard les morceaux correspondants de Lu* 
cain. 

A. Pharsale 1. 168 & 182. Luxe et corruption de Rome. 
Causes de la guerre civile. 

B. Rien chos Lucain qui réponde au développement 
mythologique de B. Tout au plus, on Ta vu, peut-on en 
découvrir le germe dans le vers 718 du livre VI de la 
Phanale, & la tin de Tinvocation d'Êrichtho aux divinités 
infernales : 

8i bene de vobtê eiviiia hefta merentur. 

Le discours de Pluton ches Pétrone ne fait d'ailleurs 
que reprendre et compléter la tirade sur le luxe démesuré 
de Rome. 

C. 522 à 583. Présages de la guerre civile. 

0. Discours de César à ses soldats. Chez Pétrone, il y a 
des souvenirs de trois discours mis par Lucain dans la 
bouche de César, Tun très bref avant le passage du Rubi- 



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LA PARODIB BT t*IlllTATIOK DANS LB 8ATIBIC0N. 193 

con (I| 195 à 203)| le secondi plus court eacorOi après que 
cette rivière a été franchie (1 , 225 à 227) , le troisième à 
Ariminunii lorsque Gurion est venu rejoindre l'armée^ 
(I, 299 à 851). 

E. Le passage des Alpes décrit par Pétrone en 81 vers 
est mentionné par Lucain on un seul. 

I, 183, Jam gciidoê Cœêar ctirtti êuperaverat A!j»e$, 

F. 4GG à 522. Épouvante de Rome. Fuite de Pompée. 
6. A la scène mythologique qui termine le De bello ci* 

vili répond«*nt chez Lucain les vers qui nous peignent le 
peuple consultant les devins toscans. (Cérémonie expia* 
toii-e ordonnée par Aruns et Figulus. Prophéties de Figu« 
lus et d'une matrone qui, inspirée par ApoUoUi prédit les 
événements de la guerre civile.) Ce dernier passage seul 
présente quelques analogies avec les discours de la Dis« 
corde (De bello civili, 283 sq.) et de la Fortune (v. 1 1 1 à 1 15). 

La concordance est donc loin dVtre exacte entre les deux 
œuvres : 

1* L'ordre des morceaux n'est pas le même chez les deux 
poètes. 

2* Pétrone a ajouté B, E et G, c'est-à-dire les deux 
morceaux mythologiques et la description du passage des 
Alpes. 

Quelles sont les parties de la Phanale que Pétrone a 
négligées entièrement? Rien dans son poème ne rappelle 
de près ni do loin : 

1* L'introduction et l'imprécation si pathétique contre 
les guerres civiles. (1 à 32.) 

2* L'apothéose de Néron. (33 & 66.) 

3* La prédiction de la fln du monde. (72 à 80.) 



1. Rappelons que Pétrone a pris aussi quelques traits de son dis- 
cours dans le livre VII de la Phanale (250 à 320). 

CSITlQVa LtTTiSAUa. IS 



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104 OHAPITRI III. 

4* Letcautet politiques de la guerre cirilei ramûlion 
et la rif alité des cherS| leur portrait si frappanti et toutes 
les belles comparaisons dont Lucain relève cet exposé 
historique. (84 à 168.) 

fi* L'apparition de la Patrie à César sur lep bords du 
Rubicon et le passage de cette rivière. (183 à 224.) 
. G* La prise de possession d'Ariininum ; l'arrivée des 
tribuns ; le discours de Curion. (228 à 291.) 

7* Le discours de L.tHus. (359 à 391.) 

8* Lo rnppol des légions dispersées dans toute la Gaule 
et le roceneement des forces de César. (392 à 4G5.) 

9* Toute la consultation des devins. (584 à 673.) 

Nous n'avons énuméré que les morceaux les plus longs 
et les plus caractérisliqiies de la Pharsale auxquels nous 
ne trouvons aucun pendant chez Pétrone. 

Il est facile de constater que Pétrone a surtout laissé 
de côté la partie historique de la PIxarsale. En celai il se 
montre lldèle au programme qu'il s*est tracé : faire au 
merveilleux une plus large place. Mais, comment expli- 
quer que ce classique ait supprimé les invoc^ations aux 
dieux et aux muses, que tout poète épique, a commencer 
par Ilomàre, place en tête do son œuvre? l^ourquoi a-t-il 
retranché ce dénombrement des armées, indispensable & 
toute épopée qui se respecte ? Comment surtout cet ami 
du merveilleux n'a-t-il |ias tiré partie de cette grande et 
M\e scène de la Patrie appamissant aux yeux de César, 

tiigeuê vha duci Patnm trejtitlautii mat/o, 

quitte à remplacer cette abstraction par une divinité plus 
concrète et plus vivante? Pourquoi, si cette critique de 
Lucain était composée en partie pour satisfaire les runcu- 
nés de Néron contre un poète dont il était jaloux, Pétrone 
a-l*il entièrement fait disparaître Tapothéose de cet em- 
pcrenr et n'a4-il glissé aucune allusion à sa gloire? 



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LA PARODII n t'iMITATIOir DANS LB tATIlIlCOir. 195 

On a Yu quelle riche et intéressante matière le De bello 
elvili a laissée de cAté. Pétrone abat d'un coup 400 vers de 
la PhanaU, et dont la plupart comptent parmi les plus 
beaui. Et par quoi les va-t-il remplacer? Par des machi* 
nés mythologiques empruntées surtout à Virgile, par une 
peinture assez Imnale du passage des Alpes, dont Tite-Live 
lui fournit les principaux traits. 

C'est cette imitation étriquéei mutilée^ où la Phartale, 
largement mise à contribution, dépouillée de beaucoup de 
ses exprebsions caractOristiqueSi est par endroits plaquée 
d*un merveilleux postichei que Pétrone prétendrait oppo- 
ser à Lucain comme xin modèle I Une telle hypothèse ne 
saurait être sérieusement dérenduo. Pétrane a pu avoir sur 
le merveilleux une théorie différente de celle de Lucain 
et esquisser la manière dont, à son avis, ce merveilleux 
aurait pu être introduit dans la Phanale; mais il n'est ja- 
mais venu à la pensée de cet homme d'esprit de mettre 
Vimpelus d'Kumolpe au-dessus de la Pharsule. 

A-t-il essayé du moins, par la manière dont il a traité 
son sujet, d'adresser à Lucain un blAnie indirect? Ainhi, 
au point de vue politique, a-t-il pris le contrepied de la 
Phanale t Si Lucain est Pompéien, l'autour du Satiricon 
va-t-il s'enrôler dans le parti de César? Oui, répond 
Môssler. 

Admettons qu'il ëoit permis de rechercher dans la Phar* 
gale les vues politiques de Lucain, encore que nous igno* 
rions quelle a été la rédaction primitive de ce poème* 
M. 6. Boissier* a résumé avec beaucoup de Onevse les 
opinions les plus vraisemblables sur la question. Il éciiti 
en parlant des ti*ois premiers livres, lessculp, selon Môss- 
ler, que Pétrone oit connus : € L'on peut afllrmer que, 
malgré la partialité du poète pour Ponqiée, il n'y a rien 



I. VOppoêUiQH $QU$ ta Céêan, p. 272. 



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100 OHilPITIII III. 

# 

dans les trois premiers li?res de la nutnaU qui ne soil 
d'un sujet soumis », ot, p. 280 : € Les dispositions de Vo* 
piiiiou publique étaient telles que, même dans un poème 
dédié au successeur de César, il était permis de traiter 
César sévèrement. » 

Or, nous ne devons pas roublier, c*est le premier chant 
seul qu'imite PétronOi c'est-à-dire celui où en somme 
CéBar, cliex Lucain, est le mieux traité. Quand Môssler 
croit s'apen*evoir que l'auteur du De bello eivili fait de Ce* 
sar son liérosi il no voit imih f|uo, dans ce poèuie. César 
est h peu près seul on scène. C'est lui qui donne le signal 
de la guerre civile, qui franchit le Rnhicon et les Alpes. 
Dans le premi<*r livre do la Pharsale, le rôle de l^ompée 
se borne à fuir loin de cette Home qu'il ne sait pas défen- 
dre. Le moyen d'en faire un héros à ce moment I Dans la 
Pharsale mdmo, il ne nous apparutt pas bien brillant| 
qiuind sou départ précipité nous est annoncé sommaire- 
ment et comme escamoté entre deux tirades. Sa fuite, il 
est vrai, sert d'excuse à tout le monde. 

I, 621, 622 • Danda tametu venta e$(, tantorum danda jxivorum : 
Pompeio fiigiwte, tiinent^ ••••.. 

Il n'en est pas moins compris dans cette apostrophe gé- 
nérale : 

614. Ignavm iftjuerû manti». 

Dans les rares passages où Pétrone nous entretient de 
Pompée, il n'emploie pas des expressions bien différentes 
de celles de Lucoin. Il ne lui refuse aucun de ses anciens 
litres de gloire. 

298-244 Gouilno oum oonsulo Mtgnus, 

Illo tremor Ponti tnviqaa repertor Hydttpis 
£t piraUrum tcopoloi, modo qucm tor ovantam 



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LA FAnODII n t'iMITATION DANS LB SATiniCON. 197 

Jnppitor hormaraty qoem fraeCo gorgita Pontoi 
Et Taneratiii erat rabmlsaa Boiporos onda, 
Pro pndor! imperii dcierio nomine fogit, 
Ut Fortuna lavU Magnl qnoqoa torga vidarot. 

Cette antithèse entre les triomphes passés de Pompée 
et son infortune présente est continuelle dans Lucain qui, 
lui aussi| le représente comme une victime de la Fortune. 

rftarê,, II| G99. Dux ettam votiê hoa te, Fortiina, preeatur, 

Qmuêi rcUnere vaftm, t/crni $m jmrthre $aUem 
I (ai/a M. 
at ▼• 708, ilen pudort exitjun eut /nf/icnn virUma Maynnu. 

ToutefoiSi Pétrone est plus réservé à Tégard de Pom« 
pée et n'eu fait pas son héros. Mais, y a-l«il un héros dans 
cette déclamation poétique ? On ne peut nier qu'il y ait 
un accent de reproclie dans celte apostrophe de la Discorde 
& Pompée : 

292, 293 Xescis tu, Magno, tuari 

Itomaiiat arces ? 

Mais, l'histoire ne parle pas autrement. Pompée s'est 
montré aussi imprévoyant que possible. Lucain a beau 
enguirlander son personnage préféré do comparaisons ma* 
jestueuscs et do noblns discours, ce général verbeux et 
solennel, ce politique à vue courte, qui ne parle que de la 
néccsriité do sauver sa télé sacréOi doviout dans la Vluinale 
mémo agaraut ot insupportable. 

Pétrone se montre*t-il sévàro fiour Caton, ce domi-dlcu 
de LuraiU| plus grand même que l'onipéo? Nullement. 

Nous lisons dans le De hello eivili ces doux vers : 

45, 46. Pallitur a populo victui Cnto ; trittlor illo est 
Qui vtcit, fABccsque pudct rapui«80 Catoiii. 

Reste César. Si dans le De hello eivili il occupe après 



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198 CHAPiTm III. • 

les diras la place d'honneori c'est qoe le premier chaot 
do la PKanoU est tout rempli de lui. Entre le César de 
Pétrone et celui de Lucaini pas de difTérence essentielle. 
L'auteur du Satiricm, tldèle à son systt^me mythologi- 
quOi en fait surtout un instrument de la dirinité. 

141, 149. HaBO ofttsntâ brevi solWt dans. Esuit omnes 
Quippe moras Cnsar, 

Mais la suite donne ouvertement tort à celui qui, poussé 
par Tamour de la vengeancoi a commencé la guerre civile. 

143, 143 vindictttqna aetas amora 

OalHca projacit, civUia suttulit arma. 

Ceci est dit sans atténuation. 

Ches Lucain, Gé^r liésite avant de franchir le Rubi* 
con ; chei IVtroaCi il s'avance d'un pas assuré. Le fond 
du discours de César est lo même dans les deux poèmes. 
Pétrone l'a fait plus bref, mais non plus modéré : ces 
mots sont cat«^goriqiies : 

V. 168. Viatoras ita furaiitas 

Cf. rkanak : 1, 800, 901 Non U c /kriaUbuê t armiê 

J^êCfjHor. 

Au passage des Alpes, César déploie dans le De beUo 
cMli une vaillance et une audace singulières. Il apparaît 
très grandi quand, donnant l'exemple à ses soldats, au mi- 
lieu des inondations et dos avalanclies, il marche d'un pas 
intrépide, appuyé sur sa pique, 

903, 904. •.•.••.•• maguam nlxai in hastam, 
llorrida laaorit fraugabat grattibus arta, 

comparable à Hercule ou à Jupiter vainqueur des géants. 



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LA PARODIB n t*IICITATIOK DANS tB SATIRICOIf. 199 

SM-208. Qoalii Canetica deeorrens ardooi areo 
Amphilf/onUdety aat tonro Jnppiter orO| 
Cnm te rerdcibat magot demUit Olympi 
Et perituronim ditjoelt tela Oigantunn. 

Mais, nulle part, Lucaln n'a dénié à César ce courage 
et cette indomptable énergie. Ces mérites sont mis en 
relief y jusque dans les livres les plus hostiles au vainqueur 
de Pharsale. 

Il est même piquant de voir, en certains passages, Lu- 
cain partagé entre son aversion systématique contre Ten- 
nemi de Pompée et le respect de la vérité historiquOi 
énoncer, sur César, à quelques vers de distance, des juge- 
ments visililemcnt contradictoires. Ainsi, au livre X, Lu- 
cain nous peint César surpris dans Alexandrie et obligé 
de s'enrernicr dans le palais. Il a peur, bien qu'il s'indi- 
gne do celte crainte. 

443, 444 tatiffunt aniMon tncqua metH»quû : 

Et timet iucur$utif ituh'guaturque (tutere. 

Mais, tout de suite, une comparaison, inspirée d'un 
tout autre esprit, le montre semblable à un lion généreux, 
à la flamme puissante de l'Etna : 

445-448. Sic frémit in jtarviê/era nohih'ê ahdita elauêtriêf 
Etfrangit rahidoêf prœmono eareere, denUê: 
Kee êeruê in Sicttliê fureret tua flamma eavemiê, 
Obêtrueret êimmam »i tjitiê tibi, Mtdeiber, ACtnam. 

La suite le représente de nouveau tremblant, pareil à 
un enfant timide, à une femme. 

458, 459. Ceupuer imheUiê, eeu cajitiê femina muriê, 
Qnœrit tuta domuê. 

Qu'est devenu trente vers plus loin ce puer imbeltUf (Ju 
héros que Lucaia admire : 



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800 cHArini m. 

488491 a^d admi drfmmr 

Cmêar, §i kpê aditm gfadii$p Aoê iffiubuê areei ; 
OtMMUfgiM gerii {tania eH eanêiantia mt$ètiê)^ 
Kxpugnamtiê opuê. 

On pourrait de mâine découper dans la Phanalê nombre 
de passages où est exaltée la valeur de César. Les contem* 
porains ou lt*s successeurs immédiats de Lucain n'ont pas 
été frappés autant que nous de cet esprit de dénigrement à 
l'égard de César, que la critique a signalé clieslui. Quand 
Stace (Horoscope de Lucain, Silve$, II, 7) annonce par la 
bouctie de la Muse l'appnrilion de la PhartaU, il place, 
duns le sommaire poi^tiqiio quHl en donne, le vers suivant : 

V, C7, QhoîI fnlmen ditciê infer arma divî*, 

qui désigne évidemment César, puisque nous lisons en-* 
suite : 

V, 68, C9. léfberiate gravem pia Caionem 

El grainm iHfpnhritate Magnum. 

Les trois acteurs principaux du drame semblent mis sur 
la même ligne. 

Mais, c'oët trop s'attarder & chercher des divergences 
politiques entre Lucain et Pétrone. L'auteur du De Mh 
eivilt se soucie asses peu de Thistoire et n'a vu dans la 
guerre civile qu'un motif poétique. Chex lui, c'est la For- 
taao qui conduit toute l'action : les liommes ne cent que 
les instruments de cotte divinité capricieuse. La Fortune 
a produit ces trois généraux qu'atiend une mort violente 
et prématurée. Voil& ce qui a frappé le déclamateur, et 
non {uis la diversité de leurs caractères, plus intéressante 
IH>ur l'historien que cette analogie de destinées. 



t. I4i c(iin|mrn).4on do César avec la foudre <u»i Uix*c de la PhartaU 
roOiuc. (1, 161-157 .) 



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LA PARODfB BT L^IIflTATIOK DAK0 LB 0ATfniCOK« 201 

61-64, Tf60 tttlerat FortanB dueet^ qoot obralt omnat 
Annorom ttroo dlrona ferdii Enjo. 
Crastam Parthui habet« Libyeo Jacet œquore Magniit| 
Jaliof ingratam pcrfadit tanguina Romam, sq. 

C'est la Fortune que César fait juge de la bouté de sa 
cause. 

174. Judics Portnna eadat aloa 

Pompée de son côté s'abandonne à la Fortune : 

987. Hic dat vêla fugœ Fortuna^qos omnia crédit. 

Les dieux conduisent les armes de Cétiar : 

2G7-269 Primamqtic Dione 

Cœsaris acta sui ducU, cornes additur Uli 
PaUas. 

La Diticorde enOn va décider du sort de la guerre : 

295. Factum est in terris, quicquid Disconlia Jussit. 

La personnalité des acteiir« du drame s'elTnce. A tout 
prendre cependant, Pétrone semble plutôt du parti de Cé- 
sar, ou tout au moins, s'appesantit davantage sur ses hauts 
faits, comme l'exige la matière de son poème. Mais, entre 
le De bello eivili et le cliaut P' de la Pharsale, il n'y a 
qu'une question de nuances. 

l'h», I, 12G sc| QttUJHnthm fndnit arma, 

Sr/re nttfa» : matpio êejudtce ijiumjue tuctur. 

César à ses soldats : 

Ibid., 349-2)51 Née nwiimn defriml : 

Nom née jtrtvda mc/m, net/ue retfnum ijHtprifur armiê t 
Detrahmnê dominoê nrhi nervîre jtarafœ. 

Qui ne voit que, si Pétrone oAt voulu remanier la Phar^ 
sale dans un esprit tout opposé, il eût raillé ou abaissé 



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209 oiupfTM m. « 

Pompéei de maniera à ne laisser auoiiii doute sur ton des- 
seiOi et exailé César, lui donnant raison sur tous les 
points*? 

Ce u*est pas non plus en accordant un rôle si important 
à la Fortune que Pétrone se distinguaitdeLucain et amen- 
dait l'œuvre de son rival. Les mots : Fortwia, fatum re« 
vienuont à satiété dans la Phartale. 

On ne saurait davantage prétendre que, en faisant dans 
son poème une plus largo part à l'action des divinités, Pé- 
trone a voulu se montrar plus religieux que Lucain et le 
blflmor do son scepticismo. Ij'écrivain qui proresse envers 
les dieux lessontimomsqne nous connaissons, l'épicurien, 
lo chnntre de Priapo, no peut se placer au point de vue re- 
ligi«'ux, s'il reproche à I^ucain do n'avoir pas admis dans 
son œuvi*e des divinités plus nombreuses et plus actives. 
Entre eux, le dilTùrend est exclusivement littéraire. 

Abordons un nutro ordre d'idées : Pétrone se serait-il 
attaché à reprendre» laiomposiïion de la Pharsale t Nous ne 
le croyons pas, bien que Mussler ait vu dans le De bello 
civili dos arrière-pensées profondes, toute une critique sa- 
vamment dissimulée dont il pénètre les arcanes, tout un 
arsenal de traits aiguisés et tellement fins qu'ils en de- 
viennent imperceptible^. 

Étudions ({uclques-uns de ces passages où Pétrone fe- 
rait la leçon & Lucain nt cherchons ces acukiq\i*y découvre 
la vue peiTanto de Môhsler. 

Dans sa dissertation de 1857, il raisonne ainsi : Lucain 
a eu le tort de Taire intervenir la Fortune avant d'avoir 
peint les mauvaises mœurs de Rome. Pétrone, plus avisé, 
commence par le tableau do la corruption des Romains, 



I. Cot argiimont stippono Admise ^llypoUl^80 quo Pétrono a lu, non 
•eulenicnt lo« truis |ircniicrtf chanlt do la Phartaie, mois le poème 
tout ontior. 



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L4 PABODIB IT L'iIflTATlOIf DANS LB SATIIIICOK. 203 

ea quijostifle la colère d6« dleiu et rintenrentlon de la 
Fortune. La guerre civile n'est plus qu'une Juste punition 
de rimmoralité romaine. Gela revient à dire que Pétrone 
estplus moraliste que Lucain. Plus déclamateuri je Tac- 
corde. D*abord| la corruption et l'excessive puissance de 
Rome sont mentionnées dès les premiers vers de Lucain : 

V. 2, 8. Juêqnt datHm urthri jtojtHfHmqne potentem 
lu una vktrici eonverêum vtêrera dexira •. 

De plus, Lncain n'éiait-il pas libre d'adopter, dans Té* 
numération des causes de la guerre civile. Tordre qui lui 
agréait? Comme Pétrone ne donne qu'une seule de ces 
causes, il n'éprouve aucun embarras pour son classement. 
Lucain apporte au contraire des causes diverses, et en 
particulier des causes politiques. Dès lors, nous admet- 
tons parfaitement qu'il coniiuence par énoncer les lois de 
la fatalité, qui veul que rien de grand ne soit durable. Puis 
il passe à la rivalité de César et de Pompée. EuQn, il 
arrive aux causes plus gént^rales tirées de la décadence des 
mœurs. Il est plaisant d'ailleurs d'entendre soutenir que 
Pétrone a tenu à juslitler la Fortune, lui qui, dans son 
roman, la fait intervenir à tort et à travers. 

Ailleura, Muscler constate que Pétrone a supprimé le 
passage du Rubicon. Il aumit voulu ainsi modiOer et cri- 
tiquer Lucain. En nous peignant l'aigle de Jupiter qui 
donne à César un présage favorable, il se serait montré 
meilleur poète que Lucain. Peut-on croire enotTetque les 
dieux n'aient pas signifié par des prodiges les grandes 
choses que César entreprenait? Mais, répondrons -nous, 
l'apparition de la Patrie n'est-elle pas un événement mer- 



1. Wcbor (/>0 dupUci PlmnaUœ erordio, Mnrlutwrg, 1860) a établi 
que ce premier « prowmiitm • do lu Pharsaiê iloil vtro, ccMiiino le se- 
cuml, rtfuvro do Lucain. Muin il u torl do cruirc que lV>U*uno prend 
en tout le contro-picd île Lucain et de tirer de lA un argument. 



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804 eiupiTRi m. « 

TeiUaux •! m faut-aUe pat oet aigle de Jupiter qui manque 
tout au moins de nouveauté? 

Ne pounuiTons pae dans leur minutie les obtenrationa 
de MAssIer. Son critérium ne varie pat. Toutet let foit 
que Pétrone procède autrement que Lucain, c'ett qu'il lui 
fait ton procèt. Ett-il court? c'est qu'il a voulu opposer 
cette brièvolé à la longueur de Lucain. Est^il abondant? 
c'est pour reprendre la concision de la Pharsale. Quand il 
lait quelque changement, c'est qu'il blâme Lucain. Quand 
il l'imite ou le copie, c'est pour annoncer qu'il va le criti- 
quer. € Pour qu'on reconnAt facilement que son poème 
était opposé à la PImrsale, Pétrone s'est appliqué non seu- 
lement & changer et à corriger, mais aussi à imiter les 
pensées de Lucain*. » 

Or, comme celte imitation se poursuit pendant plus de 
la moitié du poème, on peut trouver que l'avertissement 
au lecteur est l'une longueur quoique peu dispropor* 
tionnt^e. 

Prenons les présages de la guerre civile chez Pétrone 
et chez Lucain. (De beUo civili, 126-140; Pharsale, I, 622- 
583.) Ce morceau, selon Môssler, est une censure for- 
melle du morceau correspondant de Lucain. En compa- 
rant le tableau des prodiges chez l'un et chez l'autre, on 
constate que Pétrone en a omis benucoup qui sont chez 
Lucain. Môssler en conclut qu'il adoucit les prodiges les 
plus funestes. Ceci devient une question d'appréciation. 
Mais nous rcmnrquo!is, d'autre part, que Pétrone a simple- 
ment ici suivi Virgile comme modèle. (Présages de la 
mort de César; Georg., I, 4G4, sq.) A peu de chose près, 
les phénomènes sont les mêmes chez lui que dans le célè- 
bre épisode des Gêorgiques *. 



I. l)lfM«*rt. ilo my p. I.V 

3. PliiMloiirii ilo» l'iipiinH'liomfnti (itil iiiivoni ont éià tli^Jii indiqués 
dans la liitin doi imitutioiii do Vir^ilo par Pulruno, p. tGG, 107. 



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LA PAUODII BT l'iMITATIOII DiUfl LU tATlRfCON. 205 

P<tr., De bétt, Hv., 127. • Namqne oro «rnento 

1S8. Defernif TlUn voltum eallglne teiit. 

Vlrg.t Oearg., 1, 407. Cum eaput obêeura niliduM /emigine texU. 

180. Parte alla plenoi axtiniit Cjnthla vnltiit 

181. Et lacam iceleri mbdozit. 

408. Impiaque miemam timnerunt êitcnfa nodem, 

181 Rapta tonabant 

189. Vertieibiit laptb moutit Jnga 

185 Jamqoe ^tna voratar 

136. Ignibiit ioMUtii. 

476 imoNtiê tremuemut mottbuê Alpeê. 

471, 472 Quotité Cyefopum effervtrt in agroê 

Vidimuê ufidautem ruptiê /ornacibuê jEimmt 

134. Armorum ttrepita c«Iuni furit. 

474f 476. Armorum êonitum toto Oermania emlo 
AudiiU 

179. Noe non borrondi nemorit de parte sinittra 

180. Intolit» voccs tonnore 

476. Vox quofiueper lueoê vulgo txaudita êitenteê. 

137. Ecce inter tumuloe atque esta earentia battit 

138. Umbrarum faciet diro ttridore minantor. 

477t 478 et êimulaera modiê paUerUia miriê 

Viêa euh obêcurum noetiê 

140. Sanguineoque récent detcendit Jnppiter imbre. 
485. Aut puteiê manare eruor ee$$avit 

189. Fax ttellit comitata noYb incendia ducit. 

488. • née diri toties anere eometm^ 

Ainei, chez Pétrone, il y a quelque» prodigea de moins 
que clies Virgile, et eu plus soulemout une éclipse de 
lune (v. 130, 131). . 



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206 OHAPITM Ifl. « 

Pirto alift plenot eztiiiilt CjratbU Tattos 

Et Ivoem Meleri labdiiilt ' 

encore que dans cet vers on puisse voir ane autre rémi* 
niscence de Virgile pour le sentiment prâtë aux astres. 

Oeorg.p 1, 460, 467. TtU efiam exêUneto wUwratuê Cmêore BùWkOMp 
Cnm eapnt obêcnra , tq. 

Mais, pour le reste, les deux morceaux offrent une con* 
cordanro assox sonsililo. C'est donc à Virgile qu'il fau- 
drait pour ce passage comparer Pétrone. Lucain s'est sou- 
venu aussi des présages de la mort de César ; mais il a 
ajouté ou modiné beaucoup de traits. Môssler prétend 
que Pétrone critique Lucain, lorsqu'il écrit en parlant de 
l'Etna : 

136, 186 Janique JEtna Yoratnr 

Igiiibui insolitls et In fotbera fulmina mittit. 

tandis que, dans la Pharsale, l'Etna ne lance pas ses flam- 
mes dans les airs, mais laisse couler ses feux le long des 
pentes du volcan, sur lo ilanc italien. Ceci est 8implement 
un phénomène décrit par Lucain d'après Virgile, mais en 
termes différents. 

Phatê^, I, 646, 647. Née lutit m eœhtmflammaê^ ied vertke prono 
Iffiiiê m llenierium eeeidit latuê 

Oeorg», I, 471 •473, ....... Quoikê Cyclopum effervere in agroê 

Vidmiiê uiidtuttem rnjMM fornaeibuê A'tnain, 
Fiammaruiwjue ytohoê liqne/actaque voivere êoxat 

La critique de Pétrone atteindrait donc Virgile aussi 
bien que Lucain. Il hlAmerait aussi l'auteur des Géorgie 
quet en écrivant (De bello Chili, 132, 133) ; 

Kce vaga psssim 

Flvmiaa por notas ibaut morientia ripas. 



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LA PARODIB BT L^IIflTATION DANS LB tATiniCON. 207 

CuTi chei Virgile au contraire TÉridau déborde : 

481*488. Prolnii imano contorquenâ veriiee êUvoê 

HHviorum rex iCridttuHâ, eamjtofque per omneê 
Cum êlabuUê armenta tnliU 

Il est vrai qu'on lit trois vert plus haut (479) : 

SUtHut amntê , 

ce qui parait conlradlctoiro. Pétrone s'est borné à déve- 
lopper ces mots, négligeant le déliordemont de rÊridan. 

C'est ainsi que Môsslcri partant d'une idée préconçuOi 
a mis une patience louable, mais excessive, à regarder au 
microscope chaque vers du De bello civiU pour y aperce- 
voir Vaculem de la critique. Un tel système permettra 
toujours de découvrir chez n'importe quel imitateur un 
censeur ou un parodiste, si tout changement est par le 
fait môme un bl&me. * 

Concluons donc hardiment : le De bello civili a été fait 
avec des moi*ceaux de Lucain et de Virgile, auxquels Pé- 
trone a joint des vers de sa façon. C'est un exercice poéti- 
que, parfois assez heureuX| mais rarement original. L'au- 
teur ne s'et^t pas renfermé dans le cadre de Lucain ; il a 
négligé un grand nombre d'épisodes du premier chant de 
la Pharsale et môme quelques-uns des plus importants. Au 
développement de Lucain sur les causes de la guerre ci- 
vile, il a substitué une déclamation sur la corruption de 
Rome et les raffinements du luxe, qui s'applique aussi 
bien et mieux peut-être à i'époijue supposée de Pétrone 
qu'a celle de César. Môssler en a Tait la remarque et on a 
donné des preuves *. Dans le reste du poème, la seule in- 
novation du Pétrone a consisté à exposer les causes de la 



I. Ilusilcr. Dissort. d« 1S42, p. 56 »!. 



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808 CHAFITM III. « 

guerre eirile et lee éTénemenU d'une double manière. 
Tune fabuleueei Tautre historique ^ 

En eflét| il eemble qu'il y ait dans le De betlo elvtti 
comme des tranches de Lucain et de Virgile Juxtaposées : 
développement historique i développement fabuleux, et 
ainsi de suite. 

I. HistoirCi 1 à 06. — Généralités ; causes de la guerre 
civile. 

II. Fable, 66 à 140. — Pluton et la Fortune. (Mêmes 
causes de la guerre civile exposées par les dieux.) Pré- 
sages. 

III. Histoire, 141 à 244. — Passage des Alpes par Cé- 
sar. Terreur à Rome. Fuite de Pompée. 

IV. Pnble, 246 à la fin. -r- Los dieux se divisent entre 
les deux partis. La Discorde appelle les nations au combat. 

Les morceaux fabuleux font double emploi avec les 
morceaux historiques; car ils redisent sous une autre 
forme, per deorum miniiteria, ce qui a été précédemment 
exprimé. MOssler a fuit cette juste observation que, dans 
son discours, la Discorde provoque à des événements ac* 
complis déjà. 

288f 989. Tu logem, MaresUs, tons, ta eonoute plobem, 

Curio 

290. Quid porro ta, dlvs, toit ounctarii In armb? 

292, 293 Netcb, tu. Magna, tneri ' 

Romanasareas? 

Or, nous avons vu César marcher en avant et Pompée 
quitter ritalie. 

L'intercalation de morceaux fabuleux au milieu de dé* 
veloppements liistoriques, voilà la principale différence 
entre le De betto eivili et la Phanale. Pétrone reproche à 



I. Cf. MOsilor. Disflort. do 1S42, p. 63 tq. 




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LA PABODfl IT l'imitation DAXt Ll tATIRICOlf. 209 

Locain d'aroir été plus historien que poète et prétend 
fifdre au nienreilleux mythologique une plus gronde place. 
Àu0si| négligera-t-il de parti pris les détails historiques 
précis et ira-t-il de préférence aux ampliflcalions décla** 
ma(oireS| aux généralités brillantes et aux lieux communs 
de la fable. 

Nous indiquons ici la seule critique que Ton puisse ad* 
mettre dans le De belb civUi envers un écrivain auquel ce 
poème doit tant, et encore s'agit -il d'une critique nulle- 
ment acerbci mais d'une simple divergence de vues sur 
remploi du merveilleux dans l'épopée. 

M. Maurice Souriau' ne croit même pas que le blâme 
de PtHrone (deoi'vm minisleria ; fabulosum setikfUiarum lor- 
mentum) vise en aucune faron Lucain,qui n'a pas exclu la 
fable de son poème et a mâme protesté contre ceux qui 
veulent l'exiler de la poésie : 

Phare,, IX, 359-300. InVidHM anuofio qnifaiHam derogat mvo, 
Qni viiten ad vem vocal. 

Il estime que Pétrone doit être considéré comme l'é* 
mule et non comme le critique de Lucain. Cepemlanti il 
est difllcile de ne pas voir dans ces mots : deorum minhu* 
fia et fabulosum senteiitiarum iormeiUum une allusion à la 
Phanale. il est certain que Lucain, qui môle tout dans 
son poème, superstitions du vulgaire, doctrine stoïcienne, 
épicurisme, qui semble tour à tour crédule et sceptique, 
qui tantôt nie le gouvernement des dieux sur le monde, 
tantôt les ramène dans TOlympe pour les accnser, ne nous 
offre plus le merveilleux traditionnel do Virgile. II com- 
prend dans le sien, d'abonl les divinités consacrées qu'il 
relègue au dernier plan, l'histoire fabuleuse qui otTre une 



I. Op. cii., p. 77, fq.. . 

CaiTI^Va UTTéBAIBS. H 



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910 eRAPITRI Ifl. ' 

matière à ton talent descriptif; mais, en lapportaiU les 

Tieilles Tables, il i^oule ces correctifs : endiiur, uê fama est. 

Phar$.f Ilf, 400, Si quajtdem meruU 8up$ro$ minUa vtiusîa». 

Il introduit dans ce merveilleux les divinités stoïcien* 
neS| ces abstractions : la Vertu, la Concorde, la Liberté, 
la Patrie, puis les oracles, les sibylles, la mogie. Astro- 
logie, songesi spectres, apparitions, prodiges de tout 
genre, enchantements, nécromancie, tels sont les moyens 
dont se sert Lucain pour donner à son épopée un caractère 
merveilleux, moyens propres à frapper des lecteurs plus 
superstitieux que croyants. Ainsi, il y a chex lui confu- 
sion, contradiction, disparate, incohérence. La philoso- 
phie et la religion sont en lutte dans la Pliarsale aussi bien 
que l'épopée et Thistoire*. 

Sans douta, ce merveilleux est celui qui pouvait conve- 
nir aux hommes de son temps ; mais nous ne devons pas 
être surpris qu'il ait choqué des gens habitués à la tradi- 
tion de la mythologie homérique et virgilienne. Il est 
permis d'induire de quelques textes que de bonne heure, 
dans les écoles, s'ent posée cette question : Lucain est-il 
un poète ou bien un historien et un orateur? La Phanale 
fut en effet, dès la mort de l'auteur, beaucoup lue, com- 
mentée et prit place dans l'enseignement à côté de Vir- 
gile et d'Horace*. De là, devaient nécessairement natli*e 
des parallèles, des critiques. Nous reUrouvons la trace de 
ces discussions dans le célèbre jugement de Quintilien 



1. Nous rÔAtimons ici lu iUbao lUt M. Suiiiiuii. {Op, cet,) 

2. Un vuil, luiigUMnpii ftii^nro upri'^ lu inurt do Lucain, la Phanale 
8crvir ilo toxtu aux niCitpu's litténiiroH un vorbules îles « Grutnmn* 
tici •. Le 800 pétiugoguo Fimnton {Kpistuia: ad M, Autonium impe* 
ratorem, de Oratiombu», li'Un* 11 1), ujuvs uvuir censure Séncquo et 
compara non œuvrci» ù den lkouU, « climci:i •, uù il y a (pioliptott |mil- 
loUoM d'arKont, prend Ji partie Lucain et ruillc lnurdemcnt les pléu* 
nasmoii dos sept promiom vent do la Phanale, l*uur le* fuiro mieux 
roiwurUr, il igoute un veri» do non cru : 

Et iimitei iituos et earmina nota iubarum. 



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LA PABODII IT L*llCfTATION DANS Ll tATIIIlOOK. 211 

(tn$L OraU, X, 1, 90) : Lueanui ardern et eoneitatut et sen* 
tentUs elarissimui, sed, ut ita dieam quod sentio, magii ora* 
loribui quam poetU imitandus. 

Servitts 80 rapproche oncoro davantage dans les termes 
du Jugement de Pétrone (In VirgilU /En., I, 882) : Luca^ 
nus ideo in numtf'O poetat^um esse non meruit, quia videlur 
historiam eomposuisse, non poema. 

Martial, de son cdté| écrira (Ep., XIV» Apophoreta, 194| 
Lucanus) : 

Siuêt «iiiiflaM, qui Me dtCHHt non fêepoetam; 
Scd qui Me ceudtt, bibliopota putat. 

D'autre part, Lucain est loué sans réserve par certains 
écrivains et mis sur la même ligne que Virgile et Ho* 
race : « poetieus décor.... ex Uoratii et VirgilU et Lucanisa^ 
crario prolalus. » (Aper, dans le Dialog. de Oral., XX.) 

Ainsi, la Pharsale devait-elle être considérée comme 
une histoire ou comme un poème? On disserta là-dessus 
dans Técole, et forcémetit la question du merveilleux était 
mêlée à la solution du problème. Fallait«il traiter un sujet 
moderne comme la Pharsale avec ou sans les ombellisHe- 
ments consacrés do l'épopée ? Quelle part y devail-on faire 
à l'action des dieux, mais des dieux envisages comme de 
véritables moteurs m<>ttant tout en jeu (lormentum chez 
Pétrone n'a pas un autre sens)? Car les dieux ne peuvent 
être éliminés d'aucune épopée ; mais, chez les uns, chez 
Lucain par exemple, ils sont un simple décor; chez les 
autres, ils sont les acteurs principaux du drame. 

Les épopées dont le sujet était ancien et mythologique, 
impliquaient par définition le rôle prépondérant des di- 
vinités. Pour la guerre civile, si voisine, il pouvait y avoir 
ilouto. Déjà des poètes romains avaient chanté en histo* 
riens le passé de Rome. Dion que Nxvius ait fait une 
part à la fable dans son poème, les cinq derniers livres 



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212 eiupfTiii lit. « 

paraissant avoir été surtout uua chroniqua tarsifléa. A 
l^axcaplioA das pramiars lirrasi la marvaillaux sambla 
avoir tanii bien pau de plaça dans las Annala d'Ennius. 
Dès la quatrième, il entra dans riiistoira et n*en sort 
plus. Au contraire, son continuateur Hostius, racontant 
en vers la guerre dlsirie, Taisait, à rezomple d'Homère, 
intervenir les dieux dans les combats ^ On dirait parfois 
que Lucaln a voulu renouer la vieille tradition d'Ënuius. 
11 est regrettable que nous ne puissions comparer avec 
la Pharsale les autres épopées précédenunent composées 
sur les guerres civiles. Le sujet fut souvent traité, j'en- . 
tends le cycle de toutes ces guerres d<*puis Marius jusqu'à 
Auguste. Cornélius Sevenis est cité par Quintilien pour 
son poème sur la guerre de Sicile enti*e Octave et Sextus 
Poni|M5e, dont il nous reste le fragment tout oratoire sur 
la mort de Cicérou. On ignore si la mythologie avait une 
place dans ce poème. C'est probable. Nous n'avons de 
Pedo Albinovauus qu'un fragment descriptif peignant la 
navigation de Gemianicus, débris d'un poème historique 
dont Targumunt est impossible à préciser. Scxtilius Ena, 
de Cordoue, et Rabirius avaient aussi choisi des sujets 
relatifs à la dernière guerre civile. Ce Rabirius est-il l'au* 
teur du morceau retrouvé sur un papyrus d'Ilerculanum, 
qui décrit la bataille d'Aclium et la fuite de Cléopâtre? 
On ne peut l'atllnnor; toujours est-il qu*on relève dans 
ce morceau * des traces du merveilleux mylliologiquo tra- 
ditionnel : la Pai*que Atropos regarde avec un rire ^ardo- 
nique CléopAtre sous le coup d'une mort prochaine. 



I. Les i|ueli|ue» vers qui ont été conscnés du poeino d*A. Furius 
d*AnUum sur lu guorro cunlro les («iuibros ne nous renscif^ncnl pas 
sur le rùlo qu'y pouvaient Jouer les diviniU^s. Le seul frugnient do 
quelque, importance qui nous resto du poi*mo do Gicôron sur Murius 
relate les pré8a|,?e8 par lesquels Jupiter rûlTemitt le courage de 
Voxïlà. 

2. y. Rieso, ÀHlhoL iai. • Carmen Papyri Ilorculanensts •, 4S2. 



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LA PARODIB IT L'llfITATI03f DAKS LB SATIRICON. 218 

6O9 51. Hmc regiiêa gerU. ProeiU kanc o« a videbai 

Atfûpoâ inriâenê. 

C'est à ua des héros do la guerre civile que se rappor- 
tait une des épopées de VariuS| De tmtU Cxsari$. Macrobe 
nous en a conservé douxe hexamètres, auxquels Virgile a 
fait de sensibles emprunts. On serait assez porté à croire 
qu'il y avait puisé aussi quelques traits de la dostTiption 
des présages qui annoncent la mort do César. (Georg., I, 
4C4, sq.) Varius avait également écrit une t^popéo celé- 
brant les hautn faits d' Agrippa et d'Oclave, sujet conlem- 
porain ennobli apparemment, comme ses autres poèmesi 
par les ornements de la mythologie. 

Nous n*avons aucune trace d'une épopée sur la Plvar$aU. 
Cependant, cette époque de la guerre civile préoccupait 
les esprits et avait dA tenter d'autres poàtes. Les épigram- 
mes du Codex Vossianxu^ sur Pompée et ses fils sont pour 
la plupart du 1*' siècle après Jésus-Christ, à ce que croit 
Teuflel', les unes mona)*chiques et césariennes, les autres 
pompéiennes et conçues dans un esprit d'opiK>si lion. Elles 
prouvent tout au moins que cette matière était fréquem- 
ment traitée dans des pièc(*8 assez courtes, sinon dans les 
gittndes pi*oportiond do la Pliarsale. Les dieux ne sont pas 
absent» de ces petites pièces. La Fortune y figure, .lupiter 
également. 

Mais ces quelques indices très superficiels ne nous font 
pas connaître la manière dont les épiques que nous venons 

'' Monner mêlaient le merveilleux au récit des faits 

)orains. A leur défaut. Properce et Virgile nous 
ment. Dans Télégie G du livre IV de Praperce, 
ton épique, Apollo Aciius, les dieux non seulement 
isent, mais conduisent Taction. Apollon s'arrête 



iosc, Anthol. fat., 397-104. 



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214 CMAPITIIB lit. • 

sur U poopo du Ttisteau d'Auguste, eaoourage le héroji 
Auquel il promet et prdpare U victoire : 
58, 54, TempHê adeH; committe rateâ; $go temporiê atieior 
Dueam hurigera Jutia roêtra manu. 

Les armes d'Auguste ne feront qu'achever la défaite. 
Du haut de l'Olympe, César déifié admire son flls. Triton 
sonne la victoirOi et les Néréides applaudissent les aigles 
triomphantes. 

Mais prenons au huitiàme chant de V Enéide la descrip- 
tion du bouclier d'Énée. Il s'y trouve une bataille d'Ac* 
tium ciselée en relief, qui nous offre les scènes principales 
d'une épopée telle que l'eAt conçue Virgile sur un sujet 
contemporain. C'est un raccourci d*un poùine sur Actium'. 
Dans ces Actia bella on aurait vu d'une part s'avancer les 
flottes armées d'airain et, sous cet appareil guerrier, bouil- 
lonner tout entière la mer de Loucate. Au premier plan, 
Auguste suivi du sénat, du peuple, des Pénates et des 
grands dieux, est debout sur sa poupe élevée; de ses tem- 
pes jaillit une double flamme et Tastre de César brille sur 
son frant ; d'autre part, Agrippa, que protègent aussi les 
dieux et dont la tête est ceinte des éperons do la couronne 
navale, conduit flèromont son armée au combat. En face 
d'eux, Antoine, à la tête de ses légions barbares, des 
peuples de TÉgypte, de l'Orient et de la Bactriane, An- 
toine qn'accompagne une épouse égyptienne ! Nous assis- 
tons au terrible choc des deux flottes ; telles les Cyclades 
ou de hantes montagnes heurteraient l'une contre l'antre . 
leurs masses gigantesques, 
qu'en quelques vers. Que 
offertes au gr^nie de Virgile 
le sort de l'univers I 

I. V.C75»i. 



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L4 PAnODIB BT L'fyiTATfOlf DANS LB 0ATIIIICOM. 216 

Mais les hommes ne luttent pas seuls. C'est dans le ciel 
que se livrent les plus merveilleux combats. D'un côté| 
Neptune, VdnuS| Minerve ; de Tautre, une foule do divi- 
nités monstrueusesi Anubis à la tôte de chien et tous les 
dieux bizarres de TÉgypte sont aux prises. Et, dominant 
cette étrange mêlée, Mars, les Furies, la Discorde à la 
robe déchirée, Bellone agitant son fouet sanglant. Enfin, 
Apollon, de son temple d'Actinm, bande son arc, et la dé- 
faite se change en déroute. Tous ces Indiens, Égyptiens, 
Arabes, saisis de terreur, s'enfuient dans une inexprima* 
ble confusion. Voilà, certes, une bataille selon le vœu de 
Pétrone, une bataille dVpopée classique par excellence, 
où les dieux ont des minisleria olfertifs et sont les vérita- 
bles nioteura du drame humain. Un autre chant de ces Aelia 
bella que nous imaginons nous eilt montré dans \\\\ savant 
contraste, ici le dieu du Nil, le grand fleuve à la barbe li- 
moneuse, à la robe azurée, oll'rant aux vaincus un refuge 
temporaire, puis la mort tragique d'Antoine et de Gléo* 
p«^tre; là le triomphe d'Auguste et cette splcndide revue 
des nations vaincues qui délllonlhous le portique éblouis- 
sant d'Ai>olIon. Les dieux seraient donc sans nul doute 
intervenus dans cette épopée sur un sujet contemporain, 
ainsi que dans la Phàrsale, si Virgile Vefii traitée*. 

Ni Silius Italiens, ni Stace dans sa TMbaUe, ne man- 
queront de reprcn'lro ce merveilleux mythologi(|ue et 
d'expliquer par Taction des dieux les événements histori- 
ques. C'est cette épopée selon la formule qu'admet seule 
l'écolit à laquelle se rattache Pétrone. Sans se piquer de 
valoir Lncain, notre auteur le blArno de n*avoir pan voulu 
entier dans la véritable voie. Voilà, semhle-t*il insinuer, 



1. On trouve èpavé (lann V Enéide quolquo;» élrmcnU d'un po^roo 
•ur co sujcl : !• (Clmnt VI, SiG-Sr») le piirtrait dos ileux chcrs ot la 
dêlesiaiio des guerres civilen; 2* le vcr.4 (i70 du rhant VIII nur 
Caton; 3** les préniiKCH de lu mort do (lésiir. {Géorg., 1, 4Gt*lll7.) 



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216 



eHAFITU lit. 



oommant Je compreodraU rinterfaniioa des dieux dans unp 
PhanaUi 6t| t'amparanldu premier chant de Lucain, il en 
modifie la dUpositioni y interpole des morceaux mytholo- 
giquesi sons se mettre pour cela en grands frais d'inven- 
tion. Outre ses emprunts i Virgile, il prend à la Phanale 
même son personnel do divin! tés, mais le tire du dernier 
plan pour le placer bien en vue. Des comparses ou des 
utilités, il fait de grands premiers rôles. 

Le tableau qui suit prouvera que, à peu d'exceptions 
près, les dieux et les accessoires mythologiques sont les 
niâmes chez Pétrone et chez Lucain. 

De helh civiU. Phanale. 

61 ot iiasêim. Fortiiiia. I, 84 ot passliii. Fortuna. 

VII, 668. Sauyuineum vehti quatienê 
Dclhna flayelfuM. Cf. T, 665. 

Le Léthé, TAchéron et le Styx 
sont nommés dans Lucain, non le 
Cocyte. 
VI, 514, 517, 653, etc. Stygiuê. 



62. Kiiyo ; 256, UoUo 
us. 

69, lua, 278. Coo/ti. 



121.Stygiots272.8ty- 

giam. 
76.Diti8.Cf.251,266. 

97, 120. TitiphoDO. 

115.Apollinis; 128. Ti- 
tan; 181. Phœbi. Cf. 
269. 

117. Portlimous (Cha* 
roii). 

130. Cyiithia. 

269. Citmriiœbosoror. 

134. Martoui. Cf. 158. 

183. .Mavortia signa. 
Cf. 261, 268. 

140. Jappitor. Cf. 156, 
206. 



I, 455. Ditisque profanai. 
VI, 612, 797. [Megn 

VI, 730. Tisiphone voeiêque mem êeeura 
1, 48. Phoebi'; I, 90. Tîtana. 
Cf. I, 415, 640, 655, 677. V, 85.„ 
Ajiol/o, oto. 

VI, 704 fiagrantiê porfitor undm* 

1,77 ftatri contraria Vhmbe. 

I, 299 ; VI, 256, «te. Marh'ê, UaHem. 

VII, 669. Mavorê. 

I, 86. Tonanii. 

I, 198 ; I, 633, ets. Juppiier. 



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LA FARODIB BT L'IMITATIOII DANS LB tATlAlCOlC. 217 



146, Herenlelt. 
970. TifTiithliit. 
906. Amphitiyoïiiadet. 
166. Saturnia tellnt. 
177. Delphicut aies. 

207. Oljrmpi. 

208. GIgantam. 



211. Fama. 
249. Pas. 
252. Fidcs. 
263. Juttitia. 
Concordia. 

254. Krcbi. 

255. Erinyi. 

256. Megscra. 

257. Letuin. IntldUB. 
Mortit. 

258. Furor. 
26G. Diono. 



268. Pallai. 

269. Cyllenia proies. 



If 405. Sêib Ilereuieo $acraiu$numine.., 

I, 577. Aleideê. III, 178. HtrtmXwm. 

1X9 644. Âmiéitryoniad^. 

I, 652. Saiurni. 

Vf 70f 74. Dthfkiea. 

Ilf 4. Reetor Olympi. 

I« 86. Qîgantum. 

m, 816; VU, 145; et tout lo mythe 

d* Alitée; IV, 593 sq. 
I, 469 ; IVf 574. Fama. 
I, 61. Pax mUêa per orbem. 

V, 81. Themh. 

IV, 190. Concordta. 
I, 455. ErM. Cf. VI, 781, 788, et«. 
I, 572; VI, 747; VUI, 90. Krmyê. 
1,577; VI, 730. Mtgara. 

VI, 601. Morteia, 

N'est pas sous coite forme dans 
Lucain ; on no trouve que Vénus : 

I, 661. Venenê. 

III, 205; IX, 658, etc. PaUaê. 
I, 662. CylhiuM. 



271, 295. Diseordia. 



Jo ne trouve pas DUeordia pris 
allégoriquomont chez Lucain; mais 
le seus du mot dans le vers suivant 
est bien prës d'ôtro allégorique : 



278. TarCara. 



VI, 780. Kffera Uomanoê agitât dUeor* 

\dia j 



m, 17 ; et Vi, 694, 748, etc. TaHara. 



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918 eHAPiTni m. 

Alntii à port elnqi toutes les divinités du 0# bêtto elvttt 
eiistalant déjà dans la PhanaU. Les cinq qui n*y figurent 
pas sont: FideS| Letum^ Insidiœ, Furor, DIscordia*, 
c'est-à-dire des lUlégoiies comme on en rencontre précisé* 
ment ches Lucain. La seule différence entre la PhanaU et 
le De bello eivUi, au point de vue du merveilleuX| est doue 
dans le râle plus ou moins actif que les deux poètes assi- 
gnent aux dieuX| rôle restreint et mystérieux chez Lucain% 
prépondérant ot manifeste chez Pétrone. Celui-ci revendi- 
que les droits de la liberté é^iique qu'il oppose à Tallure 
méthodique et circonspecte de riiistoricn. Tout le dissen- 
timent est Ih. Au reste, Pétrone pille Lucain et s'en cache 
à peine \ Pour la facture comme pour les traits, c'est son 
modèh*. On voit qu'il le possède à fond. Il l'imite, mais 
sans l'égaler. La supériorité de Lucain s'afllrme d'une 
manière éclatante, non seulement si Tou considère l'am- 
pleur do son développement opposé à la brièveté sautil- 
lante de celui de Pétrone, mai» si on se borne simplement 
à comparer les morceaux correspondants de la Phartale et 
du De belle eivili. M. Souriau (op. cit.) juge que Pétrone, 
tout en s'inspirant de Lucain, a été parfois meilleur ar- 
tiste que lui et que sa Discorde, par exemple, est supérieui-e 



1. PiHrons a pu Utiiivor «Leiuin ■ dann Virgilo, ^h,, VIi^TT.oinsI 
qtio • DiKConliA ■, VIII. IQtî. 

t FidoA ■ 110 rencoiUro auMi ilariJi Stuco, Tkeb., XI, 08, et dans 8i« 
liiM Itidiciifh PuHica, I, 330. 

t Fiirur ■ dani) Stace, Theb,, VII, 52, ainsi fpio ■ Insidiin •, Theb,, 
VU, 50. 

2. Il no nomroo pn^ non plus lo Goeyto. 

3. El i»nnii*o, Hi Ttin s*on tonail ou sons strict d' • ambages •, y en 
••t*il plu A dans Lurain quu dann Pêtruno. Voir Ich prédictions d'Arunn, 
de la PythonisHi^, do Toinliro do Julio, d*Éricbtlio, otc. Collos do P<&- 
tronc sont beaucoup moins onvoloppéos. 

Cr. Pkarêale, 1, 0.17, 038. « Floxa sic omina Tuhcus 

Involvons, niuUai|uo tegons anibago canobat. • 

4. Gonsolo de 8a!ui« prétoml iiu'on peut dire do Pvlrone imitant 
l#iicain : t contracta soqui vestigia vatum. • 



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LA rAAODIB BT L^IHITATIOll DAIfl LB lATIllieoif, 219 

à Évichtho. Tel n'est point notre arts, Érichtho nous sem* 
ble beaucoup plut originale. Tout le icenario de Tappari- 
tion de la Discorde est emprunté i Virgile '• 
Pétrone s'est borné à modiOer quelques traits s 

Df Ml. eiv., m. Intromaoro tubn!, ao tclMO Ditcordis erios 
279. Eitulit ad supsros Styffium eapui, (Ceci ott uii touTouIr ds 
Si^tiê aOt,) [liions in ors 

Concretut ssaguls. 

U applique asses hardiment i la Discorde elle*mâme ce 
qu*Ovide dit des serpents qui forment laclievelure d'Ërin- 
nys : 

Uetam,, IV, 493. SiMa dani êaniemqnt vomutit. 

PétronOi v. 278, dit : 

eontuMiqao lamina flebsnl, 

mais le trait n*a rien de bien horrible. Des yeux meurtris 
et qui pleurcnti ce n'est pas d'une invention fantastique. 

274. Stabant scrati icabra riibigiiis dontos. 

Restituons ceci i OridOi Uetam., YIII, 802, dans le 
portrait de la Faim : 

êcahrœ rubig/ne faueeê, 

275. Tiibo llngna flucns. 

Virg.f jKh., VIII, 487 ot passim faaiie taho^uê JImenUê. 

ObtciM draconibnt ora, 

qui est une expression fortOi parait moins neuf quand on 
en rapproche ce vers d'Ovide qui nous peint une furie*: 



1. Cr. I. VII, 323 Kq. É%'ocaiion d'Allocto ot lot autres rapproche* 
ments, p. 1G8. 



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9S0 eHANTU m. 

MHûm., IV9 478, 474, Tliipkonê tanoê, ui irai iurbaUt, eofittoê 
Uwii, 9t obêtanl€Ê r^tebah ortiolubrai. 

La lûuralam veiUm du vert suivant est le setua paUa de 
Virgile. Dans celui-ci : 

277* Saogaloeam trennla qnatiebat ktnpada deztra, 

Virgile se combine avec Lucain. 

On pourrait poursuivre cette comparaison. Ce portrait 
de la Discorde manque tout à fait d'originalité K 

Qu*on oppose à cette peinture banale la scène d'un fan* 
tastique puissanti où, i la prière do Sextus, Êrichtho ou* 
vre le séjour des mAnes et contraint la mort i révéler les 
secrets de Tavcuir. CoUo page est pleine d*une sombre ter- 
reur. Ce cadavre arraclié un iiiBlaiU aux Enfers, galvanisé 
parles in(*anlations formidables de la magicienne, tout 
cet appareil et cotte évocation lugubres sont d'un efl'et 
nouveau et troublant. I^o tableau pourrait être qualifié de 
romantique ; nous avons ici un art airranchl des procédés 
d'une imitation superstitieuse. 

Le discours de la Discorde cbez Pétrone n'a pas de mor- 
ceau qui lui conosponde directement dans la Phartaie. 
Mais il se trouve néanmoins dans le poème de Lucain des 
apostrophes et des invectives du mémo genre. Partout où 
Ton rapproche Pétrone de. Virgile ou de Lucain dans les 
passages qu'il imite, on doit reconnaître son infériorité et 



I. Lo purti'ttil <lo Tiiiipliono iIuiim SUicc, Theb., I, S8 8*|., cti Tait 
•bioliiiuoiil il u|iiv« lo iiiôiii<) i»rucL*dé d'iiiiiUiiiou cliii>:fi4|U0. 
Cr. V. m ilu Ito beiio cioiii : 

t Tubu Uiiguu lliioiM, ub^MU dracoiiibud oin • ot : Tkeb,, I, 103, 
100*107: 

■ («Vtiiiiiii illi kUiiiIos umbrubiiiit ora corasUo ; 

• • nulfiiiMi vouono 

Toiitlilur ac sonio glitcit cuUt. • 



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LA PARODIB BT L*IICITATIOff DAlfl LB tATIIIieOlf. 221 

surtout ion défaut dMavention. Du moinsi ctsaie-t-il d'in* 
nover dans le détail et de trouver des expressions per- 
sonnellesi des alliances de mots. C'est en cela, nous le 
savons, que Tinveniion consiste surtout à ses yeux. Ces 
innovations ne sont pas toutes heureuses. 

11 fait apparaître Pluton par le trou béant aux exhalai- 
sons méphitiques, qui est une des bouclies de TEnfer et 
qu'il place entre Naplos et Pouzzoles. (V. G7, sq.) Le pays 
désolé qui l'environne est décrit avec élégance, quoique 
en des termes un peu vagues. Le dieu surgit du fond du 
Tartare; son visiige est noirci par la flamme des bAcliers 
et sa chevelure, blanche de cendres. Dans son discours il 
y a des traits énergiques, des sentences brillantes. Mais, 
que i^enser des vers qui suivent : 

100, 101. Jlivc tthi dtcta dfnUt, rfejr/r/r eoêtjHtigrrr. dextraM 
ConatuM rtijtto leflurem noivil hiatu / 

N'est-ce pas une image singulière, que celle de Pluton 
eutr'ouvrant la terre ot creusant une Assure dans l'efl'ort 
qu'il fait pour donner une poignée de main à la Fortune? 

On ne saurait non plus goAier beaucoup ce vers : 

102. Tune Fortuna Uvi defudit ftctore voee». 

Que penser de cette poitrine légèi*e, parce que la For- 
tune est inconstante et volubilis t 

Passons condamnation sur les vers peu intelligibles. 
Ces obscurités tiennent sans doute au mauvais état du 
texte. Aucune des conjectures proposées ne semble satis- 
faisante pour les vers suivants : 

9. /f.V Kjihyreiaeum hutdabat milaê tu nndn; « 

11. //ir/i*î Kumidtv arettêaut, tilt ne nova vtllera Sereff 

28-80 rcee A/r/ê entta ttrriti 

Ponitur ae maeultê imitatur viliuê aurnm 

Cîtrca meni<(, grrtje» êervoruin oêlrumtjut rwiden». 



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Kti CUkfîThM 111. 

Je endnt que rabréviateur n'ait résumé dans ce dernier 
▼ers Targument d'un développement plus long. 

Le début du poème paratt surtout ofhrir un texte altéré. 
Dans la suite, on est moins rarement arrêté. On trouve 
encore des constructions équivoques : 

200-20d* Ki concreta gtln jtOHti vtfut unda ruehai» 
Victa erat ingtnii tcUuê nive vietaque e»U 
Sêdera, victa êuiê hœrentia flumina ripiê : 
Kondum Cwêar eratp tq. 

Faut-il entendre : nondum Cxsar eraîvietuif L'ellipse se- 
rait bien forte ; ou bieny César n'était pas encore là ; i son 
arrivée, tout change de face : cela ne s'accorde guère avec 
le contexte. 

Ailleursi on rencontre des vers d'un pittoresque pré- 
cieux qui font songer à la manière de Stoce ou de Claudien. 

185 iq. PrtM c tjuidem ghicies H aina vincta pruiaa 

Non phffHavit humui « tmtttjue horrore • quievtt \ 
Sed poêtquam turtute t nimltoê frtgert ligatoê » 
Kî piîvtdHê tinadruptê « undtîrnm vittcula » rnjtHp 
et vincta fiuciuê êfupuere ruina. 

Cf. encore 73. MolUa diêcordi tlrepHn virguffa focHntur. 

Tout cela est rafllné et d'une curieuse recherche de 
style. 

Pour le goût| Pétrone ne diffère donc pas sensiblement 
de LucaiUi et son poème, quoique imprégné de souvenirs 
virgiliens, est, comme ceux de Stace, de Silius Italiens, 
de Claudien, une œuvre de décadence. 

Los négligences de style s'accusent par de fréquentes 



t. Cr. CInudion, De raptu i'roierp, I, 106 sq. : 

8i*U nivibus scnaro fldcm 

/uMoque /liirti 

Lambit coiiligiias innoxia lluiiima pruinos. 



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LA FAAODIB BT l'iMITATIOII DANS LB tATlAlCOlf. 228 

répétitions. Ainsi, dont les 28 premiers vers du De betto 
eivUi, quxro est employé cinq fois, et avec une nuance 
de sens parfois identique : 

24. (hiœrit 9e natura, 

27. Quœque virum quarui^. 

Les vers 79 et 80 se terminent tous doux par potettat 
qui finit déjà les vers 43 et 48. Arma est répété 16 fois 
dans le poème, vineo ou victor 15 fois. 

Il serait oibcux de relever ici toutes ces redites ; c'est 
bien un impetut, comme Eumolpe nous en a avertis. De 
semblables négligences se rencontrent aussi chez Lucain. 

Vernm operi longofaê eut obrepere êomnHm* 

Comme Lucain, Pétrone recherche les antithèses : 

143. GalHca projeciti civilia sastuUt arma. 

Cf. Ph,p I, 6, 7 infeêtUque obvia êfgniê 

Signa, parti aquiluê, et pila minantia pHiê, 

les répétitions i effet : 

45, 4G. Pellitar a populo vSctas Cato ; tristior illo ost, 
Qui vicit, fasccsque pudot rapuisso Catoni. 
Cf. Ph,, I, 128. Victrix eauâa diit pfaatif, ted vieta Catoni, 

Mais à quoi bon s'attarder à ces exemples? I^a liste que 
nous avons donnée des imitations do Lucain chez Pétrone 
est assez significative. 

La métrique et la facture des vers se ressemblent beau- 
coup chez tous deux. Peut-être faudraii-il remarquer que 
les rejets sont plus fréquents dans la PKarsale. Mais en 
somme les coupes sont les marnes. Pétrone pourrait pren- 
dre à son compte ce jugement de VEpUaphium Lueani* : 



1. lliQue, Ànthot. tat.,2, p. 120. • Cormina codicU Valontiniani •,QOS. 



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224 eiupiTiiB lit. 

vdllrllllf# HINI^^MIIII WftSH MfMIlNI WlÊùhêf 

Qim imolim 9erpani : pfuê miki û&nma flm^H. 
ISûminlê in mortmp qum êM miranda, cUeiUur: 
llwt «trt fiipjel diétiot qum ftrid. 

Préoeeupd de faire voir les proeédés d'imitation de Pé- 
tronei de marquer les différences et les ressemblances que 
son poème présente avec la Phartale, j'ai peut-être insisté 
plutôt sur les défauts que sur les qualités du De M!o eivili. 
Pour étro juste, il faudrait louer davantage la concision 
énergique do beaucoup de vers, Theurouse hardiesse et 
l'éclat d*un certain nombre d'expressions : la préciosité 
même de ce style n'est pas sans charme. C'est ici que 
Pétrone s'est le plus montré poêle. L'œuvre a du souiDey 
de l'entrain, de la verve ; mais l'impression générale de- 
meure bien celle que M. G. Doissier a rendue* : « Ce 
{loème contient assurément de beaux vers, mais quand on 

le compare i la Pharsale , il faut avouer qu'il a 

graud'peiue à soutenir la comimraisou. Pétrone a mal 
réursi dans son eutropriHCi et l'ellet que produit son ou- 
vrage est tout h fait contraire aux principes qu'il voulait 
établir* Il prétendait prouver que l'épopée ne peut pas se 
passer de merveilleux, et le merveilleux qu'il ajoute à 
l'iruvre de Lucaiu se trouve être cntiërement inutile : il 

n'explicpie rien et tout se comprend sans lui En somme, 

Pétrone écrit à peu près comme Lucain; ou trouve chez 
lui «le la recherche et des pointes, de Tesprit hors de pro- 
pos, des pensées brillantes « qui sortent du tissu du dis- 
cours ». 11 avait beau maltraiter son siècle, il n'est pas 
parvenu à lui échapper, et de ce passé qu'il admirait, il 
n'a reproduit que quelques formes vides. % 

Eu résumé, malgré les savantes dissertations de Moss- 



I. VOpitoiiiêon êous ieê Céêarê, p. 2tO. 



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LA FAHODIB BT L'miTATIOIf DAIft LB SATiniCON. 225 

lor, dont on peut d'ailleurs tirer grand proOt pour l*éuiblii- 
tement et rinterpréiatiou du textOi Je demeure convaincu 
que Pétrone n'a pas prétendu rivaliser avec Lucaiu ni le 
ciitiquer sur un autre point que sur la part trop restreinte 
faite dans la Pharsale aux machines épiques. Il n*a pu 
songer à opposer son impelus i l*œnvre considérable et 
achevée de Lucain. Cet exercice d'écolo', qui consiste à 
refaire d'après un système différent une partie d'une épo- 
pée en vogue, en utilisant largement les vers de ctftte épo- 
pée, n*a rien de commun avec une satire personnelle. 
Quand on se mêle de critiquer un poète contemporain, 
qui est de plus un ennemi politique et qu*on cherche par 
ce moyen à Taire sa cour au prince, ou s'y prend d'autre 
Eorte. On ne choisit pas pour attaquer son adversaire un 
versincateur ridicule qui vient à brnle-ponrpoint, après 
avoir déclamé sur rimtroyablo difllculté de la poésie, dé- 
biter ses vei*s et en tyranniser la conver<ntion'. On ne 
s'entoure pas de tant de précautions oratoires. 

Nous ne pouvons donc voir ici qu'un (^^sai, do j(*unesso 
peut-être, une pièce enlrppriso après la lecture de Lncain, 
avec l'intention de faire à la mythologie phis de place. 
Un classique remanie dans le goAt de Virgile, son maître 
préféré, une partie d'une œuvre on il trouve des beautés, 
mais qui ne répond pas au système épique traditionnel. 
Je m'imngiiie Silius Italiens jugeant que la PImrsale mnn- 



1. Voir la citation do Plino lo Jeune, raiti^ trt*s h |»ro|K>si par M. Sou- 
riau {op. eit,) : • Niliil obriicrit, *\\\m logorin hariiMiiitf ul roui oi*gii- 

nioiitiim*|Uo tonoaâ, i|im.si n*iniiliiin s(*ril»oi*o |4M*ti.H:|iic t^unrorrc 

Licobit inlcrdiim cl noliiisium cli((t^rc oi rortiii*!* ciiin oloctiH, hi|. •iAH 
FUMCHM, Kp., VII, 9.) 

2. Tel Vudius, femmei savante», arlo 111, »c. V : 

■ Voici do pctiU veni hur de JciincM ninanU », ol«^ 
(X Pétruno, chop. 119,'lln : • tuiupiam Mi placei hic impolu«.> 

CKITiqtra klTT^HAINfl. IS 



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S26 eHAFlTM lit. 

que de menraUleux^ puis t'appliquant à y intercaler les 
dieux d'Homère et de Virgile et à leur faire Jouer un grand 
rôle. 

Car rien n'empêche d'admettre que le De belto eivUi ait 
été composé plus ou. moins longtemps après la mort de 
laicaini qui était clashique, très lu dans les écoles. Juvé- 
nal en pirle comme s'il vivnit encore 

Sat.f VII, 79, 80. Conientuê fama Jaeeai lAteanu» in horiU 
Uarmorciê, 

Pétrone n'a*t*il pas rofait à sa manière un épisode de 
VÈniide {Trojx halosii)7 

Quand on voit par quelles fr^los transitions sont liés 
au récit les deux principaux morceaux poétiques du Sati* 
rieoii, on se confirme dans l'idée que c'étaient des pièces 
composées d'avance et que l'auteur a recousues à son ro* 
maUi puisqu'il avait & faire parler un poète bavard et im- 
provisatour. Encolpe aurait pu dans la galerie regarder 
n'importe quel tableau , Ariane à Naxo8| et nous aurions 
eu une imitation de Catulle ; la dispute des arnieSi et c'est 
Ovido qui oAt servi de modèle. Le De bello eivili serait de- 
venu aussi aisément une Thèba'ide ou dos Puniques, si Pé- 
trone avait eu sous la main un exercice traitant ces sujets. 



t. Voir on parilculior, Punlca, 11, 4754)31, lo luiig morcoau iiiylho- 
loffli|tioparloiiiiol 8ilius oxp|ii|iio riiûroïi|iio rôsUluncodos Bogontint. 
(llcrculo ol Kidcb; Jiinon évoi|iinnl Tisiphono qii'onlouront Luclus, 
Planctui, Mioror, Dolur, Pœiiiu ; Prudigos« etc.) 



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CHAPITRE IV 

LB8 SOUTBNIRS DBS AUTRB8 PO^TBS BT DBS PROSA« 
TBURS LATINS. — HORACB, OTIDE, SÉnIbOUB. — 
LES SOURCES GRECQUES 



L'examen dos poèmes Troj^ hahiii et De bello civHi nous 
a permis déjuger de quelle manière Pétrone pratique Ti* 
mitation de certains morceaux poétiques déterminés. Nous 
Tavons vu remanier à sa façon des fragments du deuxième 
chant de V Enéide et du premier livre de la Plianale. Nous 
avons recherché en mémo temps dans le reste de son œu- 
vre les réminiscences qu'on y peut découvrir de Virgile et 
de Lucain. Il faut poursuivre cette étude et essayer de dé- 
mêler les autres modèlifs do Pétrone. Nous commence- 
rons par deux pièces de vers qui, comme les précédontesi 
semblent des pastiches do poètes connus ; puis, après avoir 
passé mpidouient en revue les autres fragnionts poétiques 
répandus dans le Satiricon, nous teutei*ons do dresser la 
liste des auteurs latins et grcûs que Pétrone semble avoir 
mis à coutrihulioUi auxquels il a emprunté ou des situa- 
tiens ou des termes savamment fondus dans ce style corn* 
posite et cependant iriié ptrrsonnel. 

C'était une des traditions de la ilinipitée de pasticher des 
morceaux célèbres et d'imiter la manière des écrivains en 
vue. Pétrone suit en cela l'exemple de Varron '. 

t. V. chapitre II, ciUlion do M. G. Bois^icr, Étude êur M, T. Vat" 
ton, p. 78. 



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• 228 esAFiTiiB ly. 

Il 6tt certain qu'il a cherché à Introduire plut de Tariété 
dans ton roman en y faitant entrer det intermèdet poétl- 
quot| où il t'exerce à la tuite det mattret, tant Intention 
de dénigrement à coup tûr» et tout au plut, par endroitt| 
dmit un etpritde rivalité ditcrète. 11 taitit toutet let occa* 
tient de donner carrière & ta facilité do veriiOcateuri ou 
bien do tirer parti de pi6cet déjà compotéet auparavant. 
Il ne lui déplatt pat de refaire & ton goât| Ici du Virgile^ 
là du Lucain ou du Liiciliiit| de donner comme un frag- 
ment de Publiliiit Syrut un morceau où il reproduit le 
tour et le ttyle du mimograplie. 

Qu*il ait au chapitra ô lo dettein d'imiter Luciliut, les 
terinet miimetdont te tert Agamemnon Tattottent: Sed ne 
me putes improbasse sehedium c Lueiliamt humilitatii », quod 
senlio, et ipse carminé efflngam. (Ch. 4, 1. 87). Cet mott : 
et ipte temblent indiquer que, dant un pastage perdu, 
Eiicolpe avait ou cité ou imité Luciliut. Humilitatis ett le 
texte du Codex llentensit^^ adopté par M. Duccholer et par 
Lucien Mueller*. 

Go mot doit être interprété comme un Jugement tur Lu- 
ciliut : « Ce Luciliut dont je ne blftme pat let improvita* 
tient et les vom terr«) à terre (/itim//i7ai). » C'ett en tommOi 
trôt rétuméoi l'appréciation d'Horace tur ton devancier: 

Sai.f I, IV| 9 ifi kora êtrpe dneeiitoê, 

m maguHM^ verânn dkfabai, êtaun jtede in hho. 
vt Sat.p T, 10, 1. Kempe tHCompoêito dixi jtede cnrrtrt verânê 
LneHi. 



I. La plii|Nirt doi manuscrits donnent • iniprobitaiis • qui pruvien* 
drait d' ■ imiiiMlMisso •. A la riguouri on oxpliiiucniit ■ iuiprubitos ■ 
|mr co vom do Imcilluii, XXIX, \0 : 

• Auiicort hodio cum iuiprobo illo audlvimus Lucilio tdvocmro. ■ 
<Lu«7iliiis, Sut. rtttq., imI. L. Muollor, Toubnor, t872.) 

i. Lucilius, .1^. reliq. 



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FOkTIt n FROSATBOIIt LATIVt. 229 

/ Quant à sehidium, l'eipretsion est de Luciliut lui- 

/ même ; elle est citée également par Apulée {De deo SocratU, 

. p. 102| éd. Hildebrand) : « etiam in isto, tu ait LuclHut^ 

ichedio H ineoiidUo experhnini, an idetn sim repentinui qui 

pnparatui\ • On pourrait prendre les mots schedium lu* 

^ eilianx humUilalit dans le sens général d'improvisation. 11 

V est plus probable touterois que Pétrone imite ici Lucilius 
lui-même. Le mélange de deux mètres dilTérenlsdans une 

/ pièce si brève peut être considéré comme un signe de cette 
imitation. Nous avons dans Pétrone tiuit vers clioliambi- 
ques ou ïambiquesscazons, suivis doqualone licxamètres. 
Les livres 1 à 20 de Lucilius étaienl| selon Lucion Mnel* 
lor, écrits en lioxauiètreit, les livres 22 à 20 en mètres di* 
vers (sénaireSy ifcpténairetf| distiques, etc.), le livre 30 en 
hexamètres. Il ne semble pas qu'il ait fait usage du clio* 

^ liambiquOi employé pour la première foiS| dit-on , par 

Cn. Matins, puis par Lievius et M.Terentius Varrun. Mais 

^' celte variété de nièti*es que nous ollre le court fragment 

do Pétrone se rencontrait chez Lucilius ainsi que chez 

KnniuH. 

Il n*est pas liesoin de revenir sur la doctrine littéraire 
assez lianalo qu'expose co schedium à la Lucilius. Happe* 
^ Ions que la pièce comprend deux parties. La première 
• (choliambes) est morale. (Point d'art véritable sans lion* 
nés mœurs. Quiconque vise au gnuid doit fuir toute Imis* 
sesso: parasitisme, courtisanerie, applaudissements gagés ; 
tout excès : plaisirs de la table, ivres^^e.) 

^ La deuxième partie (hexamètres; trace un plan de no- 
bles études : poésie, philosophie, éloquence, esquisse 

. quelques sujets à traiter, insiste sur la nécessité de se 
nourrir de la lecture des mattres. 



1. Cr. Fo.sliiM, 3:lt. • Sclicdia Koilem vui'iibiilo Lucilius quoquo 

Ï^oemiilu viliu oi viTMië.uuu Milis iktIVcU i|ui c^^enl u|i|iflluvil. • {Us 
ib, éncerî,, 20; Lucilius, ùtJ. L. Mucllor.; 



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280 eiiAPiTiii I?. 

La d4bttt| où •• Itiont des généralités tatirlquasi pou* 
vait olMr des réminiscences de Lucilius ; pour la seconde 
pariiCi les termes de comparaison nous manquent davan- 
tage. 

De même poiur la langue. Il nous reste trop peu du 
vieux satirique pour que nous puissions discerner les em- 
prunts directs, s'il y en a ici. 

Ce qui rond encore plus difllcile cette comparaisoui 
c'et't l'altération prolmblo du texte dans ce tehedium. J'ad- 
mets que le morceau nous est présenté par Agamemuon 
comme une improvisation. Dès lors, on n'a pats le droit de 
se montrer trop rigoureux pour les négligences qui s'y 
sont glissées. 

MaiSi il y en a beaucoup et de frappantes. Dans ces 
22 verS| que de répétitions do mots t mentern, v. 2, et nien- 
lis, V. 7 ; plenui, v. 13 et 22; det, v. 11 et 17| et dent, v. 
19 ; trueem, v. 4, et truei, v. 10 ; verba, v. 20 et 22 ; io/iO| 
V. IG, et sonet, v. IS^ peclorêf v. 12 et 22. 

D'antres expressions semblent reprises de la page de 
proi^e qui pn^cède ; ce qui prouve d'ailleurs que ces vers à 
la Lucilius pi*ocèdent Inen de la niâme inspiration : 

Chap* 3, t. 19. Cuiii coiias divituiii captant. 

8ohedo V. 5, Cftenwe eenoê m}toteiiUum cajftet, 

Chiip, 4, 1. 25, :I0« Sevcra Icge proficuro — lectione ssvera. 

Kcliod,, V, 1. /li*//Vi nevertr 

Clmp, 4. I. 2)0. Irrigaroiititr. 

Schetl., V. 12. Whaf foulrjn, et V. 21, 22,/iimiiie largo 

piemiê. 

Clinp. 4, 1. d4. Qraiidis oratio. 

Bclioil., V, )H}» Gruêidtaque êitdùmiti VivtronU verba minetur. 

D'autres passages sont fort pénibles à ontendroi malgré 
les corrections proposées, et donnent à penser que la pièce 
a été inexactement tianscriteou tronquée par l'abréviateur. 



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poisTii iT pnosATiuni latiks. 281 

N'insUtoni pas lur ces épithètes inattendue! qui eem- 
blent prises au hasard dans un Gradut, comme : 

V, 9, 8ed êivt < armigerm t rideiti TritùMiê areu. 

Que viennent faire ici les armes de MinervCi alors que 
le poète la considère comme la déesse des arts ? 

On peut expliquer rident par le vei*s d'Uorace {Odei, II, 
VI, 13 et 14) : 

lUe Urrarum mihi pneter cm m» 
AnguÏM ridrj. 

Mais ridetUf construit nans régime dans PétronOi semble 
i peine correct. 
Que penser de : 

V. 16) 16. Wnc Itomana mauHM r/rcumjluat et modo Oraio 
Kxoneruta êono mut et êitffu§a êiiporem f 

Ces mots : manus, sono, saporem constituent un assem- 
blage de métaphores incohérentes*. I/abréviatour a bien 
pu supprimer ici un vers ; je rétablirais : 

Ilttne Bomaua manuM cireiunJlHat, 

€ Qu'autour de lui se presse la foule des écrivains ro- 
mains. » Cf. Quintilieu, Iiist. orat., XII, 10, 78 : etrcum" 
fluentibui undique tloquentiw cojms. •— Ibid., X, 1, 76. Se* 
qmtur oratorum ingens vianus. Il devait y avoir une idée 
iutonnédiaire : Qu'il ajoute à notre langue la richesse du 
vocabulaire grec ; que ces mots grot^s versés dans notre 



1. Kiilro autres cunJiHrtiiroM, on a proponù ilo liro (lIolnHius) ; 

• ai*u<|iio Gniiii iiiiiUmiI • ; 

ce qui n*ciii |mi bouiicuii|i pluë clair. 



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282 GHAFITMI IT. 

langue (ni/fWa)y dépouillét de leur ton étranger (emiiemlei 
tono)^ Acquièrent une nouvelle saveuri toute latine (mutent 
iaporem*). 

Au vers 19, dent epulag ne s'explique pas. On a sup* 
posé : deln dct epog, del beila (Heinsius) ; dein pu^iioi (Rul- 
gersius) ; deiU ekgoi, dent bella (Bumiann)i etc. Tous les 
verlies qui précèdent étant au singulier, on ne peut en- 
tendre daU epulas qu'en prenant pour sujet bella : • Que 
len guerres fournissent un aliment à son talent, une ma- 
tière. » 11 faut en ce cas attribuer à Pétrone une hardiesse 
lK>élii|uo un peu forte. Cicéron, dans un passage où il tra- 
duit Platon, a bien employé epuiv au sens de noun'iture 
(le Tcsprit {De divin., I, 20, 61) : En pars aninU erecia satu* 
vainque bonannn eogilalionam epuUs. Mais rexprcssion de 
Pétrone serait bien plus osée, si le texte est exact. 

Le vers précédent offre aussi un sens peu net : 

V, 18, Kt Fortuua ttotiet celer! tUntiitctn meafH. 

On pourrait lire avec Barth : diseincta, qui serait plus 
clair. 

Remarquons en passant que le sujet proposé par ce tehe* 
dium aux jeunes poètes est celui-là môme que Pétrone 
traitera dans son fragment le plus étendu. La Fortune ac- 
complissant ses rapides révolutions, les guerres chantées 
d*un accent farouche et sur un ton éclatant, c'est la ma- 
tière du De bello civUi et de la Pharsale. 

Prenons la pièce telle qu'elle nous est donnée par les 
manuscrits et examinons si elle s'éloigne beaucoup de la 
satire de Lucilius, telle qu'elle se laisse entrevoir. 



1. C:f. lluraro, fi». ail Pisoitei, v. 5*2, 53 : 

8i 

Gru*co Ibnto cmloiit» iNin*o doturta ..... ■ 



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POfcTIB BT PB08ATB0B8 LATIlfS. 233 

. Beaucoup dei mots employés par Pétrone dans ce 
sdiedium se lisent aussi dans les fragments de Luci* 
lius. Ce sont, il est Trai| les expressions de la langue 
la plus usuellOy et les mots qu'ils ont en commun sont 
pour la plupart très peu signiûcatifs. Si peu proimnte 
que puisse être cette collatioui j'ai relevé cependant tous 
les termes du tchedium qui sont communs à Pétrone et à 
Lucilius. 

Artis; Lucilius, éd. L. Muollor, Sal. rrl., livre XIII, 
1. 16; — sevone; XXVIII, 12 : xeceivi philosoifhus; — 
elTcclus; XXVI, 9 : ul eyo efficiam (juod le in primis cttpcre 
inUUeijo; — mentem; XXX, (59; — nioreM; ex lib. incet'L, 
9, 10 : mot-umf — li»f,'c; XX, 10, etc.; — curet; XXVI, 
75, etc.; — alto; XVI, 11; — vullu; I, 29, aO; — 
cenas ; I, 34, etc. ; — caplcl ; I, 20 ; XXVII, 32 ; — per- 
ditis; dans un autre sens, ex lib. inccvlis, 14U ; — obruat; 
XXVI, 3G : iumma in erwnna obrutam ; — vino ; XXX, 
55; — rictus; III, 49; — aiTes; X, 10; — domii»; 
XXVI, 49 ; — vewus ; V, 1 ; — nniios ; XI, 8 ; — liibnt ; 
XXVI, 43; — pectore; VllI, 5; — foiitem; XXX, 2; — 
Socralico; XXVII, 46; XXVIII, 40; — gregc; IV, 32; 
— liber; ex iib. inc, 135; — ingcnlis; V, 29; XV, 17, 
etc. ; — mutet ; XXVI, 15, 31 ; — sjiporem ; je ne trouve 
que sapere aw sens do : avoir le goAt de; IX, 9; — in* 
(erduiii; XIV, 10; — subducta; XXVIII, 33; XXIX, 
80; — furo; ex lib. ine., 17, 114; — forluuo; VI, 85; 
XIII, 4; — uicatu; V, 2 ; nxearel; V, 3, menti — epulas; 
IV, 8; — bella; XXVI, 55; — Indomiti; XXX, 01; — 
vcrba; XXIX, 57; ex lib. inc, 19; — animum; 111, 71, 
etc. ; — bonis; ex. lib. inc., 5, etc. ; — Ihiiuine ; 111, 21 ; 
VIII, 18; — plcnus; XII, 0; XXII, 3; — defuudcs, 
XXII, 3, defusujn. 

DefttMUfH e pleno êiet hir êij honeee. 



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284 ohapitui it. 

Ainsi les moto plmm et defitnden font rapprochés chet 
Luclliui comme dans le ?en 22 de Pétrone : 

PteHHê Piwh df/nudet ^ort vtrha. 

Il temU téméraire de vouloir tirer une conclusion ferme 
de celte collation que nous faisons par un scrupule peut- 
tére excessif. Mais, en fait, il n't'st aucun terme du iche* 
dium de Pétrone qui n'ait pu vraisemblablement se ren* 
contrer clies Lucilius. Les idées elIes*mâmos ne sont pas 
en contradiction avec celles du vieux satirique. Seule Tal* 
lusion à la claque (v. 7 et 8) pourrait viser une époque plus 
récente* Mais déjà du temps de Lucilius, AthàneS| Tarentei 
NapleH (Sireiwm domus)^ étaient 1<'S villes grecques ou hel- 
lénisées où allait étudier la jeune aristocratie romaine. 
Les généralités morales et littéraires qu'exprime le sclie- 
dium auraient pu tout aussi bien «Hrc formulées par Luci- 
lius lui-même. No condamnc4-il pas ceux qui bu livrent 
aux excès de la table ? 

L. 1V| 8. Qnwl êititipfuM ah^ite eimlu» vtrtu prœjwui» honcêto. 

(Cf. Pétrone, chap. 6, v. 5 sq.) 
K livrasse : 

L. XXX| 64| 66. Seito elenim btne longineum mortalibu^ morbum 
In vitto eê»e, ubi qui invUavii dapêiliuê te. 

11 exhorte aux nobles travaux : 

L. XXVI, 10. Hune taborem $uma§, iaudem qui ttbi ae fruetum 

[feraf. 

Il apprécie les écrits de l'école de Socrate : 

L. XXVII, 45, 46. ... , neêfiê ubi 

Oricri, ubinmicSocratieickartif — quitîquidqumriêppetiimuê. 

Cf. Pétrone, Chap. 6, v. 13. 

SocraU'co j^fenuê grege 



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POlETBt BT FROSATBURt LATINS. 285 

La rert 12 de Pétrone 

Mmoniumqut htbai feiici peetort fontem» 

fait songer à celui de Lucilius : 

h. XXX, 2, Quantum kaurirt animuê MuêarumeefoniUm* gmtU. 

Enfin I remploi asëes rare de irrigari au sens métapho- 
rique (Pétr., Ghap. 4, 1. 30) : ut studiati juvenei leetione 
ievera irrigarentur, se trouve déjà dans Lucilius. 

L.| XXVI, 61. Hve (u »i voleâjter aHri^j^ectuê iuritjarUr '. 

J'ai groupé les arguments qui me font présumer quOi 
en ce xchedium, c'est bien Lucilius que Pétrone a imité, 
ainsi qu'il Ta lui-même nnuoncé : ne me pules improbasse 
tehedium Lucdianx humilUalis. l^our ce qui est des vers 
(Ghap. 55) que i*é(rito Trinialchion conum; étant de Pulili- 
lius Syrus, la question semble plus sujette â controverse. 
Ou sait (le quelle faron surprenante etit introluite ceUe 
prétendue citation du Tanieux autour do mimes. Trimai* 
chien, ce lin lottix^, demando au rluHeur Agamenmon 
quelle diiréreuco existe, à siin avis, outre Gicérou et Pu- 
blilius. Quant a lui, il Oitime que le premier est plus élo* 
qnent, le second plus moral (*l il ajoute : Quid enim lii$ 
melius dici potfstf Suit une pièce do 16 vers en séuaires 
italiques. 

M. O. Ribbeck' attribue ces vers à Publilius Syrus. 
G'est également l'opinion de Mo?âler et de Wchle. Bem- 
hardy' et Orelli^ jugent difTéremmi'Ut. Suivant eux, cette 



t. Au clinpilrn 2.1. lo mot : « MpiiUiloriiiinili • ni|i|if*llo lo : • imn^lio- 
cinuiili • ilo Liii'iliuH <L. XXX, 77 t. 

1, SctTM/ctr JioMOHorHm jfoeMis /tagMeHtn, vol. If. • Cuinicontm 
rnif?in«Milii •, p. .10:1. 

3. iiruHdrisM tirr Hùmhchrr UUerntur, iOO. 

4. PofL oeL carM.jèHt., l. I, p. 'W. 



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\f 



S86 eaAPiTni i?. 

pièoa Imita plutôt Tart de Publiliui Syrut qa*dlla ne re 
produit un texte de lul^ Tel est auMi mon lentimenl. 
Nous n*avons ici qu'un tlième très généml| comme nous 
en avons déjà rencontré plus d'un dans le Satiricon, mais 
imité cotte fois avec une certaine aU'ectalion d'archaïsme. 

Pour le fond| il ne s'y trouve presque rien qui ne soit 
elles d'autres écrivains. Les éléments de celte déclama- 
tion contre le luxe do la lable existent chez les satiriques. 
En est-il un qui n'ail lonné contr! la somptuosité effrénée 
des festins? L'autour iious énuniere les mets rares et coA- 
(eux quo va clioivlior au loin la curiosilé rafllnée des gour- 
mes. Il s'indigne & la vue do ces porleS| de ces émeraudes 
et oscarl)uucleS| do touti«s cos pierreries dont les inali*ones 
s«? parent à iirofusion. Il flélrit ces lissus lrans[iaronls qui 
voilent à puine la nudité. Rien de plus commun que ces 
idées. 

Pour afilniier eu nier avec corlilude l'aullieulicité de ce 
fragment', il faudrail avoir du slyle de Publilins Syrus une 
connaissance plus approfondie que ne le permeilent les 
mres débris qui snbsistonl du mimogniphe. En dehors du 
recueil des sentences, nous ne possédons de lui que trois 
vers et demi. 

Ce qui frappe tout au moins, c*est le peu de rapport qui 
existe entre renilure, la i*echerche du morceau de Pétrone 
et la concision t»i sobre, les sommaires antithèses des son* 
tences de Publilius. 



1. A Mii|ipoMor ipin nm Yor.4 AoiiMit iino riiaUun ol non rtinivro de 
PiHiiinc, ruUhbnliun à Pnlililiutf Syni.n n'en ili*vniil |Nië intiinn renlDr 
furl iltuiiiMiHO. Ciir lu l'iUiliun oui fuito |iur IVhnulrluun dont Pélruno 
io |iluU à ralro tVH!iui*tii* riKiii»i*4ni(M*. H anruil pn irv6 bien lui prèlor 
Ici uno t.Miiii'kiHiun «Io nunis pliiiiuinlo. 

*i. 1«(* l«*\t() ili* tM) n*ii)(uioni Qni |»tMi mW. M. Ilibbock a prupusé 
qu(«l«|Ui'i» l'orrivliutm ot IriuiHpuxiliunH ilo yen» : 

10. • NîmI lit «rinlillo!» i PiMbilun cëi carbunculun. ■ 

La» ver» 10 ei 11 dovienneni Ioa von» là ci IC. 



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MftTBt IT PROtATlUnt LkTlV. 287 

Quant aox alUtémiions * et aux mots compofét* de phy- 
•ionomia archalqua que ron relève en cette piècei ils peu« 
vent n'être qu'une imitation des anciens poètes» Au sur* 
pluS| ces allitérations ne se rencontrent pas seulement 
ches les vieux comiques ainsi que clies Yarron, qui, dans 
ses Ménippèes, en faisait un fréquent ui^age. Dans la partie 
du Satiricon où se trouve insérée la pièce qui nous occupei 
les allitératiouSi placées pour la plupart dans la bouche 
des gens du ponploi existent en assez grand nombre. 
M. J. Segebade'en a dressé la liste. D'auti*e part, dans la 
pièce attribuée à Publilius Syrus, on est frappé de cci*tai- 
nés exi»reBsions, d'un tour recherché et ingénieuxi qui 
semblcMit porter la marque d'une époque plus réccntt«. 
Ainsi : 

V, 16 venlum textihitt*. 

V. 8. Neqttitm nîdnm in cacrafto fecit inodn. 

Ce sentiment de pitié pour la cigogne, exilée de l'hiver, 
messagère de la tiède saison, ne semble guère propre à un 
auteur de mimes. Les vei*s ont je ne sais quelle mièvrerie 
qui est plutôt de la décadence. 



V. 6 et 7. CicOMêft eh'am, tfraia perayrina konpita 

Avis exitt hieminf tihiluê fttpidi tfmjtoriâ. 

Ce sont là toutefois, il faut le reconnaître, des indices 
bien vagues. Je me fonde plutôt, pour restituer cette pièce 



1. V. 1. • Miirti» iniircoiil iii«i*niii. • 

\,1. • Piiliitu rIniitfiiM piivii piim'itiir. • * 

V. 7. « Tiliiliiii t«*pifli UMiiporiM. • 
?. V. 0. « Pi<*tiilii'iillri\; ^nuilipim ». 

.1. ObMervafiottes graMmaticm ei criiicm in PeiroHinm, p. îî»7. 
i. <:r. Iluriico, Saf,, l, i, v. 101, el 8cniMpi«s Oe ifeMe/., VII, 9» 
p. Hl, 5, éd. lluttHO. 



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S88 eiuFiTM !?• 

i PétiOM*! sur les rettêmblaiicet qu'elle présente aveb 
pluiieon autres moreeaux du SaUrtwn. Cette déclamation 
somptuaire se répète nu début du De belto eivill, ▼• 88 sq. ; 
ainsi que dans la pièce du cliapitre 98 en dix hendécasyl- 
labes*! où nous voyons énumérés le faisani la poule de 
NumidiCi le scare. Ici In poule de Numidie est également 
citée; Tauteur y joint le chapon , le paon* et la cigogne. 

Pétrone semble s'être souvenu de ce passage d'Horace 
où sont réunis presque tous ces mets rares : 

8nt., II, 2, 32*28. Née §rarH§ aut itotent jtcregrina* Juvare fagoté. 
VixtameH ertp/am, poêito jtacoue veh'â quin 
Hoc jtoiiHê quuM gallha iergere jHUatum, 
Corruptu» vam'ê rerum, qnia veueat aura 
Uara avin ei p/cfa yandat Mpecfaeufa eauda. 

••••••• Knm teMcen'ê iêta, 

Quam fanâti», pfufMat 

V, 49t 60, T^tu» erat rhombuê Moque chôma nido ', 
J!>ON0C rot auctor docnit prn'tortHâ. . , , » 



I. • Coti là uno ilik*lAmAtlon luboricuHcinont splriiunllo ot élc^gonlo 
où do bons criUiiiics ont vu moins ToMiyro tM\n f|u*un pasUcho plus 
ou moins flilMo uo Publilliis Syrus. On sn rofùso vraiment à y rocon* 
noUro lu mômo main qiio daiiii cos bollos ni simplos sonloncos |itr 
losi|Uollt«s, blon mloiix ipin par les proritiK^H ilu bol oiiprii, Il rolovoit 
tout à coup do son humilité le gonra vuJKuiro, tfro.si»ior, licencieux, 
«miuol il lui Aillait se nibaisMer. • (Paliu, ÉtudeM sur ia Poéiie iaUne, 
t. ^, p. .155.) 

i. V. 2. « Alt|Uo \ttm volucres placent |mluto. • Cf. IVu(pn. aUribué 
A Pulililluii Hynis, v. 2 : ■ tuo \m\ikio cluusus pavo •. 

3. Kelun Tertullion (De PaliioU llurlcuslus aurait le premier Aiit 
stfr\ir dt*s imons sur mi tiiblo. Publiliusi 8yrus rriliiiucrait dune uno 
innovation tnuto conlcuip<iraine. Mais ilo tout temps, un H'indignertt 
contre ee raflluementdu luxe ot on plaindra le piiuu uu beau plumage. 

Cr. Martial, XIII, 70. • Miroris (|uotie!( gommaiite^ explicat uias, 

• Kt pûtes huuc sievo tradore, dure, cuco. ■ 
i\t, Juvônol, Soi., 1, 1 i^. ■ .... et crudum pavunem iu bulneu iKirtas. ■ 

4. Pùlrune, cluip. 55, v. 5 : 

■ Cieonia etiam peregrina • 

5. Pétrone, clmp. .Vi, v. .'i et 8 : 

• Ci«*(iida. 

• No«|ui*ia* niilum in rueralm tei^it uunio •. 



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POftTBt IT PIIOtATBIlRt LATINI. 289 

Lat dii hendécâtyllabef du chapitre 98 ont an moins 
rarehiltme, nutis la thème eet analogue : 

Vûê êÊip fuod Ktél 

Publiliua Syrus a dit de même : 

KU magie amaî eupiditoê^ quam quùd mon lied *• 

La similitude de plusieurs expressions avec des termes 
du De belto civili indique que Pétrone est aussi Tauteur de 
ces hendécasyllabes. 

V. 1. Aies Phatiiicb petiU Colohit. 

De Mlo eiviU, v. 86, 87 Jam Phaêidoe nnda 

Orbata eH av/bne. • • • • • 

V. 6. Plebeiam sapit 

V, 8. ••••••• • non UêH piebeîo trita voinpiaê, 

V. 6 «t 6 nUimit «b oris 

Attractua tcarat. 
V, 88. •••••..• Sieulo êcaruM tequore merêHê, 

On ne saurait d'ailleurs trop le redire, ce sont li de pn* 
res banalités satiriffues ot moraloB, SénëquCi Juvénal, 
bien d'autres écrivains nom» offriraient do faciles rappro* 
ments*. 

Il est donc impossible de préciser pour chacune des 
pièces du Satiricon l'auteur que Pétrone a imité| si toute* 
fois, ce qui est fort douteuX| il a eu un modèle pour tous 
les morceaux poétiques dont il a semé le Satiricon. 



t. PHàliUi Sgri senienitm, m, Ribbcck, op. rit. 
2. Pur oxoinplc, clinp. 9.1, v. 9. • .... rosii ciiinamiim vorolur t. 
<:r. Juv/mul, Sot., XI, lliA'U. « .... putere eidentur 
« Ungnenla att/ue ram. . • ■ 
Clmn. 93, v. 10. • Qiiici|iil(l i|iiii«riliir, opliiiiiiiii vlilolur • 
Cf. Juvuiittl, XI, V. Jd. ■ Mftgis iHa Jêêvani, qnm idurli emuntur, ■ 



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S40 . eHAFiTni !▼• 

JuiqttMoli nous l'avoiii tu t'appliquar i nous donner, 
refondues ou remaniées selon son goAt| des imitations de 
VirgilOi de LucaiUi de Lucilius et de Publilius Syrus. 
11 s'est évidemment complu i ce bariolage poétique ; il 
s'est nmusé i ces varialions plus ou moins heureuées sur 
des thèmos d'école ; il n'est guère de genre ou il ne se 
soit essayé. Ici» c'est l'épopée au De bello civili; là, l'épi- 
gramme^ ailleurs Télégie. Plus loin, des fragments des- 
criplirs dans le goAt d'Ovide, ou des tirades satiriques. 
Los niùlros sont égnlnmont diversinés. 

Pabsuns rapidement en i*evuo les plus importantes de ces 
pièces, La peinture eu 8 liexamèlres (Cliap. 131) du bos- 
quet où Circé attend PolysenoH a l'aitiauce et la grâce des 
vers desrrii>tifsd*Ovido'. Quelques traits de l'invocation ù 
Priape (17 hexamètrcti, Cliap. 133) rappellent le morceau 
do Catulle (XIX : Hovlorum deux). Il y est entré aussi 
des souveniiM dt Virgile et d'Ovide. Ces versent une élé* 
gance et une facilité qui contrastent avec la manière do 
certîiines pièces si tourmentées ou tronqué(*s. La tirade 
de la magicienne (lU hexamètres, Cliap. 134) contient 
des imitations d'Ovide, de Virgile, peut-être aussi de 
Tilmlle et de Lucaiu. Les vers ont un tour tout classique. 
Ou sent que Pétrone, pour développer cotte donnée fami- 
lière à l'épopée et à bien d autres genres, a eu sous les 
yeux de bons modèles. 11 a minute sans faron emprunté & 
Virgile un vers entier, le vers 13. 

Au chapitre 135, une pièce en 17 hexamètres peint la 
simplicité d'une habitation rustique contrastant avec la 
vaine magnillcence des palais. Virgile, Ovide, TibuUe, 
nous olTront des oppositions do ce genre : ce sont la les 



1. A propos (IcH Boiircoa grocqtioH do Pùtrono, nous parlerons ilo lu 
pi6oo on 7 hoxanièti*os du cliupUro 1*27. Voir plus loin, mduio cliajdtro» 
p. 310. 



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POftTBI IT PnOSATIUIIS LKTWê. 241 

modèles do Pétrone dans cetto dernièro coupure de son 
romnn, Ovido surtout. 

Parmi les autres pièces eu hexamètres figurent les vers 
d*uae emphaso amusante où Ëncolpe célèbre sa victoire 
sur Toie de PrLipe (Ch.ip. 136, 5 hexamètres), comparée 
aux oiseaux du lac Stymiihale, aux Harpyes*. Également 
tragiques dans une situaiion burlesque sont les 8 hexamè- 
tres(Ghap. 139), où ISncolpe so plaint d'être la victime du 
courroux de Priape et évoque le souvenir det( héros ou dos 
demi-dieux qu'a poursuivis la colère d'une divinité : Her- 
cule, Laomédon, Pélias, Télèphe, Ulysse. Rappelons 
comme une autre parodie du style de la tragédie ou de l'é- 
popée les 8 hexamètres (Cliap. 108) que déclame Try- 
phène pour prévenir le coniliat sur le navire, et où entrent 
des réminiscences de Virgile ou de Lucain. Une autre 
pièce en hexamètres (Chap. 83, 6 vers), probablement ré- 
duite par rabri'viateur, est un court développement satiri- 
que, débité par Eumolpe, sur le dénùment où est laissée 
l'éloquence, lieu commun cher à Martial et & JuvénaL 
Non moins banal est le sujet des 9 hexamètres du cliapi- 
tre 128, qui racontent les déceptions des songes et la tris* 
tesse du réveil après Tillusion d'un agréable rêve. 

Ces moralités générales ou satiriques sont de préfé- 
rence exprimées chez Pétrone dans des distiques élégia- 
ques. Tel est en cITet le caractère des trois distiques du 
chapitre 14 contre la vénalité des juges, îles deux disti- 
ques du chapitre 18, pièce probablement écourtée, où se 
trouve rendue assez obscurément celte pensée que le dé- 
dain que l'on témoigne a un ennemi est une offense, que 
le pardon est la vraie victoire. Des quatre distiques sur 
l'amitié (Chap. 80), les deux premiers sont un [mstiche 



L Cr. Virgilo, Ain., III. m-lïï. 

cifTiquii uttAkaimn. If 



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842 CRAPITRB IT. 

d'Ofidei les deux derniers expriment Tidée que tout ici* 
iMw nW que comédie*. 

Le iétrasiique du chapitre 82 compare Tantale i un 
riche en proie à la crainte (gui Umei — texte de Jean de 
Salisbur)*)! pièce qui semble incomplète et où il y a encore 
des souvenirs d'Ovide. 

C'est plutôt de Properce que s'inspirerait Pétrone dans 
la pièce on trois distiques du chapitre 126| nmdrigal fort 
galant quo Polyasnos débite à Circé. 

Lo fragment déjà étudié au chapitre II (quatre disti- 
queS| cliap. 132) appartient aussi à un genre i part. On y 
lit la jusliQcation que Pétrone, à l'exemple d'Ovide, pré- 
sente à ceux qui critiquent la licence de ses écrits. 

Enfin, le camctère hatiri(|uo reparaît dans les cinq dis- 
tiques du cliapitre 137, qui contiennent l'ironique apo- 
théose du colfrj-fort. 

Si la diverMilù dos sujets est grande, grande aussi est la 
variété des mètres. L'Iiexamètre se marie au choliambe 
(Chap. ô, Sehedium)^ le distique à l'hendécasyllabe (Chap. 
109, trois distiques, sept henJécasyllibes), dans Velcgida^ 
rion d'Eumolpe conire les chauves, pièce de circonstance, 
sorte de silve sans intention do parodie. 

Les autres i»iôces en hoiidécasyllabes sont celle du cha- 
pitre 93 contre les excès du luxe de la table (10 vers), celle 
du cliapiu*o 79 eu 5 vers, qui est probablement mutilée 
ainsi que la pièce dont devaient faire partie les deux heu- 
décasyllabes du chapitre 15 sur ce sujet : la difllculté de 
posséder aiguise le plaisir. 

Les ienarii grxcanki sont représentée par la Ti'oix halo* 
sis (Chap. 89, 65 vers) ; les senarii italici, par le morceau 



I. Ji*nn do Salisbiiry, Pollerûi., I. III, clmp. S : ■ Fcro toiut mun- 
flus 01 Arbilri riostrt soiilcnlia iiiinmiii vidotur implore. • « Cr. pour 
ridéo, Scninpio, Lucien, etc. 



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POftTBt BT FROBATBURt LATIK8. 248 

imité de Publilius Syrus (Chap. 65, 16 sénaires) ; leisota* 
déens, par une pièce en 4 vers (Chap. 23 *) et par la pièce en 
9 vers du chap. 132, parodie indécente du style tragique. 

Notons encore pour mémoire les deux eUgUaria do 
Trimalchion (Chap. 34 et 55) et rappelons qu'il manque 
assurément un certain nombre de pièces; ainsi Vept* 
gramma composé par Euniolpe pour la sépulture do Li* 
chas. Nous choi*chons vainement, dans ce qui nous reste 
du roman, les pièces on vers anacréontiquos qui étaient 
fréquentes cliez Pétrone, au dire du Tcrentianus Maurus 
et de Mari us Vietorinus. 

Do cette récapitulation on conclura que ces morceaux 
en vers, de forme c*t dUnspiration variées révèlent le des- 
sein qu'a eu Pétrone de rehausser son œuvre d'oniements 
poétiques , selon la tradition de la Ménippée, et en môme 
temps son effort pour reproduire le tour, le mètre, le style 
de plusieurs aut'mrs célèbres. Ce procédé de composition 
a dA être do bonne heure constaté chez Pétrone, puisque 
les anthologies lui ont attribué bon nombre de morceaux 
où se trahit le pastiche. 

On ne sait où placer, dans ce qui nous a été conservé du 
Satiricon, les citations que nous donnent de Pétrone les 
grammaiiiens anciens*. 

Trois do ci*h fragments portent bien distinctement la 
marque de Timilation do Lucrèce. Le fragment XXV* 
s'inspire de ces vers du livre III, v. 090-092 (éd. Ber- 
nays) : 



1. ■ Eniiius dans son Soia mettait aussi on sc^no dos f malaci •, co 
qui Tuit pcusor aux sotadiquos du • cinœdus • do Putrono. • (L. Ûavoi, 
tCMHiuM, Itov. do Pbil., ISiK), i^ livraison.) 

2. V. sur cos fhigincnts TAppondico I. 

3. • Qui vultur Jccur inUmum pcrorrat 

Kl poctus trahit inlimosfiuo ttbras, 
Non fiai qucm lopidi vocant pootic 
86d cordis mala, livor atque luxus. • 



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944 eaAFiTM it. 

JM IVI^ nMê kic 99tp in antarêjauniêm 

Ami alia quaviê êèiniutit tmpp^dine emrm. 

Lat firagments XXIX lur lei erreurs dee teoi et XXX 
•tir lei songes sont non moins manifestement imités du 
De nrum naiura, livre lYi v. 351-353. » 

Qwdrataêqu9 procti/ turreâ eum eemimuê urhiêp 
Propterea fii nti videantur êvpe rotunâm, 
AnguXuê obtu9Hê quia fange eemitur omnî§ '. 

Gf.| ibid., 400-500| et 959| sq., les songes*. 

Ei que quiêque fert étudia devinctus adhwretp fq. 

Il est permis de saisir encoroi sinon une imitation de 
LucrècOi au moins une réminiscence de sa doctrine dans 
le fameux morceau dont mi vers, le premiery est disputé 
entre Stace et Pétronoi fr. XXVII •: 

Primut in orbo doot fecit timor, 

Lucrèce n'aurait pas eu à modifier profondément son 
système pour trouver une place à ce vers dans le Dererum 
natura. Ne semble-t*il pas résumer ces passages du livre V, 
1159, sq.V 

Khhc qnœ cciNia deum per maguaê nnmma geuteê 

Pervufgarii et arantm campteverii nrbeê. • • • • 
1168| 1104. Uiide etiam nnue e$t martaiibuê tnêituâ harrar, 

Qui defnbra deum nava tata êuêdtat arbe 

1192| 1198. genuê infeXix kttmatwm, talia divie 

Cnm trîbuitfaeta atque iraê ad^jnnxit aeerbae! 



1. • Nom luni«, propo qiiiD qiiadraU surgit 

l^olritis procul angtilU rutatui*. • Sq. 
S. • Bomiila quiu moiiios luduni voliianlibut umbrb. ■ Bq. 
)• Voir Appoodico I, p. 303. 



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POftTBt IT PROIATBOM LATIIfl. 246 

ltl6 sq, PrmUrta eni non miimut formidine divum 

CpmirakUmrf Cmi nom eorrepmU membra pavore, 
Fufmniê htrribQi cum piaffa Umida (elluê 
Contremù. 

19S1, • divam psreuâgi menébra timoré» 

Si ces trois pièces sont Justement attribuées i Pétrone 
par Fulgentius Planciades, il en faut conclure que Tau* 
teur du Satiricon a lu et goûté Lucrèce, ce qui n'a pas lieu 
de nous surprendre. Nous connaissons les sentiments épi- 
curiens de Pétrone : pour lui, Épicureest (Chap. 132, v. 7) 
ipsepaUr veri... comme il Test pour Lucrèce (VI, 6, 24,): 

Otunia veriiUco qui quoadaM ex ore profwUi; 
Veridtciê igtlur puryavit peetora didiê •, 

Dans le Satiricon il y a cependant peu de traces de l'i- 
mitation de Lucrèce. Tout au plus pourrait-on rapprocher 
du texte de Pétrone quelques expressions et quelques vers 
du De rei^m natura. 

Pétr., chap. 80, 1. 85. Ciim fortuna manot. . • • • 

Lucr. Vf 1119. Vt fundiimnuto êtiihiU fortHna mantrci. 

Chap. 127, 1. 27. Ex cnjus, tq. 

I, 87. Kque tuopendet remptui êpirifuM ore, 

Chap. 116, p. 82, 1. 10. Feno tamon corpus laeerabunt, Tan« 
quaiii melius ignis accipiat ; sq. 

III, 886, aq. Kam $iin morte matHtn eut malin mor§uqueferarum 
Tractari, wm invenio qui Mon ait aeerbum 
JffnibHê imponilum ealidiê torrencere fammiê^ 

On songe aux elegidaria de Trimalchion : 

Chap. 84, ▼. 1. ••••••• . quam totus homunoio nil eatt 



t. Cf. L. Torqiiatus idans lo De Jinlbiu, I, ô, li: «Qiiciii (Ejiicurum) 
arbitror unum ridisse vcruin. • 



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t46 eHAPiTm i?. 

•n llMDt les T«rt tolYanU : 

Ht rmr. noi., III, 910-918 t 
Hoc 9Uam/acimii M diâoibuerê tenêni^mB 
Pàeula êtppe homneê M inHmhrani ora carotdêp 
Km anima ni dieatU : • Breviê hie tdfrwchm kamullfê; 
Jam/kerUp têeqne jhM nnquam rtvceare lieébii. • 

Au total, c*e8t peu de chose. Aucune imitation bien ca- 
ractérisée de Lucrèce, en dehors des pièces rapportées par 
Fulgeiitius Planciades. 

D'autres fragments conservés aussi par ce grammairien 
dénotent des réminiscences d'Ovide. 

Fr. XXVI, V. 8. 8ie format lingua fctam eam protalit ona. 

Cf. ileUim., XV, 379-381 : 

Km eaMH», juirtu nmm r^ddidît Hr$a retenti, 
8ed maie vl^a raro eut : lambendo mater in artuê 
Fingit, et in formam, qnantnm eapU iftea, redndi» 

Tf. XXVIf V. 10. 8od parmatatat gaadet habsre vicei. 

Cf. Uelam., XV, 288 : 

Qnmmine vieeti pentgani (eiementa)^ animoê adkibeie, dpôéba. ** 

Le tt. XXVIII, Où l'histoire très résumée de Midas est 
alléguée comme une preuve de la dilllculté qu*ont les 
hommes à conserver un secret, renferme, outre un souve* 
nir possible d'Ënnius', une imitation d*Ovide. 



I. C*iltf par Cir^ron, Oe oratore, II, 51,2^ : < Dkere aiiint Knniuai» 
fltrotiiMiu fiiriliiiM aro in anli'iilo uppriiiii, f|iiiiin buiia iliclii Umeot. » 
Cf. Pi^tr., fr. XX VIII : « Nu m citiiiH nuiiiiiiiiift murtuleii oro Icnebunt 
Quaui sccrela tcgunt. t 



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FOfcTIS BT PaOSATBUM LATINS. 247 

Pto., fr. XXVIII, V. 6 t 

SIe eommiiM Teren» aridoi retenire minitter 
Fodit homnin rrgisqae Utcntet prodidit aoret ; 
Conecpit nam terra aonot calamiqno loqneniea 
Invenere Midain, qnalcin nmmvorat index. 
Meiam., XI, 183 iq. : 

Viderai hoc famtûuê : qm, cHm uee prodert vùmm 
Detle^u» anderetf eujMeH» efferre ttvb aMroê, 
Ker potiâet retirere tameM, »eeetlit, kHMHm'iHû 
KffotUt etp dotHtHê qniilen tmprx'n'it aHref, 
Vocr r«i/crt )Hfrr<i, terrtnjHe iêêtmufMHrat hattêlmp 
JudmuMque «nie for/» teffnre régenta 
Obruif, et »rnfffihHâ taritiui «Unredif uiterth. 
Creber arHHdtuibHM trsêttHUê ibi fnrtfere Inruê 
Cœpttf etf ut priiHHM pfeno mtîfHrMit attuo, 
ProtlkUt agrêcohtm : tcHi muu motn» ab atêtftro 
Obruta verbii re/ert, doMiniqne rottrffnit tturu, 

Cea exemples aufliseiit à montrer de quelle façon Pé« 
irone, dans ses vers, imite les poètes et tire parti de aes 
souvenirs de lt*Uré. Seul, le 0^ frW/o cin/î comporte, avons- 
nous dit| une arriûi^e-penHée, non piis de iMiix>die| mais de 
critique. 

Dans sa proHO| qui n si souvent une couleur poétique^ 
Pétrone a utilisé aussi mnintc expression de ses poètes du 
prédilection. On l'a vu pour Virgile et Lucain ; c'est ce 
que nous prouvera encore l'étude des rapprochemenla 
qu'on peut établir cnitro »on texte et celui d*lloracey d'O- 
vide, do quelques autras luiteurs qu'il faut retrouver. 

llonACB. — Horace a certainement été très lu et très 
goAté de Pétrone : le.5a/ir/con contient un éloge formol de 
l'artiste délicat| du curit*ux disciple des Grecs. Ces mots 
si justes par lesqueU e^t caractérisé le style des Odes : 
« lloratii ctiriosa félicitas • (Gliap. 118) ; c ce bonheur d'ex« 
pression qui est le fruit de la peine »| semblent une rémi* 
niscence d'Horace lui«même. 



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248 eHAPiTm iv. 
Bf., U, I, ad AlVtMtttm, 1G6 UfaMUramdM^ . 

Dans le mi^me chapitre, Horace eet cité : ni /lai ; odi 
frofanum vutyui H arceo. (OdoS| 1II| l, 1.) 

Rn de nombreux paatiagea, se traliit clies Pétrone le sou- 
venir des idées ou des termes d'Horace. Wehle* a indiqué 
un genre particulier de rapprocliements que Ton peut faire 
entre les deux écrivains. M. Martin Hertz' a suivi avec 
nue érudition très sagace la fortune d'Horace dans la lit- 
térature latine Jusqu'à l'époque de Prudence, et parmi les 
œuvres où apparaissent des traces de ce poète, il n'a eu 
garde d'oublier le Satiricon. Il montre comment, même 
dans les paurtAges écrits en prose, l^élrone emprunte à 
Horace dos couleurs : colores ab eodem poeta mutuatur. 
M. Bnecheler^ avait déjà fait remarquer que le festin de 
Trimalchion n'est {uis sans rapports avec le repas de Na- 
sidionus. (Horace, Sal., II, 8.) 

Je vais m'attarhor, ou proiltant des indications fournies 
par ces critiques, à faire un relevé complet de ces imita- 
tions ou de ces souvonira d*Horace chex Pétrone. Nous 
suivrons, comme nous l'avons fait jusqu'ici, l'ordre même 
des chapitres du Satiricon. 

Viir. Clisp. 3, 1. 10. Qui iiocsmo Imbciit euiii inisniontibus furere. 
Hor., •Vlf^, H, 3| 10, himnoê qni iittar vrreare inênnM hahftri. 

Chsp. 4,1. AG. Quod qitisqus por|ioram didlcit, iu loiicetuto eon* 
iitori non vult. 



I. Cf. Oc/ri, 1\MI, 31,3^: 

• opcruta panut 

Ciirmina llngo. i 
%. ObMrrvëtiùHeM crèiicie in Mn^Hium, p. 20. 

3. /Ni/ejr achoiari»m in vMivtriêfufe iiterarum Vraiiiiaviêêiêi, IS7e. 
PrtpmiiMa mnt MartM thrtz Ànnhvîa ûd cormênum Horaiiûnorum 
kiiforiam (1, W. Frimlnili), lU II, IS78; 111, IS70; IV, 1880. 

4. Prénico de ré«lilitm do I8G2, p. l. 



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POtTBt BT PBOSATlUnt LATINS. 249 

Sp., n, 1, 84*85 «<# 9M9 

Imberbu dédieer$p êenot perdenda faieri. 

Cktp* 17| !• a. Mijor eniin in prœeordilt dolor siDvit. 

Epod.p nii 6, Quid koe veneui wvii in prmeordiU t 
Chap* 87y !• 85. Qaœ nummot modio metitar. 

8at.p I, 1, 95, 96 divtê 

Ut metiretur nummoê. 

Châp. 44| !• 14. • • • • • et Urvai lio i»tos porcolopabanti at lUii 
Japiter iratai eiset. 

5af«y 1, 1,20, 21. QnSdeamteentf meriio quinilttêJuitpiierambaê 
Iraittâ buceaâ infiet 

Trois de ces citations nous olTrent des ternies de la lan- 
gue populairOi des proverbes communs à Pétrone et à 
Horace *• Tous deux peuvent avoir puisé dans le même 
fondS| le termo pUbeiiis et le riche répertoire de ces locu* 
tiens proverbiales, dont la littérature latine, les œuvres 
dos Comiques et b's lettr(*s do Cicéron, entre autres, nous 
offrent tant d*exenipl(*8 et qui abondaient dnns le langage 
de la conversiition • On trouve dans le livre de M. Otto : 
Die Sprichtcôrter und spricluvôrUichen lledeiwirlen dcr liômer 
(Leipzig, Teubner, 1890), la liste des expressions de ce 
genre qui figurent dans Pétrone. Elles sont nombreuses* 
et appartiennent presque toutes un fragment du festin de 
Trimalcliion. Notons d'autres similitudes du même genre* 



1. Wolilc (op,cif.,\i.'20) : • Nnc |iiiiini in lloratii NormoiiilMis aUfuo 
f*|»istiili» cxstiint, (|ii.'i* niiii |»lo)M?iiH ilirlioiiiliiii Pi*troiiiiiiii.H iiiinim in 
inoduiii coiiiioiiiiiiiit. » 

2. naiiH Kuii rori*iii«<*iiioiii trr*i« niiniUi(}iix, poiit-i^tn^ M. OUa est-il 
trup |iurt(f ù nutiT roiiimo iiiio lui'iilûiii proviThiiilo t«*llo iiii'*tn|ilioro 
liiiiiioriHtii|ii<! f|ui iiVmI |iiih aillniirM «(iio fliiiirt lo Satiricon. Il faut tab- 
ler à l't'lruiio lo iiiiVitu «l'avdir iniiivù df*i4 oxprusMioiM |iillfin*Hiiuotf 
ot origiiialoH, «lo« (!uiii)MiraitfoiiH |»if|iiaiit«*H, mimih luur foniio rainili/*ru: 
par cxciii|»lf% cliap. 'i*: « Qui iiitor liifc iiiitriiiiiliir, nun iiiagb Mi|»cro 
possunt, (|iiain boiiA ul<'n*, f|iii in ciiliiia liabilaiii. » 



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P4Cf, Oluip, 4S| !• ST. VUu% Forianio flllnt. 
a^i., Il» <, 4» FoHunmJIUuêt 

Clmp. 61 « I. \9. Uo% fkcto paUbat m ■oIIub Joris tM6M. 
Kf., I, 17, 84. AiiêMffit êolinm Jovh et emMia ieiUai. 

Chap. 77 1 i. 96. Crédite mihl t attem habeasi aftam ?al«M; 
habefi habeberia, 

8ai., I| 1 , 62 qnia tanti qnaainm kabeaê tU *• 

Chap. 99, 1. 88. Dam loqaoria, 

Me#, I, 11, 7 dum loqttù 



On peut faire remarquer une autre analogie entre la 
manière dllorace dana lea ÊpUres et lea Satires et celle 
de PiHrone dana cea mdniea partiea du romnn où il fait 
parler dea gêna du peuple. Toua deux aiment, outre lea 
provorl>ea, les apologues faniiliora. Dana lloracei la fable 
eataouvoiit ehquittKéo en un vera ou deux; ou bien, aa- 
citant Tupologue trèa connu , il ae bornu à une rapide 
alluaion. 

Kp,, I| I0| 6, 6. AdMHtMKM pariter^ Vetnli uotique cotumbi. 
Tu uiditm $erva$, eq, 

Jip^, 1, 2, 41*48 Qhê recte vwendi prorogat koram, 

RnêttCHê exâjfcctat dum dejtnat timniê : at ilie 
LubitHr, et labetur in omne volnbUiê mvum. 

Pétrone procède de mduie : 

Cliap. 4ri| !• 4. t Modo siCf modo lio », inqnit rnatieai; variam 

porcant penlidarat. 
Cbap. 74, 1. 20. luflat ta tanquam rana. 

Alluaion à la fable de Phèdre, I, 24. 



t. c:r. lau'iliiis la i€kùt. ad JuvenoUê, Sat.. S. 111. (f ex liti. Ino. 
tt. », V. lll. 

• Qiiiiiilitm hnboan, Uiilum Ipio «lOi tanUque haboarla. • 



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POfcTBt IT PIIOtATIUlIt I.ATI!ft. S(5l 

Cette (U>le est autti dans Horace : la grenouille et te» 
petiu. 

SiU., II, 89 818 tq Cum maffia atquê 

8e magie ii^ret : € Abu, ti te ruperi» »| impîitp 
< Par eri» ». Urne a ie non mm/Ziim ablttdit imago'. 

Chap. 77| 1. 14. Ta viperam sub ala nntricM. 

Cf. Ésope, 97 ; Phèdre, IV, 19. 

Les roots asinus in Ugulis * pourraient être aussi , sui- 
vant M. Otto, le commencement d'une Table. Il compare 
Babriusi f. 125. 

Continuons à chercher les termes ou les idées qui, ches 
Pétrone, peuvent être des réminiscences d'Horace. 

Ch.65,v. lôetlO. iKqiiuincMthiditsruiiuptaiii veittnmfextiiomfSq, 
Sut., I, 2, 101, 102. Aftr.ra, tuf ofmtnt, sq. 

Chap. 64, I. 29. Kt saiio Jaiii liiceriia! milii plurei vidubantttr 
ardere. 

Sat., II, 1, 25. Arr.rMtt fttrtyor nipiti uHMeritmjue lurerniê. 

Chap. 84, 1. 8. Deinde qui solai cxitrnsro divitlas tarant. 

Oiht», II, 3, 19-20 ei exMtmrtt» in altum 

Dividin pofietHr kere», 

Chap. 99, 1. 25. £^ sie semper el nbiqiie vixi, at altimam* 
quamque lucein taiiqnam non redititraoi conBuiuoraui, 
Ep,, I, 4, 13. OiHueM rrede diem îibi dihtxÎMe êupremum. 

Chap. 108, p. 75, v. 7. Cui non ent mort tina nalinY 



1. Cr. Vurron, Affoiko (Duocliclor, p. ini, 1. 1.1) : « Quid mulld? 
fttciuii (iiini voHportiliu, ntii\\n) iii miirihiiit pluiiu noijuo iu volticribus 
siiin. » Crciti le iii«Viuc iirocédé. 

2. Clittp. 63, !• 4. • Nam oi ipMO rem kurribiloin nurrabo. Asiru» in 
totfulif . i 



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eilAFITIII IV. 

OéêÊ, nii S7| S7*8S L$vii um mon mi 

Virginum ûiûpm * 

Chap. 118, 1. 99. N« Inter Initia coeantli gnJdm neentom aléa- 
trioeni reaolnderat. 
Kp.f I| 8, 81| 89. •..••.....,, OM UUÛ6 Mfto 

Oraiia neqntciiuam eoit €i rtêcindiiur. . • • 

Chap. 117f 1. 16. Jarartmiu : uri, Tineirl, Terbararii ferroqae 
necarl. 

Ai/., II, 7, 68, 69. Onid r^ert, uri virgiê ferroque nwari 
ÀHetoratuê ea$. 

Ciiap. 196, 1. 16. Putabamqae a euatodia mal ranovitse vattom 
Fortanam. 

^'P.$ If llf 90. Dnm iieetaevHltMM nrvai Fortuna heidgnum. 

Chap. 196, p. 94, 1. 8. Parinm marmor axtinserat. 

Me#, I, 19, 6, 6 Urit me Otyeera uitor 

Siilendenth Pario marmore puriuê. 

Chap. 140, p. 107, 1. 97. Mercariui eulm, qui animas dacere et 
mlncero lolet. 

Ode§, 1, 10, 17, 18 (à Mercure). Th pia» Ivetiê animoê rtponiê 

Sedibuê. 

Ici Pétrone a pu tout ausai bien penaer à cea vers de Vir- 
gile: 

^M., IV, 949, )i48 hae anmaê iiU evocai Oreo 

l\ilhHle$f aliUê tmb triêtia Tariara mitiii *. 



1. Lo ropprochomoni est fait par L. Mùllor {Prte/» ad Uorai; 1800) 
qui y Joint colui-ci (Pruporeo, £t., IV, 4, 17) : 

• Kt MitiH una nmlii* potuit murs osso pucllio. • 
M. Martin llorti cruit <|u*cn cot endroit, Pétrone, l'il iuiito, se sou- 
viont plutùl do Pn>pcn*o. On pout «ongor aussi à uno réminiscence 
de Virgile. V. p. 123. 

2. Lo nipprociioinont établi |>ar Kcllor, Pétr., Chap. 1 15. L 95.. • Ite, 
nunc morUiles... t, Ilor., Kp., II, 2,76, ■ I nunc et versus tccum.... », 
]NiruU ovec raitton ilouti'ux h M. Martin Hertz. Voir plus loin ce qui a 
rap|»ort aux imitations do Sénèipie chez Pétrone, p. 295, 2%. 



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POfcTIS IT PnOSATlUnS LATINt. 268 

A cet rapprocheinentii il faut joindre ceux qui ont été 
donnés au chapitre III (Élude des morceaux littéraires 
de Pétrone) et à roccasion du De belle eivili, cliapitre IV. 

Je croirais encore volontiers quOi dans la plaçante ca- 
ricature qu'il a esquissée d'Eumolpe, Pétrone a emprunté 
plusieurs traits à la poinlure du poule ridicule dans VÉpt» 
tre aux Pisons. 

Chap. 90, 1. 6. Qaid tibi rii cttm Iito morbo ? . 

Ep. adP/ê., 453. Ui maJa qutm »rahieê aui morhuê regiuê urget. 

Chap. 90, p. 62| 1. 4. Si ctiurai hodicrnam bilom. 

801, 802 effo lœvuê, 

<lui^mrgor bilem êub verni iemporiê horamt 

Chap. 91, 1. 14. Nam in balnoo earmen recitabat. 

Sai.f I, 4, 74-75 In medio qui 

Seripta foro reeiterU êunt multi, quique !avanUê. 

Chap. 92, p. 68, 1. 8. Quia conatni inm circa loUain lodootibas 
earmou rccitare, et postquam de balnco tanquam de theatro 
éjectas sum. 

Ep.adPtê., 474. Tndoctum doetumque fugat recilator aeerbuê, 

Chap. 92, p, 68, 1. 12. Et me qnidcm pneri tanqaam insanum.... 
deriicrunt. 

455-456. Ve$anum tetiginte timeni/ugiunique poeiamp 
Qmî êapiuni ; agitant pueri. • • . . 

Une scène vraiment comique nous représente Eumolpe 
en proie au délire poétique, composant des vers au plus 
fort du naurrage, enfoui dans la cale où il mugit comme 
une béte fauve (Chap. 115, 1. 9): « Audimm murmur imo* 
litum et iub dixia magistri quasi cupientis exire belux gémi* 

tum extrahimui elamaïUetn jubemusque bonam habere 

mentem. At Me interpellatus exeanduit, et « sinite me », inquii, 
iententiam expier e.;'laborat earmen in fine. Injicio ego phrene* 



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864 OIIAPITRB !▼• 

tko manumjubioquê OUona aeudirê H to krram irahen poe* 
tam mugUnUm. » N'est-ce pat, à certains égards, la mise 
en action de l'épisode qu'Horace, avec une verve bouffonnoi 
a imaginé pour y placer son grotesque métromane? Ne 
reconnntt-on pas des souvenirs plus ou moins précis de - 
VHpUre aux Pisons (v. 458, sq.)? 

8* vefnti murnltê «Mtentn» deddit aueeyê 

In pHtenm /otf!amve 

MOU •// qui iofler$ enret. 

8ienret qitin opem ferre ei demiftere /nnem,. 

• Qhî fin» nn 

Servart nol/tf » 

Ainsi Eumolpe résiste à ceux qui veulent le sauver. 
I^u comparaison avec une Mte féroce : belux.... mwjien* 
Um, e*% dans Horace. 

V. 472, 473 ecrtefnnt, ae cefui urêHê, 

Objerto» cavtK valait fi frangera efathroê, 

Phrenetico fuit songer au fanatieui trror (v. 434) ; ejrira- 
himut clamanitm à nec si retraetus erit (v. 4G8). Ce ne se- 
rait en tout cas qu'une réminiscence assez lointaine du 
portrait vw cliarge qui termine VÉpUre aux Pisons. 

Nous mettons à part les imitalions que l'on peut soup- 
çonner dans Pétrone de deux satires d'Horace, qui répon- 
dent à deux fragments importants du Satiricon. Rien n'em- 
pécho d'admettre avec M. Buecheler que Pétrone ait puisé 
cliez Horace les données, d*aiUeurs familières à la satire 
romaine, de ces deux épisodes que le romancier traitera 
avec une ampleur et nne originalité puissantes. L'empres- 
sement indiscret de Nasidienus à faire valoir la rareté des 
mets qu'il sert à ses convives rappelle Timpertinence de 
Trimalchion, toujours en qnéte d'adulations et jouant au 
grand seigneur avec les grâces d'un lourdaud. Ce repas 



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* POkriS IT PMOaATBUIIt LATIHt. 2&5 

de Naiidienus est également entremêlé de conversations 
saugrenues, de réflexions pliilosophiqiies déplorabloment 
banales. Mais, dans Horace nous n*aTons qu'une esquisse, 
dans Pétronei un vaste et large tableau où tout est achevé, 
où les figures, surtout celle de Trimalchion, ont un vigou« 
r«*ux relief. 

La satire V du livre II consiste en un dialogue entre 
Ulysse ot Tirésias, où le devin fait la leron au héros et 
lui enseigne Tart de capter les testaments. Quelquen-unes 
des ruses que recommande le malicieux aveugle seront 
mises en pratique par Eumolpe. Si les similitudes d*ex- 
prt*8sious sont rares entre ces deux satires et les morceaux 
correspondants de PiHrone, ce n'en est pas moins un fait 
à constater que deux des principaux épisodes du roman 
aient leurs antécédents dans les salires d'Horace. 

La collation qui suit montrera cependant qu'il y a aut^si 
quelque analogie dans les termes. 



Le Repas ridicule. 

réir. Cbmp. 26, 1. 17. Trimalchio laitfiMimus hoino. 
Hor., Sat», II, 8, v. 1, AVcffiV//>ii/ beats. 

Cbsp. 40f p. 27, 1. 8. Priinns magnitactiuli aper. 
V. (>• < /m primiti Lueanuê aper »• 

Nasidienus, tout comme Trimalchion, fait valoir ses 
mets et leurs assaisonnements : 

V. 92| 9d, Snaveê re$, ut nom e luêaê n xrrarH eamm ei 
Naturaê dominui, 

Cbap. 36, 1. 19. Ex quorum ntrieuUt gamm piperatam currebat 
•aper pisces. 

V. 46 « • garo de êneU pi$eiê Hîberi; 



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966 ORAriTiiB If. 

Okap, 4T| p. 8I| h S. Oâillgtmiit aftbrif pottiiBettlIs rbun, 
▼• 68, • • • • • • Vartuê mùppa tùmp€êoer€ riium . 

La ohttta du petit aerobata, chet Trlmalchion (Ghap. 64, 
1* 80 tq.)! correspond à celle du dait suspendu au-dessus 
de la tàbU dans Horace. 

V. 54 sq« hierea êntipenêû gravtê antma ruinai 
/n patinam feeere. •••••••• 

Koi HmfHê veriii, poêiquam fMil euûperieU 
Senêtmwâ, wigtMHr. 

Chap. 56t 1. 10. Comprobamas nos foetum et qaam In pr»elpltl 
res huBiaïUD eiseiit, vsrio •ortnono gsrrlmat. 

Puis Trimalchion improvise ce distique : 

Quod non oxtpoetet ex transrorso fit. 
Et snpra nos Fortuna nogotia enrat. 

V. 69.6d Qmû eiMl 

F/m/«i «Il êapieuê $ie Komeulanuê amieum 
ToUerti : • Heu, Fortuna, quis eH truMior la mai 
Te detiê f Ui êemper ganda Hludere rébuê 
JlnmanUt » 

Chap. 669 1. 11. Trimalchion à Habinnas : 
« Qnld luibnistlt in eena? ». • • « Habuinmi. • • in primo poteum. » 

V, 4| 6 Die, êi grave non eêt, - - 

Qtue prima iraium venireiA piaeaverii eêea. 
V, 6. • in primiê Lneannê aper. 

Chap. 98| 1. 80 at albua antor. 

V. 88. PinguUfUê ei fieie paêtumjeenr anêeriê alhi. 

Dans ce festin, on débite des contes conune ches Tri- 
malchion : 

V. 89, 83 dumqae 

Bideiur/teiiê rerum Balatrane êeeundo. 



c^dby Google 



POfcTM BT PnOSATlUBt LATtKS. 257 

Lm Cbvititm U Itttaatalt. 

P4Cf • Chap. 116, 1. 85. Qnl vero noe nioMt aaqttam dnserimt neo 
pfoiimat B«Mstltaditi«t habent» ad •ammot honores penro- 
niant..... toU forUtstml atqne otiam Innoeontot habontor. 
Hpr.f Bat., II, 5, ▼. 98*81 t 

Vitfet nier foeupiu êine gnaiiêp imfnrobuêp uiiro 
Qui mefiorem andax vocei inJHêp UUhê têto 
D^€Hêor;/ama civem eawiaque priorem 
Sjàeme, domi »i fpialHê erit fentndave eoè^fnx, 

Chap. llGf p. 88, 1. 1. Cauipoi, lu quibiit niliil allud est nitl ea* 
davera quo» lacorautur, aiit coni, qui lacoraiit. 

V. 65-57 VlerHMqne recoctui 

Seriba ex qutMqHeviro corviim dehulet kiatdem, 
Cajdatorque dabit rtêttê Satica Coruno^ 

Chap. 140, p. 108, 1. 5. Sieut muta animalia vibo incscantur. 

V. 24-2G ncHf $i va/er umtê et aller 

Inêidialorem jirœroêo fvgeril hamo, 
ÂiU »pem depouaf 

Ce yers : 

V. 81-82. Sœ libi Pénélope /rugi eut ; qute êi êemel uno 
De êene guêtartf, ... 

dvoque ridée de la clause par laquelle Eumolpe, dans sou 
testament, oblige ses héritiers à manger son cadavre. 

Une condition moins féroce^ mats bizarre aussi, est 
celle qu'une vieille Thébaine impose à son héritier, qui 
sur ses épaules nues devra porter le cadavre frotté d'huile 
de la testatrice. C'est une sorte de farce posthume. 

84 sq ÀHUê iMprolni ThM» 

Kx lenlamenlo i»/c e«/ elata: cadaver 
Unelum oleo largo midi» humeriê htltt lierc», 
Scilieet ehîbi êipotêet wortua 

CBITI^UB UTTilB4IIIB. 17 



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S58 eRAPiTm iv. 

Ckap. lllfl. 80. Impommai Eamolpo, nt plarimnai tnttialf 

V. t06|107 êiquiê 

FùHû eo^eredum êeniar maie iuêdH^ 

Si cet mpprochemenu paraiuent justesi on est fondé à 
afllrmar que Pétrone avait pour Horace un goût particu- 
lier. Comme VirgilOi Horace était de bonne heure devenu 
claiiilqne. Plut encore que les autres poùtos expliqués 
dans les écoleS| cVapràs la iraditlou créée par Q. Cwcilius 
Kpirota, il avait d séduire l'autour du Satiricoiu Entre 
leurs génies il existe uno certaine aiRnité. Ce ton d*ironie 
légèrci d*élégant persillnge qui règne dauK les 5ci/»r^« et les 
ÊpUrei est celui que prend volontiers Pétrone. LorsquCi 
en d'autres passages, il atteint Textrânio licence, malgré 
une «^ertaino i*etenue dans les termes, il peut s'autoriser 
de Texoniplo d'Horace, qui ne lecnlo devant la hardiesbe 
d'aucune peinture. Plusieurs des lieux conununs dont Pé- 
trone a voulu divei*sifler son roman ont trouvé déjà dans 
Horace un humoristique interprète. i/t*picurisme mon- 
dain, joyeux, d'une morale complaisante et libre, a 
eu quoique sorte pour bréviaire l'œuvre d*Horace. Or, 
Pétrone, si pou diH'ol, est du moins un deé lldèles de 
cette religion du plaii*ir. La doctrine clansique, exposée 
par Kncolpe ut par Ëumolpo, a aushi non code dans VÉph 
ire aux Piams. Voil& bien des raisons pour expliquer lus 
souvenirs d'Horace dans Pétrone et l'estime où il tenait 
ce poète. 

OviDB. — Il ne me semble pas qu'on ait jusqu'ici indi- 
qué avec assez de précision ce que Pétrone doit a un autre 
poète du siècle d'Auguste, fort lu au>si dans les écoles, 
souvent imité' et de bonne heure populaire, puisque, parmi 
les inscriptions pariétaires de Pompéi, on n ndevé des vers 



I. Y. L. MAIlcr, De re meîriea, p. 133. 



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FOfcnS BT PROaATBUIlS LATIHS. 259 

des Amoun et de VAH d^abner^. Oride, surtout rOvide des 
élégies erotiques, deTait, en raison même de la nature des 
sujets traités par lui, intéresser le licencieux auteur du 
Satiricon et lui plaire par sa gracieuse et piquanle facilité. 

Les histoires de la littérature latine reproduisent d'or- 
dinaire le jugement de Saint-Évremond sur I^étrone' : 
€ MaiS| ce que l^étrono a de plus particulier, c'est qu'à la 
réserve d'Ilomre en quelques odoM, il est peiit-étre le seul 
do Tantiquité qui ait scou parler dogalniiterlo* Virgile ei^t 
touchant dans les pansions; les nnionrs do Didon, les 
amours d'Orphée et d'Ëuridice ont du cliamio et do la 
tendresse; toutiïois, il n'a rien de galant; et la pauvre 
Didon, tant elle avait l'Ame pitoyable, devint amoureuse 
du pieux Énée au rrcit de ses malheurs. Ovide est spirituel 
et facile, Tilmlle délicat.. .. Rien de si galant que les 
poulets de Circé et de I^oliénos, et toute leur avanturc, 
soit dans rentrelien, soit dans les descriptions, a un carac- 
tère fort au-dcHsns de la politesse de notre siècle. » Ainsi, 
selon Saiut-ÊvremonJ, Pétrone est galant, Ovide n'est 
que spirituel, f/antitlièi^e manque do justesse: tous deux 
sont spirituellemtMit galants, mais d'une galanterie qui 
tourne vite au libertinage. Si, pour ses tableaux volup- 
tueux, le romancier a eu besoin d'un modèle, il l'a trouvé 
dans le poète de VAi't tVaiwer. 

N'était-il |ms naturel que, dans les pansages les plus 
vifs et b*M plus ris<|ués de son récit, IMlrone se souvint 
des élégies badines et délicatement sensuelles oii Ovide 
cbante les anioura faciles, trace les ri*gles do la stratégie 
galante et rédige des poulets qui annoncent ceux de Circé 
et de Polyxmos? 



I. Cr. C. iMScr. iat., IV, p. 200. 

i. JatjeiMvMi Mur SéftèqHc, PUtarquê et Péis'OHe. Chnido Buiiiin» 
1070, p. 5?Wi2. 



k 



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200 OHAfITAI lY. 

Lm ÀmMÊn, VArt étalmrp voilà les œufret d'Oride qui 
paraittant a?oir été le plut famillèret à Pétrone. La plu- 
part des Imitationt quUl a faites de cet élégies oudet tou- 
venirt iuconscienttque Ton en peut taitirchesluii te ren- 
contrent dant Tépitode de Circé et de Polyacnoti à partir 
du chapitre 12G. On a di^jà fait cetto observation que, dans 
telles parties déterminées du roman, Pétrone parait avoir 
suivi do préférenco un ou plusieurs auteurs. Ici les vers 
d'Ovide et peut-ôtre de quelques autres élégiaques sem- 
blent avoir été présents à son esprit. C'est ce qui ressor- 
tira, à notre avis, de la coUalion entre les textes que nous 
allons indiquer. 

Pjtr. Clitp. 12G, I. 8. Quia noiti vouerom tutnit lupcrbiam ea|)- 

tu I aq, 

Fti»tf0, 1, V. 410 I 

Paêtuê ineêt pHtchriê, »equitHr«iH6 êuptrhia formam. 

Cf. Amor.^ I, el. 10, v. 80, 81. 

Chap. 126, 1. 28. Vidorint nittronio 

Cf. Anwr., II, el. 7, v. 21, 22. 

Chap. 120, p. e*!, 1. 8. Sapercllia uiqae ad malamm •eripturam 
eurroutia et rttrtut conatiio Inininiiai pastte permizfa. 
An amatoria, III, 201. Arte êupereilii eonfnia ntida repieii$. 
L. 4. Oeali clariorei stcllis extra lanam falgontibiu. 

Ainor., III, ol. 8, v. 9. Argutoê halmit, radian» «1 êMuê^ ocdioê» 
Chap. 127, 1. 17. Mox digitii giiboruantibiit vocem. 
Are am., III, 275, 270 : 

Kxi)fuo êiffnel ffeêtv, quodeumque toquetur, 
Cui diijiti piiti/nc» et icabtr ungnii erit. 

L. 80. Neqite eiiiin mo pigiilt inquirere, 

Itcroidef, XVII ; ïlcUm Partili, lOT,l08....€iHobéêomniad€tê 
Quœrerû, si naeiê, maxima eura/uit. 



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POftTIS BT PBOSATIUlit LATlIft. 261 

Chap. 128, U 14. Nnmqnid, tq. 

An am., IH, 277, 278; III, 198. 
Cbap. 129, 1. 21. Kee tpeeiilaiii nlbi née fama meniltor, 
AwuMr.f n, el« 17, T. 7 iq. 

Dai/acieê animoi» Fade violenta Coritma eêt. 

Me miêemmî eut e$t tam bene nota êibit 
SeiNeei a tpeeud êumuntur imagine faêtttê : 
Kee niêi eompoêitam $e priuM Ula videi, 

Ar$ am., III, 13G et êpeeuinm eonêtUai unie iumm» 

Medieaminaformœ, 47 : 

Tempitê erit, qfw voê ttpeeulmn vidime pigébit. 

Chap. 180, p. 97, l. 11. Mes eibit, mi. 

Cf. Remédia Amoris, 707| et An am., II, 422. 
Chap. 181, 1. 16. In enndein platunona dcecc*udi, §q. 

et. Remédia Amoris, 725, 720. 
L. 29. Vides, iuquit, sq. 

Cf. ilriam., III, G61-6G2. 

Chap. 184, T. 1-3 Florida tellnt, 

Cum voie, ticcatb aretcit languida enels, 
Cam volo, faudil opct, ftq. 
Amor», I, eL 8, V. 9- 10. Cnm voiuit, tofogiomeraniur nubOa eedo : 
Cum voluitf purofulgei in orbe die». 

Metam., II, 210, 211 telluê, 

Fiefaque agit rimm, et êueis aret ademptie. 

Chap. 184, T. 8-10 • • . • Lunn descendit imago 

Caniiiuibtts dcdncta mois, trvpidusqite furentet 
Floctvre IMiufbus eqiiot revoliitu cogitur orbe* 
ilmor., II, el. 1, r. 25, 24 : 

Carmina êattguinew dedueuni eornua Lnnm ' , 
Kt revoeant nioeoe Solis eaïUie equoê. 

1. Cf. Vii^ilc, Eetog., YIII, 09. 



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962 OHAPITBB IT, 

On MtsU loi quelques rapports entre la tirade d^ la 
Diaglcleni|.e Dlpsas den Amoun et eelle de rOBnothée de 
Pt^trone. Los deux sorcières révèlent par leur nom même 
leur vice favori. 

Amor., I, el. 89 v. S-4 ui ^mâamp namine DipêOê, amuê. 

Ra rt nomtn kabti. Kigri non iita pareiUem 
MemnoHîê in roêtU nobria vidît equiê. 

Quand 11 décrit le pauvre gtte de la sorcière CEnothéei il 
semble que Pétrone se souvienne de Téplsode de Philé* 
mou et Baucis dnns les iléta/norphoses, bien qu'il se soit 
appliqué à on clmnger les détails et ait parfois poussé jus* 
qu'à la charge. Les traits essentiels du morceau d'Ovide 
sont reproduits : l'escabeau hotloux \ l'oie de Baucis* de* 
venue l'oie de Priape, contre laquelle Encolpe va soutenir 
une lutte trcs cbaiidei raulitlièse établie entre l'humble 
caliane et le palaitf d'or et do marbre qu'élevé la, recon* 
naissance de Jupiter. 

Chiip. Id5| V, 1,2. Non ludum fulgc*biit«bar, qiiod iohœterat auro, 
Nco JAin Gulcato rudlAbat niAruiora terra. 

Metam.p VIII, 701, 702 adoptrtmjHe marmort teiiuê, 

CntafœijHe fortM aurafaqtte teeia tndeiUur. 

Cliap. 136, V. 11 fiitnoio tuspoiisa tigillo. 

617, «48 Fureti Uval iiie hicùrtki 

Sortlêda îtrga ênin, tiigro fyeudenita h'gM. 

Cbap, 156, K G, Siuiulque paunum do onriiurio dctulit furca. 
065. , • • CHtva elavo êHupenêu^ ab atiM, 



I. ClMp. 131, 1. 3.*!. « FraclA o^l |iiilriii ikoUa. • 

Mûtam., Vlll, OUI. « MenuB êed emi ftei trHiM impwr. • 
1 JUrfam., Vlll, U8I. 

• unititM anêrrerat, • 



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POftTIS ET PAOSATBUAS LATIIff. 268 

V. 89 4. • ted erate taligna 

Impoiitnm Corerit raeim nemut 

655*656 torun 

Impoêiiuê Ueto, $ponda pedibuttfpie êaUgniê. 

V, 4| 5 et nova tcmo 

PoenU • 

G68-G70 Pùêt hme ettlatM eaâem 

Siiiifur urgilla erater, fitbricataque fugo 
Pocula, 

Les vers dii chapitre 137 : 

Quiiiquifi habct nuinmot, Mcura navigat aura, iq. 

développent un thème banal traité ausëi par Ovide. (Amo* 
ra, 111, el. 8.) 

Cf. Arêam*,ll^2n ^^m, Aureannnevereêuulêœnûa, nurimutauro 
Vem'l kanoê; auro eoneiliatur amor» 

Chap. 138, 1. 11. Profert Œiiotlica 

Cf. Ars am., Il, 415-418. 

Il est une élégie d'Ovide, l'élégie 7 du livre III des 
Amoun, dont Pétrone semble ë*ôtre plus particulièrement 
inspiré dans l'épisode de Circé et de Polysunos. Les situa* 
tiens sont identiques et les termes mômes présentent de 
très sensibles rapports. L'excessive licence de ces textes 
m'empôche de les reproduire ici. Mais on trouvera en 
noie* les éléments de cette collation que je crois pro* 
bante. 



I. Pélrono, cliup. I28, I. 20, • «lie, Oviilo, JM/iir.,III,cI.7,v. 1, 
Clirysitf ■ tMt. *i. Nuli»r raiiiiphuro com* 

miinn iiux doux | a^Hiiges. 
Clmp. 131, 1. 10, « i|iiiiIoiu piilii^ ■ Mi(. V. :i, t. 
Cliiip. lai, 1/. toi, l..!r, ■ luruiii ■ tt<(. V. 5, G. 



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264 OHAPITM IT« 

Ghorohont malnlenant si la SaHrtcon nous ofMra d'au- 
tres réminiscences d'Ovide. Gomme ce poète est lui-même 
rempli des souvenirs de ses prédécesseurs et de ses con* 
temporainsi que sa Cacilité et son admirable mémoire en 
ont fait un plagiaire involontaire *, je ne m'arrêterai 
qu'aux idées et aux exprossions qui me paraîtront les moins 
communes. Les autres rapprocliements seront ici négligés. 
Suivonsi comme d'ordinairOi Tordre des chapitres dans le 
Satiricon. 



(Ihap. 127, p. Oj, 1. 3, ■ implicilumqiio • v. 7-9. 

8i|., et 13*2, 1. 1*2, « Jam plitribun ■ S((. 
i:hiip. 129, L 15, « (|U04l si idotni 8i(. v. 1.1-16. 
i:hap. 132, p. OU, 1. U, « ut Iraduco- v. 17, 18. 

rvs • sq. 
Cliiip. WJt 1. 4, « non intcllcgo ■ ti|. v. 20 et CO, 
Dhiip. 128, 1. 10, < vondlcio • iu|. v. 27, 28; cf. 79, 80. 

i:hiip, 128, I. 16, r porl\isii2» ■ sr}. v. 37, 38. 

Chiip. 132, I. 30, < ter languiiUor • sq. v. G5, CG. 
i:iiap. 130, p. 97, 1. 1, « iNinitiis • ni. v. 08; cf. v. 71. 
i:hap. 132, p. 9», 1. 7, « quiil dicis • tq. v. 09, 70. 
i:iinp. 129, 1. Il, • nunquiiin ogu » 8f|. v. 77,78. 
i:hiip. 1*29, 1. 18, • si vIm • 8i|. v. 80. 

Chiip. 128, I, 21, « oxriiHsit • s*|. v. 81,82. 

lV*lroiio pont oncoro avoir pris dans ooUo in6ino élégie la ( 
miMtin qu'il cuiploio au rhapUn^ 82. 
V. 1*3. • Non liiblt intor oiiuas |ioma tut pondcntia ctrplt 

Tanlidus iiifelU 

Uivitis liii'c uiagui furies orit. • 
Y. .'î0*â2. Quêd niii poMêedi di^eê û^aruM opes f 

Sic arei medééM taciiê 9uigaior in undiê, 
Pomaque, qnm nuiio iêmpore iangai ImM. 

Le thèmo de eo soabroux ««pisodo, o(i Pétrone semble avoir pris 
Ovido pour uiudMi», pumlt avoir ctô traité plus d'une fois dons la Utp 
lératuru erotique. 

Cf. la Priaifée aUribuuo avec* vniiscmbliinco h Tibulle (Buecheler, 
Cûrmêna Priniwa, p. lj.î, LXXXlll. — Tibulli). Ou peut rapprocher 
du texte do Pôtruno lest vers I, 4, 5, 19-21. 

La mémo donnéo obrM*rne Hora reprise dans l'élégie 5 de Mâximiaf- 
nus (|N>éHloH l'uuHMemeMt attribuées lï Cornélius Gullus) : Muiier fingenê 
timorrm, 

1. V. A. Zingerle, Ovidim und Mein VerfiUitHlu zu d€H Vorgângerm 
und g'eithiciligeH mm, Wcfiiem, Innsbrûck, 1809-1871. 



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POfcTBS IT PR08ATIUBS LATlKt. 266 

Pétr. Chap, 48, 1. 84. Nanquam antem reete faeieti qni dto crédit. 
Or.i Are am., III, G86, 686 s 

Kte dto €redideriê*. Quantum eiio ertdere Itedai, 
Exemplum vobiê non levé Proerie erit. 

Chap. 66, T. 6, 6. Cieonia crotalUtria. 

Ifelom., VI, 97. Jpêa eibipiaudai crépitante eieania rœtro» 

Chap. 80, V. 1. Xoinen amicitio) de, qnatenut expedit, hœrei. 

Idée reaaasséa par Ovide dana les Tristesp les Pontiquee 
et pastim. 

Pont., II, ep. 8, V. 28, 24 : 

DHigitur nemo, ntêi euifortuna eecunda e$t : 
Qh«, êimul intonuitp proxima qua^iue fngai, 

Chap. 100, 1. 10. Sol omnibus laeet. Luna iunumerabilibnt eomi* 
tata tideribus etiam fcrat dneit ad pabulam. Quid aquit dici 
formoaiat potest? In publieo tamon manant. 
Metam., VI, 849 8q. : 

Qu/d prohihetU aquie t uêuê communié aquarum. 
Née êolem proprium natura, née aéra feeit, 
Kee lenueti unda». Ad pnbliea munera veni, ' 

Chap. 109, T. 1, 2. Quod toliim formo decat est, eeeldero caplUi, 
Voruaiitc^quc eoiiiat tri^tit ùbegH blcmt. 
ilmor.i I, cl. 14, V. 8 1 • Formom periere comw, quwi veUet Apolto, 
Qua$ veUet, s(|. 

Chap. 116, 1. 28. Cœplqnc nmcntibnt oculls maris iidcm iiispiccre. 

•••. Adhuc tanquam ignotum doflcbam, »q Iiiiiie fortitaii 

in aliqua parte terraram sooiira czsircctat nxor cum in* 

violatiim os âuctus convertit in terram. 
XI, 719, Alcyono et Céyx : 
Qui foret, ignoraM, quia natifraguê, omine mota ut, • 



1. Selon M. Ollo, p. 97 (op. cU,)^ il y aurait simplement ici une lo* 
cation proverbiale. 11 rapproche un texte de Q. Cicéron, De petitêono 
eonêuiatuê, X, 39. • 



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866 ohàpitm it. 

A laiifiMMi i^nUo tùêrtmam iani t • Hmt mtêûf, iièfuù, 
Q^Uêptii êÊ, H êi^iêa €êi eQf^M» îlbil » tfueMuê aeium 
Fà propiiêê corpuê. 

Chap, 116, p. 89| I. 8, Tanqiuun intertit peritanun «orpnt qum 
rtdo eontumat, . • • 

XV, 156« 157* Corpora $ivê rogiêê Jlammap êm tabe vduêiaê 
Abêtulerit, mala jiOMe paii mo» uila fuMU *• 

Chap. 118f 1. 29. Qiiod lon(|^ meliut kittorici faeiunt tab 

tettibot 6det. 
Amor., Iir, oK 12, y. 41, 42 t 

Exil in immtniwm feeunda licentia vatum, 
Ohligai hititoriea née tma verba Jtde, 
V. 19, A>e tamen ut ieêie$ mo$ eêi uudirt poetaê. 

Outre les touvenira pouiblof d'Ovide dunf le D« ftelto 
elvUi qui ont été notùs au chapitre précédenti on peut en* 
ocre supposer coux*ci : 

Chap. 120, V, 75 • . , ferall euprcsiu. . 

Triât., Illi ol. 18, T. 21 ferait eine'a enpreêêo. 

y* 96. Jainpridom nullo porfandimnt ora onioro. 

Metam,, XV, 98 nec poUuU ora eruore. 

XIV, 287-288 impia tinxii 

Ora ernore êuo *. 

Chap. 121, V. 111. Oeiiiina Jatn ttratot morte Philippot. 

XV, 824. Almathiaqm iterum mad^arti c«de PltHippi. 

V. 120 conoisaqae ruinera mande, 

XV, 02, 98. KU te nini triêtia mandere êtcuo 
Ynlnera dente Juvat 



I. lA sourco commune peut Mro Liicr&co (/oc. cH,). 

9. llnii|inM*homcni Hiit par %iii»rnrlo : Ziê ti^fUeren laiêlniietkin 
Péehtent, W'ifderhêtHHçen tm tiileên. HexametcrtchtMie, etc., p. 77; 
Innibnlck, 1870; Uolt 1. 



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POftTIS BT PROUTBUIIt UTlMf • 267 

On pourait pourtniTM cet rapprochements; mais ils ne 
sauraient offrir un grand intérêt. Beaucoup s'expliquent 
en effet par une commune imitation de Virgile. 

Joignons-y ceux qui ont déjà été relevés, au chapitre 
III, pour les Ters du chapitre 122, où Pétrone, comme 
Ovide {llemedia amoris, v. 3G1 sq.'), présente sa défense 
contre ceux qui reprennent la licence de ses écrits. 

De tout ce qui précède, ou inférera légitimement qu'O- 
vide est ausKi un des auteurs aimés de Pétrone. Il en a lu 
les MétamorplioseM et surtout les élégies erotiques. On a pu 
conclure eiifln qu'il ne fiarodie jamais Ovido', non plus 
qu'Horace. Le ton léger et enjoué de Tua et du l'autre 
convient trop Lien à ra manière. La nature do leur esprit 
est trop conforme à la sienne. Il no cherche qu'à riva* 
liser avec eux d*élégance et d'Iiumour. La pnrodio, il la 
réserve pour ceux dont le stylo noble et soutenu pont faire 
dans son épopée libertine un piquant contraste, et encoro 
n'apporte-t-il à cette parodie que de la bonne humeur. 
Nulle pensée de dénigrement no s'y mêle. Le pins 60U« 
vent même Pétrone n'oët pins un paro«li{«to, mais un rhé- 
teur on un verHilIcitonr qni s'amuse à ent^ayer de tous 
les styles et à pasticher les écrivains en vo;;ue. Le mor- 
ceau qni porte le pins visiblement la marque de l'imita- 
tion d'Ovide est, on l'a vu, l'épisode îles amours de Circé 
et de Poly2unos. Certaines de ces pages se colorent pour 
ainsi dire d'une nuance plus délicate. Le tour a plus d*ai- 
Fance, le style est plus coulant; nous sommes avertis par 
ces indices que, dans celte partie, les modèles de Pétrono 
sont cliangés. En a-t-il eu, pour cet épisode , d'autres 
qu'Ovide, dont nous puissions saisir la trace ? 



t. Voir iiiiMMi IVïli^^in iiiiii|ii«* ilii livn* II iI«*h Trlnfr». 

2. Toiil au \\\\\iC iiiin iiil«Milioii ilo iianiilio pltiinutilo no mntiiri's* 
toniil^i'llo iliiriH lo piiHHjiffi! m iioiih iivoih f«fiii|>«;oiiii/) iino ruuiiiiifi* 
Goiieo |iu.HKililo fil* rA|iii<o(li> do IMiili'moii r*t IJuintiM, 



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S68 ORAPim iT. 

Il n*j a oalle InTraisembUace à croire qae les autres 
grands élégiaques latins ne lui étaient pas inconnus. 8i| 
dnns les flmgments que nous possédonsi les réminiscences 
positifes de Tibulle et do Properce sont rares, on peut 
cependant relever quelques rapports de termes et de situa- 
tions dont voici des exemples : 

Cliap. 180| !• 85. 8lvo vcrboribua contenta ot. 

Tib., K!.f Il| 8, V. 84. Non ego mi vineiiê verberibu9tiHe nêgo. 
Cliap, 181| 1. 26. Tor mo JuMit ox*paere 

If 2, 64. Ter cane, ter dictiê deupue earminibuê. 

Chap, 183, v. 7| 8 Kon tcmplit impiat hostis 

Aduiovi dcxtram 

Illf 6| 11. Née noê tiaerifegoê temjtliê admovimuê ignm. 

Cbap. 22, 1. 11. Luccrnœ qaoqno amoro defeete tenne et extre* 

mnm lamen npar^bant Cecidit etiam menfa eum argento. 

Prop., 1. IV, el. 8, r. 43, 44 : 

8ed neqne êuppletin cow>taltal Jlamma tucemie, 
Reeidit itnjne fuoê Mema inpina iiedeê, 

Cbap. 126, v. 1, 2 : 

Quid factttin oit, qnod tn projectb, Jappiter, armii 
Inter enslicolat fabula muta tacet ? 
L. II, ol« 2, V. 66, 66. Cur ktce tu terrinfaeieê kumana fnoroiurt 
Juppêfer, ignora priêiinafnria tua. 

Cbap* 188, p. 106, 1. 2. Neo mo eontnmeU» latiant quod 

illeetut tum, lutum puto. Modo redire in ghitiam llceat. 
L. II, eK 19, V. 26 t 

Nil ego MOM jMii/arp nunquaM me injuria mutai, 
69, 60. Utiro conteminê rogai, et peeeoêêe fatetur 
LœiUf, et invitée ipêe redit pedibuê. 

Tous ces rapporls sont assez insiguiflants. De même 
pour Catulle. Je no retrouve chez Pétrone aucune rémi* 
niscence pnJcise de ce poète. Les quelques ressemblances 



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POftTBS IT PliOUnUliS LATINS. 269 

que présente Tinvocation à Priape ches Pétrone (Ghap. 
183) et la pièce de Catulle intitulée : Hortorum deut, XIX, 
s'expliquent suffisamment par l'analogie deé sujets ^ 

Il faut donc se garder de grossir, sur de si faibles indices, 
la liste des auteurs que Pétrone a dA lire et imiter. C'est 
ainsi que quelques similitudoi de termes et de pensées 
avec le poète des Astronomit^ues ne doivent pas nous faire 
conclure à une imitation cliez Pétrone. Ils ont en commun 
quelques généralités : 

Pétr. De htUo eiv,, 87 sq. Aldldeant naro Milctqiio ad aidera mittant, 

ExpcUiiiitur aquo) taxis 

pcrfossa duhiscit 

tcllu». 

Man.f Aêlron.p V, 522 sq. (Éd. F. Jacob) : 
Ae, ne materieê fali nub umncre dentt, 
Quœrere $uh (errîê aurtUH furtoque hUentem 
Naluram rimarip orhemque invertere prasdœ 
Jtnperat, 

Cette expression est plus particulière : 

Pétr. 182, 133 ucc vaga passlm 

Flnmina per notas ibant morientla ripas. 
Man.,IV., 626, 627: 

Donee in ^f/i/ptwn redettnt, cnrvafa jter undaâ 
Litora, Niftaetê iterum morientia r/piê. 
Cf. Ibid., IV, 417. Jiupiiê fuffienfin fluhUiia riph. 

On a encore rapproché des Astronomiquei le chapitre 89 
du Satiricotif où Trimalchion donne le grotesque horosco^ie 
de ceux qui naissent sous chacun des douze signes du zo« 



l. Pélr., chap. 133, v. 1,3-11 : 

« ibit ad nras 

Suncto, tuas hircus, pecurU italor. ■ 
Cat., XIX, 15, 10 : 

Sanguine hanc efiain tni/ii, êed iacebiiii, aram 
DarbalHM Unit hircuinê, cornipcMce eapcUa. 



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270 OHAPITRI I?. 

diaque. Il y i en effet parfois aocord entre Pétrone et^Ma- 
nllius : sur let Gémeaux (pour la latelTeté)i le Canceri le 
Lion, le Scorpioni le Sagittaire. Maif ils diffèrent tout à 
fait sur les autres signes. En réalité| les rapports qu'on a 
pu signaler sont peu do choseï et pour interpréter à sa 
faron les vertus dos douze signes du sodiaqiiOi Pétrone 
n*a pas eu besoin de Manilius. Si tous deux commencent 
par le BiUieri c'ert quo ce signe e^t celui de mars, le pre* 
mier mois de Tannée. L'astrologio populaire devait, sans 
beaucoup d'effort, attribuer à celui qui naissait sous ce 
signe une grande richeiise on troupeaux et en laines. 

Cbap. 89,1. 18. ItAi|ao quisi|uit naseitur illo signe, malt* poeora 
httbet, maltam lanœ. 

Mail., IV, 124 i^i, Dtten ferumltê Arieê in velhra laniti, sq. 

La suite no concorde pas. Manilius prête aux hommes 
venus au monde sous le signe du Bélier un esprit incer* 
taiUi timide, vaniteux'; Pétrone, une tdte dure, un front 
sans pudeur, une corne pointue. Ce signe produit des 
gens d'école et de chicane. Rien de plus simple. Les 
almanachs, dans les pronostics de ce genre, se contentent 
aussi de transférer au caractère de Thomme les traits do 
la physionomie de l'animal. 

Sous le Taureau, Manilius fait naître les laboureurs, 
les Serranus, les Curius: 

IV, 150, 151. Jjmdîê amor, tacUa mêttteêp et eoritora tarthi 

Moh vaiettf, habitaiqne i»Her ênb fronts Cupido ; 



I. l'ii uiiirc i»ii«Migo tlo Manilius soniblo i|uol«|uo |»ou on contniilic* 
liun ii\ic i'«*liii«ci : 

IV., 5U.I M4|. « AriM 

Non coiiii'iiiii siiu gononibit p«*rt(int consii ; 
Kl (luliil in iini'jlus anlmus, iiulvol«|iio iiuilurcm. 
Tiiiiruin iiii<l«*ro Jiivat; sic i|iso in cunina roriur 
. Kt mit, ut vinnit. ■ 



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POfcTBt ET PROSATBORt LATINS. 271 

Pétron6| les récalcitrantt| les bouviers et ceux qui se re* 
paissent eux-mâmes. Le dernier trait est peu clair, les 
autres s'expliquent d'eux-mêmes. 

Pour les Gémeaux, peu de rapports. Pétrone place sous 
ce signe tout ce qui va {lar paire : bigx et bovei, sq. Ce sont 
des plaisanteries et des obscénités. 

Le Cancer voit nattre, d'après Manilius, les marchands 
et tous ceux qui veulent s'enrichir : 

IV, 165-167. We fenax anânt, nutlotifjue effuâuê in umm, 
Attribuil varioÈ tjuivutuê artemtjue iucrorum : 
Merce pereffrina forlunam ferre per urbtn, cte. 

C'est sous ce signe que Trimalchion a reçu le jour, 
Trimalchion le richard, L 20 : In caiicro ego natm sum. 
Jdco midtis pedibus sto, et in mari et in terra multa possideo} 
nom cancer et Iwc et iiloc quadrat. Il a donc beaucoup de 
pattos comme l'écrevisse et, amphibie comme elle, a des 
possessions sur terre et sur mer. Il y a ici une analogie 
avec Manilius. Cette intorpréution pouvait être populaire 
et reposer sur une métaplioro analogue à colle-ci : c'est 
un honmie inlluont, il a un pied partout. 

Sous le Lion, d*nprès ManiliuH, naissuiit lus chasseurs 
(v. 178, sq.), ainsi que (v. 5.-]8, sq.) les airatnés et (I. V, 
V. 220) les violents'. C'est la seule rcsbemblanco avec Pé- 
trone, qui place sous ce signe, les gloutons (catapliagx) et 
les despotes (imperiosi). Le lion est vorace ; c'est aussi le 
roi des animaux. 

Au signe de la Vierge, Manilius attribue les savants, 
les orateurs, les écrivains ; Péti'one, les femmes, les pol- 
trons et les esclaves. 



■ Kirn*iiuii uiihiiutt viul(ffiljii|iio poclura lingot, 
Iruruiiiqijo. ilttlfii llctiis oiliiiiii |iio iii(?tuiiii|iio 
Tuliui» viilgi. » 



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S72 ORAPimi iT« 

Sous la signe de U Bâlanc6| selon Maniliusi naisieni 
les JuristeSi les JugeS| les mathématieiensi les géomètres ; 
selon Pétronei les boachersi les parfumeurs et tous ceux 
qui vendent au poids. Ainsi, tandis que Manilius cherche 
le plus souvent un sons figuré et symboliquei Pétrone 
s'attache au sens propre et aux exemples vulgaires ; la 
balance du boucher remplace celle de Thémit* 

Le Scorpion est pour Manilius le signe des belliqueux. 
Pétrone on fait celui dos empoisonueurs et des aësassins. 

Sous le Centaure ou Sagittaire naissent les dompteurs 
de bâties féroces et de chevaux (Manilius), les envieux (Pé- 
trone) : strabonci, qui holera speetantp hrdum tollunt. 

Sous le Capricorne, ceux qui travaillent les métaux 
avec le feu (Manilius) ; les malheureux (Pétrone), quibut 
prie mala sua eornua naseuntur. On saisit la boulfonnerie 
du procédé. 

Le Verseau, d'après Manilius, voit nattre tous les arts 
qui se rapportent aux eaux (aqueducs, jets d'eau, digues. 
Jetées, lacs artificiels). Pétrone place sous ce signe les 
cabaretiers, suspects sans doute dès Tantiquilé de prodi* 
guer Teau dans leurs dilutions de vin, et les courges, qui 
aiment l'humidité. 

Sous les Poissons enfin, voient le jour marins, pilotes 
et péclieurs (Manilius) et en un autre passage, les ha* 
vards : 

IV, 674| 675. OarmUîaê 0dioêa datur, Utigwcque venennmp 

Verba maligna, novae mutanliê êemper ad aurei ; 

chos Pétrone, les cnisiniers et les rhéteurs. Ce dernier 
trait seul lui est commun avec Manilius. 

Les dilTérences sont donc asbox considérables, etresprit 
des deux morceaux assez opposé pour qu*on puisse cou* 
dure : Pétrone ici ne s*est pas inspiré de Manilius. Tous 
deux, là où ils se rencontrent, ont plutôt suivi des tradi* 



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POfcTES IT PnOSATKUnS LATIN». 27& 

iioni populaire» ; ou encore ils ont procédé inftinctive- 
meut d'après les analogies enti'e le signe et le caracière 
des personnes que Ton fuit nattre sous son influence. 

On no doit pas davantage pensori parce que Pétrone fait 
allusion à quelques fables traitées par Plièdre, qu*il les 
ait connues par le fabuliste latin. Ces apologues font 
partie de ce fonds populaire auquel l'auteur du Satiricon 
a souvent emprunté. La plupart d'ailleurs sont ausvi bien 
dans le recueil ésopique. 

Ne nous arrêtons pas non plus à quelques similitudes 
avec Perse : « Perse el Pétrone, dit Isoler*, Mcn que fort 
différents ïini du raulre, ont cependant ceci de commun 
que Ions deux font opposition & la tendance dominante du 
temps, qui est la rhétorique. Tous deux percent à jour le 
vide, le manque de goAl, la vanité de cette tendance*. » 
Cette remarque s'applique avec justesse aux morceaux 
littéraires de Pétrone. Mais bien vagues seraient les indi- 
ces qui permeltrai(*nt d'admettre que Péti*ono se soit sou- 
venu de Perse. Entra le stoïcien rigide et le sceptique 
épicurien, il devait y avoir peu de sympathie. A part 
quelques rupprochements d'expressions pi'U signiflcatirs 
qui ont é.é faits au chapitre III, je ne découvre aucune pa* 
rente entre le i*oman de Pétrone et les satires de Pei*se. 

LbS SOUVENinS DB LA LlTT^^nATUDE ÉROTIQUB ET DV 

THÉATnE. — Il nous est malheureusement imposhlble de 
savoir ce que Pétrone a pu devoir à deux genres inégale- 
ment importants dans la littératui*e latine et dont quelques 
débris à peine ont survécu, je veux dire la logata et les 
mimes d'une part, la littérature erotique de l'autre. 

Pour la littérature erotique, à part les élégiaques (jue 
nous venons d'étuJier, les termes de compamison nous 

1. Oenhichte Home, i. III, |>. 318. 1881. 

2. Cr. C. MarUiii, Ui-J^loraiisteM mohm i'Empire romain, p. Ii2 tq. 
• Idùc.H liuérairos «l«? Pim*so, » 

CKITIQVK LITTICHIIRIC. li 



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S74 CUAPITRI IT. 

font absolument défkut. Nous ttvont par rélégie unique 
du llfro II dos Tritki qu'il a existé à Rome une littéra- . 
ture galantOi composée pour la société cultifée de Rome ; 
mais elle a disparu sans laisser d'autres monuments que 
les Amoun, VArt d'aimer, certaines pièces de CatuUOi de 
TibuUe et de Properce. Ovide nous a énuméré les princi- 
paux auteurs du genre érotlquCi tant à Rome qu'eu Grèce. 
Clies les Grecs, il nomme Aristide de Mi)et| EubiuS| <«ii* 
puvie conditor hUtorix, Tauteur de la Sybaritide, et tous 
ceux : qui concuhitus non tacuere suos. 

Clics les Laliuêi parmi les poètes, jon compte Catulle, , 
Calvus, TiciJa, Meinmiuë, Cinna, Anser, Coriiiflcius, Va- 
lérius Catou, Varrou d*Atax, Hortensius, Servius Sulpi- 
cius, Gallus, TibuUe, Properco, Ovide lui-même'; parmi 
les prosateurs, Sisenna, le traducteur d'Aristide de Milet. 

TrM. Il, V, 44?, 444. VertU ArtMf'dm StMruna : uee obfuit ilU 
JlMoriœ turpeu tHêeruifêe Jocoê,, 

Nous n'avons pu comparer les fragments du Satiricon 
qu'aux élégies d'Ovide, de TibuUe et de Properce. Pé« 
trône avait-il emprunté dos données et dos expressions h 
quelquos*uns des ouvrages qui viennent d'<Stro nommés? 
Tout contrôle sur co point est impossible et toute hypo* 
thèse invérifiable. Je remarque cependant que la Syhari* 
lide, conipotȎe par un contemporain d'Ovide, devait pein* > 
di'e les mœurs de Sybaris. Or, l'action du roman do 
Pétrone se passe aussi dans la Grande-Grèce. 

Nulle comparaison n'est possible entre les onze lignes 
nmtilt'es du livre Xllf de Sisenna, conservées par Julius 
Romnnus, rapportées par Charisius, et les fragments du 
Satiricon. Mais on est autorisé à penser que Pétrone con- 
naissait le conteur qui est, dans une certaine mesure, son 



1. On iieiil y Juiiulre Lii'viiis, autour do co« Eroiopœgnia, (Sont le 
titre suntl A hi<lii|uor le caructiTe erotique. 



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POfcTIS IT PROSATIURt LATIKS. 275 

devancier. Les narrations anses courtes de celui-ci ont pu 
lui fournir le siyot de certains récits à la façon milésienne 
(le conte de la Matrone d^ÊpKèse)^ do même qu'Apulée a 
pu jr puiser le conte du Cuvier. A en juger par un des 
fragments *i Sisenua no reculait pas devant la crudité des 
expressions. 

Nous sommes également forcés de nous borner à des 
conjectures en ce qui touche les imitations que Pétrone a 
pu faire des situations ou de la langue do la îogata et sur- 
tout du minte. Il y a cependant de sérieuses raisons de 
croire que Pétrone a bien connu le mime populaire et en 
a utilisé pour sou roman et les intrigues et le style. 

M. G. Doissier' dit : « Dans ce roman qui louche à tout, 
il n'est jamais question du lliéAtre et Ton n*y trouve pas la 
moindre allusion à cette manie qui possédait Pompereur 
de parattre sur la scène et d'y remporter des couronnes en 
chantant des drames lyriques. » Si M. Doissier n'entend 
parler que de la tragédie et do la coméJiO| son observation 
est généralement juste ; mais il n*en est pas de mdme du 
mime et do l'aiellano, auxquels il est fait dans le Satiricon 
d'assez fréquentes allusions. Le mot mimus revient sou- 
vent dans re roman. Le tableau qui suit prouvera que les 
souvenirs du thi'Atrc et des acteurs populaires ne sont pas 
rares chez Pétrone. Les allusions aux combats de gladia- 
teurS| que nous laîssoni< do côté, ne manquent pas davan* 
tage. 

Chap. 5, T. 7. Novo plausor in êcnenam 

8odeat rcdcmptus hiêtrioniê ad rictus. 
Chap. 19, 1. 13. Oinnia mtinico ritu oxsouuerant. 

Cliap. 81, p. 22, L 3. i\i>i/oi/tiW chorum credoret. 

Chap. 33| 1. 37. Convertit ad hane iewtuim Trlmalehio vultom. 



1. X, p. 238; DiiC(;licIor. 

2. L'OpposHion tout iet Cétart, p. 2GI. 



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S76 OHAriTM IT. 

Chap. 86, 1. S8. Née mlttot et TrimidcMo cJuNiodi MiMotffe • tote^ 
Cbap. 5S, l« 86. Sjrram kiêtrhittm exhibebâl eondnenU tota famt* 

lia t Mâ^iia, lltpt|ftc)tt«. 
Chap. 88, 1. 97. t Nam ai ûommdoê, inqati (l'rimalehlo) emeran, 
•ad malai illot Ateflamiam facere, et eko* 
raufen meum Justi L«atine eantare. » 
Chap. 54, p. 86, 1. 1. CaUtêiropka, Ce mot, employé par Pétrone 

•onl, pourrait être au terme de théAtre. 
Chap. 64, 1. 89. DiveHna dicore, mefiea canturire. 
Chap. 69, !• 9:^. Chorauioê. 

Chap. 70, p. 47, 1. 97. Kphosuiii tragœdum cœpit imitari. 
Chap. 78, !• 99. MeneeratU cuntica. 
Chap. 80, 1. 87. Grex agit in êcwna mimam : pater ille Toeator. 

Filiut hic, uomoii divitit * ille tenet. 
Chap. 04, p. 65, 1. 6. Mimicam motiem. 
Chap. 106, p. 78, 1. 1. Mimicù artîbni. 

CImp. 108, p. 75, 1. 8. AiidaciuH taiiicii ille iragmdiam implebat. 
Chap. 110, p. 77, I. 6. Xeo se tragadiaê veteret curare aat no- 

mina loïculis nota. 
Chap. 117, 1. 6. Largior ênnw. 

L. 18. Quid cc8samui mtmuin componere? 

L. 91. Condi»eimH$, (lli apprennent lears rôles.) 
L. 84. Ne quid êcœitœ doensct. 
Chap. 196, 1. 91. HUtrio wœnœ ostentatione traductus. 

L. 99. Orckeêtm 

L. 99. Nisi in eqfieêtrtbM sedeo. 
Chap. 189, 1. 94. Et quidcm tmfftci oculos sues tanqoam andien^ 

tes castigant. 
Chap. 140, p. 107, 1. 18. Totam tragmdiam erertore. 

La fMquonco de l'emploi du mol mimui ou de iermea 
analoguoM chex Pâlroiio me Tait ëuppoacr qu'il a dA pren« 
dro plaisir à cea pièces populaires^ dont les gens de la plus 



1. ■ Molhudiinn ■, une polilc |»i<Vo ipil ho Jouait apr&s la grande. 

2. Il y avait un luimo du i Ilivcs fù^itivus ■. (Sen, ad luciL, Kp. 
lU, 0.i 



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POitTBt BT PAOtATBURt LATINt. 277 

basse condition étaient souvent les héros. Le peintre des 
mœurs des afTranchis et de la menue plèbe s'iniéressait 
sans doute à ces esquisses très libres et, comme nous di- 
rions, naturalistes. La persistance du goût des Romains 
pour los mimes est attestée par des textes certains. C'est 
le seul genre dramatique qui prospère encore sous Tem- 
pire. La licence de ces pièces était extri^moi et dès le 
temps d'Auguste, comme le prouvent ces vers connus 
d'Ovide" : 

Qntd, $i êcripêiêêem mimoê, obêcenajocanteê, 
Qui êtmptr vrJtti criincii umorU hihtnt f 

In quihuê anniiUit euHuê procedtl adufter, 
Vcrhatjue tint $tu!to enlltda hupta viro ! 

Il semble que les mimes aient pi*csque toujours mis en 
scène des amours adultères : 

Sewnîca vidUti leitfM adidterîa •. 

A moins qu*Ovi Je, pour les besoins de sa cause, n'in* 
siste surtout sur les pièces qui roulaient sur de tels sujets. 

Or, les adultèrt'S manquent dnus la partie du Satiricon 
qui a été conservée*. Mais nous savons que les mimes 
présentaient encore d'autres sujets d'une grande diversité, 
ayant en commun l'exlrémo liberté des tableaux et trai- 
tés avec une égale licence de stylo ^. 

Pétrone a donc pu emprunter au mime plus d'un trait 



I. TriifcM, 1. II, (1. iiiii'iiK*, V. i07, fi>i. 
i. ibid., V. 511. 

3. Ou n'y lroii\o i|iriiiiu iilliiMiuii h lu roiiiiiio ilo Lii'liiu MéiliiUo par 
Kiicol|ic» fliup. 100» |i. 7:1, I. i. 

4. en C. SuetOMi TranquèUi reliquite, éil. A. Itoifl'orM;hoid, Toulmcr, 
18G0; • 1)0 1101*118 », |>. 1.1. 

• MiiiiiiH i*ht Hoi'iiiiiiii.<« f'iiJii.Hlibct (ol) moliiti slii«) n*vomntia oi flicto» 
ruiii v«*l liir|»iiiiii ciini liiHa\ia iiiiitutiu, ii (•ni'ciH iU\ il<*lliiitu« : 



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S78 OHAnTM ïïf. 

oa d*un .Incident de ton roman, ainsi que la couleur 'de 
certains épisodes. Plusieurs des ruses et des artiQces dont 
usent les héros du Satiricon dans des situations critiques, 
semblent tirés du répertoire dos scènes populaires. On en 
rotrourerait encore la tradition dans nos parades et nos 
pantomimes Toraines. 

Ainsi notons aux chapitres 94 et 108 l'emploi de ce ra- 
soir inofTensir d'apprenti barbier, dont par deux fois un 
des personnages meiince de se ft'iippor. Dans les mimes, 
on mettait en scène des amants qui, le mari survenant à 
rimprovi8t(>, se cachaient dans un coCTre '. C'était sans 
doute un dos thèmifs les plus ordinaires des mimes que 
CCS déguisements, ces cacliettes d'amants surpris. Or, nous 
voyons passés en revue les divers travet^tissements, les 
différents moyens de se soustraire à des regards indiscrets 
et dangereux, dans la curieuse discussion qu'engagent 
entre eux Ëumolpe, Encolpe et Giton sur le navire de leur 
ennemi, où un liabai*d los a conduits. (Chap. 102.) On y 
trouve énumih'és un certain nombre des artiUoes de la co- 
médie. Pétrone en fait lui-mâmo la remarque, quand il 
prête à Lichas ces mots : mimicis urtibus petUi sumus. 
(Chap. 100, p. 73, 1. 1.) D'abord l'évasion au moyen d'une 
corde: quin.... per fnnem lapsi descendimus in seaphamt 
Puis viennent une maladie supposée (ici c'est le mal de 
mer), la métamorphose de nos héros empaquetés et flcelés 
en colis d'Eumolpe (procédé déjà employé par Encolpe : 



!• Beliol. flu Juvéïml, «iir Ii«.h von 4*2» h«|. do lu Sut., VI : 

• 81 inircliurtiiii notiKHiiiiiii oHiii 

Htiilts iiiai'iUill J'uii purrigit uni eiipUtru, 
Quoiii tuUeti toxit pcrituri cUtii Ijntini ? • 

Cr. Hor.» Sût», !I, 7, v. 59. • aa Uirpl oluusiis In srcs, 

Quo to floiiiUit pcccaU coiiHcia crilis, 
Contractuui genibui tungos nipiit. • 



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POiCTRt KT rnOtATBURt LATIXH. 279 

an quia hoegenuifurtiiemelmea féliciter eeisU, p. 70, 1. 10), 
le dégaisemeiit en Éthiopiens, grAco à un complet bar- 
bouiHage à Tencre. 1^ se place toute une dissertation sur 
le peu de sécurité qu'oifreut de tels travestissements, sur 
la difficulté d'imiter complètement tontes le» particularités 
physiques, l'aspect, la démarche de la nation à laquelle 
on feint d'appartenir, sans compter les accidents qui peu- 
vent à tout moment éventer et dénoncer la ruse. Ce mor- 
ceau, écrit avec beaucoup de verve, pourrait bien être une 
poinle contre rinvraisemblance de rerlains déguisements 
de ce genre dans la comédie ou le mime. Tout ce couplet 
de Giton a le mouvement et l'allure d'un caulicuui. 

Enfin, ou s'arnHe à un déguisement pins simple et 
qui ne devait pas être rare au tliéAtre. On mse la tôte et 
les sourcils d'Encolpe et de Giton ; on marque en grandes 
letti*es leurs fronts du sligmnle des fugiiifs, et b s voici 
transformés en esclaves. 

Nous avons même dans le Satiricon le scénario d*un vé- 
ritable mime que l'on peut intituler: te Faux nclie ou le 
Caplateur de testaments. (Chap. 117, 1. 13.) Quid ergo, inquii 
Ewholpus, cessamus viiniwn componere? Nous assistons à la 
distribution des rôles. Quoïqucs-uns des incidents princi- 
paux sont mis sous nos yeux (Chap. 140 et 141) ; mais le 
dénouement nous fait défaut. 

On devine donc que Pétrone a aimé le théAtre et le con- 
naît bien. Son roman n'est-il pas, lui auhsi, parfois une 
comédie par la vivacité, le tour scénique de pliisieui*s épi- 
sodes? 

Go qui est certain, c'est que, dès qu'il s'agit d'imaginer 
quelque supercherie, quelque moyen ingénieux de duper 
les naïfs, le mot mime revient lotit do suite sous la plume 
du romancier. Ainsi Le Sage Tait, dans son Git Blat, de 
fréquents i*etours vers la coméilio on la tragédie, soit qu'il 
y puise la matière d'une des narrations qu'il intercale 



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280 CHAriTM IV. 

dans ton réott| noit qa'il prdte à set parsonnagei les arti« 
flcei habiluelt des farces ou des comédies \ 

Le mime eiifln admoUalt ces teiuences morales qui font 
un si singulier corilmsle avec rimmoralité cfes scènes et 
du langAge. Ou rencontre chos l^étrono eu mdlange de 11- 
bertlnnge et de sagos niaxinios qui caractérii^e les mimes, 
ceux do Publilius Syru!» entre aulres. 

Ce mimographe i*s( cité ou imité par l'auteur du Satiri* 
con. (Ciiap. Ô5| 1. 20.) 11 e^t que^^lion «lans ce roman d*un 
autre niinio (Cliap. 35| 1. 12) : de Laserpiciario minio* ean^ 
tieuni exlorsU. C'est dn ce genre de pièces que Ton tirait 
en grande partie les obscena eaïuica dont retentissaient les 
festins'. 

Los mimes étaient aust^i fort irrévérencieux à Tégard 
des dieux ^. L*atollnne avait parfois pour sujets des paro- 
dies mythologiques^. Do im^me, la plus impertinente irré- 
ligion, moins ^robsièru sans doute, mais peut-être plus 
proronde, règne clans tout le Satiricon. Nous savons qu'il 



I. (iét Mm, 1. VI, rli. I. « Niiii.4 fl«\ii'iitiAiiiotf ^iiliiii>iil f*l ikmih nous 

dUpoMiUiioM iMiHuilt* Il filin* noH por.Miiiiiiif;oM Il i*>lvnii«pio rien no 

lifiiiM pn'A.<<iiil vi ipio iiuiitt 110 itt*vioii4 «'Miiiiiioiii'or lu «•iiiiii'*«lio «|u'à 
iViih'i^i* il«* In iiiiil!.... Qiiuiipio viiiitt iirtiyox vu fulro io pcritoiiiiugo 
d'iilKHHzil (ImiH lu niiiMMliu ili< 8uiiiii(*l Sîiiiun, iim \uiih iiiiiigiuox pus 

l|ll«* l*O.H HOrll*H fil* |MÎ*rO;i HtlioiU llo IIUUI ^oiïi, JO pl*<*l|(lH lO CÎOI à 

i«MUtilii i\\x\*\\ Joiiiiiit un Mi lioiiu r<M«« » Kl pamim, 

i, iYt*A lu HtMili* ui«Miliou «fui K4iit Tuito i*lii*z lost aulcur.H nucion*) du 
mluM* l4iiM«r|ii«MHriu.H. Li*s uiauu.si'riu do Scutigor, do Toniiosius, do 
Pilhiiu iilii'iMit liMH voiio |i*i;i»n riiulInncM' par lo niuuu<irril do Paris 
(n*uKuioul do Truu), iiui (*uulioul soûl lo FoMin di? Triuiulcliinu nu coui* 
plol. Lo tuMerpiUuM (^{X^'.oyl Jouait uu rùlo iniporlaul, ou partie uième 
f'oudquo, dauH raull«|uité KrLM*o-riiumiu<*. Cf. Plauto, HmieHâ, v. 5.17 ; 
Tnii'ludio : • Toquo nm cl «futoKu, si siioros tihi 

llti«* ouiiu uiulluui ruhiruui sirpe ol las<*i'pitiuiu. ■ 

\\ osl douo vraisoiidtlablo qu'il y ail ou uu uiimo du uiarohnnd do 
HJIpliiuui. Uiterpévéarins (« uiiuiusi ») osl oorroctouioul l'uruié cuuinio 
AuMttria, .Ulnarêa (« l'aliulu »). < 

;i. i^uiulilion, 1, *i, H. « (lumo ouuviviuni ulisocnis cunlicitt strcpit.t 

1. Torlidliou, Apotog^tit/uc, 15, oli*. 

5. Pouipouius : Marnifa ; .inNomm Juiiécium ; AyiimeMno mppoti» 
îhm; NuviuA; llercnhi coactor, oic. 



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POiCTBt BT PROtATBURt LATINS. 281 

y a?ail un mime de Priape*, et c'est sous rinrocation de 
ee dieu que noire roman semble placO. 

Que Pétrone ait ou plus do goAt que les mtmographes 
et les auteurs d'atollanes, cVst ce qui ne peut faire Tob* 
Jet d'un doute. Ses tonnes sont mreniont orduriers. Mais 
il n*a pas dû négliger, surtout pour les parties populaires 
de son romaui cette mine de proverbes et de comparai- 
sons pittoresques en leur vulgarité. Ou retrouve chez lui 
des expressions qui nous sont données comme appartenant 
à la langue des boufTons, ainsi celle-ci (Chap. 44, 1. 18) : 
cinn quo auducter possis in ienebris micare. Cf. Fronton à 
Marc-Aurèle (L. I, ép. 2) : Alîw! scinrarum pfvverbium: 
eum quo in tenebris vticcs. Telle phrase do Pétrone semble 
une allu^ion à une scène de mime ou de comédie. Ces 
mois (Clinp. Ô7| 1. 3G) eques Homanus es : el ego régis filius, 
pourraient n'être qu'un vers d'une pièce do théAlre'. Un 
esclave parle à un chevalier romain, conune llariiax dans 
le Pseudolus, v. 1171 : 

Kam ego eram doini tMpertitor êniHmun in piiti'ia men» 

Cf. Trxtcul.^ v. 490. 

Pétrone s'est-il inspiré aussi des Uibernarix, des togatx, 
des palliatxfDiiB premières, il ne nous reste rien; des 
secondeS| bien peu de chose. Il est curieux toutefois de 
constater quo, dans certains manuscrits, le nom d*Afranius 
se ti*ouve ajouté à celui de Petronius Arbiler. Cette espèce 
de surnom prouve seulement , comme l'a fait remarquer 
Teuffel'y sa parenté avec ce poète des togaUe qui a peint 



t. Buiiit Augustin, dp, Pei, VI, 7.*i. « Nuni'|uiil Priupo mimi, non 
ctiain 8iiccrilul«*8 iMiuruiia iiudcudii ri*rormit? Au alil<»r «tut udurondut 
in lucÎD sucri» ipiuui pmcodil ritliMulus in tlioatri.s? » 

2. C'cHt fo f|u*iuili<|ui) M. Krwin Uulidc, Zh Petronius, p. 8t. {Neuê 
Jahrb,tdter /ar Phltçingie, ISTtl.) 

3. Op, ci'., Il, p.»3». 



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982 ohàpitm it. 

detamoQrt iDràmes^ I^ collation de Pétrone arec .les 
fhigtnents des Ufgalm réunis par M. Otto Ribbeck* ne per* 
met de signaler quo d'asses ?agues rapports de situations 
et d'expressions. 

If &tr. Chap. 87, p. 95, 1. S. h.XfnnlnÊ.Divonium,yiU, 

Est ticca, sobria, booonim eoii* 61, VigHauê ae êolierê, 9Ù:ea 

■lUortini. 9ana êobria. 

Chap. 189, I. 10. 81 Hbidl- Jbid., 62, 6.1. Viro$a, •q.\ 
nota, Èx\, 

Clinp. 12'^, 1. 14. Nuiiiqtild Titiuiut. JVaftria tiVe Ferai- 

tO| •«!. tinath, 

VI, 9S. Die i$iud, qutcêo, ^o 



tê, sq 



.*. 



Il n*y a rien à conclure non plus de la rencontre de 
quelques expressions proverbiales; ainsi : 

P4tr. Chnp, 76, p. 52, 1. 9. Ab acia et aeu ut omoia exposait. 
Titiniutt DarbniHPp I V| 6. JRMiui atmê ae^tr/ne ero atqu^ er» 

[noêtrœ. 

Aussi i-ares sont les rapprochements qu'on peut établir 
entre Pétrone et les auteurs de palliaUt. Il ne semble pas 
que le romancier se soit inspiré directement des comédies 
de Plante et du Téronce. On lit chex lui des façons du 
parler populaireS| des dictons qui sont cliez les comiques, 
tels que les suivants : 

Pjtr. Chap. 8i, 1. 80. Et mitlo eavero. 

Haute, BacekU.p v. 147. • eave malo. 



1. QiiinUlion. imt. 9raê., X. I, 100. 

2. setrnêem BomêHorum poeêêê /rapmciUê, vol. II, • Comieonim 
naKiii^'iilA •• Tciibncr, 187.1. 

3. l'riiiiif) fl)(imiii aiiMl ilaiii une plèco d'Atanlus : iSv ineêtUê /o* 
MU, II, I). 

4. Cr. CiiM*iliut dans lo Nocium; AuIu*Oolle, II, 22; • extemplo 
•uaviiim », sf.* 



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rOftTBI BT PMOiUTBURt LATlMt. 283 

Chap. 1M| !• 87. Ifnlterem omnlbot dmiiLiefts emandatlorem. 
Spidiô.,59T. Uêfueobunffuieuloadeapiftumêummitmeêi/eitiviÊiima^ 
Bdnef eanêidera : êigmm pidum pokkrt vidertê» 

Cbap. 58, p. 89y L 6. Carrii, ttopeti latagit, tanquam mui in mateUa. 

Coêina, ?. 51. . • tum tH,fiireifer, 

Qnaêi mnif in medip parieie vonabere» 

Cbap. 48, 1. ^1, Amieat amico. 

Mil» fffor», T. CGC* Kee qni amieo amiewt $tt maglê. 

Cf. CwevA., V. 341 : 

Ut deeet velfe komintm omicmih amico » 

Cf. Térence, Phomiio, v. 562 : 

Soiuê eH knmo amieo amicuê^ ete. 

Chap, 116| K 27. Eu houo queroadmodum natat 

Budenê, T. 71. Huit UomHneuIi, qmmti têtiêt ^feeli ni notant t 

Je néglige d'autres rapports également snperflciels et 
peu concluants. Il est clair que si Pétrone s'était souvenu 
de Plaute et de Térence dans les parties conservées du 
Satiricon, les imitations seraient manifestes : nous eu sai* 
sirions la trace comme nous avons pu le Taire pour Virgile, 
Horace et Ovide. Si Pétrone a fait des emprunts au théû* 
tre latitti et on est autorisé à le supposer, ce sont les nii« 
mes surtout qu'il a dA nietti*e à conirilmtion. 

Lis PRosATBuns. — * Do niôino que Pétrone, dans ses 
morceaux poétiques, a suivi corUiins modèles, il est fort 
probable qu'il en a eu aussi dans sa prose, notamment 
dans les passages qui ont plus ou moins l'apparence d'une 
déclamation. \A tMicore, il s'est plus prirticulièroment cou* 
formé à cette rëglo de l'imitation qui est son principe lit- 
téraire préféré. Mais il n'i'ët pas aisé de déterminer chei 



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284 CHAriTRi tv. 

quelr protalrart il a dû puUer. D'abord| bien paa avaient 
traité dei sujets analogues au sien. De plui| comme il em* 
ploie fréquemmenti roi^me en prossi le style épique ou 
tragique, parodié sur un ton de légère et spirituelle iro- 
nie, il eu résulte que ses modales, en dehors des pièces 
poétiques, sont encoro plutôt des poètes que des prosa* 
teurs. I.OK parties écrites dans la langue populaire relève- 
raient pins spi^cialoment do Timitation des mimographei 
on do la Minipjiée» Enlln, il faut bien reconnaître à cet 
écrivain d'un talent si distingué une puibsante originalité 
que risqueraient d*éclip5er ces recherches excessives de 
Mpiirociiements. Ni^annioins, il est «luelques prosateurs que 
nous pouvons désigner connue ay.int été lus par Pétrone, et 
dont nouH trouvons des réminiscences dans son œuvre. 

Parmi les sources possibles du Satiricon, il faut, pour 
nous conformer a Tordre ciironologiqne, rappeler Varron, 
dont nous avons déjà parlé au chapitre III. Pétrone a 
peut-être imité la Mênippie dans sa Torme générale (mé- 
lange de la prot^e et don vers) et au^si dans Temploi des 
apologues, des proverbes, des termes populaires, qui lui 
est comnmn d'ailleurs avec les comiques et avec la sa- 
tire'. 

En comparant an texte du Satiricon les fragments de 
Varron, voici les très rares et très légères similitudes ou 
analogies que j*ai cru apercevoir. 

r^tr. CImp. 43, 1. 8 K Lougj fugit quiaquitf luoi fugit. 

C'est le titre d'une des Minippies de Varron. V. Bue- 
cheler, p. 188. 

Chap. Stf, I. 2i. 8crlptiim : cavo oauoui. 

Kumen,, XXVII, p. 177. injanuim • eavt eanem » inêeribijubeo^ 



1. Voir ce f|iii n ùiù dit iiir Ilurâcc, p. 2t9. 



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POitTBB IT PAOSATBURt LATISfS. 29b 

Au ehapitre 55 (pièce donnée comme étant de Pnblilius 
Syrus), on lit quelques mote que réunit aufsi Varron. 

Chap. 65, T. 9. Qao margarita eara tibi^ bacam Indlcam ? 
V» 12. Zmaragdnm ad quam rem viridem, protiotum Tltrnm? 

Papta PaiMf, XIII, 201. Imperito n<mnHnqw%(H ronrha videtnr 
margarita, vitrutn êtnaraffàoê. 

Comme autre rapprochement avec les vers attribués à 
Publilius 8yru8| on peut citer lus exemples que donne 
Varron des rainnoments où se complaisait la gourmandise 
romaine. 

Pétr. Chap. 65, v. 2 pavo patcitur. 

Chap. 98, V. 6 et 6 ultimit ab orit. 

Attraettu searat 

Varron. nip\ Ui^ijâxw, p. 204. Analysé par Auln-Oelle, VI, 
IG. Nam jiferaque id gtnn» f/tin; keluone» iêii terra et mari 
eonqniruHt, expoêuit inelmiUine in nuMeroê êenarioê, 

(La pièce de Pétrone est aussi en sénaires) : 



lltee êunt ferme» 
panuê e 8amo, • • êcari Ctliee». 



Chap. 119, T. 34, S5 atqne Lucrinis 

Emta litoribut veiidunt conchylla eenas. 

Sexagetiê, XVII, p. 216. Oêtream Laerinam. 

Dans la pièce de Pétrone, nous avons remarqué les 
mots composés à la façon des poètes archaïques : pietati* 
euUrixf graeilipes ; erotalUtria. 

On les trouve aussi chez Varron : 

8exagen\ V, p. 218, Keque qaa vagipenniâ anateê remipedaê 
buxeiroêtriéi péeuden êequeri$. 



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280 OHAnTai tr. 

Patft-il rapprocher encore de cet rers da SaUrleon 
(Ghap. 14) t 

Qttld flielant legait aU toU peeaaia legaat? iq. 

une invective du même genre ches Varroii ? 

atrageê9\ XIV^ p. 214 1 

Quod tegeêjttbeni, Hon/aciuHt ; M; u^ XM/ervU omiUièO. 

A cela 80 bornent log ressemblanceti asses insigniflan* 
tesi on le voit, que nous avoua pu relever entre Pétrone 
et Varron. Cent un maigre butin ; mais il noua reste bien 
peu des Miiiippêes. 

Parmi los autres prosateurs latins, Pétrone connaît Ci* 
céron ot Tapprécie. Il le nomme ou le cite en trois en- 
droits. Au ch.'ipitre S, 1. 16, Agamemnon dit: doctcres.... 
neeeue KaheiH iTudi insanientibui furere. Nam nisi dixerini 
qux aduleseeutuli probent, ut ait Cicero : • soU in icholU ff • 
linquciitur. » C'est une citation du Pro Olio (XVII, 41) : 
lUnd witim dircchnn itcr ad laudein eum labore qui probave* 
tvnt, pivpe sQliJam in tchotis sunl relicU. 

Cin'ron est loué dans les verii romposés par ce même 
Agamemnon à Timitation de Lucilius : 

Chap. 5| V. 20. QmMÏiaqHt iwlomtti Ciceroêêi» ntrba minetur. 

Au cliapitre 55, Trimalchion institue une inepte com- 
paraison entre Cicéron et Publilius Syrus, Jugeant le pre* 
roicr plus éloquent, le second plus moral. 

Ainsi, le seul [Kissage de Cicéron cité par Pétrone est 
emprunté i\ cette partie du Pro CxUo, où le futur auteur 
du l)i olJiciis professe celte fois, pour les besoins de ssi 
cause, une morale d'une indulgence singulière et reven- 
dique iiour la jeunesse le droit aux plaisirs '. 



I. fro rwNo, XVIII. « IK'Uir aU«|iiiil ifltili : sil fidiilcsccntiii libcrior : 

nuii tiiiinin viilii|iliilibu<i diMii*gontur vincut ali«|uundo ciipiditusi vu* 

lu|ita.H'|iio niliuiioiii. • 



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POkrit BT PaOSATBUIIS LATIKt. 287 

Pétrone reoonnaiMait dans raimable laissaivaUar de 
de ces préceptes, encore que tempérés par maintes ré- 
serves , une philosophie qui lui était chère et que ses 
héros pratiquent avec emportement, sans aucune dos res- 
trictions que fait expressément la prudence de Cicéron. 

En dehors de ces trois mentions du grand orateur latin 
et des réminiscences possibles indiquées au chapitre III, 
dans Tétudo des morceaux littéraires, il est malaisé de 
découvrir chez Pétrone des vestiges do son imitation. Qu'y 
avait-il en eflet de commun entre le roman erotique de 
l'un et les amples discours, les copieux traité» oratoires 
ou pliiloëophiques de l'autre? Leë quelques similitudes 
d'expression et d'idées que l'on a pu recueillir s'expliquent 
soit par de bimples rencontres, Koit par des sources com- 
munes. C'est probablement à une sourre grecque que Pé- 
trone et l'auteur de la Hhèiorique à Uérennius* ont pris ce 
trait plaisiuit du glorieux qui, appelant son esclave, feint 
de se tromper de nom afin de faire croire que sa domesti* 
cité est nombreuse*. Chez Pétrone, c'est une ruse de co- 
médie qu'emploie Eumolpe pour faire des dupes dans ^vl 
chasse aux testaments*. 

Il se peut, toulerois, qu'il faille oticore compter pai*mi 
les souvenirs de Cicéron celte phrase do Pétrone appli* 



1. Gomillciiis? 

2. Clmp. Il7»1.3i. « ot ne qiiid scicna) ilnossol, quoUcsciimriiio 

ali«picni iioslruin vocaro tompta^sct, iiliuin pru iiliu vuciirut, ut rucili* np- 
purcrct doininum cliiini t^urum mominisso, rpii pni?.Hont(^H non o.HDcnt. • 

Cr. Hhet. ad Htrenninm, lY, 50. i Cuin piicruin roHpicithunc iiniiin, 
«pioiii ogo novifVo.H non arhiiror novU^o, iilio noinino app«'llat diMudo 
iilio at'pio ulio ut ignoli «(ui nuiliunt, unuin putout nligi «lo mullU. » 

3. lloiusius croit «pio lo mut ciearo, iIumm cello plinistn du chnp. 16, 
p. 31,1. 8 : « Jaui tibi discipulus croscil ciouro mou.H », ont uno cun*u|)- 
lion populiiiro du nom do Cicéron. Selon lui, co surnom nuniit t'ic 
donné dans lu plebo aux cnranln hourou.scmont douc^i. Mais ri(*n 
n'c4t moin.H prouvé. 11 Taudrait des cxomplo:» analogues. Suivant 
NîplMihr, co mot «igniliorait bavard ut corrc.Hpondruit i\ Titidicn cica» 
loue. 



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288 ' CHAPITRB IT. 

qtt4e à OitOQ, chapitre 81, 1. 16 : quidUU aller f êq. i— Ce 
•ont à peu prêt les termes qu'emploie Gicéron apostro- 
phant Antoine dans la 2* PUlippique, XVI II, 44 : Sump- 
iisii virilem, quam itatim muliebreni tojam reddidislL Cette 
seconde Philippique était très lue dans les écoles des rhé- 
teurs : elle fournissait la matiàre de plusieurs sujets de 
déclamation. Juvénal nous atteste sa grande réputation. 

Sa/., X,v. 125, 126: 

Qhqm te, eouMpiCHtr divisa P/nV}tpiea famtc, 

Votvtriit a prima quic irojtma. 

Notons enfin ces mots du chapitre 130| 1. 32 : « Ilabet 
eonfilentan reum », qui pouri*aient| selon M. KraiTert'y être 
une réminiscence de Cicéi*on {Pè*o Ugario, 2) : € Ilabes 
igilur, Tubero, quod est accusatori maxime optamium, confi- 
teiitnn reum» • 

On ne doit pns s'attendre non plus à rencontrer Tlte- 
Live parmi les sources habituelles de Pétrone. Ce n'est 
que très exceptionnellemonti dans le poème de la Cuare 
eivile, qu'il peut avoir eu des réminiscences de l'illustra 
historien. On a vu que quelques traits de la description 
du passage des Alpes par César pouvaient avoir été puisés 
dnns les pages célèbres où Tite-Live nous peint ces mi*mes 
Alpes franchies par l'armée dllannibal. C'était un mor- 
ceau classique dans les écoles de déclamation, un de ceux 
auxquels Juvénal fait allusion : 

8fit»t X, v. 1GG| 167. .••••./ deuieiiê et uteva» eurre per Atpen, 
Ut piieriti pfacMM et decUimatio fian. 

Aiiisi| ce sont les parties d'auteurs les plus lues chex 
les rhéteurs que Pétrone se rappelle d'ordinaire, en de- 
hors des écrivains qu'il imite d'une manière un peu suivie 

I. iVeuf fieétrUge znr KrUik und Erklùrung lateinUcIter Àutoren, 
VordiMi, IH8S. 



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POftTBt BT PAOtATBUIIi LATlKt. 289 

dans eeriains chapitres de son roman. Il a certainement 
passé par l'école des déclamatours ; quoiqu'il se soit af* 
fhinchi de leur discipline et qu'il parle avec beaucoup 
d'indépendance et d'ironie de leurs exercices scolattliques, 
il n'en a pas moins gardé le souvenir de leurs leçons. 
Outre les réminiscences des poêles et des prosateurs clas- 
siquesi on rencontre chez lui plus d'un développement ora- 
toire du goAt des eontroversix* et des iuaiorix. S(»s exemples 
sont volontiers pris parmi ceux qui ^ont usités dans les dé- 
clamations : ainsi l'antiiropophngie des Sagontins. (Glinp. 
141 y 1. 29.) Ni Polyho, ni Tite-Livo ne parlent do ce fait 
horrible des déronseurs do Sagonlo réduits à tuer leurs prros 
pour se nourrir de leurs cadavri's. Appion {De rebtis hispa* 
mensibus, 12) dit seulement : xal ô Xi|X9; aço; i^dZt. D'au- 
tres parlent de la Sagiuuina famés*; mais l'école a adopté 
la version qui pr(?te le plus à l'efTet oratoire. Sénèque, Can* 
irov., IX I 4y 5' : Nécessitas magnum humatiof imheeillUaUi 
palrociniitm est. Ilxc excusai SaguiUiaos, quod patres occide-* 
vint. C'est cette tnidition qu'adopte Pétrone : Sagunliniop* 
pressi abllannibale humanas edere carnes.... De même pour 
les Pétélions : Peielini idem feceruni in uHiima famé. (Chap. 
141 1 1. 30.) Polybe^i dans des termes que reproduit à peu 
près Tito-Livo*| parle de l'opiniAtre résistance des Pété- 
lienS| mais sans faire aucune allusion à leurc^mnibalisnie. 



1. Cr., |inr nxomiili*, lu |>luidoirio irEiiiniil|H* (i;iia|i. 107) o( la réiKMiMO 
lU* Licltiirt iêhéd,), 

*2. Floriis *2, fi, 0; Aiumiius Ep, *l'l, v. 42 ; Liiniiii, Phnrs,, lU, 300, 
flunt les lnrini».H ii In rlKn^nir pouvont ii'inlor|>rr;lcr ilo lu niC*ni<« mnni&ro, 

a. Cr 8aint Aiiffiisliii, De Cioét. Del, 3, 20, ci poiiUôlro Hnllustlu, 
Ulst. incerf,, llioUch : • uhi mulUi nernmla crmu • (csca. Bcrnayt, 
Mh. MHS.. 1801, |i. .T20, d*aprî;« 8ulplc*c-Sévi*ro, Chron., i, 30) « super 
■iisi atquo pansi. • 

1. VII, I, 3. 

5. Tilo-Livc, I. XXIII, 30, dit slmploment : • Absiimpiis cnim frugum 
alimonlU curnidiiuo oinnU gcnnrU ((uadnipcMlum sucio) insuotœque» 
poslrcmo cohii hcrbisqiio et nidiclbus • si|. 

CIIITI9U8 IXrîTéSAlHB. It 



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200 OHAriTM îf. 

Car faits oni dû dira puisés dans las histoiras à ,airat| 
tallas qu'on les composait pour las laeturas publiques ou 
dans las répértoiras da déclamations. Ainsi Juvénal, dans 
la XV* satire où| à propos des superstitions de TÊgyptOi 
il rapporte le crime de la cité de Tentyra *| instituant une 
ampHQcation par quelques cétés analogue à celle de Pé« 
tronci n*omet pas Tauthropophagie des Sagontins. 

Nobiitâ aie iamcH popufnê, qneM diximuêf ei par 
Viriuie atijueJUlef icd mojor elade, Saguntuâ 
Taie quid exeuiot. 

Il ne semble donc pas que Pétrone, en dehors des mor- 
ceaux de Tite-Livc qu'on lisait dans l'école, ait pratiqué les 
œuvres de col historien ; ou tout au moins l'occasion ne 
s'ast*elle pat fréquemment olferie à lui, dans ce que nous 
avons du Satiricon, de faire appel à ses souvenirs de cet 
écrivain. L'histoire tient une bien petite place en ce ro- 
man. C'est plutôt la mythologie qui fournit à PiHrone 
sas comparaiiiions et ses rapprochements. En dehors des 
noms plus haut mentionnés, auxquels il faut Joindre celui 
de Numance (Chap. 141, 1. 82) et ceux qui flgurent dans 
le poème De bello eivili^ on ne rencontre dans le Saiiri* 
con d'autres noms historiques que ceux de Lucrèce, de 
Tarquin (Cliap. 9), de Scipion (Chap. 141), d'Hannibal 
(Chap. 60 et 101). Du reste, l'histoire grecque est repré- 
sentée par l'unique nom d'Alcibiade (Chap. 128). 

Il n'y a pas lieu d'en être surpris, puisque nous avons 
affaire à un romancier qui ne se pique ni d'érudition, ni 
d'exactitude. Aussi, peut-on croirequ'il ne faut pas s'appli- 
quer à déterminer rigoureusement à quels faits se rattache 

I. I«cii Tontyrùonii, apri*s iinn liiUo Minglanlo avec les ImbiUinU 
il*Oiiiliotf, MiUiMont un ilos vainc un, lo coii|iont en morceaux «t en 
mangent chacun uuo boMchéo. 



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POftTIS BT PnOtATlUnS LATIIfS. 201 

le passage soirant du Satiricon, objet de nombreoses eoo^ 
trorerses (Chap. 116, 1. 20) : Crotma eue eognovimus, urbem 
anUquUtimam et aliquando Italix primam. Cum deinde dili* 
gentiui explararemus qui hamitui inhabitarent nobile iotmi, 
quodve geiiut negotiationU prmeipue probarent, pott attritai 
beUii frequentibui opei.... On fait observer quo CrotonOi co- 
lonie romaine depuis 194| ne pouvait^ à l'époque de Néron, 
être contidéréd comme une victime de guerres récentes. 
Mais on aurait tort do chercher ici une allusion à des évé- 
nements précis. Pétrone accole au nom de Crotone, sans 
s'inqniéti.T de coumiellro un anachronismci des épithètes 
qui ont été souvent appliqm^es a cette villo, ruinée à plu- 
sieurs reprises dans des guerres anciennes (Agalboclei 
Pyrrlius, llaunihal). Cicérou avait dit dans le De Inventione, 
II, ly 1 : CivtoniaLv, qwmdam cmn florerenl omnibus copiis et 
in Italia in primii numemrentur. Tito*Live, XXI V, 2 : Née 
enini diripi volebant nohilem atque opuleniam itrbeni ; et clia« 
pitre 3 : Sex milia aberal ab urbe nobili lemphtni, ipsa wbe 
nobiliut. L. XXIII| 30 : BmUiorum ej'ercitus Crotunemf 
Gr,Team urbem, circumsedit, opùlenlam quondam armis viris' 
que, tum jam udeo mnltit magnisqueeladibus udfliciam, ut otn- 
nit xlalit minus duo milia eivium superessenlf i>t passim. On 
trouverait d'autres exemples analogues. Pétrone s'empare 
donC| en parlant de Crotonei de ces épitliètes consacrées, 
liien qu'elles ne soient plus jutiliées à l'époque où il écri- 
vait. La preuve que la ville n'est pas ruinée, c'est qu'on y 
capte les testaments et que nous verrons les Grotoniales 
combler Eumolpe de ricliesses (Chap. 124, p. 02, 1. 7) : 
qui stalim opes suas summo cum certamine in Eumolpum ron- 
tjesseruni. Il est possible aussi que ce passage soit simple- 
ment traduit d'un roman grec. On avait dû plus d'une fois, 
dans les compositions de ce genre, parler de Crotone, 
l'antique rivale de Sybaris. 
Sénèqub. —_ Le prosateur le plus récent par rapport à 



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SM OKAflTM W. 

Pétroii6| an •apposant toujours que la SaUrkM ait été 
écrit Bout NéroUi ast Sénëque la Pliilotopha. C'att aussi 
un de eaux auxquels il semble que le romancier ait fait le 
plus grand nombre d'emprunts. De bonne heure ceci a 
été reconnu. Déjà dans Tédition tarhrum de Burmanni de 
fréquents rapprochements sont établis entre le Satiricon et 
les ouvrages de Sénèque. Studer* en a indiqué d*autreS| 
ainsi que M. QoUschlich dans une dissertation intitulée : 
Ih parotUii Senent apud Petronium*. 

Ce dernier opuscule pose la question de la parodie de 
Sénàque clies Pétrone et conclut que le dessein arrêté du 
romancier a été de railler le philosophe en contreraisant 
sa maniôre. Voici quels sont lt*s arguments de M. Gott« 
schlich : On trouvci dit-il , dans PétronCf beaucoup de Unes 
mof]ueries à Tadresëe des écrivains' contemporains. Sénè- 
que on particulier est persillé dans le Satiricon. Entre 
Pétrone et lui, la dilTérence est proronde. Genre do viOi 
doctrinOi goûts littéraires, tout en eux Ast opposé. L'un 
Oit stoïcien, Tautro épicurien. En littérature, Sénèque 
s'ac«;ommode à son temps qui dédaignait les écrits ancien», 
aimait les subtiles déclamations et les traits. Pétrone ad- 
mire Tantique élégance et, dès le début de son roman, nous 
exprime son dédain pour les boursouflures de cette élo- 
quence d*école vide et pompeuse, qui a ruiné Téloqucnce 
véritable. Il devait donc être clioqué des hardiesses et des 
nouveautés que présente le style de Sénèijue. G*est bien 
col auteur qu'il vise quand il signale la décadence de Tart 
de la parole, de cet art dont Sénèque voulait s'attirer toute 
la gloire'. Ce sontiineni est conQrmé, ajoute M. Gott- 



I. Hhêêniichet Muiêum, II, p. 71. 

*i. MiMcrlinHiorHm Philoiogieùrum iibellut, Zii Frhiorici Haaso Jtt* 
liilAiiiii. llrtMluu, A. Ncumann, I8G3. 
a. Cr. Tariio, Annalei, XIV, 52. 



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POkTM IT PftOBATVUnt LATINI. 

•chllch, par les nombreuset parodies de Sénèque gua Ton 
troure dani le Satiricon et qu'il noua signale. 

Toutefois, Pétrone, dans sa parodie, n*imile pas Sénè- 
que au point de reproduire intégralement ses termes dans 
un sujet plaisant ; il ne prend que les expressions où ap* 
paraît quelque artifice de rhétorique et conserve seulement 
la couleur du style ainsi que les idées. Ainsi, au chapitre 
116, nous avons une déclamation d'Ëncolpe. Ce person- 
nage, que nous savons pertinemment £ti*e un voleur et un 
débauché et qui, d'autre part, est un lettré, devient tout a 
coup stoïcien et se met u exprimer les plus graves pensées 
des philosophes. Eli bien ! tout ce morceau n'est qu'un 
persiflage de Sénèque. M. Gottschlicli lo décompose, le 
rappi*oche, membre de phrase par membre do phrase, de 
maximes ou de développements analogues chez Sénèque, 
et s'appuie sur cet unique exemple pour aOlrmcr la paro- 
die du philosophe par le romancier '. Nous allons donc 
examiner la déclamation d'Ëncolpo et chercher, comme 
nous l'avons fait pour Lucain à propos du De bello civili, 
s'il s'y trouve des souvenirs de Sénèque et des intentions 
parodiques. 

Encolpe errant au bord de la mer, après le naufrage 
auquel il a heureusement échappé., voit un cadavre que 
le Ilot pousse vers le rivage et reconnatt bientôt Lichos, 
le maître même du navire, celui dont naguère il avait si 
fort redouté le courroux. Frappé par lo spectacle des vi* 
cissitudes humaines, il s'écrie : 

Chap. 115, 1. 32. Ubi iiuiic est, inquam, iracuiidia tua, ubi im« 
potciitia tua? ncmpc piscibus bcluisquo oxpositus es, ot qui 



1. M. riuUHchlich nniioiiniit mou inleiitiun irùUiftior \t\m Un! Ju8<|u'à 
quel puiiit l'élruiio a iiniti; 8<l'ncM|iio et ipiflii livn.*s ilo c(»t écrivain il 
a vrui!»oiiiblublcinoiit connus, ilaiio suite n'a puiiil paru. Lo relevé 

2u*on liru plus loin dca iiiiitJitiMnii ilo 8cnê<pio tlunit l'étrone en tien* 
m pout-Olro Ueu. ' 



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9M OHAPITM IV. 

p«ido a»lt Jaetabia vfaret Imparll tnli dt tâm magna naia m 
tabolam qaÛem aanfragiu habei, 

M. Oottiohiioh rapproche oe païaageda 8én6qtt6| Dtal. 
VI, 10| 6 (éd. P. Uaaie)| Comol. ad Uartiam : 

Alioi per ineirta nudos maria JaetabU (fortuna) et lueîatoê 
€um fluetibui ne in arenam quidem aut litui exphdii, $ed in 
aUeuJui immenêw vffUnm bdudt deeondtt. 

Il faut avouer que, 1*11 y a ici une parodie, elle n'eit 
pai évidente. Pétrone est tombé sur un lieu commun de 
roman, un naufrage et fes suites. Il part de là pour es- 
quisser une déclamation sur les caprices de la fortune et 
sur l'incertitude de la vie. S'il est un thème banal, c'est 
colui-lâ, et il n'existe entre les deux textes aucune de ces 
conformités d'expi*c88ion qui marquent un parti pris de 
parodie. 

Je reconnais plutât ici l'emploi familier à Pétrone du 
style épique ou oratoire dans sa généralité. Ou peut éta- 
blir avec le passage qui pi*écëde bien d'autres nipproche- 
ments. Plusieurs ont déjà été indiqués précédemment : 

Chap. llfi, 1. 28. Cœpi uinontlbas ocalis maris iidom iuspicere..., 
adliuo taoqaaiu Ignotuin doUcbani. 

Cf. Ovide, Uèlam., XI, 719, sq. : 

Qui foret ignorant!, qnia uaufraguÊf ominê mota eêt, 
Kl tawjnam ignoio lacrimaê dartt : sq. 

Le mouvement d'Encolpe : ubi nune ai iracundia îuaf 
rappelle assez, nous l'avons vu, celui de Lucain, Phan., 
IV, 799, sq., à propos de la mort de Curion. Faudrait-il 
en conclure ici à une parodie d'Ovide ou de Lucain ? Rien 
n'est moins rare que les moralités débitées en cet endroit 
par Encolpe. D'autre part, les romanciers anciens ont 
toujours mêlé à leurs récits des sentences ou des disserta- 



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FOftTM BT mOtATIUM* LATIKI. 295 

tioDt monlet. I^et exemplet sont alté» i irouvor auisi 
bien ehes lei EroUei gnci que ches Apulée. 

En Toici un entre cent. 

Au livre VI 1, 2, Apulée fait moralUer Luelue métamor- 
phosé en &ue et menacé d'une mort cruelle : € Fortunam 
qux iemper suai opei ad maloi e$ indigiioë conférât, née un* 
quamjudicio quemquam morlalium eligatf immo vero eum 
$ii potissimum devertetur, quoi proatl ii vùleret, fugere de* 
béret : quodi^ue cunctti eit ewtreniiui, variai opiiiionee, immo 
contrariai uobii attribuât ut et malui boni viri fama glorie* 
iur, et innoeentiisimui contra noxioivm iiAmore plectatur. » 

Dans le dialogue qu'on prétend parodié par PétronOi 
Sénèque exprime les mêmes idées qu'Apuléei Consot. ad 
Marciam, Dial. VI, 10, 6 : In regumn fortmix et quidem du* 
rum atque iuvietuni pervenimm, illiui arbitrio digna atque 
indigna paauri... Ut varia et lUndinosa maneipiorum suorum 
neglegens domina et pœnii et niuneribui erra bit '• Devous*nous 
en conclure qu'Apuléo pai*odie ici Séneque ou tout autre 
philosophe? Non : il oliéit simplement à la loi du genre 
qu'il traite et qui comporle les excunus moniuX| les géné- 
ralités sentencieuses, amenées plus ou moins plaisam- 
ment. L'occasion était bonne cependant pour qui eAt 
voulu railler Sénèque. C'est un Ane qui Tait ici le philo- 
sophe. 

M. Gottschlich découvre une preuve encore plus con- 
vaincante de la parodie de Sénèque dans la phrase qui 
suit (Chap. 115, 1. 35) : Ite nune mortalei et magnis cogita* 
tionibui pectora impiété. Ite eauti et opei fraudibui captai 
per mille annoi disponite. La structure même de la plurase 



1. Cr. Ep. 87, 15, ad luelt, • 0|>oti H lononi ot lanisUo contin* 

gtint. • 

Kp. 74, 7, id, f Ilufic ciiim imagincm atiimo tuo propono, ludos fbcoro 
furtiiimm ol iu hune niortalium cu'liiin liunurcs divilias, greUam oxcu- 
ioro •, Bt|. 



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996 OiunTU nr. 

indiqiierall une imitation de 8én6qiie. C'est la sêal^an* 
droit de Pétrone où se lise la formule : iu nunc eî... avee 
un impératif. Or, cette formule est fréquente dans Séné* 
que ; Diat. X| D$ breviu vit., 12, 8 ; < nune et puta ; Dial. 
XI| Ad Polyb., 1^2; De beiief., VI, 3ô| 6 ; Na$. quxtl., 1, 
10, 8; EpM. ad LucU., 88, 87. 

Qui ne voit que Targument est fragile? Cette formule 
n*est pas particulière à Sénèque. 

Elle est chez Uorace : 

Ep., II I 2| ▼. 76. 7 nuue et vtnuê tetum mtdUart cûnoroêt 

On la retrouve chez Juvénal : 

8at.f XII| 67 iq. 7 ntiiie et ventiê auimam eommitte, doiato 
ConJUuê ligno, digiiU a morte rtmotuê 
Quattuor aut êeptem. 

Cf. encore Sat., VI, v. 30G : 

7 nuM et dubita.....^ 



Jéà répétition de Timpératif est aussi dans ces vers de 
Virgile : 

JCm., Vllf 496| 426. 7 ftniN?, ingratiê offer te, irrise, peridêe^ 
Tyrrhenaêf i, êteme aeiee 

Il serait oiseux de multiplier les rapprochements de ce 
genre. 

Quant aux idéeS| M. Ootti^chlich rapproche les textes 
suivants de Sénëque. DM. VI, 11^ 4^ biCumiiiterimquan* 
toi tumultM hoe tam coiUemptum animal movelf in quantas 
cogitationet,obtilui eoiidieionii suxvenitf Immortalia, iPtema 
vdulat aniiM et in nepolet pronepotetque disponit, eum itile* 
rim lifuga eonantem eum mort opprimit. Cf. IHal. X, De 
brevit. vitx, 20, 6 ; — Epist., 99, 81 : Uoe quod vivimutproxi* 



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POftTM BT mO04TBtmS LATlMt. . 297 

mum nthilo M : e$ tamen, o denunUam noitram, tau disporU* 
tur. Cf. EfHiU, 101 1 4. — Mais il i^outa qu'on ne saurait 
désigner arec précision le passage de Séneque parodié ici 
par Pétrone; car ces pensées sur Taveuglemontde Tliomme 
qui ne songe jamais à la mort et enfante sans cesse de 
noureauz projets se rencontrent très souvent chez Se* 
nëque. 

II est fort possible que Pétrone se souvienne en cet en- 
droit de divers i>assages de Sénèque. C'est un auteur qu'il 
avait lu (on en a la preuve par d'autres imitations) et qu'il 
devait vivement apprécier, quoique moderne. C'est l'inten- 
tion parodique seule que nous contestons. Le morceau est 
simplement plaisant. On a déjà fait observer que ce qui 
fait le comique de cette déclamation en apparence si grave 
et si mélancolique, ce sont les réflexions humoristiques 
dont elle eht mâléc, le trait de satii*e qui la termine, le 
contraste entre celte belle morale et le personnage qui 
l'expose. Encolpo, qui ne vit que d*escrofiucries, a bonne 
grâce vraiment à parler de ces richesses aoiuises par la 
fraude: oj)es frandihus captas! Au surplus, ce ne sont 
encore là que des lieux communs d'école exprimés par 
maint écrivain après et avant Sénèque, par Lucrèce^ 
Horace, Pline l'Ancien ', Jnvénal. 

Encolpe, continue M. Gottschlich, se sert de Lichas 
comme d'exemple r>our prouver combien l'homme pense 
peu à l'inévitable mort, 1. 37 : Ncmpe hie proxima luce palvi* 
monii iui raliones inspexH^ fiempe diein eliam quo veniurus 
etset in palriam animo suo fuit. Du dextjtie, quam longe a 
destinatione suajacet! Dans celte répétition do nempe et de 
ille dans la phrase isui vante, M. Gotthchlich reconnaît 
l'anaphore des particules dont Sénèque est coutumier. Cf. 



1. Plino l'Anricn, //. S., VII, cliap. I : • Nulll vila fragillor, niilli 
ronim ciiiinitiiii libido iiii^or •• etc. 



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898 CHAPITM nr. 

De Imif.p y, 18; DUd. Il| 18, 4, où la paHieula imI est 
cinq fois répétée, etc. L'expression dii dewqu$ se rencontré 
sourent ches Sénèque : DM. XI» ]2| 5; Dial. XII, 10, 
2, etc. Mais il e^t permis de se refuser i voir là des carac* 
téristiqucs du style do Sénèque* Ces anaphores sont pro« 
près à la plupart des écrivains de TAge d'ai*geiit, de Tacite 
entre autres; elles sont d'ailleurs de Tessence du style 
oratoire. Les déclamations de Sénèque le Rhéteur en 
olTrant de nombreux exemples. Quant i l'exclamation dii 
dexqve, elle ii'eit pus plus spéciale à un écrivain que pour- 
rait Tiitro en français ; Bon Dieu I Grand Dieu* I 

Abrégeons. Encolpe nous énumère les nombreux et di- 
vers accidents qui menacent la vie humaine (P. 82, 1. 8) : 
Sed von tola morialibug viaria hnne fidem prxstant; illum 
belianlem ai-ma decipiufit, illum diis vota reddentem penatium 
ttiorvm ruiim tepeUt. llle vehiculo lapsus properaiitem spiri* 
tum excussU ; cihus avidum strangulavit, absUncnlem fruga- 
litas. Si belle ealeulum ponas, ubitjue naufragium est. A cette 
locution subtile : maria fidem pripstant, M. Goltschlich 
compare ces expressions de Sénèque : Nul. Quxst., IV, 

PrîPf. 7 ; ....dubia foriuna maris, incerla fides ruris. 

Mais fides f^ris est une expression courante appliquée à la 
terre pour désigner la recolle. 

Cf. Horace, Ode*, 111, IG; 29, 30. SU vaque Jugerum 

Paucorum et $egetiê eerta fideê meœ, 

TIbtillo, H, a, 65. At ti'bi. 

J'érêoivQt tinfla êeminà terra fide. 

Il n'y a donc (las de rapport entre les termes de Pétrone 
et ceux de Sénèque. 



1. Cr. Plint* rAncicn, //. iV., Proœmiuin, I, il: • Di doioquo t. 
Téroiiro, tiécgrr, I, î, 27 : 

• lia di doa)quo fiixioi •, etc. 



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POftTIS IT PROSATBUHS LATlIfg. 299 

Pour ridée, M. Oottschlich rapproche : Nat. Qtmtt., Il, 

69| 8 : Omnia, qwt ad fnoriem dueunt, eontempta iunî 

itu ruinarum subito lapsu proeidentium pondéra.... et : Nai. 
Qtmit., yi| 2, 5 : euin quotdam straiigulaverit polio mak 
lap$a per faueet. Ces réminiscencett sont possililes ; mais 
où serait la parodie ? Pétrone développe en rhéteur une 
thèse banale. Ne sont-ce pas à peu près les mômes idées 
qui sont énoncées dans cette déclamation do Cestius Pius, 
rapportée par Sénèquele Père (Controverses, VII, I, 9): 
Uuttas rerum natura mortis vias apemitet multis ititieribus 
fata deeurrunt, et lixc est condicio miserrima humani getieris, 
quod naseimur uno modo, mutlis moritnur : laqueus, gladiiis, 
prxceps locus, venenum^ naufragium, mille alix mortes insi» 
diantur littic miseirimw animxf L'originalité de Pétrone 
consiste à avoir mêlé à ces généralités des pointes ironi- 
ques. Voyez cet homme qui, au moment même où il est 
en prières, est écmsé par la chute de sa maison. Belle ré« 
compc>nsc de la piété ! 

Il faut rcconnattre avec M. Oottschlich que le morceau 
dans son ensemble a bien la couleur du style de Séuèque 
et qu'on y retrouve la coupe de ses phrases : Si bene calcu* 
lum ponas, ubique naufragium est, eti un trait du même 
genre que ceux-ci : Dial. XI, Ad Polyb., 9, G : omnis vita 
supplicium est, et Thebais, 147 sq. : 

Ferrum netjabtê f noxinn laptto via$ 
Cludcê f et arctiê col fa laqueiê mîeri 
' l^hibehi'ê f hcrhaê, tjun* ferurU letum, axtferes f 
Quid iêta tandem cura urofiriet tua t 
Ubtijue Morê e$t. 

De plus, Texpression calculos ponere a été plusieurs fois 
employée par Sénèque (par d'autres également, Pline le 
Jeune, etc.). 

Sénèque, dans le Dialogue XI, à Polybe, 9, G, compare 



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800 OHAPITM îf. 

aussi la Tie humaine h une mer profonde el agitée où les 
hommes soni ballottéSi se heurtent Tun contre Tautre et 
font enfin naufrage. 

Dans Pôtronsi le chapitre 115 se termine ainsi : At inim 
fluetibui obfvto non eofUingtt sepultura. Tanquam intiriU, pe- 
riturum earput qux ratio eomumat, ignit an fluaut^anmora. 
Quicquid feeerii, omnia Kate eodem ventura $unL ferx tamen 
corput lacerabunl. Tanqttam meliui tgnis aceipiat; immo hane 
pœnam gravissimam eredimus, ubi iervii irateimur. Quxergo 
dementla est, omnia facere, ne quid de nobii relinqual tepuh 
tura! 

Pétronei dit M. GoUschlichi a imité dans ce passage le 
livro De remediis forluitorum dont nous avons conservé ce 
fragment entre autres (Chap. 5| 2) : InsepuUus jacebis. Quid 
interest, ignit me an fera eomumat, an temput ullima om- 
nium iepuUuruf On rencontre encore trois fois la môme 
pensée dans les aiiti*es écrits de Séncqne : Uial. ad Uarciam, 
VI I 20| 2 : Nihil interesse, infra quod quis jaeeat; — De 
benefieiis, V, 20^ 4 : quid enim illius intererat, quo génère 
dilaberelurf et Ep., 02 , 84 : ignis illud exurat, an terra eon* 

tegat,an fer,T distrahant, utrum projeetum aves différant, 

an eonsumatur 

Canibuâ data prtcda mariuiê, 

quid ad illum, qui nvllus f 

M. Gotlëchlich attache à ce rapprochement une grande 
importance ; il y voit la preuve indubitable que toute la 
déclamation d*Encolpe est une parodie de Sénëque ; en 
second lieU| rimitation de Pétrone est le témoignage le 
plus ancien établissant que le livre De remediis forluitorum 
est bien de Sénèque. ËnAn^ elle met sur la voie d'une 
utile correction du texte do Pétrone : au lieu de aura^ 
mora qui correspond h tempus dans Sénëque. 

Il ne semble pas qu'il y ait lieu de tirer de ces rappro« 



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POftm n FftOtATIOM LATINS. 801 

meoto des oonclusiont tnsti absoloot. D'abord, s'il est 
naisemblabla qoe Pétrone a ici des réminiscences de 8é- 
nèque, cela n'est pas certain. Cette idée que peu importe 
la manière dont le corps sera dissousi cette indilTérence 
du philosophe pour sa dépouille mortellei tout cela a été 
exprimé arant Sénëque et le sera après lui. 

Nous avons cité les vers de Lucrèce (De rer. nat., III| 
868 sq.) où ces idées sont en germe. Mécène n'avait-il 
pas dit: 

Kec iumulmm euro : êeptiii notura reUetoê ' ? 

On lit dans Sénèque le Père (Controv., YlIIy 4, 1. 17) : 
Omnibus natura sepuUuram dédit : naufragos idem fluetus 
qui expulit {tepelil) : suffixorum eorpora crucibui in tepuliu* 
ram tuam defluunl; eoi qui vivi urunlur, pœna funerau 

Lucain s'écrie : 

Pharê.f VIIi 809-811 taheêne eadavera iolvai 

An roffuê, kaud re/srif plaeido natura reeeptai 
Cnneta tinu, fiuemquê evi $ibi eorpora debeiit» 

• 
Nous verrons le même thème traité dans Fronton {Ad 
Jf. Otar., 1. Ily ep. 10) : Sepultura cadaveribut in ipiit inju» 
riis prxsio etu Sive maria naufragot devoretU, iive flumina 
prxeipitet Irahant, tive hareng obruant, iive ferse lacèrent, 
sive votueres discerpant corpus hutnanum, salis sepelitur ubi* 
eumque consumitur. 

EnHUy Minucius PéliX| dans un passage qui semble 
directement inspiré de Sénèque, écrira {Octavius, 11, 4, 

éd. Riehrous) : Inde videlieel et execrantur rogos nec in* 

tersit utrum ferx diripiant an maria consumant, an humus 



1. C, ll».*ci*iitt», 7, p. 339; Ba'lironi, Fragmenta poetarum Boma* 
norum» 



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809 OHAPfTM IV. 

eonlêgat, an fUmma $ubdueat{ ewn eadaverlbui mntijipul* 
lura, il nnUufU, pœna êli, $1 non ienUunI, pyra eonfieUndt 
etUrllaU m$dielna. 

On voit que la parodie, %i elle exiitait, atteindrait du 
mâmo coup nombre d'écrivains. Maii| nous devons le ré- 
pétor, il n'y a pas dans ce passage de Pétrone, de parodie 
directe et personuolle. Il a mis la main sur un lieu com* 
mun, dont Sénèque a pu lui fournir une expression pré- 
cise ; il l'a dùvoloppéi puisque l'occasion s'en présentait, 
et traité A sa manière ou le relevant de trnits railleurs. 
N'ost-co (las là porpéluolluinont sa méthode, là m^mo ofi, 
au pnmiiin* abonl, on pourrait le croii*e sérieux? Ces traits 
plaisants, nous los avons dt\jà signalés au chapilro do la 
moralo do Pétrone. Une éloijucato apostrophe tombe sur 
cotte exclamation drolatique : en homoquemmlmodum luUatt 
Ce n'est mémo pas le mot de Dusmones dans le liudent de 
Piaule, 1,2,72: 

//il I komuHCHii, qiittHii #«//• / tjccii 
UtHatani 

OÙ natan est pris au sens propre de : faire effort en na- 
geant pour se sauver. Ici, c'est un cadavre que voit Bn- 
colpe, un cadavi*e flottant, et d'autre part natare marque 
l'irrésolution, rincertitude des desseins humains. 
Cf. Horace, SaL, II, 0, 7 : 

Paru komtuHm tvYiVt gaudet cotmtaHtêr €t Uffjêl 
l\ofio9Uum ; fKirt multa naiat. 

Nous avons dono dans Pétrone un pur Jeu de mots. 

Puis, la déclamation reprend, semée de sentences, rou- 
lant sur dos banalités philosopliiques (vanité des projets 
des hommes, diversité dos formes que revêt la mort, in- 
souciance 011 est le sage à Tégard de sa sépulture), et se 
termine sur une pointe contre la crémation. Notons en* 



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804 OKAFITM IT. 

nut ; (Chap. 92, p, 08| l. 6) aeUUu$ $ibl unqmm fuiue mgtU. 
Il rapproche Sénèquei 0# ira, III| 48, 1 : Muperiaribui aei" 
dwn ae moleHum. Mail ce terme est pris ao mâme sens 
dans Horace (Ep., II| 2, 64) : 

Quod peiiê, id «atte e»i inviêum aeidumque duoiuê. 

NoUire au sens à^animadvfrUre se trouve ches d'autres 
écrivains; ainsi cbes Pline l'Ancien, H. N., 2, 8, : Apud 
tmi quoque id liquore oki iiokimuf aecidere. Publieare, faire 
counattrei divulguer (Pétronoi Gliap. 39, 1. 5 ; Sén&que, 
De Ira, 1, 10, 2) est égaloinent chez JustiUi 1, 7, chos 
Pline l'AncioUi //. N., 83, 1, G. Nous avons rencontré 
dans Afmnius la locution sicea tobria qui se lit dans Pé- 
trone (Gliap. 37, p. 25, 1. 3) otdans Sénëqiio, Ep., 18, 4, 
114, 8; De vita beata, 12, 4. C'est une façon de parler po- 
pulaire. Obiter avec la signillcation de simut Fe rencontre 
non ëoulomoiit chez PtHi*ono, chapitres 31, 38; cliez Se- 
nèque. De ira, III, 1, 8, mais chez Pline l'Ancien, 37, 
9, 37; 83, 8, 44; chez Apulée, Metam., VI, 25, etc. 

On sait d*ailloui*s combien il est hasardeux de prétendre 
déterminer ce qui appartient en propre à la langue d*un 
écrivain donné. Eu songeant à tous les textes de la litté- 
rature qui nous manquent, on se sent tt*nu à la plus 
grande circonspection. Nous nous bornerons donc à faire 
entrer dans la lirtte qu'on va lire des rapprochements pos- 
sibles entre Pétrone et Séneque, les expressions les plus 
caracléristiques que Ktudtu* a relovées comme étant com- 
munes aux doux auteurs. 

Los rcssomhlancos qu'on peut saisir entre les idées ne 
permettont, elles aussi, d'induire une imitation d'un au- 
teur par l'autre, qu'à la condition que les termes qui les 
expriment soitMit à pou près identiques. Comparons donc 
les passages correspondants de Sénèque et de Pétrone, en 
négligeant tout ce qui n*est que lointain ou approximatif. 



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POftTIS BT PROtATlUnS LATINS. 805 

8én. Emploi fréquent de 
genui pour ratio dans Séné* 
que : Ep., S6| 1, mcvel eere* 
brum non wio génère; 67| 9) 
nutto génère poue (perire on/* 
miim). 

De ira, ]II« 48, 6. Dum res« 
pirt'muâ, quod aiuHt, vtrêamwtque 
non, mmortaHUt» ad^fr/t» 

De bcne/., \\ 19, 6. i/i»ar«- 
qne êe iMvrnimU, 

Cf. Sénèque le Rhéteur, 
Coiitrav., III, Pnef., 13, r/x 
$e inventent. 

Kp. 88, 44. Zenom KleateÊ 
OMHiVi negoii'a de negotip dtjeeit* 



Pé<r. Cli^. te, p. 1». 1. 14. 
Qvonaoi fSMiepnBseiitsm erl* 
tsremos proeeUma. 



Chftp* 41» I. 88. Dam rer* 
sas le, DOS fit. 

Chsp. 47« h SU Nae mMtl 
sa ioTanlant 



Chap. se, 1. 14* Jam etiam 
pbilotophot de oegotio d^icia» 
Ut. 



C'est Trifnalchion qui laisse ainsi bien loin derrièro lui 
les philosophes. Pétrone le rend ridicule en lui faisant 
débiter des dissertations morales, des doctrines humani- 
taires, comme au cliapitro 71* 



Pëtr. Chap, 71, I. 80. Et 
servi hominos sunt et mt{nt 
ttoum lactom biberuiit'. 



84n., Kp. 47, 10. Vi» tu eo* 
ffêfare iêlnm, qnem êorvum tuum 
voeaê, ex iiedem eemMbuâ orlnm, 
eotlem fnU rii*h, trqun nplrarf, 
tMiue vivent, wiju*i morit 



Mais rien ne prouve que Pétrone ait voulu parodier ces 
pensées. Elles ne deviennent plaisantes qu'en raison de la 



1. Cctlo mntiino est en circt on contnitlictiun flogrnnlo avec les acleii 
dn Triuialcliiun. Au chap. 53, nous avtins iipprin i|tio Tosclave MiUiri- 
date a él6 mis en croix iK>ur avoir miiudil lo ^t'iiio do Triinnlrhion : 
• IlithridaU*^ scnua in crucem acUis csl, quia Gai nostri genio inale 
dixerut. • 

catTt^ca uttAbaim. SO 



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806 



CHAriTM IV. 



•oliiie 61 de la prtfsompluause ignorance de celui qui les 
exprime dans le roman. Ce grotesque accumule imperti* 
nences sur impertinences et pataquès sur pataquès. Corn* 
ment il accommode la mythologiOi le chapitre 59 nous 
rapprend: € Diomède et Ganymède étaient deux frères; 
ils avaient pour sœur Hélène. Agamemnon Teulevaet à la 
place de Diane il mit une biche. » Peut-être Péirone a-t-il 
pris quelques traits de cette caricature au portrait que fait 
Séiièque de Calvisius Sabinus. 

Ep. 27 1 6. Ei patrimonium habebat Ubertini et ingenium: 
ntmquam vidi hofninem bealum indeeeniius. Iluicmemoria tam 
mala erat, ut illi vmlo mmcn UlLcis fxcideret^ modo Achillis, 
modo Priami...* Nemo velulus nomenelator.... tam perperam 
tribus quam ille Trojanos et Achivos persalutahat.... Slagtia 
Minnmti émit serros, wwm, qui llomerum teneret^ aitei'um qui 
IlfSiodnm. Novem pi\tterca lijririt siiigulos adsignavit. 

La raiitainio lugubre de Trimalcliion invitant ses convi- 
ves à se figurer qu'ils assistent au festin de ses funérailles 
peut avoir été inspirée par des traits analogues que Séné* 
que rapporte. 



Pitr. Chap. 78, p. 63, 1. 1. 
. Trimtlchio ebriotato turpiMima 
gravit uovnm acroaiiia, cornlci- 
nes, In tricliniam Jui^it adtliiel, 
fultiisquo cervicalibuf iiiiiltii 
«xtoiidit M fupor toraiu extro- 
iniun et : c Hiigito me », inquit, 
« mortuain ct»e. Dicito aliquid 
bolll. • Contoniiere coniicinoi 
funebri ttropitu, etc. 



Sén. Ep. 12, 8. Paenviwi,qui 
Syriam Uêu êuam feeitp eum v/no 
e< iUiê fHtiebribuê epufiê $ibi pa- 
renia vtrat, $ie in eubieutum ff 
rebaiur a eena, ui inter ptawmê 
exotetorum koe ad êymphonian 
eaueretur : ^Çfcarml ^tCWct! 
yntto fiOM «e die extutit. 

De brevit. vit., 20, 8. Turath' 
niuêfHit exaciœ diligent iic êenrje, 
qui pont annum noiingosimum, 
mm vacaiionem procuraliome ab 
C\ Citêare uttro aecepiênej, eom* 
poniêe in leeto et veiut exanimem 



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POkTBS n PAOUTBOaS LATIK8. 807 

a eireumManiê fitmûia fUmfi 
JutêU •. 

Mait| ainsi qu'oa doit t'y attendre, c'est surtout dans 
les morceaux où il moralise que Pétrone semble se souve* 
nir de SénèquCi soit pour les idées, soit pour le tour sen- 
tencieux dont il les revêt parfois. Nous avons déjà étudié i 
ce point de vue le chapitre 115. 

Voici d'autres rapprochements : 

Pétr. Chap. 69, 1. 81. In hao 8ën. Dt ira, II, 84, 6. i7/« 

re qui Tincitnr, vincit. eêi metior tgui prier pedem rete* 

lu, vieiuê eit qui cicii, 

Chap. 80, 1. 87 : ^p.76, ^l.Nemoexiêti$,qmo9 

Ores agit in tco^na mimum ; pa* purpuralon vide», fetix eM, nom 

[ter nie voeatur, magie fjuam ex iflin, ijuibu» êerp» 

• Filiuf hie, noiiien divitii ille truin et rhlamyden in nrwna fa» 

[tenet. hnlm aflêignant : cum prirneute 

Moz abi ridendat indutit pa- pojitûo laii inceMeruni et eoïknr* 

(gina partes, nati, $imul exierunt, excafreatt^ 

Vera redit faciès, adtimulata inr et ad êtatumm nnam rettenni. 

[porit. Cf. Kp. 24, 18. Sun hominilmM 

tantum, ned et rehuâ jtermwa de* 

menda e$t et reddcnda furie» «tra. 

Namen divitis peut être une allusion au mime Dires fugi* 
titmi dont parle Sénèque, Ep. 114, 6, hune esse (Mécène), 
gui in tributiali, in tvstris, in omni publieo ca'fu sic adparuf 
rit, iêt pallio velarelur caput exelusis utriinqne auribvs, non 
aliter qtiam in mimo divites fugitivi soient. 

Chap. 88, p. 57, 1. 8. Ad Kp. 122, 18. Quibuspeecandi 

pnomia peecal. pnemium it^amia ent^ 



I. Cr. encore Pétrone, chap. tfî, p. 03. 1. 18, ik|., cl 8énci|uo. 
Hat. quttst,, I, IG, I. • Uottiu» Aiil Qiuidni », » |. 



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808 OHAPITM ïïf. 

Chap. 84| L 18. Netolo qn^ E]^ll^i.8ivUva€ar0amhio„ 
modo bon» noalii toror est mai pawper êi$ eportêi mU paw» 
pftupertM, periêimlii. 

Chap. SB. l. S4. Ubt tapleiK Nat. quant., YII| 82, 1. 
Il» oalHMtma ylaf sq. Plaintes analogues : ad «a- 

pientiam quU aecedttf sq. 

Cbap. 1S5« p. 98, 1. 7. Qaam Kp. 105, 7. Canêeimaia aiiud 
maie eit extra legem Tiventi- agerenonpatùuraeêubindereê» 
bai : qalequld mernenuil, Mm- pondère ad »e eogii. Dat pœnoÊ 
per expectant qvimmiê erjteciat ; qftùquiê au* 

tem meruHp earpeetat. 

Il n'est pas nécessaire de poursuivre avec plus de détail - 
ces similitudes d'idées et d'expressions. Les plus remar- 
quables viennent d*étre notées. 

Tout en faisant la part de tout ce qui a pu être puisé 
par Pétrone et par Sénèque dans le fonds impersonnel des 
moralités d'école, il n'en est pas moins juste de conclurCi 
avec Studer, qu'il y a dans le Satiricon des réminiscences 
de Sénèquci et surtout que le romancier donne souvent à 
ses sentences la forme et la couleur du style du philoso- 
phe. N'y a-t*il pas, par exemplei un rapport sensible de 
construction entre ces deux phrases? 

Cbap. 81, 1. 9. Krgo mo non CohboI. ad Jleh., 16, 8. Koèi . 
ruina terra potuit baariro f ffemwm te, uon margarlttc fiexe- 

non iratiim otiam iniioceiitibus rmit non fe. jiericufoêa 

iiiaroY e/iVfiM pmbis pefontm delor$it 

imitath. 

Mais nous n'avons vu nulle part une intention de paro- 
die à l'égard de Sénèque. Le procédé d'imitation est le 
nii^me que nous avons constaté partout| qu'il s'agisse de 
VirgilOi de Lucain, d'Ovide ou d'Horace. 

Si parfois le style de Pétrone brille de l'éclat des ex- 



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rOkTKS IT PaOtATBUM LATllft. 809 

preMiont poétiques et semble un earmen solutum, ce n'est 
pas que Técrivain songe à railler Virgile ou HoracOi 
dont il a emprunté le noble langage ; il cherche seule* 
ment une antithèse divertissante entre la dignité du style 
et la Tulgarité des scènes ou des personnages. 11 en est 
de mdme pour le style oratoire ou philosophique qu'il va 
plus d'une fois puiser dans les traités ou les lettres de 
Sénèque. Ses personnages pourraient s'écrier comme 
l'Hector du Joueur : 

Ce fout des vapcan do morale 
Qui iioui vont à la tC*to et que béuëque exhale '. 

Il nous reste à signaler les imitations que Pétrone a pu 
faire de VApokolokytUose. On a déjà vu (Chap. III) qu'il 
avait très probablement lu cette Minippie, exemplaire spi* 
rituel et apprécié du genre qu'il avait lui*méme adopté. 
Sans revenir sur les rapports généraux qui ont été indi- 
querai bornons-nous à grouper les termes de la langue po- 
pulairOy les locutions proverbiales qui se lisent chez l'un 
et chez l'autre écrivain. Ces similitudes sont assez nom- 
breuses pour que Studer ait pu écrire : < On est presque 
tenté de croire qu'un fragment du Satiricon s'est égaré 
parmi les écrits du iihilosophe. » N'oublions pas cepen- 
dant que beaucoup de ces ressemblances peuvent s'expli- 
quer aussi par ce fait que tous deux ont mis à contribution 
le vocabulaire du langage familier. 

Fétx. Chap. 44, 1. 8. Non.... Hén. Ai»okot., 1, 7 («Sd. Dtuv 

buccam panii invoiiire pottii. chelcr). Diciun quotl mihi in bnc' 

Chap. 43, 1. 26* Dura; bucciu ona veêiant. 
fuit, liuguosuf. 



I. Rcgiuirtl, le Joueur, acte IV, te. h, v. 4. 



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810 eiuriTiii m 

Chap, 64, p. 48» !• M. BttMA, 
lmeea« quoi •«»! U« ? 

Chap. 70, 1. 5. Ad bttooam* 

Chap. 118 et 188. Jurât rer- I^ 17. FuMi dmo ÊfH ê t^ 
bti eonooptlMlmii* mavU. 

Chap. 186| U 18. Kec augii- 1II| 9. PÊierê ma ihm iM H eoê 
ria novi née mathematleonini aliçmmd^ vwum dicerê. 
tmlwm curare seleo. 

Chap. 68, p. 89, 1. 7. Mello- lU, 1*. UTemo mdm unqmm 
rem tioii moleitare, qai te aatam Wum naium putavU. 
neti putat. 



Chap. 42 et 68. Antmam 
ebuUiit. 

Chap. fi8| 1. 88. Aiegiaa me- 
niai. 

Chap. 92, I. 22. Neterem 
daro. 

Chap. 58, p. 89, 1. 16. Aat 
nuniora mapalla. 

Chap. 17, 1 17. Ut faeiUua 



IV, p. 229, 21. 171 tf/e «uAlM. 
animam ^uUiU. 

VII, 28. Nt UTh atogioê wûth 
Ham. 

VII, p. 231, 1. 10. Si qui a 
me notortm /le/îtief . 

IX, 87. Voê mnra ma^iaf%» 
ciêiiê. 

IX, p. 282, 8. Oiim, ifèquU, 



potsU dcum qaam heminom la* magna ru erai deum Jteri :Jam 

Tenire. fumum mimum fect$ii$. 

Chap. 45, 1. 4. Mode lie, 1X,26. Af(NioAriftf,fNO(loi7/Me. 
modo lie, 

Chap. 45, I. 40. Uanui ma- IX, 28. Uannê manum iavai. 
num lavât. 

Chap. 44, 1. 12. Bemper Sa- XII, p. 234, 8. Dieebam ve- 

tttnialia agaut. biê : Kon êemjter Saiumalia 

eruut. 



Il y aurait à releveri outre ces expresaions de la langue 
familiHi-Oi Tomploi commun à Tua et à l'autre écrivain de 
proverbeai de jeux de motai de termes d'une emphase ira* 
niquoment poétique. Mais il nous sufllra d'avoir constaté 
ces rossemblances sans entrer ici dans uu détail ti*op mi- 
nutieux. 



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rOkTBS BT PlIOtATBUat LATIM. 811 

' Un dernierrapport et tout extérieur qiieT/lpofcofoikyiifofe 
prétente avec le Satiricon est celui-ci. Le pamphlet de Se- 
nèque n'est signalé que par un seul auteur, Dion Cassius, 
LX| 85. L'on sait, d'autre part, combien sont rares et tar- 
dives les mentions faites de Pétrone par les auteurs an* 
ciens. Était-il donc dans la destinée des Ménippiet d't^tre 
pasfiées sous silence ? De tels ouvrages semblaient-ils in- 
dignes d*Cire comptés au nombre des productions littérai- 
res? Il ne faut voir sans doute dans cette coïncidence 
qu*un simple hasard. C'est un caprice inexplicable de la 
fortune qui a multiplié les copies do certaines œuvreS| 
anéanti les auti*e8, sauvé celles-là| grâce à lui unique ma<^ 
nuscrit échappé à la destruction. 

A Sénèque s'arrête lu liste des écrivains latins anté- 
rieurs à Néron ou contemporains dont nous avons cherché 
les i-éminiscences ou les iniitntions dans Pétrone. Arrivés 
à ce point de notre étude, nous pouvons essayer de dresser 
au moins partiellement le catalogue de la bibliothèque de 
Pétrone. Le compartiment des poètes semble le plus riche. 
Voici d'abord les satiriques, Lucilius, Yarron avec ses 
Ménippées, Horace à une place d'honneur. Si Perse a son 
coin, le maigre rouleau du jeune et rigide stoïcien n'a pas 
été souvent tiré de son tcrinium. Parmi les épiques, figu- 
rent Virgile et Lucain, fréquemment lus; parmi lesélé- 
giaques, Ovide, dont VArt d'aimer et les Amours sont le 
plus consultés ; probablement aussi Tibulle et Properce. 
Les autres genres poétiques sont représentés par Lucrèce, 
dont Pétrone apprécie l'irréligion, par quelques auteurade 
mimes et de togaue, entro lesquels on remarque Publilius 
Syrus. D'ai!tres écrits nous écliappent, poèmes erotiques 
d'auteurs à tout jamais disparus. 

Le coté des prosateurs est moins riche ; pourtant, bien 
en vue y apparaissent les deux Sénèque, quelqu(*s discours 
et traités de Cicéron, un Tite-Live ou plutôt d^s extraits 



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819 OHA»lTftB IV. 

de cet hlttorlaiii et les MiUiUntMê de Sisenna. Voilà ^ 
que nous enirevoyotit dans rarmoire qui coutieat les au* 
leurs laiins. Pations à la bibliothèque grecque. 

Les louviifiRa dm autbuhs orbcs. — M. Buecheleri 
dans la préface de rédition de 1802| p. 9, indique en ces 
termes les sources grecques de Pétrone : « Ces satires nous 
révèlent un érrivain très instruit, un esprit élégant, un 
juge éclairé des arts de la Grèce, un appréciateur intelli- 
gent des études libérales, qui paraît avoir étudié particu- 
lièrainent la comédie nouvelle et les livres dos Péripatéti- 
ciens où sont peinton les mœurs des hommes* Bien des 
choses singulières critiquées dans les personnages de Tri- 
malchioii et de ses convives sont imitées presque mot 
pour mot du livre de Caractères qui porto le nom de Théo* 
phraste. » 

Les CaraeUrei de Théophraste et la comédie nouvelle 
seraient donc, d'après M. UuoclieltT, les principales sources 
grecques do Pétrone. Depuis Tépoque où il écrivait ces 
lignes, son opinion s'est précisée et il l'a formulée dans 
les term(*s suivants* : < Il faut, lorsqu'on recherche les 
sources et les modèles de Pétrone, distinguer toujours 
entre les sources directes et les sources indirectes. Ainsi, 
pour les satires dllorace, la source directe, c'était Dion 
le Borysthénile ; mais Dion s'était largement sem des 
comiques. De même, tel mythe tr«igique chez Ovide a 
sa source directe chex Nicandre ou d'autres Alexandrins, 
mais sa source indirecte et réelle chez Euripide ; de môme 
encore que le traité de rhétorique de Rutilius Lupus est 
traduit directement de Oorgias, mais, pour le fond des 
idées, n'en a pas moins sa source réelle dans la rhétori* 



I. NoiiM n^iiruiltilnuriH Ici \on lormos il'iino IcUro qiio M. lo profoi- 
tour Uuorhelor a bleu voulu iioui aulorlsor ù puliliur. 



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•OVBCBt OUCQUBf. 818 

que de Peigtina et ea général dans la rhétorique de re- 
celé poei^arittotélicienne ; de mémei il faut recilQer ce 
que j'ai dit, il y a vingt-cinq ans, »ur les sources de Pé« 
trône, ou du moins le comprendre, mutatii mutandis, 

€ Des portraits comme en trnce Pétrone, avec des 
traits si crus et si énergiques, et parfois i>oussés Jusqu'A 
la caricature, c'est Ménandre et ses disciples, c'est la nou- 
velle comédie attique, qui les premiers en ont dessiné. 
Ces portraits, x^AX'nîçtffi&ct, ont été utilisés, complétés en 
partie, et agrandis une première fois parla littératuro phi- 
losophico-péripatéticiennc, une seconde fois par la littéra- 
ture rhétorico-pédngogiqiu*. (Cf. Aiifiumj aus den lUietor. 
Ussing. — Theophvasii ChavacL)Q\\e la littérature de salon 
et surtout le romiin, depuis qu'il existait^ aient appliqué 
des traits et des portraits généraux h des ligures et à des 
situations particulières, et les aient souvent répétés in con^ 
cretode telle ou tc*llo manière, cela, nous pouvons le consi- 
dérer comme tout à fait vmiscnililable, quoique ce qui nous 
reste de la littérature grecque pendant la période gréco- 
romaine ne nous permette [las de le prouver. On ne peut 
pas s'imaginer les MCkxfliotxi d'Ari^title et d'antres écrits 
du même genn*, comme sans doute il y en eut tant de- 
puis l'époque de Sylla, sans les sources que nous indi- 
quons, et le peu qui nous en reste montre les plus étroits 
rapports avec la manièi*e de Pétrone. Ainsi donc, la comé- 
die atlique est, au moins pour la partie mimique dans Pé- 
trone, les coHvivx TrimakhioniSy etc., le véritable point de 
départ, la source indirecte, et par là s'expliquent des res- 
semblances, déjà signalées en partie par les anciens édi- 
teurs, avec des passa;,'es de poètes comiques, ou avec les 
Caractères de Tliéoplimste, et aussi avecciMlains représen- 
tants de la philoHopliie populaire du nouveau Portique et 
des Cyniques, Sénèque et autres, qui tiraient de préfé- 
rence de ces recueils populaires les arguments les plus 



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814 OHAnTEB îf. 

partuatifii. Malt, d'une façoa tout aussi certain6| il ne peut 
pas dtre question de la comédie comme d'une source di« 

recte, • 

Nous ne pouvons que nous ranger à ces conclusions ; en 
ce qui concerne Sdnuque seuloment| nous faisons nos ré* 
serves. Nous croyons avoir prouvé que Pétrone Ta imité 
et s'est inspiré de son esprit. 

Si| en deliors de ces intermédiaires que nous ne pou* 
vons que soupçonner, nous cherchons ce que IMtrone a 
dû direclemont à Théophraste, les rappports entre le SaU* 
riron et les Caractères nous paraissent assez peu nombreux. 
Voici ceux que nous avons trouvés. 



Pétr. Les bavardages des 
gens du peuploi au festin de 
Trimalcliioni évoquent le 
souvenir du portrait du lia* 
vai*d dans les Caractères. 

Cbiip. 66, 1. 10. • Taiiioti » 
itiquit Triiimichto, < quid h»- 
buiiUt in eoim? » « dicaui », tq. 

Cf. lus plaintes do Oany- 
mède (Cliap. 44, 1. 30) : 

Noino oiiim ciulam ciuliim pu* 
tat, nemo Jtjiuilam tcnrat, iioiuo 
Jovvm pili fscit. 

Chap. 44, 1. 7. Cttm liitorim 
notno curât, quid aiinoua tiior- 
det. . • • Î4. 83, ot tl porM) vorat ha^ 
anuoua, canulai ineat vcndam. 

Chap. 44, I. 9. Et quoniodo 
aiecitat i>on«ovorat...« L. 89, et 
Jovom aquaiu cxorabaut. 



Tli^ophraate, édit. Didot, 8, 
p. 8: 

'If 31 iZokiT/U tTTt |aIv dti[p;9tc 

6 lï iMJr/T^ç toioCf?o; iottv, oToc 

U'^toS Y^vaixôc itnttv ÎYXiâ|itoy' 
iTt« 6 TJjc vwxt^c lUtv ivuirvt^y 
toCto 9i7|Yi(9«90at * lîO' Av îv/jn 
ln\ xth ditnvfji ta xaO* i»«9ta ^t* 
i^tXOttv. I*li?a 2>t ff^or/capoCvTOc 
TOff Hf ^Y^aTo;, X^ytiv <Si( 1:0X1» fco« 
VTt^iixi^i Mw o( vSv avO^not tûv 
âp/«{i*iy 



xa\ it ;:o(i{9itiv 6 Zi'I»; wdoie icXKovi 
ta Iv tI) Y$ ^Xt^ci» !9i90at. . 



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•omicis omcQOBs. 816 

Qoalquat traits font penser aux impertinences de Tri* 
malchion pendant son repas. 

Chap. 47, I. 80. Ignoselte Chap. 90, p. 18 1 

mlhi, inqnlt, amlel, multii Jam ^ArfllM;, 

diebai venter mlhi non retpon- Ksi M<m fyu etf«Yit90«t ùi 

dit, iq. IX>i6opoy nciSiv £/fa %a\ tàxm m« 

vw h totç 6Royhipi(îAWtv «Jt^i 

D'autres conviendraient assez à la sotte vanité de Tri- 
malchion et à sa prétentieuse ignorance. 

Cbtp. 27, p. 17. •(>}tîi«0{««. 
xa\ Tovta; >ip«>y na^k kotov, intXftvOaSvx^Oxi 

Et au chapitre 28, p. 18, KokoXoyCo;, se trouvent encore 
quelques généralités qui peuvent faire penser aux médi* 
sances des convives de Trimalchion. 

En résumé, les rapports entre les Caractères et le Salirt* 
con sont très vagues et lointains. Les ridicules relevés par 
le momliste grec sont plus délicatement obsorvt^s que cliex 
Pétrone et sont aussi moins vulgaires. Il faut donc, si 
l'on veut r<inger Tliéophivisto parmi les modèles de Pé- 
trone, le considérer, avec M. bnecli**lcr, comme un modèle 
indirect oîi des écrivains intermédiaires, imités par le 5a* 
tiricoii, auraient puisé quelques éléments de leurs pein- 
tures satiriques. 

Rien ne nous «intorise non plus à admettre que notre 
auteur se soit quelque part inspiré diret^tement do la co- 
médie ancienne ou nouvelle, d'Aristophane ou de Mé- 
nandre. Les quelques rapports qu'on peul à la grande 
rigueur découvrir entre ces comiques et l^étrone sont fort 



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816 CHAPITBB îf. 

peu etrictérittiquat, Faut^il relafer des traiu comme 

C6llli«0l ? 

rëtTM €hap, 44, !• SI, Kane popalnf est domi /toiMt, foriê mdptê. 

Ariitophaae, K{pt(vi). 1189 t 

(vtic otxot |a1v XiwfH, 
h {Ar/3 2* «XiiSistiuc* 

Mais c*est là uue expression proverbiale. 
De mdme colle-ci : 

l'étr., chttp. 71, 1. 82. Cito aquam liberaai gusUbimt 

Arl«tophnue, fr. 26. Kock. Mr,e/i:«0* wd^p ic(ot|âi iXtiOipov. 

En réaliiéi les écrivains grecs dont on trouve certaine* 
ment la trace dans le Satiricon sont fort peu nombreux. 

Parmi ceux que connaît sArement Pétrone, il faut met* 
tre au premier rang Homère. On le voit d*abord cité à côté 
des lyriques,du Virgile et d'Horace, comme un des modèles 
les plus parfaits qu'olFro la poésie (Cliap. 118) : Uomerui 
testis et lijrici ttomamisque Vcnjiliui...; au cliapitre 1, le 
mètre bomOrique est opposé auxmèlres lyriques ; Pétrone 
semble dire que Pindare et les autres lyriques ont 
désespéré de pouvoir rivaliser avec la beauté des épo- 
l>ées d'Homère : cum IHndarus novemqne lyrici Hommcis 
versibus canen timuevuiit. Le sot Trimalchion a fait pein- 
dre sur le portique de son {lalais des scènes de Y Iliade et 
de VOdyssie (Cliap. 21), p. 21, 1. l), Iliada et Odyssian; il 
a lu Homère dans ëon enfance (Cliap. 48, p. 33, 1. 3) : lo- 
lebam Ihvc ego puer apwl Homerum légère. 11 est vrai qu'il 
l'a médiocrement compris ou retenu, à en juger par la 
façon dont il résume ses Tables. Mais il a conservé le goAt 
du poète ou plutôt aincho ce goOt par ostentation de par- 
venu. Au milieu du festin, des Jloméristes, costumés en 
guerriers, viennent déclamer en vers grecs et jouer quel- 
que épisode du V Iliade, tandis que l'amphitryon les suit 



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COKCLUtlOK. 887 

est Trtimeot bien tarprenaoii si ce Pétrone est raatetir da 
SaHriean, que Tacite n*aii pas Kiit quelque allusion à une 
œuvre aussi importante et si en rapport avec le portrait 
qu^il traçait du personnage. Quoi de plus simple que d'é* 
crire, en ce cas, ae seripta factaque ejtu f Et alors qu'il 
parle du fameux codicillci pas un mot qui laisse soupçon* 
nerque Pétrone était expert en ces peintures de scènes do 
débauches. Ce n'est pas ainsi que Tacite procède d'ordi« 
naire. Si concis qu'il soit| quand le nom d'un écrivain se 
rencontre sous sa plume, il néglige rarement de signaler 
son talent. Il écrira de Lucain : c Idein Annxum Lvcannm 
gentÂtrat, grande adjumentum clariludims. • {Ami., 1. WI, 
chnp. 17.) Il aura soin de nous rappeler, ù propos de Pom- 
ponius Secundus, la gloiM quo ce poète s'est ac(|uise par 
ses tragédies : c Decretusque PomjH>nio Iriumphalis honos, 
modiea pars famx ejus apud posteras, in guis carminum gUh 
ria prxcellU. » {Ann., 1. XII, 28. — Cf. Am., 1. XI, 13.) 
Le hilence qu'il garde & l'égard de la vaste composition de 
Pétrone nous paraît donc singulier. 

S* Il l'est d'autant plus que, si le testament de Pétrone 

avait eu quelque analogie avec le Satiricon, l'occai^ion s'of* 

frait à lui tout naturellement de dire un mot de ce roman. 

Mais il est très vraisemblable que ce bref codicille, sorte 

de procès-verbal des débauches de Néron, avec les noms 

à l'appui, libelle accusateur sans nulle précaution oratoire, 

vengeance posthume d'une victime clairvoyante et admi- 

rmée, n'offrait aucun rapport avec le roman 

lions en partie. Le rom<incier semble tota- 

de Tacite ; d'autre part, le pamphlétaire 

ent inconnu à Macrobe qui nous présente 

iter comme un simple auteur de romans, 

ait. Cette active production du romancier 

échapper à Tacite ? 

de* contradictions et d'incertitudes, il ne 

rr*«4iBS. t< 



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888 CHAriTAB V. 

faut pu Toaloir à toat prix argaer d'une similitudei d*aU* 
leart incoinplètei de nomsi pour transformer en un roman* 
cier fécond et lettré^ le voluptueux épicurien dont Tacite 
noua a peint aurtout la vie élégante et moUci ce compa* 
gnon des fêtes et des orgies de Néron, qui ne montra un 
peu d'énergie et d'activité que pendant son proconsulat, 
pour retourner ensuite aux vices ou à Timitation calculée 
des vices*. 

Il n'en coAte rien d'imaginer un Petronius Arbiter qui 
n'ait été qu'un écrivain et qui serait l'auteur de notre ro* 
man. Le nom de Petronius est un de ceux que l'on rencon* 
tre le plus souvent dans les auteurs aussi bien que dans le 
Corpui. Si le cogiiomen • Arbiter » parait plus rare, on le 
trouve cepoudant au tome X du Corpus, 5490 1. Dans le 
Querolm, le voisin et ami du grincheux s'appelle Arbiter. 

Que ce rouiaucierde grand mérite ne soit nommé par 
personne avant Terentianus Maurus, cela sans doute est 
fort étrange ; mais d'autres écrivains encore n'ont été cités 
par aucun auteur ancien. L'antiquité n'a*t*elle pas gardé 
le silence sur ManiliuS| Florusi Quinte-Curce, Stralion*? 

Les mentions qui sont faites de Pétrone par les écri* 
vains do l'aniiquité sont les suivantes : Fulgentius Plan* 
ciades le nomme douxo fois; ServiuSi trois; Terentianus 
Maunis et Marius Mercator*, doux; Boece, Maci*obCy Si* 
doine Apollinaire, Marius Victorinus, Joanncs Lydus, 
Priscien, IsidorO| Diomede, saint Jérôme, Pompée, le 
scoliaste de Stace, le Pseudacron, l'auteur de la gram* 
malro De dnbiis nominibns, le glossaire de Saint-Denys, un 



1. Tollo oïl la conclusion h Iniiinllo nrrivo aussi M. Th. II. Martin. 
(Prônico ilo la trailuoUon do Tnuliol |Nir Bunniinl cl Piorsun, |i. xvii, mf.) 

t. Cf. DoMun, Étude inr ÇHinfe^Vuree, llucliello, I88(i, p. A, scq. 

S. liber iubHotafiOHum in verùa Jnêiatti, Ifigno, Pafroi,, t. 18, 

n. 120 : • unui libi Miintllus com|»araniJus, namquo Murliulis et 

Polronii solus ingénia 8U|icrusli. » — ibéd., p. 132: ■ KIcgantcr scurra 
lo<|uori8 more tue, et more <|uo Uioalrum Arbilri Valeriique detrisU. ■ 



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eoKCLutioN. 839 

aatre glottairei chacun une fois. Aucun de cet textes ne 
le désigne dans des termes qui permettent de reconnaître 
le Pétrone de Tacite. Marins Mercator Tassocie à Martial 
en raison de la licence de ses écrits. Torentianus MauruSi 
Marins Victorinus, Diomède, ne le nomment que conuno 
poète lyrique, introducteur du mètre anacréontique. D'au- 
tres se contentent de lui emprunter une ci tatioui un exemple, 
une particularité de grammaire ou de langue. Sidoine rap* 
pelle qu'il a été & la hautt'ur du Priapo de IMIellospont; 
Macrobe ne voit en lui qu'un romancier. Seul Joaunes Ly- 
dus le classe p«irmi les satiriques (/)e/;irr//i5//*a/i6ii5, 1,41): 
Toîçvo; ht xal 'Iw^cvaXto; xal IUt^uvio; aWOcv rat; Xst- 
8cf»'at; cre^cXOsvTc; tcv aarjftxov v5[wv raçiTçtjaav. Mais 
ce Byzantin du vi* siècle peut n'avoir que des idées très 
vagues sur le Satiticon et l'avoir jugé ou sur le titre ou 
d'après une opinion erronée, confondant des lors le roman 
avec le pamphlet dont parle Tacite '• 

On peut se demander si la nature môme de l'ouvrage de 
Pétrone n'a pas contribué & faire le silence sur son auteur; 
nous ne le croyons pas. Il est plutôt singulier que les Pè- 
res de l'Église n'y aient pas puisé des arguments pour flétrir 
les dépravations du paganisme. On s'étonne aussi, avons- 
nous dit, qu'Ausono, Justiflant son Cento mtptialis par 
l'exemple d'un certain nombre d'écrivains, n'ait pas songé 
& alléguer Pétrone et ses contons erotiques. Peut-être 
cependant y a*t-il une réminiscence d'un des héros de Pé* 
troue dans ce nom de Polygiton donné par Ausone à une 
des victimes de ses épigrammes. {Epig. CVI, In scabioswn 
Polijgitonem.) 



I. 8i Inâ pnrUsansdo la conrurmilA du Pélrono do Tncilo avec l'nu* 
tour du SafiricoH invoquent ruutorilédo Juunnoi» Lydus cuniuto ccUo 
d'un tvmoin digno do Tui, l'armo so irouvo 6ire i\ doublo tranchant. 
Car l'unlrc clironulo(p<|uo suivi p<ir Joanncs Lydus pluccruit Pétrono 
a|irt*s Juvénul, c'ost-à-diro au plut tôt sou;» les Antouius. 



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840 evAPiTM T. 

On a lupposé encore* que rœntre, composée hors de 
Romci peut-éire à Marieille (texte de 8idoine)| ou à Na* 
pleS| ne portait aucun nom Ion de son apparition et ne 
ferait pae pendant longtempi sortie du cercle de la pro- 
vince. Ce no serait que tardivement qu'on lui aurait donné 
pour auteuri d*Après le texte de Tacite, Petronius Arbiter. 
Cette hypothèse no repose sur rien. Il nous semble difll- 
cile d'admettre qu'une œuvre de ce méritCi marquée au 
plus haut degré du caractère de Télégance et de ïurbaniti 
romainei ait pu être composée par un provincial ou tout 
au moins hors de Rome, et demeurer longtemps inconnue. 
Il faut renoncer à percer le mystère qui couvre la pcrson* 
nalité de l'auteur et la date de la composition du Satiricon. 

La plupart des critiques paraissent s'accorder aujourd'hui 
pour placer à l'époque de Néron l'existence de l'auteur et 
la rédaction du roman. Si de telles questions pouvaient se 
décider à la majorité des sufTrageSi c'est en faveur du siè- 
cle do Néron que le scrutin prononcerait sans doute. Mais 
il n'en resterait pas moins une minorité de protestation 
considérable, et où flgurentdcs savants dont l'opinion a du 
poids. Il y aurait aussi un certain noml)re d'abstentions. 

Sans prétendre à faire un recensement des opinions expri- 
mée8 sur la question (il faudrait pour cela tout un volume), 
il peut être intéressant de recueillir les avis des hommes les 
plus versés dans les lettres latines, et en particulier dans la 
littérature pétronienno. La divergence des vues 6ur cette 
question donne à réiléchir. C'est une preuve que les argu- 
ments do diverse nature qui ont été invoqués, et qu'on a tirés 
soitdesdoctrines littéraires, soitdesfailshistoriquesysoitdes 
mœurs, soit de la langue, ne sont pas toujours concordants. 

L'époque do Néron devait nécesi^aircment avoir, à pre- 
mière vue, la préférence. Il était naturel, dès lorsqu'on con- 



1. Teulfol, Mhêên. Uuê., op. cit. 



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eoKCLutioii. 841 

•idérait le xoman de Pétrone comme use tatirei d'y roir le 
fkmeux pamphlet de ce T. Petronlos que Tacite nous a fait 
connaître. Aussi ne sommes-nous pas surpris de trouver aux 
XVI* et XVII* siècles la date de Néron généralement accep- 
tée par les éditeurs et les commentateurs. Pour le Néron 
de Tacite tieniienti entre autres, les critiques suivants : 

Pâtisson (préf. de Téd. de Pétrone, 1575). 

Pierre Piiliou (1539-1596, éd. de 1577 et de 1587). 

Jean Dousa (1545-1604). 

Pierre Daniel (v. l'éd. de 1618 [Lyon, Paul Frellon]| 
p.297, seq.). 

GouBalo de Salas (Commenta et prxludia, 1629). 

Brict (1601-1668). 

Thomas Ueinesius (Diss. sur le fragm. de Trau, 1666). 

Wagonseil {Diss. de Cœna Trim., Paris, 1666). 

Pierre Petit (1617-1687^); mais il a changé d'avis sur 
ce point. 

F. Nodot (éd. de 1693). 

Saint-Évremond (1613-1703). 

Daniel Huet (1630-1731, Iluetiana, Paris, 1722, p. 217). 

Lavaur (1653-1730), Traduction de Pitime (Parls^ 1726). 

Fabricius (1668-1736), Dibliotheca latina, 1697. 

Cardinal Quirini {Spécimen litteratur» biixiensis, 1739). 

V Histoire littéraire de la France par les Bénéilictins 
(l*' volume, 1733), p. 186 seq., qui fournit sur Pétrone des 
détails vraiment trop précis. Ainsi il est né aux environs 
de Marseille et a douné son nom à un village du diocèse 
de Sisteron, dit Petruis, en latin Vicus Petroni, etc. 

Eruesti (1707-1781). 

I. (l'est lui qui, sous le nom do Marinus Siatiloius (Àïo/l/ei apolofia 
pro PetroHÛi /ragm,)^ oxposo sur io ■ sormo plcboius ■ des vuos ciao 
la pliilolugio modomo a ou partio Justilléo?, ot indiquo des nipprocho- 
monts, cutro autres avec Duntc, qui dopuis ont été repris. Yuir Uur- 
éd. do 1709', t. II, p. 3W, soq. 



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342 eiupiTAB T. 

Wernidorf (1723-1798). 
Conrad Anton (1746-1814). 

• Durand (trod. de Pétrone, 1808). 

Gataldo Jannelli (Codex PeroUtui; Naplei, 18 11, t. 2). 

Baillard (Notice sur Pitt'one, on tête de sa traduction de 
Pétrone [collection NisardJ. — 1842). 

O. Bernhardy (Grundriss der rômiichen LiiUraiur, éd. de 
1872, p. 650). 

Studer (op. cit.). 

TeufTel {Histoire de la lUtirature latine, p. 688, 1** éd.). 

F. Ritter (op. cit.). 

Pétrequin (Nouvelles Recherches historiques ei critiques sur 
Pétrone; Paris, J.-B. Bailliàre, 18G9). 

M. F. Buochelori dans la préface de l'édition de 1802, 
p. 5, 80 prononce très cntégoriquoment pour l'époque de 
Néron : « Certum est igitur Senecse Petronium et Lueano fuisse 
irquaictn. » Il croit aussi quo l'auteur du roman est proba* 
blemont le Pétrane do Tacite, et que le nom Arbiter n'est 
qu'un cognomen tiré do arbiter eletjantix. 

Ë. Ileunn, V Antéchrist, p. 1?19, note: « L'opinion qui 

• attribue le Satiricon à Varbitcr elcijantix de Néron me pa« 
ratt au moins trùs probable. » L'aillrmation, ainsi qu'on le 
voit, est tempérée. 

0. Boissier (L'Opposition sous les Césars). 

Friodiander (Deutsche Rundschau. Petron's Castmahl des 
Trimakio, juin 1890). 

Énumérons maintenant ceux qui font vivre Pétrone 
avant le règne de Néron. Ils sont peu nombreux : 

Charles Beck (The âge of Petivnius Arbiter; Cambridge, 
Massachusetts, 185U) le place sous Auguste ou sousTi- 
. bèi*e, entre G et 34 de J.-C. 

P. Burmann (1G68-1741), 1** éd. 1709, le fait contempo- 
rain de Tibère, do Caligulaet de Claude, et remonterait 
Jusqu'à Auguste. 



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eoKCLUfiON. 848 

Beaucoup plui considérable est le nombre de ceux qui 
considèrent la composition du Satlrkon comme poslérieure 
au règne de Néron. 

Nommons : 

J. Bourdelot (éd. de 1618), qui place Pétrone sous les 
,Antonins (138*180) en s'appuyant sur le passage de Ma« 
crobe où Pétrone semble, dit-il, considéré comme un con- 
temporain d'Apulée. 

Igiiarra (Comment, de Pairstra NeapolUana; Naples, 
1770, in-4*, p. 282) reporte aussi Pétrone au siècle des 
Antonins, sous Commode (180-192). 

Cassitto (17G3-1822) prétend que le véritable auteur du 
Satiricon rst Cassius Rurus, chevalier romain, ami de 
Martial, dont Weichcrt (Reliq., p. 439, seq.) le fait aussi 
le contemporain. 

M. Uoissonade (Critique liuéraire mous U premier Empire, 
puliliéc par F. Colincamp, Didier, 18G3; 1. 1, p. 820, seq.) 
se prononce nettement i)Our l'époque des Antonins'. 



1. ■ Jo no Hiilri ruminent i|uHi|iicii Mivanti ont pu HMmaglnor qus 
ectto Miliro nvail élu l'unipuMcu pur lu cohmiiI IVlrunu, épicurion vo* 
luptuuiix, uitiU lionuiiu iriin IrcH nublu coruclèn*, dunl il uni parlé 
dunM lut» AnnaUê du Tuuitu, ul qu'ullu était, suu» dus nuniH ouiprun* 
tés, riiistoiru HfcK*to du la cour do Nérun. 

• Ju lu duuiuiido h tout liuniniu raisonnable, comment so per- 
suader «pie lus uvonturus de <|ucl<|uu!i miHÛruMoH libortin.H soient celles 
des courtisans du Nurun, et 4|uo le vieil usurier Trimalciun soit lo 
ma8<iuu du eu Juunu et brillant empereur «|ui, malgré son liorriblo ca- 
ractùre, n'était pourtant ni si bcto ni si vil? MM. Henri et Adrien do 
Valois, qui ont fait tant d'honneur à lu France, éUiient trup habiles 
critiques pour adopter do pareilles rêveries, ot ils pensaient quo Pé- 
trone éUiit bien postériour li Néron. Henri lu plarait sous Gallion; 
Adrien, sous lus Antonins; mais leurs raisons n'étaient quo plausibloa 
ot n'avaient point l'évidunce qui satisfait. 

• M. Ignarni, antiquaire iUilion tn*s suivant, dans son bol* ouvrage 
sur la PaUilre de AV//>/r«, a duni«intré rigourousuuient ce qu'Adrien 
de Valois avait plutôt deviné quo prouvé. Il résulte du ses laborieuses 
rcchuruhus qn<* la satire de Pétrone nu peut appartenir qu'au siècle 
des Antonî^is, et fpie, par constquent, l'auteur n'est point lo Pétrone 
de Tacite et n*a 4ioint voulu faire l'histoire sec^^to do Néron, qu'elle 



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844 eRAFlTAB V. 

Dam la préfàea de la traduetion de VHtttotn ai latiM" 
rature lûUn$ de Teuffel (1879), M. Th. H. Martin n'hésite 
pai à placer Pétrone soua Garacalla (211-217). Niebuhr 
{Abhandl. d. Berliner Akad., 1828, II, 8, 230, »eq. ; Klein, 
philolog. SehrifUn, p. 837, seq.) et Eckermaim (AUgemeine 
Encyehpmli^ der Wissenschaften und Kunxte de Erscb et 
Gruber, XIX, p. 323-339) le font vivre sous Alexandre 
Sévère (222-236) ot nous Maximin (235238). 

Niehulir se fondait sur une iusiTiption (Orelli, 1175) 
trouvée en 1808 dans la villa Pausili, qu'il transportait 
inexactement au siècle d'Aloxnndre Sévère, et dont il 
avait le tort d'identifier les personnages avec ceux du 5a/»-. 
rieon. (Ct. TenlTel, Rhnnisches Muséum, 1846; Buecheler, 
préf. (le l'édition de 1802, p. 4.) 

Samhncus (1531-1084), éd. de 1564, précédée d'une 
Vita Petronii^ reiMile Pétrone jusqu'au règne de Oallien 
(260-268) et le confond avec Petronius Volusianus. 

Pour Henri de Valois (1603-1676), Pétrone est aussi 
un contemporain de Gallien. 

De Guérie {Bcckerches scepliquee iur le Satiricon et iur 
son auteur *) suppose noti*e auteur contemporain de Lon- 



a di^ ètrn écrito à Nuplcs oîi éo donna lo roims do Trimalcion. qu'elle 
oITro lo tiililcaii dc8 nuiMirs don NupolitainH, i|u*oIlo n*a pu 6tro coin- 
puH(>o nvunt lu Un du re^no do Cominodo, puis«iuo Nuplos y oit appdôo 
eoiOHie ut i|un Nnplos nu di*viiit culonio i|UO nous co princo, qu'onOn 
ello no pout (Hro du t«*uipii do Nunm, puiH<|u'U y ont purlu du nuUlié- 
miitielon Kérupion, qui vûi'ul muu:i Anlunin («uruculla. Ces arguments, 

3ui iiuul, & co qu'il uio toudilo, huuh rcpuUKO, mettent détturniulH Iturt 
duuto quo IMlrono vivait huus los AntoninH nt quo Ma satire n'ost 
autro cliuiio qu'un nminn trôs libiTtin, où il critiquo los vicos don Jounos 
gons ot dos fomuiON, les défauts dos orateurs et des puôt<$s, ot los ri- 
diculi*s «les parvenus. 81 celte opinion do M. Ignarra, quo J'ul voulu 
signaler imrco qu'elle est h peu près inconnue en Franco, avait besoin 
d'autorité, J'i^outerais qu'ello a ùià adoptée par M. Itulinkon qui, do 
l'avou do tous les savants, ost lo plus grand criU«|uo do ces demiors 
temps. ■ 

t. Kn tdto do la traduction du Satiricon par Iléguio de Guérie, 
coll. Panckoucke (i83t). 



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en 278. 

Pierre Petit fait vivre Pétrone un peu avant Constantin 
(806-337)*. 

Tel est aussi Tavis de Jean Le Clerc (16Ô7-1736). 

Lilio Oyraldi*9 de Ferrare, le fait à peu près contempo- 
rain de Julien (3G1-363). 

Martin Goldttst de Ileimensfelt, qui écrivit sous le pseu* 
donynie de Kbrard {Obscrvaliom iur le Pétrone ti^ouvi à Bel* 
grade en 1088; 1694), et quelques écrivains du moyen Age 
ont crU| en dehors de toute vraisemblancOi que le roman* 
cier du Satiricon était l'évéque de Bologne, Pétroney qui 
vivait au v* siècle. 

Juste Lipse (1547-1606) ne se prononce pas. Il dit 
{Comment, sur Tacite, XVI, 18) qu'on n'a pas encore tiré 
au clair si le Pétrone de Tacite et l'auteur du Satiricon 
sont une ëeule et même personne : € de quo etiam délibéra, 
iicut et de prxnomiue. » 

Ces opinions si franchement contradictoires, dont un 
certain nombre se présentent avec un cortège d'arguments 
plus ou moins plausibles, nous averlisHcnt de la diOlcnlté 
qu'il y a & tlxer la date de Pétrone. Il n'entre pas dans 
notre sujet de reprendre l'une après l'autre les raisons 
mises en avant par les tenants de chaque époque. La tAclie 
serait immense et dépasserait de beaucoup les limites do 
la quetition que nous nous sommes propohéo. 

Nous essaierans cepondant de dire un mot des preuves 
qui sont alléguées comme les plus positives en faveur de 



t. Il tenait fl*)ibonl pour Ncruii, ut changoa d'avU uprei» avoir lu U 
diMcrtJition «riloiiri de Vulois : 

• Cuacliis 8U111 ut multo reconUorom hune scriptorcn oxisUmom ot 
pauUo unie Cun«tantini Augu^Utii tomporu, curto lunge iiirra Bovurum 
colioccm. ■ 

2. um GrefOrH G^raidi FerrarienUi de PetronU Arbitré vita. - 
Pétrone; Lyon, Pûul Frollun, IGIS, p. tKi. 



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846 eHAPtTAB T. 

Tépoque de Néi0U| puitquai après aroir parcoura le eer- 
da de« hypotbètaii c'est à eeUe date que Ton semble être 
convenu ai^ourd*hui de placer et Texlstence de Pétrone et 
Taction même du romaiu Nous examinerons ensuite si les 
arguments que Ton tire de la critique littéraire et de la 
parodie clies Pétrone concluent nécessairement en faveur 
de la mt^uie date. Cette conclusion est la seule que nous 
puissions raisonnablement demander à l'étude que nous 
avons cntrepriie. 

Une liypoïk&se asses séduisanle et qui nous a un mo- 
ment arrêté est celle de la composition du Satiricon & une 
épocjno voisine de l'Age d'or (Tibère ou Caligula). Il y 
aurait eu ensuite des intercalations successives de mor* 
ceaux de diverses époques. On comprendrait aisément la 
dilatation graduelle d'un roman à tiroirs qui semblei avec 
son mélange do vers et de prosOi appeler l'interpolation ^ 
A un plat Tarci on peut toujours ajouter quelque rogaton. 
Mais, si l'on peut admettre que quelques pièces poétiques 
par trop inutiles et tii^^es de trop loin ont été ajoutées au 
roman, l'impression d'ensemble que laisse l'œuvre ne per- 
met pas d'y voir le produit de la collaboration de divers 
figes. L'i^galité du Ulent dans toutes les parties du roman, 
l'unité de ton, la tenue constante et Tunirormité de la 
langue et du style attestent qu'il n'a qu'un auteur*. Rien 



1. CoUo opinion eut énoncée uuMi par Domhaniy (Gruntiriu, p. 333). 
• Los fhigmonU do Pétrone pourraient, dit*il, avoir plusieurs autours 
inconnus. Ln collocUun aurait été vraisemblablement fliito sous 
Alcxanilro Sévère. ■ 

2. I/liypolli«*so do la rédaction primitive du SaUricon sous Tibère 
se hmirti: h d<« groi«Hos objections. Pour nous en tenir à ce oui est do 
notro si^et., il Atudruit admetlro quo c*ost Lucain qui a imité Pétrone 
dans sa Phttnale. W serait bien étrange que ce ito bêilo civiti, de* 
venu le ntodMe d'un poènto ramoux, n*eiH été mentionné par aucun 
écrivain. 

Lo morceau litténiiro qui précède le ihigment d'épopéo do Pétrone 



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la ifngua uroana. il est aonc aimcue ae lenr attignar une 
date. De pluB, certains de ces mots peuvent être simple- 
ment des néologismes d'auteur, ou bien des SiwtJ^ s^p)|xiva 
qui existaient néanmoins chez dos écrivains perdus. Dans le 
Satiricon, il y a une catégorie particulière de ces mots qui 
échappent à toute comparaison ; ce sont les mots hybrides, 
à moitié grecs, qui pouvaient faire partie des patois ou des 
dialectes campaniens, à moins que Pétrone no s'amuse à 
mettre des barbarismes ou du latin écorché, du grac dé- 
formé, dans la bouche do Trinmlchiou et de ses vulgaires 
convives. 

On ne peut donc rien induire, pour établir l'époque de 
Pétrone, des mots qui, rencontrés chez lui, ne so retrou- 
vent que chez les vieux comiques ou les écrivains do la 
basse latinité. Voici quelques-uns de ces mots, ainsi que 
des aTTo^ cCfYjiuva : 

Gustalio (Chap. 21 et 31) ne se lit que chez Pétrone et 
chez Fauteur de l'histoire d'Apollonius de Tyr* : infertuv 
gustalio. 

Apodixis (Chap. 132) est commun a Pétrone et à ce même 
autour de VErotica fabula. On le lit aussi dans Aulu-Gelle 
(N. au., 17, 5, 5). 

Exsonare n'existe quo chez Péti*one. 

Pharmace (Chap. 107), terme grec, n'existe que chez 
Servius et chez Lactantius Placidus, scholiasle de Stace 
(Beck). 

Cf. Aristophane, Chev., 1405, iv cxcivs; ij^ 6 çoçiioxo;. 

Elegidanon (Chap. 109) ne se i*encontre nulle part ail- 
leurs, non plus que conjmhion. (Chap. 110.) 

Quant aux procédés de formation populaire qu'on si- 
gnale chez Pétrone, ils i$ont les mêmes, à beaucoup d'égards, 



I. Erotica de Ajtotlonio T^rio fabula. (« Krolici gra*ci •• Ditlot, 
L<3xii|uo, p. G 15/1. 1.) 

cmiTiQi'K urrAsAiBR. O 



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8M CHAFITBB T. 

que ohet Plaute ou ehet les éorivaint d« la ptoia« dée«P 
danoe, Alnil remploi des dimtnuUfSi celui deia4jeelifs en 
axp des inoU en montum, des adverbes en kr, des verbes dé« 
rivés sous la forme fréquentative ou inchoativoi des verbes 
dérivés de substantifs de la ]"* et de la 4* conjugaison 
(eonvtvare, deeollare, manducare, bullatui, etc.)* Les mêmes 
remarques peuvent être faites en ce qui concerne la syn- 
taxe : emploi de l'indicatif dans l'interrogation indirectOi 
du pronom pour marquer plus fortement les personnes des 
verbesi de l'adverbe comme attribut avec esse, de IVntin- 
tiatum compositum (Ghap. 47)^ spero, tibi imponet (Chap. 67), 
spero, sic tiiorûir, etc. 

Go n'est pas seulement dans la conversation des afTran- 
chiS| c*est quelquefois dans le récit même que l'on relève 
des tours et des termes de la langue populaire. Ainsii 
(Ghap. 15), 111 contt^oversiam esse^; (Ghap. 19)| tVi deieno^ 
rio adiniui, etc. ; complication nouvelle pour qui voudrait 
fixer avec une précision rigoureuseï d'après les caractères 
de sa langue, l'époque où a écrit Pétrone. 

Restent les parties qui appartiennent au récit propre- 
mont dit et où n'apparaissent qu'exceptionnellement les 
mots ou les constructions populaires. Nous avons déjà in- 
diqué chemin faisant les qualités qui distinguent le style 
de Pétrone : une élégance aisée et spirituelle, le naturel| 
un tour ironique, vif et piquant; tantôt la simplicité la 
plus alerte, tantôt, comme dans les discours d'EncoIpe et 
d'Eumolpe, une certaine recherche de la tournure ora- 
toire et des expressions poétiques. Cette prose est ferme 
et savoureuse. Nous l'avons vue, en étudiant les imita- 
tions de Pétrone, se leindre de la couleur des écrivains 
dont il se souvient plus particulièrement en tel ou tel pas- 



t. Bolon A. V. Ouoricko (op. ril.), c'est uno Turmulo tollo qu'on cm- 
ploif'til loë JurUie». 



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Pr. XVIII. Petronius. • AITor no* 
•bis» Iniiuii, alabostnini Gosmlonl. • 



Catmnti parf omeur re&omm4 
au temps do Domitioa, souvent 
mentionné par Martial» (L. I» 
op. 88; L. III, ep. 55; L. XII« 
ep. 55;L. XIV,op. 110.) 



Une ëtnda pins minotlenso do la langue de Martial et des mœurs 
qu*il nous représente établirait do nouveaux rapports entre Tupi- 
grammatisto et Pétrone. Eneoro le vocabulaire obscène do Tépi- 
grammatiste estil beaucoup plus riche et plus cru que celui du 
romancier. Mais la môme société a bien pu fournir à Tuu et à 
Tautre les éléments de leurs tableaux sntirîqucs ou réidistes, 

La même comparaison serait utilement établie avec Juvénal. 
Voici un certain nombre des traits communs à l'étrone et au sa« 
tlrique, qu'elle nous révélerait. 



Pétrone. 

Chap. 4, 1. 33. Qiiud pu«*ri;i plu* 
ccret. 

Cliap. 9G, p. 19, 1. 17. Et bucina- 
torem hubot subomatum» ut su- 
biiKJc »ciat quunluui do vita pcr- 
didorit. 

Clinp. 30 cl 40. ■ CiirpuH ■ et le 
f burbuius » qui décuupu le sun* 
glior. 



Chap. 37, p. t5, 1. 6. Trimalchio 
fùndos hubot, qua milvi volant. . 



Juvénal. 

Sai., X, V. 1G7. t't puerU piû- 
[ceas* 

Snt., X, v. 215, 210. Ciamore 

[opuM cMf, iit gentiai auris, 

Qnem dicat vcniMe puer, quoi 

[MuntM horoM, 

Snt,, V, 120 sq. Sirueiorem iu- 

[trrea, ne qua iMtUgnnUo ilenèt, 

Saiiuntem MitrUrM, ri chirotto» 

[iHUittn voUihU 

Cttiiriio, ilonrc jtrrmjat t/ietaln 

[iHWjinIri 

Omniu; Mec miniMo mumc dhcri" 

[tHinr rr/rri, 

Qho gntu leitore* cl quo ynlUua 

^ [nrcdur. 

Snt., IX, 51, 55. Dfc. panxer, eui 

[toi iMOHirM, toi prtvftia nrrro» 

Apuift, tôt mit von entra înn poth 

\cMn tossoif 



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