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Full text of "Vies de Jean Calvin et de Théodore de Bèze"

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BX 9422 .B64 1835 

Bolsec 

Vies de Jean Calvin 



VIES 



DE JEAN CALVIN, 



THÉODORE DE BÈZE, 



*» ï'K »a I.RlîRS eONTKMCOnj 



Viz. 



iîf5 



VIES 






DE JEAN CALVIN, 



THEODORE DE BEZE, 



PULCl-UKKS 



/) r.V£ NOTICE suit L AUTKlJli. 







GENÈVF,. 



CIIF.Z l.F,S PRINOÏPAUV l.l&r.AIRFK. 



la-i 



xAOTlCE 
SUR J.-H. BOLSEC. 



Jérôme-Hermès Bolsec naquit à Paris an commence- 
ment du xvi"'e siècle; il embrassa d'abord re'lat reli- 
gieux, dans l'ordre des Carmes. Les opinions luthe'rien- 
nes s'étant répandues en France, par suite de l'impru- 
dence que l'on avait commise, eu appelant des étran- 
gers de diverses contrées de l'Allemagne, pour secon- 
der le progrès des lettres , Bolsec adopta les doctrines 
nouvelles, et osa même les enseigner du baut de la 
cbaire. Cette bardiesse, qui fit de l'éclat, le força de 
quitter sa patrie, et de cberclier un asile auprès de la 
fille de Louis XII, Renée, ducbesse de Ferrare, pro- 
tectrice déclarée des novateurs. Peu satisfait de son sé- 
jour dans cette ville, il vint à Genève, où il espéra jouir 
d'une existence plus libre et plus commode; il exerçait 
alors la médecine, et s'était marié en Italie. Ses opinions 
n'étaient pas en barmonie, sur plusieurs points essen- 
tiels, avec celles de Calvin; celui-ci enseignait « que Dieu 
« opère tout dans l'bomme, qui n'a nullement la faculté 
« de résister , ni aux bonnes ni aux mauvaises impressions, 
« et que, de toute éternité, Dieu a partagé le genre bu- 
« main en deux portions, lune d'élus, l'autre de répfoie- 



VI INOTICE. 

« l'ô; et qu'il les a prédestines dès-lors , sans appel et 
K inde'jjeudanimenl de la conduite de ceux-ci ou de 
« ceux-là, au ciel ou à l'enfer. » (1) 

Ces maximes sapaient les fondemensmêmesdela mo- 
rale naturelle, eu attribuant à Dieu, d'une part, une 
lire'destination aveugle et cruelle, une justice inexplica- 
ble et absurde; et, de l'autre, en soumettant les cboses 
bumaines à une ne'cessite' ou fatalité' qui justifie tous les 
crimes, et anéantit même la distinction du vice et de la 
vertu. (2) 

Vainement Calvin croyait se soustraire à ces impies 
et odieuses conséquences, en alléguant, du côté de 
Dieu, que sa justice ne peut faillir, et que bien qu'elle 
parût ici aveugle et cruelle, il n'en était rien, par 
des raisons qui nous sont impénétrables : du côté de 
Ibomme , il avouait qu'il était, à la vérité, sous l'empire 
d'une irrésistible nécessité; mais que néanmoins, puis- 
qu'il le voulait, il pécbait et devenait responsable de ses 
actions. Ces réponses étaient faibles et laissaient subsis- 
ter toute la difficulté dans son entier; car dire que 
cette prétendue justice de Dieu, qui paraît à tout le 
inonde révoltante , a cependant ses raisons impénétra- 
bles , c'est dire équivalemment que Calvin est infailli- 
ble dans ce qu'il attribue à Dieu, et que, dès le moment 
oij le transfuge de Noyon a parlé, il faut se taire et ado- 
rer. Le bon sens universel , la conduite et le langage 
ordinaire à Genève, comme à Rome, prouvent que la 
moralité de l'Iiomme , et la distinction du vice et de la 
vertu, dépendent essentiellement de l'existence en nous 
d'une liberté réelle dans le cboix entre le bien et 



(i) Calvin. Inslil. 1. Il, c. 4 ; 1. III, c. 22, 23, et alibi passiin. 
(2) Voir Spou et Picot, affaire de Bolscc, i55i. 



NOTICE. VII 

Iti mal. Aussi l'hislorieu proleslant, Picol, en leudant 
compte du procès intente' à Bolsec, remarqiie-t-il qu'il 
est difficile de croire que Calvin se comprit bien lui- 
même. (1) 

Bolsec, qui ne partageait pas ces opinions, eut Vimpru- 
flerice de combattre par cela même celles du nouveau Pon- 
tife de Genève; il ne larda pas à être emprisonne' (2), contre 
toute justice sans doute; mais ensuite de recommanda- 
tions bienveillantes de la part du docteur et maître, avec 
lequel il eut une contestation un peu vive, à la suite 
d'un discours de congre'gation. A cette e'poque, chaque 
auditeur avait, après le sermon, le droit de dire ce qu'il 
en pensait; Bolsec en fit usage une seule fois, et en paya 
la façon en passant sous les verroux. Si c'était là une 
faute digne de la prison, on eût dû commencer par ren- 
fermer Calvin, qui, comme toutes les histoires l'attes- 
tent, profita souvent de cette liberté' (3). La suite du 
procès re'pondit au de'but. 

Il est probable, dit M. Thourel (4) , que l'infortuné 
Bolsec aurait eu la tête tranchée si son pasteur eût été 
toul-à-fail le maître. Les Consistoires de Berne et de 
Bâle, consultés par les Conseils de Genève, ayant mis 
dans leurs réponses un langage plus humain, et ayant 
laissé entrevoir qu'ils penchaient eux-mêmes pour les 
doctrines de l'accusé, on se contenta de le bannir (5). 
Calvin le poursuivit dans l'exil par l'influence de son 

fi) Picot, Hist. de Genève, t. II, p. i4- 

(2) Spoii, 1. III, p. 291. 

(3) Registres de la répiibliquc'de Genève, aux années i538, lij;, i 5^8 et 
.lillcurs. — Spon, loin. I, p. 29a. — Picot, toin. II. — Grotius, loin. IV, p. 655. 
-'Balduin, dans la défense de Calvin, par Drelincourl, p. 25i el suiv., p. 353 
cl suiv. 

("41 Hist. de Genève, loin II, y. zuj. 
(.'0 Picol, lom. Il, p. 17. 



Vni NOTICE. 

crédit; il se Iranspoiia même en personne sur les lieux, 
el il n'eut pas de repos que Bolsec ne fut rentré en 
France. (1) 

De retour dans sa patrie, après un séjour de quel- 
ques anne'es, il rentra dans le sein de l'Eglise catlioli- 
quc, où il e'tait né (2). Il paraît qu'il demeura quelque 
temps à Autun. De là il jiassa à Lyon, où il se fixa : il y 
mourut vers l'an 1584. C'est dans cette dernière ville 
qu'il publia, en 1577, la vie de Calvin, qui a fait tant de 
Lrnit, et qui fut suivie, peu de temps après, de celle de 
The'odore de Bèze, imprimée 'a Paris en 1582. Ces deux 
écrits sont remarquables par les faits qu'ils renferment, 
et par le ton de franchise avec lequel ils sont rapportés. 
L'auteur avoue avec simplicité, dans l'Epître dédica- 
toire, adressée à Mgr. Pierre d'Espinac, archevêque de 
Lyon, qu'il peut s'y être glissé des défauts ; mais il prend 
Dieu à témoin, que pour l'essentiel, sa conscience ne 
lui reprochera jamais d'avoir voulu en imposer. Au 
commencement de la vie de Bèze, il fait un appel aux 
archives de la république de Genève : cette interpella- 
lion marque au moins la confiance où il est qu'il dit la 
vérité. 

Ces deux pièces historiques sont tout-à-fait hors de la 
circulation , et n'existent que dans un petit nombre de 
bibliothèques. Il a paru utile, dans l'intérêt de l'histoire, 
de les reproduire. Il y a bien des choses intéressantes 
dans ces vies , dit un biographe (3). Il ajoute qu'elles 
ont été singulièrement sensibles à un grand nombre de 
Iléformés. On a droit d'en être étonné, parce que si l'au» 



(i) Bayle, ait. Bolsec, remaK}. I. 

(2) Baylc, art. Bolsec. 

(^3) Dicticnnaire historique, |)ar Feller, art. Bolsic. 



NOTICE. tX 

leur s'est permis dalldgiier des faits coiilrouves, il ne 
méritait que le de'dain. Si, au contraire, il n'a fait que 
soulever des masques hypocrites, tout homme judicieux 
et impartial doit lui en savoir grc : tant pis pour ceux 
qui s'en sont couverts. Il importe à tout Protestant qui 
cherche la vérité' de bonne foi et avec droiture, de con- 
naître les chefs de la révolution religieuse, opérée au 
xvi'"^ siècle , et s'ils se sont rendus dignes, par leur con- 
tluile morale, de la confiance des peuples. Comme ils n'ont 
j)résenté aucune lettre de créance pour établir les droits 
de la mission qu'ils se sont arrogée, qu'ils ne l'ont jus- 
tifiée ni par des prophéties, ni par des miracles, il faut 
au moins s'assurer s'ils ont en leur faveur la pureté de 
la doctrine et la sainteté de la vie. 

Les admirateurs de Calvin citent en faveur de la pu- 
reté de ses mœurs, les règlemens et ordonnances qui 
curent lieu par son influence et sous son administration, 
pour réprimer les abus et les désordres qui éclataient 
de toutes parts dans la nouvelle Eglise; ce Réforma- 
teur ne pouvait faire moins, pour accréditer son œuvre 
et sauver les apparences ; mais il s'est chargé lui-même 
d'apprendre à ses contemporains et aux générations fu- 
tures, ce qu'on doit penser des mœurs de la prétendue 
Réforme, même dès son début. Dans unTi'aité contre les 
Scandales, il s'exprime ainsi : « Il est encore une plaie 
«plus déplorable : les pasteurs, oui les pasteurs (1) 
« eux-mêmes qui montent en chaire, sont aujourd'hui 
cf les jilus honteux exemples de la perversité et des 
« autres vices. De là vient que leurs sermons n'obtien- 
« nent ni plus de crédit, ni plus d'autorité que les fables 
« débitées sur la scène par un histrion, » 

(i) 11 parle de ses iiiiiiistics. 



X NOTICE. 

Dans la préface placée à la tête de son calécliisnie , il 
scorie: « Je suis si inquiet sur l'avenir, que j'ose à peine 
« y arrêter ma pensée ; car si Dieu , par un prodige de 
« sa mise'ricorde, ne vient à notre secours du haut du 
« ciel , il me semble voir tous les excès de la barbarie 
« prêts à fondre sur le monde ! Et plût à Dieu que nos 
u enfans ne sentent pas bientôt que ce que j'annonce 
« aujourd'hui est bien moins une conjecture qu'une 
« véritable prophe'tie. » 

D'ailleurs c'est dans les lois et dans les règlemens de 
police que l'on trouve, à chaque e'poque, la ve'ritable 
couleur des mœurs d'une nation. Si l'on veut se servir 
de cette pierre de touche pour apprécier l'état des 
mœurs dans Genève , depuis que l'esprit de (Calvin y a 
été naturalisé , l'on n'a qu'à consulter un recueil pu- 
blié en 1815, au profit de l'Hôpital de Genève, sous le 
titre de : Fragmens biogi^aphiques et historiques, extraita 
des registres du Conseil d'Etat de la République de Ge- 
nève, dès 1535 à 1792. (1) 

Les partisans de Calvin ont attaqué Bolsec avec une 
violence qui annonce l'esprit de parti. Ils l'ont appelé 
moine défroqué: comme si un grand nombre des prin- 
cipaux prédicans du pur Evangile n'avaient pas été 
des prêtres et des moines, violateurs de leurs ser- 
mens et de leurs vœux ! et comme si les censeurs de 
Bolsec n'avaient pas accablé de louanges leurs bous 
amis qui en avaient fait autant ! Ses trois principaux dé- 
tracteurs sont Bèze, Bayle, et le ministre Drelincourt. 
Bèze n'est pas un témoin recevable; ses rapports intimes 
et sa complicité avec Calvin ne lui permettent pas de 



(i ) I/aulcur est M. le l)iiron ih- Grenus, ancien bourgeois de Genève, 
homiuc iliàtniguc par son rang social, ses connaissances cl sa charité. 



NOTICE. XI 

prendre place parmi les membres du jury. Lare'pula- 
tion de Bayle , du côle' de la l'éracile, est plus qu'à la 
haïsse. La mesure de confiance qui peut êlre accordée 
à ses documens et à ses assertions est détermine'e par 
l'auteur des Remarques critiques sur son Dictionnaire (1) . 
Tout lecteur honnête classera le témoignage de Drelin- 
courl à la place qu'il mérite, après avoir entendu la de'- 
clamation virulente à laquelle il se livre sur Bolsec : 
h Le puits de l'abîme s'est ouvert, et il en est sorti, au 
« milieu de la fume'e de soufre, tin sce'le'ral vendu à 
« l'iniquité', visiblement posse'de' par un esprit de men- 
« songe; et même on peut dire que jamais l'enfer n'a 
<c produit un monstre plus horrible ni plus digne de 
u l'exe'cration publique. » (2) 

Les archives des tribunaux de Genève sont de'po- 
sitaires des pièces du procès intenté à Bolsec : qu'on 
en médite l'ensemble et tous les détails, et l'on ju- 
gera si Bolsec fut aussi coupable qu'on a voulu le 
faire croire, et si, dans cette scène tragique, son 
accusateur figure aussi honorablement que lui ! a Gau- 
K lier (3), dit M. Picot, ainsi que la plupart des au- 
« teurs impartiaux qui ont écrit sur le procès de 
«Bolsec, reprochent à Calvin le défaut de support 
« dont il fit preuve dans cette occasion ; d'autant 
K plus , qu'ils paraissent eux-mêmes adopter les opi- 

« nions que Calvin frondait avec tant d'ardeur 

« Bolsec trouva dans Genève un grand nombre de par- 
(( tisans. » 

M. Picot avait dit précédemment : « Le caractère 



(ij M. Joly, auteur de cet ouvrage, le lit iniiiiiincr à Taris eu 17^2 , un 
vol. m-folio <lc plus de Son pages, dirisé en deux parties. 

(■t) Drelincourt, dans la Défense de Calvin, p. 1 00 et ailleurs. 
< ^) Dans ses nolP> sur l'bistoire de Genève, par Spnn. 



X" NOTICE. 

« trop absolu, il faut I avouer, de Calvin, se fait remar- 

« (juer dans celle querelle sous lui jour frappanl 

« Cependant ce malheureux me'decin, qui fut retenu en 
« prison pendant plus de deux mois , n'était coupable 
V que cT avoir soutenu quelques opinions particulières 
« sur un point de doctrine fort conteste' parmi les the'o- 

« logiens Calvin repondit à ses observations 

« et à ses questions d'une manière générale et assez 

K obscure Il est difficile de croire qu'il com- 

K prît bien lui - même les arguniens dont il se ser- 
te vait. » (1) 

Bayle, dont la plume court rapidement chaque fois 
qu'il veut prodiguer des insultes, charge la mémoire de 
Bolsec de deux faits odieux : Le premier est que sa se- 
conde femme se comporta mal; l'autre, qu'il mourut 
désespéré. Il ne cite d'anlre garant de cette double as- 
sertion que le témoignage de Bèze, qu'il comble alter- 
ualivement d'éloges, tout en corrigeant lui-même si sou- 
vent ses me'prises et ses inexactitudes. Par e'gard pour 
les lecteurs sense's, il aurait dû expliquer le mot de dés- 
espéré; et probablement verrions-nous que ce terme, 
sous sa plume, signifie que Bolsec mourut catholique. ■ 
Un seul fait suffira pour mettre en e'vidence le peu 
d'exactitude de ses ennemis dans leurs assertions. Bayle 
rapporte, dans son Dictionnaire {2) ^ le témoignage de 
Pierre de La Vallade, où il est dit que Bolsec pleura 
et gémit grandement, dans le synode d'Orléans, en 1562, 
d'avoir chargé si méchamment de calomnies et d'op- 
probres la mémoire d'un si grand personnage et fidèle 
serviteur de Dieu (Calvin); et par malheur, il se 



(i) Histoire de Genève, toni. II, p. g à 18, 
(2J An. BotsF.c. 



NOTinir. xiri 

Irouve, 1» que la mémoire du fidèle serviteur de Dieu, 
u'ëtait pas encore une mémoire, puisque Calvin ne mou- 
rut qu'en 1564 ; 2° que Bolsec n'e'crivit que 15 ans 
plus tard la vie de Calvin, cest-'a-dire en 1577. Voilà 
des accusations bien prouvées! il est assez vraisem- 
blable que le professeur de Rollerdani a ri lui-même 
de cet effronté' mensonge. 

J'invite avec confiance tout liomme sensé et impar- 
tial à lire, sans passion, les vies de Calvin et de Bèze, 
écrites par Bolsec, et je ne doute point qu'il ne lui en 
reste l'impression que j'ai éprouvée moi-même. L'au- 
teur ne manque ni d'ordre ni de style, pour son épo- 
que ; sa négligence est quelquefois relevée par la sim- 
plicité vive et la naïveté de nos bons anciens chroni- 
queurs, llest, en général, assez rapide; et ses réflexions 
offrent presque toujours des aperçus pleins de naturel 
et de bon sens. Avec ces qualités, il a bien aussi ses dé- 
fauts. Ses préambules sont trop longs et trop hérissés 
d'une éi'udition à peu près inutile : c'était là un travers 
littéraire, commun dans son siècle. Il faut convenir ce- 
pendant, à sa décharge, qu'il Ta porté moins loin que 
beaucoup d'autres, et que lorsqu'une fois son sujet 
principal est entamé, il le suit sans s'en écarter. On 
«lésirerail que sa diction fût plus nette et plus soutemie. 
Il eut pu abréger certains détails, et accompagner son 
travail de ces recherches et de ces pièces précieuses, 
que l'on a mis tant de soin à soustraire; alors il eût ren- 
du un bien phis grand service à l'histoire. Mais il faut 
tout dire : nous verrons bientôt que Bolsec fut encore 
trop heureux de conserver à lu. postérité son petit ma- 
nuscrit, au mdieu des vicissitudes et des traverses mul- 
tipliées de sa vie. 

On l'accuse d'avoir ocril par un esprit de dt^pit et de 



XIV NOTICE. 

vengeanre, parce qu'il avait été maltraité. Dieu seul est 
scrutateur des cœurs ; mais sera-t-il donc défendu aux 
opprimés de révéler les iniqiiilés de leurs oppresseurs 1 
et n'accordera-t-on une créance exclusive qu'aux fau- 
teurs, aux complices, et aux créatures vendues. Cette 
logique a été commode pour Bèze, pour Bayle et pour 
Dreliucourt, mais elle n'est ni celle de la raison ni celle 
de la justice. 

Sans doute, dès-lors que quelqu'un a des sujets de 
plainte grave contre celui qu'il charge, il est sage d'avoir 
l'œil ouvert sur ce qu'il dit. Mais, s'il est prudent de ne 
])oint admettre son témoignage avec précipitation , il 
serait de même également insensé et cruel de ne vou- 
loir pas l'écouler. Au surplus, il faut bien distinguer ici 
l'injure même, personnelle au plaignant, sur laquelle il 
se porte comme accusateur , du reste des faits qui lui 
sont étrangers, et qu'il raconte long-temps après com- 
me historien. 

, En tout cela, point d'excès , point de préjugés aveu- 
gles, point d'injustice. Les principes du droit naturel et 
d'une conscience calme et équitable ; voilà la véri- 
table règle à suivre : c'est d'après elle qu'il faut exa- 
miner et juger. Or, en se plaçant à ce point de 
vue , pom' apprécier Bolsec et ses deux ouvra- 
ges, les choses changent bien de face. Il écrit dans uu 
pays rempli de Calvinistes et peu éloigné de Genève. 
Ses démêlés avec Calvin étaient passés depuis long- 
temps, et il se garde de les rappeler dans la vie de celui 
qui fut son persécuteur. Son ton, d'ailleurs, nest point 
chargé d'exclamations, ni de ces termes de cA/en, de 
pourceau, de coquin, si familiers aux écrivains de son 
siècle, et surtout au Réformateur de Genève. Loin de 
là, excepté peut-être deux ou trois endroits, Bolsec 



NO tu: F. . XV 

pourrait êlre mis en parallèle avec noire délicatesse 
moderne, pour le calme et l'observation des Lien- 
se'ances littéraires , dans le clioix des tours et des ex- 
pressions. 

Que l'on confronte d'abord ce que Drelincourt dit du 
ton de Bolsec avec le livre même. Qu'ensuite l'on ouvre 
les œuvres de Calvin, l'idole du même Drelincourt; 
qu'on lise, par exemple, les pages bonteuses adresse'es 
à Gabriel de Sacconay, ou la dernière re'plique à West- 
pliale, et que l'on compare! Mais non : le cynisme le 
plus révoltant, sous la plume de Calvin, les injures pro- 
diguées, ne seront qu'un peu de vivacité et de la gaîté, 
que l'on croira même pouvoir louer; et quand le pau- 
vre Bolsec voudra ouvrir la bouche pour éclairer la 
France et la Suisse sur le compte d'un homme qu'il est 
si important de bien connaître ; ce sera , à en croire le 
dévot personnage Charles Drelincourt, un monstre des 
plus horribles que V enfer ait vomis, et dont les fureurs 
infectent Vunivers. 

Afin que les lecteurs puissent juger avec connaissan- 
ce de cause si les observations qui viennent d'être faites 
sont justes, nous allons placer sous ses yeux , à côté des 
violentes déclamations des censeurs de Bolsec, une pa- 
ge de son Epître dédicatoire, où l'auteur se peindra 
mieux que nous ne le ferions nous-mêmes : <f J'appelle 
« Dieu en témoin que je n'ai été induit à écrire con- 
« tre ledit de Bèze les très-énormes vices et vie d'i- 
« celui Calvin, pour haine, ou malévolence particulière 
« que je leur porte; mais pour le zèle de vérité, et de 
tt l'honneur de Dieu; aussi pour la compassion que j'ai 
« de la ruine et perdition de tant de pauvres idiots abu- 
« ses. Semblablement, que je n'écris chose aucune, en ce 
« Traité,, qui soit contre ma conscience, mais selon vérité; 



'k 



>^vi notict;. 

« approuvée par Icmoîguage d'ecrils de la main même 
<< criceliii Calvin, par relation de personnages dignes de 
" loi, et selon f[ue j'ai vu de mes yeux, et tonche' de ma 
« n)ain. .là de long-iemps j'ai vonlu mettre ce mien 
« opuscule en lumière, mais tous les moyens m'ont ëld 
« ôle's. Car il semble que l'ancien ennemi de Dieu et de 
« vérité' a fait tout effort à m'empêcher, me suscitant si 
« grand nombre d'adversaires, qu'il m'a été force de !e 
« supprimer jusqu'à pre'sent; joint que les dévols et dé- 
« diés à la secte calvinienne, outre les embûches et en- 
« treprises de me mettre à mort, m'ont fait et fout in- 
V cessamment la guerre; lâchant de me rendre odieux 
•fà toutes sortes de gens, non-seulement par écrits 
« pleins d'invectives, morsures et impostures, desquels 
«ils font manifeste profession, et ont la possession; 
« mais encore sourdement par-dessous terre, écrivant à 
«leurs confédérés les lettres lesquelles m'ont souvent 
« été communiquées. De manière que si la main de Dieu 
« ne m'eût tenu ferme , et sa Providence ne m'eût pré- 
« paré des personnages insignes en foi et charité, pour 
« ni'assister et secourir, je ne doyte point que je ne fusse 
« englouti en un gouffre de désespoir en mes cala- 
<f mités. » 

' Nous demandons maintenant : Est-ce là le ton d'un 
faussaire? Examinez chapitre par chapitre, vous y trou- 
verezlesmêmescaractèresdefidélité historique. Les cir- 
constances douteuses, il les donne sérieusement comme 
telles. Après l'avenlure du jeune Provençal, il ajoute : 
Mais je laisse cela au jugement de Dieu, qui ixh'èlera les' 
choses cachées. Il commence le chap, X V"'<' par ces mois : 
Sur le point de sa chasteté et continence, \\tiçm% son ar- 
rivée à Genève, /e n'en puis affirmer ni aussi nier. Cer- 
tes! il y a loin de cette réserve à riuipiidt-uce de Calvin 



NOTICE. 17 

contre tout le Clergé calholiqiie encore : conduite tou- 
jours injuste envers une classe entière d'hommes! et 
ces hommes enfin étaient des prêtres de TEghse xmi- 
verselle! Xavier portait le flambeau de la foi aux Indes; 
Charles Borromée édifiait l'Italie et rétablissait la disci- 
pline ecclésiastique; Ilosius et Canisius répandaient en 
Allemagne, en Pologne, eu Suisse, la bonne odeur de 
Jésus-Christ par leurs vertus et leurs lumières : Fran- 
çois de Sales, un jieu plus tard évêque de Genève, 
rappellera dans le monde chrétien, par ses écrits et ses 
exemples, l'esprit de la vraie piété; Vincent de Paule 

deviendra le bienfaiteur et le père de la France 

Combien le reste de l'Europe ne renfermait-il pas alors, 
et n'offrait-il pas peu d'années ajîrès, de pontifes et de 
solitaires, illustrés par des mœurs saintes , et respectés 
des Protestans eux-mêmes! 

Drelincourt est venu à Genève : rien ne lui a manqué 
pour réfuter Bolsec, ni le temps, ni les matériaux. Hors 
un seul fait, celui de la fleur-dc-lis, qu'il a discuté avec 
étendue (1), que répond-il au médecin français? Il 
suffira de présenter ici une courte analyse de l'endroit 
de sa Défense de Cah'in, qui nous occupe. 

Drelincourt prétend que Bolsec a inventé tout ce 
qu'il dit de Calvin (2). Ce n'est pas ainsi que l'on in- 
vente, surtout lorsqu'il s'agit de faits presque contem- 
porains, qui se sont passés à peu de distance du lieu d'où 
l'on écrit, sur lesquels il est facile d'être démenti par 
la partie calomniée, qui a un si grand intérêt à le faire. 
L'auteur d'un libelle garde l'anonyme, et Bolsec a signé 
la vie de Calvin, il y a mis les dates du jour, du mois, de 



(i) H en sera question lont-à-l'heurr. 
(a) Tag. loi. 

2 



i'S NOTrCE. 

]annee : il a dédie son ouvrage à l'aulorile' supérieure 
eccle'siastique, à inouseigneur l'Archevêque de Lyon. A. 
quelle humiliante confusion ne se serait-il pas exposé, 
s'il n'eût fait qu'un roman d'infâmes de'traclions? Nous 
en avons déjà trop dit pour réfuter la misérable suppo- 
sition du défenseur oflicieux de Calvin. 

Sur le jeune Provençal , que Bolsec accuse d'avoir 
dérobé à Calvin 4,000 livres, et Lingey 2,000 livres, 
Drelincourt ne répond que par nne exclamation (Il : 
« Vraiment oui, s"écrie-t-il , le pain're monsieur Cahùii! 
« avoir de pareilles sommes ! » Bolsec réfute lui-même 
cette objection, lorsqu'il remarque que celle valeur de 
4,000 livres était partie en flacons , tasses et cuillers 
d'argent, et partie en argent monnayé^, qui était en une 
bourse. Lingey a pu ne parler que de ce dernier arti- 
cle. L'exclamation sur la pauvreté de M. Calvin est une 
faible réplique, puisque, outre son traitement, il avait 
à sa disposition l'argent des pauvres, sans parler encore 
des dons particuliers, offerts par cette noblesse française 
réfugiée à Genève, qu'il poussait à la bourgeoisie. 

Bolsec raconte que Calvin s'est dit prophète , et sur 
ce point il n'est pas le seul à attester cette vanlerie apos- 
tolique. Drelincourt justifie encore son héros par nue 
pieuse exclamation : Lui, se dire prophète ! un hornvie si 
modeste ! (2) 

Bolsec dit que l'on faisait bonne chère à Genève, et que 
Calvin y était souvent invité. Drelincourt, scandalisé 
d'une pareille imputation, s'écrie : Bonne chère à Genève! 
des confesseurs de la foi ^ qui avaient tout quitté pour 
suivre J.-C. .'Horace reprendrait : Risum icneatis, amicif 



(i) Pag. io3. 
e») Pag- io4. 



NOTICK. 19 

Les autres rccriminatious de l'avocat de Calvin sont 
de celle force ; mais il s'indigne surtout que Bolsec ait 
osé taxer de fausseté la vie de sou bien-aimé maître, 
écrite par Théodore de Bèze. Cette vie, si simple, si 
naïve, si justement approuvée , ce Bèze, innocente co- 
lombe, qui a vu son héros ëvangélique couler à Genève 
des jours si beaux et si purs, et mourir de la mort des 
justes ! 

Le louchant défenseur ajoute : Si l'on a un reproche à 
adresser à Bèze , c'est de 71' avoir pas assez loué V homme 
de Dieu. Il faut que îv[. Drelincourt soit bien difficile; 
car enfin , pour un Réjormateur de l'Eglise chrétienne, 
qui a porté la charité jusqu'à brûler Servet! et qui eu 
a persécuté tant d'autres (1); uu Réformateur dont 
la doctrine, de l'aveu même de Prolestans distingués, 
n'est qu'un amas de contradictions, n'est-ce pas assez 
de dire « qii'ïl a surpassé en ceriaiiis points tous les hom- 
« mes apostoliques qui furent j amai s . . . . Que lui seul n'a 
K point J'ailli,e\. qu'en comparaison, tous les autres n'ont 
«fait que voltiger et s'égarer comme des ombres, m (2) 

L'on peut juger jiar ce qui vient d'être dit, de VexaC' 
titude , de la solidité, de la modération , en un mot , du 
mérite de Drehncourt, comme historien et comme cri- 
tique. Le seul point qu'il a traité moins dédaigneuse- 



(i) Calvin , dans une lettre au marquis du Pcct , son ami , qu'il qualifie de 
général de la religion en Dauphiné, lui donne, au sujet des Catholiques restés 
fidèles à la religion de leurs ancêtres , des conseils presque dignes du secré- 
taire de Néron : « Ne faites faute , lui dit-il , de défaire le pays de ces zélés 
« faquins, qui exhortent les peuples, par leurs discours, à se raidir contre nous, 
«noircissent notre conduite, et veulent faire passer pour rêverie notre cro- 
« yance. Pareils monstres doivent être étouffés, comme je fis en l'exécution de 
« Michel Servet , espagnol. A l'avenir , ne pense pas que personne s'avise de 
«faire chose semblable.» L'original de cette lettre a été conservé dans les 
archives du marquis du Toct, à Monlélimart. 

(t) Vie de Calvin, par Bèze. —Rescius, p. 284» 3<>C. 



20 > T I C K . 

menl dans la vie rie Calvin est celui des stigmates impri- 
mes à Noyon sur les e'paules de son client. Mais, après 
tout, à quoi se réduisent ses preuves? à des assertions 
négatives, à des recherches faites seulement dans les 
registres du chapitre, et non dans ceux de la ville, à la 
vérification desquels le ce'lèbre Stapleton , auteur an- 
glais, faisait avec confiance un appel en 1587 : « Que 
« l'on consulte encore aujourd'hui les registres publics 
« de la ville de Noyon en Picardie, on y lira que Jean 
«Calvin, convaincu d'un crime abominable (je m'abs- 
« tiens de le nommer), fut marqué sur le dos, par grâce 
« singulière de l'Évêque et des magistrats (car le bûcher 
« e'tait la peine ordinaire de ce crime) ; et qu'après il 
« s'e'chappa de la ville ; et dhonnêtes membres de sa 
« famille, qui vivent encore maintenant, n'ontpn obte- 
« nir; jusquà ce jour, qu'on fît effacer de ces registres 
« publics le souvenir de cette honteuse histoire, qui im- 
« prime une certaine tacite sur toute celle famille, m (1) 
Les registres mêmes de la ville eussent-ils e'te' com- 
pulsés, leur silence ne prouverait rien, parce que 
les recherches dont il est question sont beaucoup plus 
récentes que la falsification de ces actes que Lessius 
affirme avoir eu lieu. (2) Les informations particu- 
lières dont Drelincourt a voulu se prévaloir, ne re- 



(i) « Inspiciantur etiam acUiùc liodiè civitatis Noviodiinensis in PicardiA 
« scrinia et rcruin gestarum monumenta ; in illis adhiic hodii"; legitur Joan- 
« nem Uunc Calvinum sodoinix convictuin, ex Episcopi et Magistratùs indiil- 
•I gentià solo stigmate lu ieigo notaluni, uibe excessisse. Nec ejus familiœ ho- 
M nestissimi viri adhùc supersiites, iinpetraie hacteniis potuerunt, ut liiijus 
« facti memoi'ia, qua? toti fainilia; notam alicjuam inurit, è civicis illis inonn- 
M mentis ac sciiniis cradeieliir. » 

(z) Celte falsification était d'autant plus facile, que les registres impor- 
lans consistaient en quelques cahiers de simple papier , non reliés. D'après 
Ijessius , la falsification aurait en lieu déjà avant 1610 , puisque c'est l'époque 
à laquelle il écrivail. 



NOTICE. ai 

posant que sur les susdits registres, ne peuvent être in- 
voque'es contre la cerlilutle d'un fait qui est d'ailleurs 
atteste' par plusieurs auteurs respectables qui ont e'crit 
long-temps avant Bolsec. Nous apprenons que cette 
question historique est traite'e d'une manière solide 
dans un opuscule qui vient de paraître sous le titre de 
L'Ombre de Rousseau, en réponse à l'Ombre de Cal- 
vin. Nous nous dispensons ainsi d'entrer dans de plus 
longs détails. Nous ajouterons seulement une observa- 
tion sur un fait qui rend la bonne foi de Drelincourt ou 
son exactitude comme historien assez suspecte. Edmond 
Campian ayaut, dans lui de ses écrits, fait allusion, en 
passant, aux stigmates de Calvin, Wilaker, the'ologieu 
protestant, entreprit de justifier le transfuge de Noyon. 
Campian alors n'e'tait plus. Dure'us , autre Catholique, 
re'pliqua pour lui. 11 appuya plus fortement sur là cir- 
constance de la fleur-de-lis, et mit Wilaker dans la ne'- 
cessité ou d'apporter de bonnes preuves ne'gatives , 
ou de s'avouer vaincu. Mais quoique ce Protestant 
ait pris la plume contre Duréus, il n'a plus eu la té- 
mérité de toucher le point des stigmates. De là Lessius 
conclut, avec raison, qu'il n'avait rien à re'pondre. 

Que fait Drelincourt pour atténuer la force de celle 
conséquence ? Il commence par remarquer (p. 69) que 
Wilaker était d'une exactitude incomparable à répon- 
dre à tout. (Notez bien ceci, lecteur.) Ensuite il nie que 
Duréus soit jamais revenu sur l'aventure de Noyon. 
« J'ai /m et /W« , dit-il, plusieurs J'ois Duréus sur ccl 
<c article, tel qu'il est imprimé avec Witaker, clyV n'y 
>< ai point trouvé ces paroles , etc. » 

Voilà une assurance donnée très-jiositivemcnl. Vm 
malheur, l'auteur des Remarques sur Baj le a voulu 
s'assurer à son toin m Dreliutourl niait avec exaclitudc 



ISZ NOTICE. 

l'existence du texte de Duréus. Il s'est procure' l'ouvra- 
ge eu question de cet e'crivain, et, non-seulement il y 
a trouve', à la page 73, verso, le passage dont il s'agis- 
sait ; mais encore il en a lu un autre , qui parle aussi de 
la fleur-de-lis, à la page 65, recto. (1) 

Que l'on juge à ce trait si Drelincourt avait bonnç. 
vue. Que l'on convienne en même temps avec Lessius 
et Richelieu, que le silence du cher Wilaker, qui e'iait 
d'ailleurs incomparable pour ce qui est de répondre à 
iouty devient par là une preuve d'une très-grande 
force. 

Drelincourt se prévaut aussi du silence de quelques 
écrivains catholiques, pour contester le fait de la fleur- 
de-lis, rapporte' par Bolsec ; comme s'il e'tait difficile de 
rencontrer, dans des rapports de socie'te' et dans la car- 
rière des lettres, quelques hommes qui, par me'nage- 
ment pour le parti protestant et par une timide condes- 
cendance, se soient ahstenus de parler d'un fait trop 
honteux pour les partisans de la nouvelle re'forme, ou 
n'en aient fait mention que comme d'une anecdote in- 
certaine et douteuse. De'cide' à n'admettre que ce qui con- 
vient à ses vues et à ses préjuges, il rejette ensuite har- 
diment les assertions les plus positives de ceux qui char- 
gent la mémoire de Calvin, quelque respectahle que 
soit d'ailleurs leur autorité : Ceux qui allèguent de tels 
témoignages, dit-il (2), devraient rougir de honte. La 
seule raison qu'il aîlègue pour récuser leur déposition. 



(i) Remarques sur Bayle, addilion, p. 18, deuxième colonne. 

L'édition de Duréus , que Joly a consultée, est un in-8, iiuprimé à Paris en 
i582, et intitulée : «Confulatio Guliclmi Witakerl.... ad rationes decem, 
Cl quibus fretus Edmundus Campianus.... certamen anglicaua; Ecclesiac lui- 
« nistris obtulit in causa tidei. » 

Jl existe une seconde cdit. de ce livre, d'Ingolstad, en i585, et encore in-8. 

(2) Défense de Calvin, pag. 60. 



NOTICE. 23 

c'est qu'ils sout iVune autre religion (1). Plaisante ma- 
nière de raisonner! Il n'y a de croyable en tout, contre 
nous, que ïhe'odore de Bèze, qui est pourtant d'une re- 
ligion un peu dilFe'renle de la nôtre. Selon le cher tré- 
sor (2) de Calvin, ce serait un crime de douter de l'in- 
nocente candeur et de l'incorruptible fidélité du mari 
de Candide ! Il faut que ces Messieurs aient une singu- 
lière idée de la postérité, pour supposer que cette logi- 
que, folle et révoltante, pourrait toujours prévaloir! 
Etrange impartialité, qui ne permet pas aux Catholiques 
d'ouvrir la bouche, et qui concède aux Protestans le 
droit d'en imposer à la raison ! 

Les détracteurs de Bolsec, au sujet de la vie de Cal- 
vin, ont prétendu isoler son témoignage, comme s'il 
e'tait le seul écrivain qui eût rapporté les faits qu'il 
convient à ces Messieurs de nier. En recourant à ce 
subterfuge, ils ne font pas preuve de bonne foi ou d'éru- 
dition. La grave inculpation de la fleur-de-lis est cons- 
tatée par un grand nombre d'auteurs , tant antérieurs 
que postérieurs à Bolsec, dont quelques-uns mêmes 
étaient Prolestans. Que Calvin se soit donné pour pro- 
phète, voilà ce qu'affirment Florimond et Cayer, De 
Rouvray, ancien ministre réformé, auquel le gouver- 
nement de Berne délivra un certificat si honorable (3), 
afiirme avoir lu les paroles suivantes, sorties de la 
bouche de Calvin , du haut de la chaire, ù diverses re- 
prises, et souvent imprimées, ajoute De Rouvray, dans 
quelques anciens recueils de ses sermons : Je suis pro- 
phète ^ j'ai l'esprit de Dieu; si Jean Calvin est un trompeur, 

( I ) Dcfensc (le Calvin, pag . 1 2S cl suivouUs. 
( 7. ) Qualiricalion que prriiall Drolincourl. 

(3) Voyez l'ouvrago inlitiilc ; « L'Abominalioii du Calvinisme.» Pari-. , 
l'jSo, p. 83. 



24 NOTICE. 

c'est toi , ô Dieu , r/ui l'a trompé le premier. Cependant 
Drelincourt nie avec une futilité incroyable ce trait de 
l'orgueil de son maître qu'il dit avoir été si modeste. 
Rescius, auteur si grave et si exact dans ses assertions, 
fait mention de l'enlèvement de lettres confidentielles, 
écrites par Calvin à Viret, exe'cute' par ordre de Mes- 
seigneurs de Berne, et dans lesquelles il assure, ainsi 
que Bolsec, que l'on trouva la preuve d'une horrible 
conspiration contre le royaume de France. Drelincourt 
montre une partialité' de fantaisie en rejetant , sans rai- 
son , le récit de certains auteurs, qu'il exalte et qu'il 
fait valoir, lorsqu'ils sont favorables à la cause dont il 
s'est fait le champion. Ces écrivains parlent-ils comme 
Bolsec des remords et des regrets de Calvin, de sa 
mort, de son esprit de vengeance, de son irritation 
dans les controverses, il fait la sourde oreille, et s'inscrit 
en faux contre les affirmations les plus positives. La 
défense de Calvin, sortie de sa plume, est donc d'une 
bien faible autorité pour tout homme qui cherche des 
preuves et non des phrases. 

En faisant réinipi'imer un document historique, qui 
n'existe plus que dans un bien petit nombre de biblio- 
thèques, nous ne saurions nous empêcher d'exprimer 
ici toute notre pensée. D'où vient que sur un point aus- 
si sérieux que celui de la religion, on tiendrait à Calvin 
plus qu'à la vérité? Que sert-il de se tromper soi-même 
aux dépens de son avenir éternel? En produisant des té- 
moignages, revêtus de circonstances, certainement di- 
gnes de considération, nous ne disons pas aux lecteurs : 
Croyez sur parole, mais nous les invitons à examiner. 
Pourquoi voudrait-on se décider, les yeux fermés, pour 
les mensonges de Bavle, les distractions et les flatteries 
Uc Hcze, les fiivoios négations de Drelincourt, dont 



NOTICE. 20 

nous n'avons pas même relevé les propres cri'eurs? On 
conçoit qu'au xvi™« siècle, où le tourbillon des opinions 
nouvelles et l'ardeur des passions donnaient tant de for- 
ce à l'esprit de parti, Genève protestante ait e'te' si facile 
à se prêter à l'apothe'ose du transfuge de Noyon; on 
conçoit encore qu'elle ait perse'vt're' dans ces disposi- 
tions de docile ou plutôt d'aveugle croyance, pendant 
que le système politique de l'Europe semblait lui mon- 
trer le gage de sa liberté' et de son inde'pendance dans 
son attachement au Protestantisme ; mais aujourd'hui 
où les destine'es des nations reposent sur des bases si 
diffe'rentes, et où Genève est le chef-lieu d'un canton 
suisse ; aujourd'hui où la Re'forme n'offre plus un corps 
de doctrine, où le professeur de the'ologie, nommé par 
la Vénérable Compagnie et approuvé par le Conseil 
d'Etal, enseigne et imprime publiquement que le Cal- 
vinisme n'est pas le Christianisme ; pourquoi Genève 
resterait-elle servilement subjuguée par une réputa- 
tion si peu solide, et consentirait-elle encore à por- 
ter les armoiries d'un étranger, banni de son pays, et 
dont le caractère n'offre rien de noble et daimable. 
Nous avons cru remplir un devoir envers les hommes 
consciencieux et envers la jeunesse, en mettant sous 
leurs yeux le tableau moral du prétendu Réformateur, 
et en leur disant : Regardez, et jugez s'il mérite voire 
conflance et votre vénération ! 



i^ous terminerons cette Notice par une réflexion, 
qui, sans se lier directement au sujet que nous ve- 
nons de traiter, ne lui est cej)endant pas étrangère, 
et nous est suggérée par une phrase importante que 



26 NOTICE. 

l'on trouve dans la Notice publie'e par la Ve'uerable 
Compagnie sur les fêtes et ce're'monies du Jubile 
de 1835. On annonce des confe'rences ecclésiastiques, 
dans lesquelles les pasteurs de Genève s'entretiendront 
avec les de'pute's envoye's par les Consistoires étran- 
gers, des grands intérêts de la religion et du Protestan- 
tisme. Il nous semble qu'à l'e'poque où nous sommes 
arrive's, il serait digne des hommes sages des diverses 
communions chrétiennes, séparées depuis le xvi™<= siè- 
cle de l'Eglise mère, dans le sein de laquelle tous leurs 
ancêtres étaient nés; il serait digne, disons-nous, de 
l'amour qu'ils ont pour la prospérité de la religion et de 
la société, d'examiner avec une sérieuse impartialité les 
questions suivantes : 

PREMIÈRE QUESTION. 

Les hommes qui, au xvi^^ siècle, ont entrepris de 
renverser de fond en comble l'Eglise chrétienne, 
avaient-ils le droit de bouleverser et détruire un ordre 
de choses, légalement constitué et dirigé par des su- 
périeurs légitimes , dont tous les peuples chrétiens 
respectaient l'autorité? 

DEUXIÈME QUESTION. 

Les chefs de la nouvelle religion ont-ils été animés 
d'un esprit de réforme ou d'un esprit de re\'oliilion? 

TROISIÈME QUESTION. 

Est-il juste de faire peser sur tout le Clergé catholique 
toute la responsabilité des abus qui s'étaient introduits 



NOTICE. 27 

dans l'Eglise? L'histoîre n'atlestet-elle pas qu'il faut 
en chercher, en grande partie, les causes dans d'autres 
influences, et, en particulier, dans les suites de l'irrup- 
tion des Barbares, dans la forme anarchique des gou- 
vernemens, dans la cupidité et la fausse politique des 
souverains? 

QUATRIÈME QUESTION. 

Les doctrines prêche'es par les pre'tendns Re'forma- 
teurs, et les moyens qu'ils ont employe's pour les faire 
adopter et les propager, pouvaient-ils et ont-ils e'té 
le remède aux abus existans? 

CINQUIÈME QUESTION. 

Les principes des Re'formateurs e'taient-ils plus pro- 
pres que ceux du Catholicisme à apprendre aux rois et 
aux peuples à remplir leurs devoirs mutuels et à res- 
pecter leurs droits re'ciproques? 

SIXIÈME QUESTION. 

Les partisans et les protecteurs du nouvel ordre de 
choses n'ont-ils pas attente' au droit de proprie'te', et 
n'ont-ils pas donné un funeste exemple, en s'emparant 
avec violence de tous les biens du Cierge' se'culier et des 
ordres religieux ? Cette spoliation arbitraire a-t-elle e'ie' 
vraiment profitable aux e'tats qui se la sont permise? 

SEPTIÈME QUESTION. 

Les novateurs, en e'branlant l'équilibre du système 
politique qui réunissait les princes faibles et opprimés 



28 NOTICE. 

autour de grandes puissances prolectrices, n'ont-ils 
pas provoqué l'asservissement des petits e'tats qui 
e'iaient en contact les uns avec les autres, et qui con- 
servaient une honorable indépendance sous l'e'gide des 
coutumes antiques, des inte'rêts locaux , et sous l'appui 
de l'opinion publique? 



HUITIEME QUESTION. 

Si Ton place dans une balance les maux causés et les 
biens procurés aux divers états de l'Europe par la Ré- 
formation, les maux seront-ils compensés par les biens? 

NEUVIÈME QUESTION. 

Avant l'apparition de la Réforme , le Catholicisme 
avait-il été défavorable au développement de l'esprit 
humain, au perfectionnement de ses facultés intellec- 
tuelles, aux progrès des beaux-arts, des lettres, des 
sciences, et à la conservation des antiquités grecques 
et romaines? 

DIXIÈME QUESTION. 

L'Europe ne doil-clle pas de la reconnaissance, pour 
le progrès des liunlères , à lElglise romaine qui pro- 
cura l'afFranchissenicut des villes, qui provoqua l'en- 
treprise des Croisades, qui accueillit et protégea les 
Grecs réfugiés do Conslantinoplc, et <pii encouragea 
toutes les découvertes utiles de ces temps-là? 



NOTICE. 



ONZIÈME QUESTION. 



29 



Depuis le xvi"'' siècle jusqu'au milieu du xviil"", 
les Protestans ne sonl-ils pas au uioins aussi coupables 
qtie les Catholiques des obstacles mis aux progrès des 
lumières? 

DOUZIÈME QUESTION. 

Depuis le milieu du xyiii™" siècle, l'impulsion que le 
Proleslanlisme , première source et al!iu puissant d'une 
plnlosopbie incre'dule, a donne'e à la culture des scien- 
ces et des lettres, à l'e'ducaliou de la jeunesse, et h Ta- 
mour effréné' pour la liberté' et Tindependauce, a-t-elle 
t'id heureuse pour le repos, le bien-être des socie'te's, 
et la conservation des principes iiu Christianisme? 



JEAN CALVIN 



AVIS DES ÉDITEURS. 



L'édition de ■ioS'2, sur laquelle on a fait cette 
nouvelle réimpression , était remplie de fautes de tout 
fjenre, et presque sans ponctuation. On a apporté le plus 
fjrand soin ii rétablir le texte dans sa pureté originale, 
et à conserver j, sans aucune altération, le tour ndif 
et les vieilles expressions de l'époque. Cependant, 
pour ne pas fatiriuer une classe de lecteurs très-nom- 
breuse , on a cru devoir ramener à l'ordre gramma- 
ticcd actuel, quelques endroits dont les locutions tron- 
quées ou obscures, n'ajoutaient rien à l'intérêt et »'//- 
sairnt à la clarté. 



HISTOIRE 

DE LA. 

VIE, MOEURS, ACTES, DOCTRINE ET MORT 



DE 



JEAN CALVIN, 



Jadis Ministre de Genève ; 



XECCEILLIe 



PAR M. JÉfiOME-HERIUÈS BOLSEC, 

Docteur-Médecin à Lyon. 



CHAPITRE PREMIER. 

IIntre tous les malheurs introduits en ce monde 
par le père du mensonge et auteur de péché , 
après la chute des premiers parens , l'hérésie a le 
plus apporté de troubles , séditions et divisions en 
tous temps et âges. Ce monstre horrible et très- 
pernicieux, est engendré d'orgueil et d'ignorance. 
Et l'hérétique participe de ces deux comme de ses 
deux proches parens et progéniteurs. Car tous hé- 
rétiques sont superbes , orgueilleux , et présumant 



2 vu; 1)1-; calvin. 

de soi plus de bien el vertu qu'il n'y a en effet, jus- 
qu'à mépriser tous autres qui ne sont de leui* 
secte, même leur porter haine. Us sont, outre 
plus, ignorans, se repaissant et contentant de l'o- 
pinion, laquelle ils ont fichée en leur cerveau, de la- 
quelle ils ne peuvent être détournés , ni par raison 
aucune ramenés à la lumière de vraie science et 
connaissance de vérité. En tous temps et saisons, ce 
père de mensonge, ennemi de paix et tranquillité , 
s'est efforcé de troubler et corrompre l'union des 
esprits humains , et cacher la sincère connaissance 
de vérité (l). 






CHAPITRE II. 

Mais il semble qu'en nos jours, ledit ennemi de Dieu 
et d'union chrétienne ait ramassé la plupart des hé- 
résies et fausses doctrines déjà de long-temps réfu- 
tées et condamnées. Et les a remises en une ville 
de Genève , par Jean Calvin , de Noyon , homme , 
entre tous autres qui furent onc (2) au monde, am- 
bitieux, outrecuidé (3), arrogant , cruel , malin, 

(1) On a cru devoir supprimer une longue e'niuué- 
ration (assez inutile ici) d'anciennes hérésies. 

(2) 0«c, jamais. 

(3) Oitlrecuiilr, prt'>;ompliieiix. 



VIE DE CALVIN. 3 

vindicatH", et suitout ignorant , connue j'espère ci- 
après vraiment et vivement démontrer : nonobstant 
que soit contre l'opinion de plusieurs, qui assez mal 
diligemment ont pressé et considéré sa doctrine, et 
sont abusés par les mensonges et babils fardés de 
Théodore de Bèze , successeur dudit Calvin en l'ad- 
ministration de leurs fausses doctrines dedans la- 
dite ville. Car ce jaseur affété et effronté babil- 
lard , en une sienne préface au commentaire d'i- 
celui (1) Calvin , sur le livre de Josué, écrit la vie , 
mœurs, actes et trépas de sondit prédécesseur, 
lequel il appelle son maître, ami et père, l'exaltant 
sur tous autres qui furent onc au monde en genre 
de sainteté de vie et de science. Et en son discours 
semble affirmer que Dieu est tenu et fort obligé au- 
dit Calvin , comme h celui qui seul a soutenu son 
honneur et gloire, et maintenu la foi chrétienne en 
cet âge ; et sans lequel Dieu perdait sa gloire , et la 
foi périssait. 

Voyant donc que tels mensonges et détesta- 
bles blasphèmes avaient tant de cours et autorité 
par la France et pays circonvoisins , au très-grand 
déshonneurde Dieu, vitupère (2) de Notre Seigneur 
Jésus-Christ son Fils : plus, à la ruine d'infini? pau- 
vres idiots , qui , abusés par telles rusées mente- 
ries, laissent le vrai troupeau de la mère sainte 
Eglise, pour se retirer et dédier à la secte et fausse 
doctrine de Calvin. J'ai mis ce petit livre en avant, 

(1) D'icdui , de ce, de celui-ci, duquel , etc. 

(2) Vitupère, vitupérer, blâme, blâmer. 



4 VIK DE CALVIX. 

afin de faire coimaitre qui et quel fut ledit Calvin ; 
et combien sont loin de ce qu'ils se persuadent de 
la vertu, mœurs, sainteté et doctrine d'icelui , tous 
ceux, qui , par légèreté et zèle mal accompagné de 
science , se sont voués et liés à sa secte et doctrine. 
Laissant donc à une autre œuvre qui ensuivra in- 
continent celle-ci, la vie dudit de Bèze, et comment 
d'un poète lascif, débordé en tous genres de vices et 
voluptés sensuelles , il a été changé en docteur tout 
subitement , voire (1) de la Sainte Ecriture , même 
de l'Epître de saint Paul aux Romains , qui est la 
plus difficile et de plus d'importance entre toutes les 
œuvres dudit Apôtre ; je réfuterai les titres d'hon- 
neur qu'il donne h sondit père , maître et ami , 
faussement; prouvant tout le contraire de ce qu'il en 
écrit , protestant devant Dieu et toute la cour cé- 
leste, et toutes personnes de bon et sain esprit, 
que colère , ni envie , ni malévolence (2)^ ne me fe- 
ront dire ou écrire chose qui soit contre vérité et ma 
conscience. Ains(3) que je me réputerais ingrat à 
la grâce de Dieu, et rebelle à ma conscience , si je 
ne mettais ladite œuvre en lumière ; car j'ai atten- 
du longuement à la mettre hors, espérant toujours 
quelque amendement et réformation ; mais voyant 
les choses aller de mal en pis , et le mensonge obs- 
curcir la vérité , je suis pressé et contraint en mon 
esprit de mettre fin h mon long désir. 

(1) Voire, même. 

(2) Malévolence , malveillance. 

(3) Ains, mais, 



VIE DE CALVIN. 






CHAPITRE III. 



Platon , docteur et philosophe , non à dépiiser , 
comme doué de grandes grâces de Dieu , composa 
une cité (1) , pour la garde de laquelle il constitua 
crainte et vergogne (2) , sans lesquelles est fort dif- 
ficile de garder modestie ; ains tout à l'instant que 
ces deux gardes sont endormies , ou du tout (o) 
perdues, tout se perd et chacun se fourvoie , et sort 
hors des termes de raison, faisant (4) à l'envi avec les 
plus barbares et inhumains qui furent onc au monde, 
voire avec les diables mêmes, en genre de menson- 
ges et déguisemens de vérité. Or Théodore de Bèzc 
montre bien clairement avoir banni de soi crainte et 
vergogne , entre ses autres écrits , en sadite préface 
singulièrement , en laquelle il s'efforce de faire 
croire choses diamétralement contraires à vérité , 
et de louer son maître , père et ami si hautement , 
qu'icelui semble avoir surmonté tous ceux qui l'ont 
précédé de temps en genre de vertus et doctrine. 

(1) La République de Philou. 

(2) Vergogne, lionte. 

(3) Du tout, enlièrcmoiit. 

(4) Faisant, agissant, travaillant. 



^ 'lE DE CALVliV. 

Entre autres qualités qu'il lui donne , il lui at- 
tribue une excellente douceur , bénignité et facilité 
à pardonner à ses ennemis ; combien qu'il fût très- 
colère , malin et persévérant en malignité , ne re- 
mettant jamais son ire (1) depuis qu'il l'avait une 
fois conçue contre quelqu'un. De ceci rendra bon 
témoignage l'histoire de Michel Villanovanus , au- 
trement appelé Servet , médecin , homme vrai- 
ment fort arrogant et insolent , comme testi- 
fient (2) ceux qui l'ont connu à Charlieu , où il 
demeura chez La Rivoire , envû-on Tan 1540. 
Contraint de se partir de Charlieu , pour les folies 
lesquelles il faisait , il se relira à Vienne en Dau- 
phiné, duquel lieu il écrivit à Calvin étant à 
Genève , et ce fut l'an 1546 ; et lui envoya un livre 
écrit à la main, avec trente épitres siennes, es 
quelles il reprenait ledit Calvin , et corrigeait cer- 
taines fautes et erreurs, lesquelles il avait recueillies 
en son institution chrétienne , et autres siennes œu- 
vres, au grand vitupère dudit Calvin et de sa doc- 
trine. De quoi icelui Calvin, fort irrité, conçut con- 
tre Servet haine mortelle , et délibéra en soi-même 
de le faire mourir : ce qu'il manifesta dès le même 
an, par une lettre écrite de sa main propre à Pierre 
Viret étant lors à Lausanne , le jour des ides de 
février ; de laquelle lettre la superscription est : 
Eximio Domini nostri Jesu^Christi Servo Petro Vireto, 



(1) //-e, colère. 

(2) Testifier^ lemoigner. 



vit: DE CALVIN. / 

Laiisanensis ccclesiœ pastori^Symmysiœ chavmhao. Et 

entre les autres choses lesquelles il met en ladite 

lettre, dudit Servet il dit ainsi : Servetus ciipit hue 

ventre, sed à me accersitus. Ego autem nimquam cor.i- 

mittam ut fidem meam eatenus obstrictam Imbeat. Juin 

en'mi constitutwn apud me liabeo, si ventât , nmiquam 

pati ut salvus exeat. C'est-à-dire : « Servet désire de 

« venir ici (assavoir à Genève), mais il veut être appe- 

« lé par moi ; mais je ne ferai jamais si grande faute 

«qu'il ait ma foi étreinte ou liée jusqu'à cela; car 

«j'ai délibéré en moi-même, s'il vient, ne permcl- 

* tre que jamais il sorte sauf. » Quels termes, je 

vous prie , sont ceux-là, d'homme si doux et facile 

à pardonner à ceux qui lui font déplaisir ! 

La lettre dudit Calvin est venue en mes mains par 
volonté de Dieu , et l'ai montrée à plusieurs person- 
nes honorables, et encore sais où elle est. Mais serait 
peu d'avoir usé de paroles si peu chrétiennes, si 
l'effet ne fût ensuivi ; car ledit Calvin chercha ce- 
pendant tous moyens pour nuire audit Servet et 
pourchasser (1) sa mort; auxquelles lins il écrivît 
une lettre au révérendissime seigneur Cardinal de 
Tournon, pour lors vice-roi en France, et en icelle 
lettre il accusait Servet d'hérésie , de quoi ledit 
seigneur Cardinal se prit fort à rire, disant qnun 
hérétique accusait l'autre. Cette lettre me fiil monr 
trée, et à plusieurs, par monsieur du Gabre, secré- 
taire dudit seigneur Cardinal. Guillaume J'riel écrir 

(1) Poiirchos. j)niii iheisser. poursnilc. jiom siiivip. 
\ 



8 VIE DE CALVIX. 

vit aussi à plusieurs à Lyon et Vienne , à l'instiga- 
tion de Calvin, sur ce propos, dont (1) ledit Servet 
fut mis en prison , dont il échappa . 



CHAPITRE IV. 



Or, puis après, en l'an 1553, Servet, échappé 
de prison, et fuyant de Vienne, se retirait en Ita- 
lie, et passa par la ville de Genève un jour de di- 
manche , auquel jour même il se délibérait d'en 
partir, pour la crainte qu'il avait de Calvin, s' assu- 
rant toutefois de n'être empêché ce jour-là , sur les 
statuts et privilèges de la ville : nonobstant les- 
quels , Calvin , averti de la venue de Servet, en- 
voya incontinent son serviteur, appelé Nicolas, 
pour faire donner les arrêts audit Servet , et se 
faire partie contre lui, ce qui fut fait le jour même; 
et le lendemain , Calvin envoya son frère Antoine 
pour être caution de son serviteur. Or le pour- 
chas de la mort de Servet fut si chaudement 
mené, et sollicité par Calvin et ses adhcrens, qu'il 
fut brûlé tout vif , h petit feu , au grand contente- 
ment de ce si doux et facile à pardonner, père , 
maître et ami du vénérable Théodore de Bèze. 

(1) Dont, pour laquelle raison. 



VIE I)i: CALVIN. 



Ù 



.,i Je sais bien qu'il nie sera répondu ce que Calvin 
écrit pour ses excuses, au livre lequel il composa, 
après la mort dudit Servet, contre ses erreurs. Car, 
entendant que plusieurs personnes étaient fort scan- 
dalisées de telle exécution en Genève , ayant peu 
de jours par avant , icelui Calvin, mis en lumière un 
livre par lequel il disait que les hérétiques ne de- 
vaient être mis à mort; composa, dis-je, ledit livre 
contre les erreurs d'icelui Servet, excusant éche- 
vins et chefs de justice de Genève, et soi-même, de 
telle sévère exécution ; alléguant que lesdits Gene- 
vesans ne donnèrent telle sentence de mort contre 
Servet, mais les Eglises de Zurich , Berne et Baie. 
De manière que ceux de Genève, selon son dire, 
ne furent qu'exécuteurs de la sentence desdites 
Eglises; ce qui est frivole et mensonge trop appa- 
rent , selon ce qu'on peut recueillir dudit livre , 
auquel , entr' autres choses , il dit que les Eglises 
des Suisses Tavaient condamné h mort : et afin , 
dit-il, qu'il apparaisse à chacun que ce que je dis 
soit véritable , je mettrai ici la lettre des seigneurs 
de Zurich, qui, pour cause de l)rièveté, servira de 
témoignage pour toutes les autres qui sont de la 
même teneur. Or, qui aura ledit livre de Calvin , 
de la mort et erreurs de Servet, qu'il considère 
diligemment la susdite lettre de Zurich contre Ser- 
vet; il n'y trouvera chose plus griève , ni concer- 
nant la mort d'icelui , que cette sentence seule : 
Veslrum sit videre quomodo temeritalem liomui'ix 
hiijiis coerccalis. C'est-à-dire: «Sera à vous à re- 



fO VIE DE CALVIN. 

« garder comment vous réprimerez la téméi-ité de 
€ cet homme. » Mais il n'y a aucune mention de le 
faire mourir. 

Je n'écris point ces choses pour déplaisir que 
j'aie de la mort d'un si ord (i) et monstrueux 
hérétique que fut Servet; car il était du tout (2) 
méchant et indigne de converser avec les hom- 
mes : et désirerais que tous ses semblables fus- 
sent exterminés, et l'Eglise de Notre Seigneur 
fût bien purgée de telle vermine ; mais je presse 
ceci pour montrer l'astuce de Satan, qui, pour dé- 
cevoir les pauvres ignorans trop crédules, a sus- 
cité un jaseur afîélé , et a induit h louer du titre de 
douceur, bénignité et facilité à pardonner, un très- 
malin , cruel et vindicatif personnage : de la mali- 
gnité duquel on voit encore un autre manifeste si- 
gne en la même lettre sienne à Pierre Viret, par 
ces paroles expresses : Unum prœlerieram Petrum 
Amœum Carlularium, tenerï mea causa in carcerejam 
ultra quindecim dies. Nunc cnidelitatis accusor à qni- 
bmdam, qiiod ultionem tam obsl'malo animo prosequar. 
Rogalus siim ut me dcprecatorem velim inlerponere . 
Negavi me id facturum, donec milii constet quitus me 
calumniis cjravaverit. C'est-à-dire: «J'avais passé 
« en silence une chose ; c'est que Pierre Ameau , 
« faiseur de cartes, est, par mon instance, en pri- 
«son dès quinze jours on çà. Maintenant je sui«. 



(1) Ord, sale. 

(2) Du /<»j/f, enlièrciiioiil. 



VIE DE CALVIN. tl 

< accusé de cruauté par aucuns, de ce que je pour- 
€ suis la vengeance de courage si obstiné . Je suis 
«prié de m' entremettre pour intercéder contre ce 
f que pourchassais : j'ai dit que je ne le ferais 
«point, jusqu'à ce que j'aie certitude de quelles 
« calomnies il m'a chargé. » Sont-ce pas paroles et 
sentences d'un homme doux, bénin et facile à par- 
donner les injures qui lui sont faites , tel que le 
décrit ce bon et saint prophète de Bèze , 






CHAPITRE V. 



Or c'est trop demeurer sur ce i>oiut : il faut 
passer plus outre de la vie et faits dudit Calvin , 
tant exalté en la préface de Théodore de Bèze, en 
genre de vertus, sincérité de vie et de doctrine. 
Voyons premièrement de ses mœurs et actes, puis 
nous dirons de sa doctrine. 

De sa nativité en la ville de Noyon , en Pi- 
cardie, l'an 1509, je n'en dis autre chose. De 
son père, Girard Cauvin, pareillement je n'en 
dirai sinon que , selon une attestation faite des 
plus apparens de ladite ville de Noyon , et bail- 
lée , par écrit de notaire-juré , h un Berthelier , 
secrétaire de la Seigneurie et Conseil de Ge- 
nève , fut un très-exécrable blasphémateur de 



là VIE DE CALVIN. 

Dieu. Je puis dire ceci pour avoir vu ladite attes- 
tation es mains dudit Berthelier, qui avait été ex- 
pressément envoyé pour avoir information de la 
vie et mœiu's, et de la jeunesse dudit Calvin; et 
en ladite attestation , était contenu que ledit Cal- 
vin , pourvu d'une cure et d'une chapelle , fut sur- 
pris ou convaincu du péché de sodomie , pour le- 
quel il fut en danger de mort par feu , comme 
est la commune peine de tel péché; mais que 
l'évêque de ladite ville, par compassion, fit modé- 
rer ladite peine en une marque de fleur de lis 
chaude siu'l'épaule (1). Icelui Calvin, confus de telle 

(1) Ce fait est aussi rapporte' par un nombre assez 
conside'rable d'auteurs graves , long-temps avant que 
Bolsec e'crivit cette histoire. "Voici les noms de quel- 
ques-uns : Simon Fontaine en a parlé Tan 1557 ; Lavac- 
querie, en 1561; De Mouchy, en 1562 ; Surius, en 1566 ; 
Du Préau , en 1567, etc. . . 

De célèbres protestans allemands ne s'exprimaient 
pas, sur ce point historique, difficile à ébranler, avec 
moins de confiance que les compatriotes de Calvin. L'un 
d'eux-, très-estime, et contemporain du fait, Conrad 
Schlussemberg, ne craint pas de dire : {Jiœc) minquàrn 
luculenter et solide refidata. « Jamais on n'a répondu 
clairement et solidement à ce reproche. » Si ces mots 
sont remarquables, ceux qui les accompagnent dans le 
texte ne le sont pas moins {Calv. theol. lib. Il, fol. 72). 

Il serait à souhaiter, dans l'intérêt de l'histoire, qu'on 
réunît, avec sincérité et discernement, tous les docu- 
inens que le temps nous a conservés sur celte circons- 
tance de la vie du réformateur français. Ils sont encore 
suffisans pour établir une opinion prudente et bien 
fondée. 



VIE DE CALVIN. IS 

vergogne et vitupère , se défit de ses deux béné- 
lices es mains du curé de Noyon (i) , duquel ayant 
reçu quelque somme d'argent, s'en alla vers Alle- 
magne et Italie, cherchant son aventure, et passa 
par la ville de Ferrare, où il reçut quelque aumône 
de M™e la Duchesse. Mais je ne veux pas laisser 
passer que se partant de Noyon , il changea son 
surnom de Cauvin en Calvin , prenant ce nom ou 
ignoramment, n'y considérant pas plus outre; ou 
délibérément, parce que ce nom convenait avec 
ses mœurs, conformes à celles d'un Calvinus, malin 
et vindicatif personnage , auquel Juvénal écrit sa 
treizième satire , lui attribuant ce vers : At vïn- 
dicta bonuîn cjiio non fœlïcius ullum. C'est-à-dire : 
« Vengeance est un bien plus heureux que tout 
* autre. » Il fut aussi un temps qu'il se faisait ap- 
peler Charles de Heppe ou Happe-Ville : et ainsi 
se soussignait en toutes ses lettres. 



(1) L'auteur, en voulant ici être court, n'est pas assez 
pre'cis. Peut-être le principal cure' de Noyon intervint- 
il aussi dans la re'signaliou ; mais il est certain que Cal- 
vin re'signa re'ellement ses be'néfices à deux particuliers. 
On relève ce de'tail de peu d'importance, parce que 
l'exactitude des dates, citations, etc.. mérite, dans ce 
livre, qu'on lui supple'e le peu qui lui manque. 



16 Ml: DP. CALVIN. 

qu'un jour ils se promenèrent par la ville , tous 
portant chacun un poireau au bonnet, pour un 
bouquet. Farel les alla trouver en la prison, et leur 
dit mille paroles rudes , et outrages , comme aussi 
il était fort excessif en colère, et de cerveau peu 
rassis, au rapport de tout homme qui l'a connu et 
pratiqué. Or, connaissant, les seigneurs du Conseil, 
l'acte de ces prisonniers procéder plus de jeunesse 
et folie que de maligne entreprise, après quelques 
remontrances et corrections de paroles, les mirent 
hors de prison. Sur ce, lesdits ministres prirent 
argument et occasion de crier en leurs prêches 
contre les seigneurs du Conseil, Courault , entre 
les autres, s'escarmouchait en chaire , et disait in- 
finis opprobres d'eux. Le dixième de mars, un di- 
manche, auquel joiu' on devait tenir Conseil géné- 
ral, Calvin, prêchant à Rive, dit ces mots exprès, 
que le Conseil qu'on devait tenir était Conseil du 
diable, et dit plusieurs opprobres et vilenies con- 
tre les seigneurs du Conseil, tendant h dissension et 
tumulte. 

J'ai récité ceci (1) quasi de mot à mot , comme 
elles ont été transcrites du Livre Rouge qui est en 
la Maison-de-Ville , et sais où en est ledit écrit , 
au commandement de qui le voudra voir. Le dou- 
zième dudit mois de mars, furent apportées let- 
tres des seigneurs de Rerne à ceux de Genève , 
pour les avertir que le synode, duquel ils leur 

(t) Ceci, pour ce.ç choses. 



VIE DE CALVIN. J7 

avaient par avant écrit , serait tenu à Lausanne , le 
dernier jour du même mois de mars; et furent 
lues ces lettres en présence de Farel et Calvin , à 
cette cause appelés au Conseil , en la 3Iaison-de- 
Ville ; et leur fut fait commandement d'y aller en- 
semble, prières amiables de n'outrager et médire 
ainsi, en leurs prêches, publiquement du magistrat ; 
mais que s'ils connaissaient aucuns (i) d'eux vicieux 
et mal vivans , après avoir usé en leur endroit de la 
correction fraternelle , selon la doctrine évangéli- 
que, et iceux vicieux ne s'amendant, le faisant sa- 
voir au magistrat, il en serait fait ce qui appartien- 
drait à justice. Pour toutes ces remontrances et 
prières, lesdits Farel, Calvin et Courault, ministres, 
ne voulurent désister de crier en leurs prêches 
contre iceux seigneurs du Conseil, les blâmant, 
vitupérant et diffamant. Dont (2) ils usèrent de 
menaces et défenses rigoureuses sur peines ; mais 
tout cela fut en vain , ni pour toutes défenses vou- 
lurent cesser : surtout Courault usait de termes 
fort étranges et piquans , les appelant ivrognes , 
pourceaux, et encore pis. 

(1) aucuns, quelques-uns. 

(2) Dont, pour cela. 



20 ME DE CALVIN. 

iJieul aucun. Et, parce que le matin dudit jour, no- 
nobstant les charitables et affectionnées prières qui 
avaient été souvent faites par avant tant à lui qu'à 
ses compagnons; plus, défenses rigoureuses de 
n'user, pour l'avenir, d'invectives, opprobres et in- 
jures contre le magistrat, Courault avait fait pis que 
par avant; il lui fut fait inhibition de plus prêcher^ 
et commandement de se contenir de la charge et 
office de ministre. Ce même jour, dix-neuvième 
d'avril, le grand-sautier alla, par commission des syn- 
dics et seigneurs du Conseil, trouver Farel et Cal- 
vin en leur logis, pour les prier de donner la Cène 
le dimanche prochain, jour de Pâques, selon la 
manière accoutumée des Églises de Berne, sans in- 
novation aucune. Ils répondirent absolument audit 
grand-sautier, qu'ils n'en feraient rien, et qu'ils ne 
se gouverneraient selon les ordonnances de Berne. 
Icelui grand-sautier fait son rapport en Conseil. Le 
jour suivant, vingtième d'avril, veille de Pâques, 
Courault , contre la défense qui lui avait été faite le 
jour précédent de prêcher ni exercer le ministère, 
alla prêcher à Sainl-Gervais, disant plus d'injures 
contre le magistrat qu'il n'avait encore fait par 
avant ; pour laquelle contumace et rébellion il fut 
mis en prison. Ce qu'ayant entendu, Farel et Cal- 
vin s'en vinrent à la chambre du Conseil, où, 
entre plusieurs fort arrogantes et audacieuses pa- 
roles, qui ne sentaient aucunement la doctrine et 
modestie chrétienne, Farel prononça, de grande 
colère, ces mots exprès : « Que ceux qui avaient fait 



VIE DE CALVIN. 21 

r mettre Couraulten prison , et en étaient consen- 
t tans , avaient mal et méchamment fait comme 
t méchans et iniques. » Nonobstant ces outrages 
<lits auxdits seigneurs , en leur présence , assis en 
(Conseil , ils furent derechef fort humainement 
priés de vouloir faire ce que les seigneurs de 
Berne leur avaient écrit. Ce qu'ils refusèrent de 
faire, tout à plein; et s'en allèrent dans leur logis. 
Lesdits seigneurs du Conseil , fort fâchés , crai- 
gnant que scandale ne survînt en leur ville , si 
on ne donnait la Cène selon la manière accou- 
tumée, et recommandée par les seigneurs de Berne, 
leurs alliés et combourgeois , renvoyèrent reprier, 
pour la troisième fois, Farel et Calvin par ledit 
grand-sautier, comme dessus est dit ; ce qu'ils 
refusèrent absolument défaire. Pour la quatrième 
fois, cherchant, lesdits seigneurs du Conseil, tous 
moyens d'éviter scandale en leur ville, et d'entre- 
tenir l'amitié des seigneurs de Berne par la confor- 
mité des cérémonies observées en leurs Eglises, 
allèrent retrouver le seigneur Louis de Diesbach, 
gentilhomme Bernois, d'honneur et autorité, qui 
d'aventure était arrivé à la dinée à Genève ; et lui 
montrèrent la susdite lettre des seigneurs de Berne, 
sur la conformité des cérémonies ; et lui firent en- 
tendre la protervité (1) et rébellion obstinée de 
leurs ministres Farel et Calvin, qui n'y voulaient 
entendre; dont ils le prièrent de daigner prendre 

(i) ProtcrvUé, eflVonlcrie. 



22 VIE DE CALVIN. 

la peine de leur remontrer, et exhorter à ladite ob- 
servation de conformité , pour éviter scandale et 
moquerie qui en pourrait advenir entre les étran- 
gers circonvoisins. Mais iceux ministres Farel et 
Calvin firent aussi peu pour ledit seigneur de Dies- 
bach, que pour les autres entièrement, niant et re- 
fusant de le faire. Voilà un fort bel argument pour 
prouver la belle comparaison laquelle fait Théodore 
de Bèze, en sa préface susdite, de son père, maître 
et ami Calvin , avec saint Paul , qui dit : « Qui est 
«celui qui est troublé entre vous, et je n'en brù- 
«le?» (1) Il voit toute la ville troublée pour le 
changement des cérémonies qu'il veut faire ; on lui 
remontre l'inimitié qui en peut advenir et naître , 
des seigneurs de Berne contre ceux de Genève ; 
et nonobstant ce , il demeure inexorable et aheur- 
té opiniâtre. N'est-ce pas pertinacité (2) diaboli- 
que, et infernale obstination? Le jugement en soit 
à toutes personnes de bon et sain entendement. 



CHAPITRE X. 

Considérant, lesdits syndics et seigneurs du Con- 
seil, la dureté et contumace de ces deux ministres ; 

(1) II Corinth., cli. XI, v. 29. 

(2) Pertinacité, opiniâlretë. 



VIE DE CALVIN. 25 

pour mettre ordre que la Cène se donnât, le lende- 
main, sans scandale et changement de cérémonies, 
leur tirent défense de plus prêcher en leur ville et 
juridiction ; et commirent la charge de prêcher et 
donner la Cène, le lende(|iain jour de Pâques, à un 
maître Henri de La Mare. Laquelle chose ayant 
entendu, Farel et Calvin allèrent retrouver ledit de 
La Mare en son logis, et lui dirent infinis outrages ; 
l'appelant outrecuidé, téméraire, et présomptueux, 
d'entreprendre tel office et charge ; et plus , l'ex- 
communièrent et anathématisèrent de la congréga- 
tion des fidèles et réformés en l'Evangile ; le me- 
naçant du rigoureux jugement de Dieu, voire de 
damnation, s'il acceptait cet office. Le pauvre de La 
Mare, épouvanté de telles menaces, leur promit de 
s'en empêcher ; et de fait, il ne se retrouva pour 
le lendemain prêcher, s'étant caché ou retiré hors 
la ville ; mais Farel et Calvin, contre la défense qui 
leur avait été faite, allèrent prêcher, Calvin à Rive, 
et Farel à Saint-Gervais, et ne donnèrent point la 
Cène, dont vint un très-grand scandale et bruit 
entre le peuple de la ville, et des circonvoisins qui 
étaient venus pour prendre ladite Cène. Et davan- 
tage, ils dirent mille opprobres et vilenies contre les 
syndics et seigneurs du Conseil, tâchant à émou- 
voir sédition et d'enflammer le peuple contre les 
gouverneurs et magistrats; entreprise vraiment dia- 
bolique, sentant les ruses de l'ancien père de dis- 
corde et tumulte. 

Théodore de Bèze , en sa belle piéfacc sus- 



24 



VIE DE CALVIN. 



dite , en parle bien antrement , et à l'avantage 
de son maître , père et ami ; cachant toute cette 
histoire écrite bien au long au Livre Rouge, de 
laquelle je me vante avoir vu la copie , et sais 
où elle se peut retrouvw' encore; et dit simple- 
ment, qu'il fut banni pour n'avoir voulu bailler la 
Cène en une cite si troublée, divisée et mêlée. 
Mais cette couverture est par trop légèrement far- 
dée, parce que son^leul but était de faire bailler la 
Cène en pain levé , et en a toujours eu le désir 
comme caché en son esprit : ce qu'il a manifesté ces 
ans derniers auxquels ont été octroyés les prêches 
en quelques lieux de France : car, par son ordon- 
nance, la Cène est ainsi baillée par leurs ministres 
jusqu'à présent; et h son retour à Genève, encore 
l'eùt-il fait observer, n'eût été la promesse et déli- 
bération des Genevesans, de tenir les cérémonies 
des Eglises des Bernois. 

Toutefois, n'ont-ils su tant faire que ledit Cal- 
vin , tant il était désireux de changemens et 
nouveautés , n'ait remué et changé plusieurs 
choses , desquelles lesdits Bernois ne tiennent 
rien. Comme , pour les spécifier, en premier lieu il 
a constitué la fête le mercredi jusqu'après le prê- 
che (ce qui n'est observé es pays de Berne), dont, 
comme par moquerie, lesdits Bernois appellent ce 
jour du mercredi, la fête de Calvin. Secondement, 
il a ôté les fêtes de la Nativité de Notre Seigneur 
Jésus-Christ, de la Circoncision, de l'Annonciation, 
de l'Ascension, lesquelles les Bernois font observer 



VIF. DE CALVm. 2.S 

en leui' pays, et font punition des traiisgresseurs 
<|ui travaillent ces jours-la , en leurs terres et sei- 
gneuries; comme au contraire sont châtiés et mis à 
l'amende, voire en i)rison, ceux qui serrent bouti- 
ques et ne travaillent lesdils jours, à Genève. Tier- 
cement, il a institué que la Gène ne se donne pas à 
Genève, ni aux paroisses sujettes, le jour même de 
la Nativité, mais le dimanche plus proche devant ou 
après ledit jour ; ce qu'ils observèrent encore en 
toutes les Églises vouées à la religion dudit Calvin; 
mais les Bernois en suivent toujours leur ancienne 
coutume. Quartement , n'a-t-il pas ordonné de 
donner, à Genève, la Cène le premier dimanche de 
septembre; ce que les Bernois ne font pas, ni les 
autres cantons qui ont laissé la Messe. Je laisse pas- 
ser la diversité des cérémonies au Sacrement du 
Baptême, et plusieurs autres fatras qu'il a inventés, 
pour paraître plus que les autres et avoir dressé 
quelque chose de mieux, qu'il n'y a aux autres lieux 
qui se disent réformés : dont il appelait les paroisses 
des Bernois petits cabarets, et les ministres fripons. 
Tels termes il tenait parlant ou écrivant lettres fa- 
milières à quelques-uns, les incitant de se retirer à 
Genève; et me vante d'avoir vu les lettres siennes 
au sieur de Fallais, étant à Strasbourg, es quelles il 
usait de ces propres mots : « Si vous délibérez de 
«vous retirer en ces quartiers de Savoie, je vous 
€ conseille de ne vous arrêter aux terres des Ber- 
< nois, où ne sont (jue cabarets mal oi'<lonnés, et 
«leurs minisli-es la plupart fripons. Mais venant 



26 VIE DE CALVIN. 

« en Genève, laquelle VOUS verrez aornée, comme une 
«Jérusalem, de personnages doctes et de qualités 
« singulières; vous recevrez incroyable joie et con- 
« solation. » 

Je conclus donc , que c'est trop entreprendre a 
Théodore de Bèze, de vouloir endormir les gens par 
jaseries; et, par langages fardés, déguiser la vérité. 



CHAPITRE XI. 



Or il faut entendre ce qui advint touchant le ban- 
nissement de Calvin, selon qu'il est écrit au Livre 
Rouge. Le lendemain de Pâques, 22 avril, fut tenu 
le Conseil des Deux-Cents, auquel fut rapporté 
amplement tout ce qui avait été fait touchant les 
exhortations et amiables prières envers les minis- 
tres Farel et Calvin , comme ils avaient été non- 
seulement inexorables et obstinés , mais encore 
rebelles et contumacieux contre les défenses à eux 
faites: comme ci-devant a été traité. Et outre, le 
susdit maître Henri de La Mare ne put cacher les 
injures et menaces faites par Farel et Calvin en son 
endroit. Et tout cela bien considéré, fut fait délibé- 
ration en ce Conseil et Assemblée des Deux-Cents, 
que lesdits Farel, Calvin et Gourault, seraient ban- 
nis de la ville <•! soignemi»' , pour leur obstination 



VIE DE CALVm. 27 

et contumacieuse outrecuidance : et que les céré- 
monies reçues et accoutumées aux Eglises de Berne, 
confirmées au synode dernier, célébré à Lausanne, 
seraient observées en l'Eglise de Genève , et aux 
paroisses h eux sujettes, sans y rien changer ni in- 
nover. Le jour suivant, 23 avril, fut tenu le Con- 
seil général, auquel fut arrêté et conclu tout ce que 
les Deux-Cents avaient délibéré. Et avertis, Farel 
et Calvin, qui se tenaient cachés en leur logis, de 
leur bannissement et de l'irritation du peuple con- 
tre eux, s'enfuirent secrètement hors la ville, et 
se sauvèrent de vitesse. 

Voilà la vraie et sincère cause du bannisse- 
ment de Calvin ; et doit être plus donnée foi 
à un magistrat et à l'écrit fait par son comman- 
dement au secrétaire ordinaire , qu'à un particulier 
affectionné envers celui de qui il écrit : surtout 
quand la vie et mœurs dudit particulier écrivant 
sont notés (1). Or, de la vie , actes et mœurs du 
personnage, j'espère, comme est dit, d'écrire 
amplement et vivement en peu de jours, au grand 
contentement des gens de bien et de bon jugement; 

(1) A la place de ce dernier membre de phrase, le 
texte, ge'néralement assez fautif, en offrait un peu intel- 
ligible , que voici : même quand la vie et mœurs dudit 
particulier écrivant sont notés ici. 

On aurait bien de'sire' rétablir cet endroit mot pour 
mot: mais ce petit livre est devenu si rare, que l'on n'a 
pu s'en procurer un second exemplaire, et que l'on est 
re'duit à consulter les citations, nombreuses il est vrai, 
qu'en ont faites les auteurs. 



28 VIE DE CALv'm. 

mais au regret de ceux qui sont liés el voués a leur 
doctrine et dévotion. Or, comme il retourna h Ge- 
nève , l'histoire est tout au contraire de ce que 
Théodore de Bèze en a écrit, comme gens de bien 
et d'autorité en sont très-bien certifiés; car, par 
l'importunité de ses lettres, lesquelles il écrivait et 
envoyait aux principaux de Genève ou non ; toute- 
fois à plusieurs personnes de qualité d'Allema- 
gne ; il fit tant par ses subtiles et cauteleuses in- 
ventions ou pratiques , que lesdits Genevesans le 
renvoyèrent chercher et quérir à Strasbourg , où 
il s'était retiré assez simplement. Et, touchant ce 
que ledit de Bèze écrit , que fut outre son vouloir 
qu'il retourna à Genève, et que, pour le faire con- 
sentir, il fallut venir aux menaces des jugemens 
de Dieu , s'il n'obéissait à celte vocation ; ce sont 
vraies balivernes, et, comme on dit, brides a veaux, 
pour tromper trop crédules et idiots. Semblable- 
ment, infinies autres jaseries qu'il entremêle, pour 
exalter son père, maître et ami; assavoir, qu'il fut 
reçu à Strasbourg, des doctes, comme un trésor; 
qu'il lisait en théologie (1) avec admiration d'un cha- 
cun ; qu'il fut élu aux journées impériales, à Worms 
et Ratisbonne, des premiers , par l'avis de tous les 
théologiens allemands ; que Mélancton dès-lors 
l'appelait ordinairement le théologien , par un siu'- 
gulier honneur; que les seigneurs de Strasbourg 
iirent difliculté de le laisser partir; qu'ils le retin- 

(1) Lire en théologie, professer la Uirologie. 



VIE DE CALVIN. 29 

rent pour leur J)Ourgeois, cl voulurent qu'il retint 
le revenu d'une prébende , laquelle ils lui avaient 
assignée pour gage de professeur : mais que lui , 
éloigné de toute cupidité des biens de ce monde , 
n'en voulut retenir la valeur d'un denier (1). 

De mille telles baveries (2) , mises par lui pour 
amuseler(3) les simples, je ne ferai autre compte; 
mais je me veux, bien arrêter à ce qu'il assure si im- 
pudemment , qu'à l'exemple de saint Paul , il avait 
servi à l'Église à ses dépens; car le contraire 
est tout évident h tous ceux qui l'ont connu, 
et conversé avec lui à Genève. En premier lieu, 
il avait cent écus de gage par an. Secondement, 
il prenait des imprimeurs qui imprimaient ses œu- 
vres à Genève , deux sous de celle (4) monnaie , 
pour feuillet ou feuille entière. Tiercement , il 
était gardien de la bourse des pauvres, en la- 
quelle se mettaient de bonnes sommes de deniers ; 
car , outre ce que pour un coup , la reine de Na- 
varre , défunte sœur du feu roi François I'^'' de ce 
nom, y envoya 4,000 francs : pareillement (5), la 

(1) Une partie de ce que Bèze dit ici, est bien fondé 
sur quelques pièces imprimées, qui viennent de mains 
intéressées : il reste à savoir si l'histoire générale et les 
manuscrits ratifieraient ces allégations certainement 
exagérées. 

(2) i?afer/e, vanterie. 

(3j Jmuseler, charmer ou captiver. 

(4) La monnaie, sans doute, dont il vient delre parlé. 

(5) Il y avait dans le texte : et la duchesse, etc. Ce 
qui laissait la construction de la phrase interrompue eu 
cet endroit. 



30 VIE DE CALVIN. 

duchesse de Ferrare une autre bonne somme ; et 
plusieurs autres seigneurs et dames, avec des mar- 
chands, en l'intention de lever h Genève l'art de la 
draperie de laine; de quoi ledit Calvin avait fait 
courir le bruit pour mieux attraper deniers. Et 
quartement, mourut à Genève un appelé monsieur 
David de Haynault , qui était venu en ladite ville 
pour la religion ; et mourant, laissa 2,000 écus pour 
les pauvres ; ordonnant les exécuteurs de son tes- 
tament un hannoyer (1) appelé Maldonnal , et un 
autre dit saint André, qui était ou bien fut tôt après 
ministre de Genève ; le tiers exécuteur de son tes- 
tament il ordonna Calvin, auquel, comme gouver- 
neur et distributeur de l'argent des pauvres, fut 
commise ladite somme de 2,000 écus , desquels 
500 furent distribués h aucuns de ses plus intimes 
amis, comme à Viret 25 , à Farel 20 , et quelque 
autre somme aux susdits Maldonnai , saint André 
et autres ; mais on ne put savoir que devinrent les 
1,500; dont se leva un grand murmure entre les 
pauvres. Mais ceux qui en parlèrent trop avant, fu- 
rent contraints de sortir de Genève , et on fit ac- 
croire qu'ils étaient libertins etathéistes. C'étaient 
les communs crimes qu'on attribuait à tous ceux 
qui contristaient Monseigneur. 

Mais son avarice fut fort découverte , par gens 

(1) Hatinoyer, mot qui paraît être le nom d'une pro- 
fession dont on n'a pu découvrir que des e'tymologies 
peu certaines; telles que annniau, anneau, etc. (Dici. 
Rnman, Wall., Celt., Tud.) 



VIE DE CALVIN. 51 

de bien et de bon entendement , sur le fait d'un 
Nicolas-de-Fer , qui , ayant fait banqueroute à 
Anvers, de la somme de 5, ()()(► livres de gros, 
se retira à Genève , et s'adressa à Calvin , et lui 
conta son affaire amplement ; lui demandant con- 
seil comment il se devait gouverner , advenant 
que ses créditeurs le vinssent pourchasser jus- 
qu'audit lieu de Genève. Le conseil d'icelui Cal- 
vin fut, qu'il achetât, dudit argent, des biens immeu- 
bles au nom de sa femme et de deux filles sien- 
nes; ainsi, que lesdits créditeurs n'auraient moyen 
de lui rien ôter, n'ayant rien à lui ; et qu'il mariât 
ses deux filles à deux personnages qui le pussent 
secourir contre iceux créditeurs. Ledit Nicolas s'ar- 
rêta h ce conseil , et, pour avoir plus de crédit en la 
ville de Genève , fit présent d'une notable somme 
d'écus à ce bon seigneur Calvin, si contempteur de 
biens mondains, que nonobstant, les sut fort bien 
prendre, et moyenna que son frère Antoine Cal- 
vin eût en mariage l'une de ces deux filles. Voilà 
comme ce vénérable seigneur Calvin, selon le té- 
moignage de Théodore de Bèze, méprisait les biens 
caducs et mondains! Toutefois, comment pour- 
rait-il cacher le tour du jeune Provençal, serviteur 
d'icelui Calvin, qui lui déroba, pom* un coup, la va- 
leur d'environ 4^000 francs , part en flacons, tasses 
et cuillers d'argent, et part en argent monnayé 
qui était en une bourse ; car cela fut divulgué 
par toute la ville de Genève, et hors la ville. Et, 
pour son honneur, dit que c'était argent qui lui 



•^û) 



VIE DE CALVIX. 



avait été baillé en garde, par quelques-uns qui s'é- 
taient retirés ou voulaient se retirer en Genève ; 
mais, soit ce qui en put être, fut plus étrange que 
Calvin ne voulut permettre qu'on allât après; com- 
bien que plusieurs de ses amis se présentassent 
pour y aller; craignant par aventure, que si ledit 
garçon eût été pris et ramené , il n'eût révélé des 
choses qui n'étaient guère à l'avantage de son hon- 
neur: cela engendra grande suspicion que ledit 
Calvin n'abusât de ce jeune garçon, singulièrement 
pour le cas qui lui était advenu à Noyon , comme 
a été dit par avant. Mais je laisse cela au jugement 
de Dieu , qui révélera les choses cachées et se- 
crètes. 



CHAPITRE XIL 



Je retourne au dire de Théodore de Bèzc , en 
sadite préface ; assavoir, qu'il passera condamna- 
tion au moindre argument allégué de l'ambition 
de sondit maître , père et ami Calvin ; et lui en 
veux mettre devant, plusieurs d'assez d'importance. 
En premier lieu, je lui allègue l'amende honora- 
ble , qui lui fut publiquement faite par un Pierie 
Ameau, nu en chemise, la torche allumée en la 
main , lui demandant pardon d'avoir dit mal de 



Vir DE CALVIN. • 33 

lui. Et les paroles dites par ledit Ameau ne furent 
autres, sinon que, soupant chez soi avec certains 
amis siens, qui exaltaient merveilleusement la doc- 
trine de Calvin, il leur dit ces propres paroles : 
« Vous faites trop de cas de cet homme , et faites 
« mal de tant l'exalter; vous le mettez sur tous les 
* Prophètes, Apôtres, et Docteurs qui furent onc ; 
« mais ce n'est pas si grand'chose que vous en 
«faites, car entre les bonnes sentences qu'il dit, 
« il en mêle encore de bien cornues et frivoles. » 
Je demanderais volontiers à Théodore de Bèze , et 
à tous ceux qui se sont voués à la doctrine de 
Calvin , et en font tant d'estime , si de solliciter 
l'emprisonnement de ce pauvre homme, et si obs- 
tinément vouloir qu'amende honorable lui fût faite 
en la manière susdite, en public, nu, et la torche 
en la main, est argument d'humilité, et mépris de 
gloire et honneur mondain, ou bien d'ambition, 
orgueil et vaine gloire ? Ils pourront diie que cela 
ne fut pas à l'instance et pourchas dudit Calvin ; 
tant il était doux, bénin, humble, et facile à par- 
donner les injures qu'on lui faisait; mais les paro- 
les siennes en l'épître laquelle il écrivit à maître 
Pierre Viret, le jour des ides de février, l'an lo46, 
lesquelles j'ai par ci-devant récitées, et montrerai 
écrites de sa propre main quand il en sera besoin, 
témoignent assez que le même Calvin le fit mettre 
en prison, et ne voulut pardonner audit Ameau 
tant qu'il lui eût fait amende honorable, comme est 
dit. Quelle ambition et barbare outrecuidance est- 
c 



34 VIF DE CALVIX. 

ce en un ministre de ne vouloir permettre qu'on 
puisse librement dire ce qu'on sent de soi ? 

Or, si cet argument n'est suffisant , je demande si 
c'est signe d'humilité et abjection de vaine gloire, 
de se peindre, et permettre que son portrait et image 
fût attaché en lieux publics de Genève , et porté 
au cou de certains fous et femmes qui en faisaient 
leur Dieu? SiBèze ou autre de leur secte répond que 
ledit Calvin n'en savait rien, je témoigne Dieu qu'ils 
parleront contre vérité et leur conscience : car cela 
était tout commun et public en Genève, et lui fut 
remontré par paroles de gens de bien et autorité. 
Plus, lui fut mandé par lettres qu'ayant condamné 
et fait abattre les images des Saints, de la Vierge 
Marie et de Jésus-Christ même, ce ne lui était 
honneur de laisser dresser la sienne en public , et 
porter au cou ; et que pour le moins Jésus-Christ 
le valait bien. A quoi il ne fit aucune réponse, si- 
non que : Qui en aura dépit, en puisse crever. 

Le tiers argument de sa vaine gloire et ambition, 
est qu'il ne pouvait souffrir d'être corrigé , repris , 
ni admonesté de ses fautes , ni d'être réfuté de 
son opinion. Et de ceci l'exemple en fut bien ma- 
nifeste : entr' autres, il avait été, un dimanche, invité 
par un ministre d'une paroisse de dehors la ville, à 
un dîner ou festin qui lui avait été apprêté, oii furent 
aussi invités aucuns seigneurs amis siens, retirés en 
ce pays-là pour leur religion. En dînant fut ému 
propos de l'élection au ministère, sur quoi un sei- 
gneur de Saint-Germain, qui avait été conseiller de 



ME DE CALVIN. 35 

Toulouse, bien estimé en jurisprudence, dit libre- 
ment , qu'il lui semblait que le ministre dût être 
élu par le peuple. Laquelle parole Calvin ne put 
endurer; parce qu'il prétendait avoir cette autorité, 
de mettre au ministère ceux qu'il lui plaisait : et se 
leva de table, par un dépit, sans dire chose aucune 
à personne ; sinon qu'il demanda sa monture , et 
s'en alla tout à l'heure même, mettant tout l'appa- 
reil du banquet et la compagnie en grand désor- 
dre. Le lendemain il fit remettre , c'est-à-dire, 
ajourner ledit seigneur de Saint-Germain, pour se 
trouver au Consistoire, qui se tenait le jour de jeu- 
di. Icelui de Saint-Germain, bien fâché de se voir 
ainsi traité et ajourné au Consistoire, où commu- 
nément sont ajournés fornicateurs et adultères, dé- 
pêcha son laquais , avec une lettre au sieur baron 
d'Aubonne, qui paravant était évêque de Montau- 
ban. Ledit baron, incontinent arrivé à Genève, alla 
retrouver Calvin, et, par remontrances amiables 
et prières très-affectionnées, ne put amollir le cœur 
d'icelui, tant, que le jeudi fallut que ledit sieur de 
Saint-Germain vînt et comparût au Consistoire, 
duquel il fut renvoyé devant les seigneurs du Petit- 
Conseil , en la Maison-de-Ville : et tant s'en faut 
qu'ils le condamnassent à peine aucune, qu'ils le ré- 
vérèrent , chérirent et honorèrent en leur Conseil, 
le priant de persévérer en sa manière de vie et pro- 
bité coutumière, pleine d'exemplarité : de quoi Cal- 
vin averti, cuida crever de dépit. 

Le sieur baron d'Aubonne s'en retourna fort 



56 YIE DE CALVIN. 

mal content de Calvin , et ne put faire qu'il, ne 
s'en plaignit à plusieurs gentilshommes français, 
venus en ces pays-là pour leur religion. Desquels 
un gentilhomme , beau-frère du seigneur de Fal- 
lais , vint retrouver Calvin , et lui dit fort coléri- 
quement , qu'il ne pensât pas de traiter ainsi les 
gentilshommes, et, comme petits compagnons, 
les faire aller pour son bon plaisir au Consistoire : 
et qu'il entendît bien que tout l'honneur et gran- 
deur qu'il avait en la ville de Genève , dépen- 
dait de l'assistance et faveur, laquelle il recevait 
desdits gentilshommes français étrangers. Si grande 
colère et crève-cœur en reçut Calvin, qu'il désista 
de prêcher plusieurs semaines, tant qu'il fallut venir 
aux menaces de lui ôter le gage qu'il avait de la 
ville; et qu'on le donnerait à un autre, s'il ne ser- 
vait au ministère. 

Pour le quart argument de son ambition et 
outrecuidance, je laisse à penser et juger, à 
toute personne de bon entendement , de quel 
esprit il était conduit, quand, s'acheminant hors de 
Genève vers Berne, ou autre heu, il était accompa- 
gné de vingt-cinq ou trente hommes à cheval, bien 
empistolés(l). Saint Pierre, saint Paul et les autres 
Apôtres, allaient-ils, par pays, portant l'Evangile en 
tel équipage ? De Bèze, ou quelque bon disciple de 
Calvin, pourra ici dire que c'était h son regret , et 
que de lui il ne cherchait pas tel honneur; mais que 

(1) Empistolcs, armés de pistolets. 



VIE DE CALVIN. 37 

rela procédait de l'afFection que lui portaient beau- 
coup de gens de bien, qui s'étaient retirés à Genè- 
ve , et ne se pouvaienè soûler de lui faire honneur 
et service. A quoi je réponds, que vraiment plusieurs 
lui faisaient honneur, voire plus qu'il ne convenait, 
et en faisaient leur idole. Toutefois, appartenait à 
une prudence et modestie chrétienne, de refuser 
et ne permettre telles superfluités et grandeurs ; 
car non-seulement les apôtres et disciples de Notre 
Seigneur, mais encore païens et ethniques (1), ont 
rejeté et fui , ains abhorré tels honneurs et gloire 
mondaine. Et touchant ce mot, que c'était à son 
regret, je l'accepte; car je tiens pour certain, que 
s'il n'eut été averti par maître Pierre Viret, et par 
d'autres, que les seigneurs de Berne trouvaient 
sa gloire trop puante , de manière que par moque- 
rie ils l'appelaient pape de Genève , il eût mené 
en sa suite plus grand et brave train. 



CHAPITRE XIII. 



Pour le cinquième argument de son ambition , 
qui est ou fiit jamais le prédicateur ou docteur mo- 
deste , et vraiment contemplour do gloire mnn- 

(1) Ethniques, idolâtres. 



38 VIE DE CALVIX. 

daine , qui usât de telles paroles , que par plu- 
sieurs fois il prononça , publiquement prêchant , 
assavoir: «Je suis prophète ; j'ai l'Esprit de Dieu; 
«je suis envoyé du Seigneur ; je ne puis errer ; et si 
« je suis en erreur, c'est toi, ô Dieu ! qui me trompes 
« et déçois, pour les péchés de ce peuple. > Ainsi , 
voulait -il que ses paroles et écrits fussent tenus 
pour articles de foi , à quoi il fallût s'arrêter et 
souscrire. 

La plupart des Pères anciens , qui ont en- 
suivi les Apôtres et disciples de Notre Seigneur, 
ayant écrit sur quelque livre de la Sainte-Ecriture, 
ont eu cette modestie et humilité , de se remettre 
au jugement de l'Eglise , en ce qu'ils auraient 
écrit : et disant que , si leurs œuvres et senten- 
ces étaient conformes h la Sainte-Ecriture , elles 
étaient recevables , et devaient être approuvées , 
non comme leurs écrits et œuvres , mais comme 
Parole de Dieu. Au contraire , si elles n'étaient 
conformes et accordantes à icelle Sainte-Ecriture , 
qu'elles fussent aussitôt rejetées et condamnées ; 
que témérairement et légèrement elles avaient 
été introduites, sans appui et témoignage exprès 
d'icelle Sainte-Ecriture. Et puis dire, après per- 
sonnages doctes , de bonne vie et autorité , que 
saint Augustin , ayant travaillé et insignement écrit 
sur la Bible, autant que docteur qui ait été devant 
lui et après ; toutefois , reconnaissant ses erreurs, 
et mettant en lumière son livre des Rétractations , 
il a plus glorifié Dieu et édifié l'Eglise , donnant , 



VIB DE CALTIN. 59 

par ce , vrai témoignage de sa probité et sincérité 
chrétienne , que par tout le reste de ses livres et 
compositions. Mais ce vénérable docteur Calvin 
était (selon le récit de Théodore de Bèze) si ré- 
solu et si parfait, qu'il ne se rétracta jamais. 

J'ajouterai encore ceci , que grande partie des 
Genevesans et étrangei"s , habitans de ladite ville , 
le tenaient en plus grande estime que saint Paul ; 
témoin que , en la ville de Thonon , on fit faire 
amende honorable à un fou dévot dudit Calvin , qui 
avait prononcé ces mêmes paroles en bonne compa- 
gnie: «Monseigneur Calvin est plus docte, et sait 
« plus des secrets de Dieu , que jamais saint Paul 
< n'en sut. » 

Mais son ambition fut encore plus ouver- 
tement découverte, par la congrégation qu'il fit 
tenir solennellement au temple de Sainte-Pierre , 
à Genève , le vendredi avant la fête de la Nativité 
de Notre Seigneur, l'an 1552: quand, ayant été 
averti que les Eglises de Zurich et Bâle n'approu- 
vaient sa doctrine de la prédestination , avant que 
le héraut arrivât à Genève, avec les lettres des 
seigneurs desdites Eglises , il fit assembler tous 
les ministres qu'il put , tant de la ville de Genève 
que des paroisses de dehors , et fit par eux ap- 
prouver sadite doctrine , et tout ce qu'il avait écrit 
de la matière de la prédestination éternelle des 
damnés et sauvés. De laquelle sienne doctrine il 
sera traité ci-après, avec la grâce de Dieu. 

Mais, sur lo point do son ambition, je ne puis. 



40 VIE I)E CALVIN. 

«•t ne dois laisser passer en silence la ruse et pipe- 
rie(l) de laquelle il usa, voulant ressusciter l'homme 
d'Ostun , appelé le Brûlé , pour se faire estimer 
saint homme et glorieux prophète de Dieu , opéra- 
teur de miracles. 

Le fait fut tel : Cet homme, duquel est men- 
tion , était venu d'Ostun à Genève , pour la re- 
ligion , et avait indigence des biens temporels , 
tant, que lui et sa femme s'étaient recomman- 
dés à monsieur Calvin, pour être participans de 
la bourse des pauvres et de leurs aumônes ; aux- 
quels ledit Calvin promit secours des biens tempo- 
rels et autres faveurs, s'ils voulaient lui servir lidè- 
lement et secrètement en ce qu'il leur dirait : ce 
(ju'ils promirent. Et selon que icelui Calvin les avait 
instruits, le pauvre Brûlé contrefit le malade , et se 
mit au lit. Il fut recommandé aux prêches, qu'on 
priât pour lui , et qu'il fût secouru d'aumônes : tôt 
après , il contrefit le mort ;. de quoi Calvin, secrè- 
tement averti, et comme celui qui en était ignorant, 
s'en alla promener , accompagné , c'est à savoir , 
selon sa coutume , d'une grande troupe de ses dé- 
vots et amis plus intimes , sans lesquels il ne s'a- 
cheminait guère hors de son logis. Entendant donc 
les cris et lamentations que faisait la femme , 
contrefaisant la bien désolée , il demanda que c'é- 
tait , et entra en la maison , où il se mit à genoux 
avec sa troupe. Et fit oraison à haute voix, priant 

(1) Piperie, trompci'ic. 



VIE DE CALVIN. 41 

Dieu de montrer sa puissance y et faire ressusciter 
ce mort, pour donner h entendre à tout son peuple , 
sa gloire , et que ledit Calvin était son vrai servi- 
teur, à lui agréable, et vraiment de lui-même élu 
et appelé au ministère de son Evangile pour la ré- 
formation de son Eglise. Ayant fini son oraison, il 
vint prendre ledit pauvre homme par la main , lui 
commandant de la part de Dieu, et de son Fils, No- 
tre Seigneur Jésus-Christ , qu'il se levât, et qu'il fît 
manifestation de la grâce de Dieu : mais, pour quel- 
que répétition et haut crier cesdites paroles par Cal- 
vin , le mort ne parla ni ne remua ; car, par le juste 
jugement de Dieu , qui ne veut ni peut approuver 
les mensonges , ledit contrefaisant le mort , mourut 
pour vrai ; ni pour poussement que sa femme lui 
sut faire, il se remua ni répondit; ains était tout 
froid et raide : de quoi , étant certaine , sadite fem- 
me commença à braire et hurler à bon escient , 
criant contre Calvin, et l'appelant pipeur et meur- 
trier de son mari ; déclarant, à haute voix, le fait 
comme il s'était passé. Cette femme, pour exhorta- 
tions ni menaces qu'on lui fit, ne se voulant taire , 
Calvin la laissa avec son mari trépassé , disant 
qu'elle était transportée de son entendement, pour 
le trépas de son mari, et qu'il la fallait excuser. Si 
est-ce qu'il lui convint sortir la ville , et vider le 
pays, et s'en retourna h Ostun , et puis fut femme 
d'un ministre appelé La Coudrée; et quoique les 
dévots de Calvin nient ceci, il a été toutefois bien 
su et vérifié , ains confirmé par la femme même , 



42 VIE DE CALVIN. 

qui n'était moins (1) transportée d'esprit, mais par- 
lant bien à propos avec bonnes raisons. 

Or il faut passer plus outre sur son ambition et 
cupidité de vaine gloire ; il écrivait et composait 
lettres et opuscules, auxquels il n'oubliait chose 
aucune qui fût pour son honneur et gloire , ains 
avançait louanges extrêmes de soi-même. Mais il 
attribuait lesdites lettres et opuscules h quelque 
autre , empruntant leur nom pour mieux couvrir 
sa ruse , et faire son bruit plus grand et excellent 
entre les hommes. Et qui voudra dire que cela 
est calomnie, je lui prouverai, par une lettre, 
laquelle il écrivit à maître Pierre Viret , ministre 
de Lausanne, aux mains duquel étaient venues 
telles lettres et opuscules , mis en lumière , au 
nom d'un Gallasius , autrement appelé monsieur de 
Saule, et au nom d'autres. Mais ledit Viret, bien 
reconnaissant le style de Calvin , comme souvent 
recevant de ses lettres, fut fort ébahi et scandalisé de 
l'ambition sienne, et ne put faire de moins, que de 
lui écrire ce qui lui semblait sur telle manière de 
faire : auquel Calvin récrivit , lui alléguant quel- 
ques raisons assez frivoles et légères; pourquoi il 
faisait cela, et sous le nom et titre d'autrui, il s'exal- 
tait et prêchait ses dignités , mérites et louanges ; 
et qu'il délibérait d'en faire autant, pour l'avance- 
ment de l'honneur et louange de Farel, et Viret aus- 
si , pour accroître leur crédit ; car ils étaient corn- 

(1) Vieille expression, pour: qui n était poinl. 



VIE DE CALVm. 45 

me trois colonnes qui supportaient l'honneur de 
Dieu, et la réformation de la religion chrétienne. Or 
cette lettre lut trouvée, entre plusieurs autres, au 
cabinet dudit Viret , h Lausanne , lorsqu'il absenta 
le pays de Berne , sans prendre congé ni des sei- 
gneurs bernois , ni du bailli de Lausanne , ni du 
peuple; et s'enfuit plus vite que le pas, pour ne 
recevoir la honte et vergogne laquelle il méritait 
pour sa contumace. Cette dite lettre, avec bien 
quarante autres , furent portées auxdits seigneurs 
de Berne , auxquelles lettres iceux seigneurs con- 
nurent de fort grandes ruses , pratiques et menées 
dudit Calvin, et des siens, dont ils furent émerveil- 
lés , et fort indignés contre tels ambitieux , qui ne 
cessaient d'imaginer et bâtir nouvelles inventions 
et subtilités, pour s'agrandir. 

Finalement, quelle plus grande outrecuidance 
et puante ambition pourrait-on rechercher, que 
celle laquelle il montre en une sienne réponse, 
présentée aux syndics et Conseil de Genève , 
le jeudi sixième du mois d'octobre , l'an 15S3 , 
contre l'écrit produit le lundi devant par un sei- 
gneur Trouillet? Car, en cette réponse , il se vante 
merveilleusement, et prépose à Mélancton, l'appe- 
lant plus philosophe que théologien , disant qu'ice- 
lui Mélancton nageait entre deux eaux, mal résolu 
en théologie , et , quand tout est bien considéré , 
beaucoup inférieur à lui. Aussi c'était son commun 
langage en compagnies privées, d'ainsi dépriseï 
chacun docteur, tant ancien qnr moderne , h sor, 



44 VIE DE CALVIN. 

respect ; et ne faisait cas que de Martin Bucer, son 
précepteur. Plus, en ses œuvres, déclarant quelque 
point de l'Ecriture Sainte, et récitant les sentences 
d'aucuns docteurs qui ont écrit devant lui, il en fait 
aussi peu de compte que rien ; puis , apportant sa 
sentence , il use d'un brave ego vero (4), comme on 
peut voir, entre autres lieux , au proëme (2) sien sur 
l'Épitre aux Hébreux. Mais s'il vient à parler de 
quelqu'un qui l'ait contredit ou piqué, il le jette si 
bas , qu'il semble n'être digne d'être de lui regar- 
dé ; l'appelant le plus souvent ignorant , bête , sot, 
ivrogne et chien mort ; voilà les beaux termes des- 
quels on voit ses livres farcis. Et puis Théodore de 
Bèze le veut exalter en genre d'humilité, bénignité 
et clémence , disant en sa belle préface , que l'hom- 
me est encore h naître, qui, par lui, a été vitupéré et 
calomnié. Dieu en soit juge, et toute personne de 
bon esprit et entendement. Or c'est assez demeurer 
sur cet article de son ambition , 



CHAPITRE XIV. 



Je veux parler de sa sobriété , laquelle Théodore 
de Bèze loue extrêmcmeni , disant l'avoir vu deux 

(1) Ego vero, mais pour moi. 

(2) Proëme, avant-propos. 



VIE DE CALVIN. 45 

jours entiers en abstinence de viandes corporelles. 
Plus, que ledit Calvin n'a jamais changé de forme 
de vivre, de mœurs, ni de doctrine. Dont je ne me 
puis assez émerveiller de l'impudence d'un tel ja- 
seur , qui veut faire paraître le noir être blanc , et 
Satan être un Ange de lumière ; mais c'est l'office 
coutumier des enfans du père de mensonge. C'est 
chose certaine, que tous les gentilshommes français 
et riches, venus à Genève habiter pour leur religion, 
ne pouvaient faire plus grand plaisir, ni mieux ac- 
quérir sa faveur et amitié, que de lui faire banquets 
et festins, tant au dîner qu'au souper. Et chacun 
faisait à l'envi , de le banqueter au mieux qu'il lui 
était possible , tant en abondance qu'en délicatesse 
de viandes ; de manière que le gibier et bons mor- 
ceaux commencèrent à enchérir, dont se leva dou- 
ble murmure et scandale en Genève , pour la gour- 
mandise des étrangers , singulièrement des Fran- 
çais , qui levaient tout ce qui était apporté au Mo- 
lard. Car aucuns étaient offensés, que chrétiens, 
sortis de leur pays pour vivre plus religieusement , 
et en la profession de l'Evangile , fussent si aban- 
donnés à la volupté de leur gorge ; autres , comme 
les pauvres indigens et nécessiteux, indignés de voir 
et entendre (1) les superfluités des viandes aux ban- 
quets qu'on faisait à ce monsieur Calvin. 

Les dévots de Calvin diront que le bonhomme 
n'y prenait pas plaisir , et qu'il se fût bien contenté 

(1) Entendre^ apprendre. 



46 VIE DE CALVIN. 

de beaucoup moins ; mais que cela procédait de 
l'affection laquelle chacun lui portait ; qu'ils ne lui 
pouvaient mieux démontrer l'honneur, et leur 
amour envers lui. Je ferais bon cela (1) ; ne fût que 
l'office d'un pasteur, vrai et sincère ministre de la 
Parole de Dieu , est de réprimer telles bombances 
et banquets excessifs, et de ne s'y retrouver tant, 
pour montrer ne les -approuver, comme pour ne 
donner scandale aux pauvres et nécessiteux. Mais 
nous sommes bien informés, par gens de bien et di- 
gnes de foi, du train qu'il tenait chez soi; car les 
meilleurs et plus friands morceaux lui étaient réser- 
vés, pour sa bouche, chez lui, ou bien présentés ; et 
des vins , il n'y en avait point de plus exquis en 
toute la ville ; car tous les ans il lui en fallait , quoi 
qu'il coûtât, du Sauvagin, terrier (2) de monsieur de 
La Fléchière, de Concise près Thonon; et quand il 
faisait la faveur, à quelque ami , d'aller dîner ou 
souper avec lui , il lui fallait porter de son vin en un 
petit flacon d'argent ; et cela était réservé pour la 
bouche de monsieur. Aussi, avait-il son boulanger 
qui le fournissait de pain , fait expressément pour 
lui, de fine fleur de froment, pétri avec eau rose, su- 



(1) J'approuverais cela. 

(2) Au lieu de Jerrier que porte le texte. — Cette 
correction a paru la plus vraisemblable. Le mot ter- 
rier, qui sert ordinairement de qualification aux e'crits 
et aux personnes : titre terrier^ seigneur terrier, signi- 
fiait anciennement aussi : un domaine avec dépendance 
de terres^ comme il se voit par plusieurs exemples. 



VIE DE CALVIN. 47 

cre , canelle et anis ; et après être tiré du four, bis- 
coté ; et était ceditpain, par singulière excellence, 
appelé le pain de monsieur. Or, que Bèze et ses af- 
fectionnés disciples contredisent ou nient cela à 
leur plaisir, ce m'est assez que les seigneurs de Ber- 
ne en sont bons témoins; qui, ayant bonne informa- 
tion de ce que j'allègue, furent fort offensés de telle 
délicatesse , bien certifiés de la grande quantité des 
confitures molles, et sèches, d'Espagne etPortugal, 
des plus exquises qu'on pouvait retrouver, qui lui 
étaient présentées de plusieurs personnes, et des- 
quelles il mangeait, plus que beaucoup de pauvres 
de la ville, de morceaux de pain. Il ne faut point 
que Bèze nous cache ou déguise la vérité , car les 
mensonges ont des pieds courts; et la vérité, à la fin, 
est découverte , et crève les yeux de ceux qui la 
veulent détenir en ténèbres. De sa sobriété , je ne 
dirai donc autre chose, sinon qu'il ne fut jamais écrit 
ni entendu de docteur sincère et vrai pasteur de 
l'Evangile si délicatement nourri , ni si à son aise, 
quoi qu'en écrive Bèze. 



CHAPITRE XV. 



Sur le point de sa chasteté et continence , je n'en 
puis affirmer ni aussi nier; toutefois, dirai-je bien. 



48 V[E DE CALVIN. 

qu'on en murmurait fort. Outre le jeune Proven- 
çal, lequel il tenait, et qui le déroba, comme est 
dit paravant, plusieurs personnages de bon juge- 
ment en estimaient bien autrement que Théodore 
de Bèze n'en écrit; non pas par aventure, en ses 
derniers jours, qu'il était si fort malade et griève- 
ment tourmenté , mais du temps que la demoiselle 
de Ville-Mougis laissa son mari à Lausanne, sans lui 
dire adieu, pour aller faire résidence à Genève, où 
son mari ne s'osait retrouver. Et devant ce temps- 
là encore, je sais bien qu'on murmurait de plu- 
sieurs dames et demoiselles qui assez domestique- 
ment l'allaient trouver chez lui sans compagnie , 
fors (i) que d'un petit enfant qu'elles menaient par 
la main , avec une Bible sous leur bras ; et quand , 
par le chemin , rencontrées de quelques leurs pa- 
rens ou amis , étaient interrogées où elles allaient, 
répondaient joliment, d'aller retrouver ce saint 
homme, pour avoir solution d'un doute , et y fai- 
saient long séjour. Singulièrement grand était le 
bruit et murmure de la femme d'un seigneur étran- 
ger, venu pour la religion en ces pays-là , du nom 
duquel je me tais pour bon respect ; mais son ha- 
bitation était fort près de Genève , quasi joignant 
les franchises, près de Sacconnex, en la terre de 
Gex. Cette demoiselle était jeune, belle et gaie. 
Or allait Calvin fort souvent souper là, et y demeu- 
rait au coucher, voire le mari étant absent de la 

(1) Fors, excepté. 



VIT. ]>K CALVIN. 49 

maison et pays; et sais bien, avec d'aillres, (jue la 
Servante, qui était lors avec ladite demoiselle, ré- 
véla avec serment, qu'elle avait trouvé deux places» 
de personnes au lit de sa maîtresse , combien qut 
son mari fût absent du pays. Mais Calvin y avait 
f-oupé et couché ce soir- là. Pour lesquelles paroles 
ladite servante l'ut fort menacée , et chassée de Id 
maison. 

Or, soit comme vrai ou non; niais je dirai 
avec gens de bien et de bon jugement, que pour le 
moins il devait avoir en mémoire, et mettre en exé- 
cution, ledit, de saint Paul aux Thessalonicicns, cin- 
quième chapitre : « Abstenez-vous de toute espèce 
«de mal.» Surtout,jeneveiix laisser passer un point 
bien sûr et notoire h plusieurs : c'est de madame 
Joland de Brederode , qui fut femme du seigneur 
Jaques le Bourguignon , seigneur de Fallais , ci- 
dessus mentionné. Ledit seigneur, depuis qu'il fut 
arrivé à Genève , fut fort mal disposé de sa per- 
sonne, et quasi continuellement entre les mains 
des médecins. Calvin l'allait quelquefois visiter, et 
par plusieurs fois dit h la susdite dame Joland , fem- 
me d'icelui seigneur de Fallais : « Que pensez-vons 
< faire de cet homme si mal disposé ? jamais il ne 
« sera pour vous fture service ; si vous m'en crovez, 
« laissez-le mourir : aussi bien est-il comme mort ; 
« mais s'il peut mourir, nous nous marierons en- 
« semble. » Desquels propos ladite dame fort in- 
<lignée et scandalisée , persuada à son mari de sor- 
tir hors de Genève, et s'en aller tenir aux terres dé 
j) 



'JO VIK DE CALVIN. 

Berne , ce qu'il fit. Et icelle dame ne put celer 
cela, et l'a dit à plusieurs bons et honorables per- 
sonnages, et l'ai ouï même de sa bouche en pré- 
sence dudit seigneur son mari; et faut noter, qu'hom- 
me vivant, habitant Genève ou en la juridiction, 
n'osait murmurer ni parler contre Calvin, sur peine 
d'être bannietchassé delà seigneurie de Genève, ou 
mis à mort. Car il trouvait mille ruses pour se dé- 
fendre contre ses accusateurs; faisant courir le 
bruit, qu'ils étaient méchans, athéistes, libertins, 
ou qu'ils voulaient trahir la ville, tant, qu'il conve- 
nait mourir ou vider le pays. De quoi je réciterai 
quelques exemples, bien manifestes à plusieurs per- 
sonnes bien sages, qui observaient diligemment sa 
manière de faire et les ruses desquelles il usait. 

Je ne m'amuserai à parler de Castellio Caroly, et 
de Bernardin Ochin, et de Pierre Morand , lesquels 
il n'a pu endurer près de lui ; car il ne voulait ni maî- 
tre ni compagnon. Mais je dirai d'un aumônier de la 
feue reine de Navarre , appelé Montouset , icelui 
craignant le roi de Navarre , qui lui portait haine 
pour cause de la religion , ou mieux , pour la doc- 
trine luthérienne, laquelle chaudement il soutenait 
et prêchait. Il se partit donc de Châtel-Jaloux , et 
ne s'estimant sûr es terres de France ni de Navar- 
rais, il se retira avec congé, et par le conseil de la- 
dite reine sa maîtresse, à Genève, où peu de jours 
par avant elle avait envoyé 4,000 francs à la bourse 
des pauvres, pour secourir les indigens qui n'avaient 
moyen de gagnci' leur vie. Cestui Montouset^, là 



VIF, DE CALVIN. .") I 

arrivé avec lettres de recommandation de la l'eine , 
fut bien venu et reçu de Calvin et autres, pour 
amour de sa maîtresse ; mais, prenant garde, et di- 
ligemment considérant le gouvernement de Calvin, 
distributeur des aumômes , et le peu de secours 
qu'avaient les pauvres , il ne se put contenir d'en 
parler à quelqu'uns, lesquels il tenait pour ses 
amis^ se complaignant à eux. Cela vint aussitôt aux 
oreilles de Calvin; car il avait plusieurs favoris et dé- 
vots qui lui servaient d'épiés (1), l'informant et aver- 
tissant de tout ce qui se faisait, et disait de lui par 
la ville. Incontinent le bon Moutousetfut abandon- 
né de tous, mal voulu de Calvin ; et, nonobstant les 
recommandations de sa maîtresse , délaissé d'amis 
et secours. 

Réduit en nécessité, il écrivit bien amplement 
à la reine sa maîtresse , du gouvernement des 
ministres de Genève , singulièrement de Calvin , 
et comment les deniers envoyés, pour les pauvres, 
étaient distribués; se recommandant à ses bonnes 
grâces, et surtout implorant son secours et libéra- 
lité. Bientôt après, la reine envoya un homme ex- 
près, avec lettres, à quelques personnages des plus 
apparens , étrangers retirés à Genève , comme au 
susdit seigneur de Fallais, au magnifique Mégret et 
autres ; les avertissant qu'on prît garde à Calvin , 
et qu'il était à craindre qu'il ne fût quelque nou- 
veau calard qui vendait du fard aux chrétiens , et 

(1) EpiCi personne qui espionne. 



n^2 



VIE DE CALVIN, 



qu'elle était bien informée de la mauvaise foi sienne 
en la distribution des aumônes. Ceci fut divulgué 
par la ville entre les étrangers; et Calvin , aussitôt 
averti de tout , qui se douta bien que cela procédait 
de quelques avertîssemens dudit Montouset à la 
reine , sa maîtresse , imagina une foi"t subtile ruse 
pour apaiser le courroux de lareiiïe, et lui ôter la 
mauvaise opinion qu'elle avait conçue de lui; car, 
la nuit suivante, il écrivit deux lettres à ladite dame, 
lesquelles l'une était fort douce , humble et gra- 
cieuse , en laquelle il la priait de n'ajouter foi aux 
paroles ou écrits d'atlcuns médisans, malvivans et 
libertins, qui, pour la rigueur et sévérité de qubi il 
usait , les reprenant et corrigeant leurs vices , lui 
voulaient mal, et écrivaient faussement contre lui , 
pour le mettre en malévolence des seigneurs et da- 
mes; maisqu'enbref(l), elle connaîtrait de quel zèle 
il administrait et la parole de Dieu et les affairés de 
l'Eglise. Celte lettre ainsi écrite, serrée et sûre- 
ment cachetée , fut gardée en la poche de son 
saie (2); mais l'auti-e, au contraire , était superbe , 
aigre et poignante, en laquelle il l'appelait atliéiste, 
libertine, hypocrite, fautrice des anabaptistes, voire 
qui celait et entretenait en son cabinet deux insi- 
gnes hérétiques , assavoir un Quentin et un Antoine 
Poque, avec leurs femmes ; et qu'il avait tant d'assu- 
rance en Dieu , et était tant appuyé sur sa cons- 

(1) En bref, en peu de mots, en peu tle temps. 

(2) Saie, espèce de juste-au-corps. 



YIE DK CALVIN, 33 

cience, qui lui servait d'un rempart et muraille 
d'airain contre toutes puissances mondaines, qu'il 
se souciait peu des menaces et malévolences des 
rois, reines et potentats terriens ; et, qui plus est, la 
menaçait d'un grief jugement de Dieu, qui, en bref, 
lui devait tomber sur la tète. Je ne crois pas que 
homjîie vivant , de quelque condition grande qu'il 
pût être, eût voulu ou su écrire plus ignominieuse- 
ment à la plus vile personne du monde. Cette se- 
conde lettre, ainsi écrite et soussignée de son seing 
manuel , sans la cacheter, il montra , le matin , à 
plusieurs ensemble congrégés en la fin de son prê- 
che, entre lesquels fut présent ledit 3Iontouset. 

Divers cerveaux jugèrent en eux-mêmes di- 
versement de cette lettre : les plus accoi-ds et 
prudens furent ébahis de si grande audace , 
d'écrire en tel style à une si grande dame , 
et l'estimèrent imprudence; autres, moins dis- 
courans , le trouvaient fort bon , et l'attribuaient à 
constance et magnanimité chrétienne. le grand 
personnage, qui ne craint de dire la vérité aux 
princes et grands seigneurs ! Or, ayant achevé la 
lecture de cette seconde lettre , il s'achemina hors 
le temple de la 3Iadeleine , où il venait de prêcher, 
et, en présence de ceux qui avaient ouï la teneur, il 
la cacheta et mit en sa gibecière, ou pochette, près 
de l'autre douce et humble. Et h l'heure même, 
l'honmie de la reine de Navarre lui fut montré , le- 
quel incontinent il appela , et lui bailla la premie- 
i'f' lettre, assavoir la douce et humble, comme est 



54 VIE DE CALVIN. 

dit ; lui recommandant et le priant de la bailler en 
la main propre de la reine ; ce qu'il promit : et 
après diner, se partit vers ladite dame , estimant 
ceux qui avaient ouï la lecture de l'autre , que ce 
l'ut celle-là même. Ainsi le bon prud'homme amusa 
la reine par une lettre fardée et feinte apparence 
d'humilité , et serra la bouche h ceux qui pouvaient 
être scandalisés de lui, par la lettre h ladite reine. 



CHAPITRE XVI. 

Mais cette ruse et subtilité fut bientôt décou- 
verte, parce que le pauvre Montouset, plus fui, et 
haï, et délaissé que paravant, fut contraint de lais- 
ser Genève, et s'en retourner vers sa maîtresse; ai- 
mant plutôt se mettre en péril de mort, ains mou- 
rir une fois, que languir longuement en telle néces- 
sité et angustie (1). Retourné donc qu'il fut vers sa 
maîtresse, il lui récita de bouche, bien au long, de la 
manière de vivre de Genève, des actes, et de l'ad- 
ministration des deniers voués aux pauvres. La 
reine, bien connaissant l'intégrité et sincérité de son 
aumônier, et tenant pour certain qu'il n'était point 
ni sot ni affété, lui montra la lettre laquelle Calvin 
lui avait dernièiemonl envoyée par son homme 
mandé exprès; et voyant quelle était du tout con- 

(l) jd//ga6 lie , an\iélG. 



VIE DE CALVIN. 8o 

traire à celle qu'il avait inoiiiiée el lue devant plu- 
sieurs, en Genève, comme est dit, rouge, superbe, 
contumélieuse (1) et injurieuse, il aflirma à la reine, 
que Calvin en avait écrit une autre toute contraire 
à celle-là, et lui spécifia ceux qui avaient été pré- 
sens à la lecture. Sur quoi ladite reine dépêcha un 
homme exprès, poiu' être certifiée du fait, avec la 
lettre de Calvin, pleine de miel et sucre ; écrivant 
particulièrement à aucuns honorables personnages 
habitans, à Genève, lesquels icelui Montouset affir- 
mait avoir été présens quand Calvin avait lu sa lettre, 
laquelle il fit entendre de vouloir envoyer à la reine. 
Le messager alla, et retourna avec les répon- 
ses toutes conformes à ce qu'en avait dit icelui 
Montouset, dont non-seulement la reine fut mal 
contente de Calvin, et ne fit plus compte de lui que 
d'un rusé et malicieux hypocrite ; mais encore ceux 
qui entendirent telles truffes (2), n'eurent puis après 
telle dévotion en lui, et laissèrent la ville de Genève, 
pour habiter es terres de Berne ; fort scandalisés 
de lui, qui, chaque jour, montrait nouveaux exem- 
ples et monstrueux témoignages de sa diabolique 
malice et fraudes infernales. Desquelles j'en réci- 
terai une qui a été fort dividguée à tous les sei- 
gneurs du Conseil de Genève , et aux seigneurs 
de Berne. C'est que Calvin , considérant un sei- 
gneur Ami Perrin [l'un vraiment des plus apparens 



(1) Contumélieuse, outrageante. 

(2) Truffe, tromperie. 



oG VIE DE CALVIN. 

ot insignes de la ville de Genève, des premiers du 
Conseil, et capitaine-général de la ville] contredire 
le plus souvent à ses entreprises, et rompre ses des- 
seins, délibéra de le faire mourir par quelque subtii 
moyen, sous prétexte de trahison contre la ville. 
Cherchant donc la commodité et opportunité de 
mettre sa délibération et désir en exécution, passa 
le seigneur-cardinal du Belay par Genève, retour- 
nant de Rome, pour aller en France en la cour. Les 
Geneyesans s'efforcèrent de l'honorer, selon la cou- 
tume du lieu, lui envoyant les grandes cymaises (1) 
du meilleur et plus excellent vin, et le courtisan le 
plus apparent de la ville. 

Après son partement et arrivée en la cour, 
Calvin , poursuivant son entreprise , contrefit des 
lettres dudit seigneur-cardinal , ou de quelque 
sien bien secret ami , par lesquelles il faisait en- 
tendre à ceux de Genève, que le roi était en bonne 
volonté de recevoir leur alliance et amitié ; et 
qu'il serait bon qu'ils envoyassent quelqu'un des 
leurs, en ambassade vers Sa Majesté , pour requé- 
rir, de la part de la ville, ladite alliance et combour- 
geoisie. Ces pauvres fous reçurent cette nouvelle 
fort légèrement ; ei, sans plus peser cette affaire, 
firent élection d'un ambassadeur pour aller a la cour, 
et traiter de cela avec le roi. Or, à cette charge fut 

(1) Cjmaises, mol encore usild, mais non dans le sens 
qu'on lui donne ici, on il païaîl exprimer, soit l'abon- 
dance du vin, soit les tonneaux ou vases qui le conte- 
naient. 



VIE DJE CALVIN. 



o7 



élu ledit Amy Penin, comme vraiment le mieux par- 
lant, et plus idoine (1) de leur ville. Calvin, bien 
joyeux de cette élection, se persuadait pour vrai 
que ledit Perrin n'en retournerait jamais, pour l'ini- 
mitié laquelle le roi et son conseil avaient conçu 
contre ladite ville , qui était le refuge des plus ini- 
ques de France^ banqueroutiers, faux-monnayeurs, 
faussaires et apostats ; et, pour vrai, ledit Perrin eut 
très -mauvais visage du seigneur de Montmorency, 
connétable, qui ayant entendu la cause de sa venue, 
et la charge de son ambassade, lui dit fort brusque- 
ment, qu'il était un sot téméraire, et qu'il dît à ses 
beaux seigneurs de Genève, qu'ils s'en vinssent 
nus , en chemises , la corde au cou , prosterner 
aux pieds du roi, requérant sa miséricorde, non pas 
outrecuidément demander son alliance et amitié. 
De ces paroles et plusieurs autres, autant ou plus 
rudes , se trouva ledit Perrin fort étonné , et sé- 
journa quelques jours encore en France avant que 
retournera Genève. 

(1) Jdoine, apte à quelque chose. 



58 VIE DE CALVIN. 



CHAPITRE XVII. 



Cependant le pauvre Perrin était ignorant de ce 
qu'onluibrassait(i), et deschats qu'on lui jetait aux 
jambes, par lettres envoyées par-dessous terre, au 
nom de plusieurs de la secte calvinienne , demeu- 
rant en Paris, et autres villes de France. La teneur 
de toutes ces lettres était, qu'on se prit garde à 
Genève ; car leur ambassadeur pratiquait avec le 
connétable de rendre la ville entre les mains du roi; 
et lettres sur lettres étaient mandées à Genève^ de 
la même teneur, au nom de divers personnages 
étant en France, à plusieurs qui s'étaient retirés en 
ladite ville, dont naquit crainte et suspicion entre 
les Français habitant là, et inimitié contre ledit 
Perrin, qui, quelque peu de jours après, retourna 
sans avoir fait aucune chose. Après son retour, au- 
tres nouvelles lettres, contrefaites au nom de plu- 
sieurs de la religion étant en France, furent en- 
voyées au magnifique Mégret, et h d'autres retirés 
à Genève, certifiant être vrai, que ledit Perrin avait 
absolument promis de rendre la ville au roi ; et qu'il 
y avait des capitaines et soldats dépêchés pour cette. 

(1) Brasser, machiner (juclque inauvais dessein. 



VIE bE CALVIN. 



!i9 



affaire, qui, feignant d'aller en Piémont, se de- 
vaient jeter une nuit en Genève, par intelligence. 
Etant donc, lesdits étrangers, français retirés en 
Genève, en grand doute et suspicion pour ce bruit 
qu'on faisait faussement courir, de cette trahison et 
surprise, fut portée une lettre forgée en la même 
boutique, où les autres susdites, au seigneur Amy 
Perrin, soussignée du nom du président de Savoie, 
nommé Pellisson, et la teneur était telle : « Sei- 
f gneur capitaine, j'ai commandement du roi mon 
« maître de vous écrire, et avertir de ne faillira lui 
« tenir promesse, etqu'ilvousferalepremierhomme 
€ de Savoie. » Le porteur de cette lettre, bien ap- 
pris et recordé (1), vint chez ledit Perrin le cher- 
cher, lorsqu'il savait certainement qu'il n'était en sa 
maison. Il parla donc à la femme dudit Perrin, et 
lui bailla ladite lettre, la priant de la bailler à son 
mari et non à autre; et qu'à son retour de Lausanne, 
où il disait aller en grande hâte, il viendrait pren- 
dre la réponse. Fort ébahi Perrin lisant cette let- 
tre, et ne se doutant de la trahison qui lui était 
dressée, vint trouver Calvin en son logis, où, par cas 
d'aventure, le magnifique Mégret était, et leur com- 
muniqua la lettre qui lui avait été apportée, lui 
demandant conseil, et attestant Dieu qu'il ne savait 
dont procédait cette lettre, et qu'il n'avait aucune 
intelligence avec personne de France. Calvin seul 



(1) Becurdé, qui rapporte fidèlemcnl ce fiu'il sait ou 
ce qu'il a vu. 



GO VIK DE CALVIN. 

connaissait le tout, comme auteur de l'invention, 
lui fit quelques remontrances de belles paroles : 
Qu'il eût Dieu devant les yeux, et qu'il se recom- 
mandât à lui ; et que, écoutant encore un peu de 
jours, il aurait possible avertissement plus certain 
de ceci, et, pour le moins, qu'il attendit le retour du 
messager qui avait apporté lesdites lettres. Perrin, 
s'arrétant à ce conseil, ne communiqua cette lettre 
à personne, mais la cacha en un lieu secret de son 
cabinet. 

De là environ une heure , Calvin , qui n'é- 
tait rien paresseux , vint seulet retrouver ledit 
Perrin en son logis, le priant de lui remontrer la- 
dite lettre, feignant de vouloir un peu considérer 
quelque sentence dedans contenue. Icelui Perrin, 
lie se doutant de trahison, le mena simplement en 
son cabinet, et tira la lettre du lieu secret où il l'a- 
vait mise, lequel Calvin remarqua bien ; et l'ayant 
quelque peu lue, la lui rendit, et s'en retourna chez 
soi. Et soudainement il mit la main à la plume, et 
reforgea une nouvelle lettre, adressée audit magnifi- 
que Mégret, aunom d'un certain seigneurde France, 
qui l'avertissait de la trahison bâtie par ledit capi- 
taine Perrin, et l'exhortait à le faire entendre aux 
seigneurs de Genève, qui se prissent garde de leur 
ville; car, pour certain, elle était vendue; et que près 
d'icelle étaient gens au guet, par la Savoie, pour se 
jeter dedans. Ledit Mégret, ayant reçu le soir la 
susdite lettre, fort étonné, sans y penser plus outre, 
vint retrouver Calvin, cl lui montra cette lettre, do 



VÏË DÉ CALVIN. Gl 

laquelle il sembla être tout ému, disant qu'il se re- 
tirerait hors la ville, aux terres de Berne ou de 
Bâle. Mégret le réconforta, et lui promit d'aller le 
lendemain matin au Conseil, et de se faire partie 
contre icelui Perrin ; ce qu'il lit de grand zèle, et 
porta devant les syndics et seigneurs du petit Con- 
seil, plusieurs lettres, lesquelles il avait, comme il 
disait, reçues de divers siens amis de France ; plus, 
alléguant que ledit Perrin en avait reçu une du 
président de Ghambéry, Pellisson, sur la promesse 
qu'il avait faite au roi, et que ledit Perrin l'avait 
montrée le jour précédent à monsieur Calvin et à 
lui. 

Tout h l'heure fut envoyé le grand-sautier verâ 
Calvin, pour l'amener au Conseil, et n'alla, ledit 
grand-sautier, loin pour i-etrouver Calvin, car il 
était à la porte de la Maison-de-Ville, attendant ce 
qui en advint. Entré donc en la salle du Conseil, 
fut interrogé s'il avait vu ladite lettre du susdit pré- 
sident de Chambéry; répondit que oui, et que s'il 
plaisait auxdits seigneurs de commander au capi- 
taine Amy Perrin de bailler la clé de son cabinet, 
et lui bailler des seigneurs du Conseil en sa com- 
pagnie , irait quérir ladite lettre ; car il savait 
le lieu où icelui Perrin l'avait cachée. Cela lui fut 
accordé, dont incontinent la lettre fut apportée et 
lue devant le Conseil ; après la lecture de laquelle 
le pauvre Perrin, fort confus et étonné, fut mené 
en prison assez étroitement; de quoi se leva mer- 
veilleux bruit par la ville entje les citoyens et étran- 



6!2 VIE DE CALVIN. 

gers. A la requête des amis et parens dudit Pem'n, 
il fut misa ses défenses; et, entre autres choses, fut 
remontré au Conseil, que s'il eût été consentant et 
coupable de telle trahison et crime, il n'eut pas 
communiqué telle lettre , ni h Calvin ni au magni- 
fique. Or il fut résolu en Conseil, que la lettre se- 
rait portée audit président Pellisson, pour savoir 
s'il l'avait envoyée ou non. Absolument il répondit 
la lettre n'être sienne, ni écrite de son commande- 
ment ni vouloir; sans cela, le pauvre Amy Perrin 
était en grand danger de sa vie. Mais on connut 
que c'était un stratagème inventé par quelque lin 
maître, duquel, toutefois, on ne pouvait avoir cer- 
taine probabilité. Fut donc mis ledit Perrin en li- 
berté, et restitué en ses degrés et honneurs de ca- 
pitaine-général de la ville , comme par avant. Et 
nonobstant que cette menée contre ledit capitaine 
Perrin, fut conduite si secrètement et finement, 
qu'elle ne pût être pleinement découverte ; toute- 
fois la suspicion fut bien grande, et les conjectures 
bien véhémentes, qu'elle procédaitde Calvin et ses 
adlîérens : sur quoi on voit l'ingratitude d'icelui 
Calvin, et la petite récompense qu'il fit audit Per- 
rin, pour les peines et travaux fiu'il prit pour le faire 
révoquer de son bannissement, et de l'aller quérir 
en personne à Strasbourg, pour le ramener à Ge- 
nève. La femme dudit Perrin, jeune, colère et cou- 
rageuse, faillit plusieurs fois de tuer Calvin, et en 
parlait publiquement et hautement, le vitupérant, 
et appelant traître et méchant. Mais commande- 



VIE DE CALVIN. 03 

ment lui fut fait, do la paît do la seigneurie, sous 
peine assez rigoureuse, de laisser ledit Calvin, et de 
n'intenter contre son honneur et personne. 



CHAPITRE XVIII. 



Calvin, toujours persévérant en sa haine con- 
tre Perrin , comme il était irréconciliable et im- 
muable en mauvaise volonté , cherchait tous les 
moyens pour le faire mourir , ou , pour le moins , 
chasser hors la ville; et attendit toujours temps 
commode et opportun pour exécuter son mauvais 
désir. Cependant il s'elForça de gagner aucuns des 
seigneurs du Conseil, donnant de la bourse des 
pauvres , dons secrètement à aucuns ; du nombre 
desquels fut un Lambert , qui était nécessiteux , 
auquel fut quelquefois reproché qu'il portait pour- 
point de satin de la bourse des pauvres. A d'au- 
tres , il prétait d'argent assez grande somme pour 
trafiquer , combien que Bèze alFirme qu'il était 
fort pauvre : toutefois , entre les autres , un Claude 
du Paon, apothicaire, eut, pour quelque temps, 
cinq cents livres en prêt; à quelle condition que ce 
fut, je ne sais. Autres il entretenait, par promesses 
d'avancement d'honneurs et faveurs : dont par le 
moyen de telles personnes , il était averti de tout 



64 VIE DE CALVIN. 

te qui se faisait au Conseil de la ville , et avait les 
voix des élections d'offices et dignités à sa dévo- 
tion. D'autre côté, il mit ordre et moyenna, par 
ses subtilités , que plusieurs des étrangers , venus 
habiter à Genève , tant de la nation française que 
flamande , anglaise ou italienne , furent reçus bour- 
geois de la ville, passés par le Petit-Conseil seule- 
ment, sans l'aveu des Deux-Cents; ce qui engendra 
murmure entre les anciens citoyens et bourgeois. 
Mais on ne fit compte de leur murmure ; car les 
étrangers déjà surmontaient en nombre , puissance 
et richesses, les enfans natifs de la ville : et pour 
mieux les tenir bas, on leur jeta le chat aux jam- 
bes , par un bruit qu'on fit courir malicieusement ,' 
que les Genevesans , enfans de la ville , faisaient 
secrète délibération de tuer, en une nuit , tous les 
étrangers. Dont les étrangers commencèrent à se 
tenir sur leurs gardes ; et faisaient quelques pro- 
menades avec armes , par la ville , de nuit , con- 
duits et accompagnés, néanmoins, d'aucuns enfans 
et citoyens de la ville , des plus favoris et dévots 
de Calvin : entr' autres un Cotti Baudichon, homme 
assez connu de génération , de visage , de pelage 
et de faits^ sans qu'autrement je m'amuse à le 
déclarer, allait un soir, bien tard , en compagnie 
de quelques Français armés; ce qui fut aussitôt 
rapporté par la ville , de maison en maison. Et in- 
continent, furent assemblés grand nombre d'enfans 
de la ville , qui vinrent rencontrer lesdits étran- 
gers, et leur demandèrent à quel propos, et de 



VIE DK CALVIN. (il) 

quelle aiitoiit('' , ils allaient ainsi , par lroii|)cs oi 
armés, de nuit. Le bruit et tumulte fut grand par 
la ville, et peu s'en fallut qu'il n'y eût effusion de 
sang. A ce bruit , courut un des quatre éclievins 
ou syndics, appelé Henry Haubert, apothicaire; 
car sa maison était assez voisine du lieu où fut ce 
bruit; et, portant son bâton syndical, tâchait d'a- 
paiser ce tumulte ; mais on ne fit grand compie de 
lui ni de ses remontrances , jusqu'à tant quaniva 
AmyPerrin, capitaine -général de la ville, qui, 
voyant la sédition toujours de plus séchaulfcr , et 
les cœurs, de côté et d'autre , s'enllammer, dit au 
susdit Henry Haubert , syndic, qu'il usât de son 
autorité , et commandât aigrement ; en quoi il se 
montrait fort froid et pusillanime, comme celui qui 
nouvellement avait été élu en ce degré , et se sa- 
vait mal faire obéir et craindre. Lors, ledit capitaine 
Perrin lui prit le bâton syndical de la main, et, le 
haussant bien haut, cria qu'on eiit d'obéir à justice, 
répétant par plusieurs fois, à haute voix, s'ils vou- 
laient reconnaître ledit bâton, et obéir au magistrat; 
à laquelle demande et remontrance, chacun se re- 
tira chez soi : ainsi fut apaisé ce tumulte et sédition. 
Après que chacun se fut retiré , et tout ce 
trouble cessé , les quatre syndics , et les seigneurs 
du Petit-Conseil , furent assemblés, environ la mi- 
nuit , en la Maison-de-Ville ; où ledit Haubert ré- 
cita tout le fait comme il l'avait vu; et donna louange 
audit seigneur Amy Perrin, affirmant que sans lui, 
il se fut commis grand meurtre et occision en la 
i; 



(;f; vrE DE CALVIN. 

ville. Poui' l'heure, délibération fut faite, qu'on in- 
formerait des promoteurs de la sédition , et qu'ils 
seraient châtiés. Celle même nuit, et le matin, le- 
dit Henry Haubert , syndic , fut tellement pratiqué 
par Calvin qui lui fit entendre mille folies et bali- 
vernes, que, au Conseil du matin, auquel ledit 
Perrin ne se retrouva point, pour quelques empê- 
chemens survenus particulièrement, il dit tout au- 
trement qu'il n'avait fait à la minuit; car il fit quéri- 
monie (4) contre ledit Perrin , alléguant qu'il lui 
avait ôté, par force, le bâton syndical de sa main, et 
qu'il avait dit : Malgré Dieu, Toi, et Qui t'a fait syn- 
dic! Les seigneurs du Conseil , amis et dévots de 
Calvin , semblablement pratiqués et sollicités , 
poussèrent h la roue pour tourner le chariot contre 
ledit Perrin, absent, et ignorant la trahison et me- 
née. Or, fut parlé audit Conseil contre lui, voire 
jusqu'à inférer qu'il était participant, ains auteur 
de ladite mutinalion et tumulte , excité la nuit pré- 
cédente ; et qu'il devait être quelque chose de ce 
qu'on murmurait , de tuer les étrangers. L'affaire 
fut si bien menée , et sollicitée par lesdits amis et 
dévots de Calvin , que plusieurs des enfans de la 
ville furent pris et mis en prison, ce jour même ; 
entre les autres, deux pâtissiers , jeunes hommes, 
appelés, et comparés avec plusieurs de leurs com- 
pagnons qui avaient été, la nuit précédente, audit 
tumulte . 

(1) Qiicrimonie. plainte. 



vir. nF cAi.vtN. 67 



CHAPITRE XIX. 

Amy Perrin , secrètement averti de la trahison 
laquelle on lui bâtissait , vilement se retira hors la 
ville , aux. terres des seigneurs de Berne : ce que 
firent pareillement le seigneur Pierre Wandel , les 
Baldazar, et d'autres de leurs amis plus intrinsè- 
ques, contre lesquels la partie favorisant Calvin, 
qui était la plus grande au Conseil, portait sourde 
inimitié, h la sollicitation d'icelui Calvin. Tout aussi- 
tôt furent retrouvés force témoins, qui maintenaient 
être vrai , que la conjuration était faite de tuer les 
étrangers. Sous cette fausse couleur et imposture , 
furent mis beaucoup des enfans de la ville en pri- 
son , auxquels , par force de tortures et tourmens , 
partie aussi par subtiles pratiques et belles pro- 
messes , on fit confesser le cas être vrai ; voire 
que ledit Perrin , Wandel et Baldazar , étaient 
chefs de ladite conspiration : et ayant cela con- 
fessé, sans plus attendre, furent menés chaudement 
au supplice de mort. Mais quasi tous ces misérables, 
sur l'échafaud , appelaient Dieu en témoignage , 
qu'il n'était rien de ce qu'on leur imposait, et 
qu'ils avaient confessé telles choses , en partie par 
force de corde et tourmens , et partie par fausses 
promesses. Ce entendant lesdits Perrin, Wandel 



(jS vu: DE CALVIN. 

et Balda/ar , avec d'autres qui s'étaieut retirés 
liors de Genève, s'en allèrent rendre au\ mains et 
justice des seigneurs de Berne , se soumettant h 
toute rigueur de justice , s'ils étaient trouvés cou- 
|)ab!es du crime , qui leur était imposé h Genève. 
Lesdiis seigneurs de Berne , ayant fait diligente 
inquisition sur tout ce fait, et bien connu la vérité, 
tirent remontrances , par lettres et ambassadeurs , 
à ceux de Genève , de n'user de telles inventions et 
cruautés , qui étaient contre Dieu et leurs pro- 
chains, avec scandale des circonvoisins. Pour quel- 
ques remontrances et exhortations que leur fissent 
lesdits seigneurs de Berne , ils ne désistèrent. Ains 
chacun jour on prenait nouveaux prisonniers; et 
les faisait ou confesser ce qu'on voulait, comme 
aux autres, devant mentionnés ; puis les faisait on 
mourir; eux appelant Dieu en témoin de leur in- 
nocence ; et déclarant les ruses et cruautés , des- 
quelles on avait usé pour leur faire dire choses con- 
tre la vérité et leur conscience , au déshonneur et 
détriment desdits Perrin, Wandel etBaldazar, les- 
quels ils déclaraient innocens de ce qui leur était 
imposé. De quoi lesdits seigneurs de Berne , bien 
informés et certifiés, reçurent en leur pays lesdits 
Pei-rin et les autres fugitifs de Genève ; les recevant 
]>our leurs sujets, et les déclarant innocens de la- 
dite imposture ; et les exhortant h vivre paisible- 
ment en patience. De quoi, je puis assurer que 
iceux seigneurs de Berne seront bons et fidèles 
témoins. 



VIE DE CALVIN. (J9 

Et parce que Théodore de Bèze en écrit loiK 
nu contraire en sa belle préface à l'avantage de. 
son maître , père et ami , et au vitupère d'icelni 
Perrin et des autres fugitifs de Genève ; je veux 
mettrQ en avant deux choses advenues ces jours-là 
en Genève , lesquelles homme vivant ne pouriail 
nier, sinon qu'il fût le plus impudent du monde. 
La première, fut du jeune Berthelier, qui fut mis on 
prison, à Genève, pour la même imposture et calom- 
nie que les autres des susdits. Icelui Berthelier, gé- 
néreux et constant , ne put être induit, par remon- 
trances ni cauteleuses promesses que lui sussent 
faire les seigneurs de justice , ni les ministres , <jui , 
à la suasion de Calvin , tâchaient d'endormii' les 
pauvres calomniés par belles paroles et promess<^s, 
à faire ni dire chose contre la conscience : dont il 
fut mis rudement à la question. Mais, pour gène ou 
corde qu'on lui donnât , il ne put être vaincu , 
combien que pour la pesanteur des pierres qu'on 
lui pendait aux pieds , la corde en laquelle il était 
attaché par les mains , rompît par trois ou quatre 
fois. Ce que voyant, les seigneurs du Conseil Gui- 
dèrent (4) crever de dépit ; et en fut un d'entre 
eux, appelé Amblar Corne, qui lui dit: « Tu confes- 
« seras ceci , ou bien on te donnera tant de traits 
x de corde, qu'on t'arrachera les bras et jambes; 
« car la seigneurie ne sera jamais vaincue par ton 
«obstination.» Ledit Berthelier nonobstant, per- 

(1) Guider, penser. 



70 "Vit DK C.VLVl.^. 

sévérant toujours eu sa constance , et ne voulant 
dire chose contre vérité et sa conscience, on trou- 
va une nouvelle cautèle (1) , qui fut d'envoyer vers 
la mère dudit jeune prisonnier, qui s'était retirée 
au pays de Faucigny, pour cause des hoçribles 
cruautés qu'on exerçait en Genève. 

Icelui Amblar Corne, un des seigneurs du Petit' 
Conseil, très-ardent et affectionné disciple de Cal- 
vin , prit la charge d'aller vers ladite femme , et l'in- 
duire à venir à Genève, pour le bien et honneur de 
son fils, qui était en prison , résolu , comme est dit, 
plutôt de mourir aux tourmens, que dédire aucune 
chose contre la vérité , sa conscience et son prochain . 
Ledit Amblar Corne sut fort bien charmer la pau- 
vre femme par feintes paroles, et fausses promesses, 
de la part des seigneurs du Conseil, que non-seu" 
lement son fils serait mis en liberté ; mais encore 
exalté en honneurs et degrés d'oflices , s'il voulait 
obéir auxdits seigneurs, et confesser simplement 
ce qu'ils voulaient, assavoir, être vrai ce de quoi il 
était accusé ; et que, Amy Perrin etles autres susdits 
fugitifs de Genève, l'avaient sollicité d'être de leur 
conspiration et entreprise; mais qu'il n'y avait 
voulu entendre. Confessant seulement ce peu, il 
serait mis en pleine liberté, et élevé en dignité au- 
dit Conseil. Or il sut si bien dire, qu'il endormit 
la pauvre mère, et lui persuada de venir à Genève, 
pour le salut et délivrance de son fils. 

(1) Crt/z/è/f, finesse, ruse. 



VIE TE CALTIN. 71 

Arrivée en la ville , elle s'en alla droit vers la 
prison , où était son fils , fort cassé et rompu de 
la corde ; et lui remontra la volonté et la délibé- 
ration du Conseil, de le Taire plutôt mourir en 
prison miséraJ3lement, , qu'il ne vainquit les sei- 
gneurs du Conseil. Pour ce, la misérable mère 
l'exhortait et. priait d'acquiescer au vouloir des 
seigneurs, et confesser ce qu'ils désiraient de lui, 
combien que fût contre vérité et sa conscience ; 
et que, par ce seul moyen , il serait mis hors de 
prison , et constitué en dignités , olfices et hon- 
neurs ; et que telle promesse lui avait été faite 
par Amblar Corne, de la part de tout le Con- 
seil. Tant bien sut la misérable mère pleurer; et 
solliciter son fils , que s'il n'avait pitié de soi- 
même, au moins qu'il l'eût d'elle , qui demeiuail 
désolée sans enfans et appui , lui mourant ; et l'as- 
surant, sur la promesse qui lui avait été faite de la 
part desdits seigneurs ; que le pauvre jeune homme 
dit et promit à sa mère de le faire : de quoi elle 
avertit ledit Amblar et autres du Conseil, qui, in- 
continent, s'assemblèrent, l'interrogeant, comme 
devant, des points susdits, lesquels il confessa hardi- 
ment, se confiant sur les paroles et promesses faites 
à sa mère. Mais il n'eut pas plus tôt confessé, et sa 
confession mise par écrit , que la sentence de sa 
mort ne fut arrêtée et puliliée , et le jour même 
exécutée. La misérable et dolente mère, voyant 
être advenu tout au contraire de son espérance, et 
contre la promesse a elle faite par un des seigneurs 



/ii VIE DE CALV1?(. 

«lu Conseil, et de la part de tout le Conseil; voyant, 
dis-je , son lils mort; considérant qu'elle en était 
cause, et comme traîtresse de son sang, se cuida 
tuer de déplaisir et honte. Or, comme forcenée , 
tout à l'instant sortit hors de Genève, et s'en alla 
criant et remplissant l'air de regrets et complain- 
tes, à Berne, Zurich, Fribourg, et autres villes des 
cantons, déclarant le détestable et inhumain fait, 
par elle commis à la suasion des seigneurs de 
Genève , singulièrement d'un Amblar Corne, leur 
messager et commis, pour établir telle trahison; et 
demandait justice a Dieu et aux. seigneurs des 
cantons, contre la ville de Genève. 

Nie ceci Théodore de Bèze , ou qui voudra : 
mais lesdits seigneurs de Berne et des autres villes 
en seront bons témoins, qui furent tellement irrités 
et animés contre ceux de Genève, après avoir en- 
tendu ce fait , qu'ils étaient presque délibérés de 
détruire telle canaille de gens , jusqu'à user de ces 
paroles: «qu'il fallait jeter, h force de pèles, une si 
« malheureuse ville dedans le lac. » Mais Tavoyer de 
Fribourg, qui se montrait au commencement le 
plus enflammé de colère, par le moyen de quelque 
présent, remit sa colère , et apaisa toute l'ire des 
autres seigneurs. Cependant Calvin et les autres 
ministres de Genève, conformes a son désir et in- 
tention, ne cessaient de crier en leurs prêches con- 
tre ces miséral)les mis à mort, et contre les susdits 
fugitifs; les appelant niéchans , eulans de diables, 
garuemens, traîtres; n do plusieurs auU'cs (elles 



Vn: DE CALVIN. lo 

injures, leurs prêches étaient laicis. Puis, ils écri- 
vaient lettres particulièics eu France, et ailleurs , 
que Dieu les avait délivrés de certains ennemis de 
religion et réforniation, qui avaient conspiré contres 
les étrangers, de les tuer en une nuit; j'entends 
ceux qui étaient venus pour l'Evangile. 

Toutefois, ils ne purent tant farder cette calomnie, 
qu'elle ne fût découverte, et bien connue à plusieurs 
personnages de bon entendement et jugement; voire 
venus à Genève pour l'Evangile ; comme depuis, a 
été bien entendu le fait de M. Spifame, et les cau- 
ses de sa mort , quelque fausse couleur qu'on lui 
eusse pu donner pour couvrir la malignité des en- 
vieux calomniateurs. Or, pour dire des pauvres 
misérables tourmentés et mis à mort ; plus, des sus- 
dits fugitifs; je dis que, pour leur justification, leur 
sert grandement, contre les calomnies de leurs en- 
nemis , l'acceptation et accueil que leur ont fait 
les sages et prudens seigneurs de Berne, les rece- 
vant en leurs terres, en paix et tranquillité, comme 
leurs bons sujets. Calvin , de cela fort fâché , ne 
cessait jour et nuit d'imaginer nouvelles inventions 
et sulîtilités, pour donner lustre à ses mensonges , 
et donner à entendre être vrai, ce qu'on imputait 
à ces pauvres fugitifs et mis à mort. Advint don(; 
la deuxième histoire à Genève, par l'invention de 
Calvin et sesadhérens; laquelle j'ai promis léciter, 
et qui est telle. 



74 VIE DK CALVIN. 



<xxxxx 



CHAPITRE XX. 



Un jeune homme étantnouvellemenl venu habiter en 
Geïiève, de Lombardie, du service du duc d'Albe, 
lors gouverneur de Milan , pour le roi d'Espagne ; 
Calvin averti de sa venue, comme il était de toute 
autre chose, pour petite qu'elle fût en Genève, l'en- 
voya quérir, et le sollicita si bien, avec d'autres de 
son pays , qu'il contrefit l'espion ; comme envoyé 
et commis expressément par ledit duc d'Albe , son 
maître , pour remarquer la situation de la ville de 
Genève ; et pour pratiquer, avec le capitaine Amy 
Perrin , Wandel , et Baldazar , qui avaient promis 
à sondit maître de lui rendre la ville. Lesdits Per- 
rin, AVandel et Baldazar, habitans es terres de Ber- 
ne, avertis de cette nouvelle calomnie, s'en allèrent 
à Berne , et firent requête à la seigneurie, que le- 
dit espion fût mené h Berne, et confronté avec les 
accusés, pour soutenir son dire. A la réquisition des- 
dits seigneurs bernois , l'espion fut conduit et me- 
né en leur ville, sous garde, mais non trop rigou- 
reuse ; et, par chemin, fut fort bien instruit de ce 
qu'il avait à faire et dire , avec contresignes des- 
dits calomniés, pour les reconnaître et faire dis- 
tinction entre eux. 11 dit fort bien tout co qui lui 



VIE DL CALVIN. 75 

avait été enseigné et recordé ; mais il faillit aux 
marques qu'on lui avait donné pour distinguer l'un 
de l'autre. Car, ayant assuré de les avoir vus et 
bien les connaître , il prit l'un pour l'autre , as- 
savoir , un des Baldazar pour Amy Perrin , et 
Amy Perrin pour Wandel. Sur quoi les sages 
seigneurs de Berne, prudemment considérant, 
bien entendirent que c'était une ruSe et menée de 
la pratique de Calvin et ses adliérens. Dont ren- 
voyèrent les commis de Genève avec leur espion , 
et délivrèrent les accusés et calomniés à tort , les 
laissant aller librement en leurs maisons et habita- 
tions. 

Théodore de Bèze et les siens pourraient nier 
cela , ne fût que ledit espion , tôt après , en allant 
hors de Genève , vers Italie , déguisé et masqué 
d'une fausse barbe blanche , fut à la poursuite di- 
ligente desdits fugitifs, repris près Evian, et de là 
ramené à Berne , où libi-ement et entièrement il 
confessa la vérité du fait; assavoir, conmient, par 
qui et pourquoi, il avait été ainsi pratiqué, et induit 
à calomnier ceux lesquels il ne connaissait, et par 
lesquels il n'avait reçu oncques déplaisirs. Lesdits 
fugitifs de Genève et calomniés en demandèrent 
acte, et témoignage par écrit, du secrétaire de la 
seigneurie ; ce qui leur fut accordé ; et l'ont mon- 
tré à plusieurs pour leur justification et confusion 
de leurs ennemis. Mais je laisse le jugement de 
telles inventions et pratiques, h toutes personnes de 
bon et sain ontt'ndement, qui ne sont point liées et 



76 \tE Di: CALVIX. 

consacrées à la secte calvinienne ; car c'est le pro- 
pre de tous ceux qui se sont voués , dédiés , et 
adonnés à quelque secte que ce soit, de trouver 
bon, approuver et louer tout ce qui est fait par les 
chefs de leur secte ; de les excuser et soutenir à 
leur pouvoir; finalement, d'endurer la ruine de 
leur pays, maisons, l)iens temporels, voire de leurs 
plus proches pârens; plutôt que de souffrir la honte 
et destruction de leur secte, et des docteurs et 
maîtres d'icelle. Et sais bien, qu'étant faite remon- 
trance à quelques ministres, dévots de Calvin, 
comment, avec conscience, ils pouvaient adhérer à 
si grands mensonges et calomnies contre leur pro- 
chain; ils répondirent, que c'était pour la gloire de 
Dieu et la destruction des méchans ennemis de 
l'Evangile , contredisans à la réformation ; et qu'ils 
avaient cela pour résolu en l'Eglise de Genève , 
que, pour la gloire de Dieu, il était hcite, ains né- 
cessaire quelquefois, de mentir et contrefaire laver 
FÎté. 



CHAPITRE XXI. 



Calvin, enclin à remuement et inventions nou- 
velles pour troubler le monde, après, se va iuiagi- 
ner de solliciter les ministres des terres de Berne , 



VÎK Î>K CALVIN, 

1 



aSsî»voii', (lu pays coïKiiK'lé (cuimiie ils appellent), h 
demander que les biens ecclésiastiques des ab- 
bayes , évêchés et prébendes , prieurés , cures , et 
de tous les bénéfices possédés par les prêtres, 
avant le changement de la religion , fussent com- 
mis à la dispensation d'iceux ministres et prédi- 
cans. Et fondait sa demande sur ce qui est écrit 
aux Actes des Apôtres, assavoir, que l'argent et 
prix des biens vendus par le°s chrétiens nouvelle- 
ment baptisés, et adjoints à l'Eglise , était appor- 
té aux pieds des Apôtres ; et par eux distribués 
aux nécessiteux , selon qu'ils connaissaient être be- 
soin. Et, par ce moyen, voulait avoir le maniement 
et gouvernement des biens qui soûlaient (1) être 
des ecclésiastiques; mais les seigneurs de Berne ne 
voulurent entendre de cette oreille ; et renvoyè- 
rent leurs ministres, leur défendant fort bien qu'ils 
ne parlassent plus de telle matière, et qu'ils ne s'em- 
pêchassent seulement dé bien prêcher et enseigner 
le peuple. Ce chemin lui ayant été clos et bouché, 
il mit en tête h maître Pierre Viret, ministre de Lau- 
sanne , et à d'autres du pays conquête, qu'il fallait 
que le ministre eût la puissance d'excommunier; 
et que , sans telle puissance et autorité de chasser 
et séparer les méchans et faux chrétiens, des bons et 
sincères, le ministre était vitupéré , cl la Parole 
de Dieu était déprisée. Ce point, mis en avant 
en leurs congrégations , fut (;onclu en toutes leui-s 

(1) Soitlaienl, avaient coutume. 



78 VIE 1>K CVLVIX. 

classes, qu'aucuns d'entre eux seraient députes, 
pour présenter requête aux seigneurs du Conseil , 
de la part des classes du pays conquête , sur cet 
article et demande. 

Lesdits seigneurs, sagement considérant ce que 
demandaient lesdits ministres, et de quel poids 
était ce qu'ils voulaient leur être octroyé , fut, par 
quelqu'un d'entre eux, remontré qu'autant vau- 
drait être en Espagne , sous l'inquisition , qu'au 
pays de Berne , les ministres ayant telle autorité 
d'excommunier ceux qu'il leur plairait. Dont leur fut 
répondu , qu'ils se contentassent de la charge de 
prêcher et enseigner; et qu'ils ne parlassent plus 
de cette matière. 

Calvin , averti de la réponse des seigneurs 
de Berne à leurs ministres, indéfatigable qu'il 
était, et obstiné en ce qu'il se délibérait d'exé- 
cuter , sollicita tant plus lesdits ministres , et 
par lettres , et par paroles de bouche , de ma- 
nière que grande partie d'eux délibéra, plutôt 
d'abandonner le ministère que ladite puissance 
d'excommunier ne leur fût octroyée; alléguant que 
c'était contaminer (i) l'Evangile et le Sacrement 
de la Cène , de la bailler inditféremment à bons et 
mauvais, vertueux et vicieux. Dont, derechef, re- 
tournèrent h Berne , présenter supplication sur la 
même demande. Il leur fut fait réponse, par l'a- 
voyer, de la part de tout le Conseil, qu'ils s'en 

(1) Contaminer^ sonillpr. 



VIF. ni. c.vLviN. 79 

retournassent , cl tissent leur devoir do piocher et 
enseigner; et que plus, ils ne retournassent pour 
telle demande ou requête ; car du tout les sei- 
gneurs n'y voulaient entendre , et qu'ils ne vou- 
laient autre sorte d'excommunication en leur terre, 
que le bâton de justice , pour punir les vicieux et 
délinquans , selon leurs démérites et crimes ; et 
que pour cela, les seigneurs portaient le glaive. 

Calvin , d'autre côté , plus dur qu'un rocher, et 
immuable en ce qu'il désirait faire, ne désista de sol- 
liciter Viret et les autres ministres , ses affectionnés 
et dévots; leur remontrant, que l'oiTice d'un bon 
pasteur n'est pas seulement donner pâture bonne à 
ses brebis , mais encore d'avoir égard que maladie 
et corruption ne gâtât son troupeau: pour ce, qu'il 
devait séparer les rogneuses , et les jeter hors du 
troupeau. A ces persuasions, ajouta qu'il avait reçu 
lettres de divers lieux de France , villes et châ- 
teaux, par lesquelles ils demandaient des ministres, 
pour prêcher en France. Cette nouvelle augmenta 
fort l'audace desdits ministres; desquels aucuns, 
avec Viret même, s'en retournèrent pour la troi- 
sième fois à Berne , à leur propre et particulier 
nom , arrogamment et opiniâtrement demandant , 
leur être octroyée la puissance et autorité d'ex- 
communier, et priver de la Cène les mal vivans; ou 
bien , qu'ils ne bailleraient la Cène , à la fête de la 
Nativité, qui était prochaine; ains qu'ils quitteraient 
le ministère. Les seigneurs du Conseil, considé- 
rant telle protervité desdits ministres , fort indi- 



80 ME DE CALVIX. 

gnés de leur orgueil , conclurent qu'ils seraient 
bannis de leurs terres et pays , avec note honteuse 
et infamie ; et que chacun d'eux porterait lettres 
de la seigneurie aux baillis des lieux , auxquels ils 
habitaient, de telle teneur : « Que, incontinent, vues 
« les lettres, ils bannissent honteusement, à son de 
« trompette , lesdits ministres porteurs et exhibi- 
« teurs d'icelles lettres. » A chacun desdils ministres 
fut baillée une lettre de telle teneur, pour porter à 
leurs baillis, bien cachetée et serrée ; et ainsi s'en 
allèrent, sans savoir ce qu'ils portaient; ce qui fut 
à leur grand vitupère et déshonneur. Car, arrivés 
subitement , fiu-ent publiquement et honteusement 
bannis des pays et terres de Berne , fors \ iret , 
qui, averti sourdement du fait par quelques intimes 
amis, s'en alla tout de ce pas à Genève , sans bail- 
ler sa lettre au bailli de Lausanne. 

Ledit bailli , assuré du tour qu'avait fait Viret , 
s'en alla avec aucuns des plus principaux de la 
ville , au logis dudit Viret ; et visitant partout , 
singulièrement son cabinet, trouvèrent grand nom- 
bre de lettres de la main de Calvin , à icelui 
Viret , par lesquelles furent découvertes plusieurs 
subtiles menées, et fines pratiques; lesquelles 
Calvin inventait , et induisait ledit Viret à y 
prêter la main chaudement. Singulièrement fu- 
rent trouvées les lettres , par lesquelles il in- 
citait icelui Viret a demander la puissance d'ex- 
oommunier, ou qu'ils quittassent le ministère : plus, 
la pratique et entreprise d'Amboise ; et mille au- 



VIE DE CALVIN. 81 

très inventions et nouveautés, qu il lâchait de mettre 
en avant. Or , de telles lettres furent portées aux 
seigneurs de Berne , quarante et deux , en la lec- 
ture desquelles lesdits seigneurs furent fort offen- 
sés et scandalisés de l'esprit malin, et iniquités de 
Calvin ; nonobstant que Théodore de Bèze s'efforce 
de le louer, surtout d'esprit doux, bénin et tran- 
quille, et pense amuseler les oies ou les veaux. 



CHAPITRE XXII. 



Je viens h parler de ses derniers jours, et des mala- 
dies diverses, desquelles il fut affligé avant sa mort. 
Théodore de Bèze écrit , qu'il fut vexé de phthisie, 
colique, spasme ou difficulté d'haleine, de calcul, 
goutte, hémorroïdes; outre sa migraine, de laquelle 
il était ordinairement tourmenté. Voilà beaucoup 
de sortes de maladies ensemble, et desquelles il fut 
en grande misère longuement affligé, voire jusqu'à 
la mort : [vrai témoignage et bien exprès de l'ire de 
Dieu sur lui.] Et si on veut alléguer que plusieurs 
personnes saintes ont eu beaucoup d'afflictions, en 
leur vie, sur leurs corps et biens; comme un Job, 
duquel l'histoire est assez connue ; je répondrai 
que Dieu, pour un exemple de patience, le permit 
t*tre affligé en ses biens et en son corps ; mais aussi. 



82 VIE DE CALVm. 

pour assurance qu'il n'abandonne point le juste , 
qui vraiment se confie en lui, il le délivra de toutes 
ses afflictions, et le multiplia en toutes prospérités 
et bénédictions, comme bien dit saint Jaques au cin- 
quième chapitre de son Épître catholique : « Vous 
« avez, dit-il, ouï la patience de Job, et avez vu la 
« fin du Seigneur, c'est-à-dire , l'issue laquelle le 
« Seigneur donna à son affliction, et avez vu que le 
f Seigneur est grandement miséricordieux. » 

Par ces paroles , semble que l'Apôtre nous 
met en avant les sentences de David , au psaume 
trente - troisième ; par lesquelles il invite chacun , 
à son exemple , à louer Dieu , d'avoir foi en 
lui, et le craindre; proposant sa grâce envers 
les bons , et sa rigoureuse justice contre les 
méchans. < Les yeux du Seigneur, dit David , sont 
« vers les justes , et ses oreilles vers leur cri ; 
t mais la face du Seigneur est contre ceux qui font 
f mal, pour exterminer leur mémoire de la terre. 
« Quand les justes crient , le Seigneur les écoute , 
« et les délivre de toutes leurs afflictions ou tribula- 
« tions. Le Seigneur est prochain de ceux qui sont 
« contrits en leurs cœurs , et sauve ceux qui sont 
« humiliés et abattus d'esprit. Plusieurs (1) sont 
« les afflictions du juste ; mais le Seigneur le dé- 
« livre de toutes. » Puis s'ensuit : (2) « La mort des 
«iniques et méchans est très-mauvaise, et ceux 



(1) Plusieurs, nombreuses. 

(2) Ps. XXXIII, V. 18 et seq. 



VIK DE CALVIN. 83 

€ qui ont en haine la justice et le droit , périront 
«malheureusement » (1). Saint Paul, au dixième 
chapitre de la première aux Corinthiens, assure 
les enfans et élus de Dieu , que s'il leur advient 
tribulation ou affliction en ce monde, ils en auront 
délivrance avec heureux succès. «Dieu, dit-il, est 
« fidèle en ses promesses , qui ne vous laissera 
« point affliger plus que vos forces ne pourront por- 
« ter ; car il vous donnera , avec délivrance , heu- 
«reuse issue. » 

Pour retourner donques à là vexation de di- 
verses grièves maladies , desquelles misérablement 
fut affligé Calvin, voire jusqu'à la mort; outre celles 
que Théodore de Bèze récite , il fut encore tour- 
menté d'un genre de maladie , duquel nous lisons 
avoir été vexés, par le juste jugement de Dieu, au- 
cuns ennemis de Dieu, usurpateurs de sa gloire et 
honneur; c'est d'une mangeaison de poux et ver- 
mine partout son corps; et singulièrement, d'un 
ulcère très-puant et virulent au fondement et par- 
ties vergogneuses, où il était misérablement rongé 
de vers. Ainsi Honorius second , roi des Vandales, 
après avoir, huit ans, persécuté l'Église orthodoxe, 
périt, finalement, mangé des vers et des poux. Ar- 
noulph, empereur, successeur de Charles-le-Gros, 
qui fut un grand pilleur et saccageur des temples 
des Chrétiens, aussi misérablement mourut. Maxi- 
mien, empereur très-cruel, sanguinaire : Antiochus 

(1) Ps. XXXIII, V, 18et seq. 



84 VIK DK CALVIN. 

Epipliane, homme Irès-mécliaul et cauteleux, spo- 
liateur du temple de Dieu, et contempteur de la 
gloire d'icelui ; qui, parméprisdu seulvraiDieu, col- 
loqua au temple de Jérusalem une idole de Jupiter: 
Hérode, meurtrier des innocens, et usurpateur de 
l'honneur et titre de divinité ; et d'autres hypocrites 
et ennemis de Dieu, qui, sous prétexte et couleur 
de sainteté ou zèle, persécutèrent la vérité; furent 
exterminés , par juste jugement et vengeance do 
Dieu, de tel genre de vexation, rongés de poux eJ 
vers en leur vie, jusqu'à la mort; et après cette 
vie, jetés à la mort seconde, en éternelle misère et 
condamnation infernale , sur lesquels le dire du 
psalmiste est vérifié : « Dieu l'a consumé de dou- 
ble consumation» [D. 

' Ce qu'on peut dire de Calvin : car nonobstant 
ce qu'en écrit de Bèze, contre ceux qui disent que 
sa mort a vitupéré ou démenti sa vie ; et ce qu'il 
soutient, qu'il est décédé de ce monde du trépas 
des enfans de Dieu; il mourut néanmoins invo- 
quant les diables , jurant , dépitant et maugréant , 
pour les très-grièves douleurs , et très-âpres afflic- 
tions , lesquelles il sentait de la sévère et très-pe- 
sante main de Dieu, sur sa personne. Et de cela 
ont témoigné ceux qui le servirent jusqu'à son 
dernier soupir (2). Et nie cela Bèze, ou autre qui 
voudra ; mais cela est bien vérifié ; même qu'il 



(1) Celle pensée se trouve dans Isaïe. XL, 2. 

(2) Voir la notice ci-desstis. 



VIE DK CALVIIN'. 85 

maudissait l'heure qu'il avail jamais étudié et écrit ; 
sortant de ses ulcères et de tout son corps une 
puanteur exécrable , pour laquelle il était moles- 
te (1) à soi-même et à ses serviteurs domestiques, 
qui encore ajoutent , qu'il ne voulait, pour cette 
cause, qu'on l'allàt voir. 

Mais je ne puis laisser un point écrit par Théo- 
dore de Bèze , au grand honneur , comme il 
pense , de son maître , père , et ami Calvin. 
C'est qu'étant contraint de demeurer , pour sa 
maladie , en la maison , et désister de lire (2) et 
prêcher, il ne perdit, pour ce, le temps: car il 
ne laissait de travailler en sa maison; tellement 
que, durant ce temps-là, il commença et paracheva 
sa dernière Institution chrétienne, latine et fran- 
çaise : sur lesquelles paroles il ne serait sans raison 
demander audit Bèze , quelle était cette dernière 
Institution; car on en a vu que la première, laquelle, 
déjà long-temps auparavant , il avait composée et 
mise en lumière. Or si la première était si bien 
faite , et entièrement complète, quel besoin de la 
refaire tant de fois? Voilà le mensonge découvert, 
lequel dit ledit Bèze , que sondit maître et père 
Calvin était si absolument docte, que jamais il ne 
s'était rétracté de sentence ou proposition, par lui 
écrite ou dite de bouche. Car ayant été repris par 
aucuns , et accusé d'hérésie pour plusieurs fausses 



(1) Moleste, incommode, à charge. 

(2) Life, professer. 



86 VIE DE CALVIN. 

sentences , retrouvées en son livre de l'Institution , 
de la première et seconde édition, il les raccoutrait( 1) 
et corrigeait : puis , supprimant les premiers , il fai- 
sait réimprimer le même livre corrigé. Cependant il 
faisait tête contre tous ceux qui censuraient et re- 
prenaient ses erreurs, et les appelait menteurs, 
imposteurs et calomniateurs; se remettant à cette 
dernière impression de son Institution, en laquelle 
il avait corrigé sesdites erreurs. Et ainsi, par telle 
ruse il se voulait faire docteur absolu et irrépré- 
hensible, qui ne s'était jamais rétracté de sentence 
qu'il eût dite ou écrite. 



CHAPITRE XXIII. 

Or c'est assez parler de la vie , ruses et malices de 
Calvin, et des afflictions de la juste main de Dieu 
sur sa personne avant sa mort; et en mourant, de 
son impatience et désespoir. Maintenant il faut 
voir de sa doctrine et sincérité , avec laquelle il a 
traité la Sainte-Ecriture; car Théodore de Bèze le 
met, en sa belle préface, au plus haut degré d'ex- 
cellence sur tous les Pères saints et Docteurs, tant 
anciens que modernes, qui ont jamais écrit ou en- 

(1) Raccoittrer. ajuslci* de nouveau. 



VIE DE CALVIN. 87 

seigné; combien que soit tout le contraire. Car, de 
tous les hérétiques qui furent onc ; j'entends de 
ceux qui ont été de la religion chrétienne , et se 
sont vantés du zèle de Dieu ; je ne crois pas qu'il 
s'en puisse trouver un qui , plus absurdenient , et 
malheureusement, ait écrit et parlé de Dieu, et plus 
ôté l'honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ, que 
ledit Calvin : ce qu'il a fait ou par vitupérable igno- 
rance, ou par diabolique malice, ou par l'un et 
l'autre. Car il est certain que lui, étant malin, vin- 
dicatif et méchant, comme a été prouvé ci-devant, 
ii ne pouvait être vraiment docte, ni avoir la sa- 
pience (1) et pure connaissance de Dieu, selon que 
témoigne l'Ecriture : « En une aine maligne la sa- 
<t pience n'entrera point s (2). 

Or, pour dire de sa doctrine , je ne nie point 
qu'il n'ait été éloquent et docte es langues, et 
qu'il n'ait beaucoup vu, lu et écrit; mais je sou- 
tiens qu'il n'a point eu la vraie connaissance et 
intelligence de la Sainte-Ecriture. Touchant ce 
qu'il a écrit de la Providence, de la prescience, et 
de la prédestination ; qui est l'homme de bon et 
sain jugement , qui ne connaisse qu'il a ramené 
l'hérésie de Manès , Persan , duquel sont appe- 
lés les Manichéens , qui alïirment toutes choses 
être faites nécessairement par un décret éter- 
nel, tant le bien que le mal? Il est bien vrai quo 



(1) Sapience, sagesse. 

(2) Sap. 1.4. 



88 VIE DE CALVIN. 

Calvin n'use pas apertement (1) de tels termes ; 
mais ses écrits emportent cela équivalemment; 
comme j'espère bien montrer ci-dessous. Et faut 
noter, que c'est la ruse de Satan, qui, relevant ses 
vieilles pratiques et hérésies condamnées paravant, 
suscite, quelque temps après, nouveaux ambitieux 
et outrecuidés, par lesquels il ressème lesdites hé- 
résies : mais il les transforme et couvre d'autres 
paroles ou couleurs, afin qu'elles ne soient recon- 
nues , et que simples et ignorans les reçoivent. 
Mais les doctes et sages, conduits du Saint-Esprit, 
les remarquent bien, et les rebutent vivement: ce 
qui advint au temps de Constantin-le-Grand , en- 
viron l'an de notre rédemption 528 , quand Arius , 
prêtre d'Alexandrie, par l'astuce et ruse satanSque, 
renouvela la fausse doctrine d'Ebion, Artème et 
Paul de Samosate, jà de long-temps paravant con- 
damnée et rejetée aux synodes des évéques de ce 
temps-là. Cependant donc que ledit Arius, ins- 
trument et ministre de l'ennemi de Dieu et de vé- 
rité , semait le poison des susdits El>ion et autres 
d'entre eux, fardée toutefois, et couverte d'autres 
paroles et termes , Alexandre , évéque d'Alexan- 
drie, la reconnut fort bien, et en avertit les évé- 
ques circonvoisins. 

Ainsi , en ce temps , Calvin a regratté et ra- 
fraîchi l'hérésie de Manès ; et combien qu'il ne 
parle apertement en mêmes termes de la fatale 

(i) Jperlement, ouvcrlemenl. 



VIE DE CALVIN. 89 

nécessité (car il se fût trop découvert et eût été in- 
continent rejeté de toute l'Eglise), toutefois il 
assure la nécessité aux actions humaines, approu- 
vant et louant la sentence de Laurent Valle ; de 
quoi j'espère traiter amplement en une œuvre de 
la providence de Dieu, laquelle, avec sa grâce , 
j'espère faire de bien près suivre celle-ci. Or, écri- 
vant et soutenant que Adam , nécessairement est 
tombé en péché, par l'ordonnance et décret éter- 
nel de Dieu ; plus, que de la postérité et enfans 
d'Adam , il en a élu aucuns à être sauvés , les au- 
tres destinés h la mort éternelle ; de cette dilfé- 
rence , la première et principale cause il aflirme 
être le vouloir de Dieu; alléguant une sentence de 
saint Augustin, sur le livre de Genèse, où il dit, que, 
de toutes les choses qui sont et se font, la seule 
cause est la volonté et plaisir de Dieu. 

Ne vitupère-t-il pas grandement Notre Sei- 
gneur ? car qui est le père , tant inhumain , qui 
engendre un enfant en intention et délibération 
de le tuer, ou faire pendre ? malheureuse doc- 
trine ! Dieu , en mille lieux de l'Ecriture , dit 
ne vouloir qu'on pèche, de ne prendre plaisir 
en la perdition des damnés . de ne vouloir qu'au- 
cun périsse ; qu'il ne vient de lui , que les Israé- 
lites périssent , et soient réprouvés de sa filia- 
tion ; leur reprochant qu'il a fait pour eux tout ce 
qui était convenable à un très-bon, doux et misé- 
ricordieux père , pour le salut de ses enfans. Et 
Calvin assure qu'il en a ciéés aucuns pour les per- 



90 VIE DE CALVIN. 

(Ire et damner. N'est-ce pas manifeste ignorance, 
ou diabolique malice, ou tous deux ensemble? 
plus, d'imposer au saint Père Augustin, d'avoir dit 
que, de tout ce qui se fait au monde, la seule vo- 
lonté de Dieu en est cause ; c'est une grande igno- 
rance ou malicieuse imposture. Car, en cette sen- 
tence que Calvin allègue du saint Père , il est si- 
gnifié que de tant d'espèces et genre d'animaux , 
oiseaux, poissons, bêtes à quatre pieds, reptiles, 
et de tout l'ordre des choses créées , il ne s'en 
peut donner autre raison ; sinon , que tel a été le 
plaisir de Dieu, disant l'Ecriture, comme a été le 
plaisir et volonté de Dieu , tout a été fait et pro- 
duit, tant au ciel qu'en la terre. Mais que la chute, 
rébellion et apostasie des mauvais esprits, sembla- 
blement que le péché et transgression d'Adam, et 
les crimes, qui journellement sont commis parles 
méchans ; que la volonté et décret de Dieu en soit 
cause : voilà une très-lourde et ignominieuse igno- 
rance , et trop évident blasphème contre l'honneur 
de Dieu ; et ne crois point que jamais le bon doc- 
teur Augustin ait voulu dire cela. En cet endroit 
donc , on connaît plus clairement que le soleil de 
mi-jour, l'ignorance de Calvin et sa malice diaboli- 
que. Plusieurs sentences aussi de l'Ecriture il ren- 
verse, et interprète au contraire de vérité. Maisje 
les réserve à l'œuvre jà dite dessus , qui doit tôt 
être mise en lumière. Voyons maintenant le grand 
déshonneur qu'il fait à Jésus-Christ, Fils de Dieu, 
Notre Seigneur et Rédempteur. 



VIE DE CALVIN. 91 

î:xxxxxxxxxxxxxxxxxx 
chapitre xxiv. 



Deux points seulement je veux mettre en avant , 
pour éviter trop grande prolixité , et ne fâcher le 
lecteur ou auditeur; car je réserve le reste à une 
autre œuvre. Le premier est sur ce qu'il a écrit 
exposant l'Epître aux Hébreux, singulièrement au 
cinquième chapitre, où est fait mention de l'Oraison, 
laquelle Notre Seigneur Jésus-Christ fit à son Père 
sur le mont des Olives, peu avant qu'il fût livré 
es mains des Juifs. Et sur ces mots, lesquels nous 
lisons en la commune édition, assavoir qu'il fut 
exaucé pour sa révérence, Calvin, laissant la com- 
mune interprétation, reçue de toute ancienneté de 
l'Eglise, interprète le mot ivlâBeiK, crainte et doute; 
commettant, en ce fait, manifestes erreurs , igno- 
ramment ou malicieusement. En premier, il affirme 
que Notre Seigneur Jésus-Christ, eut si horrible 
frayeur de la mort, qu'il tomba comme en déses- 
poir, et qu'il douta d'être englouti de la mort. En 
latin, il met decjlutin ou absorberï, ce que pourront 
voir ceux qui ont le livre; et en la traduction fran- 
çaise, il a englouti. Plus grand blasphème je n'en- 
tends point que jamais disent , contre la dignité de 
Jésus-Christ, Ebion , Artème, Paul de Samosate , 



92 ME DE CALVIN. 

Arius , leur sectateur, ni Malioni même ; car il nie , 
premièrement , divinité avoir été en Jésus-Christ , 
comme ignorant de sa fin , et n'étant sûr d'être 
véritablement le Fils de Dieu , qui a toute puis- 
sance sur la vie et sur la mort. Toutefois , Calvin 
ignorait-il que Jésus-Christ avait dit paravant, com- 
me il est écrit en l'Evangile selon saint Jean, cha- 
pitre X: « Mon père m'aime, pour cette cause que 
«je laisse ma vie, afin que je la prenne derechef; 
« nul ne l'ôte de moi par force ; mais je la laisse de 
« moi-même et de mon bon gré. J'ai puissance de la 
c laisser, et si, ai puissance de la reprendre; j'ai ce 
< commandement de mon Père. » 

Sur ceci je désirerais que ces pauvres gens, 
tant voués et dédiés à la doctrine de Calvin, 
considérassent comment pouvait avoir Notre Sei- 
gneur Jésus-Christ doute d'être englouti de la 
mort; vrai Dieu et vrai homme , qui n'a jamais 
ignoré la fin pour laquelle il était venu en ce 
monde, le genre de mort lequel il devait souf- 
frir , les moyens , les instrumens , les instiga- 
teurs et exécuteurs de sa mort , voire le lieu et 
l'heure auxquels il devait souflVir ? Davantage , si 
lejchef, auquel consistait la perfection de la foi et 
de l'assurance, laquelle nous devons avoir sur les 
promesses de Dieu, a douté , tremblé et vacillé ; 
combien plus doivent douter et être mal assurés les 
membres débiles et infirmes? Un Esaïe, scié tout 
vif par le travers du corps , se porta tellement en 
son extrême et ciucil»' doiileiu', qu'il scni1)lai( ne 



VIE DE CALVIN. 93 

sentir mal ni poinc aucune. Ananic , Azarie et 
Misael, adolescens , jetés en une fournaise ardente; 
tant il s'en faut qu'ils crient, qu'ils perdent cœur, 
et aient crainte d'être engloutis de mort en la 
flamme, qu'ils chantent hymne et louange à Dieu. 
Saint Etienne, accablé de coups de pierres, non- 
seulement n'est troublé ni épouvanté ; mais encore 
il prie pour ceux qui le lapident et assomment. 
Un Marcelin, avec son frère , fiché en gros épieux 
par le commandement de Dioclétien, comme mé- 
prisant ses douleurs et la mort , chanta ce psaume : 
Ecce quàm bonum et quàmjociindum fiabilare fratres in 
iimim(i). Et tant d'autres, non Chrétiens seulement, 
et assurés de la vie éternelle, mais encore païens, 
ont, d'une magnanimité, déprisé la mort. Et le Fils 
de Dieu, le plus magnanime et constant de tous les 
mortels , à la millièmo partie de la constance et 
magnanimité duquel jamais homme n'est parvenu, 
aura-t-il (comme dit Calvin) perdu cœur; et sera- 
t-il tombé en crainte si vile et extrême ? C'est trop 
ignominieusement estimer et parler du Fils de Dieu. 
Mais, sur ce point, voyons la grande ignorance 
et malice de Calvin : pour mieux prouver son dire, 
il change la commune interprétation du mot grec 
Ivkct^eiu , qui , au rapport de tous doctes en langue 
grecque, signifie crainte, prévoyance, révérence 
et piété ; qui est le devoir qu'on doit première- 
ment à Dieu , puis aux parens , et tiercement à 

(1) Ps. CXXXII, V. 1. 



94 VIE DE CALVIN. 

personnes vertueuses et d'autorité. Ce mot aussi se 
trouve, signifiant détournement de ce qui est con- 
tre devoir et raison. Toutefois, il ne signifie pas 
une crainte ignominieuse , et procédant de lâcheté 
de cœur, pour quelque péril imminent ; mais plu- 
tôt une crainte vertueuse , engendrée d'amour et 
révérence, laquelle on porte à quelqu'un pour sa 
dignité et grandeur; ce qui plus manifeste le mot 
èuXajS^?, qui signifie une personne religieuse, vé- 
réconde (1) et honteuse. Mais Calvin a pris ce mot 
en la pire partie d'horreur et tremblement pour 
un péril inévitable , jusqu'à désespoir, à laquelle 
crainte les poètes donnent les adjectifs anxium et 
atrum , c'est-à-dire , plein d'anxiété et de regard 
obscur et ord. Ce que nul saint docteur reçoit avoir 
été en Notre Seigneur Jésus-Christ. 

Une autre grande erreur il commet en sa tra- 
duction , c'est qu'il traduit la proposition «ttô, tout 
autrement que tous les doctes en grec ne la pren- 
nent ; car elle ne se trouve jamais signifiant 'mpl , 
qui veut dire de. Et si on me dit qu'on ne la trou- 
ve aussi signifiant pj-o , comme il y a en la traduc- 
tion commune , je réponds que mieux, valait laisser 
les paroles, comme de long-temps elles sont reçues 
de l'Eghsc, et en commun usage, que les changer 
sans propos, contre l'honneur de Dieu et de son fils 
Jésus-Christ. Et si Calvin eût été si savant et docte, 
que nous veut faire accroire Bèze , il eût pu avoii' 

(1) Férëconde, qui a de la pudeur. 



TIE DE CALVIN. 95 

VU que le mot «Vô se peut interpréter pour ou se- 
lon, comme aVô t«,- îo-jj? oyo-ta? est interprété, ex 
œquis vïrïbm; ainsi, en ce lieu, «Vô tuj i\Aà.pziv.ç, 
qui empêchera que kttô ne soit interprété ex ou 
pro. Davantage, si Calvin avait désir de restituer ce 
lieu en son droit sens, pourquoi, si témérairement 
et audacieusement , il a ajouté au texte un pronom 
mo? car il a dit, qu'i/ fut exaucé de sa crainte, 
combien qu'au grec il ne se trouve ; mais simple- 
ment il est écrit, aVô zn; sulà^etac, pro reverentïa^ 
sans pronom « jtou. J'ai , par aventure , trop pressé 
ce point, y demeurant trop longuement; mais je 
l'ai fait expressément, pour plus clairement mon- 
trer rignorance , ou la malice , ou toutes deux en- 
semble de ce Calvin , lequel Bèze exalte si haut sur 
tous les doctes qui furent oncques. 

Or se voue et dédie qui voudra à sa doctrine, 
et soutienne son hérésie : je dirai ce que je recueille 
de la Sainte-Ecriture , et des sentences des saints 
Pères et Docteurs anciens , les plus proches des 
Apôtres , sur la prière de Jésus-Christ , et sur les 
paroles écrites en l'Epitre aux Hébreux. Et devant 
toute autre chose, convient noter, que ladite Orai- 
son n'est point écrite par témoignage de personnes 
qui les aient ouïes, et y aient été présentes. Car 
ces paroles furent proférées par Notre Seigneur 
Jésus-Christ , sur le mont des Olives , où il n'avait 
mené que trois de ses disciples ; les autres il laissa 
en Getsémanni : et encore , ces trois étaient loin de 
leur Maître, d'un jet de pierre, et fort engravés de 
sommeil. 



96 VIE DE CALVm. 

Le Saint-Esprit donc, par l'inspiration duquel 
ceci a été écrit par vrais et sincères, non contrefaits 
serviteurs de Dieu, a, par cette Oraison, enseigné 
et fait entendre la dignité, magnificence et excel- 
lence de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui (comme 
il est écrit audit cinquième chapitre de l'Epître 
aux Hébreux) , aux jours de sa chair, c'est-à-dire 
vêtu de substance et nature humaine , peu estimé 
des hommes; aussi maltraité par les Juifs que mal- 
faiteur, brigand ou larron , fit prière et oraison de 
la plus profonde et intime partie de son cœur, avec 
larmes à Celui qui le pouvait délivrer de la mort. 
Il ne s'enfuit donc en lointaines provinces, en bois, 
déserts ou cachettes; il ne commanda aux anges , 
ses ministres, d'empêcher l'entreprise de ses en- 
nemis, ni de les aveugler, confondre ou renverser; 
mais il prie son Père, non par crainte vile, fémini- 
ne, pusillanime, pleine de frayeur, et doutance 
d'être englouti, [comme voulant fuir, comme écrit 
Calvin] : ains plutôt s'offrant généreusement à la 
mort, de toute éternité, ordonnée par le Père cé- 
leste, pour la rédemption du genre humain. Et dit 
telles paroles : Père, s'il est possible que ce calice de 
mort se puisse passer sans que je le (joîite, je vous prie 
(juil se passe, et que je ne souffre point la mort. Mais, 
s'il nest possible, voire volonté soit faite et non la 
mienne. En ceci, le Saint-Esprit enseigne que deux 
natures étaient en Notre Seigneur Jésus-Christ , la 
divine et humaine : l'humaine constituée de corps, 
sujette aux nécessités naturelles, et d'àme raison- 



VIF. DE CALVIX. 97 

nable , faisait toutes actions naturellos; appelant 
toutes choses nécessaires à la conservation de cette 
nature , et craignant toutes choses contraires à la 
conservation d'icelle nature; assavoir, les passions, 
afflictions et la mort, qui est la destruction de ladite 
nature luimaine. Or, selon cette nature humaine, il 
craignait la mort. Et en ceci, le Saint-Esprit réfute 
l'erreur d'un Eutychès, abbé en Constantinople , le 
troisième , après Manès et ApoUinaris , qui soute- 
nait que Jésus-Christ n'avait pas un corps humain, 
mais céleste, qui, comme un rayon de soleil , était 
passé par le corps de la Vierge, sans prendre chose 
aucune de sa substance. Et ainsi attribuait a Notre 
Seigneur un corps fantastique et non passible. 

Pour montrer donc , contre les opinions des hé- 
rétiques, que Jésus-Christ était vrai homme et vrai 
Dieu, il fait écrire cette oraison, pour signifier deux 
volontés avoir été en lui , l'humaine , selon laquelle 
il n'eût point vouhi mourir; et la divine, selon la- 
quelle la raison conduite, se conformait au vouloir 
de Dieu. Secondement , le Saint-Esprit , par ces 
paroles, veut donner à entendre la nécessité de la 
mort de cet innocent; sans laquelle la nature hu- 
maine demeurait imparfaite , sans espoir de résur- 
rection. Et pour ce, il disait, s'il est possible; mais 
n'étant possible , il se remet au vouloir de Dieu , 
duquel jamais il ne s'^st parti. Car, comme c'est 
une même puissance et sapience du Père et du 
Fils, ainsi est une même volonté. Celle-ci est la 
vraie et légitime exposition , selon les Pères et 

G 



98 VIE DE CALVIN. 

Docteurs anciens , ortliodoxcs , laquelle les vrais 
enfans de Dieu et de l'Eglise suivent. Or, tienne 
l'autre de Calvin, qui se voudra vouer et consacrer 
à la fausse doctrine et hérésie. 



CHAPITRE XXV. 

En un autre point bien exprès, il montre fort clai- 
rement son ignorance et malice; car je laisse pas- 
ser un grand nombre de contrariétés de sentences 
enseslivres, pource qu'elles ont été remarquéespar 
d'autres. Mais, de cette erreur, je ne pense qu'au- 
cun en ait écrit; c'est sur l'article de foi de la des- 
cente de Notre Seigneur Jésus-Christ aux enfers. 
Or cedit article n'est de moindre importance pour 
la probation de rexcellence et autorité sienne, que 
les autres de sa Nativité, Résurrection et Ascension 
au ciel; ce néanmoins, Calvin l'a voulu supprimer, 
et cacher par malice diabolique, ou par une igno- 
rance trop lourde, ou par les deux ensemble. 

La malice du diable a , de tout temps, été vigi- 
lante contre la gloire de Dieu, et de son Fils Notre 
Seigneur; et a toujours incité quelques orgueilleux 
et ambitieux cerveaux, pour se servir d'eux en tels 
effets : inventant quelque interprétation étrange , 
pour conclure les hérésies, déjà paravant condam- 
nées et rejetées par les évêques saints et ortho- 



VIE DE CALVIN. 99 

(îoxes. Ainsi subtilement il fit parler Arius, et lui 
fit enseigner la même erreur qu'Ebion, Artènie 
et Paul de Samosate , avaient semé contre la con- 
subslantialité du Fils avec le Père ; mais sous au- 
tres termes, pour mieux cacher et couvrir le poi- 
son desdits Ebion , et ses compagnons, qui para- 
vant a été connu et condamné. Ne faisant donc 
point , Arius , mention du mot ùytaâuevo,- , qui 
est à dire de la même substance , il disait que le 
Verbe divin n'était point coétcrncl avec le Père ; 
mais que le Père était devant le Verbe ; com- 
bien que le Verbe , comme il disait , était è? aux 
ovTwv, c'est-a-dire des choses qui n'claïcnt •point; 
comme voulant dire qu'il n'était point des choses 
créées ; par lesquelles paroles il niait sourde- 
ment la divinité de Jésus-Christ. Mais la ruse fut 
connue par un Alexandre , évêque d'Alexandrie , 
et puis condamnée, comme a été dit. Depuis, il fit 
lever un Photinus, prêtre, qui, pour mieux farder 
et masquer sa fausse doctrine , laquelle il voulait 
semer en l'Eglise , vitupérait les Ariens et ortho- 
doxes, condamnant la doctrine des uns et des 
autres : toutefois , il renouvelait l'hérésie d'Ebion , 
et ses compagnons ; car il interprétait ce mot '>^o-/o;, 
en l'Evangile selon saint Jean ^ décret et destination 
de la rédemption de l'homme , et restitution de la 
vie éternelle, par l'homme né de la Vierge. Mais 
cedit Photinus fut réfuté , en sa fausse interpréta- 
tion, par un Basilius, évêque d'Ancyre , province 
de Galatie. 



10() VIF. T)K CALVIN. 

Somme, c'est une ancienne rase de Satan, d'ex- 
<'iter quelques hérétiques qui , par fausses inter- 
prétations de l'Ecriture, cachent l'honneur de No- 
tre Seigneur, et introduisent fausses doctrines en 
l'Eglise. Ce que, en notre temps, nous avons connu 
en Calvin, qui, entre les autres lieux, singulière- 
ment dérobe la gloire de Jésus-Christ, traduisant 
ce mot : // est descendu aux enfers, il a été mis au 
sépulcre: et parce qu'il fut repris, dès l'an 1532, 
par quelque personnage qui lui reprochait que sa 
battologie était trop déshonnète et vicieuse , et 
que c'était assez dit au symbole : // a été mort et 
enseveli, sans y ajouter, a été mis au scpidcre : il 
a supprimé les premiers catéchismes qu'il a pu ; et, 
l'an 1562 , ils furent réimprimés; et, en ces derniè- 
res éditions, il ne fait aucune mention de cette des- 
cente de Notre Seigneur, pour cacher les énormes 
sentences par lui mises aux premières éditions. En 
quoi il montre sa malice diabolique , comme celui 
qui ayant donné un coup de dague h un autre, ca- 
che vitement sa dague , et retire sa main en son 
sein , feignant n'avoir fait le coup. 

Toutefois encore se pourront recouvrer de vieux 
exemplaires des catéchismes, auxquels on trou- 
vera que le ministre interroge l'enfant : « Que veut 
« dire ce qui est ajouté de sa descente aux enfers? » 
A quoi l'enfant répond : < C'est que non-seulement 
« il a souffert la mort naturelle , qui est séparation 
« du corps et de l'âme ; mais aussi que son âme a 
« été enserrée en angoisses merveilleuses, que saint 



VIE DE CALVIM. 101 

«Pierre appelle les douleurs de mort.» Puis le 
ministre demande : « Pour quelle raison cela s'est- 
« il fait , et comment? » L'enfant répond : < Parce 
« (jue ce qu'il se présentait h Dieu , pour satisfaire 
«au nom des pécheurs, il fallait qu'il sentît cette 
« horrible détresse en sa conscience , comme s'il 

< était délaissé de Dieu , et même comme si Diiui 
« eût été courroucé contre lui. Etant en cet abîme , 

< il a crié : Mon Dieu I mon Dieu ! pourquoi m'un-lu 
* laissé?» Puis, peu après il ajoute, «qu'il fallait 
« que Dieu l'aflligeât ainsi, pour vérilier ce qu'a été 

< prédit par Esaie , assavoir : qu'il a été frappé de 
tla main du Père pour nos péchés. * Or, pour r(*- 
futer ceci , je veux commencer par cette dernière 
sentence, c'est qu'il dit que Jésus-Christ a été ainsi 
traité , pour vérifici- le dire d'Esaie. En cette senten- 
ce, il montre son ignorance trop lourde; et la plupart 
de ses sectateurs l'cnsuivent , traduisant plusieurs 
passages de l'Evangile , semblables à celui-ci : Hoc 
autem faclum est, ut impleretur quod diclum est, etc. 
Et disent : « Ceci a été fait, afin que fût accompli ce 

< qui a été dit par le Prophète, etc. > Mais il devait 
avoir observé que le mot ut ne signifie pas toujours 
afin , comme rendant la cause pourquoi une chose 
est faite; mais signifie quelquefois consécution ou 
événement des choses ou prédites , ou subséquen- 
tes , comme nous lisons au Psaume L : Peccavi , 
et malum corani le fcci, ut justificcris, etc. «J'ai pé- 
« ché , et comnïis mal en ta présence , non pas it 
« C('ll<' lin ni ;i celle cause que tu fusses juste; 



102 VIE DE CALVIN. 

< mais il est ensuivi , par mon péché , que ta justice 
« est apparue , et a été manifestée ta constance et 

< fidélité en tes promesses , contre ce que les liom- 
t mes jugeaient de toi : assavoir, que pour mon pé- 
« ché tu m'abandonnerais et chasserais de toi, com- 
« me tu avais chassé et abandonné Saùl , mon pré- 
« décesseur. > Le semblaljle est écrit en i'Epître aux 
Romains , chap. V : Lex siib'mlravit, lit abundaret dc- 
lictiim , c'est-à-dire , « la loi est entrée , ou baillée , 
« non pas afin que le péché abondât davantage ; mais 
« il est advenu que la loi étant donnée aux hommes , 
« le péché a été plus abondant que devant, > 

Tout ainsi faut-il dire que Jésus-Christ a souffert, 
et fait plusieurs choses prédites par les Prophètes; 
non pas afin que les prophéties fussent accomplies : 
mais est advenu, que les prophéties et prédictions 
des saints Prophètes, ont été accomplies en la pas- 
sion et faits de Notre Seigneur Jésus-Christ. Sur 
quoi faut apprendre deux choses concordantes en 
la passion de Notre Seigneur, desquelles saint 
Pierre fait mention au deuxième chapitre des Actes; 
assavoir, le conseil défini et déterminé de Dieu , et 
sa prévoyance qui sont différentes : car aucunes 
choses Dieu avait défini et arrêté en son conseil 
éternel; assavoir, que Jésus-Christ s'humilierait à la 
croix, et souffrirait la mort. Et d'autres choses il 
avait prévu (comme toutes choses futures lui sont 
présentes); assavoir, les injures, blasphèmes, ca- 
lomnies, qui, par les Juifs, seraient faites contre la 
personne de son l^'ils; lesquelles choses il n'avait 



VIE DE CALVIP(. 105 

ordonnées , ni arrêtées en son conseil , et décret 
éternel, mais seulement prévues. Et faut sagement 
distinguer entre le décret et conseil déiini de Dieu, 
et sa prévoyance : ce que l'on peut entendre par 
ce qui advint à Joseph , fils de Jacob, comme l'his- 
toire est en Genèse (1). Il dit à ses frères, après la 
mort de leur père , troublés et craignant que ledit 
Joseph ne se ressentît de l'injure qu'ils lui avaient 
faite : « Ne craignez point; car telle fut l'ordonnance 
t et conseil détini de Dieu, que je vinsse en Egypte, 
« où il avait déterminé de m'exalter, et constituer 
« en dignité ; » combien que ladétermination de Dieu 
n'était pas que ses frères usassent de telle cruauté 
contre lui; ce que toutefois il avait bien prévu. 

Or, touchant la proposition que Calvin enseigne 
et ses adhérens opiniâtrement tiennent, que Dieu 
avait déterminé et délibéré de la chute d'Adam , 
et ainsi de toutes autres choses qui se commettent 
au monde : cela est faux, et jà de long-temps con- 
damné par l'Eglise ; car, quelque excuse couverte, 
ou subterfuge que Calvin et ses adhérens puissent 
trouver, ils ne peuvent nier qu'ils ne disent Dieu 
être auteur de péché. Mais de ceci sera plus am- 
plement traité, s'il plaît à Dieu, en l'œuvre sui- 
vant celle-ci, comme j'ai promis (!2). 

(1) CliapiUe L, v. 19. 

(2) Dans le Iraile de /« rro^'idaiicc . precedeiiunent 
auiioncc. Uu criliquc, aussi connu (|u'inexact, s'esldonc 
trompe quand il a nie que ce Iraile' fût de Bolsec. Voir le 
Piclionnaire de Bayie. arliclc Bolseo, reniar(jue M. 



101 VIE DE CALVm. 

Secondement , il blasphème sourdement contre 
l'honneur et gloire de Notre Seigneur, lui attri- 
buant chose qui ne fut onc , et ne pouvait être en 
lui; assavoir, sijndérèse , remors ^ componction ou 
^ressèment en sa conscience : car lui , bien assuré 
de son intégrité et innocence , demanda aux Juifs : 
« Qui est celui de vous qui me reprendra de pé- 
« ché ? T> (1) Et en un autre lieu, il dit : « Le Prince 
« de ce monde est venu comme pour épier et con- 
« sidérer ce que je suis , et mes actes; mais il n'a 
«trouvé en moi chose aucune répréhensible. » (2) 
Or il faut maintenant parler de la descente de 
Notre Seigneur aux enfers , qui est un des prin- 
cipaux articles de la foi , autant concernant la gloire 
de Jésus-Christ, que l'article de sa Résurrection et 
Ascension au ciel. 



CHAPITRE XXVI. 



La descente de l'Esprit de Notre Seigneur Jésus- 
Christ fut prophétisée par David , au Psaume XV : 
«Tu ne laisseras point mon unie aux enfers, et ne 
« permettras que ma chair sente putréfaction , ou 

(1) Joan. VIII, 46. 

(2) Joan. XIV, 30. 



VIE DE CALVIN. i05 

«tombe en pounilurc. » Lesquelles paroles saint 
Pierre, aux Actes, cliap. II, expose de Jésus-Christ, 
duquel l'âme , descendue aux enfers , ne put être 
détenue aux lieux profonds, sous la puissance des 
princes des ténèbres. Mais, ayant prêché et mani- 
festé la puissance de sa divinité , il retourna glo- 
rieusement , et reprit sa chair et son corps gisant 
au sépulcre ; et ressuscita , présens les gardes du 
sépulcre , malgré les diables et la mort. De sa 
descente aux enfers, et sa prédication faite aux 
défunts, saint Pierre (1) écrit : « Que Jésus-Christ , 
« Notre Seigneur, étant mort selon le corps, et vi- 
«vanl selon l'Esprit, s'en alla prêcher aux esprits 
« détenus en la prison : » c'est-à-dire , en la puis- 
sance de la mort et du diable; prêcha, dis-je, 
aux incrédules et aux justes : laquelle prédication, 
pour le regard de ceux qui avaient été incrédules 
au temps de Noé , n'était faite pour les convertir 
il la foi ; mais les a âprement repris et blâmés , et 
convaincus d'incrédulité. Et pour les justes, a été 
consolation et communication de gloire ; à savoir, 
à ceux qui seulement étaient détenus aux limbes , 
pour les peines du péché originel (2). Le môme saint 
Pierre, plus clairement, a assuré, au chap. IV, 
ladite prédication aux enfers , parlant des médians 
qui vitupéraient les gens de bien qui se retiraient 



(1) Épitre 1"% chap. ÏII, v. 19. 

(2) Ces derniers mois expvimcul uric opinion jiarli- 
culièrc à l'auleur. 



lOT) VIE DE CALVIN. 

des vices et péchés. «Ils rendront compte, dit-il , 
< et raison h Celui qui jugera les vifs et les morts, 
t Pour ce , l'Evangile a été prêché aux morts , 
e afin qu'ils soient condamnés en chair , selon les 
t hommes ; et qu'ils vivent en esprit, selon Dieu, » 
C'est-h-dire que Jésus-Christ, par telle prédication 
faite aux enfers, s'est déclaré et manifesté juge des 
vifs et des morts : h cette fin que les méchans soient 
jugés et condamnés en la chair selon laquelle ils ont 
vécu ; et les justes reçoivent vie éternelle, à cause 
de l'esprit selon lequel ils ont vécu en Dieu. 

Je confesse que cette matière est fort difficile a en- 
tendre ; mais si vaut-il mieux, ne l'entendant point, 
confesser simplement de ne l'entendre , que de 
supprimer la gloire de Jésus-Christ , et exposer sa 
Sainte-Ecriture à contre-poil, pour paraître de n'i- 
gnorer rien, et être un docteur absolu et parfaite- 
ment doué de l'esprit de Dieu ; comme Théodore 
de Bèze s'efforce de le faire croire, par ses jaseries 
et mensonges, trop impudens et effrontés. 

Je pourrais encore mettre en avant beaucoup de 
passages de l'Écriture-Sainte mal traduits , et pi- 
rement exposés par Calvin , en ses œuvres. Mais 
parce que plusieurs personnes de bon esprit en 
ont déjà fait mention ; et que je sais que bientôt en 
doit sortir en lumière, une (1), amplement déclarant 
ses erreurs et ignorance ; aussi , pour n'être trop 
prolixe et fâcheux aux lecteurs de ce présent opus- 

(1) Une œuviv. 



VJE DE CALVm. 



107 



cule , je metlrai fin h ce présent livre , par lequel 
je désire être connues la vie, les mœurs, les ruses 
diaboliques de Calvin , et la mort corporelle , de 
laquelle il passa de ce monde en blasphèmes , 
maugréemens, dépitemens , juremens, et déses- 
poir extrême. Pour lesquelles choses, sa porte fut 
close , et on ne permettait qu'on l'allât visiter, 
pour ne donner occasion d'ouvrir les yeux à plu- 
sieurs pauvres ignorans, qui, trop voués et consa- 
crés h sa doctrine , eussent été informés du con- 
traire qu'ils étaient persuadés. 

Je serre donc cette œuvre ; exhortant les 
humbles et sincères enfans de Dieu et de l'Eglise 
catholique , que ce présent discours leur soit 
un antidote et préservatif contre l'empoisonnée 
doctrine de Calvin , couverte et fardée des ja- 
series de Théodore de Bèzc ; qui veut faire 
paraître un esprit des ténèbres , être un ange de 
lumière , et un loup être im agneau , et un mulet 
être un éléphant. Et prie Dieu que les pauvres 
ignorans et idiots, détournés du vrai chemin de 
salut, et fichés en opinion fausse, par la fraude de 
Satan , puissent ouvrir les yeux de l'entendement, 
et connaître combien ils se sont fourvoyés, et 
comment leur secte s'en va abolissant de jour eu 
jour: davantage, que les entreprises de leurs chefs 
ne prospèrent, mais toujours sont renversées au 
contraire de leur intention ; ce qui signifie claire- 
ment, que Dieu n'est point auteur, ni moteur de tels 
changemons et nouveautés. Aussi, ne leur donne 



108 VIE DE CALVIN. 

point bonne et heureuse issue ; car quelle fin ont 
lait le duc des Deux-Ponts et ses reitres , lesquels 
il amena pour piller, brûler et dérober la France, 
sous couleur de religion ? Plus , les Suisses et 
Genevesans, induits et sollicités par Théodore de 
Bèze , à venir surprendre la ville de Lyon , et le 
pays circonvoisin ; que sont-ils devenus ? Les villes 
de Mâcon , et autres de France , surprises , com- 
ment ne sont-elles demeurées en leur domina- 
tion et puissance, si Dieu leur avait données? Cha- 
telnau , la Renaudie et Villemougis , et les autres 
conspirateurs contre la mort du jeune roi, à Amboi- 
se , induits par la suasion de Calvin ; quelle issue 
eurent-ils, et que devint leur entreprise ? Le succès 
de la honte et mort vergogneuse, laquelle ils reçu- 
rent, furent témoins bien manifestes qu'ils n'étaient 
pas envoyés de Dieu, comme Jéhu pour tuer Joram 
et la lignée d'Achab, comme il est écrit au chapi- 
tre IV du Quatrième des Rois. Poltrot, qui, à la per- 
suasion de Théodore de Bèze, occit traîtreusement, 
à Orléans, le noble, preux et vaillant prince Fran- 
çois de Lorraine, duc de Guise, pourquoi n'échap- 
pa-t-il et fut sauvé , s'il avait été avoué et envoyé 
de Dieu a cette entreprise, comme Dieu sauva Aod, 
ayant tué Eglon , roi de Moab , comme l'histoire est 
bien expresse au chap. III du Livre des Juges? Fi- 
nalement, les ennemis de paix et tranquillité, con- 
jurateurs contre la couronne et tête de leurs rois , 
auxquels ils avaient fait hommage, et juré obéissance 
et lidélilé, connnent leur en pril-il le jour saint 



VIE DE CALVIN. iOî> 

Barthélémy, l'an de grâce 4572? Je ne veux pas 
approuver les massacres de plusieurs gens de bien 
innocens; qui, par malice diabolique et fraude sa- 
lanique, se firent trop cruellement en certains lieux 
et villes de France (1). Mais je dirai bien assurément 
quelque chose, qu'en sentent et écrivent aucuns de 
la secte calvinienne , que promesse ne doit être 
tenue, à ceux (juï font contre leur promesse , devoir et 
fo\.{^) _ 

Je prie toutes sortes et conditions de gens, 
vraiment conduits par l'Esprit de Dieu, de faire 
oraisons dévotes et continues. Que Dieu donne à 
son Eglise des vrais docteurs, et légitimes pasteurs; 



(1) Ce que railleur ajoute ici, est Irès-sage; ce qu'il 
vient de dire auparavant, du 24 août 1572, est de trop, 
parce qu'il est difficile, avec quelques mots qui tombent 
en passant de la plume, de ne pas s'exprimer mal sur un 
pareil eve'nement. 

On prie ceux qui voudraient appre'cier ce fait histo- 
rique, plein de questions si graves, avec toute la cons- 
cience qu'un honnête homme se doit à lui-même au- 
tant qu'aux autres; on les prie, dis-je, 1° d'avoir sous les 
yeux les pièces contemporaines pour ou contre; 2° de 
faire à chacun sa juste part, sans acception de person- 
nes, d'opinions, etc. . .; 3" d'étudier surtout, dans l'his- 
toire de cette triste e'poque, les douze années antérieu- 
res, en me'ditant cette parole du Sauveur : « Que celui 
« qui est sans pe'ché jette la jiremière pierre. « 

(2) En effet, dans les traites, l'infidélité d'une partie 
dégage l'autre, en bonne justice. Ce sens particulier est 
vrai, et l'on voit que c'est celui de l'auteur ; mais sa ma- 
nière de s'exprimer est trop ge'ne'rale. 



i 10 VIE DE CALYIX. 

qui, sincèrement , enseignent le chemin de salut , 
et repurgent le champ de l'Eglise de toutes erreurs 
et abus. Semblablement, qu'il donne à notre roi et 
h tous rois et princes de la terre, son Saint-Esprit 
et sapience, pour entendre sa sainte et juste volon- 
té ; grâce d'y obéir, et de contenir leurs sujets en 
sa crainte et vraie religion. Pour conclusion, A no- 
tre Dieu , Créateur, Rédempteur et Sauveur, soient 
gloire , honneur et louange éternellement ! Ainsi 
soit-il. 



FIN. 



THEODORE DE BEZE. 



ÎIISTOIRE 



LA VIE, MOEURS, DOCTRINE ET DÉBORDEMENS 



TH. DE BÈZE, 

Dit le Spcctable et ginncl Ministre de Genève : 

PAP, v. j.-n. lioisrx, 

rhcolo^'ieu et Méileciii à lyoïi. 



AUX 

MAG.MFIOÎJES ET IIOXOIîÉS SEICrvEURS SVNDICS 

ET ASSISTAîV'S 

DU PETIT ET GRAND CONSF.IL DE LA VILLE DE GENEVE, 

DÉSIUE SALUT, 

SAl'IEKf.E ET ASSISTANCE DU SAINT-ESPRIT, 

J.-H. BOLSEC, 

THÉOLOGIEN ET WtPECIN, 

LEUa 

BON ET SINCÈRE AMI. 

JDe ce très-haut cl très-parfait Seigneur, infini en 
puissance , inconipréhensijjle en sapience , incom- 
parable en justice et en clémence , douceur, 
J)onté , et miséricorde inénarrable , il n'est licite 

H 



1 14 VIE I)E BÈZE. 

de penser, ni parler, ou écrire choses aucunes, 
magnifiques et honorés Seigneurs , sinon selon 
que lui-même nous a fait entendre et connaître 
par ses propres œuvres , et par sa sainte Pa- 
role , laquelle il nous a renouvelée par ses saints 
Prophètes et l'Ancien Testament ; puis par son 
Fils unique , Notre Seigneur et Rédempteur ; 
finalement , par ses Apôtres et Disciples. Le 
tout confirmé et arrêté par la seule légitime 
Épouse , qui est l'Église catholique , mère de 
tous les enfans de Dieu , vrais et sincères Chré- 
tiens. Or, tant par ses œuvres que par sa sainte 
Parole, il nous fait clairement entendre , que , sur 
toutes choses, il prend plaisir et délectation en 
union , paix , concorde et charité : au contraire , 
que division, schisme, discorde et inimitié, lui 
sont très-déplaisantes. Par ses œuvres, il nous a 
cela manifesté , dès la création du monde , en la- 
quelle , de toutes les espèces des créatures , des- 
quelles il voulut être grand nombre ; il en créa in- 
finies (comme on peut voir) d'étoiles, d'animaux et 
de plantes. Mais du genre humain qui était son 
chef-d'œuvre, et pour l'utilité, même pour la dé- 
lectation duquel toutes autres choses furent créées, 
il n'en produisit qu'un seul homme ; et de cestuy, 
il en forma la femme; puis, des deux, ordonna être 
faites les multiplications dudit genre humain . Duquel 
son plaisir était , que toute la terre fût habitée et 
remplie. Par cela, signifiant qu'il voulait être, entre 
lesdits hommes , une mutuelle paix , union , con- 



VIE DE BÈZE. 115 

corde et amitié ; comme entre frères descendus 
d'un seul tronc et source. Encore plus, fit déclara- 
tion de ce , par la structure et composition du 
corps humain. Car il n'y a partie en icelui, qui ne 
soit conjointe à l'autre, par telle connexion et ar- 
tifice , que nécessairement l'une sert à l'autre , 
s'cntredonnant secours incontinent qu'il en est be- 
soin ; obéissant les organes inférieurs au vouloir 
des supérieurs , sans aucune rctardation ou con- 
tredit. 

Mais , touchant sa Parole et commandemens, il 
est certain que toute la Loi ancienne , et la doc- 
trine des Prophètes , consiste en ces deux points , 
d'aimer Dieu sur toutes choses , et le prochain 
comme soi-même. Ce que Notre Seigneur Jésus 
nous testifie, et a désiré être entre tous vrais Chré- 
tiens et sincères enfans de Dieu : comme il appert 
au septième chapitre de l'Evangile selon saint 
Jean, où il prie son Père, « que comme eux deux 
« ne sont qu'un en substance, en volonté et dilec- 
« tion : ainsi les siens, assavoir ceux qui croient en 
« lui , ne fussent qu'un, unis , et conjoints en une 
« confession de foi , en profession d'extérieures 
« cérémonies sacramentelles, dilection mutuelle et 
« charité. » 

Mais l'Esprit apostat, qui, de sa propre malice, 
se partit de l'obéissance de son facteur(l), par l'en- 
vie qu'il a (2) à la félicité de l'homme, auquel Dieu 

(1) Fadeur, ci'éaleur. 

(2) Qiiil a, pour qu'il porte. 



1 ir> VJE DK BÈZE, 

portait singulière all'ection, ne cessa oiic de contre- 
dire au vouloir de Dieu, et de travailler pour 
rompre cette paix et union, requise entre les hom- 
mes; même de les rendre ennemis de leur Créa- 
teur. Ce qu'il fit, premièrement, par le moyen de la 
femme , laquelle il suborna et induisit à faire pé- 
cher son mari : de laquelle transgression naquit mort 
corporelle et spirituelle , qui emportait une dam- 
nation et bannissement éternel de la grâce de Dieu , 
et une servitude perpétuelle du très-cruel tyran in- 
fernal. A quoi infinie miséricorde de Dieu donna 
remède incontinent à Adam et à sa postérité , lui 
promettant qu'il enverrait un Libérateur, né de la 
semence humaine miraculeusement par la vertu 
divine, innocent, très-pur et saint, qui, n'étant 
sujet à mort, s'exposerait, de son bon gré, à souf- 
frir mort, pour délivrer le genre humain de la 
mort et tyrannie du prince des ténèbres; en la- 
quelle promesse, se confiant Adam et ses enfans, 
furent reçus en la grâce de Dieu^ et remis en leur 
liberté. 

Le même ennemi de Dieu , de l'homme et de 
paix , redouljla sa malice ; et trouva plusieurs 
moyens pour faire oublier cette promesse de Dieu, 
et détruire cette confiance en la promesse divine. 
Plus , détourna les enfans de l'obéissance et en- 
seigncmens paternels , les induisant à noises , dé- 
bals et violence , les uns contre les autres. Finale- 
ment, introduisit cauteleusement, par fraudulentes 
apparitions , pluralité de dieux et diverses sectes 



VIE DE BÈZE. i 17 

d'opinions entre les hommes; même entre le peu- 
ple judaïque, auquel Dieu, de spéciale grâce, avait 
plus donné de connaissance de sa divinité et misé- 
ricorde. Cet ennemi de paix et union, suscita faux 
prophètes et docteurs, par lesquels ledit peuple de 
Dieu fut ordement(l) suborné et divisé, comme par 
les histoires des livres des Rois nous est lestifié. 
Contre ces faux prophètes et ministres de Satan , 
Dieu, constant en ses promesses, opposa aucuns 
siens serviteurs ; et, entr' autres, un excellent per- 
sonnage en vertu et intégrité de vie , irrépréhen- 
sible devant les hommes, et surtout fervent zéla- 
teur de la gloire de Dien, appelé Hélie, qui vive- 
ment remontra, tant au Roi qu'au simple peuple 
abusé, qu'il ne fallait clocher de deux côtés, n'être 
divisés en plusieurs sectes et opinions ; mais qu'il 
convenait être tous vrais , conjoints et conformes 
en une sincère religion d'un seul vrai Dieu, sui- 
vant sa sainte Loi et ordonnance , par lui donnée 
et commandée. 

Pour lors, les faux prophètes et prêtres de Baal 
occis et exterminés, le même Satan, père de men- 
songe, auteur de schisme et divisions, introduisit 
en ce peuple d'Israël sept sectes d'hypocrites, tous 
confessant un seul Dieu , et observateurs (comme 
ils se vantaient) de la loi mosaïque ; toutefois , di- 
visés en opinions particulières, et sourdement por- 
tant malévolence et inimitié les uns aux autres, el 

(1) Orcieme/i( , honicusemeni. 



118 VIE DE BÈZE. 

s'estimant plus parfaits en leurs sectes. Egésippe, 
très-ancien et vénérable auteur chrétien , nomme 
lesdites sectes, Jesséens, Galiléens, Hémérobap- 
tistes , Mahuthéens , Samaritains , Sadducéens , et 
Pharisiens ; par lesquels icelui Satan suscita , en 
ce pauvre peuple, grands troubles, disputes, con- 
troverses et divisions. Mais depuis la venue du Fils 
de Dieu en ce monde , et après la prédication de 
l'Evangile ; par laquelle Dieu voulut réunir tous les 
enfans d'Adam en unité de foi , d'espérance et de 
charité, comme descendus, d'origine, dudit seul 
père terrien , rachetés par le mérite d'un seul Ré- 
dempteur, élevés en une seule espérance d'une vie 
éternelle ; pour lesquels respects (1) leur fallait être 
unis en une confession de foi, observation de mê- 
mes Sacremens et cérémonies ; plus, conjoints en 
une même dilection, amitié, paix et charité. Lors, 
d'autant plus s'efforça l'ennemi de Dieu et de 
l'homme , le père et auteur de troubles et divi- 
sions , d'obscurcir la vraie et sincère doctrine de 
vérité , par aucuns siens superbes et arrogans mi- 
nistres, qui, à son instigation, excitèrent entre les 
Chrétiens vaines disputes et propositions sur les ar- 
ticles de la Foi , et sur la pure Parole de Dieu. 
Dont l'Eglise de Notre Seigneur fut en très-grands 
troubles et divisions. Le premier de tous ces trou- 
bleurs , membres et instrumens de Satan , fut un 
Évêque (2), outrecuidé et opiniâtre, appelé Thébu- 

(1) Respects, considëralîons, 

(2) Thébulis était seulement un piétendant au sie'ge 



VIE I»E BÈZE. 119 

lis. Après lequel s'élevèrent plusieurs autres , qui 
excitèrent diverses hérésies sur l'humanité de No- 
tre Seigneur Jésus-Christ. Autres, contre la con- 
substantialité et coéternité du Verbe divin avec le 
Père. Aucuns niant apcrtement, autres couverte- 
ment, les uns la nature divine, les autres la nature 
humaine en Jésus-Christ (1) 

J'omets les autres hérétiques et leurs errcuis ; 
d'autant que le nombre en est plus grand, que ce 
petit traité ne requiert lui être inséré. Mais je vous 
prie, Messieurs; considérez quelles erreurs et blas- 
phèmes de ce peu par nous récité , sont maintenus 
et enseignés es écoles , et prêches es chaires po- 
pulaires de votre ville de Genève , au lieu de pure 
et saine doctrine , par vos ministres qu'estimez 
prophètes de Dieu , non moins doués de la vertu 
céleste et illuminante du Saint-Esprit, que les Apô- 
tres de Notre Seigneur Jésus-Christ. 

Quant à Basilide et les autres , lesquels défen- 
daient de croire en Jésus-Christ crucifié , ne sont-ils 
pas imités par vos ministres , lesquels ne veulent 
dresser aucune adoration à la personne de Notre 
Seigneur Jésus-Christ, de peur, disent-ils, d'adorer 
la créature au lieu du Créateur ? En ceci , ils nient 
la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ , quand 
simplement et nuement , ils appellent la personne 

episcopal de Jérusalem, qui suscita des he're'sies, parce 
qu'il n'avait pas e'te' nomme. 

(1) Ici nouvelle e'uume'ralion d'anciennes he're'sies, 
supprimée par le même motif tjue la pre'ce'dente , p. 2. 



420 VIE DE BÈ2E. 

d'Icelui , créature. En après (1) , selon leur même 
doctrine , la foi et confiance que l'Eglise a en Jé- 
sus-Christ, est une partie de l'adoration chrétienne 
due à Dieu. Puis donc qu'ils ne veulent pas qu'on 
adore de telle adoration la personne de Jésus- 
Christ , en laquelle sont inséparablement l'une et 
l'autre nature , divine et humaine , il s'ensuit qu'ils 
ne veulent pas que les hommes croient en lui , et 
qu'ils aient et fichent en lui leur foi et fiance (2) : ce 
qui est contre l'article second un Symbole de la 
Foi chrétienne , extrait de la doctrine apostolique , 
lequel nous enseigne de croire en Jésus-Christ , le 
Fils de Dieu et notre Rédempteur. 

En second lieu, ils ne s'éloignent pas de l'er- 
reur vilaine de Carpocrate , lequel voulait que 
pour avoir accès et entrée au ciel , on se souillât 
en toutes sortes de péchés. Car, ôter la confession 
auriculaire et Sacrement de Pénitence ; moyen de 
reconnaître les péchés qu'on a commis et la gravité 
d'iceux, pour en avoir horreur, en concevoir haine 
perpétuelle , et se réunir h Dieu : quant à ôter , 
dis-je, ce Sacrement, qu'est-ce autre chose sinon 
enseigner, et donner cours h une licence effrénée 
de pécher, et s'adonner à toute souillure et de 
corps et d'âme? Vous alléguez l'œil de votre Con- 
sistoire ; mais il est trop mou et rebouché , pour 
voir clair aux cachettes où se commettent les pé- 



(1) En après, ensuite. 

(2) Fiance^ confiance. 



VIE DE BÈZË. iâl 

chés couverts et cachés. Quand les paillardises se 
commettent en vos maisons , quand vos bourgeois 
et bourgeoises se souillent d'adultères, et d'autres 
pèches énormes, soit de fait ou d'ardent désir et 
affection (caria convoitise est péché ; combien que 
la simple concupiscence, c'est-à-dire la faculté de 
convoiter ne le soit pas) : quand , dis-je , ils se 
polluent en telles vilenies, autant qu'ils se peu- 
vent couvrir, votre Consistoire n'y voit goutte. S'il 
sourd (1) quelque doute de leurs faits, ils le nient; et 
cependant demeurent toujours en leurs péchés, et 
continuent toujours de mal faire, aussi long-temps 
qu'ils ne sont point découverts. S'ils meurent en 
tel état , ils meurent en péché mortel, sans décou- 
vrir leur mal, sans satisfaction d'icelui, et sans 
obtenir absolution; car l'absolution ne se donne 
qu'après la confession du péché, après le déplaisir 
de l'avoir commis, et satisfaction d'icelui. 

Par ainsi , la paillardise et autres péchés , soit 
de fait ou de consentement, se nourrissent et con- 
tinuent entre vous, aussi long-temps que votre Con- 
sistoire n'en sait rien. Et pourquoi? C'est d'autant 
que ceux qui pèchent , en quelque sorte que ce 
soit , devant ou après le péché commis , ne pen- 
sent point au compte qu'il en faut rendre , et re- 
connaissance qu'il en faut faire devant les prêtres 
de Dieu ; auxquels la charge de lier ou délier en 



(1) Som-dre, mol encore usilo, pour exjMimer lacUou 
fVuuç source qui se fait joui'. 



422 VIE DE BÈZË. 

lerre est commise, avec promesse que l'ordon- 
nance qu'ils en feront sera ratifiée au ciel. Us de- 
meurent en leur mal, et y pourrissent, sans qu'on 
leur applique aucune médecine , sans qu'on leur 
fasse aucune honte , qui leur fasse concevoir une 
haine et horreur du péché. 

La doctrine donc de vos ministres, soit Calvin, 
Bèze ou autres, et la discipline qu'ils vous ont pres- 
crite , est pour appâteler (1) les hommes à se vautrer 
aux vices, pourvu que ce soit secrètement; car, 
selon que les hommes sont enclins à abuser de la 
longue attente et patience de Dieu , ils ne se don- 
nent pas peine de s'abstenir des vices , quand on 
leur a persuadé qu'il ne faut point rendre compte 
à l'EgUse, devant les prêtres de Dieu , des péchés 
commis secrètement. Et par ainsi , elle ne diffère 
de l'erreur de Garpocrate, que de forme et ma- 
nière, et non de substance ; car Garpocrate ensei- 
gnait ces blasphèmes manifestement et directe- 
ment , sans rien déguiser ; et Galvin et ses secta- 
teurs l'enseignent obliquement, eux se déguisant 
en anges de lumière , et le mensonge en apparence 
de vérité. 

La doctrine et discipline de l'Eglise chrétienne,^ 
catholique et apostolique , dite romaine , selon 
qu'elle est procédée de Dieu, par l'œuvre du 
Saint-Esprit, et ministère de ses Prophètes et Apô- 
tres, est très-sainte , utile et nécessaire h l'homme 

(1) Jppàicler, appâter. 



VIE DE BÈZE. 123 

pour son salul. Car, par le moyen de ce Sacrement 
de Pénitence, et confession privée en l'oreille du 
prêtre de Jésus-Christ, celui qui a péché, après 
s'en être confessé , et avoir reçu les remontrances 
et instructions à lui faites (qui ont beaucoup plus 
de poids et d'efficace que les générales) , premiè- 
rement conçoit haine et horreur contre le péché , 
propose de s'en abstenir et l'éviter; mais ayant 
reçu l'absolution, selon que Notre Seigneur Jésus- 
Christ l'a ordonnée en son Eglise , et en a baillé 
l'autorité à ses prêtres , il s'en retourne en sa mai- 
son avec une conscience joyeuse , consolée et con- 
tente. Toujours, néanmoins, se déplaisant d'être 
tombé en tel ou tel péché , et avoir transgressé la 
Loi de son Dieu ; tellement, qu'il ne remporte point 
une conscience stupide , ains aiguillonnée du sen- 
timent de sa faute , et de l'appréhension du juste 
et droit jugement de Dieu contre le pécheur. Et 
néanmoins, ne tombe en désespoir pour tel aiguil- 
lon et appréhension ; ains sa conscience , relevée 
par l'absolution , qui lui est donnée , et exécution 
de la satisfaction qui lui est ordonnée , avec pro- 
pos de mieux faire à l'avenir, se remet et confie 
du tout en la très-abondante miséricorde de Dieu. 
Nous pouvons dire cela , comme il est très-vérita- 
ble , que par ce moyen maintes personnes , moins 
que de leur devoir zélées de l'amour de Dieu, sont 
retenues de pécher, pour la honte qu'elles auraient 
de se confesser d'une énormité par elles commise. 
Voilà comment la bride do mal faire est tenue 



124 VIE DE BÈZE. 

fort courte en l'Eglise; mais, entre vous, elle est 
tellement lâche , que vu le petit nombre que êtes , 
il y advient plus de scandales sans comparaison , 
qu'entre les Catholiques , qui surmontent votre 
nombre infiniment. Et outre plus, le pécheur 
s'abstient plus entre vous par crainte , que par 
honte et amour de la vertu ; et par crainte du sup- 
plice temporel , que du supplice éternel ; en sorte 
qu'entre vous l'homme est plus craint que Dieu. 
Ce qui n'est aucunement chrétien ni religieux , 
ains est une espèce d'athéisme et brutalité. 

Quant aux autres hérétiques , dont j'ai par- 
lé (I), vos ministres conviennent et s'accordent 
avec eux. Premièrement, en ce qu'est de l'ar- 
ticle de la très-sainte , indivisible et ineffable 
Trinité ; car quand Calvin et tous vos prédi- 
cans après lui , disent que le Fils , seconde per- 
sonne en hypostase de la Trinité , a son être de 
soi-même, et non du Père; et le Saint-Esprit sem- 
blablement; n'est-ce pas diviser Tunique et simple 
Essence divine en trois , et faire , par ce moyen , 
trois dieux et trois principes, comme Cerdon , 
Marcion, etc., et nier, avec Arius, que le Fils 
et le Saint-Esprit soient une même essence et na- 
ture avec le Père ? Quand , semblablement, ils dé- 
nient à la personne de Jésus -Christ l'adoration 



(1) Texte : que j'ai notnmës. On a fait ce change- 
ment de nuUe importance, à cause de la suppression, 
liage 119. 



VIE DE BÈZE. i25 

due à Dieu, n'est-ce pas nier, avec Cerinthe , 
Ebion , etc. , la Divinité de Notre Seigneur Jésus- 
Christ; c'est-à-dire nier que Jésus-Christ de natu- 
re soit Dieu, et qu'en cette sienne, unique et 
même personne , il y ait , inséparablement unies , 
deux natures , assavoir, divine et humaine ? Car, 
puisque Jésus-Clnist est Dieu et homme en une 
seule et même personne , on ne doit pas dénier hi 
vraie adoration due à Dieu à cette sienne seule et 
môme personne , où halîite corporellement toute 
plénitude de Divinité. 

En après, quand Calvin , Bèze, et tous vos pro- 
phètes instruits de ces deux, enseignent que le 
Sacrement du Baptême est un signe tellement nu 
et vide, qu'il n'a aucune vertu de conférer grâce , 
est-ce pas remettre en vogue l'erreur d'Artemon , 
de Paul de Samosate , et des Manichéens. Sembla- 
blement , quand ils nient le franc arbitre de l'hom- 
me , et que de la prédestination ils veulent tirer 
une nécessité fatale en toutes les actions humaines, 
qui concernent le salut ou la damnation de l'hom- 
me , ne conviennent-ils pas avec tous ces hérésiar- 
ches , pour faire, comme eux, Dieu auteur du mal, 
du péché et de la perdition des hommes; voire, 
jusqu'à dire que Dieu a créé ime partie du genre 
humain , expressément pour la danmer ? Et puis , 
quand Calvin, Bèze, et les autres de même farine, 
qui vous abusent à votre condamnation aussi bien 
qu'à la leur, ne veulent pas qu'on bâtisse des 
temples , et qu'on dresse des autels à Dieu, sous 



i26 VIE DE BÈZE. 

les noms des saints Apôtres et Martyrs, n'ensei- 
gnent-ils pas le même que les Manichéens ? Saint 
Augustin, lequel enseignait l'Eglise, il y a environ 
douze cents ans , reprochait cette erreur aux Ma- 
nichéens de son temps ; tellement que , bâtir des 
temples, et dresser des autels à Dieu, sous le nom 
des saints Apôtres et Martyrs, n'est chose nou- 
velle, ains pratiquée dès Tenfance de TEglise, par 
les premiers docteurs et pasteurs d'icelle : ce que 
vos docteurs , contre l'orthodoxe antiquité , avec 
une furie donatiste , vous ont fait abattre et ruiner. 
De sorte que Dieu n'a plus d'autel entre vous , ni 
prêtres sacrés , qui , pour votre salut , selon son 
ordonnance, lui puissent sacrifier. 

Voilà, Messieurs, l'Evangile et pure doctrine 
qui vous est annoncée. Voilà la Ré formation et 
discipline qui vous est prescrite. Voilà les erreurs 
détestables , et blasphèmes exécrables contre Tu- 
nique, toute puissante, éternelle et infinie Essence 
divine ; contre la Personne de Notre Seigneur, 
Sauveur et Rédempteur Jésus- Christ, le Verbe 
divin , éternellement engendré du Père ; contre la 
pure Parole divine ; contre les mystères de notre 
salut et rédemption , et contre toute la gloire de 
Dieu; qui sont journellement dégorgés par vos 
ministres prédicans , dedans votre ville , en votre 
présence , et desquels vous êtes fauteurs et défen- 
seurs , peut-être sans y penser, pour n'avoir l'in- 
telhgence de matières tant célestes, spirituelles et 
divines, et de tel poids et importance. Car l'hom- 



VIE DE BÈZE. 427 

me animal et sensuel ne comprend rien de ce qui 
est de Dieu et de son salut. 

Vrai est que ceci vous a été souvent remontré, 
et vous avez été duement avertis de votre mal et 
misère à venir, si ne venez à résipiscence , tant par 
ceux qui , par la grâce et assistance divine , sont 
demeurés constans en la Foi chrétienne et vraie 
Eglise Apostolique et Catholique de Notre Seigneur 
Jésus-Christ, que par ceux qui , ayant été séduits 
comme vous , avaient aussi pris place entre vous ; 
mais depuis , reconnaissant leur faute , et le mal- 
heur qui la suivait , ont remis leur robe à l'endroit ; 
et, vous délaissant , sont retournés au giron de leur 
vraie mère TEglise catholique et apostolique. Vous 
savez comment, de ma part, je m'en suis acquitté 
envers vous, quand Tan de notre salut 1552, en 
publique congrégation , présent ledit Calvin et ses 
compagnons, vos ministres, au temple de St.-Pierre, 
je le remontrai chrétiennement , par autorités ex- 
presses de la Sainte-Ecriture , des Pères anciens ; 
et espère encore plus clairement le faire entendre 
à tous ceux qui , conduits de l'esprit de Dieu et de 
bon zèle , désirent sincèrement Tintelligence de la 
pure vérité , et ne se vouent ou dédient aux opi- 
nions des faux docteurs , séducteurs , ministres du 
père de mensonge. 

Or, après cesdils hérétiques, vint le Breton 
Pelage , qui , avec deux siens adhérens , semèrent 
une fausse doctrine contre la grâce de Dieu. En- 
suivirent, depuis, infinis cerveaux ftintastiques , 



428 VIE DE BÈZE. 

qui, émus et poussés de l'Esprit auteur de dis- 
cordes et divisions, levèrent diverses opinions schis- 
matiques sur la procédure (1) du Saint-Esprit ; 
autres sur Tinvocation des Saints ; plus , sur la 
prière pour les trépassés ; et plusieurs semblables 
vaines curiosités, qui n^apportèrent que divisions 
et disputes inutiles contre les fidèles , et qui ne ten- 
daient qu'à rompre la paix et union de l'Eglise. Et 
toutes ces mêmes frivoles disputes et controver- 
ses se sont à présent rafraîchies et ramentues (2) à 
la suasion dudit père de discorde , par certain am- 
bitieux , superbes , opiniâtres et ignorans , comme 
est la pluralité de tels gens ; contre lesquels plu- 
sieurs personnes doctes de ce temps ont écrit et 
écrivent incessamment. 

De toutes ces ruses de Satan fut averti saint 
Paul, qui , écrivant aux Corinthiens, en fonzième 
chapitre de la première Epître , dit ces paroles 
expresses : « Je crains que , comme le serpent a 
« déçu Eve par son astuce , ainsi vos sens et esprits 
« ne soient corrompus et détournés de la simplicité 
« qui est en Jésus-Christ. » Or, à présent, qui est 
la vieillesse du monde , il semble que toutes les 
puissances infernales , aient ramassé et radoubé 
toutes leurs fraudes et cautèles pour renverser la 
paix, tranquillité, amour et union requise de Dieu, 
entre les enfans de l'Eglise, et membres de Notre 



(1) Piocédure, procession. 

(2) Ramenlti, remis en mémoire. 



VIE DE BÉZE. "129 

Seigneur Jésus-Christ. Je laisse aux seigneurs tem- 
porels et aux prélats spirituels, la connaissance et 
correction des vices et corruption des mœurs, en 
toute condition et états qui sont à présent sur la 
terre, même entre ceux qui s'attribuent le titre de 
chrétienté , qui passent les infidèles en tous genres 
d'énormités et turpitudes. Ce qui menace de quel- 
que proche changement , et d'une Visitation de la 
sévère justice de Dieu , tant sur le commun peuple 
que sur les supérieurs trop négligens et endormis 
en leurs voluptés et dépravées affections , au grand 
mépris et contemnement (1) de la gloire de Dieu, 
et du devoir de leur office. 

3Iais je m'arrête sur le malheur advenu mainte- 
nant entre les Chrétiens. Car, par l'astuce de Sa- 
tan , quasi toutes les hérésies et opinions schisma- 
tiques, qui, depuis la prédication de l'Evangile, 
ont troublé les enfans de l'Eglise, réfutées et con- 
damnées par les saints Pères et Docteurs anciens , 
plus proches des Apôtres, semblent être remises 
et rapportées à présent; tant, qu'on voit, par ma- 
nière de dire, quasi autant de diversité d'opinions 
que de cerveaux. Aucuns sont Luthériens , autres 
Hussites, autres Wicléfistes, autres Zwingliens, 
autres OEcolampadiens , autres Mélanchthoniens , 
autres Donatistes , autres Anabaptistes , autres 
Calvinistes. Outre lesquels, depuis deux ou trois 
ans en çà , se sont levés en Angleterre et Hiber- 

(1) Contemneinenl, dt'daiu et mépris affecté. 
I 



130 VIE DE BÈZE. 

iiie(l), les Puritains sortis des cloaques d'enfer; et 
sont tous ditférens en opinions, cérémonies et tra- 
ditions; voire d'affections contraires, et intérieure- 
ment ennemis ; chacun estimant sa secte plus par- 
faite que les autres; combien qu'en une chose 
seule ils sont accordans, c'est de contredire, ré- 
sister et détruire la supériorité et dignité de tous 
temps ordonnée et baillée de Dieu aux Prélats et 
Pasteurs de l'Eglise, selon Tinstitution divine. 

Mais cette outrecuidance, arrogance et présomp- 
tion, a été de tous temps remarquée en tous les 
hérétiques et schismatiques qui furent onc ; comme 
témoigne saint Cyprien , évêque de Carthage, qui 
fut martyrisé pour la foi , vivant l'an de notre salut 
258 et 259 : sur quoi je suis content de mettre ici 
ses paroles expresses , écrites en son Epître LXV'', 
à Rogatien : Hœretïcormn hcec sunt initia et ortus , 
et conatm schismaticorum malè cogitantium , ut sibi 
placeant, ut Prœpositum super bo tumore contemnant : 
sic de Ecclesiâ receditnr^ sic altare proplicmmn foris 
coUocatur, sic contra pacem Cliristi et ordinationem 
atqueunitatem Dei rebellatur .Ce&l-Si-dire : «Lesconi- 
« mencemens et origines des hérétiques , comme 
« aussi les efforts des schismatiques malins, sont de 
« se plaire à eux-mêmes , et de dépriser, par or- 
«gueilleuse arrogance, le Prélat ou supérieur. En 
« cette manière on se sépare de l'Eglise ; ainsi 
« autel profane est colloque dehors ; ainsi on re- 

(1) Hibernie, Irlande. 



VIE DE BÈZE. 131 

« belle contre la paix du Christ, contre la consii- 
< tution et union de Dieu. » On trouve aussi en ce 
temps des Athéistes et des Achrists(l), qui, sous 
leurs chapeaux , sourdement se moquent du Vieil 
et Nouveau Testament ; et ne laissent pour cela , 
tant sont pleins d'ambition et d'avarice , mères et 
sources de tous maux , de convoiter et briguer très- 
chaudement les dignités et bénéfices ecclésiasti- 
ques. Contre telle manière de gens, j'ai dressé un 
opuscule, qui (si Dieu me laisse encore quelque 
peu de temps en ce bas monde ) sera mis en lu- 
mière ; auquel ils seront peints et décrits si au vif, 
de leurs propres couleurs, qu'il sera aisé de les 
connaître sans les nommer. 

Deux sortes de personnes condamnent ce mien 
labeur et entreprise, desquels aucuns sont voués et 
dédiés aux docteurs schismatiques , et sont telle- 
ment liés et consacrés à leurs docteurs , qu'il leur 
en prend tout (2), ainsi qu'aux sectaires des sciences 
et doctrines profanes anciennement. Car, comme 
ont bien remarqué les docteurs plus sincères , sin- 
gulièrement Galien en son livre des Sectes , tous 
ceux qui laissant raison et vérité , s'adonnent et ap- 
pliquent leur affection à quelques précepteurs sou- 
tenant opinions erronées , sont tellement enchan- 



(1) Achrist, homme sans Cluist ; mot qui rdpond à ce- 
lui de Athée ou Athéiste , homme sans Dieu. 

(2) Que toul en dépend pour eux. On dit encore au- 
jourd'hui , Bien lui prend. 



i52 VIE DE BÈZE. 

tés , qu'ils porteraient plus facilement la perte de 
leurs biens temporels , de leurs pays , de leurs pa- 
rens et de leurs enfans même , que la destruction 
ou ruine de leurs docteurs, et de la secte à laquelle 
ils se sont consacrés. Je suis bien certain , et sou- 
vent j'ai fait expérience, h mon très-grand dommage 
et péril de ma vie , de l'inimitié laquelle me portent 
tels gens, pour avoir contredit à leiu^s docteurs, et 
réfuté leur pernicieuse doctrine. Mais j'ai im bon 
garant et protecteur, qui toujours jusqu'ici m'a, 
par sa sainte providence et grâce, délivré de leurs 
mains et embûches, auquel je rends incessamment, 
en mon cœur, actions de grâces, et à qui soit gloire 
éternellement. 

Les autres, qui n'approuvent ce mien labeur 
d'impugner(l) les hérétiques et méchans, sont les 
sages du monde , disant que je me devais occuper 
en ma vacation de médecine, et laisser, comme on 
dit par commun proverbe, le moutier (2) où il est, 
et l'eau aller aval (5), sans me travailler des faits d'au- 
irui , et acquérir maies (4) grâces et inimitiés. Mais, 
pour réponse à telles opinions, qui est celui qui se 
peut appeler homme de bien et sincère ami , qui , 
voyant les larrons écheler (5) , dérober et voler la 
maison de son voisin , ne crie a haute voix ^ et ne 

(1) Inipugner , coinbatlre. 

(2) Moutier, monastère on église. 

(3) Aller aval, descendre, couler. 

(4) Maies, mauvaises. 

(5) Echeler, dresser rechelle. 



VIE DE BÈZE. 15o 

réveille ceux de dedans , alin qu'ils se gaidcnt des 
larrons? Et qui est le serviteur lidèle, bien recon- 
naissant les bénéfices très-grands lesquels il a re- 
çus de son seigneur et maître , qui , voyant claire- 
ment les ennemis de son dit maître, piller son bien 
d'un côté , empoisonner d'autre côté sa maison , 
et débaucher ou corrompre les mœurs de ses en- 
fans, les menant à bordeaux (1), jeux et tavernes, 
qui ne se courrouce et s'oppose à telles méchan- 
cetés , très-vivement , chaudement , voire au péril 
de sa vie ? 

Tous les saints Prophètes et vrais serviteurs de 
Dieu en l'Ancien ïestamenl, n'ont pu souifi-ir les 
faux docteiu's, ministres de l'ennemi de Dieu , qui 
décevaient les enfans d'Israël ; mais ne se donnant 
cure des seigneurs , princes et rois , leur ont ré- 
sisté , et reçu la mort, pour l'exallalion de la 
gloire de Dieu, et pour lédification du pauvre 
peuple de Dieu. Jésus-Christ, le miroir des miroirs, 
avec quelle constance et magnanimité il a repris 
les princes des prêtres, les Scribes et Pharisiens, 
les appelant hypocrites et maudits? Plus, ne don- 
na-t-il pas h ses Apôtres et Disciples, enseignemeni 
de vivement corriger et reprendre les vicieux,' et de 
ne Taire compte de la vergogne du monde, ni de la 
mort même; disant (jue le serviteur n'était point 
plus grand que son maître ; et que si le maltic 
avait été persécuté, ils le sciaient pareillement? 

(1) Bordeaux , maisons de do'l)auclic. 



134 VIE DE BÈZE, 

Saint Paul donc , pour lui et pour moi ensemble, 
répond à ces sages du monde , qui trouvent mau- 
vais qu'on résiste aux vicieux et décepteurs du 
peuple de Dieu , corrupteurs de sa sainte Parole , 
écrivant aux Galates, chapitre l^'^: « qu'il ne s'étu- 
« diait point à complaire aux hommes , mais à 
« Dieu , duquel il était serviteur. » Et au IX"^^ ^^ 
la I''^ aux Corinthiens : « Ma charge , dit-il , et 
« commission, est d'évangéliser , et malheur à moi 
«si je n'évangélrse! » Ce que doit pareillement 
dire tout homme qui a reçu de Dieu la grâce de 
doctrine et science, avec le zèle du Samt-Esprit. 
Car voyant , d'un côté , le monde si corrompu et 
abandonné à toutes sortes d'aliominations ; et de 
l'autre, divisé en infinité d'hérésies et fausses opi- 
nions, semées par contre-faits de leurs ministres de 
Satan , au grand vitupère de Dieu et ruine des 
pauvres ignorans ; qui serait si ingrat aux grâces 
de Dieu , si rebelle au Saint-Esprit, et traître à sa 
propre conscience, qu'il ne sentît en son cœur ama- 
ritude (1) et déplaisir, et ne crie contre tels vicieux, 
et ne s'elforce de contredire et réfuter la fausse 
doctrine des séducteurs hérétiques , ministres et 
membres du diable , auteur de divisions et troubles 
en la Chrétienté ? 

Quant h moi, magnifiques et honorés Seigneurs, 
j'appelle Dieu en témoin, que ambition ni malveil- 
lance aucune contre personne du monde, ne mo 

(1) Amarilude , amertume. 



VIE DE BÉZE. 133 

fit parler en votre congrégation, et contredire à la 
doctrine et sentences, proférées au peuple présent 
par le ministre proposant ; mais le seul zèle de la 
gloire de Dieu et de la vérité , pour lesquelles je 
déprise tout le monde , et suis prêt à exposer ma 
vie même, quand sera son plaisir et volonté. J'ai 
par ci-devant écrit , et mis en lumière , un Traité 
de la vie, mœurs, et mort de défunt Jean Calvin, 
votre singulier docteur et ministre ; h qui est donné 
l'honneur de vous avoir apporté la réformation 
évangélique, auquel titre vous voulez être excellens 
sur toutes autres nations. 3Iais j'ai laissé une chose 
de lui, bien toutefois notable et manifeste h plu- 
sieurs de votre ville; c'est d'un vigneron de défunt 
Domène Faure , qui était en la maison de son maî- 
tre , en votre ville , fort tourmenté du malin esprit 
et misérablement vexé . La nouvelle étant parvenue 
audit Calvin, il s'y achemina avec bon nombre de 
personnes, et voulant, icelui, s'attribuer la préro- 
gative donnée de Dieu aux vrais serviteurs et apô- 
tres de son Fils, Notre Seigneui' Jésus-Christ, assa- 
voir, de chasser les diables , et délivrer les hom- 
mes tourmentés par le malin esprit , il lui advint 
tout ainsi qu'aux sept enfans de Sceva, desquels il 
est écrit au dix-neuvième chapitre des Actes. Car 
Dieu, qui ne veut être témoin de mensonge , per- 
mit au malin esprit de faire lever l'honiuie affligé, 
qui , furieusement , à coups de poing , d'ongles , 
pieds et dents, quelqm^ résistance et défense que 
pussent fairo les assislans , irnita si mal le saint 



436 VIE DE BÈZÉ. 

prophète Calvin, qui, très-ordement testonné(l), 
battu, mors (2), déchiré et egrafiigné (5), eut grande 
peine d'échapper. Par-là Ton pouvait bien connaî- 
tre qu'il n'était point cehii lequel il voulait donner 
à entendre , assavoir, vrai enfant et serviteur de 
Dieu et de Notre Seigneur Jésus-Christ. 

J'avais promis audit Traité , de bientôt après 
faire suivre le discours, de la vie, actes et mœurs 
de Théodore Bèze, successeur d'icelui Calvin, vo- 
tre ministre h présent , lequel ses disciples élèvent 
sur tous les doctes h présent vivans ; et lui-même 
se vante de l'être en ses écrits, sous toutefois 
nom emprunté d'un surnommé Théopsalte : et ne 
faut point qu'il pense vendre brides à veaux, sinon 
à ses disciples, pauvres ignorans idiots. Or, par 
pratiques et subtiles menées , desquelles il est fin 
ouvrier, il a empêché l'édition dudit Traité et opus- 
cule de sa vie ; mais il n'empêchera point (s'il plaît 
à Dieu) que maintenant elle ne vienne en lumière 
par ce discours , lequel je vous ai bien voulu adres- 
ser ; et m'a semblé de commencer par la descrip- 
tion de leur vie et mœurs, pour, puis , faire appa- 
raître quelle doctrine vous pouvez avoir reçue d'eux, 
et quelle sainte Réformation évangélique ils vous 
peuvent avoir apportée et administrée. Car, com- 
me on dit en commun proverlie , on connaît , par 
les pâtes et ongles , la bête ; et par les œuvres , 

(1) Testonnë, la tête arrangée, travaille'e. 

(2) Moi^s, mordu. 

(3) Egroffigiier, egraligncr. 



VIE DE BÈZE. 157 

l'ouvrier; et comme dit la vérité en l'Evangile, par 
les fruits la bonté ou malice de l'arbre. Car il est 
impossible qu'un méchant arbre puisse porter bon 
fruit. 

Après donc avoir entendu quelles ont été leurs 
vies et mœurs, il sera plus aisé de conjecturer et 
comprendre quelle doctrine et instruction vous pou- 
vez avoir reçues d'eux; j'entends, pourvu qu'on 
soit conduit par raison , qui est comme un rayon 
d'un soleil supernaturel , divinement infus de Dieu 
en l'entendement des hommes , pour les régir et 
gouverner en toutes actions. Car, advenant que 
l'homme se gouverne pai' affection plus que par 
raison et jugement, il ne sera point différent en sa 
manière de vivre des bètes l)rutes , et en sa fantai- 
sie , du Juif ou du Sarrasin , qui , opiniâtrement , 
tiennent leur loi laquelle ils ont apprise de leurs 
parens et docteurs, et telle est la religion de tous 
schismatiques. 

Or, avant d'entrer au discours de la vie de Théo- 
dore de Bèze, il ne sera pas hors de propos de 
vous exhorter à entrer en vous-mêmes , et suivant 
la manière des sages et prudens, usant en toutes 
choses de bon et sain jugement et raison , considé- 
rer l'état de votre ville à présent; et de combien 
elle est changée depuis la réception de cette Réfor- 
mation évangélique, laquelle vous vous attribuez. 

En premier lieu, elle soûlait (i) être le paran- 

(1) Souloii- , avoir coutume de. 



iùS VIE DE BÉZE. 

gon (1) de toutes les villes de Savoie en bonnes et 
honorables compagnies de personnages doctes , en 
toutes professions , et vertueux , qui, à la venue et 
réception de ces réformateurs , ont quitté la place 
aux ignorans et malins ; car la vertu ne peut durer 
avec l'ignorance , attendu que tout ignorant est 
malin et ennemi des vertueux. 

Secondement, il n'y avait ville où les vivres de 
toutes sortes abondassent plus, et fussent k si bon 
compte ; mais à la venue des étrangers , y surve- 
nant plusieurs nations sous prétexte de religion , 
tout devint cher, et ne s'en trouvait à demi. Car 
les gourmands et friands , vrais libertins qu'ils 
étaient , recueillaient incontinent tout ce qui était 
apporté de délicat au Molard , à quelque prix qu'il 
pût être. Ce qui occasionna plusieurs, tant riches 
que pauvres , de murmurer contre tels étrangers , 
qui se disaient être là venus , conduits du Saint- 
Esprit, pour vivre en sainteté, et chercher une ré- 
formation évangélique ; et , toutefois , étaient si 
adonnés à leurs gueules, et serfs de leurs voluptés. 
Mais de ce point, j'ai assez touché en la vie de 
Calvin , à qui principalement étaient réservés les 
plus friands morceaux, et son cellier mieux fourni 
de vins déhcats : de quoi pourraient encore rendre 
témoignage les vieillards qui ont été de ce temps-là. 

Mais je retourne au changement survenu en vo- 
tre ville , par cette Réformation ; car elle fut faite la 



(1) raraiigon , modèle. 



VIE DE BÈZE. 130^ 

retraite de toute sorte de méchans fugitifs de France, 
Flandres et Italie , pour leurs méfoits et crimes ; 
desquels les uns étaient larrons , banqueroutiers; 
autres, faussaires, faux témoins, faux-monnayeurs et 
une infinité d'apostats, qui, ayant dérobé croix, cali- 
ces et autres argenteries de leurs couvens; ou pour 
avoir débauché femmes mariées ou filles ; ou bien 
encore surpris de sodomie, se sont retirés en votre 
ville, sous prétexte d'aller chercher cette Réforma- 
tion. Des larrons et faussaires, j'en alléguerai deux, 
entre les autres , les plus connus et renommés : 
Ville-Mongis (1) , duquel l'histoire est assez divul- 
guée par sa mort vergogneuse , laquelle il reçut à 
Amboise , en la belle entreprise contre le jeune 
roi , à l'instigation de Calvin et Bèze, laquelle Dieu 
montra apertement n'approuver, et n'en être pro- 
moteur, par la malheureuse issue et confusion des 
entrepreneurs. Icelui Ville-Mongis s'enfuit en votre 
ville, se voyant en danger de mort, pour avoir fal- 
sifié les lettres et sceau du roi : le procès se peut 
encore trouver au parlement de Dijon , qui en rend 
suffisant témoignage. Nicolas De Fer, hannoyer(2), 
fit banqueroute à Anvers, dérobant plusieurs bons 
marchands, et emportant la somme de 3,000 livres 
de gros , comme ils comptent en Flandres , et se 
retira en votre ville. Toutefois , craignant d'être 



(1) Mille-Mouge ou Fille- Mon gis. C'est par inadver- 
lance qu'on a écrit autrement dans la Vie de Calvin. 

(2) Vovez la note page 30 de la Vie de Calvin. 



140 VIE DE BÈZE. 

suivi par les créditeurs, et d'être coutraint de ren- 
dre ce qu'il avait emporté, il se relira vers Calvin, 
lui faisant quelque présent de son larcin, et lui de- 
mandant conseil pour se gouverner sur son affaire. 
A la suasion dudit Calvin, il acheta moulins, terres, 
prés et vignes ; mais au nom et titres de sa femme, 
et de deux siennes filles; desquelles Antoine Cal- 
vin, ou mieux Cauvin, son frère, prit la plus jeune 
en mariage, laquelle depuis il répudia. 

Voila bonne couleur de chercher la sainte Ré- 
formalion évangélique. Mais plus est remarqua- 
ble un autre changement advenu en votre ville 
par ces saints Réformateurs, c'est que d'ime cité 
généreuse^ noble et de glorieux renom, ils en ont 
fait un bordeau et retraite de paillards et paillai- 
des, voire d'adultères, de femmes mariées qui ont 
laissé leurs maris et enfans , pour venir plus libre- 
ment , en votre ville , satisfaire à leurs débordées 
concupiscences , avec leiirs putainiers , feignant 
chercher la Réformation. Desquelles, entre autres, 
je vous mets en avant la damoiselle de Clelles, 
sœur de défunt Montbrun , qui , débauchée par un 
comte Julio d'Atiène, Vincentin, se partit de la mai- 
son de sondit mari, le seigneur de Clelles, en Dau- 
phiné, lui étant absent du pays ; et suivit ledit Julio, 
son putainier, dérobant tout ce qu'elle put de la 
maison de son mari; et se relira en votre ville, où 
ledit sieur de Clelles, son vrai mari, ne put ob- 
tenir justice dudit crime; et lui fut dit, par les gou- 
verneiu's de votre Consistoire , qu'il s'en allât où 



VÎK DE lîKZK. 14i 

il pourrait , et cherchât femme; car que cctte-lk 
demeurerait avec le susdit putainicr et adultère. 

Le cas advenu en la ville de Maçon , est aussi 
monstrueux, de la femme légitime d'un citoyen de 
la ville, appelé De Pise, qui , laissant son mari et 
enfans, s'en alla en votre ville, suivant un débau- 
ché adultère , appelé Contour : duquel acte ledit 
mari, ou autre pour lui, ne put avoir justice , bien 
que soit très-méchant acte, défendu et prohibé en 
la Sainte-Ecriture, expressément; pareillement, 
en toutes lois écrites et coutumières, et cjui n'est 
permis entre Turcs, Juifs et infidèles. Pour ce, 
magnifiques et honorés Seigneurs, serait bien acte 
de sages et prudens , de bien peser avec la juste 
balance de raison et sain jugement, toutes ces 
choses, et bien noter les saints enseignemens don- 
nés par le Saint-Esprit , h tous ceux qui désirent 
vivre selon la Loi évangélique , et suivre le droit 
chemin de salut et vie éternelle. En premier lieu, 
faut bien lever l'esprit et entendement à la senten- 
ce, laquelle Dieu nous amionce, par son fidèle 
vserviteur saint Jean , en sa première Epître , cha- 
pitre IV : « Ne croyez à tout esprit , mais éprouvez 
« les esprits, s'ils sont de Dieu; car beaucoup de 
« faux prophètes sont venus au monde ; » parlant 
<t signifiant , comme est l'usage des Prophètes, le 
temps futur pour le passé. De ces faux prophè- 
tes, écrit saint Paul, en la seconde aux Corin- 
thiens, chapitre XI , qu'ils sont ouvriers cauteleux, 
se transligurant en apôtres de Jesus-Christ. Et non 



\A':1 VIE DE BÈZE. 

(le merveille , car Satan même se transfigure en 
ange de lumière; il n'est pas donc de merveille, si 
ses ministres et membres se transfigurent, et font 
croire aux pauvres idiots trop crédules, d'être ser- 
viteurs et envoyés de Dieu. Or, pour les pouvoir 
reconnaître et les pouvoir discerner des bons , 
fidèles et sincères, il convient dévotement , et in- 
cessamment, invoquer la grâce de Dieu : puis écou- 
ter et obéir à l'enseignement de l'apôtre saint Paul, 
en la première aux Thessaloniciens , chapitre V; 
c'est de «n'étouffer ou éteindre l'esprit, c'est-à- 
« dire, de ne s'opiniatrer par affections indues et 
« contraires à raison , comme font les Turcs, Juifs, 
« et toutes sortes d'hérétiques et schismatiques , 
« obstinés, voués et dédiés k faux docteurs, et sec- 
« tes erronées ; mais de juger , et s'arrêter en 
« toutes choses , selon sapience , et raison bien 
« claire et manifeste. » 

Or, j'espère que par le suivant discours, aisé- 
ment se pourront connaître les vrais et faux servi- 
teurs de Jésus-Christ , et qui sont véritablement 
les sincères ministres du Saint-Esprit, ou les con- 
tre-faits et sataniques. Car la sentence de saint Paul 
aux Romains, chap. VIII, est la vraie marque pour 
les connaître , disant que , « qui n'a point l'Esprit 
« de Jésus-Christ, n'est point de Jésus-Christ. » 

Entrons donc en matière, et considérons de quel 
esprit furent menés et conduits ceux qui vous ont 
séparés de l'Eglise catholique et universelle, vous 
faisant croire , que vous passez en perfection de 



VIE DE BÈZE. 143 

connaissance de Dieu, et de religion évangélique, 
toutes autres nations, qui portent le nom de Chré- 
tienté. Brièvement et comme en passant, je vous 
remettrai en mémoire les conditions des prédéces- 
seurs de Théodore de Bèze , votre présent minis- 
tre , successeur de Calvin, de qui la vie est dessus 
écrite. Premièrement, transcourons (i) de la vie 
et mœurs de Guillaume Farel , natif de Gap , qui 
fut fils d'un notaire appelé Fareau, de qui le 
père fut Juif: et ledit Guillaume Fareau, avec ses 
frères fort importuns, inquiétés (2), et débordés en 
propos hérétiques , sentant la doctrine de Luther, 
furent persécutés aigrement par un marchand de 
ladite cité de Gap , appelé Jean Touasse ; dont fu- 
rent contraints lesdits Fareau de s'enfuir. Et se 
retira en votre ville, et fut un des premiers intro- 
ducteurs de cette nouvelle vôtre Ré formation. 

Au rapport de tous ceux qui l'ont connu, et 
des vôtres mêmes , il était de fort petite doctrine , 
sans jugement , turbulent et incompaliblement 
superbe , orgueilleux et audacieux. De quoi peut 
faire foi le bannissement de votre ville , auquel il 
fut condamné par le Conseil des Deux-Cents, et 
après, par le Général, à cause des injures et op- 
probres contumélieux , lesquels il dit aux Sei- 
gneurs du Petit-Conseil assis en leurs bancs, en 
la Maison-de-Ville, où il montra sa contumacieuse 



(1) Transcourous, discourons sans trop nous arrêter. 

(2) Inquiétés, agités, d'un esprit inquiet. 



iM VIE DE BEZE. 

outrecuidance, et quasi furieuse présomption. Et 
ce fut l'an de notre salut i557, du mois d'avril, 
que tel bannissement fut fait de lui, de Calvin, et 
d'un Courault : ce que vous pouvez encore trouver 
on votre Maison-de-Ville , dedans le Livre Rouge. 
Or, ce contumace orgueil et monstrueuse arrogan- 
ce, déclare assez sullisamment , qu'il n'était point 
de Jésus-Christ : car il n'était point conduit de 
l'Esprit de Jésus-Christ, qui est doux, bénin, pa- 
tient, humble et débonnaire; es quelles qualités 
Jésus-Christ exhorte les siens de l'imiter et ensui- 
vre. De Genève honteusement, mais justement 
banni, il se retira à Neuchàtel, et montra, à la fin 
de ses jours, de quel esprit il était conduit : car, 
étant parvenu en l'âge pour le moins de septante 
ans, en quelle continence, je n'en dis rien; Dieu le 
sait, et ceux qui plus conversaient familièrement 
avec lui : mais il prit en ce dit âge une femme qui 
ne passait plus de dix-sept ou dix-huit ans, fille 
d'une chambrière qui l'avait servi long-temps. In- 
terrogé d'aucuns siens amis et familiers, comment 
il s'était tant oublié, et lui remontrant qu'il avait 
donné argument et occasion de moquerie aux Pa- 
pistes ; pour toute réponse , le saint prophète Fa- 
reau n'eut autre chose à dire , fors qiiil en avait 
besoin^ tout vieil qu'il était. 

Or jugez , Seigneurs magnifiques , selon raison 
et sapience, si ce saint Réformateur, qui se vantait 
être des enfans et ministres de Jésus-Christ, était 
véritablement conduit de l'Esprit de Jésus-Christ? 



VIE DE BÈZE. 145 

II y aurait trop à faire de rechercher les vies et 
actes de tous ses compagnons et compUces, qui se 
sont aidés à planter cette si sainte Réformation 
évangéUque en votre ville de Genève. Toutefois, 
avant que de toucher au fait de Bèze, leur succes- 
seur, je ne puis ni veux taire d'un Abel Popin, qui a 
été assez connu et ouï de plusieurs vos concitoyens. 
Or, il avait été cordelier au pays d'Anjou, bon 
compagnon, et, comme le commun bruit était de 
lui, il avait dérobé de son couvent, croix, calices, 
et semblables argenteries. Et ainsi garni, s'était 
retiré en votre ville , vers ces dits nouveaux Réfor- 
mateurs ; entre lesquels, arrivé, aussitôt fut reçu et 
élu ministre en la ville. S'il faut parler de son 
maintien et personne, il était fort propre pour orner 
une table bien garnie, et jamais dépourvu de pro- 
pos pour faire rire les plus mélancoliques du mon- 
de. Je suis certain qu'en votre ville, se trouvent 
encore des personnes qui l'ont vu et connu, et se 
souviendront, que, par moquerie, on l'appelait Do/z 
Jean Cliapponier; duquel nom fut, par gaudisse- 
rie (1) , surnommé un prêtre de votre ville , lors- 
que la mutation y survint. Car ledit Abel Popin lui 
ressemblait fort de corsage, jaserie et coutumes; 
beau tondeur de nappes, et videur de gobelets. 
Mais laissant en arrière sa vie et conversation, vé- 
ritablement épicuriennes , je dirai de son style et 
manière de prêcher et évangéliser. Plusieurs de 

(1) Gaudisserie , raillerie. 
K 



146 VIK DK lîKZE. 

VOUS me rendronl, ou pour le moins peuvent ren- 
dre témoignage , que ses sermons ne contenaient 
aucune édification, mortification ni induction a sui- 
vre Jésus-Christ, et vivre selon l'Esprit de Dieu ; 
mais, du tout , tendaient à la destruction des céré- 
monies, ordonnances , et statuts institués par les 
saints Pères et Docteurs anciens de l'Eglise ca- 
tholique. Et s'escarmouchait en ses sermons, écu- 
mant comme un verrat (1) échauffé ; jetant quelque- 
fois cris et hurlemens, comme furieux, contre 
les Prélats et ecclésiastiques , et contre les céré- 
monies de l'Eglise, et Sacremens, paroles qui se- 
raient odieuses aux oreilles d'un chacun, et qui mé- 
ritent plutôt être tues que révélées , comme étant 
blasphèmes abominables et exécrables, devant 
Dieu cl les hommes; chaque jour inventant nou- 
velles épithètes ridicules contre Dieu et ses saints. 
De manière que ses auditeurs s'en retournaient, de 
ses sermons, sans aucune spirituelle édification , 
consolation ou dévotion ; mais avec un dédain et 
mépris des Prélats et cérémonies, de toute ancien- 
neté instituées en l'Eglise catholique. 

Sur quoi je vous prie , magnifiques et honorés 
Seigneurs, de ne prendre en maie part ces mien- 
nes remontrances ; mais de bien considérer avec 
sapience et raison , si le style des Sermons , ins- 
tructions et Épitres des Apôtres , Disciples, et des 
saints Docteurs, desquels Dieu s'est servi pour 

(1) Ferrai, pourceau. 



mi: I)i: Ui;zE. 



i47 



planter , senior ol prêcher la Docliine évangé- 
lique, était semblable. Leurs Kpîtres et Sermons 
sont en lumière , es quels on voit une fort grande 
modestie , et une cordiale alTection , de laquelle 
ils usaient, enseignant et exhortant par un vrai 
zèle de la gloire de Dieu, accompagné de sa- 
pience divine , de patience , de charité et dou- 
ceur, procédantes de l'Esprit de Jésus-Christ, 
leur maiire. Et faisant mention de quelques héré- 
tiques contredisans à leur sainte et saine doc- 
trine, les ont nommés par leurs noms simplement, 
sans leur donner épithètes ignominieuses , ni bro- 
cards injurieuN: ou satiriques. De quoi font foi et 
témoignage deux passages des Epîtres de saint 
Paul, desquels l'un est en la deuxième h Timothée, 
chapitre II, où, parlant de deux hérétiques qui dé- 
tourbaient(l) les Chrétiens de la vérité, afiîrmant la 
résurrection être déjà faite , il se contente de les 
nommer par leurs noms Hyménée et Philète. Puis, 
en la même Epître, chapitre III, faisant mention 
des deux adversaires de Slotse , il lui suflît de les 
appeler par leurs noms, sans addition d'injurieuses 
paroles, Jannès et Mambrès. Et tel est le style de 
ceux qui sont conduits et menés par TEsprit de 
Jésus-Christ : mais, au contraire, les sermons, dis- 
coui-s, et écrits des schismatiques et apostats de la 
sainte Eglise, sont connue de forcenés, poussés 
d'un esprit satanique et turbulent, père de dis- 

(1) Délow'her , détourner avec trouble. 



i4H VIE DK BÈZE. 

cordes , qui ne Icntl qu'à séditions , troubles et 
ruines. 

Cependant que vous jugerez de ces choses, ma- 
gnifiques Seigneurs, je laisserai Abel Popin , Rai- 
mond, Cliauvet, et les autres semblables, fort alFec- 
lionnés disciples et adhérens de Calvin , qui sont 
hors, avec leur maître, de cette vie, devant ce très- 
juste Juge. Et m'arrêterai sur la vie, mœurs, et 
actes de Théodore de Bèze , à présent encore vi- 
vant, votre principal ministre, successeur du susdit 
Calvin; car c'est le premier et plus signalé que 
vous avez maintenant, et duquel vos consors et 
confédérés font plus d'estime. Savez-vous quelle a 
été son adolescence, et de quel esprit il a été con- 
duit à se retirer en votre ville ? Si vous ne le savez, 
je le vous fais entendre, appelant Dieu en témoin, 
que je n'en écrirai sinon ce que j'en sais, h la vé- 
rité, sans affection de particulière inimitié contre 
lui, ni personne du monde, de qui j'aie été offen- 
sé : mais , pour la vérité , en ce qui concerne la 
gloire de Dieu , l'édification de l'Eglise , et la con- 
fusion des faux Prophètes, ministres de Satan, qui 
se transfigurant en Anges de lumière, et sous le ti- 
tre d'Apôtres et serviteurs de Dieu , troublent la 
paix, rompent l'union des fidèles, et tirent en per- 
dition infinité de pauvres misérables trop crédules. 
De quoi je veux donner avertissement par la dé- 
claration de leurs vies et mœurs. 

Premièrement donc du lieu de sa nativité , on 



VIE DE BÈZE. 149 

sait par ses écrits mêmes qu'il naquit en la ville de 
Vezelay. De son père et de sa condition, je n'ai 
affaire de m'arrèter. De son étude en ses premiers 
ans et jeunesse , tant à Paris qu'à Orléans, il en a 
écrit lui-même , et fort à son avantage et louange ; 
mais il a supprimé les insolences et dissolutions, es 
quelles il était adonné en ces temps-là. Car si onc 
adolescent fut dissolu en toutes sortes de libertés 
charnelles et impudicités , il l'a été ; et non-seule- 
ment en propos communs entre ses familiers et 
compagnons , mais encore en ses mœurs et actes 
très-corrompus ; voire, je dis abominables, comme 
on peut recueillir de ses propres écrits , qui , h son 
très-grand regret et confusion, sont demeurés im- 
primés de l'an 1548. Et combien qu'il ait fait 
tout son pouvoir de les retirer et supprimer; et 
(ju'en lieu d'iceux en ait fait réimprimer d'autres, 
auxquels il n'a mis tout ce qui était aux premiers ; 
toutefois, il n'a su tant faire que de la première 
édition , mise en lumière en Paris , l'an susdit , en 
l'imprimerie de Robert Etienne , n'en soit de- 
meuré plusieurs copies , qui font foi de sa très- 
débordée luxure. Et puis dire et assurer qu'il 
ne fut onc poète si lascif^ si détestable , ni si 
élionté, de qui les écrits soient venus en notre vue; 
qui jamais tant sortit des bornes de modestie, et 
tant lâcha la bride à sa plume pour écrire, et dé- 
clarer sa vilenie , comme il a fait en son dit livre 
d'Epigrammes de sa Candide. Singulièrement en 
celui auquel il signifie le deuil lequel il poilait 



loO VIE CE BÈZE. 

étant chez son père à Vezelay, lointain et aljsent 
de ses amours et douceurs, comme il les nomme; 
assavoir, son jeune favori Andebert , et Candide. 
Or, pour ne paroir dire ceci en mensonge, j'ai mis 
ici ladite sienne Epigramme, en langue latine de 
mot à mot, telle qu'il l'a composée et fait impri- 
mer; qu'ai traduit fidèlement en langage français, 
alin qu'il soit entendu de chacun. (I) 

Le titre de ladite Epigramme est Tlieodonis Be- 
za^ (le suâ m Candulam et Andebertum benevolcnhà. 
Puis tels sont les vers : 

Abest Candida : Beza, ([nid moraris? 
Audeberlus abest : Quid liic moraris? 
Tenent Parisii Uios amores, 
Habeiit Aurebi liios lepores; 
Et tu Vezeliis nianere pergis, 
Prociil Candidulaqiie, amorlbusque, 
Et leporibus, Andebertuloque? 

(1) On a pensy que le respect dû aux bonnes mœurs 
exigeait que l'on s'abstînt de reproduire la traduction 
française de cette pièce. Le lecteur jugera des senti- 
mens e'tranges en tout genre que Bèze y exprime, en 
lisant celte seule j^brase : 

<( Vezelay, plutôt je te laisse ! Je vous laisse , pcie ! ! ! et frères ! Car je me 
« puis bien passer et de MON I'IlKÊ. et de CEUX-CI, et de CEUX-LA ! Mais 
« non pas de ma petite Candide, et de mon petit Andebert, etc » 

Il est essentiel de remarquer que quand Bèze fit ces 
vers, et plusieurs autres, il avait déjà, comme V apôtre 
Wolmar, goi\te' la llcforme. Il en dc'dia i)\i\s lard le 
recueil imprimé l\ ce même Wolmar, son coiwertis- 
scur. 



VIE DR BÈZE. loi 

Immo Vezelii procul valete; 
Et vale, paler, el valclc, fralres ! 
INanique Vezeliis carerc possuni, 
Et carere parente, et liis, et illis •• 
At non Candidulâ, Andebertiiloque. 

Sed ulriim rogo pncfeiam diioinim ? 
TJtrum invisere me decet priorem? 
An queinquam libi, Candida, anleponam? 
An quemquam auteferam tibi, Andeberle? 
Quid si me in geminas ipse partes, 
Harum ut altéra Candidam révisât, 
Currat altéra versus Andeberlum'.' 

Al est Candida sic avara, novi. 
Ut totum cupiat tenere Bezam. 
Sic Bezse est cupidussuî Andebertiis, 
Beza ut gesliat integro potiri. 
Amplector quoque sic et hune, et illam, 
Ut lotus cupiam videre utrumque; 
Integrisque frui iuteger duobus. 
Prseferre attamen alterum necesse est; 
O duram uimiùm necessitalem ! 

Sed postquam lameu alterum necesse est, 
Priores tibi defero, Andeberle. 
Quod si Candida forte conqueratur 
Quid tiim ? basiolo tacebit uno. 

Or, voilà sa belle Epigramme latine, toute telle 
qu'il Ta composée et fait iniprimei' de mot h mot; 
et sincèrement traduite, sans y rien changer, ôter, 
ni ajouter. Ainsi donc débauché , impudent et 
efl'rené en sajeimesse dissolue, grand nombre de 
personnes ont bien su qu'il en reçut le loyer con- 



152 VIE DE BÈZE. 

venaJjIe h tels abandonnés à leurs charnels désirs ; 
c'est qu'il fut pris d'une maladie honteuse , et en 
fut traité en un faubourg de Paris. Mais le principal 
point gît sur son parlement de Paris et de France, 
pour venir h Genève. Ce ne fat point remords de 
conscience , ni zèle de vivre en quelque plus ré- 
formée religion , quelque opinion qu'en aient plu- 
sieurs idiots trop crédules. Mais la vérité est qu'il 
fut averti , que arrêt avait été donné en la cour 
du Parlement , de le saisir , et constituer prison- 
nier, pour lui faire construire son Epigramme. Ce 
qu'ayant entendu incontinent, il amodia (1) le reve- 
nu de son prieuré de Lonjumeau, en s'en faisant 
avancer les prises pour cinq ou plus ans, après 
avoir résigné, ou plutôt changé sourdement, pour 
une somme d'écus, à une autre, sondit bénéfice et 
prieuré. Les fermiers furent jusqu'à Lausanne et 
Genève, pour suivre ledit simoniaque et larron , et 
n'en ayant pu avoir justice, retournèrent en France, 
très-mal contens. Mais ledit Bèze venu au collo- 
que de Poissy, ils s'y trouvèrent et le pourchas- 
sèrent tellement , que la honte qu'en avaient ses 
compagnons, obtint de la bourse du Consistoire 
de Paris 300 livres, qui furent baillées auxdits fer- 
miers, par les mains de M. Matthieu de Launoy, 
lors ministre , et maintenant réuni à l'Eglise , et 
prêtre de Notre Seigneur Jésus-Christ. Quelqu'un 
m'a affirmé qu'il en avait deux, qu'il en lit de 

(1^ Amodier, affermer. 



VIE DE BÈZE. io5 

l'autre tout de même; mais je ne veux assurer 
sinon ee que je sais certainement. 

C'est de son prieuré de Lonjumeau, duquel il prit 
argent des deux côtés, et secrètement se retirade 
Fi-ance, et vint en votre ville. Et s'il était si ef- 
fronté qu'il voulût nier ce fait, le procès qui fut 
agité entre les deux tronqués par lui , en la Cour du 
Parlement de Paris, le convaincra de mensonge im- 
pudent. Mais, outre ce beau stratagème patelinois, 
il en joua d'un autre , autant ou plus énorme , et 
monstrueux; c'est qu'il débaucha la femme d'un 
couturier de Paris, logé en la rue de la Calandre , 
et la mena en votre ville, et la tient encore à 
présent, à votre très-grand vitupère et déshon- 
neur. Et si vous l'ignorez, je vous déclare que 

c'est cette p , laquelle il célèbre si fort en ses 

Epigranimes , l'appelant Candide. Mais son vrai 
nom est Claude. 

Le pauvre mari voulut demander justice dudit 
Eèze, lorsqu'il alla h la journée et assemblée de 
Poiss} ; mais à cause du sauve-conduit qui lui avait été 
donné, et à ses compagnons, il ne fut permis audit 
pauvre mari d'intenter procès contre. Or, nonobs- 
tant le double larcin susdit, et le débauchement de 
la femme d'autrui , il fut le fort bien venu en votre 
ville ; et honorablement reçu par Calvin , et ses 
compagnons ministres, vos saints réformateurs. Et 
tôt après, à leur sollicitation , fut retenu pour lec- 
teur en grec , à Lausanne , où il se mit à interpré- 
ter publiquement l'Epître de saint Paul aux Ro- 



i5i VIE DE BÈZE. 

mains , dont quelques personnages, bien informés 
(le la vie et mœurs dudit Bèze, et de tout ce qu'a- 
vons récité ci-devant, s'ébahirent de cette récep- 
tion , et ne purent se contenir d'en parlera Calvin. 
Et en fut fait une épigramme, qui lui fut envoyée à 
Lausanne, laquelle j'ai bien voulu ici mettre, tant 
en latin qu'en français : 

Spinlria niuic fneras mollisqiie salaxque Poèta, 

Mox tloctor sacri factus es eloqiiii. 
Undè rogo potuit snbita haec mutatio gigni? 

Non tribuenda Deo, sed poliùs Satanée. 
Nempe tui similes versutos ardeliones 

Exquirit : quorum fraude fides pereal. 
Angélus ergo Erebi, lucis, Cbristique miuislruiu 

Menlitus, ccecos ducit in exitium, 

« Tu étais naguère un inventeur de toute de'sordonne'c 
« luxure; un poute effe'mine' et lascif; et lu es inconti- 
« nenl devenu docteur de la sainte Parole. D'où peut, 
«je te prie, venir ce si soudain changement? Il ne peut 
(t être attribue' à Dieu ; mais plutôt à Satan, qui cherche 
« diligemment cauteleux et inquie'te's, semblables à toi, 
« par l'astuce desquels la foi se perde. L'ange donc des 
« le'nèbres, contrefaisant le ministre du Clirist et de 
« lumière, mène pauvres aveugles en perdition. » 

Or, maintenant vous l'avez pour votre docteur 
et ministre, qui est chose fort étrange. Devisant 
avec ceux de votre secte , et vos adhérons , des 
choses susdites, ils l'excusèrent le mieux qu'ils pu- 
rent, et tâchèrent de le couvrir comme d'un linge 
vieux et tout percé ; alléguant qu'à son arrivée h 



VIE 1»L ntizi.. 



ioo 



Lausanne, il lii, on signe do sa pénilenec el con- 
version , une ti-aij;i-coniédie sur rininiolalion d'A- 
braham , quand il voulut sacriiier son fils Isaac ; et 
qu'on avait vu des saints personnages qui avaient 
été de graiids pécheurs; et mémo que saint Paul 
avait persécuté Jésus-Christ et ceux qui le confes- 
saient. 

Mais toutes ces paroles ne sont que pour paître 
des ânes et veaux à deux pieds. Les sages, Ijien 
gouvernés par raison , et par l'Esprit de Dieu , ne 
reçoivent pas telles frivolités pour bon paiement. 
Car saint Paul, grand zélateur de la loi mosaïque, 
et amateur de l'honneur de ses frères Israélites, 
descendus de la lignée d'Abraham, et des patriar- 
ches , auxquels Dieu avait donné sa bénédiction , 
et promis l'héritage de la terre de Chanaan à leur 
semence ; n'entendant pas le vrai sens de l'Esprit, 
et ne comprenant qui étaient les vrais enfans d'Is- 
raël , il ne pouvait recevoir la doctrine évangélique, 
qui était semée entre les Gentils : les Israélites , 
selon la semence corporelle, étant rejetés: dont il 
persécuta la religion chrétienne, et ceux qui la sou- 
tenaient. Mais Dieu eut pitié de lui, et résista à son 
zèle indiscret, procédant d'ignorance, lui donnant 
la grâce d'entendre la vérité, et la vraie voie de sa- 
lut. Ce que lui-même confesse et déclare en sa Pre- 
mière hTimolhée, chapitre î'''', et au I"" de l'Épître 
aux Galates. Mais que saint Paul eût jamais été un 
dissolu et débauché en sodomie, et sensuels désirs, 
larron ou sétîucteur des femmes d'autrui , il n'en 



io6 VIE DE BÈZE. 

est aucune mention. Ains lui-même assure avoir 
passé tous ses contcmporanées en observation de 
la Loi en sa jeunesse , et lorsqu'il fut converti , il 
était en âge de vingt-sept ans. Pour ce, écrivant à 
Timothée, en la Première, chapitre III; et à Tite, 
chapitre I^r, il donne à entendre des conditions, 
et qualités requises à un personnage qui dut être 
élu au ministère de la parole de Dieu , et élevé en 
dignité épiscopale. Si on me jette au devant, que 
cela n'est h présent observé en l'Eglise catholique 
et romaine, je ne ferai difficulté de le confesser. Car, 
à mon très-grand regret , je vois grande multitude 
d'ignorans et vicieux , élus aux dignités ecclésiasti- 
ques; et ce mal vient par les faveurs des seigneurs 
et princes temporels , mal avisés ; de quoi ils ren- 
dront compte devant ce grand Juge. Mais cepen- 
dant, il n'est licite de les chasser, outrager, et se 
séparer, ou jeter hors l'obéissance due aux princes 
et prélats de l'Eglise. Car il est défendu, par ex- 
presse parole de Dieu; et nous en est donné 
l'exemple de plusieurs honorés et saints personna- 
ges, vivant au temps deja venue du Fils de Dieu, 
Notre Seigneur, en chair humaine ; entre autres , 
Joachim et Anne , progénitcurs de la très-gloriouse 
Vierge et mère de Notre Seigneur Jésus-Christ; 
Zacharie et Elisabeth , desquels fut engendré le 
grand prophète Jean-Baptiste ; plus , Siméon-le- 
Juste, et zélateur de la gloire de Dieu , qui désirait 
être hors de ce monde, voyant les nïœurs de ce 
temps-là si corrompues ; principalement de l'état 



VIK DE BÈZli:. 157 

des sacrificateurs el de la dignité sacerdotale, qui 
était au plus oflVant, et à qui plaisait plus aux gou- 
verneurs temporels. Toutefois, ils se continrent en 
leur religion et observation de la loi ancienne, 
priant et invoquant Dieu en patience, sur quelque 
réforniation : et ne s'élevèrent point avec les hé- 
rétiques et schismatiqucs de ce temps-là; assavoir, 
un Judas de Galilée, et un Theudas, ministres de 
Satan , qui se vantaient être réformateurs et pro- 
phètes de Dieu; et firent leur grande multitude 
d'ignorans, fous, cerveaux trop crédules; desquels 
l'issue fut misérable ; et l'histoire en est touchée 
aux Actes des Apôtres , chapitre V. 

Finissant ce propos, et vous laissant considérer 
le grand danger de se lever hors de l'obéissance 
des Prélats, et d'al^andonner les ordonnances et 
constitutions, anciennement données par les saints 
Pères et Docteurs de l'Eglise ; aussi , de suivre 
nouvelles sectes, et recevoir docteurs inconnus; je 
retourne h la vie de Bèze , et traite de sa conver- 
sation (1) en Lausanne, pour voir s'il fut plus mo- 
deste, et mortifié que paravant. En premier lieu , 
son ambition et cupidité d'être estimé docte , et 
bien excellent en la connaissance des Ecritures- 
Saintes, le rendit odieux à plusieurs sénateurs et 
doctes, qui étaient lors en ces lieux-là. Car il se 
vanta, en sa lecture publique, d'avoir, de lui-même, 
entendu des passages difliciles de l'Epître aux Ro- 

(1) Conversation, condiiile. 



458 VIE llE UÈZF.. 

mains , et ne les avoir reçus de docteur, moderne 
ou ancien ; et cela fut singulièrement d'un passage 
écrit au chapitre VIII de ladite Epître ; qui , toute- 
fois, lui avait été déclaré, et enseigné paravant, 
par un maître François de saint Paul , ministre à 
Vevey. Car, pour vérité , l'obscurité dudit texte 
avait vexé la plupart de ceux qui ont écrit sur la- 
dite Epître ; et n'avait été déclaré , sinon par l'in- 
terprète d'Origène , qui avait averti, que le mot de 
"£/>«, en grec , ne signifiait en ce lieu-là de mais 
pro, comme il est assez usité en la Sainte-Ecriture, 
et ailleurs. Or, je laisse ce point de sa trop puante 
outrecuidance et ambitieuse gloire , et viens à sa 
continence. 

11 est certain qu'il eut une servante , jeune et 
assez affétée , belle de corps , de laquelle le nom 
était Claude, qui se retrouva avoir conçu; de qui, 
je ne sais. Mais lui, par crainte d'être cassé des 
gages des sieurs de Berne , avec un vitupérable 
cliâtiment , il lit courir le bruit que ladite servante 
avait la peste; et trouva moyen d'impétrer de maî- 
tre Pierre Virct, qu'une loge, ou cabane, fût 
dressée au bout de son jardin, où ladite chambrière 
fut logée; et lui fut baillé un jeune et pauvre bar- 
bier, pour la traiter, qui, à la suasion d'icelui Bèze, 
lui tira du sang telle quantité ; et lui donna si forts 
médicamens, qu'elle posa l'enfant mort; qui, se- 
crètement, fut enterré au même jardin de Virct. 
Et pour mieux colorer celte méchanceté, Bèze lui- 
même contrefit d'avoir la peste : et lors il composa 



VIK DE RKZK. 



i;iî) 



le lieaii raïUique , qui fut incontincnl imprimé ii 
Genève, et (livulgué partout. Qui est : 

Sèche de douleur, 
Tout cuit de clialeur. 
Seigneur, tu me vois. 
Si te veux-je encore, 
O Dieu que j'adore ! 
Louer une fois. 

Puis, après, il dit adieu à la France et à ses amis, 
comme celui qui n'attend que rendre l'âme, et se 
partir de ce monde. Mais il ne se peut faire chose 
si secrète, qui ne vienne à limiière , comme Notre 
Seigneur môme a dit. Le misérable barbier ne s'é- 
tait pu garder de révéler, en bonne compagnie , 
tel crime commis sous couverture de contagion. 

Considérez maintenant quelle conscience doit 
avoir cet homme , qui a fait de sa maison et habi- 
tation propre tm bordeau ; a débauché sa cham- 
brière domestique ; a été homicide de sa géniture ; 
a induit un tiers h commettre le meurtre ; plus , a 
invoqué Dieu en moquerie et dérision, pour trom- 
per les hommes; et, comme par manière de dire, 
vouloir se servir de Dieu pour cacher et couvrir 
ses péchés. Si est-ce que T Apôtre commande, de 
bien regarder les conditions et qualités de ceux qui 
sont élus pour enseigner et prêcher la parole de 
Dieu. Surtout, faut qu'ils soient sans crime; et 
faut singulièrement noter que, quand Dieu a voulu 
faire quelque réformalion en son Eglise , il a ton- 



160 VIE DE BÈZE. 

jours choisi personnages honnêtes, de sainte vie, 
et irrépréhensibles entre les hommes; marqués 
d'illustres dons de doctrine , et d'autres signes de 
leur vocation. Voyons donc si telles marques sont 
en votre évêque et pasteur présent, Bèze, auquel 
on attribue tant d'excellence; et que ses disciples 
exaltent sur tous ses prédécesseurs. Contemplons 
le reste de ses vertus et qualités : car combien que 
j'ai assez autres exemples de son impudicité; tou- 
tefois, pour ne diffamer aucunes femmes mariées, 
et pour n'être cause de plus grand mal, je me dé- 
porte (1); achevant ce propos par la moquerie de la- 
quelle il usa contre un maître Joachim, ministre à 
Tlionon , qui , ayant commis adultère avec sa cham- 
brière , dont elle se retrouva enceinte ; et étant la 
chose découverte et vérifiée, ledit Joachim, minis- 
tre, fut chassé du ministère vitupérablement; du- 
quel ledit Bèze fit ses risées jusqu'à l'appeler sot 
et badin , qui n'avait su trouver invention de cacher 
son malheureux cas. 

Or, venons à ses œuvres et écrits par lui compo- 
sés, et mis en lumière ; et considérons combien ils 
sont différens, ains contraires aux œuvres des saints 
Pères et Docteurs , véritablement conduits par le 
Saint-Esprit. 

Premièrement, ils n'ont point caché leurs noms, 
ni de ceux à qui ils écrivent; et, le plus souvent, 
ils mettent le nom du lieu duquel ils envoient leurs 

(1) Je me déporte, je m'en dispense. 



VIE DE BÈZE. 161 

dits écrits et œuvres , comme il se peut voir aux 
Epîtres de saint Paul , de saint Jaques , de saint 
Pierre , et de saint Jean ; semblablement, en tous 
les livres des saints Pères anciens, catholiques. Mais, 
en ceux qu'a écrits Bèze, au commencement, étant 
à Lausanne , son nom est supprimé , et le lieu de 
l'impression emprunté et contrefait. 

Secondement, ses livres et écrits sont pleins et 
farcis de moqueries, et boulfonneries; de quoi rend 
témoignage sa belle Epître de Benedktus Passa- 
vanlius, ad dominitm Pelrum Lisetum ; où il contre- 
fait le badin à pleine gorge. Puis, l'autre , intitulée : 
Harenga, inmonasterio Cluniacensi, habita ad reveren- 
dissimitm et Ulustrissimum Card'malem de Lotharingie . 
De plus grande importance, et poison, sont les au- 
tres, assavoir, VAlitheia^ les Furairs g aîdic/iœs, le 
Tocsin, le Réveille-Matin; plus, la Vie de Cathe- 
rine. Car ils ne tendent qu'à exciter troubles, tu- 
multes , dissensions et séditions. Où pourrait-on 
trouver aux livres des sincères Docteurs catholi- 
ques, telles bouffonneries , et pernicieuses inven- 
tions d'exciter troubles , guerres et débats entre 
les peuples? Toutefois, on tient pour certain, que 
de tous ces dits beaux livres sus allégués , icelui 
Bèze est auteur, ou de la plupa. t. Le beau et grave 
livre, intitulé : Malagon de Maiagonibm, est attri- 
bué à un ministre, qui fut à défunt Gaspard de Co- 
ligny. De l'Apologie sur Hérodote, Henry Etienne a 
bien voulu se nommer auteur, et déclarcT disciple 
d'un maître Jehan du Pont-Allez. Car il n'a laissé 



i62 VIE DE BÈZE. 

conte ni fable ridicule, qui lui soit venu à mémoire, 
pour se moquer de prêtres et moines. Telles œu- 
vres bouffonnesques ne sont d'aucune édification, 
ni dignes d'enfans de Dieu : et ce seul argument 
doit être suffisant pour prouver que ledit Bèze, ni 
tels compositeurs de vanités et folies, ne sont point 
conduits du Saint-Esprit. Mais de si chacune pa- 
role ocieuse (1) faut rendre raison devant ce très- 
sévère juge ; de combien plus, seront obligés h ren- 
dre compte de leurs écrits , ceux qui remplissent 
le monde et leurs disciples , de vaines moqueries , 
ains plus , de propos malins et séditieux ; surtout 
ceux qui s'attribuent plus de titre et nom de per- 
fection chrétienne ? 

Il faut passer plus outre, et contempler les livres 
lesquels ledit Bèze a mis en lumière , et n'a point 
voulu son nom être caché. Entre les autres, il y a 
sa préface au livre ou Commentaire de son maître, 
père et ami Calvin, sur le Livre de Josué. Plus, est 
l'Apologie^ laquelle il a composé contre le livre de 
maître Claude de Xaintes, sur la doctrine calvinien- 
ne et bézienne, touchant la Cène de Notre Sei- 
gneur. Or, trois choses, entre autres, se retrou- 
vent en ces opuscules, qui ne sentent rien le style 
des saints Docteurs catholiques, et sincères Chré- 
tiens, conduits par le Saint-Esprit; mais apcrte- 
ment suivent le style des faux docteurs schismati- 
qucs et hérétiques agités de l'esprit satanique , 

(1) Oaef/.9e, oiseuse. 



VIE DE BÈZE. i63 

père de mensonge , auteur de brocarderies (i), et 
surtout fauteur des outrecuidés ambitieux qui s'exal- 
tent eux-mêmes , et se vantent d'être plus excel- 
lens que les autres. Touchant des mensonges , il 
en est merveilleux ouvrier, comme on peut voir au- 
dit opuscule parlant de Calvin. Car j'appelle Dieu 
en témoin, qu'il assure d'icelui très-impudens men- 
songes, contre la manifeste vérité, et contre sa 
propre conscience, au moins s'il en a. Mais' je 
pense avoir en mon livre de la vie, mœurs, actes 
et mort dudit Calvin, assez montré, combien ledit 
Bèze s'égarait de la vérité, en touchant les points 
plus au vrai qu'il n'a fait ; alléguant raisons et té- 
moignages bien suffisans, et exprès. Pour ce, je 
me déporte de plus en dire pour le présent (2). 
Mais des mensonges par lui dits contre autres 
personnes particulières , trop audacieusement, je 
ne puis, ni ne dois les passer en silence. 

Il ne veut concéder audit de Xaintes, que Cal- 
vin ait été appelé en conférence , sur le point de 
la prédestination , à Berne: et dit, qu'il y alla, 
non comme défenseur de sa cause , ou coupable 
de quelque chose qui lui fut imposé (car le mot de 
reus latin, duquel il use, emporte cela) ; mais il dit, 

(1) Brocarderies, mauvaises bouffonneries satiriques. 

(2) Senebier (article Calvin), Bayle (article Castel- 
LAN , etc.), Joly, et tous ceux qui ont traite' à fond les 
mêmes matières que Bèze, Protestans ou Catholiques, 
sont forcés de reconnaître qu'il est sans cesse en défaut 
sur l'article de l'exactitude et de la vérité. 



lG-4 VIE DE BÈ2E. 

qu'il y alta coinnie ambassadeur; lequel liotuieur 
(comme il ajoute) lui avait été donné, voire plu- 
sieurs fois, et contre sa volonté. Et telles sont ses 
paroles expresses en son dit livre : Adfuit quoqiic 
Calvinm (non ut reus) sed iinus ex lecjaûs^ quem lio- 
norem eï non semel liœc civitas vel invïlo liabuit : qui 
est un mensonge trop diabolique ; et en appelle 
Dieu en témoin ; aussi les seigneurs de Berne , et 
votre magistrat même. 

J'en dirai donc la pure et sincère vérité , de- 
vant Dieu et ceux qui la voudront ouir, sans varier 
ni déguiser aucune chose. Il est vrai que depuis 
la controverse survenue l'an de notre salut lo5l2 , 
en pleine congrégation , contre la doctrine écrite 
et préchée par Calvin , et les ministres ses adhé- 
rens, plusieurs ministres des terres de Berne le- 
vèrent l'esprit , et bien entendirent que ledit Cal- 
vin , et ses adhérons , erraient grandement en 
cette matière de la prédestination , tant , qu'en 
leur congrégation ou synode (qui se fait com- 
munément à Lausanne ) , qu'en plusieurs lieux 
particuliers; ils en avaient entre eux de grandes 
disputations et contentions. Sur tous autres , un 
ministre de la bourgade de Nyon, appelé non pas 
Zacharie, comme le susdit Xaintes le nomme, mais 
Zébédée, lequel nom Bèze n'a voulu exprimer en 
son livre , cauteleusement , vivement combattait 
contre les Calvinistes sur cette fausse doctrine , 
issue de la forge des Manichéens, rapportée en 
ces jours par Calvin. 



VTK DE BEZE. 



i6li 



De ce différend, aveilis les seigneurs de Berne , 
sages et pnidens , ne voulant permettre telles di- 
versités d'opinions et eontentions en leurs terres, ils 
écrivirent aux seigneurs de Genève , qu'ils dussent 
envoyer Calvin, et autres leurs ministres, à Berne ; 
et leur commander de s'y trouver au jour dit, pour 
être ouïs, et répondre sur cette doctrine, de la- 
quelle le différend était levé entre eux. Et parce 
que le pauvre Boisée , médecin , avait été le pre- 
mier promoteur de cette dispute , contredisant en 
publique congrégation , en Genève , au temple de 
Saint-Pierre , à ladite doctrine calviniste , l'an sus- 
dit 1552, il lui fut fait commandement de s'y trou- 
ver, par le seigneur baillif de Tlionon , oii , pour 
lors , il habitait, combien que pour lors fût absent 
en la curation d'un seigneur de Maillac, malade en 
la Bresse, à Virieux-le-Grand. Mais, aussitôt averti 
dudit mandement desdits seigneurs magnifiques de 
Berne , par homme exprès qui lui fut envoyé par 
le susdit seigneiu" baillif de Thonon, il laissa toute 
autre chose pour s'y retrouver, prenant chevaux 
de poste, pour plus dépécher chemin. En entrant 
en Berne , passant tout à cheval avec le postillon , 
devant le logis de Calvin , fut aperçu par maître 
Raimond Chauvet, compagnon dudit Calvin, qui 
lors se trouva à la fenêtre dudit logis; et tout à 
l'instant l'alla avertir de l'arrivée de Bolsec : et en 
un moment, Calvin fit brider chevaux, et se partit 
de Berne , à très-grande hâte, ne retournant par le 
droit chemin par lequel il était venu, assavoir par 



iCG VIE DE BÈZE. 

Lausanne; mais tira par Neuchatel, où il alla en- 
core coucher ce soir même . 

Bolsec , descendu de cheval , sans aucun délai , 
va retrouver le seigneur avoyer de Watteville , lui 
faisant ses excuses d'avoir retardé de venir au 
jour assigné , pour être absent du pays ; et igno- 
rant du mandement de leurs magnificences , de 
quoi ledit seigneur baillif de Thonon lui avait donné 
témoignage par lettres. Aussitôt fut mandé audit 
Calvin, par un serviteur de ville, de se retrouver le 
lendemain en la maison du Conseil , devant les 
seigneurs. Mais l'homme de bien était déjà parti. 
Laquelle chose ayant entendu ledit seigneur avoyer 
de Watteville, manda homme exprès à cheval, en 
hâte après icelui Calvin, pour lui faire commande- 
ment de retourner , et se retrouver au Conseil le 
matin du jour suivant. Mais nonobstant la diligence 
du messager, cela fut en vain. Car ledit Calvin 
avait malicieusement pris autre chemin , et tiré en 
grande hiite , comme est dit , se doutant de ce 
qu'en adviendi'ait, vers Neuchatel. Telle est la vé- 
rité du fait , quoique Bèze en ait écrit du contraire, 
comme il est très-etfronté mensonger. 

Je dirai aussi , touchant l'autre point , lequel il 
ajoute impudemment, assavoir, qu'il y alla , non 
comme accusé ou défenseur de sa doctrine , mais 
<:onime ambassadeur. Vrai est, que lui ayant été 
signifié par^^les seigneurs de Genève, qu'il fallait 
qu'il allât a Berne pour la sustentation de sa doc- 
trine, (le laquelle était excité discord entre les mi- 



VIE DE BÈZE. 467 

nistres , il impétra (1) des seigneurs du Petit-Con- 
seil , quelques-uns desdits seigneurs poui- être pré- 
sens à ladite conférence , desquels, toutefois, n'é- 
tait aucun besoin. Mais icelui Calvin craignant re- 
cevoir quelque écorne et honte , requit que lesdits 
seigneurs y fussent envoyés de Genève comme am- 
bassadeurs , et que lui serait adjoint avec eux en 
même titre, s'assiu'ant que, y allant en telle con- 
dition, lui serait porté quelque respect. Toutefois, 
il n'était appelé des seigneurs de Berne, sinon 
pour défendre ce qu'il avait écrit, et prêchait avec 
ses adhérens sur la matière de la prédestination , 
sur laquelle était le différend entre aucuns minis- 
tres des terres de Berne. 

Or, lesdits seigneurs de Berne, ayant vu la ruse 
de laquelle il avait usé, se partant de leur ville sans 
résolution, et sans dire adieu ; mêmement, prenant 
autre chemin que l'accoutumé, furent offensés, et 
donnèrent congé aux seigneurs de Genève , avec 
lesquels il était venu. Firent statut et défense à 
tous les ministres, leurs sujets, de plus disputer de 
ce point de la prédestination , et de n'en tenir pro- 
pos en sermons publics ni privées compagnies ; 
sinon que simplement et sincèrement, comme il est 
exprimé en la Sainte-Ecriture. Défendirent pareil- 
lement à tous leurs sujets , de quelque condition 
qu'ils fussent , de laisser leurs paroisses pour al- 
ler prendre la Cène à Genève ; bien informés que 

(1) Obtint par prières. 



168 VIE DE BÈZE. 

plusieurs, tant natifs en leurs terres, que des étran- 
gers venus habiter en leur pays pour leur reli- 
gion , portaient telle affection à Calvin , qu'ils 
déprisaient leurs paroisses et ministres. Or, le 
pauvre Bolsec eut congé de s'en retourner h son 
habitation de ïhonon , avec lettres desdits sei- 
gneurs de Berne , au baillif ; avec exhortation des- 
dits seigneurs , de ne s'empêcher (1) des diffé- 
rends des ministres , ni de disputer de cette dite 
matière. Car ils ont toujours prudemment avisé h 
l'ambition de ceux de Genève , qui ne pouvant s'é- 
lever par forces et richesses, pour faire tête aux 
dits seigneurs, ont tâché de les diviser, et s'accroî- 
tre par leurs divisions. 

Et de ce qu'écrit Bèze, que ledit Bolsec fut banni 
par le magistrat de Berne , selon la sentence de 
quatre cités du pays des Suisses , c'est encore un 
plus impudent et diabolique mensonge. Car, en 
premier lieu, le jugement de la controverse ne fut 
commis qu'à trois cités , Zurich, Berne et Bâle ; et 
tant s'en faut que Bolsec iVit par eux condamné 
d'être en erreur, qu'ils le déclarèrent conforme h 
la pure Parole de Dieu, sentant et suivant le droit 
et sincère sens d'icelle. En second lieu, qu'il écrive 
que Bolsec fut condamné et banni des terres de 
Berne , c'est un autre très-clair et évident men- 
songe; témoins les seigneurs de Berne mêmes. 
Bien est vrai que Calvin , Bèze et Viret , avec au- 

(1) S' empêcher de , se mêler ou s'embarrasser dans. 



VIK DE UftZE. 169 

Clins de leurs dévots et adhércns , tant en leurs 
noms propres que d'autres supposés, incessannnent 
écrivaient à aucuns particuliers des seigneurs de 
Berne, et aux ministres de la ville Haller et Muscu- 
lus; et chacun jour redoublaient nouvelles accusa- 
tions et impostures contre ce pauvre Bolsec. De 
quoi lesdits seigneurs de Berne , trop importunés 
de tant de calomnies, combien qu'ils fussent très- 
bien informés que tout cela ne procédait que de 
malvolence et haine d'ennemis, contre tout devoir 
chrétien , pour se délivrer de telles importunités , 
firent dire, par un des seigneurs de leur Conseil , 
appelé d'Ausbourg (si j'ai bonne mémoire), qu'il 
serait mieux audit Bolsec de se retirer de leurs 
terres, plus loin de ses adversaires et ennemis, en 
lieu tranquille, pour n'être plus ainsi vexé et tour- 
menté : car que jamais il n'aurait paix ni repos si près 
d'eux. Bolsec acquiesçant à leur bon conseil amia- 
blement , et avec leurs bonnes grâces, se partit de 
leur pays, et s'en alla en France. 

Bèze ment aussi impudemment, écrivant dudit 
Zébédée, l'appelant turbulent, et disant qu'il était 
infâme par beaucoup de jugemens : car beaucoup 
de gens de bien savent le contraire. Vrai est, qu'il 
était chaud zélateur de la vérité , et ennemi des 
vicieux. A cette cause, il leur résistait aigrement. 
Mais Théodore de Bèze n'a pas bien noté ni retenu 
l'enseignement de saint Paul , au fpiatrième de 
l'Epître aux Ephésiens , disant: « Otez mensonge, 
« et dites vérité un chacun à son prochain ; car nous 



170 VIE DE BÈZE. 

« sommes membres les uns des autres. Ensemble, 
« que nulle vilaine parole ne procède de leur bou- 
« che; mais seulement celle qui est de bonne édifi- 
« cation. » Sur cette sainte exhortation de l'Apôtre, 
je demanderais volontiers h Théodore de Bèze , de 
quelle édification sont les mensonges lesquels il dit 
et écrit contre les personnes. Pareillement, les in- 
jurieux brocards et épithètes, desquels il use com- 
munément en ses écrits, contre ceux à qui il veut 
mal. Dieu en est-il plus glorifié, et l'Eglise de Jésus- 
Christ en est-elle mieux édifiée ? 

Or des vitupéreuses épithètes, desquelles il use 
communément, et ses écrits sont remplis, voyons en 
quelle forme il en appelle aucuns , de maudite mé- 
moire; autres, monstres horribles; autres, réprou- 
vés et damnés ; comme s'il avait eu ce crédit et pri- 
vilège , d'entrer au cabinet secret des incompré- 
hensibles jugemens de Dieu , duquel il eût vu et 
connu les élus à la vie éternelle , ou les réprouvés 
d'icelle de toute éternité. Quant à Pighius, il le 
nomme grand Goliath; le cardinal Sadolet, glorieux; 
Xaintes , tliéologastre , moine ; autres , impurs , vi- 
lains, ords, sales; et ensuite en cela le style de son 
maître, père et ami Calvin, qui, parlant ou écri- 
vant de quelqu'un qui lui eût contredit, il lui don- 
nait épithètes ignominieuses et détestables , les ap- 
pelant médians, perdus, dcses])érés , chiens morts; 
et les décrivant abominables et indignes d'être 
mis en mémoire des hommes , et d'en parler. De 
ceci fait foi le livre , lequel il composa contre un 



VIE DE BÈZE. 171 

personnage qui lui avait contredit sur la matière 
de la prédestination, lequel il ne voulait, ni était 
possible nommer, mais il l'appela nebulo, qui est 
autant à dire qu'un vaut-néant, ou homme de rien 
et de nulle valeur. 

Or, tel a toujours été le style de tous hérétiques 
et schismatiques, qui furent onc. Et comme h pré- 
sent est celui de Bèze et de ses compagnons, qui, 
en commun propos et en leurs écrits, n'ont autre 
manière que de moquer, brocarder, et injurier 
leurs adversaires; voire encore qu'ils se fussent 
séparés de l'Eglise chrétienne catholique , à leur 
persuasion. Comme Bèze a fait contre Ramus , 
homme en science, plus excellent que lui. Car parce 
que Ramus l'avait rondement repris , il Ta pour- 
suivi de telle haine , même jusque dedans le sé- 
pulcre, qu'il a laissé témoignage à la postérité de 
son inhumanité. Et ne se pouvant encore assez 
venger d'icelui pour satisfaire à son cruel appétit , 
il a fait un livre d'images d'hommes illustres , où il 
ne l'a voulu mettre, pom^ tâcher d'effacer et perdre 
sa mémoire. Mais sa passion a fait voir son ineptie, 
quand la plupart de ceux qu'il a dit être illustres , 
ont été personnes de néant, de nulle valeur, et 
connues seulement de lui - même , pour quelque 
olïice qu'il a reçu d'elles. Ceux qui ne l'ont adoré, 
il les a traités très-inhumainement en votre présen- 
ce, et ne lui avez résisté , comme les exemples en 
sont récens en votre ville, et insérés dedans les 
registres de votre Conseil. Comme pour exem- 



'172 VIE DE BÈZE. 

pie non oncore envioilli, que doil-on estimer de h 
violente proeéduie, de laquelle lui-même usa eon- 
tre Merlin, l'un de vos ministres, et le plus docte es 
lettres hébraïques, qu'avez eu depuis votre révolte 
de l'Eglise chrétienne, catholique et apostolique? 
11 vous doit bien souvenir de la grande et anière 
envie que ledit Bèze avait conçue contre le pauvre 
Merlin , écouté et ouï en ses prêches plus attenti- 
vement , et des écoliers, et autres gens de lettres, 
et du reste du peuple, que lui. Et ce, tant h cause 
de la vie et conversation plus honnête, modeste et 
exemplaire , et du savoir et dextérité plus grande 
à exposer les Prophètes , selon votre doctrine hé- 
rétique , que n'eut oncques ledit Bèze , quelque 
parade enflée qu'il puisse avoir. Car cet ambitieux 
veut fleurir et être estimé tout seul , comme utj 
Phénix qui n'a son semblable. 

Lui donc, grondant en son cœur envieux con- 
tre Merlin, lui gardait , jusqu'à ce que l'occasion 
s'ofl'rît et qu'il ne laissât échapper pour lui servir à 
découvert , le mets du mal engin (1) et mal talent, 
qu'il lui avait toujours porté h couvert. Car, adve- 
nant l'aflliction de peste en votre ville, après que 
les pauvres malades eurent été quelque temps sans 
être visités en leurs misères , on élut linalement L<' 
Gagneur, un de vos ministres , pour y aller et les 
prêcher. Lequel ayant crainte de sa vie , avisa d'u- 
ser de la prudence la plus exquise qu'il pouvait , 

(1) Engin, industrie, moven artificieux. 



VIE DE BÈZE. 175 

pour se gardor de tomber au mal de la contagion , 
en faisant sa charge : tellement, qu'il les prêchait 
un peu de loin, et n'entrait en leur logis, de quoi, 
toutefois les malades se contentaient. Cependant 
l'un des syndics, qui étaient lors, ne trouvant à son 
goiit, et n'approuvant, selon son jugement, la pru- 
dence de ce ministre, le rapporta à ses compagnons 
syndics, qui lui voulurent enjoindre de s'approcher 
plus près, voire aller jusqu'auxdits lits des mala- 
des. Ce que, débattu par le Consistoire, fut con- 
clu que ce n'était au magistrat de régler et bailler 
loi pour cela , auxdils ministres ; et que , puisque 
les malades se contentaient , il était loisible audit 
Le Gagneur, et autres ses compagnons, appelés à 
telle charge , de pourvoir à leur santé et vie par 
moyens convenables, sans se précipiter au danger. 
Car leur foi et charité ne leur permet d'exposer 
leurs vies à quelque danger , pour le service et 
gloire de Dieu, ni pour le salut de leur prochain; 
aussi n'en sont-ils pas au chemin. Vous savez que 
Blerlin était de ceux qui , plus âprcment , main- 
tenaient la cause du Gagneur, et la conclusion 
du Consistoire. Ce que Bèze voyant, quoiqu'au- 
paravant il aimât ledit Gagneur, qui était un beau 
jeune homme , et l'appelât son fils , quitte néan- 
moins le parti d'icelui , et lui fut contraire, pour 
avoir quelque prise contre Merlin , lequel il savait 
être constant et ferme en son opinion , et pi'inci- 
palemcnt en ce que , par un commun consente- 
ment, avait été délibéré et décrété. Cet esprit, 



174 VTE DE BÈZË. 

inquiété sans cesse d'ambitieuse et cruelle ven- 
geance , comme il l'a fait sentir à d'autres , com- 
mença dresser ses menées; et fit tant, partie par 
flatteries, partie par menaces aux plus niais et re- 
doutant sa grande barbe, qu'il les corrompit , et 
leur fit rétracter leur décret , et condamner ledit 
Gagneur. Merlin, qui ne s'émouvait de peu de 
chose, demeura ferme en ce premier décret. Fut, 
pour cela, appelé en votre Conseil et renvoyé, 
sans que pour si peu de cas on voulût rien entre- 
prendre contre lui. Là-dessus, Bèze continue à 
l'exécution de sa rage, manie le Consistoire, fou- 
droie contre le pauvre Merlin , qui lui répondit de 
même , combien que ce fût avec plus de modestie 
et simplicité. Finalement, sans forme due et ac- 
coutumée entre vous, et sans légitime occasion, 
ledit Merlin fut déposé de sa charge. A quoi, pour 
obtempérer à la vengeance tyrannique de cet 
orgueilleux antéchrist , vous consentîtes et per- 
dîtes, par ce moyen, la fleur de votre Acadé- 
mie , et le plaisir et espérance de tous vos éco- 
liers, et le contentement des hommes de lettres de 
votre ville. 

Davantage que pourrait-on dire des menées 
qu'il dressa contre le seigneur de Pacy, en France 
plus estimé que lui ? Il lui portait une envie extrê- 
me , d'autant, que, plutôt que lui, il avait été élu 
par le défunt prince de Condé et ses associés, pour 
aller vers l'empereur Ferdinand (que Dieu absol- 
ve!) et états de l'empire à Francfort, l'an 1562, 



VIE DE BÈZE. d75 

pour faire leur excuse de la prise des armes. Vous 
avez condamné à mort ledit de Pacy, et fait exé- 
cuter. Ce qu'à l'instigation dudit Bèze, vous pré- 
cipitâtes, ayant ouï bruire que plus grands que 
vous, et de vos voisins h vous redoutables, le vou- 
laient demander. Son innocence , toutefois , est 
encore crue entre les nations, où le nom de votre 
ville est connu, quoi qu'ayez publié au contraire. 
Que s'il lui eût été permis se défendre juridique- 
ment, il vous eût fait connaître des traits et dépor- 
teniens tels de votre patriarche prétendu , que 
peut-être ne l'eussiez pas voulu laisser vivre. Bref, 
il ne veut avoir compagnon, ni même second, s'il 
ne lui défère du tout, comme un laquais à son maî- 
tre , qui est une vraie marque d'anté christ , qui , 
sans élection et vocation , usurpe domination sur 
ceux , lesquels , pour le moins, il doit tenir pour 
frères. 

Mais quant aux injures et blasphèmes qu'ils dé- 
gorgent contre le Sacrement du corps de Jésus- 
Christ , et contre l'Eglise catholique , laquelle ils 
appellent cacolique , ils passent Berengarius et ses 
sectateurs; et en lieu de dire Ponûfex ^ écrivent 
Pompïfex, et Pulpifex : mais de Jésus-Christ et de 
la Vierge Marie , ils n'ont jamais parlé si déshon- 
iiêlement que Bèze et ses adhérens. Or, c'est vo- 
tre oflice. Seigneurs magnifiques, de juger de ces 
choses avec sapience et sain entendement, bien 
conduits de l'Esprit de Dieu, et de n'endurer, en 
votre ville et gouvernement , que Satan ni ses mi- 



i76 VIE DK lifcZE. 

nistres régnent entre vous , décevant les pauvres 
âmes rachetées par le sang de Notre Seigneur 
Jésus-Christ ; mais passons plus outre , et voyons 
de quel esprit est mené Bè/x'. 

Considérons ses styles en ses écrits. Outre les 
vaines folies, jaseries et badineries; outre les men- 
songes et inipudicités ; finalement , les injuiieux 
jjiocards et vitupéreux titres , faux néanmoins , 
desquels il use contre les personnes : ce qui est du 
tout contraiie à la doctrine et commandement de 
Notre Seigneur; car il défend d'injurier autrui, et 
déclare les peines, lesquelles méritent ceux qui blas- 
phèment et usent de paroles injurieases contre leur 
prochain : observons encore un autre point, qui, en- 
tièrement, sent sonoutrecuidé glorieux, ambitieux, 
qui n'attend d'être loué par autrui , mais s'exalte 
lui-même, et se vante d'être quelque chose de 
bien grand , pour être estime tel entre pauvres 
ignoi'ans de peu de jugement; toutefois, soyons 
sages et prudens, en discernant bien ce qui en est. 
Après son apologie contre le livre dudit évêque 
d'Evreux, le sieur Claude de Xaintes, en laquelle 
il lui dit niiilf injures, comme dit est, il a adjoint 
un autre opuscule, des mêmes caractères, imprimés 
au même lieu, et le même an, assavoir 1567 ; au- 
quel opuscukr tout homme de bon jugem<'nt recon- 
naît sonstvle et phrase expi-esse; mais il l'attribue 
à un autre , disant que le nonr de celui qui l'a com- 
posé est Tlicopsaliea ; et pour en dire ce qui en est, 
il ressemble piopreinent en ce fait et dissimulation 



VIE DE BÈZE. 477 

de son nom, un jurispéritc (i) ou autre personne 
constituée en quelque état et dignité , qui se vou- 
lant débaucher, égayer et sortir hors des termes de 
modestie , se déguise, prenant un masque et vête- 
ment inconnus. 

Mais jaçait (2) que des ignorans et populats (o) 
il n'est connu ; toutefois, les sages et de bon juge- 
ment ne sont déçus , et par ses gestes , manière de 
cheminer et autres signes , à ne le remarquer être 
celui qu'il est au vrai. Or, il faut considérer ce 
qu'il écrit , en ce dit livre , de soi-même contre de 
Xaintcs , qui a contredit h la doctrine de Calvin 
et la sienne : Porto, ut invadere in mortuî sepul- 
cfirum ïmmanïtatïs, ila Bezam ctinm in certamen f o- 
care temerïtalïs fuit. Qui enim totiiis Scolœ sorbonicœ 
turmas ; qui Episcoponim cohortes ; qui doctorum lu- 
tetianorum aciem in campo illo Possiacemi non exti- 
muit ; an potcrît unins sagittarii telo inflexOj, obliiso- 
que commoveri? C'est-à-dire, « mais vraiment com- 
« me c'est chose méchante , sans religion et piété , 
« d'envahir et assaillir le sépulcre d'un trépassé ; 
« ce a été témérité d'appeler Bèze en combat ou 
« dispute , qui n'a point eu de frayeur , ni crainte 
« des compagnies ou assemblées de toute l'Ecole 
« sorboniquc , des bandes des Evêques , de la 
« pointe ou avant-garde des docteurs de Paris , en 
« ce camp-là de Poissy ; pourrait-il s'émouvoir d'un 

(1) Jurispc/ile, légiste. 

(2j Jaçait ou j'aroif, quoique, qu'il en soit déjà ainsi. 

(3) Gens de la populace. 



178 VIE DE BÈZE. 

« dard ou flèche , courbé ou rebouche d'un seul 
4 archer ? » 

Quelles paroles, je vous prie, Seigneurs magni- 
liques, sont celles-ci? Il ressemble un franc-archer 
de Bagnolet(I), qui se vante et glorifie lui-même ; 
et qui , comme vous pouvez avoir vu la farce , se 
met au plus haut degré de vaillance ; mais on sait 
fort bien en quelle estime il était entre les doctes 
en ce lieu-là , et la bonne grâce qu'il avait en se 
taisant et laissant les réponses à Pierre Martyr et 
à ses compagnons. Où peut-on trouver en tous les 
écrits des saints et vrais Docteurs chrétiens , telles 
jactances et orgueilleuses vanteries, quand ils font 
mention d'eux-mêmes et de leurs qualités? Ce seul 
argument doit faire manifeste témoignage qu'il n'est 
point des enfans de Dieu, et qu'il n'a point l'Es- 
prit de Jésus-Christ ; dont je réplique le dire et sen- 
tence de l'Apôtre saint Paul : « Qui n'a point l'Es- 
« prit de Jésus-Christ , n'est point de Jésus-Christ; » 
et n'étant point de Jésus-Christ , de qui peut-il être, 
sinon de Satan et du prince des ténèbres ? 

Il convient considérer plus profondément de ses 
actes , plus griefs et détestables , que ne sont les 
susdits d'écrire boufl'onneries , menteries , injures 
et jactances; car, d'être traître, perséciUer à 
mort ses ennemis, et d'exciter les guerres et ré- 
bellions contre princes et nations , sont de beau- 
coup plus grand poids , et dignes de plus grande 

(1) Ancienne milice, tombée dans le me'pris. 



ME i)i: litzi:. 179 

damnation. Tourhant d'être l'raudulent, et tromper 
ceux qui se confient de lui, j'en dirai une liistoire, 
laquelle il ne saurait nier : c'est qu'un jeune hom- 
me, natif d'une bourgade assez voisine de Genève; 
je suis content de ne dire son nom , s'il n'en est 
plus besoin; mais icelui jeune homme, fort affec- 
tionné disciple de Bèze , et beaucoup s'assurant de 
son amitié , et espérant d'être favorisé de lui, avait 
entendu que l'ambassadeur d'Angleterre vers le 
roi de France, désirait trouver quelque personnage 
idoine , de bonnes mœurs et doctrine , pour être 
conducteur et pédagogue de ses enfans , lesquels 
il voulait envoyer à l'étude en Allemagne. Le susdit 
jeune homme, désireux de parvenir à quelque plus 
grand bien et honneur, s'adressa h Théodore de 
Bèze , lui déclarant son intention , et le priant de 
lui être favorable en cet endroit , et de lui donner 
lettres de recommandation audit seigneur ambas- 
sadeur, pour être admis h cette charge de conduire 
ses enfans en Allemagne , h l'étude. Bèze lui pro- 
mit de le ftiire ; et incontinent ledit jeune homme 
cherche argent pour s'acheminer vers ledit am- 
bassadeur, étant à Paris ou en la cour du roi , le 
plus vitement qu'il put. Bèze lui donna ses lettres 
audit ambassadeur, puis les ayant reçues, et espé- 
rant que par la recommandation favorable conte- 
nue en icelles , il obtiendrait ce qu'il désirait , se 
partit. Bref, arrivé à la cour, alla trouver et se 
présenter audit seigneur, lui baillant ses lettres, 
lesquelles lisant, montra un visage plus plein d'in- 



i80 ME DE BÈZE. 

dignation que de réjouissance : car, tant s'en faut 
que les lettres fussent en la faveur, et recomman- 
dation du porteur, qu'elles étaient contraires, dis- 
suasives de le prendre ou accepter. Ledit seigneur, 
ébahi de cette trousse (î), et marri (2) du travail et 
dépens faits par ledit jeune homme en vain, lui com- 
muniqua la lettre, et lui donna quelques pièces 
d'argent pour s'en retourner : offensé , toutefois, 
de la trahison contre ce jeune homme, faite par un, 
qui porte titre d'enfant de Dieu et ministre de sa 
Parole. Et comment se pourra vanter d'être saint 
docteur de la Parole de Dieu , celui qui ne l'obser- 
ve pas, ains fait tout au contraire ? Jésus-Christ dit, 
en saint Luc : (5) « Ne fais à ton prochain ce que tu 
a ne voudrais t'être fait. » Voudrait-il bien qu'une 
telle trahison lui eût été faite ? Par-là, peut-on bien 
connaître que l'Esprit de Dieu n'est point en lui , 
et qu'il est faux prophète, et que la vérité n'est 
point en lui. 

Touchant de persécuter ceux qui lui contredi- 
sent , et ceux à qui il veut mal , il en faut voir les 
exemples. Le commandement est donné aux Chré- 
tiens de n'injurier ou faire injure à personne, 
mais de souffrir et supporter patiemment les afflic- 
tions qui leur sont données par autrui : et, qui dili- 
gemment lit et observe les vies des saints Apôtres 
et Docteurs de l'Eglise catholique , ils ont toujours 

(1) Trousse, mauvaise manière d'expédier les gens. 

(2) Marri , fâché, afflige'. 
(S) Ch. Vr, V. 31. 



VIE DE BÈZE. 181 

élé affligés, chassés; voire mis à mort par les infi- 
dèles et par les schismatiques et hérétiques. Des 
Apôtres et Disciples, les légendes sont écrites, et 
leurs morts ; des saints Docteurs affligés et persé- 
cutés par les hérétiques, les histoires sont expres- 
ses : singulièrement d'Eustathe Pamphile , évêque 
d'Antioche , sous l'empereur Constantin, à la solli- 
citation des Ariens , fut banni et confiné en Traja- 
nopolis, cité du pays de Thrace. Eusèbe, évêque de 
Verceil , au pourchas desdits Ariens, fut banni et 
confiné enCappadoce. Saint-Hilaire, évêque de Poi- 
tiers, fut tellement calomnié, et vitupéré par lesdits 
hérétiques , qu'il fut contraint de se partir de son 
pays , et se retirer en Phrygie . Un évêque de Gi- 
ronde (1), appelé Jean, de la nation des Goths, sous 
l'empire de Phocas , fut contraint de se cacher , 
pour les opprobres et calomnies qui lui furent faus- 
sement imposés par lesdits hérétiques, lesquels il 
avait oppugnés (2) et importunés. Entre tous les au- 
tres, le saint et docte évêque d'Alexandrie, Atha- 
nase , fut très-cruellement persécuté , et tellement 
vexé par les subtiles pratiques et assauts que lui 
firent lesdits hérétiques , qu'il fut contraint de se 
partir et s'en aller par le monde ; et, finalement, 
se retira près l'empereur Constant, qui était Ca- 
tholique. Mais ceux-ci, et singulièrement Bèze, non- 
seulement calomnient, vexent, diffament par paro- 
les et écrits, ceux h qui ils portent haine, mais en- 

(1) Ou Gitonne en Espagne, 
{i) Oppugner, coiiiî)uUre. 



182 VIE DE BÈZE. 

core ils sollicitent de les faire mourir. Veut-il nier 
qu'à sa suasion et sollicit.ation, l'illustre seigneur duc 
de Guise ne fut mis à mort près Orléans , par le 
traître homicide Poltrot? Ledit traître, apertement, 
confessa d'avoir commis ce meurtre à la suasion de 
Bèze. Plus outre, il avance que, si le cas n'eût été 
commis, il l'eut mis en exécution. Or, qui est 
l'homme si hébété et privé de jugement, qui ne 
connaisse que telles entreprises ne sont du vouloir 
et commandement de Dieu , mais plutôt du con- 
traire, considérant l'issue qui en ensuit. 

Au troisième chapitre du Livre des Juges, l'his- 
toire d'Aod est écrite , que , comme inspiré de 
Dieu, il osa aller, lui seul, tuer Eglon, roi de Moab; 
plus , de Sangar, (ils d'Anath , qui , avec im bâton 
h piquer bœufs , communément appelé aiguillon , 
défit soixante Philistins , et mit le peuple de Dieu 
en liberté. Pareillement, l'histoire du jeune berger 
David , qui , muni de son bâton pastoral , et garni 
de cinq pierres, alla combattre et tua un déme- 
suré et horrible géant, qui^ seul, faisait trembler et 
mettait en fuite tout le camp d'Israël. Finalement, 
l'histoire de Jéhu fait très-exprès et manifeste té- 
moignage , que quand Dieu envoya quelque sien 
serviteur pour punir tyrans oppresseurs de son peu- 
ple , il le garda de tout danger , et le réduisit sain 
et en sûreté après l'entreprise exécutée. Mais cela 
n'est advenu audit Poltrot, messager et commis de 
P>èze ; car il fut pris et mis h mort honteusement. 
El le sembia!)!e advint à Yille-Moneis et h ses rom- 



VIE DE BÈZE. 18Ô 

pagnons , qui , sans le vouloir de Dieu , mais à la 
seule instigation du défunt Jean Calvin et de Bèze, 
allèrent à Amboise contre le jeune roi; car Dieu 
renversa leur machination à leur ruine et confusion ; 
et par cela peut-on connaître, que Dieu n'est point 
auteur ni directeur de tels homicides et meurtres ; 
mais plutôt, l'esprit malin ^ qui conduit tous faux 
prophètes et docteurs, usurpateurs du nom de Dieu, 
et séducteurs des pauvres ignorans. Pour ce, faut-il 
bien considérer et prouver les esprits, s'ils sont de 
Dieu ou du diable. 

Donc, d'être double et trompeur, aussi d'être 
menteur et cause de la mort des personnes, cela 
est évident en Bèze , par les exemples susdits. 
Voyons maintenant des guerres, troubles, surpri- 
ses des villes ; brûlemens de châteaux , palais et 
maisons ; saccagemens de temples et ruines de 
pays ; de quoi il est cause , auteur et promoteur. 
Comment se pourrait-il couvrir qu'il est enfant de 
Satan, et instrument du dialjle, prince des ténèbres? 

En premier lieu, il est certain que l'an 1562, 
les surprises des villes furent un an après celle belle 
journée de Poissy, où n'avait pu l'ennemi parvenir 
h son but. Il enflamma, parle moyen de Bèze, toute 
la France , et excita des rebelles partout, tant, que 
les principales villes furent surprises, et possédées 
par les hérétiques et contempteurs de Dieu, des 
supérieurs et ordonnances de l'Eglise catholique. 
Et peut-on bien connaître que cela ne venait point 
de Dieu : car tels mutins et usurpateurs furent con- 



i84 VIE DE BÈZE. 

trainls de laisser les villes et lieux , lesquels ils 
avaient surpris, contre le vouloir et commandement 
de Dieu; ainsi, furent dédiasses et mis en confusion, 
à leur très-grand regret. 

Or, j'ai dit que telles rébellions et surprises 
étaient à l'instigation de Satan , par le moyen de 
Bèze , qui , en ce temps-là , fit voyages en Suisse 
et en Allemagne , pour assembler toutes sortes de 
gens ramassés et vicieux , et les joindre avec les 
rebelles de France. Non-seulement i! alla les as- 
sembler et lever, mais encore fut vu et bien connu 
en leurs compagnies; et ne pourraient contredire à 
cela , sinon que , ôtée toute vergogne chrétienne , 
ils voulussent faire profession manifeste d'être des 
enfans du diable, père de mensonge : car le fait est 
prouvé et connu. Mais avant que passer plus outre, 
considérez , Seigneurs magnifiques , quelle issue 
donna leur entreprise : Le duc des Deux-Ponts 
creva un soir, gourmant et ivre ; ses gens, ramassés 
par lui , et conduits en France , qui firent infinités 
d'injures et perles aux pauvres Français , furent 
tués et ruinés. Le prince de Coudé reçut la mort 
misérablement , avec un grand nombre des siens ; 
Gaspard de Coligny, bon fuyard , ne fut des der- 
niers à se retirer; mais, à la fin. Dieu l'amena à la 
trappe , et fut pris au trébuchet , lequel il prépa- 
rait tant au roi qu'aux bons princes de France. 
Que s'il advint malheur sur lesdils mutins et re- 
belles, il ne faut douter que ce ne fût par un juste 
jugement de Dieu. 



VIE DE BÉZE. iSo 

Mais il faut passer outre , et considérer les 
autres insultes , depuis survenues en Languedoc 
et Dauphiné , par le moyen et instigation de 
Bèze , ce qui est très-bien vérifié ; car les capi- 
taines et chefs principaux de leurs bandes ne s'é- 
meuvent pour faire aucune entreprise ou surprise 
de villes, châteaux, ports et places, qui ne soient 
induits par leurs ministres ; et lesdits ministres 
sont sollicités par lettres et par messagers envoyés 
exprès de Bèze même. De quoi je mets trois évi- 
dens témoignages : l'un, est de la relation du baron 
des Adrets , qui, apertement, le confessa, et dé- 
clara au seigneur président des Portes, en présen- 
ce d'autres seigneurs du Parlement de Grenoble ; 
et en second lieU;, on le sait par une lettre sienne, 
en faveur de laquelle le seigneur de Lesdiguières 
remit en liberté un gentilhomme , qui était prison- 
nier en ce pays-là du Dauphiné ; j'en ai encore les 
lettres, et certitude, voire de personnes dignes de 
foi; et s'il était si impudent que de nier cela, je 
lui mettrais au-devant, que plusieurs lettres siennes 
ont été surprises , par lesquelles il incitait lesdits 
seigneurs et capitaines, ses adhérens, h faire tou- 
tes telles invasions et insulters. Davantage, d'autres 
au même effet, par lui écrites aux ministres desdits 
seigneurs, la superscription desquelles était, à Mes- 
sieurs et frères les ministres des Eglises réformées,, en 
Dauphiné ou autre province. Surtout , il ne saurait 
nier ce qui survint dernièrement, l'an 1574, près 
la ville d'Ann(^cv, on un village ditVevrier, où 



180 VIE DE BÈZE. 

furent arrêtés aucuns soldats, conduits par certains 
capitaines , desquels le principal était un comte 
d'IIesse , qui avait à sa suite un avocat de même , 
appelé Picolin , conducteur et capitaine d'une 
troupe de Languedoc. Plus, un nommé Rousset , 
beau-fils de Montbrun , sous lequel cheminait une 
multitude du pays de Dauphiné. Ceux qui, de toute 
la troupe, purent échapper, s'enfuirent; mais les 
trois principaux susdits furent pris avec aucuns des 
leurs, et menés en la ville d'Annecy. Et, entre 
tout ce qu'il faut noter, c'est que, se voyant surpris, 
ils voulurent cacher des lettres , et les mirent, le 
plus finement qu'ils purent, sous une coulte du lit 
de la chambre, où ils furent arrêtés. Ce qu'ayant 
été aperçu par quelques-uns, lesdites lettres furent 
trouvées et portées à Annecy, aux seigneurs du 
Conseil; et lesdits capitaines , interrogés diligem- 
ment de leur entreprise et intention, ils ne surent 
faire autre réponse , fors qu'ils étaient appelés par 
Théodore de Bèze , duquel ils avaient lettres ex- 
presses ; mais ils étaient ignorans du reste. 

Ainsi apert que de tant de troubles , invasions, 
surprises de villes , infractions d'arrêts , établis 
pour la tranquillité de France, tant de venues d'é- 
trangers, par lesquels le pauvre pays a reçu infinis 
dommages et ruines, Bèze est principal auteur, com- 
me vrai instrument et ministre de Satan , père de 
discorde, noises et guerres; et est argument très- 
manifeste , qu'il n'est point des enfans de Dieu , 
amateurs de paix et tranquillité. 



VIE DE BÈZE. 187 

Oh ! combien de jeunes hommes de bonnes mai- 
sons de votre ville même, et de l' environ, ii a dé- 
bauchés journellement ; qui laissent leurs pères, 
mères et parens, pour aller en la guerre en divers 
h'eux, singulièrement h présent en Daupliiné, pour 
se joindre aux rebelles, lesquels ils appellent leurs 
frères; et, à la suasion de Bèze, ils pensent faire 
chose agréable h Dieu , combien que cela soit con- 
tre sa sainte Parole et commandement: comme 
aussi leur entreprise ne succède jamais abonne fin. 
Car la plupart sont occis ou pris par les prévôts, 
comme il advint, n'a pas long-temps encore, entre 
Grenoble et Chambéry, à aucuns de votre ville ; 
desquels les parens envoyèrent la rançon, avec let- 
tres des seigneurs de Berne , en recommandant 
lesdits prisonniers; et lesdites lettres de faveur des- 
dils seigneurs , furent portées par un bourgeois 
d'Annecy, duquel je ne dirai le nom, s'il n'en est 
besoin ; mais bien votre ami et affectionné. Et qui 
ne sait que le baron d'Aubonne est instrument de 
Bèze , et ne s'émeut jamais à faire ses amas d'en- 
fans perdus, sinon à la poursuite et instigation de 
Bèze? Si est-ce que le défunt baron, son père, qui 
avait été évêque de Montauban , n'eût pas soulfert 
telles insolences, étant vivant; car il avait bien con- 
nu et découvert de quel esprit étaient menés Cal- 
vin , Bèze et leurs dévots, dont il avait très-grand 
regret d'être allé en ce pays-lîi; mais il n'était pas 
temps de s'en repentir : l'histoire est récitée au 
livre de la Vie de Calvin. 



188 VIE DE BÈZE. 

Pour conclusion de la vie et actes de votre minis- 
tre Bèze , je ne veux point être ignoré que son 
père , lieutenant pour le roi en la ville de Vezelay, 
considérant la méchante vie et diaboliques mœurs 
de sondit fils, étant en l'article de la mort, et ayant 
fait tout ce qui appartient à un élu de Dieu ; recon- 
naissant les bénéfices de Jésus-Christ; détestant et 
faisant vraie confession de ses péchés et offenses pas- 
sées ; ayant reçu l'absolution selon l'ordonnance de 
l'Eglise catholique ; avant que recevoir le Sacre- 
ment du corps de Jésus-Christ, fit venir un notaire 
juré, et témoins suflîsans; et fit faire un écrit solen- 
nel, comme il répudiait sondit fils Théodore de 
Bèze, le déclarant ennemi de Dieu, traître à son 
roi et prince , rebelle à son père; ajoutant, qu'il 
l'appelait au jugement de Notre Seigneur. Et in- 
continent après , louant et priant Dieu , ayant reçu 
ledit Sacrement très-révéremment , et l'Extrême- 
Onction , selon la coutume de l'Eglise catholique , 
il rendit l'esprit h Notre Seigneur. 

Or, vous avez entendu , magnifiques et honorés 
Seigneurs, la vie, mœurs et actes de votre ministre 
Bèze , qui , toute sa jeunesse , a été un très-débau- 
ché et dissolu, sodomite , adultère et suborneur de 
femmes mariées, larron, trompeur, homicide de 
sa propre géniture, traître, vanteur, cause et insti- 
gateur d'infinis meurtres, guerres, invasions, brû- 
lemens de villes, palais et maisons ; de saccage- 
mens de temples , et infinies autres ruines et mal- 
heurs 



VIE DE BÈZE. 189 

Je vous laisse mainlenam considérer de quel es- 
prit il est gouverné et conduit, et s'il peut être 
vraiment constitué en état de ministre de la Parole 
de Dieu, étant si corrompu et infâme de tant de 
crimes; vous êtes avertis par saint Paul, aux lieux 
devant allégués, de n'étouffer l'esprit de Dieu, qui, 
incessamment désire d'entrer en nos cœurs, pour 
les illuminer de sa sainte grâce et lumière. Nel'é- 
touffcz donc , ne lui résistez par effections indues , 
et ne vous endurcissez contre par obstinées opi- 
nions. Car ceux-là, qui ainsi résistent et ferment 
l'entrée au Saint-Esprit, sont abandonnés justement 
dudit Esprit-Saint , et laissés en leur aveuglement, 
tant que, par leur propre coulpe, vont en perdition, 
de quoi le très-bon et tout miséricordieux Dieu vous 
veuille garder! et par ce mien avertissement, le- 
quel je vous fais en son nom, vous veuille faire 
exciter du sommeil périlleux , auquel les faux pro- 
phètes et membres de Satan, transfigurés en anges 
de lumière, vous ont, par leur ensorcellement, en- 
dormis! Le bon Dieu vous veuille exciter les enten- 
demens, les illuminer par sa grâce, et multiplier en 
toutes sortes de félicités temporelles et spirituelles! 
Ainsi soit. 



FIN. 



\^%\\'\V1« 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 

Notice sur Bolsec 1 

Questions proposées à l'examen des hommes sages 
des diverses communions 26 



VIE DE CALVIN. 

chapitres. 

I. L'hére'sie enfantée par l'orgueil et Tigno- 

rance : source de divisions et deséditions. 1 
II. Vie mensongèi'e de Calvin, écrite par Théo- 
dore de Bèze 2 

Iir. La bénignité attribuée à Calvin par Bèze, 

démentie par sa conduite envers Servet. 6 

IV. Continuation du même article, — Mort de 
Servet faussement imputée aux Eglises 

suisses 8 

V. Calvin marqué de Ia fleur-de-lis sur l'épaule 
avec un fer chaud, pour crime de sodo- 
mie 11 

VI. Calvin, arrivé à Genève, propose au Con- 
seil de changer le jour du dimanche au 
vendredi, et d'administrer la Cène avec 
du pain levé. — Le Conseil consulte Ber- 
ne. — Les seigneurs de Berne se refusent 
à cette innovation. — Calvin cherche à 
exciter une sédition contre les magistrats. 14 



192 TABLE. 

Cbapitrcs. Pages. 

VII. Calvin et ses coopérateurs invectivent dans 
leurs prêches contre les magistrats : ils 
en sont repris ; mais ils perse'vèrent à de'- 
clamer 15 

Ibid. (Calvin et Farel, de'putés par le Conseil au 

Synode de Lausanne 17 

VIII. Philippin, conseiller d'e'tat, de'pute au Sy- 
node de Lausanne. — Calvin et Farel, 
par orgueil et dc'^jit, n'assistent pas aux 
confe'rences, et vont s'ébattre par la ville, 
aux frais de la seigneurie de Genève. ... 18 
IX. Refus obstine de Calvin et de Farel d'admi- 
nistrer la Cène le jour de Pâques, selon 
la manière accoutume'e dans les Eglises 
de Berne. — Audace des deux ministres 
et faiblesse du Conseil 19 

Ibid. Insolence et emprisonnement du ministre 

Courault 20 

X. Calvin et Farel prêchent le jour de Pâ- 
ques, malgré la de'fense du Conseil. .. . 22 

Ibid. Calvin supprime la fête de Noël et d'au- 
tres conservées par Berne, fait diverses 
innovations. — Appelle les paroisses de 
de Berne petits cabarets et les ministres 

des fripons „ • . . . 23 

XI. Calvin et Farel, bannis de Genève, à cause 
de leur révolte, par arrêt du Conseil des 
Deux-Cents et du Conseil général, se ca- 
chent, s'enfuient incognito 26 

Ibid. Calvin intrigue pour se faire rappeler à 

Genève 28 

Ibid. Ce que dit Bcze du désintéressement de 

Calvin n'est qu'une fable 29 

XII. Orgueil de Calvin, qui fait emprisonner un 
sieur Ameau, pour se venger de quel- 
ques propos, et exige de lui une amende 
honorable, la torche à la main. 33 



TABLE. 195 

Chapitres. Pages. 

XII. Vanité puérile de Calvin, au sujet de son 

portrait 34 

- Ibid. Prétention de Calvin pour la nomination de 
tous les ministres , et son dépit contre un 
seigneur de St. -Germain, qui lui contes- 
te ce droit 35 

Ibid, Gloriole de Calvin, qui, dans ses voyages 
hors de Genève, se fait accompagner par 
25 ou 30 liommes à cheval, bien empis- 
tolés 36 

XIII. Calvin, dans ses prêches, s'arroge modeste- 
ment le litre de prophète 37 

Ibid. Il veut se faire passer pour thaumaturge, 
et ne recueille que confusion de la ten- 
tative de son hypocrisie 40 

Ibid. Viret signale et démasque les ruses dont 

usait Calvin, pour s'encenser lui-même. 42 

Ibid. Calvin se préférait à tous les autres doc- 
teurs et écrivains. Ego vero 44 

XIY. Rêves de Bèze sur la tempérance de Calvin. 45 

XV. Chasteté de Calvin, fort suspecte, même 

depuis son arrivée à Genève. — Ses rap- 
ports de galanterie avec diverses dames 
désignées 48 

Ibid. Calvin, accusé par Montouret, aumônier de 
la reine de Navarre, de gaspiller les au- 
mônes destinées aux pauvres 50 

Ibid. Sa fourberie audacieuse et sa lâche hy- 
pocrisie, à ce sujet 52 

XVI. La ruse de Calvin, découverte par la reine 

de Navarre, qui l'abandonna comme un 

malicieux hypocrite 55 

Ibid. Stratagème satanique de Calvin, pour per- 
dre Amy Perrin , dont l'influence dan» 

Genève le contrariait 56 

XVII. Continuation du même sujet 58 

Ibid. Ingratitude de Calvin envers Perrin. — 

N 



194 TABLE. 

Chapitrée. Pages. 

Courroux de la dame Perria contie le 

perséculeur de son mari 62 

XVIII. Acharnement de Calvin pour perdre Perrin. 63 

XIX. Nouvelles inventions contre Perrin, proté- 
gé par Berne 67 

Ibid. Horrible conduite envers le jeune Berthe- 

lier , 69 

XX. Les affidés de Calvin pour perdre Perrin, 
convaincus de calomnie par messeigneurs 
de Berne, dans une nouvelle intrigue, 
ourdie par ledit Calvin 74 

XXI. Calvin suggère aux ministres de Berne de 
demander au gouvernement l'administra- 
lion de tous les biens ci-devant ecclésias- 
tiques. Refusé. 77 

Ibid. Il fait encore solliciter le pouvoir d'excom- 
munier. Nouveau refus 78 

Ibid, Viret et les autres ministres, ses partisans, 
bannis du canton de Bei'ne, à cause de 
leur opiniâtre persévérance à solliciter le 
pouvoir d'excommunier 79 

Ibid. Le bailli de Lausanne fait une visite domi- 
ciliaire dans la maison où logeait Yiret, 
et saisit dans son cabinet une correspon- 
dance importante de Calvin, en particu- 
lier sur la correspondance d'Araboise. . . 80 

XXII. Calvin meurt dans le désespoir, frappé de 

la main de Dieu, dans son corps et dans 
son âme 81 

XXIII. Doctrine de Calvin, sur la Providence, la 

Prescience, la Prédestination et sur J. C, 
remplie d'impiété 86 

XXIV. Blasphèmes de Calvin contre la divinité de 

J. C. , sur sa prière au jardin des Oli- 
viers, et sur les paroles prononcées du 

haut de la croix 91 

XXV. Doctrine erronée de Calvin sur l'article du 



TABLE. 19o 

Cluipitres. Pages. 

Symbole : est descendu aux e/ijers^el sur 
les paroles : Mon Dieu / mon Dieu! pour- 
quoi ni" avez-vous délaissé? 96 

XXVI. Bolsec revient sur les articles de la descen- 
te aux enfers, sur la mort effrayante de 

Calvin '. 104 

Ibid. La main de Dieu s'appesantit sur les impies 

et les méchanSj à l'heure de la mort. . . . 108 



VIE DE THÉODORE DE DÉZE. 

chapitres. Pages. 

Combien l'imité est agre'able à Dieu, et combien 
elle a été chère au cœur de J. C 114 

Satan, source de l'esprit de re'volte contre Dieu 
dans le paradis terrestre. — Chef des faux pro- 
phètes et du schisme des dix tribus sous la loi de 
Moïse. — Fauteur des he're'sies dans le sein du 
Christianisme 116 

Calvin a fait revivre l'impie'te' de Basilide contre la 
divinité' de J. C 119 

L'abolition de la confession sacramentelle ouvre la 
porte à toute espèce de pèches, renouvelle ainsi 
Terreur de Carpocrale, et conduit à l'endurcisse- 
ment dans le vice 120 

Le Sacrement de Pe'nitence est un frein salutaire.. 123 

Doctrine de Calvin impie envers le mystère de la 
sainte Trinité' et de la divinité du Verbe incarné, 
subversive du baptême, du libre arbitre, contrai- 
re à la justice et à la sainteté de Dieu, qu'elle fait 
auteur du péché et de la damnation des réprou- 
vés 124 

L'esprit de toutes les anciennes hérésies ressuscité 
dans le Calvinisme 129 

Zcle de l'auteur conti'e les corrupteurs de la foi.. 131 

Calvin, baflbué par un possédé du malin esprit, 
qu'il avait vainement tenté de délivrer 135 

La prétejiduc Réformation attira dans Genève l'é- 
cume de la population des contrées étrangères. . 131) 

Farel banni de Genève par le Conseil des Deux- 
Cents et par le Conseil général 143 

Abel Popin, cordelier défrocjué, dérobe dans son 
couvent divers objets d'argenterie à l'usage de 
1 Eglise, et se retire à Genève, où il est nommé 



498 TABLE. 

f;hapilres. Pages. 

ministre : il devient la fable de la ville par sa vie 
épicurienne, et rend la Parole de Dieu ridicule 
par ses sermons 145 

Jeunesse très-dissolue de Tlie'odore de Bèze 149 

Bèze, au moment de s'enfuir de France , fait un 
trafic honteux et simoniaque de ses be'ne'fices ec- 
clésiastiques 152 

Il débauche et emmène avec lui la femme d'un cou- 
turier : ce fut sa Candide. — Calvin laccueillil à 
bras ouverts, et le mari ne put obtenir justice. . 153 

Les désordres des supérieurs, bien condamnables 
sans doute, ne peuvent légitimer la révolte con- 
tre leur autorité 156 

Bèze, pendant son séjour à Lausanne, rend sa ser- 
vante mère. Ruse infâme et atroce a laquelle il 
recourt, de concert avec Viret, pour couvrir son 
libertinage. — Plaisanterie licencieuse sur le mi- 
nistre Joachim 157 

Les écrits de Bèze sont pleins de mensonges et de 
boufTonneries 161 

Calvin appelé à Berne pour rendre compte de sa 

doctrine sur la Prédestination 1G4 

. Informé que Bolsec y était arrivé de Thonon pour 
se défendre, il sort clandestinement de Berne, et 
prend la route de Neucliâtel 165 

Les seigneurs de Berne;, offensés du procédé de 
Calvin, défendirent aux ministres de jirêcher et 
disputer désormais sur la Prédestination, et à 
tous leurs sujets d'aller faire la Cène à Genève. 167 

Bèze affirme faussement que Bolsec fut banni des 
terres de Berne. Ce fut par prudence et pour vi- 
vre en paix qu'il se retira en France. 1(39 

Bèze se permet en chaire des injures grossières, à 
l'exemple de Calvin^ et des déclamations calom- 
nieuses 17o 

Jalousie de Bèze envers le ministre Merlin, et ses 
intrigues pour le faire destituer 172 



TABLE. 199 

Chapitres. Pages. 

Lâchelé des ministres, à l'époque de la peste qui 
•ravagea Genève 173 

Le seigneur de Pacy condamne' à mort, par suite 
des menées de Bèze 173 

Perfidie de Bcze envers un jeune instituteur , au- 
quel il avait promis sa protection aujîrès de l'am- 
bassadeur d'Angleterre 179 

Bèze, h l'exemple de Calvin, s'est constamment 
écarte' de la conduite tenue par les hommes 
apostoliques , en perse'cutant ceux qui le contre- 
disaient 181 

Bèze fut un des provocateurs des séditions qui 
désolèrent la France au seizième siècle 183 

11 recrute en Suisse et en Allemagne tous les 
brouillons qu'il pouvait rencontrer 184 

Bèze souffla le feu de la révolte dans le Languedoc 
et le Dauphiné. 186 

11 débauchait journellement les jeunes gens des 
meilleures familles 187 

Bèze déshérité et maudit par son père mourant, 
comme ennemi de Dieu, traître à son roi, et 
rebelle h son père 188 



Imprimerie i. L. Vigiiie»', 
Rhiînc, 64. 



P''i""fO'i Theological Seminary Libraries 



1 1012 01199 0019 



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DATE DUE 


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GAYLORD #3523PI Printed in USA